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News

83ème Edition des Nuits d'HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 83e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 24 novembre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.


De L'Equipe des Nuits le 13/11/2018 18:54


Au Bonheur des Commentateurs


Après une septième semaine faisant le bonheur de 15 auteurs, "Au bonheur des commentateurs" continue cette semaine à nous faire découvrir de nouveaux textes. Cette fois-ci, il vous faudra reviewer un texte de plus de 5000 mots.

Pour plus d'informations, n'hésitez pas à vous rendre ici ou à nous contacter sur notre mail projetreview[at]gmail.com !
De le 11/11/2018 13:15


Du mouvement dans l'équipe


Après 8 mois de bons et loyaux services, Omicronn quitte la modération d'HPF, et c'est Violety qui fait son grand retour et reprend sa place au sein de l'équipe !

Un énorme merci à Omicronn pour tout le travail qu'elle a effectué pendant son intérim, pour toutes ses bonnes idées d'améliorations, elle va nous manquer ♥

Et bon retour à Violety que nous sommes ravies de retrouver parmi nous ♥
De L'équipe de modération HPF le 05/11/2018 19:04


Au Bonheur des Commentateurs


Après une sixième semaine réussie, durant laquelle 48 autrices et auteurs ont reçu des reviews, "Au bonheur des commentateurs" continue cette semaine à nous faire découvrir de nouveaux textes. Cette fois-ci, il vous faudra reviewer un texte dont le titre ne contient pas de déterminant.

Pour plus d'informations, n'hésitez pas à vous rendre ici ou à nous contacter sur notre mail projetreview[at]gmail.com !
De le 04/11/2018 10:18


Salon Fantastique 2018 – Dragons – Places à Gagner !


Retrouvez-nous samedi et dimanche au Salon Fantastique 2018 - Dragons - Officiel !

A partir de samedi 10h, les Éditions HPF seront présentes (peut-être même pas loin du stand des invités… dont un certain acteur qui a joué Viktor Krum !) pour cet événement incontournable sur l'Imaginaire.

 

Vous pouvez obtenir gratuitement des pass 3 jours salon, des pass vendredi uniquement ou des pass samedi OU dimanche en commentant simplement ce post ! Si cela vous intéresse, nous vous contacterons par mail rapidement pour vous envoyer votre pass, dans la limite disponible :D

 


De L'Équipe des Éditions le 01/11/2018 19:33


Au Bonheur des Commentateurs


Après une cinquième semaine sur le thème des Nuits HPF, "Au bonheur des commentateurs" continue cette semaine à nous faire découvrir de nouveaux textes. Cette fois-ci, il vous faudra reviewer un drabble ou un recueil de drabbles.

Pour plus d'informations, n'hésitez pas à vous rendre ici ou à nous contacter sur notre mail projetreview[at]gmail.com !
De le 28/10/2018 10:31


Ludo Mentis Aciem par Ielenna

[1114 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

Guten Tag, mes truffes vinaigrées ! Vous avez passé de bonnes fêtes ? Excellent ! Nous allons pouvoir revenir aux choses sérieuses ! Hé, je ne vous ai pas fait trop patienter ! Vous avez connu pire ! Surtout que ce chapitre est plutôt long... !
Au programme, tu vas pleurer (il te suffit de cliquer sur le symbole ~(*)~ au moment venu pour bien t'achever). Mais il y a aussi Perky le boursouf, trois nouveaux personnages hauts en couleurs et une peluche de licorne !

Terry repartit pour Londres une fois qu'ils eurent consommé leur petit-déjeuner le lendemain, profitant d'une matinée sans cours. Kate assista à son départ alors qu'il appela le Magicobus devant le 45 Owlstone Road.

— Viens quand tu veux à l'appartement, lui avait-il dit avant qu'ils ne se quittent. Tu sais que tu seras toujours la bienvenue.

Durant quelques minutes, Kate demeura immobile dans la rue déserte et recouverte d'un épais manteau de neige. Il n'y eut au loin que le bruit d'une poubelle qui était tombée. Certainement l'œuvre d'un chat à la recherche de quelques restes. Elle sentit alors comme un grand vide en elle. Ces quatre mois n'avaient pas été les plus évidents à vivre, mais elle avait toujours été entourée. Aujourd'hui, elle devait faire face à la solitude de sa mère et à la surdité de sa sœur.

Quand elle rentra dans la maison, elle décida alors de prêter main forte à Grace, qui s'affairait à la vaisselle de la veille. Le regard de Kate s'arrêta sur Abby quand elle passa devant la porte du salon, cette dernière interloquée par les images qui défilaient sur l'écran de télévision qui diffusait une émission où quelques dames rafistolées vendaient les soi-disant bienfaits de la chirurgie esthétique. Icarus, confiné dans son panier jouxtant le parc, remua la queue en voyant apparaître cette adolescente qu'il ne connaissait encore que très peu mais qui n'était qu'une personne supplémentaire aux pieds de laquelle il pourrait quémander quelques morceaux de gras lors des repas de fêtes.

— Euh... je ne suis pas sûre que ça soit adapté pour toi, fit remarquer la grande sœur qui s'empara de la télécommande pour changer de chaîne.

Cependant, au moment où elle trouva un dessin animé plus adéquat, la voix de sa mère la héla :

— Éteins la télé, tout simplement, s'il te plaît, Kate. Abby peut s'occuper avec ses jouets.

Approuvant du chef, Kate appuya sur le bouton et les pixels se vidèrent de lumière, laissant une Abby à la moue boudeuse devant l'écran noir. Quand sa fille la rejoignit en cuisine, Grace pivota la tête et lui adressa un sourire.

— Je peux t'aider ? s'informa Kate.

— Oui. Tu peux essuyer les plats. C'est gentil de me filer un coup de main.

— De rien, c'est normal, maman. Tu fais déjà beaucoup.

Puis, le silence pesant et caractéristique revint. Grace tenta de briser la glace :

— Donc... Terry. Il sort avec Maggie ?

— Oui, c'est ça. Ça ne fait pas longtemps. Mais ils sont amoureux depuis belle lurette !

— C'est drôle, je n'aurais pas imaginé, comme ça. Je les connais tous les deux. Pas beaucoup, certes, mais assez pour affirmer qu'ils sont très différents l'un et l'autre.

— Sans blague ! ricana Kate.

Son rire s'évanouit bien vite.

— Tu me diras, marmonna-t-elle alors que Grace venait de lui tendre un couvercle de casserole, toi et papa, vous êtes aussi très différents.

— De parfaits opposés ! soutint Grace dans un sourire qui cachait cependant bien de la tristesse.

La place des assiettes ensorcelées occupa Kate un temps, qui hésitait à poser sa prochaine interrogation. Elle se jeta à l'eau en se persuadant qu'elle n'avait rien à perdre, si ce n'était alimenter la conversation qui tournait vite au silence.

— Tu as déjà été amoureuse avant de rencontrer papa ?

Grace haussa les sourcils sans se détourner de sa tâche et lâcha un autre sourire, cette fois plus amusé.

— Bien sûr.

— Papa le sait ?

— Aussi. Comme il le dirait lui-même « on ne trouve pas sa baguette du premier coup » !

— Ahaha ! Si on suit son expression, peut-être que je trouverai l'homme de ma vie dans une énorme explosion que j'aurai moi-même provoquée ! Hm. Quelque part, ça serait bien possible !

Elles partagèrent un instant de rires avant que Kate ne reprenne :

— Une seule fois ? Tu as été amoureuse ?

— Oh non, plusieurs fois. Ton père n'est pas le seul à avoir eu des copines dans le passé.

— Euh... tu veux dire que... ?

— Ah, euh, non ! J'ai eu des copains !

— Ah !

— Le premier, j'étais encore au collège. Un adorable garçon. Il s'appelait David. C'était un amour innocent. Puis il y a eu Mark, qui m'a finalement lâchée pour son ancienne copine trois mois après. J'avais quinze ans. Et en dernier, c'était Max. Je suis restée assez longtemps avec lui. Presque deux ans. Je l'ai quitté quand je suis partie à l'université, car il tenait absolument à ce que je le suive à Glasgow. Je ne m'en sentais pas capable, je voulais faire mes études à Exeter et pas ailleurs. Comme la relation à distance ne pouvait pas s'envisager, j'ai coupé les ponts. Il a toujours été très possessif. C'était ce qu'il y avait de mieux à faire avant qu'il ne me phagocyte complètement.

— Et après, il y a eu papa.

— Et après, il y a eu papa... répéta-t-elle en soupirant.

Comme tant de fois, la conversation retomba mollement sur un sentiment partagé de chagrin, marqué par l'absence de Phil. Seul le bruit de l'eau qui coulait dans le lavabo et des couverts s'entrechoquant comblait le vide sonore.

— Donc... tu avais déjà embrassé un garçon avant de connaître papa ?

Le sourire de Grace se fit plus gêné et Kate se reconnut dans cet embarras dont elle avait hérité.

— Ton père ne m'a pas appris grand-chose, à ce niveau-là ! Hm. Pourquoi tu me poses toutes ces questions, Kate ?

— J-je me les pose, c'est tout.

Le regard insistant de Grace eut raison de son mutisme.

— J'ai embrassé un garçon, hier. Pour la première fois.

— Ne me dis pas que c'était Terry hier soir dans la chambre... !

— Ter... ?! Quoi, hein ? Non ! Sûrement pas ! bafouilla-t-elle. C'est mon meilleur ami ! Et il sort avec Maggie ! Non, non. C'est un autre garçon.

— Ah ? Raconte-moi, la sollicita-t-elle d'une voix bienveillante.

— C'est Griffin. Tu sais, celui qui m'a envoyé beaucoup de lettres par hibou, cet été.

Grace hocha de la tête en l'écoutant attentivement, le regard maternel.

— Il est à Gryffondor, narra Kate, toute émoustillée rien que de penser au jeune homme blond. Et on comprend pourquoi. Il est courageux et il n'hésite pas à dire ce qu'il pense. Les gens l'aiment beaucoup à Poudlard. Il est très respecté. En plus, il est toujours gentil et souriant. Rien que de le regarder, ça me fait du bien. Ça me réconforte.

— Tu es amoureuse, traduisit Grace.

— Oui... rougit-elle. Et hier, dans le train du retour, il m'a embrassée.

Kate soupira brièvement et déclara alors en haussant des épaules :

— Mais c'était naze.

— Ah bon ? s'étonna sa mère.

— Je... ne sais pas. Je n'ai rien senti. C'était trop précipité, je n'ai même pas eu le temps de m'en rendre compte. Et ce n'était même pas romantique !

— Il est peut-être un peu maladroit, c'est normal, vous êtes jeunes encore, tenta de le défendre Grace. Les premières fois sont rarement les plus réussies. Mais je comprends que tu sois un peu déçue. Il faut juste lui laisser une seconde chance. Ça ne pourra qu'être mieux la prochaine fois !

— J'espère bien !

Le barrissement d'un éléphant les fit toutes les deux sursauter d'un même bond.

— Chaque année, les éléphants du Serengeti migrent pour trouver...

— Kate, je t'avais demandé d'éteindre la télé !

— M-mais je l'ai fait !

Pensant à un bug technologique, Kate retourna dans le salon alors qu'Abby observait les animaux de la savane exposés par le documentaire, debout contre ses barreaux en bois. La télécommande n'avait pourtant pas bougé de place, trônant au-dessus du poste de télévision. Fronçant les sourcils, elle éteignit de nouveau l'appareil et guetta quelques secondes avant de repartir pour la cuisine. Cependant, alors qu'elle s'apprêta à franchir la porte, le son grésilla de nouveau :

— ... pour ce petit éléphanteau qui vient de perdre sa mère.

De plus en plus étonnée, Kate observa plus attentivement Abby, obnubilée par les images en couleur, pliant quelques fois ses jambes. Elle retenta alors l'expérience et éteignit la télévision. Agacée que sa sœur décide toujours de mettre fin à ses petits plaisirs, Abby gonfla ses joues. Et, tout à coup, le poste se ralluma, sans que personne n'ait appuyé sur une touche quelconque. Kate renouvela l'action deux fois, irritant à chaque fois un peu plus la pauvre petit Abby qui commençait à geindre de mécontentement, avant de déclarer, ravie, à l'intention de sa mère :

— Maman ! Maman ! Je crois qu'Abby est bel et bien une sorcière !

 

*** *** ***

 

Cependant, Kate déchanta bien vite. La magie précoce d'Abby était une chose, parvenir à la dissimuler aux yeux de leurs grands-parents moldus qui allaient rappliquer pour Noël en était une autre ! Depuis qu'elle avait appris cette nouvelle, Kate s'était appliquée à planifier son comportement et ses questions, de manière à en apprendre davantage sur le pendentif qu'Ellen Matthews s'était procurée, aujourd'hui au cou de l'adolescente et sujet des plus grands débats du moment dans la tête de cette dernière. Mais il devenait ardu de camoufler l'existence de la magie si en plus Abby faisait sonner tous les appareils électroniques de la maison ! Le challenge serait de taille. Mais Kate était prête à le relever. Elle se le devait. Elle ne pouvait pas se permettre de manquer cette opportunité.

Par précaution, elle avait pris soin de prévenir ses amis d'éviter de lui envoyer des hiboux chargés de cadeaux, entre le 24 et le 26 décembre. Elle reçut alors certains de ses présents en avance, le 23, mais se les réserva pour plus tard, bien que les formes de certains l'intriguèrent.

Les Whisper accueillirent les Matthews le 24, dans l'après-midi. Les retrouvailles furent joyeuses et sincères. Seule Abby rechignait à se laisser câliner, braillant à tout va, Icarus reprenant en chœur dans une cacophonie répétitive. Les grands-parents maternels de Kate n'avaient pas changé. Le manteau d'hiver d'Ellen la transformait littéralement en boule molletonnée de Noël, avec ses énormes fausses boucles d'oreille en or qui retombaient sur son col épais. Robert manqua d'étouffer à nouveau sa fille en la serrant dans ses bras avec sa force colossale. Il se contenta alors d'une tape sur l'épaule de Kate pour éviter ce genre de désagrément, mais son geste fut tout de même si brusque que sa petite-fille crut que ses vertèbres s'étaient tassées de cinq centimètres, grimaçant dans un simulacre de sourire.

La seule différence notable avec leur visite de l'an passé fut qu'un visiteur supplémentaire les accompagnait. Cela faisait bien six ans que Kate n'avait pas revu son oncle James, le petit frère de Grace. Il transpirait l'élégance et la suffisance, avec son grand manteau couleur taupe, ses gants en faux cuir et ses chaussures vernies. Si ses retrouvailles avec sa sœur furent émouvantes, il n'accorda cependant qu'une maigre attention à l'égard de ses nièces, ne sachant se comporter avec les enfants. Kate regretta ce semblant d'arrogance car elle le trouvait plutôt bel homme, pour ce qu'il était devenu. James possédait des traits communs avec sa sœur, entre autres leur large front et leur regard, candide, parfois un peu penaud, bien que celui de son oncle brillait bien davantage que celui de sa mère, aujourd'hui épuisée par les expériences de la vie. Il portait ce jour-là une barbe de trois jours bien entretenue qui tranchait avec le caractère hautain propre au médecin qu'il était, lui donnant des airs de séducteur de comptoir. Kate s'étonna d'ailleurs qu'il ne vienne pas une copine aux bras ; avec ses boucles brunes, son visage bien proportionné, sa prestance et son sourire réservé pourtant si charmeur, James ne pouvait pas décemment vivre seul au quotidien.

Leurs premières conversations furent tout à fait cordiales et agréables au salon.

— C'est vraiment génial que tu aies pu te libérer pour Noël, soupira Grace, emplie de joie, à l'attention de son frère.

— Je n'ai pas eu cette chance pour le jour de l'an. Je suis d'astreinte.

— Ça doit être dur... !

— J'ai des responsabilités ! Et généralement, les cas du 31 peuvent être les plus originaux de l'année. Tu n'imagines pas ce que les gens se font à cause de pétards, d'un bouchon de champagne...

— Ah, tout ça me rappelle la belle époque de l'hôpital ! soupira Robert en ricanant, secouant sa grande bedaine, en position semi-allongée dans son siège.

— Tu avais travaillé longtemps à l'hôpital, papi Bobby ? s'intéressa Kate.

— Oh. Juste quelques années après l'obtention de mon doctorat. J'ai rencontré ta grand-mère et j'ai abandonné la folie des établissements publics pour pouvoir lui consacrer plus de temps.

— Me consacrer plus de temps, répéta Ellen, amusée. Pour profiter de mes compétences et m'employer comme sa secrétaire, surtout !

— Hé, il fallait profiter du tout !

Kate se força à sourire, les genoux ramenés vers elle, assise dans le creux du pouf.

— En tout cas, poursuivit James, c'est vrai qu'urgentiste n'est pas un poste de tout repos. Mais extrêmement gratifiant. De sauver des vies, pourtant si proches de la fin. Ça a quelque chose de... magique.

Cette fois, le rictus de Kate fut spontané en listant tout ce qu'elle connaissait de plus magique que la médecine moderne. Si seulement James se rendait compte qu'il utilisait ce mot à si mauvais escient... !

— Oui. Tu te sens vraiment utile, appuya Grace, fière de lui. Je suis heureuse de savoir que tu as trouvé ta voie là-dedans.

— Et toi donc, Grace ? Où en es-tu ? La dernière fois qu'on s'est vu, tu t'occupais de Kate. Tu peux enfin travailler maintenant ou Phil préfère que tu restes avec Abby ?

Il n'en fallut pas davantage pour deviner la rancune derrière ses mots, comme si Phil avait contraint son épouse à rester au foyer, pour s'occuper des tâches ménagères et de leurs filles. Ce qui était pourtant bien loin de la vérité.

— Je suis professeur, corrigea Grace, radieuse, ne dévoilant ainsi qu'une moitié de vérité. Enseigner aux enfants me fait sentir tout aussi utile que toi à l'hôpital.

— Oui, l'éducation des plus jeunes façonne les générations de demain, approuva Robert.

— Comme ça, mes horaires ne sont pas trop contraignants et je peux quand même rester quelques temps avec Abby, l'après-midi.

— Tu es courageuse, je ne pourrais jamais supporter des enfants au quotidien, du matin au soir ! intervint James.

— Pourquoi ?

Le mot de Kate dévia le regard de son oncle, qui se fixa au sien. Ce dernier étira un sourire narquois.

— Parce que les enfants, ça pose trop de questions, répliqua-t-il.

La jeune fille ne cilla pas. Elle se savait d'office mise dans le même sac que tous ces « enfants ». Clairement, James ne la prenait pas au sérieux et tant qu'elle n'aurait pas plus de dix-huit ans, il continuerait de la considérer comme une gamine incapable de faire preuve d'un jugement mature.

Abby sauva la mise à ce moment donné : la télévision s'alluma.

— ... pour la somme de 600 livres, seriez-vous prêt à relever le défi, Arnold ?!

— Oh, ça m'a surpris ! souffla Ellen qui avait bondi du fauteuil, la main sur le cœur.

— La... télévision a quelques bugs ! expliqua Grace en bredouillant, alors que dans ses bras, Abby regardait fixement l'écran d'un air ravi. Kate, tu peux t'en occuper, s'il te plaît ?

Encore amère, Kate se leva avec maladresse et prit des mesures drastiques en débranchant le poste. Constatant que son divertissement ne pouvait plus continuer sans électricité, Abby devint rouge de colère, les larmes aux yeux, menaçant de pleurer de nouveau. Kate s'attendit à ce que cela fasse voler un cadre photo, ouvre la porte avec fracas. Son instinct lui avait murmuré juste, mais elle s'était méprise sur la portée de la magie naissante de sa sœur : le téléphone sonna.

— Je suis debout, j'y vais, soupira Kate avec un semblant de lassitude.

Elle traîna des pieds dans le couloir et décrocha le téléphone au bout du couloir, juste avant d'atteindre la cuisine.

— Allo ? lança-t-elle sans conviction.

Dans le combiné, il n'y eut que des grésillements. Elle s'apprêta à raccrocher quand elle entendit alors :

— Ah, la technologie. On ne peut plus s'y fier.

La voix de son grand-père était claire dans le téléphone, malgré leur distance. Kate fronça les sourcils, suspicieuse, quand la voix de sa mère reprit :

— Pourtant, on fait tellement de progrès, de nos jours.

— Oui. Les supports changent bien vite. Et bientôt, les CDs n'existeront même plus.

Les doigts de Kate se crispèrent autour du combiné. Elle sentait venir le sujet de conversation que ses grands-parents évitaient de soumettre en sa présence.

— J'espère pour Phil qu'il pensera à se reconvertir, commenta Ellen. Son entreprise risque de ne pas faire long feu à ce rythme.

— Il ne pense pas. C'est comme les livres, l'électronique ne pourra jamais tout remplacer.

— Eh bien, il devrait être plus réaliste.

— Et... rappelle-moi pourquoi il n'est pas là, aujourd'hui ? s'interrogea James. Je trouve ça quand même étrange que ton mari vous abandonne pour les fêtes de fin d'année. Même si c'est pour le travail... !

— Il est parti aux États-Unis pour ramener des vinyles et des CDs dédicacés, pour les vendre à la boutique. L'histoire de quelques jours. Ça tombait juste très mal. Mais c'était une opportunité en or pour lui. Et pour nous, indirectement.

— Oui, ça se comprend, lança Ellen, indignée. Monsieur préfère faire la fête, aller à des concerts de l'autre côté de l'Atlantique et te laisse là, seule avec les filles ! Pendant la période de Noël, en plus !

Kate aurait voulu hurler mais Grace répliqua à sa place :

— Phil fait ce qu'il peut pour nous, maman, d'accord ?! Arrête un peu tes interprétations.

Il y eut un long silence embarrassé, durant lequel Kate retint ses larmes, le téléphone plaqué contre sa joue. Puis James reprit :

— Et Kate, qu'est-ce qu'elle en pense, de tout ça ?

Depuis quand James pouvait-il bien s'intéresser à ce genre de choses ? Cela ne lui ressemblait guère.

— Elle est très fière de son père, répondit Grace, déterminée. Et elle sait qu'il s'agit d'une nécessité. Elle ne s'en plaint pas. Je la trouve très mature vis-à-vis de cela.

— Tu n'as pas peur que ça l'influence dans le mauvais sens du terme ?

Grace soupira, agacée.

— Vous savez quoi... ?

Kate entendit sa mère se lever. Abby babillait dans ses bras.

— La prochaine fois que Phil partira comme ça, je ferai en sorte d'être vraiment seule... Si vous voulez bien m'excuser, j'ai des choses à préparer.

D'un geste lent, Kate écarta le combiné de son oreille et aperçut sa mère paraître au fond du couloir.

— Qui c'était ? la questionna cette dernière alors que sa fille venait de raccrocher.

— Du marchandage, mentit-elle, lasse. Je les ai laissés blablater tous seuls avant de...

Elle ne parvint à terminer sa phrase et détailla le visage défait de sa mère qui fixait un point par-dessus l'épaule de Kate avec des yeux vides. Dans ses bras, Abby tripotait son pull.

— Ca va, maman ? s'inquiéta Kate, consciente de l'échange qui venait de se produire dans le salon.

— Ça va. C'est juste que... tu sais. Ton père me manque. Sans lui, je me rends compte que ma famille est un peu difficile à supporter.

— Papa a toujours les bons mots pour faire bisquer mamine, marmonna Kate en ricanant.

— Oui... Je... Il y a des choses à préparer en cuisine. Tu viens m'aider ?

— Oui, pas de problèmes !

Quand elle eut terminé d'assister sa mère, Kate monta à l'étage dans l'espoir de retrouver une tranquillité relative dans sa chambre. Cependant, en chemin, du bruit accapara son attention et elle dévia sa trajectoire de quelques pas. Son regard franchit la porte de la chambre jaune, dans laquelle Grace avait installé ses parents pour le séjour. Ellen, affairée à déballer le contenu de sa valise posée sur le lit, lui tournait le dos. Et Kate y vit là une parfaite opportunité. Sa grand-mère pivota la tête en entendant son poing frapper contre le bois et étira un sourire.

— Ah, c'est toi, ma puce.

— Bien installée, mamine ?

— Oh oui. On commence à connaître les lieux maintenant, tu sais !

— Je peux entrer ?

— Oui, bien sûr ! Tu es chez toi, mon chaton, entre, entre !

La voix douce d'Ellen tranchait avec tout ce qu'elle pouvait penser de Phil à côté et Kate se sentait tiraillée par une terrible contradiction. Elle aimait et haïssait cette femme en même temps. Mais elle restait sa grand-mère avant tout. L'adolescente s'assit alors au coin du lit et observa Ellen trier ses habits, qu'elle rangeait par couches dans le tiroir de la commode mise à leur disposition.

— Alors ? Qu'est-ce que tu racontes de beau, ma chérie ?

— Oh, pas grand-chose.

— Ça se passe bien, l'école ?

— On peut dire ça. Il y a beaucoup de nouveaux et ça ne se passe pas très bien dernièrement.

— Qu'est-ce que tu veux dire par là ? Plein de nouveaux ?

— Ils ont fermé l'école de Melboroth cet été, tu sais, la ville voisine, broda Kate avec aisance. Pour tout rénover. Et du coup, tous les élèves sont venus chez nous, comme il y a de la place. C'est un peu la pagaille.

— Je veux bien te croire ! C'est inacceptable ! Ils auraient pu les placer ailleurs que dans vos locaux, ces pauvres enfants. J'espère que cela ne dérange pas trop tes cours ! Vous n'êtes pas trop nombreux par classe ?

— Oh non, pas de soucis pour ça, leurs professeurs aussi ont déménagé avec eux.

— D'accord, je vois !

Par maladresse, Ellen renversa sa trousse de toilette, garnie à en craquer. Elle grommela puis ajouta sur le ton de l'humour :

— Ce n'est pas beau de vieillir. Je ne compte plus ce que je peux dépenser dans ces crèmes soi-disant anti-âge !

— Pourtant, tu es pourtant très bien comme tu es, mamine !

Ellen lui accorda un sourire touché. Il était vrai qu'elle demeurait, malgré son léger embonpoint, une femme tout à fait charmante. On devinait aisément qu'elle avait été autrefois une dame mondaine.

— En tout cas, profite du fait que tu sois jeune, ma biche. Tu te rendras compte que le temps passe bien plus vite qu'on ne veut le croire...

Ayant terminé de vider ses bagages, Ellen les referma, les rangea dans un coin et vint s'asseoir auprès de sa petite-fille, l'observant avec tendresse. Puis, elle aperçut que cette dernière tripotait son pendentif. Derrière ce geste anodin se cachaient les réelles intentions de Kate. Elle avait deviné qu'elle attirerait son attention là-dessus sans le moindre mal.

— Tu le portes toujours... fit remarquer Ellen.

— Je ne le quitte jamais. Même pour dormir.

— Il te va très bien, en tout cas. J'ai vraiment bien fait de l'acheter pour ta mère... !

— Mamine ?

— Oui, chaton ?

— Comment tu l'as trouvé ce collier ?

— Je... l'ai acheté, dans une boutique. Pourquoi ?

— Non, je... je ne sais pas ! Comme j'y tiens beaucoup, je me suis dit que tu pourrais peut-être me raconter en détail comment tu en es venue à l'avoir... !

Devant son air naïf, Ellen céda et soupira :

— Je t'avoue que ce n'était pas la période la plus joyeuse de ma vie, ma chérie. Ta mère était vraiment très malade et j'avais l'impression de vivre à l'hôpital. Les médecins ignoraient quand elle pourrait sortir. Ton grand-père lui-même avait commencé à perdre espoir. Alors j'ai déambulé dans Londres. Pour me dégourdir les jambes et l'esprit. Et je me suis arrêtée devant une boutique. Un antiquaire.

— À Londres ?

— Oui. Et je...

— Où ça à Londres ?

L'insistance de sa petite-fille rendit Ellen suspicieuse.

— Je ne sais plus... peut-être du côté de Charing Cross ? Par-là ? Il y avait une librairie

Cette réponse alimenta bien plus de questions encore en Kate. L'endroit n'était pas loin du Chemin de Traverse...

— Désolée, je t'ai interrompue, mamine... Continue.

— Il y avait donc cet antiquaire. C'était une boutique qui ne payait pas de mine. Mais je sentais le besoin de... quelque part, me ressourcer. Retrouver des objets anciens. Ça fait émerger tellement de souvenirs. Tu t'en rendras compte petit à petit, quand tu verras que les années passent beaucoup trop vite. Les vieux livres, le mobilier, avec une odeur bien caractéristique. Je me sentais bien. Et j'aurais voulu, à ce moment-là, que ta mère le soit autant que moi. Quand tout à coup, j'ai vu ce pendentif, dans l'une des vitrines. Entre des dés à coudre et des petits verres en cristal.

Délicatement, elle approcha ses doigts de la gorge de Kate pour frôler le disque d'agate.

— Il n'était pas très joli, à première vue. Tout crasseux et poussiéreux. Mais je me disais que ça passerait mieux auprès de Grace qu'un vieux napperon en dentelle. Un bijou sobre, porteur d'une histoire que nous ne pouvions connaître. Je ne sais pas... il m'a tapé dans l'œil. J'ai alors demandé à la vendeuse s'il était possible que je l'achète.

— Elle était comment, la vendeuse ?

— Euh... c'était une vieille dame, habillée avec des habits d'un autre temps. Je ne comprenais pas la moitié de ce qu'elle déblatérait. Elle était étrange...

Cette description pouvait tout à fait convenir pour une sorcière, extrapola Kate dans ses pensées. Du moins à quelqu'un qui avait connaissance du monde magique.

— Pourquoi elle était étrange ?

Ellen marqua une pause dans son récit, en fronçant les sourcils.

— Ma puce, tu... tu me promets de garder le secret ?

— Un... ? Je... oui, mamine. Je ne dirai rien.

Les mains de sa grand-mère, marquées par son expérience, aux articulations se rigidifiant à force d'avoir tapé à la machine à écrire, attrapèrent les siennes en les détaillant, comme évitant tout contact du regard.

— Elle m'a dit des choses. Elle voyait le désespoir dans mes yeux. Beaucoup de gens auraient pu le déceler tout autant. Mais elle... lisait en moi, cette vieille vendeuse.

— Qu'est-ce qu'elle t'a dit ? s'intéressa Kate, en feignant la fascination.

— Elle a deviné que l'un de mes enfants était gravement malade. Et que j'étais prête à tout pour la sauver. Je... Tu ne me prends pas pour une folle, hein ?

— Jamais, mamine. Continue.

— A ce moment-là...

Ellen retourna la main de Kate dans la sienne, en dévoilant la paume dans laquelle elle fit glisser ses doigts.

— ... j'étais prête à croire à tout.

Cela n'étonna guère Kate. Bien qu'elle soit une personne rusée, brillante et ambitieuse, Ellen avait toujours été une femme superstitieuse, bien déterminée à croire – et surtout à répéter – tout ce qu'elle pouvait entendre ci et là. Tout l'inverse de Robert, très pragmatique, qui ne se rendait à l'évidence qu'avec suffisamment de preuves.

— Elle a lu dans les lignes de ma main.

— Et... qu'est-ce qu'elle t'a dit ? répéta Kate, simulant l'excitation croissante, en espérant que sa grand-mère lâche une révélation.

— Que ma ligne de vie se divisait en deux. À un moment bien déterminé. Et que ce moment se déroulait actuellement. Que le choix que je ferai dans les minutes, dans les heures, dans les jours à venir, déterminerait la suite de mon existence. Et sûrement plus encore.

Cela n'avança pas Kate. N'importe quelle diseuse de bonne aventure pouvait sortir une pareille généralité.

— Entre autres, me disait-elle, la destinée de ta mère.

— C'est-à-dire ?

— Elle parlait du collier. Selon elle, magique.

— Oui, tu me l'avais dit... C'était ça ? Le choix que tu devais faire ? L'acheter ?

— Je ne sais pas, peut-être. Je pense que c'était imagé. Je prenais quelque part la décision de croire en la guérison de ta mère, là où j'avais commencé à perdre espoir.

— Et elle a guéri.

— Oui, en effet. C'était miraculeux.

— C'était le collier, c'est ça ?

— D'une certaine manière. En le lui offrant, ta mère s'est battue. J'étais toujours présente auprès d'elle, nuit et jour, par le biais de ce pendentif. Et elle y a réchappé. Il symbolisait beaucoup pour elle. Par la suite, elle ne l'a jamais enlevé. Jusqu'au jour où elle a dû t'en faire présent.

— C'était pour ma première rentrée au collège.

— Elle devait avoir le même âge que toi à l'époque quand je le lui ai offert. Peut-être une future tradition qui s'est mis en place. Et toi-même, plus tard, qui sait, tu pourras le léguer à ta propre fille.

Kate écarquilla des yeux : elle n'en était pas encore à penser à de telles choses. Bien que les informations récoltées soient bien maigres, Kate ne pouvait se résoudre à se croire totalement bredouille ; si l'antiquaire était toujours là et si elle était tenue à tout hasard par une sorcière, peut-être que cette dernière était en capacité de lui donner les réponses tant réclamées.

Le soir de Noël ne fut pas si insupportable que ce qu'elle avait pu imaginer. Les Matthews respiraient la bonne humeur. Robert avait revêtu son vieux pull suranné, rouge et blanc, avec des motifs de flocons approximatifs et de rennes volants. Grace s'était détendue et se prêtait plus à rire depuis qu'elle avait digéré la discussion à propos de Phil avec sa famille. Cependant, Kate se sentait en décalage. Elle se rendait compte que, peu à peu, le monde des sorciers rythmait tant son quotidien que la vie de tout moldu lui paraissait morne. Où était passée l'étoile chantante du sapin ? Les lutins animés sur la bûche ? Seule Abby, qui s'amusait avec les lumières de l'arbre de Noël à l'aide de ses pouvoirs précoces, parvenait à la relier à ce semblant de magie.

Kate reçut de très nombreux cadeaux de la part de sa famille maternelle, mais aucun ne provenait du Chemin de Traverse ou de Pré au Lard. Un peignoir violet, une encyclopédie sur la biologie humaine, une trousse de maquillage, des DVDs, un stylo plume et un calendrier avec des photos de chevaux sauvages. Une poupée sophistiquée lui fut offerte par James, qui avait dû penser que sa nièce avait toujours huit ans.

Le comportement de James envers elle s'était révélé de plus en plus particulier au fil des jours. D'abord sceptique lors de leurs retrouvailles, il avait commencé à s'ouvrir à Kate lors des repas ou des discussions de famille et l'adolescente devait avouer que ces conversations intellectuelles lui plaisaient, d'un certain abord. Cela lui permettait de se sentir plus adulte, d'amener des idées plus propres à son âge.

— Oh, la bourde, Kate ! s'esclaffa-t-il quand sa nièce ouvrir son cadeau. J'aurais pensé que c'était approprié, mais...

— Ce... ce n'est pas grave, James ! Elle est... très jolie !

— J'ai sûrement encore le ticket de caisse, si tu veux l'échanger !

— Mais non, mais non, ne t'en fais pas ! Je trouverai bien ce que je peux faire avec, je pense qu'elle me sera très utile !

En prononçant ses mots, elle tut ses nombreuses idées : cale-porte, brosse de ménage en époussetant avec les cheveux, objet pour s'entraîner à la batte...

Au milieu du repas de Noël, Ellen s'agaça de voir sa fille se lever sans cesse et clama :

— Les deux jeunes aussi peuvent mettre la main à la patte. James ! Kate ! Allez, hop, il n'y a pas que Grace qui va tout faire dans cette maison !

— À vos ordres, capitaine, rit James en se levant de table, avant de récolter toutes les assiettes sales.

Accompagnant son oncle à la cuisine pour préparer le dessert, Kate, plutôt joyeuse, tenta d'embrayer sur une conversation de circonstances :

— Je crois que maman n'avait pas précisé, mais au menu, à la fin, c'est coma collectif ! Sincèrement ! Je ne sais pas comment elle veut qu'on mange le dessert en plus de tout ça !

L'air austère, James ne répondit rien et se contenta de ranger les assiettes dans le lave-vaisselle.

— Ok... murmura Kate en se détournant, vexée d'avoir reçu un vent pareil. C'est pas grave.

— Je t'ai entendue.

La voix de James s'était fait sèche, voire menaçante. En examinant son visage, Kate ne fut pas rassurée par son expression totalement fermée. Elle avait l'impression de faire face à un tout autre homme.

— D'accord. Euh, pas la peine de me répondre sur ce ton-là, James. Je pensais juste que...

Le pas de son oncle vers elle lui coupa les mots. Il dégageait un tel charisme que Kate ne pouvait se prononcer davantage, recouverte par son ombre.

— Ne crois pas un instant que j'aie un brin d'estime pour toi.

Son affirmation l'estomaqua et Kate sentit quelque chose se briser en elle.

— Si je suis là, si je fais ça, c'est pour Grace. Mais sûrement pas pour toi. Ni pour ta sœur.

L'adolescente ne parvint à rétorquer, trop choquée par ce qu'elle venait d'entendre.

— Quoi, tu vas pleurer ? ricanait James, en voyant qu'elle tremblait. Non, tu ne le feras pas. Sinon, tu rendras ta mère encore plus malheureuse. Ce n'est pas ce que tu voudrais, n'est-ce pas ? Tu sais, Kate, mes parents sont peut-être aveugles, mais je ne le suis pas. Je sais où est ton père. Il s'est barré, tout simplement. Et il ne reviendra pas. Je lui avais bien dit, à Grace. Ce n'est qu'un salaud. Il l'a toujours été.

— Traite-le encore de salaud et je...

Kate bouillonnait en elle. Elle regretta un instant d'avoir dû laisser sa baguette magique dans sa table de chevet.

— Ou sinon quoi ? continuait de s'amuser James. Tu vas me taper, avec tes petits poings de fillette ?

Kate aurait voulu rétorquer que Grace n'était pas la seule à souffrir de l'absence de Phil. Qu'elle aussi restait un être humain, avec des sentiments, qu'elle n'avait pas à être traitée ainsi. Surtout pas ce jour-là. Mais la présence de James était telle qu'elle se taisait, intimidée et profondément blessée.

— De toute façon, tu lui ressembles trop, poursuivit son oncle, dédaigneux. Tu parles comme lui, tu regardes les gens comme lui, tu te comportes comme lui. Il est temps que tu comprennes que ce type n'est pas un modèle à suivre. Change encore de voie tant qu'il est possible.

Une seule phrase, emplie de haine, franchit les lèvres de Kate, les yeux embués de larmes :

— Mon père vaut mille fois mieux que toi, et je préférerai m'ouvrir les veines que de te ressembler, à toi.

— Minable... susurra James. Au moins tout autant que lui.

Des pas s'approchant interrompirent leur venimeuse discussion. Grace apparut dans le couloir, tout allègre :

— Eh bien alors ? Ce dessert ? Vous ne trouvez pas ?

— Désolée, Grace ! On a pris notre temps ! rit James. C'est qu'on a beaucoup de choses à se dire, Kate et moi ! En six ans, ça peut se comprendre !

Il posa une brève main chaleureuse sur l'épaule de Kate, encore sous le choc. Ses talents de comédien ne faisaient aucun doute. Personne n'aurait pu imaginer que, quelques secondes auparavant, il lui avait décerné des mots si acerbes.

— Je suis tellement heureuse de voir que vous vous entendez à ce point, tous les deux ! s'enchanta sa mère, radieuse, en pénétrant dans la cuisine, arrangeant le plan de travail pour faire de la place et y installer le pudding. Ça va, Kate ?

Elle avait remarqué la moue de sa fille, figée. Cette dernière remarqua alors le regard glacial de James par-dessus l'épaule de sa mère. Il avait eu raison sur un point : ni l'un ni l'autre ne désirait enfoncer Grace dans son malheur.

— Je... je crois que j'ai trop mangé, mentit-elle en se massant le ventre.

— Tu as eu les yeux plus gros que le ventre !

— Oui, je crois... !

— Ma pauvre chérie... Va, monte dans ta chambre, pour te reposer un peu. Tu reviendras quand tu te sentiras mieux. D'accord ? On te garde une part.

Kate hocha la tête et, ainsi prostrée, prit la direction de l'étage. Le silence de sa chambre lui permit de se décharger de toutes ses émotions. Cependant, plutôt que de passer sa rage sur les objets de sa chambre, au risque d'éveiller l'attention des invités, elle préféra se ruer sur les cadeaux de ses amis pour se changer les idées.

Assise en tailleur sur son tapis, seulement éclairée par les lumières des lampadaires de la rue, elle les déballa un à un. Le premier qu'elle ouvrit fut celui de Suzanna : un petit porte-monnaie en fourrure qui mordait quand il ne contenait plus assez de monnaie. Clive lui avait envoyé un bel encrier, Scarlett un baume à lèvres qui changeait de goût selon la température. Suivirent les cadeaux de Maggie : de nouveaux collants chauffants, une cravate en soie neuve et un livre « Dix points en moins : biographie d'un préfet qui en a bavé ; conseils et astuces pour tous les préfets en devenir » d'un certain Jean Aychiers. Kate marqua un arrêt en trouvant une pochette kraft qu'elle ne s'attendait pas à recevoir, dans laquelle se trouvaient des partitions, accompagnées d'une lettre :

 

« Parce qu'apprendre par cœur n'est pas toujours évident... !

Joyeux Noël.

C. »

 

Un sourire saillit à la commissure de ses lèvres en constatant qu'Emeric se jouait aujourd'hui de cet alias. Les partitions semblaient avoir traversé les années, de toute évidence, il ne les avait pas achetées. Elles devaient sans aucun doute avoir appartenu à sa mère. Cela lui fut confirmé par la discrète écriture calligraphiée à l'encre noire, en coin de page : A. Colfer. Il s'agissait là d'un présent inestimable. Kate n'aurait sûrement pas eu l'audace d'offrir à l'un de ses proches un objet symbolique la reliant à son père.

Griffin également n'y était pas allé de main morte en lui offrant un petit pendentif en forme de flocon et incrusté de minuscules cristaux. À la fois modeste et pourtant, d'après Kate, absolument romantique ! Elle s'empressa alors de remplacer son disque agate par la fine chaîne en argent et son nouveau présent, glissant le bijou de sa mère dans sa poche, un peu à contrecœur.

Et enfin, pour clore le bal des cadeaux vint celui de Terry. Une peluche de licorne affaissée, les jambes repliées contre elle, longue d'une trentaine de centimètres, avec des yeux d'ambre en cabochon. Cependant, le présent, bien enfantin à la première impression, possédait sa lettre explicative :

 

« Ma très chère Kate,

Cette licorne est tout ce que je te souhaite. Elle symbolise tout le bonheur que tu mérites. Doux, lumineux, toujours présent, même dans les moments les plus difficiles. Ne reste pas seule, à garder ce que tu as sur le cœur. Désormais, cette licorne est là pour toi quand moi ou Maggie ne pouvons en assumer la responsabilité !

En plus, elle ne mord pas, ne s'enfuit pas et ne perd pas ses poils. Et ne ramène pas des souris sur l'oreiller.

Prends soin de toi et au besoin, n'hésite pas à m'envoyer des lettres.

Je te souhaite d'excellentes fêtes avec ta famille, j'espère qu'on se reverra bientôt.

Terry »

 

Son attention la fit sourire et elle se surprit à serrer la peluche contre elle. C'était vrai que sa robe de laine était douce. Terry devait l'avoir stockée chez lui quelques jours : elle portait encore l'odeur caractéristique de son appartement londonien.

En bas, des rires retinrent son attention et sa révulsion envers James revint à la charge. Elle se tempéra quelques instants comme elle le put, fermant les paupières et se concentrant sur sa nouvelle peluche, sur le pendentif de Griffin. Pendant un court instant, Kate considéra le grimoire à la tranche incrustée de turquoises. Rien ne l'empêchait d'envoyer un message à Maggie, qui devait attendre qu'un miraculeux prétexte vienne interrompre l'interminable festin de fêtes avec ses parents. Pourtant, Kate n'en fit rien. Maggie le lui avait dit clairement à la rentrée : elle ne supportait plus ses plaintes. Kate elle-même commençait à se lasser de débuter ses conversations sur ses propres problèmes et de n'aborder d'autres thèmes plus joyeux, comme les scores des Pies de Montrose ou l'avancée de la construction du parc d'attractions de Woodswand, que lorsque Maggie lui posait quelques questions à propos.

Alors, dans les ténèbres de sa chambre, Kate se leva, sans desserrer son étreinte autour de sa licorne, et fouilla au fond de sa table de chevet pour attraper son paquet de cigarettes, caché de manière à ce que Grace ne le trouve pas par inadvertance. À côté, Mister Minnows dormait sur son oreiller, roulé en boule, ne laissant dépasser que sa grande queue en panache. L'adolescente se dirigea vers la fenêtre coulissante et la souleva de manière à pouvoir passer le buste dehors. L'air hivernal la fit frissonner, autant de froid que de bonheur soulagé. Elle pouvait deviner la neige traverser le rai des lampadaires en de fines particules, sans qu'elle ne tienne sur le goudron. Le quartier était désert à cette heure. Tout le monde était parqué chez soi, à se délecter des bons plats chauds et festifs. Plus loin, une maison du voisinage était parée de tant de décorations électriques clignotantes que Kate se fit la réflexion que la quantité d'électricité usée sur un mois pour cette superficialité était plus importante que ce qu'elle pouvait elle-même consommer sur toute une vie.

Elle tira une cigarette du paquet et l'alluma. L'embout incandescent devenait lui-même une petite lueur flamboyante, dans cette atmosphère de brume et de fête. C'est en soufflant sa première bouffée que Kate se sentit enfin complète, la peluche contre son flanc. Elle leva alors la tête vers le ciel, espérant apercevoir quelques étoiles dans la déchirure d'un nuage épais, et soupira :

— Joyeux Noël, papa...

Kate feignit d'être malade les deux jours qui suivirent. Tout ça n'était que stratagème pour éviter d'être confrontée à sa famille, en particulier à James. Quand elle entendait quelqu'un monter les escaliers, elle se carapatait dans son lit et geignait à l'agonie après avoir collé la bouillotte magique qu'elle avait reçue à l'un de ses anniversaires sur sa tête pour simuler de la fièvre. En réalité, elle était bien mieux là, à éplucher les tableaux de scores de la ligue anglaise de Quidditch et à étudier ses prochains cours, plutôt que de subir les sempiternelles et banales conversations de famille. Cependant, quelques fois, Grace ou ses grands-parents passaient la voir, le temps de lui donner un bouillon ou un peu d'attention.

Puis, lorsque les Matthews quittèrent Carlton, Kate se remit d'aplomb en un rien de temps, ce qui ne manqua pas d'épater, voire de faire douter, sa mère. La journée de 27, Kate reçut tellement de hiboux de remerciements que Grace dut prétexter une invasion de rats dans le grenier auprès d'un voisin qui fourrait son nez partout. Tous ses amis lui témoignaient leur soutien vis-à-vis de cette journée du lendemain, qu'ils savaient très importante pour elle.

En effet, le matin du 28, au moment où elle rangeait sa vaisselle du petit-déjeuner dans l'évier, quelqu'un frappa à la porte.

— Ça doit être eux... !

Le ventre noué, elle se saisit de son Fuselune et de son sac, entreposés dans l'entrée, avant de se rappeler qu'il pouvait également s'agir d'un vendeur de calendrier moldu ou d'un scout vendant ses biscuits des fêtes. À la va-vite, elle bazarda ses affaires dans le salon, claqua la porte vitrée puis alla ouvrir à l'entrée. Hermione écarquilla de grands yeux :

— Je viens d'entendre un grand bruit. Ça va ?

— Je-euh, oui ! C'est juste... quelque chose qui est tombé dans le salon.

Elle jeta un rapide coup d'œil derrière la jeune femme et reconnut avec joie Dédalus Diggle, toujours affublé de son affriolant haut-de-forme violet. Le père de Terry la salua chaleureusement avant que Kate ne dévisage le dernier visiteur. Visiteuse, en l'occurrence. L'opposé extrême du père de Terry. Grande et pâle, d'une beauté troublante malgré son air pincé, ses cheveux bruns sombres cascadant en boucles soyeuses sur ses épaules, la sorcière portait un grand manteau rouge, des gants en cuir et un regard bleu acier aussi redoutable que celui d'un basilic.

— Vous voulez entrer ? leur proposa Kate.

— Nous n'allons pas tarder, Kate, le temps nous est compté, lui expliqua Hermione avec courtoisie. J'ai calculé, nous devrions en avoir pour deux heures et cinquante-huit minutes de trajet dans les conditions météorologiques actuelles. Plus quinze minutes de pause au milieu. Il faut donc que nous soyons partis au maximum à 9h47. Mais ta mère est là ? J'aimerais lui parler avant que nous décollions.

— Elle est en haut avec ma sœur. Je vais la chercher. Mais entrez au moins, vous allez avoir froid !

Kate se pressa alors à l'étage alors que Grace terminait d'habiller Abby après son bain.

— Ce sont eux, maman.

— J'ai entendu... soupira-t-elle.

Elle jeta un coup d'œil à sa fille aînée.

— Comment tu te sens ?

Incapable de donner une réponse précise, Kate se contenta de hausser les épaules. Mère et filles descendirent alors ensemble les escaliers, Grace devant, Abby dans ses bras.

— Oh, mais qui voilà ! s'exclama Dédalus devant la toute petite. Hé, coucou Abby ! C'est fou ! Qu'est-ce que ça grandit vite, les enfants ! Plus vite encore que les bambous sifflants de Corée !

— Euh... vous n'étiez pas trois ? se questionna Kate en remarquant l'absence de la sorcière au manteau rouge.

— Miss Ivanov préfère rester attendre dehors, précisa Hermione en hochant la tête. Bonjour, Mrs Whisper.

— Miss Granger. Je suis bien contente de vous revoir. Et vous aussi, Mr Diggle.

— Moi de même !

— Kate vous a un peu expliqué le déroulement de la journée ? demanda Hermione, qui ne perdait jamais le cap, directe.

— Quelques détails me rassureraient, pour tout vous avouer.

Hermione lia ses mains devant elle et prit une longue inspiration pour se lancer dans de plus vastes explications.

— Nous allons nous rendre à Azkaban en balais volants. C'est le seul moyen d'y accéder. Le transplanage est restreint dans cette zone. Nous avons de la chance, aujourd'hui, il n'y a pas d'annonce de blizzard, mais j'espère que le trajet se déroulera sans encombre. Nous sommes trois pour accompagner Kate. Dédalus Diggle, que vous connaissez déjà ; Irina Ivanov, l'Auror du groupe, elle assure notre sécurité au cas-où ; et moi-même, pour représenter Kate en tant que sa tutrice sorcière sur les lieux. L'entretien est prévu pour treize heures, durant quinze minutes, dans une salle spéciale, aménagée pour la rencontre. Au départ, on nous avait proposé quinze heures, mais j'ai négocié pour pas que nous ayons à rentrer de nuit sur la fin de parcours.

— C'est bien aimable à vous, remercia Grace.

— Bien, je... je pense avoir tout dit ! conclut Hermione, légèrement embarrassée, en tapant dans ses mains. Tu es prête, Kate ?

— Oui !

— Je ne suis pas certaine que des collants soient suffisants... Il fait très froid !

— Ce sont des collants magiques, lui expliqua l'adolescente.

— Ah, au temps pour moi !

— Allons-y.

Son ton déterminé mit fin à la conversation et une fois quelques au revoir partagés avec Grace, la petite escouade sortit au grand air.

— Personne ne va nous remarquer au décollage ? s'étonna Kate, alors que Dédalus et Hermione récupérèrent leurs balais laissés contre la porte du garage.

— Pas d'inquiétude, miss Ivanov s'est chargée de tout, la rassura mister Diggle qui rajusta son énorme manteau noir et violet à gros boutons en or factice. N'est-ce pas, miss Ivanov ?

Cependant, à cette question lancée avec amabilité pour détendre l'ambiance, miss Ivanov se contenta de répliquer d'une voix aussi glaciale que son regard :

— Ne tarrrdons pas.

Dédalus grimaça et murmura à Kate :

— Si tu veux mon avis, jeune fille, l'air ne sera pas ce qu'il y aura de plus froid, aujourd'hui... !

La jeune fille hocha la tête, ne sachant que répondre.

— Peu importe, poursuivit-il avec son habituel sourire radieux. Nous avons lancé un sort de camouflage hivernal sur nos balais volants. Si un moldu tente de regarder dans notre direction, il ne recevra qu'une grosse bourrasque de vent. Ça oblige à détourner les yeux... !

— Habile.

— Très. C'est miss Ivanov elle-même qui a inventé ce sortilège. Pour ses missions... Enfin, ne traînons pas ! Sinon, elle risque de nous métamorphoser en glaçons !

— Bon, Kate, s'avança Hermione. Durant ce trajet, contente-toi de nous suivre. Nous allons nous mettre en formation triangulaire pour...

— Hein ? se haussa Kate. Mais je ne vais pas passer trois heures de vol entre vous trois !

— Ce n'est ni un vol de croisière ni de la compétition, Kate. Tu dois respecter cela. De plus, c'est inscrit dans le formulaire protocolaire que...

— Je me fiche des protocoles ! Je ne vais pas fuguer !

— Miss Granger, nous pourrions...

— Pas de négociation, s'il vous plaît, mister Diggle.

— Ce n'est pas dangereux ! continuait d'arguer Kate. Je sais voler ! Et...

— Ca va s'arrrrêter un jourr, ces caprrrices ?!

Les mots d'Irina Ivanov clouèrent les trois sorciers tandis que la femme revenait à la charge avec un air visiblement agacé. Elle s'adressa alors sèchement à Kate :

— Les rrrègles sont les rrrègles. Tu ferrras comme on dirrra et pas autrrrement. Est-ce clairrr ?

Kate en perdit toute répartie, impressionnée et admettant qu'elle avait été peut-être trop loin dans ses revendications.

Ils prirent donc leur envol en direction du Nord. Au centre de la formation, Kate suivait le parcours tracé par l'Auror en rouge, devant elle. À sa droite volait Hermione et à sa gauche Dédalus Diggle. Au bout de trente minutes de trajet, Kate se fit la réflexion qu'elle aurait dû choisir des gants plus chauds en sentant les extrémités de ses doigts souffrir du froid. Peu à peu, la formation s'élargit, lui laissant plus de liberté de mouvement sur son balai, alors que miss Ivanov traçait au-devant.

— Elle a l'air très concentrée sur sa mission, fit remarquer Kate.

— Elle l'est, approuva Hermione. Enfin, pour tout avouer, c'est elle qui s'est proposée comme volontaire pour l'assurer.

— Ah bon ? À ce point ?

— Tu sais, ce ne sont pas tous les Aurors qui sont partants pour une escorte jusqu'à Azkaban sous le blizzard durant la période des fêtes de fin d'année, ricana-t-elle. Ron lui-même a déclaré, je cite, « préférer encore apprendre la danse classique à des trolls que de faire cette mission ». Ça n'a rien de personnel, bien entendu ! Juste que les conditions ne sont pas très... enviables !

— Ron ? Ron Weasley ? s'intéressa Kate, qui avait déjà lu son nom dans certains journaux d'après-guerre.

— Hm, oui. C'est mon copain et il est Auror. Enfin... presque.

— Comment on peut être « presque-Auror » ?!

— La formation d'Auror est très intense. Beaucoup de théorie, d'épreuves physiques, de sortilèges... Ron a été trop ambitieux, pour le coup, mais il était tellement ravi de suivre les pas de Harry. Ça le réconfortait, je pense... Mais il n'a pas les mêmes facilités là-dedans. Je l'avais prévenu. Du coup, il passe sa dernière année en deux ans, mais il peut être affecté à des missions mineures en raison du sous-effectif des Aurors, actuellement. C'est d'ailleurs pour cela que miss Ivanov est ici. Avec la fin de la guerre, le nombre de missions a quadruplé, afin d'attraper les derniers Mangemorts et autres râfleurs, partisans de Voldemort en fuite... D'autres ministères européens ont donc envoyé certains de leurs Aurors volontaires pour renforcer les équipes britanniques.

— Dont miss Ivanov, en déduisit Kate.

Hermione hocha de la tête tout en relevant son écharpe épaisse sur son menton.

— Finalement, ça doit être la mieux placée pour superviser ce genre de mission, déclara Dédalus d'une voix assez forte afin qu'ils puissent s'entendre. Elle a tellement amené de criminels à Azkaban depuis son arrivée ici qu'elle connaît le chemin par cœur, même par ce temps. Et on va dire que les basses températures ne la dérangent pas... !

— À ce point ?

— C'est qu'il fait très, très froid en Russie !

— Non, je veux dire, pour les criminels. Elle a envoyé tant de Mangemorts que ça en prison ?

— Elle est redoutable. Personne n'irait remettre en cause son rang d'Auror. À moins de vouloir finir en plusieurs morceaux...

La petite équipe s'accorda une courte pause, le temps pour eux d'avaler un petit encas de midi à l'abri du vent et de la neige. Mais ils reprirent le chemin des airs bien vite pour éviter tout retard.

Le brouillard était si épais que Kate ne s'aperçut que bien tard qu'ils survolaient à présent la mer. Cela lui donna un instant le vertige, craignant de tomber dans l'eau glacée, mais la brume et la présence des autres sorciers expérimentés autour d'elle la mirent en confiance. La silhouette lointaine d'Azkaban se découpa peu à peu au loin, dont on distinguait une grise façade effacée qui s'assombrit au fur et à mesure de leur approche. La grande tour en pierres trônait sur une île dont elle était reine.

Kate imagina sans mal les Détraqueurs tourner autour de la bâtisse, tel qu'ils le faisaient, quelques années en arrière, avant que le Ministère ne les chasse des lieux. Mais Azkaban n'en devenait pas plus accueillante pour autant. Sur la seule parcelle de semblant de verdure de l'île avait été établi un cimetière peu entretenu, où les pierres ne donnaient pas de nom, mais seulement un emplacement déjà pris. Personne ne venait pleurer les morts d'Azkaban. Le monde préférait les oublier.

En posant le pied à terre devant la seule porte minuscule permettant d'accéder à la prison, Kate leva son visage, assailli par des particules d'eau salée soufflées par la mer, et détailla plus attentivement la façade, parsemée de meurtrières qui ne devaient pas faire de l'intérieur un endroit bien lumineux. Son père était là.

— Ça va, Kate ? se soucia Hermione, emmitouflée dans sa capuche rembourrée, alors que miss Ivanov se dirigeait vers l'épaisse porte en bois érodée et blanchie par le sel.

Ne parvenant à formuler de réponse, l'adolescente se mordit sa lèvre inférieure gercée et opina du chef. Jusque-là, elle avait toujours eu confiance. Mais ses croyances, ses espoirs étaient mis à rude épreuve. Elle pensait Phil assez fort pour surmonter les premiers mois à Azkaban. Qu'en était-il réellement ? Elle prit conscience que les minutes qui la séparaient d'une vérité peut-être insupportable s'égrainaient.

Miss Ivanov frappa à la porte avec une certaine rudesse, jusqu'à ce qu'un petit panneau coulisse à hauteur d'yeux.

— Escorrrte pourrr Katelyna Whisperr, annonça-t-elle.

— Ah, Ivanov. Ça fait longtemps qu'on ne t'a pas vu dans le coin ! Hein ?

Irina ne répondit rien au sorcier derrière la porte qui laissa échapper une remarque :

— Toujours aussi bavarde, à ce que je vois...

Puis, le panneau se referma, avant que le déclic de plusieurs grosses serrures se fasse entendre et que la lumière de sortilèges ne file dans les maigres ouvertures en des rais de couleurs. Un sorcier massif à la barbe brune bien drue ouvrit alors la porte et s'écarta pour les laisser passer. Il ne put s'empêcher de fixer un regard intéressé sur la petite Kate, sur laquelle les journaux avaient longtemps jasé, quand cette dernière passa sous son nez.

— Mes salutations, Fitz ! lança Dédalus avec bonhommie en levant son chapeau haut-de-forme, fermant la marche.

Aucune fenêtre ne laissait la lumière de l'extérieur éclairer l'étroit boyau en pierres glacées et humides. Au bout du couloir, ils débouchèrent sur une petite pièce donnant sur plusieurs portes épaisses, dont l'une, entrouverte, laissait apparaître trois sorciers en pause se divertissant autour d'une partie de cartes explosives. Tous suivirent ensuite l'exemple d'Irina qui déposa son balai dans un renfoncement.

— Très bien... marmonna Hermione, le lieu la mettant mal à l'aise.

— Et qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? la questionna Kate à voix basse.

— Je suppose... qu'il faut que j'aille à la rencontre du directeur pour l'avertir de notre présence. Miss Ivanov ? Vous voulez bien m'accompagner ? Mister Diggle, restez avec Kate, nous revenons tout de suite.

La sorcière russe hocha brièvement la tête et lui montra la marche à suivre en lui ouvrant une porte qui donnait sur un gros couloir pourvu d'arches élaborées en bois. Quand elles eurent disparues, Dédalus s'accorda un instant de répit en s'adossant à l'un des murs.

— Eh bien... ! souffla-t-il. Je n'ai plus ma jeunesse d'avant ! Les voyages en balai, ce n'est plus ce que c'était... ! Il faudrait que j'apprenne à me ménager !

Il considéra dans un sourire qu'il aurait voulu partagé la jeune Kate, immobile au centre de la petite salle, qui tripotait son pendentif, la tête baissée, son sac à ses pieds, alors qu'elle portait encore son gros manteau recouvert de flocons.

— Tout va bien se passer, Kate, tenta-t-il de la rassurer.

Il devina un léger hochement de tête peu convaincu par le mouvement de ses cheveux emmêlés par le vent. Embêté de savoir qu'il ne parviendrait par aucun moyen à réellement la tranquilliser, Dédalus croisa les bras contre lui et se recroquevilla pour récupérer un peu de chaleur. Dans la salle des gardes, un as de pique explosa au nez de l'un d'entre eux, sous l'hilarité de ses deux collègues.

Quelques minutes plus tard, la tête d'Hermione passa dans l'entrebâillement de la porte par laquelle elle avait disparu.

— Kate ? Peux-tu venir, s'il te plaît ?

Elle lui tint la porte à son passage et Kate détailla quelques secondes les grandes voûtes, éclairées de manière lugubre par des torches.

— Je préfère te prévenir, mister Gloom est... particulier dans son genre. Mais il a demandé à te rencontrer avant l'entretien.

— C'est le directeur ? s'interrogea Kate.

— Oui. Avant, il n'y avait pas de directeur, ici, à Azkaban, lui expliqua-t-elle. Il n'y avait même personne qui restait ici plus de deux heures, à cause des détraqueurs. Depuis que Shacklebolt est à la tête du Ministère, les choses ont changé à Azkaban. Des sorciers pour remplacer les détraqueurs et un directeur pour superviser le tout... Et les conditions de détention sont moins inhumaines qu'elles ne l'étaient. Tout ça pour te dire que mister Gloom est... très fier de revendiquer son poste, novateur en soi. N'en sois pas étonnée. Par ça et par d'autres... choses.

— D'autres choses ?

Elles passèrent sous le regard indifférent d'Irina Ivanov, restée dans le couloir, comme une statue de marbre, et Hermione tira une brève grimace avant de frapper à la porte entrouverte sur laquelle était placardé le titre « D. Gloom – Directeur de l'établissement pénitentiaire d'Azkaban. Attention où vous mettez les pieds en entrant. ».

— Oui, oui, oui, entrez donc ! chantonna une voix.

En élargissant l'ouverture, Hermione percuta quelque chose avec la porte, produisant un petit grognement. Kate comprit mieux l'avertissement en balayant d'un bref regard la salle, remplie de boules de fourrure, plus ou moins grosses, qui gambadaient dans le bureau des directeurs. Les boursouf avaient pris possession des lieux. Le maître de cette obsession, un homme au teint rougeaud, le crâne recouvert de fins cheveux et des lunettes rondes sur son nez, sa baguette magique en équilibre derrière l'oreille, se leva aussitôt.

— Par les ganglions de Merlin, vous avez blessé Perky !

Le directeur, engoncé dans une robe verte trop petite, se précipita vers le boursouf sonné qui se lamentait, alors que d'autres de ses congénères s'étaient approchés pour évaluer sa situation. Hermione ne répondit rien, terriblement confuse par cette situation dépassant l'entendement. À son regard, Kate déduisit qu'elle pensait le directeur aussi fou que certains de ses prisonniers.

— Oh, Perky, tu sais que c'est dangereux, la porte, mon mignon ! gronda Gloom en se penchant pour le ramasser. Mais tu n'as rien. C'est le principal. Ouh, mignon...

Après l'avoir porté à sa joue pour le câliner, sous le regard hébété des deux sorcières, il le déposa sur son épaule alors que la créature à la fourrure crème émit un grave bourdonnement de satisfaction, laissant dépasser l'extrémité de sa langue rose et duveteuse.

En se relevant, Douglas Gloom abaissa alors son regard vers Kate, qui déglutit de malaise. Il étira un soudain sourire éclatant, presque trop effrayant pour être vrai.

— Tu dois être Katelyna Whisper ! C'est ça ?

Elle hocha frénétiquement la tête dans de petits mouvements.

— Enchanté, Katelyna !

Il lui empoigna la main, sans la lui tendre au préalable, et la secoua vigoureusement.

— Je suis Douglas Gloom. Et ça, c'est Perky.

Amorphe, le boursouf laissait toujours pendre sa langue, qui tombait de plus en plus.

— Dis bonjour à Perky !

— Je-euh, bonjour Perky... !

— Ah, les enfants ! éclata Gloom dans un rire, en attrapant son épaule. Eux et les créatures s'entendent toujours à merveille. Deux espèces mignonnes comme tout ! Comment est-ce que ça va, Kate ?

Dégoûtée par cette main posée sur son épaule, elle ne formula qu'une piètre réponse bredouillée :

— Ca... ça va.

— Ah, je pense qu'il y a plus que ça, jeune fille ! On va en parler ! Allez donc vous asseoir sur la chaise. Et faites attention à Mimi, elle aime occuper le coussin des visiteurs ! Ne l'écrasez pas par mégarde ! Ah... !

Il s'interposa alors qu'Hermione chercha à rentrer à son tour.

— Non, non, non ! J'aimerais un entretien seulement avec Kate, miss Granger, si ce n'est pas trop vous demander.

— Je suis sa tutrice, attribuée par le Ministère, rétorqua Hermione. Je ne peux pas la laisser seule. Laissez-moi entrer, s'il vous plaît, mister Gloom.

— Laissez-moi réfléchir...

Il fit mine de méditer, les yeux vers le ciel, le doigt sous le menton, avant de statuer dans un grand sourire.

— C'est non !

Sur ces mots, il lui claqua la porte au nez. Pendant ce temps, Kate s'était avancée vers le bureau, sur lequel étaient étalés des dossiers de condamnation. Certains narraient des crimes d'une atrocité peu imaginables. La guerre avait eu son lot de criminels. Elle chassa gentiment le boursouf qui s'était effectivement glissé sous le coussin couleur pêche du siège et s'installa avec précaution alors que Gloom revint à sa place, tentant vainement de raccrocher un bouton qui sauterait de nouveau d'ici quelques minutes.

— Ah, Katelyna Whisper ! Quelle joie de vous recevoir aujourd'hui dans ce bureau. Si j'avais cru. Et en plus, vous n'avez même pas de menottes aux mains ! Ça stresse mes mignons, ça, les menottes. Ils le flairent bien.

Il caressa du bout du doigt, tout en faisant quelques mimiques attendries, le boursouf sur son épaule, dont la langue atteignait maintenant le coude du directeur.

— Les boursoufs sont dotés d'un merveilleux instinct. Ils détectent tout de suite le mal et le bien chez les gens. Tout le monde pense que les créatures sont dépourvues de sentiments. Eh bien, je pense tout l'inverse. Ces petites créatures adorables possèdent bien plus de sens émotifs que les sorciers. Très réceptifs... Hein, n'est-ce pas mon petit Perky ? Oh que oui ! C'est que c'est un mignon petit, mon Perky, hein ? Mignon, mignon, mignon ! Hihi !

Remarquant que Kate ne réagissait pas, son sac sur ses cuisses, Gloom réintégra un semblant de sérieux qui laissa briller le reflet de sa folie dans son regard clair.

— Alors, qu'est-ce qui vous amène ici, jeune Kate, jolie Kate ?

— Je viens voir mon père, répondit-elle avec un semblant de rudesse pour éviter d'avoir à s'attarder ici dans d'inutiles discussions.

— Ah oui, mais oui, bien sûr ! Votre père ! Ah, ce sacré Philippus ! Miss Granger m'a dit que vous lui aviez amené quelques choses. C'est exact ?

— Je-... oui.

— Je peux le voir ? réclama-t-il, le regard brillant de curiosité, le menton sur ses mains liées, les coudes sur la table.

Après un temps d'hésitation, Kate s'exécuta, ouvrit la fermeture éclair de son sac à dos et sortit une petite boîte en carton, scotchée de travers, qu'elle posa sur le bureau.

— Qu'est-ce que c'est ? s'intéressa Gloom en haussant les sourcils.

— Un cadeau.

— Ohoho, aussi farceuse que son père, celle-là ! Allons. Soyez plus spécifique. Sinon, je vais me fâcher ! Et vous n'aimeriez pas que je me fâche.

— Une bougie, répondit Kate. J'ai vérifié sur la liste d'Hermione. Ça ne fait pas partie des objets interdits par votre règlement.

— Une bougie ? Que c'est mignon ? Votre père a l'âme romantique en plus d'avoir celle d'un boute-en-train ?

Son sourire malsain s'étira davantage.

— En plus d'avoir celle d'un meurtrier.

— Mon père n'est pas un meurtrier, articula Kate, amère.

— Si peu ? Oh. Malheur. Je l'ai donc gardé ici durant cinq mois sans savoir pourquoi.

Son ton ironique força Kate à briser la façade de la courtoisie.

— Je veux voir mon père.

— Patience, jeune Kate, jolie Kate. J'aurais aimé parler de lui avec vous, avant d'aller à sa rencontre...

Son regard s'assombrit et il fit descendre Perky le long de son bras pour le réceptionner avec délicatesse au creux de ses mains.

— C'est qu'on croise rarement des cas aussi intéressants que celui de votre père.

— Qu'est-ce que... vous voulez dire ?

— La plupart des prisonniers ici le sont pour de bonnes raisons. D'autres ont atterri là sur le coup de la malchance, d'accusations erronées. Mais ce ne sont pas mes oignons. J'en ai vu passer, en quatre ans, des prisonniers agressifs, désespérés, dépressifs, violents. Mais des gens comme votre père sont rares. Ceux qui sont calmes. Qui attendent patiemment... C'est là que l'on mesure toute l'intensité de la chose. Pour tout vous avouer, miss Whisper, j'ose parfois mettre en doute les décisions du Magenmagot concernant certaines condamnations. Mais celle de votre père... Quelqu'un comme ça. Torturer un sorcier. Le tuer de sang-froid... Brrr, cela me donne des frissons. En le voyant ainsi, on mesure l'étendue de la chose : cela ne lui fait ni chaud ni froid d'être ici. Il a tué, c'est tout. Son calme fait peur plus qu'il n'apaise. Il ne se plaint jamais, ne crie jamais. Que voulez-vous que je vous dise : il est le prisonnier modèle. Et c'est ce qui me fait penser qu'il n'est pas si innocent que vous pourriez le croire. Car il n'en veut à personne. Et il ne s'en veut pas non plus...

Sa déclaration rassura et terrifia Kate dans un même temps. Son père n'était pas devenu fou. Mais cette tempérance décrite, elle ne la comprenait pas. Pendant ce temps, Gloom fixait le visage de l'adolescente en face de lui.

— On vous a déjà dit que vous avez le même regard que votre père, miss Whisper ?

— Oui, souvent...

— Intéressant... Un regard d'acier, un regard sans crainte. Sachez en tout cas que si vous assassinez quelqu'un, avec un tel regard de tueur, je me ferai une joie de vous accueillir ici. Vous seriez une invitée de marque...

— Je... ne suis pas une meurtrière en devenir non plus ! s'offusqua Kate, choquée.

— Attendez, chut !

Avec précaution, il amena Perky près de son oreille et fit mine d'écouter.

— Pourtant, Perky est inflexible. Il me dit bien quelqu'un de dangereux se trouve en ce moment, dans cette pièce. Regardez. Regardez mes mignons, comme ils tremblent !

Par réflexe, Kate jeta un coup d'œil aux boursoufs environnants, tous figés sur place. Mais elle n'y vit pas de mauvais présage : seulement la folie d'un homme.

— Je veux voir mon père, répéta-t-elle, stoïque.

— Alala ! soupira-t-il avec des gestes théâtraux, manquant de balancer Perky. Que d'impatience ! Très bien, très bien ! Je vais vous mener à votre père. Venez avec moi.

Elle s'apprêta à reprendre son cadeau, quand Gloom le harponna du bout des doigts.

— Ah, ah, ah... l'arrêta-t-il. Ceci reste ici. Je le transmettrai à votre père après votre entretien. Vous ne pourrez rien vous échanger pendant. Et même si je ne doute pas de vous, mes employés doivent cependant le passer sous contrôle.

Puis, il se leva de son siège, parla à certains de ses boursoufs avant d'échanger Perky avec un autre de ses congénères à la fourrure plus claire qu'il transporta sur son épaule. Il se dirigea alors vers un rideau mité qui, une fois soulevé, donnait sur une porte minuscule qui nécessite que l'on se plie en deux pour pouvoir y rentrer.

— Si cela ne vous dérange pas, je préférerai éviter de croiser de nouveau miss Granger. Passons par ce raccourci, jolie Kate, voulez-vous ?

Dans une courbette, il lui céda le passage. Cependant, Kate marqua un temps d'hésitation avant de se persuader qu'elle ne pouvait courir aucun danger, tant qu'Hermione, Dédalus et Irina étaient dans les parages. Le relief de sa baguette magique dans sa poche la remit en confiance et elle s'engouffra dans le tunnel. Elle tenta d'outrepasser les monologues que Gloom tenait à l'intention de son Boursouf, un dénommé Winston. Au bout du couloir au bas plafond se trouvaient des marches, que Kate gravit en prenant garde à ne pas percuter quelques pierres saillantes. Il donnait sur une porte que Gloom lui indiqua comme étant ouverte. Dans cette pièce, semblable aux autres, sans fenêtre et éclairée de manière lugubre, se trouvait une estrade centrale en pierre, pourvue de hautes rambardes. Et l'un des murs avait été remplacé par un jeu de double-portes gigantesques sans poignée ni serrure.

— Ca va se passer ici ? s'interrogea Kate, la voix résonnante.

— Oh non ! Non, non ! Même si nous ne sommes pas habitués aux visites, je tiens à vous offrir le meilleur confort ! Au moins une assise, si vous vous le voulez bien.

— Pourquoi sommes-nous ici, alors ?

— Patience, patience, jeune Kate, jolie Kate, chantonna le directeur en feintant quelques pas de danse en se dirigeant vers l'estrade.

Il cueillit alors sa baguette coincée derrière son oreille proéminente et d'un geste abaissait une portion de la barrière.

— Montez.

— Pourquoi faire ? demanda-t-elle en obtempérant malgré tout.

— Que de questions. Vous n'avez pas autre chose que des questions dans votre petite caboche, miss Whisper ? Ola, ola. C'est fatigant. Regardez, même Winston en baille ! N'est-ce pas, mignon ?

Après avoir refermé le passage derrière eux, il s'avança vers la tablette centrale en pierre, vierge, sans indication, surélevée à hauteur de taille par une sculpture en forme de bras porteurs.

— Si vous n'avez pas suivi les actualités autres que votre célébrité, soupira Gloom, sachez que tout le système d'Azkaban a été revu par le Ministère et moi-même. Après l'évasion de Sirius Black il y a huit ans – déjà ! – et la destitution des détraqueurs qui assuraient un travail de qualité jusqu'ici, il nous a fallu reconsidérer les plans de l'établissement pour éviter d'autres fuites. Surtout avec les détenus que nous logeons actuellement ! Des fous, je vous dis, des fous !

Il posa l'extrémité de sa baguette tordue sur la plaque de pierre et traça une forme bien précise dans un raclement crispant.

— Accrochez-vous, mimi, ça va décoller !

Pensant à une métaphore de la part de cet aliéné, Kate ne s'attendit pas à ce que la plateforme s'élève réellement. Son genou percuta le sol dans son déséquilibre, sous l'indifférence la plus complète de Gloom. Et par magie, les immenses portes s'ouvrirent sur un espace sans mesure dont on ne distinguait le fond et la plateforme lévita, à la manière d'un tapis volant, à travers la pièce.

— Plus de couloirs ! déclara Gloom, saisi d'une sorte de frénésie. Fini les couloirs, c'est suranné les couloirs ! Avec ce système, personne ne peut s'échapper de cette prison.

Écœurée que l'on puisse s'extasier des conditions de prisonniers dont Gloom savait certains innocents, Kate s'écarta et jeta un coup d'œil par-dessus la rambarde. En-dessous d'eux, le vide, les ténèbres.

— Bouh !

La farce de Gloom la fit sursauter alors qu'il avait culbuté son épaule, lui faisant croire qu'elle allait chuter.

— Mais ça ne va pas ?! cria-t-elle alors qu'il riait à gorge déployée. J'aurais pu tomber ! J'aurais pu mourir, espèce de malade !

— Relax, jolie Kate ! Il y a un sortilège pour vous rattraper en bas dans le pire des cas ! Des fois que les prisonniers voudraient en finir. Ce n'est pas moi que ça dérangerait, mais ça fait plus de papiers et de rapports pour le Ministère, alors on essaie de limiter les pertes.

Kate reprit sa respiration et se força à se calmer. Tout ça, elle le faisait pour Phil. C'était pour lui qu'elle était ici, quitte à subir les exubérances et les blagues de mauvais goût d'un directeur dément. Elle balaya du regard toutes les portes des cellules individuelles qui saillaient des murs gigantesques, ordonnées en rangs de dix. Son père se trouvait sûrement derrière l'une d'elle.

Quand ils eurent traversé entièrement la salle, la plateforme s'immobilisa en percutant le mur du fond, pourvue d'une unique porte. Abaissant de nouveau la rambarde par magie, Gloom ouvrit la porte et passa cette fois-ci le premier pour présenter les lieux à l'adolescente.

La pièce était à l'image de tout ce que Kate avait pu voir d'Azkaban : vide et glauque, quoique plus lumineuse, pourvue d'une unique fenêtre. Des bougies avaient été accrochées au mur, d'autres étaient plantées à même le sol dans une mare de vieille cire durcie. Au centre se trouvait une vieille table branlante, une chaise de chaque côté. Certains cinéastes moldus se seraient donnés à cœur joie de planter là le décor d'une scène de sacrifice humain.

— C'est ici... ?

— Oui, miss, c'est ici ! Plus chaleureux et confortable, n'est-ce pas ! Ça ferait presque intime...

Kate ne répondit rien alors qu'elle explorait la salle qui suintait d'humidité et qui sentait le renfermé.

— Si vous voulez bien vous diriger vers la chaise, l'invita Gloom, demeuré près de la porte, Winston ayant grimpé sur sa tête.

Elle s'exécuta mais fut corrigée :

— Hinhin. Pas celle côté porte. L'autre en face. Bien. Asseyez-vous.

Cette fois, le directeur s'avança, un sourire menaçant aux lèvres.

— Votre baguette, sur la table.

— Non.

— Miss Whisper. Je ne me répéterai pas. Ce sont les règles si vous voulez voir votre père. Allez, ne nous faites pas attendre ! Sinon, Winston aussi sera fort mécontent.

À contrecœur, Kate sortit sa baguette magique de sa poche et la fit rouler sur la table. Gloom s'empressa de s'en saisir et l'examina.

— Très jolie, en bois blanc, comme ça...

— Vous me la rendrez quand ?

— Mais vraiment ! Que d'impatience ! Vraiment ! Tout à l'heure. À la sortie. Venez me chercher si j'oublie. Bien...

En reculant de quelques pas, Gloom leva sa propre baguette magique et clama :

— Protego !

Un filet bleu jaillit de sa baguette et se projeta contre Kate, en un mur immatériel qui séparait la table en deux.

— Vous... m'enfermez ici ?! se gendarma-t-elle, en devinant qu'elle était emprisonnée dans une moitié de salle, sans pouvoir rejoindre la sortie.

— Oh, oh, loin de moi cette idée, pas tout de suite ! Mais voyez-vous, les contacts physiques sont interdits. Oh non ! Ne vous énervez pas encore, jeune Kate, jolie Kate ! Vous avez déjà une chance immense d'être ici aujourd'hui alors cessez de vous plaindre. Un garde annulera mon sortilège à la fin de l'entretien. Maintenant, même si c'est trop vous demander, vous allez patienter sagement ici, le temps que l'un de mes employés aille chercher votre gentil papa. D'accord ?

Il glissa quelques mots sournois en refermant la porte, le tout accompagné d'un petit signe gracile des doigts :

— A toute à l'heure... !

La dernière chose que Kate entendit fut le bruit tonitruant du rot de Winston, ainsi trimballé dans tous les sens. Les bras croisés, elle soupira d'aise en se sachant débarrassée de cet individu pour un court moment. Son regard finissait toujours par fixer la porte en face d'elle. Car le prochain qui la franchirait serait Phil.

Elle se triturait les doigts sur la table en réfléchissant à ce qu'elle allait pouvoir lui dire. Mais sifflaient en elle les voix pernicieuses de tous ces gens qui haïssaient son père et qui le lui faisaient bien endurer. Les juges du Magenmagot. James. Gloom. Morgana... Maggie lui avait toujours répété qu'elle devait cesser de vivre comme le reflet de son père, mais les gens la considéraient comme son ombre et la détestaient comme son égal. Porter le nom de Whisper n'avait jamais été aussi lourd à porter, depuis l'arrestation de Phil. Car elle était désormais seule, sans personne pour l'en protéger.

Puis la porte s'ouvrit.

Les sens alertes et les émotions à fleur de peau, Kate se redressa. Elle ne retint pas les menottes, la barbe de négligence, les cheveux sales, les loques rayées. Mais le regard brillant de Phil, qui étira un sourire béat en apercevant sa fille, qui se leva d'un bond.

— Kate... !

Des larmes de bonheur saillirent aux yeux de la jeune fille, alors que le garde derrière le prisonnier, dont elle n'avait remarqué la présence, trancha d'une voix rauque :

— Quinze minutes.

Poussant légèrement Phil de manière à le dégager de l'aire d'ouverture de la porte, il la referma.

— Kate...

Constatant qu'il s'avançait vers elle, sa fille le mit en garde bien qu'elle devait se retenir de se projeter contre lui à son tour :

— Papa, ils ont placé un sortilège de bouclier... ! Ne...

Ses mots se dérobèrent sur sa langue. Ému, Phil ricana :

— Tu as tellement changé en cinq mois, chipie... !

— T'es bien placé pour me dire ça, tiens ! répliqua Kate dans un sourire tremblant.

— Je ne sais plus à quoi ressemble un miroir, mais bon. Il paraît que la barbe est à la mode !

Ils rirent tous les deux avant de se décider à s'asseoir, l'un en face de l'autre. Trop de choses se bousculaient dans la tête de Kate, elle ne savait par où commencer.

— Tu as été gâtée à Noël ? initia son père.

— Hm. Il y avait les grands-parents.

— Ah. Tu n'as pas été gâtée alors.

— Il y avait James.

— Oh ! Comment va cette petite raclure ? Il a enfin mué ?

Kate lâcha un petit rire. Elle se sentait enfin comprise, du moins écoutée.

— C'est vraiment un enfoiré. Je ne comprends pas qu'il puisse être le frère de maman.

— Cherche pas. Une histoire de frustration, tout ça.

— Sûrement. Ah et on a un chien, maintenant.

Phil se figea et grimaça.

— Dis-moi que c'est une bête sanguinaire et féroce... !

— C'est une petite peluche blanche qui saute partout et qui s'appelle Icarus.

— Oh, la honte... s'abaissa-t-il en se prenant la tête dans les mains. Bon, finalement, c'est peut-être mieux que je ne rentre pas à la maison ! Comment tu veux que j'entretienne une réputation de nettoyeur sans pitié avec un clebs pareil !

— Mais il est trop mignon !

— Justement ! Trop mignon, c'est démoniaque !

— Woh. Tu pousses toujours aussi loin !

Leurs rires se tarirent puis Phil s'assombrit.

— Comment va ta mère ?

— Elle... C'est pas facile pour elle. Elle travaille beaucoup... Je crois qu'elle veut économiser pour acheter les appareils pour Abby. Pour ses oreilles. Tu lui manques, à maman... Beaucoup. Ça se voit, même si elle essaie de faire en sorte qu'on ne le remarque pas.

Phil sourit en se pinçant les lèvres et son regard dévia, se vida, alors qu'il songeait avec mélancolie à sa tendre épouse qui se morfondait dans sa solitude.

— Elle me manque aussi... avoua-t-il dans un murmure. Vous me manquez, toutes les trois. ... Et Abby ? Ça roule ?

— Ça marche, plutôt ! Court, même, parfois !

— Oh !

— Oui. Et c'est confirmé : c'est bel et bien une sorcière !

— Ah bon ? Elle a enflammé les cheveux de ta grand-mère ?

— Non.

— Oh. Déception.

— Elle arrive à allumer et à éteindre les appareils électriques de la maison. Souvent la télévision ou le téléphone.

— Son petit côté moldu. Je n'ai jamais pu utiliser ces trucs comme il faut...

— Oui. Ça rendait maman folle de rage quand elle essayait de t'appeler sur ton portable.

— J'ai dû répondre deux fois dessus. Grand maximum. Dont une fois à l'envers.

Phil préféra écourter le silence, conscient que le temps leur était compté.

— Et Poudlard. Comment ça va ?

— Tu as été mis au courant de ce qu'il s'est passé aux États-Unis ?

— Vite fait. On a le droit à une Gazette tous les quinze jours. Le grand luxe. J'ai cru comprendre que les élèves de Salem avaient débarqués en masse.

— Ouais. Et la plupart d'entre eux sont des abrutis finis.

— Hm, les Américains ne sont pas les plus futés. Mais je reconnais qu'ils font de bons burgers !

— C'est bien. Même à Azkaban, tu n'as pas perdu le sens des priorités, à ce que je vois !

— Et tes amis ? La forme ?

— Très bien, écoute. Maggie et Terry sortent ensemble depuis un mois.

— Qui l'aurait cru. Comme quoi les opposés s'attirent... !

— Je préfère dire qu'il était temps ! Sinon, tout va bien...

— Et toi ? Tu as un petit ami.

La phrase sonnait comme une affirmation plus qu'une question. Et le sourire facétieux de Phil le confirma à Kate, qui s'empourpra d'embarras.

— M-moi ? Je... Comment tu sais ?!

— Ton pendentif, expliqua-t-il en le lui désignant d'un geste du menton. Tu l'as changé.

Kate portait effectivement le flocon d'argent et de cristaux envoyé par Griffin, qu'elle tripota par réflexe.

— Il n'y aurait qu'un garçon pour t'envoyer quelque chose d'aussi kitsch... ! Et pour lequel tu aurais remplacé celui de ta mère.

— Arrête, papa ! Ça partait d'une bonne attention, ce collier ! Et puis je le trouve très joli !

— C'est Griffin ?

— Comment tu sais ?! se figea Kate.

— Si je me souviens bien, c'est avec lui que tu passais ton temps à échanger des lettres, cet été. J'ai vu ton nom au dos d'une enveloppe, une fois.

— Mais... t'as pas à regarder mes courriers !

— Tu utilisais MA chouette. Ça compte comme une rétrocession légitime.

Après avoir grommelé dans sa barbe, à moitié amusée, Kate lui confirma :

— Oui. C'est lui...

— Il te rend heureux ?

— En quelque sorte, oui.

— Héhé.

— Quoi, « héhé » ? s'étonna-t-elle.

— Eh bien il a de la chance que je sois en taule, sinon, je lui aurais fait passer un sacré examen ! On ne sort pas impunément avec mes filles !

— Papa !

— Quoi ? Si je ne peux même plus exercer mon rôle de paternel, où va le monde ?! Te défendre contre les petits cons, tout ça ?

Sa phrase ramena Kate à l'incident du Samain et, en constatant que l'expression de sa fille se refermait, Phil l'interrogea :

— Ca va, Kate ?

— C'est juste que... je pensais à quelque chose. Et je... non, c'est fou. Puis je n'ai pas envie d'en parler. Enfin, si. C'est important, mais...

— Kate, calme-toi. Tu peux tout me dire, tu sais.

— Je sais, mais...

Elle prit une profonde inspiration et se lança :

— Est-ce que tu as déjà eu des pouvoirs comme moi, papa ?

Comprenant ce qu'elle signifiait par-là, Phil fronça les sourcils et son premier silence fit douter Kate.

— Non. Jamais. Tu es la seule que je connaisse qui en soit capable. Pourquoi ? Tu... te demandes toujours d'où ça vient ?

— Toujours, évidemment ! Mais... le fait est que, depuis le procès, il se passe des choses étranges.

— Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

— Dès qu'il m'arrive des problèmes, je sens quelque chose. Ou plutôt quelqu'un. Qui me défend. Réellement.

— Euh. Je ne te suis pas.

Son ignorance prouva à Kate qu'il ne pouvait s'agir de son père, quand cet esprit clandestin prenait le contrôle de son corps. Elle lisait bien l'incompréhension dans son regard.

— Rien, oublie, souffla-t-elle.

— Non, je veux savoir !

— Papa, c'est... stupide, ce à quoi je pense. On perd du temps. Parlons d'autres choses.

— Non, Kate. C'est important que tu me dises ce dont tu as besoin de t'exsuder. Et les circonstances actuelles ne doivent pas te forcer à te taire.

— Mais, papa...

— Moujingue, je n'ai pas envie de hausser la voix. Alors dis-moi tout.

— C'est que...

Kate préféra contourner le sujet de manière habile :

— Je crois que tu me manques tellement que je me fais des films. J'ai besoin de croire que tu seras toujours là pour me protéger. Là pour moi... C'est ce que tu m'as dit... Quand ils t'ont emmené.

— Et je serai toujours là pour toi, Kate...

— Mais ce n'est qu'une illusion, papa ! J'ai besoin de toi.

— Kate...

Phil préféra répondre aux larmes de sa fille par un sourire de réconfort.

— Je ne serai pas éternellement l'homme de ta vie. Façon de parler. Il y aura toujours des gens, autres que moi, pour te protéger. Ce Griffin, avec son pendentif, il te protège à sa manière. Je serai là, par la pensée, dans les moments tristes, mais je ne veux pas que ta vie entière soit marquée par mon absence. Ne t'enferme pas dans mon souvenir. C'est bien compris, Kate ? Ne m'oublie pas, mais ne vis pas selon moi non plus. Et il faut que ta mère aussi le comprenne...

— Qu'est-ce que... tu veux dire par là ? renifla-t-elle en ne comprenant qu'à moitié.

— Ta mère ne pourra pas rester seule pour le restant de ses jours. Et Abby aura un jour besoin de la présence d'un père. Kate... Vous devez reconstruire votre vie, toutes les trois.

— Tu te rends compte de ce que tu dis ?! Ça ne va pas la tête ! Maman n'aimera personne d'autre que toi !

— Et dans vingt ans ? sourit-il.

— Elle... Je... C'est hors de question !

— Tu imagines, le sacrifice que cela lui demanderait ? De continuer à aimer quelqu'un qui n'est plus là pour elle et de rester éternellement fixée sur ce silence plutôt que de regarder le monde autour d'elle. Plutôt que de vivre. De retrouver le bonheur. L'amour. Elle a le droit. Elle le mérite. Oui. Ta mère mérite plus que tout autre au monde d'être aimée...

— Mais tu n'es pas mort ! Tu es toujours là !

Kate ne se rendit compte que quelques secondes plus tard qu'elle s'était mise à hurler.

— Tu sortiras d'ici, papa, tenta-t-elle de se convaincre en secouant la tête. Je le sais. Je le sais... Tu sortiras.

Sans détacher ses yeux des siens, Phil ne se départit pas de son sourire et avança l'une de ses mains de la barrière invisible qui les séparait, son poignet astreint par une épaisse menotte rouillée. Par réflexe, Kate s'exécuta en geste miroir.

— Mets ta main dos sur la table, lui chuchota-t-il. Et maintenant, ferme les yeux.

Ravalant ses larmes, Kate laissa tomber ses paupières et suivit à âme perdue la seule voix de son père, alors que ce dernier mouvait ses doigts au-dessus de la surface en bois, à quelques centimètres à peine de ceux de sa fille.

— Ne bouge pas...

Kate sentit alors peu à peu une douce chaleur se répandre dans sa chair. Comme si cette main caressait réellement la sienne. L'enveloppait. Et un frisson remonta le long de son bras, son souffle tremblant entre ses lèvres entrouvertes. Elle aurait voulu rendre ce moment éternel. Garder en mémoire les effets de cette sensation, les graver dans son cœur.

— Tu le sens ? murmura-t-il.

— Oui...

— Je t'aime, Kate.

Quand elle rouvrit les paupières, elle fit tressaillir quelques muscles de son visage qui lui renvoyèrent la froide coulure de ses larmes intarissables. Phil ne pleurait pas mais elle lisait sur son visage une tristesse bien égale à la sienne.

— Je t'aime aussi, papa, marmonna-t-elle, alors qu'ils continuaient à mouvoir leurs doigts, si proches les uns des autres.

— Je n'aurais jamais pu être aussi fier de quelqu'un dans ma vie. Tu es belle. Intelligente. Drôle et rusée. En tout cas, tout autant que moi... ! Et... et je veux te savoir heureuse, Kate. Tu me le promets ?

— Promis, papa. Promis...

— Quand tu penseras à moi, je veux qu'il y ait un sourire sur ton visage. Plus de larmes.

— Oui, papa.

Un bref sourire éclaira les traits de Kate.

— Et quand je penserais à toi, tu le sauras...

— Je n'en doute pas.

— Oh, tu verras ! rit-elle en essuyant ses larmes. Tu comprendras mieux plus tard.

— Hm. J'ai toujours été lent à la détente. Au grand regret de ta mère, d'ailleurs... ! Bon ! Et sinon ! Tu racontes quoi d'autre ? Le Quidditch ? Comment ça se passe ?

— Oh, ne m'en parle pas ! Serdaigle nous a mis une raclée sévère, l'autre fois.

— À ce point ?

— Ma co-équipière s'est plantée dans un tir de cognard et a fait tomber l'un de nos poursuiveurs en vol.

— Joli.

— Tu parles. L'humiliation du siècle ! Et Leeroy s'est cassé le poignet. Bon. Le point positif, c'est que c'est la première fois que j'ai vu Nestor partir dans un fou rire.

— Ils sont jeunes. Ils ont douze ans. Je trouve déjà ça bien que ta co-équipière arrive à tenir une batte tout en sachant voler !

— En plus, la prochaine fois, ça va être compliqué. On joue contre Gryffondor. Il y a Maggie, et même Griffin maintenant.

— Ah ? Il joue au Quidditch ?

— Oui, il est gardien.

Un rire sardonique vibra dans la gorge de Phil.

— Un poste de tafiole.

— Un poste décisif ! nuança Kate, vexée.

— Tu parles ! Rester comme un pot de plante sur un balai, je n'appelle pas ça jouer au Quidditch !

— Ça demande des réflexes !

— C'est bien ce que je dis ! Agir sans réfléchir, c'est pas du sport.

— T'es vraiment de mauvaise foi !

— Pff. Bon. Et Wolffhart ? Comment se porte mon avocat préféré qui aime flirter avec les vampires et qui se transforme en cabot ?

— Tu te rends compte qu'en parlant de lui ainsi, tu lui fais perdre toute crédibilité ?!

— C'était le but, moujingue !

— Bah écoute. Toujours aussi arrogant qu'à son habitude. On ne va pas le changer. Par contre, j'ai l'impression que...

La porte qui s'ouvrit coupa sa phrase et en voyant apparaître un garde, Kate bondit de sa chaise, la gorge serrée, alors que Phil s'était brièvement retourné.

— Déjà ?! s'étrangla-t-elle. Mais ça ne fait pas... !

— Les quinze minutes sont terminées, Whisper, l'interrompit-il, sans rudesse ni pitié, en s'avançant vers Phil. S'il vous plaît, levez-vous.

— C'est malpoli de couper une conversation, on ne vous l'a jamais dit ? ricana Phil, provocateur.

Le garde soupira et attrapa le bras du sorcier pour le forcer à se lever.

— Ca, c'est encore plus malpoli !

— Faites proprement vos au-revoir, c'est la seule chose que je peux vous accorder, gronda le garde en ignorant sa désinvolture.

Phil ravala ses ricanements et dévisagea sa fille, qu'il devina prête à forcer la barrière magique.

— Je reviendrai, papa, souffla-t-elle. Je te le promets. Le plus vite possible.

— Je n'en doute pas, chipie... Porte-toi bien, d'ici là. Et occupe-toi bien de maman et d'Abby. Elles ont besoin de toi. Non, je t'en prie, Kate... Ne pleure pas...

Mais Kate ne parvenait à lui obéir, à contrôler son corps qui ne réagissait plus à ses ordres.

— Ca va aller. Tout va bien.

Des milliers de mots se bousculaient dans la tête de l'adolescente. Elle désirait répéter éternellement à quel point elle l'aimait, toutes ces choses qu'il savait déjà. Aussi, c'est la dernière phrase de son père qui résonna en elle, balayant toutes ses autres pensées, alors qu'elle le vit quitter la pièce : « tout va bien ».

Quelques minutes plus tard, le garde revint, annula le sortilège et escorta une Kate bien silencieuse.

— Tu as eu beaucoup de chance, fillette, lui glissa-t-il alors que la plateforme volante avançait au-dessus du gouffre sans fond.

— Je sais...

— Mais ce n'est pas moi qui décide des délais. Des conditions.

— N'essayez pas de vous excuser. Ce n'est pas de votre faute, mister.

Gloom l'accueillit à l'atterrissage de la plateforme, dans la salle aux immenses portes. Ce qu'il déblatéra, Kate n'y accorda aucune attention, le suivant sans un mot dans son bureau via le raccourci.

— Voici votre baguette, lui rendit-il son bien en la lui tendant, alors qu'un boursouf tentait désespérément de grimper sur sa cheville.

— Merci...

— Dommage. Je l'aurais bien gardée, elle est très mignonne. Oh, et oh ! Avant que j'oublie... ! Et ça m'arrive souvent d'oublier !

Il sautilla derrière son bureau d'un pas allègre, manquant d'écraser l'une des petites créatures qui gambadaient avec insouciance sur les pierres. Il s'en fustigea un temps avant de fouiller dans les tiroirs de son bureau et d'en extraire une boîte en carton, toute défoncée, un volant ne se fermant plus.

— Qu'est-ce que c'est ? s'intéressa Kate, sur un ton d'indifférence.

— Regardez donc par vous-même, jolie Kate.

Soulevant l'ouverture, le cœur battant, elle découvrit des dizaines de feuilles pliées, alignées dans le carton. Il s'agissait au départ de pages de la Gazette, qui avait été délavées à l'eau, dans le but de retirer l'encre magique du papier journal. La calligraphie de son père apparaissait par-dessus, tracée grossièrement avec une mine de charbon. Sur chaque enveloppe improvisée était mentionné un nom. Le sien, celui de sa mère ou de sa sœur. Une phrase accompagnait toujours la raison de ce pli.

« Quand tu auras passé tes BUSES. »

« Quand tu pesteras contre le temps de merde. »

« Quand tu auras besoin d'un coup de pied au cul. »

— Certaines sont très émouvantes, vous verrez. J'en ai versé plus d'une fois une larmichette, se lamenta faussement Gloom.

— Vous les avez lues ?! Mais de quel droit, vous...

— Contrôle de routine. Obligatoire. Sans quoi, vous ne les auriez pas en main propre aujourd'hui. Que préférez-vous ? Hein, hein ?

Il referma et renforça la boîte en carton à l'aide d'un sortilège pour le transport en balai, que Kate fourra dans son sac à dos, puis raccompagna la jeune fille à ses accompagnants. Hermione était occupée à faire les cent pas, visiblement crispée, tandis qu’Irina Ivanov et Dédalus Diggle étaient adossés chacun contre un mur, ce dernier consultant une Gazette qu'il avait réussi à emprunter auprès des geôliers.

— Voilà qui est fait ! claironna Gloom. Vous voyez, miss Granger, pas de quoi se faire des boutons !

— Je vous y reprendrai, mister. Ce... ne sont pas des manières à claquer la porte au nez des gens !

— Calmez-vous, miss, vous énerver n'arrange rien à votre teint !

Hermione s'apprêta à répliquer quand Douglas Gloom pivota des talons en direction de Kate.

— Bien, miss Whisper. Je vous souhaite tout de bon. Du moins, jusqu'à nos prochaines retrouvailles. Qu'elles qu'en soient les circonstances.

Kate fronça légèrement les sourcils en devinant la référence à leur conversation antérieure à l'entretien et se montra sceptique face à sa main tendue, qu'elle serra malgré tout par courtoisie, devant témoins. Elle serait partie sans d'autre mot si Gloom ne l'avait pas retenue :

— Hé, vous n'oubliez pas quelque chose ?

Il désigna le boursouf amorphe sur son épaule et chuchota :

— Perky risque de se vexer si vous ne lui dites pas au revoir... ! C'est qu'il est très susceptible.

— Au revoir, Perky, maugréa-t-elle.

Dédalus Diggle attrapa l'épaule de la jeune fille alors qu'ils sortirent, passant devant le sorcier barbu, leurs balais en main.

— Ça va, Kate ?

— Ça va. Je me sens...

Elle souffla et laissa éclater sur son visage un sourire sincère et radieux.

— ... plus légère, mister Diggle.

— Je suis heureux d'entendre cela, alors, se félicita-t-il. Au revoir, Fitz ! À la revoyure !

Le garde hocha sa large tête et referma la porte une fois qu'Irina Ivanov fut sortie.

— En rrroute.

La grande silhouette de la tour sur l'île s'éloigna peu à peu, noyée dans l'épais brouillard qui s'obombrait. Jusqu'à ce qu'il ne reste d'Azkaban qu'un lugubre souvenir encore suintant. Pour d'autres, hélas, la prison demeurait une réalité encore marquée.

Alors que Phil observait, depuis la ridicule meurtrière qui le nourrissait de lumière naturelle quand le temps s'y prêtait, la forme de quatre personnes sur leurs balais disparaître dans la brume, la porte de sa cellule s'ouvrit.

— Ding dong ! C'est Noël, Whisper !

Phil accorda un regard mauvais à Gloom, ravi de son entrée en matière. Tout dans cet homme le révulsait. Sa voix, ses habits, son regard, la façon de peigner ses cheveux, les mots employés. Il inspirait le même sentiment de pitié que toutes les autres victimes d'Azkaban, si ce n'était qu'il n'avait ni boulet au pied ni menottes aux poignets. La seule chose qu'il portait à ce moment-là était un colis sous son bras. Gloom le déposa à côté de lui.

— Qu'est-ce que c'est ? gronda Phil.

— Quelque chose que votre fille vous a ramenée. N'est-ce pas adorable de sa part ?

Phil ne répondit rien et patienta, espérant que Gloom déguerpisse maintenant sa mission ingrate accomplie. Mais ce dernier demeura dans le cadre de l'ouverture, le sourire sournois.

— C'est elle qui l'a tué, n'est-ce pas ? chantonna-t-il, les mains dans les poches et la tête penchée.

— Qu'insinuez-vous par là... ?

— Je n'insinue rien. J'affirme. C'est votre fille qui a tué MacNair. Pas vous.

Le regard de Phil devint glacial, plus terrifiant qu'il ne l'avait jamais été.

— Vous délirez, articula-t-il. Kate n'a pas tué Merrick... J'étais là. C'est moi qui ai fait ça. Vous voulez servir d'exemple pour reconstituer la scène... ?

— Inutile de vous éterniser, l'interrompit Gloom. Bien, bien. Peut-être qu'elle n'a pas tué Merrick, si vous le dites. Mais il n'empêche que votre fille ne me laisse pas insensible. Et mes boursoufs non plus. Le sang d'une véritable tueuse coule dans ses veines.

— Parlez encore de Kate comme ça et je...

La chaîne en maillons d'acier se tendit à son maximum mais Phil ne put approcher Gloom à moins d'un mètre, qui feinta malgré tout un pas de recul.

— Tout doux, tigrou ! Pas la peine de s'énerver pour si peu ! Vraiment ! Vous, les Whisper n'êtes dotés d'aucune patience. Contrairement à moi...

Après avoir observé la rage muette du sorcier enchaîné, non sans satisfaction, Gloom se retira en murmurant pour lui-même :

— Je saurai attendre que Kate revienne.

De nouveau seul dans sa cellule, et ce pour quelques jours, Phil attendit de se calmer pour se préoccuper du carton. Il le déballa avec grand soin et y découvrit une large bougie blanche, à laquelle était jointe une courte lettre.

 

« À mon papa que j'aime,

Pour qu'il y ait toujours une lumière pour toi, une bougie de présence distante. Souffle sur la mèche et elle s'allumera. Et chaque fois que quelqu'un pensera à toi, la flamme ne s'éteindra pas.

Joyeux Noël,

À bientôt,

Signée moujingue »

 

Touché par cette douce attention, Phil déposa la bougie et la lettre près des draps qui lui servaient de couche et délicatement, il dérangea la mèche en sifflant un filet d'air entre ses lèvres, embrasant une flamme orangée. Puis il s'allongea et observa cet allongement incandescent et évanescent, sans détourner les yeux. Et la lumière ne s'éteignit pas durant des heures...

 

*** *** ***

 

Le froid n'atteignait plus Kate, dont le cœur en flammes rayonnantes irradiait tout son être. Dans son dos, elle sentait le poids du carton. Le poids de l'amour de son père. Sur le chemin du retour, elle participa alors à des conversations plus enjouées, bien éloignées de la raison de leur départ.

— Vous ne vous rendez pas compte à quel point vous grandissez vite, vous, les jeunes ! avait déclaré Dédalus.

— Pourtant, on nous le répète souvent ! ricana Kate.

— Mon fiston, déjà avec une fille. Alala... Je n'aurais pas le temps de cligner les yeux qu'il sera déjà marié, celui-là !

— Ahaha, je pense que vous vous avancez un peu trop, mister Diggle !

— Je n'ai pas encore eu l'occasion de la rencontrer, cette fameuse Maggie !

— Ca, par contre, si vous voulez mon avis, ça ne tardera pas.

— D'après ce que Terry m'en a dit, vous êtes très proches, elle et toi.

Le regard de Kate fut capté par ce qu'elle pensa être un groupe d'oiseaux, avant qu'elle ne donne sa réponse :

— C'est ma meilleure amie. Nous avons été dans le même dortoir pendant deux ans. Et je la fréquente tous les jours.

— Terry m'a dit que sa famille était l'une des plus fortunées du pays. C'est vrai ?

— Oui, en effet.

— Oh...

— Si ça peut vous rassurer, Dédalus, intervint Hermione, je ne pense pas que votre fils sorte avec cette fille par rapport à ça...

— Pas du tout, même, soutint Kate. Et Maggie est folle amoureuse de Terry en retour. Ça fait longtemps... Faut pas que cela vous inquiète.

— Je veux ce qu'il y a de meilleur pour lui et je ne veux pas qu'il soit mêlé à des affaires qui... Vous savez, le monde des sorciers est encore très frileux par rapport à certains sujets. Surtout avec la guerre récente. L'argent, la pureté du sang, les origines. Bien des raisons qui peuvent pousser des familles à s'entredéchirer.

— Tout cela est purement stupide.

Kate et Dédalus tournèrent un regard surpris en direction d'Hermione, visiblement agacée, ses mains crispées autour du manche de son balai.

— Écoutez, Dédalus. Je pense que votre fils est trop jeune pour se soucier de toutes ces histoires. Il est amoureux, il est heureux, n'est-ce pas déjà suffisant ? Parce que partir dans des supputations, par rapport à des histoires de familles et de justifications absurdes telles que la soi-disant pureté du sang, ça me paraît complètement grotesque !

— Hermione a raison, approuva de nouveau Kate. Laissez-leur le temps ! Je pense que Terry...

Un frisson incoercible coupa sa phrase et par réflexe, Kate balaya les environs, alors qu'ils survolaient à présent une grande forêt. Elle voulait se persuader que ce pressentiment n'était qu'un mirage. Ça ne pouvait pas être...

— Que Terry quoi ? tenta de relancer Dédalus.

— Miss Ivanov !

Accélérant sur son balai, Kate rejoignit l'Auror en tête de formation, indifférente à l'approche de l'adolescence, son grand manteau rouge battant à ses arrières.

— Nous devrions nous arrêter ! Redescendre !

— Horrrs de question.

— C'est dangereux !

— Kate, qu'est-ce qu'il se passe ? s'inquiéta Hermione qui les avait rejointes.

La panique croissante se lisait sur le visage de l'adolescente, car son impression devenait de plus en plus marquée, jusqu'à devenir une inéluctable fatalité.

— Je la sens, elle est là ! Il y a de l'Imma...

Elle ne parvint à terminer sa phrase lorsqu'une immense bourrasque dévasta les cimes des arbres et les emporta avec elle. Le vent n'avait rien de naturel, Kate le ressentait bien, dans chacun des pores de sa peau gelée qui la renvoyait à ses propres pouvoirs. Ballottée dans tous les sens, elle se cramponna au manche de son Fuselune et tenta de garder le cap. Elle frôla quelques branches à plusieurs reprises.

— Kate ! Où es-tu ?

Et alors que résonnait au loin le cri d'Hermione, une grande silhouette drapée jaillit des bois, tel un spectre. Une cape violine que Kate n'eut aucun mal à reconnaître, à force de l'avoir côtoyée dans de nombreux cauchemars. Elle l'avait retrouvée...

Par instinct de survie, Kate dévia sa trajectoire en sens inverse, forçant sur les capacités de son Fuselune. Elle ne sut cependant si le vent ou ses oreilles lui jouaient des tours, alors qu'elle entendait claquer juste à côté d'elle.

— Ainsi, nos chemins se recroisent...

Pivotant la tête d'un geste brusque, le sourire éclatant d'Electra sous sa capuche la poignarda. Kate perdait tous ses moyens, incapable de réagir, alors qu'elle devinait le geste de la Sorcière Bleue, qui s'apprêtait à se saisir d'elle, leurs balais si proches.

— Kate !

Par réflexe à la voix aigüe de Dédalus, l'adolescente baissa la tête et un sortilège orangé manqua de peu Electra, qui freina brusquement. Le père de son meilleur ami vint à sa rescousse alors que les deux autres accompagnantes avaient été dispersées par la bourrasque.

— Va-t’en, Kate ! beugla-t-il en agitant de nouveau sa baguette. Ne...

Une flèche blanche, jaillie de la main d'Electra et plantée dans son abdomen, eut raison de son avertissement. Dédalus chuta de son balai, une dernière incompréhension brillant dans son regard, abasourdi par cette magie qui déchirait son corps de douleur.

Au cri désespéré de Kate répondit un éclair rouge fulgurant. L'attaque de miss Ivanov rejoignant le champ de bataille fit grimacer Electra, se doutant qu'elle avait affaire là à une adversaire autrement plus coriace que ce sorcier dodu qui venait de tomber dans les arbres. Commença alors une course poursuite effrénée où s'échangèrent des gerbes de sortilèges et des feintes immatérielles.

— Kate ! cria de nouveau Hermione alors qu'elle rejoignait sa pupille.

— Hermione ! Dé-Dédalus ! Il est tombé ! Il... !

— Ne reste pas là ! lui ordonna-t-elle alors que le violent combat se poursuivait dans les airs. Éloigne-toi d'ici ! Va te cacher !

— Mais Dédalus !

— Je m'occupe de lui ! Fuis, Kate ! Fuis !

L'adolescente ne se fit pas prier et fila à toute vitesse, le cœur battant à la chamade. Elle voyait se répéter la scène où le père de Terry avait reçu cette flèche immatérielle. Peut-être fatale. Si la chute ne l'avait pas elle-même été. Par sa faute.

Tentant de ne pas perdre les pédales, Kate perdit de la hauteur et slaloma entre les arbres avec habilité, espérant que les branchages la camouflent. En atterrissant à proximité de plusieurs gros rochers, elle vacilla quelques pas rapides et tomba à genoux, à bout de souffle. Elle hésita à retourner en arrière. Elle devait en avoir le cœur net. Dédalus ne pouvait pas être mort de la main d'Electra. Terry ne lui pardonnerait jamais. Elle ne se le pardonnerait jamais...

Une baguette braquée sur l'arrière de sa tête écourta sa décision.

— Lève-toi.

Sans reconnaître la voix ferme, mais trahissant une certaine jeunesse, Kate s'exécuta avec lenteur.

— Tourne-toi.

Elle découvrit alors face à elle une sorcière, à peine plus âgée qu'elle ne l'était, arborant des cheveux d'un rose éclatant dont quelques mèches dépassaient de sa capuche noire. Kate ignorait tout de son identité, mais elle devinait dans son expression déterminée qu'elle n'était guère de son camp. Cependant, une étincelle d'intérêt brilla dans le regard de l'inconnue.

— C'est toi ? Kate Whisper ?

La gorge nouée, Kate ne répondit pas, abandonnant la jeune femme à ses suppositions.

— Tu n'as pas l'air si dangereuse.

La sorcière aux cheveux roses et à l'accent américain initia une ronde autour d'elle pour mieux l'examiner, avant de se saisir avec prudence de la baguette magique de la jeune fille, qui dépassait de sa poche.

— Tout ça, pour toi ?

— Tout ça ? Tout ça, quoi ? Qui êtes-vous ?! cria Kate en tremblant, espérant qu'on la repère.

— Silencio.

Les cordes vocales de Kate gelèrent, plus aucun son ne sortant de sa bouche. La dernière image qu'elle vit fut celle d'un léger sourire victorieux.

— Endoloris.

Aussitôt, une douleur fulgurante lui saisit les entrailles, comme si ses organes étaient entrés en combustion à l'intérieur d'elle. Elle chuta sur le sol terreux et se roula en boule, ses doigts s'enfonçant si profondément dans sa chair qu'elle aurait pu se les percer pour stopper cette souffrance inhumaine. Mais aucun cri ne pouvait s'extraire, astreinte au silence. Quand la sorcière lui accorda un instant de répit, Kate s'enferma dans son monde, refusant d'entendre. De vivre. Elle voulait disparaître. Ne plus exister.

— Je ne vois pas ce qu'elle te trouve. Pourquoi elle donne tant de mal. Alors qu'elle pourrait te tuer si facilement. Comme ceci. Endoloris !

De nouveau, tous ses muscles se crispèrent à l'extrême, alors qu'elle hurlait en silence, face à moitié dans la terre. Elle crut perdre connaissance quand un flash la ramena à un visage aux yeux gris. Et à une voix douce.

« Dors, Kate, dors... »

Sombrant dans les limbes de l'inconscience, elle ignora cependant que ce corps s'était détendu. Ses yeux, rouverts.

Nova assista, non sans effroi, au réveil de Kate, qui parvenait à se remettre sur pieds, malgré les effets du sortilège impardonnable, agissant toujours à en croire les tremblements erratiques de ses membres. Et en croisant le regard empli de haine de l'adolescente, la sorcière prit peur. Electra n'avait peut-être pas eu si tort qu'elle ne l'avait pensé. Et peut-être valait-il mieux enterrer de suite le danger plutôt que prendre feu à force de trop le tenter...

— Avad...

— Stupéfix !

Un éclair rouge fit valser le corps de la sorcière aux cheveux roses qui s'étala plus loin, inconsciente.

— Miss Whisper ! Miss Whisper ! Vous m'entendez ?!

Encore secouée de douleurs, comme si elle avait été brûlée à blanc à différents endroits, Kate réintégra peu à peu le contrôle de son corps en geignant. Elle aperçut un visage flou au-dessus d'elle. Un visage familier qui parlait avec une voix masculine...

— Restez avec moi ! Miss Whisper !

Mais il n'avait pas remarqué la silhouette rouge qui se tenait derrière lui.

— Levicorrrpus !

Le sorcier lâcha brusquement le corps de Kate qui retomba à terre et fut plaqué sans délicatesse contre l'une des grandes roches. Alors qu'elle reprenait ses esprits de plus en plus clairement, la jeune fille reconnut la teinte du manteau de miss Ivanov, le visage crispé dans une expression de haine.

— Un peu de tempérance, je vous prie... ! tenta de se défendre l'homme, étranglé par le sortilège. Je peux tout vous expliquer !

— Tu expliquerrras tout au Magenmagot avant que je ne t'expédie à Azkaban, mage noirrr ! cracha Irina, la baguette toujours braquée.

— Il y a méprise sur la personne ! Je suis chargé de la protection de miss Whisper et...

— Garrrdez le silence !

— Miss Ivanov ! N-Non !

L'intervention de Kate, qui s'interposant en traînant ses jambes encore flageolantes étonna l'Auror au teint blafard.

— Écarrrtez-vous !

— Je... je connais cet homme !

Elle pivota la tête vers le sorcier en costume brun, le souffle court, sans cacher l'étonnement dans son regard.

 

— Il s'appelle Orpheus. Orpheus Fawley...

Note de fin de chapitre :

Première question de ma correctrice : "NON. T'AS PAS OSE ! T'AS PAS TUE LE PERE DE TERRY ?!" Ma réponse : Mwahahahahaha. Bon, ça ne donne pas de réponse, mais ça vous oblige à lire le prochain chapitre (https://www.youtube.com/watch?v=CFg7esxnrXs)

Un grand coucou aux nouveaux lecteurs, ramenés par l'engouement (et le temps libre !) des fêtes de Noël ! En espérant que vous resterez bien longtemps parmi nous ! Blup !

Et grande nouvelle à vous annoncer : j'ai de nouveau internet ! Je vais donc pouvoir répondre à vos reviews sans plus de retard ! Youpi, youplala !

Je vous dis alors à très bientôt pour de nouveaux mor... nouveaux rebondissements ! :D Il s'agira encore d'un chapitre hors Poudlard. Avec un jour de l'an très particulier et une visite qui s'impose chez l'antiquaire... !

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