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News

97ème édition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 97e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 25 janvier à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.


De L'équipe des Nuits le 20/01/2020 12:21


Sélections du mois


À voter !

Les votes pour le thème de mars 2020 sont ouverts ! Arriverez-vous à choisir entre : Sang-Pur, Lemon, Recueil de drabbles ou Serdaigle ?

Rendez-vous sur ce topic pour voter jusqu'au 31 janvier 2020, 23h59.


De L'équipe des Podiums le 15/01/2020 16:28


Sélections du mois


Félicitations à Lyssa7 et Eanna qui gagnent la sélection de Noël ! Leurs fanfictions recevront une jolie vignette qui brille de mille feux.

Vous avez des idées pour améliorer les Sélections ou vous aimeriez en parler plus souvent et répondre à des défis, n'hésitez pas à vous rendre sur nos nouvelles pages : Les Eurêka des Sélectionneurs et Le Club des Sélectionneurs.

Pour février 2020, vous avez choisi le thème Enquête. Venez donc proposer vos deux fanfictions préférées en vous rendant ici ou bien en répondant à cette news.

Enfin, durant le mois de janvier, plongez dans nos OS tour à tour émouvant, drôle, tragique et léger. Il y en a pour tous les goûts ! Reviewez et votez pour vos favoris ici.

Bonne lecture à tous !


De L'équipe des Podiums le 03/01/2020 15:35


Voeux de bonne année et mouvement dans l'équipe


L'équipe de modération HPF vous adresse ses meilleurs voeux pour une année 2020 riche en inspiration pour voir éclore de nouvelles fics !

Un grand merci à Zakath Nath qui quitte aujourd'hui notre équipe de modération. Nous la remercions pour tout le travail effectué et lui souhaitons une bonne continuation !

A très bientôt pour de nouvelles aventures sur HPFanfic !!!

L'équipe de modération HPF
De Equipe de Modération HPF le 31/12/2019 21:21


15ème Nuit Insolite


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 15e édition des Nuits Insolites se déroulera le VENDREDI 3 JANVIER à partir de 20h. N'hésitez pas à venir vous inscrire !
Les modalités de participation sont disponibles sur le même topic.

A très bientôt !


De L'équipe des Nuits le 30/12/2019 20:16


Assemblée Générale Extraordinaire


Bonjour,

Une Assemblée Générale Extraordinaire est présentement en cours sur le forum de l'association. Les membres et non-membres de l'association Heros de Papier Froisse sont invités à y participer. Les votes sont toutefois réservés uniquement aux membres. La clôture de l'AGE aura lieu le 3 janvier 2020 à 14h.

Au plaisir de vous y croiser !


De Le Conseil d'Administration le 27/12/2019 21:42


Ludo Mentis Aciem par Ielenna New!

[1187 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

GUTEN TAAAAAAAAAAG mes souris droguées au champagne ! Je reviens en force avec le premier chapitre de ce long challenge du NaNo ! EH OUAIS. Woffinou en force aussi ! 3 (voire 4 !) chapitres, rien que pour sa pomme ! Prêts à découvrir l'histoire de notre allemand ronchon préféré ?

Au programme, un punching ball vivant, un kleptomane de baguettes, et le début d'une TREEEEEEEEEEES LOOOOOOOOOOOOOOOONGUE vie de merde !

Bonne lecture !

 

C’était un matin comme tant d’autres. Je me réveillai dans ce lit. Trop grand pour moi. Trop épais pour moi. Chaque fois que la réflexion jaillissait dans mon esprit, j’entendais la voix de ma mère en écho, qui me répétait, quand j’en émettais la remarque en famille : « ce lit te suivra toute ta vie. Mais lui ne grandira pas ». Mon père était plus pragmatique : « Tu grandiras dedans. Tu honoreras ta femme dedans. Ton enfant naîtra dedans. Et si la chance te le permet, tu mourras dedans. » À huit ans, ma vie était déjà toute tracée. Mon père l’avait décidé ainsi. Et je ne trouvais rien à lui répondre. J’étais soumis à sa volonté, depuis toujours.
J’étais destiné à vivre une partie de ma longue vie ici, d’après ses dires. Dans cette grande chambre de Ruhmträne. Un grand lit, dans une grande chambre, dans un grand corridor, dans un grand château, dans la plus grande région du plus grand pays de l’Europe. À mon tour, il fallait que je devienne un grand de ce monde. Je le savais depuis toujours. Ce leitmotiv ressortait tellement souvent. À croire que l’on me berçait avec cette mélodie quand je n’étais qu’un bébé.

« Tu deviendras un grand sorcier, mon fils. »

Puis, Wauzi, l’un des elfes de maison, entrait dans ma chambre, quelques minutes après mon réveil.

— Le jeune maître a bien dormi ?

Il me posait la question chaque matin. Je me contentais d’un hochement de tête. Je ne prenais plus la peine de formuler de réponse. Ni même de le regarder dans les yeux.
Je m’habillais avec les habits qu’il me préparait et je descendais. Dans cette salle, étouffante de miroirs et de colonnades opulentes. Au bout de la grande table où était servi le petit-déjeuner, de manière ostentatoire, dans des plats de grande argenterie, mon père lisait le journal, fier patriarche. Sorcier, à tel point qu’il tournait les pages avec sa baguette, considérant qu’utiliser ses doigts serait impropre à sa nature.
Comme tous les matins depuis quelques mois, je jetai un coup d’œil à la une de la gazette. Le titre pouvait m’en dire beaucoup sur le déroulement de la journée. Et une mauvaise nouvelle pouvait me coûter cher. Surtout en ce contexte de guerre. Certains pensaient encore que l’Allemagne avait ses chances. Je l’espérais aussi. Non pas pour la gloire de mon pays. Mais pour me préserver.

— Bonjour, Wilhelm.

Sa voix grave résonne encore en moi. Elle reflète bien son physique. Cette morphologie anguleuse, carrée. Ce port de tête rigide. Ces yeux noirs perçants. Sa chevelure blonde, plaquée, peignée, chaque crin discipliné. Mon père regrettait que je n’en porte pas de même. J’avais hérité des cheveux bruns, presque sombres, de ma mère. De peu, j’avais manqué d’être le parfait fils allemand.

— Bonjour, père.
— Tu peux t’asseoir.

J’attendais toujours son autorisation avant de prendre place. Wauzi me servait directement dans mon assiette. Il connaissait mes goûts, mes portions. Je ne le remerciais pas. Selon père, c’était faire signe de faiblesse que d’être remerciant auprès d’un elfe. C’était leur travail, après tout.

— As-tu bien dormi, mon fils ?
— Oui, père.
— Parfait. C’est une longue journée qui t’attend.

J’avais le droit, de temps en temps, à l’un de ses regards complices, qui me faisaient sentir si fier d’être son héritier. Mais je ne pouvais pas sourire. Ça aussi, c’était signe de faiblesse. Je devais accepter cela avec honneur.

— Ton précepteur m’a fait part de tes progrès.
— Ses cours sont très intéressants.
— Et tu es très assidu. Sais-tu ce que vous allez aborder, aujourd’hui ?
— Les poisons. J’ai lu le livre qu’il m’a fait transmettre.
— Parfait.

Mes facilités d’apprentissage avaient été vite remarquées. À deux ans, je savais formuler des phrases complexes. À trois, on m’avait mis devant le clavier d’un piano. À quatre, j’avais appris à lire. À cinq, je connaissais déjà une centaine de sortilèges. J’avais déjà le niveau d’un troisième année à Durmstrang. Mon père s’était emparé de ces commodités, embauchant un précepteur sorcier pour m’enseigner les premiers rudiments de la magie avant même d’entrer à l’école.
Ma mère ne cessait de répéter que j’étais son petit génie. Mon père que j’étais le grand espoir du Kaiser et de la famille Wolffhart.

— Bonjour, Willou !

Et il y avait Augusta. Qui attestait que je n’étais qu’un crâneur prétentieux.
Ma petite sœur trotta autour de la table, tenta de m’embrasser, mais je la repoussai. Sans s’en offusquer, elle fit le tour et déposa un baiser sur la joue rugueuse de père.

— Bonjour, mon cher papa !
— Ma petite Augusta.

Il l’enlaça tendrement d’un bras. Elle était sa petite princesse, avec ses boucles blondes, ses petites robes apprêtées. Je ne jalousais pas Augusta, enfin, je tentais de m’en convaincre. J’entretenais de bonnes relations avec ma cadette mais des distances étaient maintenues. J’étais destiné à devenir l’héritier de la famille Wolffhart. Elle, à devenir une parfaite petite épouse. Alors mes parents la laissaient jouir d’autant de liberté qu’elle le désirait. Elle-même ne pouvait pas se rendre compte que cela ne durerait pas, sitôt serait-elle mariée à un noble de l’aristocratie sorcière. Sûrement un autre Wilhelm, ou un Friedrich, comme il y en avait tant dans l’entourage proche du Kaiser.

— Nous discutions de la journée de Wilhelm, expliqua mon père, une fois ma sœur assise.
— Ah ? Avec ses cours barbants ?
— Au moins, je m’instruis. Pas comme d’autres.

Augusta me tira la langue. Cette fois, je souris mais dissimulai mon rictus aux yeux de mon père. J’adorais titiller la susceptibilité d’Augusta.

— Voyons, ce n’est pas un geste correct en société, la reprit mon père.
— Excuse-moi, mon bon papa. C’est juste que Willou n’est pas toujours gentil avec moi. En tout cas, il ne l’est pas autant avec moi qu’il ne l’est avec Charlotte. N’est-ce pas, Wilhelm ?

Je me mortifiai, attendant que mon père ne rebondisse ou n’oublie cette remarque.

— Tu continues à voir Charlotte, Wilhelm ?
— Oui, admis-je. Je lui ai proposé de venir cet après-midi, sur l’autorisation préalable de mère.

Il hocha la tête. Mes fréquentations étaient toujours très contrôlées. Charlotte était la voisine de l’âge d’Augusta, issue d’une famille de sorciers. Enfant unique, elle jouissait d’un meilleur espoir d’avenir qu’Augusta. Avec un peu de chance, peut-être travaillerait-elle un jour comme secrétaire à l’Alderreicht, basé à Berlin, avec les bonnes relations que son père avait sur place. Il s’agissait de l’équivalent du Ministère de la Magie britannique ou du MACUSA américain. Charlotte avait peut-être deux ans de moins que moi, mais je la trouvais mature. Elle ne jouait pas à la corde à sauter, comme Augusta. Elle préférait tester les balais volants de la réserve. J’admirais cette audace féminine dans ce monde d’hommes et de décisions masculines.

— C’est parce qu’il est amoureux ! lança Augusta.
— Tu ne racontes que des bobards, coupai-je court avec un air dédaigneux.

Je refusais d’entrer dans son jeu, mais la gamine insistait.

— Amoureux ! Amoureux !
— Tu es ridicule, Augusta.
— Et toi, t’es qu’un gros coincé, Willou !
— Augusta, surveille un peu ton langage, je te prie.

La reprise plus sévère de père la fit taire. Elle haussa les sourcils avec provocation à mon adresse. Je préférai en hausser les épaules.

— Charlotte est une fille de bonne famille. C’est un honneur de l’accueillir dans notre demeure. En espérant que ce lien perdure. Les relations sont importantes dans notre monde, vous n’êtes pas sans l’ignorer.
— Oui, père.
— Si tu le dis, mon bon papa !

Les journées à Ruhmträne avaient toutes leurs rituels. Leur rythme. Le matin, mon précepteur, Herr Klum, m’enseignait de nouvelles connaissances magiques. Je mangeais aux côtés de mère et d’Augusta le midi, pendant que mon père était parti en affaires à l’autre bout de l’Empire, certainement pour s’entretenir avec le Kaiser. Le début d’après-midi, Herr Klum le consacrait à l’étude des langues. Je devais savoir parler un certain nombre de dialectes. Père répétait que c’était essentiel pour maintenir une emprise sur le monde, pour parfaire sa réputation. À huit ans, je possédais donc un certain nombre de bases en français, en danois, en russe et en anglais, même si père répétait que la dernière n’aurait pas mérité tant d’égards. Il détestait les britanniques et tout ce qu’il s’y rapportait.
À dire vrai, père dédaignait les autres cultures ; seule l’Allemagne avait grâce à ses yeux. Nous étions les bons, nous étions les vrais, nous étions les justes. Les Français n’étaient que des lâches, les Russes que d’abjects révolutionnaires, les Hollandais et les Danois des fainéants, les Suisses des opportunistes délateurs. Mais les Anglais… ces petits prétentieux royaux, snobs et pompeux, des mauviettes terrées sur leur île, possédant cette école de sorcellerie répondant au nom infâme de Poudlard. Père aurait préféré se crever les yeux plutôt que j’y pose un pas.
Même si je n’avais pas les beaux cheveux blonds d’Augusta, père tenait à ce que je ressemble au parfait petit allemand. Mes tenues étaient toutes très similaires les unes des autres. Je n’avais pas l’habitude des fantaisies. Ni même des couleurs. Mes uniformes étaient tous noirs. Grands. Effilés. Ils me ressemblaient. Ils n’avaient pas de teinte, pas de personnalité. Ils incarnaient la classe, la réputation inaltérée de ma grande famille.
Les repas du déjeuner, je les partageais avec Augusta. Pendant les beaux jours, mère nous faisait l’honneur de sa visite. Mère était une femme respectable, réservée, comme se devait de l’être la femme d’un grand de la cour allemande. La présence discrète. Elle était son ombre. J’appréciais les silences de ma mère. Cela signifiait que je n’avais rien à lui prouver, là où chaque mot prononcé devant père pouvait me valoir des réprobations, au mieux un regard pointant un certain désappointement.
Augusta également était attablée, sûrement la plus bavarde d’entre tous. Elle occupait tout l’espace de nos discussions. Mais cela me plaisait, je devais l’avouer. En plus des cheveux sombres de mère, j’avais hérité de son mutisme. À moins que cela soit ma stricte éducation qui m’eût conduit à ne pas m’exprimer tel que je l’aurais désiré en public. Augusta, elle, pouvait se le permettre. Elle nous racontait ses dernières lectures, les petits lapins qu’elle avait vus gambader au fond du parc, combien de sauts à la corde à sauter elle était parvenue à réaliser ce matin-là ou encore quelle coiffure extravagante elle avait tenté d’affubler à sa pauvre poupée. Son elfe de maison attitrée, Greta, devait être exténuée de ses longues journées en compagnie de ma sœur.
Mais le moment que j’aimais le plus, dans la journée, était certainement la fin des cours avec Herr Klum. Non pas pour leur manque d’intérêt. Ses enseignements parvenaient toujours à m’émerveiller, dans mon for intérieur, quand bien même je ne le laissais pas paraître. Car les émotions étaient le vecteur des faiblesses, me répétait père. Mais cela signifiait surtout que j’avais le droit à mes loisirs. À accéder à ce temps dont tous les enfants normaux jouissent. Ces moments dont me privait mon intellect. Quelques jours, je me surprenais à m’en vouloir, à désirer me délester de cet atout pour pouvoir vivre normalement ma vie d’enfant.
Je fermais mon livre, d’un geste qui souvent trahissait mon impatience. Je le fourrais dans mon sac et trottais d’un bon pas vers mes quartiers pour déposer ce dernier dans ma chambre. Puis, je redescendais. Je savais qu’elle m’attendrait au portail.
Charlotte ne manquait jamais un rendez-vous. Elle portait ces petites robes charmantes de l’aristocratie. Combien en avait-elle salies à force de tomber, d’essayer des sortilèges qui échouaient ou en ramenant quelques potions explosives qu’elle avait subtilisées à ses parents, dans leur réserve.
Elle avait ce visage marqué par la richesse : il était immaculé. Avec ce petit nez pointu, ces voluptueux cheveux bruns. Elle ne prenait même pas la peine de se les attacher. J’entendais déjà la voix criarde de son elfe gouvernante : « Fraülein Eberlin ! Vos cheveux sont tout emmêlés ! Il va falloir vous les couper, un jour ! ». Mais Charlotte s’en sortait toujours, grâce à quelques onguents ou, au pire, à quelques sortilèges ingénieux. Mais cela ne semblait pas la décourager de reproduire ses mêmes bévues.

— Tu es en retard ! me lança-t-elle, ce jour-là, avec un poing sur la hanche.
— Désolé. Herr Klum a été plus bavard que prévu.
— Tu me raconteras en route.

Elle me tendit un balai volant, tenant un second de son autre main. Ce n’était pas des balais de compétition, juste assez grands pour des enfants. Ils ne volaient pas bien haut, ni très vite. Je lui accordai un sourire. Ce fut bien l’un des rares que je lâchai de la journée. Puis, après avoir attrapé le balai, je le chevauchai et suivis Charlotte, déjà partie aux devants. Je savais très bien où nous nous rendions. Quelque part où les adultes ne nous ennuieraient pas avec toutes les responsabilités que nous aurions à accomplir un jour ou l’autre. Nous descendîmes dans cette gorge, au fond de laquelle coulait une rivière cristalline, engoncée entre deux énormes falaises blanches. On pouvait malgré tout distinguer au bout la silhouette du manoir de Ruhmträne, avec ses pierres blanches et ses jardins suspendus.
Nous avions perdu l’habitude d’arpenter le grand labyrinthe de buis magique, de nous y perdre de façon volontaire pour rallonger nos parties de cache-cache. Les allées ne cessaient de bouger, de changer, rendant les parties bien plus excitantes. Mais les elfes veillaient maintenant à ce que l’on n’y traîne plus. Cela nous excitait trop, d’après père. Le pauvre n’avait jamais dû être un enfant, plus tôt dans sa vie. Je regrettais d’avoir à assumer ces moments dans le secret.
Nous atterrissions sur la plage de galets. L’eau était si claire qu’on en distinguait le fond. Des petites crevettes et autres minuscules poissons frétillaient à la surface. Charlotte et moi enlevions nos chaussures. Les siennes comportaient déjà des talons, alors qu’elle n’avait que sept ans. Les miennes faisaient déjà figure de grandes pontes dans le monde de la chaussure allemande, avec ce cuir noir lustré par Waussi chaque matin. Je les mettais bien à l’écart de l’eau et de la boue, qui auraient de suite dénoncé dans mes méfaits.
Puis, nous avancions dans le faible courant glacé, face aux falaises. Venait un moment, quand le soleil déclinait dans le ciel, les rayons étaient parfaitement alignés avec la direction de la rivière, nous donnant l’impression de nous tenir dans un tunnel de lumière crépusculaire. Dans un premier temps, nous récoltions des galets. Mais pas n’importe lesquels. Nous recherchions les plus plats, les plus ronds. Parfois, nous comparions celui qui avait les meilleurs en main. Et, quand nous ne pouvions plus en porter, ainsi commençait notre concours de ricochets.

— Sept ! s’enchanta Charlotte. Aha ! Je parie que tu ne peux pas faire mieux !

Je lui accordai un sourire en biais, tout en faisant rebondir un galet dans ma main. J’avais plus d’un tour dans ma poche. Je le manipulai du bout des doigts et, après m’être positionné de côté face à la rivière, mon bras partit dans une détente appliquée. La magie fit son office : le galet rebondit au moins douze fois.

— Hé, c’est de la triche ! se plaignit-elle, assez justement. Tu as utilisé la magie !
— Ce n’était pas spécifié que je n’avais pas le droit.
— Si ! Tu n’avais pas le droit !
— Tu peux le faire aussi !
— Je n’y arrive pas…
— Ce n’est pas de ma faute si tu n’y arrives pas.
— Je suis encore jeune, Wilhelm. Tu es plus vieux que moi. Et tu es plus doué que moi.

J’aimais qu’elle admette. J’avoue que cela m’emplissait de fierté.

— Tu vas bientôt partir à Durmstrang ?
— Dans un peu plus de deux ans, oui.
— Et je te rejoindrai !
— Tu penses ?
— Pourquoi je ne pourrais pas ?
— Père m’a toujours dit que l’enseignement de la magie devait se faire au foyer, pour les filles.
— C’est n’importe quoi ! Durmstrang est une école mixte !
— Ce n’est pas ce que j’ai entendu.
— Ton papa ne dit que des bêtises ! Peut-être qu’Augusta n’ira pas à Durmstrang, mais moi, j’irai ! Et de toute façon, ton père n’est pas mon père !

Je me doutais que Charlotte irait au bout de ses idées. Elle avait un tel caractère que son père ne pouvait résister à aucun de ses caprices. Il cédait parfois avant même qu’elle n’ait à formuler sa requête. C’était un pouvoir magique que je devais lui concéder.

— Oui. Je te rejoindrai à Durmstrang.
— Ça sera chouette.
— Tu le penses vraiment ?
— Oui. Je me sentirai moins seul.
— Seul ? Pourquoi tu te sentirais seul ? Il y a plein de gens à Durmstrang ! Plein de jeunes sorciers de toute l’Europe ! S’il y a bien un endroit où tu es seul, c’est ici ! Mais sûrement pas là-bas.
— Je ne suis pas du genre… très sociable.
— Tu dis ça pour t’en convaincre. Mais ce n’est pas vrai, Wilhelm ! Tu vas trouver des gens avec lesquels discuter. Tu vas te faire des amis.

Je n’étais pas aussi certain et optimiste que pouvait l’être Charlotte.

— Quand père m’a présenté certains fils de ses amis, je les ai trouvés bêtes. Oui, ce sont des idiots. Ils ne sont pas instruits. Ils n’ont aucune culture. Je les trouve dégénérés.
— Tu y vas fort ! Tu n’as même pas essayé de les connaître !
— Nous n’avons rien en commun.

Pour me décharger de cette pensée, je lançai un nouveau ricochet : deux pauvres rebonds avant d’être englouti par la rivière.

— Tu n’en sais rien, soupira Charlotte. Mais tu es comme tous les autres de ta famille. Trop têtu !

Je soupirai. Je ne pourrais pas la raisonner.

— Mais ce n’est pas grave. Je suis heureux d’aller à Durmstrang. Même si je suis seul.

Je levai la tête en direction du manoir. Cette silhouette m’effrayait tant : j’espérais un jour n’avoir qu’à l’apprécier une fois par an. Je voulais la savoir loin de moi. Cet endroit était, en quelque sorte, ma prison.

— Je ne serai plus là.
— Augusta ne va pas te manquer ?
— Si. Un peu, quand même. Ses petits cris geignards. Ses sauts dans tous les sens. Je serai bien moins fatigué de ne pas avoir à la supporter à longueur de journée.

Charlotte observa mon profil : elle devinait qu’autre chose me tracassait. Elle savait si bien lire en moi. Nous nous connaissions depuis toujours, nous n’avions fait que vivre ensemble, quand bien même nous n’habitions pas dans la même demeure.

— Qu’est-ce qu’il y a, Wilhelm ?
— C’est que…

Je me souviens de ma gorge, se serrant à cet instant précis. Je me projetais bien plus loin que ma simple acceptation à Durmstrang.

— Je ne sais pas comment cela sera. Dans trois ans. La guerre… Le monde nous déteste. Peut-être que Durmstrang détestera les allemands.
— Ce sont des histoires de moldus, Wilhelm.
— Pas totalement. Et tu le sais.

Aristocratie sorcière et pouvoir allemand moldu avaient toujours été étroitement liés. La lignée du Kaiser n’aurait jamais survécu sans le soutien d’alliés de l’autre monde. Des tentatives d’assassinat déjouées, des plans montés, des alliances créées. Le monde des sorciers s’était toujours immiscé dans les affaires des moldus, espérant y récolter un certain prestige. Sûrement, aussi, un petit pécule des plus appréciés… Sans compter une main mise sur le pouvoir mis en place. Les sorciers manipulaient les ficelles en coulisses. Et mon père faisait partie de ceux-là.
Je ne l’avais jamais réellement questionné sur les raisons de cette guerre et son implication dans toute cette histoire. Mais je me doutais que la vérité restait inaccessible pour un enfant de mon âge. La place qu’occupait père était bien trop prestigieuse, dangereuse. Un jour, peut-être, aurais-je été amené à le remplacer, dans cette tâche de conseiller du Kaiser. Mais je ne voulais pas être un marionnettiste. Aussi loin que remontent mes souvenirs, je voulais être la marionnette. Celle qui agit. Mais celle qui est libérée de ses fils. Rester dans l’ombre n’était pas un projet qui me tentait.
Nous rentrions avant que le soleil se couche, bien que le spectacle fût de toute splendeur. Les pans de la robe de Charlotte étaient trempés : son elfe gouvernante allait encore lui faire la morale. Mais cela entrerait dans l’oreille de la jeune fille pour en sortir de l’autre côté. Elle n’avait que faire de ce genre de réprimande.
Je lui rendais son balai ; nous nous donnions rendez-vous pour le lendemain. Même heure, même endroit. Augusta me voyait rentrer : elle avait un sourire satisfait sur les lèvres. Elle savait d’où je venais et ce que je faisais. J’appréciais cependant son silence. Cette complicité, alors que rien ne la retenait d’aller me dénoncer à mère ou père, ce qui m’aurait valu un sacré quart d’heure. Et à elle, une nouvelle tartine de compliments. Mais ma sœur comprenait ce besoin de liberté, la préciosité de ces instants, loin des dorures du manoir et de tous ses apprêts.
Quelques soirs, mon père organisait à Ruhmträne de fastes réceptions. Il y conviait la crème de l’aristocratie allemande. Mon costume ne changeait pas. Mais je rajoutais à la panoplie un foulard autour de mon cou. Sa couleur d’or chatoyait, se remarquait à plusieurs mètres. Elle représentait tout le prestige de ma famille. De la lignée des Wolffhart, qui occupait cette place depuis des générations. Et j’avais hérité de cette couleur. J’étais l’or, la richesse promise du futur.
Mon père prenait le temps de me présenter à ses connaissances, tel un trésor. J’étais son trophée. Son fils. Je me courbais, exprimais quelques mots déjà préparés quand mon père m’y invitait. Bien souvent, il procédait ainsi, la main sur mon épaule, et la pressant quand il souhaitait que je lâche quelques-uns de mes discours bien huilés pour épater ses comparses. J’étais un petit singe de cirque, bien domestiqué, mais qui épatait les spectateurs, qui les divertissait. Ces soirées… Elles me révulsaient. Le paraître devant la société, ces histoires de réputations, ces murmures et ces rumeurs qui parcouraient les foules. Je lisais les secrets sur les visages, les dernières informations secrètes que l’on partageait autour d’une coupe de champagne. Certains de ces sorciers avaient sûrement manigancé de sombres plans. Pas un n’était innocent, j’en étais certain. Et surtout pas mon père.
Dès que je le pouvais, je m’éclipsais, pour espérer grignoter quelque chose du côté du buffet. Mais souvent, je n’avais même pas faim. Ces mascarades me coupaient l’appétit.
Les seuls instants que j’appréciais durant ces célébrations étaient sans nul doute les concerts privés que mon père organisait pour ses convives. Père avait toujours été un grand amateur de musique et c’était ainsi qu’il était connu dans son cercle d’ami. Réputé mélomane. C’était peut-être le seul trait que nous avions en commun, lui et moi.
Dans le grand kiosque, nous prenions place sur les sièges. J’étais à la place d’honneur. Père était toujours au premier rang, au milieu. Mère, à sa gauche. Et moi, à sa droite. Quand père accueillait un hôte de haute importance, ma mère était reléguée à un autre rang. Mais moi, je restais à sa droite. J’étais l’espoir, son élément le plus important. J’étais son fier fils.
Les orchestres de l’Europe entière se succédaient dans le kiosque. Parfois même des ensembles musicaux moldus, qui ignoraient complètement qu’ils jouaient là devant une majorité de sorciers. Mon père appréciait le talent. Cela lui importait peu que ses prestataires soient sorciers ou moldus. Au contraire. Le plus important pour lui était le sens des affaires. Et les moldus étaient souvent d’excellents alliés commerciaux.
Et alors, la musique commençait. Je m’évadais dans cet autre monde, qui n’était plus tout à fait le mien. Je me laissais guider par la monodie des violons. Les cordes graves des violoncelles me faisaient plonger dans les profondeurs mystiques de cet ailleurs dont je rêvais, sans pouvoir poser les mots sur ce qui le rendait si merveilleux. Le piano rajoutait quelques notes, l’étoffait de quelques couleurs, de quelques gammes. Et les cuivres… Les cuivres, les bois, donnaient tout le relief. C’était d’une beauté à couper le souffle. Car la musique, dans mon imagination, prenait la forme d’un tableau en relief, un portrait qui bougeait, plus bien profond que tous ceux qui ornaient le manoir.
La puissance. Voilà que qui me transportait. Elle faisait battre mon cœur au même rythme. Je la sentais vibrer en moi. Je me souviens de cette fois où l’orchestre exécuta la septième symphonie de Beethoven. J’avais fermé les yeux. Et j’étais parti si loin que j’avais lâché une larme. La froide sensation sur ma joue m’a ramené à la réalité et je l’ai vite effacée avant que père ne s’en aperçoive.
Lui restait stoïque, les mains enfoncées sur ses accoudoirs. Son expression glaciale donnait l’impression qu’il méprisait ouvertement les artistes. En réalité, il s’en délectait. Mais mon père était ainsi et voulait me faire à son image : laisser paraître ses émotions était une réaction digne d’un faible. Il respectait l’ordre des morceaux ; ce n’était qu’à la fin qu’il se levait pour applaudir la prestation des musiciens. Puis, il se rendait vers la scène pour les féliciter un à un. Mon père avait toujours été très sensible à la cause des artistes. Et je respectais cette position. Je la comprenais. Et, au fond, espérais la perpétuer.

*** *** ***



La musique… Elle a toujours fait partie de ma vie. Depuis que j’étais en âge de marcher, ma mère, tout aussi douée en culture musicale, m’avait enseigné le solfège. Le piano, lui, demandant une pédagogie tout autre, mes parents avaient engagé un professeur moldu pour m’apprendre le piano. Herr Leufer. C’était un homme bien plus accessible que ne l’était Herr Klum. Mais sa nature de moldu m’intriguait. Il semblait si heureux, si épanoui. J’aimais beaucoup nos leçons, chaque semaine. Il avait ce sourire communicatif, mais également cet amour de la musique. La discipline, il savait que je l’avais acquise et, de ce fait, il n’avait pas besoin d’hausser la voix ou d’être sévère envers moi afin que je m’exécute. C’était, peut-être, une autre de mes rares escapades de la semaine.
Il m’écoutait jouer le morceau que j’avais dû étudier durant la semaine. Il le faisait tout en triturant sa moustache. Puis, quand je terminais, il remontait ses bésicles, comme pour se raccrocher à la partition qu’il avait perdue de vue, trop concentré sur la mélodie.

— C’est bien, Wilhelm, me félicita-t-il un jour. Mais je trouve ton interprétation trop… mécanique. Elle manque d’émotion. Tu vois, ta gamme, mesure soixante-cinq, tu pourrais la nuancer. Afin de faire ressortir le temps. Tu comprends ce que je veux dire.
— C’est du Bach, répliquai-je.
— Et ? rebondit-il, ne comprenant pas où je désirais en venir.
— Les morceaux de Bach n’ont pas d’émotions. Il faut juste jouer les notes.
— Sur quoi te bases-tu pour dire ça ?

Il fronça les sourcils.

— Bach a perdu des enfants, expliquai-je, me souvins-je des anecdotes de ma mère. Il a composé des morceaux qui reflétaient cet état d’esprit. Il jouait pour oublier. Tout était méticuleux, devait être joué au rythme prêt. Ce n’est pas de la musique romantique. C’est… c’est du Bach.
— Mais tu n’es pas Bach.
— Mais c’est un morceau de Bach.
— Peut-être. Mais je veux ton interprétation d’un morceau de Bach. Je ne veux pas que tu sois lui.

Sa moustache frétillait en devinant que ses paroles avaient eu un écho en moi. Je retentai le morceau avec ce nouvel objectif. Le résultat en fut tout autre. Et cela sembla le satisfaire :

— Bien, Wilhelm. Tu vois ?
— Je… je ne sais pas si je suis aussi content que vous, professeur. Cela me semble étrange.
— C’est toujours ainsi, les premières fois que l’on s’ouvre à ses émotions. Et la musique est un vecteur particulièrement puissant. Puisant aussi d’ailleurs. Car elle puise dans le plus profond de notre être. Elle traduit ces mots qui ne peuvent pas sortir, qui n’ont pas de signification, de portée assez grande pour expliquer ce qui vit en nous.

Son discours me séduisit. J’aimerais les morales de ce bonhomme de moldu.
Le piano était peut-être mon instrument de prédilection, mais mes longues journées de labeur me permirent d’aborder l’apprentissage de multiples autres instruments. On m’enseigna le clavecin, l’orgue et quelques rudiments du violon. Ce dernier m’attirait moins. Je ne trouvais pas la perfection initiale des notes appuyées. Il fallait pouvoir tout d’abord jouer une note correctement avant de pouvoir se lancer dans une mélodie et cela me semblait trop fastidieux. Si j’avais bien un défaut, c’était que je manquais cruellement de patience.
Augusta, elle, jouait de la harpe. Un instrument plus féminin, disait-on. C’était, en quelque sorte, un ancêtre dérivé du piano. Des cordes pincées à défaut d’être frappées. Quelques soirs calmes, Augusta jouait quelques morceaux dans le boudoir, pendant que père fumait et que mère lisait. J’écoutais, sans rien faire. Et l’image d’Augusta s’est imprimée dans mon esprit. Je l’imaginais grandir, vieillir. Devenir cette jeune femme splendide que mes parents rêvaient d’obtenir d’elle. Docile, cultivée. Et belle, par-dessus tout, avec ses grands cheveux qui ondoyaient devant les cordes de la harpe. Ses morceaux étaient encore vacillants ; mais Augusta était si jeune. Qu’elle puisse exécuter de tels morceaux relevait déjà de la prouesse.
Augusta était loin d’être une fille misérable, en termes d’intellect. Bien au contraire. Elle percutait vite et sa logique était redoutable. C’était une Wolffhart. Mais elle avait toujours été reléguée à sa place de fille. Celle qui serait toujours moins douée que son frère aîné, alors qu’au fond, elle restait une fille remarquablement plus intelligente que la moyenne. Une sorcière de surcroît.
Moi comme Augusta avions fait nos preuves bien tôt. Des apparitions, des phénomènes, qui nous prouvèrent que nous étions bien de la même nature que nos parents. Qu’en aurait-il si cela n’avait pas été le cas ? Je n’osais l’imaginer. Savoir que j’étais sorcier était déjà l’assurance d’avoir une vie plus tranquille que celle qui aurait été réservée à un Cracmol.

*** *** ***



Les semaines, les mois, les années passèrent. Toujours sur ce même rythme. Les cours magiques de Herr Klum, les escapades à la rivière avec Charlotte, les sessions de piano avec Herr Leufer, les fêtes organisées par mon père. Mais les choses changèrent avec le cours de la guerre.
Ce jour de novembre 1918, je m’en souviendrais toute ma vie. J’avais su comment se déroulerait la journée dès le matin. La Gazette de père me mit sur la voie. Je n’avais capté que quelques mots à la volée. « Défaite ». « Armistice ». Mon père se chargea du reste.
Sa mâchoire semblait encore plus crispée qu’habitude. Ses gestes étaient plus brusques. Il salua bien brièvement Augusta quand elle vint l’embrasser. Et de temps en temps, son regard noir se posait sur moi. Je n’étais responsable de rien, mais je sentais planer la menace.
Je n’eus pas besoin de consulter le journal pour obtenir sa version des faits rapportés.

— Ramassis de mensonges…

Il froissa les pages en les reposant sur la table. Augusta ne cilla pas, espérant se faire oublier. Je suivais cette même optique, sentant qu’il en allait presque de ma survie. Même si les questions pointaient au bout de ma langue.

— Accuser le Kaiser… Satanés français ! Tous les lâches !

J’étais tiraillé entre le devoir de réponse et mon instinct qui hurlait de me taire.

— Ce traité de Versailles n’est qu’une vaste fumisterie !

Il se leva sous l’élan de la colère, sa silhouette n’en devint que plus grande, plus imposante. Dans les coins de la grande salle à manger, les elfes de maison tremblaient. Eux aussi craignaient les représailles autant que moi. Je pensais plus à ma propre situation qu’aux répercussions de cette défaite allemande sur l’avenir de ma famille…
Le poing de mon père frappa la table d’un coup sec. Augusta sursauta dans un petit cri aigu. Je fermai les yeux. Je voulais disparaître. Mais je sentis que les prochaines paroles me concerneraient.

— J’espère que tu es prêt pour ton prochain entraînement.

Je ne pouvais pas y échapper. La gorge serrée, je levai mon regard vers lui et acceptai de croiser le sien. Je ne devais pas faire apparaître des yeux défiants, mais je savais que je ne pouvais m’empêcher d’y faire transparaître ma crainte. Et père aimait ça… Que je le craigne.

— Oui, père.
— Parfait. Rejoins-moi dans une demi-heure.

J’avalai mon petit-déjeuner avec un estomac compressé. Mon corps tremblait déjà des futures secousses, me lançait au niveau des contusions qui n’étaient pas encore apparues sur ma peau.
Je me rendis, les pieds lourds et l’esprit en panique, jusqu’au gymnase du manoir. Mon père y collectionnait là ses plus belles armes, sabres, épées, hallebardes ou baïonnettes du siècle dernier. Cet endroit éveillait un sentiment paradoxal pour moi. Ce lieu était à la fois la tombe de mon enfance et le berceau de ma vie d’adulte. Ici, mon père me promettait toujours de faire de moi un homme.
Dès que je fus en âge de tenir debout, père m’enseigna l’art de la boxe. Un sport noble, comme il l’appelait. J’avais appris à me défendre, j’avais développé de bons réflexes. Et cela lui plaisait. Comme il le répétait, un sorcier était toujours plus puissant dans un corps entraîné. En plus d’être cultivé, je devais devenir un duelliste d’exception, c’était ainsi qu’il me le présentait. Être pourvu de magie ne devait pas nous empêcher de pratiquer une activité physique. Et père dénigrait le Quidditch. Ce n’était qu’un sport populaire, qui n’avait été développé que dans la vulgaire intention de divertir le peuple. Mais certainement pas pour développer certains aspects du corps.
J’étais revêtu des habits adaptés et de bonnes chaussures pour consolider mes appuis. Mes gants m’attendaient sur un banc. Ils commençaient à vieillir, à s’user. Père m’avait promis de m’acheter une nouvelle paire pour mon onzième anniversaire. Pour cette nouvelle vie à Durmstrang qui allait s’ouvrir à moi. Je les enfilai ; mes mains étaient déjà moites. Puis j’avançai au milieu de la pièce et attendis père. Si j’avais été en retard, je savais que je l’aurais regretté.
Quand la porte d’en face s’ouvrit, je retins un tremblement. Je devais paraître fort. Mais père était terrifiant. Cette tenue laissait apparaître ses muscles développés, tendus et gonflés, parcourus de veines. Les mêmes qui tapaient à sa tempe, sous ses cheveux blonds ramenés en arrière.

— Prépare-toi, me lança-t-il, sans introduction.

Je me positionnai comme il me l’avait enseigné, les poings ramenés près du visage et les genoux fléchis. Il me présenta alors ses propres gants enfilés.

— Frappe !

Je m’exécutai et lançai une première détente.

— Plus fort, Wilhelm !

Je répondis à sa demande, les dents serrées. Mais je ne voulais pas en faire plus… Cela aurait été considéré comme un défi.

— Plus fort !

Après ma quatrième tentative, mon essai fut conclu par un poing que je réceptionnai en pleine joue.

— Plus fort, je t’ai dit !

Je ne pouvais pas me masser la joue avec mes gants. Les racines de mes molaires me lançaient. J’avais déjà perdu plus d’une dent de lait dans ce gymnase.

— Recommence. Et cette fois, fais comme je t’ai dit !

Une rage étrange s’empara de moi et je frappai de toutes mes forces, avec un cri qui, je l’espérais, me donnerait du courage pour affronter l’instant. Mais ma fougue compromettait mon équilibre.

— Tes appuis !

Cette fois, ce fut mes genoux qui écopèrent un violent coup ; j’en tombai à terre, geignant de douleur. La douleur… D’après père, elle était nécessaire. Apprendre par la douleur était le meilleur moyen d’apprendre. Car elle nous obligeait à ne plus commettre d’erreurs, au risque d’en refaire l’expérience.

— Debout !

Avec un effort surhumain, je me remis sur pieds : mes jambes vacillaient. Mon genou me lançait, j’avais envie de crier, de pleurer. Mais je n’en avais pas le droit. Père me l’aurait fait payer. Il se remit en position, mais j’ignorais si c’était pour m’inviter à retenter ou si cela était en prévision de me frapper de nouveau. Mon hésitation me donna la réponse quand son poing gauche percuta mon autre joue.

— Plus vite ! Tu dois réagir !

Mais je n’eus pas le temps de répliquer qu’il m’asséna un nouveau coup, cette fois dans le ventre. J’en eus le souffle coupé. Je reculai pour me protéger d’un nouvel assaut. Mon père siffla. Je devinai là toute l’étendue de ses pensées : je n’étais qu’un faible.

— Wilhelm… Tu m’as habitué à mieux. Défends-toi !

Oui. Défends-toi. Cette fois, c’était moi la cible. Ce n’était plus lui. Mais je ne pouvais pas contenir les coups de mon père. Deux fois plus grand que moi, dix fois plus fort que je ne l’étais. Et pétri d’une colère dont je n’imaginais même pas l’ampleur.
Les coups et les poings ne cessèrent de pleuvoir. Mes larmes se camouflaient dans le sang qui coulait sur mon visage. Mes oreilles bourdonnaient à force de recevoir ses poings dans les tempes. Quelque part, j’espérais que l’un d’eux m’achève, tandis qu’il se déchaînait sur moi. Je l’entendais crier de rage. « Défends-toi ! ». « Tu es faible. » Ces mots se répétaient en boucle dans ma tête. Il essayait de me les faire rentrer dans mon crâne à la force de ses poings. En réalité, je n’étais que son défouloir, que la cible de sa rancœur contre le monde entier…
Son fils, son trophée, son moyen d’évacuer sa violence… J’étais tout cela à fois.
Cet entraînement, je le terminai à demi-conscient, allongé sur le sol. Des côtes fracturées, le nez de travers, l’arcade sourcilière ouverte, les bras et les jambes recouverts de bleus. Et père m’abandonna là, jetant ses gants à terre, près de moi. Je le décevais tellement. Tout comme la tournure des événements pour l’Allemagne. Il ne recueillit pas la douleur, ma souffrance. Je n’étais, tout à coup, plus rien pour lui…
Les elfes me rapatrièrent dans ma chambre. Je ne descendis pas à la salle à manger tant que je ne fus pas rétabli. Ma mère et Augusta pensaient certainement que j’étais victime d’une vilaine grippe, qui commençait à sévir en cette saison. Et j’étais d’accord avec ce sombre secret. Je ne désirais pas leur exposer tout cela. Je devais les protéger. Peut-être contre père.

*** *** ***



Je ne connus pas de plus grand sentiment de libération que le jour où je reçus ma lettre pour Durmstrang, peu après mon onzième anniversaire. Chaque jour, je complétais mes bagages. Les tenues de Durmstrang me changeraient de mes habituelles tenues sombres qui ne me seyaient qu’à l’intérieur des murs lumineux de Ruhmträne.
Père fit venir Gregorovitch lui-même dans le manoir pour me permettre l’acquisition d’une nouvelle baguette magique, ma première. Il ne fallut pas moins de vingt-cinq essais. Chaque fois qu’une tentative échouait, père répétait qu’il me fallait l’excellence et que cela ne convenait probablement pas à ma nature de génie. Il avait ce chic pour basculer d’un extrême à l’autre, comme si les sessions de boxe entre père et fils lui sortaient de l’esprit. Mais moi, je ne les oubliais pas. Il me les avait martelées, imprimées à coup de poings dans mon esprit.
Une baguette d’orme avec un ventricule de dragon finit par faire l’affaire, bien que père regretta son aspect grossier. Mais elle me plaisait. Enfin quelqu’un qui m’acceptait tel que j’étais. Je pouvais bien m’acquitter du même effort.
Je quittai le manoir avec deux seuls regrets : deux jeunes filles. Augusta pleura le jour de mon départ. Ses caprices et ses rires me manqueraient, c’était certain. Mais elle me promit d’écrire autant de lettres que possibles. Cette attention me toucha. Charlotte, elle, observa mon départ depuis le portail du manoir. Je la savais à la fois triste et heureuse : elle me rejoindrait bientôt.
Mon père m’accompagna en voiture moldue jusqu’à Hambourg, au terme d’un périple de plusieurs jours. Nous aurions pu user d’un moyen sorcier, mais il tenait à me faire voir le monde, tel qu’il était, sans m’imposer les œillères que nous posait parfois le prisme sorcier. Nous traversâmes quelques villages dévastés par la guerre, près de la frontière avec l’Alsace. Des hommes revenaient des tranchées avec des membres amputés, des mâchoires manquantes. Des femmes pleuraient la mort de leurs maris, de leurs frères ou de leurs fils. Des champs de ruines moldues et aucun sorcier pour aider ces pauvres gens. Alors que nous étions en partie responsables. D’une certaine manière, j’en avais conscience. Comment père pouvait-il rester impassible face à tout cela ? La misère humaine ne le touchait donc plus ? Son cœur battait-il encore dans sa poitrine ? Parfois, je venais à en douter…
Nous débarquâmes à Hambourg à l’aube, après une courte nuit dans un bel hôtel du port. Père fit attendre le chauffeur moldu à l’écart. Il ne pouvait assister à la même scène que nous… D’autres élèves attendaient sur les quais. Certains me dévisagèrent avec circonspection. J’en faisais certainement de même avec eux. Ils allaient devenir mes camarades d’école. Pourtant, je n’en vis que très peu de mon âge ; tous étaient des aînés, au moins en troisième année. Ma promotion comporterait donc que bien peu d’élèves allemands…
Il n’y en avait qu’un seul qui semblait correspondre aux critères. Je ne le remarquai pas au départ : il ne se fondait pas à la masse sorcière. Le garçon était assis au sommet d’une pile de caisses en bois, balançant ses jambes, et mangeant une pomme d’un air satisfait, les yeux fixés sur l’horizon. Il était vêtu de haillons, avec un vieux bêret recousu sur sa tête échevelée. Ce n’était peut-être qu’un gredin du port, qui espérait quelques chutes de poissons que ramèneraient les pêcheurs en revenant à quai. Mais je remarquai près de lui un long parchemin que je connaissais bien à force de l’avoir parcouru : la lettre de Durmstrang.
Il était bien un sorcier. Mais venu seul, sans parent, sans proche pour l’accompagner. Cela ne semblait pas le chagriner pour autant.
Quelques minutes plus tard, le grand vaisseau de Durmstrang apparut, fendant la surface dans sa subite et grondante arrivée, annoncée par quelques grosses bulles qui avaient bouillonné sur l’eau. Il ne m’impressionna pas tant. Père et mère m’en avaient dépeint un tel portrait. Ce n’était qu’un vieux bateau recouvert d’algues, au bois moisi… Seule la magie permettait encore de le faire voyager, sans nul doute.

— Rends-moi fier, fils, me pria mon père en me cédant mes bagages.
— Je tâcherai de le faire père. Soyez sans crainte.
— Bonne chance, Wilhelm. Je sais que tu réussiras. Je n’ai jamais douté de toi.
— Merci, père.

Il n’était pas question de partager une étreinte. Ni lui ni moi n’en avions envie. Nous nous quittâmes sur une vigoureuse poignée de main. Ses doigts écrasèrent les miens. Il en lâcha un sourire.

— Reviens-nous en homme, Wilhelm.

Cette fois, aucune réponse ne lui parvint, si ce ne fut mon hochement de tête. J’aurais préféré ne jamais revenir.
Sans me laisser intimider par mes camarades qui tentèrent de forcer le passage, je grimpai sur la planche qui reliait le quai en pierres à l’intérieur du bateau. Et je ne jetai aucun regard en arrière. La cale se referma sur le long résonnement de la corne de brume que possédait le pilote du bateau.
Je m’installai dans une cabine vide. Elle était toute sombre, avec les parois en bois presque noir, gravées de runes et de reliefs mythologiques. Les hublots donnaient sur les eaux glacées de la mer baltique, à travers laquelle on ne distinguait rien. Le bateau était presque vide. L’Allemagne n’était que l’un des premiers arrêts, après les Pays-Bas. Les pays de l’Est seraient les prochains et la plus grosse cargaison d’élèves viendrait de Russie, où se rassemblaient les élèves des pays du Sud : Ukraine, Bulgarie, Roumanie, Macédoine…
Les bancs étaient rembourrés de coussins rouges. Les lieux étaient plutôt cosy, cela me rassurait par rapport à l’apparence extérieure du paquebot. Je me demandais combien de générations d’élèves s’étaient assis ici, au même emplacement que moi. Peut-être mon père s’était-il assis là durant sa jeunesse. J’espérais juste ne pas revenir comme lui…
Mon voyage fut le plus studieux du monde. Je m’appliquai à lire quelques bouquins que j’avais emmenés dans un sac, montant quelquefois sur le pont quand me prenait l’envie d’assister à l’embarquement des autres élèves. J’appréciais davantage la vue des autres grandes villes de ce monde. De loin, j’aperçus les grands palais de Moscou. Ce pays dévasté par la Révolution. Du moins de ce qu’en disait mon père… Mais plus temps passait, plus je remettais sa parole en question.
Personne ne me rejoignit dans la cabine. Certains passèrent la tête, mais aucun n’osait s’aventurer. Peut-être était-ce dû au fait que j’adressais un regard noir à quiconque osait porter une attention aux places libres. Ce calme me plaisait. Les glougloutements de l’eau, les craquements du bois. J’étais confiné dans cette cabine, sous la mer, mais paradoxalement, je me sentais plus en liberté que dans mon immense manoir.
Je débarquai à Durmstrang avec des yeux émerveillés, je dus l’avouer. Le temps était plutôt amical, contrairement à ce que l’on m’avait annoncé. Je choisis une place dans le dortoir, sans me fier aux habitudes de chacun. Ma décision se porta ainsi sur un lit du bas, tous les complexes étant superposés, et à proximité d’une cheminée. Cela déplut à quelques élèves polonais qui tentèrent de me déloger. Je leur répondis de manière approximative, dans leur langue, que j’étais ici le premier, malgré leur argument d’ancienneté. La querelle dégénéra tant que l’un d’eux chercha à me menacer avec sa baguette magique. Cependant, il la chercha longtemps dans ses poches, jura, persuadé de l’avoir perdu. Plus préoccupé par cette perte que par celle du lit, ils s’en retournèrent, à la recherche de la baguette égarée. Sans penser une seule seconde qu’elle avait été, en réalité, volée :

— C’est ça qu’ils cherchent ?

Je me retournai vers le garçon qui avait prononcé ces mots, en allemand. Je reconnus le gamin du quai. Il tenait entre ses doigts une baguette, qu’il laissait osciller à la manière d’un pendule. Je fronçai les sourcils, étonné.

— Tu leur as volé ?
— Je me suis douté qu’ils allaient en venir à là. Tu la veux ?
— Sans façon.
— Très bien ! Elle est à moi, dans ce cas !

Sans demander mon avis, le garçon grimpa dans le lit au-dessus du mien et joua avec la baguette quelques instants, testant sa flexibilité.

— À ton avis, je peux la vendre combien ?
— Tu veux vraiment la vendre ?
— Il n’y a pas de petits profits !
— C’est difficile de vendre des baguettes. En général, elles conviennent à un seul sorcier.
— Hm. C’est vrai. Bon. Je vais la garder dans le cas où on tomberait en rad’ de bois un jour ! De quoi faire chauffer cette belle cheminée.

Je levai les yeux au ciel. Même si je devais à cet inconnu de même nationalité une fière chandelle, son manque de lucidité ne me plaisait guère. Il s’agissait pourtant des bases de la sorcellerie.

— Hé, ça te dérange si je m’installe là ? me demanda-t-il, quelques minutes plus tard, alors que je dépliais mes baluchons bien organisés à l’aide de ma propre baguette.
— Ça m’est égal.
— Parfait ! Je n’ai pas envie de te déranger non plus.
— Par contre, tes paroles m’agacent.
— Oh, je vois. Tu n’es pas un bavard.
— Exactement.

Je ne tenais pas à alimenter la conversation, mais lui semblait absolument la faire rebondir. Cela me fit soupirer de désespoir.

— Je m’appelle Niklaus. Et toi ?

Après tout, je pouvais bien faire l’effort de me présenter. Ce que je fis sommairement :

— Wilhelm Wolfgang Wolffhart.
— Oh, je vois ! Un Wolffhart ! Tu ne viens pas d’une petite famille, dis-moi ! Tu viens d’une meute de loups !
— Je me passerai de tes commentaires.
— Enfin, je ne peux pas vraiment dire mieux. Mon nom de famille est Fuchsberg.

Fuchsberg, la famille du renard. Une lignée de petits sorciers modestes, qui ne jouissait pas de la meilleure réputation. Herr Klum m’avait longtemps enseigné les histoires de nos familles sorcières allemandes. Les Bärlocher, les Hahn, les Hirschwald… toutes possédaient leurs événements, leurs conquérants. Mais elles comportaient toutes aussi leur lot de déceptions et de querelles.

— C’est vrai ce qu’on raconte ? Que les Wolffhart habitent dans un immense manoir en or ?
— Tu ne veux pas le savoir.

Une fois mes affaires déballées et bien triées, je me changeai, sans lui adresser un seul regard. Niklaus avait le regard rêveur.

— Toutes ces richesses… À quoi bon en posséder autant ?

Cette fois, je ne pris pas la peine de lui répondre, me glissant sous mon édredon, dans l’espoir que mon oreiller fasse rempart de ses galimatias.

— Ton lit, il est en or aussi ? Avec des tissus… genre, de la soie ?
— Bonne nuit.
— Et tu manges du faisan à tous les repas ?
— Bonne nuit !

Cette fois, il ne rétorqua rien. Je sentais que j’allais de plus en plus apprécier les moments de silence.


Comme je l’eus présumé, les cours à Durmstrang ne m’apportèrent, dans un premier temps, rien de plus que ce que je ne connaissais déjà. J’avais acquis toutes ces bases avec Herr Klum. Mes camarades avançaient à la vitesse d’escargots sur des notions que j’avais apprises à l’âge de sept ans. Autant dire que les enseignements me semblaient tant interminables que je me félicitai que les cours s’achèvent pour me diriger vers la bibliothèque et me pencher sur des ouvrages habituellement empruntés par des quatrième années. Toutes les matières m’intéressaient, mais la métamorphose me captivait tout particulièrement. La capacité de la matière à prendre une autre forme, une autre texture. Voire à disparaître, à apparaître. La transformation humaine me fascinait tout autant. Dès ma première année, je m’intéressai au concept des Animagus, tâtant du doigt le doux espoir d’en devenir un un jour, si le destin me le permettait.
Mais ces temps de découverte étaient toujours ponctués du même pot de colle :

— Alors ? Tu veux te transformer en quoi ? Tu penses que si tu tentais, tu serais un loup ?

Niklaus m’observait, le coude sur la table, la joue sur le poing, avec un air amusé. Je lui adressai un regard noir en refermant abruptement le grimoire.

— Et toi, en sangsue ?

Il haussa les épaules.

— Ça m’étonnerait, répondit-il, pragmatique.
— À moins que ça ne soit moi qui ne le fasse pour toi.

Je rangeai le livre épais à son emplacement initial, attrapai mon sac et quittai les lieux, ma cape rouge à mes arrières. Et Niklaus de même. Cependant, je ne le chassai pas. Je commençais à supporter sa présence, comme une douce habitude, comme un rythme de vie.

— Pourquoi tu es toujours aussi antipathique ?
— Et toi ? Pourquoi tu es toujours aussi intrusif ?
— J’aime bien connaître les autres !
— Tant mieux. Pas moi.
— Je n’avais pas deviné… !

Pendant l’hiver, je profitais du lac gelé pour m’accorder quelques promenades sur le verglas qui ne se brisait pas : la glace était bien trop épaisse. Les paysages infinis, tout de blanc recouverts, me donnaient une agréable sensation d’infinité. C’était également l’un des rares moments où Niklaus se taisait : il appréciait la balade tout autant que moi. Comme le loup et le renard dans leur environnement naturel.

— Et tu ne veux pas en connaître plus sur moi ? Tu es sûr ?
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que je sais que je n’ai pas besoin de te poser de questions pour que tu te mettes à déblatérer tout seul.

Il m’accorda ce fait en haussant des épaules et referma davantage sa grosse cape pour se protéger du froid.

— Tu as beaucoup de frères et sœurs ?
— En quoi ça te regarde ?
— J’ai vu que tu as reçu une lettre de ta sœur. Celle qui s’appelle Augusta.
— Tu fouilles dans mes affaires ? me haussai-je.
— Je fouille dans les affaires de tout le monde, admit-il.

Son honnêteté me tempéra.

— Je n’ai qu’Augusta.
— Je vois ! C’est une sorcière aussi ?
— Oui.
— Chouette ! Elle te rejoindra, alors !
— Je ne sais pas.
— Ah ? Pourquoi ?
— Ça ne te regarde pas.

Ce manque d’échange ne le déstabilisa pas pour autant.

— Je n’ai pas de frère et sœur.
— Ah.
— En fait, je n’ai pas vraiment de famille.

Cette fois, je me tournai vers lui, plus interpellé. Mais je savais que Niklaus poursuivrait de lui-même.

— Je n’ai plus de parent non plus.
— Comment… comment ça se fait ?

Il sourit : c’était peut-être bien la première fois que je lui posais la question. Il passa une main emmitouflée dans ses cheveux blonds ébouriffés par le vent du Nord et m’expliqua :

— Ma mère est morte en me mettant au monde. Mon père a épousé une autre sorcière. Mais elle me déteste. Quand mon père est mort pendant la guerre, ma belle-mère m’a chassé de chez moi.
— Une femme adorable…
— N’est-ce pas.
— Du coup… où vis-tu ?
— Ici.
— Je veux dire… le reste de l’année.
— Oh. Eh bien. Là où je peux. Des maisons abandonnées. Parfois, les propriétaires sont partis pour fuir la guerre. Certains sont morts dans les tranchées. Ou sont prisonniers. Ça fait toujours des toits de libre ! Et puis je vis de mes petits larcins.

Ah, les petits larcins de Niklaus. Une habitude qui lui avait valu une solide réputation : celle d’un kleptomane. Il fallait admettre qu’il était doué dans l’art de fouiller les poches et de piquer des affaires éveillant son intérêt dans le sac des camarades. J’attendais avec impatience le jour où le professeur de sortilèges nous enseignerait le sortilège Accio : Niklaus allait devenir inarrêtable !

— Ça ne doit pas être facile tous les jours.
— Voyez-vous ça. Le grand Wolffhart fait preuve d’empathie.

Je grognai. Je détestais qu’il m’accorde des sentiments coulants. Des émotions. Ces choses dont mon père cherchait à me priver. Cette comparaison créa l’opposition en moi et j’étirai un rictus.

— Et c’est un mal ?
— Non, pas du tout, camarade ! me sourit-il.

*** *** ***



Niklaus était en réalité le seul ami que je pouvais espérer me faire. Quand mes camarades ne me dénigraient pas pour mes origines allemandes, victimes de la discrimination post-guerre que j’avais crainte à juste titre, beaucoup me voyaient comme un élève prétentieux, trop orgueilleux pour s’accorder quelque chose d’aussi bas que l’amitié. Et c’était vrai : je dénigrais ouvertement ceux qui ne méritaient pas mon attention. Ils me faisaient perdre mon temps. Je préférais me baser sur ce réalisme plutôt que de tenter de lier des amitiés qui, de toute façon, n’auraient pas de suite après Durmstrang. Seul Niklaus semblait supporter mon caractère solitaire, peu loquace et parfois même méprisant. Il savait comment je fonctionnais et s’en contentait, s’autorisant de temps à autres des remarques que j’accueillais sans aller plus loin que le grommellement de désaccord.
Pendant les vacances d’été, je rentrais à Ruhmträne. S’imposa à moi un terrible dilemme : je n’arrivais plus à définir quel endroit était le pire entre mon foyer et mon école. Dans l’un, je supportais de moins en moins les responsabilités accolées à la réputation de ma famille, de l’autre, fréquenter des ignares incapables de faire la différence entre une potion d’agitation et un élixir d’excitation m’épuisait. Aussi, je préférais fuir toutes ces pensées en me consacrant à mes cours de piano avec Herr Leufer. J’avais fait la demande à ma mère d’intensifier la fréquence de mes sessions pendant les congés, arguant que les enseignements de Herr Klum ne m’étaient plus utiles depuis que je foulais Durmstrang. Me défouler sur un piano, m’oublier dans la musique, était la meilleure sensation du monde.
Augusta changeait à chaque fois que je rentrais. La gamine grandissait. Et cela m’émerveillait et m’effrayait dans un même temps. Au fond, il s’agissait aussi de transformation humaine. Et j’en étais moi-même victime. Je commençais à évoluer, cela se voyait sur mon visage, dans mon miroir. J’allais devenir l’homme que mon père rêvait d’avoir. Et je ne parvenais à déterminer si cela me réconfortait ou me répugnait.

*** *** ***



Les années à Durmstrang se poursuivirent sans encombre. Pendant ma troisième année, je comptai les mois qui me séparaient de la prochaine rentrée de septembre : Charlotte me rejoindrait enfin. Cela me changerait des incessants bavardages de Niklaus, qui se hâblait de son dernier objet dérobé à une pauvre et innocente victime. Augusta aussi, peut-être. J’ignorais si mère avait réussi à convaincre père de lui laisser une chance d’étudier la magie à l’école de sorcellerie. Pour ma part, j’avais avancé l’argument qu’une jeune fille instruite à l’art de la magie avait bien plus de chance de succès auprès d’un sorcier de noble naissance qu’une simple et jolie greluche qui finirait fatalement par vieillir et se rider. Nous étions tous voués à cela, à moins que la mort ait raison de nous de manière précoce et inopinée. Même si mes propos n’avaient pas particulièrement été bien accueillis par la concernée, mère, cependant, les prit en considération. J’espérai de tout cœur que cela ferait changer l’avis de père. Et je priai également, au fond de moi, qu’elle ne devienne pas l’exutoire de sa violence en mon absence…

*** *** ***



Mais ces espoirs trouvèrent leur cours avorté d’une manière que je n’avais pu anticiper. Ce jour a marqué ma vie à tout jamais.
Le cours à propos de la magie noire était l’un des rares où je faisais preuve d’assiduité publique ; il s’agissait d’un domaine que Herr Klum n’avait pas abordé, du temps où il était mon précepteur à Ruhmträne. J’étais, à l’époque, bien trop jeune et considéré comme trop pur pour tâter du doigt quelques connaissances autour de ces utilisations de la magie. Nous nous penchions actuellement sur la nécromancie et la méthode de création des inferi. Le sujet aurait dû me mettre la puce à l’oreille.
Le professeur, Herr Magnusson, suédois d’origines, expliquait le rituel d’ensorcellement sur un cadavre, qui se devait d’être le plus pointu possible. Les inferi ne répondaient qu’à des ordres très précis émanant du sorcier qui les avait créées. Si ce dernier négligeait un point en particulier, les inferi pouvaient, parfois, ne pas accomplir la mission pour laquelle ils avaient été réveillés. Il nous donnait comme exemple des inferi conçus dans le but d’assaillir une bâtisse. Si les créatures n’avaient pas été conditionnées pour savoir grimper aux murs, les détruire par effet de groupe ou tout autre contournement pour surmonter cet obstacle, leur ensorcellement ne servait pas à grand-chose, quand bien même ils étaient enchantés de manière à pouvoir tout mettre en œuvre pour parvenir à leur but.
Plus que des pantins, je voyais dans les inferi un moyen de terreur. Parfois, il m’arrivait de me projeter dans un futur parallèle dans lequel je faisais figure de mage noir. Je serais certainement devenu l’un des mages les plus craints de notre époque ! Cependant, je savais, au fond de moi, que j’étais incapable de m’abaisser à ce genre de comportement. Malgré ma haute estime de moi-même et tout le dédain que je gratifiais à mon entourage sorcier, je restais un jeune homme fondamentalement pétri de justice. Je ne supportais pas le jugement que les gens pouvaient porter aux allemands comme ceux qui pouvaient être accordés aux Moldus. Je mettais cela sur le compte de leur ignorance généralisée et faisais mine de ne pas m’y intéresser plus que nécessaire.
La porte du fond s’ouvrit et tous les regards se tournèrent en sa direction. Sauf le mien. Peut-être un camarade en retard. Le surveillant qui venait prévenir de quelque chose. Mais je ne m’attendis à entendre mon nom :

— Herr Wolffhart.

Je reconnus sans mal la voix grave et rocailleuse de notre directeur d’établissement, Herr Kovalevski. Une légende tournait à son propos qu’un géant faisait partie de sa lignée : on le distinguait de partout, immense et corpulent. Ses épais manteaux de fourrure noire le rendaient encore plus imposant. Le directeur portait une épaisse barbe noire, surmontée d’une moustache ciselée et incroyablement longue. Peu d’élèves osaient imaginer se confronter à lui, reconnu comme l’un des directeurs les plus impitoyables qu’ai connu l’école ces dernières décennies.
Je me levai sans crainte des réprimandes : je n’avais rien commis de grave.

— Dans mon bureau.

Mes yeux croisèrent brièvement ceux de Niklaus, à ma gauche. Je camouflai mon interrogation, rangea mes affaires dans mon sac d’un coup de baguette magique et le suivit, sous les regards suspicieux de mes camarades de promotion. Je marchais dans les pas du professeur Kovalevski avec une certaine appréhension. Je savais que je ne recevrais aucune réprobation, je n’avais rien mérité pour. Je craignais pire que cela. Et mon instinct était l’un de ses sens les plus acérés.
Il prit place dans son office, faste, avec ces énormes tentures, tapis de peaux de bêtes, les multiples torches et cheminées. L’air en devenait presque étouffant. Sur le secrétaire, une lettre dépliée. Unique. Je savais qu’elle me concernait. Qu’elle était la raison pour laquelle le professeur Kovalevski m’avait convoqué. Je crus reconnaître le sceau brisé de ma famille…
Le directeur m’observa : je restais debout, impassible, les bras derrière le dos, comme un brave petit soldat sans émotion, prêt à recevoir n’importe quel ordre.

— Asseyez-vous, Wolffhart.

Je m’exécutai dans un geste contrôlé. Mais ma main tremblante sur l’accoudoir me trahissait. Kovalevski en fit de même, prenant place dans son immense chair de directeur, rembourrée de velours rouge. Il lia ses doigts en un énorme point, aussi gros que la tête d’un enfant. Il semblait choisir ses mots avec soin. Ce premier silence ne me réconforta pas.

— Je viens de recevoir un hibou de la part de votre père.

Il n’y eut pas d’autre éclaircissement. Je me permis alors une intervention avec déférence :

— Que dit-il dans sa lettre ?
— Il voudrait que vous rentriez immédiatement chez vous, à Ruhmträne.
— En plein milieu du mois de janvier ? Qu’est-ce qui justifierait cette absence ?

Cette voix, teintée de provocation, elle résonne encore dans ma tête. C’était la mienne, petit impertinent que j’étais. Je me pensais au-dessus de tout. Sauf d’une chose. Celle qui s’apprêtait à me faucher.

— Votre sœur, Augusta, est décédée.

Mon cœur se creva d’un coup sec dans ma poitrine. J’avais dû mal entendre. Je répétai quelques mots, comme pour donner un écho à la nouvelle :

— Ma sœur ? Décédée ?
Ma voix était devenue éraillée. Je sentais le flot des émotions refoulées remonter en moi.

— Augusta… ?

Ce n’était plus qu’un murmure. Le strict directeur accueillit ma réaction avec respect.

— Vos bagages sont déjà prêts. Le bateau l’est de même. Il vous emmènera jusqu’à Hambourg. Une… voiture vous y attendra.

Je hochais du chef, mes yeux noirs plantés dans les siens. Je ne laissai pas poindre mes larmes.
À dire vrai, je refusais de croire ce que j’avais entendu. Augusta ne pouvait pas être morte. Je me le répétai durant tout le long trajet qui me séparait de chez moi. À tel point que je parvins à m’en convaincre. Augusta serait là pour m’accueillir, comme à son habitude, toute pimpante, toute souriante, toute sautillante. Ce n’était qu’une vaste plaisanterie.
Mon père pouvait mourir. Ma mère aussi. Mais ma sœur. Ce n’était pas possible. Elle était plus jeune que je ne l’étais, plus énergique que je ne l’avais jamais été et que je ne l’aurais jamais été.
Quand la voiture arriva au manoir sous la neige, une seule silhouette noire m’accueillit. Ce n’était même pas mes parents : Charlotte m’attendait. Elle portait une longue cape sombre et un voile sur ses cheveux ; la tenue d’une veuve portée par une enfant. Cette image me reste comme celle du premier instant où je réalisai la raison de mon retour à Ruhmträne.
Une fois que la voiture m’eut déposé avec mes bagages, Charlotte s’approcha de moi.

— Mes parents ne sont pas là ? rétorquai-je d’une voix sèche.
— Ils sont à l’intérieur. Avec elle.
— Je vois.

Durant un court instant, je m’imaginai qu’ils étaient tous réunis dans le salon, autour d’un thé. Autour d’Augusta qui jouait de la harpe.
J’avançais sur le chemin, les chaussures traînant dans la neige, ma valise à la main, Charlotte qui me talonnait. Je me permis un regard par la fenêtre qui donnait sur le boudoir. L’instrument avait été recouvert d’un grand drap noir.
Mes pas ralentirent. Mon bagage tomba dans la neige. Rejoint par les larmes que j’avais retenues avec douleur durant les dernières heures. Je sentis les bras de Charlotte s’enrouler autour de mon corps, secoué par les sanglots qui puisaient au plus profond de moi. Elle attendit que je me calme pour m’accompagner.
Augusta était devenue cette poupée avec laquelle elle avait tant joué. La peau blanche, poudrée, comme toute de céramique, les joues rosies, dans sa robe bleue irisée de fines dentelles. Ses grandes boucles blondes, presque irréelles, encadrait son visage. Mais ses orbites enfoncées et ses lèvres bleuies malgré le grimage trahissait le tableau. Mère pleurait à chaudes larmes, assise sur une chaise. Père, penché au-dessus du cercueil ouvert, caressant les petites mains glacées et rigidifiées de sa fille chérie.
Et moi, je restai planté là, ayant ravalé mes larmes, Charlotte à l’extérieur de la pièce, car ne désirant pas assister à la scène.
Il me sembla avoir gardé la même position toute la journée durant. Immobile, raide, impassible, la gorge serrée. Mais le monde bougeait autour de moi. Les lieux changeaient.
J’ai vu le cercueil être fermé à l’aide des baguettes magiques. J’ai assisté au concert exceptionnel que mon père avait organisé pour les funérailles. Il était fait venir les meilleurs chœurs de Berlin, les meilleurs instrumentistes. Un digne départ. J’entends encore les tambours taper, me frapper en plein cœur. Les trompettes le déchiraient. Les violons torturés se déchaînaient en moi. Les voix de l’au-delà résonnaient dans mon crâne, sur le point d’exploser. Les choristes vêtus de noirs étaient tous alignés, les yeux fixes, l’expression figée quand ils ne chantaient pas, comme des anges de la mort qui entonnaient l’hymne de cet au-delà. Ce Requiem de Verdi me donnait l’avant-goût de l’enfer. Celui qu’Augusta n’avait jamais mérité. Celui dans lequel j’avais dégringolé en l’espace de quelques heures. Je me sentais chuter en arrière, sans vue sur le précipice, dont j’avais toujours nié l’existence, me pensant bien au-dessus de ce genre de considérations. Oui… Ce Dies Irae me donna un avant-goût de l’apocalypse, quand je croisai le regard de père. Comme si le message m’était adressé.
Ma douce et pétulante Augusta.
Dans cette boîte en bois sombre, que j’ai vue s’enterrer sous terre, devant cette pierre tombale immaculée.
Augusta Leonora Wolffhart, 1910-1921.
Le calcul semblait trop facile pour y croire.

*** *** ***



Le lendemain, ma mère me prit à part. Elle avait revêtu un grand manteau d’hiver et m’invitai à marcher avec elle dans les jardins. Passant son bras dans le mien, elle m’aperçut grimacer et m’adressa un regard empli de pitié. Personne ne savait lequel soutenait l’autre, alors que nous déambulions sans un mot dans les jardins d’hiver. Nous longeâmes le labyrinthe magique. Mais tout semblait me rappeler Augusta. Ses rires résonnaient encore dans les tunnels de buis, dans lesquels nous avions l’habitude de nous courir après. Son fantôme hanterait ces lieux à jamais.
Puis, mère marqua une pause, dans ce paysage tout de blanc. Même le houx était recouvert par la neige. Plus rien n’avait de couleur, si ce n’était les chaudes lueurs lointaines qui émanaient des fenêtres du manoir.

— C’est là.

Sa voix n’était qu’un murmure de souffrance.

— C’est là que… je l’ai trouvée.

Cet espace qu’elle me désignait était tapissé de poudreuse, un peu plus enfoncée qu’ailleurs. Combien de temps le corps d’Augusta avait-il langui là avant que quelqu’un ne l’aperçoive ?

— Que… que s’est-il passé ?

Ce furent les premiers mots qui franchirent mes lèvres depuis que j’étais revenu à Ruhmträne. La voix de mère déborda de larmes.

— Personne ne sait. Elle était là. Allongée dans la neige. Inanimée… Pas de marque. Pas de blessure. Comme si… elle s’était endormie là.

Ses mots moururent dans sa gorge. Quelques secondes furent nécessaires avant qu’elle ne reprenne :

— Ton père a refusé que… l’autopsie magique soit faite. Il voulait que… que son corps reste intact. Qu’on la laisse tranquille. Que personne ne la touche. Personne. Personne ne saura vraiment ce qui s’est passé.

Elle leva ses yeux embués de larmes vers le ciel gris. Puis ils se rabaissèrent sur les jardins enneigés.

— Elle adorait cet endroit. Je la vois encore courir. Faire de… la corde à sauter. Compter combien de tours…

Je la voyais aussi. La petite Augusta, avec sa corde à sauter magique qui s’activait toute seule, tournant autour d’elle. Et elle, qui bondissait d’un pied sur l’autre en chantonnant une mélodie pour mieux dénombrer ses sauts. Cette chanson… Je l’entends encore parfois, fidèle à cette enfance dont je n’avais pas assez profité.
Les genoux de ma mère se dérobèrent sous le poids de sa tristesse. Je la rattrapai, mais tombai moi-même à genoux meurtris dans la neige.

— Augusta… ma Augusta…

Je recueillis ses lamentations en silence, la berçant contre moi. Incapable de dire quelques paroles de plus pour témoigner ma présence. La musique qui résonnait encore en moi exprimait plus de mots que je n’aurais pu prononcer.
Cette neige qui tombait sur nos épaules n’étaient que les cendres de ce temps, à présent révolu.

Note de fin de chapitre :

VOILA.

Tu la sens, la vie remplie de joie et d'amour ? Heureusement que le deuxième chapitre est un peu plus fun que celui-là... ! Il y a tellement à dire sur la vie de Wolffinou. C'est terrible de devoir synthésier à ce point-là, ARGH. Je vous promets, j'essaie de faire mon max pour résumer.

Et donc 90% de ce chapitre a été écrit pendant la nuit blanche du NaNo. VOILA. J'espère que ça ne se ressent pas trop non plus !

MERCI à tous ceux qui sont passés me voir lors des salons de Valjoly, du Salon Fantastique ou du Salon Fantasy en Beaujôlais ! C'est que du bonheur de recevoir quelqu'un qui sort "JE LIS LMA !" au stand ! Héhéhé ! Surtout que j'adore en discuter ! Et l'occasion aussi de vous rencontrer. Lecteurs fantômes ou non. 

Vous pouvez encore me retrouver à Mon's Livres, en Belgique, les 25-26 novembre, au stand du Diable et l'Emplumé. Il s'agira de mon dernier salon de la saison. Ensuite, les prochains auront lieu en février (2) et en avril (au moins 1). Mon's Livre sera également l'occasion de vous procurer un des derniers livres du deuxième tirage. Car vu comment c'est parti, je suis bonne pour encore réimprimer en décembre ! Trois tirages en 6 mois de temps, c'est une bonne moyenne... ! 

Merci à Emi pour cette WONDERFUL illustration ! On peut la féliciter : la pauvre doit suivre mon rythme effréné de NaNo !

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