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News

Sélections du mois


À voter !

Chers HPFiens, les votes pour la prochaine Sélection du Mois sont lancés ! Vous avez jusqu'au 31 août 2019 23h59 pour décider quel sera le mystérieux thème du mois d'octobre parmi Horreur/Angoisse, Épistolaire, Rubeus Hagrid, Secrets, Univers Alternatifs.

Rendez-vous sur ce topic pour voter et à bientôt !


De L'équipe des Podiums le 19/08/2019 11:08


Concours officiel "Souvenirs d'antan" - Votes


Les votes pour le concours organisé par l'équipe de modération HPF sont ouverts. Vous trouverez toutes les informations en suivant ce lien-ci. La série pour lire les textes se trouve par-là.

Bonne lecture à toutes et tous !!!

A bientôt pour l'annonce des résultats !
De L'équipe de modération HPF le 17/08/2019 17:38


92ème édition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 92e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 31 août à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.


De L' équipe des Nuits le 12/08/2019 12:00


Sélections du mois


 

Sélections du mois ~ JUILLET 2019

 

Bonjour HPFiens !

 

L'Équipe des Podiums félicite avec enthousiasme dedellia, Lul et Westyversionfrench pour le succès de leurs fanfictions pour lesquelles le peuple a voté et qui se verront ornés d'une SUPER vignette.

Pour le mois de septembre et la rentrée, le thème Gare de King's Cross a été voté. Comme d'habitude, vous êtes invités à proposer vos textes sur ce thème en vous rendant ici ou bien en répondant à cette news.

Les votes autour du thème Voyage étant cloturés, nous vous informons que ceux pour le thème d'Août viennent d'être ouverts : le thème Féminisme y est à l'honneur ! Vous pouvez dores et déjà lire les textes, les reviewer et voter pour vos fanfictions favorites en vous rendant ici.

 

L'équipe des Podiums vous souhaite une bonne journée !


De L'Équipe des Podiums le 05/08/2019 08:39


Vacances d'été et prolongation concours officiel


Bonjour,

Notre équipe profitant de la pause estivale pour voyager aux quatre coins de l'Europe, nous tenions à vous informer que les délais de validation des chapitres sont suceptibles d'être allongés !

Par ailleurs nous vous informons que vous pouvez soumettre votre texte pour notre concours officiel Souvenirs d'antan jusqu'au 13 août 23h59. N'hésitez pas à participer ! Vous trouverez toutes les informations ici.

Bel été à vous et à bientôt !
De L'équipe de modération d'HPFanfic le 31/07/2019 19:07


91ème édition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 91e édition des Nuits d'HPF se déroulera le vendredi 26 juillet à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.


De L' équipe des Nuits le 15/07/2019 07:42


Ludo Mentis Aciem par Ielenna

[1176 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

HELLO mes loubards en élastique ! J'espère que vous survivez à votre rentrée ! Moi non. Ahahahaha.

Un petit chapitre pour vous permettre de souffler ce week-end.

Au programme, des psychopompes obsédées par les chiffres, une liste très méchante, une auteur très très sadique et une Teffie plus "savage" que jamais !

Bonne lecture !

Accéder à la Réserve ne fut pas un grand challenge pour Emeric, qui restait dans les bonnes grâces de Mrs Pince. À ses yeux, le jeune prodige devait très certainement se renseigner pour un devoir de Défense contre les Forces du Mal, sans imaginer un seul instant qu’il se renseignait sur un moyen d’invoquer la Mort. Une fois qu’il eut rassemblé les objets nécessaires au rituel avec l’aide de Kate, ils décidèrent de le débuter un samedi après-midi. Personne n’était bien sûr au courant de leur combine malsaine, et sûrement pas Maggie et Terry !
Ils avaient choisi ce temps-là, car une majorité de leur promotion suivait les premiers cours de transplanage. Si Emeric n’y avait pas accès, son dix-septième anniversaire n’étant que fin août, Kate refusait quant à elle de passer son permis, comme elle l’avait maintes fois expliqué à son père. Malgré les arguments de ce dernier et de ses meilleurs amis, Kate n’avait pas changé d’avis. Le transplanage lui procurant d’horribles sensations et une terrible nausée, il était hors de question qu’elle passe un permis, dont les cours ne coûtaient pas moins de douze gallions, dont elle n’allait jamais se servir. Si elle devait un jour s’y soumettre, ça serait de sa propre initiative, dans le futur.
Aussi, ils ne furent dérangés par personne. Et Terry, qui possédait déjà son permis, voulait en profiter pour travailler son devoir de juridiction sorcière à propos des transports magiques au sein d’une propriété privée. Emeric semblait pourvu d’une étrange assurance pendant qu’il assurait les préparatifs du rituel, tous les deux enfermés dans l’une des salles du château pour que personne ne les prenne en flagrant délit.

— On se fera renvoyer de l’école si quelqu’un le découvre, murmura Kate.
— Très probablement, répondit Emeric, qui faisait voler un pinceau trempé de sang de dragon avec sa baguette magique, pour tracer des formes sur le sol.
— Mais j’aurais déjà pu me faire renvoyer au moins cinq ou six fois, je n’en suis plus à ça près.

Elle planta un cierge noir à une intersection, sur les directives d’Emeric, puis l’alluma avec sa baguette magique.

— Ça ne te fait pas peur, à toi ? lui demanda-t-elle.
— De manière surprenante, non. Je ne saurais t’expliquer. J’ai le sentiment… qu’on va réussir. Et que c’est ainsi que cela doit se passer.
— Et si on se fait pincer ?
— J’assumerai la responsabilité de mes actes.
— Tu es prêt à te faire renvoyer de Poudlard pour ça ?
— On ne se fera pas prendre, Kate. Tu as confiance en moi ?

Elle hocha la tête. Une fois qu’Emeric eut terminé de tracer les cercles et les runes, que Kate eut planté tous les cierges, le Serdaigle lui somma de s’écarter. Il déposa au centre du rituel un pot en argile dans lequel il versa d’étranges mixtures, écrasant des plantes sèches avec ses doigts pour saupoudrer le mélange, qui provoquait de manière spontanée des fumerolles. L’observer initier un tel rituel dépassait tout ce que Kate aurait pu imaginer d’Emeric, vu auparavant comme un petit intellectuel trop timide.
Puis, Emeric s’écarta à son tour et ouvrit son carnet de notes, dans lequel était inscrite la longue incantation en latin. Il la gardait par précaution, mais il l’avait, en réalité, déjà apprise par cœur. Dans son coin, Kate ne put s’empêcher de trembler, alors que le pot central fumait de plus en plus et que les flammes des cierges noirs s’agrandirent au-dessus de la cire. Il était encore temps de faire machine arrière. Mais une voix, au fond d’elle, lui murmurait de poursuivre…
Les premières manifestations n’apparurent pas dans la pièce. Mais à Pré-au-Lard. Une ombre, un grand nuage, passa au-dessus du village. Dans un coup de vent, des traces de pas se plantèrent dans la neige. Comme tombés du ciel. Une silhouette noire dans cet univers de blanc hivernal. En ce samedi, certains marchands de la petite ville sorcière avaient installé des stands de plaisance pour les habitants. C’était le cas de Zonko, qui proposait des pommes d’amour sur son étal. Une main blanche glissa de l’ombre et attrapa une baguette, au bout de laquelle se trouvait le beau fruit rouge. Personne ne la remarqua. Comme si tous avaient le regard détourné. Un frisson parcourait l’échine de ceux qui la croisaient, sans comprendre exactement pourquoi. Un souffle court, un battement de cœur manquant, un hoquet violent. Un instant de mort, vite dissipé.
Elle croqua dans la pomme d’amour, au revêtement sucré croustillant. Cela la rassasia. Elle jeta alors la friandise dans la neige ; la pomme avait pourri et des morceaux de moisissure grise commencèrent à voleter à la surface de l’épaisse poudreuse.
Mais la vue de Poudlard la réjouissait. Cela faisait bien longtemps qu’on ne l’avait pas appelée là-bas.
Quand le dernier mot de l’incantation d’Emeric résonna dans la pièce, celle-ci se mit à trembler légèrement et, par réflexe, Kate se plaqua contre un mur en pierre. Une colonne de fumée jaillit du pot central et absorba les traces de sang sur le plancher. Le silence retomba, menaçant.
Kate et Emeric avaient leurs yeux fixés sur la silhouette noire de taille moyenne face à eux. Pas de faux, pas de main squelettique qui dépassait de sa manche évasée. Mais des doigts blancs, fins, presque jeunes, qui attrapèrent les pans de sa capuche pour la rabattre d’un coup.

— Salut la compagnie !

Ils eurent l’immense surprise de découvrir la tête d’une jeune femme, une adolescente de leur âge, avec des cheveux blancs arrangés en deux longues couettes qui retombaient sur ses épaules. La Mort étirait un large sourire égayé, mais tous deux évitèrent de poser leurs yeux sur son visage de peur de croiser les siens. Emeric songea un court instant qu’il avait échoué le rituel, car cette figure ne ressemblait en rien à l’image qu’on pouvait se faire de la Mort.
Quand elle se tourna vers eux, elle comprit ce qui les effrayait.

— Ah oui ! J’oubliais que les petits mortels craignaient mon regard de feu ! Ta-dah ! Voilà, c’est résolu ! Allez, grandes les mirettes, petits sorciers ! Et hauts-les-cœurs !

Cette fois, ils observèrent plus longuement le visage de l’adolescente, avec ses joues bien charnues, ses petites lèvres, grimées de noir luisant, fendues en un sourire. Ses yeux étaient camouflés derrière des lunettes qu’elle venait de poser sur son nez en trompette, aux verres rose fumé, parfaitement ronds.

— Vous êtes… la Mort ? se risqua Emeric.
— Le Big Boss ? Oh, non. Trop occupé pour prêter attention des misères des mortels ! Même si vous êtes des sorciers. Je viens remplacer mon employeur, je peux sûrement vous aider ! Alors. What’s up, les jeunes ? C’est quoi vos petits noms ?

Les deux jeunes sorciers échangèrent des regards circonspects. La situation devenait complètement absurde. Face à leur perplexité, l’apparition décida de se présenter en premier, une main sur son buste :

— Moi, c’est Atropos ! La seule et l’unique ! Je suis une Faucheuse. Ou Valkyrie, ou Psychopompe, ou n’importe quel nom que vous voudrez me donner, selon la mythologie ! Quand j’ai entendu un appel depuis Poudlard, j’ai sauté sur l’occasion ! Proserpine et Epona étaient tellement jalouses. Vous savez… ! Les histoires entre sœurs !
— Sans vous manquer de respect, intervint Kate, vous êtes très loin de l’image que je me faisais d’une Faucheuse… !
— Tu ne me manquerais pas de respect si tu prenais la peine de te présenter.

Elle avait prononcé ses mots avec une voix grave et sérieuse, presque abyssale, qui les pétrifia. Face à leur réaction mortifiée, elle se mit à rire aux éclats.

— Ahaha ! C’est bon de voir que je ne perds pas mon petit effet, avec les siècles passant ! T’inquiètes. Je sais très bien qui vous êtes. Katelyna Whisper et Emeric Beckett.
— Vous nous connaissez ?
— Non. Mais vos noms sont écrits au-dessus de vos têtes.

Par réflexe, ils levèrent tous les deux la tête, mais n’aperçurent rien.

— Ne vous faites pas de bile ! Il n’y a que les Faucheuses qui peuvent voir ça ! Vos noms et la date de votre mort. Et ça, je ne vous le dirai pas ! Ça arrange rarement nos affaires que de dire aux mortels quand ils sont destinés à partir…
— Et donc, en tant que Faucheuse, vous…
— Ouais, euh, d’accord, je veux bien répondre aux questions, l’interrompit-elle d’un geste de la main, mais je préférerais que ça soit en marchant. Cette salle est moche ! Je suis contente de ne pas l’avoir connue… ! Mais j’ai envie de savoir ce qu’est devenu ce vieux tas de pierres ! La dernière fois que je suis venue, c’était il y a six ans, pour la Bataille de Poudlard, c’était la misère. Une si belle bâtisse… Ça ne faisait pas plaisir à voir ! Quel gâchis.

À la fois prudents et méfiants, Kate et Emeric escortèrent Atropos, l’un de chaque côté, à travers les couloirs de l’école, mais elle les rassura de suite :

— Relax, les jeunes. Vous êtes les seuls à me voir, puisque c’est vous qui m’avez invoquée !
— Vous êtes invisible aux yeux des autres ?
— Je provoque des petits effets, mais rien de palpitant !

Ils n’avaient pas remarqué l’ombre qui s’étirait derrière Atropos et qui, lorsqu’elle se plaquait sur un mur, devenait immense et dessinait une silhouette bien différente. Celle d’une immense silhouette encapuchonnée munie d’une grande faux.

— Et donc, en tant que Faucheuse, vous… prenez les âmes des morts ? demanda Kate, d’une petite voix.
— C’est à peu près l’idée ! Quand le moment est venu, l’une de nous vient couper son fil de vie et récupère son âme, s’il le désire.
— S’il le désire ?
— Vous êtes des sorciers, vous connaissez les fantômes, ça coule de source, non ?
— Les fantômes seraient donc des gens ayant refusé de vous suivre, résuma Emeric.
— En quelque sorte. Ils doivent cependant nous expliquer pourquoi. Hé, hé ! Pendant qu’on est là ! Vous connaissez l’histoire du Moldu qui s’est perdu dans un château d’Ecosse ? Il croise quelqu’un dans les couloirs et lui demande « j’ai entendu que cet endroit était hanté, c’est vrai ? ». « Ça m’étonnerait. Ça fait six siècles que j’habite là, et je n’ai jamais croisé personne ! ». Ahaha ! Je vous ai tués, hein ? Je ne me lasse jamais de celle-là ! Il y a de quoi en mourir de rire !

Kate et Emeric lui accordèrent leur premier sourire crispé. Ils n’étaient pas non plus tout à fait à l’aise de se promener aux côtés d’une Faucheuse.

— Racontez-moi ! Qu’est-ce qui me vaut cette visite ?
— Emeric m’a dit que vous pouvez aller n’importe où, trouver n’importe qui. C’est vrai ?
— Il est bien renseigné ! Il y a bien des petits marrants qui espèrent se cacher de la Mort, mais ils n’ont pas compris que nous sommes les champions inter-dimensionnels du cache-cache !
— Sauf pour le frère Peverell, se permit Emeric.
— Le benjamin ? Pouah ! Il a triché, avec sa cape d’invisibilité ! Mauviette… Le Big Boss a été assez nullard sur le coup. Il manque parfois un peu de modestie. Mais c’est pour compenser son manque de confiance en soi. Il a un petit cœur fragile, vous savez ? Beaucoup de pression… Bref. Et donc ? C’est quoi le rapport ?
— J’aurais besoin de retrouver quelque chose. Un objet.

Atropos ralentit ses pas et ses sourcils gris se murent au-dessus de ses lunettes.

— J’ai l’air d’un chien ? Ou d’un niffleur ?
— Ce n’est pas… ce que j’ai dit !

Puis, elle sourit :

— Déride-toi ! J’ai juste pas l’habitude qu’on m’appelle pour ce genre de raison ! La plupart des gens espèrent ressusciter quelqu’un, tuer quelqu’un. Bref, ce sont des gens qui veulent jouer avec la Mort ! Sauf qu’ils n’ont pas compris qu’ils perdraient tout le temps ! Mais m’invoquer pour trouver un objet, ça ne m’était jamais arrivé ! Souvent, les sorciers préfèrent invoquer un démon pour exaucer leurs vœux. Du coup, je suis surprise. Dans le bon sens du terme.
— Je dois retrouver le Miroir du Risèd, expliqua Kate.
— Ce bout de métal ?
— Vous l’avez déjà vu ?
— Et comment. J’ai déjà vu des gens mourir comme des idiots à cause de lui ! Qui se sont laissé mourir de faim devant, qui en ont perdu la raison à force de le consulter. Je ne sais pas qui est l’imbécile qui nous a pondu ce truc, mais en tout cas, il m’a fait gagner quelques âmes ! Bon, j’ai encore quelques progrès à faire… Je ne suis que deuxième, derrière Hécate. J’ai 9 754 652 136 d’âmes au compteur. Et cette garce n’en que 459 632 de plus… ! Honteux.

Puis, elle se tourna vers Kate.

— Et pourquoi tu veux le trouver ?
— Les souvenirs de ma mère sont enfermés dedans et je veux les lui rendre.
— Invoquer la Mort pour une quête aussi noble. Quel paradoxe ! Hé, prenons la direction du parc, ça fait longtemps que je n’ai pas pris le soleil !

Le ciel était effectivement dégagé, mais la neige occupait encore la plupart des platebandes. Les élèves préféraient aller se réchauffer auprès d’un feu, en cette saison. Mais Kate et Emeric y virent là une opportunité de ne pas être remarqués en train de discuter avec une Faucheuse rendue invisible aux yeux des autres sorciers.

— Vous pensez que c’est possible ? demanda Kate, polie.
— Rien n’est impossible !
— Mais il y a un prix, n’est-ce pas, fit remarquer Emeric.
— Et rien ne vient sans compensation.
— Qu’est-ce que je peux vous offrir alors, en échange ?

Atropos s’arrêta pour s’accorder un moment de réflexion, un index sous son menton et la bouche tordue. Puis elle haussa les épaules dans un unique éclat de rire.

— Vous avez l’air sympathiques ! Puis pour une fois qu’on ne m’appelle pas pour un truc morbide. Je veux bien vous faire une fleur ! Je ne prendrai que douze heures de ta vie ! Et l’assurance que ça serait moi qui prendrai ton âme, pas l’une de mes sœurs !
— Ça signifie… que je mourrai douze heures plus tôt que prévu ? comprit Kate.
— C’est l’idée. Douze heures plus tôt que ta mort naturelle programmée.
— Ça me semble un bon deal.
— Euh, Kate, tu es certaine ?
— On a mis les pieds dedans, Emeric ! On ne va pas faire machine arrière, « désolée, madame la Mort, finalement, on n’a pas besoin de votre aide ! ».
— Je l’aime, cette petite, glissa Atropos à Emeric en désignant Kate d’un pouce. Tu fais bien de sortir avec elle !

Puis, elle posta ses poings sur ses hanches.

— Elle m’en a fait voir des vertes et des pas mûres !
— Qu’est-ce que vous voulez dire ? trembla Kate.
— J’étais dans la cave avec toi, cette nuit-là.

Le visage de Kate perdit toutes ses couleurs, se confondant avec la neige alentour.

— Vous m’avez vu mourir.
— Un triste spectacle, admit Atropos, en rajustant ses lunettes rondes aux verres roses. J’étais sur le point de prendre ton âme avec moi, quand il s’est produit un phénomène étrange, que je n’avais jamais vu auparavant. Les chiffres au-dessus de ta tête se sont affolés. Et tu t’es relevée, avant d’aspirer l’âme de ce pauvre damné. Ceux de tes parents aussi ont changé. Ils auraient dû mourir dans cette cave avec toi, si tu n’étais pas revenue à la vie. Trois pour le prix d’un, la famille Whisper au complet ! Mais non. Tu as changé la donne. Je ne sais pas ce que tu es, mais tu es un sacré phénomène !
— C’est compliqué à expliquer, frissonna Kate. Mais l’âme d’une puissante sorcière sommeille en moi.
— Chouette comme squat !
— Pas si chouette, non.

Puis elle se tourna vers Emeric.

— Quant à toi, je te connais aussi.

L’expression du jeune homme se figea à son tour, plus grave cependant.

— Vous avez pris l’âme de ma mère.
— C’était moi.
— Pourquoi vous l’avez fait ? Ma mère était une personne bien…

Kate releva que sa voix déraillait. Atropos baissa la tête.

— Elle l’était. Mais elle devrait mourir, c’était écrit. Si je ne l’avais pas prise avec moi, l’une de mes sœurs l’aurait fait de toute façon. C’était son destin. J’en suis la première navrée. Crois-moi. Mais la vie est ainsi faite : elle se termine toujours de la même manière. Dis-toi qu’elle est partie avec ton image. Ce ne sont pas tous les mortels qui ont la chance d’être entourés des personnes qu’ils aiment pour ce moment… Ils ont tous peur, quand ils me voient. C’est normal. Mais ta mère a été courageuse. Elle est partie sans douleur, sans regret, si ce n’est celui de te laisser ce triste souvenir d’elle.

Emeric avait le poing serré dans l’ombre de sa cape. Sans un mot, Kate le rejoignit et se colla contre lui pour attraper son bras dans une étreinte. Elle n’avait pas les mots pour le consoler, mais elle voulait être là pour lui.

— Mais la mort n’est pas une fin, poursuivit Atropos en observant l’horizon, au-dessus du Lac Noir gelé. C’est une continuité. C’est une raison de vivre. Et tant que les mortels ne le comprennent pas, ils ne peuvent véritablement vivre. Le monde ne s’arrêtera pas quand ils partiront. Ils laissent derrière eux des souvenirs, des traces à la surface de la terre, des faits et des actions.

Puis, elle porta deux doigts à sa bouche maquillée de noir et siffla. Le son aigu se répercuta dans les collines environnantes de Poudlard. Quelques secondes plus tard, des points noirs apparurent dans le ciel. Ils grossirent, s’approchant, jusqu’à ce qu’Emeric et Kate, toujours liés l’un à l’autre, ne reconnaissent. Ils étaient cinq Sombrals, de tailles différentes, sensibles à l’appel de leur maîtresse. Les bêtes squelettiques offraient un contraste déconcertant dans cette belle nature blanche et immaculée. Ils atterrirent en secouant la tête de bonheur, soufflant de l’air glacial de leurs nasaux, rejoignant Atropos, qui caressa le chanfrein du premier qui l’aborda.
C’était Emeric qui avait appris à Kate ce qu’était à Sombral, à l’occasion de leur rentrée en deuxième année, à bord de ce carrosse dans lequel ils étaient les seuls à les percevoir.

— La mort nous offre un tout autre regard sur la vie. Alors mieux vaut-il en profiter.

Puis, après avoir cajolé le Sombral, frottant son nez contre son crâne qu’elle étreignait, elle se retourna vers Kate.

— Ton assurance me suffira.
— Mon assurance ?
— L’assurance que ton âme me reviendra au moment venu. Je te veux dans mon panthéon. Comme Ramsès II, Ulysse, Jules César, Ghenkis Khan, Godric Gryffondor, Galilée, Martin Luther King et Einstein ! J’en veux toujours à Ixtab d’avoir mis la main sur Cléopâtre et Pinga de m’avoir volé Albus Dumbledore… C’était deux sorciers très convoités, par chez nous.
— Et les douze heures ?
— Je préfère que tu les consacres équitablement à réfléchir à ce que je t’ai dit.
— Et vous retrouverez les souvenirs de ma mère ?
— Je tâcherai de faire de mon mieux. Les souvenirs sont bien des morceaux de vie. Ça ne devrait pas être compliqué à trouver… Tu es d’accord ?

Kate échangea un regard avec Emeric, impassible, puis hocha la tête :

— Très bien.
— Dans ce cas, scellons le pacte.

Avant même qu’elle n’ait eu le temps d’articuler le moindre mot, Atropos fondit sur elle, capta son visage de ses mains glacées et apposa ses lèvres noires, au goût métallique, contre les siennes. Ce baiser se répercuta en Kate, comme un coup de marteau, un coup de tonnerre dans son esprit. Comme si, sur son âme, avait été placardé un écriteau fictif « Propriété d’Atropos ».

— Kate !

D’un réflexe, Emeric avait repoussé Atropos et s’était interposé devant Kate. L’instant d’une seconde, il avait craint qu’un malheur se produise. Son regard était mauvais. Mais la Faucheuse afficha un sourire satisfait, caressant sa bouche avec ses doigts d’un air malicieux.

— Je comprends que tu ne veuilles pas partager, gamin. Ses lèvres sont délicieuses !

Puis, dans un rire léger, elle retourna vers les Sombrals, qui tournaient autour d’elle, comme des bêtes loyales, prêtes à jouer. Kate avait encore le cœur battant. L’espace d’un instant, elle avait cru partir pour toujours. Elle se cramponna au bras d’Emeric, qui restait devant elle pour la protéger, sa main sur la sienne.
Après avoir flatté l’encolure du plus grand Sombral, Atropos bondit sur son dos pour le chevaucher.

— Je te préviendrai quand j’aurai du nouveau, promit-elle à Kate. D’ici là, tâchez de ne pas mourir sans moi ! À plus, les jeunes !

D’un dernier signe de la main, elle prit la voie des airs quand le Sombral battit de ses immenses ailes pour décoller, suivi par tous ses comparses. Le cortège s’éloigna à l’horizon et finit par disparaître dans la clarté du ciel d’hiver.
Kate et Emeric peinaient à se remettre de leurs émotions. Ils venaient d’enfreindre les règles de Poudlard en utilisant de la Magie Noire, d’invoquer la Mort et de converser avec une Faucheuse, avec laquelle Kate venait de conclure un pacte.

— Et dire qu’il faut qu’on aille manger et qu’on se rende en cours de métamorphose après ça, souffla Kate. Tu crois qu’on a bien fait ?
— On l’a fait. C’est l’essentiel. Elle trouvera le Miroir du Risèd, c’est certain…

 



*** *** ***


— Je déteste ces clémentines ! se plaignit Maggie, à la table du petit-déjeuner, quelques semaines plus tard. Elles ne s’épluchent même pas correctement ! Regarde ! J’ai du jus plein les doigts ! Ils vont devenir poisseux !
— Pourquoi tu n’utilises pas ta baguette ? lui demanda Kate, à juste titre.
— Elle manque encore de précision, expliqua Terry. La dernière fois, la mandarine a terminé dans un piteux état !
— Clémentine, corrigea Maggie.
— Mandarine.
— Clémentine.
— Mandarine.
— De toute façon, tu ne serais pas capable de faire mieux !

Trouvant là une idée, elle planta un fruit devant lui et afficha un sourire de provocation.

— Je te mets au défi d’éplucher cette clémentine avec la magie. Mais je ne veux pas la peau en mille morceaux. En un seul morceau !
— Pari tenu, sourit Terry en sortant sa baguette magique. Si je gagne, tu arrêteras d’appeler des mandarines des clémentines !
— Et toi l’inverse !
— Parfait !

Il débuta son exercice pratique sous le regard amusé de Kate, qui ne se lassait jamais de leurs paris. Malgré leur relation, ils parvenaient à garder ce brin de complicité entre eux. Ils étaient meilleurs amis avant d’être ensemble et cela, Kate l’admirait.
Ce jour était bien spécial pour les deux filles, car elles allaient disputer leur fameux match de Quidditch qui les opposaient. Sur directives de Wolffhart, l’équipe des Papillombre s’était entraînée dur pour être à la hauteur et espérer défaire leurs rivaux de Gryffondor. La Grande Salle s’était, pour l’occasion, bariolée de banderoles rouges et violettes. Quelques filles de Papillombre s’étaient maquillées des papillons sur les joues pour soutenir leur équipe.
Pendant que Terry poursuivait sa prouesse, tirant la langue tant il était concentré, les hiboux postaux débarquèrent dans la Grande Salle et Littleclaws se posa sur la table, près de Kate, et portait une lettre à chaque patte. Le message de son père était, comme d’habitude maintenant, accompagné d’un dessin d’Abby. Un dragon vert avec des mains à cinq doigts figurait avec un grand sourire, à côté d’un bonhomme gribouillé de jaune, de orange et de rouge.

« Coucou chipie,
J’espère que tout se passe bien à Poudlard. C’est bientôt ton match, non ? Tu vas leur mettre la misère à Gryffondor ! Ce ne sont que des petits prétentieux (ne dis pas à Maggie que j’ai écrit ça). Et un cognard dans la tête de Griffin ne peut que lui remettre les idées en place !
Abby se porte à merveille. L’autre jour, elle a regardé un documentaire moldu à la télé, sur les braconniers. Je crois que c’est ça qu’elle a voulu dessiner (à comprendre un braconnier cramé par un dragon). Ça égaiera ta chambre ! J’ai bien reçu l’article que tu m’as envoyé pour l’école sorcière de Godric’s Hollow. C’est une bonne idée, mais je ne pense pas qu’on aura les moyens. J’essaie de mettre de côté pour ses implants coquelicots. Et avec les soins d’Eliot à gérer, ça devient compliqué. Mais je garde ça précieusement. Merci chipie.
Quant à ta mère… Écoute, ça avance. Très bien même ! Comme quoi elle ne peut pas résister au charme d’un Whisper ! Je commence cependant à me poser beaucoup de questions. Si les choses se passent trop bien, comment lui annoncer pour le monde des sorciers ? Comment réagira Abby si jamais un jour je vous la « présente » ? Ça serait tout nouveau pour elle, il ne faudrait pas la brusquer… Mais j’ai bien l’intention de ramener maman à la maison. Aurais-tu des conseils à me donner ?
Prends soin de toi, ma chérie. Je t’aime fort.
Signé Dark Vador. Car… je suis ton père ! »


Kate replia la lettre avec un sourire, mais la tête chargée de questions. Elle n’avait encore rien avoué à son père concernant le Miroir du Risèd, préférant le préserver de cette hypothèse tant qu’elle n’était pas sûre et certaine de pouvoir le retrouver. Phil aurait été prêt à retourner terres et mers pour mettre la main dessus et Kate voulait l’en épargner. Mais elle craignait également qu’il ne la croie pas…
Maggie avait également reçu une lettre apportée par Littleclaws. Depuis que les Whisper l’avaient recueillie chez elle, Phil s’appliquait à lui adresser des lettres à la même fréquence que sa fille. Cette attention touchait Maggie, qui s’était fait la réflexion que Mr Whisper lui avait ainsi envoyé plus de lettres en l’espace de deux mois que son père biologique en l’espace de cinq ans.

— Hm. Ton père qui me souhaite tout le courage du monde dans ma « défaite du jour », lut-elle. Cet homme a un sacré parti pris !
— Sans rire !
— En tout cas, je suis rassurée. Ce n’était pas… une lettre d’amour !

Kate faisait référence à ce qu’il s’était produit une semaine plus tôt, lors de la St Valentin. Bien qu’ils n’assumaient pas leur couple en public, elle et Emeric continuaient de se fréquenter, surtout à l’occasion de leurs réunions dans la Salle sur Demande. Cela ne manquait jamais de faire jaser Maggie, même si Kate lui assurait qu’ils ne faisaient que jouer au piano et apprendre à danser. Ils n’avaient rien organisé de spécial pour la St Valentin, mais Emeric lui avait offert un nouveau morceau de piano, composé par ses soins, et une belle lettre d’amour que Kate lisait souvent avant d’aller se coucher. Car ses mots savaient la toucher plus que n’importe lesquels et l’intensité des émotions qu’il y avait adjointes la faisait fondre. Chose qui, évidemment, éveillait les moqueries de Maggie, très peu familière à ce genre d’échanges romantiques.
Depuis qu’elle sortait avec Terry, Maggie avait toujours clamé haut et fort que la St Valentin n’était qu’une fête commerciale destinée à donner aux couples l’impression qu’ils vivaient là une incroyable histoire d’amour, alors qu’il ne s’agissait que d’une banale normalisation. Les rendez-vous dans le salon de thé de Mme Piedodu, comme beaucoup de jeunes filles en rêvaient, la faisaient vomir, elle refusait toute sorte de présent et avait décidé de faire du 14 février un jour comme les autres, ni plus ni moins.
Kate savait que du côté de Terry, les choses étaient moins évidentes. Il aurait bien désiré inviter Maggie, lui offrir des petits bijoux ou la couvrir d’attentions délicates, pour lui montrer l’étendue de son amour pour elle. Mais il avait peur, et à juste titre, de se prendre un soufflet en retour pour payer son affront.

— Je l’aime beaucoup, ma lettre d’amour ! rétorqua Kate. Elle est très jolie.
— Je te charrie, Whisper. Je sais qu’elle est importante pour toi. Il n’y a pas à dire. Tu vas quand même beaucoup mieux depuis que Beckett et toi, vous êtes ensemble. L’Immatériel est revenu, dernièrement ?
— Non. Sauf quand je m’entraîne avec Wolffhart. Mais je reste vigilante. Je sais que ça peut dégénérer très vite.
— Tant mieux alors…

Elles échangèrent un sourire. Face à elles, Terry restait extrêmement concentré sur son épluchage de fruit, à deux doigts de conclure.

— Bon. Allons-y ! lança Maggie.
— Quoi ? Maintenant ?

Tout à coup déconcentré par les deux filles qui se levèrent du banc, armées de leurs balais respectifs, la clémentine se trancha en deux au bout de sa baguette. Dépité, il l’abaissa et observa le résultat pendant quelques secondes, face aux rires des deux filles.

— J’y étais presque ! Il ne me restait plus que trois centimètres sur la mandarine, et je…
— Hep hep hep, Diggle ! le reprit Maggie, en levant un doigt.
— … sur la clémentine, se corrigea-t-il en grommelant.
— Je préfère ça !

Ils marchèrent tous les trois vers le stade, devançant les foules d’élèves en état d’excitation. Les routes de Maggie et de Kate se séparèrent au niveau des vestiaires.

— Bonne chance, lança Kate.
— Oui, bonne chance, Whisper.
— Ne mange pas trop tes dents.
— Ne pleure pas trop sur ta défaite.

Leur rivalité sur le terrain les faisait rire, au fond d’elles. Mais ainsi se jouait la compétition de Quidditch. Une fois que Kate se fut changée, elle rejoignit le reste de l’équipe dans leur salle de stratégie, où Nestor récapitulait les mouvements avec ses camarades poursuiveurs, Leeroy et Teffie. Leur aînée l’écoutait parler, mais Nestor n’avait pas l’air dans son assiette, plus pâle qu’à l’habitude, la voix parfois hésitante. Aussi, quand il eut terminé, elle s’approcha de lui :

— Ne stresse pas trop, ce n’est qu’un match.
— Ce n’est pas « qu’un match », répéta-t-il.
— Mais si tu te mets trop la pression, tu risques de faire des bêtises. Ça ne te mènera à rien. Tiens, respire. Et détends-toi.
— Je n’ai pas besoin de tes conseils.

Agacé, Nestor prit ses distances et Tetsuya prit aussitôt le relais auprès de Kate, estomaquée par la répartie du précédent.

— Ne cherche pas. Il est comme ça depuis quelques jours, à l’approche du match. Il est encore plus irritable que d’habitude ! On ne pensait pas cela possible.
— Et moi, je ne pensais pas que ce match pouvait avoir autant d’importance pour lui.
— Oui. Leeroy a dit que Nestor est arrivé une heure à l’avance ici, pour se changer. Comme quoi, les Papillombre surprennent toujours !

Les gradins commençaient à trembler au fur et à mesure qu’ils se remplissaient. Les spectateurs étaient étonnamment motivés pour un match hivernal, là où la plupart du temps, les élèves se plaignaient du vent froid et du mauvais temps. Par chance, ce jour-là, seuls les nuages assombrissaient le stade, mais il n’y avait pas une bribe de vents et les spectateurs s’étaient bien couverts de vêtements chauds et de sortilèges de protection contre le froid.
Les balais décollèrent quand les portes du stade s’ouvrirent et Kate, les cheveux tressés et ses lunettes de Quidditch réglées devant ses yeux, effectua un tour de terrain, sa batte sur l’épaule. Elle salua les jeunes Papillombre, qui criaient dans leurs gradins. Ils étaient de plus en plus nombreux pour soutenir leur équipe désormais. Elle remarqua également Emeric, du côté des Serdaigle. Le jeune homme avait troqué le bleu de son écharpe contre un violet et cette attention l’attendrit.

— Bonjour, bonjour, résonnait la voix de Joris Juffbiggles dans le mégaphone magique. Vous avez bien fait de braver le froid aujourd’hui pour assister à un match que beaucoup attendaient : Papillombre contre Gryffondor ! D’ailleurs, si vous avez froid, je vends des gants magiques qui… oui, professeur Flitwick. Mais je me soucie du bien-être de mes camarades. Un match que beaucoup attendaient, je disais. Car l’équipe des Papillombre est désormais au rang des grandes ! Cela fait plus de trois ans que l’équipe n’a pas connu de remaniement. Ils deviennent coriaces, les papillons ! En face, une équipe de Gryffondor prête à en découdre ! Ça annonce un match spectaculaire !

Puis, Kate se mit en position après avoir tapé dans la batte de sa co-équipière pour se donner mutuellement du courage.

— Merde à toi, Rose !
— Merde à toi aussi, Kate !

Au centre du terrain, Nestor partagea une poignée de main cordiale avec le capitaine de l’équipe adverse, qui n’était personne d’autre que Griffin. Ce dernier fut peut-être un peu trop violent dans cet échange, mais Nestor se retint de grimacer, lui accordant un regard noir.

— Eh alors ? Il manque de force, le petit poursuiveur ?
— Il n’y a que ceux qui manquent de stratégie pour ne compter que sur la force, rétorqua Nestor, sans l’ombre d’un sourire.

Griffin repartit après lui avoir lancé un rictus de défi et Maggie le suppléa à cette place centrale. Le sifflet de Mme Bibine annonça le coup d’envoi. Maggie fut légèrement plus rapide que Nestor et mit la main la première sur le Souaffle.

— Gryffondor prend l’avantage de la première balle, avec Dawkins ! J’aime pas mal sa nouvelle coiffure, soit dit en passant. J’ai en revanche la déception de vous annoncer que je n’ai pas de nouvelles photos et… hm. Oui, oui, professeur Flitwick. J’ai déjà eu ma leçon. Puis je risque de me faire encore emplafonner par mon pote de dortoir ! C’était juste une blague ! Ah bah. J’ai pas eu le temps de tourner les yeux que la Souaffle est passé chez les Papillombre, avec Simmons !

Teffie avait en effet réussi à récupérer le Souaffle lors d’une passe bien calculée, quoique risquée. Elle serpenta entre les Poursuiveurs adverses mais préféra passer à Leeroy en-dessous d’elle quand les Batteurs commencèrent à l’avoir dans le collimateur.

— Il est rapide, Campbell ! Mais réussira-t-il à marquer ? Oui ! Mais oui ! Je n’y crois pas, c’était presque trop facile ! Quelle belle droite ! Remarquable ! À cette distance, Gale n’avait aucune chance de l’attraper ! Ce qui fait 10 à 0 pour cette troisième minute de match, en faveur de Papillombre !

Kate se fit la réflexion tardive qu’elle avait peut-être trop ciré le cuir de sa batte, qui avait tendance à lui filer entre les doigts chaque fois qu’elle frappait dans un Cognard. Heureusement, le match se profilait en leur faveur. Au bout de vingt minutes de match, le score atteignait déjà 80 – 30. Une belle avance qu’ils devaient maintenir à tout prix tant que l’écart ne parvenait pas à 150 points. Leurs efforts et leurs entraînements payaient. Wolffhart devait intérieurement se réjouir depuis la tribune réservée au corps enseignant.
Quelques minutes plus tard, des appels aigus et des changements de directions rapides indiquèrent que le vif d’or avait été aperçu.

— Ah ? Aura-t-on le droit à notre grand duel entre attrapeurs ? J’adore les matchs entre Papillombre et Gryffondor, parce que les attrapeurs sortent ensemble ! C’est assez cocasse, comme situation ! Ils ne se quittent jamais ! Mais là, O’Cearbhail a l’air en mauvaise posture. Elle a un train de retard par rapport à son chéri !
— Merde, grommela Kate.

Bien décidée à faire balancer le jeu, elle chercha du regard un cognard et le frappa de toutes ses forces en direction de Sam. Son attaque fut si puissante que sa batte glissa de ses mains et tomba en chute libre. Mallaigh, un nouveau poursuiveur de Gryffondor, l’évita de justesse. Piquant pour la rattraper, Kate ne put vérifier si son action fonctionna mais entendit les commentaires de Joris :

— C’était bien joué, de la part de Whisper ! Snitch a légèrement dévié de sa trajectoire ! Cela va peut-être permettre à sa belle de le rattraper ! Attendez, professeur Flitwick. S’il vous plaît. Soutenez l’amour que se portent vos élèves ! C’est beau, quand même, non ?

Mais cela ne suffit pas pour déstabiliser pleinement Sam, qui se dirigeait dangereusement vers le vif d’or. Sans se laisser abattre de son côté, Nestor menait les stratégies des Poursuiveurs avec une acuité sans limite.

— Prends à gauche ! lança-t-il à Leeroy, pendant que, le Souaffle sous le bras, il traversa la ligne de moitié de terrain.

Tout annonçait un nouveau tir, un nouveau but. Nestor leva le bras pour lancer le Souaffle, quand un Cognard, qu’il n’avait pas aperçu, fusa sur sa droite et le percuta dans les côtes. Le souffle coupé, des étoiles dans les yeux à cause de la douleur fulgurante, il bascula de son balai.

— Nestor !

Leeroy avait lâché le Souaffle qu’il venait de réceptionner et fonça vers son ami, les deux mains agrippées sur le manche de son balai pour gérer le pic de vitesse. Il attrapa la cape de Nestor à sa base et la tira de son possible pour ralentir sa chute. Ils s’écrasèrent tous les deux au sol, sous le sifflet de madame Bibine qui signait un arrêt de jeu. Une opportunité bien malheureuse pour que le vif d’or échappe à l’attention de Sam.

— Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Kate à sa co-équipière, n’ayant rien aperçu.
— C’est Nestor ! Et Leeroy !

Alertées, elles descendirent au sol, là où Teffie se tenait déjà. Affolée, Kate se précipita vers Leeroy, qui se relevait, les membres tremblants.

— Leeroy ! Est-ce que ça va ?
— C-ç-ça va ! toussa-t-il. C’est N-Nest-tor !

L’aidant à marcher sur les premiers pas, Kate rejoignit l’attroupement près de Nestor, toujours à terre.

— Est-ce qu’il va bien ? demanda-t-elle à madame Bibine.
— Tu as l’impression qu’il respire la bonne santé ou t’as de la merde dans les yeux ?! répliqua Teffie.

Mais l’état de Nestor lui donnait déjà une réponse. Il restait au sol avec une grimace de douleur, refusant qu’on le touche. Impossible dans cet état de le remonter sur son balai.

— Il doit être emmené à l’infirmerie en urgence. Sûrement des côtes cassées. Vous avez un remplaçant ?
— O-oui.
— Très bien. Appelez-le, dans ce cas. Vous allez en avoir besoin.
— Kate !

Nestor avait attrapé le bas de la cape de Kate, avant qu’elle ne s’en aille chercher Rachel Fawkes pour le remplacer au poste de Poursuiveur. Alors le jeune Papillombre siffla entre ses dents :

— Fais en sorte de gagner !
— Compris, capitaine, lui sourit-elle.

Puis, elle s’adressa à Leeroy et Teffie, tout en retirant les bandes trop cirées de sa batte. Tant pis pour ses mains, si jamais elles étaient plantées d’échardes, les gants sauraient limiter les dégâts sur ses paumes.

— Vous avez entendu ?
— Tout ent-ent-entendu !
— On va les éclater si fort qu’ils n’auront même plus d’yeux pour chialer leurs mères, conclut Teffie en chauffant son poing en le claquant plusieurs fois dans sa paume.
— Alors c’est parti !

Une fois que Rachel les eut rejoints, le match reprit. Avec des Papillombre plus déterminés et plus hargneux que jamais. Malgré l’agencement moins puissant que la triade habituelle, les Poursuiveurs firent preuve d’un jeu de haut niveau. Le score dépassa très vite la barre des 150 points, face aux piètres 50 points de l’équipe de Gryffondor. Mais Tetsuya, lui-même résolu à ne plus rien laisser passer, faisait démonstration d’incroyables arrêts de balles.
Il y eut, à un moment, des huées dans le public.

— Est-ce que j’ai bien vu ce que j’ai vu ? commenta Joris. Ah oui, il semble ! Au vu du coup de sifflet de madame Bibine ! Simmons a bien shooté dans la tête de Jenkins, le batteur de Gryffondor, avec son pied ! Effectivement, l’avertissement est mérité. Au prochain, elle sera contrainte de quitter le terrain et risque de ne pas être remplacée.
— Rose !

La Papillombre s’approcha près de sa co-équipière qui venait de l’appeler.

— On doit concentrer nos attaques sur Sam ! expliqua-t-elle. Les Poursuiveurs se débrouillent très bien sans nous !
— Entendu !

Sitôt que les deux Cognards arrivèrent vers elles, elles passèrent un premier temps à se les échanger. Cela permettait d’affiner leur angle d’attaque en attendant que Sam finisse son tour de terrain, s’approchant d’elles, trop obnubilé par le vif d’or, tout en privant les batteurs adverses d’attaques sur leurs camarades.

— Maintenant ! cria Kate quand Sam s’approcha suffisamment.

Elles frappèrent toutes les deux en synchronisation, de telle sorte que les Cognards convergèrent sur leur cible et Sam, en entendant leur sifflement caractéristique, n’eut pas d’autre choix que de remonter en piquet pour les éviter. Mais Kate et Rose ne lui laissèrent pas le temps de souffler : fonçant vers lui, elles rattrapèrent les Cognards pour les lui relancer dessus et l’éloigner du vif d’or.

— Eh bien, eh bien… ! sifflait Joris dans son mégaphone. Elles ne lui laissent aucun répit ! C’est limite de l’acharnement ! Les Papillombre sont sacrément féroces aujourd’hui ! Je ne sais pas quel garçon serait assez fou pour sortir avec l’une de ces furies ! Quoique. J’ai entendu parler d’une rumeur comme quoi Whisper fréquenterait Beckett ! Serdaigle et Papillombre, c’était du jamais vu ! Vous me direz, c’est pas courant encore, les Papillombre, par chez nous ! Mais, quoi, professeur ? Que voulez-vous ! J’adore les ragots ! En plus, c’est votre maison qui est concernée ! Vous devriez être content ! Mieux ! Vous devriez en être honoré ! C’est de Kate Whisper que l’on parle !

Eibhlin sortit son épingle du jeu, maintenant que le terrain était dégagé. Le vif d’or était tout à elle…

— Oh ! Mais oui ! comprit Joris. C’est l’occasion rêvée pour O’Cearbhail !
— Vas-y, Eibhlin ! Fonce ! lui criait Rose, toute excitée, entre deux Cognards à frapper.

C’était ce qu’elle faisait et elle avait bien l’intention d’y parvenir. Le vif d’or au bout des doigts, elle profita d’un léger coup de vent du Nord pour se donner un dernier élan, une dernière accélération, ses membres transis par le froid.
Un tonnerre d’applaudissements accueillit la saisie du vif d’or.

— C’est un exploit ! O’Cearbhail a réussi à défaire le célèbre attrapeur de Gryffondor, grâce à l’aide des deux batteuses ! Quelle brochette de gagnantes ! Personne ne peut se vanter de cela ! Défaire Samuel Snitch sur ce terrain ! C’est incroyable ! Papillombre vient de s’assurer une écrasante victoire, avec un score délirant de 320 points contre 70 !

Pourtant, en redescendant, ce ne fut pas tant l’allégresse qui transportait les cœurs des Papillombre. Mais l’inquiétude. Ils se précipitèrent rapidement vers l’infirmerie, où Nestor venait d’être installé sur l’un des lits, loin des élèves victimes de la grippe de saison. Il refusait que Mrs Pomfresh l’examine.

— Il va bien falloir que vous me laissiez voir ! se plaignit-elle. Nom d’un hibou galeux, vous en avez encore de la ténacité, pour quelqu’un qui se retire d’un match de Quidditch ! Ce n’est pas raisonnable dans votre état, mister Curtiss ! Vous avez sûrement des côtes cassées ! Au mieux fêlées ! Mais je dois m’en assurer.
— Nestor, tu devrais te laisser faire ! tenta d’intervenir Tetsuya.
— C’est hors de question ! Je n’ai rien !
— Et ma tronche, c’est un ananas ?! s’exclama Teffie. Maintenant, tu arrêtes de gueuler comme un chieur et tu laisses faire !
— Ferme-la !
— Ferme-la toi-même !

Les échanges violents furent interrompus par l’arrivée de Calypso Curtiss, suivie par son amie Juno. La Serpentard, aînée de Nestor, portait une grande cape noir et vert émeraude en velours, par-dessus sa robe raffinée de mêmes teintes. Mais elle portait, dans la discrétion la plus totale, un cerf-tête en satin violet sombre derrière son épaisse frange noir de jais. Elle marchait d’un pas rapide vers le lit de son cadet.

— Ah, Calypso, souffla Kate. Peut-être que toi tu arriveras à le raisonner !

Elle fit fi de cette remarque et s’approcha du lit avec une expression froide, quoique soucieuse. Les Curtiss n’étaient pas connus pour être des gens chaleureux et souriants. Face à sa grande sœur, Nestor ravala son ardeur et se contenta de grimacer de douleur. Leur lien de regard se maintint longtemps. Puis, Calypso prit la place de Mrs Pomfresh, qui recula d’un pas, et porta ses mains au crochet qui fermait la cape de son frère. Nestor lui attrapa le poignet, la défendant d’aller plus loin. Mais les yeux de Calypso étaient à la fois fermes et bienveillants.

— Nestor. Tu dois me laisser faire.

Elle décrocha sa cape et tenta de soulever son pull et son tee-shirt pour révéler son flanc.

— Non. Calypso. S’il te plaît… Ne fais pas ça.

La voix de Nestor s’était faite basse, presque suppliante. Sans comprendre pourquoi, Kate avait le cœur battant.

— Il faut que je le fasse.
— Pas ici… pas maintenant !
— Nestor. Aie confiance. Ils sont là pour toi.

Elle comprenait que le regard de ses camarades de Papillombre l’angoissait, sans que ces derniers ne puissent comprendre en quelle mesure.

— Et je suis là pour toi… Laisse-moi faire.

Nestor affaiblit la pression sur l’avant-bras de sa sœur. Alors, Calypso releva ses habits. Ce qu’elle révéla provoqua un hoquet chez Kate. Rose lâcha une exclamation, Eibhlin une grimace.
Le ventre et le torse blafards de Nestor étaient criblés d’hématomes de différentes tailles, plus ou moins profonds. Ce n’était sûrement pas le résultat d’un Cognard, bien que ses côtes apparaissaient violacées, voire rougeoyantes. Et en vérifiant sur ses bras et sur ses jambes, Calypso comprit que les bleus étaient disséminés partout sur son corps.

— Qu-qu’est-ce que c-c’est ? trembla Leeroy.

Mais personne ne lui répondit. Les yeux de Nestor, qui s’embuaient de larmes de rage, le firent à la place. Kate avait les mêmes.

— C’est la leucémie…, comprit-elle. Elle est… elle est revenue ? C’est… c’est ça ?

Face au silence de Calypso, la tête légèrement baissée, ils comprirent la réponse. La première à exploser fut Teffie, qui jeta son balai dans la nef de l’infirmerie, dans un cri de rage, avant de se déchaîner sur un chariot à roulettes, qu’elle renversa et défonça avec ses pieds.

— Miss Simmons ! hurla Mrs Pomfresh qui bondit vers elle. Mais qu’est-ce qui vous prend ! Cessez cela tout de suite !
— Qu’est-ce qui me prend ?! répéta-t-elle, hors d’elle. Mais qu’est-ce qui me prend ! Ma parole, vous n’êtes qu’une vieille connasse aveugle pour ne rien voir ? Il a la leucémie, putain ! La leucémie !
— Surveillez immédiatement votre langage, miss Simmons ! J’en avertirai votre directeur de maison !
— Eh bien, faites-le ! Faites-le ! Si vous pensez que ça résoudra les choses !

Sa voix, bien que puissante, fut parcourue de trémolos sur les dernières syllabes et on devinait que les pleurs commençaient à ressortir sur son visage. Teffie quitta alors l’infirmerie, hors d’elle, bien décidée à aller détruire autre chose pour se défouler.
Leeroy, lui, n’avait pas retenu ses larmes, mais s’était caché derrière un rideau pour éviter à Nestor de les subir. Tous savaient ce que cela signifiait. Mais Tetsuya restait toujours le plus optimiste de tous :

— Il existe sûrement un moyen de contrer la rechute. On trouvera une solution. Promis. Tu l’as déjà battue une fois. Je suis sûr que tu peux le refaire ! Et on est tous derrière toi.
— Kate ?

Interpelée, Kate se retourna en reconnaissait la voix d’Emeric, qui était entré dans l’infirmerie sans se faire remarquer, inquiet de ne pas la voir en ressortir. S’écartant du groupe pour le rejoindre, elle leva ses yeux vers les siens, avant de le prendre dans ses bras et de s’effondrer en larmes contre lui. Emeric les accepta, la berçant contre lui pour la réconforter. Mais Kate était autant triste qu’elle n’était en colère contre ce coup du destin.

— Je hais cette putain de vie… Elle est tellement injuste ! C’est toujours injuste !
— Je sais, Kate. Je sais…
— Pourquoi ? Pourquoi ça arrive toujours… et que… que…

Elle ne parvenait pas à terminer ses phrases. Alors Emeric l’emmena vers un lit vide et s’assit avec elle, la gardant dans ses bras. Ce fut à ce moment qu’il remarqua l’état de ses doigts :

— Kate ! Tu as les mains en sang !

Elle ne répondit rien, se contentant de renifler sur son épaule.

— Je vais m’occuper de ça. Reste là.

Il emprunta du matériel à Mrs Pomfresh, sous sa supervision, et retourna auprès de Kate pour désinfecter ses plaies, retirant les échardes avec sa baguette magique.

— Ça fait mal ?

Kate ne répondit pas : en toute honnêteté, ce n’était pas ça qui lui faisait le plus mal. Mais elle préféra ne pas donner de détails à sa souffrance intérieure.

— Tu fais ça très bien, souffla-t-elle.

Emeric étira un léger sourire touché.

— Si je veux devenir archéologue, je dois devenir quelqu’un de soigné et de minutieux.
— Compare-moi à une momie, ricana-t-elle entre deux sanglots, je ne te dirai rien !
— Je ne me permettrais pas… ! J’ai une peur bleue des momies !

Ils rirent tous les deux à voix basse, puis Emeric prononça une formule magique, agitant lentement sa baguette au-dessus de la main de Kate. Ses petites plaies se refermèrent une à une et Emeric retira le sang qui restait. Puis, il referma les doigts guéris de Kate, gardant les siens par-dessus.

— Tu crois… que c’est à cause de nous ? trembla-t-elle. À cause de… ce qu’on a fait ?

Comprenant son allusion, Emeric remonta ses lunettes en les poussant sur son nez.

— Non, Kate… Cela n’a rien à voir.
— Mais si le fait d’avoir amené la Mort ici…
— Tu te fais des idées. Je t’assure, Kate. Ce n’est pas de notre faute. Ce n’est qu’un triste concours de circonstances. Mais ce n’est pas ta faute, d’accord ? Il faut que tu arrêtes de te dire ça pour chaque fois qui t’arrive…

Il s’interrompit en grimaçant, comme pris d’une soudaine douleur à la tête. Aussitôt, Kate s’en inquiéta :

— Emeric ! Est-ce que ça va ?
— Juste une migraine. Ça… ça me passera !

Refusant de le croire sur parole, Kate porta sa main guérie à son front, sous ses cheveux blonds.

— Tu es un peu chaud. Oh, tu ne vas pas tomber malade toi non plus !
— Ça devrait aller, je t’assure !
— Bah voyons. File vite dans ton dortoir et va te reposer.
— Je suppose que je ne peux pas t’embrasser, alors ?
— Il ne vaut mieux pas si tu es vraiment malade… Mais ça n’aurait pas été de refus.

Il se leva devant elle et lui adressa un sourire tendre.

— Tâche de te reposer aussi. Avec le match et les émotions, tu as besoin de prendre du temps pour toi.
— Je le ferai.

Sur ces mots, Emeric quitta l’infirmerie, au milieu de l’agitation et des sanglots. Kate demeura un long moment assise, les coudes sur les genoux, observant les Papillombre qui ne célébraient pas leur victoire comme ils auraient dû, comme ils le méritaient.
Car avant de prendre soin d’elle, elle devait prendre soin d’eux.

*** *** ***

L’ambiance se transforma, au sein de la maison. Les rires étaient devenus peut-être plus rares. On respectait le calme, le silence qu’inspirait la salle commune. Si Nestor refusait que les autres soient à ses petits soins, il respectait leurs attentions à son égard, sans ciller. Il n’était pas plus malade qu’à l’habitude, mais les autres Papillombre remarquaient maintenant qu’il était un peu plus faible qu’avant.
Certains matins, on pouvait croiser Tetsuya et Nestor, assis au milieu de parchemins, marqués par des symboles japonais, avec, entre eux, une hématite. Peu de Papillombre comprenaient l’étendue du rituel qui consistait à placer la souffrance dans la pierre à l'aide des flux magiques, et ainsi apaiser Nestor de ses douleurs et de ses fatigues. Même s’il le manifestait très peu, le plus jeune avait toujours eu beaucoup de respect pour Tetsuya et pour ses croyances. Ils se considéraient comme des égaux, des cérébraux adeptes de la logique. Et parfois, quand la pierre était saturée, Tetsuya aspirait une part de la douleur à son tour. Ce rituel signifiait beaucoup aux yeux de Kate et d’autres, comme Eibhlin, qui avaient compris que le jeune homme était prêt à sacrifier une partie de son énergie pour aider Nestor dans son nouveau combat contre la maladie.

— Il est fou…, souffla un jour Eibhlin, qui observait le rituel de loin, les bras croisés, l’épaule contre une arche en ogive, vers l’entrée des dortoirs des filles.
— Il est courageux, nuança Kate, à ses côtés.
— C’est dou masochisme.
— C’est dans sa culture. Et dans sa manière d’être.
— Non, il est juste… fou.

Dans le ton de sa voix, Kate perçut un semblant d’admiration.

— Tou croïs que ça va s’arranger pour Nestor ?
— On doit y croire. On n’a pas le choix.
— Aye…
— On sera là pour lui.
— Et s’il meurt ?

La question directe d’Eibhlin l’estomaqua, mais ne l’étonna pas, venant de sa part.

— Nestor ne mourra pas. Il restera toujours avec nous.

En prononçant ses mots, Kate craignit d’avoir proféré une sombre prémonition. S’il venait malheureusement à décéder des suites de sa maladie, Nestor deviendrait-il ainsi le premier fantôme officiel de Papillombre ? Elle secoua la tête, se fustigeant d’oser penser ainsi. Nestor allait survivre. Il le fallait.
Elle remonta la bandoulière de son sac sur son épaule en soupirant.

— Tâchons d’être aussi naturels que possibles. Même si les choses ont changé. Je pense qu’il aimerait que rien autour de lui ne soit différent d’avant. Ça ne va pas l’aider, sinon…

Le cœur lourd, Kate remonta dans la Grande Salle pour démarrer sa nouvelle semaine de cours. Sans trop réfléchir, elle rejoignit la table des Serdaigle : les filles de Gryffondor étaient trop occupées à commenter les dernières photos que Suzanna avaient fait développer. Elle les regarderait plus tard, dans un moment plus propice à sourire. Sur le moment, Kate sentait qu’elle avait besoin de quelqu’un qui la comprendrait et elle avait tout à fait identifié cette personne ; Emeric lui sourit quand elle s’assit à côté de lui, écartant ses affaires. Elle salua Fergus, assis en face, comme une habitude. Ce dernier guettait le moment de faiblesse. En tant que son meilleur ami, Emeric avait certainement dû lui raconter leur baiser dans la bibliothèque et tous ceux qui avaient suivi. Pourtant, Kate et Emeric ne parvenaient toujours pas à assumer leur nouvelle relation aux yeux des autres.

— Salut.
— Salut.
— Merlin, que d’austérité ! s’exclama Fergus, espérant les faire réagir.
— Je pouvais grogner aussi, si tu préférais, lui lança Kate, amusée.
— Vous savez, ce n’est que moi… !
— … et les deux cents autres élèves dans cette salle ! rajouta-t-elle.
— Nous ne sommes pas deux cents. Si mon estimation est correcte… il y a actuellement entre soixante et soixante-dix élèves dans cette salle.
— Emeric. S’il te plaît. Défends-moi plutôt !
— Mais quoi ? bredouilla-t-il en levant légèrement les mains et les épaules.
— J’apprécie de plus en plus les petits déjeuners avec vous, avoua Fergus. Continuez, continuez. Faites comme si je n’étais pas là.

Ils commencèrent à commenter les cours qu’ils allaient avoir dans la journée. À un moment de la conversation, Kate croisa le regard de Morgana, à la table voisine de Serpentard. Mais la jeune fille aux cheveux noirs ne maintint pas le contact. À côté d’elle, le fantôme de son parrain accompagnait son moment de solitude. En dehors des heures de cours qu’elles partageaient ensemble, Kate ne consacrait pas beaucoup de temps à Morgana et quelque part le regrettait. Mais elle avait trop de choses en tête, entre Terry et Maggie, les Papillombre et Emeric. Elle se questionna sur l’existence d’une potion qui lui permettrait de se dédoubler. Mais Morgana ne méritait certainement pas de déjeuner seule comme ça, même si Merrick assurait une présence. Ce n’était pas une scolarité que de la vivre sans amitié…
Puis, les Papillombre entrèrent par grappes dans la Grande Salle, s’asseyant à leur table. Kate les observa quelques instants, entre deux gorgées de thé, avec un regard peiné, qu’Emeric capta.

— Tu devrais aller avec eux, lui chuchota-t-il.
— Hein ? Non. Ne t’en fais pas. Ils sont grands, ils peuvent survivre sans moi.
— Eux, peut-être. Mais je pense que dans l’histoire, c’est toi qui as besoin d’y aller…

Comment faisait-il, pour si bien la comprendre et s’exprimer ? Kate avait parfois l’impression qu’il était capable de lire de ses pensées. Cette étrange sensation l’apaisait.

— Mais… qu’est-ce que je dois dire ? C’est tellement bizarre, maintenant.
— Sois toi-même. Et ils en feront de même. Ils sauront t’imiter. Tu es leur modèle.
— Tu me surestimes.
— Tu te sous-estimes.
— Tu es bien placé pour me parler de ça !
— Tu changes de sujet !
— Très bien, très bien !

Elle se leva et sortit sa baguette pour jeter un Wingardium Leviosa sur sa tasse et sa petite assiette dans laquelle refroidissait un toast entamé à la confiture d’abricot. Mais avant de partir, elle marqua un arrêt derrière Emeric ; elle jeta un coup d’œil à Fergus, qui faisait semblant de lire sa Gazette pour mieux espionner. Puis, elle se pencha au-dessus de son épaule et murmura à son oreille :

— Je t’aime.

Ses mots le firent rougir et ne manquèrent pas d’étirer le sourire de Fergus, qui les avait devinés. Puis, satisfaite, Kate s’en retourna à la table de Papillombre pour s’asseoir entre Teffie et Shako. Elle avait le cœur plus léger, plus serein.

— Bon ! s’exclama-t-elle une fois ses affaires posées et sa baguette rangée. Avec notre prestation de samedi, Wolffhart a intérêt à nous mettre un max de points cette semaine !

Dans un premier temps, personne ne lui répondit, presqu’étonné d’un tel enthousiasme. Puis, Kate apostropha Tetsuya :

— Tu as calculé les points ? Avec le match ?
— On… on est premiers.
— Tu déconnes ? Et tu ne nous l’as pas dit ?

Tetsuya ne répondit rien : l’annonce de la rechute de Nestor n’était sûrement pas le meilleur moment pour parler du défi de l’année de remporter la Coupe des Cinq Maisons.

— Reste plus qu’à battre Serpentard !
— C’est encore une autre paire de manches, commenta Rose.
— On a dou temps avant d’y penser, souffla Eibhlin.
— Ah ? L’Irlandaise qui se désintéresse du « Qouidditch » ? C’est chose rare ! se permit Teffie.

Eibhlin se tourna vers elle avec un regard brillant qui ne signifiait qu’une chose : Teffie ne s’en sortirait pas comme ça. Si les filles avaient toutes les deux un caractère de feu, elles n’en avaient pas moins de divergences et une espèce de rivalité s’était créée entre elles. Après qu’Eibhlin ait coupé les cheveux de Teffie pendant son sommeil pour s’être moquée de son couple avec Sam, la petite sœur de Suzanna s’était vengée en remplaçant le vert de tous les objets de l’Irlandaise par un rose particulièrement pétant. Chaque détail de sa chambre. Eibhlin en sursautait toujours, chaque fois qu’elle en découvrait un autre, jour après jour, comme un cauchemar sans fin.

— J-j-je pense qu-que nous s-sommes en bonne voie pour ga-gagner la c-coupe cette année ! Même d-d-d-deux coupes puis-puisqu’il y a au-aussi celle de Quidditch !
— C’est vrai, Leeroy !
— Oh. On en gagnera même troïs.
— Ah bon ?
— Aye. Coupe des Cinq Maisons, Coupe de Quidditch et Coupe des Meilleurs Éleveurs de Roquets.

Comprenant qu’elle était visée, Teffie se renfrogna et lâcha :

— Mais suce ma bite.
— Tu n’en as pas, la corrigea Nestor, le regard baissé sur son assiette.
— « Suce la bite à Merlin ». Voilà, heureux ?
— On dit « la bite DE Merlin ».

Agacée, Teffie lui exposa son plus beau majeur, ce à quoi Kate répondit :

— Euh, Teffie ! Il y a des enfants, à cette table ! Ce n’est pas très acceptable… !

Aussitôt, la jeune Papillombre s’arma de sa baguette magique et découpa dans sa serviette noire, pour construire un petit chapeau de sorcier qu’elle enfila au sommet de son doigt.

— Voilà, c’est plus acceptable, pour toi ?
— J’abandonne.
— Tu as trois ans de retard par rapport à nous, glissa Rose. Mais mieux vaut tard que jamais, dit-on toujours !

Puis, tout à coup, il y eut de grandes détonations dans la Grande Salle. Certains élèves crièrent et se baissèrent. Des geysers de parchemins avaient jailli d’un peu partout. Des centaines et des centaines de parchemins, qui pleuvaient partout dans la salle.

— Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda Tetsuya en se levant.

Eibhlin en attrapa un au vol, dans la cacophonie ambiante.
Un peu plus loin, Emeric en ramassa un, parmi les dix tombés dans son assiette, et le déplia avec précipitation. Une longue liste était écrite :


Le plus grand nez : Lawrence Prince
La fille qui a les cuisses les plus poilues : Amy Rosier
Celui qui postillonne le plus en mangeant : Caroline Crest
Celui qui a la plus mauvaise haleine : Garry Kean
Le pire traître : Benjamin Sleeman
Celle qui n’a aucune personnalité : Phyllis Ledger
La pire odeur : Julian Lowett
La manière la plus insupportable de parler : Irwin Peakes
Le plus gros fayot : Emeric Beckett
Dans le genre qui fait toujours la gueule : Morgana MacNair
Le pire coureur de jupons : Griffin Gale
La poitrine la plus plate : Kate Whisper
Le plus de boutons sur la gueule : Erin Malithorn
Les cheveux les plus gras : Joris Juffbiggles
Celui qui ressemble le plus à un travelo : Peter Horn
Celui qui se la pète le plus : Samuel Snitch
Celui auquel on devrait interdire d’avoir des enfants : Lancelot Rowle
Celui qui finira tout seul : Jason Watson
Celui qui est tellement gros qu’il n’arrive pas à faire décoller son balai : Dexter Doxmornt
Celui qui, à mon avis, ne boit pas que du jus de citrouille : Simon Holliver
La plus grosse chaudasse : Suzanna Simmons
La gueule de chouette : Mercury Crown
Celui qui mériterait de faire partie du bestiaire d’Hagrid : Lysander Gardner
Le gay refoulé : Evan McAllister
Le fils caché de Rusard : Duncan Pritchett
Le plus gros cul : Maggie Dawkins
Le troll, à l’intérieur comme à l’extérieur : Harold Orchard
Celle qui a du se prendre un coup du saule cogneur : Juno Nightingal
Celui qui n’aurait jamais dû naître : Marvin Ledger


— Kate !

Emeric avait bondi, se précipitant vers elle pour lui interdire de déplier le parchemin qu’elle tenait entre ses mains, lui saisissant le poignet. Autour, des élèves commençaient à rire ou à s’indigner de la méchanceté qui transpirait de ces lettres. Face au visage blême d’Emeric, Kate s’inquiéta :

— Qu’est-ce que c’est ?
— Tu ne veux pas savoir !
— Si, je veux savoir ! força-t-elle en tentant d’ouvrir son parchemin.
— Non ! s’écria Emeric.
— Pourquoi ?
— C’est une liste ! Une liste horrible ! Tu ne dois pas la lire !
— Pourquoi ? Je suis dedans ?

En voyant les regards des Papillombre se lever vers elle, la plupart ayant consulté la fameuse liste, elle se douta que c’était le cas. Elle commença à bouillonner : elle voulait à la fois savoir ce qui avait été dit sur elle, mais elle redoutait que sa découverte ne la plonge dans une profonde colère qui dégénérerait en crise d’Immatériel.

— Et je suis dessus aussi, grinça Emeric, qui semblait lui-même furieux. Beaucoup de la classe y sont.
— Tu penses que c’est quelqu’un de la classe qui a fait ça ?
— On va le savoir…

Le pas rapide dénonçant sa colère, Emeric prit la direction de la sortie, écrasant les parchemins qui jonchaient le sol, et Kate n’hésita pas à le suivre. Au bout de la table des Serdaigle, Mercury Crown avait fondu en larmes, consolée par une Phyllis Ledger blême. En sortant de la salle, Emeric eut un temps d’arrêt et se massa la tempe.

— Ça va ? se soucia Kate.
— Oui… c’est rien.

Il sortit alors sa baguette magique et pointa le parchemin incriminé avec son extrémité :

— Invenire inculpatus.

Un halo bleu se forma autour et forma un fil qui se tissa dans les airs, leur indiquant une direction à suivre.

— Tu as appris ça à Durmstrang ? lui demanda Kate, admirative.

Il se contenta de hocher la tête et suivit la piste au bout de sa baguette magique. Ils marchèrent ainsi l’un à côté de l’autre, sans un mot, sur plusieurs centaines de mètres. Quelquefois, Kate jetait un coup d’œil au profil d’Emeric. Elle devinait à ses sourcils froncés et à son expression qu’il retenait une profonde colère. Qu’avait-on pu dire de mal sur lui, sur ce parchemin ? Et sur elle ? Cela méritait-il une telle réaction ?
Ils gravirent des étages, traversèrent des couloirs, jusqu’à se retrouver à l’une des extrémités d’une aile du château, au troisième étage. Un endroit normalement infréquenté. Il y avait bien cependant quelqu’un, assis à terre, le visage baissé, manipulant un bout de parchemin entre ses doigts. Sûrement la fameuse liste.
Kate eut un hoquet en reconnaissant son camarade de classe au bout du fil bleu tissé par Emeric :

— Marvin Ledger ?

Son chuchotis attira l’attention du Serpentard, qui n’eut pas le luxe de réagir. D’un coup de baguette magique, Emeric le souleva dans les airs et le plaqua contre un mur, sans délicatesse. Cela ne manqua pas de faire réagir Kate :

— Emeric !
— C’est toi qui as créé cette liste ? vociféra le Serdaigle, à l’attention de Marvin, étranglé contre le mur. Et qui l’a distribuée dans la Grande Salle ?

Marvin ne répondit rien, tentant de se débattre, mais cette absence de réponse ne semblait pas apaiser Emeric pour autant, qui le fit léviter un peu plus haut, faisant racler son dos contre le mur.

— Emeric, arrête !

Le cri de Kate derrière elle l’obligea à se contenir. La Papillombre tentait de le comprendre, elle qui n’avait pas eu connaissance de la liste. Mais il lui semblait presque se reconnaître dans ses actions. Cette impulsivité colérique, contre l’injustice et la cruauté. Qui pouvait parfois dégénérer. Ils n’étaient finalement, l’un comme l’autre, pas si différents…
Ramenant Marvin au sol, Emeric ne laissa pas sa colère décroître.

— Je sais que c’est toi qui as fait ça, lui affirma-t-il. N’essaie même pas de me faire croire le contraire !
— Et je ne le ferai pas.

Marvin avait presque craché ses mots. Dans son air un peu sombre, Kate peinait à le reconnaître, lui, le Serpentard jovial, toujours prêt à commettre les pire blagues.

— Ta plaisanterie n’était vraiment pas drôle, poursuivait Emeric. Tu te rends compte du mal que tu fais ?
— Bah voyons. Vous êtes tous les mêmes. Tous aveugles…

Voyant qu’il n’allait pas chercher à répliquer ou à se battre, Emeric rangea sa baguette magique, sans détourner son regard. Il afficha cependant une expression d’incompréhension pendant une seconde :

— Et tu t’es mis sur ta propre liste ? Pourquoi ?

Marvin retourna au sol, recroquevillé. Kate pouvait ressentir sa détresse et elle le prit tout à coup en pitié, qu’importe le mal qu’il avait commis. Elle s’approcha doucement, comme pour apprivoiser un animal blessé, et s’accroupit auprès de l’adolescent, qui ne lui accorda pas un regard.

— Marvin, qu’est-ce qu’il se passe ?
— Ah. Maintenant que je ne vais pas bien, vous vous faites du souci pour moi !
— Ce n’est pas vrai… Bon. Nous ne sommes pas spécialement proches. Mais… je sais que la vie n’est pas de tout repos, à Poudlard. Tu te souviens quand je t’ai libéré, dans le Poudlard Express ? Quand ils t’avaient enfermé ?
— Et cela fait de toi une sainte ?
— Marvin, arrête. Tu n’es pas dans ton état normal. Qu’est-ce qu’il se passe ?

Mais il détourna le regard, évitant de croiser le sien. Sans le brusquer, Kate attrapa la liste entre ses doigts.

— Ne fais pas ça, intervint Emeric qui préférait qu’elle n’en prenne pas connaissance.
— Je fais ce que je veux, chuchota-t-elle, sans remontrance, mais avec un ton presque calme.

Elle parcourut la liste du regard et comprit pourquoi Emeric était en colère. Cette liste n’était qu’un amoncellement de vilénies. Il y avait bien une explication.

— Tu as vrai, souffla Kate à Marvin. En tout cas, me concernant.

Cette fois, il lui accorda un regard, entre défi et pardon.

— Oui, j’ai bien la « poitrine la plus plate ». Et tu sais pourquoi ? Parce que je me suis fait arracher un sein par un loup-garou. Voilà pourquoi…
— Je ne voulais pas…
— C’est Evan qui t’a blessé, toi ?

Kate avait jeté un nouveau coup d’œil à la liste. Le visage de Marvin se figea dans un premier temps, puis se décomposa. Derrière Kate, Emeric perçut enfin les enjeux et se détendit, les lèvres frémissantes. Il comprenait très bien. Il avait aussi vécu avec un cœur brisé.

— Je ne voulais pas… Je ne voulais pas…

Sans parvenir à terminer sa phrase, Marvin fondit en larmes, réfugiant son visage dans ses bras repliés contre lui. Kate tendit un bras pour venir caresser son épaule, puis elle vint s’asseoir à ses côtés, pendant qu’Emeric restait debout en les observant.

— Tu veux me raconter ? chuchota Kate, conciliante. Je sais ce que c’est, les histoires avec ces idiots de Gryffondor. C’est un passé qui ne plait pas à Emeric non plus.

Kate et Emeric partagèrent un regard, presqu’amusé.

— Je ne sais pas, marmonna Marvin. Je ne te connais pas, Kate. Tu serais qui, pour m’écouter ?
— Une camarade de classe ? Quelqu’un qui veut justement te connaître ?

Le Serpentard inspira une grande bouffée d’air, effaçant ses larmes.

— Je ne sais même plus qui je suis vraiment.
— On a tous cette phase-là. Tu sais qui je suis pour en parler.
— C’est vrai, c’est vrai… Ou alors peut-être que je l’ai toujours su. Mais que je ne voulais pas l’admettre.
— Et Evan ? Il le savait ?
— Je… pense que c’est la même chose.
— Il a été rude avec toi ?
— Non. Pas du tout. Ça… ça se passait bien. Dans le secret.

Kate ricana :

— On sait ce que c’est.

De nouveau, elle partagea un regard avec Emeric, toujours silencieux. Puis, elle rit doucement :

— Evan McAllister, le gars qui essaie de regarder sous les jupes des jeunes sorcières… Je n’aurais pas cru.
— Ce n’est qu’une façade. On en a tous une. Pour se cacher. Pour se persuader d’être ce que l’on est pas…
— Et qu’est-ce qu’il s’est passé ?
— Ça se passait bien, répéta-t-il. Peut-être un peu trop bien. Et puis… ça a été découvert.
— Par qui ?
— À ton avis ? Qui aurait assez d’influence sur Evan ?
— Griffin, grommela Kate. C’est Griffin qui vous a vus…

Elle tenta de relativiser :

— Au moins, il a été sympa. Il aurait pu vous dénoncer. Ou lancer des rumeurs. Ou même rejeter Evan. Pourtant, il traîne toujours avec, aux dernières nouvelles.
— Oui, c’est vrai. Ce n’est pas de la faute de Griffin… C’est Evan. Il a changé. Il ne voulait plus me parler, plus me regarder. Du jour au lendemain. Comme s’il croyait… qu’il avait trahi son meilleur ami. Je n’étais… je n’étais plus rien pour lui. Et personne…

Son poing se serra.

— Personne ne voyait rien. Phyllis, elle le sait depuis peut-être plus longtemps que moi. C’est ma sœur jumelle. Mais… tout le monde fermait les yeux. De toute façon, je suis quoi ? Je ne suis que Marvin Ledger. Le type qui fait des blagues pour Halloween et qui se fait menacer par Wolffhart. C’est tout ce que je suis… Le reste du temps, je disparais. Je ne suis plus rien. Pour personne… Si je n’étais plus là, personne ne le remarquerait.

Le cœur de Kate se gonfla de larmes. Quelque part, elle comprenait ce jeune homme qui, comme son père plus jeune, n’avait existé aux yeux des autres qu’aux travers de ses blagues et de ses sales coups.

— Ne dis pas ça, Marvin. Ce n’est pas vrai… Il y a des gens qui t’apprécient.
— Avec ce que je viens de faire ? Je peux tout laisser tomber.
— C’est vrai que ce n’était pas la meilleure méthode. Mais tu avais trop de choses sur le cœur… Tu avais besoin de l’évacuer. D’une manière ou d’une autre.
— J’ai tout fait foiré !.
— Non ! Arrête de dire ça. Ce n’est pas de ta faute. C’est celle d’Evan. Et tu as le cœur brisé.
— On fait tous des choses insensées, quand on a le cœur brisé.

Les derniers mots avaient été prononcés par Emeric. Voyant les deux regards se lever vers lui, il étira un rictus et haussa les épaules.

— Comme… je ne sais pas. Partir à Durmstrang ?
— Ne lui donne pas de mauvaises idées, nasilla Kate, en frottant le dos de Marvin.
— Oui, souffla le Serpentard. Peut-être que je devrais partir. Retourner en Australie.
— N’y pense pas. Ce n’est qu’un mauvais moment à passer.
— Mais je me déteste, tu comprends ? Je déteste qui je suis ! Je me regarde dans un miroir, je ne peux même pas supporter ma face ! J’aimerais ne pas être là. Ne pas être ce que je suis…
Cette étrange situation rassérénait Kate. Elle qui s’était toujours pensée seule dans ce cas, elle découvrait que d’autres, autour d’elle, cachait ces mêmes faiblesses.
— On ne peut pas changer notre apparence profonde, le raisonna-t-elle. Ce qui caractérise qui nous sommes… Il faut l’accepter. Parfois, le temps est long. Puis un jour, il survient quelque chose d’étrange.

Elle laissa planer sa phrase et Marvin releva des yeux interrogatifs vers elle.

— Quoi ?
— Un jour, tu verras ton reflet. Mais ça ne sera pas dans un miroir. Ça sera dans les yeux de quelqu’un d’autre. Et ce reflet que l’on te renverra, ce regard qui se sera adressé, te dira, te criera que tu es la plus belle personne au monde. Aux yeux de cette personne, tu le seras.

Lentement, elle se releva, étirant un sourire à Marvin.

— Tu ne sais pas quand. Mais tu dois garder espoir. Un jour, ça t’arrivera. Je te le souhaite.
— Je… merci. Merci, Kate.
— Allez, calme-toi. Et respire un bon coup.
— Je suis vraiment désolé. Pour tout. Pour ce que j’ai fait, pour ce que j’ai dit. Je n’aurais pas dû te mettre dans cette liste.

Il posa à peine ses yeux sur Emeric, de peur d’être de nouveau étranglé contre le mur.

— Et toi aussi. Je n’aurais dû y mettre personne.
— Le mal est fait, asséna Emeric, réaliste.
— Tu pourrais peut-être aller t’excuser, proposa Kate.
— Pour que je me fasse assassiner dans la Grande Salle ? Tout le monde me déteste déjà assez comme ça… Et puis les professeurs vont faire une enquête. Ils sauront de toute façon que c’est moi. Si Emeric a réussi à le faire…
— … je peux aussi effacer ta trace.

Marvin comme Kate tournèrent des mirettes écarquillées vers Emeric.

— Tu… peux faire ça ? hoqueta-t-elle.
— Oui, répondit-il en haussant les épaules, comme une évidence.
— Je comprendrais que tu ne veuilles pas le faire, souffla Marvin.
— Je le ferai. Mais à condition que tu ne fasses plus jamais ça.

Marvin hocha la tête, secouant ses cheveux mi-longs.

— Promis.
— Et je ne suis pas un fayot, d’accord ? tint à corriger Emeric, en ressortant sa baguette. Je suis… juste un peu plus intelligent que la moyenne.
— Tu parles, t’es juste un putain de génie ! lâcha Kate, épatée.

Il prononça une formule magique d’une voix calme et, l’espace d’une fraction de secondes, Kate crut voir des fils transparents, comme ceux des araignées, se dessiner entre Marvin et les centaines de parchemins, avant qu’ils ne se brisent. La trace invisible avait été rompue. Personne ne pourrait ainsi remonter jusqu’à lui grâce à la magie.

— Prends soin de toi, Marvin, lui souhaita Kate, en l’aidant à se relever. Et garde espoir. Si je peux t’aider de n’importe quelle manière, fais-le-moi savoir. Je ferai de mon mieux. Mais ne reste pas seul. Jamais... Ça ne résout jamais rien.

Ils se séparèrent après que Marvin eut approuvé d’un hochement de tête, avec un léger sourire, le cœur peut-être plus léger.
Dans un premier temps, il y eut un silence entre Kate et Emeric, qui retournaient vers les espaces communs. Un silence tendu. Une tension à la fois commune et inhabituelle. Puis, ils osèrent échanger un regard. Et ils ne purent se retenir.
Emeric se rua sur elle et attrapa son visage pour lui offrir un fougueux baiser, Kate serrant son corps contre le sien.

— Si tu savais ce que tu es belle quand tu es comme ça, souffla-t-il, sous le charme. Quand tu aides les autres…
— Et toi, quand tu pètes des plombs. Et que tu t’énerves, pour le bien des autres. Tu ne te rends pas compte… à quoi point tu es sexy !

De nouveau, ils se rencontrèrent avec ardeur et Emeric l’entraîna dans un coin où personne ne les surprendrait.

Note de fin de chapitre :

VOILA. J'espère que ce chapitre vous a plu. Peu à peu, on rentre dans le vrai de l'action de la partie VI et de certains enjeux importants pour le futur. Et Atropos, je la kiffe, VOILA.

J'aimerais juste attirer votre attention sur le fait que je reçois très peu de retours sur mes chapitres, sur ce site, proportionnellement au nombre de lectures. Le dernier chapitre a été lu 562 fois à la minute où je vous parle. Pour 4 reviews. Ce qui nous donne un ratio de 0.70% de retour. Voilà. Donc n'oubliez pas qu'un petit coucou, un petit retour, ça fait toujours plaisir ! J'adore discuter avec vous de vos hypothèses, de vos retours sur les intrigues ou les personnages, donc n'hésitez pas. Je passe beaucoup de temps à écrire et à m'investir dans cette histoire, donc un petit mot me fera toujours très plaisir et de ne donnera pas l'impression de crier dans le vide. C'est pas un reproche, juste une remarque pour vous sensibiliser sur ce fait. :) 

Le chapitre suivant, le 12, vient d'être bouclé (c'est une pure TUERIE ! ACTION ! SANG ! FEU ! TORTURE ! YEAAAAH ! Héhéhéhééhéhéhé !). Je le posterai dans deux-trois semaines. Et après. Pause. Vous allez me détester. Pour changer. Je commence à m'habituer.

Si jamais je ne poste pas avant le 23, sachez que je serai à la Coupe de Poudloire le 23 septembre à Blois, pour dédicacer mes livres. Et j'aurai là-bas quelques exemplaires papier de LMA. Oui oui, vous avez bien lu. Donc si vous y êtes, passez me voir (attention, il faut avoir acheté un pass pour entrer dans l'évément. Et tous les pass sont déjà vendus...). 

A très bientôt ! :D Merci merci !

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