En Provence insouciance by Bloo
Summary:
Rona Keller


Un sourire de connivence et ils avaient ouvert, ensemble, la porte de leur été en Provence : c’était les vacances et ils l’espéraient une nouvelle jouvence, c’était les vacances et, ils l’appelaient, enfin l’insouciance.

Dean, Lavande, Parvati et Seamus : un an après la guerre.


Même que Violety, ça rime avec "Chérie" ♥

Categories: Romance (Het), Après Poudlard, Seamus/Lavande Characters: Dean Thomas, Lavande Brown, Parvati Patil, Seamus Finnigan
Genres: Amitié, Guerre, Romance/Amour
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: We Were There
Chapters: 4 Completed: Oui Word count: 22380 Read: 2285 Published: 02/09/2013 Updated: 08/01/2023
Story Notes:
Les personnages appartiennent à J.K Rowling.

Ce texte est un cadeau pour Violety. Un peu en retard, je l'avoue, le premier chapitre devait être terminé avant la fin du mois d'Août, mais bon... le 2 septembre, c'est presque le mois d'Août non ?

Pour toutes nos conversations, nos suppositions, nos discussions, ces histoires sur Parvati qui ont (parfois) dérivé sur nos vies, tous ces petits moments de bonheur en lisant tes MP.

1. Dean by Bloo

2. Lavande by Bloo

3. Parvati by Bloo

4. Seamus by Bloo

Dean by Bloo
Author's Notes:
Il y aura quatre chapitres en tout et je vous laisse deviner le titre des trois suivants (c'est dur hein ?).

J'ai pas voulu cocher "Tragédie/Drame" en genre, parce que même s'il y en a sûrement un peu, je pense que l'amitié et le bonheur sont au-dessus. Ou en tout cas, c'est ce que j'ai essayé de faire.

Bonne lecture !

Un sourire de connivence et ils avaient ouvert, ensemble, la porte de leur été en Provence : c’était les vacances et ils l’espéraient une nouvelle jouvence, c’était les vacances et, ils l’appelaient, enfin l’insouciance.

Et déjà, il lui semblait que ça faisait des mois, des mois qu’il était là, et peut-être, même, des mois des jours toujours. C’était ce qu’il avait d’abord pensé quand Dobby les avait arrachés à la sombre cave des Malefoy – que chaque endroit désormais lui paraîtrait le paradis s’il se rappelait le manoir maudit. Et la Chaumière aux Coquillages l’avait été, en quelque sorte, elle avait été pour quelques journées suspendues le paradis de Dean et le paradis de Luna, le paradis des oiseaux de mer et des herbes folles qui poussaient entre les dunes. Mais si la Chaumière était le paradis alors il fallait désormais à Dean un mot plus fort pour définir leur maison en Provence.

C’était une immense maison, spacieuse et lumineuse, même bien trop grande pour Dean, Lavande, Parvati et Seamus, quoi que Parvati la moue boudeuse avait vanté un palace plus somptueux encore dans son Inde familiale. Ils avaient ri, tous les trois, avec Lavande et Seamus, moquant la susceptibilité de leur amie, et parce qu’il savait qu’elle n’était qu’un déguisement, trahissant un réel amusement. D’ailleurs, ils étaient si reconnaissants envers Parvati qu’ils s’étaient accordés pour ne pas la taquiner au moins deux heures entières : c’était ses parents à elle qui avaient loué la villa pour l’été, et l’avaient proposé à leurs deux filles, mais Padma avait décliné. Elle avait entamé avec ses camarades de Serdaigle un tour de monde accéléré, et, à cette heure-ci, se trouvait quelque part entre l’île de Madagascar et le Mozambique. Alors le paradis provençal était à Parvati et Dean et Lavande et Seamus ses amis.

Le paradis était à lui, à ses pieds et sous ses yeux émerveillés, mais entre les brins de lavande et les feuilles d’oliviers dansaient des figures plus sombres, hachées. Parfois, Dean croyait se distinguer à travers l’une des imposantes baies vitrées, ou dans les eaux transparentes qui remplissaient la piscine et ses marches romaines, mais il ne parvenait pas à saisir tout à fait ce qui lui semblait davantage une ombre que son reflet. Il ne savait même pas ce qu’il cherchait, exactement, ou plutôt si, il ne le savait que trop bien, mais il se refusait à l’énoncer : il ne voulait pas s’entendre répliquer que Dean qui souriait, Dean qui avait des rêves et des projets, ce Dean-là n’était plus qu’un fantôme.

— Tu penses à quoi, Dean ?

Et il releva la tête, et il se refusa à énoncer ses pensées. Seamus s’était planté devant lui, son éternel sourire aux lèvres, comme s’il n’avait pas été Seamus Finnigan, combattant, comme s’il n’avait pas été Seamus Finnigan, détenteur d’un Ordre de Merlin, première classe, pour avoir formé, avec Neville Londubat, Luna Lovegood et Ginny Weasley, le fer de lance de la résistance à Poudlard, et pour s’être jeté dans la bataille de Poudlard avec flamboyance.

— Je réfléchis à ce qu’on pourrait faire demain, mentit Dean.

— Et ?

— Et quoi ?

— Et tu as trouvé, alors ?

— En fait, non, je n’ai pas d’idée.

— Pour demain, je n’en ai pas non plus, mais je peux te proposer quelque chose de beaucoup plus proche, a alors offert Seamus en adoptant le ton qui était le sien lorsqu’il évoquait une escapade rigoureusement interdite par le règlement.

— Et ça consiste en quoi ? s’enquit un Dean soupçonneux.

Il se souvenait bien de la dernière fois où il avait répondu par l’affirmative à l’une de ces propositions de Seamus : c’était en sixième année, il s’était retrouvé coincé dans un couloir humide entre Miss Teigne et Rusard, au beau milieu de la nuit, et il avait écopé de deux semaines entières de retenue alors que les beaux jours perçaient enfin le triste ciel écossais.

— Tu verras bien ! s’est exclamé Seamus le visage radieux.

Et Dean n’avait pas eu le cœur à faire mourir ce sourire, encore moins à mentir, à prétendre que, face aux mimiques de son meilleur ami, il était capable et d’une quelconque façon de lui dire non. Il adorait Seamus, son honnêteté, son assurance, son exubérance surtout, et cet art qu’il avait de la communiquer à celles et ceux qu’il aimait. Il l’a regardé s’avancer d’un pas décidé vers la piscine, et plonger dans un grand éclat de rire, et faire crier et courir et vivre Parvati dont les lourds cheveux nattés faisaient dans l’eau comme une couronne.

Alors, seulement, Dean se rendit compte qu’il manquait un autre sourire, des boucles blondes sur la terrasse que dissimulaient des arbustes soigneusement taillés. Lavande n’était pas sortie, et depuis qu’ils étaient ici, Dean ne se rappelait pas l’avoir encore vue une fois s’aventurer hors des murs ocres. Il fronça les sourcils, se dirigea à l’intérieur dans le salon et la trouva là, lovée dans le canapé, une citronnade à ses côtés et dans ses mains, un petit livre fin.

— Qu’est-ce que tu lis ? lui demanda Dean en s’enfonçant dans l’épais fauteuil qui faisait face au canapé.

— Je crois que je n’en ai pas la moindre idée, répondit Lavande les lèvres pincées.

— Et pourquoi tu lis ça, alors ?

— Je connais des bribes de français. Et j’ai compris que ça devait parler de guerre, et de résistance, et de courage. Mais ça, c’était juste le résumé, à l’intérieur en vrai, je ne comprends pas un mot sur deux.

L’army dé ombes, déchiffra Dean.

Il la contempla un instant, Lavande qui, d’aussi loin qu’il s’en souvenait, avait toujours été coquette et raffinée. Il se rappelait l’avoir beaucoup moquée à ce sujet, mais si Lavande avait une multitude de défauts et les reconnaissait volontiers, elle n’était pas susceptible pour un sou – à ce jeu-là, il était bien plus amusant de taquiner Parvati, et Seamus et lui l’avaient bien compris.

Lavande, l’exubérante la superficielle la pipelette la passionnée Lavande, portait une longue robe rose à minuscules fleurs blanches qui lui chatouillait les chevilles, cintrée, et le chouchou qui dégageait de son visage les plus longues mèches de cheveux avait des rubans blancs striés de jolis cœurs rouges, et des bijoux argentés étincelaient à ses poignets et ses doigts, et sur ses lèvres, il y avait un rose pâle qui n’était pas leur couleur naturel, et autour de son cou, jusqu’à son menton et son épaule gauche, malgré la chaleur étouffante, Lavande avait un foulard.

— Tu sais qu’il y a des sortilèges pour te traduire ce livre, avança Dean.

— Mais je connaissais des bribes. Je dois me rappeler.

— Et pourquoi ne pas lire autre chose en attendant ?

— Parce que je n’aime pas abandonner.

Et Dean acquiesça. C’était peut-être, après tout, ce qui avait fait de Lavande, comme Seamus et comme Parvati et comme leur jeunesse engagée, une résistante.

Il resta assis face à elle, et se surprit à apprécier le silence qu’elle troublait parfois par un soupir, ou en cornant une page. Parce que ça n’était pas un silence angoissant mais un silence complice, un silence apaisant. Il la regarda, et regarda les jardins et leurs ornements par la baie vitrée, la regarda encore, puis s’empara d’un livre à son tour, mais le choisit en anglais. Et après, Parvati et Seamus vinrent les rejoindre, et ils prirent des paniers, et ils filèrent au village le plus proche sur de vieux vélos grinçants, remplir leurs sacoches de fruits et légumes frais.

Tous les quatre, ils firent la cuisine, et prirent le repas, et parlèrent assez longtemps pour voir les étoiles se dessiner dans le ciel noir, mais bien avant minuit, Parvati poussa un long bâillement, tandis que Lavande dodelinait de la tête. Les filles prirent vite la direction de leur chambre, se disant fatiguées par le voyage, même s’ils savaient tous : ils étaient partis dès le premier des vacances, n’attendant pas même le résultat de leurs ASPICS, parce que les examens et la fin de Poudlard et le premier anniversaire de la bataille avaient été éprouvants.

Lavande et Parvati avaient à peine disparu à l’angle d’un couloir que Dean et Seamus se tournèrent l’un vers l’autre.

— Alors, cette idée de génie ? lança Dean.

— Tu vas voir tout de suite !

Seamus se leva, tendit la main vers Dean et l’entraîna à sa suite dans une course effrénée, pour le simple plaisir de rire aux éclats lorsqu’ils s’arrêtèrent essoufflés au portail de la villa. Ils prirent soin de le refermer derrière eux, et s’en allèrent par un sentier côtier qui menait à une minuscule crique en contrebas, dont la plage n’était accessible qu’à marée basse. Ils ne parlèrent pas, ils étaient amis depuis assez longtemps pour ne pas meubler chaque silence, mais lorsque Seamus jeta soudain un regard en arrière, Dean bondit sur l’occasion :

— On découche ce soir, Monsieur Finnigan ?

— Comment ça ? rétorqua celui-ci avec un peu trop d’empressement pour feindre l’étonnement.

Mais il ne rougit pas, et Dean se souvint d’une époque où le visage de Seamus était si expressif qu’il n’était pas capable et, d’ailleurs, ne se risquait même pas, à énoncer le moindre mensonge. C’était une époque vieille d’à peine deux ans et qui en paraissait vingt de plus et Dean s’efforça de la chasser de son esprit pour ne se concentrer que sur ce qui restait, malgré tout : la gêne palpable de Seamus, ses yeux qui le fuyaient tout à coup et en même temps, l’esquisse de sourire sur ses lèvres. Ils avaient remarqué au matin, avec Parvati, que Lavande sortait de la chambre de Seamus plutôt que de la sienne, et la jeune femme n’avait fait aucun effort pour le cacher – Seamus était bien le seul à se croire discret et ils en ricanaient tous les trois.

— Nous sommes presque arrivés, articula Seamus après s’être raclé la gorge.

Il reprit sa marche aussitôt, tandis que Dean scrutait l’horizon sans que son regard n’accroche autre chose que du sable, des rochers et ce qu’il devinait être de l’écume à quelques mètres. La nuit était noire, la lune n’était qu’un fin croissant. Il l’avait à peine réalisé que, déjà, il sentit son pouls accélérer.

— Et on y est ! s’exclama enfin Seamus.

Dean la vit alors. Ils avaient tourné derrière les roches épaisses et passé la grève et longeaient désormais la crique mais ça n’était pas la plage en elle-même qui intéressait Seamus. C’était la grotte – c’était une grotte. Ils en distinguaient l’entrée et, si Seamus paraissait excité de sa trouvaille, pour Dean, elle ressemblait furieusement à un énorme monstre avec de longues dents.

— Qu’est-ce que c’est que ce truc ? s’efforça-t-il de demander avec calme.

— Je suis tombé dessus en courant ce matin sur la plage. Je voulais l’explorer un peu, mais la marée montait et puis, je me suis dit qu’à deux, on s’amuserait sûrement mieux à l’emprunter. Lavande déteste les endroits clos et Parvati aurait trop peur que l’eau monte alors, j’ai pensé à toi, bien sûr.

— Bien sûr.

Il déglutit presqu’en même temps qu’il s’exprimait et manqua de s’étouffer sans que Seamus ne paraisse le noter. Mais Dean ne pouvait pas dire à Seamus que : que l’idée de s’aventurer là lui paraissait effrayante plus qu’amusante qu’il y voyait un monstre et que le noir, que le noir – non, vraiment, il ne pouvait rien dire à Seamus qui, malgré la torture, la peur, la douleur et la mort, Seamus qui malgré la résistance et la guerre et la bataille semblait toujours le même être jovial.

— T’as pris ta baguette ? lui demanda celui-ci.

Et Dean acquiesça. Seamus sortit la sienne, n’eut pas besoin de prononcer le Lumos parce qu’il maîtrisait désormais mieux que chacun d’entre eux les sortilèges informulés, et Dean lui, Dean dut chuchoter dans sa main. Ils pénétrèrent alors la caverne en prenant garde à ne pas glisser sur les pierres détrempées. Ils marchèrent, en silence toujours, ils marchèrent et après des minutes infinies Seamus s’écria tout à coup :

— Je me demande où ça mène, t’as vu, on ne voit pas même plus la plage !

Dean se retourna alors, manquant de se cogner contre les parois glacées, et constata qu’en effet, autour d’eux, il n’y avait plus que du noir. Il n’y avait plus que du noir, et la forme des rochers qu’il distinguait faiblement à la lueur de sa baguette, mais surtout il n’y avait plus que du noir. Parfois, une goutte venait s’écraser au sol et troublait alors le silence de ce qui ressemblait désormais à une cave plutôt qu’à une caverne. Mais surtout Dean, Dean et sa respiration saccadée, Dean venait troubler le calme qui régnait en ces lieux obscurcis, et il ne savait soudain plus prétendre le contraire.

— Alors, vieux, t’as la frousse ? ricana Seamus.

Mais son ami ne l’entendit pas. Ses oreilles étaient bouchées. Sa bouche, pâteuse. Et son esprit embrumé. Il lui semblait que plus rien n’existait que la grotte et, de temps à autres, lancinantes, les eaux qui venaient éclater au sol depuis les parois.

Dean sentit ses muscles se contracter, un à un, à commencer par son cœur enserré et dont les battements se faisaient si frénétiques qu’il crut un instant qu’il allait exploser. Et alors, seulement, alors il réalisa que le décor était encore plus sombre qu’il ne l’avait imaginé, plus noir, plus oppressant, et il ne réalisa qu’après des minutes infinies que sa baguette était tombée au sol et que seul Seamus les éclairait, mais qu’il ne distinguait plus les traits de son visage. Qu’il ne distinguait plus son ami. Qu’il ne distinguait plus la présence d’autrui et finalement l’existence de quelqu’un d’autre que lui. Il ne distinguait rien, rien, si ce n’étaient les formes obscures et menaçantes qui se mouvaient tout à coup, et menaçaient de le dévorer.

— Dean…

Elles se rapprochaient – les formes se rapprochaient. Elles connaissaient son prénom ! Et que savaient-elles encore. Il ouvrit la bouche, s’efforça d’articuler quelque chose, n’importe quoi de distinct, mais il n’y parvint pas. Il s’efforça d’y croire : c’était des roches, ça n’était que des roches et Dean, lui, Dean n’était pas seul, il était avec Dean, il était avec Lavande et Parvati pour un été en Provence, Dean n’était pas seul dans une caverne une cave sans issue, Dean n’était pas seul alors, pourquoi se sentait-il abandonné, pourquoi se sentait-il cerné menacé attaqué, si Dean n’était pas seul.

— Dean, répétèrent-elles.

Il ferma les yeux, serra très fort ses paupières, espéra. Mais tout ce qu’il voyait, tout ce qu’il avait sous ses yeux clos, c’était la cave des Malefoy. C’était les journées dans la forêt, dans la nuit noire, à ne pas oser allumer le moindre feu, c’était les murs humides et puants, c’était se demander : est-ce que je vais mourir ? Est-ce que je vais mourir ce soir ? Est-ce que je vais mourir demain ? Est-ce que je vais mourir avant, ou après ? Avant Hermione, après Harry, avant Luna, après Ron, est-ce que je vais mourir comme Ted, est-ce que je vais m’échapper et retomber entre leurs mains, et jusqu’où me retrouveront-ils ?

— DEAN !

Soudain la voix lui parvint et une image, Luna, des boucles blondes et des radis colorés aux oreilles Luna, qui murmurait que tout irait bien et qui brillait alors comme une étoile Luna, un astre, son astre dans les affres qui le dévoraient.

Et cette fois Seamus.

Enfin, Seamus.

Il entendit Seamus, il le sentit, aussi, quand il passa ses bras sous ses épaules et, défiant les quolibets qui le voulaient plus frêle, plus vulnérable que d’autres, il sentit que Seamus le ramenait à la plage, au ciel translucide, il sentit que Seamus le ramenait à la vie.

Et il vit, et il respira et enfin, enfin le monde tournait droit.

Il respira, et Seamus le regarda, le visage fermé les sourcils froncés, Seamus le contempla sans rien laisser deviner de ses émotions autrefois si lisibles, et une seconde, Dean crut qu’il était en colère contre lui.

Il n’était pas préparé à entendre :

— J’suis désolé.

— Tu es quoi ? s’étonna Dean.

— Je suis désolé.

Constatant l’incrédulité de son ami, qui était resté à moitié avachi dans le sable humide, Seamus s’abaissa pour lui faire face, les mains croisées sur ses jambes pliées.

— Je suis désolé, de ne pas avoir deviné. Et pourtant, je m’en doutais. Je m’en doutais cette année, à Poudlard, quand on rejoignait le dortoir le soir et que tu étais juste, différent. Tu étais différent dès que la nuit tombait. Mais on n’a jamais vraiment parlé de ce qui s’est passé, cette année-là, et tu sais, là-bas. On n’a jamais parlé de tout ça, mais je suis désolé, j’aurais dû deviner.

— Tu aurais dû deviner quoi ? Que j’allais me comporter ce soir comme un froussard, comme un fichu môme de huit ans qui a peur du noir ?

— Non. J’aurais dû deviner, j’aurais dû savoir, que les blessures qui n’ont pas laissé de marques visibles mettent aussi du temps à cicatriser.

Passa un instant, un moment, suspendu dans le temps qui peut-être ne s’écoulait plus, ou peut-être s’écoulait enfin correctement, désormais que Seamus savait et que Dean respirait. Tous les deux, ils gardèrent le silence, et fixèrent leur regard au loin. Pour Seamus : sur la mer noire et paisible. Pour Dean : dans les étoiles.

— C’est idiot, vraiment, finit par souffler Dean.

— Qu’est-ce qui est idiot ?

— On a été des enfants, et comme tous les enfants, on a eu des peurs, et comme tous les enfants, en grandissant, on les a surmontées. C’est idiot de se dire que, maintenant que je suis grand, je dois affronter quelque chose que je croyais avoir laissé derrière moi.

— Mais tous les enfants n’ont pas vécu la guerre, opposa Seamus.

— Nous n’étions plus des enfants.

— Ah ouais, mais alors, qu’est-ce qu’on était ? On était quoi, Dean, dis-moi, des adultes ? Des grandes personnes ? On a fait des choses… et on en a vues de pires encore. Et moi, tout ce temps-là, je n’ai pas eu l’impression d’être un adulte. Je n’ai jamais, jamais pensé que c’était ça, de devenir un grand.

— Tu sais, Seamus, je ne pensais pas te dire ça un jour, mais après tout : peut-être que tu es beaucoup, beaucoup trop modeste.

Il avait mis juste assez d’ironie dans sa voix pour que Seamus, dans la nuit soudain claire, lui offre un pâle sourire avant de lui intimer de se taire, d’un geste de la main. Mais ses lèvres pincées s’entrouvrirent et Dean crut d’abord qu’il allait lui dire quelque chose, qu’il allait lui dire enfin ce qui lui bleuissait le cœur sous ses airs ravis, ses airs guéris, et puis Seamus se laissa tomber sur le dos, dans le sable tiédi malgré l’heure tardive. Dean s’allongea à son tour, à ses côtés, et il réalisa que c’était lui, qui allait parler.

— Raconte-moi, l’intima Seamus.

Et il raconta.

Il ne s’attarda guère sur la cavale en elle-même dont il avait déjà narré le plus gros à Seamus. Ç’avait été une infinie fuite en avant, et de la peur de la peur tout le temps, mais de l’autre côté de la bataille, du bon côté, Dean l’aurait presque qualifiée de promenade de santé.

Il raconta sa capture.

Il raconta la panique qu’il avait ressentie lorsque les Rafleurs l’avaient cueilli. Il raconta qu’il avait oublié sa fausse identité malgré les milliers de fois où ses compagnons de route et d’infortune l’avaient fait réciter. Il raconta le mensonge qu’il avait finalement balbutié pour paraître un Sang-Mêlé et échapper à une exécution sommaire. Il raconta que, à ce moment-là, la pensée fugace l’avait caressé : ne vaudrait-il pas mieux mourir que de subir ainsi ?

Et il raconta encore.

Il raconta le soulagement égoïste qu’il avait ressenti en découvrant Luna dans la cave des Malefoy. Il raconta sa culpabilité, et les sentiments contradictoires qui l’avaient tiraillé, qui le tiraillaient encore lorsqu’il posait ses yeux sur elle. Il raconta les petits riens dont il rythmait ses journées dans une vaine tentative de ne pas perdre l’esprit. Il raconta la fois où un homme, masqué bien sûr, s’était approché de la grille et où il avait pensé : ça y est. Ça y est, c’est fini, ça y est, ma vie s’arrête ici. Il raconta qu’à force la peur était moins grande et qu’il lui arrivait de confondre la panique et l’attente de la mort. Il lui raconta comment, les dernières fois, ni Luna ni lui n’avaient pas mangé, laissant leur ration de côté pour Ollivander qui s’affaiblissait et leur avait déjà récité son testament. Il raconta s’être mentalement préparé le sien et avoir regretté de ne pouvoir lui confier en mains propres ses dessins, à lui, Seamus, et c’est à ce moment que les larmes ont jailli et coulé en silence sur les joues lisses sauf les cicatrices de Seamus.

Dean narra encore Luna. Comme il enviait d’abord les rêves qu’elle s’inventait pour s’échapper, et comme il les avait craints, ensuite, lorsqu’il avait réalisé qu’elle les confondait pour de vrai avec la réalité. Il narra encore Harry et Ron, il narra les hurlements de Hermione et comme ils l’avaient finalement arraché à son anesthésie : il ne voulait pas souffrir, et il ne voulait pas mourir, et par-dessus tout il désirait sortir.

Il parla, raconta encore, presqu’une heure durant, et il lui sembla que les monstres qu’il narrait à son ami perdaient de leur superbe et rapetissaient et retrouvaient quelques couleurs chatoyantes, au fur et à mesure qu’ils lui échappaient pour danser dans d’autres yeux que les siens. Dean n’était pas serein, il ne le serait peut-être plus jamais ; mais il était soulagé, parce que ses sentiments, ils étaient deux désormais pour les absorber, ils étaient deux, désormais, pour les affronter.

— Tu réalises, Seamus ? J’ai pensé mourir, trop de fois pour me souvenir de chaque, et j’ai pensé à ma mère, bien sûr, à mes frères et sœurs. Mais à la fin, à la fin de tout, j’ai pensé à Lavande et Parvati, et j’ai pensé à toi. J’ai pensé que notre amitié était ce qui m’avait été donné de plus précieux, et c’était réconfortant parce que ça, ça n’était pas un rêve, c’était une vérité, à laquelle je me suis raccroché sans oser vous la confier et c’est ça, qui est idiot, vraiment, c’est ça qui est idiot, parce qu’on devrait dire aussi ce qui est beau.

Il sentit de la chaleur, de la douceur dans sa paume, et très vite il réalisa que les doigts de Seamus s’étaient glissés dans sa main, et qu’il n’avait pas besoin de le voir pour deviner son visage éternellement amical dans le ciel qui les surplombait tous les deux.

— Et tu sais, Dean, avec Neville, souvent, on regardait les étoiles dans notre dortoir, le soir. Je ne sais même pas comment, pourquoi on a commencé ça, mais on les regardait, et on les comptait. On se disait que toi, que Harry et Ron, peu importe où vous étiez, vous deviez les voir aussi. Et je les comptais comme pour m’assurer que les vôtres ne manquaient pas. Et cette année, notre vraie septième année, si je dois dire la vérité, je n’ai jamais vraiment arrêté de les compter.

Et leurs deux mains se serrèrent encore, un peu plus fort, avant que Seamus ne se redresse et se dresse sur la grève, face à la mer et sa joyeuse écume, entraînant avec lui Dean, qui enfin plantait ses yeux noirs dans les yeux bruns.

— J’ai besoin de me rappeler qu’elles brilleront toujours, confia Seamus.

Alors, Dean pressa à son tour les mains rugueuses, où les chaînes et les sortilèges de torture avaient creusé des marques indélébiles. Mais ces mains désormais, les mains de Seamus, elles serraient les siennes sur le pourtour de la Méditerranée, et sans doute, tout n’était pas bien, mais s’ils étaient deux alors tout pouvait être mieux.

Ils se tinrent droits, silencieux, à peine caressés par une brise d’été, comptant l’un les étoiles et l’autre les secondes qui séparaient le tourbillon des vagues s’échouant à leurs pieds.

Et puis, Seamus dit :

— Allez, on devrait rentrer.

— Tu as peur que Lavande débarque, c’est ça ?

— Elle ne me le pardonnerait jamais si je la trompais avec toi.

— T’en fais pas, ça n’a jamais été dans mes intentions.

Dean et Seamus marchèrent – et dans les cieux au-dessus d’eux chantait une chevêche.

— Je suis sûr que tu mens.

— Je pourrais sortir avec une fille ou avec un garçon, tu sais bien, mais certainement pas avec toi.

— Et bien moi, si j’étais une fille, je voudrais sortir avec moi.

La chevêche s’était tue mais les étoiles brillaient, elles brillaient fort brilleraient toujours, et tous les oiseaux de la mer et les rapaces du pays et sans doute les chouettes du monde entier, tous, toutes, cette nuit-là en Méditerranée, ils écoutèrent un chant, un murmure plus beau encore, celui de l’amitié.

— Je n’aurais jamais dû te dire que tu étais modeste, clairement, ça t’est monté à la tête.

— Tu es un rabat-joie.

— Je sais, mais tu m’aimes comme ça.

— Qui a dit que je t’aimais ?

— Toi, sur cette plage, cette nuit.

— C’est vrai.

Et les murmures muèrent en cris, les mains se délièrent pour attraper des poignées de sable qui volèrent de Dean à Seamus, de Seamus à Dean, les empreintes dans le sable s’espacèrent sous l’effet d’une course endiablée qui n’était plus ponctuée que de grands éclats de rire et, à la volée :

— T’en fais pas, je t’aime, moi aussi !

End Notes:
Merci d'avoir lu !

J'aime écrire sur Lavande et Seamus, sur Lavande et Parvati, mais je n'ai jamais vraiment écrit sur Dean et Seamus. Du coup, j'espère que mon texte n'est pas trop massacré. o/ N'hésitez pas à me donner vos avis ! La suite... je vais essayer de ne pas être trop longue !

Voilà, puis tout plein de bisous à toi Mathilde. b29;
Lavande by Bloo
Author's Notes:
*entre sur la pointe des pieds*

Près de deux ans après avoir posté le premier chapitre, je reviens donc avec le deuxième de cette ficlet. Oui, je sais, ça craint pas mal niveau délai.

Depuis des mois j'avais la première partie de ce chapitre sur mon ordi, mais je n'arrivai pas à écrire la suite. Finalement, à croire que je suis dans une vague de motivation en ce moment, je viens enfin d'y mettre un point final (et j'ai même laissé 100 reviews, modifié sept chapitres du secret d'Effy et enfin avancé dans la réaction du mystère d'Effy, et oui, tout arrive). Bref, Mathilde, j'espère que tu aimeras toujours autant.

Bonne lecture !

— Dis, Lavande, est-ce que c’est toi qui as pris mon gilet ? s’agaça Parvati en ouvrant grand la chambre de sa meilleure amie.

La vision qui s’offrit alors à elle la stoppa net, dans l’embrasure de la porte, parce que la chambre était richement décorée, un lit à baldaquins, des tables de chevet en chêne massif, des reproductions de toiles impressionnistes au mur et un immense miroir à pied, devant lequel Lavande se tenait droite, stoïque.

Aussitôt, Parvati vit défiler sous ses yeux ébahis le souvenir de milliers d’après-midis partagés, d’autant d’éclats de rire, à enfiler autant de robes et autant de chapeaux et autant de maquillage et autant d’escarpins et à en rire, à en rire, en rire à en mourir. Elle ferma les paupières, savoura, parce que depuis la guerre, Lavande n’aimait plus les miroirs et portait beaucoup de noir et Parvati ne s’y retrouvait pas, n’y retrouvait pas son amie, non plus.

Aujourd’hui Lavande revêtait une robe qu’elle n’avait pas arraché à sa malle depuis près de deux ans, et Parvati la reconnaissait parfaitement : c’était elle qui la lui avait offerte l’été entre leur cinquième et leur septième année. C’était une robe d’un vieux rose délavé, la couleur préférée de Lavande, et elle n’avait pas de manches, seulement de fines bretelles et un généreux décolleté.

Elle ne cachait rien des terribles striures que la guerre avait laissées pour toujours dans la peau de Lavande, et qui couraient de son nombril à son menton, faisant, au-dessus de la poitrine et sur l’épaule gauche, un amas particulièrement saisissant qui paraissait encore à vif, si l’on y regardait de près.

— Oui. C’est moi qui ai pris ton gilet, souffla Lavande.

Et elle l’enfila par-dessus sa tête, s’efforçant d’ignorer la moiteur qu’elle ressentait, cette matinée d’été sous le soleil provençal. Elle l’enfila sur ses estafilades et les lèvres de Parvati s’affaissèrent – elle aurait dû se douter, que c’était trop beau être vrai, que Lavande ne voyait toujours pas sa beauté vraie.

— Tu es absolument splendide, dans cette robe, Lavande, murmura-t-elle en hasardant un peu puis un deuxième dans la direction de son amie.

Mais à sa grande surprise, Lavande ne se déroba pas, elle n’essaya pas non plus de repousser les mains que Parvati tendit vers elle. Elle la laissa les serrer fort entre les siennes, et la laissa l’embrasser sur le front, et la laissa même déboutonner le gilet, mais lorsque les doigts de Parvati effleurèrent les épaules frêles, Lavande sursauta. Elle croisa les bras contre sa poitrine à s’en couper le souffle, et ses jambes se mirent à trembler, alors, Parvati lui laissa volontiers son gilet, et se glissa derrière elle pour poser doucement sa tête sur son épaule – la droite, l’épaule droite, l’épaule lisse.

— Je sais que ce n’est pas facile. Je ne prétends pas savoir d’ailleurs ce que tu peux ressentir, je ne sais pas ce que je ferais, moi, si j’étais à ta place. Mais je suis à la mienne. Je suis à la place de Parvati, ta meilleure amie, je suis à la place de Seamus et Dean qui t’attendent là, dehors, qui sont tes meilleurs amis aussi. Et en leur nom à eux, en mon nom à moi, je me permets de te dire : Lavande, tu es splendide, ton être est splendide, ce que tu es, tout ce que tu es est splendide alors ne te cache pas, nous, on t’aime comme ça. On t’aime en grand. On t’aime entièrement.

Alors, les larmes perlèrent sous les paupières, de Lavande, et de Parvati bien sûr, parce qu’elles étaient les filles qui pleurent, les filles qui gloussent, les filles qui se pâment et croient aux esprits aux pierres aux âmes, elles étaient les filles trop filles, les filles clichées, les filles ridicules, les filles superficielles, les filles artificielles et à la fin, elles étaient femmes. Elles étaient femmes guerrières résistantes survivantes combattantes, elles étaient deux.

Et à deux, tout était mieux : Lavande esquissa un sourire à travers les perles argentées qui dévalaient son visage.

— Et puis, entre nous, Love, tu ne vas pas me faire croire que Seamus n’a jamais vu ces cicatrices, non ?

Parvati vit son air mutin dans le miroir auxquelles elles faisaient face, toutes les deux, et presqu’en même temps, elle vit les lèvres de Lavande se pincer, ses yeux, de nouveau, s’embuer.

Elle pensait la faire rire.

Lavande ne lui cachait rien de sa relation avec Seamus – elle ne lui cachait rien du tout, ne l’avait jamais fait, et n’en aurait certainement pas été capable, elle paraissait ne ressentir ses émotions qu’à la condition de les partager. Et bien sûr, elle taisait le plus intime, elle aimait que certaines choses ne leur appartiennent vraiment qu’à eux, à Lavande et Seamus. Mais elles se disaient tout. Elles se l’étaient promis, un millier et peut-être même, un million de fois. Une fois, leurs belles paroles prononcées, elles s’étaient même embrassées, et Parvati avait confessé son attrait pour les filles. Il n’y avait plus jamais eu de vrai secret entre elles, depuis. Elles étaient les meilleures amies insupportablement clichées, et cela les ravissait.

Lavande aurait dû rire.

Elle aurait dû rire comme elles riaient à onze ans, à douze ans, à treize et quatorze et quinze ans, à seize ans, elles auraient dû rire comme riaient les enfants et les filles insouciantes qui, soudain, leur manquaient tellement.

— Lavande, il s’est passé quelque chose ? Avec Seamus ? se risqua Parvati.

— Non. Pas encore.

— Tu veux m’en parler ?

Et Lavande entendit : tu peux m’en parler tu dois m’en parler te confier et me laisser t’aider et me laisser t’aimer – Parvati n’avait simplement pas besoin de l’énoncer. Ça faisait si longtemps, des années, et toujours.

Avec Seamus, depuis leur première septième année, Lavande ne s’était jamais disputée. Ils avaient eu leurs moments, plus jeune, quand Seamus avait dénigré sa soudaine fascination pour la divination, quand elle avait craqué pour le beau et laid Gilderoy Lockhart, quand elle avait rompu sans le lui dire vraiment, au début de la cinquième, après que Seamus ait accusé Harry d’avoir menti. Mais depuis qu’elle avait été torturé par les Carrow, et qu’il l’avait libérée du cachot, et qu’enfin, encore, ils s’étaient embrassés dans le dortoir des garçons, à Gryffondor, Lavande et Seamus ne s’étaient plus jamais querellé. Et Parvati, comme toutes et tous leurs amis, avait d’abord pensé qu’ils n’en avaient de toute façon pas le temps. Il fallait survivre. Il fallait survivre, résister, il fallait survivre aux coups, aux sortilèges, aux chaînes, il fallait survivre le visage si tuméfié qu’on en perdait momentanément la vue, il fallait survivre et après –

Après.

Après : la bataille était passée, Lavande avait été grièvement blessée, et ses parents assassinés, et elle l’avait appris à son réveil, des semaines après, et elle s’était enfermée à Sainte-Mangouste quasiment tout l’été, et après – encore – il avait fallu survivre.

Survivre au deuil à l’absence à la culpabilité aux nuits sans sommeil aux journées sans sourire aux fantômes aux regrets Lavande avait survécu.

Ils avaient survécu, elles avaient survécu, et leur deuxième septième année, à Poudlard, avait été la plus amère, et la plus douce. Harry, Ron, Hermione, Neville, Seamus, Dean, Lavande, Parvati, la promotion 1998 devenue 1999 avait vécu un an entier entre les murs réparés les blessures pansées, et ils ne s’étaient jamais vraiment disputés. Il y avait trop à faire, désormais, il y avait même mieux que survivre il y avait : vivre. Il y avait vivre enfin et à huit l’adolescence qu’aucun mage noir, qu’aucun serviteur infiltré, qu’aucun Basilic, qu’aucun Détraqueur, qu’aucun tournoi piégé ni régime autoritaire ni tortionnaires ne pouvait leur voler.

En un an, ils avaient pris dix ans de maturité, et toutes les peines qui accompagnaient ce vieillissement prématuré, et Lavande et Seamus s’étaient aimés d’un amour vrai, entier.

Parvati réalisa que, pour elle aussi, ils étaient devenus un pilier, l’une des fondations de leur maison commune, de leurs futures colocations et aventures et joies des milliers de joies bien sûr, et elle craignit de le voir s’effondrer comme s’était effondrée déjà leur vie passée.

— Oui, je veux t’en parler, parce que je n’arrive plus à le garder pour moi et parce qu’il faut que je le dise aussi à Seamus, mais je ne sais pas comment. Je ne sais pas quand, comment, seulement que c’est moi qui dois le faire et lui dire, et que le plus vite sera le mieux, mais quand je le vois, je n’y arrive pas, ça ne vient pas, ça ne sort pas. Et moi…

— D’accord, Lavande, d’abord, tais-toi, la coupa Parvati.

Elle bondit devant son amie, l’arrachant à son reflet dans le miroir, et elle reprit ses mains dans les siennes et les serra jusqu’à ce que Lavande se détende tout à fait et les laisse retomber le long de son corps, même si ses doigts jouaient nerveusement avec le tissu de sa robe.

— Et maintenant : explique-moi.

— J’ai passé des examens à la fin de l’année.

— Oui, tu me l’as dit, à cause de tes insomnies.

— J’ai menti. Ce n’était pas qu’à cause de ça.

— Et à cause de quoi, alors ? Tu n’es pas malade, quand même ?

— Si. Si, je suis malade, Parvati. C’est ce qu’ils m’ont dit : que la dépression, c’est une maladie.

C’était un mot inattendu qui souffla si bien Parvati qu’elle entrouvrit légèrement les lèvres, cherchant les mots qui ne venaient pas, et devant elle, Lavande tapait du pied sur le parquet sans même paraître le remarquer.

Et Parvati remarqua.

À l’hôpital, les Médicomages avaient parlé de choc, des cinq phases du deuil, et quelques-uns qui avaient soigné déjà les victimes de la première guerre, de stress post-traumatique. Lavande en cochait certainement toutes les cases, l’addiction qu’elle avait développé aux potions de sommeil sans rêve n’avait fait qu’empirer la situation, et un matin, Parvati avait craint pour sa vie, parce qu’elle avait le regard si vide qu’elle la croyait partie, déjà, quelque part très loin d’ici.

Puis Seamus l’avait ramenée à leur monde, et à Poudlard, Parvati l’avait vu s’épanouir, certes avec plus de calme, plus en retrait que la Lavande d’autrefois, mais quand même, s’épanouir, c’était ce qu’on disait d’une fleur qui éclos et se dresse et Lavande avait fait ça éclore et se dresser en réapprenant à se lever et manger et dormir et sourire et parler et, un beau jour, à discourir devant une assemblée, à colorer le monde à sa magie informulée, à peindre, à chanter, à danser, à vivre.

Mais aussi il y avait eu : des yeux rougis, mis sur le compte de la fatigue, des verres d’alcool un peu trop remplis, et après tout, ils étaient nombreux dans ce cas mais aussi il y avait eu des repas évités des nuits agitées des départs précipités et des départs indécis lorsque les yeux de Lavande se perdaient soudain au loin et qu’elle n’entendait plus ne voyait plus. Et Parvati qui avait remarqué s’en voulut.

— Seamus, gémit soudain Lavande. Seamus, c’est pour ça, je ne peux pas lui dire parce qu’il va m’en vouloir. Il a déjà supporté tellement de choses. Il devait croire que c’était fini. Il devait croire que, maintenant, lui et moi, on serait quelque chose, autre chose que la somme de mes ennuis.

Mais Seamus, Seamus savait.

Il avait deviné.

Il l’avait dit à Parvati, à Dean, qu’il lui semblait que Lavande vivait désormais sa huitième année à Poudlard comme une forme de déni et, qu’à sa sortie, les émotions enfouies, qui déjà ressortaient de plus en plus fréquemment à mesure que la fin de l’année approchait, il craignait que ces émotions refoulées ne lui explosent à la figure.

Parvati l’avait rassuré : Lavande était remise elle le savait elle le sentait et même elle l’avait lu dans ses feuilles de thé.

Dean avait abondé : ils n’auraient jamais dû la laisser sortir ainsi sans un suivi ni aucun d’entre nous à vrai dire mais je vais vous dire une chose les sorciers les sorcières vous n’avez vraiment aucune idée de ce qu’est un stress post-traumatique et de ce que sont des séquelles psychologiques et alors ne parlons même pas de la dépression.

— Oh, Lavande.

— Je suis absolument désolée.

— Non ! s’indigna Parvati. Non, non, c’est toi qui le suis, je suis désolée de ne pas avoir compris que…

— Que je n’avais jamais vraiment guérie ?

— Que tu n’avais pas encore guérie.

— Mais peut-être que je ne guérirai jamais. Peut-être… peut-être que ça prendra des mois, ou des années, ou même encore pire des décennies. Et moi, je ne veux pas imposer ça à qui que ce soit. Je ne veux pas imposer ça à Seamus.

— Parce que tu crois que Seamus ne t’aime qu’à moitié ? Qu’il ne peut pas t’aimer avec tes fêlures ? Tu crois que personne ne peut aimer en vrai, parce que je vais te dire un secret qui n’en est pas un, on a tous des blessures, tous, absolument tous. Mais Lavande, toi, tu crois en l’amour, alors tu sais qu’on aime envers et contre tout ça.

— J’ai cru en beaucoup de choses.

— Et moi, là, c’est toi que je ne crois pas : je ne crois pas, que tu ne crois plus. Ou alors regarde-moi, maintenant, regarde-moi droit dans les yeux et dis-moi que tu ne crois pas en Seamus, qui t’a emmenée à Santorin, qui t’a fait refait danser, qui t’a préparé tes tartines toute l’année avec ta confiture préférée. Dis-moi que tu ne crois pas en Seamus, pour qui tu as repris le duel, et appris tout un tas de sortilèges pour l’aider à passer son examen d’admission au bureau des Aurors. Dis-moi que tu n’as pas fait tout ça parce que tu crois en lui.

— Mais tu ne comprends pas.

Lavande se détourna, referma le gilet sur sa poitrine tandis que ses épaules se ratatinaient sur elle-même. Et Parvati n’essaya pas de la toucher ; son amie avait été une adolescente exagérément tactile mais la résistante s’était refermée. Lavande supportait à peine d’être effleurée lorsqu’elle avait remis les pieds à Poudlard, seules ses mains venaient parfois serrer celles de ses amis. Mais ses mains maintenant étaient enfoncées dans ses côtes et Lavande articula :

— Ce n’est pas en Seamus que je ne crois pas, c’est en moi. Je sais qu’il m’attendra. Je sais qu’il sera présent, et un soutien inestimable, et aimant en plus de ça, mais moi, moi qu’est-ce que je lui apporte, à Seamus ? Je lui apporte quoi si ce n’est mes larmes et mes crises et une absence absolue de perspectives ? Quel genre de personne affreuse voudrait lui infliger ça ? Quel genre de… quel genre de monstre est-ce que ça ferait de moi ?

— Lavande.

Parvati n’essaya pas de la toucher, mais elle vint se planter devant elle, et s’abaissa quelque peu la forçant à la regarder dans les yeux, et elle s’approcha, elle s’approcha encore, elle s’approcha si près qu’elle sentait le souffle de son amie sur son visage et alors, Lavande cessa de l’ignorer. Parce que Lavande était beaucoup de choses des choses jolies des choses impolies mais dans les yeux de Parvati elle ne s’était jamais défilée et n’entendait pas commencer même aujourd’hui.

— Tu dis n’importe quoi, murmura alors Parvati. Tu dis n’importe quoi, mais moi, je t’aime comme ça : et je t’aimerai toujours comme toi.

Silence. Dehors un chant d’oiseau. De l’eau qui s’égouttait au robinet de la salle de bain attenante. Une brise, légère, qui faisait se mouvoir les voilages aux fenêtres. Et les mains de Lavande qui se détendaient, descendaient de sa poitrine à ses reins à ses cuisses, qui effleuraient les bras de Parvati.

Lavande laissa cogner son front contre celui de son amie.

Elle inspira, expira, inspira et expira encore et Parvati lui dit :

— Quand tu seras prête, parle à Seamus. Et si tu as besoin de moi, de quoi que ce soit, je serai là pour toi.

— Merci, chuchota Lavande.

— C’est normal. Je ferais quoi, moi, si tu n’étais pas là pour me tresser les cheveux, pour recoudre mes robes et pour me tenir au courant de qui sort avec qui ?

— Et bien, pour tes cheveux, tu demanderais à Susan, ensuite et tu vas rire mais je te promets, je sais de source sûre que Michael est un as de la couture et enfin, pour les potins, je vais te dire un secret.

Lavande se pencha à l’oreille de Parvati, passa son bras autour de ses épaules et les fit pivoter sur elles-mêmes, face au miroir encore, qui leur renvoyait soudain l’image de leur adolescence : les joues roses, creusées par des fossettes et des rires, la main devant leur bouche, le regard en coin conspirateur et bien évidemment, des gloussements.

— Seamus est pire commère que moi.

Après ça, Parvati descendit rejoindre les garçons, qui avaient entrepris de préparer à la magie le déjeuner, mais s’étaient emmêlé dans leurs sortilèges ménagers puisque la table était dressée aux poivrons tandis que les assiettes en morceaux débordaient des saladiers. Elle fit voler les éclats de faïence dans leur dos pour les forcer à courir sous le soleil de Provence avant que Seamus n’ait la présence d’esprit de leur jeter un Reparo. Dean s’attela ensuite à l’épluchage des légumes, sifflotant, tandis que Seamus jetait Parvati sur ses épaules et prenait menaçant la direction de la piscine – mais c’était elle qui détenait la recette de leur dessert du soir, et lorsqu’elle le lui rappela, il la déposa, penaud, sur la chaise la mieux exposée au soleil.

Lorsque Lavande les rejoignit, elle s’était changée, préférant une robe blanche à manches bouffantes et un foulard en soie. Des fleurs étaient brodées sur le tissu, dont les tiges s’entortillaient de son buste à sa nuque, suivant le tracé des cicatrices dérobées. Parvati lui sourit, Dean aussi, Seamus l’embrassa sur la tempe et ils dégustèrent leur salade colorée dans une joyeuse cacophonie.

Et dans les jours qui suivirent, ils rirent pédalèrent grimpèrent achetèrent déambulèrent, et Dean et Seamus et Parvati se baignèrent, et Lavande se réveilla la nuit, obnubilée par les mots de l’infirmière, tétanisée, à l’idée de se confier.

Elle alternait les cauchemars et les insomnies depuis qu’elle s’était éveillée orpheline et balafrée dans les couloirs blafards de Sainte-Mangouste, et ces troubles s’étaient estompés, parfois, lorsqu’elle avait retrouvé sa maison à Poudlard, lorsqu’ils étaient arrivés tous les quatre en Provence. Mais très vite, et malgré les paysages splendides qui s’offraient à elle chaque jour, malgré les mets savoureux dont ils se régalaient à quatre, malgré les grandes histoires d’amour dont elle s’abreuvait sous le soleil doré, Lavande se réveilla en sursaut, la nuit, sans un cri sans un bruit, comme elle savait le faire, depuis.

À ses côtés, Seamus dormait, le drap en lin plié entre ses jambes. Il avait les sourcils froncés, et elle hésita à le secouer, parce qu’il feignait peut-être superbement l’insouciance au monde entier, mais elle, qui le regardait assoupi, elle savait. Seamus repoussait trop bien les ombres à chaque seconde de la journée pour leur résister à la nuit tombée.

Elle aurait aimé lui en parler : mais elle ne savait pas même aborder ses bleus à elle.

Alors, comme la nuit d’avant, et comme celle d’avant aussi, Lavande prit le gilet de Seamus et s’esquiva le pas feutré. Elle emprunta le sentier qui menait à la crique, les pieds nus, appréciant la tiédeur du sable et la caresse des graminées qui poussaient sauvagement. Sur la plage, elle inspira expira inspira expira, et jeta derrière elle le gilet de Seamus. Elle inspira expira inspira expira inspira expira, se rappela Parvati qui les croyait plus intimement liés qu’ils ne l’étaient pas vraiment, Seamus et elle, parce qu’elle n’avait jamais retiré sa longue robe de nuit lorsqu’ils s’aimaient, et même si les lumières étaient éteintes et les yeux de Seamus, brillants d’un amour débordant.

Et Lavande inspira expira inspira expira inspira expira inspira expira, et derrière elle elle laissa, ensablée tiédie adoucie, la robe dont elle ne s’était pas départie.

Inspire expire inspire expire inspire expire insp

Elle fit un pas en avant, un autre et un autre encore, pénétra la Méditerranée qui, cette nuit, avait la saveur infinie de l’océan. Puis, les poils dressés sur sa peau striée, Lavande se mit à courir, à courir, à courir encore, et quand l’eau lui éclaboussa la poitrine, les épaules, la nuque, elle plongea toute entière. Et surtout elle revint à la surface, s’étendit sur le dos, ses cheveux autour d’elle comme un halo. Elle vit les mêmes étoiles qui avaient veillé Seamus et Dean sans que Parvati et elle ne le sachent, et quelque part, elles savaient, ils savaient aussi. Mais, lorsqu’elle reprit la direction de la maison, il lui sembla que cette Lavande-là, Lavande marquée mais fière Lavande qui se dressait en Provence, il lui sembla que cette Lavande restait accrochée à la plage le soir, au noir, parce que ses pieds avaient à peine passé l’entrée qu’elle remit à la hâte sa robe trempée et le gilet de Seamus.

Ainsi emmitouflée, elle reprit sa lecture dans le canapé, rêvassa s’assoupit se réveilla engourdie. Et le soleil se leva, ses premiers rayons percèrent à travers les persiennes et les baies vitrées. Lavande se hâta alors de regagner leur chambre, à Seamus et elle, et se prépara à feindre le repos et surtout l’enthousiasme d’un jour nouveau.

Elle ne vit Dean qu’à cet instant-là – quand elle manqua de lui rentrer dedans et qu’elle vit aussitôt qu’il avait le visage aguerri de celui qui s’était levé depuis longtemps.

— J’étais aux toilettes, bredouilla-t-elle aussitôt.

— Elles sont de l’autre côté, Lavande.

— C’est vrai. Elles sont de l’autre côté.

Lèvres, inspirer, nez, expirer, lèvres, les mordiller, nez, saccadée saccadée, doigts, crispés, ongles, dans la peau.

— Ne le dis pas à Seamus, souffla alors Lavande.

— Que quoi ? Que tu as des insomnies ? Que tu n’as pas dormi ici depuis trois nuits ? Il le sait bien. Parvati le sait, je le sais, et Seamus le sait aussi.

Elle refusa de l’entendre. Elle préféré ignorer son ami, ignorer Dean, le contourner et gravir la volée de marches qui menaient à l’étage à la chambre au temps de remettre son masque et de reprendre son plus beau rôle. Mais elle n’atteignit même pas l’escalier – Dean lâcha comme le couperet –

Que –

— Seamus sait tout, Lavande.

Seamus –

Il sait –

Tout.

Et Lavande : Lavande ne pouvait pas le croire.

C’était impossible, c’était un coup monté, Dean bluffait en espérant lui faire avouer son secret. Ou bien, Parvati le lui avait dit, elle le leur avait dit à tous les deux tandis qu’ils jouaient à se couler les uns les autres dans les eaux claires et que Lavande n’avait que la nuit noire pour plonger, seule.

Mais lorsque Lavande se retourna, et planta son regard dans les yeux noirs de Dean, elle sut aussitôt qu’il ne lui avait pas menti. Elle sut, aussi, que ça n’était pas Parvati, parce qu’évidemment que ça n’était pas Parvati, que ça n’était pas Dean ni Seamus, c’était elle. C’était elle, elle était malade, cernée, amaigrie, elle étouffait dans des vêtements trop couvrants, elle s’échappait la nuit en se croyant aussi discrète que Seamus, mais ils savaient, oui, ils savaient. Sinon, Dean ne l’aurait pas regardée ainsi. Il ne l’aurait pas regardé avec pitié avec des yeux qui disaient Lavande, je suis tellement, tellement désolé pauvre de toi.

— Il sait, parce qu’il te regarde, Lavande. Il sait parce qu’il te regarde, et parce qu’il s’inquiète pour toi, et parce qu’il t’aime. Et c’est pour ça que, Parvati et moi, on sait aussi. C’est parce qu’on t’aime nous aussi.

Lavande, hésitante, fit un pas devant elle, un autre, mais elle laissa assez de distance entre Dean et elle pour qu’il ne puisse la toucher, même en tendant son bras vers elle. Et quand même, elle refit un pas, se sentit nauséeuse, pensa qu’à chaque fois que son pied frôlait les tomettes c’était l’enfer qui s’approchait, malgré tous les efforts qu’elle avait fait pour y échapper, malgré les trésors d’efforts déployés par ses amis, pour elle, pour rien, en vain.

— Vous savez tout… et vous m’aimez ? murmura-t-elle.

Heureusement, Dean avait l’oreille fine, et il avait saisi à la volée les mots qui étaient voilés, parce que Lavande pleurait. Elle ne l’avait pas réalisé, d’abord, que sa vue se brouillait et que ses lèvres tremblaient. Le conflit lui avait appris un millier de choses, comme d’attacher ses cheveux de sorte à ne pas en laisser un seul derrière elle lorsqu’elle pénétrait les cachots délivrer ses amis, ou de se désillusionner, et aussi, à pleurer en silence. À pleurer en silence, pour ne pas offrir aux Carrow la satisfaction d’un cri, et même d’un gémissement. À pleurer en silence, pour épargner les amis, qui alors auraient pleuré aussi. À pleurer en silence, parce qu’à force les larmes avaient un chemin tracé sur les visages émaciés, si bien qu’elle oubliait parfois, ils oubliaient souvent, qu’elles étaient là, tapies.

— Tu sais, la guerre, on n’en parle pas, parce qu’on s’imagine que ne pas en parler c’est la dépasser. Mais la vérité c’est qu’elle nous a tous abîmés. Et on se veut des grands, des géants, des combattants, et dans le fond, on n’est que des soldats de papier, qui plient sans se casser, mais qui gardent des striures.

Et Lavande sourit.

Ces mots-là, cette métaphore, c’était si poétique, si incongru, si Dean, qu’elle les revit soudain tous les quatre. Ils avaient onze ans et faisaient vraiment connaissance dans leur salle commune, un samedi soir, ils avaient douze ans, se jetaient de la neige à la figure et riaient et riaient et riaient, ils avait treize ans, se confiaient désormais leurs joies comme leurs peines et Dean lui dessinait son lapin et Seamus s’exclamait qu’ils devraient adopter à eux quatre un animal qui serait en garde alternée l’été, mais ils ne s’accordaient ni sur le prénom, ni sur la couleur de son pelage, ni certainement sur la race, alors Parvati boudait et Lavande la prenait dans ses bras. Ils avaient quinze ans, seize ans, dix-sept ans, elle cousait ses propres vêtements, Seamus battait des records d’endurance autour du lac, Parvati dansait jusqu’à la nuit tombée sur les épais tapis de leur dortoir et Dean, Dean était un peintre un artiste un poète, qu’ils chargeaient à l’unanimité d’illustrer les photographies que leur offrait Colin à chaque fin d’année et qu’ils consignaient dans un album doré.

— Ne crois surtout pas que, si tu vas mal, on va se débarrasser de toi et te laisser tomber. Parce que c’est juste le contraire qui va se passer.

— Tu veux dire que je ne vais plus avoir une minute sans voir vos têtes à tous les trois ? Par Merlin, ça va être long, je crois, répliqua Lavande.

Dean sourit aussi.

Lavande était drôle. Malgré elle, parfois, mais en pleine conscience la plupart du temps. Elle faisait preuve de beaucoup d’auto-dérision et maniait l’ironie à la perfection et il avait longtemps trouvé injuste les camarades d’autres années, ou d’autres maisons, qui ne les réduisaient Lavande et elle qu’aux filles qui gloussent, parce qu’il avait lui-même pouffé un millier de fois sous les yeux rieurs de son amie.

Lavande était drôle, mais ce matin aux aurores, elle pleurait à travers ses rires ou riait à travers ses larmes, et tout se mélangeait : Seamus savait, elle était en dépression, ils étaient en Provence, Dean, Lavande, Parvati, Seamus sous les orangers et dans les couloirs de Poudlard et Colin, Colin était mort, ses parents étaient morts, l’odeur du thym et du romarin lui chatouillait les narines depuis la fenêtre qu’elle avait laissé entrouverte, elle sentait aussi l’eau de mer où s’ébrouaient ses amis, le sable, qui avait enseveli d’autres amis dans la terre de son pays, et Lavande riait, pleurait, vivait.

Mais Dean sentit qu’il pouvait la toucher, qu’il pouvait la prendre dans ses bras alors il s’avança, l’amena contre sa poitrine et, lorsqu’elle s’agrippa finalement à son gilet, il la serra très fort contre son cœur, posant sa tête sur ses longs cheveux blonds, il était plus grand qu’elle et d’ailleurs, Lavande était dressée sur la pointe de ses pieds. Il la laissa pleurer, ne dit rien, mais sa main droite faisait de petits ronds dans le dos de son amie, et la gauche démêlait ses boucles encore humides. Dean et Lavande étaient soudain une île, où se levait un jour nouveau qu’habillaient dans le ciel des écharpes lumineuses, Dean et Lavande étaient une île, et un port, des amis.

— Je peux te confier un secret ? chuchota Dean.

— Tu sais bien que oui.

— Quand j’étais petit, j’ai eu peur du noir. Pendant vraiment, vraiment très longtemps. Et avant d’entrer à Poudlard, je me suis défié de ne plus dormir sans une veilleuse, pour être digne de partir, et j’ai sincèrement cru que le Choixpeau m’avait réparti à Gryffondor juste pour ça.

— Tu avais réussi.

— Mais depuis la guerre, j’ai de nouveau peur du noir, et des endroits clos, alors je ne dors qu’avec la lumière allumée.

— Et ? souffla Lavande en enroulant ses bras à son tour dans le dos de son ami.

— Et je m’en suis tellement voulu, je m’en veux encore, parce que c’est comme un retour en arrière, c’est comme si j’étais redevenu l’enfant qui ne se croyait pas même capable d’entrer à Poudlard et encore moins à Gryffondor.

— Pourtant tu y es entré. Tu es entré à Poudlard, à Gryffondor et, pardonne-moi cet excès de dramatisme, mais je crois bien que tu es même entré dans l’histoire.

— Voilà. Parfaitement. Alors ça ne peut pas être un pur recul en arrière si je connais déjà le chemin pour en sortir, non ?

— Mais est-ce que Dean enfant avait autant de fantômes avec lui ?

— Est-ce que Dean enfant avait des amis aussi formidables qu’aujourd’hui ? Assurément pas. Et la Lavande enfant ?

— Oh, Dean. Non, non, bien sûr que non, et bien sûr que oui vous êtes formidables. Tu es formidable.

Elle ne dit plus rien, c’était sa façon à elle de lui donner raison, mais elle resserra sa prise et aussi ses paupières entre elles et les larmes cessèrent de dévaler ses joues blanches. Elle n’entendit ni Seamus, ni Parvati descendre les escaliers, mais Dean les vit, lui, et il fit un clin d’œil à Seamus qui répondit par une moue exagérément boudeuse. Il prétendit même le viser du bout de sa baguette, et certainement, Seamus connaissait désormais un tas de sortilèges particulièrement désagréables, mais Dean connaissait assez son ami pour le charrier et tendre ses deux mains devant lui, l’air de rien, l’air mutin.

Parce qu’ils étaient Dean, Lavande, Parvati et Seamus.

Et que c’était eux quatre contre les démons de leur monde.

— On sera toujours avec toi, Lavande, affirma Dean en prenant le visage de la jeune femme entre ses deux mains, leur étreinte relâchée. Seamus aussi – surtout Seamus. Comme moi je sais que vous, que toi, tu seras toujours là. Et c’est vrai qu’il y aura encore un millier d’obstacles peut-être à surmonter, mais tu ne seras pas seule : tu seras même quatre fois plus forte.

Lavande sourit, se hissa à nouveau sur la pointe des pieds, et déposa un baiser sur la joue de Dean qui, avant qu’elle ne file vers la cuisine, lui tendit son gilet pour remplacer celui de Seamus, gorgé d’eau salée. Elle le revêtit aussitôt, s’éclipsa, et Parvati descendit avec Seamus, Dean la serra contre lui à son tour tandis que Seamus lui serrait fort la main. Ensemble, ils rejoignirent Lavande et préparent le déjeuner, des pancakes, et évidemment, évidemment, Parvati fit voler les assiettes derrière les garçons avant d’être plongée dans la piscine.

Ils se jetèrent ensuite tous les trois dans la Méditerranée. Lavande, elle, se tint en retrait sur la plage, et ils ne la poussèrent pas, ne l’éclaboussèrent même pas, mais prirent garde à se relayer auprès d’elle et, chacun à leur tour, ils la contemplèrent éblouis. Parce que Lavande n’avait même pas pris de maillot de bain, mais elle revêtait enfin la robe que lui avait offerte Parvati, et qu’elle épousait ses cicatrices, qui étaient son courage et sa beauté vraie.

End Notes:
Merci d'avoir lu !

Bon, j'espère que la fin n'est pas trop gnangnan... Cela dit, Lavande va en baver pendant quelques années encore.

N'oubliez pas de me laisser vos impressions, bonnes comme mauvaises, c'est la seule récompense de l'auteur ainsi qu'une réelle motivation pour continuer à écrire :)
Parvati by Bloo
Author's Notes:
J'ai mis deux ans à écrire un deuxième chapitre à cette histoire.

Et après, en répondant aux reviews sur le deuxième chapitre j'ai écrit que Promis juré la suite ne mettra pas deux ans à arriver !!

C'était il y a 7 ans.

Alors en un sens j'ai tenu ma promesse :mrgreen: , mais j'entends bien profiter du NaNoWriMo de ce mois-ci pour enfin enfin terminer cette histoire pour celle, qui est toujours mon amie aujourd'hui - et merci pour ça, Vio ♥ .

Bonne lecture !
(et si vous aviez déjà lu les deux premiers chapitres il y a loooongtemps, je vous invite à les relire, je les ai grandement modifiés et enrichis :D)

Un matin, c’était déjà la mi-juillet, Dean, Lavande, Parvati et Seamus réalisèrent qu’il ne leur était plus nécessaire de planifier à l’avance leurs journées. Ils se levaient à l’heure qu’ils voulaient, et surtout qu’ils pouvaient, au gré de leurs insomnies, de leurs cauchemars, mais aussi de la saine fatigue qu’ils accumulaient lors de leurs baignades et escapades. Après, quand ils s’étaient éveillés tous les quatre, ils filaient à bicyclette sur les étals colorés des marchés environnants, puis vaquaient à leurs occupations avant le déjeuner. Et l’après-midi, chacun à leur tour, ils choisissaient un point sur une vieille carte de la Provence, et transplanaient dans la foulée vers des villages animés, lorsque Parvati choisissait, vers des champs de lavande pourprés quand c’était à leur amie éponyme, dans les paysages splendides et sauvages du Mercantour, pour Seamus, et enfin Dean, lui, naviguait entre les vues comme des peintures et les magasins de nougat, de fruits confits et surtout, surtout, de calissons.

À la fin de l’après-midi, ils rejoignaient leur plage à eux, lézardaient ou nageaient ou couraient et Parvati : Parvati dansait.

Elle avait toujours aimé ça, se mouvoir son pouvoir, et elle se savait douée. La danse était peut-être le seul domaine dans lequel sa famille lui reconnaissait une supériorité sur sa sœur jumelle. Mais Padma n’avait jamais été une vraie sportive : c’était Parvati qui déchirait ses habits en grimpant aux arbres, qui se roulait dans l’herbe tendre à colorer ses cheveux emmêlés au vert, c’était Parvati encore qui courait le plus vite et sautait le plus haut et savait faire la roue le grand écart et même un grand jeté. C’était Parvati l’aventurière, la sportive, la débrouillarde et la casse-cou, mais dans la grande et exigeante famille Patil, il valait mieux être la sage l’intelligente la responsable, alors les rares qualités de Parvati avaient le goût amer d’un chocolat trop noir.

— Qu’est-ce que tu essayes de faire, exactement ? se risqua Lavande en voyant son amie pivoter sur elle-même et échouer dans le sable brûlant.

— Un fouetté. C’est…

— C’est d’être en équilibre sur une seule jambe et de tendre l’autre autour de toi le tout en tournoyant. Je sais, depuis le temps.

— Je savais le faire, avant.

Et elle n’a pas besoin de préciser avant quoi : parce qu’avant la guerre, ils savaient faire un tas de choses, toutes et tous, comme de dormir la lumière éteinte, de dormir tout court d’ailleurs, et de nager, et de peindre un univers coloré, de rêver, ou d’enchaîner une dizaine de fouettés sous les regards admiratifs de leurs condisciples qui profitaient du parc léché par le soleil aux beaux jours, plutôt que de se cacher dans leur dortoir où danser paraissait une lointaine idée.

— Alors ça reviendra, dit posément Lavande.

Elle savait qu’il y avait autre chose, que des quatre Parvati était la plus secrète et que les mots ne lui venaient qu’après les avoir si bien avalés qu’elle en avait développé des maux. Mais elle savait aussi que son amie se déroberait à la moindre confrontation. Elle s’amusait encore, parfois, de les trouver si similaires dans leur amour de la mode de la divination de la photographie et de tout ce qui était mignon, et à la fois, si diamétralement opposées dans leur façon de gérer leurs émotions.

Lavande les vivait, comme ses sentiments, avec une honnêteté désarmante. Et la franchise était encore ce qui marchait le mieux pour la confronter – elle n’avait jamais réellement appréhendé le second degré et n’aimait les tergiversations que dans les romans d’amour mièvres et certainement pas en vrai. Parvati, à l’inverse, devait être approchée avec finesse pour envisager de se confier. Heureusement, et depuis toutes ces années, Lavande avait appris à louvoyer.

— Il faut que ça revienne maintenant, insista Parvati.

— Pourquoi, tu passes le concours d’entrée à l’Opéra de Paris ?

Parvati l’ignora, lui jeta un regard noir, prit une inspiration profonde et tendit les bras se dressa, tourna sur elle-même une fois, tourna sur elle-même une seconde fois, mais lorsqu’elle tendit la jambe droite, elle trébucha, et recracha une énième poignée de sable.

— Je crois que tu viens d’être recalée, constata Lavande sans lever les yeux de son livre.

— Je crois que je ne t’ai pas demandé ton avis.

— Je crois que je te l’ai donné quand même. On continue comme ça ?

— Je ne joue à rien du tout, moi, j’essaye seulement de retrouver mes mouvements.

Et elle recommença.

Seamus et Dean les rejoignirent, au plaisir de Lavande qui délaissa aussitôt son roman pour sauter dans les bras de Seamus en espérant le faire basculer avec elle – mais il était de plus en plus musclé et de moins en moins surpris par ses assauts répétés si bien qu’elle n’était parvenue qu’à le faire tomber deux fois cet été. Ils bavassèrent ensuite avec Dean, jouant au jeu qu’ils préféraient, à savoir inventer une vie aux quelques badauds qui se prélassaient comme eux dans leur crique reculée. Lavande, avec son imagination débordante, était assurément la plus douée, mais Dean se défendait, et plus les jours filaient, et plus les idées lui venaient, et plus il se surprenait à esquisser des couleurs au milieu de ces croquis.

C’était aussi le jeu préféré de Parvati, mais elle s’efforça d’ignorer ses amis pour ne se concentrer que sur ses fouettés, et comme elle n’y parvint pas, elle s’astreignit au grand jeté qui était peut-être plus dur encore.

Et puis, à la réception d’un de ses sauts, elle sentit sa cheville droite se tordre.

Elle ne vit pas Lavande renvoyer un Dean et un Seamus inquiets dans la mer, intransigeante comme elle pouvait l’être, parce qu’elle avait serré très fort ses paupières mais, lorsqu’elle les entrouvrit, et découvrit la mine impassible de son amie, elle comprit que les larmes avaient barbouillé son visage bruni.

— C’est rien, affirma-t-elle sans ciller.

— Je m’en occupe.

— Mais je te dis que…

— Je m’en occupe, Patil.

Parvati se le tint pour dit : Lavande les appelait par leur nom de famille comme sa mère comptait jusqu’à trois, lorsque Parvati était une petite fille qui renversait les vases précieux en slalomant entre les meubles anciens de leur demeure. Et ce qui arrivait de si terrible à trois, Parvati ne le savait pas, parce que la menace était bien la seule à réfréner ses ardeurs d’enfant terrible. Elle ne savait pas non plus ce que ferait Lavande, si elle s’obstinait à la défier, mais la douleur pulsait de sa cheville jusqu’au bout de ses doigts, et elle se rappela alors qu’elle faisait confiance à Lavande pour la soigner, plus qu’à n’importe qui d’autre.

(Image. Ils ont torturé Seamus, si violemment qu’ils l’ont laissé inconscient trois jours durant, et bien sûr, Pompom Pomfresh n’a pas été autorisée à pénétrer le dortoir. Neville prétend d’abord ne pas les laisser monter, Parvati lui intime de ne pas jouer les preux chevaliers. Mais quand Lavande siffle son nom de famille, il s’écarte, et elles grimpent, et c’est horrible, c’est horrible, alors Lavande déterminée et inconsciente fonce à la bibliothèque dont elle force la serrure, de nuit. C’est elle qui soigne Seamus.)

Lavande pointa sa baguette sur elle, marmonna une formule que Parvati ne saisit pas, et la seconde d’après la douleur s’estompa.

C’était si simple.

(Image. Image. Image.)

— Et maintenant, ordonna Lavande, tu m’apprends.

— Je t’apprends quoi ?

— Tu m’apprends à faire ce fouetté. Je veux savoir, moi aussi.

— Lavande, tu n’as jamais fait de danse classique.

— Et alors ?

— Je viens de me tordre la cheville sous tes yeux en m’y risquant et je crois que j’ai su danser avant même d’apprendre à marcher.

— Je répète : et alors ?

— Alors, tu es inconsciente !

— Et bien c’est parfait, je ne demande rien de mieux.

Et Parvati céda. Évidemment. Elle vint se placer derrière son amie gainée, ou qui pensait l’être, peut-être, elle prit ses bras dans les siens, ses mains dans les siennes, et mit sa jambe contre sa jambe, et l’autre jambe contre son autre jambe, bras pour bras main pour main jambe pour jambe, et le cœur de Lavande pour le sien.

Évidemment Lavande ne réussit pas le moindre de ses fouettés. Et évidemment : Parvati savait ce qu’elle faisait. Elle savait qu’elle exagérait ses erreurs, qu’elle se prétendait plus idiote qu’elle ne l’était vraiment, qu’elle tombait et pestait et se lamentait à outrance. Parvati savait ce que Lavande faisait et s’y laissa prendra parce qu’elle savait aussi depuis le temps que cela marchait.

Bientôt, elles rirent. C’était le signal qu’attendaient les garçons pour sortir de l’eau –

(Image.

Seamus.

Et où est Dean ?)

– c’était le signal qu’attendaient les garçons pour sortir de l’eau, s’approcher, précautionneux, et comprendre et s’y prendre à leur tour. Parvati ne put s’empêcher de glousser en contemplant Seamus se vautrer à ses pieds avant de sauter sur le dos de Dean qui avait osé se moquer alors qu’il confondait le ballet et la gymnastique et, à la minute évidemment évidemment où elle ne s’y attendait plus, elle réussit son fouetté, faisant rebondir entre ses membres tournoyants le rire de ses amis.

Lavande l’admira avec fierté : elle eut le sentiment d’avoir réparé quelque chose de bien plus précieux qu’un vase ébréché par une enfant turbulente.

Mais à la nuit tombée, ce n’est pas des bons conseils de Lavande dont Parvati vint s’enquérir. C’était ce qu’elle aurait préféré, sincèrement, et elle s’en voulait de ne pas le faire. Avec Lavande, elles s’étaient promis juré craché de ne plus jamais rien se cacher, et Parvati se raccrochait avec une obstination farouche à toutes les promesses qu’elle avait un jour faites. Elle n’en avait brisé qu’une seule dans toute sa vie : et, parfois, elle se demandait si le fil ne s’était pas emmêlé précisément à ce moment-là, faisant au fil des ans un véritable écheveau dont elle ne savait plus détricoter les mille possibles.

Parce qu’elle ne pouvait pas trahir une seconde fois sa promesse défaite, Parvati frappa à la porte de Dean plutôt qu’à celle de Lavande – et aussi, à la vérité, parce qu’elle savait la chambre de cette dernière vide à cette heure où l’étreinte de Seamus était une perspective plus excitante qu’un immense et vide lit à baldaquins.

Dean lui ouvrit dans la seconde comme s’il avait précisément attendu sa venue au cœur de la nuit claire. Le ciel était parsemé d’étoiles, mais la lumière était allumée en grand, et un oiseau translucide voletait à travers la pièce.

— C’est ton Patronus ? s’enquit Parvati.

— Je m’entraînais, répondit Dean en souriant.

Il mentait, c’était évident, Seamus était bien le seul à juger nécessaire de s’exercer quotidiennement malgré les vacances et la résistance et leurs connaissances soudain immenses et les examens qui n’étaient pas si lointains. Et même Seamus ne convoquait pas son Patronus au milieu de la nuit. Mais l’attention de Parvati se focalisa sur autre chose que le mensonge de Dean : l’oiseau transparent, éclatant, lui paraissait différent de celui qu’elle avait vu voler, autrefois, dans la Salle sur Demande, et plus tard dans un couloir sombre et démoli de Poudlard.

— C’est une mésange bleue, déclara Dean en suivant le regard de Parvati.

— Et avant ?

— Avant, c’était un chardonneret. Ça n’a pas tellement changé.

— Pourquoi le chardonneret ?

— Tu sais que son nom complet, c’est « chardonneret élégant » ? C’est un oiseau splendide, aux nuances de jaune, de rouge, de blanc et noir et brun. Et c’est un tableau, aussi, de Fabritius, un peintre Moldu. Il l’a appelé Le Chardonneret. L’oiseau s’y détache sur un fond, crémeux d’une luminosité intense, qui valorise la lumière par l’ombre et l’en fait surgir. Et à la différence du procédé rembranesque…

Il s’interrompit soudain, contempla Parvati dont les yeux s’étaient élargis, les sourcils, dressés. Et puis, ses lèvres leurs lèvres s’étirent en deux sourires, et si le passereau se dissipa soudain dans des nuances de brumes argentées, les rires de deux amis vinrent combler le vide qu’il laissait derrière lui.

— Dean, je suis désolée, mais je n’ai aucune idée de ce qu’est un procédé rembranesque, s’esclaffa-t-elle.

— Rembrandt est un peinte célébrissime dans le monde Moldu. Et Fabritius a été l’un de ses élèves les plus brillants. Les sorciers n’ont vraiment aucune culture, c’est effarant.

À elle, il exposait gaiement et sans arrière-pensée ses idées, mais Parvati savait que, dans le fond, le sujet lui tenait à cœur. Dean avait été très étonné, à son entrée à Poudlard, de ne pas recevoir le moindre cours d’histoire de l’art sorcier, et même d’histoire de l’art tout court. Il avait interrogé ses professeurs, ses amis, ses camarades de classe sur les musiciens, les peintresses, les sculpteurs, les autrices et toutes et tous les artistes sorciers les plus célèbres, avide d’élargir ses connaissances culturelles.

Il était bien des peintres et peintresses, pour esquisser le portrait des figures historiques ou fortunées, il était bien des sculptures, des châteaux, des lieux qui fourmillaient d’histoires et d’anecdotes, mais Dean avait vite compris que ce savoir était réservé à de rares initiés, et qu’il ne venait à aucun des élèves de familles sorcières l’idée de seulement contempler les toiles qui habillaient les murs de leur école.

Il se rappelait la bien la première fois où il s’en était plaint auprès de ses amis : Lavande, dont la mère raffolait de poésie et de peinture, avait abondé en son sens, Seamus s’était exclamé que c’était pareil avec le sport et que certes le Quidditch était fantastique mais que, tout de même, il existait un millier d’autres activités formidables à pratiquer et que Poudlard devrait instaurer sur le champ des cours d’athlétisme obligatoires – Dean et Parvati l’avaient alors frappé avec les premiers coussins venus à leur portée – et Parvati, justement, Parvati s’était contenté de le frapper et s’esclaffer.

— Moi, ce qui me plairait vraiment maintenant, c’est de faire du théâtre, lâcha-t-elle soudain, enfin.

Après, elle s’était intéressée. Sa sœur et elle n’étaient peut-être pas proches, à proprement parler, mais elles avaient d’autres points communs que le jour de leur naissance : et si Padma était la plus curieuse, la plus intelligente, la plus réactive, la plus cultivée et la plus-tout-sauf-la-meilleure-danseuse la meilleure fille, Parvati et elle partageaient un intérêt sincère pour ce qui était à découvrir.

Et l’art était à découvrir et inventer et réinventer pour Parvati, qui l’avait longtemps pensé un simple adjectif accolé aux objets précieux qu’elle n’avait pas le droit de toucher à la maison.

C’était peut-être ce qui l’avait si bien attiré chez Dean qu’elle s’était cru, un temps, amoureuse de lui, avant de découvrir qu’elle préférait et de loin les filles aux garçons. Mais son ami n’avait jamais cessé de le fasciner par son talent, ses connaissances, son regard : il capturait les meilleurs clichés d’eux quatre réunis, lorsqu’ils se retrouvaient l’été, il traçait bien sûr les plus belles esquisses et peignait les plus belles toiles et faisait les plus belles cartes, les plus beaux cadeaux personnalisés, les plus belles mélodies, Dean faisait de l’or avec ses doigts, ses mots, sa voix, et Parvati avait toujours aimé ce qui était doré.

— Tu veux faire du théâtre ? répéta Dean.

— J’ai envie d’essayer.

— Et pourquoi le théâtre en particulier ?

— Parce que ça me plaît de jouer la comédie. D’apprendre un rôle par cœur et de le réciter et à la fin d’être applaudie pour ça.

Elle se demanda si Dean saisissait le sous-entendu. Lavande ne l’aurait pas ignoré, elle, mais c’était précisément pour cette raison que Parvati n’avait pas frappé à sa porte. Lavande aurait deviné parce que Lavande savait :

que Parvati n’était pas à la hauteur des espoirs de sa famille

qu’elle prétendait être une fille qu’elle n’était pas et donnait tant de corps à ce rôle qu’elle se perdait parfois, souvent – s’oubliait, que

que Parvati rêvait d’autre chose mais que –

— Depuis que j’ai treize ans, je prends en secret les recueils de poème qu’a Lavande dans sa malle, et je les déclame jusqu’à les savoir par cœur. Et j’adore ça. J’adore savoir exactement ce que je dois dire et au bon moment.

— Lavande est au courant ?

— Lavande est une psychorigide qui vérifie chaque matin l’alignement de ses vêtements, de ses livres, et de ses milliers de babioles, évidemment qu’elle est au courant mais toi, toi tu… toi, tu es un artiste Dean.

— Je dessine, Parvati. Et je peins. Et c’est vrai j’aime bien écrire, aussi, mais… mais vraiment, je ne connais rien au théâtre, et Lavande et toi vous passez tellement et tellement d’heures à inventer des histoires et vous déguiser et jouer des rôles, alors pourquoi tu n’en parles pas avec elle ? Je suis sûre qu’elle serait ravie que vous montiez une pièce ensemble !

— Non, Dean, tu n’as pas compris. Lavande veut être journaliste. Moi, et bien, je veux voyager mais après, quand je me poserai, je ne veux pas aller au Ministère, ou à Sainte-Mangouste, ou dans l’un des magasins du Chemin de Traverse. Je ne veux pas fabriquer de balais, ou déjouer des sortilèges, ou soigner les créatures magiques et cultiver les plantes. Je veux être une artiste. Et toi, tu sais comme moi, tu sais mieux que moi que ça n’est pas considéré comme un métier par les sorciers, et certainement pas par ma famille.

— Et Padma ?

— Quoi, Padma ?

— Est-ce que tu as seulement écrit à Padma depuis le début des vacances ?

— Padma est avec Terry et Morag quelque part très loin d’ici.

— Et les hiboux ne volent pas jusque-là ?

(Image. Ils s’en sont pris à Lavande, ont décortiqué son arbre généalogique devant la classe. Et Parvati a profité qu’ils aient le dos tourné pour leur lancer un maléfice cuisant. Ils ont pivoté. Le silence, de plomb. Et Padma : Padma s’est levée, dénoncée, Padma a reçu la balafre sur la joue et alors, Parvati s’est levée, s’est dénoncée, et ensemble, elles ont été punies.)

Parvati se souvint.

C’était une autre image : Padma et elle, des cravates noires, leurs mains entrelacées dans un wagon qui les emmenait à Poudlard pour la première fois. Parvati était pimpante, elle était allée au-devant de la dame au chariot, et avait bavassé avec les futurs camarades Seamus, Hannah, Su, Megan, et Lavande. Padma, elle, avait entortillé ses mains délaissées dans sa robe, et lorsque Parvati était revenue les yeux brillants d’excitation, Padma avait entremêlé ses doigts aux siens.

Elle avait alors débité un flot de paroles inhabituel parce qu’aux yeux de leurs parents, de leur famille, et des filles elle-même, Padma avait toujours été la responsable. Elle était comme l’aînée, la grande, l’autorité. Elle surveillait sa sœur, la cajolait la consolait, se risquait parfois à se dénoncer à sa place et si personne n’y croyait réellement du moins leurs parents valorisaient-ils la loyauté entre les deux sœurs. Padma aimait sa jumelle. Parvati l’aimait aussi. Mais, pour la première fois, Padma se trouvait à la place de Parvati. Soudain c’était elle, qui ne savait pas faire, c’était elle qui n’avait pas le naturel, c’était elle qui se languissait de la maison tendre horizon et rêvait soudain soudain soudain de ne pas grandir.

Padma avait observé qu’elle aimait, et dont on lui avait toujours dit qu’elle était moins responsable, moins mature, moins, Padma la contemplait et réalisait que Parvati n’était pas moins, et elle n’était pas seulement plus, Parvati était : elle était avenante, elle était sociable, elle était curieuse et extravertie et audacieuse, Parvati était à sa place, dans le train qui les emmenait à Poudlard et Padma, elle, Padma réalisait que sa place n’était pas aussi assurée qu’elle l’avait toujours pensé.

Alors les filles avaient serré leurs quatre mains, très fort.

Et Padma avait fait promettre à Parvati de toujours, toujours et quoi qu’il pût se passer, de toujours être sa sœur, sa jumelle avant le reste.

— Je me suis disputé avec Padma, lâcha enfin Parvati.

Dean l’avait invitée à s’asseoir sur son lit, et très vite, elle avait basculé, contemplant le plafond sur lequel gambadait à nouveau la mésange bleue – les mésanges gambadaient-elles ? – tandis que ses jambes pendouillaient dans le vide et que ses pieds – les pointes tendues toujours – ses pieds tapaient dans le vide à la recherche d’un appui, d’un ancrage.

— C’est arrivé quand ?

— Quand Papa a proposé la villa. J’ai dit que je voulais vous y inviter tous les trois. Padma a rétorqué qu’on devrait d’abord y aller en famille, qu’on devrait d’abord y aller entre nous, mais moi, j’ai répondu quelque chose d’horrible.

— Tu as répondu quoi ?

— Que je préférais y aller avec toi. Avec Seamus. Et avec Lavande.

— Et pourquoi c’est horrible ?

— Parce que Padma est ma sœur. C’est ma jumelle. On a le même sang, on a grandi ensemble, tout le monde, absolument tout le monde s’attend à ce qu’on soit identiques depuis que nous sommes nées et nous malgré tout, nous nous sommes toujours aimées, sincèrement, je l’ai toujours aimée, je l’aime. Mais elle et moi, on n’est pas pareilles, et on ne se comprend plus.

La mésange battit des ailes, décrivit de grands cercles au-dessus de leurs deux corps avachis. Parvati se saisit alors de sa baguette et murmura la formule qui devait précipiter son propre Patronus au plafond.

Mais le papillon ne vint pas.

Seule une ombre argentée illumina l’oiseau de Dean une seconde avant de s’évaporer.

— Padma a toujours été la préférée de mes parents. Et moi, j’ai accepté depuis longtemps que je ne serai jamais aussi bien qu’elle. Je suis celle qui n’a pas d’ambition, qui n’a pas de rêves en grand, qui ne sait pas où elle va, ni comment elle entend y aller, je suis celle qui ne sait pas, je suis celle qui ne sait rien. Mais avec vous, je me sens différente. Et tu vois, en fait, c’est exactement ça le truc : avec vous je ne me sens pas différente. Je me sens, moi, je me sens, à ma place, je me dis, il n’y a aucun autre endroit au monde où je voudrais être. Et Padma ne l’entend pas, ça la heurte, elle voudrait que nous soyons comme avant, comme des enfants mais moi, je me sens plus heureuse quand je suis avec vous.

(Image.

Padma l’étreint ou peut-être est-ce elle qui se jette dans ses bras.

C’est fini, elles sont en vie, elles se contemplent, s’aiment en silence.

Et Parvati s’en va : Lavande a besoin d’elle. Padma aussi. Mais Lavande a besoin d’elle.)

— Je suis désolée. Je sais que mes petites considérations sont bien futiles, à côté des vôtres. Moi aussi, je pense à la guerre, mais contrairement à vous, j’ai bien plus peur de l’avenir que du passé, confessa Parvati.

— Oui, parce que Lavande qui s’effondre en quittant Poudlard, et Seamus qui s’astreint à un entraînement même plus exigeant qu’il n’en aura besoin comme s’il était persuadé de ne pas mériter sa place, c’est le signe qu’aucun d’eux ne se fait du souci pour l’avenir, c’est ça ? rétorqua Dean.

Il n’y avait pas de reproche, dans sa voix, et même beaucoup de douceur. Ses doigts, à plat sur la couverture d’été, effleuraient ceux de Parvati, qui la première, finit par les nouer franchement aux siens, et Dean la laissa faire.

— Pourquoi ton Patronus est devenu une mésange ? souffla Parvati.

— C’est le seul oiseau que j’apercevais, parfois, par le soupirail qui éclairait la cave, chez les Malefoy.

Et comme en réponse à son sorcier, la mésange bleue qui paraissait s’égosiller silencieusement au plafond battit des ailes, décrivit de grands cercles au-dessus de leur tête sans toutefois dépasser le rectangle invisible que projetaient les baldaquins.

(Image. Parvati déblaie les gravats, elle fait léviter les pierres et disparaître la poussière, elle s’emploie pour Poudlard, pour sa maison. Padma pleure. Hermione pleure. Megan, Ernie, Susan, Percy, ils sont nombreux à pleurer. Et Parvati, elle, Parvati voit le pissenlit qui se dresse au milieu des décombres, elle voit le soleil qui transperce les carreaux percés, elle voit la sauterelle qui bondit d’armure en armure, elle suit le papillon.)

— Je me sens coupable, confia-t-elle à Dean.

— Coupable de quoi ?

— Toi, Lavande, même Seamus, c’est évident le poids de la guerre sur vos épaules, et bien sûr que moi aussi je fais des cauchemars, j’ai de l’anxiété, mais globalement, je vais bien. Je devrais aller bien. Mais je me sens coupable, parce qu’au lieu de ça, je m’invente des problèmes.

— Tu inventes les réactions de ta famille à tes projets, à tes rêves ? Tu inventes ta relation avec Padma ?

— Non, non, mais tout ça, tout ça ça n’est quand même pas si grave.

— Je crois qu’à notre âge, au contraire, l’avenir, et ce qu’on va faire, ce qu’on va ressentir, c’est tout ce qui devrait nous préoccuper.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— On est diplômés. On a quitté Poudlard, on est jeunes, on a dix-neuf ans, mais on est censés savoir maintenant ce que l’on veut faire pour le reste de notre vie. C’est effrayant. Moi aussi, ça me fait peur. C’est juste que, au lieu de ne pouvoir se concentrer que sur ça, ce qui serait déjà assez, notre génération, nous, on doit en plus composer avec tout ce qui s’est passé. Je ne peux pas parler à ta place, Parvati, mais tu te sentirais certainement plus sereine si tu avais pu réfléchir à autre chose qu’à survivre et faire survivre tes amis, ces deux dernières années.

Et Dean serra un peu plus fort la main de son amie dans la sienne, mais cette fois, il se redressa, et la fit se redresser aussi, et la baguette de Parvati vint remplacer la peau de Dean entre ses doigts.

— Tu pensais à quoi quand tu as essayé de faire apparaître ton Patronus, tout à l’heure ?

— Je pensais à Padma. À mes parents. À la maison, quand toutes les deux, nous n’étions encore que des enfants.

— Je pensais à toi, à Lavande, à Seamus, quand les journées et les heures se confondaient et que je ne distinguais plus bien mes cauchemars de la réalité. Je pensais à ma mère, à mes sœurs, à mon beau-père, mais aussi je pensais à vous trois et je ne m’en excuserai pas. Parce que vous êtes aussi ma famille. Nous sommes aussi ta famille, Parvati, mais une famille que tu as choisie, et qui t’a choisie comme tu es, toi, et qui t’aimeras toujours comme ça.

Et les images affluèrent.

Elles firent perler des larmes salées au coin des yeux de Parvati, et les larmes dévalèrent les joues sombres, et elles vinrent mourir dans sa nuque et, pour certaines, entre ses lèvres étirées en un sourire humide.

Parvati aimait Padma. Elle aimait sa sœur, sa jumelle, son sang, sa famille. Elle chérissait le souvenir des étés indiens, le goût du lassi à la rose que leur préparait leur mère pour le goûter, la douceur des saris colorés dans lesquels s’enroulaient les filles, les femmes pour les célébrations, elle se rappelait, les cabanes dans les arbres les pieds nus dans les flaques de boue les cheveux tressés en couronne et Padma qui la guidait, Padma qui la protégeait, Padma qui la retenait.

Parvati aimait les Patil, mais elle ne sentait vraiment entière qu’à travers les yeux de ses amis, les yeux de Dean, Lavande et Seamus, elle se sentait entière et vraie parce que ce qu’ils lui offraient, ce qu’ils fourraient entre ses mains hésitantes, c’était un amour à l’inconditionnel.

(Image. Ils sont dans la Salle sur Demande. La torture de Seamus remonte à plus d’un mois, son visage est toujours violacé et bardé d’ecchymoses. Lavande, à son exubérance habituelle, les entraîne dans un concours de chant. Elle ne sait pas encore que ses parents viennent d’être assassinés et –

Et le tableau pivote.

Surgissent Harry, Ron, Hermione, Neville.

Luna Ginny Fred George Lee Cho.

Surgit Dean.

C’est la première fois : ils sont réunis tous les quatre et c’est la première fois depuis une autre vie.)

Dean et Parvati s’endormirent sur le dos, la bouche entrouverte, des mots en suspens et des maux apaisés, et papillon et mésange bleue les veillèrent gaiement jusqu’à ce que les premiers rayons du soleil ne percent à travers les voilages légers.

Au matin, ils s’éveillèrent brusquement, et Parvati se mit en tête de sortir par la fenêtre pour s’éviter d’éventuelles questions embarrassantes, mais elle avait à peine atterri sur les pavés ocres de la terrasse que Lavande surgit depuis la baie vitrée. Elle regarda son amie, un sourcil dressé et les bras contre sa poitrine, elle contempla Parvati, qui se tenait sur ses pointes de pied et soudain, enfin, qui savait.

Elle resta en équilibre sur une jambe.

Tendit l’autre à la perpendiculaire et se mit à tourner, à tourner, de fouetté en fouetté Parvati s’épanouit sous les yeux ravis de son amie.

Et après, elle lui confia tout, ou presque : qu’elle voulait parcourir l’Inde et découvrir le monde mais aussi revenir parce que sa maison c’était ici sa maison était celle de ses amis elle lui dit, elle lui dit qu’elle voulait passer des auditions même si cela voulait dire courir les théâtres Moldus parce que le monde magique n’offrait que d’infimes opportunités de vivre de son art elle lui dit, elle lui dit qu’elle l’aimait, Parvati dit à Lavande qu’elle l’aimait fort fort fort et elle le dit à Dean et elle dit à Seamus et lorsqu’ils dansèrent tous les quatre, le soir, ils éteignirent toutes les lumières, laissant à la mésange et au papillon et au renard et à la martre alimentés par leur amitié sincère et profonde le bon soin d’illuminer leur monde.

End Notes:
Merci d'avoir lu !

Cette fois-ci c'est sûr sûr la suite (et fin) ne mettra pas deux/sept ans à arriver car, écrire le dernier chapitre est sur mes objectifs du NaNoWriMo et pour l'instant, je suis en bonne voie de m'y tenir.

N'hésitez pas à me laisser une review pour me dire ce que vous en avez pensé ; c'est ma seule petite récompense d'autrice et j'adore échanger avec vous sur les personnages ♥ .
Seamus by Bloo
Author's Notes:
Et le dernier chapitre de cette histoire enfin, près de 10 ans après l'avoir commencée, ah ah.

Bonne lecture et belle et heureuse année 2023 à tou-te-s ! ♥

Un sourire de connivence et ils avaient ouvert, ensemble, la porte de leur été en Provence : ça avait été les vacances et une nouvelle jouvence, ça avait été les vacances et, ils l’avaient appelée et trouvée parfois, souvent, l’insouciance.

Et déjà, il leur semblait que ça faisait des mois des jours toujours, mais le séjour touchait à sa fin et les quatre hiboux qui vinrent les trouver au matin le leur rappelèrent. Les oiseaux lâchèrent, dans chacune des assiettes que Seamus venait de disposer, une lettre frappée du sceau de Poudlard et, aussitôt, se mirent à picorer les tartines grillées. Seamus, lui, resta figé quelques secondes. Il savait, avait su tout de suite ce que contenaient ces lettres, comme il savait qu’elles ne conditionnaient pas réellement son avenir, mais ses mains tremblèrent un peu, et ses yeux s’embuèrent, et il secoua la tête avant d’être pris sur le fait.

— Les lettres ! Les lettres sont arrivées ! s’exclama-t-il alors en provoquant de grands battements d’ailes chez les hiboux courroucés.

Il y eut un silence, et puis un pas lourd et précipité à travers le couloir qui débouchait sur le salon donnant lui-même sur la terrasse et Dean apparut, un immense sourire aux lèvres. Parvati le suivit, les lèvres au contraire affaissées, les yeux à moitié clos tandis qu’elle marmonnait un flot de mots que personne ne saisit et Lavande, Lavande s’approcha furtivement et dédaigna la missive qui lui était adressée pour ne se concentrer que sur Seamus.

— Qui veut ouvrir la sienne en premier ? s’enquit Dean.

Il en trépignait, ses mains s’étaient emparées de l’enveloppe en même temps qu’il le parlait et il devait déployer des trésors de patience pour ne pas la déchirer sur le champ, mais c’était quelque chose qu’ils s’étaient promis de faire à quatre et surtout, quelque chose qui importait et quelque chose qui déterminerait l’avenir de Seamus, alors, trois paires d’yeux se braquèrent sur le seul Irlandais de la bande.

— Vas-y, Dean, à toi l’honneur, fit-il mine de consentir.

Lavande tiqua, Parvati aussi, mais Dean était bien trop impatient et se le tint pour dit. Il déchira l’enveloppe, fébrile, et ce qu’il lut parut le réjouir puisque d’abord, il sourit, et ensuite, il embrassa le papier, une fois, une deuxième fois et soudain, il éclata de rire et se mit à courir autour de la table et rire et courir et rire et enfin, il bondit tout habillé dans la piscine.

Les filles, comme si elles n’avaient attendu que ce signal, décachetèrent alors leurs missives et très vite, à trois, ils partagèrent leurs résultats :

Dean avait obtenu les cinq ASPIC qu’il avait présentés – avec un Optimal en Défense contre les Forces du Mal et deux Efforts Exceptionnels en Métamorphose et Sortilèges et –

Lavande en avait même six, parce que la Divination, et à elle aussi, la guerre et la bataille avaient au moins offert un Optimal et même deux avec les Sortilèges et –

Parvati, comme ses amis, pouvait se targuer d’un Optimal en Défense contre les Forces du Mal, et de cinq autres ASPIC à savoir l’Astronomie la Botanique les Sortilèges la Métamorphose la Divination, et elle avait si bien paniqué le jour des examens qu’elle s’attendait à bien pire que les Acceptables qui couronnaient ses autres matières mais –

Seamus –

Seamus, lui, avait amené la missive si près de son visage qu’elle paraissait l’avoir englouti, et il la lut peut-être mille fois, parce que Dean eut le temps de faire trois longueurs et Lavande de faire tomber Parvati à la renverse et de la relever avant que l’un des trois peu importe ne demande :

— Et toi, Seam ?

Alors, avec une lenteur telle qu’elle paraissait calculée, Seamus plia la missive, la rangea soigneusement dans l’enveloppe qu’il posa sur la table. Il prit son verre, le posa par-dessus pour la protéger d’un coup de vent et, sans un regard pour Dean et Parvati, sans même un regard pour Lavande, il se détourna, prit le sentier qui menait à la crique à la plage à la grotte à l’écho du rire de ses amis, disparut derrière les blés d’azur et les liserons des dunes.

Et d’abord, aucun d’eux n’osa bouger. Très vite, cependant, Dean s’extirpa de la piscine et marcha dans les pas de Seamus, mais Parvati lui courut après et l’arrêta, désignant d’un signe de tête l’enveloppe qui était restée sur la table joliment dressée pour le petit-déjeuner – des bouquets de lavande et des fleurs séchées avaient été disposées par la Lavande insomniaque.

— Est-ce qu’on ne devrait pas l’ouvrir en premier ? se risqua Parvati.

— C’est privé.

— Et si tu t’apprêtais à le suivre, c’était bien pour le faire parler, non ?

— Je ne trouve pas ça cool de lire ses résultats derrière son dos.

— Non, intervint Lavande. Mais si Seamus n’avait pas voulu qu’on les lise, tu le connais, il aurait aussi bien pu les brûler.

Lavande bondit alors sur la lettre avant que Dean n’ait pu effectuer le moindre geste, et de toute façon, Parvati le retint par le bras, encore, et Lavande lut, fronça les sourcils, les haussa, ferma les paupières une seconde poussa un profond soupir et –

— Alors, qu’est-ce que ça dit ? l’interrompit Dean.

— Je croyais qu’il ne fallait pas toucher à une correspondance privée, répliqua Lavande avec un pâle sourire.

Dean sentit alors que ses épaules se relâchaient, et la poigne de Parvati aussi, parce que Lavande ne se serait jamais permis de manier l’ironie si les résultats de Seamus n’avaient pas été ceux que le jeune homme et tous ses amis avec lui attendaient depuis l’été et, à dire vrai, depuis plus d’un an qu’il avait exprimé la volonté de devenir un Auror.

— Optimal en Défense contre les Forces du Mal. Efforts exceptionnels en Métamorphose. Optimal en Sortilèges. Optimal en Botanique. Et Efforts exceptionnels en Potions.

— Et l’Astronomie ? releva Parvati.

Dean et Lavande commencèrent par lui faire les yeux ronds, l’Astronomie ne faisait pas partie des ASPIC à obtenir pour poser sa candidature au Bureau des Aurors et, pour cette raison, Seamus l’avait bien moins travaillée que ses cinq autres matières. Il avait même hésité à la laisser tomber, mais si l’Astronomie avait longtemps été l’un des cours favoris de Lavande et Parvati, il était devenu celui de Seamus qui ne paraissait s’apaiser pour de vrai qu’à la contemplation des étoiles.

— Oui, l’Astronomie aussi, et avec un Efforts exceptionnels en plus de ça.

— Ce sont de sacrément bons résultats ! s’exclama une Parvati admirative.

— Il a travaillé tellement dur.

Le Ministère avait offert, à toutes et tous les combattants, les survivants de la guerre, la possibilité de candidater dans ses différents départements et en particulier, celui des Aurors, sans devoir décrocher leurs ASPIC au préalable. Tous les sorciers n’avaient pas été capables de retourner à Poudlard pour effectuer leur année, voire les années manquantes : il était des traumatismes, des blessures, qui avaient achevé précocement des scolarités, mais à Kingsley Shacklebolt il n’avait pas semblé juste que blessures et traumatismes privent la jeunesse engagée de ce qui lui revenait.

Seamus, comme Dean, Lavande et Parvati, comme Katie Angelina Lee Neville Alicia George Ginny, Harry et Ron et Hermione bien sûr, comme Hannah Susan Justin Ernie Padma Terry Cho Michael Anthony Luna, comme Olivier et Victoria Demelza et Pénélope et Morag et Lisa et Megan Wayne Daphné Theodore qui avaient pris part à la bataille de Poudlard, Seamus s’était vu proposer d’intégrer le bureau des Aurors et cela, qu’il repasse ou non ses ASPIC.

Mais, comme la majorité de ses camarades, Seamus avait fait le choix de revenir à Poudlard et de décrocher dans les règles son précieux sésame. Il l’avait présenté de diverses manières au fil des mois. Il y avait eu d’abord, bien sûr, le désir de suivre ses amis, le besoin d’épauler Lavande, la nécessité de reconstruire Poudlard. Et, au fil du temps, il avait concédé aussi les blessures à panser, l’envie de se poser, de souffler, de respirer et, un jour, un soir, c’était une fête dans le dortoir des Serdaigle où se réunissaient leur promotion après un match de Quidditch, il l’avait concédé avant de ne plus jamais en parler : Seamus ne pensait pas mériter un quelconque traitement de faveur.

La Botanique, la Défense contre les Forces du Mal, la Métamorphose, les Potions et les Sortilèges étaient les matières qu’un élève normal qui se rêvait Auror devait valider aux ASPIC pour prétendre déposer sa candidature. Seamus avait travaillé comme un forcené. Il avait obtenu du professeur Slughorn, et par l’entremise du professeur McGonagall, de rejoindre le cours de Potions des septième année même s’il avait abandonné la matière après ses BUSE, à la condition de se mettre au niveau au cours de l’été qui séparait ses deux septième année. Il avait alors sollicité l’aide de Lavande, qui n’avait jamais adoré les Potions mais savait se révéler sérieuse et déterminée. Il avait présenté ça habilement, comme une sorte de défi, et pour la première fois, Lavande s’était arrachée à la léthargie dans laquelle Sainte-Mangouste l’avait plongée, pour lire et réviser et s’entraîner avec Seamus. Neville, lui, avait été un formidable soutien pour la Botanique, et ils avaient été si proches dans leur dortoir à cinq, à deux, que Seamus s’était surpris à développer une passion pour les plantes, à son tour. Les sortilèges et la défense contre les forces du mal avaient été pratiqués toute l’année avec les anciens de l’Armée de Dumbledore, les résistants et les survivants, dans la Salle sur Demande qui était restée à toutes et tous leur refuge le plus évident. Quant à la métamorphose, qui avait toujours été son point faible, Seamus l’avait étudié d’arrache-pied avec Hermione, veillant des nuits entières devant la cheminée qui reflétait ses flammes dansantes sur leurs parchemins noircis d’encre.

— Oui, il a travaillé tellement dur, répéta Lavande d’une voix très douce.

— Pourtant c’est comme s’il était persuadé de ne toujours pas mériter sa place, souffla Parvati.

— Je vais aller le voir, proclama Dean.

Il esquissa à nouveau un geste, un pas sur les pavés qui le séparaient du sentier ensablé et de Seamus, mais Parvati s’accrocha encore à lui tandis que Lavande accourait se planter devant ses deux amis.

— Non, c’est moi qui y vais, opposa Lavande.

— Il n’osera pas t’en parler à toi, argua Dean.

— Et à toi non plus, intervint Parvati, il va s’imaginer qu’il doit te protéger comme il doit protéger Lavande alors, c’est beaucoup plus logique que ce soit moi qui…

— D’accord, très bien, on y va tous les trois ! s’écria Lavande.

Elle ne leur laissa pas le temps de dire un mot, enfonçant sa capelline sur sa tête décidée et s’enfuyant par le sentier où les pieds nus de Seamus avaient laissé leur empreinte. Ils la suivirent alors, dans un lourd silence, et leurs doigts s’effleurèrent, et ils frôlèrent la spergulaire violacée, ils arrivèrent. La mer était haute, elle chatouilla leurs orteils qui s’enfoncèrent dans la lise et ils froncèrent les sourcils parce que ni dans l’eau ni dans le sable, n’apparaissait Seamus.

Lavande s’enfonça dans les vagues et l’écume jusqu’aux genoux, alerte, tandis que Parvati scrutait le ciel la main serrée sa baguette, qui n’avait pas quitté la ceinture à sa hanche depuis quatre cent quarante-neuf jours et un discours la victoire les pertes, mais Dean, lui, Dean se contenta de retenir un soupir.

Il marcha derrière les filles, qui paraissaient vouloir retourner chaque coquillage, chaque crustacé échoué sur la crique où leurs rires avaient résonné très tard et très tôt tout l’été, leur amitié, insouciante parfois et consciente toujours. Et, lorsqu’elles passèrent sans les voir les rochers qui dissimulaient l’entrée de la caverne, où Seamus l’avait traîné si peu de temps après leur arrivée, Dean prit une profonde inspiration, fit un pas de côté, un autre, et disparut dans l’obscurité.

Bien sûr, il n’avait pas pris sa baguette, l’abandonnant dans sa chambre tout à sa précipitation, son impatience de découvrir le résultat de ses ASPIC et désormais, il était à l’étroit entre les parois noires et humides, il était seul et dans le noir mais, plus loin, et encore plus seul et encore plus dans le noir, il y avait Seamus, alors Dean s’avança. Il s’efforça d’ignorer les images et même les figures monstrueuses qui lui sautaient à la gorge au fur et à mesure qu’il s’enfonçait sous la terre. Il s’efforça de ne pas se retourner, de ne pas contempler l’étroite entrée qui seule apportait un peu de luminosité et vers laquelle, assurément, il se serait précipité à jamais s’il s’était détourné. Il s’efforça parce qu’il ne pouvait pas, il ne pouvait pas abandonner Seamus. Il ne pouvait pas laisser sa peur, son traumatisme, ni la cave et les Rafleurs et les Mangemorts et les sorts et même les Malefoy et surtout leur manoir se mettre entre lui, et son meilleur ami – se mettre entre lui et – ne regardait que lui mais, entre lui et Seamus – il ne pouvait pas – pas entre lui et Seamus parce que –

Et, en même temps que son pouls s’accélérait sa respiration saccadée ses mains qui tremblaient qui tremblaient qui tremblaient, sa tempe : un papillon frôla sa tempe un papillon, qui brillait.

L’instant d’après, une marte éclatante vint sauter d’une pierre à l’autre, et Lavande et Parvati apparurent et Dean, ses pupilles rétrécirent.

— Toujours compter sur les filles, professa Parvati.

Lavande sourit, acquiesça, mais lorsqu’elle passa devant Dean et le frôla elle serra brièvement son bras, lui offrit un regard, et ses deux fossettes et puis, ils avancèrent à trois.

— C’est quoi cet endroit ? demanda Parvati au bout d’une longue minute durant laquelle, à son plus grand effroi, elle heurta pas moins de quatre fois les parois visqueuses.

— Je n’en ai aucune idée. Seamus a voulu qu’on l’explore, juste après que nous soyons arrivés et ça devait être pour rire, mais nous ne sommes pas arrivés au bout.

— Et pourquoi est-ce que Seamus serait revenu ici ?

— Parce qu’il va toujours au bout de ce qu’il a commencé, soufflèrent Lavande et Dean d’une même voix.

Parvati acquiesça, et pointa sa baguette au-dessus de leurs trois têtes, forçant son papillon éclatant à décrire des cercles, à tournoyer dans un ballet gracieux, tandis que la martre de Lavande courrait devant eux et dévoilait les pierres sur lesquelles leurs pieds auraient pu glisser.

Ils marchèrent, enjambèrent de ce qui ressemblaient à des éboulements, et remarquèrent que l’eau leur arrivait désormais aux mollets, et puis à mi-cuisse et tout à coup, ils durent se fendre de quelques brasses, sans que jamais l’un d’entre eux ne vienne questionner leur avancée. Lavande se sentait pourtant oppressée, Parvati se mordait les lèvres à sang en s’imaginant finir noyée et Dean se concentrait si bien sur leurs deux Patronus qu’il lui semblait que, si le papillon et la martre venaient à disparaître, alors c’était son être même qui allait s’effacer.

Et puis, enfin, les parois grandirent et s’espacèrent et à nouveau ils virent leurs cuisses, leurs genoux, leurs mollets et bientôt leurs chevilles et ils débouchèrent dans ce qui ressemblaient à une clairière, sous la terre, une clairière de flaques et de pierres au milieu de laquelle se dressait Seamus.

— Sacrée vue, n’est-ce pas ? lança Lavande en arrivant à sa hauteur.

Il la contempla, elle ne dit pas un mot lui non plus, et sans prévenir, elle lui mit un coup dans l’épaule, avec une telle lenteur qu’il aurait pu l’éviter dix fois, s’il l’avait souhaité. Il fit mine d’être durement touché, Lavande lâcha un ricanement, mais quand ses yeux bleus accrochèrent les yeux marron, il se rappela ses peurs à elle ses doutes à elle ses cauchemars à elle et alors, plus vite plus fort, il la prit dans ses bras et la serra, la serra, la serra contre son cœur qui battait au même rythme que le sien.

— Je suis désolé, je suis vraiment désolé de t’avoir entraînée là, souffla-t-il à son oreille.

Il s’écarta d’elle ensuite, les joues très rouges, et se précipita vers Dean et Parvati qu’il étreignit à leur tour avec la même force, et les mêmes mots d’excuse.

— C’est pas grave, vieux, l’assura Dean.

Pourtant ses cuisses tremblaient et son regard suivait scrupuleusement les Patronus et sa voix était bien plus aiguë qu’à l’accoutumée, et parce que les cuisses tremblantes le regard fuyant la voix si différente, Seamus mesura, Seamus apprécia les volontés réunies de Dean et Lavande et Parvati.

— Tu sais, on aurait aussi pu fêter nos résultats au restaurant. Lavande et moi, on en a repéré un à l’avance exprès pour ça, mais j’imagine qu’ici fera très bien l’affaire, ajouta une Parvati pince-sans-rire.

— Ah, non, moi je vote toujours pour l’italien, hein, les poissons fossilisés, c’est très peu pour moi, opposa Lavande en effleurant du bout des pieds un squelette de vertébré.

— Je vous dois peut-être une explication, avança Seamus, penaud.

Ils auraient pu continuer longtemps, tous les trois, à feindre la normalité comme Seamus l’avait fait toute une année, mais ils l’avaient pris à son propre jeu, ils le savaient, et lui aussi le savait. Mais dans leur regard, s’il y avait des ombres des fantômes des monstres, il y avait aussi de la chaleur, et quelque chose qui ressemblait presque à de la candeur.

— Tu n’es pas content de pouvoir déposer ta candidature au bureau des Aurors dans les règles, comme tu le voulais ? s’enquit Parvati faussement naïve.

— Je…

Seamus hésita, suivit à son tour les mouvements d’une marte et d’un papillon plutôt que les souvenirs qui affluaient les images, et dans les yeux de Dean, dans les yeux de Lavande, dans les yeux de Parvati, il vit d’autres images, d’autres monstres, et parmi ces monstres les monstres ses monstres il y en avait un, il y avait un dont il partageait les traits.

— Je ne –

Mérite.

Pas.

De –

Et plus seulement les pieds – les genoux aussi s’enfoncèrent dans l’eau stagnante – plus seulement les mains mais les mots qui tremblaient et – la gorge le souffle, bloquée coupé, Seamus – ne – méritait – pas – et :

Et il vit, il se vit, et ce qu’il vit se vit l’écœura parce qu’il était le monstre qu’il prétendait maintenant combattre, il était le monstre qu’il prétendait arrêter et emprisonner il était le monstre parce que c’était lui, c’était lui qu’il aurait fallu jeter derrière les barreaux.

Seamus n’avait pas flanché une fois. Pas une seule, depuis la bataille, depuis que Lavande s’était éveillée, orpheline, depuis que Dean avait rallumé les lumières, depuis que Parvati avait pleuré et crié et jeté et frappé avant d’accepter, de retrouver la danse. Et pour lui aussi ça avait été une chorégraphie soigneusement orchestrée. Seamus avait été la main dans le dos sur l’épaule le soutien, de Dean et Lavande et Parvati bien sûr mais de tous ses amis. Il avait accompagné Neville dans chacune de ses escapades à la lisière de la forêt, la nuit, quand le fantôme de Colin et des autres l’arrachait au sommeil et que seule la cueillette des fleurs venait soigner les pleurs. Il avait appris à compter jusqu’à cent, en français, pour encourager Hermione lorsque sa respiration sifflait soudain, au milieu de leurs révisions nocturnes, parce qu’un mot un mouvement un moment lui rappelait la torture infligée par Bellatrix. Il avait laissé Ron s’épancher, et Susan lui peindre les mains pour s’occuper les doigts avant les duels du cours de Défense contre les Forces du Mal. Et vu Ernie pleurer. Et entendu Hannah crier. Et jeté avec Justin les milliers de milliers de milliers de papiers réduits en miettes que les Carrow avaient accumulé dans la salle d’étude des Moldus qu’ils appelaient Sang-de-Bourbe.

Et frappé son reflet dans le miroir, plusieurs fois, jusqu’à maîtriser le Reparo les mains ensanglantées qui peinaient à agripper sa baguette.

Mais Seamus n’avait pas pleuré.

Alors, quand il tomba à genoux et hoqueta et porta ses mains à son visage où des fines estafilades blanches étaient encore visibles, il fallut bien quelques instants à Dean, Lavande, Parvati et à Seamus lui-même pour réaliser qu’il pleurait. Et pour pleurer plus fort, encore, pour gémir, et les épaules qui sursautaient, et le ventre qui se rétractait, les doigts, humides, le nez, humide, la figure, humide humide humide.

Seamus pleura et, d’abord, tous les trois, ils ne firent pas un geste, le laissèrent à ses larmes et soubresauts. Parce qu’ils savaient – ce besoin viscéral et – parce qu’ils ne savaient pas. Ils avaient bien remarqué que Seamus n’était plus exactement le même mais aucun d’eux, aucun élève de Poudlard nulle part, sur la terre entière, n’était plus le même. Et c’était vrai, Seamus étudiait avec un acharnement presque inquiétant, il courait sans cesse d’une obligation à une autre et paraissait ne jamais se reposer, il courait tout court, autour du lac, une fois, jusqu’à trois par jour le matin le midi et le soir, il courait et ne s’arrêtait qu’éreinté. Mais Seamus ne pleurait pas, ne parlait pas, ne ressassait pas, ne s’esquivait pas, Seamus riait déclamait entraînait jouait volait dansait écoutait soutenait Seamus vivait mille vies plutôt qu’une et –

Et il ne pleurait pas.

Je, suis, désolé, articula-t-il entre deux sanglots sans dévoiler le visage rouge aux sillons blancs à ses amis.

Il se tenait dans un couloir du premier étage, dont les fenêtres avaient été soufflées par une explosion récente, et autour de lui tout fusait : les cris les sortilèges des prénoms la lumière le noir et soudain, un corps. Il vit le corps d’une élève au sol, et une interminable écharpe aux couleurs de Gryffondor. L’élève peinait à se redresser et devant elle, un corps, deux fois plus grand, trois fois plus imposant, un Mangemort. Il tendit sa baguette vers elle, ignora sa supplique et Seamus aurait pu – aurait dû – le pétrifier, ou le stupéfixier, ou même simplement le désarmer mais derrière le Mangemort, il y avait encore un corps, et celui-ci était inanimé, et même d’où il était Seamus savait qu’il ne se relèverait plus jamais alors, plutôt que de pétrifier stupéfixier désarmer, Seamus visa la poutre qui céda et tomba et le Mangemort –

Il se tenait dans la cour. Et avait vu Hermione sauver la vie de Lavande mais – emporté par un flot d’élèves apeurés et – sonné – un troll avait fait s’écrouler une colonne à ses côtés. Il vit, encore : Ginny embrasser le front ensanglanté de Colin, Ernie traîner derrière lui un sorcier auquel manquait la jambe droite et Mandy, Mandy Brocklehurst de Serdaigle s’illuminer en vert, et basculer vers l’arrière.

Et bouillonnant épuisé dégoulinant de sang paniqué Seamus vit l’immense acromentule et – pétrifia – le – Mangemort – qui – l’acromentule le – et – je suis – d – é – s – o – l – é –

— Je suis là, souffla alors une voix à son oreille.

Elle était douce, Lavande, et sa voix aussi. Elle était douce, plus douce que les souvenirs qui l’assaillaient la honte, la culpabilité, et ce qui était peut-être pire, l’absence de regrets. Parce que Seamus avait honte, Seamus culpabilisait, mais quand Seamus contemplait ses amis bien en vie, quand il parlait à Ginny et blaguait avec Ernie et consolait Su la meilleure amie de Mandy, il ne regrettait pas. Il se demandait simplement ce que cela faisait de lui.

— Je suis là, répéta Lavande.

Elle s’était agenouillée à ses côtés, avait posé une main sur sa cuisse et l’autre sur son épaule et attendit, elle l’attendit, lui, une seconde dix cent mille, elle le laissa pleurer, attendit. Et après un temps infini, quand les larmes se furent taries, Seamus en pleura d’autres encore mais cette fois, dans les bras de Lavande, et dans les bras de Dean et Parvati qui les avaient rejoints, étreints.

Ils restèrent enlacés, tous les quatre, ne parlèrent plus, ne soufflèrent même pas, se calèrent sur Seamus et son rythme. Les Patronus dansaient sur les parois claires-obscures et Dean réalisa que, pour cette fois, il n’avait plus peur que leur lumière s’estompe. Parvati n’avait plus peur que l’eau monte. Lavande n’avait même plus peur de rien. Parce que soudain les angoisses du quotidien n’étaient rien ce qui était, ce qui était vrai, c’était leurs mains liées, leurs liens, c’était leur amitié.

Mais ils finirent par se délier, et s’enfoncer dans le sable et les coquillages trempés, ils se laissèrent basculer, un à un, et contemplèrent les lumières qui habillaient la grotte.

Dean prit de grandes inspirations, souffla inspira, il garda les yeux grands ouverts.

Parvati fit faire des figures et des vols et de grands grands grands jetés à son papillon au plafond infini, elle enroula le poignet de Lavande de ses doigts délicats, et la marte bondit tournoya s’envola à son tour.

Et Seamus, Seamus cessa de pleurer.

— Je crois que j’ai tué au moins trois personnes, cette nuit-là.

— Et ils ont tué Mandy.

— Je ne sais pas comment s’appelait l’autre élève qu’ils ont assassiné.

— J’aurais dû les empêcher de faire du mal, mais sans leur en faire, à eux.

— Je vais devoir empêcher les sorcières et les sorciers qui le voudraient de faire du mal, mais sans leur en faire, à eux, parce que la justice ne peut pas être la vengeance.

— Enfin, tout ça, Hermione le dirait mieux que moi.

— Il allait la tuer, je le voyais, il allait la tuer, et aussi, j’ai vu la poutre.

— L’acromentule.

— Je n’ai pas lancé d’Avada Kedevra.

— Mais ce qui me différencie de, mettons, celui qui a illuminé Mandy en vert, dans le fond, c’est quoi ? C’est rien, non ? Et moi, c’est ce que je me sens, maintenant, c’est rien.

— Je crois que j’ai tué au moins trois personnes, cette nuit-là. Le premier, c’était un Rookwood, j’ai vu son visage dans les journaux, le lendemain. Je n’ai jamais su qui était le deuxième, et je ne suis pas sûr de vouloir le savoir. Mais le troisième, je le sais, parce que le troisième, c’était moi.

Et maintenant qu’ils étaient dit, ces mots-là, les mots qu’il ne fallait pas, Seamus sentit l’étau qui lui compressait le cœur depuis près de seize mois se relâcher, et à la place, il sentit un millier de petits cailloux lui tomber dans l’œsophage, l’estomac, et la tête, et même ses genoux ses orteils, dans les doigts de sa main. Ils pesaient, et à chaque fois qu’ils ripaient contre sa peau, ses organes, ils blessaient, mais c’était une douleur plus supportable que la pierre qui l’étouffait, avant.

Seamus savait ce qu’allaient dire Dean, Lavande, Parvati.

Il les entendait sans qu’ils n’aient besoin d’ouvrir la bouche –

Dean : la guerre propre, ça n’existe pas, et du sang sur les mains, je crois que d’une façon, on en a tous, de la culpabilité aussi. Mais toi tu n’as pas initié, tu as lutté contre des sorciers qui pensaient que les gens comme moi, il fallait les éliminer. Les é-l-i-m-i-n-e-r, Seam, alors, regarde-moi dans les yeux, et redis-moi qui est monstrueux.

Lavande : tu doutes ? Tu souffres ? Tu culpabilises, tu t’interroges ? Et bien tant mieux. C’est ça qui fait la différence entre toi, Seamus, et entre eux les Mangemorts. C’est ça qui fait la différence entre la haine, et l’espoir. C’est ça qui fera de toi un Auror juste.

Mais soudain Parvati se redressa, elle se tourna vers lui, le força à se lever à lui faire face aussi, et ce qu’elle dit à voix très basse, il ne l’avait pas imaginé :

— Seamus, la fille dans le couloir du premier étage, c’était moi.

Ils oublièrent après.

Lequel avait hoqueté en premier. Qui, de Seamus ou Parvati, avait éclaté en sanglots, encore, enfin. Et quand est-ce que Lavande les avait imités, en même temps que Dean enfouissait son visage tressaillant entre ses mains. Ils pleurèrent si longtemps que les Patronus s’estompèrent, que les vaguelettes leur montèrent aux genoux avec la mer, et lorsque soudain l’un d’entre eux s’exclama qu’ils pourraient aussi bien pleurer dans le sable chaud et sous le soleil de Méditerranée qu’au fond d’une caverne hideuse, et qu’ils rirent à travers leurs larmes mais qu’ils rirent, ils marchèrent, nagèrent, se faufilèrent et s’accroupirent, débouchèrent sur la crique qui, à marée haute, n’offrait qu’une minuscule bande blanche à peine assez longue pour y étendre une serviette. Alors ils se laissèrent tomber, dans l’eau encore, mais elle était tiède et leur chatouillait les genoux, et la brise dégageait leurs cheveux des visages rougis, et l’odeur, l’odeur était celle de l’iode, de la lavande, des orangers, du sel, l’odeur était celle de l’été, des vacances, l’odeur n’était pas – ne serait plus jamais – celle de l’innocence mais pour une seconde d’éternité, elle était l’insouciance.

— Il faut que tu ailles au Bureau des Aurors, Seamus, souffla Parvati.

— Me confesser ?

— Candidater.

— Est-ce que je le mérite ?

— Est-ce que je méritais plus que Ted Tonks de m’en sortir ?

— Est-ce que mes parents méritaient d’être assassinés en représailles de mon engagement ?

— Est-ce que je mérite de douter de l’avenir quand tant d’autres ont été fauchés dans leur jeunesse ?

— Mais vous ne pouvez pas me laisser me lamenter en paix, un peu ?

— Certainement pas.

— Et puis, t’es désobligeant, c’est quand même ma vie à moi que tu as sauvée, c’est pas rien !

— Je regrette ce que j’ai fait, reprit Seamus, sérieux.

Il réalisa qu’il le pensait. Cette fois, c’était vrai, il le pensait : il regrettait. Il regrettait d’avoir laissé la colère noire l’engloutir, il regrettait d’avoir voulu faire mal avant de protéger, il regrettait le garçon qu’il avait été, avant ça, mais –

— Mais je ne regrette pas de t’avoir sauvée, ajouta-t-il en tournant la tête vers Parvati à sa droite.

Et c’était vrai aussi, ça : il ne regrettait pas. Il ne regrettait pas Parvati, et Lavande derrière elle, qui posait sur lui le même regard bienveillant, et Dean, qui avait passé son bras autour des épaules de Seamus, Seamus qui ne regrettait pas d’être là, les vacances, les projets, les rêves aussi, Seamus ne regrettait pas d’être en vie.

— On a survécu, murmura Dean.

Ils acquiescèrent, tous les quatre, Dean et Lavande et Parvati et Seamus, colorés à l’écume au mistral au soleil, Dean, Lavande, Parvati, Seamus acquiescèrent et leurs yeux se portèrent à l’horizon, où ciel et mer se confondaient dans un camaïeu de bleu joyeux. Devant eux : un cormoran huppé, tournoyant, transperçait les quelques nuages cotonneux qui habillaient le ciel d’été. Derrière eux : une colonie de mouettes rieuses dont les cris rauques se répercutaient d’une roche à l’autre et jusqu’aux pierres qui émergeaient des vagues, hébergeaient de royaux goélands.

Et entre les huit mains frêles, et fortes, mains marquées mains aimées, ces mains, celles de Seamus les premières, bien sûr, celles de Seamus les entraînèrent : Dean, d’abord, puis Lavande et Parvati, dans les rouleaux éternels qui semblaient se nourrir de leur éclat, de leur voix, et bientôt de leur rire, dans les rouleaux se regénérant à l’infini. Ils étaient, elles étaient (sur)vivant(e)s. Dean, vivant, Lavande, vivante, Parvati, vivante, Seamus, vivant et leur liant – une invincible amitié comme un invincible été.

End Notes:
Merci d'avoir lu ♥

N'hésitez pas à me laisser un petit mot pour me dire ce que vous en avez pensé, sérieusement :) .

Et ce qui est beau c'est que Vio, ces 10 ans après, je t'aime toujours autant ♥♥
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