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News

91ème édition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 91e édition des Nuits d'HPF se déroulera le vendredi 26 juillet à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.


De L' équipe des Nuits le 15/07/2019 07:42


Concours officiel - Souvenirs d'antan


C'est l'été, il fait beau, il fait chaud. Ça donne envie de partir à l'aventure vers de nouveaux horizons.


Vous sillonnez des villes, des régions, des pays, des continents entiers ! Les montagnes, la mer, rien ne vous arrête. Et puis un jour, au gré de vos périples, vous passez par un lieu qui a marqué votre enfance, votre jeunesse... bref, un temps désormais révolu.


Et vous vient alors l'envie de partager ce que ce lieu représente pour vous, de transmettre un fragment de votre vie à quelqu'un. Quelqu'un de plus jeune, qui fera vivre ce souvenir, et le transmettra peut-être à son tour.


Et c'est ce que nous vous proposons de faire vivre à vos personnages !


Venez découvrir Souvenirs d'antan, le dernier concours de l'équipe de modération d'HPFanfiction !!!

A très vite !
De L'équipe de modération d'HPFanfic le 05/07/2019 23:56


Sélections du mois


Sélections du mois ~ JUIN 2019

Bonjour HPFiens !

L'Équipe des Podiums félicite avec enthousiasme Awena, mariye et Melfique pour le succès de leurs fanfictions pour lesquelles le peuple a voté et qui se verront ornés d'une SUPER vignette.

Pour le mois d'août, le thème Féminisme a été voté (et a écrasé ses concurrents…). Comme d'habitude, vous êtes invités à proposer vos textes en vous rendant ici ou bien en répondant à cette news.

Les votes autour du thème Couples improbables étant cloturés, nous vous informons que ceux pour le thème de Juillet viennent d'être ouverts : le thème Voyages y est à l'honneur ! Vous pouvez dores et déjà lire les textes, les reviewer et voter pour vos fanfictions favorites en vous rendant ici.

L'équipe des Podiums vous souhaite une bonne journée !


De L'équipe des Podiums le 03/07/2019 07:33


12ème Edition des Nuits Insolites


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 12e édition des Nuits Insolites se déroulera le VENDREDI 5 Juillet à partir de 20h. N'hésitez pas à venir vous inscrire !
Les modalités de participation sont disponibles sur le même topic.

A très bientôt !
De L' équipe des Nuits le 28/06/2019 22:07


Assemblée Générale 2019


Chers membres d'HPF,

L'Assemblée Générale annuelle de l'association Héros de Papier Froissé, dont dépend Harry Potter Fanfiction, est ouverte depuis hier soir 18h, et se terminera ce dimanche 16 juin à 22h. Les discussions et votes se font ici. Vous êtes évidemment les bienvenus, même sans être inscrits sur le forum !

A bientôt sur un de nos sites, ou lors de cette AG !
De Le Conseil d'Administration le 15/06/2019 21:27


90e Édition des Nuits d'HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 90e édition des Nuits d'HPF se déroulera dusamedi 22 juin 20h au dimanche 23 juin 19h59 Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic. et celui-ci.


De L'Équipe des Nuits le 13/06/2019 16:19


Ludo Mentis Aciem par Ielenna New!

[1174 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

HELLO mes spätzles en flammes !

Voici le chapitre. Encore un peu "tranquille", il se déroule sur une seule journée entière, un peu particulière dans l'année de Kate. Mais c'est bon. A partir du prochain, on rentre dans le vif du sujet et de l'action, on n'en ressortira pas avant longtemps, donc profitez.

Au programme, le retour de Wolffinou, celui de Morgana et une danse un peu ridicule.

Bonne lecture !

L’aube se leva bien après son réveil. Mais Kate avait profité des premiers rayons de soleil pour commencer sa journée sur une série de pompes, de crunchs et d’étirements, suivie d’un jogging. Cela lui vidait la tête. Les courses sur les rives du lac noir lui faisaient un bien fou. Et elle devait se maintenir en forme pour ses objectifs. Le rêve de devenir Nettoyeuse était encore aux devants.
Cela faisait maintenant une semaine que les cours avaient repris. Même après les BUSES, les professeurs ne leur laissaient aucun répit. Et pour Kate qui avait validé toutes ses matières, la multiplication des cours commençait à devenir difficile à suivre. Elle se félicita de ne pas avoir intégré les filières spécialisées d’enchantement et de soins magiques, que l’on proposait aux élèves ayant eu des E en sortilèges ou en potions. Cependant, les cours en classe avaient vu leur nombre d’élèves bien réduits, selon les réussites des uns ou des autres. À la surprise de beaucoup, une majorité d’élèves avaient brillement passé l’examen de métamorphose : beaucoup savaient que Wolffhart les avait préparés à un niveau autrement plus difficile et que l’examen n’avait constitué qu’une épreuve mineure dans le parcours des BUSES.
Après son effort physique, Kate prit un bain frais dans les salles de bains magiques de Papillombre et remonta à la Grande Salle, quasiment déserte. Elle étira un sourire en reconnaissant une petite chouette, plus à l’avance que les autres, qui l’attendait sur une table, gobant des raisins dans l’attente de sa maîtresse.

— Salut, Littleclaws !

La chouette criailla quand elle se percha sur l’avant-bras que Kate lui proposa, tout en s’asseyant à la table, qui était en réalité celle des Serpentard. Mais le volatile refusa sa caresse : elle restait un oiseau très sauvage, qui n’appréciait que les contacts de son véritable maître.
Kate lâcha un sourire ému en déroulant le dessin enfantin de sa sœur. Abby avait représenté toute la famille en bonhommes patate, sous un soleil avec un visage approximatif. La petite était au milieu, entourée par ses parents. Kate, quant à elle, avait été dessinée sur le côté, avec une écharpe violette et une baguette magique, près d’un château bancal, qui devait être une illustration de Poudlard. La voiture de Phil était aussi présente sur le dessin, sous la forme d’une boîte noire pourvue de deux ronds qui faisaient office de roues. Kate se promit de l’accrocher dans sa chambre.
Une lettre de son père accompagnait le dessin d’Abby :

« Coucou ma chipie,
Tout va bien ici. Abby décime des forêts par centaines chaque jour. Elle ne s’arrête jamais de dessiner ! Elle tenait à t’envoyer celui-là. On passera sur le fait que je n’aie que trois poils de cheveux sur la tête. La journée, elle va chez les Wayne, ça se passe bien. Le boulot est assez prenant en ce moment. On doit s’occuper d’un ganipote qui nous échappe à chaque fois. Ce con est rusé. Je te laisserai aller chercher ce qu’est un ganipote si tu ne sais pas ce que c’est.
Même si je sais que cela sera compliqué aujourd’hui, essaie de passer une bonne journée.
Je pense fort à toi. Prends soin de toi.
The best dad in the world »

Elle reposa sa lettre, le cœur lourd. Aujourd’hui, c’était l’anniversaire de Grace. Mais Kate ne pouvait pas le lui souhaiter. Le temps qu’elle ferme les yeux, quelqu’un l’arracha à ses pensées :

— Tu n’es pas à la bonne table.

Surprise, Kate releva la tête vers Morgana, le regard neutre.

— Que je sache, le matin, on peut s’asseoir où on veut, répliqua Kate.
— Certes, répondit Morgana en haussant les épaules.

Alors, la Serpentard prit place à côté d’elle, sans que Kate ne réagisse.

— Très belle œuvre de ta part, ironisa Morgana en observant le dessin d’Abby.
— C’est celui de ma petite sœur.
— Je me doutais. Tu m’aurais fait encore plus pitié dans le cas contraire.

Kate soupira en roulant le dessin d’Abby. Ce fut alors qu’elle remarqua l’intérêt de Morgana pour son avant-bras. D’un geste vif, mais discret, elle tira sa manche, mais elle sut que c’était trop tard. Pourtant, Morgana lui adressa une sorte de sourire étrange.

— Ne pense pas être la seule.

Remontant légèrement la manche de son pull bordé de vert et d’argent, elle révéla des marques blanchies au niveau de son poignet. Kate déglutit, à la fois embarrassée et honteuse.

— Mais crois-moi, ça ne dure qu’un temps.
— Tu me conseilles quoi alors, pour me défouler et penser à autre chose ? Essayer de tuer quelqu’un ?
— Aha. Très drôle.
— Je sais pas, si tu me dis que tu es la mieux placée pour me donner des conseils, autant que je te prenne en exemple.
— Whisper est en forme aujourd’hui, à ce que je constate.

Morgana se servit une tasse de thé à l’aide de sa baguette magique : elle avait toujours été douée pour les sortilèges.

— Mais arrête de penser que tu es la seule au monde à souffrir. Tout le monde souffre. Sous ses belles apparences, ce monde est pourri. Il faut juste savoir si tu es assez courageux et fou pour y survivre. Mais tu serais égoïste de croire que tous les malheurs s’abattent sur toi.

Kate devait admettre que la situation de Morgana n’était pas la plus enviable : son père, ancien Mangemort, était à Azkaban à perpétuité, sa mère, devenue alcoolique, ne s’occupait plus d’elle, voire la maltraitait. Seul le retour de Merrick lui avait permis de tenir le coup. Cela l’avait peut-être même sauvée.

— Tu vas travailler sur quoi, pour le devoir de sortilèges ? changea-t-elle de sujet.
— Les sortilèges en lien avec l’élémentaire, grommela Morgana.
— C’est très ambitieux !
— Et toi ?
— La manipulation cérébrale. Les sortilèges d’oubliettes, amnésiques, tout ça…

Kate se servait de ses dossiers pour effectuer des recherches qu’elle pouvait mettre en pratique avec sa situation. Elle continuait de croire qu’il existait à moyen de rendre à Grace ses souvenirs.
Morgana hocha la tête et replongea dans son thé. Le silence leur convint tout à fait.
Elles se rendirent ensuite ensemble à leur cours de botanique, en duo Serpentard – Gryffondor, auquel Kate était greffée en tant qu’unique Papillombre. Maggie n’étant plus assignée à cette matière et les deux autres filles de Gryffondor restantes en botanique, Scarlett et Moira, formaient déjà leur binôme. Sans se poser la question, Kate s’associa à Morgana. De l’autre côté de la paillasse, cela éveilla l’intérêt de Calypso Curtiss. La Serpentard avait tant de fois mis la jeune fille en garde contre Morgana : cette persévérance la dépita. Kate le devina à son soupir qui retentit dans la serre.

— Aujourd’hui, nous allons récolter des racines de corocie, annonça le professeur Londubat. La corocie est une plante d’apparence innocente.
— Et celle-ci est immobile comme devrait l’être une plante, entendit Kate chez les garçons de Serpentard.
— On la trouve en Asie du Sud-Est, dans les forêts tropicales. Elle se confond très bien dans la végétation dense. Quelqu’un aurait une idée à quoi servent ses racines ?

Plusieurs mains se levèrent pour proposer une réponse, dont celle de Scarlett, souvent incollable quand il s’agit des ingrédients de potions. Mais un phénomène notable se produisit : Morgana leva le bras d’un geste lent. Kate écarquilla des yeux, tout comme nombre de camarades et ce, pour une bonne raison ; Morgana ne participait jamais en classe. Cela étonna même leur professeur, qui ne put s’empêcher de l’interroger :

— Miss MacNair ?
— Tout dépend de la manière dont elle est exploitée. Coupée en morceaux grossiers, on peut s’en servir en la faisant mariner pour en récupérer la distillation. Le filtrat obtenu fait partie de la recette du Véritaserum. Utilisé à plus haute dose, en la hachant et en l’ajoutant directement au chaudron, elle peut composer la recette d’une potion chimérique. Il faut être très prudent. La racine de corocie peut tuer quelqu’un. Mangée directement, elle est mortelle.
— C’est tout à fait exact ! Je donne cinq points à Serpentard.

C’était bien la première fois que Morgana gagnait des points pour sa maison ! Des chuchotis s’échangèrent dans la salle.

— Je ne savais pas que tu étais forte en botanique, lui glissa Kate.
— Optimal en botanique et en potions, Whisper, grogna Morgana, avec, cependant, un petit air fier mal dissimulé.
— En fait, tu es une bonne élève refoulée !
— Whisper, ne me fais pas regretter…
— Oui, d’accord, je me tais !

Les élèves de sixième année durent faire extrêmement attention dans leurs manipulations. Découvrant les racines à l’aide de brosses et de pinceaux, ils avaient interdiction de les toucher avec les mains. La matière n’était pas spécialement corrosive, mais si la substance se propageait, sur de la nourriture manipulée, par exemple, cela pouvait avoir des effets dangereux. Neville raconta ainsi que, deux ans auparavant, un malheureux avait été tellement désinhibé qu’il avait insulté McGonagall de vieille chouette devant un certain nombre d’élèves, avant de descendre son pantalon pour exposer sa lune en public. Il avait écopé d’une punition exemplaire : il avait été contraint de tondre la pelouse du terrain de Quidditch. À la faucille. Sous la pluie.

— Tu es trop brusque, fit remarquer Morgana. Si tu abîmes la racine, elle sera inutilisable. Elle sèchera trop vite si elle se vide de son suc.
— Je fais ce que je peux avec ma gaucherie, d’accord ? rétorqua Kate. Et on ne se moque pas des handicapés !

Morgana soupira et la poussa légèrement pour lui montrer, avec une expression agacée :

— Pars toujours de l’intérieur. En faisant des tours. Comme ça. Tout doucement. Ne frotte pas comme une brute, dans le sens de la racine.

Elle ajouta dans un sourire :

— Mais c’est un truc de Whisper d’être des brutes.
— Des Nettoyeurs, nuança Kate. Et les MacNair d’être plus gentils avec des morceaux de bois qu’avec des êtres humains ?

Au détour d’une conversation avec Merrick, elle avait appris que l’ancien Mangemort avait longtemps nourri le rêve de fabriquer des balais volants. Morgana accueillit la pique avec un haussement d’épaules.
Elles récoltèrent toutes les deux près d’une vingtaine de racines et Neville Londubat les félicita pour leur travail.
Les chemins de Kate et Morgana se séparèrent durant le cours suivant, pour la métamorphose. Cette fois, elle s’installa aux côtés de Terry, qui ne sut pas vraiment comment il était parvenu à obtenir un Acceptable aux BUSES de cette matière. Retrouver Wolffhart après les révélations qu’elle avait eues via les souvenirs de son père et la discussion partagée avec Sigrid semblait très étrange aux yeux de Kate. Elle ne le voyait plus tout à fait comme le même homme. Elle se rappelait du Wolffhart jeune qui était apparu dans cette même salle, deux ans en arrière, quand il leur avait expliqué le principe du sort d’Âge Intemporel. Oui, Wolffhart avait eu une vie derrière lui, bien plus fournie que celle de la plupart des mortels. Il avait été un jeune homme, il y avait des décennies de cela. Pire, il avait été un père, mais ne pouvait plus prétendre à ce titre aujourd’hui. Par quelles souffrances avait-il pu passer ?

— Kate, ça va ?

La question de Terry l’arracha de ses rêveries.

— Désolée, j’avais la tête ailleurs… ! marmonna-t-elle en sortant son livre en toute hâte.

Elle croisa le regard d’Emeric, quelques rangs plus loin, mais le chassa en se ré-intéressant à sa plume et son encrier.

— Pourquoi tu te comportes comme ça ? lui demanda Terry, qui avait remarqué cet échange furtif. Je croyais que ça se passait bien. Et il m’a dit que tu voulais lui parler.
— C’est juste que… pas maintenant.
— Je vois que les mauvaises habitudes ne se perdent pas, résonna la voix tonitruante de Wolffhart, qui avait perçu les chuchotis dans la salle de classe.

Aussitôt, tout le monde se figea ; on entendait les mouches voler. Wolffhart se leva alors de sa chaire et observa sa classe avec dédain, les bras derrière le dos.

— Gut. Je constate avec un mépris ouvert que beaucoup entre vous sont assez masochistes pour poursuivre cette matière, à la suite de vos prouesses relatives lors de l’examen des BUSES…

Il descendit les marches qui séparaient l’estrade des tables et déambula dans les rangs. Aucun de ses gestes ne faisait de bruit, il semblait se déplacer comme le ferait un fantôme.

— D’une certaine manière, je me réjouis de voir que vos efforts ont été remarqués par cette bande de pigeons administratifs qui ne savent plus de quoi ils parlent. Qui ne connaissent plus rien de l’art de la métamorphose. Combien êtes-vous aujourd’hui… trente-trois ? Hm. Une large majorité. Je suis presque ému de constater que même vous, Herr Ledger, êtes parvenu à répondre à leurs piètres exigences.

Marvin se raidit en sentant les yeux noirs de son professeur, juste à côté de sa table, se fixer sur lui. Pourquoi cette folie de revenir pour continuer de se faire torturer ?
Puis, Wolffhart revint se placer devant son bureau. Il huma l’air, comme appréciant la terreur ambiante.

— Gut. Qui, parmi vous, a obtenu la mention Acceptable en métamorphose ?

Une dizaine d’élèves levèrent une main tremblante. Terry en faisait partie. Chacun retint son souffle en attendant le verdict de Wolffhart.

— Sehr gut. Tous ceux qui viennent de lever la main, raus ! Je ne veux pas vous voir dans cette classe.
— Quoi ?!

Des clameurs et des chuchotis scandalisés fusèrent. Terry avait subitement pâli, bafouillant ; Maggie s’était retournée sur sa chaise, pour lui témoigner un regard atterré. Certains, résignés, commencèrent à se lever après avoir rangé leurs affaires en soufflant. Wolffhart ne réagissait pas à leur déception. Il semblait attendre quelque chose…

— Non !

Terry s’était levé en tonnant sa désapprobation. Et quand Kate aperçut l’étoile dans les yeux de Wolffhart, elle comprit son numéro : il le mettait à l’épreuve.

— Nous avons validé cette matière ! De quel droit pouvez-vous faire ça ?
— Parce que je suis votre professeur. Et que je pourrai vous transformer en taupe pour oser vous révolter de la sorte face à mes instructions. Il m’a paru pourtant être clair, Herr Diggle ?

Sa menace faisait froid dans le dos : son jeu d’acteur était irréprochable. Mais Terry ne se laissa pas intimider.

— Ce n’était mentionné nulle part qu’un Effort Exceptionnel était nécessaire pour suivre les cours de métamorphose. Aucun parchemin ne le disait. Si nous sommes là aujourd’hui, c’est que nous voulons continuer d’apprendre ! Nous avons acheté les manuels ! Et nous sommes prêts.
— Vous n’êtes pas à la hauteur.
— Nous avons encore les ASPIC devant nous. Nous avons le droit à une marge de progression encore plus importante. Professeur, nous avons travaillé dur pour ces résultats. Nous avons révisé ! Quelque part, c’est une victoire pour nous d’être ici ! Pour avoir l’opportunité de continuer, de tenter notre chance. Je suis certain que si vous nous gardez, nous réussirons.

Un silence terrible s’abattit dans la salle de cours. Puis un rictus satisfait vint poindre à la commissure des lèvres de Wolffhart.

— Rasseyez-vous, Herr Diggle.

Terry, fébrile, s’exécuta, s’écroulant à moitié sur sa chaise, encore blême. Les autres élèves n’osaient ciller, certains toujours debout, prêts à quitter les lieux.

— Soyez vigilent, votre jugement n’est pas forcément celui des personnes que vous défendez. Mais l’argument de la trace écrite était tout à fait recevable. Ne vous laissez jamais influencer par la dévalorisation que pourrait apporter la partie adverse.

Certains s’échangèrent des regards interrogateurs :

— Setzen Sie sich.
— Mais professeur… vous nous avez dit…
— Voulez-vous que je change encore d’avis, Herr Vince ?

Le Serdaigle se rassit immédiatement, sans chercher à débattre. À côté de Kate, Terry soufflait toujours. Sa meilleure amie le rassura :

— Ton plaidoyer était formidable.
— Je déteste quand Wolffhart me fait des entraînements surprises ! Il me prend au dépourvu !
— C’est là-dedans que tu excelles, Terry. Tu t’exprimes avec ton cœur ! Tu prends les choses avec beaucoup de passion et tu es prêt à tout ! Je le sais. Tu seras un excellent avocat.

Le visage de Terry reprit des couleurs et le Poufsouffle hocha de la tête, gratifiant. Wolffhart, quant à lui, embraya de suite sur le contenu de leur cours :

— Naja, quelqu’un peut-il m’expliquer en quoi consiste un sortilège de transfert sensoriel ?

Il soupira devant la main levée d’Emeric.

— Ich hätte es wissen müssen. Ja, je vous écoute, Herr Beckett.
— Le sortilège de transfert sensoriel consiste à améliorer l’un de nos cinq sens en imitant le système d’un autre être vivant, voire créer une capacité que l’être humain ne possède pas.
— Scheisse. Je dois avouer que vos définitions précises me manquaient. Auriez-vous des exemples à donner à vos camarades ?
— Oculus aquilae, pour avoir une vue perçante. Auris vespertilio. Ça nous permet d’entendre à des kilomètres de distance, voire de percevoir les ultrasons. Il existe aussi des sortilèges pour métamorphoser une partie de son corps et ainsi acquérir des compétences, comme une tête de requin, pour respirer sous l’eau, ou se faire pousser des ailes pour voler. Mais cette dernière est techniquement impossible, en regard du poids d’un être humain. Il faudrait alors des ailes de quatre mètres d’envergure chacune, ce qu’aucun animal ne possède.
— Cinq points pour Serdaigle. Bon retour parmi nous, Herr Beckett.

Wolffhart avança de quelques pas sur l’estrade, tandis que la craie enchantée commençait à inscrire seule l’intitulé du cours, que les élèves se hâtèrent de recopier, dans un bruit de grattage de parchemin à la plume.

— Comme vous l’a bien expliqué votre camarade, le seul qui, semble-t-il, soit en possession de deux hémisphères fonctionnels, les sortilèges de transfert sensoriel permettent de reproduire des capacités que l’homme ne possède pas. Il ne s’agit pas du même système que pour les Animagus, qui demande une maîtrise bien plus profonde de la magie. Ici, nous avons affaire à un tour de passe-passe ridiculement astucieux. Souvent méconnu et oublié. Oui, Fräulein Hodgson ?
— Cela ne fonctionne-t-il qu’avec des animaux ? Ou pouvons-nous récupérer des capacités d’autres êtres humains ? Voire de créatures fantastiques ?
— Les animaux restent des sujets faciles. Il n’y a pas grand-chose à récupérer de vos pairs. Notre odorat est médiocre, nos yeux sont limités, nos oreilles se détériorent vite. Sauf quand il s’agit d’entendre vos bavardages incessants. Herr Gale, vous êtes d’ailleurs prié de cesser de flatter votre voisine avec vos flagorneries adolescentes à vomir.
— Mais, par exemple, professeur, bénéficier de la même capacité de mémorisation ?
— Vous abordez là des systèmes qui n’appartiennent pas au domaine sensoriel, mais cognitif, Fräulein. Les sens dépendent d’organes spécifiques, qui font que les animaux sont sensibles aux phéromones, qui font que les orques communiquent entre eux avec un vocabulaire élaboré, qui font que les chats voient dans la nuit. La cognition, en revanche, est un mécanisme bien plus complexe, qui fait entrer en compte des aspects psychologiques d’association, de vécu. La magie ne peut reproduire cela.

Son explication en laissa certain pantois. Wolffhart s’en désespéra.

— Je constate en tout cas que certains ont déjà testé le transfert de cerveau avec des moules. Gut. Nous allons aujourd’hui lister ensemble un certain nombre de particularités sensorielles ou organiques, et imaginer sur quel animal nous baser, dégageant ainsi le sortilège qui pourrait exister derrière cela.

Ils dégagèrent ainsi des dizaines d’idées, de la langue extensible du caméléon aux capacités qu’ont certains reptiles à distinguer la chaleur, en passant par les doigts palmés de certains animaux aquatiques.
Terry en profita pour glisser un petit mot à sa voisine : ils ne perdaient pas les bonnes habitudes de leurs bavardages clandestins !

« Et donc ? Pourquoi tu ne parles pas à Emeric ? »
« Je ne sais pas. »
« Kate… »
« Quoi ? »
« Tu sais que tu peux tout me dire. »
« :) »
« N’essaie pas de m’influencer avec ce smiley. »
« :’( »
« Que veux-tu que je réponde à ça ? »
« Tu as brisé mon cœur. (smiley de coeur brisé) »
« Kate, sois sérieuse deux minutes, s’il te plaît. Pourquoi tu ne parles pas à Emeric ? »
« J’ai juste l’impression de rester centrée sur mes problèmes quand je suis avec lui. Le pauvre. Il n’a que le pire côté de ce que je peux offrir ! »
« Je pense qu’il peut comprendre le fait que ta vie ne soit pas toute rose en ce moment. »
« C’est ça le problème ! Ce n’est pas qu’il comprend : il le vit avec moi ! Et je ne veux pas le faire souffrir encore plus que ce que je ne l’ai fait. Il m’a vu mourir, il m’a vu sortir avec le mec qu’il détestait le plus… C’est toi-même qui le disais il y a deux ans ! Je le fais souffrir ! »
« C’était il y a deux ans. Maintenant, Emeric s’est endurci. Il est prêt à tout ! »
« Personne n’est prêt par rapport à ma situation ! »
« Si tu pars comme ça, aussi… »

Il y eut une pause dans leur conversation et ils en profitèrent pour consacrer quelques minutes de leur attention à leur cours.

« Et puis, on va dire que je ne suis pas d’humeur pour sortir avec quelqu’un… » poursuivit Kate.
« Pourtant, tu en aurais besoin. De quelqu’un qui t’aime pour qui tu es et qui puisse te le montrer. »
« Tu as bien vu comment ça a terminé avec Griffin. L’Immatériel m’empêchait déjà d’avoir une relation normale avec un mec, mais là, c’est fichu. »
« Pourquoi tu dis ça ? »
« Tu as vu mon corps. Dans ton appartement. Quand tu es entré dans la chambre, avant la Coupe du Monde. »

Terry fit passer le bout de sa plume sur ses lèvres, embarrassé et extrêmement prudent dans sa réponse.

« Tu restes une très belle fille, Kate. Malgré tes cicatrices. »
« Tu continuerais de sortir avec Maggie si elle était mutilée comme moi ? »
« Je continuerais à l’aimer autant, si ce n’est plus. Je ne vais pas dire que j’apprécierai ce que je verrai, ça serait mentir. Mais nous avons tous nos cicatrices. Celles qui se voient. Celles que l’on cache. Et de toute façon, quand on s’aime, on les révèle toutes. L’autre apprend à vivre avec. Je pense que d’abord tu dois apprendre, toi, à vivre avec. »
« Comment veux-tu que j’aime ce corps ?! Je déteste ce corps, et savoir le fait que je vais devoir vivre avec pour le reste de mes jours… »
« Personne ne se définit par son corps. Même si tout le monde me répète que je suis grand, même si Maggie trouve que je devrais perdre du poids, j’ai appris à m’accepter tel que je suis. Je suis l’héritage de mes parents, de leurs parents avant eux. Je porte des traits communs, des expressions. Je reflète ce que j’ai envie d’être. Quelqu’un qui aime vivre. Peu importe le fait que j’en sois peut-être un peu trop large ! Ton corps, à toi, un jour, tu verras qu’il reflète ta force et ton courage. »
« C’est ce que m’a dit Maggie. »
« Ah, tu vois. Si même Maggie te l’a dit. Mais ne laisse personne te dicter à quoi tu devrais ressembler. Il n’y a que toi pour savoir comment ton corps pourrait être en harmonie avec ce que tu as en tête. Tes convictions, ton passé… Et tout cela, la personne qui t’aimera vraiment devra l’accepter aussi. »
« Tu avances ça, mais tu disais juste avant que Maggie voulait que tu perdes ! »
« C’est un souhait qu’elle avance ! Elle devra m’accepter quoi qu’il en soit ! »

Ils n’eurent pas le temps de poursuivre avec la fin du cours.

— Pour vendredi, je vous demanderai de rédiger un parchemin sur un cas en particulier, choisi parmi ceux que nous avons listés aujourd’hui. D’analyser les organes entrant en cause et de travailler sur le sortilège nécessaire. J’en ramasserai cinq au hasard. Les travaux les plus pitoyables serviront à embaumer les cadavres des malheureux perdants… Danke für Ihre Aufmerksamkeit. Miss Whisper…

Kate soupira, se pinçant les lèvres, tournant le dos à son professeur, en entendant son nom. Il suffit qu’il n’en dise pas plus pour la maintenir immobile : elle resterait en attendant que tous ses camarades sortent. Terry lui adressa un sourire crispé avant de quitter la salle à son tour, dans les derniers, son sac sur l’épaule.

— Vous désirez me parler, professeur ?

Kate se tourna vers lui, avec l’espoir que cet entretien ne durerait pas longtemps.

— J’aimerais profiter de votre temps de pause pour discuter avec vous. Suivez-moi.

Il se dirigea vers les escaliers cachés qui menait à ses appartements et Kate poussa derechef un soupir, qu’il perçut. Il se doutait que la jeune fille aurait largement préféré être en temps de récréation avec ses amis.

— Que je sache, avança-t-il d’une voix grave, je suis toujours le directeur de votre maison. Et vous en êtes la principale préfète. Vielleicht bin ich falsch.
— Non, professeur…
— Gut. Venez.

Là-haut, Kate prit place dans ce canapé qu’elle commençait à connaître. Elle se rappelait de la nuit de l’éclipse partielle qu’elle avait passée ici. Wolffhart l’avait surveillée toute la nuit pour guetter tout débordement d’Immatériel avec l’événement lunaire. Wolffhart, prévenant, lui prépara du thé. Elle veilla cette fois à sa préparation, vérifiant qu’il n’y avait pas ajouté de potion particulière. Pour lui, il se servit un verre de Leidensnaps.

— Un verre d’alcool entre deux cours ? nasilla Kate. Je pourrais aller vous dénoncer à McGonagall.
— Faites-le, et j’accrocherai votre dépouille sur un mur avec un message d’avertissement sanglant. Mais cette fois, ça ne sera pas pour indiquer que la Chambre des Secrets a été ouverte.

La menace la fit ricaner. Wolffhart s’assit à son bureau, faisant tourner son petit verre en cristal entre ses doigts.

— Vous devez gagner la Coupe des Cinq Maisons, cette année.
— Pourquoi ça ?
— Pour éviter de terribles représailles.
— Hein ? Je ne comprends pas.
— Vous devez gagner la coupe. Qu’est-ce que vous ne comprenez pas là-dedans.
— Les raisons ?
— Doit-il y en avoir ? Cela fait maintenant six ans que vous êtes ici, dans cette école poussiéreuse, et Papillombre n’a jamais été au-delà de la troisième place.
— Professeur, nous sommes beaucoup moins d’élèves que dans les autres maisons. Nous sommes pénalisés.
— Pas cette année. Vous êtes de plus en plus nombreux. Wir werden sie vernichten…
— Cela ne suffira pas. Nous devons être bons en cours, dans notre comportement, en Quidditch…
— Ce n’est pas le cas ? Herr Matsuda vous permet de récupérer beaucoup de points, avec ses participations en cours.
— Certes. Mais Teff-… Miss Simmons nous les fait perdre quand elle insulte ses camarades devant le professeur Flitwick.
— Bâillonnez-la. Je ne vois pas d’autre solution.
— Et pour le Quidditch…
— N’ayez aucune excuse à ce propos. Vous êtes maintenant une équipe soudée, de plus en plus performante sur le terrain. Cela fait trois ans que cette équipe est constituée et elle n’a pas changé depuis. Vos trois poursuiveurs possèdent désormais de très bonnes tactiques, ensemble. Vous avez gagné en force, à la batte. Votre gardien a de meilleurs réflexes, bien qu’il ne grandisse que trop lentement. Et votre attrapeuse est… increvable et particulièrement déterminée.

Eibhlin et son goût certain pour la compétition n’avaient pas échappé à l’attention de Wolffhart.

— Cette année, il y a de bonnes chances que vous puissiez décrocher la coupe de Quidditch. Et celle de cette satanée école.

Il termina en écrasant son verre sur le bureau : le cristal se fendit et Kate en bondit de surprise. Après s’être remise de ces émotions, elle tenta une question un tant soit peu vaillante :

— Pourquoi vous voulez que l’on gagne la Coupe cette année ? D’où vous vient cette exigence ?

Une étoile brilla dans les yeux noirs de Wolffhart : cette petite avait du flair. Il soupira en s’étirant contre le dossier de son grand siège.

— Sachez, Fräulein Whisper, que cette année est ma dernière dans cet établissement.
— Quoi ?

Le mot avait jailli de la bouche de Kate de manière complètement fortuite. Son cri l’étonna elle-même.

— Mais… professeur ! bredouilla-t-elle. Vous ne pouvez pas partir !
— Il le faudra bien.
— Qui deviendra directeur de Papillombre ?
— Quelqu’un d’autre. Sûrement de moins compétent que moi.
— Et pour l’Immatériel ?

Cette fois, il ne répondit rien. Une certaine colère commença à grandir en Kate.

— Vous allez m’abandonner…
— Il n’en est aucunement question, Fräulein…
— Alors pourquoi ? Pourquoi quittez-vous Poudlard ?
— Je n’ai pas le choix, articula-t-il, détachant chacune de ses syllabes.

Bien que cet argument ne lui suffise pas, Kate n’osa pas le contredire. Elle serra le poing contre elle.

— Buvez votre thé, lui intima Wolffhart.
— Vous savez où vous pouvez vous le mettre, votre thé ? s’exclama-t-elle, furibonde.
— Hm. Si je n’avais pas le grand désir de voir cette maison gagner cette année, je vous aurais enlevé vingt points, pour votre allusion vulgaire.
— Vous m’abandonnez !
— Nein ! répéta-t-il, cette fois avec une voix plus puissante. Et arrêtez de tout faire tourner autour de votre petite personne ! Vous n’êtes pas le centre du monde !

Il attendit que la jeune fille se calme pour poursuivre :

— Je serai toujours présent pour vous aider.
— Sans être à Poudlard ? Je ne vois pas comment cela pourrait être possible…
— Vous avez sérieusement besoin que je vous torture ici, dans cet établissement vétuste, pour vous sentir mieux ? Hm. Il y en a qui apprécient ça, la torture, mais je ne comprendrai jamais vraiment…

Il se servit un nouveau verre de Leidenschnaps. Kate se demanda si Wolffhart avait déjà mené un cours en étant ivre de son breuvage hautement alcoolisé en buvant ainsi entre deux classes…

— Si je ne suis plus là l’an prochain, c’est justement pour vous venir en aide. Vous pensez vraiment que les artefacts de Königen Maëva se trouvent dans ce château ?
— Vous… partez pour retrouver les reliques de Maëva ? Mais… le tombeau. On ne peut pas l’ou-…
— Avez-vous une solution plus réaliste ?
— Quelqu’un devra le payer de sa vie pour ouvrir cette porte !
— Et d’autres mourront si vous devenez ce que la prophétie avance. La solution est derrière cette porte. Rien n’est dû au hasard… Si les indices se multiplient, c’est qu’il existe une raison, mais vous persistez à garder les yeux fermés sur tout cela. Trop concentrée sur vos problèmes… Oui. Quelqu’un mourra en ouvrant ce tombeau, si quelqu’un doit payer d’une dette de sang. Mais si cela nous permet de sauver d’autres vies, de sauver votre vie… Ja. Nous devons essayer.
— Je refuse que quelqu’un meure pour moi…
— Vous allez devoir vous faire à l’idée que, quoi qu’il arrive, des gens seront prêts à se sacrifier pour vous. Que beaucoup ne resteront pas indemne. La vie est dure, et particulièrement injuste pour vous. Mais vous avez un destin exceptionnel. J’ai conscience que nous vous demandons quelque chose de très difficile. Que vous allez en souffrir, que vous en souffrez. Mais nous sommes là pour vous aider. Vos amis, vos professeurs. Plus vite vous vous ferez à l’idée que cela est inévitable, mieux vous pourrez le vivre. C’est terrible dit ainsi, mais c’est la vérité.
— Je pense que vous ne vous rendez pas compte…

Kate s’était mise à gronder.

— Ce que c’est, de vivre tout cela… De provoquer tout ça. Je me hais… Je me déteste pour tout ce qui arrive à cause de moi !

Au même moment, Wolffhart siffla son second verre et le fit claquer si fort que, cette fois, il se brisa en morceaux entre ses doigts. Mais Kate le défiait d’un regard empli de haine. Haine qu’elle se dédiait en vérité. Alors, son professeur se leva. Si lentement que chaque geste détaché éveilla un frisson chez la jeune fille, qui l’observa ensuite attraper sa baguette, posée sur son bureau. Elle ne comprit pas la formule qu’il prononça. Mais tout à coup apparut à côté de Kate une silhouette, qui se matérialisa. La jeune fille hoqueta : elle se reconnut. Assise sur le fauteuil, une petite Kate, âgée de dix ou onze ans. Celle qu’elle avait été en arrivant à Poudlard, cinq ans auparavant. Une Kate pleine d’innocence et d’espoir, sur le visage de laquelle le sourire était naturel, omniprésent.

— Qu’est-ce que…
— Dites-lui, asséna Wolffhart.

Kate tourna vers lui des yeux plein d’incompréhension. Ses joues restaient rouges de colère.

— Dites-lui, à cette gamine.
— Lui dire quoi ?
— Dites-lui qu’elle est ignoble !

Le regard tout de suite plus peiné, Kate pivota vers son double, toute tremblante.

— Dites-lui qu’elle mérite de mourir !
— Je… Je…
— Dites-lui que sa vie ne sera qu’un ramassis de malheurs !
— Je ne peux…
— Dites-lui que ses rêves ne se réaliseront pas !
— Je ne peux pas…
— Dites-lui qu’elle est immonde !
— Je ne peux pas !
— Dites-lui qu’elle est moche ! Dites-lui qu’elle ne mérite pas d’être aimée !
— JE NE PEUX PAS !

Le hurlement de Kate, en pleurs, mit fin aux propos de Wolffhart. Un silence, ponctué de sanglots, traversa le bureau.

— So. Qu’est-ce que vous lui diriez, à cette petite ?

Kate ravala ses larmes, les lèvres frémissantes. Son regard croisa l’identique, aux iris gris, de son reflet rajeuni. Avec son visage encore poupin, ce petit sourire toujours présent au coin des lèvres.

— Qu’elle est belle, sourit-elle, les joues humides. Que ses rêves sont beaux… et qu’elle doit s’accrocher. Que tout va bien se passer… Que… qu’elle sera entourée de gens formidables.

En observant son élève réconforter la fillette, toujours muette car n’étant qu’une illusion, Wolffhart soupira de nouveau.

— Cette Fräulein Whisper, telle que je l’ai connue au départ, elle existe toujours. Elle vit toujours dans votre cœur. En vous. Et c’est ce que vous devez lui dire. Chaque jour de votre vie. Ne vous accablez pas de tous les maux. Protégez-la.

Comprenant la leçon, Kate hocha la tête et apposa par réflexe sa main sur sa manche. Puis, Wolffhart fit disparaître l’illusion d’un coup de baguette.

— Ne dites plus jamais que vous vous détestez…

 

*** *** ***




Cela la travailla encore le soir, pendant l’heure du dîner. Elle n’avait pas faim. Elle écoutait, d’une oreille inattentive, le récit de Tetsuya à propos de la notion qu’ils venaient d’aborder en sortilèges, à propos de celui provoquant le mutisme. Un sort que Kate aurait bien voulu mettre en application. Après avoir estimé que la moitié de son assiette de stew lui suffisait, elle se leva de table. Cela fut remarqué :

— Où tu vas ? lui demanda Rose.
— J’ai besoin de… de faire une recherche.
— Mais la bibliothèque est fermée, lui fit remarquer Tetsuya.
— J’ai déjà le livre, prétexte Kate d’un débit rapide. Je vais juste… prendre l’air pour faire ça. À plus tard.

En réalité, elle ne supportait plus ce bruit, ces odeurs. Tout l’étouffait. Elle soupçonnait là des effets secondaires de la griffure de loup-garou. Sa cicatrice la démangeait toujours un peu chaque fois qu’elle y attardait sa pensée.
Seule dans la nuit tombante, elle remonta le préau attenant à la cour de métamorphose, appréciant le chant des oiseaux nocturnes. Elle poursuivit, sans connaître réellement son but, jusqu’à ce que la chaussure ne marche sur un petit relief mou. Kate sursauta, pensant un temps qu’elle avait écrasé par mégarde le rat d’un élève. Mais il n’en était rien.

— Qu’est-ce que…

Observant sa semelle, elle y retrouva un morceau un peu gluant, à l’odeur sucrée. Et relevant le regard, elle se rendit compte qu’un deuxième, identique, était positionné par terre, à une dizaine de mètres de là. Elle s’en approcha et l’attrapa avec méfiance. Un morceau d’abricot sec. Kate le manipula entre ses doigts, amusée. Cela lui rappelait son enfance, ces semaines précédant sa première année à Poudlard. Seule dans leur nouvelle maison de Carlton, à l’époque peu aménagée, Kate avait consacré des heures à appâter les souris du grenier avec des morceaux d’abricot.
Elle suivit le chemin qu’on lui avait tracé à l’aide de ces fruits semés. Ce fut quand elle parvint à la petite porte dérobée, dans l’ombre du septième étage, qu’elle comprit qui en était l’instigateur…
La crainte envolée, Kate poussa l’ouverture et retrouva avec un certain sentiment de soulagement la salle de spectacle. L’aspect que prenait pour elle la salle pour demande. Des dernières notes de piano résonnèrent : Emeric avait interrompu son morceau en l’entendant arriver.

— Je savais que cela fonctionnerait ! sourit-il en rajustant ses lunettes.
— M’attirer avec des morceaux d’abricot par terre, tu es sérieux ? ricana Kate en s’avançant vers la scène. Tu me prends pour quoi, une souris ?

Elle fronça les sourcils en se plantant devant les marches, un morceau d’abricot toujours entre les doigts.

— D’ailleurs, comment tu… l’histoire des souris. Tu la connaissais ? Je n’en ai parlé à personne ! Même pas à Maggie !
— Ton père t’avait grondé à ce propos, sur le Chemin de Traverse, avant notre première rentrée.
— Tu as définitivement une bien meilleure mémoire que moi.
— Tu vas m’éviter encore longtemps ?

La question d’Emeric lui fit hoqueter de surprise. Pourtant, il n’avait pas prononcé cela sur un ton de reproche. Au contraire, il paraissait conciliant, presque soucieux.

— Je… je ne t’évite pas.
— Tu m’avais dit que tu voulais qu’on parle, quand on s’est croisé dans le Poudlard Express. Mais chaque fois que je te vois, tu changes de direction. Et tu ne me regardes pas. Aurais-je fait quelque chose qui t’a blessé ?
— Quoi ? Mais non !
— Tu as peur que je fasse quelque chose qui…
— Pourquoi cherches-tu toujours à tout savoir ?
— C’est dans ma nature ! haussa-t-il des épaules. Je ne peux pas rester sans savoir.
— Parfois, il vaut mieux. L’ignorance est un trésor que l’on estime que trop rarement…
— Veux-tu dire par là que tu regrettes de savoir quelque chose ?
— Tu sais quoi ?

Kate soupira et jeta le morceau d’abricot sur la scène.

— Je ne suis pas venue là pour un interrogatoire. Je n’ai pas besoin de ça. Alors bonne soirée, Emeric.
— Kate !

Le Serdaigle se leva en toute hâte, tandis que Kate avait tourné les talons pour quitter les lieux, puis s’interposa sur son passage pour la retenir.

— Je suis inquiet.
— Et c’est justement cela que je ne veux pas !

Elle se rendit compte trop tard qu’elle s’était mise à crier. Un silence accompagna leur échange de regards et alors Emeric comprit :

— Kate, tu ne pourrais pas me faire de mal.
— Qu’est-ce que tu en sais ?
— Parce que j’ai confiance en toi.
— Tu es bien le seul ! Même moi, je n’ai pas confiance en moi !
— Et tu penses que te refermer sur toi-même sera la meilleure solution à ta situation ? Tu as besoin de parler. Que quelqu’un te comprenne. Et en toute modestie… peut-être que je peux être cette personne.

Elle allait répliquer, mais Emeric prit de l’avance :

— Je peux t’aider. D’une manière ou d’une autre. Mais ne me laisse pas sur le côté. Tu me fais encore plus souffrir comme ça… Est-ce que tu sais ce que c’est, de se sentir impuissant ?

Kate lisait une profonde sincérité dans les yeux bleus d’Emeric. Alors elle articula à voix basse :

— Je le sais mieux que personne…

Emeric lâcha un souffle fébrile et lui proposa alors une main timide :

— Dans ce cas, faisons ça. Ensemble. On peut s’entraider.

Après une courte hésitation, Kate accepta : elle enroula ses doigts à ceux d’Emeric, et le jeune homme l’emmena avec lui jusqu’à la scène, grimpant tous les deux jusqu’au piano. Il attendit qu’ils soient tous deux assis côte à côte sur le tabouret pour ouvrir la conversation :

— Je sais pourquoi ce jour n’est pas facile pour toi.

Kate ne répondit rien.

— Tu veux en parler ?
— Pas particulièrement. Enfin… je ne vois pas ce qu’il y a à dire dessus. Juste que… ma mère me manque. Tu dois savoir ce que c’est.

Ils partagèrent un long regard, jusqu’à temps qu’Emeric hoche de la tête.

— Tu fêtes l’anniversaire de ta mère ? lui demanda Kate. Même si elle n’est plus là ?
— D’une certaine manière.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— La réponse ne va pas t’étonner : je joue pour elle.

Il leva les yeux au-dessus du piano.

— Je suis persuadé qu’ils peuvent entendre certaines choses, d’où ils sont. Est-ce que tu voudrais… jouer quelque chose pour ta mère ?
— Ma mère est toujours vivante ! Et puis je joue mal !
— C’est faux !
— On va dire que je joue moins bien que toi.

Kate avança alors d’une voix plus posée :

— Ce n’est pas ma mère qui a besoin qu’on joue pour elle. Mais j’aurais besoin que tu joues pour moi, s’il te plaît.
— Oui, bien sûr ! Qu’est-ce que tu veux que je te joue ?
— Quelque chose d’assez joyeux. Et qui a une histoire. Une anecdote. Tu as toujours beaucoup d’anecdotes. J’adore ça !
— Hm. Je peux jouer la valse en la mineur de l’opus 69 de Chopin !
— Raconte-moi !

Le sourire de Kate n’avait pas de prix… Emeric s’accorda le temps de le contempler quelques secondes avant de se lancer dans les origines de ce morceau :

— Chopin l’a écrite alors qu’il n’avait même pas vingt ans. À l’époque, cet été, il logeait chez la famille Wodzinski. Et était amoureux de leur fille, Marie Wodzinska. On ne sait pas s’il lui dédia ce morceau, mais il lui confia les partitions quand il partit, en septembre. Il refusa de les garder, encore moins de les publier. Selon lui, la pièce était trop immature ! Il a même demandé à ce qu’on brûle cette partition avec lui le jour de sa mort… ! Mais la musique ne disparaît jamais vraiment. Aucune version véritable de cette musique n’existe. On trouve beaucoup de variations, sans savoir laquelle est la vraie, celle écrite par Chopin.
— Incroyable… !
— Allez. Je te propose ma version.

La suspension de ses mains au-dessus des touches était, en soi, un acte de beauté dans cette pièce. L’attente était belle. L’entrée en piste de ses mains n’en devenait que meilleure. Ses doigts dansaient en rythme, un rythme contrôlé, pourtant léger, presque aérien. La musique transporta le cœur de Kate. Un instant, il ne lui semblait plus vivre dans le même monde. Sans comprendre exactement le phénomène qui se produisit, elle se leva du tabouret et avança de quelques pas sur la scène. Le rythme ternaire la guida dans ses gestes. Ses bras s’écartèrent petit à petit de son corps, alors qu’elle se berçait de droite à gauche. Plus rien n’existait autour d’elle, si ce n’était la musique d’Emeric. Elle dansait seule, laissant à son corps le loisir de s’exprimer au travers des notes du piano, sans se fier au jugement, sans s’occuper de tout ce qui pouvait lui peser au quotidien.
La scène subjugua Emeric, au clavier, qui continuait de jouer. Il retrouvait là la même Kate qui avait tourbillonné devant le miroir de Mrs Guipure avec sa nouvelle robe de sorcière. Celle de laquelle il était instantanément tombé amoureux, du haut de ses onze ans. Cette Kate qui ne cesserait jamais de rire, de sourire et de danser, comme si aucun lendemain ne pouvait compromettre son bonheur. Il profita d’une mesure ralentie pour jouer de la pédale et attraper sa baguette, posée sur la barrette du piano, de la main gauche. Il fit alors tomber sur elle une pluie de lumière, à l’image de cette nuit qu’ils avaient partagée, à plusieurs kilomètres de distance, quand la bulle au flocon les reliait. Les yeux gris de Kate brillaient de mille feux, alors qu’elle tournait, les bras ouverts, comme accueillant ces petits globes lumineux qui descendaient sur elle, comme une cascade d’étoiles chaudes, rougeoyantes, virant parfois au violet.
Pour la première fois depuis si longtemps, elle se sentait vivante.
Quand le morceau se termina, les petites lumières t’éteignirent sur la scène et Kate resta quelques secondes immobile, avant de ramener les bras vers elle, saisie d’un frisson.

— Viens !

Elle s’était précipitée vers Emeric et avait attrapé son poignet pour le tirer.

— Quoi ? s’était-il mis à rire, sans comprendre.
— Tu peux ensorceler ton piano ?
— Euh oui, je pense… !
— Alors fais-le, s’il te plaît ! Et viens danser avec moi !

Cette proposition plut au Serdaigle, qui enchanta l’instrument. Ce dernier débuta un morceau entraînant : la grande valse brillante de l’opus 18 de Chopin. Un peu gêné, il ne sut pas vraiment comment l’emmener danser. Kate le guida, se saisissant de sa main pour la poster sur sa taille.

— C’est toi qui dois mener la danse ! lui sourit-elle, en enroulant ses doigts autour de son autre main.
— Mais… je ne sais pas danser !
— Laisse-toi entraîner par la musique ! C’est pas grave ! On n’est pas à un concours de danse ! J’ai confiance en toi.
— Dans ce cas…

Emeric se défaussa de sa gêne et de son manque d’assurance, feintant d’un pas sur le côté en emmenant le corps de Kate avec le sien. Elle se mit à rire doucement, suivant avec maladresse ses gestes incertains. Mais ils partageaient la même joie. Elle lui écrasa le pied à un moment donné, mais il rit quand elle s’excusa en bafouillant. Il en fit de même moins d’une minute plus tard. Ils manquèrent aussi de tomber : Kate aurait glissé en arrière si Emeric ne l’avait pas rattrapée in extremis. D’extérieur, beaucoup auraient pu trouver cela pathétique, alors qu’ils dansaient devant ces rangées de sièges vides. Mais ils se sentaient vrais. En ces lieux, ils n’avaient plus besoin de se mentir. Ils étaient tels qu’ils étaient. Et ils s’aimaient tels quels, bien qu’ils ne se l’avouassent pas.


Quand la musique s’apaisa sur sa fin, sur quelques notes aigues, ils partagèrent un regard, main dans la main, leurs corps proches. Jusqu’à ce que Kate s’approche de lui et pose sa tête contre son torse. Emeric lui offrit une étreinte, tous deux les yeux clos, appréciant cette proximité.
Ils finirent par s’asseoir à même le plancher de la scène, Kate toujours dans ses bras, tandis qu’il caressait le dos de sa main avec son pouce.

— C’était ridicule, ricana Kate, les paupières fermées.
— Oh oui !
— Mais c’était bien.
— Aussi… Peut-être qu’on pourrait essayer de progresser.
— Apprendre à danser ?
— Une marge de progression certaine nous attend !
— Et pour une fois que tu ne sais pas faire quelque chose !
— Nous pourrions apprendre à deux.
— C’est une bonne idée, souffla-t-elle.

Emeric poursuivit les caresses de la main de Kate, et remonta petit à petit sur le bras de la jeune fille. Cette dernière retint un frisson. Mais elle n’avait pas peur qu’Emeric découvre… Quand les doigts du jeune homme rencontrèrent les cicatrices alignées sur la peau de Kate, encore récentes, il s’arrêta un instant. Elle redouta les reproches, les inquiétudes, tandis qu’il continuait de les observer, les contournant avec des doigts tremblants. Pourtant, il ne prononça rien. Derrière elle, il se pencha, percuta avec douceur le sommet de son crâne avec son visage avant de déposer un long baiser sur sa tête. Comme embrassant son âme blessée. Ce geste la toucha plus que n’importe quel mot et elle se serra davantage contre lui.

— Veux-tu que l’on parle ? murmura-t-il, quelques minutes plus tard.
— De quoi ?
— Je ne sais pas. Peut-être que quelque chose en particulier te travaille. Je peux être une oreille. Je peux être un jugement. Je peux être un silence. Dis-moi tout… Et je serai ce que tu voudras que je sois.

Sans savoir pourquoi, le blocage de Kate s’estompa. Et sa langue se délia. Elle se confia à Emeric à propos d’Orpheus, à propos de Wolffhart. À propos des choix qu’elle devait faire. Elle lui expliqua tout tandis qu’il écoutait sans un mot, la berçant contre lui.
Quand elle eut terminé, elle conclut par un :

— Qu’en penses-tu ?

Emeric s’accorda quelques secondes de réflexion.

— Il n’y a pas de bon choix ou de mauvais choix à prendre. Mais je comprends ton dilemme. Je ne suis pas certain que la décision t’appartienne entièrement.
— Que veux-tu dire ?
— On ignore comment Electra Byrne agira. Elle ne va pas rester en inertie. Et ses actions te mèneront certainement à un choix ou vers l’autre. Si elle t’attaque, si elle s’en prend encore à ta famille, resteras-tu impassible ?
— Non… Sûrement pas.
— Ne mène pas un combat inutile, à vouloir la tuer à tout prix. Suis ta vie et si jamais les choses se présentent autrement… tu aviseras. Laisse ton cœur te guider. Lui seul sait ce qui sera mieux.
— Mais toi ?
— Moi ?
— Que ferais-tu à ma place ?
— Je… je ne suis pas à ta place, Kate.

Ses bras se resserrèrent autour de la jeune femme.

— Mais quel que soit ton choix, je serai là pour toi. Je t’accompagnerai où tu iras, tant que tu m’accepteras à tes côtés.
— Le seras-tu toujours ? Si jamais je me tourne vers les ténèbres ?
— Je ne comprends pas…
— Je suis instable. On ne sait pas ce qu’il adviendra de moi à la fin. Peut-être que je deviendrai folle comme Electra. Et si la prophétie de l’éclipse s’accomplit…
— Quoi qu’il arrive, je serai là. Et cesse de voir au présent ce qu’il pourrait advenir. S’il te plaît. Tu te fais du mal inutilement. Arrête…

Il soupira.

— Par exemple. Qu’as-tu fait d’autre, aujourd’hui ?
— À part à la discussion avec Wolffhart ? Hm. Ma sœur m’a envoyé un dessin ce matin. Il faut que je l’accroche dans ma chambre.
— Il représente quoi ?
— Ma famille. Avec une boîte de conserve. En fait, c’est la voiture de mon père.
— Je vois !
— Il m’a d’ailleurs envoyé une lettre.
— Il va bien ?
— Il chasse le ganipote en ce moment.

Sans comprendre le phénomène, Kate détecta de la tension de l’air. Le silence d’Emeric n’aidait pas. Elle fronça les sourcils et ajouta :

— Je ne sais pas ce qu’est un ganipote.
— Tu me promets de ne pas t’inquiéter si je te le dis ?
— Mon père est en danger, tu penses ? Oh… il a sûrement combattu pire que ça !
— Ce n’est pas pour ça… Promets-moi de ne pas t’inquiéter.
— Très bien.

Emeric se mordit l’intérieur de la joue et lui expliqua :

— Les ganipotes sont la raison pour laquelle il est très fortement déconseillé aux jeunes sorciers, ou aux sorciers moins habiles, de tenter de devenir des Animagus.
— C’est-à-dire ?
— Ce sont des sorciers qui ont essayé de se transformer en animal. Ou qui sont restés transformés trop longtemps alors qu’ils n’en étaient pas en capacité. Sauf qu’ils restent bloqués sous cette forme hybride, mi-humaine, mi-animale, sans pouvoir revenir en arrière. On les appelle alors les ganipotes. À la base, ce ne sont pas des créatures dangereuses. Mais ils sont souvent rejetés par la société, par leur famille… Et cet isolement, ce rejet, les rend fous. Sans compter le fait qu’ils aient cette partie animale en eux !
— Mais… tu peux en devenir un ? De ganipote ?
— Tu m’avais promis de ne pas t’inquiéter… ! ricana Emeric.

Kate se redressa et pivota pour lui faire face, tous deux assis sur la scène, les jambes repliées sous leurs corps.

— Emeric, dis-moi que ça ne t’arrivera pas… !
— Je maîtrise plutôt bien le phénomène aujourd’hui. Et je suis très vigilent. Je limite au maximum mes métamorphoses.

Elle attrapa sa main et le sentit trembler.

— Sois prudent. Je ne supporterai pas de te perdre aussi…
— Je le serai, souffla-t-il, touché.

Ils se sourirent. Peut-être avec une envie derrière la tête. Mais aucun ne prit l’initiative. Puis, Kate fronça les sourcils, les yeux baissés.

— Toi qui sais tout… as-tu une idée si des souvenirs peuvent être… matérialisés ?
— Oui, bien sûr. Pourquoi ?
— Ma mère. Electra lui a enlevé tous ses souvenirs. Au début, j’ai cru qu’ils étaient effacés. Comme on le ferait avec le sortilège d’oubliettes. Mais elle n’a pas utilisé sa baguette. Elle a utilisé l’Immatériel. C’est un autre biais, une autre magie… Et ça serait plus logique qu’elle ait toujours ces souvenirs.
— Pour quelles raisons ?
— Cela lui ferait un moyen de pression, susurra Kate. Une monnaie d’échange.

Emeric réfléchit puis éclaira avec ses propres connaissances :

— On peut retirer des bribes de sa mémoire avec sa baguette et les stocker. Pouvoir les observer dans une pensine.
— Qu’est-ce qu’une pensine ?
— C’est un réceptacle en pierre. On y dépose ses souvenirs. Pour les revivre, les visualiser. On peut inviter quelqu’un à les regarder avec soi. D’ailleurs, maintenant que j’y pense… cela ressemble un peu à de l’Immatériel.
— Qu’est-ce que tu veux dire par là ?
— Les souvenirs, dans les fioles. Ils sont… comme fait d’éther. Ce n’est ni liquide, ni gazeux. Juste… immatériel. Légèrement lumineux, blanc, scintillant. Comme ta magie.
— C’est sûrement relié.

Elle hésita quelques instants à lui confesser autre chose, puis se jeta à l’eau :

— Moi aussi, je peux voir dans les souvenirs des gens.
— Quoi ? De quelle manière ?
— Je touche leur tête. Et je peux entrer dans leur esprit. Voir leur vie, leur passé… C’est comme ça que j’ai appris, par ma mère, que c’est moi qui avais tué Merrick MacNair dans la cave.
— L’Immatériel permet de faire ça ?
— Je crois que c’est l’une de mes particularités. Il semblerait que les maîtres des l’Immatériel ont différentes spécificités. Tu te souviens du professeur Higgins ? Elle pouvait distinguer les auras alors qu’elle était aveugle. Elle était très forte pour ça. Electra ? Je sais qu’elle est puissante pour manipuler les gens mentalement. Et elle a des visions du futur. Ce qu’on pourrait assimiler à des prophéties. La reine Maëva, la fondatrice de Papillombre, pouvait donner vie aux objets, leur donner des souvenirs. C’est elle qui a créé le Choixpeau. Quant à moi… je peux voir dans les souvenirs des gens. Et j’ai des visions du présent.
— Des visions du présent ?
— Parfois, quand quelque chose d’important se passe, je peux voir ce qu’il se passe ailleurs en temps réel. J’ai vu mon cousin se réveiller. J’ai vu…

Elle marqua une pause, la gorge nouée.

— J’ai vu les attentats du 11 septembre.
— Si tu as ce pouvoir, pourquoi n’essaies-tu pas de l’utiliser pour savoir où est Electra Byrne ? Avoir une vision d’elle.
— Je ne sais pas comment j’ai fait. Comment ça se déclenche. Alors viser juste en plus… ! Je n’en suis pas à ce point. Mais oui… Ça serait techniquement une bonne idée.

Le soupir de Kate résonna dans le théâtre vide.

— Entre ça et l’histoire des reliques de Maëva. Mais quelque part, ça me rassure. Me dire que les souvenirs de ma mère ont plus de chance d’être cachés quelque part. Et pas qu’ils soient détruits. Ça veut dire qu’il existe une chance de les récupérer.

Cet espoir fit naître un sourire sur le visage de Kate. Cela allégea le cœur d’Emeric. La jeune fille releva les yeux vers lui.

— Merci, Emeric.
— Il n’y a pas de quoi.

Elle se pencha vers lui et déposa un long baiser sur sa joue. Kate aurait voulu l’embrasser, mais elle savait que ce n’était pas le moment. Cela ne serait pas aujourd’hui.

— Bonne nuit.
— Bonne nuit, Kate. Repose-toi bien.

Puis la Papillombre descendit de la scène et quitta la Salle sur Demande, le cœur bien plus allègre qu’elle ne l’avait en entrant. Une fois retournée dans sa chambre, elle se posa en tailleur sur son lit, éteignit sa lumière. Car Emeric lui avait donné une idée. Elle ferma les yeux et se concentra, déversant son immatériel dans ses veines.
Une lumière se mit à briller. Très loin. Une lueur flamboyante. Celle d’une bougie sur un morceau de brownie. L’appartement londonien était plongé dans le noir. Seul le visage de cette femme, éclairé par la faible lumière, se détachait des ténèbres. Des traits qui hantaient Kate. Mais qui, aujourd’hui, la soulageait. Les lèvres généreuses de la femme s’ouvrirent puis elle murmura :

— Joyeux anniversaire, Grace.

Elle souffla sur la flamme, qui mourut dans un filet de fumée. Il n’en restait qu’une silhouette dans le noir et une âme qui rôdait. Kate savait que sa mère ne l’entendrait pas, mais elle lui marmonna à son tour :

— Joyeux anniversaire, maman…

Note de fin de chapitre :

VOILA.

Je tiens également à préciser que la scène avec Wolffhart et le reflet de Kate m'a été inspirée par une scène très forte dans la série My Fat Diary, une série courte et incroyable. Cette scène a eu beaucoup de répercussion en moi. Je voulais la partager d'une autre manière au travers LMA.

Donc effectivement, même si c'est plus subtil, Wolffhart est le "champion de lumière" de Kate.

Je vous dis à très très très très bientôt pour le prochain chapitre, qui ne devrait pas tarder avant mes congés aux USA (je vais au Parc Harry Potter d'Hollywood ! °0° )

Bonne journée et bonnes vacances pour les veinards !

Poster une review repousse les moustiques.

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