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Au bonheur des commentateurs


Du 23 septembre au 22 décembre, nous vous proposons de donner du bonheur autour de vous en participant à notre concours reviews "Au bonheur des commentateurs".
Le but ?
Poster un minimum de cinq reviews par semaine dont l’une devra être sur un texte correspondant au thème de la semaine. En exclusivité pour vous, le thème de la première semaine sera "commentez un texte avec moins de 5 commentaires/reviews" !
Quand ?
Pendant l'automne, du 23 septembre au 22 décembre. Vous pouvez prendre le train en marche sans problème !
Comment ça marche ?
Si vous êtes déjà inscrits sur le forum, rendez-vous ici. Sinon, nul besoin de s'inscrire ! Envoyez-nous un mail à l'adresse suivante projetreview[at]gmail.com en indiquant votre souhait de participer, nous vous indiquerons la marche à suivre !

De le 21/09/2018 22:05


81e Edition des Nuits d'HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 81e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 22 septembre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaitre les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A très bientôt !
De L'Équipe des Nuits le 12/09/2018 09:50


Concours Officiel - Mappa Mundi


L'horloge de la gare de King's Cross sonne l'heure fatidique à laquelle les jeunes sorciers et sorcières du Royaume-Uni montent à bord du Poudlard Express. De l'autre côté de la voie 9 3/4, les jeunes Moldus, tout comme vous, attendent impatiemment la sortie du film Les Animaux Fantastiques 2...

Voyager avec Newt Scamander - Norbert Dragonneau pour ses amis francophones - visiter de nouveaux pays, découvrir des animaux extraordinaires, affronter de terribles menaces et s'en sortir de justesse à chaque fois... Ça fait rêver non ? Ça vous tenterait bien, n'est-ce pas ?

Alors, n'attendez plus une seconde de plus ! Et embarquez à bord du train, prenez un Portoloin ou grimpez sur votre balai pour découvrir de nouvelles contrées. Partez à l'aventure rencontrer les créatures magiques du monde entier ! Avec l'écriture, rien n'est impossible !

Venez découvrir Mappa Mundi, le dernier concours officiel de l'équipe des Bleues ! Inutile d'être inscrit sur le forum pour participer !

A très vite !
De Les Schtroumpfettes de compèt' le 01/09/2018 11:55


7ème édition des Nuits Insolites


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 7e édition des Nuits Insolites se déroulera le Samedi 1er septembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir vous inscrire !
Les modalités de participation sont disponibles sur le même topic. À très bientôt !
De L'équipe des Nuits le 20/08/2018 18:04


80e Edition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 80e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 18 août à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaitre les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A très bientôt !
De L'équipe des Nuits le 13/08/2018 19:43


Délais de validation


Bonjour à toutes et tous !

Une bonne partie de notre équipe étant en vacances, nous tenions à vous informer que les délais de validation des chapitres qui nous sont soumis sont susceptibles d'être plus longs.
Merci de votre compréhension !
Bel été ! Profitez-bien !
De L'équipe de modération HPF le 09/08/2018 14:04


Le Murmure des Plaines par TeddyLunard

[16 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note d'auteur :

Tout d'abord, merci d'avoir cliqué sur cette histoire !

Je l'ai écrite après plusieurs années d'inactivité, dues notamment au temps que me prenaient mes études.

Puis, l'été dernier, je me suis demandé ce que j'étais capable de fournir après deux ans. Alors j'ai fait ce que tout le monde fait, j'ai mis un casque, de la musique, et je me suis lancé.

Cette histoire est donc sortie d'un esprit fiévreux et tourmenté par Aragon, Baudelaire et Rimbaud.

Elle devait au début n'être qu'un simple OS, elle est devenue une histoire à 5 chapitres et un épilogue sur un personnage dont je n'ai fait qu'explorer les profondeurs. Il m'aura fallu deux mois pour la terminer et pour dire au revoir à ces personnages auxquels je m'étais attaché.

Ce petit laïus qui peut sembler naïf n'a en fait qu'une seule utilité : vous dire que cette histoire compte beaucoup pour moi, et que j'espère que vous prendrez autant de plaisir à la lire que j'en ai eu à l'écrire !

Je vous souhaite une bonne lecture !


Tous les personnages sont des OC, exceptions faites de Cornelius Fudge, Abelforth Dumbledore et Kingsley Shackelbot, qui appartiennent à J.K Rowling.

Les chapitres seront publiés à raison d'un par semaine.

Le rating - 12 s'applique à partir du chapitre 4


NE LISEZ PAS LES REVIEWS SI VOUS N'AVEZ PAS LU L'HISTOIRE

ILS CONTIENNENT DES SPOILS MAJEURS

Note de chapitre:

Voici pour vous le premier chapitre de cette histoire consacrée à la vie d'Henry Pimmes :)

Je l'ai écrit avec la BO du film "The Theory of Everything" en fond sonore, donc je vous la conseille si cela peut vous aider à entrer dans le texte ! :)

J'espère que cela vous plaira !

Bonne lecture !

 

CHAPITRE 1

 

2 mai 1980

Les roues de la bicyclette tournaient furieusement, prises dans un élan conquérant, projetant la selle, le guidon et l'enfant le long de la rue grise. Le vent fouettait ses oreilles, balayait ses cheveux et reformait la houppette que sa mère avait voulu aplatir pour sa fête d'anniversaire.

— On dirait la coupe de ton père...

— Mais maman, j'aime cette houppette.

— Papy et mamy seront là, ne l'oublie pas.

Cette réponse avait valu comme terme à la négociation.

 

 

— Henry ! Ne t'éloigne pas trop ! Fais attention aux voitures !

Dans la rue, les moteurs rugissaient, les jantes étincelaient, renvoyant la lueur du soleil sur les murs des maisons, projetant de grandes traces blanches sur les briques rouges. Les monstres de ferraille se déformaient à la vue d'Henry, ils produisaient le bruit du tonnerre. La vitesse avait effacé les irrégularités du trottoir et les roues ne cahotaient plus dans les trous pleins d'eau qui éclaboussaient auparavant les garde-boues de la bicyclette. Il glissait.

Le cri de sa mère le fit sursauter. Il donna un coup de frein. De nouveau les irrégularités, les trous plein d'eau et la boue.

Elle lui faisait de grands signes de la main.

— Reviens Henry ! C'est l'heure du gâteau ! Nous irons au parc après, si tu veux !

 

 

Henry avait sept ans aujourd'hui. Un grand garçon, disait sa grand-mère. Qui ressemble beaucoup plus à sa mère qu'à son père, ajoutait son grand-père. Les couverts se suspendaient au-dessus des assiettes. Un vague silence s'installait, auquel Henry avait appris à ne pas faire attention.

Regard réprobateur de sa grand-mère, regard provocateur de son grand-père, impuissance de sa mère.

Et lui. Et son bœuf bourguignon. Et l'absence qu'il n'arrivait pas à cerner, qui grandissait, et grandissait, et grandissait.

 

 

C'était un marin. Il devait être marin.

Ou astronaute. Peut-être astronaute.

Non, plutôt marin.

Mais pourquoi marin ?

Il s'imaginait un grand type noir, aux cheveux raides, un peu comme les siens. Un grand type noir avec un regard bleu, comme celui de sa mère.

 

 

— Quand je l'ai rencontré la première fois, j'ai d'abord vu ses yeux.

— Qu'avaient-ils, ses yeux ?

— Ils étaient bleus, Henry, mais d'un bleu marin, clair.

— Comme les tiens ?

Sa mère avait souri mais sans découvrir ses dents. Les fossettes s'étaient reformées aux coins de ses lèvres.

— Oui, mais surtout comme les tiens.

Elle l'avait embrassé. Allongeant son bras blanc vers l'interrupteur de sa lampe, elle le regarda une dernière fois :

— Ses yeux étaient bleus comme la mer, ou comme un ciel sans nuage.

 

Comme la mer ou comme un ciel sans nuage. Marin ou astronaute.

 

— Le bœuf est vraiment bon ! avait lancé la tante Lucie.

Tous les regards s'étaient tournés vers elle. Derrière ses lunettes à chaîne de perles, elle regardait le monde à travers les fenêtres de la sensibilité. Henry disait tante Lucie, parce qu'elle voulait qu'on l'appelle ainsi. Grande-tante Lucie, ça me vieillit, et je n'ai pas besoin de ça pour me rappeler mon âge !

Elle le regardait avec tendresse. Elle le prenait sur ses genoux, le faisait sauter, le faisait rire à en avoir des crampes, lui racontait des histoires, et déchiffrait pour lui le monde des adultes. Drôle d'intermédiaire entre Henry et les hautes sphères de la maturité, tante Lucie était son point de vue sur le monde qui agissait autour de lui, sans qu'il ne puisse jamais y avoir une prise. 

 

 

Henry s'était repositionné, et s'apprêtait à remonter la rue. Au premier coup de pédale, de l'eau jaillit de sous son pneu, éclaboussa ses chaussettes blanches et ses chevilles et contribua à sa fiction mentale.

Le courant était trop fort, son bateau traversait les eaux noires en faisant siffler les voiles. Le tonnerre résonnait autour de lui et projetait de grandes traces blanches sur la mer grise et sa coque rouge brique. Il plissait les yeux pour voir où allait le mener cette dérive.

 

 

— Le monde des grands, mon petit Henry, est difficile à comprendre, disait tante Lucie. Un jour ils ne s'aiment plus, et le lendemain, ils sont comme larrons en foire !

Elle avait porté sa tasse à ses lèvres.

— Dis, tante Lucie...

Elle avait reposé sa tasse dans sa soucoupe.

— Est-ce que maman et papa vont un jour redevenir comme des lardons en foire ?

Tante Lucie avait eu un léger sourire amusé, que ses yeux avaient démenti. Dans un souffle, elle avait répondu :

— Je ne sais pas, Henry...

— Et pourquoi mamy n'aime pas papa ?

— Oh, tu sais, les gens que Margaret apprécie se comptent sur les doigts de la main ! Et moi-même je ne me compterai pas !

Elle avait rigolé.

— Et maman, elle aime toujours papa ?

Son rire s'était brisé sur les récifs de l'interrogation. Elle avait balancé la tête vers la cuisine, pour observer ces cheveux bruns, ce corps svelte, ce nez droit et ces lèvres rouges. Puis, elle s'était retournée vers Henry. Elle avait alors tendrement chuchoté :

— Toujours, Henry. Quoi que Margaret pourra en dire, quoi que Fernand pourra en penser, elle l'aimera toujours.

Il en était resté bouche bée.

— Et tu veux que je te dise pourquoi, Henry ?

Il avait rapidement acquiescé, n'y tenant plus.

— Parce que c'était un homme bien, brave. Parce que c'était ton père.

 

 

En repartant, il avait jeté un coup d'œil aux murs qui l'entouraient.

Il avait remarqué que quelqu'un l'observait, par-dessus une petite cloison de bois. Elle avait un regard amusé, un sourire sincèrement joyeux, et ses mains agrippés aux rebords lui permettaient de s'élever pour pouvoir observer toute la rue.

Henry lui avait souri, elle avait répondu en agitant la main. Il s'en sentit fortifié. Le coup de pédale qu'il donna pour relancer l'infernale bicyclette n'en fut que plus rude. Voire même trop rude pour lui permettre de suivre.

Pris au dépourvu par son propre élan, il eut le réflexe de se cramponner à son guidon.

Malgré la vitesse, il était lourdement secoué par les irrégularités du trottoir. Il était balloté par les flaques qui étaient maintenant menaçantes. Le rugissement des voitures l'effrayait comme les cris d'animaux sauvages qui pouvaient le faire disparaître.

Son guidon tremblait, entraînant sa roue avant.

Il perdit l'équilibre et fut projeté au sol. Il cria. Sa mère aussi.

Il s'abattit sur le trottoir et, incapable de maîtriser le mouvement de son corps, il se sentit emporté loin de sa bicyclette.

Il subit un nouveau choc, et son épaule droite le lança.

Il ne voyait plus rien, si ce n'est la couleur grise de la chaussée sur laquelle il roulait.

Tout alla très vite.

Il y eut un coup de klaxon, mais il ne put savoir d'où il venait. Ce qu'il vit, ce fut un pare-chocs argenté qui courrait rapidement vers lui. Il entendit un nouveau cri de sa mère. « Henry ! » hurlait-elle en se précipitant. Mais il ne la voyait pas s'élancer vers lui. Il avait les yeux rivés sur l'éclat du pare-chocs. Il crut également entendre un sursaut dans la respiration de la jeune fille qui le regardait par-dessus la cloison de bois. Et le pare-chocs était rapide.

Alors il se sentit soulevé du sol, projeté dans les airs par une force infernale. Il n'avait pas senti le pare-chocs. Quand il atterri, ce fut dans une flaque. L'automobiliste s'était bruyamment arrêté et courait vers lui. Sa mère l'avait ramassé et son souffle était précipité. Le conducteur faisait ses excuses, il avait surgi sur la chaussée sans lui laisser le temps de freiner, Dieu merci, le petit avait bien réagi.

 

Henry n'écoutait pas. Il fixait la cloison de bois, au-dessus de laquelle la fille au regard amusé et au sourire sincèrement joyeux avait disparu.  

Il n'avait pas réagi, il n'avait rien fait.

C'était elle.

 

 

...

2 mai 1988

Pour un début de mois de mai, l'air n'avait jamais été aussi lourd. Dans le jardin, on avait placé la table du repas sous le lilas, pour éviter que tante Lucie n'attrape une insolation.

— C'est pas comme si ça nous permettrait d'avoir la paix...

— Papa !

— Fernand !

— Quoi ?

Fernand ne savait plus comment réagir. Il avait peu à peu oublié de comprendre sa femme et sa fille. L'effort lui semblait maintenant au-dessus de ses forces. Conciliant, il l'avait été, maintenant il perdait patience.

Henry avait vu son grand-père se métamorphoser au fil des ans. Au fur et à mesure qu'il avançait dans le flou des années, il devenait gris.

Henry avait aujourd'hui quinze ans. A trois ans de la majorité, à cinq ans du changement de dizaine.

Il ressentait un profond ennui à la table. Un profond ennui qui ne lui était pas étranger. Il voguait de précipices en précipices, de gouffres en béances, et personne ne pouvait le rattraper dans cette chute, dans ce naufrage qui lui donnait sans cesse envie de vomir.

 

 

— Elle est arrivée ?

— De quoi, Henry ?

— La lettre de Marlène ! Elle m'avait promis de m'en envoyer une pour mon anniversaire...

Sa mère tenait le courrier entre ses mains. Elle passa en revue les différentes enveloppes en fronçant les sourcils. Elle se dirigea en même temps derrière le comptoir de la cuisine. Arrivant au bout du paquet, elle leva les yeux vers son fils.

— Je suis désolée, Henry...

— Elle n'a pas pu oublier, elle me l'avait promis. Regarde encore !

Il vit le spectre de la tristesse passer dans le regard de sa mère. Elle regarda une dernière fois le paquet de lettres et se tourna de nouveau vers son fils :

— Il n'y a rien, Henry, je suis sincèrement désolée. Mais peut-être la recevras-tu demain, ou après-demain, son école est loin, tu sais. Les lettres peuvent mettre plus ou moins de temps à venir d'Ecosse...

Henry n'y croyait pas. Il ne pouvait se résoudre à croire que Marlène, la petite fille derrière la cloison de bois, la petite fille au regard continuellement amusé et au sourire éternellement sincère, avait pour la première fois manqué à sa parole.

Il ne s'y résigna pas.

— Donne-moi le paquet, maman, peut-être que tu as mal regardé.

— J'ai très bien regardé, Henry, il n'y a pas de lettre de Marlène...

— Je veux en être sûr.

— Henry, s'il-te-plaît...

Il y eut un énorme choc contre la porte d'entrée, qui trembla sur ses gonds. Henry et Virginia s'étaient tus. Dehors, on entendit quelque chose se relever difficilement, puis une sorte de bruissement, comme un frottement de feuilles, un bruit sourd, mais doux. Enfin, on entendit un cri perçant, un cri d'oiseau, et finalement un battement d'ailes.

Sa mère eut un sursaut. Elle porta sa main à sa bouche. Elle tremblait, et elle s'était accroché au comptoir lorsqu'elle avait entendu le cri de l'oiseau. Il avait percé en elle comme une lame, il avait ouvert de nouveau une plainte suintante de douleur et de deuil, un vertige monstrueux avec lequel elle avait décidé de vivre. Il avait pourtant promis. Il avait promis qu'il ne les contacterait plus.

Henry s'était précipité vers la porte d'entrée, et sa mère l'avait regardé s'éloigner sans pouvoir bouger un membre.

Elle voulait vomir.

Henry se jeta sur le trottoir, mais ne vit rien. Ni à droite, ni à gauche. Pas une voiture ne venait faire résonner son bruit de tonnerre, pas un pare-chocs ne venait projeter sur les murs rouge brique de grandes traces blanches. Rien, le néant total, le désert humain.

Il entendit un nouveau cri au-dessus de lui. Quand il leva la tête, il vit deux ailes blanches s'élever vers le bleu du ciel, battre l'air avec grâce sans se retourner.

— Qu'est-ce que c'était ? demanda sa mère qui venait de s'avancer sur le pas de la porte.

Henry se retourna vers elle, et pointa le ciel.

— Je ne sais pas, on dirait une sorte d'oiseau, de chouette...

Virginia acquiesça fébrilement, prenant l'air intéressée, en tentant de retenir le tremblement de ses lèvres.

— Mais les chouettes sont des oiseaux de nuit, non ? dit-elle.

— Oui, mais il me semblait réellement que c'était une chouette... Il fallait la voir voler maman... C'était... magique...

 

 

Il n'avait donc rien reçu de la part de Marlène.

— Marlène, c'est la petite fille d'en face ? avait demandé tante Lucie.

— On n'est plus si petit que ça, tante Lucie, avait objecté Henry.

— Pour moi tu l'es toujours, mon petit !

— Continue et je t'appelle grande-tante Lucie.

— Message reçu mon grand.

Sa tante Lucie avait rigolé en portant sa tasse de café à sa bouche. L'âge n'entachait pas sa chevelure rousse emmêlée.  Son rire était toujours aussi clair, malgré la vieillesse, malgré les rides sur sa gorge et sur ses joues, malgré la cigarette et malgré Margaret.

— J'imagine que c'est le service de la poste qui prend plus de temps que prévu, avait-il dit pour se consoler.

— J'ai connu un facteur une fois, dit tante Lucie. Toujours en retard, pas fichu d'avoir une montre sur son poignet ! Par contre, il n'était pas le dernier pour me...

— Lucie !

— Margaret ?

— Nous sommes à table, et il y a Henry, dit Margaret d'un air pincé.

— Mais il n'est plus si petit que ça, grand-mère Maggie ! ironisa Lucie.

Margaret souffla. Plus sa sœur avançait dans la vieillesse, plus elle était incontrôlable. Virginia et Henry la trouvait drôle, mais elle, elle la trouvait désespérante. Jamais sérieuse, toujours préoccupée par des affaires enfantines. Elle était irritante, tant elle était puérile. Grande sainte-nitouche de la bonté, elle était la sainte patronne des enfants, et elle y puisait une certaine fierté qui agaçait Margaret au point qu'elle aurait voulu ne jamais avoir connu cette chevelure rousse. Au point qu'elle espérait que ces yeux verts se fanent rapidement. Le plus tôt serait le mieux.

 

 

Sa bicyclette le portait doucement dans les rues du quartier. Il sortait du village et empruntait les petits chemins de terre. Quand il s'arrêtait pour contempler les vastes plaines, il sentait que le vide de l'horizon coïncidait avec l'endroit en lui qui aurait dû être plein. Il puisait de cette coïncidence un sentiment de plénitude, une sensation d'avoir été synchronisé avec quelque chose. Une force certainement plus puissante, plus grande, plus réconfortante même. Il aurait voulu se coucher sur le sol et pouvoir étreindre de ses deux bras la nature tout entière, comme on entre une nouvelle fois en soi-même lorsqu'on dort, comme on accède au sentiment du plein quand on se sent vide.

Les roues de sa bicyclette projetaient des cailloux sur le bord du chemin, arrachaient des brins d'herbes et heurtaient çà et là une pierre ou un morceau de bois.

Marlène n'avait pas tenu sa promesse. Depuis quatre ans maintenant que tous les deux mai, il recevait une lettre venant d'Ecosse, tamponnée plusieurs fois, avec des timbres assez spéciaux. Leurs couleurs étaient étranges, les figures représentées ne lui disaient rien. Il s'était mis à les collectionner, sûr qu'ils auraient de la valeur dans quelques années.

Une nuit qu'il dormait d'un sommeil léger, il avait été réveillé en sursaut par un éclat de rire qui venait de sa chambre. Il s'était brusquement levé, avait empoigné sa lampe torche et avait pointé son bureau. Il y eut un autre éclat de rire, qui avait semblé venir du carnet de timbres. Il l'avait ouvert, mais rien d'anormal n'était apparu. Il s'était convaincu qu'il avait rêvé cet éclat de rire. Ses yeux fatigués avaient également dû inventer la vision d'une figure glissant de timbres en timbres lorsqu'il avait refermé son album.

 

 

— Une école pour surdoués ? Mais je ne savais pas que tu étais surdouée !

— Moi non plus ! Mais j'ai reçu une lettre il y a un mois, et je suis déjà inscrite...

Henry, onze ans, ne voyait pas trop ce qu'on pouvait bien faire dans une école de surdoués, et qu'on ne faisait pas dans une école normale.

— On apprend des choses que les gens normaux ne peuvent pas apprendre, lui avait répondu Marlène.

— Et si j'ai envie d'essayer, moi aussi, d'apprendre ce que tu vas apprendre, comment je fais ?

Marlène avait ri, ses épaules faisaient trembler ses cheveux blonds.

— Henry, ce n'est pas toi qui les contacte, ce sont eux qui te trouvent !

Pourquoi ne m'a-t-on pas trouvé, moi ?

— Et tu vas partir ?

— Oui, Henry, je suis obligée. C'est une grande école, je dormirai dans un dortoir, avec un grand lit, on aura un uniforme, on sera séparé en quatre grandes classes, avec des uniformes spéciaux pour chaque classe, et on aura des professeurs géniaux !

— Mais comment tu sais tout ça ?

— C'est mon père qui m'a raconté, il a été élève là-bas.

— Oh...

Il ne savait même pas quelle école avait bien pu fréquenter le sien.

— Mais c'est loin l'Ecosse ! On ne se verra pas pendant toute l'année !

— Je rentrerai à Noël, et on se verra pendant l'été ! Henry, tu veux bien me passer mon sac à dos, j'ai pris des bonbons dans le placard de la cuisine...

Henry, qui était allongé dans l'herbe, tendit la main vers le sac jeté non loin d'eux. En face de leurs yeux, les larges plaines vertes s'étalaient à des miles au loin, et le doux vent faisait trembler les brins d'herbe et les feuilles des rares arbres qui ponctuaient l'étendue.

Il avait saisi le sac à dos par le mauvais bout. Aussi, quand il le souleva pour le donner à Marlène, tout son contenu se déversa sur sa tête. Le sac de bonbons, un ou deux livres, il ne saurait dire, et un morceau de bois dont le manche lui heurta le nez.

Marlène en avait ri, Henry aussi. Pendant qu'elle ramassait les livres, au nombre de trois, il s'emparait du sac de bonbons et du morceau de bois.

— Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il à Marlène, en levant devant ses yeux le bout de bois.

— Oh, ça... ce n'est rien... C'est mon père qui me l'a faite.

Henry avait oublié que le père de Marlène était menuisier.

— Il pourra m'en faire une à moi aussi ? Elle est sacrément belle !

Ils avaient mangé des bonbons sur le bas-côté, ils avaient bu de la limonade dans des gobelets en papier et Henry n'avait pas réussi à décoller ses yeux de ceux de Marlène. Quelque chose l'intriguait, il ne savait pas quoi. Une aura qui émanait d'elle et qui le subjuguait.

— Rappelle-moi comment s'appelle ton école de surdoués ? avait-il demandé au moment de remonter sur la selle de sa bicyclette.

Marlène s'était retournée vers lui, les yeux pétillants :

— Poudlard.

 

 

Le soir de ses quinze ans, il était allé se coucher tôt, exténué par la déception de ne rien avoir reçu. Ses grands-parents lui avaient offert une nouvelle bicyclette, tante Lucie un autre livre.

Il laissa le monde des adultes au pied de l'escalier et, fermant la porte derrière lui, il grimpa les marches qui le menaient à sa chambre.

Il attendit que le sommeil le prenne. Cela fut sans effet.

Il se décida à se lever aux alentours de minuit et demie. Quand il passa devant l'escalier, alors qu'il se rendait aux toilettes, il fut surpris de voir que la porte qu'il avait laissée fermée était entrebâillée et que de la lumière provenait toujours du salon.

Il entendit des voix fortes se disputer, et la tentation de l'indiscrétion le prit alors.

Une à une, il descendit doucement les marches, et se posa sur la dernière, écoutant par l'ouverture les mots qui étaient lancés :

— Mais il vient d'avoir quinze ans ! disait sa mère. Il n'a pas reçu de lettre, il n'en n'est pas un ! C'est pourtant évident !

— Malgré tout, son père parvient toujours à le retrouver ! répondait méchamment Margaret. De là où il est, pourtant, on nous avait prévenu qu'il n'aurait aucun contact avec l'extérieur. Il en a même fait le serment.

— Et bien il faut croire que ce serment n'est plus au goût du jour, rétorqua tante Lucie. Combien de temps a-t-il été privé de son fils ? Quinze ans ? Et vous espérez qu'il ne tente pas de reprendre contact ?

Henry était tétanisé sur les marches. Son souffle était coupé.

— Virginia, tu as pris la lettre ? demanda Fernand.

— Oui, j'ai réussi à la prendre pendant qu'il regardait la chouette s'envoler.

— Et que dit-elle ?

— Rien. Rien à propos de là où il est. Rien à propos de ce qu'il a fait. Il dit qu'il l'aime, et qu'il ne l'oublie pas, qu'il sera toujours là pour lui...

Elle ravala un sanglot.

Tante Lucie enchaîna :

— Et cette petite Marlène, qui vit en face, elle en est une aussi ?

Henry ne comprenait pas. Son père était aussi un surdoué, comme Marlène ? Son père avait été dans la même école que Marlène ?

Sa mère hocha la tête.

— Elle lui a même envoyé une lettre, pour son anniversaire, ajouta-t-elle. Dans un moment de panique, je lui ai fait croire qu'il n'avait rien reçu. Il a voulu vérifier lui-même, mais la chouette est arrivée et j'ai glissé la lettre dans ma poche...

Virginia plongea la main dans sa poche de pantalon, et en sortit une enveloppe toute froissée qu'elle posa sur la table.

Margaret la regardait avec dédain, et du haut de sa toute-puissante maternelle, elle lui demanda :

— Et que dit-elle, celle-là ?

— Oh je t'en prie, répliqua Virginia, une pointe d'amertume perçant entre ses sanglots réprimés, Marlène n'est pas une fille stupide, elle sait quoi dire pour respecter la loi.

— Elle parle de Poudlard ?

— Bien sûr qu'elle en parle ! Mais elle ne dit rien de particulier. Elle dit juste qu'elle attend impatiemment l'été pour le retrouver.

Marlène lui avait envoyé une lettre de Poudlard. Et sa mère la lui avait cachée. Bien plus que le choc que produisait cette annonce, Henry ne parvenait pas à trouver les réponses à ses questions. Pourquoi ses grands-parents avaient-ils l'air si effrayés par Marlène, et plus encore par son père ?

— Alors quoi ? La petite voisine, et maintenant son père ? s'exclama Fernand. Et puis quoi encore ? Le directeur de cette fichue école ? Et le chef de la prison... comment s'appelle-t-elle déjà ?

— Azkaban, répondit Lucie.

— Oui voilà, Azkaban ! On nous avait dit que son père ne pourrait pas lui écrire de là-bas. Nous l'avons cru, et nous avons été bernés. Et maintenant nous sommes supposés croire que Henry n'est pas l'un des leurs ?

— Il n'a pas reçu de lettre ! répéta Virginia. Il n'a rien reçu ! Rien ! Il est comme nous, pas comme son père !

Elle s'était levée de colère.

— Assieds-toi, ordonna sèchement Margaret.

Virginia se tourna vers Lucie, qui lui fit un signe de tête. Elle se rassit, en continuant :

— Henry n'a pas leurs capacités, il n'est pas l'un des leurs.

— Comment le croire alors que son père lui écrit de sa prison ? fit abruptement Margaret. Et qui nous dit qu'il n'a pas fini sa peine ? Qu'il a été remis en liberté ?

Virginia eut un rictus.

— Je t'en prie, tu sais aussi bien que moi que personne ne sort jamais d'Azkaban. Tu as été la première satisfaite de l'apprendre.

— Ton mari ne m'a jamais inspiré confiance, Virginia. Encore moins quand j'ai appris sa vraie nature. J'étais sûr qu'il allait te faire souffrir un jour.

— Il essayait de nous protéger ! rétorqua Virginia en tapant du poing sur la table. Il nous protégeait, et ça tu le sais très bien ! Tu n'as jamais pu le sentir parce qu'il avait réussi à m'offrir ce que toi, maman, tu m'avais enlevé !

— C'est un meurtrier !

— C'est mon mari ! Et il l'est encore plus depuis cette nuit-là ! Cette nuit-là, il est aussi devenu le père qu'Henry n'aura jamais ! C'est Peter qui a insisté pour se livrer aux autorités, pour se tenir à l'écart de son fils, pour ne pas que tout le monde sache que son père était un assassin de Moldus !

Peter. Ce nom avait heurté son oreille comme une balle de fusil. De sa marche, il écoutait avidement ce que les adultes disaient. Mais il ne comprenait pas. Son père ne pouvait pas être un assassin, son père était un marin. Un marin qui avait été dans une école de surdoués. Il ne comprenait même pas ce qu'était un Moldu. Ni ce que tout avait à voir avec Marlène. Toutes ces idées tournaient dans son esprit fatigué et lui donnaient le vertige.

Mais il avait la certitude d'un nom. Peter. Il se le répétait en remontant doucement les marches. Il se sentait bercé par sa chaleur au moment de s'endormir.

Il en sentit sa présence jusque dans ses rêves.

 

 

Note de fin de chapitre :

J'espère que vous avez passé un bon moment !

N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, cela compte beaucoup pour moi !

A bientôt ! ;)

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