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News

IRL - 10 ans de l'association



L'association Héros de Papier Froissé souffle ses 10 bougies en octobre 2018 ! C'est un anniversaire important pour notre association et nous aimerions passer ce cap avec vous ! Bien entendu, HPFanfiction, le Héron à la Plume Flamboyante et les Éditions HPF seront de la partie :)

Avec quelques mois d'avance, le CA aimerait donc fêter cette occasion avec vous autour d'un week-end sur le thème de l'écriture à travers le temps.

Crédits : Montage de Labige à partir d'images de Sumkinn et Prawny


L'anniversaire d'HPF aura lieu du vendredi 18 mai (fin d'après-midi/soir) au lundi 21 mai 2018 matin à Chamelet dans le Rhône. Pour tout détail concernant l'événement, les modalités d'inscriptions et les tarifs : ici sur le forum ou sur le site de l'association.

A bientôt sur un de nos sites,
De L'équipe du CA le 17/01/2018 10:48


Sélections du mois


Chers et chères membres d'HPF,

Les votes pour la sélection sur Les Fondateurs de Poudlard, pour le mois de janvier, sont en cours. Vous pouvez découvrir les choix des lecteurs et voter jusqu'au 31 janvier pour les textes que vous avez aimés sur ce topic !

Les Concours sont mis à l'honneur en février : n'hésitez pas à soumettre vos coups de coeur ici ! Il s'agit de fanfictions écrites en réponse à un concours organisé sur le forum ou sur le site.

Félicitations aux textes sélectionnés sur le thème Echange de Noël : Le Marchand de Glaces de LaLouisaBlack, Eanna pour Wizard Wheezes are cool, Api avec Capturer les images et Seonne pour Les douze coups de Noël !



Vous pouvez toujours trouver l'ensemble des Sélections du Mois sur le site et proposer vos thèmes et idées sur les topics du forum.
De Equipe des Podiums le 15/01/2018 18:10


Sauvegardes automatiques quotidiennes


Chers membres d'HPF,

Tous les jours à 2h du matin, heure de Paris, les sites de l'association HPF (HPFic, le Héron, le blog, la boutique, le site de l'asso et le forum) sont indisponibles pendant environ 20 minutes. En effet, l'Equipe Technique a mis en place depuis le jeudi 4 janvier des sauvegardes automatiques qui nécessitent leurs fermetures temporaires. Les sites aussi ont bien le droit à un peu de repos !


De L'équipe Technique le 09/01/2018 19:18


73e édition des Nuits d'HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 73e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 20 janvier à partir de 20h. N'hésitez pas à venir vous inscrire !
Pour connaitre les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A très bientôt !
De L'équipe des Nuits le 08/01/2018 23:48


Fin de la période de recrutement


Bonjour à tous,

Le recrutement pour notre équipe de modération s'est achevé hier soir. Nous avons reçu 8 candidatures que nous allons étudier sérieusement les jours prochains.

Les personnes qui ont postulé recevrons un message de notre part très prochainement !

Merci à vous d'avoir répondu à cette annonce et pour l'intérêt porté à notre équipe !
De Les Schtroumpfettes de compèt' le 07/01/2018 18:02


Recrutement pour l'équipe de modération d'HPFanfiction


Bonjour à tous,

En cette fin d’année, l’équipe des Bleues cherche deux nouvelles recrues pour étoffer ses rangs.

Une grande partie de notre travail s’effectue sur HPFanfiction où nous lisons puis validons ou invalidons les textes. Nous organisons aussi des concours ou projets d’écriture, une ou deux fois par an. Nous gérons la boîte mail sur laquelle arrivent les questions relatives au site. Nous publions des news et traquons également les bots. Vous trouverez le détail de nos principales missions ici.

Pour plus d’informations sur les modalités de recrutement, c’est par ici.

Le recrutement restera ouvert jusqu’au 6 janvier 2018.

A vos plumes !
De Les Schtroumpfettes de compèt' le 18/12/2017 20:01


Ludo Mentis Aciem par Ielenna New!

[1041 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

GUTEN TAG mes oursons bien accordés !

Je vous avais promis, fin septembre = un nouveau chapitre. DONC il est là ! Et sans surprise, je l'adore. OUI. J'adore ce chapitre. KRKKRRKRKKRRKRKRKR.

Au programme, le mystère du kilt de Leeroy, une moto qui gueule, un Basilic dans la Chambre des Secrets (enfin... Maggie aimerait bien !) et un costume d'infirmière d'hôpital psy.

Bonne lecture !

L’absence d’examens cette année n’excusait pas les élèves à paresser sur leurs devoirs. Les questions devenaient plus pointues, les connaissances à apprendre, toujours plus nombreuses. Wolffhart s’appliquait aussi à se montrer de plus en plus sadique. Kate se félicita de fréquenter Emeric au quotidien ; c’était bien le seul qui ne souffrait pas de cette situation de submersion face à la quantité de travail à abattre.

— Tu es certaine de ton nombre ?

Il pointa du doigt le parchemin que Kate était en train de remplir, concernant une potion permettant de respirer sous l’eau, sur laquelle elle devait effectuer une conversion dans les quantités.

— Ah oui, j’ai oublié un chiffre ! Ça me faussait tout ! Merci.

Emeric ne lui donnait pas forcément toutes les réponses, mais la forçait à se surpasser, à se remettre en question. Kate, quant à elle, ne complexait pas face aux facilités déconcertantes du Serdaigle. Elle le savait ainsi depuis toujours et ne désirait pas pointer du doigt inutilement cette faculté exceptionnelle. Il était comme il était et elle l’acceptait ainsi.

— T’es en tout cas bien plus sympa avec moi que Maggie avec Terry !
— C’est-à-dire ?
— Eh bien… tu sais, Terry n’est pas vraiment très scolaire. Maggie essaie de l’encourager. Mais tu sais… à la façon « Maggie ». En le bombardant de questions à la suite, en le forçant à réviser, réviser, jusqu’à ce que mort s’ensuive, à coup de chantages et de récompenses. Bon. Il n’a pas l’air de s’en plaindre plus que ça et ça marche plutôt pas mal. Mais je te promets que si, un jour, tu me fais du chantage pour essayer de me motiver, je t’attache sur mon balai et je le fais voler jusqu’à la stratosphère. Compris ?
— Clair et limpide. Même si je ne suis pas certain qu’un balai puisse monter à 12km d’altitude. À moins que tu ne trouves un endroit où la couche inférieure débute à 6km, mais je suis toujours sceptique concernant l’hypothèse qu’un balai puisse monter aussi haut.
— Voyons, ne pinaille pas sur les détails. Tu comprends très bien ce que je veux dire.

Ils échangèrent un rire sans bruit, les lèvres closes étirées en un sourire, avant que Kate ne retourne à son devoir. Mais Emeric se permit de l’interrompre dans un chuchotis.

— Tu as eu des nouvelles d’Atropos ?
— Aucune. Je ne sais même pas comment elle me préviendra. Avec un… corbeau de la mort ?

La plaisanterie ne fit pas rire Emeric. Mais il ne rajouta rien de plus. Quelques minutes plus tard, il aperçut du coin de l’œil Tetsuya, qui passait derrière lui, pour rejoindre la table des Papillombre. Il l’arrêta, chose qui étonna Kate, décrochant les yeux de son parchemin. Cependant, ce qui la rendit plus sceptique encore fut qu’ils discutèrent en allemand. Elle fronça les sourcils et se redressa. Ce geste interpela Tetsuya, qui ne s’attarda pas plus :

— Salut, Kate !

Puis, avoir lui avoir adressé un dernier signe de la main, il trotta rejoindre les autres Papillombre.

— Qu’est-ce que vous tramez, tous les deux ? marmonna Kate, suspicieuse.
— Rien du tout.
— Bah voyons, tu espères que je vais te croire. Vous me cachez quelque chose… Et je n’aime pas ça.
— Ça ne te concerne pas. Et ce n’est rien d’important.
— Je ne pensais pas qu’on pouvait être pire menteur que Terry. Mais apparemment, si, c’est possible.
— Je te le dirai bientôt, sourit Emeric. Mais pas maintenant.

Il se permit de toucher le nez de Kate du bout du doigt. La jeune fille gardait une expression à la fois curieuse et boudeuse.

— Très bien…
— Hé, les gars !

Fergus venait de les apostropher, les rejoignant d’un pas rapide. Dans sa main, l’édition du jour de la Gazette, dont il était fervent lecteur.

— Je viens de trouver quelque chose qui pourrait vous intéresser.

Il plaqua le journal entre Emeric et Kate, qui prêtèrent un œil à l’article qu’il pointait :

« La sorcière la plus recherchée de Grande-Bretagne serait-elle… en France ?

Electra Byrne, connue auprès des services de Ste Mangouste, est à ce jour l’une des sorcières les plus recherchées par les Aurors sans être impliquée dans des fréquentations concernant les Mangemorts ou possédant un passif autour de la guerre ayant déchiré le pays. Et pour cause, l’ancienne surveillante de Poudlard s’est rendue responsable de la Prise d’Otages de la Cabane Hurlante qui a fait la une des journaux en avril 2002. Elle avait alors séquestré une dizaine d’enfants et en contrôlait plusieurs dizaines d’autres, en provenance de Salem.
« C’est du jamais vu, témoigne Derrick Milton, expert en sortilèges dans les affaires judiciaires. D’après les témoins, miss Byrne a contrôlé un Impérium sur une centaine d’élèves, voire sur des professeurs expérimentés. »
Un danger, certes, mais qui semble ne pas s’être présenté ainsi pour le reste de la population. Du moins, pour le moment.
« Elle ne semble être obsédée que par une seule chose, relève Hysope Greenfield, psychomage attachée aux détraqués d’Azkaban. Katelyna Whisper, la jeune sorcière qui a ouvert Papillombre. On observe ce genre de comportement impulsif et obsessionnel dans certains troubles mentaux. Et le passé de miss Byrne ne nous laisse pas de doute là-dessus. Il est courant que certaines personnes célèbres se retrouvent être la cible d’une personne fragile. Hélas, si l’idée s’est implantée et qu’elle en a été jusque-là, qui sait de quoi elle est encore capable. Miss Whisper doit être protégée sur-le-champ ! »
Actuellement étudiante en 6ème année à l’école de sorcellerie de Poudlard, Kate Whisper, le « petit papillon de Poudlard », semble profiter d’une scolarité paisible et sécurisée au sein de l’établissement.
Nous avons tenté d’interroger Mr Ronald Weasley, célèbre ami d’Harry Potter et ancien Auror attaché à la protection de Miss Whisper, mais ce dernier a refusé de répondre à nos questions. Pour rappel, mister Weasley a été démis de ses fonctions à la suite d’un incident à Poudlard dont nous ignorons la nature.

« Cependant, depuis mercredi, l’affaire semble prendre un tout autre tournant, puisque les Magedarmes français affirment avoir aperçu Electra Byrne fouler leur pays, à proximité de la ville de Paris.
« Elle correspondait à la photo diffusée sur l’avis de recherche, affirme Valère Brindor, chef de la brigade des Magedarmes de Paris. Mais nous n’avons pas eu le temps d’intervenir qu’elle avait déjà filé. »
Il est probable que miss Byrne ait usé de transplanage.
« Cette sorcière constitue un vrai mystère pour les enquêteurs, complète mister Milton, soucieux. Sa trace échappe aux Aurors les plus compétents. Elle semble utiliser une magie ou des sortilèges inhabituels. Et tant que nous ne pourrons pas identifier cela en détail, les risques qu’elle continue à passer entre les mailles du filet sont considérables. Quand bien même ils mettront la main sur elle, qui dit qu’ils pourront la garder sous contrôle ? »
La présence d’Electra Byrne sur le territoire français interroge le bureau d’Aurors car n’est certainement pas anodine… L’enquête reste ouverte.

POUR RAPPEL : Electra Byrne, sorcière de type caucasienne, pâle, cheveux bruns, longs, yeux bleus, environ 1m75. Vue la dernière fois avec robe et cape bleu foncé.
Si vous croisez cette sorcière, n’intervenez jamais par vous-même et envoyez un hibou en urgence au Ministère, à l’attention du département des Aurors. »


— « Scolarité paisible et sécurisée », ricana Kate en relisant cette phrase.
— Tu es sûre qu’elle en a toujours après toi ? se demanda Fergus. Même si elle est en France ?
— Qui dit qu’elle n’est pas allée chercher une solution là-bas pour revenir, supposa Emeric. Ça m’étonnerait fortement qu’elle soit passée à autre chose. Sans… vouloir t’inquiéter, Kate.
— Ne t’en fais pas, je suis au courant.

Puis elle glissa plus bas à Emeric.

— Mais dès qu’Atropos aura trouvé le miroir, je lui demanderai pour Electra.
— Elle te fera payer plus cher pour ça !
— Je sais.
— Et ça ne te garantit pas de la battre !
— Je sais.
— C’est une très mauvaise idée…
— Je sais.
— Mais alors pourquoi tu te projettes là-dedans ?
— Parce que c’est ce qui doit arriver. À un moment, ça sera elle ou moi.
— Oui mais…
— Tu te rends de tout le mal que cette tarée a fait à ma famille ? Et tu voudrais que je reste les bras croisés ? Qu’est-ce que tu ferais, à ma place ?

Emeric haussa les épaules et admit :

— Sûrement la même chose…
— Voilà.
— Mais ne t’en préoccupe pas maintenant. Ça ne sert à rien d’aller la chercher. Elle n’a pas l’air de faire de mal à quelqu’un.
— Qu’est-ce que tu en sais ? Electra est très forte, il faudrait être con pour l’oublier. Ça se trouve, elle torture des gens en ce moment-même. Elle en contrôle d’autre. On n’en sait rien. Je ne suis pas tranquille de lui laisser ce délai. Qui sait ce qu’elle peut faire…
— J’avoue ne pas tout à fait comprendre la portée de votre discussion, se permit Fergus.

Kate chassa la conversation d’un geste de la main.

— Tant qu’elle n’est pas ici, c’est le principal. Qu’elle ne touche personne d’autre pour le moment.

Face au regard presque insistant de Fergus, Kate s’interrogea :

— Quoi ?
— Je m’attendais à une phrase super stylée, genre « elle ne perd rien pour attendre ! »
— Désolée de te décevoir.

Emeric poussa un soupir en attrapant son sac pour le monter sur son épaule.

— Arrêtons de penser à elle. Elle ne le mérite pas. Et on a d’autres dragons à fouetter.

Kate hocha la tête face à sa sagesse et tous deux prirent la direction des étages, se séparant de Fergus pour leurs cours optionnels. Depuis le retour d’Emeric de Durmstrang, tous les deux formaient un binôme en Arts et Magie, une matière qu’ils affectionnaient l’un autant que l’autre. Au plus grand bonheur de Suzanna, la photographie était à l’honneur pour leur sixième année de scolarité. Le sujet n’était pas le préféré, ni de Kate ni d’Emeric, mais ils se rendaient en cours sans traîner des pieds.
Miss Sheencloth semblait ne jamais se lasser de ses cours, toujours enjouée d’enseigner à ses élèves. D’autant plus que la photographie était son sujet de prédilection, connue pour être la portraitiste photo de nombreux sorciers contemporains célèbres.
Faute de places, Kate et Emeric s’installèrent à une table au fond de la petite pièce, à côté de celle occupée par Suzanna et Griffin. Les deux jeunes hommes échangèrent des regards méprisants. Même si leur rivalité n’avait plus vraiment lieu d’être, ils continuaient de se détester, du fait de leurs différends passés et de l’opposition de leurs caractères.

— Vous êtes tous là ? C’est parfait, s’enchanta Miss Sheencloth, qui portait une robe bariolée orange et blanc, en tapotant dans ses mains. Je mourais d’impatience de vous dévoiler le programme du jour ! Vous savez que nous avons consacré notre premier trimestre à la création de la photographie magique, à l’analyse de la composition d’un appareil photo, l’étude des différents courants, dans ce nouvel art sorcier. Et les œuvres des plus célèbres d’entre eux. Oh, quelqu’un peut m’en citer quelques-uns ?

La main de Suzanna se leva de façon immédiate :

— Blackwire, Fewman, Mool, ou encore Jaggies et Twain !
— Excellent ! Oui, excellent, miss Simmons ! Cinq points pour Gryffondor ! Vous me rendez si fière !

Satisfaite, Suzanna se dandina sur son banc.

— Mais la photographie restera toujours incomplète, poursuivit miss Sheencloth, avec un doigt levé, tant qu’elle n’est pas expérimentée.

Des murmures parcoururent la classe à effectif réduit.

— Tu penses qu’on va devoir se prendre en photo ? chuchota Kate.
— Probable, du moins, d’après ce qu’elle avance, lui sourit Emeric.
— Ça peut être drôle !
— Je n’aime pas être pris en photo, avoua-t-il.
— Ah bon ?
— Je me trouve… différent, par rapport à un miroir. Et je n’arrive pas à sourire comme il faut.
— Non, c’est juste que tu n’es pas naturel, c’est différent !
— Ça ne change rien au fait que je n’aime pas ça… ! Et que je n’aime pas les portraits de moi.
— Je te ferai changer d’avis, tu verras.

Elle lui dédia un clin d’œil qui le fit rougir.
Comme ils l’eurent deviné, Miss Sheencloth fit apparaître, par magie, une grosse boîte en bois sur sa table, et distribua, avec sa baguette magique torsadée, un appareil photo par table.

— J’aimerais, si vous le voulez bien, que vous construisiez un projet par binôme. Sur un thème de votre choix. Vous prendrez et sélectionnerez entre dix et quinze photos qui répondront au sujet que vous aurez pris. Jusque-là, tout le monde me suit ? Une fois vos dossiers préparés, vous devrez présenter votre projet devant toute la classe à la fin de l’année ! Oui, mister Sleeman ?
— On peut choisir le thème qu’on veut, professeur ?
— Oui, nous allons y consacrer notre heure d’aujourd’hui. Je vais veiller à ce que vous choisissiez un thème accessible. Et qui respecte le règlement de l’école !
— Ouais, glissa Griffin, parce que sinon, on sent que certains Serdaigle pourraient se lancer dans un certain type de photos perverses…

Emeric lui accorda un regard noir, mais Suzanna réagit, agacée :

— C’est bon, arrête, et passe à autre chose, maintenant.

L’intervention de son amie fit sourire Kate de gratitude ; Suzanna en profita pour poser une autre question :

— Est-il autorisé d’utiliser son appareil photo personnel ? J’ai reçu un nouvel objectif à Noël, je rêverais de l’utiliser pour votre merveilleux projet !
— Quelle excellente idée, miss Simmons ! Oui, bien sûr ! Faites donc ! J’ai hâte de voir vos chefs d’œuvres ! Bien. Bien bien… ! Je vais vous laisser réfléchir par binôme au thème que vous voulez choisir et à des idées de photos là-dessus, si vous en avez déjà.

Les tables se mirent à discuter entre elles, établissant des listes d’idées.

— On pourrait faire quelque chose autour de la musique ? proposa Kate à Emeric.
— Trop classique, à mon avis.
— De la danse ?
— On tournerait vite en rond, non ?
— Tu sais que tu fais des blagues sans t’en rendre compte, petit comique ?
— Ah, c’est fort possible. Mon sens de l’humour a toujours été un peu biaisé…

Kate chatouilla ses lèvres du bout de sa plume.

— Il faudrait un thème ouvert, l’éclaira Emeric.
— Ce n’est pas ce que je proposais ?
— Où les photos pourraient avoir plusieurs interprétations. C’est ça, le but de l’art, non ?
— Si tu le dis.
— C’est comme un Epouvantard. On ne partage pas le même. Nous n’avons pas peur des mêmes choses. Nous avons tous différents regards sur le monde qui nous entoure.
— « La peur », alors ? Notre projet ne risque pas d’avoir de succès… ! Et je ne suis pas certaine que la Salope Bleue serait d’accord pour que je lui tire le portrait !
— Ma comparaison n’était pas à prendre au sens littéral.
— Certes…

Pendant qu’elle réfléchissait, Kate se laissa happer par ses pensées. Puis, elle marmonna à Emeric :

— Je t’avais raconté, la lettre que j’ai envoyée à Maggie, pendant les vacances ?
— Par rapport à Terry ? Oui, tu m’avais dit.
— J’avais compris qu’elle avait peur du temps. Du temps qui passe…
— Ça te fait peur aussi ?
— Pas vraiment. Je l’aime bien. Tant que le temps passe, cela signifie que je suis en vie.
— Tu as raison, lui sourit-il.
— C’est plus l’avenir qui me terrifie. Parce que je n’en ai pas.
— Ça, par contre, c’est faux.
— Qu’est-ce que tu en sais ? Quand je regarde en avant, je ne vois rien. Qui sait ce que mes pouvoirs feront de moi ? Qui sait si les Aurors ne me traqueront pas d’ici quelques années ? Qui sait si Electra Byrne n’arrivera pas à ses fins…
— Tu veux devenir Nettoyeuse, lui rappela Emeric. Accroche-toi à cet objectif. C’est un avenir, sur le moyen terme !
— Nous n’avons pas la même définition de l’avenir…

Trouvant là une idée, Emeric étira les lèvres en un nouveau sourire. Ses doigts percutèrent ceux de Kate pour lui attraper la plume. Il inscrivit alors le mot « avenir » sur le parchemin.

— Le voilà, notre thème.

Kate l’accueillit avec, à son tour, un sourire, puis, elle percuta l’épaule d’Emeric de la sienne, en signe d’approbation.
L’avenir, ils allaient le capturer, à deux.

*** *** ***

Le samedi suivant fut comme une sorte d’anomalie sur le calendrier. L’école était étonnamment calme. Peu après midi, Kate avait accepté de suivre Suzanna et Scarlett en promenade, autour du Lac Noir. Armée de son appareil photo, Suzanna prenait la surface de l’eau en photo ; elle et Griffin avaient choisi le thème « Reflet » pour le projet d’Arts et Magie. Kate n’avait pas de doute quant à l’implication de la jeune fille dans cet exposé. Elle serait sûrement celle qui fournirait le plus gros du travail dans son binôme ! Assise à côté d’elle, Scarlett travaillait un devoir propre à son option de spécialisation en potions et soins magiques, dispensée en dehors du tronc commun. Calypso, Hygie et Morgana suivaient également ce cours.
Autant dire qu’entre l’une et l’autre, Kate ne se sentait pas vraiment à sa place et ne savait pas comment s’occuper. À son grand malheur, elle ne pouvait même pas jeter de cailloux dans l’eau, au risque de compromettre les clichés de Suzanna. Elle se contentait alors de les faire léviter en cercles devant elle à l’aide de l’Immatériel. Son record était d’en manipuler six en même temps.
Elle râla quand elle échoua à en incorporer un septième.

— Mais Moira, vous êtes sûres que c’est ok de la laisser seule ?
— Elle est malade, lui lança Suzanna, un genou fléchi et le dos en arrière, pour essayer de capturer le meilleur angle de vue. Si tu veux mon avis, il vaut mieux ne pas l’approcher.
— Oh, oui oui, c’est très carabiné, lui assura Scarlett, de sa petite voix.
— Elle est très contamineuse !
— Contagieuse, corrigea la rouquine.
— C’est ça !

Kate poussa un soupir et jeta un coup d’œil vers le terrain de Quidditch. Personne ne s’entraînait. C’était bien étonnant pour un samedi après-midi. L’endroit semblait mort.
Puis, en baissant le regard sur le sac de Scarlett, elle aperçut un parchemin qui en dépassait. En apercevant du coin de l’œil son intérêt, Scarlett rougit subitement et fourra le morceau de parchemin au fond de son sac.

— Pas de panique, je n’allais pas fouiller dans tes affaires ! ricana Kate, les mains levées.
— Ce… ce n’est rien !
— Si tu le dis !
— C’est juste une lettre de Dennis Crivey.
— Suzanna !
— Oups.

Kate ouvrit une bouche bée.

— Le « Dennis Crivey » ? Celui qui était préfet ? Celui sur lequel tu avais un crush dès ta première année ?
— Il… se pourrait bien ! répliqua Scarlett, écarlate, levant le nez dans un semblant de regain de confiance.
— Vous échangez des lettres ? Mais c’est génial ! Je ne le savais pas !
— Sauf que Crivey ne sait pas non plus que c’est Scarlett.
— Quoi ?
— Suzanna ! Arrête !
— Arrête quoi ? Kate peut le savoir.
— Tu te fais passer pour quelqu’un d’autre ? supposa Kate.

Scarlett réfugia son menton dans son écharpe, de la même teinte que ses joues, et marmonna, un peu honteuse :

— J’écris sous un pseudonyme. Il ne sait pas qui je suis.
— Bah… pourquoi tu fais ça ?
— Tu imagines ? Si je dis que je suis Scarlett Hodgson ? Il a quatre ans de plus que moi ! Il a vingt ans ! S’il savait que j’en avais seize… il ne me parlerait pas !
— Ça, tu n’en sais rien.
— Ah, tu vois ? intervint Suzanna, en abaissant son appareil photo. Kate est d’accord avec moi.
— C’est un trop gros risque !

Kate comprenait quelque part le stratagème de Scarlett, qui avait toujours été plus mâture que son âge.

— Tu as déjà fait preuve d’un sacré courage pour lui envoyer une lettre, la soutint-elle.
— Il fallait bien que je sois un peu Gryffondor quand même, non ?
— Et alors ? Il a changé ? Il t’a envoyé des photos ? Il t’a draguée ?
— Hein ? Quoi ? Non ! Non, non, non ! Il est… comme il était avant ! Au départ, j’ai fait passer ma lettre comme un accident de hibou postal. Et puis… on a commencé à discuter. On a plein de conversations intéressantes ! On parle du monde…
— Oui, enfin, le monde selon Scarlett et Dennis. Où tout est beau, utopique et surtout, tout le monde respecte les règles !
— Tu n’es pas très gentille avec moi aujourd’hui, Suzanna, fit remarquer Scarlett, penaude.

Cette innocence toucha Kate.

— Mais un jour, fit-elle remarquer, tu devras bien lui dire qui tu es vraiment.
— Oui, c’est vrai… Mais pas tout de suite. Je le ferai quand j’aurai confiance.
— Tu as raison. En tout cas, c’est vraiment génial ! J’espère que ça va fonctionner.
— Merci, Kate, balbutia Scarlett, troublée.

Elles continuèrent de discuter, jusqu’à ce qu’une silhouette puisse être aperçue, au loin. C’était bien l’une des seules. Et Kate finit par reconnaître la démarche et la tête d’Emeric, qui les rejoignait. Elle se surprit à en sourire. Se doutant qu’il venait pour elle, Kate se leva et les deux amies de Gryffondor le remarquèrent alors. Vite, elles remballèrent leurs affaires.

— Salut les filles, les aborda Emeric.
— Hé, Emeric ! Bon, bah nous, on file !
— Déjà ? Comme ça ? s’étonna Kate.
— On va vous laisser discuter !
— Euh, je crois que vous pouvez rester, non ?
— On doit filer !
— Oui, q-quelque chose d’important, souffla Scarlett, serrant son sac contre elle.
— Euh, d’accord. Si… vous voulez !

Toutes deux se mirent à trotter en direction du château, sous le regard circonspect de Kate.

— Cette journée est vraiment bizarre…
— Toutes les journées sont bizarres à leurs manières, non ?
— Ah, ne commence pas ta philosophie en plein samedi, toi, le taquina-t-elle. Je ne comprends pas pourquoi les gens disparaissent comme ça chaque fois qu’on est ensemble. Genre, on n’est pas supportables quand on est là tous les deux ?
— Ce n’est pas dans ce sens-là que je l’aurais pris.
— Et tu n’as pas croisé Maggie ou Terry, aujourd’hui ? Je ne les ai pas vus de la journée…
— Aucune idée, haussa-t-il les épaules. Moi non plus.
— Bon… Que me vaut ta visite ?

Elle lui adressa un sourire sincère, qui le fit légèrement rougir.

— J’aurais… aimé te montrer quelque chose.
— Quelque chose ?
— Oui, quelque chose.
— Mais c’est une surprise ?
— En quelque sorte.

Ce mystère bredouillé la rendait à la fois suspicieuse et excitée. Car ce jour, aussi étrange soit-il, était aussi spécial pour l’année de Kate : elle fêtait aujourd’hui son dix-septième anniversaire. Un grand pas vers la majorité. Selon les années, ses amis le lui fêtaient ; ils connaissaient la sombre relation que Kate entretenait avec cette date, souvenir de l’incident dans la cave. Seule peut-être Morgana passait au-travers de cela… Fait surprenant, quand on savait que la date était celle de la mort de son parrain. Mais le retour de Merrick à Poudlard, sous forme de fantôme, avait changé bien des choses.
Aussi, Kate soupçonnait bien Emeric d’avoir préparé un petit quelque chose. Une fête surprise quelque part dans le château ? Possible ! Cela pouvait expliquer l’absence de tous les autres !
Elle le suivit sans résistance et attrapa la main du Serdaigle à mi-chemin. Emeric la mena vers un endroit, certainement le dernier sur sa liste d’idées : la tour de l’horloge. Elle grimpa les marches, sans mot dire. Peut-être que la surprise se trouvait en haut…
Pourtant, lorsqu’ils parvinrent au sommet, Kate n’aperçut rien. Derrière les mécanismes de la grosse horloge, ils pouvaient distinguer dans l’épaisse vitre teintée le soleil décliner. Kate ne se laissa pas abattre pour autant.

— J’ai toujours trouvé ce lieu bizarre, lui avoua-t-elle.
— Pourquoi ? s’étonna-t-il sans rudesse.
— J’ai rencontré Orpheus Fawley, le journaliste, plusieurs fois, ici. Quand je suis retournée dans le passée pour sauver Terry et Wolffhart, en troisième année.

Tout à coup, une idée surprenante la sidéra :

— Ou alors… vous êtes Orpheus Fawley transformé en Emeric ! s’exclama-t-elle en le pointant du doigt.
— De quoi, moi ? bondit Emeric, qui ne s’attendait pas vraiment à ce retournement de situation.

Kate se mit à rire.

— Détends-toi ! Tu aurais été vraiment Orpheus, tu te serais fait un plaisir de te dévoiler en déclarant un truc du genre « vous m’avez percé une nouvelle fois à jour, miss Whisper, je me réjouis de constater que votre lucidité ne perd pas son caractère acéré ». Quelque chose comme ça.
— Ce journaliste est vraiment un étrange personnage, de tout ce que tu m’en racontes… ! Il est intrigant.
— Non, vraiment pas. Tu n’as pas hâte de le rencontrer. Ce n’est qu’un lâche opportuniste.
— Si tu le dis…

Puis, Emeric s’approcha d’elle, décidant de changer le sujet de la conversation.

— Je voulais… juste… te donner quelque chose.

Un bref instant, Kate se perdit dans le bleu de ses yeux. Puis, il porta les mains à sa sacoche pour en sortir une lettre. Elle fronça les sourcils en souriant :

— Une autre lettre ? De toi ?
— Non, pas vraiment. Il faut savoir varier…
— Je suis curieuse. Mais pourquoi ici ? Pourquoi maintenant ?
— Tu vas comprendre, lui sourit-il.

Au moment où elle attrapa la lettre, qu’Emeric ne voulait lui céder, l’horloge se mit à sonner. Et ses doigts ne parvinrent pas à se détacher du parchemin, comme collés, les jambes tremblant à cause des résonnements de la grosse cloche à travers le bois de la structure. Elle ne comprit le subterfuge qu’à l’instant où ses pieds décollèrent du sol et que le Portoloin les transporta dans un autre endroit.
Pourtant, leur destination fut noire : Kate ne voyait strictement rien. Un très court instant, elle pensa à un piège, à l’éventualité qu’Orpheus avait vraiment pris la morphologie d’Emeric, quand… :

— SURPRISE !

Les lumières s’allumèrent toutes d’un coup et Kate découvrit, le cœur cessant de battre, l’immense grange aménagée dans laquelle ils avaient atterri. Tous étaient là. Terry et Maggie, les filles de Gryffondor, quelques amis de sa classe, les Papillombre. Suzanna la cribla avec son appareil photo, capturant son expression ébahie.
L’endroit était gigantesque, avec de hautes poutres et un toit de chaume. Les piliers étaient décorés de lierres et de blasons violet et argent. Une estrade en bois avait été montée, au-dessus de laquelle on pouvait admirer une immense banderole, les mots se traçant tout seuls « Joyeux anniversaire Kate ! », « Plein de bonheur ! », « Vive la majorité ! », « Ne bois pas trop quand même ! ».
Kate en avait porté ses mains à sa bouche, tout émue.

— Vous… vous n’avez pas osé !

Ils se mirent à rire face à sa joie troublée.

— Eh si, faut croire, lui répondit Terry.

La jeune fille ne put se retenir et courut vers eux, étreignant Maggie et Terry ensemble, les larmes aux yeux.

— Merci… merci d’être là.

L’étreinte dégénéra en câlin collectif, avant que Leeroy ne s’exclame :

— Q-q-q-que la f-fête co-commence !

Un gros gramophone magique – Kate reconnut celui de la chambre de Terry – débuta sur quelques morceaux entraînants. Elle fut accompagnée par ses deux meilleurs amis à la table du buffet. Des chaudrons de boissons avaient été préparés et entreposés, des louches enchantées servant toutes seules des godets en bois.

— Mais… où est-ce qu’on est ? demanda Kate, essuyant ses larmes d’émotion, en observant les lieux.
— Tu serais devineresse si tu savais ! rit Terry.
— En Irlande, abrégea Maggie.
— En Irlande ?! s’exclama Kate. Nous sommes sortis de Poudlard ? Mais ce n’est pas inter-…
— Autorisation exceptionnelle de McGonagall, expliqua Maggie en l’interrompant, les bras croisés. Nous avons dû beaucoup batailler et lui détailler le déroulement de tout ça. Elle était d’accord pour dire que tu en avais franchement besoin…
— Mais… l’Irlande ? Et qui a eu l’idée de tout ça ?
— Tu te poses vraiment la question ? ironisa-t-elle.

Mais quand Kate se retourna, elle se rendit compte qu’Emeric avait disparu.

— Ça fait combien de temps que vous préparez… tout ça ? rebondit-elle.
— Oh. Deux mois ? estima Terry.

Il lui tendit un verre de jus de citrouille.

— Il fallait d’abord qu’on trouve un lieu, éclaira Maggie. C’est ta copine irlandaise qui…
— Eibhlin ?
— Oui, voilà, elle. Qui nous a dit qu’elle avait une grande ferme pour tous pouvoir nous accueillir. On ne voulait pas faire ça à Poudlard…
— Et tout le monde a fait sa part, compléta Terry. Chacun a apporté un peu du sien. Un beau travail d’équipe.

Puis, il présenta son godet pour inviter les filles à trinquer avec lui.

— Commençons soft… ! Joyeux anniversaire, Kate !
— Merci !
— Oui, joyeux anniversaire. La vieillesse te guette.
— Au fait, releva Kate après une gorgée de jus de citrouille, vous portez tous des costumes étranges… C’est normal ?

En effet, tous ses amis portaient de drôles d’habits, bien inhabituels. Terry portait une espèce de costume un peu médiéval, Maggie une vieille tenue d’infirmière. Kate avait remarqué que Leeroy portait un kilt, Tetsuya un kimono, Teffie un béret.

— On a décidé de faire un petit thème ! Pour se déguiser. À propos des origines de chacun ! Après tout, l’anniversaire, c’est ta date d’origine !
— Cherche pas, Kate, il est très fier de son idée…
— Très ! Héhéhé…
— Donc, si je résume… toi, tu t’es habillé comme ça parce que ton ancêtre était chasseur de géants.
— C’est ça !
— Et, euh, toi ?
— Mon arrière-grand-mère était infirmière, répondit Maggie.
— Ah ?
— Dans un hôpital psychiatrique.
— Oh.
— Elle était moldue.
— Eh bien. On en apprend tous les jours sur toi !
— Tant que ce n’est pas un autre fiancé, glissa Terry.
— Je t’ai pas dit, j’en ai trois sous l’oreiller, rétorqua Maggie.
— Je me disais qu’il était bien haut.
— Je comprends mieux, observa Kate. Leeroy est écossais, Tetsuya japonais… Bon. Il y a juste Nestor qui est en noir.
— Il ne voulait pas participer au délire.
— Le contraire m’aurait étonnée.

Le buffet était plein à craquer. Des biscuits salés en forme de chauve-souris, des tomates caramélisées peintes comme des yeux au bout de piques, des limaces de pâte d’amande qui avançaient seules sur la table, des quiches à la citrouille… Un repas gargantuesque. Kate se doutait bien de tout le travail que cela leur avait demandé.
Elle se promena de groupes en groupes, pour passer du temps avec chacun. Elle regretta cependant que Morgana ne soit pas là : elle n’avait pas dû être invitée. Personne n’était réellement au courant de l’étrange amitié contrenature et clandestine qu’elle et Kate partageaient.

— Tu aimes mes décorations ? lui demanda Rose, toute sautillante, habillée en treillis, à l’image de son grand-père moldu, qui avait été soldat pendant la seconde guerre mondiale. J’ai adoré designer ces blasons ! Il y en a tellement !
— Ils sont très réussis, oui ! Merci, Rose !
— Service, Kate ! Ce n’est pas tous les jours ton anniversaire !

À côté d’elle, Teffie se tâtait sa joue bardée de rose d’un doigt, l’air pensive.

— À quoi tu penses ? l’attrapa Rose.
— Tu crois que Leeroy porte quelque chose sous son kilt ?
— Je sais pas. Il devrait ?
— Non, justement.
— Oho !
— Moi, je dis, il faut aller vérifier.

Son sourire sournois soulignant ses intentions. Rose suivit l’idée.

— Qu’est-ce qu’on attend ?

Toutes les deux se précipitèrent alors vers Leeroy, qui ne comprit que tardivement le plan qu’elles avaient derrière la tête. Par chance, il leur échappa, mais les filles le poursuivirent à travers la grange, Kate ricanant de sa misère.

— C’était couru d’avance, avec son costume.

Elle se retourna vers Nestor, les mains dans ses poches, l’air impassible.

— T’aurais pu te mettre en kilt, toi aussi ! lui lança-t-elle.
— Je n’ai pas d’ancêtre écossais. Ma famille est britannique depuis des générations. Que des sorciers. Rien de bien glorieux.
— C’est marrant. Certains Sang-Purs n’ont pas la même définition que toi.
— Ce sont des imbéciles.
— Nous sommes d’accord.

Puis Kate s’approcha de lui, pour lui marmonner :

— Merci d’être venu.
— Pourquoi ? Tu pensais que je ne viendrais pas ?

Son ton s’était fait sec.

— Non, c’est juste qu’avec… tu sais, se défendit Kate.
— La leucémie ? Tu sais, c’est pas Voldemort, tu peux dire les choses par leur nom. Et tu pensais que je serais trop fatigué pour venir ?

Il soupira de dépit.

— Il ne me manquait plus que ça. Que vous me voyez maintenant plus comme une maladie que comme quelqu’un. Comme si je n’avais pas le droit de venir pour m’amuser…

Il s’éloigna en grommelant, mais Kate ne le rattrapa pas. Même avec tous les arguments du monde, elle savait qu’elle resterait incapable de le raisonner et elle n’avait pas envie de se battre contre lui.
Tout à coup, un tapotement sonore détacha l’attention de tout le monde. Kate aperçut Maggie, au milieu de l’estrade. Elle tenait entre ses mains un micro magique qui projetait sa voix. Ce fut alors que Kate remarqua qu’un piano avait été installé non loin de la scène. Il lui semblait trouver à chaque minute un détail de plus.

— Bonsoir, tout le monde, désolée de vous interrompre. J’aimerais profiter que tout le monde soit encore sobre, y compris Kate, pour lui offrir quelque chose.

Les gens se mirent à marmonner ou manifester leur enjouement. Emeric sortit d’une porte en arrière-plan : il avait troqué son uniforme pour une belle chemise blanche. Il s’assit au piano et laissa Maggie s’exprimer :

— Whisper, tu sais que je n’ai jamais été douée pour dire les choses. Je ne trouve jamais les mots. Puis, de manière générale, je trouve ça niais ! Mais aujourd’hui, c’est un jour spécial dans ta vie. Tu fêtes tes dix-sept ans. Et tu méritais de les fêter en étant entourée. Ici, nous tous, tu nous as beaucoup apporté. Alors c’est à notre tour. Et j’aimerais te dire plus. Mais comme je ne sais pas le faire… je vais le chanter.
— Et on s’étonne qu’il pleuve en Irlande, glissa quelqu’un.

Quelques rires parcoururent l’assemblée, puis Maggie jeta un coup d’œil vers Emeric, qui plaqua quelques accords rapides sur son clavier. Ils avaient tout orchestré tous les deux. Puis Maggie approcha ses lèvres près du micro :


Thank you for being a friend
Travelled down the road and back again
Your heart is true, you're a pal and a confidant

I'm not ashamed to say
I hope it always will stay this way
My hat is off, won't you stand up and take a wand

And if you threw a party
Invited everyone you knew
You would see the biggest gift would be from me
And the card attached would say
Thank you for being a friend.

 

De nouveau, Kate sentit les larmes lui monter aux yeux. La voix de Maggie était si belle. La Gryffondor avait toujours été reconnue pour son joli timbre, bien qu’elle refusât souvent de pousser la chansonnette. Mais à ce moment-là, elle se présentait à nu devant sa meilleure amie, prête à tout pour lui prouver son amitié devant une trentaine de personnes.

If it's a broom you lack
I'd surely buy you a Firebolt
Whatever you need any time of the day or night


Certains, Kate comprise, se mirent à rire de ce couplet amusant.



I'm not ashamed to say
I hope it always will stay this way
My hat is off, won't you stand up and take a wand

And when we both get older
With walking canes and hair of gray
– Oh Merlin, not too soon, I hope ! –
Have no fear even though it's hard to hear
I will stand real close and say

Thank you for being a friend

Puis, le rythme ralentit, le piano s’appesantit, la voix de Maggie devint plus mélancolique et Kate devina à son timbre tremblant qu’elle contenait également ses émotions.


And when we die
And float away
Into the night
The milky way
You'll hear me call
As we ascend
I'll say your name
Then once again

Thank you for being a friend



Une pluie d’applaudissements accueillit la fin de la musique avant même qu’Emeric ne termine la mélodie au piano. Et Kate accourut sur la scène, sauta sur les planches, et étreignit son amie comme si elles s’apprêtaient à se quitter à jamais.

— Merci à toi, lui marmonna-t-elle, Maggie acceptant le contact. Merci d’être dans ma vie…
— Ne dis pas ça trop vite, Whisper. Tu pourrais le regretter !

Après leur longue étreinte amicale, elles se dirigèrent de nouveau peu à peu vers le buffet. Cette fois, Maggie lui servit une Biéraubeurre.

— À la tienne !
— À notre amitié, répondit Kate. Mais… tu bois de la Biéraubeurre, maintenant ? Je croyais que tu n’aimais pas ça ?
— Tu as dit, pas plus tard qu’une heure, que tu en apprendrais toujours sur moi. Eh bien voilà, se dédouana-t-elle.
— C’est bien, Maggie ! Tu nous épateras toujours !

Puis, elles s’adossèrent contre le mur, observant les mouvements, les discussions passionnées de chacun, les rires et les blagues.

— Tu te souviens, la première fois où on s’est parlé ?
— Oh non, soupira Maggie, on est parties pour une conversation niaise et pleine de bons sentiments…
— Dans le Poudlard Express.
— Yep.

Maggie but une gorgée pour ne pas avoir à répondre davantage.

— Avec tes froufrous et tes jolies petites robes. Tu osais à peine t’asseoir sur la banquette. Si on m’avait dit que tu deviendrais cette… infirmière qui boit de la Biéraubeurre ! Tu te rappelles cette journée ?
— Comment oublier. Je me souviens surtout que je t’ai sauvée de la noyade, ce jour-là. Quand tu as manqué de tomber dans le Lac Noir, sur les barques.
— C’est vrai… !
— Tu aurais bien arrangé nos affaires. Pas de Papillombre, pas tout ce bordel…
— Ton humour ne s’arrange pas avec l’âge… !
— C’est ce que Miller me dit aussi.

Puis, Maggie s’approcha avec un regard qui ne plut que moyennement à Kate ; il était trop malicieux pour être innocent.

— Il faut que l’on aborde un sujet plus sérieux, toi et moi ?
— Euh. Lequel ?
— À propos de Beckett. Tu as déjà chevauché son balai ?
— Hein ?
— Testé sa baguette ? Fait rentrer le Basilic dans la Chambre des Secrets ?
— Je…
— Merlin, il va vraiment falloir que tu révises tes expressions, Whisper… !
— J’ai compris où tu voulais en venir, Maggie !

Les yeux de Maggie se firent plus insistants et Kate lâcha, bredouillante :

— Non. Il s’est passé des choses, mais jamais jusqu’au bout, si c’est ça que tu cherches à me faire dire… !
— C’est ta soirée ! Tu devrais en profiter !
— Peut-être, peut-être…

Elle se réfugia quelques secondes dans sa Biéraubeurre, qui descendait bien vite. Ses yeux étaient fixés sur Emeric, qui discutait avec les trois filles de Gryffondor. Scarlett portait une robe renaissante, Suzanna le même béret que sa petite sœur et Moira une salopette et un chapeau de paille. Kate n’avait pas encore parlé au Serdaigle depuis le début de la soirée. Elle attendait le bon moment pour le remercier.

— Mais du coup, rebondit Kate, si j’ai dix-sept ans maintenant, ça ne sera pas considéré comme du détournement de mineur ? Emeric ne sera majeur que cet été.
— Dans ce cas-là, ça fait cinq mois que Terry fait du détournement de mineure ! nasilla Maggie. Quel criminel.

L’expression de Maggie s’intensifia encore plus :

— Fonce, tigresse !
— Quoi ?! Maggie !
— Oui, bon. Peut-être pas maintenant tout de suite. Mais profite ! C’est ta soirée !

Kate reposa son godet vide et souffla.

— Je vais aller prendre l’air, je reviens.

Elle traversa la salle, se faisant parfois accoster par des amis ou des camarades. Rose et Teffie coursaient toujours Leeroy, qui n’avait pas le droit à un temps de répit. Puis, Kate passa l’immense porte en bois coulissante. La température de l’air baissa brusquement et elle referma les pans de sa veste en cuir.
Le paysage crépusculaire était particulièrement beau. Les grandes plaines d’Irlande s’étendaient devant elle, alternants champs de pâturages et landes recouvertes de hautes herbes. Quelques herbes ponctuaient les délimitations. Quelques nuages tourbillonnaient autour d’une belle pleine lune, bien ronde et bien grosse à l’horizon, dans ce ciel entre noir, rose et orange. Kate ne put s’empêcher d’avoir une pensée pour son père.

— Tu passes une bonne soirée ?

Kate reconnut très bien ce timbre de voix grave et traînant, malgré les ténèbres qui recouvraient cette silhouette déjà sombre. La Papillombre lui adressa un sourire.

— Très bonne. Et toi, Calypso ?

La main gauche posée sur son coude droit, la jeune fille tenait au bout des doigts un long porte-cigarette noir luisant. Elle portait une longue robe noire enrubannée de vert.

— Je ne savais pas que tu fumais.
— Tu ne sais pas grand-chose à mon propos, Whisper.
— C’est vrai. Tu en aurais une pour moi ?

Calypso la jaugea d’un regard inquisiteur et d’un coup de baguette magique, fit sortir une cigarette noire de sa boîte, qu’elle fit léviter jusqu’à Kate.

— Et toi aussi, apparemment.
— J’ai arrêté cet été, expliqua Kate en l’allumant avec sa baguette. Mais une de temps en temps, ça ne fait pas de mal, non ?

La Serpentard haussa les épaules, désintéressée. Puis Kate fut submergée par une question qui lui grignotait l’esprit depuis quelques semaines :

— Tu sais par quoi Nestor est déjà passé. Tu es optimiste à son propos ?
— Non.
— Il… il va mourir ?
— Non.
— Je ne te suis pas complètement.
— On est juste repartis dans cette galère. Je ne suis pas optimiste, parce que je sais qu’il va encore souffrir. Je le sais, je l’ai vu. C’est moi qui me suis occupée de lui.
— C’est toi qui l’as guéri, ajouta Kate.
— Je fais ce que je peux.

Calypso tira une bouffée de tabac sur son porte-cigarette, éclairant son visage de la faible lueur flamboyante du papier incandescent.

— Le plus efficace serait un traitement de sang.
— C’est-à-dire ?
— Lui donner un sang sain, des cellules saines. Cela demande une haute compatibilité. Ce que je n’ai pas. Mes sœurs non plus. On doit retrouver d’autres solutions. Encore. J’ai vu Nestor supporter mes expériences et mes essais. Personne ne voulait m’aider. Sauf le professeur Slughorn.
— Tes parents n’ont rien fait ?
— Une maladie du sang chez un Sang-Pur ? Je te laisse imaginer, Whisper.

Kate grimaça : elle ne comprendrait jamais le fonctionnement de ces hautes familles sorcières, comme les Dawkins ou les Curtiss, prêtes à sacrifier leurs enfants au nom de leur réputation.

— Mais Nestor s’est battu. Il a survécu à la maladie. Aujourd’hui, j’ai plus d’expérience, mais je sais d’avance que ça ne sera pas une partie de plaisir pour lui. Il va devenir de plus en plus faible. Peut-être même qu’il ne pourra pas revenir à Poudlard.
— Mais on sera tous là pour lui.
— C’est pas l’amitié qui guérit une leucémie, Whisper, la coupa Calypso, acérée.

Kate ravala alors ses paroles. La cigarette de Calypso finit par s’éteindre sur sa fin. Elle rangea alors ses affaires et rentra dans la grange sur ces mots :

— Mais joyeux anniversaire, Kate.

Elle la remercia d’un signe de tête. Calypso était décidément une fille bien étrange. Quand elle eut terminé sa propre cigarette, sous le regard clément de la pleine lune, elle rejoignit à son tour ses amis.
Elle fut assaillie par un Tetsuya apparemment tout en panique :

— Ah, Kate ! On a cru que tu avais disparue !
— Euh, non. Je suis là. Je suis juste allée prendre l’air !
— Me voici rassuré ! J’ai fait la promesse à MacGonagall et Wolffhart que cette soirée se passerait sans problème.
— Cool, un chaperon… !
— Tu as soif peut-être ?
— Euh, j’ai bu tout à l’heure.
— Et tu as faim ?
— Pas spécialement.
— Tu veux qu’on commence à mettre de la musique ?

Une main se posa sur l’épaule de Tetsuya et Eibhlin apparut derrière lui. Elle portait un corsage en cuir, par-dessus laquelle elle avait enfilé une veste en tweed vert, des trèfles brodés au coin des cols, avec une jupe verte et un petit chapeau haut de forme décoré de trèfles, qui germaient à sa base.

— Aye, détends-ti !
— Je porte de lourdes responsabilités ! s’exclama Tetsuya, tendu. Tout doit se dérouler correctement !
— Tou devraïs ploutôt te calmer et essayer de profiter un peu de la fête que tou as organisée !
— C’est bien pour cette raison que je dois avoir un regard sur tout ! Surtout sur Teffie qui lorgne sur les cruches de Biéraubeurre depuis tout à l’heure quand elle ne poursuit pas Leeroy ! On a bien dit que c’était réservé à ceux qui avaient 16 ans ou plus !
— Parce que tou t’attendaïs à quoi d’autre de sa part, exactement ?

Puis Kate adressa un sourire franc à son comparse de Papillombre.

— Tout est parfait, Tetsuya, lui assura-t-elle. Tu as géré !
— Merci Kate ! Mais la soirée n’est pas finie ! Tout reste encore possible.
— Euh, Tetsuya, s’immisça Suzanna, en lui tapotant sur le bras, tu sais s’il reste des chips de potiron ?
— Quoi, ils sont déjà finis ? C’est la troisième fois que j’en remets ! Il doit y en avoir dans la réserve. Je m’en charge !

Il décolla fissa, alerte, et Suzanna adressa des yeux écarquillés, sourcils levés, bouche pincée, à Kate et Eibhlin, avant de rejoindre ses amies.

— Tetsouya a donné beaucoup de sa personne, fit remarquer Eibhlin, les bras croisés.
— Et toi aussi, je me doute !
— Oh non. Mi, j’ai donné beaucoup de baffes à sa personne ! Faut qu’il apprenne à se détendre, ce petit ! Ou il va finir par clamser d’oune crise cardiaque avant l’âge de vingt ans.

Kate observa de nouveau les lieux, cette grange agencée et décorée avec beaucoup de créativité.

— Et donc, c’est chez toi ?
— Aye ! Enfin, ça, c’est juste la grange ! La ferme est oune grand complexe. Tou verras, quand on te montrera ta chambre, tout à l’heure.
— Tu vas pouvoir loger tout le monde ?
— Aye ! On a un bâtiment à côté, où on loge habitouellement les étoudiants, les scouts ou d’autres personnes qui viennent parfoïs aïder pour les récoltes. Il y a oune vingtaïne de chambres ! On devraït pouvoïr tous tenir !
— Tes parents sont super sympas d’avoir accepté de nous héberger !
— Je ne leur aï pas trop laïssé le choïx, à vraï dire !

Kate profita d’apercevoir Emeric au loin pour s’excuser auprès d’Eibhlin et le rejoindre :

— Hé ! le rattrapa-t-elle.
— Hé… ! lui répondit-il, un peu surpris.
— Je… merci ! Merci pour tout ! Maggie et Terry m’a dit que c’est toi qui avais eu l’idée de tout ça !
— M-mais… de rien ! rougit-il. Je suis content que ça te plaise !
— Tu pensais que ça ne me plairait pas ?
— Je… n’ai pas dit ça.
— Ce lieu, vous retrouver tous là, cette organisation…
— J’ai dû déléguer.
— Je me doute ! Et avoir préparé ce morceau avec Maggie. C’était une chouette collaboration.
— C’est elle qui est venue me voir avec cette demande, avoua-t-il en se frottant l’arrière de la tête. Après les vacances de Noël. Apparemment, le coup de la chorale lui est resté en tête. Et elle voulait te faire ce genre de cadeau. J’ai trouvé ça vraiment bien pensé. Alors on a mis ça en place.
— Ça a dû vous demander un certain nombre de répétitions… !
— Oh oui ! Elle n’était pas très à l’aise au début. Mais elle a une très belle voix.
— C’est ce que je lui dis tout le temps. Mais elle ne veut pas m’écouter.
— On devrait essayer ça aussi, tous les deux. Te faire chanter.

Kate lâcha un rire nerveux.

— Moi ? Chanter ? Jamais ! Je chante mal ! Genre, vraiment mal. C’est faux, tu n’imagines pas. Mon père m’a un jour menacée de me rendre muette. Pour la protection de son capital auditif, a-t-il précisé. Il a rajouté ensuite qu’une seule sourde suffisait de la famille. Il aime bien en tartiner des tonnes…
— Mais, ça s’apprend !
— Non mais non, oublie ça tout de suite. Continue plutôt avec Maggie. Vous faites un bon duo.

Le sourire qu’il lui adressa la troubla. Puis, il se tourna et lui désigna l’amoncellement de cadeaux dans un coin.

— Peut-être que tu peux aller voir de ce côté-là ?
— Tu déconnes ? s’exclama-t-elle, estomaquée. Tout ça ? Pour moi ? Il y en a un énorme !
— Ton père nous a fait parvenir le sien. Je pense qu’il aurait voulu être avec toi aussi ce soir…

Emeric n’était pas indifférent au sort subi par Phil, que Kate lui avait dévoilé. Aussi, sa remarque attentionnée toucha la jeune fille au plus profond d’elle. Pour pouvoir attirer l’attention, le Serdaigle demanda à Moira de faire preuve de ses prouesses. La Gryffondor beugla alors :

— Hé les gens ! Kate va ouvrir ses cadeaux !

Cela eut l’effet escompté et tous se regroupèrent autour de l’énorme tas de présents. Kate fut gâtée comme jamais. Des confiseries, des gadgets magiques, des petits accessoires pour le Quidditch ou même des cadeaux fait-maison, comme la guirlande lumineuse à photos, confectionnée par Suzanna. Elle se réserva le cadeau de son père pour la fin. Mais se fit la réflexion que celui d’Emeric manquait… Peut-être lui avait-il déjà assez offert avec l’organisation de toute cette fête.

— Tu as une idée de ce que ça peut être ? demanda Fergus, avant qu’elle ne commence à le déballer.
— Sincèrement, aucune idée ! Mais c’est vraiment très gros !
— Peut-être un autre balai ?
— Les gens n’ont pas une collection de trente balais comme toi, Dawkins !
— Les gens n’ont pas non plus une collection de trente neurones non connectés, comme toi, Miller !
— Ça m’étonnerait que ce soit un balai.
— Moi, je sais ce que c’est, avoua Terry avec un grand sourire.
— Oui, mais toi tu es un tricheur, fit remarquer Maggie. C’est toi qui l’as réceptionné, amené ici et emballé. Et tu n’as même pas voulu me dire…
— Désolée ma chérie.
— « Chérie », se moqua Moira, qui savait pertinemment que Maggie détestait les marques d’affection en public.
— C’est un mot que tu ne connais pas ? répliqua la concernée.
— Ne dépasse pas les bornes, Dawkins.

Mais ce que Kate découvrit en déballant son énorme présent dépassa toutes ses attentes. Il s’agissait d’un étrange mélange de mécanismes, l’ensemble ressemblant à une motocyclette noire et violette, qui ne reposait sur aucune roue.

— Cool ! Une moto sans roue ! s’exclama Moira, amusée. Tu ne risques pas d’aller loin !
— Les Moldus sont toujours aussi fermés d’esprit… ! nasilla Maggie.

Une carte était suspendue au guidon au bout d’un ruban. Kate la déplia, le cœur encore battant.

« Ma chipie,
Quand j’ai vu ce truc, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à toi. De ton envie de liberté et de mettre à sac toutes les règles. Et ton dix-septième anniversaire était la meilleure des occasions.
Ceci est une moto-balai. Tu peux la combiner à ton balai pour la conduire. L’avantage, c’est qu’elle est ensorcelée pour que les Moldus ne voient qu’une moto, et pas le balai qui va avec. Et elle n’a pas besoin d’essence non plus. Elle ne tombe pas en panne. Bref. Tous les avantages de la moto. Sauf qu’elle ne vrombit pas (enfin, ça, c’est faux, je t’ai ajouté un créateur de vrombissements, c’est le bouton rouge, sur le guidon à droite. Je trouvais ça essentiel pour se la péter !) Tu verras qu’il y a plein d’autres subtilités que je te laisserai découvrir.
À l’heure qu’il est, je suis sûrement en train d’égorger un innocent petit daim dans la forêt, mais à l’heure où je t’écris cette lettre, je pense fort à toi. Même si tu es maintenant majeure et que tu es libre de faire ce que tu veux, j’espère que, quelque part, je ferai toujours partie de ta vie.
Ta mère serait vraiment fière de toi.
J’aurais voulu te la ramener comme cadeau d’anniversaire, mais sa présence ne remplacera jamais vraiment celle qu’elle a été avec toi et tous les souvenirs que vous avez chéris ensemble.
Mais je crois que ton copain en a un bien meilleur pour te remonter le moral. … … Et NON, je ne sous-entends pas ce genre de chose-là ! (préviens-le que je suis une personne horrible et terriblement protectrice. Comment ça, il est déjà au courant ?)
Un très joyeux anniversaire, moujingue
Je t’aime
Signé Batman
Because I’m Batman »


— Vous avez tous tenu à me faire chialer, hein, se plaignit Kate, émue.
— C’est une passion comme une autre, non ?

Puis, pendant que certains examinaient la moto-balai de plus près, Kate s’approcha d’Emeric qui l’avait observée, les mains dans les poches.

— Mon père m’a dit… que tu avais encore quelque chose pour moi ?
— Ce n’est pas bien de réclamer, jeune fille, ricana-t-il.
— Pardon, ce n’est pas ce que je…
— Ne t’en fais pas. Je vais chercher ça tout de suite. Juste que je ne voulais pas lui infliger tout ce bruit. Et l’attente dans un emballage cadeau, le pauvre !

Intriguée, Kate se laissa s’éclipser par la porte qui menait aux bâtiments intérieurs, à la réserve et aux cuisines.

— Pousse tes grosses fesses de la voie, tocard ! beugla la moto avec la voix de Phil, quand Harold Orchard appuya sur l’un des boutons.
— Cette moto est pour moi ! s’exclama Teffie, les bras levés.

Puis, Emeric revint quelques minutes plus tard, avec, à son tour, un énorme paquet qu’il tenait à bouts de bras. Terry lui porta assistance et l’aida à le poser.

— Tu as… juste à soulever le carton, lui expliqua Emeric, aux côtés de Kate.

Tout le monde avait les yeux rivés sur la scène. On se demandait bien ce qu’Emeric Beckett avait pu préparer pour Kate, lui qui était reconnu pour préparer les plus belles surprises. Cette fête en faisait d’ailleurs partie. Quand la jeune fille attrapa le carton et le leva légèrement, elle aperçut les fins barreaux métalliques d’une cage. Un animal de compagnie ? C’était bien le cas.
Mais pas n’importe lequel…

— M-Mister Minnows ?

Le gros chat blanc lui accorda un regard résolument indifférent, plissant les paupières sur ses yeux vairons.

— Mister Minnows ! s’écria Kate, presque hystérique.
— Oh non, pas lui… put-on entendre de la part de Maggie.

La jeune fille ouvrit la porte de la cage et plongea les mains pour attraper son chat et le serrer contre elle, sous le regard ému de ses camarades. Le félin était peut-être le plus condescendant du monde, mais il représentait tant pour elle. Le début de sa découverte du monde sorcier, sa première journée au Chemin de Traverse à Poudlard, le commencement de sa scolarité à Poudlard. Il symbolisait tout une innocence qu’on lui avait arrachée. Elle chuchota à Emeric.

— Comment as-tu… ?
— Je l’ai cherché. À Noël. Ça a été long… Mon père m’a beaucoup aidé pour retrouver sa trace. Il était tout faible et presque retourné à l’état sauvage. Juste le temps pour lui de reprendre des forces. Je trouvais que ton anniversaire était le meilleur moment pour te le rendre.
— Oui. Oui… Merci. Merci, Emeric. Du fond du cœur.

Peu à peu, la fête commença à enfler après le temps des présents. La musique s’amplifia et certains commencèrent à danser. Kate s’était résolue à lâcher Mister Minnows, au plus grand soulagement de ce dernier, qui monta guetter au sommet d’une botte de paille, dans un coin.
Puis, il survint une scène bien étrange. Quand Eibhlin monta sur l’estrade avec un étui noir, à la fin d’un morceau. Non loin de là, Tetsuya sembla l’encourager du regard. Kate aurait-elle le droit à une autre prestation ?
Eibhlin sortit sous les yeux des invités un magnifique violon, qu’elle posa sur son épaule. Et son archet se mit à valser sur les cordes aussitôt les eut-il frôlé. La musique irlandaise entraînante fut accueillie par des clameurs et peu à peu, les gens se mirent à danser.
Ce fut un autre monde, bien loin de celui de Poudlard, bien que teinté de magie. Des lumières vertes et dorées voletaient en tous sens, éclairant les visages joyeux des adolescents. Les masques tombaient, les esprits s’échauffaient. On profitait de l’instant présent, sans se préoccuper du quotidien, de l’école, des misères et des responsabilités. Kate commença par danser avec Maggie, Moira, Scarlett et Suzanna. Toutes les cinq en rond, se tenant par les épaules, et jouant de leurs pieds dans un semblant de danse irlandaise, riant chaque fois qu’elles commettaient une erreur. Terry se déchaînait avec ses amis de Poufsouffle, comme s’amusant à parier lequel sauterait le plus haut, bras dessus-dessous. Même les plus timides, comme Hygie, tentaient de suivre avec des mouvements de danse plus modestes, mais souriaient, emportés par cet engouement collectif.
Oui. Plus que la musique, les rires résonnaient dans la grange. Kate fermait parfois les yeux et rêvait que ce moment durerait pour l’éternité.
Quand Eibhlin renchaîna sur un autre morceau, d’un style sensiblement différent, et que le cercle des filles fut fractionné, Kate aperçut Emeric, à côté d’elle, qui lui tendait une main : il l’invitait à danser. Mais cette fois, ce n’était pas un entraînement, ce n’était pas dans la salle sur demande. Elle accepta cette proposition le cœur léger, attrapa sa main et se plaqua presque contre lui pour débuter leur spectacle.
Ils ne se souciaient plus de la précision de leurs pas. Ils dansaient. Et cela, le plus naturellement du monde. Mais leurs entraînements avaient aiguisé leur rythme, diversifié leurs passes. Les autres élèves avaient terminé par leur laisser de l’espace, épatés par leur prestation. Ils paraissaient tous les deux en telle osmose, leurs regards ne se détachant jamais.
Le monde tournait autour de Kate. Mais le visage d’Emeric était sa seule vision. Habillé avec sa chemise blanche, elle se fit la réflexion qu’il était son ange. Un ange tombé de Durmstrang après un an d’exil, venu pour l’empêcher de sombrer. Sans lui, qu’aurait-elle été, à l’heure qu’il était ? Peut-être serait-elle vraiment devenue ce monstre que tout le monde, toutes les injustices désiraient faire d’elle. Emeric était loin d’être parfait : il était réservé, parfois en décalage, il n’avait pas la silhouette ou le sourire des princes charmants, mais il l’avait sauvée de ses propres démons.
Puis, quand la danse se termina, sur la dernière note de violon, il y eut une seconde de battement, serrés l’un contre l’autre, le bras d’Emeric enroulant sa taille. Et les lèvres de Kate fondirent sur celles du Serdaigle. Les applaudissements qui s’en suivirent saluèrent autant leur performance que leur baiser. Le premier qu’il montrait au monde extérieur au leur. La concrétisation d’une histoire.

— Ah bah Merlin, c’était pas trop tôt !
— Bravo ! Bravo !
— Hé ! TE-TE-TEFFIE !
— Hé ! Leeroy ne porte vraiment rien sous son kilt !
— Le r-r-respect des cu-cul-cultures, tu co-connais !
— Non ! Et le respect des culs non plus, ahahaha !

La soirée continua de battre son plein. On buvait, on mangeait, on riait, on dansait, on chantait. Ils pouvaient rester des heures comme ça.
Plus tard, dans la nuit, près du buffet, avec Emeric, un godet de Biéraubeurre en main, Kate accosta Moira :

— Maggie et Terry ont disparu ?
— Tu me poses vraiment la question ? ricana Moira, avant de s’éloigner, son godet en main.

Amusée, Kate adressa un regard à Emeric, et ne put s’empêcher de repenser à la conversation qu’elle avait eue plus tôt avec sa meilleure amie. Peut-être qu’il était temps de passer à l’action…

— Et… par curiosité. Je vais dormir où ? demanda-t-elle, avec une voix presque minaudant, le regard malicieux.
— On t’a préparé une chambre. Pourquoi ? Tu es fatiguée ?
— Pas spécialement. Mais tu pourrais me la montrer.

Puis, elle se hissa sur ses pieds et glissa à son oreille :

— Et on pourrait en profiter…

Comprenant ses intentions, Emeric rougit, mais ne lui refusa pas cette demande. Ils grimpèrent ensemble les escaliers du bâtiment attenant dont Eibhlin avait parlé, le jeune homme la tirant par la main, tous deux le rire aux lèvres, alors que résonnaient les échos de la fête dans la grange. Parfois, ils s’arrêtaient sur le palier pour partager un baiser de passage. Puis, ils parvinrent à une porte rouge qu’Emeric poussa pour lui présenter la chambre. Kate en avait des étoiles plein les yeux.
Ils avaient préparé l’endroit spécialement pour elle. Ils avaient dû s’y mettre à plusieurs pour installer les grands rideaux et ensorceler ainsi la pièce. Du lierre s’enroulait autour des tringles et encadrait les ouvertures. Des étoiles à la lumière orangée, voire rougeoyante, voletaient près du plafond, enchanté de manière à avoir l’impression qu’il était infini, comme une chambre à ciel ouvert, entre crépuscule et nuit.

— C’est…

Kate s’avança, ne sachant où poser son regard. Elle taquina le croissant de lune qui lévitait devant elle, s’envolant tel un boomerang, apeurant quelques étoiles sur son passage, avant de s’accrocher dans un coin, près d’une galaxie. Derrière elle, Emeric l’observait découvrir la chambre, troublé. Puis, elle se tourna vers lui :

— L’idée vient de toi ? Comme tout le reste ?
— Ils m’ont aidé à tout mettre en œuvre. Et…

Elle ne lui laissa pas le temps de terminer sa phrase, fondant sur lui pour lui arracher un baiser passionné. Dans le même élan, elle referma la porte, qui claqua. Dans cette ambiance rougeoyante, ils se sentaient dans les entrailles d’un volcan, dont la lave s’échauffait. Les mains de Kate se firent plus pressantes, plus insistantes. Elle s’interrompit pour lui poser la question qui résonnait dans sa tête :

— Tu serais d’accord pour le faire maintenant ?
— Tu dis ça… comme si ce n’était pas le cas, trembla-t-il.
— J’ai l’habitude de t’entendre dire que ce n’est pas le bon « moment ». Mais là. C’est le moment parfait… Tu as fait de cette journée la plus belle de ma vie. Et je t’aime. Tu as réussi à faire de mon anniversaire un moment merveilleux. J’aimerais le finir avec toi…
— Oui, moi aussi. Je voudrais.
— Mais… ?
— Mais l’Immatériel. Tu ne le maîtrises encore pas complètement dans ces moments. Je ne veux pas que tu te bloques. Je veux que tu vives l’instant avec moi… Qu’on soit deux. Qu’on soit qu’un…

Kate ouvrit sa main devant lui et tenta d’invoquer sa magie. Seul un pauvre filet inoffensif jaillit de sa paume.

— Tu vois ? sourit-elle en haussant les épaules. Ça ne marche pas. J’ai pris un peu d’alcool. Juste assez pour le bloquer.
— Mais je ne veux pas que…
— Je ne suis pas saoule, Emeric, l’arrêta-t-elle avec une voix posée. Je suis lucide. Plus lucide que jamais. Et je t’aime.
— D’accord, soupira-t-il, touché. Alors faisons-le…
— Tu as ce qu’il faut ?
— Oui.
— Quel homme prévenant…

Son rire se tarit et les battements erratiques de son cœur prirent le dessus.

— Alors laisse-moi t’aimer. Laisse-moi te le prouver…

Dans une tendre approbation, il sourit et approcha son visage pour l’embrasser. Puis, il se retourna pour verrouiller la porte et revint vers elle dans une approche dans laquelle il ne camoufla pas son envie. Le souffle fort, Kate précipita ses gestes en retirant les boutons de la chemise d’Emeric, mais il la pria, d’une caresse sur son poignet, de ne pas se presser, de prendre son temps. Ce qu’elle fit, en profitant pour lui arracher un baiser. La chemise tomba à leurs pieds. Les lèvres d’Emeric ripèrent sur la bouche de Kate, déposant d’autres offrandes sur sa mâchoire, descendant sur sa gorge jusqu’au coin de sa clavicule. Elle lâcha un soupir aigu de plaisir, serrant son corps contre le sien. Et quand elle osait ouvrir les yeux, elle voyait danser devant elle toutes les étoiles magiques et flamboyantes, qui donnaient des reflets orangés aux reliefs de la nuque et des épaules d’Emeric. Toutes les sensations en elle s’harmonisaient. En particulier celles qui pétillaient dans son ventre.
Quand elle s’allongea sur le lit, celle, tactile, des couvertures douces, moelleuses et tièdes, s’ajouta aux autres. Les étoiles restaient au plafond, dansantes. Mais deux régnaient sur ce ciel crépusculaire : les yeux d’Emeric au-dessus d’elle étaient certainement la plus belle chose au monde à cet instant précis de sa vie. Ils se sourirent, leurs mains liées sur l’oreiller, proches du visage de Kate.

— Je t’aime, lui murmura Emeric. Je t’aime si fort…

Kate fit glisser un doigt sur ses lèvres pour le faire taire. Seuls les gestes méritaient d’avoir leur place. Puis, lentement, elle se redressa pour inverser leurs places. Elle alanguit ses mouvements, gardant ses yeux dans les siens, captant les soupirs frissonnants d’Emeric, sous le charme. Il sentait le corps de la jeune femme onduler sur le sien, pendant qu’elle descendait pour embrasser ses clavicules, son torse et ses flancs.
Quand des flashs dans son crâne l’éblouirent, Kate pensa, pendant une demi-seconde, à un effet étrange du plaisir. Elle mit quelques temps à se rendre compte que ses pouvoirs lui donnaient une alerte. Malgré la bride posée par l’alcool, son Immatériel pouvait sentir une aura, non loin de là. Une aura loin d’être anodine.

— Kate ? Tu vas bien ?

Soucieux de la sentir s’arrêter brusquement, Emeric avait rouvert les yeux. À califourchon au-dessus de ses jambes, Kate se frictionna un instant la tempe avant de tourner la tête vers la fenêtre.

— Ce n’est pas possible… Non.
— Quoi ? Kate, qu’est-ce qu’il y a ?

Il se redressa et allait lui attraper le bras, quand elle bondit hors du lit. Il ne comprit sa réaction qu’au moment où elle s’empara de sa veste en cuir, jetée à terre, pour l’enfiler dans une grimace de haine.

— Elle est là… Putain, elle est là !

Emeric n’eut qu’à peine le temps de crier son nom quand elle sauta par la fenêtre, ralentissant sa chute à l’aide de ses pouvoirs. Mais cela semblait lui puiser deux fois d’énergie qu’à l’habitude. Elle n’avait pas réfléchi aux conséquences. Mais Kate ne pouvait pas résister à l’appel de la colère : Electra Byrne était là, ici, dans ce champ de grandes herbes, sur les terres d’Irlande. Et elle méritait de payer, une fois pour toutes. Elle ne la laisserait pas s’échapper. Elle-même ne comprenait pas cette bouffée de rage, mais Kate ne pouvait que céder à cette tentation écarlate… Surtout face à l’aura d’Electra, qui s’intensifiait de plus en plus.
Elle aperçut du mouvement dans les herbes, plongées dans la nuit froide de cette fin d’hiver. Kate déploya tous ses talents à la course. Elle ne la laisserait pas filer une fois de plus. Elle devait la rattraper.
Quand elle sauta d’un fourré, elles se retrouvèrent soudainement nez à nez. Mais les ténèbres et le temps rendaient la Sorcière Bleue méconnaissable. Sa robe était en lambeaux. Sa peau semblait inégale. Mais ses yeux ressortaient d’autant plus. Brillant d’un bleu saphir animé par la folie. Electra avait cette face des cauchemars que Kate avait désormais l’habitude de vivre. Un visage déformé par la haine, le chagrin, la maladie, son don.
Mais Kate sembla surtout y percevoir un éclat de peur. Electra avait conscience, maintenant plus que jamais, que Kate était devenue une guerrière, une sorcière redoutable, maîtresse de l’Immatériel au même niveau qu’elle. Une chose était de plus en plus distinguable : Electra n’était pas venue ici pour se confronter à sa rivale. La jeune Papillombre s’en délecta.

— Comme on se retrouve..., souffla Kate. Mais pour une fois, ça n’a pas l’air de te réjouir. Allez, souris.

Sur ses gardes, Electra ne répondit rien. Elle semblait si faible par rapport aux années précédentes. Par quelles épreuves avait-elle pu passer ? Mais Kate ne la prit pas en pitié pour autant.

— Je ne veux pas me battre contre toi aujourd’hui, siffla Electra. Pas aujourd’hui…
— Ah ? Donc seulement quand ça t’arrange ? Je vais un peu te rafraîchir la mémoire…

Kate ne retint pas son Immatériel, mais l’alcool semblait faire office de barrage dans son esprit. Elle faisait pression dessus pour obliger ses pouvoirs à se déployer. Ses mains devinrent de plus en plus lumineuses, mais sa prouesse la faisait grimacer. Mais Kate était prête à tout, quitte à perdre le contrôle.

— Arrête…
— « Arrête » ? C’est ce que t’a dit mon père, quand tu tenais ma mère dans tes bras ! Et que tu lui as retiré ses souvenirs ! Hein ?

Kate s’était mise à hurler et les lueurs autour d’elle se mirent à s’intensifier. Elle ne se rendit pas compte que même la sclère de ses yeux commençaient à s’illuminer, l’Immatériel prenant de plus en plus de place dans son corps.

— Quand tu as tué mon chien… quand tu as arraché le bras de mon oncle ! Quand tu as manipulé mon cousin ! Quand tu as pourri ma vie ! Quand tu as fait de moi ce que je suis !

Comprenant qu’elle risquait d’y passer, face à cette explosion d’Immatériel, Electra prit la fuite. D’une brassée, elle enflamma les herbes derrière elle avant de courir. Mais elle était épuisée, à bout de forces. Cela faisait des mois qu’elle fuyait, le cœur en miettes, l’esprit en lambeaux. Elle s’arrêta, une centaine de mètres plus loin, vérifiant derrière elle que Kate ne la suivait pas, séparées par un immense brasier. On commençait à entendre de l’agitation lointaine. Les élèves à la grange avait dû apercevoir la lumière et la fumée. Mais ce qu’Electra vit apparaître dépassa tout entendement. C’était une vision tout droit tirée de l’enfer qui se déroula devant elle, quand elle aperçut une silhouette traverser les flammes. Kate avait les bras écartés, les mains ouvertes, les doigts crispés, la mâchoire serrée. Autour d’elle, l’Immatériel tourbillonnait, comme une carapace mobile, la protégeant du feu et de sa chaleur. Ce tour de force la rompit quand elle surgit des flammes.
Cette fois, Electra sut qu’elle n’avait pas d’autre choix que de l’affronter, sans avoir idée qu’elle avait l’avantage. Kate sentait qu’elle atteignait ses limites, sa vision commençait à tourner autour d’elle. Mais sa haine continuait de l’animer. Toutes deux se dévisagèrent, sur fond de brasier, les mains lumineuses, prêtes à en découdre. Seule l’une d’entre elles sortirait vivante d’ici.
Ça aurait été le cas s’il n’y avait pas eu ce point blanc, fusant dans le ciel, tel une comète. Kate eut à peine le temps de voir l’oiseau nocturne se transformer à côté d’elles qu’un sortilège avait déjà fusé :

— Endoloris !


Il frappa de plein fouet Electra, qui s’écroula à terre. Elle se tordit de douleur, les yeux exorbités, des cris coincés dans sa gorge. Mais Emeric, les vêtements débraillés car s’étant rhabillé en toute hâte, n’abaissa pas sa baguette, maintenant le maléfice.
Les pouvoirs de Kate s’évanouirent. La scène la tétanisait. Emeric ne paraissait plus être lui-même, avec cette mâchoire crispée. On croyait presque apercevoir un sourire de triomphe sur ses lèvres. Mais elle préférait croire que son esprit lui jouait des tours. Et il y avait ses yeux. Rendus orange par le reflet des flammes alentour.

 

 

— Tu ne la toucheras plus jamais…, souffla-t-il, en accentuant le sortilège sur Electra, le dos en hyperextension, l’arrière de sa tête raclant la terre.
— Emeric… !

Kate s’approcha avec la plus grande prudence, les mains devant elle. Elle aurait pu se réjouir de la souffrance d’Electra, mais son inquiétude pour Emeric prévalait.

— Emeric, qu’est-ce que tu as fait ? bredouilla-t-elle, tremblante.
— Ça ne se voit pas ? cria-t-il. Cette folle… ! Elle mérite de payer ! Pour tout ce qu’elle t’a fait ! Je ne la laisserai pas t’attaquer, rien qu’une fois de plus ! Pour le mal qu’elle a fait ! À tout le monde !
— Ce n’est pas toi, Emeric. Arrête ça !
— Pourquoi ? Elle mérite de mourir !
— Mais tu ne mérites pas de devenir un assassin !

Des larmes commencèrent à poindre à ses yeux ; elle jura contre elle-même. Ce n’était clairement pas le moment de craquer, mais elle sentait que ses émotions montantes prenaient le dessus du reste. Les traits d’Emeric se détendirent en constatant sa tristesse.

— Ne deviens pas comme moi… Je t’en prie. Tu ne mérites pas ça.

Son regard insistant eut raison de la colère d’Emeric.

— Arrête. S’il te plaît. Arrête…

Le Serdaigle trembla et sembla tout à coup prendre conscience de ce qu’il faisait. Il arracha sa baguette magique du lien avec Electra, qui respira une grande bouffée d’air, la joue contre terre, avant de tousser. Emeric recula de quelques pas, fébrile, s’attrapant les cheveux.

— Je… je ne voulais pas… !
— Je sais, Emeric. Calme-toi. On va…

Un éclair blanc. Il avait jailli de la paume d’Electra. Et Kate, les yeux fixés sur Emeric, le vit se recevoir en pleine poitrine la flèche d’Immatériel.
Tout sembla se dérouler au ralenti. Elle le vit chuter, sans expression. Pendant une courte seconde, elle ne vit plus rien dans ses yeux. Sauf la peur. La peur de mourir. Et quand il percuta la terre, ses lunettes tombèrent près de lui.
Electra profita du choc pour s’éclipser, non sans un sourire aux lèvres, malgré la douleur qui la lançait encore. Maintenant, Kate connaîtrait à son tour la douleur infinie de perdre l’être qui lui était le plus cher. Le hurlement de la jeune fille résonna dans la plaine d’Irlande, faisant ployer les herbes dans une onde de choc créée par ses pouvoirs, malmenés par ses émotions. Et sans réfléchir une seule seconde à la Sorcière Bleue, Kate se précipita vers le corps d’Emeric et se laissa tomber à côté, le cœur tambourinant en elle. Elle ne voulait pas le croire…
Pourtant, sa surprise fut immense quand elle retrouva Emeric, sur le dos, les yeux écarquillés et ayant du mal à respirer, comme ayant reçu un coup de poing dans le diaphragme, qui l’avait cloué au sol. D’un vif regard, Kate examina sa chemise blanche : pas une tache de sang, pas une contusion. L’Immatériel d’Electra l’avait laissé indemne.
Sans s’attarder sur ses pensées, Kate attrapa le visage d’Emeric et écrasa ses lèvres contre les siennes. Le jeune homme s’apaisa, récupérant son souffle, ne répondant rien à ce baiser de désespoir brisé.

— J’ai cru que tu étais mort, pleura Kate, un immense sourire aux lèvres, gardant son visage à quelques centimètres du sien. J’ai cru… J’ai… Je t’aime, je t’aime !
— Je… je vais bien, la rassura Emeric, plissant des yeux sans ses lunettes, en caressant son bras. Enfin, je crois. Si ce n’est que je ne vois rien !

Elle rit, puis se blottit contre lui, en attendant l’arrivée des autres, alertés par les cris et les flammes. Bercée par Emeric, elle ne pouvait retenir ses larmes, de peur passée et de joie présente.
Car jamais elle n’aurait pu le laisser partir.

Note de fin de chapitre :

VOILA. Beaucoup de choses ! Non, mais qui a vraiment cru que j'allais buter Emeric à ce stade de l'histoire ? (je vais juste attendre le pire moment du monde, CA, ça serait digne de mon sadisme, non ?) Puis j'aime trop Emeric. Puis la réaction de Pancake, ma nouvelle correctrice, était géniale ! Qu'Emeric soit vivant, OK, mais AAAAAH, il n'est pas sensible à l'Immatériel, ILS VONT POUVOIR FAIRE CRAC CRAC BOUM ! (chacun ses priorités)


A NOTER QUE la musique que chante Maggie est une chanson reprise, d'Andrew Gold ! J'ai juste changé quelques mots ou en ai rajoutés !


Il y aura une petite pause dans l'écriture en octobre, car j'ai beaucoup d'autres priorités. MAIS, comme d'hab, LMA est mon projet de NaNoWriMo (écrire 50 000 mots en 1 mois), donc il y aura un paquet de chapitres en novembre-décembre. Et puis le chapitre suivant est déjà bien entamé, donc si ça se trouve, je vais pouvoir finir celui-là et le poster courant octobre, ça serait cool (LE CHAPITRE DES REVELATIONS SUR EMERIC BORDEL ENFIN. Pardon, je craque). Mais je vais TELLEMENT m'amuser pendant ce NaNo. Car 2-3 chapitres de cette partie seront très spéciaux... (des idées ?) Je les attends depuis siiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii longtemps. J'ai hâte ! C'est entre autres pour ça que la partie VI est ma préférée.


J'ai aussi commencé ma saison des salons ! Vous pourrez me retrouver aux Octogones à Lyon, les 6-7-8 octobre, je serai en dédicaces pour mon livre de fantasy ! J'aurais quelques livres de LMA vendus à prix d'impression avec moi s'il y a des intéressés. (pour les relire ou les offrir. LMA VA CONQUERIR LE MONDE. C'tout)


Ensuite, je serai dans le Nord, à Valjoly, les 27-28 octobre, à Paris pour le Salon Fantastique, les 3-4-5 novembre, à Mâcon pour le Salon en Beaujôlais, les 11-12 novembre et pour finir, à Mons en Belgique, les 25-26 novembre. ALORS si vous venez pas me voir, c'est VRAIMENT de la mauvaise volonté. #culpabilisation


Je vous dis à tout bientôt et n'oubliez pas...


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