S'identifier | | Identifiants perdus | S'enregistrer |
Lien Facebook

En savoir plus sur cette bannière

News

Au Bonheur des Commentateurs


Après une troisième semaine pleine de réussite, "Au bonheur des commentateurs" continue cette semaine à nous faire découvrir de nouveaux textes. Cette fois-ci, il vous faudra reviewer un texte sans image dans son résumé.

Pour plus d'informations, n'hésitez pas à vous rendre ici ou à nous contacter sur notre mail projetreview[at]gmail.com !
De le 13/10/2018 23:14


Concours Officiel - Mappa Mundi


Les participations pour le concours Mappa Mundi vous sont enfin dévoilées !


Il est maintenant temps de lire, reviewer et voter pour vos créatures préférées grâce à ce formulaire et vous pourrez retrouver les 17 participations dans la série créée pour le concours !

Vous avez jusqu'au dimanche 14 octobre 23h59 pour élire nos grands vainqueurs.
De Les Schtroumpfettes de compèt' le 08/10/2018 22:41


82e Édition des Nuits d'HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 82e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 13 octobre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaitre les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.


De L'Équipe des Nuits le 08/10/2018 00:03


Au bonheur des commentateurs


Après avoir fait la joie de 30 autrices et auteurs sur le Héron et HPFanfiction, "Au bonheur des commentateurs" continue cette semaine à nous faire découvrir de nouveaux textes. Cette fois-ci, il vous faudra reviewer un texte publié depuis au moins 2 ans.

Pour plus d'informations, n'hésitez pas à vous rendre ici ou à nous contacter sur notre mail projetreview[at]gmail.com !
De le 07/10/2018 01:09


Refonte des sites - recrutement


Bonjour !

Après une petite pause, l'association souhaite continuer d'avancer sur la refonte des sites. Pour cela nous cherchons des petites mains qui auraient envie d'aider sur les points suivants :

- finir le cahier des charges pour les besoins des nouveaux sites

- définir le financement et dans cette éventualité, organiser la campagne de financement

Si cela vous intéresse de participer à l'aventure, que vous ayez ou non déjà fait cela, n'hésitez pas à nous contacter sur admin_hpf[at]herosdepapierfroisse.fr ou par commentaire de ce post ! Merci d'avance


De Le Conseil d'Administration le 01/10/2018 12:23


Au bonheur des commentateurs


Après avoir fait la joie de 42 autrices et auteurs sur le Héron et HPFanfiction, "Au bonheur des commentateurs" continue cette semaine à nous faire découvrir de nouveaux textes. Cette fois-ci, il vous faudra reviewer un texte présent dans les nouveautés.

Pour plus d'informations, n'hésitez pas à vous rendre ici ou à nous contacter sur notre mail projetreview[at]gmail.com !
De le 30/09/2018 12:03


Ludo Mentis Aciem par Ielenna New!

[1110 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

HELLO FROM THE OTHER SIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIDE mes paons aux oranges !

Je vous poste ce chapitre en direct de Los Angeles, crâmée de coups de soleil (en train de me dire qu'à cette heure-là, si j'avais eu des tickets pour le Comic-Con, je serai dans la queue pour le panel Supernatural, et donc que ma vie N'A PLUS AUCUN SEEEEENS. ;_; Parce que j'ai pas eu de pass... beuheuheuheuheuheuheuheu......... Attends-moi, Jensen ! UN JOUR ! Un jour, nous serons réunis ! Et je te demanderai une photo de toi avec une baguette magique, bwéhéhéhéhéhéhéhéhé ! Non non, ce n'est pas tendancieux ! Une "vraie" baguette magique.)

Je diverge (verge. OUPS). 

Au programme de ce chapitre, Griffin qui mange la poussière (une fois encore), le relooking d'Emeric, l'obsession de Tetsuya et le remake de Mortal Kombat avec Kate VS Wolffhart !

Je poste ce chapitre un peu plus tôt que TPF (on a pris trop d'avance sur TPF, je me charge de régler ça sous peu !!).

Bonne lecture !

L’ambiance à Poudlard, ou du moins, dans le petit groupe d’amis, avait sensiblement changée depuis la rupture de Maggie et Terry. Les deux ne s’adressaient même plus la parole, si ce n’était pour se saluer, quand ils se croisaient. Kate avait ainsi appris qu’il était impossible pour elle de se dédoubler et que le choix devenait de plus en plus difficile le matin, au petit-déjeuner, quand elle devait se décider à rejoindre la table des Poufsouffle ou celle des Gryffondor. La plupart du temps, elle préférait se rendre à la sienne pour éviter que son geste soit interprété comme du favoritisme.
Mais ce matin-là, elle choisit de s’asseoir avec Maggie, pour plusieurs raisons : la première, Terry était déjà bien entouré, discutant avec Branstone et Clifford, deux de ses amis de Poufsouffle ; la seconde, un match allait avoir lieu. Gryffondor et Serpentard se disputaient la deuxième rencontre de la saison, après un match Poufsouffle – Serdaigle, pour le moins décevant. De ce fait, Kate avait décidé d’apporter son soutien moral à Maggie, qui n’était jamais confortable, une heure avant la confrontation.

— Pas de photo ! cria la Gryffondor à l’intention de Suzanna, qui avait pointé discrètement son appareil vers elle.
— D’accord, d’accord… ! Pas la peine de me le dire comme ça !

Maggie ne s’excusa pas et secoua la tête avant de ravaler une gorgée de jus de citrouille. Suzanna se pencha vers Scarlett et lui chuchota :

— Je ne m’étais pas rendue compte à quel point le fait qu’elle sorte avec Terry pouvait annuler sa mauvaise humeur naturelle…
— Vous allez exploser les Serpentard, sourit Kate, pour couvrir le chuchotis de Suzanna.
— Pas sûre, grommela Maggie. On s’est pas assez entraîné, je trouve…
— La faute à Gale qui est plus occupé à courir après les filles qu’à planifier des entraînements, lâcha Moira.
— Cet abruti ne changera donc pas, soupira Kate, qui commençait à s’habituer aux frasques de son idiot d’ex.
— Qu’il profite ! rebondit Suzanna, elle-même vexée, car ayant fréquenté Griffin, même si ce ne fut que quelques semaines. Il est canon aujourd’hui. Mais le karma est le karma ! Si ça se trouve, dans quinze ans, il sera tellement hideux que personne ne voudra de lui !
— Ça serait ironique, pour un Gale…
— Tu penses que le vaudoo peut fonctionner ?
— J’y ai déjà pensé, Suzanna. Mais ça ne sert à rien de s’acharner sur les handicapés.
— Tu es la sagesse incarnée, Kate.

Puis, la Papillombre dévisagea le profil de Maggie, obnubilée, semblait-il, par sa tartine de confiture. La Gryffondor n’était plus tout à fait la même, depuis quelques semaines. Elle s’était même enfermée dans son dortoir, le soir d’Halloween, refusant de se joindre aux festivités. Non. Maggie n’avait définitivement pas le cœur à rire. Elle s’était résolue à épouser Henry Egerton, à abandonner Terry. Peut-être était-ce mieux pour eux deux. Terry avait pris ses distances pour ne pas avoir à souffrir plus longtemps de cette situation. Mais Kate savait qu’il se vouait toujours, l’un pour l’autre, un profond amour que rien ne pourrait effacer. C’était là toute l’étendue du drame.

— Je comprends, souffla Kate à sa meilleure amie, malicieuse, les coudes sur la table. Je trouve aussi cette tartine délicieusement sexy !
— Bas les pattes, Whisper ! ricana Maggie.
— Mais tu sais ce qui serait encore plus canon ?

Sans prévenir, elle ajouta une tranche de pain par-dessus et s’exclama, triomphante :

— Un sexy sandwich !
— Je… ne voulais pas de sandwich, Kate.
— Tu rigoles, j’espère ! Meilleure invention du monde ! Réfléchis deux secondes. S’il tombe par terre… il tombera forcément du côté du pain ! Bam ! Tous les problèmes de la tartine maudite sont résolus !
— Waoh. Ma vie a changé.
— Cache ta joie.

Maggie étira un discret sourire en relevant les efforts que déployait sa meilleure amie pour lui changer les idées. Elle vida son jus de citrouille, dont elle fit claquer le godet sur la table.

— Bon ! C’est pas tout, mais j’ai des Serpentard à massacrer !
— Excellent programme !
— Tu veux qu’on t’accompagne ?
— Je connais le chemin. Tu croyais quoi ?
— J’essayais d’être gentille.
— Ne sois pas gentille avec moi, Miller. Ça ne te ressemble pas.
— Des douces paroles que je saurais retenir, Dawkins…

Après avoir récupéré son fameux sandwich, Maggie quitta la table, ce qui permit aux filles d’ouvrir une conversation en son absence.

— Vous croyez que ça va aller pour elle ? chuchota Scarlett. Je m’inquiète beaucoup.
— T’es chou, Scarlett. Mais Maggie est aussi forte pour parler de ses émotions que Binns pour rendre son cours vivant !
— Normal, c’est un fantôme.
— Maggie est forte. Elle va surmonter ça, lui assura Kate.

Pourtant, elle ne se croyait qu’à moitié.

— Comment tu penses qu’elle va réagir le jour où Terry retrouvera une petite amie ? s’interrogea Suzanna.
— Il est hors de question que Terry ait une nouvelle petite amie ! répliqua Kate, de manière automatique.
— T’en sais rien ! Il ne va pas rester célibataire toute sa vie ! Ou s’accrocher à Maggie alors qu’elle va se marier !
— Je le vois bien rester son amant secret, ricana Moira. Ça ferait une chouette histoire… Maggie Dawkins, pardon… Maggie Egerton, la riche héritière enfermée par son statut et sa condition, qui retrouve sa joie de vivre dans les bras d’un humble sorcier. Qui ressemble plus à un fils de fermier qu’à un bourgeois. Oh ! Ça me donnerait presque envie d’écrire une fanfiction sur tout ça !
— Une… quoi ?
— Laisse tomber, Suzanna, c’est un truc de moldu. Tu ne comprendrais pas. D’ailleurs, j’ai une question qui me turlupine. Rien à voir… Mais vu la colère qu’il a eu… vous pensez que Terry, s’il gifle quelqu’un, il peut décapiter la personne sur le coup ?

Personne ne sut répondre à sa question.

— Je suis triste pour Maggie, marmonna Scarlett. Ce n’est pas sa faute. J’aimerais qu’on puisse l’aider.

Il y eut un autre silence, cette fois peiné.

— Vous m’avez bien sauvé de chez moi, fit remarquer Moira. Je suis certaine qu’on peut aussi sauver Maggie !
— En la kidnappant chez elle ?
— Aucune chance. Je veux dire… ses parents sont des sorciers. Et très riches, en plus ! Ils la retrouveraient rapidement. Et on risquerait de très gros ennuis. Mieux vaut-il ne pas se frotter aux Dawkins.
— Alors tu préfères qu’on abandonne Maggie, Kate ?
— Ce n’est pas ce que j’ai dit. Mais hélas, dans cette histoire, il n’y a que Maggie qui peut s’en sortir seule et faire bouger les choses. Il faut que ça vienne d’elle. Tant qu’elle accepte, même à demi-mot, les décisions de ses parents sur son avenir, on ne pourra rien faire.

Les autres filles durent admettre cette réalité : Maggie était la seule actrice de sa situation. Quand elles se levèrent pour marcher vers le stade de Quidditch, Kate leur faussa compagnie pour marcher vers Terry.

— Salut les gars, s’annonça-t-elle auprès des garçons de Poufsouffle.
— Hey, Kate ! répondit Branstone.
— Prêts pour le match ?
— Il y a toujours un peu moins d’intérêt quand notre équipe ne joue pas, avoua Clifford, mais on adore écouter Joris aux commentaires !

Joris Juffbiggles faisait également partie du dortoir des garçons de Poufsouffle et avait gardé sa même réputation de vendeur clandestin au sein de l’école. Avec les années, il avait gagné en discrétion et se faisait bien moins pincer qu’avant. D’autant que son catalogue s’étoffait encore, ce qui était difficile à croire vu le nombre d’articles qu’il pouvait déjà proposer pendant ses premières années !

— Maggie est déjà partie ? observa Terry.

Cette remarque fit sourire Kate.

— Oui, elle est partie au stade.
— Seule ?
— Tu penses qu’elle va se perdre ?
— Non, je veux dire… Maggie ne supporte pas les moments précédant les matchs. Elle est très angoissée. Tu… devrais peut-être aller la rejoindre. Simple conseil.
— Tu peux aussi le faire, tu sais ! lança Kate en croisant les bras.

Terry tira la moue.

— Bien essayé. Mais non.
— Sérieux, Terry… Vous ne vous parlez même plus !
— J’ai besoin de prendre du recul. Et peut-être… que j’aurais le courage qu’on redevienne amis un jour… aïe !

Kate venait de lui frapper l’arrière de la tête.

— Redevenir amis… c’est la pire connerie que j’ai entendu !

Puis elle soupira.

— Très bien… Je vais voir Maggie, si ça peut te réconforter. Mais soyez au match, les gars !

Elle les quitta en les désignant d’un doigt presque menaçant. Puis elle déambula jusqu’au stade de Quidditch, les mains dans les poches de sa cape, l’écharpe autour de son menton. Si Kate appréciait l’automne, c’était car elle savait que l’hiver suivrait. Que la neige reviendrait, que Noël était proche. Décembre était définitivement son mois préféré. Elle affectionnait tant cette période de l’année. Elle était synonyme de joie, de partage et d’amour.
Elle se rappelait que, petite, elle passait des journées entières avec sa mère à confectionner des décorations, quand la famille habitait encore à Rosehill, avant la guerre. Des boules en papier et autres guirlandes en coton. L’installation du sapin était un moment de grands rituels. Et son père la portait pour qu’elle dépose au sommet l’étoile magique qui crachait des étincelles une fois la lumière éteinte. Elle restait parfois des heures, fascinée par les figurines de lutin enchantées qui sautaient de branches en branches. Elle vivait de véritables aventures avec eux.
Kate était presque une adulte, maintenant, mais il restait en elle ce seul et unique fragment de son enfance. Un semblant d’enfance heureuse, loin de la guerre, qu’il lui était nécessaire de chérir pour le faire survivre dans sa mémoire.
Parvenue dans les vestiaires des filles de Quidditch, Kate constata qu’elle était arrivée trop tard : Maggie n’y était pas. D’autres filles se changeaient. La benjamine, une troisième année qui venait d’intégrer l’équipe comme nouvelle poursuiveuse, lui indiqua qu’elle la retrouverait dans l’une des salles de stockage de matériel. Hélas, sur son chemin, Kate fit une rencontre qui l’importuna quelque peu. Elle s’attendait à le croiser, mais sûrement pas seul, dans ce couloir en bois.
Griffin lui adressa un sourire facétieux.

— Griffin, grinça Kate.
— Kate. Tu ne joues pas aujourd’hui que je sache.
— Je peux venir soutenir ma meilleure amie, que je sache.

Qu’est-ce qu’elle pouvait détester cet air hautain, presque méprisant. Comment n’avait-elle pas pu le percevoir avant ?

— Pas la peine de me répondre comme ça. Tu as un problème avec moi ?
— Non. Mais si on poursuit cette conversation, il pourrait y en avoir un. Maintenant, excuse-moi, Griffin.

Cependant, il lui barra l’accès avec son bras, posé contre la cloison en bois.

— Qu’est-ce que tu me veux ? s’agaça Kate.

Elle n’appréciait pas cette proximité, même si elle l’avait aimée un temps. Qui lui semblait si lointain. Une petite voix, au fond de Kate, lui chuchota qu’il devait toujours être influencé par l’Allégeance qu’elle exerçait sur lui de manière naturelle…

— Je n’aime pas qu’on en soit resté là, lui chuchota-t-il.

Mais quand il porta sa main à sa taille, Kate ne lui laissa pas le luxe de poursuivre et le repoussa.

— Tu es sérieux, Gale ? Tu te tapes toutes les filles de l’école, mais tu crois sincèrement que je continue à avoir un crush sur toi ? Tu es pathétique. Tu me dégoûtes.

Vexé, Griffin se redressa et lança :

— Et alors ? De ton côté ? Ça fait quoi de sortir avec un puceau ?
— Je me dis que je commence à avoir l’habitude, rétorqua Kate.
— Tu me cherches ?
— Il y a deux minutes, c’est toi qui me cherchais. Qui cherchais surtout à me peloter. Maintenant, j’aimerais passer, Griffin.

Elle lui adressa un regard si noir qu’il lui obéit, avec une expression fermée. Mais Kate ne voulait pas en rester là… Il méritait de comprendre la leçon. Aussi, quelques pas plus tard, elle fit couler l’Immatériel en elle, qui vola jusqu’à Griffin, enroulant sa cape de Quidditch entre ses jambes. Il s’empêtra dedans et tomba à la renverse. Kate s’était retournée et apprécia le spectacle de son ex se tortillant à terre pour essayer de s’en défaire.

— Emeric est une meilleure personne que tu ne le seras jamais. Moque-toi de lui encore une fois, Gale, et je te jure de te faire découvrir une nouvelle définition de la torture…
— Ce gars est un malade, Kate… ! Il m’a agressé ! Il a failli me tuer !
— C’est peut-être pour ça que nous allons bien ensemble. On a des aspirations communes. Bon match, Gale.

Sur ces mots, elle planta le Gryffondor et se rendit dans la salle qu’on lui avait indiquée. Maggie était assise sur une caisse et faisait rouler son balai sur ses cuisses, la tête baissée. Elle la redressa cependant en entendant quelqu’un entrer.

— Kate ? Qu’est-ce que… qu’est-ce que tu fais là ?
— Je viens admirer les caisses.

Maggie grogna face à son sarcasme.

— Comment tu te sens ? demanda Kate en s’approchant.
— Je ne sais pas, souffla Maggie. Je suis perdue…

La Papillombre prit place à côté d’elle sur la caisse et lia ses mains.

— Tu veux me raconter ?
— Je ne sais pas quoi dire… C’est juste que… J’ai l’impression de m’être trahie. Je n’arrive même plus à me regarder dans un miroir. J’ai honte de moi. Parce que je ne me vois plus dedans…

Ses yeux croisèrent ceux de Kate.

— Je vois ma mère.
— Ta mère ?
— Elle a été mariée à mon père aussi. À mon âge. Et je ne veux pas devenir comme elle. Je ne veux être une ombre. Je ne veux pas avoir un gosse par obligation, pour une question d’héritage. Un gamin que je n’aimerais même pas, à cause de ce qu’il représente…
— C’est comme ça que tu vois ta mère ?
— Si on peut appeler ça une mère…

Elle redressa la tête pour la secouer, tout en soupirant d’agacement.

— Ça m’énerve. Que tout ça me travaille autant…
— C’est normal, Maggie. Ce n’est pas rien !
— Je… je ne sais pas si je vais réussir à jouer ce match.
— Je t’interdis de déclarer forfait ! la prévint Kate.
— Je ne suis plus bonne à rien… J’ai tout gâché.
— Il te reste le Quidditch. Et arrête de sortir des conneries pareilles. Tu passes juste… par une période difficile.

Mais cela ne sembla pas persuader Maggie. Alors Kate tenta d’une autre manière :

— Dans tous les cas, Maggie, sache que me concernant, tu ne me perdras jamais.

Elle attrapa la main tremblante de Maggie, dont les yeux toujours confus croisèrent les siens. Un sourire conciliant apparut sur les lèvres de Kate.

— Je serai toujours à tes côtés. Tu peux compter sur moi ! Pour le meilleur et pour le pire.

Les doigts de Maggie se resserrèrent autour de ceux de Kate.

— Et ensemble, un jour, nous irons conquérir le monde.
— Whisper… ricana Maggie.
— Nous serons des reines !
— Tu t’emballes…
— Et les gars se rouleront à nos pieds !
— Kate… !
— Tout nus !

Elles rirent bas toutes les deux, puis Kate adoucit son regard.

— Allez, Maggie… Je sens que tu as besoin d’un gros câlin. Viens par là…

Sans un mot, le tronc de Maggie s’affaissa et Kate la réceptionna dans ses bras, posant sa joue sur le crâne de sa meilleure amie. La Gryffondor avait toujours été présente dans ses moments d’égarement, de terreur, de crise. C’était maintenant son tour d’être là pour elle. Elles devaient s’entraider. Si l’une tombait à jamais, que pouvait devenir l’autre ?
L’avenir de Kate était incertain. Ses pouvoir, quoique mieux maîtrisés, pouvaient parfois échapper à son contrôle. Et elle sentait, parfois, la haine prendre le dessus dans son esprit. La vengeance chuchoter à son oreille. Mais ce qui restait certain, c’était l’amitié de Maggie. Prête à de nouveau braver les tempêtes d’Immatériel pour elle.
Maggie avait fermé les yeux contre elle, agrippée à son bras. Kate devinait les larmes qui coulaient sur ses joues, mais elle ne voulut pas les mentionner.

— Sois forte, Maggie, marmonna Kate d’une voix douce. Tu as toujours été forte pour nous deux. J’ai besoin que tu sois forte.

***

Malgré le soutien de Kate, Maggie ne fut pas aussi performante que d’habitude lors du match de Quidditch. Gryffondor arracha la victoire de peu grâce aux prouesses de Sam, qui attrapa le Vif d’Or avant que l’écart des scores ne soit trop important. En voyant l’attrapeur de son équipe stopper son vol au niveau des gradins des Papillombre pour embrasser sa petite amie, Eibhlin, penchée au-dessus des barrières, Maggie descendit du terrain avant même que l’équipe ne se rassemble pour célébrer cette victoire. Elle n’avait pas le cœur à ça…
Plutôt que de se montrer envahissante, Kate la laissa souffler après le match. Elle marcha lentement sur le chemin, se faisant dépasser par des grappes d’élèves, certains la saluant, si bien qu’elle finit par se retrouver tout derrière. Puis, elle repéra une silhouette en contrebas, qui se promenait sur les rives du lac, le sac se balançant sur sa hanche et un livre dans les mains. Un sourire titilla ses lèvres quand elle reconnut Emeric et elle trotta vers lui en se faisant la plus discrète possible. Agitant sa baguette magique à quelques mètres de lui, elle enchanta son écharpe aux couleurs de Serdaigle et lui banda la vue. Distrait, Emeric sourit à son tour, baissant son livre et cessant de marcher.

— Kate, c’est toi ?
— Non, gronda Kate dans une voix grave et théâtrale. Je suis le Kraken !
— Alors le Kraken devrait savoir qu’il suffit de m’enlever mes lunettes pour me rendre aveugle !
— Le Kraken n’a aucune notion d’optique, mon cher monsieur ! C’est un Kraken !
— Mais la Papillombre qui parle le sait pourtant, non ?

Annulant le sortilège sur l’écharpe, Kate laissa Emeric se tourner vers elle et lui adresser des yeux amusés.

— Qu’est-ce que tu lis de beau ? s’intéressa-t-elle en s’approchant de lui.

Il lui montra alors la couverture, sur laquelle étaient inscrites en lettres d’argent « L’influence de la magie sur les civilisations moldues de l’Antiquité ».

— Intéressant !
— Très ! Ça reste relativement technique. Ils mettent en rapport les découvertes technologiques, sorcières, mélangées aux mythologies de l’époque. C’est vraiment brillant ! Il y a tout un chapitre sur l’Atlantide.
— L’Atlantide est un mythe.
— Qui sait ? Une théorie avance que l’Atlantide était une île où la population sorcière était plus importante que celle des Moldus. Et qu’ils ont réussi à vivre en paix, ce qui expliquerait une technologie supérieure par rapport à celles des civilisations voisines. Et que seul un événement magique puisse expliquer leur disparition. J’aimerais beaucoup travailler là-dessus un jour ! Découvrir une relique de l’Atlantide, ça serait mon plus grand rêve !
— Avec tes lunettes et ton air de geek, tu serais un parfait explorateur ! lança Kate, les bras croisés.

Pourtant, Emeric afficha un air interrogatif :

— Qu’est-ce qu’un… « geek » ?
— Hm. C’est un terme moldu pour parler des personnes trop cérébrales, passionnées par l’imaginaire et les connaissances. Un truc du genre.
— Oh, je vois. Eh bien, ça me changerait de « l’intello » !

Ils reprirent la marche tous les deux, le livre d’Emeric sous son bras.

— Ça tient toujours pour demain soir ? lui demanda Kate.
— Oui, bien sûr. Sauf si tu ne veux pas…
— Arrête de dire des bêtises ! Bien sûr que je veux !

Quelques jours auparavant, ils avaient reparlé de la possibilité de retourner dans la Salle sur Demande. Non pas pour jouer du piano, comme d’habitude, mais pour tenter d’apprendre à danser tous les deux. Un petit moment hors du temps, pour découvrir un domaine qu’aucun des deux ne connaissait, mais qui leur permettait de se rapprocher.

— Et puis, il fallait que je te parle d’autre chose…

Kate se pinça la lèvre : elle ne voulait pas l’embêter.

— Qu’y a-t-il ? demanda Emeric, en devinant son ton soucieux.
— J’ai eu une discussion avec Maëva, l’autre jour. Juste avant que Maggie et Terry se séparent. C’est pour ça, j’ai complètement oublié de t’en parler.
— Avec Maëva ? La fondatrice de Papillombre ? raccrocha Emeric.
— Oui, celle qui est dans mon pendentif. Qui a aspiré l’âme de Merrick.

Kate sourit et commenta :

— Mon pauvre, tu as eu tellement de choses à rattraper ! Je ne sais pas comment tu fais pour ne pas être perdu avec tout ce bordel !
— C’est sûr que ça n’aurait pas été Griffin qui aurait compris avec ses capacités limitées.
— Cette pique était violente et complètement gratuite. Je la v alide. Tu sais qu’il a tenté de me peloter tout à l’heure ?
— Hein ? Quoi ?

Le ton d’Emeric, qui s’était arrêté sur place, s’était haussé d’un cran.

— Qu’est-ce qu’il t’a fait ? s’enquit-il, sérieux.
— Rien du tout. Il m’a attrapé par la taille, je crois qu’il voulait que je l’embrasse et… Emeric ! Où vas-tu ?
— Je vais lui faire regretter ça !

Kate trotta plus vite et s’interposa sur son chemin, posant ses mains à plat sur son torse.

— C’est bon, Emeric. T’inquiète, je l’ai rembarré. Il a compris la leçon !
— Il n’a pas le droit de te toucher comme ça ! Alors que tu n’en avais pas envie ! Ce gars n’a pas de limite !
— Et ça te met autant en colère que ça ?
— Oui, ça me met en colère ! répéta-t-il dans une exclamation. Parce qu’après ce qu’il t’a fait l’an passé… ! Comme s’il ne te voyait que comme de… de… de la chair ! À sa disposition ! À sa guise ! Il mérite une bonne leçon !
— Emeric, calme-toi ! S’il te plaît.

L’ordre, puis le regard doux de Kate, le persuadèrent de se tempérer. Emeric respira un grand coup.

— Tu as raison, Kate. Pardon. Je n’aurais pas dû perdre mes moyens.
— Excuses acceptées. Tu montes vite au créneau, dis donc ! J’aime ça.

Les joues d’Emeric s’empourprèrent, puis il rajouta :

— Et je sais que tu n’as pas besoin de moi pour te défendre. Je te sais assez lucide pour lui en mettre une s’il le mérite !
— Lui mettre une gifle ? Pouah, tu parles. Un coup de genou dans ses bijoux de famille, ça, ça jouerait !

Il ricana, puis il reprit, en poursuivant leur promenade :

— Et donc… Maëva.
— Oui, Maëva. Après l’intense cours de Trelawney, durant lequel je n’ai eu le droit qu’à trois présages de mort – une déception, c’est moins que d’habitude – j’ai utilisé le pendentif comme pendule. Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas eu l’idée plus tôt pour communiquer avec lui de cette manière…
— Et alors ? Qu’est-ce qu’elle t’a dit ?
— Elle est restée très vague. Mais elle m’a dit qu’elle savait où était les souvenirs de ma mère.
— Vraiment ? Où ça ?
— Miroir.
— Euh. Miroir ?
— C’est littéralement ce qu’elle m’a répondu. Et je ne sais pas comment le prendre… Comment l’interpréter.

Emeric s’accorda une minute de réflexion. Plus loin, des écureuils se disputaient des châtaignes, qui clairsemaient les pelouses du parc de l’école.

— Ça pourrait être plusieurs choses. J’entrevois trois possibilités.
— Je t’écoute.
— Première possibilité, c’est symbolique. Une métaphore, par rapport au reflet, à l’histoire que peuvent avoir les miroirs. Deuxième possibilité, un miroir physique. Il y a beaucoup de miroirs magiques, ça pourrait avoir un rapport. Une solution pour trouver les souvenirs de ta mère.
— Et la troisième ?
— C’est un piège.
— Un piège ?

L’exclamation de Kate avait jailli de ses lèvres ; elle n’avait pas considéré cette possibilité.

— Pourquoi un piège ?
— D’après ce que tu m’as raconté, la reine Maëva n’était pas une sainte. Elle a tué plusieurs personnes. Par vengeance, par jalousie, par ambition. Elle a toujours au moins un horcruxe d’actualité.

Ses yeux se baissèrent sur le disque en agate autour du cou de Kate, mais cette dernière lui adressa un regard à la fois réprobateur et malicieux. Comprenant sa gaffe, Emeric se confondit en excuses.

— Je ne regardais pas… Je… euh… ! Je désignais ton pendentif !
— Tu caches bien ton jeu, petit voyeur… !
— M-mais non ! Je ne… !
— Emeric ! Je te taquine. Arrête de t’inquiéter pour ce genre de connerie.
— Ouf… ! Kate, tu sais que je ne me permettrai pas.
— Hm. Parfois, j’aimerais que tu te le permettes.
— Tu as dit quelque chose ?
— Je marmonnais des trucs. Sans importance.

Puis elle rembobina sur le sujet précédent :

— Mais du coup, pourquoi tu penserais que ça pourrait être un piège ?
— Techniquement, Maëva peut encore revenir. Son corps est dans le tombeau, il existe un horcruxe. Rien ne nous dit qu’on peut lui faire confiance. Elle essaie peut-être de te mener vers un chemin qui lui permettrait de se libérer. Pas les souvenirs de ta mère, s’ils sont vraiment cachés.
— Donc, tu n’y crois pas ? Que les souvenirs de ma mère sont quelque part ?
— Ce n’est pas ce que j’ai dit, Kate !
— J’ai besoin d’y croire ! Tu comprends ? Je veux savoir, imaginer qu’il y a un moyen de les retrouver. J’ai envie de faire confiance à Maëva pour cette histoire de miroir.

Emeric soupira en rejetant un pan de son écharpe par-dessus son épaule.

— Admettons alors. Ça réduit à deux possibilités. Symbolique ou physique.
— Tout à l’heure, tu parlais de miroirs magiques…
— Oui. Il y en a plein ?
— Par exemple ?
— Les glaces à l’ennemi. Elles servent à savoir si nos ennemis sont proches. On aperçoit leurs silhouettes qui s’approchent. Les miroirs à double sens. Ce sont des miroirs jumeaux qui permettent à deux personnes de discuter et de se voir à distance. Hm. Le miroir légendaire de Julianus ? C’est un miroir dans lequel on pourrait lire l’avenir. Quoi d’autre. Hm, on dit que les miroirs dans lequel le regard du basilic s’est reflété obtiennent des vertus uniques. Mais je ne sais pas lesquels, ce sont des rumeurs. Ah, les miroirs de lumière, aussi. Ils se rechargent à la lumière des étoiles, et la nuit, ils peuvent éclairer. Et puis, il y a le miroir du Risèd.
— Le miroir du Risèd ?
— Tu ne connais pas grand-chose de l’histoire de Poudlard, dis-moi, se moqua gentiment Emeric.

Il rajusta ses lunettes sur son nez aquilin.

— C’est un artefact très puissant. Il montre à la personne qui le regarde la chose qu’il désire le plus ardemment au monde. Et il a servi à cacher la Pierre Philosophale, il y a plus de dix ans.
— Cacher ? Comment on peut cacher quelque chose dans un miroir ?
— La magie.
— Mais… ça voudrait dire qu’Electra aussi aurait pu cacher quelque chose dedans ? Comme les souvenirs de ma mère ?
— Ça serait trop s’avancer. Kate, on n’a aucune idée où ce miroir se trouve à l’heure actuelle. Il est peut-être détruit. Et même s’il existait encore, pourquoi Electra aurait caché quelque chose dedans ? Surtout les souvenirs de ta mère, si elle a réussi à les matérialiser.
— Tu dis ça comme si tu n’y croyais pas.
— J’essaie, Kate. Mais j’ai un esprit cartésien. Je suis toujours réaliste, c’est peut-être l’un de mes plus gros défauts. Comme toi, j’ai envie de croire que les souvenirs de ta mère sont quelque part, qu’ils sont matérialisés et qu’on pourrait les récupérer, les restituer.
— Mais tu penses autre chose, n’est-ce pas ?

Kate s’arrêta et croisa les bras. Son regard se fit insistant, plus sévère.

— Dis-moi vraiment ce que tu penses.

Quelques secondes furent nécessaires à Emeric avant qu’il ne se jette à l’eau :

— Le miroir indiqué par Maëva pourrait être n’importe quel miroir… Que tu te regardes dedans. Tu ressembles à ta mère, tu m’as montré des photos. Et il te suffit de voir ton visage pour te rappeler d’elle. Pour éveiller ses souvenirs…
— Non… Non !

Kate refusait cette possibilité. Elle s’écarta du chemin, prise de colère. Ses espoirs ne pouvaient pas s’évaporer si vite. Emeric attendit qu’elle se calme un peu, observant sa silhouette de dos, avant d’ajouter :

— Je suis désolé. Je savais que mon avis n’allait pas te plaire.

Kate se retourna, quoiqu’irritée, mais lui accorda un semblant de sourire.

— Tu m’as dit la vérité. Ta vérité. Tu… tu as eu le courage de me le dire en face. Pas grand monde n’aurait pu le faire. Ça me fait mal, Emeric, mais… peut-être mieux vaut-il que je le sache. Merci…

Coupable, Emeric ne répondit rien. Puis, le sourire de Kate devint plus sincère.

— Pour te faire pardonner, il va falloir que tu fasses un truc pour moi.
— D’a… d’accord ! Tout ce que tu voudras.

***

— Tu es certaine que c’est une bonne idée ?
— Je veux juste voir leurs têtes ! Allez ! Déride-toi, Beckett !

Dans un recoin de Poudlard, Kate s’amusait à relooker Emeric avant le repas du soir. Les week-ends, les élèves n’avaient pas l’obligation de porter leurs uniformes et cette fois, Kate tenait à donner une nouvelle allure à Emeric. Elle avait décoiffé ses cheveux pour bazarder sa raie. Ses lunettes avaient été mises de côté, au profit d’un sortilège d’amélioration de vue temporaire. Emeric ne pouvait l’utiliser trop longtemps, car cela le démangeait au bout d’une ou deux heures. Ses yeux bleus n’étaient plus aussi grands, car normalement grossis par ses verres correcteurs. Cependant, on pouvait bien mieux les apprécier.

— Et déboutonne-moi ces deux boutons ! On dirait un vrai premier de la classe !
— Mais techniquement je suis…
— Pas de commentaire !

Kate se mit sur la pointe des pieds pour retirer elle-même les boutons du haut de sa chemise. Ce contact rapproché fit battre le cœur d’Emeric plus fort. Puis, elle dissocia les deux bords de son col, qu’elle trouvait trop symétriques. La jeune fille recula de quelques pas pour apprécier son œuvre.

— Hm. Pas mal. Pas mal du tout !
— Ce jean me gratte… !
— Il faut souffrir pour être belle, ma chérie ! Peux-tu essayer de rentrer ta chemise dans ton pantalon ?
— Tu es sûre ?
— Tu veux que je le fasse moi-même ?

En se rendant compte qu’elle l’avait de nouveau plongé dans un terrible état d’embarras, elle ricana :

— Pas aujourd’hui, gros bêta ! Je te laisse l’honneur.

Tout rouge, Emeric s’exécuta. Puis, sa tâche terminée, il lui demanda :

— Et comme ça ?

La main sous le menton, Kate observa le nouvel Emeric avec un regard intéressé. Quand il sortait de ses carcans, de ses airs d’intellectuel coincé, le jeune Serdaigle devenait un adolescent bien différent. Il restait encore maigre, mais il reflétait une toute autre assurance. Elle ne pouvait nier que cet Emeric la charmait, rien que d’apparence.

— C’est bien mieux. Bon, maintenant, tiens-toi droit. Voilà, comme ça. Épaules en arrière. Bombe le torse ! Imagine que tu as de la poitrine ! Oui, enfin, ne tombe pas en arrière non plus ! Bon, tu es prêt pour le grand saut ?

Ils sortirent de leur recoin et se dirigèrent vers la Grande Salle. Kate, à côté, portait ses vêtements habituels : un tee-shirt à l’effigie d’un groupe de rock, qui commençait à se délaver, avec le manteau en cuir que son père lui avait offert par-dessus. Ils marchèrent tous les deux, discutant du dernier cours de Wolffhart et des endroits les plus dangereux au monde, si bien qu’ils oublièrent complètement leur défi quand ils entrèrent dans la Grande Salle. Ce fut le nombre de regards plus importants qu’à l’habitude à se tourner vers elle qui rappela Kate à la réalité.

— Je crois que tu fais ton petit effet, glissa-t-elle à Emeric.
— Je crois plutôt qu’ils nous regardent tous les deux, ensemble… ! préféra-t-il supposer.
— On va bien voir. Changeons de directions. Je vais à la table des Papillombre. Rejoins tes amis. On se retrouve à la sortie de la Grande Salle.

Il approuva d’un hochement de tête puis tous deux dévièrent leur chemin. Kate fut accueillie par une dizaine de paires d’yeux intéressés. Les questions flottaient déjà dans les airs.

— Bah dis donc ! Il a sacrément changé, ton copain !
— Ce n’est pas mon copain, Teffie… !

Eibhlin pouffa de rire.

— Et p-p-pourq-quoi il est co-comme ça, au j-juste ?
— Parce qu’elle loui a promis des troucs… ti ne veux pas savoïr quoï. Ti es trop pour et innocent pour ça !
— Emeric ne serait pas du genre à accepter ce genre de deals, raisonna Tetsuya. C’est un homme sage.
— Enfin le seul esprit censé de cette table ! Merci Tetsuya.
— Service, Kate !
— Lèche-botte.
— En tout cas, je le trouve très mignon, comme ça ! commenta Rose.
— Pas touche ! Il est à Kate !
— Vous êtes ridicules ! s’exclama la concernée, pour camoufler sa gêne. Allez ! Passez-moi donc les haricots verts, plutôt !

Tetsuya profita de cette retombée de conversation pour sortir un énorme rouleau de parchemin. Les Papillombre soufflèrent autour de lui.

— Alors, appuya-t-il en consultant sa longue liste de chiffres. Aujourd’hui, nous avons une différence de cinq points par rapport à hier. En positif. Qui est-ce ?
— Moi, se désigna Rose, en levant la main. J’ai aidé le professeur Slughorn à ordonner ses nouvelles étagères aujourd’hui. Il m’a donné dix points !
— Dix ? Mais alors, pourquoi que cinq dans le compteur ?
— Teffie était là aussi. Elle a renversé une potion sans faire exprès et le bureau de Slughorn… eh bien… disons qu’il n’y a plus de bureau.

Tetsuya secoua la tête en soupirant.

— Teffie, tu nous as déjà fait perdre plus de soixante points depuis le début de l’année ! Ce n’est pas possible de poursuivre comme ça.
— Ah ? Tu penses que je peux changer de maison en cours de scolarité ? Cool ! Je me casse à Gryffondor dans ce cas !
— C’est hélas impossible, mais ça ne serait pas une idée dénuée de sens. Ils sont un peu en avance par rapport à nous, tu pourrais permettre d’équilibrer la donne si tu vas chez eux !
— Tu sais où va finir ton parchemin ?
— Dans le feu de la cheminée de la salle commune, comme tu m’as tant de fois menacée ?
— Exactement. Et après, je me servirai des cendres chaudes pour te les faire bouffer ! En espérant que tu t’étouffes avec dans d’atroces souffrances !
— Que de violence…
— Accio.
— Hé !

Eibhlin s’était emparée du rouleau de parchemin d’un habile coup de baguette.

— Ti deviens complètement obsédé par ça ! Ça devient dangereux !
— Rends-le-moi !
— Aye. Quand ti arrêteras de tous nous faïre chier avec.
— Si je loupe un jour, tous mes calculs pourraient devenir faux ! Je dois établir des statistiques sûres !
— Tou voïs ? C’est obsessionnel !
— C’est vrai, Tetsuya, lâche du zèle, soutint Nestor, impassible.

Tetsuya bouda pendant tout le reste du repas, tentant de se remémorer sa liste de tête quelques fois. À la fin du dîner, Kate retrouva Emeric à la sortie de la Grande Salle. Elle l’y avait attendue. Avec, peut-être, un semblant d’appréhension.

— Alors, tombeur de ces dames ?
— Peut-être que tu avais un peu raison, admit-il en se frottant l’arrière de la tête. J’ai, euh… Une fille de cinquième année que je ne connaissais pas qui est venue me parler. Et euh… j’ai reçu un parchemin anonyme.
— Tu me fais marcher.
— Non, c’est vrai !

Il sortit de sa poche un minuscule morceau de parchemin, dont la lecture fit pâlir Kate. Crispée, elle le lui rendit en grommelant, puis se précipita ensuite sur lui pour réorganiser ses cheveux.

— Mais qu’est-ce que tu fais ? s’étonna Emeric.
— Je te remets ta raie !
— Ne me dis pas que la grande et célèbre Kate Whisper serait victime de ce vulgaire sentiment qu’est la jalousie… !
— C’était juste un essai, rien de plus !

Ils échangèrent un regard amusé puis ricanèrent ensemble. Mais Kate ne pouvait détourner les yeux de son visage. Oui, elle avait des raisons de pouvoir éprouver de la jalousie. Emeric n’était peut-être pas parfait. Il était encore maladroit, il n’avait pas un sourire avec des dents alignées au millimètre près, sa timidité lui jouait encore des tours. Mais il avait un cœur énorme, débordant de tendresse, et une culture générale à en faire pâlir les plus grands de ce monde. C’était un garçon très sensible et qui commençait à assumer cette qualité qui le différenciait de beaucoup d’autres adolescents. En soi, c’était faire preuve d’une sacrée dose de courage.
Dans les ombres de la nuit, elle attrapa sa main et le tira.

— Viens !
— Maintenant ? Mais on va se faire attraper par les préfets !
— Je suis la préfète ! Viens !

Kate avait le cœur qui battait la chamade dans sa poitrine. Si fort qu’elle sentait les veines taper au niveau de ses tempes. Car l’idée qu’elle avait derrière la tête troublait ses propres sens.

— Tu veux aller voir le Veaudelune ? la questionna Emeric. Pourtant, ce n’est pas la pleine lune, ce soir.

Elle ne lui donna aucune réponse, tandis qu’ils continuaient à marcher dans la nuit, jusqu’à un grand arbre, à l’orée de la Forêt Interdite. En contrebas, on pouvait apercevoir des fumerolles s’échapper de la cabane d’Hagrid. Puis, Kate invita Emeric à s’asseoir à ses côtés, dans l’herbe. Ils apprécièrent un moment le spectacle des étoiles dans le ciel d’encre qui surplombait le château illuminé.

— C’est beau, soupira Emeric, qui avait replacé ses lunettes sur son nez. Je ne m’en lasserai jamais.

Kate, quant à elle, avait les yeux rivés sur lui. Jusqu’à ce qu’une impulsion ne la fasse agir : elle se rua sur lui et ses lèvres partirent à l’assaut de son cou. Emeric sursauta, immensément surpris, mais Kate continuait d’embrasser sa gorge. Les doigts du jeune homme se resserrèrent sur les bras de l’adolescente, qu’il avait attrapés par réflexe.

— Kate, geignit-il, qu’est-ce… qu’est-ce que tu fais ?

Le souffle de la jeune fille contre sa peau le faisait trembler. Alors, elle lui chuchota :

— Si l’Immatériel m’empêche d’éprouver du plaisir, j’aimerais t’en donner, à toi…

Mais quand Emeric sentit la main de Kate s’aventurer sur lui, remontant le long de sa cuisse, il eut un mouvement de recul et la repoussa.

— Non, Kate ! Non.
— Quoi ? Tu ne veux pas ?
— Ce n’est pas… comme ça que ça doit se passer.
— Bon sang, Emeric ! Il n’y a pas de bonne méthode ! De « comme ça que ça doit se passer » ! Ça se passe et puis c’est tout.
— Non. Pas comme ça… Pas ici. Pas parce que tu étais jalouse. Tout ça… ça ne te ressemble pas. Ce n’est pas toi.
— Quoi ? Tu veux qu’on attende de trouver un lit de roses avec du Chopin en musique de fond, peut-être ?

Sa réplique, teintée de frustration, plut moyennement à Emeric, qui se leva. Kate le regretta aussitôt :

— Pardon, Emeric ! Ce n’est pas ce que je voulais dire !
— Tu ne comprends pas, Kate !
— Et je ne te comprends pas tout à fait non plus… Je croyais que tu avais des sentiments pour moi.
— Et c’est toujours le cas. Mais… pas comme ça. Je ne veux pas qu’à chaque fois que tu sois avec moi, tu penses à ton Immatériel ! Que tu le craignes ! Et que tu te sentes obligée…
— Je ne suis pas obligée, Emeric ! Je le fais parce que…

Les mots se dérobèrent sur sa langue.

— Parce que…

Sans le voir, car camouflé par la nuit, elle devina qu’Emeric attendait la fin de sa phrase. Mais elle ne parvenait pas à extraire cette vérité, trop compliquée à admettre.

— Je le fais parce que j’ai envie.

Elle reçut en retour le bas rire jaune d’Emeric.

— Tu vois, grinça-t-il. Même toi… C’est pour ça que je ne voulais pas précipiter les choses. Que je ne voulais pas… Mais non. Tu n’es toujours pas au clair avec toi-même. Et tant que ça sera comme ça, ça ne pourra pas marcher.
— Emeric !

Mais il ne lui laissa pas le luxe de se racheter. Sa silhouette se transforma en celle d’un oiseau de nuit et le hibou s’envola vers Poudlard, sans que Kate ne puisse le rattraper.

— Merde… ! Merde, merde !

Elle s’empoigna les cheveux et se traita de tous les noms. Elle ne voulait pas le blesser, elle n’aurait rien voulu taire. Mais la situation était encore trop compliquée… Elle pouvait pas encore admettre qu’elle l’aimait peut-être plus qu’elle ne l’aurait jamais pensé.

 



***

Kate dormit très mal, cette nuit-là. Elle craignit d’avoir commis une bêtise qu’elle ne pourrait rattraper de sitôt. Elle paressa dans son lit, se tournant dans tous les sens. Mister Minnows n’était plus là pour supporter ses câlins matinaux. Elle s’était alors rabattue sur l’un de ses oreillers. Elle prorogea le moment fatidique du lever, car aurait bien voulu rattraper le sommeil qu’elle n’avait pas eu. Mais ça avait beau être dimanche, Kate avait un programme à tenir, d’autant plus qu’elle avait une évaluation de sortilèges à réviser pour le lendemain.
Pourtant, la Grande Salle restait encore presque vide. Plus l’année avançait, plus les élèves se levaient tard pendant le week-end. Il n’y avait que des Serdaigle pour être aussi assidus, à se réveiller tôt pour réviser également ou consacrer leur matinée à des choses bien plus constructives que le sommeil. Celui que Kate redoutait de croiser était déjà là… Assis à leur table, Emeric discutait avec Fergus, son meilleur ami.
Kate inspira une bonne bouffée de courage et se dirigea vers lui. Elle devait dénouer la situation.

— Salut les garçons, souffla-t-elle, en les accostant.
— Hé, Kate. Bien matinale ! remarqua Fergus. La fibre Serdaigle qui est en toi t’a rappelé l’évaluation de Flitwick à la première heure demain ?
— Je vois que je n’ai aucun secret… ! Hem. Emeric, je peux te parler une petite minute, s’il te plaît ?
— Oui, bien sûr.

Il se leva, s’excusa auprès de son ami, et fit quelques pas pour rejoindre Kate. Cette dernière bredouilla :

— À propos d’hier soir… je tenais encore à m’excuser. J’ai agi comme une idiote jalouse. Et je…
— Kate, l’interrompit-il doucement avec un sourire. Il ne s’est rien passé hier soir.
— Mais…
— Il ne s’est rien passé, répéta-t-il. C’est déjà oublié. Tu ne me dois aucune excuse. Sinon, je t’en devrais de même. Je ne veux pas que cet incident ait de stupides répercussions. Tu comprends ?
— Il ne s’est rien passé, alors… marmonna-t-elle, soulagée.
— Parfait.

Il s’écarta légèrement et lui proposa :

— Tu veux déjeuner avec nous ? Il y a de la place !
— Oui ! Avec plaisir !
— Mais je préfère te prévenir. Les discussions ne sont pas celles qu’on attendrait un dimanche matin ! Fergus est très travaillé par cette évaluation… !
— Ce n’est pas un problème, je t’assure.

Ils revinrent à la table, rejoints par Kate, et reprirent une conversation normale, à la base de cours et de sortilèges. Mais pendant qu’elle se servit de jus de citrouilles, les hiboux commencèrent à arriver pour les livraisons de gazette et d’autres courriers. La grande chouette de l’Oural d’Emeric lui apporta une enveloppe, tandis qu’une autre, une hulotte, laissa une Gazette en échange de quelques pièces. En retard par rapport aux autres, Littleclaws eut plus de mal à retrouver Kate, qui n’était exceptionnellement pas à la table des Papillombre. L’oiseau criailla, mécontent, mais Kate lui accorda une petite caresse sur la tête. Il apprécia encore moins et menaça de la pincer ; un morceau de bacon eut plus de succès.
L’enveloppe renfermait un nouveau dessin d’Abby. Celui-ci représentait deux bonhommes avec des robes, sûrement elle et sa sœur, qui se tenaient par la main, dans une espèce de forêt rouge et orange, comme l’automne. La petite avait dessiné un animal à quatre pattes, trop grand pour être un chien. Peut-être une biche ou une girafe ? Mais Kate fut contente de constater que sa sœur avait signé son œuvre. Certes, les lettres étaient encore grosses et les B étaient inscrits à l’envers, mais cette progression était touchante. Comme d’habitude, une lettre de Phil accompagnait le dessin :

« Hello chipie,
Quelques nouvelles du front. C’est assez calme niveau boulot, en ce moment. Mais le bureau a reçu quelques informations récentes concernant un nid de harpies. C’est en cours d’étude, mais nous serons sûrement dépêchés là-dessus courant décembre ou janvier. Si c’est pendant les vacances, tu n’auras qu’à nous accompagner. Ça te fera une nouvelle expérience. Tu verras que les harpies sont bien différentes des banshees !
Abby va bien, elle grandit. Ses cours avec Mr Patil se passent bien. Maintenant, elle commence à former des petites phrases. Mais elle ne fait que réclamer à manger ! Cette môme est une vraie goinfre ! Un trou à nourriture (sauf quand c’est vert. Là, c’est un geyser à gerbe !). On a fait une balade en forêt l’autre jour, c’était bien chouette. Et on a croisé une biche (je crois que c’est ça qu’elle a essayé de dessiner, même si pour moi ça restera un gros pâté à quatre pattes). Elle parle beaucoup de toi, je crois qu’elle attend ton retour avec impatience.
Will a terminé sa rééducation et vient de sortir de Ste Mangouste. Il nous a invités chez lui à Noël. Je crois que personne n’a vraiment envie de célébrer un truc chez nous, après ce qu’il s’est passé. S’il arrive encore à entrer dans ce maudit salon… !
Je n’ai pas reçu de lettre de la part de Maggie dernièrement, donc je suppose que tout va bien pour toi, à Poudlard. Adresse-lui le bonjour de ma part.
Concernant Maman, elle va bien. Je lui rends visite de temps en temps à Londres. Pour l’instant, ça se passe plutôt bien (personne ne résiste au charme légendaire des Whisper !). Elle a retrouvé un petit boulot dans une librairie et ça lui plaît assez. Je te tiens au jus s’il y a du nouveau de ce côté-là.
Je pense à toi, ma chipie
Signé, le maître de l’univers »


Elle replia la lettre avec un sourire, ce que releva Emeric.

— Ça vient de ton père ?
— Non. Du maître de l’univers. Enfin, oui, mon père quoi.

Elle hocha la tête, puis désigna le courrier du jeune homme.

— Et toi, du tien ?
— Oh, non. C’est Vilma. Nous… échangeons de temps en temps ! Elle me donne des nouvelles de Durmstrang.
— C’est super sympa !
— Il se passe toujours plein de choses là-bas. Ils ont eu un tournoi de duels, hier soir.
— Un tournoi de duels ?
— Ça se déroule sur l’année.
— Tu y as participé ? Quand tu y étais ?
— Oh oui, c’était quelque chose… ! La première fois que j’ai combattu, je m’en suis sorti avec une énorme cicatrice.
— Quoi ?!
— Rien de grave !
— Mais ce sont des malades à Durmstrang !
— On va dire… que ce n’est clairement pas la même mentalité qu’ici ! En tout cas, il paraît que le retour de Sigrid n’est pas très apprécié de ce côté-là. C’est une très bonne duelliste ! Ça ne m’étonne pas tant, si elle sort avec Lyov. Il combat aussi très bien, c’est l’un des meilleurs sorciers de son école.
— Ce couple de durs à cuire… !
— Hm. J’aurais bien aimé me mesurer à Sigrid. J’espère avoir l’occasion un jour.
— Toi ? Te battre contre Sigrid ?
— En duel amical ! Ça serait intéressant. D’autant plus que nous partageons un point commun tous les deux…

Emeric sous-entendait par là le fait qu’ils étaient tous deux des Animagus. Mieux encore, que tous les deux prenaient la forme d’oiseaux pendant leur transformation. Le premier devenait un harfang des neiges tandis que la seconde se métamorphosait en aigle.

— J’espère que vous aurez l’occasion un jour, lui sourit Kate.

Puis, Emeric se tourna vers Fergus, occupé à lire la Gazette.

— Quelles sont les nouvelles du monde ?
— Ils ont mis un membre du Mangemagot en examen pour corruption, pour une affaire de meurtre, pendant la guerre.
— Chouette. Et de plus réjouissant ?
— Hm. Ouverture d’une école élémentaire de première approche magique. Ça se passe à Godric’s Hollows.
— École élémentaire de première approche magique ?
— « Ouverte aux enfants de trois à onze ans, l’école magique de Godric’s Hollows accueillera à l’année les petits sorciers de la commune. Bien que trop jeunes pour posséder leurs propres baguettes, les enfants pourront alors découvrir un certain nombre d’objets sorciers, préparer leurs premières potions (inoffensives, bien entendu), partir en nature pour observer les chauves-souris et expérimenter leurs premiers vols en mini-balais. Ils seront répartis en trois groupes, chacun encadrés par deux sorciers formés au domaine de l’enfance magique : les 3-5 ans, les 6-8 ans et les 9-11 ans.
Une solution idéale pour un certain nombre de parents, où le couple travaille de manière équitable.
« Notre société évolue à la manière de celle des Moldus, explique Mrs Gwendolyn Stanford, 32 ans, fonctionnaire au Ministère de la Magie, et maman d’un petit garçon, Nathan. Je travaille à temps plein, de même que mon mari. Et cela coûte trop cher de financer une nourrice toute la journée ! Celles du village sont surbookées et n’ont pas forcément le temps de faire découvrir aux enfants des choses magiques. Nathan a toujours été très en demande de tout ça. Il ne rêve que d’une chose : c’est d’enfin recevoir sa lettre pour Poudlard ! »
L’école assurera aussi les premiers apprentissages scolaires basiques, tels que la lecture, l’écriture, les calculs et la géographie. Un moyen de décharger les familles sorcières qui devaient, jusqu’à présent, s’occuper de ces tâches, parfois longues et laborieuses.
Inscriptions ouvertes à partir du 15 février, capacité d’accueil pour la rentrée 2004 fixée à 30 enfants (10 par groupe). »
— C’est génial ! s’exclama Kate. Oh, qu’est-ce que j’aurais aimé aller dans une école comme ça étant petite !
— Oui, mais… les enfants ne savent pas tous s’ils sont sorciers, objecta Emeric, moins enjoué. Comment vont-ils gérer les situations où un enfant qui, admettons, a été dans cette école pendant cinq ans, découvre en fait qu’il est cracmol ?
— Au contraire, je ne vois qu’un premier pas vers le progrès, mon cher ami !
— Éclaire-moi donc, Kate !
— L’intégration des Cracmols dans notre société, notre pauvre monsieur ! Je pense que tu es bien placé pour penser comme moi. Mais les Cracmols méritent leur place parmi nous. Ils peuvent occuper des métiers magiques. Rusard, par exemple, il était bien surveillant ici. Même si on est beaucoup à regretter qu’il ait été là. Pourquoi ne pas imaginer un Cracmol préparateur d’ingrédients ? Botaniste ? Commerçant ? Banquier ? Ce ne sont pas forcément des postes qui demandent de hautes compétences en termes de magie pratique. Mais si on prive les Cracmols d’études, on ne pourra pas aller plus loin.

Cela ne convainquit Emeric qu’à moitié.

— Il est bien loin le jour où un Cracmol sera autorisé à étudier à Poudlard…
— Sûrement plus proche que tu peux le croire, j’en suis certaine.

Ils échangèrent un sourire, que ne capta pas Fergus, trop absorbé par sa lecture de Gazette. Kate termina de saucer son assiette puis se leva.

— Bon, les gars, je vais devoir vous laisser.
— Tu vas à la bibliothèque pour réviser ? lui demanda Fergus.
— Pas tout de suite. Il faut d’abord que je passe voir Wolffhart.
— T’as une drôle de manière d’occuper tes dimanches matins.
— Les obligations de Papillombre.

Les yeux qu’elle adressa à Emeric lui laissèrent entendre qu’en réalité, cette entrevue avait sûrement un rapport avec l’Immatériel. Le Serdaigle hocha la tête.

— On se retrouvera peut-être tout à l’heure, alors.
— De toutes les manières, ce soir ?
— Oui. Au pire, ce soir.
— Bonne journée, à plus !
— Attends, de quoi ce soir ? s’étonna Fergus.

Kate quitta la table en laissant à Emeric le soin de lui expliquer, mais le visage du jeune homme avait déjà commencé à rougir alors qu’il devait avouer à son meilleur ami la raison de ses rendez-vous vespéraux.
Le son de l’orgue derrière la porte lui rappelait une époque lointaine, quand elle n’avait que onze ou douze ans, lors de ses premiers entretiens avec Wolffhart. Et pour la même finalité : entraîner son Immatériel. Quand elle frappa à la porte, la musique cessa et une voix tonnante l’exhorta d’entrer, ce qu’elle fit. Aujourd’hui sans crainte. La petite Kate, elle, avait tremblé de peur. Mais Wolffhart ne l’intimidait plus désormais. Pourtant, son professeur n’avait pas changé d’une ride.

— Fräulein Whisper. À l’heure.
— Toujours.

Son regard déterminé plaisait à son enseignant. Wolffhart se leva de son siège, raide, et sortit la baguette magique de la poche intérieure de son grand manteau de feutre. Kate enleva son lourd sweat-shirt, qui ne ferait que la ralentir, et se positionna, les doigts entrouverts.

— Prête ?
— Toujours…

Sitôt eut-elle terminé son mot que le premier sortilège fusa. Elle l’esquiva d’un habile réflexe, avant d’activer son Immatériel, qui blanchit ses mains.

— Expulso !

Cette fois, Kate attrapa, avec sa magie, la table à côté d’elle, et la brandit comme un bouclier. Mais le sort de Wolffhart était puissant. La pression était telle qu’elle sentait ses pieds glisser vers l’arrière, mais elle tenait bon. D’une impulsion d’Immatériel, elle repoussa la table, qui fut éjectée droit sur Wolffhart. Ce dernier la fit exploser dans des débris de bois et de poussière. Kate en profita pour courir vers lui, rassemblant son Immatériel au bout de ses doigts. Il s’insinua sous les pierres et les planches de l’estrade, qui commencèrent à se mouvoir. Cela ne compromit pas assez l’équilibre de Wolffhart, qui jeta un autre sortilège pour déstabiliser sa course. L’adolescente se jeta sur le côté et roula sur le sol, reprenant position, une main sur le carrelage.
Elle s’accorda un moment pour étudier son environnement. Les cierges ? Rien à en tirer. Les torches non plus, quoiqu’en distraction. Les tables et les bancs ? Ils étaient à la fois encombrants et trop nombreux…

— Movere supellectilem !

La table la plus proche d’elle tenta d’attraper sa jambe avec son pied, devenu mobile comme une liane. Elle ne pouvait pas rester là, au milieu du mobilier animé qui voulait mettre la main sur elle. Elle tenta alors le tout pour le tout. Dans un élan remarquable, elle grimpa sur la chaise, bondit sur la table et se jeta vers son enseignant, écartant les bras pour faire jaillir de ses doigts des dizaines de petites flèches immatérielles. Son plan aurait fonctionné si Wolffhart n’avait pas anticipé ses mouvements.

— Flagellum !

Sa baguette s’agrandit, jusqu’à devenir un fouet, qui s’enroula autour d’elle, immobilisant ses bras contre son corps. Kate fut ramenée sans délicatesse sur le sol. Il n’y allait pas avec le dos de la cuillère.

— Aïe…
— C’était pitoyable, Fräulein Whisper.

Il la libéra de son emprise, sa baguette revenant à son état original, et la jaugea d’un regard méprisant, tandis qu’elle se massait le bras.

— Essayez de ne pas trop m’abîmer, grimaça-t-elle se relevant. J’ai cours de danse, ce soir… J’aimerais éviter de boiter !
— Tanzkurse ? répéta-t-il dans sa langue, amusé.
— Vous ne voudriez pas savoir. M’imaginer danser, l’image est cauchemardesque.

Elle l’entendit marmonner en allemand dans sa barbe, mais ne chercha pas à le comprendre.

— Votre prestation était misérable.
— Hé, essayez d’être un peu plus encourageant ! Quand je venais ici, il y a quelques années, j’arrivais à peine à appuyer sur une touche d’orgue avec l’Immatériel ! Aujourd’hui, je peux porter des tables et casser des murs ! Je trouve qu’il y a du progrès !
— Ça ne vous suffira pas à vous défendre contre Fräulein Byrne. Elle a bien plus d’expérience que vous et elle peut contrôler des armées avec son esprit. Qu’est-ce que vous avez de plus qu’elle ?
— Euh. Ma santé mentale ?
— Was noch ?
— Une famille ?
— Und ?
— Je peux… lire dans les souvenirs des gens ?
— Naja. Was noch ?
— Je peux voler ?
— Fliegen ? Wirklich ?
— Je ne l’ai fait qu’une fois. Par accident. Je suis tombée de mon balai. Et j’ai réussi à voler.
— Ce n’est pas si irréaliste. C’est même tout à fait logique.
— Quoi ? Que je puisse voler ou que je sois tombée du balai ?

Il soupira puis avança sa théorie.

— L’Immatériel influence les particules magiques autour de vous. Dans l’air, dans les matériaux, et il peut altérer les esprits. Quand vous faites léviter quelque chose, quand vous exercez une pression, vous ressemblez ces particules en une force. Si vous faites ça autour de vous, que vous faites pression sur l’air, il peut vous porter. Et donc vous faire voler.
— Mais je ne maîtrise pas du tout ça !
— Il faudra bien ! Vous devez trouver des avantages contre Fräulein Byrne… Autrement, elle aura votre peau. Elle est folle, n’aura aucun remord, ne vous donnera aucun répit. Votre père vous a entraînée, c’est certain. Vous avez de bons réflexes. Aber votre Immatériel, il doit se focaliser. Vous devez apprendre des techniques pour en tirer le meilleur.
— Ce n’est pas la même chose quand je suis ici, avec vous, et avec elle, avec le doute de ma survie… ! Je n’ai clairement pas la même motivation !
— Vous voulez une motivation ? Hm.

Il rangea ses bras derrière son dos.

— Vous lisez dans les souvenirs. C’est exact ?
— Euh. Oui.
— Si vous me neutralisez, je vous laisserai accéder à mes souvenirs.

La proposition parut si absurde aux yeux de Kate qu’elle les écarquilla.

— Vos souvenirs ?
— Ne me croyez pas dupe. Je sais que vous les convoitez… L’Immatériel, tous ces secrets. Il y a des choses que vous mériteriez d’apprendre. Mériter. Ja, c’est le mot. Vous devez les mériter…

Un sourire s’étira sur les lèvres de Kate, qui se repositionna, prête à passer à l’offensive une deuxième fois.

— Pourquoi ne me l’avez-vous pas dit plus tôt ?
— Pour le plaisir de vous humilier une première fois, rétorqua-t-il, avec le même rictus. Ich erwarte Sie.
— C’est parti…

Cette fois, Kate voulait démarrer avec l’avantage de la première attaque. Elle réunit son Immatériel dans ses poings, les cogna face à elle avant les rabaisser brutalement. Un morceau de plafond tomba, faisant chuter les lourdes pierres qui composaient la voûte. Wolffhart créa une bulle de protection, mais les décombres avait levé un rideau opaque de poussière. Quand il retomba, il esquissa la surprise de voir son élève, à quelques mètres du sol, les bras surélevés. Kate tentait de contrôler cette aptitude étrange, mais son équilibre était encore trop instable. Elle rassembla de nouveau son Immatériel au bout de son poing et se projeta, telle une fusée, vers son professeur, espérant percer sa bulle.
Mais le sortilège de Wolffhart était bien trop puissant et quand le dôme explosa à son contact, elle fut projetée si loin qu’elle en eut le souffle coupé. Non, il ne s’en sortirait pas ainsi. Elle se releva aussi vite que possible, prépara un nouvel angle d’attaque, quand une lame de pierre sous sa gorge stoppa son initiative. Le garde de pierre animé l’emprisonnait.

— Si j’étais Fräulein Byrne, vous seriez déjà morte, conclut Wolffhart, la baguette levée, triomphant.

Elle ne se laissa pas abattre et posa sa main sur le bras glacial de la statue, qui commença à se brésiller. Puis, le soldat tout entier s’effrita, avant de tomber dans une chute de graviers.

— Sauf que vous n’êtes pas Electra Byrne.

De nouveau, elle se projeta sur lui, avec l’intention d’en terminer une fois pour toutes. Mais de la baguette de Wolffhart jaillirent tout à coup de grandes flammes, qu’elle ne parvint à arrêter. Kate poussa un cri et se secoua pour éteindre le feu sur ses vêtements.

— Professeur ! Professeur !

Le sortilège d’Aguamenti la trempa jusqu’aux os. Et agenouillée à terre, dépitée par sa défaite, Kate serra les dents, une partie de son bras brûlé.

— Vulnera sanentur.

Ses blessures se résorbèrent d’elles-mêmes. Puis Kate leva des yeux emplis de colère vers son enseignant de métamorphose.

— Et vous pourriez au moins me sécher… !
— Cela vous servira de leçon. Vous êtes trop sanguine. Vous réagissez sur un coup de tête. Vous êtes comme votre père. Mais vous manquez cruellement de stratégie…
— L’Immatériel ne sait pas arrêter les flammes !
— Qu’en savez-vous ? Vous n’avez même pas essayé.

Il rangea sa baguette magique et toussota.

— Espérons d’ici là que miss Byrne n’ait pas la lucidité de tenter de s’attaquer à vous. En attendant, ne manquez pas votre… Tanzkurse.

Kate pouvait clairement percevoir de l’ironie dans ses propos, mais elle préféra s’en amuser.

— À quand la revanche ?
— Dans deux semaines. Et cette fois, préparez-moi vraiment un plan d’attaque qui tienne la route… Ou je vous roulerai dessus à faire de vos os de la soupe. Verstanden ?
— Entendu, professeur.

Sans le quitter du regard, elle recula, attrapa son sweat-shirt et sortit de la salle après une dernière salutation de la tête. Une fois qu’elle fut partie, Wolffhart poussa un soupir amusé. Cette gamine était vraiment une tête de mule… ! Cela lui plaisait.

Note de fin de chapitre :

VOILA ! Prochain chapitre, ça sera du TPF. Voire deux chapitres. Celui de LMA est déjà bien entamé, mais je ne pense pas le poster avant mon retour des Etats-Unis, début août.

Un chapitre qui prévoit du lourd. Je n'arrive pas encore à déterminer si je vais le couper ou pas... Parce que vu comment il se profile dans ma tête, il sera très long. Probablement, oui, pour un cliffhanger. Ca fait longtemps que j'en ai pas fait. Mouhahahaha.

Et surtout... sur HPF... LMA EST DESORMAIS LA FICTION LA PLUS LONGUE DU SIIIIITE ! Wouhou ! (champagne dans ta face !) Merciiiiiiii à tous de me suivre depuis plus de 5 ans dans cette aventure et de m'avoir permis d'aller aussi loin, de m'avoir portée jusqu'ici ! C'est un truc de fou !

N'hésitez pas à suivre mon Facebook et mon Instagram (j'y poste pas mal de photos des USA en ce moment). Il suffit de chercher avec mon pseudo (ielenna). :) Puis je poste des trucs cons et inutiles aussi. 

Je vous dis à très bientôt ! Bon été, profitez bien !

Poster une review t'évite de crâmer au soleil.

Vous devez s'identifier (s'enregistrer) pour laisser une review.