Rayon de soleil by Selket
Summary:


Ce jour-là,
quand Alicia avait poussé la porte de ce salon de thé avec hésitation,
elle avait été loin de se douter que sa vie allait en être chamboulée

Participation au concours Portraits de jeunes sorcières en feu (Femslash/Yuri) de Violety

Crédit image : Tamara Bellis sur Unplash modifié par Lyssa7
Categories: Romance (Slash), Après Poudlard, Autres couples (Slash) Characters: Alicia Spinnet, Parvati Patil
Genres: Femslash/Yuri, Romance/Amour
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Take a picture, Portraits de sorcières en feu
Chapters: 1 Completed: Oui Word count: 4815 Read: 238 Published: 18/10/2020 Updated: 18/10/2020
Story Notes:
Les consignes étaient

- Votre texte doit avoir pour thème centrale une romance entre deux ou plusieurs femmes et/ou personnes non-binaires.
- Vous devez utiliser un "trope" classique de la fanfiction : tearoom Au (Coffee Shop AU)
- Les OC sont autorisées, mais au moins l'une des deux (ou plus) personnages impliquées dans la romance doit être une femme ou une personne non-binaire de l'univers d'Harry Potter.
- Vous pouvez bien entendu décider qu'un personnage considéré comme masculin dans le canon est, dans votre histoire, une femme trans ou une personne non-binaire se reconnaissant dans le genre féminin. Dans ce cas, faites attention à être respectueux.se des identités et des vécus trans et NB.
- Votre texte doit faire minimum 1000 mots. Il n’y a pas de maximum, mais vous devez avoir publié au moins 50 % de l’histoire avant le début des votes.
- Rating libre !
Rayon de soleil by Selket





Elle avait poussé la porte du magasin avec hésitation. Généralement, elle n’allait pas vraiment dans ce genre d’endroit, elle était plus bar. Mais aujourd’hui elle avait rendez-vous.
Elle se dirigea vers une table tout en hésitant sur la marche à suivre. Elle n’était jamais à l’aise, devait-elle commander au comptoir ou attendre que quelqu’un vienne prendre sa commande ? Une fois sur deux elle se trompait.
Hésitante, elle posa son manteau et son écharpe sur la chaise et regarda du coin de l’œil les autres personnes en espérant savoir quoi faire.
Mais autour d’elle les gens étaient déjà attablés et dégustaient leurs breuvages et pâtisseries. Une odeur de cannelle et d’épices embaumait l’air alors que dehors les feuilles commençaient à envahir les pavés.
C’est une de ses collègues qui lui avait parlé de cet endroit sur le chemin de Traverse alors qu’elle cherchait un endroit où inviter la fille qu’elle avait rencontré lors de la soirée dernière.
Comme à son habitude Alicia était arrivée légèrement en avance et attendait patiemment son rendez-vous.

Cela faisait cinq minutes qu’elle attendait, elle ne devrait pas tarder à arriver. Aucune serveuse n’était venue la voir pour passer commande. Il semblerait que le service se fasse au comptoir, mais pour l’instant personne n’était venu la chasser, alors elle attendait. Elle se voyait mal aller chercher quelque chose alors que June pouvait arriver à n’importe quel moment. Alors elle attendait, le dos droit, jetant des regards du coin de l’œil à la porte et humant l’odeur délicieuse de pommes et de pain d’épices.

Dix minutes. Elle n’était toujours pas là. Et elle attendait toujours. Dos au comptoir, la porte d’entrée à sa gauche elle admirait le mur lambrissé en face d’elle. Il était recouvert de peinture où l’ocre de l’Inde se mêlait aux verts de l’Angleterre c’était beau, mais ça ne lui faisait pas oublier que June était en retard et c’était quelque chose qu’elle n’appréciait pas vraiment. Elle n’était pas au point d’en avoir horreur, mais ses rencards qui arrivaient en retard ne partaient pas forcément avec un avantage.

Quinze minutes. C’est sur elle n’allait pas venir. Elle aurait dû s’en douter. Ce n’était pas la première fois que ça lui arrivait. Alors qu’elle hésitait toujours à aller se chercher quelque chose au comptoir, pour tuer le temps et attendre encore cinq minutes, une tasse fumante apparue devant elle. Surprise, elle resta figée devant le mug décoré de citrouille et d’anis étoilé qui contenait une épaisse mousse décorée d’une fine poudre orange et d’où un bâton de cannelle dépassait.

- Tiens, je me suis dit que tu en aurais besoin, l’attente paraît longue.
Stupéfaite, elle chuchota un simple merci.
- Avec plaisir, c’est un chai tea latte il y a beaucoup de cannelle dedans et d’épices, je ne suis pas sûre que tu vas aimer. Mais j’aime bien prendre ça quand ça ne va pas fort. Et là, on dirait que tu en as besoin. Il n’est pas venu ?
La voix était douce et lui rappelait quelqu’un.
- Elle, répondit-elle machinalement.
La serveuse ne dit rien à son plus grand soulagement. Elle était tellement absorbée par la contemplation de son thé qu’elle ne prit pas gare au fait que cette dernière venait de tirer la chaise à côté d’elle pour s’y asseoir.
- On peut l’attendre ensemble si tu veux Alicia.
Ce fut son nom qui l’interpella. Comment connaissait-elle son nom ? Perplexe et intriguée, elle releva enfin la tête. C’est stupéfaite, qu’elle reconnue une des anciennes camarades d’Harry. Comment s’appelait-elle déjà ? C’était une des jumelles Indiennes, elle était souvent fourrée avec Lavande Brown à l’époque.
- Parvati Patil, souffla son ancienne camarade en voyant son air désemparé.
- Merci, la remercia-t-elle en se passant les doigts dans ses cheveux pour cacher sa gêne.
- Tu peux goûter si tu veux, je ne vais pas t’empoisonner avec ce thé, lui sourit-elle.
La blague était maladroite, la tentative de détournement de conversation grossière et pourtant Alicia rit de bon cœur.
- Tu ne prends rien toi ?
- Non c’est bon merci, mais si ça te gêne je peux prendre un thé, ça ne sera que le troisième de la journée.
- Ne te sens pas obligée surtout, c’est juste que ça fait un peu bizarre.
- Alors attends-je reviens, je vais me chercher quelque chose.

Avec une certaine élégance elle poussa sa chaise pour se lever, sa longue robe florale retomba sur ses chevilles avec fluidité cachant en grande partie les grosses bottines en cuir qu’elle portait. Le contraste entre ses grosses chaussures noires, la légère robe orange parsemée de petites fleurs et la fine peau couleur miel était saisissant. Avant même d’avoir atteint le comptoir Parvati avait mis la bouilloire sur la gazinière et allumait les bûches sous celle-ci de quelques coups de baguette. Alicia la regardait faire, l’aisance de la sorcière était vraiment étonnante pour elle qui n’avait jamais été douée pour ce genre de sortilèges. Dans une casserole quelques épices avaient été mises à bouillir dans l’eau déjà chaude, bien vite un pot atterrit dans les mains de Parvati qui versa deux cuillères du thé dans la casserole. Un peu de lait chaud dans tout ça, quelques minutes d’attente et elle passa le tout dans une passoire et versa le contenu dans un mug et saupoudra le lait d’un peu de cannelle.

- Et voilà ! Désolé pour l’attente, j’ai fait au plus vite, j’avais moi aussi envie d’un chai tea. Il est moins réussi que le tien, mais il n’en ait pas moins bon.
Après avoir regardé son mug et celui de Parvati elle lui répondit :
- Je ne vois aucune différence à part la tasse.
- Le tien a du lait et de la mousse là où j’ai que du lait, et puis je n’ai pas fait bouillir le thé à la bouilloire pour toi. J’ai plus pris le temps, mais c’est normal que je choie mes clients.
- Alors comme ça tu travailles ici ? S’enquit-elle avec intérêt.
- À vrai dire, c’est mon magasin, lui répondit-elle avec un sourire lumineux qui faisait scintiller ses yeux. Déjà à Poudlard je voulais ouvrir un salon de thé ou une herboristerie, en fait Lavande avait les mêmes idées. C’est elle qui a ouvert l’herboristerie et moi le salon de thé comme ça pas de jalouse.
C’est avec un léger pincement au cœur qu’Alicia nota la façon affectueuse qu’avait Parvati de prononcer le nom de Lavande. Pour cacher son trouble elle se décida à enfin goûter son thé.
- C'est très bon.
- Merci, je suis contente que ça te plaise. Si tu veux je vends le mélange déjà tout prêt. En plus de faire salon de thé je vends du thé et du café ainsi que d’autres plantes que Seamus et Lavande font sécher chez eux.
- Seamus et Lavande ?
- Oui, ils sont ensemble, ils vivent en Irlande maintenant. Tu ne le savais pas ?
- À vrai dire après ma sortie de Poudlard je n’ai même pas gardé contact avec tous ceux de mon année alors…
- Ne t’inquiète pas, c’est normal, on n'était pas de la même année, la rassura-t-elle en posa sa main chaude sur son bras. Si tu veux, je peux te faire un rapide récapitulatif de qui est où et avec qui, je crois qu’on a le temps vu que ton rencard n’est toujours pas là blagua-t-elle.
C’est vrai que June n’était toujours pas là. À vrai dire cela faisait déjà plusieurs minutes qu’elle ne l’attendait plus. Mais elle était bien ici. Il faisait chaud dans le salon de thé, et le sourire lumineux de Parvati lui suffisait pour passer une bonne après-midi.
- Tu es sûre ? Tu n’as pas de travail ? Je ne veux pas te déranger.
- C’est calme cet après-midi. Au pire, je t’abandonnerais pour servir quelqu’un. À ce propos, c’est au comptoir qu’il faut commander, répondit Parvati en lui faisant un clin d’œil.
- Oups, désolé, je ne sais jamais s'il faut aller au comptoir où s’asseoir pour commander, une fois sur deux je me trompe.
Parler avec Parvati c’était simple. Pas besoin de se prendre la tête, c’était comme retrouver une ancienne amie. Mais après tout, c’était un peu ça, c’était une ancienne camarade de maison et elle lui avait déjà parlé quelquefois.
- C’est pas grave, ça arrive. Alors comme ça tu avais rendez-vous ?
- Ouais.
- Si tu veux, on peut parler d’autre chose, j’ai un peu trop l’habitude de m’intéresser à la vie sentimentale des gens, je sais que ça peut gêner. Tu fais quoi maintenant dans la vie ? Toujours dans le Quidditch ?
La franchise de Parvati était désarmante et simple. Elle ne se donnait pas de grand air en disant ça, elle assumait juste totalement ses défauts et Alicia en était envieuse. Elle aurait aimé être aussi à l’aise que sa cadette.
- Oui, je suis poursuiveuse dans l’équipe des Flèches d’Appleby, ça fait un an que je ne suis plus remplaçante, énonça-t-elle fièrement.
- Félicitation ! Pour la peine je te sers une part de tarte aux pommes à la cannelle si tu veux.
- Je veux bien oui ! Je n’ai rien mangé depuis ce matin, je suis affamée.

Elle ne put s’empêcher de regarder une nouvelle fois le mouvement de la robe de Parvati lorsque celle-ci se leva. C’était joli cette robe délicate qui contrastait avec ses chaussures en cuir de dragon. De la bottine droite une grosse cicatrice enflée et toujours rose, malgré le fait qu’elle semblait dater, dépassait légèrement. Ça résumait très bien l’image qu’elle se faisait, en si peu de temps, de Parvati. Quelqu’un de joyeux, coloré, doux et en même temps une femme forte, magnétique et totalement rayonnante.
C’est toujours en souriant que Parvati revint avec trois assiettes. Mais comment faisait-elle donc pour transporter tout ça à bout de bras ? Derrière elle, une carafe d’eau et deux verres lévitaient dans son sillage. Si ça avait été elle qui transportait tout ça, ça aurait fini dans un grand fracas. Quand elle n’était pas dans les airs, elle était quelqu'un de terriblement maladroit qui avait la fâcheuse tendance de se faire agresser par tous les meubles qui se trouvaient sur son passage.

- Et voilà, ta part de tarte et un naan fourré à la viande, je me suis dit que ça pourrait te tenter comme tu n’as rien mangé.
- Oh merci, c’est super gentil. Je te dois combien ?
- C’est la maison qui l’offre ! Voit ça comme une façon de fêter ta promotion, rajouta t’elle en voyant son froncement de sourcils.
Une fois tout installé sur la table, Parvati entreprit de natter ses longs cheveux en une grosse tresse avant de se servir une des deux parts de tarte.
- J’adore la cannelle, se sentit-elle obligée de préciser comme pour se dédouaner de sa gourmandise.
Elles mangèrent en silence, alors qu'elle regardait Parvati à la dérobée. Le naan était délicieux et c’était la première fois qu’elle en goûtait un à la viande.

Cette fille était différente, elle dégageait une certaine aura. Elle ne ressemblait en rien aux filles qu’Alicia avait tendance à fréquenter. Pourtant, à sa façon, elle avait autant de charme que les filles qui venaient l’accoster au bar, qui la regardaient avec convoitise. Et ce phénomène avait empiré maintenant que son équipe avait fait une remontée magistrale dans le classement des équipes Anglaises de Quidditch. June faisait partie de ces filles. Eméchée, elle l’avait embrassé alors qu’elle se rendait aux toilettes et avait fini sa soirée collée à elle, sûre de lui plaire Alicia lui avait donné rendez-vous ici le surlendemain, mais elle n’était jamais venue.
- Je l’ai rencontré ce week-end au bar où on va souvent avec mon équipe. Elle m’a accostée et je lui ai donné rendez-vous ici pour que ça ne soit pas juste une histoire d’un soir…mais au final c’est peut-être ce qu’elle voulait, termina-t-elle dans sa tête

C’était sorti comme ça, tout seul, sans qu’elle ne le voie venir. Mais elle avait envie d’en parler, et elle sentait que Parvati ne la jugerait pas. Elle n’était pas du genre à parler de ses rendez-vous à ses coéquipières. Pourtant, elle savait qu’elles ne l’auraient pas jugée, à vrai dire, personne dans son entourage ne jugeait son homosexualité, mais ça ne l’empêchait pas de se sentir mal à l’aise. Le regard des autres lui faisait peur, et ce depuis sa scolarité, Poudlard n’avait pas toujours été un endroit sûr.
À Poudlard quand on voulait savoir quelque chose on demandait à Lavande. La reine des potins c’était elle. Autant, elle adorait quand Katie lui demandait quelques informations croustillantes autant ça lui faisait peur d’imaginer Lavande raconter ses secrets aux autres. Elle avait toujours fait attention à ne rien transparaître devant elle.

- Et elle n’est pas venue. C’est dommage, elle a raté quelque chose, lui sourit Parvati d’un doux sourire.
- Merci.
- De quoi ?
- De ne pas juger.
- Pourquoi je jugerais ? Tu as le droit d’inviter quelqu’un rencontré en soirée, tu fais ce que tu veux enfin ! Je ne vois pas pourquoi j’aurais un truc à dire.
- Je ne parlais pas de ça. Je voulais dire à propos du fait que je sois lesbienne. Je me disais que vu que tu es amie avec Lavande, tu pourrais…
Je pourrais trouver ça immoral ? Tu sais, je suis bisexuelle et Lavande a été la première à le savoir, avant même ma sœur, et elle n’a jamais trouvé quelque chose à redire. Elle peut paraître jugeante, mais c’est une grande romantique, pour elle l’amour n’a pas de barrière. Bon par contre je ne vais pas te mentir le concept de plan cul ça la laisse perplexe,
mais elle ne m’a jamais jugée sur ça non plus. Parvati conclut sa tirade par un : c’est vraiment une chouette fille Lavande.
A cet instant c'est elle qui se sentait mal à l’aise, au final, c’est elle qui avait jugé Lavande et pas l’inverse.
- Je ne sais pas quoi dire.
- Alors ne dit rien, on était adolescente. Et je sais qu’on pouvait être fatigante, surtout Lavande. Et puis à l’époque je ne montrais pas trop que les filles m’attiraient aussi, tu ne pouvais pas savoir.

Elles passèrent l’après-midi à papoter tranquillement en attendant June qui n’est jamais venue. Et Parvati pour une fois ne se plaint pas du fait que les clients se faisaient rare par cet après-midi un brin pluvieux.

Alors qu’elles allaient se quitter un hibou vint toquer à un des carreaux du magasin. L’apercevant Alicia se leva de la table pour aller récupérer le hibou qui se posa sur son épaule et gonfla ses plumes pour en chasser l’humidité du dehors. Une fois toutes deux rentrées et Alicia à nouveau assise, celui-ci tendit sa patte pour que la destinataire puisse récupérer sa lettre.
- Eh merde !
- ça va ? s’inquiéta un brin Parvati.
- Oui oui, ne t’inquiètes pas tout va bien. C’est juste que ma coloc avait prévu un repas en amoureux avec son copain et elle pensait que j'allais passer la nuit chez June et voulait donc avoir l'appartement pour elle toute seule, grimaça Alicia.
- Tu peux venir chez moi si tu veux, proposa gentiment Parvati.
- Si ça ne te gêne pas je veux bien, son copain est briseur de sort et il revient d’une longue mission au Pérou donc j’aimerais bien les laisser en profiter.
- Pas de soucis, je vais fermer le magasin et je t’emmène chez moi, ce n’est pas très loin du chemin de traverse.

Une fois le magasin fermé, Parvati attrapa la main d’Alicia sans hésiter et transplana sur le palier de son appartement.
- C’est une résidence sorcière, entrepris-t-elle de lui expliquer. En fait, c’était une grande maison autrefois, mais les enfants de la propriétaire l’ont découpée en appartement quand elle a commencé à être trop âgée pour s’en occuper. On est trois ici en plus de la vieille dame. Le deal c’est qu’on paie un loyer pas très cher et en échange on lui fait ses courses, et les deux trois petites choses qu’elle ne peut pas faire.
- C’est vraiment sympa.
- Oui, Maggie est quelqu’un de vraiment gentil. Bon allez, bienvenu chez moi ! Je te préviens, c’est un peu le bordel, enfin ma sœur dit que c’est un sacré capharnaüm, mais moi je ne trouve pas.

C’était un appartement surprenant. En fait, cet endroit n’avait rien d’un appartement. Les murs du salon peints en bleu semblaient donner sur le ciel alors que la cuisine ocre tranchait avec le reste. C’était un sacré fatras qui s’étalait devant ses yeux.
Une immense bibliothèque s’élevait sur toute la hauteur d’un pan de mur. Tout y était mélangé sans que ça n’ait vraiment de sens, Alicia se demandait comment Parvati arrivait à retrouver un livre dans tout ce bazar. Et comme si ça ne suffisait pas, il y en avait qui traînaient sur la table basse du salon, le bureau, les deux petites tables d’appoint et même la console de l’entrée.
Il y avait tellement de meubles dans ce salon que ça pourrait en être étouffant et pourtant ces murs bleus permettaient de ne pas se sentir à l’étroit.
Deux malles laissées ouvertes étaient remplies de parchemin, livres de comptes, carnets aux couvertures peintes et autres paperasses.
Des poufs rouges et orange étaient disséminés dans le salon et paraissaient engoncés entre le canapé, la cheminée et les trois tables. Il y avait des plaids tricotés recouverts de fleurs aux crochets et d’autres au motif tartan. Des coussins ornés de pompons ajoutaient encore plus de couleurs à la pièce. Deux trois écharpes de laine se mêlaient aux fins foulards en soie à l’entrée. C’était une débauche de motif, de couleur et de texture.
La cuisine était encore plus encombrée que le salon, Alicia n’aurait jamais cru ça possible. Des étagères croulaient sous les poches en papier kraft contenant toutes sortes de choses, les boites de thés et d’autres denrées contenues dans des bocaux et paniers. Le vaisselier pliait sous le poids du nombre incalculable de tasses et théières. Des plantes, sans doute aromatiques, poussaient dans des pots accrochés à la grosse poutre de la cuisine et des végétaux étaient en train de sécher au plafond.
La cuisine sentait le thé, les épices et il y avait aussi l’odeur des fruits en train de sécher sur une clayette dans un coin, à côté d’un frigo moldu.
Le bureau disparaissait sous les papiers, les enveloppes de kraft qui semblaient contenir du thé et les plumes usées. Il était collé contre une fenêtre elle aussi envahie, mais de plantes cette fois-ci. Un minuscule balcon était caché derrière le bureau et semblait envahi par les plantes, mais on discernait quand même deux chaises biscornues et une minuscule table de jardin.

À peine arrivée Parvati lança la bouilloire d’un coup de baguette, puis entrepris de se débarrasser de son manteau et de son écharpe qu’elle accrocha à côté de ses comparses.
- Tu peux suspendre ton manteau là et laisser des chaussures ici si tu veux, normalement le plancher reste chaud par ce temps, tu ne devrais pas avoir froid aux pieds.

Alicia hocha la tête et entreprit de continuer son inspection. Tout était si différent de son appartement bien rangé qu’elle partageait avec Ellen.
Il y avait des fanions et des guirlandes lumineuses accrochées aux poutres apparentes, un tapis en patchwork aux tons automnaux, de fausses citrouilles étaient disséminées partout. Peu importe où se portait son regard, il y avait quelque chose à voir. L’appartement était envahi de bibelots, minuscules champignons en feutre, petites courges en laine, et vases de fleurs séchées de toutes sortes.
Non loin de l’entrée, un porte-carte affichait un certain nombre de cartes postales aux couleurs de la saison.
- C’est joli ça.
- C’est Padma qui les a dessinées, elle a aussi fait les affiches du magasin. Elle est illustratrice maintenant, renchérie fièrement son hôte.
- Elle est douée.

Autour d’elle, Parvati s’affairait. Elle nourrissait le chat qui venait lui dire bonjour, rangeait deux trois choses quand elle les apercevait, allumait le feu de cheminée… elle évoluait simplement dans son environnement et Alicia se sentait voyeuse devant une telle intimité. Parvati l’avait invitée chez elle, elle lui laissait entrevoir tous ses bibelots, sa vie tout simplement. Que dire d’elle qui avait toujours cherché à éviter de voir l’endroit où vivait ses compagnes et rencontres d’un soir ? Elle ne voulait pas être propulsée dans leur vie, mais là elle y était en plein dans celle de Parvati. Alors pour ne pas s’affoler elle se raccrochait au présent et regardait chaque petit détail de l’appartement pour éviter d’en regarder l’ensemble.

- Elles sont belles ces bougies.
Se faisant, elle montra une énième étagère qui était cette fois-ci envahie de bougies, il y en avait de toutes les tailles, couleurs et formes. Certaines avaient la forme de citrouille, d’autres ressemblaient à une bouteille de bierraubeurre, ou à un chaï tea latte.
- Merci, rougit Parvati en s’approchant d’elle jusqu’à l’effleurer.
- J’ai fait beaucoup de bougies à une époque. Une ombre passa sur son visage. Ça m’a permis de ne pas sombrer.
Alicia voyait très bien de quoi elle parlait, cette ombre elle la connaissait bien, elle avait marqué leur génération.
- Tu devrais les vendre, toi aussi tu es douée.
- Je ne sais pas, haussa-t-elle des épaules avant de s’éloigner. Tu reveux un thé ?
Encore une fois, le changement de conversation était trop gros pour qu’elle le rate. Elle se contenta donc de décliner l’offre.

Parvati fit venir une tasse à elle d’un thé sombre.
- Tu es sûre ? C’est un oolong, tu veux goûter ? se faisant elle lui tendit sa tasse.
Alicia trempa ses lèvres dans le mug lui aussi en forme de citrouille qu’elle lui tendait.
- C’est particulier comme thé, rigola Parvati devant sa grimace avant de s’asseoir aussitôt sur le canapé.
À peine fut elle assise que le chat roux qui venait de finir de manger se jeta sur les genoux de sa maîtresse. Avant de tendre sa tête à Alicia.
- Il est gentil, il s’appelle comment ?
- Pumpkin.
- Dis donc tu as l’air de beaucoup aimer les citrouilles toi, la taquina-t-elle.
- J’adore ça, il n’y en a pas en Inde, quand j’ai découvert ça en venant à Poudlard j’ai été fascinée.
- C’est vrai que les citrouilles d’Hagrid étaient fabuleuses.
- Tout à fait ! Bref, depuis, c’est mon légume favori. Du coup je me retrouve avec plein de bibelots potironesque. Toutes les citrouilles en tricot ou en feutre que tu vois c’est Lavande qui les a faites, en fait toutes les choses en laine c’est elle. Mon appartement c’est un peu la vitrine de ce que j’aime et du talent de mes proches je crois.
- J’aime beaucoup ton appartement, il est comme toi, solaire.
Oui Parvati c’était un rayon de soleil. Elle venait juste d’apparaître dans sa vie et pourtant elle avait remis des couleurs dans son monde de grisaille où seul le Quidditch comptait. Quand elle la voyait sourire, et c’était souvent, elle avait un cognard dans l’estomac. Elle en avait totalement oublié June.
Alors elle l’embrassa, comme ça simplement, car ça ne pouvait pas en être autrement.

Tandis qu’elle se penchait pour passer une main sur son visage et capturer ses lèvres un feulement se fit entendre. Pumpkin, vexé de son réveil, avait entrepris de faire part de son mécontentement.
Hilares, elles le regardèrent s’éloigner après leur avoir lancé un regard noir.

- Mince, je n’avais pas vu l’heure, tu veux manger quelque chose ? Si tu veux, on peut commander il y a un très bon restaurant de sushis en bas de la rue.
- Je n’ai jamais goûté, mais pourquoi pas. Répondit-elle en essayant de cacher la déception qu’elle ressentait d’avoir était interrompue par le chat.
- Tu aimes le poisson ? C’est du poisson cru sur du riz.
- J’adore ça, je pense que ça ne devrait pas poser de problème.
- Alors allons-y ! Ce sont des moldus alors on ne peut pas envoyer de hibou et je n’ai pas de téléphone.

Alors qu’elles entreprenaient de se rhabiller, Alicia maugréait toujours intérieurement de cette tentative ratée. Elle allait suivre Parvati qui avait la main sur la poignée quand celle-ci se stoppa nette.
- Mais avant de partir, j’aimerais bien faire ça.
Et elle l’embrassa, comme ça, sans hésitation. Décidément, Parvati était quelqu’un qui ne se prenait pas la tête, et paraissait même un brin impulsive. Mais lorsqu’elle sentit ses lèvres chaudes contre les siennes elle se dit que ce n’était pas si mal. Alors qu’elles mettaient un terme à leur baiser, toutes les deux essoufflées et souriantes Alicia décida que cette fois-ci elle serait elle aussi impulsive et avant de sortir elle prit la main de Parvati.
- Pour ne pas te perdre, sourit-elle effrontément.
Le sourire de Parvati, qui était un écho au sien, lui fit plus d’effet que sa main dans la sienne. Il était beau ce sourire.

Cette journée d’octobre n’avait pas été ce qu’elle espérait. Et pourtant elle ne regrettait pas du tout d’avoir suivi les conseils de sa colocataire et d’avoir invité June dans ce salon de thé. Au final, elle était bien repartie avec une fille, ce n’était juste pas celle à laquelle elle pensait.
Quant à l’appartement de Parvati, comme Padma l’avait si bien dit, c’était un sacré bazar, et ça l’était devenu encore plus quand deux semaines plus tard Alicia aménagea chez elle.

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