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Ho ho ho !

Faites un.e heureux.se le soir de Noël en lui écrivant une histoire personnalisée et en échange vous en recevrez une, concoctée spécialement pour vous !

Envie de vous laisser porter par la féerie de Noël ? N'hésitez plus et rendez-vous sur le topic de l'Echange 2019


De L'équipe de modération HPFanfic le 13/10/2019 22:22


94ème édition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 94e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 19 octobre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.


De L' équipe des Nuits le 10/10/2019 21:06



Bientôt sur le forum…


De L'équipe des Podiums le 07/10/2019 18:44


Les caractères spéciaux


Le retour des caractères spéciaux !!!


Un grand merci à Anwa et SUZYtfr, qui ont travaillé dur pour venir à bout des erreurs d'encodage des textes.

L'erreur d'encodage persiste sur les fiches de présentation des fics (catégorie,série, publié le, mise à jout le) mais l'équipe est informée et s'en occupe.

Si vous trouvez des textes où il reste des erreurs d'encodage, merci de les signaler sur ce topic-là.
De L'équipe de modération d'HPFanfic le 03/10/2019 20:00


Les Sélections du Mois


Félicitations à Zaz_ et Yali qui remportent la sélection sur la Gare de King's Cross ! Leurs fanfictions recevront une jolie vignette aux couleurs du Quai 9 ¾.

Pour novembre, vous avez choisi le thème des Horcruxes. Nous vous attendons nombreux pour proposer vos fanfictions favorites sur ce sujet en vous rendant ici ou bien en répondant à cette news.

Enfin, durant le mois d’octobre, retrouvez notre sélection sur Rubeus Hagrid et votez pour vos favoris ici.

Bonne lecture à tous !


De L'Équipe des Podiums le 02/10/2019 21:45



À voter !

De la grandeur ! Du sang ! Des larmes ! Venez choisir le prochain thème des Sélections pour le mois de novembre parmi : Voldemort, Salazar Serpentard, Horcruxes, Mangemorts.

Rendez-vous sur ce topic pour voter jusqu'au 30 septembre 2019, 23h59.


De L'équipe des Podiums le 25/09/2019 12:11


Ludo Mentis Aciem par Ielenna

[1181 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

GUTAN TAG mes fripons gelés au raffia ! 

Je vous retrouve aujourd'hui pour ouvrir cette année 2019 avec un chapitre tout en douceur. ENFIN les personnages ont la paix, ENFIN ils sont heureux.

Qu'ils en profitent. Ca ne sera pas long.

Au programme, de la drague espagnole, la pousse des barbes, un ring improvisé et du sacrifice de chenilles !

Très bonne lecture !

À la suite de l’incident ayant causé la métamorphose de Terry, Emeric était revenu vers son groupe d’amis d’origine, délaissant peu à peu celui de Durmstrang, bien qu’il continuait à les fréquenter de manière régulière. Il devenait habituel de croiser les quatre jeunes gens ensemble : à table, pendant les cours, entre les cours… Partout où ils allaient, Kate, Emeric, Maggie et Terry semblaient inséparables.
Cela au détriment d’une personne qui éprouvait une nouvelle solitude, qu’elle accueillait comme une vieille amie : Morgana. Dépitée que Kate ne lui prête plus autant d’attention maintenant qu’elle avait retrouvé les bras de son Serdaigle, la jeune fille devait se contenter de quelques discussions pendant les cours de botanique ou quand elles se croisaient. Mais certains jours, cela n’allait pas au-delà des simples salutations. Cela rendait Morgana amère. N’était-elle réduite à n’être qu’une amie de rechange ?
Pour se sortir ces idées de la tête et éviter de replonger dans une spirale de haine et de colère, Morgana passait de plus en plus de temps dans la salle privée de Mathieu Belfeuille, au sein des grandes serres. Quelquefois, elle restait lire également dans sa chambre, mais la présence d’Eibhlin la dérangeait. Les deux camarades échangeaient quelques mots, mais n’avaient pas réussi à établir de lien un tant soit peu conséquent, bien qu’elles partageaient un caractère plutôt similaire. Mais deux solitaires qui ne croyaient pas en l’amitié ne pouvaient rien créer de concret entre elles. Elles se satisfaisaient, ni trop bavardes, ni trop envahissantes, mais Morgana avait besoin de son cocon pour se ressourcer.
Mathieu n’était pas toujours là quand elle entrait dans sa pièce. Quand il était présent, il ne lui prêtait que peu d’attention, se contentant de répondre sèchement à ses questions dès que Morgana lui réclamait des renseignements sur certains de ses spécimens ou lui demandait ce qu’il lisait ou étudiait. Elle avait désormais sa place attitrée, sur un grand siège rembourré aux motifs baroque vert pâle. Elle pouvait y lire des heures.
Après quelques semaines, elle avait remarqué qu’un nécessaire à thé avait été entreposé sur une étagère. Mathieu n’avait rien avancé concernant cette attention, lui qui avait toujours dénigré ouvertement cette manie typiquement britannique, mais Morgana s’en saisit petit à petit, sans même le remercier. Comme des échanges muets. Elle avait donc commencé à prendre l’habitude de lire, un plaid sur les genoux en cette période hivernale, son thé sur la petite console adjacente, inspirée du courant de l’art nouveau. Parfois, Mathieu l’observait quelques secondes, intrigué, avant de repartir dans ses recherches.
Une étrange complicité s’était créée entre eux. Il n’avait pas forcément eu besoin de parler ou de s’apprécier : ils se comprenaient et cela leur suffisait.
Un soir, Morgana se dirigea vers la salle de Mathieu, mais elle croisa en chemin Silvia Fiori, l’enseignante de l’académie de Beauxbâtons. Il s’agissait encore d’une jeune femme, approchant de la trentaine, avec de belles joues roses et de somptueux cheveux bouclés d’un blond vénitien. Ne désirant pas éveiller les suspicions, Morgana hésita à faire demi-tour, prétextant qu’elle s’était trompée, mais la professeur l’arrêta :

— Morgana, c’est ça ?

Son accent italien ressortait très légèrement dans son anglais pourtant maîtrisé. Elle connaissait son nom car assurait les cours de botanique pour les élèves de Poudlard, Wolffhart s’en étant pleinement déchargé en arguant qu’il n’avait pas combattu l’un des plus grands mages noirs de ce siècle pour devenir fleuriste !

— Oui, professeur, répondit Morgana avec une voix grave, n’incitant pas à la conversation.
— Tu viens voir Mathieu, c’est ça ?
— Pas spécialement.
— Je te vois régulièrement passer par ici.

Cette fois, Morgana se mura dans le silence, attendant de voir la forme que prendrait cet échange. Silvia afficha un petit sourire amusé :

— Est-ce parce que tu apprécies la botanique ?
— J’aime bien. Je n’exclus pas d’y travailler plus tard. Mais certainement pas comme professeur, sans vous manquer de respect.
— Ou est-ce que tu apprécies plutôt autre chose en venant ici ?

Morgana se mordit l’intérieur de la joue, elle n’aimait pas être ainsi piégée entre le respect qu’elle devait aux enseignants et son propre tempérament revêche.

— Mathieu est un garçon très particulier, mais loin d’être inintéressant. C’est bien qu’il ait enfin un ami. Ou en tout cas une personne qu’il fréquente.
— Il… n’a jamais eu d’amis ? s’étonna à moitié Morgana.
— On va dire que Mathieu n’apprécie pas la présence humaine. Il ne maîtrise pas les codes sociaux. Il ne comprend pas les autres et les autres ne le comprennent pas.

Pendant un court instant, elle s’occupa de finir le rempotage magique de sa plante, puis reprit avec un sourire vacillant :

— Je me souviendrai toujours de mon tout premier jour, en tant qu’enseignante. Je sortais à peine des études. Pour Mathieu, c’était sa première année. Nous étions tous les deux nouveaux, à notre manière. Et… dès le premier cours, il a arraché la plante de sa voisine et a tout déchiqueté. Il était comme fou. Personne ne pouvait l’arrêter. J’ai mis du temps à comprendre qu’il avait aperçu un puceron de cristal, un insecte que l’on retrouve dans certaines variétés de voltiflore. Comment pouvais-je réagir, en tant que nouvelle enseignante ? J’ai été très déstabilisée. Mais j’étais toujours en première loge de ses crises et de ses étranges manies. Quand on travaille dans le végétal, on finit tôt ou tard à tomber sur des insectes !

Morgana écouta avec attention ses anecdotes.

— Une autre fois, quand il était en troisième année, il a attaqué un camarade qui avait écrasé une abeille par inadvertance, toute la classe en panique pensant que c’était une guêpe. J’ai dû user de la magie pour l’en détacher. Mathieu n’a plus vraiment de conscience propre quand on touche à sa passion. C’est sa bulle, c’est son monde. Quand j’ai commencé à comprendre ses gestes et ses paroles, j’ai décidé de l’aider. À cause de son attachement atypique pour les insectes, Mathieu s’est toujours attiré les problèmes et les moqueries. En particulier quand il a commencé son élevage de limaces éruptives dans son dortoir ! C’est pour cette raison que j’ai décidé d’aménager cette pièce pour lui. Seul lui y a accès. Il peut y vivre sa passion, s’occuper de ses insectes, sans que personne ne vienne l’embêter. Et pourtant…

Silvia Fiori lui adressa un regard en coin :

— Tu es parvenue à entrer dans sa pièce, dans son quotidien. Qu’il t’autorise à venir, c’est énorme. Tu ne t’en rends sûrement pas compte, tu ne le connais pas depuis assez longtemps. De ce fait… je tenais à te remercier, Morgana.
— Me remercier ?
— Tu es parvenue à faire avec Mathieu ce que personne n’a réussi à espérer en six ans. Tu es entrée dans sa vie et il t’a acceptée. Mathieu est l’un de mes élèves, mais à cause de l’histoire que je partage avec lui, je me sens proche de lui et de ses problèmes, de ses préoccupations. C’est important pour moi qu’il s’épanouisse et qu’il soit heureux, avec d’autres êtres vivants que des insectes !
— J’ai rien fait de spécial.
— Je sais. Mais tu ne te comportes pas comme le font les autres envers lui. Mathieu est l’objet de railleries, ses camarades le fuient. Une année, ça a viré au harcèlement… On lui piégeait ses sacs, ses pots d’encre, on annotait ses livres avec des méchancetés. Beaucoup de gens l’évitent car savent que fréquenter Mathieu attire le mauvais œil des autres élèves. Mais tu as eu le courage de ne pas prendre ça en compte.
— Je viens de Poudlard, asséna Morgana, et l’avis des autres m’importe peu. Mathieu est le seul qui me fiche la paix et qui respecte ça.
— Je vois.

L’enseignante laissa échapper un bas :

— Au fond, vous partagez beaucoup de points communs tous les deux.

Puis, après avoir rangé son outillage et sa baguette dans la poche de son tablier vert, elle passa à côté de Morgana pour la saluer. La jeune fille demeura un peu en réflexion, au milieu de la serre, avant de décider à rejoindre les quartiers privés de Mathieu.
Elle y prit ses aises, allumant les lumières, faisant chauffer son thé par magie, en profitant pour observer quelques insectes. Caïus le bousier hibernait désormais dans sa bulle de charbon figé. Mathieu entra à son tour dans la pièce alors qu’elle étudiait les chenilles du Bombyx de l’Amaranthe, devenues larges comme deux doigts, qui dévoraient des feuilles de salade. Il ne s’alarma pas de la présence de la jeune fille, qui lui demanda alors :

— Une petite question.
— Une seule.
— Les chenilles, là. Quand elle devienne des papillons, elles ressemblent à quoi ?
— Celles-là ne deviendront pas des papillons. Je vais utiliser le fil de leurs cocons.
— Si tu les laissais devenir des papillons, ils seraient comment ? reformula-t-elle.
— Une seule question, on avait dit.
— Tu n’as pas répondu convenablement à la première.
— Ce n’est pas ma faute si tu ne sais pas formuler correctement des questions.

Morgana soupira d’agacement et s’apprêta à repartir vers son siège, quand il accepta de lui dévoiler :

— Le Bombyx de l’Amaranthe est vraiment majestueux. Il est immense. Avec de grandes ailes bordeaux ou violettes. Des teintes proches du bois de l’arbre dans lequel il a élu domicile. Mais ils ne vivent pas très longtemps.
— Ah bon ?
— Les chenilles vivent plusieurs mois. Elles restent sous forme de cocon pendant un mois, environ. Le papillon ne vit que deux semaines, le temps de se reproduire.
— Dommage pour lui. Dis…

Elle se sentit intrusive à ainsi insister, mais sa curiosité prit le pas :

— Tu ne voudrais pas laisser juste un cocon quand tu récolteras le fil ? Juste pour que je voie un papillon ?
— Chaque chenille me rapporte plusieurs galions. Et tu voudrais que j’en sacrifie une juste pour que tu voies un papillon ?
— Techniquement, le sacrifice, c’est que tu prennes leur fil et qu’elles ne deviennent pas des papillons !
— C’est la technique d’étouffement de la chrysalide qui cause leur mort, pas le défilage.
— Je n’arrive pas à décider ce qui est le plus horrible…

Lorgnant plus longuement les chenilles qui allaient bientôt connaître un terrible sort, Morgana attisa la réflexion en Mathieu, qui finit par se résigner :

— Très bien. J’en laisserai une. Mais c’est un véritable gâchis.
— Fort aimable. Le geste est apprécié.

Mathieu grommela et Morgana retourna à sa lecture. Ils passèrent le reste de la soirée silencieux, occupés par leurs activités respectives.


*** *** ***


Ce même soir, dans la chambre de Kate, cette dernière, en compagnie d’Emeric, était assise en tailleur sur son lit, examinait les cristaux qu’il était parvenu à récupérer de la tâche de Durmstrang. En réalité, le Serdaigle s’était gentiment fait jeter de sa propre chambre, occupée par des activités dont il refusait de prendre connaissance. Il avait bien compris le message en voyant la cravate rayée jaune et noire nouée autour de la poignée.

— Ces cristaux doivent bien faire quelque chose, réfléchit Kate.
— Peut-être ne déclenche-t-il un pouvoir que lorsqu’ils sont tous réunis ? En tout cas, la magie n’a aucun impact sur eux.
— Tu penses qu’en usant l’Immatériel… ?
— Inutile également, l’interrompit cette fois Maëva. Si la magie classique ne peut rien, on ne peut espérer un meilleur résultat avec l’Immatériel.
— Laisse tomber, soupira Kate, même Maëva dit que ça ne servirait à rien.

Puis, elle attrapa la citrine pour la secouer à côté de son oreille.

— Et aucun bruit non plus ?
— Qu’espérais-tu vraiment en faisant ça ? rit Emeric.
— Je ne sais pas… Mais lors de la première épreuve du Tournoi des Trois Sorciers il y a dix ans, ils avaient dû récupérer un œuf en or de dragon, qui parlait sous l’eau. Enfin, je crois… C’était ce que disaient les journaux à l’époque. Peut-être que eux aussi font du bruit, les cristaux. Ou en les mettant sous l’eau…
— Ça serait faire preuve d’un terrible manque de créativité de recycler ainsi des épreuves.
— Certains pourraient y trouver un hommage.

Cela ne convainquit pas complètement Emeric. Kate lâcha la citrine qui rebondit sur le matelas à côté des autres.

— Attendons d’en récolter d’autres, la réponse pourrait nous parvenir plus tard, lors de la deuxième épreuve.
— Je ne l’attends pas spécialement avec hâte.
— Pourquoi tu dis ça ? C’est l’épreuve de Poudlard !
— Certainement concoctée par McGonagall et Wolffhart, qui sont loin d’être les professeurs les plus conciliants ! Peut-être cela aura-t-il un rapport avec la métamorphose, puisqu’il s’agit de leur domaine d’expertise à tous les deux.
— Tu te débrouilles bien en métamorphose. Ton Animagus n’a pas manqué de faire parler de lui dans les journaux, d’ailleurs ! C’était titré…

Elle imita une banderole déroulée au-dessus de sa tête.

— … « Emeric Beckett ; le plus jeune Animagus de ce siècle » !
— Hm. Techniquement, c’est erroné. Dans l’école de sorcellerie en Afrique, les élèves apprennent cette transformation de façon précoce. Cela leur vaut d’ailleurs parfois quelques soucis. Et les autres de Durmstrang le sont aussi. Même s’ils ne sont pas officiellement déclarés de leur côté.
— Tous les quatre ?

Emeric hocha la tête.

— Sigrid est un aigle. C’est une forme très rare, qui laisse entendre à quel point elle est puissante, pas seulement physiquement, mais aussi d’esprit.
— Mais elle ne l’a pas encore dévoilé lors de l’épreuve, releva Kate. Elle doit sûrement garder l’atout dans sa manche pour plus tard…
— Vilma se transforme en renard blanc. Lyov en puma et Marek en élan. Ils sont tous très doués. C’est un processus qui demande beaucoup d’entraînement et de persévérance. J’en sais quelque chose !
— Tu penses que je pourrais apprendre à devenir un Animagus ?
— Tu… le voudrais ?
— Pas forcément. Mais ça m’intéresserait de connaître mon animal totem. Mon Patronus est le même que celui de mon père. Maggie te débattrait une théorie de l’attachement. Mais mon réel animal, celui qui me représente moi… Et là, imagine, pouf ! Je me métamorphose en papillon minuscule ! La honte…
— Ça serait surtout très dangereux, si tu te faisais attraper par un prédateur ou emporter par un courant d’air.
— Oui. Donc évitons de faire des plans sur la comète, je ne deviendrai pas Animagus, le problème est réglé !

Leurs rires se tarirent, puis, petit à petit, la discussion retombant, ils se dévorèrent du regard. Emeric rougit et rangea les cristaux dans sa petite sacoche en cuir.

— Je ne sais pas si je vais réussir à retourner dans ma chambre cette nuit.
— J’ai déjà été confrontée à ce problème, compatit Kate. Une fois, ils ont pris cette chambre. Heureusement que j’ai une solution de repli dans la chambre de Moira, Suzanna et Scarlett. Je me prépare un matelas d’appoint et ça roule.
— Je… n’ai pas trop envie de m’imposer auprès de Fergus et d’Edgar en squattant leur chambre.
— Grand timide, va. Eh bien dans ce cas, tu n’as qu’à rester dormir ici.
— Tu es sûre que ça ne te dérange pas ?

Assise face à ça en tailleur, Kate se pencha vers lui et déposa un baiser sur ses lèvres.

— Bien sûr que non, espèce d’idiot que j’aime.

Elle rit doucement puis rajouta :

— Je pourrai bien te proposer d’emprunter le lit de Maggie, puisqu’elle n’en aura pas l’utilité ce soir, mais je préférerai que tu restes dans le mien.
— Une invitation que je ne peux décliner, je suppose, sourit-il, son front contre le sien.
— À tes risques et périls.

** *** ***

Au petit-déjeuner, Kate, encore mal lunée malgré ses entraînements matinaux – en l’occurrence un petit jogging en pleine nuit, les jours se faisant de plus en plus courts – fronça les sourcils de surprise en entrant dans le réfectoire. Seule à l’une des tables à cette heure matinale, Maggie l’attendait avec un sourire espiègle. La Gryffondor se pencha en avant et tapota la place en face d’elle, sollicitant la présence de son amie, qui préféra s’amuser de la méthode.

— Alors ? demanda Maggie sournoisement, les deux mains sous le menton, pendant que Kate s’asseyait.
— Alors quoi ?
— Tu sais très bien ce que je veux dire.
— Non, vraiment pas.
— Ne fais pas ta cachottière.
— Il y a quelque chose dont je ne suis pas au courant ?
— Avec Beckett. Tu n’as donc pas compris mon stratagème ?
— Ton stratagème ?

De plus en plus agacée, Maggie haussa les sourcils et ses épaules se crispèrent.

— Eh bien, on t’a laissée la chambre libre avec lui ! On t’a préparé le terrain !
— Oui, bien sûr, Maggie. Essaie de me faire croire que c’était seulement en mon intérêt…
— Sinon, on aurait fait comme d’habitude, on aurait pris notre chambre ! Celle des garçons n’est pas très bien rangée et il y a une odeur renfermée de mâles assez inconfortable.
— C’est juste que tu t’es trop bien habituée à la literie de notre chambre et qu’en plus, tu n’acceptes pas que Terry dorme dans des draps aux couleurs de sa maison. Toi et ton amour du jaune.

Maggie grommela, prouvant que Kate disait la vérité. Puis, la Gryffondor secoua la tête, faisant virevolter ses boucles blondes qui avaient bien repoussé depuis sa coupe improvisée de l’année passée.

— Ne change pas le sujet ! Avec Beckett…
— Il ne s’est rien passé, déclara Kate, s’enthousiasmant presque par avance de la réaction de sa meilleure amie d’un grand sourire.
— Quoi ? s’étrangla Maggie.

Elle leva des mains qu’elle agita pour traduire son incompréhension. Terry se moquait parfois de ses gestuelles naturelles, arguant qu’elles faisaient ressortir ses origines italiennes qui lui venaient de sa mère. Ce à quoi Maggie répliquait qu’elle ne lui faisait pas remarquer ses mimiques de troll dont il cachait certainement l’héritage d’un lointain ancêtre, et le Poufsouffle se mettait à en rire, terminant de manière irrémédiable à imiter un troll pendant toute l’heure suivante au point d’en épuiser sa petite amie.

— Comment ça il ne s’est rien passé ? répéta Maggie, excédée. Qu’est-ce que je peux faire de plus pour toi, Whisper, si tu n’y mets aucune volonté ?
— Ce n’est pas toi qui décides de ces choses, Maggie ! s’amusa Kate. C’est quelque chose qui ne concerne que moi et Emeric. Et pour l’instant, non. On passe de très bonnes soirées, on dort ensemble, mais il ne se passe rien, ou du moins, pas ce que tu espères !
— Je ne comprends pas comment c’est possible !
— Et j’ai du mal à comprendre que tu sois autant obsédée par le sujet. Je vis ma vie comme je l’entends, que je sache. Et aucun de nous deux ne va en mourir.
— Ça fait quoi… presque un an que vous sortez ensemble ! Et vous ne l’avez toujours pas fait ! Ça me dépasse !
— Pourquoi ça serait obligatoire ? On peut s’aimer autrement, tu sais. Ça viendra quand ça viendra. Mais aucun de nous deux ne va forcer les choses si on n’en voit pas encore l’envie.

Kate savait qu’elle se mentait en disant cela. Des opportunités, elle en avait eues, et pas qu’une. Mais chaque fois, elles avaient été avortées : l’aversion d’Emeric, Electra pendant sa fête d’anniversaire et maintenant la présence de Maëva qui ne la lâchait pas. Elle en avait envie et elle savait la réciproque valable, mais les circonstances ne lui permettaient pas pleinement profiter d’un moment pareil. Aussi, elle préférait attendre sans se prendre la tête, se focalisant simplement sur le bonheur que lui procuraient ces moments en tête-à-tête avec Emeric.
Maggie acheva le sujet en marmonnant des paroles inintelligibles que Kate ne prit même pas la peine de déchiffrer, s’occupant à se servir du thé et à piocher dans la panière de croissants encore chauds et autres viennoiseries dont les français gardaient le secret. Elle déjeuna en silence, observant sa meilleure amie occupée à la lecture de la Gazette du Sorcier qui lui avait été livrée d’Angleterre par hibou juste avant que la Papillombre n’arrive dans le réfectoire.

— Quelles sont les nouvelles du pays ?
— Pas grand-chose. Une loi concernant les plantations de Mandragores, les résultats de la ligue de Quidditch…
— Les Pies de Montrose ont eu un match dernièrement ? J’ai du mal à suivre d’aussi loin…
— C’est prévu pour le mois prochain. Là, ça parle d’une victoire des Tornades.
— Il faudra qu’on aille voir un match des Pies, un jour. Je me doute que ça n’aura pas les mêmes proportions que la Coupe du Monde de Quidditch, mais je pense que ça mérite le détour ! On pourrait passer un bon moment.
— C’est vrai, approuva Maggie. Surtout qu’en travaillant dans le Département des Sports Magiques, je risque d’obtenir des places gratuites. Autant les rentabiliser !
— Tu te projettes déjà vraiment dedans !
— Le poste me sera déjà carrément offert ! La fille de la filiale Dawkins ? Les gens s’arracheraient ma présence !
— Ça fait plaisir de voir que tu n’as rien perdu de tes talents de modestie avec le temps.
— Tu te souviens, pour mon dix-septième anniversaire ? À peine majeure que le principal concurrent de mon père a essayé de m’embaucher avec de belles lettres mielleuses ! Je sais qu’il essaie de me faire cracher les secrets de fabrication et de lever certains mystères financiers sur les affaires de ma famille, mais ce n’est pas rien.
— Mais tu l’as quand même envoyé bouler, fit remarquer Kate.
— Même si mon père est l’être le plus abject du monde, grimaça Maggie, encore amère, j’ai encore de l’honneur et de la loyauté à revendre.

Honneur et loyauté ; cela sonnait comme une devise que Maggie avait sûrement dû répéter beaucoup de fois étant plus jeune, du temps où elle n’avait pas encore été chassée du manoir de Thinkshold. Kate demanda d’un ton plus bas :

— Tu n’as aucune nouvelle de tes parents ?
— Je ne tiens pas à en avoir. Ils m’ont fait sortir de leur vie, je vais respecter leur décision. Qu’il ne s’en prenne plus à la mienne.

Kate laissa échapper un sourire crispé que Maggie ne saisit pas, occupée à lire son journal. La Gryffondor préféra balayer le triste sujet de conversation en se permettant une constatation :

— En tout cas, toi et Emeric, vous êtes la coqueluche des journalistes.
— Youpi…
— Entre les super ventes de ta biographie et Emeric nommé champion de Poudlard pour le Tournoi des Trois Sorciers, tout le monde vous voit comme l’un des couples sorciers les plus influents de ce moment !
— Les gens ont vraiment des vies très tristes pour s’accaparer à ce point celle des autres...
— Vous faites rêver des gens. Ce n’est pas tout le monde qui vit des aventures comme les tiennes !
— Bal de Yule ! Bal de Yule !

Leur conversation fut interrompue par un garçon de Beauxbâtons qui distribuait des tracts aux élèves présents dans le réfectoire. Kate et Maggie en reçurent chacun un, qu’elles étudièrent en commun.

— Un bal ?
— Merlin, cela fait bien longtemps que je ne suis pas allée à un bal.
— Tu es déjà allée à un bal ?
— Dès mon plus jeune âge, mes parents m’emmenaient dans toutes les réceptions pour lesquelles ils étaient invités. J’étais leur capital sympathie. Un jeune enfant, il paraît que ça suscite l’affection des gens faibles. Pour moi, ça a plutôt un effet répulsif mais peu importe.
— « Bal de Yule », lut Kate à voix haute. « À l’occasion du Tournoi des Trois Sorciers se tiendra le Bal de Yule. Mardi 21 décembre, à partir de 18h. Apéritif dinatoire. Port d’une tenue de soirée obligatoire. Blablabla… Ah, journée de cours banalisée le mercredi 22 décembre, départ des élèves de l’école pour les vacances scolaires le jeudi 23 décembre. »
— Il va falloir que tu te trouves une robe !
— Je demanderai à ma mère de m’en envoyer une.
— La mode moldue n’est pas trop au goût du jour.
— Peu importe « le goût du jour ». Je ne suis pas très « robe » de nature. Je prendrai ce qui me tombe sous la main et qui…

Mais la réaction de Maggie laissait entendre qu’elle venait de proférer un blasphème.

— Nous parlons d’un bal ! articula la Gryffondor. Il est hors de question que tu te promènes avec le premier bout de chiffon que tu trouveras ! Il en va de ma réputation en tant que ta meilleure amie ! Je refuse de traîner avec toi ce soir-là si tu te promènes déguenillée comme une elfe de maison !
— Tu sais bien que je n’ai jamais été très féminine. Mais ça ne me manque pas, je t’assure !
— Tu ne peux pas faire l’impasse, Whisper ! D’autant plus que tu seras la cavalière du champion de Poudlard ! Tu devras sûrement mener la danse d’ouverture !
— Ah, parce qu’il nous faut un cavalier pour nous accompagner, en plus ?
— Nous. Parlons. D’un. Bal, répéta Maggie en appuyant chaque syllabe, exagérant les mouvements des lèvres, comme si Kate était sourde.

La Papillombre soupira en reposant son tract devant les miettes de son croissant dévoré.

— Très bien. On verra ce que je peux faire.
— Y a bien intérêt !

Quand elles sortirent du réfectoire, elles croisèrent en contre-sens deux autres meilleures amies ; le duo Sigrid – Vilma était également haut en couleurs. Sans comparer sa propre amitié avec Maggie, Kate devait avouer que les deux jeunes femmes se révélaient très complémentaires, avec des caractères très différents. Sigrid demeurait froide, brute de décoffrage, pourtant très cultivée et pleine de ressources rares. Vilma, à côté, était une vraie pile électrique, d’un tempérament sauvage, indomptable.

— Hey, mais que voilà Blitz ! Sans Bäumchen. Dommage.
— Vous aussi vous avez reçu ces trucs ? demanda Sigrid en secouant un tract concernant le Bal de Yule.
— Je pense que tout le monde est concerné, admit Kate. Et apparemment, les champions vont ouvrir le bal.
— Génial…, grogna la Volvä.
— Tu n’écraseras pas le pied de Lyov en dansant, plaisanta Vilma, sa famille pourrait considérer ça comme une tentative d’assassinat !
— On avait dit plus de blague là-dessus, Vilma.
— Oui, oups, pardon !

Kate préféra dévier sur un autre sujet :

— Alors, Sigrid ? Après trois mois à Beauxbâtons, qu’est-ce que tu en penses ? Tu es l’une des rares ici à connaître les trois écoles d’Europe !
— Passable, jugea Sigrid, en haussant des épaules.
— Ah ? Parce que votre tas de ruines sur des icebergs est mieux qu’un palais de l’architecture française ? lâcha Maggie.
— C’est trop exubérant.
— Moi, j’aime bien, c’est très grand ici ! commenta Vilma. J’adore ces jardins ! Et ce luxe ! Les français savent vivre, il n’y a rien à dire !
— Trop sophistiqués.
— Et toi, t’es trop compliquée à vivre, poulette !

Sigrid fusilla sa meilleure amie du regard. Cette dernière préféra changer de sujet subitement, sautillant sur place :

— Oh, Sigrid m’a raconté, mais je voulais savoir si c’était vrai ! Vous vous êtes battues toutes les deux, quand elle était à Poudlard ?
— Oui, on peut dire ça, avoua Kate, qui n’en était pas très fière. Sigrid m’avait volé la lettre qu’Emeric m’avait envoyée. J’ai dû aller la récupérer avec les grands moyens, parce qu’elle me le demandait. Que j’en sois digne, un truc dans le genre.
— Ah oui, je me souviens de ça, se remémora Maggie, pensive.
— Et alors ? Qui a remporté le combat ?
— Personne, statua Kate en haussant des épaules. Nous nous sommes fait attraper par un professeur et j’ai eu le droit à une retenue. Et j’ai pu récupérer ma lettre.
— Donc pas d’issue claire ? Je me demande laquelle de vous deux remporterait un nouveau combat !

Maggie pouffa et sortit, comme une évidence :

— Kate, bien sûr ! Ce n’est pas vous qui supportez ses réveils à six heures du matin pour qu’elle fasse ses pompes et son jogging ! Et avec sa magie, elle vous explose en un claquement de doigts.
— Sans la magie, on parle, nuança Vilma. Sinon, c’est clairement de la triche !
— Il n’empêche que Kate est certainement plus agile et plus entraînée que Sigrid !
— Sigrid est très puissante et elle aussi s’entraîne dur !
— Euh, les filles, on est là, vous savez ?
— Il n’y a qu’une seule manière de savoir cela, trancha Sigrid.

Elle accorda un regard glacial à Kate, qui la défia à son tour.

— Ce soir, après les cours, sous le kiosque, proposa la Volva.
— Je serai au rendez-vous…
— Vas-y ! Éclate-lui la tronche ! hurlait Moira en tapant du poing.
— Ne te laisse pas avoir par cette petite pimbêche ! s’exclamait Vilma de l’autre côté.

C’était l’effervescence autour du ring improvisé, légèrement surélevé, sous le kiosque, ensorcelé pour qu’il y fasse une chaleur acceptable malgré l’hiver. Des élèves des trois écoles admiraient le combat, les amis les plus proches en première ligne. Du moins, ceux qui cautionnaient ce type d’événement.
Les coups étaient partis vite. Sigrid, les cheveux tressés au plus près de sa tête, avait la lèvre ouverte. Kate, de son côté, s’en sortait avec un hématome sur la pommette. Toutes les deux avaient revêtu une brassière, un short et des baskets, loin des tenues sorcières traditionnelles. Sigrid laissait apparaître une plus forte constitution, plus grande que ne l’était sa rivale, avec des abdominaux presque saillants. Les muscles de Kate étaient bien plus discrets, mais non pas moins présents. On voyait dépasser, sur son torse, les larges marques de griffures infligées par son père la nuit de pleine Lune durant laquelle ils avaient été enfermés dans un hangar par Electra. Leurs mains étaient bandées de tissu. Tous les coups étaient permis ; le recours à la magie, sous quelle que forme que ce soit, restait interdit.

— Allez, Kate ! encourageait Suzanna, qui recouvrait l’événement avec son appareil photo.

Sigrid s’essuya la bouche d’un revers de main avant de repartir à l’attaque. Kate se baissa d’un juste réflexe pour éviter sa droite puissante et frappa dans son abdomen. La Volva encaissa le coup, mais enserra la gorge de Kate d’un bras. Prise au piège et étouffée, la jeune fille lui donna un violent coup d’arrière de crâne dans les dents pour se dégager. Cela valut des cris dans le public. Reprenant son souffle, Kate observa Sigrid récupérer brièvement ses esprits avant de cracher un morceau de dent dans un coin du ring. Elle se la recollerait par magie après le combat.
Elle pointa un doigt vers Kate, en scandant des paroles en suédois, avant que la Papillombre se relance une offensive dans un cri guerrier.

— Défonce-la !
— Plus fort, plus fort !
— Attention, ta droite !
— J’adore les combats de fille ! s’extasia un garçon dans l’assemblée.

Plus loin, deux autres jeunes hommes assistaient à la scène, à la fois atterrés et dépités. Lyov et Emeric n’arrivaient pas à détacher leur regard du combat enragé.

— Et dire que ce sont nos copines, soupira Lyov en baissant la tête, se pinçant l’arête du nez. On n’avait pas signé pour sortir avec des Valkyries au départ, si ?
— Je… je ne sais pas quoi te dire, balbutia Emeric.

Ils grimacèrent tous les deux quand Sigrid accula Kate dans un coin pour mitrailler plusieurs poings dans son visage avant que la jeune fille ne trouve le moyen de se défendre. Elle répliqua quelques secondes plus tard par un coup de pied décoché dans le flanc.

— En tout cas, elles ne rigolent pas.
— S’il y a des violences dans nos couples, on sait que ça ne sera pas elles les victimes.
— T’es affreux, Lyov.
— Je suis réaliste, gamin. Quand on fréquente des guerrières comme ça, c’est que, quelque part, on l’a voulu ! Tu sais dans quoi tu t’es engagé !
— À la base, je suis tombé amoureux de Kate parce qu’elle est douce et pleine de joie de vivre…
— … et apparemment habitée par l’esprit d’un berserk, oui ! Je crois qu’elle vient d’attraper l’oreille de Sigrid avec les dents.
— Merlin, si j’avais su…

*** *** ***

— Epiksey !

Le cri étouffé de Kate lui échappa après le craquement émis par son nez remis à sa place.

— Assume ta douleur, répliqua Maggie.
— Hé, je n’y peux rien si j’ai perdu, arrête de me parler comme ça !

L’issue du combat avait tourné à la faveur de Sigrid, quand, après un coup dans la tempe, Kate était tombée et n’était pas parvenue à se relever dans le temps imparti.

— Tu n’avais qu’à te battre à ma place, tu verras !

Elle défit sa longue tresse unique, la nuque encore pleine de contractures, après que Sigrid eut tiré sur cette corde de cheveux pour la ramener vers elle.

— Je ne suis pas forcément partisane de la violence, ajouta Maggie, mais je devais avouer que c’était plaisant. Avec ça, les hommes y réfléchiront à deux fois avant de s’en prendre à des femmes !
— Sa remarque est fort juste, commenta Maëva. La force n’est pas le seul apanage des hommes.

Kate soupira et se leva de son lit en s’étirant. Elle se remettrait vite de ses douleurs, la plupart des hématomes s’étant résorbé par magie.

— Je pense que je vais aller prendre un bon bain chaud, statua-t-elle.
— Très bien, prends ton temps. Pendant ce temps, je vais voir Suzanna, lui demander un peu quelles photos elle a pu prendre. Je suis sûre que dans ton dossier d’admission à l’école des Nettoyeurs, ça sera du meilleur effet.
— Si tu le dis.

Mais en ouvrant la porte, Maggie tomba nez-à-nez avec quelqu’un. Les deux jeunes femmes eurent dans un premier temps un air surpris, vite remplacé par des mines renfrognées.

— MacNair. Tu veux quelque chose, peut-être ?
— Ça ne te regarde pas, Dawkins.
— Ah ? C’est certainement pour cette raison que tu attendais devant la porte.
— Je n’ai pas besoin de tes sarcasmes.
— Toujours aussi charmante.
— C’est qui, Maggie ? demanda Kate, plus loin.
— MacNair qui joue les espionnes en écoutant derrière les portes.

La Serpentard ne répondit rien à ses accusations. Son petit rehaussement de lèvres laissait entendre toute l’acrimonie qu’elle desservait à l’égard de Maggie.

— Ah ! Bah laisse-la entrer ! Viens, Morgana !

Les deux jeunes femmes échangèrent leurs emplacements, sans s’empêcher de se défier du regard. Elles étaient les deux parfaites rivales, Gryffondor et Serpentard. Malgré la rédemption de cette dernière, la meilleure amie de Kate ne pouvait lui pardonner tout ce qu’elle avait commis par le passé. Puis Morgana referma la porte sur les yeux méfiants de Maggie.

— Tout va bien ? demanda Kate, occupée à démêler ses cheveux, maculés de sueur et de sang.
— C’est une question qui devrait t’être retournée.
— Ça va ! Quelques courbatures, encore un peu sonnée, mais je m’en sors ! C’est sympa de t’inquiéter pour moi.

Morgana détailla le corps en partie dévoilé de Kate. Les griffures, les marques, une large cicatrice sur son flanc : celle qu’elle lui avait elle-même infligée dans la Cabane Hurlante, trois ans auparavant, plantant une lame dans son abdomen. Elle aurait pu mourir de cette blessure fatale, si sa magie spéciale ne lui avait pas rendu la vie.
Elle secoua la tête pour chasser ses souvenirs.

— Tu l’as reçu aussi ? changea-t-elle de sujet.
— De quoi ?
— Le tract. Le bal.
— Ah, oui ! Je pense qu’on va bien s’amuser ! Ça promet d’être une sacrée soirée !
— Ça ne me plaît pas.
— Je suis sûre que tu auras moyen de te faire plaisir ! Tu sais danser, Morgana ?
— Pas vraiment.

Morgana déambula dans la chambre, évitant de poser son regard sur Kate.

— Tu y vas avec Beckett, je suppose.
— C’est fort probable. Je vais encore être au centre des attentions, génial, j’avais vraiment besoin de ça. … ah, mais c’est ça qui te travaille ! Te trouver un cavalier !
— Je…
— Tu n’as pas une petite idée ? J’ai entendu dire par Juno que Tobin est encore disponible chez les Serpentard !
— Ça ne m’intéresse pas, rejeta Morgana dans une grimace. Je n’ai pas envie d’un cavalier.
— Pourtant, tu vas en avoir besoin, ça a l’air d’être un pré-requis. En tout cas pour les dernière année. Allez, vraiment, tu n’as personne en tête ?

La Serpentard se mura dans le silence, tâtant du bout du doigt la cravate violette qui pendait en haut de l’une des armoires.

— Pas vraiment.
— Tu ne m’avais pas dit que tu avais rencontré un garçon de Beauxbâtons ?
— Je ne veux pas qu’il se fasse d’idées. Et je pense qu’il est tout autant emballé par la perspective d’un bal que moi.
— Ce n’est qu’un bal, Morgana ! Ça ne signifie rien. Tant que tu mets les choses au clair avec lui. Ça peut rester une simple connaissance, un ami, rien de plus !
— Si tu le dis…

Kate lui adressa un sourire, avant de se saisir de sa serviette, qu’elle jeta sur son épaule, la faisant claquer sur son dos.

— Je suis sûre que tout va bien se passer, Morgana. Et que tu te souviendras longtemps de cette soirée. Mais ça ne vaut clairement pas la peine de se prendre la tête pour ça. On se revoit demain, en cours ?

Sans un mot, Morgana hocha la tête et observa la Papillombre entrer dans la salle de bains, verrouillant la porte derrière son passage. Puis entendant l’eau de la baignoire couler, elle ne sortit pourtant pas de la chambre, profitant de glisser quelques pas discrets. Son regard restait fixé sur l’écharpe en laine aux couleurs de la cinquième maison, étalée sur le lit de Kate. Ses doigts tremblants s’en saisirent. Sans comprendre son propre geste, Morgana la porta à son visage, enfouissant son nez dans la laine tiède. L’odeur de Kate y était très distincte, exacerbée. Morgana frémit de tous ses membres mais, se rendant compte de ce qu’elle faisait, elle rejeta brutalement l’écharpe et s’enfuit de la chambre à pas rapides, distançant ses démons en leur claquant la porte au nez.
Le pas rapide, presque furieux contre elle-même, elle descendit de la tour et fonça vers les serres, qu’elle traversa sans un regard sur les bégonias d’hiver qui suivaient son mouvement par magie.
Mathieu ne s’alarma pas de son arrivée, mais calma ses ardeurs :

— Tu vas faire paniquer les Billywigs. Ce n’est pas un hôtel ici, respecte leur rythme, veux-tu ?
— Pardon, je ne voulais pas…

Elle ravala ses excuses et souffla un coup. Pendant quelques secondes, elle observa Mathieu qui poursuivait ses affaires quotidiennes, redéposant ses botrucs dans le vivarium qu’il venait de nettoyer par magie. Puis, elle demanda, de but en blanc :

— Est-ce que tu veux être mon cavalier pour le bal de Yule ?

Stupéfait par une telle demande, Mathieu se redressa et se figea avec une expression d’incompréhension.

— Pourquoi tu me demandes ça ? Tu es à ce point désespérée ?
— Non. Je pourrais avoir du choix dans ma délégation. Mais ils ne m’intéressent pas. T’es le seul mec que j’arrive à supporter.

Après quelques secondes de réflexion, il haussa les épaules.

— Ok.
— … juste ok ?
— Tu attendais une autre réaction de ma part ? Le bal, ça ne m’intéresse pas. Voir des gens danser mal et boire à outrance. Tout n’est que concours de popularité, que narcissisme, besoin incessant d’attention. Ça m’épuise, ce genre d’événement. Je perds mon temps. Mais je suppose que je suis obligé d’y aller. Et de toute façon, personne d’autre ne m’aurait demandé de l’accompagner. Surtout que je n’aurais pas été démarché les filles pour ça. Elles me fuient toutes.
— Pas moi.
— Certes. Mais je ne sais pas exactement d’où tu sors, toi.
— De Poudlard.
— Les Britanniques ont vraiment des attentes très basses, que ce soit en cuisine ou dans d’autres domaines, apparemment…

Morgana fit semblant de ne rien avoir entendu. Elle piqua un livre dans la bibliothèque dans lequel elle se plongea une fois assise sur son siège fétiche, espérant décrocher de ses pensées.


*** *** ***


Le bal de Yule se déroulerait sous les meilleurs auspices. Ainsi l’avait annoncée la neige qui avait commencé à tomber dès la veille. Assez, mais pas trop, juste de quoi tapisser la terre de quelques centimètres de poudreuse, afin de conférer à cette soirée une ambiance hivernale, proche de Noël.
Le dernier cours du trimestre de Wolffhart s’était terminé en milieu d’après-midi, laissant trois heures aux élèves pour qu’ils se préparent. Kate avait déjà tout préparé ; Grace lui avait envoyée, grâce à un hibou commandité par son père – Littleclaws étant trop petite et commençant doucement à vieillir – une belle robe longue de teinte bleu foncé. Maggie avait légèrement grimacé en la voyant, arguant que ça ne seyait pas à son teint et qu’elle ne portait pas de chaussures assorties.
Mais leur arrivée dans leur chambre changea la donne, quand Kate découvrit une grande boîte fermée sur son lit, agrémentée de rubans violets.

— Quelqu’un m’a livré, Maggie ? demanda-t-elle à sa meilleure amie qui s’était précipitée dans la salle de bains.
— Pas que je sache. Pourquoi ?
— Il y a un paquet sur le lit…

Avec prudence, Kate s’approcha et retourna l’étiquette qui y était attachée.

« Chère miss Whisper,
Cette délicate attention représente une part des droits d’auteurs que je vous dois et j’espère qu’en cette soirée particulière, vous saurez éblouir vos pairs.
Avec mes plus tendres et courtoises salutations,
Orpheus Fawley »

— Mais quel enfoiré.
— Quoi ?
— Ça vient de Fawley. Et je pense savoir ce que c’est. Mais j’aurai largement préféré qu’il me rétribue avec de l’argent ! Il est trop attaché à ses gallions, ce rapace…
— Qu’est-ce que c’est ?
— Je pense savoir…

Coupant le ruban d’un coup discret d’Immatériel, elle ouvrit la boîte et découvrit l’habit qui s’y trouvait à l’intérieur.

— Merlin, articula Maggie, le souffle coupé.

Elle-même éberluée, Kate fit léviter la robe, qui se sortit seule de son écrin en carton. Toute faite de satin, elle partageait des teintes blanches, grises, noires et aubergine. Elle était composée d’un bustier violet, sur lequel étaient cousues des perles, desquelles jaillissaient des arabesques brodées en fil d’argent. Des rubans de tulle blanc retombaient au niveau des épaules, certains, très bas, étaient reliés aux pans de la robe. En-dessous de la taille, elle imitait les ailes retombées d’un papillon. L’ensemble se révélait somptueux.

— Elle est magnifique, admit Kate.
— Et en plus, il a mis des ballerines assorties ! Cet homme a décidément bon goût ! Mais qu’est-ce que tu attends ? Essaie-la !

Kate se déshabilla et l’enfila avec suspicion, comme si les tissus renfermaient du poison.

— Hm.
— Qu’est-ce qu’il y a encore ?
— Je trouve ça carrément flippant que ce gars connaissent mes mensurations ! Cette robe est parfaitement à ma taille, c’est du sur-mesure !
— Alors, de quoi tu te plains ?

Kate s’examina dans le miroir et devait avouer que cette robe de bal la mettait en valeur. Levant les bras, elle tourna sur elle-même, déclenchant l’extase de Maggie :

— Quand tu fais ça, on dirait que les ailes de papillon se lèvent derrière toi ! Avec les tulles de tes bras ! C’est magnifique ! Vraiment très ingénieux ! Allez, hop, un petit coup de maquillage et tu seras parfaite !

*** *** ***

En bas de la tour où était logée la délégation de Poudlard attendaient Emeric et Terry, tous les deux apprêtés dans leurs costumes de soirée. Les couples de camarades défilaient devant eux et montaient dans des carrosses magiques, qui les emmenaient jusqu’à la salle de bal, dans l’un des grands bâtiments de l’académie.
En tant que champion, le Serdaigle avait dû soigner sa tenue, avec un costume en queue de pie bleu foncé, par-dessus une chemise blanche et un veston d’un bleu plus vif, brodé de fil de cuivre, rappelant les couleurs de sa maison à Poudlard. Terry s’était fait plus sobre, avec un costume-cape noir et une chemise blanche, seul son nœud papillon moutarde apportant une touche de couleur à l’ensemble.

— On va être en retard, constata-t-il sur sa montre à gousset glissée dans sa poche intérieure. Elles en prennent du temps.

Terry haussa les épaules, ramenant contre lui la cape qu’il tenait dans ses bras, tout comme Emeric. Maggie leur avait fait remarquer qu’il s’agissait d’une moindre chose à faire que de couvrir les dames quand elles sortaient dehors.

— Elles doivent se préparer. Tu sais, les filles, ça prend leur temps.
— Certes. Mais je suis attendu. Un champion en retard, c’est relativement mal vu.
— Patience, Emeric. Tu peux bien être en retard de quelques minutes, ils t’attendront de toute façon. Ah !

Il s’était exclamé en voyant Maggie sortir de la tour, vêtue d’une magnifique robe écarlate, avec des longs gants en velours et un rouge à lèvres assortis.

— Tu es ravissante, se permit-il en se pliant en un baisemain, avant de lui couvrir les épaules avec son manteau.
— Merci !
— Tu me fais penser à une pomme rouge dans laquelle j’ai envie de croquer.
— C’était nécessaire de ramener encore ça à des histoires de nourriture ? Et où est Kate ? Kate ! Tu te fais désirer ! Allez, dépêche-toi, on va être en retard !

Même si Emeric s’était préparé à la voir paraître, il ne s’attendait pas à une telle révélation quand Kate sortit à son tour. Cette robe la sublimait. Ses volumineux cheveux bruns avaient été ramenés en un chignon tressé, parcouru de perles argentées et surmonté d’un papillon pailleté, quelques boucles retombant sur ses épaules nues. Les joues de la jeune fille rosirent quand elle détailla la réaction qu’elle venait de provoquer chez le Serdaigle en transe, les lèvres entrouvertes.


Maggie toussota :

— Beckett, le manteau. On ne laisse pas une fille sous la neige sans rien !

Il balbutia, incapable de formuler une phrase cohérente, et contourna Kate pour l’aider à enfiler son manteau. Elle le remercia dans un murmure et il glissa à son oreille :

— Tu es… magnifique.
— Tu n’es pas trop mal dans ton genre non plus. Le costume te va bien.

Il l’aida à monter dans le carrosse et tous les quatre prirent le chemin pour la salle de bal. Ils ne l’avaient pas remarqué, mais un autre garçon attendait devant la tour, discret, camouflé par les ténèbres dans lesquelles il avait été habitué à grandir.
Mathieu portait un accoutrement sombre, légèrement suranné, qui lui donnait des airs de majordome de Dracula, avec ton teint très pâle et son visage creusé, anguleux. Lui attendait sans impatience, espérant presque manquer les réjouissances sous excuse d’un retard.
Quand Morgana parut, il s’abstint de tout commentaire. Sa robe grise aux reflets argentés mettait en valeur ses yeux clairs. Dans son décolleté aux épaules dénudées retombait un discret bijou serti d’une émeraude, léger rappel coloré dans sa maison d’origine.
Ils s’échangèrent aucun compliment en se rencontrant.

— Prêt pour la torture ?
— Tu es certaine qu’on est obligés d’y aller ?
— Apparemment.
— On pourra peut-être réussir à s’échapper. S’extirper de ce calvaire.
— On peut essayer d’y aller en se mettant à l’esprit qu’on est là pour se moquer de nos pairs. Je pense qu’on assistera à bon nombre de stupidités, ce soir.

Mathieu s’accorda quelques secondes de réflexion.

— Ça peut être jouable, admit-il.

*** *** ***

Emeric descendit le premier de la diligence, tirée par les chevaux géants à la robe dorée, qui s’ébrouèrent sous la neige. Le jeune homme proposa sa main à Kate pour l’aider à descendre. Ils déposèrent leurs affaires dans le vestiaire et furent rapidement happés par le professeur McGonagall, portant une robe de sorcière à peine plus élégante qu’à l’habitude, marquant l’événement par un bouquet de houx argenté sur son chapeau en velours.

— Mister Beckett. Et miss Whisper, c’est parfait. Vous devrez ouvrir le bal, ce soir. Tâchez de ne pas ridiculiser notre école, je vous prie.
— Oui, professeur.
— Veuillez attendre dans le couloir, vous serez prévenus au moment d’entrer. Le professeur Bridesdor se chargera de vous.

Ils regardèrent passer tous les autres élèves, avec une grande majorité de Beauxbâtons, de tous âges. En voyant défiler des adolescents qui ne devaient pas avoir quinze ans, Kate eut un pincement au cœur. Les Papillombres lui manquaient. Que devenaient Tetsuya, Teffie, Nestor, Leeroy et Rose ? Elle avait bien reçu quelques lettres de leur part, mais rien n’était comparable avec un partage du quotidien à leur côté, comme elle le faisait depuis des années.
De beaux costumes défilaient, personne n’avait l’habitude de voir ses camarades avec de tels accoutrements élégants. À la fin, il ne resta que les champions.
Avec Sigrid et Lyov, ils échangèrent des regards plutôt complices. Le jeune homme portait un uniforme militaire russe honorifique du XIXe siècle, avec des épaulettes rouges. Le blason de sa famille – un aigle – était brodé au fil doré au niveau de sa poitrine. Ses cheveux noirs étaient tirés en arrière en un catogan réuni avec un ruban écarlate. La championne de Durmstrang, quant à elle, portait une robe noire, près du corps, recouverte de petites feuilles d’or, avec des manches longues et évasées, d’une matière fine, presque transparente.
Avec Gabrielle et son cavalier de Beauxbâtons, ils échangèrent des regards méfiants. Le bleu ciel était de mise, la jeune fille portant une robe aux jupons volumineux, un diadème perlé autour du front.
Aucun des couples n’échangea cependant de paroles, se contentant de marmonner entre eux si un partage de regard télépathique ne suffisait pas.

— Vous êtes tous là et sublimes, en plus, les accueillit le professeur Bridesdor. Tout le monde n’attend plus que vous ! Vous allez pouvoir ouvrir le bal ! Faisons dans cet ordre… Mademoiselle Delacour avec Monsieur Montbrillant, là, ici. Voilà. Ensuite, Mademoiselle Söderberg, Monsieur Miloslavski. Et pour finir, Monsieur Beckett et Mademoiselle Whisper. Cela me semble convenable. Êtes-vous prêts ?

Avant même de réfléchir à répondre, ils furent accaparés par la vision de la porte s’ouvrant. Ce qui se dévoila aux yeux de Kate lui fit perdre son souffle. La salle de bal s’inspirant de la galerie des glaces du château de Versailles semblait toute droite tirée d’histoires merveilleuses. D’immenses lustres en cristal de plusieurs tonnes étaient suspendus depuis les plafonds peints. Faisant face aux gigantesques vitres, cadrées de lourds rideaux bleus, le mur du fond était recouvert de grands miroirs, donnant une impression de profondeur infinie et multipliant le nombre de convives. Le parquet clair et luisant avait d’ailleurs disparu sous les chaussures vernies et autres jupons.
Des applaudissements nourris accueillirent les champions et Kate avait l’impression d’être une véritable princesse, plongée au milieu d’un conte de fées. Elle se sentait belle et importante, pas seulement parce que sa robe et ses apprêts extérieurs la mettaient en valeur, mais parce que malgré les circonstances, son prince charmant, qui lui donnait le bras, n’avait d’yeux que pour elle.
Les trois couples parvinrent jusqu’à l’emplacement central, libéré pour leur permettre de danser. Emeric attrapa Kate par la taille et lui adressa un sourire. Il n’avait plus cette maladresse, cette appréhension de leurs premiers essais, dans la salle au piano. Quand débutèrent l’envolée des violons en trois temps, ils furent tous les deux projetés dans un autre monde. Les autres champions n’existaient plus. Les élèves, les professeurs, plus rien n’avait d’importance. Ils avaient attendu ce moment toute leur vie, comme une consécration, un accomplissement de tous ces soirs, durant lesquels ils avaient ri, ils s’étaient marché sur les pieds. Désormais, ils dansaient, en parfaite harmonie, le pas accordé, les gestes détendus, sans se quitter du regard. Une passe par-ci, une autre sur ce temps. Il profita d’un crescendo pour la faire tourner autour de lui en la portant par la taille. Elle en rit, sans se faire entendre sous la musique.
Ils ne se rendaient pas compte de tous ces yeux émerveillés tournés vers eux. Ils monopolisaient l’attention de tous, maîtres de la piste. La robe de Kate prenait tout son sens alors qu’elle tournoyait. Les ailes de papillon s’envolaient derrière elle, gonflées par le mouvement. On avait l’impression qu’elle allait prendre son envol.
Quand se termina le mouvement d’ouverture, un tonnerre d’applaudissements salua leur performance.

— Où vous avez appris à danser comme ça ? s’étonna Terry, plus tard, au buffet, pendant que d’autres dansaient sur la piste.
— On s’est entraînés, avoua Emeric.
— Ça nous a demandé plus d’un an, quelques orteils cassés et pas mal de fous rires, renchérit Kate.
— Chapeau pointu bien bas, dans ce cas ! C’était impressionnant ! De vrais professionnels !
— Vous avez mis la misère aux autres couples ! commenta Maggie.
— Ce n’est pas une compétition, fit remarquer Kate, amusée.
— Il n’empêche qu’ils étaient grotesques, à côté de vous ! Gabrielle en était verte. Ça ne seyait pas à la couleur de sa robe.

Ils furent interrompus par l’arrivée des trois filles de Gryffondor.

— Hé, bravo Kate ! la félicita Suzanna. J’en ai profité pour prendre des photos, j’espère que ça ne dérange pas !
— Bon, et qui veut me voir demander une danse au beau Miguel ? argua Moira en pointant ses deux pouces vers elle.
— Je te parie qu’il t’enverra paître chez les centaures, rétorqua Maggie.
— Oh, moi je parierai qu’il lui dit oui, avança Terry.
— Très bien, Diggle. Si le dénommé Miguel refuse la danse à Miller, tu devras mettre mes chaussures pour danser. Ne t’en fais pas, je les agrandirai par magie. Et Suzanna immortalisera cela. Un Poufsouffle sur des chaussures à talons rouges, ça ne se voit pas tous les jours.
— Et s’il accepte la danse de Moira, tu devras danser avec moi.
— C’est tout ? s’étonna Scarlett. Tu es trop gentil avec elle, Terry.
— Maggie n’aime pas danser.
— C’est de l’exhibition, rétorqua la concernée.
— Alors ? Pari tenu ?
— Pari tenu.

Terry présenta la piste d’une brassée à Moira.

— Le terrain est à toi, à l’attaque maintenant !
— Bien volontiers !

Moira, vêtue d’une robe verte asymétrique et fort jolie, se dirigea vers le fameux Miguel, plus loin au buffet, à proximité de la fontaine magique de chocolat, qui discutait avec quelques amis. Elle profita qu’il fasse un pas de côté pour récupérer une verrine, entre le plateau de foie gras et les œufs de poisson volant, pour s’introduire avec une méthode tout à fait surprenante :

— Hola, hombre guapo ! Le flamenco de ta vie, ce soir, ça te dit ?

Amusé, l’élève de Beauxbâtons l’observa de haut en bas.

— La marchandise est belle et prête, il n’y a plus qu’à valider ! lança-t-elle en accompagnant ses mots d’un clin d’œil.
— Je ne danse pas le flamenco, répondit-il avec un accent prononcé.
— Danse ce que tu veux, mi corazon, mais fais-moi voltiger !

Miguel partit dans des rires aux éclats, ce que Moira considéra comme une victoire provisoire.

— On peut essayer, mais je ne suis pas certain que… Enfin, je veux dire…
— Laisse-moi faire !

Elle se lança un sortilège pour léviter, à un mètre du sol, afin d’être à bonne hauteur.

— Qu’on évite un lumbago à ce beau dos musclé !

Plus loin, Maggie se décomposa :

— Elle… Mais comment ?
— Je crois que tu as perdu ton pari, se réjouit Terry. De ce fait…

Il lui tendit une main galante qu’elle regarda comme si c’était un steak pourri.

— Miss Dawkins m’accordera bien cette danse.
— Je… Non ! C’est…
— Où est donc passé l’honneur des paris ? Sept ans et déjà fini ?

Digne, Maggie se raidit et céda sa main à un Terry bien victorieux, qui la mena sur la piste de danse, au milieu des autres couples. Sam et Eibhlin en faisaient partie. Kate trouvait ça touchant que la Papillombre connue pour être sauvage connaisse l’amour, depuis quelque temps déjà. Ils s’assortissaient bien, les deux fondus de Quidditch.
L’ambiance était magique, dans cette salle de bal hors du temps. Les élèves des trois écoles riaient et dansaient ensemble. Les plats ne cessaient de se regarnir par magie, apéritifs et autres petits fours français, plus raffinés les uns que les autres. Mais Kate se sentait étouffée par tout ce bruit, toute cette présence, ces regards.
La présence de Maëva n’arrangeait pas vraiment cela, pendant qu’elle lambinait seule sur une chaise à l’écart, une coupe de champagne au bout du bras.

— Que de superficialités. De frivolités.
— Les gens ont bien le droit de s’amuser et de faire la fête. Vous n’en aviez pas, à votre époque ?
— Nous avions des banquets, mais rien d’aussi extravagant.
— Ça devait être à mourir, dans ce cas !
— Chacun ses habitudes. Et puis, si c’est aussi fantastique que tu le dis, pourquoi ne te joins-tu pas à eux ?
— Je… je ne sais pas.
— Tu es préoccupée, lut la druidesse déchue dans son esprit.

Kate soupira et siffla sa coupe de champagne.

— Que se passe-t-il ? demanda Maëva avec une sincère envie de l’aider.
— J’arrive de moins en moins à me déconnecter de ce qui va arriver. L’éclipse est dans moins d’un an. Ça va arriver si vite. Il reste encore tant de choses à faire. J’ai l’impression que je ne peux pas m’autoriser à m’amuser. Ce n’est pas le moment. Sinon, des choses graves vont se produire. Faire la fête, avec ma malédiction au-dessus de la tête, comme une épée de Damoclès. Cela peut prendre des proportions terribles, mortelles… et Emeric. Je ne peux pas laisser tout ça de côté.

Sans qu’elle la remarque, Maëva afficha une moue compatissante.

— Tu es jeune pour affronter tout ça. Tu as le droit de vivre. Ta malédiction serait de ne voir que celle que tu portes et de t’interdire de profiter de chaque jour. Je suis désolée d’être la cause de tout ceci. Si Cliodna n’avait pas jeté cette malédiction sur l’Immatériel…
— Si vous n’aviez pas tué son amant et envoyé sa fille dans le futur, nous n’en serions jamais arrivés là.

Un temps, Maëva se mura dans le silence, et au même moment, la musique s’acheva, déclenchant des applaudissements avant que la suivante ne rapplique.

— Profite au moins de cette soirée, Kate. Tu le mérites.
— Je ne peux pas profiter.
— Et si… je rentrais dans ton esprit, juste quelques heures. Je serai comme endormie, quelque part, dans ton âme.
— Vous pouvez ? Pourquoi vous ne faites pas ça tout le temps !
— Parce qu’en m’appelant, tu m’as dissociée de toi. Je suis en toi, mais je suis désormais une personnalité propre que tu peux percevoir. Éteindre mon âme n’est pas un plaisir. Mais je peux le cristalliser un temps, pour que tu profites de ta soirée. Est-ce que… cela te plairait ?
— Oui, beaucoup !

Kate s’arrêta en la dévisageant ; la première assise sur sa chaise, la seconde debout à ses côtés, les mains liées.

— Merci, Maëva… Merci.
— Passe une bonne soirée, Kate.

Aussitôt eut-elle cligné des yeux que Maëva avait disparu. Cela lui parut irréaliste. Et pour la première fois depuis de longs mois, Kate se sentait enfin libre. Ce fut au même moment qu’Emeric l’aborda :

— Tout va bien, Kate ?
— Je…

Elle l’observa un instant, comme découvrant à chaque fois son élégance. Un sourire radieux éclaira ses traits.

— Oui, tu ne peux pas imaginer à quel point.
— Me voilà rassuré. Hem, j’ai… je vais sortir prendre l’air. Tu veux m’accompagner ?
— Bien sûr ?

Ils récupérèrent leurs manteaux aux vestiaires et descendirent l’escalier extérieur en pierre avec prudence, les marches étant recouvertes d’une fine couche de poudreuse.

— La soirée te plaît ? lui demanda-t-il.
— Trop de monde, avoua-t-elle.
— Trop de monde, appuya-t-il. Donc je pense que la suite du programme ne te déplaira pas ?
— La suite du p-… ?

Elle s’arrêta net, le visage inexpressif :

— Emeric.
— Quoi ?
— Qu’est-ce que tu as encore préparé ? Je te connais trop bien !
— Un… petit quelque chose ?
— Emeric…
— Je n’ai plus le droit de te faire de surprises ?
— Si, mais tu me gâtes toujours trop ! J’ai l’impression d’être ridicule, à côté !

Le jeune homme préféra en ricaner et sortit sa baguette magique pour éclairer leur chemin d’un Lumos, comme une étoile mouvante dans la nuit enneigée à proximité des grandes bâtisses blanches résonnantes de vie. Ils finirent par atteindre un petit bosquet, où ils trouvèrent deux balais volants, dont le Fuselune de Kate.

— Je vois. Maggie est complice.
— Essentiellement. Elle m’a procuré ton balai car je sais que tu y es très attachée et… elle… elle m’a appris à me servir de l’autre.
— Toi, Emeric Beckett, sur un balai volant ?
— Pas de moquerie concernant les handicapés, d’accord ? Tu sais que… je n’ai jamais été très doué en vol !
— Oui, c’est bien le seul domaine dans lequel tu ne brilles pas !
— Chacun ses défauts ! se défendit-t-il, écarlate. Allez, en selle, et suis-moi, au lieu de te payer ma tête !

Ils prirent la voie des airs et Kate suivant Emeric ne put s’empêcher de s’enquérir :

— Où est-ce que tu m’emmènes ?
— Pas très loin, je t’assure ! Tu verras !

Ils descendirent, le long de la montagne, et rejoignirent en contre-bas le petit village moldu de St-Amaran, l’un des plus proches de Beauxbâtons, l’académie cachée entre les sommets. Ils cachèrent leurs balais dans une ruelle et se dirigèrent vers la rue principale.
L’ambiance était telle que Kate la rêvait à chaque approche de Noël. De grandes plaques lumineuses étaient accrochées entre les bâtisses, au-dessus de la rue. Des guirlandes clignotantes étaient suspendues au fenêtre. À certains endroits, des poupées kitsch de Père Noël étaient mises en scène. La neige continuait à tomber, renforçant l’atmosphère baignée d’une odeur de marron chaud et sapins fraîchement coupés et apprêtés à chaque coin de rue.
Emeric l’emmena dans une petite brasserie montagnarde et ils commandèrent deux chocolats chauds. Quelquefois, des passants leur jetaient des regards curieux face à leurs costumes de soirée.

— On est malins, on va louper tout le bal ! rit Kate, en face de lui sur la petite table ronde.
— Ce n’est pas grave, c’est juste un bal. Et honnêtement, je pense que les gens nous ont assez vus !
— Oui, c’est vrai. On donne beaucoup de nos personnes, toi et moi !
— C’est épuisant.
— Ne m’en parle pas.
— Au fait…

Emeric fit tourner sa tasse en argile entre ses mains.

— En parlant d’être au centre de l’attention, tout ça… Je crois que j’ai omis de te faire part d’une rencontre particulière.
— Ah ?
— Un dénommé… Orpheus Fawley.
— Ce rapace ? Où l’as-tu rencontré ?
— Il m’a suivi dans la salle des champions, dans le Colisée, avant la première épreuve.
— Tu ne lui as rien dit, j’espère… Emeric, ce gars est un malade, il est obsédé par moi ! Dis-moi que tu n’as pas répondu à ses questions et que tu n’es pas tombé dans son piège.
— Je n’ai dit qu’un seul mot.
— Lequel ?
— Expulso.

Comprenant ce qu’il voulait dire, Kate ouvrit de grands yeux :

— Tu n’as pas osé.
— Les journalistes, ça vole bien.

Impressionnée, la Papillombre reposa sa tasse à l’écart, plaqua ses mains sur la table et s’inclina plusieurs fois.

— Respect éternel ! Tu as fait en deux secondes ce que je rêve de faire depuis plus de cinq ans !
— Le plaisir était pour moi !

Ils en rirent quelques secondes puis se calmèrent. Kate joua alors la carte de l’honnêteté en racontant ce qu’elle avait sur le cœur :

— Ça n’a jamais été facile pour moi d’être tranquille. Orpheus, Ron, Maëva… C’est un luxe, pour moi, d’avoir la paix. Le monde m’étouffe. Je supporte de moins en moins de rester là où il y a trop de monde. Tu… te souviens, à la fin de notre quatrième année ? Ce qu’il s’est passé, dans la Grande Salle ?
— Oui, tu m’as raconté…, souffla Emeric, sérieux.
— Mes sens étaient comme… envahis. Comme un effet Larsen, qui ne concerne pas que l’ouïe. Tout monte en moi et mes pouvoirs… prennent le dessus.

Elle trembla en se rappelant ce moment où elle avait agressé un autre élève avant d’asservir toute la Grande Salle sous l’Allégeance, avant que Wolffhart n’intervienne.

— Sigrid m’a appris à mieux les maîtriser, mais parfois, malgré tout, je sens que je peux déraper. Et pendant quelques semaines, j’ai eu très peur de refaire une bêtise…
— Explique-moi.

Kate plongea ses yeux gris dans ceux, bleus, d’Emeric, agrandis par les verres de ses lunettes rectangulaires.

— Être avec toi me permet de me sentir mieux. Après notre rupture, je sentais un trop plein d’émotions. Je menaçais d’exploser à chaque heure. J’avais peur d’agresser quelqu’un de nouveau. Voire… de… de tuer quelqu’un. Maëva m’a aidée, paradoxalement. Ce… ce que je veux dire, Emeric, c’est que je comprends mieux que personne ce que tu as pu vivre ces derniers mois. Et j’ai besoin de toi comme tu as besoin de moi.

À la fois touché et honteux, Emeric baissa la tête sur son chocolat chaud et marmonna :

— Comme quoi, même les gars que l’on traite de « génie » peuvent faire preuve des plus grandes stupidités.
— Mais non…

Elle lui frotta la main en signe de réconfort.

— Tu as fait ce que tu pensais être le plus raisonnable, tu l’as dit toi-même, et quelque part, tu avais raison. Tu as pris une décision rationnelle. Pour être tout à fait honnête avec toi, l’année dernière, j’ai songé aussi que c’était dangereux pour toi de rester avec moi et pendant une courte période, j’ai mis notre relation en question. Jusqu’à ce que je comprenne qu’en réalité, c’est toi qui me permets de ne pas déraper.

Leurs doigts s’entremêlèrent sur la table. Quel étrange amour les liait désormais… Kate ne dévoila pas cependant que Wolffhart était celui qui avait fait l’entremetteur et qui l’avait convaincue de ne pas stopper sa relation avec le Serdaigle.

Il se lança à son tour dans des concessions :

— C’est juste que… j’aimerais comprendre ce qui m’arrive. Identifier d’où cela provient. Toi tu le sais, l’Immatériel, la malédiction…

La jeune fille s’apprêta à rétorquer que l’ignorance était parfois un bien précieux, mais elle avait peur, en prononçant ces mots, d’éveiller quelques soupçons logiques chez Emeric.

— Si cela se trouve, moi aussi je suis maudit. On a une solution potentielle pour toi et on va tout faire pour y parvenir. Mais me concernant… tout reste flou.

Lui annoncer de but en blanc que son cas était bien complexe et insoluble, qu’il était peut-être destiné à devenir ce que la prophétie d’Electra avait nommé « l’âme la plus noire de ce monde », un prince des ténèbres, n’était sûrement pas la solution !, songea Kate, anxieuse.

— Je veux comprendre ce qui m’arrive, martela Emeric. Pour mieux protéger les autres de moi. Pour mieux te protéger toi. Et pour ça… j’ai le sentiment que je dois retrouver mon père biologique. Que j’obtiendrai des réponses par ce biais. Ça ne me plaît pas du tout, mais c’est l’une de mes seules options. Ça et m’en tenir aux livres de magie noire que j’avais consultés à Durmstrang et qui n’étaient pas très réjouissants.
— C’est-à-dire ? trembla Kate, craignant qu’il n’ait décelé une part de vérité.
— Possession, malédiction… Ce n’est pas un programme joyeux.
— J’en connais un rayon ! Aha ! Regarde-nous… Le couple maudit. En tout cas… Si un jour, tu découvres ta vérité, je te promets une chose, Emeric. Je serai toujours là pour t’aider.

Cette phrase étira un sourire ému sur le visage du jeune homme, que Kate caressa du bout des doigts. Elle préférait admirer celui-ci, plutôt que celui, déchiré par la haine, de ses pires cauchemars, dans lesquels ils étaient voués à s’entretuer.

— Merci, Kate.

Puis, il but une gorgée de chocolat chaud, ce qui ne manqua pas de faire pouffer la jeune fille quand il reposa la tasse. Il s’étonna d’un regard.

— Tu portes bien la moustache ! lâcha-t-elle dans un rire.
— Ah non, sûrement pas ! rejeta-t-il en s’essuyant brusquement avec une serviette.
— Tu devrais essayer de te laisser pousser la barbe un jour !
— Ça risque d’être très long !
— Ça ne va pas prendre des siècles, quand même !
— Hmm. Selon les individus, une barbe pousse de 1cm à 1,5cm par mois, avec une très grande part de génétique associée. Je n’ai pas beaucoup vu mon grand-père maternel, je crois qu’il était barbu. Quant à mon… père, il la portait aussi, selon la photo. On peut donc estimer que j’ai de possibles prédispositions, même si à ce jour, la pousse n’est ni rapide ni homogène, puisque je n’ai pas encore pleinement terminé ma croissance, qui peut s’arrêter à vingt-cinq ans chez les hommes. Par la suite, cela me demandera plusieurs cycles avant de pouvoir prétendre avoir une barbe digne de ce nom. Je consomme peu de toxines, donc ça ne ralentira pas non plus la pousse, ce qui nous amène donc à, si tu estimes une barbe correcte au-delà d’une longueur de trois centimètres, un minimum quatre ans me concernant !
— … ok, je ne m’attendais pas à une explication aussi détaillée, je partais juste de l’histoire de ta moustache en mousse de lait, au départ !

*** *** ***

Après avoir terminé leurs chocolats chauds, ils quittèrent la petite auberge et remontèrent la rue principale du village moldu, collé l’un contre l’autre. La neige s’était momentanément arrêtée de tomber.

— Tu veux rentrer ? proposa Kate, une fois qu’ils furent parvenus à l’endroit où ils avaient caché leurs balais volants.
— J’avais un dernier crochet à faire, si tu m’autorises.
— Où ça ?
— Tu verras ! s’exclama-t-il en lui tendant son Fuselune.

Intriguée, elle le suivit donc en vol. Mais cette fois, Emeric prit de la hauteur. Ils remontèrent jusqu’aux sommets enneigés des Pyrénées. Ce fut là qu’ils atterrirent, au milieu de la poudreuse. L’endroit était magique pour Kate. Les villages en contrebas semblaient être des étoiles, des points lumineux très distants. La lune était si claire, éclairant la neige d’un reflet bleuté. Le ciel noir était parsemé de nuages qui dispersaient quelques flocons. Mais surtout, il y avait le silence.
Il n’y avait plus qu’eux.
Kate en avait les larmes aux yeux. Rarement elle s’était sentie aussi libre, aussi bien. Elle et le monde, en face, dans ce tableau figé auquel elle appartenait.
Les bras d’Emeric s’enroulèrent lentement autour d’elle et ils apprécièrent tous les deux le paysage hivernal de nuit. Petit à petit, il commença à la bercer et ces balancements prirent l’aspect d’une danse languissante. Elle se retourna contre lui et, front contre front, leurs corps collés, ils commencèrent à danser sans musique. Dans le silence le plus complet, sous la symphonie que leur dictaient les étoiles. Nul besoin de salle de bal, de grands lustres et de somptueux costumes. Ils vivaient là leur plus belle danse.

— J’aimerais que le temps s’arrête, là, marmonna Kate, rompant le silence.
— J’aimerais aussi.

Leurs lèvres finirent par s’appeler, frémissantes et impatientes. Kate sentit la chaleur monter en elle, malgré les froides températures. Son frisson fut si puissant qu’Emeric le ressentit. Ils échangèrent un regard intense et il lui demanda :

— Si tu as froid, peut-être vaut-il mieux que l’on rentre…

Elle hocha la tête et ils prirent la voie des airs pour rentrer à l’académie. La fête commençait doucement à se tarir, mais quelques irréductibles célébraient encore le bal de Yule. Les plus jeunes étaient partis se coucher depuis longtemps. Quand ils montèrent dans la tour des chambres occupées par les élèves de Poudlard, ils entendirent quelques rires derrière des portes. Tout le monde ne dormait pas encore.
Ils ne se rendirent compte qu’ils étaient frigorifiés qu’en rentrant dans la grande chambre réchauffée par le faste feu de cheminée.

— Maggie n’est pas là, observa Kate, en posant son Fuselune dans un coin. Elle doit passer la nuit avec Terry. Pour changer !
— Attends, laisse-moi t’aider.

Emeric l’assista pour se débarrasser de son lourd manteau encore recouvert de neige par endroits. Il semblait redécouvrir à chaque fois avec la même stupeur fascinée sa splendide robe de soirée. Cette fois, avec un peu plus de concupiscence. La peau mouillée de Kate reluisant à certains endroits et ses joues rougies faisaient ressortir le gris clair de ses yeux. Cette dernière remarqua cet arrêt.
Lentement, elle se retourna alors et d’un tour de main autour de sa tête, ramena ses cheveux volumineux sur son épaule, dévoilant le corset lacé. Comprenant le tendre message, Emeric s’exécuta, attrapant avec délicatesse le ruban noir dont il fit fondre la boucle dans une douceur annonciatrice. Il passa ses doigts agiles derrière les lacets et les tira un à un pour les desserrer. Alors, Emeric fit couler les tulles le long des bras de la jeune femme et ouvrit le corset pour libérer son buste. Avec tendresse, il caressa de ses paumes les reliefs que lui offrait son dos, comme polissant avec un soin exquis la pierre immaculée dans laquelle il avait été sculpté.
Sans brusquerie, Emeric s’approcha d’elle et huma les douces fragrances de sa nuque. Son souffle si proche la faisait frémir, alors qu’il faisait balancer son bassin pour mieux ôter la robe. Le bel habit finit par tomber à ses pieds, comme les pétales fanés d’une fleur blanche, noire et violette. Il déposa un tendre baiser au sommet de sa clavicule. Désormais complètement nue entre ses mains, Kate lâcha un soupir frissonnant. Emeric lui chuchota :

— Retourne-toi.

Mise en confiance, Kate pivota et Emeric attrapa ses bras, qui cachaient ses cicatrices, pour les ouvrir. Il n’avait pas les mots pour décrire les merveilles que lui inspirait ce corps, chatoyant au halo des flammes, entre ombre et lumière, alors qu’il gardait les mains de la Papillombre dans les siennes. Comme s’il avait toujours rêvé de cet instant. Contemplant Kate dans sa beauté la plus pure.
Puis, se rapprochant, il lui offrit un nouveau baiser, le premier d’une agréable descente. D’abord sur ses lèvres, puis aux coins de celles-ci, dérapant sur sa gorge, sa clavicule. Et plus encore. Kate se mordit la lèvre, les yeux fermés. Elle ne devait craindre ses pouvoirs, qui ne pouvaient avoir d’effets sur lui, et laisser ses émotions l’envahir. Le plaisir capturer son être tout entier. Alors, elle lâcha un soupir, qui résonna en elle comme le son de la délivrance.
Quand Emeric eut terminé ses offrandes et se releva face à elle, il prit d’abord un temps pour l’observer tandis qu’elle semblait peiner à revenir à la réalité. Les jambes de Kate tremblaient. Et quand ses paupières frissonnantes révélèrent de nouveau ses yeux gris, quelques secondes séparèrent le moment où elle se rua sur lui pour l’embrasser. Plus que de l’amour, elle éprouvait de la gratitude envers lui, à ce moment précis. De lui avoir rappelé qu’elle pouvait vivre. Et profiter.
Elle le tira vers le grand lit et l’invita à s’y allonger. Kate commença alors à déboutonner son veston, puis sa chemise, sous lesquels se cachait cette peau aussi pâle que la neige. Emeric n’était pas exempt de ses propres cicatrices ; son épaule gardait encore le souvenir de son premier duel avec Lyov. Tous deux portaient leurs passés, leurs souffrances anciennes, gravées à même leurs corps. Ces faiblesses d’antan qu’ils savaient réciproquement accepter.

— J’aimerais te voir, murmura-t-il, alors que Kate lui retirait ses lunettes pour les poser sur la table de chevet.

Alors, à califourchon au-dessus de lui, elle attrapa ses mains et plaça ses doigts de pianiste, si sensibles et si habiles, sur son corps.

— Tu me verras avec tes mains…

Cette douce proposition, Emeric l’accepta, parcourant une nouvelle fois toutes ces courbes qu’il voulait apprendre à connaître par cœur. Pour dessiner dans sa tête l’exact modèle de sa Déesse d’Amour.
Et cette nuit-là, à l’inverse de tout ce qu’elle aurait pu penser quelques mois plus tôt, Kate n’enseigna rien à Emeric. Cependant, lui, lui apprit à conjuguer le verbe « aimer ». Elle s’oublia, dans ce flot de sensations nouvelles et enchanteresses. Il était si doux avec elle. Non pas par souci de pusillanimité, mais par tendresse. Peut-être pour quelque part lui prouver la pureté de ses sentiments, qui avaient noyé la jeune fille. Il lui sembla voler dans un autre ailleurs, sur ce nuage, loin du monde, loin de la réalité. Emeric au bout des lèvres.
Ces mêmes lèvres sur lesquelles s’étirèrent un sourire de béatitude quand l’extase retomba lentement. Et quand elle fut libérée de son étreinte, Kate se glissa entièrement sous la couette dans un léger gloussement.

— Mais… qu’est-ce que tu fais ? s’amusa-t-il, le souffle court.
— Ça ne se voit pas ? Je me cache !
— Je peux te rejoindre ?
— Hinhin. Il me faut un mot de passe.
— « Je t’aime » ?
— Pouah ! C’est trop kitsch, rejeta-t-elle dans un rire. Non. Retente ta chance.
— Hm. « Tu es vraiment la fille la plus incroyable, mais aussi la plus étrange, que j’aie jamais rencontrée ? »
— Ça, ça marche. Tu peux entrer !

À son tour, Emeric passa sous la couverture. Ils ne pouvaient se discerner, dans ce noir chaud portant leurs odeurs. Mais ils sentaient le souffle de l’autre sur leur peau. Ils s’adressèrent un sourire, tandis qu’Emeric caressa d’un pouce la commissure des lèvres de Kate.

— Ça va ? chuchota-t-il, soucieux.
— Oui. Et toi ?
— Je te laisse deviner.

Ils ricanèrent, puis Emeric repartit sur une interrogation :

— Tu n’as pas eu peur ?
— Pourquoi j’aurais eu peur ? De nous deux, c’était toi le non-initié !
— De l’Immatériel.
— Non…

Elle tendit à son tour une main, qu’elle glissa sur le cou chaud et palpitant d’Emeric.

— J’étais en confiance, souffla-t-elle dans un sourire. Et ça, ça changeait tout… Tu vois, il y a quelques mois, je n’aurais jamais pensé cela possible. Pouvoir apprécier de faire l’amour. Être moi, sans me mentir, sans me contenir, sans me cacher.
— Excepté le fait que nous soyons en ce moment-même cachés sous une couette !
— Chut ! Tu gâches tout ! rit-elle.

Puis elle reprit plus calmement :

— Je croyais que c’était définitif. Que j’allais devoir m’y résoudre. C’est juste que… l’amour, ça se fait à deux. Et jusque-là, je ne l’avais pas fait avec la bonne personne.

Touché, Emeric ne répondit rien mais accepta le doux baiser que Kate déposa sur ses lèvres.

— Alors merci…, marmonna-t-elle.
— Tout le plaisir est pour moi.
— Je t’aime.
— Je t’aime aussi.

Note de fin de chapitre :

VOILA !

ENFIIIIIIIIIIIIIN.

ENFIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIN !

They did it ! DEPUIS LE TEMPS. OH MY.

Et tellement de choses dans ce chapitre, à part de la guimauve livrée par camion-benne ! Je suis tellement heureuse pour pouvoir mettre enfin en avant Morgana dans cette partie, cela faisait tellement longtemps que je l'attendais !

Et à part ça, chers lecteurs, j'ai une grande surprise pour vous ! Même DEUX ! TOI OUI TOI. Sauf si tu suis ma page facebook, dans ce cas, tu as du tomber sur l'info. 

L'encyclopédie LMA volume 1 est désormais disponible en PDF, téléchargeable gratuitement depuis mon site internet : https://www.fleursdopale.com/ludo-mentis-aciem
128 pages de pur bonus, des fiches personnages, des fiches objets, etc. Le tout illustré par la talentueuse Emi !

La deuxième, c'est que vous pouvez désormais afficher votre maison Papillombre sur le site HPF ! EH OUI. Rendez-vous dans votre profil, dans vos préférences, et parmi les skins proposés, choisissez Papillombre ! Vous verrez la vie en violet ! Un immense merci aux admins pour ce magnifique cadeau qui signifie énormément pour moi ! (Papillombre est enfin renconnue !)

Pas de salons prévu pour le premier trimestre 2019. Mais certainement des événements qui se préparent pour avril-mai (Normandie, Grenoble, Epinal...). Gardez vos agendas ouverts si vous avez envie de me rencontrer lors d'une séance de dédicaces ! Je suis gentille, je ne mange personne, j'ai des pins et des marques-pages LMA (pour conquérir le monde !)

J'espère que vous avez passé de belles fêtes (même si elles nous ont distancées, maintenant !) et vous souhaite tout le bonheur du monde pour 2019 ! Merci d'être toujours aussi nombreux au rendez-vous pour LMA, c'est juste un truc de dingue. 

Je vous dis à tout bientôt pour le chapitre 9, avec une escapade dans le Paris magique !

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