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Au bonheur des commentateurs


Du 23 septembre au 22 décembre, nous vous proposons de donner du bonheur autour de vous en participant à notre concours reviews "Au bonheur des commentateurs".
Le but ?
Poster un minimum de cinq reviews par semaine dont l’une devra être sur un texte correspondant au thème de la semaine. En exclusivité pour vous, le thème de la première semaine sera "commentez un texte avec moins de 5 commentaires/reviews" !
Quand ?
Pendant l'automne, du 23 septembre au 22 décembre. Vous pouvez prendre le train en marche sans problème !
Comment ça marche ?
Si vous êtes déjà inscrits sur le forum, rendez-vous ici. Sinon, nul besoin de s'inscrire ! Envoyez-nous un mail à l'adresse suivante projetreview[at]gmail.com en indiquant votre souhait de participer, nous vous indiquerons la marche à suivre !

De le 21/09/2018 22:05


81e Edition des Nuits d'HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 81e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 22 septembre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaitre les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A très bientôt !
De L'Équipe des Nuits le 12/09/2018 09:50


Concours Officiel - Mappa Mundi


L'horloge de la gare de King's Cross sonne l'heure fatidique à laquelle les jeunes sorciers et sorcières du Royaume-Uni montent à bord du Poudlard Express. De l'autre côté de la voie 9 3/4, les jeunes Moldus, tout comme vous, attendent impatiemment la sortie du film Les Animaux Fantastiques 2...

Voyager avec Newt Scamander - Norbert Dragonneau pour ses amis francophones - visiter de nouveaux pays, découvrir des animaux extraordinaires, affronter de terribles menaces et s'en sortir de justesse à chaque fois... Ça fait rêver non ? Ça vous tenterait bien, n'est-ce pas ?

Alors, n'attendez plus une seconde de plus ! Et embarquez à bord du train, prenez un Portoloin ou grimpez sur votre balai pour découvrir de nouvelles contrées. Partez à l'aventure rencontrer les créatures magiques du monde entier ! Avec l'écriture, rien n'est impossible !

Venez découvrir Mappa Mundi, le dernier concours officiel de l'équipe des Bleues ! Inutile d'être inscrit sur le forum pour participer !

A très vite !
De Les Schtroumpfettes de compèt' le 01/09/2018 11:55


7ème édition des Nuits Insolites


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 7e édition des Nuits Insolites se déroulera le Samedi 1er septembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir vous inscrire !
Les modalités de participation sont disponibles sur le même topic. À très bientôt !
De L'équipe des Nuits le 20/08/2018 18:04


80e Edition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 80e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 18 août à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaitre les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A très bientôt !
De L'équipe des Nuits le 13/08/2018 19:43


Délais de validation


Bonjour à toutes et tous !

Une bonne partie de notre équipe étant en vacances, nous tenions à vous informer que les délais de validation des chapitres qui nous sont soumis sont susceptibles d'être plus longs.
Merci de votre compréhension !
Bel été ! Profitez-bien !
De L'équipe de modération HPF le 09/08/2018 14:04


Ludo Mentis Aciem par Ielenna

[1108 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

HELLO mes tubercules gazeux ! Ca fait bieeeeeeen longtemps !

Je suis overbookée en ce moment, mais cela ne m'epêche pas de penser à vous, et accessoirement de décompresser, en vous écrivant un "petit" chapitre.

Au programme, des pneus dans des parcs publics, des jeunes d'aujourd'hui, une révolte du prolétariat et une magnifique fausse moustache.

Bonne lecture !

— Allez ! Debout tout le monde !

L’exclamation enjouée de Terry, suivie d’un enchaînement de tiré de rideaux, ne fut pas appréciée de tous. Certains se contentèrent de grommeler de mécontentement, d’autres râlèrent de manière plus expressive :

— Va te faire mett’ par un hippogriffe, Diggle… ! maugréa Moira, la tête dans l’oreiller.
— Faut pas qu’on traîne ! On a deux heures avant le départ du Portoloin ! Qui veut quoi pour le petit-déjeuner ?

Dans son coin de salon, Kate se redressa et s’étira lentement, observant ses camarades qui peinaient à se réveiller. Son regard croisa celui d’Emeric, qui ne devait pas la distinguer sans ses lunettes. Elle sourit d’amusement en le voyant ainsi, ses cheveux désorganisés et sans ses verres correcteurs, les yeux encore enfoncés dans leurs orbites. Il était loin de l’image qu’il renvoyait de jour, quand il se donnait ses airs d’intellectuel.

— Où est Maggie ? s’intéressa Scarlett quand elle rejoignit le comptoir quelques minutes plus tard, tandis que Terry, tout guilleret, sifflotait en préparant une grosse théière.
— Elle dort encore.
— Quoi ?! s’écria Moira d’une voix éraillée. Tu nous as réveillés alors que la princesse pionce encore pépère dans ton lit ? Rébellion ! Révolution !

Sur ses mots, qui firent ricaner les deux garçons de Poufsouffle à côté d’elle, la naine se précipita dans le couloir, armé de son oreiller, le pas lourd et rapide.

— Excusez-moi, j’ai un événement à couvrir… ! suivit Suzanna, son énorme appareil photo en mains.

Les échos étaient à la hauteur de ce qu’on pouvait attendre d’un tel affrontement :

— Good morning Vietnam !
— M-mais qu’est-ce… AH !
— Pas de privilège !
— Arrête de me taper ! Lâche cet oreiller tout de suite ou je te le fais bouffer !
— Révolte du prolétariat !
— Tire pas la couverture !
— Fais pas ta mijaurée !
— Mais lâche-moi la grappe, espèce de patate sur pattes !
— Debout, grosse limace !

Kate aborda à son tour le bar en faisant craquer ses vertèbres.

— Bien dormi ? lui lança Terry.
— Chaudement.
— Tu peux aller prendre une douche froide, si tu veux. Profites-en tant que personne n’y est.

Proposition qu’elle approuva pleinement. Une fois revenue de la salle de bains, elle les retrouva tous en train de discuter autour de leur thé matinal, tandis que dans le sens inverse, Harold partait à son tour se laver. En l’apercevant, Emeric s’écarta légèrement pour lui suggérer une place à côté de lui, ce qu’elle accepta avec plaisir tandis que Terry lui servit une tasse de thé en lui présentant les tartines et les confitures. Tout se déroula bien, jusqu’à ce qu’une personne fasse irruption dans le séjour. Scarlett en sursauta, tandis que Moira commenta :

— Ah ? Tu as invité Gandalf ?

Effectivement, l’homme qui venait d’entrer portait de longs cheveux et une barbe bien fournie de teintes grises, tenant à peine debout en se portant sur une grande canne. Terry, qui ne saisit pas la référence, se leva en toute hâte.

— Tu aurais pu rester couché, papa ! Ça fait loin, depuis la chambre !
— C’est… ton père ?!
— Mister Diggle ?

Kate s’était redressée à son tour, à la fois ravie et troublée de revoir Dédalus. Ce dernier lui adressa un sourire tandis que Terry lui apporta une chaise.

— Ah, Kate ! Comment vas-tu, ma grande ? Bonjour, les jeunes !
— Bonjour, mister.
— C’est donc vrai ce que me disait Terry, s’exclama Kate en s’approchant vers lui. Vous arrivez à remarcher ! C’est une super nouvelle !
— Je ne tiens pas longtemps sur mes jambes, mais c’est déjà un net progrès ! Oh, puis toute cette pilosité… !
— Ils trouveront un moyen de stopper les effets secondaires, s’avança Terry, optimiste.
— À mon âge, on a souvent tendance à les perdre. Je ne vais pas commencer à m’en plaindre ! Et… où est ma belle-fille préférée ?
— Dans la chambre, elle s’habille. Mais papa, s’il te plait. Arrête de l’appeler comme ça, tu sais que ça la dérange !

Dédalus préféra en pouffer, amusé, avant de se tourner vers Kate.

— Et toi, jeune fille ? Comment te portes-tu ? Cela fait bien longtemps !
— C’est… J’ai connu mieux. Mais ça me fait plaisir d’être là.
— Oui, la Coupe du Monde… ! Quelle chance vous avez !
— Vous avez déjà assisté à un match de Coupe du Monde ? s’intéressa-t-elle.
— Oh oui, il y a longtemps ! C’était en 1982, tu n’étais même pas née ! Le Brésil contre la Finlande. Le choc des titans ! Vous allez bien vous amuser.

Ça, Kate n’en doutait pas. Une bonne heure plus tard, tout le monde était prêt à partir.

— Vérifiez bien que vous n’avez rien oublié, avertit Terry. Surtout vos tickets !
— Oh, il est mignon, souffla Suzanna à Maggie. À l’entendre parler comme ça, il donne vraiment l’impression d’être un papa poule !
— Tu vas pas t’y mettre non plus, Simmons !
— Tu sais où c’est, le Portoloin ? entendit Kate du côté des deux autres Poufsouffle.
— Whitehall Garden, il m’a dit.

Tous armés de leurs sacs – sauf Maggie, qui se le fit porter par Terry – ils descendirent les cinq étages de l’immeuble et sortirent sur Irving Street, déserte, alors que l’aube venait de se lever. Le groupe des dix adolescents se dirigea alors vers la Tamise, traversant Charing Cross Road, pour rejoindre les jardins attenants au fleuve.

— Tu as déjà pris un Portoloin ? demanda Scarlett à Kate en chemin, toutes deux marchant côte à côte.
— Une fois. Quand mon père était à Ste Mangouste. McGonagall nous a fait voyager avec une vieille fourchette, Maggie et moi. Et toi ?
— Oh non. Et pour tout te dire, ça… ça me fait un peu peur !
— Il n’y a pas de raison !

Seules quelques grand-mères bien matinales et qui espéraient que les températures soient plus clémentes à cette heure-là, étaient de sortie dans le parc si tôt. L’une d’entre elles donnait à manger aux pigeons, ce qui ne manqua pas de dégoûter Maggie, qui ne comprenait pas l’amour que ces vieilles Moldues portaient à des oiseaux aussi laids.

— Bon, maintenant, on n’a plus qu’à trouver le Portoloin… !

Terry sortit son antique Mentromention, que son père avait ensorcelée pour qu’elle soit silencieuse et qu’elle se contente de lui indiquer l’heure comme n’importe quelle montre à gousset.

— Il part à 6h45. Nous avons une dizaine de minutes pour mettre la main dessus.
— Et il ressemble à quoi ? s’informa Fergus.
— Techniquement, à n’importe quoi, répondit Emeric. Il faut chercher un objet qui passerait inaperçu aux yeux des Moldus mais qui ne serait pas utilisable. Un déchet, quelque chose comme ça.
— Un… déchet ? répéta Maggie. Hors de question que j’y touche !
— Formidable ! Tu restes là, alors !
— Dans tes rêves, Miller.

Tous partirent alors à la recherche du Portoloin, sous les regards suspicieux des vieilles dames qui les voyaient traverser les pelouses.

— Il est là ! avertit Suzanna. Enfin… je crois !

Le vieux pneu abandonné sous un arbre un peu à l’écart des chemins du parc était en effet tout indiqué pour être le Portoloin en partance pour l’Allemagne.

— Ouf, si ce n’est que ça ! souffla Maggie, partiellement rassurée.
— Et… imagine que ça ne soit pas ça ? s’interrogea Branstone. Qu’on se goure de Portoloin et que le vrai Portoloin parte sans nous ?
— C’est assez peu probable, je pense aussi que ça correspond parfaitement ! répondit Terry.
— Il y a d’autres sorciers qui vont le prendre avec nous ? demanda Scarlett.
— Oui, on est déjà dix ! On ne tiendra pas à beaucoup plus.
— Je ne pense pas. Ils ont disséminé beaucoup de Portoloins dans Londres, et ce, depuis une semaine. Il y en a un qui part du Chaudron Baveur à 7h30 et un autre de Trafalgar Square à 9h10.
— Donc… tu es en train de nous dire qu’on aurait pu dormir plus longtemps ?!
— Je me doutais que celui de 6h45 ne serait pas emprunté. Donc pour un large groupe pour nous, c’était ce qu’il y avait de mieux !

Et comme le présuma Terry, ils furent effectivement les seuls à se présenter pour le Portoloin de Whitehall Garden. Ils se regroupèrent autour du vieux pneu, tous agenouillés pour pouvoir le toucher sans se pencher. Une petite vieille les observa avec suspicion : ces jeunes se livraient à d’étranges rituels de leurs jours !

— Prêts ? leur demanda Terry, un œil sur sa montre, le bras tendu devant lui pour agripper le pneu.
— Je ne suis pas certaine… ! couina Scarlett.
— Prends ma main, lui proposa Suzanna. Comme ça, tu décrocheras pas en vol !
— M-…merci !
— Attention, plus que dix secondes !
— Qu’on soit ok, il faudra qu’on lâche à quel moment ? s’inquiéta Harold.
— Avant que tu n’atterrisses en Slovénie ! répliqua Moira.
— S’il te plait. Lâche au dernier moment, Miller. Je veux que tu atterrisses en Mongolie.
— Ah ? J’y rencontrerai sûrement tes cousins, Dawkins !

Tout le monde s’immobilisa quand ils sentirent le pneu vibrer sous leurs mains. C’était bien le Portoloin.

— 3… 2…1…
— Euh… bonne année ?
— … c’est parti !

Terry eut à peine le temps de terminer son mot en refermant le clapet de sa montre à gousset d’une main, qu’ils sentirent comme un crocher leur harponner le nombril et les transporter à des kilomètres de là.
Sentant un étrange courant d’air, la vieille dame releva la tête et constata avec surprise que les jeunes avaient disparu. Sûrement sa tête qui continuait à lui jouer des tours, se dit-elle en la secouant.
Kate avait fermé les yeux, de peur de se rendre malade de voir le monde tourner à une vitesse vertigineuse autour d’elle. Les téléportations ne cessaient de lui donner la nausée.

— Lâche ! entendit-elle difficilement, la voix calfeutrée par l’accélération.

Ce ne fut que lorsqu’elle sentit une main se refermer sur la sienne qu’elle consentit à lâcher prise. À sa grande surprise, la décélération lui parut douce, accompagnée par cette main qui la tenait pour la guider. Et quand Kate rouvrit les yeux, elle fut la première surprise d’avoir les deux pieds au sol. Impressionnée par cette prouesse, elle étira un sourire comblé, tandis qu’à ses côtés, Emeric observait sa réaction avec amusement et tendresse.
Les autres adolescents n’avaient pas eu cette chance. Ventre contre terre, Terry devait supporter le poids de Branstone, Suzanna, Maggie, Moira assise au sommet avec le pneu autour des épaules. Scarlett avait atterri sur le dos, le souffle coupé, et les deux autres garçons n’avaient pas non plus réussi à garder les pieds sur terre.

— Si… vous pouviez… descendre ! souffla Terry, écrasé.
— Je suis bien, là-haut ! s’exclama Moira.
— Descends tout de suite ! enragea Maggie en-dessous d’elle.

Par réflexe, Kate lâcha immédiatement la main d’Emeric, qui afficha une expression fugace de surprise, avant que quelqu’un ne s’en rende compte. Mais le jeune homme ne s’en formalisa pas.
Des voix en allemand les détournèrent de leur atterrissage manqué, avant qu’un sortilège ne fasse léviter le pneu, qui partit rejoindre d’autres Portoloins dans une caisse en bois. Deux sorciers dressaient la liste des arrivées sur un parchemin : le premier était habillé en salopette avec un haut-de-forme, tandis que le second, plus sobre, avait revêtu une sorte de combinaison beige. Tous deux portaient autour du cou une sorte de collier noir et brillant.
Dans de sombres déblatérations dans leur langue, le premier sorcier leur désigna la roue en bois à côté d’eux. Chaque part représentait un pays à l’aide de leurs drapeaux.

— Ah, ça doit être pour nous permettre de communiquer !

Terry s’approcha sans crainte et tourna la roue pour que le repère en bois gravé en forme de tête d’aigle s’arrête sur le drapeau du Royaume-Uni. Aussitôt, les colliers des deux sorciers s’illuminèrent brièvement.

— Bienvenue à la 424ème coupe du Monde du Quidditch ! s’exprima le premier dans un anglais parfait en ouvrant les bras.
— Portoloin de 6h45 en provenance de Londres, c’est exact ? demanda le second, plus sérieux. D’ailleurs… poussez-vous un peu si vous ne voulez pas que celui de 6h50 vous atterrisse dessus.
— Oui, Londres, Whitehall Garden, confirma Terry, qui avait pris la tête du groupe.
— J’aurais besoin de vos noms et de vos tickets.
— Bien sûr ! Euh… Maggie, c’est toi qui as mon ticket.

Chacun fouilla dans son sac ou dans sa poche pour sortir son billet.

— J’espère que l’un d’entre vous est majeur. Sinon, vous savez que vous ne pouvez pas entrer.

Il y eut un silence et tous échangèrent un regard cruellement embêté. Mais avant que quiconque ne réponde quoique ce soit, Terry s’exprima à la hâte :

— Oui, oui, je suis majeur ! Pas de souci !
— Très bien, valida le sorcier, sans même demander plus de preuves.

Du haut de son mètre 90 et avec une telle carrure, il était surtout difficile de penser que Terry fusse encore mineur ! Une fois que tout le monde eut donné son nom et son ticket, le sorcier proposa une répartition :

— Je peux vous donner deux grottes de cinq. Ou bien cinq grottes de deux ou…
— Vous pouvez nous laisser juste une minute qu’on se mette d’accord ?

Tous se rassemblèrent pour planifier leur configuration.

— On peut faire une grotte fille, une grotte garçon, suggéra Suzanna.
— Mais… il a vraiment dit grotte ? Genre, des vraies grottes ?
— Je suis certaine que Terry et Maggie veulent une grotte à eux seuls pour y faire des cochonneries ! railla Moira.
— Ces choses que tu ne feras jamais !
— Du calme, les filles.
— On peut faire comme ça. Trois grottes, deux de quatre et une de deux, ça arrange tout le monde.
— C’est parfait !

Pour Kate, ce n’était pas parfait : elle aurait voulu profiter de cet événement pour passer du temps avec Maggie et les autres filles. Mais sa relation de couple avec Terry prenait de plus en plus le pas sur leur amitié. C’était bien normal qu’ils profitent de ces temps hors de Poudlard, car se retrouver devenait parfois difficile tant que les Dawkins n’étaient pas au courant des fréquentations réelles de leur fille unique. Malgré tout, Kate se sentait mise de côté et n’appréciait que moyennement cette impression.
Le sorcier en charge de la distribution des places se retourna et ouvrit le panneau en bois derrière lui. Des petits galets suspendus à des fils de cuir étaient alignés en colonnes. Par magie, il renvoya plusieurs planches, superposées les unes aux autres, laissant supposer que le panneau, d’apparence maigre, contenaient des milliers et des milliers de petites roches.

— Déjà quatre clés pour la première grotte.
— Honneur aux dames ! s’inclina Fergus.
— Ça marche comment ? demanda Moira, suspicieuse, en attrapant un premier galet, sur lequel était inscrit une rune suivi d’un nombre.
— Il suffit de nouer le lacet soit autour de votre poignet ou de votre cheville. Comme ça, vous ne risquez pas de la perdre pendant votre séjour. Il suffit de vous diriger vers votre quartier représenté par votre rune. Et le numéro est celui de votre grotte.
— Tu veux de l’aide ? demanda Emeric auprès de Kate, qui peinait à nouer son lacet d’une seule main autour de son poignet.
— S’il te plaît.
— En tout cas, tu es dans le quartier de « Naudiz ».
— Hein ?
— C’est le nom de la rune que tu portes.
— Ah oui. Ça me disait quelque chose. Je ne suis pas les cours, mais avec l’histoire de la porte du tombeau de Maëva l’année dernière, je m’y suis un peu intéressée.

Puis ce fut au tour des garçons de recevoir leurs galets magiques, qui portait également la même rune, de même que ceux de Maggie et Terry. Ainsi, ils seraient malgré tout dans le même quartier pour ne pas rester trop éloignés les uns des autres.
Quand tout le monde eut reçu sa clé, ils s’écartèrent pour laisser la place aux trois sorcières entre deux âges qui venaient visiblement de Pologne, d’après Emeric. Ils auraient été perdus dans la forêt si le panneau directionnel, épinés d’une vingtaine de pancartes pointant toutes des directions différentes, ne leur avait pas indiqué la marche à suivre.

— Ah, c’est par là ! s’exclama Terry, d’un bon pas allant.
— En tout cas, bravo pour tout à l’heure, le félicita Maggie avec sincérité, lui touchant le bras. Je sais que tu n’aimes pas mentir… Mais tu l’as fait avec brio ! Et tu nous as tiré d’affaire. Tu vois, des fois, ça sert. De mentir.
— Merci, ma chérie.
— Ne m’appelle pas « chérie ».
— J’aimerais pas dire, mais ça sent le sel, fit remarquer Branstone.
— Tu penses qu’on est proches de la mer ? l’interrogea Scarlett.
— Je crois même qu’on l’entend.

L’endroit était étonnement calme pour un rassemblement mondial. Seul le chant des oiseaux matinaux rejoignait le son de plus en plus proche des vagues. Puis, quand se dégagèrent les derniers arbres, tous retinrent leur souffle face à la vision du soleil levant à l’horizon, sur une mer relativement paisible. De chaque côté s’étendaient d’immenses falaises de craie, dont le blanc devenait rose avec l’aurore. L’endroit était féérique.

— Finalement, le match pourra peut-être attendre… !
— C’est magnifique !
— Là, regardez !

Suzanna pointa du doigt la pancarte avec la rune correspondant à leurs galets, lointaine d’une centaine de mètres. À côté, une sorcière en robe bleue patientait les bras croisés, baillant par intervalles, comme si la vue ne l’impressionnait pas.

— Ça doit être une organisatrice. Elle va nous aider à trouver nos chambres !
— Nos grottes.
— Oui, nos grottes-chambres !

Ils l’abordèrent avec des yeux encore brillant de leur vision.

— Excusez-moi ? lui demanda Terry en détachant bien ses syllabes pour mieux se faire comprendre. Est-ce que vous pourriez nous indiquer où se trouvent les grottes ?
— Je parle anglais, répliqua avec une expression impassible. Pas besoin de me parler comme ça.
— Ah. Pardon !
— C’est le quartier anglais. L’organisation a essayé de réunir certaines nationalités. Ici, au quartier Naudiz, vous trouverez les anglais, les irlandais, les gallois et les écossais. À côté, au quartier Hagalaz, il y a les américains et les canadiens. Et de l’autre côté, au Isaz, c’est là où sont les Australiens et les Nouveaux-Zélandais.
— Tu crois qu’on va retrouver certaines personnes de Salem ? glissa Suzanna à Moira.
— Si on croise Chad, ce magnifique paysage pourrait malheureusement devenir une scène de crime, répliqua cette dernière.
— Et… il y a des lieux de rassemblement ? Et puis le stade ? poursuivait Terry.
— Les spectateurs peuvent se retrouver en rune Fehu. C’est le lieu de rassemblement, où vous pourrez trouver des stands de nourriture, de boissons et des marchands ambulants. Ils ne vous ont pas expliqué ça à l’accueil.

Face à la réponse muette et négative des adolescents, la sorcière râla :

— Quelle bande d’incompétents…
— Et le match ?
— Ah oui, le stade. Pour l’instant, il n’est pas indiqué. Il y a déjà des petits rigolos qui le cherchent mais pour des raisons de sécurité, les pancartes pour s’y rendre n’apparaîtront qu’au moment voulu.
— Parfait !
— Vous avez d’autres questions ?
— Pas qui me vienne à l’esprit.
— Très bien. Si jamais vous en avez, je reste là. Hélas… Soyez bénévoles, qu’ils disaient. Ils auraient au moins pu me donner de quoi me distraire en attendant ! Surtout à une responsable de quartier.

Ils crurent abandonner la sorcière à ses plaintes, quand, face à la falaise, ils se rendirent compte qu’il leur manquait une dernière information :

— Et comment on accède aux chambres ? demanda Harold.
— Bah, vous vous jetez dans le vide, répondit-elle en haussant des épaules, comme une évidence.
— C’est son envie du moment à elle, ou… ? ne sut interpréter Maggie, les yeux plissés.
— Tant que vous portez vos clés avec vous, ça devrait aller.
— Euh. Perso, je ne tente pas ! s’exclama Fergus.

Kate, quant à elle, avait élargi un sourire :

— Ça ne doit pas être bien différent de Papillombre.
— Hein ?

Alors, sans prévenir, elle courut jusqu’au rebord de la falaise et en sauta dans un rire.

— Kate !
— Mais elle est malade ?!
— Et toi, tu dis rien ?! T’es son copain et tu dis rien ?!
— Premier point, elle fait ce qu’elle veut, répondit Emeric avec un calme déconcertant. Deuxième point, elle a l’air sûre d’elle. Troisième point… je ne suis pas son copain.

Maggie s’approcha avec prudence jusqu’au bord et regarda en bas :

— Bon. Déjà, il n’y a pas son corps en bas. C’est plutôt une bonne nouvelle !
— On devrait peut-être la rejoindre ! fit remarquer Moira. On va pas rester plantés là !
— Oui ! Allons-y ! soutint Suzanna.
— Euh. Je ne suis pas certaine que… souffla Scarlett.
— Ça va bien se passer ! Attention… un, deux… et trois !

Se tenant par la main toutes les trois, elles sautèrent en même temps dans le vide. Et quand elles sentirent leurs corps retomber, il leur sembla qu’un étrange courant d’air guidait leur chute, tandis que la rune s’illuminait sur leur galet. Elles descendirent jusqu’à un certain niveau puis lévitèrent vers la paroi.

— On va se prendre le mur !

Mais il n’en fut rien. Ce n’était qu’une illusion, comme si la pierre n’était qu’un voile. Elles traversèrent les roches et se retrouvèrent dans une grande pièce, creusée dans la falaise. De petites loges accueillaient des bougies allumées par grappes, offrant à l’endroit une douce ambiance chaleureuse. Le sol était recouvert d’énormes tapis bariolés. Enfin, de grandes niches, au nombre de quatre, pouvant être fermées à l’aide de rideaux, abritaient des lits.

— Alors ? Vous en pensez quoi ? les accueillit Kate, assise dans l’un des sièges, les jambes croisées, face à une table basse sur laquelle ils avaient mis une théière magique, qui observait la scène.
— Ça déchire !
— C’est vraiment sympa !
— Je ne m’attendais pas à ça.
— Tu as déjà réservé un lit ?
— Non, je vous attendais pour ça !
— Vous pensez qu’il y en a un plus bas que les autres ?
— Hem. Je ne pense pas, Moira.
— C’est de la discrimination.

Il y eut un court silence, puis un soupir :

— Mince, moi qui m’attendais à une réplique de Maggie. Parfois, cette boulette me manque.
— Allez ! Ne tardons pas ! On a encore plein de choses à voir avant le match !

*** *** ***



Les filles attendirent que tout le monde revienne sur la falaise pour se rendre au campement principal. Le soleil bien levé, il attira également les autres spectateurs, qui se réveillaient petit à petit, surgissant du vide et atterrissant d’un pied encore gauche en baillant.

— Elle est chouette, votre grotte ? demanda Kate à Emeric, tandis que le groupe attendait Maggie et Terry.
— Sûrement autant que la vôtre !
— Oui, c’est vrai qu’elle est cool. C’est plutôt confort. Je m’attendais à pire !
— Tu ne m’avais pas dit que tu avais déjà fait du camping dans les Alpes avec ton père ?
— Si, mais bon… J’aime bien avoir un matelas pour dormir. T’as une sacrée bonne mémoire ! Enfin… je ne sais même pourquoi je te dis cela, je devrais y être habituée.
— Oh, parfois, tu sais, c’est pas un avantage…
— Une chance que tu ne sois pas rancunier !
— Tu l’as dit !

Quand Maggie et Terry les eurent enfin rejoints, tous se dirigèrent d’un pas enjoué vers le repère Fehu. Et marchant derrière ses amis amoureux qui se tenaient la main, Kate ne put s’empêcher de rougir, embarrassée. Sentiment qui semblait être partagé par Emeric, qui se grattait nerveusement la tête, tandis que le reste du groupe suivait derrière.

— Hem. Tu… tu penses qu’on va croiser des gens qu’on connaît ?
— Je… je n’en sais rien. Je crois que des filles de Serdaigle, des sixième année de l’an passé, voulaient venir. Puis on n’est sûrement pas les seuls de Poudlard !
— En tout cas, c’est sympa d’avoir accepté de m’accompagner. Même si tu n’aimes pas le Quidditch !
— Je pense que c’est plus l’ambiance qui va me plaire. Ce rassemblement de personnes, qui sont tous heureuses de participer à un événement d’une telle ampleur. Ça donne un peu d’espoir en l’humanité. Et je pense qu’après la guerre qu’on a vécue, être ici est vraiment important. Pour nous tous.

Kate n’était pas allée aussi loin dans sa réflexion et se contenta de hocher la tête. Quelquefois, elle se sentait si stupide à côté de lui…

— Mais surtout… je suis content d’y aller avec toi.

Cet ajout balaya toute pensée antérieure et Kate se surprit à étirer un sourire niais et terriblement gêné.
Le rassemblement cosmopolite de Fehu était déjà conséquent malgré l’heure matinale. Certains papotaient autour de stand de thé, servi par de jeunes sorcières allemandes en tenues traditionnelles. Les plus jeunes enfants s’extasiaient déjà devant les produits officiels des équipes qui allaient s’affronter ce soir. Le turban indien, vendu pour la somme de quinze mornilles, changeait de couleur à volonté, pouvait chanter et même envoyer quelques petits feux d’artifices dans les airs. Une joueuse de Hackbrett exécutait quelques doux morceaux en accord avec l’aurore, ajoutant une touche musicale à l’ensemble de la scène matinale.

— Douze gallions pour une paire de multiplettes ? s’écria Maggie devant le stand d’accessoires de Quidditch. C’est quoi cette arnaque ?!
— Euh. Normalement, tu devrais te réjouir de gagner autant sur ces ventes !
— Notre pourcentage est estimé à 60% sur des produits fixés à dix gallions ! Les vendeurs nous versent six gallions par multiplette vendue ! Celui-ci se fait clairement une marge supplémentaire ! C’est une honte ! C’est une arnaque !
— Vous désirez ? s’approcha le vendeur, avec un fort accent allemand, qui avait entendu des voix s’élever devant son stand.
— Je désire clamer à quel point c’est un scandale ! poursuivit Maggie, sans se départir de sa colère.
— Je vous demande pardon ? Ces multiplettes sont d’excellente facture, elles valent leur prix.
— Oh, croyez-moi, mon cher monsieur, je le sais ! Je suis Maggie Dawkins ! Mon grand-père a inventé les multiplettes ! Et je sais surtout qu’il est illégal de vendre des multiplettes sur le marché à plus de dix gallions !

Le marchand commença à trembler malgré lui :

— Je ne vois pas ce que vous voulez dire, bredouilla-t-il. Il y a méprise. Ces prix sont tout à fait…
— Vous voulez que je pose la question à mon père par hibou express, monsieur… Bartheus Walmer ?

Le mouvement de main sur son badge pour éviter qu’elle ne le lise n’avait pas été assez rapide. Le sorcier commença alors à rire nerveusement et à tenter de calmer le jeu.

— Vous… vous devez faire erreur, jeune fille ! Ou peut-être me suis-je trompé, je dois reconsulter mes prix en arrière-boutique, sûrement. Tenez, oublions ce malentendu ! Je vous en offre une paire !
— Vous plaisantez, j’espère ?! s’exclama-t-elle avec un air suffisant, dédaignant les multiplettes que le vendeur lui tendait. Je vous l’ai déjà dit, je suis la petite-fille d’Hector Dawkins ! Je pourrai prendre un bain de multiplettes si je le voulais ! Je possède déjà mon modèle, le plus performant du marché ! Avec gravure personnalisée et un alliage d’or spécial auquel mes parents ont donné mon propre nom !
— Votre ami en a alors peut-être besoin ! se rattrapa le sorcier en les tendant à Terry.
— Oh, cool ! s’extasia ce dernier, qui les attrapa sans réfléchir davantage. Merci !

Mais cela n’attisa qu’un plan machiavélique dans l’esprit de Maggie :

— Très bien. Je fermerai les yeux là-dessus… si vous offrez une paire à tous mes amis ici présents.
— Mais… vous êtes dix !
— Le hibou devrait arriver dans les mains de mon père avant ce midi.
— Très bien ! Très bien, très bien ! Tenez ! Prenez-les !
— Merci mon brave ! sourit Maggie en distribuant des multiplettes au groupe.
— Vous… vous ne direz rien, n’est-ce pas ?
— Comptez sur ma discrétion. En revanche, s’il s’avère que ce prix reste affiché quand je repasse tout à l’heure, vous aurez affaire à moi. Est-ce compris, mister Walmer ?
— Limpide, miss Dawkins ! Encore toutes mes excuses pour vous avoir importunée !

Quand ils repartirent, ils ne virent pas le marchand s’écrouler sur son petit tabouret d’arrière-boutique, dépité d’avoir autant perdu.
La question qui effleurait toutes les lèvres fut enfin prononcée par Fergus, une fois qu’ils furent tous assis en rond, non loin du rassemblement Fehu, observant parfois ce qu’il s’y produisait :

— Vous pensez que c’est quelle équipe qui va gagner ce soir ?
— Techniquement, rien ne nous dit que le match se terminera ce soir. En 1642, il y en a eu un qui a duré trois mois.
— Je veux bien rester trois mois ici ! Et on louperait la rentrée comme ça !
— Tout ça me rappelle qu’on ne va sûrement pas tarder à recevoir nos résultats de BUSES.
— Ah, merci, Scarlett ! Pour une fois que je n’y pensais pas !
— Dé-désolée ! Je ne pensais pas à mal !
— C’est pas grave.
— C’est beau de voir que ma question a été éclipsée en l’espace de trente secondes.
— Ce sont deux équipes qui se valent. Les Allemands sont reconnus pour être des brutes, mais les Indiens ont d’excellentes stratégies.

Maggie, allongée dans l’herbe et la tête posée sur la cuisse de Terry, leva son regard vers lui avec un sourire malicieux :

— On devrait faire un pari !
— Je l’attendais, celui-là, soupira Terry, amusé.
— Je supporte l’Allemagne ! Donc tu seras pour l’Inde !
— Hein ? Mais attends, t’en sais rien ! J’ai peut-être envie de supporter aussi l’Allemagne !
— T’y connais rien au Quidditch.
— Par principe européen ! Je n’ai aucune raison de supporter l’Inde.
— Tu seras pour l’Inde ! Ou je fais la grève.
— En y réfléchissant bien, j’aime beaucoup les plats indiens !

Les rires de leurs amis autour d’eux ne les détournèrent pas de l’énonciation de leur énième pari.

— Si l’Allemagne gagne, tu devras faire une déclaration de défaite officielle auprès de Wolffhart la prochaine fois que tu le verras !
— Et si l’Inde gagne… je veux que tu portes cette tenue pendant douze heures consécutives !

Terry désigna les petites robes tyroliennes que portaient les serveuses, ce qui ne manqua pas de faire ricaner Kate face à la mine déconfite de Maggie, qui s’était redressé pour mieux voir.

— Et avec les mêmes tresses !
— Penny Ryan te manque à ce point, mon pauvre homme ?
— Hé, si vous pouviez nous épargner vos délires… enfin voilà, quoi.
— Jalouse, Miller ?
— Oh non. Cette robe t’irait à merveille ! Pour le coup, je supporterai aussi l’Inde, tiens !
— Et ça se dit supportrice de Quidditch… Tu sais bien que l’Inde n’a aucune chance.

Ils repartirent dans un débat sur les points forts et les faiblesses de chaque équipe, quand, tout à coup, une flèche s’abattit sur le groupe dans une voix aigüe :

— Bäumchen !

Personne n’eut le temps de réagir quand Emeric fut projeté en avant, au centre du cercle, une furie s’était ruée sur lui. Le jeune homme termina face contre terre avant d’avoir eu l’opportunité de répliquer, le bras bloqué dans son dos.

— Toujours pas de réflexe, à ce que je vois… !
— Ça ne va pas ?! Mais lâche-le !

Kate s’était précipitée à sa rescousse, saisissant le coude de la jeune femme brune pour la tirer brusquement, sous les yeux écarquillés des autres adolescents. La sorcière n’eut d’autre choix que de se lever et s’écarta en secouant son bras.

— Et… tu dois être Kate, sourit-elle, amusée.
— Vilma. Je t’aväs dit de ne pas te frotter à elle. C’est une autre päre de manches.

En reconnaissant cette voix grave, Kate fit volteface : Sigrid ne lui adressa que son immuable expression d’indifférence glaciale. Mais elle accueillit le hochement de tête qu’elle reçut en guise de salutation avec un sourire ravi. Derrière elle se tenait un autre sorcier blond, au faciès marqué et taillé comme une armoire à glace, que Kate ne reconnut pas.

— Elle est plus forte que ce qu’elle en laisse paraître ! confirma Vilma en observant Kate de la tête aux pieds.
— Si je m’attendais à vous revoir ! souffla Emeric en se relevant. Ah, je vous présente Vilma. Et là-bas, c’est Marek.
— Salut.
— Ils sont à Durmstrang. Et il me semble que vous connaissez Sigrid.
— Connaître est un grand mot, glissa Moira à Suzanna.
— Lyov n’est pas avec vous ? s’étonna Emeric.
— Tu penses vraiment que ses parents auraient accepté qu’il se rende à un événement populaire ? ricana Marek. Fréquenter le commun des sorciers serait une honte pour le nom des Miloslavski.
— Oh. Je ne connais pas ce garçon, mais je suis soulagée de voir que je ne suis pas la seule dans cette même galère ! commenta Maggie.
— Venez ! Joignez-nous à vous !

Le cercle fut agrandi et la conversation reprit son cours, avec quelques interventions de la part des trois élèves de Durmstrang :

— L’Allemagne va juste les exploser, s’exclama Vilma. Il n’y aura pas que leurs turbans qui feront des étincelles ! Leurs débris d’os aussi !
— Parti pris patriotique, releva Maggie, assez sarcastique.
— D’ailleurs, vous êtes beaucoup d’allemands, à Durmstrang ? s’intéressa Branstone.
— Une centaine. On est plus représentés que d’autres pays, c’est sûr ! Même si les russes sont les plus nombreux.
— Je ne me suis jamais questionné à propos des proportions de gallois, d’écossais ou d’irlandais à Poudlard, réfléchit Fergus. Quelqu’un a une idée ?
— Qui s’en fiche ? demanda Moira en levant la main.
— En tout cas, je pense que c’est à Papillombre qu’on recense le plus de non-Anglais ! sourit Scarlett.

Désignée porte-parole, Kate vit converger tous les regards sur elle.

— C’est ce qui fait sa diversité, toussa-t-elle, embarrassée.

Mais au fur et à mesure que la discussion avançait, elle remarqua que ce n’était pas tant être au centre de certains intérêts qui la dérangeait, mais l’expression des yeux de Vilma, assise à côté d’elle. Une étoile de malice brillait dans ses iris foncés. Au bout d’un quart d’heure, Vilma se résolut à se lever et attrapa le poignet de Kate dans son élan sans qu’elle puisse la repousser :

— Excusez-moi, ça vous dérange si je vous l’emprunte ?
— Euh…
— Parfait ! À toute à l’heure !

Tandis qu’elle s’éloignèrent, Kate jeta un regard en arrière en se faisant traîner par la jeune allemande qu’elle ne connaissait qu’à peine. Le regard soucieux d’Emeric ne la rassura pas.

— Alors…

Sans prévenir, Vilma passa un bras autour des épaules de Kate et lui adressa un immense sourire.

— … comment ça se passe avec Bäumchen ?
— Hein ?
— Tu l’as défendu avec tellement de hargne, tout à l’heure !
— Ah, tu parles d’Emeric ? bafouilla Kate.
— De qui d’autre voulais-tu que je parle ? Tiens ! Allons prendre une bonne biéraubeurre pour discuter de tout ça ! Je te la paie !

Toute guillerette, Vilma se dirigea vers un stand qui vendait des dizaines de Biéraubeurres différentes. Kate ne rechigna pas, se contentant d’analyser son profil. Elle devait avouer que Vilma était loin d’être désagréable à regarder, avec son petit nez en trompette, ses yeux aux longs cils et sa petite tresse rebelle au milieu de sa tignasse brune.
Quand le sorcier leur servit deux bouteilles qu’il ouvrit sous leurs yeux et réclama la somme en allemand, Vilma grimaça en ouvrant son porte-monnaie presque vide.

— Ach… je crois que je n’aurais pas assez.
— Laisse, je prends.

Kate n’aperçut pas le sourire espiègle de Vilma, régla la somme demandée en tirant quelques mornilles de sa poche et chacune attrapa une bouteille, qu’elles dégustèrent en déambulant dans le campement.

— Pour être honnête, je sais pas si je peux parler de ça avec toi, lança Kate. Je te connais à peine !
— Mais je te connais bien. Bäumchen m’a beaucoup parlé de toi.
— Ah ?
— Ça virait presque à de l’obsession.
— Super, grinça Kate en avalant une gorgée.
— Mais dans le bon sens du terme. Il était très mignon. Très touché et très ému dès qu’il abordait ton sujet. Il t’aime vraiment beaucoup. J’espère que tu le sais.
— Oui. Je le sais…

Vilma s’attendait visiblement à davantage.

— Et… ? Et alors quoi ?
— Et alors je ne le mérite pas. Emeric a déjà manqué de mourir plusieurs fois pour me sauver. Je ne veux pas le mettre en danger une fois de plus. J’ai une vie assez chargée…
— C’est dans son caractère. Il aurait pu aussi mourir à Durmstrang. Il a pris d’énormes risques pour sauver notre pote Lyov. Celui qui n’est pas venu.
— Le copain de Sigrid ?
— Accessoirement. Je vois que tu es au courant de certaines choses aussi !

Vilma avait sûrement raison : peut-être était-ce le caractère d’Emeric, après tout. Prêt à tout pour les autres. Un courage que personne n’aurait pu soupçonner chez lui en voyant paraître ce grand maigrelet au regard fuyant.

— Donc… je suppose que vous n’avez pas encore fait la bête à deux dos ?

Kate manqua de s’étrangler mais parvint à réguler sa gorgée. Face à son silence, Vilma rebondit :

— Ah oui, c’est vrai. Sigrid m’a dit que tu ne pouvais pas parce que tu ferais exploser le gars…

Cette fois, Kate ne put s’empêcher de recracher sa biéraubeurre dans une pluie de gouttelettes.

— Sigrid t’a dit ça ?! s’exclama-t-elle, mécontente que son secret ait été ébruité.
— C’est ma meilleure amie ! On se dit tout !
— Oui, mais ce genre de détails, tu vois, j’aurais préféré que ça reste entre elle et moi !

Kate grommela un temps, avant de se convaincre que Vilma ne serait peut-être pas la pire confidente qui soit. Elle ne serait pas là à Poudlard pour la juger cette année-là, gardant ainsi un point de vue extérieur. Par ailleurs, il émanait de la jeune femme une sorte d’assurance invulnérable, comme si elle était prête à tout entendre et à parler de tout, sans gêne ni pudeur. Mais surtout, malgré leur fraiche rencontre et les premières impressions assez catastrophiques, Kate sentait malgré tout qu’elle partageait quelque chose de spécial avec Vilma, sans poser le mot dessus. Peut-être était-ce l’Immatériel en elle qui créait cette sensation étrange.

— Emeric et moi… on en a parlé. Et on veut juste d’abord trouver le temps de se connaître.
— Est-ce que tu l’aimes ?
— Je…

Les mots restaient coincés dans sa gorge. Elle s’accorda quelques secondes pour formuler une réponse plus complète :

— Il se passe tellement de choses dans ma vie que tout est confus en moi. Tout est… exacerbé. J’ai presque l’impression que les émotions sont fausses, tu vois ce que je veux dire ? J’ai envie de dire que oui, je l’aime. Parce qu’il me permet de me sentir mieux et à chaque fois que je suis avec lui, je ne pense pas au reste. Mais j’ai peur aussi. Peur de lui faire du mal. Je suis en colère contre moi-même. Plein de choses en même temps qui font que je n’arrive pas très bien à cerner ce que je ressens, dans l’absolu.
— Je vois, soupira Vilma, adossée contre un arbre, à l’écart de la place. Je comprends mieux Bäumchen quand il me disait que c’était compliqué.
— J’aimerais que tout soit normal, Vilma. Que je puisse assumer tout ça. Mais pour le moment, ce n’est pas le cas. J’aurais préféré qu’Emeric n’ait pas de sentiment pour moi. Ça aurait été plus simple pour tout le monde.
— Tu ne penses pas ça sérieusement ! Tu le disais toi-même, il t’apporte beaucoup de bien. Et puis, ça aurait été triste que tu restes seule. Non, je pense que c’est ainsi, personne ne contrôle ses sentiments. Il paraît. Mais ça ne m’étonne pas qu’il ait des sentiments pour toi. Tu as beaucoup de qualités, apparemment, de ressources. Tu te bats bien, tu es forte, tu as l’air attentionnée, sensible à ton entourage et…

Elle étira un sourire que Kate ne sut interpréter.

— … tu es très mignonne.

Les joues de la Papillombre s’empourprèrent et elle noya son trouble dans une nouvelle gorgée de biéraubeurre. Vilma préféra y ajouter un regard amusé.

— Profite de ce moment hors du temps, poursuivit la jeune allemande, en observant les mouvements sur le lieu de rassemblement, tandis que des enfants jouaient un match improvisé de Quidditch sur des petits balais qui volaient à moins d’un mètre du sol, avec des balles en mousse. Quand tu viens ici, tu laisses tes problèmes derrière toi. Et ce n’est pas l’école non plus. Donc prenez du temps pour vous, justement. D’accord, Kate ?

Sans que l’anglaise ne comprenne, Vilma se mit à ricaner doucement puis reprit aussitôt :

— Je ne peux décemment pas t’appeler Kate ! Je dois te trouver un surnom aussi. Hm. Ah, je sais ! Tu seras Blitz !
— Blitz ?
— L’éclair ! Bah oui, tu as créé le coup de foudre chez Bäumchen, mais faut pas non plus que tu foutes le feu à l’arbrisseau !
— Génial, grinça Kate.
— Bäumchen und Blitz. Blitz and Bäumchen ! Ça sonne bien ! Allez, détends-toi.

Sans qu’elle ne s’y attende, Kate sentit la main de Vilma attraper son poignet ballant avec une espèce d’étrange tendresse.

— Profite de ces jours comme si c’était les derniers !



*** *** ***



Après une sieste bien méritée pour être opérationnelle le soir, Kate était retournée avec le groupe sur le lieu de rassemblement Fehu en attendant que le lieu du stade soit révélé. La place se remplissait de plus en plus. Toutes les nationalités, toutes les générations, toutes les classes sociales, se côtoyaient. Des diplomates africains en costumes traditionnels ; des jeunes sorcières asiatiques qui étudiaient certainement à l’école japonais dont elle avait tant entendu parler par Tetsuya ; des vendeurs de tapis volant ; des joueurs de flûte de pan magique tandis qu’un pantin enchanté dansait devant eux. L’ambiance avait quelque chose d’assez magique qui lui permettait de laisser derrière elle l’image omniprésente d’Electra et la voix de sa mère, qui gémissait en boucle dans sa tête.

— Ça donne envie de voyager, sourit Emeric, les bois croisés, en appréciant la musique péruvienne.
— Après Durmstrang, rien ne va t’arrêter, lui répondit Kate. Puis si tu te lances vraiment dans l’archéologie sorcière, tu risques de parcourir le monde !
— Et toi ? Tu aimerais voyager ?
— Je n’en ai pas les moyens.
— Ce n’est pas une question de moyens quand on peut transplaner, prendre un balai ou utiliser des Portoloins ! Tu n’aimerais pas découvrir d’autres pays et d’autres cultures ?
— Si, bien sûr. J’en rêverai. Mais quand j’imagine l’avenir, j’ai du mal à envisager cela. Non. Je me vois plus comme mon père. Mais ma petite maison, partant en mission chaque matin. Dans une sorte de petite routine.

Cela fit ricaner Emeric et Kate l’observa, un poil vexée.

— Quoi ?
— Non, c’est juste que… toi, Kate, la routine. Ça ne te conviendrait pas du tout ! Tu ne vis que pour contrer la routine !
— Mais qui te dit que ça ne me plairait pas, justement, un peu de routine ? Je n’y suis tellement pas habituée. Bref. On verra comment se présente l’avenir.
— En tout cas, bredouilla Emeric, j’en vois techniquement une, de solution. Pour ta voie professionnelle et si tu veux voyager…
— Ah bon ? s’intéressa Kate.

Mais Emeric secoua la tête pour se persuader que ce qu’il s’apprêtait à dire était une mauvaise idée.

— Non rien.
— Si ! Vas-y, Emeric ! Dis-moi.
— Ce n’est rien, vraiment…
— Tu as commencé, tu finis !

Prise d’un élan taquin, Kate planta son doigt dans le flanc d’Emeric, qui en sursauta de surprise. Ils en rirent tous les deux, avant qu’Emeric n’admette, se frottant l’arrière de la tête, tout embarrassé :

— Eh bien… Je ne vois pas le métier de Nettoyeur incompatible avec des missions archéologiques quand on tombe sur des créatures dangereuses, qui gardent les ruines ou les pyramides, par exemple. Comme des momies.

En comprenant qu’Emeric lui proposait de l’accompagner, Kate entrouvrit la bouche, stupéfaite, mais le jeune homme reprit aussitôt :

— Je savais que c’était une mauvaise idée ! Oublie, d’accord ?

Kate referma les lèvres et se contenta de hocher de la tête, toute aussi embêtée que lui. Elle ne réagit que lorsqu’elle remarqua du coin de l’œil les tourments d’Emeric :

— Pourquoi tu te frappes la tête ?
— Rien, rien ! C’est juste que… parfois, je suis vraiment stupide ! Désolé, désolé !
— On avait dit, « pas de désolé » !

Personne n’avait anticipé le coup de Vilma, à l’arrière du crâne d’Emeric.

— Aouh ! Mais… Vilma !
— C’est pas parce que tu n’es plus à Durmstrang que ce n’est plus valable !
— Si jamais, il faut lui donner un petit coup chaque fois qu’il s’excuse pour rien, expliqua Vilma à l’attention de Kate.
— Il paraît que c’est une particularité britannique de s’excuser tout le temps, tenta de se défendre Emeric.

Kate préféra en sourire. Elle reconnut entre ces deux larrons une amitié assez inhabituelle. Qu’avaient-ils bien pu vivre ensemble à Durmstrang ?
Les cornes de brume qui résonnèrent indiquèrent que le stade venait d’être révélé. Tout le monde se mit alors à suivre frénétiquement le cortège ou les panneaux en bois qui venaient de germer par magie en indiquant le sud. Les filles de Gryffondor étaient folles de joie, le drapeau de l’Allemagne dessiné sur leurs joues.

— Tu te rends compte, Kate ? s’exclama Moira en lui attrapant le bras. La coupe du Monde ! On va assister à la Coupe du Monde !
— J’ai… j’ai du mal à assimiler. Je t’avoue !
— Allez ! Réjouis-toi ! Danse ! Rigole ! On est là pour s’amuser !

La jeune fille se laissa entraîner par ses amies, qui rejoignirent un groupe de spectateurs allemands d’une vingtaine d’années pour entonner avec eux des hymnes approximatifs. Le cœur en liesse, Kate délaissa un moment tous ses problèmes derrière elle, tandis qu’elle chantait, les yeux levés vers les premières étoiles qui apparaissaient dans le ciel crépusculaire.
Quand le stade apparut derrière les arbres, Kate peina à croire que ce qu’elle fixait était réelle. L’endroit aurait pu accueillir plusieurs cathédrales. Les gradins les plus hauts étaient si éloignés qu’elle en eut le vertige, quand elle franchit l’arche en bois et colorée à l’effigie de l’Inde. Sur les bords du chemin, des sorciers assuraient l’animation, vendaient des accessoires de dernière minute ou de quoi casser la croûte pendant le match. Les cuisines du monde entier se côtoyaient. Les woks magiques crachaient des flammes de plusieurs dizaines de mètres de haut après qu’une grande marionnette de dragon avait soufflé dessus. Les fajitas s’enroulaient tout seul et les pizzas volaient dans les airs comme des soucoupes volantes.
Hélas, le groupe dut être scindé à l’entrée du fait de la répartition des places. Comme Kate lui avait offert son deuxième ticket reçu par Will à Noël, Emeric la suivit dans les gradins côté est. Ils grimpèrent les escaliers en métal. Les toiles et les sièges leur cachaient encore la vue de l’intérieur du stade.

— C’est… haut ! souffla Emeric, peu habitué à grimper autant de marches, tandis que Kate, familiarisée aux efforts physiques, l’attendait sur un palier.
— Mieux ça sera ! répondit-elle, enjouée. On pourra vraiment tout voir !

Il sourit face à son enthousiasme et redoubla d’efforts pour la rejoindre malgré son point de côté. Comme elle l’eut prédit, la montée en valait la peine. Tout en bas, ils pouvaient apercevoir la parcelle d’herbe sur le terrain, si petite vue de là. Les anneaux étaient dix fois plus grands et imposants que ceux du stade de Poudlard. Les gradins commençaient à se colorer, à se barioler. L’endroit pouvait accueillir des dizaines de milliers de spectateurs. Une fois qu’ils furent installés, Emeric consulta sa montre de facture moldue.

— On a le temps ! Une bonne demi-heure avant le lancement de la soirée. Presque une heure avant le match…
— Tu ne m’en veux pas si je vais juste voir Maggie et Terry quelques minutes ? Je sais qu’ils ne sont pas très loin.
— Non, pas de soucis ! Je te garde ta place.
— Merci ! Je reviens tout de suite.

Kate sortit au pas de course, en sens inverse de la foule, mais parvint à se frayer un chemin. Elle emprunta un habile raccourci sous les gradins pour se rendre à la tribune voisine. Cette dernière était bien mieux positionnée par rapport au reste du stade. L’argent des Dawkins avait sans aucun doute été bien investi pour obtenir des places si prestigieuses. Réintégrant la foule quand son raccourci déboucha, elle aperçut ses deux amis grâce à la grande taille du Poufsouffle et les rejoignit.

— Alors ? Vos places vous plaisent ?
— Tu m’as fait peur ! sursauta Maggie, qui ne s’attendait pas à voir Kate apparaître par derrière.
— Elles sont parfaites ! se réjouit Terry, un paquet de pop-corn au paprika sur les genoux. Tiens ! D’ailleurs, c’est le parfait moment pour sortir mes accessoires.
— Tes accessoires ?

Terry posa son encas à côté et se pencha avec un air satisfait pour chercher dans son sac à dos. Il en sortit l’un des fameux turbans de l’équipe de l’Inde qu’il enfila sur sa tête. Kate en rit tandis que Maggie l’observa avec un air dépité.

— Ça te va à merveille ! lança Kate.
— Tu as cédé à la pression sociale en achetant cet objet ridicule, soupira Maggie.
— Attends, ce n’est pas fini ! Le meilleur pour la fin !

Il attrapa autre chose et leur tourna le dos quelques secondes, le temps de se préparer. Et quand il se retourna, Maggie tira une grimace démesurée tandis que Kate partit dans une nouvelle crise d’hilarité.

— C’est quoi… « ça » ?! s’exclama la Gryffondor avec dégoût en désignant la nouvelle moustache de Terry.
— C’est une fausse moustache !
— Pourtant, c’est terrible à voir, mais elle a l’air bien vrai !
— Elle est magique ! Il suffit de l’appliquer et hop ! Elle s’incruste comme une vraie ! Mais ne t’inquiète pas. Elle tombe toute seule au bout de deux-trois heures, m’a dit le vendeur !
— Il y a vraiment intérêt ! Je ne dors pas avec toi tant que tu portes encore cette horreur !
— Et m’embrasser ?
— Encore moins !
— Ça te va à merveille aussi ! commenta Kate, qui avait du mal à se remettre de son fou rire.

Maggie souffla de nouveau pendant que les spectateurs derrière eux se plaignaient discrètement : Terry était déjà bien assez grand, mais rehaussé d’un turban, il leur cachait d’autant plus la vue sur le match !

— De toute façon, c’est l’Allemagne qui va gagner. Ils sont beaucoup plus forts.
— L’Inde peut toujours créer la surprise !
— Dans tes rêves, Diggle.
— Un petit pop-corn ?
— Tu essaies de te faire pardonner cet échec capillaire facial ?
— Ils sont bons !
— Ça serait pactiser avec l’ennemi !
— Cool, je garde tout pour moi alors !
— Si ça peut te rendre heureux.

La discussion retomba tandis que Kate ne sut comment rebondir. Il devenait parfois de plus en plus difficile de s’intégrer dans leurs conversations duelles. Puis, Terry se retourna vers elle :

— Et Emeric ? Tu l’as laissé seul ?
— Oui. Faudrait que j’y retourne, d’ailleurs. Le pauvre…
— Profitez bien du match !
— Vous aussi !

Elle redescendit de leur tribune et emprunta de nouveau le raccourci pour revenir à sa place. Puis, quand elle s’assit à côté d’Emeric, elle le dévisagea quelques secondes avant de bafouiller :

— Je suis désolée…
— De quoi ?
— Je t’ai laissé tout seul. Ce… c’était pas sympa de ma part.
— Je t’ai dit que ça ne me posait pas de soucis, lui sourit-il.

Kate jeta un coup d’œil sur l’immense écran en toile magique, sur lequel s’affichaient des publicités tracées en lettres d’or. L’une d’elles la fit sourire : « votre belle-mère vous cherche des noises ? Proposez-lui un Thumlaibrise, la nouvelle friandise de chez Weasley&Weasley ! Ça ne la rendra pas aimable, mais au moins, elle vous fichera la paix ! En vente sur notre stand mobile en rune Fehu. ». Elle se fit la réflexion que Ron avait déjà peut-être du mal à supporter sa nouvelle belle-mère, avant de songer à en acheter pour son père. Cependant, la configuration familiale ne se prêtait hélas plus à ce genre de plaisanterie. Kate se tassa sur son siège.

— Je ne comprends pas pourquoi ce genre d’outils n’est réservé qu’au Quidditch, marmonna Emeric, qui testait ses Multiplettes non sans fascination, essayant les différentes roulettes. On pourrait les utiliser pour tellement d’autres choses ! L’espionnage, l’arrestation de mages noirs, l’observation des créatures fantastiques… Mais non. On se contente de regarder des matchs de Quidditch avec ! Quel gâchis.
— Tu demanderas les raisons à Maggie, grommela Kate. Mais je pense que le Quidditch était le domaine le plus lucratif !
— Et c’est bien triste… Pas que j’aime pas le Quidditch. Quand tu vois les moyens qui sont développés pour ça… Rien que ce stade ! Et à côté, on laisse en suspens tant de problèmes à résoudre. Il faut avouer que c’est dommage.
— Le peuple veut du jeu, petit impertinent, lui lança Kate en imitant la voix d’une personne âgée.
— Panem et circenses…
— Hein ? C’est une formule ?
— Euh, non. C’est une expression. Qui signifie « du pain et des jeux ». En gros, il suffit de donner de la nourriture et du divertissement au peuple pour s’attirer de la bienveillance et leur permettre d’oublier les soucis plus importants… Détourner leur attention avec des futilités.
— Ça, par contre, ne le dis pas à Maggie. Que le Quidditch n’est qu’une futilité. À moins que tu veuilles que tes tripes ne fassent office de guirlandes !

Ils rirent tous les deux, Emeric peut-être plus bas que Kate. Il ne pouvait s’empêcher d’éprouver de la peine en la dévisageant. Car il devinait qu’elle ressassait quelques événements trop pesants, sans savoir que faire pour l’en décharger.
Un énorme coup de tambour résonnant dans tout le stade le détourna de ses pensées. Aussitôt, des exclamations de joie jaillirent du public, qui accueillit les deux coups supplémentaires avec clameur.

— Damen und Herren, wilkommen !
— Quoi ? s’étrangla Kate. Ils vont commenter… en allemand ?
— Ça me paraît logique, objecta Emeric. Nous sommes chez eux. Et le public allemand est très nombreux ce soir.
— Oui, mais il y a l’Inde, aussi ! Et ils parlent anglais !
— Certes. Mais tu crois que pendant la coupe du monde de 1994, ils ont fait l’effort de parler bulgare ? Non. C’est encore très ethnocentrique, comme mentalité. Je suis déçu comme toi. Oh ! À Dursmtrang, ils utilisaient des scarabées qui permettaient aux professeurs d’être compris de n’importe qui !
— Pourquoi ils ne l’ont pas utilisé, alors, à ton avis ? Ça aurait été super pratique !
— Je l’ignore, souffla Emeric en haussant les épaules.
— En tout cas, j’imagine que Maggie doit être furieuse d’entendre ça !
— Au pire, il me semblait avoir vu des caches-oreilles traducteurs dans les stands, tout à l’heure. Je les trouve hideux, personnellement. Peut-être qu’il y a moyen de s’en procurer, si ça te gêne vraiment. Il doit y avoir des marchands ambulants dans les parages…
— Non, non, t’inquiète. Ça va. Je comprendrai sans.
— Je peux te traduire, sinon.
— Tu parles allemand ?
— Après un an à Durmstrang… on va dire que j’ai quelques notions.
— Il faut vraiment que je m’y fasse. T’es trop intelligent. J’ai pas l’habitude !

Emeric rougit face à ce compliment, tandis que la commentatrice commençait à introduire les mascottes des équipes.

— Qu’est-ce que c’est ? se questionna Kate en enfonçant ses multiplettes sur ses yeux pour mieux voir le petit groupe qui venait d’apparaître sur le terrain.
— Des nixes.

Une dizaine de jeunes femmes, fines et de petites tailles, s’étaient élancées en dansant tandis que des hommes âgés et barbus jouaient des morceaux de flûte et de pipeau. Kate remarqua qu’ils n’étaient pas humains : leur peau était terne, un peu brillante, oscillant entre le gris et le vert.
— Ce sont des créatures qui vivent dans les marécages, lui expliqua Emeric. Ce sont les mascottes allemandes.
— Leurs femmes sont très jolies !
— Il faut se méfier. Il leur arrive de piéger certains randonneurs et de les noyer.
— Je savais qu’il y avait un revers de médaille…
— Mais ça reste rare !
— Pourquoi les hommes sont tous vieux ?
— Excellente question. Je l’ignore.
— Sept juillet 2003, j’ai posé une question à Emeric Beckett à laquelle il n’a pas su répondre.
— Ne te moque pas trop ! ricana-t-il.

La musique folklorique des nixes fut saluée par des applaudissements tonitruants avant que la mascotte indienne ne fasse son entrée. Elle éblouit les spectateurs qui, pour la plupart, voyaient cette créature pour la première fois avec leurs mirettes écarquillées.

— Woh ! lâcha Kate, impressionnée.

Elle étudia quelques secondes l’immense cheval à sept têtes qui venait de surgir, tenu par trois sorciers. La bête, au pelage blanc et chatoyant, devait bien mesurer deux mètres de haut à la croupe. Elle avait été apprêtée avec une selle en tissu brodée d’or et décorée de pompons vert, jaune et rouge. Mais surtout, elle déployait deux ailes au-dessus d’elle, d’une envergure phénoménale.

— Je n’aurais jamais pensé en voir un ! souffla Emeric. Ils sont très rares !
— Tu sais ce que c’est ?
— Un uchchaihshravas.
— A tes souhaits.
— C’est vraiment son nom. C’est un uchchaihshravas.
— Euh. J’ai juste entendu « ch-ch-chu-chra-ch-che-veu ». En tout cas, il est beau ! Tu crois qu’on peut le monter ?
— Hm, non. Pour les protéger, les indiens ont créé une légende à ce propos. Comme quoi monter un uchchaihshravas pouvait compromettre ta prochaine réincarnation. Ils préfèrent les laisser tranquilles.
— Mais s’ils sont si rares… pourquoi accepte-t-on d’en emmener un ici ? Attaché et montré comme un animal de cirque ?
— Oh, crois-moi, Kate ! Si cet uchchaihshravas avait eu envie de partir, il l’aurait fait. Ce sont des créatures très intelligentes. Certains disent qu’ils peuvent lire dans tes pensées. Il a dû être mis en confiance quand ils l’ont trouvé. Et ils le relâcheront sûrement.

Puis, l’immense panneau magique d’affichage effaça ses dernières publicités pour laisser émerger deux chiffres zéro en-dessous du nom de chaque équipe. Kate trépidait sur son siège :

— Ça va commencer ! Ça va commencer !

Emeric sourit de la voir dans un tel état d’excitation. À l’image de leurs mascottes, les Allemands furent les premiers à jaillir de la porte, volant à courte distance les uns des autres, comme une flèche. Leurs tenues noir et rouge leur donnaient des airs stricts, féroces. Sous le bruit résonnant des tambours des nixes, qui dansaient de plus belle, les Allemands entreprirent un tour de stade, à une telle vitesse que personne n’était capable de les suivre avec les multiplettes. Leur discipline transparaissait rien qu’à leur manière de voler, à équidistance les uns des autres, sans jamais se détourner de leur direction.

— Tu connais des gens dans leur équipe ? s’intéressa Emeric.
— Le capitaine est un monstre. C’est celui qui est devant, il est attrapeur. Ewald Feuerstein. L’une de leurs batteuses, Meike Lindeberg, est aussi l’une des plus vieilles joueuse toujours en compétition. Bon, elle n’a que quarante ans, mais c’est toujours une tuerie. Mais celle que j’attends le plus de voir ce soir, c’est la gardienne de l’Inde ! C’est leur capitaine aussi ! Adrika Khamil, tu en as peut-être entendu parler.
— Euh, peut-être.
— Elle est aussi belle qu’elle est forte en Quidditch ! Cette meuf vend du rêve… Il y a deux ans, elle a été sacrée meilleure gardienne de l’année. Vraiment, elle est incroyable. Ah ! Les voilà !

Les membres de l’équipe de l’Inde apparurent tour à tour en surgissant d’un écran de fumée provoquée au niveau des portes d’entrée. Leurs tenues à dominance verte étaient ponctuées d’orange. Plus désordonnés en apparence que les Allemands, les Indiens saluèrent leur public dans un tour de stade plus festif, s’approchant davantage du spectacle. Certains joueurs effectuaient des pirouettes sur leur balai. L’un d’eux avala même une pierre de braise de Java pour cracher de grandes flammes dans les airs.

— En tout cas, ils ont l’air plus sympathiques que les Allemands ! commenta Emeric.
— Tu comprends pourquoi Maggie est persuadée qu’ils vont perdre face à l’Allemagne ? Elle pense que ce sont des clowns ! J’aimerais bien voir sa tête, là, juste maintenant. J’imagine très bien son air dédaigneux.
— Et c’est laquelle alors, Adrika Khamil ?
— Celle avec la longue tresse, qui fait le poirier sur son balai.
— Ah, je vois !
— Je la trouve vraiment très belle !
— Elle a l’air confiante d’elle, effectivement.
— Et puis elle est toujours souriante. Dans Quidditch Magazine, ils ont fait un article sur elle, dans lequel ils racontent qu’elle est née-Moldue et que les sorciers l’ont repêché d’une vie de misère dans les bidonvilles de New-Delhi. Peut-être que ses parents ont compris qu’elle maîtrisait la magie et l’ont abandonnée.
— C’est terrible…
— En tout cas, elle s’en est vraiment bien sortie !

Quand les équipes eurent toutes deux terminé leur tour de stade, tous les joueurs prirent position tandis que la commentatrice commençait à débiter un flot de paroles incessant.

— Tu veux vraiment que je te traduise tout ? grimaça Emeric.
— Seulement le plus important. Ne t’embête pas pour moi !

Le match commença sous les applaudissements et les cris bruyants du public. Tout allait tellement vite, rien n’était comparable aux matchs de Poudlard.

— Waouh ! Les Allemands sont des flèches !
— Ils ont des stratégies bien huilées ! Mais faut voir ce que ça donne face à la défense indienne.

En effet, le joueur fut mis en déroute par un cognard bien lancé et perdit le Souaffle. Kate tentait, à certains moments, d’étudier les figures sur ses Multiplettes, qui lui déroulaient les scènes au ralenti, avec des petits commentaires en lettres d’or, jusqu’à ce qu’un premier but indien ne l’en arrache.

— C’est piégeux, les Multiplettes !
— Tu l’as dit…

L’équipe de l’Inde déchanta bien vite, car l’Allemagne marqua deux buts dans les dix minutes suivantes. Le match se poursuivit avec la même gaieté. Kate participait avec allégresse aux « hola » qui traversaient le stade, bien que certains sorciers traditionnels autour d’elle grognaient que cette tradition moldue n’avait rien à faire dans un stade de Quidditch.
Au bout de trente minutes de match, l’exaltation retomba et Kate continua de suivre le match, mais avec l’idée de tenir la conversation avec Emeric en même temps.

— J’ai parlé avec Vilma, tout à l’heure, lui sourit-elle.

Bien qu’il sache ce fait, Emeric ne put s’empêcher de rougir. Cette réaction accentua l’amusement de Kate, qui devinait là quelques secrets gênants.

— Il s’est passé quelque chose entre vous à Durmstrang ?

Le jeune homme s’accorda quelques secondes de réflexion avant de répondre :

— Elle m’a embrassé à plusieurs reprises.
— Voyez-vous ça ! Mister Beckett est un petit cachotier. Tu dis ça comme si toi, tu ne l’avais pas embrassée !
— Je crois que Vilma voulait tenter sa chance. Mais ce n’est pas ce que je voulais.

Au regard qu’il lui adressa, Kate comprit qu’Emeric craignait qu’elle ne le prenne mal. Pour le rassurer, elle haussa les épaules.

— Tu faisais ce que tu fais. Tu sais, de mon côté, je sortais avec Griffin. On avait chacun notre vie. Et tu avais le droit de faire quoi bon te semblait!

Malgré ses paroles, Kate sentit un pincement au cœur, qu’elle refusa d’assimiler à de la jalousie. Elle préféra de suite embrayer :
— Je crois d’ailleurs que Vilma a essayé de me draguer.
— Cela ne m’étonne même pas ! ricana Emeric.
— Ça a l’air d’être un sacré caractère ! Tu n’as pas du t’ennuyer à Durmstrang.
— Vraiment pas. Elle voit la vie à travers un prisme très différent du nôtre. Et ce n’est un mal, au contraire.
— Tu me diras, je pense que je ne vois pas non plus la vie comme tout le monde…
— Vrai…

Emeric n’avait pas envie d’aborder ce sujet avec Kate en plein milieu d’un match de Quidditch. Cela aurait plombé l’ambiance plus que nécessaire.
— C’est un peu pour ça que j’aimerais voyager et devenir archéologue, poursuivit-il pour effacer leurs dernières paroles. Découvrir le monde des sorciers à travers d’autres regards, d’autres traditions. Avoir un œil neuf sur toutes ces choses que l’on pense acquises. L’erreur serait de croire que l’on sait tout sur tout. C’est faux. Il y aura toujours des choses à découvrir, même au-delà du visible.
— C’est beau, souffla-t-elle, sincère. C’est en tout cas bien plus noble que moi !
— En tant que Nettoyeuse tu veux dire ? Ça n’a rien à voir. Mais c’est très brave aussi. Mettre ta vie en péril pour sauver des gens. Qu’ils soient moldus ou sorciers. Je trouve ça vraiment très courageux. Je t’admire.

Cette fois, ce fut au tour de Kate de rougir. Ils échangèrent un long regard. La jeune fille avait bien envie de l’embrasser pour le remercier, mais ses paroles de l’année dernière lui revenaient en mémoire. Elle ne devait pas aller trop vite en besogne. Elle se reconcentra alors sur le match.
L’écart de score était vraiment serré, avec un avantage pour l’Allemagne. Mais tout pouvait encore se jouer, si l’Inde attrapait le Vif d’Or en premier. La foule s’excita tout à coup.

— Que se passe-t-il ? demanda Kate, à deux doigts de se lever, ne comprenant rien aux commentaires allemands.
— Ils auraient aperçu le vif d’or ! Ils veulent attirer l’attention des attrapeurs.
— Mais… si le commentateur annonce ça… en allemand en plus ! Ça va donner un avantage à l’Allemagne ! L’attrapeur va comprendre ! Ça se trouve, pas l’Inde !
— Je ne me penche pas sur les détails du style.

Hélas pour l’équipe rouge, l’attrapeur ne parvint pas à localiser la bille dorée malgré les cris des spectateurs et les deux joueurs repartirent en quête de la balle décisive.
Le bruit ambiant commença à assourdir Kate. Les lumières du stade lui semblèrent de plus en plus éblouissantes, de plus en plus agressives. Sa tête commença à bourdonner. Mais elle s’inquiéta bien davantage quand elle aperçut sa main, posée à côté d’elle sur le banc, qui tremblait, de laquelle émanait un léger halo blanc. Elle referma ses doigts en un poing en espérant réprimer le flux d’Immatériel.

— Ça va ?

Elle sursauta en entendant la question soucieuse d’Emeric. Comment avait-il pu deviner ce qu’il se produisait ?

— Ça va, souffla Kate. Ce n’est rien. J’ai juste un peu chaud.

Mais elle refusait l’assaut des yeux inquiets d’Emeric. Elle se leva et s’expliqua :

— Je vais juste prendre l’air quelques minutes. Et essayer de me chercher quelque chose à boire. Je… je te ramène quelque chose ?
— Non, ça ira. Tu es sûre que tu ne veux pas que je t’accompagne ?
— Je suis une grande fille. Et il faut quelqu’un pour nous garder les places. Je reviens…
— D’accord.

Après un dernier sourire un peu fébrile, Kate quitta les gradins. Descendre les escaliers lui parut être une torture. Toute la structure en bois et en métal tremblait sous les à-coups des spectateurs qui manifestaient leur joie. Et cela résonnait en elle. Son corps semblait hypersensible à toutes ces afférences sensorielles.
Dehors, quelques spectateurs avaient eu la même idée de s’éclipser pour acheter des snacks ou des rafraîchissements sur les stands de l’entrée. Mais Kate ne s’arrêta pas. Les bras croisés contre elle, elle fixait le chemin, espérant que ses pieds ne s’en détournent pas. Elle quitta peu à peu les lumières du stade pour entrer dans la forêt plongée dans la nuit. Cela ne la calma qu’à moitié, car le silence permit à ses pensées intérieures de prendre plus de place encore.
Des éclats rouges apparaissaient devant ses yeux. Elle revoyait Will agonisant dans le salon. Ses poignets la faisaient souffrir ; pourtant, les marques des liens d’Electra avaient disparu. Mais surtout, elle entendait en écho les pleurs de cette mère qui ne se souvenait plus d’elle. Qu’avait-elle fait ça pour mériter tout cela ? Sa vie ne semblait plus avoir de sens, si c’était pour faire souffrir sa famille. Tout ça était de sa faute. Parce qu’elle s’échinait à vouloir vivre, ses proches en payaient le prix.
Kate finit par retrouver le chemin jusqu’aux falaises et rentra dans sa grotte. Les torches magiques s’enflammèrent d’elles-mêmes. Et la jeune fille s’assit sur un tapis. Elle ne voulait plus faire subir ça à qui que ce soit. Peut-être culpabilisait-elle de profiter de sa vie d’adolescente, alors qu’à la maison, au même moment, son père devait passer sa soirée seul, à ressasser ses idées noires en gardant Abby. Elle ne méritait pas de s’amuser…
Elle se recroquevilla, les bras autour de ses jambes. Et alors qu’elle marmonnait quelques lamentations, elle ne se rendit pas compte qu’une bulle d’Immatériel s’érigea autour d’elle. Comme un cocon protecteur.
Dans les gradins, Emeric s’inquiéta vite de l’absence prolongée de Kate. Cela faisait désormais quinze minutes qu’elle était partie. Il entreprit alors de vérifier aux abords de l’entrée : mais Kate n’était pas là. Il ne la trouva pas non plus à l’orée de la forêt et personne ne répondit à ses appels. De plus en plus soucieux, il grimpa jusqu’à sa place, attrapa ses multiplettes et localisa les filles de Gryffondor. Il partit les rejoindre en utilisant les raccourcis sous les gradins pour traverser le stade.

— Hé !
— Ah, Beckett ! bondit Moira. Tu m’as fait peur, je ne m’attendais pas à te voir !
— Kate est passée vous voir ?
— Non, répondit Scarlett avec une petite voix. Pourquoi, elle aurait dû ?
— Je ne la trouve plus. Elle a disparu.
— Qu’est-ce que tu lui as fait, encore ? nasilla Moira.
— Rien. Elle ne se sentait pas bien. Elle est sortie prendre l’air et je ne la trouve pas… Je pourrais emprunter l’une de vos clés ? J’aimerais vérifier qu’elle est bien dans votre chambre.

Les trois filles échangèrent un regard, puis Suzanna décrocha sa rune de son poignet.

— Prends la mienne. Je sais que Scarlett ne voudra pas te donner la sienne, elle aurait trop peur que tu la perdes !
— Hé !
— Merci ! Je vous la rends tout à l’heure, promis.

De nouveau, Emeric sortit du stade en quatrième vitesse et trotta à travers la forêt pour rejoindre les falaises. Sur son chemin, il ne trouva aucune trace de Kate. La clé dans sa poche, il se jeta dans le vide et fut intercepté par la magie pour entrer dans la grotte attribuée aux filles. Ce qu’il vit alors le troubla.

— Kate… ?

Il aperçut la silhouette en boule de Kate à travers la bulle blanchâtre et illuminée, qui semblait très vivante. Prudent, il s’approcha, se demandant si elle pouvait l’entendre à travers.

— Kate, c’est Emeric, murmura-t-il d’une voix douce, pour ne pas la brusquer. Je suis là.

Il s’accroupit, n’osant s’approcher, comme il tenterait d’apprivoiser un animal sauvage. Toucher la bulle lui parut être une idée insensée.

— Je suis là pour toi.

Sa voix parvint aux oreilles de Kate, qui crut presque à un rêve. Emeric. Non, elle ne voulait pas le blesser. Elle ne voulait pas l’impliquer dans tout cela… Elle refusait qu’il subisse les mêmes dégâts. Car elle ne se pardonnerait jamais de le faire souffrir davantage.
La bulle gagna en taille, en épaisseur, de plus en plus opaque. Et Emeric, vigilant, recula d’un pas. Il comprit que la jeune fille ne voulait pas de sa présence ici.

— D’accord, Kate, souffla-t-il en gardant son calme. Je vais sortir. Je reviens tout à l’heure.

Il s’exécuta pour ne pas la froisser davantage. Mais Emeric ne pouvait pas décemment la laisser seule dans cet état. Il retourna vers le stade, dans lequel le match continuait de se jouer, plus d’une heure et demi après le coup d’envoi. Cette fois, il ne se rendit pas à la rencontre des filles de Gryffondor : Maggie et Terry s’étonnèrent de le voir débarquer aussi essoufflé.

— Tiens donc, Beckett. Que nous vaut l’honneur de ta présence ?

Terry fut plus perspicace :

— Kate va bien ?

Il ne fut pas rassuré de voir Emeric secouer la tête. Le Serdaigle s’accorda quelques secondes pour reprendre son souffle avant de leur expliquer :

— Kate… elle est dans sa chambre. Elle ne va pas bien. Elle s’est enfermée dans une bulle magique.
— De l’Immatériel ? trembla Maggie. Et tu l’as laissée seule ?
— Elle ne veut pas de moi.

Son regard bleu et déterminé la fixa :

— Elle a besoin de ses meilleurs amis.

Maggie se pinça les lèvres, observa un instant le match qui continuait de se jouer, puis se leva sur ces mots :

— Allons-y, Diggle.

Ils partirent tous les trois emprunter les clés restantes aux filles de Gryffondor, malgré les réticences de Scarlett à céder la sienne, et se rendirent ensemble vers les falaises. Terry, dont la moustache magique venait de tomber, observa Maggie en tête de file, qui ne détournait pas les yeux de son objectif. Cela le toucha de constater qu’elle était prête à renoncer au possible dénouement du match de la Coupe du Monde qu’elle avait tant attendu pour se consacrer à sa meilleure amie.
Ils descendirent dans la grotte et retrouvèrent Kate dans le même état. La bulle avait continué de grossir, de gagner en intensité. Les flammes des torches paraissaient plus puissantes que la normale.

— Restez en arrière, murmura Maggie à l’intention des deux garçons.

Puis, elle s’approcha lentement de Kate, toujours lovée sur le tapis.

— Kate, c’est Maggie.

La jeune fille s’assit à son tour sur le tapis, à distance de la bulle, mais assez proche pour se faire entendre.

— Je sais que… que je n’ai pas été toujours là pour toi dernièrement. J’avais envie d’être un peu égoïste, mais je n’aurais pas dû. Je n’aurais pas pensé que ça aurait pu te faire du mal… J’aurais dû être là pour toi, dès le début. Venir te voir à l’hôpital. Venir te voir chez toi. Ne jamais te laisser seule… Je t’ai mise de côté. Je pensais que tu n’avais pas besoin de moi. Mais je me suis trompée. Je suis vraiment désolée, Kate.

Très lentement, la bulle commença à décroître, à se brésiller. En arrière, Emeric et Terry observaient la scène, anxieux, prêts à intervenir si nécessaire.

— Mais je ne t’ai jamais menti, poursuivit Maggie avec un sourire peiné. Tu sais très bien que ce n’est pas dans mon caractère. Quand je t’ai dit que rien, qu’aucune magie ne nous séparerait, je le pensais vraiment. Je suis et je serai toujours là pour toi. Je sais que tu as beaucoup perdu… Mais tu ne perdras jamais ta meilleure amie. Je t’en prie… Laisse-moi entrer. Laisse-moi t’aider.

Aussitôt, la bulle éclata dans des milliers de particules lumineuses. Sans précipitation, Maggie se traîna jusqu’à Kate et la prit dans ses bras. La jeune Papillombre semblait comme catatonique. Elle n’était qu’un corps sans vie qui ne cessait de pleurer, que Maggie continuait à bercer en silence.

— Terry…

Maggie lui adressa un regard en chuchotant.

— Donne-moi ta clé, s’il te plait. Je vais aller dormir avec Kate dans notre chambre.
— Pas de souci. Tu veux que je t’aide ?
— Ça devrait aller… Allez, Kate. Viens. Je vais t’aider à te lever. Regarde. On va faire un échange de runes avec Terry. Ça va aller, d’accord ? Je resterai avec toi cette nuit.

Quand elles eurent toutes les deux quitté la grotte, Maggie supportant le poids de Kate, atonique, le regard dans le vide, peinant à tenir sur ses jambes, Terry soupira :

— Ça va aller ?

La question était adressée à Emeric, tourmenté.

— Je n’ai pas pu l’aider, marmonna-t-il.
— Si. Tu l’as fait. Tu es venu nous chercher. Tu savais que Kate avait besoin de Maggie, tu l’as senti. Ne t’en fais pas… Ensemble, on fera en sorte qu’elle aille mieux. On sera là pour elle.

Malgré les paroles du Poufsouffle, Emeric se sentit impuissant. Lui qui avait pensé que son année à Durmstrang lui aurait permis d’affronter ses appréhensions et d’aider Kate, il eut l’impression d’être floué. Mais il trouverait un moyen, il se le promit.
Il était prêt à tout pour la sauver.

Note de fin de chapitre :

Voilà ! J'espère que ce chapitre vous aura plu ! J'ai adoré imaginer un lieu totalement nouveau, une fois encore. Mais les photos des falaises de Rûgen m'ont trop vendu du rêve... Coeur coeur coeur.

Puis je vous vois, en train d'imaginer un plan à trois avec Vilma ! Ahaha ! xD (si tu sais pas qui est Vilma, c'est que tu n'as pas lu SPAIR, alors tu vas sur mon profil et tu lis cette merveilleuse histoire (j'me balance des fleurs))

Si je mets autant de temps pour écrire en ce moment, ce n'est pas parce que LMA ne m'inspire plus. Vraiment pas ! Au contraire. Mais mon livre de fantasy a enfin une date de sortie : le 26 mai. Vous pourrez me retrouver à mon stand, sur le salon des Rencontres Chimériques à Egly (région parisienne). La première fois que je dédicacerai en tant qu'auteur, mama ! Du couuuuup, j'ai BEAUCOUP de préparatifs en cours. Et j'ai déjà pas de vie, de base, donc là, j'en ai encore moins (à comprendre, je commence à grignoter sévère sur mes heures de sommeil, ahahahaha) Toutes les infos sur mon site fleursdopale point com. VOILA.

Du coup, je vous avoue que je n'ai AUCUUUUNE idée de la date de parution du prochain chapitre. Vraiment aucune... Bientôt, j'espère ! Courage ! J'espère que vous me comprendrez ! (je me rattraperai après la sortie !)

J'espère que ce chapitre vous aura plu ! Et à bientôôôôôôt ! MERCIIII !

Poster une review rend vos ongles d'orteils tellement plus beaux.

 

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