Cette histoire commence en 2003, dans le salon d’un vieux couple de Londoniens. Plus précisément un 24 décembre. Il n’était pas loin de minuit.
Maureen leva les yeux de l’assiette qu’elle essuyait avec un torchon à carreaux. Son mari, Bob, seul dans le salon, lisait un quotidien. Elle poussa un petit soupir de contentement, puis retourna à son assiette. Cela faisait plus d’une trentaine d’années qu’elle était mariée ; comme on pouvait s’y attendre, la routine s’était installée. Mais ça ne la dérangeait pas.
Elle était tout de même un peu triste que sa fille unique n’ait pas pu venir pour le repas de Noël. Mais celle-ci avait malheureusement déjà prévu de le fêter chez ses beaux-parents ; du coup, elle et son mari s’étaient retrouvés seuls, une fois de plus.
Ses pensées glissèrent alors vers sa voisine de palier, Mrs. Andres, une vielle dame qui logeait là depuis quelque mois. Elle, elle avait dû passer un Noël encore plus déprimant, encore plus seule, dans son petit appartement. Maureen avait vaguement songé à lui proposer de dîner avec elle, mais à peine en avait-elle parlé à son mari qu’elle avait réalisé qu’après tout, ce n’était peut être pas une si bonne idée. Malgré le fait que personne ne vienne jamais rendre visite à Mrs. Andres, la vieille voisine était toujours souriante, ses yeux pétillants de malice ; et dans l’immeuble, tout le monde affirmait que ce n’était qu’une vieille folle. Ses phrases étaient énigmatiques, disait le mari de Maureen, comme pour l’excuser. Elle pensait plutôt qu’elles n’avaient aucun sens.
Et puis, trois jours plus tôt, elle avait réalisé que ces rumeurs au sujet de la folie de Mrs. Andres n’étaient peut être pas que des rumeurs. Maureen était sortie sur le palier pour ramasser le courrier. La porte en face de la sienne s’était ouverte au moment où Maureen se penchait pour ramasser ses lettres (des factures, pour la plupart), et le visage souriant de Mrs Andres était apparu dans l’entrebâillure de la porte. Maureen eut vaguement l’impression que Mrs. Andres l’attendait. Derrière la vieille dame, Maureen parvenait à voir l’appartement de sa voisine… qui avait l’air vide. Quel genre de personne vit dans un appartement vide en plein cœur de Londres, après y avoir vécu six mois ?
« Bonjour, Maureen ! Belle journée, n’est-ce pas ? s’enjoua-t-elle.
Maureen n’avait pu s’empêcher d’avoir l’air étonnée. Il pleuvait dru, ce matin-là. Et puis, comment savait-elle son prénom ?
« Euh, oui, si on veut. »
Elle aurait bien voulu mettre un terme à cette conversation déjà étrange au bout de deux phrases, mais la vieille voisine reprenait déjà, d’un air soucieux :
« Je suis désolée, mais je crains de gâcher quelque peu votre Noël.
- Pourquoi donc ?
- Les jours sont comptés. Tout ce que je vous demande, c’est de prendre soin de la petite
Ginger Enderson…
Et, sans cérémonie, elle avait claqué sa porte.
Etonnée, Maureen avait fixé un long moment l’endroit où se situait Mrs. Andres quelques secondes plus tôt, se demandant ce qu’elle voulait dire par là. Et puis finalement, elle avait haussé les épaules. Elle devait perdre la boule, sans doute. Pauvre vieille femme, avait pensé Maureen.
En rentrant chez elle, elle lança sans ménagement son courrier sur une table basse du salon en se disant qu’elle avait vraiment bien fait de ne pas l’inviter pour ce Noël.
Mais maintenant, en train d’essuyer sa vaisselle, elle se sentait triste pour la vieille voisine. Après tout, Mrs. Andres vivait ses dernières années, peut être même ses derniers mois. Elle méritait bien un peu de compassion. Maureen réalisa alors qu’elle essuyait la même assiette depuis dix bonnes minutes. Elle la reposa lentement sur une pile de vaisselle propre et se tourna vers son mari :
« Je vais vois si Mrs. Andres a besoin de quoi que ce soit. »
Un peu étonné, Bob leva la tête de son journal, puis acquiesça en grognant et retourna à sa lecture.
Plus tard, Maureen dirait qu’en enfilant ses chaussures, devant la porte d’entrée, elle avait eu un mauvais pressentiment. Toujours est-il qu’en ouvrant sa porte, elle resta bouche bée pendant une bonne trentaine de secondes. Mais après tout, on peut excuser Maureen. Peu de gens réagissent rapidement face à une situation semblable à celle qu’elle vivait. Une grande majorité ne se met pas à hurler, comme on le croit, mais reste silencieuse. Les informations n’arrivent plus à accéder à leur cerveau, tout simplement.
Maureen devait faire partie de cette catégorie de population, car fut incapable d’esquisser le moindre geste, incapable de formuler dans son esprit la moindre pensée cohérente. Elle ne put que regarder les longues flammes silencieuses qui léchaient la porte de Mrs. Andres.
« Chérie ? » s’enquit Bob, inquiet de ne plus la voir bouger depuis un bon moment.
Maureen ne répondit rien, fascinée.
Bob se leva de son fauteuil et passa derrière sa femme. Sa mâchoire se décrocha quand il vit ce que sa Maureen regardait avec tant d’insistance.
Ils restèrent une bonne minute à fixer l’incendie.
Dans la tête de Maureen, le silence régnait. Elle entendait vaguement l’horloge faire « tic-tac » dans le salon, mais à par ça et le crépitement léger des flammes, rien. Les flammes se mouvaient avec élégance et légèreté, comme des voiles agités par une brise légère.
Enfin, un long hurlement de bébé la fit réagir.
Ca venait de chez Mrs. Andres.
Maureen se retourna brutalement et bouscula son mari sans s’en rendre compte, et sans qu’il ne semble s’en rendre compte lui non plus. Elle décrocha le téléphone et composa le numéro des pompiers.
L’appartement de la vieille voisine avait été complètement carbonisé. Rien ne restait, aucun meuble, tout avait disparu dans de grands tas de cendre. Le corps de Mrs Andres n’avait même pas été retrouvé. Maureen frissonna en l’apprenant de la bouche des pompiers. Mais ce qu’elle apprit par la suite l’étonna plus encore.
« Le bébé, en revanche, était intact. La petite n’a rien eu.
- Un … un bébé ? Quel bébé ?
- Vous ne saviez pas que Mrs. Andres gardait un bébé chez elle ?
- Non, je… je ne m’en serai jamais doutée. Je croyais qu’elle n’avait pas de famille. Intacte, vous dites ?
- Oui. Le berceau dans lequel elle était, lui aussi, était intact. On dirait de la sorcellerie, vraiment !
Maureen frissonna. De la sorcellerie. Etait-ce vraiment de la sorcellerie ?
- Vous avez une idée de l’identité du bébé, madame ? ajouta-t-il.
Elle s’apprêta à lui répondre par la négative, mais se rappela d’un détail juste avant.
"Les jours sont comptés. Tout ce que je vous demande, c’est de prendre soin de la petite Ginger Enderson…"
Les jours sont comptés. Mrs. Andres savait-elle que le jour où elle prononçait cette phrase précédait de peu les derniers jours de sa vie ? Et… la petite Ginger Enderson. Se pourrait-il que… ?
- Oui, répondit-elle finalement. Je pense qu’il s’agit de Ginger Enderson. Mrs. Andres m’en avait vaguement parlé, il y, a trois jours…
Le pompier hocha la tête, puis eut subitement l’air très gêné.
- Qu’y a-t-il ?
- Eh bien, fit le jeune pompier en rougissant. Je sais que ce serait trop demander, mais on peut toujours espérer… Votre voisine, on ne sait pas trop d’où elle sort, et elle n’avait aucune famille. En fait, on ne sait rien d’autre d’elle que son nom de famille. Et… on ne sait pas à qui confier la petite.
Il se tut, puis repris précipitamment :
- Elle n’a que quelques jours, la pauvre, et ce serait quand même triste de la mettre dans un orphelinat à un âge pareil. Elle ne serait pas bien traitée… C’est Noël, et je me demandais si… vous voudriez bien vous occuper d’elle… Peut être juste pour un temps…
Maureen réfléchissait depuis que le pompier était parti. Elle avait dit qu’elle penserait à sa proposition, et le rappellerai quand elle aurait pris une décision.
S’occuper d’un enfant ? Avec la retraite de son mari, ils avaient juste de quoi vivre à deux. Elever un enfant dans une situation précaire n’était pas une bonne idée. Non, ce n’était pas la solution. D’un autre côté, elle s’en voudrait de faire de la vie de la petite Ginger un enfer en l’envoyant dans un orphelinat.
Distraitement, elle jeta un œil au courrier qu’elle avait reçu il y a trois jours. Pour la plupart, il s’agissait de factures. Son regard s’égara sur une enveloppe un peu jaunâtre, comme vieillie par le temps, écrite à son nom. Etonnée, elle l’ouvrit et en sortit un tout petit papier, sur lequel une écriture penchée, qui semblait venir d’un autre siècle, disait :
Pour l’éducation de Ginger à Hestia.
Hestia, c’était l’école pour filles où Maureen avait envoyé sa propre fille, avant d’apprendre qu’elle devrait la transférer à Poudlard. C’était un très bon pensionnat, qui accueillait des enfants de tous les âges. Mais c’était surtout un pensionnat très cher.
L’enveloppe n’était pas encore vide. Maureen en sortit un chèque. Ses yeux s’exorbitèrent quand elle en vit la valeur. Largement de quoi payer la scolarité de n’importe quelle petite fille à Hestia, songea-t-elle, au moins jusqu’à l’âge adulte. La réponse à la question que se posait Maureen était donnée par cette lettre. Pour une raison ou pour une autre, Mrs. Andres avait décidé de mettre la petite fille dans ce pensionnat, mais n’avait pas eu le temps de faire les démarches nécessaires pour l’y inscrire. C’était donc à elle de s’en occuper.
Lentement, Maureen souleva le combiné du téléphone pour appeler l’institut Hestia.
Trois jours plus tard, Maureen, exténuée, s’affalait dans un fauteuil de son salon. Elle en avait enfin fini avec l’inscription de Ginger Enderson. Elle avait préféré ne pas en parler à son mari. Ni à qui que ce soit d’autre, en fait. Elle ne savait pas vraiment pourquoi. Peut être parce que la lettre que Mrs. Andres avait envoyée n’était destinée qu’à elle seule ? Peu importait, maintenant que tout était fini. La vie allait reprendre son cours normal, et elle allait pouvoir oublier l’affreux incendie qui avait eu lieu quelques jours plus tôt à peine. Elle pourrait définitivement oublier le sourire joyeux de Mrs. Andres et l’existence de Ginger, le bébé rescapé des flammes.
En soupirant de soulagement, Maureen Granger saisit une assiette déjà propre, et entreprit de la nettoyer.
XXX
DRIIIIIIIIIIIIIIIIIIIING –
Oh non… Pas déjà…
Lasse, j’abats ma main sur le réveil, qui fait alors un « crac » pas très réjouissant.
Ce 21 août 2015, un réveil rejoignit paradis des réveils. Rest in peace, petit réveil.
Je me force à m’asseoir sur le bord de mon lit et fixe le mur en face de moi. Il est d’un blanc un peu bleuté. Un tableau y est accroché. Je crois que ça représente un lac. Ou la mer. Ou une vache. J’en sais rien. Je suis trop crevée pour réfléchir. Finalement, je me lève, et fait un panier en envoyant le réveil décédé dans une corbeille en métal. Ca fait DOONG et les filles du dortoir se réveillent en grommelant.
« Ginger, c’est pas parce que t’es punie que tu dois réveiller tout le monde avec toi », fait remarquer Ashley Hoggs, une de mes adorables camarades de dortoir.
Tout le monde est détestable, à Hestia. Juste avec moi, en fait.
« Et l’esprit de groupe, alors ? », je crie bien fort, pour que celles qui ne sont pas réveillées puissent profiter de ma voix mélodieuse.
Ashley marmonne que je peux me mettre mon esprit de groupe à un endroit anatomique dont elle n’oserait jamais parler devant la vieille Wilson. La vieille Wilson, c’est la directrice de notre cher pensionnat. Ses cheveux gris sont toujours attachés en chignon serré, et ses petites lunettes rectangulaires lui donnent un air sévère. Son corps anguleux la fait ressembler à une araignée. Mais une araignée un peu flippante, quand même. Je ne l’ai jamais vue sans son tailleur noir. On dirait qu’elle n’a rien d’autre. Peut être qu’elle en a des tonnes comme ça, dans son armoire, tous les mêmes. Je n’ose même pas l’imaginer avec autre chose sur le dos. Personnellement, je suis sûre qu’elle dort avec.
Son image colle complètement avec son caractère. Sèche et autoritaire, elle n’aime pas que les choses n’aillent pas comme elle l’a décidé. C’est pourquoi, moi, je l’exaspère particulièrement. Je passe ma vie à faire des bêtises. Mais je suis la seule à en être amusée. Mes camarades me regardent toujours comme une alien, et elles me font régulièrement savoir que je n’ai rien à faire ici.
Effectivement. Je suis orpheline. Je n’ai jamais vraiment su d’où je sortais, d’un incendie paraît-il. Toujours est-il que j’ai atterri ici. On a toujours refusé de me dire qui avait pris en charge mon éducation. Souvent, je songe amèrement qu’il n’aurait pas dû prendre cette peine, qui que ce fût.
C’est ce à quoi ce songe, ce matin, en tachant de coiffer ma tignasse rousse, en vain. Ca fait des années qu’on essaye de discipliner mes cheveux, en vain. Encore quelque chose chez moi qui met la vieille Wilson sur les nerfs. Finalement, je crois que je vais les laisser comme ça, et tant pis si ça plaît pas à la directrice.
Une fois habillée de mon éternel uniforme gris, je frappe trois coups à la porte de Wilson. Deux secondes plus tard, une vois glaciale dit : « Entrez. »
Le bureau est net et bien rangé, il est pratiquement vide. Deux meubles, trois piles de papier nettes, un ordinateur portable dernier cri, et une chaise Louis XV qui supporte la directrice. Ce n’est pas la première fois que je viens ici, et je suis certaine que c’est loin d’être la dernière. A chaque fois que je fais une bêtise, cette vieille chouette s’occupe personnellement de me donner une punition très agréable, et de bon matin. Je suppose que c’est sa façon à elle de s’amuser.
Sadique.
« Bonjour, Madame Wilson.
- Miss Enderson.
Petite pause.
- Vous copierez cinq cent fois “Je ne dois pas essayer d’enflammer la chevelure de l’une de mes chères camarades, pour éviter de créer autour de moi des inimitiés ».
Je ne regrette rien. La tête d’Ashley Hobbs entre le moment où je lui ai fait remarquer que ses cheveux étaient encore plus flamboyants que les miens, ce jour-là, et le moment où elle s’est rendu compte de ce qu’il se passait sur son crâne, c’était vraiment impayable. Ca vaut toutes les lignes de copie que j’ai faites jusque-là.
Je me commence à écrire mes lignes, en silence, sur un petit cahier prévu à cet effet. Je ne pense à rien d’autre. Mon esprit se vide. Je ne dois pas essayer d’enflammer la chevelure de l’une de mes chères camarades, pour éviter de créer autour de moi des inimitiés. Je ne dois pas essayer d’enflammer la chevelure de l’une de mes chères camarades, pour éviter de créer autour de moi des inimitiés…
Je tourne la page pour continuer et je me fige. Ce n’est pas possible, je dois être en train de dormir. Une écriture un peu brouillonne envahit la page. Cette écriture, c’est la mienne, et elle dit « Je ne dois pas essayer d’enflammer… » etc.
Je suis certaine de n’avoir jamais copié cette phrase avant aujourd’hui. Pourtant, incontestablement, c’est vraiment mon écriture. Je feuillette le reste du cahier et en reste bouche bée. Toutes les pages sont pleines de la phrase-punition.
Je ne trouve pas de solution rationnelle pour expliquer ce phénomène. Comment les pages auraient-elles pu se remplir toutes seules ? Peut être que je perds la mémoire, que j’ai déjà fait cette punition… Mais non, la directrice ne me donnerait jamais un cahier utilisé, avec une punition déjà faite. Mais alors comment…
-Miss Enderson, m’interrompt la vieille Wilson.
Surprise, je m’agrippe à mon stylo brusquement. Il se brise entre mes doigts, et l’encre noire se met à goutter sur le bureau bien propre de la directrice.
Oh, oh. Pas bon, ça.
Je réalise alors qu’elle regarde très, très bizarrement mon cahier de brouillon. Elle aussi, elle a vu que les pages étaient déjà remplies. Finalement, elle jette un regard méprisant à mes doigts poisseux avant de planter ses yeux gris acier dans les miens.
Wow. Ce qu’elle a à me dire doit être vraiment très important, si elle se fiche du fait que j’aie complètement salopé son bureau. Je crains le pire.
- Vous savez qu’à la fin du mois, c'est-à-dire dans une semaine, un représentant d’un collège pour filles viendra choisir les nouvelles élèves ici même. Je vous ai dit que, faute de moyens, vous ne pourriez aller dans cette école.
Bien dommage d’ailleurs. J’aurais échappé aux punitions, aux remarques incessantes des autres filles du pensionnat. C’aurait été le paradis, en fait.
- Je vous ai menti.
Cool. Mais encore ?
- Vous ne pouvez pas y aller parce que je refuse qu’un élément de mon pensionnat, sous ma tutelle de surcroît, puisse donner une mauvaise réputation à l’établissement Hestia.
Ah, je ne vous ai pas dit le meilleur ? Comme personne ne voulait de moi, Wilson s’est proposée pour être ma tutrice. Mon responsable légal.
Quelle vie merveilleuse.
- Mais je vous laisse une chance.
Hein ?
Attends. Ca veut dire que je pourrais m’échapper de cet enfer, m’en aller loin de cette vieille furie. Je pourrais me faire des amies, m’habiller comme je veux, laisser mes cheveux faire ce qu’ils veulent. Je pourrais être normale.
Evidemment qu’elle me laisse une chance, à la réflexion. Plus je suis loin d’elle, mieux elle se porte. Et son bureau taché d’encre aussi.
- Si vous êtes exemplaire cette semaine, vous pourrez paraître devant le représentant du collège. Je vous conseille de bien vous tenir. Cette chance ne se représentera peut-être plus. (Elle marque une pause.) Bien, allez en cours, maintenant.
Je n’en reviens pas. Je n’ai même pas fait la moitié de ma punition !
D’un autre côté, je ne dois pas faire de mauvaises farces de toute la semaine aux sales petites garces qui me tiennent lieu de camarades. Ce qui va être très, très dur.
- Bien. Vous pouvez disposer.
Je n’arrive pas à croire la chance que j’ai là. Je vais pouvoir quitter ce pensionnat de malheur et toutes ses Ashley, je ne vais plus voir la tête de grenouille morte de la vieille Wilson. Et le meilleur, c’est que ma punition est terminée alors que j’ai écrit, quoi, une trentaine de lignes sur les cinq cents que je devais faire.
La journée commence vraiment bien.
Maintenant que je suis bien réveillée, je peux me présenter. Je suis Ginger Enderson, et j’ai onze ans depuis le 24 décembre dernier. Mes yeux sont bleus-gris, comme le ciel londonien quand il va pleuvoir, et j’ai des cheveux roux très emmêlés, assez longs, qui ont l’air de hurler « Dieu m’a prise pour une carotte ». Encore quelque chose qui énerve la vieille Wilson chez moi.
Il y a autre chose qui embête la directrice, c’est le fait que je sois systématiquement présente quand des trucs bizarres arrivent. Elle aimerait bien pouvoir m’accuser, mais malheureusement elle n’a aucune preuve. Par exemple, le jour où son bureau s’est renversé tout seul, comme ça, sous mes yeux, alors qu’elle venait de me donner la plus énorme punition de ma vie. J’avais étrangement l’impression d’y être pour quelque chose, mais… on ne peut pas faire tomber un bureau aussi lourd sans le toucher, non ? Ou le jour où l’alarme incendie s’est déclenchée et qu’il s’était mis à pleuvoir dans toute la classe ; c’était le jour où j’ai trouvé mes converses rouges préférées teintes en rose barbie répugnant. Toutes les filles se sont retrouvées trempées de la tête aux pieds…sauf moi. Ce qui est bizarre, vu que j’étais dans la même pièce qu’elles. Etrange, tout ça, hein ? Mais j’ai l’habitude d’être bizarre. Ca fait partie de ma personnalité, ou quelque chose comme ça, je suppose.
Comme je vous l’ai dit, on ne sait pas vraiment ce qui est arrivé le jour de ma naissance. Vraisemblablement, mes parents ont été emportés dans l’incendie qui m’a épargnée, le soir même du début de mon existence sur Terre.
Joyeux Noël !
Je ne sais pas vraiment pourquoi ni comment, mais trois jours plus tard, les pompiers me laissaient ici, entre les mains de la vieille Wilson. Il me semble avoir hérité de pas mal d’argent, argent qu’évidemment je ne pourrais toucher qu’à ma majorité. En attendant, une partie de cet héritage revient tous les mois à Hestia pour payer ma scolarité. Si vous suivez bien, alors vous avez compris qu’en gros, je suis la seule pauvre dans cette école de gosses de riches.
« Alors Ginger, tu t’es bien amusée ce matin ? braille Amber Gordon, la meilleure-amie-pour-la-vie d’Ashley Hoggs.
- Génial, grinçai-je. En tout cas, je te remercie de t’être réveillée avec moi pour me soutenir.
Elle grimaça.
- Vivement la semaine prochaine, quand on changera de collège, fait Ashley. Quand on ne verra plus ta sale tête mal coiffée.
- Oh-là, je me sens hyper insultée, Ashley, je réponds en imitant sa voix ridicule. Mais je n’en serais pas si sûre à ta place.
- Comment ça, tu veux dire que je ne pourrais pas y entrer ? Mais Ginger, qui refuserait la fille du grand industriel George Hoggs ? Si belle, si douce, si sage, comparée à toi ?
Ca va les chevilles ?
- Je ne disais pas ça, Miss Modestie. Juste que maintenant, moi aussi, je suis autorisée à participer à la sélection des nouvelles élèves.
Amber et Ashley blêmirent.
- Co…comment ? Mais… De toutes façons, reprend Amber Gordon d’un air qui se veut plus assuré, personne ne voudra de toi.
- Tu sais très bien que si.
Car contrairement à ces deux abruties qui ne sont capables que de minauder, j’ai d’excellentes notes (même si ça tue les profs de l’admettre), et, quand des représentants du gouvernement viennent prendre le thé avec la directrice, ils finissent toujours tôt ou tard par dire que je suis une « adorable petite fille ». La tête de la vieille Wilson à ce moment là vaut vraiment le détour.
En face de moi, les deux gourdes me regardent d’un air dégoûté. Je leur fais un grand sourire hypocrite et m’exclame : « Bon appétit ! » avant de me lever de table et me préparer pour le premier cours de la journée.
Je pense pouvoir affirmer que cette semaine était la pire de ma vie. Toutes les pensionnaires se sont mises ensemble pour me mettre sur les nerfs, dans le but de me voir faire d’énormes conneries et ne plus pouvoir changer d’école. J’ai été surprise de voir à quel point je pouvais être patiente. Les autres aussi d’ailleurs, et elles ne se sentaient plus de m’insulter, vu que je ne réagissais pas. Toute la semaine, on m’a fait des crocs en jambes, « malencontreusement » fait exploser des cartouches d’encre sur mes copies, et j’ai trouvé un matin mon harmonica tout tailladé.
A l’école, on a chacune le droit d’apprendre un instrument de musique. Tout le monde a choisi piano, flûte, harpe, ce genre de chose. Oui oui, harpe. J’ai pris guitare, mais je n’ai jamais spécialement aimé ce qu’on me faisait jouer. Que des trucs classiques.
Et un jour, sous mon placard, j’ai découvert un harmonica terni, qui n’avait apparemment jamais servi. Forcément. Qui apprendrait, dans une école pareille, à jouer d’un instrument de « bohémien » ? Eh bien, moi. J’ai appris toute seule, et j’ai aussi appris à réveiller les pensionnaires avec des sons très faux et désagréables, surtout de bon matin.
Bref. Mes efforts pour rester patiente ont payé. Aujourd’hui, M.Smith, un représentant du collège pour filles, vient, et je pourrais paraître devant lui.
Je me lève donc plus tôt, ce matin-là, ôtant la vie à un réveil au passage.
J’arrange autant que je peux mon uniforme, et surtout, je me coiffe. Une mèche de cheveux particulièrement mal venue, à l’arrière de mon crâne, a décidé de prendre son envol, mais personne ne lui a expliqué qu’elle devait rester fixée sur ma tête. Du coup, elle est immobile, suspendue en l’air. J’ai vraiment l’air ridicule.
Je m’applique des tonnes de gel, mais rien à faire, elle ne veut pas s’aplatir.
« Mais merde, pourquoi tu veux pas descendre ? » je lui dis en la fixant sur le miroir mural.
Aussitôt, la mèche s’abaisse gentiment, toute seule.
Wow. J’arrive à donner des ordres à mon cuir chevelu.
Appelez moi « La fille qui murmurait à l’oreille des cheveux ».
Nous entrons en classe. Toutes les filles sont bien habillées, bien coiffées, bien propres, et arborent un grand sourire. On s’assoit à nos places. Je suis seule, au dernier rang, comme d’habitude. La leçon commence. On fait de la chimie. Je suis seule pour les travaux pratiques, mais comme je suis bonne élève, je me débrouille très bien sans aide. La plupart du temps, je suis la première à terminer les exercices que la prof nous donne.
Quelqu’un toque à la porte. Tout le monde retient son souffle, et d’une voix un peu tremblante, le professeur dit « Entrez. »
La porte s’ouvre, laissant le passage à la vieille Wilson et à deux hommes. Nous nous levons bien sagement, dans un même geste.
« Mesdemoiselles, je vous présente M. Smith, directeur de Browers, le collège pour filles, et M. Smith, son frère, qui l’accompagne aujourd’hui.
- Bonjours, messieurs, murmure la classe.
- Messieurs Smith assisteront au cours.
Ce qui veut dire que pour ce cours ci, j’ai intérêt à m’y mettre bien sérieusement. Tandis que je réunis les solvants dont j’aurais besoin, j’observe à la dérobée les deux hommes. Ils sont blonds tous les deux, pas vraiment vieux. L’un a une quarantaine d’années, et a l’air terriblement sérieux, avec son costume de marque et ses lunettes en fer. L’autre est plus proche de la trentaine, et … et il me regarde, une lueur amusée dans les yeux.
Gênée, je détourne la tête en piquant un fard monstre.
Les deux hommes se promènent dans les rangs en observant le travail de toutes. Devant moi, Amber et Ashley font n’importe quoi. Leurs tubes à essai vont bientôt exploser, je pense.
« Alors, ça avance ? »
Surprise, je lève la tête. C’est le jeune M. Smith, celui qui a l’air moins sérieux. Je hoche la tête et retourne à mon travail. Il reste un moment, et repart en marmonnant « très bien, tout ça. »
Ca y est, j’ai fini ! Je regarde les solutions que j’ai préparées. Elles sont de toutes les couleurs, du violet au jaune, comme cela était sensé se produire. Je suis fière de mon travail. Les autres sont loin d’avoir terminé. Devant, Amber et Ashley galèrent de plus en plus. Leurs solutions sont bleues et marron. Elles se disputent à voix basse, rejetant la faute sur l’autre.
Et puis soudain, elles se retournent vers moi, une lueur mauvaise dans le regard. En trois secondes, elles me piquent mon compte-rendu et posent le leur à la place.
« Mais… ! » je crie, surprise et outrée.
- Silence ! dit la vieille Wilson d’un ton sévère.
- Qu’est ce qui te prend, Gin-gin ? murmure Ashley, moqueuse.
Je n’en reviens pas. Elles m’ont vraiment piqué mon travail. Elles vont aller à cette école paradisiaque grâce à moi, et je vais rester dans cet enfer, à cause d’elles. Et le pire, c’est que je ne peux rien faire pour empêcher ça. Si je les dénonce, personne ne me croira. Et j’aurai encore moins de chance d’aller à Browers.
Les deux pintades me regardent avec un air victorieux.
Salopes.
Salopes.
Salopes.
Je les déteste. Je vais les tuer.
Je sens vaguement un regard dans mon dos, mais je n’y fais pas vraiment attention. Parce que c’est à ce moment là que mon compte rendu, je veux dire celui qui est sur la table des deux gourdes, prend feu. Littéralement. Amber et Ashley se mettent à hurler.
Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression que c’est moi qui ai déclenché ce début d’incendie. Pourtant, c’est idiot. Comment peut-on déclencher un incendie à distance ?
Mais quand je tourne la tête et que je rencontre le regard du jeune M. Smith, je vois qu’il pense lui aussi que c’est de ma faute. Je vois qu’une foule de sentiments se battent dans ses yeux alors qu’il réfléchit à toute vitesse. Finalement, il fronce les sourcils et se dirige à grandes enjambées vers la vieille Wilson. Il l’emmène en dehors de la salle de classe, alors que la panique se répand à cause du début d’incendie.
Mon avenir est fichu.
« Miss Enderson ? »
Lentement, je lève la tête que j’ai posée contre mes genoux repliés. Je suis sur le lit de mon dortoir, et ça fait une bonne heure que je pleure, de rage et de désespoir. C’est le jeune M. Smith qui me fait face. Il a un air un peu désolé sur le visage.
Ca y est, il va me dire que non seulement je ne viens pas à son école, mais en plus je suis virée d’Hestia. Après avoir dit à la vieille Wilson que l’incendie était de ma faute, je ne vois pas pourquoi elle me garderait. Je vais vivre dans la rue, et je mourrais dans quelques mois, de froid ou de faim. Ma vie est fichue.
Je m’assois sur le bord de mon lit et efface mes larmes avec le peu de dignité qu’il me reste. Puis je le regarde dans les yeux, et attends qu’il se mette à parler.
« Miss Enderson, je dois vous parler de quelque chose d’important. Au sujet de votre orientation.
- Je suis virée, c’est ça ? je dis d’une voix un peu tremblante.
- Non.
Ah. Alors quoi ?
- Je ne vous l’ai pas dit, mais je suis professeur, et pas à Browers. Et je pense que vous allez venir dans mon école.
Une seconde. Il doit vraisemblablement me prendre pour une folle, non ?
- Vous allez m’emmener dans un asile ?
Je ne sais pas si je suis mécontente de m’en aller dans un asile. Tout est mieux qu’Hestia, je pense.
Mais M. Smith éclate de rire. Peut être que c’est lui, le fou.
- Mais non. Je pense que vous avez votre place à Poudlard.
Jamais entendu parler de cette école.
- Normalement, reprend-il, vous auriez dû recevoir une lettre à votre nom au début de ce mois-ci, mais il semble que votre courrier ai été interrompu par votre tutrice.
La vieille Wilson ? Pour quelle raison bloquerait-elle mes lettres ?
- Elle a lu votre courrier, et a refusé, par peur peut être que vous vous rendiez dans cette école-là. Elle a tout fait pour que vous alliez ailleurs. Mais aujourd’hui, je me suis rendu compte que vous étiez faites pour Poudlard… J’ai voulu en savoir plus sur votre situation, et elle a fini par me révéler ce qu’elle avait fait. Elle voulait vous placer ailleurs, avant que la réputation de son établissement ne soit ternie, si les gens apprenaient qu’une pensionnaire d’Hestia devait aller à Poudlard.
Et c’est pour ça qu’elle m’a permis de pouvoir être choisie pour aller à Browers. Je commence à comprendre… Mais il y a encore un ou deux détails pas très clairs.
- Pourquoi ne voulait-elle pas que j’aille à Poularde ?
M. Smith me regarde avec un air très sérieux, et dit alors :
- Poudlard est une école de sorcellerie. Et vous êtes une sorcière, Miss Enderson.
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Info sur l'histoire:
Ceci est ma première fanfic... Prévenez moi si je fais des fautes dans mes textes (je suis une maniaque de l'orthographe) et s'il y a des incohérences.
Et bien sûr... Plein de reviews please !
Bonne lecture :)
PS : c'est toujours un peu énervant de pas arriver à mettre une image sur des visages, nan? Alors si vous voulez voir la tête de mes personnages, vous pouvez toujours venir ici : http://maksstories.skyrock.com
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Note de l'auteur:
Pas beaucoup d'action dans les trois premiers chapitres, désolée... Mais ça viendra bientôt, promis.
Note:
Alors? Reviews please !
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