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News

Sélections du mois


À voter !

Chers HPFiens, les votes pour la prochaine Sélection du Mois sont lancés ! Vous avez jusqu'au 31 août 2019 23h59 pour décider quel sera le mystérieux thème du mois d'octobre parmi Horreur/Angoisse, Épistolaire, Rubeus Hagrid, Secrets, Univers Alternatifs.

Rendez-vous sur ce topic pour voter et à bientôt !


De L'équipe des Podiums le 19/08/2019 11:08


Concours officiel "Souvenirs d'antan" - Votes


Les votes pour le concours organisé par l'équipe de modération HPF sont ouverts. Vous trouverez toutes les informations en suivant ce lien-ci. La série pour lire les textes se trouve par-là.

Bonne lecture à toutes et tous !!!

A bientôt pour l'annonce des résultats !
De L'équipe de modération HPF le 17/08/2019 17:38


92ème édition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 92e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 31 août à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.


De L' équipe des Nuits le 12/08/2019 12:00


Sélections du mois


 

Sélections du mois ~ JUILLET 2019

 

Bonjour HPFiens !

 

L'Équipe des Podiums félicite avec enthousiasme dedellia, Lul et Westyversionfrench pour le succès de leurs fanfictions pour lesquelles le peuple a voté et qui se verront ornés d'une SUPER vignette.

Pour le mois de septembre et la rentrée, le thème Gare de King's Cross a été voté. Comme d'habitude, vous êtes invités à proposer vos textes sur ce thème en vous rendant ici ou bien en répondant à cette news.

Les votes autour du thème Voyage étant cloturés, nous vous informons que ceux pour le thème d'Août viennent d'être ouverts : le thème Féminisme y est à l'honneur ! Vous pouvez dores et déjà lire les textes, les reviewer et voter pour vos fanfictions favorites en vous rendant ici.

 

L'équipe des Podiums vous souhaite une bonne journée !


De L'Équipe des Podiums le 05/08/2019 08:39


Vacances d'été et prolongation concours officiel


Bonjour,

Notre équipe profitant de la pause estivale pour voyager aux quatre coins de l'Europe, nous tenions à vous informer que les délais de validation des chapitres sont suceptibles d'être allongés !

Par ailleurs nous vous informons que vous pouvez soumettre votre texte pour notre concours officiel Souvenirs d'antan jusqu'au 13 août 23h59. N'hésitez pas à participer ! Vous trouverez toutes les informations ici.

Bel été à vous et à bientôt !
De L'équipe de modération d'HPFanfic le 31/07/2019 19:07


91ème édition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 91e édition des Nuits d'HPF se déroulera le vendredi 26 juillet à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.


De L' équipe des Nuits le 15/07/2019 07:42


Ludo Mentis Aciem par Ielenna New!

[1179 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

BUENOS DIAS mes soupières virvoltantes !

Je vous retrouve aujourd'hui pour un nouveau chapitre, plutôt tranquille encore (tu le sens le calme avant la tempête ?). J'aime bien ces chapitres, qui permettent surtout de développer les psychologies des personnages, de les faire interagir entre eux, dans un contexte autre que l'action. 

Au programme, le sapin de Pise, une porte de cathédrale qui ne s'ouvre pas, la voie 9 1/4 et un moment très embarrassant !

Bonne lecture !

Les étoiles finirent par s’éteindre dans le ciel, qui s’éclaircit difficilement, quelques heures plus tard, à l’aube. Kate se réveilla sur les battements d’un cœur. Un cœur qui battait pour elle. Elle remua, la tête collée contre la poitrine d’Emeric. Ce dernier veillait, à moitié assis. Pour mieux la contempler, il avait récupéré ses lunettes et, de temps à autre, caressait les cheveux de la jeune fille, son bras enroulé autour d’elle. Sur son visage, un sourire qui ne tomberait pas. Un sourire attendri, un sourire amoureux. Quand il sentit Kate bouger contre lui, la commissure de ses lèvres se tira davantage. Il attendit que sa belle batte des paupières pour oser chuchoter :

— Bien dormi ?

Elle ne répondit pas, s’étirant légèrement sans varier de position.

— Ça fait longtemps que tu es réveillé ? lui demanda-t-elle, en levant un regard encore endormi vers lui.
— Je ne sais pas.
— Et tu me regardais dormir ? s’amusa-t-elle. Tu sais que ça pourrait être interprété comme super « creepy » ?

En réalité, Emeric aurait pu rester l’éternité à contempler le visage endormi et si serein de Kate. Cette seule image rendait sa vie plus belle.

— Ça te dérange ? lui demanda-t-il, soucieux.
— Du tout. Je n’ai pas l’habitude de dormir avec quelqu’un, c’est tout. Mais tu sais quoi ? J’aime bien… Surtout quand c’est toi.

Emeric caressa la joue de Kate avec son pouce et la jeune femme, appréciant ce contact les yeux clos, apposa sa main sur le poignet du Serdaigle pour le défendre d’arrêter.

— Tu crois qu’on est obligés de se lever ? grimaça-t-elle.
— On n’est pas forcés de le faire maintenant… ! On peut rester. Ça ne me dérange pas, au contraire.
— Parfait, soupira-t-elle.

Ils restèrent ainsi une dizaine de minutes, appréciant leurs doux échanges de caresses en silence, pour se souhaiter la bonne journée, alors que l’aurore peinait à se lever, dehors, en ce matin d’hiver brumeux. Puis Kate se suréleva, tapotant de son doigt la clavicule d’Emeric.

— Je vais me faire couler un bain, chuchota-t-elle avec un air malicieux. Tu me rejoins dans quelques minutes ?
— J-je… oui, si tu veux !

Cette timidité toujours présente en arrière-plan la faisait sourire. Il n’était pas encore habitué à tout cela. Elle déposa un baiser fugace sur ses lèvres.

— Si tu veux, toi, gros malin.

Kate se leva, marchant vers la salle de bains, sous le regard d’Emeric, qui avait bien de la peine à rester neutre face à cette délicieuse parade.

— Je t’attends dans cinq minutes, lui lança-t-elle en fermant la porte, après avoir attrapé sa baguette magique sur la commode.

Puis, elle ouvrit les valves du robinet d’un coup de baguette, avant de choisir avec soin les pots de sels parfumés qu’elle y verserait, tous lévitant devant elle pour lui permettre de prendre sa décision.

— La soirée fut-elle bonne ?

Kate soupira et ne se retourna pas vers Maëva. La reine avait respecté sa promesse. Elle l’avait laissée tranquille quelques heures.

— Très. Vous ne m’avez pas vraiment manqué.
— Je me doute.

Quand l’eau eut terminé de couler, Kate se glissa dedans, comme sous une couverture chaude, humant de plaisir, les paupières closes. Entendant du bruit provenant de la chambre, elle lâcha une expression satisfaite en pensant qu’Emeric entrerait à son tour. Mais ce fut un cri aigu qui la surprit, suivi de sons agités.
Prise de panique, Kate quitta le bain à la hâte, une serviette ensorcelée s’enroulant autour d’elle, et elle se précipita dehors, armée de sa baguette magique.

— Emeric !

Ouvrant la porte à la volée, la scène lui sauta au visage avec un étrange comique de situation. Debout, près du lit, Emeric, les joues écarlates, avait attrapé les draps pour se cacher le corps, suspendus dans les airs entre lui et le matelas. Devant la porte d’entrée, Maggie, la bouche béante, pétrifiée sur place.

— Maggie ?
— Beckett ?
— J’ai rien fait ! se défendit-il, tout bredouillant, tétanisé par l’embarras.
— Qu’est-ce que tu fais là, Maggie ? se haussa Kate, le cœur encore battant.
— C’est ma chambre aussi ! C’est plutôt lui, qu’est-ce qu’il fait là !
— Rien, je fais rien ! S’il vous plaît, laissez-moi partir… !

Puis, un sourire béat et satisfait s’étira sur le visage de Maggie, qui se tourna vers Kate.

— Oh toi, on va avoir une longue conversation !
— Tu peux m’attendre en bas, Maggie, s’il te plaît ? l’enjoignit Kate, à la fois conciliante et agacée. On descendra quand on sera prêts.
— Héhé ! Ça marche ! Ne tardez pas trop ! Si vous voyez ce que je veux dire !

Ricanant toujours, Maggie s’éclipsa et Emeric souffla une profonde expiration quand elle fut sortie, baissant la tête de dépit.

— C’était profondément humiliant…
— De toute façon, je lui aurais dit, Emeric !
— Peut-être. Mais qu’elle débarque comme ça… ! J’étais en train de me lever et… Pourquoi ai-je une mémoire comme la mienne ? C’est handicapant quand on essaie d’oublier un incident comme celui-là ! Je ne veux plus y penser !

Amusée, Kate le rejoignit et caressa son épaule pour le réconforter, avant de laisser glisser sa main le long de son bras pour lier ses doigts aux siens.

— Allez, viens, lui murmura-t-elle en le tirant légèrement vers la salle de bains. Je vais te faire oublier ça…

*** *** ***


Quand Kate descendit au grand réfectoire, Maggie l’y attendait de pied ferme, refusant tout le monde à sa table pour réserver toute son attention à sa meilleure amie. L’apercevant arriver, la Gryffondor afficha un air fier et tapota la surface du bois de la place d’en face. Kate soupira en comprenant le message, mais la rejoignit, jamais lassée du caractère de Maggie.

— Alors, raconte-moi ! engagea-t-elle de suite. Et tout ! Je veux tous les détails !
— Eh bien… vers la fin du bal, on a pris des balais volants.
— Et ?
— On est passé par un village moldu, décoré pour les fêtes. C’était super sympa. Très joli.
— Et ?
— On a pris un chocolat chaud dans une auberge.
— Et ?
— Ensuite, on est monté sur les sommets. C’était magnifique.
— Et ?
— On a dansé sur la neige, à la lumière de la lune.
— Et ?
— On est rentrés à la chambre…
— ET ?
— Oui, Maggie ! On l’a fait ! Si c’est la seule chose que tu veux entendre !

Le sourire extatique, Maggie frappa frénétiquement des deux mains sur la table. Kate préféra en rire.

— C’était comment ? Raconte, c’était comment !
— C’était… c’était…

Plongée dans ses pensées, Kate ne parvenait pas à extraire les mots exacts. C’était impossible de décrire le sentiment qui l’avait envahie, quand il avait recouvert son visage de baisers effrénés, comme cherchant à embrasser son âme. Quand il l’avait serrée fort contre lui, comme espérant ne faire qu’un à jamais. Quand il avait aspiré son souffle du sien ou quand elle avait perdu la notion du temps, comme si ses bras, son corps, n’avaient été qu’un continuum d’amour.

— C’était bon ? compléta Maggie, réjouie.
— Oui, souffla Kate, rêveuse. Très bon.
— Bienvenue.

Elles échangèrent toutes les deux un regard complice avant de laisser éclater un petit rire commun.

— C’est sûr. Ça n’avait rien à voir avec Griffin. Le fait de ne pas bloquer les émotions, ça change beaucoup de choses.
— On te l’avait dit !
— Je sais, je sais. Il nous fallait juste un peu plus de temps.

Face au rictus sardonique de Maggie, Kate se permit une interrogation curieuse :

— Qu’est-ce qu’il y a ?
— Oh, non rien.
— Maggie…
— Boah. Beckett est trop maigrichon pour être mon genre. Mais il faut avouer quand même qu’il a un sacré beau petit c-… !
— Maggie !
— Bah quoi ! Tu aurais préféré que je voie l’autre face ?
— Ne répète ça à personne ! Il a déjà assez honte comme ça !
— Il ne devrait pas !
— Maggie ! Emeric n’est pas comme Terry ! Lui, il est pudique ! Et il faut que tu respectes ça !
— Fort bien, fort bien…

Kate en profita pour dévier le sujet :

— Comment ça s’est passé hier soir, de votre côté ?
— J’ai dû danser…

Elle prononçait ces mots comme si elle avait été obligée plonger sa main dans un bocal de limaces vivantes.

— Et tu as survécu à cette épreuve ?
— Il semblerait. Et mes pieds aussi.
— Je suis certaine que ce n’était pas aussi terrible que ça.
— Je déteste perdre des paris… Qui a lancé cette idée stupide ?
— Toi, il me semble.
— Hm. La Maggie de onze ans était définitivement un cas perdu.

Le réfectoire était très peu rempli, en cette matinée post-bal. Beaucoup d’élèves et de professeurs en profitaient pour récupérer avec une grasse matinée bien méritée. Ils avaient la journée pour se reposer, ranger leurs affaires et préparer leurs bagages en vue de leur retour dans leurs foyers respectifs pour les fêtes de fin d’année.
Puis, Maggie se réfugia derrière une expression soucieuse. Kate devina qu’elle avait quelque chose à lui annoncer :

— Tu retournes chez tes parents, à Noël ?
— Oui. Le 24 au soir. Le 25, je serai chez Emeric. On n’a pas envie de laisser son père seul, même après ce qu’il a appris cet été. Il commence à prendre de la distance par rapport à cela.
— Ah.
— Tu sembles déçue.
— Eh bien… j’aurais bien voulu t’inviter pour Noël, à Godric’s Hollow. Noël, c’est toujours l’occasion de passer du temps en famille.

Comprenant le sous-entendu, Kate lui adressa un sourire touché.

— On pourra fêter le Nouvel An ensemble.
— Je sais. C’est déjà prévu.
— Ah ? s’étonna Kate. Déjà prévu ? À Godric’s Hollow ?
— Bien mieux que ça. J’ai déjà organisé les choses.
— Sans m’avertir ?
— C’est ton cadeau de Noël. Enfin, même pour Beckett, puisqu’il sera de la partie. Mais j’ai accepté de revendre un autre bijou de ma mère pour qu’on puisse s’accorder cela.
— Tu m’intrigues.
— Il y a intérêt ! Car nous partons pour…

Maggie appuya son air malicieux, se penchant au-dessus de la table.

— … Paris !
— Paris ? répéta Kate, ébahie. Tu délires !
— Quoi donc ? Nous sommes en France, que diable ! Cela serait un terrible gâchis de ne pas découvrir la capitale de la mode et de l’amour ! Je la connais déjà, j’y suis allée avec mes parents. Mais ça sera l’occasion pour moi de vous faire visiter ! Le Pont des Merveilles, la Cour des Miracles… J’ai réservé deux chambres dans l’hôtel que je connais bien, vue sur la Tour Eiffel pour apprécier le feu d’artifice du 31 !
— Maggie ! Tu es folle ! Tu n’aurais pas dû !
— Je suis en manque de luxe et d’ostentation, respecte ça ! Loin de moi l’idée de fêter le réveillon dans notre maison encore pleine de cartons ! La magie aide bien, mais ce n’est pas encore ça…
— J’ai vraiment hâte d’y aller ! Emeric aussi sera ravi ! Même si je pense qu’il risque de me traîner au Louvre…
— Sans moi !
— Je me doute.
— Pas que ses monologues de vingt-cinq minutes sur une peinture banale ne m’intéressent pas, mais je préfère consacrer mon temps à Paris à d’autres occupations plus pertinentes.
— Et moi, je plains ce pauvre Terry qui devra te suivre dans toutes ces boutiques de fringues…

Leur conversation sur leur projet de séjour parisien fut interrompue par l’arrivée des hiboux. La plupart furent désorientés de ne pas trouver leurs maîtres et maîtresses, toujours au fond de leurs lits.

— Sans surprise, tu occupes un encart, constata Maggie en ouvrant sa Gazette du Sorcier.
— Je ne veux pas savoir.
— Fawley a balancé la robe que tu avais. D’un côté, vu que c’est lui qui te l’a offerte…
— Qui ça intéresse de savoir quelle robe je portais, sérieusement…
— Beaucoup de sorcières ménagères, je suppose ! Tu fais rêver les gens, Kate !
— J’échange ma place quand ils veulent !
— Bon… par contre, il y a beaucoup d’attente sur Emeric en tant que champion de Poudlard. Et il est mal parti pour le moment.
— Ce n’était que la première épreuve. Et il a réussi à obtenir le diamant. Ce n’est pas la quantité qui compte.
— Pas tant que c’est autre chose, si tu vois ce que je veux dire…

Plus amusée qu’agacée, Kate en secoua la tête en soufflant. Maggie partagea son rire léger.


*** *** ***

Ce ne fut pas exactement le Poudlard Express qui récupéra les élèves britanniques pour les ramener chez eux, ce dernier étant déjà mobilisé pour relier l’Ecosse à Londres. Beauxbâtons affréta un train toutes commodités pour les ramener à la capitale anglaise.

— Il est bleu, avait grimacé Maggie en le découvrant pour la première fois.
— C’est très joli, comme couleur ! avait soutenu Suzanna.
— C’est hideux. Le rouge restera la noble couleur à jamais.

Sur ce court débat auquel personne ne désira participer, les septième année montèrent dans le train. Une seule élève grimpa avec un pincement au cœur : Morgana observa le quai de Beauxbâtons s’éloigner. Elle allait retrouver Midhope, ce manoir désaffecté, cimetière de son enfance, habité seulement par cette mère trop saoule pour se souvenir d’elle.
Elle passa le trajet en solitaire, refusant de se mêler aux autres qui, de toute façon, n’aurait pas voulu d’elle. Elle était devenue invisible pour la plupart d’entre eux depuis bien longtemps. Le plus clair de son temps, elle le passa sur son lit en banquette, à l’écart des autres, s’occupant à de la lecture et au tri de ses fioles dans sa petite valise kaki prévue à cet effet.
Puis, quand tout le monde débarqua sur la voie 9 ¼, qui faisait face à la voie 9 ¾, Morgana eut un moment d’hésitation. Elle manqua de se faire bousculer, immobile sur le quai. Les wagons rouge du Poudlard Express régurgitaient des élèves par grappes, ravis de retrouver leurs familles ou leurs frères et sœurs qui étaient partis à Beauxbâtons. Certains amis se recroisaient. Elle aperçut de loin Kate serrer dans ses bras les jeunes élèves de sa maison qu’elle retrouvait dans la joie. Morgana dut se faire à la triste réalité : une fois encore, personne ne l’attendait. Personne ne la raccompagnerait.
Une fois que le quai fut presque entièrement vidé, son choix fut pris. Morgana se saisit de ses bagages avec détermination et les chargea à bord du Poudlard Express. Cela ne manqua pas d’étonner le sorcier qui s’occupait du nettoyage magique du train quand il la trouva assise dans l’un des compartiments.

— Miss. C’est le terminus. Nous sommes à Londres, vous devez descendre.
— Je sais très bien où je suis, rétorqua Morgana, froide. Le Poudlard Express repart bien pour Poudlard. C’est exact ?
— Oui, mais…
— Je suis majeure. Je veux passer les fêtes à l’école. Ne faites pas attention à moi.

Sans chercher à argumenter davantage, le sorcier bougonna et repartit. Le sourire de Morgana ne revint qu’à la première secousse du train vide qui repartait pour l’Ecosse.
Une fois arrivée à l’école, au terme d’un long voyage de nuit, elle courut dans les chemins enneigés qui la séparait de l’école. Elle avait redécouvert la joie d’enrouler son écharpe de Serpentard autour de son cou. Des sapins avaient été entreposés par Hagrid et décorés avec soin pour les fêtes. La magie de Poudlard n’avait pas disparu.
La surveillante, Miss River, en charge des pensionnaires en vacances, ne manqua pas de s’étonner de sa présence, quand elle la croisa dans l’un des couloirs.

— Miss MacNair ? Que faites-vous ici ?
— Pas vos affaires.

La jeune fille traça son chemin jusqu’au deuxième étage, peu éclairé du fait de son peu de fréquentation. Dans un renfoncement se trouvait Merrick. Sa filleule savait qu’il restait souvent à cet endroit, qu’il avait pris d’affection du temps de ses études. Pendant ses pauses entre deux cours, il s’était posé là, sur ce banc en pierre, dans la niche sous les vitres en fer croisé, en compagnie de son meilleur ami de l’époque : Phil Whisper. Ici, ils avaient échangé les meilleurs ragots, avaient argumenté les meilleurs débats, avaient guigné sur les plus belles filles de passage concernant Phil… !
Il continuait à le hanter, des décennies plus tard.
Quand il entendit des pas, Merrick tourna la tête. Son spectre blanchit en la reconnaissant.

— Morgana !

Le cœur de la jeune fille se souleva de bonheur en le voyant. Cet homme avait été son père plus que ne l’avait été ses propres parents. Merrick l’avait accompagnée dans ses premiers pas, lui avait lu ses premiers contes de Beedle le Barde, l’avait bordée quand elle faisait des cauchemars à propos de la guerre. Le jour où Merrick avait péri dans cette cave, une part d’elle était morte à ses côtés.
Mais Kate, paradoxalement, l’avait fait revivre et avait rendu sa présence éternelle.

— Qu’est-ce que tu fais là ? Tu devrais être à Midhope !
— C’est Noël, que je sache !

Elle lâcha brusquement ses bagages pour marquer sa décision.

— Et Noël, c’est un jour qui se fête en famille.

Le fantôme de Merrick devint plus sombre, argenté. Ils avaient envie de se prendre dans leurs bras, mais sa situation l’en empêchait.

— Ça fait beaucoup trop longtemps que je n’ai pas fêté Noël comme il se doit. Trop d’années… Pas une de plus. Je ne le supporterai pas.
— Je n’ai pas de cadeau, avoua Merrick. Me renieras-tu ?
— Espèce d’idiot ! lui lança-t-elle.

Merrick releva sa manière de s’exprimer sans une remarque, se permettant un discret sourire : Morgana adoptait de plus en plus de petites expressions venant de Kate. Des tons, des manies, des sourires qui en disaient long. En quelques mois, la jeune fille s’était ouverte à ses émotions.

— Tu me parleras de Beauxbâtons ? Tu dois en avoir des choses à me raconter.
— Nous avons toutes les vacances pour ça.


*** *** ***


— À gauche. Non, plus à gauche encore.
— Sur celle-là ?
— Oui, c’est parfait !

Kate apprécia la vue d’ensemble avec satisfaction. Elle fut rejointe par Emeric, qui recula de deux pas, après avoir abaissé sa baguette. C’était la première fois que les Whisper avaient acheté un sapin aussi grand et volumineux. Avec l’aide d’Abby, qui avait investi les branches inférieures, sur lesquelles elle enfilait parfois quatre ou cinq boules à la suite, Kate et Emeric avaient accepté de s’occuper de la décoration. L’autorisation de s’aider de la magie en dehors de Poudlard les avait bien aidés à monter l’arbre des fêtes de leurs rêves, avec la traditionnelle étoile cracheuse d’étincelles au sommet.

— Très joli. Je n’ai pas l’habitude d’en faire.
— Ah ? s’étonna Kate. Tu n’en fais pas chez toi ?
— On en faisait un petit, avec ma mère. Mais mon père n’a jamais adhéré à cette tradition. Selon lui, c’est reprendre un rite qui n’a aucun rapport avec la sorcellerie.
— C’est culturel. Tout le monde met un sapin de Noël chez lui !
— Non. Les Musulmans ne le font pas, puisqu’ils ne célèbrent pas cette fête, qui est chrétienne à la base. C’est d’ailleurs assez étonnant que les sorciers se soient emparés de cette tradition de Noël, sachant que les chrétiens ont mené beaucoup de chasses aux sorciers fut un temps !
— Ce jeune homme est décidément bien sensé, approuva Maëva, qui avait tristement connu cette époque, puisqu’elle en avait été victime.

Puis, Abby réclama leur attention en agitant les mains. La petite fille, bientôt âgée de cinq ans, leur désigna avec fierté sa branche la plus garnie, presque dénuée d’épines à force d’être manipulée et pliant dangereusement sous le poids de six boules qu’elle supportait. Sa grande sœur préféra l’encourager en levant les deux pouces.

— Au top, Abby !
« Ma branche est plus belle que les vôtres ! » signa-t-elle.
— Tu nous bats à plate couture ! valida Emeric en lui répondant également avec ses mains.

Satisfaite, Abby se lança dans la confection d’une autre branche.

— Ce sapin va finir par ressembler à la tour de Pise, commenta Kate quand ils s’éloignèrent vers la cuisine.
— Au pire, on peut renforcer un côté par magie.
— Tu connais des sorts pour renforcer l’équilibre d’un sapin, toi ? Eh ben, ta spécialité pousse loin en sortilèges !
— C’est une technique, rien de plus qu’une ruse ! Je pourrai te l’apprendre.
— T’es fou ! Me connaissant, je mettrai feu au sapin ! Tu vois, au final, c’est peut-être pas un mal que je ne sois pas championne de Poudlard.

Dans la cuisine, Grace s’affairait à la préparation du repas. Son sorcier de mari tentait quelquefois de lui apporter de l’aide mais se faisait évincer, car réputé piètre cuistot.

— Mais ! Laisse-moi participer ! Après, tu te plains que c’est toujours toi qui fais tout !
— Noël n’est pas un jour pour succomber à une intoxication alimentaire !
— T’es méchant avec moi, ma chérie ! Et je sais cuisiner ! Les Magic Burgers !
— Va donc plutôt mettre la table d’un coup de baguette magique !
— C’est déjà fait, madame, se permit Emeric, poliment.
— Oh ! Merci, c’est très gentil à toi de t’en être chargé !

Ainsi vint la plainte de Phil :

— Y a-t-il quelque chose que je peux faire dans cette baraque ?
— À mon avis, se permit Kate, surveiller ta fille benjamine qui cherche à tester les lois de la physique et de la gravité avec le sapin !
— Je combats des monstres au quotidien ! Je chasse la nuit des créatures qui font cauchemarder le commun des mortels ! Et je ne suis même pas fichu de faire quelque chose dans ma propre maison le jour de Noël, sérieux ! Will va encore se moquer de moi !
— C’est tout-à-fait le genre de Will de se moquer des gens !
— Ne sous-estime pas son sarcasme ! Tu verras bien ce soir, ce qu’il en dira.

Aussitôt, une réaction simultanée fut observée chez Kate comme chez Grace :

— Will vient ce soir ?

Phil écarquilla des yeux.

— Ben quoi ! La dernière fois, vous m’avez presque fait la morale qu’il fallait inviter la famille à Noël ! Donc oui, je l’ai invité ! Je n’ai plus envie de retourner dans son appartement monastique avec ses morceaux de toile pourrie !
— C’était une relique, papa !

Mais elle dissimulait une crainte bien plus grande que sa mère semblait partager. Elles évitaient de poser leur regard sur Emeric pour éveiller les soupçons. Toutes les deux au courant de la nature profonde du Serdaigle, elles redoutaient que les facultés d’exorciste de Will captent les pouvoirs dissimulés d’Emeric, sitôt serait-il rentré dans la maison des Whisper.

— Tu l’as invité ce soir ? bredouilla Grace. Tu pouvais l’inviter pour demain, au déjeuner ! Pour le 25 !
— Oui, mais je me suis dit que c’était l’occasion d’être tous ensemble !
— C’est peut-être pas super confortable pour Emeric de débarquer dans la famille pour Noël et que tu invites Will en prime !
— Ça… ne me dérange pas, se permit le concerné, d’une voix timide.
— Je n’ai pas prévu à manger pour autant !
— Will a l’estomac d’un boursoufflet, relax ! C’est quoi votre problème ? Je croyais que c’est vous qui le défendiez, pourquoi vous ne voulez pas qu’il vienne, tout à coup ?
— Ce n’est pas ce qu’on a dit !
— C’est l’impression que vous me donnez.

Phil dévisagea tour à tour sa femme et sa fille avec un air dubitatif.

— Décidemment, je ne vous comprendrai jamais, vous, les filles…

Grace en profita que son mari attrape Emeric sur une conversation à propos des anciennes blagues à la mode à Poudlard pour isoler Kate dans le couloir.

— Tu penses que ça ira ?
— Avec Will ? Je n’en sais rien !
— Je n’y connais pas grand-chose à la magie ! Mais tu penses qu’il peut deviner quelque chose pour Emeric ?
— Je n’ai jamais fait d’études de magie noire, je ne sais pas comment ça fonctionne. Et Emeric n’est pas un monstre ! Il ne connaît même pas ce qu’il est ! Il…

Le mensonge s’enfonça plus loin :

— … il n’a pas développé ses pouvoirs, il ne s’est jamais rien passé ! Emeric est un adolescent comme les autres !
— Mais alors comment as-tu su que…
— C’est une longue histoire, maman.

Elle préféra être optimiste :

— Il y a peu de chances que Will le découvre. Et plus on en fera la remarque à papa, plus il sera suspect. Pareil pour Emeric. Il comprend les choses très vite et c’est déjà suffisamment compliqué de lui dissimuler la vérité. E-essayons de passer un Noël normal et croisons les doigts pour Will.

Ce fut ce qu’elles firent. Plus l’heure du soir se faisait proche, plus Kate était crispée. Elle anticipait toutes les réactions que Will auraient pu avoir, de la plus ignorante à la plus agressive. Comme il l’avait expliqué cet été, il nourrissait que peu d’espoir quant à l’avenir des cambions, destinés selon lui à devenir des êtres maléfiques et dangereux pour autrui.
Il devenait presque difficile pour elle de se focaliser sur les émotions qu’aurait dû lui faire vivre la traditionnelle veillée de Noël : être avec sa famille réunie, passer du temps avec Abby qui grandissait beaucoup trop vite, partager ces moments avec son petit-ami qui avait accepté d’être là avec elle.
Son oreille était tellement à l’affût qu’elle entendit immédiatement, sur le coup de six heures, le claquement de fouet caractéristique d’un transplanage au dehors. Son cœur bondit d’un coup dans sa poitrine. Emeric, assis à côté d’elle dans le canapé, émit une remarque :

— Tout va bien ? Tu as sursauté.
— Je crois que j’ai entendu Will arriver, avoua-t-elle dans un sourire.
— D’après ce que tu m’as dit de lui, vous vous entendez bien. D’ailleurs, je suppose que c’est lui que je dois remercier, pour les billets qu’on a eu l’année dernière pour la Coupe du Monde de Quidditch !

Quand Grace passa dans le couloir, elle échangea un regard inquiet avec sa fille, qui venait de se lever pour pouvoir accueillir son oncle. Emeric l’avait imitée.
Les premiers échanges conventionnels à la porte d’entrée firent trembler Kate comme rarement auparavant.

— Bonjour, Will !
— Grace ! Ça fait plaisir de te voir !
— Ah, ah oui ! Les « hugs » ! J’avais oublié votre coutume australienne !
— Désolé, un réflexe ! Ça ne te dérange pas, j’espère !
— Non, non, pas du tout ! Mais évite peut-être avec Phil !
— En plus, avec un seul bras, les étreintes ne sont plus vraiment les mêmes ! Ahaha !

Ils préfèrent rire de leurs malheurs tous les deux. Ils partageaient un sinistre point commun : les séquelles que leur avait laissées Electra ce même soir de juin. Will s’était vu arracher son bras, laissé pour mort dans le séjour, avant que Kate ne le sauve dans son agonie ; Grace avait perdu la mémoire et, suite à cela, avait eu un accidence de la circulation qui lui avait coûté l’usage normal de la marche à cause de sa hanche amochée.
Des bruits de pas indiquèrent à Kate qu’ils approchaient du séjour, appuyés par la béquille de sa mère.
Le temps fut suspendu ; Kate pouvait analyser chaque détail, quand elle vit son oncle apparaître dans le cadre. Le sourire qu’il lui adressa, prêt à s’exclamer. Son regard qui s’étire vers Emeric. Sa bouche qui se fige. Un très court instant, son expression qui se décompose. Ses sourcils qui se rapprochent. L’Immatériel qui bout en elle, prêt à réagir.
Et tout qui s’efface sur un sourire.

— Kate !
— W-Will !
— Comment vas-tu ? Ça fait bien longtemps : Tu vas en avoir, des choses à me raconter, à propos de Beauxbâtons !
— Oui, bien ! Et pas qu’un peu ! Heureusement qu’on a toute la soirée pour ça !

Puis, il se tourna vers Emeric, qui affichait une expression accorte, courtois en toutes circonstances.

— Et tu dois être Emeric ! Désolé si je ne te serre pas la poigne, comme tu peux le constater…

Il agita son moignon sous sa veste de sorcier mais Emeric l’en excusa :

— Pas de mal !

Kate soupçonna une futile excuse…

— Enfin, je te rencontre. Le fameux Serdaigle dont on entend régulièrement parler lors des repas de famille chez les Whisper !
— « Fameux », je ne sais pas, bredouilla Emeric, mais il s’agit potentiellement de moi, en effet ! Enchanté !
— Ravi de te rencontrer. D’autant plus qu’on entend beaucoup parler de toi, en ce moment, avec toute cette histoire de Tournoi des Trois Sorciers !

De nouveau, Emeric balbutia, plaçant ses mains dans les poches arrière de son jean :

— Je n’ai pas vraiment l’habitude d’être au centre de l’attention, à vrai dire…
— Je comprends, ça fait beaucoup !

La conversation se tassa quand Phil arriva :

— Tu cuisines déjà le petit ami de Kate ? fanfaronna-t-il. Je croyais que c’était spécifiquement mon rôle !
— Un rôle imaginaire, oui, répliqua sa fille à voix basse.

Pendant toute la soirée, Kate se questionna à propos de Will, s’il avait détecté l’identité d’Emeric à l’aide de ses capacités d’exorciste. Métier dont ils parlèrent à table, quand Phil et lui échangèrent sur leurs missions respectives, mais Kate ne sut si le sujet avait été mis sur la table de manière délibérée, d’autant plus qu’Emeric, dans son ignorance, alimentait la conversation de questions. Le passage où le Serdaigle raconta comment était abordée la Magie Noire à Durmstrang, possédant sa propre matière, la mit extrêmement mal à l’aise.
Seule Abby lui apportait des sourires de temps à temps, quand cette dernière intervenait dans les conversations. Elle apporta d’ailleurs sa propre version du Père Noël, qui distribuait les cadeaux à dos de dragon depuis l’entrepôt géré par des elfes de maison, arguant que les rennes n’allaient pas assez vite. Cela rappelait à Kate quelques souvenirs d’enfance, elle qui avait grandi également à cheval entre deux mondes : celui des Moldus de par sa mère et celui des Sorciers de par son père.

— Je vais chercher le dessert.

Elle était loin de s’imaginer ce que cette simple phrase allait déclencher… Kate se dirigea seule vers la cuisine et s’affaira dans le frigidaire. L’apostrophe de Maëva, derrière elle, la fit réagir :

— Kate…

La jeune fille eut à peine le temps de se redresser que la porte de la cuisine s’était déjà refermée. D’un geste de recul par réflexe, elle se plaqua contre les meubles, affrontant le regard de Will. Un regard pesant, lourd de sens. Kate savait qu’elle allait passer un sale quart d’heure. Elle espérait simplement qu’Emeric ou son père ne surgisse pas de derrière la porte. Au départ, elle feignit l’innocence :

— Tout… tout va bien, Will ?
— Je peux savoir ?
— Savoir quoi ? Ce qu’il y a au dessert ?
— Ne joue pas à ça avec moi, Kate. Tu sais très bien de quoi je veux parler. Et je suis très sérieux sur le sujet. Je sais que tu le sais tout autant que moi…
— De la mauvaise foi de papa ? Non, ça c’est attesté depuis un certain nombre d’années !
— Je veux parler de ton copain.

La gorge de Kate se serra.

— Emeric ? Pourtant, il est…
— Je sais très bien, Kate ! Et arrête de te payer ma tête ! Je veux bien être l’oncle sympa, mais pas à ce point ! Tu te rends compte ?
— Will, arrête ! Tu me fais peur !
— Je sais que tu le sais ! Pourquoi ? Pourquoi tu n’as jamais rien dit ?
— Will, stop !

Elle préféra le repousser et prendre la fuite, mais c’était sans compter l’intervention de Grace qui rentra à son tour dans la cuisine, soupçonnant quelques conversations.

— Qu’est-ce qu’il se passe ?

Immédiatement, le sujet sombra dans le flou le plus total : Kate continuait à feindre l’ignorance ; Will ne voulait pas que Grace, moldue de sa nature, n’apprenne ce genre d’événement. Pour la jeune fille, sa mère tombait à point nommé.

— Rien, maman ! Will m’aidait pour le d-…
— Vous parlez d’Emeric, c’est ça ?

Sa fille aînée la fusilla avec d’immenses yeux ronds ; Will eut du mal à déglutir.

— Tu… Tu es au courant, Grace ? demanda ce dernier.
— C’est une longue histoire…
— Phil sait que…
— Non. Et il ne doit jamais le savoir.
— Emeric non plus ne le sait pas.

Quitte à devoir avouer son forfait, Kate préféra prendre la défense de son petit ami.

— Si c’est bien de cela que tu parles, préféra-t-elle s’assurer.
— De quoi d’autre voudrais-tu qu’il parle ? intervint Maëva, pragmatique. Il sent le démon à deux kilomètres à la ronde !

Will fronça les sourcils, il ne prenait pas ce sujet à la légère de par son domaine d’expertise.

— Depuis quand le sais-tu ?
— Un an environ… Mais il n’est pas au courant. Il ne doit jamais être courant.
— Comment as-tu fait ?
— Mes pouvoirs particuliers. Tu sais, Will. Ceux dont tu as peur. Et qui ont motivé ton désir de me faire exorciser, il y a deux ans…
— C’est différent, Kate. Tes pouvoirs sont atypiques. Ceux d’un cambion peuvent être extrêmement dangereux.
— Emeric est immunisé aux miens. C’est ce qui m’a permis de le distinguer. Mais il ne sait rien de tout cela. Cela fait depuis cet été qu’il a appris que son père n’était pas le sien. Laisse-le tranquille.
— Tu ne te rends pas compte…

Il s’était approché d’elle avec une ombre menaçante, bien loin de celle du Will que l’on connaissait, le prêtre bienveillant et porteur de la sage parole. Dans ses yeux se reflétait toutes ses peurs les plus primaires. Kate pouvait à peine deviner quels tourments il avait dû endurer de par sa vocation. Des cambions, il en avait rencontré. Il avait été témoin de leurs miracles, parfois les plus terrifiants.

— Il peut sombrer. Comme beaucoup d’autres. Peut-être que tu as de l’espoir, Kate, et c’est tout ce que je peux te souhaiter. Mais j’ai vu trop de malheurs survenir à cause d’êtres comme lui…
— Un « être », répéta-t-elle choquée. Il est comme moi ! Il est comme nous ! C’est un mortel ! Un sorcier ! Ce n’est pas une créature ! Il est doté d’une intelligence bien supérieure à la tienne, bien supérieure à la nôtre ! Et il m’aime !
— Je ne dis pas le contraire ! Mais c’est allé bien plus loin que je ne l’imaginais… Il est champion du Tournoi des Trois Sorciers ! Que se passera-t-il quand il fera sa crise lors d’une épreuve !
— Il ne l’a pas fait ! Tout le monde le craint, mais je sais que ça n’arrivera pas ! J’ai confiance en lui !
— Comment ça, « tout le monde le craint » ? releva sa mère.

Kate roula les lèvres dans sa bouche, affrontant leur jugement.

— Wolffhart, le professeur de métamorphose. Il le sait aussi… Et un autre professeur à Durmstrang. Mais on a peur qu’en lui disant la vérité, il ne fasse qu’aggraver les choses. Tant qu’Emeric reste dans l’ignorance…
— Je ne peux pas rester les bras croisés.

Will l’avait interrompue avec cette bien sèche parole, qui la laisse coite.

— Q-Quoi ?
— Je dois prévenir mon ordre !
— Non ! C’est hors de question !
— Ils peuvent peut-être essayer de nous aider, ma chérie ! De nous aider ! tenta de la raisonner Grace.
— Non, vous…

Elle les rejeta dans une grimace de dégoût.

— Vous êtes tous les mêmes ! Persuadés qu’il va mal tourner ! Tout le monde pensait que j’allais mal virer, Electra la première ! C’est elle qui vous a fait du mal ! Et regardez ce qu’elle a fait de moi !
— Tu n’es pas comparable, Kate…

Tous ses sens se mêlaient en un agglomérat chaotique en elle et elle sentait son Immatériel lui échapper. La bouilloire se mit à chauffer. Par réflexe, Will porta la main à sa poche, à l’intérieur de laquelle se trouvait sa baguette magique. Maëva devina aussitôt les intentions de la jeune sorcière…

— Kate… si tu fais ça, il y aura des conséquences ! la prévint-elle.
— Je ne les laisserai pas !

Grace n’eut pas le temps de hoqueter ou d’intervenir, qu’elle vit sa fille tendre brusquement la main vers Will qui, happé par les pouvoirs impalpables de la Papillombre, s’étrangla. Kate pénétra alors dans son esprit, usant de cette Allégeance qu’elle haïssait tant… Il devait oublier. Il devait ne plus comprendre, ne plus sentir ces ondes démoniaques. Tout effacer. Emeric. Rien.
Sa mère n’arrivait pas à réagir, estomaquée par la scène, Will plaqué contre la porte, peinant à lutter contre les pouvoirs de sa nièce. Même ses plus grandes expertises en exorcisme ne pouvaient pas lui permettre de se défendre contre l’Immatériel. Il fut saisi de spasmes, pendant que Kate effaçait sa mémoire. Quand enfin son corps s’apaisa, Will étira un étrange sourire rasséréné. Il y eut un silence tendu avant qu’il ne s’exclame, en tapant dans ses mains :

— Bon, alors ! Où est ce pudding ?

Son regard se dirigea vers Grace, pâle et tremblante. Immédiatement, il s’inquiéta :

— Est-ce que tout va bien, Grace ?
— Une… petite chute de tension. Et toi, comment vas-tu ?
— Euh, bien.

Dévisageant tour à tour la mère et la fille, Will se questionna :

— J’ai dû interrompre une conversation. Excusez-moi ! Je vais attendre patiemment à la salle à manger. Encore désolé pour l’irruption !

Une fois qu’il fut sorti de la cuisine, Grace referma la porte et s’appuya dessus pour éviter que quiconque n’entre. Ou peut-être pour éviter que sa fille ne sorte. Kate savait qu’elle allait devoir affronter son pire démon : le jugement de Grace.

— Qu’est-ce que tu as fait ? bredouilla Grace.
— J’ai fait ce que je devais faire. J’ai protégé Emeric. Will n’a rien.
— Qu’est-ce que tu as fait !

Cette fois, sa voix s’était haussée.

— Maman ! Tu aurais fait la même chose à ma place !

Les yeux dépossédés de sa mère la poignardèrent en plein cœur. Elle semblait ne plus la reconnaître.

— Non…, ânonna Grace. Kate… La dernière fois que quelqu’un a effacé la mémoire de quelqu’un dans cette maison, c’était cette folle. Avec moi. Pourquoi tu as fait ça ? Par pitié… Ne deviens pas comme elle !
— Je ne suis pas folle ! Et arrête de me comparer à elle !

Face à son regard de colère, embué de larmes, Grace n’eut pas d’autre choix que de s’écarter pour la laisser passer. Avec impuissance, elle vit Kate regagner l’étage pour se calmer dans sa chambre. Sa fille était son plus grand trésor, mais au fond d’elle-même, Grace ne pouvait s’empêcher de craindre qu’elle commençait à sombrer. Comme un présage murmuré depuis des années, mais qu’elle avait toujours nié jusqu’à présent…

*** *** ***


L’incident de Noël ne revint pas sur le tapis avant le départ d’Emeric et de Kate pour les côtes du Sud-Ouest de l’Angleterre. Les rapports entre la jeune fille et sa mère s’étaient fait cependant très froids et Phil avait remarqué ce soudain changement, sans en saisir le sens. Il s’était fait discret à ce propos, pensant à une vulgaire dispute. Il ne chercha pas à confronter son aînée, surtout en présence du petit ami de cette dernière.
L’échappée à Lyme Regis fut une escapade bien appréciée de Kate, bien que les festivités restèrent figées avec le père d’Emeric. Les révélations de cet été n’avaient pas grandement amélioré leur situation, même si le Serdaigle tentait de passer outre. Faisant beaucoup trop froid dehors pour apprécier les falaises, ils passèrent leur plus grande partie de cette journée de la chambre d’Emeric. Ils avaient mis de côté leurs recherches concernant les artefacts de Maëva pour se consacrer à quelque temps de paix. Tous deux le méritaient bien.
Les choses commencèrent à bouger lors de leur fameux départ pour Paris. Si Kate était excitée de rejoindre Maggie et Terry, Emeric se montra un peu plus fébrile :

— Tu penses que je devrais prendre des vêtements plus chauds ?
— Je te rappelle que notre Angleterre est réputée pour être le pays le plus froid et le plus humide de cette partie du continent !
— Je ne sais pas si j’ai assez de galions pour assurer les frais. D’ailleurs, les français prennent bien l’argent sorcier britannique, n’est-ce pas ?
— Oui !
— Et si on passe pour des mineurs, et qu’on nous prend en pleine utilisation de la magie, tu crois que la loi française peut être contre nous ? On ne sait même pas si leur majorité s’acquiert au même âge !
— Tu vas arrêter de stresser, oui ?

Posant momentanément son sac alors qu’elle était prête, Kate se dirigea vers Emeric et enroula ses bras autour de son cou avec des gestes décidés, plantant son regard dans le sien pour le forcer à reprendre contact avec la réalité.

— On part pour prendre du bon temps ! C’est Maggie qui régale ! Souffle un coup et profite de la vie. C’est possible, ça ?
— Je… je vais essayer !
— Pas essayer ! Tu vas le faire ! Ou je vais m’énerver fort !
— Et je n’aime pas quand tu t’énerves… !
— Nous sommes faits pour nous entendre, dans ce cas !

Eugene Beckett étant responsable, et parfois même concepteur, des Portoloins du Ministère de la Magie, il put leur en fournir un. Ce dernier arborait la forme d’une roue de vélo que le père d’Emeric avait trouvé sur l’une des falaises et avait stocké dans son appentis, là où s’amassaient des centaines d’objets moldus improbables et abandonnés dans le but d’en faire des Portoloins. La plupart de ceux créés en Grand-Bretagne provenaient de chez lui.
Aussi, avec l’horaire adaptable de celui qu’Eugene leur fabriqua, Kate et Emeric partirent sans stress sur Paris, bien que la jeune fille appréhende leur moyen de transport. Elle avait tenté d’expliquer à Eugene pourquoi elle refusait de passer le permis de transplanage, qu’Emeric avait obtenu en septembre, dans sa version accélérée, étant le benjamin de sa classe. Le Serdaigle avait toujours respecté le souhait de sa petite amie de ne pas recourir au transplanage et n’avait jamais essayé de lui faire changer d’avis.
La roue de vélo les emmena dans une rue encore peu fréquentée en cette matinée froide de décembre. Emeric la posa contre un mur, la tête levée vers les hautes bâtisses de cette rue étroite et pavée, pendant que Kate sortait la carte magique de son antique sac à dos mauve qui l’accompagnait depuis plus de huit ans.

— Cours St André, lut-elle sur un panneau bleu. Et le point sur la carte m’indique que Maggie et Terry nous attendent… à la fontaine St Michel !

Ils crapahutèrent dans les ruelles de Paris, main dans la main, la buée collée à leurs lèvres entrouvertes de stupeur. Ils traversèrent le boyau cerné de troquets qui se préparaient déjà à l’assaut des touristes pour midi. Les murs, les passages sous des arches ou autres petits tunnels étaient décorés de guirlandes lumineuses et de boules de Noël. Pour Kate, cela lui faisait chaud au cœur malgré les températures glaciales de ce début d’hiver. Elle en avait besoin… Ses doigts se serrèrent autour des doigts d’Emeric.
Ce dernier le remarqua alors qu’ils remontaient le boulevard St Germain.

— Kate ? Tout va bien ?
— Je suis juste… rassurée.
— Rassurée ? À quel propos ?
— D’être avec toi, ici.
— C’est par rapport au cauchemar de cette nuit ?
— Ce n’était pas un cauchemar, Emeric…

Ses pas s’arrêtèrent devant un café et elle jeta un œil apeuré sur l’écran de télévision accroché au-dessus du comptoir sur lequel défilaient des images de cataclysme.

— C’est la réalité. J’étais là-bas…
— Non, tu n’étais pas là-bas, la corrigea Maëva, derrière elle. Ton Immatériel t’a projetée là-bas.
— Il n’empêche que je l’ai vécu ! se haussa Kate.

Elle se calma immédiatement en se rendant compte qu’elle venait de crier dans le vide. Emeric lui frotta l’épaule avant de la prendre dans ses bras pour la réconforter. Mais cela n’effacerait pas les scènes que Kate avait vu se dérouler. Elle avait pensé avoir atterri dans un rêve paisible en premier lieu : une plage paradisiaque, sous un grand ciel bleu. Les palmiers, la douce chaleur du soleil matinal, des enfants qui jouaient, des baigneurs qui profitaient. Puis, la mer s’était retirée, éloignée si loin qu’elle semblait avoir disparu, ne laissant derrière elle qu’un sable mouillé. L’eau grondait au loin, s’agitait. Alors la vague était arrivée, immense, dévastant tout sur son passage, fauchant les hommes et les arbres. Mais elle n’avait pas bougé, comme insensible à cette force surnaturelle. Les eaux se déchaînaient autour d’elle, l’assourdissant. Elle avait vu des gens se faire emporter, rouler dans les flots desquels ils ne pouvaient plus sortir. Alors, elle avait fermé les yeux, dans l’espoir de se réveiller.
Elle ne pouvait réellement se réveiller ; sa vision avait relaté la vérité.

— On va bientôt arranger ça, la berça Emeric. Bientôt, tu n’auras plus cette malédiction.
— Je hais ces visions du présent… Je les hais ! Je n’en peux plus, d’être connectée à toutes les choses horribles qui se passent dans le monde ! Je n’en peux plus de voir la mort partout ! Et de me sentir si… impuissante.
— Ce n’est pas de ta faute. Tu ne peux pas sauver le monde.
— Mais je ne peux plus voir les choses se produire sans pouvoir agir. C’est… une torture. Je n’en peux plus, de ces visions… Je ne pourrai pas vivre toute ma vie avec.
— Il existe des solutions, Kate, et tu le sais, intervint calmement Maëva. Tu y parviendras. Et tu en seras libérée.

Ils attendirent que Kate soit apaisée pour repartir. Sur leur route, Emeric préféra alors la distraire avec des anecdotes de son cru concernant quelques bâtisses parisiennes et l’histoire de la magie qui baignait ces lieux.
Ils parvinrent jusqu’à la fameuse fontaine St Michel, lieu privilégié pour les rendez-vous entre amis, avant de migrer vers un restaurant ou une place moins fréquentée. Maggie était visible de loin, avant son grand manteau rouge. Terry, plus sobre dans son accoutrement, passait plus inaperçu, au milieu de la foule moldue.

— Bienvenue à Paris ! les accueillit la Gryffondor, ravie, en français. Enfin…

Elle s’était ravisée très vite.

— Dans ce Paris sale et inapproprié qu’est le Paris Moldu ! Je vous rassure, on n’est pas très loin !
— Je trouve ça sympa, commenta Terry. Il y a de la vie. Et c’est très différent de Londres, ou encore de Rome !
— Ça ne reflète plus le vrai Paris, comme il a pu être avant !
— Je crois que tu idéalises beaucoup trop cette ville, ma chérie.
— La décadence, jamais ne cessera.
— Moira avait raison quand elle disait que tu aurais dû faire du théâtre.

Ils se disputèrent gentiment avant que le petit groupe ne prenne la direction des quais. Kate tomba en pâmoison devant l’immense silhouette de Notre-Dame, dont les tours ressortaient avec le ciel bleu de cette froide matinée. Elle se demandait parfois comment les Moldus en étaient arrivés à construire de pareilles bâtisses en l’honneur d’un Dieu sans l’aide de la magie. Emeric l’observa dans sa contemplation et y alla de sa petite histoire.

— Tu savais que c’est un sorcier qui a sauvé l’inauguration de Notre-Dame ?
— Vraiment ?
— Oui. Les portes sont très bien travaillées, le ferronnier avait fait un excellent travail. On pourra aller voir de plus près si tu veux. Certains Moldus disaient même qu’il avait vendu son âme au Diable.
— Ah ? Il était sorcier, le ferronnier ?
— Pas que je sache. En tout cas, le jour de l’inauguration, les portes refusaient de s’ouvrir. Les Moldus ont envoyé de l’eau bénite dessus pour repousser l’esprit du Diable qu’avait rapportée le ferronnier. C’est l’un des spectateurs qui les a ouvertes à distance, fatigué de voir l’ineptie de ces hommes. Un petit coup de « Alohomora » bien placé et discret, c’était bon !
— Certes, mais d’un côté, les Moldus ont dû croire que leur eau bénite a fonctionné !
— Ah ça, après, c’est un autre problème…
— Je me demande à quel point la magie a-t-elle pu avoir un impact sur la religion. Je me pose de plus en plus la question depuis que je fréquente Will. La magie a peut-être fait naître la croyance des Moldus pour quelque chose de… « supérieur », quelque chose qui les dépasse. Et paradoxalement, cette même religion a causé des persécutions terribles à l’encontre des sorciers.
— Tu commences à trop réfléchir, ma chérie.
— Dit celui qui passe son temps à philosopher.
— Hm. Disons que je me base plutôt que les données factuelles. Dans le jargon moldu, on appelle ça la science.
— Je ne sais pas si un jour je me lasserai du fait que tu passes ton temps à me corriger !

Ils en rirent, pendant que le petit groupe s’approchait du point d’intérêt. Maggie s’arrêta entre deux bouquinistes, ces petits stands bâchés qui vendaient des cartes postales vintage, des peintures et autres livres aux pages jaunies.

— C’est ici.

Dans l’ombre de son bras, elle sortit sa baguette magique et tapota la pierre rectangulaire à ses pieds, qui formait le fronton tombant des quais de Seine. Sous le regard de ses amis, un symbole s’illumina d’une lueur argentée.

— Suivez-moi ! leur lança-t-elle, enjouée, avant de marcher dans le vide, disparaissant subitement.

Ils lui emboîtèrent le pas et tous traversèrent la barrière invisible. La chaussure de Kate atterrit sur un pavé et quelques secondes lui furent nécessaires pour intégrer le lieu qui venait d’apparaître à ses yeux.
Un grand pont reliait les deux rives du fleuve. Des bâtisses de style très différent – mais exhibant leurs origines sorcières – se situaient de part et d’autre de la route pavée, qui se serait écroulé sans magie ; telles des plantes tombantes accrochées sur un rayon d’étagère à potions, certains établissements descendaient si bas qu’ils touchaient presque l’eau.

— Le Pont des Merveilles n’est que l’un des quartiers magiques de Paris, expliqua Maggie, qui connaissait bien les lieux. Il y en a d’autres, comme la Cour des Miracles, mais nous les visiterons plus tard ! J’adore cet endroit !
— Les quartiers sont très différents les uns des autres ? s’intéressa Emeric, qui observait les lieux avec le même air ébahi que sa petite amie.
— Le Pont des Merveilles est… plus confortable, dirons-nous ! C’est le point culminant de la mode sorcière, l’épicentre de tous les nouveaux courants dans la matière ! On y trouve des boutiques de prêt-à-porter, des bijouteries, un magasin de balais haute facture, le vendeur de baguettes de la ville, mais aussi des hôtels de luxe, un casino et des restaurants gastronomiques. Disons que la Cour des Miracles, par exemple, est plus… populaire. Des bars, des établissements de spectacle, de cabaret, des boutiques à gadget, des confiseries… Je n’ai pas vraiment eu l’occasion de fréquenter ces lieux.
— Effectivement, je vois très mal tes parents se rendre dans un autre quartier que celui-là ! ne put s’empêcher Terry.

Kate remarqua en effet que les sorciers qu’ils croisaient étaient vêtus de belles robes et de chapeaux sophistiqués, parfois saugrenus, loin des habits conventionnels que l’on pouvait trouver sur le Chemin de Traverse. Cependant, elle ne put s’empêcher d’y trouver une certaine forme de suffisance qui ne lui convenait pas. Elle préféra attarder ses yeux sur quelques vitrines, mais Maggie la pressa, faisant de leur enregistrement à l’hôtel leur première priorité.
Au sommet du pont se trouvait l’établissement de Madame de Montespan. Le nom en lui-même reflétait la prestance de l’endroit. Il fallait gravir de grandes marches en demi-cercle, constituées de marbre blanc, pour parvenir jusqu’à l’entrée en tourniquet en verre, sur lequel étaient gravés le nom et le blason de l’hôtel. La réception était tout à fait somptueuse et correspondait tout à fond aux goûts de Maggie : des cadres dorés, des lustres en cristal, de grands rideaux rouges, un sol carrelé de motifs baroques.

— Qui est Madame de Montespan ? demanda Kate à Emeric, devinant qu’il en savait plus qu’elle à ce sujet, en contemplant l’immense portrait de la dame en question, assise sur un banc dans un jardin fleuri, vêtue d’une faste robe.
— Une sorcière du XVIIème siècle, la maîtresse la plus célèbre de Louis XIV, le roi de France à l’époque. Elle a ensorcelé la cour et a fait consommer des philtres d’amour au roi. Certains sont même allés jusqu’à dire qu’elle faisait de la magie noire. Mais c’est controversé… Elle lui a donné sept enfants. Ceux qui ont développé des signes de magie ont été officiellement déclarés comme morts. C’était courant à l’époque que les enfants décèdent avant leurs dix ans. Mais Madame de Montespan a envoyé ceux qui ont commencé à utiliser des pouvoirs de sorciers loin de la cour, car elle savait cela très dangereux pour eux. Parmi les sept, quatre étaient des Cracmols et ont vécu parmi les Moldus. Madame de Montespan était une sorcière très ambitieuse, orgueilleuse aussi, mais elle a prouvé à beaucoup de sorciers que l’on pouvait réussir parmi les Moldus. Même si elle a manqué d’être révélée avec ce qui, à l’époque, a été appelé « l’Affaire des Poisons ».

Maëva, qui écoutait attentivement les anecdotes d’Emeric, ne put s’empêcher d’intervenir :

— Et après, c’est moi que l’on désigne comme une affreuse sorcière égoïste, orgueilleuse et avide de pouvoirs. Je me permets de reprendre l’expression que tu emploies quelquefois, Kate, mais c’est du « foutage de gueule ».

La jeune fille adressa des yeux ronds à la druidesse et Emeric comprit :

— Qu’est-ce qu’elle a dit ?
— Des choses qui la dépassent !
— Il faut bien vivre avec son temps, non ? Même si je ne saisis pas toujours les subtilités de ce langage utilisé par la jeunesse.

Pendant ce temps, Maggie se présenta à l’accueil non sans satisfaction : elle avançait en terrain conquis. Au comptoir, le sorcier moustachu qui leva la tête la reconnut immédiatement :

— Mademoiselle Dawkins. C’est un plaisir de vous recevoir aujourd’hui dans notre établissement ! J’ose espérer que vous avez fait bon voyage.
— Les portoloins ne valent pas les carrosses, mais que voulez-vous !

Ils rirent tous les deux, d’un rire pédant qui fit hausser les sourcils de Terry d’amusement. Il était complètement étranger à ce monde dont il avait extrait Maggie.

— J’ai réservé deux suites pour trois nuits, pour moi et mes amis.
— Suites ? s’étrangla Kate, plus loin.
— Oui, bien sûr, j’ai bien reçu votre hibou de réservation et vous ai attribué les chambres habituelles.
— Vous êtes un trésor, Alphonse.
— J’ai d’ailleurs pensé à vous le mois dernier. Vos parents nous ont fait l’honneur de leur visite à l’occasion du Salon du Balai et de ses Accessoires.

Immédiatement, Maggie se raidit :

— Je n’ai plus de contact avec mes parents, hélas.
— J’ai eu l’occasion d’en entendre parler, regretta le majordome de l’établissement.

Dans quelle version, Maggie peina à y penser et grimaça. Le sorcier la rassura aussitôt :

— Mais ce ne sont pas mes affaires, mademoiselle Dawkins ! Vous serez toujours la bienvenue ici. Après tout, vous êtes l’une de nos plus fidèles clientes ! Vous veniez alors que vous ne marchiez même pas !
— Vous savez vous montrer si magnanime, Alphonse !
— À votre service !

Il leur transmit alors deux clés de bronze, aux finitions détaillées.

— Vous connaissez le chemin.
— Oui, merci !
— Des bagages à transporter dans vos chambres ?
— Je sais encore monter mon sac à dos moi-même, merci ! râla Kate à voix basse.
— Ça devrait aller ! Merci bien.

Il fallait ensuite descendre de grands escaliers en marbre. L’établissement disposait d’une grande salle de restauration, au premier sous-sol, avec une baie vitrée qui donnait sur la Seine et les quais. Les chambres débutaient à l’étage inférieur.

— Voici la vôtre !

Quand Maggie ouvrit la porte de leur suite, Kate et Emeric ouvrirent de grands yeux écarquillés face à tant de luxe. De nouveau, une grande fenêtre, juste en face du lit, offrait une vue imprenable sur la façade de Notre-Dame.

— Bon. Ce n’est pas la tour Eiffel, mais l’hôtel a ouvert avant l’exposition universelle. Ils ont pris position à partir des anciens bâtiments !
— Ce… ça sera parfait, Maggie, ne t’en fais pas !
— À la bonne heure ! On va prendre possession de la nôtre, on se retrouve dans une heure devant l’hôtel ?

Elle n’attendit pas leur confirmation pour refermer la porte. Un temps, Emeric et Kate se dévisagèrent, avant d’explorer les lieux.

— C’est un autre monde, souffla Emeric en examinant une petite boîte ciselée en nacre et en ébène, posée sur la table de chevet.
— J’en avais déjà eu un avant-goût à Thinkshold, dans l’ancien manoir de Maggie. Mais crois-moi, je n’y suis pas habituée ! Et j’espère ne jamais m’y habituer.
— Tant mieux pour toi, intervint Maëva. Une fois qu’on y goûte, souvent, c’est difficile de s’en défaire.

Sur l’une des commodes, un journal avait été mis à leur disposition. Une impression spéciale du quotidien français – intitulé le Cri de la Gargouille – qui se traduisait automatiquement dès que des yeux non francophones se posaient dessus.

— « Conducteurs de carrosses : le mouvement de grève continue », lut Kate. Bienvenue en France !

Elle s’en empara pour consulter l’encadré par curiosité :

— « Trois semaines de mobilisation maintenant pour les conducteurs de carrosses, l’un des plus grands réseaux de transports sorciers français. Les représentants estiment que leur prime de risque n’est plus assez élevée face aux dangers que représentent les avions moldus, de plus en plus nombreux dans le ciel de France. Des centaines de sorciers se retrouvent bloqués partout en France, malgré les autres moyens mis à leur disposition. Consultez le sondage en p.3 des transports magiques préférés des sorciers. »
— C’est vrai qu’on n’a pas beaucoup de carrosses, en Angleterre, à part ceux des Sombrals à Poudlard. D’un côté, ça a été largement démocratisé en France il y a quelques siècles, avec la sorcière qui a aidé Cendrillon. La mode n’a pas tardé à apparaître, c’est devenu une institution ici ! Il paraît qu’ils ont même un concours de métamorphose d’objets en carrosse, dans la Loire, tous les ans.
— C’est fou…

Ils prirent leur temps d’investir les lieux avant de sortir et d’attendre Terry et Maggie.

— Je propose qu’on se sépare pour visiter, suggéra le Poufsouffle.
— Ah bon ?
— Ce n’est pas pour vous donner mauvaise réputation, les filles, mais je n’ai pas spécialement envie de courir de boutique de fringues en boutique de fringues. Tu devrais y aller avec Kate, ma chérie. Emeric et moi, on peut aller se promener ailleurs pendant ce temps.

Kate dissimula sa grimace ; elle aurait préféré mille fois visiter les bâtisses anciennes de Paris plutôt que de faire du shopping de luxe. Mais elle accepta de faire cet effort pour sa meilleure amie, qui parut être aux anges une fois qu’elles approchèrent toutes les deux des premières vitrines.
Pendant ce temps, Emeric suivit Terry, qui avait l’air d’avoir une idée bien précise d’où il allait :

— Tu veux aller voir quelque chose ? demanda le Serdaigle, curieux.
— Clairvoyant comme tu es, je pense que tu vas vite comprendre, lui sourit Terry.

En effet, lorsqu’ils arrivèrent à destination, il ne fallut que quelques secondes à Emeric pour deviner les desseins de Terry.

— Tu vas… ?
— Oui. Et je compte sur toi pour garder le secret. D’accord ? Pas même à Kate ! Je le lui dirai moi-même.

Emeric hocha la tête et suivit Terry quand il entra dans la boutique.

*** *** ***

La journée passa extrêmement vite pour les deux duos, qui se retrouvèrent en début de soirée pour se rendre à la Cour des Miracles. Maggie était revenue avec quatre sacs de prêt à porter et de chaussures en tous genres. Elle s’était même acheté le dernier genre de chapeau à la mode. Kate s’était simplement rabattue sur un foulard violet qu’elle avait trouvé à son goût, juste pour donner l’impression à Maggie qu’elle ne dévalisait pas les magasins seule.
La Gryffondor refusa d’office d’emprunter le métro moldu pour rejoindre Montmartre, mais se rendit compte rapidement de la longue route qui séparait les deux endroits. Un compromis fut fait en empruntant le bus. Au terme d’une petite montée d’escaliers, il suffisait de passer sous une statue pour rejoindre la fameuse Cour des Miracles. Aussitôt le soleil avait-il disparu qu’il avait été remplacé par des animations de rue, avec des cracheurs de feu et des acrobates sorciers qui faisaient étalage de leurs prouesses.
Ils prirent une bièraubeurre sur la terrasse d’un troquet en appréciant les spectacles, avant de se diriger avec un restaurant à la belle décoration art nouveau. Maggie ne lésina pas sur les moyens et leur fit découvrir des perles de la gastronomie française. Mais au-delà de ces découvertes, ils passèrent un excellent dîner. Ils parlèrent de Poudlard, de Beauxbâtons, du tournoi, de leurs amis. Parfois, les discussions dégénéraient en fous rires. Puis, à la fin du repas, ils apprécièrent de nouveau les concerts de rue et autres démonstrations sensationnelles de sorcellerie.
Au terme de leur soirée, ils rentrèrent en bus. Debout autour d’une barre, Kate et Emeric commentaient les différents arrêts, parfois reliés à des événements sorciers, pendant que Maggie s’endormait sur l’épaule de Terry, qui voyait défiler à la fenêtre les rues parisiennes.
Une fois rentrés chez Madame de Montespan, ils rejoignirent leurs chambres respectives. Déshabillée, Kate, à genoux sur le lit, contemplait les éclairages sur Notre-Dame. Emeric la rejoignit en sortant de la salle de bains et s’approcha en douceur, caressant ses épaules pour dégager sa chevelure. Puis, il enroula ses bras autour d’elle et apprécia la vision de la cathédrale, jusqu’à ce que Kate rompe le silence :

— J’ai l’impression de vivre dans un rêve.
— Moi aussi.
— Tu sais… quand j’étais petite, quand c’était la guerre, quand j’étais dans cette cave… j’étais persuadée que je n’en sortirai jamais. Que j’étais vouée à mourir. Ou au mieux, à continuer de vivre comme une survivante. La guerre s’est peut-être terminée, mais mon esprit ne s’est jamais reposé. Il est toujours sur le qui-vive. Pessimiste, alerte. Nous sommes des enfants de la guerre. Et d’autres générations vivront peut-être les mêmes moments merveilleux que nous, sans saisir la chance qu’ils ont. Peut-être qu’un jour, les gens se plaindront de tout, alors qu’ils n’ont jamais su ce qu’était le vrai malheur.
— À chaque génération ses propres combats, la raisonna Emeric.
— Mais quand je vis ces moments, je me dis que… oui. En dépit de ma malédiction, je vis quelque chose d’incroyable. À une époque, je n’osais même plus rêver de ces instants de bonheur. Mais maintenant, je me dis que c’est possible.

Les lèvres d’Emeric percutèrent l’angle de son cou et elle laissa un frisson la traverser.

— Alors, faisons en sorte de le prolonger…

***
Note de fin de chapitre :

VOILA !

J'espère que ce chapitre à propos du Paris sorcier vous a plu. Ce n'est pas exactement la version des Animaux Fantastiques, mais à vrai dire, j'avais imaginé la mienne avant la sortie du film. Je ne voulais pas la changer par influence... J'ai juste adapté la Cour des Miracles avec l'histoire de la statue, à la limite. Mais Paris sorcier restera surtout le Pont des Merveilles !

Tout va bien de mon côté ! Ca écrit, et pas seulement LMA. J'ai d'autres romans à poursuivre. Pour ceux qui se posent la question : non, je ne serai pas au Salon du Livre de Paris cette année, mille excuses.

Vous pourrez cependant me retrouver en dédicaces au Hero Festival de Grenoble, les 6-7 avril ! Si vous êtes dans le coin, passez me faire un coucou !

Je vous dis à tout bientôt pour le prochain chapitre, qui signe la fin de cette parenthèse de bonheur, retour à la dure réalité. Avec des rites toujours plus dangereux et... de grandes révélations !

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