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News

IRL - 10 ans de l'association



L'association Héros de Papier Froissé souffle ses 10 bougies en octobre 2018 ! C'est un anniversaire important pour notre association et nous aimerions passer ce cap avec vous ! Bien entendu, HPFanfiction, le Héron à la Plume Flamboyante et les Éditions HPF seront de la partie :)

Avec quelques mois d'avance, le CA aimerait donc fêter cette occasion avec vous autour d'un week-end sur le thème de l'écriture à travers le temps.

Crédits : Montage de Labige à partir d'images de Sumkinn et Prawny


L'anniversaire d'HPF aura lieu du vendredi 18 mai (fin d'après-midi/soir) au lundi 21 mai 2018 matin à Chamelet dans le Rhône. Pour tout détail concernant l'événement, les modalités d'inscriptions et les tarifs : ici sur le forum ou sur le site de l'association.

A bientôt sur un de nos sites,
De L'équipe du CA le 17/01/2018 10:48


Sélections du mois


Chers et chères membres d'HPF,

Les votes pour la sélection sur Les Fondateurs de Poudlard, pour le mois de janvier, sont en cours. Vous pouvez découvrir les choix des lecteurs et voter jusqu'au 31 janvier pour les textes que vous avez aimés sur ce topic !

Les Concours sont mis à l'honneur en février : n'hésitez pas à soumettre vos coups de coeur ici ! Il s'agit de fanfictions écrites en réponse à un concours organisé sur le forum ou sur le site.

Félicitations aux textes sélectionnés sur le thème Echange de Noël : Le Marchand de Glaces de LaLouisaBlack, Eanna pour Wizard Wheezes are cool, Api avec Capturer les images et Seonne pour Les douze coups de Noël !



Vous pouvez toujours trouver l'ensemble des Sélections du Mois sur le site et proposer vos thèmes et idées sur les topics du forum.
De Equipe des Podiums le 15/01/2018 18:10


Sauvegardes automatiques quotidiennes


Chers membres d'HPF,

Tous les jours à 2h du matin, heure de Paris, les sites de l'association HPF (HPFic, le Héron, le blog, la boutique, le site de l'asso et le forum) sont indisponibles pendant environ 20 minutes. En effet, l'Equipe Technique a mis en place depuis le jeudi 4 janvier des sauvegardes automatiques qui nécessitent leurs fermetures temporaires. Les sites aussi ont bien le droit à un peu de repos !


De L'équipe Technique le 09/01/2018 19:18


73e édition des Nuits d'HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 73e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 20 janvier à partir de 20h. N'hésitez pas à venir vous inscrire !
Pour connaitre les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A très bientôt !
De L'équipe des Nuits le 08/01/2018 23:48


Fin de la période de recrutement


Bonjour à tous,

Le recrutement pour notre équipe de modération s'est achevé hier soir. Nous avons reçu 8 candidatures que nous allons étudier sérieusement les jours prochains.

Les personnes qui ont postulé recevrons un message de notre part très prochainement !

Merci à vous d'avoir répondu à cette annonce et pour l'intérêt porté à notre équipe !
De Les Schtroumpfettes de compèt' le 07/01/2018 18:02


Recrutement pour l'équipe de modération d'HPFanfiction


Bonjour à tous,

En cette fin d’année, l’équipe des Bleues cherche deux nouvelles recrues pour étoffer ses rangs.

Une grande partie de notre travail s’effectue sur HPFanfiction où nous lisons puis validons ou invalidons les textes. Nous organisons aussi des concours ou projets d’écriture, une ou deux fois par an. Nous gérons la boîte mail sur laquelle arrivent les questions relatives au site. Nous publions des news et traquons également les bots. Vous trouverez le détail de nos principales missions ici.

Pour plus d’informations sur les modalités de recrutement, c’est par ici.

Le recrutement restera ouvert jusqu’au 6 janvier 2018.

A vos plumes !
De Les Schtroumpfettes de compèt' le 18/12/2017 20:01


Ludo Mentis Aciem par Ielenna New!

[1041 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

Guten Tag, mes briquets au mojito glacé ! 

Je vous retrouve aujourd'hui pour un nouveau chapitre de la vie de Wolffhart, le 3ème (sur 4 prévus), donc l'avant-dernier.

Pas de programme. Prévoyez juste le stock de mouchoirs à portée. u_u

Bonne lecture. OU PAS.

La guerre éclata le lendemain, comme un affront à la magie de cette période. La Pologne fut la première touchée, mais nous savions que la peste ne ferait que s’étendre davantage.
En cette période charnière, j’avais aidé Élise à récupérer quelques machines, dans l’ancienne imprimerie de son père. Lui et ses fils avaient été déportés le jour suivant la Nuit de Cristal. Les journaux faisaient toujours frémir les esprits fermés. Les mots méritaient de brûler dans l’oubli plutôt que d’être partagés. Et Élise, incapable de rester stoïque face à tout cela, n’était pas de cet avis. Elle s’est ainsi lancée dans la fabrication d’un journal clandestin, dans l’une des pièces de l’appartement. J’avais protégé l’entrée avec un sortilège, de sorte à ce que la porte n’apparaisse qu’à ceux qui avaient en leur possession une vieille cuillère en argent gravée que j’avais ensorcelée. Un lot de quatre : une pour moi, une pour Élise, une pour Kate, une pour les Silberfalken. Personne ne devait savoir que nous étions là. Les Moldus qui défilaient dans la grande bâtisse voyaient désormais un long mur de couloir, ayant magiquement oublié l’existence d’un appartement à cet emplacement.
Aussi, mon départ pour une mission spéciale ne fut pas particulièrement bien accueilli par Kate :

— Tu m’avais promis que tu ne partirais pas ! s’énerva-t-elle, le visage rougi de colère, les poings serrés au bout de ses bras tendus, alors que je revêtais mon grand manteau de feutre.
— Je n’ai rien promis du tout, répliquai-je avec une mine grave.
— Papa doit travailler, lui expliqua Élise, plus loin. Et accessoirement sauver le monde. Et ramener du pain s’il y pense.

Je grommelai pour seule réponse. Puis, je tentai de rassurer la fillette :

— Je reviens probablement cette nuit. Tu dormiras.
— Tu pars loin ?
— Très loin.
— Tu prends le balai volant ?
— Heureusement que je sais de quoi vous parlez, sinon, je vous aurais pris pour des fous ! pouffa Élise.

D’une main amusée, je frottai la tête échevelée de Kate.

— Par contre, promis, je reviendrai.
— T’as intérêt, papa !
— Je suis d’accord avec elle, renchérit Élise. Tu as intérêt ! Et n’oublie pas le pain !
— Oui, j’ai compris.

Après avoir rejoint le QG des Silberfalken, je transplanai en seule compagnie de Mausen. Depuis l’enlèvement de Schwartzmann, j’avais profité d’une promotion dont je me serai entièrement passé, du fait de mes facultés linguistiques. D’autant plus que la destination ne m’enchantait pas particulièrement : la Grande-Bretagne. Celle que père avait toujours dénigré ouvertement.
Le rendez-vous avait été donné dans l’école de sorcellerie de Poudlard. La bâtisse n’était pas désagréable à arpenter, d’autant plus qu’elle était en partie vidée de ses élèves avec les vacances de Noël. Mais je n’aurais jamais été prêt à échanger cette école contre la mienne : Durmstrang resterait le seul véritable établissement digne de ce nom.
Après avoir donné un mot de passe ridicule à une statue de griffon, nous grimpâmes dans le bureau du directeur : le célèbre Albus Dumbledore. L’homme nous accueillit chaleureusement. Le bougre paraissait avoir une quarantaine bien entamée. D’apparence débonnaire et chaleureuse, on devinait pourtant à son regard bleu, par-dessus ses lunettes en demi-lunes, qu’on avait affaire à un sorcier d’exception. Réfléchi, sérieux, rationnel. Puissant.
Nous nous assîmes en refusant poliment les bonbons au citron qu’il nous proposa dans une petite coupelle volante. Pour ma part, je m’abstins de réponse. Je n’appréciais pas ses yeux inquisiteurs. Ses manières. Le personnage tout entier me révulsait. Certainement du fait que mon père m’avait inculqué ce dégoût des britanniques. Mais, d’une manière très paradoxale, il me fascinait.

— Merci de nous recevoir aujourd’hui, Albus, articula Mausen, imperturbable, dans un anglais balbutiant.
— Tout le plaisir est pour moi, Rolf. Bien que les circonstances ne soient pas les plus plaisantes, je l’admets.

Ses yeux se tournèrent vers moi ; les miens se plissèrent de méfiance.

— Wilhelm Wolffhart, c’est cela ? s’assura-t-il, répétant le nom que j’avais donné en me présentant.
— C’est exact.
— Vous êtes celui qui l’a vu ? Rolf vous a mentionné dans son hibou. À moins que je ne confonde.

Je savais très bien qu’il sollicitait mon témoignage.

— Je l’ai vu, cette nuit-là. L’an passé.
— De quoi vous souvenez-vous ?
— Il marchait. Si sûr de lui. N’ayant peur de rien. Pourtant, nous étions deux.
— Vous et votre coéquipier.
— Schwartzmann est celui qui a tenté de l’approcher. Mais il a été plus rapide. Il l’a neutralisé. Et il l’a emmené, sous mes yeux.

Dumbledore lia deux doigts devant sa bouche pour s’accorder un temps de réflexion.

— Pour quelle raison, à votre avis ?

Cette fois, son regard s’appuya davantage sur moi. Pensant là à un moyen muet de me faire un reproche, je me défendis avec un air de défiance :

— Je ne l’ai pas dit car je l’ignore, mais je pensais que les mots utilisés auraient suffi à le faire comprendre. Pardonnez mon anglais grossier. Je parle couramment français, russe, danois, suédois, norvégien, hollandais… mais je dois avouer que votre langue n’a pas attiré mon attention, lors de mon apprentissage. Elle manque trop de subtilité. Trop… vulgaire. Et simpliste.

Mon impertinence fut accueillie par un rictus amusé de la part de Dumbledore, pendant que Mausen se retenait publiquement de me réprimander.

— Il ne vous a pas attaqué ? me demanda-t-il.
— Non.
— D’une quelconque manière que ce soit ?
— Non.
— Et pensez-vous que cela puisse être relié aux événements de cette nuit-là ?
— La coïncidence serait trop grosse, admit Mausen.

Mon regard alterna entre les deux hommes et je me permis une conclusion :

— Vous pensez que tout est lié ? La montée en puissance de Grindelwald ? Les événements en Allemagne ?
— Ils sont sortis du cadre de l’Allemagne, rappela Dumbledore avec une mine sinistre. Et c’est ce qu’il aurait voulu… Il a fait grandir la menace de l’intérieur. Pour pouvoir nuire aux Moldus, il leur a donné le pouvoir de se détruire. Entre eux.
— Vous croyez sérieusement que Grindelwald est à l’origine de cette guerre ? ricanai-je. Comment aurait-il pu ?
— Une nouvelle fois, tout comme vous, je l’ignore.
— Vous pensez peut-être qu’il a usé de polynectar pour devenir cet Adolf Hitler qui met notre pays à sac ? Qui enrôle la jeunesse ? Qui fait de ses hommes des marionnettes dénuées de pensée ?
— Je comprends votre animosité, mister Wolffhart, tenta de me tempérer Dumbledore. Mais je n’avance là qu’une théorie plus plausible que les autres. Vous…

Il me pointa avec ses deux index liés, les coudes sur la table.

— … les Silberfalken, intervenez en faveur des Moldus. Vous les protégez. S’il enlève certains d’entre vous, cela signifie que vous contrecarrez ses plans. D’une certaine manière.
— Et comment pourrions-nous l’arrêter ? demanda Mausen, plus pragmatique.

Le nouveau sourire amusé de Dumbledore me révulsa.

— Arrêter Grindelwald. Si seulement j’avais la réponse à votre question. Tout le monde se la pose aujourd’hui, hélas. Et si j’avais l’ombre d’un indice, croyez-moi, je vous aurai aidés.
— Il a un endroit.

Les deux sorciers me dévisagèrent. Pourtant, cela me semblait logique :

— Grindelwald est connu pour son impulsivité. Il est capable de tuer. Il terrorise le monde des sorciers à cause de cela. Il aurait pu tuer Schwartzmann. Mais il ne l’a pas fait. Il l’a pris avec lui. Comme il l’a fait avec les autres. Dans le cas échant, il aurait laissé des cadavres dans son sillage. Grindelwald kidnappe ces sorciers pour une raison. Mais il doit détenir un endroit pour cela.
— Une prison, résuma Mausen en hochant la tête.
— Si nous trouvons cette prison, nous trouverons Grindelwald. Et peut-être, alors, si vous dites vrai, nous pourrons arrêter cette guerre.

Mes yeux se plantèrent dans ceux de Dumbledore, qui m’accorda cette vérité :

— Vous attaquer aux conséquences ne fera pas avancer les choses. Vous devez attaquer la menace à son origine.
— Vous ?

Je fronçai les sourcils de dédain.

— Vous ne comptez pas nous aider.
— Je suis directeur d’école, me répondit Dumbledore en me jetant un regard sérieux par-dessus ses verres. Soldat, en aucun cas. Mon rôle et ma présence sont requis ici. Je ne vous serai d’aucune utilité. Mister Mausen possède déjà toutes les informations que j’ai pris soin de lui faire transmettre.

Ma gorge se serra.

— Bien.

Quand l’entretien se termina, Mausen eut un regain offensif, m’attrapant par le col pour me prendre à part dans un coin.

— Qu’est-ce qui vous a pris, Wolffhart ? me cracha-t-il au visage. Vous adresser ainsi à Dumbledore !
— Retirez tout de suite vos mains de moi.
— Et comment osez-vous me donner des ordres ? Je suis votre supérieur !

Sans crainte, ma main attrapa ma baguette magique. Mausen devina à mon regard que je n’étais pas d’humeur à plaisanter.

— Retirez vos mains, répétai-je, plus grave.

Il me lâcha avec brusquerie, me repoussant contre le mur.

— Alors, expliquez-moi !
— Que je vous explique ? ricanai-je. Cela ne vous semble pas assez clair ?

Ma mine s’assombrit : je le devinais à ma voix, de plus en plus profonde.

— Notre pays. L’étincelle a mis le feu. Un immense brasier. Mais qu’en restera-t-il ? Des cendres. Des ruines. Des carcasses. Vous l’avez vu. Des gens meurent. Des Moldus, des sorciers. Certains sont persécutés. Et si Grindelwald est véritablement l’instigateur de tout ceci, alors Dumbledore devrait avoir l’obligation de nous aider ! Mais non ! Il préfère jouer les nounous dans cet établissement pour gamins ! Enseigner à des gosses comment utiliser une baguette magique pour faire joujou, alors que chez nous, des gens meurent et souffrent ! Pourquoi ? Pourquoi les Allemands devraient-ils toujours être considérés ainsi ? Être laissés pour compte ? Qu’avons-nous fait pour mériter cela ? Pour mériter ces guerres, cette haine ?

Je grommelai, hors de moi.

— Ce monde est pourri jusqu’à son noyau. Ce monde est égoïste. Profondément injuste. Dumbledore ne finira par intervenir que si cela dégénère, je le sais. Si cela sort hors de l’Allemagne, ce qui commence à être le cas. En attendant, l’Allemagne peut s’auto-détruire. Personne ne s’en préoccupera…

Dans un rictus, cette fois de sympathie, Mausen me pétrit l’épaule.

— Nous sommes la justice. Et nous allons régler ce problème. Nous-même. Nous arrêterons Grindelwald. Et nous mettrons fin à cette guerre. À ces guerres. Une fois pour toutes.

*** *** ***

Pendant des semaines, des mois, nous partîmes à la recherche de cette fameuse prison, dont nous présumions l’existence, sans succès. Je m’absentais de plus en plus de Berlin, au plus grand désespoir de Kate. Élise comprenait mes responsabilités. Elle avait les siennes. Le journal clandestin avait grandi et avait intégré un réseau de résistance au sein de la capitale. Après avoir monté et imprimé les journaux, avant l’aube, Élise empruntait la cape d’invisibilité temporaire que je lui avais prêtée. Elle déposait alors les exemplaires dans un lieu secret, qui changeait chaque fois. Elle prévenait ses contacts par lettre anonyme du nouvel emplacement quotidien afin que les intéressés se servent et distribuent les gazettes.
Je ne cessai d’admirer Élise, qui se battait toujours avec le même entrain. Elle ne semblait jamais fatiguée, comme dévorée par une flamme de passion. Une flamme de justice, que je partageais avec elle. Oui. Nous rêvions tous les deux d’un monde plus juste. D’un monde dans lequel notre petite Kate grandirait sans crainte.
Bien que nous tentions de stopper la guerre en nous attaquant à ses racines, nous devions en parallèle nous occuper de ses conséquences. Les Silberfalkens reçurent une missive urgence, début mai 1940. Le sceau bleu clair était celui de Beauxbâtons. L’enseignante de divination de l’établissement avait auguré une attaque de l’Allemagne sur la France dans les jours à venir. Le Parlemage français, prenant cet avertissement très au sérieux, avait dépêché des sorciers à la frontière belge. Des renforts étaient, selon eux, nécessaires pour contenir l’attaque moldue. Tous les sorciers des pays limitrophes et concernés par une scolarité à Beauxbâtons étaient concernés. J’acceptai de m’y rendre, de nouveau du fait de mes compétences linguistiques.
Je rejoignis quelques jours plus tard le campement sorcier établi dans la forêt des Ardennes. L’endroit était froid et humide, même pour un mois de mai. Des tentes magiques avaient été montées, sans distinction de nationalité. Certains discutaient autour du feu, leurs tasses lévitant au-dessus des flammes pour éviter qu’elles ne refroidissent. Je n’avais pas vu autant d’élèves rassemblés depuis Durmstrang. Je reconnus d’ailleurs certains anciens camarades, aux salutations desquels je répondis sommairement. Je n’étais pas ici pour me faire des amis. Si l’attaque avait vraiment lieu, à quoi bon se lier d’amitié avec des gens susceptible de périr le lendemain ?
Il y avait une personne que je n’avais pas prise en considération dans mon équation :

— Wilhelm. Comme nous nous retrouvons.

Reconnaissant immédiatement cette voix, je fis volteface et dévisageai cette femme qui me cernait avec un regard désinvolte, un poing sur la hanche. Les années avaient passé, mais son visage n’avait pas changé. Je m’autorisai un sourire.

— Charlotte ! Tu… Je ne savais pas que tu serais là.
— Je me doutais que tu viendrais. Quand j’ai su qu’ils appelaient les Silberfalken à la rescousse, je savais que tu ne manquerais pas cette occasion pour te montrer !
— Tu n’es plus à l’Alderreicht ?
— Pas vraiment, haussa-t-elle les épaules. Viens, parlons-en dans un endroit plus confortable.

Elle ouvrit en grand un pan de sa tente et nous nous installâmes dedans, l’ouverture en tissu béante, nous permettant de garder un œil sur l’extérieur.

— L’Alderreicht m’a conduit sur certaines affaires, en lien direct avec le Parlemage. Au fur et à mesure, j’ai compris qu’il était plus sécuritaire pour moi de rejoindre l’ambassade sorcière d’Allemagne à Paris. Beaucoup d’entre nous avons décidé de venir ici. Si la France tombe, cela ne vaut plus le coup de rester. Il ne restera rien… Nous devons la défendre, quoiqu’il en coûte.
— Pourquoi ? Pourquoi la France en particulier ?
— Voyons, Wilhelm. Pour Beauxbâtons. Qu’arrivera-t-il à l’école si tous les Nés-Moldus sont exterminés pendant la guerre ? Que se passera-t-il si l’école tombe entre les mains de Grindelwald, s’il décide de profiter de tout cela ? Enrôler la jeunesse. Hitler a compris son intérêt. Tu penses que Grindelwald passerait à côté de cette opportunité ?
— Je n’avais pas vu les choses sous cet angle…

Je relevai à ce moment-là l’alliance à son doigt. Le sentiment qui naquit en moi fut paradoxal.

— Tu es mariée ?
— Oui, rougit-elle. Il s’appelle Pierre. Il est député au Parlemage.
— Toutes mes félicitations.
— Merci. Et toi ? Toujours avec Élise ?
— Toujours. Nous avons eu une fille. Katherine. Elle a six ans.
— Que le temps passe… ! Je suis vraiment heureuse pour toi, Wilhelm.
— Et toi ? Tu as des enfants ?
— Je n’en ai pas le temps. Mais Pierre et moi en voulons. Nous aimerions attendre la fin de la guerre avant de fonder une famille.

Son regard se perdit sur la vague frontière, au creux des bois.

— C’est pour cette raison que je veux arrêter tous ces combats. Nous avons besoin de la paix. Nous devons reconstruire. Si cela passe par la destruction, ainsi soit-il. Mais que cela se fasse le plus vite possible. Cette guerre doit cesser.

Je hochai la tête d’un air approbateur. Puis, j’ouvris un sujet moins plaisant :

— Tu penses sérieusement que cette attaque aura lieu ?
— L’enseignante en divination de Beauxbâtons est l’une des grandes maîtresses dans ce domaine.
— Si tu le dis. Mais qu’est-ce qui nous prouve que ce n’est pas un piège ? Pour attirer tous les sorciers quelque part ?
— J’y ai pensé aussi. Mais j’essaie de me convaincre que nous sommes nombreux. Nous arriverons à triompher, quoiqu’il arrive.
— Même contre une armée d’inferi que Grindelwald enverrait sur nous ?
— Je te trouve pessimiste, Wilhelm ! Enfin. Je n’en attendais pas moins de toi. Mais tu as une famille, désormais. Tu n’as pas envie d’avoir un peu espoir à leur égard ?
— De l’espoir, peut-être, des certitudes, j’en ai. Et je reviendrai chez moi. Je n’ai pas dit adieu à ma fille. Je lui ai promis de revenir. Alors je le ferai.
— Tu dois vraiment être un drôle de père !
— C’est ce que me dit Élise.

Le rire clair de Charlotte, gardant quelques reliques lointaines de notre noblesse abandonnée, eut un écho en moi et provoqua un frisson. J’avais un mauvais pressentiment. Et, comme d’habitude, j’aurais eu mieux fait de m’y fier…

*** *** ***

Les choses dégénérèrent le 10 mai, au matin. Cela commença par des bruits suspects dans la forêt. Alertés, les sorciers se rassemblèrent et se positionnèrent selon les plans qui avaient été émis par la Communauté Magique Européenne. Je restais assez confiant. Même si les soldats d’en face étaient armés, la magie surpasserait, d’une manière ou d’une autre.
J’entrai en plein cœur du combat. Les tirs des mitraillettes, les fusils qui tonnaient dans tous les sens, les obus qui tombaient. Mais aucune arme moldue ne pouvait avoir raison de nous. Les tanks étaient renversés, les armes fondues, les soldats envoyés dans les arbres. Les pertes n’étaient pas inexistantes, mais pendant l’espace d’une heure, nous avions presque l’impression que nous allions arrêter la guerre, à nous seuls. Nous étions invincibles. Je me battais contre les miens, contre des Allemands, mais je n’avais aucun scrupule. Ma seule patrie était celle de la paix et de la justice. Mais ma raison ne m’emporta que peu de temps…
Après que les nazis aient sonné la retraite, nous pensions déjà à notre victoire. Les rires nerveux et soulagés étaient sur toutes les lèvres. Même sur les miennes. Charlotte avait le regard brillant : elle allait pouvoir rentrer à Paris. Mais j’aperçus une lumière du coin de l’œil. D’un réflexe, je me précipitai sur elle et la plaqua au sol ; le rayon vert frôla sa tête. Une pluie de sortilèges s’abattit sur nous.
La panique gagna le groupe. Mais ils avaient déjà pris l’avantage sur nous. Car nous avions baissé notre garde, persuadés d’avoir triomphé. Certains avaient encerclé notre campement. Les rayons colorés fusés de part et d’autres. Des compagnons tombaient au sol. Certains, torturés, le cœur compacté dans leur poitrine par effet d’un sort, se tordaient par terre. Cette fois, nous ne nous battions pas contre des Moldus que nous pensions inoffensifs. C’était les nôtres. Des sorciers.
Ma rage se décupla. Même si je me refusais de tuer un autre être humain, j’en stupéfixai un certain nombre. Je n’avais pas perdu mes réflexes acquis lors des duels de Durmstrang. Mais je me retrouvais à enjamber le corps de certains sorciers, qui avaient reçu un sortilège de la mort.
Entendant des craquements à ma droite dans ce vacarme, empli de cris et de formules, je me retournai, la baguette luisante du sortilège qui allait en jaillir. Mais la dernière syllabe resta pendue au bout de ma langue. Nous avions tous les deux l’arme braquée l’un sur l’autre. Avec la même expression décomposée. Mes sourcils tressaillirent, trahissant mon désarroi.

— N-Niklaus ?

Mon ancien camarade d’école me dévisagea, confus, les lèvres entrouvertes. Il n’avait rien perdu de sa face aux traits sournois, qui soulignaient sa malice. Le loup et le renard se retrouvaient, dans cette forêt des Ardennes, sur ces frontières de la mort.
Le sortilège qui fusa vers Niklaus, l’obligeant à se défendre, nous sortit de notre transe. Charlotte se tenait là-bas, les traits crispés. Elle avait dû craindre un instant que je risquais ma vie à m’exposer ainsi. Elle relança son offensive. Charlotte était douée, à sa manière. Dans sa colère s’exprimaient tant de choses. Mais elle était si focalisée sur Niklaus…
La silhouette de Charlotte reste imprimée dans ma rétine, comme un contre-jour, sur une rafale de vent. Un sortilège, celui d’un autre assaillant, qu’elle reçut de plein fouet dans son angle mort. Je la réceptionnai dans mes bras. Tout se déroula si vite. D’un réflexe, je balayai du regard les alentours : nous avions perdu notre avantage. Le campement avait été mis à sac. Beaucoup avaient péri. Ils étaient trop nombreux, mieux organisés et sans scrupules… Je transplanai, Charlotte contre moi, le visage de Niklaus comme dernière image.
J’avais atterri au premier endroit auquel j’avais pensé. Un lieu de tranquillité, une échappatoire. Et j’allongeai Charlotte sur cette plage de galets, là où nous avions lancé tant de ricochets, du temps où nous n’étions que des enfants. Le niveau de la rivière avait baissé, mais cette dernière coulait toujours, sous le chant des oiseaux de Bavière.
Les lèvres entrouvertes de stupeur, Charlotte me fixait. Avec un regard vide. Sa vie l’avait en réalité quittée au moment où elle reçut le sortilège fatal. Je caressai son visage tant de fois, comme dans l’espoir de le réchauffer. Mais je le sentais refroidir au bout de mes doigts. Je voyais ses lèvres bleuir. Ces lèvres que j’avais tant embrassées, dans ma jeunesse, du temps de nos fiançailles. Le cœur en lambeaux, je la blottis contre moi, trempant ses cheveux, qui portaient encore l’odeur du feu de camp, de mes larmes. Mais la tristesse qui m’étreignait se transforma peu à peu en colère. Et du chagrin naquit le désir de vengeance…

*** *** *** 

Je ramenai le corps de Charlotte au QG des Silberfalken et pris la décision d’annoncer moi-même la nouvelle à son mari, à Paris, lui rapportant son alliance comme preuve de mes allégations. D’apparence, je restai stoïque face au désespoir de cet homme, qui venait de perdre une partie de lui. Mais ses larmes et ses hurlements de douleur ne faisaient qu’alimenter ma rancœur.
Le corps de Charlotte fut inhumé au fond du jardin de leur grande demeure, en banlieue parisienne, dans un caveau bâti de pierres blanches. Elle reposerait à jamais sur le sol français, aux côtés de celui qu’elle aimait et qui, je l’espérais, ne l’oublierait jamais.
Malgré les événements, je me convainquis n’être qu’un lâche d’avoir ainsi déserté. J’étais le seul survivant de la bataille des Ardennes, ayant fui pour sauver le corps de Charlotte. Ceux des autres sorciers furent subtilisés. Mausen et d’autres tentaient de me convaincre que j’avais fait le bon choix. Car j’étais désormais là pour témoigner, pour prouver certains agissements des ténèbres. Des sorciers avaient pris le parti de Grindelwald, servaient à ses côtés, se camouflant dans l’ombre du drapeau nazi. Et Niklaus Fuchsberg était l’un d’entre eux…
Je me ressassai cette haine durant des jours, des semaines. Je ne tentai pas d’imaginer comment il en était arrivé là. Ce qui pouvait justifier cette prise de parti. Il était responsable de la mort de Charlotte. Il était acteur de cette guerre, de cette destruction. Servait des causes qui, certainement, le dépassaient. Mais cela ne l’excusait pas…
Je me réfugiai dans l’amour que me donnaient Katherine et Élise. Cette dernière comprenait le vide qu’avait laissé en moi le départ de Charlotte, quand bien même elles furent rivales par le passé.
La France tomba aux mains des Allemands. Plus personne n’eut de nouvelle de Beauxbâtons. Les hiboux étaient tous interceptés. Tout le monde craignait, à juste titre, que Grindelwald ait pris le contrôle de l’école de sorcellerie. Certains avançaient qu’il était préférable de capituler plutôt que de mourir : le monde des sorciers avaient déjà subi assez de pertes internationales dans la bataille des Ardennes. Je n’aurai jamais plié l’échine au nom de ma survie. Car je venais de Durmstrang. Je me battais au nom de mes convictions. Et mes yeux restaient rivés sur mon ancienne école. Je savais qu’elle serait la prochaine cible. Grindelwald nourrissait toujours une certaine rancœur d’avoir été renvoyé à cause de son intérêt prononcé, déjà à l’époque, pour la magie noire. Et Niklaus… que dire de celui qui comprenait mon ressentiment à l’égard de ceux qui dénigraient ouvertement les sorciers d’origine allemande pendant notre scolarité ?
Alors que l’attention était tournée vers l’ouest, je gardais le cap vers le nord. Mais personne ne cherchait à m’écouter. Tout le monde n’avait d’attention que sur son nombril, cherchait à sauver sa peau. Je décidai alors de retourner à Durmstrang. Je ne pouvais pas rester une nuit tranquille sans penser à l’avenir de mon ancienne école. Élise comprenait cette décision. Kate non :

— Arrête, papa ! Arrête de partir !
— Je n’ai pas le choix !
— Si, tu l’as ! Mais tu nous abandonnes ! Toujours !
— Non !
— Si !

M’accroupissant, je lui saisis les épaules. Son regard ne s’embua pas de larmes ; il portait une telle détermination.

— Arrête d’être un héros ! Sois juste mon papa !
— C’est parce que je suis ton père que je fais ça, tentai-je de lui expliquer. Je veux que tu ailles à Durmstrang quand tu auras onze ans. Je veux que tu possèdes une baguette magique. Je veux que tu apprennes des sortilèges. Je veux que tu excelles en astronomie, que tu observes les étoiles du Grand Nord et les aurores boréales. Tu comprends ?
— Alors laisse-moi venir avec toi !
— Ce n’est pas un endroit où l’on va avec ses parents.
— Tu es si rabat-joie !
— Et si tu es si agaçante !
— J’ai hérité de tes traits !
— C’est exactement ce que j’allais te dire !
— C’est bon, vous allez vous calmer maintenant, vous deux ? nous rattrapa Élise, grondeuse. Bande de sales gosses !
— Cette gamine est têtue, lançai-je en me levant, avec le même air renfrogné que ma fille.
— Je ne vais pas relancer le débat, sourit Élise, mais tu sais très bien ce que j’en pense.

Elle m’embrassa une dernière fois avant que je fasse route vers Durmstrang. Kate pouvait me détester. Cela m’était égal. Mais je refusais de la perdre. De bercer sa dépouille dans mes bras, comme je l’avais fait avec Charlotte.
En posant le pied dans mon ancienne école, je n’éprouvai aucune nostalgie. Cela n’avait pas été un lieu que j’avais consacré aux amitiés et aux grandes histoires de camaraderies. Mon ancien directeur avait laissé place à une directrice : Ilde Thorkildsen, une femme presque plus grande que je ne l’étais, qui tenait l’établissement d’une main de fer. J’appréciais le fait que Durmstrang soit resté un lieu de discipline, loin de Poudlard et de ses pédagogies douteuses, ou de Beauxbâtons et de ses visions utopistes, qui leur avaient coûté bien cher.
Tous les jours, j’arpentais les couloirs, surveillais les alentours, effectuant des rondes sur les rives du lac, dont la glace avait fondu en cette fin du mois de mai. Les élèves que je croisais m’observaient avec des yeux amusés. J’entendis une fois une remarque de trop : « c’est le sorcier persuadé qu’il va sauver Durmstrang de la menace fantôme ». Il avait négligé deux choses dans sa grande bravoure : que je parlais russe et que je maîtrisais à la perfection le sortilège de métamorphose. Il passa le reste de sa journée en perroquet, condamné à répéter les mots qu’il entendait. Je ne fus pas réprimandé pour ce geste. Personne n’osait vraiment me contredire et c’était la seule chose que j’attendais des êtres vivants qui habitaient la bâtisse.
Un autre type d’oiseau croisa ma route. Un faucon pèlerin. Je l’aperçus par la fenêtre une première fois. Puis au bout du couloir. L’oiseau suivait ma route. Intrigué, je finis par lui ouvrir. Il vint à ma rencontre, une lettre entourée autour de sa patte. Je reconnus immédiatement l’écriture, la gorge serrée.

« 3h cette nuit, à la pierre »

Le morceau de parchemin se froissa dans mon poing. Beaucoup auraient crié au piège. Mais mes entrailles hurlaient la vengeance. J’avais besoin de réponses…
La pierre.
Cet endroit charria tant de souvenirs lointains. Combien de journées de printemps avais-je passé sur cette pierre ? Assez grande pour nous asseoir dessus, lorsqu’elle n’était pas verglacée. Nous. Moi et Niklaus.
Mais il faisait nuit, cette fois-là. J’étais adulte, non plus un enfant. J’étais père, non plus un élève. Et Niklaus n’était sûrement plus rien de ce qu’il avait été non plus. Il était le premier sur les lieux, sans braquer de baguette sur moi. Cette confiance absolue me rendait suspicieux. Mais mon sortilège de révélation de présence humaine ne me confirma que la sienne. Niklaus était assis, l’air songeur face à la grande silhouette du château de Durmstrang, ses cheveux blonds surlignés par la lumière de la lune. Chaque trait accentuait ma haine. Mon incompréhension.

— C’est dommage de ne jamais avoir essayé de sortir après l’heure de couvre-feu. La vue est très jolie.

Je ne lui accordai aucune réponse.

— Toujours aussi loquace à ce que je vois.
— Je te retourne le compliment.

Il lâcha un rictus amusé.

— Tu ne viens pas t’asseoir ?
— Je ne m’approche pas des traîtres. Peur de la contagion.
— Je ne suis pas un traître, soupira-t-il.
— Je suis curieux d’entendre ta nouvelle définition.
— J’ai rejoint le clan qui me paraissait le plus juste. Qui était en adéquation avec ce que je pensais.

Mon ricanement ironique résonna entre les arbres.

— Avec ce que tu pensais ? répétai-je. Tu rêvais à quoi ? À la guerre ? À l’extermination des peuples ? C’est joyeux, dans ta tête.
— À l’unification de tous sous une même bannière.

Il me désigna Durmstrang d’un geste du menton.

— Tu crois qu’ils s’en souciaient ? On n’était que les « allemands ». Comme si nous étions responsables des erreurs des moldus. Ils nous l’ont fait cher payer. Comme si on n’était que des rebuts. Pourquoi tant de clivages ? On peut tout partager. Jusqu’à nos origines.
— C’est ce que Grindelwald essaie de te faire croire ?
— C’est pour le plus grand bien.
— Pour ton plus grand bien. Et surtout pour le sien. Mais pas pour tous les autres.
— Qu’en sais-tu ?

Je me refusai de lui parler d’Élise et de Katherine. Elles constituaient mon plus gros point faible.

— Des milliers de personnes sont mortes. En exil. Torturés. Des Moldus, des sorciers…
— Certains projets, certaines batailles, demandent des sacrifices.
— Tu as toujours été persuadé que tout t’appartenait, Niklaus. Mais tu es allé trop loin. La vie des autres n’est pas tienne. Des sorciers, des gens de bien, ont péri dans les Ardennes. Charlotte est morte dans mes bras, à cause de toi !
— Je ne voulais pas ça. Mais…
— Comment peux-tu oser rétorquer d’un « mais » ? Justifier ce qu’il s’est produit ? Justifier la mort de Charlotte !

Cette fois, Niklaus trouva plus prudent de ne rien répondre, comprenant que je ne laisserai passer pas un mot de plus sur le sujet.

— Qu’est-ce que tu veux ? lui lançai-je, sec. J’espère que tu ne m’as pas fait venir ici en pleine nuit pour une séance nostalgie dégoulinante de mauvais sentiments et d’hypocrisie.
— Te faire une proposition.

Mon silence fit office de réponse.

— Je te connais, Wilhelm. Je t’ai fréquenté pendant sept ans. Toi et ton sens de la discipline, de la justice. Tu n’as pas l’impression de n’être qu’un pion ? Regarde-toi. Envoyé seul à Durmstrang. En pâture, dans les Ardennes. Jouer le pantin, ce n’est pas ton genre. Tu gâches ton potentiel. Tu n’es pas fait pour ça.
— J’ai fait mes choix.
— Tes choix ? Quels choix. Ton père a choisi ton enfance, ton éducation, ta façon de penser. Il t’a imposé des goûts, des tenues. Un nom, une réputation. Les Silberfalken ? Charlotte t’a convaincu. Tu me l’as dit par hibou. Tu ne fais que suivre ce qu’on te montre du doigt. Oui… Du gâchis. Un terrible gâchis.

Il se leva pour me faire face.

— Tes compétences sont immenses, Wilhelm, je le sais. Tu es un sorcier d’exception. Tu es un génie. Un incompris. Un marginal. Et tu dois apprendre à vivre comme tu es ! Ne laisse personne t’imposer un choix !

De nouveau, le silence de la nuit acheva sa phrase. Mon souffle suivit :

— Très bien.

Je haussai les épaules.

— Tu as raison, Niklaus. Personne n’a à m’imposer de choix.

Je crus voir l’ombre d’un sourire sur son visage. Son visage. Il reçut l’éclair qui jaillit de ma baguette magique. Niklaus bondit d’un pas de recul, hurlant de douleur, la douleur déchirée, ensanglantée.

— À commencer par toi ! lui criai-je.

Appuyant d’une main ferme contre sa blessure, du sang filant entre ses doigts, Niklaus me jeta un regard qui avait viré à la colère. Cependant, il laissa éclater un sourire.

— Très bien, Wilhelm. Tu as choisi, oui. Tu as choisi ton camp. Alors prépare-toi à le regretter. À perdre. Et à mourir…

Je formulai mon sortilège dans un cri de rage, mais Niklaus transplana avant que le rayon lumineux ne le percute. La grande pierre derrière lui s’était fendue en plusieurs blocs sous l’impact. Quelques jurons retentirent dans la nuit. Puis, dans un éclair de lucidité, je relançai un sort de révélation de présence humaine. Ma baguette frémit. S’agita de plus en plus. Et alors que je comprenais cette signification, mon sang ne fit qu’un tour.
Je rejoignis Durmstrang au pas de course, dans l’impossibilité de transplaner dans l’enceinte même de l’établissement à cause des enchantements protecteurs qui englobaient la bâtisse. Un sortilège me permit de courir sur l’eau, traversant le lac immense.

— Spero patronum !

Mon patronus se matérialisa devant moi et prit de l’avance sur ma course, filant tel une comète vers l’école. Et pointant ma baguette contre ma gorge, je me mis à hurler :

— L’école est encerclée ! Je répète, l’école est encerclée ! Les partisans de Grindelwald sont là ! Que tous les élèves et les professeurs se réveillent ! L’école est encerclée ! L’école est attaquée !

Le message diffusé par mon patronus fit allumer un certain nombre de lumières dans les étages du château, secoué par cette annonce. Je fus accueilli au pont-levis par quatre baguettes braquées sur moi. Un professeur dut intervenir pour convaincre les élèves concernés de me laisser passer, convaincu que je ne pouvais pas être un ennemi ayant usé de polynectar.
Tous les élèves prirent part à la défense de l’école, même les plus jeunes d’entre eux. Tous étaient postés aux fenêtres, permettant d’avoir une vue d’ensemble sur le lac qui encerclait le bâtiment. Les assaillants venaient de toutes les directions. Et les combats qui s’ensuivirent durèrent tout le reste de la nuit pour pouvoir les repousser. Ainsi protégé, l’école ne pouvait tomber. Parfois par chance, les sortilèges des élèves atteignaient les sorciers, pourtant aguerri. L’un d’eux coula dans le lac, après un Petrificus Totalus, brisant l’enchantement qui lui permettait de marcher à la surface.
Il n’y eut que peu de blessés recensés à l’aube, quand les sorciers de Grindelwald battirent en retraite. La seule victime à déplorer fut le bateau spectral, en flammes sur le quai, touché par les dommages collatéraux. Une bonne occasion de le remettre à neuf, préférai-je penser. Mon seul soulagement fut qu’aucun élève ne fut touché. L’attaque avait été déjouée et cela attira l’attention des autorités internationales qui, jusque-là, avaient refusé de me croire. Le jour-même, des sorciers débarquèrent par dizaines dans l’école. Je me privai du plaisir d’émettre la juste remarque qu’ils arrivaient après la bataille. Mais je ne me plaignis pas ; Durmstrang méritait d’être protégée. Et désormais, elle l’était. Même si je soupçonnais les élèves plus doués pour lancer des sortilèges que certains nigauds sortis de Poudlard.
Je fus renvoyé à Berlin. Mais sur le chemin du retour, un mauvais instinct me poussa à accélérer le pas. Je grimpai les marches de l’escalier trois à trois et ouvris la porte de l’appartement à la volée. L’endroit était vide. Les imprimantes mécaniques ne fonctionnaient plus.

— Élise ? Kate ?

Mes appels se transformèrent peu à peu en cris désespérés. Mais personne ne me répondit. Paniqué, je m’agrippai les cheveux ; comment avais-je pu tenir tête à Niklaus sans craindre les représailles ? D’un élan de rage, je fis exploser un meuble d’un coup de baguette magique.

— Papa ?

Je vis volte-face ; Kate m’observait avec des grands yeux dans le cadre de la porte d’entrée. Derrière elle, Élise ouvrit une bouche béate. Au bout de ses bras, un sac en toile, rempli de vivres pour la semaine.

— Il t’a fait quoi, ce meuble, au juste ? Je l’aimais beaucoup !

Soulagé au possible, j’en lâchai ma baguette, qui rebondit sur le plancher, et me précipitai vers elle pour les étreindre.

— Papa… ?
— Ludwig. Tout va bien ?
— J’ai cru… j’ai cru vous perdre !
— L’épicerie n’est pas loin !

Élise me caressa le dos, réconfortante.

— Allez, mon grand sorcier. Souffle un coup ! Tout va bien. Tu as juste eu une grosse frayeur.
— Papa, qu’est-ce qu’il s’est passé à Durmstrang ? devina Kate en tirant mon bras.

Cette gamine était si clairvoyante.

— Vous ne pouvez pas rester ici, débitai-je d’un ton rapide. Vous devez vous enfuir.
— Nous enfuir ? répéta Kate, tremblante.
— C’est hors de question ! rétorqua Élise. Et sous quel prétexte ?
— Vous êtes en danger ! Un sorcier va vous vouloir du mal. Et…
— C’est Niklaus, devina Élise avec une expression sombre, au courant de nos retrouvailles, à la bataille des Ardennes.
— S’il vous blesse, s’il s’en prend à vous, je ne me le pardonnerai jamais.
— Ludwig !

La voix autoritaire d’Élise me força à me calmer.

— Personne ne partira. Et personne ne nous blessera. Car tu seras toujours là pour nous protéger. N’est-ce pas ? Et puis, de toute façon, personne ne sait où nous habitons. L’appartement est caché, avec tes sortilèges. Niklaus ne sait rien de nous, n’est-ce pas ?
— Non, admis-je. Il ne sait même pas que tu existes.
— Je vais essayer de le prendre bien, me sourit-elle.

Mais, tout à coup, son visage pâlit et cela m’inquiéta :

— Qu’y a-t-il ? fronçai-je des sourcils.
— Niklaus ne sait pas où tu habites mais… il sait où tu habitais.

Les entrailles nouées, je compris son allusion : Ruhmträne. Je ravalai quelques injures pour éviter de les hurler devant Kate, qui comprit mon empressement de repartir :

— Papa ! Où tu vas encore ! Reste, s’il te plaît reste !

Je ne tentai pas même d’argumenter. Je ne devais pas perdre une seule seconde. Les cris de Kate résonnaient encore dans mes oreilles quand je transplanai.

*** *** ***

Cela faisait presque dix ans que je n’étais pas revenu à Ruhmträne. Ce n’était plus chez moi. La silhouette du manoir était toujours reconnaissable, immuable. Dans la nuit, plusieurs fenêtres laissaient apparaître des lumières. Cela ne me rassurait qu’à moitié. La baguette en main, je franchis le grand portail et trotta sur le chemin qui donnait sur l’immense porte d’entrée. Sur les marches du perron, une ombre mouvante, affaissée. Une elfe de maison se traînait péniblement, le flanc ouvert et ensanglanté. Je reconnus aussitôt la domestique de ma mère :

— Selma !

J’accourus à ses côtés. Et allongée sur les larges marches, elle leva vers moi des yeux soulagés et paniqués.

— … M-maître Wi-Wilhelm… !
— Selma, que s’est-il passé ?
— Un homme a… forcé l’entrée. Il… vous devez sauver votre… votre mère. Elle est en danger !

La gorge serrée, je laissai là l’elfe de maison, agonisante. Chaque seconde comptait… Je tentai de rentrer en oubliant la pauvre Selma, que j’abandonnais à son sort.
L’intérieur du manoir était dévasté. Tous les vitrages avaient éclaté. Les sièges étaient renversés, les rideaux en lambeaux, les portraits tranchés. Mais il y avait un détail qui m’accrochait l’esprit. Cette musique en fond, sur ce vieux tourne-disque magique. Je reconnus sans mal la septième symphonie de Beethoven, qui semblait accentuer le drame de la situation.
Avançant dans le hall ravagé, je contemplais avec horreur les ruines de mon enfance. Des cadavres d’elfe de maison accompagnaient ma route. Les derniers qui étaient restés au service de mon père.
Je retrouvai ce dernier dans la salle à manger, étendu sur la table. Sur le bois, sa silhouette était imprimée. Avec du sang. Qui coulait et gouttait sur les arêtes de la table. Tous les portraits magiques de la pièce, qui avaient dû assister au massacre, avaient été crevés par magie, comme si aucun ne pouvait plus désormais s’exprimer. Le cœur serré, je revins sur mes pas pour monter à l’étage. Peut-être restait-il un espoir pour mère.
Je ne m’annonçai pas, de crainte de dénoncer ma présence. J’aperçus de loin la silhouette de mère, dans son fauteuil, dans cette chambre allumée.

— Mère… ?

Mon murmure ne retomba dans aucune oreille. Contournant le siège, ma baguette tremblant dans ma main, je la dévisageai. Le visage de mère malade était immobile, le menton tombant, avec une dernière expression d’horreur. Mais ce n’était pas le résultat d’un sortilège de la mort…

— Je ne l’ai pas tuée.

D’un sursaut, je me tournai, la baguette braquée sur Niklaus, défiguré par mon sortilège. Mais ce qui se tenait à côté de lui me fit perdre tous mes moyens.

— Elle l’a fait.

La créature respirait en sifflant. Créature, car seule la magie avait pu la ramener à la vie. Elle était fidèle à mes souvenirs, avec cette robe à dentelles, ternie, détériorée, attaquée par les nombreuses années qui avaient passé. Mais sa peau creusée, décatie, ses yeux blancs, ses cheveux tombant. Elle n’était plus Augusta.

— Une chance que les sorciers se conservent bien ! Tu te rappelles ? On peut retrouver certains sorciers morts depuis des décennies, ils ne bougent pas d’une ride ! Ils commencent à se décomposer après un siècle, seulement.
— Tu as… exhumé ma sœur ? articulai-je avec difficulté, gardant mon contrôle au possible, oscillant entre rage et horreur. Comment as-tu osé ?!
— J’ose tout, tu le sais. Tous les moyens sont bons. À la guerre comme à la guerre.

J’allais jeter le sortilège qu’il avait mérité, mais le cadavre animé d’Augusta s’interposa ; je ravalai ma formule, incapable de pointer ma baguette sur elle.

— Tu as tué ma famille ! hurlai-je. Tu as exhumé Augusta ! Qu’est-ce que je t’ai fait ?!
— Hm. Réfléchissons. Tu as refusé mon honnête proposition de la pire manière qui soit. Tu as rendu mon visage bien moins séduisant qu’il l’était. Et surtout… tu m’as fait passer pour un clown. Un clown, Willou. L’attaque de Durmstrang était parfaite, calculée. J’ai fait une entorse en te proposant ce rendez-vous, car j’avais confiance en toi. Je croyais que tu comprendrais, que tu étais plus intelligent que ça. Mais maintenant, le maître me voit comme un incapable. Et tu sais ce que ça fait ? Non. Tu ne peux pas imaginer qu’elle est cette torture. Personne ne déçoit le maître…
— Grindelwald a fait de toi son pantin ! Il t’a rendu fou ! Il t’a…

Pourquoi raisonner un tel malade ? Il ne le méritait pas.

— Bats-toi, Niklaus ! Comme un sorcier ! Et pas comme un lâche !
— Me battre ? ricana-t-il. À quoi bon. Nous savons tous les deux que tu as déjà perdu. Car tu n’es pas dans le bon camp…
— Désolée, Augusta…

D’un leste sortilège, j’arrachai un baldaquin, qui s’enroula autour de l’infero, se débattant pour tenter de s’en dépêtrer. S’initia alors le plus grand duel qu’il m’ait été donné de partager. Car la seule issue possible était la mort de l’un des deux combattants. Les sortilèges fusèrent en tous sens. L’étage fut dévasté, incendié, les murs percés par endroits. Je refusais de lui laisser la moindre chance de survivre à cet échange. Et il le comprit. Moins puissant que je ne l’étais, mes sorts décuplés par ma rage, je le vis tenter de s’enfuir.

— Bats-toi ! Espèce de lâche ! Meurtrier ! Bâtard !

Les marches se refermaient sur ses pieds, telles des mâchoires de crocodile, alors qu’il descendait de l’étage, mais ses réflexes lui permettaient de les éviter de sauts habiles. Et après un dernier regard en ma direction, il brisa à ses pieds une fiole d’ombre instantanée.

— Non !

Je criblai l’endroit de sortilèges, mais en descendant, et quand la fumée épaisse et noire se dissipa, Niklaus avait transplané. Je hurlai à sa lâcheté, à genoux, dans le manoir ravagé.
Après m’être calmé, je me convainquis que je ne pouvais pas quitter Ruhmträne ainsi. J’enterrai les dépouilles de père et de mère dans le jardin, l’une à côté de l’autre, sans plus de cérémonie. Puis je retournai vers Augusta, se débattant toujours en grognant, emmailloté dans son rideau. Limitant ma pitié, je fis léviter la créature jusqu’aux dehors et la déposai dans l’herbe. Je m’accroupis auprès d’elle et parcourut d’un dernier regard le visage décharné de celle qui fut ma petite sœur. Celle que j’avais connue plus longtemps morte que vivante.
Il n’y avait qu’un seul moyen d’éliminer un infero.

— Je suis désolée, Augusta…

La créature émit un sifflement aigu, comme redoutant son sort. Non, ce n’était plus elle. Ce n’était pas Augusta…
Je me relevai et pointai ma baguette vers elle :

— Lacarnum inflamarae.


Le tissu commença à prendre feu. La créature s’agita dans tous les sens, gigotant dans ce linceul de flammes. Je l’entendis hurler.
Non, ce n’était plus elle. Ce n’était pas Augusta…
Je me répétais cette pensée en boucle, en assistant à l’incinération du corps de ma défunte sœur, ramenée à une vie factice par ce psychopathe.
Je ne repartis qu’une fois que les restes calcinés d’Augusta furent inhumés dans sa tombe d’origine. Elle, avait le droit à une sépulture décente. Elle l’avait méritée.

*** *** ***

— Oui, vous désirez ? Très bien, je vous mets en communication. Ah. Je crois que… KKRKKRRKCHHHHHIIII, la ligne, KKKCHIHIHTIHCKHCHCH sat-…

Et Élise raccrochait à chaque fois sur ces mots avec un sourire satisfait.
Depuis que son journal clandestin avait été percé à jour par les autorités et mettait en danger la vie de ceux qui le diffusaient, Élise avait décidé de passer à un tout autre type de résistance autour de la communication. Je l’avais aidé à se procurer l’un de ces grands panneaux téléphoniques et avait relié par magie l’électricité et les lignes. Devenant une plateforme, à laquelle les gens devaient demander à être mis en relation avec la personne qu’ils voulaient contacter, Élise était devenue malgré elle une espionne au service de la résistance moldue berlinoise.
Elle pouvait tout aussi bien ne pas raccrocher et écouter les conversations échangées, recelant parfois d’informations clés sur certaines opérations militaires. Ou encore faire semblant que les lignes étaient endommagées ou saturées, empêchant les communications téléphoniques entre certains SS.
Amusé, je m’approchai et déposai un baiser sur sa tête. Elle enroula un bras autour de mon cou pour m’empêcher de partir.

— Qu’est-ce qu’il y a ? me murmura-t-elle.
— Rien de spécial. Juste que je t’aime. Beaucoup trop. Surtout quand tu raccroches au nez des nazis… ! Tu m’épateras toujours.
— J’espère bien. Le jour où ça ne sera plus le cas, s’il te plaît, Ludwig, jette-moi aux ordures. Je ne serai plus bonne à rien. Et pour te répondre, ça sera non. Comme tous les jours.

Je soupirai de dépit.

— Tu es en danger ici, Élise. Même Kate l’a compris.
— Je n’abandonnerai pas Berlin. Je n’abandonnerai pas ceux qui vivent encore là. Qui survivent.
— Je sais. Mais si tu meurs, qui auras-tu à sauver ?
— Je suis coriace, Ludwig !
— Je le sais mieux que n’importe qui…

D’une main, elle invita mon visage à s’approcher pour m’embrasser.

— Regarde-nous, s’amusa-t-elle. Ce couple de héros de l’ombre. Réunis pour le meilleur et pour le pire. Qui aurait pensé cela d’un pianiste et d’une petite vendeuse de journaux ?
— Toi. Parce que tu l’as voulu.
— C’est vrai ! Comme quoi, tant qu’on y met les moyens, on est capable de tout.

Après un dernier baiser, je la laissai à son travail et me dirigeai vers la chambre de Kate. La gamine s’affairait à organiser des dessins de constellations sur son mur, qu’elle avait mis en relation avec la cartographie du pays. Dans le cadre de la porte, j’observai son profil un moment. Elle allait bientôt avoir huit ans. Elle n’était encore qu’une enfant. L’avait-elle vraiment été un jour ? Elle qui avait toujours connu la haine et le conflit ? Une enfant de la guerre.

— Tu t’en sors ? lui demandai-je en entrant, les mains rangées derrière le dos.
— Je crois. J’ai juste un problème avec la route de Munich, au jour 16.

Depuis que j’étais revenu de Durmstrang et de Ruhmträne, je répétais à Élise et Kate qu’elles ne pouvaient plus rester là, car Niklaus pouvait s’en prendre à elles. Et qu’à son stade, les tuer n’était qu’un doux chemin. Elles étaient ma plus grande faiblesse et j’aurai été capable de me plier pour qu’on les épargne. Elles ne devaient pas devenir des otages à cause de mes choix…
Si Élise continuait à nier cette nécessité, préférant restée implantée à Berlin, Kate, plus rationnelle que sa mère, avait compris que mes inquiétudes étaient fondées. Comme je lui avais expliqué, la voie moldue était celle qui restait la plus sécuritaire. Plus elles restaient éloignées de la magie, moins elles avaient de chance d’être retrouvées par Niklaus et Grindelwald.
Kate avait donc, sur mes conseils et recommandations, tracé un itinéraire sur une carte et tentait de retenir par cœur les ciels de chaque soir pour pouvoir se repérer. Les cartes étaient trop grandes pour être gardées dans des sacs, si elles voulaient voyager léger. Alors, avec comme seules alliées sa mémoire et sa boussole, Kate espérait rejoindre Berlin à la Suisse en quelques semaines.
Cette gamine m’épatait. Mais elle n’avait que sept ans…

— Je crois que tu as confondu l’emplacement de ces deux cartes, lui expliquai-je en les lui désignant du doigt.
— Hm. Tu as raison.

Elle les inversa d’un geste de la main. Par magie, les cartes se détachèrent du mur, se croisèrent dans les airs et prirent la place l’une de l’autre. Les preuves de la magie de Kate étaient puissantes, je devais l’admettre. Du moins, tout autant que les miennes à son âge. Et cela m’emplissait de fierté.
Kate posa deux poings satisfaits sur ses hanches.

— Voilà qui est mieux.
— Maman sait ce que tu fais ?
— Elle sait. Elle ferme les yeux dessus. Tant pis pour elle. Au pire, je partirai seule.
— Euh. C’est hors de question, jeune fille.
— Mais tu m’as dit que c’était dangereux. Il faut savoir ce que tu veux, papa !
— Je vais continuer d’essayer de convaincre ta mère. Mais tu la connais.
— Oui. Aussi têtue que toi.
— Je vais essayer de bien le prendre, petite impertinente.

Kate m’adressa un sourire amusé, les bras croisés. Cela étira mes lèvres en un rictus amusé.

— Tu as même commencé à préparer tes bagages ? constatai-je en jetant un œil aux sacs de toile entreposés sur son lit.
— J’anticipe.

Je m’approchai de l’endroit et tendis une main vers l’oreiller pour attraper la vieille peluche de loup qu’Élise avait cousue pour Kate quand elle n’était encore qu’un bébé. Le pauvre animal avait traversé tant d’épreuves. Ses membres avaient été réassemblés plusieurs fois à force d’avoir été arrachés. Le coton s’était écrasé à l’intérieur à force de vieillir, rendant la peluche de plus en plus maigre et compacte.

— Lui aussi, tu vas le prendre ? m’intéressai-je.
— Je ne suis plus un bébé, rejeta Kate dans une grimace de dégoût.
— Ce n’est pas ce que j’ai dit, marmonnai-je, en revenant vers elle, le regard baissé sur la peluche. Mais Wolfi a vécu tellement d’aventures avec toi. Ça serait dommage de l’abandonner là.

En vérité, je désirais que Kate parte avec un dernier résidu de son innocence, de son enfance. Je savais que cela deviendrait précieux à ces yeux et qu’elle aurait fini par regretter toute sa vie de l’avoir laissé derrière elle. Kate s’en saisit avec suspicion, ses yeux noisette plantés dans les miens, puis elle hocha la tête. Sa décision me soulagea.
Convaincre Élise ne fut pas une mince affaire. Mais la donne changea au début de l’automne 1941. Les rafles devenaient de plus en plus nombreuses. Des centaines de juifs de la ville étaient emmenés, quand ils n’étaient pas fusillés sur place. Le 15 octobre marqua les esprits de beaucoup. L’une de nos voisines fut délogée et emmenée à son tour. Les centaines étaient devenues de milliers. Et Élise commençait à redouter l’avenir. Non pas pour elle, mais pour Kate, obligée de rester enfermée dans le foyer familial, jour et nuit. Élise n’osait plus sortir non plus. Sitôt quittait-elle l’appartement caché par magie qu’elle s’exposait à des risques de plus en plus considérables. Elles ne pouvaient plus rester. Si Niklaus ne mettait pas la main sur elles en premier, les nazis s’en chargeraient.
Ainsi, la nuit du 17 octobre, elles décidèrent de partir. L’obscurité les camouflerait ; il était plus sécuritaire de voyager de nuit que de jour. La connaissance de Kate pour les étoiles et ses cartes mémorisées les aideraient à suivre les chemins. Je leur prêtai une cape d’invisibilité, que j’avais réussi à me procurer auprès d’un membre des Silberfalken, leur conseillant cependant d’en limiter l’usage pour prolonger les effets et de ne l’utiliser qu’en cas d’extrême urgence.

— Tu es certain que tu survivras sans nous ? grimaça ironiquement Élise, sur le seuil de la porte, plaçant sa casquette d’ancienne vendeuse de journaux sur ses cheveux courts.
— Je tâcherai.

Kate m’accordait des yeux plus sévères. Je devinais qu’elle était triste. Nous partagions tous les deux les mêmes réactions inappropriées face à nos émotions.

— J’ai confiance en toi, lui attestai-je.
— Je sais.
— Alors pourquoi tu me regardes de cette manière ?
— Tu nous retrouveras ?
— Je te le promets. Un jour, je te retrouverai. Peu importe ce qui se passera entre. Mais un jour, nous serons tous réunis.

Rassurée par mon serment, elle étira un léger sourire soulagé, avant de m’étreindre.

— Sois fort, mon héros, me murmura Élise en m’offrant un dernier baiser d’adieu.
— Sois prudente, mon héroïne.
— T’inquiète ! J’ai une super protectrice qui sait presque utiliser la magie.
— Pas de magie, Kate, lui rappelai-je. Sinon…
— Ça peut avertir les méchants sorciers, oui, je sais, soupira-t-elle dans sa répétition.
— C’est bien.
— Tu as intérêt à ce qu’on aille acheter une baguette magique quand tu reviendras !
— Tu es trop jeune…
— Ça m’est égal ! J’en ai marre de n’être qu’une enfant.
— Tu es plus que ça.
— Je sais. Mais à part vous, personne ne me voit comme ça…
— Alors, prouve-le au monde. Et deviens une grande sorcière.
— J’y compte bien, papa. Ne t’en fais pas !
— Je ne m’en fais pas.

Je les revois, ouvrant la porte, avant ce grand saut vers l’inconnu. Avant cette séparation. Mon cœur avait envie de hurler, de les supplier de rester, de ne pas me quitter. Mais ma raison prenait le dessus. Elles n’étaient plus en sécurité ici. Et je devais garder mes positions à Berlin pour sauver la population.
Oui. Je les revois, Élise avec sa salopette et son grand manteau qui arrivait jusqu’à ses bottes, son béret. Et Katherine, sa peluche contre elle, et son air contrit, effronté.
Je les revois.
Sans penser un seul instant qu’il s’agissait de la dernière image que je garderais d’elle.

*** *** ***

Les soirées dans l’appartement vide, déserté, se raccourcissaient. Pour oublier le départ d’Élise et de Kate, je me réfugiais au QG des Silberfalken, répondant aux missions qui m’étaient attribuées. Mais notre nombre semblait diminuer de plus en plus : les disparitions étaient désormais notre quotidien. Les risques de ne pas revenir de mission étaient montés à près d’une chance sur deux. J’avais toujours réussi, jusque-là à passer entre les mailles du filet. Et j’étais reconnu, au sein de l’organisation, comme celui qui avait sauvé Durmstrang. Je ne m’en vantais pas particulièrement, sans pour autant camoufler mon orgueil vis-à-vis de mes agissements.
Un jour de novembre, Mausen me convoqua dans son bureau. Aucune des pièces du repère n’avait de fenêtres ; nous étions terrés dans les souterrains de Berlin, dissimulés par les ombres et la magie. Debout, je le voyais consulter, sceptique, un parchemin qu’il venait sûrement de recevoir par buse. Quand j’entrai dans la pièce, m’annonçant par un toussotement, il se redressa puis constata :

— Hm. Vous avez décidé de varier les teintes, Wolffhart ?

Il désignait par-là la couleur de mon foulard. J’avais abandonné l’or familial pour le rouge d’Élise. Le parfum que renfermait encore son premier présent me donnait l’illusion qu’elle était restée à mes côtés.

— C’est celui de ma femme, rétorquai-je sèchement.

Ravalant ses lèvres, Mausen hocha la tête d’un air digne. Le premier jour, il m’avait demandé pourquoi je ne les avais pas accompagnées. Tout homme normal n’aurait jamais laissé sa femme et sa fille partir seule, traverser l’Allemagne de nuit, pour trouver refuge à l’étranger. Mais le risque était trop grand. Niklaus était allé à Ruhmträne, avait peut-être mis la main sur un objet qui m’avait appartenu. Et d’un sortilège, il aurait pu me pister avec. Je ne pouvais pas faire courir ce risque à Élise et Kate.

— Vous m’avez demandé ?
— Je viens de recevoir ce message, de la part de l’un de nos informateurs. La prison. Nous avons eu des éclaircissements.
— Son emplacement ? espérai-je, me rapprochant de la table à grands pas.

Mais je ne vis qu’un nom d’écrit :

— Nurmengard. Quel manque cruel de goût. Et d’originalité…
— Ne discutons pas des choix de Grindelwald.
— Hm, certes. Il a toujours fait les plus mauvais qui soient.

Mausen m’accorda cette vérité d’un nouveau hochement de tête.

— Nurmengard serait caché sur l’une des îles de la mer Baltique.
— Comme Durmstrang dans le Nord. Comme Azkaban chez les Britanniques. Vraiment. Cet homme manque vraiment d’inspiration. Des indices complémentaires ?
— Non. Mais c’est probablement là-bas que les sorciers capturés sont envoyés. Et enfermés.
— Vous pensez qu’ils sont toujours en vie ?

J’échangeai un regard sévère avec Mausen, mais il conservait son expression fermée.

— Je l’ignore.
— Des nouvelles de Dumbledore.
— Aucune.

Je grommelai des jurons, ce qui amusa Mausen :

— Vous n’aimez vraiment pas cet homme.
— Il est égoïste.
— Quel homme ne l’est pas ?
— Trop fier et imbu de sa personne.
— Seriez-vous jaloux, Wolffhart ?
— Moi ? Jaloux ? Je préférerai me jeter la tête la première dans un volcan en éruption plutôt que d’admettre que j’eus connu un jour la sensation vulgaire qu’est ce sentiment ridicule de la jalousie !

Je devinai à l’abaissement de la commissure de ses lèvres qu’il se payait ma tête. Je passai sur cet affront.

— Vous pensez-vous assez discret pour enquêter là-dessus ?
— Je ne le pense pas. J’en suis certain.
— Pas de démonstration de force.
— Je m’y engage.
— Vous êtes un Occlumens expérimenté. Je ne me fais pas de souci à ce propos non plus…

Je bombai le torse, non sans orgueil.

— Je pars dès ce soir.
— Mais ne commettez rien d’insensé. Surtout si vous vous confrontez à Fuchsberg. Vous le savez…

Je respectai mon engagement et me rendit sur les terres du nord de l’Allemagne. Cela me semblait le plus logique. Grindelwald était comme moi : allemand et fier de l'être. Je longeai la Poméranie Occidentale durant des jours, des semaines, à la recherche d’indices, d’enchantements de protection qui auraient pu me mettre sur la piste de Nurmengard. Mon scrutoscope comme seul compagnon, je sillonnais les plages, les yeux rivés sur les mers. Mais l’objet ne réagissait pas.
Quelques soirs, je l’examinais longuement, à la manière dont Élise l’avait fait la première fois qu’elle était entrée chez moi pour en déloger Charlotte. À l’époque, elle n’avait encore aucune idée à propos de ma nature.
Il s’anima un beau matin au creux de ma main. Aussitôt sur le qui-vive j’observai les alentours. J’aperçus alors une grande zébrure noire traverser le ciel, en direction de l’horizon maritime, sur une eau agitée de vagues. Un mage noir… Mon sang ne fit qu’un tour.
Je rangeai le scrutoscope dans ma poche, alors que l’appareil continuait à tourner, de plus en plus lentement au fur et à mesure que le mage noir s’éloignait au-dessus des mers. Je fis facticement augmenter la pluie et la brume pour camoufler mon approche, marchant à travers les flots sans craindre la profondeur, à l’aide d’un sortilège.
Après plusieurs kilomètres de course sur l’eau, à travers la tempête, je distinguai enfin la silhouette de l’immense bâtisse rectangulaire de Numengard apparaître sur la falaise d’une île au milieu de la mer déchaînée. Une grande tour noire.
Je fis une pause dans un renfoncement de la falaise, sur une plage de sable foncé, trempé de la tête aux pieds. Un sortilège de séchage fit l’affaire. Je devais être extrêmement prudent, j’en avais conscience. Les sorciers de Grindelwald devaient être eux-mêmes sur leurs gardes, attendant probablement une attaque de la part de la résistance.
À l’aide d’une formule de camouflage, je donnai à mon grand manteau l’apparence des pierres qui composaient les grandes murailles. Et un sortilège d’agrippement me permettrait de grimper…
J’escaladai la tour à mains nues, la magie facilitant la montée, dos à la mer, le vide en-dessous de moi, le vent me malmenant. La baguette dans ma poche, je restais vulnérable si quelqu’un me surprenait. Le peu de rudiments que je possédais en termes de magie sans baguette se limitait à faire saillir quelques pierres pour servir d’appuis pour mes pieds.
J’atteignis la première cellule après plus d’une demi-heure d’escalade. L’ouverture était si petite que je ne pouvais passer ; même de profil, il était impossible de traverser cette meurtrière. Dans un effort surhumain, j’attrapai ma baguette d’une main et agrandis la fenêtre par magie. Dans la cellule, la prisonnière me fixa avec des grands yeux de chouette.
La vieille sorcière était recroquevillée dans un coin, vêtue d’une toge en lin. Sa maigreur me révulsa. Mais la peur dans ses iris clairs me tétanisa. J’y lisais toute l’horreur que les prisonniers avaient pu endurer, dans ces cellules.

— Allemande ? lui murmurai-je dans ma langue.

Elle secoua la tête, agitant ses cheveux gris et emmêlés devant son visage.

— Danoise ? Finnoise ? Française ? énumérai-je dans toutes ces langues. Anglaise ? Russe ?

Elle hocha la tête à ma dernière proposition.

— Je fais partie de la résistance, lui expliquai-je en russe. Je suis seul. Je ne sais pas si je pourrai vous aider aujourd’hui…

Je préférais être réaliste plutôt que de lui donner de faux espoirs. Je ne pourrai pas sauver un grand nombre de prisonniers, pourvu que je m’en sorte vivant. Elle ramena sa tête dans ses bras croisés, comprenant que je n’étais pas venu la libérer.

— Je vais faire mon maximum…, marmonnai-je. Je vous le promets, je reviendrai avec des renforts.

Puis, à l’aide de sortilège de passe-muraille, je traversai le mur de la cellule. Les prisonniers, du moins, ceux qui avaient la force de lever les yeux vers moi, me regardaient passer avec de grands yeux écarquillés. Mais disparaissant à travers les murs, beaucoup durent croire à une hallucination causée par la faim et la folie. Au bout d’une vingtaine de cellule, je trouvai enfin mon homme…

— Schwartzmann !

Je me précipitai vers mon ancien co-équipier, qui n’était que l’ombre de ce qu’il avait été. Son corps était famélique, ses cheveux noirs étaient hirsutes, tombés par endroits, par plaques. Une barbe désordonnée épaississait son visage creusé d’hématomes et de cicatrices. Il peina à croire ce qu’il voyait :

— W-Wolffhart ?
— Je vais te sortir d’ici !
— N-non ! Si tu le fais, ils sauront que tu es venu ! Ils vont…
— Je ne peux pas te laisser là. Et je dois te ramener. Tu dois nous raconter. Tu dois dire à Mausen. Viens.

Je le portai jusqu’à sa petite ouverture sifflante et l’agrandit à l’aide de la magie. Une corde magique jaillit de ma baguette magique et s’enroula autour de lui : ses bras allaient se briser s’il tentait de s’agripper avec. Avec prudence, je le dis descendre, prenant garde à ce que les vents ne le malmènent pas, lui faisant percuter le mur. Peu m’importaient les douleurs dans mon bras pour le soutenir au fur et à mesure que la corde s’agrandissait. Puis, quand il fut parvenu tout en bas, je sautai à sa suite, ralentissant ma chute à l’aide d’un Aresto Momentum. Nous traversâmes la mer au même moyen qu’à aller.
Puis, parvenant sur les rives du continent, je lui accordai une pause. Schwartzmann s’écroula dans l’herbe ; il avait besoin de soins urgents.

— Je suis désolé…, siffla-t-il.
— Ce n’est pas de ta faute. Grindelwald nous a eus.
— Non… Wolffhart. Ta femme. Ta fille…

Le cœur battant, je fronçai les sourcils.

— De quoi parles-tu ?
— Un sorcier est venu me voir il y a peu. Il m’a torturé. Ce n’était… rien, ce que j’avais dû subir avant. Cet homme… Il…
— Schwartzmann ! criai-je en attrapant le col de sa toge en lin sale. Qu’est-ce que tu lui as dit ?
— Rien, mais… mon esprit, couina-t-il, à bout de forces, brisé. Il a pénétré mon esprit. La Legimencie. Il a vu… Je ne voulais pas !

Dans un juron, je relâchai mon co-équipier qui retomba au sol. Niklaus connaissait à présent l’existence d’Élise et Katherine. Elles étaient ses prochaines cibles…
Je ramenai Schwartzmann à la capitale ; il fut hospitalisé d’urgence à Tempel Hof, l’établissement de soins pour les sorciers allemands. Il avait besoin de regagner des forces avant de témoigner devant les Silberfalken.
Sans manquer une seconde, je retournai à l’appartement glacial et sans lumière, abandonné par toute la famille. Je me ruai dans la chambre de Kate et repris entièrement tous ses tracés et constellations. Je devais parvenir à calculer où elles étaient arrivées après deux semaines de voyage. Mes prévisions établies, j’attrapai mon balai volant en pleine nuit et reproduisit leur trajet depuis les airs, ne pouvant transplaner vers un lieu que je ne connaissais pas de visu.
Je suivis les étoiles, qui m’indiquaient les directions à prendre, reconnaissant certaines villes en contrebas selon les cartes que j’avais tenté de mémoriser. Mais le froid et mes incertitudes m’empêchaient d’aller aussi vite que je le désirais. Je n’avais pas dormi depuis près de deux jours.
L’aube se leva à l’horizon, à ma gauche, réchauffant mon corps, mes mains glacées, cramponnées au manche de mon balai. Je m’approchai de ma destination prévue, quand une colonne de fumée m’alerta…
Un panneau en bois annonçait le gîte. Un foyer temporaire, dissimulé dans une clairière. Mais il n’en restait que des ruines. Des cendres. Des poutres fumantes. Des tuiles en argile brisées. D’énormes braises mourantes.
Je devais vérifier.

Je ne pouvais pas rester sur des espoirs.

Je n’avais jamais connu l’espoir de ma vie.

Grimpant sur les décombres, j’écartai avec la magie les débris de murs, de meubles. J’en extirpai plusieurs dépouilles. Tous morts. Parfois calcinés. Démembrés. Broyés.

Pourquoi ?
Pourquoi continuai-je de chercher, alors que je voulais me convaincre qu’elles ne pouvaient pas être là ?
Pourquoi mon instinct était-il contre moi, me murmurant qu’elles devaient être ici ?
Quelle était cette folie. Cette folie…
Elle grandissait.
Elle prit mon contrôle.

Quand j’aperçus un bras dépasser des gravats. Cette mitaine. La forme de ces doigts pendants. Je les avais tant vus frôler les touches de mon clavier. À l’appartement. Au Grün Spatz.
Mon esprit se raccrochait aux dernières miettes de lumière qui restaient en moi.

— KATHERINE ! KATHERINE !

Ce fut alors qu’elle émergea. Pas elle. Mais sa compagne. Sa peluche. Wolfi n’avait désormais plus qu’une moitié, brûlée de l’autre.

Cette folie.
Elle eut raison de moi.

*** *** ***

— Laissez-moi seul avec lui.

Une fois la porte refermée, Dumbledore traversa l’appartement. Il marcha jusqu’à la chambre de Kate et m’y retrouva. Allongé sur son lit, lui tournant le dos, les restes de sa peluche contre moi. Il y eut un silence puis Dumbledore, dans le cadre de la porte, murmura :

— Je suis désolé, pour votre perte.

Il s’avança sans bruit dans la pièce.

— Je sais ce que c’est. De perdre des êtres qui nous sont proches. De voir périr des innocents, par notre faute. La guerre est un vice humain, qui châtie les plus purs d’entre nous…
— Je le sens.

De nouveau, un silence.

— Vous essayez d’entrer dans mon esprit… Dégagez. Je n’ai pas besoin de vous. Et de votre pitié pathétique.
— Ce n’est pas de la pitié, Wilhelm. Je viens vous apporter ma présence.
— Je crache sur votre présence. Puisque vous venez visiblement que quand cela vous arrange… Allez en Enfer.
— Qu’allez-vous faire alors ? Rester dans ce lit et vous laisser dépérir ?
— Je sais ce que vous attendez de moi… Mais vous ne l’aurez jamais.
— Est-ce que dont vous tentez de vous convaincre ? Je sais que vous ne pouvez pas vous empêcher de songer à la vengeance. C’est une réaction humaine. Vous êtes humain, Wilhelm. Vous semblez souvent l’oublier.

Il prit place sur une chaise, observant ma silhouette allongée toujours tournée vers la fenêtre.

— Connaissez-vous l’histoire de l’homme qui a perdu sa sœur par négligence ? Qui a vu son meilleur ami basculer dans les ténèbres ?
— N’essayez même pas de comparer nos situations… Nous ne sommes pas semblables. Vous n’êtes qu’un misérable opportuniste.
— C’est vrai, nous sommes différents. Car vous avez hérité d’un autre patrimoine : vous êtes un homme de colère.

Il eut cette fois le droit à une réaction : bondissant hors du lit, je lui enfonçai ma baguette magique sous le menton. Dumbledore fixait avec flegme mon visage empourpré par la rage et le chagrin.

— Ne me comparez plus jamais à mon père…
— Vous devez pourtant l’admettre, Wilhelm. La colère est le sentiment qui a toujours prédominé en vous. Pas la joie, la peur, la tristesse, le dégoût. La colère… En colère d’avoir été formaté si jeune. En colère d’avoir été isolé dans votre école du fait de votre nationalité. En colère d’être entouré par des gens moins vaillants, moins intelligents que vous. En colère d’avoir vu votre sœur mourir si jeune. En colère d’avoir toujours suivi le chemin qu’on vous montrait du doigt. En colère d’avoir du vous cacher, vous et votre famille. En colère d’avoir vu des innocents mourir dans vos bras. En colère contre ce monde entier, contre tous ces hommes !
— Taisez-vous ! TAISEZ-VOUS !

Mon hurlement se termina d’un poing qui heurta le mur derrière Dumbledore, à quelques centimètres de son visage.

— Alors ? me demanda-t-il, placide, sans ciller, après quelques secondes de silence. Qu’est-ce que ça vous fait ?

Je refusais d’avouer que la colère me seyait…

— De la libérer ? Après toutes ces années durant lesquelles vous l’avez muselée ?

Lentement, il tourna le visage vers le meuble dans un coin de la chambre. Je comprenais son ordre implicite. Je refusais d’y répondre. Mais mon cœur en avait besoin. J’avais goûté à cette drogue… C’était désormais trop tard.
Je renversai le meuble dans un cri de rage. Arrachai les tableaux, les cartes de Kate. L’appartement entier fut dévasté, dans mon accès de colère. Mais pour la première fois depuis longtemps, je me senti entier. Accompli, à défaut d’être bien, d’être heureux.
Ayant assisté à tout ça, Dumbledore me rejoignit, alors que j’étais à genoux, au milieu du salon ravagé, et il posa une main sur mon épaule.

— Je vais vous emmener à un endroit loin d’ici. Un endroit qui ne vous rappellera pas tout ça. Où vous pourrez faire votre deuil. Mais vous resterez sous surveillance. Nous ne pouvons pas vous laisser seul, pas après ce qu’il s’est produit. Et vous nous reviendrez quand vous serez prêt.

*** *** ***

Une cabane, au milieu d’une forêt. Voici l’endroit que Dumbledore avait choisi pour moi. Loin de toute civilisation, de tout conflit. Les Silberfalken se relayaient dans la masure, pour vérifier que je ne commettais pas de bêtise. Que je ne m’enfuyais pas. Je le savais. Dumbledore refusait que je m’échappe ; j’aurai pu ruiner bien des plans en décidant de partir en croisade solitaire contre Niklaus et Grindelwald. Je devais lui concéder ce point, je n’étais pas digne d’une réflexion raisonnée.


Puis, la surveillance décrut. Preuve que la confiance revenait. Un soir, on me laissa seul dans la cabane. Avec ce silence. Ce trou béant.
Cette nuit-là, je suis sorti. Pour la première fois depuis des jours. Les ténèbres m’appelaient. Le vide m’appelait. Tout m’appelait.
Peut-être qu’elles m’appelaient.
Il neigeait fort. De la neige. Elle n’avait plus la même signification à mes yeux. Ce n’était plus des lunes infimes. Ce n’était que des cendres froides. Des vestiges d’un passé regretté, qui avait brûlé dans le sillage de cette guerre. Des cendres qui perlaient dans des gouttes glacées, partout sur mon visage. Qui perçaient ma peau.
Le vent soufflait fort. Et je lui faisais face, dans la nuit, sans direction, sans baguette magique. Je ne gardais que le foulard rouge entre mes doigts crispés. Le désespoir guidait mes pas. La tête baissée, je ne renonçais pas. Malgré les bourrasques de neige, je poursuivais ma route qui n’avait de fin que le nom. Que l’espoir.

Peut-être qu’elles m’attendraient.

Les chaussures s’enfonçaient sans relâche dans la poudreuse. L’eau remontait jusqu’à mes genoux. Mes mains gelées ne répondaient plus, les muscles douloureux, la peau gercée. Mes oreilles sifflaient. Mes paupières refusaient de s’ouvrir, car mes yeux brûlaient. Mais je continuais.
Comme un vieux loup solitaire, au milieu de la tempête. Il ne chasse pas, il ne cherche pas un abri. Il trotte, il avance. La nature, il ne la craint pas. La mort ne lui fait plus peur. Car le loup a perdu sa meute. Il est son dernier survivant. Le dernier Wolffhart.

 

Il n’a plus aucune raison d’être. Le loup ne vit jamais seul.

 

 

Mais le destin a choisi de faire de lui un châtié. Alors il avance, jusqu’à en mourir.

 

 

Je n’avais plus la force de pleurer : mes larmes gèleraient sur mes joues, agressées par le vent et le froid.


J’ai fini par traverser la tempête. La nature était vide. Les arbres avaient disparu dans les ténèbres et la poudreuse. Elle me renvoyait ce silence insoutenable. Les nuages se sont dissipés, percés par une belle lune presque ronde. Les étoiles me regardaient, dans mon martyre. Oui. Elles m’observaient comme si je n’étais qu’un mendiant misérable.
Peut-être étaient-elles certaines d’entre elles.
Je suis tombé à genoux dans la neige, mes mains paralysées contre moi, les yeux vers le ciel. J’ignorais ce que j’implorais. J’avais tellement supplié qu’on me les rende. Mais rien ni personne ne m’avait répondu jusqu’à présent. Seuls me revenaient en écho mes propres cris. La seule chose que je restais en mesure d’accepter, c’était de mourir.
Je voulais les rejoindre.

Le vieux loup ne survit jamais, seul…

Je me suis écroulé dans cette étendue de neige, le corps secoué de sanglots. Tous les astres assistaient à ma déchéance. Et ce silence… ce silence. Je ne le supportais plus.
De nouveau, j’ai hurlé. J’ai hurlé à la lune, j’ai hurlé aux faucheuses, j’ai hurlé à la nature, j’ai hurlé aux hommes. Peut-être dans le vain espoir qu’elles m’entendent de là où elles étaient. Qu’elles viennent me chercher.
Je ne comprenais pas cette injustice. Je ne la comprendrai jamais. Quel monde enlève des enfants à leur père au nom de la haine ? Quelle terre prive les hommes d’amour, préférant les plonger dans les horreurs de la guerre ? Ma vie n’avait plus de sens sans elles. La magie n’existait plus. Plus rien n’avait d’importance à mes yeux.
Sans Élise…
Sans Kate… Ma Kate.
Je suis tombé inconscient, dans ce cocon blanc. Peut-être dans, je l’espérais, mon linceul de flocons. Le foulard rouge tombait à mes côtés, comme un large filet de sang coulant depuis mon cœur éventré.

Note de fin de chapitre :

VOILA. Je vous avoue que je n'ai pas grand chose à rajouter à tout ça... WWW, nouvelle référence de l'échelle VDM. Genre, Kate, sur une échelle entre 1 et WWW, elle se situe à 8. xD

Le prochain chapitre arrivera vers Noël. ;) Il s'agira du dernier du passé de Wolffinou, avec la fin de la guerre, mais SURTOUT, ses années à Poudlard avec la Kate que l'on connaît. 

J'ai fini ma saison des salons ! FIOU ! C'était intense ! Merci à celles et ceux qui sont passés me voir pour me faire un coucou, c'était génial ! J'ai surtout beaucoup été gâtée à Mons, avec une énorme boîte surprise. Dont pas mals de petites choses en rapport avec LMA. Héhéhéhéhé. Je vais pouvoir me la péter avec ma nouvelle baguette magique et mon porte-clé en papillon violet !

Pour clore l'année, je serai en dédicaces au Cultura de la Défense, à Paris, le vendredi 22 décembre. VIENDEZ ME VOIR !

Et gardez un oeil sur ma page facebook, car les PDF complets des parties I à V de LMA seront partagés durant le week-end ! L'histoire sera aussi disponible au format epub. Tout ça pour vous permettre de lire sur tablette. Plus besoin d'internet pour lire ! Vive la technologie !

Toujours mille mercis à Emi pour sa merveilleuse illustration ! Coeurs sur elle, elle est incroyable !

Je vous souhaite une très bonne soirée et un très bon mois de décembre ! En espérant que je ne vous ai pas trop traumatisés. Sorry not sorry.

ZIBOUS ZOUBIS !

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