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Les 10 ans de l'association


10 ans de l'association Héros de Papier Froissé




Pour fêter ses 10 ans, l'association qui s'occupe de gérer les sites hpfanfiction.org et le-heron.com vous propose un questionnaire. Au programme 20 questions sur les sites, Harry Potter ou encore la littérature et l'écriture !

Pour participer c'est ~ ICI

3 lots seront à gagner par tirage au sort parmi les personnes ayant au moins 17 bonnes réponses.
A vos claviers : vous avez jusqu'au 4 novembre inclus pour participer !
De Conseil d'Administration le 18/10/2018 11:25


Concours officiel Mappa Mundi


C'est l'heure des prolongations !


Vous n'avez pas eu le temps de lire toutes les participations ? Aucun problème ! Le délai a été rallongé exprès pour vous. Vous avez donc jusqu'au dimanche 21 octobre 23h59, dernier délai, pour envoyer votre bulletin de vote.
Pour rappel, les textes sont en ligne ici.
De Les Schtroumpfettes de compet' le 17/10/2018 18:29


Au Bonheur des Commentateurs


Après une troisième semaine pleine de réussite, "Au bonheur des commentateurs" continue cette semaine à nous faire découvrir de nouveaux textes. Cette fois-ci, il vous faudra reviewer un texte sans image dans son résumé.

Pour plus d'informations, n'hésitez pas à vous rendre ici ou à nous contacter sur notre mail projetreview[at]gmail.com !
De le 13/10/2018 23:14


Concours Officiel - Mappa Mundi


Les participations pour le concours Mappa Mundi vous sont enfin dévoilées !


Il est maintenant temps de lire, reviewer et voter pour vos créatures préférées grâce à ce formulaire et vous pourrez retrouver les 17 participations dans la série créée pour le concours !

Vous avez jusqu'au dimanche 14 octobre 23h59 pour élire nos grands vainqueurs.
De Les Schtroumpfettes de compèt' le 08/10/2018 22:41


82e Édition des Nuits d'HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 82e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 13 octobre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaitre les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.


De L'Équipe des Nuits le 08/10/2018 00:03


Au bonheur des commentateurs


Après avoir fait la joie de 30 autrices et auteurs sur le Héron et HPFanfiction, "Au bonheur des commentateurs" continue cette semaine à nous faire découvrir de nouveaux textes. Cette fois-ci, il vous faudra reviewer un texte publié depuis au moins 2 ans.

Pour plus d'informations, n'hésitez pas à vous rendre ici ou à nous contacter sur notre mail projetreview[at]gmail.com !
De le 07/10/2018 01:09


Ludo Mentis Aciem par Ielenna

[1113 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

Bijour, mes châtaignes roucoulantes ! Après une siiiiiiiiiiiiii longue absence (imputée à mes congés, au boulot, au délai de correction, BREF, oui, bon), voici le si précieux avant-dernier chapitre de la partie IV, celui où ENFIN on apprend "quoi qu'il s'est passé" dans cette motherf... satanée cave ! Vous êtes prêts ?

...

Non, mais genre, VRAIMENT prêts.

Je ne dis pas ça à la rigolade. Bon. Admettons, alors. Je ne suis aucunement responsable des conséquences, qu'on soit d'accord !

 

Au programme, des philosophes japonais, des canapés en cuir ou un peu limites, EL DESTRUCTOR, mais surtout... LA CAVE ! Allez lisez, pourquoi perdez-vous votre temps à consulter ces petites notes inutiles ?

La nuit, l’infirmerie paraissait être un lieu mystique. Avec ses voûtes gothiques, sublimées par les teintes nocturnes que leur consentait la lune pleine, faisant varier les lueurs bleutées sur la pierre blanche. L’endroit aseptisé ne baignait pas dans un air chargé de poussière, comme la bibliothèque, où les grains devenaient des étoiles avec l’éclairage. Le silence aurait été d’or si un hibou ne hululait pas, perché près de l’un des vitraux.
Les bras derrière la tête, Kate soupira et se tourna dans son lit. Elle grimaça de douleur en s’appuyant par inadvertance sur son flanc blessé, son abdomen ceint d’un large bandage. Sur le lit d’en face, sa valise finalisée attendait simplement d’être refermée. Après la prise d’otage de Pré-au-Lard, MacGonagall avait autorisé les élèves concernés à rentrer chez eux en avance, leur accordant une semaine supplémentaire pour les vacances de Pâques.
Mais les victimes de Poudlard n’étaient pas les seules à avoir obtenu le droit de rentrer chez eux. Encore sous le traumatisme pour la plupart, de par l’Allégeance d’Electra et par la mort de leur professeur, les élèves de Salem commençaient également à plier bagage pour retourner en Amérique. Paraissait-il que même le Ministre américain était passé à l’école, mais Kate n’avait pas eu l’occasion de le croiser, clouée sur son lit tant que sa plaie n’avait pas un minimum guéri. Malgré la magie, la blessure avait été trop profonde pour qu’un simple sortilège suffise.
Incapable de retrouver le sommeil, Kate se leva avec prudence. Elle observa un instant un autre lit, où dormait Scarlett, encore affaiblie par la déshydratation sévère qu’elle avait subi. Plus loin, on pouvait deviner les reliefs du corps de Morgana sous son draps. La chute ne l’avait pas laissée indemne, provoquant de multiples fractures que Mrs Pomfresh avait tenu à soigner une à une. Depuis ce jour, Morgana n’avait pas quitté son lit, n’avait pas prononcé un mot.
Le pas lent et titubant, Kate quitta l’infirmerie en veillant à ne faire aucun bruit et sonda les environs. Depuis l’incident à la Cabane Hurlante, ses pouvoirs s’étaient accrus de manière considérable. Cela l’avait dans un premier temps angoissée, puis, elle s’en était accomodée. Son Immatériel lui permettait à présent, comme Hisolda de son vivant, de capter les auras avoisinantes. Et l’une d’entre elles attirait Kate plus particulièrement. Une nouvelle âme désormais attachée à Poudlard.
Sa marche prudente l’amena jusqu’à la cour de métamorphose, où trônait l’arbre planté suite à la guerre, garni de messages à l’intention de ses victimes. Et sous l’une des branches, un reflet blanc errait, levant quelquefois la main pour frôler les petits parchemins qui virevoltaient alors.

— Pourquoi tu restes ici ?

En entendant sa voix, Merrick fit volteface et feignit un mouvement de recul, méfiant. Kate ne sut que penser de cet homme, image parfaite de celui dont elle avait vu le cadavre dans la cave de Graveson. Son fantôme portait encore son grand manteau mité, ses mitaines maculées de sang et ses grosses chaussures qui avaient coursé bien des innocents lors des rafles. Il garderait à jamais cet aspect négligé, avec cette barbe mal rasée, ces boucles sombres et grasses qui retombaient sur son visage creusé. Merrick lui inspirait à la fois de la peur, du dégoût, mais surtout de la pitié.

— Comment m’as-tu retrouvé ? siffla-t-il, toujours soupçonneux.
— Tu sais de quoi je suis capable. Je savais que tu serais ici.

Merrick bougonna et prit une direction dans l’objectif clair de quitter les lieux en traversant quelques murs.

— On ne peut pas parler ? le retint Kate en descendant les marches qui donnaient sur le grand parterre de verdure.
— Pourquoi voudrais-tu le faire ?
— Peut-être parce que tu vivais en moi, tout ce temps ?

La remarque fit sourire Merrick qui reconnaissait derrière ce ton sarcastique celui, typique, de Phil.

— C’était toi qui me protégeais. Et qui me parlais. N’est-ce pas ?

Merrick ne répondit pas, interrompant son pas. Kate ralentit aussi son allure en remarquant que son approche le mettait mal à l’aise.

— Pourquoi tu as fait tout ça pour moi ? Je croyais que tu me détestais. Tu as essayé de me tuer. Moi et ma famille…
— Ca n’a pas toujours été le cas, Kate. Avant cela, j’ai été ton parrain. Et c’est pour cette raison… Je devais assumer mon rôle. Ton père à Azkaban, tu avais besoin de quelqu’un pour te guider. Et – même si ça ne te fait pas plaisir d’entendre ça – de te protéger. Je ne me fais aucun doute. Tu l’as démontré. Tu sais te défendre seule. Mais certaines forces te surpassent quelquefois.
— Tu parles de l’Immatériel ?

Kate fronça les sourcils en abordant ce sujet délicat.

— Maggie m’en a parlé… C’est Maëva qui se trouve dans ce pendentif. Et il paraît que tu lui… faisais obstacle.
— Car l’Immatériel est dangereux. Instable. J’ignore les desseins de Maëva, mais crois-moi. Ils ne sont pas bienveillants. Reste à l’écart de ses manigances…
— C’est de ça que tu tentais de me mettre en garde ?
— Tu l’as vu toi-même. Quand l’Immatériel échappe à ton contrôle. Il peut survenir des catastrophes. Des choses impensables. Comme ce qui m’a amené à fusionner à toi !

Sentant qu’il était allé trop loin, Merrick s’interrompit avec un regard sévère.

— C’est l’Immatériel qui a fait que tu es entré en moi ?
— Je ne sais pas, susurra Merrick d’une voix grave en s’éloignant, décidé.
— Merrick ! insista Kate malgré son timbre terrifiant. Que s’est-il vraiment passé, dans cette cave ?!

Mais l’ancien Mangemort n’en fit qu’à sa tête et franchit le muret d’un saut à peine propulsé, rendu léger par sa nouvelle nature de fantôme.

— Merrick !

En cherchant à le rattraper, Kate perdit de la distance et Merrick disparut en se fondant dans un mur du couloir. Il était désormais hors d’atteinte et ce désavantage fit jurer l’adolescente, qui se fit le serment de tirer les choses au clair sur cette affaire. Merrick savait ce qui s’était produit, cette nuit-là, le jour du onzième anniversaire de sa filleule. Il ne pourrait pas rester muet éternellement.

*** *** ***




Tous les élèves assistèrent au départ de ceux de Salem, dans les jours qui suivirent. La séparation fut relativement silencieuse, malgré l’attachement de certains. Les foules s’étaient rassemblées dans le parc de l’école, tandis que certains professeurs préparaient les Portoloins, constitués d’un mocassin, un vieux chaudron cabossé, un morceau de cadre et un petit râteau.

— Pas déçu de rentrer ?

Cette question, Kate la posa à K-Josh, son sac nonchalamment posé sur l’épaule. Son visage portait encore de nombreux hématomes graciés par Terry, à ce moment-là sous le contrôle de la haine noire de sa meilleure amie.

— Carrément pas, lança-t-il en haussant les épaules. Puis avec tout ça, les keums, ils vont me voir autrement. Ils croiront enfin que j’me castagne. C’est bien gentil la magie, mais là où je vis, ça ne t’apporte pas vraiment le respect.
— Ils ne savent pas ce qu’ils ratent.

K-Josh esquissa un sourire en rajustant son bandana sur ses cheveux blonds. Puis, fouillant dans la poche de son pantalon ample, il sortit un paquet de cigarettes qu’il tendit discrètement à Kate.

— T’sais que je déteste rester sur une dette.
— Mais… qu’est-ce que tu fais ? De quoi tu parles ? bredouilla-t-elle, embarrassée.
— On s’est tous fait baiser. Qu’est-ce qu’on serait devenus si personne ne nous avait fait prendre conscience de l’embrouille ?
— C’est Maggie qui vous a libérés, pas moi.
— Sois mignonne et ferme ta gueule, insista-t-il avec une voix moqueuse. T’as été clean avec moi, cette année. Et c’est pour te remercier de tout ça.

Il lui désigna les meurtrissures qui ne la faisaient pas spécialement sourire, alors qu’elle attrapa le paquet pour éviter d’attirer l’attention.

— Rentre bien, K-Josh. Et bonne reprise de l’épicerie de tes parents, alors.

En s’éloignant avec une démarche bringuebalante, il lui adressa un signe en tapant deux fois sur son buste. Kate se surprit à penser qu’elle allait regretter sa présence. Tout comme celle, plus discrète de Betty. L’année semblait se terminer avec trois mois d’avance sur ce départ massif.
Après avoir fait ses adieux à l’américain, Kate rejoignit Griffin, en retrait par rapport à d’autres, posté sur un muret, un genou contre lui et l’autre jambe pendante.

— Tu ne dis pas au revoir à Jessica ? lui lança-t-elle d’un air moqueur.

Cela fit grimacer Griffin, qui préféra ignorer cette remarque.

— Je préfère regarder leur directrice…
— Pourquoi ?

Suspicieuse, Kate chercha Mrs Swanson du regard et constata en effet la mine défaite de cette dernière. Son expression déconfite donnait l’impression que l’on venait de lui annoncer qu’elle allait devoir traverser un champ recouvert de bouses de dragon.

— Eh ben ! s’étonna Kate en ricanant. Qu’est-ce qui lui vaut cette tête ?

D’un air fier, Griffin tira de sa poche une chaîne en or, à laquelle était suspendue une petite fiole, contenant un liquide transparent. Et Kate reconnut sans mal la possession de la directrice du 4th grade.

— Tu lui as volée ? s’exclama-t-elle, à moitié outrée.
— C’était dans la Cabane Hurlante, lui expliqua-t-il. Quand Maggie était en train de désensorceller tous les Amerlocs. Et elle m’est tombée dessus. J’ai dû me défendre. Et son collier est tombé. Je l’ai gardé. Et je n’ai pas l’intention de le lui rendre.
— Tu as bien raison…

Kate gardait encore en travers de la gorge la mauvaise foi de Mrs Swanson après l’incident avec Jessica et les autres filles de Salem, qui avaient pris plaisir à la torturer en l’enfermant dans un placard.
Tous les deux assistèrent en silence au départ simultané de tous les portoloins et quand la plaine fut déserte, tous les élèves et professeurs de Poudlard commencèrent à rentrer par grappes.

— Je regrette… marmonna Kate.
— Qu’ils soient partis ?
— Non. Qu’ils soient venus dans ces circonstances. Et ces barrières. On aurait pu vraiment les rencontrer, créer des amitiés… Et comment ça s’est terminé, je n’en parle même pas.
— Ca a fait des expériences pour tout le monde.
— Pas les meilleures, hélas.

Kate croisa le regard lointain de Wolffhart, qui remontait le chemin en solitaire, et qui l’ignora en passant à quelques mètres d’eux pour rentrer dans les couloirs ouverts. Le jour suivant la prise d’otages, Kate avait appris, par le biais de Maggie, les circonstances de la mort d’Hisolda Higgins. La nouvelle l’avait ébranlée. La seule personne capable de l’aider à contrôler l’Immatériel, à lui apprendre à ne plus en avoir peur, était partie en son nom, pour la sauver, elle et ses amis.

— Tu aurais un peu de temps ?

La demande sérieuse de Griffin hérissa les poils de Kate, qui soupçonnait derrière ses mots une discussion à venir qui ne s’annonçait pas des plus plaisantes.

— Je… je ne sais pas ! Euh, oui, peut-être… !

Griffin hocha la tête puis lui attrapa discrètement la main. Ce geste de tendresse la rassura, alors qu’ils commençaient à longer les remparts de Poudlard en silence. Mais elle pressentait malgré tout l’inévitable question peser sur leur instant d’intimité. Jusqu’à ce qu’elle tombe :

— Quand pensais-tu me le dire ?

Le cœur battant, Kate ne répondit pas et se contenta d’accélérer légèrement le pas en tirant sur la main de Griffin.

— Ca en fait, des choses, à me cacher. Tu m’en as voulu pour un truc que j’ai gardé secret, car c’était du passé, mais toi…
— Oui, je… Je ne savais pas comment tu allais réagir.
— Sûrement mieux qu’en l’apprenant en étant enfermé dans la Cabane Hurlante.
— Ah ? Tu n’aurais rien dit au fait que je maîtrisais une magie très étrange, voire dangereuse, qui attisait la haine d’une folle qui n’a qu’une seule obsession : me tuer ?
— Si, certainement ! Mais cela ne change rien au fait que tu me l’aies caché. Quoi. Tu pensais que je n’allais pas comprendre ?

Kate soupira en baissant la tête, faisant retomber sa chevelure sur ses tempes, dissimulant son expression de peine.

— Tu sais ce que ça a été pour moi ?

Stoppant son pas, Griffin retint Kate par le bras, la forçant ainsi à lever le regard.

— Je t’ai vue morte, Kate. Je tenais ton corps dans mes bras. Et crois-moi. Je ne veux plus jamais revivre ça.

Griffin ne parvenait pas à lui en vouloir, alors qu’elle tentait de bredouiller des excuses, et l’étreignit lentement. Un geste que Kate interpréta comme le signe de son pardon. Elle souffla et se blottit contre lui.

— Plus de secrets ? murmura-t-elle.
— Plus de secrets. Toi, comme moi.

Un sourire illumina le visage de Kate alors qu’il se détachait d’elle, afin de reprendre tranquillement leur marche, son grand bras derrière les épaules de l’adolescente.

— Puis tu sais, vue la fille bizarre que tu es, tu n’en es plus à ça près !
— Je vais essayer de prendre ça comme un compliment… !
— Allez, vas-y, raconte-moi tout. Sur le pendentif. Tout ça. Les trucs louches…
— Depuis le début ? J’espère que tu as trois siècles devant toi !
— Je suis prêt à relever le défi ! Un Gryffondor ne renonce jamais face à un challenge !
— Très bien ! Alors… Ça a commencé quand j’étais toute petite. Déjà, à l’époque…

*** *** ***




Le long sifflement grave de la locomotive résonnait dans les vallées verdoyantes de l’Ecosse. Le buste dépassant de la fenêtre, Kate observait les épaisses volutes qui s’échappaient de sa cheminée tracer un chemin de nuages. Elle n’arrivait pas à croire qu’elle rentrait plus tôt qu’une majorité d’élèves de Poudlard. L’occasion aurait été idéale pour profiter d’une cigarette. Si deux Aurors ne veillaient pas sur elle dans le compartiment. Dans le wagon, réservé rien que pour elle, Kate avait eu le temps de lire deux fois son magazine de Quidditch, de remplir une grille de mots croisés magiques dans la Gazette à la une de laquelle les journalistes ne se lassaient pas de raconter la prise d’otages sous tous les angles et de perdre son chat qui s’était, en réalité, planqué sous une banquette en espérant échapper de nouveau à la cage. Personne ne pouvait partager sa solitude. C’était le règlement.
Depuis l’incident de Pré-au-Lard, le Ministère restait sur le qui-vive et chaque déplacement de Kate à l’extérieur de l’école était désormais contrôlé et associé au nom d’Electra Byrne. Sa photo défilait dans la rubrique des mages noirs recherchés, pour la modique somme de trois mille gallions. Mais personne, à ce jour, n’était parvenu à la localiser. Nombre de sorciers devaient être désormais à ses trousses en espérant décrocher le pactole. Et Kate s’en félicitait. Au moins, cela lui offrait des vacances.
Gardienne de la porte qui reliait deux wagons, miss Ivanov ne cillait pas, les bras croisés, adossée contre le bois rouge, s’accordant quelquefois une pause de cinq secondes toutes les dix minutes, qui consistait à fermer ses paupières sur ses yeux clairs et perçants. L’autre Auror, plus âgé, était assis à l’autre bout et Kate attendait impatiemment qu’il pique du nez, bercé par le roulement du train. Cela ne manqua pas, car, au bout de quatre heures de trajet, l’homme somnolait, remuant de temps en temps dans son sommeil pour feindre un accomplissement à son devoir.
Kate se saisit immédiatement de cette opportunité pour s’approcher de miss Ivanov, qui, sans changer ni de posture ni d’expression, fit comprendre à l’adolescente son inflexibilité par un regard acéré.

— J’ai besoin d’aller aux toilettes, expliqua Kate avec un large sourire.
— Tu y as été il y a moins d’une heurrrre, observa Irina Ivanov, sèche. Et tu n’as pas bu depuis. Tu me prrrends pourrr une abrrrutie ?
— Allez, s’il vous plaît ! la pria Kate, avec un air suppliant. C’est inhumain de me laisser seule là ! Alors que mes amis sont juste à côté. J’ai le droit de vivre !
— Tes rrrrevendications d’ado ne m’intérrrressent pas.

Kate soupira, roulant les lèvres dans sa bouche, avec un haussement d’épaules trop exagéré pour être naturel. Miss Ivanov en fronça les sourcils.

— C’est bien dommage… Je vais devoir rester là. Réfléchir à l’avenir. Vous savez, miss Ivanov, je pense parfois aux journalistes. C’est vrai, ils s’intéressent vraiment à ma vie. Et, d’ailleurs, vous saviez que je connaissais un journaliste ? Un certain… Orpheus Fawley. Ah, mais oui, ça me revient ! Vous vous êtes déjà rencontrés ! Comment aurais-je pu oublier ?

À l’évocation de ce nom, miss Ivanov se raidit en devinant le chantage :

— C’est vrai que vous avez eu une liaison avec lui ? Je dis ça, je vous ai juste vue sortir de sa chambre la dernière fois. Bon, peut-être juste un soir, je n’en sais pas plus, mais c’est déjà ça !
— Tais-toi.
— Juste par curiosité. Il était sous sa vraie forme ou il en a pris une autre pour vous faire plaisir ?
— Tais-toi !

On sentait miss Ivanov prête à dégainer sa baguette pour infliger à Kate un châtiment exemplaire pour son affront, mais elle prit sur elle en fulminant intérieurement. Un sourire rusé s’étira sur les lèvres de Kate.

— Et donc, je disais que j’aimerais bien voir mes amis. Juste un peu. Pas longtemps.

Miss Ivanov réfléchit, jeta un coup d’œil à son collègue endormi et grommela, avant de céder le passage à une Kate enchantée.

— Trrrrente minutes. Pas plus. À chaque minute dépassée, je te couperrrai quelque chose. Comprrris ?

Ayant du mal à camoufler sa fierté, Kate s’enhardit et passa sous le nez pointu de l’Auror nerveuse. Retrouver la sensation – quoique maigre – de liberté était incomparable. Cependant, en parvenant au compartiment où les sept passagers uniques du Poudlard Express étaient installés, un choix à prendre se dessina. Parmi les otages de la Cabane Hurlante, seule Maggie était absente, ses parents l’ayant ramenée depuis l’école deux jours après la fin de ce tragique événement. Les Dawkins avaient fait circuler beaucoup de conversations, de par leur richesse apparente au premier abord, mais aussi par le scandale qu’ils ont étalé en public, clamant que leur fille ne méritait pas une scolarité aussi « vénéneuse », si l’on reprenait leurs termes. Et bien des élèves, plus amusés qu’intimidés par le spectacle qu’ils offrirent, riaient encore de la cocasse comparaison entre Poudlard et un champignon.
Dans le compartiment, les élèves restant s’étaient alors divisés en trois petits groupes. Le premier était constitué des Gryffondor. Terry et Emeric étaient assis à l’autre bout du compartiment et discutaient à voix basse. Enfin, l’épaule contre une fenêtre, Tetsuya lisait un livre au titre complexe. À son entrée, Kate attira les regards de ses amis qui devinèrent la décision qu’elle avait à prendre. Elle songea dans un premier temps à se diriger vers Griffin, qui conversait avec les filles, mais choisit finalement de se diriger vers le seul qui n’avait pas détourné ses yeux à son arrivée. Quand Kate prit place sur la banquette face à Tetsuya, ce dernier ne réagit pas de suite. Ce qui laissa le temps à la jeune fille de croiser le regard légèrement déçu de Griffin, mais qui lui accorda sa première préférence d’un hochement de tête et d’un sourire compréhensif. Le Gryffondor avait connaissance du lien qui unissait Kate aux autres Papillombre et ne pouvait le lui refuser. D’autant plus que les deux membres de la nouvelle maison n’avaient pas encore eu l’occasion d’échanger seul à seul depuis leur libération.

— Qu’est-ce que tu lis ?

La question de Kate éveilla un sourire sur le visage de Tetsuya, qui baissa son ouvrage, sans néanmoins détacher ses yeux des lignes.

— Le Livre des Analectes de Grandes Vertus. Le recueil des textes de Nakai Seko, un philosophe japonais, qui était aussi sorcier. C’est fascinant, comme lecture !
— Si tu le dis ! Personnellement, je ne pourrais jamais comprendre la moindre ligne de ce genre de bouquin !
— C’est vrai que ce n’est pas facile à comprendre, du premier coup. Mais les idées qu’ils développent sont très intéressantes. Il mêle les idées du courant néoconfucianiste aux questions propres à notre monde. Et en reprenant les concepts naturalistes, comme la notion de l’équilibre, des cinq éléments, et toutes ces choses, tout en s’appuyant sur la conformité de l’ordre social, il essaie de démontrer que nous sommes en réalité esclaves de notre magie, car elle se situe bien au-delà de nous dans la hiérarchie.
— Tu me parles chinois, là !
— Japonais, ricana-t-il. Japonais.

Kate étira un sourire ému, en devinant le grand sorcier que Tetsuya deviendrait sans aucun doute. Car si à treize ans, il appréciait les écrits abscons de quelques gens de lettres et de pensées, qui serait-il à l’âge de vingt ans ? Il était prédestiné à être l’un des élèves les plus brillants que l’école de magie britannique ait connu.
Puis, comprenant qu’elle désirait échanger avec lui sur un autre sujet que les démonstrations d’un philosophe du XVIIe siècle, Tetsuya referma son livre, qu’il posa sur ses genoux.

— Comment tu vas, Kate ?
— J’ai connu mieux, répondit-elle honnête. Et toi ?
— Hm. J’ai pris la sage décision de ne plus manger de Dragées Surprises de ma vie ! J’ai eu ma dose !

Sa tentative d’humour ne fit rire Kate que quelques secondes.

— Tu sais, marmonna-t-elle, je n’ai pas encore l’occasion de te remercier.
— Pour quoi ?
— Tu es resté. À Pré-au-Lard. Tu aurais pu partir.
— J’aurais pu, oui. Mais je ne voulais pas. Tu aurais fait la même chose si tu avais été à ma place.
— Tu es fou, Tetsuya, sourit-elle.
— J’ai tort ?

Kate ne répondit pas, se massant les paumes avec les pouces, et rebondit sur un autre sujet peu éloigné :

— Terry m’a raconté, ce que tu as fait pour Maggie.
— Ca aussi, c’était normal.
— Tu ne connais pas Maggie. Enfin, à peine. Et tu as accepté de prendre une partie de ses douleurs… !
— Maggie est ta meilleure amie. Tu n’aurais pas aimé qu’elle continue à souffrir. Et finalement, elle s’est avérée être notre meilleur atout. C’est une vraie Gryffondor, celle-là !
— Tu aurais pu en être un aussi ! Vu tout ce que tu as fait ce jour-là.
— J’ai toujours pensé, dès le départ, que j’aurai été réparti à Serdaigle. Mais finalement, non. Papillombre, c’est le seul endroit où je me vois, avec le recul. On aurait pu dire que j’étais fidèle, et non courageux, au départ, donc plus comme un Poufsouffle. Puis que j’avais un plan bien préparé, comme un Serpentard, alors que j’avais simplement beaucoup d’espoir. Nos actes ne répondent pas à un unique trait de notre caractère et chacun peut l’interpréter d’une certaine manière. On peut penser être brave, alors que les autres nous voient comme un imprudent. Au final, ce n’est pas parce que nous avons raison que les autres ont tort. Nous pouvons être deux choses à la fois. Comme un cylindre. Selon l’angle de vue, on peut le voir comme un rectangle ou comme un rond.
— Tu vas définitivement me perdre, à force ! Tu as trop lu de philosophie !
— Désolé !

Cependant, ses mots firent écho en Kate et elle se surprit à jeter un coup d’œil à la table de Terry et Emeric, sans comprendre exactement ce réflexe.

— Mais tu as raison, Tetsuya… Nous avons tous plusieurs faces. Différentes. Personne ne peut être foncièrement bon ou mauvais. Chacun possède ses forces et ses faiblesses.

Tetsuya l’approuva d’un hochement de tête. Puis, Kate soupira, frottant ses cuisses.

— Je ne vais pas te déranger plus longtemps.
— Tu ne me déranges pas le moins du monde ! lui sourit-il. Mais… je comprends.

Il invita Kate à suivre son regard, braqué sur Griffin et cela fit rougir la jeune femme. Le remerciant, elle se leva, lui adressa un dernier signe de la main et se dirigea vers les sièges occupés par les Gryffondor.

— Alors ? Il paraît que tu es prise en otage dans ton wagon ? nasilla Moira.
— Arrête de parler de ça, marmonna Scarlett, pâle, encore traumatisée par cet événement.
— Désolée. Ça m’a échappé.
— Je m’ennuie là-bas, vous ne pouvez pas savoir, se désola Kate.
— C’est sympa de venir nous voir !
— Vous parliez de quoi ?
— Du nouveau fantôme de Poudlard.

L’affirmation de Griffin s’était faite grave. Car il était le seul de cette conversation à connaître l’identité de ce dernier. Kate avait pris le temps de le lui expliquer.

— Je ne l’ai pas encore vu, moi, se plaignit Suzanna.
— Il n’y a pas grand monde qui l’a vu, objecta Moira.
— Moi, je l’ai vu, marmonna Scarlett. C’est le même homme que ton épouvantard. Hein, Kate ?

Kate acquiesça dans un silence embarrassé.

— Dommage, soupira Suzanna, il aurait pu devenir le fantôme de Papillombre ! Vu que chaque maison a son fantôme gardien.
— Mais pourquoi il est à Poudlard ?
— Je pense que… dans sa vie, c’est l’endroit où il se sentait le mieux. Avant qu’il ne devienne un Mangemort tel qu’on l’a connu. Il s’est réfugié dans ses souvenirs, quelque part.
— Il ne partira jamais ?
— Je l’ignore…

Une pensée s’envola vers son père. Comment allait-il réagir en apprenant que son ancien meilleur ami, la raison de son emprisonnement, errait aujourd’hui dans les couloirs de l’école ?
Quand une idée aussi lumineuse que brutale illumina son esprit. Grace n’avait pas été la seule témoin dans la cave. Le concerné avait été présent. Et si les sorciers refusaient d’entendre la version d’une Moldue, peut-être que celle d’un fantôme porterait davantage de créance auprès des juges. Encore fallait-il que Merrick accepte de lui raconter la vérité. Comme l’avait démontré leur rencontre, il avait évité le sujet. Il ne serait pas aisé de le faire parler. A moins de connaître la réalité au préalable.
En devinant une issue pour l’avenir de son père, les certitudes de Kate se durcirent. Bien que cette option la dérange, elle n’avait plus le choix… Pour la liberté de Phil.

*** *** ***




Le jour était particulièrement beau à Carlton, qui n’était pas une ville réputée pour être ensoleillée plus de trente jours de l’année. La radio de la cuisine diffusait le bulletin d’informations, alors que Grace débarrassait la table du déjeuner.

— Reste assise, pria-t-elle sa fille.

Depuis son retour, Kate avait été exemptée de la plupart des tâches de maison. Elle sentait que Grace la ménageait. Mais aucune des deux ne s’était exprimée à propos de la prise d’otages. L’événement avait été passé sous silence dans la résidence familiale des Whisper.

— Je vais juste coucher Abby.

Retirant sa petite sœur de la chaise haute, Kate la ramena contre elle en soufflant. C’est qu’elle devenait de plus en plus lourde. Abby s’en amusa et plaça sa main devant la bouche de sa sœur. Et après un petit temps de jeu, elle se blottit contre son aînée, qui lui caressa sa tête échevelée. Kate aurait donné un peu de sa voix à Abby, rien que pour un jour espérer entendre son nom sortir de ces petites lèvres rondes. Mais la surdité de la petite affectait son langage. Elle le savait depuis longtemps.

— On va se coucher, hein Abby…

Mais elle ne pouvait l’entendre, ne pouvait comprendre. Juste deviner les cordes vibrer dans la gorge de sa grande sœur, contre laquelle elle collait l’oreille. Redoublant de prudence par rapport à l’habitude, Kate monta les escaliers grinçant et entra dans la chambre jaune. En déposant Abby dans son lit à barreaux, cette dernière émit un son de désaccord. Mais ses paupières lourdes la trahissaient. En assistant à son début de sommeil, Kate se rendit compte que le temps passait trop vite. Abby allait déjà avoir deux ans. Elle se souvenait encore de ce repas de Noël avec Phil et Eliot, quand Grace lui annonça la nouvelle. Elle se remémorait ses larmes. A l’époque, elle avait eu peur. Aujourd’hui, elle ne pouvait que s’attendrir devant ce bébé qui n’en était déjà plus vraiment un. Abby était son petit trésor, qui lui rappelait que son père vivait encore à travers ses filles, malgré son absence.
Quand elle redescendit à la cuisine, Grace affairée à la vaisselle, tandis que la radio continuait à déblatérer à propos des actualités moldues, Kate lança à sa mère :

— Une petite partie de dames ?

Grace lui sourit et lui adressa un hochement de tête approbateur.

— Je finis ce que je fais et j’arrive. Tu peux préparer le plateau.

Le petit rituel de jeu s’était ancré dans leurs habitudes, comme le seul moment où mère et fille partageaient un instant de complicité. Kate disposa le plateau sur la table basse du salon et s’assit dans le canapé en attendant sa mère. Elle redoutait la suite en se triturant les doigts. Elle savait ce qu’elle avait à faire. Et craignait de le regretter.
Son cœur battit plus fort quand la radio s’éteignit et que les pas de Grace lui indiquèrent qu’elle quittait la cuisine. Dans un sourire timide, sa mère entra dans le salon et s’assit à ses côtés. Le regard intense de sa fille ne lui échappa pas.

— Est-ce que ça va, Kate ?

L’adolescente déglutit. Elle ne devait pas faillir. Mais comment pouvait-elle faire subir ça à cette femme, qui lui souriait tendrement ? Avant de se rappeler que la vie de son père était en jeu.

— Je suis désolée, maman…

Et avant que Grace n’ait eu le temps de répliquer quoi que ce soit, ses lèvres entrouvertes, Kate leva le bras et frôla la tempe de sa mère avec sa paume.

*** *** ***




Quand on aborde les souvenirs avec d’autres personnes, elles nous relatent des images, des détails, les gens qui les entouraient à ce moment-là. Aussi étrange cela puisse paraître, quand je reviens à mon passé, ce sont les douleurs qui reviennent en premier.
Les sciences rapportent qu’une personne que l’on prive de sa mémoire peut continuer à relier des expériences qu’elle a pu vivre par le biais des émotions qu’elle ressentait à ce moment-là. Ceci grâce à un organe bien spécifique, au creux du cerveau : l’amygdale. Elle permet de mieux graver dans notre mémoire ces choses qui nous ont blessés et qu’il faut à tout prix éviter de recommencer. Ou au contraire, se rappeler de ces jours heureux toute notre vie, alors que nous les avons vécu seulement l’espace de quelques minutes, quelques heures.
Cet organe, cette amygdale, a toujours marché à plein régime dans ma petite tête, construite sur des rêves et des illusions d’enfants.

~~ ~~ ~~



Je me souviens. Dès mon plus jeune âge, alors que je n’avais que cinq ans. Rebecca avait insisté pour que je la rejoigne en haut de l’arbre le plus grand du verger de papi. Je n’avais jamais été particulièrement pétrie de courage, comme ma sœur. Mais je ne devais pas perdre la face. Malgré ma taille moins avantageuse que la sienne, j’ai tenté de la suivre. Jusqu’à ce que mon pied ripe sur l’une des branches et me fasse perdre mon équilibre. Ma réception me coûta un poignet fracturé. Et pour la première fois, on m’emmena à l’hôpital. La première fois d’une longue lignée.

~~ ~~ ~~



Je me souviens. Quand mon anémie a été diagnostiquée. La première réaction de papa avait été de pouffer. « Ce n’est rien du tout, m’assurait-il en me pétrissant l’épaule, tu vas vite t’en remettre. » Et je le croyais. Parce qu’il était médecin. Parce qu’il était mon père. Le détenteur de toutes les vérités. Pourtant, les voyages entre la maison et l’hôpital se multipliaient. Chaque fois, on m’auscultait, de plus en plus affaiblie, et on me renvoyait. Jusqu’à ce qu’un vertige me fasse tomber dans les escaliers. Celui de trop. J’entends encore la voix affolée de maman qui résonne dans ma tête alors les secours me chargent sur un brancard, une poche de sang perfusée à mon bras. Et pendant qu’ils me montaient dans l’ambulance, je redoutais étrangement l’aller simple qui en résulterait… Je ne rentrerai pas chez moi.
Papa ne pouffait plus quand il me rendait visite. Plus personne ne riait, à vrai dire. Parquée dans le lit blanc de cette chambre aseptisée, tous mes membres me lancinaient. Une fois, en me réveillant, je surpris James qui pleurait à chaudes larmes. Et elles m’ont blessée plus que n’importe quelle chute. Je ne sais plus ce que je lui ai murmuré, mais il est venu se blottir contre moi. Et quand maman revint avec son café, cette image l’ébranla et elle-même ne put retenir ses pleurs. Je comprenais le message…
Plus que ma maladie, c’était ma solitude qui me rongeait le cœur, dans cette sinistre chambre d’hôpital. Les jours se succédaient, ma santé se dégradait et les larmes ne cessaient de couler. Sauf sur les joues de Rebecca. Elle incarnait là tout ce courage, cette main tendue, comme la fois où elle avait tenté de me récupérer, de me soutenir, en montant l’arbre du verger de papi. Oui. La main de Rebecca autour de la mienne était la source de mes derniers espoirs, malgré l’évident contraste. La sienne était chaude, hâlée par l’été. La mienne glacée, pâle, meurtrie par les perfusions permanentes.
Jusqu’au jour où maman a ramené ce pendentif. « Il va te guérir », me répétait-elle. Pour qu’une femme comme ma mère, épouse d’un homme de sciences, en appelle à de telles croyances, c’était qu’il devait s’agir de ses dernières espérances. Et malgré mon incrédulité, malgré mon abandon si proche, j’ai acquiescé. Je l’ai pris et l’ai gardé.
Pour la première fois en plusieurs mois, mes nuits ont connu des rêves qui ne possédaient pas de sombre fin. Bien que le sommeil m’étreigne, je me sentais en vie. Libre. Libérée de mes douleurs qui ne m’avaient jusqu’à là jamais donné de répit.
Mon état s’améliora les jours suivants. Et je pus rentrer à la maison, à l’encontre de tous mes doutes. Je fis alors à ce moment-là deux promesses. La première : léguer le pendentif au premier de mes enfants au jour que je choisirai opportun. La deuxième : ne jamais m’en séparer jusqu’à cet instant. Et en prêtant ces serments muets, la tête levée vers le ciel, je souris en admettant que la vie avait accepté de me donner une seconde chance. Je ne la gâcherai pas.

~~ ~~ ~~




Je me souviens. De cette vie qui suivit son cours, somme toute banale. Je suivis les traces de Rebecca au collège, puis au lycée. J’ai connu mes premiers déboires amoureux, mes premières désillusions, mes premières trahisons d’amitié. Et à l’aube de l’université, je me sentais prête à prendre un tout nouveau départ. J’avais décidé de me détacher de la voie familiale pour partir en lettres. De refuser le chemin prestigieux que mes parents me promettaient pour aspirer à une école plus modeste, plus à mon image. A quitter Max, qui tenait absolument à ce que je le suive à Glasgow. J’ai bouclé ma valise et suis partie à Exeter, sans regret, le pendentif de maman autour du cou.

~~ ~~ ~~



Je me souviens. De cette douleur fulgurante, de cette chose qui s’est agrippée dans mes cheveux alors que je gravais discrètement l’une de mes citations préférées dans l’écorce de l’arbre sous lequel j’avais pris l’habitude de lire pendant mes temps libres. Tout se déroula si rapidement. Je tenais encore la pierre pointue entre mes doigts quand j’ai croisé pour la première fois son regard. Celui de ce jeune homme qui, lui, maniait un bout de bois. Mes pensées ne parvenaient plus à s’aligner correctement. Venait-il d’utiliser une sorte de magie pour faire fuir cet… animal qui s’en est pris à mes cheveux ? Venait-il de m’ensorceler par le biais de ses yeux gris ? Je ne sus trouver de réponse avant qu’il ne disparaisse aussi mystérieusement qu’il n’était apparu, sans un mot, sans une explication.
Ses yeux, je les revis tout d’abord dans mes rêves, en boucle. Chaque infime détail me restait en tête. Il m’obsédait. Oui, ce garçon m’obsédait. Je ne nourrissais qu’un seul espoir : qu’il ne soit pas le fruit de mon imagination.
Alors, je suis retournée au pied de l’arbre et ai retrouvé la pierre pointue, avec laquelle j’ai recommencé à graver l’écorce. Et tout suivit exactement le même schéma. La créature, la douleur de mes cheveux malmenés et son secours. Mais cette fois-là, il me dévisagea avec un regard bien plus sévère que le précédent.

« Ne fais plus ça. »
« Pourquoi ? » ai-je répondu, naïvement.
« Si tu le refais, je serai obligé de les appeler. Ils te feront oublier. »

Le temps que je formule une réponse dans ma tête qu’il s’était volatilisé de nouveau. Pourtant, je n’ai pas renoncé et le lendemain, je repris avec lui la conversation, après une nouvelle gravure.

« Pourquoi voudraient-ils me faire oublier ? »
« Tu n’es pas censée voir tout ça. »
« Et si je garde le secret ? »
« Personne ne garde un secret comme celui-là. »
« Je t’oublierai aussi, alors ? »

Il a deviné mon angoisse et a souri.

« Ça serait bien dommage, n’est-ce pas ? »
« Mais toi ? Tu devras m’oublier ? »
« Pas forcément. Et je ne le voudrais pas. La moldue qui harcelait un botruc pour me revoir ! C’est pas commun. »
« Une moldue ? »
« Hm. C’est vrai que ce n’est pas très charmant à la prononciation, comme mot. Oserai-je te demander ton nom, harceleuse de botruc ? »
« Grace. Et le tien ? »
« Maximus Magnus el destructor, baby ! »
« … Sérieusement ?! »
« Mais si on devient plus intime, Phil est suffisant. »
« Voilà qui me paraît plus probable. »
« Je relève que tu n’as pas dit non. »

Il redevint plus sérieux.

« Il faut que je file. Le travail m’attend. »
« Oh. Au besoin, je sais comment te recontacter, el destructor ! » lui dis-je, en lui désignant la pierre pointue de deux rotations de poignet.
Un dernier sourire amusé avant qu’il ne disparaisse de nouveau.

~~ ~~ ~~



Je me souviens. De ce regard gris. Acéré. Glacé. Amer. Ce n’était pas celui de Phil. Mais celui de son meilleur ami, la première fois que je l’ai rencontré. Un sorcier, comme lui. Cela faisait déjà plus d’un an que Phil et moi sortions ensemble. Et dans une idée folle, nous projetions déjà de nous marier durant la suivante. Décision que ne semblait pas approuver Merrick. Il me suffit de ce regard pour comprendre la raison de ce ressentiment. Pas seulement parce que j’étais une moldue. Mais parce que je n’étais pas lui. Même si cela s’est tassé par la suite, même si Phil a tenu à me rassurer en m’assurant que son meilleur ami m’appréciait au demeurant, la peur que j’ai ressentie ce jour-là, en croisant les yeux de Merrick pour la première fois, me glace encore le sang. Ils renfermaient une rancœur si profonde qu’elle semblait indestructible. Meurtrière.

~~ ~~ ~~




Je me souviens. De la phrase de mes parents, qui a longtemps résonné dans mes oreilles.
« Phil ne te rendra pas heureuse… »
La veille de notre mariage. Le jour où je venais d’apprendre que j’étais enceinte. Leurs mots a fait l’effet d’une balle dans mon cœur, à l’intérieur duquel s’étaient érigés tous mes beaux rêves en cristal. Fragmentés, explosés.
J’aurais voulu, à ce moment-là, leur hurler toute la vérité. S’ils trouvaient Phil si étrange, c’était pour une raison ; il n’appartenait pas à notre monde. Mais ce secret. Ah, ce secret que je croyais au départ si facile à garder, il me paraissait maintenant si lourd à porter.

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Je me souviens. De ma terrible angoisse qui accompagna mes premières contractions. Je voyais défiler devant mes yeux tous ces trajets en ambulance. Je voulais revenir chez moi. Avec Phil. Avec mon bébé. Les médecins tentaient tant bien que mal de me rassurer, de m’accompagner, de me répéter que bientôt, ce jour ne deviendrait que le plus beau de toute ma vie. Mais une part de ma maladie ne m’abandonnera jamais. J’ai eu tellement peur qu’elle me vole mon bébé…
Je n’ai rien connu de tel que la douleur abominable de cette longue libération. Mais elle en valait le prix. Ce que j’ai ressenti alors qu’ils posaient ma fille sur mon buste, encore toute humide et sale, était incomparable. Je caressais sa tête, plaquée contre le pendentif qui m’avait accompagné jusque dans la salle d’accouchement, et je me nourrissais de ses premiers pleurs.
Si on m’avait dit, à l’âge de dix ans, qu’un jour, les larmes au sein d’un hôpital seraient l’une des plus belles choses qui me soient arrivée, je n’y aurais pas cru. Mais ma fille était là. Notre fille. La fille du secret. Ma petite Katelyna.

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Je me souviens du regard accusateur de ces voisines, toujours trop curieuses. Et de leur jugement. Une mère de vingt ans. Quelle honte. Certainement un accident. Petite écervelée qui a gâché sa vie pour s’amuser. Elles ne prenaient jamais en compte cette alliance qui ornait mon doigt, alors que j’allais faire mes courses, Kate dans sa poussette. Elles ignoraient qu’en revenant à la maison, je m’affairais à mes livres, dans l’espoir de décrocher enfin le diplôme que j’avais mis en pause pour m’occuper de ma fille. Certes, elle n’avait peut-être pas été prévue, peut-être était-elle arrivée trop tôt dans ma vie, mais ce n’est pas un regret, au contraire. Phil et Kate sont les deux meilleures choses qui me soient arrivées dans ma vie. Mais ça, personne ne pourra jamais le comprendre. Les gens tenteront toujours de trouver en moi la faille, le reproche. Même mes propres parents…

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Je me souviens. De cette douleur par procuration. Lorsqu’une nuit, je suis restée au chevet de Kate, malade. Ce n’était qu’un petit bout. Elle n’avait que trois ans. J’aurais tout donné pour la décharger de ses souffrances, de les vivre à sa place. À partir de cette nuit-là, j’ai commencé à comprendre ce que pouvait ressentir maman, pendant mon long séjour à l’hôpital. Une cruelle impuissance.

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Je me souviens. De ces crampes qui m’ont pris en plein repas au restaurant. J’avais confié Kate à papa et à maman afin que nous puissions nous accorder quelques jours ensemble, Phil et moi. À cette période de ma vie, tout allait pour le mieux. Nous venions d’acheter la maison de Rose Hill, je préparais ma première année d’école en tant que professeur, mais surtout, nous avions appris, quelques semaines plus tôt, qu’un nouveau membre allait agrandir notre petite famille. Nous n’en avions pas encore averti Kate et mes parents.
Elles sont revenues, le lendemain matin et Phil m’a emmené consulter un docteur, malgré sa confiance limitée pour les sciences moldues. L’annonce n’en a été que plus brutale, après l’échographie.

« Votre fœtus n’arrivera pas au terme. Je suis désolé. »

J’ai mis un temps à comprendre que je portais en moi un petit être déjà disparu. Je refusais de le concevoir. Et alors que le médecin m’expliquait que c’était sûrement conséquent à ma condition médicale, j’observais le regard affecté de Phil. Et je compris que lui pensait à mon autre condition. Ce genre d’événement ne serait jamais arrivé si j’avais été une sorcière. J’ai compris que, l’espace de quelques minutes, il regrettait cette nature qui m’était propre, qu’il chérissait tant le reste du temps. Je me sentais coupable. Comme si j’avais tué cet enfant qui n’avait pas vu le jour.

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Je me souviens. De cette une de Gazette du Sorcier que Phil avait laissé traîner sur la table du petit déjeuner avant de partir travailler. Elle m’a fait frissonner. Elle annonçait que celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom était de retour. Phil m’avait vaguement parlé de cette histoire qui concernait son monde. Sans m’imaginer que ce passé allait resurgir avec tant de violence dans mon quotidien.
Dans le fond, nos conditions ont mis à mal notre couple, notre famille. Je suis moldue, il est sorcier. Comment avions-nous pu y croire ? Comment avons-nous pu continuer à y croire… ?
Mais comment aurais-je pu vivre sans lui ? Sans eux ?
Oui. Si le pendentif m’avait donné une seconde chance, c’était pour pouvoir les aimer éternellement. Quoiqu’il arrive.

~~ ~~ ~~



Je me souviens. De l’effet de la trahison de Merrick, le jour où il a tenté d’enlever Kate alors qu’elle était chez son cousin. La peur que j’éprouvais envers lui s’est graduellement transformée en haine. Il s’attaquait à ma famille dans l’espoir vain de reconquérir un amour perdu à jamais. Sa croisade ne concernait pas Kate. Qu’il s’en prenne à moi. Il n’a pas le droit de toucher à elle. Je me sentais prête à tout pour l’en empêcher. Mes nuits n’étaient plus tranquilles. Parfois, je me réveillais en sursaut en entendant le moindre bruit, attrapais la carabine avec laquelle mon père m’avait appris à tirer, que j’avais entreposée dans mon placard, et courrais jusqu’à la chambre de Kate. Mais chaque fois, je la retrouvais, qui dormait paisiblement. Et la peur se dissipait jusqu’au lendemain.

~~ ~~ ~~



Je me souviens. De la chaleur étouffante des flammes qui jaillissaient de ce qui avait été notre maison. L’incendie s’était déclaré pendant que nous étions parties faire des courses, Kate et moi. Et tandis qu’elle pleurait la perte de ses jouets, tandis que les pompiers m’expliquaient que le départ devait provenir d’un dysfonctionnement de la chaudière, je comprenais que la guerre était entrée dans mon quotidien. Ma vie de bonheur, l’enfance de Kate, tout partait en fumée sous mes yeux. Phil s’en voulait, répétait que tout était sa faute. Il a songé à nous faire tout oublier, comme le jour de notre première rencontre, afin de nous mettre en sécurité. J’ai refusé. Nous vivrions ça tous les trois. Nous étions désormais une famille. J’étais prête à aller n’importe où avec lui. J’étais prête à mourir avec lui s’il le fallait. Mais je refusais de me séparer de lui, de quelle que manière que ce soit.
Ma condition avait tué son bébé. Sa condition avait tué ce qu’il me restait de mon innocence. Nous étions quittes.

~~ ~~ ~~



Je me souviens. De ces journées interminables dans cette cave. Je luttais pour ne pas devenir folle, quand parfois, je ne distinguais pas quand était le jour, quand était la nuit. Seule Kate, blottie entre mes bras, me permettait de ne pas perdre pied. Je savais que je ne pouvais pas sortir tant que Phil était dehors, à la recherche de sa sœur. Ou de son corps. Les Mangemorts nous traquaient. Merrick ne renoncerait pas de sitôt. Il était déterminé, comme je l’étais. Pour la même raison. Étrangement, je commençais à comprendre Merrick. Il était cette part obscure de moi. Dévorée par la jalousie. Rendue folle par les ténèbres étouffantes.
Mais moi, je devais être forte. Pour Kate.

~~ ~~ ~~



Je me souviens. Que face à toutes ces douleurs, toutes réunies n’ont pas réussi à égaler celle que j’ai ressenti ce jour-là. Le jour du onzième anniversaire de Kate.
Nous les avions entendus arriver, au beau milieu de la nuit. Kate voulait crier mais j’ai plaqué ma main contre sa bouche pour pas qu’ils nous repèrent. Mais Merrick était rusé, ne pouvait pas être ainsi dupé. Il ne restait plus qu’à prier le retour de Phil… J’ignore si son instinct l’a à ce moment-là poussé à revenir. Si mon message, ma supplication, a été entendu. Mais il est revenu pour nous.
Le combat qui s’en est suivi m’assourdissait, alors que je gardais Kate contre moi. Jusqu’à ce que la porte soit fracassée. Dans le nuage de poussière, je ne parvenais à distinguer que des silhouettes et des sortilèges lumineux qui fusaient de part et d’autres. J’ai écrasé Kate au sol dans un réflexe en voyant l’un d’eux se diriger vers elle. Je lui hurlais de fuir. Mais à ce moment-là, une main rude s’est saisie de mon épaule et m’a éloignée d’elle. La poussière est retombée. Je sentais la pointe d’une baguette s’enfoncer comme une épine dans ma gorge.

« Relâche-la ! »

Phil n’a pas abaissé sa baguette, le regard furieux. Je sentais Merrick trembler derrière moi, alors qu’il me maintenait prisonnière contre lui. Il était en position de victoire. Il le savait. Car il tenait entre ses mains le fruit de ses malheurs. Qu’il pouvait écraser comme un vulgaire insecte. Plus loin, debout dans un coin, Kate tremblait en pleurant à chaudes larmes.

« Ça te fait quoi, Phil ? De voir que tout le bonheur de ta vie ne tient qu’à un fil ?! »
« Elles ne t’ont rien fait ! »
« Elles ? Elles ne m’ont rien fait ?! Elles t’ont enlevé à moi ! »
« Tu es fou, Merrick ! Arrête ! Baisse ta baguette ! On peut en parler ! »
« Je ne veux plus parler ! »

Son hurlement dans mon oreille me perçait le tympan, alors qu’il appuyait sa baguette un peu plus dans mes chairs.

« Je veux te faire comprendre ce que tu m’as fait vivre ! »

Sa baguette est venue s’approcher de ma tempe. Et j’ai senti venir le moment fatidique. Mon regard était fixé sur Kate. Si je devais mourir, c’était en me souvenant que ma vie m’avait laissé la chance de fonder mes espoirs d’un avenir sur elle.

« Avada Kedavra ! »

L’éclair vert a détonné dans la cave.
La scène s’est déroulée au ralenti.
J’ai entendu son dernier cri aigu.
Et j’ai vu son corps, à terre. Les bras en croix. Ses yeux encore ouverts. La bouche entrouverte.
Je vivais dans un cauchemar. Où tout n’était que douleur. Incomparable. Ce jour-là, j’ai voulu mourir. Alors que Kate, ma fille, notre fille, notre trésor, gisait dans un coin putride de cette cave.
J’ai hurlé à m’en déchirer les cordes vocales. Mes jambes ne tenaient plus, mais Merrick me maintenait debout contre lui.
La baguette de Phil est tombée par terre. Ses genoux ont suivi quand il s’est écroulé.

« Ne t’approche pas d’elle ! » le sommait Merrick, en pointant de nouveau sa baguette sur moi.

Mais il ne l’a pas écouté. Et il s’est traîné jusqu’à la dépouille de Kate, la prise contre lui, effondré. Lui caressait son visage gelé, qu’il trempait de ses larmes en marmonnant son nom. La vie n’avait plus d’importance, pour lui, comme pour moi.

« Tue-moi… »

Mon murmure noyé par mes pleurs s’est transformé en hurlement.

« Tue-moi, Merrick ! »

À ce moment-là, une autre lumière a jailli. Mais ne provenait pas d’une baguette. Mon pendentif est devenu brûlant contre ma peau.
Tout à coup, les yeux vides de Kate se sont illuminés. Sa petite main s’est saisie avec brusquerie du poignet de Phil et l’a écarté lentement. Mortifié, il ne parvint à réagir, alors qu’elle se relevait, à la manière d’une machine, les iris opaques. Des yeux remplis de haine, de rancœur, d’amertume, d’un désir de violence. De vengeance. Des sentiments ressassés depuis des siècles, qui épinglaient mon âme d’un regard tant ils étaient puissants. Ma fille me faisait peur.
Derrière moi, Merrick s’était immobilisé. En levant subitement la main, elle l’a écarté de moi, l’a plaqué contre le mur à l’aide d’une effrayante magie. Kate n’était plus elle-même, alors qu’elle s’avançait vers lui. Quelque chose la contrôlait. Ni moi, ni Phil, n’osions nous interposer face à cette scène terrifiante. Et Merrick semblait redouter le sort qu’il s’apprêtait à recevoir.

« Tu lui as retiré la vie. »

Un souffle mystique faisait vibrer les cordes vocales de Kate, sa voix n’étant alors qu’à moitié la sienne. Elle lui rendait son jugement dernier.

« Tu vas la lui redonner au prix de la tienne. »

Merrick était tellement horrifié qu’il ne parvint à se défendre, à résister. Et s’approchant de lui, les petites lèvres bleues de Kate ont frôlé les siennes et ont aspiré son souffle. Son âme. Les mains crispées contre le mur, ses ongles s’arrachant sur les pierres, Merrick sentait sa vie le quitter, petit à petit, comme quelqu’un que l’on étouffe et qui se débat tant que des forces lui restent. Jusqu’aux dernières.
Le corps de Merrick est retombé comme un poids mort au milieu de la cave, à mes pieds. Dépouillé de sa vie. J’ai repris conscience quand Kate m’a attrapé la main.

« Elle est sauve. Prenez soin d’elle. »

Je l’ai rattrapée in extremis quand elle s’évanouit. Phil accourut en craignant que le pire ne se soit reproduit.

« Elle respire… » souffla-t-il, fébrile, en posant sa grande main sur le torse de Kate.
« Phil… qu’est-ce… qu’est-ce qu’il s’est passé ?! »

Je croyais devenir folle. Il a jeté un œil à la dépouille de Merrick, le visage figé dans une dernière expression de souffrance, tout en essuyant ses larmes sur ses joues sales et entaillées. Après avoir récupéré sa baguette, il s’est accroupi à mes côtés et l’a braquée sur la tempe de Kate, en marmonnant un sortilège.

« Quand elle se réveillera, elle… ne se souviendra de rien. »

Puis, il s’est retourné vers moi. J’ai reconnu ce regard. Celui que j’ai croisé, la toute première fois, lorsque nous nous sommes rencontrés.

« Et… je dois faire la même chose pour toi. »
« Phil. Non… »
« Il le faut. Tu ne peux pas vivre avec ça. »

L’image de ma fille morte me resterait en mémoire à tout jamais. J’aurais désiré l’oublier. Mais je refusais qu’il soit le seul à s’en souvenir. À continuer d’en souffrir jusqu’à la fin de ses jours.

« Phil, non ! Je t’en supplie ! »
« Grace, écoute-moi ! Écoute-moi ! Tu ne peux pas vivre avec ce souvenir ! Pas celui-là ! C’était juste un cauchemar ! Un terrible cauchemar… »
« Phil, ne fais pas ça… ! »

Il m’a saisi les épaules alors que je recommençais à pleurer en secouant la tête.

« Grace ! Je ne peux pas te laisser avec ça ! Avec ce souvenir de Kate ! »
« Et toi ?! Qu’est-ce que tu vas faire ? Continuer de faire avec ! Non, Phil ! Ça, ça… ce qu’il s’est passé ! On le vit tous les deux ! Tu n’as pas à être le seul gardien du secret ! Phil ! Je t’en supplie ! Je t’aime… Écoute-moi ! Ne m’enlève pas ça ! »

Un silence. Mes pleurs aigus. Sa décision.

« Je suis désolé, mon amour. »

Il a levé sa baguette.

« Phil. Non, Phil ! Ne fais pas ça ! Phil ! »

Le bois a frôlé ma tempe. Il a entrouvert les lèvres. Lorsqu’une petite voix tremblante nous a extirpés de cet enfer.

« Papa… ? »

Kate remuait dans la poussière, reprenant connaissance. Sa petite main abîmée cherchait désespérément quelque chose à agripper. Phil a aussitôt abandonné ce qu’il s’apprêtait à faire et s’est précipitée sur elle pour l’étreindre comme jamais. Comme moi, il avait cru la perdre. Son plus grand trésor. Jusqu’à ce que Kate, encore faible, aperçoive derrière lui le cadavre de Merrick et s’immobilise, horrifiée.

« Que… que s’est-il passé ?! »

Elle ne souvenait de rien. Elle ne serait jamais la coupable. Elle n’aurait jamais supporté la vérité.

« Rien, Kate. Rien… C’est fini. »

~~ ~~ ~~



Je me souviens. De mon dos tiraillé, alors que je nettoyais de fond en comble notre nouvelle maison, acquise à un prix ridicule, du fait de son état. Phil aurait pu s’en charger, avec la magie, mais la journée, il travaillait. Il se chargeait de repeindre les murs, boucher les trous et réparer la charpente les week-ends. Kate passait beaucoup de temps dans sa nouvelle chambre, à attendre sa lettre pour Poudlard. Je ne lui demandais pas grand-chose de spécial. Elle méritait d’avoir la paix. De vivre ce qui lui restait de son enfance.
Et chaque soir, mes douleurs ménagères s’évanouissaient dès que j’entendais le moteur de la voiture de Phil gronder dans l’allée de Owlstone Road. Je l’accueillais avec un grand sourire et une longue étreinte. J’avais tellement rêvé de ces instants. De notre famille, saine et sauve.

~~ ~~ ~~



Je me souviens. De cette séparation, quand Kate est partie pour sa première rentrée. Après tout ce qu’il s’était passé durant la guerre, je devais aujourd’hui lâcher prise. Admettre qu’elle pouvait vivre sans moi, loin de moi. Une petite fille de onze était-elle réellement prête à affronter ce monde gigantesque ? Celui de la magie ? Ce jour-là, j’ai réalisé alors la promesse que j’ai tenue quand j’avais le même âge qu’elle. Je n’ai pas abandonné seulement ma fille ce jour-là. Mais aussi le pendentif de maman. Je lui ai donné. Elle la protégerait encore. Même si je ne pouvais pas rester auprès d’elle, une part de moi demeurerait toujours présente.
Je me suis sentie vide en voyant le train s’éloigner du quai. La main de Phil autour de la mienne me permettait de garder le sourire et de croire au meilleur.

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Je me souviens. De cette angoisse viscérale, quand j’ai découvert que j’étais tombée enceinte pour la troisième fois. Je gardais en tête ma dernière expérience. Le cauchemar de la mort de cet enfant qui n’avait jamais vu la lumière. Qui continuait de me hanter. Je refusais que Phil m’en veuille de nouveau, même s’il ne me l’a jamais dit ainsi. « Ce n’est pas ta faute », me répétait-il. Mais je le sentais sur les nerfs. Il était heureux. Mais était aussi terrifié que moi à l’idée que le pire se produise à nouveau.
Je n’ai pas perdu l’enfant. Mais ma fatigue a été telle que j’ai cessé de travailler bien avant la date prévue. Mon anémie reprenait parfois le dessus. La lutte était épuisante. Mais Phil combattait à mes côtés. Ce bébé signifiait tellement pour nous. Le départ d’une nouvelle vie, sans la guerre. Notre amour qui perdurait, douze ans après notre mariage.
J’ai retrouvé la douleur caractéristique, la même que celle qui m’avait transpercée, le jour de la naissance de Kate. Malgré cela, je ne pouvais m’empêcher d’en être heureuse. Car je connaissais les instants qui allaient suivre. La première rencontre avec ma fille. Abigail.

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Je me souviens. De cette terrible incompréhension. Quand le médecin nous a annoncé la surdité d’Abby. De la colère de Phil. Une malformation due à une anomalie génétique. Deux allèles. Un de chaque parent. Nous étions, quelque part, tous les deux responsables. Comment aurions-nous pu prévoir cela ? Et nous n’avons pas assez d’argent pour financer l’opération, pour la pose des appareils. J’ai l’impression d’avoir damné ma fille. À vouloir fonder une famille, à vouloir redevenir heureuse, elle en a payé le prix.

« Ce n’est pas ta faute. »

La même litanie qui se répète, depuis des années déjà. Mais comment pourrais-je en croire autrement ? Parfois je me dis que Phil aurait été tellement plus heureux sans moi. Avec une femme sorcière, qui partagerait sa passion pour son monde, qui lui aurait donné des petites sorcières, sans handicap, sans souffrance. Oui, des fois, je m’en veux d’être moldue. Comment parvient-il encore à m’aimer à ce point, après tout ce temps ? Après tout ce qu’on a traversé ?

~~ ~~ ~~



Je me souviens. De la sonnette de la porte. De mon ordre à Kate, alors que je donnais à manger à Abby.

« Tu peux aller ouvrir, s’il te plait ? »

Des discussions. Kate qui appelle son père à l’étage. Et moi qui restais dans la cuisine.
Pourquoi.
Pourquoi suis-je donc restée dans cette cuisine.
Il y a eu les cris de Kate. J’ai paniqué. Et quand je me suis précipitée dans l’entrée, Phil avait déjà disparu. Ils l’avaient emmené. Et je savais qu’il ne reviendrait pas. Il avait toujours redouté ce moment. Il était conscient qu’ils viendraient le chercher un jour. Tout n’était qu’une histoire de semaines, de mois ou d’années. Depuis l’événement de la cave, Phil avait toujours été prêt à assumer la mort de Merrick. Il était prêt à tout pour protéger Kate. Quitte à prendre la responsabilité de ce qu’il s’était produit. Quitte à abandonner son foyer. À partir en prison, pour toujours… Kate ne devait jamais savoir.

~~ ~~ ~~



Je me souviens. De ces longs mois. De ces heures de travail, qui s’enchaînent. De ces factures, qui s’accumulent. Je n’arrive plus à tout gérer. Et Abby qui pleure à l’étage. Parfois, le soir, je me mets à hurler, à genoux dans le salon. Je sais qu’elle ne m’entendra pas. J’aimerais leur crier la vérité. Je voudrais qu’ils libèrent mon mari. Mais je ne peux pas. Je dois protéger Kate. Je dois tout faire pour notre fille. Notre trésor. Que j’ai vu périr sous mes yeux. Je ne veux pas la perdre de nouveau.
Nous étions innocents, ce jour-là. La magie a pris le dessus. A détruit ma vie. Notre vie.
Après m’être épanchée de mes larmes, je me dirige vers la grande armoire et observe d’un œil appuyé les bouteilles d’alcool. J’ai envie d’oublier. Mais je ne peux pas. Je suis une mère. Je dois veiller sur Abby. Ce n’est encore qu’un bébé. Non. Je ne peux pas me permettre d’être égoïste.
J’ai tout sacrifié pour être mère. Mes loisirs. Ma santé. Mon amour. Je suis seule. Et j’aurais beau graver dans tous les arbres de la ville, je sais pertinemment que Phil ne reviendra pas.

*** *** ***




Le reflet de l’image de Phil transparaissait encore dans les yeux de sa mère quand Kate se détacha de ses pensées. La jeune fille en gardait la bouche bée, sous le choc de la révélation, tandis que Grace tremblait de tous ces membres, sans comprendre ce qui venait de se produire, pendant ce qui parut être une fraction de seconde.

— Je suis morte…

Les mots marmonnés de Kate, Grace ne les entendit pas tout de suite.

— Je suis morte, dans la cave. Merrick m’a tuée…
— Kate… !
— Papa m’a vue mourir. Et… il purge une peine pour moi ! Comment vous avez pu me cacher ça ?!
— Kate !

Graduellement, toutes les deux s’étaient mises à crier.

— Tu aimes papa ! Comment tu as pu le laisser partir ! Le sacrifier !
— Parce que je t’aime aussi !

Les larmes commencèrent à couler sur leurs visages.

— Et qu’il ne m’aurait jamais pardonné si je t’avais dénoncée !
— Dénoncée ?! Maman, ce n’était pas intentionnel ! Ce n’était pas moi !
— Qui pourrait nous croire, même chez les sorciers ?! Tu es revenue alors que tu étais morte, Kate !

En y réfléchissant le temps de quelques secondes, Kate entrouvrit ses lèvres humidifiées de ses larmes. Elle se passa une main en revers sur le visage avant de murmurer :

— Merrick. Ils croiront Merrick…
— Merrick est mort, Kate…

Le regard que Grace plongea dans celui de sa fille témoignait de son impuissance. Elle devinait que sa mère avait tenté de penser à toutes les possibilités. Mais la méconnaissance de la magie la freinait.

— Il n’est pas mort, maman. J’ai… j’ai aspiré son âme. C’est ce qui m’a fait revivre. Et… avec ce qu’il s’est passé, dernièrement, elle s’est détachée de moi.

Kate se redressa, renifla et lui annonça :

— J’ai vu Merrick. J’ai parlé avec son fantôme. Et il est toujours là.

Grace s’accorda un silence pour tenter d’intégrer cette étrange réalité ce qui lui valut un rictus.

— Si personne ne nous croit, ils croiront Merrick.
— Et pourquoi Merrick irait dire la vérité ? Il nous a traqués. Il t’a tuée…
— Parce qu’il a changé depuis. Et parce qu’il aime toujours papa. Il ne supporterait pas l’idée de le laisser à Azkaban. Même s’il a du remords. Il a une dette énorme envers nous. Envers moi. Je le sais. Il fera tout…

Aussitôt, Kate se leva et s’éloigna, face à une Grace désemparée, encore sous le choc.

— Où tu vas ?
— Je vais libérer papa.

*** *** ***





En montant à l’étage, grimpant les marches deux à deux, Kate se précipita dans sa chambre et sortit le grimoire aux turquoises de son tiroir. Celui qui lui permettait de converser avec Maggie. Cette brusquerie extirpa Mister Minnows de son sommeil et le félin maudit d’un grognement sa maîtresse, qui sortit une plume.

« Rejoins-moi chez Terry le plus vite possible. C’est urgent. Irving Street, à Londres, le bâtiment rouge avec un A, cinquième étage, il faut pousser la rambarde au quatrième. »

Les doigts de Kate étaient tellement crispés que sa main fut parcourue de spasmes de douleurs, qui firent fumer la plume. Elle soupçonna l’Immatériel d’être derrière ce phénomène. Elle était tant sur les nerfs qu’elle sentait qu’en elle, tout menaçait de déborder. S’attrapant le poignet, Kate s’étira les doigts en grimaçant et commença à préparer son sac à dos.

— Qu’est-ce que tu fais ?!

Grace l’avait rejointe à l’étage, blême, craignant les conséquences de la découverte de sa fille aînée.

— Je pars chez Terry, à Londres. Je dois aller au Ministère ! Parler à Hermione ! Il faut libérer papa !
— Non, Kate ! C’est dangereux !
— Non !
— Arrête et écoute-moi !

La voix puissante et insoupçonnée de sa mère la pétrifia un instant.

— Tu as déjà trop vécu de choses difficiles dans ta vie ! Tu reviens… d’une prise d’otages !
— Et c’est une raison pour laisser papa pourrir en prison, tu trouves ?!
— Je refuse qu’ils t’emmènent !
— Ils ne m’emmèneront pas ! Je suis mineure ! Et innocente ! Ce n’était pas notre faute ! Papa… il a juste servi d’exemple ! Si je n’étais pas devenue célèbre, il n’aurait jamais été condamné. Et si je n’avais pas mes… pouvoirs bizarres, il n’y aurait pas eu la prise d’otages ! Tout ça, c’est toujours à cause de moi ! Et je suis assez grande pour réparer mes torts, maman !
— Personne n’est jamais assez « grand » pour réparer ce genre de chose, Kate !
— Je n’en peux plus d’être responsable du malheur des autres, maman…

Kate se voûta, écrasée par le poids de la culpabilité.

— Comprends-moi, trembla-t-elle, j’aimerais faire enfin quelque chose de bien…

Touchée par ses mots, Grace s’approcha d’elle et la prit dans ses bras. Elle ramena la tête de sa fille près d’elle et, instinctivement, Kate blottit son visage contre sa gorge, qui portait l’odeur caractéristique de sa mère. Celle qui embaumait ses écharpes, celle qui la réconfortait avant d’aller se coucher étant petite, celle qui, lors de leur enfermement dans la cave, lui permettait de penser à autre chose qu’à la guerre. De s’évader.

— Tu es déjà quelqu’un de bien, Kate. Je ne te permets pas d’en douter une seule seconde. Ce qui t’arrive… ça te dépasse. Mais ce n’est aucunement ta faute. Toutes ces épreuves, tu as le courage de les affronter. Peu de gens auraient pu en faire autant que toi.

Les paroles de sa mère la réconfortèrent plus qu’elle ne l’aurait imaginé. Ses doigts se resserrèrent.

— J’aimerais être normale, parfois, maman… geignit-elle.
— Ca n’a pas d’intérêt, d’être normal, ricana Grace. Il faut apprendre à vivre en étant différent, c’est tout. Ce n’est pas facile de sortir du moule. Les gens te montreront toujours du doigt parce que tu es différente. Mais tu te riras d’eux. Parce qu’ils sont pareils…

Grace caressa le visage de sa fille quand cette dernière se redressa.

— Et quoi que tu fasses, Kate, je t’aimerais toujours.

Comprenant qu’elle obtenait là sa bénédiction, Kate esquissa un sourire, se saisit de son sac à dos et attrapa quelques pièces de monnaie sorcière qui traînait sur son bureau.

— Sois prudente.
— Promis, maman…

*** *** ***




Une fois que le Magicobus l’eut déposée devant l’entrée d’Irving Street, Kate marcha d’un pas rapide dans la rue touristique attenante à la grande place. Maggie était peut-être déjà arrivée. Elle retrouva sans mal l’entrée de l’immeuble des Diggle et grimpa les étages, en fatiguant à partir du deuxième tant elle tentait d’accélérer la cadence.
Quand la porte d’entrée s’ouvrit, Terry écarquilla de grands yeux en pensant ne pas la reconnaître.

— Kate ?! Qu’est-ce que tu fais là ?
— On doit parler.
— Un hibou pouvait suffire, non ?
— J’ai trouvé le moyen de faire sortir mon père de prison. Et je dois aller au Ministère. Désolée, Terry. Je n’avais pas le choix que de venir ici…

Confus, Terry lui libéra le passage et l’invita à entrer.

— J’ai entendu le nom de « Kate » ?

Dédalus apparut dans l’encadrement de la porte du salon, poussant les roues de son fauteuil. Cette image du père de Terry ainsi cloué à sa chaise roulante ébranla le cœur de Kate. Une fois de plus, on ne cessait de lui rappeler ses fautes. Pourtant, le vieil homme lui adressa un sourire radieux.

— Bien le bonjour, jeune fille !
— Mister Diggle !
— Que nous vaut l’honneur de ta visite ?
— Une affaire urgente. Désolée de débarquer ainsi à l’improviste.
— Ne t’excuse pas ! Tu es toujours la bienvenue !

Puis, Kate se tourna vers Terry.

— Maggie devrait nous rejoindre.
— Tu lui as dit de venir ?!
— J’ai besoin de vous deux.

Tout à coup, cette nouvelle sembla affoler Terry, qui balaya d’un regard rapide le vestibule encombré, le plancher sale et la porte ouverte qui donnait sur la salle de bains rendue multicolore.

— Tu aurais pu me prévenir avant ! Ça va être le choc, pour elle, ici !
— Elle s’en remettra, souffla Kate. Et moi non plus je ne pouvais pas prévoir.

Face à son expression angoissée, Terry comprit que Kate venait de faire une importante découverte, sûrement pas des plus plaisantes. Il l’invita à la suivre au salon et lui proposa de s’asseoir sur le canapé. Le jeune homme s’assit en face d’elle, les mains liées en un poing.

— Je suppose que tu ne veux pas m’en parler tant que Maggie n’est pas là…
— Ce n’est pas ça. Juste que… je ne me sentirai pas la force de le raconter deux fois.

Terry hocha la tête et Kate saisit dans son regard un reflet inquiet. Depuis la prise d’otages, les deux amis n’avaient que relativement peu discuté. Terry gardait sur ses métacarpes les blessures qu’il s’était infligé en frappant K-Josh contre son gré. Pour Kate, toutes les excuses du monde auraient été insuffisantes. Elle était entrée dans son esprit, l’avait manipulé. Et par son biais, avait commis des actes d’une violence insoupçonnée. Terry, éternel pacifiste incapable de faire de mal à une mouche, avait bien du mal à accepter ces gestes à l’encontre de l’Américain.
Comme tous les autres, Terry n’en était pas ressorti indemne. Et quand bien même il tentait de se convaincre du contraire, son regard sur Kate avait changé.
Alors qu’un silence écrasant régnait dans le salon, la sonnette retentit à la porte :

— Tu attendais quelqu’un d’autre, fiston ? s’étonna Dédalus, dans une pièce plus loin.
— Ça doit être Maggie, soupira Terry d’une voix forte en se levant. Je vais ouvrir.
— Maggie ?!

La voix de Dédalus camouflait mal son enthousiasme. La gorge nouée, Terry se dirigea vers la porte d’entrée et l’ouvrit. Maggie était sur le seuil, la panique bien visible sur son visage. Elle portait ce jour-là un grand manteau blanc et un béret de la même teinte.

— Tout va bien ?! Qu’est-ce qu’il s’est passé ?!
— Quoi ?
— J’ai reçu le message de Kate. Quelque chose de grave s’est produit ?
— Kate a découvert quelque chose… Elle devait nous en parler.

L’expression de Maggie se décomposa.

— J’espère vraiment qu’elle a une bonne raison. Si mes parents se rendent compte que j’ai encore fugué, je la tue.

Cette menace lancée en l’air fit sourire Terry qui se permit de déposer un baiser aux coins de ses lèvres. Maggie en profita alors pour jeter un coup d’œil derrière son épaule.

— C’est… chez toi ?

Son ton à moitié dégoûté, Terry l’avait évidemment redouté.

— Je… On n’a pas eu le temps de ranger. Attends !

Avec son pied, il écarta les chaussures, les vêtements et les parchemins qui traînaient pour lui frayer un passage. Avant qu’elle ne puisse entrevoir l’intérieur de la salle de bains, Terry referma la porte à la va-vite, mais l’état de la poignée, entourée de traces colorées, en disait long sur ce que la pièce renfermait. Maggie s’avança en prenait garde à ne rien toucher, ce qui semblait tenir de l’exploit en regard de l’exiguïté des lieux.

— Bien le bonjour, Maggie ! lui lança mister Diggle, depuis le fond du couloir, en lui adressant un signe de la main.
— Oui, bonjour, lui répondit-elle, trop concentrée pour atteindre le salon.

Lorsqu’elle parvint à la pièce principale, tout aussi concernée par le chaos général de l’appartement des Diggle, Maggie fusilla Kate du regard.

— J’espère que c’est vraiment important ! répéta-t-elle en insistant sur l’avant-dernier mot.

Terry l’invita à s’asseoir, cependant, elle lui assura préférer rester debout. Alors Kate prit son courage à deux mains et leur annonça :

— J’ai vu les souvenirs de ma mère. Je sais enfin ce qu’il s’est passé dans la cave…

Aussitôt, Maggie afficha une expression qui mêlait surprise et inquiétude. Depuis des mois, Kate lui avait répété qu’elle se soupçonnait être la meurtrière de Merrick. Avait-elle eu raison ?

— Et alors ? lui demanda-t-elle, prudente, les bras croisés.
— Je n’ai pas tué Merrick MacNair.

Cette affirmation les soulagea tous les deux, mais le choc vint de l’annonce suivante :

— En revanche, lui m’a tuée…
— Hein ?! Quoi ?
— Il m’a jetée un sortilège de la mort. Avec la baguette qu’il avait prise à Charity. Et… je suis morte. Sous les yeux de mes parents.

L’assertion laissa ses amis cois.

— Mais alors, comment es-tu…
— Le pendentif. Ma mère le portait à ce moment-là. Il m’a permis de « revivre ». Mais juste un peu. Juste suffisamment pour que… j’aspire l’âme de Merrick, et ainsi survivre.
— Mais… c’est horrible ! lâcha Maggie, terrifiée. Tu as aspiré l’âme de Merrick ?!
— Et c’était lui qui te contrôlait alors parfois, comprit Terry. Vous étiez deux âmes dans un seul corps…
— Et Maëva, en revanche ? Tu ne portais pas le pendentif à ce moment-là.
— Je… je dois être reliée à ce pendentif d’une manière ou d’une autre. Si c’est l’horcruxe de Maëva, il a quand même dû diffuser sa magie chez ma mère. Et peut-être que, quand elle était enceinte de moi, elle m’a ainsi donnée un peu de la magie de Maëva… Ce qui expliquerait le lien que j’ai avec le pendentif. Et le fait que je n’étais pas obligée de le porter pour qu’il fonctionne. Parce que j’ai un peu de Maëva en moi ? Et que ça expliquerait pourquoi je maîtrise l’Immatériel ? Je… je ne sais pas…

On sentait Kate fébrile et perdue. Quelque part, elle aurait préféré rester ignorante. Mais la liberté de Phil était en jeu :

— En tout cas, Merrick n’est pas mort à cause de mon père. Il s’est condamné pour me protéger.
— Et comment tu voudrais qu’on fasse pour le prouver au Magenmagot ? Ta mère n’a pas le droit de témoigner, lui rappela Maggie, elle est moldue. Et même si elle le pouvait, elle te protégerait aussi.
— Il y a Merrick. À Poudlard. Il suffirait que des gens viennent et l’interroge. Après tout, c’est de lui qu’il s’agit dans ce procès !
— Tu crois vraiment qu’il dira la vérité ? douta Terry, comme Grace, une heure auparavant.
— Il le fera. J’en suis persuadée…

*** *** ***




— Je ne suis pas certaine d’avoir tout compris.

Les mots d’Hermione firent suite à un long silence embarrassant. Au sein du Ministère de la Magie, le bureau de la jeune sorcière était si exigu qu’il peinait à contenir Kate, ses deux amis et elle-même. La décoration était sobre. On remarquait facilement qu’Hermione attachait peu d’importance aux superficialités. Seul un cadre photo, que l’on ne parvenait à voir de l’autre côté de la table faisait office de personnalisation. Les bibliothèques, garnies de livres de lois et autres sciences abstraites que les adolescents ne pouvaient comprendre, siégeaient en reines et mangeaient à elles seule un bon quart de l’espace disponible.
En entendant le récit de Kate, adossée à la table, ses doigts agrippés à l’arrête, Hermione n’avait soufflé un mot. Elle avait accordé à sa pupille quelques minutes d’attention quand cette dernière était entrée dans son office sans prévenir à l’avance. Mais ce que la jeune fille lui annonça la décontenança.

— Ca n’a pas de sens… Personne ne revient de la mort. Sauf Harry, mais Harry… c’est une autre histoire !
— C’est la vérité, Hermione ! Je l’ai vue, dans la mémoire de ma mère !
— Mais qui nous dit que ton père n’a pas modifié les souvenirs de ta mère, comme il l’a fait avec toi ?

Hermione marquait un point. Cependant, Kate ne s’éloignait pas de son idée première :

— C’est pour cela que je te demande qu’on aille interroger le fantôme de Merrick.

La sorcière grimaça :

— Je ne pense pas que cela soit une bonne idée.
— Quoi ? Pourquoi ?
— Il faudrait déjà que le Magenmagot se déplace jusqu’à Poudlard.
— On est plus à ça près, fit remarquer Maggie, l’école accueille plus de gens étrangers à la structure que d’élèves britanniques depuis septembre.
— Et même si je parvenais à convaincre quelques membres, suffisamment pour rassembler une majorité et prier pour une unanimité, il faut que MacNair coopère. Mieux, qu’il dise la vérité. C’est un Mangemort, Kate. Un homme qui a tué des gens.
— Il était en moi, pendant quatre ans ! se haussa l’adolescente. Il a changé ! Et il n’a pas toujours été comme ça ! Pourquoi personne ne veut me croire ?!

Un livre vola brusquement à travers la pièce, comme éjecté de son rayonnage à la manière d’un bouchon de champagne. Cela ne manqua pas d’étonner les quatre protagonistes. Et Terry, conscient que la rage intérieure de Kate influençait sa magie incontrôlable, lui attrapa le poignet dans l’espoir de la soulager. Ce contact l’apaisa comme escompté.

— Même si c’était le cas. Que le Magenmagot se déplaçait à Poudlard, que MacNair parlait, que ton père était innocenté. Te rends-tu compte des représailles à ton encontre ? Kate, s’ils découvrent la vérité… Crois-moi, tu seras surveillée.

Kate lâcha un bref ricanement mais tut qu’elle l’était déjà en permanence.

— Ils ne te lâcheront pas s’ils savent que tu es potentiellement…

Son dernier mot tardant à sortir, Kate compléta la sentence :

— Dangereuse ?

Ce terme dérangea Hermione, qui roula ses lèvres dans sa bouche. Elle tapota du bout des doigts sur le bois du bureau.

— Je vais voir ce que je peux faire.




— Super… Cet entretien nous a été d’une telle utilité !

Les mots lâchés par Maggie étaient coulant d’ironie, alors qu’ils rentraient dans l’ascenseur vers la sortie, sous les yeux étonnés des fonctionnaires qui n’avaient pas l’habitude de croiser des adolescents en ces lieux, surtout en période scolaire.

— Si maintenant mes parents ne se sont rendus compte de rien, c’est que vraiment, ils ne m’aiment pas !
— Tu es sévère avec eux, commenta Terry après avoir tapé le code que lui avait donné son père sur le combiné.
— On voit que tu ne les connais pas.
— Non, et je préfère que cela le reste le plus longtemps. Sans rancune ?
— Ne t’inquiète pas. Jusqu’à tout à l’heure, j’aurais dit la même chose de ton appartement.

La remarque fit sourire Terry, alors que la cabine commençait à monter lentement.

— Tu penses qu’Hermione y parviendra ?
— Elle n’avait pas tort, dut avouer Kate. Ca sera plus compliqué. Mais si on force les choses…

Relevant son léger sourire, le Poufsouffle soupçonna quelques ambitions déplacées et osa lui demander :

— C’est-à-dire ?
— Hermione m’a rappelée une chose. Que j’étais tout le temps surveillée.

Cette fois, ce fut le regard de Maggie qui se fixa sur elle.

— Est-ce que j’ai bien compris qui tu visais par-là ?!
— Tant qu’on est à Londres. Profitons-en… !

*** *** ***




Leur trajet par les lignes de métro londonien fut digne d’un périple. Des trois, Maggie était la seule à ne jamais avoir expérimenté ce mode de transport moldu. À ses yeux écarquillés, ses deux amis devinaient qu’elle vivait en plein cauchemar.

— Merlin… marmonnait-elle. Les gens… ils touchent ces barres ! Sans qu’on sache où leurs mains ont traîné ! Genre ce rustre, qui vient de se récurer le nez. Et quelle odeur ! Mais… tu as vu comment ce vieil homme m’a regardée ?! Et pourquoi il est habillé comme ça ? C’est pour une fête moldue ?
— C’est un homme sans-abri, Maggie, lui expliqua Kate, calmement. Il vit dans la rue.
— Dans la rue ?! Mais… mais c’est infâme ! Ils dorment où ?! Et pour le reste ? Comment ils font pour…
— Tu ne préfères pas savoir, crois-moi, l’interrompit Terry, qui lui tenait la main.
— Il y a beaucoup de gens comme ça, chez vous, les Moldus ?

Elle s’adressait à Kate, comme si elle était l’une d’entre eux, qui passa outre ce défaut de nuance.

— Quelques-uns. C’est vrai qu’on n’en voit pas beaucoup chez les sorciers…

À l’intérieur de la rame, Maggie refusa de nouveau de s’asseoir sur l’une des banquettes malgré le nombre de places vides.

— C’est qui qui parle ?! s’alarma-t-elle alors que la voix dans les micros annonçait le prochain arrêt.

Sa remarque ne manqua pas de faire sourire un groupe de filles moldues, plus loin, qui avait bien remarqué à ses vêtements la différence culturelle et sociale flagrante entre Maggie et la vie urbaine.

— Quelqu’un, répondit simplement Kate en haussant les épaules.
— C’est de la magie ?!
— Euh non. C’est programmé. C’est électrique. Enregistré.
— Tu me parles une autre langue.
— Comme la télé, tu sais.
— Ah oui, je me souviens ! Je vois.

Elle se trouva déjà bien plus à son aise quand ils abordèrent Brook Street, large rue faste.

— Il n’y a pas à dire. Lui au moins, il a du goût pour le quartier, dut-elle avoué. Même si je ne me ferai jamais à la grande ville.
— Qu’est-ce que tu préférerais ? s’informa Terry, curieux.
— Hm. Je ne sais pas. Sûrement une grande maison à la campagne.
— Quand tu dis « grande »…
— Oh, tu sais, une vingtaine de pièces. Le minimum requis.

En apercevant son visage blêmissant, Maggie préféra se moquer :

— Et tu m’as crue, en plus !
— Connaissant tes habitudes… !
— Ahaha ! Non. Dix suffiront, ne t’en fais pas.

L’approbation de Terry fut grinçante, ignorant si elle plaisantait encore.

— C’est ici, leur indiqua Kate.

Elle-même ne croyait pas ce qu’elle s’apprêtait à faire. Comme à chaque fois qu’elle quittait Orpheus, elle se promettait de ne plus jamais le revoir ou lui adresser la parole. Et pourtant, elle revenait sans cesse vers lui, éprouvant un remords de plus en plus diminué.
En sonnant à la porte d’entrée, Kate reconnut la petite voix couinante de Blandine :

— Oui ?
— Bonjour, ici Kate Whisper. Mister Fawley est là ?

Aussitôt, la porte s’ouvrit avec brusquerie et l’elfe de maison, ravie, leva ses deux bras.

— Mister Fawley sera tellement content de voir Miss Whisper ! Miss Whisper est toujours la bienvenue ! Oh, Miss Whisper n’est pas seule ? Blandine va pouvoir préparer plein de bonnes choses !

En observant l’elfe de maison accoutrée à la manière d’une soubrette, Maggie et Terry ouvrirent de larges yeux.

— Il est… flippant ton Orpheus s’il habille ses elfes comme ça ! glissa Terry à Kate.
— Je crois que c’est elle qui a choisi ses habits.
— Je ne sais pas si c’est pire, à vrai dire, murmura Maggie. S’il y a bien un domaine dans lesquels les elfes de maisons sont pitoyables, c’est bien la mode vestimentaire ! Normal, ils n’y sont pas habitués !
— Mister Fawley ! Mister Fawley !

L’elfe avait transplané dans une autre pièce pour prévenir son maître, mais sa voix parvenait à se faire entendre depuis l’entrée. En jetant un œil à l’intérieur de l’appartement, Maggie tira les encoignures de ses lèvres vers le bas, impressionnée.

— Lui au moins, il a du goût, commenta-t-elle en détaillant le riche salon.
— Il a les moyens, grinça Terry, qui savait qu’elle faisait référence à son foyer précaire.

Lorsqu’Orpheus apparut plus loin, vêtu d’une simple chemise blanche, boutonnée aux poignets, et d’un pantalon gris anthracite, un large sourire irradia son expression.

— Miss Whisper ! Accompagnée par Mister Diggle et Miss Dawkins ! Quelle agréable surprise ! Pourquoi ne leur as-tu pas dit d’entrer, Blandine ?
— Blandine était trop pressée d’avertir le maître, Mister Fawley !
— Peu importe ! en rit-il. Je vous en prie, entrez en mon humble demeure et appréciez-la comme il vous sied. Bien que vous la connaissiez déjà, Miss Whisper.

En passant devant lui sans salutation, Kate reçut de sa part une inclinaison respectueuse alors qu’il tentait de capter son regard. Mais la jeune fille demeurait méfiante et par défiance, n’entra pas dans son jeu. Puis, Orpheus partagea une vigoureuse poigne avec Terry, avant de s’intéresser à Maggie :

— Miss Dawkins. C’est un honneur pour moi d’enfin vous rencontrer.

Le baiser frôlé qu’il apposa sur le dos de sa main fit rougir Maggie, tandis que Terry fulminait en silence, ne supportant pas ce genre de manières aristocrates. Pourtant, Maggie, peu enjouée au départ de faire connaissance avec ce que Kate rapportait être un pervers narcissique qui ne cessait de la suivre, fut comblée, soulagée d’enfin rencontrer quelqu’un qui partageait les bonnes dispositions de la noblesse.

— Prépare du thé, Blandine, la sollicita Fawley d’une voix radieuse. N’hésite pas à te faire une tasse si tu le désires !
— Maître Fawley est trop gentil avec Blandine ! s’enthousiasma-t-elle. Blandine s’y presse, Mister Fawley !

Elle disparut dans un nouveau claquement de doigts alors qu’Orpheus Fawley invita les trois jeunes personnes à s’installer dans les fauteuils classieux. Cette fois, ce fut Terry qui eut davantage de difficulté à s’asseoir, peu habitué à un tel luxe, comme craignant d’abimer le cuir rien qu’en l’effleurant.

— Que me vaut l’honneur de votre visite ?

Kate reconnut sans mal son sourire qui s’était changé petit à petit, soulignant maintenant son ambition, son désir ardent de l’opportunité.

— J’ai besoin de vous.
— Je me doute. Vous ne me rendez jamais visite pour une question d’estime. Ce que je regrette, s’il me faille l’avouer.
— Je détiens des informations. Très importantes. Et j’aimerais que vous les diffusiez.
— J’ignore par quels moyens vous pensez que je pourrais procéder.
— Vous êtes journaliste.
— Indépendant, nuança-t-il.
— Les gazettes s’arracheront une information populaire.
— Le monde des médias se joue sur du quitte ou double… Vous ne connaissez rien de ce milieu, Miss Whisper.
— Ou infiltrez la Gazette du Sorcier, peu m’importe !

La phrase forte de Kate fit sursauter Maggie de surprise, se la répétant dans sa tête car pensant ne pas l’avoir bien comprise au départ. Elle fronça alors des sourcils.

— Vous allez rouvrir le cas de mon père. Du meurtre de MacNair. Son fantôme est à Poudlard. Vous devez sûrement le savoir. Plus les gens en entendront parler, moins le Magenmagot aura le choix. Ils devront l’interroger et relancer le procès. Je veux faire pression.
— Vous désirez utiliser la presse pour faire plier la justice ?! s’étonna Orpheus. Miss Whisper, vos moyens sont dignes de ceux d’un politicien. Mon admiration pour vous ne cessera jamais de croître !
— Les gens sont fascinés par mon histoire. Les journalistes me courent après. L’histoire d’une fille qui a ouvert une maison, et dont le père aurait été envoyé en prison pour un meurtre qu’il n’a pas commis, cela avoué par le fantôme du défunt. Ne serait-ce pas une excellente histoire ?
— Sans aucun doute.

Orpheus se pencha, appuyant ses coudes sur ses genoux, et jouant à tapoter le bout de ses doigts les uns contre les autres. On entendait plus loin Blandine chantonner en cuisine alors qu’elle préparait le plateau de thé.

— Mais vous n’êtes pas sans ignorer que chacun de mes services a un prix.
— Je sais. C’est pourquoi j’accepte de signer votre contrat. Afin que vous puissiez avoir l’exclusivité sur mon histoire.

Cette affirmation fit réagir Terry :

— Euh, Kate, tu es sûre ?!
— Hm, y a pire que lui, comme journaliste, je présume, pour écrire ta biographie, ajouta Maggie, qui reluquait Orpheus.
— Si ma signature peut faire libérer mon père, alors oui. Je suis prête.
— Tu devrais y réfléchir plus longuement, Kate, tentait de la raisonner son meilleur ami.
— J’ai pris ma décision, Terry. Je veux le faire.

Le regard vert d’Orpheus s’illumina de triomphe. Et sortant sa baguette magique, il l’agita, faisant surgir un long parchemin qui se déroula sur la table basse, jusqu’à tomber aux pieds de Kate.

— Donnez-moi une plume, réclama-t-elle, déterminée.
— Merlin, Kate ! se haussa Terry, agacé par la prise de décision hâtive et risquée de son amie. Lis au moins ! Il cherche peut-être à t’escroquer !
— Votre confiance à mon encontre me touche, mister Diggle, intervint Orpheus dans un léger hochement de tête amusé.
— Terry n’a pas tort, lui accorda Maggie. Mieux vaut-il qu’on lise tout ça ensemble, tu veux ?

En parcourant le long document, les trois amis ne trouvèrent aucune mention peu scrupuleuse ou cauteleuse. Seulement du charabia administratif vis-à-vis des droits d’auteurs et de la réutilisation des témoignages de Kate, en plus de quelques histoires de rétribution qui ne l’intéressaient guère. Elle ne comptait pas gagner la moindre noise par le biais de ce vautour.

— La plume, réclama-t-elle de nouveau alors que Blandine venait de servir le thé.
— A votre service.

Aussitôt, Orpheus invoqua une grande plume de paon qu’il lui tendit.

— Elle est auto-encrante. La seule chose qui vous est requise est votre signature, à apposer là, tout en bas, dans la case correspondante.

Il n’en fallut pas davantage pour Kate, qui griffonna son nom, sous le regard perplexe de ses amis. Son père avait sacrifié sa vie pour elle. Elle était prête à vendre la sienne pour la lui rendre.

Note de fin de chapitre :

Je tiens à préciser que PERSONNE n'avait jusqu'à là formulé l'hypothèse parfaite. Beaucoup partaient du fait que Kate, ou en tout cas la chose à l'intérieur d'elle, était responsable de la mort de Merrick. Sans remettre en circonstances. Et non, c'est Kate qui est morte ! Et Merrick n'était pas vraiment mort, puisqu'il vivait dans Kate. Ouais. Je vais bien dans ma tête, je vous assure.

BON, ça fait une intrigue de démêlée !

A partir de là, le reste de la partie IV (c'est-à-dire le chapitre restant) fait vraiment office de transition avec la partie V. Où je vais commencer à mettre en place les différentes intrigues qui s'y dérouleront. J'ai d'ores et déjà commencé avec la signature de ce fameux contrat liant Orpheus à Kate... D'ailleurs, pour les amateurs (ou amatrices ! Héhéhé) du personnage, Orpheus est l'un des personnages développés plus particulièrement dans la partie V.

Je tiens aussi à préciser dès maintenant (pour pas que la transition vous surprenne, quoiqu'elle sera soft) que dès la partie V, LMA passera en rating -16. Navrée les jeunes, mais bon. Déjà, je pense que cette partie IV aurait pu être passée -12, car certaines scènes n'étaient pas vraiment destinées aux enfants (cooool, une prise d'otages avec des tortures physiques, ouaaaaaais !).

Réjouissez-vous : vous ne devriez pas avoir à attendre très longtemps avant de recevoir la suite. Nouvel ordinateur, plus de temps, chapitre déjà bien bien entamé. DONC BON. Ca devrait arriver tout début septembre !

Je vous fais des poutoux ! Et à la prochaine !

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