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News

79e Edition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 79e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 28 Juillet à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaitre les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A très bientôt !
De L'équipe des Nuits le 08/07/2018 15:32


78e édition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 78e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 16 Juin à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaitre les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A très bientôt !
De L'équipe des Nuits le 11/06/2018 12:57


Assemblée Générale 2018


Chers membres d'HPF,

L'Assemblée Générale annuelle de l'association Héros de Papier Froissé, dont dépend le Harry Potter Fanfiction, est ouverte depuis ce soir 18h, et se terminera le dimanche 10 juin 22h. Les discussions et votes se font ici. Vous êtes évidemment les bienvenus, même sans être inscrit sur le forum !

A bientôt sur un de nos sites, ou lors de cette AG !
De Le Conseil d'Administration le 08/06/2018 20:20


Poussières de Temps


Le quatrième ouvrage des Éditions HPF vient de sortir ! Il s'agit de Poussières de temps, une anthologie qui réunit 16 auteurs sur le thème... du temps.

Les Éditions HPF dépendent de Héros de Papier Froissé, l'association qui gère également Harry Potter Fanfiction, et les bénéfices réalisés sur la vente de ce livre nous permettent entre autres de maintenir ce site. Alors si vous avez envie d'un peu de lecture papier pour changer, n'hésitez plus !
De L'Équipe des Éditions HPF le 08/06/2018 10:08


Sélections du mois


Chers et chères membres d'HPF,

Tout d'abord toutes nos excuses pour l'absence de News le mois passé. Nous avons commencé une réflexion sur les Sélections du Mois que nous ne trouvons pas forcément adaptées aujourd'hui à vous, lecteurs et auteurs sur le site non inscrits sur le forum.

Si vous souhaitez participer au changement de format et nous dire ce que VOUS aimeriez avoir (sur quels critères sélectionner un texte ? comment voter ?) n'hésitez pas à remplir le questionnaire suivant ⬇
Questionnaire : les Sélections du Mois

Votre avis est très important parce que nous n'avons pas l'occasion de l'avoir sur le forum ♥


Félicitations aux textes sélectionnés sur le thème Next Gen : M'aimeras-tu ? de Chalusse, 23 ans plus tard de claravictoria, Secrets, Désirs et Complications de mariye et Bloo pour Bellezza !




Félicitations aux textes sélectionnés sur le thème Résistance : Le murmure des plaines de TennyLunard, Les désirs dérangés 2: Les fatalités de Kana94, Polock pour Une mort très douce, A roar of delight de Clairelittleton, ainsi que Charliz pour son texte Le Travers de l'Homme !



Bravo à ces auteurs et autrices !
De L'équipe des Podiums le 06/06/2018 11:13


Les Nuits Insolites d'HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 6e édition des Nuits Insolites se déroulera le Samedi 2 Juin à partir de 20h. N'hésitez pas à venir vous inscrire !
Les modalités de participation sont disponibles sur le même topic.

A très bientôt !
De L'équipe des Nuits le 24/05/2018 13:11


Ludo Mentis Aciem par Ielenna

[1092 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

GUTEN TAAAAAG mes boudins raffinés au charbon !

On termine la boucle Wolffhart avec ce quatrième et ultime chapitre, wouuuuh ! Avec enfin des explications concernant l'Immatériel.

Au programme, un oiseau moche, le précieeeeeeeeeeeeeeuuuuux et un gros plot twist prophétique !

Bonne lecture !

1942.
L’horreur semblait avoir atteint son apogée. Dans le monde comme dans mon cœur. Mais comme l’avait présumé Dumbledore, la colère me permettait de ne pas céder au chagrin, à la pitié. Quand Schwartzmann conta son récit de Nurmengard devant le concile des Silberfalken et Dumbledore, à la suite de ses soins à Tempel Hof, mon impassibilité passa pour de l’inhumanité. Cela m’était égal.

— Vous savez combien de sorciers sont emprisonnés à Nurmengard ? le questionna Mausen.
— Je l’ignore…

Chaque mot qu’il prononçait semblait lui coûter. Ayant posé le pied dans la tour noire, je touchais du doigt les scènes auxquelles il avait pu assister. Cependant, je n’osais imaginer ce qu’il avait pu endurer…

— À peu près ?
— Je n’en ai aucune idée. Il y a beaucoup de cellules, en tout cas, dans le couloir où j’étais. Des dizaines, des centaines peut-être. Ça semble infini. Je ne sais pas si elles sont toutes occupées.
— Vous avez des geôliers ?
— Oui. Tous des sorciers.
— Des détraqueurs, peut-être ? tenta Dumbledore, se référant à Azkaban.
— Non. Comme il y a les gardes et leurs expériences, il ne faudrait pas qu’ils deviennent fous non plus.
— Parlez-nous de leurs… expériences.

Je devinai, à l’expression décomposée de Schwartzmann, que le seul souvenir était l’origine de douleurs insoutenables.

— C’est Grindelwald… C’est lui qui dirige les opérations.
— Des opérations magiques ?
— Il… utilise une magie. Que je n’ai jamais vue ailleurs.
— Décrivez-la, le sollicita Dumbledore avec bienveillance.
— Elle est incontrôlable.
— C’est une créature ?
— Je… ne sais pas.
— Est-elle noire ?
— La magie ?
— La façon dont elle se manifeste.
— Non, elle est blanche. Ou argentée. Et scintillante.

L’expression fermée de Dumbledore ne laissait rien présager de bon. Je commençais à connaître le bonhomme.

— Il n’utilise pas un obscurial.
— Un obscurial ? demanda Mausen.
— C’est un réceptacle. Celui d’un obscurus. Une créature qui grandit dans le cœur des sorciers qui ne peuvent exprimer leur magie. Qui doivent la refouler en eux. Une créature dangereuse et incontrôlable. Grindelwald a cherché à s’en emparer.
— Vous sembliez circonspect, rebondis-je, grave. Quand il a parlé de magie « blanche ». Vous savez de quoi il s’agit.

Ma phrase avait des airs affirmatifs plus qu’interrogatifs.

— J’ai croisé cette magie par le passé. Et cela ne m’étonnerait pas tant que Grindelwald cherche à s’en emparer. Il s’agit d’une magie extrêmement puissante, mais imprévisible, et il le sait.
— Quelle est cette magie ?
— L’Immatériel. C’est ainsi qu’on l’appelle…
— L’Immatériel ?

Dans notre silence, le mot résonna longtemps dans l’esprit de chacun. Comme pour se l’imprimer.

— D’où vient-elle ?
— Si seulement la réponse était en ma possession, soupira Dumbledore. Cependant…

Son regard s’assombrit derrière ses verres en demi-lunes.

— Comment Grindelwald est-il parvenu à utiliser cette magie ?
— Ce n’est pas à la portée de tous ? s’interrogea Mausen.
— L’Immatériel est une magie primitive. Nous la possédons tous en nous… Les enfants peuvent s’en servir naturellement, mais elle évolue dès lors que nous possédons une baguette magique. Et il est fort probable que les obscurus soient de l’Immatériel dégénéré… Rien n’est certain. Mais telles sont mes hypothèses.
— Comment Grindelwald serait parvenu à l’utiliser dans ce cas ?

Avec prudence, et conscient qu’il allait présenter sous nos yeux une confidentialité, il sortit de sa robe de sorcier une pierre violette pendant au bout d’un lacet en cuir. Un disque en agate.

— Était-ce un objet tel que celui-ci ? demanda Dumbledore, les yeux brillants.

Mais Schwartzmann secoua la tête.

— C’était aussi un collier. Mais ce n’était pas celui-là.
— A quoi ressemblait-il dans ce cas ?
— C’était… de l’ambre. Une pierre orange, en tout cas. En forme de… de haricot. Cela restait imprécis.
— Que supposez-vous, Dumbledore ? demanda Mausen. Qu’il existe des pendentifs qui confèrent une maîtrise de cette magie ?
— Ou du moins, qui en favorisent la manipulation…
— Comment vous êtes-vous procuré celui-ci ?

Ma sèche question fut accueillie par une pluie de regards : l’inquiet de Schwartzmann, le grondant de Mausen, l’amusé de Dumbledore.

— Le destin nous fait parfois croiser la route de certaines reliques…
— Reliques ?
— Grindelwald est fasciné par les talismans. Ces objets du passé… Il en possède au moins une. La baguette de sureau. La plus puissante baguette du monde.
— Ce qui explique qu’il remporte tous les duels et qu’aucun sorcier n’est aujourd’hui en mesure de lui résister, comprit Mausen en se frottant le menton d’un doigt soucieux.
— Grindelwald puise ses forces de ces objets, qui émergent de ces temps anciens. L’Immatériel en fait très certainement partie. Mes lacunes dans cet obscur domaine ne me permettent pas de vous apporter les détails qui nous seraient utiles, hélas. Mais si tel est le cas…
— Et en quoi cette magie est-elle si spéciale ? rebondis-je, avec la même voix grave.

Le regard bleu et profond de Dumbledore me reste en mémoire.

— Elle manipule les fondements même de toute la magie. Une magie fondée sur le vivant, sur l’esprit. Les détraqueurs l’utilisent, quand ils aspirent l’âme d’un homme. Ils lui retirent toute magie, toute substance.
— Et dans la pratique ? l’interrompis-je, sarcastique. À part faire apparaître des petites fumerolles blanches ?
— L’Immatériel peut, dans une certaine mesure, permettre de manipuler la magie à l’intérieur des gens, nuança Dumbledore.
— C’est-à-dire… prendre contrôle d’eux, résuma Mausen, pâle.
— Pas seulement…

L’intervention timide vint de Schwartzmann, tremblant.

— Elle peut se solidifier. Elle est aussi puissante que des sortilèges.
— Je ne comprends toujours pas en quoi elle est si dangereuse dans ce cas… grommelai-je.
— Tu ne comprends pas ? Il n’y a pas besoin de baguette pour ça… Il peut briser des os. Il peut faire tomber des murs. Il peut serrer le cœur de quelqu’un, dans sa poitrine…

Par réflexe, ses doigts se crispèrent contre son torse.

— Il peut tout faire. Il peut tout contrôler.
— Mais s’il ne l’a pas dévoilé, c’est que cette magie a des limites, supposai-je, assez justement.

Dumbledore approuva d’un hochement de la tête.

— Ce n’est pas une innocente magie, quand bien même il ne s’agisse pas de magie noire. La seule personne que j’ai connue ayant eu l’habilité de manipuler l’Immatériel y a laissé sa raison. Son indépendance. Un esprit fort est nécessaire pour pouvoir le garder en soi, le contrôler. Grindelwald est un sorcier accompli, puissant et ambitieux. Mais si cette magie ne lui vient pas de manière naturelle, peut-être est-il probable qu’il y perçoive ses propres faiblesses. Entre pouvoir et survie, peu d’hommes prennent de mauvaises décisions.
— Mais oui, cette magie…

Les mots de Schwartzmann restaient fébriles.

— Elle lui confère… Elle lui confère…

Nous le laissâmes terminer.

— Une emprise. Si on reste trop longtemps…

Sa gorge se serra.

— J’en suis venu à… m’arracher mes propres ongles. Parce qu’il me l’a demandé. Et je n’étais pas sous le contrôle de l’Impérium. Seulement parce qu’il me parlait. Avec ce pendentif autour du cou…

Il ne mentait pas : on pouvait aisément le deviner à ses doigts déformés, que même la magie avait du mal à reconstituer.

— Vous pensez qu’il utilise ce pendentif pour contrôler les moldus ? demandai-je à l’attention de Dumbledore. Qu’il lui a servi à créer les nazis ?
— Les hommes créent eux-mêmes la peur qui les mène à la haine, nul besoin de magie pour ce faire.

Cette vieille morale philosophique me fit grogner.

— Cependant…, rebondit-il, son implication est certaine.

Le silence retomba. Tout le monde attendait une décision. Aussi, la question que nous nous posions tous fut lâchée par Mausen, prudent :

— Albus, seriez-vous prêt à nous aider ?

Le professeur de Poudlard se tourna vers lui avec lenteur, une prestance que nul autre ne pouvait imiter. Puis, les yeux à demi-clos, il hocha la tête :

— Je le ferai.

Son regard en biais, en ma direction, ne me plaisait guère :

— Mais j’aurai besoin d’aide pour y parvenir.

*** *** ***




J’enchaînai les missions pour les Silberfalken. Parfois les plus périlleuses. Dumbledore m’y affectait. L’homme savait que j’étais prêt à me battre jusqu’à la mort, puisqu’elle seule me permettrait de retrouver ma femme et ma fille. Nous avons ainsi démantelé l’un des réseaux de Grindelwald en Belgique, arrêtant près d’une trentaine de sorciers. Nous sommes parvenus à rallier quelques grandes familles russes à notre cause, alors qu’un simple échec de négociation pouvait signer notre arrêt de mort. Nous sommes intervenus sur certains fronts moldus, pour limiter les pertes humaines.
Le temps passait si vite. Je ne prenais même plus conscience des horreurs auxquelles j’assistais. Le monde pouvait défiler autour de moi, je restais focalisé sur ces non-sens, sur ce silence, sur ce vide.
En dépit de quelques pertes mineures de notre côté, un coup de tonnerre marqua l’organisation le jour où le corps de Mausen fut retrouvé dans un ravin, à une vingtaine de kilomètres de la capitale, à proximité de Potsdam. Aucun élément ne nous permettait d’expliquer les raisons de sa mort, même si beaucoup chuchotaient que les sorciers de Grindelwald étaient certainement dans le coup. À défaut d’avoir utilisé un sortilège de la mort, peut-être l’avaient-ils précipité dans le vide. Cela avait le mérite de ne pas gaspiller de salive dans une formule magique.
Je me rendis moi-même à la morgue du QG pour prendre connaissance des circonstances. Herr Güfen m’accueillit sans un mot. Le guérisseur de l’organisation n’était pas connu pour être un grand loquace et je lui reconnaissais cette qualité. De manière générale, je considérais que plus quelqu’un était stupide, plus il cherchait à le démontrer par la parole ; une personne douée d’un intellect supérieur prouve ce qu’il pense, comblant les actions plutôt que les silences. Güfen était efficace dans son travail et ne pas s’alarmer des états d’âmes ou des émotions autour de lui lui permettait de poursuivre ses tâches quotidiennes. À savoir examiner les cadavres des sorciers assassinés qui passaient tous les jours sur sa table.
Mausen était allongé sur le dos ; l’arrière de son crâne, explosé, semblait s’enfoncer dans la tête, écrasant son menton dans son cou. Observer sa dépouille ne me fit ni chaud ni froid. Peut-être m’y étais-je habitué.

— Des résultats ? demandai-je en tournant autour de la table d’opération.
— Non, répondit Güfen, qui préparait un onguent de détection dans un mortier, avec sa baguette magique, pour tenter de déceler des traces de magie sur le corps du défunt.
— Des possessions.
— Très peu.

Il m’indiqua d’un doigt une tablette en bois, sur le côté. En effet, Mausen était mort les poches légères. Un mouchoir en soie, sa baguette magique, la clé de son appartement et une photographie pliée.
Suspicieux, je l’ouvris. Le cliché représentait ce moldu fou d’Hitler, pratiquant son infâme salut. Sa main était entourée d’un coup de fusain. Cela n’avait aucun sens…

— Mausen, il avait une famille ? me demanda Güfen à voix basse. Je ne me rappelle plus.
— Non. Une cousine, je crois. C’est tout.
— Tant mieux. Je n’aime pas annoncer ce genre de nouvelle.
— De manière générale, quand on s’engage dans les Silberfalken, mieux vaut-il ne pas avoir de famille.
— Pas besoin des Silberfalken, ricana Güfen en rajustant ses bésicles. À la guerre, mieux vaut-il ne pas avoir de famille.
— Juste nuance, lui accordai-je.

Mais mon regard restait fixé sur la photo.

— Vous allez le reprendre ? me demanda-t-il, d’un air trop curieux pour être innocent.
— De quoi ?
— Le poste.

Il marqua un arrêt en tapotant sa baguette sur les bords du mortier pour achever sa mixture.

— Vous n’êtes pas sans ignorer que beaucoup d’hommes ici s’adonnent aux paris. Et déjà un certain nombre d’homme misent sur vous. Pour reprendre la suite de Mausen, aux commandes des Silberfalken.
— Je ne suis pas fait pour ça, rejetai-je.
— Vous étiez son bras droit. Vous êtes un sorcier respecté. Et Albus Dumbledore semble vous apprécier.
— Ce n’est pas réciproque, grommelai-je.
— Alors. Pourquoi ?
— Je ne suis ni un chef ni un soumis. Je travaille toujours seul. Je suis un indépendant.
— Vous êtes bien sous les ordres de quelqu’un…
— Non. Et Mausen l’avait compris…

Je jetai un œil dépité sur le cadavre de l’ancien leader.

— Et il le respectait comme tel.

Mes yeux rencontrèrent de nouveau la photo d’Adolf Hitler.

— Ça n’a pas de sens, n’est-ce pas ? Cette photo.

Je répondis d’un bas marmonnement pour agréer.

— Mais il ne faudrait pas que l’information circule.
— Les hommes pourraient penser que Mausen était un traître. Un partisan de Grindelwald, un allié des nazis, supposai-je.

Mais mon intérêt ne se portait que sur ce cercle, autour de cette main. Ce fut alors qu’un détail me sauta aux yeux. Je quittai la morgue du guérisseur d’un pas rapide pour effectuer quelques recherches.
Quelques heures plus tard, j’entrai sans préavis dans le bureau provisoire qu’occupait Dumbledore, quand il n’était pas à Poudlard, pour gérer sa double-fonction. Le bougre avait même ramené son piaf de compagnie. Je dédaignais ce phénix au moins autant que l’homme lui-même. Trop flamboyant, trop fier, déterminé à se montrer singulier, au-dessus de tout.
En m’entendant débarquer, Dumbledore se retourna vers moi :

— Wilhelm ?

Je plaquai sur son bureau deux photos. Tous les deux représentaient Hitler à deux périodes différentes.

— Mausen possédait une information avant de mourir. Et il voulait que nous la sachions…

Intéressé, Dumbledore s’avança et consulta les deux clichés.

— Cet anneau. Il ne l’avait pas avant. En 1931 et aujourd’hui, en 1943.

D’un coup de baguette magique, Dumbledore sortit du tiroir du meuble une loupe magique, aux verres qui se superposaient seuls pour faire varier le grossissement. Je compris au froncement de sourcils de Dumbledore que j’avais visé juste.

— Vous connaissez cet anneau ?
— Andvaranaut.
— À vos souhaits, vieil homme.

Il me gracia d’un regard presque amusé, tandis que je restais stoïque.

— Faites-moi le plaisir de parler le langage des communs des mortels, même si votre dialecte est certainement le plus abject qui soit.
— Il est reconnaissable grâce à ses runes, m’expliqua-t-il en pointant le bijou du doigt. Il s’agit d’un anneau maudit.
— Maudit ?
— Puissant. Il appartenait au légendaire Andvari. Dans les légendes des Volvä, il apportait la prospérité, car permettait de transformer la matière en or. C’est lui qui a inspiré en grande partie les travaux de mon grand ami, Nicolas Flamel.
— Épargnez-moi vos mièvres étalages sur l’amitié, Dumbledore, et venez-en aux faits.
— Il est fort probable que l’utilisation d’Andvaranaut n’ait été détournée depuis. Il reste certainement un talisman très puissant, porteur d’une grande magie. Mais beaucoup le redoutent. Car il attirerait la destruction.
— C’est déjà chose faite. Et Mausen l’avait compris. Cet anneau a pu potentiellement déclencher cette guerre. Et qui, dans votre entourage, est un grand fanatique des reliques dangereuses du passé ? Je vous laisse l’honneur de répondre.

Dumbledore déporta son regard ; je pris cela comme une victoire.

— Grindelwald a trouvé cet anneau. Peut-être en même temps que son collier, nous n’en savons rien. Sûrement sont-ils reliés. Mais il savait qu’en le confiant aux Moldus, cela ne les amènerait qu’à l’autodestruction ! Il avait planifié ça ! Et il ne voulait pas qu’on le découvre ! Car si la magie est bien la raison cachée derrière ces conflits, nous avons les moyens de l’arrêter. C’est pour cela que Grindelwald en a après nous. Il savait que nous allions trouver ! Il ne nous craignait pas parce que nous allions nous opposer contre lui, mais parce que nous allions contrecarrer ses plans.
— Et que proposez-vous, Wilhelm ?
— Nous devons récupérer cet anneau.

Dumbledore haussa les épaules.

— Très bien. C’est une idée qui a du sens. Mais comment ? Et qu’en feriez-vous ? De cet anneau.
— Je trouverai un moyen de le détruire. La destruction amène la destruction.
— De le détruire ? Wilhelm, vous ne semblez pas saisir qu’il s’agit d’un objet magique extrêmement puissant. Peut-être même d’un Horcruxe. Vous avez été à Durmstrang, je sais que vous possédez des connaissances en termes de magie noire et que ce mot ne vous est pas étranger.
— Et je sais également qu’il est possible de les détruire. Un Feudeymon, du venin de Basilic… Le monde ne manque pas de ressource pour mettre à mal la magie noire.
— Aurez-vous assez de volonté pour cela ?

Merlin, qu’est-ce que je détestais ce regard par-dessus ses lunettes. Cet air condescendant, de papa raté.

— Vous voudriez quoi. Que je le glisse à mon doigt et que je m’empare du monde ? Ne soyez pas plus stupide que ce que je ne pense déjà, Dumbledore.
— La tentation serait grande.
— J’ai déjà vu trop de ravages. Trop de guerres. Oui. J’ai l’impression d’avoir plus vécu d’années de guerre que de paix. Je n’aurai aucun intérêt à m’emparer de cet anneau.
— La vengeance ? proposa Dumbledore.

Mon sang ne fit qu’un tour.

— Ne dites rien de plus, le menaçai-je.
— Serait-ce imprudent de ma part de rappeler que Fuchsberg est toujours en liberté ? Et que sa survie continue de vous rendre instable ?
— Avant de mourir, Mausen vous a-t-il mentionné la fois où je lui ai mis la baguette dans la gorge, prêt à lui faire exploser la cervelle ?
— J’ai eu vent de votre opposition contre l’autorité, ricana Dumbledore, ce n’est pas nouveau.

Il contourna le bureau pendant que j’essayais de me tempérer.

— J’ai confiance, Wilhelm. Parmi tous les sorciers rassemblés ici, vous êtes l’un des plus puissants. Mais surtout pourvu d’un don de justice inestimable. Vous auriez pu devenir un mage noir à de très nombreuses occasions. Les propositions se sont ouvertes à vous. Il s’agissait presque d’une voie de facilité. Pourtant, vous ne l’avez jamais fait. Cela n’aurait pas de sens de le devenir aujourd’hui pour vous.
— C’est bien. Vous répondez seul à vos propres questions, maugréai-je.

Dumbledore s’assit à son bureau ; son oiseau moche battit des ailes pour accompagner son geste.

— Bien, procédons ainsi, dans ce cas. Je poursuis mes investigations du côté de Grindelwald. Et s’il se présente, je tâcherai d’agir. Pendant ce temps, Wilhelm, trouvez un moyen de subtiliser cet anneau et d’en priver ce moldu avant qu’il n’y ait plus de dégâts encore.
— Je n’avais pas besoin de votre permission pour le faire, Albus.
— Je n’en attendais pas moins…

*** *** ***




Une réunion exceptionnelle eut lieu au sein du QG des Silberfalken quand l’existence d’Andvaranaut fut révélée. Un regain d’espoir, qui se caractérisa par le chaos d’un débat sans modérateur ; peut-être était-ce la seule chose pour laquelle je regrettais Mausen.

— Nous ne devons pas attendre ! s’exclama Jungen, une sorcière rendue borgne par un sortilège. Nous avons cette opportunité ! Nous devrions concentrer nos forces et attaquer, nous emparer de cet anneau !
— C’est de la folie, rejeta Schwartzmann en secouant la tête. Les sorciers de Grindelwald doivent savoir que nous avons ces soupçons. Et ils protègent les nazis depuis l’ombre. Alors vous attaquer au plus grand d’entre eux ? Ils n’attendent que ça pour tous vous tuer ! Ils sont nombreux, organisés, sans scrupule ! Au mieux, ils vous tueront. Au pire, ils vous emmèneront à Nurmengard.
— Et que préfères-tu, Schwartzmann, au juste ? Contempler les ruines de notre pays ? Rester les bras croisés ? Ce fou tue l’Allemagne de l’intérieur ! Il pille l’Europe ! Il fait de ce monde un brasier ! Un temple de la haine !
— Schwartzmann a raison. Nous ne pouvons nous permettre une attaque de front. Nous devons établir une tactique pour contrer la défense de ces mages noirs.

Ces galimatias avaient le don de m’agacer. Tous stupides, plus les uns que les autres, et bien déterminés à l’étaler. Je fermai les yeux, décidant de faire glisser le vacarme d’une oreille à une autre. Je mémorisais leurs dires, mais tentais de ne pas y joindre d’émotions. Car je savais que la colère supplanterait les autres et que le débat finirait en tournoi de duels improvisé. Duquel je m’en serais probablement sorti vainqueur.

— Wolffhart ?

La voix de Schwartzmann me ramena à la réalité. Il continua à me parler à voix basse pendant que les autres abrutis continuaient de se chamailler comme des enfants capricieux, désireux de se faire entendre, de gagner au concours de qui braillerait le plus fort.

— Tu as une idée ?

Je soupirai. Bien sûr que j’en avais.

— Il faudrait s’infiltrer.
— Par quels moyens ? Une cape d’invisibilité ?
— Non, rejetai-je. Ils utilisent des objets. Des sortilèges de détection.
— Transplaner à l’aide d’images ?
— Trop instable. Le risque de désartibulation serait trop grand. Si nous échouons, ils protégeront le moldu. Quitte à l’enfermer dans un bunker.
— Peut-être manipuler un moldu pour l’envoyer le tuer à notre place ?
— C’est l’anneau qui prévaut. Si on tue Hitler, alors tant mieux. Et je suis prêt à m’acquitter de cette tâche avec plaisir, s’il le faut. Mais ce n’est pas la priorité.
— Alors ? Qu’est-ce que tu proposes ? Cela sera plus rapide de te poser directement la question.

Derechef, je poussai un soupir.

— Un sorcier, camouflé de manière à ne pas être détecté. En Animagus…

Les yeux de Schwartzmann s’écarquillèrent : il avait compris. Un léger rictus éclaira mes traits. J’appréciais que mon co-équipier me comprenne si rapidement. Il était bien l’un des seuls à percuter plus vite que la moyenne.

— Les chiens du Moldu.
— Ses bergers allemands. Ils sont tout le temps-là. Mais personne n’y fait attention.
— Mais… aucun d’entre nous n’est Animagus ! Et encore moins Animagus berger allemand !
— Il faut le devenir.

Le rire jaune de Schwartzmann ne fut pas relevé dans le chahut général.

— Devenir Animagus est un procédé extrêmement difficile en soi, tu le sais tout autant que moi. Et choisir sa forme relève de l’impossible ! On ne peut pas se forcer !
— Très bien. Je le ferai, soupirai-je.
— Ce n’est pas une question de personne ! Tu es un génie, un sorcier d’exception ! Mais tu ne peux pas contrer les règles élémentaires de la magie.

Il secoua la tête.

— Ton plan est bon, mais nous n’allons pas entraîner tous les Silberfalken à devenir des Animagus dans l’espoir que l’un d’eux soit un berger allemand.
— Je le ferai, répétai-je.

Je plantai mes yeux noirs dans les siens, clairs.

— Mon animal totem est le loup. Je le sais. À force d’avoir reçu ce surnom depuis que je suis né. Et car il est mon patronus. Il est extrêmement probable qu’il soit également ma forme d’Animagus. Et du loup au chien, il n’y a qu’un peu de domestication.

Comprenant le lien, Schwartzmann, plus convaincu, hocha la tête. Puis, il se permit une question, plus basse encore :

— Tu arrives encore à lancer ton Patronus ?

Je ne lui fis grâce d’aucune réponse, ce qu’il interpréta, très justement, à la négative. Cela faisait bien longtemps que je n’avais plus la pensée heureuse nécessaire pour cette invocation. Mon esprit restait nimbé de noir et de cauchemars, mais rien ne me permettrait réellement de faire revenir mon Patronus.

— En tout cas, souffla-t-il, c’est courageux de ta part d’admettre cette « domestication ».

Ce n’était en aucun cas du courage. C’était une nécessité.

*** *** ***




J’ai suivi scrupuleusement les étapes de la transformation. J’ai conservé une feuille de mandragore dans ma bouche, un mois durant, sur un cycle de lune complet. Cela fut plus simple que prévu, la discussion n’étant pas mon fort. M’abstenir de parler pendant près d’un mois ne fut qu’un bienfait. À partir de cet étrange ingrédient, j’ai préparé ma fiole, avec de la rosée, un cheveu et une chrysalide d’un sphinx tête-de-mort. Puis, une fois qu’elle fut prête, je l’enfermai dans une boîte en bois, scellée par magie. Je devais attendre l’orage. Dans ma patience, je devais poursuivre le rituel. Chaque matin et chaque soir, je pointais ma baguette contre mon cœur et prononçais une incantation. Je devais préparer mon corps.
L’attente de l’orage fut interminable. Chaque jour qui passait signifiait que des gens mouraient aux dehors. Des innocents. Des enfants, aussi, sûrement. Il y aurait eu d’autres moyens, comme l’utilisation d’une potion chimérique. Mais je savais que, même si mon esprit était fort, le risque était trop grand et parvenir à influencer ma forme animale serait moins aisé.
L’orage finit par éclater, lors de la première nuit de mars. Je me réveillai en sursaut et me précipitai dans le séjour pour ouvrir la boîte : le contenu de la fiole était devenu rouge écarlate.
Dans la nuit, ma baguette allumée dans la main, j’observai cet endroit, que j’habitais maintenant depuis près de dix ans. Il n’était plus entretenu comme avant. Des meubles étaient tombés, fracassés. La cuisine ne semblait plus vivre, puisque la magie me permettait de me nourrir sans recourir au poêle. Je n’avais pas eu le cœur de ranger les cartes du ciel de Kate ; les parchemins prenaient la poussière.
Tout cela, je le faisais pour elles…
J’étêtai le flacon et pointa une dernière fois la baguette contre mon cœur :

— Amato Animo Animato Animagus.

Puis, je vidai la fiasque d’un coup, balançant le récipient vide, qui partit se briser contre un mur. Sûrement rejoindre d’autres débris de verre sur le plancher.
Je ne fus nullement effrayé par les phénomènes dont fut victime mon corps. La douleur, cependant, affectait mon esprit. Je sentais mes os se tordre en moi, comme chauffés à blanc. J’avais l’impression que mes gencives étaient à vif. Tous mes muscles étaient tendus à l’extrême.
Mais je ne me détournai pas de mon objectif. Je voyais le loup se dessiner dans mon esprit. Mais j’en remodelais les traits. Chaque fois, le sort tentait de revenir sur sa première forme, mais je persévérais, quand bien même la souffrance devenait de plus en plus intense. Jusqu’à ce que l’image du chien s’imprime en moi, immuable.
Quand ma conscience me revint, je tenais à peine sur mes quatre pattes tremblantes. Il me fallut quelques minutes pour parvenir à déambuler. Mais je restais incertain. Cela avait-il fonctionné ? Le miroir ne me disait rien. Je ne pouvais distinguer qu’une silhouette noire dans ce reflet qui pouvait tout aussi bien appartenir à un chien qu’à un loup.
Cependant, mes sens étaient tout autres. Il me semblait déceler les bruits de la rue. Et surtout, sentir… Le monde autour de moi s’était transformé en une rosace d’odeurs, qui me lacéraient le cœur. Ainsi, je trottai jusqu’à l’ancienne chambre de Katherine, inchangée, et grimpai sur le lit. Les draps n’avaient jamais été changés depuis son départ. La meilleure décision de ma vie. Sous ma forme d’Animagus, je reconnaissais son parfum naturel. À tel point qu’il me semblait qu’elle était là, contre moi…
Ma première nuit en tant qu’Animagus, je l’ai passée lové sur les draps de Katherine, tentant de me plonger dans le premier rêve que je vivais depuis longtemps. Comme un chien triste pleure l’absence de son maître.

*** *** ***




Plusieurs mois me furent nécessaires pour contrôler mes métamorphoses à la perfection. Ce nouvel atout me donnait des avantages certains durant mes missions, que je choisissais souvent moi-même. Weiss, la nouvelle sorcière à la tête des Silberfalken, avait compris que je ne courberais l’échine devant personne. Et encore moins que je me priverais de dire tout haut ce que je pensais.
Pendant des années, j’ai attendu l’opportunité. Dumbledore devait en faire de même. Mais nous fonctionnions par petites victoires. Appuyés par des renforts sorciers bien dissimulés, les Moldus ont commencé à remporter quelques victoires clés sur le sol français, après le débarquement allié. Je gardais surtout le regard vers l’Est, car les Russes commençaient aussi à gagner du terrain, soutenus par les grandes familles que j’étais parvenu à rallier à notre cause. Mais je savais qu’ils n’étaient pas tous dignes de confiance et que certains chercheraient à tirer leur baguette du jeu. C’était avant tout un bon moyen pour certains de piller les derniers héritages des grandes familles sorcières de l’ancien Empire de Prusse. Je me félicitai que la mienne fût dilapidée avant que les Russes ne posent le pied en Allemagne.
Malgré mes recherches, personne n’aperçut Fuchsberg parmi les rangs ennemis. Même les sorciers que nous faisions prisonniers n’en firent pas état. Avait-il disparu ? Était-il mort ? Je ne le désirais pas : Niklaus méritait de mourir de ma seule main. Je n’aurais jamais laissé à quelqu’un d’autre le luxe de s’en charger avant moi.
En février 1945, alors que les forces ennemies commençaient à décroître, une opération fut lancée pour libérer Nurmengard. De nombreux sorciers périrent, ce jour-là, certains corps perdus à jamais dans la mer baltique déchaînée. Je m’en sortis avec une large blessure au bras. J’y retrouvai la vieille sorcière russe, qui avait réussi à survivre tout ce temps. Elle me reconnut et me remercia d’être revenu, d’avoir tenu ma promesse. Mes promesses… J’aurais accepté n’en remplir aucune, si cela m’avait permis d’accomplir celle que j’avais faite à ma famille. De toujours les protéger.
Nous savions Grindelwald en déroute ; Dumbledore en avait sûrement après lui. Peu à peu, l’espoir revenait et nous commencions à entrevoir la fin de la guerre. Je savais que, pour ma part, elle ne s’achèverait jamais vraiment.
Les forces des nazis décrurent de même. Les Moldus également vivaient désormais du même espoir. Ces mois défilèrent si vite en moi, il ne m’en reste que quelques bribes.
Je me souviens du jour où Dumbledore est revenu au QG, ce jour de mars 1945. Il était méconnaissable. Ses lunettes brisées. Éreinté. Avec une baguette au bout du bras. Mais ce n’était pas tout à fait la sienne. Weiss l’assista et nous le dépêchâmes dans son bureau aménagé ; je métamorphosais son secrétaire en lit pour lui permettre de s’allonger. Le bougre avait sûrement des côtes cassées, à sa démarche claudicante.

— Je vais chercher un guérisseur, s’alarma Weiss. Wilhelm, restez avec lui.

Je ne comptais de toute façon pas aller bien loin. Je voulais savoir ce qu’il s’était produit, bien que je le soupçonnasse. Seulement, je désirais l’entendre de sa bouche. Dumbledore sembla rassuré de me voir à ses côtés ; je lui fis comprendre que ce n’était pas un plaisir entièrement partagé :

— Alors, vieillard. Vous vous êtes pris une plaque de verglas ?
— Votre humour et votre sens de la repartie sont un soin en eux-mêmes, mon cher ami. J’espère que, lorsque vous aurez mon âge, vous ne les aurez pas perdus.
— Je ne suis pas votre cher ami.

Ricanant dans sa barbe, il me désigna d’un geste douloureux sa baguette magique. Elle semblait avoir traversé les âges, parcourue de runes gravées dans le bois.

— C’est la baguette de sureau. Et vous en êtes…
— Le maître ? compléta Dumbledore, dans une grimace.
— Vous avez vaincu Grindelwald.

En prononçant ces mots, une étrange paix intérieure me conquit.

— Vous l’avez tué ? demandai-je d’une voix plus grave.
— Qui suis-je pour juger si un homme, aussi mauvais soit-il, mérite la mort ?
— Qu’avez-vous fait de lui ?
— Je l’ai enfermé… Dans une cage. Il ne peut pas s’en libérer. Nous devons débattre de ce qu’il adviendra de lui. La communauté sorcière doit prononcer un jugement. Je ne suis pas en position de faire un choix personnel.

J’y vis une objection :

— Vous l’avez privé de sa baguette. Mais le pendentif ?

Avec une expression de fierté mal camouflée, Dumbledore sortit de son col le lacet en cuir qui soutenait une pierre ambrée. Celle que Schwartzmann avait décrite, avait subi lors de sa détention à Nurmengard.

— Qu’allez-vous en faire ?

Dumbledore s’accorda quelques secondes de réflexion en émettant des marmonnements profonds.

— Ces reliques ne doivent pas tomber entre les mains de sorciers mal intentionnés.
— Vous allez les cacher ?
— Dans le monde moldu. Là où personne ne pourra s’en emparer.
— Même la baguette ?

Je sentais que cette question ne lui plaisait qu’à moitié. Je devinai alors :

— Vous allez la garder.
— Elle sera en sécurité si je la garde.
— Vous serez surtout plus puissant que vous ne l’êtes déjà.
— L’ambition est un trait que nous partageons, Wilhelm, pourquoi me le réprimander ?

Son argument me contraignit au silence. À sa place, j’aurais très certainement agi de même. Puis, ses yeux bleus me fixèrent :

— Vous savez ce qu’il vous reste à faire, Wilhelm. Maintenant que la menace est écartée, vous devez vous emparer de l’anneau avant qu’il ne tombe dans d’autres mains…

*** *** ***





Berlin était devenu un champ de ruines avec les bombardements russes. Des quartiers entiers avaient été rasés. L’immeuble que j’avais jadis habité avait été détruit. Il ne restait désormais plus rien de mon ancienne vie, si ce n’était le foulard d’Élise autour de mon cou et la peluche de Katherine.
Mes souvenirs n’eurent plus d’accroche à partir de ce moment-là.
Je me souviens de mon infiltration dans le bunker, sous la forme du berger allemand. Schwartzmann, en uniforme nazi, avait pris l’apparence d’un soldat que l’on avait subtilisé à sa ronde pour mieux me faire entrer. Je jouissais d’une discrétion sans faille, ainsi sous cette forme. Quelquefois, quand les soupçons devenaient risqués, je reprenais forme humaine, me déguisant de même. Je devais approcher le moldu et lui subtiliser l’anneau… Je le voyais si clairement. Mais la rage qui bouillonnait en moi était de plus en plus difficile à réfréner.
Mais je suivais mon instinct. J’évitais les pièges. Les regards. Les tremblements. Je ne vivais que pour cette mission, car il ne me restait rien d’autre. Ce bunker était un autre monde, où la discipline avait été oubliée. Les soldats buvaient, fumaient. Eux espéraient oublier.
Les choses s’accélérèrent. Quand Hitler épousa en pleine nuit Eva Braun ; il lui transmit ainsi l’anneau. Peut-être espérait-il que son pouvoir se révèle de nouveau et lui permette de s’extirper de cette situation. De reprendre le contrôle. Je devais agir au plus vite.
Peut-être que je n’avais pas été assez précautionneux, car le véritable chien succomba à une dose de cyanure qu’on lui administra quelques heures plus tard. Je ne pouvais désormais que me fier à ma forme humaine et à la magie…
Mes enchantements accentuèrent la déchéance des lieux. La sensation d’inhibition… Enfin, quand le couple s’isola dans la partie inférieure du bunker, je décidai de tirer mon épingle du jeu. La magie me permit de pénétrer dans ces lieux interdits à tous.
Je me souviens de la surprise. Des cris. Étouffés par magie. De ma haine. Ma rage. Du pistolet. De l’Impérium. Du tir. Du cyanure. Du rouge devant mes yeux.
De l’anneau.
Ce lieu n’était plus fait pour moi.
Ce monde n’était plus fait pour moi.

*** *** ***




Alors que beaucoup se réjouissaient des circonstances, je restai des heures à contempler l’anneau dans mes quartiers personnels, au sein du QG des Silberfalken. Toutes les misères du monde avaient reposé sur ce minuscule morceau d’or. Parfois, la pensée de l’enfiler à mon doigt s’immisçait dans le flot d’interrogations dans mon esprit. Mais chaque fois, je résistais, avec un peu plus de difficultés à chaque fois.
Ma décision fut vite prise.
Le jour suivant, j’ignorai les festivités incessantes et quittai Berlin par voie de transplanage. J’arpentai les pays épargnés par les combats, alors que l’Allemagne étouffait sous les bombes de tous les côtés. Mon pays était à feu et à sang, prêt à être déchiré entre les vainqueurs. Mais ces ignorants buvaient et célébraient la victoire.
Quelle victoire.
La survie n’était certainement pas mon triomphe.
J’achetai auprès d’un éleveur moldave un dragonneau, que j’emmenai avec moi en Yougoslavie. Je devais brouiller mes pistes. Je n’eus aucun remords à laisser le dragonneau attaché dans une grotte. L’anneau demeurerait là, pour toujours. Je l’espérais. Et chaque semaine, je revenais pour nourrir la pauvre créature gardienne. Elle devint si grosse que je finis par ne plus m’en approcher, me contentant d’envoyer des chèvres entières se faire dévorer.

*** *** ***




Les sorciers comme les Moldus continuaient de se réjouir. Mais je n’en faisais rien. Je ne comprenais pas.
Je continuais à vivre dans mes souvenirs. Dans ma vengeance.
À contrecœur, je répondis à l’invitation du nouveau chancelier magique, lors de la célébration du cinquième anniversaire de la paix, en 1950.
Je détestais le champagne.
Leurs rires me répugnaient.
Leurs politesses, leurs manières.
Avaient-ils tous oublié ?
Étais-je le seul ici à avoir tout perdu ?
Plus tard dans la soirée, Schwartzmann m’aborda alors que je tentais de me faire oublier dans un coin de l’immense salle de réception, tentant de m’évader par le biais de la musique jouée par l’orchestre.

— Wilhelm ?

Il était accompagné d’une dame, aux courts cheveux blancs et aux grands yeux noirs, qui soutenait de ses bras élégamment croisés une longue écharpe en fourrure sombre.

— Cette dame souhaitait te rencontrer.
— Je ne signe pas d’autographes, maugréai-je. Pas contre vous, madame.
— Mrs Callidora Black, se présenta-t-elle avec son accent britannique en tendant sa main, afin que je la baise.

Je lui accordai un regard de dépit, lui faisant comprendre que je n’étais plus guère en mesure de répondre aux aristocraties.

— Et voici le fameux Wilhelm Wolfgang Wolffhart, me présenta mon confrère devant mon silence.
— Wilhelm Wolfgang Ludwig Wolffhart, corrigeai-je.
— Très bien. Dans ce cas… je vais vous laisser, s’échappa Schwartzmann en s’inclinant.

Ce traître.

— Ainsi c’est vous ? Le célèbre sorcier qui a sauvé Durmstrang ? Qui a mené l’attaque sur Nurmengard ? Qui a tué le tyran moldu ?
— Vous semblez plus au courant que moi, Frau Black. Si vous avez déjà vos réponses, je n’ai rien de plus à échanger avec vous.
— Vous êtes aussi patibulaire que votre confrère vous décrivait.
— Et vous êtes intrusive.

Pourtant, elle m’accorda un rictus amusé. Mon regard s’arrêta sur les dents, éclairées par son sourire…

— Il paraît que vous avez partagé votre scolarité avec Niklaus Fuchsberg. Le mage noir que personne n’a jamais retrouvé. Mort ou vif.
— Qu’est-ce que vous attendez de moi ? Allez droit au but.

Mrs Black se rangea de mon côté pour parler à voix basse.

— Je retrouverai Fuchsberg pour vous. En échange d’un service.
— Je veux me charger de lui. Personne ne le fera à ma place.
— Je ne vous parle pas de le tuer, mais de le trouver. Peut-être a-t-il trouvé le moyen de faire en sorte que vous ne le trouviez jamais. Mais si je m’en charge…
— Qu’attendez-vous en retour ?

Son regard noir me transperça.

— Que vous trouviez quelqu’un pour moi. Et que vous le tuiez. Un échange équitable. Je comprends votre quête.
— Qu’est-ce qui me dit que je peux vous faire confiance ?
— Vous n’aurez pas le choix. La balle est dans votre camp, Wilhelm Wolffhart.

Sans ciller, je m’accordai quelques secondes de réflexion :

— Et que me proposeriez-vous ? Un pacte ? C’est bien ainsi que procède votre… espèce.
— Je vois que vous avez l’esprit agile, me sourit-elle, satisfaite.

Mrs Black m’emmena à l’étage, dans l’une de ces suites luxueuses où s’encanaillaient certains couples trop alcoolisés. Et je la suivais, l’estomac retourné, conscient de ce que je m’apprêtais à conclure. Mais je devais saisir cette opportunité. Si elle me permettait de mettre la main sur Niklaus et de lui faire payer à la hauteur de ses innommables crimes…

*** *** ***




L’homme – ou, pour être plus précis, la créature – que Mrs Black recherchait répondait au nom d’Artimus Farrell. Tous étaient semblables, très probablement liés. Il fut aisé de le pister jusqu’en Europe continentale et de le tuer sans état d’âme. Si priver un homme de sa vie me dérangeait profondément et allait à l’encontre de mes principes, décapiter un vampire ne me posa aucun cas de conscience.
Cependant, Mrs Black ne me recontacta pas. Elle n’honora pas sa part du marché, aussi logique cela pouvait-il paraître. Pourtant, j’avais eu de l’espoir, j’avais fait confiance à ce monstre. Mais la promesse de retrouver Niklaus et de venger la mort d’Élise et de Kate ne me permettait pas de faire preuve d’un jugement exemplaire. Le foulard rouge me permettait de dissimuler sur mon cou ces cicatrices de la honte. Mon asservissement.
Je ne me joignis pas aux reconstructions de mon pays, divisé, écartelé. Tout cela n’était qu’hypocrisie. Je n’étais pas un perdant, comme semblait vouloir nous pointer tout le reste du monde. Je refusais de redevenir cet allemand qui devait courber l’échine et marmonner des excuses pour porter cette nationalité dont il aurait dû avoir honte.
À la place, je voyageai à travers le monde. Je traversai des centaines d’expériences, incongrues, impressionnantes. J’ai chassé le wendigo aux États-Unis, j’ai chevauché des dragons au Népal. Pourtant, rien de tout cela n’avait la saveur de mon ancienne vie, aux côtés de ma famille. Je faisais tout mécaniquement pour tenter d’oublier. Plus le temps passait, plus je comprenais ce vieux Bach. Si Herr Leufer avait toujours été des nôtres, j’aurais certainement été le lui dire…
Lassé de mes périples, je revins en Europe, presque trente ans après la guerre et décidai de reprendre mon ancienne activité dans le droit sorcier. J’intégrai sans complication le Whinamagot, le nouveau conseil européen de la justice sorcière. Ma réputation me permettait de jouir d’un respect que j’appréciais, bien que je soupçonne les rumeurs dans mon dos. Je devenais ce vieux grincheux. Chaque jour, il me semblait décrépir dans ce miroir.

Ce ne fut qu’en 1996 que ma vie prit finalement un nouveau tournant. Cela commença avec une lettre par hibou, signée Albus Dumbledore. Le message me priait de le rejoindre le lendemain au Chaudron Baveur, à Londres. Dans ce pays que j’exécrais. La mention urgente me questionnait cependant. Qu’est-ce qu’Albus me désirait, cinquante ans après l’emprisonnement de Grindelwald dans sa propre prison ?
Alors, je me persuadai que la seule raison valable résidait en quelques informations concernant Niklaus…

*** *** ***




— Le temps m’est compté. Et hélas, beaucoup de choses restent à réaliser. Tu es le mieux placé pour comprendre ce que je m’apprête à t’expliquer. Par ton passé. Tes expériences, avec cette magie…

Mon instinct avait donc eu raison. Dumbledore m’avait fait revenir pour réveiller ces vieux souvenirs douloureux que j’avais tenté d’enterrer. Remuer le couteau dans la plaie, l’un de ses passe-temps favori.

— Qu’y a-t-il, Albus ? Tu en as trouvé d’autres ?

Je mentionnais par-là les objets reliés à cette magie que Grindelwald avait tenté de maîtriser pour asservir les populations moldues et sorcières.

— D’autres ? Non. Voilà bien longtemps que j’ai cessé de courir après ceux-là. Non. Mais je devais te parler de quelque chose… En rapport avec tout ceci, semble-t-il. D’une manière plus ou moins rapprochée.

Je demeurai suspicieux face à ce parchemin qu’il me tendit. Une liste d’inscriptions de ses élèves. Mon cœur manqua un bond dans ma poitrine. Ce n’était pas le même prénom. Mais lire le nom de Katelyna inscrit dans chaque endroit du parchemin me mettait mal à l’aise…

— J’ignorais sur le moment si le sortilège de la plume avait été altéré. Ou si cela était signe de mauvais augures. Le doute est resté durant cinq années, jusqu’à ce que le père de la petite Kate, anciennement élève dans l’établissement, ne me contacte. Une lettre soucieuse. Car les premières apparitions de la magie chez sa fille n’étaient pas communes…
— Vous voulez dire… ?
— Personne n’est capable d’expliquer pourquoi cette jeune sorcière parvient à maîtriser ce genre de magie, à laquelle toi et moi avons été confrontés par le passé.
— Est-elle la seule ?
— À ma connaissance, non. Et c’est là où je voulais en venir. Une autre jeune femme maîtrise l’Immatériel, semble-t-il. Mais je n’en ai jamais eu la certitude.
— Pourquoi ?
— Elle a été internée à Ste Mangouste pour le meurtre de ses parents. Sombre, sombre histoire… Le jour de la naissance de la petite Whisper, Electra est venue à ma rencontre, avec ma collègue, Minerva MacGonagall. Elle m’a alors raconté qu’elle avait fait un terrible cauchemar. Qu’elle pensait prémonitoire. Trop pragmatique et persuadée que les cours de divination avaient eu raison de son jugement, ma collègue ne l’a évidemment pas crue. Mais j’ai tenu à éclaircir le sujet. J’ai donc conversé seul avec miss Byrne. Ce qu’elle a édicté ressemblait en tous points à…
— … une prophétie ?

Dans quelle misère m’étais-je donc encore fourré. J’étais trop vieux pour ces imbécilités.

— À partir de ce jour, le comportement de miss Byrne s’est subitement dégradé. Ses enseignants me rapportaient qu’elle avait de moins en moins de contrôle sur sa magie, elle qui avait été une excellente élève. Elle a tenté de mettre fin à ses jours. Son désespoir semblait immense, et pourtant, tout le monde se sentait impuissant. Nous ne l’avons pas prise au sérieux. Et ses parents en ont payé le prix. De l’Immatériel, sans aucun doute… Mais mon rapprochement s’est fait trop tardif. Cette fois-là, j’ai gravement failli à mes responsabilités. La seule chose que je puisse assurer à ce jour, ce sont les soins prodigués à miss Byrne, à Ste Mangouste.
— Et… quelle était la prophétie, à propos de… de…
— … de Kate ?

Espèce d’enfoiré. Il aimait ça. Son sourire de bienveillance et son ton mielleux me débectait.

— « Quand la folie immatérielle s’emparera de la fille Whisper, le monde des sorciers verra naître l’âme la plus noire et l’esprit le plus cruel ».
— Tu penses à ce point qu’elle représente un danger ?
— Je suis allé à sa rencontre. Elle ne doit pas se souvenir de moi aujourd’hui. Une fillette énergique, bienveillante et épanouie. Quoique très maladroite. Mais pas de quoi songer qu’elle deviendrait une terrible mage noire, comme le laisse présager la prophétie de Miss Byrne.
— Pourtant, tu en doutes. Et c’est pour cela que tu m’as demandé de venir.
— Personne n’avait prévu qu’Electra Byrne, une élève douce et studieuse, commette un patricide doublé d’un matricide. L’Immatériel a fait d’elle un être corrompu. Et si miss Whisper commence d’ores et déjà à maîtriser cette magie, quelle sorcière sera-t-il dans dix ans ?

La paille que lui apporta le serveur me donna des idées de meurtres insolites que je réfrénai au possible. Plus Dumbledore avançait, plus je percevais qu’il m’embarquait dans une histoire de laquelle je ne pourrais m’extraire de sitôt.

— Ce qu’il se passe en ce moment-même, dans notre monde, m’a forcé à croire aux prophéties. Le combat que je mène contre Tom Jedusor n’aurait pas de sens. Après tout, cette histoire-là a également débuté sur une prophétie. Aussi, il me faut te confier cette mission. Ne commets pas la même erreur que moi en pensant que les gens s’arrangent avec le temps. Même si on leur offre la gloire, l’amour, certains garderont un cœur noir à jamais. Peu parviennent à imaginer le regret qui me hante de ne pas avoir pu arrêter Tom Jedusor plus tôt, dès lors que j’aie soupçonné celui qu’il pouvait devenir. Car j’aurais pu empêcher tout ce qui se produit aujourd’hui… Mais le temps m’est compté. Je n’assisterai jamais à la première rentrée de miss Whisper, quelle que soit l’issue de cette guerre. J’ignore ce que deviendra Poudlard, mais j’ose porter l’espoir qu’elle la connaisse en temps de paix. Le professeur MacGonagall prendra probablement ma suite. Tu postuleras au poste vacant de professeur de métamorphose. Et tu veilleras
sur la petite Whisper. Constamment. Tu surveilleras ses expériences avec l’Immatériel. Et le jour où tu sauras qu’une limite, qu’une frontière a été franchie, tu ne devras pas hésiter. Tu devras mettre fin à tout ceci.

— Dois-je comprendre par là… ?
— Tu m’as très bien compris, Wilhelm. Tu es le seul qui connaisse les véritables dangers de ce pouvoir. Qui l’a combattu. Tu es le seul en qui je peux avoir confiance pour cette affaire.
— Qu’y gagnerai-je ?
— Rien. Mais tu n’aimerais pas qu’il y ait d’autres Élise. D’autres Kate. D’autres personnes qui soient les victimes collatérales de cette folie. C’est pourquoi je sais que tu le feras. Je sais que tu seras le seul capable de tout pour arrêter ça, si jamais cela venait à dégénérer… Quand le moment sera venu, Wilhelm, tu devras tuer Katelyna Whisper.

J’étendis le dos contre le dossier de ma chaise.

— Tuer une enfant, résumai-je.
— N’emploie pas ces mots, Wilhelm. Nous devons éviter un tel risque. S’il se propage, si cette enfant comprend son potentiel, qui sait ce qu’il adviendra de notre communauté.
— En tuant une enfant, répétai-je, la voix grave.

Un grognement vibra dans ma gorge.

— Et comment ferai-je si le cas se présentait ? haussai-je des épaules. Un petit sortilège impardonnable et le tour est joué ?

Ce fut alors que Dumbledore sortit de l’ombre de la table un long paquet emballé qu’il posa délicatement entre nos boissons. Puis, soulevant un pas du tissu, il me révéla le chatoiement d’une lame.

— Que je l’embroche ?!
— Tu me demandais plus tôt si je les avais cherchés. Les artefacts de l’Immatériel. Eh bien, celui-là est venu à moi.
— Il représente un danger ?
— Bien au contraire. Elle représente l’arme qui permettra de neutraliser cette magie. De la détecter. À la manière des crocs de basilic pour des Horcruxes, seule cette épée peut contrer l’Immatériel. Et sera capable de tuer un mage qui la maîtrise.

Je demeurai silencieux. Puis, après avoir vidé mon verre, rendit mon verdict :

— Je refuse.

Je fis claquer le verre sur la table et me levai.

— Je garde quand même ça en souvenir de cette venue « urgente », avançai-je en m’emparant de la petite épée.

Puis, me voyant m’éloigner, Dumbledore m’accorda malgré tout un murmure amusé.

— Je sais que tu le feras, Wilhelm.

Mes pas ralentirent, le cœur lourd. Mais quelque part, j’avais besoin d’entendre ce nom…

— Tu le feras. Pour Kate…

*** *** ***




Ce fut à l’Angleterre de succomber à la guerre. Une guerre fugace. Ridicule. Qui ne dura qu’une année et ne fit quasiment pas de dégâts chez les Moldus. Mais ces britanniques. Toujours à vouloir être au centre des attentions.
Dumbledore périt avant même de la connaître. Je ne fus pas convié à ses funérailles, personne ne me connaissait. Je faisais partie de l’ancienne génération. Mais je ne regrettai pas cette séparation en bons termes, grâce à l’action d’une faucheuse. Bien que je doive admettre qu’Albus Dumbledore était le seul responsable de sa perte.
Vieillard sénile.
Ricanait l’homme qui avait désormais franchi les quatre-vingt-dix années d’existence dans ce monde qui persistait à me voir survivre. Envers et contre tout. Comme une douce ironie.
À la suite de la Bataille de Poudlard, conformément aux directives de Dumbledore, je me présentai au bureau de la nouvelle enseignante à la tête de l’établissement sorcier. Ce lieu semblait ne pas changer d’une poussière, malgré les décennies traversées.
Le professeur MacGonagall avait reçu des ordres de son ancien directeur, des lettres de recommandations me concernant. Dumbledore gardait le secret précieusement gardé ; Minerva MacGonagall ne devait jamais avoir entendu parler de l’Immatériel. Peut-être était-ce mieux pour elle. Mais s’il advenait que Katelyna Whisper intégrait l’école à la rentrée, elle allait sûrement vite déchanter.
La perspective de cette nouvelle vie comme professeur ne m’enchantait qu’à moitié. Je me consolais en songeant aux mille manières de torturer ces petits britanniques fébriles et peureux. J’allais leur apprendre la discipline, comme on aimait l’enseigner dans mes contrées et à Durmstrang.
Au moment de la répartition, je demeurai stoïque, observant les rangs des première année. C’était encore des enfants, mais je voyais sur leurs visages, dans leurs regards, toutes leurs expériences. Katherine avait partagé les mêmes expressions par le passé ; ils étaient des enfants de la guerre.
Les rangs qui dégrossissaient au fur et à mesure que leur Choixpeau miteux répartissait les élèves selon des principes totalement arbitraires et discutables, me permettait de tenter de deviner qui était cette fameuse Katelyna Whisper. Très certainement celle qui passerait en dernière.

La gamine avait encore un visage poupin, avec des cheveux d’un brun prononcé, et une tendance à la maladresse évidente, que l’on observait à ses gestes peu maîtrisés, pendant qu’elle se trémoussait sur ses pieds pour faire passer le stress du moment.
Comme tous les enfants répartis ce jour-là, elle devait avoir onze ans.
Katherine n’avait pas eu la chance d’atteindre cet âge.
Puis, quand elle passa sous le Choixpeau, ce dernier annonça une maison qui ne semblait pas être au programme. Ce fut à ce moment précis que je songeai que la mission de Dumbledore n’allait pas être de tout repos.

*** *** ***




Il apparut assez tôt que Fräulein Whisper utilisait l’Immatériel, à défaut de le maîtriser. La pauvre petite méconnaissait tout de son don. MacGonagall, elle, émettait des réserves, et je pouvais la comprendre. Je n’avais été que spectateur des méfaits qu’avait provoqués cette étrange magie. Mais je devais l’accompagner. Car peut-être qu’en le retenant en elle, Fräulein Whisper pouvait développer un assimilé d’Obscurus. Ce n’était pas la meilleure solution. Elle devait apprendre à l’apprivoiser et j’étais prêt à l’aider dans cette entreprise. Même si je devais parfois la pousser à bout pour parvenir à des résultats.

En apprenant à connaître Fräulein Whisper, à la fréquenter au quotidien au sein de mes enseignements et de mes cours privés, je découvris une jeune fille pleine de ressources insoupçonnées. Pétrie d’une maladresse sans comparaison, mais volontaire, persévérante, optimiste, aimante envers ses camarades, nappée d’innocence. Une innocence qui avait survécu à la guerre par je ne savais quelle prouesse. Moi qui craignais au départ une possible projection de ma vie sur cette gamine qui n’avait rien demandé à personne, j’appris à dissocier Katherine de Katelyna. Cette dernière était, certes, brillante, mais n’était pas dotée du même esprit d’analyse que ma fille, qui avait toujours été fatalement réaliste et disciplinée, alignée sur ses principes. Tandis que Fräulein Whisper savait s’adapter aux situations, faisant toujours en sorte de faire valoir l’intérêt de ses amis et de ses proches en premier.
Mais qu’est-ce que cette gamine pouvait se mettre délibérément en danger ! Elle se serait fait tuer par cette Sorcière Bleue dans la Forêt Interdite si je ne l’avais pas rattrapée à temps, à la fin de sa deuxième année. Je savais qu’elle l’avait fait pour sauver son cousin, mais pourquoi ne prenait-elle jamais en considération les risques ?

Le retour de Callidora Black en Angleterre ne me facilita pas la tâche. Mais j’espérais malgré tout pouvoir en profiter pour l’éliminer d’une manière détournée. Ce fut finalement le père de Katelyna qui s’en chargea.
Le père de Fräulein Whisper. Philippus Whisper. Quand j’appris l’arrestation de cet homme, un mois plus tard, je fus étreint d’un étrange sentiment. J’avais eu l’occasion de me renseigner sur le passé du bonhomme. Il me semblait me voir transposé dans une autre époque, dans un autre corps, avec une autre personnalité, à travers Phil Whisper.
Il avait perdu une sœur.
Il avait aimé une moldue au détriment de ce que l’on attendait de lui.
Ils avaient eu une fille, qu’ils avaient surnommé Kate.
Il avait subi les représailles d’un vieil ami qui avait sombré dans les ténèbres.
Aussi, j’ai immédiatement compris que les griefs prononcés à son encontre n’étaient pas forcément les siens… Philippus Whisper était prêt à écoper d’une peine de prison, à Azkaban, à vie, pour sauver la responsable : sa fille. Et je le comprenais. Car j’en aurais fait de même, si Katherine avait été accusée d’avoir tué Niklaus. J’aurais pris tous les châtiments du monde à sa place, car j’étais la seule personne à l’avoir précipitée dans ce monde de guerre.
Je désirais soutenir Herr Whisper dans son entreprise, tout en lui évitant la peine maximum. Un an ou deux suffiraient pour étouffer l’affaire.
Hélas, le Magenmagot en décida autrement. Ils voulaient le prendre pour exemple, lui dont la fille était médiatiquement connue. Je parvins à négocier un dernier entretien avec Herr Whisper avant son transfert pour Azkaban. Il me demanda alors :

— Vous ne lui direz rien ?
— À votre fille ? Nein. Le secret restera bien gardé. Vous avez ma parole.
— Je veux votre parole sur autre chose, Wolf-truc.

Je passai l’éponge sur cet affront.

— Vous m’avez bien dit que vous aviez eu une fille.

Je voyais où il voulait en venir…

— Faites-moi la promesse de redevenir un père. Vous ne l’êtes certainement pas aux yeux de Kate, mais comportez-vous comme tel. Comme j’aurais voulu l’être. Mais comme je ne pourrai plus l’être. Prenez soin d’elle, protégez-la. Surtout d’elle-même.
— Je le ferai, Herr Whisper.

Cette idée ne me plaisait pas tant. Non pas parce que Katelyna Whisper n’était pas ma fille. Mais car j’avais peur de souffrir en revivant une telle situation. J’avais déjà perdu Katherine. Comment allais-je réagir face à Fräulein Whisper qui, chaque jour passant, semblait s’enfoncer un peu plus dans ses ténèbres. Dans sa tristesse et dans ses peurs. Cette fille que je devais tuer. J’en avais fait la promesse à Dumbledore… Une part de moi refusait de m’attacher à elle, de crainte de ne pas supporter de la perdre. D’échouer dans ce nouveau rôle.

*** *** ***




— Savez-vous jouer du piano, Fräulein ?

J’avais lancé cette interrogation au détour d’une séance d’Immatériel camouflée en une retenue. J’avais laissé une place à Katelyna auprès de moi, à l’orgue.

— Pourquoi cette question ?
— Répondez-moi.
— Euh... Légèrement. Ma mère en joue. J'ai essayé deux-trois fois, je sais jouer un petit morceau. Mais rien de vraiment concluant, si vous voulez mon avis.
— Connaissez-vous les gammes ?

À son soupir, je devinai que ce moment n’était pas une partie de plaisir pour elle. Après tout, elle ne me voyait que comme son professeur. Un vieux grincheux aigri et colérique. Ce que j’étais devenu malgré moi.
J’essayais de détendre l’atmosphère, de la rendre moins ambiguë. Mais j’avais perdu tous mes repères. Je ne savais plus lier de complicité. J’avais tout perdu de mon rôle de père qui remontait aux années 40.
Puis, je lui demandai si elle jouait au piano.

— Non, pas vraiment. Je ne suis pas douée pour ce genre de choses. J'aime écouter de la musique, mais pas la jouer... Je ne suis pas habile de mes mains. Donc j'ai préféré ne pas me lancer dans ce désastre.

Cela la gênait de se confier à moi. Je la comprenais. J’en fis alors de même :

— Il ne suffit pas d'être seulement habile de ses mains, Fräulein Whisper. La musique est avant tout un vecteur d'émotions. On peut très bien jouer à la perfection la plus ardue des partitions, mais sans émotions, elle reste plus pâle que n'importe quelle œuvre plus modeste jouée avec le cœur.

Je sentis alors que je l’avais captée.

— Et quand vous jouez, professeur, à qui adressez-vous la musique ?

Mon cœur manqua un battement et je dus esquiver son regard pour éviter qu’elle ne voie le reflet d’Élise et de Katherine à travers mes yeux.

— À une illusion.

Elle respecta mon silence en tâtant le clavier.

— Ah. Je crois que ça, c'était un mi.
— Hm, ja.
— Et je crois que si je descends sur le mi bémol...

Aussitôt eussé-je reconnu les premières notes de la lettre à Élise que je chassai ses mains de l’orgue.

— Ne touchez pas mon clavier si c'est pour jouer ça !
— Hein ?! Qu'est-ce qu'il vous prend ?
— Tout, sauf ça ! La musique que l'on entend partout ! À tel point qu'elle en est défigurée ! Il existe des milliers d'œuvres dans le répertoire de Beethoven, mais la seule chose que les gens peu pensants idolâtrent, c'est bien cette mélodie ingrate qu'ils ne connaissent jamais au-delà de la centième mesure ! Alors si vous souhaitez vous exercer sur cette merveille instrumentale, merci de ne pas le souiller de cette musique !
— Comment étais-je censée le deviner ?! J'ai juste essayé... !

Je tentai de me calmer : ce n’était pas sa faute. Mais cette musique, aussi simpliste soit-elle, me rappelait trop aux blessures passées. J’entendais encore le surnom de Ludwig résonner dans ma tête. Et je réajustai mon foulard, par signe de respect.

— Entschuldigung. C'est que... cela me met hors de moi.
— Ce n'est pas grave...

Elle m’en voulait pour cette saute d’humeur et je ne pouvais pas lui en vouloir. Mais cette gamine ne pouvait pas porter le poids de mon passé. Ces choses que je devais garder enfouies en moi n’avaient rien à faire entre les mains de Katelyna.

*** *** ***




Cette année fut terrible à mes yeux, car je demeurais tiraillé entre mon devoir de professeur et les deux missions, confiées par Dumbledore et Herr Whisper. Cette dernière sembla surpasser tout le reste. Aller à son encontre aurait été trahir mes convictions. Aurait été trahir ce que j’avais été avec Katherine. Je ne pouvais pas renier cette partie de moi.
Mais je me tenais à distance, observant dans l’ombre que tout allait bien, dans cette année tumultueuse, marquée par la présence des élèves de Salem. Je remarquai cependant un point qui semblait échapper à Fräulein Whisper : c’était l’intérêt que lui portait un certain camarade.
Herr Emeric Beckett avait su se distinguer dès mon premier jour de cours. Entre génies, il est aisé de se reconnaître. Et je devais avouer que ce gamin possédait d’incroyables ressources, tant intellectuelles qu’humaines. Il avait été jusque-là trop jeune pour assumer ces qualités. J’avais été mis au courant par MacGonagall de son chemin tortueux à travers la guerre, mais il continuait sans cesse de me surprendre, de se surpasser. Personne ne pouvait nier sa puissance magique… Il deviendrait sans nul doute l’un des sorciers les plus doués de sa génération, voire de son siècle.
L’affection qu’il portait à l’égard de Fräulein Whisper ne passa pas inaperçu. Cependant, cet attachement qui perdurait année après année m’interpela. Il y avait quelque chose, dans cette relation d’enfants, que je captais, sans que personne ne puisse le remarquer.
Je sollicitai Herr Beckett un soir dans mon bureau, sous prétexte d’un devoir ; il s’appliqua à se présenter trente minutes à l’avance à mon office, tout tremblant et terrifié à l’idée d’avoir manqué un point à son examen.
Pourtant, ma première question l’estomaqua :

— Vous savez jouer du piano, Herr Beckett ?

Il ouvrit une bouche stupéfaite ; je dissimulai mal ma fierté.

— Comment… Vous l’avez deviné ?
— Vos doigts. Ils sont fins, allongés. Je vous ai vu manipuler votre plume, votre baguette. Je sais que vous êtes agile avec, vous savez sans nul doute vous servir d’un clavier. Et la profession de votre mère ne m’est pas inconnue.

Je vis sa mine s’assombrir face à l’évocation de cette dame que je n’avais pas eu l’occasion de connaître.

— Et vous avez des sentiments pour Fräulein Whisper, je me trompe ?

Cette fois, il se tétanisa. Pas de doute : cette situation m’amusait beaucoup.

— Pourquoi ne lui dites-vous pas ?
— Je ne suis pas certain de comprendre, professeur, bredouilla-t-il. Ce que vous attendez de moi…
— L’aimez-vous, oui ou non ?

Il formula une réponse détournée :

— Elle est amoureuse d’un autre, professeur.
— Est-ce réellement un problème ? haussai-je des épaules.
— Je ne peux rien faire. Je ne suis rien pour elle. Et elle ne me connaît pas vraiment. J’ai l’impression que… quoi que je dise, ça ne marchera pas.

Je laissai planer un court silence pour donner du poids à ma sentence :

— Je ne vous parle pas d’utiliser des mots communs. La langue n’est qu’un vulgaire moyen de communication. Vous déblatérez, vous entendez, la plupart du temps, mais l’homme ne sait plus écouter. Mais vous, Herr Beckett, vous ne pouvez pas vous exprimer à la hauteur de ce qui vous habite, c’est ainsi que je le conçois. Alors, vous vous renfermez autour de ces choses qui brûlent en vous, comme pour leur créer une carapace, sans imaginer qu’un jour, elles commenceront à vous ronger, à vous détruire. À vous livrer à la solitude et aux regrets d’une vie que vous aurez vue défiler sans l’attraper. Délaissez donc vos paroles et les superficialités de ces galimatias. Nous savons tous deux qu’il existe un langage universel, pourtant si incompris. Car très peu de gens le captent à sa juste valeur. Celui des émotions. Il ne passe pas par la bouche, mais par les arts. Celui de jouer, celui de manier les mots couchés sur le papier, celui de chanter, de peindre et de s’émerveiller. Et il se capte non pas avec les oreilles, mais avec un cœur ouvert. Il ne s’explique pas, il se vit. Il se sourit, il se tremble, il se rit et se pleure. Et mille vaines paroles éloquentes ne vaudront jamais une émotion partagée avec sincérité.

Je marquai une pause dans ma morale, qui semblait faire écho en lui.

— Cette année, Fräulein Whisper a refermé son cœur pour ne plus souffrir de ce qu’elle a enduré. Mais je suis certain que vous saurez lui rouvrir. Pourvu que vous vous y preniez bien. Mais vous possédez tous les atouts pour. Vous ne vous rendez sûrement pas compte de l’avantage que vous avez par rapport à vos camarades. Vous êtes tous deux sensibles à ces émotions qui fusent à travers le monde ; ne fermez pas les yeux dessus. Alors ne laissez pas passer cette chance. Et la prochaine fois que vous irez jouer dans la Salle sur Demande…
— M-mais… comment savez-vous que ?
— … faites en sorte de désirer, intérieurement, qu’elle soit là, avec vous, pour partager cette expression de vous. Tout ce que vous n’osez pas lui dire. La timidité est décidément un défaut ridicule… Mais peut-être qu’un jour, Herr Beckett, la porte s’ouvrira. Croyez-moi. Ne vous cachez pas de qui vous êtes.

Il hocha la tête pour clore cette étrange conversation, je devais l’avouer. Mais j’étais bien loin de m’imaginer la conséquence profonde de mes paroles, ce soir-là…

*** *** ***




Quand la prise d’otages survint à Pré-au-Lard, je sus immédiatement, par instinct, que Katelyna était au centre de cette attaque. C’était peu dire. La Sorcière Bleue était de retour. Je me suis aussitôt allié avec le professeur Higgins, malgré nos différends. La seule incapable qui osait me tenir tête… Mais elle était également la seule à en connaître davantage sur moi à propos de l’Immatériel. Elle pouvait nous être d’une aide précieuse.
Mais j’ai surtout tiré avantage de Herr Beckett. Beaucoup auraient hurlé au scandale que j’envoie ainsi un élève sur le terrain. Mais je considérais Herr Beckett comme un égal, et non pas comme un enfant. L’avait-il vraiment été un jour, avec de telles capacités ? Mais son amour innocent envers Fräulein Whisper le rendait invulnérable.
J’ai vécu là trois des jours les plus intenses de ma vie. J’en ai profité pour faire exploser l’une des tours de ce misérable établissement sous couvert de diversion. Je devais les laisser agir et ne plus être le premier sur le terrain me donna un étrange arrière-goût d’impuissance. Moi qui avais été habitué à être envoyé en première ligne.
Le message de Fräulein Dawkins, l’échange avec Fräulein MacNair, la mort de Frau Higgins. Mais le pire se déroula à l’étage. Car j’arrivai quelques secondes trop tard.
Au moment où j’ai ouvert la porte, l’image s’est ancrée dans ma tête. Celle de Fräulein Whisper, assise et ligotée sur cette chaise. Le flanc ensanglanté. Pendant un court instant, mon cœur a cessé de battre. Et j’ai calqué le visage de Katherine sur celui de Katelyna. Je n’avais pas vu le corps de ma fille, mais je refusais de faire face à celui de cette autre jeune fille, que je n’avais pas pu sauver.
Je l’appelais dans des murmures, mais elle ne me répondait pas. Je touchai son bras, mais elle ne réagit pas. Je palpai son cou pour trouver son pouls. Mais son cœur ne battait plus…
Une fois encore, j’avais échoué.
Je pouvais combattre les pires mages noirs de l’humanité. Mais j’étais incapable de m’occuper des deux jeunes filles dont on m’avait confié la responsabilité… Toutes les deux, je les avais laissées mourir.
Quand ses amis pénétrèrent dans la pièce, je ne parvins pas à prononcer un seul mot. Car je me retenais de pleurer à mon tour. C’était mes élèves… Et parmi eux se trouvaient Herr Beckett. Quelle tragédie.
Incapable de bouger, de parler, j’assistai à leur chagrin. Leur désespoir. Tant de cœurs innocents brisés. Pourtant, la guerre n’était plus là. Seulement n’empêchait pas certaines choses d’arriver…
Fräulein Dawkins fut la plus sensée d’entre nous tous. Le pendentif, qu’elle raccrocha au cou de Katelyna, éveilla la magie enfouie en elle. Et la ramena à la vie, par miracle. Pour la deuxième fois, elle échappait à la mort… Mais à quel prix.

*** *** ***




À la suite de la prise d’otages, je recommandai à Herr Beckett de prendre de la distance vis-à-vis de tout ce qu’il avait vécu, soutenu par son camarade, Herr Diggle. Il avait manqué de mourir, dans la Cabane Hurlante, et avait vu celle qu’il aimait mourir, et cela, peu importait son âge. Je devinais le traumatisme par lequel il était passé. Aussi, je lui indiquai de passer une année à Durmstrang, l’école qui m’avait vu grandir. Il en reviendrait transformé, j’en étais certain. La réalité alla bien au-delà de mes attentes.
Cependant, le retour de Fräulein Whisper à la vie ne fut pas sans conséquences. Ses crises devenaient de plus en plus puissantes. Et quoi que je fasse, il me semblait impossible de les contrer, de les anticiper.
Le jour où Fräulein Whisper a été envoyée à Ste Mangouste après l’accident de son père, lors d’une mission échouée, j’ai dû rassembler ses affaires pour les lui envoyer au Chaudron Baveur. Je trouvai, parmi cela, une petite boule en cristal, renfermant de beaux flocons, sans m’imaginer leur provenance. Et quand elle se mit à scintiller entre mes doigts, je me doutai, par instinct, de son importance pour la jeune fille. Elle ne devait pas perdre espoir… Je la lui glissai par-dessus ses vêtements, en évidence, dans son sac.
Jusqu’au jour où une limite fut franchie et où Katelyna blessa son cher et tendre idiot par mégarde puis fut à l’origine de l’incendie dans les cachots du professeur Slughorn. Elle-même s’en rendait compte. Elle perdait pied, elle n’avait plus le contrôle des choses. Elle craignait de devenir aussi folle que Fräulein Byrne… Et cela fit écho aux paroles que je gardais de Dumbledore.
Quand elle s’endormit sur le grand canapé, un immense doute m’étreignit. Je sortis Excallibur du tiroir et m’approchai d’elle. C’était le moment. Avant que pire ne survienne. Avant qu’elle ne devienne cette âme noire que la prophétie désignait. Je levai la lame au-dessus de sa tête.
Tout pouvait s’arrêter.
Maintenant.
Et ma mission était terminée.
Ma mission ?
Laquelle était-ce en réalité ? Celle que Dumbledore m’avait confiée ? Ou celle que je m’étais construite. Celle de sauver Fräulein Whisper.
Aussi faible fus-je, j’abaissai l’épée, un pincement au cœur. Je ne voulais pas en être réduit à assassiner froidement une enfant du tranchant d’une lame. Cette enfant. Qui n’était pas vraiment n’importe laquelle.
Cela aurait été renier tout ce que j’avais été. Tout ce que j’aurais dû être.

En parallèle, les exploits de Herr Beckett me revinrent en écho et je lui rendis visite à Durmstrang pour m’assurer que tout se passait bien. Connaissant l’établissement, je savais que la scolarité n’était pas de tout repos, en particulier quand notre nationalité ne collait pas au moule attendu. Cependant, son professeur de sortilèges me fit part de ses suspicions. Herr Beckett était un adolescent brillant, selon lui. Trop brillant pour n’être qu’un élève. Et cela rejoignit mes propres réflexions. Mais lorsqu’il aborda le fait qu’un attraqueur avait détecté de la magie noire sur lui, cela me questionna d’autant plus. Herr Beckett était aux antipodes de la magie noire, il n’était qu’un gosse trop naïf. La question me tarauda… D’autant plus que je découvris qu’il était lui-même devenu Animagus.
Je connaissais le parcours pour y parvenir. Il maîtrisait sa forme en trois mois de temps. Tout comme il pouvait communiquer dans un nombre incroyable de langues. Au fond de moi, j’éprouvai de la jalousie. Herr Beckett était parvenu à dépasser mes propres compétences. Mais cela me questionnait toujours autant… Car cela me paraissait trop anormal. Aussi, je suggérai au professeur de Durmstrang de garder un œil sur lui.


Si j’avais un jour imaginé que les artefacts de l’Immatériel serait ressorti à l’ordre du jour, je me serais jeté dans le Rhin. Les visions de Fräulein Whisper à propos de l’éclipse n’étaient cependant pas anodines et je comprenais à ses yeux l’importance d’ouvrir la porte de sa salle commune, si cela lui permettait d’échapper à la malédiction. À la prophétie.
La prophétie.
Les prophéties…
Est-il réellement possible d’y échapper ?
Parfois, en cherchant à les contourner, nous ne faisons que les précipiter.
Mais je ne souhaite qu’une chose : que Dumbledore se soit trompé. Et que je parviendrai à sauver Katelyna…

~~~~ ~~~~ ~~~~

 

***

 


Kate vit résonner son propre prénom dans les yeux de son professeur, en-dessous de sa main plaquée sur son front. Une main tremblante. Les lèvres de la jeune fille tremblèrent et des larmes saillirent.

— Professeur, je… je suis… je suis tellement désolée…

Sans réfléchir, elle se blottit contre lui, alors que Wolffhart, les yeux écarquillés, retenait sa respiration, immobile face au geste de réconfort de son élève. Mais en l’entendant sangloter contre lui, il tapota légèrement son omoplate pour la convaincre qu’elle ne devait pas pleurer sur son passé.

*** *** ***




— Merci, professeur…

Recroquevillée sur le canapé à l’étage, Kate accueillit volontiers la tasse de thé que Wolffhart fit léviter jusqu’à elle. Lui préféra se servir un verre de son éternel Leidenschnaps. Il y eut un long silence entre eux. Peu de mots avaient été partagés dans l’escalier. Ils avaient laissé la salle de classe, en bas, dévastée par leur combat.

— L’anneau, souffla Kate. C’est le dragon qui le garde, n’est-ce pas ? C’est pour cela que vous m’avez entraînée contre les flammes.
— Vous êtes très perspicace, gronda-t-il.
— Pourquoi ne pas aller le chercher vous-même ?
— Bien que je reste plus habile qu’une grande majorité de ces rigolos qui agitent leur baguette, je n’ai pas ma puissance d’antan, Fräulein Whisper. Face à l’Andvaranaut, je ne pourrai pas résister comme je l’ai fait par le passé. Et qui sait ce qui pourrait se produire si je l’enfilais à mon doigt.
— Et moi donc ! C’est un risque énorme ! Vous vous en rendez compte !
— J’en ai conscience. Mais avons-nous d’autres choix ? Vous êtes la plus à même de vous en emparer. Comme vous le vouliez ou non, vous êtes une maîtresse de l’Immatériel.

Kate soupira et lampa son thé en frissonnant. Puis, elle relança une interrogation :

— Professeur. Vous avez vu tout ce qu’il m’est arrivé. Et vous connaissez l’histoire de l’Immatériel. Pourquoi ne pas m’avoir tuée quand vous en aviez l’occasion ? Je vous aurais compris ! Enfin, non, je n’aurais pas pu, je serais morte… ! Mais la prophétie. Celle de Miss Byrne…

Un tremblement remonta en Kate. Elle savait qu’Electra la chassait car avait eu la vision que Kate devenait un danger pour l’humanité. Mais n’imaginait pas la prophétie qui orbitait autour d’elle, en plus de celle de l’éclipse.

— Je deviendrai une âme noire et cruelle, sûrement le jour de l’éclipse.
— Ce n’est pas ce que la prophétie a dit, réfuta Wolffhart en secouant la tête.
— Si, professeur, elle…

Vidant son verre d’un coup, le vieil allemand le fracassa par terre, interrompant la jeune fille du même coup. Puis, il la corrigea d’une voix grave :

— Le jour où la folie immatérielle s’emparera de vous, le monde verra naître l’âme la plus noire et la plus cruelle que notre monde ait connue.

Kate hoqueta, pâle. Elle en manqua de lâcher sa tasse sur elle.

— Aber la prophétie ne mentionne pas qu’il s’agisse de vous…
— Vous pensez que…
— Ja. Nous pensons à la même personne.

Incapable de tenir son thé à cause de ses tremblements, Kate préféra la poser sur la table attenante et reprit, le cœur battant.

— Le jour de l’éclipse, si la folie s’empare de moi… Emeric prendra pleine possession de ses pouvoirs démoniaques ?
— Peut-être pour espérer vous sauver. Oui. C’est l’hypothèse que je soutiens depuis quelques mois… Il reste instable par sa nature de cambion. Herr Beckett me paraît être la personne la mieux indiquée pour répondre à cette prophétie. J’ignore pleinement la nature du lien qui vous joint… Mais vous vous sauverez tous les deux. Ou vous plongerez tous les deux.
— Et il est hors de question de tuer Emeric !
— Ach… Je n’ai jamais mentionné cette idée saugrenue. Le quotient intellectuel de cette école baisserait de cent points d’un coup. Quel gâchis.
— Que pensez-vous faire alors, professeur ?
— Si le tombeau de Königen Maëva renferme la solution, nous devons tenter le coup. Et nous devons rassembler ses artefacts.
— Mais le sacrifice d’un Papillombre… je ne peux pas accepter cela !
— Ne retombons pas dans le même débat que l’autre fois… Vous savez que j’ai raison. Comme toujours. Et si le destin de Herr Beckett est en jeu, je sais que vous saurez revenir sur vos positions.

Wolffhart n’avait pas tort… Kate pouvait être prête à tout pour sauver Emeric. Elle refusait d’être responsable de sa perte. Mais son professeur chassa ses craintes d’une main en rejoignant la fenêtre, contemplant la nuit.

— Nous n’en sommes pas à un jour près. Allez vous coucher, Fräulein Whisper. Vous avez besoin de repos.

Sans un mot de prononcé, Kate approuva d’un hochement de tête et se leva après avoir vidé sa tasse de thé. Cependant, elle marqua un arrêt au moment de sortir des appartements de son professeur, ce dernier lui tournant le dos. Désormais, elle ne voyait plus en lui le seul enseignant ronchon et colérique. Mais un homme qui avait vécu un passé tumultueux. Il avait été ce jeune homme qu’elle avait suivi à travers ses souvenirs…

— Bonne nuit, professeur. Et merci…

Après avoir entendu la porte se refermer, Wolffhart poussa un long soupir et leva un regard vers les étoiles lointaines et déformées par le verre des vitraux pour leur adresser un sourire fugace.

*** *** ***



Le lendemain matin, Maggie interrogea Kate lors du petit-déjeuner, entre deux lettres livrées par hibou.

— Alors ? Tu n’as toujours pas réussi à battre le vieux schnock, hier ?
— Non, mentit Kate. Il ne se laisse pas faire.
— Merlin, il est coriace ! Mais il finira bien par décrépir. Tu auras ta chance, un jour !

Mais, profitant d’une bouche ouverte pour happer un morceau de tartine, Kate lâcha dans un murmure amusé :

— Juste, s’il te plaît, ne l’appelle plus « le vieux schnock »…

 

Note de fin de chapitre :

VOILA !

J'espère que ce chapitre vous a plu ! J'espère que cette grosse partie à propos de Wolffhart vous a plu et vous a aidé à mieux cerner le personnage, à comprendre ses réactions et sa relation avec Kate. Ca a été un grand plaisir pour moi en tout cas ! Presque 60 000 mots sur sa vie, c'est pas rien ! Il aurait mérité une fic à lui seul. 

Le chapitre suivant est déjà bouclé, mais je vais faire durer un peu le suspense (et puis il faut laisser le temps aux correcteurs de relire et le temps à Emi d'illustrer, les pauvres ! Ils doivent suivre le rythme !)

Merciiiiiiiiii de m'avoir accompagnée pendant toute cette année 2017 ! 2018 sera une nouvelle année sous le signe de LMA. Sûrement avec plein de surprises en perspective (vous verrez ! Héhéhé). Mais elle risquera surtout d'être la dernière année complète de LMA, puisque parti comme ça, je finirai l'histoire en 2019. EH OUAIS. Toutes les bonnes choses ont une fin. 

Concernant la partie VI, le dernier chapitre de la partie sera très probablement le 22. Donc on n'est pas très loin... ! Et après, septième année. AAAAAAAAAAAH. AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH. (start panic)

Je vous souhaite de très belles fêtes de fin d'année, un très bon réveillon et je vous souhaite tout ce qu'il y a de meilleur pour 2018 !

Et n'oubliez pas d'aller baver devant l'illustration de Noël d'Emi ! Elle est visible sur ma page Facebook, représentant un très joli moment de Kateric (Kateric forever).

A tout bientôt ! Coeurs coeur sur vous !

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