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News

79e Edition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 79e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 28 Juillet à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaitre les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A très bientôt !
De L'équipe des Nuits le 08/07/2018 15:32


78e édition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 78e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 16 Juin à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaitre les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A très bientôt !
De L'équipe des Nuits le 11/06/2018 12:57


Assemblée Générale 2018


Chers membres d'HPF,

L'Assemblée Générale annuelle de l'association Héros de Papier Froissé, dont dépend le Harry Potter Fanfiction, est ouverte depuis ce soir 18h, et se terminera le dimanche 10 juin 22h. Les discussions et votes se font ici. Vous êtes évidemment les bienvenus, même sans être inscrit sur le forum !

A bientôt sur un de nos sites, ou lors de cette AG !
De Le Conseil d'Administration le 08/06/2018 20:20


Poussières de Temps


Le quatrième ouvrage des Éditions HPF vient de sortir ! Il s'agit de Poussières de temps, une anthologie qui réunit 16 auteurs sur le thème... du temps.

Les Éditions HPF dépendent de Héros de Papier Froissé, l'association qui gère également Harry Potter Fanfiction, et les bénéfices réalisés sur la vente de ce livre nous permettent entre autres de maintenir ce site. Alors si vous avez envie d'un peu de lecture papier pour changer, n'hésitez plus !
De L'Équipe des Éditions HPF le 08/06/2018 10:08


Sélections du mois


Chers et chères membres d'HPF,

Tout d'abord toutes nos excuses pour l'absence de News le mois passé. Nous avons commencé une réflexion sur les Sélections du Mois que nous ne trouvons pas forcément adaptées aujourd'hui à vous, lecteurs et auteurs sur le site non inscrits sur le forum.

Si vous souhaitez participer au changement de format et nous dire ce que VOUS aimeriez avoir (sur quels critères sélectionner un texte ? comment voter ?) n'hésitez pas à remplir le questionnaire suivant ⬇
Questionnaire : les Sélections du Mois

Votre avis est très important parce que nous n'avons pas l'occasion de l'avoir sur le forum ♥


Félicitations aux textes sélectionnés sur le thème Next Gen : M'aimeras-tu ? de Chalusse, 23 ans plus tard de claravictoria, Secrets, Désirs et Complications de mariye et Bloo pour Bellezza !




Félicitations aux textes sélectionnés sur le thème Résistance : Le murmure des plaines de TennyLunard, Les désirs dérangés 2: Les fatalités de Kana94, Polock pour Une mort très douce, A roar of delight de Clairelittleton, ainsi que Charliz pour son texte Le Travers de l'Homme !



Bravo à ces auteurs et autrices !
De L'équipe des Podiums le 06/06/2018 11:13


Les Nuits Insolites d'HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 6e édition des Nuits Insolites se déroulera le Samedi 2 Juin à partir de 20h. N'hésitez pas à venir vous inscrire !
Les modalités de participation sont disponibles sur le même topic.

A très bientôt !
De L'équipe des Nuits le 24/05/2018 13:11


Ludo Mentis Aciem par Ielenna

[1092 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

Aloha mes cornichons reptiliens, cela fait trèèèèès longtemps que je n'avais pas posté de suite et je vous explique pourquoi à la fin du chapitre ! En attendant, bonne lecture !
Au programme, des câlins, un thé impayé et des vêtements sur mesure pour elfes de maison.

— D'où le connaissez-vous, miss Whisperrr ?!

La question de Miss Ivanov s'était faite impérative. Kate manqua de céder face à l'intimidation, jusqu'à se rappeler que la ruse était de mise si elle voulait éviter qu'Orpheus finisse à son tour dans une cellule d'Azkaban. Concéder qu'il était en réalité un journaliste qui traquait des informations sur sa vie jour et nuit était un motif facile de condamnation !

— Un ami ! C'est un ami !

En examinant plus attentivement l'expression d'Orpheus, qui ne cillait pas, Irina Ivanov laissa planer un silence de doute.

— Si vous cherchez un coupable, c'est elle ! tenta de la convaincre Kate en pointant du doigt son assaillante aux cheveux roses, inconsciente dans les broussailles. Pas lui !

Irina grogna et libéra Orpheus de son sortilège, atterrissant avec habilité et ajustant son costume, avant de se diriger vers la sorcière inconnue.

— Et elle, vous la connaissez ? la désigna-t-elle à Kate.

— N-non. Pas du tout !

— Elle attaquait miss Whisper avant que je n'intervienne, précisa Orpheus, sérieux. Et si je puis me permettre d'y ajouter quelques détails fort déplaisants, il ne me semble pas que le traitement qu'elle lui a administré ait été celui d'une sorcière bienveillante…

Kate en tremblait encore, ses muscles tiraillés par la douleur du sortilège impardonnable. Orpheus la savait en état de choc.

— Où est Hermione ? Et mister Diggle ?

La jeune fille ne se questionna même pas sur ce qu'il était advenu d'Electra. La peur l'étreignait bien plus…

— Je l'ignorrre encorrre.

— Peut-être sont-ils à Ste Mangouste, supposa Orpheus en attrapant l'épaule de Kate. Je peux vous y accompagner.

— Attendez !

L'ordre strict d'Irina, qui gardait sa baguette braquée sur le corps de la sorcière américaine.

— Comment puis-je vous fairrre confiance ?

Elle s'adressait à Orpheus avec un regard glacial.

— Il me semble que le choix ne vous appartient pas, il s'impose en ce contexte, la raisonna-t-il. Ramenez cette… sorcière au Ministère, faites-leur part de ce qu'il s'est passé. Je prends moi-même mes responsabilités quant à miss Whisper.

Après un temps d'hésitation, Irina tendit une main vers lui, qu'il attrapa, pensant là sceller leur accord. Cependant, l'Auror la tira brusquement vers elle et planta sa baguette magique dans son bras, faisant jaillir une grande lumière blanche.

— Captarrre !

Orpheus lâcha un cri qui fit bondir Kate et s'écarta. Mais le mal était fait. En remontant sa manche, il découvrit avec horreur une marque, comme imprimé au fer rouge, en forme de N inversé.

— Tentez quoi que ce soit, échappez-vous, je vous traquerrrai, je vous retrrrouverai. Et inutile d'user de sort ou de Polynectarrr. Vous garrrderrez la marrrque jusqu'à ce que je décide de la retirrrer. Comprris ?

Fort mécontent qu'on lui ait injecté un mouchard magique, Orpheus grimaça en opinant du chef, avant de revenir vers Kate.

— Allons-y, miss Whisper, grogna-t-il. Ne traînons pas ici…

La dernière vision de Kate fut Irina et son grand manteau rouge, droite et imperturbable, au milieu de cette forêt grise et brumeuse. Elle sentit son estomac se clouer au fond de son ventre, jusqu'à ce que ses pieds ne heurtent le sol et qu'un vertige soudain ne lui confirme qu'elle était arrivée à destination.

Le hall de l'hôpital avait revêtu ses attraits de Noël, avec son sapin géant, ses cloches enchantées, suspendues au plafond, qui saupoudraient les sorciers de flocons. Mais Kate n'avait en tête que les images qui tournaient en boucle dans sa tête, alors qu'elle revoyait tomber Dédalus. Encore. Et encore.

— Bonjour, les accueillit une guérisseuse qui portait un bonnet de circonstances. Que pouvons-nous faire pour vous ou votre fille ?

— Ce n'est pas ma fille, trancha Orpheus avec un débit rapide, mais feignant un sourire.

Kate prit la suite, la panique faisant trembler sa voix :

— Deux sorciers. Un homme assez vieux, Dédalus Diggle, et une jeune femme, Hermione Granger. Vous les auriez vus ?!

— Oui, effectivement, affirma la sorcière avec une expression soudainement plus sérieuse. L'homme était blessé. Assez gravement…

— Il faut que nous les voyions !

— Je regrette, miss, mais je ne peux pas vous laisser entrer. Pas tant que les guérisseurs ne seront pas revenus.

— Et Hermione, où est Hermione ?!

Soupirant dans sa courte réflexion, la sorcière appuya sa décision d'un hochement de tête déterminé :

— Je m'en vais la chercher. Restez ici.

Sur ces mots, elle pivota les talons et marcha d'un pas rapide vers la double porte qui séparait le hall d'entrée des étages et des chambres. Les émotions retombant sur ses épaules, Kate se sentit faillir. Elle se serait effondrée sur ses jambes flageolantes si Orpheus ne l'avait pas rattrapée de justesse.

— Venez avec moi, miss Whisper… Allons nous asseoir. Voilà. Venez…

Il l'installa sur un siège, à l'écart de l'entrée et du passage, s'inquiétant pour elle en s'imaginant le traumatisme qu'elle venait de vivre.

— Il est peut-être… mort ! sanglota-t-elle.

— Non, miss Whisper, il n'y a pas de raisons.

— Et Terry ! Qu'est-ce qu'il… S'il apprend que son père est mort… à cause de moi !

— Vous n'avez pas à vous accuser de tout cela.

Orpheus prononçait ces mots avec douceur.

— Ce n'est en rien votre faute, miss Whisper. Et mister Diggle est encore en vie à l'heure actuelle. Vous verrez. Bientôt, tout cela ne sera que de l'histoire ancienne.

— Mais ils sont toujours en danger ! À cause de moi !

Face à son regard désemparé, Kate devina alors qu'elle avait devant lui l'Orpheus qui ignorait tout de l'épisode de Callidora. Cet Orpheus-là n'était pas encore remonté dans le temps pour lui permettre de sauver Terry et Wolffhart.

— Sans aventure, la vie ne vaut pas la peine d'être vécue, moralisa-t-il. Croyez-moi. Je ne me serais pas donné cette peine de devenir journaliste, pantouflard que je suis de nature ! Mais vivre sans risque nous fait passer à côté d'un nombre incommensurable de choses.

— Vous dites ça, mais mes amis ont failli mourir ! Plusieurs fois !

Elle changea aussitôt de sujet, les pensées se bousculant dans sa tête.

— Et je peux savoir ce que vous faisiez là-bas ?! Au même moment qu'Electra Byrne ?!

— Hem. Vos déplacements ne me sont guère étrangers.

— Vous continuez à me suivre !

— Avouez que vous y trouvez souvent une utilité. Que seriez-vous, maintenant, si je n'étais pas intervenu.

— Vous me dégoûtez… ! Vous n'avez aucun sens moral !

Agacée, Kate bondit de son assise et s'éloigna d'un pas furibond. Orpheus s'élança à sa suite en s'exclamant :

— Miss Whisper ! Où allez-vous donc ?!

— Partout, mais loin de vous ! Et inutile de me suivre cette fois-ci ! Vous n'êtes ni mon père ni mon chien !

La main d'Orpheus, qui l'avait rattrapée, attrapa son épaule pour la retourner vers lui et la jeune fille la chassa d'un air menaçant. Le journaliste, la mine sérieuse et irritée, en profita pour relever sa manchette et lui désigner la marque infligée par Irina Ivanov.

— Tant que je garde cela sur moi, je suis dans l'obligation de veiller sur vous ! Vous n'irez nulle part sans moi !

— Avec ou sans marque, vous me suivez toujours ! Alors faites-moi plaisir une fois pour toutes et lâchez-moi les bask' !

— Et où voudriez-vous aller ?!

— Prévenir Terry ! Prévenir ma mère !

— Hm, pour le premier, nul besoin…

En remarquant ses yeux fixés par-dessus son épaule, Kate fit volteface et aperçut son ami qui venait d'entrer par l'accès des visiteurs, avec une panique reconnaissable. Leurs regards se croisèrent et Terry se précipita vers elle.

— Kate !

Sa première question l'estomaqua.

— Tu vas bien ?!

— Je… oui !

La réaction qui suivit le fit bien davantage, quand il la prit dans ses bras sans cacher son émotion.

— J'ai eu si peur… !

— Terry…

Comment pouvait-il faire abstraction des circonstances pour se soucier autant d'elle ? Bien des gens lui en auraient voulu d'être à l'origine des dommages subis par un de leur proche. Auraient sûrement eu beaucoup de mal à lui pardonner. Mais Terry l'étreignait, la serrait fort contre lui, défiant toute logique humaine. Plus les années passaient, plus leur amitié s'étoffait, et plus Kate prenait conscience de la grandeur du cœur de Terry.

— Terry… ton père…

Ils se dévisagèrent, aussi attristés l'un que l'autre. Mais Terry ricana dans une grimace, encore sonné par la nouvelle :

— C'est un battant, il s'en sortira sans problème !

— Comment as-tu su que…

— Plus tard, Kate, lui marmonna-t-il en malaxant son épaule. Je t'expliquerai plus tard.

En passant devant Orpheus, Terry esquissa un air surpris, auquel le journaliste répondit :

— Et nous procéderons aux présentations plus tard, jeune homme. Allez.

Sans se questionner davantage, Terry se dirigea vers le comptoir et la jeune guérisseuse, qui semblait le connaître, le fit accéder aux étages privés. Se retrouvant de nouveau seule en compagnie d'Orpheus, Kate poussa un soupir fébrile.

— Je peux affirmer sans nul doute que ce garçon est pétri de courage, déclara-t-il, en ajustant son chapeau.

— Il faut au moins ça pour me fréquenter… ! nasilla Kate, ironique.

— Je suis passé maître dans l'art de déceler les indices qui transparaissent dans les gestes et expressions d'autrui, de par mon métier. Et il va sans dire que mister Diggle tient à vous…

— Je sais.

Quelques minutes plus tard, ils assistèrent à la sortie d'Hermione, qu'ils rejoignirent. Kate parvenait mal à dissimuler son angoisse :

— Alors ?! Comment va-t-il ?

— Son état est stable, soupira Hermione. Mais il est toujours inconscient. Les blessures sont quand même conséquentes et…

En remarquant la présence d'Orpheus, Hermione accentua son regard, fronça les sourcils et lui lança d'un air plus autoritaire :

— Qui êtes-vous ?

— Orpheus Fawley, enchanté de vous rencontrer enfin, miss Granger, s'inclina-t-il d'un ton courtois, le tout agrémenté d'un sourire charmeur.

— Je sais qui vous êtes.

Le ton d'Hermione s'était fait presque dédaigneux.

— J'ai déjà lu votre nom dans des journaux.

— J'en suis très flatté.

— Oh, croyez-moi, vous ne devriez pas !

— Hm. Oui. Là n'est pas la question, marmonna-t-il, embarrassé. J'accompagnais Miss Whisper.

— De quel droit ? Et où est…

En balayant les environs, Hermione remarqua alors l'absence de l'Auror.

— Où est miss Ivanov ?!

— Occupée à mener l'une de vos détractrices auprès du bureau de ses supérieurs. Elle m'a chargé de veiller sur Miss Whisper, que je connais déjà de longue d…

— Ca m'est égal de le savoir, le coupa Hermione. Vous seriez bien aimable de partir, maintenant que je suis là.

— Hélas, les choses ne sont pas aussi simples.

Il lui désigna la marque d'Irina comme il l'avait fait avec Kate quelques minutes auparavant.

— Votre collègue a trouvé utile de me coller un mouchard enchanté. Je suis pour le moment astreint à la compagnie de Miss Whisper, aussi agréable soit-elle.

Kate lui adressa un regard mauvais : elle se serait bien passée de sa présence à lui à ce moment précis.

— Mieux vaut-il donc attendre son retour avant de me congédier, lui conseilla-t-il.

— Je peux aller le voir ?

La voix couinante de Kate coupa leur conversation d'adultes. Hermione afficha alors un air désolé :

— Pas pour le moment. C'est encore délicat. Les guérisseurs s'occupent de lui et il a sans doute besoin de repos.

— Alors, je vais rester.

— Si je peux me permettre, votre idée me paraît un tantinet hasardeuse, fit remarquer Orpheus, soucieux de peut-être devoir passer une nuit blanche à ses côtés.

— C'est hors de question, Kate, trancha Hermione. Tu dois rentrer chez toi.

— Avec ce qu'il vient de se passer ?! Qui sait si je ne vais pas me faire attaquer par cette folle furieuse d'Electra Byrne ?

— Electra Byrne ? répéta Hermione, de plus en plus surprise. La surveillante de Poudlard qui a disparu ?

La simple énonciation de ce nom éveillait des frissons en Kate, qui hocha la tête.

— Comment peux-tu en être aussi sûre ? Une accusation comme celle-là…

— Peut-être parce qu'elle a essayé de me tuer ?!

— Miss Whisper a raison, il serait peu prudent de la laisser rentrer dans de pareilles circonstances.

— Personne ne vous a demandé votre avis, mister Fawley ! l'interrompit Hermione sèchement.

— Et donc, qu'est-ce qu'on fait ?! On reste là à attendre ?

— Je te raccompagne chez toi, Kate.

— Pas question ! Je veux voir mister Diggle ! Et Terry ! Je ne peux pas quitter Londres avant !

Devant l'opiniâtreté de la jeune fille, Hermione ne put que soupirer d'embarras.

— Est-ce qu'au moins, tu aurais un endroit où dormir cette nuit ?

— Terry habite pas loin, mais je suppose que ça le dérangerait ce soir… grinça Kate.

— D'autres solutions ?

— Tetsuya Matsuda, un camarade de classe. Mais je crois qu'il passe les vacances à l'étranger… Ou sinon, je peux aller au Chaudron Baveur, non ?

— Je préférerais que tu ne sois pas seule.

— Ma résidence se situe dans les bons quartiers londoniens, si je peux suggérer un moyen de soutien quelconque, s'immisça Orpheus.

— Chez vous ?! En rêve, grimaça Kate. Restez au moins une nuit éloigné de moi !

Face au regard abasourdi d'Hermione, Kate se douta que sa phrase avait été mal interprétée. Autour d'eux, les patients et visiteurs continuaient de défiler, les contournant alors qu'ils restaient plantés au milieu du hall en attendant de trouver une solution.

— Ah, merde aux règles… !

Sans prévenir, Kate tourna sur ses talons et se

dirigea au trot vers l'accès aux étages.

— Kate !

— Je veux voir Dédalus Diggle et je me fiche que les guérisseurs ne soient pas revenus ! annonça la jeune fille à la sorcière au comptoir.

— Je- euh… mais ?

Sans pouvoir réagir d'avantage, elle vit passer Kate sous son nez et prendre la direction des chambres. Elle avait négligé un détail : elle ignorait totalement le numéro de chambre. Après avoir tourné plus de dix minutes dans les étages surchargés, une rencontre bascula la donne. Dans une chambre entrouverte, une petite voix familière l'interpella :

— Bon, eh bien, mister, vous saurez pour la prochaine fois qu'il faut faire attention avec les lutins de Cornouailles. Et qu'ils font de très mauvais lutins de bûche de Noël, ils n'aiment pas ça, généralement… !

En sortant de la chambre, Hygie Smethwyck se retrouva nez à nez avec sa camarade de classe et en sursauta de surprise. Elle perdit aussitôt son ton assuré et recommença à parler d'une petite voix à peine audible.

— K-Kate ? Que fais-tu là ?

— Je cherche Terry, son père est hospitalisé ici ! Il a été blessé.

— Ah oui, viens, suis-moi !

Elles emboîtèrent le pas avec une allure rapide pour traverser les couloirs.

— Tu travailles ici ? s'intéressa Kate.

— Pendant les vacances, je… oui, parfois, ça m'arrive, expliqua-t-elle la tête baissée. Je prête main-forte à mon papa. Durant la période des fêtes, il y a de l'affluence.

— Mais tu es jeune !

— Je… j'ai des connaissances ! Et je ne fais qu'aider. Pour… les situations mineures. C'est tout ! Là, c'est ici.

Hygie lui désigna d'un doigt timide la porte à gauche, que Kate ouvrit sans prévenir de son entrée. Les yeux des deux guérisseurs occupés autour de Dédalus et ceux de Terry se tournèrent vers elle.

— Excusez-moi, miss, intervint l'un des adultes, je pense qu'il serait préférable que vous attendiez dehors.

— Elle est avec moi, répondit Terry, des trémolos dans sa voix.

Sur son lit d'hospitalisation, Dédalus semblait plus blanc que les draps tellement il avait perdu de sang. L'un des guérisseurs lui barrait la vue, mais Kate se doutait qu'il existait une large blessure ensanglantée dans son abdomen.

— De toute façon, nous allons déjà devoir rechanger de bandage, celui-là est déjà saturé, coupa l'autre guérisseur, plus vieux, avec une grosse barbe ronde. Hygie, fais-les sortir tous les deux un moment.

Après un temps de négociation, les trois adolescents se retrouvèrent dans le couloir. Terry jetait d'incessants coups d'œil à travers la vitre de la porte.

— Ils ne peuvent pas vous laisser entrer avec cette plaie à l'air libre, expliqua Hygie, ça pourrait l'infecter.

— Eux sont bien dedans ! s'opposa Kate.

— Les guérisseurs sont immunisés avec un enchantement qui évite la propagation de corps étrangers, pour pouvoir effectuer les soins sans matériel supplémentaire de protection. Comme c'est le cas chez les Moldus.

— Hygie…

À côté d'elle, Terry paraissait être un géant face à une petite souris.

— Tu penses qu'il… va s'en sortir ?

— Il n'y a pas de raison… bredouilla-t-elle. Ce qui est étrange, de ce que j'ai entendu de la situation, c'est qu'on ignore quel sortilège a pu faire autant de dégâts.

— Ce n'était pas un sortilège comme les autres.

L'affirmation de Kate fit converger les deux regards sur elle. Elle inspira profondément :

— C'était de l'Immatériel.

— Quoi ?! s'exclama Terry. Mais… tu es la seule à pouvoir…

— Non, Terry, et tu sais très bien de qui je veux parler.

— Elle ?! C'était « elle » ?!

La fureur croissante se lisait sur le visage de Terry, qui fit craquer ses phalanges dans son poing serré. La jeune Serdaigle se permit une timide question :

— C'est qui, « elle » ?

— La personne que tu crains sûrement le plus.

Hygie blêmit. Electra Byrne ne la laissait pas insensible non plus. Elle l'avait vue si longtemps dans les couloirs de cet hôpital, à l'étage réservé aux aliénés, avant qu'elle ne soit relâchée à l'issue d'une thérapie de longues années.

— Pourquoi cette folle furieuse a-t-elle fait ça à mon père ?! explosa Terry.

Il fallait avouer que les colères de Terry, aussi rares soient-elles, restaient impressionnantes à voir. Avec sa corpulence, sa force et sa voix puissante, tenter de le raisonner ou de le provoquer dans ces moments-là relevait de l'inconscience. Et Kate ne chercha pas à lui cacher la vérité.

— Il s'est interposé, il m'a sauvé. J'étais la première cible d'Electra.

— Attaquer un groupe de quatre sorciers, dont un Auror et un membre de l'Ordre du Phénix ?! Cette salope est siphonnée !

— Elle n'était pas seule…

— Quoi ?!

— Il y avait une autre sorcière avec elle. Mais j'ignore qui elle est… Une chose est certaine : elle a réussi à embarquer d'autres tarés dans sa soi-disant croisade pour la liberté, ou je ne sais quelle connerie !

— Je vois… grogna Terry.

Le temps de s'apaiser, il lui posa ensuite une autre question :

— Tu ne rentres pas chez toi ?

— Ce n'est pas le moment, je pense… lui avoua-t-elle. Je reste avec toi. Je suis responsable de cela et…

— Tu n'es responsable de rien du tout, Kate ! D'accord ? Arrête juste de culpabiliser, tu n'y es pour rien. Et je ne t'en veux pas. Mais…

Il lui sourit :

— J'apprécie ton geste.

— Tu en as fait souvent de même pour moi…

À côté, Hygie, exclue de ce cercle d'amitié, préféra s'éclipser sur quelques mots réservés.

— Je… vais y aller. Bon courage.

— Hygie ! l'arrêta Kate.

Celle-ci s'avança vers elle pour lui barrer le chemin, sous le regard surpris de la Serdaigle, et lui murmura une requête à l'écart des oreilles de Terry.

— Surtout, ne dis rien à Emeric.

— Hein ?! sursauta-t-elle, prise au dépourvu. P-pourquoi j'irais dire quoi que ce soit à Emeric ?

Kate aurait pu monologuer des heures, en lui expliquant qu'elle savait les deux jeunes gens en contact et qu'elle préférait éviter que l'adolescent qui nourrissait des sentiments pour elle au point de savoir presque tout d'elle évite de se faire un sang d'encre en apprenant qu'une sorcière folle rêvait de faire la peau à son amoureuse, quitte à blesser son entourage, et que cette dernière maîtrisait une magie dangereuse et incontrôlable que personne n'était en mesure de contrer.

Mais au lieu de ça, elle se contenta d'un :

— Juste… comme ça !

Dubitative, Hygie hocha la tête et reprit le cours de ses tâches, alors que Kate, dans un soupir d'embarras, revint vers Terry, qui guettait toujours avec inquiétude à travers le petit carreau vitré.

— Tu crois qu'il s'en sortira ?

— C'est ton père. Chez les Diggle, vous vous en sortez toujours !

— C'est une manière de penser qui ne me convainc pas vraiment, ricana-t-il, paradoxalement aux propos qu'il avait tenus quelques minutes auparavant.

Pour que Terry se mette à douter et mette à l'écart son optimisme légendaire, son angoisse devait être immense.

— Ta mère est au courant ? l'interrogea Kate dans un murmure.

— Elle l'a su avant moi, c'est elle qui m'a prévenue. Elle travaille ici, je te rappelle…

— Elle est encore là ? lâcha son amie.

Terry hocha la tête.

— On n'a qu'à aller la voir, proposa-t-elle, qui n'avait rencontré Mrs Diggle qu'à une unique occasion, avant le procès de Phil.

— Pas maintenant, Kate… Ce n'est pas le moment.

— Ça sera plus productif pour tout le monde plutôt que de rester là, Terry, tenta-t-elle de le raisonner avec un air contrit. Ça te changera les idées. Et à elle aussi, je suppose…

Le regard de Kate le persuada qu'elle prononçait là la vérité et qu'elle tenait sincèrement à lui remonter le moral. Il soupira :

— D'accord… Je suppose que nous n'avons que ça à faire.

Kate suivit Terry, qui semblait connaître l'endroit comme sa poche. Il saluait les soignants comme de vieux amis de Poudlard, connaissait chaque recoin, chaque raccourci, les détours à éviter. La jeune fille omettait cependant son passé dans cet hôpital, ignorait combien de fois il avait dû accompagner sa mère ici, dès ses premiers pas, faute d'une baby-sitter, quand sa grand-mère ne pouvait pas le garder certains jours.

Lorsqu'ils entrèrent dans la salle de pause des soignants, peu de regards convergèrent vers les adolescents, malgré leur surprenante présence. Une majorité du personnel s'employait à s'occuper des nouveaux patients, victimes des fêtes et de leurs dommages, profitant peu de la pièce décorée, ornée de plusieurs sapins, des guirlandes magiques et du gui chantant accrochés au plafond. En devinant le trajet qu'allait effectuer Terry, toute l'attention de Kate se focalisa sur la femme en robe vert pâle, couleur des aides-guérisseuse, assise à l'une des tables au-dessus de laquelle elle demeurait penchée, immobile, le coude sur la table et le front dans sa main.

En remarquant l'approche de son fils, Mélissa Diggle se leva en toute hâte, presque aussi grande que lui, et effaça son expression de tristesse. Mélissa ressemblait à un ange, longiligne, avec de longs cheveux blonds, attachés pour le travail, et un visage infiniment doux.

— Du nouveau ? s'inquiéta-t-elle, pensant que Terry apportait avec lui une mauvaise nouvelle ou une évolution du côté de Dédalus, et attrapant l'épaule de son fils, à peine plus grand qu'elle ne l'était.

— Non, je… je voulais juste… Kate voulait te passer le bonjour.

Il dévia son regard vers Kate pour la lui désigner. En dévisageant la jeune fille, réservée, la mine de Mélissa s'illumina malgré les circonstances.

— Oh, Kate ! C'est… un plaisir de te revoir !

Elle s'approcha d'elle, cependant, les mots de Kate ne sortaient pas de sa bouche. Pourquoi les Diggle s'évertuaient-ils toujours à lui sourire alors qu'elle était la responsable de leurs malheurs ? Et remarquant qu'elle frissonnait, Mélissa n'hésita pas une seule seconde avant de prendre l'adolescente dans ses bras alors qu'elles se rencontraient seulement pour la deuxième fois, tout comme Terry l'avait fait quelques minutes auparavant. Aussi, les émotions remontèrent en Kate sous la forme de larmes qu'elle ne parvint pas à contenir. Par cette étreinte, Mélissa lui transmettait tant de choses. En particulier, son pardon.

— Ce n'est pas de ta faute, jeune fille… lui chuchota-t-elle. Ne pense pas ça une seule seconde.

Quand elle sentit Kate s'apaiser, Mélissa s'écarta en gardant les mains sur ses bras.

— Ça va mieux ?

Kate hocha la tête et tenta de sourire.

— Je me réjouis toujours de te voir, Kate. Même si… à chaque fois, les circonstances ne s'y prêtent pas vraiment.

— Je comprends ce que vous voulez dire, Mrs Diggle.

— Appelle-moi Mélissa. « Mrs », ça fait bien trop vieux !

Elle s'exprimait avec cette voix suave, à la fois douce et aiguë, qui, par quelques intonations, lui rappelait celle de Grace, celle de cette dernière beaucoup plus grave cependant. Quelque part, on pouvait retrouver plus d'une similitude entre les deux mères, ayant traversé chacune la guerre à leur manière, déterminées à prendre soin des autres, enfants à l'école ou malades à l'hôpital, et infiniment aimantes à l'égard de leur progéniture.

Cette idée dut se lire dans ses yeux car Mélissa lui demanda alors d'un ton soucieux :

— Ta mère est prévenue de ce qu'il s'est produit ?

— J-je n'ai pas encore eu le temps... !

— Il faut l'en avertir ! Elle risque de s'inquiéter pour toi !

— Attendez ! l'arrêta Kate alors que Mélissa Diggle s'apprêtait à la guider jusqu'à la volière de Ste Mangouste. Je vais lui téléphoner depuis une cabine, c'est plus simple !

— Tu sais t'en servir ?

— Je suis à moitié moldue, oui, je sais comment ça marche.

— Je vais t'accompagner dehors, si tu veux, décida Terry.

— Non, c'est important que tu restes là !

— Ce n'est pas exactement ce que tu m'as dit il y a quelques minutes... !

— Tu as un moyen sécurisé de rentrer chez toi, ce soir, quand même ? rebondit Mélissa.

— J'ai déjà pris le Magicobus. Je...

L'aide-guérisseuse l'interrompit en douceur.

— Non, non ! C'est hors de question. Avec ce qu'il vient de se produire... Je t'avoue que je me sentirais plus sereine si quelqu'un venait te chercher.

— J'habite très loin, en distance moldue... ! Ma mère ne peut pas faire le déplacement en voiture !

— Elle peut rester à l'appartement, ce soir, proposa Terry.

— Oui, je suppose, approuva sa mère.

— Quoi ? s'étrangla Kate. M-mais je ne peux pas ! Pas aujourd'hui ! Je vous ai déjà suffisamment nui comme ça !

— « Nui » ? Kate, non... !

— Papa aurait été d'accord. Tu devrais dormir chez nous.

La phrase de Terry amena un silence chagriné.

— Très bien, céda Kate dans un soupir.

— Va contacter ta mère. Et allez tous les deux au Chaudron Baveur, prendre un bon chocolat chaud, pour vous changer les idées. Je crois que... ah voilà.

Elle sortit quelques noises de sa poche, sous sa blouse de soignante, qu'elle fourra dans la main de son fils, hébété.

— Mais, maman, s'il arrivait... !

— Terry. Un monde fait de « si » est la cage la plus pernicieuse qui soit. Sors. Prends l'air. Changez-vous les idées, avec Kate. Je veillerai sur papa, d'accord ?

C'est ainsi que Terry et Kate se retrouvèrent à boire une boisson chaude autour d'une table du Chaudron Baveur. Cependant, leur compagnie imposée n'était pas des plus appréciables et Kate s'en agaça vite :

— Vous avez conscience, quand même, que votre présence n'est pas désirée ?!

— Croyez-moi, miss Whisper, soupira Orpheus, j'aurais désiré bien d'autres choses que de me retrouver ici.

Depuis qu'il était arrivé dans l'auberge, le comportement d'Orpheus pouvait s'assimiler à celui de Maggie en milieu public. On sentait que l'homme avait perdu ses repères et ses habitudes, tentant de se réconforter à travers ses petits rituels dénués de logique. Comme calculer le temps d'infusion de son thé à la seconde près avec sa montre à gousset, tourner sa cuillère cinq fois dans un sens, cinq fois dans l'autre, la faire goutter de deux petits coups très calculés.

Ses manières étranges, Terry ne les prit que très peu en considération par rapport à l'incrédulité conséquente à la découverte de l'identité de cet homme. Car sur le chemin, Kate avait dû lui glisser que ce sorcier qui les traçait à courte distance n'était personne d'autre que celui qui l'avait sauvée d'une vie autre que celle d'un vampire en voyageant dans le temps. Tout en sachant que ce dernier n'avait justement pas encore vécu ce retour dans le passé. Une situation complexe que Terry parvenait mal à comprendre, les pensées embrouillées par les événements du jour.

— Mais parlez donc librement, les persuada-t-il avec un sourire matois.

— Oui. Pour que vous mettiez tout dans un bouquin ensuite pour vous faire des...

— Miss Whisper, votre manque de confiance me navre sincèrement. De même que votre propension aux grossièretés à mon égard. Je vous ai connue plus retenue.

— Vous pensez bien que vous mettez ma patience à rude épreuve.

— Je n'en doute pas. Mais ne me morigénez pas.

Plutôt que de lui consacrer plus d'attention, Kate se tourna vers Terry. Elle aurait voulu lui dire tellement de choses, mais Orpheus la privait de sa langue. Aussi, elle aborda un sujet ne la concernant pas de manière directe et personnelle :

— Tu as prévenu Maggie ?

— Pourquoi tu voudrais que je la prévienne ? marmonna Terry, qui frottait la table d'un doigt, évitant de lever le regard.

— Pour lui parler de ce qu'il vient de se produire.

— Qu'est-ce que ça lui ferait ?

— Euh, Terry. Le principe d'une petite amie, en fait, c'est qu'elle apporte un soutien. Que vous partagiez beaucoup de choses ensemble. Non ?

— Je n'ai... non, puis non. De toute façon, elle ne peut pas venir ici.

— Qui a parlé de venir ici ? Des lettres suffisent. Tu sais...

Elle s'arrêta un instant et considéra Orpheus, le regard baissé, buvant son thé, qui devait cependant suivre la conversation d'une oreille attentive.

— Mon père m'a écrit des lettres. Plein. Il m'en a donné toute une boîte. Il ne peut pas être présent, mais avec ses mots, je sais qu'il y a une part de lui qui m'accompagne.

Terry esquissa un maigre sourire, but une gorgée de chocolat chaud et la questionna alors :

— Comment ça s'est passé, d'ailleurs ? Avec ton père ?

— Je…

Son regard se dirigea un très court instant vers Orpheus :

— … t'en parlerai plus tard. Mais oui, ça a été. Hormis le retour, quoi…

— D'où elle venait ?

— La sorcière bleue ? devina Kate. Je ne sais pas… Elle devait être au courant de mon déplacement.

— Par quels moyens ?

— Les secrets du Ministère ne sont pas tous façonnés avec fiabilité.

La remarque d'Orpheus fit converger les deux regards vers lui.

— De par ses pouvoirs dont vous jouissez de même, elle n'a dû avoir aucun mal à soutirer l'information à un pauvre fonctionnaire…

— Vous savez que c'est Electra ?! s'étonna Terry.

— C'est… mister Fawley qui m'a permis de lier les deux. Il m'a donné beaucoup de renseignements sur elle.

Kate devait l'admettre. Sans les interventions d'Orpheus, les choses auraient été bien différentes. Ravi d'avoir obtenu gain de cause, le journaliste leva sa tasse, la dédia d'un geste infime à Kate, puis en but une gorgée.

— Et cette autre femme ? C'était qui, alors ? poursuivit Terry, amer.

— Je l'ignore. Elle avait des cheveux roses et…

Un détail lui revint en se remémorant la scène.

— … et un accent américain.

— Quoi ?

— Elle avait un accent américain ! répéta Kate, intégrant l'information.

— Je ne te suis pas…

— Sérieusement ? Tu trouves qu'on n'a pas assez de problèmes avec les américains, cette année ? Tout s'explique !

— Je… non. Désolé.

— Le professeur Higgins m'a dit que quelqu'un qui maîtrisait l'Immatériel avait soumis l'Allégeance à certains de Salem avant les attentats. Et Electra traîne maintenant avec une américaine psychopathe ! Je n'y vois pas un hasard !

— Tu penses que la personne à New York, c'était Electra ? Mais… pourquoi ? Ça n'a aucun sens ?

— Elle cherchait des complices, peut-être ?

— Si vous voulez mon avis, vous aurez des réponses plus vite que prévu…

En prononçant cette phrase, Orpheus faisait allusion à l'arrivée impromptue d'une sorcière vêtue de rouge dans le Chaudron Baveur, le regard scrutateur. Kate se redressa, frissonnante, en reconnaissant miss Ivanov. L'Auror détenait peut-être de premières réponses de la part de la sorcière qu'ils avaient arrêtée. Cependant, elle ne semblait pas ouverte aux questions. L'impression qu'un blizzard venait de s'abattre dans la pièce fut partagée avec l'ensemble des clients, qui se figèrent en voyant la sorcière slalomer avec habilité entre les tables pour piquer vers sa cible.

— Tu te crrrrrois maline, gamine ?!

Impressionnée par la colère qui retomba sur elle, Kate pâlit.

— J-je… balbutia-t-elle.

— Pourrr qui te prrrends-tu, pourrrr filer comme ça, sans prrrévenir perrrrsonne ?! Je ne pensais pas que cette mission serrrait d'êtrrre la baby-sitterrr d'une petite inconsciente !

Face à la rage de miss Ivanov, qui ne la laissait pourtant que très peu transparaître dans son expression, même Terry, qui prenait à cœur la défense de Kate dans ce genre de situation, s'affaissa. Cependant, Orpheus se leva et tenta de calmer le jeu en s'interposant :

— Miss Ivanov, c'est bien ça ? …coutez, je pense que miss Whisper a eu son lot d'émotions fortes pour la journée, ne pourrions-nous pas lui accorder un temps de répit ?

Encore sous le choc des mots de l'Auror, Kate se réfugia dans son chocolat chaud, se coupant du monde, laissant le soin à Orpheus de dénouer la situation.

— Et maintenant qu'elle est entre de bonnes mains…

Il lui désigna Terry avec la boule nacrée de sa canne.

— Je suppose que nous pouvons la laisser respirer, n'est-ce pas ?

— Pas si vite, coupa miss Ivanov.

Sans prévenir, elle lui attrapa son bras pour l'empêcher de filer, appuyant volontairement sur la marque qu'elle lui avait infligée.

— J'ai à vous parrrler, gronda-t-elle. Vous n'êtes pas un simple témoin, dans cette affairrre.

— Ici ? sourit-il. Maintenant ? Un interrogatoire public ? Vos manières m'étonnent.

Il se dégagea de sa prise avec délicatesse, sous le regard glacial de l'Auror russe.

— Fort bien, soupira-t-il, en plaçant son chapeau brun sur ses boucles. Je suppose que je n'y réchapperai pas. Allons partager cette conversation dans un endroit plus convenable et intime, voulez-vous ? Mon appartement n'est pas loin. 21, Brooke Street. Troisième étage.

Cette précision fit tiquer Kate, qui s'autorisa à lever le regard vers lui. Le discret coup d'œil que lui jetait Orpheus lui confirma l'allusion.

— D'une facilité d'accès… Voudriez-vous bien m'y accompagner, miss Ivanov ? Et en profiter pour me retirer cette bien vilaine scarification ?

La sorcière n'en répondit que d'un silence aussi froid que l'atmosphère qu'elle avait fait retomber, avant de quitter le lieu en compagnie du journaliste, qui accorda un dernier salut discret à Kate. Celle-ci se sentit soudainement libérée d'un poids.

— Je ne l'imaginais pas vraiment ainsi, fit remarquer Terry.

— Ne parlons plus de lui, il n'en vaut pas la peine.

— Hm, il t'a quand même défendu.

— Il le fait quand ça l'arrange. Il fait tout pour entrer dans mes bonnes grâces. Au fond, la seule chose qu'il veut, c'est se faire de l'oseille sur mon cas… Oh, le radin ! Il n'a même pas payé son thé !

Terry et Kate refirent un crochet à Ste Mangouste pour prendre des nouvelles de Dédalus, dont l'état ne s'était ni amélioré, ni dégradé. Les guérisseurs se montraient optimistes, mais tant que Dédalus ne se réveillerait pas, rien ne pouvait apaiser les angoisses de Terry. Mélissa lui assura alors qu'elle resterait à l'hôpital cette nuit pour veiller sur son mari et prévenir Terry en cas de changement, le sommant de s'accorder une nuit de repos.

Dans la rue, Kate en profita pour utiliser une cabine téléphonique afin d'appeler sa mère.

— Allo ? décrocha une voix prudente.

— Oui, maman. C'est moi.

— Kate ! Où es-tu ? Je croyais que tu devais être rentrée pour 17h !

— Maman, il… il y a eu un problème. Mister Diggle, il…

Afin de ne pas affoler sa mère, Kate falsifia la situation.

— Il est tombé de son balai. À cause d'une rafale. Il est à Ste Mangouste.

— Mon Dieu ! s'inquiéta Grace. Ça va ? Ce n'est pas trop grave ?

— Je… On ne sait pas.

Un silence entrecoupa la conversation, durant lequel Kate observa Terry à travers la vitre crasseuse de la cabine rarement utilisée.

— Écoute, je vais rester à Londres, cette nuit. Chez Terry. J'essaierai de revenir demain. En tout cas, avant le dîner.

— D'accord… Très bien. Et…

Kate sentit les interrogations de sa mère peser sur ce long silence, qui s'acheva sur :

— Comment va ton père ?

— Bien. Bien… J'ai quelque chose pour toi, de sa part.

— Ah ?

— Oui. Je te montrerai. Je te raconterai…

— Oui. Oui. D'accord. On… oui.

La conversation ne s'éternisa pas plus longtemps.

Ce fut avec un pincement au cœur que Kate retrouva l'appartement des Diggle sur Irving Street. Cet endroit lui rappelait le procès de son père, avec son plaidoyer qu'elle avait tant répété dans le salon. L'organisation du foyer était identique à ses souvenirs : chaotique. Le sol était à peine décelable sous les chaussures, les vieilles Gazettes, les écharpes, les parchemins publicitaires, les cadavres d'enveloppes et les carcasses de cartons. La salle de bains avait gagné en couleurs, ce que Kate n'avait pas imaginé possible. Désormais, une grosse giclure pourpre à l'odeur de grenadine sciait le mur carrelé et déjà clairsemé de teintes, au-dessus de la baignoire multicolore.

Ils s'attardèrent lors de leur repas sur le récit de Kate : la route jusqu'à Azkaban, la rencontre avec Gloom, les soupçons macabres de ce dernier et, enfin, les retrouvailles avec Phil. Terry l'écouta avec grande attention. Car sa passion, au travers de ses mots, était palpable. Quand elle parlait de Phil, Kate semblait ne plus appartenir à ce monde. Et cet amour si fort qui les liait, qui se vivait, Terry craignait qu'il ne s'interrompe brusquement du côté de son propre père.

Aussi, le soir, Kate profita de la toilette de Terry pour rédiger une lettre pour Maggie, afin de l'éclairer sur la situation. Elle la confia à Hiccup, le hibou des Diggle, qui semblait connaître parfaitement sa destination, au hululement de joie qu'il émit. De très nombreuses lettres de Maggie jonchaient en effet la chambre de Terry, que ce dernier n'avait pas eu le temps de ranger pour l'arrivée impromptue de Kate. La plupart comportait des idées farfelues de paris. La jeune fille s'enchanta alors de constater qu'en dépit des nouveaux aspects de leur relation, leur complicité d'antan demeurait intacte. Et elle espéra, pour eux comme pour elle, que cela dure le plus longtemps possible.

Une fois le coucher décrété, la lumière fut éteinte, mais pas leurs esprits, focalisés sur cette journée bien particulière. Kate ne parvenait pas à s'endormir dans l'immense matelas que lui avait cédé Terry, malgré son refus premier, balayé par les obligations courtoises de ce dernier. Elle se retournait sans trouver refuge dans un semblant de sommeil. Alors, sans se faire discrète, elle rampa jusqu'au pied du lit, à même le sol, et s'immisça dans celui, adjacent et improvisé, de Terry, dans lequel la place était bien plus réduite. Lui non plus n'arrivait pas à s'endormir, s'imaginant, qu'à tout moment, sa mère pouvait lui annoncer la pire des nouvelles.

— Ca va aller… lui souffla Kate, tout près de lui.

Touché, Terry lui attrapa alors sa main et murmura :

— Dors, Kate. Dors…

Cette phrase eut un écho étrange dans les pensées de Kate. Puis, il glissa à son oreille :

— Et fais de beaux rêves de Griffin.

Cette remarque la fit sourire, alors qu'elle se nichait dans l'oreiller de Terry. Puis, il la sentit se détendre, petit à petit. Jusqu'à ce que son souffle régulier lui indique qu'elle s'était endormie contre lui. Alors Terry se pencha en caressant sa tempe et chuchota :

— Qui que vous soyez à l'intérieur d'elle… Je vous en supplie. Protégez-la. Prenez soin d'elle…

 

Le lendemain matin, Kate fut la première à se lever. Terry avait dû veiller jusqu'à tard et s'était laissé abattre par le sommeil juste avant que le soleil n'apparaisse à l'horizon de Londres. Elle s'activa alors à la préparation du petit-déjeuner. En fouillant dans les placards à la recherche de confiture ou de jus d'orange, dont elle venait de terminer la bouteille, elle fit tomber un paquet de farine sur sa tête et réveilla une colonie de cafards dans un placard préalablement abandonné.

Quand elle apporta un plateau, composé d'un chocolat chaud dosé avec maladresse, une tartine à moitié cramée, un jus d'orange qu'elle manqua de renverser dans un déséquilibre et un petit bol de céréales issues du fond du paquet, dans la chambre, Terry dormait encore. Avec délicatesse, Kate palpa son épaule :

— Terry…

Ce dernier remua et grommela, avant d'entrouvrir de lourdes paupières. Ses premiers mots assemblèrent une question :

— Des nouvelles ?

Kate secoua la tête à la négative et Terry soupira.

— Mais je t'ai préparé quelque chose… !

Elle lui présenta, non sans fierté, son petit-déjeuner raté, que Terry accueillit malgré tout avec le sourire.

— Je n'avais jamais eu de collation au lit !

— Il faut bien une première à tout !

L'ambiance retomba très vite quand les amis se préparèrent pour retourner à Ste Mangouste. Dans la chambre médicalisée de Dédalus, rien n'avait changé. Les guérisseurs défilaient, donnaient quelques nouvelles éparses, mais absconses pour des profanes comme Kate et Terry, en matière de médecine sorcière.

— Il a bien récupéré cette nuit, résuma l'un d'eux. Les potions ont bien agi, les organes touchés ont pu se régénérer. Ça reste encore fragile. S'il se réveille, il ne devra pas sortir avant quelques jours.

— S'il se réveille… marmonna Terry.

Kate n'en répondit rien, elle-même peu optimiste. Cela gêna le guérisseur, tandis que son collègue passait en revue les blessures de Dédalus, en évaluant à son tour la vitesse de cicatrisation. Il fallait avouer que les onguents sorciers faisaient des miracles là où les chirurgies moldues pouvaient échouer.

Terry soupira, une main se frottant la joue. Il fixait son père avec un regard implorant, porteur à la fois d'espoir et de craintes.

Quand, tout à coup, un imprévu survint.

— Désolée, je… j'ai fait aussi vite que j'ai pu.

La voix tremblante et familière qui surgit dans leur dos leur fit faire volteface. Une Maggie essoufflée se trouvait dans l'encadrement de la porte, un petit bouquet de roses blanches dans une main. Sans même réfléchir, Terry se projeta vers elle et la serra fort contre lui. Étreinte que Maggie accepta malgré la présence de Kate et des guérisseurs dans la chambre de Dédalus. Leur amie observait respectueusement leurs tristes retrouvailles, jusqu'à ce qu'un détail ne la poignarde. Car pour la première fois en quatre ans, elle vit Terry fondre en larmes. Comme si, dans les bras de Maggie, prêts à recueillir tout son être, il se sentait enfin libre de pouvoir exprimer tout ce qui lui pesait sur le cœur. Même ce qui ne pouvait s'exprimer par des mots.

Affectée, Maggie le berça tendrement, caressant sa nuque de sa main libre.

— Ca va aller, Terry… Ça va aller.

— C-comment… ?

— Kate m'a envoyé une lettre cette nuit, murmura-t-elle, conciliante, en ancrant ses yeux clairs dans ceux, embués de larmes, de Terry. Et j'ai pris le Magicobus pour venir dès que je l'ai reçue…

— Le Magicobus… ?

Terry ricana en silence avant d'empoigner avec une tendresse émue le visage de Maggy et de l'embrasser.

— Je t'aime, Maggie Dawkins.

— Je sais…

Ses mots timides le firent sourire de nouveau, puis, il s'écarta lentement d'elle en gardant cependant une emprise sur ses bras. Les guérisseurs, qui jusqu'à la demeuraient dans la réserve, vérifièrent une dernière fois les constantes de Dédalus puis se retirèrent pour leur laisser de l'intimité, prévenant cependant les adolescents d'avertir en cas de problème.

En s'approchant du lit du blessé, Maggie écarquilla de grands yeux et ne put s'empêcher les allers-retours visuels entre lui et Terry. C'était la première fois que Maggie rencontrait Dédalus et constater une telle opposition avec son fils unique la laissait coite. La seule chose qu'elle espérait, en comparant ce vieil homme rabougri à cette montagne en devenir, fut qu'il soit grand en étant debout.

— Comment va-t-il ? demanda-t-elle.

— Il s'en sortira, souffla Kate.

— Bon.

Un silence embarrassant retomba alors que tous avaient les yeux rivés sur Dédalus.

— Vous pouvez rester ici un instant ? leur demanda Terry, en essuyant ses dernières larmes. Je… Je reviens tout de suite.

Sans plus d'explications, le jeune homme sortit de la chambre, abandonnant Kate et Maggie à l'inconscience du pauvre sorcier. Elles prirent la résolution de s'asseoir, l'une à côté de l'autre, Maggie posant son bouquet sur ses genoux. Le léger rire de Kate initia la conversation.

— Le Magicobus… Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre !

— Tu ne me crois pas ?! s'offusqua Maggie.

— Oh, si ! Justement ! J'essaie de t'imaginer, toi, prendre le Magicobus.

— Ne prends pas cette peine… grinça-t-elle.

— Et tes parents ? Comment ils ont pris le fait que tu partais seule pour Londres ? Pour soutenir Terry ?

— Ils ne sont pas au courant.

— Quoi ?!

 

*** *** ***

 

Un cauchemar avait une nouvelle fois eut raison du sommeil de Maggie, levée bien des heures avant que l'aube ne se lève. Après avoir erré dans le manoir, sans prendre la peine d'emprunter les moyens magiques de transports internes mis à sa disposition, elle descendit à la salle à manger. Gordon, le majordome, était déjà en service, s'occupant du ménage matinal tout en surveillant de temps à autre la préparation du petit-déjeuner dans les cuisines. Sur son épaule, un panople, cette petite créature cyclope, roucoulait joyeusement.

— Ah, miss Dawkins, un hibou est arrivé pour vous, ce matin, la prévint‑il.

— Hm. Sûrement un retardataire de Noël…

— C'est que vos amis semblent en nombre. Et semblent aussi beaucoup vous apprécier.

— Ils ont bien intérêt, tiens !

— Eh bien, je m'en vais de ce pas la chercher, cette lettre !

Quand Gordon revint et qu'il transmit l'enveloppe à Maggie, cette dernière reconnut immédiatement l'écriture de Kate.

— Hmm…

Certainement des nouvelles relatives à sa visite d'hier, à Azkaban. Mais dans ce cas, pourquoi n'avait-elle pas utilisé le grimoire prévu à cet effet plutôt que de lui envoyer un hibou ? Cela la laissait sceptique.

— Quoi ?!

Maggie avait bondi de sa chaise, la lettre entre les mains.

— Miss Dawkins ? s'inquiéta Gordon.

— Je… il faut que j'y aille ! Il y a urgence !

Elle se hâta vers la cheminée, prit une petite poignée de poudre à cheminette dans un pot en porcelaine et rentra dans l'âtre, jetant les cendres magiques en prononçant :

— Chambre de Maggie.

Aussitôt fut-elle habillée et parée à la va-vite, Maggie se hâta pour sortir.

— Trouvez une excuse, Gordon, lui ordonna-t-elle. Mes parents ne doivent pas savoir que je suis partie !

— M-mais… ! Miss Dawkins !

— Je reviendrai dans la soirée !

— Dites-moi au moins où vous allez ! Votre empressement m'inquiète !

— Pas le temps, Gordon. Pas le temps… ! Ayez confiance en moi !

Sans un mot de plus, Maggie claqua la porte du manoir. Cependant, en chemin pour le portail, elle aperçut bien plus loin l'une des serres botaniques de sa mère. En une nuit, tout pouvait s'être produit. Peut-être le père de Terry était-il déjà mort. Et Kate lui avait appris qu'en de telles circonstances, il était d'usage de fleurir les tombes. Dans le cas positif, cela ferait office de signe de courtoisie et d'espoir de rétablissement. Elle s'y pressa et porta son dévolu sur un rosier blanc, entretenu avec soin.

Maggie prit une profonde inspiration une fois qu'elle eut franchi le portail. Ce qu'elle s'apprêtait à faire la dépassait. Elle sortit alors sa baguette magique de sa poche, la leva au-dessus de sa tête et l'agita. Quelques secondes plus tard, un immense bus à triple impériale de couleur violette surgit de nulle part et pila devant elle.

— Bonjour ! l'accueillit Dean. Bienvenue dans le…

— Un billet pour Ste Mangouste, s'il vous plaît.

Surpris d'avoir été interrompu par l'adolescente, Dean pianota cependant sur sa machine pour planifier la destination.

— Combien de temps mettrons-nous ?

— Hmm.

Dean estima le nombre de personnes présentes dans le Magicobus, en l'occurrence une vieille dame qui caressait un chat tellement décharné qu'on s'étonnait qu'il soit encore en vie et un sorcier à moustache qui faisait des mots croisés magiques.

— On doit faire un petit détour à Liverpool. Ça ne prendra pas plus de quinze minutes, je pense.

— Déposez-moi en première, réclama Maggie, déterminée.

— Et pour quelles raisons ? s'étonna Dean, de plus en plus agacé.

Sans prévenir, Maggie sortit de sa poche une petite bourse en velours rouge et la donna à Dean.

— Dix gallions, déclara-t-elle.

— Je ne suis pas corruptible, grimaça Dean en lui rendant son argent. Tu attendras, comme tout le monde.

Après l'avoir fusillé du regard, Maggie régla la somme due et s'avança entre les rangs, osant à peine toucher le dossier crasseux des sièges. Dean s'agaça de son hésitation :

— Assieds-toi maintenant ou tu risques de le regretter.

La déglutition de Maggie fut laborieuse, puis elle leva sa baguette.

— Pulvino.

Un coussin rose, rembourré de plumes, gonfla par magie sur le siège qui lui paraissait le moins miteux de tous. La commission pour usage de la magie en dehors de Poudlard était bien préférable à l'assise publique. Droite, Maggie s'installa sans cacher sa crispation, les fesses touchant à peine l'oreiller de prévention. On devinait à sa respiration saccadée qu'elle prenait sur elle.

Quand le Magicobus démarra dans une brutale accélération, Maggie n'eut d'autre choix que d'attraper par réflexe le siège de devant pour éviter de s'y casser les dents, les fleurs malmenées sur ses genoux. La panique s'empara bien vite d'elle, fouillant du bout de ses doigts maintenant impurs dans ses poches dans l'espoir d'y trouver un mouchoir salvateur. Là où des sorciers y voyaient une habitude quotidienne, prendre le Magicobus relevait de l'audace pour l'adolescente. Une audace qu'elle regretta bien vite.

 

*** *** ***

 

À Thinkshold.

— Gordon… auriez-vous croisé Maggie ce matin ? Ce réveil tardif éveille ma surprise.

— Oh, Mrs Dawkins, c'est terrible. Miss Dawkins a traversé un terrible épisode diarrhéique cette nuit, vous savez. Entre nous, je pense qu'un peu de repos lui ferait le plus grand bien !

— Par tous les chapeaux de Merlin !

Miranda Dawkins se hâta vers la chambre de Maggie par le biais du réseau interne de cheminées. Le poing avec lequel elle frappa à la porte fut bien indécis, comme par peur de contracter la maladie à son tour par simple contact du bois.

— Maggie, chérie ? Je… Comment vous sentez-vous ?

Avec l'absence de réponse, Miranda lança alors :

— Mère vous aime, chérie ! Rétablissez-vous bien !

Et la sorcière décampa aussitôt, ne désirant rester plus longtemps devant cette pièce contaminée.

 

*** *** ***

 

Après un quart d'heure de détours à travers l'Angleterre, le Magicobus déposa Maggie à sa destination. Le teint de son visage oscillait entre le blanc et le vert pâle. En quittant le véhicule, elle fourra sa bourse de dix gallions dans la main de Dean qui s'en étonna.

— Gardez… maugréa-t-elle, la voix pâteuse. Pour rénover.

Elle descendit les marches en fer en s'agrippant aux rampes, le pas incertain. Et quand le bus magique repartit pour de nouvelles contrées, Maggie ne retint pas le flot de bile qui remonta soudainement, écartant les roses pour les préserver de cette souillure conséquente à sa bravoure.

 

*** *** ***

 

Kate ne put se retenir de rire aux éclats sans que Maggie ne lui accorde un regard après qu'elle eut terminé son récit.

— Une épopée… souffla-t-elle pour conclure.

Après s'être calmée, sa meilleure amie se fit plus compréhensive :

— J'espère que Terry se rend compte. De ce que tu fais pour lui. Pour que tu ailles jusqu'à fuguer de chez toi et venir ici en Magicobus…

Kate considéra les roses blanches que Maggie gardait sur ses genoux :

— … et couper les plus belles fleurs de ta mère !

— Oh, elle trouvera encore moyen d'accuser les écureuils.

— Oui, c'est connu. Les écureuils aiment voler les roses.

— Hm. Pour tout t'avouer, j'ignorais si le père de Terry serait… déjà décédé ou non. Les fleurs, c'est bien en toutes occasions. C'est ce que tu m'avais dit.

— Mais il n'est pas mort…

— Oui, heureusement.

Toutes les deux considérèrent un instant Dédalus, toujours plongé dans l'inconscience dans son lit.

— J'ai du mal à croire que cet homme est le père de Terry, déclara Maggie en hochant la tête.

— Quand on le connaît, ça ne fait aucun doute. Ils sont aussi gentils l'un que l'autre.

— Hm. J'espère que la ressemblance s'arrête là. Je refuse que Terry porte des rouflaquettes pareilles !

Elles rirent doucement en s'imaginant le portrait.

— C'est moche, quand même, quand on y pense. Je pense que ce ne sont pas toutes les rencontres avec les parents du copain qui se déroulent dans de pareilles circonstances. D'ailleurs, je ne me suis même pas présentée en bonne et due forme !

Maggie se leva et contourna le lit, pour paraître face à Kate. Elle se racla discrètement la gorge et s'adressa à Dédalus.

— Mister Diggle ? Je ne sais pas si vous m'entendez, mais bon. C'est peut-être plus facile pour moi que vous soyez endormi, en fin de compte… !

Le cirque de Maggie éveilla un sourire sur le visage de Kate. Elle savait que ce cinéma n'était pas à l'intention de Dédalus, mais pour elle. Maggie cherchait à lui changer les idées, quitte à se ridiculiser dans ce simulacre de présentation.

— Enchantée de vous rencontrer, je m'appelle Maggie Dawkins. Oui, Dawkins, comme Hector Dawkins, le célèbre inventeur des multiplettes, oui, oui, je suis sa petite-fille, pour tout vous avouer ! Même si je ne l'ai jamais connu, en fait…

— Je regrette tellement de ne rien avoir emmené pour te filmer, ricana Kate à voix basse. Ce que je vois n'a pas de prix… !

— Et allons de but en blanc, mister Diggle, je sors avec votre fils ! Ça fait, hm… presque deux mois, maintenant ? Le temps passe à une vitesse… !

Comme on pouvait s'y attendre, il n'y eut aucune réaction de la part du père de Terry.

— Mais ça fait bien plus longtemps que j'ai des sentiments pour lui…

La voix de Maggie s'était faite plus posée, comme se préparant à des confessions. Elle se libérait là du comique de son rôle.

— Même si je n'arrive pas à le lui dire encore, j'aime votre fils. Il… il a toujours été gentil avec moi, même dans les moments où j'étais la pire garce qui soit. Il est compréhensif. Toujours à voir le bon côté des choses. Même si ça a parfois le don de m'exaspérer ! Il est toujours déterminé à donner du meilleur de lui-même, même s'il est en difficulté. Oui… il ne renonce jamais. Et j'espère qu'il ne renoncera pas, pour vous…

Maggie marqua un arrêt, que Kate ne combla pas, troublée par son discours.

— J'aimerais lui dire tout cela. Que j'ai de la chance de l'avoir auprès de moi. Mais je n'y arrive pas… Je fais ce que je peux, mister Diggle. Je vous promets. Je… ne me sens pas prête à assumer tout ça, je crois. Vous savez, j'ai grandi dans un milieu différent du sien. Enfin, je ne voulais pas dire du mal de vous par-là, hein ! Vous l'avez très bien éduqué ! Mais… chez moi, les sentiments passent toujours après l'argent, le pouvoir, l'ambition et la renommée. Aussi, c'est dur pour moi de renier les valeurs que ma famille glorifie depuis des générations aujourd'hui. Vous comprenez ce que je veux dire ? Mes parents s'attendent à ce que j'épouse plus tard un riche héritier au Sang-Pur. Et qui joue au Quidditch. Pour reprendre le business familial. Mais ce n'est pas ce que je veux maintenant…

« Terry n'est pas avec moi pour une histoire d'argent. De renommée. Ou quoi. Il… m'accepte comme je suis. Et ça… ça n'a pas de prix. Et je sais que c'est grâce à vous. Je suis bien placée pour savoir que l'éducation que l'on reçoit façonne notre vision du monde. Mister Diggle. Je… merci d'avoir fait de Terry ce qu'il est aujourd'hui.

Au même moment, Kate aperçut ce qui, au départ, ne paraissait être qu'une illusion. Mais de nouveau, quelque chose frémit sous le drap d'hôpital.

— Si Terry devait continuer à vivre sans vous, il serait dévasté. Alors s'il vous plaît, mister Diggle. Je ne vous connais pas, mais faites l'effort de rester en vie !

— Maggie… ! l'interrompit Kate qui s'était levée en douceur, les yeux rivés vers la main de Dédalus qui se mouvait doucement.

— Quoi ?

Au même moment, les yeux de Dédalus s'ouvrirent et le hurlement de surprise de Maggie s'en suivit.

— Merlin ! cria Kate qui se précipita vers lui. Mister Diggle ! Mister Diggle, vous m'entendez !

Maggie se calma, adossée contre le mur de la chambre et reprenant sa respiration, tandis que Dédalus émergeait de son douloureux sommeil.

— K-Kate… ? marmonna-t-il indistinctement. Que… je… où ?

— Vous êtes à Ste Mangouste, lui expliqua-t-elle. Nous nous sommes faits attaquer. Sur le retour d'Azkaban. Vous vous souvenez ?

— Il s'est passé quelque chose ?!

Un guérisseur fit irruption dans la pièce, prévenu par le hurlement de Maggie.

— Mis… ter Diggle s'est réveillé, scanda cette dernière en déglutissant avec difficulté.

— Ah, oui… grinça Dédalus alors que le guérisseur commençait à l'examiner. Je me souviens, je… Ah ! Bas les pattes avec vos lumières là !

Il tenta vainement de chasser la baguette lumineuse que le guérisseur avait pointée sur ses yeux pour vérifier ses réflexes. Kate sourit, soulagée. Elle ne se serait jamais pardonné la mort du père de son meilleur ami.

— Tout va bien, jeune fille ? s'inquiéta Dédalus, encore faible. Toi… ? Tu n'as rien ?

— Pas une égratignure, lui sourit-elle, omettant par-là le sortilège impardonnable qu'elle avait dû subir. Hermione et Miss Ivanov non plus.

— M'étonne pas… Ce sont des guerrières, ces femmes-là ! Elles mangent des lions au petit-déjeuner ! Ou un dragon dans le cas de miss Ivanov !

Son rire le fit tousser. Puis, il tourna la tête vers Maggie, toujours livide et incapable de prononcer le moindre mot. Les deux se dévisagèrent un court instant.

— Qui êtes-vous, jeune fille ? s'étonna Dédalus.

— Maggie Dawkins, sir, articula-t-elle. Je suis…

— Maggie ?! C'est toi, Maggie ?

Les yeux de Dédalus semblèrent briller de mille feux, comblé. Il tenta de se redresser mais la douleur le scia en deux.

— Ola, mister, l'arrêta le guérisseur. Vous avez été sérieusement blessé à l'abdomen. Je vous déconseille de trop bouger.

— Mais de quoi j'ai l'air, moi, ricana-t-il. Pour une première rencontre avec ma belle-fille !

Maggie manqua de s'étrangler à l'emploi de ce terme et partagea un regard avec Kate, plutôt amusée par la situation.

— Papa !

Au même moment, Terry était réapparu dans le cadre de la porte. Mais il n'était pas seul : Mélissa le suivait, toujours vêtue de ses habits de service, des cernes en plus. Le jeune homme se rua vers le lit et, sans prendre garde, se jeta dans les bras de son père avec émotion. Mélissa les rejoignit, elle-même bouleversée et radieuse, caressant le front dégarni de son mari.

— Ça va, fiston… ! Tu ne vas pas pleurer ma mort de sitôt !

— Je vais devoir te supporter longtemps, vieil homme ! plaisanta Terry, assis auprès de lui, en poussant l'épaule de son père d'un poing délicat.

— À votre désespoir !

Après avoir partagé quelques paroles rassurantes avec Mélissa, il s'adressa de nouveau à son fils :

— Dis voir, garçon… Approche. Tu m'avais déjà dit que ta copine était mignonne. Mais je ne pensais pas à une telle beauté !

Plusieurs regards se levèrent vers Maggie, toujours dos contre le mur, comme un lézard incapable de bouger en présence humaine. C'est alors que Mélissa réagit avec un air béat et des paroles très semblables à celui de son époux :

— Maggie ? « La » Maggie ?

Mélissa contourna le lit et Maggie s'attendit à partager une poigne cordiale. Cependant, tout comme elle l'eut fait avec Kate, sans prévenir, elle étreignit la jeune fille, pétrifiée sur place, les bras droits et plaqués contre elle. La scène fit sourire Kate et Terry, tentant tous les deux de deviner les pensées erratiques de Maggie à cet instant précis.

— Regardez-moi ce magnifique bout de femme, s'émerveilla Mélissa qui la dépassait de bien trois têtes, en attrapant ses épaules. Oh, Maggie. Je suis si heureuse de te rencontrer enfin. Même si… enfin.

— Oui, oui, ne vous inquiétez pas, je comprends, bredouilla-t-elle, en tentant subtilement de dégager les mains de Mélissa dans un léger haussement d'épaules.

C'est dans ce moment de retrouvailles que Kate se sentit de trop dans cette petite bulle de bonheur des Diggle.

— Je vais faire un petit tour, si vous me le permettez. Vous laisser du temps.

— Reste prudente, Kate, l'avertit Mélissa avec un regard maternel.

— Je viens avec toi ! rebondit Maggie.

— Oh non ! Reste là ! Avec Terry !

Maggie fusilla sa meilleure amie du regard, qui se complaisait à l'étudier, comme une pelote de laine jetée dans un enclos à chats.

— Oui, Maggie, reste un peu avec nous, l'enjoignit le concerné.

Ne pouvant rien lui refuser, Maggie souffla et accepta de ne pas suivre Kate, qui disparut dans le couloir après leur avoir adressé un dernier signe de la main.

— Eh bien ! Entre Kate et cette miss, c'est que tu es bien entouré, garçon ! le taquina Dédalus.

— Prends donc une chaise, Maggie ! lui proposa Mélissa. Mets-toi à ton aise !

— Oh, non, je vous assure ! C'est… bon pour la circulation dans les jambes, il paraît. Quelque chose comme ça.

— Et cultivée, en plus de cela, surenchérit Dédalus.

— Arrête, papa ! rit Terry en donnant une tape sur la cuisse de son père. Elle va finir par s'enfuir en courant.

En voyant l'expression de Dédalus se déconfire, Terry chercha à se corriger.

— C'était une blague, papa.

— Refais-le.

— Quoi ?

— Tape sur ma jambe.

Terry répéta son geste sans comprendre, sous le regard attentif des deux femmes, jusqu'à ce que son père, blême, bafouille :

— Je… je ne sens rien !

Les rues de Londres entre Noël et le jour de l'an avaient une odeur de fête à moitié consommée, comme si les cérémonies duraient des jours entiers. Les cartes des restaurants affichaient des menus exquis, les boutiques continuaient de vendre cadeaux et gourmandises d'occasion, les vitrines s'illuminaient de mille couleurs. Kate les longea, le nez enfoncé dans son écharpe, le sourire dissimulé dans l'épaisse laine, alors qu'elle remontait vers Brooke Street.

Elle peinait encore à se rendre compte de la folie qu'elle s'apprêtait à accomplir. Se jeter de plein gré dans la gueule du loup. En remontant la rue, Kate lut, non sans fascination, les panneaux ronds et bleus qui indiquaient les illustres habitants moldus de ces immeubles. 25, Georg Friedrich Haendel, grand compositeur classique du XVIIIe siècle. 23, Jimi Hendrix, un guitariste historique. Puis, le 21, devant lequel Kate marqua un arrêt. Orpheus Fawley ne pourrait jamais prétendre à une pareille plaque, de son côté. La jeune fille ouvrit la porte rouge et grimpa la fastueuse cage d'escaliers. Parvenue au troisième, elle appuya sur la petite sonnette en cuivre au-dessus de laquelle apparaissait le nom du propriétaire. Quelques secondes plus tard, une petite voix aiguë lui répondit derrière la porte.

— Oui ? C'est pour quoi ?

— Euh… je suis bien chez Orpheus Fawley ?

— C'est bien cela !

— Je m'appelle Kate Whisper. Mister Fawley m'a dit que je pouvais lui rendre visite.

— Oh, vraiment ? Miss Whisper ? Quelle bonne surprise ! Attendez, attendez !

Il y eut des petits bruits de sauts et la porte se déverrouilla. Quand elle s'ouvrit, c'est avec une surprise non dissimulée que Kate se retrouva nez à nez avec une elfe de maison, accoutrée comme une soubrette de maison du siècle passé.

— Entrez, entrez ! l'invita l'elfe avec une petite voix excitée. Oh, mister Fawley sera ravi de savoir que vous êtes là !

— J'ignorais qu'il avait… une elfe à son service ! lâcha Kate, alors que la servante défaisait les lacets de ses chaussures pour l'en débarrasser. Vous portez des habits ?!

— Oui, ils sont beaux, n'est-ce pas ? Mister Fawley les a commandés exprès sur mesure, pour Blandine !

— Mais… je croyais que les habits donnaient la liberté aux elfes de maison ?

— Blandine est une elfe libre, miss Whisper !

— Ah bon ? Ça n'en a pas l'air !

— Blandine aime travailler pour mister Fawley ! Il traite Blandine très bien ! Et il paie Blandine ! Blandine ne pourrait être plus heureuse qu'en servant mister Fawley !

L'elfe semblait vouer une admiration sans faille à son maître, ce face à quoi Kate ne rétorqua rien de peur de la blesser.

L'appartement d'Orpheus reflétait toute la richesse et la pureté du sang de sa famille. Cependant, il ne portait pas le traditionalisme sorcier, avec ce penchant pour les manoirs lugubres. À l'inverse, le journaliste semblait s'être accommodé de la même modernité que les moldus, avec ces meubles immaculés, ces grands fauteuils carrés en cuir, des décorations sorcières contemporaines.

— Mister Fawley n'est pas encore levé, lui précisa l'elfe après l'avoir assise dans l'un des sièges. Mais Blandine l'a prévenu de votre arrivée. Peut-être Blandine peut-elle vous servir quelque chose en attendant ?

— Je-… euh non, ça va aller, merci, la congédia Kate, gênée de faire appel aux services d'une elfe de maison.

— Comme vous désirerez, miss ! N'hésitez pas à appeler Blandine si vous en avez besoin.

Kate hocha la tête juste avant que Blandine ne disparaisse dans un claquement de doigts. La jeune fille ne bougea pas, se contentant d'observer son environnement et de frictionner la moquette vert émeraude avec la plante de ses pieds, seulement pourvus de chaussettes dépareillées, dont l'une était trouée. Au-dessus de la grande cheminée en marbre blanc, Kate pouvait apercevoir des cadres photos qui protégeaient des images animées. Elle ne chercha pas à s'en approcher, à les détailler. Car plus elle se tenait éloignée de la sphère privée d'Orpheus, mieux elle se porterait. Elle était ici pour les affaires…

Quand, quelques minutes plus tard, la porte de la chambre s'ouvrit, donnant directement sur l'immense salon lumineux, Kate se retourna. Pourtant, à son plus grand étonnement, ce ne fut pas Orpheus qui en sortit.

La coiffure encore approximative, Irina Ivanov adressa un regard meurtrier à Kate, avant d'exhorter l'elfe de maison et de lui réclamer son fameux manteau rouge.

— Pas un mot, scanda-t-elle à l'intention de Kate, abasourdie. Comprrris ?

Sans plus de courtoisies, miss Ivanov quitta les lieux alors que Blandine la saluait toujours depuis l'entrée.

— Au plaisir, miss Ivanov ! Blandine était très heureuse de vous rencontrer ! Revenez, à l'occasion ! Blandine préparera des charlotka !

— Elle est partie, elle ne vous entend plus, fit remarquer Kate.

— Ce n'est pas grave ! Blandine est contente malgré tout ! s'enchanta l'elfe.

— Aurais-je entendu la délicieuse voix de miss Whisper ?

Orpheus n'avait pas annoncé sa présence, alors qu'il clipsait ses boutons de manchettes en forme de serpents argentés, l'épaule contre la porte de la chambre, un sourire madré cousu au visage. Kate devait l'avouer : mister Fawley était un manipulateur hors pair, pourvu d'un charme sans limite.

— Vous avez fait très fort, admit-elle en se levant.

— Si vous le dites… ! Quel bon vent vous amène, racontez-moi.

Aussitôt entra-t-il dans le salon que Blandine disparut dans un claquement de fouet pour s'affairer en cuisine.

— Mister Diggle est réveillé.

— Excellente nouvelle ! Comment se porte-t-il ?

— Plutôt bien, je suppose… !

— Bien, très bien, appuya Orpheus.

À peine eut-il effleuré le canapé en s'asseyant que Blandine réapparut pour lui servir un plateau d'argent aux ustensiles soigneusement disposés autour de la tasse d'eau bouillante.

— Du coup, vous avez réussi à en savoir plus ? s'intéressa Kate.

— À quel propos, je vous prie ?

— Par rapport à hier. C'est miss Ivanov qui a arrêté la sorcière américaine. Elle doit avoir des informations.

— Hm, non. L'interrogatoire est prévu pour ce soir. On ignore tout d'elle. Rien que son identité demeure un mystère.

Une fois qu'Orpheus eut préparé son thé, il s'installa plus à son aise dans le fauteuil et afficha une expression de triomphe à peine dissimulée.

— Vous voir en ces lieux est un régal, miss Whisper. Je commençais à douter de votre compliance.

— Ne vous imaginez pas des choses. Je cherche des réponses. Et dans une certaine mesure, je sais que vous pouvez m'en fournir. Du moins, m'aider à en trouver. C'est tout ce que j'attends de vous, rien d'autre.

— Et comme d'habitude, je suppose que vous concevez ce soutien à sens unique.

— Hein ?

— Je vous donne des réponses décisives et éclairées. Je vous sauve la vie. Je vous assiste. Mais qu'ai-je en retour, de votre part ?

Il sirota son thé.

— Qu'attendez-vous de moi, exactement ? grinça Kate.

— Une petite signature. Celle pour laquelle je vous ai sollicité lors de notre première rencontre, à Poudlard. Vos souvenirs vous reviennent-ils ?

Afin de pouvoir se consacrer pleinement à la rédaction d'un ouvrage biographique, Orpheus nécessitait l'accord signé de la concernée. Il s'agissait là d'une opportunité immense pour sa carrière. L'exclusivité de la vie de Kate Whisper lui assurait une renommée et une richesse incomparables. Les gens s'arrachaient d'ores et déjà les nouvelles informations sur la petite sorcière qui avait ouvert la cinquième maison, vedette de cette période d'après-guerre, comme l'ultime symbole de la reconstruction du pays.

— Un autographe futile, rien de plus, renchérit Orpheus.

— Comment puis-je vous faire confiance ? Je ne vous connais même pas.

— Vous m'avez fait confiance jusqu'à là, concernant la véracité de mes sources. Et vous en avez tiré des bénéfices. Pourquoi ce détail vous importune-t-il alors qu'il permettrait de déverrouiller toute une situation ?

Kate préféra alors jouer la carte de l'honnêteté :

— Je ne me sens pas prête. Je ne suis pas faite pour… avoir un livre qui parle de moi. Je ne suis pas une héroïne. Et je ne peux pas assumer ça pour le moment.

— Votre modestie vous perdra.

— Je préfère attendre d'être majeure pour prendre ce genre de décision.

— Pensez-vous que la Sorcière Bleue attende que vous soyez majeure pour s'en prendre réellement à vous ?

— Bien sûr que non ! Cette tarée n'a aucun sens de la mesure !

— Alors gardez à l'esprit que je peux devenir votre plus grand atout dans cette bataille. Qui ne se paie qu'avec une maigre signature. Rien de plus.

Au fond, Orpheus ne réclamait qu'un gribouillis. Un tracé d'une seconde. Mais Kate refusa de céder face à la facilité et préféra biaiser le sujet pour éviter de formuler un nouveau refus qui serait contré :

— Et vous faites autre chose dans la vie, à part me suivre ? Sérieusement…

— Un travail de longue haleine demande un investissement de proportions.

— En gros, non, grommela Kate.

— J'ai la chance de jouir d'un vaste héritage et d'une carrière conséquente, qui me permettent ce genre d'exercice.

— Ce n'est pas un travail que de me stalker à longueur de journée, c'est quand que vous le comprendrez ?!

Orpheus haussa les sourcils.

— Vous avez tant changé en deux ans, miss Whisper. Quand je songe à la fillette calme et timide que vous étiez…

Kate médita quelques secondes sur ses mots, avant de se convaincre que, si elle était restée l'ingénue qu'elle avait été, Orpheus, ou beaucoup d'autres, se seraient empressés de la dévorer. Elle avait dû s'adapter, d'une certaine manière, pour ne pas devenir la proie.

— Je ne sais pas… Les gens normaux ont une famille ! Des hobbies !

— Ni famille, ni attache, résuma Orpheus en continuant de boire son chaud breuvage. Mes journées de labeur constituent ma seule passion.

— Stalker une adolescente de quatorze ans n'est pas une passion, c'est juste de la perversion ! répéta Kate en haussant la voix, entre colère et ton moralisateur.

— Me serais-je mépris ? Vous aurais-je offusqué d'une quelconque manière de la sorte dans le passé ? se soucia-t-il.

— N-non, mais me suivre l'est ! Je pourrais vous dénoncer après de la brigade de police magique !

— Et vous savez tout autant que moi que personne ne peut m'attraper.

Le sourire d'Orpheus mit Kate mal à l'aise. Le don de métamorphomage du journaliste jouait en effet en sa faveur.

Plus la conversation se déroulait, plus Kate avait l'impression d'avancer sur un terrain dangereux. Certaines réponses étaient certes à portée de main, mais rien n'en valait le prix aux yeux d'Orpheus, si ce n'était l'intégrité de sa soi-disant protégée.

— Je n'ai rien à faire ici, statua-t-elle en se levant. Je ne sais même pas pourquoi je suis venue vous voir…

— Peut-être parce qu'au fond de vous, vous saviez que j'aurais quelque chose à vous donner malgré tout, soupira Orpheus qui ne la retint que par ses mots, après avoir posé sa tasse à moitié vide sur le plateau d'argent. Vous rendre serait un terme plus exact.

Piquée de curiosité, Kate se retourna et observa Orpheus, debout au milieu du salon, ne portant ni ses vestes ni son chapeau, mais seulement cette chemise qui lui donnait un air autrement plus naturel que sa tenue professionnelle. Orpheus sortit sa baguette magique de sa poche et ouvrit la grande armoire blanche du salon à la poignée nacrée pour en faire léviter un objet que Kate connaissait bien :

— Mon Fuselune !

Un sourire de soulagement s'étira sur son visage malgré elle en retrouvant le balai magique offert par son père il y avait déjà un an de cela.

— Les événements de la veille vous ont, semble-t-il, tant bouleversée que vous en avez négligé ceci en chemin…

— Où l'avez-vous trouvé ?!

— À l'exact endroit où s'est produite l'attaque. Nous y sommes retournés hier, avec Irina, pour reconstituer ce qui a pu se produire et chercher la piste d'Electra Byrne.

— Vous l'appelez même par son prénom, maintenant ? nasilla Kate.

— Je m'étonnerai toujours de la sélectivité de votre attention.

— Donc…

Kate fit tourner son Fuselune entre ses mains, le ton plus sérieux.

— Elle va être recherchée ? Electra…

— Vraisemblablement. Aujourd'hui, on ne la cherche plus morte, mais bel et bien vivante. Sa disparition avait défrayé les chroniques, mais sa réapparition n'est guère une nouvelle enchanteresse. Surtout pas pour vous.

Devant le silence de Kate, Orpheus fronça les sourcils et s'interrogea :

— Cela vous inquiète ?

— Évidemment ! Une folle furieuse meurtrière veut me tuer, est capable de blesser les gens autour de moi, mais je ne devrais pas m'inquiéter ?! Pourquoi ?! Pourquoi veut-elle ça pour se… « libérer » ? Je ne comprends pas ! L'Immatériel semble lui faire tellement peur qu'elle… est prête à tout. Absolument tout… Je ne comprends pas…

C'est à ce moment que Kate se rendit compte qu'elle tremblait en racontant cela, voyant les brindilles de son Fuselune vaciller.

— Et vous, miss Whisper ? s'intéressa Orpheus, sans sourire. Votre Immatériel vous fait-il peur ?

— Je n'ai plus d'Imma-…

Kate s'interrompit brutalement en entendant ses propres mots résonner dans ses oreilles. Comment pouvait-elle tenir une telle discussion avec Orpheus, qui n'avait jamais su en quoi consistait l'Immatériel ? Qui n'avait jamais su qu'elle ou Electra le maîtrisaient ?

La réalité lui revint en pleine face : Orpheus l'avait bel et bien piégée. Où qu'elle aille, la cage se refermerait avant qu'elle n'ait eu le temps de penser à s'enfuir. Il possédait toujours un coup d'avance. Elle ne faisait clairement pas le poids, même en y mettant tout son tempérament et toute sa ruse. Kate ignorait par quel biais cette fois il s'était procuré ces informations et cela la terrifiait.

— Je dois y aller. Merci pour le balai.

Sans plus de salutations, Kate quitta l'appartement luxueux. Quand elle eut fermé la porte derrière elle, Blandine transplana dans le salon pour rejoindre son maître.

— Miss Whisper va revenir, mister Fawley ?

— Sans nul doute, Blandine. Tant que Katelyna ne comprendra pas la réalité, elle reviendra. Encore et encore…

— Blandine ne comprend pas, mister.

— C'est normal, Blandine. Les gens comprennent rarement qu'ils sont généralement leur pire ennemi.

En revenant à Ste Mangouste, Kate ne remonta pas à la chambre de Dédalus quand elle aperçut Maggie et Terry assis à la cafétéria, derrière la grande vitre du hall, clairsemée de givre magique pour l'occasion.

— J'avais commencé à croire que tu avais glissé sur du verglas et que tu étais morte, l'accueillit Maggie. Ce qui aurait pu t'arriver au moins cent fois depuis que je te connais.

— Ça va ?

Elle posa sa question en se basant sur l'état de Terry, penché sur la table, silencieux et incapable de finir son sandwich, chose bien rare pour le jeune homme.

— Il y a une complication, grimaça Maggie. Mister Diggle… ne peut plus bouger ses jambes.

— Quoi ?!

— Les guérisseurs disent que la blessure a été si profonde qu'elle a touché la colonne verticale avec la… poêle épicière.

— Tu veux dire… la colonne vertébrale avec la moelle épinière ?! traduisit Kate ayant quelques notions anatomiques grâce au penchant médical de sa famille du côté maternel.

— Oui, si tu le dis. Et… les potions ont pu guérir les organes internes qui auraient pu être touchés, mais les guérisseurs disent que c'est plus compliqué pour ça. Parce que ce sont des… Enfin, je n'ai pas retenu. Tout ça pour dire que… c'est problématique, mais ils vont essayer d'autres traitements magiques qui pourraient peut-être marcher sur le long terme. Il y a des joueurs de Quidditch auxquels c'est arrivé, il paraît. Ils s'en sont remis. Après plusieurs années, certes, mais ça marche !

Par ces mots, Maggie espérait rassurer quelque peu Terry, retourné à son état de déprime. Mais cela eut un effet inverse :

— Non justement, mon père ne remarchera pas.

— Pas tout de suite ! Un peu de patience !

Kate s'assit à leur table tandis que Terry soufflait :

— Comment veux-tu travailler normalement quand tu ne peux plus marcher ?

— Ce n'est pas définitif, reformula Kate, elle-même troublée. Même les guérisseurs l'ont dit.

— Oui, mais…

— Diggle, l'interrompit Maggie, ton père aurait pu mourir ! Alors au lieu de te morfondre, vois le bon côté des choses !

La rude honnêteté de Maggie ne cessait de surprendre ses amis, surtout quand elle surgissait au milieu des situations délicates.

— Il est toujours en vie ! Et encore avec toi ! Je veux dire… c'est pas comme le père de Kate qui est à Azkaban.

— Merci, Maggie.

— Désolée, Kate, je ne trouvais pas d'autre point de comparaison sur le moment.

Accablée par tout ce qui pouvait se succéder, Kate s'écroula à moitié sur la table et maugréa :

— J'aurais besoin d'un gros pot de glace aux cookies. Et d'un monde où les gens seraient des licornes et s'aimeraient les uns les autres… On jouerait au Quidditch toute la journée et on se ferait tous les câlins.

— Je te rejoins, marmonna Terry. Surtout pour la glace…

— Non mais regardez-moi ces deux loques ! se plaignit Maggie. Hm, de mon côté, j'aurais mieux à proposer que des glaces.

— Il te reste des chocolats suisses ? tenta Terry, une étincelle d'espoir brillant dans ses yeux vides.

— Non, j'étais plus partie pour qu'on aille jouer les aventuriers. Apparemment, on est bons à ça !

— Si tu veux qu'on se lance à la recherche d'Electra, je refuse de servir d'appât, prévint Kate en levant l'index.

— Je pensais plutôt à ce que tu m'as raconté l'autre jour. Le coup de l'antiquaire chez lequel ta grand-mère a acheté le pendentif. Il est à Londres, n'est-ce pas ?

Ce point attisa la curiosité de Kate, qui redressa lentement la tête.

— Oui…

— Alors, qu'est-ce qui nous empêche d'aller faire un petit tour là-bas ?

— Bien. Ça doit être ici.

Les trois amis s'étaient arrêtés devant la devanture miteuse du seul antiquaire qu'il avait pu trouver sur Charing Cross Road, à trois cents mètres du Chaudron Baveur. L'intérieur était sombre et la vitrine glauque, avec ces vieux napperons, les écharpes en fourrure de renard, les tasses en porcelaine et quelques poupées d'époque.

— Qu'est-ce qui te dit que c'est ici… ? lança Maggie, peu convaincue, qui tenait la main de Terry, encore abattu par la nouvelle du côté de son père.

— Charing Cross Road, à côté d'une librairie. C'est tout indiqué !

— Whisper, il y a au moins quinze librairies sur ce boulevard !

— Tu penses qu'on a trouvé mieux depuis tout à l'heure ?

— Je refuse d'entrer ici sous prétexte que les lieux sorciers sont toujours les plus sales. C'est une idée reçue !

— Terry, t'en penses quoi ?

— On peut toujours tenter…

— A deux contre un, Maggie, on rentre.

Kate ouvrit donc la marche, au grand dam de Maggie, qui poussa un long geignement en passant la porte à clochettes. À l'intérieur, la boutique déserte, mais surchargée, au papier-peint décrépi, était en réalité divisée en deux parties. La plus grande était en effet consacrée aux vieux meubles, livres et babioles de toutes sortes. Au plafond s'alignaient des dizaines de lustres de toutes les époques. Côté caisse, au-dessus de laquelle brillait une grande lumière jaune, des vitrines de bijoux anciens étaient collées au mur. Et sur une table, en face du comptoir, se trouvaient des objets occultes et farfelus que l'on retrouvait parfois dans quelques magasins moldus.

— Regardez ça… !

Kate s'approcha du présentoir et détailla avec plus d'attention les runes, les différents types d'encens et d'autres objets qu'eux autres, sorciers, employaient pour la divination.

— Si avec ça tu oses me dire qu'on est au mauvais endroit… ! chuchota Kate avec un sourire victorieux, avant d'attraper avec délicatesse une boule de cristal pour l'observer plus longuement.

— Il faudrait vraiment que les sorciers se mettent au propre, ça donne mauvaise image de notre monde, râla Maggie.

Ils errèrent dans le magasin, chacun regardant des articles différents. Maggie en profita pour aborder Terry, en contemplation devant une antique machine à coudre rouillée.

— Ma grand-mère en a une comme ça, lui expliqua-t-il, nostalgique. Identique en tous points. Elle tape dessus et hop, ça brode et ça coud tout seul. D'ailleurs, c'est avec une machine pareille qu'elle m'a confectionné mes uniformes de l'école elle-même. C'est du fait-maison, ce n'est pas parfait, mais ça me fait plaisir de les porter.

— Je n'ai jamais vu personne me broder quoi que ce soit, soupira Maggie, en lui prenant de nouveau la main. Enfin si, mes parents font venir des couturiers sur mesure qui travaillaient ensuite dans leur atelier. Ce n'est pas pareil. Et puis, je n'ai jamais connu mes grands-mères.

Elle estima une nouvelle fois la machine.

— Je ne sais même pas comment ça fonctionne.

— Tu mets la bobine là, puis tu fais passer le fil là, là et là, jusqu'au chas de l'aiguille.

— Quel chat ?

— Le petit trou.

— Ah. Enfin, ça fait sens. J'ai souvent comparé le chat de Kate à un trou du… bref ! Comment tu veux faire passer un fil dedans ? C'est trop petit !

— Quand j'étais petit, ma mamie me faisait parfois essayer à la main, vu que je n'avais pas encore de baguette. C'était très compliqué. Avec la magie, ça marche mieux. Enfin, ce n'est pas tout à fait vrai. Une fois, ma grand-mère m'avait cousu un tee-shirt, avec marqué « Wizard in training » pour ma rentrée en deuxième année.

— Ah ! C'est le fameux tee-shirt « Wizard in raging » ?!

— Pas de sa faute si elle s'est endormie… !

Pendant ce temps, Kate déambulait du côté des bijoux, à la recherche d'autres semblables au sien. De belles broches en métal abîmé côtoyaient des bracelets composés de gemmes ternies ou encore des pendentifs camées. Peut-être celui de sa mère avait été exposé dans cette boutique, il y avait bien des décennies.

— Besoin de conseils, jeune fille ?

Kate n'aperçut qu'au dernier moment la petite vendeuse rabougrie qui émergeait du comptoir. En estimant le reste de la boutique, Terry et Maggie s'étant retournés en entendant cette voix inconnue, la vieille sorcière s'étonna :

— Vous êtes seuls ? Vos parents ne sont pas avec vous ?

— Non, nous… Nous aimerions avoir un renseignement.

— Je suppose que cela concerne la marchandise sorcière.

Kate écarquilla de grands yeux.

— C-comment savez-vous que…

— Oh, pas de mystère, jeune fille ! J'ai un détecteur de magie dans la réserve.

Elle pointa la salle dissimulée derrière un épais rideau couleur taupe.

— Il s'est emballé quand vous êtes entrés.

— Vendre des objets magiques dans une rue moldue ? lança Maggie qui s'était approchée, en estimant l'étalage des boules de cristal. C'est quand même osé !

— Le Ministère ne m'a pas laissé le choix, que voulez-vous ! C'est l'Allée des Embrumes ou rien, qu'ils m'avaient dit à l'époque. Plutôt m'éventrer avec un pendule que de finir dans ce trou.

Elle soupira en tapotant l'arête de son comptoir.

— La divination a bien perdu bien de la crédibilité chez les sorciers durant les siècles derniers… Si ça n'avait pas été le cas, personne n'aurait rechigné à me voir sur le Chemin de Traverse. Ou alors, c'est qu'ils ont peur de la puissance de cette magie !

La vieille pointa avec un doigt victorieux, accompagné d'un sourire édenté.

— Et puis les moldus ne sont pas tant des rustres que ça ! Seulement des ignares qui se plaisent à rêver de magie ! Quelle ironie, oui, quelle ironie… ! Enfin ! Si vous êtes ici, c'est que vous vous intéressez à la divination, je me trompe ?

— Pas exactement, grinça Maggie.

— J'aimerais savoir si vous vous rappelez de ça…

En fouillant dans sa poche, Kate en sortit le pendentif en agate violette, sous le regard surpris de Terry. Cela faisait quelques jours que l'adolescente arborait le collier de Griffin, malgré tout, elle gardait celui de sa mère auprès d'elle, en toutes circonstances. Cela en disait gros sur l'attachement de Kate pour la breloque.

Quand elle distingua le pendentif balançant avec ses yeux fatigués, la vendeuse ferma son expression.

— Oui. Je me souviens très bien… Je l'ai vendu à une Moldue. Il y a trente ans de cela. Je pensais m'en être débarrassée.

— Pourquoi vous dites ça ?

— Vous n'avez pas l'intention de me le revendre, n'est-ce pas ?

— Je… non !

La sorcière hocha la tête et attrapa de sa main décrépie, sur le dos de laquelle ressortaient de grosses veines bleuies, le rideau marron.

— Dans la réserve, les invita-t-elle. Je ne voudrais pas qu'un visiteur entende…

Kate passa la première et découvrit une pièce débordant d'objets en tous genres, certains sifflants, d'autres chatoyants. Des instruments farfelus qu'il ne valait mieux pas offrir à la vue des Moldus de passage. Dans un coin, une vieille cafetière soufflait une sorte de mélasse liquide à la vague odeur de café, crachant quelques éclaboussures sur des exemplaires de la Gazette datant des années 50.

En pénétrant la dernière dans la réserve, la petite sorcière alluma plusieurs cierges avec sa baguette magique, dissimulée dans les replis de son tablier, et métamorphosa trois chaudrons cabossés en tabourets.

— Comment vous appelez-vous ? s'intéressa la sorcière, méfiante en prenant place sur sa chaise en paille.

Les trois amis échangèrent un regard et Kate se sentit sous pression de se présenter en première.

— Kate Whisper. Je suis la petite-fille de la dame à laquelle vous avez vendu le pendentif.

— Je vois… Et vous autres ?

— Maggie Dawkins, je suis une amie de Kate.

— Terry Diggle.

— Hm ? réfléchit-elle, doublant le nombre de rides sur son visage défraîchi par les âges. Tu ne serais pas le petit-fils d'Hilda ? Hilda Ollerton ?

— Euh, si.

— A la bonne heure, jeune homme ! Je connais bien Hilda ! Nous faisons partie du même club de divination ! Quelle femme, cette Hilda, quelle femme ! J'aimerais avoir sa poigne, parfois ! Passe-lui le bonjour de la part de Griselda !

Maggie dirigea un regard inquisiteur vers son petit ami et lui marmonna, quand la vieille sorcière se désintéressa d'eux :

— Ta grand-mère supporte la divination ?

— C'est elle qui m'a obligé à prendre l'option à l'école… ! se défendit-il, alors qu'il tentait de tenir en équilibre sur le tabouret minuscule.

— Un peu de café ? leur proposa la sorcière.

— Non, merci, refusa courtoisement Kate en se retenant de grimacer.

Après s'être servie dans un godet en argile, Griselda souffla avec exagération :

— Pourquoi voulez-vous savoir l'histoire de ce pendentif ?

— On pense qu'il est magique, expliqua Kate, mal à l'aise. Mais sans savoir à quel point. Et pour quelle raison.

— Magique, je l'ignore. En tout cas, dans quelle mesure. Je connais cependant l'identité de sa dernière propriétaire avant votre grand-mère, jeune fille. Il appartenait à Ariana Dumbledore.

Maggie réagit :

— Cela explique pourquoi cet ivrogne nous a agressés ! C'était vraiment celui de sa sœur !

— Attends, la retint Terry, Abelforth nous a dit qu'elle avait été enterrée avec.

— Ce n'est pas tout à fait exact.

La rectification de Griselda les abasourdit.

— Comment vous êtes-vous retrouvée à vendre ce pendentif, alors ? s'étonna Kate.

— Albus Dumbledore me l'a donné.

— Je ne comprends pas…

Griselda sirota bruyamment son café et entreprit son récit :

— Les dernières années d'Ariana Dumbledore ont été tragiques. De même que sa mort. Quelques jours après son enterrement, Albus est venu me voir, dans cette boutique. Son nez était cassé. L'œuvre de la colère d'Abelforth. Il est venu avec un sachet…

En même temps qu'elle racontait, Griselda imitait ses paroles, liant ses mains pour représenter un petit paquet.

— Avec ce pendentif. Celui d'Ariana. Il m'a expliqué que ce pendentif n'était pas anodin. Qu'il ne pouvait se permettre de le garder, de le laisser à sa défunte sœur. Il le lui a donc pris avant qu'elle ne soit inhumée.

— Pourquoi ?

— Car quelqu'un était à sa recherche.

— Quelqu'un recherchait le pendentif ?

— Quelqu'un pourvu de mauvaises intentions, jeune fille, grimaça-t-elle.

— Qui ?

— Qu'en sais-je. Albus a préféré me préserver de ce secret. Car moins j'en savais, mieux le pendentif serait en sécurité. Oui, il m'a fait promettre, Albus, il m'a fait promettre de ne vendre le bijou qu'à un Moldu. Jamais à un sorcier.

— Hein ? Pourquoi ?!

— Quand Albus Dumbledore te fait prêter serment, tu approuves sans te questionner, asséna-t-elle comme une règle indéfectible. Et je l'ai fait. J'ai attendu plus de soixante ans avant de pouvoir le vendre à une Moldue. Sans penser que sa descendance serait une sorcière…

Dans la main de Kate, le disque en pierre commençait à chauffer à force d'être frictionné.

— Le fait que je l'aie… ça brise le serment de Dumbledore, non ?

— J'ai conclu ma part du marché, moi ! nia Griselda. Ne pas le vendre à un sorcier, c'était la condition !

— Et pourquoi vous n'en voulez plus ?

— Parce qu'il est maudit !

— Maudit ?! lâcha Maggie d'une voix aiguë.

— C'est Dumbledore qui vous a dit ça ?! rebondit Kate, tremblante.

— Il ne m'a rien révélé sur ce collier. Mais durant soixante ans, j'ai entendu des murmures la nuit, dans la boutique. Il venait de ce pendentif. Les livres rapportent que lorsque quelqu'un décède d'une mort violente, une partie de son âme s'attache à l'un des objets qu'il porte. Je pense…

Elle leva la tête d'un air prudent, avec de grands yeux peu rassurants.

 

— Que l'âme d'Ariana Dumbledore est dans ce pendentif.

Note de fin de chapitre :

J'espère que ce chapitre un peu spécial, sans vraiment d'action, vous a plu malgré tout. Il permet de faire un point global sur la situation.
Je suis sincèrement désolée pour le retard qu'a pris ce chapitre. Le fait est que le mois de janvier a été très très très compliqué, d'un point de vue personnel, que je ne pensais pas qu'il pouvait y avoir pire et février m'a donné tort. Voilà, pour résumer. Les problèmes se sont accumulés et mes loisirs, tout ça, c'est juste passé à la trappe. Par ailleurs, j'ai aussi traîné sur ce chapitre car une mise à jour de mon ordinateur m'a supprimé 6 pages de chapitre et autant vous dire que j'étais dégoûtée, que j'ai dû les réécrire à reculons après deux semaines de silence radio sur ma page word. Et enfin, pour finir, le délai a été rallongé, car le chapitre a fait le tour de la planète, puisque ma correctrice est actuellement en vacances en Nouvelle-Zélande. VOILA. Donc bon. Sorry pour tout ça. J'espère que le chapitre suivant sera rédigé et corrigé plus rapidement. Je songe déjà à projeter un CampNaNo en avril pour me remettre d'aplomb. Même si les prochaines semaines vont être encore assez dures pour moi. Mais je vais m'en sortir... ! J'espère !
Merci encore à tous de lire LMA, de soutenir cette histoire, de l'apprécier, tout ça. Il y a un an, le dernier chapitre posté était visionné moins de 100 fois quand je mettais à jour, environ un mois après. Aujourd'hui, le chapitre précédent a été ouvert plus de 550 fois... ! Comment vous dire. Vous êtes des tarés. Mais des tarés que j'aime ! J'espère encore vous faire rêver longtemps avec cette histoire ! Je regorge d'idées ! Vous allez encore beaucoup rire, frissonner et pleurer, je vous le garantis. Si vous avez le courage de me suivre sur des années encore.
N'oubliez pas...

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