Un état insulaire de solitude by Sifoell
Summary:

 

 

Si ce n’était sa peau un peu trop brune, ses yeux noirs comme de l’onyx et ses cheveux crépus,

 

personne n’aurait jamais douté de la bâtardise d’Alphard Black.

 

 

 

Epreuve finale de confort du concours Koh-Lanta HPF, organisé par les fifolles Omicronn et Catie.

 

 

Montage réalisé par mes soins sur Canva à partir de la photo libre de droit d'Ajale, de Pixabay.

 

 


Categories: Biographies, Univers Alternatifs Characters: Famille Black
Genres: Famille, Missing Moments, Romance/Amour
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Les Black, Koh-Lanta, l'île des HPFiens
Chapters: 1 Completed: Oui Word count: 1869 Read: 186 Published: 19/08/2021 Updated: 19/08/2021
Un état insulaire de solitude by Sifoell
Author's Notes:

Le titre est une citation de Jean-Charles de Castelbajac à propos de Jean-Michel Basquiat.

Et pourquoi donc ?

Parce qu'Omicronn et Catie sont des fifolles ! Voilà ce qu'elles ont imaginé pour cette épreuve :

Mes contraintes personnelles :

 

Sprint : publier le mercredi avant 23h : non.

Sensibilité : au moins trois verbes de chaque sens (en gras dans le texte)

Goût : lécher, goûter, savourer

Ouïe : chuchote, murmure, résonne, entendu

Odorat : sent, puent, empuantit

Vue : observe, admire, apprécie, reluquer

Toucher : se blottit, caresse, effleurer

 

Pour résumer, vous devez écrire un texte de fanfiction de 2000 mots maximum, incluant 5 éléments ou plus de la vie d'un ou une peintre.
Vos caractéristiques respectives doivent être indiquées en note d'autrice et en gras, de même que vos mots métiers.

Par ailleurs, Sifoell étant passionnée d'urbex, elle s'est vu imposer :
- 1 mot obligatoire : investigation
- 8 mots interdits : (agilité) ; (exploration) ; investigation ; (survie) ; bâtiment ; (voyage) ; sportif ; (abandonné), (organisation)

Je vous souhaite une bonne lecture !

 

« Qu’est-ce que le petit sorcier blanc est venu faire chez moi ? »

Ainsi interpellé, Pollux Black a un moment d’arrêt avant d’entrer dans Le Temple d’Erzulie*. C’est une nouvelle boutique de l’Allée des Embrumes. Pollux fronce le nez, il sent les odeurs mélangées du musc, de parfums boisés et floraux, certains puent le fruit gâté aussi. Pollux lutte contre la nausée et s’avance dans la pièce. Son regard parcourt la large salle pourtant encombrée de meubles, de tapis. Il lutte un temps contre la sensation d’étouffer. Puis il observe la jeune femme noire habillée de jaune et d’ors devant lui. Assise sur un fauteuil rappelant un trône, sa présence envahit toute la pièce. Ses cheveux crêpus couronnent sa tête*. Le coeur de Pollux manque un battement alors qu’il admire sa beauté magistrale. La jeune femme tire sur sa pipe qui empuantit l’air ambiant d’une odeur de tabac et de miel.

« Quand les petits blancs viennent voir Erzulie, c’est parce qu’ils sont en mal de fils, c’est vrai, chéri ? »

Pollux n’a toujours pas prononcé un mot mais se redresse dans sa redingote qui lui serre trop les flancs.

« Je suis Pollux Black, de la Noble et Très Ancienne Maison des Black. Ma fille Walburga a dix ans. »

« Beaucoup de majuscules dans cette phrase, Pollux Black, de la Maison des Black. Je suis Francine, chéri. Je peux te donner un fils, mais avant, il faut que tu me paies. »

Pollux pose sur le bureau le sac qu’il tenait, et en sort du tabac, du miel, de l’ambre.

« Bien, chéri. Tout ça, c’est pour Erzulie. Pour Francine, ça sera… cinquante gallions. »

La jeune femme se penche en avant, lascive, et son pouce frotte ses doigts, alors que ses yeux et son sourire sont avides.

Pollux et Francine passent ensuite l’après-midi, occupés à lécher, goûter, savourer chaque parcelle de leur peau. Dans les bras de Pollux, Francine se blottit, et caresse son torse de la pulpe de ses doigts. Elle lui chuchote à l’oreille.

« Je ne suis pas une pute, chéri. Je fais l’amour. »

Pollux émet un rire grave, son esprit oblitérant sa femme Irma, les qu’en dira-t-on. Il a besoin d’un fils. Un héritier. Et Francine a promis de le lui donner. Mais sa voix murmure.

« Je te donnerai ce fils quand il sera né. La première moitié de sa vie, il sera à toi. Ensuite, il me reviendra. »

 

Si ce n’était sa peau un peu trop brune, ses yeux noirs comme de l’onyx et ses cheveux crépus, personne n’aurait jamais douté de la bâtardise d’Alphard Black. Mais de Pollux, Alphard, l’enfant du milieu, n’a hérité que sa haute stature, son port de tête princier, et sa tendance à trop apprécier la luxure. Tout le reste, il le tient de sa mère, Francine. Cette femme a purement et simplement disparu de sa vie le jour où elle a déposé un nourrisson sur le perron du square Grimmaurd. Pollux a une seule fois parlé de cette femme à son fils, et plus jamais ensuite. Francine pourrait ne jamais avoir existé. Et si dans les familles sang-pur, la rumeur s’est répandue aussi rapidement que des serpencendres dans une vieille maison, elle s’est éteinte aussi vite qu’elle est apparue. On ne médit pas des Black.

Et comme une mauvaise plaisanterie, à l’instant où le nouveau-né a été déposé sur le perron, Irma annonçait à Pollux qu’elle attendait un enfant.

Alphard a toujours été l’enfant préféré de Pollux, même si ce dernier s’arracherait la langue plutôt que de l’admettre. Il est l’enfant de la passion éhontée, qui a failli emporter son mariage avec Irma, et les alliances de la famille Black avec la famille Crabbe.

Sa naissance distingue Alphard, et il a passé sa vie à se distinguer encore plus. Black oui, mais pas trop. Les liens de sa famille avec toutes les strates de la bonne société le prédestinaient à rejoindre l’élite des sorciers au Ministère. Alphard a choisi de s’élever ailleurs. Quand à sa majorité il a quitté le square Grimmaurd pour un confortable appartement londonien, son père a approuvé sa décision. Le fait qu’il s’y installe avec le célèbre peintre français André Touteguers*, cela n’a créé qu’un autre scandale que Pollux Black a eu bien du mal à éteindre. Alors, les liens entre Alphard et sa famille sont devenus plus distants.

 

« Encore au travail* ? »

La voix de son amant résonne dans l’atelier qu’André partage avec Alphard. André a fait fortune en réalisant des portraits classiques de sorciers célèbres. Sa renommée s’étend jusqu’en Europe et en Amérique. Parfois, André s’aventure vers de la peinture plus abstraite, mais le marché est là plus destiné aux moldus et non-maj qu’aux sorciers qui ne jurent que par le figuratif. Alphard, par contre, exprime toute sa sensibilité et sa rébellion dans des peintures aux couleurs criardes qu’il signe SAMO pour Same Old Shit*. Alphard fait un tabac sur le marché de l’art Moldu, où on reconnaît son prodige, chose qui déplaît fortement à sa famille, mais il ne leur parle quasiment plus. A part à un de ses neveux, et une cousine éloignée des Black. De ce qu’a compris André, elle a été reniée parce qu’elle a épousé un Né-Moldu. André ne se rend pas vraiment compte de ce qui inquiète tant Alphard, la montée au pouvoir de ce prétendu Seigneur des Ténèbres. Bien installé dans ses sphères artistiques, André est au-dessus de tout ça, mais Alphard, non. Il a bien plus les pieds sur terre.

« Encore au travail ? » répète patiemment André. Alphard se tend, puis se retourne, un large pinceau à la main plein de peinture rouge qu’il étale à grands coups sur sa toile. Alphard, contrairement à André, ne peint quasiment qu’à la moldue. Sa baguette est sagement remisée dans la poche arrière de son pantalon.

« Pardon, je ne t’ai pas entendu. »

Le regard d’André balaie la pièce, et apprécie le joyeux foutoir qui y règne et les dizaines d’oeuvres sur tous types de supports, qu’Alphard crée inlassablement, jour après jour.

« Tu n’es pas venu dormir, cette nuit. »

Alphard continue à peindre sans rien dire, ignorant son compagnon.

« J’ai eu très froid. »

André peut dire à la posture d’Alphard que celui-ci se détend. Ses épaules s’abaissent, il devient plus lascif. Il a envie de promener ses doigts le long de sa colonne vertébrale, mais s’il le faisait, sa robe de chambre se retrouverait couverte de peinture rouge qu’un bon recurvite ne pourrait récupérer, et André adore cette robe de chambre. André se contente alors d’effleurer de ses yeux la chute de ses reins. Parce que oui, Alphard est torse nu, et cette vision le complaît plus qu’il ne peut le dire. André s’assied alors dans un des seuls fauteuils qui n’est pas encombré de matériel.

« Tu sais, mon neveu est parti de la maison. »

« Ah oui ? »

André répond distraitement, continuant de reluquer sans la moindre vergogne son bel homme.

« Sirius ne supportait plus de vivre là-bas. Il est chez son meilleur ami. Un Potter. Il est en sécurité. »

« Tu es sûr que tu n’exagères pas ? »

Alphard se tend d’un coup, et jette son pinceau à travers la pièce, faisant sursauter André.

« Non, je n’exagère pas. Enfin, quand vas-tu ouvrir les yeux ? »

Alphard fulmine, les yeux déjà brillants de larmes. André est toujours attiré comme un aimant par la fougue de son compagnon. Une fougue qui a tant de traits communs avec la folie, et qui en est séparée par une frontière si fine. Alphard attrape une pipe, la bourre et l’allume avec sa baguette, imprégnant l’atelier d’une odeur prégnante de javel*.

« Tu as peut-être la mémoire courte, pourtant, le règne de Grindelwald a fait du mal jusqu’en France, André. Et là, ça recommence. »

Alphard se laisse tomber par terre, emporté par les sensations que lui procure la drogue qu’il inhale. André n’aime pas quand il en consomme. Mais Alphard dirait qu’il est vieux jeu. Le jeune métis attrape un sac rempli de billets moldus* sur lequel il repose sa tête en s’allongeant. André devra aller le déposer à Gringott’s, Alphard ne gère absolument rien de ce côté-là.

 

Alphard chancelle sur place puis, froisse la lettre qu’il vient de recevoir par hibou entre ses doigts. Elle porte deux noms: le sien, et celui de sa mère, Francine, et trois phrases qui viennent de bouleverser sa vie.

 

Alphard Black,

 

Ton père a du te parler de moi, comme je le lui ai demandé quand nous nous sommes séparés. Comme convenu avec lui, qui désirait un fils, je t’ai laissé sur le pas de sa porte une fois que tu es né. Mais maintenant, mon fils, viens me retrouver au pays car je veux te connaître.

 

Ta mère, Francine Altidor.

 

C’est absurde, complètement absurde. Ce n’est pas parce qu’elle se décide à se manifester alors qu’il a quarante ans, qu’il va traverser la moitié de la planète pour la retrouver en Haïti.

Et pourtant, le doute s’installe. La raison le pousserait à mener une investigation sur elle, à interroger son père, à lui demander ce qu’ils ont vraiment convenu entre eux. Mais Alphard est quelqu’un d’emporté. Il l’a toujours été. C’est cette fougue qui lui apporte tant de problèmes et de succès à la fois. Il relit encore une fois la lettre qu’il connaît par coeur, l’enfourne dans la poche de son pantalon, enfile une chemise sur son torse nu, et lutte contre l’envie d’allumer sa pipe. Il a besoin d’avoir les idées claires.

Alphard a toujours eu la sensation de ne pas vraiment faire partie de sa famille, bien que ses parents n’aient jamais fait de différences entre lui et Walburga ou Cygnus. Il s’est toujours tenu rigoureusement à l’écart des discussions nauséabondes sur le statut du sang. Il a toujours été peu moqué en raison de sa peau trop foncée, de ses cheveux crépus ou de ses yeux couleur onyx. On ne se moque pas des Black. Le jeune homme exhale une respiration chevrotante.

Il n’a jamais vraiment fait partie de cette famille. Jamais.

Cette lettre a agi comme un coup de poing en pleine face. Il ne se sent pas capable d’affronter André qui va s’effondrer s’il lui dit qu’il part en Haïti. Non. Il va passer à Gringott’s régler quelques affaires, laisser de l’argent à Sirius. Et l’appartement, aussi. Il doit laisser une lettre à André, il ne peut pas le quitter comme ça, il ne le mérite pas. Alphard dessine un sourire amer sur ses lèvres pleines. En fait, c’est lui qui n’a jamais mérité André.

Le jeune homme attrape un sac rempli de billets moldus auxquels il ajoute des vêtements, quelques effets personnels, et des livres, puis dans la précipitation, il écrit une lettre qu’il juge trop brève à André, afin de clore leur relation. L’amour à distance, ça n’a jamais marché, même pour les sorciers. Il signe d’une main tremblante son nom, et après une hésitation, laisse l’adresse de sa mère. Le regard du jeune homme balaie une dernière fois son atelier, et tout ce qu’il laisse derrière lui. Cela n’a pas d’importance. Le matériel n’en a jamais eu.

 

Alphard a la moitié du monde à traverser pour trouver une famille à laquelle, peut-être, il se sentira appartenir.

End Notes:

Attention, voici plein de notes de fin relatives aux éléments de vie de Jean-Michel Basquiat qui m'a inspiré tout plein de trucs par rapport à Alphard Black :

 

Parti comme c’est, mes notes de fin risquent d’être très longues, bon courage pour les lire !!!

*Le titre est une référence à une citation de Jean-Charles de Castelbajac au sujet de Jean-Michel Basquiat.

*Erzulie est un loa vaudou haïtien, c’est une référence à l’origine haïtienne et portoricaine de Basquiat. Toute la description qui fait suite est inspirée d’Erzulie (et j’ai fait un petit mix avec l’orisha Oshun de la santeria cubaine). Elles partagent la même fonction de magie autour de la féminité, de la séduction, de la filiation, ce qui est un gros résumé.

*Ses cheveux crêpus couronnent sa tête : relatif à l’utilisation de la couronne dans l’oeuvre de Basquiat.

*Les « chéri » en italique, c’est pour les faire ressortir. Francine étant haïtienne, glisse quelques mots français dans ce qu’elle dit à Pollux.

*André Touteguers : traduction tirée par les cheveux d’Andy Warhol (war-all), le mentor de Jean-Michel Basquiat. La liaison de Basquiat et Warhol n’a pas été prouvée, mais j’ai préféré l’écrire ainsi.

*Encore au travail, et mentions des dizaines d’oeuvres : Basquiat travaillait énormément et a une production artistique gigantesque.

*SAMO, same old shit : c’est la signature de Jean-Michel Basquiat et de Al Diaz, son pote graffeur.

*L’odeur de javel est caractéristique du crack. Là, vu qu’on est chez les sorciers, je ne vais pas affirmer qu’il en fume, on va juste dire que c’est une drogue qu’il consomme. Basquiat était toxicomane et en est mort à 27 ans.

*Jean-Michel Basquiat, venant d’un milieu modeste, ne gérait pas la fortune considérable qu’il a amassé, et entassait des billets chez lui. Il n’avait pas de compte en banque.

*Mon fils et au pays sont en français dans la lettre.

Pfffffiou !!!

J'espère que la lecture vous a été aussi agréable que l'écriture ! J'ai vraiment a-do-ré écrire sur Alphard, donc c'est dit : Alphard va faire de petits tours dans mes fics ;)

Cette histoire est archivée sur http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=38263