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News


À voter !

2020 approche à grands pas. Qui dit nouvelle année, dit bonnes résolutions mais aussi... sélections ! (Comment ça, rien à voir ?) Venez donc choisir le thème de janvier pour débuter cette année sous les meilleurs auspices parmi : Parodie, OS, Nymphadora Tonks et Bibliothèque de Poudlard !

Rendez-vous sur ce topic pour voter jusqu'au 30 novembre 2019, 23h59.


De L'équipe des Podiums le 19/11/2019 20:13


Grand Ménage des Résumés


Chers autrices et auteurs d’HPFanfic,


Depuis quelques semaines, l’équipe a débuté le Grand Ménage des Résumés. Nous passons en revue les résumés de l’ensemble des fanfictions publiées sur le site afin de contrôler le respect du règlement.


Pour rappel, le nombre de catégories mentionnées est de 3 maximum, le nombre de personnages de 4 maxi, et la taille des illustrations est de 500px largeur sur 250px hauteur maxi. Nous vérifions aussi les crédits de ces dernières.


Ainsi, nous vous convions à vérifier vos résumés afin de corriger les éventuelles entorses, mises en évidence par nos mentions. « L’Edit » de la modération peut être supprimé une fois le problème résolu. Pour toute question, vous pouvez contacter Chalusse sur le forum, Schtroumpfette qui assure le suivi de ce projet ; ou bien l’équipe par mail à cette adresse : moderation[ at ]hpfanfiction[ . ]org.


À très vite !


De L'équipe de modération d'HPFanfic le 13/11/2019 21:04


95ème édition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 95e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 23 novembre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.


De L'équipe des Nuits le 10/11/2019 16:17


Sélections du mois


 

Félicitations à Zakath Nath et Yuro qui remportent la sélection sur Rubeus Hagrid ! Leurs fanfictions recevront une vignette avec notre garde-chasse préféré.

 

Des sapins, des guirlandes et des cadeaux ! En décembre, nous aurons une sélection sur Noël. Venez proposer vos fanfictions favorites sur ce thème en vous rendant  ici ou bien en répondant à cette news.

 

Enfin, durant le mois de novembre suivez les sentiers obscurs de la magie noire avec notre sélection sur les Horcruxes ! Reviewez et votez pour vos favoris ici.

 

Bonne lecture à tous !


De L'Équipe des Podiums le 07/11/2019 21:46



Ça bouge dans la modé !!!


Suite à la campagne de recrutement du mois de septembre, votre équipe de modération est ravie de vous annoncer l’arrivée de deux nouvelles recrues. Chalusse pour un CDD et LookCatMe pour un CDI.
Bienvenue à elles dans nos rangs !

Nous n’oublions pas Omicronn, qui a réintégré la modération pour notre plus grand plaisir.

Et comme elle ne serait rien sans une cheffe, l’équipe est très heureuse de procéder à la réélection de Caroliloonette !

Félicitations à elles !


De L'équipe de modération d'HPFanfic le 27/10/2019 17:14


14ème Nuit Insolite


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 14e édition des Nuits Insolites se déroulera le VENDREDI 1er NOVEMBRE à partir de 20h. N'hésitez pas à venir vous inscrire !
Les modalités de participation sont disponibles sur le même topic.

A très bientôt !
De L' équipe des Nuits le 25/10/2019 23:49


Ludo Mentis Aciem par Ielenna New!

[1186 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

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Note de chapitre:

HEY mes piou-piou singuliers !

Je vous retrouve aujourd'hui pour l'avant-avant-dernier chapitre de la partie VI de LMA ! Si vous lisez l'histoire de Phil&Grace, je vous suggère de lire leur chapitre (que je viens de poster simultanément) avant de lire celui-là. C'est plus logique. Et les deux histoires se relient enfin !

Au programme, une gifle, un chandelier fondu, un entraînement calamiteux, de la bave de dragon et un slow au clair de lune.

Bonne lecture !

La semaine de vacances qui suivit fut assez paisible. Maggie de retour à Carlton, elle leur conta la visite de la maison de Godric’s Hollows avec Terry. Rien n’était encore signé : ils devaient attendre que la Gryffondor soit majeure en mai pour débuter les démarches.
L’arrivée de Maggie ramena de la joie et de la fraîcheur dans la vie de famille des Whisper. Les repas devenaient plus animés. Les soirs, Kate veillait jusqu’à tard, discutant avec Maggie jusqu’à des heures avancées de la soirée. Sa meilleure amie l’aidait à penser à autre chose.
Mais la nuit, quand les ténèbres reprenaient leurs droits, Kate était assaillie par ses angoisses. Le miroir. Sa mère. Electra. La prophétie. Emeric. L’éclipse. Les cauchemars ne désemplissaient pas. Elle se sentait acculée par ses propres démons. Elle se voyait échouer. Ne jamais trouver le miroir. Ne jamais revoir sa mère. Être confrontée aux yeux d’Emeric. Le voir sombrer. Kate avait besoin de réponses. D’être rassurée. Et il n’y avait qu’une seule et unique personne en ce monde pour l’éclairer sur certaines de ses craintes. Une idée folle qui surgit au petit matin quand elle se réveilla en sursaut en voyant apparaître de nouveau des prunelles d’ambre. Peut-être était-ce un signe d’appel…
Elle attendit que Maggie parte se doucher pour tenter l’expérience. Assise en tailleur dans son lit, Kate palpait la thermos qu’elle s’était ramenée de la cuisine en douce, après le petit-déjeuner. Elle serait son attache sensorielle. Elle avait un très court instant hésité à utiliser Mister Minnows, avant de se rappeler qu’elle avait accidentellement enflammé la bouillotte d’Emeric lors de son premier essai, dans le Poudlard Express. Le chat, qui avait redécouvert sa maison non sans joie après plusieurs mois de vie sauvage, méritait bien qu’on lui fiche la paix !
Les mots du Serdaigle résonnaient encore dans sa tête. Se vider l’esprit. Faire le noir. N’avoir qu’en seul retour la chaleur du thermos entre ses mains inertes. Et se projeter. Kate ne savait pas exactement où se projeter. Car elle pressentait qu’en invoquant cette pensée, cette rencontre, c’est lui qui viendrait à elle.

— Cela faisait fort longtemps, Kate…

Cette voix teintée de vieillesse, porteuse d’âges, de décennies, d’un centenaire. Tout était noir autour d’elle, comme assise en tailleur dans les ténèbres absolues. Mais face à elle, quelqu’un d’autre était assis. Un vieux mage en tunique pourpre, irisée d’argent, couleur de ses longs cheveux fins et de sa barbe. Il n’avait pas eu besoin d’ouvrir les paupières pour la reconnaître.

— Vous saviez que je viendrais.

Ce fut alors qu’il révéla ses yeux orange, ceux que Kate redoutait tant.

— Ce n’est pas une question de savoir, l’éclaira-t-il. Mon esprit hante le passé, le présent et l’avenir. J’ignore d’où tu me viens. J’ignore où je suis. Mais mes pensées sont omniprésentes. À moins peut-être que ton imagination veuille me voir apparaître et que, par conséquent, je ne sois que le corps de tes propres réflexions.
— J’ai besoin de réponses. Et vous savez à quel propos.
— De nombreuses questions méritent d’être résolues. Mais quelles sont les tiennes ?

Kate lâcha un soupir fébrile face à l’expression sérieuse de Merlin.

— Vous êtes un cambion. Et je connais un cambion…

Un léger sourire éclaira ses traits ridés.

— Peut-être cela deviendra-t-il une constante.
— Que voulez-vous dire ?
— Cambion et maîtresse de l’Immatériel. Pourquoi pensais-tu que Maëva rêvait de moi ? M’a cherché pendant de si longues années, alors que je n’étais même pas encore né ou conçu ?
— Les deux sont reliés ?
— Sans doute. Je te l’ai écrit. Nous sommes insensibles à votre magie. Peut-être pour une bonne raison. Mais nous sommes liés. Je devais être le catalyseur de Maëva. Je ne la craignais pas, mais j’ai échoué à la ramener à la raison quand la jalousie et la haine l’ont consumée. Ce n’est sans doute pas un hasard si le destin a mis un autre cambion sur ta route.

Kate tissa des relations dans sa tête :

— Je suis la descendante de Maëva. Je suis l’héritière de ses pouvoirs. Est-ce qu’Emeric… pourrait être votre héritier ?
— Je n’ai pas d’héritier, Kate. Je n’ai jamais eu d’enfants.
— Maëva non plus. Et pourtant, je suis…
— Quel cambion laisserait quelqu’un hériter de ses pouvoirs ?

Le sang de Kate se glaça dans ses veines en entendant résonner la voix de Merlin en elle.

— En quoi… consistent-ils ?
— C’est comme tout avoir à portée de main et ne rien posséder. C’est devenir une sorte de divinité, capable des plus grandes merveilles, mais en en payant le prix fort. Car chaque fois qu’on les utilise, on doit se battre contre soi-même. Depuis ma naissance, j’ai dû apprendre à vivre avec les voix dans ma tête. Avec cette tentation de choisir la facilité. La violence. Le mal. Les ténèbres. Qui auraient pu me rendre plus fort encore. Je fais confiance au monde, mais je n’ai jamais eu confiance en moi. Car je suis dangereux. Je suis constamment tiraillé. Chaque jour est un combat.

Le cœur de Kate se serra dans sa poitrine, mais Merlin poursuivit sur une note qui la rassura :

— Mais des gens ont été là pour moi. Maëva a été là pour moi. Elle m’a appris à me connaître. À identifier mes forces et mes faiblesses. Je n’avais pas confiance en moi, mais elle avait confiance en moi. Quand elle était lumière, elle a su me garder de mes ténèbres, m’en protéger, m’en distancer. Et quand j’en étais enfin à l’abri, je n’ai pas su voir son cœur se noircir et je n’ai pas su la ramener.
— Vous l’aimiez ?
— Je l’aimais et je l’aime. Comme ma maîtresse, comme ma sœur, comme ma mère, comme ma fille, comme mon tout. Mais ce n’était pas de l’amour charnel, ce n’étaient pas des sentiments. Comme un fait, une liaison inexplicable. Comme des…
— … des âmes sœurs, compléta Kate.

Merlin hocha la tête, mais la jeune fille commença à déballer ce qu’elle avait sur le cœur :

— Celui que je connais…
— Tu l’aimes ?

Il l’avait prise de court avec un regard malicieux.

— Oui, je l’aime. De tout mon cœur. Nous nous aimons. Et nous commençons à vivre notre histoire. Mais j’ai peur. J’ai peur de ne pas être à la hauteur face à ce qu’il est, face à ce que je suis.
— Pourquoi cela ?
— Parce qu’en mourant, Cliodna a maudit Maëva, sa descendance et son Immatériel. La fille de Cliodna a vu l’avenir et a formulé une prophétie. À propos de la naissance d’une âme noire et cruelle autour de mes pouvoirs. Je suis liée à Emeric, comme vous étiez lié à Maëva. Mais si la malédiction de Cliodna a raison de moi, alors Emeric pourrait…

Sa gorge se noua. Merlin garda le silence, devinant que la jeune fille avait encore à partager.

— Parfois, je me dis que la meilleure solution reste que je m’éloigne de lui. Pour toujours. Que je parte, loin, là où il ne pourra jamais me retrouver. Je ne veux pas être la raison de sa perte…

Une brève sensation froide percuta la main de Kate : une larme. Mais cela compromit sa méditation et l’image de Merlin se brésilla. Elle se força à reprendre le contrôle de ses émotions pour rester en lien avec l’esprit du grand sorcier.

— Il te retrouvera toujours, Kate. Vous êtes liés, d’une manière que même la magie ne peut expliquer. Et le fuir ne pourrait qu’accroître sa détresse. Maëva était mon catalyseur et tu es le sien. Si tu n’es plus là pour lui, tu ne feras qu’empirer les choses.

Quelque part, cette sentence la rassura. Depuis que Wolffhart avait partagé ses hypothèses avec elle, elle était parfois saisie d’un doute, se demandant si rompre avec Emeric n’était pas l’option la plus sécuritaire pour tous les deux. Elle aurait été prête à le faire, quand bien même cette décision les aurait fait souffrir l’un autant que l’autre.
Elle repartit sur une autre question :

— Comment avez-vous su que vous étiez cambion ?
— Des visions que j’ai depuis que je suis enfant.
— Oui, vous… quand je vous ai rencontré, vous étiez si jeune. Et pourtant, vous aviez déjà les yeux orange.

Elle souffla un grand coup :

— Emeric ne les a pas. Enfin, si. Mais seulement quand la colère prend le dessus. Il ne sait pas ce qu’il est. Pourquoi ?

Cela fit ricaner Merlin, Kate l’observant sans comprendre.

— Ah, les pères…

La jeune fille frissonna et il leva vers elle ses fameux yeux.

— Je suppose que c’est son père.

Incapable de prononcer un mot, Kate le laissa continuer :

— Mon père est Aquipedes. Sais-tu qui il est ?
— Je… ne suis pas renseignée sur les démons. Je n’en ai pas le droit. Il s’agit de magie noire.
— Aquipedes est le démon des cauchemars. Il se glisse dans l’esprit de chacun d’entre nous. Pour sonder nos failles passées, présentes et futures. Mon père a toujours été là, il n’a jamais vraiment disparu. Et il manque parfois de modestie. Aussi, ma nature n’a jamais été un secret pour moi. Car toutes les nuits, il me le rappelait.
— Et vos yeux… ? Vous les avez toujours eu orange ?
— Je suis né avec des yeux noirs, comme ceux de ma mère. Ils ont pris cette teinte le jour où j’ai pleinement pris conscience de ce que je représentais et de savoir ce dont j’étais capable. Ils sont devenus orange quand j’ai embrassé mes pouvoirs de cambion.
— Donc… si Emeric apprend qu’il est un cambion, ses yeux deviendront orange et le resteront pour toute sa vie ?
— Pas seulement s’il l’apprend. Il peut comprendre ce qu’il est. Mais tant qu’il ne prendra pas pleinement possession de ses pouvoirs, ses yeux reprendront leur teinte d’origine. Cependant, s’il franchit une fois cette limite, il ne pourra plus faire de retour en arrière.

Cette fois, ce fut Merlin qui se permit une question :

— Tu es au courant de ce qu’il est alors que lui ne l’est pas. Et pourtant, tu l’aimes. Pourquoi gardes-tu ce secret pour toi ?
— Parce que sa nature ne change pas ce qu’il est à mes yeux. Emeric… a toujours été ainsi. Ce n’est pas l’annonce qui fait qu’il deviendra un cambion, il l’est déjà et il l’a toujours été. Mais il est sensible, généreux, il est bon. Il est très loin de l’idée que l’on pourrait se faire d’un enfant de démon. Il ne ferait pas de mal à qui que ce soit. Et je ne veux pas lui donner l’impression que tout ça n’était qu’illusion. S’il apprend qu’il est cambion, si les gens apprennent qu’il est cambion, alors, il finira par devenir sombre. Je suis très bien placée pour savoir de quoi je parle. Car les gens ont le regard fixé sur moi depuis plus de six ans. Ils me voient comme un danger ambulant, une bombe à retardement. La fille de Cliodna me voit comme un monstre, mais en réalité, c’est elle qui me fabrique. Les gens ont le pouvoir de façonner les autres à l’image de leurs craintes. Ils préfèrent donner raison à leurs fantasmes macabres plutôt que de croire en l’espoir. Et je ne veux pas que cela arrive à Emeric. Si vous êtes parvenus à rester le grand sorcier que l’on connaît, alors il peut aussi.

Le discours de Kate éveilla un sourire de la part de Merlin.

— Tu es une personne de cœur, Kate. Je ne connais pas ce jeune homme. Mais il a de la chance de t’avoir à ses côtés. Comme j’ai eu la chance de connaître Maëva.
— Faudrait-il que je lui dise ? Qui il est ?
— Le destin le lui annoncera de la meilleure des manières. Ne précipite pas les choses.
— Vous savez qui pourrait être son père ?
— Et quel intérêt y trouverais-tu, Kate ?

Cet argument la fit taire et réfléchir.

— Tu es venue avec un besoin de réponses. Mais certaines questions ont besoin de ne pas être élucidées.
— Vous avez raison. Mais dans ce cas, si vous voyez dans le futur…

Son regard s’intensifia, tout comme celui du sorcier en face d’elle.

— Qu’avez-vous vu sur moi ? Dans le futur ?
— Kate !

Le cri n’était pas celui de Merlin, ni même le sien. Il résonnait dans l’espace noir et infini. En face d’elle, les yeux orange et malicieux du grand sorcier restaient fixés sur elle. Comme si ses prunelles ne pouvaient vieillir, en dépit des âges et de son corps décrépis.

— Kate !

La première sensation qui ramena Kate à la raison fut cette odeur de brûlé. Puis une intense douleur. Rouvrant les yeux, elle rejeta d’un coup brusque le thermos, qui exposa devant elle dans des gouttelettes d’eau fumante. Maggie s’était écartée d’un réflexe. Ses cris auraient pu alerter Phil, mais ce dernier était parti en mission pour la journée.
Pendant sa projection, Kate avait libéré ses pouvoirs sur le thermos qui s’était mis à bouillir, à chauffer de plus en plus. Elle ne s’était alors pas rendue compte que sa propre peau commençait à fondre sur le métal et que les draps en-dessous d’elle avait bruni avec la chaleur.
Les mains de Kate étaient rouges, les empreintes digitales effacées et certaines parties commençaient à se couvrir de cloques. Consciente de sa douleur, Kate se mit alors à hurler et Maggie sauta jusqu’à son sac pour attraper sa baguette magique.

— Vulnera sanentur ! Vulnera sanentur !

Petit à petit, les brûlures de Kate se résorbèrent et la jeune fille ravala ses pleurs de souffrances, redécouvrant l’usage de ses doigts guéris. Après un temps de silence, pour permettre à leurs cœurs de reprendre des rythmes plus bas, Maggie s’exclama :

— Merlin, mais qu’est-ce qui t’a pris, Kate ?! Qu’est-ce que tu faisais ?
— Je…
— Tu étais en transe, bordel ! Je voyais tes yeux, qui tournaient dans tes orbites ! Et ce truc qui fumait…

Elle pointa la thermos à terre, déversant son eau bouillante sur le parquet.

— Et tes mains qui brûlaient, mais ça t’était égal ! Kate ! Tu l’as fait exprès ? Ou c’est une autre de tes crises ?
— Une… crise, souffla Kate.

Elle ne pouvait rien dévoiler à Maggie ; sa meilleure amie n’était pas au courant de la nature d’Emeric et elle espérait ne jamais avoir à le lui expliquer.

— C’était une vision ? s’inquiéta Maggie, toujours sur ses gardes.

Cependant, elle pouvait bien lui révéler certains points.

— Oui…
— De la Sorcière Bleue ? Du futur ?
— Non. C’était Merlin.
— Le Merlin ? Celui que tu as vu quand tu as fait ton rituel bizarre l’année dernière avec la norvégienne ?
— Sigrid est suédoise.
— Peu importe ! Pourquoi as-tu eu une vision de Merlin ?
— Je… je ne sais pas.
— Ça n’a pas de sens, Kate ! Tu es dans ta chambre, dans ton lit, avec ce truc en métal chaud et tout à coup…

La sonnette de la porte d’entrée interrompit Maggie et les deux filles se redressèrent, en alerte. Elles descendirent, prudentes, et ouvrirent la porte. Deux femmes se présentaient sur le perron. La première portait un grand manteau à fleurs et un petit chapeau sur ses boucles rousses et elles reconnurent aussitôt la seconde : Mafalda Hopkrik, l’abjecte employée du Ministère au Service des usages abusifs de la magie. Faisant le lien, Kate hésita à leur refermer la porte au nez mais cela aurait été compliquer la situation. Constatant qu’elle venait de sonner à la porte de la fameuse Kate Whisper qu’elle dénigrait tant, Mrs Hopkrik grimaça :

— Miss Whisper. J’aurais dû m’en douter.
— Je peux vous aider, Mrs Hopkrik ? Le magasin de « vraies » fringues moldues le plus proche se trouve à trois pâtés de maison d’ici, sur votre droite, si c’est ça que vous cherchez.

Elle avait lancé cette pique en référence à leurs vêtements d’usage pour les missions en terrain moldue. Entre la veste à fleurs et l’espèce de corset des années 30, les deux sorcières ne passaient pas vraiment inaperçues. De nouveau, l’employée du Ministère lâcha un rictus.

— Même si cela me déplait de l’admettre, ce n’est pas pour vous que je viens, miss Whisper. Nous venons chercher miss Dawkins.
— Maggie ?

La Gryffondor recula d’un pas, dans l’ombre de la porte.

— Si vous l’ignorez, miss Dawkins a déjà reçu plusieurs avertissements pour utilisation illégale de la magie en dehors de Poudlard. C’est aujourd’hui son troisième. Vous savez ce que cela signifie ?

Un conseil de discipline et une probable exclusion de Poudlard ; voici la sanction que pouvait encourir Maggie. Le sang de Kate lui monta à la tête : toutes les fois que Maggie avait utilisé la magie en dehors de l’école, elle l’avait fait pour aider ses amis. Pour libérer Moira du temps où elle était battue par son père, pour accompagner Kate dans la cave de Graveson et désormais pour lui soigner ses mains brûlées par négligence pendant sa projection pour rencontrer Merlin.

— C’est moi qui ai lancé ce sortilège ! s’exclama Kate. Je me suis blessée par mégarde, j’ai utilisé la magie pour me soigner !

Mais face à elle, les deux sorcières sortirent leurs baguettes magiques et les pointèrent vers elle. Maggie étouffa un petit cri.

— Je suis excédée par vos mensonges, miss Whisper ! À présent, écartez-vous ! Si vous continuez à faire obstruction à cette décision, vous risquez à votre tour de vous exposer à des sanctions ! Et croyez-moi, je me ferai un plaisir d’inspirer ceux qui devront les valider !
— C’est bon ! Kate, j’irai !

Maggie s’était avancée, la tête haute, quoiqu’avec un visage pâle. Mais Kate refusait que sa meilleure amie paie pour sa bévue irresponsable.

— Non !

Les deux sorcières du ministère s’apprêtaient à attraper les bras de Maggie pour l’emmener quand Kate saisit l’épaule de la Gryffondor, la ramenant en arrière pour s’interposer. Et elle tendit ses deux mains en direction de leurs assaillantes, qui s’immobilisèrent aussitôt, les expressions figées, les baguettes toujours braquées vers elles.
Maggie étouffa une nouvelle exclamation, la gorge serrée, comprenant quels pouvoirs Kate venait de déployer : l’Allégeance. Mais contrôler les esprits de deux sorcières adultes et expérimentées était un tout autre niveau que ce qu’elle avait pu faire jusqu’à présent. Elle aperçut les veines battre aux tempes de Kate, cette dernière sifflant entre ses dents :

— Vous allez retourner au Ministère, en oubliant cette visite. Et vous leur expliquerez qu’il s’agit d’une erreur. Que Maggie est innocente et que toutes vos procédures de merde doivent être annulées…
— Kate…, couina Maggie, angoissée.

Pourtant, les sorcières s’exécutèrent sans chercher à se défendre, comme hypnotisées. Elles reculèrent, hochèrent la tête et disparurent en transplanant. Dans un soupir de soulagement, Kate referma la porte d’entrée. Cependant, en faisant volteface, elle ne s’attendait pas à recevoir la gifle de Maggie en pleine figure.

— AOUH ! Mais ! Maggie !
— Ça ne va pas ?! D’utiliser tes pouvoirs pour contrôler les gens comme ça ? Il n’y a… il n’y a que la Salope Bleue pour le faire ! Tu veux devenir comme elle ?
— C’était pour te protéger ! Elles t’auraient emmenée ! Et tu aurais pu être virée de Poudlard ! C’était ce que tu voulais ?
— Je te rappelle que j’ai lancé ce sortilège pour te guérir ! Parce que tes pouvoirs ont encore une fois disjoncté !
— Ce n’est pas ma faute s’ils échappent à mon contrôle !
— Ah, tu ne l’as donc pas fait exprès, avec ces deux sorcières ? Tu te fiches de moi ! Tu as de la responsabilité dans cette histoire !

Kate s’immobilisa avec une expression de dégoût.

— C’est vraiment ce que tu penses ? Je vois…

Elle poussa Maggie hors du chemin et grimpa les marches des escaliers deux à deux. Comprenant qu’elle avait prononcé des mots qu’elle allait immédiatement regretter, Maggie jura dans sa barbe et tenta de la rattraper, escaladant l’étage à toute vitesse, mais marche par marche.

— Kate, attends !

La Papillombre manqua de lui claquer la porte au nez, mais Maggie la retint et pénétra dans la chambre.

— Kate, je ne voulais pas…

L’oreiller qu’elle se reçut dans la figure lui fit ravaler ses mots.

— Tu ne voulais pas quoi ?! M’accuser de tout ce qu’il m’arrive ?

Enragée, Maggie se saisit d’un autre oreiller.

— Pourquoi tu es toujours aussi paranoïaque ?!

Elle abattit à son tour son arme molle sur Kate.

— Moi, paranoïaque ?!
— Oui, paranoïaque ! Que tout te veut du mal ! Que tout est de ta faute !
— Tu l’as dit toi-même, Maggie !
— C’était ironique, bordel !

Chacune de leur réplique était entrecoupée d’un violent coup d’oreiller.

— T’avais vraiment pas l’air !
— Eh bah, tu sais quoi ?!
— Non, je ne sais pas quoi !
— Tu as le syndrome d’Harry Potter !
— Arrête de raconter de la merde !
— T’as des tas de gens pour toi ! Tu as un destin incroyable ! Et tu ne vois que le négatif ! En pensant que tu es seule au monde !
— Je vais t’apprendre un truc, Maggie ! Je suis la seule à avoir ce pouvoir ! Cette malédiction !
— Si je pouvais, je prendrais un peu de tes pouvoirs ! Je me mettrais à ta place ! Mais tu sais quoi, Kate ? Je peux pas ! J’ai une baguette magique, j’avais un putain d’héritage, mais non, ça, je peux pas !

Le cœur écrasé dans sa poitrine, Kate abaissa son bras armé de son oreiller, pendant que Maggie poursuivait :

— Je serais capable de tout pour toi ! De traverser le monde. D’arrêter de dormir. Me priver de tout ce que je possède. Je veux t’aider. Mais tu ne me laisses pas t’aider… Alors qu’est-ce que je dois faire, hein ? Te laisser te plaindre, te regarder devenir dingue, et rester les bras croisés, parce que je ne sais pas quoi faire ?

Les émotions commençaient à tirer sur les cordes vocales de Maggie, dont la voix devenait tremblante.

— Quand j’ai frappé à ta porte, à Noël, je pensais que je pourrais te rendre la pareille. Être là pour toi, être ta famille, celle que j’ai choisie. Mais je ne fais que t’observer. Je suis une putain de spectatrice, comme au Quidditch. Et je te vois perdre ce match. Jour après jour. Je te vois perdre du terrain. Et moi, je ne peux rien faire…

Ce fut à ce moment que Kate comprit que le sentiment qu’elle nourrissait à l’égard d’Emeric, craignant qu’il ne sombre, était celui que Maggie avait envers elle. Depuis des années, et des années.

— Je te l’ai dit, ce jour-là, dans la Cabane Hurlante. Je te l’ai répété, à la Coupe du Monde de Quidditch. Mais aucune magie ne nous séparera.

Kate lâcha son oreiller et se précipita sur Maggie pour la prendre dans ses bras. Les deux amies s’étreignirent longtemps.

— Tu es ma meilleure amie, Maggie, murmura-t-elle dans son épaule, tu n’as pas à porter mon fardeau…
— Les amis servent à ça… Pour qu’il devienne moins lourd. Kate, laisse-moi t’aider.
— Mais je ne veux pas te faire souffrir.
— Te voir souffrir me fait souffrir, que tu le veuilles ou non, espèce d’idiote ! Laisse-moi l’espoir que je peux t’aider à réduire ça…
— Je t’aime, Maggie, je t’aime…
— … Kate, dis-moi que c’est du sens figuratif et genre pas… euh.
— Maggie, t’as très bien compris ce que je voulais dire !
— Ah ouf, j’ai presque eu un peu peur, quand même.
— Et Terry n’aurait pas été très content !
— Tu parles ! Je parie que c’est l’un de ses fantasmes !
— Merci de m’avoir soignée…
— Et merci de m’avoir évité une expulsion.
— Tu vois, on peut arriver à se mettre d’accord.
— Mais ne fais plus jamais ça. L’Allégeance. Ne l’utilise plus jamais…
— Je te le promets. Plus jamais.

*** *** ***

Les deux amies reprirent le chemin de l’école quelques jours plus tard. Finalement, l’endroit était peut-être plus sécuritaire pour Kate. Entre les détraqueurs, la maison de retraite, Merlin et sa dispute avec Maggie, elle n’avait pas passé des vacances de tout repos, d’autant plus qu’elle avait dû plancher sur un certain nombre de devoirs que les professeurs leur avaient donnés pour leurs congés.
Elles retrouvèrent Terry et d’autres camarades dans le Poudlard Express qui les ramenait pour leur dernière portion de l’année scolaire. L’avant-dernière, songea Kate. Dans un peu plus d’un an, elle quitterait cette école, dans laquelle elle avait tant vécu. L’idée de s’en séparer lui pinçait le cœur, même si elle chérissait son projet de devenir Nettoyeuse. Mais ce qui la reliait précieusement à cet endroit restait ceux qu’elle y avait rencontrés. Et la plupart d’entre eux s’envolerait de Poudlard en même temps qu’elle. Elle n’aurait pas à éprouver de regrets.
Kate attendit cependant d’être vraiment au calme pour échanger avec Emeric ses découvertes pendant les vacances. Ni le soir de leur retour ni la journée de cours ne furent tout à fait indiqués pour aborder de tels sujets. Elle lui demanda alors de l’accompagner sur la route vers le terrain de Quidditch où se tiendrait un entraînement de Papillombre. Opportunité qu’Emeric attrapa tout aussitôt :

— Alors ? Tu as réussi à voir Atropos ?

Sa voix s’était faite discrète. Kate hocha la tête pour approuver. Elle aurait pu tout lui expliquer par hibou, mais elle craignait que son courrier ne soit saisi. Par une sorcière dingue ou un journaliste dissimulé… Et ce genre d’information ne devait pas tomber entre toutes les mains. Si quelqu’un apprenait qu’une élève de Poudlard avait invoqué une Faucheuse, Kate risquait gros : une interdiction de passer les ASPICS voire une exclusion immédiate de l’école.

— Oui. J’y suis allée, avec mon père.
— Je suppose donc que tu l’as dit à ton père.

Kate poussa un soupir, le poing dans sa poche, l’autre main sur le manche de son balai qu’elle transportait sur son épaule.

— Et… comment l’a-t-il pris ?
— Mal. Tu t’attendais à ce qu’il sorte les confettis et la petite trompette en papier ? On parle d’un Nettoyeur expérimenté ! Sûrement l’un des plus dangereux du pays. Si ce n’est le plus dangereux, maintenant qu’il est loup-garou…
— Mais il t’a accompagnée quand même, souligna Emeric. Ce n’est pas rien.
— Je ne lui ai pas trop laissé le choix. Je lui ai fait comprendre que les souvenirs de ma mère étaient en jeu. Mais il me l’a fait regretter après coup.
— Comment ça ?

Emeric s’était arrêté net, soucieux, mais Kate le rassura aussitôt en abrégeant les cent idées que le Serdaigle avait déjà dû envisager.

— Rien, Emeric. Il m’a juste copieusement engueulée.

Elle tut cependant le fait qu’elle n’était pas passée loin d’une nouvelle crise. Après s’être raclé la gorge et avoir repris le pas, Emeric rebondit sur sa question initiale :

— Et alors, Atropos ?
— Elle a trouvé un moldu qui gardait le Miroir. Un antiquaire. Encore. Dumbledore semblait adorer refiler ses objets les plus dangereux aux antiquaires moldus… Le pendentif de Maëva et maintenant le Miroir du Risèd.
— Ce n’est pas dénué de sens. Quoi de mieux pour cacher un objet magique que le monde des Moldus ?
— Oui, je sais. Son plan ne serait pas tombé à l’eau si le chemin de ma mère n’avait pas croisé celui de mon père et que sa magie, combinée à celle du collier, ne crée l’infâme créature que je suis.
— Euh. C’était ironique, j’espère ?
— Oui, c’était ironique, banane ! Je sais que je n’ai pas beaucoup d’estime de moi, mais quand même. Quant au Miroir, il n’avait pas idée non plus qu’une folle dingue allait s’en servir pour y enfermer des souvenirs. Pauvre Dumbledore.
— Tu as donc trouvé le Miroir ?
— On a des pistes potentielles. On s’en approche. Mais je pense qu’il faut d’abord laisser le temps à mon père de digérer le fait que j’ai fait appel à une Faucheuse. Ça lui est resté en travers de la gorge… Et puis on n’allait pas emmener Maggie et Abby avec nous ! On fera ça cet été. On n’en est plus à un mois près…

À sa grimace, Kate devina qu’Emeric n’était pas pleinement satisfait. Ou du moins que quelque chose le travaillait :

— Qu’est-ce qu’il y a ?
— Tu raisonnes comme si tout allait bien. Mais tu oublies Electra dans ton équation. Que feras-tu si elle déplace le Miroir ? Si elle reprend les souvenirs de ta mère pour les cacher ailleurs ? Si elle s’attaque à toi de nouveau ?
— Elle n’est vraiment pas en mesure de s’en prendre à moi en ce moment ! Tu as vu dans l’état dans lequel elle était, à ma fête d’anniversaire ! Cette femme est un véritable débris ambulant…

Mais la jeune fille refusait d’éprouver de la pitié. Quant aux autres points énoncés par Emeric, elle préférait ne pas y penser…
Les coulisses du stade Quidditch étaient animées ce jour-là. Aussitôt habillés en tenue d’entraînement, les Papillombre se dépêchaient vers leur salle de stratégie pour aiguiser leurs tactiques. Arrivée en dernière, Kate les salua avant de se diriger vers les vestiaires.

— Viens avec moi, j’ai besoin d’aide, lança-t-elle à Emeric alors que ce dernier allait justement lui proposer de l’attendre ici ou sur les gradins.

Incertain, il s’exécuta pourtant sans un mot, hochant la tête. Le Serdaigle restait assez insensible à cette ambiance boisée caractéristique des vestiaires de Quidditch. Les odeurs de cire à balai, de cuir, de sueur. De ces murs qui avaient assisté aux plus grandes déceptions comme aux joies les plus immenses. Qui avaient écouté les rêves les plus passionnés comme les secrets les plus intimes.
Emeric ne voyait rien de tout ceci. Car Kate occupait toutes ses pensées.
Ses émotions devinrent plus chaotiques quand la jeune fille, ayant déchargé son balai et son sac sur le banc, commença à se déshabiller devant lui en lui tournant le dos.

— Tu es… vraiment… certaine que tu as besoin de moi ? bafouilla-t-il.
— Quoi, tu te débines ?
— C’est pas une histoire de se débiner ! Je te demande juste où est-ce que j’interviens ! Et ne me réponds pas « un peu quand tu veux », je commence à te connaître plutôt bien !

Devancée, Kate sourit mais joua la carte de l’honnêteté :

— J’ai besoin que quelqu’un m’aide à resserrer les sangles arrière de mes épaulières. Habituellement, c’est Maggie ou Rose qui me le font. Eibhlin et Teffie font trop les fières pour me servir de larbins.

Mais en réalité, elle désirait le soumettre à un test, qu’elle-même redoutait. Laissant tomber son tee-shirt le long de ses bras, puis sur le banc, elle pivota en douceur. On pouvait ainsi admirer, déplorer, l’œuvre du loup-garou sur sa peau, sur sa chair. Ces infâmes cicatrices, hideuses, rougies, qui creusaient des reliefs sur cette jeunesse qu’elle avait pu penser intouchable, en certains temps d’innocence. Un ravage. Pourtant, contrairement à d’autres avant lui, comme Maggie ou Terry, Emeric ne se focalisait pas dessus. À ses yeux, elles semblaient ne pas exister. Seule subsistait la beauté de Kate.
Elle le reconnut et cela fit couler en elle un immense sentiment de soulagement.

— Ça te… dérange ? préféra-t-elle s’assurer.
— C’est juste que… les autres sont là. À côté. Et que je… Tu…

Sans réfléchir davantage, Kate avança vers lui à pas rapides et lui arracha un baiser passionné. Un baiser pour le remercier.
Ce fut hélas au même moment qu’Eibhlin débarqua dans les vestiaires et les surprit en flagrant délit.

— Aye ! s’exclama-t-elle. Elle arrive en retard et en plous, ça s’envoïe en l’aïr dans les vestiaïres ! Ah bah bravo ! Allez, Kate, on t’attend ! Ou faïtes-vite !

Par réflexe, Emeric avait bondi d’un mètre en arrière, le visage écarlate. Sur ses bonnes paroles amusées, Eibhlin s’éclipsa et la réaction du Serdaigle fit ricaner Kate. Sans tergiverser, elle se changea et rejoignit la salle de stratégie quand elle fut fin prête, pendant qu’Emeric montait dans les gradins.

— Eh bien enfin ! souffla Tetsuya. Heureusement qu’on compte sur la ponctualité des aînés !
— On dirait que tu parles de moi comme si j’étais une vieille, Tetsuya.
— On est préfets ! Nous devons montrer l’exemple. En l’occurrence, être à l’heure.
— Tou ne peux pas comprendre, intervint Eibhlin en donnant un coup de coude dans le bras de son ami. Elle faïsaït des cochonneries avec son copaïn dans les vestiaïres ! Tou saïs, ce genre de choses que tou ne connaïs pas !
— Ce n’est c-c-clairement pa-pas le genre d’his-d’histoire que je v-v-v-veux ent-entendre ! balbutia Leeroy, tout à coup embarrassé.
— Moi non plus, grommela Nestor, les bras croisés, toujours capitaine et décisionnaire, quoique remplacé sur le terrain.
— Moi, je veux tous les détails, demanda Teffie en levant la main.
— Je me suis toujours demandé ce que ça serait si j’avais un copain à Serdaigle, rêvassa Rose.
— Euh, c’est bon ? Vous pouvez revenir sur Terre ? tenta de les raisonner Kate. On est là pour le Quidditch ! On a un match à remporter !
— Une coupe à remporter ! nuança Tetsuya.

Le dernier match que les Papillombre allaient disputer cette année serait contre les Serpentard, des adversaires plutôt coriaces. Aussi, mieux valait-il rester concentré sur cet objectif : la cinquième maison devait faire briller son nouveau blason cette année. Prouver à l’école tout entière qu’ils existaient.
À la fin de la mise en place des stratégies sur le plateau, l’équipe se dirigea vers la sortie, mais Kate observa quelques secondes Nestor. Vêtu d’un sobre costume de week-end, rappelant les nobles origines de sa famille sorcière, elle perçut son regret de ne pas porter sa tunique violette numérotée 6, confiée à Rachel, qui le remplaçait au poste de poursuiveur.

— Ça va, Nestor ? s’immisça-t-elle, soucieuse, en s’approchant de lui.
— Tu veux que je te réponde quoi ? rétorqua-t-il.

Kate soupira, habituée à sa mauvaise humeur. Elle s’apprêtait à tourner les talons quand Nestor la rattrapa par quelques paroles :

— Je suis un mauvais capitaine, non ?
— C’est pas vrai. Pourquoi tu dis ça ? Tu mets en place d’excellentes stratégies ! Et tu es un très bon pédagogue. Tu es efficace. Et tout le monde ici te fait confiance les yeux fermés, Nestor.
— Je ne sais pas créer de cohésion d’équipe, admit-il. Je ne… saisis pas les subtilités des…

Les mots peinaient à s’extraire de sa bouche :

— … habilités sociales. Chose à laquelle tu excellais, toi.
— Merci, Nestor !
— À défaut d’avoir des stratégies qui tenaient la route.
— Je vais m’en tenir à ce que tu m’as dit juste avant et faire semblant de n’avoir rien entendu.
— J’ai besoin de ton aide, Kate. Je dois préparer un discours, ou quelque chose ? Que j’essaie de me montrer plus… présent ? Insistant ? Je ne sais pas comment m’y prendre.

Touchée par sa demande, elle lui adressa un sourire. Elle hésita un court instant à lui attraper l’épaule dans un geste de réconfort, avant de se rappeler que Nestor était quelqu’un qui exécrait les contacts physiques ou les marques d’affection.

— Tu es le capitaine, lui rappela Kate. Et ta mission est d’identifier ce qui rassemble ton équipe. Quel est leur point commun ? Pour quoi se battent-ils ? Pour la gloire ? Un trophée ? Je n’en suis pas si sûre. Tu percutes vite, Nestor. Et tu repères très facilement les failles. Mais aussi les points forts. Appuie-les. Et tout cela te viendra naturellement.

Plutôt que de rire, Nestor hocha de la tête et fronça des sourcils, signe de satisfaction.
Mais l’entraînement ne se déroula pas exactement comme prévu. Les Poursuiveurs manquèrent la plupart de leurs passes. Tetsuya laissa passer plus de tirs au but qu’à l’habitude. Rose manqua de se faire un claquage en frappant trop fort avec sa batte dans l’épouvantail sur lequel elle s’entraînait au sol. Et pour conclure cette accumulation d’échecs, Eibhlin égara le vif d’or.

— S’il te plaît, demanda Kate, juchée sur son balai volant, à Emeric, assis dans les gradins. Dis-moi que ce n’est pas aussi catastrophique que je le pense.

Elle grimaça, ce qu’imita Emeric. La jeune fille savait que le Serdaigle avait parfois du mal à mentir face à elle.

— Eh bien… Les conditions météorologiques ne vous sont pas très favorables.
— Le ciel est bleu et il n’y a pas un pet de vent, Emeric.
— Justement, peut-être que le vent peut vous donner des avantages ! Les Poursuiveurs ont déjà utilisé le vent à leur avantage pendant certains matchs, les autres années, je me trompe ? Et le soleil peut vous éblouir, peut-être. Sans compter qu’on ne donne jamais le meilleur de soi-même quand tous les éléments semblent en notre faveur !

Peu convaincue, Kate soupira ; il semblait exister plus dépité qu’elle, en la personne de Nestor, spectateur sur le terrain.

— Vous avez deux mains gauches ? lança-t-il aux Poursuiveurs quand ils revinrent au sol. Ou des pieds à la place ?
— J-j-je suis g-gaucher à la b-base, donc je vais pr-prendre ça comme un com-com-compliment…
— T’es drôle, t’as qu’à le faire à notre place !

Nestor incendia Teffie, qui se rendit compte trop tard qu’elle avait laissé échapper quelques mots de trop.

— Crois-moi, j’aimerais vraiment…, grinça-t-il des dents.
— Eh bien, soupira Rachel en se frottant la nuque, alors que Nestor avait tourné les talons. Je sens que ça va être une grande réussite ce match !

Hélas, chaque entraînement ne fit que les démotiver un peu plus à chaque fois. Nestor se montrait de plus en plus directif, les joueurs de plus en plus nerveux. Kate se fit la réflexion que leur victoire contre les Serpentards tiendrait du miracle, sans compter le stress inhérent aux conditions du match.

*** *** ***

La seule chose qui sauvait les soirées de Kate était ses propres entraînements, aux côtés d’Emeric. Deux fois par semaine, ils continuaient à se retrouver dans la salle sur demande. Certains soirs pour pianoter, d’autres pour danser.
Cette fois-là, trop éreintée par son entraînement et ayant reçu un coup de cognard dans le genou, Kate écouta Emeric jouer les partitions qu’il avait apportées. Ce genre de situation faisait sourire la jeune fille désormais ; elle ne pouvait pas s’empêcher de penser à son professeur et la femme qu’il avait aimée pendant sa jeunesse. Ah, ces musiciens…

— Tu penses qu’un jour, on pourra essayer des morceaux à quatre mains ? lui proposa Kate.
— Volontiers ! Il faudra que je trouve des morceaux accessibles.
— Je ne peux pas vraiment t’aider dans tes recherches. Je n’y connais absolument rien là-dedans !
— Ne t’en fais pas pour ça, je m’en occupe.

Il rassembla ses partitions pour en ressortir d’autres, quand Kate lui demanda :

— Comment tu te vois dans dix ans ?
— Euh. En vie ? Enfin j’espère… ! Il m’est difficile d’apporter une réponse. Cela tiendrait plutôt de la divination. Et ça n’aurait aucun sens et peu d’intérêt de prévoir un futur qui n’arriverait pas. P-pourquoi cette question ?
— Je ne sais pas, soupira Kate en haussant des épaules. Je me dis qu’on est proches de la fin. Il nous reste une année à Poudlard. Terry et Maggie ont déjà une maison pour eux. Je suis majeure. J’ai l’impression… d’avoir laissé défiler les années. Même si j’ai vécu beaucoup de choses ! Je comprends mieux maintenant quand les adultes parlent de la fuite du temps.
— Tu ne devrais pas t’en soucier.

Kate ne répondit rien, lui laissant le champ libre pour s’exprimer.

— Si tu as une idée trop précise de comment tu vois l’avenir, tu risques de te décevoir. De te mettre la pression. Cela ne sert à rien de regarder trop loin. Plutôt… pas à pas. Objectif par objectif. Rêve par rêve. Crois-moi. Je pense que tu te fais du mal à considérer le futur plus que le présent.
— Tu as raison…

Puis, elle étira un sourire qui le laissa perplexe.

— En parlant de présent. J’ai quelque chose pour toi.
— Quelque chose pour moi ?

Sa main s’immisça dans la sienne et les yeux de Kate restèrent plantés quelques secondes sur les planches de la scène. Les joues rosies, elle se résolut à croiser le regard d’Emeric.

— Te montrer quelque chose, en dehors de cette pièce. Et autre chose que ma cicatrice !

Emeric sourit en fronçant les sourcils : cela l’intriguait.

— Très bien. Montre-moi. Je te suis.

Ils arpentèrent les couloirs déserts de l’école. Ils commençaient à avoir l’habitude de transgresser le couvre-feu. Ils s’étonnaient presque d’être les seuls à le faire. Les ténèbres de la nuit les engloutirent quand ils franchirent le dehors. Alors, Kate retira ses chaussures et les laissa au pied d’un brasero en forme de sanglier. Sans la questionner, Emeric l’imita et tous deux trottèrent dans l’herbe, pieds nus.
Les astres étaient de sortie ce soir de mai. Une myriade d’étoiles parcourait le ciel d’encre, surplombée d’une lune pleine et cristalline. Kate savait très bien où elle allait, grimpant jusqu’au sommet d’une petite colline. Là attendait un vieux gramophone et un petit chaudron de cuivre qu’elle avait garni de dragées surprises, de chocogrenouilles, de souris couinantes et de papillopapilles.

— Tu… l’as apporté ici ?
— Oui, cet après-midi.

Elle frémit en posant ses yeux sur le visage d’Emeric, surligné par la lumière de la lune. Puis, d’un coup de baguette magique, elle activa la musique, qui joua une mélodie langoureuse. Lentement, elle s’approcha d’Emeric et se blottit entre ses bras.

— Merci…
— Pourquoi tu me remercies ? chuchota-t-il, attendri.
— Parce que tu es là. Aujourd’hui, ça fait un an que tu es revenu de Durmstrang. Et je ne m’imagine plus passer un seul jour loin de toi.

Elle se détacha de lui pour planter ses yeux dans les siens.

— Tu me rends heureuse. Tu m’as fait comprendre qui j’étais vraiment. Qui je mérite d’être. Tu m’as appris à aimer les moments avec toi, à ne plus craindre la lune, les inconnues de la vie. Tant que je suis avec toi, je sais que je ne crains rien… Oui. Je ne peux plus avoir peur de rien à tes côtés. Tu m’as donné tout ce que je n’ai jamais espéré.

Les bras tremblants d’émotion d’Emeric s’enroulèrent autour de sa taille et Kate reposa sa tête contre son épaule. Sur la voix tendre du chanteur de la musique, ils initièrent une lente danse. Une autre danse que celles qu’ils expérimentaient dans la salle sur demande. Ce slow qu’il n’avait jamais pu danser lors de l’anniversaire de Kate.
Toutes les sensations étaient parfaites. La brise tiède de cette nuit de mai. La douceur de l’herbe sous la plante de leurs pieds. Les notes qui s’alignaient, au rythme ralenti de leurs cœurs lourds d’amour. Les ténèbres leur permettaient de mieux apprécier tout cela. En particulier l’odeur de chacun. Les cheveux de Kate. La gorge d’Emeric. Parfois aussi la sensation tactile de leurs lèvres liées en un long baiser.
Ils n’étaient peut-être encore que des enfants. Leur amour était peut-être encore trop innocent, trop insouciant. Mais ils sentaient leurs âmes liées d’une manière que personne n’aurait pu décrire, n’aurait pu même comprendre.
Ils dansèrent ainsi, enlacés l’un contre l’autre, pendant près d’une demi-heure, la musique passant en boucle. Comme pour inscrire ce moment dans l’éternité de leurs mémoires. Ils ne voulaient jamais plus être séparés l’un de l’autre.
Ils finirent par s’asseoir dans l’herbe quand leurs jambes fatiguèrent, la tête de Kate posée sur les genoux d’Emeric, tous deux observant la silhouette du château et les constellations, tout en grignotant quelques confiseries. Leurs yeux s’étaient habitués à l’obscurité : ils pouvaient discerner des étoiles filantes qui zébraient le ciel d’Écosse.
Ils étaient ces comètes. Ensemble, ils traverseraient les ténèbres. Ils laisseraient leur trace.
Ensemble, personne ne pouvait les arrêter.
Ni même une prophétie.

*** *** ***

De jour, le parc était pris d’assaut durant cette saison favorable aux promenades, aux temps entre amis, aux moments de détente pour se prélasser au soleil. Les élèves de sixième année bénéficiaient d’un rare moment de temps libre les jeudis après-midi, à l’exception de ceux qui suivaient l’option d’Études des Moldus. Certains mettaient cette heure à contribution pour étudier, s’avancer dans les devoirs, de plus en plus nombreux pour ce dernier trimestre, comme Emeric. D’autres préféraient profiter du beau temps pour rester entre amis. C’était le cas des filles de Gryffondor, accompagnées de Kate.
Moira leur expliquait le contenu de ses derniers cours de spécialisation en sortilèges, matière optionnelle chapeautée par Flitwick. Pour la dernière portion de l’année, les élèves tentaient désormais d’inventer leurs propres formules.

— … et donc on en a déduit que ces deux mots sont ceux qui auraient probablement la meilleure résonance et les plus probables pour réussir le sortilège.
— Je n’ai pas tout suivi, admit Maggie, mais c’est assez amusant de voir ta bouche s’ouvrir et se fermer. Et ça me suffit aussi d’ailleurs.
— La prochaine fois, je réfléchirai à un sortilège pour coudre la tienne, Dawkins.
— Tu as tenté de le lancer ? s’intéressa Scarlett, en reprenant le sujet antérieur.
— Oui, avec plus ou moins de succès. Vous voulez voir ? Dans ce cas, il me faut un cobaye !
— Ça serait te faire trop plaisir si je disais oui, ricana Maggie.
— Je ne suis pas sûre que ça fonctionnera pour moi, avec mes pouvoirs, se prononça Kate.
— Eh bien, je vais faire le cobaye ! s’exclama Suzanna.

Elle se leva de l’herbe, s’éloigna légèrement du groupe et ouvrit grand les yeux, prête à recevoir le sortilège. Moira agita sa baguette magique pour délier son poignet. Puis, après une profonde inspiration, elle se lança :

— Lectio cogitationes !

Une étincelle orangée jaillit de la baguette de Moira et fusa en directions aléatoires, comme une petite fée, jusqu’à Suzanna. Le sortilège percuta le milieu de ton front. Le phénomène qui se produisit ne convainquit pas entièrement Moira. Au-dessus de la tête de Suzanna se mirent à scintiller des mots qui se traçaient tout seuls dans les airs :

« Ouf. J-… o-ais que ça allait… mal ! »
— Hm. Pas encore tout à fait au point, maugréa-t-elle. Ça doit venir du mouvement de ma baguette magique.
— Tout compte fait, tu peux essayer sur moi ! lança Maggie.
— Et je te ferai trop plaisir si je faisais apparaître tes pensées moqueuses !
— J’ai été grillée.

Kate ne partagea pas la même déception que Moira :

— Mais c’est génial !
— Merci, c’est gentil. Mais j’ai encore besoin d’affiner certains détails.
« Don-… là, on –oit … que je pens- ? »
— Oui, mais en fragmenté, Suzanna, lui expliqua Scarlett.

La grande blonde tenta de lire les lettres qui flottaient au-dessus de sa tête, mais ces dernières suivaient son mouvement, se retrouvant derrière elle.

« Mais où e- sont ? En f- il est peu- … -tre nul ce sortilège ! Et q- marche p-. AH. Oups ! El- -isent vraiment… -es pensées ? Tais-toi, Suz-…-na ! Pense à … -hose, comme u-… -eval ! Oui, un bea-… -al ! »

Kate y voyait un intérêt tout autre :

— Tu penses que ça serait un sortilège que tu pourrais adapter à la parole ? Genre, si on parle, ce qu’on dit s’inscrit au-dessus de nos têtes ?
— Hem, oui, sûrement. Mais je ne vois pas l’intérêt. Si on parle, pourquoi faudrait-il qu’on soit sous-titré ?
— Pour le commun des mortels, ça ne servirait pas à grand-chose. Mais je pensais à ma petite sœur ! Elle est sourde, elle ne comprend pas ce que les gens lui disent. Si plus tard elle apprend ce sortilège et qu’elle le lance sur les gens qui tentent de communiquer avec elle, elle pourra savoir ce qu’ils lui disent ! Suivre ses cours !
— Oh ! Je n’avais pas vu ça sous cet angle !
— Tu nous sauverais la vie si tu adaptais ton sort dans ce sens-là !
— Je vais essayer de me pencher là-dessus.

Ravie d’avoir saisi l’opportunité de trouver une solution qui permettrait de faciliter les futurs apprentissages de sa sœur, Kate s’autorisa une danse de la joie mentale. Petit à petit, l’espoir qu’Abby puisse intégrer Poudlard un jour devenait concret. Restait à savoir comment elle pourrait apprendre à lancer ses sortilèges avec son retard de langage ; les sortilèges informulés n’étaient pas forcément à la portée des plus jeunes. Mais au moins, l’avenir lui paraissait moins sombre.
Une bonne humeur qui se répercuta sur son cours de potions qui concluait cette journée de classe. En constatant son sourire immuable, sa voisine, en la personne de Morgana, poussa un soupir.

— Bah quoi ? lui demanda Kate en haussant les épaules.
— Tu vas être intenable pendant tout le cours.
— Hé, relax ! Tu devrais sourire un peu, Morgana !

Derechef, la Serpentard soupira et toutes les deux se lancèrent dans la préparation de la potion de Crache-Flammes au programme du jour. Un philtre particulièrement dangereux qui nécessitait de prendre un certain nombre de précautions. Cela n’empêchait pas Kate d’aller piocher ses ingrédients dans les jarres en sifflotant, sous le regard désespéré de Morgana. Les autres élèves de Poufsouffle et de Serpentard l’observaient plutôt avec amusement, à l’exception de Calypso, qui ne semblait pas bénéficier d’une palette d’expression variée.
Au bout de vingt minutes de mélodies fredonnées, Morgana daigna prêter attention à cette joie :

— Il se passe quoi, au juste ?
— Je pense que j’ai trouvé une solution pour ma petite sœur ! Tu sais, elle est…
— C’est bon, j’en ai assez entendu, l’interrompit Morgana.
— Woh. Tu peux vraiment devenir une connasse quand tu veux !

En apparence fielleuse, Morgana feignit pourtant un sourire aux coins des lèvres. Kate ne sut vraiment comment l’interpréter et poursuivit sa préparation. Elle observait du coin de l’œil les étapes de sa voisine ; Morgana était une excellente préparatrice de potions. Si s’inspirer de ses techniques pouvait lui permettre de gagner quelques points ou d’obtenir une bonne note, mieux valait-il en profiter. Elle se félicita de constater que sa potion prenait un bon aspect orangé, avec des bulles fumantes, comme la recette l’annonçait.
Mais quand elle se rendit vers l’établi à ingrédients pour récupérer une cuiller de bave de dragon dans l’un des pots communs, l’étiquette lui accrocha le regard : « bave de dragon », avec écrit en plus petit « Griffenacre des Pôles ».
Perplexe, elle se dirigea vers le professeur Slughorn, occupé à surveiller un autre Serpentard, et le lui désigna :

— Professeur ?
— Oui, miss Whisper ?
— J’en suis à l’étape de la mixture à base de bave de dragon. Mais j’ai une question.
— Dites-moi donc.
— La bave de dragon doit provenir de quelle race, exactement ? Cela n’est pas précisé sur le manuel.
— Excellente question, miss Whisper ! Eh bien, je vous répondrai que peu importe la race, tant que le dragon crache du feu ! La bave va servir de catalyseur. Sans cela, la potion deviendrait très instable. Et la race du dragon choisi peut également faire varier la couleur des flammes qui seront produites. La bave du Vert Gallois est par exemple plus acide. Le Boutefeu Chinois offre une palette plus colorée, car la bave est plus réduite, plus concentrée, et permet un meilleur jet de flammes. Mais tout cela reste très mineur dans le cadre de ce genre de potions.

Kate pâlit en tournant l’étiquette vers lui :

— Je suis plus calée en créatures fantastiques et dangereuses qu’en potions, professeur, et il me semble que le Griffenacre des Pôles est l’un des seuls dragons au monde qui ne crache pas de feu.
— Oh ! Vous avez tout à fait raison ! Vous avez l’œil, miss Whisper ! Eh bien, ne prenez pas celui-là, vous avez beaucoup d’autres baves de dragon à disposition sur l’étagère. Et je vais mettre celui-là de côté pour éviter tout accident. J’ajoute cinq points à Papillombre pour féliciter votre vigilance !

Il attrapa le pot pour le mettre à l’écart, sur son bureau, mais en revenant vers sa paillasse, le regard de Kate se posa sur la silhouette de Morgana. Cette dernière s’apprêtait à ajouter la mixture qu’elle avait préparée dans un petit pot dans son chaudron. La jeune femme était la seule à être aussi avancée dans sa préparation. L’instinct de Kate fut fulgurant.
Elle se rua sur Morgana, au même moment où le mélange coula de son pot pour tomber dans la préparation, et la plaqua au sol. Quand les deux substances se touchèrent, une puissante réaction se produisit et le chaudron explosa dans un bruit sourd, tel une bombe, projetant la potion bouillante tous azimuts.
Tous les élèves interrompirent leur travail, certains ayant évité de justesse les fragments de métal fondu qui avaient fusé dans le cachot.
Les deux filles étaient à terre, l’une contre l’autre. Dos contre les pierres, Morgana observait Kate avec de grands yeux écarquillés.

— Tu vas bien ? s’inquiéta la Papillombre.

Incapable de prononcer quoi que ce soit, elle se contenta de hocher la tête.

— Que s’est-il passé ? s’alarma Slughorn, qui récupéra les dégâts tant bien que mal en agitant sa baguette dans tous les sens.

Les filles ne lui répondirent pas de suite, Kate se relevant en tendant une main à Morgana, toujours sous le choc, pour l’aider.

— Miss MacNair, êtes-vous la responsable de tout ceci ?
— Il… semble.
— Peut-être que c’était une autre technique pour essayer de tuer sa voisine, entendit-on en murmure.

Il y eut des ricanements et Morgana fronça les sourcils en se frottant le bras. Cependant, Kate la défendit :

— Elle s’est trompée de bave, comme j’ai failli le faire, professeur ! Ce n’est pas de sa faute !

Embêté, Slughorn se gratta la tête, car il possédait sa part de responsabilité.

— Je l’entends, miss Whisper ! Mais les dégâts sont considérables ! Et cette potion nécessite les plus grandes précautions. Miss MacNair aurait dû faire comme vous en me demandant conseil. Son geste aurait pu lui coûter cher ! Pour vous faire retenir la leçon, j’enlève vingt points à Serpentard.

Kate grommela dans sa barbe en retournant à sa préparation, retirant les morceaux d’anse de chaudron qui flottaient à sa surface ; l’explosion avait certainement suffi à Morgana pour comprendre qu’elle avait fait une erreur, inutile de lui retirer des points supplémentaires ! Puis, elle entendit un marmonnement à sa droite :

— Je suppose que je dois te remercier ?

Elle jeta un bref coup d’œil à Morgana, contrite, puis haussa les épaules.

— Toi qui vois.
— Je ne sais pas. Avoir la tête fondue à cause d’une potion qui m’explose au visage, c’était un moyen rapide d’en finir.
— Et arrête de dire des conneries. Ou c’est ma potion que je t’envoie à la figure.

Leurs regards gris, presque similaires, se croisèrent, puis elles se permirent un petit rire partagé.

*** *** ***

Les deux filles sortirent ensemble du cours, échangeant encore à propos de l’incident qui avait eu lieu dans les cachots.

— Ce qui aurait été drôle, c’est que ce soit un philtre d’amour qui t’ait explosé à la figure !
— Non. Vraiment pas.
— Oh, allez, quoi ! Tu n’as jamais eu de crush sur un garçon ? Y en a pourtant des pas dégueu, à Serpentard !
— Non.
— Jamais ? Vraiment jamais ?
— Non.
— Ou sur une fille, alors ?

Morgana se mortifia.

— Une… fille ? répéta-t-elle, incertaine.
— Bah quoi ?

La jeune fille éluda la conversation en secouant la tête dans un grand soupir outré. Quelques minutes plus tard, elles entendirent les cris surpris d’un groupe de filles de troisième année, plus loin devant elle, une flèche brune frôlant leurs têtes ; Littleclaws piailla en reconnaissant la fille de son maître. Sa présence laissa Kate dubitative : ce n’était clairement pas l’heure de recevoir du courrier. La chouette se logea dans ses mains à la fin de sa course aérienne et lui tendit avec insistance le message enroulé autour de sa serre. Kate le lut avec une certaine appréhension.

« Kate,
Reviens le plus vite possible à la maison. Urgence !!! Ta mère a eu un accident grave. Il faut qu’on retrouve ses souvenirs MAINTENANT. J’ai besoin de toi pour le miroir. Fugue de Poudlard, débrouille-toi, mais urge !
Papa »


La jeune fille releva des yeux tremblants vers Morgana qui avait lu par-dessus son épaule. Les lèvres de la Serpentard étaient entrouvertes. Puis, elle lui marmonna avec précipitation :

— T’attends quoi au juste, Whisper ? Dépêche-toi !

Sans réfléchir à la suite, Kate courut à pleine vitesse dans les couloirs, Littleclaws dans ses bras, la lettre déroulée au bout des doigts. Les émotions envahissantes l’empêchaient de penser clairement. Les larmes lui montaient aux yeux. Mais elle préférait ne pas craquer avant d’en savoir plus. Bousculant ses camarades sur son passage, elle finit par croiser Terry et Maggie, cette dernière sortant tout juste de son cours de botanique en demi-classe avec les Serdaigle. En la voyant arriver, lancée à vive allure, le visage coloré, ils se doutèrent qu’un problème s’était produit.

— Tout va bien, Kate ? s’inquiéta Terry.
— C’est ma mère, expliqua-t-elle en lui tendant le message de Phil. Elle… je ne sais pas ce qu’il se passe !

Il lut attentivement la lettre et afficha une expression suspicieuse.

— Fuguer de Poudlard ? Maintenant ? Avec les protections ?
— Je le dois ! Je n’ai pas le choix ! Il s’agit de ma mère, Terry ! Je ne vais pas rester ici les bras croisés !
— Et qui te dit que ce n’est pas un piège ? Je me permets de te rappeler que l’an passé, le journaliste t’a piégée et t’a enlevée, parce qu’il s’est fait passer par ton père dans un mot !
— C’est bien l’écriture du père de Kate, confirma Maggie, en s’emparant du billet pour le parcourir du regard. C’est la même calligraphie que sur les lettres qu’il m’envoie. Et c’est la chouette nyctale des Whisper ! Il n’y a pas de doute. Ça vient du père de Kate.
— Et donc ma mère est vraiment en danger, s’affola-t-elle. Qu’est-ce que je dois faire ?
— C’est ta mère ! Tu sais mieux que nous ce que tu dois faire !
— Mais pour s’enfuir, je…
— Prends ton balai !

Maggie prenait le devant avec ses exclamations. Elle poursuivit sur le même ton :

— Que fais-tu encore là ?! Va vite le récupérer ! Déguerpis d’ici, rentre chez toi !
— Je m’occupe de prévenir les gens et les professeurs de ton absence, ajouta Terry. Mais Maggie a raison. Si c’est vrai, ne traîne pas !

Les remerciant d’un vif hochement de tête, Kate reprit sa course, toujours Littleclaws bringuebalante entre ses bras, qui piaillait par intermittence. Rejoignant sa chambre après être descendue dans la salle commune des Papillombre, Kate fourra quelques affaires dans son sac à dos, attrapa son Fuselune posé derrière son armoire de vêtements, et ressortit sur le même pas de course. Littleclaws voletait à ses côtés. La petite chouette avait compris les intentions de la jeune fille et serait sa guide dans son voyage aérien.
Le sac sur le dos et le souffle fébrile, Kate décolla au sein même du couloir du rez-de-chaussée, aux grandes ouvertures sur le parc. Tant pis si elle se donnait en spectacle. Elle ne pouvait pas se permettre d’attendre que l’endroit se désemplisse. Beaucoup d’élèves intrigués aperçurent son départ, la pointant du doigt, se pressant aux fenêtres.

— Euh, dis-moi, babilla Fergus, dans le couloir du 3ème étage, à l’attention de son meilleur ami. Ta copine, c’est la seule avec des longs cheveux bruns, à Papillombre ?
— Pourquoi cette question ? se demanda Emeric, entre embarras et intérêt.
— Non parce qu’on vient de voir passer une fille brune avec une doublure de cape violette en balai volant, juste devant la fenêtre.
— Quoi ?

Emeric s’avança vers la fenêtre et en ouvrit le loquet pour passer la tête vers l’extérieur, comme l’avait déjà fait un certain nombre d’élèves dans l’école. Son cœur se serra quand il aperçut la silhouette de Kate s’éloigner dans les airs. Que faisait-elle ?
La cape battant derrière elle, son écharpe rayée blanc et violet laissant voler une traîne, Kate restait focalisée sur la direction que prenait Littleclaws, en survolant les paysages de l’Écosse refleurissant. Le message laissé évasif de son père la hantait. Qu’était-il arrivé à sa mère pour que Phil requiert l’aide urgente de sa fille pour retrouver ses souvenirs ? Elle essayait de ne pas l’imaginer mourante. Ce n’était pas ce dont elle avait besoin maintenant. Depuis des mois, elle s’était échinée à trouver une solution pour récupérer les souvenirs de Grace, il était hors de question que cela échoue. Pour cela, elle avait même invoqué la mort.
Peut-être… était-ce là où Atropos l’avait piégée, comme l’avait prévenue son père ? Promettant monts et merveilles en retrouvant la mémoire de Grace, pour en fait s’emparer d’elle avant la résolution de cette histoire ? Non, Kate refusait d’y croire. Elle ne pouvait pas avoir été dupée de la sorte, comme l’avait fait déjà Orpheus avec elle auparavant.
Après trois bonnes heures de balai, elle atterrit à Carlton, frigorifiée par les hautes altitudes, malgré ses sortilèges chauffants, et transie d’une panique profonde. Le ciel commençait à s’assombrir. Se dépêchant vers le perron, elle aperçut son père passer devant la fenêtre, avec une expression qui ne laissait présager rien de bon.
Kate ni ne frappa ni ne sonna avant d’ouvrir la porte d’entrée, son balai en main.

— Papa ?

En l’entendant s’annoncer, Phil sortit du salon avec précipitation.

— Enfin, tu es là !
— J’ai fait aussi vite que j’ai pu ! Qu’est-ce qu’il se passe ? Qu’est-ce qui est arrivé à maman ?

Jurant entre ses dents, Phil retourna dans le séjour et Kate l’y suivit. Elle apprécia d’autant moins qu’il la fit asseoir sur le canapé avant de lui avouer la vérité :

— J’ai grave merdé, moujingue. Avec ta mère. Et elle a redécouvert qui nous étions, pour elle.
— Quoi ? s’étrangla-t-elle. Tu lui as dit ?
— Non ! Bien sûr que non ! Je n’aurais pas pu ! C’était trop risqué !
— Elle l’a deviné ?
— Non, c’est juste que… j’avais oublié qu’elle avait une sœur.

Kate fronça les sourcils en comprenant qu’il mentionnait sa tante, Rebecca, qu’elle n’avait jamais eu l’occasion de connaître. Elle avait quitté le continent juste avant sa naissance et n’était jamais revenue depuis. Elle ne lui reprocha pas cet oubli, elle-même ayant fait l’impasse sur ce membre de la famille.

— Et elle le lui a dit ? Qu’elle était mariée et qu’elle avait des enfants ?
— Je te laisse imaginer la scène qu’elle m’a faite…
— Je ne comprends pas… elle a si mal réagi que ça ?
— Ta mère a eu un accident, Kate.

La voix de Phil s’érailla dans sa gorge.

— Un grave accident.
— Mais… elle va bien ? couina-t-elle. N’est-ce pas ? Elle est en vie ! Papa, dis-moi qu’elle est en vie !
— Elle est en vie ! Oui, elle l’est. Mais…

Il commença à esquisser quelques pas devant elle, signe d’angoisse.

— Il faut que tu comprennes qu’elle est blessée, assez gravement. Mais ce n’est pas le pire dans tout ça…

Kate avait l’impression de redescendre en Enfer, son estomac agrippé par une poigne griffue, la tirant vers le bas.

— Tu sais ce qui est arrivé à maman, quand on lui a dit, la première fois ?
— Elle… elle l’a nié. Et elle a préféré se laisser aller plutôt que d’admettre la vérité… Ne me dis pas… ne me dis pas que ça recommence. Je t’en prie, papa…

Face au silence de Phil, Kate se couvrit la bouche avec une main et fondit en larmes au-dessus de ses genoux. Le cœur aussi brisé que le sien, son père s’accroupit en face d’elle et caressa ses épaules sur lesquelles retombaient ses longs cheveux bruns. Kate renifla un grand coup avant de reprendre :

— Et si… on lui effaçait la mémoire de nouveau ?
— On ne peut plus. Il faut que tu comprennes que ce n’est pas anodin, comme sortilège. Si on touche encore à la mémoire de ta mère, cela pourrait avoir de très graves répercussions. Elle pourrait ne plus être elle-même. Ne plus revenir… C’est pour cela. On doit trouver ses souvenirs, maintenant. Pour la sauver. Nous n’avons plus le choix. Mais cette fois, je vais avoir besoin de toi.

Kate essuya ses larmes, découvrant alors un regard empli d’une puissante détermination qui fit frémir son père.

— Allons-y, alors… On doit trouver ce miroir.

*** *** ***

La voiture des Whisper semblait être la seule à sillonner les terres rurales d’Angleterre à cette heure-là. La nuit avait pris ses aises, mais ni Phil ni Kate n’avait sommeil. Le repos leur faisait défaut depuis déjà trop longtemps. Leur seul objectif : l’un des entrepôts de Mr Hutch. Faute de connaître les lieux, Phil ne pouvait pas transplaner avec sa fille. Ils avaient une chance sur trois de tomber sur le bon lieu, en suivant les adresses indiquées par Atropos.
Vers une heure du matin, ils débarquèrent dans une zone vide, près d’une petite rivière paisible. Seul l’entrepôt d’antiquités se trouvait là, sans indication.
Phil ouvrit l’une des portes d’accès grâce à la magie et tous deux pénétrèrent dans les lieux, leur baguette éclairée d’un Lumos au bout du bras.

— On se sépare ? demanda Kate dans un murmure.
— Il ne vaut mieux pas pour cette fois. On ne sait jamais…
— Tu crois qu’Electra pourrait nous tendre un piège ?
— Peut-être que cette salope sait qu’on est là. Après tout, c’est elle qui a caché les souvenirs de maman dans ce miroir… Si on est au bon endroit, elle est certainement passée par ici. Et peut-être y est-elle toujours. Restons prudents…

Malgré l’ambiance sinistre, l’endroit fascina Kate. Il débordait de vieux objets de tous les côtés. Des horloges à pendule qui ne fonctionnaient plus depuis des décennies, des fauteuils du début du siècle, des lampes à vitrail, des piles de livres poussiéreux. Une vitrine qui vomissait des cadres dorés ostentatoires, des trophées de chasse, des couverts en argent noirci, des tableaux et autres cartes qui n’appartenaient plus à cette époque. Quels secrets renfermaient tous ces artefacts du passé ? Elle s’imaginait des gens les posséder, les utiliser. Kate les voyait reprendre vie dans un autre contexte, ils avaient représenté des vies, ils avaient été les spectateurs du temps.

— C’est immense ici, souffla Phil. On va mettre des siècles à le retrouver ! Accio Miroir du Risèd.

Comme craint, le sortilège n’eut aucun effet.

— Attends, papa, je vais essayer quelque chose.

La main de Kate se referma sur le métal glacé d’un vieux chandelier. Son accroche sensorielle. Et elle ferma les yeux, sondant dans les alentours pour retrouver les souvenirs de Grace, comme elle l’avait fait dans le Poudlard Express, avec Emeric. Son esprit s’insinua entre les objets qui occupaient la pièce par milliers. Elle visualisait le chemin à parcourir… et trouva au bout cette grande silhouette voilée, qui lui sifflait quelques murmures.

— Le miroir est là !

En reprenant conscience, elle s’aperçut que le chandelier avait fondu sur le buffet, face à un Phil peu rassuré. Le temps de sa vision, il avait fixé le visage de sa fille, avait vu ses yeux bouger à toute vitesse, dans de minuscules mouvements, sous ses paupières, et avait vu le métal chauffer dans ses doigts crispés. À quel prix faisait-elle cela ?

— Cela fait longtemps que tu sais faire ça ? lui demanda-t-il, soucieux, alors qu’ils se dirigeaient d’un pas décidé vers le miroir.
— De moi-même, non, admit Kate. Mais l’Immatériel me donne des visions du présent. Pas du passé, pas du futur. Je peux voir ce qu’il se passe en temps réel, à d’autres endroits. J’ai vu le réveil d’Eliot la nuit de l’éclipse. Puis les attentats aux États-Unis. Mais j’essaie d’apprendre à les contrôler. C’est comme ça que j’ai su que les souvenirs de maman étaient coincés dans le miroir du Risèd.
— Mais… tu arrives vraiment à les contrôler ?
— Je… fais ce que je peux. Il n’y a pas vraiment de cours pour ça, je suppose !

Kate préféra clore le sujet plutôt que de s’embourber ; elle en avait déjà dit bien assez.
Enfin, ils trouvèrent le monstre, ce géant voilé de gris. Après quelques secondes d’observation suspicieuse, Phil agrippa le drap et le tira. Le miroir du Risèd se dévoila dans un nuage de poussière. Et quand ce dernier retomba, les deux Whisper demeurèrent immobiles face à leur reflet. Les lèvres de Phil s’ouvrirent, tremblantes.

— Est-ce que… tu vois ce que je vois ?
— Oui… je pense.

Grace était là, à leur côté, dans leur image. Placée entre eux deux, attrapant tendrement la main de l’un de l’autre, leur adressant un sourire doux. Le cœur de Kate se serra dans sa poitrine, en se voyant accompagnée de sa mère, qui lui manquait tant.

 



— Maman est là…
— Oui. Maman est là. Mais bientôt, elle le sera vraiment.

Phil brisa le reflet en se saisissant de la main de sa fille, qui se retourna vers lui avec un air incertain. Mais le regard de son père la remit en confiance. Avec prudence, elle s’approcha du miroir, une main levée, prête à faire jaillir son Immatériel. Puis, ses doigts frôlèrent la vitre, avant de la percuter ; ils traversèrent la surface. La sensation était singulière. Sa main disparue semblait ondoyer dans de l’eau tiède. Pourtant, quand Kate la retira, il ne restait aucune substance entre ses doigts intacts.
Derrière elle, Phil observait sans un mot, sur ses gardes.
Kate retenta, plongeant cette fois tout le bras.

— Tu arrives à sentir quelque chose ?
— Il n’y a rien…

Prenant son courage à deux mains, elle rangea sa baguette magique, attrapa la main de son père et décida de passer la tête par le miroir.

— C’est tout noir… Ça résonne, expliqua-t-elle en ressortant. Je vais essayer d’entrer entièrement. Tiens-moi bien.

Phil hocha la tête, lui faisant confiance. Alors, Kate pénétra dans le miroir. Mais quand son pied franchit la frontière de cet autre monde, tout ce corps se déroba, comme tombant dans le vide. Projeté en avant, Phil tenta de la retenir, lui-même à moitié entré dans le miroir, s’accrochant au cadre, la baguette entre les doigts.

— Papa ! cria-t-elle.
— Accroche-toi !

Il maintint sa prise sur l’avant-bras de sa fille d’une main et agita sa baguette de l’autre pour la faire léviter. Cependant, son sortilège ne fonctionna pas. La magie semblait n’avoir aucune emprise dans le monde du miroir. Paniquée, Kate sentit sa main glisser sur le bras de son père.

— Papa ! Papa !
— Je vais te remonter !
— Ça glisse, papa ! Je…

Sa paume moite dérapa sur la manche en cuir du manteau de Phil et ce dernier ne parvint pas à la rattraper. Impuissant, il vit sa fille chuter dans un hurlement et se faire avaler par les ténèbres, jusqu’à ce que son cri disparaisse à son tour.

— Eh merde… !

Se mordant la lèvre dans son juron, Phil sut qu’il n’avait plus le choix. À son tour, il sauta dans le monde du miroir…

Note de fin de chapitre :

VOILA ! 

Je ne sais pas quand sera posté le chapitre 20, que je risque de boucler dans les prochaines heures (IL EST TROP BIEN !). J'espère que vous êtes bien attachés, car ça sera un chapitre TRES bizarre, assez glauque et creepy, mais IL EST TROP BIEN. En tout cas, je me suis éclatée à l'écrire !

J'espère que ce chapitre 19 vous a plu ! Il était riche en... beaucoup de choses, en fait. Des révélations, des Papillombre, du Morgana, des filles des Gryffondor, du Kateric (KATERIC FOREVER ! (pluie de coeurs))... Bon. Ca manquait de Wolffhart, mais j'estime qu'on l'avait déjà assez vu comme ça dans les chapitres prédédents ! xD Il avait un peu monopolisé l'attention !

Pour ceux qui peuvent, je vous retrouve la semaine prochaine, au salon du livre de Mennecy (en région parisienne) (3-4 février 2018) ! Viendez me voir, ji souis gentille ! 

A tout bientôt !

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