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News

IRL - 10 ans de l'association



L'association Héros de Papier Froissé souffle ses 10 bougies en octobre 2018 ! C'est un anniversaire important pour notre association et nous aimerions passer ce cap avec vous ! Bien entendu, HPFanfiction, le Héron à la Plume Flamboyante et les Éditions HPF seront de la partie :)

Avec quelques mois d'avance, le CA aimerait donc fêter cette occasion avec vous autour d'un week-end sur le thème de l'écriture à travers le temps.

Crédits : Montage de Labige à partir d'images de Sumkinn et Prawny


L'anniversaire d'HPF aura lieu du vendredi 18 mai (fin d'après-midi/soir) au lundi 21 mai 2018 matin à Chamelet dans le Rhône. Pour tout détail concernant l'événement, les modalités d'inscriptions et les tarifs : ici sur le forum ou sur le site de l'association.

A bientôt sur un de nos sites,
De L'équipe du CA le 17/01/2018 10:48


Sélections du mois


Chers et chères membres d'HPF,

Les votes pour la sélection sur Les Fondateurs de Poudlard, pour le mois de janvier, sont en cours. Vous pouvez découvrir les choix des lecteurs et voter jusqu'au 31 janvier pour les textes que vous avez aimés sur ce topic !

Les Concours sont mis à l'honneur en février : n'hésitez pas à soumettre vos coups de coeur ici ! Il s'agit de fanfictions écrites en réponse à un concours organisé sur le forum ou sur le site.

Félicitations aux textes sélectionnés sur le thème Echange de Noël : Le Marchand de Glaces de LaLouisaBlack, Eanna pour Wizard Wheezes are cool, Api avec Capturer les images et Seonne pour Les douze coups de Noël !



Vous pouvez toujours trouver l'ensemble des Sélections du Mois sur le site et proposer vos thèmes et idées sur les topics du forum.
De Equipe des Podiums le 15/01/2018 18:10


Sauvegardes automatiques quotidiennes


Chers membres d'HPF,

Tous les jours à 2h du matin, heure de Paris, les sites de l'association HPF (HPFic, le Héron, le blog, la boutique, le site de l'asso et le forum) sont indisponibles pendant environ 20 minutes. En effet, l'Equipe Technique a mis en place depuis le jeudi 4 janvier des sauvegardes automatiques qui nécessitent leurs fermetures temporaires. Les sites aussi ont bien le droit à un peu de repos !


De L'équipe Technique le 09/01/2018 19:18


73e édition des Nuits d'HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 73e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 20 janvier à partir de 20h. N'hésitez pas à venir vous inscrire !
Pour connaitre les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A très bientôt !
De L'équipe des Nuits le 08/01/2018 23:48


Fin de la période de recrutement


Bonjour à tous,

Le recrutement pour notre équipe de modération s'est achevé hier soir. Nous avons reçu 8 candidatures que nous allons étudier sérieusement les jours prochains.

Les personnes qui ont postulé recevrons un message de notre part très prochainement !

Merci à vous d'avoir répondu à cette annonce et pour l'intérêt porté à notre équipe !
De Les Schtroumpfettes de compèt' le 07/01/2018 18:02


Recrutement pour l'équipe de modération d'HPFanfiction


Bonjour à tous,

En cette fin d’année, l’équipe des Bleues cherche deux nouvelles recrues pour étoffer ses rangs.

Une grande partie de notre travail s’effectue sur HPFanfiction où nous lisons puis validons ou invalidons les textes. Nous organisons aussi des concours ou projets d’écriture, une ou deux fois par an. Nous gérons la boîte mail sur laquelle arrivent les questions relatives au site. Nous publions des news et traquons également les bots. Vous trouverez le détail de nos principales missions ici.

Pour plus d’informations sur les modalités de recrutement, c’est par ici.

Le recrutement restera ouvert jusqu’au 6 janvier 2018.

A vos plumes !
De Les Schtroumpfettes de compèt' le 18/12/2017 20:01


Ludo Mentis Aciem par Ielenna New!

[1041 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

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Note de chapitre:

Coucou, mes raisins en aluminium !

La totalité de ce chapitre a été écrit en 6h, durant la nuit blanche de la kick-off du NaNoWriMo. Le but, écrire 50 000 mots en un mois. Ce qui signifie que vous aruez beaucoup de chapitres de LMA et de SPAIR ce mois-ci et en décembre.

Au programme, une vengeance bien méritée, une épée magique et des surnoms guimauve.

ET, j'ai un message important pour vous en fin de chapitre.

Quand Kate se réveilla le matin, elle mit du temps à comprendre qu’elle n’avait pas dormi dans sa chambre. Elle continua pourtant un temps à somnoler sur cette surface, trop molle pour être son matelas, trop rugueuse pour être des draps. Par-dessus son épaule, cette couverture qui avait glissé à moitié et qui traînait par terre. Un peu désabusée, elle se leva quand elle entendit quelques bruits ambiants. Ceux des pas feintés émis par de grandes chaussures, celui des tiroirs qu’on ouvre pour y rechercher quelques objets métalliques, ou encore celui, plus délicieux, d’une eau chaude versée dans une tasse.

— Vous prenez des tartines à la confiture d’abricot, le matin, au petit-déjeuner. Je pense ne pas me tromper en affirmant cela, Fräulein Whisper.

Kate se frotta les yeux, le cœur battant de plus en plus fort dans sa poitrine en comprenant qu’elle venait de passer la nuit dans le bureau de Wolffhart. Et pour cause ; elle n’avait pas le souvenir d’y être montée la veille. Elle se rendit compte que se remémorer la journée précédente s’avérait être une tâche bien ardue. Que lui était-il arrivé ?

— Pr-professeur Wolffhart ? balbutia-t-elle en se frottant les yeux, pensant qu’elle rêvait encore.

Son enseignant en métamorphose ne réagit pas tout de suite, se contentant de diriger avec sa baguette magique le couteau qui enduisait généreusement la tranche de pain de confiture orange.

— J’ose au moins espérer que vous avez passé une agréable nuit. Même si je doute parfois du confort bien relatif de ce vétuste meuble.
— Qu’est-ce que… qu’est-ce que je fais ici ?

Il lui accorda cette fois un regard plus sombre, que Kate redouta.

— Je ne vais pas vous mentir, Fräulein Whisper.

Alors, il annula le sortilège et le couteau effectua une pirouette dans les airs avant d’atterrir dans le pot en terre qui recueillait la confiture. Puis, il fit léviter le thé jusqu’à elle, mais Kate refusa de le prendre tant qu’elle n’obtenait pas des réponses.

— J’ai effacé vos souvenirs.
— Vous avez… quoi ? s’exclama-t-elle, troublée.
— J’ai effacé vos souvenirs de la veille, répéta-t-il.
— Pourquoi avez-vous fait cela ?! Vous n’aviez pas le droit ! Qu’est-ce qui…
— Fräulein Whisper. Si je vous avais laissé avec de telles connaissances, avec de telles expériences, croyez-moi, vous ne vous seriez pas levée ce matin.
— Il s’est produit quelque chose de grave ?
— On peut résumer cela ainsi.
— L’Immatériel ? s’affola-t-elle, pâle. J’ai blessé quelqu’un ?
— Superficiellement. Plus de peur que de mal. Mais mieux valait-il pour préserver votre mémoire de cet accident. Mais cessez de vous inquiéter pour cet événement désormais passé. Et, bitte, prenez votre thé. Je ne garderai pas ma baguette levée éternellement.

Kate grommela, peu convaincue et toujours quelque peu bouleversée par ces concessions, avant d’attraper la tasse fumante. Mais quelque part, elle apprécia l’honnêteté de son professeur envers elle. Lui refaisait-il à nouveau confiance ? Était-il prêt à reprendre son rôle envers elle ?
Néanmoins, l’incident dont elle n’avait connaissance continuait de l’inquiéter. Wolffhart la prit de court avec de nouveaux éclaircissements :

— Herr Weasley a été congédié.
— Par « congédié »… vous voulez dire… ?
— Vous n’êtes pas dénuée de logique, Fräulein Whisper. Vous comprenez fort bien ce que je veux laisser signifier par ce terme.
— Pourquoi ?! Qu’a fait Ron ?
— Il n’a pas conclu la mission que le département des Aurors lui avait confiée. Que voulez-vous. Depuis le départ, je répétais que ce gamin était un incapable. Mais qu’y puis-je. Les Aurors forment un merveilleux regroupement de crétins congénitaux qui désirent exhiber avec fierté la grandeur relative de leur baguette dans l’espoir de cacher quelques sombres démons dans les placards en se hâblant auprès d’un peuple sans jugeote, histoire de balayer leur médiocrité par quelques prouesses auto-déclarées.

Wolffhart avait clairement une dent contre les Aurors. Contre le monde entier, de manière générale, mais Kate avait remarqué dès le départ que son professeur dédaignait la plupart des grandes instances, même celles dans lesquelles il avait exercé dans le passé, comme le Whinamagot, le tribunal européen de justice magique.

— Ron était un bon Auror, le défendit Kate. C’est injuste !
— Herr Weasley était votre ami, vielleicht. Mais ce n’était clairement pas un sorcier compétent et capable d’anticiper les risques. Il n’a fait que précipiter les choses. Et aujourd’hui, il est temps de reprendre les choses en main.

La gorge de Kate se serra quand elle comprit :

— Qui va le remplacer ?
— Vous avez sûrement une idée.

Oh oui, elle en avait une, d’idée, mais cela ne la ravissait pas le moins du monde.

— Irina Ivanov, grimaça-t-elle, en se souvenant de l’Auror russe.
— Vous avez besoin de quelqu’un qui a de la poigne. Et seul quelqu’un issu de Durmstrang pouvait se charger de votre cas. Navré pour la réputation de votre école.
— Elle va me laisser encore moins de liberté, professeur ! se haussa Kate.
— Buvez votre thé.

Sans répliquer, Kate s’exécuta de manière presque automatique. Il ne chercha pas à apporter d’argument à sa réprobation et effectua un tour du bureau, sur lequel sa mallette ouverte laissait apparaître ses affaires bien organisées.

— En parlant de Durmstrang, j’en profite pour vous avertir de mon absence pour aujourd’hui. Réjouissez-vous, vous n’aurez pas à supporter mon cours ce jour. À moins que je ne m’en réjouisse encore davantage. Constater que votre classe se cantonne à ce niveau si bas à quelques mois de vos examens me donne quelquefois l’envie de tester la hauteur de cette fenêtre.
— Vous vous rendez à Durmstrang ? comprit Kate. Vous allez voir Emeric ?

Wolffhart lui accorda un regard en biais et Kate crut voir apparaître un rictus, un point se creuser aux coins de ses lèvres inexistantes. À moins qu’elle ne soit encore à moitié endormie et que sa vue lui jouait alors des tours.

— Je me dois d’évaluer son adaptation dans l’établissement. Même si, entre nous, deux possibilités se présentent : il remonte le niveau de Durmstrang autant qu’il ne rattrape celui de cet établissement ou il est mort depuis le début de l’année. Les élèves de Durmstrang pardonnent très rarement les impairs. Les professeurs encore moins.
— Emeric… va bien. Enfin, je crois. Il m’envoie des lettres.
— Gut, gut.

Il referma sa mallette en cuir et en verrouilla les cadenas avec la magie, avant de conclure :

— Retournez vite à vos dortoirs pour vous rhabiller et préparer vos cours de ce jour. Je me suis chargé personnellement de votre bonne réintégration auprès de vos camarades. Si ce n’est de Herr Gale.
— Griffin ?
— Votre… petit-ami est à l’infirmerie. Et bien qu’il ait été prévenu de…

Sa tasse de thé se fracassa au sol, devant les pieds de Kate, qui manqua de s’ébouillanter les orteils. Wolffhart laissa échapper quelques jurons en allemand et répara la maladresse de son élève choquée d’un coup de baguette ; la tasse reconstituée revint se loger entre les paumes de Kate.

— Griffin est blessé ?! Je l’ai blessé !
— C’était un accident, Fräulein Whisper. Et je pense qu’il l’a compris.

Mais Kate ne chercha pas à obtenir plus d’informations auprès de lui. Elle devait immédiatement se rendre au chevet de Griffin. Elle reposa donc la tasse au bord d’une console, manquant de tomber pour se recasser de nouveau, et décampa sans semer derrière elle le moindre mot, pas même le moindre remerciement à l’intention de son professeur, qui marqua la fin de leur conversation par un soupir. À la fois de désespoir, d’agacement, mais également teinté de remords.

*** *** ***



Kate courut jusqu’à l’infirmerie ; elle devait en avoir le cœur net. Cependant, Mrs Pomfresh la renvoya quand elle parvint à l’office. Il était encore bien trop tôt pour les visites et devait revenir avant le déjeuner si elle désirait parler à Griffin.

— Mais… il va bien ?!
— Il n’a rien, la rassura Mrs Pomfresh. L’os a été normalement été réparé cette nuit, je vérifierai tout à l’heure si…
— Son os ?! Il a une fracture ?
— Un bras cassé ! Ce n’est pas grand-chose ! Allez donc prendre un bon bain avant votre premier cours, miss Whisper. Cela vous fera le plus grand bien.



Tous les regards convergeaient sur elle, ce matin-là. Bien qu’elle en ait l’habitude, Kate sentait que les sentiments derrière n’étaient pas forcément les mêmes. Elle avait l’impression d’être de nouveau l’année dernière, lors de l’incident de la Grande Salle, quand elle avait accidentellement exercé son Allégeance sur tous les élèves présents à ce moment-là.

— Peut-être que vous, vous m’aiderez à comprendre… ! aborda-t-elle Maggie et Terry à la table des Poufsouffle, alors que les deux consommaient leur petit-déjeuner en silence.

Le regard de Terry la rassura d’autant moins. Elle remonta plus encore en arrière, quand son ami se méfiait de la présence de Merrick en elle. Oui, Terry avait peur. Kate ignorait qu’il était encore sous l’emprise de son traumatisme de la veille, des conséquences de sa pyrophobie.

— Tu as bien dormi, Whisper ? l’accueillit Maggie.
— Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Quelqu’un va-t-il me le dire, à la fin ?
— Écoute.

Elle planta ses yeux dans ceux de Kate.

— Si Wolffhart t’a effacé tes souvenirs, c’est pour une bonne raison. Alors je te conseille de t’en tenir là et de ne pas essayer d’en savoir plus.
— Vous le savez, alors ? Que Wolffhart m’a…
— Toute l’école le sait, Kate.

La remarque venait cette fois de Terry, penché sur la table, l’expression neutre.

— Et personne ne te le dira, poursuivit Maggie. C’est un ordre de Wolffhart. Et crois-moi. Personne n’est assez fou ici pour lui désobéir ! Tout le monde tient à ses deux bras !

Kate se tassa alors et décida d’accepter cette réalité. Peut-être avaient-ils tous raison. Peut-être était-ce mieux de rester dans l’ignorance plutôt que de souffrir de la vérité.
Quand ils se rendirent en cours de botanique, une seule obsession occupait Kate, qui jetait de brefs coups d’œil sur la porte d’entrée de la serre, consciente que d’une seconde à l’autre pouvait surgir miss Ivanov. À moins que celle-ci ne la surveille déjà… Mais les avertissements répétés de Neville Londubat sur sa concentration la força à s’en détacher.
En réalité, et à son plus grand malheur, Kate retrouva l’Auror à la sortie de son cours. La sorcière russe n’avait pas changé d’un cheveu, avec son grand manteau rouge, son expression austère et son regard glacial. Elle était bien moins ouverte aux plaisanteries et aux transgressions de règles que Ron, c’était certain. Et c’était ce que déplorait Kate, qui abandonna le doux espoir de se subtiliser de nouveau à la surveillance de son Auror protecteur. L’inexpérience de Ron de ce côté-là lui avait bien servi.
Irina Ivanov lança un regard dédaigneux sur les mains maculées de terre de Kate, sans même lui décerner quelques salutations.

— Oui. Vous aussi vous m’aviez manqué, railla Kate, en grognant à moitié.
— Qu’on se mette au clairrr, gamine.

Irina avait pris un ton dur, une voix presque militaire.

— Tu échappes à mon rrrregard, rrrrien qu’une seule seconde, même pourrr te rrrendre au petit coin, et je ferrrai de ta vie un tel enferrr que tu me rrrréclamerrras Azkaban, qui prrropose une meilleurrre qualité de vie ! Comprrris ?

Le visage de Kate s’était dégorgé de ses couleurs et la Papillombre se contenta de hocher de la tête.
Elle n’eut donc pas d’autre choix que de supporter la présence d’Irina à ses côtés quand elle se rendit à l’infirmerie, peu avant midi, à l’heure du supposé cours de Wolffhart qui avait été annulé du fait de son absence.
Kate s’avança dans la nef, vers le lit de Griffin, la gorge serrée. Quelques autres matelas étaient occupés par des élèves qui s’étaient cassé des os ou foulé des chevilles en tentant de patiner sur le Lac Noir malgré l’interdiction que s’évertuaient à répéter les professeurs chaque année. Le bras droit du Gryffondor était enrubanné par de larges tissus, chargés de positionner son coude afin de veiller à la bonne reconstitution de son os endommagé. Quand Griffin reconnut Kate qui approchait, cette dernière saisit au vol l’étoile qui scintilla un instant dans ses yeux. Comme dans ceux de Terry, Kate y reconnut de la peur.
Mais ce que la jeune sorcière ignorait, c’est ce que n’était pas elle-même qui provoquait cette crainte chez le Gryffondor. Mais le souvenir de son visage, à ce moment-là. Il avait vu ce qu’il s’était produit, ce qu’aucun autre œil n’avait aperçu. Il avait discerné ce qui l’avait plaqué contre l’arbre, ce qui avait brisé son bras comme une vulgaire allumette et qui l’avait étranglé sans vergogne. Ou plutôt, qui…

— Griffin ! s’exclama Kate. Tu… tu vas bien ?
— J’ai connu mieux, avoua-t-il en grimaçant, la voix enrouée, du fait de son étranglement encore récent.
— Je suis désolée ! Je… C’est ma…
— Ce n’est pas de ta faute, Kate. C’est… c’est de la mienne. Mais tu n’as rien fait.

Le cœur de Kate s’apaisa quelques secondes, ses mains se serrant autour de la sangle de son sac de cours.

— De quoi te souviens-tu ? lui demanda Griffin.
— De… de notre dispute. Après, tout devient flou. Ne me dis pas que c’est moi…
— Ce n’est pas toi. Je te l’ai déjà dit. Crois-moi, ce n’est pas toi. Je…

Il inspira une grande bouffée d’air avant de se lancer d’une voix tremblante.

— J’ai été trop loin. Voilà, je l’admets. J’ai été con.

Le soupir qui suivit fut celui d’Irina Ivanov, qui dédaignait ouvertement ce genre de conversation conjugale adolescente.

— J’ai dit des choses que je n’aurais pas dû dire, hier.
— C’était… c’était un peu mérité, Griffin. Ça arrive, les disputes, dans tous les couples.
— On ne peut plus fonctionner comme ça.

Cette fois, le cœur de Kate manqua un battement et sa gorge s’étrangla.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Je préfère qu’on en parle calmement, souffla Griffin, embarrassé, quoique sérieux. Plutôt qu’on en vienne à se battre. Et… on ne peut pas continuer. Toi et moi.

Les larmes montèrent aux yeux de Kate et Griffin accepta cette dure image. Mais les recommandations de Wolffhart lui restaient également en tête. Il ne devait pas la mettre en colère, sous aucun prétexte. Et s’il devait avancer certaines choses, il devait le faire le plus délicatement possible.

— Tu me quittes ? résuma Kate.
— Ça vaut mieux pour tous les deux. On se fait souffrir mutuellement. J’ai pensé que ça pourrait marcher. Même si on est super différents, toi et moi. Mais surtout…

Il se mordit la lèvre. Lui-même détestait l’admettre.

— Il y a quelqu’un qui t’aime plus que moi. Et ça, je ne peux pas le supporter.
— Emeric n’est pas là ! C’est toi et moi ! Il n’a rien à voir là-dedans ! C’est notre histoire, notre relation ! Pas la sienne !
— Et je peux encore moins supporter le fait que tu l’aimes aussi. Kate… Je n’avais pas tort, dans ce que je disais hier. Ce n’était pas des mensonges. Je sais que tu l’aimes… Et… ce n’est pas grave. C’est peut-être aussi un peu de ma faute.
— Je n’aime pas Emeric !
— Tu es bien aveugle.
— Arrête, Griffin ! Arrête ! Tu ne dis que des conneries ! Tu ne sais pas ce que tu dis !
— Très bien, très bien, la calma-t-il, inquiet. Respire, Kate. C’est bon. D’accord… Peut-être, alors.
— C’est toi que j’aime.

Elle en tapa du pied sans s’en rendre compte. Une lointaine pensée lui laissa entendre qu’elle se comportait comme une enfant capricieuse qui se voyait privée de son cadeau sans raison. Alors qu’elle-même devait se remettre en question. Identifier plus clairement ses sentiments.

— Je sais… répondit simplement Griffin dans un murmure. Mais alors, laissons-nous le temps. Chacun de notre côté. Et qui sait.

Un sourire éclaira ses traits.

— Peut-être qu’un jour, nos chemins se recroiseront.

Les doigts tremblants de Kate palpèrent sa tempe. Au fond, Griffin avait raison. Tous deux avaient besoin de cette pause. Kate avait encore trop de mystères à résoudre autour d’elle-même, de son Immatériel, avant de s’engager dans une relation de manière saine.

— Très bien, souffla-t-elle.

Elle prit le temps de réintégrer ses esprits. Puis, la maturité assez déconcertante de Griffin la fit sourire. Quelque part, elle soupçonna Wolffhart ou ses amis de lui avoir insufflé cette idée.

— Je t’apporterai les cours, ce soir, conclut-elle. On a un BUSE blanc en sortilèges jeudi. Il faudra que tu rattrapes ton retard et que tu révises.
— D’accord. Merci, Kate.
— De rien.

Après un dernier hochement de tête, Kate quitta les lieux en essuyant une larme qui avait coulé sur sa joue. Pourtant, à sa plus grande surprise, c’est le cœur plus léger qu’elle repartit. Comme si on l’avait déchargé d’un poids dont elle n’avait pas pris conscience ces derniers mois durant.

*** *** ***



À son grand dam, Irina Ivanov suivait les instructions de ses supérieurs à la lettre. Et un tel dévouement en venait presque à épater Kate, même si cela la privait de son ancienne liberté fragmentée. Elle pouvait dire adieu à ses pauses bien méritées sur les berges du Lac Noir, à fumer en douce une ou deux cigarettes quand son humeur s’y prêtait. Même lors de ses pauses aux toilettes, Irina restait derrière la porte de la cabine et son regard effrayait tellement Mimi Geignarde que son fantôme se faisait toute petit à ces moments-là. Le seul endroit où Kate pouvait aspirer à l’intimité, c’était la salle commune des Papillombre. Car en bas, la statue de Cliodna veillait. Miss Ivanov avait bien tenté d’outrepasser ses lois, qui ne prenaient pas forcément en compte les précautions qui avaient été préconisées dans le cas de Kate, mais la statue l’avait vite fait renvoyée à la surface. Cliodna n’acceptait là que les vrais Papillombre, sans exception.
Lors d’une fin d’après-midi, à quelques jours de son anniversaire, Kate profita d’une pause dans ses révisions, assise confortablement dans l’un des poufs attenant à l’âtre centrale, pour consulter les lettres qu’elle avait reçu le matin-même et qu’elle avait déjà ouvertes. Elle désirait toujours les relire à tête reposée.
Il y avait un mot de son père, qui la remerciait pour son cadeau d’anniversaire. Un couteau qui se nettoyait tout seul après utilisation. Ce à quoi Phil avait répondu qu’il serait idéal pour dépecer Aidan Sullivan vivant sans se salir. Pourtant, Phil fit l’impasse sur le reste de son quotidien, entre autres sur la nouvelle pleine lune qui avait eu lieu quelques semaines auparavant. Mais comme par habitude au sein de la famille Whisper, les murmures avaient la charge d’être le tombeau de leurs secrets ; même si Phil abordait le sujet de manière fort vague, il s’occupait souvent par la suite de dévier le sujet en espérant le faire oublier.
Les informations que Kate réclamait sans le déclarer de vive voix, ce fut Will, son nouvel oncle, qui le lui délivra :

Chère Kate,

J’espère que tu te portes bien et que tu tiens le coup. Il paraît que la cinquième année n’est pas la plus facile à Poudlard avec les BUSES. Mais ta mère et ta grand-mère me répètent souvent que tu es une excellente élève, alors je ne fais pas vraiment de souci pour toi. Je sais que tu réussiras sans problème !
Nous avons fêté l’anniversaire de Phil, l’autre jour. J’ai l’impression qu’il commence à accepter ma présence et cela me réconforte. Peut-être qu’un jour, il voudra bien m’accueillir comme un frère et non comme un inconnu indésirable.
Les derniers événements tragiques nous ont rapprochés, ton père et moi. Nous avons bien reçu les potions Tue-Loup que ton amie a fait envoyer à Carlton. Mais ton père craint malgré tout de voir le contrôle lui échapper. Et pour cette première fois, il ne préférait pas prendre de risque, même s’il consommait la potion. Il m’a donc demandé de rester avec lui pour cette nuit. Il sait que je peux supporter ça, que je peux le canaliser au besoin. Que je pouvais le protéger, ou protéger les autres de lui si cela dégénérait.
Nous nous sommes rendus dans une vieille remise dans les bois, à la sortie de Carlton. Tout s’est bien passé. Ton père s’est réveillé avec une grosse migraine, mais il est resté là et n’a blessé personne. Il n’est même pas sorti avec l’appel des bois et des animaux qui y grouillent. C’est prometteur ! Pour l’instant, je reste disponible et je continuerai à veiller à ses côtés ces nuits-là. Le temps que ton père reprenne confiance en lui. Mais je pense que tout se passera bien à l’avenir s’il continue à être réapprivionné en potions Tue-Loup.
Je te donnerai régulièrement des nouvelles. Je sais que votre famille souffre cruellement de problèmes de communication ! Courage. Ne te fais pas de soucis, Kate. Nous veillons les uns sur les autres. Que peut-il nous arriver ? ;)

Je prie pour toi et te souhaite tout le courage du monde,
À bientôt, je l’espère,
Will

PS : tes parents m’ont dit que c’était bientôt ton seizième anniversaire ! Que veux-tu pour l’occasion ?


Kate sourit. Will était décidemment l’oncle dont elle avait toujours rêvé et elle regrettait qu’il ne soit pas apparu plus tôt dans sa vie. Pas comme James, qui lui avait empoisonné son enfance ou Merrick qui avait joué les abonnés absent en tant que parrain avant de se retourner contre son ancien meilleur ami.

— Kate !

La personne qui l’apostropha l’arracha à la relecture de sa lettre. À sa plus grande surprise, elle aperçut Nestor, provenant du couloir des dortoirs des garçons, qui approchait à larges foulées, pour sa petite taille. Dans sa main, un sac en bandoulière qui n’était pas le sien. Sur le cuir étaient cousus des écussons de dragons, d’hydres et de chimères ; il appartenait sans aucun doute à Leeroy.

— Je-euh… oui ? Il y a un problème ? soupçonna-t-elle, n’étant pas souvent abordée par le plus distant des Papillombre.
— Un très gros problème, si tu veux mon avis.

Alors, il déposa le sac de Leeroy aux pieds de Kate, qui l’interrogea d’un regard.

— Regarde à l’intérieur, lui intima-t-il en pointant l’objet du doigt.

Fronçant les sourcils, Kate reposa son parchemin puis se pencha difficilement en avant, du fait de la grosseur du pouf, pour attraper le dit sac. Dès qu’elle l’ouvrit, de l’encre lui coula sur les doigts. Le sac en était tout imbibé.

— Un coup de Peaves ? soupçonna Kate.
— Regarde à l’intérieur, répéta Nestor, sérieux.

Le sac de Leeroy était rempli. Rempli de débris de parchemins. Sa plume avait été cassée, abîmée volontairement. Le loquet pour fermer son sac avait été ensorcelé pour essayer de mordre à intervalles réguliers. Et elle retrouva un nombre impressionnants de petits mots glissés à l’intérieur. Mais ces derniers ne portaient pas de preuve d’amour, bien au contraire. On pouvait y lire :

« Tu n’es qu’un raté ! »
« C’est ta mère qui s’est fait un dragon, tête de fion. »
« Tu ne mérites pas d’être à Poudlard. »
« On a bien fait de t’envoyer chez les Papillombre, ce ne sont que des ratés ! »
« Alors, espèce de d-d-d-de-de-demeuré ? »


— Qui a fait ça ?! s’exclama Kate, outrée, en se levant d’un bond.
— Je sais qui c’est. Ce sont des filles de quatrième année. Elle n’arrête pas de le harceler. J’essaie d’être là, mais dès que j’ai le dos tourné… Pour peu que Leeroy se promène seul dans les couloirs ou qu’il se rende au Lac pour chercher le kraken…
— Des filles qui sont dans la classe de Tetsuya et Eibhlin ?
— C’est bien, tu percutes vite, Whisper !

Le ton ironique de Nestor trahissait son inquiétude, que Kate trouva particulièrement touchante. L’amitié qui liait Leeroy et Nestor était si particulière, les deux garçons nourrissant des caractères si différents, que cela lui rappelait parfois sa relation avec Maggie. Car rien n’aurait pu prédire cela.

— Pourquoi il ne nous a rien dit ?
— C’est Leeroy. Même s’il souffre, il sourit toujours. C’est comme si rien ne se passait, pour lui. Il pense nous protéger, comme ça. L’idiot.
— On va faire une intervention, conclut Kate. On ne peut pas les laisser continuer.
— C’est que j’espérais t’entendre dire. J’avais peur que tu te comportes en lâche et que tu décides d’aller en parler aux professeurs.
— Les Papillombre, c’est notre famille. Et personne ne touche à la famille, Nestor.

Des propos qui firent échos dans l’esprit du jeune garçon, qui s’autorisa un bref sourire sur sa face blafarde.

— Ce soir, après le repas, je ferai en sorte que Leeroy reste dans sa chambre, décida-t-il. Qu’il lise un bouquin, ou quoi.
— Parfait. Comme ça, on pourra en discuter tous ensemble.

Et c’est ce qu’ils firent, rassemblant la majorité des Papillombre autour du feu, à l’exception du concerné. Nestor et Kate savaient qu’ils ne devaient pas l’impliquer. Connaissant la douceur et la gentillesse naturelle de Leeroy, ils avaient conscience qu’il serait capable de défendre ses agresseuses et de leur trouver des circonstances atténuantes. Mais ils ne pouvaient pas laisser la situation perdurer.

— Je préfère vous avertir, commença Kate, debout, au milieu du cercle, tandis que tout le monde l’écoutait avec attention, je refuse d’impliquer les première et les deuxième années dedans. Vous pouvez écouter, mais s’il vous plaît, n’intervenez pas. Et je vous fais confiance pour que rien ne sorte de cette salle commune. J’espère que je suis claire.
— Oh, c’est dommage, j’avais déjà des idées, pourtant, regretta Shako.
— Oui, il faut que l’on fasse quelque chose, soupira Rose. Leeroy ne mérite pas ça…
— On doit le venger ! lança Teffie, le poing levé.
— Ouais, le venger ! reprit Robin, un deuxième année, particulièrement revendicateur.
— On va faire comprendre à ces filles qu’elles ne peuvent plus continuer comme ça. Et qu’elles doivent arrêter immédiatement de s’en prendre à Leeroy.
— Kate…

Tetsuya était intervenu avec une voix posée.

— Nous sommes préfets. Je ne trouve pas très sage, ni très mature, de procéder ainsi pour leur faire entendre raison. Il y a d’autres moyens.
— Honnêtement, Tetsouya ?! répliqua Eibhlin en se tournant vers lui. Tou les connaïs, ces filles ! Ce sont di poufiasses, qui ne respectent aucoune loï ! Même envers les professeurs ! Elles s’en fichent de faïre perdre des poïnts à leur maïson. On feraït bien de leur remettre les idées en place comme elles le méritent !
— Ouais, comme elles le méritent !
— En arrachant leurs cerveaux riquiquis pour les disperser sur leurs restes carbonisés ! poursuivit Teffie.
— Ouais, leurs restes tout carbonisés !
— Non, pas de violence ! les rattrapa Kate. On est d’accord, Teffie ?
— La violence résout toujours beaucoup de choses. À ton avis, pourquoi a-t-on autorisé la présence des batteurs dans les matchs de Quidditch ? Il n’y pas de divertissement sans violence ! Puis les matchs n’auraient pas de fin s’il n’y personne pour tâter de la batte !
— Tu vois où je voulais en venir ? pointa du doigt Tetsuya. On va commencer à encourager ce genre de comportement. Et ce n’est pas judicieux !
— Teffie est dangereuse au quotidien, fit remarquer le timide Isidore d’une voix basse. C’est différent !
— Alors, que proposes-tu en remplacement, Tetsuya ? On t’écoute.
— On doit en parler à Wolffhart. C’est notre professeur référent. Et lui saura être très persuasif.
— Je ne fais pas confiance aux adultes.

La remarque venait de Nestor, le regard assombri.

— Ils ne comprennent pas les conséquences. Ils n’arrivent pas à gérer ça. C’est à nous de le faire. Et de montrer à ces filles ce que nous valons ! Et que personne ne pourra s’en prendre à Leeroy sans nous toucher, nous !

Son discours fédéra une grande partie des Papillombre, mais ne convainquit pas Tetsuya, qui campait sur ses positions. Alors, Eibhlin s’approcha de lui en coulissant sur le seul canapé de la salle commune.

— Avoue. Tou rêves de leur faïre payer. Tous ces retards en cours à cause de leurs bavardages. Et puis, tu es le premier à ti plaindre quand elles font trop de bruit. Ou que leurs ricanements t’énervent quand tou lèves trop ti main. Il est temps de leur donner une bonne leçon.

Tout le monde se tut, attendant le dernier mot de Tetsuya, qui finit par souffler en lançant sa main par-dessus son épaule d’un geste agacé.

— D’accord ! Mais juste pour cette fois ! Je ne veux pas participer à ça, je reste juste pour vérifier que vous ne faites rien d’insensé.
— Ton rôle de modérateur est bienvenu, souligna Kate dans un sourire. Alors. Il va falloir qu’on mette en place un plan.
— Pour ça, on a la personne toute indiquée ! fit remarquer Rose.

Et tous se retournèrent vers Nestor, qui accepta ce rôle dans l’indifférence.

— J’ai déjà ma petite idée en tête.

*** *** ***



Jane et Lucy, de leurs noms, étaient deux Serpentards particulièrement turbulentes. De moins en moins de personnes acceptaient de faire des généralités à l’égard de la maison des serpents, mais on admettait régulièrement qu’y étaient envoyés les plus récalcitrants. Et, réglées comme des horloges, les deux filles répondaient à des rituels très cadrés. Concernant leurs pauses, leur temps de remaquillage magique dans les toilettes, leurs petites messes basses.
L’une d’elles consistaient à préparer leurs prochaines farces dans une petite salle du premier étage. Là où personne ne viendrait les déranger. Ce jour-là, elles s’étaient lancées dans une entreprise assez audacieuse en subtilisant toutes les fioles et le nécessaire à potions de Leeroy pour remplacer les substances rares par des produits peu ragoûtants. Elles riaient déjà de la tête de leur pauvre bouc-émissaire.

— Mais p-p-p-p-pourquoi, ça m’ex-explose à la figure ? l’imita celle qui observait l’autre verser du lait périmé d’hippogriffe dans un flacon qui contenait au départ du lait de pavot.
— Il ne va rien comprendre. Ça lui apprendra.

Quand elle eut terminé, la dite Lucy rangea tous les produits à leur place. Il ne leur restait qu’à les redéposer dans l’office de Slughorn, là où les élèves entreposaient leurs affaires personnelles dans des petits casiers. Une nouveauté qui avait été mise en place deux ans auparavant, du temps où les élèves commençaient à se plaindre de devoir transporter leurs produits et ingrédients en plus de leurs chaudrons bien lourds, parfois depuis la tour des Gryffondor jusqu’aux cachots.

— Je pense que c’est bon… ! J’ai hâte de voir le résultat !

Pourtant, quand Jane, la blonde qui passait son temps à hocher de la tête pour marquer ses approbations successives, chercha à ouvrir la porte, celle-ci ne céda pas. Elle retenta, sans succès. Elle tenta d’avoir recours à la magie :

— Alohomora.

Mais rien n’y fit. Elle jura entre ses dents.

— Quelqu’un nous a enfermées ici !
— Quoi ?! Qui est l’enfoiré qui…

Lucy n’eut pas le temps de répliquer davantage, quand retentit une formule qui lui attrapa le pied et la souleva jusqu’au plafond la tête en bas. Elle en lâcha le support à fioles, dont certaines se brisèrent sur le sol. Dans son cri de stupeur, elle se retrouva nez à nez avec une autre fille, elle-même en position de chauve-souris, un sourire plaqué sur ses lèvres. Rose pencha la tête, amusée.

— Coucou !
— Lucy !

Mais Jane n’eut pas le temps de réagir, la baguette à la main, quand un sortilège de saucissonage lui attacha les membres au corps.

— Experlliarmous !

Le sortilège d’Eibhlin, sortie du grand placard, la désarma. Derrière l’irlandaise, Tetsuya franchit lui-même la porte du meuble, sa baguette en main, mais n’intervint pas. La mine refermée, il observait, prêt à canaliser tout possible débordement. De leur côté, Teffie et Nestor surgirent de derrière une vieille table et une commode. Là-haut, au plafond, Rose avait dégainé sa palette de peinture et son pinceau.

— Il paraît que tu adores te maquiller ! Tu me laisses te refaire une beauté ?
— Ne me touche pas, connasse !
— Du jaune-orangé sur les joues, je suis sûre que ça t’ira à merveille !
— N’y pense même pas !
— Lâchez-moi ! criait Jane en bas. Vous n’avez pas le droit ! Au secours !

Son cri de détresse fit ricaner Eibhlin.

— Mais quelle lâche tou fais, Jane. T’attaquer à Leeroy, et chouiner comme une gamine dès que tu fais face à des adversaires à ta taille ? Tou es tellement minable.

Teffie s’était approchée et avait ramassé quelques fioles restantes sur le sol, celles qui n’avaient pas été brisées par la chute du support. Puis, elle en tendit quelques-unes à Nestor, resté silencieux jusqu’à là.

— Tiens. À toi l’honneur.

Nestor s’en saisit avec un certain soulagement. Car Teffie comprenait qu’il avait besoin d’exsuder cette rage. Cette incompréhension vis-à-vis de cette haine à l’égard de son meilleur ami. Alors, le jeune Papillombre débouchonna la fiasque de fiente de porcelet afghan et s’avança vers Jane, qui ne pouvait pas l’atteindre, rageant en se débattant à genoux, incapable de se mouvoir.
Puis, sans un mot, il la lui versa sur la tête, la substance malodorante coulant le long de ses mèches blondes et si bien soignées.

— Comment… comment oses-tu ?!
— Ce n’est rien, par rapport à ce que vous avez fait subir à Leeroy. Crois-moi.
— Quand les professeurs apprendront ça… !
— Les professeurs n’en sauront rien. Car vous ne leur direz rien. Vous pensiez être capables de pourrir la vie de Leeroy. Mais ne t’en fais pas.

Il s’accroupit pour lui faire face à la même hauteur. Et il prononça, en la fixant droit dans les yeux :

— Si tu maltraites encore une fois Leeroy, si tu oses une fois entrer en contact avec lui, si ce n’est pour lui faire des excuses, crois-moi. Nous ferons de ta vie un enfer. Considère cela comme un simple avant-goût. On vous humiliera. Vous serez la risée de l’école.
— Vous êtes des crétins ! Tous ! Tous les Papillombre ! De grands tarés ! Vous êtes ridicules !
— Contrairement à vous, nous n’avons pas honte d’être ridicules. Faites-nous tout ce que tu veux, on ne courbera jamais l’échine. Mais crois-moi. J’ai étudié l’art des rumeurs à Poudlard. Tu seras mon essai, si tu y tiens. Je sais me montrer très persuasif.

Jane ne répliqua rien, un hoquet coincé dans sa gorge. Nestor se releva, acceptant le nouveau flacon que lui tendait Teffie et versa l’urine de chèvre sur la raie plaquée de la Serpentard, tétanisée et à deux doigts de vomir.

— Je crois que c’est bon, Nestor, l’arrêta Tetsuya. Elles ont compris.
— Fort bien.

Il lâcha la fiasque qui rebondit sur le sol avant de rouler jusqu’à percuter les genoux de Jane.

— Rose ? appela Tetsuya. Tu as fini ?
— Je pense qu’on n’est pas loin de la perfection.

Lorsqu’ils firent redescendre Lucy, chaque Papillombre étouffa un fou rire en admirant l’œuvre art digne d’un Picasso. Ses cils étaient enduits de violet pétant, ses oreilles en rose et son menton peinturluré de bleu était entrecoupé de tirets verts. Deux sillons de larmes de honte tranchaient la peinture étalée sur ses joues.

— Tout le monde est au clair ? Tergeo.

Le sortilège de Tetsuya supprima toutes les traces de peintures ou les résidus et autres produits nauséabonds des cheveux de Jane. Mais elle n’effaça certainement pas l’image de leur humiliation dans l’esprit des Papillombre. Encore moins l’instant que Teffie immortalisa l’instant avec l’appareil photo magique qu’elle avait emprunté à sa sœur.

— Je pense que la leçon a été comprise, conclut Tetsuya, d’un air sérieux. Ne vous approchez plus jamais de Leeroy.
— Ou vous aurez affaire à nous ! renchérit Teffie.
— Et à mes pinceaux ! commenta Rose, toujours suspendue à l’envers au plafond sans rechigner sur sa position.

Alors, tous les Papillombre quittèrent la salle sans un mot, Eibhlin la dernière, jetant un regard méprisant sur ses camarades de promotion avant de sortir de la pièce en laissant la porte entrouverte.
Plus loin dans le couloir, les Papillombre victorieux croisèrent Kate, qui, hélas, ne pouvait pas participer aux festivités, à cause de la surveillance accrue d’Irina Ivanov.

— Mission accomplie ? leur demanda-t-elle avec un sourire malicieux.
— Mission accomplie, approuva Nestor. Merci, Kate.

Ils se quittèrent sans plus de tergiversions, ce à quoi miss Ivanov réagit :

— Quel genrrre de mission ?
— Vous ne comprendriez pas.

*** *** ***



— Joyeux anniversaire !

Les quatre filles de Gryffondor applaudirent Kate, qui venait de souffler sa bougie improvisée, sur son muffin au chocolat, le midi dans la Grande Salle. À côté d’elle, un groupe de garçons de sixième année sifflèrent pour célébrer également l’événement.

— Seize ans ! s’exclama Suzanna. L’année prochaine, la majorité ! Déjà ! J’ai du mal à y croire.
— Moi aussi, fit remarquer Maggie. Surtout concernant Miller. Si petite…
— Oui, mais au moins, mes capacités cognitives s’accroissent, elles, avec le temps, rétorqua la naine avec un sourire narquois.
— Tiens, ouvre tes cadeaux.
— Vous me gâtez trop, comme d’habitude !

Les cadeaux de ses amies étaient toujours touchants et bien pratiques. Une jolie boîte à bijoux de la part de Suzanna, une nouvelle plume d’écriture de la part de Scarlett, un manuel de pratique de sortilèges par Moira, qui avait annoté certains chapitres avec des commentaires personnels pour aider Kate à la réalisation de ses formules. Enfin Maggie lui avait offert un nouveau nécessaire pour rafistoler sa batte, le tout accompagné des habituels collants chauffants qu’elle lui achetait chaque année.

— Pas trop triste de ne pas fêter ton anniversaire avec Gale ? grimaça Scarlett une fois qu’elle eut déballé tous ses cadeaux.

Kate jeta un coup d’œil en direction de l’autre extrémité de la longue table. Le jeune Gryffondor s’amusait en compagnie de sa bande et n’avait pas pris la peine de lui souhaiter un joyeux anniversaire encore aujourd’hui.

— Nous nous sommes séparés en bons termes, préféra-t-elle avancer. Et si ça se trouve, on se remettra ensemble un jour !
— T’as beaucoup d’espoir, Kate ! lâcha Suzanna. Maintenant que Griffin est libre, les filles font déjà la queue ! Elles se l’arrachent ! Il y a même des paris qui se mettent en place pour savoir qui sera sa prochaine petite amie. On a reçu ça en proposition d’article pour le prochain numéro de l’Écho du Boursouff.
— Griffin fait sa vie comme il l’entend, grinça Kate. Et tant mieux si en attendant, il trouve son compte avec une pouffe.
— « En attendant ? »

Maggie ricana. Un rire jaune. En réalité, la jeune Gryffondor digérait mal son pari avec Terry qui se profilait bien mal. Elle qui avait parié que le couple de Kate et Griffin tiendrait, tandis que Terry avançait depuis leur troisième année qu’Emeric parviendrait à conquérir le cœur de la Papillombre.

— Il n’y a pas de « en attendant », Kate. Tu es très naïve, parfois.
— Je suis pleine d’espoir. Nuance.

Maggie préféra alors grommeler dans son thé. Mais elle n’avait pas tort, songea Kate, qui jetait de temps à temps un regard rêveur et nostalgique vers Griffin. Qu’auraient-ils fait ensemble, aujourd’hui, pour célébrer son anniversaire ? Peut-être une promenade romantique sur les berges du lac, qui s’achèverait sur un bon bain dans la salle de bains des préfets ? Elle secoua la tête pour ne pas y penser. C’était du passé, désormais. Elle devait passer à autre chose.

— Oh, regardez !

Scarlett pointa du doigt un petit papillon en papier ensorcelé, qui battait des ailes au-dessus de leurs têtes. Ce dernier se posa sur le rebord de l’assiette de Kate, qui en eut la gorge serrée.

— Déjà un nouvel admirateur ? nasilla Moira. Quel succès, Kate ! J’en deviendrai presque jalouse !

Kate attrapa alors le papillon et le déplia sous le regard horrifié de Suzanna, qui ne comprenait pas que l’on puisse ainsi démembrer une aussi jolie petite créature. Au milieu du parchemin étaient marqués seulement deux mots : joyeux anniversaire.

— Alors ? Une déclaration d’amour ?
— Non. Juste… un petit mot sympa.
— Je suis très déçue. Je m’attendais à mieux.
— Tu comprends maintenant mon sentiment quand le Choixpeau t’a envoyée à Gryffondor ? lança Maggie.

Délaissant la nouvelle dispute naissante entre les deux filles, Kate se leva et chercha sa cible du regard : elle était déjà partie. Peut-être pourrait-elle la rattraper. Elle abandonna ses amies après avoir ramassé tous ses présents et prétexta un oubli dans sa chambre pour le cours suivant. Irina Ivanov ne l’avait pas lâchée d’un poil et avait commencé à la suivre, agacée de devoir abandonner son assiette en plein milieu. Pourtant, sans que l’Auror ne le remarque, Kate usa de son don pour capter les auras alentour. Elle devait la retrouver. Après cinq minutes de course à travers le dédale de Poudlard, Kate retrouva son mystérieux expéditeur au détour de l’escalier qui menaient vers les cachots.
L’ombre blanche de Merrick accompagnait Morgana et l’arrivée impromptue de Kate interrompit leur conversation. L’ancien Mangemort esquissa un sourire sur son visage négligé et déclara :

— Je vais vous laisser.

Sur ces mots, Merrick disparut en traversant un mur, abandonnant les deux filles dans un face-à-face bien inhabituel. Kate prit l’initiative des premiers mots :

— Merci. Pour ton mot.
— Pas de quoi, Whisper. Bonne journée.
— Ca m’a rappelé notre première année, l’arrêta Kate alors que Morgana s’apprêtait à reprendre sa route.
— C’était le but. Espèce d’idiote.
— Et… ça m’a fait plaisir de me rappeler de cette période.

Elle frictionna l’aile du papillon magique qu’elle avait réassemblé. Ce dernier frissonna entre ses doigts.

— J’ai toujours gardé celui que tu m’avais offert, pour mes douze ans. Même si je sais qu’à cette époque, tu ne m’appréciais pas. Mais… ça reste l’un des plus beaux cadeaux qu’on m’ait fait. Ce jour-là, tu m’as fait comprendre que mon anniversaire n’était pas un jour que je devais renier. Mais que je devais célébrer comme un renouveau, année après année. Et… malgré toutes nos tensions, je voulais vraiment te remercier pour ça, Morgana.

Cette fois, la Serpentard se retourna vers elle et Kate crut un instant que ses traits s’étaient adoucis. Peut-être n’était-ce qu’une illusion créée par les jeux d’ombres des torches qui éclairaient l’étroit couloir.

— Parfait, alors. Au revoir, Whisper.

Kate ne chercha pas à l’arrêter dans sa descente. Elle lui avait concédé tout ce qu’elle avait sur le cœur et cela lui faisait. Après tout, elle avait peut-être eu raison de garder espoir. Rien n’était complètement perdu concernant Morgana. Elle détenait encore sa chance de rédemption.

*** *** ***



Mais le papillon ne fut pas l’unique cadeau inespéré que Kate reçut pour son anniversaire. Car le lendemain, au petit-déjeuner, tandis qu’elle, Terry et Maggie organisaient leur nouveau planning de révisions pour cette journée, elle reçut une lettre de la part d’une chouette que Kate commençait à connaître.

— Coucou Hlin ! l’accueillit-elle, en proposant son bras comme perchoir.
— Ah, parce que tu connais même son nom ? se désespéra Maggie.
— Que veux-tu. C’est déjà la fin pour toi, ma chérie.
— Ta gueule, Diggle. Et je t’ai déjà dit de ne jamais m’appeler comme ça en public.
— Très bien, mon amour.
— Diggle ?
— D’accord, ma puce. J’arrête.
— Avoue, tu le fais exprès.
— Exactement, ma colombe.
— Celui-là a manqué de me faire vomir… !

Avec une certaine précipitation, Kate détacha la lettre qu’elle savait d’Emeric des serres de la chouette de l’Oural mais décida de ne l’ouvrir que lorsqu’elle serait seule. Elle savait que Terry et Maggie insisteraient pour en connaître le contenu dès lors qu’elle la décachèterait.
Ce qu’elle fit le soir, dans sa chambre. Assise sur son lit, mister Minnows confortablement installé entre ses jambes croisées, elle déplia le parchemin et découvrit en plus de la lettre d’Emeric trois pages de partitions manuscrites.

Chère Kate,

Je te souhaite un très joyeux anniversaire. J’espère que cette nouvelle année sera l’occasion pour toi de faire de belles expériences (et de réussir tes BUSES !).

Le professeur Wolffhart est venu à Durmstrang l’autre jour, pour évaluer comment ça se passait pour mon année d’échange. Vous avez eu un professeur qui est venu pour Sigrid, de votre côté ? En tout cas, Wolffhart a une sacrée réputation ici ! Il a sauvé l’école pendant la Seconde Guerre Mondiale. Et il était vraiment un Silberfalkens. Comme quoi, les rumeurs qui circulent dans Poudlard sont parfois vraies.

Mais ici, nous n’avons pas de village comme Pré-au-Lard. Les gens se font livrer des commandes par hiboux ou par faucons, ce qui n’est pas toujours très pratique. Du coup, j’ai préféré t’envoyer ceci.
C’est une composition originale. Que j’ai écrite pour toi. Elle n’est pas trop difficile, tu devrais pouvoir la jouer. Ce n’est pas grand-chose, mais j’espère qu’elle te plaira. Et puis tu dois avoir fait des progrès au piano, depuis, si tu continues à en jouer !

Prends soin de toi.
Emeric


Le problème que rencontra Kate fut son incapacité à deviner la mélodie en lisant la partition, du fait de son manque cruelle d’éducation musicale et de ses bases déficientes en termes de solfège. Une seule chose pouvait permettre de palier ceci : la jouer sur un piano.
Pour échapper à la surveillance d’Irina, Kate régla son réveil à 4h du matin cette nuit-là. Ce qui réveilla mister Minnows, qui, mécontent de son réveil nocturne, commença à miauler.

— Chut ! Tais-toi. Tu vas réveiller les autres !

Une fois habillée, Kate quitta sa chambre. Elle avait beau être fatiguée par ce réveil inhabituel, sa persévérance lui redonnait de la force. Et les partitions bien en main, elle se dirigea vers la sortie. Hélas pour elle, la statue de Cliodna, privée de sommeil de par sa nature, la remarqua :

— Kate ? Que faites-vous debout à une heure pareille ?
— J’ai… besoin de prendre l’air, je n’arrive pas à dormir.
— Vous le ferez demain matin. Vous n’avez pas le droit de sortir dans l’école en pleine nuit.
— J’en ai besoin ! J’ai…

Elle lui désigna ses partitions.

— J’ai reçu ça. Et nous n’avons pas de piano ici.
— Vous pouvez attendre le jour, non ?
— Pas tant que miss Ivanov sera dans les parages. S’il vous plaît, Cliodna. Pour mon anniversaire.

Devant les yeux implorants de la maîtresse de la cinquième maison, Cliodna s’accorda un temps de réflexion.

— Bien. D’accord. Exceptionnellement. Mais soyez revenue dans une heure. Sinon, je ne vous ferai plus confiance, Kate.
— Je le promets. Merci infiniment, Cliodna !

Dans les couloirs noirs et déserts, Kate ne craignit pas de croiser de surveillant ou de préfets. Les élèves les plus rebelles tentaient toujours leurs coups avant minuit, mais personne n’était assez fou pour déambuler dans les couloirs un lundi matin à quatre heures ! Personne, sauf Kate. Ses partitions en main, bien décidée à donner vie à ces notes offertes.
Quand elle se présenta devant la supposée entrée de la Salle sur Demande, elle ferma les yeux et rassembla ses pensées. Elle se remémora tous ces bons moments avec Emeric, quand ce dernier lui avait appris à jouer du piano, les premières fois. Il avait toujours été un excellent professeur. Patient, bienveillant et pédagogue.
Oui. Elle se remémorait son visage. Il avait parfois tendance à s’effacer. Peut-être parce qu’elle gardait cette image vieille d’un an. Mais à quoi ressemblait Emeric aujourd’hui ? Avait-il autant changé que le supposait le ton de ses lettres ? Plus assurées, plus confiantes.
Quand Kate rouvrit les yeux, elle fut soulagée de constater que la porte de la Salle sur Demande avait germé dans le mur. Et en l’ouvrant, elle redécouvrit avec nostalgie cette fausse salle de spectacle. Sur la scène, le magnifique piano à queue noire l’attendait, sous les lumières. Elle s’avança à pas lents, le temps de s’imprégner de cette ambiance mystique et singulière, au goût des souvenirs musicaux qu’elle avait autrefois partagés ici. Puis, elle prit place sur le siège molletonné, laissant un espace à sa gauche. Comme si, par habitude, elle avait laissé sa place à Emeric, qui s’asseyait à côté d’elle pendant leurs cours clandestins.
Elle posa les partitions sur la baguette devant elle et déchiffra au fur et à mesure. Main droite puis main gauche, mesure par mesure. Elle voulait l’apprendre par cœur, sentir le rythme, la mélodie devenir naturels.
C’est alors qu’elle la reconnut quand elle parvint à mieux l’ancrer au clavier. C’était la douce mélodie qu’Emeric lui avait jouée la nuit où elle s’était confiée à sa bulle et qu’une pluie de lumières était tombée au-dessus de son lit. Une composition, à son nom.
Quand le temps fut écoulé, Kate quitta les lieux en trombe, profitant jusqu’à la dernière minute, mais en même temps désirant tenir la promesse qu’elle avait présenté à Cliodna. Elle rentra à la salle commune juste à temps. Et en retournant dans son lit, Kate s’endormit, bercée par la mélodie qui lui était restée en tête.

*** *** ***



Malgré la fin de sa relation avec Griffin, Kate entrevoyait des améliorations dans sa vie de tous les jours. Des petits rien qui éveillaient plus de sourires que d’habitude. Le temps avec ses amies, les révisions parfois ludiques en compagnie de Terry et Maggie, Will qui l’avait rassurée par rapport à son père, les petites attentions de Morgana et d’Emeric. Oui, Kate se sentait mieux, ceci malgré la présence d’Irina Ivanov et le fait que le département de police magique n’avait toujours pas mis la main ni sur l’assassin de Mrs Keeper ni sur Electra Byrne.
C’est ainsi qu’elle prit la décision, un samedi matin, de s’adresser à Sigrid, au détour d’une révision à la bibliothèque.

— Je suis prête, lui annonça-t-elle, debout, en abordant la suédoise qui révisait avec beaucoup de peine sa botanique, domaine dans lequel ses bases étaient restreintes.
— Pour quö ? se demanda Sigrid. Pour partir pêcher ?
— Non. Pour le Seiðr. Je veux continuer le rituel. Tu m’avais qu’on le ferait si quelque chose de grave se produisait. Ça s’est fait, même si je ne sais pas exactement dans quelles circonstances. Et pourtant, je ne t’ai rien demandé. J’attendais d’être disposée à continuer. Ce n’était pas le cas jusqu’alors. Mais je dois le faire. Je ne dois pas abandonner.

Sigrid soupira alors :

— Très bien. Cet après-midi, dans ce cas. Rejöns-moi dans ma chambre après le déjeuner. Et nous continuerons le rituel du passé.

Tout le temps du midi, Kate se ressassa les scènes auxquelles elle avait assisté, concernant le passé de Maëva. Elle redoutait bien de recroiser Merlin. Le sorcier l’attendait. Il pouvait la voir depuis le passé. Une prouesse qui ne cessait de la fasciner. Mais serait-il plus bienveillant envers elle cette fois-ci ou continuerait-il à la renvoyer dans le présent, peut-être sous prétexte que l’expérience de la Papillombre était dangereuse ? Il fallait le faire pour en avoir le cœur net.
Quand elle prit place sur la chaise que lui avait installée Sigrid, cette dernière eut l’agréable surprise de faire face à une Kate plus déterminée que jamais, ancrée dans une assurance peu commune. Cela plaisait à la sorcière nordique. Car elle savait que Kate avait désormais consciente de la raison pour laquelle elle se livrait à ce rituel dangereux. Ce n’était pas pour prouver aux autres qu’elle en était capable, ni pour canaliser un pouvoir qui se révélait parfois dangereux avec son petit-ami, mais pour apprendre à se connaître, pour creuser au fond d’elle-même. Un égoïsme qu’il faisait bon de notifier.

— Es-tu prête ? lui demanda-t-elle malgré tout, sa quenouille enchantée en main.
— Plus que jamais, approuva Kate avec un sourire. À nous deux, Norne du passé.

Une fois que Sigrid eut tissé sa toile magique et que Kate piqua son doigt sur l’aiguille, Urd, la Norne du passé, dans sa vision, la rattrapa et lui attrapa le cœur.

Kate ne reconnut pas l’endroit où elle atterrit, mais dut admettre qu’il avait un charme certain. Sur les berges d’un lac paisible, elle observa un temps les hautes collines qui se découpaient en fond, sous un soleil avenant, en ce jour qui semblait appartenir au printemps. Les échos du passé laissaient filer à ses oreilles le chant si lointain des oiseaux. Et puis, il y eut cette voix, plus claire :

— Je savais que je te reverrai.

Quand elle se retourna, Kate songea un moment qu’elle était arrivée au milieu d’une rencontre, d’une discussion. Sans imaginer une seule seconde que la personne en question s’adresserait bien à elle.
Assis sur une haute roche, Merlin la fixa avec un certain amusement. Mais le sorcier différait tant de sa première rencontre avec la Papillombre, alors qu’il n’était qu’un enfant. Dix ans semblaient séparer ces deux moments. Car Kate faisait désormais face à un adulte accompli. Merlin présentait un charme indéniable, avec ses cheveux noirs, son teint pâle, mais surtout ses yeux si singuliers, d’une couleur d’ambre.

— Tu me vois ? tenta Kate.
— Je ne t’aurais pas appelée, sinon.

Il sauta de son perchoir et atterrit avec habilité. Mais il ne l’approcha pas, pressentant la méfiance de la jeune fille.

— Je m’excuse encore, pour la dernière fois. Je n’avais pas conscience de qui tu étais. De qui tu représentais.
— Ce… ce n’était pas grave ! Tu étais encore très jeune !
— Oh, ça oui.

Il étira un sourire communicatif. Le Merlin adulte différait tant du Merlin enfant, autrefois si froid, austère et obscur. Cependant, il restait toujours aussi énigmatique.

— Marchons un peu avant qu’il arrive, veux-tu ?

Merlin lui présenta alors le chemin à suivre et tous les deux entreprirent une promenade cordiale autour du lac.

— Beaucoup de choses ont changé pour moi, tu te doutes.
— Oui… Je ne me rends pas bien compte. La dernière fois que je vous ai rencontré, c’était il y a quatre mois !
— J’ai terminé mon apprentissage à Poudlard. Sur les conseils de Serpentard, mon maître, Maëva et Cliodna m’ont intégrée au cercle des druides.
— D’où la cape rouge, comprit Kate en étudiant son habit.
— Et comme de nombreux druides, j’ai reçu comme mission d’assister un roi moldu. Afin de le guider dans ses choix.
— Laisse-moi deviner. Il s’appelle Arthur.

Merlin préféra en plaisanter :

— J’ai été rattrapé par le futur. Soit. Oui. Je te l’accorde. Je suis désormais au service du roi Arthur. Un souverain fort sage. Noble, loyal envers ses fidèles. Mais il s’est lancé dans une entreprise insensée. La quête du Graal.
— La coupe sacrée ?
— Chez les Moldus, elle revêt un aspect religieux. À mes yeux, c’est un artefact sorcier très puissant que nous appelons le chaudron d’immortalité de Dagma. Dagma, le premier des druides. Mais c’est une immortalité bien relative. Quiconque boit dans cette coupe devient invulnérable. Et elle est capable de désigner les plus valeureux d’un groupe. Pour Arthur, elle ne représente rien que cela. Il croit avoir reçu le message de Dieu en rêve. En réalité, je pense que c’est juste sa demi-sœur Morgane qui cherche à l’embrouiller et qui lui a jeté de la poudre de confusion sur le nez pendant son sommeil ! Elle-même est une sorcière Née-Moldue, mais elle n’est pas scolarisée à Poudlard. Je lui enseigne alors quelques arcanes de la magie. Elle se comporte si étrangement parfois. Mais cette fois, une dispute a eu raison de leur bonne entente. Et je pense que Morgane veut tenir Arthur à distance en l’envoyant dans quelques contrées lointaines pour aspirer à la paix. Ce que je peux lui accorder ! Être un proche d’Arthur est très prenant au quotidien.

Kate hocha la tête et l’écouta continuer. Mais elle ne put s’empêcher de faire le lien avec la porte aux six clés, qui comportait la forme d’une coupe parmi les reliefs. Était-ce une coïncidence ?

— Vous l’avez trouvé ? lui demanda-t-elle. Le Graal ? Ou le chaudron de Dagma, peu importe comment vous l’appelez.
— La quête n’a pas encore commencée.
— Je ne comprends pas tout… je suis reliée au passé de Maëva. C’est mon ancêtre, d’une certaine manière. Pourquoi suis-je là ? Va-t-elle arriver ?
— C’est bien prévu.

Des bruits provenant des bois attenants détournèrent leur attention.

— Tu vas comprendre, Kate. Sois patiente.

Un groupe de cavaliers surgit de l’orée et débarqua sur la rive. À leur tête, un jeune homme robuste, le visage carré encadré par une barbe, au blason blanc et or, ponctué de gueules. Le fameux roi Arthur des légendes. Kate en trembla de fascination. Devant son arrivée, Merlin s’inclina, tandis qu’Arthur descendit de son cheval pour le saluer.

— Lève-toi, mon ami. Ne t’agenouille pas dans la boue pour moi.
— Votre Majesté. Je suis à votre service.
— Où est ta maîtresse, dis-moi ?
— Je vous attendais pour l’appeler, votre Majesté.

Arthur prit alors Merlin à part, à l’écart des oreilles de ses chevaliers. Mais Kate les suivit en toute discrétion, consciente que le seul en ces lieux capable de la distinguer était Merlin.

— Et donc… elle est comme toi ? Une… sorcière ?
— L’une des meilleures. Une druidesse puissante, renommée à travers notre communauté, votre Altesse. Pour mener à bien vos desseins, son aide nous sera fort précieuse.

Puis, Merlin jeta un œil chargé de soupçons vers les cavaliers qui accompagnaient Arthur.

— N’ayez crainte, mon ami, le rassura Arthur. J’accorde toute confiance à ces hommes. Je leur confierai ma vie s’il le faut. Ils garderont précieusement votre secret. Et celui de votre maîtresse.

Merlin hocha alors la tête et, après un bref regard dédié à Kate qui observait la scène dans ses moindres détails, s’approcha de l’eau. Il dégaina sa baguette magique sous les yeux intéressés des spectateurs. Sans remonter sa manche, il plongea sa main dans l’eau et la fit tourner. La surface se mit à ondoyer dans un mouvement circulaire. Elle gagna en blancheur, en luminosité. Jusqu’à ce que l’eau se fende en une lame de lumière. Et jaillit de l’eau une forme humaine, qui marcha à sa surface, telle une déité réveillée. L’eau perdit de son éclat, révélant la couleur violine de sa cape.
Et quand Maëva posa le pied sur la rive, tous s’agenouillèrent devant elle, rendant hommage à cette dame toute puissante.

— Relève-toi, Merlin, commença Maëva avec un sourire effacé. Mon brave apprenti.
— Maëva. Que de joie étreint mon cœur de vous revoir ce jour.
— Un sentiment que je partage. Roi Arthur.

Elle s’était alors tournée vers le jeune souverain, qui n’osait croiser son regard par respect.

— Redressez-vous. Un roi ne doit pas s’incliner devant l’un de ses servants.

Alors Arthur s’exécuta et, en découvrant le visage de Maëva, étouffa un hoquet de stupeur. Il ne pouvait le nier. La beauté de Maëva égalait son talent pour la magie. Elle possédait la force et la douceur des traits d’Irlande, avec ses cheveux flamboyants et ses yeux étincelants. Mais surtout, elle inspirait la puissance, le respect.

— Chère druidesse. Les légendes que l’on conte à votre propos sont avérées.
— Je ne sais quelles légendes circulent à mon sujet chez les vôtres, votre Altesse. Mais je préfère forger une réputation autrement que sur des rumeurs.
— Si alors je dois écrire votre histoire de par ma vision de ce jour, vous serez ma Dame du Lac.
— Quel doux surnom, sourit-elle, charmée.

Puis, elle se tourna vers Merlin, lisant à travers ses yeux orangés.

— Mon apprenti m’a fait part de vos souhaits. De conquérir le Chaudron de Dagma.
— Le Graal est un fort symbole. Et rendrait plus nobles mes actes. Dieu m’envoie sur ses traces.
— Aussi nobles soient vos intentions, vous devez avoir conscience que votre chemin sera pavé d’obstacles. Le Chaudron de Dagma n’est pas accessible par le commun des mortels. Seule la magie vous permettra de le convoiter.
— C’est pour cette raison que je fais appel à vous aujourd’hui. Merlin m’a conté vos exploits en tant qu’enchanteresse. Vous ensorcelez les objets comme personne sur cette terre. Et si vous m’en jugez digne, alors je vous soumettrai ma requête. Celle de votre bénédiction et de votre soutien.

Amadouée et amusée, Maëva étira un léger rictus et, effectuant quelques pas de côté, examina plus longuement Arthur. Il était bel homme lui-même, de puissante carrure. Et dans ses yeux brillait la vérité.

— Ainsi soit-il. Donnez-moi votre épée.

Arthur ne se fit pas prier plus longtemps et dégaina sa lame, qui se rapportait plus du glaive par sa taille, avant de présenter le manche à Maëva dans une nouvelle inclinaison. Les doigts gracieux de la druidesse se refermèrent dessus et elle se l’appropria un temps. Elle joua de son poids, fit siffler la lame dans les airs. Puis, elle se détourna du roi et de Merlin pour retourner près de l’eau. Ses pieds franchirent sa surface, puis suivirent ses chevilles, ses jambes. À ses arrières, sa cape mouillée flottait.
Alors, Maëva plongea l’épée dans l’eau et rassembla son Immatériel. Elle puisa dans les forces de la Nature. Chaque fragment de vie, elle l’insuffla dans la lame, qui se mit à s’illuminer dans l’onde du lac. Et quand elle la retira, le métal argenté, dont le reflet attrapa l’œil des chevaliers, révéla son nom gravé : Caledfwlch.
Quand elle revint vers Arthur, elle la lui présenta, tandis qu’il observait son épée avec une admiration sans précédent :

— Votre épée vous guidera vers votre Graal. Vers tout objet de Puissance. Suivez sa voix. Et alors, vous le trouverez.

Les mains à plat devant lui, Arthur recueillit l’épée avec une immense déférence, ne cessant de courber l’échine.

— Dame du Lac. Veuillez recevoir mon éternelle reconnaissance pour votre aide si précieuse.

Maëva partagea un regard complice avec Merlin.

— Mon apprenti me tiendra au courant de vos exploits. Mais tâchez d’écrire votre légende, roi Arthur. Elle devra traverser les âges.
— Elle le fera, lui certifia Merlin.

Après une dernière salutation de la tête, Maëva s’éloigna, rejoignant les eaux dont elle était issue et disparut sous la surface pour ne jamais réapparaître.

— Votre maîtresse est…
— Ne cherchez pas les mots, votre Altesse, vous ne les trouverez pas.

De nouveau, Arthur examina sa lame, désormais magique.

— J’ignore encore comment suivre ses instructions. « Suivre sa voix ». Je t’entends pourtant rien.
— Les messages de la magie sont parfois bien obscures, votre Altesse. Gardez patience, elle se révélera au moment venu.

Satisfait de sa nouvelle possession, Arthur retourna alors vers sa monture et ses chevaliers. Et Kate profita de ce temps pour se rapprocher de nouveau de Merlin.

— Maëva… est la Dame du Lac ? comprit-elle.
— C’est elle qui a confectionné cette épée.
— Excallibur.
— Vous l’appelez ainsi dans le futur ? Intéressant.
— Merlin ? Vous pensez que… ce chaudron de Dagma pourrait être la coupe sacrée des rois ?
— La coupe sacrée des rois. Je dois la retrouver dans le futur.
— Si Arthur met la main sur le chaudron, il pourrait prendre ce nom, pourquoi pas. Il est roi, après tout…

Son instinct avait eu raison. Kate et Arthur cherchait aujourd’hui le même objet, à plusieurs siècles d’écart. Elle s’était promis de ne jamais tenter d’ouvrir la porte aux six clés qui protégeait le tombeau de Maëva. Mais quelque part, toutes les pistes la menaient vers cette résolution.
Puis, quand Merlin rejoignit la troupe d’Arthur, il s’arrêta à mi-chemin et interpella Kate.

— Viens-tu avec nous ?

Plus loin, les chevaliers s’échangèrent des chuchotis, pensant que le druide parlait dans le vide. Et ensorcelée par les yeux d’ambre du jeune sorcier, elle ne put qu’acquiescer. Ce n’est qu’au dernier moment qu’elle remarqua que l’herbe avait séché, que la terre se désagrégeait de parts et d’autres et que l’eau du lac avait noirci.

Note de fin de chapitre :

Voilà, c'est le premier chapitre de cette longue lignée de chapitres de LMA pour novembre-décembre. 

Mais plus important que ça, je dois vous avertir mon projet Ulule concernant mon roman fantasy (https://fr.ulule.com/fleursdopale/) a été lancé la semaine dernière. Même si la campagne a atteint son objectif en 60h, on doit toujours aller plus loin pour débloquer tous les paliers. Vous pouvez toujours acheter les packs qui vous font rêver, et cela vous coûtera moins cher que de les acheter à l'avenir à la pièce avec la livraison. Un IMMENSE MERCI en tout cas à ceux qui ont déjà participé ! Grâce à vous, c'est l'un de mes plus grands rêves qui s'apprête à se réaliser. Mon livre que je travaille depuis 10 ans, bientôt publié. 

Je vous dis à tout bientôt pour la suite ! Toujours et encore merci pour votre lecture et vos retors, votre enthousiasme ! LMA a encore de beaux temps devant elle !

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