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News

88e Édition des Nuits d'HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 88e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 20 avril à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.


De L'Équipe des Nuits le 07/04/2019 21:58


Sélections du mois


 

Sélections du mois

Bonjour à tous,

L'Équipe félicite Meira, Eanna et Chalusse dont les textes ont été élus pour la sélection Parents ! Leurs fanfictions se verront attribuées une jolie vignette.

Des nouvelles de la prochaine sélections ? Et oui ! Le thème Fantômes a su conquérir votre cœur pour les sélections du mois de Mai et vous pouvez déjà proposer vos fanfictions favorites sur ce sujet en vous rendant ici ou bien en répondant à cette news.

Les votes autour du thème Parents étant cloturés, nous vous informons que ceux pour le thème de Avril viennent de commencer et seront tournés vers le changement (ça tombe bien, avec le printemps…) avec le thème Métamorphose ! Vous pouvez dores et déjà lire les textes, les reviewer et voter pour vos fanfictions favorites en vous rendant ici, ou bien en cliquant ici.


De L'Équipe des Podiums le 07/04/2019 21:21


Le concours PWP fête ses 10 ans


Vous l'attendiez avec impatience : le traditionnel concours de textes érotiques est de retour et il fête ses 10 ans !
Venez découvrir les dictons choisis pour inspirer vos histoires ainsi que toutes les modalités sur le forum. On a hâte de découvrir vos textes !
De Le Conseil d'Administration le 18/03/2019 21:42


87ème Édition des Nuits d'HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 87e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 23 mars à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !

Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.


De L'Équipe des Nuits le 14/03/2019 16:47


Super sélections du mois !


 

Super sélections du mois !

 

Tout d'abord félicitations à Olly et princesse dont les textes ont été élus pour la sélection Sirius/OC ! Leurs fanfictions se verront attribuées une jolie vignette.

 

Des nouvelles de la prochaine sélections ? Et oui ! Le thème Métamorphose a su conquérir votre cœur pour les sélections du mois d'Avril et vous pouvez déjà proposer vos fanfictions favorites sur ce sujet en vous rendant ici ou bien en répondant à cette news.

 

Les votes autour du thème Sirius/OC étant cloturés, nous vous informons que ceux pour le thème de Mars seront tournés vers la famille avec le thème Parents. Vous pouvez dores et déjà lire les textes, les reviewer et voter pour vos fanfictions favorites en vous rendant ici.


De L'Équipe des Podiums le 04/03/2019 23:08


10ème édition des Nuits Insolites


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 10e édition des Nuits Insolites se déroulera le Samedi 2 Mars à partir de 20h. N'hésitez pas à venir vous inscrire !
Les modalités de participation sont disponibles sur le même topic.

A très bientôt !
De L' équipe des Nuits le 01/03/2019 07:36


Ludo Mentis Aciem par Ielenna

[1160 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

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Note de chapitre:

POUET mes héroïques légimineux en baskets ! Bienvenue dans leeeeeeeee dernier chapitre de LMA partie V. 

Mettez-vous à l'aise. Prenez un siège. Pour votre santé mentale, n'éteignez pas la lumière. Armez-vous d'un paquet de mouchoirs. Installez-vous confortablement, la séance va commencer...

Bonne lecture !

— Allo ? Oui, bonjour, je… j’aimerais signaler une disparition. Je… oui, ma fille et mon époux ne sont pas revenus. Ils auraient dû arriver hier soir. Je n’ai pas de nouvelles… Oui, oui, ils revenaient de Londres, en voiture. Non ! Sûrement pas ! Non, c’est peu probable qu’il soit parti avec elle ! Non, je… non, écoutez-moi, il n’y a aucun problème avec mon mari, il n’a pas enlevé ma fille ! Juste qu’ils ne sont pas revenus ! Je veux juste savoir ce qu’il leur est… oui. D’accord. Très bien… C’est ça… On va faire comme ça alors. Whisper. W-H-I-S-P-E-R. Mon mari s’appelle Philippus, 1m85, environ, cheveux courts, châtains, yeux gris. Et ma fille, c’est Katelyna, elle a seize ans. Brune avec des yeux gris aussi. Oui. Oui. Alors, c’est une vieille Chevrolet noire. Entre Londres et Carlton, dans le Leicestershire. Oui, c’est mon numéro. D’accord. Je… très bien. Merci… Au revoir.

La voix chevrotante, Grace raccrocha et lança un regard perdu à travers la fenêtre de la cuisine. Elle n’avait pas dormi de la nuit et avait déambulé des heures dans la maison, vérifiant par intermittences si la voiture de Phil s’était garée devant la maison ou approchait. Chaque bruit la faisait sursauter, jusqu’à ce qu’elle comprenne que ce n’était pas le vrombissement caractéristique de son moteur . Elle avait bien sûr tenté d’appeler Phil, mais le bougre ne répondait jamais à son portable. Grace tentait de se convaincre qu’il ne leur était rien arrivé de grave , mais la pleine lune imminente rendait peu tangible son hypothèse qu’ils soient restés à Londres une nuit de plus sans la prévenir.
Elle rabattit sa robe de chambre écrue qui s’était légèrement ouverte et rattrapa le combiné, sur lequel elle composa un autre numéro.

— Allo ? lui répondit une voix masculine.
— Allo, Will ? Ah, toi, au moins, tu réponds. C’est pas comme ton frangin ! Salut, c’est Grace, désolée de t’appeler si tôt…
— Tout va bien ? s’inquiéta Will.
— Non, ça ne va pas. Phil et Kate ne sont pas rentrés. Ce n’est pas normal…
— Comment ça ils ne sont pas rentrés ?
— Kate est revenue de Poudlard hier et Phil est parti la chercher en voiture. Ils auraient dû être à la maison hier soir. J’ai… j’ai attendu toute la nuit, mais ils ne sont pas rentrés. Je commence à m’inquiéter. La dernière fois, Kate s’était faite kidnapper !
— Tu as appelé quelqu’un d’autre ?
— La police, juste avant toi. Mais ils croient que Phil a enlevé Kate… C’est difficile de tout leur expliquer !
— Tu penses que c’est Kate qui…

Un silence entrecoupa leur conversation et, à bout de nerfs, Grace commença à pleurer.

— Je n’en sais rien, Will, geignit-elle en essuyant ses larmes. Je… je veux juste qu’ils rentrent. Je suis morte d’inquiétude… C’est la pleine lune ce soir, et Phil… Et si Kate… !
— Calme-toi, Grace. Respire. Écoute, ne bouge pas de chez toi. Je transplane dans cinq minutes . D’accord ? On va trouver de l’aide, on va les retrouver .
— D’accord, renifla-t-elle. Je t’attends.
— Très bien. J’arrive tout de suite.

Sur ces mots, il raccrocha tandis que Grace s’empoignait les cheveux d’une main. Elle soupira de nouveau et tenta le tout pour le tout en rappelant sur le portable de Phil.

— Je t’en prie, décroche… implora-t-elle dans un murmure alors que les sonneries s’enchaînaient.

Ce furent les vibrations du téléphone qui tirèrent Kate de sa léthargie. L’envie de vomir lui saisit les entrailles. Elle se sentait acculée dans un coin, les deux murs renfermant ses épaules, recroquevillée au sol. Puis, le téléphone cessa de sonner.

— Papa, mâcha-t-elle en rouvrant les yeux. Papa…

C’est alors qu’elle sentit les liens à ses poignets et cela fit naître un sentiment qu’elle avait déjà connu lors de la prise d’otages de la Cabane Hurlante. Non, elle devait cauchemarder, cela ne pouvait pas recommencer. Mais l’image d’Electra se répétait dans ses derniers souvenirs. Un sortilège apposé sur ses mains les avait englobé dans une espèce de bulle de bronze , sûrement de manière à ce qu’elle ne puisse utiliser l’Immatériel.

— Merde… ! Merde !

Elle parvint à se relever malgré les liens qui entravaient ses pieds et commença à explorer la pièce en sautillant, malgré la rareté de la lumière dans cette salle aveugle. Ses entraînements physiques quotidiens lui permettaient cet effort . Elle semblait être enfermée dans ce petit bureau de comptabilité moldu bien sinistre. Il n’y avait rien qui sortait de l’ordinaire, si ce n’était le manteau en cuir de Phil, posé sur une chaise. Que faisait-il là ?
Kate tenta de s’en saisir, mais ses mains ensorcelées la privaient de toute capacité de préhension. Son portable était là-dedans, sûrement dans une poche intérieure. Elle pouvait encore appeler à l’aide. Elle usa alors de la pince de ses coudes pour attraper la lourde veste et essayer de la retourner, tout en l’attrapant avec les dents. Le portable finit par tomber par terre. Ouvrir le clapet fut un tout autre combat, l’attrapant avec sa bouche pour essayer de le manipuler. Elle savait que sa vie et celle de son père était en jeu, Kate était prête à tout.
Elle attrapa un stylo entre ses lèvres pour ensuite taper sur les touches du téléphone. Elle chercha alors dans les contacts très réduits du répertoire son père et appela chez elle.
En voyant le nom de Phil apparaître sur le combiné familial, Grace décrocha avec une voix précipitée.

— Phil, c’est toi ?
— Maman ! Maman, c’est Kate !
— Kate, ma chérie ! Qu’est-ce qu’il se passe ? Où êtes-vous ?
— Electra ! C’est Electra ! Elle nous a…

Mais le téléphone explosa face à elle et Kate bondit en arrière dans un cri de douleurs en recevant les étincelles et les débris en pleine figure .

— On ne peut vraiment pas te laisser cinq minutes …

Electra, la main tendue vers elle, lui accorda un regard mauvais. Et Kate, effrayée, recula, assise par terre, jusqu’au mur du fond. Cela sembla amuser la Sorcière Bleue.

— Où est mon père ? susurra la jeune fille, tremblante. Qu’est-ce que vous avez fait de lui ?

Pourtant, Electra ne répondit pas, fermant la porte derrière elle. La lumière blafarde de la vieille lampe de bureau éclairait son visage par en bas, lui donnant de tous autres reliefs peu rassurants.

— C’est après moi que vous en avez ! Pas lui !
— Ne t’inquiète pas, Kate. Tu le rejoindras très vite.

Les yeux de Kate s’écarquillèrent. Elle refusait de comprendre son allusion.

— Vous n’avez pas… Je… Papa.

La colère commença à bouillonner en elle, si fort qu’elle se trahit par des larmes de rage.

— Espèce de salope ! Je vais t’exploser la tête si fort que ta cervelle deviendra de la bouillie ! Je vais te tuer ! Tu entends, je vais te buter ! Je vais te mettre en pièces !
— Rien ne sert de s’énerver, Kate, s’amusa Electra, peu concernée par ses menaces. Tu sais très bien que ton Immatériel est inefficace contre moi.

Kate s’était effondrée en pleurs contre son mur.

— Pourquoi vous me faites tout ça… ! Pourquoi vous faites souffrir tous ces gens autour de moi ? Ils ne vous ont rien fait… Rien !
— C’est ce que je me dis parfois. Mais pour ça, tu aurais dû mourir comme prévu, pendant ta deuxième année. Les choses auraient été bien plus simples depuis. Et personne d’autre n’aurait été blessé ou ne serait mort.

Peut-être Electra avait-elle raison. Rien ne se serait produit si Kate n’avait pas été sauvée par Prank ou Wolffhart ces nuits-là, dans la Forêt Interdite.

— Je vais te tuer… répétait Kate inlassablement. Je vais te tuer…
— Je vais alors te laisser à tes élucubrations. Mais si je reviens parce que tu refais une bêtise, crois-moi, tu le regretteras.

Sur ces mots, Electra quitta la pièce, qu’elle ferma à double-tour.

— Je vais te tuer ! explosa Kate, avant de fondre en larmes.

Une petite voix intérieure la somma de se calmer. Sûrement Electra jouait-elle avec ses émotions. Mais rien ne pouvait pour le moment lui attester que son père n’était plus en vie. Cela ne ressemblait pas à la Sorcière Bleue. Elle ne se serait pas prise la peine de le transformer en loup-garou pour le tuer vulgairement par la suite. Non, cela ne rimait à rien. Electra avait un plan et le meurtre de Phil n’en faisait clairement pas partie.
Elle se releva de nouveau et fonça vers la porte, les pieds toujours attachés, pour tenter de la fracasser . Mais elle n’avait sûrement pas la force de son père et y aller de l’épaule ne l’aiderait pas, si ce n’était de la lui casser.

— Ca suffit, Kate ! entendit-elle de l’extérieur, tandis qu’elle poursuivait ses tentatives depuis cinq minutes.

Au bout d’une demi-heure, Kate abandonna. Elle ne pouvait pas gâcher ses forces comme ça, vainement. Elle retourna donc s’assoir dans le coin et attendit. Sans avoir idée de l’heure exacte qu’il était. Rien ne pouvait lui donner d’indice. Dos contre le mur, elle y percutait doucement l’arrière de sa tête, comme pour y faire rentrer de force l’idée qu’elle avait été stupide. Elle ne s’était pas assez méfiée. Elle aurait dû savoir qu’Electra l’aurait attendue à la sortie de Poudlard, le moment où elle était le plus vulnérable.
Kate resta enfermée ce qui lui sembla être des heures dans la pièce. Sans eau, sans nourriture. Et son ventre commençait à crier famine. Rien ne bougeait, aucun bruit ne lui parvenait. Elle semblait cloîtrée dans son propre cauchemar. Elle croyait devenir folle, à nouveau, alors qu’elle se balançait d’avant en arrière pour se rassurer.
Après une éternité, la porte se rouvrit et la silhouette d’Electra apparut. La Sorcière Bleue observa avec pitié la jeune fille recroquevillée et lui lança alors :

— Tu n’as là qu’un centième de l’idée de ce qu’ont pu être mes onze années à Ste Mangouste… Et après, tu oses me traiter de tarée ? Je suis une survivante, Kate. Je suis plus forte et plus puissante que tu ne le seras jamais. Mais ça, tu as toujours voulu le nier. Après tout, tu étais Kate Whisper, la descendante de Maëva, la première Papillombre. Tu te croyais invincible. Alors que ce ne sont que les murs de Poudlard qui te protègent du monde extérieur. Et de toi-même.
— C’est l’éclipse…

Kate avait marmonné avec douleur puis releva sa mine défaite.

— C’est l’éclipse que vous avez vue aussi. Vous m’avez dit que je deviendrai dangereuse. Plus dangereuse que n’importe quel mage noir. C’est à cause de l’éclipse, n’est-ce pas ?
— J’ignore de quoi tu me parles, avoua Electra en fronçant les sourcils.
— Vous n’êtes pas la seule à avoir des visions. Nous avons le même pouvoir… Et les éclipses nous rendent plus fortes. Je me trompe ?
— Non.
— C’est grâce à elle que vous avez contrôlé Eliot. Votre Allégeance est devenue plus forte…
— Sûrement. Je ne suis pas familière du fonctionnement profond du Don. Mais qu’as-tu vu ? Te concernant ?
— Que la prochaine éclipse me transformerait…

Il y eut un silence glacial.

— Peut-être que vous avez raison. Peut-être que je deviendrai trop puissante ce jour-là. Et incontrôlable. Mais je me battrai ! Je ne veux pas mourir ! Et je trouverai une solution.
— Ravie de constater que nous nous battons désormais sur le même front.
— Non. Non, non… ! ricana Kate. Vous, vous êtes tarée. Je suis encore lucide.
— J’essaie d’aider le monde, Kate. De le sauver. De toi. Comment peux-tu encore penser que je suis à ce point cruelle ? Je le suis certainement moins que celle que tu deviendras.
— Vous n’en savez rien.
— Oui. Sûrement. Tu seras probablement morte avant la prochaine éclipse.

Electra s’approcha et Kate, apeurée, tenta d’effectuer un mouvement de recul, mais le mur l’en empêchait.

— Non ! Non ! Laissez-moi !

Mais la main d’Electra lui saisit le col et, d’une force presque surhumaine, l’obligea à se lever. Kate se débattait, mais ses liens l’empêchaient de se défendre.

— Tu ne veux pas revoir ton père ?

La question de la Sorcière Bleue la calma tout à coup. Kate n’arrivait plus à aligner deux pensées cohérentes, seules ses émotions primaires avaient le contrôle de son corps affaibli. Oui, elle voulait revoir Phil. Savoir qu’il allait bien. Aussi, elle se laissa traîner par Electra, qui finit à détacher les liens à ses pieds à l’aide de l’Immatériel. Elles traversèrent ensemble un couloir lugubre, qui déboucha sur la mezzanine grillagée d’un énorme hall d’entrepôt. L’endroit froid et humide renfermait des containers, d’immenses caisses, des piles de palettes et de barres en métal. À l’odeur salée, Kate devinait qu’ils étaient sûrement à proximité d’un port. Et la faible lumière qui traversait les vitres glacées en plastique que seuls des réverbères éclairaient le dehors. La nuit venait de tomber.
Le bruit métallique de leur descente dans l’escalier grillagé résonna dans tout le bâtiment, dans lequel un paquebot aurait pu être amarré. Le stockage rendait l’endroit labyrinthique. Il n’existait aucune indication .

— Papa !

Kate tira un peu plus sur ses liens en apercevant son père, affaissé contre un container rouillé. Phil maugréait, à demi-chemin de la conscience, les yeux vides, roulant dans leurs orbites.

— Vous… vous l’avez drogué ! constata Kate, tandis qu’Electra l’amena un peu plus loin. Qu’est-ce que vous lui avez fait ?! Pourquoi ?
— Tais-toi !

La Sorcière Bleue l’obligea à tomber à genoux sur le sol en béton poussiéreux. C’est alors que Kate aperçut le manche d’une baguette magique dépasser d’un pan de la cape d’Electra. Cette dernière remarqua cet intérêt.

— Hm, ça ?

Elle tira lentement la baguette en bois blanche de Kate et la lui présenta, la manipulant avec soin du bout des doigts.

— Je te l’ai confisquée. Mais elle ne te sera d’aucune utilité ce soir…

À ces mots, elle attrapa les deux extrémités de la baguette en lierre et la brisa d’un coup sec, à l’image du cœur de Kate, qui se fendit dans sa poitrine en voyant l’une de ses premières possessions sorcières ainsi détruite sous ses yeux. Electra sema ses morceaux devant elle pour sublimer cette terrible image de cette enfance à jamais rayée.

— Tu ne comprends toujours pas, n’est-ce pas ?

Electra semblait s’amuser de ce petit jeu, observant Kate souffrir comme un ver de terre se tortillant dans le feu dans lequel on aurait jeté.

— Vous êtes tarée, vous êtes tarée, répétait la jeune fille.
— Je ne tiens pas forcément à ce que tu meures. Je veux juste éviter que ton pouvoir ne se propage. Comme la gangrène. Tu comprends ?

Elle tira la moue, expression qui trancha avec la cruauté de la situation.

— Oui… je pense que tu comprendras. Tu es plus brillante qu’on ne pourrait le penser, Kate Whisper. Seul un idiot ne prendrait pas ça en considération .

Commençant à la voir s’éloigner, Kate hésita à se relever pour se ruer sur elle, mais son père empoisonné accaparait son attention.

— Bonne nuit, Kate, lui souhaita Electra avec un large sourire. Et quand je reviendrai, à l’aube, je veux ne voir qu’un seul de vous deux.

Son cœur manqua un battement dans sa poitrine. Enfin, elle comprenait toute cette mise en scène, tandis qu’Electra quittait les lieux. Un seul s’en sortirait vivant cette nuit-là. Kate ou son père. Dans les deux cas, Electra s’en sortait victorieuse. Car soit Kate mourait sous les crocs du loup-garou, soit elle tuait son père pour survivre à l’aide de l’Immatériel, rompant là son âme et lui permettant de se séparer de ce don à jamais, lui évitant ainsi l’accomplissement de la prophétie de l’éclipse.
Quelques minutes plus tard, le sortilège qui astreignait ses mains s’évanouit. Kate remua ses doigts, à la fois rassurée et terrifiée de pouvoir réemployer l’Immatériel. Elle fit jouer son index, au bout duquel jaillit un petit filet d’argent. Ce dernier coula sur ses poignets et entama la corde, fibre par fibre. Jamais elle n’aurait été capable d’une telle précision quelques mois en arrière, se dit-elle, entre deux pensées paniquées. Le rituel de Sigrid l’avait bien aidée en ce sens.
Quand elle se fut complètement détachée, Kate se frotta ses poignets rougis et endoloris et se précipita vers Phil.

— Papa !

Elle retint sa tête, qui roulait sur son cou, mais Phil n’était pas en capacité de lui répondre, ni même de l’entendre.

— Je vais nous sortir de là !

Attrapant le bras inerte de son père pour le passer derrière ses épaules, Kate tenta de le soulever. Hélas, son poids bien plus conséquent que le sien l’empêcha de le mettre sur pieds ni même de le traîner.

— La vache, maigris un peu la prochaine fois ! souffla-t-elle en le laissant retomber par terre, étalé de tout son long.

Elle l’observa ainsi gisant sur le sol en béton sale et poussa un soupir tremblant de panique latente. S’éloigner augmentait le risque de se perdre dans les entrailles de l’entrepôt. Et mieux valait-il ne pas laisser son père seul. Déchirée par ce dilemme, Kate décida malgré tout de chercher une possible sortie de secours. Elle marqua son chemin avec l’Immatériel, brillant sur les surfaces qu’elle avait effleurées pour pouvoir facilement revenir en arrière. Mais l’endroit était immense. Chacun de ses pas résonnait dans la structure froide et métallique, abîmée par endroits par le sel qui imprégnait l’air. Les murs étaient constitués d’énormes parois en acier et Kate ignorait si l’Immatériel pouvait en avoir raison. Elle était déjà parvenue à bout de pierres, mais le métal était une tout autre histoire…
Elle trouva une porte à grosse poignée, mais certainement maintenue fermée de l’extérieur, peut-être à l’aide de chaînes. Rien à faire, ils étaient bloqués. Et Electra avait pris soin de choisir le lieu. Elle qui maîtrisait l’Immatériel, elle connaissait sans aucun doute les mêmes faiblesses que Kate. Et sans magie, sans baguette, la jeune fille doutait pouvoir en sortir. À moins que son père ne revienne à la raison entretemps.
Quand elle revint vers lui, elle le ramassa. Phil geignait tandis qu’elle le ramena et déposa son dos contre la paroi d’un container. Peu à peu, Kate comprit qu’il tentait d’articuler des mots.

— Papa ?

Elle s’approcha de lui et tendit l’oreille pour mieux entendre. Alors, dans un effort qui lui sembla surhumain, Phil lâcha dans un souffle :

— Fuis…

Kate eut un mouvement de recul, le cœur battant, mais le regard de son père, encore teinté par le poison, l’en implorait, tandis que ses lèvres remuaient pour répéter le même mot.

— Je ne te laisserai pas, papa… !
— Cache… toi !

Tout à coup, Phil fut victime d’un spasme violent, qui en fit hoqueter Kate de surprise. Elle aperçut ses muscles se crisper dans les ombres de sa gorge.

— Fuis, Kate ! parvint-il seulement à crier entre ses dents tandis que la douleur prenait petit à petit le dessus sur la drogue.

Une petite voix à l’intérieur de Kate lui répétait les mots de son père. Sa vie en dépendait. Mais ses premiers pas en arrière se firent hésitants : elle ne voulait pas l’abandonner.

— Papa… ! bredouilla-t-elle, blême.
— FUIS !

La voix grondante de Phil eut raison des derniers atermoiements de sa fille, qui prit ses jambes à son cou. Sa course entre les containers n’empêchait pas ses oreilles d’entendre les coups sourds sur les parois, les râles de souffrance inhérente à la transformation. Elle ne savait pas où aller, où se cacher. Guidée par son instinct et sa peur, Kate traça un chemin au hasard. Elle se retrouva un moment dans une impasse mais parvint à escalader une grosse pile de caisses. Tracer de la distance. C’était sa priorité. Mais ses cours ne cessaient de lui revenir impitoyablement en mémoire. Elle savait que les loups-garous possédaient un flair exceptionnel pour la chair humaine…
Et celui-ci avait beau être son père, cela ne tarirait pas sa soif de sang.
Par chance, elle retrouva l’escalier grillagé par lequel elle était descendue avec Electra. Et grimpa les marches deux à deux, dans une cadence vertigineuse. En prenant ainsi de la hauteur, elle pouvait contrôler sa vision de l’endroit. Mais aussi se faire remarquer… C’est alors qu’elle aperçut cette ombre, grandie par la réverbération d’un spot. Terrifiante. Monstrueuse.
Affolée, elle redoubla sa vitesse de course, mais le bruit de cette dernière attira l’attention de la créature, dont le hurlement soudain lui glaça le sang. La chasse était ouverte. Le cauchemar était devenu réel. Poursuivie par son propre père qui désirait la tuer.
Kate se servit de l’Immatériel pour faire tomber des caisses, des palettes et des sacs de sable derrière son passage. Elle manqua de se prendre les pieds dans un petit escabeau quand elle tenta de sauter par-dessus. La porte qui menait aux pièces intérieures était verrouillée. Et ses premières tentatives n’apportant aucun résultat, Kate ne chercha pas à insister, consciente que le temps lui était compté.
Elle poursuivit sur le haut chemin de métal qui bordait les murs de l’entrepôt. Jusqu’à ce qu’elle se rende compte que ce dernier se terminait brutalement par le vide, sur un crochet auquel étaient suspendus des chaînes de portage et des filets. Elle songea un moment revenir en arrière, mais les bruits laissaient entendre que quelque chose grimpait à son tour l’escalier grillagé. Et cela la terrifia tant qu’elle effectua un pas en arrière. Un pas qui lui coûta cher.
Déséquilibré par ce talon qui ne reposait plus au sol, le corps de Kate bascula en arrière. Elle ravala brusquement son cri quand elle fut réceptionnée sans douceur par les filets, qui commencèrent à tourner sur eux-mêmes.
Plus loin, les caisses furent détruites sans ménagement, écartées du chemin.
Kate parvint à se dépêtrer à l’aide de ses pouvoirs, pour couper des portions de cordes. Après être retombée sur le sol en béton, se réceptionnant sur l’épaule, elle se remit sur pieds et se remit à courir. Mais le bras sur lequel elle avait amorti sa chute la lança de plus en plus et ne répondait plus à ses commandes pour rythmer sa course. Elle se l’était sûrement démise.
La douleur la ralentit de plus en plus, envoyant des messages contradictoires à son cerveau en panique. Les émotions se mélangeaient à l’instinct et la raison ne parvenait plus à reprendre le contrôle sur cette confusion.
Elle poursuivit malgré tout sa trotte, sans relâche. Sans croire un instant qu’elle pourrait continuer ainsi toute la nuit durant. La douleur aiguë que lui renvoyait son épaule blessée faisait naître des étoiles dans sa vision, déjà floutée par le prisme de la terreur.
Quand, au bout d’une grande galerie entre les containers, elle se rendit compte qu’elle s’était encore engagée dans une impasse. Kate estima la hauteur du plus petit d’entre eux, mais son bras impotent l’empêchait de l’escalader. Peut-être pouvait-elle l’ouvrir l’un d’eux et s’y réfugier. Mais tous semblaient fermés… Et l’Immatériel n’y pouvait rien. Vaincue une nouvelle fois par le métal, Kate commença à effectuer marche arrière quand elle se retrouva de nouveau face à elle. Cette ombre.
C’était la fin.
Son dos percuta la paroi d’un container mais Kate ne put reculer davantage. Son visage avait perdu toute teinte. Mais ses yeux écarquillés restaient rivés sur cette créature qui venait d’apparaître à l’autre bout du boyau. Ce loup dont la taille semblait démesurée, le poil hérissé sur ses épines dorsales. Ces crocs pointus révélés, retenant un grondement d’impatience. Ces yeux brillant de rage.

— Papa… ! Papa ! Ne fais pas ça !

Mais les mots de sa fille n’attinrent pas sa conscience refoulée à l’intérieur de ce corps transformé.

— Arrête !

Kate refusait d’user de l’Immatériel pour se défendre. Car le blesser par inadvertance était un risque trop grand. Elle ne voulait pas atteindre son propre père…

— Je t’en supplie ! Reviens à la raison !

Le grand loup s’approchait à pas lents, les oreilles en arrière, prêt à attaquer.

— NON !

Elle allait mourir. Il n’y avait pas d’autre alternative.

— PAPA !

Une étoile de cruauté sanguinaire scintilla dans les prunelles du loup, qui se rua vers elle la gueule ouverte, les pattes ouvertes, toutes griffes dégainées. Il se jeta sur elle d’un bond.
Et Kate vit défiler sa vie sous ses yeux.
Après tout, elle mourrait dans les bras de son père. Cet être qu’elle avait tant aimé. Elle n’avait pas eu le temps de se réconcilier avec sa mère. Et Terry, et Maggie, elle ne pouvait pas se résoudre à les quitter, à les abandonner. Après tout ce chemin parcouru, tous ces chemins menés. Elle n’avait pas eu le temps d’avouer à Emeric qu’il l’avait rendue heureuse, plus vraie qu’elle ne l’avait jamais été.
Quand, dans un ressort soudain, le seul bras valide de Kate partit dans une détente, tendue vers la gueule de ce loup, prête à la dévorer.

— NON !

Et il y eut un grand flash.


*** *** ***

Les gens ont tendance à croire qu’on ne naît qu’une fois, et puis qu’on meurt. Et c’est la fin.
Conneries.
À mon sens, on naît plein de fois. On a plein de formes différentes. Mais on n’est sûrement jamais le même à dix ans d’intervalle. Il y a toujours un morceau de nous qui meurt pour en laisser renaître un autre.
Et mine de rien, se dire ça, ça nous donne moins peur de ce qui nous attend au bout. Après tout. Peut-être qu’il y a encore une autre naissance derrière ?
On commence tous pareil. On naît fils ou fille de. On ne ressemble à rien, si ce n’est à un truc glabre qui passe son temps à excréter toute sorte de fluides. Pour notre propre santé mentale, heureusement qu’on n’a aucun souvenir de cette période la honte. Parce que si à chaque fois que je devais regarder ma mère me revenait l’image d’elle me torchant, autant dire que j’aurai peut-être pris mon indépendance encore plus tôt.
En tant que fils, j’ai bien rempli mon rôle. En tant que frère aussi. J’étais chiant. À souhait. S’il y a un cri qui me reste en mémoire, c’est bien celui de Charity, après que je lui ai détruit, piqué un jeu ou que je l’ai contrariée. La pauvre.

« Maman ! »

Oui, ce cri.
Sale balance.

« Phil a encore piqué mes figurines des Tornades ! »
« Philippus ! Rends tout de suite les figurines à ta sœur ! »
« Mais c’est pas moi ! C’est elles qui veulent jouer avec moi ! »
« Phil ! »
« Oups ! Les Tornades ont décidé de s’envoler, ils avaient un match urgent ! »
« MAMAN ! Phil a jeté mes figurines par la fenêtre ! »

Il y avait que mon père pour rire de mes conneries répétitives. Normal quand on pense qu’il avait été le même. Et ça, ma mère ne cessait de me le dire.

« Vraiment comme son père, ce gamin. »

Et elle annonçait ça d’un ton désespéré. Je voyais pas ce qu’il y avait de mal. Mon père était un type cool. Pas souvent là, mais quand il était à la maison, tout de suite, l’ambiance changeait. C’était pas tout le temps les réprimandes, quoi. Au contraire, ça devenait franchement de la déconnade dans ses bons jours. Il n’avait absolument pas le sens de la demi-mesure.
Il avait un don pour détourner toutes les formules intelligentes et son savoir-faire. C’était un ancien Serdaigle, mais tu m’étonnes que le Choixpeau ait hésité à l’envoyer à Serpentard ! On avait ensorcelé ensemble des bonhommes de neige qui avait terrorisé les mioches moldus de cette horrible voisine. Tiens, on avait aussi fourré des beuglantes dans sa boîte aux lettres. Si la voisine n’est pas internée à l’heure qu’il est, c’est que j’ai bien sous-estimé sa force mentale !
Quand j’y pense, mon père avait bien dû faire souffrir ses parents et ses frangins quand il avait été gosse aussi !
Mais ce temps, ça durait jamais. Le travail, le travail. Putain, mais quelle merde, « le travail ». Si on le voyait le week-end, c’était la fête. Et là, il se lâchait niveau conneries, comme s’il avait retrouvé son foyer, le seul endroit qui lui permettait de faire ça. À force, j’ai commencé à croire que ma mère le mettait à la porte, parce que s’il faisait l’imbécile chaque fois qu’il revenait, ça donnait pas forcément envie qu’il revienne !
Ma mère, cette patience incarnée. La seule femme capable de supporter et de gérer à la fois le père et le fils. Il lui en fallait, une certaine dose d’autorité. Charity ne cessait de l’imiter. Mais ça n’avait pas le même effet. Ah non. Charity, c’était la bonté. Certainement pas de quoi donner des ordres et se faire respecter. Bon. J’avoue, j’en ai peut-être profité pour la piétiner tous les jours, sa bonté. Sous prétexte qu’un petit frère pouvait tout se permettre envers sa sœur aînée.
Tu m’étonnes qu’elle se soit sentie libérée quand elle est partie à Poudlard, pauvre gamine ! Bon, du coup, c’était plus chiant à la maison. J’avais que maman à emmerder et c’était pas toujours une partie de plaisir. Ça a été long, ces quatre années. J’ai senti qu’elle était en train de mourir doucement, mais sûrement, cette enfance. Ce temps de l’innocence.

Ma deuxième naissance, c’était sous le Choixpeau. Car je suis né Serpentard. Papa allait être fier de moi. Charity l’était beaucoup moins, elle qui était à Poufsouffle. Mais il était hors de question que je rejoigne une autre maison, et sûrement pas ces branlos de Gryffondor qui se la pétaient à longueur de journée.
J’ai retrouvé mon rôle de petit frère. Sauf que bah... C’était l’école, ma grande sœur. Ce n’était plus Charity qui criait pour appeler maman, c’était plus les préfets qui me hurlaient dessus quand ils me coursaient. Ah, oui.
« Philippus Whisper ! »
Ça aussi, ça me revient bien en mémoire, comme phrase. À force de l’avoir entendue. Je ne sais pas s’ils établissent des records dans l’établissement, mais je suis certainement celui qui avait le meilleur potentiel de perte de points pour sa maison. Pour peu que les négatifs aient été possibles, Serpentard serait facilement descendu à -200 points.
Mais même si je faisais le con dès que l’occasion se présentait, je m’étais mis la plupart des professeurs dans la poche. Je restais malgré tout un bon élève. La magie m’intéressait. Et les nenettes aussi. Ah ça, j’étais pas en reste !
Les choses ont commencé à se compliquer vers ma quatrième année. Dans la salle commune des Serpentard, tout le monde n’avait qu’un nom à la bouche : celui du Seigneur des Ténèbres. Seigneur mon cul, oui.
Cette indifférence, cette non-prise de partie a commencé à me coûter cher. Surtout quand certains partisans de cette enflure se sont rendus compte que j’étais l’un des seuls Serpentard à suivre l’option d’Études des Moldus. En réalité, c’était davantage pour passer du temps avec ma sœur, qui était devenue enseignante dans la matière. Ah, elle n’allait pas se débarrasser de moi de sitôt ! Mais cela a été très mal perçu…

Les choses ont commencé à dégénérer, à Poudlard. Les Nés-Moldus étaient quotidiennement harcelés dans le dos des profs. Ces incompétents, je vous jure. Il faut faire le boulot à leur place ! Bon, j’avoue. J’avais ma manière à moi de faire le boulot ! Et si ça attirait l’attention sur moi, au moins, ça laissait les autres tranquilles. Une fois, je me souviens avoir ensorcelé le calebar d’un gars qui emmerdait une petite Serdaigle, avec un sortilège de chaleur incandescente. Ce couillon n’a pas eu le choix de l’enlever en plein couloir, en sautillant et en hurlant de douleur pour éviter d’être cramé au deuxième degré ! Il a été d’accusé d’exhibition publique pour cet incident.


Chaque jour passait, plus je frôlais le danger. Petit à petit, je devenais l’ennemi public numéro 1 de ma maison. Il devenait même compliqué de rentrer à la salle commune, car je sentais qu’un jour, un groupe m’y attendrait et qu’à mon avis, il ne me réserverait pas qu’une session de câlins.
Charity avait accepté de me faire une petite place dans ses nouveaux appartements de professeur, mais je savais que ce n’était qu’une solution temporaire. Parce que quand même. La honte, quoi. J’approchais de mes quinze ans et je me faisais défendre par ma grande sœur. Au fond, je souhaitais seulement qu’ils ne se vengent pas sur elle en représailles. Mais je n’avais pas d’autre solution.
Jusqu’au jour où je fus abordé par un gars de ma classe. Même de mon dortoir, à vrai dire. On n’avait jamais vraiment eu l’occasion de parler. J’étais pas à Poudlard pour me faire des amis, de toute façon. Ce gars, il s’appelait Merrick. Merrick MacNair. Au début, j’ai cru qu’il était venu dans l’espoir de me péter la gueule au nom de sa lignée de consanguins. Même si entre nous, il n’en avait pas vraiment la carrure. De pouvoir me refaire le portrait. S’il avait été capable de tuer une mouche, ça aurait déjà été un exploit.
Mais la chose à laquelle je ne m’attendais pas, c’est qu’il me fit découvrir l’existence de la Salle sur Demande. Mais quelle tuerie, cette invention ! De quoi me cacher pour éviter les représailles. Merrick m’avoua alors qu’il était de mon côté, mais qu’il n’avait pas la force d’affirmer ses principes et qu’il se contentait d’agir dans l’ombre. C’était un brave gars.

Ce n’est qu’en octobre 1981 que le Seigneur de mes fesses est mort et qu’alors, j’ai pu revivre. J’ai pu renaître. Le Phil solitaire, convaincu que seules ses bêtises pouvaient le divertir, avait été enterré avec les ruines de la guerre.
Je me suis lié d’amitié avec Merrick, finalement bien heureux de se détacher de ce crétin de Thorfin Rowle. Merrick n’était pas forcément un gars loquace, mais on se comprenait tout de suite. On s’accordait bien. On a décidé de tenter notre chance tous les deux dans l’équipe de Quidditch, comme batteurs. Et honnêtement, on était le meilleur duo de batteurs que l’école ait connu ! Ensemble, on devenait invincible, avec Merrick. Oui. Rapidement, on est devenus inséparables. C’était Whisper et MacNair, ils allaient forcément de pair.
J’ai aussi profité de cette nouvelle vie pour découvrir les bonheurs féminins. C’était peut-être la seule chose sur laquelle Merrick ne s’accordait pas. J’ai bien essayé de le caser avec l’une des jumelles Spencer, mais ça n’a pas tenu longtemps cette histoire. Au début, ça ne m’a pas plus questionné que ça, peut-être qu’il n’était juste pas penché sur la chose. Mais petit à petit, cette interrogation s’est insinuée dans mon esprit. Je ne lui en ai jamais parlé. Je ne voulais pas provoquer de scission. Après tout, ça ne changeait rien pour moi. Je voulais le garder à mes côtés, coûte que coûte.

J’ai quitté Poudlard. Avec trop d’Optimaux en poche. Bienvenue la vie d’adulte. La poisse. L’appartement – un bien grand mot pour une pièce unique et minuscule – miteux au loyer dérisoire sur le Chemin de Traverse. Mes débuts calamiteux dans la cuisine. Même la magie n’y pouvait rien. Quand on est mioche, on se dit que c’est la classe de devenir grand. Tu parles. Je comprenais mieux pourquoi Charity était restée à Poudlard.
Cette dernière venait de se marier avec un Moldu, Peter. Un chic type, qui m’a fait découvrir tellement de trucs sur son monde. Comme quoi, ils ont quand même de bonnes inventions. Et la sorcière de l’appartement en-dessous du mien qui a appelé les Aurors, convaincu que le rock qui se jouait chez moi était un rituel de magie noire. Sale mégère.
J’ai connu alors la pire expérience de ma vie : la routine. Chaque matin, très tôt, avant que l’aube ne se lève, j’allais au département des Nettoyeurs pour trier les missions, en évaluer leur dangerosité et les distribuer aux gradés sur le terrain. Je passais chaque soir par le Chaudron Baveur, pour boire une Biéraubeurre, parfois avec Merrick quand il le pouvait. On se croisait de plus en plus rarement maintenant qu’il bossait des heures pas possibles à Gringotts. Et puis, sur le chemin du retour, j’en profitais pour tenter de flirter avec l’une de ces petites fonctionnaires du Ministère qui rentraient chez elle. J’enchaînais les conquêtes, les aventures sans lendemain, environ une fois par semaine, sans avoir l’intention de me caser. La vie de Charity, c’était très peu pour moi.
Paradoxalement, je voulais profiter de ma jeunesse. Mais au fond, qu’est-ce que je me faisais chier.

Par chance, j’ai obtenu une promotion un an après mon embauche : j’avais clairement plus la carrure du terrain que de l’administratif ! La retraite d’un grade 2 était l’occasion rêvée. Les choses sont devenues un peu plus intéressantes. J’ai été affecté dans le comté du Devon. Par dépit, j’avais gardé l’appartement de Londres et transplanait à longueur de journées pour assurer mes missions. Je devais gérer des épouvantards, des serpencendres, des billywigs ou autres créatures qui importunaient les moldus. Je devais me fondre parmi eux et j’adorais ça. Je me sentais comme un agent secret. Mes supérieurs ont vite remarqué que je m’appliquais bien à l’exercice. Il fallait dire que Charity et Peter m’y aidaient !
Jusqu’au jour où je suis intervenu pour un botruc sur l’université d’Exeter. Sûrement un stupide Moldu qui avait gravé des conneries dans un arbre. Et c’est là que j’ai rencontré Grace. Quand j’ai croisé son regard, la première chose à laquelle j’ai pensé, c’est qu’elle n’était sûrement pas la stupide Moldue dont je m’étais fait l’idée avant d’arriver. Elle était vraiment mignonne. Elle l’aurait été d’autant plus sans ses cheveux à moitié arrachés par le botruc. Mais je devais rester professionnel jusqu’au bout. Enfin, non. Pas tout à fait. J’ai fait une entorse au règlement en oubliant malencontreusement d’appeler les Oubliators. Quel dommage ! Si au moins quelqu’un pouvait se souvenir de tout ce que je faisais pour eux, autant que ce soit une fille gentille.
Mais je ne me serais certainement pas attendu à ce que qu’elle me rappelle en provoquant le botruc ! Cette fille avait du cran ! Ça a commencé à me plaire. Puis nous avons sympathisé, nous avons échangé à propos de nos mondes respectifs. Elle m’a appris à jouer de la guitare, tandis que je lui en disais chaque fois plus sur l’univers des sorciers. Peu à peu, j’ai commencé à éprouver un sentiment qui m’était jusqu’à là étranger. Elle était devenue à la fois une amie chère, mais elle m’attirait dans un même temps. Peut-être était-ce cela, le fameux amour auquel je n’avais jamais cru .

Mais si je désirais laisser naître l’amoureux, je ne voulais pas faire mourir le meilleur ami. Je redoutais l’annonce que j’allais faire à Merrick. Car ils venaient de deux mondes opposés. Car Merrick le prendrait mal, je le sentais. Et ça n’a pas loupé. Je l’avais invité chez moi et on en a discuté autour de quelques Biéraubeurres. Quand il a compris que ce qui se passait avec Grace commençait à devenir sérieux, je l’ai senti plus fébrile. Sur le point d’exploser. Ce qu’il a fini par faire. Je ne l’avais jamais vu comme ça. J’ai tenté de le calmer, mais rien n’y faisait.
Alors, il a fini par la lâcher. Cette fameuse prémonition.
Ah putain, qu’est-ce que je me suis senti mal. Je ne voulais pas en arriver là. J’aurais voulu que ça reste secret, pouvoir continuer de m’en cacher. Je n’allais certainement pas le rejeter, mais je savais désormais que notre relation ne serait plus la même. Car j’étais certain de mes choix : je voulais épouser Grace.

Oh, ça non plus ça n’a pas été simple. En rencontrant ses parents, je me suis sincèrement demandé comment elle en est venue à naître au monde telle qu’elle était. À moins qu’il n’y ait un caractère latent qui se manifesterait plus tard. Et si c’était vraiment le cas, c’était un pari fichtrement risqué !
Mais j’étais prêt à tout. Plus je passais du temps avec Grace, plus j’avais la certitude que c’était elle, la femme de ma vie. Je ne voulais pas la laisser s’échapper, je ne voulais pas la décevoir. Car elle méritait quelqu’un de bien. Quelqu’un que je voulais devenir.

Quand Grace m’a annoncé qu’elle était enceinte, j’ai pas tout de suite tilté. D’un côté, on venait de se prendre une méga raclée au Quidditch, j’étais dans tous mes états. Bon, ça m’a quand même travaillé, cette histoire ! Mais je pense que je n’en ai pris vraiment conscience que quelques mois plus tard.
Car le jour où Kate est venue au monde, ce n’était pas seulement sa naissance. Mais aussi celle du père que j’étais devenu. La plus belle naissance de toute ma vie. J’avais trouvé mon rôle. Mon métier. Ma vocation. Ce truc glabre qui passe son temps à excréter toute sorte de fluides. Je l’aimais de tout mon être, comme si je n’avais existé que pour elle.
Je l’ai vue grandir, je l’ai vue apprendre, je l’ai vue évoluer, je l’ai vue m’aimer. Il n’y avait pas un jour où je refusais de la voir. Je regrettais parfois ces missions urgentes qui m’empêchaient de passer certaines journées ou soirs avec elle. Car je ne voulais pas devenir comme mon père. Je mettais un point d’honneur à être présent à ses côtés. Et quelle était ma récompense quand je rentrais à Rose Hill et qu’elle se précipitait sur moi, la joie sur son visage, étreignant mes jambes. J’étais son héros.
Kate n’était pas une moitié de moi, une moitié de Grace. Mais le fruit de notre amour qui se forgeait sa propre personnalité . Je ne voulais pas la faire à mon image, à celle de Grace. Dès le début, je voulais qu’elle suive sa voie, cette petite. Et qu’elle soit heureuse, quels que soient ses choix.
Kate a su me faire évoluer plus que n’importe qui. Je me suis trouvé.

Dès son plus jeune âge, j’ai su qu’elle était une sorcière, comme moi. Mais pas n’importe quelle sorcière. Je n’osais pas trop en parler à Grace de peur qu’elle s’en affole. Mais les premières manifestations de la magie avec Kate me semblaient anormales. Trop puissantes, peut-être. Elle arrivait à faire apparaître cette magie visible, blanche, qui prenait forme. J’en ai averti le directeur de Poudlard, le professeur Dumbledore. Je sentais que ce vieux gâteux en savait plus qu’il n’en disait, mais il n’a pas voulu partager cela avec nous. Peut-être avait-il des doutes. Peut-être avait-il peur. Et accessoirement, peut-être avait-il d’autres choses à penser avec Harry Potter dans son école aussi !

Mais en dehors de cette petite bulle de bonheur, il y avait toute cette merde autour. Une nouvelle guerre qui grondait. Le silence de Merrick. La fausse couche de Grace. Et je ne faisais rien. Quelque part, je regrette mes propres inactions. J’aurais dû mettre ma famille à l’abri plus tôt. J’aurais dû repêcher ce couillon de Merrick qui s’était mis dans un pétrin pas possible avec les Mangemorts. J’aurais dû rassurer Grace sur cette épreuve, qu’elle a considérée comme un échec vis-à-vis de moi, alors que ce n’était pas de sa faute. Je restais focalisé sur ce qui allait bien. Et c’était vraiment mon erreur.

Après le père est né le guerrier. Par nécessité. Une naissance prématurée, douloureuse. Quand Merrick a commencé à s’en prendre à mon foyer, à ma famille. J’avais insisté un jour pour accompagner Charity qui voulait publier un article à risque. Chez les Whisper, on vit pas dans la demi-mesure. Et en début de guerre, elle avait tenu à prouver que sorciers et moldus pouvaient tout à fait vivre ensemble, et s’aimer pour fonder une famille, sans qu’il n’y ait de tare. Et je la soutenais. Nous étions tous les deux des exemples. Et je refusais que Kate grandisse dans un monde qui la rejetterait du fait que sa mère ne soit pas une sorcière.
Mais Merrick a profité de cette absence pour tenter de kidnapper Kate et Eliot chez les Burbage. J’avais, ce jour-là, un sale instinct. Qui m’a poussé à rentrer plus tôt, plus vite. J’ai réussi à sauver Kate in extremis. Mais je ne reconnaissais plus Merrick. Qui était ce crevard qui me faisait face ? Qui ne jurait que par la vengeance ? Comment. Comment en était-il arrivé là ? Tout ça parce qu’il m’avait aimé mais que je ne pouvais pas en retour ? Comment pouvait-il s’en prendre à Kate ? Cette filleule qu’il avait tant choyée quand elle avait été bébé.
J’ai compris que le danger était trop important, mais j’ai réagi trop tard. Ils ont mis le feu à notre maison, ce foyer dans lequel nous avions élevé Kate dans l’amour. Cette image. Déchirante. Elle me brise encore le cœur. Tout ce que nous avions construit ensemble. Consumés. Par chance, Kate et Grace n’était pas dans la maison.


J’ai tenté coûte que coûte de contacter Papa et Maman, partis dans leur mystérieux tour du monde. Silence radio. Étaient-ils insensibles à la situation de leurs enfants ? Nous avions besoin d’aide. Mais ils nous ont abandonnés. Peut-être étions-nous déjà morts depuis longtemps à leurs yeux maintenant que nous étions des adultes. Non. Je ne voulais jamais devenir comme eux. Jamais. J’aurais préféré crever.
Charity a payé le prix fort de son impertinence. Quand j’ai appris que Peter avait été assassiné, qu’Eliot avait été torturé et que ma sœur avait disparu , je suis resté enfermé dans une pièce de ce débris de maison à Graveson. Pour réfléchir, pour pleurer, pour ne pas montrer mes faiblesses à Kate. Je devais lui montrer l’exemple. Ce n’était pas le moment de la laisser penser que son père était faible. Elle devait garder espoir. J’étais son héros.
Je n’ai pas eu le choix. J’ai détesté faire cela. Mais je devais les protéger. Grace m’a tout fait compris. Elle me faisait confiance. Son cœur se brisait chaque fois un peu plus quand je refermais la porte de cette cave dans laquelle étaient enfermées ma fille et ma femme. Quel père de famille pouvait accepter de leur faire subir ça.
Chaque pied dehors était un risque. Mais je ne pouvais pas rester les bras croisés. Charity était peut-être encore vivante. Et je devais la retrouver. Coûte que coûte. Je ne pouvais pas abandonner ma grande sœur comme mes parents l’avaient fait. Et pour ça, je devais braver le danger de très près. J’ai traqué des Mangemorts. J’en ai piégé certains, les ai contraints à parler. Et même si je mettais un point d’honneur à ne jamais me servir des sortilèges impardonnables, je n’ai pas hésité un instant à en torturer certains. Jusqu’à ce que d’eux-mêmes, ils me disent ce qu’il s’était vraiment passé. Ma sœur, dévorée par le serpent de cet enfoiré de mage noir de mes deux, qui l’avait tuée sous les yeux de ses partisans. Ça m’a rendu malade. J’aurais pu tuer celui qui m’avait annoncé ça. Mais je me sentais si mal. Je n’avais pas su protéger ma sœur jusqu’au bout. Elle n’était plus rien désormais. Je ne pouvais même pas lui offrir des funérailles décentes. Elle était vouée à l’oubli, elle était morte sans dignité, sous le regard de ces monstres. Peut-être sous celui de Merrick.
J’en ai vomi, tout mon corps, toute mon âme. J’avais failli. Et il était hors de question que cela se reproduise…

Pourtant, ils ont retrouvé la maison. J’ai commencé à croire que la magie avait créé un lien entre moi et elles, car je l’ai senti. Merrick était là, avec Thorfin et un autre. Je n’ai pas hésité à attaquer. Il était hors de question qu’ils touchent à un seul cheveux de Kate ou de Grace. Mais Merrick a profité que je mette Thorfin hors d’état de nuire pour descendre à la cave. Il a explosé la porte. Et dans la confusion, il a attrapé Grace. J’ai hurlé à Kate de se tenir dans un coin et de ne pas bouger. Mais je ne pouvais pas l’attaquer. Sa baguette était enfoncée dans la gorge de ma femme. Cette image terrible restera à jamais gravée dans ma tête. Celle de Grace, terrorisée, entre les bras d’un Merrick presque extatique et prête à la tuer. Certainement là le plus cher de ses rêves.

« Ça te fait quoi, Phil ? De voir que tout le bonheur de ta vie ne tient qu’à un fil ?! »
« Elles ne t’ont rien fait ! »
« Elles ? Elles ne m’ont rien fait ?! Elles t’ont enlevé à moi ! »
« Tu es fou, Merrick ! Arrête ! Baisse ta baguette ! On peut en parler ! »
« Je ne veux plus parler ! Je veux te faire comprendre ce que tu m’as fait vivre ! »

Non. Il ne pouvait pas l’exécuter aussi froidement. Il ne pouvait pas la tuer… Il était fou. Par ma faute. J’avais rendu Merrick fou et Grace allait le payer de sa vie.

« Avada Kedavra ! »

Pourtant, le flash prit une toute autre direction. Je crus un instant qu’il m’était destiné. Mais il y eut ce cri strident. Le dernier cri de douleur de Kate.
Ma Kate.
Je l’ai vue tomber.
Raide morte.
Tout à coup, toute ma vie s’est arrêtée, sur les hurlements de Grace, tandis que je ne pouvais pas détourner le regard de ma fille qui n’était désormais plus de ce monde. Je n’ai pas senti ma baguette échapper à travers mes doigts. Et mes genoux ont lâché. Tout en moi a lâché.
Merrick m’a crié un ordre. Mais mes oreilles n’entendaient plus rien si ce n’était les rires lointains de Kate dans mes souvenirs. Ma petite fille. Que je n’avais pas pu sauver. Je me suis traîné jusqu’à elle. Je voulais la serrer dans mes bras. Si c’était ainsi que Merrick voulait m’exécuter, autant que je sois avec Kate pour toujours.
Ma Kate.
Putain.
J’ai été con.
J’ai tué ma propre fille avec mes conneries…
Puis, un miracle. Une horreur. J’ai cru un moment que j’étais mort. Que mon esprit me jouait des tours. Quand j’ai vu Kate rouvrir des yeux. Ces yeux blancs, vides. Et puis cette petite main, qui a attrapé mon poignet pour l’écarter. Quand je l’ai vue se lever d’entre mes bras, mon corps a refusé de bouger. Je vivais là la pire terreur de ma vie. Pourtant, j’avais vu des créatures démoniaques, des gens mourir, des Mangemorts torturer des innocents. Mais la résurrection de cette fille m’a fait perdre l’esprit. Non. Ce n’était pas ma fille. Ce n’était pas ma Kate.
Ce n’est pas elle qui a attrapé Merrick, lâchant Grace, et qui l’a plaqué contre le mur. Ce n’est pas elle qui l’a menacé. Qui lui a aspiré sa vie. Comme un détraqueur l’aurait fait… J’étais tellement épouvanté que je n’ai pas pensé une seconde que mon meilleur ami venait de rendre son dernier souffle.
Mon esprit semble avoir raccroché quand Kate s’est de nouveau évanouie dans les bras de Grace. Mon premier réflexe a été de vérifier si elle était vivante, ma main sur sa poitrine.

« Elle respire. »
« Phil… qu’est-ce… qu’est-ce qu’il s’est passé ?! »

Je savais qu’elle regardait le corps de Merrick. Ce que je refusais de faire. J’ai récupéré ma baguette et j’ai décidé de tout faire oublier à Kate. Hors de question qu’elle garde en elle cet horrible souvenir… Qu’elle pense un instant qu’elle était une meurtrière.
Puis, je me suis tourné vers Grace. L’espace d’un instant, j’ai reconnu la Grace que j’ai rencontrée. Oui, j’étais peut-être quelque part, dans cette époque. Avec le même dilemme. Et elle l’avait bien compris.

« Phil. Non… »
« Il le faut. Tu ne peux pas vivre avec ça. »
« Phil, non ! Je t’en supplie ! »
« Grace, écoute-moi ! Écoute-moi ! Tu ne peux pas vivre avec ce souvenir ! Pas celui-là ! C’était juste un cauchemar ! Un terrible cauchemar… »
« Phil, ne fais pas ça… ! »
« Grace ! Je ne peux pas te laisser avec ça ! Avec ce souvenir de Kate ! »
« Et toi ?! Qu’est-ce que tu vas faire ? Continuer de faire avec ! Non, Phil ! Ça, ça… ce qu’il s’est passé ! On le vit tous les deux ! Tu n’as pas à être le seul gardien du secret ! Phil ! Je t’en supplie ! Je t’aime… Écoute-moi ! Ne m’enlève pas ça ! »
« Je suis désolé, mon amour. »
« Phil. Non, Phil ! Ne fais pas ça ! Phil ! »
« Papa… ? »

La voix de Kate. Le père en moi avait ressuscité et avait repris le contrôle. C’est moi qui ai tout oublié, à ce moment-là : je ne pensais qu’à elle, qu’à la serrer dans mes bras pour l’éternité. Mais je l’ai sentie se crisper : elle avait vu le cadavre de Merrick.

« Que… que s’est-il passé ?! »
« Rien, Kate. Rien… C’est fini. »

Je me suis fait une promesse à ce moment-là. Que je prendrai la responsabilité de la mort de Merrick. Tout était de ma faute, depuis le début.


J’ai transporté la dépouille de Merrick dans la nuit la plus noire de l’année. Je me suis éloigné dans les prés déserts, sans une lumière de lune ou d’étoiles. Et quand j’ai déposé son corps à terre, c’est peut-être à ce moment-là que je me suis rendu compte de la réalité. Et que je me suis mis à pleurer sur ce meilleur ami qui était mort bien avant cette nuit-là. Mon poing a frappé contre sa poitrine, au-dessus de laquelle je chialais comme un gosse. Peut-être en espérant réanimer ce cœur, ce Merrick qu’il avait été autrefois et qui avait été assassiné par ces enfoirés de consanguins et leur vaste fumisterie d’idéologies dégénérées.
Je suis resté assis à côté de lui pendant des heures. Et j’ai parlé tout seul comme un demeuré, à me rappeler nos souvenirs en commun. Comme s’il n’était qu’endormi dans l’herbe. Comme si ça n’avait été qu’une énième sortie en douce dans le parc de Poudlard au milieu de la nuit.
J’ai dû me résoudre à l’enterrer avant le lever du soleil, au pied d’un grand chêne. Comme il l’aurait toujours voulu. J’ai longtemps regardé ce tas de terre retourné, les mains dans les poches, jusqu’à ce que l’aube n’éclaire les faits et n’offre qu’une perspective insipide des choses. Merrick était mort. Et son corps était enseveli dans la nature sans tombe, sans rien qui pouvait rappeler qui il était. Putain. Même un chien aurait eu davantage de cérémonie.
J’ai gardé sa baguette. Enfin non. Ce n’était pas la sienne. J’ai reconnu celle de Charity…

La guerre a pris fin deux mois plus tard, avec la défaite du Seigneur de mon cul. Au fond, je redoutais encore les Mangemorts rescapés et leurs dernières représailles. On n’était jamais totalement à l’abri. Mais voir Kate revivre, dans tous les sens du terme, n’avait pas de prix. Quand elle a reçu sa lettre pour Poudlard, c’était un rêve qui devenait réalité pour nous deux. Elle allait devenir une vraie petite sorcière.
Les choses ont repris leur cours, même s’il fallait se réajuster, dans cette bicoque en ruines, du côté de Carlton. On avait fait une bonne affaire et je pouvais reprendre ça d’un coup de baguette. Mais le boulot reprenait aussi, il fallait bien nourrir toutes ces bouches.
Quand j’ai accompagné Kate sur le Chemin de Traverse pour sa première fois, je me suis senti mioche de nouveau. On s’est amusé comme des fous dans les wagons de Gringotts, on a dévoré des glaces, on s’est extasié devant les nouveaux modèles de balais. Bon, certes, elle a réussi à exploser la boutique de ce pauvre Ollivander, mais elle m’aurait déçu si elle ne l’avait pas fait.
Ce soir-là, Kate m’a demandé si je lui en voudrais, si elle était répartie ailleurs qu’à Serpentard. Je n’ai pas osé lui répondre que j’aurais été plus rassuré de la savoir n’importe où sauf dans mon ancienne maison. Avec les suites de la guerre, qui savait ce qui pouvait encore s’y tramer. Après tout ce que j’y avais vécu dans ces moments sombres, ce n’était pas ce que je souhaitais pour elle. À la réflexion, je ne savais pas où Kate allait être répartie. Elle aurait été une excellente Serpentard, car elle pouvait être très rusée. Serdaigle, aussi, peut-être, comme ses grands-parents, car elle apprenait vite et cela l’intéressait. Mais je penchais davantage pour Gryffondor. Car peu d’enfants de son âge avaient vécu ce qu’elle avait enduré. Et il fallait une certaine dose de courage pour ça.
Aussi, quand j’ai appris que Kate avait ouvert une cinquième maison, cela ne m’a que peu étonné… ! Je le répète toujours. Mais les Whisper ne font jamais dans la demi-mesure.

Les années passaient, le bonheur revenait, mais le doute s’accentuait. Plus Kate grandissait, plus cette angoisse en moi faisait de même. Cette vérité à propos de Merrick me torturait. Mais je ne pouvais rien lui dire. Je ne devais pas tuer ce qu’il lui restait de son enfance.
Tout a semblé s’accélérer dans ma vie. Je suis devenu de nouveau père, j’ai eu une belle promotion. Et Kate devenait ado. La pire plaie du monde ! Et que ça râle, et que ça chiale, et que ça se plaint ! La vache, j’espère que j’étais plus vivable à son âge ! Toujours à me faire la gueule pour un oui pour un non. Mais je ne voulais pas lui expliquer la raison de mon épouvantard. Qui la représentait elle. Enfin non. Qui représentait cet être qui avait tué Merrick, mais qui n’était sûrement pas Kate. Je ne pouvais pas lui mentir, ni lui dire la vérité. J’étais pris entre deux feux. Quelle poisse.
J’ai bien essayé de lui expliquer qui était Merrick, elle méritait de le savoir. Mais je ne pouvais pas tout lui avouer.
Pour essayer de me faire pardonner, je lui ai acheté un Fuselune. Ça lui a bien plu. Mais cette gamine, trop tête de mule, refusait de voir la vérité en face. Elle n’était pas faite pour être gardienne . Mais pour être batteuse. Évidemment, l’idée d’avoir un autre point commun avec moi la dérageait. Sale mioche. Enfin. Elle allait s’en rendre compte bien assez tôt.
La nouvelle de la surdité d’Abby a été un coup dur. Et cela m’a fait prendre conscience que si c’était ma fille, elle n’était peut-être pas forcément une sorcière, comme l’était Kate. Je n’avais jamais imaginé cette perspective. Cela ne me faisait pas moins aimer ma fille, loin de là, mais je regrettais déjà l’hypothétique éloignement de nos vies si on n’avait pas ça en commun. Je commençais à comprendre ce que ressentait Grace avec Kate. Elle était sa mère, elle l’aimait de tout son cœur, mais elle ne pouvait pas comprendre sa vie, son monde, et cela créait une distance entre elles.

« Papa ! Y a des gens pour toi à la porte. »

Pourquoi je l’ai pas eu cet instinct, ce jour-là ? Quand j’ai vu les deux Aurors se pointer à ma porte ? Ah putain. C’était donc maintenant. Une fois que j’avais réussi à reconstruire quelque chose, le passé me rattrapait. Tout ça à cause d’un satané chantier. Et le corps de Merrick retrouvé.
Du jour au lendemain, je me suis retrouvé de ma maison, avec la douce odeur de la cuisine de ma femme, à une cellule du département de police magique, toute crasseuse et qui puait le moisi. Le procès allait bientôt avoir lieu, et quelque part, je me félicitais que Grace ne puisse y assister. Elle aurait craqué, elle aurait tout dit. Mais je regrettais. Je n’avais pas pu lui dire une dernière fois que je l’aimais. Qu’elle était la femme de ma vie. Je vivrais le reste de ma vie minable avec ce regret sur le cœur.
Jusqu’au jour où j’ai reçu une visite bien particulière. Je connaissais cet homme, pour l’avoir croisé à une réunion au Ministère un an auparavant. Et accessoirement, je lui avais sauvé la vie quelques mois en arrière. Celui qui s’était mis dans une merde sans nom en sympathisant avec une vampirette…

« Vous êtes le professeur de ma fille ? Celui que j’ai combattu avec la vampire ! »
« Pas en ces lieux, Herr Whisper. Entre ces murs, je suis votre avocat, que vous le vouliez ou non. »
« Avocat ? En plus d’être professeur, calice, vous faites dans le droit maintenant ? Il ne manquerait plus que vous soyez confiseur… ! »
« Vous semblez aussi impertinent que votre fille, au premier abord, Herr Whisper. Gut… Sachez que j’ai été avocat bien avant de devenir professeur. Et que ma carrière m’a propulsé jusqu’au Whinagemot, le conseil européen de la justice magique. Autant traduire cela ainsi : je suis votre meilleure chance dans ce procès. »

J’étais pas dupe non plus.

« Votre démarche me dit que vous ne venez pas pour faire briller votre altruisme, ou quoi que ce soit. Pourquoi vous êtes là ? »
« J’ai une dette envers vous. Vous vous rappelez ? À moins que votre mémoire ne vous fasse déjà défaut. »
« Ben voyons. Une dette. Je n'ai rien à recevoir en retour de ce qu'il s'est passé à Poudlard. Je n'ai fait que mon métier et rien d'autre. Si vous tenez à faire quelque chose pour moi, donnez des bonnes notes à Kate jusqu'à la sortie des ASPICS. Ça sera plus constructif que d'essayer de me sortir d'ici. »
« Vous semblez ignorer quelque chose de fondamental, Herr Whisper. »

Je me sentais mal ; il me cachait quelque chose.

« Je comprends maintenant d'où votre fille tire sa méfiance et sa curiosité si salvatrices... L'instinct semble particulièrement pointu, dans votre famille. Das ist richtig, Herr Whisper. Mais vous semblez ignorer encore que Katelyna suit l'enseignement que je lui dispense, concernant sa magie spéciale. Celle dont vous avez connaissance depuis déjà des années, bien avant sa rentrée à Poudlard. Je me trompe ? »
« Les dons de Kate ont commencé à se manifester quand elle avait sept ans, expliquai-je. Dès le départ, je savais qu'ils n'avaient rien de normal. Mais je le lui ai caché pour ne pas l'effrayer... Mais où voulez vous en venir ? »
« À l'objet de ce procès. Je veux savoir ce qui est réellement passé dans cette cave, le 8 mars 1998. Avec la version que vous allez donner au procès et celle qui s'est réellement accomplie. Sans omettre le moindre détail. »
« Et pourquoi ferais-je ça ? »
« Car il n'existe personne dans ce monde qui puisse aujourd'hui mieux vous comprendre que moi. Herr Whisper, il vous faut réaliser que je suis désormais votre allié le plus précieux... »

Je me sentais acculé. Ce gars semblait tout savoir. Ce que je refusais de croire. Je ne voulais pas céder.

« Non. Vous ne pouvez sûrement pas comprendre ce que j’ai vécu. »

Il s’est levé et m’a regardé comme si j’étais la pire des merdes.

« Ne pensez pas être le seul à avoir vécu la guerre, Herr Whisper. »
« Vous n’êtes pas à ma place. Vous… »
« Et ne pensez pas être le seul à avoir été père . »

Je me suis tu. Enfin, on abordait un sujet sérieux.

« Je sais ce que c’est d’avoir une fille. Je sais ce qu’elle peut représenter pour vous. Tout ce que vous êtes prêt à sacrifier pour elle. »
« Et elle vous le rend bien ? Votre fille ? »

Son regard s’est subitement assombri.

« Elle n’est hélas plus de ce monde depuis des décennies. J’étais sur le lieu de sa mort. Mais peut-être est-ce un sentiment partagé, Herr Whisper ? Voir mourir sa fille unique, de la main d’un ancien ami qui a donné son âme à son côté sombre ? »

Il s’est créé quelque chose, à ce moment-là. Un phénomène étrange. Comme si je me sentais lié à ce type d’une manière inexplicable. Comment avait-il réussi à percer le mystère ?

« Merrick a tué Kate, ai-je lâché. Et elle a ressuscité. »
« Ses pouvoirs ? »
« Hm. »
« Et c’est elle qui a tué votre ami après ? »
« Ce n’était pas elle. Et ce n’était plus mon ami… »
« En tout cas, ce n’est pas vous, le coupable. »
« Vous allez le dire au Magenmagot ? »

Qu’avais-je osé dire ?! Je ne voulais pas qu’il désigne Kate à ma place. Pourtant, un rictus a éclairé ses traits.

« Il me semble vous l’avoir déjà précisé, Herr Whisper. Je sais que vous êtes prêt à tout sacrifier pour elle. Y compris votre liberté. Et je ne me mettrai pas en travers de votre chemin, c’est une décision que je respecte entièrement. Cependant, veillons à vous éviter la perpétuité. Même si entre nous, cela s’annonce mal. Le jury n’est pas bienveillant à votre égard et la décision est déjà prise pour une majorité d’entre eux alors que ce foutu procès n’a pas encore commencé… Tous corrompus par leur bien-pensance coulante… »

Il y eut un temps de silence.

« Alors ? Me croyez-vous désormais quand je vous dis que je suis votre meilleure chance dans ce procès ? »
« Oui. Allons-y. »

Mais la condamnation est tombée. Wolffhart avait raison. Ils m’avaient dans le pif. Et je ne pouvais pas y réchapper. Mais pourquoi Kate devait-elle assister à tout ça ? À quoi rimait toute cette torture ? Quand elle m’a pris dans ses bras, à la sortie de la salle du procès, j’ai bien cru que c’était la dernière fois de ma vie que je la sentais contre moi. Que la fin était là, à genoux, dans ces larmes.
Avant qu’ils ne m’expédient à Azkaban, le professeur de Kate a réussi à négocier un court entretien avec moi.

« Vous ne lui direz rien ? »
« À votre fille ? Nein. Le secret restera bien gardé. Vous avez ma parole. »
« Je veux votre parole sur autre chose, Wolf-truc. »

Il a compris mon sérieux à travers mes yeux.

« Vous m’avez bien dit que vous aviez eu une fille. »
« Richtig. »
« Faites-moi la promesse de redevenir un père. Vous ne l’êtes certainement pas aux yeux de Kate, mais comportez-vous comme tel. Comme j’aurais voulu l’être. Mais comme je ne pourrai plus l’être. Prenez soin d’elle, protégez-la. Surtout d’elle-même. »

Je sentais que ce type allait se foutre de ma gueule, tout d’abord. Mais il a hoché la tête.

« Je le ferai, Herr Whisper. »

Il s’est passé un truc en moi. J’étais triste, mais en même temps rassuré. Je ne confiais pas Kate au premier péquenaud du coin. Mais à un gars qui connaissait ce rôle. Je ne partais pas à Azkaban l’esprit préoccupé.



Cette cellule. Je la vois les yeux fermés. Je saurai en décrire chaque détail. Chaque pierre. Le friselis du vent qui siffle entre les barreaux de la minuscule ouverture. Je connais le roulement des vagues dehors, je peux facilement estimer si la mer est agitée. Il y a aussi les hurlements de cette tarée de voisine. Mais j’ai perdu la notion du temps dans cette pièce sans lumière, dans cette portion du monde sans soleil. Dans ces conditions est né le prisonnier. Le pire de tous.
La seule chose qui me permet de ne pas perdre la boule, c’est l’image immuable de ma femme et de mes filles. J’espérais simplement qu’elle ne s’étiole pas avec les années. Oui. Les années allaient passer. Peut-être que Grace allait se remarier. L’idée me rendait malade mais je lui souhaitais d’être heureuse. Elle le méritait. Elle qui avait su me supporter pendant quinze ans de mariage. Et Kate, et Abby. Elles deviendraient des femmes. Et pas des moindres, je le savais ! Peut-être allaient-elles devenir mères à leur tour si elles le voulaient. La poisse. J’allais jamais connaître mes petits-enfants.
Enfin. Je me suis peut-être avancé trop tôt. Quand j’ai appris que Kate avait reçu le droit d’une visite pour Noël, j’ai tout de suite élaboré un plan. Pour pouvoir lui dire tout ce que j’avais sur le cœur. J’ai utilisé pour cela la Gazette qu’on me donnait toutes les semaines, mon unique privilège. J’exposais les pages à la pluie pour retirer l’encre, les faisais sécher et écrivais mes lettres avec la mèche carbonisée et rigidifiée de ma bougie. Je voulais être présent dans leurs vies malgré tout. Même si je restais en vie, je ne voulais pas mourir dans leur mémoire. Qu’elles finissent par oublier ce père enfermé à Azkaban depuis un an, dix ans, vingt ans, cinquante ans…
Retrouver Kate a été un moment fort. Qui n’a fait que retourner le couteau dans la plaie. J’étais un putain de père ingrat qui ne pouvait même plus être présent pour elle. J’étais son héros, désormais avec un boulet au pied et des menottes aux poignets. Belle image. Mais elle m’a apportée cette bougie, qui ne s’éteindrait pas tant que quelqu’un pensait à moi. Cette bougie m’a sauvé. Sûrement plus que Kate ne l’aurait imaginé. Je pouvais rester des heures devant cette bougie allumée, un sourire sur les lèvres. En songeant que quelqu’un, dans ce monde, pensait à moi. Je n’étais plus seul, dans cette cellule. Je les sentais avec moi. Peut-être que je suis devenu barge, mais oui. Je n’étais plus seul.

Quand j’ai appris que mon cas allait être rouvert auprès du Magenmagot, j’ai cru d’abord à une mauvaise blague. Jusqu’à ce que j’apprenne que le fantôme de Merrick était réapparu et que Kate avait réussi à le convaincre de témoigner. Putain, cette petite m’impressionnerait toujours ! Je sais pas de qui elle tient ça ! Mais cela signifiait qu’elle était au courant. J’ignorais de quelle manière. Grace avait peut-être craqué. Non. Elle n’aurait pas fait ça. Même pour me retrouver. C’était trop insensé, comme risque.
Pourtant, j’ai été libéré. J’ai laissé le prisonnier mourir dans cette cellule d’Azkaban. Pour toujours. Et j’ai retrouvé ma vie d’antan. C’est fou ce qu’on apprécie les choses après avoir vécu le pire. La guerre et la prison rendent chaque instant de ma vie incroyable désormais…

Quand Kate m’a annoncé qu’elle voulait devenir Nettoyeuse, d’abord, j’ai été étonné. Elle manquait vraiment pas de cran, la gamine. OK. C’était peut-être son choix, mais je ne voulais pas qu’elle calque toute sa vie sur la mienne. Je m’étais efforcée dès son plus jeune âge à ce qu’elle devienne elle-même, indépendante, et non un pâle reflet de ma personne. Ce n’est pas ça, être père. Ce n’est pas créer ses enfants à son image. Mais leur donner la chance d’être leur propre maître.
Je l’ai emmené en camping. C’était cool, de se retrouver, père et fille, après un an à Azkaban. Comme si rien ne s’était vraiment produit. Elle pouvait y arriver, je le savais. Kate avait de quoi devenir une grande Nettoyeuse. Qui avait quelque chose que beaucoup de Nettoyeurs ne possèdent pas : de la bonté. Elle n’avait pas besoin d’être une brute pour réussir dans ce domaine. Elle était rusée, rapide, elle apprenait vite. Qu’est-ce que j’étais fier d’elle.
Puis, les choses ont commencé à dégénérer. Les crises de Kate sont devenues de plus en plus fréquentes, de plus en plus violentes. Son pouvoir reprenait le dessus. Et je ne savais pas quoi faire pour l’arrêter. Je me suis senti impuissant. Mais quelque part lié à tout ce qui se produisait… Ces cauchemars communs ne pouvaient pas être le fruit du hasard.

Maman est revenue à la maison. Je lui aurais mis une tarte si Grace n’avait pas été là. Comment osait-elle se pointer comme une fleur, alors qu’elle avait laissé crever sa propre fille ? Charity était morte à cause de leur inaction. L’annonce de la maladie de papa a cependant calmé mes ardeurs. Papa, mourant ? Dans ma tête, ce n’était pas possible. Les papas sont toujours immortels, non ? Je me suis souvenu de ce type qui avait tant égayé mon enfance. Non, j’allais pas le laisser crever dans un lit d’hôpital, sans dignité. Je pouvais bien laisser ma rancune de côté deux secondes pour agir avec honneur.
Quoique. Quand j’ai vu ce gars au chevet de papa, je me suis dit qu’il y avait un truc qui collait pas. C’était simple. Ce gars, c’était une forme de reflet déformé de moi. Il avait les mêmes yeux, les mêmes expressions. Un truc clochait.
Will, mon demi-frère. Au-delà des frasques de mon père, j’étais furieux. Furieux de savoir que mes parents avaient préféré s’occuper de ce petit bâtard plutôt que de sauver leurs enfants de la guerre. Je me sentais d’autant plus abandonné.
Mon cœur était partagé entre deux émotions, aussi fortes l’une que l’autre. La colère et la tristesse. J’en voulais à mon père, mais était-ce digne de moi de partager ça avec lui alors que nous vivions nos derniers moments ensemble ? Quel fils aurais-je été ? Certainement celui qu’ils auraient préféré abandonner. Tu m’étonnes.
Une partie du fils est mort le jour où papa est parti. La plus grosse moitié. Je n’ai pas fait l’erreur de regarder en arrière, toutes ces années manquées entre nous. Je préférais me dire que je les avais consacrées à ma propre famille, comme il ne l’avait pas fait. Je suis peut-être resté un peu plus longtemps que prévu, au-dessus de cette tombe dans le cimetière de Kellington, ce petit bled où j’avais grandi. Je me souviens qu’à huit ans, je gambadais entre les stèles pour braver les fantômes et agacer le croque-mort. Mais là, j’étais un adulte en deuil. Quelle drôle d’évolution. Je m’en serai bien passé. Après tout, avec papa, il n’y avait peut-être que la mort qui nous aurait permis de nous réconcilier.

Grace a insisté pour inviter maman et ce couillon de Will pour Noël. Heureusement que c’est ma femme et que je l’aime. Je n’aurais jamais eu l’initiative d’une idée aussi stupide. Mais les événements en ont fait autrement. Car je vivais surtout le premier Noël en famille depuis mon retour d’Azkaban. Kate ne me faisait plus la gueule, Abby avait bien grandi, Grace était heureuse. Tout ça m’a permis de relativiser.
En fait, Will est un gars bien. Ça reste un Whisper. On a des points communs, c’est sûr. Mais j’ai l’impression qu’il comprend pourquoi je ne l’apprécie pas forcément. Et il ne m’en veut pas réciproquement. Rien que pour ça, je l’admire.

Le jour où Kate a dû prendre le Poudlard Express pour retourner à Poudlard, j’ai senti un truc m’attraper le cœur. Un mauvais instinct. Comme j’en avais déjà eu par le passé, pendant la guerre. J’aurais dû l’écouter plutôt que de croire que tout ça, c’était derrière moi.
Et quelques semaines plus tard, j’ai connu la plus douloureuse de mes naissances. Celle que j’aurais préféré ne jamais connaître. Celle du monstre. J’avais été bien con sur le coup. J’aurais dû davantage me méfier de cette Salope Bleue. Elle m’avait attendu au tournant. Avec son chien-chien.
Je ne pouvais m’y résoudre. Avec mon métier, j’avais vu tellement de choses horribles. Pour moi, les loups-garous devaient tous être tués, être enfermés. Mais ma propre situation m’a obligé à revoir mon jugement. Je ne voulais pas mourir. Je voulais protéger ma famille de moi-même. Oui, cela me donnait une autre raison de vivre parmi toutes les autres.
En fait. Oui, en fait, de nouveau. Will est vraiment un gars bien. Il n’y aurait pas tout le monde qui aurait accepté de garder le secret et de m’accompagner. Il avait bien compris qu’il me fallait une personne neutre, capable d’agir en toutes circonstances, si cela dégénérait malgré le Tue-Loup. Il a accepté de faire nuit blanche pour me surveiller pendant les pleines lunes. C’est pas tous les demi-frères qui auraient fait ça. Même si les circonstances négatives nous avaient rapprochés, entre la mort de papa et ma transformation, ça a fait revivre en moi quelque chose, tout ça. Charity n’était peut-être plus de ce monde, mais je n’étais plus le dernier Whisper de ma génération. Cette perspective m’a fait plus de bien que ce que j’aurais imaginé.

Mais maintenant, je suis là, piégé comme un rat. Qu’est-ce que j’ai pu être naïf. Il fallait s’attendre à ce que la Salope Bleue revienne avec son clebs de Sullivan. Pourquoi je n’ai rien vu venir ? J’ai regardé Kate s’évanouir dans la voiture, impuissant, incapable d’intervenir, la baguette de Sullivan sur la tempe. J’aurais pu l’attaquer à mains nues. Ce n’était pas l’envie qui manquait. Mais cela n’aurait rimé à rien.
Ils ne disaient rien. Mais je comprenais leurs plans. Ils m’ont obligé à boire ce truc infâme. Et mes sens se sont embrouillés. Pourtant, je luttais.
Contre la drogue, contre le monstre en moi.
Mais le monde semblait trop fort. Je ne pouvais pas résister. Rien en moi ne pouvait faire le poids. Ni le fils, ni l’amoureux, ni le guerrier, ni même le père.
Et Kate.
Non, Kate.
Fuis… !
Je distingue clairement sa peur. Ses larmes. La lune m’a redonné de nouveaux yeux. Mais m’a retiré le contrôle. C’est une torture. Je ne veux pas que cela se réalise. Ce cauchemar. C’est irréel, cela ne peut pas se produire.
Car si le père en moi venait à mourir par ma propre faute, je perdais toute raison de vivre.
Kate.

Kate.
Arrête-moi, je t’en prie…
Si j’en venais à te tuer, j’en mourrai.
Arrête-moi !

Cette supplication, on pouvait la lire dans ses yeux gris, aux iris rétractés. Entre ces deux derniers, une main apposée et tremblante. Celle de Kate, geignant de douleur. Son torse était ensanglanté. Les griffes avaient creusé une large tranchée de sa clavicule gauche jusqu’à ses basses côtes droites. Mais elle ne pouvait pas relâcher le bras. Car au bout de ce dernier, le loup ne cillait pas. C’était le seul moyen. Et elle détestait cela. L’Allégeance. Mais si Electra y était parvenue avec Aidan, il n’y avait pas de raison que Kate n’y parvienne pas.
La jeune fille ne pouvait pas détourner l’esprit, focalisée sur ce lien immatériel entre leurs deux esprits. S’il faiblissait, le loup-garou reprendrait le dessus. Et alors, ça serait la fin.
Elle resta des heures, toute la nuit durant. Son dernier bras valide était parcouru de courbatures. Sa tête tournait. Elle perdait trop de sang. Et son épaule déboîtée continuait de la lancer. Mais elle ne pouvait pas abandonner.
Quand enfin la lune retomba dans la mer attenante à l’entrepôt et que revinrent les cris des mouettes, Kate sentit sa libération proche. Elle voyait le loup se transformer au bout de ses doigts. Et redevenir son père. C’est sur l’image de son visage qu’elle perdit conscience, exténuée et rompue par la douleur.

— Kate !

*** *** ***

Kate…
Kate !

— KATE !

La douleur était remontée jusque dans sa tête.

— Je suis désolé, ma chipie. Mais on ne peut pas traîner plus longtemps. La Salope Bleue est sûrement dans les parages. Et je dois t’emmener d’urgence à Ste Mangouste. On va te soigner, ne t’en fais pas.

En rouvrant les yeux, Kate retrouva les yeux de son père, au-dessus d’elle. Elle lui sourit :

— Papa…
— Allez, viens. Tu as assez dormi, la Belle au Bois Dormant ! Je t’ai laissé une heure, mais on peut pas plus.

L’aube commençait à peine à pointer au loin, le port était encore plongé dans le noir. Sans lui demander son avis, Phil attrapa sa fille et la porta dans ses bras.

— Eh bah, tu pèses ton poids, moujingue ! souffla-t-il.
— Je t’ai dit la même chose, tout à l’heure… marmonna-t-elle, à la fois amusée et épuisée.
— Heureusement que je ne m’en souviens pas. J’aurais été vexé !
— Qu’est-ce que tu…

Elle frictionna entre ses doigts l’habit en toile verte et rêche que portait son père.

— Quand je me transforme, mes habits n’en font pas de même , lui expliqua-t-il alors qu’il commençait à chercher une sortie. Alors à part si tu voulais vivre à jamais avec le traumatisme d’avoir vu ton père à poil… ! J’ai trouvé ces habits dans une caisse. Sûrement des blouses pour les soignants des hôpitaux moldus.

Il continua à marcher, le bras de sa fille autour de son cou. Puis, il lui adressa un regard tendre.

— Je sais que tu étais dans ma tête. Et… et que tu m’as empêché de commettre le pire.
— Je suis désolée, papa… Je n’ai pas eu le choix.
— Non, Kate. Ne t’excuse pas.

Il soupira en relevant la tête.

— Quand tu étais petite, j’ai souvent pensé que j’étais ton héros. Mais je me suis trompé. C’est toi, mon héroïne .

Touchée, Kate réfugia son visage contre lui.

— Et je vais te sortir de là. Je te le promets.

Il ne suffit que de deux minutes avant qu’il n’entende le lourd cliquetis d’une serrure ouverte. Par réflexe, Phil se cacha derrière un container et entendit des pas qui suivirent.

— Tu penses que c’est la Salope Bleue ? chuchota-t-il à sa fille.

Kate ferma alors les yeux et se concentra sur son environnement grâce à l’Immatériel et son don de capter les auras. Il traversa les caisses et le béton, jusqu’à percevoir cette présence qui réveillait en elle un terrible frisson.

— C’est elle, susurra-t-elle, les paupières toujours fermées. Je la vois…
— Elle vient sûrement vérifier si l’un de nous est mort.
— Elle a laissé la porte ouverte.
— T’es sérieuse, tu arrives à voir ça ? La vache, il est quand même super utile ton pouvoir !

Ils se basèrent alors sur les sons que produisaient Electra dans l’entrepôt pour éviter de la croiser. Tout était une question de discrétion. Car au moindre faux pas, elle les retrouverait et ils étaient clairement en situation de faiblesse. Ils ne feraient pas le poids face à elle. Phil n’avait pas sa baguette et Kate n’était clairement pas en état de se défendre.

— À droite, papa ! lui chuchota-t-elle alors qu’ils s’engageaient dans une direction.
— Oups, pardon.

Veillant à faire le moins de bruit possible, il grimpa l’escalier métallique avec le plus grand soin. Il ne pouvait pas aller trop vite, au risque de faire résonner ses pas. Surtout qu’il était là à découvert, surplombant tout l’entrepôt. Pourtant, c’est avec soulagement qu’ils attirent la sortie.

— Ferme pas la porte, elle va l’entendre sinon…
— Je dois aller chercher ma baguette, grinça Phil. Mais je peux pas t’emmener là-bas. C’est trop dangereux. L’autre taré de Sullivan doit y être.

Il la déposa alors dans un recoin sombre, la cachant des regards grâce aux ténèbres.

— Je veux pas te laisser, papa…
— T’as confiance en moi. Oui ?
— Oui… Je…
— Et tu restes là !

Un sourire faible et douloureux s’étira sur les lèvres de la jeune fille.

— Tu as l’impression que je suis en capacité de bouger, là ?

Sa réplique amusa son père, qui embrassa son front.

— Je t’aime. Je reviens tout de suite.

Il déguerpit sur ses mots. Et quand elle fut laissée à son sort, Kate sentit les douleurs revenir. Elle n’osait appuyer sur sa poitrine ensanglantée de peur d’abîmer plus encore ses chairs à vif. Les dégâts faisaient peur à voir. Mais Kate craignait surtout qu’une part de lycanthropie ne se soit propagée en elle. Elle se répétait ses cours dans sa tête, en boucle, pour se persuader du contraire . Mais persistait toujours ce doute… Il ne manquait plus que ça pour parfaire le portrait.
Les pas croisés et sur ses gardes, Phil s’aventura dans les profondeurs des coulisses de l’entrepôt. L’endroit était lugubre à souhait, avec ses lumières blafardes et poussiéreuses, ces murs décatis avec ces vieilles photographies de bateaux datant d’un demi-siècle, dans leurs cadres abîmés. La transformation de cette nuit l’avait affaibli également, mais il se disait qu’il devait en être de même pour Aidan. Celui qui avait fait de lui ce qu’il était aujourd’hui…
Il retrouva la petite salle de comptabilité. C’était là où ils l’avaient emmené pour le droguer tandis que Kate gisait dans un coin, inconsciente. L’endroit était désert. Mais un sourire éclaira ses traits quand il mit de nouveau la main sur son manteau en cuir fétiche.

— Ah, mon amour, tu m’avais manqué ! lâcha-t-il en l’enfilant.

Et attrapant sa baguette magique en noyer dans sa poche, il rajouta :

— Et toi aussi tu m’avais manqué, ma jolie !

Phil s’apprêtait à repartir quand il entendit des pas dans le couloir. Alerté, il se plaqua dos au mur tout près de la porte. Le bruit s’arrêta peu après. Mais il n’avait pas disparu pour autant. Car il s’était arrêté devant la porte.
Aidan observa depuis le couloir le bureau de comptabilité dont la lumière avait été allumée. Mais surtout, ses sens le mettaient en alerte. Il tira sa baguette magique de sa poche et lança :

— Tu as beaucoup de ressources, Whisper. Mais il te manque encore une chose : l’odorat…

Aidan leva le bras, prêt à lancer un sortilège pour exploser la salle, quand Phil décida d’attaquer le premier pour le déstabiliser. Se présentant devant la porte, il lui jeta un sortilège, si proche qu’Aidan recula en le repoussant in extremis. Le second sort que Phil lui destina, il parvint à l’éviter d’un mouvement sur le côté. La magie se répercuta sur le mur de derrière, abîmant un tuyau d’aération, coupé en sa moitié et légèrement replié, crachant des volutes d’air chaud. Ils se firent face, prenant de la distance dans ce couloir. Phil prit bien le temps d’observer le visage de celui qui avait fait de lui un monstre.

— Tu vas me tuer ? devina Aidan, amusé, avec un sourire assez rare sur son visage pour le souligner.
— Tu es devin, maintenant, Sullivan ? répliqua Phil, acerbe.

Il aurait bien voulu le tuer. Il n’aurait rêvé que de ça, par vengeance et pour débarrasser le monde d’un loup-garou. Mais Phil savait que ses principes reprendraient le dessus. Il ne pouvait pas le tuer. Aidan restait un être vivant. Même Callidora avait eu le droit à une mort indirecte, par la lumière du soleil. Car si Phil n’a pas d’hésitation à tuer des créatures dangereuses, mettre fin à la vie d’un sorcier était bien différent… Il était Nettoyeur, mais certainement pas un meurtrier.
S’engagea alors un terrible duel, violent et sans répit.

*** *** ***

Dans l’entrepôt, Electra commençait à perdre patience. L’endroit était trop silencieux. Elle qui se serait attendu à entendre des pleurs, des lamentations. Celle de Kate sur le corps de son père. Ou l’inverse. Pourtant, le silence restait le grand maître des lieux.
Elle retrouva les lambeaux de ce qui avaient été les vêtements de Phil. C’était ici qu’il s’était transformé cette nuit. Mais la trace s’arrêtait là. Si l’Immatériel d’Electra lui permettait d’exercer un contrôle plus puissant sur les esprits des gens, il n’était pas capable, comme celui de Kate, de détecter les auras. Capacité que la jeune fille avait apprise d’Hisolda Higgins, la druidesse aveugle.
Tout à coup, la Sorcière Bleue eut une vision subite. Car la magie qui la reliait à son âme sœur qui donna l’instant d’une seconde son regard, comme s’il lui envoyait un message. Phil Whisper était là-haut, armé et prêt à en découdre.
Electra jura. Kate était soit morte, soit cachée, enfermée dans un container toute la nuit. Elle la retrouverait plus tard… Elle devait pour le moment prêter main forte à Aidan pour mettre ce parasite hors d’état de nuire.
Mais cela, Kate, planquée dans son coin, le ressentit : Electra remontait, et ce n’était certainement pas la joie au cœur qu’elle le faisait. La colère qui émanait d’elle la terrifiait. Pourtant, Kate devait intervenir : Electra savait que son plan avait échoué et elle venait pour régler le compte de Phil.
Aussi, quelle furent la surprise et la fureur d’Electra lorsqu’elle vit la jeune fille se dresser sur son chemin. Mais la Papillombre semblait si mal en point, peinant à tenir sur ses jambes, un bras pendant, l’autre tentant de refermer ses chairs ruisselantes de sang.

— Je dois admettre, grinça Electra, amère, que tu es coriace.
— Tu toucheras plus à un seul cheveu de mon père… pétasse !
— Dégage de mon chemin !

Mais Kate ne cillait pas, l’Immatériel commençant à émaner de ses doigts, collés à sa poitrine écarlate.

— Ne sois pas stupide. Tes pouvoirs ne peuvent rien contre moi.
— Je n’en serai pas si certaine…

Et avec précision, les filets blancs tissés de ses mains fusillèrent dans les airs, frappant de plein fouet tous les néons incrustés dans les dalles de béton servant de plafond. Le couloir entier fut plongé dans le noir.

— Espèce de petite garce, susurra Electra, en éveillant ses propres pouvoirs, dont émanait une blanche lueur, insuffisante cependant pour éclairer l’endroit.

Le coup de pied violent qu’elle reçut derrière le genou eut raison de son équilibre. Dans un cri, elle tenta de répliquer dans un volte-face, mais Kate l’avait évitée d’un réflexe, plongeant d’un pas de recul dans les ténèbres. La jeune fille jouait de son avantage grâce aux auras et à l’obscurité. Mais elle savait qu’elle ne tiendrait pas longtemps… Elle faisait confiance à son père pour la tirer d’affaire.

*** *** ***

— Stupefix !


Le sortilège d’Aidan manqua de peu la tête de Phil, qui s’était baissé à temps. Le duel était acharné.

— Fluctuo !

La vibration qui émana de la baguette de Phil atteignit les planches face à lui et ces dernières commencèrent à osciller, telles des vagues. Il profita du déséquilibre que cela provoqua chez Aidan pour tenter de le neutraliser :

— Expelliarmus !

Mais Aidan parvint à le déjouer dans un réflexe, jouant de la coordination de ses jambes pour éviter de tomber sur le plancher instable.

— Je ne veux pas te tuer, clama Aidan en sautant en arrière pour retrouver un sol plat.
— Sans blague ! Et mon cul, c’est du poulet ?! Tu veux que je te rafraichisse la mémoire à mon sujet ?! Ce que tu as fait de moi ?
— Tu ne comprends pas. C’est normal. Tu es son père…

Phil serra les dents.

— Mais Electra a le regard juste.
— « Juste » ?! C’est une putain de malade mentale, ta copine, tu le savais ?!

*** ***

— Tu ne m’échapperas pas longtemps !

Cette fois, Electra avait un coup d’avance : les frappes de Kate se faisaient de plus en plus lentes. La jeune fille faiblissait. La Sorcière Bleue agrippa son épaule meurtrie et la serra fort dans sa main, obligeant sa rivale à tomber à genoux, en hurlant de douleur. Puis, ses doigts ripèrent et enserrèrent le cou de Kate, qui ne parvenait à s’échapper de cette emprise.

— Qu’il en soit ainsi alors… enragea Electra en l’étranglant. Tu mourras de mes mains, Kate !

La jeune fille commençait à suffoquer, incapable de se défendre. Son visage tourna au rouge, les yeux écarquillés. Dans ceux d’Electra se lisait une folie sans nom, tandis qu’elle la secouait dans son geste meurtrier.

— Comme j’en ai toujours rêvé ! Depuis que tu es née !

*** ***

— Ta fille est perdue ! Perdue, Whisper ! Elle est condamnée ! À devenir une horrible personne. Pire. Pire que Tu-Sais-Qui. La seule manière de la sauver, c’est d’arrêter le massacre, maintenant !
— Tu es sérieux quand tu dis cela ? Tu crois vraiment un instant tout ce que tu dis ?! Parce que je pense que la seule manière de te faire taire, c’est de t’arracher la langue, Sullivan !
— Je ne fais que te mettre en garde, Whisper. Et tu le sais ! Ta fille…
— Expulso !

Le sortilège rageur de Phil atteignit Aidan de plein fouet, projeté contre le mur avec une violence inouïe.


Une seconde.
Un flash.

Electra s’immobilisa aussitôt, Kate s’asphyxiant entre ses mains crispées.
Phil sauta par-dessus les planches ensorcelées et se projeta sur Aidan. Il en lâcha sa baguette magique et abattit ses poings enragés dans le visage de son adversaire.

— Ma fille n’est pas une putain de mage noir ! Sale… malade ! Crève ! Tu m’entends ?!

Mais il avait beau le cogner, Aidan ne réagissait pas. Phil se calma subitement. Et remarqua alors le tuyau sectionné, planté si profondément qu’il traversait l’abdomen du sorcier. Le visage tuméfié, mais sans vie. Épouvanté, Phil s’écarta, ne pouvant détourner les yeux de l’homme ainsi empalé, le regard tombant, les lèvres entrouvertes.

— Merde… non ! Merde !

*** ***

— Aidan… non… Aidan…

Les doigts d’Electra se desserrèrent autour du cou de Kate et tout à coup, ses yeux s’embuèrent de larmes. Elle semblait vivre dans deux réalités à la fois. Mais sa tristesse prit le dessus de sa colère. La Sorcière Bleue se redressa, comme tentant de le capter une dernière fois.
Mais le lien avait été rompu. Pour toujours.

— Aidan…

Elle se détourna de Kate, sa main droite tremblante et ensanglantée contre terre, reprenant son souffle en sifflant, la trachée lacérée. La jeune fille n’observa pas la lente errance d’Electra dans sa marche funèbre.

*** ***

Pris de panique, Phil s’attrapa les cheveux. Il venait de tuer un être humain. De manière fortuite, il était devenu un meurtrier… Il avait commis l’irréparable. Cela n’apaisait pas sa soif de vengeance qui avait grondé quelques minutes auparavant. Au contraire. La culpabilité commença à le ronger, tandis qu’il dévisageait le sorcier inanimé.
Mais l’image de Kate réapparut dans sa tête et lui permit de reprendre contact avec la réalité. Il rattrapa sa baguette tombée par terre et décampa. Quand il aperçut l’ombre d’Electra au loin, il se cacha momentanément dans une pièce pour la laisser passer sans se faire remarquer. La Sorcière Bleue n’était plus que l’ombre d’elle-même, telle une morte-vivante. Le cadre, hélas, s’y prêtait sombrement…
Une fois qu’elle fut passée, Phil traça sa course et retrouva sa fille agenouillée au milieu d’un couloir aux ampoules explosées..

— Kate ! s’exclama-t-il en se précipitant vers elle, un Lumos au bout de sa baguette. Ça va ?!
— Je veux… rentrer à la… maison… siffla Kate, la voix encore étranglée.
— Hors de question, moujingue ! On fonce à Ste Mangouste !

*** ***

Quand Electra retrouva la dépouille suspendue de son aimé, elle se traîna jusqu’à lui. Et accueillit sa tête roulante contre elle. Ses larmes ne cessèrent de couler. Et elle se mit à gronder. De plus en plus fort. Mais la douleur était si forte. Elle n’avait rien connu de tel.
Son hurlement de désespoir et de rage résonna dans les couloirs de l’entrepôt. Et son Immatériel déchaîné en fit trembler les murs.

Le sang glacé quand le cri retomba, Kate recruta ses dernières forces pour se saisir du col de la veste en cuir de son père et l’obliger à plonger son regard dans le sien, affolé.

— Maison… ! articula-t-elle. Maman !

Phil entrouvrit la bouche de stupeur en comprenant son avertissement.

— Très bien. Case maison alors ! Tiens bon, ma chipie. Ça va aller…

Kate se sentait si mal que le transplanage sembla lui faire moins d’effet que d’habitude. Le clignement d’yeux suffit pour qu’elle se retrouva d’un endroit à l’autre.
Quand ils atterrirent dans le vestibule sombre de la maison de Carlton, l’aube à l’horizon, Kate sentit un soulagement viscéral la traverser. Elle avait perdu beaucoup de choses ce soir. Son chat était parti dans la nature pour sauver sa peau et Electra avait brisé sa baguette magique. Mais ils étaient en vie, son père et elle, c’est tout ce qui comptait.

— Putain… qu’est-ce qu’il s’est passé ?!

L’exclamation effrayée de Phil obligea Kate à lever la tête. Contre le mur de gauche, une énorme gerbe rouge et mucilagineuse. Comme si quelque chose avait été projetée avec une force phénoménale dessus qu’elle en avait explosé. C’est alors qu’ils remarquèrent quelques touffes blanches et bouclées parsemant le carnage.

— C’est… c’est… c’est Icar-…

Mais Kate ne parvint pas à finir de prononcer le nom du petit chien, se détournant de la scène pour se protéger. Une peur bien plus grande saisit Phil :

— Elle est là… !

Sans réfléchir davantage, il se rua dans les escaliers, grimpant les marches quatre à quatre.

— GRACE !

La jeune fille restée en bas n’avait pas la force de monter à son tour. Mais ses oreilles confuses perçurent des geignements provenant du salon, à la porte vitrée entrouverte. La vision du séjour lui retourna l’estomac.

— W…Will !

Son oncle était là, luttant pour survivre, allongé sur le sol, entre la table de la salle à manger et le canapé. Son sang imbibait déjà le tapis beige. Comme une poupée de jeu, on lui avait arraché un bras, détaché de son corps, et laissé pour mort sans plus de cérémonie.
Rassemblant son courage pour surmonter l’horreur de la scène, Kate s’avança vers lui et tomba près de lui. Sa douleur ne devait être rien à côté de celle de Will. Ce dernier la dévisageait, extrêmement pâle, mais incapable de s’exprimer, l’expression tiraillé par la souffrance et la terreur.

— Je vais te sauver, je vais te sauver… ! Will !

Elle leva alors sa main droite et l’apposa au-dessus de l’épaule amputée de son oncle, ses chairs déchirées à vif. Elle n’avait pas le choix si elle voulait stopper l’hémorragie et avoir ainsi une chance de le sauver. L’Immatériel qui jaillit de ses bras commença à chauffer et à entrer en combustion. La blessure cautérisée exhalait des odeurs pestilentielles de chair brûlée, tandis que Will hurlait en se tordant sur le sol.
Une fois que la blessure fut refermée, Kate, vidée de toutes ses forces, s’évanouit aux côtés de son oncle, sombrant lui-même dans l’inconscience.


*** ***

— GRACE !

Parvenant en haut de l’escalier, Phil effectua malgré tout un pas sur sa gauche pour vérifier par l’interstice de la porte entrouverte de la chambre d’Abby. La petite semblait encore dormir sur ses deux oreilles dans son lit d’enfant, une peluche contre sa bouche. Provisoirement rassuré, Phil se dirigea, baguette en main, vers la chambre parentale. Mais il redoutait le pire. Sa main s’aplatit sur la porte quand il l’ouvrit. Grace était là, debout, près du lit. Les larmes ruisselaient sur ses joues tandis qu’Electra se tenait à côté d’elle, dans un état de folie furieuse, l’expression déformée par la haine et le chagrin. Sa main était apposée sur la tête de Grace. Ça recommençait. Ils avaient l’impression d’être de nouveau dans la cave, Merrick enfonçant sa baguette dans la gorge de Grace pour dissuader Phil de la moindre tentative d’attaque.
Ce dernier, tentant de garder son sang-froid, ne cillait pas :

— Lâche-la, s’exclama-t-il d’une voix assurée. Elle ne t’a rien fait.

Mais dans sa poitrine, la terreur lui empoignait le cœur à l’idée de voir la tête de sa femme exploser en l’espace d’une seconde. Phil se pencha, sans détacher son regard, et déposa sa baguette à terre.

— C’est moi que tu veux, articula-t-il. C’est à cause de moi. C’est moi le responsable, pas elle.
— Tu l’as tué…

Un effrayant sourire se dessina sur les lèvres imbibées de larmes d’Electra.

— Tu l’as tué… Comme un animal.
— C’était un accident.
— Menteur ! MENTEUR ! Tu l’as tué !

Elle secouait la tête de Grace, qui geignait de panique, éplorée. Par réflexe, Phil avança d’un pas, mais se ravisa en apercevant la lueur de folie dans les yeux bleus et brillants d’Electra.

— Tu as détruit… une partie de moi ! Tu l’as tué ! Tu l’as tué !
— Tue-moi en retour ! C’est tout ce que tu veux !
— Non… non…

Ses pleurs se transformèrent en de grands éclats de rires qui leur glacèrent le sang.

— Non, Phil Whisper. Je ne vais pas te tuer… Non. Tu vivras avec ça. Avec cette torture… Tu vas comprendre. Ce que je peux vivre. Mais tu ne pourras jamais faire ton deuil !
— NON !

La scène s’arrêta dans le temps, sur un flash qui plongea la chambre dans une lumière éblouissante. De grands rayons lumineux jaillirent de la fenêtre de la chambre.
Quand tout se fut évanoui, Phil chercha à tâtons, aveuglé.

— Grace ! appelait-il. GRACE !

Quand ses yeux se ré-accommodèrent, il aperçut la silhouette allongée de sa femme sur le sol. Electra s’était volatilisée.

— Grace !

Phil se précipita vers et la fit rouler sur le sol, le cœur battant la chamade. Pourtant, elle ne semblait pas blessée. Juste endormie. Tâtant sa carotide, Phil devina dans la pulpe de ses doigts tremblants la pulsation du cœur de Grace. Elle était vivante…

— Grace… Je t’en prie, mon amour, réveille-toi. Ne me laisse pas.

Il caressa son visage en imaginant que la Sorcière Bleue l’avait plongée dans un coma duquel elle ne se réveillerait jamais, à la manière d’Eliot.

— S’il te plaît… J’ai besoin de toi.

Les larmes commencèrent à saillir à ses yeux.

— Ne nous laisse pas…

Ses prières semblèrent se réaliser, quand il aperçut les paupières de Grace frémir. Sa femme grimaça un moment, mais transporté de joie, il l’attrapa pour la serrer fort contre lui.

— Merlin… j’ai cru que tu étais morte ! soupira-t-il, transformant ses pleurs en larmes de joie et de soulagement.

Quand il s’écarta pour la laisser reprendre ses esprits, Grace le dévisagea quelques secondes, le regard encore douloureux. Par la fenêtre perça la lueur de l’aube, le soleil levant peignant la chambre de vives couleurs rosées et orangées.
Mais dans ses yeux bruns, Phil y lut davantage. Quelque chose qui l’effrayait. Oui. Elle était transie de peur.

— Grace, s’inquiéta-t-il. Ça va ?

Les lèvres pulpeuses de Grace remuèrent, tremblantes. Et elle prononça alors les trois mots les plus atroces que Phil eut à entendre :

— Qui… êtes-vous ?

 

*** FIN DE LMA PARTIE V ***

Note de fin de chapitre :

PFIOU. Chaque fois que je termine une partie, je me pince le dos de la main, car j'ai toujours du mal à y croire. Et le compte à rebours n'est pas loin de sa fin (déjà...). Comme toujours, je profite donc de ce moment pour faire une petite rétrospective de ce que m'a apportée cette partie de LMA.

La partie cinq de LMA était, selon moi, la plus tortueuse. Car était très lourde, au niveau du contenu, des révélations et qu'au départ, c'était très fouillis dans ma tête. La partie V n'est pas la plus parfaite selon moi, car j'ai l'impression d'avoir survolé certaines choses qui auraient mérité d'être approfondies. Mais m'appesantir n'aurait pas aidé non plus. Je pense notamment à Electra et Aidan, car si j'ai livré certains passages les concernant sur le début de la partie, ils sont vite passés à la trappe et j'avoue le regretter un peu. C'était également la plus bordélique niveau sentimental. Enfin, non. Je dis ça, j'ai encore la 6 devant moi, ahahaha.  En fait, cette cinquième partie de LMA fait vraiment écho au cinquième tome de HP, pour moi. C'était un tome un peu chiant, mais indispensable pour comprendre beaucoup de choses, même s'il n'y a pas d'intrigue de tome (dans le II c'était Eliot, le III la vampirette, le IV les américains. Ici, à part Sigrid, c'est vrai qu'on a pas eu de caractéristique spécifique). Mais après, comme toutes les parties de LMA, j'ai pris mon pied et je me suis éclatée comme une folle. Je ne me lasse toujours pas d'écrire cette fanfiction, presque cinq ans après sa naissance.

Allons y pour quelques listes et chiffres !  

En chiffres, la partie V, c'est 15 mois d'écriture (14 pour la IV), 517 pages pour 247 871 mots (soit environ 20 000 mots de moins que la partie IV), 19 chapitres, mais surtout, une histoire parallèle... ! Je me tâtais déjà lors de la partie IV d'écrire une histoire parallèle, à l'époque sur le personnage de Merrick MacNair. Une lectrice (elle se reconnaîtra !), en apprenant qu'Emeric ne serait pas de la partie, m'a proposé d'écrire une histoire, rien que pour lui. Une expérience qui sera renouvelée, j'en parle juste après... ! 706 fans que ma page Facebook, 240 favoris HPF, 218 followers sur FF.net, 1816 votes Wattpad, toujours 2ème fiction la plus longue du site HPF (je ne désespère pas ! La partie VI nous enverra sûrement crever le plafond une fois pour toutes !), 2 NaNoWriMo réussis, 1 CampNaNo de juillet, 20 illustrations d'Emi pour cette partie (c'est sans compter toutes les autres qu'elle a réalisé pour les autres parties ou les perso !), des dizaines de conversations passionnées sur LMA en privé, la création d'1 Encyclopédie et l'écriture d'un OS parallèle sur la première fois de Terry et Maggie.  

Si on devait résumer la partie V grossièrement, on peut dire qu'il s'est passé ça :
- Ron !
- Des nouveaux personnages, encore... ! (Ulysse Fawley, Will, la famille de Griffin, Mrs Keeper [RIP], Sigrid, Harmony...)
- L'histoire d'Orpheus et tous les mystères révélés à son propos,
- Phil se faire transformer,
- Le passé de Maëva et Cliodna,
- Qu'Electra est donc la fille de Cliodna,
- Que Griffin n'est qu'un petit con,
- Terry et Maggie concrétisent enfin leur relation (#Maggerry forever !)  

Les points d'ouverture sur la suite et les questions qui méritent encore d'être creusées :
- La fameuse prophétie de l'éclipse, qui sera le point central de la suite, puisqu'elle sera là pour clore l'histoire de LMA de manière définitive !
- Les six artefacts de Maëva et ce qu'il se trouve dans le tombeau
- L'avenir de la famille Whisper si Grace a tout oublié, et du coup, comment Phil va gérer tout ça
- Le mystère sur le passé de Wolffhart qui semble s'éclaircir petit à petit (NON MAIS je vous ai donné un sacré morceau, là !)
- La relation qui semble se tisser entre Kate et Emeric (#KATERIC FOREVER)
- Mais également le danger de leur relation, qui pourrait être vouée aux ténèbres. Hinhin... Les lecteurs de SPAIR comprendront peut-être mieux.
- Electra, toujours. Toujours cette folle en liberté. 
- Où est passé Mister Minnows ?!  

Depuis le DEBUT de LMA, je clame que la partie VI sera juste la meilleure, la préférée de mon coeur. Et ENFIN, on y est ! Olalalala. Mes p'tits, ça va dépoter sévère. Il y a de tout, dans cette partie VI... Beaucoup d'actions, de révélations, de moments tristes comme tendres. C'est d'une puissance... ARGH ! Mais surtout, je pense que c'est dans cette partie que le personnage de Kate révèle toute sa force, toute son ampleur. Autant que je la trouvais parfois chiante comme ado dans la III, parfois un peu gonflante en tant que dépressive dans la IV (je suis vilaine, parce que je l'adore !), mais LA. LAAAAA. La Kate de la partie VI est mon héroïne. Pour toujours. Coeur love kiss kiss.   

Par ailleurs, je l'avais annoncé, et j'avais l'idée en tête bieeeeeeeen avant qu'on me l'ait soufflé pour SPAIR, mais LMA-VI aura bel et bien sa propre histoire parallèle. Elle s'appellera Tua pulchra facies me fay planszer milies (vous devriez savoir que je kiffe les noms latins à rallonge !), et comme TPFMFPM, ça veut RIEN DIRE, on abrégera en TPF. Ca se traduit en Ton beau visage m'a fait pleurer des milliers de fois. Et il sera centré sur mon couple d'amour du monde entier. Je parle bien sûr de Phil et Grace... !  

Pour le moment, aucune date n'est fixée concernant la sortie de la partie VI. Il est vrai que je dois travailler sur les Fleurs d'Opale en priorité pour la sortie des livres en mai, mais ça va me faire mal au coeur d'attendre jusqu'à là... ! Il est alors plus que probable que LMA-VI (Mecum Omnes Plangite, alias MOP) fasse sa grande sortie pour le 1er mars (date d'anniversaire de Phil) ou le 8 mars (celle de Kate, krkrkr). Ouaip. Rien en février. NAVREE.  

Un immense MERCI pour votre lecture, pour votre fidélité. Pour vos retours, pour vos hypothèses, toutes vos réactions qui me donnent toujours envie de me donner à fond pour cette histoire. Pour donner vie à l'univers de Rowling avec toujours plus de passion.  N'hésitez pas à me poster votre avis concernant la partie V dans son entier, je suis toujours très intéressée d'avoir votre opinion !  

Un merci particulier à mon meilleur ami qui se charge toujours de relire les chapitres et également à Emi, qui se démène pour vous donner les plus belles illustrations possibles. Nous avons construit une très belle collaboration elle et moi et nous vous réservons de très belles surprises pour la suite...  

Comme d'hab, je vous laisse avec le thème musical de la prochaine partie ! A bientôt ! Et merci encore !

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