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News

79e Edition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 79e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 28 Juillet à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaitre les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A très bientôt !
De L'équipe des Nuits le 08/07/2018 15:32


78e édition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 78e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 16 Juin à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaitre les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A très bientôt !
De L'équipe des Nuits le 11/06/2018 12:57


Assemblée Générale 2018


Chers membres d'HPF,

L'Assemblée Générale annuelle de l'association Héros de Papier Froissé, dont dépend le Harry Potter Fanfiction, est ouverte depuis ce soir 18h, et se terminera le dimanche 10 juin 22h. Les discussions et votes se font ici. Vous êtes évidemment les bienvenus, même sans être inscrit sur le forum !

A bientôt sur un de nos sites, ou lors de cette AG !
De Le Conseil d'Administration le 08/06/2018 20:20


Poussières de Temps


Le quatrième ouvrage des Éditions HPF vient de sortir ! Il s'agit de Poussières de temps, une anthologie qui réunit 16 auteurs sur le thème... du temps.

Les Éditions HPF dépendent de Héros de Papier Froissé, l'association qui gère également Harry Potter Fanfiction, et les bénéfices réalisés sur la vente de ce livre nous permettent entre autres de maintenir ce site. Alors si vous avez envie d'un peu de lecture papier pour changer, n'hésitez plus !
De L'Équipe des Éditions HPF le 08/06/2018 10:08


Sélections du mois


Chers et chères membres d'HPF,

Tout d'abord toutes nos excuses pour l'absence de News le mois passé. Nous avons commencé une réflexion sur les Sélections du Mois que nous ne trouvons pas forcément adaptées aujourd'hui à vous, lecteurs et auteurs sur le site non inscrits sur le forum.

Si vous souhaitez participer au changement de format et nous dire ce que VOUS aimeriez avoir (sur quels critères sélectionner un texte ? comment voter ?) n'hésitez pas à remplir le questionnaire suivant ⬇
Questionnaire : les Sélections du Mois

Votre avis est très important parce que nous n'avons pas l'occasion de l'avoir sur le forum ♥


Félicitations aux textes sélectionnés sur le thème Next Gen : M'aimeras-tu ? de Chalusse, 23 ans plus tard de claravictoria, Secrets, Désirs et Complications de mariye et Bloo pour Bellezza !




Félicitations aux textes sélectionnés sur le thème Résistance : Le murmure des plaines de TennyLunard, Les désirs dérangés 2: Les fatalités de Kana94, Polock pour Une mort très douce, A roar of delight de Clairelittleton, ainsi que Charliz pour son texte Le Travers de l'Homme !



Bravo à ces auteurs et autrices !
De L'équipe des Podiums le 06/06/2018 11:13


Les Nuits Insolites d'HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 6e édition des Nuits Insolites se déroulera le Samedi 2 Juin à partir de 20h. N'hésitez pas à venir vous inscrire !
Les modalités de participation sont disponibles sur le même topic.

A très bientôt !
De L'équipe des Nuits le 24/05/2018 13:11


Sum Presentialiter Absens in Remota par Ielenna

[62 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

DEJA ? Et oui ! Déjà ! Incroyable, non ? Bon. Entre nous, j'avais déjà beaucoup avancé ce chapitre, d'où le fait qu'il sorte si vite après LMA. Krkrkr. Qu'y puis-je ! J'adore SPAIR ! J'adore le personnage d'Emeric ! (chouchouuuu !)

Bonne lecture !

Depuis quelques jours déjà, les soirs se ressemblaient tous aux yeux d’Emeric. Arrivait un moment où il se retrouvait irrémédiablement dans son lit, le regard fixé sur ses mains. Et toujours cette même question qui orbitait dans sa tête : d’où lui venait cette rage ? Cette colère incontrôlable, qui s’emparait de son corps. Malgré lui, Emeric commençait à compatir la situation de Kate vis-à-vis de son Immatériel. De comprendre ces pouvoirs qu’elle ne parvenait à maîtriser, car lui-même en faisait les frais d’une manière sensiblement différente.
Le couvre-feu n’était pas encore de mise, mais les plus jeunes, épuisés à une semaine des prochaines vacances de l’école, baillaient déjà. Certains profitaient de ce moment calme pour s’accorder un temps au sauna – quand il n’était pas pris d’assaut par Sergueï et sa bande – de fignoler leurs devoirs à rendre ou de jouer entre amis, aux cartes explosives et aux échecs version sorcier. Un temps qu’Emeric accordait généralement à la lecture, n’ayant pas le droit de sortir du dortoir dans l’espoir d’aller pianoter quelques touches en solitaire. Mais le jeune homme n’avait plus la motivation, la foi de s’y rendre ou d’ouvrir un livre, obsédé par son forfait. Cela le travaillait, cela le hantait.
Mais ce soir-là, ne tenant plus en place, il se leva et descendit du lit en hauteur. Il croisa le regard de Petrov, et s’apprêta à l’ignorer, habitué à ne jamais recevoir de réponse à ses tentatives de contact, quand il aperçut une différence par rapport aux autres jours. Emeric s’arrêta et fronça les sourcils :

— Où est ton rat ? lui demanda-t-il.

Le regard de Petrov s’assombrit et Emeric devina qu’il était arrivé malheur. Le russe trapu s’exprima alors dans un anglais approximatif :

— Il manger le chat d’Olga.
— Oh… je suis désolé pour toi, Petrov. C’était… un chouette compagnon… !

Petrov ne le remercia pas pour ses condoléances, se contentant de hocher la tête. Et devinant qu’il n’y avait rien à ajouter, à ce tragique incident, Emeric s’éloigna sans d’autre parole. Il fréquentait rarement le fond des dortoirs, un espace peut-être plus renfermé, qui offrait une meilleure – quoi que relative – intimité et qui avait l’avantage d’être plus supportable en hiver malgré les baisses drastiques de température.
Il y retrouva Lyov et Marek, qui partageaient la même structure superposée abritant leurs deux lits. Question de poids, très certainement, Lyov avait hérité du plus haut tandis que le polonais occupait celui du bas. Dos au dortoir, ils ne le virent pas approcher, dans un premier temps, tous deux occupés à discuter dans une langue slave, Lyov assis en hauteur. Quand Emeric parvint à leur niveau, il ralentit le pas et se fit remarquer d’un toussotement. Ils interrompirent alors leur discussion et se retournèrent vers lui, non sans surprise.

— Le petit s’aventure enfin du côté des grands ? ironisa Lyov, qui se pencha sur le côté pour mieux le distinguer, le regard fourbe.

Emeric se méfiait déjà bien plus des yeux de Marek, qui semblait garder en mémoire son agression sur Vilma, quelques jours auparavant.

— J’aimerais… qu’on parle une fois pour toutes de ce qu’il s’est passé l’autre jour. En cours. Puis… pour Vilma.
— C’est à elle que tu dois l’expliquer, trancha Marek. Pas à nous.
— J’ai besoin d’aide. Et je sais que vous pourrez me comprendre mieux qu’elle.

Par là, il s’adressait à Lyov, qui s’affermit son regard. Perché dans son lit, il ressemblait à un grand félin à l’affût, à l’image de son animagus, songea Emeric.
Il leur expliqua alors en détails ses visions, son lien avec Kate, sa colère inexpliquée. Il ne leur cacha rien, si ce n’était les avances que Vilma lui soumettait parfois. À la fin de son monologue, le russe répondit alors :

— Qu’est-ce que tu attends de nous, exactement ?
— Je sais que tu as été dans la même situation que moi.

Emeric jouait sur une corde sensible, il le savait. Il poursuivit avec prudence :

— Quand Sigrid est partie pour Poudlard, et que je suis arrivé. Tu m’as pris pour ton bouc émissaire. Tu as déchargé toute ta colère sur moi. Comment tu as fait pour t’en débarrasser ? Pour vivre sans cela ? Pour accepter ?

Lyov soupira puis descendit du lit d’un saut bien calculé, pour se planter devant Emeric, qui ne cillait pas.

— Un jour, un morveux m’a remis les idées en place. Avec une simple phrase. Il m’a dit « la violence est la réponse du faible. Le pardon est un acte qui demande bien plus de courage. »

Emeric frissonna : il reconnut ses propres mots. Mais Lyov ne le ménagea pas.

— Tu as été faible. Avec Vilma. Avec ce gars, dans ta vision. Ou même avec ta copine.
— Ce n’est… pas ma copine, murmura Emeric, embarrassé.
— Et honnêtement, je te pensais plus courageux que cela.

Ravalant son orgueil, Emeric ne se débina pas malgré tout, se dressant face à Lyov.

— Je sais. Je dois… apprendre à leur pardonner. À accepter cela.
— Tu apprends vite. Tu sauras faire.

Cette remarque émanait de Marek, toujours assis sur son lit, le dos arrondi, les mains liées. Pourtant, il ne lui gratifia pas son sourire habituel et Emeric trouvait cela particulièrement terrifiant.

— Va te coucher, gamin, lui intima Lyov qui s’écarta. On doit se lever tôt demain. Et vu tes prises de tête, tu n’es pas prêt de t’endormir.

Emeric hocha la tête, lui accordant cette juste remarque. Car tous les élèves avaient appris, suite à une annonce de la directrice de Durmstrang, que l’établissement allait accueillir un visiteur spécial pour cette journée et qu’il était indispensable qu’ils se tiennent en ordre pour le recevoir avec dignité. Des rumeurs et des paris circulaient déjà à propos de l’identité de ce fameux sorcier, qui n’avait été révélée. Beaucoup songeaient déjà à un Ministre de la Magie des Balkans ou d’un pays scandinave.
C’est ainsi qu’aux aurores, tous les élèves se réveillèrent au son du cor magique que soufflait Sven, le pas militaire. Ils s’empressèrent de s’habiller, chacun vérifiant que son uniforme était correctement ajusté. Personne ne devait sortir du lot. Quand il sortit du dortoir après avoir agrafé sa cape rouge et noire au niveau de sa clavicule, Emeric manqua de se prendre un bâton dans le nez. Planté à la sortie, Sven tendait un piquet grossier à chaque garçon et le surveillant exhiba un sourire déconstruit en prenant le jeune sorcier par surprise.

— N’oublie pas ça, l’anglais !
— C’est… c’est quoi, exactement ?
— Tu as plus de quinze ans, gamin ?
— Euh, oui.
— Alors tu en prends un, et que ça saute ! Ne me fais pas perdre mon temps !

Sans quérir plus d’explications, Emeric attrapa le grand bâton et s’écarta. Plus loin, Marek et Lyov, tous deux équipés également, riaient doucement, témoins de la scène, tandis qu’Emeric s’approchait d’eux, un peu pâle.

— Du coup, c’est quoi ? leur demanda-t-il, en examinant son nouvel accessoire qui comportait une tête d’aigle en métal à son sommet.
— Des sceptres de cérémonie, lui expliqua Marek. Ils sont dans l’école depuis des siècles.
— Des antiquités, siffla Lyov.
— Il paraît que ce sont des sortes d’ancêtres de nos baguettes.
— Ils font de la magie ? s’intéressa Emeric.
— En quelque sorte. Mais ils ne sont pas très puissants. Ils ne font que des petites étincelles par ci par là. Ils les gardent pour le spectacle.

Emeric palpa alors le bois avec davantage de fascination. Cet objet avait dû passer entre les mains de nombreux sorciers. Et ce, depuis le Moyen-Âge. Cette simple idée faisait battre son cœur plus vite.

— Et qu’est-ce qu’on va faire avec ?
— T’assommer.
— Hein ?
— Lyov est très fort en ironie. Et il est fier de lui en plus…
— Pas ma faute s’il est aussi naïf.
— On va accueillir le visiteur. C’est la tradition. Allez, ne traînons pas.
— Mais je dois faire quelque chose avec, alors ? répéta Emeric, un peu anxieux, tandis qu’ils descendirent au rez-de-chaussée.
— Tu as le sens de rythme ?
— Oui, je crois.
— Alors tu sauras faire.

Sans plus d’informations, ils rejoignirent les dizaines d’élèves déjà regroupés en bas. Les filles d’un côté, les garçons de l’autre. Les plus âgés, équipés d’un bâton, en première ligne, frayant devant eux un large passage qui reliait à la grande porte d’entrée. La discipline était de mise, tandis que le professeur Richter donnait les ordres sans que personne n’ose prononcer un mot.

— Droits ! Le regard, devant ! Et pas gauche ! Et pas droit !

Le vieux Sven avait sorti de son artillerie musicale un énorme tambour, dont il frappait la peau avec deux marteaux. Emeric loupa la première mesure, tandis que tous les autres élèves claquèrent leur sceptre de cérémonie sur le carrelage, provoquant des gerbes d’étincelles. Il se rattrapa sur le suivant et commença à engranger le rythme sans plus de difficultés. Le piano lui avait appris à battre la mesure avec précision. Les rangs et les claquements donnaient au rassemblant des airs martiaux, comme si l’école se préparait à partir en guerre.
Quand, tout à coup, la grande porte s’ouvrit. Concentré sur leur tâche, aucun élève n’osa tourner la tête, mais tous guettaient l’arrivant avec leur vision périphérique. Et ce sorcier qui s’avança, Emeric l’aurait reconnu parmi des milliers, rien qu’au son caractéristique de ses pas. De ses longues foulées. Avec son grand manteau de feutre.
Il tenta de ne pas laisser transparaître de réaction quand le professeur Wolffhart passa devant lui. Que faisait-il ici, si loin de Poudlard, en pleine semaine ? Emeric ne put s’empêcher de penser que cela avait un rapport avec Kate. L’avait-elle dénoncé, à propos de l’agression de Gale ?
Cependant, il fut presque vexé que son enseignant de métamorphose ne daigne lui accorder le moindre regard alors qu’il rejoignait la directrice, Mrs Stendger, entourée de Kahru et Richter. Tous trois inclinèrent la tête face à Wolffhart, marque du profond respect qu’ils lui témoignaient. Puis, ils discutèrent en allemand, grâce à la traduction de Richter auprès de sa directrice, à voix basse, avant de s’éloigner. Quand ils eurent disparus, Sven congédia les élèves en les menaçant de les frapper avec l’un de ses marteaux.

— C’était qui ? chuchota une petite fille en danois à sa voisine.
— Tu ne le reconnais pas ?! C’est Wilhelm Wolffhart !
— Non ?! C’est lui ?!

Emeric fronça les sourcils. Il semblait être le seul à ne pas être en admiration devant l’arrivée de son professeur. Il lui manquait un élément pour comprendre ce qui lui valait une telle réputation. Un juron en allemand le détourna de ses pensées : Vilma était arrivé derrière lui, soufflée.

— Si on m’avait dit que c’était lui… !
— J-je ne comprends pas. C’est juste… Wolffhart. Enfin, oui, je veux bien croire que c’est un grand sorcier, mais à ce point ?
— Quoi ?! Comment oses-tu dire ça de lui ?
— Je ne sais pas, c’est mon professeur, Vilma ! Je ne le vois pas comme une espèce de Dieu… ! J’ai presque l’impression que vous le vénérez !
— C’est le cas ! Il a sauvé Durmstrang !
— Comment ça ?

Vilma souffla, sans savoir par où commencer. Ils reposèrent leurs bâtons de cérémonie dans la grande caisse qu’avait laissée Sven pour les récolter.

— L’école a manqué d’être détruite pendant la Seconde Guerre Mondiale. Elle l’aurait été s’il n’était pas intervenu. Il a sauvé des centaines de personnes ce jour-là. Mais en réalité, je pense qu’il en a sauvé des milliers… !
— Il y a une rumeur qui court à Poudlard qu’il aurait été un membre des Silberfalken. Les résistants sorciers allemands.
— Ce n’est pas une légende, Bäumchen. Wolffhart est un véritable héros. Je pense que vous ne vous rendez pas compte à quel point vous avez de la chance de l’avoir comme professeur, à Poudlard !

Mais ça, Emeric voulait bien l’admettre. Son professeur l’avait toujours forcé à repousser les limites. Il avait résolu la prise d’otages de la Cabane Hurlante. Et c’était lui qui avait soutenu la décision qu’il se rende à Durmstrang, une année durant. Wolffhart n’était sûrement pas la personne la plus diplomate ou la plus bienveillante qui soit, mais il poussait ses élèves à l’excellence, à exploiter leur potentiel jusqu’au bout. Il devenait par là l’un des meilleurs professeurs qu’ils pouvaient avoir.

— Qu’est-ce qu’il viendrait faire ici ? se demanda Marek, pendant le petit-déjeuner.
— Sûrement vérifier que tout se passe bien pour moi, supposa Emeric.
— Hm. Dans ce cas, on aurait dû passer plus de temps à t’endurcir, au début d’année.
— Vous ne m’avez pas endurci, Lyov. Vous m’avez harcelé !
— Tu t’emballes vite, gamin.

Puis, Vilma remarqua, entre deux bouchées, qu’Emeric se massait la tempe, soulevant la branche de ses lunettes.

— Ça va ? se soucia-t-elle à voix basse.
— C’est rien. J’ai juste… un peu mal à la tête. Mais c’est assez fréquent depuis quelques mois. Ça passera, rien de grave.
— Voldemort n’est pas loin ? ricana Lyov.

Ces mots raidirent Emeric, pâle. Il n’avait pas l’air de plaisanter :

— Ne prononce jamais ce nom.
— Désolé. Je voulais juste détendre l’atmosphère. Et j’avais juste lu il y a quelques années dans un journal que Potter avait mal à la tête dès qu’il s’approchait de V…
— Tu-sais-qui, l’interrompit immédiatement Emeric pour anticiper sa nouvelle erreur.
— Tu n’as plus à avoir peur de lui, Bäumchen, il est mort !
— Tu n’as pas vécu la guerre, Vilma. Des familles entières, tuées, raflées. Sans la guerre, ma mère… elle serait probablement en vie. Et sans elle, j’aurais pu y passer aussi.
— Comment ça ?

Emeric soupira, fronçant les sourcils. Se remémorer ce temps semblait à chaque fois rouvrir des blessures, toujours plus difficiles à refermer.

— Mes parents n’étaient pas encore mariés, quand je suis né. Aux yeux du Ministère, j’étais seulement le fils de ma mère, qui était une cracmolle. J’étais donc considéré comme tel. Voire même comme un moldu, peut-être ! Pourtant, j’ai présenté assez tôt des signes de magie. De ce fait, je me rapprochais d’un statut de Né-Moldu. Et ça, c’était extrêmement mal vu, pendant la guerre… Mes parents se sont mariés pendant la guerre, afin que je sois reconnu comme un Sang-Mêlé. Car mon père est un sorcier, mais ils refusaient de le prendre en compte… Ce n’était pas une époque simple.
— Je vois…
— Emeric !

Tous se retournèrent vers le professeur Kahru, qui l’avait interpellé alors qu’il s’avançait vers le groupe dans sa démarche d’ours, avec ses grosses fourrures sombres et sa barbe fournie.

— Professeur ?
— Le professeur Wolffhart aimerait s’entretenir avec vous, avant votre cours. Il vous attend dans ma salle.

Emeric déglutit, hocha de la tête et se leva. Sans que personne ne l’accompagne, il se rendit dans le grand amphithéâtre de bois sombre et aux tentures rouges où Kahru dispensait ses cours. Pourtant, personne ne l’y attendait. Le bureau de l’enseignant était vide, personne n’était assis derrière.

— Professeur Wolffhart ? appela-t-il, sa voix résonnant dans l’hémicycle.

Il s’avança donc vers le centre ; peut-être s’était-il absenté pour quelques minutes. Son professeur de métamorphose ne tarderait pas à arriver. Mais mieux valait-il rester plutôt que de partir et de risquer les représailles d’un Wolffhart mécontent qu’on lui ait posé un lapin !
C’est un grognement qui le détourna de ses pensées, quand Emeric aperçut alors cet énorme chien, un berger allemand, aux sommets des gradins, en position d’attaque, les babines retroussées sur ses dents serrées.

— Euh… woh. Euh… tout doux !

Le chien aboya fort, avant de dévaler les marches en sa direction. Il allait lui sauter dessus, la gueule ouverte et les oreilles en arrière, quand, d’un bond salvateur en prenant son élan sur le bureau, Emeric se métamorphosa en harfang et battit des ailes, dans l’espoir vain de lui échapper par les hauteurs. Mais alors qu’il se posa maladroitement sur une planchette, il entendit un ricanement satisfait. Quand il se retourna, il constata alors avec surprise que le chien avait disparu, mais qu’à sa place se tenait un Wolffhart, visiblement amusé.

— Vous êtes un Animagus ?! s’exclama Emeric en reprenant sa forme, en équilibre sur la tablette de cours.
— Je vous retourne la question, Herr Beckett.

Tandis que Wolffhart effectua quelques pas autour du bureau, les mains derrière le dos, Emeric fronça les sourcils.

— Vous le saviez ! Vous m’attendiez !
— Vous ne faites pas preuve de beaucoup de discrétion, Blondschopf ! Le professeur Kahru vous a vu…
— L-le professeur Kahru ?
— Un conseil ; la prochaine fois, veillez à bien vous éloigner du château avant de vous livrer à vos petites expériences.

Emeric pâlit : ses frayeurs s’étaient révélées juste. Kahru les avaient aperçus par l’une des fenêtres de l’école.

— Aber machen Sie sich keine Sorgen. Votre secret, à vous et à vos petits amis rebelles, ne sera jamais ébruité. Ce Kahru est un professeur intègre et pourvu d’un cerveau bien plus développé que ceux de la plupart de mes tristes confrères.

Puis, Wolffhart prit place avec prestance dans le siège du professeur, les mains liées devant sa bouche.

— Depuis quand ? lui demanda-t-il en allemand, conscient qu’Emeric le comprendrait.
— Janvier, lui répondit-il dans la même langue.
— Vous voulez dire que cela ne fait que deux mois ? poursuivit Wolffhart, cette fois en russe.
— C’est exact, rebondit Emeric, qui suivait sans difficulté les changements de langue de son professeur.
— Impressionnant…

Cette fois, Wolffhart s’était exprimé en anglais, mais Emeric ne sut comment réagir face à ce compliment.

— Vous avez déjà beaucoup appris.
— C’était le but, en venant à Durmstrang, professeur.
— Natürlich. Mais je ne pensais pas autant. Vos compétences dépassent toutes mes espérances, je dois l’avouer.
— Vous veniez pour m’évaluer, professeur ? s’enquit Emeric, avec courtoisie, en descendant du bureau d’élève.
— Et vous donnez quelques récentes nouvelles de Poudlard.

Emeric s’immobilisa une seconde : Wolffhart ne devait pas être étranger aux récents évènements. Cela se confirma :

— Entre autres de Fräulein Whisper…

Depuis quelques années déjà, Wolffhart n’était pas étranger aux sentiments d’Emeric vis-à-vis de Kate, et s’en était servi pour requérir son aide lors de la prise d’otage de la Cabane Hurlante. Ce qui avait motivé son départ pour Durmstrang.

— Sachez qu’elle a agressé un élève l’autre jour. Les choses se sont aplanies, mais cependant vous…
— Attendez, elle a agressé quelqu’un ?

Mécontent qu’on l’interrompe, Wolffhart le fusilla du regard mais accepta de lui offrir quelques éclaircissements :

— Cela vous mettrait en joie d’apprendre que Herr Gale en a eu le bras fracturé et qu’il est aujourd’hui en convalescence pour au moins une semaine. Liebesgeschichten… Dummheiten.
— Ce n’est pas Kate, la responsable !

Tout se bousculait dans la tête d’Emeric. Le jour de l’agression de Griffin, il avait été persuadé que Kate l’avait vu. En réalité, elle s’était adressé à ses pouvoirs, à son Immatériel. Elle se croyait responsable de cet incident… Cela changeait la donne et accentua la culpabilité d’Emeric.
Une ride supplémentaire se creusa sur le front de Wolffhart.

— Expliquez-moi, exigea-t-il, la voix grondante.
— C’était moi ! C’est moi qui ai agressé Griffin !
— Écoutez, Herr Beckett. J’ai conscience que vous désirez la protéger, mais ce que vous avancez est impossible.
— Je sais, j’étais là ! Il… il l’a insultée ! Alors je me suis emporté. Je l’ai plaqué contre l’arbre. Je l’ai étranglé ! Je lui ai cassé le bras !
— On a dû vous le raconter, nia Wolffhart.
— Je vous jure, professeur ! C’était moi !

Face à la conviction d’Emeric, qui affichait un regard chargé de détermination, Wolffhart se permit de douter.

— Et comment serait-ce possible ?

Emeric n’eut alors d’autre choix que de lui raconter en détails l’histoire de la bulle au flocon, qui l’avait relié à Kate. Mais Wolffhart coupa son explication :

— C’était de votre part ? Cette bulle ?
— O-oui, bredouilla-t-il, pourquoi ?

Cette fois, ce fut au professeur de fournir son lot d’explications :

— Quand Fräulein Whisper s’est rendue à Londres pour voir son père hospitalisé, j’ai été chargé de réunir ses affaires, en tant que son directeur de maison. Et l’un de ses camarades avait trouvé cette bulle, dans sa chambre. Je l’ai trouvée… très suspecte.
— Que voulez-vous dire ? trembla Emeric.
— Elle portait en elle une puissante magie. Je la ressentais… Je pensais qu’elle était reliée à son père, ou qu’importe. Mais j’ai entrevu l’importance qu’elle pouvait avoir. Qu’elle pouvait aider Fräulein Whisper, d’une manière ou d’une autre. Je lui ai donc laissée en évidence, dans ses affaires. Si cela pouvait l’aider à supporter cette dure période… Comment avez-vous fait ? Comment l’avez-vous conçue ?
— Je… je l’ignore, professeur ! J’ai simplement appliqué un sortilège de vitrification ! Je ne m’attendais pas à de telles conséquences.

Emeric semblait honnête.

— En tout cas, cela change beaucoup de choses, pour Fräulein Whisper.
— Elle s’en croyait responsable…
— Je lui ai effacé la mémoire. Par rapport à cet incident.

Le jeune sorcier approuva cette décision d’un hochement de la tête.

— Dans ce cas, est-ce vous qui avez incendié la salle de cours également ?
— Quoi ? s’étrangla Emeric.
— Quelques minutes plus tard, Fräulein Whisper a mis le feu à la Salle de Potions. À moins que…
— J-je… la bulle était détruite ! Je n’étais pas là ! Que s’est-il passé ?
— Fräulein Whisper s’est crue responsable de ce qu’il s’est produit avec Herr Gale. Ses pouvoirs ont pris le dessus…
— Merlin, tout le monde va bien ?!
— Beaucoup de traumatisés, mais je n’y peux rien si Poudlard n’était qu’un rassemblement de mauviettes. Nein. Aucun blessé.
— C’est… c’est à cause de moi ! Si je n’avais pas blessé Griffin, Kate n’aurait jamais pensé être la responsable ! Et elle n’aurait pas…
— … perdu les pédales ? Personne ne pouvait le prévoir, Herr Beckett. Son Immatériel est imprévisible.

Beaucoup de choses pesaient sur le cœur d’Emeric à ce sujet, et il se sentait obligé d’en parler avant que le professeur Wolffhart ne le devine et ne le force à s’en décharger.

— À ce propos, professeur… Kate a découvert une porte dans la salle commune des Papillombre. Elle vous en a parlé… ?
— J’ai honte de l’admettre, Herr Beckett, mais je n’étais pas aussi disponible que j’aurais dû l’être auprès de Fräulein Whisper à propos de ce genre de questions, dernièrement… Quelle est cette porte ?
— Le tombeau de Maëva.
— La fondatrice de Papillombre ?
— Personne ne doit ouvrir cette porte.

Plus fébrile, Emeric s’approcha de quelques pas.

— Kate m’a demandé de traduire les runes qui sont gravées dessus. Et il est dit que quiconque tentera de l’ouvrir en mourra.
— En avez-vous prévenu Fräulein Whisper ?
— C’est la première chose que j’ai faite, professeur.
— Gut.

Puis, détachant ses doigts osseux les uns des autres, Woffhart poussa un profond soupir.

— J’aurais aimé vous conseiller de vous tenir éloigné de toutes ces histoires d’Immatériel, Herr Beckett. Mais vous avez déjà mis les pieds dedans, à ce que je constate.

Puis, il étouffa un ricanement, camouflant cela en un haussement d’épaules.

— Je suis mal placé pour vous faire la morale. J’ai fait la même erreur soixante ans avant vous… Et je suis toujours en vie. Vous auriez été quelqu’un d’autre, j’aurais pu nourrir des doutes. Mais j’ai conscience que vous êtes sûrement la personne la plus disposée à endosser ces responsabilités.

Tous ces compliments de la part de Wolffhart désarçonnèrent le jeune sorcier.

— Que voulez-vous dire, professeur ?

Alors, Wolffhart se leva. Emeric avait presque oublié à quel point il était grand et intimidant, dans son long manteau de feutre noir.

— Vous êtes doué, Herr Beckett. Certainement l’un des plus sorciers les plus talentueux que j’aie rencontré depuis des décennies. Et pour avoir demandé l’opinion des professeurs de Durmstrang, nous nous accordons enfin sur une chose. Peut-être cela vous étonne-t-il que je m’adresse ainsi à vous. Car je vous considère comme mon égal…

Il s’arrêta à moins d’un mètre d’Emeric, qui ne cillait pas.

— … et car je sais que sans vous, nous sombrerons dans l’échec. Fräulein Whisper a besoin de vous.

Un sourire embarrassé s’étira sur les lèvres d’Emeric, mais ce dernier le ravala bien vite quand Wolffhart lui envoya une pichenette entre ses deux yeux, au-dessus de la liaison de ses lunettes.

— Aouh !
— Mais vous ne l’aiderez certainement pas en vous vengeant sur Herr Gale comme un gamin jaloux et capricieux. Restez vous-même, Blondschopf.

S’il avait cru qu’un jour Wolffhart lui donnerait des conseils sur sa vie sentimentale… ! Emeric se questionna s’il n’était pas en train de rêver, de divaguer.

— Gut, statua Wolffhart. Je n’ai pas plus de temps à perdre ici. Les première année m’attendent pour un cours, cet après-midi. Ces vermisseaux incapables de penser par eux-mêmes et de formuler une esquisse de raisonnement qui daigne tenir la route… !
— Professeur, l’arrêta Emeric, alors que Wolffhart prenait la direction de la sortie. Vous ne me demandez pas comment se passent les cours ici ? Si j’arrive à m’intégrer ?
— Oh, Herr Beckett. Je ne fais pas de souci pour ça. Mais sachez que si vous recevez un seul « Effort Exceptionnel » aux BUSES au lieu d’un régiment de mentions « Optimal », je risquerai de vous le faire payer. Très cher.

Il ouvrit la porte et, la main sur l’arête en bois, il se retourna une dernière fois vers Emeric, faisant tournoyer les pans de son manteau dans son volteface.

— Nous nous reverrons en mai, Herr Beckett. Profitez bien du Grand Nord, d’ici là.

Emeric l’en remercia d’un hochement de tête avant de se retrouver seul dans l’amphithéâtre, coi.
Dans le couloir, Wolffhart fut rejoint par Kahru, qui était resté non loin de là, attendant la fin de leur entretien.

— Gardez toujours un œil sur lui, lui conseilla Wolffhart en finlandais.
— Je comptais le faire…
— Ne le contrariez pas. Ne le poussez pas. Nous devons d’abord éclaircir un certain nombre de choses. Et je préfère qu’il revienne à Poudlard, qu’il retrouve ses repères, avant que nous le fassions.
— Ce que je comprends tout à fait.
— Mais surtout, ne lui dites rien. Ce gamin a un cerveau qui fonctionne à la vitesse d’un faucon en piqué… Ne lui laissez aucun indice dont il puisse se servir, ne laissez persister aucun doute. Il doit continuer à vous faire confiance. Et ne doit jamais considérer nos hypothèses, qu’il pourrait interpréter comme une vérité.
— Une décision que j’approuve, professeur Wolffhart.
— Gut. Sehr gut…

***

Emeric ne recroisa pas Wolffhart avant que celui ne quitte Durmstrang pour retrouver Poudlard. Un pincement au cœur le surprit. Quelque part, il aurait bien aimé rentrer avec lui. Insidieusement, Poudlard commençait à lui manquer de plus en plus. Malgré ses bonnes expériences à Durmstrang, il ne s’y sentait pas comme chez lui, comme c’était le cas dans l’école de sorcellerie britannique. Certaines nuits, il regrettait les grands lits à baldaquins si confortables de son dortoir de Serdaigle. Et l’intimité de leur salle commune, si lumineuse, avec ses gigantesques vitraux et les pierres blanches, certaines sculptées en statues.
Début mars, Emeric reçut une lettre dont il avait tant rêvé et celle-ci était signée Terry.

— Quoi ?!

Il bondit sur son banc, puis, un sourire élargit ses traits.

— Tu n’y croiras jamais ! s’adressa-t-il à Vilma, en face de lui, à la table, qui consultait un grimoire de sortilèges pour travailler sur son devoir, le bout de sa plume lui chatouillant les lèvres.
— Hm. Ta copine a quitté son mec ?
— Co-comment tu as su ?
— Tu as le sourire extatique, Bäumchen. C’est difficile de trouver autre chose qui te rendrait heureux à ce point !

Le sourire de Vilma était plus timide et elle fit mine de se refocaliser sur son livre.

— En plus, Terry me dit qu’elle ne l’aurait pas si mal pris que ça ! C’est positif !
— Tant mieux.
— Merci pour tes conseils, Vilma. Ca a sûrement servi là-dedans !
— Ravie de le savoir. Maintenant, si tu veux bien, Bäumchen…

Elle releva ses yeux noisette vers lui.

— … j’aimerais terminer ce parchemin. S’il te plaît.
— Pas de soucis. Pardon.

D’un réflexe incroyable, Vilma grandit au-dessus de la table pour lui assener une tape sur la tape. Mais Emeric préféra en rire, le cœur rendu léger par la nouvelle. Il regretta cependant que Vilma n’en fasse peu état.

*** *** ***

Le comportement de la jeune allemande changea du tout au tout quelques jours plus tard. Emeric la croisa tout sourire, sautillante dans le couloir, alors qu’il rentrait de la bibliothèque où il avait mené une longue journée de révisions. Au bout de ses doigts, elle secouait une lettre.

— Buse express pour Bäumchen !
— Ah ?
— Ça vient de ta copine !
— Ce n’est pas ma copine, bredouilla-t-il, tout rougissant.

Il attrapa la lettre et observa avec étonnement que la lettre avait été scellée avec un cachet de cire qui… avait attrapé une mèche de cheveux à moitié arrachée de Kate. Il ricana en se passant une main sur le visage.

— Toujours aussi maladroite, constata-t-il. Avec ses longs cheveux, elle a dû se verser de la cire sur les cheveux sans faire exprès !
— C’est un peu une boulette. Vous allez bien ensemble. Allez ! Ouvre-la !

Emeric se pressa de l’ouvrir, amusé par l’enthousiasme de Vilma, qui trépignait sur place.

— Elle me remercie pour les partitions, lut-il avec un sourire ému.
— Celles que tu lui as écrites pour son anniversaire ?
— Oui. Elle… elle se rappelait de la mélodie.
— C’est du tout cuit, Bäumchen !
— Non ! Non, Vilma ! Je ne veux rien précipiter ! Et puis… tant que je ne suis pas revenu à Poudlard, ça sera compliqué. Chaque priorité en son temps. D’abord, Durmstrang, puis les BUSES. Et ensuite… eh bien, on verra comment ça se goupille, avec Kate ! Mais je ne veux rien presser ! Vraiment pas. Ça serait une grosse bêtise.
— Je suis contente pour toi.

Vilma lui avait frotté le bras en même temps qu’elle avait prononcé ses mots.

— Merci, Vilma.

*** *** ***

Tout semblait se passer pour le mieux les jours qui suivirent. Emeric était enivré par la joie. Il avait de nouveau remporté une soirée de duels, avait reçu d’excellentes notes à ses devoirs de sortilèges, d’astronomie et même de magie noire. Certains soirs, dans le sauna, les garçons se lançaient dans de grandes conversations, avant que la chaleur de l’endroit ne les rattrape. Au-dessus de la tête d’Emeric se promenait un petit nuage de bonheur. Et cela se voyait. Depuis quelques nuits, ses cauchemars avaient même commencé à disparaître.
Jusqu’au soir où il retrouva un petit mot sur son oreiller :

« Rendez-vous à la grotte pour cette nuit »

Cela le fit sourire. Lyov ou Marek avait dû le lui déposer ici. Il s’y rendrait.
Ceci malgré le blizzard qui sévissait sur les mers gelées. Renonçant à se transformer en harfang de peur d’être emporté par les puissants courants d’air enneigés, Emeric affronta la tempête, enroulé dans son épaisse cape de Durmstrang qu’il avait ensorcelé pour le protéger du froid. Il en avait fait de même pour que ses lunettes repoussent les flocons et ne s’embuent pas. Le jeune Serdaigle craignit dans un premier temps de se perdre dans les immensités balayées de blanc, mais aperçut, avec soulagement, la lumière qui provenait de leur repaire.

— Je suis là ! annonça-t-il en pénétrant dans les lieux.

Il secoua ses cheveux blonds sur lesquels la neige s’était agglomérée et se déchargea de sa cape qu’il accrocha au porte-manteau qui avait été installé à l’entrée de leur lieu secret. Mais personne ne lui répondit. L’endroit était même étonnement silencieux.

— Lyov ? appela-t-il. Vilma ? Marek ? Vous êtes là ?

Mais de nouveau, sa voix lui revint en écho. La chaleur du lieu était si agréable. Et en avançant vers la pièce principale, creusée dans la roche, il aperçut une silhouette postée devant le feu central, qui lui tournait le dos, vêtue d’une grande cape noire. Son cœur battit un coup si fort qu’il le sentit dans sa poitrine. Il plissa les yeux, refusant de croire à cette apparition.

— Kate ?

La jeune femme se retourna et en retrouvant son visage juvénile, ses yeux gris et son sourire timide, Emeric entrouvrit les lèvres de stupeur. Était-il en train de rêver ? C’était impossible. Kate ne pouvait pas être là. Pourtant, elle lui faisait face.

— Qu’est-ce que… ?

Mais alors qu’il s’apprêtait à lui poser toutes ces questions qui embrumaient ses esprits, la jeune sorcière dégrafa sa cape, révélant la nuisette affriolante qu’elle portait. Emeric n’arrivait plus à aligner deux pensées cohérentes, envoûté par une telle vision, les yeux écarquillés. Il ne cilla pas quand la belle créature, qui avait lâché la cape à ses pieds, avança vers lui à pas lents et silencieux. Quand elle se hissa près de lui pour atteindre ses lèvres des siennes, Emeric ne la repoussa pas. Combien de temps avait-il rêvé de cet instant ?
Sans contrôler son corps, il attrapa le visage de Kate avec ses mains et caressa tendrement ses joues tandis qu’ils s’embrassaient. Comme un accomplissement auquel il avait si longtemps aspiré. Il acceptait aujourd’hui cette douce récompense.
Puis, les doigts de Kate rattrapèrent les siens et s’enroulèrent autour, avant que la jeune fille ne s’écarte, le regard brillant, et ne le tire jusqu’au canapé sur lequel elle le fit s’asseoir, avant de s’installer à califourchon sur ses jambes. Emeric sentait qu’il commençait à perdre le contrôle, quand il ne put s’empêcher de caresser ses hanches. Mais au fond de lui criait cette dernière voix rationnelle. Alors, entre deux baisers, il la supplia :

— Vilma… arrête. S’il te plaît…

Le regard ensorcelant, Kate s’écarta quelques secondes et le dévisagea. Elle se mordit la lèvre d’un air provocateur.

— Pourquoi ?

Sa voix n’était pas celle de la Papillombre, mais celle, chantante et teintée d’allemand, de Vilma.

— N’est-ce pas ce dont tu rêves depuis tellement longtemps ?
— Tu n’es pas Kate, souffla Emeric.
— C’est son corps.
— Non, Vilma. C’est le tien, changé par du Polynectar.
— Il est en tous points identiques au sien. N’as-tu pas envie de le découvrir ?
— Ce n’est pas respectueux pour elle.
— Elle n’en saura jamais rien. Ça sera notre secret.

Il avait envie de céder. La tentation était si forte.

— Dis-toi que tu veux être prêt, pour elle. Que cela n’est qu’un… entraînement.
— Non. Ces choses-là… ne peuvent jamais être un entraînement.
— Tu sacralises trop la chose, Bäumchen. Détends-toi. Tu dois lâcher prise…

Elle fit glisser ses bras sur les épaules d’Emeric et, s’approchant de nouveau, captura ses lèvres dans les siennes. Cette fois, la panique supplanta son désir. Il ne voulait pas se soumettre aux envies de Vilma, qui, chaque fois, s’évertuait à exercer plus de pression sur sa raison. Il se tritura l’esprit pour trouver un argument qui la convaincrait d’arrêter. Il lâcha alors :

— Marek t’aime.

Cette fois, Vilma s’écarta avec plus de brusquerie et Emeric devina à son regard qu’elle n’était pas ravie par cette allégation.

— Quoi ? Tu… tu délires !
— Mais c’est vrai !
— Qu’est-ce que tu en sais, Bäumchen !
— Ça se voit ! Crois-moi ! Les gars amoureux en secret, ça me connaît.
— Et tu vas me dire que tu as vu ça chez Marek ?! C’est la chose la plus stupide que j’aie entendue depuis longtemps !
— Il te défend, Vilma ! Il m’a même frappé quand je m’en suis pris à toi l’autre jour. Écoute. Quand… quand Lyov m’a agressé, une fois, dans les douches, il a commencé à parler de toi.
— De moi ?
— Et Marek l’a arrêté.
— Tu racontes n’importe quoi.
— C’est la vérité !

Emeric savait que le moindre faux pas lui vaudrait une claque. Alors, il poursuivit avec précaution.

— Marek tient beaucoup à toi.
— Normal. Nous sommes amis !
— Pourtant, quand il avance qu’il « varie les expériences », laisse-moi en douter. Je n’ai jamais vu Marek traîner avec une autre fille. Ou même en regarder. La seule qu’il voit, c’est toi.

Vilma s’était raidie sur ses genoux, même si cela perturbait toujours Emeric de voir Kate à la place.

— Pense à tous ces moments, avec lui. Et tu te rendras compte qu’il t’aime plus que tu ne le présumes.

Il sentit ses tremblements, alors, pour la calmer, il caressa ses bras.

— Et… je ne peux pas le faire avec toi. Je ne peux pas lui faire ça. Ça me faisait déjà très mal d’imaginer Kate avec quelqu’un d’autre, mais j’aurai d’autant plus souffert si cette personne avait été mon ami. Je ne veux pas manquer de respect à Marek ou outrepasser ses sentiments, juste par pur égoïsme.

Tout ce qui lui avait avancé avait fini par atteindre Vilma, troublée. Et remarquant sa peine, Emeric l’enlaça dans un profond soupir. Étreinte que la jeune femme accepta, blottie contre lui, toute fébrile.

— Tu es mon amie, Vilma… chuchota-t-il. Je ne veux pas te manquer de respect non plus. Pardonne-moi… Je suis désolé.

Après un temps d’inertie, le petit poing de Vilma tapa plusieurs fois à intervalles écartés sur la poitrine d’Emeric.

— Arrête de t’excuser, Bäumchen, murmura-t-elle contre lui. Arrête…

*** *** ***

— Emeric.

Le murmure sonna en écho dans l’esprit du jeune homme. Tout était noir.

— Emeric !

Cette fois, une force lui comprima l’estomac et le réveilla en sursaut. C’est en se passant une main sur le visage qu’il se rendit compte qu’il était en sueur. Pourtant, il n’était pas si proche du feu. Mais son front était bouillant. Emeric roula sur sa couverture en fourrure et observa Vilma, redevenue elle-même, qui dormait à côté de lui. Ils avaient abandonné l’idée de rentrer au château à cause du blizzard et avaient décidé de dormir ici, dans la grotte, plutôt que d’affronter le vent et la neige en pleine nuit.
Emeric se leva alors, titubant, et se rapprocha de la sortie pour se rafraîchir. L’air glacial du Grand Nord le revivifia. Et en se frottant de nouveau la face, Emeric craignit que ses cauchemars soient de retour. C’est en rouvrant les yeux qu’il aperçut cette apparition dans le blizzard. Peut-être créée par les nuages de poudreuses et le vent chaotique. Pourtant, il la discernait si clairement. Cette femme, dans la neige. Celle qu’il n’aurait jamais pu oublier.

— Maman… !

La femme aux longs cheveux blonds et aux lunettes rectangulaires lui accorda un sourire ému. Emeric en avait les larmes aux yeux. Il avait tant rêvé d’un tel instant. De ne la revoir rien qu’une seconde, de se souvenir de son sourire, dont il avait hérité. Ignorant toute rationalité, Emeric se précipita vers le porte-manteau, attrapa sa cape, enfila ses bottes et courut aux dehors. Mais sa mère avait disparu, emportée par les courants aériens. Désemparé, il avança dans le blizzard, tournant sur lui-même.

— Maman ! l’appela-t-il. Maman !

Mais le vent continua de feuler dans ses oreilles. Jusqu’à ce qu’il entende un profond grondement, qui provenait de la glace épaisse sur laquelle il avançait. Il s’immobilisa un instant, sentant des vibrations qui remontèrent dans ses jambes. Des craquements fragilisèrent le sol de glace. Mais Emeric n’y voyait rien. La nuit et la neige l’en empêchaient.

— Emeric ! Emeric !

La voix de Vilma était à peine audible dans la tempête. Mais il sentit la main de la jeune fille attraper la sienne et le tirer pour rentrer à l’abri, dans la grotte.

— Qu’est-ce que tu faisais dehors ?! s’affola-t-elle, les cheveux en désordre, essuyant la cape d’Emeric pleine de neige. En pleine nuit ?! Avec ta baguette restée là ! Ça ne va pas ?! Tu aurais pu mourir !
— J’ai vu… j’ai vu…

Il manqua un pas et se rattrapa à elle. Inquiète, Vilma porta sa main à son visage et constata avec effroi :

— Tu es brûlant ! Bäumchen !

Elle l’aida pour le ramener dans la pièce principale et l’allongea sur les couvertures, avant de récupérer un linge qu’elle imbiba d’eau fraîche à l’aide de la magie.

— Dors, Bäumchen, souffla-t-elle en posant le tissu froid sur le front d’Emeric, après avoir retiré ses lunettes.

Mais face à ses yeux bleus écarquillés, Vilma devina qu’il faisait face à ses délires. Son cœur battit plus fort encore quand elle les vit virer à l’orange. Refreinant sa panique, elle posa une tendre main sur le buste d’Emeric et murmura d’une voix douce.

— Repose-toi. Ferme les yeux. Tu dois dormir… Tu es malade, Emeric. Dors.

Sa main glissa sur son front et sur ses paupières, les forçant à se fermer. Et aussitôt, Emeric sembla s’apaiser. Vilma également. Car ces yeux la terrifiaient tant…

Note de fin de chapitre :

Voilà voilà VOILA. Et ne dites pas que je ne vous avais pas laissé d'indices ! GREUH.

Bon. Sur ce, je retourne à LMA et à mon NaNo. A très très bientôt pour la suite ! (bon, ptet pas demain, mais dans pas longtemps, quoi)

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