S'identifier | | Identifiants perdus | S'enregistrer |
Lien Facebook

En savoir plus sur cette bannière

News

79e Edition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 79e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 28 Juillet à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaitre les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A très bientôt !
De L'équipe des Nuits le 08/07/2018 15:32


78e édition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 78e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 16 Juin à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaitre les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A très bientôt !
De L'équipe des Nuits le 11/06/2018 12:57


Assemblée Générale 2018


Chers membres d'HPF,

L'Assemblée Générale annuelle de l'association Héros de Papier Froissé, dont dépend le Harry Potter Fanfiction, est ouverte depuis ce soir 18h, et se terminera le dimanche 10 juin 22h. Les discussions et votes se font ici. Vous êtes évidemment les bienvenus, même sans être inscrit sur le forum !

A bientôt sur un de nos sites, ou lors de cette AG !
De Le Conseil d'Administration le 08/06/2018 20:20


Poussières de Temps


Le quatrième ouvrage des Éditions HPF vient de sortir ! Il s'agit de Poussières de temps, une anthologie qui réunit 16 auteurs sur le thème... du temps.

Les Éditions HPF dépendent de Héros de Papier Froissé, l'association qui gère également Harry Potter Fanfiction, et les bénéfices réalisés sur la vente de ce livre nous permettent entre autres de maintenir ce site. Alors si vous avez envie d'un peu de lecture papier pour changer, n'hésitez plus !
De L'Équipe des Éditions HPF le 08/06/2018 10:08


Sélections du mois


Chers et chères membres d'HPF,

Tout d'abord toutes nos excuses pour l'absence de News le mois passé. Nous avons commencé une réflexion sur les Sélections du Mois que nous ne trouvons pas forcément adaptées aujourd'hui à vous, lecteurs et auteurs sur le site non inscrits sur le forum.

Si vous souhaitez participer au changement de format et nous dire ce que VOUS aimeriez avoir (sur quels critères sélectionner un texte ? comment voter ?) n'hésitez pas à remplir le questionnaire suivant ⬇
Questionnaire : les Sélections du Mois

Votre avis est très important parce que nous n'avons pas l'occasion de l'avoir sur le forum ♥


Félicitations aux textes sélectionnés sur le thème Next Gen : M'aimeras-tu ? de Chalusse, 23 ans plus tard de claravictoria, Secrets, Désirs et Complications de mariye et Bloo pour Bellezza !




Félicitations aux textes sélectionnés sur le thème Résistance : Le murmure des plaines de TennyLunard, Les désirs dérangés 2: Les fatalités de Kana94, Polock pour Une mort très douce, A roar of delight de Clairelittleton, ainsi que Charliz pour son texte Le Travers de l'Homme !



Bravo à ces auteurs et autrices !
De L'équipe des Podiums le 06/06/2018 11:13


Les Nuits Insolites d'HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 6e édition des Nuits Insolites se déroulera le Samedi 2 Juin à partir de 20h. N'hésitez pas à venir vous inscrire !
Les modalités de participation sont disponibles sur le même topic.

A très bientôt !
De L'équipe des Nuits le 24/05/2018 13:11


Ludo Mentis Aciem par Ielenna

[1092 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

Hello mes echidnés ratatinés !

Je suis de retour pour un nouveau chapitre de LMA, il s'agit de l'avant-dernier de la partie V.

Au programme, des petites fugues au clair de lune, du thé bourré de somnifère et du vieux bon rock, comme on l'aime (sauf quand les paroles font un peu flipper).

Bonne lecture !

La vision que Sigrid avait laissée derrière elle avec l’invocation de Skuld ne rimait à rien. Les images défilaient en boucle dans l’esprit de Kate, assise en tailleur dans son lit, Mister Minnows entre ses jambes. Peut-être était-ce des métaphores, des symboles, qu’elle devait tenter de décrypter. Mais la cave de Graveson lui avait semblé si réelle… Elle en frissonnait encore rien qu’à l’idée. Et elle ne sut si elle devait partager cela avec Maggie et Terry. C’était à n’y rien comprendre et elle craignait que cela n’inquiète plus ses amis que ne lui apporte de l’aide.
Quand Kate s’endormit, la silhouette d’Electra restait imprimée dans sa rétine. Comme une ombre qui ne s’efface jamais…



Elle n’en dormit pas de la nuit et apparut, le lendemain matin, dans la Grande Salle, des énormes cernes sous les yeux.

— Ton chat t’a tabassée pendant ti sommeil ? avança Eibhlin, amusée.
— J’ai très mal dormi, grommela Kate en se massant le visage.
— T-t-tu fais des-des c-c-c-cauche-cauchemars ?
— En quelque sorte…
— J’ai un onguent pour ça, si tu veux, proposa Tetsuya. À mettre sur les tempes pour aider à s’endormir. C’est chinois !
— Pourquoi pas, oui…

Nestor préféra aborder les sujets douloureux sans manifester plus de compassion :

— Et donc, c’est la semaine prochaine, tes BUSE ?
— Merci de me rappeler ce détail…
— C’est quoi ton programme, exactement ? s’intéressa Tetsuya.
— Hem… Vous êtes durs avec moi dès le matin. Euh. Lundi, je commence avec les épreuves théoriques de sortilèges, pratique l’après-midi. Pareil mardi pour la métamorphose. Le mercredi… on a botanique et potions. Et astronomie la nuit. Jeudi, histoire de la magie. Et vendredi défense contre les forces du mal, avec pratique l’après-midi. Et toutes les options sont prévues pour la semaine suivante. J’aurai mon épreuve de divination le lundi matin et arts magiques l’après-midi. Et enfin, les créatures magiques pour finir. Je n’ai rien après, heureusement… c’est pour ceux qui ont études des runes, des Moldus ou juridiction sorcière.
— T’as pas d’épreuves de Qouidditch ?
— Ca ne compte pas pour les BUSE.

Eibhlin secoua ses tresses de déception en buvant son gobelet.

— Mais du coup, après, ils vous font quand même chier avec presque un mois de cours ?
— Langage, Teffie.
— Ta gueule, Nessie.
— Ne m’appelle pas Nessie. Leeroy, tout ça, c’est de ta faute.
— M-m-moi ? P-pas-pas du t-tout ! Héhé !
— Des cours de transition pour la sixième année, expliqua Kate. Pour nous aider à choisir nos cours, nos options et nos spécialités, si jamais.
— Je ne savais pas qu’il y avait des spécialités, s’immisça Rose.
— Pour les cours de sortilèges et de potions. Ce sont des cours d’expérimentation. D’après ce que m’avaient dit des gens des promotions supérieures, ça consiste à monter un projet par trimestre. Soit créer ou réaliser une potion ou un sortilège de niveau supérieur.
— Et tu penses en prendre ?
— Ça dépendra de mes notes. Je ne pense pas être assez calée en matière de sortilèges pour ça… Et puis, par rapport à ce que je veux faire, ça ne m’aidera pas beaucoup. Je préfère me concentrer sur les Défenses contre les Forces du Mal.
— Sauf si tu te fais recaler dès les BUSE.
— Merci pour tes encouragements, Nestor…

La réalité était que Kate tentait de camoufler son stress au mieux. Une majorité des cinquième année semblait s’accorder avec elle. Eux et les dernière année avaient investi la bibliothèque à temps plein. Il n’y avait que ceux pour lesquels les examens importaient peu, comme Marvin Ledger, ou encore ceux qui étaient confiants, qui évitaient ces lieux où l’angoisse était telle qu’elle empêchait presque de respirer. C’était le cas d’Emeric, qui préférait étudier un livre de temps en temps dans la Grande Salle. Son rythme de lecture en impressionnait plus d’un. Le Serdaigle était d’autant plus étonnant qu’il parvenait à retenir presque chaque ligne qu’il avait lue sans inexactitude.
Enchantée par cette alternative, Kate l’avait un jour rejoint à la table sous les drapeaux bleu et bronze et lui avait demandé s’il l’autorisait à l’aider dans ses révisions. Ce qu’Emeric avait accepté avec grand plaisir.

— Alors… réfléchit-il en consultant leur manuel de potions. Connais-tu les ingrédients nécessaires à une potion de flammes ?
— Une pierre braisée de dragon, qui soit pillée très finement pour éviter les explosions…
— Bien. Quoi d’autre ?
— Un bouquet d’ellébore et trois gouttes d’essence de racine de cèdre, à distiller à trois étapes différentes, pour veiller à la correcte absorption du mélange.
— Et elle te demandera combien de temps de préparation ?
— Euh… Je… je crois que c’est une heure vingt ?
— À peu près oui. Ça sera plus de l’ordre d’une heure dix. Vingt, c’est si tu traînes un peu. D’accord. Et sur feu doux ou feu fort, ton chaudron ?
— Ah ! Pas trop fort, sinon, il peut s’enflammer ! Ça, je l’ai bien appris… à mes dépens, d’ailleurs !
— Ah bon ?
— Tu as loupé encore un grand moment de ma scolarité. Si Maggie ne m’avait pas tirée en arrière, j’en aurais perdu mon nez et une bonne partie de mon visage !

Ils partagèrent un rire amusé au récit de cette anecdote soulignant une nouvelle fois la maladresse quasi maladive de la jeune fille.

— Allez, demande-moi une autre !
— Kate, ça va aller, la rassura-t-il. Je pense que tu connais tout ! Tu devrais plutôt essayer de te détendre. Ça ne rime à rien de réviser sans fin !
— Mais je n’ai pas envie de louper mes BUSE !
— Personne ne se fait du souci pour toi. À part toi-même… !
— Tu n’aurais pas été à Durmstrang cette année, tu aurais été dans le même état que moi ! Voire pire !
— C’est fort probable, ricana Emeric. La méthode n’était pas forcément très plaisante, mais j’ai gagné niveau confiance en moi.
— Sans blague. Mais bon. Personne ne se faisait de soucis pour toi non plus ! Au niveau des BUSE. Tu vas tous nous laminer !
— Haha ! Hé, il faut bien que le grade d’intello ait des côtés positifs !
— Tu as raison, tu as raison…

Ils se calmèrent un temps, un même sourire sur les lèvres. Et quand leurs regards se croisèrent et s’harponnèrent l’un l’autre, ils surent qu’ils pensaient à la même chose. Qu’ils se remémoraient le temps de leurs retrouvailles. Cela fit rougir Kate, qui se redressa, plus embarrassée.

— Dis voir, je… ça te dirait qu’on se reprogramme des soirées piano ? Comme avant que tu partes ? Il faut que je te montre comment je joue la partition que tu m’as envoyée !
— Avec plaisir ! Ça fait longtemps que je n’en ai pas fait.
— Ah ? Je croyais que tu en avais trouvé un, à Durmstrang.
— Oui, mais le couvre-feu était plus strict. Et on va dire que j’avais d’autres priorités.
— Comme survivre ?
— Bien vu. Donc… oui ! Oui, oui ! Quand tu veux !

Il s’était mis à bredouiller à son tour.

— Après les examens des BUSE, on est d’accord ? suggéra Kate, prudente.
— Oui, ça sera une belle récompense. Enfin, je veux dire… euh. Pourquoi pas vendredi soir ?
— Parfait !

D’un accord tacite, ils commencèrent à ranger leurs affaires pour quitter les lieux et rejoindre les serres de botanique où allait se tenir leur prochain cours. D’autres élèves partageaient les mêmes intentions ; c’était le cas du groupe des garçons de Gryffondor qui prorogeaient le moment en papotant devant l’entrée de la salle. Les remarquant de loin, Emeric se permit un sourire et se tourna vers Kate, qui le questionna d’un regard.

— Tu me permets ?
— De quoi ?
— Si je taquine Griffin.
— Tu n’aurais jamais osé !
— S’il te plaît ?
— Je préfère éviter les problèmes. Et de rouvrir une guerre entre vous deux !
— Je comprends.
— C’est mieux si je reste en bons termes avec lui.
— Tu as encore des sentiments pour lui ? s’intéressa Emeric.
— Je ne sais pas. Je n’aime pas trop qu’il sorte avec d’autres filles. Dont Suzanna. Mais bon… Je commence à me faire à l’idée, je n’ai pas trop le choix.
— Je vois.

Emeric n’avait pas prononcé ses mots sur un ton de reproche, mais bien au contraire, avec beaucoup d’empathie. Et Kate appréciait cette absence de jugement face à sa sincérité.
Quand ils passèrent tous les deux près du groupe, le duo ne manqua pas de se faire remarquer. Tous les Gryffondor étaient évidemment au courant de ce qui avait provoqué l’étincelle quand Kate et Griffin avaient rompu. Cependant, ce dernier ne souffla mot. En effet, Griffin ne faisait pas trop le fier, presque pâle, quand Emeric le contourna, un mètre de distance les séparant. Ils s’échangèrent des regards. Celui de Griffin restait méfiant, celui d’Emeric plutôt amusé. L’un gardait en mémoire la violente agression dans la cour dont personne autre que lui n’avait pu apercevoir, l’autre semblait savourer sa douce revanche. Le Serdaigle, qui avait longtemps paru plus frêle et plus fragile que le Gryffondor, de constitution plutôt forte, semblait aujourd’hui plus grand que son homologue de la maison du lion. Ils apparaissaient désormais sur un pied d’égalité.
Mais malgré ses promesses, Emeric ne put s’empêcher un geste léger et vif sur le côté, sans prévenir :

— Bouh !

Griffin eut un mouvement de recul contre son gré, ce qui fit sourire le Serdaigle, qui ignora les regards indifférents, voire inamicaux, des autres Gryffondor. Kate le tira alors par la manche alors qu’ils s’éloignaient :

— Mais pourquoi tu as fait ça ?! Tu m’avais dit !
— Pardon. Mais… c’est vraiment trop tentant ! Tu n’imagines pas ce que c’est pour moi de faire ça aujourd’hui… !
— C’était vraiment pas malin, gros benêt ! En plus, c’était vraiment immature, venant de ta part !
— Promis, je ne recommencerai plus.
— J’espère bien…
— J’en ai tellement vu, à Durmstrang. C’est pas un rigolo comme Griffin qui va continuer à me faire peur, crois-moi !
— Il n’est pas méchant.
— Non. Tu as raison, Kate. Mais… est-ce qu’on peut admettre qu’il est juste… allez, légèrement stupide ?
— Emeric ?
— Bon, d’accord, je ne dis plus rien, promis !
— Et toi, tu es juste un gros jaloux.
— Mais avoue que voir sa tête était marrant !
— Oui. Ça, je veux bien l’admettre ! ricana-t-elle. Mais préservons son capital cardiaque, si tu veux bien ! J’ai déjà envoyé trop de personnes à l’infirmerie, ici.
— Une de plus. Une de moins.
— Emeric !
— Oui, oui… je sais ! Plus un mot !

*** *** ***

Mais avant les BUSE tant redoutés, tous les élèves de cinquième année devaient dans un premier temps subir leur entretien d’orientation avec la directrice.

— Elle m’a dit qu’il faudra que je mette les bouchées doubles, avait rapporté Terry, pâle en ressortant du bureau de McGonagall. Apparemment, si je veux vraiment me lancer dans la justice magique, je dois encore faire au moins trois années d’études après les ASPIC et je commencerai très certainement par un travail ingrat de paperasses éternelles !
Cela ne rassura guère Kate, qui imaginait déjà les remarques dont elle écoperait. C’est le cœur battant à la chamade qu’elle monta dans le bureau de la directrice de Poudlard quand arriva l’heure de son entretien. Minerva McGonagall était assise dans sa grande chaire, une marée de dépliants multicolores étalés sur le bureau devant elle.

— Miss Whisper, l’appela-t-elle d’un ton neutre, presque rude. Asseyez-vous, je vous prie.

Ce bureau avait toujours été synonyme de mauvaises nouvelles pour Kate. La dernière fois qu’elle y était montée remontait à l’attaque de son père. Légèrement angoissée, elle manipula ses doigts dans l’attente de la fameuse question qu’elle redoutait :

— Dites-moi. Que comptez-vous faire, à la suite de votre scolarité à Poudlard ? Y avez-vous déjà réfléchi ?
— Oui, professeur.
— Eh bien ? Dites, réclama McGonagall, après un temps de silence.
— Je souhaiterai devenir Nettoyeuse.

McGonagall haussa les sourcils, se retenant très certainement de faire remarquer que la petite suivait les pas de son père.

— Vous n’êtes pas sans ignorer les risques qu’implique ce genre de métier.
— Mieux que n’importe qui, je pense. Et les risques… ça me connaît déjà !

Sa plaisanterie, dans l’espoir de détendre l’ambiance, n’eut pas l’effet escompté, McGonagall lui accordant un regard sévère, peut-être légèrement affligé.

— Il vous faudra un « Optimal » en Défense contre les Forces du Mal. Si j’en juge à votre moyenne, ce but est tout à fait atteignable, puisque le professeur Cubbins a évalué votre niveau actuel à un bon « Effort Exceptionnel ». En revanche, je m’interroge davantage sur vos capacités en termes de sortilèges.
— Je suis excellente en théorie, mais la pratique… disons que ce n’est pas mon fort.
— Or, Nettoyeur est un métier de terrain. Vous n’aurez que de la pratique. Les harpies et les spectres de la mort s’intéressent assez peu à la théorie, fit remarquer McGonagall, cassante.
— En effet, professeur.
— Cependant.

Elle soupira, presque contre son gré.

— Vos pouvoirs en intéresseront certainement plus d’un et pourraient devenir un atout. Mais ne pensez pas que tout vous est acquis. Ces examens représentent beaucoup et vous ne devez pas les négliger.
— J’entends bien, professeur.
— Bien. Je suppose que vous en savez déjà beaucoup les études, les grades et les missions de terrain. De par votre père. De ce fait, je n’ai pas à vous retenir plus longtemps.

La courte durée de l’entretien questionna Kate.

— Euh, mais professeur ?
— Oui, miss Whisper ?
— Je… euh. Vous n’allez pas me demander pourquoi j’ose me lancer là-dedans ? Pourquoi je n’ai pas peur de le faire, même si je suis une fille ?
— Ah ? Parce que votre genre doit déterminer ce que vous devriez faire ? trancha McGonagall, le visage fermé.
— Euh, non ! Pas du tout, professeur.
— Vous êtes la seule à décider de ce que vous voulez faire, tant que vous en êtes certaine. Et que vous êtes déterminée à atteindre votre but. Personne n’a à vous influencer. Et certainement pas le fait que vous apparteniez à la gente féminine. Vous aurez évidemment plus d’obstacles que d’autres, mais ils sauront vous endurcir plus que d’autres de vos camarades.

Satisfaite de cette réponse, Kate hocha la tête et quitta les lieux sans réclamer d’autres propos.

*** *** ***

— Vous avez deux heures.

L’examinateur, un sorcier de grande taille à la barbe carrée, fit retourner toutes les copies sur les tables d’un coup de baguette magique et les élèves découvrirent alors leur sujet de métamorphose. Kate dut le relire deux fois, croyant à une plaisanterie face à la facilité des questions sur le thème des métamorphoses d’objets en animaux. Wolffhart les avait habitués à bien pire. Mais ce dernier les avait toujours prévenus qu’il les préparait davantage à un niveau ASPIC que BUSE. Il allait sans dire que seuls de rares élèves très peu assidus allaient échouer dans cette matière.
Le silence régnait en maître dans la Grande Salle aménagée pour les examens. Une quarantaine de tables individuelles avaient été alignées, chacune espacée de deux mètres pour éviter toute tentative de triche. Les élèves étaient disposés selon l’ordre alphabétique. Ainsi dernière, Kate s’était retrouvée tout au fond à droite, à l’exact opposé d’Emeric, au premier rang à gauche. Sur cette même rangée de gauche, Maggie et Terry planchaient sur leurs examens, l’un derrière l’autre. Kate aurait bien voulu voir leurs têtes respectives. Maggie devait se contenter de remplir ce qu’elle savait d’un air assuré, tandis que Terry réfléchissait davantage avant de se risquer dans ses réponses, parfois incertaines.
Derrière Kate, Irina Ivanov la surveillait d’un œil, debout, l’épaule contre un pilier, et consultant un petit grimoire rouge dont les inscriptions sur la couverture étaient en cyrillique.
Les plumes grattaient sur les parchemins. Kate vint rapidement à bout des questions, à tel point qu’elle songea terminer bien à l’avance. Elle avait été moins préparée à l’examen de sortilèges, la veille, bien qu’elle ait retrouvé la plupart des formules. Mais elle était cependant certaine de ne pas décrocher un Optimal dans cette matière. Ce qui était plus probable concernant la métamorphose. Restaient encore à voir les épreuves pratiques de l’après-midi.
Quand le délai fut écoulé, tous les parchemins s’envolèrent en direction du bureau des examinateurs, sans que certains n’aient le temps de terminer leur phrase.

— L’épreuve est terminée. Merci de sortir sans bruit et d’aller consulter le tableau des passages pour cet après-midi qui se trouvent au premier étage.
— Au premier étage ? se plaignit Maggie à voix basse tandis qu’ils sortirent. Ils n’auraient pas pu les placer genre… devant la Grande Salle ?
— Je pense qu’ils veulent éviter les attroupements, supposa Terry, qui remonta la bretelle de son sac sur son épaule, dans un soupir de soulagement. En plus, ça va bientôt être l’heure du repas. Le temps qu’ils réaménagent la salle. Les autres élèves ne vont pas tarder à arriver.
— Vous vous êtes bien débrouillés ? les interrogea Kate en les rejoignant.
— Hem. Bien, le terme ne serait pas correct, mais je m’attendais à pire, admit Terry en se grattant la tête.
— J’ai été un peu désarçonnée par le fait que l’animal choisi soit un macaque, mais ça a été, répondit à son tour Maggie en haussant les épaules.

Les élèves étaient répartis par groupes de quatre l’après-midi, pour leur passage à l’épreuve pratique. Le professeur de la matière les répartissaient ensuite entre quatre examinateurs, dans des loges individuelles, quoiqu’ouvertes.

— Taylor, Tobin – Vince, Edgar – Watson, Jason – Whisper, Kate, les appela Wolffhart en fin de parchemin.

Intérieurement, Kate maudit son père de l’avoir fait hériter d’un tel nom de famille. Toujours dernière, elle semblait désavantagée pour les BUSE car les examinateurs, épuisés par cette longue journée d’épreuves, avaient du mal à tenir leur attention éveillée pour les derniers passages.

— Fräulein Whisper, dirigez-vous vers Herr Pickies, bitte.

En s’avançant, Kate aperçut Hygie qui terminait son épreuve en transformant sa soucoupe de tasse à café en libellule géante. Mister Pickies était un sorcier entre deux âges, les cheveux encore bien noirs, le bouc bien taillé, mais les rides commençant à se creuser aux coins des yeux et de sa bouche. Une étincelle d’intérêt éclaira sa pupille.

— Miss Whisper, je présume.
— Je sais, la cravate donne un sacré indice ! ricana Kate en désignant son accessoire violet.
— C’est un honneur pour moi de vous rencontrer aujourd’hui, bien que les circonstances ne soient pas très plaisantes pour vous. Êtes-vous prête à commencer ?
— Oui, souffla-t-elle en sortant sa baguette magique. Je suis prête.

Durant cette épreuve, Kate dut tour à tour métamorphoser un hérisson en récipient à cure-dents, un ruban en ver de terre et enfin, faire d’un bonnet d’hiver une mésange chantante. À son plus grand soulagement – et même à sa propre surprise – Kate parvint à bout de chaque défi. Sa seule déception fut que sa mésange commença à braire, et qu’elle s’était bien plus ridiculisée encore quand, essayant de se rattraper, l’oiseau avait continué en barrissant.

— Bien, miss Whisper. Ce n’était pas mal du tout, conclut Mister Pickies. Je vous souhaite une bonne journée et peut-être à une prochaine fois, durant cette semaine.

Le remerciant, Kate quitta les lieux, un poids en moins. Les examens étaient finis pour aujourd’hui. Pourtant, en sortant, si Wolffhart avait déjà déserté les lieux, certainement excédé de devoir faire le piquet depuis le début de l’après-midi, elle ne s’attendait pas à ce que quelqu’un soit là pour l’accueillir à la sortie.

— Qu’est-ce que tu fais là ? demanda Kate à Emeric, passant un bref regard au-dessus de son livre des Théorèmes astronomiques indispensables à tout bon élève.
— Je t’attendais ! Je… ça te gêne ?
— Non, non ! Pas du tout ! Au contraire, c’est… c’est très gentil de ta part.

Ils se sourirent et s’éloignèrent des pièces d’examens.

— Comment ça s’est passé ? lui demanda Emeric.
— Oh, plutôt bien. Je n’ai pas fait exploser mon hérisson. Je pense que je m’en suis plutôt bien sortie, ça me réconforte ! Et toi ? Tu as impressionné ton examinateur ?
— On peut dire ça comme ça, grimaça Emeric, pris d’un léger malaise.
— Ah ? Il y a eu un souci ?
— Non, du tout, tout l’inverse.

Kate hocha la tête sans comprendre complètement sa réaction.

— Dis-moi, tu ne m’as jamais raconté ce que tu voulais faire plus tard ? Tu as dit quoi à McGonagall ?
— Que j’aimerais devenir archéologue, lui sourit-il.
— Archéologue ?
— J’ai peut-être pris plus de plaisir que prévu à traduire tes runes et essayer de résoudre le mystère de la porte de Papillombre avec toi, rougit-il.
— Je trouve ça génial ! Et il y a des études ?
— Pas vraiment. Les archéologues sorciers sont trop peu nombreux. Je dois juste passer un diplôme supérieur d’histoire de la magie, en un an. Après, ça sera à moi d’établir mes plans de missions, définir mes objectifs de recherches, où est-ce que je voudrais partir…
— Woh, souffla Kate, impressionnée. Sacré programme ! Mais du coup, ça signifie que tu partiras beaucoup ? Et puis ce n’est pas de tout repos ! Il paraît qu’il y a des créatures très dangereuses qui rôdent dans les pyramides !
— On sera deux, alors !
— Euh, qu’est-ce que tu veux dire ?
— Je… je me suis mal exprimé ! Je veux dire que… toi aussi tu vas avoir un métier assez risqué, avec des missions qui te demanderont d’être absente assez régulièrement.
— En effet, en effet.

La suite des épreuves se déroula d’une manière étrangement sereine pour Kate. Elle sut identifier la plante qu’on lui soumit en botanique en moins de cinq minutes et en énonça les différentes utilisations avec brio, bien qu’elle manqua de se faire mordre par l’une des branches. Elle ne fit pas exploser son chaudron lors de la concoction de son philtre de rétrécissement. La confusion sema davantage le doute en astronomie, quand elle ne comprit pas l’alignement des étoiles sur sa carte avant de se rendre compte qu’elle s’était trompée de constellation.
Elle ne fut pas particulièrement enchantée par son examen en histoire de la magie, seule matière où Terry ressortit avec un sourire ravi.

— Heureusement que Wolffhart nous y prépare d’une autre manière en option juridique !
— Il faut aussi compter que tu es l’un des seuls à avoir eu le courage de relire le cours de Binns ! fit remarquer Maggie.

Puis elle rougit et lui frotta le bras.

— Mais je suis fière de toi.
— Merci, lui sourit-il avant de lui accorder un court baiser.
— Je croyais que vous ne vouliez pas de preuves d’amour en public ? nasilla Kate, amusée.
— Il faut croire que Maggie se décoince !
— Ça va, c’était rien du tout ! répondit la concernée. Tant que je n’enlève pas mon chemisier en public !
— Non. Tu as juste passé une journée sans culotte !
— Whisper ! Il y a des gens ici ! s’affola Maggie, furieuse.

Cela ne manqua pas de faire rire aux éclats ses deux amis, détendant ainsi l’ambiance post-épreuves.
Quant à l’examen de Défense contre les Forces du Mal, il parut si ridiculement facile que Kate retourna trois fois son parchemin pour vérifier qu’ils n’avaient pas caché le véritable énoncé en-dessous. Les différentes questions ne manquèrent pas de la faire sourire :

« Quelles sont les caractéristiques d’un calice ? Comment est-il lié à un vampire ? »
« Expliquez pourquoi les banshees poussent des cris. »
« Comment neutraliser un épouvantard ? »
« Décrivez les différentes phrases d’une transformation en loup-garou. »

Presque toutes la renvoyaient à une situation qu’elle avait plus ou moins vécue, si cela ne lui rappelait pas les récits rapportés de missions par son père.
Aussi, elle rentra à la salle commune sans angoisse le soir, bien que tous ses camarades lui retombent dessus pour savoir comment s’était passée sa semaine d’examens. Puis, sur le coup de dix heures, elle se présenta devant la statue de Cliodna.

— Pouvez-vous me faire sortir ? demanda-t-elle. J’ai une ronde.
— Alors pourquoi prenez-vous votre sac, O’Maëva ? l’interrogea Cliodna, suspicieuse.
— Pour réviser un peu en même temps. Ça m’étonnerait que beaucoup d’élèves soient dehors à cette heure. J’optimise mon temps !

Satisfaite par cette explication, la statue lui ouvrit alors le passage qui lui permettait d’accéder à la surface. Et quand Kate émergea au second étage, elle se félicita en son for intérieur d’avoir hérité des traits de ruse de son Serpentard de paternel. Car elle n’avait pas de ronde à effectuer, encore moins l’envie de réviser en cette fin de semaine !
Elle serra son sac contre sa cuisse. En réalité, il ne contenait pas de livres de cours, mais des partitions. Le cœur de Kate se mit à battre la chamade alors qu’elle suivait les pas qu’elle avait tant effectués l’année dernière, jusqu’à la porte dissimulée de la Salle sur Demande. Quand elle l’ouvrit discrètement, les notes délicieuses du piano aguichèrent ses oreilles.
Emeric lui tournait le dos, éveillant une à une les touches du piano dans une mélodie languissante. Il ne remarqua pas la présence de Kate, qui referma la porte sans bruit, et s’avança à pas de velours, comme irrésistiblement attirée par l’appel de l’instrument. Elle étudia longuement sa grande silhouette de dos. Elle avait l’étrange impression de rêver. Peut-être s’était-elle endormie par inadvertance dans sa chambre, peut-être tout cela n’était-il pas réel.
Pourtant, la musique s’arrêta lentement et la réalité lui retomba sur la conscience.

— C’était très beau.

Surpris par sa voix, Emeric bondit sur son siège en se retournant, mais Kate lui adressa un sourire sincère.

— Je… je ne t’avais pas entendu arriver !
— Désolée ! Je ne voulais pas t’interrompre.
— Il n’y a pas de mal.

Par magie, il ajouta une extension à son tabouret de piano, sur laquelle Kate s’assit. Il y eut un moment de flottement, un moment de gêne.

— J’ai apporté les partitions que tu m’as envoyées, conclut Kate en sortant les parchemins de son sac.
— Parfait ! Tu vas pouvoir me montrer !

Pourtant, à son grand étonnement, elle le lui tendit.

— J’aimerais que ça soit toi qui me le joues. S’il te plaît.
— Tu as peur de le faire ?
— Non. Mais… s’il te plaît, fais-le. J’en ai besoin.
— Très bien.

Sans plus l’interroger, Emeric déposa la partition sur la petite languette puis s’exécuta. La musique était encore plus belle sous ses doigts. Pour Kate qui l’avait jouée quand elle s’était sentie seule cette année-là, elle était aujourd’hui synonyme de joie. De réconfort. De savoir que ce morceau avait été écrit pour elle. Comment avait-elle fait pour rester à ce point si aveugle ? Refusant de voir, ni même de considérer tout l’amour le plus pur qu’Emeric lui portait.

— Ca va mieux ? lui murmura-t-il quand il eut fini.
— Je pense, souffla-t-elle.
— Qu’est-ce qui ne va pas ?

Ce don qu’il avait de deviner ses émotions l’abasourdissait. Elle n’était qu’un livre ouvert face à lui.

— C’est juste que… c’est la pleine lune, ce soir. Et je ne peux pas m’empêcher de penser à mon père.
— Je comprends.
— J’étais avec lui, le mois dernier. Et avec mon oncle. Ça m’a bien aidée, mais je ne peux pas m’empêcher d’être triste pour lui. Parce que c’était de ma faute.
— Ce n’est pas de ta faute, Kate. Tu n’as jamais rien voulu de tout cela.
— J’ai l’impression d’avoir fait des choses terribles cette année. Sans même le vouloir. Je n’en peux plus de blesser les gens autour de moi. J’ai juste envie de vivre.
— C’est le principal. Voir le bon côté des choses. Comme la lune…
— La lune ?
— Elle aura toujours un côté lumineux et un côté plongé dans les ténèbres de l’espace. Et pourtant, c’est toujours le côté lumineux qu’elle nous montre. Plus ou moins grand. Mais même un croissant de lune nous montre qu’il y a toujours un brin de lumière, même dans la nuit la plus noire.
— Je n’aime pas trop la lune, en ce moment, grinça Kate.
— Tu aurais tort !

Un sourire aux lèvres, il se leva et descendit de l’estrade, sous le regard suspicieux de Kate.

— Où tu vas ? l’interpella-t-elle.
— Viens !
— Attends !

Elle rangea ses partitions à la va-vite dans son sac et le rejoignit. Cependant, quand elle l’aborda, elle le surprit en lui proposant sa main, qu’il attrapa avec un sourire un peu embarrassé. Ils trottèrent ainsi, main dans la main, espérant échapper à la surveillance de Miss River et des préfets réellement en ronde ce soir-là. Comme deux enfants en doux délit.
Quand ils arrivèrent à l’orée de la Forêt Interdite, ils ralentirent l’allure et Kate se retourna pour admirer la silhouette du château de Poudlard, les reliefs éclairés par la réverbération de la pleine Lune, épinglée en toile de fond.

— C’est beau, admit Kate avec un demi-sourire.

Puis, après un hochement de tête approbateur, Emeric l’invita à s’asseoir dans l’herbe, à ses côtés. Ils contemplèrent la vue quelques minutes, autant rêveurs l’un que l’autre.

— Poudlard a dû te manquer, quand tu étais à Durmstrang. Non ?
— Oui, un peu. Mais je savais que j’allais revenir.

Il marqua un temps d’hésitation avant de poser une question à son tour.

— Tu m’as dit tout à l’heure que tu avais eu une année difficile. Que tu as blessé des gens. Que s’est-il passé ?
— Je ne sais plus exactement. On m’a… Wolffhart m’a fait oublier. Et c’est sûrement une bonne chose. Je sais simplement que j’ai blessé Griffin avec l’Immatériel. Et je sais aussi, au fond, que c’est à cause de ça qu’on a rompu. Je comprends tout à fait, avec du recul. Qui voudrait sortir avec une fille dangereuse qui blesse son petit ami sans même le vouloir ?
— Kate, c’est moi qui l’ai frappé.

Elle écarquilla des yeux, comme ayant mal entendu. Puis, elle ricana :

— Je sais que tu essaies toujours de me défendre, Emeric. Mais c’est impossible.
— La bulle. Avec le flocon. Tu t’en souviens ?

Comment aurait-elle pu l’oublier ? Elle hocha la tête.

— Je ne sais pas de quelle manière j’ai réussi à faire ça, mais… elle nous liait.
— Tu étais vraiment là ? Quand elle brillait ?
— Oui. Et… je… je me suis emporté. J’étais en colère. Après ce qu’il t’a dit et…
— Je ne veux pas savoir ce que Griffin m’a dit, le coupa Kate.
— D’accord, respecta-t-il. Mais… sache que ce n’était pas toi. Si ça peut te rassurer.
— Oui. Merci.

Elle pivota la tête vers lui.

— Comment tu as réussi à faire ça ? Même les plus grands sorciers ne peuvent pas toujours pousser l’enchantement à un tel niveau !
— Je ne sais pas, Kate ! Ce n’était même pas voulu !
— Tu es incroyable.
— M-merci.

Il y eut un moment de flottement. L’ombre d’un oiseau de nuit scia le rond de lune.

— Il y a eu d’autres choses ? D’autres moments qui ont été difficiles pour toi, cette année ?
— L’attaque de mon père. Et puis, oui, tout ce qui s’est passé avec Griffin.
— Tu veux en parler ?
— Oh, rien d’important…

Elle se demandait si elle pouvait bien lui parler de ça.

— En tout cas, si jamais tu ressens le besoin de…
— J’ai couché avec lui.
— Euh. Ok.
— Comment j’ai pu te sortir ça ?!
— Non, non, mais c’est bon ! Ne t’en fais pas ! Je ne le prends pas mal ! C’est normal ! Tu sortais avec lui.
— Certes…
— Et… ça s’est mal passé ?
— C’est juste que… mes pouvoirs m’empêchent d’apprécier tout ça.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— L’Immatériel est dépendant de mes émotions. Il devient incontrôlable quand je suis furieuse, très triste, ou bien que… voilà.
— Je vois. Et tu l’as aussi blessé sans vouloir à ce moment-là ?
— Non.
— Alors ? Quel est le souci ?
— Je n’ai rien ressenti. Et je sais que de manière générale, je ne pourrai pas aimer vraiment quelqu’un. Ça serait un trop grand risque…
— C’est terrible !

Kate soupira, tandis qu’Emeric paraissait ouvertement scandalisé :

— Comment Griffin a pu accepter ça comme ça ?! Ce n’est pas juste, pour toi !
— Il a été assez patient comme ça.
— Ce n’est pas une question de patience !

La jeune fille se tut face aux propos d’Emeric, prononcés presque avec colère. Il remarqua lui-même qu’il avait haussé le ton et se tempéra.

— Kate. Si un jour… hypothétiquement parlant… si ça devait arriver… qu’il se passe quelque chose entre nous, je n’accepterai jamais ça. Tu dois vivre comme tu es, sans te mentir, sans retenir ce que tu ressens. Si tu es heureuse, je veux le voir, si tu es triste, je veux le savoir. C’est le principal. Tout le reste, ça m’est égal.
— Merlin, je dois répondre quoi face à cela ! éclata Kate, émue et troublée. Je… Tu as toujours été si gentil avec moi.
— Tu mérites que les gens le soient avec toi. Ils ne se rendent pas compte tout ce que tu sacrifies au quotidien, pour eux. Tout ce que tu aimerais faire pour tes proches. Tu vis tellement de choses, et pourtant, tu continues à te battre, à aller de l’avant. Là où beaucoup auraient abandonné. Alors oui… Si je peux être l’un d’entre eux.
— Tu l’es déjà.

Emeric frémit en sentant la main de Kate se poser par-dessus la sienne. Ils échangèrent un regard amusé, puis la jeune fille se pencha.

— À toi. De me raconter un secret.
— Un secret ?
— Tu m’as dit l’autre fois qu’on devait apprendre à se connaître.
— Oui, mais… quel genre de secret ? rougit-il.
— Je ne sais pas. Celui que tu veux.
— J’en ai un, en particulier. Mais… tu me promets de le garder uniquement pour toi ?
— Oui, bien sûr !

Le geste peu certain, Emeric se leva et se gratta la tête. Mais le sourire de Kate éclairé par la lune lui redonna confiance. Alors, sans prévenir, il se retourna et se mit à courir sur la pente descendante de la colline.

— Emeric !

Surprise, Kate se leva et chercha à le suivre du regard, quand sa silhouette changea tout à coup de forme, remplacée par celle d’un grand oiseau. La Papillombre ouvrit la bouche de stupeur en voyant voler dans les ciels noirs ce hibou blanc qui jurait avec l’obscurité, comme si toutes ses plumes scintillaient avec l’éclat de la lune. Puis, ses lèvres se fendirent en un sourire de plus en plus large et elle commença à rire. Un éclat de rire joyeux, émerveillé. Le spectacle était si beau, si saisissant. Tout semblait lui apparaître sous sa forme la plus pure.
Quand Emeric revint après quelques circonvolutions dans le ciel nocturne, il frôla l’herbe avant de reprendre sa forme humaine, ralentissant son atterrissage par quelques pas de courses.

— Tu as appris à être un Animagus ?! Mais… comment ?
— C’est une longue histoire, lui sourit-il en revenant vers elle.
— D’autres le savent ?
— McGonagall. J’ai été obligé, les professeurs de Durmstrang l’ont découvert et ils n’ont pas eu le choix que de le lui annoncer. J’ai dû signer ma déclaration pour rentrer dans le registre, au risque d’être un hors-la-loi. Ce qui ne serait évidemment pas souhaitable… !
— Un hibou. Ce n’est pas comme ton Patronus.
— Il arrive parfois que les deux soient différents.
— Tu penses que je pourrai devenir un Animagus, moi aussi ?

Un rictus se tordit sur le visage d’Emeric.

— Je ne souhaite à personne de le devenir.
— Pourquoi ça ?
— Mes débuts ont été… très difficiles. Très douloureux. Et une fois qu’on est rentré dans le processus, on ne peut pas y ressortir. Je n’aime pas dire ça, parce que nos situations sont différentes, mais c’est comme toi avec ton Immatériel. Les gens autour de toi trouvent ça tellement chouette alors que tu connais le poids qu’il représente, avec lequel tu dois vivre.

Kate hocha la tête : elle comprenait l’image portée par ses propos. Cependant, elle ne préféra garder que les bons côtés de cet instant et préféra en sourire.

— Viens. J’ai quelque chose à te montrer, moi aussi.

Elle lui attrapa de nouveau la main et l’entraîna dans les profondeurs de la Forêt Interdite.

— Tu es sûre que tu sais où tu vas ? lui lança Emeric, peu rassuré, après quelques centaines de mètres.
— Oui, je vais retrouver. Nous sommes proches !

Kate avait l’impression de revivre sa deuxième année, tandis qu’elle traquait les créatures magiques aux côtés de son cousin Eliot. Elle reconnut avec nostalgie ce bosquet de buissons et ralentit le pas à cet endroit.

— Ne fais pas de bruit, lui murmura-t-elle. Suis-moi.

Puis, elle arrondit le dos, se penchant pour avancer parmi les broussailles, tandis qu’Emeric marchait dans ses traces, suspicieux.

— Prank ? Prank ? Tu es là ?
— Euh. Qui est Prank ?
— Chut !

Kate tendit l’oreille en percevant des bruissements proches. Puis un grincement roucoulé. Une lueur bleutée commença à éclairer les petites feuilles grasses et épaisses du buis. Quand surgit une flèche qui se mit à effectuer des tours à toute vitesse autour des jambes de Kate, tout en piaillant d’excitation. De surprise, Emeric marqua un mouvement de recul tandis que Kate préféra en rire.

— Haha ! Oui ! Moi aussi, je suis heureuse de te revoir Prank ! Ça fait si longtemps ! Trois ans, déjà ! Attends, arrête un peu de bouger, je n’arrive même pas à te voir. Ah, oui, tu n’as pas changé d’un poil !
— C’est un…

Emeric s’approcha avec prudence, plissant les yeux derrière ses verres de lunettes.

— C’est un veaudelune !
— Longue histoire aussi, souffla Kate après que la créature lui ait sauté dans les bras. J’ai rencontré Prank pendant notre deuxième année, quand on partait à sa recherche avec mon cousin, les nuits de pleine lune. Prank m’a sauvé la vie !

En effet, sans l’aide salutaire du veaudelune, Kate serait probablement morte sous la baguette d’Eliot, alors contrôlé par Electra.

— Mais… tu arrives à lui parler ? s’interrogea Emeric, fasciné.
— Mon Immatériel influence les créatures de la forêt, expliqua Kate. Je les attire naturellement.
— Tu vois qu’il y a quand même quelques côtés positifs.

Kate lui renvoya son sourire. Un sourire sincère et laissant transparaître sa gratitude. Prank se blottissait contre elle, comblé par ces retrouvailles.

— Et puis, que je sache, les veauxdelune n’apparaissent que les nuits de pleine lune. Si jamais un soir, tu n’as pas le moral à cause de ce phénomène, tu pourras toujours venir voir Prank pour te changer les idées.
— C’est vrai, approuva Kate, qui reposa la créature au sol, mais qui ne cessait de la fixer.

Puis, elle pivota la tête et étira un rictus malicieux à Emeric.

— Viens, approche. Il ne va pas te mordre !
— Ça m’étonnerait ! Les dents principales des veauxdelune sont les molaires, vu qu’ils ne se nourrissent que de végétaux imbibés de rosée de lune ! Et c’est bien connu que les ruminants…
— Arrête tes étalages scientifiques juste deux minutes et viens le voir de plus près ! rit-elle.

Ravalant son savoir, Emeric entama alors une lente approche pour ne pas effrayer le veaudelune qui tourna vers lui ses deux grands yeux globuleux, tandis que Kate l’incitait davantage :

— Tends doucement ta main. Essaie de caresser sa tête. Tu verras…

Ce qu’il fit avec prudence, cependant, il s’inquiéta en constatant que la créature avait vissé ses oreilles sur sa tête, braquées vers l’arrière. Un mauvais signe.

— N’aie pas peur, Prank, le rassura Kate, qui avait également remarqué ce mouvement de recul. C’est Emeric. C’est un ami.

Pourtant, ses mots ne mirent pas l’animal magique en confiance, ses naseaux frémissant. Et quand Emeric tenta de s’approcher encore davantage, accroupi sur le sol terreux et humide de la Forêt Interdite, Prank décampa à vive allure à travers les broussailles sombres et épaisses des bois.

— Tu lui as fait peur ! Tu as été trop brusque ! Ou alors ta tête ne lui revenait pas.
— Non, soupira Emeric, je pense surtout que tu es la seule à pouvoir les approcher ! Tu sais, les veauxdelune ne sont pas connus pour être dociles, à la base ! Ils sont très timides. Cette réaction-là me paraît plus normale que le moment où il t’a sauté dessus ! Mais regarde. Il t’a laissé un souvenir.

Le jeune homme rajusta ses lunettes avant de se pencher pour attraper la touffe de longs poils argentés et brillants accrochés à une branche du buisson via lequel Prank s’était enfui.

— C’est joli, marmonna Kate quand il les lui céda.
— Ça doit venir de sa queue. Il a dû les perdre sans le vouloir.
— Tu penses que ça a des propriétés magiques ?
— Sûrement. Mais c’est vrai qu’on n’en utilise pas en potions. Ça doit être tellement rare d’en trouver !

Kate allait les lui rendre, quand Emeric interrompit son initiative. Cette fois, ce fut de la tendresse qui éclairèrent ses traits marqués par la lueur de la lune.

— Tu devrais les garder.

Alors, il referma les doigts de Kate sur les crins du veaudelune, sans quitter ses yeux des siens.

— En souvenir de cette soirée.
— Merci, Emeric…
— Je… On devrait rentrer.
— Hem, oui, c’est vrai. Je commence sérieusement à avoir froid !
— Peut-être. Je t’avoue que je n’ai plus du tout la même notion du froid après mon passage à Durmstrang !
— Tu m’étonnes ! Hé. Tu crois que si je t’enferme dans un frigidaire, tu survis ?
— D’où tu en es venue à penser à ça ?!
— Je sais pas, ça m’est arrivé comme ça !

*** *** ***


— Vous avez deux heures.

Encore et toujours cette même phrase qu’ils avaient entendu être répétée, jour après jour depuis plus d’une semaine.
La classe à effectif réduit de l’option d’Arts et Magie réagit immédiatement et tous retournèrent leur sujet, sous le regard soucieux de leur professeur, miss Sheencloth, dans un coin de la salle, comme une mère soucieuse de la réussite de ses enfants.
Kate passa en revue la totalité de son examen avant d’y répondre.


« Brevet Universel de Sorcellerie Elémentaire – Option Arts et Magie

La durée de cette épreuve est de deux heures. Cette épreuve étant théorique, toute trace de magie est interdite ; vos baguettes doivent être rangées dans vos sacs, lesquels doivent être posés dans la malle à l’entrée de la salle d’examen. Les plumes orthographiantes ou à réponses intégrées sont interdites, de même que les Rappeltouts, les Manches Copieuses ou les Chaussures à Semelles Mnémotechniques, sous peine d’être convoqué par l’Académie des Examinateurs Magiques.

Question 1 : Quelle est la différence entre un portrait magique et une photographie magique ?

Question 2 : Expliquez le processus de création d’une sculpture ou d’un bas-relief animé. Donnez un exemple de votre choix.

Question 3 : En quoi la littérature peut-elle être considérée comme de l’art ? Développez au moins deux arguments.

Question 4 : Quelle technique innovatrice en termes de peinture magique a été développée lors de la Renaissance et par qui ?

Question 5 : Dans le monde, certaines tribus pensent que les appareils photos capturent l’âme des modèles. Rapprochez ces croyances de vos connaissances et expliquer pourquoi cela serait éventuellement plausible.

Question 6 : Citez cinq artistes sorciers connus du XXe siècle.

Question 7 : À quelle date et à quelle occasion l’utilisation des burins magique a-t-elle été limitée dans le milieu de la sculpture magique ?

Question 8 : Rédigez le synopsis de l’une de vos lectures du programme. Longueur souhaitée : un parchemin. Ne doit pas excéder deux parchemins. »


Kate s’attela alors à ses réponses sans plus attendre tandis que les plumes avaient déjà commencé à gratter autour d’elle. Elle n’avait pas spécialement préparé cet examen par rapport à d’autres matières qu’elle estimait plus prioritaire, mais présagea qu’elle ne s’en sortirait pas trop mal, même si la date de l’épisode des burins fous ne lui revint pas en mémoire.
Sans surprise, Emeric fut le premier de la classe à terminer l’épreuve à une demi-heure de la fin. Après avoir rendu ses rouleaux de parchemin, il sortit par le chemin de table attenant à Kate et cette dernière lui lança un clin d’œil qu’il accueillit en rougissant avant de sortir. Il récolta également dans son dos le regard dédaigneux de Griffin, non loin de là.
Une fois le sablier magique épuisé, tous durent rendre leurs copies.

— Je pense que je m’en suis pas mal sortie ! commenta Suzanna, deux tables plus loin.
— Tant mieux, alors !
— Hé, tu te rappelais de celui qui avait inventé le pinceau à crin de licorne ? J’ai complètement oublié.
— Marcus Percolini ?
— Mince ! Je savais que c’était Marcus quelque chose ! J’ai mis Ravioli ! Je me souvenais juste qu’il était italien. Ça passera !
— De toute façon, c’est fait, c’est fait.
— Tu as raison.

Quand soudain, deux bras attrapèrent la taille de Suzanna par derrière.

— Alors, beauté ? Tu t’assures un optimal ?

La tête d’un Griffin malicieux apparut alors par-dessus l’épaule de Suzanna, qui en ricana d’une voix aiguë, tandis que Kate esquissa un mouvement de recul, camouflant tant que possible son ressentiment, entre dégoût et jalousie.

— Et toi, tu as réussi à t’éviter la mention troll ? répliqua Suzanna.
— Ce n’était pas une matière que j’espérais réussir ou continuer, de toute façon.
— C’est sûr que niveau culture artistique…

Kate ravala ses paroles, présentant que son commentaire n’allait pas être bien accueilli. Mais Griffin passa outre, comme s’il ne l’avait pas entendue. La jeune fille en profita d’une séance de bécotage pour s’esquiver, dépitée, espérant au fond d’elle-même qu’elle n’avait pas renvoyé cette image au temps où elle fut en couple avec le Gryffondor.
Quelqu’un attendait Kate à la sortie de la pièce d’examen, mais cette fois, ce n’était pas Emeric :

— Déjà fini ? s’étonna-t-elle en s’adressant à Terry, qui releva la tête, rêvassant les instants d’avant.
— Oh, oui. Tu sais, nos épreuves étaient décalées.
— C’est vrai.

Kate vérifia du coin de l’œil si Irina Ivanov la suivait, mais l’Auror se faisait discrète, malgré son regard aiguisé. Les élèves l’évitaient habilement dans le couloir. Elle faisait désormais partie du paysage de l’école, mais mieux valait-il ne pas attirer son attention.

— Comment ça s’est passé ? demanda Kate à Terry, toute enjouée, se renseignant à propos de son épreuve optionnelle sur le système juridique magique.
— Plutôt bien ! Wolffhart nous a vraiment bien préparés. Je suis confiant.
— Ça parlait de toi, ton énoncé ?
— Le thème, c’était la place des Moldus au sein des lois sorcières. C’est très d’actualité en ce moment.

Il mentionnait par-là toutes les polémiques au sein du Ministère, desquelles Kate était familière, car concernée de par sa mère. Depuis qu’elle avait intégré un poste plutôt bien placé, Hermione tentait aujourd’hui de faire bouger tout un système ancré dans un traditionalisme ayant du mal à accepter les Moldus au sein de leurs institutions. Ainsi, le droit d’accès à Pré-au-Lard à certains Moldus concernés par le secret avait déjà animé de nombreux débats houleux. Kate se souvenait d’ailleurs avec amertume de l’agression dont avait été victime sa mère, quelques jours avant Noël.

— Il y avait pas mal de questions là-dessus, poursuivit Terry tout en marchant, mais la situation principale, c’était le cas d’un couple mixte. Avec un Moldu et une sorcière, qui divorçaient. En s’appuyant sur les lois, il fallait argumenter qui allait avoir la garde des enfants – sachant que certains n’avaient pas fait encore leurs preuves en matière de sorcellerie – comment séparer les biens avec le changement de valeurs entre sorciers et Moldus, savoir si on laissait le mari qui connaissait l’existence du monde sorcier, et cetera.
— C’est quand même super poussé !
— Ça reste de l’introduction en la matière ! En réalité, ça doit être vraiment plus technique et complexe que ça, mais ça nous oblige à réfléchir.
— Je suis vraiment contente de voir que tu commences doucement à trouver ta voie. Et que ça te plaît.
— Merci, Kate.

Il y eut un temps de silence, suspendu entre deux sourires.

— Moi aussi, je suis ravi de te voir ainsi, marmonna Terry.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Tu es heureuse. Ça se voit.
— Ah bon, tu trouves ?
— Avec tout ce qu’il s’est passé cette année… Tu as eu de grandes périodes de déprime. Et je ne t’en veux pas pour ça ! C’est tout à fait normal. Mais tu sembles… mieux.

Terry n’avait pas tort ; Kate elle-même percevait qu’elle était plus encline à rire, à plaisanter. Peut-être à se rapprocher davantage de celle qu’elle avait été pendant ses premières années : la Kate maladroite et optimiste.

— Si je voulais être plus précis, poursuivit le jeune homme d’une voix plus chantonnante, je dirais que je pense que quelqu’un fait ressortir le meilleur de toi, en ce moment.

Puis, il se pencha vers elle, les yeux pétillant de malice.

— Je me trompe ?
— Tu es incorrigible ! préféra en ricaner Kate, rougissante.
— D’accord, d’accord ! J’arrête de t’embêter avec ça.

Il la couva alors d’un regard plus affectueux, le sourire au coin des lèvres.

— Mais vraiment, Kate. Je suis heureux pour toi. J’aimerais te voir comme ça, tout le temps.

L’épaule de Kate percuta le bras de Terry dans un geste amical.

— En espérant que ça dure alors.
— J’en suis persuadé.

*** *** ***


Pour sa dernière épreuve, celle de divination, Kate retrouva mister Pickies, l’examinateur qui avait évalué ses compétences pratiques en métamorphose. Le sorcier semblait ravi de la retrouver, malgré le mysticisme de la matière qui s’opposait complètement avec la rigueur imposée par la métamorphose. En observant le pot à encens au milieu de la table, Kate devina alors à quoi elle allait avoir affaire : de la capnomancie. Elle inspira une grande bouffée d’air pour se préparer psychologiquement, mais manqua de tourner de l’œil à cause de l’odeur étouffante que dégageait le pot.

— Vous allez bien, miss Whisper ? lui demanda l’examinateur, à la fois par politesse et constatant qu’elle avait subitement palie.
— Oui, oui, toussota-t-elle en ravalant d’un hoquet de dégout. Ça va… !
— Il ne faut pas vous stresser pour cela. Cela ne durera pas longtemps. Juste le temps de me montrer d’autres de vos prouesses, si vous vous en sentez capable.

Cela, Kate en doutait fortement ! La divination était sans aucun doute la matière qu’elle avait le moins révisé, pour une bonne raison. Elle n’ignorait pas que le plus gros de cette science reposait sur un jeu d’acteur, et non sur des prédictions réelles. Le plus important restait de persuader l’examinateur, même avec les présages les plus futiles qui soient !

— Eh bien, montrez-moi donc. Faites-moi une prédiction.
— Tout de suite !

Tentant de paraître plus confiante, Kate plongea ses doigts dans la coupelle d’eau attenante et jeta les gouttes sur les cendres braisées de l’encens pour raviver la fumée. Face à elle, mister Pickies, l’air suspicieux, s’arma de sa plume pour prendre note. Mais les premiers résultats ne furent pas les plus probants :

— Il me semble discerner là un crâne. Dans cet amas. Il s’étire…
— Qu’est-ce que vous pouvez en dire ?
— Cela peut signifier beaucoup de choses ! C’est la partie impérissable du corps, mais aussi le symbole de la mort. Et… ah tiens, il vient d’être traversé par une lance, vous voyez ?

Elle leva la tête vers l’examinateur, qui marquait ses observations sur son parchemin avec une expression qui ne rassura guère Kate. Quand elle remarqua derrière lui cette grande silhouette féminine. La Papillombre songea d’abord qu’il s’agissait d’Irina qui avait pénétré dans la loge d’examen pour la surveiller de plus près. La femme géante portait comme la sorcière russe de très longs cheveux noirs et brillants, contrastant avec la blancheur de sa peau.
Remarquant cet intérêt étrange, mister Pickies se retourna pour vérifier, mais ramena un regard interrogateur vers Kate :

— Quelque chose vous tracasse ?

Il ne la voyait donc pas ? C’est au même moment que Kate aperçut la chaîne d’argent pendant autour du coup de la femme, représentant trois triangles imbriqués les uns dans les autres. La jeune fille pâlit subitement en comprenant qu’elle faisait face à Skuld, la dernière des Nornes. Pour quelles raisons lui apparaissait-elle alors que Kate avait déjà reçu sa vision du futur ? N’avait-ce été qu’un préambule ?
Terrifiée, Kate la vit contourner la table tandis que mister Pickies, extérieur à tout ceci, toussota :

— Pouvons-nous poursuivre ? Miss Whisper ?

Pourtant, la jeune fille restait absorbée par les yeux singuliers de la géante aux yeux de nacre. Et quand Skuld s’arrêta à côté d’elle, elle leva sa main presque décharnée aux ombres sombres et apposa la pulpe de son pouce au milieu du front de Kate. Cette dernière sentit tous ses membres se glacer, se durcir, comme semblant se métamorphoser en statue de pierre alors que son souffle lui manquait. Et ses iris gris blanchirent à tel point qu’ils fusionnèrent à sa sclère.

— Miss Whisper ?

Cette fois, la voix de mister Pickies s’était faite plus méfiante. Et l’examinateur frissonna quand Kate ramena ses yeux blancs vers lui, le rideau de fumée les séparant. Cette dernière s’épaissit de filets plus lumineux. Le sorcier ne pouvait soupçonner que l’Immatériel se mêlait au rituel…

— L’éclipse…
— Je vous demande pardon ? osa intervenir mister Pickies après un temps de silence, ne parvenant pas tout à fait à comprendre les mots mâchés de la jeune fille.
— La terre sera à son image la prochaine fois qu’elle sera là. Elle sombrera dans les ténèbres.

Un sourire terrifiant étira les lèvres de Kate, tandis que la fumée se sépara en deux, laissant apparaître plus clairement son visage.

— Avec moi.
— D’accord, miss Whisper, pâlit mister Pickies, peu réconforté par cette prédiction, se raidissant sur son siège. Nous allons nous arrêter là. Vous… votre jeu était remarquable ! Et je… vos interprétations seront étudiées plus profondément par nos soins. Merci pour votre prestation.

Pourtant, Kate ne réagit pas, toujours clouée à sa chaise, les yeux brillants, le rictus effrayant tordant ses traits.

— Vous m’avez entendu, miss Whisper ? bredouilla-t-il. Vous pouvez y aller.
— M’avez-vous entendue ?

Très lentement, elle appuya ses paumes sur la surface de la table et se leva.

— Je reprendrai ce qui est mien. Je reprendrai. Tout.

Le dernier mot résonna longtemps dans la loge. Et petit à petit, les yeux de Kate reprirent de la texture. Mais ainsi penchée au-dessus de l’encens, l’odeur lui monta à la tête et se sentit défaillir.

— Je… suis…

Sans prévenir, Kate tituba sur le côté et s’écroula à terre, à semi-consciente.

— Miss Whisper !

L’examinateur s’était levé à la hâte, éteignant l’encens d’un coup de baguette magique, puis se dépêcha d’aller quérir de l’aide. Miss Ivanov fut la première à réagir, sans expression.

— Hé, gamine ?

Elle tapota, peut-être un peu fort sur un doux sentiment de revanche, sur la joue de Kate. Les paupières de cette dernière frémirent et ses sourcils se froncèrent.

— Tu as du faire une crrrrise d’angoisse, supposa Irina quand Kate reprit connaissance. Je t’emmène à l’infirrrmerrie. Pas de négociation.

L’Auror l’aida à se relever et Kate passa sous le nez de mister Pickies, toujours aussi pâle. Dans les escaliers qui montaient jusqu’à l’infirmerie, ils croisèrent dans l’autre sens deux élèves que miss Ivanov aurait préféré évité. Devinant de loin que Kate était en piteux état, Tetsuya et Eibhlin avait accouru depuis le troisième étage.

— Kate ? Kate ? Elle… elle va bien ?!
— Elle a l’air d’aller bien pour ti ?! s’exclama Eibhlin en désignant le visage blafard de Kate avec ses yeux enfoncés dans ses orbites.
— Poussez-vous de mon chemin, vous me gênez, se contenta de répondre Irina.
— On peut vous aider ! se proposa Tetsuya, qui entreprit alors de porter Kate de l’autre côté.
— J’ai dit : dégagez !
— Hé ! C’est pas parce que ti es oune Auror que t’as des ordres à nous donner !
— Comme si je devais en rrrecevede la parrrt de mioches !
— Kate ne va pas bien ! leur rappela Tetsuya. Alors si on pouvait se contenter de l’amener à l’infirmerie au lieu de nous disputer !
— Merci, Tetsuya, lui murmura la concernée.
— De rien ! Toujours un plaisir de te venir en aide !

Une fois installée dans un lit par madame Pomfresh, qui hésita une nouvelle fois de lui proposer une carte de fidélité, Kate attendit quelques minutes avant de demander une faveur à ses deux confrères de Papillombre :

— J’aimerais voir Wolffhart.
— T’as pas pris que de l’encens, ti…
— Il faut que je lui parle.
— À vos ordres, capitaine Whisper ! accepta Tetsuya en bombant le torse, les bras droits contre son corps. On y court !
— Bah tou iras tout seul, hein. Très peu pour mi, j’estime que je le vois déjà souffisamment comme ça à la semaine !

Une demi-heure plus tard, la requête de Kate se réalisa et son professeur de métamorphose apparut dans l’infirmerie, semant derrière ses pas son grand manteau noir. À son expression, on pouvait deviner qu’il n’était pas ravi d’avoir été dérangé et Kate avait tout intérêt à choisir les bons mots face à lui. Il prit la parole, grave, après s’être raclé la gorge :

— Fräulein Whisper, vous avez demandé à me voir. Seul, je suppose.

Il fit pivoter ses yeux noirs dans ses orbites en direction d’Irina, qui comprit le message et s’éloigna. Il était bien le seul, à l’exception de ses supérieurs, duquel elle acceptait de se plier aux ordres. Une réputation héritée de Durmstrang.

— Je ne sais pas ce qu’on vous a raconté, débuta Kate, la bouche sèche, mais… je ne me suis pas évanouie. C’était pas le stress.
— Wirklich ? Pourtant, l’histoire me paraissait bien crédible.
— J’ai eu une vision, j’ai…

Elle-même peinait à admettre ce qu’elle s’apprêtait à lui révéler :

— J’ai fait une prédiction.
— Wunderbar. Vous aurez donc la note maximale dans la matière la plus exécrable de ce monde qu’on ose nous servir comme une science.
— Ce n’est pas moi qui ai parlé.

Wolffhart en ravala ses commentaires, plus sceptique. Il s’attendait quelque part à sa réponse :

— C’était Maëva. J’ai senti qu’elle avait repris le dessus.
— Votre Immatériel s’est-il manifesté ?
— Je… crois. Mais pas très fortement.
— Votre examinateur l’a-t-il remarqué ?
— Je n’en sais rien.
— Et qu’avez-vous dit ?

Kate ne savait pas exactement par quel bout commencer car savait qu’il persistait certains points d’ombre.

— Qu’à la prochaine éclipse, la terre sombrerait dans les ténèbres.
— C’est le principe d’une éclipse, Fräulein Whisper.
— Mais là, c’est différent. Je sais que mon pouvoir est influencé par les astres et par la lune. Maëva a réussi à enchanter des objets puissants comme le Choixpeau grâce à de la rosée de lune que Cliodna a découverte. Je pense que, même si elle les avait déjà, Electra a réussi à développer encore plus ses pouvoirs grâce à l’éclipse de 1999. Et que c’est grâce à ça qu’elle a réussi à contrôler mon cousin avec l’Allégeance. Chose qu’elle ne maîtrisait pas jusqu’à là… Du coup, je pense qu’à la prochaine éclipse, ça sera mon tour.

Elle attrapa ses doigts et se les tritura, le regard humide.

— À la prochaine éclipse, ça sera moi. Je le sais. Maëva reviendra…
— Mais Maëva est folle…
— C’est bien le problème, professeur ! Il y a en moi un bout d’âme de cette sorcière ! Je suis l’un de ses Horcruxes ! À cause du pendentif ! Et la prochaine éclipse la fera revenir à travers moi.

Wolffhart se tut et cela inquiéta Kate :

— Professeur ?
— Techniquement, la prochaine éclipse à se produire sera ce samedi 31 mai.
— Quoi ?!
— Mais il s’agira d’une éclipse atypique. Qui entrera à son paroxysme vers quatre heures du matin. Seules les territoires du grand Nord seront vraiment concernés, puisque le soleil peut rester dans le ciel une partie de la nuit là-bas. Normalement, nous ne serons pas touchés par le phénomène…
— On ne peut rien prévoir ! s’affola Kate. L’I-l’Immatériel est trop imprévisible !

Elle s’attrapa les cheveux au niveau des tempes et tenta d’endiguer sa panique et les larmes que cette dernière voulait provoquer.

— Hören Sie auf zu jammern und halten Sie den Mund !

L’injonction de Wolffhart la calma de suite ; il n’était visiblement pas en état de l’autoriser à geindre.

— D’autres éclipses ont déjà eu lieu dans le monde depuis 1999 et aucune n’a eu raison de vous, expliqua-t-il avec un air grave. Certainement une question d’alignement. Je n’aime pas donner raison à ces élucubrations, mais il semblerait que le positionnement des astres influence notre magie. Surtout la vôtre. Si le soleil n’est pas dans le ciel pendant l’éclipse, le phénomène ne vous touchera pas.
— Comment pouvez-vous en être aussi sûr, professeur ?
— Nous ne sommes jamais certains de tout, Fräulein. Mais nous avons toujours de l’espoir en nous.
— C’est… l’espoir qui vous fait parler ?
— En avez-vous ?

Son regard insistant ne lui laissait que peu de marge de réponse. Kate hocha alors la tête. Après quelques secondes de réflexion, Wolffhart lui proposa donc son plan :

— Hört. Si cela peut vous rassurer, je peux vous proposer de vous surveiller cette nuit-là.
— Dis comme ça, ce n’est pas vraiment rassurant… ! lâcha Kate dans un ricanement qui camouflait sa peur.
— J’enlève cinq points à Papillombre.
— Quoi ?!
— Écoutez-moi jusqu’au bout, bitte ! Ou je vous en enlève plus et croyez-moi, c’est Herr Matsuda qui vous tuera avant que je ne m’en charge.

Il contourna le lit, les mains rangées derrière son dos.

— Vous savez qu’Excallibur est en ma possession. Et que l’Immatériel ne peut rien contre elle…

Les yeux de Kate s’écarquillèrent en comprenant.

— Si jamais la malédiction se réalise vraiment samedi…

Ses lèvres frémirent.

— … vous me tuerez ?
— Cette alternative vous dérange ? ironisa Wolffhart.

Pourtant, Kate ne répondit que d’un sourire étrange. Elle ne pouvait le nier : elle préférait mourir plutôt que de causer plus de malheur qu’elle n’en avait déjà fait. Elle s’écrasa la bouche avec sa paume, ses doigts ripant vers sa joue.

— Non. Au contraire… admit-elle.
— Gut. D’ici samedi, ne parlez de cela à personne. Ni à Fräulein Dawkins, ni à Herr Diggle. Ni même à Herr Beckett.

Kate s’étrangla face à la lucidité de Wolffhart qui la mettait mal à l’aise.

— Je m’arrangerai pour vous donner une retenue pour samedi. Ne faites aucun effort pour, je me ferai un plaisir de vous la donner pour un prétexte futile dont moi seul ait le secret, mais que personne n’ose contrer. Que voulez-vous… Leute ist dumm. Vous passerez la nuit dans mon bureau. Et je surveillerai. Si cela vous convient, j’ai besoin de toute votre coopération.
— Ai-je le choix ?
— Je fais ça pour vous aider. Il y a cinq minutes, vous étiez à deux doigts de sombrer dans une terrible crise d’angoisse qui m’aurait certainement obligé de vous infliger un sortilège de confusion ou de stupéfixion. Et cette option n’aurait pas été pour me déplaire, alors considérez l’offre que je vous suggère à sa juste valeur.

*** *** ***

C’est ainsi que Kate se retrouva à frapper à la salle de métamorphose le samedi soir, son sac en bandoulière sur l’épaule. Comme il lui avait promis, Wolffhart trouva pertinent de l’assigner en retenue pour une histoire de chaussures mal lacées dans le couloir. Ce à quoi Kate avait tenté de se défendre pour jouer le jeu. À côté d’elle à ce moment-là, Moira avait soufflé, persuadée que Wolffhart devait être dans l’un de ses pires jours depuis leur arrivée dans l’école. Certainement les BUSE qui lui avaient retourné les restes de son cerveau sénile, avait-elle soutenu.
Kate eut le temps de saluer le Moine Gras qui passait par-là avant que son professeur de métamorphose lui ouvre. Cependant, il sembla attendre qu’elle s’exprime en premier, sans vouloir la laisser entrer.

— Quoi ? souffla Kate. Un bonbon ou un sort ? Vous savez très bien pourquoi je viens, professeur ! Laissez-moi entrer, bitte.

La reprise de son expression fit sourire Wolffhart qui n’eut pas le choix que de la laisser passer sous son nez.

— Seriez-vous nerveuse, Fraülein Whisper ? lui demanda-t-il alors qu’ils traversaient la salle de cours pour se diriger vers l’escalier étroit.
— Sans blague. Je vais peut-être devenir folle cette nuit. Je n’en ai parlé à personne, mais oui. Je dois être calme et détendue !

Kate aurait bien évidemment préféré que sa soirée de fin d’examens prenne une autre allure. Pourtant, cette nuit, elle allait la passer dans le bureau de son professeur allemand nonagénaire et patibulaire qui n’hésiterait pas à la tuer à l’aide d’une épée si elle dépassait les limites. C’était certain qu’il pouvait exister de bien meilleurs programmes pour une jeune fille de seize ans !

— Je vais préparer un peu de thé, lui proposa Wolffhart en se dirigeant vers un petit plan de travail en retrait. Si vous voulez aller vous changer, la salle de bains est en haut des escaliers, à gauche. À moins que vous ne préfériez dormir dans votre cape.
— Non, c’est bon, soupira-t-elle en traînant les pieds. J’ai de quoi.

Elle grimpa les marches, avec cependant la curiosité de découvrir une partie des appartements privés de son professeur si mystérieux. Aussi fut-elle déçue de constater qu’il s’agissait d’une pièce très sobre, dénuée de tout artifice, sans objet quelconque, comme si elle n’était jamais utilisée.
Quand elle redescendit dans le bureau, Wolffhart s’arrêta, la théière lévitant au bout de sa baguette magique pour jeter un regard rempli d’amusement dédaigneux le haut de pyjama de Kate. Au milieu de son tee-shirt bleu figurait un ours en peluche, sur le ventre duquel était inscrit « I wuv Hugz ».

— J’avais que ça, se défendit la jeune fille d’un ton sec en revenant vers le canapé.
— Je ne vous jugeais pas, Fräulein, sourit-il.
— Non, pas du tout.

Elle s’assit dans un profond soupir et attendit qu’il lui serve le thé en faisant voler une tasse jusqu’à elle. Lui resta à son bureau, occupé à trier quelques papiers, et avait délaissé le breuvage chaud pour un verre de schnaps. En fond sonore jouait le gramophone magique, qui lisait un vieux vinyle de la Danse Macabre de Camille Saint-Saëns. Plusieurs minutes s’écoulèrent ainsi, avant que Kate n’essaie de détendre l’atmosphère pour penser à autre chose que les heures qui allaient suivre.

— Professeur ?
— Ja ? grommela-t-il.
— Une question me tracasse depuis la première année… Comment avez-vous fait pour en savoir autant sur l’Immatériel ? Vous avez connu quelqu’un qui le maîtrise, avant de rencontrer le professeur Higgins, j’entends ?
— Nein.
— Alors comment ?

Wolffhart posa son coude sur son bureau et passa le bout de ses longs doigts sur son menton à fossette.

— Parce qu’un grand mage noir s’y est un jour intéressé.
— Un mage noir ?
— Le nom de Grindelwald vous dit-il quelque chose ?
— Je… euh. Vaguement, dut-elle avouer, camouflant son ignorance en buvant son thé.

Le geste de la tête de son professeur traduisit son dépit.

— Comprenez mon désarroi. C’est comme si quelqu’un vous disait qu’il n’avait jamais entendu parler de Voldemort. Et pourtant, Grindelwald était bien plus dangereux encore…
— Qu’est-ce qu’il a fait ? s’intéressa Kate.
— Il voulait asservir les Moldus en supprimant le Code International du Secret Magique. À côté de lui, Voldemort était une fillette. Grindelwald n’était pas pétri par la haine, par la vengeance. Non. Il était intelligent, extrêmement brillant et ambitieux. C’était ce qui le rendait plus dangereux encore…
— Et il s’est intéressé à l’Immatériel ?
— Pour Grindelwald, tous les moyens étaient bons pour dominer le monde des Moldus. Il est allé puiser dans les contes et légendes pour récupérer les plus puissants artefacts qui soient. Il est parti à la recherche des Reliques de la Mort, il a tenté de rallier à sa cause des Obscuriaux. Mais s’il en est venu à s’intéresser à l’Immatériel, c’était du fait de son grand ami Dumbledore.

Les liens se créèrent dans la tête de Kate.

— Grindelwald a su qu’Ariana maîtrisait l’Immatériel.
— Il ne l’a su que trop tard, juste au moment de la tuer…
— C’est lui qui a tué Ariana ?!
— On l’ignore. La bataille faisait rage, un sortilège dévié ou perdu. Mais Grindelwald était impliqué d’une manière ou d’une autre. Il a entraperçu l’envergure de cette magie très particulière et a cherché à s’en emparer.

Kate ne rebondit pas sur une autre question, car savait que Wolffhart allait poursuivre de lui-même.

— Mais il n’a trouvé personne. Seulement quelques objets qui avaient croisé la route de l’Immatériel.

À ces mots, il ouvrit son tiroir et en tira Excallibur, sous les yeux fascinés de Kate, qui ne se lassait pas de contempler l’épée légendaire.

— Et il fallait l’arrêter.
— Vous avez combattu Grindelwald ?
— Moi-même ? Nein. Vous ne me verriez pas paraître devant vous, aujourd’hui, si tel était le cas. Mais disons qu’Albus Dumbledore m’avait chargé à l’époque de quelques missions pour l’empêcher de mener à bien ses intentions.
— Vous lui avez volé Excallibur ?
— L’histoire est plus longue qu’elle n’y paraît. Mais laissons le passé dans le cimetière dans lequel il mérite de pourrir. Grindelwald n’est plus et le monde s’en porte mieux sans lui.

Son récit s’acheva sur un soupir qui déçut Kate. Il ne lui avait offert qu’un bref aperçu qui l’avait laissée sur sa faim. Wolffhart en savait plus qu’il n’en disait sur l’Immatériel, c’était certain. Elle tapota des ongles sur sa tasse puis réattaqua avec une nouvelle série de questions, que Wolffhart accueillit avec des yeux levés au ciel.

— Vous avez parlé des… Obscuriaux, professeur. Qu’est-ce que c’est ?
— Un Obscurial est un sorcier renfermant un Obscurus.
— Super, géniale comme réponse. Mais je pense que vous devinez qu’elle va être ma question suivante.
— Continuez ainsi sur le chemin de l’impertinence et Herr Matsuda complotera réellement contre votre perte. Un Obscurus est une manifestation de la magie refoulée. C’est un être parasite qui se développe chez les enfants sorciers qui ne peuvent manipuler la magie. Un Obscurus se nourrit de la frustration, de la haine, de la rancune. Il est parfois incontrôlable.
— Ça me rappelle quelque chose, ça…
— L’Immatériel et les Obscuriaux ne sont pas très lointains les uns des autres.
— Ah bon ?
— Techniquement, tous les sorciers pourraient maîtriser l’Immatériel si on leur apprenait, même s’il s’agit d’une magie très difficile à enseigner et à contrôler. Regardez votre amie Fräulein Dawkins. Elle y est bien parvenue.

À l’aide du pendentif de Kate et de Maëva, Maggie avait fait preuve de certaines prouesses immatérielles artificielles durant la prise d’otages de la Cabane Hurlante afin de communiquer avec l’extérieur.

— Cette magie est innée, c’est celle qui nous permet, enfant, de faire nos premières preuves magiques sans baguette. Cependant, dans votre situation, son intensité n’avait rien de naturel… Mais quand cette force magique est maintenue de force à l’intérieur de soi, elle grandit, crée des ramifications malsaines. D’après le récit que vous m’en avez fait, si Maëva ne s’était pas enfuie pour échapper aux persécutions, elle aurait pu devenir l’une des plus dangereuses Obscuriales de tous les temps, en connaissant son potentiel en termes d’Immatériel. Et pour être tout à fait honnête…

Il marqua un temps d’arrêt pour lever ses yeux noirs vers elle.

— J’ai songé jusqu’à pas si longtemps que votre Immatériel était en train de s’altérer sous la forme d’un Obscurus tardif.
— Comment ça ? trembla Kate. J’ai un Obscurus ?
— Nein. Pas que je sache. Mais le fait que vous ne puissiez contrôler vos pouvoirs destructeurs m’avaient laissé l’ébauche de cette hypothèse. Depuis, vous avez découvert qu’il s’agissait d’une malédiction, expliquant ainsi vos sautes d’humeur qui vous jouent des tours. Mais cette perspective n’est pas plus plaisante pour autant. C’était pour cette raison que je tenais à ce que vous appreniez, plus jeune, à vous servir de vos pouvoirs. Car en les laissant grandir en vous, sans pouvoir vous en servir, ils risquaient très fortement de dégénérer en Obscurus.
— Mais… vous pensez que je peux toujours en développer un ?
— C’est extrêmement peu probable. Vous ne pensez pas avoir déjà suffisamment de problèmes comme ça, Fräulein ?

Puis il marmonna en se levant :

— Préoccupons-nous d’abord de ce soir.

Il croisa les bras contre lui. Ce geste paraissait si singulier aux yeux de Kate qu’elle s’en fit la réflexion.

— Vous devriez essayer de vous reposer un peu.
— Je ne sais pas si j’y parviendrai, professeur.
— Vous avez des cernes si gros sous les yeux que vous pourriez y héberger une colonie de gnomes. Allongez-vous. Reposez-vous. Et essayez de ne pas penser à l’éclipse. Souvenez-vous ce que je vous ai dit. C’est très peu probable qu’elle vous atteigne.

Pour une fois, Kate fut rassurée d’admettre que Wolffhart avait presque toujours raison. Sur ce coup-là, elle devait lui faire confiance. Elle s’allongea dans le canapé, ramena ses jambes en position de chien-de-fusil et se recouvrit de la couverture que son professeur avait mis à disposition. Et aussitôt ferma-t-elle les paupières qu’elle se sentit étrangement sombrer dans le sommeil.
Ayant observé son assoupissement, Wolffhart s’approcha en contournant la table et ramassa par au-dessus la tasse de thé vide de Kate.

— Fräulein Whisper, soupira-t-il en secouant la tête. Quand apprendrez-vous de vos erreurs ? Vous devriez savoir maintenant qu’il vous faut y réfléchir à deux fois avant d’accepter mon thé. Enfin… Il fallait vraiment que ça tombe sur vous, toute cette histoire. Vous qui êtes sûrement la personne ayant le moins d’instinct de survie dans ce bas monde !

*** *** ***

Quand elle se réveilla le lendemain matin, Kate sursauta en devinant les rayons du soleil par la fenêtre.

— L’éclipse !

Le mot avait échappé de son contrôle, prononcé avec une voix éraillée, caractéristique de cette heure. La jeune fille se trouvait toujours dans le bureau de Wolffhart, pièce qui n’avait bougé d’un grain de poussière depuis la veille. Kate se palpa les mains, les cuisses, comme pour sentir que tout cela était réel. Puis, un sourire éclaira peu à peu ses traits : il ne s’était rien produit. L’éclipse ne l’avait pas atteinte. Il en ricana nerveusement en se levant, passant ses doigts dans ses longs cheveux emmêlés. Son cœur bondissait de joie dans sa poitrine. Elle allait pouvoir vivre cette nouvelle journée plus légère.

— Le 3 octobre 2005.

Surprise par la voix rocailleuse de son professeur, posté dans l’arche qui menait vers les escaliers, Kate fit volteface.

— De… quoi ? grimaça-t-elle.
— La date de la prochaine éclipse solaire qui passera en Europe. Je viens d’aller consulter les prévisions astrologiques. Ce qui n’a pas manqué d’étonner Frau Pince…

Cette prédiction fit redescendre Kate de son nuage puis elle calcula :

— Je ne serai plus à Poudlard, le 3 octobre 2005. C’est dans plus de deux ans. J’aurais à peine eu mes ASPIC.
— Si vous en avez. Aber ja.
— Je suppose qu’on trouvera une solution d’ici là ?

Sa question ne trouva pas de réponse dans les yeux de Wolffhart, et ce silence la fit soupirer, tandis qu’elle entreprit d’ordonner ses draps de fortune et ses affaires d’un coup de baguette magique.

— Je suis déjà… rassurée qu’il ne soit rien produit cette nuit.
— Comme je n’ai de cesse de vous le répéter, vous devriez finir par apprendre que j’ai toujours raison.

Kate ne répliqua rien de peur de le vexer et d’ainsi déclencher son courroux.

— Il y a une chose sur laquelle vous avez eu raison ce coup-ci, professeur.

Elle releva la tête, fière et droite.

— De ne pas l’avoir dit aux autres. Ils se seraient inquiétés pour rien. Si on peut leur épargner ça…
— Vous devriez aussi commencer à penser à vous au lieu de toujours vous soucier des autres.
— Et parfois, je pense que vous devriez faire le contraire.
— Plaît-il ?
— J’ai toussé, professeur.
— Manchmal wünschte ich, Sie wären nie geboren.
— Hein ?
— J’ai éternué, Fräulein.

*** *** ***

— Attendez que les portières s’ouvrent, s’il vous plaît ! C’est dangereux !

Ses ordres de préfète furent complètement outrepassés par certains benjamins, qui se pressèrent de descendre sur les quais.

— Non mais heureusement que vous n’êtes plus à l’école, sinon, je vous aurais enlevé des points ! pesta Maggie pour soutenir sa meilleure amie.

Toutes les deux soupirèrent, sans comprendre comment certains élèves pouvaient être heureux de quitter Poudlard, même si cela signifiait retrouver leur famille. Aux yeux de Kate, le mois de juin avait défilé à toute vitesse.

— En parlant de points, ton chinois a pas encore manqué de s’étouffer à l’annonce de votre défaite ?
— Pour la centième fois, au moins, il est japonais. Mais non, il trouve qu’être troisième pour la coupe des maisons est très prometteur !
— C’est bien de vivre de l’espoir.
— Hm. Toujours du mal à admettre que Gryffondor est quatrième cette année ? chuchota la voix de Terry derrière elles.
— Oh, ferme-la, Diggle.

Ils préfèrent en rire en descendant sur le quai, tandis qu’Irina Ivanov les surveillait d’un air exaspéré. Elle méritait bien ses vacances ! Les cinquième année s’attardèrent par grappes sur la voie, dans la foule, afin de partager leurs derniers mots de l’année avant la rentrée de septembre. Enfin, pas tout à fait :

— De toute façon, on se revoit à la Coupe du Monde de Quidditch ?
— Ça va être démentiel !
— Avec un peu de chance, j’aurais peut-être de nouvelles pellicules d’ici là ! Il ne faudrait pas que je loupe ça.
— On se redit alors, Maggie ? lui demanda Kate.
— Je t’envoie un hibou douze heures avant et je m’arrange pour qu’on vienne te chercher avec le carrosse.
— Euh. Tu n’aurais pas quelque chose de moins voyant ?
— Il n’est pas rutilant, pourtant, je le trouve assez passe-partout.
— Oui, Maggie, sauf qu’un carrosse dans une ville moldue, c’est tout sauf passe-partout !
— Ou on a qu’à se retrouver chez moi, proposa Terry. Je sais qu’ils ont prévu pas mal de Portoloins à partir de Londres, ça serait pas mal d’en profiter !
— Bonne idée !
— Terrible idée…
— Tu prendras une chambre au Chaudron Baveur si mon appartement n’est pas à ton goût.
— Ah, parce que tu penses honnêtement que ça serait mieux ?! Ce bar est miteux !

Kate observa la petite dispute amicale de Terry et Maggie avec détachement, avant que son regard ne croise, plus loin, celui d’Emeric. Ce dernier, qui la remarqua également, termina sa conversation avec un camarade de sa maison et la rejoignit.

— Et toi ? lui lança Kate. Tu viens à la Coupe du Monde de Quidditch aussi ?
— Je n’en sais trop rien, avoua Emeric, la cage de Hlin, sa chouette de l’Oural, au bout du bras. Le Quidditch, ce n’est pas trop mon truc. Je n’ai jamais été attiré par le sport, alors regarder des matchs… !
— C’est plus pour l’ambiance. Pour tous se retrouver. Passer de bons moments, se créer des souvenirs tous ensemble.
— De toute façon, je n’ai pas de place. Et je suppose que tout est déjà complet.
— Si tu veux… bredouilla-t-elle, il me reste toujours une place. Mon oncle m’a offert deux tickets pour Noël. J’en avais proposé un à Griffin, mais bon. Je suppose que les choses sont un peu tombées à l’eau, niveau projet… ! Quoiqu’il serait peut-être capable de venir me le réclamer, vu que je le lui avais promis ! Donc… voilà. Si… si tu veux venir avec moi. Mais je ne veux pas t’obliger, hein ! Ne te sens pas forcé !

Sa maladresse fit sourire Emeric. Ce sourire si singulier, authentique, avec ses petites irrégularités, loin de ceux, parfaits et blancs, de Griffin.

— Ça serait avec plaisir, dans ce cas, acquiesça-t-il.
— Parfait ! C’est parfait ! On se tient au courant par hibou alors !
— On fait ça comme ça.
— À dans deux semaines alors !

Il y eut un temps de flottement, avant que Kate n’attrape ses bagages, la cage de Mister Minnows et ne rejoigne son père qui l’attendait sous l’un des piliers. Après le rapt de Kate pour les dernières vacances, Phil avait préféré se rendre lui-même dans la gare plutôt que de donner rendez-vous à l’extérieur, pour éviter de reproduire les mêmes erreurs. Irina Ivanov ne se fit pas prier pour décamper sitôt la transmission effectuée et quitta les lieux sans même saluer Kate une dernière fois. Ce manque de considération ne la toucha même pas.
Ils étaient en train de traverser la gare, quand Phil, portant quelques valises pour l’aider, le Fuselune empaqueté par-dessus, interrogea sa fille avec une expression espiègle :

— C’était qui, le binoclard avec qui tu causais, sur le quai ?
— C’est pas un binoclard, papa ! Il te mettrait au tapis en duel, c’est l’un des meilleurs sorciers que je connaisse. C’est un Serdaigle.
— Oui, je l’avais deviné à sa cravate. Et à sa tête d’intello.
— C’est la jalousie qui te fait parler.
— Et donc, il s’appelle comment, ton nouveau copain ?
— C’est pas mon copain… !
— Il en pince dur pour toi, ma grande ! Je ne sais pas comment tu fais pour ne pas voir ça !
— Non, je sais, c’est juste que… c’est pas encore mon copain !
— Je vois, je vois ! Pas la peine d’en rougir comme ça, ma chipie !

Kate attendit de se calmer un temps pour reprendre la parole alors qu’ils traversaient la place piétonne devant King’s Cross :

— Il s’appelle Emeric.

Face à la moue de son père, elle soupira.

— Quoi encore, qu’est-ce que tu vas me sortir comme remarque ?
— Hm, non, rien. Juste que… Emeric. Tu inverses deux lettres, ça fait Merrick.
— Ok. C’est horriblement glauque, je ne vais voir que ça maintenant ! Merci papa !
— Drôle de coïncidence !
— Je ne te demande même pas comment tu en es venu à penser ça en première intention.
— Et donc ? Comment ça se fait que « ce n’est pas encore ton copain » ?
— C’est compliqué.

Phil ne chercha pas plus à creuser le sujet qu’il devina sensible, mais ne put s’empêcher de faire remarquer :

— En tout cas, il n’a rien à voir avec l’autre Griffin… !
— Ce sont deux opposés ! acquiesça Kate.

Le trajet à pieds jusqu’à la voiture se déroula sans encombre. Phil avait bien pris soin de se garer dans une rue passante car plus l’endroit était fréquenté, moins les attaques d’Electra étaient probables.

— On aurait pu passer une nuit au Chaudron Baveur, fit remarquer Kate en s’attachant sur le siège passager avant.

Mais Phil rejeta l’idée en secouant la tête :

— Pas possible. Demain, c’est la pleine Lune. Plus tôt je serai rentré à la maison, mieux ça sera. Tiens, en parlant de ça, tu peux me filer un flacon qui est dans la boîte à gants ?
— Le mot magique ?
— « Je suis ton père et tu rentres à pied depuis Londres si tu n’obéis pas » ?
— Ça marche aussi.

En ouvrant le petit compartiment, Kate découvrit des petites fioles rouges, étiquetées avec des numéros sur des bouts de parchemins. Du Tue-Loup, sans aucun doute, qu’il devait boire en trois fois pour éviter les mauvais effets.

— Déjà la quatrième fois, soupira Phil après avoir bu l’infâme breuvage, tournant la clé dans le moteur qui se mit à vrombir. Quatre mois que je me traîne cette merde…
— Et tu n’as tué personne pour l’instant ! Bravo !
— Écoute, fais pas ta maline ! ricana-t-il en sortant de sa place de parking, devinant son sarcasme.
— Si tu veux, on fait un pari sur lequel de nous deux tuera quelqu’un sans le vouloir !
— Y a pas à dire. On est vraiment une famille de dégénérés.
— On s’ennuierait sans ça, papa.
— Vrai.

Le CD s’activa sur la borne radio de la voiture et les roulements de baguettes caractéristiques de l’introduction de La Grange, de ZZ Top, s’engrangèrent. Kate tapa la mesure avec le menton tout en regardant les lumières de Londres défiler. C’était une autre année qui venait de se conclure. Sans accroche, sans complication. Elle allait pouvoir profiter d’un été bien mérité, même si les résultats des BUSE ne tarderaient pas à tomber. L’organisation du voyage pour la finale de la Coupe du Monde l’enchantait. Elle qui avait tant rêvé de se rendre à celle de Singapour quatre années en arrière, voilà qu’elle pouvait enfin réaliser cette envie.
Mais le regard vers le futur, elle songea surtout qu’il lui restait seulement deux années à Poudlard. À la suite de cela, elle suivrait sa voie professionnelle, comme ses mais de leur côté. Allaient-ils parvenir à garder ce même lien qui les unissait aujourd’hui ? Même si elle chérissait cette idée, Kate en doutait. Terry et Maggie allait peut-être emménager ensemble d’ici là, toutes ses amies partiraient pour leurs études ou carrières respectives. Quant aux Papillombres, il lui faudrait attendre quelques années avant qu’ils ne sortent à leur tour de l’école.

— Papa ?
— Il paraît que c’est moi.
— Comment tu en es venu à devenir Nettoyeur ? Qu’est-ce qui t’a emmené sur cette voie ?

La question intéressa Phil, qui y réfléchit quelques secondes.

— Que j’allais pouvoir draguer un tas de nenettes !
— Sérieusement, papa !
— Rien de spécial, tu sais ! J’étais bon en Défenses contre les Forces du Mal et en Sortilèges. Rester dans un bureau, très peu pour moi. J’avais besoin d’action, de m’amuser. De sortir. Et surtout, de me sentir utile.
— Ils en ont pensé quoi, papi et Mony, quand tu leur as dit ?
— Oh. Papa était assez emballé. Et maman, comme d’habitude, elle s’est contentée de lever les yeux au ciel. Ce que j’ai considéré assez justement comme une approbation ! Y avait juste Charity qui était un peu plus soucieuse pour ma sécurité. Même si au fond, elle était fière que je fasse ce choix.

Il profita d’une route en ligne droite pour tourner la tête vers elle.

— Pourquoi ? Tu t’inquiètes pour toi ?
— Je me pose des questions, c’est tout. Il faut d’abord que j’aie les notes requises. J’y réfléchirai après.
— Oui, tu as encore du temps, moujingue.

Ils discutèrent de manière parcellaire durant les trois heures qui suivirent. La voiture venait de pénétrer dans le calme Northamptonshire, quand elle émit tout à coup un bruit étrange et rebondit de manière abrupte.

— Oho ! s’exclama Kate, cramponnée à la portière. Je crois qu’elle a un problème… !
— Ne dis rien à ta mère, grogna Phil qui se gara sur le bas-côté. Elle m’avait répété que j’avais la révision à faire. J’ai complètement oublié. On va arranger ça.

Il éteignit le moteur et les phares, plongeant la voiture encore chauffante dans le noir. Phil sortit alors de l’habitable, sa baguette à la main et ouvrit le capot grâce à la magie. Un nuage de fumée en échappa et Kate entendit son père lâcher un chapelet de jurons. Elle préféra en sourire et jeta un coup d’œil à Mister Minnows, dans sa cage sur la banquette arrière, ce dernier la fixant avec de grands yeux haineux.

— Ne me regarde pas comme ça ! se défendit la jeune fille. Je n’y peux rien si la voiture est tombée en panne. On n’est pas loin de la maison. On y sera dans une heure si papa arrive à la réparer.

Cependant, quand elle jeta un regard aux dehors, vers le fossé et les bosquets, Kate se surprit à frissonner. Un mauvais pressentiment lui saisit les entrailles. Quand le grésillement de la station radio la fit sursauter. Le vieil écran en LED s’alluma. Et des enchaînements crépitants et véloces de guitare et de batterie en jaillirent. Pourtant, la clé n’était pas insérée dans le contact…

« Screams break the silence
Waking from the dead of night
Vengence is boiling… »


— Kate ? C’est toi qui as allumé la radio ? lui demanda Phil depuis l’extérieur, à travers le rideau de fumée.
— N-non… !

« He's returned to kill the light
Then when he's found who he's looking for
Listen in awe and you'll hear him... »


Et quand Kate se tourna vers la gauche pour regarder de nouveau par la vitre, elle aperçut au loin une silhouette. Peu à peu, l’affolement reprit le dessus…

« …bark at the moon. »

— Papa ! commença-t-elle à crier tandis que le rire démoniaque dans la chanson d’Ozzy Osbourne lui fit perdre ses moyens. Papa !

Dans un claquement synchronisé, toutes les portières de la voiture se verrouillèrent.

— Papa !

Puis, ce furent au tour des ventilations de se mettre en route, mais elles se mirent à cracher un air chargé et sombre.

« Years spent in torment
Buried in a nameless grave… »


Entendant sa fille hurler à l’aide, Phil s’était précipité à son aide et tenta d’ouvrir la portière. Mais cette dernière ne céda pas et il aperçut sa fille commencer à tousser et à étouffer dans l’habitacle de plus en plus sombre.

— Kate !

Il leva sa baguette magique, prêt à exploser les verrous de sa voiture fétiche pour libérer sa fille, quand elle lui échappa des mains :

— Expelliarmus !

« Now he has risen
Miracles would have to save
Those that the beast is looking for... »


La silhouette vêtue de noire de l’homme s’extirpa des ténèbres. Et le reconnaissant, Phil ne put s’empêcher d’étirer un sourire chargé de haine.

« Listen in awe and you'll hear him
…bark to the moon. »


— Sullivan… espèce d’enfoiré !

À l’intérieur de la voiture, Kate s’était détachée et avait rampée pour échapper aux gaz qui avaient tendance à monter. Mais sa tête tournait et elle menaçait à chaque geste de perdre conscience. Seuls les miaulements paniqués de Mister Minnows parvenaient à la garder à la raison. Rassemblant toutes ses forces, Kate en appela à son Immatériel. Et tendant un bras désespéré et tremblant vers la vitre sur laquelle elle apposa sa paume, cette dernière commença à se fissurer sous la force de sa magie.

« They cursed and buried him along with shame
And though his timeless soul had gone
In empty burning hell--unholy one
But he's returned to prove them wrong, so wrong »


La vitre finit par exploser, des bris de verre retombant sur elle. Elle se hâta alors d’ouvrir la cage de son chat, qui ne se fit pas prier pour bondir par le trou de sortie. Kate se traîna alors sur la banquette arrière, les sens chaotiques, sa vision floue et chancelante. Elle releva alors la tête vers le trou formé, se demandant comment si elle allait pouvoir sortir. Mais l’apparition d’une tête à travers ce cadre de bris lui donna sa réponse.

« And when he finds who he's looking for
Listen in awe and you'll hear him… »


— Bonsoir, Kate.

Ce fut sur le sourire satisfait d’Electra que la jeune fille perdit conscience, s’écroulant sur les sièges arrière, certains morceaux de verre coincés dans ses cheveux, d’autres ayant éraflé son visage et sa main.

« … bark to the moon. »

 

Note de fin de chapitre :

Plus qu'un chapitre et la partie V se termine. Et vous vous doutez que ce dernier chapitre sera bourré d'actions, de révélations et... s'achèvera sur son habituel cliffhanger de folie, MOUHAHAHA.

J'espère que ce chapitre (qui sert un peu de transition avec l'intrigue de la partie VI) vous a plu. Comme d'habitude, la magnifique illustration est d'Emi (tokio92.deviantart.com)

La campagne Ulule des Fleurs d'Opale s'est terminée le 2 janvier : 7535€ ont été récoltés, soit plus de 250% d'objectif ! C'est juste dingue ! Merci à ceux qui m'ont soutenue ou qui ont participé ! Je vais pouvoir mener à bien mon projet d'édition dans les meilleures conditions possibles. Merci merci !!!

Bonne année, meilleurs voeux ! Je vous souhaite le meilleur pour cette année ! Que tout vous sourisse. :) 

A tout bientôt !

Poster une review empêche les dépôts de calcaire.

Vous devez s'identifier (s'enregistrer) pour laisser une review.