Confession d'une championne... hors norme by jalea
Ancienne histoire coup de coeurSummary:


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« - Marlène McKinnon !

Dumbledore me fait signe d'approcher. Je fais non de la tête. Il me refait signe d'approcher. Mais il est miraud, ou quoi ? Je lui mime de choisir quelqu'un d'autre. Le vieux ne comprend pas et moi, je regrette d'avoir mis mon nom dans sa satanée coupe en toc. »

Cette année à Poudlard, une compétition oppose chaque maison et Marlène McKinnon à un atout majeur : elle est voyante ! Enfin, quand ça lui prend...

Suite de "Confession d'une voyante en pleine crise existentielle"

Fiction terminée
Categories: Durant Poudlard, Epoque Maraudeurs Characters: Les Maraudeurs, Lily Evans, Marlene McKinnon, Severus Rogue
Genres: Aventure/Action, Comédie/Humour, Romance/Amour
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: McKinnon en folie !
Chapters: 44 Completed: Oui Word count: 167774 Read: 87210 Published: 15/09/2016 Updated: 12/12/2020
Story Notes:
Bonjour !

Voici la suite des aventures de Marlène. J'ai eu tellement de retour positif que je me suis décidé à écrire la septième année. Merci à tous pour votre soutien :D

Je vous recommande de lire la première fiction "Confession d'une voyante en pleine crise existentielle" avant de commencer celle-ci, mais ce n'est pas obligatoire. Je ferai des rappels sur ce qui passé l'année précédente tout le long de l'histoire.

Et comme toujours, l'univers, les lieux et une bonne partie des personnages appartiennent à J.K Rowling.

1. Prologue by jalea

2. Marlène, le retour ! by jalea

3. Plan d'évasion by jalea

4. Le Tournoi des Quatre Maisons by jalea

5. Coupe et désillusions by jalea

6. Drôle de Championne by jalea

7. Tante Griselda s'en mêle ! by jalea

8. Une foutue énigme by jalea

9. Le vilain petit troll by jalea

10. Le Sinistros by jalea

11. Avis de recherche by jalea

12. Lucy Barnes by jalea

13. La première tâche ( Partie 1) by jalea

14. La Première Tâche (Partie 2) by jalea

15. Révélations by jalea

16. Am stram gram by jalea

17. Escapade nocturne by jalea

18. Coup de chance by jalea

19. L'interrogatoire by jalea

20. Un signe de Merlin by jalea

21. Une visite inattendue by jalea

22. Vacances de Noël (Partie 1) by jalea

23. Les vacances de Noël (partie 2) by jalea

24. Jogging matinal by jalea

25. Transformation by jalea

26. Reveil difficile by jalea

27. Moment de solitude by jalea

28. La pièce secrète de Slug by jalea

29. L'heure des réconciliations by jalea

30. Symbole de paix by jalea

31. Le départ by jalea

32. Une joyeuse Saint-Valentin (Partie 1) by jalea

33. Une joyeuse Saint-Valentin (Partie 2) by jalea

34. La deuxième tâche (Partie 1) by jalea

35. La deuxieme tâche (partie 2) by jalea

36. Mise au point by jalea

37. Le Club de Flaquemare by jalea

38. La proposition by jalea

39. La troisième tâche (Partie 1) by jalea

40. La troisième tâche (Partie 2) by jalea

41. Moment de détente by jalea

42. Introspection by jalea

43. La déclaration by jalea

44. Soirée improvisée (Final) by jalea

Prologue by jalea
Author's Notes:
Pour ce premier chapitre, on démarre en "douceur" avec un petit prologue du point de vue de Griselda, la tante farfelue de Marlène. Cela se situe pendant la sixième année, quelques semaines après que Marlène ait sauvé Sirius.

Bonne lecture.
PROLOGUE



POV Tante Griselda

21 Avril 1976


Cette sale gamine s'est encore fourré dans le pétrin.

Il paraît que maintenant, elle fait des petites promenades de santé dans la forêt interdite pour secourir des élèves. Je l'ai su par mon neveu, Andrew. Je l'aime bien ce petit, c'est le fils que j'aurai pu avoir si j'avais eu envie de talquer des fesses de bébé à un moment de ma vie. Bref, c'est pour ça que : « Marlène n'a pas pu venir avec moi te rendre visite, tante Griselda ». Ben oui, la morveuse était trop occupée à jouer les supers voyantes ! Non mais, est-ce que vous me voyez courir dans tous les sens pour sauver le premier venu ? Non ! Je me contente de donner des avertissements aux gens, et c'est déjà bien gentil de ma part.

- Faites attention à la poutre.
- Pardon ?
- La poutre, imbécile !

Et bah, devinez ? Le gosse s'est prit la poutre en pleine figure en quittant mon magasin. Si c'est pas malheureux ! Les voyants sont des êtres supérieurs. Nous ne sommes pas tenu de servir les sorciers comme de vulgaires elfes de maison ! Ah, cette gamine... J'ai su à l'instant même ou j'ai posé les yeux sur elle, qu'elle allait causer des problèmes.

- C'est ton portrait craché ! s'était écrié son père, aux anges.
- Mon portrait craché ?

Quel affront ! La chose qui se trouvait devant moi- une sorte de gros pruneau ridé, plus communément appelé un nourrisson- ne me ressemblait en rien ! J'avais bien essayé de remettre les parents sur le droit chemin : « Vous savez qu'il est encore temps de le faire adopter, ce petit monstre ? ». Mais rien n'y faisait, ils contemplaient l'immondice comme si elle était la huitième merveille du monde.

Et cela ne s'est pas arrangé en grandissant ! Le petit monstre (qui n'est plus si petit que ça à l'heure où je parle) a hérité du don de voyance. Un secret jalousement gardé par les femmes de notre famille, qui se transmet de mère en fille, et ce, depuis sept générations. Marlène n'était donc pas supposé recevoir ce cadeau ancestral, mais Merlin semble en avoir décidé autrement rien que pour m'ennuyer. Et elle en fait n'importe quoi, de son troisième œil ! Allant jusqu'à se mettre en danger pour un jeu débile que Dumbledore va inventer, ou faire une mission sauvetage en pleine forêt !

Bien évidemment, je l'avais vu venir gros comme un dragon car je possède moi aussi le don de voyance. J'ai d'ailleurs à plusieurs reprises essayée de la débarrasser de son héritage familial, pour son propre bien. Mais cela requiert une Magie plus que douteuse, et cette gamine est aussi méfiante qu'un Gobelin de chez Gringotts.

Je me souviens de ma première tentative, Andrew venait à peine de souffler ses treize bougies, que sa petite soeur s'était jeté comme une affamée sur son gâteau d’anniversaire. J'avais attendu qu'elle engloutisse les trois quart du gâteau, puis je m'étais approché en imitant le sourire dégoulinant de niaiserie de son père.

- Tiens, bois ça.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Une potion de, euh... intelligence.

Bien sûr, il n'en était rien, mais Marlène n'avait eu connaissance du monde magique qu'à ses sept ans et restait encore très ignorante sur le sujet. Elle avait néanmoins haussé un sourcil interrogateur et frémit des narines, comme si elle reniflait le piège.

- Papa dit que je suis aussi intelligente qu'Andrew, même si je n'ai pas de bonne notes à l'école.
- Ton Papa te ment car il ne veut pas te faire de peine. Tous les parents font ça, avais-je rétorqué en agitant la petite fiole sous son nez.
- C'est vrai ? Alors, quand il me dit que je suis la plus jolie petite fille du monde...
- Il ment comme un condamné à mort, oui !

Il faut savoir faire preuve d’honnêteté envers les enfants dès leur plus jeune âge. Ça leur évite d'avoir des complexes de supériorité plus tard. Mon frère n'est pas de cet avis. Il pense, au contraire, qu'on doit les encourager et favoriser l'épanouissement de leur personnalité. Des boniments de bonnes femmes ! Vous voyez le résultat, dix-sept ans plus tard ? Sa jolie petite fille est devenue incontrôlable.

- Tu vas la boire, cette potion d'intelligence ?!

Marlène s'était empressé de porter la fiole à ses lèvres. Juste avant de la reposer sur la table, en m'adressant un sourire plein d'insolence.

- Non, je te la laisse. Tu en a plus besoin que moi, Tantine.
- Ne m’appelle pas Tantine !

J'avais essayé de lui faire avaler de force la mixture, mais cette petite teigne s'était mise à hurler comme une harpie. De toute manière, je m'étais faite avoir par un marchand de potions au rabais. Il m'avait refourgué un flacon de jus de citrouille, dilué avec autre autre chose dont je préfère ignorer l'origine.

Mon dernier essai remonte aux vacances de Noël. J'avais sillonné tout les pays dans l'espoir de trouver une formule magique, une potion, un philtre, de la mort au rat- euh, n'importe quel remède assez puissant pour débarrasser Marlène de son pouvoir, mais je n'avais rien trouvé de concluant. A part une formule que m'avait donné une bohémienne lors d'un voyage, j'étais à court d'idée. Ma nièce, elle, s'en fichait éperdument ! Elle ouvrait ses paquets avec le même enthousiasme que celui d'un orphelin qui n'a jamais reçu de cadeaux de Noël.

- Tiens, lis ça !

J'avais eu droit à un énième regard suspicieux. Sans doute pensait-elle que je voulais me venger car elle avait mis du sel dans mon café le matin même.

- Qu'est-ce que c'est ?
- Une incantation roumaine.
- Où l'as-tu trouvée ?

Quel dommage que les potions d'intelligence n'existent pas. Il en faudrait des litres, à cette morveuse !

- Dans un livre roumain, quelle question.
- Mais c'est pas écrit en roumain...
- Contente-toi de lire l’incantation !

Ses yeux s'étaient rétrécit comme ceux d'un vieux sorcier soupçonneux à l'égard d'une trop bonne affaire.

- Pourquoi ?
- Euh... pour te débarrasser de ces vilains boutons que tu as sur le visage.
- Je n'ai aucun bouton !

Intriguée, elle avait accepté de lire l’incantation, mais cela n'eut pas l'effet escompté. Ce jour là, j'ai dû admettre avec regret qu'il n'y avait plus rien à faire. Il est cependant hors de question que je laisse ma nièce agir à sa guise. Elle va finir par ameuter une tripotée de Mangemorts, avec sa discrétion légendaire. Ils se servent des voyants pour... bah voir l'avenir, pardi ! Et nous infliger quelques tortures, au passage. Non, je vais dispenser à cette petite un enseignement approfondi, et le plus tôt sera le mieux.

J'esquisse un geste de la main pour balayer mes vieux souvenirs. Je doit m’atteler au rangement de la petite boutique que je viens d’acquérir à Pré-au-lard. Il y règne un tel désordre qu'une armée d'elfes de maison ne serait pas de trop pour me donner un coup de main. Qu'est-ce qui m'a prit d'acheter ce vieux taudis ? Elle m'a bien eu la vieille Grippine ! « L'emplacement est idéal juste en face du Pub Les Trois Balais ». Ouais, l'endroit est tellement idéal, qu'il y a un va et vient perpétuel de clients dans la plupart sont des morveux qui ont à peine l'âge légal.

Je ne peux m’empêcher de lâcher un soupir d’exaspération lorsque la clochette suspendue à l'entrée du magasin se met à tinter.

- Bonjour ! s'exclame le premier à passer la porte, d'une voix excessivement joyeuse.

J'aime pas les gens joyeux, ils sont contagieux. Ben tiens, en voilà encore deux ! Deux Poudlariens viennent d'entrer, m’obligeant à m’arrêter de ranger le bazar. Le premier, un grand binoclard, a le sourire fendu jusqu'au oreilles, à croire que Merlin tout puissant vient de lui rouler une galoche. Il parcourt la boutique des yeux, puis demande :

- Madame Grippine n'est pas là ?
- Vous la voyez quelque part ? je grogne en retour.

C'est quoi, cette génération de décérébrés ? Il élude ma question et revient à la charge :

- Quand est-ce qu'elle revient ?
- Elle ne reviendra pas !

L'adolescent arbore une moue de petit garçon pourri gâté à qui on viendrait de refuser une chocogrenouille.

- C'est embêtant. Elle nous fournissait en... tas de trucs ! se reprend-t-il en rougissant légèrement.

Tiens donc ! C'est à se demander ce qu'elle leur vendait la vieille Grippine. Du coin de l'œil, je surveille l'autre étudiant qui est en train d'observer les objets que je vends. On y trouve pratiquement tout et n'importe quoi : des livres, potions, agendas, plumes de toute taille, chapeaux et même des sucreries.

- Il va falloir être un peu plus précis que ça, je lâche sur un ton ennuyé.
- Sauf votre respect Madame, nous préférons voir cela avec Miss Grippine.

Je tourne les yeux vers le second client, un jeune homme séduisant aux cheveux bruns et des yeux gris insondables. Une mèche de cheveux retombe sur ses yeux, lui donnant l'air faussement désinvolte. Le genre de garçon qui vous brise le cœur d'un seul regard.

J'en ai connu un de ce genre là, il est mort. Me regardez pas comme ça, c'est pas moi qui l'ai tué ! Pas que l'envie m'en manquait, mais cet idiot, Philius, avait un goût prononcé pour les créatures dangereuses, et il a fini dévoré par son dragon. Il avait essayé de le domestiquer ! Son dragon. Il le sortait en laisse et l'appelait Médor. Je vous jure, il y a vraiment des sorciers zinzins. Albus Dumbledore par exemple. Déjà lorsqu'il était Professeur, ce vieux fou ne parlait qu'en énigmes :

« Il est nécessaire de comprendre la réalité avant de pouvoir l’accepter et seule l’acceptation de la réalité peut permettre la guérison. » [1]

Je vous raconte pas le mal de crâne pour déchiffrer la phrase. Pour être honnête, même après toutes ces années, je n'ai toujours pas compris ce à quoi il faisait allusion.

- Quelque chose ne va pas, Madame ? ose me demander le briseur de cœurs.
- Ouais, c'est votre tête ! Elle me revient pas.

Pas du tout, même. J'ai l'impression d'avoir devant moi la réincarnation de Philius et ça me donne envie de lui botter les fesses ! Comment as-tu pu te laisser faire dévorer par un dragon ? Tu ne pouvais pas prendre un chat ou un hibou, comme tout le monde ?!

- Je vous demande pardon ? s'offusque le bellâtre, chargé d'un fort accent aristocratique.
- Allez, oust ! Du balai, et plus vite que ça ! je m'écrie en leur jetant toutes les babioles qui me tombe sous la main.
- Viens Sirius, on s'en va ! lui dit son ami, qui semble se retenir d'exploser de rire.

Il le tiraille par le bras vers la porte, le pousse à l’extérieur, faisant tinter à nouveau la clochette. Ah, cette maudite clochette ! « C'est la première fois qu'une femme me dit que ma tête lui revient pas ! » je l'entends dire en partant.

- Et ne t'approche pas de ma nièce, sale petit pervers ! je m'égosille, le poing en l'air.

Oh, oui ! Cette morveuse est dans un sacré pétrin.




End Notes:
1. Harry Potter et la Coupe de Feu de J.K Rowling.

On retrouve Marlène au prochain chapitre !
Marlène, le retour ! by jalea
Author's Notes:
Bonjour ! :)

Voici le premier chapitre, j’espère qu'il vous plaira. Un grand MERCI pour vos reviews au prologue, je ne m'attendais pas à en recevoir autant !

A bientôt :)
Chapitre 1 : Marlène, le retour !





- Pourriez-vous me décrire l'individu ?

Je sais ce que vous vous demandez : Marlène McKinnon, dans quoi est-ce que tu t'es encore embarquée ?

Et bien, je vais vous le dire ! Une vision. C'est toujours à cause d'une vision que je me retrouve dans des situations pas possible, pour le moins rocambolesques (woah, vous avez vu ça ? Un été avec mon frangin et j'enrichis mon vocabulaire). Ma dernière vision en date ? Une sorcière qui se fait agresser à la sortie d'un café. J'ai dû abandonner mon activité favorite (flemmarder dans ma chambre), pour me précipiter à la rencontre de cette jeune femme, armée de ma batte. Puis je me suis dit que ça ferait bizarre, de quitter la maison comme ça, avec une batte. Déjà que ma mère me soupçonne d’être dans un gang... C'est là que je me suis souvenue que moi aussi, j'étais une sorcière, et que je ferai mieux d'emporter ma baguette magique.

Parfois, il m'arrive de l'oublier. En général, dès que j'ai un problème, je me sers de mes poings. Ce soir, je n'ai pas eu l'occasion de m'en servir. A peine suis-je arrivée au café que l'agresseur s'était envolé, effrayé par le bruit de mes pas. J'ai quand même eu le temps de bien voir sa sale tronche de dégonflée ! Deux Aurors ont débarqué peu de temps après sur les lieux. Et quand je leur ai demandé pourquoi ils n'étaient pas arrivés plus tôt (puisqu'ils semblaient être au courant qu'une pauvre jeune femme était en train de se faire brutaliser) ils ont eu le culot de me répondre qu'ils n'étaient pas devins. Allez, comprendre !

Je ne vais pas vous mentir, il y a quand même de maigres compensations à être médium. L'Auror qui prend ma déposition est carrément canon. Un grand brun, aux prunelles sombres et à la musculature parfaite, vêtu d'un impeccable costume gris. Soudain, le séduisant Auror plante son regard dans le mien. Comme ça, sans prévenir ! Sans même m'avoir laissé le temps de m'y préparer.

- Quelle taille faisait-il ?

Hein, qui ça ? Je le vois tapoter nerveusement sa plume sur son bloc-note. J'en déduis qu'il est agacé que je tarde à répondre à ses questions, mais c'est difficile de se concentrer avec des yeux pareils !

- Je dirais... entre un mètre vingt et un mètre quatre-vingt-dix.

Plus je reste évasive, et plus on passera de temps ensemble, non ?

- Sa corpulence ?
- Mince de loin, mais gros de près.
- Son âge ?
- Oh, je ne sais pas trop. Un jeune assez vieux.

Le bel Auror arque un sourcil, visiblement perplexe. Néanmoins, il poursuit :

- Sa couleur de cheveux ?
- Blond... de loin, mais incontestablement roux de près !
- Dites-moi, Mademoiselle...

Quel âge peut-il avoir peut-être vingt-deux, vingt-trois ans ? Le bellâtre se frotte la tempe d'un air las. Sa crispation laisse apparaître d'adorables fossettes sur ses joues, qui renforcent son air juvénile. Ça y est, je suis amoureuse. Et j'élabore déjà dans ma tête tout un tas de scénarios pour me retrouver seule avec lui. Attention, je ne suis pas le genre de fille qui s’extasie devant le premier venu, mais quand un garçon me plaît... Je peux devenir assez obsessionnel. Non, le mot est un peu fort. Là, vous allez imaginer une nana avec une hache à la main qui poursuit un joli garçon dans les rues de Londres. Disons plutôt que je suis une jeune fille déterminée. Oui, ça sonne beaucoup mieux.

- Vous ne seriez pas en train de me faire tourner en bourrique, par hasard ? me demande l'Auror avec un petit sourire au coin, qui me laisse croire qu'il voit clair dans mon jeu.
- Moi ? fais-je mine de m'étonner, les yeux ronds. Pour quelle raison ferais-je une chose pareille ?
- À vous de me le dire, Mademoiselle Mckinnon.
- Je m'appelle Marlène. Et vous, c'est quoi votre petit nom ?

C'est quoi ce truc que fait Lily et qui rend dingue James, déjà ? Ah, oui. Un petit mouvement de cheveux en arrière. Là, vous avez vu le mannequin en herbe ? Cet Auror en tombe à la renverse tellement je l'affole. Euh, autant pour moi. Il vient de trébucher sur un gros caillou.

- Je prends la relève, Marcus.

Le second Auror, un homme au visage ridé et une barbe naissante grisonnante, s'approche vers moi à grands pas. Je me compose une expression neutre apparemment ratée, puisqu'il me dévisage comme s'il avait affaire à une criminelle en fuite.

- À nous deux, Miss Mckinnon. Pourriez-vous me détailler votre agresseur ?
- Il était petit, pas plus d'un mètre soixante-dix pour quatre-vingt kilos. Il avait les cheveux noirs coupés court, les yeux marrons, un nez aquilin ainsi qu'une mince cicatrice au-dessus de son œil droit. lui dis-je d'une seule traite, sans reprendre mon souffle. On a fini ? j'ajoute, en essayant de ne pas paraître trop pressé.

Si j'arrive encore une fois en retard au dîner, je vais avoir droit à un autre interrogatoire de la part de mes parents ! L'Auror me regarde bêtement, un brin déconcerté par ma tirade.

- Quel âge avez-vous, jeune fille ? m’interroge le vieil homme en haussant ses épais sourcils noirs et broussailleux.
- Vingt-et-un ans.

Je lance un sourire qui se veut aguicheur au dénommé Marcus, mais ce dernier s'empresse de me corriger :

- Elle a tout juste dix-sept ans.

Ah, c'est vrai. J'ai fait l'erreur de lui dire mon âge au début de l'entretien. Je suis tentée de lui faire remarquer que c'est la majorité sexuelle chez les sorciers, mais je doute que ce soit le moment idéal.

- Et vous traînez dehors à une heure pareille ? s’exclame le vieil homme, sur un ton paternaliste.
- Je suis majeur, m'sieur l'Auror !

Et je vais finir par lui en montrer un de majeur, s'il persiste à me parler comme à une enfant. Il est à peine dix-neuf heures ! En détournant les yeux, je capte le regard larmoyant de la jeune femme à qui je viens de porter secours. Dès qu'elle m'aperçoit, elle s'élance vers moi et se jette dans mes bras.

- Vous m'avez sauvée la vie, je ne vous oublierai jamais ! s'écrie-t-elle d'une voix entrecoupée de sanglots.

N’exagérons rien, le sorcier s'est tiré avant même de lui avoir jeté un sort. Ses cheveux me balaye le visage et je sens la moiteur de ses larmes sur mon t-shirt. Je la repousse comme je peux, mais elle s'accroche à moi comme un naufragé à sa bouée de sauvetage.

- C'est bon, ça va aller. dis-je en lui donnant des petites tapes sur le dos, plus que mal à l'aise.

Ce n'est quand même pas la fin du monde, et il n'avait pas l'air bien dangereux ce bonhomme.

- C'était... un Mangemort ? demande timidement la sorcière.
- J'en doute fort ! Selon vos dires, il avait le visage à découvert et en voulait à votre sac à main. répond sèchement le vieil Auror.

« Et bien excusez-nous du dérangement ! La prochaine fois, on espérera de tout cœur que c'en soit un, de Mangemort ! » je songe en le foudroyant du regard.

- Eh ! Vous pourriez vous adresser à cette pauvre femme sur un autre ton, non ?

L'Auror tourne férocement la tête dans ma direction, mais je soutiens son regard sans broncher. Le vieux barbu a beau avoir trois fois mon âge, il y a des façons de parler aux gens ! On ne lui a pas appris à faire preuve de délicatesse dans le cadre son foutu travail ?

- Nous allons le retrouver, affirme-t-il à la jeune femme d'un ton plus conciliant.
- Dites, on a fini ?

Je me dandine d'un pied sur l'autre, en essayant d'ignorer le fait que dans mon empressement, je suis sortie seulement vêtue d'un vieux t-shirt délavé et d'un short. Et puis, je suis pieds nus dans mes baskets ! La sensation est plus que déplaisante.

- Marcus, escorte cette jeune demoiselle jusque chez elle. ordonne le vieil Auror, en me désignant du menton.

Mais comme je le disais, il y a des compensations ! Je m'en vais rejoindre le séduisant Auror, tout sourire. En guise d'au revoir, je gratifie ma petite protégée d'un sourire rassurant accompagné d'un signe de la main, puis je me tourne vers monsieur : « Je suis trop canon mais je fais semblant de ne pas le savoir », et me colle littéralement à lui.

- Vous, euh... n'avez pas votre permis de transplanage ? questionne le jeune homme, surpris par ma proximité.
- Non, m'sieur l'Auror. je minaude en battant des cils.

Je l'ai raté, mon permis. Il paraît que c'est interdit de boire une bièreaubeurre avant de transplaner, et personne n'a jugé bon de me prévenir ! De toute façon, même si je n'avais rien bu, j'aurai quand même foiré mon atterrissage. Mais revenons à nos lutins ! Marcus sent le savon frais et l'après-rasage. Un autre avantage à sortir avec des garçons plus âgés : contrairement aux adolescents, ils se lavent. Je lui indique mon adresse, sans pouvoir refréner un sourire malicieux.

Il est temps de passer à l'action !


******


- C'est votre maison ? me questionne Marcus, pour la dixième fois.
- Je ne suis pas certaine, je réponds en faisant la moue.

Je me cramponne à lui, non pas pour humer son odeur agréable, mais pour garder l'équilibre. Tous ces voyages inutiles m'ont donné le tournis. On n'a pas idée de transplaner si vite ! Je suis à deux doigts de rendre mon petit-déjeuner de la veille. Je relève la tête, et croise le regard impatient de l'Auror.

- Mademoiselle, j'ai autre chose à faire que de jouer les chevaliers servants !

Dites-moi que je rêve ! Je m'écarte du jeune homme pour lui lancer un regard noir. J'avais presque oublié à quel point les garçons avec un physique trop avantageux pouvaient être présomptueux ! Non, mais il m'a bien regardé le bourreau des cœurs ? Je viens quand même de risquer ma vie pour secourir une inconnue ! Et pendant ce temps, lui, il faisait quoi ? Il se barbouillait le visage d'after-shave !

- Chevaliers servants ? je répète d'un air indigné. Là, il y a erreur mon beau ! Je ne suis pas de celles qui ont besoin d'être sauvé.

Quel naze, ce type ! Je m'éloigne d'un bon pas dans la rue calme, et remonte l'allée en direction d'une modeste bâtisse aux volets blancs, coiffée d'un toit de tuiles rouges.

- C'est bien ma maison, je ne vous retiens pas plus longtemps monsieur l'Auror ! lui dis-je, méprisante, avant de pivoter une nouvelle fois sur mes talons.

Je me dirige à grandes enjambées vers le perron, mais en gravissant les marches, je constate que Marcus me suit de près.

- Qu'est-ce que vous faites ? je m'enquiers d'une voix cassante.
- J'aimerai dire un mot à vos parents.

Et puis quoi, encore ! Je me précipite devant la porte d'entrée et pose une main sur son torse pour l’empêcher d'avancer. Si jamais ma mère à vent de cette histoire, je ne suis pas prête de remettre les pieds dehors !

- Inutile de vanter mes prouesses, mes parents sont déjà au courant ! dis-je précipitamment.
- Au courant de quoi ?
- Et bien que leur fille est brave, courageuse, forte, vaillante, généreuse, dévouée... un vrai modèle de grâces et de perfection. je conclus, à court de mots.

Le brun me contemple quelques instants bouche bée, l'air totalement incrédule. Puis, pour la première fois de la soirée, un franc sourire éclaire son visage à tel point que je crois avoir des hallucinations. Ses dents sont- sans surprise, c'en est presque risible- d'une blancheur éclatante et parfaitement alignées.

- Vous êtes un sacré numéro ! s'exclame-t-il en riant.

Je lui offre mon plus grand sourire, étrangement heureuse de le faire rire.

- Soyez prudente, à l'avenir.

Le bel Auror m'adresse un clin d'œil entendu et me tourne les talons sans plus de cérémonie. Je le regarde s'éloigner de sa démarche lente et assurée, puis m'élance à sa suite sans réfléchir : « On s'envoie un hibou, à l'occasion ? » je m'écrie bêtement, alors qu'il tourne le coin de la rue pour transplaner à l’abri des regards indiscrets. Non ? Bah, tant pis. Il y a plein de gnomes dans le jardin ! Ou de poissons dans l'océan, à vous de voir. Je m'apprête à rebrousser chemin lorsqu'une voix familière prononce mon nom à plusieurs reprises.

Je me retourne et découvre le visage rayonnant de ma voisine d'en face, pendue à sa fenêtre. Je connais Kendra Jenkil depuis le bac à sable, et même s'il m'est parfois difficile de lui cacher que je suis une sorcière, je fais en sorte de conserver notre amitié. Je m'approche de sa maison pour aller la saluer, mais avant même que j'aie le temps d'ouvrir la bouche, elle me demande en papillonnant des cils :

- C'était qui, le beau monsieur ?
- Kendra, t'as pas honte d'espionner tes voisins ? je la sermonne, les mains sur les hanches.

Le sourire jusqu'aux oreilles, elle se penche un peu plus par-dessus le rebord de la fenêtre tandis que ses cheveux mouillés retombent comme un rideau de chaque côté de son visage.

- Non, avoue-t-elle joyeusement. Alors, c'était qui ?
- Un garçon, je lance d'un haussement d'épaules.
- Ça, je m'en étais aperçue toute seule !

Je secoue la tête d'un air amusé, et lui réponds que j'ai rencontré Marcus à la sortie d'un café, ce qui n'est pas à proprement parler, un mensonge. Kendra attend patiemment la suite, puis roule des yeux en comprenant qu'elle n'obtiendra rien d'autre de moi. Quand cela implique la magie, je donne des réponses évasives qui ont le don de la décourager assez facilement.

- Désolée pour toi. Tu t'es fait jeter en beauté, non ? ajoute-t-elle, devant mon air interrogateur.
- Pas du tout ! Je lui ai fait une très forte impression à ce garçon, je riposte en croisant les bras.
- Oh ouais, j'ai vu ça ! Surtout avec ton histoire d'hibou, se moque-t-elle sans vergogne. Tu sais, c'est quand même bizarre...

Je reste clouée sur place, redoutant le pire. Quand Kendra commence ses phrases de cette façon, elle sous-entend clairement que JE suis bizarre.

- Je vois souvent des hiboux voler au-dessus de ta maison, fait remarquer la jeune fille en dardant son regard droit devant elle.
- Ah ? C'est sûrement parce que... c'est la saison des hiboux, dis-je en feignant l’innocence.
- Il y a une saison pour les hiboux ? s'exclame Kendra, les yeux ronds comme des soucoupes.
- Ouais, tu ne savais pas ?

Mon amie fronce les sourcils si fort qu'ils ont l'air de se rejoindre, et j'entends presque les cliquetis que font les rouages de son cerveau pendant qu'elle réfléchit. Kendra est la fille d'un couple d'enseignants. De ce fait, elle a toujours cette crainte irraisonnée d'être considérée comme une idiote, ou de ne pas être à la hauteur. Si elle n'affichait pas une moue aussi pittoresque, je m'en voudrais presque d'inventer de tels bobards.

Après un long moment de réflexion, elle rétorque sur un ton vif :

- Bien sûr que si ! Je pensais juste que leur saison, c'était l'hiver.

Je hoche la tête, tout en me mordant la lèvre inférieure pour ne pas éclater de rire. Je regrette que Kendra ne soit pas une sorcière, ce serait génial de l'avoir avec moi à Poudlard ! On échange encore quelques banalités, puis je regagne la maison en courant. Avant de passer la porte, je jette un coup d’œil à ma montre en grimaçant : je suis très en retard.

- Où étais-tu encore passé ?!

La question fuse dès que je franchi le seuil de la cuisine, où m'attend le reste de ma famille. Je m'assieds à coté de mon frère avant de faire face au regard meurtrier de ma mère. Elle ne me ressemble pas du tout. Enfin si, un peu, on a les yeux de la même couleur. Pour le reste, nous n'avons strictement rien en commun. Je suis grande, blonde et négligée, alors que ma mère est petite, brune et élégamment coiffée. En gros, c'est le modèle classique de la femme au foyer des années cinquante, le sourire factice en moins.

Je m'arrache à la contemplation de son visage, puis invente une excuse :

- Euh, j'ai été retenue par... un chat coincé en haut d'un arbre !

Je saisis le plat de pommes de terre et me sers copieusement, parfaitement consciente que mon explication bidon ne trompe personne, et surtout pas Andrew qui me sourit de toutes ses belles dents. Tiens ! En voilà, un modèle de grâces et de perfection. Mon frère a hérité de tous les bons gênes, et moi j'ai... bah, à part ce don de voyance qui me pourrit l'existence, pas grand chose.

- Et t'as essayé de le faire tomber de son arbre à coups de pierre pendant plus d'une heure ? ricane Andrew.
- Je ne voulais pas le faire tomber ! Je l'ai sauvé, dis-je fièrement. Quoi ? je grogne devant leurs mines interdites, il m'arrive de venir en aide aux ge... animaux !

Nouvel échange de regards incrédules.

- Alors pourquoi t'es-tu débarrassée de Griffus, hum ? m'interroge ma mère.

C'est pas vrai, on ne va encore revenir là-dessus ! Lorsque cette immonde boule de poils ne faisait pas ses besoins dans mes chaussures, il passait son temps à me griffer.

- Je ne m'en suis pas débarrassée ! Je l'ai donné aux bonnes œuvres, je soupire.
- Aux... bonnes œuvres ? répète mon père, perplexe.
- Je croyais que c'était à Hagrid, objecte Andrew en fronçant les sourcils.
- Ben oui, c'est bien ce que je dis !

Je ne vois pas où est la différence, je lui ai refilé généreusement mon chat, non ?

- Qui est Hagrid ? me demande ma mère, en se levant pour s'emparer du plat de pommes de terre avant que je ne puisse l'attraper.

Elle me décoche un ravissant sourire, l'air de dire : « Tu me remercieras plus tard de veiller sur ta ligne », et m'invite à poursuivre d'un geste de la main. Mais j'ai encore faim, moi ! Je me rabats sur un morceau de pain, avant de répondre :

- C'est le Garde-chasse de l'école. Il vit en ermite, tu sais. J'ai pensé que Griffus pourrait lui tenir compagnie...

Vraiment, il y a parfois où je m'étonne moi-même de ma grande bonté. Maman ne semble pas de cet avis. Elle ouvre la bouche, prête à me lancer une repartie cinglante, mais je la devance :

- J'ai quelque chose à vous dire.

Trois paires d'yeux se braquent instantanément sur moi. Et ils expriment tous le même message : « Qu'a-t-elle encore fait ? ». Je prends une grande inspiration, puis je déclare d'une voix ferme :

- J'abandonne mes études.

Un lourd silence s'installe pendant lequel chacun prend la mesure de ce que je viens de dire.

- Je te demande pardon ? souffle ma mère dans un chuchotis menaçant.
- J'abandonne... mes études ? je bredouille, plus très sûre de moi.
- Et pourquoi ça ? questionne mon père, ses yeux s'écarquillant de surprise.
- J'ai d'autres aspirations, je rétorque simplement.

« Comme rester en vie, et me tenir aussi éloignée que possible du type qui veut me trucider » je pense sombrement.

Il y a quelques mois de ça, j'ai eu la pire vision de ma vie. Il paraît - non, c'est même certain, mes visions se réalisent toujours- que quelqu'un va essayer de me tuer cette année ! D'où ma fabuleuse idée d'abandonner mes études. C'est simple : si je ne retourne pas à Poudlard, je reste en vie.

C'est pas une histoire de dingue ? Je veux dire, qui pourrait avoir envie de me faire passer l'arme à gauche ? Mise à part les premières années, une grande partie des serpentard, quelques élèves de divers maisons, un ou deux professeurs et le concierge de l'école... Je suis aimée de tout le monde.

- Et quelles autres aspirations, on peut savoir ? explose ma mère, tu n'as rien fait de tout l'été !
- Tu ne vas pas me reprocher de me reposer pendant les vacances ! je m'emporte à mon tour.
- Te reposer de quoi, au juste ? De tout les T que tu as eu à tes examens ? Rappelle-moi, Andrew, ce que signifie la note T ?

Je roule des yeux. Ma mère est peut-être une moldue, mais je peux vous assurer qu'elle connait la signification de mes notes bien mieux que nous !

- Troll, répond-t-il platement. Que comptes-tu faire cette année ? s'inquiète mon grand frère.

Qu'il se rassure, j'ai déjà établi mon planning de la semaine. Je vais flemmarder du lundi au jeudi. En revanche, le vendredi s'annonce plus chargé : grasse matinée et séance télévision l'après-midi. Tout un programme ! En voyant l'air furieux qu'arbore ma mère, mon sourire s'efface aussitôt. Je crois bien que je ne l'ai jamais vu aussi en colère.

- Tu vas terminer tes études, Marlène. Fin de la discussion ! assène-t-elle en pointant dangereusement son index sur moi.
- Je suis majeur et tatoué ! dis-je en haussant le ton, si je décide d'interrompre mes études, tu n'as plus ton mot à dire !

Elle lâche un étrange cri rauque avant de lever les bras au ciel, comme pour implorer Dieu de lui venir en aide. Du coin de l'œil, j’aperçois Andrew et Papa qui se jettent un regard désemparé.

- Tant que tu vivras dans cette maison, tu feras ce qu'on te dira te faire ! reprend Maman sur un ton étrangement calme, mais effrayant.
- Et depuis quand t'as un tatouage ? me demande Andrew, mais heureusement pour moi nos parents l'ignorent superbement.
- Ta mère a raison, abandonner tes études maintenant serait une pure folie, s'aventure mon père.

Il semble soulagé que la tension soit retombée, et ose un regard vers ma mère. La colère émane par tous les pores de sa peau, mais je lis aussi l’inquiétude dans ses yeux. Bon, peut-être bien qu'abandonner mes études n'est pas LA solution.

- D'accord, alors je peux prendre une année sympathique ?
- Sabbatique, me corrige machinalement Andrew en secouant la tête de droite à gauche d'un air dépité.

C'est ça ! Une année sabbatique, ça va être sympa. Comme tout le monde se tait, je poursuis :

- Je finirai mes études dans un an, quand...

Le type qui veut m'envoyer six pieds sous terre aura eu le temps de m'oublier. C'est le plan parfait, non ? Mon ton est trop enjoué et, apparemment, mon faux enthousiasme ne fait pas l'unanimité.

- Tu as été renvoyée ! s'écrit subitement mon père, comme s'il venait de percer un grand mystère.

Je m'affale contre le dos de ma chaise en soupirant lourdement. Je commence à croire que mes parents ne veulent pas de moi car je risque de bouleverser leur tranquillité et leurs chères habitudes.

- C'est à cause de cette lettre que tu as écrite à ton Professeur de botanique en prétextant être allergique à son cours, c'est ça ?
- Elle n'est pas renvoyée ! affirme Andrew. Marlène, pourquoi ne veux-tu plus aller au collège ? insiste-t-il en se tournant dans ma direction.
- Ça va, laissez tomber ! je m'écrie en bondissant de ma chaise. Je vais retourner à Poudlard, mais si je ne reviens pas l'an prochain, il ne faudra pas venir pleurer !

Et soyez prévenu ! Si je meurs, je reviendrai sous la forme d'un esprit frappeur et je me lierai d'amitié avec Peeves.
Plan d'évasion by jalea
Author's Notes:
Coucou :)

Voici le deuxième chapitre, Marlène retrouve enfin ses amis et... d'autres personnes dont elle se fout carrément xD

Un GROS MERCI pour vos reviews, vraiment, ça m'a étonné d'en recevoir autant, mais ça fait tellement plaisir ! Encore merci :D

A très bientôt !
Chapitre 2 : Plan d'évasion.




- C'est bon, M'man ! Je devrais pouvoir m'en sortir...

J'aurai dû flairer le piège à la seconde où ma mère s'était gentiment proposé de me conduire à King's Kross. J'ai dix-sept ans, c'est ma dernière année à Poudlard, et j'avais naïvement pensé qu'elle se contenterait de me déposer devant la Gare. Que nenni ! Elle m'a littéralement tiré par la main jusqu'à l'entrée des voies, comme un gosse de onze ans ! Et encore, ce n'est pas le pire. En chemin, j'ai aussi eu droit à un discours pleins de reproches, avec en prime, une honte monumentale.

Je vous rejoue la scène :

Ma mère se débat avec ma valise : « Pourquoi ne tient-elle pas sur ce maudit chariot ?! ». Soudain, elle se fige. Elle m'a perdue de vue pendant deux secondes, autant dire une éternité. Aussitôt, son radar de maman poule s'allume en manquant de lui griller le cerveau. La voilà qui me cherche. Elle se hisse sur la pointe des pieds en scrutant désespérément l'horizon et, les mains sur les hanches, avec toute la puissance de sa voix, elle hurle mon prénom. Ce qui donne un truc du genre : « MARLEEENE.. ?!?! »

La foule alentour s'écarte tandis que je me retourne, pétrifiée. Je tente une évasion désespérée, mais son radar maternel m'attrape dans son rayon d'attraction. Aucune échappatoire n'est possible, sinon la mort.

Ça tombe bien, il y a justement un type qui veut me zigouiller ! S'il pouvait se montrer, là, tout de suite, ça m'arrangerait. J'y ai mûrement réfléchi et ce serait plutôt marrant de revenir sous la forme d'un esprit frappeur, à Poudlard. La première chose que je ferai ? Arracher les couettes de Mimi Geignarde. Cette idiote aura enfin une bonne raison de pleurer !

- Je veux m'assurer que tu montes bien dans le train, dit ma mère en passant la barrière.

C'est bon, on y est : la voie neuf et des brouettes. Pardon, trois-quart. Les fractions, ce n'est vraiment pas mon truc, mais franchement, ça n'aurait pas été plus facile à retenir, la voie neuf et des brouettes ? Les gens se compliquent la vie, c'est moi qui vous le dit ! J’aperçois des nuages de vapeur dériver le long du quai depuis la locomotive rouge. Le Poudlard Express souffle et halète comme une gigantesque bête impatiente d'être libérée. Je commence à paniquer. Je fais la maline mais au fond, je n'en mène pas large. Mon instinct de survie me supplie d'éloigner le danger qui plane au-dessus de ma tête.

- Je peux aller aux toilettes, avant ?

Son expression se bloque dans une mimique agacée, alors qu'elle dépose ma valise au sol. Parmi la foule, je reconnais quelques élèves de mon année. Certains me lancent des regards moqueurs en voyant ma mère pousser mon chariot, mais je m'en contre fiche.

- Pour que tu tentes encore une fois de t'échapper par la fenêtre ? riposte-t-elle en se tournant vers moi.
- Je t'ai déjà dit que c'était un accident ! Un hibou...
- Un hibou égaré a toqué à la vitre, oui, c'est ça ! Prends-moi pour une imbécile, me coupe-t-elle en me remettant entre les mains la cage de Papyrus, la chouette de mon frère.

Elle s'imagine que je vais lui écrire. Ma mère, cette brillante femme qui m'a mise au monde et élevée pendant presque deux décennies, s'imagine réellement que me refourguer la chouette de mon frère va me montrer plus encline à écrire. Allons donc, c'est à peine si je rédige une liste de courses ! Je dois tirer une drôle de tête car elle pose sa main sur mon bras en me regardant avec douceur :

- Je ne comprends pas Marlène, pourquoi as-tu tellement peur d'aller à l'école, tout à coup ? Qu'est-ce que tu me caches ?
- Je n'ai pas peur !

Je bombe fièrement le torse pour le lui prouver. J'ai droit à un clin d’œil de Todd Harper -l'attrapeur de l'équipe de Quidditch de la maison Poufsouffle- avant qu'il ne disparaisse dans le wagon. Je lâche un soupir, mettre la poitrine en avant fait peut-être son petit effet sur un jeune homme de dix-sept ans, mais sur une jeune fille... ça lui donne l'air aguicheuse.

- Alors monte dans ce maudit train avant qu'il ne démarre sans toi ! m'ordonne ma mère en me poussant à l'intérieur. Et pas de bêtises, hein ? Ce n'est pas parce que ton grand frère à quitté Poudlard que tu peux faire tout ce que tu veux ! prévient-elle, le doigt en l'air.

Je grogne un : « Oui, M'man ! » avant qu'un employé du chemin de fer ne vienne fermer les portes coulissantes derrière moi. Un sifflement se fait entendre, d'autres portières claquent, une secousse, et le Poudlard Express s'ébranle lentement dans un crissement de roues sur les rails.

- Marlène, n'oublie pas d'aller rendre visite à ta Tante ! s'écrie-t-elle en suivant le train en marche.
- C'est ça, j'y penserai ! lui dis-je par la fenêtre ouverte.

Note mentale : rendre visite à la vieille morue.

Je lui fais un dernier signe de la main, puis je pars à la recherche d'un compartiment vide. Les deux premiers sont occupés par des morveux. Comme je suis de nature fainéante et que ma valise pèse une tonne, j'abandonne vite l'idée de trouver une place assise. Le couloir fera l'affaire ! Je m'assieds sur ma valise, pose la cage de Papyrus- sérieusement Andrew, où t'a choppé un nom pareil ?- à mes pieds, et sors de mon sac en bandoulière un magazine de Quidditch.

Deux minutes plus tard, j'entends la porte d'un compartiment s'ouvrir à la volée et aperçois un petit rouquin se diriger d'un pas décidé dans ma direction.

- Tu ne vois pas que tu gênes le passage ? me lance ce dernier en baissant le regard sur mes jambes étendues.
- Tu ne vois pas que je m'en fiche ? je rétorque avec mauvaise humeur.

Il n'a qu'à soulever son pied pour passer, où est le problème ?

- Tu ne peux pas rester là, insiste le petit rouquin en croisant les bras.
- Dégage, le morveux.
- Je suis dans ta classe ! se vexe le roux.
- Peut-être, mais je fais une tête de plus que toi.

Il pâlit en voyant mon regard menaçant avant de rebrousser chemin, sans dire un mot. Satisfaite, je me replonge dans mon magazine. Les articles qu'on y trouve sont aux antipodes de mes préoccupations, ce qui me convient parfaitement. Oui, je sais, j'ai dit « antipodes ». Pour ma défense, j'ai attrapé tous les tics de langages d'Andrew !

Je relève la tête lorsqu'une élève, déjà en uniforme, entre dans le wagon. Je reconnais aussitôt la crinière rousse de Lily Evans. La rouquine s'avance vers moi, un sourire radieux aux lèvres. Comme elle semble hésiter sur la manière de me saluer, je saute sur mes pieds pour la serrer brièvement dans mes bras. Les élans d'affections me mettent mal à l'aise, mais j'ai promis à ma meilleure amie de faire des efforts.

- Marlène, que fais-tu là ? me demande la rousse d'un ton réprobateur.

J'ouvre la bouche mais au même instant, un second élève fait son apparition dans le wagon. Je me retourne et croise les yeux rieurs de James Potter, lui aussi vêtu de l'uniforme réglementaire : « Ça alors, Mckinnon ! Comment vas-tu ? » s'exclame-t-il en me donnant une tape amicale à l'épaule. Je lui retourne la question en le gratifiant d'un léger coup de poing au bras. Je suis forcé de constater qu'il n'a plus rien d'un gamin. Il a perdu ses joues d'enfant, ses traits sont marqués, ses os saillants. En première année, je me réjouissais d'être la plus grande, mais il fait aujourd'hui quelques centimètres de plus que moi et à la ​carrure d'un homme.

- À qui t'as volé ce badge ? je raille, en remarquant un grand P épinglé sur sa poitrine.
- Pourquoi tout le monde me demande ça ? soupire le binoclard. Il est à moi, ce badge. Je suis Préfet-en-chef, annonce-t-il d'une voix monocorde.

Je fixe son insigne étincelante quelques instants, avant de poser le regard sur Lily, pour qu'elle confirme la chose. James Potter, Préfet ? Dis-moi que c'est une blague ! La jolie rousse se contente d'hausser les épaules d'un air abattu. Ha, j'ai toujours su que Dumbledore était un fumeur de ganja ! Il faut être sacrément défoncé pour avoir ne serait-ce que l'idée de nommer James Potter Préfet-en-Chef.

- Elle est bien bonne, celle-là ! dis-je en m'esclaffant.

Mon rire s'étouffe dans ma gorge lorsque le maraudeur affiche un air sévère que je ne lui ai encore jamais vu. Quant à Lily, elle semble être sur le point de... rire ou pleurer. Je ne sais pas trop. Pour l'instant, elle a l'air de le prendre assez bien : son amoureux transi ne présente aucune marque de griffure, gifle, ou maléfice cuisant.

- Marlène, tu ne peux pas rester là ! observe Lily.
- Tu sais dans quel compartiment est Kiara ? je demande, sans pouvoir retenir un soupir ennuyé.
- Dans le premier wagon, je crois.

Et moi, je suis dans le dernier. J'ai hâte de revoir ma meilleure amie, mais si je dois pour cela traîner ma valise et la cage de Papyrus - je m'y ferai jamais, à ce prénom- sur quatre wagons... Je préfère prendre mon mal en patience. Je me rassois sur ma valise, puis réponds :

- Je suis très bien, ici.

Lily ouvre la bouche, prête à me réciter les règles que les élèves doivent respecter dans le train, mais fort heureusement pour mes oreilles, James Potter la coupe dans son élan :

- Tu ne devais pas aller dans le compartiment du Professeur Slughorn ?
- Oh, c'est vrai ! s'éxclame la jolie rousse, se tapant le front du main.
- Vas-y, je m'en occupe. affirme-t-il en jetant un coup d’œil dans ma direction.

Ben tiens, j'aimerai bien voir ça ! Mon sourire se fige en voyant l'air sérieux qu'arbore le Préfet. J'ai l'impression que quelque chose ne tourne pas rond, avec Potter. Et vu la tête de Lily, elle doit se faire la même réflexion que moi.

- D'accord. A plus tard, Marlène ! balbutie-t-elle, un peu décontenancée par sa froideur.

Avant de rebrousser chemin, elle jette un regard interrogateur à James Potter, mais le gryffondor ne lui prête déjà plus aucune attention. Non, décidément, il y a vraiment quelque chose qui cloche chez le maraudeur : il ne sait pas passé une seule fois la main dans les cheveux devant Lily et ne l'a pas gratifié ne serait-ce que d'un sourire. On peut même dire qu'il l'a carrément snobé ! Je ne pensais pas vivre assez longtemps pour voir ça un jour.

Dès que la porte du wagon se referme derrière Lily, les épaules du brun s’affaissent et il pousse un long soupir, comme pour évacuer la tension accumulée.

- Tu, euh...
- Oui, Potter ? je minaude, tout sourire.

Qu'il essaie de me faire son numéro de Préfet, pour voir ! Je sens qu'on va se marrer.

- Marlène, tu ne peux pas rester dans le couloir. dit-il enfin d'un ton qui se veut autoritaire.

Si m'appeler par mon prénom est tout ce dont il est capable, je n'ai rien à craindre. Je lui adresse un grand sourire qui traduit mon je-m'en-foutisme total, avant de baisser les yeux vers mon magazine.

- Oh là là, c'est qu'il ferait presque peur notre petit Préfet-en-Chef ! lance une voix familière derrière l'épaule de Potter. Tiens...

Sirius Black.

En voilà un que je n'étais pas pressé de revoir. Je comprends tout de suite à son : « Tieens... » qu'il pense avoir affaire à une jolie fille, et je ne crois pas me tromper car son sourire séducteur s’efface à la seconde même où il croise mon regard anthracite.

- Salut, McKinnon. dit-il en fourrant les mains dans ses poches.
- Black, je grommelle en retour.

Il y a quelque chose chez ce garçon qui me hérisse les poils, et ce depuis la première fois que je l'ai vu, il y a six ans. Son allure parfaite, pour commencer. Il est toujours tiré à quatre épingles, chaque cheveu bien à sa place, le sourire étincelant... Il est tellement impeccable que même les grains de poussière n'osent pas se poser sur ses vêtements ! Je n'ai rien contre la perfection, mon frère fait partie de cette catégorie de personnes qui reflète la lumière dans un halo lumineux, mais en ce qui concerne Sirius Black... c'est comme de regarder le soleil trop longtemps. Au bout d'un moment, ça vous fait cligner des yeux et vous donne mal à la tête.

De plus, ce qui se cache sous cette surface nette et lisse n'est pas très reluisante. Black se pavane dans les couloirs de Poudlard comme si son père en était le Directeur, s'en prend constamment au plus faible, et il est l'auteur de blagues plus ou moins douteuses. Un jour, probablement sur une idée de James Potter, ils ont décidé avec deux autres débiles- petite erreur de ma part, Remus Lupin n'est pas débile, il est juste très ennuyeux- de former un groupe appelé les « Maraudeurs ». Groupe, que je surnomme affectueusement les « Marauchieurs » pour la simple et bonne raison que... comment dire ça avec élégance ? Parce qu'ils sont chiants, voilà.

Et selon Lily, Sirius Black est un dragueur invétéré. Sur ce point, honnêtement, j'ai des doutes. D'abord, parce que je ne l'ai jamais vu draguer une fille. Ça peut paraître incroyable, mais c'est vrai. Pourquoi le ferait-il ? Elles se jettent toutes à ses pieds, sans qu'il n'ait besoin de lever le petit doigt. Et ça doit être lassant à force, car à chaque fois que je le croise en charmante compagnie, il à l'air blasé, le pauvre chéri. Dur, la vie.

Si j’émets quelques réserves, c'est aussi parce que Lily pense la même chose de James Potter, mais je peux vous garantir qu'il n'a pas eu le temps de séduire une autre fille avec tout les râteaux qu'il s'est prit ces dernières années !

- Lève-toi et trouve un compartiment, s'il te plaît. dit à mon attention Potter, en ignorant délibérément le sourire railleur de son meilleur ami.
- Ils sont tous pleins, les compartiments. Elle est déjà passée, la vieille qui vend les friandises ?

Je suis au bord de l'hypoglycémie. Ma mère à surveiller mon alimentation tout l'été ! Je dois faire le plein de sucreries où je vais m'évanouir à coup sûr avant même d'arriver à Poudlard. Je lâche un petit cri de protestation lorsque le Préfet me saisit par la main pour m'obliger à me mettre debout.

- Tu n'as qu'à aller dans notre compartiment, Sirius va t'aider à porter ta valise, hein ?

Je m’apprête à lui répondre que je préférai encore me jeter sous les rails du train, mais à cet instant, le visage de Sirius Black vaut mille gallions ! A voir la tête qu'il fait, on croirait que Potter vient de lui demander de se couper le bras pour me l'offrir en signe allégeance.

- Ah non, pas d'accord ! riposte ce dernier avec fougue, elle est très bien où elle est, pas vrai, McKinnon ?

Black me regarde avec insistance, attendant manifestement que j'opine du chef, mais j'en ai rien à cirer de ce qu'ils racontent ! Revenons aux choses plus sérieuses :

- Vous êtes sur que la grosse dame aux friandises n'est pas encore passée ? je demande à nouveau.

Un sourire se dessine sur les lèvres de James Potter, qui saute sur l'occasion :

- McKinnon, si tu acceptes d'aller dans notre compartiment, je te donne... j'ai avec moi trois Chocogrenouilles, elles sont à toi !

J'étudie sa proposition pendant un court instant et, à mon tour, je bondis sur l'occasion. Bon sang, qu'est-ce que je ne ferai pas pour des Chocogrenouilles !

- Ça marche, Potter. je réponds en ouvrant la main, aboule la marchandise !
- Les Chocogrenouilles sont dans notre compartiment, Sirius se fera une joie de te les donner.

Merde, alors. Je viens de me faire avoir comme une débutante. Sur ce, le Préfet nous abandonne pour continuer sa ronde, alors que Sirius Black lui fait part de son mécontentement en hurlant dans le wagon un charmant : « Tu fais chié, Cornedrue ! » qui à surement dû arriver jusqu'aux oreilles du machiniste.

- James, Préfet-en-Chef... tu le crois, toi ?

Je décèle dans sa voix une pointe de mépris, ou de jalousie, mais n'y prête aucune attention. Je ramasse ma valise à mes pieds, la cage de Papyrus - je crois que je vais l'appeler Papy, c'est plus court- et lance un regard ennuyé à Black, qui ne bouge toujours pas.

- Il est à toi ? questionne le marauchieur en faisant un signe de tête vers l'animal.
- Non, je l'ai volé. Il paraît que ça rapporte, le trafic d'hiboux ! je réponds d'un ton sarcastique.

Il en a d'autres, des questions idiotes ? Sans plus de cérémonie, je passe devant lui et le bouscule pour ouvrir la porte du wagon.

- C'est fou ce que ton humour m'avait manqué ! ironise la gravure de mode en m'emboîtant le pas.

Black fait cependant demi-tour en remarquant que je traîne péniblement ma valise.

- T'as besoin d'aide ? demande-t-il, presque à contrecœur.
- Mais avance, Patmoche, tu bloques le passage ! je rouspète, en manquant de lui rentrer dedans.

Le surnom dont je l'affuble lui arrache une grimace. Est-ce ma faute, si monsieur est un Animagus et qu'il aime se transformer en gros chien moche ? Je lui fourre entre les mains la cage de Papy (qui hulule de plaisir tant elle est ravie de changer de partenaire), ce qui me permet de porter ma valise sans trop de difficulté.

- Ne m’appelle pas Patmoche, espèce de...
- De quoi ? je le provoque, alors qu'il s'arrête devant un compartiment et saisit la poignée.

Le bellâtre me reluque de la tête aux pieds. Il s'attarde sur ma coiffure désordonnée, mon t-shirt usé et mes tennis boueuses, avant de revenir sur mon visage. Bon, c'est vrai qu'à côté de lui, je fais tâche. Bien qu'il ne soit vêtu que d'une simple chemise noire et d'un jean, il a l'air tout droit sorti d'un roman à l'eau de rose.

- Hippie à la con, siffle ce dernier une fois sa contemplation terminée.

Sur ces derniers mots, le Marauchieur me sourit d'un air dédaigneux et ouvre la porte dans un grand coup sec.

- Tous les autres compartiments sont pleins ! dit-il aux deux autres, pour expliquer ma présence.

Je salue d'un mouvement de tête ses amis et vais m'installer à la gauche de Pettigrow, tirant ma valise derrière moi.

- D'solée, pardon... bah pousse-toi, quoi ! je m'agace, écrasant le pied de Peter Pettigrow.

Je me cale confortablement contre la banquette et étale mes jambes à côté de Lupin, assis en face de moi. Un lourd silence s'installe pendant que les trois amis se dévisagent d'un air embêté. Tant mieux, je vais pouvoir roupiller en paix ! Curieusement, les cheveux de Remus Lupin et son regard noisette, reflétant les rayons du soleil, m’empêche de dormir.

J'ai comme un doute, là.

- T'as toujours eu cette couleur de cheveux ? je lui demande en fronçant les sourcils.

Lupin sursaute légèrement avant d’échanger un regard ébahi avec Black, qui hausse les épaules.

- Euh, oui... bredouille-t-il sous mon regard insistant.
- Je connais une fille, elle peut t'arranger ça en moins de deux.
- Arranger quoi ?
- Bah, ta couleur du cheveux ! On ne sait pas si c'est du blond, du brun ou du roux. C'est vicieux, fais-je remarquer en fixant le sommet de son crane.
- Ça te va bien de dire ça ! Tu t'es passé un coup de peigne, récemment ? ricane la gravure de mode.

Je relève le menton et plante mon regard dans le sien. Black me regarde comme une maîtresse de maison toise un invité malpoli.

- Je parle pas aux chiens galeux, je rétorque avec un demi-sourire méprisant.

A coté de moi, Pettigrow étouffe un rire. Black cherche visiblement une répartie cinglante, mais je m'empresse d'ajouter :

- Réveillez-moi quand on arrive à Poudlard, Ok ? Et si quelqu'un essaie de me tuer pendant mon sommeil, buttez-le pour moi.
- Pourquoi quelqu'un essaierait de te tuer pendant ton sommeil ? s'étonne Pettigrow, les yeux ronds comme des soucoupes.
- Parce que, Peter, tout le monde dans ce train hait cette fille ! répond Black à ma place, sur le ton de l'évidence.

Il marque un point. J'en ai énervé plus d'un et c'est sûrement pour cette raison qu'un type va essayer de me faire la peau. Si ça se trouve, il est dans la même pièce que moi en ce moment... et c'est Sirius Black !

- Ouais, on est jamais trop prudent. je grommelle, sans le lâcher du regard.

Je sais ! Black veut me tuer parce que j'ai découvert qu'il est un Animagus non déclaré trop moche ! D'un autre côté, je lui ai sauvé la vie l'an dernier... Non, je dois faire fausse route. Et si c'était en fait Remus Lupin, qui cherchait à m'éliminer ? Ses cheveux sont peut-être un sujet sensible que j'aurai mieux fait de ne pas aborder... Ou alors, Pettigrow ? Je lui ai écrasé le pied trois fois en arrivant.

Comment vais-je faire pour survivre dans un milieu aussi hostile qu'est Poudlard ?


******


- Les première année, par ici ! lance une voix bourru que je reconnais immédiatement.

Mon visage se fend d'un sourire en voyant la tête hirsute d'Hagrid. Ce dernier braque sa lanterne dans ma direction et agite joyeusement la main pour me saluer. A moins qu'il ne fasse signe aux Maraudeurs. Je leur décerne un regard noir, pourquoi ces abrutis me collent encore au train ? Ennuyée, je me fraye un chemin jusqu'au Garde-Chasse, ce qui n'est pas une mince affaire, avec tous ces mioches.

- Dites-moi, Hagrid...

Il se détourne du groupe de première année effrayé pour me toiser d'un air interrogateur.

- Ces barques, lui dis-je en désignant le lac du menton, elles peuvent vous emmener jusqu'où, comme ça ?
- Et bien, à Poudlard.

Ouais, je suis au courant ! Mais peut-on les utiliser pour se rendre ailleurs ? Dans un endroit où personne n'essaiera de me tuer, par exemple ?

- Non, vous ne comprenez pas ! Disons que j'ai besoin, je ne sais pas, moi... de me rendre à Londres par chaloupe, c'est possible ou pas ?

Pendant un moment, Hagrid reste totalement interdit. Puis il paraît rassembler ses pensées et jette un regard derrière mon épaule.

- Faites pas attention, Hagrid. Elle a abusé de Chocogrenouilles pendant le trajet ! lance Sirius Black d'une voix moqueuse.

C'est pas vrai ! Je pensais avoir semé les Marauchieurs, mais ils sont toujours derrière moi. Je soupire d'agacement et me tourne à nouveau vers Hagrid pour demander :

- Il n'y a donc aucun moyen de s'échapper... je veux dire, quitter Poudlard en cas de problème ?
- Non, aucun. Tu ne pourrais même pas transplaner, si tu le voulais ! dit-il en riant.

Eh bien, voilà qui est rassurant. Je n'ai plus qu'à attendre l'heure de ma possible mort.

- De toute manière, elle n'a pas son permis. Avec Peter, ils l'ont tous les deux raté.

« En tout cas, il y en un qui va finir noyé, c'est certain ! » je pense en foudroyant Sirius Black du regard. Oui, j'ai raté mon permis, et alors ? Je jette un regard courroucé à Peter Pettigrow mais ce dernier baisse la tête, l'air honteux.

- Hagrid, retenez-moi ou je le balance à l'eau ! je vocifère, le regard assassin.
- Mais non, mais non... bafouille le Garde-Chasse avant de s'en aller en direction du lac avec les première année.
- Ce n'est pas très gentil, Sirius. Je te rappelle que tu as eu ton permis de justesse, intervient sèchement Lupin, après avoir jeté un regard vers Peter.

Le concerné hausse les épaules d'un air indifférent. Je dévisage du coin de l'œil Pettigrow, qui est recroquevillé sur lui-même. Ce pauvre garçon passe son temps à se faire rabrouer par Black et il en redemande, c'est d'un pathétique !

- C'est pas l'heure des croquettes, Patmoche ? je me moque à mon tour.

Cette fois, ses deux amis explosent de rire. Je regarde le visage du brun rougir de colère, ravie de lui avoir rabattu son caquet. Bon, maintenant : il faut que je trouve un moyen de me tirer, et en vitesse. Je ne vais pas rester là sans rien faire, en attendant que ma vision se réalise ! S'il le faut, je suis même prête à rentrer chez moi à la nage.

- MARLÈNE !

J'écarquille les yeux en voyant ma meilleure amie se ruer vers moi comme un oiseau s'abat sur sa proie. La barbe, j'avais oublié d'inclure le paramètre « Kiara Perks » dans mon plan d'évasion. Difficile de me faire la malle, maintenant.

- Salut, Kiara. dis-je d'une voix étouffée, en essayant de me dégager de son étreinte.

Son sourire rayonnant disparait lorsqu'elle aperçoit les Maraudeurs, juste à côté de moi. Remus Lupin semble vouloir saluer la petite blonde, mais Black l'empoigne par le bras pour le faire avancer, et fait de même avec Pettigrow.

- Tu n'as répondu à aucune de mes lettres ! me sermonne-t-elle, dès qu'on se retrouve seul.
- Non, mais je t'ai envoyée une carte postale. De là où j'ai passé mes vacances...
- C'était une photo de ton jardin ! me contredit-elle, à la fois amusé et exaspéré.

Évidemment, c'est là où j'ai passé mes vacances. Telle une enfant récalcitrante, je me laisse entraîner par Kiara vers la foule. La route luisante de pluie semble plus triste encore, dans ce ciel barbouillé de nuages. Je m'arrête brusquement lorsqu’on arrive à proximité des diligences, qui emmènent traditionnellement les élèves jusqu’au château, à l’exception des première année.

- Tu viens, Marlène ? s'égosille Kiara, déjà installée dans l'une des carrioles.

Est-ce que j'ai vraiment le choix ?
Le Tournoi des Quatre Maisons by jalea
Author's Notes:
Bonjour !

Voici le troisième chapitre, j’espère qu'il vous plaira :) Merci à tous pour vos reviews, c’est très encourageant :D

On se retrouve à la fin du chapitre !

Bonne lecture.
Chapitre 3 : Le Tournoi des Quatre Maisons.





« Voici un peu plus de mille ans,
Lorsque j'étais jeune et fringant,
Vivaient quatre illustres sorciers
Dont les noms nous sont familiers...
» [1]

Mille ans ! Mille ans que ce Choixpeau de malheur nous bassine avec sa chanson pourrie, et personne n'a encore songé à le bâillonner ? Oh pitié ! Qu'est-ce que ça peut nous faire de savoir que Poufsouffle le gentil vivait parmi les chênes ? Ou que Serpentard le rusé préférait les marais ? D'ailleurs, pourquoi les marais ? Il était du genre crasseux, Salazar Serpentard ? Ça m’étonne pas. Cette chanson est un vrai supplice pour les oreilles, s'il n'arrête pas ça tout de suite, je vous jure que je vais... je vais me suicider avec cette petite cuillère.

- Ne joue pas avec tes couverts, Marlène !

Je repose ma cuillère sur la table en croisant le regard désapprobateur de Lily. Elle se prend pour ma mère de substitution. Je crois que c'est dû à son insigne de Préfète, ce petit bout de ferraille à le pouvoir de rendre toute personne qui le porte atrocement sérieux. Visez un peu Potter, en bout de table ! Black est en train de lui raconter je ne sais quelle blague, et il ne se déride toujours pas. Depuis qu'il a cet insigne, le binoclard est d'un calme inquiétant, comme, si on l'avait ensorcelé. Il n'y a pas de doute, cet objet maléfique contient une forte dose de Magie noire !

- Qu'est-ce qu'il y a ? m'interroge la rouquine lorsqu'elle remarque que je fixe le brun avec insistance.
- Tu ne trouves pas James Potter... bizarre ?

J'attire aussitôt le regard de Kiara, Meihui, sa copine dont le nom m'échappe, et deux filles de cinquième année assise en face de nous. Du coin de l'œil, je vois même Chris se détourner de la répartition pour me jeter un regard interrogateur. C'est fou, ça. Il suffit de prononcer le nom d'un Maraudeur pour capter l'attention de tout le monde !

- Comment ça, bizarre ? Il est comme d'habitude, répond Kiara en toisant le concerné avec des yeux ronds.

Ah, Kiara. Je ne suis même pas certaine qu'elle ait vu l'insigne épinglé sur la poitrine de Potter et pourtant, elle était assise face à lui dans la diligence.

- Tu as remarqué, toi aussi ? souffle Lily en se penchant vers moi. C'est vrai qu'il est étrange, admet-elle. Pendant la réunion des Préfets, il n'a pas dit un seul mot.
- Vous savez ce qui est étrange, les filles ? Qu'il ait été nommé Préfet-en-Chef ! ricane Chris, suivi de Meihui.
- Ça a dû te faire un choc, non ?

Lily se tourne vers l'amie de Meihui en plissant imperceptiblement les yeux. Elle fait toujours ça lorsqu'elle essaye de cerner une personne. La voisine de Miumiu- oui, encore un de mes jolis surnoms- balaye Lily d'un doux sourire. Eh, ce ne serait pas cette fille qui à lancé une rumeur à mon sujet, l'an dernier ?

- Oui, j'étais persuadé que ce serait Remus. avoue la Préfète d'un ton indifférent.
- Ce n'est peut-être pas le meilleur candidat à ce poste, mais il a l'air de prendre son travail très au sérieux. Et il semblerait qu'il s'est lassé de toi, Lily. ajoute-t-elle d'une voix flutée, après un court instant de silence.

Oui, je la reconnais ! C'est bien cette fille, Rebecca machin (je me souviens plus de son nom) qui a raconté à tout le monde que j'avais embrassé Regulus Black ! Je ne sais pas ce qu'en pense Lily mais moi, je vais la ranger dans la catégorie : « Garces à eviter ». La rouquine plisse à présent les yeux si fort que ses pupilles disparaissent l'espace d'un instant.

- Je crois que tu ne l’intéresse plus, minaude cette peste, la pulvérisant d'un sourire éclatant.

Comme vous le savez, il existe des règles de bonne conduite imposées par la nature aux femmes. Si les garçons ont le droit de se servir de leur poings ou de leur baguettes lorsqu'ils sont contrariés, les filles- qui se doivent d’être douces, aimantes et gentilles pour entretenir les stéréotypes de notre jolie société- se battent à coups de sourires éblouissants et de piques cinglantes.

- Merlin à enfin entendu mes prières ! riposte la rousse d'un rire cristallin.

Lily achève son adversaire d'un magnifique sourire digne d'une Vélane. Un coup de poing dans le nez aurait été tout aussi efficace, non ?

Quand la répartition prend fin et que les plats vides se remplissent de nourriture, je ne peux m’empêcher de lâcher un cri victorieux. Je me jette comme une affamée sur le plus gros morceau de steak, mais Kiara me fait signe d'attendre en voyant le professeur Dumbledore se lever. Rha, il ne peut pas nous laisser manger en paix, le vieux ?

Dumbledore adresse un sourire chaleureux aux élèves avant de nous servir son habituel discours barbant, entrecoupée d'une petite boutade sur un farfadet et une licorne qui ne semble pas être au goût du Professeur McGonagall, puisqu'elle le fait taire en toussotant de manière exagérée. Le Directeur nous rappelle également que la forêt interdite est interdite, ce qui veut dire qu'on a « pas le droit d'y aller », des fois qu'on aurait oublié la signification de ce mot pendant l’été.

- ... Et j'ai le regret de vous informer que la Coupe de Quidditch des Quatre Maisons n'aura pas lieu cette année.

Ma bouche s'ouvre sous l'effet de la surprise. Qu'est-ce qu'il vient de dire, ce vieux fou ?!

- C'est une blague ? je m'écrie en jetant un regard effaré aux autres joueurs de mon équipe.

Trop abasourdis pour parler, mes coéquipiers se contentent de dévisager Dumbledore, les yeux ronds comme des gallions.

- Cela est dû, poursuit Dumbledore en élevant la voix pour couvrir le tumulte, à un événement particulier qui commencera en octobre et se poursuivra tout au long de l'année scolaire. Mais je suis persuadé que vous en serez tous enchantés.

Il a annulé le Quidditch. Le Quidditch... annulé !

- J'ai le plaisir de vous annoncer que cette année, à Poudlard, aura lieu pour la première fois un tournoi Magique. Un champion sera sélectionné pour représenter chacune des quatre maisons et les champions devront accomplir des taches pour remporter le tournoi.

Génial, on va rater une saison de Quidditch pour regarder quatre débiles faire des courbettes devant Dumbledore ! « Comme le Tournoi des Trois Sorciers ? » s’élève une voix en provenance de la table des Poufsouffle.

- Parfaitement ! s'exclame Dumbledore en tapant des mains avec enthousiasme.

Parfois, je jurerai que cet homme s'est évadé d'un asile psychiatrique.

- Pour ceux qui l'ignore, Le Tournoi des Trois Sorciers a eu lieu pour la première fois il y a quelque sept cents ans. Il s'agissait d'une compétition amicale entre les trois plus grandes écoles de sorcellerie d'Europe...

V'là qu'on a droit à un cours d'histoire ! Par habitude, je promène mon regard vers la table des Serdaigle pour partager un regard complice avec mon frère, mais un autre élève occupe sa place. Ah, c'est vrai. Andrew a terminé ses études, alors que moi, je suis toujours coincé là. Les coudes cimentés sur la table, le menton au creux de mes mains, j'attends que le calvaire prenne fin.

- ... Jusqu'à ce que le nombre de morts devienne si élevé que la décision fut prise d'interrompre le tournoi.

Rien que ça, des morts ! Il n'y a que les sorciers pour inventer un jeu pareil. Et le pire dans tout ça, c'est qu'il existe des gens à l'esprit assez tordu pour vouloir y participer.

- Le Tournoi qui se déroulera à Poudlard ne sera pas aussi dangereux, bien évidemment. Néanmoins, seuls les élèves majeurs — de dix-sept ans ou plus — seront autorisés à soumettre leur nom à la sélection, compte tenu de la difficulté des tâches imposées qui resteront dangereuses en dépit des précautions prises.

Pour ça, il faudrait déjà que les élèves majeurs soient partants ! Franchement, s'il faut accomplir- comme il dit- des tâches difficiles, très peu pour moi.


******



- Ce serait bien d'essayer, non ?

Je m'affale sur un canapé au coin du feu, ignorant les regards désabusés des gryffondor installés près de la fenêtre. Oui, j'ai choisi de poser mes fesses à la sois-disant place « réservée » des Maraudeurs, et alors ? Il n'y a pas écrit leurs noms dessus, que je sache ! Chris me regarde, hésitant entre s'installer sur le canapé à côté de moi, ou dans un fauteuil un peu plus loin.

- Je me demande quelles tâches les Champions auront à accomplir. continue-t-il, prenant place à ma droite.

Apparemment, je suis la seule à me ficher royalement de ce jeu. Tous les élèves semblent être excités à l'idée qu'un Tournoi Magique va avoir lieu à Poudlard. En chemin, j'ai même entendu des serpentard de cinquième année comploter pour trouver le moyen de se porter candidats.

- Tu comptes participer ? lui demande Mary McDonald, très vite rejoint par son amie Alice, Kiara et Meihui.

Chris rougit légèrement en sentant le regard des filles posé sur lui, visiblement peu habitué à être l'objet d'autant d'attention.

- Euh, ouais ! Ça ne coûte rien d'essayer, répond-t-il en essayant d'adopter un air décontracté.
- J’espère que tu sera le Champion, sourit Mary.

Ce pauvre Chris manque de se liquéfier sur place, il a toujours eu un faible pour Mary McDonald. Je ne sais pas ce qu'il attend pour lui déclarer sa flamme, mais je dois avouer que c'est assez marrant de le voir rougir à chaque fois qu'elle est dans les parages.

- Kellerman, le Champion des Gryffondor ? lance une voix désagréable.

Les filles s'écartent, laissant apparaître le visage sans défaut de Sirius Black. Sa simple présence déclenche une série de gloussements provenant d'un groupe de midinettes dont- oh, comme c'est surprenant- l'amie de Meihui, Rebecca machin, fait partie.

- Notre maison mérite un peu mieux que ça. Sans vouloir t'offenser, ajoute Black en décochant à Chris un sourire hypocrite.

Ben tiens ! Je déteste cette manie qu'ont certains, de vous dire « sans vouloir t'offenser » juste après vous avoir insulter.

- Et tu penses à qui, Black ? Pas toi, j’espère ! je rétorque sur le même ton dédaigneux.
- Je pensais plutôt à James, mais...

Contre toute attente, James Potter vient s'installer dans le même canapé que Chris et moi en tirant la grimace à Black, comme pour dire : « Laisse-moi en dehors de cette histoire, s'il te plaît. »

- Ton idée est bien meilleure, Mckinnon ! termine Black, jetant au passage un regard incrédule à son meilleur ami.

Je ne sais pas s'il est étonné parce que James Potter s'est installé près de nous; deux élèves insignifiants ne faisant pas partie du cercle très fermé des Maraudeurs, ou s'il est juste surpris que pour une fois, le binoclard ne souhaite pas être au centre de l'attention.

- T'es gentil, Black, on a besoin d'un véritable Champion et non d'un professionnel de la coiffure. je ricane, faisant éclater de rire mes camarades.

Son regard gris étincelant se rive au mien, et ses joues se colorent d'une charmante teinte rose. Contrairement à Chris, Sirius Black se met à rougir uniquement lorsqu'il est en colère. Sa rage semble atteindre son paroxysme quand Remus Lupin et Peter Pettigrow viennent eux aussi s'installer près de nous.

- Le Champion ? Et si c'était UNE championne ? intervient Lily, qui était resté jusque-là silencieuse.

Son interrogation fait sourire le Marauchieur, qui se détourne de moi avec un plaisir évident.

- Ne rêve pas trop, Evans.

Ces quelques mots suscitent des réactions vives autant que diverses, qui vont du sourire condescendant et moqueur de quelques garçons, à l'indignation d'une majorité de filles. Vous connaissez la phrase « Sois beau et tais-toi » ? Eh bien ça lui irait parfaitement, à Black.

- Sirius ! tonne la voix de James Potter avant même que Remus Lupin- le plus sérieux de la bande- ne puisse ouvrir la bouche. Les filles sont toutes aussi capables de représenter la maison des Gryffondor, lui fait-il remarquer sèchement.

La gravure de mode se retourne sans perdre de sa superbe, et enchaîne d'une petite voix innocente qui le rend encore plus attrayant (du moins, c'est ce que j'en déduis en voyant Rebecca machin perdue dans sa contemplation) :

- Je ne dis pas le contraire, James. Simplement, dans les faits, aucune fille n'a jamais été sélectionné au Tournoi des Trois Sorciers.

Ça, c'est parce que les femmes ont plus de jugeote et qu'elles n'ont tout simplement jamais soumis leur candidature à ce jeu de la Mort.

- Ce n'est pas le Tournoi des Trois Sorciers ! le contre-dit Lily d'un ton hargneux.
- C'est vrai, c'est le Tournoi des Quatre Maisons et le principe est exactement le même ! Mais libre à toi, Evans, de déposer ton nom dans la Coupe. réplique Black, plus hautain que jamais, avant de tourner les talons.

Son départ provoque de nouveaux murmures et soupirs d'indignation, ponctué d'un : « Quel connard ! » de la douce Meihui. Cette fille ne parle pas beaucoup mais quand elle l'ouvre, c'est du sérieux.

Lily la réprimande du regard, bien que son opinion sur Sirius Black ne doit pas être si différent. La chinoise lui adresse alors un sourire d'excuse qui s'envole à la seconde même où la Préfète nous tourne le dos. Puis elle s'en va rejoindre son amie Rebecca- cette dernière la hèle depuis plusieurs minutes- en marmonnant quelque chose qui ressemble à : « Elle me gonfle aussi, celle-là ! ».

Comme la discussion reprend très vite sur ce maudit Tournoi des Quatre Maisons, j'entraîne Kiara à un coin reculé de la salle. Je me laisse tomber dans un fauteuil de velours rouge, les jambes pendantes, et jette un regard morne aux autres gryffondor.

- Je sens qu'on va en entendre parler longtemps, de leur fichu Tournoi.
- T'as raison, grommelle la blonde en sortant des livres de son sac. Je me suis assoupie pendant l'explication de Dumbledore.... et je me suis réveillée le coude plein de purée ! se plaint-elle avec une moue adorable.
- Oui, j'ai vu ça ! dis-je en m'esclaffant. C'est quoi encore, tous ces bouquins ? Les cours n'ont même pas commencé, j'ajoute, en regardant la pile de livres qui menace de s'effondrer.

Kiara retrouve son habituel air rêveur lorsqu'elle me tend l'un des ouvrages :

- Ce sont des romans que j'ai acheté pour compléter ma collection, cet été. Tiens, j'ai pris ça pour toi.
- Tu m'as... acheté un livre ? je répète, hébétée.
- Il devrait te plaire.

Un livre qui devrait me plaire ? Je contemple l'objet un bref instant avant de revenir vers son visage. Je vais finir par croire que Dumbledore n'est pas le seul à s’être tiré d'un asile pour aliénés. Premièrement, je n'aime pas lire. Deuxièmement, si je me réveillais un jour avec cette drôle d'envie, je me recoucherais en attendant que ça passe, et je n'irai certainement pas fureter du côté de la bibliothèque de Kiara : elle ne lit que des romans d'amour !

- Ça parle de quoi ?
- Oh, tu verra, il est passionnant ! C'est une histoire d'amour tragique entre un riche sorcier d'une grande lignée de sang-pur et une Cracmolle.

Tragique ? Tu m'étonnes. Pour qu'un livre soit susceptible de plaire à ma meilleure amie, il faut de la romance, une bonne dose de passion et que l'un des deux protagonistes meurt à la fin. Ça rend l'histoire plus « réelle », selon Kiara.

- Oh, ouais. Ça à l'air... intéressant.
- L’héroïne me fait penser à toi. souligne la petite blonde, comme si ce simple fait pouvait me donner envie de lire son bouquin.

C'est trop gentil de me comparer à une Cracmolle, Kiara. Non vraiment, ça me va droit au cœur. Soudain, le sourire de mon amie se crispe. Elle fixe un point derrière mon épaule du même air que si le Calmar géant était sur le point de m'avaler tout rond. Je me retourne prudemment et me dis intérieurement que j'aurai préféré voir le Calmar géant.

- Qu'est-ce que tu veux, Black ? Tu ne vois pas qu'on est occupé, je lance froidement en feignant de lire le roman de Kiara.

Le jeune homme ne se formalise pas de mon accueil glacial. Malgré son air agacé, il émane de lui un charme envoûtant, lorsqu'il se tourne vers Kiara pour lui demander poliment :

- Tu veux bien nous laisser une minute, s'il te plaît ?

Ma meilleure amie apprécie autant Sirius Black qu'une poussée de pustules sur le visage. Pourtant, elle acquiesce en rougissant (la faute à ses romans à l'eau de rose !). Le Marauchieur la suit du regard sans se dépareiller de son sourire enjôleur. Sourire, dont il sait jouer à merveille lorsqu'il désire quelque chose.

Dès que Kiara disparaît de notre champ de vision, Black appuie ses mains de chaque côté de l'accoudoir de mon fauteuil et se penche en avant de manière à ce que son visage soit à la même hauteur que le mien. Son sourire est très vite remplacé par un regard menaçant.

- Mettons tout de suite les choses au clair, Mckinnon : as-tu parlé de mon secret à Evans ? demande-t-il en me soufflant son haleine à la figure.

Hum, réfléchissons... Ai-je dis à Lily que Sirius Black est en fait Animagus très moche ? Non, même Kiara n'est pas au courant. Et je ne vois aucun intérêt pour moi de leur en parler.

- Quel secret ? fais-je mine de m'étonner.

Il pousse un profond soupir de soulagement, tandis que tous ses muscles se détendent. Sa proximité me met un peu mal à l'aise sans que je puisse dire pourquoi. Je le repousse d'une main et il se laisse tomber sur le pouf à coté de moi. Euh, il se rend bien compte que je ne suis qu'à quelques centimètres de lui ? Cela ne risque pas de ternir sa réputation ?

- Tu peux me dire pourquoi elle m'a regardé de travers toute la soirée ?

Je jette un coup d’œil circulaire, à la recherche de la Préfete-en-Chef, mais la salle commune est quasi déserte. Seuls quelques gryffondor discutent encore avec animation du Tournoi des Quatre Maisons. Ne me dites pas qu'il a attendu que tous les élèves de notre année montent se coucher, avant de venir me parler ?!

- J'en sais rien, moi. Peut-être que tu devrais éviter de dénigrer les femmes devant elle, je réponds froidement.

Black tourne la tête dans ma direction en fronçant les sourcils si fort que ses yeux gris au regard perçant disparaissent l'espace d'une seconde.

- Je ne dénigre pas les femmes ! s'exclame-t-il avec véhémence.

D'un geste nerveux, il se passe une main dans les cheveux. Eh oui, si les autres filles pensent comme Lily... il a de gros soucis à se faire ! Plus aucune d'entre elles ne voudra lui adresser la parole. A part peut-être Rebecca machin, cette gryffondor n'a pas l'air très futé.

- Aucune sorcière n'a participé à un Tournoi, c'est un fait. reprend la gravure de mode d'une voix plus calme, ça ne veut pas dire que je vous crois incapable de gagner un tournoi ! poursuit-il d'un ton agacé.
- Tu sais que tu viens d'insinuer à l'instant que je suis une femme, Black ? fais-je remarquer en prenant un air faussement sérieux.

Le brun me toise de la tête aux pieds de son regard dédaigneux, avant de rétorquer en souriant :

- Ce sera ta parole contre la mienne. Plus sérieusement, tu comptes tenter le coup ? m’interroge-t-il, après quelques secondes de silence.

Pourquoi il est encore là, à me parler de choses dont je me fous, comme de mon premier chaudron ? Je suis à deux doigts de lire le roman de Kiara, c'est dire à quel point ça m’intéresse, ce que raconte Black.

- Oh, non ! J'évite les activités qui me demande un minimum d'effort. Par soucis de santé, j'explique devant son regard interrogateur.

Sérieusement, il attend quoi pour décamper, mon poing dans la tronche ? Le Maraudeur arque un sourcil amusé, avant de me décocher le même sourire dévastateur auquel Kiara a eu droit. Je reconnais volontiers que Black est très séduisant, mais... c'est flippant, quand même. Je crois que je préfère quand il se moque de moi ou qu'il m'insulte. Ça, au moins, je sais comment le gérer.

- Vraiment ? Pourtant, tu as tes chances. dit-il d'une voix suave, presque hypnotique.
- Tu crois ?

Cette petite voix étranglée, c'est la mienne, mais je ne la reconnais pas. Bon sang, mais qu'est-ce qui m'arrive ? Et puis d'abord, je m'en fiche, de ce tournoi ! Comble de l'horreur, le bellâtre remarque mon trouble et le sourire qui s'imprime sur son visage m'indique suffisamment sa satisfaction.

- Oui, assure-t-il en parlant assez bas pour que je sois la seule à l'entendre. Je doute sincèrement qu'une fille soit sélectionné, mais si c'était le cas...

Le charme se rompt brutalement lorsqu'il se lève d'un bond pour me reluquer à nouveau de la tête aux pieds de son habituel air méprisant.

- Cela ne pourrait être que toi !

Je le regarde s'éloigner, encore sous le choc, mais ravie que les choses reviennent à la normale entre nous.

- Où tu vas, Black ? Je l'interpelle d'un grand sourire mauvais, le dortoir des filles, c'est par là ! je raille, en montrant du doigt l'escalier.

De toute façon, un garçon avec une peau aussi nette, c'est louche.





End Notes:
1. ( et une partie du dialogue de Dumbledore sur le tournoi que j'ai modifié) Harry et Potter et la Coupe de Feu, J.K Rowling.

Pour l'écriture de ce chapitre, j'ai fais des recherches sur le Tournoi des Trois Sorciers et on a aucun nom sur les premiers participants. Du coup, j'en profite pour faire une petite "guerre" filles/garçons, rien de bien méchant, mais un peu de féminisme ne fait pas de mal (la faute au documentaire "la batailles des sexes" que j'ai vu récemment xD)

A bientôt !
Coupe et désillusions by jalea
Author's Notes:
Bonjour !

Je suis désolée pour l'attente, je viens de me rendre compte que je n'ai rien posté depuis un mois ! Je ferai en sorte d'être plus régulière, et de publier un chapitre par semaine ;)

Merci à tous pour vos adorables reviews !

A bientôt :D
Chapitre 4 : Coupe et désillusions.




Cette nuit, malgré la menace qui pèse sur ma vie, j'ai dormi comme un bébé. Le retour en cours a été très dur, par contre ! Difficile de s'y intéresser en sachant qu'un type va essayer de me tuer cette année. Pas que je m'en souciais avant, mais bon. Et je vous parle pas de mes visions ! Maintenant qu'il m'arrive d'avoir des prémonitions rien qu'en touchant les gens, j'évite au maximum les contacts physiques. Tant que je n'arrive pas à contrôler mon pouvoir, je crois que c'est préférable.

- Alors, c'est pour aujourd'hui ou pour demain ?

Comme si mon malheur n'était pas suffisant, à cause de ce maudit Tournoi des Quatre Maisons, je me suis fait embrigader tôt ce matin dans ce qui semble être, une grosse embrouille !

- Je suis pas certain que ce soit une bonne idée, marmonne Chris d'un air abattu.
- Pourquoi ?
- James à mis son nom, répond-t-il sombrement.
- Potter ? Et alors, je m'agace en tapant du pied.

Le gryffondor me regarde comme si je débarquais d'une autre planète.

- Je n'ai aucune chance contre lui ! réplique-t-il, sur le ton de l'évidence.
- Qu'est-ce qui te fais dire ça ? Tu es plus doué que lui en...
- Oui ? souffle Chris, relevant brusquement la tête.

Je le dévisage un court instant, la bouche légèrement entre-ouverte. C'est pas croyable, ça ! Depuis quand ce garçon à un complexe d’infériorité ? Chris n'est peut-être pas aussi populaire que les Maraudeurs, mais il a son petit succès. Je parie que tout ça a quelque chose avoir avec Mary McDonald, et qu'il veut devenir le Champion des Gryffondor rien que pour l'impressionner.

- En un tas de trucs. je réponds, le ton légèrement impatient.
- Quels trucs ? insiste le jeune homme en arquant un sourcil, dubitatif.

Des trucs auxquels je n'arrive pas à penser parce que j'ai trop faim ! Je jette un bref coup d’œil à le Coupe, installée au milieu du Hall. Une mince ligne argentée est tracée sur le sol, formant un cercle autour du tabouret sur lequel est posé l'objet. Pourquoi tant d'enthousiasme et d'admiration pour cette chose ?! Ce n'est rien qu'une babiole sans valeur destiné à tenter la main d’élèves avides.

- Ça suffit, maintenant ! je m'exclame en pointant un doigt menaçant dans sa direction, mets ton nom dans cette fichue Coupe, on n'a pas toute la journée.

Le petit-déjeuner ne va pas nous attendre éternellement !

- Je ne sais pas trop, Marlène... Et si tu mettais ton nom, toi aussi ? ajoute-t-il après un court instant de silence.
- Où ça ?
- Bah, dans la Coupe !

Je le regarde, les yeux ronds comme des billes. Il est malade, ou quoi ? Ce machin, c'est pas une tombola ! Je vais rien gagner, si je dépose mon nom. Et franchement, j'ai déjà assez à faire entre mes visions, mes devoirs, la vieille morue (alias tante Griselda que je dois me coltiner chaque weekend), mes amis- dont Chris à ce moment précis- et le type qui veut ma peau !

Avec une lenteur exagérée, je demande :

- Pour quoi faire ?
- Parce que tout seul, j'ai pas le courage...

Je m’apprête à l'envoyer bouler, mais avec son air de chien battu, il me fait pitié. Chris reste là, assis sur le muret, à me regarder sans rien dire. Bon, je peux bien faire ça pour lui. Comme ça, s'il n'est pas élu Champion des Gryffondor, il ne sera pas le seul perdant.

- D'accord. j'accepte en soupirant, tandis qu'un semblant de sourire éclaire son visage.

De toute manière, ce n'est pas comme si j'avais réellement une chance d’être sélectionné. Je suis si fainéante et irresponsable que cela ne m'étonnerait pas que la Coupe me rejette mon nom à la figure !


******


- Qu'est-ce que tu fais ?

Cette voix sifflante et venimeuse m'avait presque manqué ! Le plus naturellement de monde, je m'assois à côté du Serpentard le plus asocial qui soit, comme si nous étions des amis de longue date.

- Bah, tu vois bien : je m'installe.
- Si tu crois que je vais te laisser copier sur moi cette année, je...
- Ouais, c'est exactement ce que je crois. je l'interromps d'un grand sourire.

Severus Rogue est un garçon mauvais, hargneux et détestable. Il est toujours vêtu de noir et son air sinistre ne le quitte jamais. Mais il est aussi très doué en Potions ! J'en ai plus appris avec lui l'an dernier, qu'en écoutant les cours du Professeur Slughorn. Les rares fois où il est de bonne humeur, il lui arrive même de me prêter ses notes. Sans compter qu'il voue une haine incommensurable aux Maraudeurs, et ces gens là, moi... je les admire.

- Potter est Préfet-en-chef, t'es au courant ? lui dis-je pour détourner les conversation.
- Tout le monde est au courant ! C'est une aberration, un scandale ! Le Professeur Dumbledore est un vieux sénile qui ne sait plus quoi inventer ! s'emporte le jeune homme avec une fureur non dissimulée.

Pour une fois, je suis bien d'accord avec Rogue.

- J'ai une théorie, là-dessus.
- Une théorie ? répète le serpentard, sa curiosité piquée.
- Ouais. Dumbledore est un fumeur de ganja. Et le Professeur Chourave, son dealeur d'herbe. je lui explique, tout en déballant mes affaires.

Rogue me dévisage un long moment en se demandant si je plaisante ou non, avant de lâcher un petit rire moqueur, suivi d'un : « T'es cinglée, Mckinnon ! ». C'est peut-être vrai, mais cela fait bien longtemps que j'ai compris comment faire pour mettre Severus Rogue dans ma poche. Il me suffit de lancer une vanne ou deux sur les Maraudeurs pour que ce dernier devienne toute de suite, beaucoup plus aimable.

- Severus, pourquoi t'es-tu assis avec ça ? claque soudain la voix de Gordon Wilkes.

Je lui décoche un regard noir. L'an dernier, cet odieux serpentard s'en est pris à Mary McDonald et moi. Avec son copain Mulciber, ils nous ont coincés dans un couloir, et si Sirius Black n'était pas intervenu ce soir là... je n'ose pas imaginer ce qui nous serait arrivé. Maintenant que j'y pense, c'était plutôt idiot de ma part d'avoir cru que je pourrais maitriser toute seule ces deux serpentard. Kiara a raison, mon don de voyance me donne parfois l’impression d'être invincible.

Le visage de Rogue prend une drôle de couleur rouge foncé. Il s'agite sur sa chaise, mal à l'aise, avant de répondre d'une voix mal assurée :

- C'est, euh... le Professeur Slughorn qui nous a placés.
- Il ment ! s'écrie Mulciber, un grand gringalet au cheveux long. Cette traître à son sang était déjà assise à coté de lui, l'an dernier.
- Tu sais ce qu'elle te dit, la traître à son sang ?

Je me lève d'un bond pour lui faire face, prête à lui envoyer mon poing en pleine tronche. Wilkes me sourit, comme s'il attendait ça avec impatience.

- Allons Mckinnon, sois raisonnable. Tu ne veux pas qu'il arrive un autre malheur à ton chien, n'est-ce pas ? lance-t-il, en affichant une expression faussement concernée.
- Mon... quoi ? Qu'est-ce que tu racontes, je l'interroge, perdue.

Du coin de l'œil, je vois les Maraudeurs qui nous observe d'un air intrigué. Oh non, ne me dites pas que cet imbécile fait allusion à Patmol ?

- Il n'est pas mort ? La dernière fois qu'on l'a vu, il gisait près de la forêt interdite, non ? fait mine de s'étonner Mulciber. Après qu'on l'ai roué de coups, ajoute-il à mon intention avec un sourire sadique.
- Il va très bien. assure Wilkes, sans me lâcher un seul instant du regard. Je l'ai vu gambader dans la Cour, pas plus tard que ce matin.

C'est bien de Patmol, qu'il s'agit. Je sens les battements de mon cœur s'accélérer, me donnant l'impression qu'il cherche à s'évader de ma poitrine. Quelle idiote ! Et moi qui pensais que Sirius Black s'était fait attaqué par une bête de la forêt... Les responsables étaient en réalité les deux serpentard sur qui Black s'était jeté pour nous protéger, Mary et moi. Je fais mon possible pour ne pas regarder dans la direction des Maraudeurs, puis dis :

- C'est le chien d'Hagrid, pas le mien.
- Aucune importance, rétorque sèchement le serpentard. La prochaine fois qu'on choppe ton sale cabot, on ne le loupera pas !

Je serre les poings si fort que mes ongles s'enfoncent dans mes paumes. Je m'avance de quelques pas sans même m'en rendre compte, me retrouvant nez à nez avec Gordon Wilkes. Quand je pense qu'il a failli tuer Siriu... un pauvre chien moche sans défense ! Ça me rend malade.

- Vous feriez mieux de retourner à vos places, le cours va commencer. me parvient la voix lointaine de Rogue, et soudain, Wilkes et Mulciber disparaissent de mon champ de vision.

Mon voisin me fait signe de me rassoir au moment où le Professeur Slughorn fait son apparition. J'obéis en détournant le visage pour qu'il ne me pose pas de questions. Après ce que je viens d'apprendre, il m'est impossible de me concentrer sur quoi que ce soit. Les vingt minutes suivantes, mon regard oscille entre Sirius Black, Wilkes et Mulciber.

- Il nous faut de l'asphodèle. dit Rogue, la tête plongée dans notre chaudron.
- J'y vais ! je m'écrie brusquement, en voyant Black se diriger vers la table des ingrédients.

Rogue me jette un regard perplexe qui semble signifier qu'il estime improbable que je sache ce qu'est de l'asphodèle. Il a raison, mais je ne vais certes pas manquer une occasion pareille ! Il faut que je parle à Sirius Black. Tout de suite. Je fixe mon regard sur le brun et me dirige d'un pas déterminé dans sa direction. Après m'avoir repéré du coin de l'œil, il se tourne vers moi en fronçant les sourcils.

- Tu te fous de moi, Black ? je siffle entre mes dents, incapable de contenir ma colère plus longtemps.

Le bellâtre a l'air surpris, mais ne se démonte pas pour autant. Il me détaille de haut en bas, lentement, avant de croiser brièvement mon regard.

- Ouais, depuis la première année. répond-t-il avec un sourire railleur. Ne fais pas l'étonnée Mckinnon. Tu t'es déjà regardé dans une glace, non ?

Je laisse échapper un claquement de langue agacé, ce n'est vraiment pas le moment de faire de l'humour ! Je me penche vers lui en faisant mine de regarder les ingrédients, et lui glisse à l'oreille :

- Pourquoi tu ne m'as pas dit que c'était Wilkes et Mulciber qui t'avaient mis dans cet état ?

Ses yeux me parcourent à nouveau, mais cette fois, d'un air grave, sans la moindre trace de moquerie.

- Qu'est-ce que ça aurait changé ?
- Tu m'as dit que c'était un rat ! je lui reproche à mi-voix.
- Mais tu te doutais bien que je me fichais de toi, et tu n'as pas cherché à en savoir plus, réplique ce dernier d'un ton presque accusateur.

Sous l'effet de ses mots, je sens ma colère fondre pour faire place à un sentiment nauséeux de culpabilité. C'est en partie ma faute, si Sirius Black s'est retrouvé dans cette situation.

- Tu ferais mieux d’arrêter de te transformer, tant que tu es à Poudlard. lui fais-je remarquer à voix basse.
- Ouais, c'est ça ! ricane le brun, avant de se détourner complétement de moi pour offrir un sourire ravageur à une jolie fille assise au premier rang.

Je lève les yeux au ciel alors que de légers gloussements se font entendre dans la salle. Ennuyée, je tire Black par la manche pour attirer son attention.

- Tu as pourtant bien entendu ce que ces deux idiots ont dit ?
- Ces crétins ne me font pas peur. Respire un peu, Mckinnon ! lance le Marauchieur en riant, ou je vais finir par croire que tu t'inquiètes pour moi...

Il s'arrête de déambuler autour de la table et me regarde d'une drôle de façon. Je sens mes joues s'empourprer contre ma volonté. Évidemment, que je m'inquiète de son sort ! Mais que ce soit clair : c'est uniquement parce que je me sens coupable de ce qui lui est arrivé. De là, à l'avouer à Black...

- Tu délires, Patmoche. Fais ce que tu veux, ça m'est bien égal !

Avant de tourner les talons, je m'empare d'un ingrédient au hasard. Espérons que ce petit truc ratatiné soit de l'asphodèle ! Soudain, une main m'agrippe le bras et me force à me retourner. Mon corps percute celui de Black. Je tente de me dégager pour laisser un peu d'espace entre nous, mais il resserre son étreinte.

- Je t'ai déjà dit cent fois de ne pas m'appeler comme ça. me souffle-t-il au visage, d'une voix qui trahit son agacement.

Je m’efforce d'ignorer la chaleur qui envahit soudain mon corps (mes maudits hormones semblent être en ébullitions depuis ma rencontre avec Marcus. Ah, quel charmant Auror !), pour le gratifier d'un regard dédaigneux :

- J'ai l'air d'en avoir quelque chose à faire, Patmoche ?

D'un geste brusque, Black m'attire à lui. Je me retrouve plaquée contre son torse. Et le pire dans tout ça, c'est qu'il n'a pas l'air de s'en formaliser.

- Arrête de me provoquer, Marlène. Non, tu sais quoi ? Cesse de te mesurer à des types plus forts que toi. Je ne serai pas toujours là pour te sauver !

Je meurs d'envie d'hurler en retour une phrase, du genre : « Je n'ai pas besoin d’être sauvé, et surtout pas par toi, Black ! » L'ennui, c'est qu'il m'a effectivement secouru, l'an dernier. Ma fierté en prend un sacré coup.

- Seulement si tu arrêtes de te transformer. Moi non plus, je ne serai pas toujours là pour te sauver ! je réponds, sur le même ton ennuyé.

Derrière nous, quelqu'un s'éclaircit bruyamment la gorge, nous faisant tous les deux sursauter.

- Tout va bien, par ici ? demande James Potter, nous regardant tour à tour d'un air soupçonneux.
- Super, répond Black en s'écartant vivement de moi.

Pour le prouver, il offre à ce dernier un grand sourire, toutes dents dehors. Potter lève un sourcil interrogateur mais ne dit rien. Je roule des yeux, avant de me désintéresser totalement de Black, et me tourne vers Potter :

- Il paraît que t'as mis ton nom dans la Coupe ? dis-je en lui donnant une tape amicale au bras.
- Pas du tout. C'est faux, qui t'as raconté ça ? s'étonne le binoclard, les yeux ronds.

Mon sourire se fige, puis se décompose en une expression de stupéfaction, pour enfin se transformer en grimace d'horreur. Très vite, je comprends que je me suis faite avoir comme une idiote.

Chris Kellerman est un homme mort.
Drôle de Championne by jalea
Author's Notes:
Bonjour !

Voilà le chapitre 5, n’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez :) Et je suis désolée pour cette longue attente, mais j'étais en manque d'inspiration et quand c'est enfin revenue, mon ordi à planté xD

Merci tous ceux qui ont laissés des reviews au chapitre précédant !

A bientôt et bonne année tous le monde !
Chapitre 5 : Drôle de Championne.




- T'es cinglée, McKinnon !

Pourquoi tout le monde me dit toujours ça ? J’accélère le pas pour rattraper James Potter, et manque de trébucher lorsqu'il se retourne brusquement vers moi :

- Il est hors de question que j'attaque mon meilleur ami si jamais il... décide de se transformer à nouveau ! termine le gryffondor à voix basse.

Je soupire d'agacement, a-t-il pris au moins la peine de m'écouter ? Si Wilkes et Mulciber tombent sur Patmoche, ils vont en faire de la chair à pâté ! Pas que ça me dérange, mais il paraît que c'est mal de vouloir la mort de quelqu'un (j'ai demandé à Kiara).

- C'est pour son propre bien, Potter ! Si Wilkes l'attrape, Black ne s'en sortira pas aussi facilement.
- Et qu'est-ce que ça peut te faire ? fait-il en arquant un sourcil par dessus ses lunettes rondes.

Pas grand chose dans le fond. Bon, d'accord ! Je me sentirai un peu coupable, s'il arrivait quelque chose à cet imbécile.

- Je me préoccupe de mon prochain, ça te pose un problème ? je grogne en guise de réponse. Je te demande juste de lui jeter un petit sort si...
- Non ! s'écrie le binoclard, tu oublis cette idée. Sirius est mon meilleur ami, il est comme un frère pour moi et...

Oh, par pitié ! Qu'il m'épargne son couplet sur l'amitié. Je ne peux m'empêcher de lever les yeux au ciel lorsque je l'interromps :

- S'il arrive quelque chose à Black, tu seras le seul responsable.

Moi, j'ai fais ma part du boulot ! J'ai prévenu un Maraudeur. Pour ce qui est du reste, et de ce qui peut arriver de malheureux à Patmoche, ce n'est plus mon affaire. Devant mon regard noir, Potter rougit légèrement. Il m'assure qu'il va parler à Black, même si : « il n'en fait qu'à sa tête, Mckinnon ! ». Non, sans blague ? À nouveau, je roule des yeux et me contente de garder le silence tandis qu'on se dirige vers la Grande Salle.

- James, mon vieux !

Quand on parle du loup- ou plutôt du sale cabot- le voilà justement qui arrive, avec sa démarche de diva face à un public conquis. Black se faufile entre Potter et moi, et m'écarte vivement de son chemin pour entourer son meilleur ami d'un bras, l'air conspirateur. Avant de se détourner, la diva me lance un regard haineux. Je rêve ou cet idiot croit que j'essaie de lui piquer Potter ? Il peut se le garder, son binoclard !

- Quand vas-tu enfin te décider à déposer ton nom dans la Coupe ? claironne Black, en lui décochant un sourire à tomber par terre.

Il l'entraîne habilement vers un groupe d’élèves agité, là où se trouve l'objet en question. Je reste planté à côté d'eux, intriguée par leur conversation. Est-ce que James Potter va finalement se porter candidat au Tournoi ? Très vite, je constate que je ne suis pas la seule à me poser cette question; tous les regards sont maintenant braqués sur le Préfet-en-Chef.

- Tiens ! s'exclame Black en sortant un morceau de parchemin de sa poche, j'ai déjà gribouillé ton nom là-dessus.

Le regard de James Potter se pose quelques secondes sur Lily, qui discute tranquillement avec une Poufsouffle, près de la Coupe.

- Je ne veux pas participer. répond-t-il enfin, détournant les yeux de la jolie rousse.

La réaction de Sirius Black ne se fait pas attendre : le gris lumineux de ses yeux s'agrandit d'étonnement, ses sourcils noirs anormalement bien dessinés (pour ceux d'un garçon), se froncent majestueusement. C'est aberrant ! Même lorsqu'il est énervé, cet abruti à l'air de poser pour une œuvre de peinture à l'huile.

- Qu'est-ce qui te prends, à la fin ?! s'emporte la gravure de mode, en secouant Potter par les épaules. Tu t'es pris un cognard en pleine tronche ? Quelqu'un t'a jeté un sort, ou alors.... C'est un IMPOSTEUR ! dit Black à Lupin et Pettigrow, qui venaient de les rejoindre.

Un imposteur ? Je zieute James Potter du coin d’œil. Bah, si c'est le cas, celui-ci a l'air aussi crétin que l'original !

- Arrête de délirer, Sirius. Je vais parfaitement bien. Ce n'est pas moi qui me transforme en pleine journée pour narguer Wilkes et Mulciber ! reprend James à mi-voix. Tu sais, les types qui t'ont envoyé à l'infirmerie, l'an dernier ?
- Ouais, et j'en connais un autre qui devrait aller à l'infirmerie !

Si les joues de Black n'avaient pas pris une teinte écarlate, j'aurai juré que cela le laissait indifférent.

- Ce que Sirius veut dire, commence Lupin, avant d’intercepter un regard noir de Black, c'est qu'il... enfin, nous- Sirius, Peter, et moi- ne comprenons pas pourquoi tu ne veux pas...
- Mettre ton nom dans cette saleté de Coupe ! hurle littéralement Black, attirant l'attention des élèves alentour.
- C'est vrai, pourquoi ne veux-tu pas participer au tournoi, Potter ? demande Lily en s'approchant. Toi qui ne manque jamais une occasion de te mettre en avant, c'est surprenant ! ajoute-t-elle ironiquement en l'étudiant de ses yeux verts.

Le visage de Potter se tourne de nouveau vers la jolie Préfète. À cet instant, son regard est si ardent, si perçant, que cela pousse Lily à se taire. Une vraie première ! Ses joues deviennent aussi rouge que la pointe de ses cheveux, tant il est inhabituelle pour elle que James Potter ne réplique pas à ses piques. Quand le binoclard se détourne enfin, c'est pour fusiller du regard les élèves qui le dévisagent sans retenue.

- Vous voulez tous que je mette mon nom dans cette Coupe ?!

Sans attendre de réponse, il arrache le parchemin des mains de Black et traverse la ligne argentée tracée au sol.

- Voilà, c'est fait ! Maintenant, fichez-moi la paix ! lance-t-il aux Marauchieurs, avant de s'en aller à grandes enjambées en direction de la Grande Salle.

Tiens, c'est pas bête ! Je commence à avoir faim, moi aussi. Je m'apprête à suivre Potter, mais je reviens sur mes pas en remarquant que Lily n'a pas bougé d'un pouce. Légèrement impatiente, je lui saisis le poignet pour la faire avancer.

- Il m'inquiète sérieusement, dit la rousse pour elle-même.
- Et depuis quand tu te préoccupes de Potter ? vocifère Black, la foudroyant du regard.

J’émets un claquement de langue agacé en voyant Black, Lupin et Pettigrow s'arrêter devant l'entrée de la Grande Salle. Pourquoi ils s'arrangent toujours pour bloquer le passage à l'heure du déjeuner, seul moment de plaisir de ma journée ?

- Tu es la raison de son changement d'attitude, Evans ! aboie Black. James veut tellement te plaire qu'il est prêt à tout, même à devenir Préfet-en-Chef ! assène-t-il d'un ton méprisant.

Je tente un regard vers Lily, qui ne laisse rien paraître de ses émotions et croise les bras sur sa poitrine. Comme elle ne dit rien, Black s'approche de quelques pas, la dominant de toute sa hauteur.

- Je vois vraiment pas ce qu'il te trouve ! lui crache-t-il au visage.
- Oh là là, souffle Pettigrow d'un air excité, alors que Lupin lâche un soupir exaspération.

La gryffondor hausse les sourcils de surprise- ou d’incrédulité. Je sens qu'elle n'est pas loin de perdre patience. Elle s'apprête à dire une chose bien sentie, mais je l'en empêche et me positionne devant Black. Il est inutile d’envenimer la situation, cela ne ferait que retarder l'heure de mon déjeuner !

- Et Lily et moi, on ne comprend pas pourquoi toutes les filles se pâment devant un mannequin haute couture, je riposte avec un grand sourire. Comme quoi, il y a des choses qui ne s’expliquent pas !

Black fronce les sourcils si fort que ses yeux gris disparaissent l'espace d'un instant. Je ne suis pas certaine que son petit cerveau ait compris que je parlais de lui, mais ça m'est égal. Je pousse les Marauchieurs hors de notre chemin.

- Tu crois vraiment que Potter refuse de participer au Tournoi à cause de moi ? Juste pour me prouver qu'il n'est pas un garçon arrogant ? me demande Lily, l'air perplexe.
- Peut-être que oui, je réponds d'un haussement d'épaules.

Ou peut-être qu'il est juste feignant et qu'il n'a pas envie de résoudre je ne sais quel tâches inventés par Dumbledore. Comme moi, quoi ! Je fais part de ma théorie à la Préfète, mais cette dernière s'empresse de me contredire :

- Potter n'est pas feignant.
- Attention, Lily ! Ça ressemble presque à un compliment, chantonne Alice Fortescue, en se plantant devant nous.

Son sourire malicieux et sa coupe de cheveux courte à la garçonne lui donnent un petit air mutin qui met en valeur ses yeux bleus. A côté d'elle, Mary McDonald nous jette un regard d'excuse, l'air de dire : « Je ne contrôle pas les faits et gestes de ma meilleure amie ! ». Avant même que je n'aie le temps de les saluer, Lily m'agrippe fermement par le bras.

- À plus tard, les filles ! leur lance-t-elle en me tirant le bras. Alice n'arrête pas de m’embêter, m'explique la Préfète, tout en cherchant des yeux une place très éloignée des Maraudeurs. Elle a lancé des paris sur Potter et moi ! Tu te rends compte ? Et moi qui la prenais pour une amie, s'offusque-t-elle en s'asseyant.
- Ça alors, c'est honteux ! j'approuve d'un hochement de tête.

J'essaie d'afficher un air à la fois innocent et outré, bien que j'ai donné l'idée à Alice de lancer des paris. Et vu la récente altercation de notre petit couple, je m'inquiète sérieusement pour mon argent. Je me sers une énorme assiette de pâtes, avant de reprendre d'un air détaché :

- Donc, Potter n'a aucune chance avec toi, cette année ? Parce que, je me disais... il est Préfet-en-Chef, et il a l'air plus mature.

Et surtout : j'ai misé dix gallions, les économies de tout un été sans sucreries ! Lily lève les yeux de son assiette pour me jeter drôle de regard. Parmi toutes ses amies, je dois être la seule à me ficher royalement de savoir ce qui se passe entre elle est le grand, le beau, le talentueux James Potter !

- Aucune chance, Marlène. Nous sommes tous les deux bien trop différents. répond-t-elle immédiatement, comme si elle avait déjà réfléchi à la question.

Je fais de mon mieux pour ne rien montrer de ma déception et prétexte une envie pressante, afin d'aller rejoindre- en toute discrétion, bien sûr- Alice et Mary, qui déjeunent quelques places plus loin.

- Je retire mon pari, leur dis-je aussitôt.
- Très bien, répond Alice l'air un peu contrarié. J'en ferai part à ma trésorière.
- Je ne suis pas ta trésorière ! proteste vigoureusement Mary.
- Tu veux bien annuler le pari de Marlène ? lui demande poliment sa voisine, en feignant de ne pas l'avoir attendu.
- Je n'arrive pas à le croire !

À l'entente de cette voix, je me fige sur place et me retourne doucement. Kiara se tient debout devant moi, les sourcils froncés et les poings sur les hanches. Oh, non ! Je vais encore avoir droit à une leçon de morale. J'attends patiemment sa réaction, quand elle s'exclame soudain :

- C'est pourtant évident que Lily et James Potter sont fait pour être ensemble ! Comme Élise et Edgar. Fritz et Margaret ! Ou encore, Miss Viviane et Lord Milford, ajoute-t-elle en prenant un air de plus en plus rêveur.

Oui, je sais. Ma meilleure amie est complétement barrée. Kiara rêve tellement de Princes charmants qu'elle en vient à croire qu'ils existent dans la réalité et que James Potter fait partie de cette catégorie (c'est dire à quel point son cerveau est endommagé). Les filles partagent un regard en biais, ébahies.

- Qui sont tous ces gens ? demande Alice.
- Des personnages de fictions, tout droit sortis de ses romans à l'eau de rose. je réponds en lâchant un soupir.
- Je mise cinq gallions ! s'enthousiasme Kiara en déposant ses pièces sur la table, Lily et James Potter seront ensemble au mois de février.
- Pourquoi en février ? je m'étonne.
- Marlène, enfin ! Le quatorze, c'est la St Valentin, claque-t-elle sur le ton de l'évidence.

Ah, bien sûr. La St Valentin ! Cette fête ringarde et commerciale, qui n'a pour but que de vous donner envie de vous flinguer si vous n'avez pas d'amoureux.

- Lily se fiche pas de mal de la St Valentin ! Qu'est-ce qui te fait croire qu'elle va sortir avec Potter au mois de février ?
- Toutes les filles sont de grandes romantiques, même celles qui prétendent le contraire. rétorque la petite blonde en me jetant une œillade appuyée.

C'est ça, je suis une romantique refoulée. Elle a abusée du jus de citrouille, ma parole ! Ou de ses romans pour midinettes en mal d'amour... Agacée par son sourire dégoulinant de niaiserie, je me tourne vers Alice :

- Dix gallions que si Potter demande à Lily d'être sa Valentine, elle lui fout son poing dans la tronche !

Je ne sais pas pourquoi, mais je le sens bien ce pari !


******


À l'heure du dîner, il me faut un peu de temps pour comprendre qu'il se passe quelque chose d'anormal. La Grande Salle est quasiment pleine lorsque je fais mon entrée. Je balaye la salle du regard et remarque que la Coupe se trouve à présent sur la table des Professeurs, devant la chaise vide de Dumbledore. Oh, j'avais presque oublié ! Ce soir, c'est l'annonce des Champions. Comme il ne reste plus de place à côté de Kiara, je me retrouve coincée en sandwich entre un gosse de première année plus agité qu'une pile électrique et un élève de cinquième année qui a l'air tout aussi enthousiaste. Par chance, Alice, Mary et Meihui sont assises juste en face de moi.

- J’espère que ça va être Chris, dit Mary tandis que je m'empare du plat de pommes de terre.
- Moi aussi ! je réponds d'un grand sourire.

J’espère bien, que ce sera Kellerman ! Quand je pense qu'il m'a menti rien que pour me faire participer à ce fichu Tournoi... J'ai hâte de voir sa tête, si jamais il est élu ! Il regrettera vite sa décision, lorsque Dumbledore donnera les tâches à accomplir. Connaissant le bonhomme, cela inclura sûrement des énigmes sans queue ni tête, à résoudre pendant une course de balai, ou une partie de Quidditch !

- James Potter ferait aussi un bon Champion. observe Alice.
- C'est vrai, approuve Mary en secouant la tête.
- Et toi Miou', t'en penses quoi ? je demande sournoisement.

Meihui ouvre rarement la bouche, mais je suis bien décidée à la faire parler, cette année. Pour toute réponse, la chinoise hausse les épaules.

- Tu as bien un avis sur la question, non ?

Cette fois, la jeune fille lève les yeux au ciel pour marquer son désintérêt total du Tournoi. Ouais, je la comprends, ce jeu n'a rien d’intéressant. Alors pourquoi les élèves ne semblent avoir qu'une seule hâte : que les assiettes se vident et qu'on annonce enfin les noms des champions ? Le première année assis à côté de moi se lève toutes les secondes pour essayer d'apercevoir la Coupe !

- Si tu bondis encore une fois, je te cloue les fesses à ce tabouret ! je le préviens d'une voix menaçante.
- Marlène ! intervient aussitôt Mary, le regard réprobateur, tandis qu'Alice et Meihui pouffent de rire.
- Quoi ? On dirait qu'il a le feu au train, ce sale morve...

Je m'interromps subitement en voyant les plats qui commencent à disparaître. Eh, je n'ai pas fini de dîner ! J'ai juste le temps d'attraper un pilon de poulet avant que le contenu de mon assiette ne se volatilise. Un brouhaha de conversations s’élève dans la grande salle, puis laisse place à un soudain silence lorsque le Professeur Dumbledore se lève. À ses côtés, les Directeurs de maisons semblent aussi impatients que les élèves.

- Bien, dit Dumbledore, la Coupe de Feu ne va pas tarder à prendre sa décision. Lorsque le nom des champions sera annoncé, je demanderai aux heureux élus de venir jusqu'ici.

Je fais la moue, avant de mordre dans mon pilon de poulet. Les « heureux élus » ? Tu parles ! Son jeu à l'air aussi barbant qu'une partie d'échec un jour de pluie. D'un coup de baguette magique, Dumbledore éteint toutes les chandelles, exceptés celles qui entourent la Coupe. A présent que la Grande Salle est plongée dans l'obscurité, tout le monde observe les flammes bleues étincelantes, qui jaillissent de la Coupe. De longues minutes plus tard, des chuchotis se font timidement entendre. Je suis la seule à oser lancer un : « Alors ?! » qui n'obtient aucune réponse. Dumbledore fait durer le suspense comme si on attendait les résultats du loto !

– Le Champion de Poufsouffle, annonce enfin Dumbledore d'une voix forte, sera Todd Harper.

Un grand gaillard aux cheveux bruns-roux se lève sous un tonnerre d’applaudissements. Je le connais ! C'est l'attrapeur de leur équipe de Quidditch. Harper serre la main à plusieurs de ses amis, puis se dirige d'un pas conquérant vers la table des Professeurs, en lançant des clins d’œil sur son passage.

- Bravo, Monsieur Harper ! le congratule le Professeur Chourave.

Elle se lève sur la pointe des pieds pour lui tapoter fièrement le dos, l'air de féliciter un chiot obéissant. Quand le silence revient, tout le monde reporte son attention sur la Coupe dont les flammes rougeoient à nouveau. Un deuxième morceau de parchemin en jaillit. Dumbledore le récupère au vol, puis déclare à l'assistance :

– Le Champion de Serdaigle, sera Aiden Mckinley !

Un beau blond que je n'ai jamais vu mais qui me rappelle étrangement mon frère Andrew par sa façon de sourire et de se tenir, s'avance d'une démarche élégante entre les tables des Serdaigle et des Poufsouffle. Puis, une fois de plus, les flammes de la Coupe rougeoient, et Dumbledore attrape du bout des doigts le troisième morceau de parchemin.

– Le Champion de Serpentard est Gordon Wilkes !

Quoi, ce crétin ? C'est bien la preuve que son jeu est naze. Ennuyée, je lève la tête pour admirer le faux ciel étoilé. Je ferai mieux de compter les étoiles, plutôt que de regarder ce gros abruti rejoindre la table des Professeurs.

« Et le Champion de Gryffondor...»

Une, deux, trois, quatre, cinq... euh, non ! Je l'ai déjà compté, celle-là ! Quatre, cinq, six...

« Sera une Championne ! » reprend la voix quelque peu étonnée de Dumbledore.

Cette drôle de nouvelle me ramène brusquement sur terre. Une fille est sélectionnée ? Ça n'est encore jamais arrivé ! Autour de moi, les paroles de Dumbledore suscitent de vives réactions : « UNE CHAMPIONNE ?! » s'exclame quelques garçons, comme si on venait de leur annoncer qu'un Troll unijambiste aller participer au Tournoi.

Quand au Professeur McGonagall- notre Directrice de maison- elle se redresse avec fierté, et affiche un petit rictus de pleine satisfaction. Je la vois même partager un regard complice avec Lily. Je retiens un ricanement, elles doivent faire partie du même mouvement féministe !

- Marlène McKinnon !

Je me retourne brusquement en manquant de me briser la nuque. J'ai des hallucinations auditives, ou c'est bien mon nom qu'il a dit, ce vieux fou ? Un silence assourdissant s'abat sur la salle. Le sourire du Professeur McGonagall se transforme en grimace horrifiée; j'en déduis que je n'ai pas eu d’hallucinations.

- Tu as mis ton nom dans la Coupe ? souffle Mary dans ma direction, les yeux grand écarquillés.

Je suis incapable de bouger, ou d'ouvrir la bouche, alors je me contente de hausser les épaules. Il y a forcément une erreur quelque part ! Je ne peux pas être la Championne de la maison Gryffondor ! Je ne veux pas ! Depuis la table des Professeurs, Dumbledore me fait signe d'approcher. Je fais non de la tête. Il jette un regard désabusé au Professeur McGonagall, puis de nouveau, il me refait signe d'approcher. Mais il est miraud, ou quoi ? Je lui mime de choisir quelqu'un d'autre.

" Allez piocher un autre nom ! " je songe intérieurement, en me servant de mes deux mains pour lui faire passer le message.

Le vieux ne comprend pas et moi, je regrette d'avoir mis mon nom dans sa satanée Coupe en toc. Chris Kellerman, tu vas me le payer ! Je le cherche parmi la foule de gryffondor qui me scrute, mais je me sens happé par les regards choqués, et atterrés de mes camarades. Ils font tous une de ces têtes ! À croire qu'un astéroïde vient de s'écraser au beau milieu de la Grande Salle !

L'atmosphère devient pour moi irrespirable. Je sens une chaleur enflammer mes joues et je réalise soudain que je rougis jusqu'aux oreilles. Dans un silence de plomb, je vois avec effroi le Professeur McGonagall se diriger droit sur moi. Elle adresse un sourire de circonstance à l'assemblée, mais lorsque ses yeux croisent les miens, je comprends très vite qu'elle est en colère.

- Levez-vous ! m'ordonne-t-elle, d'un ton sans appel.
- Sauf votre respect Professeur McGonagall, votre jeu ne m’intéresse pas. Vous pouvez choisir quelqu'un d'autre, lui dis-je rapidement, en sentant tous les regards braqués sur moi.

Ses yeux se transforment en deux fentes menaçantes.

- Vous avez bien déposé votre nom dans la Coupe ? siffle-t-elle entre ses dents.
- Oui, mais...
- DEBOUT ! hurle-t-elle si fort, qu'un bourdonnement emplit mes tympans.

Je me lève d'un bond, un peu étonnée qu'elle veuille de moi dans le Tournoi.

- Marlène McKinnon, répète Dumbledore d'une voix claire, venez par ici, s'il vous plaît !

Comme si j'avais le choix. McGonagall m'attrape par un pan de ma chemise pour me faire avancer plus vite. Je parcours quelques mètres, lorsque de faibles acclamations se font entendre derrière moi. Je me retourne, et aperçois James Potter qui m'applaudit chaleureusement. Bon, c'est vrai qu'il a l'air de se retenir d'exploser de rire, mais ça fait quand même plaisir ! Le Préfet-en-Chef est très vite imité par Lily, Kiara, et tous les autres gryffondor, excepté Sirius Black. Ce dernier me regarde comme si j'étais une variété particulièrement répugnante de Scroutts à pétard.

Une fois arrivée devant la table des Professeurs, la vieille McGo me pousse sans ménagement vers une petite estrade, là où se trouve parfaitement alignés les autres Champions. Je prends place à coté de Todd Harper, qui me salue d'un clin d’œil.

- Ne bougez pas de là ! exige McGonagall, en faisant mine de me tapoter le bras d'un air bienveillant.

Moi, Championne de Gryffondor ? Je ne l'avais pas vu venir, ce qui est quand même le comble pour une voyante en pleine élévation médiumnique !
Tante Griselda s'en mêle ! by jalea
Author's Notes:
Bonjour ! :)

Voilà le 7ème chapitre, j’espère qu'il vous plaira ! Merci à tous pour vos reviews, je n'en reviens pas qu'on est déjà dépassé la barre des 70 !

Je vous dis à bientôt,
bisous =D
Chapitre 6 : Tante Griselda s'en mêle !




Tante Griselda.

Je dois me frotter les yeux à plusieurs reprises pour m'assurer que je ne rêve pas. J'observe un instant cette sorcière qui me fixe droit dans les yeux, les poings sur les hanches. Sa robe d'un violet foncé semble flotter autour d'elle, lorsqu'elle s'avance vers moi. En voyant ses longs cheveux blond paille détachés, je réalise soudain que notre ressemblance est frappante.

- Que fais-tu ici ?!
- Je suis venu rendre visite à mon cher ami Horace Slughorn.
- Ton cher ami ?

C'est une blague ? La dernière fois qu'elle a vu Slughorn, elle a essayé de lui arracher les yeux !

- Et j'ai appris que tu as été sélectionné pour participer au "Tournoi des Quatre Maisons". C'est quoi encore, ces sottises ? me demande-t-elle, presque sur un ton de reproche.

Je hausse les épaules.

- J'en sais rien, moi. C'est un jeu que Dumbledore a inventé... il doit s'ennuyer, si tu veux mon avis.

Pourquoi il ne se trouve pas des activités de vieux, genre... du tricot ou de la poterie ? Je contourne ma tante pour rejoindre la tour des Gryffondor, mais elle s'arrête devant moi, me bloquant le passage.

- Quand aura lieu la première tâche ?
- Pourquoi ? Tu comptes venir m'encourager, je raille.
- Bien entendu. J'ai hâte de voir comment tu vas t'en sortir avec...

Elle s'interrompt subitement en fronçant les sourcils.

- M'en sortir avec quoi ?
- Eh bien, si cela ressemble au "Tournoi des trois sorciers", tu devras sûrement affronter un ou deux dragons...
- Un ou deux QUOI ? je m'écrie si fort que cela raisonne dans le Hall.
- Si je me souviens bien, le dernier champion de Poudlard s'est fait dévorer les boyaux par un magnifique Magyar à pointes...
- Oh là, une seconde ! je l’arrête en secouant la tête, je n'ai pas l'intention d'affronter des créatures dangereuses !

Il y a déjà un type qui va essayer de me tuer, je ne veux pas lui rendre la tâche plus facile ! Pour je ne sais quelle raison, le visage de Griselda s'adoucit un peu. Elle pose une main protectrice sur mon épaule, puis dit :

- Dans ce cas, tu devrais en faire part au Professeur Dumbledore. Si tu insistes un peu, je suis sûre qu'il te trouvera un remplaçant.

« Il en est absolument hors de question ! » tonne une voix derrière nous, avant même que je n'aie le temps d'ouvrir la bouche. Je me retourne et vois le Professeur McGonagall s'avancer dans notre direction, le visage figé en une expression de rage contenue. Durant quelques instants, les deux femmes se toisent en se lançant des regards de défi.

- Marlène restera la Championne de la maison Gryffondor, déclare enfin McGonagall lorsqu'elle comprend que ma Tante n'a aucunement l'intention de perdre son temps aux salutations d'usage.
- Comment est-ce possible, Minerva ? C'est une fille ! claque-t-elle en me pointant du doigt.

Bah tiens. C'est bien la première fois qu'elle admet en public que je suis une fille.

- Aucune fille n'a jamais été...
- C'est une jeune femme, Griselda. la coupe abruptement le Professeur McGonagall, en posant à son tour une main sur mon épaule.

Sa grande main osseuse me tire de son côté, comme si elle craignait que je ne m'échappe.

- Votre nièce n'est plus une enfant. Ne vous inquiétez pas, tout ira bien.
- Je ne m'inquiète pas ! s'offusque Griselda.

Je me retiens d'éclater de dire. C'est évident que Tante Griselda ne s'inquiète pas pour moi ! Depuis ma naissance, elle essaye de convaincre mes parents de m'abandonner sur les marches d'un orphelinat. « Mais je ne sais pas s'ils acceptent les petits monstres ! » leur disait-elle, tout en me fixant de ses yeux ronds et perçants.

- Je connais sa mère, elle ne sera jamais d'accord, insiste Griselda en m'agrippant fermement l'épaule.

Ça, c'est bien vrai ! J'imagine déjà sa réaction : « Je suis fière de toi Marlène, mais c'est NON. Je ne t'ai pas mise au monde pour que tu te fasses dévorer par un dragon à la première occasion ! ». Tante Griselda et McGonagall en viennent pratiquement aux mains en voulant me tirer chacune de leur côté. Mes yeux s'écarquillent, ébahie et je reste plantée là, comme une idiote, sans savoir quoi faire.

Je n'en reviens toujours pas de ce qui m'arrive. D'accord, j'ai mis mon nom dans la Coupe, mais je n'ai jamais sérieusement envisagé de soumettre ma candidature !

- Marlène est une adulte, à présent. Cette décision lui revient, dit sèchement McGonagall. Qu'en pensez Miss Mckinnon ? poursuit-elle d'une voix plus douce en se tournant vers moi, vous sentez vous capable de vous mesurer aux autres champions ?

Voyant que je reste silencieuse, McGo m'inonde de compliments, m'assure que je serai : « une fantastique Championne », que je vais changer la face du monde, exercer une influence décisive sur l'Histoire des femmes... bref, tout ce qu'il faut pour gonfler mon égo. Mais je suis loin d'être stupide ! Je sais qu'elle ne le pense pas vraiment et qu'elle essaye de m'amadouer.

- C'est vrai qu'on va devoir affronter des dragons ?
- Par Merlin, bien sûr que non ! répond-t-elle un peu trop hâtivement, les tâches à accomplir seront bien plus simples que ceux du Tournoi des trois sorciers.

« Hum ! » lâche tante Griselda derrière moi, l'air de ne pas y croire une seconde. J'ai de gros doutes, moi aussi. Il ne faut pas oublier que c'est une idée de Dumbledore. Pour être honnête, je me sens un peu dépassé par les évènements. J'ai d'autres préoccupations en ce moment que de participer à ce stupide Tournoi. Je lève les yeux vers le Professeur McGonagall pour lui dire ce que j'en pense, mais elle me regarde avec tant d'espoir dans les yeux, que... je n'ai pas le cœur de refuser.

- C'est d'accord, dis-je à haute voix sans même m'en rendre compte.

Un franc sourire éclaire ses traits, et je me demande durant un instant si ce n'est pas une hallucination. J'ignorais que son visage était capable de se contracter de cette manière !

- J'ai été ravie de vous revoir, Griselda.

Son rictus s'élargit lorsqu'elle passe devant ma tante, la narguant presque. « De même » grommelle cette dernière, la mâchoire serrée.

- Passez prendre une tasse de thé, à l'occasion.
- Je n'y manquerai pas, grogne-t-elle.

Griselda a l'air à la fois ennuyé et irrité, comme si elle se retenait de répondre qu'elle préférerait avaler du verre pilé. « Vieille chouette ! » lance-t-elle, dès que McGonagall à le dos tourné. Je tente de m'esquiver par la droite, mais elle me retient et vrille ses yeux aux miens.

- Tu n'es pas encore venue voir mon magasin, toi ?

Oh, c'est vrai : Griselda a acheté une petite boutique à Pré-au-lard. J'avais presque oublié.

- Euh, non...
- Je t'attends samedi après-midi. Nous bavarderons autour d'une tasse de thé.

J'hausse les sourcils d'incrédulité. On ne va pas tourner autour du pot : tante Griselda me déteste, et moi je l'a trouve insupportable. Qu'est-ce qui lui prend de m'inviter ? Je me dandine d'un pied sur l'autre, le temps de chercher une excuse :

- J'ai déjà prévue quelque chose avec mes amis.
- Ha ! ricane Griselda, n’espère pas arriver à me faire croire que tu as des amis. Et encore moins un petit-ami, s'esclaffe-t-elle de plus belle.

Je la fusille du regard, tandis qu'elle me sourit innocemment.

- Ta Maman ne serait pas ravie d'apprendre que tu rechignes à rendre visite à une vieille dame...

Voilà qu'elle me fait le coup de la « vieille dame » ! Pour rappel, Griselda n'a qu'une quarantaine d'années ! Et comme je l'ai dit : elle me déteste. Pour quelle raison veut-elle soudain jouer les tatas gâteaux ?

- Pourquoi tiens-tu tant à ce que je te rende visite ? je geins.

Griselda ne répond pas tout de suite, comme si elle avait besoin de temps pour réfléchir à sa réponse.

- J'ai enfin trouvé une potion qui fera disparaître tout l'acné que tu as sur le visage.

Nouveau sourire moqueur de la part de ma tante, nouveau regard assassin de la mienne.

- Je n'ai jamais eu d'acné ! je m'écrie, tandis qu'elle rebrousse chemin.
- Tu peux venir avec tes amis imaginaires, ça ne me dérange pas. claironne-t-elle en partant.

La vieille morue ! Je me dirige vers les escaliers en fulminant. Ma vie est déjà assez compliqué comme ça, sans que ma tante n'y ajoute son grain de sel. D'ailleurs, elle était sérieuse au sujet des dragons ? Et du Champion qui s'est fait dévorer les entrailles ? C'est fort probable. Mais McGonagall a bien dit que les tâches à résoudre du Tournoi des Quatre Maisons seraient plus simples ? Alors, je n'ai pas vraiment de soucis à me faire, pas vrai ?

Perdue dans mes pensées et mes interrogations, je sursaute en me retrouvant devant la grosse dame. J'arque un sourcil perplexe, ce soir la grosse dame n'est pas seule dans son cadre. Une sorcière très mince est assise à coté d'elle. Je marmonne le mot de passe à plusieurs reprises, sans que rien ne se passe. Toutes les deux me dévisagent avec grand intérêt, telle une bête curieuse.

- Eh bien, eh bien, Miss Evans m'a tout raconté ! C'est fan-tas-tique, dit la grosse dame en détachant chaque syllabe, une fille sélectionné au tournoi ! Quand je vais dire ça au Chevalier du Catogan... Depuis le temps qu'on rêve toutes de lui rabattre le caquet avec ces : « gentes dames, je suis votre vaillant chevalier ! »
- Vaillant, tu parles ! pouffe sa voisine, il se cache dans mon tableau au premier coup de tonnerre.
- Le Chevalier du Catogan a peur de l'orage ? s'étonne la grosse dame, les yeux ronds.
- Puisque je te le dis !

Les deux amies s'esclaffent si fort que le tableau manque de tomber.

- Vous allez l'ouvrir cette porte ? je hurle à moitié, à bout de nerfs.
- Du calme, voyons. C'est qu'elle prend déjà la grosse tête...

À l'instant où le portrait pivote, je me sens comme happé l'intérieur, dans un vacarme assourdissant. Les filles de Gryffondor m'accueillent avec des cris et des applaudissements. Les garçons de l'équipe de Quidditch me sifflent, mais une majorité de la gente masculine (dont Sirius Black et Peter Pettigrow) reste à l'écart et se contente de me dévisager du même air que la grosse dame.

- Tu aurais dû nous dire que tu avais mis ton nom dans la Coupe ! s'exclame Kiara en se jetant dans mes bras.

Je n'ai pas le temps de m'attarder sur l'étincelle de fierté que je vois dans ses yeux car Lily s'empresse de me féliciter en me serrant si fort que je crains d'étouffer.

- Les Serpentard nous ont peut-être battus au Quidditch, mais tu vas pouvoir prendre ta revanche ! rugit Potter.

Il me donne une bourrade dans le dos pour me faire avancer au centre de la pièce. J'ai beau regretter d'avoir été sélectionné, son enthousiasme débordant me réchauffe le cœur. Il semble que James Potter soit enfin redevenu lui-même, et c'est tant mieux ! Se faire passer pour un Préfet-en-Chef ennuyeux afin de séduire Lily Evans n'était pas la meilleure des solutions.

- Ne sois pas en colère contre moi, Marlène. me supplie Chris dès que nos regards se croisent. Regarde, tout le monde est fou de joie que tu sois la Championne !

Tout le monde, c'est vite dit. Et ce groupe de mecs qui me scrutent comme s'ils étaient en plein safari, alors ? Ils n'ont pas franchement l'air réjouis à l'idée que je sois leur Championne !

- Pourquoi tu m'as dit que Potter s'était porté candidat, alors que c'était faux ?
- Je ne voulais pas être le seul à participer. répond Chris, un peu gêné. Mais James a fini par se porter candidat, et c'est quand même toi qui a été choisi, au final !

Il a l'air tellement surpris que j'ai été sélectionné... je vais finir par me vexer! J'admets volontiers ne pas être aussi musclé et baraqué que Gordon Wilkes et Todd Harper, mais... Je suis une jeune fille saine et sportive, qui n'a pas froid aux yeux et adore les nouvelles expériences. Ce n'est pas la définition d'une bonne Championne ?

Je lâche un soupir, à qui j’espère faire gober ces bobards ? Je n'ai absolument rien d'une Championne, à moins que ce ne soit dans la catégorie : « fainéantise et paresse » !

- Marlène, c'est...
- Si tu me dis que c'est merveilleux, fantastique, ou je ne sais quel autre mot pour étayer ta joie, je te fous un coup de pied dans le..
- D'accord, je ne dis plus rien ! m'interrompt Chris en riant.

Une dizaine de minutes plus tard, je me sens perdre patience. Je n'en peux plus de mes camarades, de leur bourrades amicales qui m'engourdissent le bras, des cris joyeux qui fusent de toutes parts... je ne supporte plus cette ambiance, et décide de monter dans mon dortoir.

L'ennui, c'est que Sirius Black se trouve en bas de l'escalier.

- Black...

Je tape du pied pour lui faire gentiment comprendre de se pousser hors de mon chemin, mais il reste planté devant moi, imperturbable.

- Tu vas te ridiculiser, tu t'en rends compte ? dit-il enfin, me gratifiant d'un regard méprisant. Je n'arrive pas à croire que la Coupe t'ait choisi au lieu de James. Ou de Kellerman ! ajoute-t-il en jetant bref coup d’œil vers Chris.
- Sirius, lance timidement Pettigrow à sa droite.

Black le fait taire d'un simple regard. Pettigrow grommelle une excuse et s'en va retrouver les autres Maraudeurs, nous laissant seuls. Une vague de colère me submerge, je ne sais pas si je vais réussir à supporter son attitude hautaine et ses remarques acides très longtemps. Je me rapproche de lui et nous nous retrouvons face à face :

- Tu penses que je vais perdre ?
- Tu ne fais pas le poids, Mckinnon ! s'exclame-t-il en me regardant d'un air désabusé, comme s'il ne comprenait pas que je puisse penser avoir une chance de gagner. Les autres champions sont plus forts, plus...
- Parce que ce sont des garçons ? je le coupe brutalement.

Patmoche garde le silence un long moment, les mains dans les poches.

- C'est la nature qui veut ça, répond-t-il enfin d'un haussement d'épaules.

Je sens une brusque montée d'adrénaline, ainsi que le besoin de lui prouver qu'il se trompe. Je comble la distance qui me sépare du brun, en essayant d'ignorer la chaleur émanant de son corps.

- Je peux battre n'importe quel garçon- et je dis bien garçon pas homme- toi, y compris ! je siffle entre mes dents.

Black m'observe un bref instant, alors que ses lèvres se retroussent d'un sourire à la fois moqueur et amusé. « Mckinnon... » commence-t-il doucement, sans perdre une seule seconde son rictus railleur. Ses yeux me parcourent des pieds à la tête avant de venir se plonger dans les miens.

- Tu n'y arriverais pas, même avec ta baguette.

D'un geste vif, je brandis ma baguette magique dans sa direction avec la ferme intention de lui ôter son sourire narquois.

- Retire ce que tu viens de dire ! je le préviens dans un grognement.
- Ou quoi ?

Cette fois, il n'y a plus aucune trace d'amusement dans son expression. Black retrouve tout son sérieux et me dévisage d'un air grave et pensif.

- Désolé de te faire descendre de ton nuage, mais tu ferais mieux d'abandonner le Tournoi, avant de te faire vraiment mal. Vas-y, jette-moi un sort si ça peut te consoler. me défie-t-il dans un souffle rauque.

Je baisse lentement le bras sans le quitter du regard. Si je lui jette un sort, je lui donne raison.

- Quand j'aurai remporté ce fichu tournoi, tu me devra des excuses. lui dis-je à la place.

Ma voix est étonnamment claire et déterminée. Ses paroles blessantes suffi à me libérer de cette angoisse qui me tient depuis l'annonce des Champions. Malgré l'enthousiasme des gryffondor, beaucoup semble croire que je n'ai pas les capacités nécessaires pour participer à ce jeu débile.

Je compte bien leur prouver à tous à quel point ils ont tort.
Une foutue énigme by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Je viens de me rendre compte que ça fait plus d'un mois que je n'ai rien posté :O Alors voilà une petite suite pour que vous n'oubliez pas Marlène ;)

Merci à tous ceux qui me lisent et qui pensent à me laisser des reviews, ça me fait très plaisir =D

Note importante : l'histoire change de rating et passe au moins de douze ans. Je ne suis pas certaine du rating mais comme il y a quelques allusions déplacées dans ce chapitre j'ai préférai le modifier xD
Chapitre 7 : Une foutue énigme.




- Monsieur Ollivander va vérifier vos baguettes magiques pour s'assurer qu'elles sont en bon état de fonctionnement avant le tournoi. annonce Dumbledore, sans prendre la peine de se lever de son bureau

Je fixe mon regard sur le vieil homme, sceptique. C'est quoi, encore, cette embrouille ? Pourquoi ont-ils besoin de faire vérifier nos baguettes ? Je me tourne vers le Professeur McGonagall dans l'espoir d'obtenir davantage d'explications, mais cette dernière détourne instinctivement la tête.

- Monsieur Wilkes, pourriez-vous approcher s'il vous plaît ?

Le Serpentard s'approche d'un pas assuré, aussi fier qu'un paon faisant la roue. Il présente sa baguette à Mr. Ollivander, qui l’examine soigneusement.

- Oh, oui... Vingt-six centimètres trois-quart... très rigide. Joli aspect !
- Merci, monsieur. répond-t-il pompeusement.
- Vous l'entretenez souvent ? lui demande Ollivander.
- Je l'ai cirée la nuit dernière.¹
- Je veux pas savoir ce qu'il a ciré d'autre ! je marmonne pour moi-même.

J'ai dû parler un peu trop fort car tous les regards se braquent sur moi. Dumbledore et Mr. Ollivander font mine de n'avoir rien entendu mais Todd Harper- le Champion de la maison Poufsouffle- s'esclaffe d'un rire qui dégénère vite en toux glaireuse, ce qui lui vaut un regard assassin de Wilkes. Plus sérieusement, j'ignorais qu'on devait entretenir notre baguette magique ! La mienne est pleine de trace de doigts, et craquelée à certains endroits.

- Un commentaire à faire, Miss Mckinnon ? me réprimande aussitôt le Professeur McGonagall, d'un regard noir.
- Je disais juste, que... j'ai oublié de cirer la mienne. fais-je maladroitement.

La barbe, elle a compris ce à quoi je faisais allusion. C'est qu'elle n'est pas aussi prude que ça, la vieille McGo ! Todd me lance un regard un biais, l'air tout aussi étonné. Viens le tour de Aiden Mckinley, Champion de Serdaigle. Baguette de vingt-sept centimètres...agréable souplesse... crin de je ne sais plus quel animal particulièrement magnifique... Et voilà qu'Ollivander se met à faire tourner la baguette magique entre ses doigts, comme un bâton de majorette.

Je m'ennuie ferme, alors je laisse vagabonder mon regard sur Mckinley. Il est assez grand, blond... pas mal du tout ! Dommage qu'il me rappelle trop mon frère par son attitude guindée, ça « rompt » un peu le charme. Todd Harper passe juste après Mckinley, mais tout ce que je retiens de sa baguette, c'est qu'elle mesure vingt-neuf centimètres trente-six millimètres. Bref, le genre d'infos dont je me fous complètement.

Et enfin, c'est mon tour. Je donne ma baguette à Ollivander, retenant avec peine un soupir. Quand je pense que je suis entrain de louper le déjeuner pour ça.

- Voyons voir, commence l'homme en tripotant ma baguette, trente centimètres et demi...

Ouuuh, trente centimètres et demi ! Je ne peux m'empêcher de jeter un regard éloquent aux autres Champions, l'air de dire : « Et ouais les mecs, c'est moi qui ai la plus grande ! » Hum, je sais. Sorti du contexte, ça peut porter à confusion. Et d'abord, pourquoi je pense à ça, moi ? J'ai vraiment l'esprit mal placé, parfois.

- Crin d'une licorne mâle... cette baguette ne voulait pas de vous au départ, elle pensait mériter mieux.
- Sans blague ! ironise Wilkes, le regard mauvais.

« Va.te.faire.voir » j'articule distinctement et en silence, pour que lui seul puisse lire sur mes lèvres. Je ne sais pas comment je fais pour me retenir de l'étriper, celui-là !

- Mais elle a changé d'avis, poursuit Mr. Ollivander en portant le bout de bois à son oreille.

Ollivander, ou l'homme qui murmurait à l'oreille des baguettes.

- Elle a changé d'avis à la seconde même où vous avez jeté votre premier sort, explique-t-il en me fixant de ses yeux gris pâles.

Je fronce les sourcils, essayant de me rappeler mon tout premier sortilège. C'était à la gare de King's Cross, il y a presque sept ans. Un petit garçon s'était moqué des mocassins de Kiara... je lui avais jeté un sort pour lui clouer le bec !

- À présent, elle vous est entièrement dévouée. Même si vous ne lui accordez que peu d'attention... La baguette est loin d'être en bon état, mais elle fera l'affaire, dit Ollivander à Dumbledore.

Génial. On mange quand ?


******



- Alors, cet entretien avec les Champions ? m'interroge Kiara.

Avant même que je n'aie le temps de m'asseoir, une dizaine de gryffondor s'attroupent autour de moi pour m'envoyer des bourrades dans le dos et me crier dans les oreilles qu je suis leur Championne. Les élèves de ma classe, ça ne me dérange pas vraiment, mais les autres... je me passerai bien de leur présence. C'est leur manière de me soutenir, je suppose.

Je fixe mon regard sur Sirius Black, qui se tient volontairement à l'écart de toute cette agitation. Deux garçons de l'équipe de Quidditch lui tiennent compagnie. Quelle bande de machos ! Je leur décoche un regard noir, puis me tourne vers mon auditoire :

- Vous allez être tous heureux d'apprendre...

Je me sers une assiette de choux et de pommes de terre, laissant planer un léger suspens.

- Que c'est moi qui ai la plus longue baguette.

James Potter partage un regard avec Lupin et Pettigrow, se retenant visiblement de rire.

- Et... c'est tout ? s'étonne Lily, un brin déçue.
- Que vous a dit Dumbledore ? me demande un garçon dont j'ignore le nom.
- C'est vrai que tu as la plus grande baguette ? s'exclame un autre.
- Ça n'a aucune importance ! claironne une adorable fillette avec des nattes, la taille de la baguette ne fait pas la taille du Sorcier, mon père le dit toujours.

J'en recrache presque mon jus de citrouille. Qu'est-ce qui se passe, aujourd'hui ? Ils le font tous exprès, ou c'est moi qui ai les idées mal tournées ? Un regard vers James Potter suffit à me prouver que je ne suis pas la seule à avoir mal interprété cette phrase. Si elle n'avait pas été prononcé par une élève de première année, les Marauchieurs n'auraient pas laissé passer une telle occasion.

- Cette fraîche innocence me manquerait presque, commente le brun, un petit sourire nostalgique aux lèvres.
- Tu n'as jamais été innocent, Potter ! intervient sèchement Lily, avant de se tourner vers la première année. Ton père a parfaitement raison, reprend-t-elle d'un ton adouci.
- Je ne suis pas d'accord.

Potter marque une pause, puis son visage s'éclaire d'un sourire carnassier qui ne me dit rien qui vaille. La Préfète arque aussitôt un sourcil, le dévisageant avec méfiance. Je sens que ça va être drôle !

- Si la taille de la baguette n'a pas d'importance, explique-moi pourquoi les Sorciers ont en de si grandes ?

Les élèves qui sont en âge de comprendre s'esclaffent comme des baleines, excepté Remus Lupin, qui se tape le front d'une main. Lily semble elle aussi avoir compris le double-sens de cette phrase, puisque ses joues virent au rouge, puis au violet. Woah, pour une fois que Potter lui rabat le caquet... j'ai presque envie de l'applaudir.

N'empêche, j'arrive pas à le suivre. Un jour, il joue le rôle du parfait Préfet ennuyeux à mourir, et lendemain il redevient un complet idiot, limite obsédé !

- La mienne fait presque vingt-huit centimètres, déclare fièrement Kiara.

Je la regarde d'un air attendri. Je l'adore, c'est ma meilleure amie... mais elle est quand même souvent à côté de la plaque !

- Vraiment ? minaude le Préfet en la fixant avec insistance. Tu caches bien ton jeu, Perks !
- C'est bon, on a compris ! je l'arrête immédiatement.

Il n'a pas le droit de se moquer de Kiara, c'est l’innocence incarnée ! Une chance que Sirius Black ne soit pas là, il s'en serait donné à cœur joie. Heureusement, Chris à la bonne idée de changer de conversation :

- Dis-nous, Marlène : c'est quoi la première tâche ?

Ses coudes reposent sur la table et il se penche tellement en avant qu'il manque de renverser le verre de mon voisin : « Oups, désolé ! ». Tandis qu'il écrase à moitié Potter pour essayer d'attraper le pichet d'eau, je réponds, la bouche pleine de pomme de terre : « J'sais pas. » Et franchement, ça ne m’intéresse pas de le savoir.

- Tu veux bien arrêter de me coller, Potter ? lâche subitement Lily, le fusillant du regard.
- Relax Evans, c'est pas une tentative de drague, rétorque-t-il avec humeur. Tu prends toute la place Kellerman, pousse-toi un peu !

Je me tortille sur mon banc, un peu à l'étroit moi aussi, avant de capter le regard admiratif du première année assis à ma droite. J’espère que ça va vite leur passer à ces morveux, j'aime pas qu'on envahisse mon espace !

- Regardez ! nous interpelle soudain Lupin, faisant un signe de tête vers la table des Professeurs.

Les Directeurs de maisons viennent de se lever, et je vois McGonagall se frayer un chemin pour venir jusqu'à moi. Elle semble légèrement surprise de me trouver si bien entourée, mais ne fait aucune remarque.

- Voici pour vous, Miss Mckinnon. dit-elle en me remettant une petite enveloppe.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Une énigme.
- Une énigme ? je répète bêtement, l'air interdite.
- À résoudre avant la date de la première tâche. Vous allez devoir combattre... quelque chose. élude-t-elle.
- Quoi, exactement ? j'insiste, incapable de dissimuler la note d’inquiétude dans ma voix.

Encore une fois, son regard se fait fuyant. Étrange. Très étrange. Depuis ce matin, j'ai l'impression qu'elle essaye de m'éviter alors qu'en temps normal, je l'ai toujours sur le dos !

- Il vous faudra résoudre l'énigme pour le savoir.
- Est-ce qu'on a le droit de l'aider, Professeur ? la questionne Kiara.

La petite blonde semble avoir devancé Lily car cette dernière referme brusquement la bouche.

- Bien sûr, sourit McGonagall.

Eh oh, elle m’oublie ? C'est pourtant moi, la Championne ! Ça la tuerait de répondre à mes questions ? De me regarder en face ? Elle m'a tout de même supplié de participer à ce Tournoi débile !

- Si vous voulez que la maison Gryffondor l'emporte, vous avez tout intérêt à le faire. ajoute McGonagall à l'intention de mes camarades.

Un nœud me vrille l'estomac; ça me coupe l'appétit. Je repose ma fourchette sur la table, pendant que mon cerveau tente d'analyser ses paroles. Si vous voulez que la maison Gryffondor l'emporte, vous avez tout intérêt à le faire. Mon cœur se met à tambouriner, et ma gorge se serre d'incrédulité : McGonagall ne me croit pas capable de résoudre cette foutue énigme. Et encore moins de combattre ce... quelque chose !

- Fais voir ! Qu'est-ce que ça dit ?

Chris m'arrache l'enveloppe des mains. Je cligne des yeux, et me rends compte que McGonagall a pris la poudre d'escampette.

- Alors ?! s'impatientent les élèves.
- Je suis impossible à dresser et représente un danger considérable pour les sorciers comme pour les Moldus, lut-il à voix haute.

L’énigme de Dumbledore laisse les gryffondor sans voix. Tous se regardent, perplexes, puis se tournent vers moi. Ils attendent une réaction de ma part mais j'arrive à peine à respirer. Le Professeur McGonagall m'a menti. Les tâches à accomplir seront bien plus simples que ceux du Tournoi des trois sorciers. Tu parles, elle s'est bien foutue de moi. Vous allez changer la face du monde, exercer une influence décisive sur l'Histoire des femmes ! Et le pire dans tous ça, c'est que j'ai été assez stupide pour la croire.

- Il est encore temps d'abandonner, McKinnon !

Le son de la voix de Black me hérisse le poil, même s'il est à l'autre bout de la table. Je finis par me lever, lentement.

- Excusez-moi, j'ai deux mots à dire à la vieille McGo. Et ne t'avises pas de me reprendre ! j'hurle à Lily, en voyant son air outré, déjà prête à corriger le nom de son professeur favori.


Elle va m'entendre, cette vieille sorcière fripée !



End Notes:
1. phrase de Cedric Diggory dans Hp et la Coupe de Feu, Jk. Rowling. Le dialogue du début de Dumbledore est aussi de Jk !

Au prochain chapitre : gros clash avec Mcgo, une discussion très intéressante entre James et Sirius, et on revoit Rogue !

Le chapitre suivant sera publié d'ici une à deux semaines, je pense...

A bientôt :)
Le vilain petit troll by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Voici le chapitre 8, j’espère qu'il vous plaira ! Il est plus long que les autres chapitres (en tout cas, c'est l'impression que j'ai xD)

Un grand MERCI à Azyax, RomaEmma, Anelim, Malia32, la vache, KiaraCoper, bouzibouzi et JulieBlaiz pour leurs adorables reviews au dernier chapitre !

A bientôt :)
Chapitre 8 : Le vilain petit troll.




- Je ne crois pas avoir utilisé ces termes...

Je fusille du regard le Professeur McGonagall, tandis qu'elle regarde autour d'elle, comme pour chercher une échappatoire. Cela fait maintenant presque une demi heure que j'essaie de lui faire avouer qu'elle m'a manipulé pour que j'accepte de participer au tournoi.

- Vous m'avez menti, je persiste en la fixant droit dans les yeux.
- Peut-être ai-je légèrement minimisé la chose, admet-elle enfin.

Ben voyons. Dois-je lui rappeler l’énigme de la première tâche, ce que je vais devoir affronter ? Je suis impossible à dresser et représente un danger considérable pour les sorciers comme pour les Moldus. Excusez-moi, mais je doute sincèrement avoir affaire à un petit animal herbivore... Et je ne peux pas me permettre de mettre ma vie en danger, surtout en ce moment. Je vous rappelle tout de même qu'un type va essayer de me tuer !

- Cessez de me brosser dans le sens du poil, je ne suis pas un balai ! j'explose en la voyant ouvrir la bouche, prête a répliquer.

Je ne suis vraiment pas d'humeur à écouter ses discours féministes.

- Miss Mckinnon ! Vous oubliez à qui vous parlez, s'offusque-t-elle.
- Et vous, Professeur, vous oubliez que je suis loin d'être stupide.

Voilà, c'est dit. J'ignore pour quelle raison j'ai été sélectionné, mais je dois bien avoir une ou deux qualités qui feront de moi une bonne Championne, non ? McGonagall semble croire le contraire, sous prétexte que je ne suis pas la première de la classe en cours de Métamorphose.

- Je n'ai pas besoin de l'aide des autres gryffondor, je poursuis calmement.

Je suis une fille débrouillarde, indépendante et débordant d'intelligence. Oui, je me lance des fleurs et alors ? C'est pas la vieille McGo qui va me complimenter !

- C'est toute seule que je vais devoir affronter ce... quelque chose ! j'ajoute en jetant l’énigme sur son bureau, et c'est toute seule que je réussirai ! Parce que c'est moi la Championne et personne d'autre.

Je regrette à la seconde mes paroles, mais il est trop tard. Le Professeur McGonagall hausse les sourcils si haut qu'ils en surmontent ses lunettes carrées. Je sais que je suis allée beaucoup trop loin; elle ne va pas tarder à me faire payer mon insolence.

- Que vous le vouliez ou non ! je conclus d'une petite voix.

Je ne suis plus à une retenue près. J'attends patiemment ma sentence, qui ne vient pas. Contre toute attente, ses lèvres s'étirent en un sourire de satisfaction :

- Je suis ravie de l'entendre, Miss Mckinnon.

Elle est ravie de... l'entendre ? Pourquoi j'ai l'impression de m'être encore fait avoir, moi ?

- Ne faites pas attendre le Professeur Slughorn. me congédie le Professeur McGonagall, sans plus de cérémonie.


******



Inutile de préciser que je suis d'une humeur massacrante lorsque j'arrive en cours de Potions. Je traverse la pièce sans regarder personne, et vais m'asseoir à ma place habituelle en ignorant le sourire du Professeur Slughorn. Pourquoi faut-il qu'il soit amoureux de ma tante ?!

- T'en fais une tête, remarque Rogue alors que je m'installe à sa gauche.
- Tout le monde pense que je vais me ridiculiser.

Je jette mon sac sur la table d'un geste brusque, m'attirant un regard réprobateur de Lily, assise au premier rang. Ses yeux se posent un quart de seconde sur le serpentard, avant qu'elle se détourne. Je sais bien que ça la dérange que je parle à Rogue, mais je n'ai pas vraiment le choix : j'ai besoin de lui pour remonter mes notes.

- Le tournoi ! je m'écrie à moitié, devant son regard interrogateur.
- Pas tout le monde, répond le jeune homme, évasif. J'ai entendu Gordon Wilkes dire qu'il garderait un œil sur toi, ajoute-t-il après un court instant de silence. Il te voit comme un adversaire... un adversaire à sa taille. Il n'a pas dit un mot sur les autres Champions.

Je retiens un soupir, agacée. Gordon Wilkes n'a pas peur de moi, il me déteste, tout simplement !

- Beaucoup pensent que je devrais abandonner parce que je suis une fille.

Et parce que j'ai la réputation d'être feignante, irresponsable, capricieuse, impatiente, immature, paresseuse et bagarreuse. Mais surtout parce que je suis une fille.

- Et par beaucoup, tu entends...?
- Sirius Black.

L'amertume de ma voix me surprend. Dans le fond, je me fiche de ce que pense Black ! Du coin de l'œil, j'aperçois Rogue lever les yeux au ciel.

- Black est jaloux parce que tu attires toute l'attention sur toi.
- James Potter adore attirer l'attention sur lui et il se fiche complètement que je sois la championne, lui fais-je remarquer.

Je peux même dire qu'il me soutient à cent pour cent. À chaque fois que je croise Potter dans les couloirs ou dans notre salle commune, j'ai droit à un énorme sourire et de grandes tapes dans le dos, comme si j'étais un dragon de cirque, récompensé pour un bel exercice. Bon, concrètement, je ne sais pas s'il existe des dragons de cirque, mais... vous avez compris l'idée ! Il est surexcité, le binoclard.

C'est trop demander que les autres élèves et Professeurs manifestent un peu plus d'enthousiasme à mon égard ? Depuis l'annonce des Champions, tout le monde me regarde comme si j'étais le vilain petit troll. Non attendez, c'est un mauvais exemple : tous les trolls sont vilains. Enfin, je crois... peut-être que les bébés trolls sont moins laids, faudrait que je me renseigne sur le sujet.

- Potter ? répète Rogue avec un mélange de dédain et de surprise, tu n'as absolument rien compris de ce que je t'ai dit, Mckinnon.
- Alors, explique moi ! je rétorque, de plus en plus agacée.

Qu'est-ce qui m'a pris de lui raconter mes états d’âme ? Rogue est aussi réconfortant que Mimi Geignarde le jour de l'anniversaire de sa mort.

- Peut-être que si j'étais ton ami... mais je ne lui suis pas, s'amuse le serpentard en affichant un petit sourire malfaisant.

Toi, t'as de la chance que j'ai besoin de tes notes de potions ! Je lui jette un regard noir, avant de focaliser toute mon attention sur le Professeur Slughorn. Mais qu'il arrête de me faire de grands sourires ! C'est flippant, à la fin.

- En tout cas, ça n'a pas l'air de lui plaire à Black, que tu sois la Championne.

Par reflex, je tourne la tête vers le Maraudeur qui est assis près de la fenêtre. Ce dernier me fixe de son habituel regard méprisant, et fait de même avec mon voisin, lorsqu'il remarque son sourire mauvais.

- Cache ta joie, Rogue.

Il veut se faire taper dessus, ou quoi ?

- Je ne peux pas m'en empêcher, tu as vu la tête qu'il fait ? Des années que j'essaie de l'atteindre, de le mettre en rogne, mais va savoir pourquoi... Il n'y a que toi qui arrive à le mettre dans cet état.

C'est pas faux. Mon sourire réjoui semble encore plus exaspérer Black, car je le vois hausser un sourcil interrogateur en me regardant comme s'il m'était poussé une deuxième tête.

- C'est une sorte de don naturel, fais-je en rejetant mes cheveux en arrière, ce qui arrache un rire moqueur à mon voisin.
- En plus de celui que tu as pour te fourrer dans les embrouilles ?
- Tu sais quoi, Rogue ? Tu n'es pas aussi déprimant et ennuyant que tu en as l'air.

Le sourire du serpentard se dissipe pour laisser place à une expression de totale incrédulité. C'est vrai que ce n'est pas dans mes habitudes de le complimenter. Ses sourcils se froncent un peu plus, lorsqu'il répond :

- Tu perds ton temps, je te filerai pas mes notes de cours.

Pff, il est trop malin.


******


« Je suis impossible à dresser et représente un danger considérable pour les sorciers comme pour les Moldus. »

Je relis inlassablement ses mots, installée confortablement dans un fauteuil, dans un coin reculée de la salle commune. Tu parles d'une énigme, cela pourrait être n'importe quelle créature dangereuse ! J'avale une quantité astronomique de dragées pour calmer ma frustration. Je baisse les yeux, et me rends compte que je suis entourée d'emballages de bonbons vides, parmi lesquels figurent ceux que j'ai achetés, mais aussi d'autres que j'ai confisqué à des élèves de première année.

- Une idée de ce que ça peut être ?

En entendant cette voix grave, mon cœur manque un battement. Je prends une grande inspiration et lève les yeux. Mon regard se pose sur un visage parfaitement régulier et des yeux gris pâle.

Sirius Black est planté devant moi, les mains dans les poches, m'observant comme si j'étais particulièrement lente d'esprit.

- La chose que tu vas devoir affronter, ajoute-t-il face à mon manque de réaction.
- Je ne suis pas d'humeur, Black ! Si tu es là pour me dire encore d'abandonner...

Je me redresse un peu dans mon fauteuil où j'étais alanguie telle une baleine échouée, et tente de trouver une posture plus digne, mais son rictus moqueur me prouve que c'est raté.

- C'est un conseil, Mckinnon. Un simple conseil, finit-il par répondre d'une voix étrangement calme.
- Tu peux te les garder, tes conseils !

Ennuyée par sa présence, j'attrape un autre paquet de dragées surprise et l'ouvre bruyamment. Non, mais de quoi je me mêle ? Qu'il aille plutôt s'occuper de ses ongles, ou de ses cheveux. Ses cheveux un peu trop brillant, soit dit en passant... Comment un mec peut-il avoir des tifs aussi soyeux ? C'est louche. Sirius Black est hermaphrodite, j'en mettrai ma baguette au feu ! Vous savez, ces personnes qui possède à la fois des organes mâles et femelles... J'ai rien contre, hein ! C'est juste que dans le cas de Black, cela expliquerait beaucoup de choses.

- Sirius ?

Potter à la rescousse ! Le Préfet s'interpose immédiatement entre Black et moi, craignant que la situation dégénère.

- Je n'ai rien fait, se défend le chien galeux.
- C'est vrai, dis-je à Potter, à part me conseiller d'abandonner le tournoi, il n'a rien fait.

Le brun ouvre la bouche, prêt à me lancer une repartie cinglante, mais Potter l'arrête en posant un bras sur son épaule.

- Non, Patmol. Viens plutôt faire un tour, lui dit-il sur un air conspirateur.

Faire un tour ? C'est clair qu'ils vont faire une bêtise ! Je me tourne vers Lupin et Pettigrow qui font le pied de grue devant la grande porte. Remus Lupin semble encore plus fatigué que d'habitude, et arbore un regard blasé. Je confirme : les Maraudeurs vont enfreindre le règlement.

Ça ne me concerne pas, après tout ! Je me lève d'un bond, attrape mes affaires, et m'en vais en direction du dortoir des filles, lorsque je fais malencontreusement tomber mon sac de dragées. Quelle poisse ! Je m'agenouille pour les ramasser un à un (pas de gaspillage !), et m'apprête à me relever quand une voix familière me parvient :

- Alors, c'est tout ce que tu as réussi à trouver pour dissuader Marlène de participer au tournoi ? Lui faire croire qu'elle est incapable d'y arriver ?

Potter ? Je m'étonne de voir que les deux Maraudeurs sont toujours là. Ne sachant quoi faire, je reste accroupie derrière le canapé. Je vois Black jeter un coup d’œil en direction des escaliers pour vérifier que je ne suis plus dans les parages. Je fourre un dragée dans ma bouche, attendant patiemment la suite. Si je me relève maintenant, ils vont penser que je les espionne ! Alors que franchement, pas du tout.

- Je ne vois pas de quoi tu parles, répond Black en fronçant les sourcils.
- C'est ça ! Je te connais comme si je t'avais fait, Patmol.
- Je me serai bien passé de cette image, grimace le brun.
- Et si tu lui disais simplement que tu t'inquiètes pour elle ?

Je manque de m'étouffer avec un dragée en entendant ça. La mère de Potter à dû le faire tomber une paire de fois quand il était petit. C'est évident qu'il à un pet au casque, le poteau mal coiffé ! Croire que Sirius Black s'inquiète pour moi... Je fixe mon regard sur la gravure de mode, qui a l'air tout aussi abasourdi.

- Écoute-moi bien parce que je ne vais pas te le dire deux fois : je ne m'inquiète pas pour Marlène Mckinnon. Pigé ?

Le sourire de James Potter s'élargit.

- Et si tu lui avouais plutôt tes sentiments ?
- Sentiments ? dit Black avec une moue désabusée.
- Sentiments ? je m'entends répéter à mon tour.

Je me couvre aussitôt la bouche, mais il est trop tard : les garçons se tournent dans ma direction d'un même mouvement. J'attends un peu, puis je sors de ma cachette, l'air de rien.

Non, la situation n'a rien de gênant. Et si je sens mes joues se réchauffer, c'est parce que... j'ai chaud, voilà. J'ose un regard vers le brun. Son visage se durcit, sa mâchoire se crispe et son regard s'éclaire d'une lueur incendiaire.

- Tu ferai bien de courir vite parce que j'arrive pour te tuer.

Potter ne se fait pas prier et détale à toutes jambes. Bonne idée ! Je tourne les talons pour monter dans mon dortoir, mais Black me stoppe dans mon élan :

- Je ne sais pas ce que tu as entendu... commence-t-il en soupirant.

Il n'a pas l'air gêné le moins du monde, et même si son regard se fait fuyant, son visage ne trahit aucune émotion.

- Ton meilleur ami ferait bien de consulter un Médicomage. dis-je enfin pour briser le lourd silence qui venait de s'installer.
- Je suis entièrement d'accord. rit Black, l'air à la fois soulagé et perplexe.

Son sourire au coin m'indique qu'il a remarqué la légère rougeur de mes joues. Et moi qui pensais que la situation ne pouvait pas empirer. Il ne manquerait plus qu'il s'imagine me faire de l'effet !

- Croire que tu t'inquiètes pour moi... c'est ridicule ! je ricane en me tenant les côtes.

Black me détaille des pieds à la tête, avant d'afficher un petit sourire narquois.

- Je dirais même grotesque.

Mon rire se coince dans ma gorge. Pauvre type ! Son air dédaigneux m’insupporte au plus au point. Je ne suis peut-être pas une gravure de mode, mais moi je... je suis une Championne ! Et une voyante, aussi. C'est déjà pas si mal, non ?

- Oui, enfin... l'an dernier, tu es quand même venu à mon secours. Tu t'es jeté sur Gordon Wilkes pour me protéger. je riposte, piquée au vif.

Personne ne l'a obligé à jouer les chevaliers servants, que je sache. Le sourire du jeune homme se fane instantanément, et il rétorque aussitôt :

- Oui. Mais toi, tu as fait bien plus, Mckinnon ! Tu m'as sauvé la vie.
- Mais j'ignorais que c'était toi, Patmoche, donc... ça ne compte pas ! je réponds, triomphante.

Le gryffondor arque un sourcil, puis s'avance dangereusement dans ma direction, l'air de dire : « Si tu veux jouer à ce jeu là... »

- Ce n'est pas toi qui as supplié James de me jeter un sort si jamais il me prenait l'envie de me transformer ? Pour mon propre bien ?

« C'est pour son propre bien, Potter ! Si Wilkes l'attrape, Black ne s'en sortira pas aussi facilement. » Cette phrase s'insinue avec force dans mon esprit. Mes yeux s'agrandissent du stupeur, je n'en reviens pas que le binoclard m'ait balancé ! Ses yeux gris me parcourt encore une fois des pieds à la tête, lentement.

- Je vais te donner un autre conseil : évites de me provoquer, je suis plus fort que toi. À tous les niveaux.

Je serre les poings, et me mets à le regarder à mon tour. Black fait quelques centimètres de plus que moi. Bien qu'il ne pratique aucun sport, on devine ses larges épaules et ses bras sculptés sous sa chemise. Je me suis battu avec des types plus baraqués ! Cependant, quelque chose m'empêche de le cogner. Sirius Black peut être assez violent dans ses propos, mais je doute qu'il s'en prenne à moi, vu son éducation un peu guindée. Et ce, même s'il refuse d'admettre que je suis bel et bien une fille.

J'ouvre alors la bouche avec la ferme intention de l'envoyer paître, quand soudain, ma vision se brouille. Je sais ce que cela veut dire : je suis sur le point d'avoir une vision. Je me crispe, tandis qu'une intense chaleur me submerge. Quelques secondes plus tard, je ne distingue plus le visage de Black et me trouve en haut de la tour d'Astronomie. Qu'est-ce que... ?

Je ne suis pas seule, une jeune fille aux cheveux noirs de jais se trouve là. En m'approchant, je remarque qu'elle se penche un peu trop au-dessus du vide.

- Éloigne-toi, tu risques de tomber ! je m'écrie inutilement.

Bien évidemment, je n'obtiens aucune réponse. Des sanglots étouffés s'ajoutent au martèlement incessant de la pluie. Quelque chose me dit que cette fille ne se trouve pas ici par hasard... Serait-ce une tentative de suicide ?!

Paniquée à l'idée que ma vision se dissipe, je fixe mon regard sur la jeune fille pour me rappeler chacun des traits de son visage. Je me fais la réflexion qu'elle ne porte pas d'uniforme, quand ma vision disparaît subitement. Il me faut quelques secondes pour distinguer les formes et les couleurs de la salle commune. J'ai vaguement conscience que Sirius Black me dévisage comme si j'allais m'évanouir, mais je l'ignore.

Une fille de mon école va tenter de se suicider !
Le Sinistros by jalea
Author's Notes:
Bonjour !

MERCI à tous pour vos reviews, on vient de dépasser la centaine =D Je ne vous embête pas plus longtemps et vous laisse retrouver Marlène !


On se retrouve à la fin du chapitre :)
Chapitre 9 : Le Sinistros.




- Ne touche pas à ça !

Je tire la langue à tante Griselda dès qu'elle a le dos tourné, et repose le chapeau à l'endroit où je l'ai trouvé. De toute façon, il est hideux. Je jette ensuite un coup d’œil circulaire à la petite boutique en faisant la moue; la pièce est remplie d'objets, bibelots et accessoires en tous genres, tous plus originaux les uns que les autres. Dans le fond, j'ai même cru voir un carton bouger ! Une chose est sûre, on ne va pas s'éterniser.

- Alors comme ça, tu es l'amie de Marlène ? demande Griselda à Kiara.

Ma Tante se penche plus près de son visage pour l'étudier avec attention. Rien n'échappe à son regard perçant, ni ses couettes, ni sa jolie robe plissée qui lui donne un air de petite fille sage.

- Oui, Madame.
- C'est ma meilleure amie. j'ajoute en scrutant le magasin des yeux, à la recherche d'articles intéressants.
- Vraiment ? Pauvre petite, ça ne doit pas être facile tous les jours... Repose ça tout de suite !

Rho, ça va ! Je range la plume dans son étui puis me tourne vers ma tante pour lui jeter un regard assassin. Ne dit-on pas que le client est roi ? La vieille morue m'ignore superbement et nous fait signe de la rejoindre dans l'arrière boutique.

- Venez donc vous asseoir ! ordonne-t-elle d'un ton bourru, s'affairant autour d'une table.
- Toujours aussi aimable, je maugrée.
- Du thé ?

Kiara s'apprête à hocher vigoureusement la tête, mais mon regard la stoppe dans son élan.

- Non merci, bafouille-t-elle.
- On est juste passer te dire bonjour...
- Asseyez-vous, insiste Griselda d'une voix sèche. Je vais lire l'avenir dans vos feuilles de thé.

Totalement barge, ma tante. Je fais quelques pas en arrière dans l'espoir de m'enfuir, mais je comprends que c'est peine perdue lorsque je vois les yeux de ma meilleure amie s'illuminer de joie.

- Vous savez lire dans les feuilles de thé ? s'enthousiasme la gryffondor.
- Bien sûr... Biscuits ?

Ah, quand même ! Je ne serais pas venue pour rien. Je m'empresse d'aller m'asseoir et tends immédiatement la main vers le plateau de délicieux biscuits fourrés que ma tante vient de déposer sur la table. Cette dernière me donne une tape sur le dos de la main, le regard sévère.

- Ce n'est pas pour toi, Marlène ! Tu fais de l’excès de sucre.
- N'importe quoi, je grommelle en croisant les bras.
- Tu es bien assez agitée comme ça.

Un lourd silence s'installe durant lequel on se dévisage sans parler, comme deux adversaires jaugeant l'ennemi. A côté de moi, Kiara s'éclaircit bruyamment la gorge :

- Votre magasin est très...
- Ne te fatigues pas ma petite, c'est un vrai bric-à-brac. Comment ça se passe, à Poudlard ? enchaîne Griselda, nous servant à chacune une tasse de thé fumante.

Je ne peux m'empêcher de lever les yeux au ciel, en quoi ça l’intéresse ? Elle se fiche pas mal de mes études.

- Bien. je réponds néanmoins, sous le regard insistant de Kiara.
- Marlène a reçu une énigme à résoudre pour la première tâche ! annonce mon amie d'une voix excessivement joyeuse.

Je lui fais les gros yeux pour lui faire comprendre de se taire. Pourrait-on éviter de parler de ça ne serait-ce que deux secondes ? À chaque fois que j'entends le mot « Tournoi » j'ai une affreuse sensation au creux de l'estomac, comme si l'on y arrachait quelque chose. La première tâche a lieu dans deux semaines, et je ne sais toujours pas à quoi m'attendre. Je devrais sans doute me préparer, mais... comment ? Avant un match de Quidditch, je fais des tours en balai et des passes de cognard pour m'échauffer. Là, pour ce Tournoi, je suis censée faire quoi, exactement ?

- Une énigme ? renifle dédaigneusement Griselda, je ne suis pas surprise, Dumbledore est une énigme à lui tout seul. Qu'est-ce que c'est ?
- Je suis impossible à dresser et représente un danger considérable pour les sorciers comme pour les Moldus, dis-je d'une voix blanche. On pense à un dragon.
- Non, me contredit aussitôt cette dernière. J'ai eu une conversation très instructive avec Hora... votre Professeur de Potions. Le Tournoi des quatre maisons sera légèrement différent du Tournoi des trois sorciers. Pas de dragon cette fois, assure-t-elle.

C'est quoi, encore, cette embrouille ? Je dévisage longuement Griselda, la bouche entre-ouverte. Dites-moi que j'ai des hallucinations auditives et que Griselda ne discute pas de moi en privée avec Slughorn !

- Et pourquoi as-tu parlé de cela avec le Professeur Slughorn ? je l'interroge, d'une voix qui trahit mon agacement.
- Tu as fini ton thé ? élude Griselda.
- Non.
- Si, décide-t-elle en m'arrachant littéralement la tasse des mains.
- Qu'est-ce que tu vois ?
- Le Sinistros, m'annonce ma tante adorée, tout sourire. Tu ferais mieux d'abandonner le Tournoi si tu ne veux pas mourir dans d'atroces souffrances.

Maintenant, c'est clair. Tante Griselda pense comme tous les autres : que je vais me ridiculiser à ce Tournoi, que je ne suis pas à la hauteur ! Je repousse bruyamment ma chaise pour me lever. Je n'ai pas besoin de ce genre de piques mesquines.

- On s'en va, Kiara.

La petite blonde hoche timidement la tête, mais alors qu'elle se met debout, ma tante pose une main sur son bras pour la retenir.

- Et si tu allais choisir un livre, ma chérie ? J'ai ici des romans qui devraient te plaire.
- Des romans ? s'étonne la jeune fille avec un intérêt évident.

Non, mais je rêve ! Comment Griselda peut-elle connaître les romans susceptibles de plaire à ma meilleure amie ? Je lâche un soupir d'exaspération lorsque Kiara se dirige vers une petite bibliothèque poussiéreuse.

- Oh ! Vous n'avez pas lu mes feuilles de thé, se désole la petite blonde.
- C'est vrai, se rappelle ma tante en saisissant sa tasse. Je vois un soleil et... deux étoiles de mer. Tu auras une belle et longue vie. Les livres sont sur cette étagère, lui indique-t-elle d'un geste de la main.

Kiara sautille de joie tandis que j'arque un sourcil, perplexe. Je me penche discrètement pour jeter un coup d’œil à sa tasse. Un soleil et deux étoiles de mer ? N'importe quoi. Je ne vois que des feuilles de thé, moi. Parole de voyante !

- J'aime beaucoup ton amie. Elle est... d'une charmante naïveté.
- Pourquoi as-tu tant insisté pour que je vienne te rendre visite, tante Griselda ? je ronchonne.
- Il est grand temps que tu commences ton apprentissage, déclare-t-elle après un bref moment de silence. Reviens samedi prochain, à la même heure.
- Mais de quoi tu parles ? Quel apprentissage ?

J'attends qu'elle en dise plus, mais rien ne vient. Griselda se contente de me fixer de ses grands yeux bleus, l'air de dire : « Tu le sauras le moment venu ». Elle est barge, je vous dis ! Je ne sais pas ce qu'elle veut m'apprendre, mais elle peut toujours courir. C'est la première et la dernière fois que je mets les pieds dans cette boutique. « C'est ça, je viendrai ! » fais-je en partant, sur un ton sarcastique.

- Je l’espère, Marlène. Ou c'est moi qui viendrai te chercher ! me menace-t-elle, le plus sérieusement du monde.


******



- Je ne la trouve pas si terrible que ça, moi. me dit Kiara, alors qu'on entre aux Trois Balais.

Évidemment que non, tante Griselda lui a offert un bouquin. Je vous parie que si Voldemort lui en offrait un, de livre, Kiara changerait d'avis à son sujet : « D'accord, il torture une ou deux personnes de temps en temps, mais je ne le trouve pas si terrible que ça, moi... » Sans rien dire, je me fraye un chemin dans le bar bondé et me précipite vers la seule table de libre, Kiara sur mes talons.

- Qu'est-ce qui ne va pas, Marlène ? Depuis ce matin, tu es étrangement silencieuse. Et d'une humeur massacrante !
- J'ai eu une nouvelle vision...

Son visage se décompose au fur et à mesure que je lui raconte en détails ma dernière prémonition. En règle général, j'essaie de la préserver et garde ce genre de visions pour moi. Mais aujourd'hui, je n'en ai pas la force. Mon moral n'a jamais été aussi bas.

- Tu as une idée de qui ça peut être ? m’interroge la blonde, une fois remise de ses émotions.
- Aucune. Et j'ignore dans quelle maison elle se trouve, dis-je piteusement.
- Tu te souviens de son visage ?

Si je me souviens de son visage ? De grands yeux noirs reflétant une immense tristesse, des larmes qui inondent ses joues rondes, de longs cheveux noirs flottant au vent... Il m'est impossible d'oublier l'image de cette fille, suspendue au-dessus du vide.

- Bien sûr.
- Tu finiras par la trouver, souffle Kiara en posant sa main sur la sienne.
- Trouver quoi ?

Je retire aussitôt ma main et me tourne vers Alice Fortescue, qui me dévisage avec curiosité. Aujourd'hui, ses cheveux courts sont tellement décoiffés qu'elle pourrait rivaliser avec James Potter.

- Le caleçon de Merlin, j'ironise.
- On s'est levé du pied gauche ? raille la brune.

Elle tire une chaise pour s'asseoir sans même demander la permission, et invite son amie Mary à faire de même. Le sourire enjouée d'Alice me fait oublier mes problèmes l'espace d'un instant. Pourquoi elle me regarde de cette manière ?

- Marlène, tu ne nous as pas dit que ta tante était propriétaire d'une boutique à Pré-au-Lard ! s'exclame-t-elle si fort que plusieurs clients tournent la tête dans notre direction.
- Comment tu sais ça ? je demande, retrouvant aussitôt ma mauvaise humeur.
- Son nom est sur la pancarte d'entrée. Et comme je suis de nature curieuse...
- Alice lui a demandé avec un enthousiasme à faire peur si vous aviez toutes les deux un lien de parenté, termine Mary en riant.

La réponse est oui, malheureusement.

- Ta tante est géniale, elle nous a offert des chapeaux !

D'un même mouvement, les deux gryffondor posent sur leur tête un immense couvre-chef pointu, ornée de grosses fleurs violettes. Il n'y a rien de surprenant à ce que Griselda donne ces chapeaux : ils sont horribles. Elle essaye simplement d'écouler son stock.

- Classe, hein ? sourit Alice, mais le meilleur, c'est quand les Maraudeurs sont entrés dans son magasin...
- Les Maraudeurs ? s'étonne Kiara, les yeux ronds.
- Ouais, ils cherchaient l'ancienne propriétaire, Madame Grippine.
- Pourquoi ?
- Aucune idée. Mais ta tante n'avait pas l'air ravie, répond Alice en souriant de plus belle. C'est là que James Potter lui a fait son numéro de charme : « Allons, vous devez bien avoir sa nouvelle adresse... » le singe-t-elle d'une voix grave.
- « Ôtez-moi ce sourire de votre bouche si vous voulez quitter mon magasin sur vos deux jambes, jeune homme ! » ajoute Mary, en imitant Griselda à la perfection. Ils ont eu l'air surpris de se faire rabrouer de la sorte, mais plus tellement lorsqu'on leur a appris que...

Mary n'a pas le temps de finir sa phrase que Sirius Black apparaît derrière elle, l'air très en colère. Il ne manquait plus que ça.

- Ta tante est cinglée, Mckinnon ! s'égosille-t-il.
- Ouais, elle nous a jeté de son magasin comme des malpropres ! s'indigne Peter Pettigrow.

Son regard se fait fuyant à l'instant même où je pose les yeux sur lui. Quel toutou, celui-là ! Il me parle sur ce ton uniquement pour plaire à Black. Je les regarde tour à tour, arquant un sourcil méprisant : « Et alors ? » je rétorque, avant de me désintéresser totalement d'eux. J'en ai rien à cirer, de leurs histoires.

- Que lui as-tu dit à notre sujet ? insiste la gravure de mode.

Je serre les poings sous la table pour garder mon calme. Je sens monter en moi toute la frustration accumulée. J'ai envie de cogner quelqu'un pour me défouler. Et là, j'hésite franchement entre Black et Pettigrow.

- Vous vous prenez pour le nombril du monde ? je ricane méchamment.
- Allez, ce n'est pas bien grave ! intervient James Potter en posant un bras sur l'épaule de Black. C'était plutôt marrant en fait. Ta tante te ressemble beaucoup, dit-il en se tournant vers moi.
- C'est son portrait craché, oui ! s'esclaffe Alice.

Je lui jette un regard meurtrier, avant de me lever d'un bond. C'est ça, qu'elle enfonce le clou. Au point où j'en suis ! Je prétexte que j'ai soif pour me dérober et m'éloigner de mes camarades. Lorsque j'arrive au comptoir, je m'étonne de voir James Potter juste derrière moi. Son sourire débile ne le quitte pas.

- Lily n'est pas là, lui fais-je remarquer.
- Je sais, répond-t-il simplement.
- Elle est à la bibliothèque.
- Et tu me dis ça parce que... ?

J'en sais rien. Peut-être parce que t'es psychopathe sur les bords, et que tu la colles au train depuis la première année. J'ai envie d'être seule, c'est trop demander ?

- Pourquoi tu me suis, alors ? je soupire.
- Je voulais te parler de l’énigme. Je pense que cela pourrait être...
- Ce n'est pas un dragon. je l'interromps en lâchant un autre soupir à fondre l'âme.
- Oh. Tu es sûre ?
- Certaine. Je peux savoir pourquoi tu es aussi excité par le fait que je sois la Championne ?
- Je ne suis pas excité ! s'insurge le brun, je trouve juste... je trouve bien que ce soit une fille qui représente la maison des gryffondor. Et comme tu es mon amie...
- Ah bon, nous sommes amis ?

Son regard se fait soudain sérieux et il baisse la tête pour me dévisager par dessus ses lunettes rondes. Ouais, bon. C'est vrai qu'on s'entend pas trop mal et qu'il m'arrive- un peu trop souvent- de rire à ses blagues puérils. Je l'admets, nous sommes amis ! Mais qu'il n'aille pas le crier sur tout les toits, hein.

- Si tu veux tout savoir, je trouve ridicule qu'aucune fille n'ait jamais été sélectionné jusqu'à présent. Il y en a bien qui jouent aux Quidditch... À mon tour de te poser une question : tu crois que je perds mon temps avec Lily ?

Je tourne vivement la tête, haussant les sourcils de façon significative : « Non, Potter. Je ne veux PAS avoir cette conversation avec toi. J'en ai rien à faire de tes histoires de cœur. Par pitié, épargne-moi et va geindre dans les bras de tes amis.» Mais le jeune homme ne semble pas avoir remarqué ma réticence à l'écouter, car il s'accoude au bar juste à côté de moi, et poursuit :

- L'an dernier, tu as dit que je n'avais pas le courage de l'envoyer balader...

Oh, Merlin. Je lance un regard désespéré autour moi. Qu'est-ce qu'il fait ce maudit barman ?! Qu'il accélère un peu le mouvement, je ne vais pas camper ici toute l'après-midi, moi !

- Que si tu étais à ma place- amoureuse d'un garçon qui ne peut pas t'encadrer- et qu'il te traiterait de cette façon en public, ça ferait longtemps que le mec en question moisirait au fond du lac.

Je dévisage Potter, yeux plissés. Il est certain de ne pas me confondre avec quelqu'un d'autre ? Je n'ai pas le souvenir d'avoir dit un truc pareil, bien que j'apprécie tout particulièrement la tournure de phrase.

- Que je sois sérieux ou non, elle est toujours si désagréable avec moi, poursuit-il en plongeant son regard triste dans le mien. Je ne sais vraiment plus quoi faire.
- Ça suffit, les lamentations ! je lui hurle pratiquement dans les oreilles, et vous, ce n'est pas trop tôt ! je grogne en me tournant vers le serveur.

Je m'empare si vite de ma pinte de bièrre-au-beurre que j'en déverse la moitié sur le comptoir. Qu'est-ce qui ne tourne pas rond, chez Potter ? Je ne suis clairement pas la personne la mieux placer pour donner des conseils amoureux ! Je ne suis sortie qu'avec Evan Thomson et je me suis fait larguer. Quand au dernier type à qui j'ai fait des avances... ça n'a rien donné.

- Lily est une bonne amie, mais je pense toujours ce que j'ai dit.
- Sirius est du même avis, soupire le Maraudeur.

Oh, vraiment ? Un cerveau se cacherait-il sous cette incroyable masse capillaire ? Agacée, je mets fin à cette discussion qui commence à me taper sur les nerfs :

- Tu fais peine à voir, Potter. Reprends-toi ! je tonne en le bousculant volontairement.

Je rejoins notre table d'un pas rapide, et lâche un soupir ennuyé en voyant Black assis à MA place. Quand on parle du sale cabot... Et s'il allait plutôt s'occuper de son meilleur ami ? Je tape du pied avec impatience pour lui faire comprendre de se tirer de là vite fait, mais Black ne bouge pas d'une semelle et me décoche un sourire narquois qui me chavire l'estomac. Génial, il me donne encore plus la nausée que l'an dernier !

Très bien, puisque c'est comme ça :

- On se casse, Kiara.
- Eh ! Tu pourrais lui parler autrement, s'offusque Mary.
- Non, ce n'est pas grave, la rassure la petite blonde en se levant, Marlène est un peu stressée en ce moment.

Tu m'étonnes que je suis à cran ! Il y a un mec qui veut me tuer, une fille qui veut se suicider, les Maraudeurs qui me font chier, et je vais probablement servir de quatre heures à une créature dangereuse. Ah, j'oubliais le pire : je suis le portrait craché de tante Griselda. Le portrait... Mais oui, c'est ça l'idée ! Pour retrouver la fille suicidaire de ma vision, il me suffit de faire son portrait et de demander aux élèves s'ils la reconnaissent ! Je me surprends moi-même de mon intelligence, parfois.

En guise d'au revoir, je fais un signe de tête aux filles, un doigt d'honneur aux garçons- à Black, plus précisément- ce que ne manque pas de remarquer Mary. La jeune fille m'adresse un autre regard réprobateur.

- Où est-ce qu'on va ? me demande Kiara, une fois à l’extérieur du pub.
- On retourne à notre salle commune, j'ai besoin de tes talents de dessinatrice.
- Mais... je ne sais pas dessiner !

Et alors, moi non plus.




End Notes:
Merci de m'avoir lu :)

Le chapitre suivant sera posté la semaine prochaine. Marlène va mener l'enquête pour retrouver la fille de sa vision et il y aura un "petit" rapprochement avec Sirius...

A très bientôt :)
Avis de recherche by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Tout d'abord, je m'excuse du retard, ça fait un moment que je n'ai rien posté... Merci à tous pour vos adorables reviews :D

Concernant ce chapitre : je pense que le ton est un peu différent. L'humour est toujours présent, mais le comportement de Marlène change légèrement. Je vais donner des explications plus approfondies sur ses sentiments, sur ses relations avec les autres (en particulier Sirius). Je dirai qu'on arrive à un stade où Marlène passe doucement à l'âge adulte, même si sa personnalité reste la même.


Bonne lecture !
A bientôt :D
Chapitre 10 : Avis de recherche.




- Vous avez perdu un souaffle ?

Je me détourne du tableau d'affichage pour jeter un regard meurtrier à mon interlocuteur. Je sens que je vais perdre patience !

- Non, on n'a rien perdu. je répète pour la énième fois.
- Nous cherchons quelqu'un, lui répond gentiment Kiara.

Le jeune homme nous dévisage tour à tour, l'air interdit, avant de reposer les yeux sur l'affiche que je viens de placarder au mur. Je le détaille d'un regard dédaigneux : sa peau est claire et translucide; ses cheveux tellement pâles qu'ils semblent presque blancs. D'où il sort celui-là ? Il se serait pas gouré de maison, par hasard ? Une tronche pareille- avec le teint blafard et l'air parfaitement hostile- ça finit généralement à Serpentard.

- Pourquoi vous cherchez un souaffle ? insiste l'intrus, l'air hautain.
- Ce n'est pas un souaffle !

Kiara me saisit le poignet pour m'empêcher de perdre mon calme, puis se tourne à nouveau vers le gryffondor de cinquième année :

- C'est une fille qu'on cherche. Tu la connais ?
- Une fille ? pouffe l'albinos. Désolé, mais sa tête ressemble à un souaffle !
- Et la tienne de tête, tu crois peut-être qu'elle est mieux ?! je riposte du tac au tac.

Je serre les poings et prends une profonde inspiration pour m'empêcher de le frapper. Avec Kiara, ça nous a pris des heures de dessiner ses affiches ! « Faut avouer qu'on est pas très doué », me glisse ma meilleure amie à l'oreille. N'importe quoi ! C'est de l'art... comment on dit déjà ? De l'art contemporain, voilà.

- De l'art quoi ? Laisse-moi rire ! Un gamin de deux ans pourrait faire mieux, ricane le blondinet lorsque je lui explique mon point de vue.

Je m’apprête à ouvrir la bouche pour le remettre à sa place une fois de plus, quand un autre élève m'interpelle :

- Eh, c'est toi qui as perdu un cognard ?
- Ce n'est pas un...

Agacée au plus haut point, je m'interromps et j'attrape le gosse par la peau du cou :

- Tu vois là ?! fais-je en lui collant pratiquement le nez au mur, ce sont des yeux, ok ? Il y a aussi une bouche, un nez et des oreilles, alors dis-moi : est-ce que tu as déjà vu un cognard pareil ?!
- Bien sûr que non.

Je le relâche sans ménagement et croise férocement les bras sur ma poitrine. Dessiner une personne de mémoire est très difficile, mais le résultat n'est pas si mal. Regardez un peu le travail ! C'est un avis de recherche digne d'être exposé dans les commissariats de police.

- Alors pourquoi tu me demandes si j'ai perdu un cognard ? je m’exclame, à bout de nerfs.
- Parce que sa tête ressemble à un cognard, fait-il d'un haussement d'épaules.
- Et pourquoi on dessinerait une bouche et des yeux à un cognard ?! je m'entête, en me retenant de l'étrangler à mains nues.
- J'en sais rien, moi. Pour essayer d’être drôle ?
- Dégage, sale morveux !

Kiara me tire par le bras et m'entraîne à l'écart, dans un coin reculé de la salle commune. Je m'affale sur un fauteuil en soupirant. De toute ma vie, je ne me suis jamais sentie aussi inutile. Impuissante. Je me recroqueville, les bras autour de mes genoux. Je dois absolument retrouver cette fille avant la première tâche du Tournoi, il m'est impossible de me concentrer sur autre chose. Mes visions me dépriment quand elles sont pessimistes.

- Tu finiras par la trouver, d'accord ? dit doucement Kiara. Je vais te chercher des sucreries, ça va te remonter le moral...

Je ne dis pas non à quelques chocogrenouilles ! Je la regarde s'éloigner avec un petit sourire, sourire qui disparaît à la seconde où Sirius Black apparaît dans mon champ de vision.

- Mckinnon ! McGonagall m'a demandé de te donner ça.

Il me tend un morceau de parchemin que je n'ai pas la force d'ouvrir, avant de baisser les yeux vers la pile d'affiches posées sur la table basse.

- C'est un ballon de foot ?
- Quoi ?
- Ton dessin. Tu sais, ce jeu moldu où les joueurs...
- Oui, oui, c'est un ballon de foot ! je le coupe brutalement, ennuyée.

Bizarrement, Black n’aboie rien en retour, et ne semble nullement s'émouvoir de mon manque de courtoisie. Il s’approche pour regarder de plus près le portrait que j'ai fais avec Kiara. Ses sourcils se froncent, ombrageant ses yeux gris.

- Ça ressemble aussi à Lucy Barnes, dit-il après un court moment de silence.
- Qui ça ?
- Lucy Barnes. C'est l'une de mes...
- Conquêtes ? je l'interromps en souriant hypocritement.
- Amies, me corrige-t-il.
- Toi, tu as des amies ? Je veux dire des amies filles ?

Rien d'étonnant, me direz-vous. Sirius Black n'essaie même pas de cacher un tant soit peu son côté féminin. J'ai du mal à retenir mon sourire moqueur.

- Disons plutôt des camarades. Et bien sûr que j'en ai ! s'emporte le jeune homme.
- Cite-moi s'en une seule ?
- Lucy Barnes, lance-t-il en m'adressant un sourire ravageur. Je suis assis à côté d'elle en cours de Métamorphose.

J'essaie de mettre de côté les aprioris que j'ai sur Black et mon envie perpétuel de lui lancer des piques, pour me concentrer sur ses paroles. C'est la seule piste dont je dispose, pour l'instant.

- Elle est dans le cours de McGo ?!
- Oui, depuis la première année. Ne me dis pas que tu ne l'as jamais remarqué ? s'étonne le brun d'un air faussement scandalisé. C'est vrai qu'elle est timide, mais ça fait six ans qu'elle est dans notre classe, Mckinnon. Tu n'es quand même pas individualiste au point de...
- C'est bon, j'ai compris le message. je l'arrête aussitôt.

J'ai plus de défauts que de qualités, et je n'ai aucune leçon à donner, pas même à Sirius Black. Je suis une bonne à rien, qui n'a aucun contrôle sur ses prémonitions, sur sa vie, ou celle d’autrui !

Voilà que je m'apitoie encore sur mon sort. Cela ne me ressemble pas. Je n'ai pas l'habitude de me morfondre dans mon coin en maudissant le sort. C'est tellement cliché ! Tout ce qu'il me reste à faire pour devenir l'héroïne d'un roman culcul la praline, c'est m'empiffrer d'un énorme pot de glace.

Bon sang, quand suis-je devenue aussi pathétique ?

Black doit avoir remarqué mon air morose car il s’abstient de tout commentaire. Il m'examine de la tête aux pieds, comme si j'étais un vieux jouet cassé.

- Eh ! C'est toi la fille qui as perdue un souaffle ?

Cette phrase m'arrache un long soupir. Je ne prends pas la peine de lever la tête, et je m'enfonce davantage dans mon fauteuil, lassée. Voyant que je reste silencieuse, le Maraudeur me fixe quelques instants d'un air interloqué, avant de se tourner vers le gryffondor :

- Non, c'est son cerveau qu'elle a perdu. Si tu le vois quelque part, dis-le nous. Elle en a vraiment besoin, surtout maintenant qu'elle est la Championne !
- Très drôle, Black. je vocifère.

Je ne suis pas d'humeur à rire, ni à supporter ses sarcasmes. Je tombe de fatigue. Mon don de voyance me pourrit l'existence, et le Tournoi des Quatre maisons me prend sérieusement la tête ! McGonagall me fait envoyer des mots toutes les minutes pour me demander si j'avance dans mes recherches. Mais quelles recherches ? Peu importe la chose que je vais devoir affronter, je sais déjà que ce sera une grosse bête dangereuse, et qu'elle aura envie de remplir son estomac.

Je lâche un autre soupir à fondre l'âme, puis décide de monter à mon dortoir, là où m'attend un lit douillet et une tonne de chocogrenouilles sous mon oreiller.

- Tu oublies tes dessins ! s'écrie soudain Black, me rattrapant au bas de l'escalier.
- Merci, dis-je mollement.

Nos mains se frôlent au moment où je les récupère. Quand je croise son regard gris acier, mon sang se met à parcourir mes veines à une vitesse ahurissante. J'ai l'impression qu'il devine mes pensées, mes peurs. Et avant même que je ne comprenne ce qui m'arrive, ses doigts effleurent le dos de ma main, en une douce caresse qui m'enveloppe d'une chaleur réconfortante.

- Pas de quoi, souffle-t-il.

Je m'éloigne brusquement et une sensation de froid m'envahit instantanément.

- Alors, tu comptes rester planter là toute la nuit ?! j'hurle à moitié, pour essayer de lui dissimuler mon trouble.
- Pourquoi, tu préfèrerais que je monte avec toi dans ton dortoir ?

Hein ?! Je sens mes joues s'empourprer tandis que le Maraudeur guette ma réaction. Son sourire plein d'assurance s'élargit et il a l'audace de me faire un clin d'œil. À moi.

« Les filles c'est pas mon truc, Black. Je pensais que tu le savais ! ». Voilà le genre de langage que j'emploie, en général. Cette phrase cinglante je l'ai sur le bout de la langue, mais je n'arrive pas à le dire. Je suis trop choquée par ce changement d'attitude. Et ce sourire... mais qu'il arrête ! C'est malsain, contre nature. Il m'a toujours regardé d'un air hautain et dédaigneux, comme si j'étais une variété particulièrement répugnante de Scroutts à pétard.

Sirius Black semble oublier à qui il a affaire. Je ne vais pas me contenter de lui lancer une pique bien sentie. Je ne vais pas me contenter de le gifler, comme le fait Lily lorsque James va trop loin dans ses stupides tentatives pour la séduire.

- Prépare-toi, Patmoche. Je vais te foutre mon poing dans la gueule.

Il arque un sourcil en signe d'incompréhension. Je serre le poing droit, un peu hésitante. J'observe un instant son beau visage régulier, sa peau nette, son regard métallique qui semble renfermer une personnalité plus complexe qu'il ne le laisse paraître, et je pense : « Quel gâchis d'abimer un visage pareil ! ». La seconde d'après, je le frappe de plein fouet.

Le brun vacille à peine. Il ne perd rien de sa superbe, et me sourit en retour. À croire que c'est anodin pour lui de se prendre une beigne ! Je regrette presque de ne pas l'avoir cogné assez fort. Black est du genre à vous rendre la pareille, alors je positionne mes mains devant mon visage pour me protéger, juste au cas où. Il n'en fait rien.

- C'est tout ? ricane-t-il, en me regardant d'un air désabusé.
- Comment ça, c'est tout ?
- Eh bien, je t'ai déjà vu te battre, Mckinnon... tu m'as à peine effleuré.

Ma bouche s'ouvre si grand que je pourrais gober des mouches. C'est qu'il se fout carrément de ma tronche, le chien galeux !

- Je vais finir par croire que tu m'aimes bien. minaude le jeune homme, en me souriant comme si je venais de remporter un prix.

Je monte quelques marches à reculons, tout en le dévisageant d'un air affolé. Je n'aime pas la tournure que prend cette discussion, et encore moins ses insinuations !

- Il existe des institutions, Black. Des institutions où tu peux aller te faire soigner. dis-je sérieusement.
- Ton sens de la répartie est revenu, à ce que je vois. rétorque-t-il simplement, les lèvres courbées dans un rictus amusé.

Il me fait un dernier clin d'œil et tourne les talons. Je le regarde partir, ébahie. Je n'ai pas tout compris à ce qui vient de se passer, mais... j'ai conscience que mon cœur bat trop vite. Beaucoup trop vite.
Lucy Barnes by jalea
Author's Notes:
Bonjour :D

Désolée pour cette longue absence, j'étais en vacances :) J’espère que vous n'avez pas oublié Marlène, car ça se précise ! La première épreuve est au prochain chapitre =D

Merci à tous pour vos adorables reviews !

A bientôt
Chapitre 11 : Lucy Barnes.




- Où en sont vos recherches, Miss Mckinnon ?

Je me tourne lentement vers le Professeur McGonnagal, la mine écarlate. La vieille sorcière me toise d'un mauvais œil. Où en sont mes recherches ? Quand va-t-elle enfin me lâcher avec ça ?! J'en ai raz-le-bol de l'avoir sur le dos...

- Ça avance... je bredouille, le regard fuyant.
- Bien. La prochaine fois que je vous fais parvenir un mot qui vous demande promptement de vous rendre à mon bureau...
- Oui ?
- VOUS OBÉISSEZ ! hurle-t-elle dans le Hall.

Puis elle s'en va en me souhaitant une "bonne journée". Je fronce les sourcils pour me rappeler ce que j'étais entrain de faire. Ah, oui ! J'essayais de rattraper Sirius Black. « Eh, Patmoche ! ». Le jeune homme se fige net dans le couloir, le dos droit, les épaules raides. Il se tourne vers moi et me considère d'un regard plissé par l'interrogation.

- Je t'ai déjà dit cent fois de ne pas m'appeler comme ça, aboie-t-il.

Il existe des milliers d’espèces sur terre, c'est pas de ma faute si cet abruti a choisi de se transformer en gros chien moche.

- Comment je dois t'appeler alors ?
- J'ai un prénom. Et un nom de famille !
- Tout aussi moche, je riposte en souriant. J'ai un service à te demander, dis-je plus sérieusement.
- Ben voyons.

Le Gryffondor lève les yeux au ciel, avant de poursuivre tranquillement sa route.

- Black, attends !

Je m'élance à sa suite dans les escaliers et l'attrape par le poignet. Le Maraudeur se retourne, surpris. Sans regard glisse le long de mon bras et je me rends compte que je le tiens toujours par la main. Je le relâche aussitôt, comme s'il m'avait brûlé. Qu'est-ce qui m'a pris de faire ça ?

- Tu peux me montrer qui est Lucy Barnes ?
S'il te plaît ? j'ajoute d'une voix anormalement douce.

Je m'inquiète sérieusement pour la jeune fille de ma vision. Elle semblait tellement triste et désemparée... Je dois vite la retrouver avant qu'elle ne commette l'irréparable, et tant pis si cela empiète sur mes études, ou mes soi-disantes "recherches" pour le Tournoi.

- Pourquoi tu t’intéresses autant à Barnes, tout à coup ? m'interroge Black, arquant un sourcil perplexe.

Je retiens avec peine de lâcher un soupir. Non, mais de quoi je me mêle ? C'est moi la voyante, c'est moi qui m'occupe des affaires des gens.

- J'ai changé de bord, voilà. Alors, tu me montres qui c'est ? j’insiste, perdant patience.
- Changer de bord, hein ?

Son ton moqueur et le regard qu'il me jette en coin tout en continuant à monter l'escalier m'agace prodigieusement. Comme s'il trouvait évident que moi, Marlène Mckinnon, je ne m’intéresse qu'aux filles. Parce que je ne bats pas des cils quand il est dans les parages, et que j'ai d'autres préoccupations dans la vie que mes cheveux ! Je marche à côté de lui en fulminant.

C'est la première fois que nous marchons ainsi, l'un à côté de l'autre. C'est étrange, je n'arrive pas à définir ce que je ressens. Est-ce que je trouve ça désagréable ? Ennuyeux ? Pas vraiment. Sa présence est curieusement apaisante. Je m'arrête net dans le couloir, les yeux grands écarquillés, tandis que mon cœur s'agite dans ma cage thoracique.

Ça n'est pas possible, je délire complètement !

- Je crois pas que tu sois son type, tu sais. poursuit Black qui n'a pas remarqué mon trouble, je suis presque sûr qu'elle préfère les garçons.
- Tu admets enfin que je suis une fille, lui fais-je remarquer avec un sourire victorieux.

Le Maraudeur s’arrête de marcher pour me dévisager d'un air narquois. Il y a dans ses yeux gris pâle une sorte de chaleur furtive, une lueur qui ressemble à s'y méprendre à de la sympathie.

- J'ai encore quelques doutes. Si tu as un peu de temps libre, on peut aller vérifier ça dans les toilet...
- Je n'ai pas que ça à faire, Black ! je l'arrête immédiatement.

Qu'est-ce qui lui arrive, à la fin ? Ses insinuations, ses clins d’œils... ça me mets extrêmement mal à l'aise, sans que je ne comprenne pourquoi. De plus, ce n'est vraiment pas dans ses habitudes. Il ne peut pas se contenter de me lancer ses bonnes vieilles insultes ?

- C'est cette fille, celle qui est assise à la même table que Servillus, dit-il subitement en me poussant vers l'entrée de la Salle d’Étude.

A côté de Rogue ?! Je m'approche discrètement et scrute attentivement la Gryffondor assise à la droite du Serpentard. Non... non, ses cheveux sont beaucoup trop clairs.

- La barbe ! C'est pas elle.
- Comment ça, ce n'est pas elle ? rétorque Black d'un air ennuyé, je t'assure que c'est Lucy !

Je capte aussitôt le regard intrigué de mon partenaire de Potions. Rogue nous dévisage tour à tour d'un air sceptique, comme s'il n'en revenait pas de me voir discuter avec Sirius Black.

- Je te dis que c'est pas elle ! fais-je en me détournant, c'est pas la fille que je cherche.

« Merci » je lance en partant. Mais au fur et à mesure que je m'éloigne, je sens la déception et la colère enfler dans ma poitrine, frustrée que cette jeune fille ne soit pas celle de ma vision. Alors je me retourne vers Black, prête à exploser :

- Non, tu sais quoi ? Je n'ai pas à te remercier, tu m'as fait perdre mon temps !

J'ai besoin d'une bonne dispute pour évacuer la tension. Ses yeux gris se plissent et sa mâchoire se crispe. Parfait. Allez Black, rien qu'une petite insulte... Mais contre toute attente, un fin sourire étire ses lèvres :

- Qu'est-ce qui te mets autant sur les nerfs, Mckinnon ? La première tâche qui approche ?

Je soupire. Ma colère se dissipe, se changeant en quelque chose de perturbant qui ressemble à de la peur.

- Pas du tout.

Mon mensonge est aussi gros qu'un Dragon. Évidemment que je suis les nerfs à cause de la première tâche ! Je me gave plus de sucreries que la normal, et je passe mon temps à crier sur mes camarades. Lorsque Black s'approche de moi, des effluves de son parfum m'enveloppent, me donnant légèrement le tournis. Je me recule instinctivement.

- Tu sais que Todd Harper fait des longueurs dans le Lac chaque jour ? Et que Aiden Mckinley passe des heures à la bibliothèque pour mémoriser toutes les formules magiques qui existe ?
- Euh...
- Quand à ce crétin de Wilkes, j'ignore ce qu'il prépare mais les Serpentard disent qu'il s'enferme dans une salle vide tous les après-midis...
- Il s'aime peut-être un peu trop, si tu vois ce que je dire.
- Non, Mckinnon ! s'agace le brun, il s'entraîne pour remporter le Tournoi ! Et toi, tu...tu t'empiffres de bonbons et tu dessines. lance-t-il dédaigneusement, en faisant un signe de tête vers la pile d'affiches que je serre contre ma poitrine.

Je hausse les épaules, à chacun ses méthodes. Et d'abord, moi aussi je peux faire des longueurs dans le Lac, apprendre des tas de formules magiques et m'enfermer dans une salle vide. Il n'y a rien d’exceptionnel la-dedans !

- J'ai d'autres priorités, d'accord ? je rétorque en haussant le ton, et je croyais que tu voulais que j'abandonne le Tournoi ?

Il soupire, et fourre les mains dans les poches de son pantalon, comme s'il parlait à une enfant butée. Je déteste quand il me regarde de cette façon ! De toute évidence, il continue à croire qu'il est le plus mature de nous deux, le plus intelligent. Laissez-moi rire ! Bon d'accord, il a peut-être de meilleures notes que moi en Sortilèges. Et en Métamorphose. Et en Divination. Et en Histoi... vous savez quoi, on s'en fiche. Mon cerveau à moi n'est pas atrophié par une quantité de gel astronomique.

Une brise s'élève soudain, faisant ébouriffer ses cheveux sombres. Il n'a même pas de gel. Ah ben, si même Merlin est contre moi...

- C'est vrai. Mais comme tu sembles décidée à participer et que tu représentes MA maison, je me suis résigné. Ne fais pas honte aux Gryffondor, Mckinnon !
- Joli coquard. je raille en retour, admirant le contour de son œil bleuté.
- Je sais, sourit-il en s'admirant dans le reflet de la fenêtre. Ça me donne un petit côté rebelle, tu ne trouves pas ?

Je prête plus attention à son visage. Une mèche couleur d'ébène retombe sur son œil droit, lui donnant l'air d'un mauvais garçon. Je serre les dents pour ne pas hurler. Comment est-ce possible ? Je lui mets mon poing dans la tronche et ça le rend encore plus séduisant !

- J’espère que ça te fait un mal chien. Sans aucun mauvais jeu de mots, Patmoche.

Son sourire s'évanouit instantanément. Décidément, il déteste ce surnom !

- C'est pas tout, mais j'ai mieux à faire que de discuter avec toi, lance-t-il froidement.

Comme pour le prouver, il fait un signe de tête à une magnifique blonde qui vient de sortir de la salle d’Étude.

- Oh, je vois. Tu as prévu une petite sortie entre filles ? Je me moque, en battant des cils.
- Et c'est pourquoi tu n'es pas invitée. conclut-il, retrouvant son sourire moqueur.

Pff, comme si j'avais envie d'aller à Pré-au-lard avec un mec qui a une peau plus nette que la mienne... Je regarde Black rejoindre la Serdaigle, un léger pincement au coeur. En fait, si. Je préférerais mille fois aller à Pré-au-lard avec cet idiot de Black, plutôt que de passer mon samedi après-midi enfermer entre quatre murs.

A la seconde où j'entre dans la bibliothèque, Mrs Pince se penche par dessus son bureau pour me décocher un regard assassin. Je lâche un soupir, déjà ennuyée. Pourquoi ai-je promis à Kiara que je me rendrai à la bibliothèques pour faire des recherches ? Je traîne les pieds, trop plombé par ma quasi-défaite pour me concentrer sur un plan d'action. La première tâche a lieu dans moins d'une semaine, et personne ne semble croire que je suis capable de remporter ce maudit Tournoi.

- Que faites vous là ? s'écrit aussitôt la vieille mégère, faisant sursauter les élèves alentour.
- Paraît que c'est une bibliothèque, et j'ai besoin de livres.
- Pas si vite, jeune fille ! s'enquiert-elle, alors que je fais un pas de côté pour l'esquiver. Interdiction de parler, rouspéter, hurler, ou même chuchoter ! Un seul emprunt de livre à la fois, à consulter sur place. Et rien ne sors d'ici sans que vous ne signez le registre, est-ce bien clair ?
- Je connais les règles.

Les règles qu'elle applique seulement avec moi. La vieille Pince arque un sourcil, l'air de dire : « Bien sûr, et moi je suis la femme cachée de Dumbledore ! ».

- Troisième allée, à droite.
- Pardon ?
- Le rayon des créatures magiques, claque-t-elle d'un air agacé. C'est bien pour ça que vous êtes là, non ?

Sûrement. Je retiens un énième soupir :

- Oui, merci.
- Et aucune démonstrations d'affections dans MA bibliothèque ! prévient la sorcière, alors que je me dirige vers la table d'un beau garçon de Serdaigle.
- Perverse, avec ça... je grommelle dans ma barbe.

Je pose mes affaires sur la table, faisant sursautant le blond, qui lève aussitôt les yeux vers moi.

- Ça t'ennuie si je m'installe là, Braden ?
- C'est Aiden, me corrige-t-il en souriant.
- Oh, désolée ! J'ai du mal a retenir les prénoms. Mais ton nom je le connais : McKinley !
- Bravo, rit le Champion.

J'avais dans l'idée de m'assoir à côté de lui afin d'emprunter ses bouquins, ce qui m'aurait évité de chercher par moi-même les livres dont j'ai besoin. Paresse, quand tu nous tiens...

- Alors dis-moi, Aiden... pourquoi tu ne viens jamais en cours de Botanique ? Je t'y vois rarement.
- Euh, ben... probablement parce que je suis en sixième année. répond-t-il lentement, en me regardant comme si j'étais idiote.
- Je ne vois pas le rapport.
- Tu es en septième année, Marlène. Comment pourrais-tu me voir en cours, alors que nous ne sommes pas dans la même classe ?

Je laisse planer un instant de silence, puis cela fait "tilt" dans ma tête. Mince, c'est vrai ! J'avais oublié qu'il était en sixième année, celui-là.

- C'est pas con ce que tu dis, je lance après réflexion.

Nouveau silence. Je m'ennuie, et je n'ai pas la moindre envie de lire. Toutes mes pensées vont vers cette fille; la suicidaire. J'ai d'autres chat à fouetter, par Merlin ! À quoi ça va m'avancer de rester coincée ici toute l'après-midi ?

- Bon, je crois que j'ai assez étudié pour aujourd'hui. Mon père dit toujours qu'il ne faut pas trop forcer sur les méninges.
- Mais tu es là depuis à peine deux minutes !

Aiden semble partagé entre l'envie de rire et la stupéfaction.

- Tant que ça ? C'est fou ce que le temps passe vite, en ta compagnie. Allez, à un de ces quatre !

Alors que je me lève pour m'en aller, je sens le regard appuyé du Serdaigle à côté moi. Il prend aussitôt la place que je viens de laisser et se penche vers McKinley :

- Pourquoi tu parles à l'ennemi ? C'est la championne des Gryffondor.

Intriguée par ce début de conversation, je fais mine d'aller ranger un livre, et observe les garçons du coin de l'oeil.

- C'est... une drôle de fille ! rit le Champion.
- Elle est sûrement venue pour t'espionner, et toi, tu lui fais la causette ! le sermonne son ami.

Le visage d'Aiden se fait soudain plus sérieux :

- Oh, arrête ! On parle de Marlène Mckinnon, là. Tu sais bien qu'elle se fiche pas mal du Tournoi, ou de quoi que ce soit d'autre. Non, si je dois me méfier de quelqu'un, ce serait plutôt Gordon Wilkes.

Moi, je me fiche du Tournoi ou de quoi que ce soit d'autre ?! Une montée de violence et de rage me submerge alors que je mets tout en place pour apaiser ce trouble. C'est donc l'image que je renvoie, celle d'une fille qui se fiche de tout ? Je me cramponne à une étagère pour éviter de tout envoyer valser.

C'est là qu'une idée un peu absurde me vient en tête : et si je m'arrangeais pour que les autres Champions pensent la même chose ? Si ces abrutis croient tous que je me fiche du Tournoi, ils ne se soucieront pas de moi... Et pendant qu'ils s’entre-tueront gentiment, je montrerai à tout le monde de quoi je suis capable.

C'est un plan génial ! J'ai du mal à contenir mon enthousiasme lorsque je quitte précipitamment la bibliothèque.



******



- Eh, Harper !

Un grand jeune homme au cheveux brun-roux se tourne vers moi. Je le salue d'un grand sourire machiavélique. J'aime bien ce Poufsouffle. Il est doué au Quidditch et il a un corps d’Apollon, ce qui ne gâche rien. Mais nous sommes en temps de guerre, et il est aussi mon rival. Mon sourire s'élargit lorsque je vois au loin Gordon Wilkes, qui nous jette un regard peu amène.

- Il paraît que tu fais des longueurs pour te préparer au Tournoi ?
- Oh, oui. sourit-il, je m’apprêtais à aller nager, justement. Tu veux te joindre à moi ?

Moi, faire des longueurs ? Je dois me retenir de ne pas lui exploser de rire au visage. Et après quoi, on ira courir un cent mètre ? Ha ha ha...

- Euh, une prochaine fois. Je viens juste de déjeuner, tu comprends.
- Je sais qu'on a pas le droit d'en parler entre Champions, mais... (il se penche vers mon oreille ) tu as une idée pour l'énigme ?

« Une idée pour l'énigme ? » je répète bien fort pour attirer l'attention du Serpentard, faisant sursauter Harper au passage.

- Euh non. Je n'y ai pas vraiment réfléchi.
- En deux semaines, tu n'a pas trouvé le temps... d'y réfléchir ? rétorque le Poufsouffle, abasourdi.

En voyant Gordon Wilkes me fixer avec des yeux ronds, j'ai envie de sauter de joie. Les garçons sont d'un crédule !

- Ça ne m’intéresse pas, pour être honnête. Je vais y aller au feeling, on verra bien.
- Au feeling ? répète Todd, me dévisageant de la même manière qu'Aiden, quelques instants plutôt.
- Ouais. Je vais pas me casser la tête pour un tournoi auquel je ne veux même pas participer ! Elle croit quoi la vieille McGo, qu'elle peut me forcer ? Pff...

Je m'en vais sur ces derniers mots, en souriant comme une évadée d'asile, quand une voix m'arrête :

- Excellente tactique, Miss Mckinnon. Je vous souhaite bonne chance.

Je sursaute à moitié, puis me tourne vers le Professeur Dumbledore, qui fait semblant de contempler le tableau devant lui, bras derrière le dos.

- Merci, Professeur. je réponds, une fois la surprise passée.
La première tâche ( Partie 1) by jalea
Author's Notes:
Bonsoir !

Non, vous ne rêvez pas, c'est bien un nouveau chapitre ! Quand je pense que je n'ai rien posté depuis Juillet 2017... Pauvre Marlène ! Elle a du croire que je l'avais abandonné xD

Un grand MERCI à tous pour vos reviews, en particulier Kiliwatch, Siela et RomanEmma, merci beaucoup pour vos encouragements ça m'a fait très plaisir. Je suis désolée si je n'ai pas répondu à tout le monde, je prendrai le temps de vous répondre individuellement ce weekend, promis !

Sur ce, je vous laisse avec Marlène. En espérant que vous ne l'avez pas oublié et que son humour vous donnera le sourire :)

Bonne lecture.
Chapitre 12 : la Première tâche (Partie 1)




- Ne paniquez surtout pas, me dit le Professeur McGonagall. Gardez la tête froide... Il y a des sorciers qui sont là pour contrôler la situation si les choses tournent mal. Tout va bien se passer.

Je sens mon ventre se contracter au fur et à mesure qu'on s'approche du Parc. Qui plus est, j'ai la sensation que tous les regards sont braqués sur moi, que tous se figent. Vous savez quoi ? Ce n'est pas qu'une impression. Les élèves me regardent comme si je partais à l'abattoir.

- Alors pourquoi des sorciers sont là pour contrôler la situation si les choses tournent mal ? je rétorque à McGonagall, en tirant la grimace.

Cette dernière m'ignore superbement tout en accélérant le pas.

- L’essentiel, c'est que vous fassiez de votre mieux. reprend-t-elle en me jetant une œillade en coin. Personne n'aura une mauvaise opinion de vous si vous ne réussissez pas...¹

Elle réajuste sa robe d'un geste nerveux, tandis qu'on s'arrête devant une grande tente, à la lisière de la forêt. Je ne sais pas comment c'est possible mais elle semble encore plus anxieuse que moi, c'est loin de me rassurer. Quoi de plus normal, me direz-vous ? Aujourd'hui, je vais représenter la maison Gryffondor. Moi, Marlène Mckinnon. Ce qui m'aiderait bien, là, c'est une vision ! Je ferme les yeux si fort que ça m'étourdit presque.

Allez, grand Merlin ! Une seule petite vision pour me donner du courage...

- Vous allez bien, Miss McKinnon ?

La voix criarde du Professeur McGonagall me ramène brusquement à la réalité. Je sursaute à moitié en découvrant son visage ridé à deux centimètres du mien. Elle me regarde comme si elle craignait que je ne jette l'éponge.

- Non.
- Parfait ! m'ignore-t-elle à nouveau.

Elle me pousse légèrement en avant, puis dit en s’éclaircissant la voix :

– Vous devez entrer là avec les autres champions et attendre votre tour, Miss McKinnon. Monsieur Tempton vous attend sous la tente.

Quoi, le Professeur de Vol qui déteste le Quidditch ?

- Il va vous expliquer la procédure à suivre...

Le Professeur Tempton ? Il va nous grogner la procédure, plutôt !

- Bonne chance, ajoute McGonagall en me faisant un sourire qui se veut encourageant.
- Merci. je réponds d'une voix blanche.

J'entre à l'intérieur de la tente en lâchant un soupir à fondre l'âme. Dans quoi je me suis encore fourrée, moi ? Gordon Wilkes, le Champion des serpents, se tient debout dans un coin. Il se triture les mains et semble avoir perdu son air assuré. Je fais un signe de tête à Todd Harper mais c'est à peine si le Poufsouffle me remarque. Assis sur un tabouret, il garde la tête baissé, ce qui doit être sa façon d'exprimer son appréhension. Seul le Champion des Serdaigle paraît serein et détendu. Bon sang, ce qu'il me rappelle mon frère ! Je parie qu'il est aussi brillant et intelligent qu'Andrew.

« C'est sûrement lui qui va gagner » je songe, un pincement au cœur.

Je m'assieds sur l'un des tabourets face à Harper. Ne sachant quoi faire de mes mains, je sors une Chocogrenouille de ma poche et enlève le papier. Son goût sucré m'apaise instantanément.

J'ai aussitôt droit à des regards désabusés.

- Euh, vous en voulez un morceau ? je propose poliment devant leurs mines effarées.

J’espère que non, je n'aime pas partager.

- Comment peux-tu rester assise là, à manger calmement du chocolat, alors que nous sommes sur le point d'affronter une créature dangereuse ? s'exclame Wilkes d'un air à la fois méprisant et intrigué.

Je me contente de hausser les épaules, ce qui a le don de l'agacer encore plus car il me fusille du regard. Vous voulez la vérité ? Je suis morte de trouille, mais je fais tout pour le cacher parce que je suis la seule fille. Si l'un d'eux s'aperçoit que j'ai peur, ou que j'ai des doutes... C'en est terminé pour moi ! Car les garçons ne croient qu'à une chose : la loi du plus fort. A Poudlard, une bonne partie de la gente masculine pense que les filles sont naturellement faibles. Ouais, je sais ! Et vous aurez beau leur foutre votre poing dans la tronche pour leur démontrer le contraire... Ils feront croire à tout le monde qu'ils se sont laissé faire, parce que (pour citer James Potter en première année): " je frappe pas les filles, moi ! ". Combien de fois j'ai pu entendre ce genre de conneries...

- C'est l'heure, les jeunes. Approchez ! grogne le Professeur Tempton.

On se rassemble au centre de la tente tandis que Tempton souffle bruyamment pour montrer son mécontentement. Lui non plus n'a pas envie d'être là. Déjà qu'il a horreur de surveiller les matchs de Quidditch, alors s'occuper d'un Tournoi de sorciers ? Je vous dis pas la tête qu'il fait...

- Le public est installé ! Piochez à tour de rôle dans ce sac, lance-t-il d'un ton bourru. Il y a un modèle réduit de la chose velue que vous devrez affronter et...
- La chose velue ? l'interrompt Harper en arquant un sourcil dubitatif.
- ET votre tâche consistera à vous emparer de la chose qu'elle protège, poursuit Tempton en l'ignorant royalement, l'air courroucé.

J'attends patiemment la suite mais le Professeur de Vol se contente d'agiter un petit sac de velours sous notre nez. Attendez, c'est une blague ?

- Résumons les choses : nous allons devoir affronter une chose velue et s'emparer de la chose qu'elle cache. Ça fait beaucoup de choses vous ne croyez pas ?
- Ce que Marlène veut savoir, reprend Aiden Mckinley d'une voix plus posée, c'est si l'on peut avoir des précisions sur...
- Dis-donc, les jeunes ! C'pas moi qui fait les règles, hein ! Je peux rien dire d'autre, plaignez-vous à ce vieux fou de... à Dumbledore ! se corrige-t-il en rougissant légèrement.

A nouveau, il agite le sac devant nous d'un air impatient.

- Les Dames d'abord ? propose le Serdaigle au Prof de Vol.

Je cligne des yeux lorsque Tempton tend le sac vers moi, de mauvaises grâces. Ah oui, c'est vrai ! Je suis une dame. Je plonge ma main avec réticence et pioche une grosse... araignée. Toute velue. Beurk !

- Oh non... j'entends marmonner Wilkes à côté de moi, le teint livide.
- Ça n'a pas l'air bien méchant, dit Harper en retrouvant le sourire.

Son modèle réduit grimpe sur le dos de sa main à toute vitesse pour essayer de s'enfuir mais il rattrape la bête d'un geste vif. Euh, minute ! Pourquoi son truc velu est plus petit que le mien ? Aïe ! Et pourquoi mon araignée à moi se débat entre mes mains et bouge dans tous les sens pour essayer de me mordre ?!

- Attendez de voir la version original, rétorque Tempton la mine dégoutée. Elles ont chacune leurs particularités.

Je vois ça. La mienne est combative, c'est le moins qu'on puisse dire !

- Je n'ai jamais vu une acromentule de près. Ça fait quelle taille, tu crois ? je chuchote à Todd d'une voix un peu tremblante.
- La taille d'un dragon ! répond Wilkes à sa place.
- Tu exagères, ricane Aiden.

Le Serdaigle semble toujours aussi détendu, pendant que son araignée miniature se positionne sur son épaule droite. Pourquoi la sienne est aussi riquiqui que celle de Todd ? C'est injuste !

- Je dois vous quitter maintenant, c'est moi qui commente le tournoi. dit Tempton d'une voix ennuyée.

Avant de s'en aller, il sort un morceau de parchemin de sa poche puis nous indique l'ordre de passage : Todd Harper passe le premier, Wilkes est second, Mckinley est en troisième position, et ensuite... c'est à moi.

- Vous êtes le premier, Harper. Lorsque vous entendrez un coup de sifflet, vous sortirez de la tente et vous entrerez dans l'enclos où vous attendra votre acromentule, c'est d'accord ?

Le prof de vol s'en va sans attendre de réponse, nous laissant seuls tous les quatre. Je me rends brusquement compte que le bruit du public est assourdissant. Les élèves sont surexcités, déchainés comme jamais. Je dépose mon araignée sur un tabouret mais elle en profite pour me mordre le doigt jusqu'au sang. Saleté ! J'évalue du regard celles des garçons. Leurs bestioles n'ont pas l'air aussi agressives, mais je me console en voyant que l'araignée de Wilkes et deux fois plus grosse que la mienne.

- Tu as un plan ? me demande Todd.
- Non, pas vraiment.

Ma réponse semble le rassurer un peu. J'aimerais lui avoir menti, mais je n'ai pas la moindre idée de ce que je vais faire. Je ferme les yeux et essaie de me souvenir ce qu'on a appris en cours sur les acromentules...

- Et vous, les gars ?
- Évidemment que j'ai un plan ! vocifère le Champion des Serpents, d'une voix affreusement hautaine. Tu ne tiendras pas une seconde, lance-t-il à mon intention, le regard mauvais.
- Pff... tu t'es regardé, Wilkes ? T'as le visage aussi blafard que les fesses d'un vampire !

Todd et Aiden éclatent de rire tandis que le Serpentard serre les poings, l'air mauvais.

- Ah, je me souviens ! je m'exclame brusquement en affichant un sourire malfaisant.
- Tu te souviens de quoi ? crache ce dernier, se retenant visiblement de m'en coller une.
- Du cours qu'on a eu en troisième année sur les acromentules. Ce sont de monstrueuses bêtes dotées de huit yeux. Elles se distinguent par des épais poils noirs qui leur couvrent le corps et un écartement des pattes qui peuvent atteindre cinq mètre.

Woah. Il a suffi que cet imbécile me provoque pour que je me rappelle de tout ça !

- Elles possèdent également des pinces aiguisées comme des rasoirs qui produisent un cliquetis caractéristique lorsqu'elles sont excitée ou en colère...
- Ferme-là ! hurle le serpentard dans ma direction, alors que Todd rit à gorge déployée.
- Eh bien, Wilkes... serais-tu arachnophobe ? le nargue Aiden Mckinley, un sourire moqueur aux lèvres.

Le premier coup de sifflet empêche Wilkes de répondre; il garde la bouche ouverte comme un poisson hors de l'eau. Le rire de Todd se coince dans sa gorge. Sans plus de cérémonie, il sort de la tente. Je lui souhaite bonne chance. « À toi aussi » me dit-il, et bien que nous soyons tous les deux en compétition, je crois qu'il est sincère.

Quelques secondes plus tard, j'entends les acclamations enthousiastes de la foule, ce qui veut dire que Todd vient de pénétrer dans l'enclos et se trouve face à son acromentule qui n'a plus rien d'une miniature, à présent.

Mon estomac se noue un peu lorsque j'entends la foule hurler, crier, pousser des exclamations de peur et de joie face au spectacle que leur offre Todd Harper. S'en sort-il si bien que cela ? Les commentaires de Tempton me le confirme : « Très belle tentative de Mr Harper ! Voilà un jeune homme qui n'a pas froid aux yeux ! ». Une dizaine de minutes plus tard, un tonnerre d’applaudissement se fait entendre, ce qui signifie que Todd a réussi à passer devant l'acromentule pour s'emparer de... de la chose qu'elle dissimulait.

« Un grand bravo au Champion de la maison Poufsouffle ! Laissons maintenant un moment aux juges. La note sera comprise entre un et dix. » explique Tempton.

Mes yeux s'arrondissent de stupeur. Il y a des notes ? Des juges ? De toute ma vie, je n'ai jamais réussi ou même passé d'examens importants. J'ai eu mes Buses au rattrapage, seulement grâce à l'aide de Kiara. Cet été, j'ai passé mon permis de transplanage mais - sans grande surprise- je l'ai raté. Je fais les cent pas dans la tente, angoissée à l'idée de la défaite.

- Encore trois autres concurrents ! s’exclame Mr Tempton au second coup de sifflet. A présent, voici Gordon Wilkes !

Le Serpentard m'accorde un dernier regard dédaigneux avant de se lever et gagner la sortie. A cet instant, je prends conscience d'une chose : je n'ai rien à perdre. Tout le monde pense déjà que je suis incapable de remporter le Tournoi. Alors à quoi bon angoisser ? Ce n'est pas comme si je risquais de décevoir quelqu'un.

Je m'immobilise net, et Mckinley manque de me rentrer dedans.

- Tu te sens bien ? m'interroge le jeune homme.
- Plus que bien !

Soudain, je n'ai plus aucune appréhension, ma peur s'est littéralement envolée. Je me sens revigorée et enthousiaste, comme si je m’apprêtais simplement à disputer un match de Quidditch.

Je me suis toujours fichée de ce que pouvait penser les autres à mon sujet, pourquoi serait-ce différent aujourd'hui ? Je dois combattre une acromentule ? La belle affaire ! Une fois, en deuxième année, j'ai plongé tout habillé dans le lac pour essayer de trouver le Calmar géant. En troisième année, je suis montée sur le dos d'un hippogriffe sauvage. En cinquième année, pendant un cours de défense contre les forces du mal, face à un Détraqueur, j'ai essayé de lui retirer sa cape pour voir ce qu'il avait en dessous. Oui, un Détraqueur.

Alors c'est pas une araignée géante qui va m'effrayer !

Quand vient enfin mon tour, je me réconforte en me disant qu' au moins, je n'aurais pas à affronter un Dragon. Il paraît que ces machins là, ça crachent du feu.
End Notes:
1. paroles de McGonagall à Harry dans Hp et la Coupe de Feu, Jk. Rowling. D'autres phrases appartiennent aussi à Jk dans ce chapitre.

Le prochain chapitre est en cours d'écriture, il sera posté la semaine prochaine.

A bientôt !
La Première Tâche (Partie 2) by jalea
Author's Notes:
Bonjour !

Tout d'abord, je m'excuse de mon retard, mais je vous rassure je n'ai pas abandonné cette fic ! Je suis juste très lente dans mes publications, désolée...

Merci à tous pour vos review au précédant chapitre, ça m'a fait très plaisir :D

Bonne lecture.
Chapitre 13 : La Première Tâche (Partie 2)




- Woah.

C'est le premier mot qui me vient lorsque je fais face à mon acromentule. Elle est... elle est gigantesque. La grille se referme derrière moi, me faisant légèrement sursauter. Je prends une grande inspiration et m'avance au centre de l'arène, le cœur battant à la chamade. J'ignore les centaines de visages tournés vers moi et focalise toute mon attention sur la bête qui se trouve là. L'araignée, qui me regarde de ses huit yeux jaunâtres, incline la tête très bras, comme pour mieux m'observer. Oh, Merlin. C'est maintenant que je dois tenter quelque chose, non ? Je serre ma baguette magique dans ma poche, sans vraiment savoir quoi faire. Dois-je attendre un mouvement de sa part, ou ai-je le droit de l'attaquer la première ?

- Allez, bouge, que je puisse te jeter un sort ! je grommelle pour moi-même, mais la bête reste immobile.

C'est quoi, cette blague ? Elle ne ressemble en rien à mon araignée miniature, qui me mordait et se débâtait férocement. A moins que... mais oui ! Elle refuse simplement d'abandonner la "chose" qu'elle protège.

« Miss McKinnon semble être en pleine réflexion. Allons jeune fille, nous n'avons pas toute la journée ! » tonne la voix du Professeur de Vol, arrachant quelques éclats de rire parmi la foule.

Je serre le poing, j'ai du mal à contenir mon agacement contre cet idiot de Tempton. Je m'approche donc de l'acromentule sous la pression des regards dans mon dos, tout en essayant de me souvenir ce que j'ai appris en cours de Défense contre les forces du Mal :

« L'acromentule a la faculté de tenir un discours intelligent mais ne peut s'empêcher d'essayer de dévorer tout humain qui passe à sa portée. »

- Euh... bonjour. Je m'appelle Marlène, dis-je bêtement.

Je rougis dans la seconde même. Ça paraissait une bonne idée sur le moment, mais maintenant, je me sens ridicule. Je doute que les autres Champions aient fait un brin de causette avec leur acromentule...

L'araignée s'avance lentement vers moi. J'essaie tant bien que mal d'ignorer ses huit pattes immenses et velues.

- Bonjour, ravissante humaine.

Sa réponse me redonne instantanément confiance. Je vais la distraire un peu avant de m'emparer de la chose qu'elle cache.

- Comment vous appelez-vous ?
- Crog.

« Miss Mckinnon tente une approche différente des autres Champions. Elle... discute. Elle discute avec l'acromentule ? » dit Tempton, d'une voix étonnée et incrédule.

- Joli prénom. Et jolies pinces... puis-je passer ? S'il vous plaît ?

Qui ne tente rien n'a rien, pas vrai ?

- Non. répond-t-elle simplement, l'air amusé.
- Mais j'ai vraiment besoin de récupérer cette chose que vous cachez, je continue, tout en évaluant les lieux.

Il y a une croix rouge sur l'une des pierres qui se trouve derrière elle, cela doit être l'endroit où est dissimulé le machin que je dois récupérer. Je résiste à l'envie de lever les yeux au ciel. Une croix sur une pierre, vraiment ? Je participe à un tournoi de sorciers ou à une chasse au trésor pour gamins de dix ans ?!

- Ah ? Tu vas devoir t'approcher plus près, dans ce cas. Bien plus près, insiste la créature.

L'intonation de sa voix me donne la chair de poule.

- Pour que vous me dévoriez ? Non, sans façon. je rétorque d' un sourire crispé.
- Ne sois pas ridicule, petite humaine ! J'ai l'interdiction formelle de te manger.
- Ah oui ? C'est Dumbledore qui vous interdit de manger les Champions ? je demande, faussement innocente.

Je fais encore quelques pas dans sa direction, puis saisis discrètement ma baguette magique dans ma poche. Je ne sais pas pourquoi, mais l'idée de lui jeter un sort me dérange. Peut-être est-ce dû à l'influence de Kiara (elle prend toujours la défense des animaux moches), ou parce que j'ai discuté avec cette pauvre bête, et qu'elle non plus n'a pas demandé à participer à ce tournoi débile.

- C'est exact.
- Où habitez-vous ? Dans la forêt interdite ? je demande encore, une nouvelle idée me venant à l'esprit.
- La forêt interdite ? Bien sûr que non. Ma famille et moi ne vivons pas dans la fo...

Je profite de son inattention pour courir à toute vitesse vers la pierre qui m’intéresse. Crog tente de m'en empêcher, mais je me jette à terre et glisse sous ses pattes pour atteindre la pierre marquée d'une croix rouge. Les acclamations, un instant calmées, reprennent de plus belle.

« Formidable coup de Miss Mckinnon, qui je le rappelle n'a pas encore utilisé sa baguette magique ! Attention cependant à l'acromentule; celle-ci ne semble pas apprécier s’être fait duper de la sorte. »

En effet. Je n'ai pas le temps de me relever qu'une longue chose hérissée de poils s'enroule autour de ma taille. Crog me soulève de terre en me retournant tête en bas, avant de m'envoyer valser un peu plus loin. Je roule sur le côté pour éviter ses immenses pattes, puis vais me cacher derrière l'une des grosses pierres.

Je tâte mes poches à la recherche de ma baguette magique, sans succès. J'ai dû la perdre pendant qu Crog me secouait gentiment tête en bas... Oh, non ! Je fais quoi, maintenant ? Je suis prise au piège. L'araignée géante me cherche, j'entends le cliquetis furieux de ses pinces se rapprocher. Et les réflexions du Professeur de Vol ne m'encourage pas vraiment.

« Miss Mckinnon est prise au piège. Elle n'a aucune échappatoire. Plus que deux minutes de jeu ! »

Trop sympa de me le rappeler, Tempton.

Je réfléchis à toute vitesse à une façon de me débarrasser de Crog, et soudain, j'en ai une : j'ai une Chocogrenouille dans la poche de mon pantalon. Les araignées, ça aiment le chocolat ? On va toute de suite le découvrir.

- Eh, Crog, attrape ça !

Je lance la Chocogrenouille le plus loin possible. L'araignée géante, poussée par la curiosité- ou l'odeur du chocolat- s'écarte de mon chemin pour aller récupérer la petite boite.

« Décidément, les actions de Miss Mckinnon sont surprenantes ! Plus qu'une minute trente ! »

Je me relève et cours vers la maudite pierre barrée de rouge, mais reviens sur mes pas lorsque j'aperçois ma baguette au sol. Quand je lève la tête, je vois Crog foncer droit sur moi.

« Quarante secondes ! »

- Immobulus !

L'immense araignée se fige net et je slalome entre ses pattes pour aller récupérer l'objet qu'elle protège.

« Dix secondes ! » rappelle la voix bourru de Tempton.

Je regarde derrière la pierre en question, mais il n'y a aucun objet, rien. Juste une lettre. Je la ramasse et tends le bras en l'air.

« TROIS, DEUX, UN... C'est terminé ! »

J'ai droit à un tonnerre d'applaudissements. Malgré mes angoisses de ces dernières heures, je suis heureuse de ce succès. Intriguée par la lettre, je l'ouvre. Cela dit juste : Félicitation ! Et au dos, il est écrit : Vous avez réussi la première tâche.

Hein ? Tout ce tintouin pour récupérer ça ? Un vulgaire morceau de parchemin qui dit Félicitation ?

- Je t'en foutrais des félicitations ! je grommelle en me relevant.

J'époussette les feuilles et la terre qui collent à mon pantalon et offre une grimace au Professeur McGonagall qui me sourit de toutes ces dents. Elle me fait signe de la rejoindre, en dehors de la clôture.

- Vous avez été... bien ! Oui, très bien, ajoute-t-elle en me souriant d'un air constipé.

Bien ? Ça la tuerait de me faire un vrai compliment, pour une fois ?

- Vous êtes blessée.

Sans un mot de plus, elle m'entraîne vers la tente des Champions. Mme Pomfresh se trouve à l’intérieur, ainsi que Todd Harper. Ce dernier est salement amoché, il porte encore des traces de coups sur le front. Cependant, ses joues ont retrouvé leur couleur naturelle et son assurance est revenue; il me fait un clin d’œil dès qu'il m’aperçoit.

- Les juges vont donner les notes d'ici quelques minutes.

McGonagall semble vouloir me dire autre chose, quand Kiara fait irruption dans la tente pour se jeter dans mes bras.

- Tu as été formidable, Marlène ! me dit-elle en me serrant si fort qu'elle m’étouffe.
- Merci, je réponds d'une petite voix gênée.
- Lily, Mary, Alice et Chris voulaient aussi venir te voir, mais le Professeur McGonagall a refusé.
- Je les verrais plus tard.

J'esquisse un sourire. Pour être honnête, je suis heureuse que seule Kiara soit là, auprès de moi. Je me sens faible et j'ai l'apparence de quelqu'un de faible. Je n'ai pas envie que les autres me voient ainsi.

- Qu'est-ce qu'il y a ? je demande, remarquant qu'elle me dévisage.
- Rien. Enfin, si... pendant le tournoi, tu n'as pas jeté de mauvais sort à ton acromentule. Tu l'as juste immobilisée...
- Et alors ?

Je fronce les sourcils, ne comprenant pas où Kiara veut en venir.

- Je me demandais... pourquoi ? Les autres Champions l'ont fait, si tôt entrés dans l’arène.
- Bah, j'en sais trop rien. Avant de me secouer comme un prunier, elle m'avait rien fait cette acromentule. J'avais pas envie de lui faire de mal. Et aussi, je me suis dit que ça plairait pas trop à ma meilleure amie...

Je regrette aussitôt mes paroles lorsque la blonde me regarde de ses grands yeux bleus larmoyants.

- Oh, Marlène !

Elle se jette à nouveau dans mes bras en me remerciant.

- N'empêche, t'as vraiment une araignée au plafond. lui dis-je en la repoussant gentiment. Tu n'affectionnes que des bêtes hideuses.
- C'est faux ! s'offusque la blonde.
- Attends, t'as vu ta chouette ? Elle à l'air d'une chauve-souris écrasée...
- Laisse Bella en dehors de ça, Marlène.

Je roule des yeux, amusée.

- Et Patmoche, alors ? A chaque fois qu'on le voit, tu câlines ce clébard comme si c'était un gros nounours en peluche.
- Je crois que son prénom est Patmol, me corrige-t-elle machinalement.
- On s'en fiche. Il a une sale tronche, ce clebs.
- Moi, je le trouve très mignon.
- Pour un chien trisomique...
- Il n'est pas trisomique ! C'est un chien tout ce qu'il y a de plus normal. Il est peut-être plus grand que la moyenne et à un œil plus petit que l'autre mais- quoi ? s'interrompt la Gryffondor en remarquant mon sourire moqueur.
- Je te taquines, Kiara. Je trouve ça extra que tu aimes autant les animaux. Même les très moches.

Elle incline la tête et me rend mon sourire. Je suis pardonnée.

- À nous deux, Miss Mckinnon !

Pomfresh me force à m'assoir sur un tabouret pour soigner mes blessures, quand la voix du Professeur Tempton se fait entendre :

« Votre attention, s'il vous plait ! Voici les notes des Champions »

Kiara doit deviner mon anxiété car elle me prend la main en la serrant fort.

- Todd Harper s'est très bien débrouillé, lui aussi. Il a été le plus rapide de vous quatre, me chuchote-t-elle à l'oreille. McKinley a jeté un sort de confusion à son acromentule mais cela n'a pas fonctionné. Quant à Wilkes, il était apeuré, ça se voyait. Il sera sûrement dernier.
- Pourquoi le sort de McKinley n'a pas fonctionné ? je questionne, pour tenter d'oublier mon appréhension.

Kiara ouvre la bouche pour répondre, mais la voix du Professeur Tempton annonce :

« Todd Harper... Neuf sur dix. »

- C'est excellent, Harper ! je le félicite.

Ce dernier lève un pouce dans ma direction, un sourire ravageur aux lèvres.

Viens le tour des autres Champions. Aiden McKinley obtient un total de sept points. Gordon Wilkes, cinq points, et moi...

« Marlène McKinnon... Huit sur dix ! »

- Huit ? je répète, la mine ahurie.
- Tu est la deuxième au classement, c'est fantastique ! s'exclame Kiara en me sautant au cou.
- Je ne mérite pas cette note ! J'ai perdu ma baguette magique pendant le tournoi...
- Tu vas pas te plaindre, Mckinnon ! lance Harper en me donnant une tape amicale à l'épaule.

Kiara attend que le Poufsouffle s'éloigne pour reprendre :

- Tu ne comprends donc pas ? Ton sortilège de blocage à fonctionné.
- Et puis ? J'ai quand même perdu ma baguette et je me suis blessée...
- Marlène, il est très difficile de jeter un sort de gel à une créature de cette taille. Il faut, soit s'être beaucoup entrainé, soit avoir de grands pouvoirs.
- Vraiment ?

La blonde hoche la tête.

- Les Professeurs étaient impressionnés. Et puis, tu es la seule a avoir parlé à ton acromentule. La seule.

Hum, ouais. Je suis pas sûre de vouloir qu'on se souvienne de ça.

- C'est pour ça que le sort de McKinley n'a pas fonctionné ? À cause de la taille de son acromentule ?
- Oh, en fait, cela à bien fonctionné. Pendant dix secondes.
- Je vois.

Moi, Marlène McKinnon, j'aurais de grands pouvoirs ? J'ai beaucoup de mal à le croire. Ce sort... c'était un coup de chance, rien de plus.


******


Lorsque je franchis le seuil de la salle commune, je suis accueillis par des applaudissements et des sifflements admiratifs. Tous les regards sont braqués sur moi et mon embarras, dans l'attente de ma réaction.

- Tu as été épatante, Marlène ! s'exclame Lily en me prenant le bras pour me faire avancer vers le centre de la pièce.
- Oui, incroyable ! dit à son tour Chris.
- C'était pas mal pour une fille ! lance un autre Gryffondor.
- Superbe ! ajoute James Potter en me serrant brièvement dans ses bras.
- Mary et Alice ont insisté pour qu'on t'organise une fête. Désolée, je sais que tu n'aimes pas être au centre de l'attention. me glisse Kiara à l'oreille.

Tous ces visages me donnent le tournis, le vertige. Je me force à sourire et serre la main à quelques élèves, avant de me diriger vers le buffet. C'est vrai, je n'aime pas être au centre de l'attention. Mais la bouffe, j'ai rien contre ! Je m'empare aussitôt d'un bol de sucreries.

- Bien joué, Mckinnon.

Je me tourne vers cette voix grave et découvre une paire d'yeux gris pâle que je ne pensais jamais trouver à une fête en mon honneur. Sirius Black me regarde d'un air étrange, un air que je ne lui ai jamais vu. Tandis qu'il vide son verre d'un trait, je le toise avec méfiance. Si l'on m'avait dit qu'un jour j'aurais droit à des félicitations de Monsieur Populaire en personne, je ne l'aurais jamais cru !

- Merci, je réponds d'une voix étonnée.

Nous échangeons un sourire qui se transforme bien vite en grimace, lorsque le brun ajoute sur un ton provocateur :

- C'était tout de même idiot.
- Pardon ?

Mon sang ne fait qu'un tour, et je me tourne à nouveau vers lui, partagée entre la colère et la curiosité. Les sourcils froncés, l'air plus sérieux que jamais, il se rapproche et limite l'espace entre nous.

- Te jeter comme ça, sur une araignée géante !

Ma bouche s'ouvre sous l'effet de la surprise. Pour qui se prend-il, à critiquer mes prises d'initiatives sur le terrain ? On verra ce que la gravure de mode fera, le jour où il aura face à lui une énorme bestiole affamée à huit pattes !

- Je n'avais pas ma baguette à porté de main, je te signale ! je riposte en croisant les bras, agacée.
- Alors autant se jeter dans la gueule d'une acromentule, t'as raison !

Son expression devient indéchiffrable. Est-il furieux ? Lorsque je baisse le regard, j'aperçois les veines de ses avants-bras. Pas de doute : il est en colère. Et je crois savoir pourquoi. Premièrement, il aurait préféré que le champion des Gryffondor soit un garçon. Deuxièmement, je crois qu'il attendait bien plus de ma part. Black espérait que je fasse honneur à notre maison, mais j'ai failli me faire dévorer, et j'ai perdu ma baguette magique en cours de route. Comme Championne, on fait mieux, c'est sûr...

Mais je ne m'en suis pas trop mal sortie, non ? Tout le monde m'a félicité, pris dans ses bras, embrassé (bien que je m'en serais passé !) alors pourquoi Sirius Black est le seul à se comporter comme un gros crétin misogyne ?

- Tu aurais dû t'en tenir à " Bien joué,Mckinnon ", lui fais-je remarquer froidement.
- Et toi, tu devrais réfléchir aux conséquences de tes actes, la prochaine fois. Si tu veux rester en vie.
- C'est ça, je m'en souviendrais. Dis, je croyais que le philosophe de comptoir, c'était ton frère ? fais-je, ironique.

L'an dernier, j'ai eu droit a des leçons de morale et à une déclaration d'amour bidon de la part de Regulus Black, le Préfet des serpents.

Une seconde après que les mots ont quitté ma bouche, je me rends compte de mon erreur. Le regard du brun s'assombrit, comme si je venais de lui rappeler quelque chose qu'il aurait préféré oublier. Je ne sais pas grand chose de la relation qu'entretient Black avec son frère, mais je me doute qu'elle n'est pas au beau fixe.

- Tu dois savoir ça mieux que moi, non ? crache-t-il littéralement.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Tu sais très bien ce que je veux dire ! Si je me souviens bien, tu as eu quelques charmants petits têtes à têtes avec Regulus, l'an dernier.

Son ton accusateur me met sur la défensive. Je n'aime pas ses sous-entendus à propos d'une rumeur qui est passée aux oubliettes il y a bien longtemps ! Sur le coup, j'ai envie de lui répondre que son pervers de frère m'a volé un seul et unique baiser, fin de l'histoire. Mais quelque chose dans son regard m'en dissuade. Le simple fait de parler de cela avec lui me donne l'impression d'avancer en terrain miné. Je ne dis rien et je vois les muscles de sa mâchoire se serrer. Woah, il doit vraiment haïr son frangin ! Je trouve ça triste. Je n'imagine pas ce que serait ma vie si je ne parlais plus à Andrew. Malgré nos différences, nous avons toujours été très proches, tous les deux.

- C'est bon, t'as fini de me féliciter ? Non, attends, je voulais dire de m'insulter ! j'ajoute, le regard meurtrier.

Le brun me gratifie de son sourire plein d'arrogance.

- En quoi t'ai-je insulté ? Nous ne faisons que discuter, et je n’émets que des vérités...
- Bah tu m'excuseras, mais je préfère aller faire un brin de causette avec la grosse Dame. C'est dire à quel point ce que tu racontes m’intéresse !

J'essaie de le contourner, mais cet idiot me barre le chemin.

- Ne prend pas la grosse tête, Mckinnon ! se moque-t-il.

Ben tiens. Venant d'un type qui se pavane dans les couloirs comme si son père était le grand Merlin lui-même, c'est plutôt gonflé ! Et d'abord, c'est quoi ça ? Ce sourire quasi amical auquel j'ai droit ? Il y a quelque chose de changé dans sa façon de se comporter, ou même de me parler. C'est assez... perturbant. Il y a encore quelques mois de cela, Sirius Black m'ignorait royalement (en dehors de quelques piques lancés au détour d'un couloir lorsqu'on avait le malheur de se croiser). Je ne suis pas certaine d'aimer sa nouvelle attitude. J'ai comme l'impression qu'il se sent redevable envers moi. D'accord, je lui ai sauvé la vie l'an dernier, mais il n'est pas forcé de se montrer plus sympathique pour autant. C'est flippant !

J’oublie bien vite cette idée lorsqu'il m'évalue de la tête aux pieds de son habituel air méprisant et moqueur.

- Quoi ? je grogne face à son regard scrutateur.
- Tu ferais mieux d'aller te changer. Et une douche te ferais le plus grand bien.
- T'insinues quoi, là, que je sens pas la rose ?!
- C'est toi qui le dis, ricane-t-il.

Je m’efforce d'ignorer son sourire irrésistible de mauvais garçon et me recule de quelques pas.

- Va te faire voir, Black.
- Ne t'en fais pas, va ! Ton horrible odeur n'enlève rien à ton charme de femme des cavernes.

Black me donne des petites claques sur le sommet de la tête, comme s'il essayait de me rapetisser. Je me sens rabaissée, et pourtant il n'y a pas de quoi. Je suis presque aussi grande que lui. Presque. Je dégage sa main d'un mouvement brusque :

- Arrête de me tapoter le crane comme si j'étais un vulgaire clébard, Patmoche !

Son regard se voile aussitôt. Je souris intérieurement. Il déteste ce surnom.

- Ne m'appelle pas Pat...

Black s'interrompt, fixant un point derrière mon épaule.

- Il y a un problème ? intervient Lily, nous regardant tour à tour d'un air inquisiteur.
- Rien qui te concerne, Evans. vocifère Black.

Sur ce, le jeune homme nous tourne le dos et s'en va, nous laissant pantois. Je cligne des yeux, avec la curieuse impression d'avoir fait un tour sur les montagnes russes. Ce qu'il peut être lunatique, alors ! Un instant il vous sourit, moqueur, et la seconde d'après son regard devient glacial, comme si vous étiez responsable de la mort de son poisson rouge.

- Je me demande ce qui lui arrive. Il est vraiment désagréable, en ce moment.

Je hausse les épaules, puis me dirige vers le buffet pour me servir un verre de... je rêve, c'est de la bierre-au-beurre ?

- Il a toujours été désagréable avec nous, Lily. je lui rappelle, tout en me servant un grand verre de cette délicieuse boisson sucré.
- En tout cas, il a eu une réaction très étrange, pendant le tournoi. rétorque-t-elle, en le suivant du regard.
- Il s'est mis à se gratter la tête comme s'il avait des puces ? j'ironise.
- Pardon ?

Mon sourire s'efface instantanément tandis que Lily m'accorde toute son attention, yeux grands ouverts. Se pourrait-il qu'elle soit au courant que Black est un Animagus ? Non... je dois me faire des idées, comment pourrait-elle le savoir ? C'est à peine si Patmoche lui adresse la parole. Et même si James est fou d'elle, jamais il ne pourrait trahir le secret de son meilleur ami ! Son compter que Lily est Préfete-en-Chef. Si elle apprenait une chose pareille à propos des Maraudeurs... Ils auraient tous droit à un savon.

A nouveau, je hausse les épaules en feignant l'indifférence.

- Laisse tomber, c'est une blague entre Black et moi.
- D'accord... souffle la rousse, l'air un peu sceptique.

Je me détourne de son regard soupçonneux et plonge ma main dans un bol rempli de friandises.

- Hum, je disais donc, reprend Lily alors que je fourre dans ma bouche des dragées multicolores, pendant que tu te débattais avec ton araignée, Black a...

La rouquine s'arrête, le regard dans la vague.

- Il a quoi ? je demande malgré moi.
- Et bien, il a sorti sa baguette et il a voulu jeter un sort dans ta direction.

Je ne peux m'empêcher de lâcher un ricanement amer.

- Sûrement pour m'achever !
- Non, je crois qu'il s’inquiétait pour toi, explique patiemment Lily. On aurait dit qu'il voulait te venir en aide.

La rouquine a l'air tellement sérieuse, je suis prise d'un énorme fou rire. Sirius Black, qui aurait essayé de me venir en aide pendant le tournoi ? De toute évidence, Lily a du mal interpréter la situation. Peut-être qu'il s'ennuyait et qu'il voulait juste... je sais pas, moi. Participer ?

- Étrange, non ? Je veux dire, Black devait forcément savoir que tu n'étais pas réellement en danger...

Mouais. C'est surtout elle qui est bizarre ! Je ne sais pas ce qu'il y a dans son verre, mais ça lui a retourné le cerveau, la pauvre.

- Tu ne trouves pas son comportement curieux, toi ? insiste-t-elle, me regardant fixement, comme si elle essayait de résoudre un problème insoluble.
- Euh, si ! Fais voir ton gobelet ?
- Ce n'est que du jus de citrouille, m'assure-t-elle en prenant son air de Préfète indignée.
- Si tu le dis...

Elle ne ment pas, son verre ne sent pas l'alcool. Ok, oublions. Elle a peut-être sniffé un truc de trop en cours de Potions... Je profite de l'occasion pour lui poser la question qui me taraude :

- Puisqu'on parle de ce crétin de Black, tu sais ce qu'il s'est passé entre son frère et lui ?
- Je... je crois qu'ils ne s'aiment pas beaucoup.
- Ça, j'avais remarqué, merci.

Ses yeux verts me sondent, cherchant à savoir si elle peut me faire confiance. Oh, allez, Lily ! C'est pas un secret d'état.

- Black s'est enfui de chez lui l'an dernier, m'avoue-t-elle enfin. Apparemment ses parents n’appréciaient pas ses fréquentations.
- Tu parles des Maraudeurs ?

Lily soupire, semblant regretter de s'être aventuré dans cette conversation.

- Sirius descend d'une vieille lignée de sorciers de sang-pur mais- tu l'as sans doute remarqué- il ne partage pas les opinions de sa famille. Ils soutiennent... tu-sais-qui.

Cette révélation me laisse sans voix. Jusqu'à aujourd'hui, j'avais toujours considéré Black comme un fils à papa pourri gâté par une famille friquée.

- Oh. il s'est donc enfui de chez lui ?
- Oui. Maintenant, il vit chez les parents de James.

Mes yeux s'arrondissent d'étonnement.

- Comment tu le sais ?
- Remus m'en a vaguement parlé...
- Vaguement ? je répète en haussant un sourcil, sceptique.

La rousse semble en savoir plus qu'elle ne le prétend. Je trouve surprenant que Remus Lupin ait divulgué ce genre d'informations à Lily. Si jamais Black l'apprend, il sera fou de rage, c'est certain ! Je doute qu'il apprécie qu'on le plaigne... Soudain, Lily me jette un regard affolé :

- Je ne suis pas censée le crier sur les toits, alors si tu pouvais garder ça pour toi...

Je lui promets de ne rien dire à personne. Après tout, la vie de Sirius Black ne me concerne en rien. Pourtant, les révélations de Lily me mettent un peu mal à l'aise, sans que je ne comprenne pourquoi. Mon regard se pose inconsciemment sur le jeune homme, qui rit aux éclats en compagnie de ses amis. Pour la première fois de ma vie, je ressens une pointe de compassion pour lui.





End Notes:
Voilà, j’espère que ça vous a plu ! Je vais essayer de poster la suite rapidement. Petit aperçu du prochain chapitre :

- Tante Griselda fera une apparition.
- Dumbledore donnera des précisions sur la deuxième tâche.
- Marlène va harceler James Potter. (je sais, ça peut paraitre étrange, mais elle va pas avoir le choix xD)

A bientôt !
Jalea
Révélations by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Voilà le Chapitre 14 ! Un grand Merci à Kiara Coper, SayWhen, Temperance, RomanEmma, kikou14789, la vache, bouzibouzi, momo27, Jesaispastrop45875, Lily-chan et Sleipnir pour leurs reviews au dernier chapitre !


Bonne lecture :)
Chapitre 14 : Révélations.



- Assieds-toi, Marlène. Nous allons commencer.

Je me tourne vers ma tante, arquant un sourcil interrogateur. Je n'en reviens toujours pas qu'elle m'ait trainé de force dans sa boutique à Pré-au-Lard ! Comme si je n'avais rien de mieux faire de mon samedi après-midi.

- Commencer quoi, Griselda ? je demande, ennuyée.
- Ton apprentissage. C'est une sucette que tu as dans la bouche ?! hurle-t-elle subitement en pointant un doigt accusateur sur moi.
- Ouais, ça traînait dans le coin.
- Cesse de te servir sans demander ! Bon sang, cette morveuse va finir par me ruiner... Tu me dois quinze mornilles, jeune fille !
- Tu plaisantes ? je vais pas te payer, t'es ma tante !

Faut bien qu'elle me serve à quelque chose, la vieille mégère.

- On ne m'a pas demandé mon avis, vocifère-t-elle.
- A moi non plus ! Bon, ce n'est pas que j'aime pas me faire crier dessus, mais je dois rejoindre Kiara aux Trois-balais.

Je me dirige d'un pas rapide vers la porte, quand je me sens soudain tiré en arrière par une force invisible. J’atterris lourdement sur une chaise, sans que je ne puisse rien y faire.

Je jette un regard meurtrier à Griselda, qui brandit toujours sa baguette dans ma direction.

- Qu'est-ce qui te prends, t'es folle ? je tonne.
- C'est important, Marlène. J'ai à te parler.

J'attends, mais rien ne vient. Griselda fait une longue pause dramatique. Elle en profite pour boire une petite gorgée de son thé.

- Je sais ce que tu es. déclare-t-elle, une éternité plus tard.
- Ah oui ? Et je suis quoi, tante Griselda ?

Nouveau silence théâtral.

- Une voyante.

******


Quand j'arrive enfin aux Trois-Balais, je suis d'une humeur massacrante. Je cherche Kiara des yeux et la trouve assise seule à une table, entrain de lire un livre. Je m'installe face à elle en faisant un maximum de bruit pour qu'elle me remarque. La blonde ne fait pas attention à moi, plongée dans la lecture de son roman.

- Oh, c'est tellement romantique... minaude-t-elle en lâchant un soupir.
- Hum-hum !

Les yeux de ma meilleure amie se posent enfin sur moi.

- Tiens, tu es là Marlène, sourit-elle. Comment va ta tante ?
- C'est toujours une vraie GARCE, puisque tu veux le savoir !

J'ai élevé la voix sans même m'en rendre compte. Quelques têtes se tournent vers nous. Kiara rougit instantanément.

- Marlène, enfin... me tempère-t-elle.
- Cette vieille morue l'a toujours su, Kiara ! je poursuis à voix basse.
- Su quoi ?
- Que je suis une voyante ! Paraît qu'elle en est une aussi et que c'est un truc de famille !

Je suis tellement en colère contre ma tante que j'ai envie de casser quelque chose. Comment a-t-elle pu me cacher un truc pareil pendant toutes ces années ? Et dire que je me prenais pour le monstre de la famille... Les yeux de Kiara s'écarquillent d'étonnement.

- Mais... si c'est vraiment un don de famille, ton père devrait être au courant, non ?
- Justement, non. Les hommes de la famille sont dans l'ignorance. Me demande pas pourquoi, j'ajoute aussitôt en roulant des yeux.

D'après ce que j'ai compris, ce secret est jalousement gardé par les femmes McKinnon. Il se transmet de mère en fille, et ce, depuis sept générations. Je n'étais donc pas supposé recevoir ce "cadeau ancestral" (selon les dires de ma chère tante) mais Merlin semble en avoir décidé autrement rien que pour avoir raison de son cœur fragile (toujours selon Griselda).

Tu parles d'un cadeau ! Mon don de voyance me pourrit l’existence, je m'en passerais volontiers.

- Pourquoi a-t-elle gardé le secret si longtemps ? m'interroge Kiara, sourcils froncés.

Parce que ma tante me déteste. Elle se fiche de ce que je peux ressentir.

- J'en sais rien, moi. Griselda m'a expliqué qu'elle a cherché pendant des années un moyen de me débarrasser de ce don... mais elle n'a rien trouvé de concluant.

A présent, elle veut jouer les Profs de Divination : « Si tu n'apprends pas à contrôler ça très vite, tu vas nous mettre toutes les deux en danger. » Pff... comme si c'était moi le problème !

- Marlène, cela fait longtemps tu essayes de contrôler ton pouvoir. Et si ta tante pouvait t'aider à...

La blonde s'interrompt en voyant mon regard assassin. Je m'affale contre le dos de ma chaise et croise les bras pour m'empêcher de faire une bêtise. J'ai envie casser un truc, et de préférence, sur la tête de quelqu'un. Kiara m'étudie un long moment du regard, avant de se pencher vers moi :

- Qu'y a t-il d'autre ? Pourquoi es-tu tellement en colère contre ta tante ?

Je lâche un petit soupir, ma meilleure amie me connait trop bien.

- Elle a prévenu mes parents, Kiara !
- Tes parents savent que tu es une voyante ?!

La gryffondor cligne des yeux, les yeux ronds comme des gallions.

- Non, elle leur a écrit pour leur annoncer que je participais au Tournoi ! Ma mère va me tuer.
- Oh, Marlène... je suis certaine que ta Maman sera très fière de toi.
- Tu ne connais pas ma mère.

Elle ne supporte pas qu'on lui fasse des cachotteries, qu'on lui mente. Ma mère n'a aucun pouvoir magique, mais elle est dotée d'un sixième sens. Elle sait que je lui cache quelque chose, et c'est pour cette raison qu'elle me surveille, dès que je franchis le seuil de la maison. Elle me piste comme si j'étais une criminelle en liberté conditionnelle ! C'est vrai, je ne lui ai jamais avoué que j'étais une voyante... De là à me soupçonner d'être dans un gang, il faut avoir beaucoup d'imagination, non ?

Ouais, bon. Peut-être pas tant que ça.

- J'ai reçue cette lettre, ce matin. dis-je, la mine abattue.

Je sors de mon sac une enveloppe rouge vif. Kiara se recule aussitôt, l'air effrayé.

- C'est une... une beuglante ? Tu ferais mieux de l'ouvrir avant qu'elle ne t’expose au visage.
- Plus tard. J'ai rendez-vous avec les autres Champions. Dumbledore nous a convoqué dans son bureau.
- Un samedi après-midi ? s'étonne la blonde.

Ouais, je sais. Ça craint !


******



- Je tiens d'abord à vous féliciter tous les quatre. Vous avez fait preuve d'une grande...

Je décroche instantanément. Après les révélations de Griselda, je n'arrive pas à me concentrer sur quoi que ce soit. Les paroles de Kiara tournent en boucle dans ma tête. Elle n'a pas tort, cela fait des années que j'essaie de contrôler mon pouvoir, sans succès. Et si Griselda pouvait m'aider ? A en savoir plus, par exemple, sur le type qui va attenter à ma vie ? Et il ne faut pas oublier la jeune fille que j'ai vu récemment; la suicidaire. Peut-être que la vieille morue... je veux dire Griselda, pourrait m'aider à la retrouver ?

- La deuxième tâche aura lieu le dix-huit Janvier. Pour cette épreuve, chacun d'entre vous aura obligatoirement un coéquipier, poursuit Dumbledore.

Cette drôle de nouvelle me ramène brusquement sur terre :

- Un coéquipier ?

- Oui, Miss Mckinnon. Vous choisirai l’élève qui vous assistera pour cette tâche. Il devra cependant faire partie de vos maisons respectives et avoir au moins dix-sept ans. La deuxième tâche sera une épreuve d'endurance, alliée à une course d'obstacle. Je vous invite donc à songer dès maintenant à votre futur équipier, et à me faire part de vos suggestions de manière à s'organiser au mieux. Oh, et une dernière chose ! Seul les champions devront apporter leur balais. Est-ce bien clair ? Avez-vous des questions ?

- Oui, Professeur. Quelles sont les critères de notations ? Devons nous comptabiliser un maximum de points ou seule compte l'épreuve finale ? interroge le Champion des Serdaigle.

Le sourire de Dumbledore s'élargit, tandis qu'une lueur malicieuse brille dans ses yeux.

- C'est une excellente question, Monsieur McKinley.

Sans blague. Quand je pense qu'il nous a même pas expliqué les règles de son jeu débile !

- Vous devez effectivement obtenir un maximum de points pour remporter le Tournoi. Néanmoins, la dernière épreuve est indépendante des autres.

Le Serdaigle hoche sagement la tête. Je l'imite, bien que je n'ai pas tout saisi. Sur ce, le Directeur nous congédie. Une fois dans le couloir, Todd me rejoint; il a l'air aussi perplexe que moi et me demande si j'ai compris ce qu'a voulu dire Dumbledore.

- Euh... pas la totalité. je réponds, hésitante.
- Ha ! Et c'est toi qui est censée faire la fierté de ta maison ? lance une voix hargneuse, derrière moi.

Wilkes me bouscule violemment et nous dépasse d'un air hautain. Rha, je peux vraiment pas le sentir, ce serpent !

- Cela veut dire qu'il n'est pas nécessaire d'avoir le plus de points pour gagner. Tout se jouera lors de la dernière épreuve, nous explique Aiden McKinley.

Là-dessus, il nous décoche son plus beau sourire et s'éloigne rapidement, sûrement impatient de profiter de son weekend. Todd et moi nous jetons un regard en biais : « Aaaaaaah » s'exclame-t-on d'une même voix.

- Je pige toujours pas, j'annonce platement.
- Moi non plus, avoue le Poufsouffle. C'est pas logique ! Pourquoi nous noter si seul la dernière épreuve compte ?
- Parce que ce jeu est naze. Tu te rends compte qu'on a affronté une acromentule haute de quatre mètres dans le seul but de récupérer...
- un vieux morceau de parchemin qui dit félicitation, termine Harper en riant.

Au moins, lui, ça le fait marrer. En ce qui me concerne, je regrette d'avoir mis mon nom dans cette foutue coupe en toc. Ah, si seulement j'avais la possibilité de retourner dans le passé... mais non, je suis médium. Et une Médium des plus médiocres selon ma tante adorée.

Arrivée devant la Grande Salle, Todd se tourne vers moi, un sourire scotché aux lèvres :

- Une idée de ton futur équipier ?
- Oui. Et toi ?
- Aussi. Peut-être bien que ce sera une équipière, ajoute le Poufsouffle avec un clin d'oeil.

J'affiche un grand sourire, ce serait sympa qu'une autre fille participe au tournoi. Je le suis des yeux un instant, avant de rejoindre la table des Gryffondor. « Chris Kellerman ! » je m'écrie brusquement en pointant un doigt dans sa direction. Le jeune homme lève la tête dans ma direction, surpris. Quelques élèves me dévisagent avec curiosité, l'air de se demander ce que je peux bien lui vouloir.

- Marlène Mckinnon ? dit-il en retour, un sourire amusé aux lèvres.
- Dégage, Londubat. Faut que je parle à ton copain.

Frank Londubat lance un regard désabusé à Chris, qui hausse des épaules. « Toujours aussi charmante ! » raille le gryffondor, avant de se lever pour me céder sa place. Je m'installe confortablement, puis m'empare d'un paquet de dragées qui traine sur la table.

- Eh, c'est à moi !
- Je sors d'une entrevue avec Dumbledore, je commence, ouvrant le paquet avec mes dents. J'ai besoin d'un coéquipier pour la deuxième tâche du tournoi. Ce sera une course d'endurance. Non, d’obstacle. Ou bien les deux.

Je fronce les sourcils, essayant de me remémorer le blabla de Dumbledore. J'ai pas tout suivie... ce ne serait pas plutôt une course de balais ? Les yeux de Chris doublent de volume, et il me fixe, aussi excité qu'un gamin la veille de Noël.

- Tu veux que je t'aide à trouver un équipier ?
- Oh, mais il est tout trouvé !

Son sourire s'efface peu à peu, remplacé par une expression apeurée. Je ne peux m'empêcher d'afficher un sourire sardonique, ça lui apprendra à m'avoir manipuler pour que je pose ma candidature !

- Quoi, moi ? Non... non, je ne peux pas, bredouille le jeune homme.

Je profite de son manque d'attention pour tirer vers moi les sucreries qu'il vient d'acheter. A cause de Dumbledore, je n'ai même pas eu le temps de passer chez Honeydukes pour refaire mon stock de friandises.

- Je t'explique, Kellerman : c'est toi qui m'as foutu dans ce merdier, c'est donc toi qui sera mon coéquipier. Vu ?

Chris se lève pour récupérer ses sucreries d'un geste brusque, avant de rétorquer :

- Marlène, tu ne dois pas prendre ça à la légère. Tu ne peux pas me choisir juste pour te venger, tu dois choisir un gryffondor en qui tu as confiance. Quelqu'un avec qui tu auras une réelle chance de gagner !

Nous y revoilà. Monsieur nous fait encore une petite crise de dévalorisation. Sérieusement, c'est quoi son problème ? Pourquoi il se rabaisse constamment ?

- Arrête, Chris. Tu crois vraiment que j'ai pensé à toi uniquement parce que tu m'as poussé à mettre mon nom dans la Coupe ? T'es rapide sur un balai et t'es le seul à faire des tours de terrain sans jamais être essoufflé.
- C'est vrai, je suis assez rapide sur un balai. Mais pour ce qui est des tours de terrain...

Chris s'agite sur son banc, visiblement mal à l'aise.

- J'ai horreur de ça, admet-il enfin. Je m'arrête de courir dès que James à le dos tourné. Il m'arrive aussi de me cacher derrière les gradins, histoire de tuer le temps.

Je manque de m'étouffer avec un dragée. Je n'en reviens pas ! Et dire que Potter nous vante tout le temps ses mérites ! « Prenez donc exemple sur Kellerman ! Lui, il ne se plaint jamais lorsque je vous demande de faire des tours de terrain pour garder la forme ! » Tu parles, c'est un gros feignant ce mec.

- Me regarde pas comme ça, geint-il. Toi, tu simules à chaque fois un mal de ventre !

Je me penche en avant pour lui chiper quelques nougats, et le gratifie d'un sublime sourire :

- Je n'y peux rien si j'ai des petits problèmes féminins. C'est la nature, tu sais.

- Tu espères me faire croire que la nature débarque tous les mardis et jeudis après-midi ? ricane-t-il. Me prend pas pour un débile Marlène, j'ai une grande sœur.

Je me sens un peu rougir. Bon, d'accord, Chris n'est pas le seul à éviter les tours de terrain que nous inflige notre Capitaine. D'ailleurs, j'aime assez son idée de se cacher derrière les gradins pour tuer le temps. On devrait faire ça ensemble, à l’occasion. Enfin, quand le Tournoi sera terminé, car en attendant le Quidditch est annulé ! Merci, Dumbledore.

Je comprends aussi que Chris ne souhaite pas participer au tournoi, et ne compte pas l'y forcer.

- Mais alors, qui va être mon coéquipier ? fais-je en soupirant, dépitée.

Il n'y a pas d'urgence, la deuxième tâche n'est pas pour tout de suite, mais je veux régler ça le plus rapidement possible. Chris scanne des yeux la table des Gryffondor.

- Pourquoi pas... James Potter ?
- Arrête de fumer les plantes de Chourave, Chris ! je le sermonne en grimaçant.
- Attends, réfléchis deux secondes ! Lui aussi est très rapide sur un balai. En fait, c'est même le plus rapide de notre équipe, tu ne peux pas le nier.

Devant mon silence, Chris ajoute :

- James est un vrai athlète et la compétition ne lui fait pas peur.

Je lâche un soupir, agacée par ce retournement de situation.

Le binoclard n'est pas seulement un athlète, c'est un acharné de sport. Paraît qu'il fait cent pompes chaque matin. A jeun. Qui peut bien avoir envie de faire subir ce genre de torture à son corps ? je vais vous le dire, moi : un fou. Sans compter qu'il fait son jogging avec Sirius Black chaque samedi et dimanche matin. Ouais, le dimanche aussi ! Le jour du Seigneur, bordel. Imaginons une seconde que James Potter soit mon coéquipier. Ce serait un véritable tyran. Il m'obligerait à courir. A soulever des poids. Et... Oh mon dieu ! Il serait bien capable de surveiller mon alimentation.

- Ouais, peut-être, je réponds à contre cœur. Mais il est tellement.... Potter ! Le connaissant, il va sûrement jouer les petits chefs, comme il a l'habitude de le faire pendant nos entraînements.

Chris me fixe sévèrement en fronçant les sourcils, l'air de penser que mon avis importe peu.

- Marlène, la seule question que tu dois te poser, c'est : est-ce que je veux vraiment remporter ce tournoi ?

Je fais la moue. Évidemment, que je veux remporter ce maudit Tournoi. Et malheureusement pour moi, Kellerman a raison : James Potter est le candidat idéal.

- Tu devrais aller lui demander, dit Chris en me souriant.

Je sais, oui. Je me lève avec peine et me dirige vers le Maraudeur, quand une élève me rentre dedans, aussi violemment qu'un cognard reçu en pleine tronche.

- Tu peux pas faire gaffe ?! je hurle à moitié, courroucée.
- Excuse-moi, pardon ! Je ne t'avais pas vue, couine-t-elle en rougissant.

Ses yeux, comme ses cheveux, sont d'un noir profond. Je me fige net, et ma bouche s'ouvre sous l'effet de la stupéfaction. C'est elle. C'est cette fille, celle de ma vision.

La suicidaire !




End Notes:
Voilà, j’espère que ça vous a plu ! Petit aperçu des 2 prochains Chapitres :

- James et la suicidaire se feront harcelés par une certaine blonde mal coiffée xD
- Sirius sera présent dans les deux chapitres.
- L'une des visions de Marlène va se réaliser.

A bientôt !
Jalea.
Am stram gram by jalea
Author's Notes:
Bonsoir ! :)

Et non, vous ne rêvez pas, c'est bien le chapitre suivant xD Pour une fois, c'est du rapide ! J’espère que ça vous plaira et encore merci pour vos reviews :D

Bonne lecture.
Chapitre 15 : Am stram gram.






- Potter, je peux te parler une seconde ?

Je retiens un soupir. Il faut que vous sachiez que je déteste demander de l'aide. A qui que ce soit. C'est très difficile pour moi d'admettre que j'ai besoin de James Potter, mais c'est la réalité. Je triture mes mains nerveusement, sous son regard interrogateur. J'ai essayé de lui parler en privée toute la matinée, sans y parvenir. Les autres Marauchieurs le suivent comme son ombre !

- Voilà... la deuxième tâche aura lieu le dix-huit Janvier et, hum...

C'est franchement agaçant de devoir lui demander ça devant Remus Lupin, mais je n'ai guère le choix. James Potter n'est jamais seul, il est constamment entouré. Je fais abstraction de Lupin, et poursuit :

- Je vais avoir besoin d'un coéquipier. Je me demandais si tu serais partant pour m'assister, dis-je très vite.

Potter reste silencieux pendant un bon moment.

- Moi ?

Non, le pape.

- Ouais, je grommelle.
- J'en sais trop rien, Marlène. Ça consiste en quoi, exactement ?
- Ce sera une course d'obstacle alliée à de l'endurance... un truc dans le genre, fais-je en soupirant.

« Alors, c'est oui ou non ? » je résiste à l'envie de lui balancer. Pourquoi semble-t-il si hésitant ? Je pensais qu'il sauterait sur l'occasion, lui qui adore attirer l'attention. Potter se tourne soudain vers Lupin :

- T'en penses quoi, Remus ?

Les deux amis se lancent dans une conversation silencieuse.

- T'es sérieux, là ? Ok, je te laisse en discuter avec ton conseiller en image ! je m'exclame, perdant patience.

Non, mais je rêve. Je ne vais tout de même pas supplier James Potter d'être mon coéquipier ! Il y a des tas de garçons qui serait véritablement honorés de me seconder ! Eric Doyle m'a proposé ses services pas plus tard que ce matin, et bien que je le trouve un peu dissipé lorsqu'il joue au Quidditch, j'envisage sérieusement d'accepter sa proposition.

Surtout qu'il m'a offert cinq Chocogrenouilles en toute amitié et non pas pour influencer ma décision.


******



James Potter doit absolument être mon coéquipier.

Je l'ai vu piquer un sprint digne d'un coureur olympique pour arriver à l'heure au cours de McGonagall. Il a doublé Eric Doyle sans la moindre difficulté; ce dernier était aussi essoufflé qu'un vieillard en déambulateur. Cela m'énerve de l'avouer, mais le binoclard est un grand sportif. Il est rapide, agile et infatigable. Ce qui n'est pas mon cas ! Cette course d'obstacle m'épuise rien que d'y penser.

Je n'aime pas briser les rêves et espoirs de mes camarades, alors j'ai préféré envoyer une lettre de refus à Doyle. Un courrier type, du genre :

Cher Eric,

Je suis au regret de de t'informer que ta candidature n'a pas été retenue.

Sois cependant assuré que cette décision ne met pas en cause tes qualités personnelles ou intellectuelles.

C'est pourquoi, sauf désaccord de ta part, je conserve tes Chocogrenouilles afin de pouvoir te recontacter si un poste correspondant à ton profil venait à se libérer dans le Tournoi.

Sois gentil et agrée, s'il te plait, l'expression de mes salutations distinguées.



Eric était un peu déçu, mais compréhensif. Kiara m'a tout de même forcé à lui rendre ses Chocogrenouilles, prétextant que je n'avais pas le droit d'accepter de pots-de-vin. J'ai omis de lui dire que j'en avais déjà englouti trois.

En fin de matinée, Potter est venu me voir pour me donner sa réponse. Un NON catégorique. Il était soi-disant flatté que j'ai pensé à lui, mais bien trop occupé. Il faut le comprendre ! Le pauvre chéri à un planning de Ministre depuis qu'il est Préfet-et-Chef. Il a plein de choses inintéressantes et ennuyantes à faire. Mettez-vous à sa place deux secondes : rien que pour se coiffer comme un épouvantail ambulant, ça lui prend des heures. Je lui ai lancé un simple : « Pas de problème, tu n'as pas besoin de te justifier ! » mais c'était surtout pour mettre fin à son monologue; je me fous complètement de son emploi du temps.

Pour le moment, j'ignore comment convaincre James Potter d'être mon coéquipier, alors je décide de mettre la deuxième tâche en stand by. J'ai également une suicidaire sur le feu à qui je dois faire entendre raison. J'ai déjà un inventaire de phrases toutes faites pour la dissuader de faire le grand saut (j'ai eu le temps d'y penser pendant le cours d'Histoire de la Magie). Voici quelques unes de mes préférés :

" Se jeter dans le vide n'est pas la solution, Machine. Imagine un peu que, dans ta chute, tu tombes sur un élève ? "

" Trucmuche, je t'en prie ! Pense aux gens qui t'aimes. Ta famille. Ton chat, ton chien, ton hibou ou ton crapaud. "

" S'il te plaît, Bidule, ne fais pas ça. Le suicide est un acte purement égoïste. "


Suffit de remplacer les "machines" et "bidules" par son prénom, et le tour est joué. Ce qui me fait penser que j'ignore toujours son nom, à la suicidaire. Il est grand temps de faire les présentations ! Je la cherche du regard dans la grande Salle; je sais qu'elle est dans la maison Poufsouffle. Mes yeux s'arrêtent sur une jeune fille à la chevelure d'un noir de jais. Ah, la voilà !

J'essaie de marcher de façon nonchalante mais en l'approchant, j'ai les jambes qui flageolent. Je n'ai fait que l'apercevoir dans ma vision, mais je me souviens parfaitement de son visage empli de détresse et des larmes qui ruisselaient sur ses joues.

- Salut ! Je m’appelle Marlène.

Je m'installe à sa gauche et lui adresse un grand sourire. La Poufsouffle se tourne vers moi, l'air de ne pas en revenir.

- Oui, je... je sais qui tu es. bredouille cette dernière, les sourcils froncés.
- Et toi, ton prénom c'est ?
- Esmera. répond-t-elle, dubitative.
- Très jolie.

Esmera. Ça me fait penser à une princesse de conte Moldu. Un silence gênant s'installe, alors j'en profite pour déjeuner sur place. La Poufsouffle me regarde, effarée, pendant que je me sers un plat de pommes de terres sautés.

- Je suis dé-désolée de t'avoir bousculé, la dernière fois.

Je lève la tête dans sa direction, surprise. Elle s'est recroquevillé sur elle-même, comme si elle craignait que je ne la frappe. Bah, dis-donc, je suis si effrayante que ça ?

- Oh, c'est oublié ! fais-je en riant, tu es en quelle année, au fait ?
- Cinquième.
- A l'année des Buses... je suis passé par là, moi aussi.

C'était pas une partie de plaisir. Quand je pense que les Aspics approchent, ça me déprime.

- Tu, hum... pourquoi es-tu là ? Tu as besoin de quelque chose ? me demande timidement la brune.
- Non, du tout. Je venais juste te dire bonjour, faire connaissance, tout ça.
- Mais... pourquoi ?

Parce que j'ai eu une vision de toi dans laquelle tu te suicidais. Je cherche un truc à dire de plus banal, quand Todd Harper s'arrête à ma hauteur, les yeux ronds comme des soucoupes.

- McKinnon ? Qu'est-ce que tu fais là ?
- Salut, Harper. Il n'y a plus de tarte à la mélasse chez les gryffondor. Tu connais Esmera ? j'enchaîne aussitôt.
- Non. Salut ! lance-t-il joyeusement.

Harper s'installe face à nous, tout sourire, et fait un signe de la main à ses amis pour qu'ils nous rejoignent. Terence Blake et un garçon dont le prénom m'échappe- Calvin ou Coleen, je ne sais plus- nous saluent de la tête, avant de s'assoir de chaque côté d'Harper. La petite Esmera rougit jusqu'aux oreilles. Elle ne doit pas avoir l'habitude de côtoyer des Septième année. Ou des garçons.

- Il paraît que tu as demandé à James Potter d’être ton coéquipier ?

La question de Todd Harper attire l'attention de tous.

- Comment tu sais ça ?
- Les nouvelles vont vite, chantonne Blake.
- Encore plus lorsqu'on est Champion, dit Calvin. Ou Coleen.

J'évite de croiser leurs regards curieux et tente une diversion :

- Tu as assisté à la première tâche, Esmera ?
- Toute l'école y a assisté, McKinnon ! s'exclame Harper d'une voix forte, même les elfes de maison !
- Hein, les elfes ? Tu dis n'importe quoi, je ricane.
- Je te jure que c'est vrai, même qu'ils me laissent des cadeaux, maintenant. Ce matin, j'ai trouvé deux chocolats sous mon oreiller.
- C'est quoi, cette blague ? Et pourquoi n'ai-je pas droit au même traitement de faveur ?
- Tu n'es que deuxième au classement, me nargue le Champion des Poufsouffle.
- Fais pas trop le malin, Harper !

Nous échangeons un sourire amusé. On est tous les deux en compétition, mais on préfère prendre ça à la rigolade. J'apprécie beaucoup Todd, il est drôle et pas prise de tête.

- Ah, Esmera ! Ça fait des heures qu'on te cherche !

Je me tourne vers cette voix, et remarque une jeune fille aux cheveux châtains, plutôt jolie, aux yeux verts soulignés par un trait de khôl. Elle est accompagnée de deux autres filles, tout aussi mignonnes.

- Moi ? dit Esmera, haussant les sourcils si haut qu'ils disparaissent sous ses cheveux.
- Oui. Ne fais pas l'idiote !

La brune pousse Esmera d'un violent coup de coude pour prendre place à côté de moi. Ma main se resserre sur ma fourchette en voyant ma petite protégée retenir un "Aïe" de douleur.

- Salut Todd, minaude la jolie brune en battant des cils. Oh, et tu es Marlène McKinnon, c'est ça ?
- C'est ça, fais-je sèchement.
- Je suis enchantée de connaître, dit-elle en me gratifiant d'un ravissant sourire.

Harper me jette un regard lourd de sous-entendu. Un sourire mauvais s'étire sur mes lèvres lorsque je comprends de quoi il retourne. Cette fille n'est pas l'amie d'Esmera. Elle s'incruste uniquement parce que Todd Harper et moi sommes là.

Que je le veuille ou non, être la Championne des Gryffondor m'a rendue populaire. Les élèves me disent bonjour, me regardent plus qu'à l’accoutumée, lancent des rumeurs à mon sujet... Je reçois même des lettres d'amour. Oui, oui ! Un deuxième année m'a demandé en mariage pas plus tard que jeudi dernier. Denis- c'est son prénom- m'a assuré que je ne manquerais de rien si j'acceptais de l'épouser. Il a huit gallions et vint-cinq mornilles en sa possession, de quoi vivre paisiblement pendant au moins... je ne sais pas moi, une demi-journée ?

- Enchantée, tu dis ? Ça durera pas longtemps.

Mon ton est cassant. Le sourire hypocrite de la brune s’efface. Elle va très vite comprendre que je ne suis pas là pour gagner un foutu concours de popularité.

- Pourquoi ça ? me demande la Poufsouffle en me toisant avec un air faussement innocent.
- Parce que j'aime pas les lèche-bottes.

Sur ce, je lui décoche mon plus beau sourire et m'en vais la tête haute, sous le regard médusé des autres élèves. Voilà, les présentations sont faites !


******



J'ai pisté James Potter toute l'après-midi, dans l'espoir qu'il change d'avis. Résultat : il me regarde maintenant comme si je sortais tout droit de l'asile. Je pense aussi avoir effrayée ma petite protégée : Esmera prend ses jambes à son cou à chaque fois qu'elle me croise dans les couloirs (six fois aujourd'hui, mais c'est normal, je l'espionnais). Je ne comprends pas. J'ai pourtant suivie les indications de Kiara à la lettre pour l'approcher de manière « amicale et conventionnelle ». Je crois que c'est loupé. Tant pis, je retenterai de lui parler plus tard !

Installée confortablement dans un fauteuil, dans un coin reculée de la salle commune, je dévisage un à un les garçons de ma classe. Il me faut un coéquipier avant les vacances de Noël, ou je risque d'y penser chaque minute de la journée. Je n'aime pas être sujette au stress, alors autant régler ça toute de suite ! Après quelques minutes d'observation intensive, je lâche un soupir à fondre l'âme; aucun Gryffondor de septième année n'arrive à la cheville de James Potter.

Bon ! Aux grands problèmes, les grands moyens :

- Am, stram, gram, pic et pic et colégram...
- Je peux savoir à quoi tu joues ?

Sirius Black se tient debout devant moi, et me dévisage d'un air interdit. Je rougis sans précisément savoir pourquoi, et je réponds niaisement :

- Moi ? A rien. Je cherche un équipier, c'est tout.
- Je suis au courant. Il paraît que James t'as dit non.

Je me renfrogne au fond de mon siège. Il est obligé de venir me narguer ? Lorsque je relève la tête pour voir son visage, je suis étonnée de ne déceler aucune trace de moqueries dans ses yeux.

- C'est à cause d'elle. grogne-t-il dans sa barbe.
- Pardon ?
- Evans ! James a peur qu'elle n'approuve pas.
- Pourquoi Lily n'approuverait-elle pas qu'il participe au Tournoi ? Et puis, je ne vois pas en quoi ça la concerne ! Ils ne sortent même pas ensemble.

Un franc sourire étire les lèvres du jeune homme. Mon estomac choisit ce moment pour faire un soubresaut.

- C'est exactement ce que je lui ai dit, sourit le brun. Et si tu mettais un peu ta fierté de côté, Mckinnon ? ajoute-t-il brusquement, en prenant un air sévère.
- Excuse-moi ? fais-je sur un ton indigné.
- Tu as besoin de James, déclare Black.
- Faux ! Il y a pleins d'autres types qui pourrait faire l'affaire ! Bour et bour et ratatam, am stram gram !

Je fixe un instant le Gryffondor que je viens de désigner du doigt, écœurée.

- Peter, chantonne le Maraudeur avec un petit rire moqueur. C'est l'un de mes meilleurs amis mais je doute qu'il fasse « l'affaire ».

Effectivement. J'ai pas envie de me trimballer ce boulet, merci bien ! Je reprends aussitôt ma chansonnette :

- Mais comme le Roi et la Reine ne le veulent pas, ça sera toi !

Black lève un sourcil perplexe en voyant mon index pointé dans sa direction. Je suis tellement désespérée que je me laisse prendre au jeu. Je l'évalue du regard un long moment, me demandant intérieurement si Sirius Black ferait un bon équipier. Bien qu'il ne pratique aucun sport, il semble bien bâti; on devine ses muscles sous sa chemise. Et puis, il à l'air d'aimer courir, il fait son jogging chaque weekend !

- Toi et moi ? Ce n'est pas une bonne idée, McKinnon. On finirait par s'entretuer, tu le sais bien.

Le chien galeux n'a pas tort, c'est à peine si on arrive à se supporter. Mon regard se pose à nouveau sur James Potter, occupé à faire une partie d’échecs avec Lupin. Mouais, il a l'air vraiment débordé, notre petit Préfet.

- S'il te plaît, James. Sans toi, je n'y arriverais pas.

Je lance un regard dédaigneux à Black, c'était censé être ma voix, ça ?

- C'est tout ce que tu as besoin de lui dire pour qu'il accepte.
- Je ne suis pas du genre à supplier ! j'objecte, croisant les bras sur ma poitrine.
- Dommage. James n'arrive pas à dire non quand on le supplie. Démonstration.

Je le suis des yeux tandis qu'il va rejoindre ses amis.

- Eh, vieux ! l'interpelle Black, j'ai oublié mon bouquin d'Histoire à la bibliothèque, tu veux bien aller le chercher pour moi ?
- Il n'y a pas écrit « larbin » sur mon front, Patmol. répond Potter du tac au tac, sans même lever la tête.

Black se tourne vers moi pour m'adresser un sourire dont lui seul a le secret, avant de s'abaisser à hauteur de son meilleur ami, le forçant à le regarder.

- S'il te plaît, Cornedrue ! gémit-il en posant une main sur son épaule. Tu sais bien que la vieille Pince me déteste, alors que toi, elle t'adore...

Intriguée, je me redresse pour guetter la réaction de Potter. Non, ne me dites pas qu'il va tomber dans le panneau ! Ce serait trop beau. Il observe un instant son meilleur ami en fronçant les sourcils. « Bon, d'accord » soupire Potter, se levant à contre cœur. J'ouvre légèrement la bouche, ébahie. Ok, je suis un brin impressionnée, là.

Je bondis de mon fauteuil pour aller voir les garçons, soudain plus enthousiaste. Lupin jette un regard réprobateur à Black :

- Tu ne pouvais pas y aller toi-même, à la bibliothèque ? On était en pleine partie d’échecs.
- C'était pour te laisser une chance de tricher, Lunard. riposte le concerné avec un clin d'œil. Tu n'as qu'à terminer la partie avec Queudver, ajoute-t-il en remarquant son air bougon.

Corne-Drue, Lunard, Queue-verte ? Mais où vont-ils chercher des surnoms aussi moches, sérieusement ? Cela ne veut strictement rien dire et ça n'a aucune consonance avec leur prénom. Tout à coup, Black pivote vers moi, me faisant légèrement sursauter. Je ne m'attendais pas à voir son visage de si près.

- C'est aussi simple que ça, McKinnon ! dit-il, en me décochant à sourire à tomber.

Malgré moi, je lui rends son sourire.

- Je ne te savais pas aussi manipulateur, Black.

Sans crier gare, le brun me détaille des pieds à la tête. Lorsque ses yeux gris pale reviennent à moi, un frisson me parcourt. Fichues hormones. « Relax, Marlène. Tu es une fille, et Sirius Black est un garçon pas trop mal. Il est tout à fait normal de ressentir de l'attirance pour un jeune homme séduisant, sans que cela n'aille plus loin. » je songe intérieurement.

- Tu serais surprise de ce dont je suis capable lorsque je veux vraiment quelque chose, lance-t-il avec un haussement de sourcils suggestif.

Ce qui n'est pas normal en revanche, c'est l'attitude de Black. Si je ne le connaissais pas (et que j'ignorais son aversion pour ma personne) je penserais qu'il flirte avec moi. Du coin de l’œil, je vois Remus Lupin se figer, un pion à la main. Il nous dévisage tous les deux, l'air de se demander s'il a bien entendu.

Je ne relève pas le probable sous-entendu, et rétorque :

- Je préfère ne pas le savoir, Patmoche.

Son sourire s’efface aussitôt, laissant place à des traits remplis de mépris. « Ne m’appelle pas comme ça ! » aboie-t-il à mon intention, tandis que je quitte la salle commune.

Ha ha, c'est trop facile de le mettre en rogne !
Escapade nocturne by jalea
Author's Notes:
Bonsoir !

Un grand MERCI à RomanEmma, kikou14789, antoinette, Maloux, ManxCat,KiaraCoper,,Meliloredon et la vache pour leur reviews au dernier chapitre !

Voilà le chapitre 16, j’espère qu'il vous plaira :)

A bientôt,
Jalea.
Chapitre 16 : Escapade nocturne.




- La vérité, Potter, c'est que tu es un sportif accompli. Aucun élève de septième année ne t'arrive à la cheville. Tu es rapide, agile, baraqué...

Je me retiens avec peine de lever les yeux au ciel. A la place, je lance un regard assassin à Sirius Black, assis à la droite de Potter. Ce petit discours, c’était son idée. Il m'a même aidé à l'écrire pendant le cours d'Histoire, pour que je n'ai pas à improviser. « Pour commencer, tu devras flatter son égo surdimensionné. James adore ça, surtout venant des filles. » m'a-t-il vivement conseillé.

- ... incroyablement puissant et musclé, je poursuis d'une voix monotone. Tu es aussi, hum...
- Oui ? minaude le binoclard, se retenant visiblement d'exploser de rire.

Ce n'est pas possible, je ne vais jamais réussir à le dire ! Je me tourne vers le clébard; il lève un pouce dans ma direction pour m'encourager. Quant à Lupin et Pettigrow, ils me dévisagent comme si j'étais complètement allumée. Et je dois vraiment l'être, pour sortir des énormités pareilles !

- Une... une vraie force de la nature. dis-je rapidement, rouge de honte.

Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour se trouver un équipier ! Black s’étrangle à moitié de rire avec son toast. Pettigrow, lui, s'esclaffe tellement que Lupin est obligé de le traîner hors de la Grande Salle pour le calmer. Je comprends (un peu trop tard) que Black s'est fichu de moi et que cette dernière phrase n'était pas nécessaire. Je tente un regard vers Potter;il a du mal à garder son sérieux, mais il fait de son mieux. Bien. Maintenant, l'heure des supplications . Je me penche vers le Préfet et pose une main sur son épaule. Je sens mes doigts se crisper sur mon bras. C'est une vraie humiliation pour moi de devoir le supplier.

Je prends mon air de Championne aux abois, puis dit d'une voix anormalement douce et plaintive :

- S'il te plaît, James. Sans toi, je n'y arriverais pas.

Potter se détourne et reste silencieux un long moment, au point que je finis par me dire qu'il ne me répondra pas. Je lance un regard interrogateur à Black, qui me sourit d'un air confiant.

- Bon, d'accord... finit-il par articuler lentement, en se massant la nuque.
- C'est vrai, tu acceptes d'être mon coéquipier ?!

Je souris franchement, et le serre brièvement dans mes bras pour le remercier. Je n'aime pas les embrassades, mais je suis tellement soulagée que ça ne me dérange pas, pour une fois. Potter me rend mon étreinte en soupirant.

- Pourquoi je sens que je vais le regretter ?
- Mais non, tu verras, ça va être sympa ! je mens, en lui donnant une tape amicale à l'épaule.

Tu m'étonnes qu'il va le regretter. Je m'empresse de rejoindre Kiara pour prendre mon petit-déjeuner, me sentant soudain plus légère.

- De rien, Mckinnon. me dit Black, sur un ton glacial. C'était un vrai plaisir de t'aider à rédiger ce devoir.

Je me tourne vers le brun, arquant un sourcil. Il semble m'en vouloir, mais je n'aie pas à me reprocher de manquer de politesse envers un type qui a pris tant de plaisir à se moquer de moi. « Une vraie force de la nature », n’importe quoi !

Je dois cependant admettre que sa technique pour manipuler James Potter à fonctionné.

- Ouais, hum... merci, Black. je marmonne, à contre cœur.



******



- Je n'ai pas eu l'occasion de te féliciter.

Je tourne vivement la tête, tandis que Severus Rogue a le nez plongé dans notre chaudron. C'est la première fois qu'il ouvre la bouche depuis le début du cours. Je commençais à croire qu'il était malade. Ou qu'il avait perdu sa langue.

- La première tâche. Tu es bien seconde au classement, non ? me rappelle-t-il froidement.
- Oh, ouais.

C'est pour ça que Rogue est aussi grognon, aujourd'hui ? Parce que le Champion des Serpentard est arrivé dernier ? Je comprends mieux son silence, maintenant. J'attrape quelques figues, mais le jeune homme me les arrache brusquement des mains.

- Je m'en occupe, dit-il sèchement.

Okay... il y en a un qui s'est levé du mauvais pied, ce matin ! Je préfère l'ignorer, ne voulant pas envenimer la situation. Si Rogue tient tellement à préparer notre potion tout seul, il n'a qu'à... et puis non, ça m'agace ! J'en ai marre de me tourner les pouces.

J'ouvre la bouche pour dire ce que je pense, mais le serpentard me devance :

- Il paraît que... (il plonge les figues dans notre chaudron) tu as demandé à James Potter d'être ton équipier ?
- Tu es bien informé, Rogue.

Je me penche au dessus du récipient pour voir où en est notre Élixir d'Euphorie; elle vire au turquoise. C'est bon signe, non ? Je lève les yeux vers Rogue, qui hausse des épaules.

- Tout le monde est au courant, ça a fait le tour du Château.
- Mon premier choix était Chris Kellerman, mais il a refusé.

J'avance la main vers notre chaudron, et reçois aussitôt une petite tape sur le dos de la main.

- Je suppose que personne d'autre n'était disponible, pour que tu choisisses Potter.

L'agressivité dans sa voix me fait hausser les sourcils. Je commence à comprendre où il veut en venir, et je n'aime pas ça.

- Non. Il m'a paru être le candidat idéal, j'avoue simplement.
- Évidemment ! marmonne le serpentard d'une voix pleine de mépris.
- Tu as un problème avec moi, Rogue ?

J'essaie de garder une voix neutre, raisonnable, car même si je n'apprécie pas Severus Rogue, il reste mon binôme de Potions.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? rétorque-t-il froidement.
- Tu ne me laisses rien faire, aujourd'hui. Je n'ai même pas le droit de m'approcher de notre chaudron.
- Parce que tu es une catastrophe ambulante !
- Et tu as l'air en colère. Plus que d'habitude, je veux dire. j'ajoute, commençant à perdre patience.

Le Serpentard se réfugie dans un mutisme maussade. Je me dis que ce n'est pas plus mal, de mettre fin à cette discussion. Je passe les dix minutes suivantes à feuilleter mon manuel de Potions, lorsqu'une voix me dérange :

- Parmi tous les élèves de ta stupide maison... il a fallu que tu choisisses Potter !

Ma stupide maison ? Je referme bruyamment mon bouquin et le jette sur la table, attirant le regard surpris du Professeur Slughorn.

- Je peux savoir en quoi ça te concerne, Rogue ? je persifle, irritée.
- Il me semblait, pourtant... que tu le haïssais autant que moi ! riposte-t-il à voix basse, de manière à ce que personne d'autre ne puisse l'entendre.

Oulah, on se calme ! Haïr est un bien grand mot. Cela signifie qu'on a de la haine pour quelqu'un, qu'on lui veut du mal, qu'on l'abhorre, l’exècre de tout son être. Cela fait presque sept ans que je côtoie James Potter. Il est dans ma maison. Dans mon équipe de Quidditch. Oui, c'est vrai qu'il m'agace parfois, lorsqu'il fait son malin avec Black, mais ça s'arrête là. Potter est quelqu'un de bien, je le sais. Je ressens soudain une pointe de culpabilité. Combien de fois l'ai-je critiqué avec Rogue, le traitant de Marauchieur, de crétin, de binoclard ?

« Oui, mais tu ne le pensais pas. Tu as fait ça uniquement pour que Rogue accepte de t'aider en cours de Potions » me souffle ma voix intérieure.

Mouais, c'est pas mieux. Je devrais sans doute me sentir honteuse vis-à-vis de Rogue, mais je n'y arrive pas. Il est très doué en Potions, et j'ai beaucoup appris avec lui.

- Ben, tu t'es trompé. Je ne le déteste pas autant que toi.

Je sais que je joue sur les mots. Rogue s'en rend compte et me décoche un regard meurtrier.

- Oui... j'ai dû me tromper.

Bien que nous ne soyons pas amis, je perçois le ressentiment dans sa voix. C'est le sentiment de quelqu'un qui se sent bafoué, trahi. Ce qui signifie qu'il ne va pas en rester là, et que je ferais mieux de me chercher un autre binôme.


******



- Où vas-tu ?

Mes yeux s'écarquillent de surprise en considérant Meihui. Je n'ai pas rêvé, elle vient bien de m'adresser la parole ? Pour ne pas la mettre mal à l'aise, je fais mine de m’intéresser à un livre de Kiara, comme si c'était parfaitement anodin.

- Dans les cuisines, j'ai une petite faim.
- Fais attention, Lily est dans les parages. me prévient-elle, alors que je me dirige vers la porte.
- Merci, Miou. Je t'apporte quelque chose ?
- Non, merci.
- Et toi, Kiara ? Kiara ? j'insiste, en remarquant qu'elle dévisage Miumiu avec une insistance à faire peur.

La petite blonde est figée devant la salle de bains, sa brosse à cheveux dans la main.

- Meihui vient de parler ou j'ai des hallucinations auditives ?! me demande-t-elle à demi-voix.
- Sois naturelle, ok ? Et ne la harcèle pas de question, ou tu risques de la braquer.

Kiara hoche la tête, mais si tôt que je suis dans le couloir et que je ferme la porte derrière moi, j'entends Meihui lui dire d'une voix agacée :

- Tu vas arrêter de me regarder, à la fin ?
- Désolée ! Tu veux que j'ouvre la fenêtre, il fait un peu chaud, non ?
- Il doit faire moins cinq degrés dehors, Kiara.
- Oh ! On laisse fermé, alors. Je vais me brosser les dents ! Tu t'es brossé les dents, Meihui ? Tu veux y aller la première ? J'ai du fil dentaire et même un bain de bouche, si ça t’intéresses...

Je roule des yeux, un sourire amusé aux lèvres. J'ignore pour quelle raison Meihui s'est enfin décidé à parler, mais je sens que ça va être drôle, surtout avec Kiara !

Je descends les marches quatre à quatre. Une fois dans la salle commune, je m'étonne de trouver deux élèves encore là, assis à une table, près de la fenêtre. Craignant de les surprendre désagréablement, je fais du bruit pour annoncer ma présence. Lorsque l'un d'eux lève les yeux vers moi, je le reconnais immédiatement.

- Encore debout, Monsieur le Préfet-en-Chef ? je raille.
- McKinnon ! sursaute littéralement Potter.

Mon regard se tourne vers la jeune fille à sa gauche.

- Salut, Meadowes.

La Gryffondor passe sa main dans ses longs cheveux châtain clair, d'un geste nerveux. Potter l'imite sans même s'en apercevoir. « Quel joli duo nous avons là ! » je songe, pouffant de rire intérieurement.

Dorcas Meadowes est dans ma classe. Je n'ai jamais vraiment eu l'occasion de lui parler, mais elle semble sympathique. Je dois avouer que je suis un peu surprise de la trouver en compagnie de James Potter. Meadowes est une jeune fille calme et assez réservée. Je me retiens de ricaner devant le regard coupable qu'affichent les deux adolescents. Du calme, je ne suis pas McGonagall !

Malgré la fatigue qui se lit dans ses yeux, Meadowes me gratifie d'un sourire chaleureux :

- Bonsoir, Marlène.
- Je ne pensais trouver personne à cette heure-ci dans la salle commune. Vous faites quoi, tous les deux ?

Je jette un bref regard à ma montre; il est presque minuit. J’espère que je ne croiserais personne dans les couloirs, surtout pas un Prof ! J'ai pas envie d'avoir une retenue... et puis tant pis, j'ai trop faim ! Si je me fais choper, j'inventerai un truc, je dirais que je fais des crises de somnambulisme. Ou que je suis boulimique. Ouais, ça, c'est pas mal ! Une somnambule boulimique.

- Oh ! Je... j'avais besoin d'aide pour mon devoir de Défense et James a gentiment proposé...
- De l'aider, termine le brun. Et toi, pourquoi es-tu encore debout ?

Le Préfet m'observe d'un air réprobateur, comme si j'avais fait exprès d'interrompre leur petite séance de travail.

- Une petite faim. Je vais en cuisine. Vous voulez quelque chose ?

Les deux Gryffondor se jettent un regard en biais, effarés. Ce vrai que ce n'est pas dans mes habitudes, d'être aussi aimable. Mais James Potter à accepté d'être mon équipier, alors j'essaye d'être un minimum courtoise. Je n'ai pas envie qu'il revienne sur sa décision !

- Moi, non. C'est gentil, répond Dorcas avec un sourire.
- Et toi, James ? je minaude en battant des cils.

Vous avez vu, comme je peux être amicale ? J'ai même appelé le bigleux par son prénom.

- Rien, merci. grince-t-il.

Mon sourire s'efface peu à peu; j'ai la curieuse impression de les déranger. Surtout Potter, en fait. Ce dernier me fusille du regard et fait un signe de tête vers la porte pour me faire comprendre subtilement de m'en aller. Sympa.

- C'est vous qui voyez ! Bon... devoirs. dis-je, incertaine.

Ça ressemble plus à un rencard nocturne qu'à un rendez-vous entre camarades de classe, si vous voulez mon avis. C'est Lily qui va être contente, depuis le temps qu'elle essaye de se débarrasser de son amoureux transi ! Je m'apprête à poursuivre mon chemin, quand des bruits de pas se font entendre dans l'escalier qui mène au dortoir des garçons.

- Calme toi, Sirius. dit Remus Lupin, apparaissant en bas de l'escalier.
- Raz-la-baguette de ses ronflements ! Je vais me pieuter dans la salle commune.

Black jette rageusement son oreiller sur l'un de canapés. Il a l'air d'être tombé de son lit, avec son bas de jogging noir, son T-shirt et ses cheveux ébouriffés. Je ne l'ai jamais vu aussi négligé. Mes yeux s'écarquillent légèrement. Il est encore plus séduisant, si c'est possible. Cette constatation me met de très mauvaise humeur. Quand je pense qu'il me faut des heures de préparation, ne serait-ce que pour avoir l'air présentable, alors que ce crétin de Black, il lui suffit de tomber du lit pour être au top !

- Tiens, t'es là, James ? Je te croyais couché, s'étonne le Maraudeur, les yeux ronds. Et... Meadowes ? Salut.
- Bonsoir, McKinnon. ajoute Lupin lorsqu'il me remarque.

Un silence s'ensuit et le moment devient plus que gênant. Black pose soudain les yeux sur moi. Je me rends brusquement compte que je porte un vieux pyjama avec des petits dessins de vif d'or et de Souaffle. Ses lèvres s'étirent aussitôt en un sourire narquois. La honte. « Non, mais qu'est-ce qui te prends ? Depuis quand tu te préoccupes de ton apparence ?! » je me sermonne mentalement.

Black se tourne ensuite vers son meilleur ami et Dorcas Meadowes.

- Bizarre. Je veux dire : hey, vous faites quoi, tous les trois ? se rattrape-t-il en captant le regard de Lupin.
- Moi, je me rendais en cuisine. Quant à Potter, il aide Mead... Dorcas à faire ses devoirs.

Les sourcils du brun se froncent.

- Alors ça, c'est encore plus bizarre !
- Tais-toi, Sirius ! intervient Lupin, tu vois bien que tu les gênes...

Je lève un sourcil en voyant Potter et Meadowes se détourner l'un de l'autre, visiblement mal à l'aise. J'avais raison : c'est un rencard.

- Bon, ben nous, on remonte nous coucher. Sirius ?

Le brun s'affale de tout son long sur le canapé. Il croise les bras derrière sa tête, avant de rétorquer en souriant :

- Tu remontes tout seul, mon petit lupinou. Moi, je dors ici, cette nuit !

Le surnom fait rougir le pauvre Lupin. Il grommelle quelque chose d'incompréhensible et disparaît dans les escaliers.

- Peter ronfle si fort que ça ? demande Potter en riant.
- Un vrai troll ! J'ai essayé de l'étouffer dans son sommeil, mais Remus m'en a empêché.

Oh non, pourquoi ? Pour une fois que cet abruti avait une bonne idée.

- Et bien, bonne nuit tout le monde ! dis-je en me précipitant vers la sortie.
- Bonne nuit, lancent Potter et Dorcas d'une même voix.
- Vous inquiétez pas, je vais me faire tout petit ! leur dit Black en tapotant son oreiller, vous ne m'entendrais même pas... Oh fait, Mckinnon ! aboie-t-il littéralement, lorsque que je le dépasse.
- Quoi ? je vocifère, sur la défensive.

Ses yeux gris ma parcourent à nouveau, des pieds à la tête. Contre mon gré, je sens mes joues devenir écarlates.

- Chouette, le pyjama ! ricane-t-il. Si tu vas en cuisine, tu peux m'apporter un sandwich ?
- La seule chose que j'accepte de t'apporter c'est des croquettes, Patmoche ! je riposte du tac au tac.

Je regrette immédiatement mes paroles. Qu'est-ce qui m'a pris de dire ça devant Dorcas Meadowes ?! Je me mordille la lèvre inférieure, me sentant un peu coupable, tandis que les deux Maraudeurs me fusillent du regard.

- Des... croquettes ? répète-t-elle, interloquée.
- Ha ha ! Mckinnon adore blaguer, elle a un humour bien a elle ! s'exclame Potter en me faisant les gros yeux.
- Ouais, je suis mort de rire. ironise le bellâtre, m’assassinant du regard.

La tension qui règne devient pesante, alors je m'empresse de quitter la salle commune. Une fois à l’extérieur, je lâche un soupir de de soulagement. Soupir qui se transforme en râle lorsque Sirius Black apparaît subitement derrière moi :

- Attends, je viens avec toi !
- Et puis, quoi, encore ? Tire-toi de là, j'ordonne.
- Seulement si tu acceptes de m'apporter un sandwich.

Je me dresse devant lui, le toisant de toute ma hauteur. Non, mais pour qui il me prend, sa boniche ? Son sourire charmeur me donne envie de le boxer; Black est tellement imbu de lui-même qu'il croit qu'aucune fille ne peut lui résister ! D'accord, il n'a pas entièrement tort. Je vous parie que certaines adoreraient lui donner la becquée !

Je pèse rapidement le pour et le contre : sois j'accepte que Black m'accompagne en cuisine, sois je lui fais son foutu sandwich. Le choix est vite fait !

- D'accord ! Tu le veux à quoi, ton sandwich ? je grogne, retenant un juron.

Du coin de l'œil, j'aperçois la grosse Dame nous épier. Elle fait semblant de dormir. Je le sais, parce qu'elle ronfle aussi fort qu'un vieux tracteur. Le Maraudeur me sourit d'un air triomphant.

- Fais-moi la surprise. répond-il, une lueur d'amusement dans les yeux.
- Compte sur moi !

Pour être surpris, il va être surpris. Je vais lui préparer un truc infâme, de quoi lui flanquer la nausée ! Je plaque une main sur son torse pour le repousser et le forcer à retourner dans la salle commune. A ce contact, un frisson me parcourt mais je refuse d'y accorder la moindre importance. Une fois Sirius Black parti, je me tourne vers la Grosse Dame.

Cette dernière paraît scandalisée, et exprime sa désapprobation par une mimique assez expressive :

- Vous n'allez tout de même pas lui faire son sandwich, pas vous ? Pas la Championne de ma maison, non, elle ne s'abaisserait pas à cela ! Même pour les beaux yeux d'un jeune ho...
- Oh, la ferme ! je l'interromps brutalement, roulant des yeux.

Je me détourne et me dirige vers l'Escalier principal, à pas de loup. Je marche aussi vite que je le peux. A plusieurs reprises, je sursaute en croyant entendre un bruit, mais c'est juste le vent. Alors que j'atteins la porte donnant sur le sous-sol, je remarque la silhouette d'un homme dans le Hall. Je fronce les sourcils, perplexe. Ce n'est pas un Professeur, ni un élève, c'est certain !

- Hey, là ! Qui êtes-vous ?

L'homme pivote dans ma direction, lentement. Il porte une cagoule noire sur la tête. Je me fige net, et m'interroge sur ses intentions. Ce n'est quand même pas un... un Mangemort ? Quelque chose me dit que non, l'inconnu semble être là pour une raison bien précise. Peut-être qu'il est venu chercher de la bouffe, lui aussi ?

La silhouette sombre s'approche et m'observe longuement.

- Où est-elle ? me demande-t-il, d'une voix grave et menaçante.

Par reflex, je regarde ses avant-bras; les manches de sa veste en cuir sont relevés. Je ne voix aucune marque ou tatouage, si ce n'est une petite brûlure en forme d'étoile sur le dos de son poignet gauche. Je le fixe droit dans les yeux, rassurée que ce ne soit un pas un allié de Voldemort.

- Pourquoi portez-vous cette cagoule ? Et comment êtes-vous arrivé là ? je le questionne, intriguée.

C'est peut-être un cambrioleur ? Ou alors, ce type est invité à une soirée sado-masochiste. Je ne vois pas d'autre explication à son déguisement de bourreau.

- La voyante ! Dis-moi où elle se trouve ! assène-t-il, brandissant sa baguette magique dans ma direction.

Il... il cherche une voyante ? Ma bouche devient sèche. Je sens mon cœur battre dans mes oreilles lorsque je prends conscience que cet homme est là pour moi, et qu'il va essayer de me tuer. J'ordonne à mes pieds de bouger, mais ils refusent. Je reste immobile, comme une statue de pierre. Un éclair jaillit, et je me protège la tête avec mes mains.

La dernière réflexion que je me fais avant de sombrer, c'est que les blondes sont toujours les premières à se faire tuer, dans les mauvais films d'horreur.

J'aurais dû suivre mon instinct et me teindre en brune.
Coup de chance by jalea
Author's Notes:
Bonjour !

Voici le chapitre 17, j’espère qu'il vous plaira :)

Un grand MERCI à SumiShann, SayWhen, Kiliwatch, Kiara Coper, RomanEmma, Mama78, Sara1125, Sleipnir, momo27, marlyse, Meliloredon, Enneaj_reinuas et bouzibouzi pour leurs reviews au dernier chapitre !

Bonne lecture,
Jalea.
Chapitre 17 : Coup de chance.





- Soyez rassurée, Miss Mckinnon. Nous ferons tout pour découvrir l'identité de l'homme qui a porté atteinte à votre vie, affirme Dumbledore.

C'est marrant, j'ai une impression de déjà-vu. J'évite soigneusement tout contact visuel avec qui que ce soit, et garde la tête baissée, fixant le bout de mes pantoufles aux oreilles de lapins. Je me dis mentalement qu'elles sont inappropriées- tout comme mon vieux pyjama- mais en relevant les yeux je prends conscience que le Directeur porte une robe de nuit de flanelle rose.

- Merci, Professeur. dis-je d'une voix étouffée.

Je ne comprends toujours pas ce qui vient de m'arriver. Un type m'a agressée parce que je suis une voyante. Enfin, je crois. Je n'ai pas vraiment eu le temps de le questionner; je suis tombée dans les vapes au premier sort lancé. Je me suis réveillée à l'infirmerie avec un horrible mal de crâne. J'ai eu plus de peur que de mal, mais Madame Pomfresh a insisté pour que j'en parle au Professeur Dumbledore. Je lui ai donc raconté toute l'histoire, en omettant bien entendu quelques détails.

- Retournez tous les trois à vos dortoirs, ordonne le Professeur McGonagall d'un ton anormalement doux.

Ah, je vais enfin pouvoir quitter ce bureau ! Je me lève un peu rapidement et m'empresse de me diriger vers la sortie, Lily et James sur mes talons.

- Tu n'as pas à t'en faire, Marlène. me dit Potter, une fois que nous sommes dans le couloir.
- Rusard et le Professeur Tempton ont vérifié les lieux, poursuit Lily d'une voix qui se veut assurée.

Rusard et Tempton ?Je me retiens de pouffer de rire. Les deux Préfets se postent de chaque côté de moi, comme s'ils étaient mes gardes du corps.

- Je ne m'en fais pas. je réponds, sérieuse.
- Tu as dû être terriblement effrayée...
- Pas vraiment.

Lily et James s'arrêtent de marcher pour me dévisager d'un drôle d'air. Et merde ! C'est le moment de l’interrogatoire.

- Tu penses que c'était un Mangemort ? me demande le binoclard, tout de go.
- Non.
- Un cambrioleur, alors ? enchaîne la rousse.
- Non plus.
- Tu as le temps de voir son visage ?
- Il t'a dit quelque chose ?

Je me dirige vers les escaliers. Les deux Gryffondors me suivent de près, en me bombardant de questions :

- Es-tu certaine que ce n'était pas un Mangemort ?
- Et ta baguette ?
- Tu n'avais pas ta baguette sur toi ? insiste Lily, les yeux ronds comme des gallions.

Je lâche un soupir. J'ai déjà répondu à cela, plusieurs fois. Et j'ai la sensation qu'ils sont en train de me juger. Je ne le supporte pas. « Non, non et encore NON ! » je m'écris, me tournant brusquement dans leur direction. Non, je n'ai pas vu son visage. Il portait une cagoule ! Non, je n'avais pas ma baguette magique. Je suis une sorcière tête en l'air ! Les deux Préfets échangent un regard... inquiet ?

- Excuse-nous, Marlène.
- On ne voulait pas te contrarier, murmure Lily, rougissant à vue d'oeil.
- Oui, c'est juste que... tu nous as fait peur, bredouille Potter.

Un silence lourd s'installe, tandis qu'on s'engouffre dans la salle commune. La pièce est vide, seul crépite le bois dans la cheminée. Leur sollicitude me touche, mais cela me met également mal à l'aise. Généralement les émotions, les relations, ce n'est pas mon truc.

- Je... je vais bien.

J'esquisse un petit sourire pour les rassurer, mais je ne suis pas certaine du résultat.

- Oh fait, c'est vous deux qui m'avez trouvé et emmené à l'infirmerie ?
- Non, c'est Sirius. Ne te voyant pas revenir, il est allé te chercher.
- Il ne manquait plus que ça. je grince entre mes dents.

Pourquoi, mais pourquoi a-t-il fallu que Sirius Black vienne à mon secours ? Parmi tous les garçons de ce Château ! Je vais en entendre parler pendant des mois. Je vois déjà son petit sourire au coin, son air goguenard... il ne manquera pas une occasion de me rappeler son acte d’héroïsme.

- Je le remercierai de ta part, raille Potter.

Pff, comme si Black avait besoin de remerciements ! Je vous parie qu'il a déjà envoyé une carte à tous les élèves de Poudlard pour s'auto-congratuler, et les encourager à avoir une pensée pour lui en cette nuit historique.


******



La nouvelle s'est répandue comme une trainée de poudre : Marlène McKinnon s'est fait agresser la nuit dernière. Chacun y va de son petit commentaire, en concluant sans cesse que : « La pauvre, c'était sûrement un Mangemort. Elle a une chance incroyable d'être encore en vie. Sirius Black a été très courageux, c'est bien un Gryffondor ! » et patati et patata. Un tissu de conneries. Le bonhomme n'était pas un foutu Mangemort et Black ne m'a pas sauvé la vie; il n'a même pas confronté mon agresseur !

Je perds définitivement patience lorsque deux élèves de Serdaigle (que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam) s'arrêtent à ma hauteur pour prendre de mes nouvelles. Je lève les yeux de mon assiette pour les fusiller du regard.

- Oui, ÇA VA ! Arrêtez de me demander si je vais bien, bordel !

On me jette quelques regards surpris. Il faut que je me calme. Je me sers un verre de jus de citrouille, ignorant Kiara, qui me dévisage d'un air inquiet. Quelqu'un se racle la gorge derrière moi. Je me retourne et découvre une femme brune au chignon parfaitement tiré et aux vêtements impeccablement soignés.

- Ma... Maman ?

Ma voix déraille. Ma mère se tient debout, devant moi, et me regarde les bras croisés. Oh là, je suis mal ! Je suis tellement surprise de la voir que je ne remarque même pas le jeune homme à sa droite.

- Là voilà, Madame Mckinnon. Elle va très bien, comme vous pouvez le constater. dit le gryffondor, sur un ton légèrement moqueur.
- Merci, jeune homme.
- Sirius Black, Madame. se présente-t-il en s'inclinant légèrement, un sourire charmeur aux lèvres.

Ma mère l'étudie du regard un petit moment, l'admirant comme s'il s'était tout à coup changé en or pur.

- Enchantée. Vous êtes un ami de ma fille ? lui demande-t-elle aussitôt, d'une voix trop enjouée à mon goût.
- NON ! je m'écris brusquement, recevant un regard réprobateur de ma génitrice.

Le Maraudeur m'adresse un clin d'œil.

- Disons que ça dépend des jours.
- Tu comptes taper l'incruste ?
- Marlène Marguerite Mckinnon !

Voilà, ça y est. Ma mère vient de signer mon arrêt de mort. A présent, tout Poudlard sait que mon deuxième prénom est Marguerite. Je me renfrogne dans mon coin, comme une petite fille.

- As-tu au moins remercié ce charmant jeune homme de t'avoir sauvé la vie ?
- Sauvé la vie ? je répète, ébahie. Il m'a seulement emmené à l'infirmerie après m'avoir trouvé inanimé dans le couloir, M'man !

Ma mère soupire en se tournant vers Black, l'air de dire : « Vous savez ce que c'est, les enfants ». Ben non, justement. Il n'en sait rien ! Pourquoi ma mère ne me prend jamais au sérieux ? J'ai tout de même dix-sept ans, je ne suis plus une gamine.

- Excusez l'impolitesse de ma fille. Je vous remercie d'avoir pris soin d'elle.

Je lève les yeux au ciel, qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre ! Le sourire du Maraudeur s'élargit, et il s'incline de nouveau devant ma mère, en un mouvement respectueux. Snobinard, va !

- Oh, mais je suis certain que Marguerite...(il se tourne vers moi pour m'adresser l'un des ses insupportables clin d'œil) en aurait fait autant pour moi. J'ai été ravi de vous rencontrer Madame Mckinnon.
- Non, pas « Madame », appelez-moi Felicia.
- Au plaisir, Felicia.

Je renifle de dédain. Ce sale cabot est un vrai lèche-bottes, ma parole ! Je lui tire la langue dès qu'il a le dos tourné, et récolte un autre regard réprobateur. Je tente de sourire pour me sortir de ce pétrin :

- Tu te souviens de ma meilleure amie Kiara, Maman ?
- Bien sûr, sourit-elle en se tournant vers la petite blonde. Comment vas-tu ma chérie ?

Malheureusement pour moi, ma technique de diversion n'a pas l'effet escompté. Ma mère tourne aussitôt la tête dans ma direction, le regard noir.

- Puis-je te dire un mot en particulier, Marlène ?

Je hoche gravement la tête, sachant pertinemment ce qui m'attend : des remontrances sévères, et des reproches concernant ma conduite. Ma mère me saisit vigoureusement le bras pour m'entraîner à l'écart. Une fois que nous sommes seules, son visage devient sérieux.

- Tu rentres à la maison avec moi. Immédiatement. m'annonce-t-elle, le ton sans appel.
- Pardon ? je bredouille, les yeux ronds.
- Tu m'as très bien entendue. Va faire ta valise, je t'attends là.

Je comprends ses raisons, mais elle exagère un tantinet, non ?

- M'man ! Je ne peux pas rentrer à la maison, enfin ! Et... et les cours ?

Elle me décoche un regard assassin. Je sais, mon argument n'a rien de crédible.

- Parce que tu te soucies de tes cours, maintenant ? riposte-t-elle, placide. Un homme t'a agressée la nuit dernière ! Tu n'es pas en sécurité dans ce Collège, poursuit-elle sur un ton grave.
- Tu sais bien qu'il ne peut rien m'arriver tant que Albus Dumbledore est là, dis-je désespérément. Je ne peux pas abandonner les cours, pas maintenant...

Ses yeux marrons se transforment en deux fentes, prêtes à attaquer. J'ai aussitôt un mouvement de recul. Malgré son petit mètre soixante, ma mère peut être très impressionnante.

- Tu ne peux pas abandonner les cours, ou le Tournoi des Quatre Maisons ? vocifère-t-elle.

Elle relève le menton plus haut encore, le regard voilé par la colère. Je voûte les épaules et me fais plus petite que je ne suis. je sens naître un sentiment de culpabilité qui me semble ridicule. Je n'ai rien fait de mal, après tout ! Si ce n'est oublier de mentionner à mes parents ma nomination au Tournoi...

- Quand je pense que c'est ta tante qui m'a appris la nouvelle ! Même ton frère n'était pas au courant. Nous sommes ta famille et tu nous laisses tous les trois dans l'ignorance !

Je me triture les mains, tout en cherchant un moyen d'apaiser ma mère. Pour la consoler, je lui explique que je n'ai rien dit a Griselda, et qu'elle a su que je participais au Tournoi par le Professeur Slughorn.

J'ai droit à un nouveau regard assassin.

- Je suis désolée. je marmonne, relevant la tête. Écoute, il ne reste que deux semaines avant les vacances de Noël. Tout ira bien, je te le promets.

Elle arque un sourcil perplexe à la vue de mon air de chien battu. Maman ouvre la bouche pour dire quelque chose, mais se ravise. Dumbledore vient de faire son apparition, la preuve que Merlin tout puissant existe !

- Bonjour, Madame Mckinnon. Albus Dumbledore, le Directeur. Je vous ai envoyé un hibou tôt ce matin pour vous informer de la situation. Il était inutile de vous déplacer, chère madame.

Ma mère fixe de longues secondes la main tendue de Dumbledore, avant de consentir à la serrer. Il faut dire que la tenue du Directeur est plutôt farfelue. Il porte une robe vaporeuse bleu ciel à motifs étoilés, dont la taille est soulignée par un foulard en soie violet. Pour rappel, ma mère est une Moldue. Elle n'a pas l'habitude de voir des hommes accoutrés de la sorte.

- Je voulais m'assurer que ma fille allait bien, dit-elle en se pinçant les lèvres.

Elle semble se retenir de rire, c'est à peine si elle arrive à regarder Dumbledore dans les yeux. Je ne le crois pas ! Maman, qui est d'ordinaire si sérieuse... faudra que je raconte ça à Papa et Andrew !

- Bien sûr, je comprends. répond Dumbledore, d'une voix si veloutée, que cela adoucie instantanément ma mère.

Je fixe mon regard sur le vieux sorcier, espérant qu'il puisse lire dans mon esprit : « Elle veut me retirer de Poudlard ! Faite quelque chose ! » mais je doute que cela fonctionne, car Dumbledore me regarde en fronçant les sourcils, l'air de se demander si j'ai besoin d'aller au petit coin.

- Puis-je vous présenter ces deux Messieurs ? énonce-t-il en se tournant vers les hommes qui l'accompagnent. Voici Marcus Denworth et Xiphias Caldwell. Monsieur Caldwell est le Chef du département des Aurors. Sa priorité est de retrouver l'homme qui a agressé Marlène, n'est-ce pas, Xiphias ?

Je pose les yeux sur les deux types et je les reconnais immédiatement. Le plus jeune porte un costume bleu marine, agrémenté d'une chemise blanche et d'une cravate en soie. Il à l'air tout droit sorti d'un magazine de mode masculine. Je jette un regard en biais à ma mère. Oh, non. Comme si je n'avais pas assez d'ennuis comme ça !

Je reste recroquevillée dans mon coin, espérant passer inaperçue.

- Accepteriez-vous que nous posions quelques questions à votre fille ? demande à ma mère l'homme à la barbe grisonnante. En votre présence, naturellement.

Lorsqu'il se tourne vers moi, je penche la tête sur le côté, essayant de me cacher avec mes cheveux. Pas de panique, Marlène. Avec un peu de chance, il ne se souvient pas de toi.

- Dites donc, on se connaît, non ? lance-t-il dans ma direction, d'un ton bourru.

Pourquoi j'ai jamais de bol ?

- Non, pas du tout. C'est... c'est la première fois que je vous vois de ma vie, je bégaye en riant nerveusement.
- Je n’oublie jamais un visage, je vous ai déjà vu quelques part. assure-t-il, me scrutant de ses yeux bleus perçants.

Ma mère ne doit pas apprécier le ton du Chef des Aurors, car elle m'entoure aussitôt d'un bras protecteur.

- Je ne vois vraiment pas où vous auriez pu rencontrer ma fille, monsieur l'Agent. claque-t-elle sèchement.
- C'est la jeune demoiselle qui est venue en aide à Mme Wenigail, Chef. Cet été, il me semble. J'avais pris sa déposition.
- Ah ? fait Dumbledore.

Le Directeur esquisse un petit sourire mystérieux, comme s'il avait déjà eu vent de cette histoire, ce qui est parfaitement impossible. Il a toujours trois coups d'avance sur les autres. C'est flippant.

Mon regard ce tourne vers le second Auror, Marcus Denworth. C'est un grand brun genre ténébreux avec d'immenses prunelles sombres. Je devrais en vouloir à mort à ce type, mais curieusement, je suis ravie qu'il se souvienne de moi. Je lui fais un petit coucou de la main et lui adresse un sourire enjôleur. Sa bouche s'étire, laissant apparaitre des fossettes au coin de ses joues.

- Mais oui ! Je me souviens de vous, maintenant ! s'exclame Mr Caldwell en pointant un doigt accusateur sur moi.

Je me détourne du bel Auror à contrecœur. Pourquoi il m'en veut, le vieux débris ?

- Qu'est-ce que c'est encore que ces sottises, Marlène ?! vocifère à voix basse ma mère.
- Oh, je t'ai pas raconté ? dis-je en feignant l'innocence incarnée. Les vacances dernières, j'ai été témoin d'une agression. Une femme a failli se faire voler son sac à main.
- Mais fort heureusement, votre fille est arrivée juste à temps, faisant fuir le voleur.

Je jette un regard meurtrier au Chef des Aurors. Non, mais de quoi je me mêle ?!

- Ouais... je... j'étais dans le coin ! Un vrai coup de chance, hein ?


******


Résultat des courses : je suis privée de sortie jusqu'à mes vingt-cinq ans, oui, mes vingt-cinq ans !

Ma mère n'aime pas les cachotteries et me l'a bien fait comprendre. A partir d'aujourd'hui, elle veut être au courant de mes moindres faits et gestes. Je dois aussi lui envoyer trois hiboux par jour si je veux rester à Poudlard. Je n'ai pas pu m'empêcher de lui faire remarquer que certains parents seraient ravis que leur fille soit aussi courageuse que moi. Elle m'a répondu- en me fusillant une énième fois du regard- que le courage et l’imprudence sont deux choses totalement différentes. Je ne sais pas si elle le pensait vraiment, ou si c'était juste pour avoir le dernier mot. Je n'ai pas osé rétorquer, elle était déjà bien assez remontée comme ça.

- Ce mec est à tomber ! je soupire, ne pouvant détacher les yeux de Marcus Denworth. Il a quel âge, d’après toi ?

Lily garde la tête baissée vers son livre. Ce n'est pas vraiment l'idée que je me faisais d'une balade dans le Parc. Mon plan était de suivre- en toute discrétion, bien sûr- le Professeur Dumbledore et les deux Aurors.

- Je n'en sais rien. La vingtaine ?
- Tu ne l'as même pas regardé, je la sermonne en ronchonnant.

La rousse consent à lever les yeux, lâchant un soupir à fondre l'âme.

- Voilà, je l'ai regardé. Contente ?

J’émets un claquement de langue agacé. Elle n'est pas drôle. Une bouffée de vent frais me fait frissonner, et je resserre mon écharpe autour de mon cou. Pourquoi Dumbledore leur fait-il visiter le Parc, hein ? Il n'y a rien à voir ! En remarquant ma meilleure amie au loin, je lui fais de grands signes de la main, m'agitant dans tous les sens. Le banc tremble sous mon poids, ce qui fait râler la Préfète.

- Par ici, Kiara ! je m'exclame en me poussant pour lui faire une petite place. Tu le trouves comment ? j'enchaîne presque aussitôt.

La petite blonde fronce les sourcils d'interrogation.

- Qui donc ?
- Dumbledore, j'ironise.
- Oh ! fait-elle en se tournant vers le vieil homme. Il est très en beauté, aujourd'hui. répond-t-elle sérieusement, il s'est offert une nouvelle robe ?

Je roule des yeux. Oui, on sait tous que le Directeur est une fashionista ! Lily pouffe de rire, sans pour autant abandonner sa lecture.

- Je te parle de l'Auror à côté de lui !
- Ah bon, rit la blonde, fixant son regard sur le Chef des Aurors. Il est un peu âgé, non ?

Je regarde tour à tour Lily et Kiara. Comment peuvent-elles rester indifférentes face à un homme pareil ?

- Vous êtes désespérantes, toutes les deux !
- En tout cas, l'autre Auror- le plus-jeune- est vraiment charmant. dit Kiara, l'air soudain rêveur.
- Charmant ? je répète avec incrédulité. Tu sais qui est charmant, Kiara ? Chris Kellerman. Tu sais qui d'autre est charmant ? James Potter. Lui, il est pas charmant ! C'est un Adonis.

En général, je ne cours pas après les garçons, mais là, je suis prête à faire une exception. Faut que je trouve un plan pour le coincer, avant qu'une autre fille ne lui mette le grappin dessus. Lily lève enfin le regard de son manuel d'Histoire. Elle fronce son petit nez couvert de tâches de rousseur.

- Je ne dirais pas de James Potter qu'il est charmant. intervient-elle, ne semblant avoir retenue que cette partie. Ce matin, il a fait une blague horrible aux Serpentard. Je pensais qu'il s'était assagi, mais de toute évidence, je me suis fourvoyée.
- Fourvoyée, je l'imite en grimaçant.

C'est quoi ce langage de vieux, sérieux ?

- Cela veut dire...
- Je sais ce que ça veut dire. je la coupe, piquée au vif.

C'est Kiara qui l'a contaminé, j'en suis sûre. Elle lui a bourré le crane avec ces expressions chelou.

- En tout cas, moi, je le trouve à tomber.
- Oui... oui, j'admets qu'il est très... vraiment...

La rouquine rougit légèrement, à court de mot.

- Beau comme un Dieu ? je propose, parée d'un grand sourire.
- Tu sais à qui il me fait penser ? élude-t-elle, à Sirius Black.

L'entente de ce nom me fait grincer des dents. Ce n'est pas possible, c'est une hallucination auditive !

- Mais ma pauvre Lily, tu divagues complètement ! je m'esclaffe en lui donnant une bourrade dans le dos, qui la propulse en avant. Faut arrêter la sniffette en cours de Potions ! j'ajoute, entre deux hoquets de rire.
- Elle n'a pas tort, dit Kiara en dardant son regard sur le jeune homme. Je leur trouve une certaine ressemblance.

Mon rire se coince aussitôt dans ma gorge. Interloquée, je dévisage mes amies un long moment. Quand on a des problèmes de vues, on porte une paire de binocles, par Merlin !

- Non, ils n'ont rien avoir ! j'affirme avec conviction. Les cheveux de Marcus sont bruns, pas noirs. Il est plus grand, plus intelligent...
- Qu'est-ce que tu en sais ? me coupe Lily, partageant un regard amusé avec Kiara.
- C'est un Auror ! Et il a des fossettes.

Black n'a pas de fossettes, que je sache. Non, il a juste des yeux gris très expressifs et une eau de toilette enivrante qui vous donne le tournis et... qu'est-ce que je raconte, moi ?! Marcus, Marcus, Marcus !

- Ça recommence. soupire la blonde en m'étudiant de ses grands yeux bleus.
- Quoi ?
- Je te connais, Marlène. Tu es ma meilleure amie.
- Et alors ?
- Tu vas en faire une obsession.

Ouais, il y a des chances. Je suis déjà entrain d'élaborer dans ma tête tout un tas de scénarios pour me retrouver seule avec l'homme de mes rêves.

- Et puis viendra le moment où tu te lasseras. Comme avec Evan Thomson.
- Je l'avais complètement oublié, celui-là. Que s'est-il passé entre vous ? me demande Lily.
- Oh... ça n'a pas collé. je réponds, évasive.

Je me tortille sur le banc, me dévissant la tête pour tenter d’apercevoir le séduisant Auror. Bien qu'il l'ignore totalement, Marcus Denworth est mon futur petit copain. Et peut-être bien le futur père de mes mioches.

- Parce qu'elle s'est lassée ! insiste Kiara, levant les yeux au ciel.

Je lui jette un regard noir. Ce n'est pas vrai ! Si nous avons rompu, avec Evan, c'est parce que... parce que... bon, je ne me souviens plus de la raison de notre rupture. Mais ça n'était pas due à ma lassitude ! L'arrivée de Mary et Alice met fin à notre discussion, ce qui n'est pas pour me déplaire. Je sais bien que ma vie amoureuse est loin d'être une exemple, il est inutile d'enfoncer le clou.

- Dites donc, les filles, vous avez vu ce bourreau des cœurs, là bas, avec Dumbledore ? s'enquiert Alice, souriant de toutes ces dents.
- Je crois que toutes les femmes du Château l'ont remarqué, tu sais. observe Mary, sans pour autant détourner le regard du jeune homme.

Eh, là, je suis prem's ! C'est moi qui l'ai vu la première.

- Vous savez à qui il me fait penser ? dit Alice, plissant les yeux.
- Oui, on sait. répond Lily en me jetant un regard en biais.
- Si tu dis Sirius Black..., je la préviens d'un air menaçant.
- Non, je pensais plutôt à ce joueur de Quidditch, Bart Endricks. Mais maintenant que tu le dis, c'est vrai qu'ils se ressemblent...

Je me lève d'un bond, furieuse. C'est n'importe quoi, à se demander ce qu'elles ont toutes sniffé ! Marcus Denworth et Sirius Black ne se ressemblent pas physiquement, ils sont à l'opposé l'un de l'autre. Les filles me regardent d'un air à la fois étonné et dubitatif.

- Bande de fumeuses de ganja ! je hurle littéralement, avant de tourner les talons.

« C'est quoi de la ganja ? » j'entends demander Alice derrière mon dos. Un fin sourire étire mes lèvres. Pour une fois que je peux étaler mes connaissances, je ne vais pas me priver ! Je reviens aussitôt sur mes pas. Notre Préfète-en-Chef ouvre la bouche, déjà prête à répondre, mais je la devance :

- Il s'agit d'une drogue Moldu. C'est une autre appellation du cannabis, composé de feuilles de chanvre séchées.

Sur ces derniers mots, je me détourne et m'éloigne la tête haute, sans prêter attention a mes camarades qui me crient de revenir. Je n'ai plus aucune envie de parler des garçons. En plus, Chris m'attend pour faire une partie de bataille explosive. En remontant le Parc, j'ai le malheur de croiser les Maraudeurs, et plus précisément Sirius Black. Je sens monter une énorme bouffée de colère en voyant son sourire suffisant. Si il croit que je vais le remercier de m'avoir emmené à l'infirmerie la nuit dernière, il se fourre ma baguette dans l’œil !

- Non, mais c'est pas vrai, ça ! Pourquoi tu es partout ?! je m’exclame, ennuyée par sa simple présence.

Son sourire se mue en rictus moqueur.

- Qu'est-ce qui t’arrive, Marguerite ? Tu nous pètes une durite ?

Voilà que ce crétin se lance dans les rimes.

- Crève, Black ! je rétorque en haussant le ton.

Du côté de mon épaule droite, j'entends un toussotement embarrassé. Je tourne la tête et je vois le beau, l’irrésistible Auror. Mon ventre se tord quelques secondes et mes joues deviennent cramoisies.

- Si vous voulez bien me suivre, Miss Mckinnon. Monsieur Caldwell et moi-même allons procéder à votre audition.

Moi qui espérais faire une bonne impression... c'est loupé !
L'interrogatoire by jalea
Author's Notes:
Bonjour !

Voici le chapitre 18, j’espère qu'il vous plaira :)

Un grand MERCI à RomanEmma, momo27, Maloux, griffindor daughter, la vache, Yukistoires, kikou14789, Fishypi, lilysbooks et KiaraCoper pour leur review au dernier chapitre =D

Bonne lecture,
Jalea.
Chapitre 18 : L'interrogatoire.





- Donc, pour résumer...

Le Chef des Aurors plante son regard bleu acier dans le mien. J'ai beau tenter de prendre ma voix la plus innocente, je sens bien qu'il ne me croit pas vraiment.

- Nous avons affaire à un homme cagoulé.

Je hoche sagement la tête.

- Vous ne voyez rien d'autre, c'est sûr ? Aucun signe distinctif ? insiste-t-il d'un ton bourru.
- Laissez-moi réfléchir...

Je fais mine de me concentrer, mais en vérité, je repense à la vision que je viens d'avoir il y a quelques minutes : une futur discussion entre Griselda et moi. Ma tante a des informations sur mon agresseur. Cet homme... il en avait après moi parce que je suis une voyante. Je ne suis plus vraiment certaine de vouloir qu'on le retrouve. Ne pouvant soutenir le regard du vieil Auror plus longtemps, je me détourne.

- Son bonnet était noir et... ses vêtements aussi.
- Voilà qui réduit considérablement le champ des suspects ! ironise le sorcier, perdant patience.
- Et, hum, il avait une voix douce.

Marcus Denworth relève les yeux de son bloc notes, l'air de se demander s'il a bien entendu. Je sais bien qu'ils sont là pour m'aider, mais je suis obligée de les mener sur une fausse piste. Je n'ai aucune envie qu'ils découvrent mon secret, même si peu de sorciers croient aux voyants.

- Une voix douce ? s'étonne le vieil Auror en grimaçant.
- Ouais. Maintenant que j'y pense, ça pourrait très bien être une femme déguisée en homme.

Parfois, je m'étonne de ma facilité à raconter des bobards. Cela me vient si naturellement que c'en est presque effrayant.

- Une femme ? Il y a encore une seconde, vous étiez persuadé qu'il s'agissait d'un homme !

Marcus Denworth toussote pour dissimuler son envie de rire. Je gratifie le bellâtre d'un sublime sourire, avant de tourner la tête.

- Je ne suis sûre de rien, hein. Et il est inutile de me crier dessus, Monsieur le Chef des Aurors !
- Mon nom est Monsieur Caldwell, jeune fille ! me reprend-t-il sèchement.
- Et le mien c'est « va te faire cuire une bouse de dragon ». je grommelle.

Je croise les bras sur ma poitrine, agitant nerveusement mon pied sous la table. Je commence à en avoir ras le bol de toutes ces questions ! Caldwell arque un sourcil, l'air incrédule.

- Vous dites ?
- Que j'ai un cours de Potions. Je peux y aller ?

Il se recule sur sa chaise, et me toise un long moment sans ciller. À travers sa barbe grisonnante, je distingue une cicatrice qui lui barre sa joue gauche. Je me demande intérieurement comment il s'est blessé, si c'était pendant une mission ou non. Si ça se trouve, il s'est fait ça en tombant de sa douche, alors qu'il poussait la chansonnette. Je ris spontanément en imaginant la scène. Mr Caldwell prend une profonde inspiration, essayant d'empêcher sa colère d'exploser. Je l'agace, visiblement.

- J'ignore pourquoi vous refusez de coopérer, Miss McKinnon. poursuit-il avec calme, peut-être êtes vous effrayée ou (il se penche vers moi dans une tentative d'intimidation) que la situation vous amuse, mais...
- Ah oui, la situation m'amuse ? je répète en haussant le ton, ce sale type m'a jeté un sort !

Et j'ai finis à l'infirmerie. Alors non, la situation ne m'amuse pas, au contraire ! L’interrogatoire prend une drôle de tournure. J'ai l'impression d'être un suspect qu'on cuisine pour lui faire avouer un crime qu'il n'a pas commis.

- Je suis au courant, Mademoiselle. Mais pour je ne sais quelle raison, vous essayez de me faire croire que vous n'avez aucun souvenir de cet homme. Pourquoi ? m'interroge-t-il encore, la moustache frémissante.

Pour me sortir de cette situation, je décide d'être insolente. Ça marche à tous les coups, surtout avec les professeurs. J'affronte son regard et, je lui réponds dans un immense sourire :

- Peut-être que votre collègue devrait prendre le relais. Vous semblez... fatigué.

Je regarde Marcus d'un air aguicheur, mais mon sourire doit juste ressembler à celui d'une débile, doublée d'une folle car il fronce les sourcils, perplexe.

- Nous avons terminé ! grogne le vieil Auror dans ma direction.

Je hausse les épaules et me lève pour quitter la pièce, devenue trop étouffante. A peine ai-je le temps de franchir le seuil de la porte, que j'entends le Chef des Aurors s'exclamer :

- Cette petite a un caractère de chien !

Ma main reste posée sur la poignée et pendant un instant, j'envisage de retourner voir Monsieur Caldwell pour lui dire d'aller se faire voir. Je n'ai pas besoin de sa protection ! Mais la voix grave et bienveillante de Marcus m'arrête :

- Vous y allez un peu fort, Chef. N'oubliez pas que c'est la victime.

Mon cœur s'emballe comme celui d'une midinette : il vient de prendre ma défense, je n'ai pas rêvé ? A travers la porte entrouverte, j'entends Mr Caldwell pousser un long soupir.

- Tu as raison, Marcus. Mais elle nous cache quelque chose, j'en suis sûr.

Ça, tu peux le dire.

******


Le Chef des Aurors m'a suivi toute l'après-midi (avec autant de discrétion qu'un troupeau de trolls). Il a même interrompu le cours du Professeur McGonagall, entrant en trombe dans notre salle de classe : « J'ai encore quelques questions à poser à Miss McKinnon ». McGonagall était scandalisé. « Je vous ai déjà dit tout ce que je savais ! » ai-je braillé en retour.

Ce type est une sorte de Columbo du monde Sorcier, en beaucoup moins drôle.

Selon Dumbledore, je ne devrais pas m’inquiéter : ce n'est l'affaire que d'une ou deux semaines. Et Monsieur Caldwell à la réputation d'être un homme bourru et taciturne. J'avais remarqué, merci !

Je secoue la tête pour me vider l'esprit et pose les yeux sur la lettre destinée à ma mère.

« Maman,

Je vais bien.

Marlène.
»

Je m'apprête à la glisser dans une enveloppe, quand, me sentant observée, je jette un regard par-dessus mon épaule. Kiara me dévisage d'un air réprobateur.

- C'est si impersonnel. Marlène, enfin, tu te doutes bien que ta mère ne va pas se contenter de ces trois petits mots ?
- Alors, déjà, c'est cinq mots. Multiplié par trois hiboux par jour, cela fait quinze mots.

C'est bien suffisant, et j'obéis à ma mère, c'est le principal ! La blonde me regarde en fronçant les sourcils, tandis que j'accroche ma lettre à la patte de ma chouette.

- Vas-y, Papy.
- Papy ? ricane Kiara.
- Je vais quand même pas l'appeler Papyrus !

Mon frère a vraiment des goûts de chiottes en matière de prénoms.

- Parce que "Papy" c'est mieux ? raille la jeune fille, morte de rire.

La chouette de mon frère me toise d'un air supérieur, avant de s'envoler par la fenêtre : « Et ne te presse surtout pas pour revenir ! » je m'écris. Cette sale bête ne m'a jamais aimé. Je crois qu'elle a un complexe de supériorité, elle ne m'estime pas assez belle et intelligente pour être sa maîtresse. Maintenant que j'y pense... j'ai toujours eu un problème avec mes animaux de compagnie. Soit ils sont teigneux, soit ils se jettent dans le vide (comme mon poisson rouge).

- Attend-toi à recevoir d'autres beuglantes, m'avertit ma meilleure amie.

Beuglante ? Mes yeux s’arrondissent de stupeur. J'en ai déjà reçue une ! Je farfouille de mon côté de ma chambre, ouvrant les tiroirs de mon bureau à la recherche de l'enveloppe rouge.

- Merde !
- Ne jure pas, Marlène.
- Où est passé ma beuglante ? je geins, l'ignorant superbement.
- C'est amusant, que tu le demande. chantonne Meihui, se plantant devant moi.

Je cligne des yeux, légèrement surprise d'entendre sa voix de souris. Il est très rare que notre camarade ouvre la bouche.

- Elle m'a explosé en pleine poire ce matin-même, avant de s’autodétruire, m'explique-t-elle avec mauvaise humeur.
- Oh ! Désolée, Miou.

Je m’assois sur mon lit, soulagée. Une chance que je n'étais pas là lorsque cela s'est produit.

- Ma lettre disait quoi ? je l’interroge, vaguement intéressée.

Un fin sourire étire les lèvres de la chinoise.

- Quelque chose du genre... COMMENT SE FAIT-IL QUE JE SOIS LA DERNIÈRE AU COURANT QUE TU PARTICIPES A UN TOURNOI ? MOI, TA MÈRE ! JE T'AI PORTÉ PENDANT 9 MOIS, JE T'AI ÉDUQUÉ, HABILLÉ, NOURRI, PROTÉGÉ, POUR QUE MAINTENANT A TES 17 ANS, TU ME TRAITES COMME UNE ÉTRANGÈRE ? C'EST INTOLÉRABLE, MARLÈNE !

A la fin de sa tirade, Kiara et moi regardons Meihui, complétement sonnées. J'ignorais qu'elle était capable de dire autant de mots. Et de crier. Elle vient de me déchirer les tympans ! Kiara reste figée comme une statue; trop choquée par ce qui vient de nous arriver.

- Et si nous allions faire un tour dans le Parc, toutes les deux ? propose soudain la petite blonde, en regardant Meihui comme si elle s'était transformé en ticket gagnant de loto.
- Toutes les deux ? couine la chinoise, tu ne viens pas ? me demande-t-elle en se tournant vers moi.
- Chris m'attend pour une partie de bataille explosive. Désolée, j'ajoute, remarquant son air déconfit.
- C'est parfait ! s'exclame ma meilleure amie, les yeux brillants d'excitation. Nous pourrons ainsi papoter entre filles.

Par « papoter entre filles » comprenez : « Je vais te harceler de questions jusqu'à épuisement ». Meihui recule de quelques pas, aussi effrayée qu'un oisillon qui vient de naître.

- C'est que... j'avais prévu de voir mon amie Becca, bredouille-t-elle, cherchant une échappatoire.

Kiara ne perd pas le nord. Elle agrippe Meihui par le bras et l'entraîne de force vers la porte.

- Merveilleux ! Allons lui demander de nous accompagner... à plus tard, Marlène.
- C'est ça, amusez-vous bien !

Pauvre Meihui, je parie qu'elle regrette d'avoir ouvert la bouche. Je descends à mon tour, en pouffant de rire. Une fois arrivée dans la salle commune, James Potter me tombe littéralement dessus :

- Ah, tu es là, Marlène !
- Qu'est-ce qui se passe ?
- J'ai réfléchis...

Je lui donne une tape au bras en m'esclaffant.

- Je te félicite ! Ça ne doit pas t'arriver souvent.

Le brun sourit et remonte ses lunettes rondes sur son nez.

- Très drôle. Je pense qu'il est grand temps de nous préparer.
- Nous préparer ? Nous préparer à quoi ?

Le Préfet me dévisage un instant, comme si j'étais complètement idiote.

- A la deuxième tâche, voyons !

Je le regarde à mon tour, sceptique.

- Mais c'est dans plus d'un mois. Nous avons encore le temps.
- Encore le temps de glander, tu veux dire ? raille le jeune homme.

Bah ouais. C'est exactement ce que je veux dire.

- Écoute, reprend-t-il sérieusement, c'est toi qui a lourdement insisté pour que je te vienne en aide...
- N'exagérons rien ! je l'arrête d'un regard noir.
- J'ai pensé commencer une série d'entraînements. Voilà notre programme.

Il me tend un planning. Un foutu planning barbouillé d'encre. Il y a même une légende !

- Dix tours de Stade ? je lis, les yeux ronds. Tu ne serais pas fou ?

Il me prend pour quoi, une coureuse olympique ?!

- Il faut mettre toutes les chances de notre côté, Marlène. décrète le binoclard sur un ton Professoral. Tu veux gagner, oui ou non ?

Rha, la question piège !

- Oui, mais, l'ennui c'est que... je ne pourrais pas courir les lundis, mardis, mercredis et jeudis.

S'il croit que je vais suivre ses directives, il se fourre ma baguette dans l’œil. Je vais vite fait bien fait trouver une excuse pour me défiler. Le Préfet-en-Chef me fixe sévèrement, si bien, qu'il me rappelle Lily Evans l'espace d'un instant.

- Pourquoi ça ?
- L'horaire ne me convient pas. Après les cours, je fais toujours mes devoirs avec Kiara.

Ouh, la menteuse. Potter arque un sourcil et le coin de ses lèvres s'incurve légèrement en un petit sourire.

- Je te connais depuis presque sept ans et je ne t'ai jamais vu faire tes devoirs.

Quelle méchanceté ! Il m'arrive de me faire mes devoirs, sachez-le. A la dernière minute, certes, mais chacun vit à son rythme ! Bon, maintenant, il me faut une excuse bidon pour les vendredis.

- Et vendredi j'ai cours de, hum... Étude des Moldus !
- Tu assistes à ce cours ? s'étonne Potter.
- Ouais, même que c'est ma matière préférée. j'affirme effrontément.

Je devrais devenir conseillère professionnelle en bobards.

- Mais... ta mère est Moldue et tu vis dans un quartier Moldus. fait-il remarquer, sourcils froncés.
- Et alors ? Parce que j'ai une mère Moldue et que je vis dans un quartier remplis de Moldus, je n'ai pas le droit de suivre un cours pour étudier les Moldus ? Quel esprit étriqué, Potter !

Le Gryffondor cligne des yeux en me regardant béatement, comme si je venais de lui jeter un sort de confusion. Génial, il va peut-être oublier son planning sportif ! Malheureusement pour moi, il se reprend très vite :

- L'horaire convenu est cinq heures du matin. Tu es donc libre de faire tes devoirs et de suivre les cours que tu souhaites.

Je le regarde, les yeux exorbités.

- Cinq heures du mat' ? T'es un grand malade, ma parole ! je m'écris, attirant l'attention des autres élèves.
- Je t'attendrais dans la salle commune, poursuit le jeune homme, ignorant mes protestations.
- Tu risques d'attendre longtemps. Je déteste courir, Potter, tu le sais très bien !

J'ai droit à un autre regard sévère, digne de la vieille McGo.

- Et bien, tu vas devoir faire un effort ! Ou tu devras te trouver un autre équipier. A demain.
- Quoi ? Mais demain, c'est samedi ! je lui rappelle, tandis qu'il s'éloigne en sifflotant.

Tortionnaire !


******


Je suis lessivée.

James Potter est un véritable tyran. Nous avons couru pendant plus d'une heure, ce matin. Non-Stop. Et le pire, c'est que Sirius Black s'est joint à nous, sous sa forme de chien trisomique. Dès que Potter ne regardait pas dans sa direction, il me grognait dessus et me mordait la jambe ! Un calvaire. J'ai bien essayée la technique de Chris (me cacher derrière les gradins pour tuer le temps) mais Patmoche m'a retrouvée en moins de deux secondes et m'a littéralement trainée jusqu'à Potter. Faudrait songer à l'euthanasier, ce sac à puces !

J'étale mes jambes courbaturés sur une chaise, puis me tourne vers Griselda. Voilà plusieurs minutes qu'elle touille son thé, le regard dans le vague.

- Si tu continues comme ça, l'eau va finir par s'évaporer. dis-je pour attirer son attention.

Ma tante me détaille de longues secondes en silence, sans bouger un cil. Je déteste quand elle me regarde droit dans les yeux avec cette façon insistante de me jauger. On dirait ma mère.

- Alors, on va parler de ce bonhomme ? fais-je abruptement.
- Je n'ai aucune idée de qui cela peut être, je te l'ai déjà dit. réplique-t-elle sur le même ton.
- Bon, ça suffit ! Arrêtons de tourner autour du pot : j'ai eu une vision.

Je me réjouis de voir son visage perdre toute couleur. Griselda me demande aussitôt plus de détails concernant ma récente prémonition. Je l'envoie sur les roses, préférant garder l'avantage.

- Je sais que tu le connais, tu me l'as dit toi-même dans ma vision. Alors ? j'insiste, avec l'impression de me retrouver dans la peau du Chef des Aurors.

C'est assez déplaisant, je dois dire. Jamais je ne pourrais être Auror, je n'aime pas les interrogatoires.

- L'homme que tu as vu s'appelle Gideon. Il n'est pas seul, il appartient à un groupe.
- Quel groupe ?
- Ils se font appeler...

Petite pause pour l'effet dramatique.

- Le Temple du Ciel.
- C'est quoi, ça, une troupe d'acrobates ?

Griselda me dévisage un instant, semblant hésiter entre le rire et l'indignation. Passant une main dans ses boucles blondes en désordre, elle finit par soupirer.

- Non, Marlène. Ce sont des sorciers mal attentionnés qui recherchent des personnes aux pouvoirs exceptionnels pour servir leurs propres intérêts.

Rien que ça ! Il y a des gens qui n'ont rien à faire de leurs journées, c'est moi qui vous le dit.

- Des voyants par exemple. Mais aussi des legilimens, des métamorphomages...
- Des méta quoi ?
- Qu'est-ce qu'on vous apprend en cours de Défense contre les forces du Mal ?!
- Des trucs sur les loups-garous et... bah, c'est à peu près tout.

A peu près tout ce que j'ai retenue. Je ne suis pas très attentive en classe. Griselda roule des yeux. Je porte ma tasse de thé à mes lèvres, gardant le silence un moment.

- Sont-ils avec Voldemort ?

Si ma tante est surprise que je prononce ce nom, elle n'en montre rien. Pour moi, il n'y a que les superstitieux qui ont peur du nom de celui-qui-a-une-sale-tronche. Griselda lâche un autre soupir, le regard ailleurs.

- C'est possible. Je n'en suis pas certaine.

Je fronce les sourcils, agacée. Cette histoire n'a aucun sens !

- Mais... comment ce type cagoulé a su que j'étais une voyante ?
- Il n'en savait rien, il est tombé sur toi par hasard.
- Je ne comprends pas.

Griselda détourne les yeux, puis se lève. Elle fait semblant de ranger des livres, mais je vois bien que ça la perturbe.

- C'est moi qu'il recherche. Cela fait plusieurs mois qu'il me traque. Il a dû me voir en compagnie d'Hora... du Professeur Slughorn et penser que j'enseignais, moi aussi, à Poudlard.

Ses joues prennent une teinte rosée. Je fronce le nez de dégoût. Ma tante entretiendrait-elle une relation avec mon professeur de Potions ? Beurk. Je chasse rapidement cette idée, et me focalise sur notre problème :

- Pourquoi ? Que veut-il de toi ?

Griselda virevolte vers moi, l'air courroucé :

- N'as-tu donc rien écouté ? Il veut mon don de voyance ! Il y a des rumeurs qui disent que le Temple à la possibilité de voler les pouvoirs des sorciers.

Woah. J'ignorais même que c'était possible, voler les pouvoirs de quelqu'un.

- Comment ?
- Je n'en ai pas la moindre idée, souffle ma tante, se rasseyant.

On est bien avancé ! Je bois une autre gorgée de mon thé devenu froid, sans cesser de regarder Griselda. Il nous faut trouver un plan d'action, on ne peut pas laisser ce Gideon kidnapper des Sorciers pour sa secte de tarés !

Je repose bruyamment ma tasse sur la table, bel et bien décidée à intervenir :

- Nous allons devoir retrouver cet homme nous même, et lui demander pour quelle raison il...
- Tout cela ne te concerne en rien, Marlène. me coupe sèchement ma tante, m'observant comme si j'avais perdu la tête. Gideon en a après moi, seulement moi. Je vais m'en occuper. m'assure-t-elle, mettant fin à la discussion.

Pendant un court instant, j'envisage d'en parler à Monsieur Caldwell. Griselda à beau être une grande sorcière et une voyante, je doute sincèrement qu'elle fasse le poids contre Gideon et son groupe d'illuminés. L'ennui, c'est que je n'accorde aucune confiance au Chef des Aurors. Les voyants sont très mal vu dans le monde Magique. La plupart sont des charlatans avide d'argent, et cela m'étonnerait fort que Xiphias Caldwell me prenne au sérieux...

- Comment ? j'insiste, récoltant un regard noir.
- Cela ne te regarde pas, jeune fille. Et enlève tes pieds de ce tabouret !

J'obéis en lâchant un soupir à fondre l'âme. J'ignore pourquoi, mais je ressens le besoin de venir en aide à Griselda. Elle reste ma tante, même si j'ai du mal à la supporter. De plus, elle est la seule à comprendre ce que je vis au quotidien. Être une voyante, ça craint.

Ça craint vraiment.
Un signe de Merlin by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Voilà le chapitre 19, j’espère qu'il vous plaira (et oui, pour une fois c'est du rapide xD)

Un grand merci à bouzibouzi, la vache, SayWhen et Drachvador pour leurs reviews au dernier chapitre =D

Bonne lecture,
Jalea.
Chapitre 19 : Un signe de Merlin.




- Tu crois vraiment que c'est raisonnable, McKinnon ?

Je lève les yeux de ma part de tarte à la mélasse pour fusiller James Potter du regard. Il ne peut pas me lâcher les baskets, ne serait-ce que deux secondes ?

- Et ta tête de binoclard, elle est raisonnable ? je rétorque avec humeur.
- Marlène... me réprimande ma meilleure amie, sans daigner lever les yeux de son livre.

Ben quoi ? James Potter se prend carrément pour mon coach minceur ! Il surveille mon alimentation encore plus que ma mère, c'est dire : « Tu devrais éviter les céréales de petit déjeuner, ils apportent beaucoup trop de glucides rapides. Des sucres lents, voilà ce qu'il te faut ! »

- Je mange ce que je veux, c'est clair ?

Le jeune homme secoue la tête de droite à gauche, l'air réprobateur.

- N’oublie pas notre rendez-vous, d'accord ? lance-t-il à mon attention.

Pff, j'en ai marre de courir et de faire des pompes.

- Est-ce que Patmoche sera là ? je demande, la bouche pleine de tarte.
- Mon surnom c'est Patmol ! me corrige sèchement le concerné. Et pourquoi tu ne me poses pas directement la question ?

Je hausse les épaules avec indifférence. Je lui en veux toujours de m'avoir grogné dessus et mordu lors de notre dernière séance de footing.

- A plus tard, les gars. dit Potter en se levant.

Parce que je suis un « gars » moi, maintenant ? Sympa.

- Où vas-tu ? l'interroge son meilleur ami, curieux.

Du coin de l’œil, j'aperçois Pettigrow et Lupin interrompre leur conversation, l'air tout aussi intrigué. Les joues de Potter prennent une teinte rosée.

- J'ai promis à Dorcas de lui donner un coup de main pour son devoir d'histoire.
- Ah, cette chère Dorcas ! s'exclame Black avec ravissement, comment va-t-elle ?
- Bien. Elle est dans notre classe, je te rappelle.

Le sourire du chien galeux s'élargit.

- Ça, je le sais. Mais elle ne me parle pas autant qu'a toi, James. minaude-t-il en battant des cils.

Une vraie Diva, ma parole.

Après le départ du Préfet, l'ambiance devient vite pesante. Lupin et Pettigrow reprennent leur discussion, tandis que Black (assis en face de moi) me dévisage d'une drôle de manière. Je tente d'attirer l'attention de ma meilleure amie, en vain. Je cherche du regard Chris, Alice, Mary, ou même Meihui, mais ils ont déjà quitté la table des Gryffondor.

- Alors... depuis quand Potter donne des cours particulier ? je demande à Black, pour briser le silence qui s'est installé.

Le brun arque un sourcil, surpris que je lui adresse la parole de mon plein gré.

- Depuis qu'une certaine rouquine lui a brisé le cœur. répond-t-il aussitôt, sur le ton de l'évidence. Dorcas Meadowes est vraiment une chouette fille.

J'approuve d'un hochement de tête.

- Ouais, sûrement.
- Et très jolie, ajoute le Maraudeur en guettant ma réaction.

Là, je me sens obligée d'intervenir :

- Pas autant que Lily Evans.

Black me jette un regard mauvais. Je sais qu'il n'apprécie pas Lily- parce qu'elle a envoyé boulé son frère de cœur un nombre incalculable de fois- mais il ne peut pas nier qu'elle est magnifique ! Dorcas est mignonne, je ne dis pas le contraire. Sauf que je connais Potter, il est obnubilé par sa rouquine. Son histoire avec Meadowes va durer trois jours, pas plus.

- Dorcas est plus gentille et pas prise de tête ! Les mecs adorent ça. persiste Black, de son habituel air hautain.

J'ai pigé, tu veux le caser ton copain !

- Ils ne sortent pas encore ensemble. fais-je remarquer.

Je ne sais pas pourquoi je continue sur le sujet. La vie sentimentale de James Potter m’intéresse autant que les romans d'amour de Kiara.

- Ça ne saurait tarder.

Pour une raison qui m'échappe, j'ai le plus grand mal à soutenir l'éclat perçant de son regard. Sans que je m'y attende, le jeune homme se penche soudain vers moi, son visage à quelques centimètres du mien.

- Une fille et un garçon qui se donne rendez-vous dans la salle commune en pleine nuit... je doute que cela soit uniquement pour des devoirs. susurre-t-il d'une voix anormalement douce.

Je me recule un peu trop vite, bousculant le verre d'eau de mon voisin, ce qui me vaut un ricanement de la part de Black. Je me redresse, essayant de reprendre une contenance avant de répliquer : « Si tu le dis ». Sur ces derniers mots, je me tourne vers Kiara, dans l'espoir qu'elle abandonne la lecture de son roman intitulé : « La vie secrète des Gnomes » Bon sang, qui peut avoir envie de lire un truc pareil ? A part ma meilleure amie, j'entends.

- Kiara ! je l'interpelle enfin, exaspérée.
- Oui ? répond la blonde, le nez toujours dans son bouquin.

Je me sens mal à l'aise; je n'aime pas me retrouver "seule" avec Sirius Black. On ne s'est jamais entendu, tous les deux. Qui plus est, il a cette manie de vous fixer avec un sourire au coin... comme s'il connaissait tous vos petits secrets. J'ai horreur de ça. Je sens son regard qui me brûle la joue, mais je reste figée, les yeux rivés sur ma meilleure amie.

- Ton livre a l'air passionnant. Ça parle de quoi ?
- De la vie secrète des Gnomes. répond-t-elle sur un ton agacé.

Traduction : « Je n'ai pas envie de parler, je lis ! » J'adore Kiara, mais elle m'est vraiment d'aucune utilité.


******



C'est un signe de Merlin.

L'homme de mes rêves se trouve à seulement quelques mètres de moi ! Je saisis cette opportunité pour aller lui parler et faire plus ample connaissance. Ne sachant trop comment m'y prendre pour attirer son attention, j'utilise l'une de mes techniques de drague préférées : je me jette sur lui comme un oiseau s'abat sur sa proie. C'est un peu brutal, mais efficace.

- Bonjour, monsieur Denworth ! je chantonne, tandis qu'il me retient par les épaules, un peu hébété.
- Oh, excusez-moi, Mademoiselle McKinnon. Je ne vous avais pas vu.

Il me relâche et poursuit tranquillement son chemin dans le Hall, comme si de rien était. Quoi, c'est tout ? Je n'ai même pas le droit à un petit : « Comment allez-vous ? » Quel manque de courtoisie ! Ces Aurors n'ont vraiment aucun sens des convenances.

Loin d'être avoué vaincu, je presse le pas pour le rattraper.

- Alors... où en est votre enquête ? Vous avez des pistes ? je l'interroge, l'air de rien.

L'homme qui m'a agressé en a après ma tante. J'ai décidé de lui venir en aide, qu'elle le veuille ou non. Pour cela, je dois enquêter, moi aussi, sur le dénommé Gideon et son « Temple du Ciel ».

- Justement, j'allais voir monsieur Caldwell pour... Eh ! s'écrit soudain le jeune homme alors que je m'empare de son porte-documents. Rendez-moi cela immédiatement, c'est confidentiel !

Je l'ignore superbement, et consulte les feuillets. Marcus récupère presque aussitôt le dossier mais je réussis toutefois à grappiller quelques informations. Mon agresseur aurait été aperçu à proximité de la forêt interdite, selon le témoignage du Garde Chasse.

Mon regard se dirige vers le parc, et plus précisément, la cabane de Hagrid. Une petite visite s'impose.

- Confidentiel ? j'articule, me tournant lentement vers Marcus. Et bien, excusez-moi de vouloir en savoir plus sur l'homme qui a essayé de me tuer, monsieur l'Auror !

J'avais oublié à quel point ce type pouvait être agaçant. Et présomptueux. On dirait qu'il me prend pour une gamine, alors qu'il n'a que quelques années de plus que moi. Son regard s'adoucit tandis qu'il s'approche et pose une main sur mon bras. Les effluves de son parfum me tourmente les sens. Je plonge de nouveau les yeux dans ses prunelles sombres.

- Pardonnez-moi, Miss McKinnon. Il est tout a fait naturel de vouloir...

Quoi qu'il ait à me dire, je suis incapable de l'écouter. Je suis bien trop troublée.

Je suis cependant parfaitement consciente des jeunes filles qui se retournent sur son passage en gloussant. Je ressens un léger élan de jalousie que je réprime immédiatement. C'est à peine si je connais Marcus Denworth ! Pourquoi suis-je autant éprise d'un inconnu ? Les paroles de ma meilleure amie me reviennent aussitôt en mémoire : « Tu vas en faire une obsession. Et puis viendra le moment où tu te lasseras, comme avec Evan Thomson ». Aurait-elle raison ?

Au loin, j'aperçois une jeune fille aux cheveux d'un noir de jais. Je la reconnais tout de suite; c'est la suicidaire de ma vision. Je me rends brusquement compte que mes amourettes n'ont pas la moindre importance.

- Mais vous devez comprendre que tant que cette affaire est en cours, nous ne pouvons pas...
- J'ai étais ravie, vraiment. dis-je à Marcus, interrompant son petit monologue.

Sans plus de cérémonie, je m'élance en courant vers la jeune fille, lui tombant à moitié dessus.

- Salut, Esmera ! je m'exclame, en m'appuyant sur mes genoux pour reprendre mon souffle. Tu te souviens de moi ?

La Poufsouffle me regarde, les yeux grands écarquillés.

- Hum, oui. Tu es Marlène McKinnon, la championne des Gryffondor. Difficile de t'oublier.

Je vais prendre ça pour un compliment. Je lui souris.

- Comment vas-tu, aujourd'hui ?
- Je... ça va, merci. bredouille la brune, peu sûre d'elle.
- Les cours se passe bien ?

Cette conversation m'ennuie, mais que voulez-vous, cela fait partie du job.

- Oui. Et toi ?
- On s'en fiche ! je réponds d'un mouvement de la main. Et tes amis, tu t'entends bien avec tes amis ? Tu as un petit-copain ?
Nous n'avons jamais parlé de tes parents, ta famille... tu as des frères et sœurs ?!

On ne se lève pas un jour avec l'envie de se suicider, il y a forcément un élément déclencheur et je dois découvrir lequel. Esmera recule de quelques pas, me regardant comme si j'étais complétement cinglée. Quoi, je suis encore allée trop loin ?

- Euh, je... désolée, mais je dois y aller, j'ai cours !
- Non, attends, je veux juste t'aider ! je m’égosille, au beau milieu du couloir.

Décidément, je ne suis pas douée en relations humaines.


******



Je vais le buter.

Potter est un homme mort ! Il a le culot d'être en retard à notre séance d'entraînement alors que c'est SON idée. Aucune trace de Sirius Black non plus (ce qui n'est pas pour me déplaire). Pendant un court instant, je caresse l'idée de retrouver mon lit douillet. L'ennui, c'est que je n'ai plus sommeil du tout.

Je pousse un râle d’exaspération, avant de me diriger d'un pas énervé vers le dortoir des garçons. Vous l'aurez compris : je ne suis pas du matin ! Je ne suis pas le genre de fille qui saute au bas de son lit dès que le réveille sonne et qui est tout de suite débordante d’énergie comme un athlète dopé !

JE NE SUIS PAS JAMES POTTER.

Parée de mon plus bel ensemble de sport (un vieux jogging troué et un sweat aux couleurs de la maison Gryffondor), je tambourine à la porte des garçons en leur intimant d'ouvrir sur le champ. Sans résultat. Je tends l'oreille, ne perçoit aucun bruit de l'autre côté. C'est une blague, où sont-ils tous passés ?

La porte s'ouvre soudainement, me faisant sursauter. Je fais un bond en arrière en voyant Sirius Black torse nu, l'air à la fois ensommeillé et contrarié. Il a les cheveux tellement en pétard qu'il pourrait rivaliser avec Potter. Ne m'attendant pas à ce genre de spectacle matinal, ma respiration se bloque dans ma poitrine.

- Bordel, McKinnon ! T'as une idée de l'heure qu'il est ? grogne-t-il, le regard assassin.

Je relève les yeux vers lui et m'efforce de ne laisser apparaître aucune expression sur mon visage. Si j'ai une idée de l'heure qu'il est ? Je serre les dents, me retenant de lui foutre mon poing dans la tronche.

- Oui, Black. Il est précisément cinq heures vingt-deux du matin.
- C'est qui ? demande la voix de Lupin, provenant de la chambre.
- Personne ! aboie-t-il en retour.

Personne ?! Le Maraudeur se frotte les yeux et se redresse pour me toiser de toute sa hauteur.

- Pourquoi t'es là ?
- Parce que j'ai un entraînement avec Potter.

Il fronce les sourcils, un brin étonné.

- James dort à poing fermé. Je lui dirais que t'es passé.
- Une minute ! je l'arrête, mettant un pied dans l'embrasure pour bloquer la porte.
- Qu'est-ce que tu veux ? soupire le jeune homme, ennuyé.
- Je ne m'en irai pas sans mon équipier ! Alors sois gentil, réveille-le pour moi.

Il me considère un long moment, avant de hocher la tête à contre cœur.

- Attends-moi là.

Tsst, comme si j'avais envie d'entrer ! Je roule des yeux et patiente derrière la porte. Lorsque Black revient quelques minutes plus tard, il affiche un rictus moqueur. Il est toujours torse nu, vêtu d'un simple bas de pyjama. Je me sens vaguement honteuse de le reluquer, mais est-ce réellement de ma faute, si ce crétin est un exhibitionniste ?

- Tu t'es trompé de jour. Désolé, McKinnon.
- Quoi ?

Il me tend l'emploi du temps de Potter. Je consulte la date d'aujourd'hui et me rends compte qu'il a raison. Merde.

- Et oui, c'est généralement ce qui arrive, quand on ne sait pas lire...

Le rouge me monte aux joues.

- Ferme-là ! je vocifère.

Je m'apprête à faire demi-tour, lorsque Black m'arrête :

- Comment te sens-tu ?

Il se moque de moi, en plus.

- Comme une fille qui s'est levée à cinq heures du mat' pour rien. je rétorque, glaciale.
- Non, je veux dire...

Je me tourne vers le Marauchieur, qui devient tout à coup très sérieux. En soupirant, il se passe une main dans les cheveux.

- Depuis que tu t'es fait agressé par... ce type. Comment te sens-tu ? m'interroge-t-il une nouvelle fois.

Nos regards se croisent. Il paraît aussitôt regretter cette question. La situation devient vite gênante, et sans même m'en rendre compte, je baisse le regard, fixant le bout de mes chaussures.

- Je vais bien. dis-je simplement.
- Quand je t'ai trouvé allongée dans le hall, cette nuit là, j'ai vraiment cru que... j'ai pensé que tu étais...

Il s'interrompt brusquement, comme s'il venait de prendre conscience de ses paroles. Un frisson me parcourt la nuque. Sirius Black m'a crue morte. Pour dissiper ce moment embarrassant, je lui réponds, sur le ton de l'humour :

- T’inquiète pas pour moi, Patmoche. Je pète la forme !

Je m'attends à une répartie cinglante, mais il se contente d'afficher un sourire amical.

- Je suis content que tu ailles bien.

Je reste un instant ébahie, ne sachant comment réagir. Mon cœur s'emballe sans raison apparente.

- Vraiment ?

Je ne reconnais pas ma propre voix, petite et étranglée. Black s'approche lentement de moi. Son visage est toujours sérieux, impassible, presque dur. Il n'est pas aussi mystérieux que Remus Lupin, pourtant, j'ai du mal à le cerner. Je ne sais jamais ce qu'il pense et ce qui se passe dans sa tête.

- Vraiment. m'assure-t-il à mi-voix.

Je me recule instinctivement.

Ouais, bon. Sirius Black est content que j'aille bien, et alors ? Si la situation était inversée, moi aussi je serais heureuse qu'il ne soit pas mort. Il n'y a rien d'exceptionnel à ça. On s'insupporte, certes, mais de là à se souhaiter le pire...

- Je n'ai pas eu l'occasion de te remercier de m'avoir emmenée à l'infirmerie. Alors, hum... merci.

Voilà, cette histoire est enfin réglée. Je tourne les talons et je m'en vais. Tandis que je m'éloigne, je ne peux m’empêcher de penser à Marcus Denworth.

Il ne s'est même pas donné la peine de me demander comment j'allais.
Une visite inattendue by jalea
Author's Notes:
Bonsoir :)

Voici le chapitre 20, j’espère qu'il vous plaira ! Il est un peu court, mais je voulais poster un petit quelque chose avant de reprendre le boulot xD

A titre d’information, on arrive au milieu de l'histoire. Je pense qu'il y aura environ 35 chapitres.

Merci à tous ceux qui ont pris le temps de laisser une review au chapitre précédant :D

Bonne lecture,
Jalea.
Chapitre 20 : Une visite inattendue.





- Tu peux m'expliquer ce qu'on fait là ?

Je ne prends pas la peine de ralentir le pas, et lève les yeux au ciel.

- Moi, je suis venue voir Hagrid. Toi, je ne sais pas ce que tu fais là, Lily.
- Je t'ai suivie parce que je t'ai vu quitter le Château alors que nous avions cours ! Tu ne peux pas sécher la Botanique, Marlène ! me sermonne-t-elle pour la énième fois. Nous sommes à seulement quelques mois des Aspic !
- Et à seulement quelques jours des vacances de Noël. Détends-toi un peu, on dirait la vieille McGo.
- Le Professeur McGonagall, me corrige-t-elle machinalement. Si on se fait prendre...
- On aura probablement une retenue.

La rousse ouvre de grands yeux choqués. Elle m’agrippe le bras pour me forcer à m'arrêter.

- Je n'ai jamais eu de retenue de toute ma vie !
- Sans déconner ? j'ironise.

En voilà, une vraie surprise.

- Il est encore temps de retourner au Château, marmonne-t-elle, resserrant son écharpe autour de son cou.
- Je ne te retiens pas. je rétorque, une fois arrivée devant la cabane de Hagrid.

Ce n'est pas une visite de courtoisie, j'ai des questions précises à poser à Hagrid. Et je n'ai pas la moindre envie qu'une certaine rouquine fourre son nez dans mes affaires !

- Essayerais-tu de te débarrasser de moi ? s'offusque la jeune fille.

Je me retourne brusquement pour lui faire face, manquant de peu de lui rentrer dedans. Lily a beau être l'une de mes amies, nous avons toujours eu du mal à nous entendre. Nous sommes tellement différentes l'une de l'autre... Lily est une élève modèle. Elle veut toujours avoir le dernier mot, et son côté maternaliste me tape parfois sur les nerfs.

Mon propre grand frère n'est pas si intrusif !

- Je ne t'ai pas demandé de m'accompagner, que je sache. lui fais-je remarquer.

Je sais bien que cela part d'un bon sentiment; Lily se fait simplement du souci pour moi. Cette dernière croise les bras sur sa poitrine d'un air buté. Un fin sourire se dessine sur mes lèvres. Je sais comment la faire partir.

- Imagine un peu qu'un Professeur te voit ?

A cette simple idée, elle devient livide.

- Tu ferais mieux de retourner en cours, je te rejoins dès que possible.

« Je peux savoir ce que vous faites là, toutes les deux ? » lance une voix grave et bourru. Un homme imposant s'approche de nous. Il est vêtu d'un long manteau en peau d'ours et transporte sur son épaule de petits animaux morts.

- Bonjour, Hagrid ! dis-je joyeusement. Ce sont des furets ?

Lily se couvre le nez d'une main, la mine dégoûtée, tandis que le Garde-Chasse rougit sous son épaisse barbe hirsute.

- Oui. C'est pour nourrir... un ami à moi ! bégaie-t-il, le regard fuyant.

- Quel genre d'ami ? l'interroge la Préfète, soupçonneuse.

Sachant qu'il a une préférence pour les créatures magiques les plus dangereuses possibles, mieux vaut ne pas le savoir ! Hagrid marmonne quelque chose d'incompréhensible, avant de se tourner vers moi.

- Comment vas-tu Marlène ? J'ai appris ce qui t'étais arrivé.

J'esquisse un sourire amusé. Joli détournement de situation.

- Je vais très bien, merci. Puis-je me joindre à vous pour le thé ? Et je ne dirais pas non à quelques-uns de vos délicieux gâteaux. j'ajoute pompeusement.

Impressionnant, n'est-ce pas ? Ma nouvelle façon de parler. C'est grâce à Kiara, elle me donne des cours de politesse de savoir-vivre. Selon elle, je manque de tact, et surtout : de manières. Et c'est pour ça que je n'arrive pas à approcher Esmera, ma petite protégée.

Hagrid et Lily me dévisagent un long moment, aussi perplexe que si je venais de leur annoncer mon amour éternel pour Voldemort.

- Oui, bien sûr ! répond Hagrid en riant, cela fait un moment que je n'ai pas eu de visite. Entrez, entrez...
- Lily ne peut pas rester. dis-je immédiatement.

Cette dernière me décoche un regard meurtrier.

- Ah non ?
- Non. Oh, ce ne serait pas le professeur McGonagall, là bas ?

Je pointe du doigt un endroit au hasard, ce qui a pour effet de faire sursauter la Préfète.

- Je... je ferais mieux d'y aller.

A mon grand bonheur, Lily décide de rebrousser chemin. J'ai droit à un dernier regard réprobateur, avant qu'elle ne s'éloigne.

Hagrid m'invite à entrer, quand il se rend brusquement compte que la porte est entre-ouverte. Il m'ordonne de ne pas bouger, mais je ne résiste pas à l'envie de le suivre, et entre à mon tour. Une femme d'une quarantaine d'années se trouve déjà là, assise près de la cheminée. Comme moi, elle a le visage rond, des pommettes saillantes et des yeux bleus perçants.

Je rêve !

- Qui êtes vous ? s'enquiert Hagrid, brandissant dans sa direction un... un parapluie rose ?
- Baissez votre jouet, cher monsieur ! Je ne vous veux aucun mal, répond l'intruse.
- Qui êtes vous ? insiste Hagrid, prêt à dégainer son parapluie de petite fille.

La sorcière lâche un soupir, ennuyée.

- Allons, nous nous sommes déjà rencontrés au Village ! Vous m'avez acheté un produit contre les limaces.
- C'est ma tante Griselda, j'annonce pour dédramatiser la situation. Comment as-tu su que je serais là ?

Griselda me toise d'un air peu flatteur, l'air de dire : « Tu as vraiment besoin de me poser cette question ? » Je me retiens de me taper le front d'une main. J’oublie parfois qu'elle est aussi une voyante. Pour la bonne raison qu'elle m'a caché la vérité toute ma vie !

Hagrid consent à poser son arme (façon de parler). Il me lance un regard d'excuse et hausse un peu les épaules.

- J'ai pris la liberté de préparer le thé. Votre demeure est charmante, Rubeus. Vous permettez que je vous appelle Rubeus ?

Sans laisser à Hagrid le temps de répondre, elle ajoute :

- Tout y est si...( elle promène son regard dans la petite pièce encombré)... accessible.
- Hum, oui, merci. bredouille Hagrid, l'air un peu mal à l'aise.

Il se tient toujours debout, comme si c'était lui l'invité. Griselda à le chic pour vous mettre dans l'embarras. Son regard se pose soudain sur moi, aussi menaçant qu'un ciel d'orage.

- Tu n'es pas censée être en cours, toi ?
- J'ai une heure de libre.

Elle arque un sourcil sceptique, mais ne dit rien. Par chance, je suis une bonne menteuse. J'attends que nous soyons tous confortablement installés pour entrer dans le vif du sujet. Je laisse les "adultes" discuter un peu de la pluie et du beau temps, avant de me lancer :

- J'ai quelque chose à vous demander, Hagrid.
- Tiens dont ! grogne Griselda.

Ma tante me voit venir, je parie qu'elle a eu une vision ! Cela expliquerait sa présence ici. Pour me donner du courage, je prends un gâteau sec et le fourre dans ma bouche. Il est cramé et à un goût de suie.

- C'est à propos de l'homme qui m'a agressé...
- Je n'arrive toujours pas à le croire, souffle Hagrid. Il a dû utiliser l'un des passages secrets pour entrer dans le Château.
- C'est évident. renifle ma tante, dédaigneuse.

Je l'ignore superbement, et poursuis :

- Oui, hum... il paraît que vous l'avez vu, ce soir là.

Hagrid s'agite sur sa chaise, l'air plutôt inconfortable.

- J'ignorais à ce moment là que c'était ton agresseur...
- Lui avez-vous parlé ?
- Quelques instants. Il s'est fait passé pour un Professeur remplaçant. Il m'a demandé de lui indiquer le bureau du Professeur Dumbledore. Ensuite, il a disparu dans la forêt interdite. C'est là que j'ai compris que quelque chose clochait.
- Mieux vaut tard que jamais, cingle ma tante.

Hagrid affiche une mine affreusement coupable. Je jette un regard meurtrier à ma tante, même si je partage de son avis; Hagrid aurait pu se montrer plus méfiant. Il était tout de même près de minuit.... comme si un Professeur remplaçant pouvait avoir rendez-vous avec le Directeur à une heure pareille !

- La forêt interdite, je songe à haute voix.
- N'y pense même pas ! s'exclame Griselda, pointant un doigt boudiné dans ma direction.

Parce qu'elle peut lire dans mes pensées, maintenant ?

- Mais peut-être qu'un Centaure l'a vu et que...
- Tu envisages d'aller questionner les Centaures ? intervient à son tour Hagrid, les yeux ronds comme des gallions.
- Pourquoi pas ?
- Pour commencer, la forêt est strictement interdite aux élèves ! me rappelle-t-il sévèrement.

Je hoche la tête en prenant un air faussement contrit, mais je me connais : je ne peux pas m'empêcher de braver les interdits. Les limites ne sont pas faites pour moi, elles ne sont que des défis à relever.

- Veuillez excusez ma nièce, Rubeus. Elle n'a plus les idées claires, depuis que cet homme lui a jeté un sort.

« La pauvre petite avait déjà une rangée de cases en moins » lui glisse-t-elle à l'oreille, d'une voix parfaitement audible.

- Eh, je t'ai entendue !

C'est au tour de ma tante de m'ignorer; elle me demande- ou m'ordonne, plutôt- de retourner immédiatement au Château. Je remercie Hagrid pour le thé, puis je me lève, de mauvaise grâce.

- Encore une chose, éructe Griselda. Si j'apprends que tu as mis ne serait-ce qu'un pied dans la forêt, j'enverrai une lettre à ta mère.

Mes joues virent au cramoisi. Sa menace me terrifie, j'ai déjà bien assez d'ennuis comme ça avec ma mère !

- La forêt est dangereuse, Marlène. ajoute Hagrid, la mine grave.
- Compris. fais-je en soupirant.

J'obtempère sans discuter et me dirige vers la porte, quand il me vient une idée :

- Et vous, Hagrid ? Vous ne pourriez pas aller dans la forêt pour moi ?
- DEHORS ! hurle Griselda, aussi furieuse que si je venais de manger la dernière part de tarte.

Ça va ! Je m'en vais en claquant violemment la porte derrière moi. Peu importe, je trouverais une autre solution pour attraper ce Gideon de malheur et sa clique de dégénérés.


******


Chris Kellerman est un tricheur.

Un première année vient de me souffler à l'oreille qu'il a fait une « prise en passant », qu'il n'avait pas le droit de faire. Je me suis contenté de hocher la tête et de bouger un pion au hasard. Si Chris est un tricheur, je suis une sacrée baratineuse.

Je ne sais pas jouer aux échecs.

Je n'ai jamais compris les règles, et n'ai aucune idée de ce que je fais. J'y joue seulement parce que Chris à mit en jeu deux paquets de Chocogrenouilles.

- Alors, cette visite chez Hagrid ?

Je bouge un autre pion que je trouve laid à faire peur, avant de lever les yeux vers Kiara. Comment est-elle au courant de ça ? Oh, laissez-moi deviner : Lily Evans.

- Très instructive. je réponds, évasive.

Chris m'offre un sourire malfaisant. Pourquoi il fait cette tête, je suis entrain de perdre ?

- Vas-tu me raconter ce qui se passe ou dois-je deviner toute seule ? insiste ma meilleure amie, prenant place à ma droite.

Je saisis cette opportunité pour interrompre la partie. De toute manière, Chris va encore gagner.

- Lily t'a tout raconté, c'est ça ?

Je n'aime pas dire du mal de mes amies, mais... Evans est une vraie emmerdeuse, en ce moment.

- Tu lui as demandé de s'en aller, il paraît. Elle l'a plutôt mal prit.
- Si elle se mêlait de ses affaires, aussi ! je soupire, courroucée.

C'est vrai, quoi ! Ne dit-on pas que la curiosité est un vilain défaut ? Me sentant légèrement coupable, je décide de mettre au courant Kiara de la situation (en prenant soin de baisser la voix, Chris étant toujours dans les parages). Je lui explique que le type qui m'a agressé s'appelle Gideon, qu'il fait partie d'une secte occulte aux intentions maléfiques, et qu'il en a après ma tante Griselda.

A la fin de ma tirade, ma meilleure amie me dévisage, les yeux ronds.

- Tu n'as pas réellement l'intention de te rendre dans la forêt interdite, n'est-ce pas ?
- Bien sûr que non.

Bien sûr que si ! J'envisage d'aller voir les centaures après les vacances de Noël, le temps que cette histoire se tasse un peu, et que ma tante cesse d'épier mes moindres faits et gestes. Kiara arque un sourcil, sceptique. Elle me connait trop bien.

- Parce que je te rappelle que l'enquête est déjà menée par deux Aurors tout ce qu'il y a de plus qualifié.

Tu parles ! Monsieur Caldwell me surveille comme si j'étais le suspect numéro un, et Marcus Denworth passe plus de temps a se barbouiller le visage d'after-shave qu'autre chose. « Tu lui en veux car il ne semble pas s’intéresser à toi... » me souffle ma petite voix intérieure, avec un cynisme amer. Pff, même pas vrai !

- J'ai dit que je n'irais pas, Kiara. j'affirme effrontément.

Je ne suis pas fière de moi, mais il m'est parfois nécessaire de lui mentir pour avoir la paix. Mon regard se tourne vers les Chocogrenouilles de Chris, qui traînent négligemment sur la petite table. Elles sont terriblement tentantes, non ? Peut-être qu'il ne remarquera rien, si je n'en prends qu'une...

- Maintenant que la question est réglée peux-tu aller t'excuser auprès de Lily ?

J'oublie un instant les Chocogrenouilles et observe Kiara avec incrédulité. Non, j'ai du mal entendre.

- Pardon ?
- Tu as été plus que malpolie, ce matin. souligne-t-elle.

Elle ne va pas lâcher le morceau. Ça tombe bien, moi non plus :

- Et Lily, alors ? Elle n'a pas cessé de me faire la leçon comme si j'étais une gamine !
- Lily est Préfete-en-Chef, c'est son rôle. la défend la petite blonde.
- Un rôle qu'elle prend un peu trop a cœur, si tu veux mon avis.

Ma meilleure amie me lance un regard désapprobateur.

- Quoi ?
- Je t'en prie, Marlène : va t'excuser. En ce moment, Lily est très susceptible.
- Ah ouais ? J'avais pas remarqué. je rétorque, sarcastique.

Pas plus tard qu'hier matin, elle a pleuré comme une madeleine en cours de Métamorphose. La raison ? Sa foutue note. Lily a eu un Effort Exceptionnel, alors qu'elle s'attendait à avoir un Optimal. J'adore cette fille, mais avouons-le : elle a une grosse araignée au plafond.

- Enfin, regarde-là ! persiste Kiara, la désignant de la main.

Je me tourne vers la rousse. Elle lit dans son coin, près de la cheminée. Ses yeux sont anormalement rouges, comme si elle avait pleuré.

- Qu'est-ce qu'elle a ? Ne me dis pas que c'est à cause de moi ?

Bien que je n'ai rien à me reprocher, je ressens un petit malaise.

- Évidemment que non, me rassure Kiara. Quelque chose la tracasse. Elle refuse de m'en parler, mais Mary m'a dit qu'elle a reçu une lettre de sa sœur.
- Une lettre de Magnolia ? Je pensais qu'elle ne lui adressait plus la parole.
- Moi aussi... et sa sœur s'appelle Pétunia. me corrige la blonde.

Je roule des yeux, son prénom n'a aucune importance ! Magnolia a toujours été horrible avec sa sœur.

- Excuse-toi, Marlène. Et profites-en pour lui faire une blague ou deux...

J'ai quoi, un nez rouge au milieu de la figure ?

- Je ne suis pas un clown, Kiara. Je ne fais pas des blagues sur commande.
- Moi, j'en connais une de blague ! s'exclame subitement Chris, qui semble avoir entendu la fin de notre conversation. Eh, Evans ! lance-t-il joyeusement, tu la connais, celle-là ? C’est trois vampires qui sont dans un bar. Le premier vampire commande un verre de sang chaud. Le deuxième commande un verre de sang froid, et le troisième, un verre d’eau chaude.

Mes yeux s'écarquillent d'étonnement. Oh non... il ne va pas oser lui raconter cette histoire, tout de même ?

- Les deux autres le regardent et lui demande pourquoi...
- Lui demande pourquoi il ne garde pas ses blagues douteuses pour lui ! intervient Potter avant moi, posant une main sur l'épaule de Chris pour l'arrêter.

Ce dernier rougit légèrement. Lily toise les deux gryffondor tour à tour, de longues secondes.

- Lui demande pourquoi... ? J'aimerais bien entendre la fin de cette histoire.

Voilà autre chose ! Lily n'est clairement pas dans son assiette. James se tourne vers elle, un petit sourire au coin des lèvres.

- Crois-moi, tu ne veux pas.

La rouquine se lève d'un bond pour lui faire face. La tension est à couper au couteau. Inutile d'être devin pour prévoir ce qui va arriver : une énorme dispute. Ça faisait longtemps ! Depuis que Lily et James sont Préfets, ils se chamaillent beaucoup moins qu'avant.

- Ah oui ? Tu sais ce que je veux Potter ? Tu penses à ma place, peut-être ?

Le concerné cligne des yeux, surpris par cette soudaine agressivité.

- Non, mais...
- Alors, Kellerman ? insiste Lily, ignorant royalement le Préfet.

Chris à l'air d'un petit chat prit au piège. Il regarde désespérément autour de lui, cherchant une échappatoire. Il bredouille quelque chose comme : « James a raison, cette blague est nulle » et prétexte des devoirs à faire afin de pouvoir s'enfuir. C'est là que les choses empirent. Sirius Black, qui a assisté à ce drôle d'échange, décide d'y ajouter son grain de sel : « Qu'est-ce qui t'arrive encore, Evans ? C'est ta période du mois ? ». Quelques Gryffondor ont le malheur de ricaner, ce qui leur vaut un regard assassin de la Préfète.

- Mêle-toi de ce qui te regarde, Black !
- C'est bien ce que je disais. On est en zone rouge, les gars ! raille Black, se tournant vers les garçons de l'équipe de Quidditch.

Trois d'entre eux se bidonnent comme des demeurés.

- Arrête, Sirius. s'interpose aussitôt Potter, le regard noir.
- C'est elle qui a commencé ! se défend le brun, avec une moue de petit garçon.

Lily est rouge de colère et a les larmes aux yeux. A cet instant, elle semble si fragile, si vulnérable, que je me sens obligée d'intervenir. Elle a beau être parfois agaçante, elle reste mon amie.

- T'as quoi, deux ans d'âge mental ? je vocifère à Black. Fiche-lui la paix !
- Je suis parfaitement capable de me défendre toute seule, merci ! rétorque froidement Lily.

Oubliez ce que je viens de dire : Lily n'a rien de vulnérable. Je me mords les lèvres pour m'empêcher de riposter, et croise les bras sur ma poitrine, un peu vexée. Je voulais juste l'aider, moi.

- Tu ferais bien de baisser d'un ton, Black. le prévient-elle, d'une voix anormalement douce. Et menaçante.

Black s'approche de quelques pas, la dominant de toute sa hauteur, tandis que Potter observe la scène, l'air de se demander comment la situation a pu déraper.

- Sinon quoi ? susurre la gravure de mode, affichant un rictus insolent.

Lily lui rend son sourire. C'est un peu effrayant. Les autres élèves qui, jusque-là, commentaient l'altercation, se taisent. Silence pesant.

- Sinon, j'irais dire au Professeur McGonagall ce que tu fais les soirs de pleine lune.

La Préfète penche ensuite la tête sur le côté pour voir le visage du bellâtre se décomposer.

Black devient aussi blanc qu'un linge. Quant à Potter, il semble a deux doigts de s'évanouir. On se jette un regard en biais, avec Kiara. Il y a un truc qui nous échappe, c'est clair. Lily sait quelque chose qu'on ignore.

C'est quoi, cette histoire de pleine lune ? Cela aurait-il un rapport avec le fait que Sirius Black soit un Animagus très moche et non déclaré ?

- Tu n'oserais pas. siffle Black, ses yeux gris se rapetissant en deux fentes minces.

Lily comble la distance qui les sépare. Ils sont maintenant tellement proches que leur nez se touchent presque. C'est à se demander s'ils ne vont pas se rouler une pelle.

- Provoque-moi encore, Black. Ne serait-ce qu'une fois... et tu le regretteras !

Sur ces derniers mots, la jolie rouquine quitte la salle commune en s'en allant la tête haute. Classe, la sortie. J'ai presque envie de l'applaudir.

- Que peut bien faire Sirius Black les soirs de pleine lune ? me demande Kiara à l'oreille.

Je ne sais pas, moi. De l’exhibitionnisme ?



End Notes:
Voilà pour ce chapitre ! Si vous voulez connaître la fin de la blague de Chris, suffit de demander ;)je l'ai trouvé sur un site humoristique xD

A bientôt !
Vacances de Noël (Partie 1) by jalea
Author's Notes:
Bonsoir :)

Voici le chapitre 21, j’espère qu'il vous plaira ! Et oui, je suis rapide en ce moment xD

Un grand MERCI à kikou14789, la vache, bouzibouzi, momo27, RomanEmma et Maloux pour leur reviews au dernier chapitre !

Bonne lecture et à bientôt !
Chapitre 21 : Vacances de Noël (Partie 1)




- Comment ça, tante Griselda ne vient pas ? Elle passe toujours les fêtes de Noël chez nous !

Mes parents ne me répondent pas et échangent un regard surpris, comme s'ils se demandaient qui est cette étrangère qui se tient debout, devant eux.

- C'est bien la première fois que tu t’intéresses à ta tante, remarque ma mère.

Elle me dévisage un long moment, avant de plaquer sa main froide sur mon front.

- Non, pas de température ! se moque-t-elle.
- Dans ce cas, où va-t-elle passer Noël ?
- Probablement chez Miss Arty. répond mon père, sans détourner les yeux de la télévision.
- Bien. Tu as son adresse ?

Il abandonne son émission de sport préféré pour me fixer, yeux grands ouverts.

- Pour quelle raison veux-tu son adresse ?
- Bah, pour lui écrire. fais-je sur le ton de l'évidence.

Nouvel échange de regard incrédule.

- Tu veux écrire à ta tante Griselda ? s'étonne ma mère, me regardant comme si je venais de sortir une énormité.

Sans que je ne m'y attende, elle me saisit à la mâchoire pour me forcer à ouvrir grand la bouche.

- Quelle potion as-tu encore avalée ?!
- Un truc qui fait bien planer, apparemment ! raille mon grand frère.

Depuis que j'ai eu le malheur de tester une potion illicite que j'ai acheté au Chemin de traverse, ma mère me prend pour une junkie. Elle délire ! Je suis juste... curieuse de nature, disons.

- Je n'ai rien avalé du tout ! j'assure, me dégageant de son emprise. Je veux avoir des nouvelles de ma tante, c'est un crime ?

Sans attendre de réponse, je me dirige vers le secrétaire en bois massif. J'en sors plusieurs feuilles de parchemin, ainsi qu'une plume et un pot d'encre. « Sérieusement, qu'est-ce qui t'arrive ? » me demande Andrew, alors que je m'installe confortablement pour écrire ma lettre. Je l'ignore superbement.

Je mâchouille ma plume un petit instant, en quête d'inspiration.


Chère tante Griselda,

Papa m'a dit que tu passais les Vacances de Noël chez ton amie, une certaine Miss Arty. Je t'écris pour te faire savoir que je n'y crois pas une seule seconde. Je sais pertinemment que tu es à le recherche de Gideon. Tu ne vas donc probablement même pas recevoir cette lettre, et je me demande maintenant pourquoi je perds mon temps à l'écrire.

Si, toutefois, cette lettre te parvient, sache que je ne te pardonne pas de m'avoir mise à l'écart et menti.

Joyeux Noël,
Ta nièce qui t'adore (je blague)

Ps : N'oublie pas mon cadeau.


Je me relis avant de glisser ma lettre dans l’enveloppe. J'ai parfaitement conscience que mon attitude est inhabituelle; Papa et Andrew suivent chacun de mes gestes. Mon cœur se met à cogner dans ma poitrine lorsque la chouette de mon frère s'envole par la fenêtre. Je n'ai pas envie de l'admettre, mais... je m'inquiète pour Griselda. J’espère qu'elle va bien.

Je rejoins ensuite ma mère dans la salle à manger. Elle s'active autour de la table, comme une abeille au-dessus de sa ruche. A croire qu'on attend la Reine d’Angleterre.

- Tu as mis un couvert de trop, Maman. Tante Griselda n'est pas là.

Elle me gratifie d'un petit sourire mystérieux.

- Je le sais bien, Marlène. Nous attendons quelqu'un.
- Qui ça, Elena ?

Mon frère fait non de la tête. Il m'apprend que sa petite-amie se trouve chez ses grands-parents, en Russie. Intriguée, je me tourne à nouveau vers ma mère.

- Maman, qui as-tu invité ?
- Ton ami, me répond-t-elle en souriant.
- Kiara ?!

Je me retiens de sauter de joie et de l'embrasser.

- Non, ce n'est pas Kiara. s'excuse-t-elle d'une moue contrite. Tu sais bien que ses parents sont... très protecteurs.

Mon sourire se fane instantanément. J'avais presque oublié à quel point les parents de ma meilleure amie peuvent être stricts. Ils n'ont jamais accepté qu'elle vienne chez moi, sous prétexte que j'habite "trop loin" et dans "un quartier Moldu" (bien qu'ils n'aient aucun préjugés). Ils sont juste effrayés à l'idée de perdre de vue leur fille chérie.

- Mais alors, qui vient dîner ? je demande avec impatience.

Ce petit jeu de devinettes commence à me lasser.

- Ton autre ami. Sirius Black.

Je me fige, comme une statue de marbre. Du coin de l’œil, je vois mon grand frère pencher la tête vers nous. Il s'esclaffe si fort que mon père le dévisage en arquant un sourcil.

- Celle-là, je l'avais pas vu venir ! ricane le blond, reprenant son souffle avec difficulté.

La surprise passée, j'éclate de rire à mon tour.

- Très drôle, Maman !
- Je suis sérieuse.

Je m'arrête de rire et cligne bêtement des yeux. Je la fixe de longues minutes pour déceler une moquerie ou un brin d'ironie. Son expression demeure impassible. Il me faut prendre plusieurs profondes inspirations par le nez pour me calmer. Cela ne suffit pas.

Pour me donner une contenance, je me mets à compter dans ma tête.

Un (je prends conscience de la chose). Deux ( ma mère à invité Sirius Black !). Trois (j'explose) :

- Je n'arrive pas à croire que tu aies fait ça ! Sirius Black n'est même pas mon AMI !
- Je te prierai de baisser d'un ton, jeune fille !
- Pourquoi as-tu invité ce garçon s'il n'est pas l'ami de Marlène ? intervient mon père en fronçant les sourcils.

Ma mère lui décoche un regard qui signifie clairement que son avis importe peu. Je la suis, tandis qu'elle met les couverts en place.

- C'était la moindre des choses, ce jeune homme lui a sauvé la vie !
- Il ne lui a pas sauvé la vie, il l'a juste emmenée à l'infirmerie.
- Merci, Papa ! dis-je en me tournant vers lui, reconnaissante.

Il y a au moins une personne dans cette famille qui s’intéresse à ce que je dis.

- Je crois que je vais vomir. Je me sens mal.

Je me tiens la ventre et me tords de douleur. Ouais, je sais, j'en fais un peu trop. Mais comment vous le prendriez, vous, si votre mère invitait- sans vous consulter- un type que vous arrivez à peine à supporter ?!

- Ne sois pas si mélodramatique, Marlène. Je n'ai pas invité un troll, que je sache.

J'aurai préféré !

Cette nouvelle m'ébranle, mais j'essaie de relativiser : Si Sirius Black ramène sa fraise, je suppose que James Potter aussi. L'un ne va pas sans l'autre. Je pose aussitôt la question à mère.

- Qui donc ? me demande-t-elle distraitement.

Elle s'éloigne un peu et regarde la disposition de la table, les poings sur les hanches. Je constate qu'elle a sorti ses belles assiettes en porcelaine fine. Elle a posé un chandelier au milieu de la table et des fleurs sur la desserte. La nappe rouge est entièrement brodée à la main et les serviettes sont coordonnés. Je trouve ça suspect. Carrément louche. Maman utilise sa porcelaine uniquement pour les grandes occasions (mariages, naissances, ou enterrements).

- James Potter ! je lui rabâche dans les oreilles (la faisant grimacer). Je t'ai déjà parlé de lui, il est dans ma classe.
- Oh. Tu aurais voulu que je l'invite ?

Je me décompose peu à peu.

- James ne vient pas ? Mais... c'est mon équipier, M'man !

Elle me jette un regard interrogateur.

- Ton équipier ?
- Pour le Tournoi ! Et c'est l'un de mes meilleurs amis ! j'affirme en haussant le ton.
- Ah ouais, depuis quand ? me questionne Andrew, se levant du canapé.

Je lui lance un regard noir, le sommant de se taire.

- Depuis que je l'ai décidé, je grogne en retour.
- Je suis désolée, ma chérie. Je n'en savais rien. Parce que tu ne me racontes jamais rien...

Mes yeux s'écarquillent et ma bouche s'entrouvre.

- C'est de ma faute, maintenant ? Si tu n'as pas invité mon coéquipier, mon meilleur ami ? Mon âme sœur ?

J'enjolive un peu, mais c'est pour faire comprendre à ma mère son erreur. Et puis, quitte à choisir, je préfère mille fois passer la soirée avec Potter. « N'importe quoi ! » lâche Andrew en levant les yeux au ciel. Je lui donne un coup de poing au bras en passant devant lui, et poursuit Maman jusque dans la cuisine.

- C'est la vérité ! James Potter est plus qu'un ami, c'est le grand frère que j'aurais aimé avoir.
- Trop sympa. commente Andrew, derrière moi.

Je sursaute légèrement, tandis qu'il ouvre le réfrigérateur pour se servir un verre d'eau. Ma mère soupire, lasse de mes caprices.

- Si tu tiens tant à ce qu'il dîne avec nous, envoie-lui un hibou.
- Parfait ! J'invite tout de suite James et Black reste bien tranquillement chez lui.
- Certainement pas, me stoppe ma mère. Sirius Black est sur le point d'arriver. Tu as plutôt intérêt à te montrer polie et te tenir correctement !

Merlin de merde. J'ai envie de lui hurler des insanités et taper du pied.

- Puisque c'est comme ça, je...

Je m'interromps en voyant son air menaçant. Elle ne tolère pas le manque de respect dans sa maison. Et je ne suis pas assez stupide pour la mettre en colère.

- Tu quoi, Marlène ?
- Je vais me retirer dans ma chambre. Mais sache que ton attitude désinvolte m’indigne au plus au point, Maman.

Andrew recrache à moitié son verre d'eau. Je suis moi-même surprise par le choix de mes mots. Ça, c’est l'influence des cours de Kiara. Je ferais mieux d'arrêter les frais, avant de me mettre à parler comme une parfaite petite snobinarde. Ma mère affiche un rictus moqueur, tout comme Andrew. Je rougis de honte.

- Soit. Retirez-vous dans votre chambre, ma fille. La gouvernante vous apportera votre repas. minaude-t-elle, d'une voix haute perchée.

Je suis trop énervée pour répliquer. Je quitte la cuisine sans un regard en arrière. Alors que je m'apprête à grimper les marches quatre à quatre, je l'entends soudain s'exclamer :

« - Andrew, voulez-vous faire savoir à votre père que je le rejoins dans le salon ?
- J'y vais de ce pas, mère. Le petit ou le grand salon ?
- Soyons fou ! Dites-lui de me retrouver dans la salle de bal. »

- Arrêtez de vous moquer de moi ! je m'écris du haut des escaliers.

Pour leur montrer mon mécontentement, je vais m'enfermer dans ma chambre en claquant violemment la porte. Je m'affale sur mon lit, folle de rage. Jamais je n'aurais imaginer que Sirius Black vienne diner à la maison un jour. Même dans mes cauchemars les plus fous.


******


Quand le carillon de la porte d'entrée retentit à l'étage au dessous, je referme mon magazine d'un coup sec. Il n'y a vraiment pas moyen d'être tranquille, dans cette maison ! Des voix résonnent depuis le rez-de-chaussée, et je reconnais sans mal celle de Black. Sa voix est rauque et enjôleuse, et il s'exprime avec une distinction tout aristocratique.

- Marlène, ton ami est arrivé ! Peux-tu descendre ?

Oui, je peux descendre. L'ennui, c'est que j'en ai pas la moindre envie ! Dire que je n'ai même pas pu inviter James pour le dîner... nous n'avons qu'une seule chouette et je l'ai déjà envoyé chez Miss Arty, chose que j'avais oublié.

Je me lève à contrecœur, et lâche un soupir à fondre l'âme. Je descends les escaliers en faisant un maximum de bruit pour faire savoir à ma mère à quel point la venue de mon "ami" m'enchante. Lorsque je croise le regard de Sirius Black, ma respiration se bloque dans ma poitrine. C'est vraiment étrange de le voir là, chez moi. Le gryffondor est tiré à quatre épingles, comme toujours. Il porte un pantalon noir et un pull gris clair qui fait ressortir ses yeux. Ses cheveux noirs mi-longs, sont plaqués soigneusement en arrière. Il est trop beau, trop parfait, avec son visage sans défaut, son regard limpide couleur argent, son teint éclatant. Je comprends maintenant pourquoi toutes les filles lui courent après. Moi, je trouve cette perfection ennuyeuse. Déprimante.

« Hypocrite. Tu ne trouves pas la perfection de Marcus Denworth ennuyante, si ? » me souffle ma voix intérieure.

C'est différent ! Pour commencer, le visage de Marcus n'est pas aussi régulier. Il est plus viril, plus âgé... et contrairement à Black, il n'est pas hautain, ou arrogant.

Maman l'embrasse sur les deux joues en guise de bonsoir, mon père et Andrew lui serrent la main. Puis, vient mon tour. Je salue le jeune homme d'un bref mouvement de tête, avant de me tourner vers ma mère :

- On mange quoi ?

Son sourire se crispe légèrement, mais elle ne se démonte pas. Plutôt que de me sermonner en public, elle préfère m'incendier du regard.

- Le dîner n'est pas encore prêt. Tu pourrais faire visiter la maison à Sirius, en attendant ?
- Pourquoi ? Il va pas emménager chez nous ! je rétorque du tac au tac.

Le visage de ma mère se ferme, s'assombrit et une lueur meurtrière strie ses yeux. Je devrais faire un effort, si je ne veux pas être privée de sorties pour le restant de mes jours. J’acquiesce et me force à sourire comme une idiote. « Viens, je vais te faire visiter ! » dis-je à Black, d'une voix excessivement joyeuse. Je lui saisis violemment le bras et le pousse devant moi.

- Là, c'est le couloir de l'entrée ! j'annonce d'une voix forte. Là, c'est un placard à balais... et ici, c'est le bureau de mon père !

Dès lors que ma mère n'est plus dans notre champ de vision, je pousse le jeune homme dans le bureau et referme la porte avec précaution.

- Je peux savoir ce que tu fais là ?! je gronde littéralement.

Le gryffondor observe quelques instants la pièce dans laquelle nous nous trouvons, avant de répondre (en me regardant comme si j'étais totalement attardée) :

- Tes parents m'ont invité à dîner.
- Et alors ?

Cela n'explique pas sa présence pour autant.

- Cela aurait été malpolie de ma part de refuser. Ta mère a lourdement insisté ! ajoute-t-il en remarquant mon agacement. Que voulais-tu que je dise ?
- J'en sais rien, moi ! Quelque chose comme : « Non merci, je passe les vacances chez mon meilleur ami » ?

Son expression se fait soudain sérieuse. Grave.

- Comment tu sais ça ? vocifère-t-il à voix basse.
- Comment je sais quoi ?
- Que je passe mes vacances de Noël chez James.

Mince. Je ne suis pas censée être au courant qu'il vit chez les Potter, Lily m'a fait promettre de garder le secret. Je m'adosse contre le bureau de mon père, et tente de prendre une voix détachée :

- C'est ton meilleur ami, alors j'ai naturellement supposé que...
- J'aurais très bien pu passer Noël avec mes parents, non ? me coupe-t-il brutalement.

Il n'est pas dupe. J'ai envie de lui avouer la vérité, seulement, il serait bien capable de s'en prendre à Lily. La situation est déjà suffisamment tendue entre les deux gryffondor.

- Oui, mais il paraît que tes parents t’ont renié. On peut revenir au sujet principal ?

« Qui est que tu squattes chez moi sans raison valable ? » je songe en bouillant intérieurement. Black s'avance lentement dans ma direction, avec un air déroutant que je ne lui ai jamais vu. Pour la première fois, il m'apparaît presque... vulnérable.

- Qui t'a raconté ça ? aboie-t-il.
- Personne ! dis-je précipitamment. C'est une rumeur qui court, c'est tout.

Ce mensonge me met mal à l'aise, car même si Black n'est pas mon ami, je comprends qu'il soit en colère. A sa place, je n'aimerais pas non plus que mes histoires de famille fassent le tour de l'école. Le brun me dévisage de longues secondes. Puis, il semble se détendre et une expression amusée s'affiche sur son visage.

- Comme celle qui dit que ton deuxième prénom est Marguerite ? me nargue-t-il, d'un sourire au coin.

Son regard glisse alors de mon visage à mon corps, et sa bouche se tord en un rictus moqueur. Je déteste quand il me regarde de cette manière. D'accord, mon apparence n'est pas aussi impeccable que la sienne (je porte un vieux jean et un grand pull rayé emprunté à mon frère) mais c'est pas une raison pour jouer les divas !

J'ouvre la bouche pour dire à ce crétin d'aller se faire voir, mais il me prend de vitesse :

- Tu me fais visiter le reste de la maison ? J'ai hâte de voir à quoi ressemble ta chambre.

Quoi ? Pourquoi il veut voir ma chambre ?!
Les vacances de Noël (partie 2) by jalea
Author's Notes:
Bonjour,

Voici le chapitre 22, j’espère qu'il vous plaira ! Il sera entièrement consacré à Sirius et Marlène :)

Un grand MERCI à : Moorwen, UranusMarie, Kiliwatch bouzibouzi, SayWhen, Maloux, herry, et lavache, pour leur review au dernier chapitre !

Bonne lecture,
Jalea.
Chapitre 22 : Les vacances de Noël (partie 2)





Il y a un garçon dans ma chambre.

Il a l'air tout droit sorti d'un fantasme, avec ses cheveux sombres, ses yeux brillants, et son petit côté faussement rebelle. Si ce n'était qu'un rêve, je lui foutrais mon poing dans la tronche, à ce garçon. Car il touche à toutes mes affaires, sans même demander la permission. Malheureusement, c'est la réalité et il se trouve que Sirius Black est mon invité (V'là que je me lance dans les rimes).

- Ta chambre est encore plus bordélique que je ne l'imaginais, McKinnon.

Je croise les bras sur ma poitrine, agacée.

- Je ne dirais pas ça.
- Ah non ? fait-il en arquant un sourcil.
- Non. Tu ne comprends pas l'organisation, c'est tout.

Ma chambre est parfaitement rangée, à ma manière. Tenez, cette serviette qui traîne sur le sol, par exemple. Cela fait des jours que ma mère me tanne pour que je la ramasse. Et bien, cette serviette, elle est à sa juste place : devant la porte de ma salle de bain. Ainsi, lorsque je sors de la douche, je m’essuie les pieds dessus et m'en sers ensuite comme serpillère pour nettoyer la pièce. C'est multifonction.

- Et que faut-il comprendre ? A part que tu aimes la crasse et le bazar ? raille le clébard, me gratifiant d'un sourire en coin.

Je lâche un soupir, tandis qu'il poursuit l'exploration de ma chambre. Il s'arrête devant mon bureau et saisit l'une des photos qui se trouve là.

- Qui est-ce ? m'interroge-t-il, sans détacher son regard du portrait.

J'y jette un bref coup d'oeil, de plus en plus ennuyée. Qu'est-ce qui m'a pris de faire entrer Sirius Black dans ma chambre ?

- C'est ma voisine, Kendra Jenkil.

Cette photo remonte à au moins deux ans. Je me souviens de cette journée, on s'était prélassé au soleil pendant des heures. En la revoyant, je me retiens de pouffer de rire : je lui avais fait des oreilles de lapin en douce.

Kendra est une chouette fille, mais une voisine plutôt envahissante. Elle me pose toujours des questions sur mes amis, mon école, les endroits que je fréquente... des questions auxquelles je ne peux évidemment pas répondre. Je la trouve néanmoins très drôle, et ne peux pas me passer d'elle pendant mes vacances. Oh, Merlin. Je viens de me souvenir que sa chambre se trouve juste en face de la mienne. Si elle a le malheur de m'apercevoir en compagnie d'un garçon, elle va me harceler et vouloir le rencontrer ! Prise de panique, je tire aussitôt les rideaux.

Je me tourne ensuite vers Black, qui me demande pourquoi la photo ne bouge pas. Il secoue le cadre comme un débile. Je ricane.

- Kendra est une Moldue, on se connait depuis le bac à sable.

Pourquoi je me mets à lui raconter ma vie ? Sûrement pour essayer de dissiper mon malaise; c'est la première fois qu'un mec envahit autant mon espace personnel.

- Le bac à quoi ?
- Peu importe ! je soupire. On ferait mieux de redescendre, le dîner doit être prêt.
- Je n'ai pas entendu ta mère nous appeler.

Black à le culot de s'affaler sur mon lit et de tapoter mon oreiller. Il attrape ensuite l'un de mes magazines pour le feuilleter. Il semble parfaitement dans son élément, comme s'il 'était venue ici des millions de fois. Non, mais je rêve ! Combien de chambres de filles a-t-il visité, hein ? Pour se sentir aussi à l'aise chez moi ?

Laissez tomber. Je ne veux pas le savoir.

- Ça ne t'ennuie pas que je m’asseye sur ton lit, j’espère ? fait-il mine de s’inquiéter.

Je me contente de le toiser d'un œil mauvais. A quel jeu joue-t-il, sérieusement ? Je l'observe un moment, sans trop savoir quoi faire. Dois-je lui demander poliment de « virer ses fesses de mon pieu » ? Ou me contenter de l'admirer tel un prince sur son trône ? Ma mère pencherait sans doute pour la deuxième solution.

- Qu'est-ce que tu fais là, Black ?
- Ta mère m'a invité à diner. répète-t-il inlassablement.

Je lui arrache le magazine des mains pour avoir toute son attention.

- Pourquoi avoir accepté ? On n'est pas amis, tous les deux !
- Je suis au courant. Disons juste que... j’espère changer ça.

Mes yeux s'arrondissent de stupeur.

- Tu veux devenir mon ami ?
- Non. répond-t-il instantanément.

Je fronce les sourcils, perdue. Cet idiot me fait tourner en bourrique.

- Mais tu viens de dire que...
- Cela ne m'a pas échappé, tu sais. me coupe-t-il en se levant. James et toi.

Quoi, comment ça, James et moi ?

Le Gryffondor se rapproche de quelques pas, me dominant de toute sa hauteur. Il est plus grand que moi. Je me suis déjà faite cette réflexion, et ça m'agace. Pourquoi je remarque ce genre de choses ? « Parce que tu complexes sur ta taille, grande gigue. Pas étonnant que tu t’intéresses aux hommes plus âgés, leur croissance est terminé ! » Je fais mentalement taire cette maudite voix intérieure, et dévisage longuement Black.

Pour une raison qui m'échappe, il paraît m'en vouloir.

- Vous vous êtes rapproché, tous les deux.

Mes sourcils sont tellement froncés que je suis sûre qu'ils ne font plus qu'un.

- Euh, oui, peut-être. Il est mon coéquipier pour le Tournoi, non ?

Les yeux du brun se rapetissent. Il me rappelle vaguement ma mère, lorsqu'elle tente de discerner mes mensonges.

- Il est plus que ton équipier, rétorque-t-il d'un ton accusateur. Je vous vois souvent discuter ensemble. Jouer ensemble.

Je détourne les yeux pour chercher dans ma mémoire les instants que j'ai pu passé avec Potter. Sommes-nous si proches que Patmoche le prétend ? J'en ai pas l'impression. Je crois même passer plus de temps avec Chris Kellerman.

- Tu veux dire, comme... quand on joue au Quidditch ? je demande bêtement, sans pouvoir retenir une grimace dubitative.

Je vois sa mâchoire se crisper.

- Ne fais pas semblant de ne pas comprendre !

Je me sens perdre mon sang froid. Je lui réponds (en hurlant à moitié) que je ne fais pas semblant, que je ne vois vraiment pas où il veut en venir. La plupart du temps, je ne comprends rien à ce qui se passe sous cet amas de cheveux soyeux. Black fourre ses mains dans les poches de son pantalon, ce qui lui donne encore plus l'air d'une gravure de mode. Je l'imagine sans mal poser pour la collection Automne-Hiver. Il s'approche encore d'un pas, presque menaçant. Les effluves de son parfum me donne légèrement le tournis. Je dois y être allergique.

- Très bien, je vais te le dire : James est devenu ton ami.

Je hausse les épaules.

- Ouais, peut-être. Et alors ?
- Alors, il s'avère que James est mon meilleur ami. Et il aimerait qu'on s'entende, tous les deux.

Cette conversation devient de plus en plus étrange.

- C'est lui qui te l'a dit ? je l’interroge, perplexe.

Le jeune homme retrouve son habituel air hautain.

- Il n'a pas eu besoin de me le dire, c'est mon meilleur ami ! s'emporte-t-il, me fixant de ses yeux gris.

Je réfléchis un court instant à ses paroles, puis ça fait "tilt" dans ma tête : Sirius Black est JALOUX. Et pas qu'un peu ! Je laisse échapper un ricanement moqueur.

- T'en fais pas, Patmoche ! fais-je en riant.

Je lui assène un coup de poing au bras. Son regard glisse sur son épaule, là où je l'ai touché. Puis, il relève les yeux vers moi, l'air à la fois surpris et... déçu ?

- Je ne vais pas essayer de te voler James, si c'est ce qui t’inquiète. Je te l'emprunte, et je te le rends dès que la deuxième tâche est finie. Ça te va ?

Les joues de Black virent au rouge. Mon sourire s'élargit; c'est tellement facile de le taquiner, de le mettre en rogne !

Puis, ses épaules se relâchent et il esquisse un léger sourire.

- Ça me va. Pour l'instant.

Il semble vouloir ajouter autre chose, quand la porte s'ouvre soudain à la volée, nous faisant tous les deux sursauter. « MARLÈNE !» s'écrit mon père, aussi essoufflé que s'il avait couru un marathon. Je me retiens de lever les yeux au ciel, tandis qu'il nous dévisage tour à tour d'un air dérouté, comme s'il s'était attendu à nous surprendre dans une position compromettante.

- Oui, Papa ? je soupire.

Vu la tête qu'il fait, je ne sais pas si je dois rire ou me sentir vexée.

- Le dîner est... est prêt. bafouille-t-il en jetant un regard peu amène à notre invité. Vous voulez bien descendre, tous les deux ?

Je hoche la tête.

- On arrive.

Mon père reste figé un moment sur le seuil de ma chambre.

- Bien, hum... je laisse la porte ouverte.

Je roule des yeux. Son attitude est ridicule et injuste. Ça ne lui pose aucun problème lorsque Andrew invite Elena dans sa chambre pour soi-disant parler de vieux bouquins ennuyeux. Une fois mon père parti, Black poursuit :

- Je suis sérieux, tu sais.

Je me tourne vers le Maraudeur, qui affiche son insupportable sourire en coin. Pourquoi est-il si près ? Il ne semble vraiment comprendre pas le concept d'espace personnel.

- On devrait essayer de faire des efforts pour...
- Se supporter ? Ça ne va pas être facile, fais-je remarquer.

Je me sens suffoquer. Je meurs d'envie de m'éloigner, mais je n'ai pas envie que ce crétin pense me faire de l'effet ! Il s'avance encore, jusqu'à ce que son torse touche presque ma poitrine. Black ne dit rien et cela me met extrêmement mal à l'aise. Il se contente de me regarder, droit dans les yeux. Pas d'une manière intimidante, non; en fait, il semble plutôt plongé dans ses pensées.

Quand il se penche davantage, je perçois son souffle sur mon visage. Soudain, une chaleur m'enveloppe et l'air semble se charger d'électricité. Non, non, non... ça devient trop bizarre pour moi !

- Pourtant, là, on y arrive... tu n'es pas d'accord ? murmure-t-il, près de mon oreille.

Il se recule lentement et prend le temps de me regarder en souriant. Nos visages ne sont qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. J'entends mon cœur cogner dans ma poitrine. Ce n'est pas du tout bon signe. J'en viens à espérer que Sirius Black pose ses lèvres sur les miennes. Mais il n'en fait rien. Il continue simplement à me fixer avec attention. Je me mordille nerveusement la lèvre inférieure. Peut-être que je pourrais m'approcher, juste un peu, pour vérifier... vérifier quoi, au juste ? J'ai la nette impression que mon cerveau ne fonctionne plus correctement. Mon corps, non plus, d'ailleurs. Je n'ai plus le contrôle de la situation.

J'approche lentement mes lèvres des siennes, et ferme inconsciemment les yeux...

« À TABLE ! » tempête la voix de mon père, du bas de l'escalier.



******


Par Merlin, qu'est-ce qui cloche chez moi ?! J'ai failli embrasser Sirius Black.

- Parle-nous un peu de toi, Sirius... as-tu des frères et sœurs ?
- Maman ! j'interviens aussitôt, sans oser regarder le concerné.

Elle fronce les sourcils, l'air de se demander ce qu'elle a pu dire de mal.

- Ça va, Marlène. dit Black en m'offrant un petit sourire. Oui, Madame McKinnon. J'ai un petit frère qui étudie aussi à Poudlard.

Regulus. Un pervers qui m'a volé un baiser l'année dernière. Je me demande si Sirius est aussi spontané que son frère... Non mais qu'est-ce que je raconte, moi ? Je divague !

Je saisis rageusement le plat de pommes de terres et me sers copieusement, sous le regard réprobateur de ma mère.

- Ah ! Est-il chez les Gryffondor ?

Je m'empiffre tranquillement dans mon coin. Ouf, ça va déjà mieux ! J'ai failli embrasser Sirius Black, et alors ? Je ne dois pas être la première fille dans ce cas, non ? On ne va pas se mentir, Sirius Black est canon. Si je ne le connaissais pas et que je le croisais dans la rue... je me jetterai sur lui par "inadvertance", dans l'espoir qu'il me remarque.

- Non, Madame Mckinnon. Regulus est à la maison Serpentard.

Je relève la tête et penche la main vers la corbeille à pain. Black la soulève pour que je puisse l'atteindre. Il doit avoir remarqué que j'évite de le regarder, car il penche la tête sur le côté, l'air interrogateur.

« Du calme, Marlène. Il n'a probablement même pas remarqué que tu voulais l'embrasser. » me dis-je intérieurement, pour me rassurer. Si c'était le cas, il n'aurait sûrement pas laissé échapper une telle occasion. Non. Il se serait moqué de moi.

- Oh, quel dommage que vous ne soyez pas dans la même maison !

Je retiens un soupir. Je ne comprends pas pourquoi Black accepte de parler de son frère : ils se détestent cordialement.

- Je me souviens que Marlène avait pleuré toutes les larmes de son corps, lorsque le choixpeau ne l'a pas envoyé dans la même maison que son frère.
- Si c'est pas mignon, ça ! s'exclame Andrew en m'attirant à lui pour un câlin improvisé.

Je m'éloigne tant bien que mal, manquant de m'étouffer avec une pomme de terre.

- Adorable, oui. commente le Maraudeur en me souriant.
- Je n'ai pas pleuré toutes les larmes de mon corps ! je m'offusque.

Je me tourne vers mon père, espérant obtenir un quelconque soutien, mais il est trop occupé à décortiquer son morceau de poulet en jetant de temps à autre des regards en coin à notre invité.

- Tu as oublié que tu nous a supplié ton père et moi de te ramener à la maison ?

Je dévisage ma mère en silence, la priant de se taire. Je ne veux pas m’énerver et gâcher le repas de tout le monde. Mais elle continue de me provoquer en imitant ma voix : « Je ne veux pas être chez les Gryffondor ! Il y a une méchante fille rousse, maniaque du règlement qui nous force à éteindre les lumières la nuit ! ».

Black éclate de rire, pour le plus grand bonheur de ma mère. Traîtresse.

- Je crois savoir de qui il s'agit, dit-il en me lançant un clin d'oeil.

Lily, évidemment.

- Marlène a toujours eu peur du noir. poursuit Maman, se fichant des petits signes désespérés que je lui lance pour qu'elle s'arrête. Mais elle était si mignonne, lorsqu'elle était petite ! soupire-t-elle, nostalgique.

Je plante rageusement mon couteau dans une pomme de terre.

- Je n'en doute pas, minaude Black en retour.

Il se retient visiblement de rire.

- Ses cheveux n'ont pas toujours été dans cet état, tu sais...

Je repose violemment mes couverts, le regard assassin. Alors, là, non ! Je n'ai pas le souvenir d'avoir donné mon accord pour être l'attraction de la soirée !

- Maman !

Elle m'ignore superbement.

- Quel plaisir d'avoir un jeune homme aussi soigné à dîner...

J'ai droit à un regard qui signifie clairement : « Prends donc un peu exemple ! »

- Haricots verts ? lui propose-t-elle, tout sourire. Vas-y doucement avec les féculents, Marlène. ajoute-t-elle à mon attention.
- Déjà que t'as du mal à passer les portes ! raille mon grand frère.

Je prends une grande inspiration pour tenter de me calmer. Elle ne comprends pas que c'est de sa faute, si je mange autant ? Et voilà qu'Andrew aussi s'y met ? C'est ma fête, ou quoi ?! Et puis d'abord, je ne suis pas grosse ! Juste un peu grande...

Je lâche un soupir de soulagement lorsque mon père prend enfin la parole; il se tourne vers le Maraudeur, le toisant avec méfiance.

- Cet engin sur lequel tu es arrivé...
- Oh, ma moto.
- T'as une moto ?!

Je lève les yeux dans sa direction, sincèrement intéressée.

- J'ai pas vu de moto ! s'exclame à son tour Andrew, les yeux écarquillés.
- C'est parce que je me suis garé un peu plus loin, je me suis trompé de maison.
- Dis, tu pourras nous montrer ta moto ?

Je tente de cacher mon excitation, mais j'ai l'impression que mon visage me trahit. Black hausse les sourcils, l'air surpris que je témoigne autant d’intérêt à une bécane.

- Bien sûr, après le dîner. Si votre mère est d'accord, ajoute-t-il en captant son regard désapprobateur.

Le brun la gratifie d'un sublime sourire, digne d'une pub de dentifrice blanchissant. Maman hausse les épaules, s'avouant vaincu : « C'est d'accord, du moment que vous ne faites que regarder... » Bah, dis-donc ! Si j'arrivais à ce même résultat rien qu'en lui souriant, ma vie serait nettement plus facile.

- Oh, les enfants vont sûrement avoir envie de faire un tour, Felicia ! Et je suis sûr que Sirius se fera un plaisir de la leur faire essayer...

Un moment de silence s'installe, durant lequel mon père et le Maraudeur s'affronte du regard. J'ai presque l'impression d'assister à un duel. Je ne comprends rien à ce qui se passe.

- Non, Désolé. répond finalement Black. J'y tiens trop pour la prêter.

Maman soupire de soulagement. Mon père, lui, se renfrogne sur sa chaise.


******



- Pourquoi c'est à moi de faire le service ? Et Andrew, alors ?

Ma mère lâche un énième soupir, tout en préparant le dessert. Je dépose les assiettes sur le plateau, de mauvaise grâce.

- Sirius est ton invité, Marlène.
- En réalité, c'est le tien. je la contredis aussitôt.

Pourquoi ne veut-elle pas tout simplement admettre que c'est parce que je suis une fille ? Ma mère est toujours aux petits soins avec mon père. Elle lui apporte son journal, prépare ses repas, lave son linge, repasse ses chemises... bon sang, rappelez-moi de ne jamais me marier !

- Sois gentille, apporte ça aux garçons.

Elle me tend le plateau, et je n'ai guère d'autre choix que de jouer les serveuses. Lorsque j'entre dans la salle a manger, je surprends Andrew et Sir... Black en pleine conversation.

- Oui, Elena est une fille géniale, j'ai beaucoup de chance. Et toi, tu vois quelqu'un, en ce moment ?

Mon frère est d'un curieux ! Je reste planté là, debout, comme une idiote. Ils ne m'ont pas encore remarqué.

- Non, répond Black.

Andrew arque un sourcil, visiblement surpris.

- Je te crois pas ! dit-il en lui donnant une tape à l'épaule. Oh allez, toi, le tombeur de Poudlard, tu n'as aucune fille en vue ?

Le Gryffondor lève les yeux au ciel d'un air franchement excédé.

- Pourquoi tout le monde me qualifie de tombeur ? le questionne-t-il en grimaçant. Tu sais que James est sorti avec plus de filles que moi ?

Le sourire d'Andrew devient narquois; il ne le croit pas. Moi non plus, à vrai dire. Je n'ai jamais entendu James Potter se vanter de ses conquêtes, alors que Black...

- Si tu le dis ! rit le blond.

Black poursuit, baissant la voix :

- Il y a bien une fille qui m’intéresse, mais...

Eh, oh ! J'en ai rien à faire, moi, de sa vie amoureuse ! Pour leur signifier ma présence, je pose- un peu brutalement- le plateau sur la table.

- Ce ne serait pas mon pull ? demande soudain Andrew, me zieutant.

Je hausse les épaules.

- Les miens sont tous au sale.
- Cela n'arriverait pas s'il t'arrivait de faire ta lessive.

Je lui tire la langue, avant de me servir une énorme part de tarte.

- Vous attendez quoi, les gars ? Que je vous serve ? je leur lance, dédaigneuse.

Andrew roule des yeux. Il offre une assiette à notre invité, qui la refuse poliment.

- Non, merci. Je n'aime pas trop les desserts.
- Comment peux-tu ne pas aimer les desserts ? je lui demande, les yeux ronds.
- J'en sais rien. Comment peux-tu t'empiffrer autant ? rétorque-t-il.
- J'ai un bon métabolisme.
- Un métabolisme d'ogre, tu veux dire ! s'esclaffe le brun. Je n'ai jamais vu de ma vie quelqu'un avaler autant de nourriture aussi vite !

C'est sûr qu'en comparaison de ses ex petites-amies... je dois avoir l’appétit d'un troll.

- Ça veut dire que je peux prendre ta part ?

Je me sers à nouveau, sous son regard ébahi. Andrew observe cet échange en silence. Puis un lent sourire se dessine sur ses lèvres.

- Alors, cette moto ? Tu nous la montres ?

Dès lors que je termine ma quatrième part de tarte (ne me jugez pas !), on se lève et se dirige vers le couloir d'entrée. Je me fige brusquement devant le porte-manteau. Mon premier reflex est d'enfiler le manteau de mon père, plus chaud et plus confortable. Mais voilà que je suis prise de coquetterie. Ça m’agace profondément ! Je ne suis pas le genre de fille qui fait attention à son image, juste parce qu'un joli garçon se trouve dans les parages. En temps normal, je me fiche complétement de mon apparence.

- Tu attends quoi ?

Je sursaute à moitié. Black me dévisage comme si j'étais une totale demeurée. « Rien du tout » je réponds froidement, attrapant le premier manteau. C'est le mien. Je me sens à la fois soulagée, et... affreusement pathétique.

Remarquant l'absence de mon frère, nous retournons dans la salle à manger.

- Tu ne viens pas, Andrew ? je demande, tout en boutonnant ma veste.

Il fait non de la tête.

- Je viens de me souvenir que j'ai un truc important à faire... je dois écrire à Elena.

Je lève les yeux au ciel.

- Tu ne peux pas faire ça plus tard ? Black va s'en aller, tu n'auras plus d'autres occasions de voir sa moto.

J'insiste bien sur ce fait, mais Andrew hausse les épaules avec indifférence.

- Tant pis ! A plus, vieux. dit-il, serrant la main du brun. Et bonne chance ! ajoute-t-il d'un petit sourire narquois.

Black semble d'abord surpris, puis... gêné, embêté ? Je ne saurais le dire.

- Ouais, merci. répond-t-il en riant nerveusement. Je pense que je vais en avoir besoin.
- Ça, je te le fais pas dire ! ricane le blond.

Je tape du pied avec impatience. On ne va tout de même pas y passer la nuit. Je veux voir sa moto, moi ! Andrew me jette un bref coup d'oeil, amusé. J'arque un sourcil, suspicieuse. L'expression qu'il arbore ne me dit rien qui vaille. J'ai manqué un épisode, ou quoi ? Je n'ai pas le temps d'en savoir plus, car Andrew s'empresse d'aller écrire à sa dulcinée.

Nous sortons dans la nuit dans un froid glacial. J'enfile aussitôt mon bonnet et resserre mon écharpe en laine. Nous marchons en silence quelques minutes, et j'en profite pour jeter de discrets coups d'œil vers mon soi-disant invité.

- Pourquoi mon frère t'a souhaité bonne chance ? je demande enfin, brisant le silence.
- Pour les Aspic. C'est dans moins de six mois, tu sais ?

Je roule des yeux. J'ai l'impression qu'en ce moment, les élèves de septième année n'ont que ce mot à la bouche. Les Aspic par ci, les Aspic par là... Cet examen me fatigue d'avance.

- Je sais, oui.

Black s'arrête de marcher pour me dévisager, sourcils froncés.

- McKinnon, rassure-moi : tu comptes bien réviser ?
- En quoi ça t’intéresse ? fais-je assez sèchement.

J’accélère le pas, Black sur mes talons.

- Ce serait quand même dommage de redoubler ton année, non ?
- Je sais pas trop. dis-je honnêtement. De toute façon, ce n'est pas comme si je savais ce que je voulais faire après Poudlard. Alors une année de plus ou de moins...

Je me sens maintenant obligée de lui retourner la question, bien que je m'en fiche un peu.

- Et toi ?
- Je... j'ai plusieurs idée.

J'attends, mais il ne dit rien de plus. La discussion est donc close. Et ça me va parfaitement. Je n'aime pas penser à mon avenir, je préfère vivre au jour le jour. A quoi bon rêver si c'est pour se ramasser ensuite ? Mieux vaut garder la tête froide. En toute circonstance.

- Voilà ma moto, annonce Black.

Woah ! J’émets un petit sifflement admirateur. C'est un gros bolide, qu'il a là. C'est une Harley, toute de noir brillant et de chrome scintillant.

- Tu veux faire un tour ?

Je me tourne vers le Maraudeur en fronçant les sourcils.

- Je croyais que tu ne prêtais ta moto à personne ?
- Un tour avec moi, précise-t-il sur le ton de l'évidence.

Je fais la moue. Décidément, cette soirée prend une tournure quelque peu surréaliste. Pour être honnête, l'idée de me retrouver cramponnée à Sirius Black me dérange. Beaucoup.

- Pourquoi ce ne serait pas toi qui ferait un tour avec moi ? je propose à la place, tout sourire.
- Non, non, non ! s'exclame-t-il en agitant les mais dans tous les sens.

Black n'en finit pas de dire non. Il est absolument hors de question que je conduise sa précieuse moto. Je tente mon regard de biche aux abois (qui n'a jamais fonctionné jusqu'à présent).

- Oh, allez ! Ce ne sera pas ma première fois, et je te promets d'être prudente.

Le jeune homme m'évalue longuement du regard, puis il finit par acquiescer : « Bon, d'accord... » Le pauvre, il a l'air de déjà regretter sa décision. Je pose son casque sur ma tête, puis me tourne vers lui, un brin étonnée.

- Tu ne montes pas ?
- Non, tu peux y aller. Essaye-là. Mais évite de passer devant la maison de tes parents. Si ta mère te voit, elle nous tuera tous les deux.

Il jette un dernier regard à sa moto, comme si la laisser lui fendait le cœur.

- T’inquiète pas, Patmoche. Je te la ramène en un seul morceau ! je lance joyeusement, avant de mettre les gaz.

Derrière moi, Black me hurle de faire attention, de ne pas aller trop vite. Pff, petite nature ! J’accélère et je retrouve aussitôt cette sensation de liberté que j'adore. Je ressens la même chose lorsque je suis sur un balai. Je fais un rapide tour, en prenant soin de contourner ma maison, et celle de Kendra.

Je rejoins Black quelques minutes plus tard, arborant un grand sourire sous mon casque. Je freine brusquement et tourne le guidon, ce qui fait brusquement tourner la moto de côté en faisant crisser les pneus.

- Effectivement, tu es loin d’être une novice. constate-t-il, à la fois admiratif et courroucé.
- Je te l'avais dit ! A quoi sert cette manette ? je demande, remarquant une drôle de manivelle sur la droite.
- L'option volante, répond-t-il mollement.
- Woah, c'est une moto volante ? je m’exclame, ébahie.
- Tu comprends vite, McKinnon.

Black fourre les mains dans les poches de sa veste, sans cesser de me fixer. Son humeur bascule en un clin d'œil : il devient sombre et distant. Je fais mine de ne rien remarquer. Il est parfois lunatique.

- Merci, Sirius. Quelle chance tu as, je rêve d'avoir une moto comme celle-ci !

Je me mords aussitôt la langue. Depuis quand je l'appelle par son prénom ? « Va savoir ce que tu serais prête a faire pour conduire une moto volante... » reviens à la charge cette maudite voix intérieure. Elle n'a pas tort, cependant : je meurs d'envie de refaire un tour de piste. Voler à moto, ça doit être... Magique !

- Et bien moi, je rêve d'avoir une famille comme la tienne. On échange ? rit Black, amer.

Je lui rend son casque, évitant son regard. Que répondre à cela ?

- Tu as déjà une famille, non ? je tente timidement.
- On ne peut pas appeler ça une famille...
- Je parle des Potter. Tu vis chez eux, n'est-ce pas ? Lily me l'a dit.

Le gryffondor ne semble qu'à moitié surpris. Il lâche un faible soupir.

- Remus va m'entendre...
- Mais elle m'a fait promettre de garder le secret ! je m'empresse d'ajouter.

Je n'ai pas envie qu'il lui en veuille, Lily ne pensait pas à mal. Et de toute manière, il le savait déjà. Ça me parait évident.

- Les parents de James sont géniaux, c'est vrai. Mais je ne suis pas leur fils.

Mon cœur se met à tambouriner plus vite dans ma poitrine, et je décide de presser le pas, dans l'espoir d’abréger cette conversation. Je ne suis franchement pas douée pour les discussions sérieuses. Je ne sais jamais quoi dire; j'ai trop peur de faire une gaffe.

- Je...je suis sûre qu'il te considère comme tel. je bredouille, mal à l'aise.
- Qu'est-ce que tu en sais ?

Je hausse les épaules. Il a raison, j'en sais rien. En tout cas, il est sacrément doué avec les mères. La mienne est en totale admiration devant lui ! Je suis soudain prise d'un élan de jalousie. Maman aime la perfection. Ce n'est pas un hasard, si Andrew est son enfant préféré, ou si elle a accueillie Elena et Sirius à bras ouverts.

En ce qui me concerne, je ne serais jamais parfaite à ses yeux. Même avec la meilleure volonté du monde.

- Si tu cherches une autre famille, je suis certaine que ma mère serait ravie de t'adopter. fais-je, d'une voix plus sèche que je ne l'aurai voulu.

Le rire de Black est semblable à un aboiement.

- C'est gentil, mais je ne suis pas certain de vouloir d'une sœur comme toi. Andrew m'a raconté de drôles de choses te concernant...

Je m'arrête de marcher pour lui faire face, paniquée. Qu'est-ce que mon frère est encore aller raconter ?!

- Quelles choses ?

Nous sommes arrivés devant ma maison. J'essaie d'ignorer le fait que mes parents m'espionnent par la fenêtre. Vive la discrétion !

Cette fois, Black sourit franchement.

- Ton frère m'a fait promettre de garder le secret, et contrairement à toi, je sais tenir parole.

Mon sourire doit ressembler davantage à une grimace. Je vais tuer le blondinet pendant son sommeil. Il n'a pas intérêt à avoir divulgué mes petits secrets honteux à Black.

Je tourne la tête vers ma maison; les rideaux se referment comme par enchantement. Ils sont pas croyable !

- Bon... tu veux aller dire au revoir à mes parents ?
- C'est déjà fait, répond Black, jouant avec ses clés.
- Oh ! Alors, hum...

L'ambiance entre nous deux devient... bizarre. Comment sommes-nous censés nous quitter ? Avec une poignée de main, peut-être ? Ou un signe de la tête ?

- Oui, voilà... marmonne le brun, semblant se poser la même question. On se voit à Poudlard ?
- C'est pas comme si on avait le choix. je ricane.
- Non, c'est vrai.
- Alors à lundi prochain, Patmoche !

En guise de bonsoir, je lui assène un coup de poing "amical" au bras; c'est moins formel qu'une poignée de main, je trouve. En retour, il me fait un petit signe de la tête accompagné d'un sourire.

- Bonne nuit, Marlène. Et si tu pouvais arrêter de me donner ce stupide surnom, j'apprécierai.

Je lui rends son sourire, amusée.

- Dans tes rêves ! je lance en partant.

Une fois de retour à la maison, je prends un moment pour réfléchir à la proposition de Black. Je crois que ce n'est pas une si mauvaise idée que ça, tout compte fait. Devenir son amie. Cela va grandement me faciliter les choses, vu que son meilleur ami se trouve être mon équipier pour le Tournoi des quatre maisons.

- Où est Sirius ? déjà parti ? fait mine de s'étonner ma mère en sortant de la cuisine.

Elle se moque de moi !

- Comme si tu ne le savais pas. je rétorque, roulant des yeux. Je t'ai vu nous épier par la fenêtre.
- Je ne voulais pas, ton père m'a forcé ! se défend-t-elle aussitôt.

Le concerné affiche une mine scandalisée, sans pour autant perdre la face.

- Je n'ai pas confiance en ce jeune homme, et encore moins en cet engin qu'il a ramené !
- Ça s'appelle une moto, Papa.

Il pointe un doigt dans ma direction, autoritaire. Mon père est plutôt cool, mais lorsqu'il s'agit de garçons, il réagit toujours de manière déraisonnée.

- Tu n'as pas interêt à monter sur cette chose, Marlène !

Je résiste tant bien que mal à l'envie de rire. Il est très rare que mon père me sermonne.

- Trop tard.

« QUOI ?! » s'écrit mes parents d'une seule et même voix.

- Bonne nuit, dis-je simplement.

Je vais m'enfermer dans ma chambre, et me laisse tomber sur mon lit en soupirant. Ces vacances sont vraiment épuisantes, ma famille me rend complétement dingue !

Je n'aurais jamais cru penser ça un jour, mais... vivement l'école !
Jogging matinal by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Je tiens d'abord à m'excuser de cette longue absence, mais je vous rassure je n'ai pas abandonné mes fics ;)

Un grand merci à tous pour vos reviews ! Je viens d'y répondre, encore désolée de mon retard !


Voici le chapitre 23, il est un peu court, mais les prochains seront plus longs ;)

Bonne lecture.
Chapitre 23 : Jogging matinal.






- Woah, une minute !


Par je ne sais quel miracle, James Potter s'arrête de courir. Il se penche et appuie ses mains sur ses genoux pour reprendre son souffle, avant de relever brusquement la tête vers moi.

- Redis-moi ça ?

Je m'allonge à même le sol, épuisée par notre jogging matinal.

- Je n'ai pas eu le temps de prendre mon petit-déjeuner. Je suis au bord de l’hypoglycémie, et toi, tu me fais courir !

C'est parfaitement inhumain. Potter roule des yeux, il n'a que faire de mes "lamentations de petite fille" comme il dit.

- Non, la partie qui concerne mon meilleur ami, réplique-t-il avec impatience.

Je lâche un faible soupir. Ah, ça.

Je me relève d'un bond, à contre cœur, et regrette immédiatement mes paroles. Quelle idée ai-je eu, aussi, de raconter mes vacances à Potter !

- Black n'est pas aussi nul que je le pensais... je grommelle, en resserrant ma queue de cheval. Il m'a laissé essayer sa moto quand il est venu dîner à la maison.

Je dois parler à voix basse, car le Gryffondor se penche vers moi pour mieux m'entendre.

Ses yeux sombres et brillants, cerclés de longs cils noirs, s'arrondissent de stupeur. Le vent frappe son front haut, ainsi que ses cheveux bruns en bataille et ses joues rosies par le froid. Je remarque qu'il ne porte plus ses lunettes. Quand les a-t-il retiré ? Il est plutôt mignon, comme ça, sans ses binocles, et aussi rose qu'un boursouflet. Je ricane intérieurement.

- Pourquoi j'ai l'impression que tu parles chinois ? Ce que tu dis n'a aucun sens, Marlène !

Le pauvre garçon semble totalement perdu. Je décide de profiter de la situation et affiche un immense sourire :

- Tu dois être fatigué. Une pause s'impose !

Je l'attrape par le bras pour le faire avancer, mais il m'arrête aussitôt :

- Non, attends ! Mon meilleur ami est venu dîner chez toi ? Et il t'a laissé essayer sa moto ? répète-t-il avec incrédulité.

Je hoche simplement la tête. Je ferais mieux de la boucler, la prochaine fois. Une seconde ! Il n'y aura pas de prochaine fois ! Soudain, Potter explose de rire. Littéralement. Son corps est secoué de spasmes.

- Arrête de- ha ha ha... te moquer de moi !

Je le dévisage un long moment, attendant qu'il se calme. Je le comprends, ceci dit. Sirius Black qui vient dîner chez moi... c'est vrai que c'est drôle ! À s'en tordre de douleur, même.

Une fois sa crise de fou rire passée, je poursuis :

- Je suis sérieuse, Potter.

À présent, le jeune homme me fixe avec un regard ébahi. Il reste sans voix. Le silence commence à me mettre mal à l'aise, alors j'ajoute à toute vitesse :

- Et ne va surtout pas imaginer que je l'ai invité, c'est ma mère !
- Je n'arrive pas à le croire. souffle le brun, médusé. C'était quand ? Quel soir ?
- La première semaine de vacances. Samedi, il me semble.

Potter se détourne de moi et se dirige en direction du château, en trottinant. Rho, mais il ne peut donc pas marcher, comme tout le monde ? Je presse le pas pour le rattraper.

J'ai une crampe au pied, bordel. Et un point de côté. Sans compter que j'ai le nez gelé et les doigts engourdis. Que quelqu'un ose encore me dire que le Sport c'est bon pour la santé !

- Alors... Sirius m'a menti. énonce Potter, la respiration saccadée. Il m'a dit qu'il rendait visite à sa grand-mère !

Je fronce les sourcils, asseyant tant bien que mal de suivre la cadence du gryffondor. Un brin étonnée, je lui demande si Black n'est pas censé être en froid avec toute sa famille, grands-parents y compris. James me jette un regard en biais. Son expression est difficile à déchiffrer. Il paraît à la fois surpris, et agacé de ma question.

- Peu importe, sa grand-mère est morte il y a plus de dix ans. m'apprend-t-il sèchement. Je pensais qu'il s'était servi de cette excuse parce qu'il avait en fait rencard avec une jolie fille... mais j'ignorais que cette fille, c'était toi ! lance-t-il en se tournant brusquement vers moi.

Le binoclard affiche un demi-sourire railleur. Il me scrute, un sourcil légèrement levé. Je me sens aussitôt piquer un fard.

- Arrête ton délire, Potter !

Cette fois, c'est moi qui lui emboîte le pas.

- C'était PAS un rencard. je rétorque, glaciale. Juste un stupide dîner auquel j'étais obligé d'assister.

Une fois arrivée près des gradins, je me tourne vers Potter, qui garde hostilement le silence, l'air boudeur.

- Quoi ?

Tête basse, il contemple le bout de ses chaussures. « Sirius est mon meilleur ami » marmonne-t’il dans sa barbe. Je lève les yeux au ciel. Décidément, il n'y en a pas un pour rattraper l'autre !

- Oh, vous êtes pas croyable tous les deux ! Détend-toi, je n'ai pas l'intention de te voler ton frère de cœur !

J'ouvre mon sac afin d'en extirper une bouteille d'eau. Elle est vide. Je lâche un râle d’exaspération. Potter me tend sa gourde, sans cesser de me toiser d'un drôle d'air.

- Non, je veux dire que Sirius est mon meilleur ami. insiste-t-il lourdement.

- Ouais, j'avais compris la première fois.

Je vous parie qu'ils sont secrètement fous amoureux l'un de l'autre. C'est la seule explication à leur relation plus qu’ambiguë et leur jalousie excessive. Deux garçons qui s'aiment. C'est beau, l'amoûûr ! Je glousse toute seule comme une dinde, ce qui me vaut un regard appuyé de mon coéquipier (qui est sans doute un homosexuel refoulé).

- Et il ne m'a jamais laissé conduire sa moto.

Cette révélation me ramène brusquement sur terre.

- Tu plaisantes ?

Potter secoue vigoureusement la tête de droite à gauche.

- Non. Sirius ne prête sa moto à personne. Jamais. Je t'assure, c'est à peine si j'ai le droit d'y toucher.

Oh, ça, c'est... whoa. J'ai du mal à croire que Sirius Black n'ai jamais voulu prêter sa moto à son meilleur ami. Il m'a fallu quoi, deux minutes pour le convaincre de me laisser faire un tour avec ? Bah... c'est sûrement parce que j'ai déjà conduis une moto ou deux, contrairement à Potter. Je lui fais part de ma théorie. Le jeune homme se contente de hausser les épaules. « Peut-être, oui » répond-t-il, sans avoir l'air de trop y croire.

En voyant Lily assise au loin, sur les gradins, je décide de mettre fin à notre séance d'entraînement. Avant de m'en aller, je donne une petite tape amicale à mon équipier et le traite de "tyran". Je rejoins ensuite la Préfète-en-chef, qui a le nez plongé dans son livre d'Histoire.

- Salut, Marlène. Comment s'est passé l’entraînement ? m'interroge la rousse, lorsqu'elle remarque enfin ma présence.

J'escalade la rambarde et prends place à sa gauche.

- James Potter est un tortionnaire. Que fais-tu là ? Il fait un peu froid pour étudier dehors, non ?

La jeune fille ferme les yeux un bref instant, comme pour se donner du courage.

- Je voulais te parler. annonce-t-elle en se tournant vers moi. Je... je suis désolée.
- De quoi ? je m'étonne, prise au dépourvue.
- Pour ce qui s'est passé avant les vacances. Je n'aurai pas dû te suivre chez Hagrid, même si tu avais tort de sécher les cours. Je suis peut-être Préfète mais tu es une grande fille et mon amie. Tu avais sûrement une bonne raison d'aller le voir.

Abasourdie, je reste un moment sans voix. C'est bien la première fois que j'entends la rouquine présenter ses excuses à quelqu'un.

- Et bien, hum... merci, Lily. dis-je maladroitement, mais c'était déjà oublié en ce qui me concerne.

Elle me décoche un ravissant sourire.

- Tu as l'air d'aller mieux, je constate en l'évaluant du regard. Kiara et Mary s’inquiétaient pour toi.

Le sourire de l'adolescente se fane instantanément.

- Vraiment ?

« Pourquoi tu t'engages dans cette voix, Marlène ? » me dis-je intérieurement.

- Oui, euh... paraît que ta sœur Magnolia t'a écrit et que ça t'a rendu triste.

Lily éclate brusquement de rire, ce qui attire l'attention de James Potter; ce dernier se trouve toujours sur le terrain, pour je ne sais quelle raison. Il semble attendre quelqu'un.

- Qu'est-ce qu'il y a drôle ?
- Et bien, pour commencer, ma sœur s’appelle Pétunia. me corrige la rousse en souriant. Et sa lettre ne m'a pas contrarié. Elle va bientôt se marier avec un certain Vernon Dursley.

Mes yeux s’arrondissent de stupeur. Se marier à un si jeune âge ? Quelle drôle d'idée ! Elle a un pète au casque, la frangine.

Le regard de Lily se fait soudain fuyant, comme si elle tentait de dissimuler ses émotions. Je me sens obligée de poursuivre cette conversation, bien que je ne sois pas douée pour les discussions sérieuses.

- Et... cela te rend heureuse ?

Ses jolis yeux verts se tournent vers moi.

- Oui, parce que cela veut dire qu'elle va enfin quitter la maison. Je n'en pouvais plus de nos disputes... Comment va ton frère ? me demande-t-elle après un bref instant de silence.

Je lâche un soupir en repensant à mes vacances. J'ai beau adorer mon frangin et mes parents, qu'est-ce qu'ils peuvent m'agacer, parfois !

- Parfaitement bien. Andrew fait un stage de je ne sais pas trop quoi au Ministère. Et il se moque toujours autant de moi.
- Qui aime bien châtie bien. rit Lily.
- Mouais. Il aurait pu s'abstenir de raconter mes petits secrets à Sirius Black !

Depuis ce jour, j'ai l'impression que Patmoche se fend la poire a chaque fois qu'il pose le regard sur moi. Le pire, c'est que je n'ai pas la moindre idée de ce que mon frère adoré a pu lui raconter.

- Pardon ?

La voix de Lily claque comme un coup de fouet. Quand je me rends compte de mon erreur, il est déjà trop tard : elle me dévisage avec insistance, comme Potter, quelques minutes plutôt. Je m'agite sur le banc, un peu mal à l'aise.

- Ouais, hum... ma mère a invité Black à dîner, pendant les vacances, pour soi-disant le « remercier » de m'avoir sauvé la vie.

N'importe quoi !

- Quoi ? Sirius Black est venu dîner chez toi ? Dans ta maison ?

Non, sur le paillasson.

- J'ai bien peur que oui. je réponds à la place, me retenant de lever les yeux au ciel.

La rousse ferme son livre d'histoire d'un coup sec. Ses yeux brillent soudain d'une lueur malicieuse et elle s'approche encore plus de moi, si c'est possible. Elle est maintenant si près, que je peux compter ses tâches de rousseur. Elle dégage un parfum de fleurs. Un mélange de lavande et... autre chose qui me rappelle le printemps.

- Comment ça s'est passé ? m'interroge-t-elle à voix basse, bien que nous soyons seules.

Je hausse des épaules.

- Comme un dîner. Ma mère avait préparé un délicieux poulet et une tarte aux...
- Non, comment ça s'est passé avec Black ! me coupe-t-elle abruptement en roulant des yeux.

J'arque un sourcil, perplexe. Qu'est-ce qui lui prend, tout à coup ? Lily n'est pas le genre de fille qui aime parler des garçons, et encore moins de la coqueluche de l'école. C'est à peine si elle arrive à supporter Sirius Black.

- C'était bizarre, dis-je simplement en soupirant. Quoi ? je demande, remarquant son regard scrutateur.
- Rien. Je... je pensais que... aucune importance !

Elle rouvre son livre d'histoire, pour le refermer violemment dans la seconde, me faisant sursauter. « C'est affreusement répugnant ! » s'exclame-t-elle subitement. Je suis son regard et aperçois Potter en charmante compagnie. La douce et gentille Dorcas Meadowes est pendu a ses lèvres. Je pouffe de rire; Lily affiche une mine aussi dégoûtée que si on venait de lui servir un plat de choux de bruxelles.

- Ils ne font que s'embrasser...
- Au beau milieu du terrain de Quidditch, devant tout le monde ! s'indigne la Préfète.
- Il n'y a que nous deux, Lily. D'ailleurs, on ferait mieux d'arrêter de les mater avant que... génial, ils nous ont vu.

Maintenant, on a l'air d’obsédé. Pas le moins gêné du monde, Potter nous fait un signe de la tête. J'agite la main en retour, tandis qu'à côté de moi, Lily fulmine.

- J'ai quelque chose à faire !

La Rouge et or bondit sur ses pieds, laissant son ouvrage tomber sur les planches de la tribune. Elle essaye de me faire avoir une crise cardiaque, ou quoi ?

- Euh, d'accord. Tu te sens bien ?
- Je ne me suis jamais sentie aussi bien de toute ma vie ! s'égosille-t-elle, me faisant à nouveau sursauter.

Sur ces derniers mots, elle s'en va sans se retourner, oubliant ses affaires sur place.

Je suis tellement choquée par son attitude que je ne pense même pas à la rappeler. Je sais bien que je suis une fille et que, par conséquent, je devrais comprendre ce genre de comportement, mais je pige que dalle. Lily a du boire trop de café, ce matin. Ou alors, c'est le froid qui lui est monté à la tête. A moins... à moins qu'elle ne soit jalouse de Dorcas Meadowes ?

Ha ha ha, non, impossible ! Elle doit plutôt être ravie que quelqu'un la débarrasse enfin de son pot de colle.

Je ramasse son livre et nos deux sacs, que je balance par dessus mon épaule.

Je me dirige ensuite calmement vers le vestiaire des filles, lorsque je croise ma tante Griselda dans le Hall. Elle fait mine de ne pas me voir et tourne la tête sèchement vers la gauche, ne me laissant guère d'autre choix que de beugler son nom dans les couloirs : « Tante Griselda ? Tante Griselda ! Tante... GRISELDAAAAH ! »

- Qu'est-ce qui t'arrive encore, ma nièce ? s'agace cette dernière, me faisant enfin face.

Je reprends difficilement ma respiration; le cartable de Lily pèse une tonne. Je vous parie qu'elle cache une bibliothèque, là-dedans !

- Tu oses me demander ce qui m'arrive ? je m’offusque, où étais-tu passée ? Tu n'as répondu a aucune de mes lettres !

Ma tante lâche un petit "tsst" hautain. Je suis cependant rassurée; elle semble en pleine forme. Elle porte une longe robe et un manteau aux couleurs pastel qui font ressortir ses yeux bleus.

- Je n'ai de compte à rendre à personne. Et certainement pas à une gamine de seize ans.
- J'ai dix-sept ans.

Elle hausse les yeux au ciel, comme si cela ne faisait aucune différence. Sans plus de cérémonie, elle me tourne le dos. Je lui saisis le bras pour l'empêcher de s'en aller.

- Mais attends une minute ! L'as-tu retrouvé ?
- Qui donc ? fait-elle mine de s'étonner.
- Merlin, fais-je d'une voix sarcastique.

Le type qui m'a agressé, bon sang.

- Gideon, enfin !
- Qu'est-ce qui te fais croire que j'étais à sa recherche ?
- Je, hum... j'ai eu une vision.

Griselda croise les bras sur sa poitrine, arquant un sourcil avec méfiance. Je soutiens difficilement son regard bleu acier. J'ai parfois l'impression qu'elle arrive à lire dans mes pensées. C'est... effrayant.

- Tu mens. affirme-t-elle, sans une once d'hésitation.
- D'accord, je soupire. C'était juste une intuition...
- J'étais chez l'une de mes amies, Miss Arty.
- Maintenant, c'est toi qui mens. je riposte du tac au tac.

Griselda plisse les yeux en m'étudiant d'un air grave, me rappelant ma mère. Oh là, je sens que je vais avoir droit à une leçon de morale. Ma Tante m'attrape brusquement par les épaules, avant de me secouer comme un prunier.

- Écoute-moi bien attentivement, Marlène ! Cette histoire ne te concerne pas.
- Mais, je...
- Par Merlin, cesse de te mêler des affaires des autres ! C'est un conseil que tu ferais bien de suivre, jeune fille ! ajoute-t-elle sérieusement.
- Que veux-tu dire ?
- Que le courage et l’imprudence sont deux choses totalement différentes.

Je roule des yeux, ennuyée.

- J'ai déjà entendu ça.
- Ta mère le dit très souvent.

Elle me le dit très souvent, nuance. Griselda se penche vers moi, et poursuit à voix basse :

- Tu ferais bien de l'écouter pour une fois. Tu as peut-être le don de voyance mais tu n'es pas invincible pour autant ! Ne fais pas l'erreur de croire le contraire.

Eh, oh ! Est-ce que c'est de ma faute, si j'ai toujours des prémonitions de personnes qui se trouvent être en danger ? Si j'avais le choix, je préférerai avoir des visions utiles, du style... savoir s'il va pleuvoir, ou connaître à l'avance les questions qui vont m'être posées aux ASPIC. Mais non. Je ne vois que des suicidaires et des élèves qui se font casser la figure !

- Maintenant, file en cours. m'ordonne-t-elle, me relâchant.
- Bien ! je rouspète. Ah, j'ai failli oublier...

Je sors de mon sac de sport un petit paquet enveloppé dans un affreux papier kraft marron. L'emballage est grossier, je sais. C'est l'intention qui compte, paraît-il.

- Maman m'a obligé à te faire un cadeau pour Noël.

Je lui tends le paquet d'un air pressé. Le regard de Griselda s'adoucit, bien que son visage reste obstinément figé dans une expression agacée.

- Oh. As-tu reçu le mien ?
- Oui, merci. C'est une boite à thé au gingembre.

Une très joli boite dorée qui peut aussi servir de pot à biscuits.

J'ai droit à un regard courroucé.

- Quel intérêt de l'emballer si tu me dis ce que c'est ? Tu remercieras ta mère.
- C'est moi qui l'ai acheté ! je rétorque, un tantinet vexée.
- Mais c'était son idée, non ? rétorque la sorcière en m'offrant un sourire qui ressemble davantage à une grimace.

Je hausse les épaules. De toute façon, ça m'est égal qu'elle me remercie ou non. Je m'apprête a rebrousser chemin, quand une voix retentit derrière moi.

- Bonjour miss Mckinnon. Griselda... belle journée, n'est-ce pas ? dit le Professeur McGonagall, l'air de bien bonne humeur.

Ma tante, qui n'aime pas perdre son temps aux salutations d'usage, se contente d'un vague haussement d'épaules. « J'en ai connu de meilleur » rétorque-t-elle sur un ton bourru. Le Professeur McGonagall ne perd pas de sa superbe; un fin sourire étire ses traits.

- Vous serez ravie d'apprendre que votre adorable nièce à fait des progrès dans mon cours.

Hein ?

Moi, je suis adorable ? Et j'ai fait des progrès en cours ? Depuis quand le Professeur McGonagall boit ? Griselda renifle, l'air de se ficher royalement de mes résultats scolaire.

- Je n'en ai que faire, ma chère. répond-t-elle à McGonagall d'un naturel déroutant.

Cette dernière arbore un air si scandalisé que je dois me retenir d'exploser de rire.

- Excellente journée, Minerva. claironne ma tante en s'éloignant.
- Vous de même, Griselda. lance-t-elle en retour, les lèvres si pincées qu'elles ne forment plus qu'une ligne mince.

Une fois qu'elle est assez loin, McGonagall se tourne vers moi :

- Votre tante est toujours aussi charmante. grince-t-elle, ironique.

« Ouais, autant qu'une vieille bique » je marmonne pour moi-même.

- Vous dites ?

Je relève les yeux vers mon Professeur, légèrement paniquée. Elle ne tolère pas l'insolence.

- Que... que je dois me rendre en cours de botanique. je bégaie, reculant de quelques pas.
- Un instant, Miss Mckinnon !

Je me fige sur place. J'en connais une qui va encore finir en retenue.

- Je sais que je suis en retard en cours, Professeur McGonagall, mais c'est à cause de ma tante. Elle tenait absolument à me dire bonjour et m'offrir un cadeau...
- Oui, oui ! m'arrête la vieille dame en levant une main ennuyée. Avez-vous reçu mon hibou ?

Sa question me prend de court.

- Euh... non.
- Si, vous l'avez reçu ! Mais vous ne l'avez pas lu, m'accuse-t-elle en pointant un doigt menaçant vers moi.

Je baisse la tête, le temps de chercher une excuse qui m'évitera une heure de colle.

- Parce que c'était l'heure du déjeuner, mais je vous assure que j'avais l'intention de lire votre mot plus ta...
- C'est cela, oui. me coupe mon Professeur d'un air excédé. Le Directeur a un important rendez-vous au Ministère le dix-huit Janvier.
- Ah ? fais-je simplement.

C'est sympa de me mettre au courant de l'emploi du temps de Dumbledore. Mais qu'est-ce que j'en ai à faire, franchement ? Soudain, cela fait "tilt" dans ma tête.

- Une minute, Professeur. La deuxième tâche est censée avoir lieu le dix-huit janvier !
- Quelle perspicacité. siffle McGo entre ses dents. Pour cette raison, nous avons décidé d'avancer la date au dix janvier.

Ses paroles me font l'effet d'une gifle en pleine figure, et je reste un moment sans voix, la bouche grande ouverte.

- Mais... c'est dans moins de trois jours ! je m'exclame d'une voix anormalement aiguë.

McGonagall se contente de hocher la tête. J'ai l'impression que le ciel m'est tombé sur la tête. Il ne me reste plus que...trois jours ?Je... non, c'est impossible !

- Veuillez immédiatement arranger votre coiffure, Miss Madison ! s'écrit le Professeur McGonagall, sermonnant une petite brune avec une énorme choucroute sur la tête.

La Serdaigle baisse piteusement la tête.

- Je ne peux pas, Professeur. Dany Goldman m'a jeté un sort. répond-t-elle d'une toute petite voix.

McGonagall pousse un râle d’exaspération.

- Pour l'amour de Merlin ! Ce petit garnement ne me laisse aucun répit. Ne me dites pas que vous ignorez la formule pour mettre fin à ce maléfice ? Carmelia Madison vous êtes en quatrième année !

L'adolescente se recroqueville sur elle-même.

- Je... non. Je ne me souviens plus.

Je les observe tour à tour avec impatience. Peut-on revenir au tournoi, s'il vous plaît ? Cette nouvelle date ne me convient pas, mais alors pas du tout ! Je... je ne suis pas prête !

Non, sur ce coup là, je ne vais pas me laisser faire. La vieille McGo va m'entendre !

- À toi aussi, on t'a jeté un sort ? me demande la Serdaigle en zieutant mes cheveux blonds naturellement épais et broussailleux.

Trop mignonne.

Je l'ignore superbement et essaie d'attirer l'attention du Professeur McGonagall :

- Professeur, à propos du tournoi, je ne pense pas que...
- Bien sûr, le tournoi ! s'enthousiasme-t-elle, retrouvant le sourire. La date nouvellement prévue ne vous pose aucun problème, n'est-ce pas ?

Je n'ai pas le temps d'ouvrir la bouche qu'elle me devance en frappant dans ses mains.

- Parfait ! Je vous souhaite une agréable journée, dans ce cas. Suivez-moi, Miss Madison. Nous allons immédiatement chercher Monsieur Goldman afin d'éclaircir cette histoire...


Je la regarde s'éloigner, les yeux ronds comme des soucoupes. Merlin, qu'est-ce que je t'ai fait ?




End Notes:
Voilà, j’espère que ça vous a plu !

On retrouvera Sirius et l'Auror Marcus au prochain chapitre.

A très bientôt !
Jalea.
Transformation by jalea
Author's Notes:
Bonjour !

Tout d'abord, je suis désolée de cette longue absence, je me rends compte que je n'ai rien posté depuis fin janvier, honte à moi ! J’espère que vous n'avez pas oublié Marlène xD

Je vais essayer d'être plus régulière dans mes publications car il est vraiment temps que je termine cette histoire.

Un grand MERCI à Wapa, Orual, RomanEmma, 4li_be, SayWhen,Petite Rowling, UranusMarie, SumiShann, la vache, Meliloredon, Kiara Coper et darkos pour leurs reviews au précédant chapitre !

Bonne lecture,
A bientôt !

Jalea.
Chapitre 24 : Transformation.




- De quoi ai-je l'air ?

Ma meilleure amie abandonne la lecture de son roman pour se tourner vers moi. Elle me dévisage de longues minutes, les yeux grands écarquillés.

- Tu as l'air... comme d'habitude. Pourquoi ?

Mon sourire se fane presque instantanément. Elle plaisante ? Ce matin je me suis préparée avec le plus grand soin. J'ai rentré ma chemise blanche dans ma jupe à carreaux que je déteste tant, je porte une cravate et plus important encore : je me suis coiffée ! Si, si, je vous jure. Moi, Marlène Marguerite McKinnon, je me suis passée un peigne dans les cheveux.

Je me regarde à nouveau dans le miroir, tournant sur moi-même pour la cinquantième fois. Je ne suis pas vraiment satisfaite de mon image.

- Qu'as-tu fait à tes cheveux ? remarque finalement Kiara en zieutant le sommet de crane.

Ah, tout de même ! Je commençais à croire que mes efforts étaient vains.

- Une demi queue de cheval. Je trouve que ça me donne un air plus mature. Vous n’êtes pas de cet avis ?

C'est simple, j'ai le look d'une jeune fille de bonne famille, prête à se rendre à l'église. C'est à peine si je reconnais mon reflet. Ouais, bon, j’exagère un un peu... Kiara se contente d'échanger un drôle de regard avec Meihui. Cette dernière hausse les épaules. Soudain, la blonde pointe son petit index dans ma direction, la mine ahurie.

- Ta chemise... elle est blanche.
- Bah oui, normal. Je l'ai lavé.

Elle ne comporte plus aucune trace de graisse, de nourriture, ou de boue. Merci à Lessivex qui lave encore plus blanc que blanc ! Oh là, faut que j'arrête de regarder la télévision, moi.

- Et tu portes... des... ce sont des mocassins, par Merlin ! s'écrit-elle littéralement, les yeux exorbités.

Je tire la grimace. Ouais. Des foutus mocassins que tante Griselda m'a offertes pour mon seizième anniversaire, rien que pour m'agacer.

- Alors ? j'insiste, je vous plais comme ça ?

Meihui pouffe de rire tandis que Kiara cligne des yeux comme pour chasser un mirage. Je commence à douter de moi. Pourtant, je sais que je me comporte de façon ridicule !

- Pourquoi t'es aussi endimanchée ? questionne Miumiu de sa petite voix fluette et moqueuse.

Il n'en faut pas plus à Kiara : elle manque de s'évanouir à peine notre colocataire ouvre la bouche. Je lui jette un regard équivoque; inutile d'en faire tout un plat, évitons de mettre notre camarade mal à l'aise !

- Oui, c'est pour quelle occasion ? renchérit la petite blonde.
- Marcus Denworth. Vous savez, le bel Auror ? Il est censé venir me voir aujourd'hui avec son Chef truc-muche. Je veux faire bonne impression, cette fois.
- Et tu penses réellement y arriver en t'apprêtant comme une femme du troisième âge ? raille la chinoise.
- Meihui ! s'indigne Kiara, lui faisant les gros yeux. Ne l'écoute pas, Marlène. Je te trouve ravissante, vraiment.

Je pousse un soupir à fondre l'âme. Je me fiche d'être ravissante, ce n'est pas le but recherché !

- Oui d'accord, mais est-ce que j'ai l'air plus vieille ?
- Je ne comprends pas. Pourquoi veux-tu faire plus que ton âge ?

Miumiu hausse les yeux au ciel tellement c'est évident.

- Pour Marcus Denworth, bien sûr ! Je me suis renseignée sur son compte, et figure-toi qu'il n’a pas vingt-ans, mais vingt-quatre ans, tu entends ? Vingt-quatre ans !

Là, ça commence à chiffrer. Marcus à sept ans de plus que moi.

- Oh. Et bien, oui, c'est... c'est un homme. constate finement Kiara, ne sachant quoi dire d'autre.
- Qui approche lentement mais sûrement de la retraite, ajoute Miumiu en pouffant dans son coin.

Je lâche un autre soupir, excédée. Faut pas exagérer, j'ai pas flashé sur un vieillard, non plus !

- Cesse de te moquer, Meihui ! C'est vrai, pour une fois que Marlène fait un effort. la sermonne-t-elle en me désignant de la tête.

Je passe une main dans mes cheveux blonds, un peu moins broussailleux que d'habitude. Soyons réaliste : je n'ai aucune chance de plaire à ce genre de garçon. Je suis trop jeune, trop grande, trop rentre-dedans... et puis, pourquoi Marcus s’intéresserait-il à une fille comme moi -qui est toujours à l'école- quand il peut sortir avec de sublimes femmes de son âge ?

- Si ça trouve, il est peut-être marié. dit Meihui, retrouvant son sérieux.
- Absolument pas. Il n'est même pas fiancé, il vit seul avec son chien dans un petit village du côté de...

Je rougis en captant le regard de mes colocataires. Kiara émet un petit sifflement admiratif.

- Et bien, je vois que tu as fait tes recherches. Si tu te donnais autant de mal pour tes devoirs, tu serais la première de la classe.

Je roule des yeux, avant de me diriger vers ma penderie pour essayer d'y dénicher une autre paire de chaussures. Je lâche un soupir à fondre l'âme.

- Les filles... vous pensez que j'ai une chance de lui plaire ?
- Hum, bien sûr ! affirme Kiara un peu trop rapidement.
- Ouais, t'as toutes tes chances. Surtout s'il aime le style mémère.
- Merci, Miou.

Je regrette presque le temps où elle ne parlait pas !


******



Je ne suis pas dans mon état normal, mais ça, vous l'avez sans doute remarqué. J'ai tellement hâte de revoir Marcus, je ne tiens pas en place. Je ne peux même pas finir mon assiette. C'est totalement aberrant ! Se mettre dans un état pareil pour un garçon... non, un homme que je connais à peine. C'en est devenu une véritable obsession. ]'y pense sans arrêt. Et Merlin sait que j'ai d'autres chats à fouetter ! La deuxième tâche à lieu dans moins de vingt-quatre heures et j'ai une suicidaire sur le feu, que je dois surveiller.

« Et si tu pensais à Marcus Denworth uniquement pour fuir tes problèmes ? Pour éviter de te faire du mouron pour le Tournoi et Esmera ? » me fait remarquer ma voix intérieure.

Je redescends sur terre en voyant un grand brun à lunettes s'asseoir à côté de moi.

- La place est prise, Potter.

Le Préfet se tourne vers moi et me décoche un sourire à tomber par terre. « Je sais, oui. Par moi » rétorque-t-il en souriant d'un air insolent. Je fronce les sourcils pendant qu'il se sert un copieux petit-déjeuner. Il dégage un grand calme et de l'assurance, avec une once d'arrogance. Il m’énerve ! Comment peut-il être aussi serein alors que le tournoi approche à grand pas ?!

- Où sont les filles ? interroge-t-il, la bouche pleine.
- A la bibliothèque.
- Mais il n'est même pas huit heures !
- Oui, elles ont rejoint Lily. Je ne sais pas si tu as remarqué, elle passe ses journées à la bibliothèque en ce moment.

Et c'est à peine si elle prend le temps de se nourrir, ça en devient presque inquiétant. Le visage de James prend une drôle de couleur, comme à chaque fois que le nom de sa belle est prononcé.

- Elle... elle a peut-être des devoirs en retard.
- Des devoirs en retard ? Lily Evans ?

James ouvre la bouche pour répliquer mais à mon grand désarroi, Remus Lupin et Peter Pettigrow ne tardent pas à nous rejoindre. Je continue à picorer le contenu de mon assiette sans me soucier d'eux, lorsque Sirius Black fait à son tour sa sublime apparition.

J'observe un bref moment son allure impeccable, sa tignasse parfaite, ses souliers cirés... un seul coup d'oeil dans sa direction et je me sens soudain mal à l'aise et parfaitement déplacée. En baissant les yeux, je remarque une tache de café sur mon chemisier plus blanc que blanc. C'est dingue ça ! Pourquoi il m'est impossible de rester présentable plus de deux secondes ?

Son regard gris pale se pose un instant sur moi, avant de se tourner vers ses trois amis.

- Pourquoi vous êtes assis là ? s'étonne-t-il.

Bonne question.

- C'était mon idée. Tu n'es pas content ? minaude Potter, lui adressant son sourire le plus mielleux.

J'ai l'impression que ce crétin nous prépare quelque chose. Je me tortille sur mon banc, gênée. Le regard de Black devient perçant, comme s'il se doutait lui aussi des intentions cachées de son meilleur ami.

- Content que tu changes nos habitudes sans même m'en parler ?

Le sourire du Préfet-en-Chef s'élargit.

- Le changement à parfois du bon. N'est-ce pas, Marlène ? Jolie coiffure, au passage.

Je manque de m'étouffer avec un morceau de bacon. James Potter a remarqué ! Son compliment me fait presque rougir.

- C'est vrai, tu aimes ?

Ma voix est devenue plus aiguë, presque désagréable. Les garçons m'observent attentivement avec des yeux ronds. Ouais, hum... je me suis un peu emportée, là. Je toussote pour reprendre contenance.

- Enfin, je veux dire... merci.

Je tente d'ignorer Sirius Black qui me fixe avec un petit sourire au coin des lèvres.

- Ça t'a pris presque sept ans mais tu as finalement compris l'utilité d'une brosse à cheveux. Je te félicite, McKinnon.
- Va te faire cuire une bouse de...

Je m'interromps un instant en voyant son air d'incompréhension. J'avais oublié : nous devons essayer de devenir "amis" pour le soi-disant bien-être de James, mon coéquipier. Ce qui veut dire garder ses insultes pour soi. Qu'est-ce qui m'a pris d'accepter ce marché ? C'est du grand n'importe quoi ! Quand je pense que Sirius Black est venue dîner chez moi... Ça me semble tellement loin que j'ai l'impression que c'est un rêve, que tout ça n'est jamais arrivé.

J'esquisse un sourire forcé.

- Très drôle, Black.

Le concerné penche la tête sur le côté, comme songeur. J'essaie tant bien que mal de l'ignorer. Une chance que Pettigrow soit en face de moi et non...

- Viens t'assoir à côté de moi, Peter. dit brusquement Potter.
- Pourquoi ? je demande en même temps que le concerné.
- Parce que je te le demande gentiment. Ramène tes fesses.
- Si tu veux... abdique le gryffondor, se levant de mauvaise grâce.

Ce crétin a autant de volonté qu'un mollusque.

- A quoi tu joues ? siffle Black d'une voix parfaitement audible pour tous.

Super, maintenant il est juste en face de moi. A croire que le binoclard le fait exprès !

- Je vais te servir, déclare ce dernier en attrapant le pichet de jus de citrouille. On peut bien se rendre service entre meilleurs amis...

Black esquisse un sourire qui révèle ses dents parfaitement blanches. Il croise les bras sur sa poitrine. Ses manches sont relevés jusqu'au coude, révélant des avant-bras musclés. Dire qu'il ne fait même pas de sport ! Sa perfection m'exaspère au plus au point.

- Je vois. De quoi as-tu besoin cette fois ?
- De rien, répond James sur un ton mystérieux.
- Même pas d'un petit tu-sais-quoi ?

Ma curiosité s'éveille aussitôt. Je me redresse et penche la main vers Black.

- Moi, j'en veux bien un.

Le jeune homme hausse les yeux au ciel.

- Tu ne sais même pas de quoi je parle, McKinnon.
- J'aime découvrir de nouvelles choses.

Surtout si ça fait planer. Et mon petit doigt me dit que c'est le cas.

- Alors ? j'insiste, agitant ma main devant son son visage.

J'obtiens pour seul réponse un "Nan, même pas en rêve". Pff, si Sirius Black est un dealer il pourrait au moins offrir quelques potions délires aux amis de son meilleur ami, non ?

- Je pensais que vous aviez arrêté tous les deux ? intervient Remus Lupin, les regardant tour à tour d'un air réprobateur.

Je l'ai toujours soupçonné d'être le frère caché de Lily Evans. Ses cheveux sont roux. Et blond. Et brun. Mais qu'est-ce que c'est que cette couleur par Merlin ? Et en quoi ça m’intéresse, déjà ?

- Non, c'est toi qui a arrêté d'en prendre, Mumus. répond Black en haussant les sourcils.
- Je t'ai déjà dis cent fois de ne pas m'appeler comme ça. rouspète le jeune homme.
- Mais ça te va si bien, minaude-t-il en lui adressant un clin d'oeil.

C'est franchement pas sympa de donner des surnoms à ses amis. Je décide de venir en aide à Lupin :

- Fais passer le jus de citrouille, Patmoche.

Black tourne si vite la tête vers moi qu'il manque de se faire un torticolis.

- Je t'ai déjà dit de...

Il s'interrompt subitement tandis que je partage un sourire victorieux avec Lupin.

- Bon, et si on se racontait nos vacances ? propose James avec un trop-plein d'enthousiasme. Tu commences, Sirius. A toi l'honneur.

Le concerné hausse un sourcil avec méfiance. Avant de répondre, il pousse vers moi le pichet de jus de citrouille. Je regarde bêtement la carafe avant de relever les yeux. Black m'adresse un sourire poli. Je fronce les sourcils. C'est bien la première fois qu'il me fait passer quelque chose sans essayer de m’assommer au passage. Je finis par hausser les épaules avec indifférence et me sers un verre. Faire semblant de m'entendre avec cet abruti n'est pas si horrible, après tout.

- Je n'ai rien à te raconter que tu ne saches déjà. On partage la même chambre, je te rappelle.

A-ha ! Qu'est-ce que je disais, hein ? Ces deux garçons partagent une chambre ensemble. En dehors de Poudlard. Et ils se font des crises de jalousie à tout va. Ils sont gays, j'y mettrai ma baguette au feu. Ne vous méprenez pas, je n'ai rien contre les gays. Du moment qu'ils s'assument. Enfin quoi les gars, avouez votre amour au grand jour ! Je ricane toute seule en imaginant James Potter monter sur la table pour faire sa déclaration... Se serait franchement drôle à voir, non ?

- Dans ce cas, à toi Marlène ! Qu'as-tu fait de beau ?

Je mâchouille tranquillement un morceau de bacon. Je sais très bien où veut en venir le binoclard. S'il croit que je vais avouer devant tout le monde que Sirius Black est venu diner chez moi, il se fourre ma baguette dans l’œil !

- Attends, laisse-moi réfléchir... J'ai flemmardé dans ma chambre. Flemmardé dans la cuisine. Puis de nouveau dans ma chambre. Et ensuite, j'ai... ah, oui ! J'ai flemmardé dans le salon.

Je sais, je suis une nana très occupée. Pettigrow pouffe de rire alors que Lupin esquisse un sourire amusé. Le Préfet ne se laisse pas démonter et répond d'un air moqueur :

- Fantastique programme ! Tu n'as reçu aucune visite ?

Il me prend carrément pour une idiote.

- Si, celle du Père Noël. j'ironise.
- Et... ?
- Et tu me gonfles, Potter !

Je tape du poing sur la table, faisant trembler mon assiette. Le brun à lunettes semble lui aussi perdre patience; il tourne vivement la tête vers son meilleur ami, le regard accusateur.

- Très bien ! Pourquoi ne m'as-tu pas parlé de ce dîner chez les McKinnon et comment ça se fait que elle (il pointe son index dans ma direction), elle a eu droit d'essayer ta moto et pas MOI ?

Black m'observe un long moment, comme s'il attendait que je lui donne la réponse. Mon cœur manque un battement. C'est vrai, ça : pour quelles raisons fait-il des cachotteries à son meilleur ami ? Par honte, peut-être ? Monsieur est probablement habitué à des dîners mondains avec des filles bien élevées, qui utilisent des couverts et s'excusent lorsqu'elles sortent de table.

- Si je ne t'ai rien dit, c'est justement pour éviter cette réaction démesurée, James.
- Démesurée ? Vous trouvez ma réaction démesurée, vous ?

J'échange un regard ennuyé avec Lupin et Pettigrow.

- Scène de ménage à l'horizon, les gars.

On se lève tous les trois d'un même mouvement.

- Je dois aller aux toilettes. décrète Lupin.
- je t'accompagne ! propose Pettigrow.

Je les regarde s'éloigner, puis me tourne vers mon équipier :

- Moi aussi, je me casse. A plus, les nazes.
- Une seconde, Marlène. Tu peux dire à James que tu m'as forcé la main, s'il te plaît ?

Patmoche me lance un regard tellement désespéré que je le prends en pitié.

- Enfin, tu la connais, Cornedrue ! On ne peut pas l'arrêter lorsqu'elle a une idée en tête. Elle m'a supplié de lui prêter ma moto, devant ses parents de surcroît.

Pardon ?

- J'étais son invité, que voulais-tu que je fasse ? ajoute-t-il d'un air piteux. J'étais pieds et poings liés, James. Tu te doutes bien que j'aurai préféré te la faire essayer en premier... t'es mon meilleur pote, mon frère !
- C'est vrai ce qu'il dit ? me demande le Préfet.

Tu parles, c'est un grand baratineur !

- Ouais. Je peux être vraiment buté lorsque je veux quelque chose.

Les garçons se réconcilient en moins de temps qu'il n'en faut pour dire "Quidditch". Dès lors que James a le dos tourné, je fusille Black du regard.

- Moi, je t'ai supplié ?

Il se contente de hausser les épaules.

- Oui, un petit peu. Quoi, tu ne te souviens pas ? « Oh, allez Sirius ! Ce ne sera pas ma première fois, et je te promets d'être prudente. » m'imite-t-il d'une voix affreusement haute perchée et... aguicheuse !

Le rouge me monte aux joues.

- Je... je ne parle pas comme ça !

Il m'ignore superbement.

- Je serais curieux de savoir quand est-ce que tu as eu l'occasion de conduire ta première moto...
- Oh, j'ai rencontré un motard un jour qui a accepté de m'apprendre à conduire en échange d'un service.

Je cligne des yeux, surprise d'avoir répondu si facilement à sa question. En temps normal, je l'aurait envoyer paître. En temps normal, Sirius Black ne m'interroge pas sur ma vie. Ce dernier arque un sourcil, me toisant avec incrédulité.

- Un motard. Et puis-je savoir où tu l'as rencontré ce... motard ?
- Dans un bar, je réponds sur le ton de l'évidence.
- Un bar ? Étais-ce un de ces bars Moldu mal fréquenté ?
- Possible.
- Et je suppose-non, je suis certain- que tu y étais seule. Parce que tu n'en fait qu'à ta tête et que tu n'as aucune conscience du danger.

Ses lèvres s'incurvent en un drôle de sourire, qui semble dissimulait une légère irritation.

- Qu'est-ce que ça peut te faire que j'y sois allée seule ou accompagnée ? je rétorque sèchement. C'est pas tes chaudrons, que je sache.

Le jeune homme se redresse, le dos bien droit, et adopte une attitude hautaine proche de l'indifférence.

- Ça m'est égal. C'était juste histoire de lancer la conversation. Tu sais, comme deux amis sont censés le faire. Et donc...(il se sert une autre tasse de café) que t'as demandé le motard en échange ?

Son ton condescendant me porte sur les nerfs. J'ignore pourquoi je poursuis la conversation. Peut-être pour faire plaisir à Potter, qui nous regarde en biais tandis qu'il discute avec Dorcas Meadowes.

- Puck. Un tour de Magie.
- Un tour de Magie ? répète le gryffondor, perplexe.
- Ouais.

Il me fixe de ses yeux gris, dans une sorte d'hébétude.

- Tu n'as tout de même pas montré tes pouvoirs à un Moldu ?!

Je roule des yeux, il me prend vraiment pour une abrutie ?

- Bien sûr que non ! je crache littéralement. Je lui ai fait le coup du foulard. Attends, je te montre...

Devant son air d'incompréhension, j'enlève ma cravate et la fait disparaître dans le creux de ma main droite. Black éclate d'un rire rauque qui ressemble à un aboiement. Cela attire l'attention de James Potter, qui nous observe d'un air surpris et... satisfait ?

- C'est nul, McKinnon !

Je hausse les épaules.

- Ça lui a plu, au motard.

Le maraudeur me contemple un petit moment en tournant la tête de droite à gauche.

- Tu espères réellement me faire croire qu'un homme dénommé Puck t'a donné des leçons de conduite en échange d'un stupide tour de magie ? reprend-t-il sérieusement.
- Évidemment que non.
- Alors ? Qu'est-ce qu'il t'a demandé d'autre ? persiste Black, perdant visiblement patience.
- De lui apprendre un tour de carte.

Sa bouche s'entrouvre sans qu'aucun son en sorte. Il porte ensuite ses mains à sa tête pour se masser les tempes.

- Tu te moques de moi ?
- Non. Tu sais, il existe beaucoup de Moldus intéressés par l'illusionnisme. Puck était passionné. Son rêve, c'était de donner des spectacle dans les écoles primaires.
- Tu m'en diras tant, grimace le brun.
- Tu as mal a la tête ? Ce n'est pas à cause de moi, j’espère ?

Mon sourire se fait plus franc et je tente de retenir le petit rire qui m'envahit peu à peu. C'est vraiment trop facile d'embêter Sirius Black.

- Recevoir un souaffle en pleine tronche est moins dangereux que de discuter de façon civilisé avec toi, McKinnon.
- Ça ne ressemble pas à un compliment.
- C'en est pas un. répond-t-il du tac-au-tac, néanmoins avec un sourire.

J'ouvre la bouche pour répliquer mais je me fige tout à coup, les yeux grands ouverts.

- Oh Merlin, il est là !
- Qui ça ?

J'ignore Black pour une raison très simple : l'homme de mes rêves vient d'entrer dans la Grande Salle. Mon cœur se met à tambouriner dans ma poitrine, ma langue s'assèche, mes jambes flageolent.

Relax, Marlène. Ce n'est qu'un garçon, après tout. Un garçon très beau et plus âgé que toi. Un Auror.

Je déglutis difficilement.

- Ça va, je suis présentable ?

Je regrette aussitôt ma question lorsque je remarque que seul Sirius Black se trouve à proximité. Ce dernier me reluque de haut en bas avec un sourire narquois, l'air de dire : "Tu tiens vraiment à ce que je te réponde ?". Oh que non. Il suit mon regard et lâche un ricanement dédaigneux.

- Voilà qui explique cette soudaine envie de te passer un peigne dans les cheveux.

Je sens mes joues s'enflammer et repousse nerveusement une mèche derrière mon oreille.

- Je ne vois pas de quoi tu parles.
- Bien sûr ! Jolis mocassins. Tu les a empruntés à ta grand-mère ? ricane la gravure de mode.
- Non, à ta sœur.
- Je n'ai pas de sœur.

Cette fois-ci, je me retourne pour lui faire face.

- Ça devait être à ton frère, alors.
- Ha ha.

Crétin.

- Bonjour, Miss Mckinnon.

Je sursaute en entendant cette voix grave, calme et douce comme du velours.

- Bonjour, Monsieur Denworth ! je m’exclame d'un grand sourire.
- Comment allez-vous ?
- Très bien, merci. Et vous ?

Aujourd'hui, il porte un costume bleu foncé, avec une chemise blanche. Marcus Denworth est très élégant, comme toujours. Seule sa barbe de deux jours lui donne un air un tantinet négligé. Ça me fait complètement craquer. Le regard du jeune Auror se pose soudain sur quelqu'un qui se trouve derrière moi. Je remarque que Black le dévisage avec beaucoup trop d'insistance.

- Vous me présentez votre ami ?

Avant même que je n'ai le temps d'ouvrir la bouche, le Maraudeur bondit sur ses pieds et lui serre vivement la main.

- Sirius Black.
- Marcus Denworth.

Je les regarde tour à tour avec l'étrange impression d'assister au concours du sourire le plus éblouissant. Marcus fronce les sourcils, comme s'il venait de se souvenir de quelque chose.

- Oh, mais oui ! Vous êtes l’élève qui a sauvé Miss McKinnon la nuit de son agre...
- Il ne m'a pas sauvé, je l'arrête en riant nerveusement.
- Elle a raison. admet Black en m'adressant un sourire mauvais. Je l'ai juste transporté jusqu'à l'infirmerie. Une tâche qui était loin d'être facile, comme vous pouvez l'imaginer. Aïe!

Il se frotte le bras, là ou je l'ai pincé. "Fiche le camp, Patmoche !" je chuchote à son intention, le regard assassin. Il me snobe royalement.

- Vous avez retrouvé son agresseur ?
- C'est justement pour cette raison que je souhaitais m'entretenir avec Miss McKinnon.
- Ça veut dire non. J'ose espérer que vous avez au moins quelques pistes ? continue Black en prenant Marcus Denworth de haut.

Il ne paraît pas du tout impressionné par sa petite personne. Marcus garde le silence un court instant, avant de répondre sur ton rassurant :

- Ne vous inquiétez pas, Monsieur Black. Nous avons la situation bien en main.
- Ça, c'est vous qui le dites. Vous n'êtes pas un peu jeune pour être Auror ?
- Sirius !

Je lui fais les gros yeux et lui demande de se taire. Il me gratifie d'une grimace.

- Je ne voulais pas être impolie, s'excuse-t-il avec réticence.

- Il n'y a pas de mal, rit Marcus. C'est vrai que je suis le plus jeune de l'équipe. Cela ne m'empêche pas de faire mon travail consciencieusement. Puis-je vous parler en privée, Miss McKinnon ?
- Bien sûr ! je réponds, avec tellement d'empressement que ça semble le surprendre.

Black me jette un regard en biais, l'air à la fois méprisant et dubitatif. J'entraîne Marcus à l'écart, le plus loin possible du Maraudeur et de mes camarades de classe curieux.

- Alors, que vouliez-vous me dire ? je demande, une fois dans le Hall.

Il se masse la nuque, puis jette un regard vers la Cour.

- Sachez que cela ne fait pas partie de mes attributions, mais je dois vous demander...

Faite qu'il m'invite à sortir, faite qu'il m'invite à sortir...

- Oui ? je l'encourage, le cœur battant à la chamade.
- De ne pas participer au tournoi des quatre maisons.

Loupé. Mon sourire se dissipe instantanément.

- Pardon ?
- Cette décision vient du Chef des Aurors, Mademoiselle McKinnon. Vous devez abandonner le tournoi, c'est bien trop dangereux. Votre agresseur pourrait porter une nouvelle fois atteinte à votre vie.
- Abandonner le tournoi ? je répète avec une totale incrédulité.
- Oui. Chef Caldwell pense qu'il serait préférable pour vous de rester à l'écart de toute agitation.

Ma déception se transforme lentement en colère. C'est donc pour cette raison qu'il souhaitait me voir ? Je me sens si stupide que je n'arrive pas à trouver de réponse. Il me faut quelques minutes pour pour me reprendre. Je m'oblige à lever les yeux vers l'Auror qui me fixe attentivement.

- Non.

Le bellâtre fronce les sourcils, l'air sceptique.

- Non ? Comment ça, non ?

Je me force à soutenir son regard. Il incline la tête et me dévisage de ses prunelles sombres. Je suis troublée, mais j'arrive tout de même à articuler :

- La réponse est non. Je ne vais pas abandonner le tournoi.
- Réfléchissez un peu à la situation, miss McKinnon : votre agresseur est toujours en liberté.

Son ton paternaliste me donne envie de lui coller mon genou dans les parties. Mais c'est surtout parce que je suis blessé dans mon amour-propre.

- Je le sais bien. Et il paraît que c'est votre job, de l'attraper ! je vocifère en pointant mon index dans sa direction.
- Ce que nous allons faire le plus rapidement possible, je peux vous l'assurer. En attendant, Le Chef vous ordonne de ne pas participer au tournoi.

Le Chef par-ci, le Chef par-là, il n'a donc que ce mot à la bouche ?

- Dans ce cas, je vais de ce pas aller dire au Professeur McGonagall que j'abandonne le tournoi. Oui, puisque c'est si gentiment ordonné...

Marcus garde le silence un instant. Je vois bien que mon ton amusé et sarcastique commence à l'irriter. Sans crier gare, il pose une main sur mon épaule. Un frisson me parcourt.

- Marlène, vous devez m'écouter...

Sa voix est douce, chaleureuse, prévenante. Il essaye de me convaincre d'abandonner le tournoi pour mon "propre bien". Pendant un bref moment, je songe à accepter. Je me dis que c'est en partie dû à son physique avantageux. Ça m'agace.

A la fin de son laïus, je tourne la tête de droite à gauche « C'est hors de question ». Le bel Auror lâche un soupir, de plus en plus ennuyé. Ce qui est ironique, ce que je n'ai pas la moindre envie de participer à ce tournoi. Cependant, je m'y suis engagée et, soyez-en sûr, je ne vais pas déclarer forfait.

- Enfin, ce n'est qu'un stupide jeu ! s'emporte-t-il tout à coup, votre vie à plus d'importance, vous ne croyez pas ?

Encore ce ton infantilisant. J'ai horreur de ça. Je lui jette un regard mauvais.

- Je crois... que je n'aime pas beaucoup qu'on me donne des ordres. Je suis assez grande pour prendre mes propres décisions, monsieur l'Auror.

Le jeune homme laisse échapper un faible soupir.

- Écoutez, j'ai moi aussi eu votre âge. J'étais un rebelle, je sais ce que vous pouvez ressen...

Je l'interromps sèchement :

- J'ai dix-sept ans, Monsieur Denworth. Je ne suis plus une enfant.

Un léger sourire étire ses lèvres.

- Je le sais, Miss Mckinnon. Cependant... soyez prudente, d'accord ?
- Pourquoi, vous vous inquiétez pour moi ? je demande l'air de rien, en lui rendant son sourire.
- Évidemment que je m'inquiète pour vous.

Mes yeux s'écarquillent et je reste plantée là, comme une idiote, ne sachant plus quoi dire, ni quoi faire.

- Cela fait partie de mon travail que de veiller sur les gens.

Mon sourire se fige. Encore raté ! Après une brève hésitation, je tente le tout pour le tout : je décide de l'inviter à sortir. Qui sait quand j'aurai une autre occasion de le revoir ?

Je m'éclaircis bruyamment la gorge et me jette à l'eau :

- Samedi prochain je me rends aux trois-balais avec quelques amis. Si vous le souhaitez, vous pouvez m'y rejoindre.
- Vous y rejoindre ? répète-t-il en arquant un sourcil.

Marcus incline la tête et m'étudie de son regard brun presque noir. Mon cœur se met à battre plus vite et je sens la chaleur envahir mon visage. Je me sens brusquement honteuse de faire des avances à un Auror plus âgé que moi. Je bafouille péniblement :

- Oui, afin de... de veiller sur moi. C'est votre travail, non ? Vous venez de le dire...
- Je croyais que vous étiez une grande fille, Miss McKinnon ? Que vous n'aviez pas besoin de protection ?

Son sourire narquois m'indique qu'il voit clair dans mon jeu. Est-il entrain de flirter avec moi ou refuse-t-il poliment mon invitation ? Je n'ai pas assez d’expérience avec les hommes pour le deviner. Je me contente de hausser les épaules, feignant l'indifférence.

Marcus prétexte un soi-disant rendez-vous avec le Directeur pour filer. Je le regarde s'éloigner en soupirant. Qu'est-ce qui m'a pris de l'inviter ? Je suis ridicule.

- Je n'aurai jamais cru te dire cela un jour, McKinnon, mais tu es pathétique.

Cette voix familière me transperce et mes cheveux se hérissent. Je me retourne et aperçois Sirius Black. Il se tient debout devant moi, les mains dans les poches.

- La ferme, Black ! je grogne.

Cela fait combien de temps qu'il est là ? A-t-il entendu ma conversation avec Marcus ?

- Faire les yeux doux a un Auror qui a dix ans de plus que toi...
- Sept ans ! Et je ne fais les yeux doux a personne, d'accord ?!

Le clébard se contente de lever les yeux au ciel.

- Si tu le dis. McGonagall m'a demandé de te donner ça.

Il me tend un morceau de parchemin que je m'empresse de récupérer.

- Je t'en prie, il n'y a vraiment pas de quoi. lance-t-il, sarcastique.

Voyant là une manière de me venger, je fais mine de lire sa note à voix haute.

- « Miss Mckinnon, veuillez dire de ma part à Sirius Black qu'il est un gros crétin prétentieux. » Je crois que tu le sais déjà, non ? je raille.

J'ai droit à une grimace.

- La deuxième tâche aura lieu demain matin à neuf heures. dis-je, retrouvant mon sérieux.
- Parfait, sourit Black. Tu es prête, non ? Cela fait des semaines que vous vous entrainez, avec James.
- Oui, je réponds fébrilement.

Voyant que je refuse de bouger, le jeune homme me donne une tape au bras pour attirer mon attention.

- Je sais que tu meurs d'envie de rester là à te morfondre, mais on a cours de Potions.
- Je ne me morfonds pas !
- Bon sang, Marlène. Cesse de me contredire sans arrêt, tu t'épuises inutilement.

" Alors arrête de me chercher " je marmonne en retour, suivant le gryffondor à contre cœur. "Bon sang, Marlène..." Pourquoi s'est-il senti obligé de prononcer mon prénom ? J'essaie de me souvenir si cela s'est déjà produit avant. Une ou deux fois, je crois. Lors du dîner chez mes parents...

Encore ce maudit dîner !

Je secoue la tête pour chasser une vague sensation de malaise.

Je garde le silence et pendant le reste du trajet, je ne fais que penser au tournoi. Black me zieute plusieurs fois, sans piper mot.

C'est bizarre, j'ai un mauvais pressentiment. Je sens que quelque chose va arriver, mais j'ignore ce que c'est. Oh, comme se serait merveilleux d'être une voyante afin de pouvoir prédire l'avenir... Attendez voir : je suis une voyante ! Sauf que mon don ne me sert à rien.

Et les cours de ma tante (à raison d'une heure par semaine) ne m'aident pas beaucoup. Je devrais déjà être capable de déclencher des prémonitions sur commande mais rien, que dalle ! Je n'ai pas progressé d'un iota. Parce que je suis trop "dispersée et têtue" selon Griselda. Ça me déprime tellement que j'ai envie de sécher les cours... Maintenant que j'y pense, j'ai aussi envie de manquer les cours lorsque je suis de bonne humeur.

Je me cogne contre le dos de Sirius Black lorsqu'il s'arrête de marcher. Je jette un coup d'oeil autour de moi et me rends compte que nous sommes en classe. Tout le monde nous regarde parce qu'on est en retard. Génial.

Black s'excuse pour nous deux alors que je me dirige déjà vers le fond de la classe. Je constate que Severus Rogue à posé ses affaires sur ma chaise afin que je ne puisse pas m'asseoir. Il m'en veut toujours parce que j'ai choisi James Potter comme équipier. La barbe, je ne pourrais plus copier sur lui.

- Par ici, Marlène !

Chris Kellerman écarte son sac afin de me faire une petite place. Ça, c'est un ami. Je souris de gratitude.

- Alors, tu es prête pour la deuxième tâche ? me demande-t-il avec enthousiasme, à peine suis-je installée.

J'ouvre la bouche pour répondre, mais il me devance :

- On a parié sur toi avec les gars de l'équipe !
- Ah... ah oui ?

Ma bouche devient sèche comme si je n'avais rien bu depuis des semaine.

- Vingt-cinq gallions !
- Quoi ? Vingt-cinq gallions ?! je m’exclame avec incrédulité.

Chris hoche vigoureusement la tête, aussi excité qu'une puce.

- Potter et toi vous allez l'emporter, c'est certain !
- Tout de même, vous êtes fous d'avoir misé cette somme !
- On n'est pas les seuls, d'autres gryffondor l'ont fait.
- Qui ?
- Un tas d’élèves, répond-t-il d'un haussement d'épaules.

Un tas d’élèves ? Je respire avec difficulté et lutte pour conserver mon calme. Un poids énorme me compresse la poitrine. Il y a encore peu de temps, mes camarades ne croyait pas en moi et à présent, ils font des paris ?

Je me sens mal... Vraiment mal.
Reveil difficile by jalea
Author's Notes:
Bonjour !

J’espère que vous vous portez tous bien.

Étant coincé chez moi comme vous tous, j'en profite pour mettre à jour certaines de mes fictions. Excusez-moi de cette longue absence (oh la la, presque un an que je n'ai rien posté !) mais je vais faire en sorte de publier plus régulièrement.

Un grand merci pour vos adorables reviews et spécialement à Kiliwatch pour ses encouragements !

Je vous dis à bientôt et bonne lecture,
Jalea.
Chapitre 26 : Reveil difficile.




Ce matin, je me suis réveillée avec la sensation d'avoir reçu dans la nuit des bribes de messages ou d'avertissements.

Je crois avoir fait un cauchemar, mais impossible de m'en souvenir.

Je cligne des yeux à cause de la lumière du soleil qui filtre dans la pièce. Enfin, quand je dis soleil, c'est un bien grand mot : il fait jour, point barre. Je lâche un petit grognement. Je n'ai pas pas besoin de mettre un pied dehors pour savoir que le ciel est gris et le temps humide. Comme d'habitude. J’enfouis ma tête sous les couvertures en poussant un râle de mécontentement. Je veux rêver de la mer : une plage de sable chaud, le bruit des vagues... et si un beau garçon arrive à se faufiler dans mon fantasme, je ne dis pas non.

Je me tourne, et me retourne maintes fois dans mon lit, sans parvenir à me rendormir. À contrecœur, je lève la tête et jette un œil au réveil : il est neuf heures trois. Mince, je suis en retard. Ça n'étonnera personne, je suis toujours en retard. Je traîne une dizaine de minutes dans mon lit avant de me décider à faire quelque chose de ma journée.

Me souvenant soudain que mon premier cours est Métamorphose, je décide de prendre une douche et m'habille à toute vitesse. Mieux vaut ne pas trop abuser de la patience du Professeur McGonagall, même si elle est beaucoup plus conciliante depuis que je suis la Championne de sa maison.

Je détaille rapidement mon reflet en me coiffant devant le miroir. Mes cheveux hirsutes et indomptés me font lâcher un nouveau soupir de désolation. En guise de cache misère, je décide de me faire une queue de cheval. Cela ne me donne pas meilleure allure pour autant, mon visage paraît encore plus émacié.

Quel horreur ! J'ai l'air aussi négligée et désespérée qu'une toxicomane en manque. En parlant de manque, cela fait plus de douze heures que je n'ai pas mangé de chocolat. A peine me fais-je cette réflexion que mon ventre se met à grogner comme un dragon en cage. Il est malheureusement trop tard pour le petit-déjeuner, je n'ai pas d'autre choix que de me rendre en cours.



******




Dans le hall d’entrée, une dizaine de retardataires se dirigent vers le parc en courant aussi vite que si le groupe Dream's donnait un concert gratuit. Je trouve cela assez curieux, alors je décide de les suivre plutôt que d'aller en cours. Je sais, oui : je me laisse facilement distraire.

Je les rejoins au pas de course et me retrouve sans le vouloir au beau milieu de leur conversation survoltée :

- C'est un truc de dingue ! s'exclame un Poufsouffle, dont le visage barbouillé de maquillage me fait froncer les sourcils.
- Vous pensez qu'ils vont tout annuler ? interroge une fille de serpentard.
- Ils n'ont pas intérêt ! J'ai passé des heures à répéter notre hymne ! s'emporte un serdaigle avec fougue.

" Hymne " ? Je les observe, de plus en plus perplexe.

Les élèves sont trop occupés à se plaindre des professeurs qui mettent un temps fou à prendre une décision.

- Est-ce que cela veut dire que la Championne des Gryffondor déclare forfait ? lance un autre étudiant d'une voix forte pour se faire entendre parmi le brouhaha de discussions.

Pardon ? En quel honneur devrais-je déclarer forfait ? Ils ont fumé les plantes de Chourave, ou quoi ?!

- Ça me paraît évident ! Puisqu'elle ne s'est pas présenté à la deuxième tâche, répond la Serpentard.

Son visage exprime un surprenant mélange de gaieté et de gravité. Soudain, ça fait tilt dans ma tête : la deuxième tâche aurait dû avoir lieu ce matin ! A neuf heures, précisément. Mon estomac me remonte dans la gorge.

- MERLIN DE MERDE !

Je beugle si fort que cette fois, j'attire l'attention de tous. Lorsqu'il me remarque, le groupe d’élèves me regarde avec des yeux ronds.

- C'est Marlène McKinnon ! précise inutilement un gosse en me pointant du doigt.

Les élèves s'écartent sur mon passage tandis que je me dirige vers la Cour en fusant comme une sprinteuse olympique démente. Je me stoppe net en remarquant quelque chose d'anormal. A la place du terrain de Quidditch, j'aperçois une... une sorte de petite forêt enclose entre quatre murs de faible hauteur. Je cligne des yeux à plusieurs reprises, croyant à un mirage.

C'est quoi, ce délire ? Je me retourne brusquement et me cogne contre une rangée d'adolescents. Je lâche un juron, de plus en plus ennuyée.

- Vous savez où se trouve la tente des Champions ?

Les élèves se dévisagent quelques secondes avant de se tourner vers moi en haussant les épaules. C'est alors qu'une voix grave s’élève au dessus de nous, me faisant sursauter.

« Marlène McKinnon est prié de se rendre dans l'enclos des Champions. »

Je reconnais aussitôt le ton ennuyé de notre Professeur de Vol, Monsieur Tempton. Mes camarades gardent les yeux rivés dans ma direction, comme s'ils attendaient une quelconque réaction de ma part.

« Marlène McKinnon est prié de de se rendre dans l'enclos des Champions. IMMÉDIATEMENT ! »

Mes yeux s'écarquillent de terreur : ça, c'était la voix du Professeur McGonagall.

Oh là, ça s'annonce mal.


******



- J'attends vos explications, Miss McKinnon.

Vous avez déjà eu la sensation d'être une parfaite bonne rien, une imbécile ? La directrice de ma maison me toise d'un œil noir, plein de reproches, me rappelant vaguement ma mère. Je garde la tête baissée, honteuse. J'en viens à regretter d'avoir quitté mon lit douillet et le pays des rêves.

- Hum... panne d'oreiller ? je bredouille en guise d'excuse.

Le Prof de Vol lâche un juron que McGonagall décide d'ignorer, tandis que les autres champions et leurs coéquipiers partagent des regards désabusés, ou moqueurs. Quant à James Potter, il lève les yeux au ciel si haut qu'ils font un tour complet dans leurs orbites. En le détaillant du regard, je me sens encore plus coupable.

Pour l'occasion, le maraudeur porte un superbe ensemble de sport noir. Debout ainsi, les bras croisés sur le torse et les cheveux ébouriffés, il pourrait faire facilement la une d'un magasine de Quidditch. Curieusement, il ne porte pas ses lunettes. Ça lui donne l'air plus âgé. Nul doute que ce dernier s'est levé aux aurores afin de se préparer physiquement et mentalement.

Quand je pense que moi, la championne des Gryffondor, j'ai failli quitter le dortoir ce matin avec mes pantoufles à oreilles de lapin aux pieds... bonjour l'angoisse.

- Vous avez cinq minutes pour vous changer, grince McGonagall dans ma direction, zieutant ma tenue d'écolière. Vous êtes le premier groupe à passer, ajoute-t-elle à notre attention.

Potter hoche la tête d'un air entendu. Le premier groupe à passer ? Mon sang ne fait qu'un tour lorsque je prends conscience de la situation. McGonagall quitte la tente des champions, me jetant un dernier regard furieux au passage.

- Une panne d'oreiller ? De qui te fiches-tu ? grogne Potter à mon attention.

- Je suis désolée. dis-je sincèrement. J'ai complétement oublié le tournoi. Je... j'étais persuadé qu'on avait cours.

- Comment est-ce possible ? insiste-t-il, sourcils froncés. Nous avons parlé du tournoi et de notre stratégie pendant des heures !

Franchement, moi aussi, je m'étonne. Je suis parfois tête en l'air, mais cela ne me ressemble pas d'oublier une chose aussi importante ! Je me détourne afin de saisir ma tenue qui vient d'apparaître comme par enchantement sur un tabouret. Merci McGonagall ! Je fais la moue en regardant autour de moi. Où suis-je censée me changer ?

- Je ne sais pas. Écoute, je m'en veux déjà assez comme ça, d'accord ?

Le Maraudeur secoue la tête, puis finit par soupirer.

- Honnêtement, je ne te comprends pas, Marlène.

Les mains au dessus de la tête, il procède à une série d'étirements en moulinant des bras.

- Quand je commence à croire que tu te soucies des autres, tu finis toujours par me prouver le contraire en agissant comme une égoïste.

Je me fige brusquement. Je sens mes joues chauffer dangereusement, et relève les yeux vers son visage.

- Hey, ce n'est pas de ma faute si j'ai oublié le tournoi ! je me défends, attirant l'attention des autres personnes dans la tente.

James est agacé, ainsi que me l'indiquent son mouvement de recul et son haussement de sourcils.

- Bien sûr, ce n'est jamais de ta faute. Tu ne crois pas qu'il serait temps de grandir un peu ?

Je ne peux pas m'empêcher de lâcher un ricanement mauvais. C'est Sainte- Mangouste qui se fout de la charité !

- Tu sais quoi, Potter ? Tu peux retourner d'où tu viens, je vais me débrouiller toute seule !

Qu'est-ce que je raconte, moi ? Jamais je ne pourrais m'en sortir seule, ni même participer à la seconde tâche sans coéquipier ! Je cherche un moyen de me rattraper, mais je sais qu'il est trop tard : ma fierté m'empêche d'exprimer des regrets. C'était déjà assez difficile pour moi de demander de l'aide à James Potter, alors formuler des excuses... il ne faut pas rêver !

- Non. réponds posément le Maraudeur. Il ne s'agit pas uniquement de toi. Les Gryffondor comptent sur nous, alors nous allons faire de notre mieux pour ne pas les décevoir. Mais que ce soit clair, Marlène... ajoute-t-il en me vrillant du regard. C'est la dernière fois que je fais équipe avec toi.

Mon soulagement est vite atténuée par une vive colère à son égard. Qu'entend-t-il par là, exactement : " C'est la dernière fois que je fais équipe avec toi" ? Quelque chose me dit qu'il pense au Quidditch ! Je fulmine de rage à la simple idée qu'il puisse me virer de l'équipe. Le Quidditch est la seule chose pour laquelle je sois vraiment douée.

- Ah oui ? je grogne, et bien laisse-moi te dire que...

Je me sens soudain défaillir, et m'agrippe de justesse au tabouret pour éviter de tomber.

Je fulmine intérieurement; comme si c'était le moment pour avoir une foutue vision !

Quand je rouvre les yeux, je me trouve en haut de la tour d'Astronomie. Je vois à nouveau la suicidaire qui pleure à chaudes larmes. C'est étrange : mes visions ne se répètent pas, généralement. Ne sachant quoi faire, je m'approche de la rambarde, là où se tient la jeune fille. Esmera a tant pleuré que ses yeux sont devenus rouges et gonflés. Mon cœur se serre. J'essaie de retenir autant de détails que possible. Je dois absolument savoir quand cette vision va se réaliser ! Je me penche pour regarder par dessus la balustrade. Mes yeux se figent de stupeur : une petite forêt enclose entre quatre murs remplace le terrain de Quidditch. Oh, non...

Je secoue la tête en signe de négation alors que ma vue se brouille. Lorsque je reprends mes esprits, le visage inquiet de James Potter se trouve à deux centimètres du mien.

- Qu'est-ce qui t'arrive, Marlène ? Ce n'est vraiment pas le moment de faire un malaise !

Je cligne bêtement des yeux, incapable de parler. Esmera se trouve en haut de la tour d'Astronomie, en ce moment même.

- Évite de la secouer comme un prunier ! Tu veux la faire dégobiller, ou quoi ? intervient sèchement Todd Harper.

James l'ignore superbement et m'entraine à l'écart pour me faire assoir. J'ai vaguement conscience que son regard exprime de la culpabilité, mais je n'y prête guère attention. Ce que je viens de voir me charge d'une telle angoisse, que je suis incapable de bouger ou prononcer un mot.

- Veux-tu que j'aille chercher l'infirmière ? propose gentiment Aiden McKinley, le Champion des Serdaigle.

Je tourne la tête de droite à gauche.

- C'est bon, laissez-là respirer ! ordonne James aux autres élèves.

Le Professeur McGonagall choisit cet instant précis pour entrer dans la tente, l'air de bien meilleur humeur.

- Miss Mckinnon, Monsieur Potter ? Veuillez me suivre, s'il vous plaît.

Son sourire se fane instantanément lorsqu'elle remarque mon trouble.

- Que se passe-t-il encore, Miss Mckinnon ? claque-t-elle d'agacement.

- Je suis désolée, Professeur.

Cette phrase s'adresse également à mon équipier, qui me dévisage en arquant un sourcil perplexe. McGonagall balaye mes excuses d'un mouvement impatient de la main.

- N'y pensez plus et concentrez-vous sur la deuxième tâche.
- Je suis vraiment désolée.
- Cessez donc de vous excu...

Elle s'interrompt subitement afin de m'observer plus attentivement. James semble comprendre le premier de quoi il retourne.

- Marlène ?

Je me lève lentement, puis me dirige vers la sortie sous les regards effarés de mes camarades.

- Non... vous n'allez pas faire cela ! couine le Professeur McGonagall.

Sa voix a un ton presque désespéré. Je me sens à nouveau honteuse et démunie. Le Professeur, McGonagall, Potter, les Gryffondor... ils comptent tous sur moi. Je suis tiraillée, bien qu'il n'y ait pas a réfléchir : Esmera est en danger ! Je dois la rejoindre. Immédiatement.

- C'est une urgence.
- De quel urgence parlez-vous ? glapit McGonagall. Que diable avez-vous de plus important à faire, Miss McKinnon ?!

Voyant que je ne réagis pas, Potter essaie également de me faire entendre raison :

- Il ne s'agit pas uniquement de toi, Marlène. Tu le sais bien.

Ses grands yeux marrons, suppliant, semblent dire :" Ne fais pas ça, je t'en prie. Ne me laisse pas tomber. Ne nous laisse pas tomber "

- Je vous déconseille de faire cela, Miss McKinnon. J'estime avoir été assez clémente. Ne me poussez pas à bout.

Je recule de quelques pas en direction de la sortie, en essayant d'ignorer son regard meurtrier.

- Je... je dois vraiment y aller. Maintenant.
- Quittez cette tente et vous serez renvoyée de Poudlard !

Je me fige sur le seuil. L'endroit se fait brusquement silencieux. Je me retourne lentement et croise le regard incendiaire de McGonagall. Cela ne peut être qu'un gros coup de bluff ! Le pouvoir de décision incombe seulement au Directeur, pas vrai ?

- Renvoyée ? je répète d'une voix suraiguë, presque méconnaissable.
- Renvoyée ! affirme la vieille sorcière, sans l'ombre d'une hésitation.

Coup de bluff ou non, quelles autres options me reste-t-il ? Je ne peux décemment pas abandonner Esmera pour participer à ce tournoi en sachant ce qu'il risque d'arriver !

Ma décision prise, je relève la tête et fixe durement mon professeur.

- Dans ce cas, renvoyez-moi.
- Pardon ? s'exclame McGonagall, semblant au bord de l'apoplexie.
- Vous m'avez bien entendu. je rétorque avec assurance.

Je m'en vais sans plus de cérémonie, puis je me mets à courir comme une dératée en direction de la tour d'Astronomie. À partir de cet instant, une lutte contre la montre est engagée. Je sais pertinemment que chaque minute compte. Sans cesser de courir, j’émets un sifflement distinctif et en l'espace de quelques secondes seulement, mon balai arrive à ma hauteur. Je l'enfourche avec agilité, puis je remonte vers le ciel, le plus rapidement possible.


******


Une bourrasque de vent me repousse en arrière. Je cligne des yeux parce qu'il commence à pleuvoir. Je me cramponne plus fermement à mon balai, le cœur battant à tout rompre.

Quand enfin, j'arrive au sommet de la tour d'Astronomie, j'aperçois Esmera de dos, à moitié penché la tête en bas par dessus la balustrade. Afin de ne pas l'effrayer ou la brusquer, j’atterris en douceur, sans faire le moindre bruit. Je m'avance d'un pas, prudemment, comme je le ferais pour approcher une biche blessée.

- Ne fais pas ça, dis-je doucement.

Le son de ma voix la fait bondir.

- Co...comment est-tu arrivé là ?! bredouille-t-elle, les yeux grand écarquillés.
- En volant. Ne fait pas ça, je t'en prie.

Le vent plaque ses longs cheveux noirs sur son visage, qu'elle repousse en arrière d'un geste rageur.

- Pourquoi n'es-tu pas au tournoi ? Tout le monde doit y être, en ce moment. Et corrige-moi si je me trompe, tu es bien la championne de ta maison ?
- Plus maintenant.

Le bruit de la pluie devient assourdissant. Mon uniforme est trempé, mes cheveux mouillés, et j'ai un trou à ma chaussure qui laisse infiltrer l'eau glacée. Je fais abstraction de tout cela. Je pose mon balai au sol et fais quelque pas en direction de l'adolescente.

- Ne t'approches pas de moi ! m'ordonne-t-elle aussitôt, se collant à la rambarde.

Je lève les mains en signe de reddition.

- D'accord. Je suis là pour t'aider.

La Poufsouffle part dans un rire hystérique.

- Tu ne peux pas m'aider.
- Je vais quand même essayer, je rétorque avec un sourire atrocement crispé par la peur.
- Pourquoi ? Tu ne me connais même pas ! riposte-t-elle sur un ton presque accusateur.
- Bien sûr que je te connais ! Tu t'appelles Esmera, tu es en cinquième année à la maison Poufsouffle...

Quoi d'autre ? Je réfléchis à toute vitesse, le cœur battant à la chamade. Pourquoi n'ai-je pas fait une enquête plus poussée sur cette fille ? J'ignore même son nom de famille !

- Tu... tu n'aimes pas la tarte a la mélasse. Et tu n'apprécies pas les filles de ta classe.

Ce n'est que de la déduction, espérons que cela fonctionne ! Esmera baisse la tête, un tantinet plus calme. Rassurée, je m'approche davantage.

- Elle sont horribles avec moi. Depuis la première année. J'ai pourtant tout essayé pour devenir leur amie...

- Et c'est pour cette raison que tu veux te foutre en l'air ? Parce qu'une bande de nanas te mène la vie dure ? Tu ne crois pas que c'est un peu léger comme motif de suicide ?

Je me mors la langue, regrettant immédiatement mes paroles. Mon père me répète pourtant assez souvent que : "toute vérité n'est pas bonne à dire". Mais dans le fond j'ai raison, non ?

Imaginons une seconde que j'ai moi aussi, envie de me suicider. Pour commencer, il me faudrait une sacrée bonne raison ! Genre... mon frangin devient un Mangemort ! Il assassine ma mère, mon père, sa chouette et il fout le feu à notre baraque. Moi, j'arrive à lui échapper parce que je suis la plus maligne. Je vais me réfugier chez tante Griselda, il me retrouve sans aucune difficulté et la dézingue. Sur le chemin, Andrew a aussi explosé le magasin Honeydukes et le vendeur de bonbecs qui va avec. Là, c'est trop : je craque et je me mets à pleurer.

Je décide d'aller me cacher dans la cabane hurlante parce que... parce que cette maison est bien flippante et que mon frère n'osera pas y entrer. Sauf que je découvre à l'intérieur une dizaine de mangemorts cagoulés qui m'attendent bien sagement.

Mais (merci à ma bonne fée) j'arrive à m'enfuir par... par une cachette secrète qui mène tout droit à Poudlard ! Et là, je me rends compte que les Mangemorts ont butés tout le monde : le Directeur, les professeurs, les élèves, la bibliothécaire, le concierge, et même Hagrid. Seule une personne a survécu à cet horrible massacre : Peter Pettigrow (me demandez pas pourquoi, c'est pas ma faute si mon imagination part en cacahuète).

Alors oui, dans ces conditions, j'envisagerai de me suicider. Cependant, je ne me jetterai pas du haut de la tour d'Astronomie, trop cliché ! Non, je... je me tailladerai les veines et j'irai me jeter dans le lac pour me faire bouffer par le Calmar géant. Attendez... ça aussi c'est d'un banal affligeant.

C'est bon, j'ai trouvé ! Je pousserai Peter Pettigrow dans le lac pour le regarder se noyer ET se faire bouffer par le Calmar. Euh, une seconde : l'idée de base c'était quoi déjà, me suicider ?

- Je me fiche complètement de me faire harceler par ces filles !

La voix d'Esmera me ramène brusquement sur terre.

- Bien. Alors éloigne-toi du bord, maintenant. j'articule lentement.
- Pourquoi ? On va tous mourir de toute façon. Surtout maintenant qu'il est revenu.
- Qu'il est revenu ? je répète, perplexe.

Esmera laisse planer un instant de silence. Elle observe un instant le ciel gris et lourd, avant de tourner son visage vers moi :

- Tout le monde fait semblant de ne rien savoir. Les Professeurs n'en parlent pas, pas plus que la Gazette du Sorcier. Ils ont à peine fait référence à la mort de mon père.

Cette nouvelle me glace le sang. Un lourd silence tombe entre nous, assourdissant. Esmera souffre visiblement, et j'ignore totalement quoi dire ou faire pour l'apaiser. Qu'est-ce qui m'a pris de croire que je pouvais gérer la situation toute seule ? Tandis que je songe à aller chercher des renforts, Esmera plante son regard humide dans le mien.

- C'est vrai que la vie passionnante des joueurs de Quidditch professionnels est plus importante que le meurtre d'un pauvre homme qui a refusé de suivre les ordres de Mangemorts ! Ils... ils disent qu'il est de retour. Voldemort.

Ah ouais, parce que le bonhomme était parti ? Il s'est accordé de petites vacances, peut-être ? C'est sûr que ça doit être éreintant de torturer et tuer de pauvres innocents...

Bon sang, les journaux sont prêt à inventer n'importe quoi pour éviter un mouvement de panique ! Certains sorciers préfèrent même penser que ce n'est qu'une rumeur, allant jusqu'à se persuader que Lord Voldemort n'a jamais existé et que tout ce qui a été dit à son sujet doit être considéré comme une « légende urbaine ». Oui, sérieusement !

Je suppose que c'est plus rassurant ainsi : ignorons le problème et il disparaîtra, pas vrai ? L'ennui, c'est que les meurtres et les disparitions mystérieuses commencent à dangereusement s'accumuler...

Bon, j'en ai rien à carrer de savoir si Voldemort est allé, oui ou non, se faire dorer la pilule à s'en choper des coups de soleil aux fesses. Pour le moment, la seule personne qui m’intéresse, c'est Esmera : je dois à tout prix la convaincre de ne pas se jeter dans le vide.

Je garde un instant le silence, le temps de trouver les mots justes.

- Je... j'ignore ce que cela fait de perdre un être cher, mais je suis certaine d'une chose : ton père ne voudrait pas que tu te suicides pour lui.

La jeune fille cligne des yeux, l'air hébété.

- J'ai n'ai pas l'intention de me suicider. m'apprend-t-elle en me regardant avec des yeux ronds.
- Ah non ?
- Non.

Je lâche un long soupir de soulagement, mais aussi de frustration : tu parles d'une voyante ! Je ne peux même plus me fier à mes visions. J'étais pourtant convaincu que... non, ce n'est pas possible de se tromper à ce point !

- Tu en es sûre ? j'insiste, en l'étudiant attentivement.

La Poufsouffle finit par baisser le regard et fixer le bout de ses chaussures.

- Je mentirai si je te disais ne pas y avoir pensé, mais... entre y songer et passer à l'acte, il y a une énorme différence. Comment savais-tu que je me trouvais là ?

Esmera me dévisage à son tour, d'une drôle de manière.

Gênée, je me contente de hausser les épaules.

- L'intuition, sûrement.
- Non, c'est plus que ça. dit-elle à mi-voix comme pour elle-même.

Sur ces derniers mots, la petite brune s'affale sur le sol et se recroqueville sur elle-même, épuisée. Je prends cela comme une invitation à la discussion et vais m'asseoir à sa gauche.

La pluie à cessé de tomber. A présent, il est plus facile de distinguer les cris et hurlements provenant du Tournoi. Je crois même entendre mon nom, mais je préfère l'ignorer. En repensant à ce que j'ai osé faire, je suis prise d'un profond malaise. Dire que je vais être probablement renvoyée de Poudlard... mes yeux s'écarquillent soudain : oh la la, ma mère va me tuer !

- C'est contre toi que les élèves sont remontés comme ça ? questionne Esmera d'une moue inquiète.

Je soupire.

- Étant la seule Championne a avoir abandonné le tournoi pour venir faire un brin de causette avec toi, je suppose que oui.
- Mais... tu vas avoir de gros ennuis par faute ! s'écrit-elle brusquement, paniquée.

Je la contemple avec une certaine admiration. Le père de cette fille a été assassiné mais elle se soucie tout de même de mon sort. Je trouve ça incroyable, et cela me fait aussitôt culpabiliser d'avoir ne serait-ce que penser à mon renvoi de l'école.

- Ce n'est qu'un jeu, tu sais. Un simple jeu. je réponds en esquissant un sourire. Bon... il est grand temps de descendre de là, tu ne crois pas ?

Je me lève et tends la main dans sa direction. Esmera me regarde avec une brève hésitation, avant de la saisir. Elle ne sourit pas. Les larmes ont séché sur son visage et sa mâchoire a pris un pli dur qu'elle conservera jusqu'à la fin de ses jours. Jamais je n'aurai cru lire une telle souffrance dans les yeux de quelqu'un d'autre. Mais les grands yeux noirs d' Esmera expriment également autre chose : de la gratitude.

J'ai beau me faire huer par tout Poudlard, je ne regrette pas ma décision, car pour la toute première fois de ma vie, je me sens utile et à ma place.

Et plus important encore : je sais que j'ai fait le bon choix.
Moment de solitude by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Voici le chapitre 27, j’espère qu'il vous plaira !

Merci à Sara1125, SumiShann, Moorwen, Nastasja et kikou14789 pour leur reviews au precedent chapitre.

Bonne lecture,
A bientôt !
Chapitre 27 : Moment de solitude.





Je viens de réaliser un véritable exploit.

Figurez-vous que j'ai réussi à me mettre à dos TOUS les élèves de Poudlard, ainsi que les Professeurs, les Directeurs de maisons, la bibliothécaire, et même le concierge ! Sous prétexte que je me suis « défilée » lors du tournoi et que je n'ai donné aucune raison valable à cela.

Je devrai inscrire ce record dans mon palmarès et m'attribuer un nouveau diplôme, parce que là, c'est du lourd, les gars ! Il m'a fallu moins de trois minutes pour me faire haïr par mon école entière. D'accord, j’exagère un peu. Kiara m'adresse toujours la parole, ainsi qu' Esmera, ma petite protégée. Sans oublier Hagrid ! Le Garde-Chasse m'a salué ce matin, bien qu'il semblait extrêmement mal à l'aise. Il ne savait pas quoi dire, alors il m'a regardé avec compassion et m'a tapoté le crane comme si j'étais un petit chiot triste qui venait de faire une grosse bêtise.

Suite à mon absence injustifié, le Professeur Dumbledore a prit la décision d'annuler la deuxième tâche. Il m'a ensuite convoqué dans son bureau pour me dire qu'il était d'accord de reporter le tournoi à condition que je lui fournisse des explications sur ma drôle de conduite. Quand il a enfin compris qu'il n'obtiendrait rien de moi, son visage est devenu aussi rouge qu'une betterave et j'ai cru qu'il allait faire une crise cardiaque. Je n'avais encore jamais vu Albus Dumbledore se mettre en colère, ou élever la voix. Plutôt flippant, le vieux.

Oh, et vous ignorez le pire : ma charmante famille se trouvait dans les gradins lorsque j'ai pris la tangente. La seule raison pour laquelle ma mère n'a pas fait de scandale, c'est parce qu'elle est ravie que je me "porte bien". Ce sont mes mots : « Après ton agression Marlène, je dois t'avouer être soulagé que tu ai abandonné ce championnat. Y participer était une mauvaise idée. Ne t'en veux pas, mon cœur. Tu te portes bien, c'est le principal.» C'est peut-être son avis, mais pas celui des autres ! Il suffit de regarder la tronche de mes camarades de classe pour comprendre qu'ils auraient préféré nettement plus que je périsse dans d'atroces souffrances, lors de ce maudit tournoi.

Ma seule consolation, c'est que je n'ai pas été renvoyée de Poudlard. Du moins, pour l'instant.

- Ça leur passera, tu verras...

Kiara me pousse dans le dos pour me faire avancer plus vite. Les élèves m'ignorent, s'écartent sur mon passage, me contournent comme une pestiférée.

Une fois arrivée devant le tableau de la grosse dame, celle-ci fixe aussitôt son regard sur moi.

- Tsst tsst tsst ! siffle-t-elle d'un air réprobateur.

Kiara doit répéter plusieurs fois le mot de passe avant qu'elle ne consent à nous ouvrir, de mauvaise grâce. Je me retrouve sans le vouloir au milieu de la salle commune, une trentaine de visages braqués sur moi comme des projecteurs. En cet instant, je me sens infiniment grotesque et vulnérable. Voilà plusieurs jours que les Gryffondor me snobent. Ils espèrent ainsi me faire changer d'avis, me faire avouer mes torts afin que Dumbledore ne m'exclue pas du Tournoi, mais dire la vérité revient à révéler aux autres mon don de voyance. Et ça, c'est parfaitement impossible.

- Je vais faire mes devoirs en haut. dis-je, tentant de m'échapper par tous les moyens.
- Ne sois pas ridicule !

Kiara me pousse sans ménagement vers une table ronde, près de la fenêtre. Je l'observe un instant, yeux grands écarquillés, tandis qu'elle sort de son sac plusieurs blocs de parchemin. La blonde semble particulièrement sereine. Elle ne se préoccupe pas des deux Gryffondor qui s'éloignent de moi en me dévisageant comme si j'étais atteinte d'éclabouille. Kiara est la seule qui connaît mon secret, et me soutient entièrement. Elle n'a pas hésité à prendre ma défense quand les garçons de l'équipe de Quidditch me sont tombés dessus pour me réclamer les gallions qu'ils ont perdu par ma faute. Elle a même donné une leçon de morale à Potter et Black, parce qu'ils ont refusé de faire un exposé avec moi en cours de Défense contre les Forces du Mal. Je trouve cela assez réconfortant : ma meilleure amie est beaucoup plus forte que je ne le pensais.

- Tout le monde me regarde. C'est gênant, à la fin ! je grommelle dans sa direction, agacée.
- C'est normal, qu'on te regarde. Tu es la fille la plus populaire de l'école.
- Tu parles... arrêtez de me mater, bordel ! je grogne à l'attention d'un groupe de première année qui me dévisage sans vergogne, en partageant des messes basses.
- Ignore-les, Marlène.

Plus facile à dire qu'à faire.

- Et si on rejoignait les filles ? propose la blonde, regardant derrière mon épaule.

Je me retourne. A quelques mètres de là, Lily, Mary et Alice me sourient d'un air conciliant. Une boule se forme dans le creux de mon estomac.

- Non, je réponds sèchement.
- Ce sont tes amies, tu sais...

Je me contente de hausser les épaules. Je ne veux pas aller les voir. Je sais qu'elles meurent toutes les trois d'envie de me demander pourquoi j'ai précipitamment quitté le Tournoi. Malheureusement, je ne peux rien dire.

- Oh, mince ! s'exclame Kiara en grimaçant, j'ai oublié mon manuel de Potions à la bibliothèque.
- Je vais te le chercher !

Je bondis de mon siège comme si une aiguille venait de me piquer le derrière. La petite blonde pose une main ferme sur mon bras pour me forcer à me rassoir.

- Non, j'y vais.
- Mais Kiara...
- Je reviens dans une minute, commence ton devoir.

Je la regarde s'éloigner avec l'étrange impression d'être un oisillon abandonné par sa mère.

Je lâche un soupir à fondre l'âme, avant de consentir à faire mes exercices de Potions. Au bout de quelques minutes, je relève la tête et repousse mon livre d'un geste rageur. Je pige que dalle. Où se trouve Severus Rogue lorsque j'ai besoin de lui ?

Ah, j'ai failli oublié un petit détail : le Serpentard ne m'adresse plus la parole depuis des semaines. Il n'était pas franchement enchanté par le choix de mon équipier pour la seconde tâche.

Mais après ce que j'ai osé faire : planter James Potter ainsi que tous les gryffondor réunis, peut-être acceptera-t-il de me refaire la causette ? Peut-être même que Rogue me félicitera ! Et si en guise de remerciements, le Serpentard insistait pour que je copie sur lui pendant les examens ?

Je baisse la tête en captant les regards noirs de nombreux de mes camarades. Vous savez quoi ? Il est temps de changer de maison. J'en ai ras-la-baguette d'être à Gryffondor, je veux aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs.

Pourquoi pas à... Poufsouffle ? J'estime avoir toutes les qualités requises : je suis juste, loyale, patiente et travailleuse. Ok, oubliez le "patiente et travailleuse". Deux qualités sur quatre, c'est déjà pas si mal, non ? En plus, leur salle commune est situé dans les sous-sols, juste à côté des cuisines. Ça m'arrange bien car j'ai souvent des fringales la nuit. Les Poufsouffle sont pas prise de tête, ce que j’apprécie énormément ! C'est pas le genre à vous assassiner du regard pour un pet de travers.

Il y a aussi la maison Serdaigle, qui est très respectable. Je ne pense malheureusement pas être assez sage et réfléchie pour en faire partie... est-ce que je peux quand même envoyer ma candidature au Choixpeau ?

Des éclats de rires interrompent brutalement le flot de mes pensées.

Je me tortille sur ma chaise, gênée : les Maraudeurs viennent de faire leur apparition dans la salle commune. Lorsque je croise par mégarde le regard de James Potter, je me sens affreusement coupable.

- Tiens ! Ne serait-ce pas notre Championne, assise là, toute seule ? s'exclame-t-il haut et fort, attirant l'attention des élèves présents.

Bon, je suis pas difficile : je suis même prête à m’exiler chez les Serpentard, si je peux me tirer d'ici dès ce soir. J'accepte sans problème de devenir la meilleure amie de Severus Rogue. Il m'aidera à faire mes devoirs, et en contre partie, je lui offrirai une bouteille de shampoing.

- Que fais-tu encore ici, Marlène ? Tu n'as pas une urgence ? ironise le Préfet-en-Chef, esquissant un rictus mauvais.

Ouais, ce serait génial d'être à Serpentard. Je prendrai l'attitude de la fille à Papa très riche; j'insulterai de bouseux les élèves qui n'ont pas l'immense honneur d'être dans ma fabuleuse maison.

- ha ha, très drôle, James ! ricane Pettigrow, en se bidonnant comme un débile.

Mon petit-ami attitré sera Gordon Wilkes. On ira s'embrasser en cachette dans les cachots et je lui dirai que je trouve son mono-sourcil très viril. Je l'inciterai ensuite à jeter un sort à tous les gryffondor qui se sont moqués de moi, en commençant par Peter Pettigrow.

- Alors... il paraît que tu refuses de dire à Dumbledore pourquoi tu as abandonné le tournoi ? Et que tu risques d'être renvoyée pour ça ?

Son ton est anormalement hostile. Il faut dire que je n'ai pas eu le temps- ou plutôt le courage- de m’excuser auprès de mon équipier. J'ouvre la bouche, sans qu'aucun son ne sort.

Je fixe le brun un long moment, avant d'oser enfin demander :

- Si je te présente mes excuses, tu me pardonneras ?
- Non. répond-t-il presque instantanément.
- Inutile de me fatiguer pour rien, dans ce cas.

Je fais mine de m’intéresser à mon manuel de Potions, dans l'espoir que le brun s'en aille, mais il ne bouge pas d'un millimètre. Pourquoi je n'ai pas le don de télépathie ? J'implorerai Kiara de venir à mon secours. Que fabrique-t-elle encore à la bibliothèque ? Elle devrait déjà être revenue depuis longtemps !

James Potter prend un air sidéré : il me toise, les yeux exorbités, comme si je lui avais assené un coup de poing dans le ventre.

- T'es vraiment gonflée, Marlène ! Tu n'as même pas essayée.

Je fronce les sourcils, me demandant s'il parle du tournoi, ou de mes excuses.

- Tout ces entraînements... tout ça pour rien !
- Je suis désolée, James. fais-je d'une petite voix maladroite.

Il m'ignore délibérément.

- Je pensais qu'on étais amis. J'ai dû me tromper.
- Mais on est...
- C'est pas grave, McKinnon. Des amis j'en ai plein. me coupe-t-il, glaciale.

Est-ce du mépris, de la déception que je perçois dans ses prunelles marron ? Peut-être juste de l'indifférence.

- Allez viens, James... dit Lupin en lui empoignant le bras.

Ce dernier me gratifie d'un faible sourire. Je les regarde s'en aller, la bouche légèrement entre-ouverte, pendant que les regards sont toujours braqués sur moi. Les larmes me montent aux yeux sans que je n'arrive à le contrôler. J'avale difficilement ma salive, et tente de me reprendre. Je n'ai jamais pleuré devant qui que ce soit, ce n'est pas aujourd'hui que je vais commencer, encore moins pour un stupide jeu dont je me fous complètement !

- Ne fais pas attention à lui, McKinnon. C'est la première fois qu'une fille le laisse tomber, il ne sait pas comment réagir.

Je me tourne vers cette voix railleuse et faussement désinvolte. Sirius Black, le tombeur de ses dames, me contemple avec une moue amusée. Je lâche un nouveau soupir. Comme si ma journée n'était pas assez difficile comme ça !

- Tu ferais bien de rejoindre ton meilleur ami.

Black jette un bref coup d'oeil vers le brun, avant de s'en désintéresser complétement.

- Non. Quand il est énervé, il n'y a qu'une seule chose pour le calmer.
- Quoi donc ?

Moi, quand je suis en colère, je ne jure que par le chocolat ! Il me vient une idée : et si j'offrais mon stock de Chocogrenouilles à Potter ? Cela pourrait arranger les choses entre nous. Je sais bien que je n'ai jamais admis ouvertement que je le considérai comme un ami, mais... je l'apprécie. Un tout petit peu. Assez pour lui donner ma réserve de sucreries.

Black m'adresse l'un de ses insupportables clin d'oeil.

- Disons qu'il faut être deux pour ça.

Mes yeux s'arrondissent lorsque je comprends ce à quoi il fait allusion. Je tourne la tête vers James, qui se trouve assis sur l'un des canapés, très proche de sa petite-amie du moment, Dorcas Meadowes. Ok, oublions le chocolat.

- Tout va comme tu veux, Evans ? claironne le bellâtre, en captant le regard tout bonnement scandalisé de notre Préfète-en-Chef.

Lily semble aussi avoir compris le message qu'a voulu faire passer Black.

- A merveille, répond-t-elle avec un joli sourire hypocrite.

La rouquine me demande, de sa voix la plus polie, si elle peut m'emprunter un bloc de parchemin. J'acquiesce d'un hochement de tête, en évitant de la regarder. Je ne suis pas encore prête à m'excuser auprès de mes autres amis.

- Vraiment ? insiste Black, un sourire narquois aux lèvres. Tu à l'air un petit peu à cran, toi aussi. Dommage que James soit déjà pris, hein ?
- Tu n'es qu'un sale pervers, Black.
- Moi ? fait-il mine de s'offusquer, la main sur le cœur.

« Si tu crois que je ne te vois pas venir avec tes insinuations... » grommelle la jeune fille en partant, me lançant un regard inquisiteur au passage. Est-ce que c'est de ma faute, si ce chien galeux me colle aux basques ?

- Qu'est-ce que tu veux, Black ? je maugrée, perdant patience.

Pour toute réponse, le Maraudeur me décoche un sourire charmeur. J'arque un sourcil, de plus en plus perplexe, tandis que le jeune homme tire une chaise pour s'asseoir face à moi.

- A propos de cet exposé en cours de Défense...

En jetant un regard autour de moi, je remarque que l'ensemble de nos camarades nous dévisagent avec une totale incrédulité. Ouais, c'est compréhensible. Sirius Black qui fait la conversation à Marlène McKinnon, c'est à peu près aussi crédible que si le Professeur McGonagall se mettait à faire un strip-tease dans la Grande Salle !

Je focalise mon attention sur Black, qui ne cesse de me sourire d'une drôle de manière.

- C'est James qui ne voulait pas de toi dans notre groupe. Je suis son meilleur ami et donc obligé de le soutenir, tu comprends ?

Je fronce les sourcils, ne sachant pas exactement où il veut en venir.

- Pourquoi tu me regardes comme ça ? questionne Black, intrigué.

Je décide d'aller droit au but, ne voulant pas que James m'en veuille de lui voler son frère de cœur, en plus de tout le reste :

- Comment se fait-il que tu n'aies pas l'air de m'en vouloir ?

Sirius Black penche la tête sur le côté d'un air interrogateur, m'étudiant de son regard gris pale.

- Tu ne voulais pas de moi comme Championne, je te rappelle ! Parce que je suis une fille et que...
- N'importe quoi. m'arrête aussitôt le Maraudeur, s'adossant contre le dos de la chaise. Au début, je n'étais pas emballé par l'idée, c'est vrai...
- Parce que je suis une fille !

Ma voix claque comme un coup de fouet, un avertissement, un : « pourquoi es-tu le seul dans cette pièce à bien vouloir m'adresser la parole ?! »

- Non, pas parce que tu es une fille. soupire-t-il lourdement. Parce que tu es irréfléchie, têtue et feignante. Mais tu t'es bien débrouillée lors de la première tâche, alors j'ai changé d'avis.

Je me sens rougir pour une raison inconnue. Face à mon silence, il ajoute, muni d'un petit sourire en coin :

- J'ai encore le droit, non ?
- Cela ne m'explique pas pourquoi tu restes assis là, avec moi, pendant que les autres me dévisagent comme si j'étais une goule répugnante.
- Écoute, commence le brun un prenant soudain un air sérieux, je ne sais pas pourquoi tu as laissé tomber les gryffondor... mais tu devais avoir une excellente raison, pas vrai ?

Je hoche doucement la tête, sidérée. Black est loin d'être un ami à moi, et pourtant, il me laisse le bénéfice du doute.

- Évidemment. Tu ne t'es pas levé aux aurores pendant trois semaines uniquement pour avoir la joie d'admirer la tignasse mal coiffée de mon meilleur ami, je me trompe ?

Cette phrase m'arrache un petit rire.

- Tu n'a pas subi toutes ces séances d'entrainements- que dis-je, de torture par simple plaisir vicieux...

Ah ça, c'était une véritable torture ! Étirements, jogging matinal, pompes, course de balais et j'ai même eu droit à des séances de " marche tonique" dans les couloirs de Poudlard. James Potter est un tyran, doublé d'un accro du sport !

Le Maraudeur m’examine un long moment, avant de poursuivre :

- Cela devait être donc... un cas de force majeure. Une crise familiale peut-être ?
- Je ne peux rien dire.

Quelle idiote ! Et moi qui croyais naïvement que le beau Sirius Black s'intéressait à ma petite personne... il est seulement venu à la pêche aux infos ! Je renifle dédaigneusement, m'en voulant d'avoir pu penser une seule seconde que ce crétin se souciait de moi.

- Je comprends. Aucun décès dans ta famille, récemment ? insiste-t-il lourdement.

Je ne sais pas ce qui me retient de lui foutre une baigne.

- Va te faire voir, Patmoche !
- J'essaie juste de te trouver une bonne excuse ! prétend Black en perdant son ton amical.

Je croise les bras sur ma poitrine, et le toise en arquant un sourcil, dubitative. Mon silence semble l'agacer; il retrouve son habituel air hautain et prétentieux.

- Tu as vu leurs têtes ? persiste le jeune homme en désignant de la main ses camarades. Même la mort de ton chat n'arriverait pas à les consoler.
- Je n'ai plus de chat, je l'ai refilé à Hagrid. je déclare avec un grand sourire niais.

Black roule des yeux, l'air plus ennuyé que surpris par mon brusque changement de conversation. N'empêche, son attitude est étrange ! Pourquoi est-il toujours là ? Je lui pose la question qui me brûle les lèvres :

- Tu n'as pas peur que les gryffondor te snobent à ton tour ?

Le bellâtre ricane, en secouant la tête, comme si je venais de sortir une énormité.

- Me snober, moi ? Je t'en prie.

« Tu m'as bien regardé ? » semble dire ses yeux gris pale, tandis qu'un petit sourire se dessine sur ses lèvres. Il me dévisage avec une telle intensité que je me sens soudain étouffer. Je tire nerveusement sur le col de mon pull. Qu'il cesse de me fixer de cette manière !

- Tu as besoin d'aide pour ton devoir de Potions ? me demande-t-il soudain, remarquant que je n'ai pas encore commencé mes exercices.
- Non, je mens.

Son froncement de sourcils m'indique qu'il ne me croit pas pour un sous.

- Tu en es sûre ?
- Qu'est-ce que ça peut te faire ? Tu veux me proposer ton aide, peut-être ? je vocifère littéralement.

« C'est bon, j'ai pigé ! Tu es beau, intelligent, aimé par tous tes camarades, et tu n'as aucun problème pour faire tes devoirs, contrairement à moi ! » je songe, bouillonnant intérieurement.

Black se recule dans son siège, comme si je l'avais giflé.

- Pourquoi tu fais toujours ça, McKinnon ? contre-attaque-t-il à voix basse, afin que personne d'autre ne puisse l'entendre.
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
- Tu cherches constamment la bagarre. Ça doit être vraiment épuisant d'être toi, fait-il remarquer en m'observant avec une attention toute particulière.
- C'est une seconde nature, chez moi. Alors, n'insiste pas trop, Black. je conclus d'un sourire mauvais.

Je baisse la tête, pensant la discussion close. Grossière erreur : j'entends le grincement d'une chaise sur le plancher. En relevant la tête, je constate avec horreur que Sirius Black s'est rapproché de moi, à tel point que nos genoux se frôlent. Les battements de mon cœur s'accélèrent, pendant qu'il me fixe d'un regard dur, l'air de se ficher royalement du monde qui l'entoure.

- Me mettrais-tu au défi, McKinnon ? susurre-t-il d'une voix joueuse.

Hein ? Je n'ai pas la moindre idée de quoi il parle. Je crois même avoir oublié la teneur de nos propos de ces deux dernières minutes. Je me contente donc de le fixer avec des yeux ronds comme des billes.

- Tu as perdue ta langue ? C'est une vraie première. ajoute-t-il en riant.

Sous la table, son genou vient de nouveau toucher le mien, et cette fois, il demeure tout contre. Si je m'éloigne, je vais avoir l'air d'une fille mal à l'aise, ce que je ne suis pas. Je m’efforce de ne pas réagir à ce contact, mais cela me mets légèrement en émoi. Fichu hormones. Bon, ça suffit ! Je ne vais pas rester là, à baver devant Sirius Black comme l'une de ses tarées de groupies !

Je me soutiens la tête d'une main et adresse au jeune homme mon plus beau sourire factice; celui que je réserve d'ordinaire à nos Professeurs.

- Tu sais ce qui est aussi une première, Sirius ?

S'il semble surpris que j'ai prononcé son prénom, il n'en montre rien. Je laisse planer un silence pendant quelques secondes pour faire mon petit effet.

- Toi, devenant aussi collant que de la morve de Troll.

Son sourire s'élargit, comme si mon sens de la répartie l'amusait. Il se rapproche encore plus de moi si c'est possible, pour murmurer :

- Les autres filles ne s'en plaindraient pas, Marlène.

Notre proximité devient dangereuse. J'ai vaguement conscience que l'on se trouve dans la salle commune et que pas mal de gryffondor doivent nous épier, James Potter y compris, mais je n'arrive pas à mettre fin à ce petit jeu. J'avais oublié à quel point il était agréable de flirter avec un garçon séduisant (même si ce garçon se trouve être Sirius Black).

- Tu admets enfin que je suis une fille ? Tu en a mis du temps à t'en rendre compte.

Black a plutôt pour habitude de laisser sous-entendre que je ressemble à un gros camionneur en sueur ! Son regard glisse sur mes lèvres, puis sur ma poitrine, pour revenir à mes yeux. Une sensation de chaleur se diffuse dans tout mon corps, lorsqu'il répond dans un faible chuchotis :

- Cela fait un bon moment que je m'en suis aperçu, crois-moi.

Je me mordille la lèvre inférieure, incapable de détourner le regard de son visage régulier. Cette tension entre nous devient insoutenable. : « Arrête ça tout de suite ! T'es barge, ou quoi ? » me somme ma voix intérieure.

- Quand ça ? je demande malgré moi, d'une voix que je ne maitrise plus du tout.

Il passe une main dans ses cheveux pour écarter la mèche qui lui tombe sur le front.

- Allons, Marlène... il est évident pour tout garçon normalement constitué que tu es bel et bien une fille.

Là, il donne le bâton pour se faire battre. J'ignore comment j'arrive à garder mon sérieux lorsque je rétorque, un brin moqueuse :

- Tu n'es pas normalement constitué, alors ?

Je bats des cils, jouant parfaitement la midinette écervelée, alors que le jeune homme garde la bouche entre-ouverte, l'air estomaqué par mon audace.

Je suis allée trop loin et je le regrette déjà. C'est une chose de flirter gentiment avec un charmant Auror, c'en est une autre de provoquer le plus redoutable des Maraudeurs. L'espace d'un instant, il perd son assurance. Je crois même apercevoir une légère rougeur sur ses joues. Intérieurement, je jubile. Je sais pourquoi je ne veux pas arrêter ce jeu la première : parce que je veux GAGNER.

Malheureusement pour moi, le Rouge et Or se reprend bien vite. Il retrouve son assurance en un clin d'oeil et me décoche un sourire étincelant. Je me surprends à déglutir, en tentant bêtement de ne pas perdre mes moyens.

- Tu n'as aucune idée de ce que tu es en train de faire, n'est-ce pas ? me chuchote-t-il en retour, sans me quitter des yeux une seule seconde.
- Je sais exactement ce que je fais, Black. Toi, par contre, tu m'as l'air un peu troublé.

Allez, admets ta défaite, Patmoche !

Il se met à ricaner. Juste avant de poser sa main sur mon genou, sous la table. Comme ça, sans prévenir ! Je deviens cramoisie. Mon cœur se met à battre tellement fort, que je peux l'entendre tambouriner dans mes oreilles. J'essaie de garder un visage neutre, mais ne suis pas sûre d'y parvenir.

- Troublé, moi, vraiment ? fanfaronne-t-il, en arquant un sourcil suggestif.

Sa main reste posé là, sur mon genou dénudé. Il n'est pas assez fou pour s'aventurer plus loin. Cela me démange de la retirer, mais je m'y refuse. A la place, je continue de jouer la carte de l'indifférence. J’espère ainsi prouver à Sirius Black que je ne suis pas comme les autres filles, et qu'il ne m'attire pas du tout. Ce qui est un tantinet faux, mais il n'est pas censé le savoir.

- Oh Marlène, tu es toute rouge... s'inquiète-t-il faussement. Tu te sens bien, ma belle ?

Je ne relève pas le surnom débile dont il doit probablement affubler toutes ses conquêtes à la gomme. « Je vais très bien, merci » je riposte aussi sec, affichant un sourire placide. Black doit avoir ressenti mon malaise car il enlève aussitôt sa main. Il conserve néanmoins son sourire séducteur.

- Tu es très douée, je dois le reconnaitre. Mais n’oublies pas que je suis plus fort toi, poursuit-il sur un ton doucereux.
- Ça, c'est ce que tu crois, Patmoche. je rétorque, le trouvant de plus en plus prétentieux.
- Non, Marlène. Je le sais pertinemment.

Il se penche et approche son visage si près du mien que je peux voir l'éclat de ses yeux dont le gris s'est voilé. Je me fige comme une statue de cire. Il ne va tout de même pas essayer de m'embrasser ?

- Je te laisse gagner, mais uniquement pour cette fois. murmure-t-il près de mon oreille.

Je ressens un intense soulagement lorsqu'il s'éloigne de moi, étrangement ravie et déçue qu'il ne soit pas allé plus loin. Ravie et déçue ? Voilà que mon cerveau se met à dérailler ! Black se redresse et bondit littéralement de sa chaise. Je comprends son empressement en voyant Kiara arriver, chargée d'une pile de livres dans les bras. Elle semble si heureuse de sa petite escapade à la bibliothèque qu'elle ne remarque pas immédiatement la présence du Maraudeur.

- Attends laisse-moi t'aider, Perks. propose ce dernier en récupérant ses livres pour les déposer délicatement sur la table.
- Merci Black, c'est gentil. dit Kiara en me jetant un regard en biais, surprise.

Je me contente de hausser les épaules. Ouais, je sais : Sirius Black est carrément louche ! Plutôt que de s'en aller, le gryffondor saisit le premier livre sur sa pile :

- " Le vampire : grand séducteur ou tueur sanguinaire ? " lit-il, se retenant visiblement de rire.

La blonde rougit comme une pivoine.

- C'est... c'est pour mon exposé en cours de Défense contre les Forces du Mal, explique-t-elle, soudainement toute intimidée.

Black lui adresse son sourire le plus enjôleur. Et bien évidemment, Kiara se laisse distraire par son numéro de charme à deux noises.

- J'ai aussi fait un exposé sur les vampires, en cinquième année. J'ai toujours mes notes, si ça peut t’intéresser.
- Vraiment ? C'est gentil de ta part. répète à nouveau Kiara, aux anges.

La gravure de mode nous gratifie d'un dernier sourire, avant de s'éloigner de sa démarche lente et assurée. Kiara et moi l'observons un petit moment (moment qui semble durer une éternité).

- Qu'est-ce qui lui prend ? me demande-t-elle, éberluée.
- J'en sais rien.

Je ne comprends même pas ce qui vient de m'arriver ! Comment ai-je pu flirter avec Sirius Black ? Je lâche un gros soupir. C'est sûrement dû au fait que ma vie amoureuse se résume à un gros vide. Je ne suis sortie avec personne depuis Evan Thomson, ce qui remonte à pas mal de temps.

« Et alors ? C'est une raison pour se jeter sur le premier chien trisomique venu ? »

Si ma voix intérieure commence à me faire la leçon, je dois sérieusement m’inquiéter ! Bon, du calme. Je n'ai rien fait de répréhensible, après tout. Je me sens juste un peu seule, ce qui est parfaitement normal au vu des circonstances récentes. Je devrai peut-être me trouver un nouveau petit-ami, histoire de me remonter un peu le moral ? Réfléchissons... quel garçon serait assez cinglé pour sortir avec une ex-Championne que tout le monde déteste ? Et si j'écrivais une petite annonce ? Quelque chose, du style : « Grande blonde passionnée de Quidditch et de chocolat, cherche jeune homme séduisant pour discussions amicales et plus si affinités. Un mètre soixante-quinze minimum. Serpentard, s'abstenir. »

Je secoue la tête pour oublier ma lamentable vie amoureuse, et décide de me concentrer sur ma meilleure amie qui semble s'être lancée dans la lecture d'un nouveau roman. Euh... je veux surtout pas casser l'ambiance, mais on était pas censé faire nos devoirs ?

- Tu as récupéré ton manuel de Potions, à la bibliothèque ?

Le sourire rêveur de Kiara se dissipe instantanément.

- Zut, je l'ai encore oublié.

Pourquoi je ne suis pas étonnée ? La petite blonde affiche un air contrit, avant de reprendre sa lecture, comme si de rien était. Bon sang, je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi dissipé.

- Kiara ?
- Hum ?
- Ton manuel de Potions ! je lui rappelle encore une fois, exaspérée.
- Ah, c'est vrai, pardon ! s'excuse-t-elle précipitamment, se levant à une vitesse ahurissante.

Je secoue la tête de droite à gauche, un petit sourire aux lèvres. Décidément, elle ne changera jamais.

Mon sourire se fige au moment où je surprends le regard incendiaire du Professeur McGonagall, à l'entrée de la salle commune. Depuis combien de temps est-elle là, à m'observer ? McGonagall ne prononce pas un mot; elle me donne l'ordre de la rejoindre en pointant sévèrement son index dans ma direction. Mes lèvres se mettent à trembler et ma gorge se serre d'appréhension.

Je m'oblige à me lever lentement en lissant les plis de ma jupe. Si cela doit être mon dernier jour à Poudlard, autant être présentable.
La pièce secrète de Slug by jalea
Author's Notes:
Bonjour,

Voici le chapitre 28, j’espère qu'il vous plaira !

Je m'excuse d'avance pour les fans de Rogue, j'y suis allée un peu fort... avec Slughorn aussi, c'est un gros délire que j'ai écrit pendant une nuit blanche xD

les trois prochains chapitres seront plus léger et centrés sur les relations amicales (et autres) de Marlène, puis on abordera le tournoi et les sujets qui fâchent, un peu plus sérieux.

Bonne lecture,
A bientôt !
Chapitre 28 : La pièce secrète de Slug.




- Prenez un biscuit.

J'écarquille les yeux, tandis que le Professeur McGonagall me tend une assiette. Voilà cinq bonnes minutes que je me trouve dans son bureau, et j'ignore toujours si je suis renvoyée ou non de Poudlard.

- Non, merci. dis-je en me tortillant sur mon siège.
- Ne soyez pas ridicule, prenez-en un ! claque-t-elle, agitant le plat devant mon visage.

Je prend un biscuit au chocolat et le fourre tout entier dans ma bouche. Son goût sucrée m'apaise instantanément.

- Je vous ai convoqué dans mon bureau afin de vous annoncer...

Je me cramponne aux accoudoirs de ma chaise, retenant mon souffle. Nous y voilà : c'est l'heure de vérité.

- ... que le Professeur Dumbledore a pris la décision de reporter la date de la seconde épreuve. Vous devrez vous présenter avec votre équipier à la tente des champions, le jeudi vingt février, à neuf heures précise.

Je la regarde, les yeux ronds comme des soucoupes.

- Je... je ne suis pas renvoyée de l'école ? je bredouille.
- Non, répond sèchement la vieille sorcière.

Merde. Je trouve ça un peu dommage car je m'étais déjà préparé à cette éventualité. J'avais même listé mentalement toutes les activités que j'allais enfin pouvoir exercer en quittant Poudlard, comme par exemple : flemmarder en pyjama dans ma chambre. Ou encore : flemmarder en pyjama dans le salon, devant la télévision. Manque de bol, je suis forcée de terminer mes études et passer les ASPIC. En prime, je reste la Championne de la maison Gryffondor. La barbe !

Une autre question me vient à l'esprit :

- Quelle sera ma punition ?
- Vous ne serez pas punie, Miss McKinnon.

Je la dévisage avec une totale incrédulité, à tel point que mes yeux doivent ressembler à ceux d'un mérou.

- Pourquoi ? je demande, malgré moi.
- Parce que vous avez donné les explications qu'attendait le Directeur ! répond-t-elle sur le ton de l'évidence, courroucée.

Ah oui, j'ai fait ça, moi ?

- Vous avez bien donné au Professeur Dumbledore la raison de votre absence ? m'interroge McGonagall, soudain suspicieuse.
- Euh... oui ! je mens, mal à l'aise.

Je ne comprends pas : pourquoi Dumbledore mentirait au professeur McGonagall ? Je n'ai pourtant donné aucune justification valable ! Pourquoi ne suis-je pas renvoyée de l'école, ou ne serait-ce que punie ?

- Puis-je connaître le motif de votre abandon du tournoi ?
- Le... le professeur Dumbledore ne vous l'a pas dit ?
- Croyez-vous que je perdrais mon temps à vous posez la question, si c'était le cas, Miss McKinnon ? riposte mon interlocutrice, l'air de plus en plus ennuyée.
- Je suis désolée, Professeur, mais... c'est personnel.

Oui voilà, c'est personnel. J'aime bien utiliser ce mot lorsque je veux me débiner. McGonagall pousse un long soupir, en signe de mécontentement.

- Voilà qui arrange bien vos affaires, n'est-ce pas ? susurre-t-elle, un brin méprisante. Prenez un autre biscuit.

J’obtempère, avant de me figer net.

- Vous y avez ajouté du veritaserum ?

Ça vient de me revenir comme un boomerang : il y a une drôle de rumeur qui court sur le Professeur McGonagall, et ce, depuis des années. Il paraît qu'elle ajoute un ingrédient secret dans les gâteaux qu'elle propose à ses élèves. Eric Doyle dit à qui veut l'entendre que c'est une potion de vérité. La vieille sorcière me toise d'un air à la fois revêche et exaspérée.

- Du veritaserum ? s'indigne-t-elle, pour quel genre de Professeur me prenez-vous ?!
- Euh...
- Sortez de mon bureau.

Je ne me fais pas prier et bondis littéralement de ma chaise.

- Miss McKinnon ! me rappelle McGo, alors que j'attrape la poignet de la porte.

Je me retourne à contre cœur. Ne me dites pas qu'elle a changé d'avis et qu'elle va me donner une punition ? McGo me fixe longuement, puis déclare :

- Je ne veux plus d'incartades, est-ce bien compris ?

Je hoche sagement la tête. Malheureusement, je sais que je ne pourrais pas tenir cette promesse. J'en suis tout bonnement incapable.



******



Ma semaine ne fait qu'empirer.

Je viens de me prendre une bombabouse en pleine tronche. Le responsable de cette blague ? Un Serpentard pas plus haut que trois pommes.

- Marlène McKinnon est une lâcheuse et une peureuse-euh ! chantonne le morveux en riant, avant de détaler à toutes jambes.
- C'est ça, tire-toi avant que je t'attrape ! je m'égosille, le poing en l'air.

Bon sang, il y a des gosses qui faudrait enfermer !

Et moi qui pensait naïvement que la décision du Professeur Dumbledore arrangerait les choses... je me suis lourdement trompé, les élèves semblent me haïr encore plus qu'avant. Ils auraient sans doute préféré que le Directeur annule le tournoi et que je sois renvoyée pour de bon !

Je poursuis tranquillement ma route la tête haute, en ignorant les regards et rires moqueurs sur mon passage. J'envisage un instant d'aller me nettoyer dans les toilettes des filles, avant de changer d'avis. Je pue autant qu'un rat crevé. Et si j'en profitais pour me venger de mes camarades qui refusent toujours de m'adresser la parole ? Je vais me faire un plaisir d'embaumer notre salle de classe ! Revigorée par cette idée, je décide de me rendre en cours de Potions dans cet état, munie d'un sourire diabolique. Mon odeur est tellement nauséabonde que même Rusard me contourne dans le couloir !

- Oh mon dieu, Marlène ! s'exclame Kiara en plissant le nez de dégoût, dès que je franchi le seuil de la porte. Laisse-moi arranger ça !
- Non, c'est pas la peine.

Trop tard : la petite blonde a déjà braqué sa baguette magique dans ma direction pour me lancer un sort de nettoyage.

- Voilà ! dit-elle fièrement. Tu sens très bon, maintenant.
- Merci, Kiara. je soupire.

Déçue que mon plan de vengeance tombe à l'eau, je rejoins ma place en trainant des pieds. Mon humeur ne s’arrange pas lorsque j'aperçois mon voisin de table. J'écarquille les yeux de surprise.

- Salut, McKinnon. lance Sirius Black, le plus naturellement du monde.

Il m'adresse son sourire le plus enjôleur. Ma respiration se bloque dans ma poitrine, pendant que je me remémore notre petit flirt de la veille. Je me sens honteuse, qu'est-ce qui m'a prit d'essayer de le séduire ? Je reste debout un moment, à le regarder bêtement, sans savoir quelle attitude adopter.

- C'est la place de Rogue, je précise inutilement.
- Plus maintenant. Nous avons échanger nos places. m'apprend le Maraudeur, sans se départir de son sourire.

Je pose mes affaires d'un geste brusque sur la table, le toisant avec méfiance.

- En quel honneur ?
- Le mien, répond-t-il simplement.
- Sérieusement, Black ! je tonne, qu'est-ce que tu fais là ?

Son sourire s’estompe légèrement.

- Je suis là pour rehausser ta côte de popularité, McKinnon. Tu en as vraiment besoin, en ce moment.

Je balaye la salle de classe des yeux et me rends compte qu'il n'a pas tort. Une bonne partie des élèves me fustige du regard.

- Et pourquoi ferais-tu ça pour moi ? Qu'as-tu a y gagner ? je l'interroge, sourcils relevés.

Je doute sincèrement que Sirius Black accepte de se montrer en ma compagnie par simple gaieté de cœur !

- Une dizaine de gallions que j'ai misé sur toi, pour commencer.

Qu'est-ce que je disais, hein ? J'étais sûre qu'il avait une idée derrière la... une minute.

- Tu.. tu as misé sur moi ? je balbutie, interloquée.
- Évidemment que j'ai misé sur la championne de ma maison !

Traduction : « J'ai misé sur toi comme j'aurais pu miser sur n'importe qui d'autre, du moment que c'est un Gryffondor ! »

Je me cale contre le dossier de ma chaise, me reprochant mentalement d'être aussi stupide. Comment ai-je pu croire une seule seconde que le Maraudeur avait parié sur moi parce qu'il me pensait capable de remporter le tournoi ?

D'un autre côté, pourquoi Sirius Black ne m'en croirait-il pas capable ? Je rappelle, comme ça en passant, que j'ai brillamment réussi la prochaine tâche. Je suis arrivée deuxième au classement, ce qui n'est pas si mal. Alors pourquoi n'est-il pas un minimum... je ne sais pas moi, impressionné ?

Je sors mon manuel de mon sac, et le jette rageusement sur la table, agacée par mes pensées. Qu'est-ce qui m'arrive, tout à coup ? Pourquoi j’espère tant obtenir l'admiration de Sirius Black ? Ça ne me ressemble absolument pas.

- Je n'ai pas l'intention de m'excuser une nouvelle fois auprès de ton meilleur ami, si c'est la raison de ta venue ! je fulmine, sans daigner le regarder.

Autant mettre tout de suite les choses au clair, parce qu'il est certain que le jeune homme y aurait fait allusion.

- Qu'est-ce qui te fait croire que je suis là pour ça ? élude-t-il, l'air un peu surpris.

J'ouvre la bouche pour lui répondre, mais je me ravise en remarquant le Professeur Slughorn passer près de nous.

- Et bien, Miss McKinnon, vous avez changé de binôme ? s'étonne ce dernier.
- Oui, Professeur. répond mon voisin à ma place, Marlène m'a demandé de l'aide et Servil... Rogue a gentiment accepté de me céder sa place.

Ben voyons ! Je lui décroche un regard assassin. Par reflex, je cherche Rogue des yeux; ce dernier est assis à côté d'Evan Rosier, un Serpentard peu recommandable, qui adore torturer toute personne se trouvant sur son passage. Quand il capte mon regard, je lui fait un signe de tête équivoque vers Black, comme pour dire :" C'est quoi, ce plan ?" Rogue se contente de me toiser avec mépris, puis finit par se détourner.

Je me concentre sur le Professeur Slughorn qui nous dévisage tour à tour, Black et moi, avec un petit sourire malicieux. J'arque un sourcil interrogateur. J'ai loupé un épisode ?

- Soit, mais ne la distrayez pas trop, Monsieur Black. le prévient-il sur un ton... faussement autoritaire ?
- Je vais essayer, Professeur. répond ce dernier en lui rendant son sourire.

Slughorn lui tapote l'épaule, avant de retourner à son bureau pour démarrer son cours. Dès qu'il a le dos tourné, je me tourne vivement vers mon nouveau binôme.

- Besoin de ton aide ? je chuchote avec véhémence, je te ferai remarquer que tu viens de me priver du deuxième meilleur élève de cette classe !
- Troisième.
- Pardon ?
- Rogue est le troisième de la classe. Devine qui est le second ?

Black fixe ma bouche qui s'ouvre et se referme sans un son. Je n'en crois pas mes oreilles.

- Impossible ! je marmonne, stupéfaite.
- Et pourtant vrai, affirme le brun. Demande à Evans, si tu ne me crois pas.

Il m'agace ! Je décide de ne plus m'occuper de lui, ce qui n'est pas une mince affaire. Je suis consciente de ses moindres faits et gestes, surtout lorsqu'il pose un bras sur le dossier de ma chaise, comme si de rien n'était. Je me raidis, alors que je sens la chaleur qui émane de sa peau contre mes épaules.

- Qu'est-ce que tu fiches ? je siffle avec incrédulité.

Mon voisin m'adresse un petit sourire prétentieux. Malgré moi, mes yeux s'attardent sur son visage sans défaut. Sirius Black dégage un pouvoir d'attraction contre lequel il est difficile de lutter. C'est la première fois que je me fais cette réflexion, ce qui est plutôt inquiétant.

- Détends-toi un peu et profite des avantages que tu as en étant assise à seulement quelques centimètres de moi, dit-il tout bas.
- Arrête, je vais gerber de joie.

Il pouffe de rire, sans pour autant enlever son bras. Sa décontraction naturelle me porte sur les nerfs ! Pourquoi suis-je aussi crispée, contrairement à lui ?

- Page trente-sept, indique Black alors que je tente désespérément de suivre le cours.
- Ouais, j'ai entendu Slughorn !
- Le philtre de paix. m'informe-t-il encore, remarquant mon air perdu.
- Je sais quelle potion on doit préparer ! je gronde, le regard meurtrier. Je vais chercher les ingrédients, je décide en me levant d'un bond.

J'ai une furieuse envie de m'éloigner du Maraudeur.

- Tu sais quels ingrédients il nous faut ?

Il me regarde, sceptique. Je prends aussitôt la mouche.

- Je ne suis pas complètement débile, Black !

Ce dernier fronce les sourcils d’incompréhension.

- Je n'ai jamais dit que tu l'étais, McKinnon. objecte-il prudemment.

« Tu parles ! » je grommelle dans ma barbe.

Black paraît se demander pourquoi je suis tellement à cran. C'est pourtant évident ! J'adresse un regard d'excuse au Professeur Slughorn- j'ai crié un peu trop fort- puis je me dirige au fond de classe, vers la table des ingrédients. Sur le chemin, j'essaie d'attirer l'attention de Rogue, mais il m'ignore délibérément. Je récupère les ingrédients dont j'ai besoin, avant de lancer à mon ex-binôme quelques fèves soporifiques à la tête. Il me foudroie du regard, avant de me rejoindre.

- Qu'est-ce que tu veux, McKinnon ?! vocifère à voix basse le Serpentard.

Rogue jette un regard furtif derrière lui, comme s'il craignait que quelqu'un nous surprenne ensemble.

- Merci du cadeau ! dis-je en retour, désignant du menton Sirius Black. Pourquoi as-tu changé de place ?

Le Serpentard m'adresse son habituel sourire mauvais.

- Black m'a proposé cinq gallions pour que j'échange de place avec lui. Il s'est fait avoir, si tu veux mon avis ! Cinq mornilles aurait largement suffit, déclare-t-il en me lorgnant de haut en bas, d'un air peu amène.

Sirius Black l'a payé ? Cette révélation me laisse pantoise. Je croyais qu'il voulait récupérer ses gallions pas en perdre davantage !

- Pourquoi t'es-tu assis à coté de Rosier ? Le binôme de Black, c'est James Potter.
- Tu viens toi même de répondre à cette question. riposte le serpentard, glacial.
- Ce type n'est pas net, Rogue ! je le préviens avec sérieux.
- Et alors ?

Il se rapproche de moi, dans une tentative d'intimidation.

- Peut-être que je suis tout aussi louche que Rosier. Cela ne t'as jamais effleuré l'esprit, McKinnon ?

Il y a quelque chose de différent chez lui, mais je n'arrive pas à mettre le doigt dessus. Rogue emprunte une pente glissante, et curieusement, cela m'embête un peu. Nous ne sommes pas de grands amis lui et moi, pourtant je sais qu'il n'a pas un mauvais fond. Il n'est pas comme Rosier, Avery ou Wilkes.

- Tu peux me dire ce que ça t'apporte de jouer les gros durs avec moi, Rogue ? je lance, moqueuse. Tu oublis que tu a été mon binôme pendant plus d'un an. Je te connais.
- Tu ne sais rien de moi, grogne-t-il. Espèce de...
- De quoi ? je l'encourage, loin d'être impressionnée par son petit numéro.
- Espèce de traître à ton sang ! crache-t-il enfin.

Je m'esclaffe exagérément fort, tant cette insulte manque de crédibilité dans sa bouche.

- Je trouve ça ironique, venant de garçon qui bave comme un chien devant Lily Evans ! je contre-attaque, à voix basse.

Ses joues virent au cramoisie. Je le savais, il est amoureux d'elle ! Je le vois serrer les poings de rage et de frustration.

- Qu'est-ce que tu racontes ? Je déteste cette sale sang-de-bourbe !

Rogue à élevé la voix, si bien que quelques élèves du fond se tournent dans notre direction. Mon sourire se dissipe instantanément. Je soutiens son regard et résiste à l'envie de lui foutre mon poing dans la gueule. Bien que cette insulte ne m'est pas destinée, elle me vrille l’estomac. S'il existait entre nous ne serait-ce qu'un brin de camaraderie, c'est période est révolue.

Je lui adresse mon sourire le plus hypocrite.

- Essaie de ne pas passer tout ton temps à l'admirer, dans ce cas ! je riposte aussi sec.

Rogue devient tellement rouge que je crains un instant qu'il soit en train de s'étouffer.

- T'es cinglée, McKinnon. Lily Evans me... répugne. souffle-t-il d'une voix rauque, éraillée. Les gens de son espèce devraient tous mourir. éructe-t-il, les traits déformés par la fureur.

Je croise les bras sur ma poitrine, l'étudiant avec une grande attention. Quelque chose sonne faux dans son discours.

- Tu sais pourquoi Lily ne t'aimera jamais ? lui dis-je à mi-voix, prise d'une folle envie de lui clouer le bec.

Je fixe le Serpentard de longues secondes pour faire mon petit effet, avant d'annoncer :

- Parce que tu es incapable d'assumer ce que tu ressens. D'assumer la personne que tu es réellement.

Je fais un pas de plus dans sa direction, pour susurrer :

- Ce qui n'est pas le cas de James Potter.

A l'entente de ce nom, la mâchoire du Serpentard se serre. Son regard se voile, reflétant toute la haine qu'il ressent à mon égard.

Je ne sais pas si Lily éprouve quoi que ce soit pour James, mais ça à le mérite de rabattre le caquet de Rogue ! Il s'en va sans demander son reste. Je le suis des yeux, un drôle de sentiment au creux de l'estomac. Étrangement, je ne me sens pas fière de moi. Je me retourne, et surprends Sirius Black me dévisager avec une expression indéfinissable. Ne me dites pas qu'il a entendu ma conversation avec Rogue ? Je lâche un soupir à fondre l'âme. Pourquoi ma vie est aussi pourrie, en ce moment ?

- Qu'est-ce que tu fais là ? je lance dans sa direction, le regard noir.

Il esquisse un sourire.

- C'est la seule question que tu as en stock pour moi, aujourd'hui ? Tu as les ingrédients ? ajoute-t-il, ne me laissant pas le temps de rétorquer.
- J'ai tout, sauf la poudre de pierre de lune. Il n'y en a plus.

Black observe les produits se trouvant sur la desserte. Il se penche ensuite vers moi pour saisir un petit sac dorée.

- C'est juste là.

Son torse frôle ma poitrine au passage. Je m'immobilise, électrisée par ce contact. Nos regards se croisent et, l'espace d'un instant, le temps semble s'arrêter. Toute ma colère s'apaise d'un seul coup. Ses yeux gris pale me sondent comme s'il essayait de lire au plus profond de mon âme, et je me sens soudain vulnérable, chose que je ne suis absolument pas.

- Je... je ne l'avais pas vu.

Le jeune homme me dévisage un long moment les sourcils froncés, avant murmurer :

- Tu n'as pas a être gênée par ce qui s'est passé hier, Marlène.

Ne me dites pas qu'il fait allusion à notre flirt ? Mon cœur s'affole et je m’efforce, tant bien que mal, de paraître indifférente.

- Je... je ne suis pas gênée ! je baragouine, rougissant de honte.

Ma voix vire dans les aigus, ce qui me donne l'air d'une vierge effarouchée. Pourquoi je réagis de la sorte, par Merlin ? Sirius Black n'est pourtant pas le premier garçon avec qui j'ai flirté ! Bien avant, il y a eu Evan Thomson et Marcus Denworth, ce bel Auror aux adorables fossettes.

- Tant mieux, souffle le Maraudeur. Il y a un problème avec Rogue ?

Sa question me prend totalement de court. Je n'ai pas envie de m'étendre sur le sujet, alors je mens :

- Non, aucun.
- Dis-le moi s'il t'embête.

Je ne peux pas m’empêcher de ricaner, me sentant plus à l'aise.

- Même si c'était le cas, tu penses vraiment que j'aurais besoin de ton aide, Patmoche ?
- Non, mais ses fréquentations sont plus que douteuses, en ce moment. Tu ferais bien de faire attention.

Je le dévisage à mon tour, en essayant de déceler je ne sais quel message caché dans ses paroles. Est-il inquiet pour moi, ou cherche-t-il juste un nouveau prétexte pour s'en prendre au Serpentard ? La réponse me semble évidente. Soudain, quelqu'un s'éclaircit bruyamment la gorge derrière nous. On se retourne d'un même mouvement. James Potter nous regarde d'un air à la fois ennuyé et perplexe.

- Vous comptez camper ici toute la journée, tous les deux ? Poussez-vous, ordonne froidement le Préfet-en-Chef.
- Tu fais encore la tête, Cornedrue ? lui demande son meilleur ami sur le ton de la plaisanterie.

Potter promène son regard sur la table des ingrédients. Il saisit une fiole, avant de relever les yeux.

- Tu n'es qu'un traître, Patmol !
- Tout de suite les grands mots, rit Black.
- Alors quoi, vous êtes devenus les meilleurs amis du monde ? persifle le brun à lunettes, nous zieutant tour à tour avec scepticisme.

J'ouvre la bouche pour lui dire qu'il se trompe sur toute la ligne, mais- ça commence à devenir une habitude- mon binôme me devance :

- Tu ne crois pas qu'il serait temps de passer à autre chose ? McKinnon s'est excusée plus d'une fois...
- Tu es son porte-parole, maintenant ?

Black semble légèrement perdre patience, lorsqu'il rétorque :

- Non, je veux juste que la Coupe des quatre maisons revienne aux Gryffondor ! Pas toi, James ?
- Ce n'est franchement plus mon problème, maugrée le Préfet.

Je lève les yeux au ciel.

- Tu vas m'en vouloir encore longtemps, Potter ?

Ce dernier me vrille du regard.

- Ça ne dépend que de toi, McKinnon. Pourquoi as-tu quitté le Tournoi ?

Les deux garçons me dévisagent avec insistance; Sirius Black attend également une réponse de ma part. Est-ce pour cette raison que le Maraudeur est devenu mon binôme ? Pour connaître la vérité ? Je me demande mentalement comment me dépêtrer de cette situation, lorsque -Merlin soit loué- Lily Evans apparaît dans mon champ de vision.

- Excusez-moi de vous interrompre, mais vous bloquez le passage. fait remarquer la rouquine sur son ton le plus autoritaire. Et le Professeur Slughorn commence à se demander ce que vous fabriquez !
- On comparait simplement nos méthodes de préparation pour le philtre de paix, Evans. invente Black, d'une facilité déconcertante.
- Parce qu'il y a trente-six façons de faire ? riposte la rouquine. Il n'y a plus de sirop d'ellébore ? constate-t-elle d'une moue ennuyée.
- J'ai pris la dernière fiole, signale Potter.

La déception se lit clairement sur le visage de la jeune fille.

- Oh. Je vais aller demander au Professeur Slughorn s'il a des réserves...
- Ah ça, c'est sûr qu'il a des réserves ! s'esclaffe Black.

Je vois James Potter se mordre la joue intérieur, comme pour se retenir de sourire.

- Comment le sais-tu ? Nous parlons bien d'ingrédients, Black ? interroge la jolie rousse en plissant les yeux.
- Demande ça à notre Prefet-en-Chef, il le sait mieux que moi.

Lily se tourne aussitôt vers le concerné en faisant virevolter ses longs cheveux roux.

- Ne me dis pas que tu es allé dans la salle des réserves du Professeur Slughorn sans sa permission, James ?

Le brun la gratifie de son habituel sourire au coin.

- Très bien, Lily. Je ne te le dirais pas.

Les poings sur les hanches, elle tourne lentement la tête de droite à gauche, bien qu'un léger- très léger sourire- flotte sur ses lèvres.

Je n'en reviens pas que James Potter soit allé dans cette salle ! Tout les élèves spéculent sur l'endroit où elle se trouve. Certains pensent que cette pièce est dans les appartements de Slughorn, d'autres sont persuadés qu'il faudrait plutôt s'aventurer du coté des cachots. Mon regard se tourne vers notre Professeur, qui discute joyeusement avec un groupe d’élèves.

- Il y avait quoi, à l'intérieur ? je questionne, ma curiosité piquée.

Black hausse plusieurs fois les sourcils en nous lançant à Lily et moi un sourire carnassier.

- En plus des ingrédients ? Des revues de...

Il s'interrompt subitement, captant le regard équivoque de son meilleur ami.

- Pardon, mais tu es trop prude pour connaître ce genre de détail, Evans. raille-t-il, en la reluquant d'un air narquois.

J'arque un sourcil. Et moi, alors, je ne suis pas prude ? Je ne sais pas si je dois me sentir vexée ou non. Lily devient aussi rose qu'un boursouflet, et fusille du regard son homologue.

- C'est aussi ce que tu penses, James ? Que je suis trop prude pour entendre les débilités qui sortent de la bouche de ton meilleure ami ?
- Hey ! s'offusque le concerné, pourquoi j'en prends plein mon grade, aujourd'hui ?
- Peut-être parce que t'es insupportable ! je réponds du tac au tac. Bon, les gars, il y avait quoi dans la pièce secrète de Slug ? On veut le savoir !

Je croise les bras, les dévisageant sévèrement tout en attendant une réponse. Lily adopte la même posture que moi. Patmoche paraît bouillir d'impatience, lui aussi.

- Qu'est-ce que tu attends pour leur dire, Cornedrue ? Tu vois bien que ça les intriguent, se gausse-t-il de plus belle.

Le Prefet-en-Chef lâche un long soupir, s'avouant vaincu. Il s'approche, pour nous dire sur le ton de la confidence :

- Il y avait des revues de charme. De lingerie fine, plus précisément.

J'écarquille les yeux, estomaquée. Quant à Lily, elle devient aussi rouge que la pointe de ses cheveux et semble avoir énormément de mal à soutenir le regard de son collègue.

- Sans déconner ? je chuchote, avant d’éclater de rire.

Je suis secouée par de violents spasmes et ris tellement que j'en ai les larmes aux yeux. Ça me fait un bien fou ! Cela ne m'était pas arrivée depuis longtemps.

Ne voulant pas attirer l'attention du reste de la classe, Je m'arrête et m'oblige à respirer pour essayer de retrouver mon calme. De toute manière, personne ne fait attention à nous et les discussions vont bon train.

- Oh mon dieu... souffle Lily en grimaçant. Pourquoi me l'as-tu dit ? reproche-t-elle à Potter, je ne le verrai plus jamais de la même manière, maintenant !

Elle cache son visage dans ses mains, comme si cela pouvait effacer ce qu'elle venait d'entendre. Le Préfet affiche un petit sourire moqueur.

- C'est toi qui a voulu le savoir. Et il n'y a rien de mal à ça, tu sais.
- Il a raison, la majorité des hommes...
- Inutile de me faire un cours détaillé sur la question, Black ! s'insurge la rouquine.

Il me vient une question fondamentale :

- Est-ce qu'il y a aussi de la picole, dans sa pièce secrète ?
- Marlène ! s'offusque Lily en me lançant immédiatement un regard scandalisé.
- Toute une cargaison ! répond James, le visage fendu d'un grand sourire.
- Intéressant ! Et elle se trouve où déjà, cette salle ?
- Marlène Marguerite McKinnon !
- C'est juste par curiosité, Lily...

Le ton léger de cette conversation me remonte le moral, et pendant un instant-un bref instant- les choses semblent revenir à la normal entre James Potter et moi. Malheureusement, il retrouve bien vite son air méprisant.

« Il ne vous reste plus que quinze minutes pour terminer la préparation de votre potion ! » annonce Slughorn à l'ensemble de la classe.

- Quinze minutes ? répète Black, il serait temps de s'y mettre, McKinnon !

Nous retournons à nos places. Je pouffe de rire en suivant Lily des yeux : elle est aussi blanche qu'un linge et fait tout son possible pour ne pas croiser le regard de notre Professeur. Je perds mon sourire lorsque James Potter me bouscule pour passer devant moi, me toisant avec une froide indifférence.

- Attends-moi à la fin du cours, il faut qu'on parle. dit-il à l'attention de Black.

Mon binôme lâche un soupir de lassitude.

- Je sais déjà ce que tu vas me dire...
- Alors arrête ça tout de suite, Patmol ! l'intime-t-il.

J'observe ce drôle d'échange, un peu désarçonnée. Black s'assied à ma droite en gardant le silence. Il s'affaire à la préparation de notre potion sans se soucier de moi. Son visage est concentré. Ses sourcils sont froncés. Et il n'a de cesse de jeter des regards vers son meilleur ami.

- Un problème avec Potter ? Surtout, dis-le moi s'il t'embête ! je me moque sans vergogne.

Le Maraudeur consent enfin à me regarder. Non pas que je cherchais spécialement à attirer son attention. Je m'attends à ce qu'il réplique avec l'une de ces amabilités dont il a le secret, mais il se contente d'afficher un léger sourire.

- Je te laisse gérer la suite de la préparation, énonce le gryffondor en s'éloignant de notre chaudron.

Je le dévisage, abasourdie. Rogue ne me laissait jamais faire quoi que ce soit ! Mon rôle se limitait à lui donner les ingrédients dont il avait besoin.

- Il vaut mieux que tu t'en charges. Il paraît que je suis une catastrophe ambulante, je plaisante, pour tenter de dissimuler mon malaise.
- Contente-toi de suivre les indications, McKinnon. Cela n'a rien de compliqué.

Bon, puisqu'il insiste... je m'approche du chaudron et pose mon manuel face à moi. Black, lui, met ses mains derrière la tête et se balance nonchalamment sur sa chaise, en contemplant le plafond.

- Tu ne surveilles pas ce que je fais ? je constate, effarée.
- Pas la peine, je te fais confiance.

Je me sens rougir, ce qui m'agace profondément. Ça commence à devenir un peu trop récurrent à mon goût.

Je lis avec application chaque étape de la potion. Je remue notre mixture trois fois dans le sens inverse des aiguille d'une montre, laisse frémir sept minutes... puis ajoute deux gouttes de sirop d'ellébore. Une odeur étrange, mais pas dérangeante se dégage de notre chaudron. Je souris de satisfaction.

- J'ai fini ! j'annonce fièrement.

Mon voisin arrête de se balancer sur sa chaise pour jeter un coup d’œil vers le récipient.

- C'est réussi, déclare-t-il en m'adressant un petit sourire.

Je me fige, tandis que je me remémore quelque chose de surprenant.

- L'an dernier... on s'est retrouvé ensemble, une fois, en cours de Potions. Tu te souviens ?

Mon voisin acquiesce, l'air de se demander où je veux en venir.

- Pourquoi as-tu fait semblant d'être aussi nulle que moi ? Pourquoi ne t'es-tu pas vanté d'être le deuxième de la classe, ce jour là ?

À sa tête, je comprends tout de suite que ma question le dérange. Il regarde un point derrière mon épaule, réfléchit... puis finit par répondre, goguenard :

- Tu n'es pas nulle, McKinnon. Tu as juste un petit problème de feignantise.


******



- Décidément, ma nièce, tu as un talent inné pour t'attirer des ennuis !

J'ignore pourquoi, mais j'ai ressenti le besoin de raconter à ma tante mes dernières aventures. J'ai tout déballé : ma vision sur Esmera, mon abandon du tournoi, le fait que j'ai failli être renvoyée, aussi. Tante Griselda m'a écouté sans m'interrompre une seule fois.

- Parait que c'est de famille, je rétorque en lui décochant un sourire insolent.

Je la regarde, m'attendant au pire. Vais-je avoir droit à ma petite leçon de morale ? Va-t-elle envoyer un hibou à ma mère ? A mon grand soulagement, Griselda semble bien plus se soucier de ses clients que de moi. Voilà une dizaine de minutes qu'elle lorgne d'un mauvais œil une adolescente, l'air de la soupçonner d’être une voleuse.

- Excusez-moi, auriez-vous cette plume couleur rose pastel ? demande la jeune fille.
- Non, seulement en rose fuchsia. répond Griselda, d'une voix remplie de sarcasme.

L'adolescente arbore une moue outrée. Elle pose la plume sur le comptoir et quitte le magasin sans se retourner. Ouais, je sais : les techniques de ventes de Tante Griselda sont quelque peu... inhabituelles.

- Des nouvelles de Gideon ? je demande, pour relancer la conversation.

Tante Griselda met un point d'honneur à éviter le sujet, bien que je lui pose cette question chaque semaine. Je vous rappelle quand même que ce type m'a agressé ! Il faut se bouger, on ne peut pas le laisser se balader tranquillement dans la nature !

Griselda lâche un faible soupir.

- Non. Je vais finir par croire que je ne l’intéresse plus.

Je plisse les yeux : elle ment. Je sais qu'elle ment ! Et c'est loin de me rassurer. Son attitude je-m’en-foutiste commence sérieusement à me porter sur les nerfs. N'oublions pas qu Gideon fait partie d'un groupe de sorciers mal attentionnés qui recherchent des personnes aux pouvoirs exceptionnels pour servir leurs propres intérêts.

- Tante Griselda !
- Marlène ! fait-elle sur le même ton, je t'ai déjà dit de te mêler de tes chaudrons.
- Mais cet homme en a après-toi ! je lui rappelle en haussant le ton.

L'un des clients se tourne dans notre direction en arquant un sourcil. Griselda le gratifie d'un sublime sourire :

- Oui, je suis une femme très courtisée ! minaude-t-elle en battant des cils. Puis-je vous renseigner, mon bon monsieur ?
- Je vous en donne dix mornilles, dit-il en pointant du doigt une babiole sans grande valeur, sur l'une des étagères.

Le sourire de ma tante s'évanouit instantanément.

- Où vous croyez-vous, à un vide-grenier ? Sortez immédiatement ! assène-t-elle en lui jetant à la figure le premier truc qui lui tombe sous la main.

Le sorcier s'en va en se protégeant la tête, l'insultant de tous les noms d'oiseaux existant, au passage. Je suis partagée entre le rire et l’exaspération.

- Il faut vraiment que tu arrêtes de brutaliser tes clients, tante Griselda.

Cette dernière grogne de mécontentement. Mon regard est attiré vers un bocal remplis de bonbons multicolores, près de la caisse.

- « Le client est roi», tu le sais bien.
- Certainement pas dans ma boutique ! rouspète-t-elle, avant de se détourner pour ranger un carton de marchandise.

Je profite de son inattention pour piquer quelques bonbons. Bon, d'accord : j'ai presque vidé le pot. A présent que nous sommes seules, je reviens à la charge :

- Et pour Gideon alors, tu as du nouveau ?
- T'inquièterais-tu pour moi, ma nièce ? esquive-t-elle, un sourire sardonique aux lèvres.

Je manque de m'étouffer avec un bonbon acidulé. Évidemment que je m'inquiète pour ma tante, mais je ne vais certes pas l'avouer !

- Bien sûr que non. C'est juste que... Gideon me plaît bien, tout a fait mon type d'homme. Je n'ai pas envie que tu me le piques.

Ma tante lève les yeux au ciel, bien qu'un rire s'échappe de ses lèvres.

- Puis-je savoir ce que tu fais dans ma boutique un samedi après-midi, au lieu de passer du temps avec tes amis imaginaires ?

Elle détourne la conversation. Encore. Griselda fait toujours ça ! Et je dois dire que cela fonctionne, en particulier lorsqu'elle me provoque.

- Ma meilleure amie Kiara n'est pas imaginaire, tu l'as déjà vu !
- Répond à la question.

Son visage devient sérieux, presque sévère.

- Je.. j’espérais que ma tante me donne un cours de voyance.

Griselda me dévisage, clairement dubitative.

- Ah oui ? Voilà pourtant une heure que tu bavasses à tort et a travers sans y avoir fait allusion ! Sans compter que tu dévores toutes mes sucreries.
- Je ne dévore pas tes sucreries, je t'en débarrasse. Elles ont un drôle d'arrière goût.

Qui ne rêverait pas d'avoir une nièce aussi serviable que moi, hum ?

- Tu arrives à sentir le goût ? J'en doute vu la vitesse à laquelle tu les gobes ! argue-t-elle d'une moue désapprobatrice.

J'ouvre la bouche pour rétorquer quand j'aperçois des élèves de ma classe, à travers la vitrine. Mes yeux s'écarquillent de stupeur. Je saute du tabouret et me faufile sous le comptoir à une vitesse ahurissante. Je ne sors de là que quelques minutes plus tard, lorsque j'ai l'assurance que mes camarades ont quitté les lieux.

Ma tante m’examine longuement, sourcils relevés alors que je fais semblant de m’intéresser à la caisse.

- Tu connais ces jeunes gens ? m’interroge-t-elle.
- Pas du tout.
- Tu viens pourtant de te cacher avec la rapidité d'un gnome !
- C'était pour refaire mon lacet.

Griselda fait le tour du comptoir pour fermer brutalement le tiroir-caisse afin de m'obliger à la regarder.

- Vas-tu enfin me dire ce qui t'arrive, Marlène ?!

Le ton de sa voix, sec et autoritaire, me fait voir rouge. J'explose :

- Très bien ! Puisque tu veux le savoir, tout le monde me déteste depuis que j'ai en quelque sorte abandonné le tournoi pour aller sauver Esmera ! J'ai failli me faire renvoyer de l'école, je me prends des bombabouses en pleine tronche à longueur de journée, et le pire dans tout ça, c'est que je suis toujours la championne de ma maison ! Je n'ai plus d'équipier; James Potter refuse de m'adresser la parole alors que je me suis excusée à plusieurs reprises ! Oh, et comme si ce n'était pas suffisant à mon malheur, en cours de Potions, hier, Sirius Black s'est assis à coté de moi ! Tu le crois, ça ?
- Non ?
- Si !
- C'est aberrant, admet tante Griselda.

Si je n'étais pas aussi énervée, je remarquerai probablement son sourire ironique et moqueur.

- Je sais ! Et maintenant les filles de ma classe me font des crasses parce qu'elles sont toutes folles amoureuses de lui et folles tout court. Et qu’espère obtenir ce crétin au juste, en mettant son bras autour de mes épaules et en envahissant mon espace perso... quoi ? je m'interromps, à bout de souffle.

Ma tante m'observe avec une sorte d'étonnement mêlé d'amusement.

- Ce sont là des niaiseries d'adolescents, ma chérie.

Je sens monter en moi la colère et la frustration :

- Je savais que c'était une erreur de venir te voir ! Nous avons peut-être le même don, mais tu es incapable de me comprendre et tu... tu...
- Oui ?

Je m'arrête au beau milieu de ma tirade, clignant bêtement des yeux.

- Tu as totalement raison. Je suis ridicule, je concède doucement.

Je m'affale sur le tabouret, fatiguée et... sereine. Comme si le fait d'avoir vidé mon sac m'avait soulagé d'un poids énorme. Je lève les yeux vers ma tante, regrettant mon comportement immature. Pour la première fois depuis mon arrivée, Griselda m'adresse un sourire conciliant.

- Est-ce qu'on peut commencer la leçon ? je demande, presque timidement.
- Bien sûr, répond-t-elle en souriant plus franchement.

Je fixe un instant son visage rond, ses pommettes hautes, ses yeux bleus perçants qui ressemblent tant au mien. Et pour la première fois en dix-sept ans, je la trouve plutôt jolie.




End Notes:
Voilà pour la fin, vous saurez pourquoi Marlène n'a pas été renvoyée au prochain chapitre ! Et Marcus Denworth (L'auror qui plait à Marlène) fera bientôt une petite apparition ;)
L'heure des réconciliations by jalea
Author's Notes:
Bonjour, :)

Voici le chapitre 29, j'espère qu'il vous plaira. Il est centré sur les sentiments partagés de Marlène (surtout dites-moi si ça fait trop guimauve, j'ai fait mon possible pour que ca soit plus drôle que niais, mais je ne suis pas certaine du résultat xD)

Il faut vraiment que les choses avancent (les visions, l'enquête sur Gideon, le tournoi) car on arrive presque au trentième chapitres et je pense que cette fiction comportera entre 40 et 50 chapitres.

MERCI à : Avrel, Pattenrond7, Jesaispastrop45875, RomanEmma, Nihil, Aaron Well et Ophelie725 pour leurs reviews au dernier chapitre !

Bonne lecture,
à bientôt !
Chapitre 29 : L'heure des réconciliations.



Je retrouve ma bonne humeur à la fin de la journée. La discussion que j'ai eu avec ma tante m'a fait ouvrir les yeux : mes petits problèmes d'adolescents sont totalement insignifiants. J'ai bientôt dix-huit ans, l'année scolaire se termine dans quelques mois, il est donc grand temps que je commence à me comporter comme une adulte. Et vous savez ce que font les adultes, contrairement à moi ? Ils affrontent leurs problèmes au lieu d'aller se cacher sous les jupes de leur tante.

Une fois arrivée devant le tableau de la grosse dame, je prends une grande inspiration, sachant pertinemment ce qui m'attend à l’intérieur : le regard noir de la majorité de mes camarades.

- Mot de passe ?
- Pimprenelle et le poireau magique.

Classe, le mot de passe, hein ? C'est moi qui l'ai proposé à Lily, c'est le titre d'un roman de Kiara.

J'entre dans la salle commune, et cherche des yeux James Potter.

Le Préfet est confortablement installé sur un canapé près de la cheminée, en compagnie des Maraudeurs et... deux jeunes filles dont le nom m'échappent. L'une d'elles me repère, et se penche pour lui chuchoter quelque chose à l'oreille. Je fronce légèrement les sourcils; cette fille n'est pas Dorcas Meadowes. La concernée se trouve a des mètres de James Potter. Il y a de l'eau dans le gaz, on dirait.

- Salut. dis-je à la petite assemblée avec grande assurance (en tout cas, j'essaie).

Sirius Black s’éloigne de Rebecca Warren (j'ai reconnu la deuxième fille, c'est l'amie de Meihui !) pour se tourner vers moi, ce que cette dernière semble grandement désapprouver (au vu de son regard incendiaire).

Soudain gênée, j'adresse un petit sourire à Rémus Lupin, le plus gentil de la bande pour me donner du courage.

- Tiens, McKinnon ! s'exclame joyeusement Sirius Black d'une voix beaucoup trop forte à mon goût.

J'arque un sourcil perplexe, avant de fixer mon regard sur son meilleur ami. Ce dernier fait semblant de ne pas voir.

- On fait une partie de bataille explosive. Tu veux te joindre à nous ? lance la gravure de mode, en m'adressant un sourire à faire rougir une institutrice en retraite.

Nouvel haussement de sourcils de ma part. Quant à Pettigrow et Lupin, ils partagent un regard désabusé. Et bien, je ne sais pas à quoi carbure Sirius Black en ce moment, mais il ferait bien de réduire ses doses !

- Je peux te parler en privée, James ?

Le brun à lunettes ne m'accorde pas la moindre attention. Il répond d'une voix sèche :

- Si tu as quelque chose à me dire, tu peux le faire devant mes amis.
- Faisons une pause. propose Lupin, venant à mon secours.

Le Préfet se lève, de mauvaise grâce. J'essaie de l’entraîner à l'écart des oreilles indiscrètes, mais il ne bouge pas d'un pouce et croise les bras sur son torse.

- Alors ? vocifère-t-il.

J'ai conscience que tout les gryffondor épient notre conversation, et essaie d'en faire abstraction. Je toussote pour me donner contenance, puis commence ma plaidoirie :

- Écoute, je sais que tu m'en veux. Énormément. Je me suis excusée à plusieurs reprises mais ce que tu sembles attendre de ma part, c'est une explication.

James arque un sourcil, intéressé. Je lâche un faible soupir : je sais que la suite ne va pas lui plaire.

- Cette explication, je ne peux pas te la donner. Je ne peux la donner à personne.

Je prends une autre inspiration, pour me laisser les temps de chercher les mots justes.

- Tout ce que je peux te dire, c'est que j'avais un choix à prendre, ce jour là. Le choix de poursuivre le tournoi ou...
- Ou ? insiste Potter en se penchant vers moi.
- Je ne peux rien te dire, mais je veux que tu saches que c'était plus important que ce tournoi. Plus important qu'un simple jeu.
- Pourquoi devrais-je te croire ? rétorque-t-il avec froideur.

Je croise sans le vouloir le regard de Sirius Black. La conversation que nous avons eu dans ma chambre lorsqu'il est venu dîner chez moi pendant les vacances de Noël me revient instantanément à la mémoire. Je n'ai jamais voulu l'admettre ouvertement devant quiconque, mais....

Je fixe James Potter sans ciller :

- Parce que nous sommes amis.

J''ai beau ne pas la voir, j'entends ma meilleur amie parmi les gryffondor lâcher un grand « Oooh » comme si c'était la chose la plus adorable qu'elle m'ait jamais entendue dire. Mes joues se colorent de honte et je n'ose plus regarder personne, pas même James Potter, lorsque j'ajoute d'une petite voix :

- Et les amis sont censés se pardonner, pas vrai ?

Si j'entends encore ne serait-ce qu'un « oh » il y a des baffes qui vont se perdre !

- Si c'est pas mignon, minaude Black en se soutenant la tête d'une main.
- Je vais en pleurer, ajoute Peter Pettigrow avant de s'esclaffer exagérément.
- La ferme, vous deux ! intervient le Préfet.

James se tourne ensuite vers moi pour m'étudier longuement du regard. En voyant l'ombre d'un sourire se dessiner sur ses lèvres, je me sens délivrée d'un poids énorme.

- Excuses acceptées. déclare-t-il enfin, à haute voix.

Je laisse échapper un rire de soulagement, et tends la main dans sa direction. Potter la serre et m'attire vers lui pour une bref accolade, comme nous avons l'habitude de le faire lorsque nous gagnons un match de Quidditch.

- C'est bien joli tout ça, mais qui sera l'équipier de Marlène ? lance Chris Kellerman à la cantonade.

Je souris de gratitude, le remerciant intérieurement d'avoir mis le sujet sur le tapis.

- Est-ce que... est-ce que tu veux bien être mon équipier ? je bafouille lamentablement.

Le brun pousse un soupir faussement las.

- Je n'ai pas vraiment le choix. Puisque nous sommes amis, je ne peux pas te laisser tomber.

Je lui saute pratiquement au cou pour le remercier, sous les encouragements de nos camarades qui scandent à l'unisson : « La Coupe aux gryffondor, la Coupe aux gryffondor ! ».

Se comporter comme une adulte responsable n'est pas si terrible que ça, après tout.

- Merci, James ! dis-je en souriant, je te promets de ne plus jamais t'insulter de binoclard.
- Parce que tu m'as déjà insulté de binoclard ? s'indigne-t-il.

Merde, je croyais qu'il était au courant. J'ouvre la bouche pour me confondre en excuses (ça commence à devenir lassant), quand Dorcas Meadowes se plante devant nous, les poings sur les hanches. Je remarque que la jeune fille à les yeux rougies, comme si elle avait pleuré.

- Tu voix que tu sais prendre les bonnes décisions quand tu veux, James. énonce-t-elle d'un ton glacial, avant de brusquement tourner les talons.

D'accord... je me sens obligée de demander à mon équipier ce qui se passe avec sa petite-amie, bien que je m'en fiche un peu.

- Euh, tout va bien avec Meadowes ?
- Pas vraiment. Elle a rompu avec moi ce matin.
- Oh. Je suis désolée.

Le jeune homme se contente de hausser les épaules, l'air ailleurs.

- Parfois, il est inutile de forcer les choses.

Je fronce les sourcils. James Potter qui joue les philosophes de comptoir ? Je dois m’inquiéter ?

- Excuse-moi...

Cette fois, son sourire paraît forcé. Je le suis du regard, tandis qu'il se dirige vers le dortoir de garçons. Il est bizarre, non ?

- Jolie déclaration, McKinnon.

Cette voix moqueuse me rend instantanément nerveuse, ce que j'apprécie moyennement. Je me retourne. Sirius Black se tient debout devant moi, les mains fourrés dans les poches de son pantalon. Mes yeux parcourent la longueur de son corps et son beau visage, rasé de près. Ses cheveux sont plaqués en arrière et semble tenir en place sans le moindre gel, à croire que ce garçon défie les lois de la nature. Et son sourire enjôleur démontre toute la confiance qu'il a en lui. Il m'énerve.

- La ferme, Patmoche. je rétorque, sans pouvoir réprimer un sourire.

Je jette un coup d'oeil autour de moi pour échapper à son regard gris pale. L'ambiance est à la fête, ce soir. Les gryffondor sont aussi exaltés que la veille des vacances. Je reçois des encouragements et bourrades dans le dos de bon nombres de mes camarades, ce qui me rassure. J'avais... oui, disons que j'avais peur de ne pas arriver à regagner leur confiance. Je suis quand même leur Championne, que je le veuille ou non.

- Tu vas pouvoir retourner à ta place en cours de Potions, car comme tu le vois, je n'ai plus besoin que tu « rehausses ma côte de popularité » dis-je à Black.

A présent, les gryffondor font tellement de bruit qu'il est obligé de se rapprocher pour entendre mes paroles. Son sourire s'efface, laissant place à une expression étrange. Une sorte d'incrédulité mêlée à... serait-ce de la colère ?

- Tu préfères sérieusement avoir Severus Rogue comme binôme au lieu de moi ?

Son ton est fier, son air dédaigneux. De toute façon, il n'y a aucune chance pour que Rogue revienne s'assoir à coté de moi, après ce qui s'est passé entre nous. A cette pensée, mon cœur se serre un petit peu. J'y suis allée un peu fort avec le Serpentard. Mais ne l'a-t-il pas mérité ? Ses propos étaient odieux, exécrables. Fort heureusement, Sirius Black l'ignore, et je préfère me retrouver seule en cours qu'en sa compagnie.

La raison est simple : Je ne veux pas être comme ces filles qui le dévorent des yeux. Je ne veux pas être attirée par lui. Sirius Black est comme... un gâteau au double chocolat. Au début, on se dit qu'il n'y aucun mal à prendre une part. Ni une deuxième, ou une troisième part... et avant de s'en rendre compte, on a englouti tout le gâteau ! On se tape ensuite une crise foie monstre, et on regrette d'avoir eu les yeux plus gros que le ventre, sauf qu'il est trop tard.

Dans le cas de Black, c'est la même chose. Il n'y a rien de mal à le regarder de temps en temps, pas vrai ? Après tout, c'est un garçon très séduisant. Il n'y a rien de mal non plus à lui parler, car il est dans ma classe. De plus, le fait d'imaginer dans ma tête quelques scénarios improbables avec lui, lorsque je m'ennuie en cours d'Histoire de la Magie, est tout ce qu'il y a de plus anodin pour une jeune fille de mon âge...

Le soucis, c'est que je commence à ressentir les effets indésirables de ce gavage Blackonien (ouais, en plus de mon don de voyance, je peux aussi inventer des mots !). Déjà, je n'aime pas mes réactions lorsqu'il est dans les parages; à chaque fois que Black est un peu trop près, mon cerveau se liquéfie et je bégaie comme une débile. Mais ce qui m'agace encore plus, c'est qu'à côté de lui, je me sens... nulle. Insignifiante. Pas assez intelligente, aussi. Pire, encore : je deviens jalouse. Comme avec mon frère Andrew. Ces deux là sont trop beaux, trop intelligents, trop parfaits pour exister. Bon, le fait que ma mère m'ait toujours comparé à mon frère doit sûrement expliquer mon petit manque d'assurance (que je dissimule avec habilité).

En général, j'ai plutôt confiance en moi. Je me considère comme une jeune femme forte, et je n'ai pas peur de dire ce que je pense. En la présence du Maraudeur, pourtant, j'ai l'impression de perdre un peu de ma personne. Il me fait ressentir des émotions que je n'ai jamais éprouvé auparavant et cela me rend vulnérable. Je déteste ça. Quand j'y pense, c'est franchement étrange. Je n'ai jamais eu ce problème avec qui que ce soit d'autre.

Pour toutes ces raisons je préfère me tenir eloigné le plus possible du Maraudeur.

- Je, euh... et bien, non, pas vraiment... disons que j'ai pris mes habitudes avec Rogue... et je n'aime pas vraiment le changement !

Mon cœur s'accélère dangereusement. On fait mieux comme réponse, mais c'est tout ce que j'ai trouvé à dire. Black m'observe un petit moment. Son lent sourire prouve qu'il a parfaitement perçu mon malaise.

- Des habitudes, hein ? se moque-t-il en croisant les bras sur son torse. Je suis curieux de savoir lesquelles.

Pour commencer, Rogue me laisse copier ses cours. Et... quoi d'autre ? Je tente de réfléchir, mais c'est difficile avec Sirius Black qui me sonde de ses yeux gris perçants. Rogue est... il est.... j'aime bien son humour cynique. Oui, voilà. Ça me diverti un peu, je dois l'avouer. Mais pas à Black, il se ficherait de moi et penserait que je suis amoureuse du Serpentard !

- Je n'ai pas à te donner de raisons, d'accord ? je riposte, sur la défensive.

Son visage devient soudain sérieux.

- Je sais que nous ne sommes pas les meilleurs amis du monde, mais... tu te souviens, quand je suis venu dîner chez tes parents ?

Je me contente de hocher la tête, me demandant où il veut en venir.

- On s'entendait bien, pas vrai ?
- Je... peut-être.

Sa moto volante y était pour beaucoup !

- On s'était promis de faire des efforts. Pour James.
- C'est pour ça que tu veux t’assoir à coté de moi ? Pour James ? je questionne, dubitative. Tu sais, je pense que ça lui ira très bien si tous les deux on se contente de se saluer sans s'insulter. j'ajoute en riant.

Je plaisante toujours pour dédramatiser la situation et m'attends à ce que le Rouge et Or se déride. Il se contente de me dévisager. Son expression devient à la fois sévère et lasse.

- Tu n'as pas idée à quel point tu es fatiguante, Marlène.
- Pardon ?

Black s'approche d'un pas. J'ai un mouvement de recul involontaire, qui lui fait froncer les sourcils.

- Pourquoi c'est si difficile pour toi ? me demande-t-il, me vrillant de son regard argenté.
- De quoi tu parles ?
- Pourquoi c'est si difficile pour toi de me laisser t'approcher ? Pourquoi je t'effraie tellement ?

Sa constatation me cloue littéralement sur place. Je n'ai aucune envie de poursuivre cette drôle de discussion, et je choisi encore l'humour comme échappatoire :

- Tu ne m’effraies pas, Patmoche. En fait, c'est même tout le contraire ! A chaque fois que je te vois marcher dans les couloirs, je suis prise d'une furieuse envie de rire !

Black a un rictus amusé. Son regard assombri révèle néanmoins son agacement.

- Dans ce cas, je suppose que ma présence en cours de Potions ne te dérangera pas.

Mon rire se bloque dans ma gorge.

- Tu ne compte pas changer de place ?

J'espère m'exprimer de façon détaché, mais je sens mes joues s'embraser.

- Non.

Tout cela ne m'amuse plus. Je me sens perdre patience :

- Pourquoi ? Si tu me dis pour James, je jure que je t'étripe !
- Rien avoir, j'ai des problèmes vue.
- Des problèmes de vue ? je répète sur un ton mauvais, Rogue et moi sommes assis au dernier rang, je te rappelle !

Un sourire moqueur, un peu narquois, se joue sur ses lèvres.

- Je suis presbyte, déclare-t-il avec désinvolture. Je vois mal de près. De loin, par contre, ça va beaucoup mieux...

Je le regarde, effarée. Il se fout carrément de ma gueule.

- C'est quoi ton but, Black, me rendre dingue ?!

Son sourire s'évanouit et il se referme soudainement. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi lunatique !

- Non. Ça c'est ton travail, McKinnon. Et je dois dire que tu excelles en la matière.

Hein ?

Décidément, je ne comprends jamais rien à ce que ce type raconte, on dirait qu'il y a un sens caché dans chacune de ses foutues phrases.

Je finis pas hausser des épaules, et me détourne sans plus de cérémonie.


******



« Pourquoi c'est si difficile pour toi de me laisser t'approcher ? Pourquoi je t'effraie tellement ? »

Le lundi suivant, je n'arrivais toujours pas à me sortir de la tête les paroles débiles de Black.

- C'est n'importe quoi. Il ne m’effraie pas ! j'hurle littéralement au miroir.

En guise de réponse, mon reflet lève les yeux au ciel, avant de pointer son index sur sa tempe pour me faire gentiment comprendre que je suis folle. Je lui tire la langue.

- Tant mieux parce que ce n'est qu'un simple tube de dentifrice. ironise Meihui.

Elle entre dans la salle de bain pour récupérer sa brosse à cheveux. Je rebouche le tube et le range d'un geste rageur dans le tiroir du haut.

- Si tu veux mon avis, il a les chevilles tellement enflés qu'on devrait songer à l’amputer ! je continue avec hargne.

La chinoise se tourne vers moi, arquant un sourcil interrogateur.

- Qui ça « il » ?
- SIRIUS BLACK !

J'ai braillé ce nom avec tant de force que nos reflets à Meihui et moi, se bouchent les oreilles.

- Je savais que je n'aurais pas dû poser la question, soupire ma colocataire. Mais qu'est-ce que vous lui trouvez toutes, à ce garçon ? Si même les filles avec un peu de jugeote comme toi s'y mettent...
- Tu t'égares, ma pauvre Miumiu. Je lui trouve autant de charme qu'une vieille goule asséchée.

La brune me lance un regard dubitatif que je décide d'ignorer.

- Ne le prends pas mal Marlène, tu es en train de dérailler, là. Je ne sais pas ce que Sirius Black t'as dit ou fait, mais en règle général, tu t'en fiches pas mal, non ?

Je médite un instant ses paroles. Elle n'a pas tort, la petite Meihui ! Je retrouve aussitôt mon enthousiasme.

- T'as raison, j'en ai rien à cirer ! Merci, Miou.
- Pas de quoi, répond-t-elle, me regardant toujours comme si j'avais une araignée au plafond.
- Tu ne parles peut-être pas souvent, mais quand tu l'ouvres, c'est pas pour rien. fais-je remarquer, avant de l'agripper par le bras. Allez viens, on descend !

J'oublis ma petite crise matinale à la minute même où nous entrons dans la Grande salle. Dites-moi que je rêve ! Euh, en fait, non. j'espère que c'est bien la réalité.

- C'est Marcus Denworth ! je souffle, serrant plus fortement le bras de Meihui.

Le bel Auror est en train de discuter avec Dumbledore, à l'autre bout de la salle. Mon cœur fait un bond dans ma poitrine, ce n'est pas tous les jours qu'une occasion pareille se présente ! C'était quand déjà, la dernière fois que j'ai vu Marcus ? Je réajuste aussitôt ma jupe et mon chemisier.

- De quoi ai-je l'air ?

Meihui zieute le sommet de mon crane.

- D'une grande blonde décoiffée. dit-elle naturellement, avec autant de tact que le Saule Cogneur.

Je passe une main dans mes cheveux pour remettre en ordre mes boucles blonde.

- Et maintenant ? je demande, souriant comme une évadée d'asile.
- D'une grande blonde à moitié coiffée.

Je roule des yeux. Les compliments, ce n'est vraiment pas son truc. J'abandonne mon amie sans la moindre culpabilité, et me dirige d'un pas déterminé vers l'homme de mes rêves. Je m'arrête cependant en chemin, lorsque j'aperçois ma petite protégée à la table des Poufsouffle. Je n'arrive pas à savoir si elle à l'air triste, ou juste mélancolique. Mon sourire s'efface, tandis que je me remémore notre conversation, en haut de la tour d'Astronomie. Bon... Marcus Denworth peut attendre. Je dois gérer quelque chose de plus important, pour le moment.

Je rejoins la Poufsouffle, en essayant d'être la plus enjouée possible.

- Bonjour, Esmera. Comment vas-tu, aujourd'hui ?

La jeune fille lève la tête dans ma direction, un brin étonnée. Les autres Poufsouffle semblent tout aussi surpris de me voir débarquer à leur table pour parler à une cinquième année.

- Bien, merci. répond-t-elle en me rendant mon sourire. Tu as l'air d'aller beaucoup mieux, toi aussi. Ça n'a pas du être facile d'avoir toute ta maison à dos. explique la brune à mi-voix, devant mon regard interrogateur.

Elle est adorable de s'inquiéter pour moi, malgré tout ce qui lui est arrivé. Je fais un vague signe de la main pour lui faire comprendre que mes petits tracas n'ont pas la moindre importance.

- C'est à peine si j'ai remarqué un changement, en réalité ! je plaisante à moitié.

Esmera pouffe de rire. En vérité, je suis contente de ne plus recevoir de bombasouses en pleine tronche. Depuis que James Potter m'a pardonné, les élèves ne me regardent plus comme si j'étais une pestiférée (mise à part quelques serpentard qui me vouent une haine tenace).

- Je dois te confier quelque chose, Marlène...

Intriguée, je me penche vers la Poufsouffle.

- Je suis allée parler au Professeur Dumbledore. chuchote-t-elle très vite.
- Quoi ?

Esmera affiche une moue embarrassée.

- Oui, hum... je ne voulais pas que tu aies des ennuis par ma faute, alors je lui expliqué que tu avais quitté le tournoi pour venir me consoler car tu venais d'apprendre le décès de mon père.
- Woah... je souffle, ébahie. Tu n'avais pas besoin de faire ça. dis-je, me sentant atrocement mal à l'aise.
- Si, au contraire. dit la brune, esquissant un faible sourire. Je ne pense pas que Dumbledore t'aurait viré de l'école, de toute manière. Lorsque je suis allée le voir, il avait déjà l'air d'avoir pris sa décision. Ta tante était venu plaider ta cause.

Cette drôle de nouvelle me fait froncer les sourcils. Tante Griselda ? Mais non, c'est impossible ! Elle n'était pas encore au courant de mes malheurs. A moins que... aurait-elle eu une vision ? Si c'est le cas, pourquoi me l'avoir caché ?

- Tu es sûre que c'était ma tante ? je l'interroge, sceptique.
- Une dame rondelette qui te ressemble énormément ? J'ai cru que c'était ta mère, jusqu'à ce qu'elle se présente.

Je garde le silence un moment. J'ai passé mon samedi après-midi avec Griselda, et elle n'y a fait aucune allusion. Quelle petite cachotière ! Elle a même fait semblant d'être étonnée en apprenant que j'avais failli me faire renvoyer, alors qu'elle était déjà au courant !

- Tu crois qu'il y a un problème ? Pourquoi cet Auror vient encore voir le Professeur Dumbledore ? s'inquiète Esmera, le visage tourné vers les deux hommes.

Je retiens un soupir d'admiration en regardant Marcus. Ça devrait être interdit d'être aussi séduisant.

- Je suis certaine que ce n'est rien de grave, dis-je sur un ton rassurant.

Marcus Denworth est probablement là pour parler de mon agresseur à Dumbledore. Mon agresseur, qui n'est autre que Gideon, un taré d'illuminé qui pourchasse les sorciers aux dons exceptionnels. Je me lève d'un bond.

- Je dois y aller, je lance à Esmera.

Je me dandine d'un pied sur l'autre, un peu gênée, puis marmonne :

- Je te remercie d'être aller voir le Directeur pour moi.

Elle se contente de me sourire. Je tourne les talons, mais en jetant un regard derrière mon épaule, je constate que son sourire s'est évanouit aussi vite qu'il est apparu. Je reviens aussitôt sur mes pas.

- Est-ce que tu, hum... voudrais aller au Pré-au-lard avec mon amie Kiara et moi, samedi prochain ?
- Ne te sens pas obligée de faire ça, Marlène. Je vais bien, affirme la Poufsouffle, d'un ton presque ennuyé.

Quelle idiote je suis ! Elle doit sûrement penser que j'ai pitié d'elle, maintenant, ce qui est entièrement faux. Je partage juste sa douleur, et aimerais faire quelque chose pour qu'elle se sente mieux.

Je prends mon air le plus sérieux, la fixe tout droit dans les yeux et lui exprime ce que je pense sincèrement :

- Je ne me sens pas obligée, Esmera. Et de toute façon, je ne te laisse pas le choix. Rendez-vous samedi prochain à quatorze heure, dans le Hall.

La Poufsouffle rosit légèrement lorsqu'elle capte le regard de certains de ses camarades.

- C'est d'accord, sourit-elle enfin. Je serais là.

Je hoche la tête d'un air entendu, avant de rebrousser chemin.

- Quand tu vas leur raconter ça, les filles de ta classe vont être vertes de jalousie ! j'entends dire une Poufsouffle à Esmera, derrière moi.

Je fronce les sourcils. Pourquoi ses camarades de classe seraient jalouses ? Les cinquième année ont tous le droit d'aller à Pré-au-lard...

Je grimace en voyant que Marcus est toujours en pleine conversation avec le Directeur. Qu'il arrête de l'accaparer ce vieux fou, ou je vais finir par croire qu'il en pince aussi pour lui !

Je décide de prendre mon mal en patience, et vais me servir un copieux petit-déjeuner.

- Comment va Esmera ? me demande immédiatement Kiara, à peine ai-je les fesses posées sur le banc.
- Tu m'espionnes, maintenant ? je raille. Ce n'est pas la grande forme, je réponds, sans lui laisser le temps d'en placer une. Je l'ai invité à nous accompagner à la prochaine sortie à Pré-au-lard, ça ne t'ennuie pas ?
- Bien sûr que non, sourit la blonde. Tu comptes réellement manger tout ça ? ajoute-t-elle en riant.

Mon assiette déborde de nourriture. Je pensais avoir faim mais je ressens soudain comme une boule au ventre. Serait-ce parce que Marcus Denworth approche dans notre direction ?

Ok, du calme, Marlène. Prends l'attitude d'une jeune femme détendue et sûre d'elle.

Je me redresse, droite comme un piquet, et arbore mon sourire de grande séductrice. Kiara me regarde, yeux grands écarquillés.

- C'est quoi, cette tête ? On dirait le Professeur McGonagall.

Mon sourire se fane instantanément.

Elle est sérieuse là, j'ai autant de sex-appeal qu'une vieille sorcière fripée de quatre-vingt ans ? Trop sympa. Non, vraiment, j'apprécie la comparaison. Heureusement que mes amies ne sont pas avares de compliments !

- Bonjour, Miss McKinnon.

A l'entente de cette voix grave et veloutée, mon cœur fait un soubresaut.

- Oh, bonjour, Monsieur Denworth ! je m'exclame, faisant mine ne pas l'avoir remarqué plus tôt.

Je vais jouer la carte de l'indifférence. Il paraît que ça fonctionne pas mal (surtout pour Lily Evans ! Pendant des années, James Potter l'a collé au train avec autant d'acharnement qu'une nuée de morpions).

- Voici mon amie Kiara Perks.

Cette dernière lui adresse un petit "bonjour", intimidée. Marcus hoche poliment la tête. De mon côté, je n'arrive pas à m'empêcher de le détailler du regard, comme la majorité des femmes se trouvant dans cette salle. Le jeune homme porte un élégant costume bleu foncé, une chemise et une cravate en soie. Ses cheveux bruns coupés court, sont coiffés avec soin (contrairement à une certaine blonde dont je tairais le nom). Et ne me lancez surtout pas sur ce sourire incroyable, qui révèle d'adorable fossettes.

Je me lève pour lui faire face. Maintenant que je le vois de plus près, j'en profite pour le scruter attentivement, lui cherchant des défauts qui pourrait le rendre moins parfait, sans succès. Cet homme à l'air tout droit sorti de l'un des romans d'amour que Kiara affectionne tant.

- Que faites-vous là ?

Je m'approche de lui, sans manifester la moindre gêne, comme si j'étais parfaitement habitué à échanger des banalités avec des Aurors plus âgés, aux corps d'Apollons.

- Je devais m'entretenir de différentes choses avec le Directeur.

J'ai beau le trouver séduisant, je ne perds pas le Nord :

- Est-ce que l'une d'elles concernaient mon agresseur ?
- Je ne peux pas vous en parler tant que l'affaire est en cours, Miss McKinnon. Je suis navré.
- Je comprends, monsieur Denworth. je réponds d'une voix quelque peu irritée.

Mon regard se pose sur la pochette qu'il transporte. Marcus anticipe mes intentions et lève son bras au dessus de la tête.

- Vous n'allez pas encore essayer de me voler mon porte-documents ?

Bah si, c'était un peu le plan. Son ton est à la fois sévère et amusé. Je plaque sur mon visage un sourire de jeune fille modèle.

- Bien sûr que non. C'est une très jolie pochette que vous avez là. dis-je pour essayer de faire diversion. C'est du véritable cuir ?

Je tends la main, feignant l'innocence incarnée. L'Auror n'est pas dupe et recule de quelques pas.

- Miss McKinnon... prévient-il d'un air réprobateur.
- Marlène, je le corrige.

Ses yeux se rétrécissent, comme cette fois où je l'ai stupidement invité à sortir. Ce souvenir me fait légèrement rougir de honte.

- J'ai appris que vous aviez précipitamment quitté le tournoi. Que vous est-il arrivé ? m'interroge l'Auror, retrouvant tout son sérieux.

Moi aussi, je le vois venir à des kilomètres. Ca n'en a pas l'air comme ça, mais c'est un interrogatoire. Et je vous parie qu'il agit sur les ordres de son Chef machin-chose. Ce type est persuadé que je ne lui ai pas tout dit... ce qui en soit n'est pas faux, mais c'est pas une raison pour me harceler de questions ! Je suis quand même la victime.

J'adopte l'attitude de la blonde écervelée, puis réponds, la bouche en cœur :

- Un truc affreux, monsieur l'Auror : j'avais oublié de nourrir mon chat.

J'entends Kiara glousser dans mon dos. Son rire se transforme aussitôt en toux, lorsque Marcus jette un coup d'oeil dans sa direction. Ce dernier ne se laisse pas démonter, et poursuit :

- Est-ce que des détails vous sont revenus, concernant votre agresseur ? Savez-vous, par exemple... si c'est un homme une femme ?

Le ton de sa voix est empreint d'une politesse si extrême que la moquerie y est parfaitement perceptible. Je perds mon joli sourire, et le toise du haut de mon mètre soixante-quinze.

- Il me semble avoir déjà répondu à toutes vos questions, Monsieur Denworth. fais-je assez sèchement.
- J'en conviens, mais votre description était très approximative. Et vous pouvez m'appelez Marcus. ajoute-t-il, charmeur.

Okay, deux solutions : la première, Marcus Denworth flirte avec moi parce que je lui plais. La deuxième, il tente de me séduire pour obtenir des informations. Je penche pour la deuxième solution, et trouve ça vraiment sournois de sa part.

- Je crois me souvenir de quelque chose...
- Je vous écoute, dit-il avec empressement.

Il sort, à la vitesse de l'éclair, un bloc-note et une plume de la poche intérieur de sa veste.

- Vous prenez note ? Bien, (je comble la distance qui nous sépare et le fusille du regard) j'ai peut-être quelques années de moins que vous mais je n'ai pas le quotient intellectuel d'un troll pour autant. je persifle à mi-voix.

Je me recule ensuite pour admirer sa mine déconcertée. Le bellâtre me dévisage avec un mélange d'impatience et d'irritabilité. Il paraît vouloir me sermonner, mais finit par abandonner cette idée.

- Vous me donnez du fil à retordre, Miss McKinnon ! rit-il, faisant bondir mon cœur dans ma poitrine par la même occasion. Tout comme votre tante le faisait avec Chef Caldwell, à une époque.
- Ma tante ?

Qu'est-ce qu'elle vient faire là-dedans ? Le sourire de Marcus s'élargit.

- Griselda Mckinnon, c'est bien ça ? On m'a raconté qu'elle avait pour habitude de trainer sur les scènes de crimes lorsqu'elle avait à peu près votre âge, ce qui était loin de plaire à Xiphias Caldwell, comme vous pouvez l'imaginer. Votre tante a été consultante pour le bureau des Aurors quelques temps et elle a même résolu une ou deux affaires... vous n'étiez pas au courant ? s'étonne-t-il, remarquant mon air ahuri.

Si j'étais au courant que ma tante se la jouait justicière pendant sa jeunesse ? Non, pas du tout.

C'est aberrant. Ma tante, consultante en... je-ne-sais-quoi aux Bureau des Aurors ? Eh, c'est sûrement pour cette raison que le Chef truc-muche me colle aux basques ! Griselda a probablement dû rendre sa vie impossible lorsqu'il débutait sa carrière et il veut maintenant se venger sur sa pauvre petite nièce sans défense (comment ça, j'exagère ?).

- Non, je l'ignorais. Ma tante et moi, nous ne sommes pas très proches.

Je me sens trahie pour une raison que je n'arrive pas à expliquer. Ce n'est pas parce que Griselda à le même don que moi, qu'elle est obligée de me raconter les moindres détails de son passé. Alors pourquoi je lui en veux tellement ?

- Si je comprends bien, votre Chef savait déjà qui j'étais, le jour de mon audition ?
- Non, il a fait le rapprochement récemment. Votre nom de famille est apparemment très commun, répond Marcus.

Contre toute attente, il pose une main sur mon épaule, me forçant à le regarder. Ses prunelles sombres trouvent les miennes, s'y ancrent.

- Je sais que Monsieur Caldwell peut être assez... insistant, mais c'est uniquement pour assurer votre sécurité. Nous faisons notre travail, Miss McKinnon, mais vous nous ne facilitez pas la tâche. Puis-je savoir pourquoi ?

Sa question me met mal à l'aise. Si je donne la description de Gideon et qu'ils le retrouvent, ils vont forcément lui poser des questions, apprendre ses intentions, et découvrir que ma tante est une voyante.

" Qu'est-ce que ça peut faire ? Ce Gideon de malheur est bon à enfermer ! " me rappelle ma voix intérieure.

C'est difficile à expliquer mais depuis mes douze ans, j'ai ce besoin irrépressible de garder mon don de voyance secret. La seule personne a qui j'ai réussi à en parler est Kiara, et j'ai attendu cinq ans avant de lui avouer la vérité à mon sujet. Notre communauté est malheureusement très mal vu par le monde sorcier. D'après ma tante, il y a peu de voyants, et beaucoup trop de charlatans qui nous donne mauvaise réputation.

La dernière chose dont j'ai envie, c'est qu'on me regarde comme une bête curieuse.

- Encore une fois, Monsieur Denworth : j'ai déjà répondu à toutes vos questions. je répète, avec la sensation d'être une criminelle en fuite.
- Que ferez-vous si cet homme- ou cette femme (il dit ça sur un ton ironique)- s'en prend encore à vous ?
- Je lui demanderai si son travail paye bien, je rétorque du tac au tac.

Un coin de sa bouche se relève dans un sourire d'abord incrédule puis de plus en plus franc. 

- Vous êtes incroyablement têtue, Miss Mckinnon.

Je lui rend son sourire, avant de répondre :

- Et aussi incroyablement drôle, vous devez le reconnaître.

Marcus lâche un petit rire qui me soulève l'estomac. Son regard se tourne un instant vers la table des Serdaigle. Il observe les étudiants, un peu nostalgique. Je meurs d'envie de lui demander s'il était dans cette maison ( ce qui ne m'étonnerait pas), mais le brun retrouve son professionnalisme. Il sort de l'une de ses poches une petite carte, qu'il me tend.

- Si des éléments, quel qu'il soit vous reviennent, envoyez-moi un hibou.
- C'est votre adresse personnelle ? je demande, en m'imaginant déjà vivre une idylle épistolaire.
- Non, celle du bureau des Aurors.

Mes épaules s'affaissent de déception.

Tant pis. De toute manière, je ne suis pas le genre de fille à écrire des lettres d'amour enflammées (ni de lettre tout court). Marcus me salue de la tête, marquant la fin de cet entretien. Je cherche désespérément quelque chose à dire pour le retenir, mais rien ne me vient à l'esprit.

- En attendant que cette affaire soit résolue, faites-moi plaisir et évitez de vous attirer des ennuis, d'accord ?

Ses yeux pétillent de malice et j'ai rarement vu sourire plus désarmant. Je me contente d'opiner du chef, la gorge soudain trop sèche pour parler. Je le suis du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse totalement de mon champ de vision.

Je me rassieds, lâchant un soupir à fondre l'âme. Qu'est-ce que je dois faire pour que cet Auror s'intéresse enfin à moi ? Kiara m'observe un petit moment, avant de lever les yeux au ciel.

- Qu'espérais-tu, Marlène, qu'il t'invite à Pré-au-lard ? Cet homme à au moins dix ans de plus que toi...
- Sept ans ! je la reprends, furax.
- Et tu le connais à peine, souligne-t-elle.
- Et alors ? Je l'aime bien. je bougonne en croisant les bras sur ma poitrine.
- Trouve-toi plutôt un garçon de ton âge, ca vaut mieux.

C'est à mon tour de rouler des yeux.  Est-ce que je lui ai demandé son avis ? Non. Vexée, je détourne la tête.

Je me fais aussitôt harponner par deux iris gris acier. Sirius Black, assis en bout de table, a les yeux rivés dans ma direction. Son visage est fermé, ses yeux perçants me scrutent avec... exaspération. Oui, c'est le mot juste. Black semble passablement énervé, mais aussi perdu dans ses pensées, comme s'il se livrait à un débat intérieur des plus houleux. 

Je me dis que le Maraudeur me fixe sans me voir, lorsqu'il cligne soudain des yeux, revenant à lui même. Je lui jette alors mon regard le plus méprisant, celui qui signifie clairement : « Arrête de me mater, ou je te fous mon poing de la tronche » et m'attends à ce qu'il baisse la tête (comme une grande partie des élèves de cette école : oui, il paraît que je fais peur) mais il n'en fait rien.

A la place, le brun esquisse un léger sourire. Un sourire doux et amer qui résume parfaitement sa personne. Un sourire empli de tendresse, dont il ne prendrait même pas la peine d'affubler ses conquêtes. Je sens une vague de chaleur me monter jusqu'aux joues, tandis que j'essaie de comprendre ce qui est en train de se passer. Son regard est à présent si intense, si brulant, qu'il en est presque insupportable. Je le regarde, comme hypnotisée, fascinée, et c'est alors que l'impensable se produit : je sens mes lèvres s'étirer malgré moi en un sourire.

Quant un claquement de doigts me tire brutalement de ma rêverie, mettant fin à cette scène surréaliste. Je me tourne vers Kiara, qui me dévisage, les sourcils relevés.

- Quoi ?
- Rien, si ce n'est que ça fait dix minutes que j'essaie d'attirer ton attention. Tu te sens bien ?

Dix minutes ? Je blêmis d'un coup. Non, non, non. Cela ne peut pas m'arriver. Il en est absolument hors de question. Cela fait des jours que j'essaie d'enfouir ce que je ressens au plus profond de moi et je ne compte m'avouer vaincue si facilement. Une chose est sûre : je ne tomberais PAS amoureuse de Sirius Black.

Plus cliché, tu meurs !




End Notes:
Voilà pour aujourd'hui. Allez un mini spoiler : il y aura un baiser au prochain chapitre (à croire que je suis en manque de guimauve haha xD)
Symbole de paix by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Et voilà le chapitre tant attendu du baiser. J'espère que cela comblera vos attentes, même si ce n'est pas le couple que vous espériez xD

Au niveau de rating, je pense que c'est toujours du moins de 12 ans, mais je n'en suis pas sûre alors si vous estimez que le rating doit changer, n'hésitez pas à me le dire !

un grand MERCI pour vos reviews au dernier chapitre =D

Bonne lecture,
à bientôt.
Chapitre 30 : Symbole de paix.






Il est huit heures du matin.

Huit heures du matin, bordel ! Vous devez probablement vous demandez ce que je fais debout si tôt un mercredi, sachant que mon premier cours de la journée ne commence pas avant dix heures. Non ? Bah, je vais quand même vous le dire : c'est de la faute de James Potter ! Monsieur le Préfet-en-Chef estime qu'il est temps de nous préparer « mentalement » à la seconde tâche. Ce qui signifie, en gros : se transformer en rats de bibliothèque pour les deux semaines à venir, afin de potasser nos cours, revoir nos basiques et apprendre par cœur tous les sortilèges existant.

Son programme a l'air tellement barbant- pour ne pas dire chiant- que j'ai cherché à provoquer une dispute rien que pour pouvoir y échapper, sans succès. J'ai usé de divers stratagèmes, comme par exemple insulter James de... plusieurs termes très péjoratifs (dans le genre de : binoclard, poteau mal coiffé, agité du bocal et épouvantail ambulant) mais cela n'a pas eu l'effet escompté. Le brun à lunettes a pris toutes mes brimades avec le sourire, comme si je le gratifiais de surnoms affectueux !

J'en viens presque à regretter de m’être excusée.

Je lâche un soupir à fendre l'âme, avant de toquer timidement à la porte du dortoir des garçons. J'attends une seconde et demi, et comme je n'obtiens aucune réponse, je décide de rebrousser chemin. Oh, c'est franchement dommage d'avoir manqué James...

- McKinnon ? lance une voix étonnée dans mon dos.

Eh merde. Il a fallu que quelqu'un ouvre cette satanée porte ! Je me retourne en soupirant. Mes yeux s'écarquillent de surprise en voyant Sirius Black se tenir sur le seuil.

«  Oh, ouais. C'est une vrai surprise de trouver ce type dans sa chambre ! » me fais-je la réflexion, me moquant de moi-même.

- Salut. James est là ?

Je ne peux pas m'empêcher de détailler du regard le Maraudeur. Il porte déjà son uniforme et à une allure impeccable. Un seul coup d’œil dans sa direction suffit à me faire déprimer. Je réajuste mon chemisier par automatisme, bien que cela ne doit pas changer grand chose à mon air négligé.

- Il est sous la douche, répond Black.

Parce qu'en plus, le binoclard a le culot d'être en retard ? Je me renfrogne.

- Tu peux le prévenir que je suis là ? J'attends ici.

Ma voix est plus sèche que je ne le voulais; je ne suis vraiment pas du matin.

- Sois pas idiote, entre.

Le jeune homme se pousse pour me laisser passer. J'ai un instant d’hésitation. Black voit ma réticence; il fronce les sourcils. Ne voulant pas qu'il pense que je suis intimidée, j'entre, de mauvaise grâce. Je remarque immédiatement l'absence de Pettigrow et Lupin.

- Où est le reste de la bande ?

Le brun se dirige vers la salle de bain, avant de répondre, évasif :

- Remus et Peter ? Sans doute en train de prendre leur petit-déjeuner...

Ce que je devrais faire moi aussi à cette heure-ci ! Il y a des fois, je déteste ma vie... je sursaute un peu lorsque Black tambourine à la porte de la salle de bain, comme un forcené.

- McKinnon est là, vieux ! crie-t-il, pour couvrir le bruit de l'eau.
- Quoi, déjà ? fait la voix étonnée de Potter.

Eh, oh ! Il m'arrive d'être ponctuel, sachez-le.

- Ouais, elle était sûrement impatiente de voir ta tignasse mal coiffée ! lance Black, en m'adressant un sourire railleur.

Je roule des yeux, tandis que des éclats de rire proviennent de la salle de bain. Le Maraudeur va s'installer à son bureau, alors que je reste debout, immobile, à observer la pièce qui m'entoure. La décoration est aux couleurs des gryffondor, mais cela reste assez sobre. Rien avoir avec notre chambre à Kiara, Meihui et moi ! Nos murs sont remplis de posters, de cartes postales et de photos de nos vacances. Sans compter qu'il y a toujours des vêtements et des livres qui traînent au sol.... allez, j'avoue : c'est un tel fouillis chez nous que même les elfes de maisons n'osent pas y mettre les pieds. Mes colocataires me rejettent toujours la faute, mais ces deux là sont aussi bordéliques que moi, il serait temps pour elles de l'admettre !

Chez les Maraudeur, à l'inverse, tout est propre et rangé (enfin presque), il y a un lit défait, et une paire de chaussettes roulée en boule par terre. Je dirais même plus : c'est tellement bien ordonné que je me demande un instant si le Professeur McGonagall ne va pas entrer en trombe pour faire une inspection, sans que je n'ai été mise au courant.

- Tu peux t’assoir, tu sais.

Je me tourne vers Black. Il est installé à son bureau, dos à moi. La table est jonchée de livres et de parchemins.

- Je préfère rester debout.

Pour une raison inconnue, je commence à ressentir un léger malaise, et croise les bras sur ma poitrine. Le Maraudeur pivote sur sa chaise pour me lancer l'un de de ces sourires irrésistibles dont il a le secret.

- C'est toi qui vois, mais James met une éternité à sortir de la salle de bain. Je t'aurai prévenu.

Génial. Je jette un regard autour de moi, avant de me décider à poser mes fesses sur le lit du Préfet-en-Chef. Bon sang, qu'est-ce qui lui prend autant de temps, son brushing ?

Un silence, pas dérangeant mais plutôt paisible s'installe. Je n’entends plus que l'eau ruisseler depuis la salle de bain. Je m'allonge à moitié sur le lit de James- si je dois l'attendre trois plombes, autant me reposer un petit peu- et récupère le magasine qui trône sur sa table de chevet pour le feuilleter.

Au bout de quelques minutes, je lève la tête.

- Qu'est-ce que tu fais ? j'interroge Black, plus par ennui que par véritable intérêt.

Lorsqu'il se retourne pour poser les yeux sur moi, son sourire se fige. Il ne s'attendait visiblement à ce que je prenne aussi vite mes aises. Ses joues rosissent légèrement.

- Mes devoirs. Il faut bien ça pour être le deuxième de la classe, ajoute-t-il avec un clin d’œil.

Un Maraudeur de plus qui se préoccupe de ses résultats scolaires ? Je comprends que ça le fasse rougir. Bonjour, la réputation ! Je tourne les pages du magasine en me soutenant la tête d'une main. Je remarque très vite qu'un paquet de caramels dépasse de sous l'oreiller du Préfet-en-Chef, et en grappille quelque-uns. Je mastique bruyamment, ce qui attire l'attention de son colocataire.

- Quoi ? fais-je en remarquant le regard mi-amusé, mi-réprobateur de Black. Je suis sûre que ça ne dérangera pas James. Il me faut absolument ce balai ! je m'exclame soudain, les yeux exorbités.

J'hallucine, le nouveau Nimbus est enfin en vente ! Et il ne coûte que... cinquante-neuf gallions et quatre-vingt dix neuf mornilles. Je lâche un soupir, c'est pas demain la veille que je vais pouvoir me l'offrir.

- Qu'est-ce qui te fais croire que c'est le lit de James ?

Je braque mon regard sur Black, un peu désarçonnée par sa question.

- Facile ! (je pointe du doigt l'endroit de la chambre le moins rangé) Ça, c'est le lit de Pettigrow. Celui-ci, le lit de Lupin, je poursuis avec évidence en voyant des livres posés sur une étagère. Et ce plumard, c'est le tien. je termine, faisant un signe de tête vers le dernier lit.
- Ah, et pourquoi ?
- Il y a un magasine de sport féminin et un peigne sur ta commode. En plus ton lit est le seul qui est parfaitement fait.

Les draps et les oreillers sont d'une blancheur immaculée, à l'image de la dentition de leur propriétaire.

- Impressionnant, sourit le brun.

J'ai un vague haussement d'épaules.

- Pas vraiment. Vous êtes tous les quatre assez prévisibles.

Le Rouge et Or me lorgne longuement, un sourire moqueur aux lèvres.

- Ce qui est loin d'être ton cas, n'est-ce pas, Miss « je-vis-dans-un-dépotoir » ? En réalité, tu as deux bonnes réponses sur quatre. m'informe-t-il en se levant.
- Hein ?

Son sourire s'efface pour laisser place à une expression plus sérieuse. Ses prunelles deviennent sombres et brillent d'une lueur... étrange.

- Le lit sur lequel tu es allongée n'est pas celui de James. C'est le mien.

Cette révélation me surprend tellement que je manque de m'étouffer avec un bonbon.

- Oh.

Je me lève d'un bond, comme si je m'étais brulée, sous le regard goguenard de Black. Je me sens mortifiée, et rougis de la tête aux pieds.

- Mais... si c'est vrai, pourquoi son badge de Préfet se trouve sur ton lit ? je balbutie, en essayant de prendre un air indifférent.
- Il a dû le poser là avant d'aller prendre sa douche. Surprise ?
- Un peu. Je te dois un caramel, dans ce cas.
- Oui, pour celui que tu as dans la bouche. Et pour les deux autres que tu gardes dans ta main ?

Je jette les sucreries sur son lit, d'un geste rageur.

- Tu as des yeux derrière la tête ou quoi ?

Il rit à gorge déployée. Son rire allume une chaleur au creux de mon ventre; je referme les bras sur moi, comme pour essayer de repousser ce qui se passe à l'intérieur de mon corps. Un nouveau silence s'installe pendant lequel Black me dévisage de ses yeux gris pale. Je me racle la gorge.

- Il en met du temps à se préparer, ton copain !

C'est vrai quoi, on ne va pas faire un défilé de mode. Le bellâtre fait quelques pas dans ma direction. Il m'observe, la tête penché sur le côté. En voilà un qui pourrait défiler sans problème...

- Qu'est-ce qu'il y a, Marlène ? Tu es pressé de commencer votre séance de révision ?

Sa voix est basse, grave et incroyablement envoutante. Ma gorge s'assèche.

- Oui ! Euh, non... je me reprends en fronçant les sourcils.

De quoi parlait-on déjà ? Et pourquoi m'appelle-t-il par mon prénom ? Je n'aime pas quand il fait ça, c'est déstabilisant ! Après une longue minute de contemplation, le gryffondor comble la distance qui nous sépare. Il est légèrement plus grand que moi, ce qui rend la situation- je n'arrive pas à croire que je vais penser un truc pareil- excitante. Curieusement, les étudiants qui dépassent le mètre soixante-quinze sont une denrée rare à Poudlard.

- Je te sens légèrement mal à l'aise. Ce n'est tout de même pas parce que tu te trouves dans une chambre de garçons ?
- Tu plaisantes, j'en ai vu plein de chambre de garçons ! j'affirme vigoureusement, piquée au vif.

Je cligne des yeux lorsque je prends conscience de mes paroles. Non, mais qu'est-ce que je raconte, moi ? Black arque un sourcil, visiblement intrigué.

- Vraiment ? murmure-t-il.

J'admire son beau visage, tant adoré, tant adulé par les autres les filles et pour la première fois en sept ans, je me dis que je ne vaux pas mieux qu'elles. Il m'est tout simplement impossible de détourner le regard de ce magnifique paysage. Ses cils sont longs et noirs ; ses yeux sont comme deux billes de platine, argentées, d'un gris étincelant. Et ce doux sourire...

Je m'humecte les lèvres, la bouche soudain trop sèche.

- Enfin, je veux dire, pas tant que ça. Un nombre... un nombre de chambre raisonnable pour une jeune fille de mon âge. je bredouille misérablement, face à son regard scrutateur.

J'essaie de garder mon calme, malgré ma nervosité grandissante.

Black me reluque de la tête aux pieds, en s'attardant sur ma chemise mal boutonnée, et ma cravate nouée à la va vite. Ce n'est pas la première fois qu'il m’examine de la sorte. Généralement, le Maraudeur accompagne toujours cela d'un regard moqueur ou dédaigneux, l'air de dire : « Ta maman ne t'as jamais appris à te vêtir correctement, McKinnon ? » Cette fois, c'est différent. Ses yeux expriment quelque chose d'autre, c'est comme si... comme s'il appréciait ce qu'il voyait. Mon cœur se met à battre plus fort, si fort que je crains qu'il ne l'entende.

Je me mordille la lèvre inférieure pour me retenir de faire quelque chose que je risque de regretter plus tard. La tension qui règne entre nous devient palpable, à tel point que j'ai du mal à réfléchir correctement.

« Pas lui, tu entends ? N'importe qui mais pas lui. » me prévient ma voix intérieure.

Pourquoi pas ? En quoi serait-ce si grave de succomber à son charme ? Je suis attirée par ce garçon, c'est indéniable alors à quoi bon résister ? Parce que je pense valoir mieux que toutes ses conquêtes réunies ? Est-ce réellement le cas ?

« Tu veux vraiment tomber amoureuse de Sirius Black ? C'est ce qui va fatalement arriver si tu te laisses aller ne serait-ce qu'une seconde... »

Non, c'est hors de question ! Je ne tomberais PAS amoureuse. Ni du Maraudeur, ni de personne d'autre. Je refuse d'être esclave de mes sentiments ou d'être dépendante de qui que ce soit. Je veux une relation simple et pas compliquée.

« Ouais, c'est vrai que c'est mieux de courir après un Auror plus âgé... moins prise de tête ! »

Et bien oui, étrangement, ça l'est. Je ne me suis jamais sentie vulnérable ou paniquée à l'idée de me retrouver seule avec Marcus Denworth. Pas plus qu'avec Evan Thomson, mon premier petit-ami.

- Je... je dois partir.

Le jeune homme fronce légèrement les sourcils, sans me quitter un seul instant des yeux.

- Tu veux t'en aller ?
- Oui.

Mon esprit souhaite quitter cette pièce devenue trop étouffante au plus vite, mais mes pieds refusent de bouger, ils sont cimentés au sol. Ma confusion le fait sourire.

- Pourtant, tu es toujours là.
- Brillante constatation, Patmoche. je souffle, sarcastique.

Il rit doucement. Son visage s'approche du mien, puis ses yeux se baissent sur mes lèvres.

- Ne fais pas ça.

Ma voix est faible, plaintive. Suppliante. Son regard assombri plonge dans le mien et semble fouiller mes pensées.

- Je ne vais rien faire du tout. Pas si tu n'en as pas envie.

Le Rouge et Or s'avance lentement, mais s'arrête à quelques centimètres de mon visage pour me jauger. Les effluves de son parfum me donne le tournis. Il me fixe avec intensité, faisant renaître la chaleur qui se propage de nouveau dans tout mon corps. Avec une familiarité déconcertante, Sir.. Black saisit une mèche de mes cheveux qu'il enroule autour de son index. Je me sens gênée parce que ma chevelure broussailleuse n'est pas ce que je préfère chez moi. Je devrais sans doute m'en aller, mais au lieu de ça, je marmonne bêtement :

- Tu ne m'effraie pas.
- C'est bon à savoir... susurre-t-il.

Il se penche encore un peu plus, jusqu'à ce que nos lèvres se touchent. Cela ne dure que quelques secondes, mais ce simple contact suffit à éveiller en moi un désir ardent, presque douloureux. Le Maraudeur se recule un peu et me dévisage en plissant les yeux, comme pour tenter de déchiffrer mes pensées. Il est si proche, et inaccessible à la fois. Ma respiration devient difficile alors que je prends doucement conscience de ce qui est en train de m'arriver : mon corps en réclame en plus, beaucoup plus. Je dois l'embrasser. Maintenant.

De toute manière, un baiser, ça ne veut strictement rien dire. C'est juste la preuve d'une attirance physique... attirance qui se dissipera forcément lorsque j'aurai assouvie cette envie, j'en ai l'intime conviction. Oui, voilà. Cela me permettra également de prouver que je ne ressens rien pour Sirius Black.

Sans plus tergiverser sur la question, je prends les devants et colle ma bouche contre la sienne.

Je perçois sa surprise, mais il répond immédiatement à mon geste. Black plonge ses doigts dans mes cheveux et m'attire contre lui, tandis que son autre main encercle fermement ma taille. Ma poitrine se retrouve plaqué contre son torse dur. Ses lèvres commencent par bouger, puis à explorer les miennes, avant que j'entrouvre les lèvres pour l'inviter à caresser ma langue de la sienne. Quand il penche la tête pour approfondir le baiser, je lâche un petit gémissement qui le fait tressaillir.

Sirius Black m'embrasse avec une assurance et une habilité qui me donne des frissons. Si j'avais le contrôle au début, je suis désormais toute entière entre ses mains. Bon sang ! Et moi qui ai toujours cru que ses ex-copines exagéraient en disant qu'il embrassait comme un Dieu... ma respiration devient saccadée, mes jambes flageolent. Je pose une main sur son torse pour ne pas défaillir. Pendant de longues minutes, nous échangeons un baiser passionné, fougueux et brûlant.

Quant un hurlement strident, nous fait tous les deux sursauter.

Je bondis en arrière lorsque la porte de la salle de bain s'ouvre à la volée, laissant apparaître un James Potter fraîchement douché et habillé. J'ai encore le souffle court et bien du mal à reprendre mes esprits. Ce n'est pas le cas de Black; ce dernier éclate de rire lorsqu'il pose le regard sur son meilleur ami.

- Qu'est-ce que vous avez encore fabriqué ? Pourquoi mes cheveux sont devenus VERTS ?! tempête le Préfet, fou de rage. Où est Peter ? Je vais le tuer, cet enfoiré !

J'écarquille les yeux de surprise, avant d'exploser de rire à mon tour, en le pointant du doigt. Oh, la tête !

- T'as commencé, Cornedrue. Tu as mis du poil à gratter dans son lit. balance Black, reprenant difficilement son sérieux.

Le brun à lunettes arbore une superbe moue scandalisée, digne de la vieille Pince. Je m'esclaffe à n'en plus pouvoir respirer. Non, sérieusement : s'il garde cette couleur de cheveux, ca va être difficile pour moi de me concentrer pendant notre séance de révision !

- Combien de fois vais-je devoir vous le répéter ? s'emporte James, c'était un acte purement médicinale, pour l'empêcher de ronfler la nuit; recommandé par l'oncle de Peter lui-même, qui est Médicomage !
- Son oncle n'est pas Médicomage, le contredit Black, mort de rire.
- Ce n'est pas parce qu'il a raté son diplôme...
- Cinq fois, tout de même. précise l'animagus en me lançant un regard amusé.

Je détourne instinctivement la tête. Comment fait-il pour agir avec autant d'indifférence et de désinvolture, après ce qui vient de se passer entre nous ? C'est à peine si j'arrive à le regarder en face...

Attendez, pourquoi j'en fais tout un foin ? Le baiser que nous avons partagé ne devait rien avoir d'exceptionnel à ses yeux. Cela doit être habituel pour Sirius Black; il doit embrasser des filles dans sa chambre à longueur de journée. A cette pensée, mon ventre se contracte douloureusement. Dire que je suis l'une d'entre elles... ça me flanque presque la nausée !

Je me concentre sur Potter, qui fait les cent pas, à la recherche de son insigne de Préfet. Black lui lance son badge, qu'il attrape au vol, l'air toujours aussi survolté.

- Je te rappelle que c'est toi qui a contacté son oncle ! reprend-t-il avec animosité, fusillant du regard son meilleur ami. Pourquoi tu n'as pas les cheveux verts ?
- Parce que ça ne me va pas au teint. Toi, par contre, ça te va à ravir. Pas vrai, McKinnon ?

Je mets un point d'honneur à ignorer Monsieur « je-suis-le-pro-des-roulages-de-pelles ».

- T'as jamais été aussi beau gosse, Potter ! j'acquiesce, en battant des cils.

Le concerné lâche un grognement. Du coin de l’œil, je vois les traits de Black se crisper. A cet instant, je donnerai cher pour connaître ses pensées. Regrette-t-il autant que moi ce qu'il s'est passé entre nous ?

- Vous abusez, les gars ! J'ai une réunion de Préfets avec McGo ce matin, qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui dire ?! se lamente James, se passant désespérément les mains dans ses cheveux.
- Que tu essaies un nouveau look qui ira à merveille avec la couleur des yeux de ton homologue féminin ? propose gaiement Black.

Le Préfet lui lance un regard meurtrier.

- Va te faire mettre par un Troll !
- Je ne crois pas que cela soit anatomiquement possible. Et surveille ton langage, on est pas seul.

Le Maraudeur fait un signe de tête dans ma direction, ce qui me fait froncer les sourcils. Je traine avec des garçons depuis mes douze ans, je peux vous dire que j'ai déjà entendu pire comme insulte ! Et cent fois plus vulgaire.

- Tu ferais mieux de dire que c'est une tentative de rapprochement avec la maison Serpentard. Un symbole de paix et de renouveau, McGonagall va adorer. je suggère, moqueuse.

Black éclate d'un rire semblable à un aboiement, alors que James hausse les yeux au ciel.

- Bonne idée, McKinnon ! Je n'aurai pas trouvé mieux.
- Merci.
- Ouais, super. grommelle le Préfet, se débattant avec le nœud de sa cravate.

Nos regards se croisent pour la première fois depuis... l'incident. Black me décoche un petit sourire qui me retourne l'estomac. Je sonde son regard en essayant de garder une attitude neutre et détachée. Au fond de moi, j'ai envie de savoir : pourquoi m'a-t-il embrassé ? Étais-ce pour relever une sorte de défi ? Parce que je suis la seule fille de Poudlard à ne lui avoir jamais témoigné un semblant d’intérêt ? Son sourire disparaît. Une lueur d'incompréhension plane dans ses yeux gris, tandis qu'un sentiment de frustration me gagne. J'ai beau côtoyer ce garçon depuis plusieurs années, il reste en lui comme un mystère, un aspect énigmatique. J'ai toujours pensé que c'était de l'arrogance, de la froideur, mais aujourd'hui, je crois que c'est plus profond que ça.

Je romps le contact visuel lorsqu'un éclaircissement de gorge se fait entendre. Je rougis légèrement, en captant le regard inquisiteur de James. Sa colère est retombée aussi vite qu'un soufflé raté.

Il m'adresse un petit sourire d'excuse.

- Je suis désolé de t'avoir fait attendre, Marlène.
- T'inquiète, ça va. dis-je précipitamment.

Ma réponse paraît le surprendre; il sait que je n'aime pas me lever tôt, et s'attendait à quelques petits mots cinglants de ma part. Son regard se pose alors sur son meilleur ami. Les deux adolescents se lancent dans une conversation silencieuse qui me laisse perplexe. Puis, James se tourne à nouveau vers moi.

Un lent sourire- dégoulinant de niaiserie, je précise- se dessine sur son visage.

- Oui... ça a l'air d'aller. minaude-t-il, affichant à son tour un rictus hautement narquois.
Le départ by jalea
Author's Notes:
Coucou :)

J’espère que vous allez bien malgré cette chaleur étouffante xD

Voici le chapitre 31, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez :)

Merci à tous pour vos reviews au précédant chapitre !

Bonne lecture,
à bientôt.
Chapitre 31 : Le départ.



Ma main se crispe sur ma plume. Bon sang, qu'il arrête de me regarder de cette façon ! J'ai déjà bien assez de soucis à gérer en ce moment, je n'ai pas besoin en plus, que Sirius Black vienne occuper la majorité de mes pensées.

- Tu ne manges pas, Marlène ?

Je relève la tête pour la première fois en vingt minutes. Kiara s'installe face à moi, l'air interrogateur.

- Tu vois bien que je suis occupée. je réponds simplement, avant de reprendre ma lecture.
- C'est bien ce qui m'inquiète, rétorque la blonde.

Je lâche un soupir. Qu'est-ce qui m'a pris d'emprunter ce bouquin à la noix ? " Le grand guide de la voyance". Tu parles, c'est un ramassis de bêtises ! Comme s'il était réellement possible de lire l'avenir dans les lignes de la main... je referme le livre d'un coup sec. C'est une perte de temps, je ne trouverai aucune solution à mon problème là-dedans.

- C'est quoi, tous ces parchemins ? Pas des devoirs, tout de même ? s'étonne Kiara, les yeux ronds comme des soucoupes.
- Non, ce sont des notes. J'ai décidé d'écrire toutes mes visions afin d'essayer de comprendre pourquoi je stagne, je poursuis à voix basse. Tu te souviens, l'an dernier, la vision que j'ai eu dans le train ?
- Euh...
- Je me suis vu avoir une vision en touchant une élève.
- Oui, et c'est arrivé peu de temps après, a la bibliothèque ! se souvient-elle avec enthousiasme.
- Tout juste. Ce que je veux savoir, c'est pourquoi cela ne m'ait arrivé qu'une fois. Pourquoi je n'arrive plus a avoir de visions en touchant les gens. Pourquoi mon pouvoir n'évolue pas ? J'y ai réfléchi toute la nuit et j'en suis venue à cette conclusion...

Je lui tends mon parchemin. Elle se penche pour lire, en fronçant les sourcils.

- Fainéantise ?
- Je suis trop feignante, Kiara ! Je n'aime pas m'entraîner parce qu'à chaque fois que j'essaie, je n'arrive a aucun résultat. Alors, j'ai pris la décision de me lancer à fond, et de me donner des objectifs : trois heures de cours minimum par semaine avec tante Griselda, et un entrainement quotidien sur ma meilleure amie que j'adore et que je vais soudoyer avec des Chocogrenouilles...

Je pousse le sachet de friandises dans sa direction, un grand sourire aux lèvres.

- Tu sais bien que tu peux t'entraîner sur moi quand tu veux, intitule de me soudoyer. Je vais quand même en prendre une ou deux, sourit-elle en tendant la main vers le paquet.

Je me fige lorsque je vois un garçon aux cheveux roux foncés entrer dans la Grande Salle. Je le reconnais immédiatement : je l'ai vu dans ma vision de ce matin.

- Marlène ?
- Hum ? fais-je distraitement, sans quitter le gamin des yeux.
- Et le tournoi, dans tout ça ?
- Oh, je n'ai pas oublié. Je m'entraîne avec James.
- Oui. Je t'ai vu courir de bonne heure, ce matin. Sans James. souligne Kiara.

Je roule des yeux.

- C'est pas parce qu'il est mon coéquipier qu'on doit tout faire ensemble comme des siamois ! On peut aussi s’entraîner chacun de son coté...

Je me lève d'un bond, quand le deuxième année que je surveille arrive à ma hauteur. J'attrape son bras d'une poigne ferme et le tire vers moi, lorsque un grand " ATTENTION ! " se fait entendre dans la salle. D'un geste habile, je récupère l'objet qui manque de décapiter le rouquin.

- Woah, souffle le mioche, un peu sonné. Merci, me dit-il en clignant des yeux.
- Désolé, c'est de ma faute ! Il m'a échappé des mains, lance un Poufsouffle, accourant dans notre direction. Vous n'avez rien ?
- C'est quoi ce machin ? je demande, observant la chose que je tiens entre les mains.

Ça à la forme d'une balle, sauf qu'il y a une fente sur plusieurs centimètres. L'objet s'ouvre et se referme dans un cliquetis menaçant.

- Un rafle-tout, répond le Poufsouffle sur un ton d'excuse.
- Et ça sert à ?

Il rougit.

- Oh, ça sert simplement à... à attraper des objets sans se déplacer.
- Les voler, tu veux dire ! intervient James Potter à ma droite.

Il tend la main et claque des doigts d'un geste impatient. Le Poufsouffle lui remet l'objet du délit en soupirant.

- Quand est-ce que je pourrais le récupérer ?
- A la fin de l'année.
- C'est une blague ?!
- J'ai l'air de plaisanter ? riposte le Préfet-en-Chef, glacial.

Le Poufsouffle s'en va en ronchonnant. James retrouve instantanément le sourire lorsqu'il se tourne vers moi.

- Joli reflex, Marlène ! Tu n'as jamais songé à devenir attrapeuse ?
- Pas vraiment. Je préfère être batteuse. Tu comptes vraiment lui rendre ce rafle-tout ?

Il me gratifie de son habituel sourire en coin.

- Tout ce qui tombe entre mes mains est définitivement perdu. Je vais ajouter ça à ma collection personnelle, me confie-t-il en m'adressant un clin d'oeil.
- J'aimerai bien voir ta collection, un de ces quatre ! dis-je, riant à moitié.

Potter garde le silence. Il m'étudie avec attention. Ses lèvres pleines s'étirent en un léger sourire ironique. Cela ne me dit rien qui vaille.

- Pourquoi pas. Tu as le bonjour de Sirius, au fait.

A l'entente de ce prénom, mon cœur fait un soubresaut, et mes joues virent au cramoisi. James est au courant, c'est évident. Il sait ce qu'il s'est passé entre son meilleur ami et moi... je me sens submergée par la honte et préfère me détourner en grommelant un faible " à plus tard". Ça va être difficile pour moi d'oublier ce fâcheux incident si James Potter ne cesse de me le rappeler avec ses sourires d'une niaiserie affligeante !

- Tu n'as pas perdu la main, on dirait. fait remarquer Kiara en souriant, pendant que je me sers une assiette de ragoût.

Je me contente de hausser les épaules. Je n'ai rien fait d'exceptionnel, j'ai tout vu dans ma vision.

- Je ne sais pas si tu es au courant mais Sirius Black te fixe depuis un bon moment.

Mon cœur bondit de nouveau. Je feins l'indifférence, faisant tout mon possible pour ne pas zieuter le Gryffondor en question.

- Je suis au courant.
- Je crois qu'il essaie d'attirer ton attention...
- J'ai remarqué, oui ! je lâche, agacée.

Kiara me dévisage d'une drôle de manière.

- Tu n'as rien à me dire à ce sujet ?
- Non.

Je baisse le regard sur mon assiette, mal à l'aise.

- Alors pourquoi est-il venu me parler, ce matin ?
- Quoi ?

Je relève les yeux, ébahie. Cette nouvelle me coupe littéralement l’appétit.

- Il m'a salué, m'a complimenté sur ma coupe de cheveux et m'a ensuite demandé si tu étais en colère contre lui, poursuit Kiara en regardant distraitement Black, assis en bout de table.
- Qu'as-tu répondu ?
- Je l'ai salué, je l'ai remercié bien que je sois coiffée de la même manière depuis plus de six ans...
- Et ?
- Et je l'ai complimenté sur ses chaussures.
- Pourquoi ses chaussures ? j'interroge, perplexe.
- Parce que je les trouve jolies, répond ma meilleure sur le ton de l'évidence.

Je lève les yeux au ciel.

- Et puis ?
- Et puis quoi ? demande-t-elle, l'air d'avoir perdu le fil de la conversation.
- Kiara ! je râle.
- Oh ! Je lui ai répondu que tu n'avais aucune raison d'être en colère contre lui. Il semblait soulagé. Tu n'as toujours rien a me dire ?
- Je...

L'espace d'un instant, je suis tenté de révéler mon secret à Kiara, à savoir : que j'ai embrassé Sirius Black, et pire encore, que j'ai aimé ça. Mais à quoi bon ? Ce n'est pas comme si j'étais amoureuse de lui. Ce baiser n'avait aucune signification pour moi. Et pour Sirius Black non plus, c'est évident. Certes, j'ai passé un moment agréable, mais ça s'arrête là. Je ne vais pas aller le crier sur les toits et glousser comme une dinde !

« Alors pourquoi fais-tu tout pour ne plus y penser ? Pourquoi cherches-tu tant à t'occuper l'esprit ? » souffle ma petite voix intérieure, pour mon plus grand agacement. Ouais, bon. Peut-être que j'essaie de faire abstraction de mes... sentiments. La dernière chose que je veux, c'est devenir une midinette fleur bleue, au cœur d'artichaut.

Il n'y a pas plus gerbant !

- Non, je n'ai rien à dire.

Heureusement, Kiara n'insiste pas.

- Ce ne serait pas ta tante, là-bas ? lance-t-elle subitement.

Je me retourne et aperçois une dame blonde, portant un grand chapeau pointu. Elle semble chercher quelqu'un du regard. Je me lève pour la rejoindre.

- Que fais-tu là, tante Grisela ? Tu pars en voyage ? je questionne, en remarquant la lourde malle derrière elle.
- Oui, je m'en vais pour quelques jours. Ou quelques semaines. répond-t-elle, évasive.

Son regard est anormalement fuyant.

- Où vas-tu ?
- Chez mon amie, Miss Arty. J'ai besoin de vacances.
- Miss Arty ? je répète, dubitative.

Griselda n'a jamais su mentir. Elle ne peut pas s'empêcher de se tripoter les cheveux lorsqu'elle invente une histoire.

- Ne me dis pas que... (je m'approche pour que personne d'autre n'entende notre conversation) ne me dis pas que tu vas essayer de retrouver Gideon toute seule ?
- Bien sûr que non, quelle drôle d'idée ! rit-elle d'une voix haute perchée que j'ai du mal à reconnaître.

Elle remet en place l'une de ses mèches de cheveux. Je comprends aussitôt de quoi il retourne.

- Tu ne peux pas y aller toute seule ! T'es malade, ou quoi ?! je m'écrie, paniquée.
- Veux-tu baisser d'un ton ? siffle-t-elle entre ses dents, tout le monde nous regarde.

Je jette un regard assassin aux élèves qui me dévisagent sans vergogne.

- Ça m'est égal ! je hurle encore plus fort. Je te rappelle que ce type est un dégénéré, c'est totalement irresponsable de se jeter comme ça, dans la gueule du dragon !
- Ma nièce qui me donne une leçon de responsabilité ? J'aurai vraiment tout entendu, ricane-t-elle.

Je la fixe la bouche grande ouverte, atterrée. Gideon est un homme dangereux qui n’œuvre pas seul. Je ne peux pas laisser ma tante aller à sa rencontre, et rester là, les bras ballants.

- Je viens avec toi.

Ses yeux bleus perçants se verrouillent au mien. Son expression devient si sévère que je crois voir ma mère l'espace d'un instant. Griselda pointe un doigt menaçant dans ma direction :

- Certainement pas ! Tu restes bien sagement ici et surtout, tu te tiens loin, très loin des ennuis, c'est clair ?

Elle doit remarquer mon air affolé, car elle ajoute, la voix adoucie :

- Il ne m'arrivera rien, Marlène. Je serais de retour dans quelques jours, inutile de t’inquiéter.
- Je ne m'inquiète pas ! je proteste vigoureusement.

Griselda secoue la tête de droite à gauche, avant de tourner brusquement les talons.

Ma gorge se noue ; les mots n'arrivent pas à sortir. Pourquoi suis-je incapable de dire ce que j'éprouve réellement ? Je m'inquiète pour ma tante. Je ne veux pas qu'elle se mette en danger.

- Tante Griselda !

Elle se retourne, arquant un sourcil interrogateur. Je cherche désespérément quelque chose à dire pour la convaincre de rester, mais rien ne me vient à l'esprit.

- Fais attention à toi, dis-je faiblement.

La sorcière revient sur ses pas pour me décocher un petit sourire. Ses yeux parcourent mon visage, comme s'ils me voyaient pour la première fois. Puis, elle passe une main sur mon visage, l'air pensive.

- C'est incroyable à quel point tu me ressembles lorsque j'avais ton âge... mais fort heureusement, mes cheveux avait meilleure allure ! raille-t-elle en me pinçant la joue.

Griselda promet de m'écrire, puis elle s'éloigne, trainant son énorme valise derrière elle. Je la suis du regard, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de mon champ de vision. Sans savoir pourquoi, les larmes me montent aux yeux.

Si, je sais : j'ai un mauvais pressentiment.

Me sentant épiée, je fais volte-face. Les Maraudeurs semblent avoir assisté à toute la scène (comme un bon nombre de gryffondor). Ils me fixent sans la moindre gêne, l'air de se demander ce qui se passe. Mes yeux se posent involontairement sur Sirius Black. Ses prunelles m'étudient, comme s'il essayait de lire en moi. Je ravale mes larmes pour leur adresser mon habituel sourire mi-jovial, mi-moqueur.

- Je sais que votre vie est ennuyeuse les gars, mais c'est pas une raison pour m'espionner ! je lance sur le ton de la plaisanterie.

Je quitte ensuite la salle aussi vite que le permettent mes jambes, craignant de ne pas pouvoir me contenir plus longtemps.


******




Cette journée semble s'éterniser.

Je n'arrive pas à m'enlever tante Griselda de la tête. J'aurai dû l'accompagner... ou l'empêcher de partir. La pensée qu'il puisse lui arriver quelque chose me terrifie. Peut-être devrais-je informer quelqu'un ? Oui, mais qui ? Papa ? Maman ? Que pourraient-ils bien y faire ? Ils sont à des kilomètres de là. Sans compter que je devrais leur fournir des explications, avouer que tante Griselda est une voyante... ok, on oublis.

Je me dirige comme une automate en classe de Potions. Je rejoins ma place en trainant des pieds. Ennuyée par mes petits tracas, je jette mes affaires sur la table et m'assied sur le tabouret avec autant de grâce qu'un Troll.

- Salut, McKinnon.
- Black. dis-je en retour, l'esprit toujours ailleurs.

En cherchant mon manuel de Potions dans mon sac, je tombe sur la carte de Marcus Denworth. Mes yeux s'illuminent soudain comme un sapin de Noël. Mais oui, quelle idiote : Marcus est un Auror ! Je vais lui écrire une lettre afin de lui demander de veiller sur ma tante. C'est son travail, non ? S'assurer du bien être des sorciers... je ne suis pas obligée de lui raconter toute l'histoire. Il me suffit d'inventer quelque chose d'assez plausible.

Réfléchissons un peu.

Griselda à quitté précipitamment le village, parce que... parce qu'elle a un petit-ami violent et jaloux, un certain Gideon ! Ouais, c'est pas mal. Attendez, j'ai encore mieux : Griselda est allée à la poursuite de mon agresseur car elle ne supportait pas l'idée qu'un homme ait pu s'en prendre impunément à sa nièce chérie. Je fais la moue. Bof, ce n'est pas vraiment crédible, ça. Gardons plutôt l'idée du petit-ami jaloux et possessif.

Plusieurs scénarios possibles se bousculent dans ma tête. Je dois juste peaufiner quelques détails...

- Tu vas bien ?

Le son de cette voix me fait redescendre sur terre. Je pivote vers Sirius Black. Ce dernier me dévisage de son regard gris pale, pénétrant et énigmatique. Le baiser que nous avons échangé me revient spontanément en mémoire. Je m'écarte immédiatement de lui, m'asseyant à l’extrême bord du tabouret.

Le Maraudeur m'observe d'un air interdit.

- C'est réellement nécessaire ?
- Distance de sécurité. je précise sans le regarder.

J'ai conscience que mon comportement est puéril mais je me sens pas armée pour l'affronter, aujourd'hui.

- Tu penses peut-être que je vais te sauter dessus en cours de Potions ? se moque-t-il à mi-voix.

Je croise son regard argenté. Il ne paraît pas gêné, contrairement à moi. Ça m'agace, alors j'affiche mon masque d'indifférence ironique.

- Seulement si tu veux mourir, Black. je réponds avec un rictus.

Le jeune homme retrouve brusquement son sérieux. Il se penche vers moi, me forçant à admirer ses traits réguliers. Des effluves de son parfum me parviennent, à la fois discrets et puissants. Ça me donne légèrement le tournis.

- J'ai essayé d'attirer ton attention toute la matinée, murmure-t-il.
- Et alors ?

Ma voix est un couinement suraiguë. Je m'éclaircis la gorge, voilà que je parle comme une souris !

- Et alors, j’espérais avoir une discussion avec toi.

Son exaspération est parfaitement perceptible. Monsieur le grand Maraudeur, Animagus à ses heures perdues, n'a pas l'habitude de se faire snober. « Pauvre petit chéri » je songe amèrement. Comme s'il n'avait pas une horde de fans et de petites-amies, prêtes à contenter ses moindres désirs !

- Et qu'est-ce qu'on est en train de faire là, du tricot ? je persifle, sarcastique. Écoute, ce n'est pas parce qu'on s'est embrassé qu'on doit avoir une discussion, je reprends à voix basse. C'est déjà oublié, en ce qui me concerne. j'ajoute aussitôt, sans lui laisser le temps d'en placer une.

Je reporte mon attention sur le Professeur Slughorn, croyant la discussion close. Black revient à la charge :

- Tu admets donc que l'on s’est embrassé. Tous les deux ?

L'espace d'un instant, je me dit que sa question recèle peut-être un piège. Je me contente de hocher la tête, me demandant où il veut en venir.

- C'est intéressant.

Sans même le regarder, je devine le sourire en coin de sa bouche. Je finis par perdre patience, et me tourne vers lui :

- En quoi c'est intéressant, Patmoche ?
- Je suis un peu surpris, c'est tout. Je pensais que tu rejetterai la faute sur moi, comme tu l'as fait avec Regulus, l'an dernier.

Mes doigts se crispent sur mon manuel. Je sens mes joues s'embraser sous l'effet de la colère. Comment ose-t-il remettre ce sujet sur le tapis ?

- Ton pervers de frère s'est jeté sur moi ! je lui rappelle sèchement. Ce n'est pas moi qui l'ai embrassé, c'est clair ?

Je n'attends pas de réponse, et me détourne. Je croise les bras sur ma poitrine, fulminant de rage. Contre moi-même, cette fois. Pour une raison qui m'échappe, je me sens coupable. Coupable ? C'est ridicule. Je n'ai jamais fait d'avances à Regulus Black ! Ce qui est arrivé n'est pas de MA faute.

Du coin de l’œil, je vois mon binôme s'atteler à la préparation de notre potion. Mince, alors. Je n'ai rien écouté de ce qu'a raconté Slughorn, je ne sais même pas ce que l'on doit préparer.

- Parfaitement clair. Et donc, tu veux...(Black plonge un ingrédient dans le récipient) qu'on oublis ce qui s'est passé entre nous ? Malgré le fait que tu m'aies rendu mon baiser ?
- Bien sûr que non. La prochaine étape c'est le mariage, Patmoche ! j'ironise en battant des cils.

Il se fige, la main au dessus de notre chaudron. Mon ton hargneux semble le déconcerter. Moi-même, je suis étonnée. Je n'avais pas l'intention de lui parler de cette manière, mais ses interrogations me rendent nerveuse.

Mon binôme ne me lâche pas du regard. Je prends une grande inspiration, puis dis d'une voix plus posée :

- Ce n'est pas parce que je t'ai rendu ton baiser que je suis amoureuse de toi, Sirius.

Mon cœur bondit dans ma poitrine, comme pour me contredire. Je préfère l'ignorer. Je regarde ma montre sans arrêt, et ma jambe s'agite sous la table. Merlin, cette journée est interminable.

- Oh. Alors, pourquoi l'as-tu fait ?

Sa question me prend au dépourvue. J'ouvre la bouche pour lui répondre, puis la referme, sans savoir quoi dire. Finalement, je baragouine :

- J'en sais rien. Parce que je suis une jeune fille de dix-sept ans et que tu es un garçon très...
- Oui ? me presse-t-il.
- Séduisant.

Je me mords aussitôt la longue, honteuse. Ça m'est sorti tout seul de la bouche. Black m'observe sans rien dire. Je sens ses pupilles bruler ma joue droite. Je m'attends à ce qu'il saisisse cette opportunité pour se moquer de moi, mais il n'en fait rien. Quand j'ose relever les yeux vers lui, son visage est tendu.

- C'est donc pour cette raison que tu m'as embrassé ? Parce que tu me trouves séduisant ?

Son expression devient indéchiffrable ; son ton est maîtrisé et distant.

- Euh... c'est ça. je bredouille, incertaine.

Le jeune homme ferme les yeux quelques secondes avant de les rouvrir et de les braquer sur moi. Il m’examine et son regard change. J'y vois une lueur nouvelle que je suis incapable de décrypter. Un frisson désagréable me parcourt la nuque.

- Je vois, souffle-t-il.

Je me ratatine sur ma chaise avec la curieuse impression d'être une petite fille qui vient de dire une bêtise. Cette situation est tellement étrange. J'aimerai revenir en arrière pour tout effacer. Malheureusement, c'est impossible.

- Et toi ? Pourquoi... pourquoi m'as-tu embrassé ? je demande enfin, d'une toute petite voix.

Mon cœur se met à battre à la chamade. Je ne suis pas sûre de vouloir connaitre la réponse. Black hausse des épaules.

- Parce que je suis comme ça, lance-t-il avec désinvolture.
- Je ne comprends pas.
- Tu sais bien, McKinnon : je suis un coureur de jupons. Tu étais là, j'étais là... c'était inévitable.

Je reste silencieuse un petit moment. Son changement de comportement me déroute.

- Pourquoi tu es aussi bizarre, tout à coup ?

Ses yeux gris se plantent dans les miens. Nos visages se retrouvent à quelques centimètres l'un de l'autre. Son regard est dur, froid et impénétrable. Et son sourire enjôleur me paraît forcé.

- Ma réponse ne te satisfait pas, Marlène ? susurre-t-il. C'est pourtant bien ce que tu penses de moi, non ? Ce que tout le monde pense de moi.

Ne sachant quoi répondre à cela, je préfère me taire.

- Oublions simplement ce qui s'est passé entre nous, d'accord ? je tente une nouvelle fois, d'une voix amicale.

Son regard se pose sur mes lèvres. Cela me fait monter une bouffée de chaleur que je rejette immédiatement. Ce n'est pas le moment de m'émouvoir.

- Et si je n'ai pas envie d'oublier ?

Je roule des yeux, lassée de son petit jeu.

- Je suis sérieuse, Sirius.
- Moi aussi.

Je l'examine en me mordant la lèvre inférieure, comme s'il était un tableau abstrait qui défiait toute compréhension. Non, il ne peut pas être sincère. Enfin quoi, il pourrait avoir n'importe quelle fille de Poudlard ! Pourquoi un garçon comme lui ( beau, intelligent, populaire) voudrait d'une fille comme moi (banale, immature, paresseuse et j'en passe, la liste est trop longue) ? Nous n'avons strictement rien en commun. Non... Sirius Black cherche juste à me provoquer. Ça a toujours été ainsi.

Je choisis de lui répondre avec humour :

- Je suis certaine que tu trouveras quelqu'un d'autre pour échanger ta salive, Patmoche.

Black hausse les sourcils en me regardant avec un air de défi.

- C'est vraiment ce que tu veux ? Que j'embrasse une autre fille ?

Je hausse des épaules, réprimant ce sentiment de jalousie qui me compresse la poitrine. Jalouse, moi ? Décidément, je n'aime vraiment pas la personne que je deviens en la présence du Maraudeur. J'essaie de cacher mes sentiments derrière un masque de froide indifférence.

- Tu peux bien faire ce qui te chante, ça m'est égal.

Ai-je peur de ces émotions contradictoires, qui me submergent pour la première fois de mon existence ? Oui. C'est effrayant et déstabilisant, à la fois. Je préfère refouler tout cela au plus profond de moi et garder le contrôle de ma vie.

- D'accord, oublions ce baiser. Ça n'est jamais arrivé. approuve-t-il finalement, avant de me tourner le dos.

Son ton est badin, comme si ça lui importait peu. Comme si ça lui arrivait constamment, d'embrasser des filles dans sa foutue chambre. Cette pensée me donne la nausée et pourtant, c'est probablement la réalité. Je ne suis qu'un numéro de plus qu'il peut ajouter à son tableau de chasse. Sirius Black ne se préoccupe plus de moi. Je devrais me sentir soulagée, mais ce n'est pas le cas.

A la place, je ressens un vide immense que je n'arrive pas à identifier.
Une joyeuse Saint-Valentin (Partie 1) by jalea
Author's Notes:
Bonsoir :)

Voici le chapitre 32, j’espère qu'il vous plaira.

Je préfère vous prévenir : attention à la guimauve, les deux chapitres qui arrivent vont être très gnan-gnan (et drôle, j’espère) xD Mais je vous rassure, le tournoi reprend juste à près ;)


Bonne lecture quand même.
Ne vous noyez pas dans la guimauve.
Courage, je suis de tout cœur avec vous.
Bon, allez, j'arrête là !

A bientôt,
Jalea.
Chapitre 32 : Une joyeuse Saint-Valentin (Partie 1)





Miss McKinnon,

Tout d'abord, je suis navré d'apprendre que votre tante entretient une relation conflictuelle avec un homme violent, d'une possessivité maladive.

Je partage entièrement votre inquiétude quant à cette séparation, mais je ne peux malheureusement pas intervenir. Vous comprendrez que cela dépasse le cadre de mes compétences.

Néanmoins, et uniquement si vous m'en donnez l'autorisation, je transmettrai votre demande au service des affaires conjugales.

De mon côté, je vais tout de même me renseigner, et envoyer quelques hiboux pour essayer de savoir où se trouve votre tante. Je vous tiendrai informé, bien que je reste persuadé qu'elle est en parfaite sécurité et qu'elle sera de retour, comme elle vous l'a promis, dans quelques jours.

Amicalement,
Monsieur Denworth.




******


Je froisse la lettre de Marcus de toutes mes forces, jusqu'à en faire une minuscule boule de papier. Je fulmine de rage. Il suffit de lire entre les lignes pour comprendre que cet Auror me considère encore et toujours comme une enfant ! Une enfant qui crie au loup pour attirer son attention.

Bon, j'avoue : j'ai fabriqué de toute pièces une histoire d'amour entre ma tante Griselda et Gideon (le type qui en veut à sa vie), mais cela ne change rien à la situation. Ce fou furieux est véritablement à ses trousses ! Je pensais que le rôle d'un Auror était de garantir la sécurité des sorciers, et non pas de refourguer le sale boulot à un autre service...

" Allons, Marlène ! Tu sais bien que leur rôle principal est de retrouver et d'emprisonner les mages noirs. C'est de ta faute. Tu aurais dû inventer quelque chose de plus percutant..." proteste ma petite voix intérieure qui veut toujours avoir raison.

Je reste avachie sur le canapé, totalement démunie. Je regarde le feu crépiter dans la cheminée, en pensant à tante Griselda. Où se trouve-t-elle, en ce moment ? Est-elle en sécurité, comme le croit Marcus ?

Et par Merlin, que signifie ce : "Amicalement, Monsieur Denworth " ? Le bel Auror essaierait-il de me faire passer un message ? Du style : " Arrête un peu de rêver, fillette, il ne se passera jamais rien entre nous " ?

L'arrivée de ma meilleure amie interrompt le flot de mes pensées. Le sourire rêveur, elle tient entre ses mains une sorte d'affiche publicitaire.

- Qu'est-ce que c'est ? je demande, vaguement interessée.
- Une carte de la Saint- Valentin. Kyle Masterson m'a invité à sortir.

Je me tourne tellement vite que je manque de me faire un torticolis. C'est pas une affiche ? Ce truc est immense, ma parole.

- Qui ça ?
- Il est dans mon cours d'Arithmancie.
- Attends, il sort d'où ce mec ?

C'est la première fois que j'en entends parler !

- De la maison Poufsouffle, répond la petite blonde sur le ton de l'évidence. Mais apparemment, le choixpeau avait envisagé de l'envoyer à Serdaigle...

Je roule des yeux. Rien à fiche de sa maison !

- Il a quel âge ?
- Notre âge, puisqu'il est dans ma classe.
- Ses parents font quoi ? j'enchaîne.
- Je l'ignore.
- Il a des frères et sœurs ?
- Je ne sais pas.
- Il habite où ?
- Bonne question.

Je la dévisage de longues secondes, incrédule.

- Tu ne vas tout de même pas sortir avec un garçon que tu connais à peine, Kiara !
- Et pourquoi pas ? Cela serait l'occasion de faire plus ample connaissance.

Ben tiens ! Je suis sûre que ce Poufsouffle espère la même chose : faire plus ample connaissance . Kiara est trop douce, trop naïve. Ma meilleure amie est une éternelle romantique qui croit encore qu'un prince charmant viendra l'enlever sur son cheval blanc, sauf que je doute que cette catégorie de garçons existe à Poudlard. Elle risque d'attendre longtemps.

J'agite dans sa direction un doigt réprobateur :

- Je ne suis pas d'accord avec ça, Kiara !
- Tu n'es pas ma mère, Marlène. soupire-t-elle.

Je sais, mais je ne peux pas m'empêcher de vouloir la protéger.

Je me renfrogne dans mon fauteuil et me mets à inspecter la pièce. La salle commune des Gryffondor a été décoré avec soin, pour l'occasion. Les murs sont recouverts de guirlandes roses et le plafond abrite une dizaine de bougies flottantes. Ce soir, il règne une atmosphère calme et feutrée. La décoration est... comment le dire élégamment ? A gerber. Et l'odeur de jasmin se mêlant aux bougies parfumées est si puissante que j'en ai le tournis. Heureusement, les tables sont chargées d'un amoncellement de paquets de friandises et de boîtes de chocolats. Si ce n'était pas le cas, je serai déjà monté me coucher.

- Je n'en reviens pas que tu me lâches pour sortir avec un garçon le jour de la Saint-Valentin ! je reproche à Kiara, tu sais pourtant ce que je pense de cette fête complètement...
- Complètement ringarde, oui. termine-t-elle en soupirant. Je suis désolée, Marlène, mais j'ai très envie de sortir avec Kyle...
- Et notre rituel, alors ? On a pour habitude de faire la tournée des magasins de bonbons et manger une glace chez Madame Pieddodu en nous moquant des couples gnian-gnian.
- Désolée, s'excuse à nouveau la blonde en affichant une moue contrite. Il reste encore trois jours avant la saint-valentin, je suis certaine que quelqu'un va t'inviter...

Je croise les bras sur ma poitrine, un peu vexée qu'elle puisse penser que personne n'a voulu de moi pour célébrer cette stupide fête.

- Quatre garçons m'ont déjà invité, j'ai refusé pour passer la journée avec toi !
- Vraiment ? Qui donc ?
- Tu crois peut-être que je me rappelle leurs noms ? Ils m'ont invité uniquement parce que je suis la Championne des Gryffondor.
- Oh, Marlène. Je suis sûre que non...

Je me retiens de lever les yeux au ciel.

Je ne peux plus le nier : ma côte de popularité à grimpé en flèche depuis que je suis devenue la Championne de ma maison. Les élèves me disent bonjour, entament la conversation avec moi, me complimentent... ça commence sérieusement à me taper sur le système. Surtout lorsque j'ai droit à des plans dragues à deux noises, du genre : « Eh ! Tu ne serais pas dans mon cours d'Etude des Runes ? » N'importe quoi !

Depuis quand j'étudie les Runes, moi ?

- Même si ce n'était pas le cas, je les aurais quand même envoyé balader pour toi, Kiara. Parce que tu es mon amie. Ma meilleure amie. La sœur que j'ai toujours rêvé d'avoir...

Non, sérieusement : avec qui je vais aller faire la tournée des magasins de bonbecs, moi, maintenant ? Il y a des volontaires ?

Kiara lâche un soupir à fendre l'âme.

- Tu comptes vraiment me faire culpabiliser, Marlène ? C'est mon tout premier rendez-vous. J’espérais un peu de soutien de ta part.

Je lui jette un regard noir qui reste sans effet. Elle veut que je la soutienne ? Très bien, alors autant lui apprendre tout de suite les choses de la vie :

- Tu sais qu'il va essayer de t'embrasser, hein ?
- Qu...quoi ? bredouille la gryffondor en rougissant à vue d'oeil. Non, pas à notre premier rendez-vous...

Je ricane.

- Tu crois peut-être que ça arrête les garçons ? Estime-toi chanceuse s'il n'essaie que de t'embrasser.
- Que veux-tu dire ?
- Bah...( je fourre un morceau de chocolat en forme de cœur dans ma bouche et mastique bruyamment) qu'il va sûrement essayer de te tripoter les...
- Ne termine surtout pas cette phrase, Marlène McKinnon ! intervient aussitôt Lily Evans, le regard meurtrier.

La Préfète-en-Chef s'installe sur le pouf à ma droite, sans cesser de me toiser d'un air profondément outré.

- Quoi ? Je veux juste la mettre en garde.
- En lui faisant peur ? Kyle Masterson est un garçon très bien, Kiara. assure-t-elle en souriant.

Parce qu'elle le connaît intimement, peut-être ? Ne voulant pas créer une dispute dans notre salle commune (qui est devenue le temple du romantisme), je décide de remettre cette discussion à plus tard, et change de cible :

- Bon, et toi Lily ? Tu vas aussi fêter la Saint-Valentin, je suppose ? je l'interroge, sans pouvoir dissimuler la pointe de sarcasme dans ma voix.

Son regard vert émeraude oscille entre la grande porte et moi, comme si elle attendait quelqu'un. Puis son visage se décompose.

- Je... non.
- Ne me dis pas que personne t'a invité, je ne te croirais pas. ris-je, m'étouffant à moitié avec un chocolat.

Kiara me tapote négligemment le dos, comme si j'étais un bébé qui avait besoin de faire son rot.

- J'ai eu plusieurs propositions, mais je les ai toutes poliment déclinées.

J'abandonne ma boite de chocolats et attrape un sachet de friandises que j'ouvre avec mes dents.

- Ils étaient si moches que ça ?
- Marlène, lance Kiara sur un ton de reproche.
- Cela n'a rien avoir ! s'offusque à son tour la rouquine. J'attends la demande d'un garçon en particulier... mais je dois vous avouer que je commence à désespérer.

Son air triste, inhabituel, attire mon attention. Je partage un regard surpris avec ma meilleure amie, qui hausse des épaules.

- Et si tu allais l'inviter ? je suggère.

Lily réfléchit, avant de secouer la tête.

- Non. C'est à lui de faire le premier pas.
- Qui donc a écrit cette règle débile ? je m'exclame, attirant le regard de quelques gryffondor. A ta place, j'irai tout de suite voir ce type et je lui dirai cache : « Toi et moi, on a rencard pour la saint-valentin. Rendez-vous à 14h dans le Hall. T'as plutôt intérêt à te pointer si tu veux rester envie ! »

Mes deux amies éclatent de rire, croyant à une plaisanterie. Je fronce les sourcils. Pourquoi on me prend jamais au sérieux ?

- Et si ce garçon te disait non ? rétorque Lily, un grand sourire moqueur aux lèvres.

Je suis contente d'avoir réussi à changer son humeur, et cherche une répartie amusante. Je fourre une poignée de dragées dans ma bouche, avant de répondre avec nonchalance :

- Je le traînerais par son slibard jusqu'à Pré-au-lard.

Cette fois, Lily s'esclaffe si fort que cela surprend les autres élèves. Cet échange verbal est tellement ridicule que je glousse à mon tour.

- C'est charmant ! dit-elle, entre deux hoquets de rire.
- Et vous les filles, quels sont vos projets pour la Saint-Valentin ? demande immédiatement Kiara à Alice et Mary, en les voyant approcher.

Mary s'affale sur le canapé de tout son poids, la mine sombre. Elles se sont passés le mot, ou quoi ? De son côté, Alice paraît aussi enjouée que d'habitude, voire plus, lorsqu'elle remarque toutes les friandises qui trônent sur la table basse.

- En ce qui me concerne, je suis libre comme l'air. répond Mary, maussade.
- Je suis sûre que Chris Kellerman va finir par t'inviter...
- J'en ai plus rien à faire !

Alice nous jette un regard en biais, lourd de sous-entendus : mieux vaut éviter le sujet. Un long silence s'ensuit. Kiara rêvasse, Lily fait semblant de lire, et Mary ronchonne dans son coin. Oh, par pitié !

- Vous savez, la vie serait beaucoup plus simple si vous utilisiez toutes ma technique de drague, je reprends avec entrain.

Mary se tourne vers moi, arquant un sourcil intrigué.

- C'est quoi ta technique ?

Lily abandonne la lecture de son livre et me devance avec joie :

- Cela consiste plus au moins à menacer de mort le garçon convoité, et en cas de refus, le... comment dis-tu, déjà ? Ah oui : le traîner jusqu'à Pré-au-lard par son slibard.

Je hoche la tête avec approbation. Mary explose de rire, tandis qu'Alice, le sourire jusqu'aux oreilles, lève la main pour m'en taper cinq.

- J’adhère ! Je ne ferais rien de particulier pour la Saint-valentin. continue-t-elle, en ouvrant une énorme boite de chocolats. Franck et moi avons décidé de boycotter cette fête. Nous passons déjà tout notre temps ensemble, ce sera l'occasion pour nous de faire une petite pause. Pourquoi tu me regardes comme ça ?

J'affiche un grand sourire. Je pointe mon index sur elle, puis déclare solennellement :

- Toi, moi. Rendez-vous dans le Hall à 14h, samedi prochain.
- Une sortie entre filles ? Pourquoi pas, sourit Alice. Quel sera le programme ?
- On va piller les magasins de bonbons et se goinfrer de glaces chez Madame Pieddodu.
- Génial ! se réjouit-elle.

Et on va surveiller le rencard de Kiara, mais je lui donnerai cette information en temps voulu.

- Tu m'as vite remplacée, plaisante cette dernière.
- Je peux venir ? demande Mary, retrouvant sa bonne humeur.
- Bien sûr ! Lily ?
- Hum ? fait-elle distraitement, le nez dans son bouquin. Oh oui, je suppose que je serais disponible...
- Refrène ta joie, un peu de décence ! je raille. Et si tu te décidais à aller inviter ce mystérieux garçon ? j'insiste, en remarquant son air morose.
- Oui, il est peut-être timide ? avance Kiara.

La jolie rousse éclate de rire, comme si c'était la blague de l'année.

- Non, pas du tout.
- Et qui est l'heureux élu, on peut savoir ? minaude Alice.

Le regard de la Préfète se fait fuyant.

- Tu ne le connais pas.
- Je te parie le contraire, chantonne cette dernière. Oh là là, ne vous retournez surtout pas ! dit-elle soudainement, les yeux grands écarquillés.
- Pourquoi ?
- Sirius Black vient dans notre direction.

A coté de moi, Mary se redresse brusquement comme si quelqu'un l'avait appelé. Je lève les yeux au ciel, en tentant de calmer les battements de mon cœur.

- Et alors ? je renifle dédaigneusement.
- Vous croyez qu'il va inviter l'une d'entre nous ? murmure Mary avec enthousiasme. Si c'était moi, cela rendrait fou de jalousie Chris...
- Je croyais que tu te fichais de lui ? lui rappelle sournoisement Alice.
- Chut ! siffle-t-elle, en agitant ses mains.
- Salut, les filles.

J'essaie d'ignorer le son de cette belle voix grave, ce qui n'est pas une mince affaire. Sirius Black dégage une telle aura qu'il ne laisse personne indifférent, moi y compris.

- Salut, Sirius ! répondent en chœur mes camarades, tout sourire.
- Qu'est-ce qui nous vaut le déplaisir de voir ta belle gueule ? j'ironise, sans même me rendre compte du compliment que je viens de faire.

Je sens ses yeux sur ma nuque, mais je n'ose pas me retourner. Black ne m'a pas adressé la parole depuis notre dernière altercation, en cours de Potions. Il s'est écoulé une semaine entière. Bon, d'accord : je lui ai demandé d'oublier le baiser que nous avons partagé. J'avais espéré qu'ainsi, les choses reviendraient à la normal entre nous, mais à présent, il semble ignorer jusqu'à mon existence ! Et curieusement, ça me fait ressentir des émotions contradictoires. Le soulagement, la tristesse, mais surtout : la colère.

- James ne pourra pas venir à votre séance de révision, ce soir. Il m'a demandé de te prévenir.

Surprise, je tourne la tête. Le Maraudeur me regarde sans montrer la moindre gêne ou émotion, l'air complètement indifférent à ce qui a bien pu se passer entre nous. Malgré mon agacement, je fais un effort afin de maîtriser ma voix :

- Pourquoi il ne le fait pas lui même ?
- Parce qu'il est en retenue avec Gordon Wilkes.
- Que s'est-il passé ? demande aussitôt Lily, inquiète.
- Rien de grave, s'empresse de dire Black. Cet idiot l'a provoqué et James ne l'a pas supporté.
- Qu'est-ce que ce crétin de Wilkes à bien pu dire pour qu'il perde son sang froid ?! s'emporte la Préfète, à notre grand étonnement.

Le jeune homme à un moment d'hésitation, avant de répondre :

- Il lui a demandé s'il comptait inviter sa «  sale sang-de-bourbe » pour la Saint-Valentin. Et il a dit autre chose de... très vulgaire. Bref, James a pété les plombs. Ne lui dis surtout pas que je t'ai raconté ça, Evans, ou je risque aussi de me retrouver les fesses à l'air, plaisante-t-il à moitié.

La concernée vire au cramoisie, tandis qu'Alice hausse les sourcils si haut qu'ils disparaissent sous ses cheveux.

- Les fesses à l'air ?

Black rit à gorge déployée, ce qui allume une chaleur au creux de mon ventre. Je n'arrive pas à croire que je vais penser une chose pareille, mais... ce son m'avait presque manqué.

- Vous avez raté un sacré moment, les filles. dit-il, en nous adressant un sourire éblouissant.

Sa présence me rend nerveuse, et le seul moyen pour moi de remédier à ça, c'est de l'envoyer paître :

- Super, merci de m'avoir prévenu. On ne te retient pas !

Qu'il s'en aille, par Merlin. Kiara n'arrête pas de me fixer, on dirait qu'elle sait. J'ai l'impression d'être transparente, et que tout le monde dans cette salle peut lire sur mon front que j'ai embrassé Sirius Black.

Ce dernier ne bouge pas d'une semelle.

- Avant, je voulais te demander quelque chose...

Du coin de l’œil, je vois Mary McDonald retenir son souffle et croiser les doigts, comme si elle attendait les résultats des ASPIC.

- ... McKinnon.

Je sursaute de la même manière que je le fais en cours, lorsqu'un professeur me pose une question alors que je roupille dans mon coin. « Quoi ?! » je grogne aussitôt, sur la défensive. Le brun me décoche un sourire radieux, visiblement amusé par l'expression de mon visage. Sans même demander la permission, il s'assied près de moi sur le canapé. Pas juste à côté, mais assez près pour que je perçoive l'odeur de son eau de toilette. Mon cœur s'emballe, tambourine contre ma cage thoracique. Je ne sais pas si c'est de la joie ou de la panique.

- Accepterais-tu d'aller à Pré-au-lard avec moi, samedi ?

Sa voix est veloutée, charmeuse sans excès, comme à l'accoutumée. Je me perds un long moment dans ses yeux d'un gris profond, qui peuvent être froids et impénétrables ou, au contraire, vifs et espiègles.

- Toi et moi ? dis-je fébrilement, sortant enfin de ma torpeur.
- Oui.
- A Pré-au-lard, samedi ?
- Huhum.
- Pour la Saint-Valentin ?
- Je vois que tu n'as aucun problème d'audition. répond Black, un rictus aux lèvres.

Un silence pesant s'installe. Je me recule un peu, afin de rassembler mes idées. Je me rends compte que mes amies sont toujours là, et rougit de honte. Kiara, Lily et Alice me regardent avec des yeux exorbités. Quant à Mary, elle a la bouche tellement grande ouverte qu'elle pourrait gober des mouches. Ça me ramène brusquement sur terre.

Le Maraudeur me fait blague.

C'est forcément une blague ! En réponse à la décoration immonde de notre salle commune. Je devrais me sentir blessée ou vexée, mais je n'y arrive pas. Dans le fond, je suis contente que Sirius Black recommence à me vanner. Cela signifie que tout est arrangé entre nous, pas vrai ?

J'éclate de rire et lui assène une bourrade sur l'épaule.

- Il y a des fois, t'es vraiment trop drôle, Black ! fais-je, reprenant difficilement mon souffle.

Ses sourcils se froncent.

- Ma proposition est plus que sérieuse, Marlène.

Mon sourire se fige. Black m'a appelé par mon prénom. Ça lui arrive, parfois, mais... cela reste exceptionnel. Je me contente de le dévisager, effarée. Comme d'habitude, l'animagus est d'une tranquillité exaspérante, alors que je suis en plein ravage émotionnel.

Je préfère continuer de croire qu'il ne s'agit là que d'une blague de mauvais goût.

- Je ne sais pas quelles substances tu prends en ce moment, Black, mais ça a l'air d'être du costaud. Je veux bien essayer, moi aussi ! je me moque sans vergogne. Bon, ce n'est pas que je m'ennuie avec vous, mais la vieille McGo m'a encore convoqué à son bureau...

C'est un mensonge.

Quand je sens qu'une situation m'échappe, j'ai pris l'habitude de fuir et de l'ignorer. Malheureusement, Black se lève pour me barrer le passage, et je n'ai pas d'autre choix que de l'écouter :

- Allez, McKinnon ! Ça ne va pas te tuer de passer quelques heures en ma compagnie...

Son entêtement me fait un arquer les sourcils. Je croise les bras sur ma poitrine pour l'évaluer du regard. J'admire à nouveau son visage aux traits réguliers, ses yeux gris pale, ombragés de sourcils épais et bordés de longs cils, avec en prime, ce sourire enjôleur parfaitement exaspérant. Je tente de résister, mais je me sens déjà flancher.

Je finis par me laisser prendre au jeu, habitée par la curiosité de savoir jusqu'où il peut aller.

- Et qu'est-ce qu'on ferait de beau, tous les deux ? je minaude en battant des paupières.

Black se contente de me sourire. Puis, il s'approche de moi pour souffler d'une voix rauque :

- Absolument tout ce que tu voudras, Marlène.

" Ben dis-donc !" laisse échapper Mary McDonald, derrière moi. Black sait y faire avec les filles, c'est le moins qu'on puisse dire. J'essaie de garder un visage impassible, mais je ne suis pas sûre d'y parvenir. Est-il réellement possible que Sirius Black, qui est sans doute le garçon le plus adulé, le plus convoité de tout Poudlard... puisse s'intéresser à moi ?

Moi, Marlène McKinnon. Une fille bourrée de défauts, aux allures de garçon manqué ? Cette idée semble si saugrenue que je me dois de trouver une autre explication. Et elle ne tarde pas à tomber ! Derrière l'épaule de Black, j’aperçois son ami Peter Pettigrow, ainsi que deux garçons de l'équipe de Quidditch (que j'apprécie moyennent), qui me regardent d'un air moqueur. Et soudain, cela fait "tilt". Soudain, tout s'explique.

Un pari.

Ce n'est pas un secret, tout le monde sait que Sirius Black est un parieur compulsif. Je pensais simplement que cela se limitait aux matchs de Quidditch... mais plus j'y pense, et plus cette idée prend de l'ampleur. Le baiser, l'invitation à Pré-au-lard... et si tout cela n'était qu'un pari, initié par l'un de ses copains ?

Une discussion me revient subitement à la mémoire. Une discussion entre James Potter et Sirius Black, dont je n'avais pas compris la teneur, même si je me doutais qu'ils parlaient de moi :

«- Attends-moi à la fin du cours, il faut qu'on parle.

Mon binôme avait lâché un soupir de lassitude.

- Je sais déjà ce que tu vas me dire...
- Alors arrête ça tout de suite, Patmol !
»

James Potter, bien évidemment, est au courant. Je me sens soudain très mal, agitée par des sentiments mêlés : je me sens trahie et déçue. Je considère James comme l'un de mes meilleurs amis, et même s'il a essayé de faire entendre raison à Black, je trouve son attitude peu respectueuse envers ma personne. Il aurait dû m'informer de ce stupide pari.

Quant à Sirius Black, cette gravure de mode de mes deux... je respire lentement pour tenter d'apaiser la colère qui me tétanise. J'admets m'être fait avoir comme une débutante. Lorsqu'il est venu dîner chez moi, pendant les vacances de Noël, j'ai vraiment cru à son petit discours sur l'amitié. Je commençais même à le trouver sympathique... jusqu'à ce qu'il m'embrasse.

Ha, j'ai toujours su que ses intentions étaient louches !

Je me sens soudain toute revigorée, car contrairement à d'autres filles, je ne suis pas tombée dans le panneau. Je ne dis pas avoir été insensible à son charme, ses belles paroles... tout cela me laisse un goût amer dans la bouche. Mon être est dans un état de perturbation totale, mais je ne vais pas déprimer pour autant, ou me mettre à pleurer, dès qu'il aura le dos tourné !

Je vaux mieux que ça.

C'est donc tout naturellement que j'accepte son invitation.

- C'est d'accord, Sirius. Rendez-vous à 14h dans le Hall. Et quand je dis 14h, ça veut plutôt dire 15h30, parce que je suis toujours...
- En retard, oui. me coupe le Maraudeur. J'avais remarqué.

Son sourire s'élargit.

« C'est ça, Black. Continue de prendre pour une idiote. Tu n'as aucune idée de ce que je te réserve. » je songe intérieurement, bouillonnant de rage.

- A plus tard, Marlène. lance-t-il en m'adressant un clin d'oeil.

Je lui rends son sourire, sans savoir comment je réussi à me retenir de lui foutre une baigne. Je retourne ensuite m'affaler sur le canapé et m'empiffre de chocolats.

- Désolée, les filles. Nos plans pour la Saint-Valentin viennent de tomber à l'eau.
- C'est totalement compréhensible. souffle Mary, toujours sous le choc. J'ignorais que Sirius Black et toi...
- Sirius Black et moi rien du tout ! je l'interromps avec véhémence.
- Tu viens pourtant d'accepter son invitation à sortir, fait remarquer Lily en fronçant les sourcils.

Je ressens un besoin urgent de me goinfrer, et vide plusieurs boites de chocolats en un temps record, sous leurs regards effarés.

- C'est purement intéressée : je suis à court de gallions. Ce crétin va me payer mes glaces et mes consommations.
- Je ne te savais pas si vénale, glousse Alice.
- Vous vous doutez bien que c'est pas sérieux ? je rouspète, sans pouvoir cacher l'amertume dans ma voix. Black me fait une blague, ou alors il a perdu un pari. Et je compte bien profiter de la situation. Il va raquer, croyez-moi ! j'ajoute en affichant un grand sourire machiavélique.
- Tu penses que Sirius Black a perdu un pari ? s'étonne Kiara, les yeux ronds.

Elle se tourne vers nos amies pour avoir leur avis. Lily jette un coup d'oeil vers le jeune homme, l'air dubitative. Quant à Alice et Mary, elles semblent partager mon opinion, bien qu'elles fassent en sorte de ne pas le montrer.

- C'est certain ! j'affirme d'un ton excessivement joyeux, pour leur prouver que ça m'est égal.

Je me lève pour chercher d'autres friandises, afin d'assouvir ma fringale. Me sentant observée, je jette un regard par-dessus mon épaule. Assis sur un fauteuil, à l'autre bout de la pièce, Sirius Black me décoche son plus beau sourire. J'essaie de me dérider, de faire comme si j'étais détendue, mais j'en ai marre de toujours faire semblant ! Là, tout de suite, j'ai envie de lui foutre mon poing dans la tronche.

- Je vais tellement le dégoûter de ce rencard qu'il ne voudra plus jamais croiser ma route.

Ma voix est basse et presque menaçante. Réagir de façon si infantile, pour une broutille pareille, ça ne me ressemble pas. Pourtant, je ne peux pas m'empêcher de regarder le Maraudeur, en imaginant mille et une manières de le faire souffrir... je finis par me détourner, me reprochant mentalement de lui accorder tant d'importance.

- Tu ne devrais pas sous-estimer Sirius Black, Marlène. m'avertit Lily avec sérieux. Quand il veut quelque chose, il l'obtient toujours. L'an dernier, il a réussi à me convaincre de le laisser faire une fête dans le dortoir des garçons pour l'anniversaire de Pettigrow. Je me demande encore comment j'ai pu permettre une telle chose !
- Il paraît que cette fête était démentielle, rit Alice.

La Préfète répond par un grognement revêche.

- Ça l'était, en effet. Ces crétins ont en profité pour bizuter les premières année, ce que Black a omis de me dire, tu t'en doutes.
- Qu'ont-ils fait aux première année ? questionne Mary, curieuse.
- Tu ne veux pas le savoir, crois-moi. Tu n'avais pas rendez-vous avec le Professeur McGonagall ? me rappelle Lily.

Je me lève d'un bond, ravie d'avoir excuse pour quitter cette pièce devenue trop étouffante.
Une joyeuse Saint-Valentin (Partie 2) by jalea
Author's Notes:
Coucou !

Non, vous ne rêvez pas, c'est bien la suite xD

Je vous gave encore un peu de guimauve, mais ne vous y habituez pas trop, car on va vite repasser aux choses sérieuses =D

Voici le chapitre 33, j’espère qu'il vous plaira :) Si tout se passe bien, cette fiction sera achevée au 42eme chapitre. Ça fait quatre ans que je traine cette fic, il est vraiment temps de conclure xD

Un grand MERCI pour vos retour !

Bonne lecture,
à bientôt.
Chapitre 33 : Une joyeuse Saint-Valentin (Partie 2)





- On s'est préparé pour son rendez-vous galant ?

Je ferme les yeux et inspire lentement pour ne pas perdre mon sang-froid. Je pose ma brosse à cheveux sur la commode et observe, un instant, mon reflet dans le miroir. L'image que je me renvoie me fait soupirer. Sans prendre la peine de me retourner, je fusille du regard Alice Fortescue.

- Ce n'est pas un rendez-vous galant, pigé ? je vocifère.
- Cette coiffure te vas à ravir. minaude-t-elle, en papillonnant des cils.
- Oui, tu as bien fait de te passer un peigne dans les cheveux. renchérit Mary McDonald.

« N'importe quoi ! » je grogne. Je fais de nouveau face au miroir, pour vérifier de quoi j'ai l'air. Je porte un simple jean, et un sweat à manches longues. Je ne suis pas maquillé, je ne porte pas de bijoux... Je ne me suis pas apprêtée, d'accord ?

- Il faut que tu t'habitues aux compliments dès maintenant, Marlène. se moque Alice.
- Sirius Black aime flatter ses conquêtes, ajoute Mary en gloussant.

Je leur jette un regard assassin.

- Je ne suis la conquête de personne, c'est clair ?

En guise de réponse, elles éclatent de rire. Je me détourne en poussant un énième soupir. Pourquoi sont-elles toutes là, dans ma chambre ? Je n'ai pas souvenir de les avoir invités. Je passe devant Alice et Mary, en les ignorant royalement. Puis, je demande discrètement à Lily si j'ai vraiment l'air de m'être « préparé ». Cette dernière me scrute attentivement, avant de passer les mains dans mes cheveux pour les ébouriffer.

- Plus maintenant, répond-t-elle à mi-voix.

Je lui souris de gratitude.

- On se retrouve aux trois balais vers dix-sept heures ? je lance à la cantonade. Ce sera la tournée de Black. je précise, leur adressant un clin d'oeil complice.
- Tu crois vraiment qu'il va accepter de t'offrir tout ce que tu veux ? interroge la Préfète.
- Oui, parce qu'il veut gagner son pari.
- Ah... tu penses toujours qu'il s'agit d'un pari ?
- Bien sûr ! Pas toi ?

La rouquine arbore une moue sceptique mais n'insiste pas plus. Etrangement, ça me met en rogne. Je préférerai qu'elle aille dans mon sens.

- Sérieusement, Lily ! je m'emporte involontairement, on a strictement rien en commun, tous les deux. Sans compter que Black pourrait sortir avec n'importe quelle fille de Poudlard. Alors, pourquoi m'a-t-il invité, moi ?

Il y a anguille sous roche, comme on dit. Mes amies échangent un regard et finalement, Lily répond, munie d'un petit sourire aux lèvres :

- Ne te sous-estime pas, Marlène.
- Oui, tu es devenue très jolie. dit distraitement Mary, en feuilletant l'un des romans d'amour de Kiara.
- Hein ?

Je la dévisage avec une totale incrédulité.

C'est bien la première fois qu'une personne utilise cet adjectif pour me décrire. Ne vous me reprenez pas, je n'irais pas jusqu'à dire que je me trouve laide, mais... jolie ? N’exagérons rien ! Physiquement, je suis plutôt banale, et ça me convient parfaitement. Vous imaginez un peu, si j'attirais tous les tarés du coin comme Lily Evans ? Il y aurait de quoi finir à l'asile !

Alice se redresse sur mon lit pour s'assoir en tailleur, et frappe dans ses mains avec un enthousiasme a faire peur.

- Faisons un peu la liste des filles avec lesquelles Sirius Black est sorti ! Il y a eu Elianor Barlow en quatrième année...
- Lauren Smith et Arianna Elder en cinquième année, continue Mary en comptant sur ses doigts.
- Sans oublier Yolanda Pagliaro en sixième année. termine la brune.
- Et cette année ? se prend au jeu Lily.

Elles se tournent toutes les trois dans ma direction, pour me toiser avec une insistance qui me met mal à l'aise.

- Personne, mise à part... Marlène. constate la rouquine, sourcils froncés.
- Et qu'ont toutes ces filles en commun ? chantonne Alice, les yeux rieurs.
- Elles sont plutôt grandes, blondes... et jolies, bien sûr ! énumère Mary, gloussant de plus belle.
- Intelligentes, aussi. souligne notre Préfète-en-Chef. Yolanda est une tête, malgré son sale caractère.

Je les regarde une à une, me demandant intérieurement ce qu'elles ont bien pu sniffer.

- Vous délirez, je n'ai rien avoir avec ces filles ! je me vexe, pour une raison qui m'échappe.
- Tu n'es pas grande, blonde et jolie ? Ni intelligente ? raille Alice, prenant apparemment plaisir à me torturer.

Grande et blonde, je veux bien, mais pour le reste... inutile d'enfoncer le clou ! Je laisse échapper un râle d'exaspération. Elles n'ont pas fait tant de cinéma lorsque je suis sortie avec Evan Thomson, l'année dernière.

- Ça suffit, vous me fatiguez ! je maugrée. J'y vais, à plus tard.

Je me dirige vers ma penderie pour prendre mon manteau et un bonnet, puis je quitte les lieux sans plus de cérémonie. Lorsque je claque la porte derrière moi, j'entends une voix moqueuse- celle d'Alice- lancer : « Passe le bonjour de nous toutes au beau Sirius ! ». Et voilà que mes soi-disant amies se marrent, riant à mes dépends.

« Allez vous faire cuire une bouse de dragon ! » je hurle en retour, à travers la cloison.

Je me retourne, et tombe nez à nez avec Meihui, ma colocataire. Cette dernière me dévisage d'un air décontenancé.

- A ta place, je n'entrerai pas là-dedans ! je la préviens, avant de filer.



******




Raz-le-bol du froid.

J'enfouis mes mains dans mes poches et avance le plus rapidement possible. Le temps est encore et toujours glacial, pour un mois de février, et je commence même à croire qu'il va neiger. Ça n'arrange pas mon moral ! Je n'ai qu'une envie : retrouver mon lit bien douillet et m’emmitoufler sous les couvertures.

Je traverse la cour, déserte à cette heure, pour rejoindre Sirius Black. Lorsque je l'aperçois, mon cœur fait un loupé. Ce dernier est nonchalamment adossé contre un arbre, une jambe replié en appui, comme s'il s'apprêtait à poser pour une œuvre de peinture à l'huile. Je roule des yeux face à ce ridicule spectacle. Il ne peut pas se comporter comme un garçon normal ? Le Maraudeur est toujours si guindé, si formel...

- Salut, je bougonne.

Son beau visage se fend d'un sourire.

- Hey ! Tu es venue, constate-t-il brillamment.
- Je tiens toujours parole. On y va ?

Je lui emboite pas, ne lui laissant pas le temps de mon complimenter sur ma "ravissante coiffure", ou une connerie de ce genre. Je reste sur mes gardes, car je suis certaine que le Maraudeur est prêt à toutes les bassesses pour gagner son stupide pari.

Nous marchons calmement, en direction du parc. Au bout de quelques minutes de silence, je l'entends soupirer à côté de moi.

- Laisse-moi deviner, Marlène : tu regrettes d'avoir accepté mon invitation à sortir ?

Je me fige net, manquant de lui rentrer dedans. Black me retient par le bras pour m'éviter une mauvaise chute. Dans un mouvement d'humeur, je m'écarte, comme brûlé par son contact.

- Non, pas du tout ! je m'exclame en feignant l'indignation. Qu'est-ce qui te fais croire ça ?
- Ça fait bien dix minutes que tu n'as pas ouvert la bouche, ce qui est très inhabituel chez toi...

Je ferme un instant les yeux pour tenter de me calmer, mais c'est inutile : je perds déjà patience. Je ne sais pas comment je vais faire pour me retenir de l'étriper. Ma colère est toujours présente, prête à bondir.

- Et alors ?! je tempête. J'ai pas le droit de profiter du paysage en silence ? C'est interdit, peut-être ?

Mon intonation est sèche et cassante. Je m'adresse à lui comme je le ferais avec mes ennemis. J'ai beau essayer de prendre ce désagrément à la légère, je n'arrive tout simplement pas à m'enlever de la tête que je ne suis qu'un pari.

« Il va pourtant falloir faire un effort ! » me fais-je la réflexion.

Le jeune homme plante son regard dans le mien. Ses yeux argentés me sonde et me fouille. Je ne me suis jamais sentie si vulnérable que sous son regard irradiant. Ça m'exaspère au plus haut point.

- Et maintenant, tu veux créer une dispute pour mettre fin à ce rendez-vous. devine-t-il, ce qui m'arrache un nouveau grognement.

Sans piper mot, je lui saisis le bras pour le forcer à me suivre. On ne va pas y passer la journée, non plus ! J'ai d'autres chats à fouetter, moi. La seconde tâche à lieu dans moins d'une semaine. Je ferai mieux de m'y préparer mentalement, au lieu de jouer les Valentines aux rabais.

- On va aller à Pré-au-lard tous les deux, comme convenu !
- Tu es sûre ?

Le Maraudeur s'arrête, me forçant à faire de même. Il passe une main sur sa nuque, et en profite pour tourner la tête quelques instants.

- Ecoute, McKinnon...

Une fois Marlène, une fois McKinnon... il serait peut-être temps de prendre une décision et s'y tenir, non ?

- On est pas obligé de faire ça, si tu n'es pas à l'aise avec la situation.

Black me regarde droit dans les yeux, manifestement déçu. Je le dévisage un long moment, le front plissé par l'interrogation. Le pauvre chéri, si j'annule notre sortie, il va perdre pas mal de gallions par ma faute. Je me retiens de ricaner. Vous savez ce qui serait encore plus drôle ? Dépouiller Sirius Black, le tombeur de ses dames.

Cette idée me requinque autant qu'une choppe de bierre-au-beurre. Je souris franchement, prête à exécuter ma petite vengeance.

- A l'aise avec quelle situation, Monsieur grosses-chevilles ? je rétorque, espiègle. Ce n'est pas mon premier rencard, tu sais ?

Mon humeur joviale paraît le rassurer.

- Je sais, répond-t-il à mi-voix.

Nous échangeons un sourire hypocrite (du moins, en ce qui me concerne), avant de nous remettre en route. En chemin, Black me raconte quelques blagues. Je ris exagérément, aux éclats, sans retenue, jouant le rôle de la blonde enamourée à la perfection.

Une fois arrivée à Pré-au-lard, j'ai du mal à dissimuler mon excitation. Je suis pressé de faire la tournée des magasins (de friandises, principalement). Mon enthousiasme retombe un peu lorsque je croise le regard de Black. C'est généralement avec ma meilleure amie que je passe la saint-valentin... Je ne laisse cependant rien paraître, et force un sourire :

- Par quoi veux-tu commencer ?
- Je ne sais pas. On pourrait...
- J'ai bien envie d'aller manger une glace chez Madame Pieddodu.

En voyant sa mine déconfite, je dois me mordre les joues jusqu'au sang pour ne pas exploser de rire. Le salon de thé de Madame Pieddodu est le repère des amoureux. C'est un établissement confiné, à la décoration très fleur bleue. La plupart des garçons que je connais déteste cet endroit. Je ne suis pas fan, mais je dois avouer que je raffole des pâtisseries de Madame Pieddodu, et que je suis l'une de ses plus fidèles clientes (inutile d'aller le crier sur les toits, hein !).

- Tu veux vraiment une glace ? s'étonne le Maraudeur, par ce froid ?
- Quand il a faim, mon estomac se fiche de la température extérieure, Black.

Je remonte l'allée principal à grandes enjambées, mais je suis obligée de revenir sur mes pas en remarquant que le gryffondor n'a pas bougé d'un pouce.

- Tu ne viens pas, Patmoche ? Je dois te mettre en laisse pour te faire avancer ?

Le brun me rejoint en roulant des yeux, l'air néanmoins amusé.

- Je ne pensais pas qu'une fille comme toi aurait envie d'aller dans ce genre d'endroit, fait-il remarquer.

Je ralenti la cadence, m'immobilisant presque. Le Salon de thé n'est plus qu'à quelques mètres.

- Une fille comme moi ?
- Hum, oui. Tu sais bien...

Le Maraudeur semble regretter de s'être aventuré sur ce terrain épineux.

- Non, je ne sais pas. Qu'est-ce que tu sous-entends par là, exactement ?

Je prends un air faussement vexé, me délectant de l'expression gênée sur son visage. Le bellâtre se dandine d'un pied sur l'autre, hésitant, tel un petit garçon de cinq ans en manque d'assurance. Je l'ai rarement vu en si mauvaise posture. Ça me procure un sentiment de contrôle incroyable. Il n'y a personne dans le coin avec un appareil photo, afin d'immortaliser ce merveilleux moment ? Ce n'est pas tous les jours que mônsieur Sirius Black perd de sa superbe ! Quand je raconterai ça à mes amis, j'aimerai avoir une preuve.

- Disons simplement que... tu es loin d'être une grande romantique. bafouille le rouge et or, essayant visiblement de se rattraper.

Je pouffe de rire devant sa mine embarrassée.

- Tu n'as pas tort, je concède.

Nos regards se croisent un instant. Le Maraudeur me décoche un clin d'oeil, assorti d'un sourire éblouissant digne d'un spot publicitaire pour un dentifrice blanchissant.

« Et revoilà le Sirius Black que tout le monde connaît » je songe, exaspérée.

Le jeune homme me devance pour m'ouvrir la porte. Son excès de galanterie me rend encore plus suspicieuse, mais je ne montre rien et entre dans le Salon de thé.

Oh.Bon.Sang.

Où suis-je tombée, sérieusement ? Dans la maison grandeur nature d'un boursouflet ? Tout ce rose... ça pique les yeux !

Les murs sont bardés de guirlande de tulle, de lierre, de roses et de fanfreluches en tout genre. Il y a aussi des angelots dorés qui volent au-dessus de chacune des petites tables r ondes pour jeter de temps à autre sur les clients des poignées de confettis- devinez de quelle couleur ?- roses.

- Woah, je souffle avec petit sifflement. Madame Pieddodu à fait les choses en grand, cette année.

D'ordinaire, la décoration n'est pas aussi... beurk !

Sirius Black ne fait aucun commentaire. Il contemple silencieusement la petite salle exiguë, avec l'air de vouloir disparaitre sous terre. Cela me rend un tantinet curieuse : où a-t-il l'habitude d'emmener ses petites-amies ? A moins qu'il ne soit très bon comédien...

Je sursaute en remarquant un angelot boudiné - pour ne pas dire obèse- virevolter autour de moi. Armé de son arc, il sort une flèche du carquois suspendu à son épaule et s'apprête à me viser. Je lève aussitôt un doigt menaçant dans sa direction.

- Garde ta flèche si tu ne veux pas que je te la colle dans le derrière ! j'avertis d'une œillade assassine.

Le petit angelot fait demi-tour sans se faire prier. A côté de moi, Black éclate d'un rire semblable à un aboiement.

- J'ai rarement vu un truc aussi laid, s'esclaffe-t-il. Suis-moi, j'ai repéré une table de libre...

Nous nous installons près de la vitrine. Todd Harper, le Champion de la maison Poufsouffle est assis à seulement quelques tables de là, en compagnie d'une ravissante brune à qui il tient là main. Fort heureusement, il est bien trop occupé pour se soucier de moi. Je n'ose pas imaginer sa réaction, s'il me voyait là.

En jetant un regard dans salle, je ne vois que des couples qui se tiennent par la main, ou s'embrassent. Cette vision me met plus que mal à l'aise. Sirius Black, lui, semble parfaitement dans son élément. Comment est-ce possible ? Alors qu'il y a encore une minute de cela, il était totalement paralysé, pétrifié ?

- C'est... très intimiste. dit-il sur un ton narquois.
- Tu n'es jamais venu ici ?
- Non.
- J'ai du mal à le croire ! fais-je en riant.

Ses yeux se plissent, tandis qu'il semble réfléchir à quelque chose. Sa bouche se crispe légèrement.

- Parce que je suis un coureur de jupons, c'est ça ?
- C'est pas ce que j'ai voulu dire.
- Tu l'as pensé tellement fort que je l'ai entendu, rétorque-t-il avec un drôle de sourire.

Je préfère ignorer sa remarque et prend la carte posé devant moi. Mon estomac crie famine, à croire que je n'ai rien mangé depuis des jours !

- J’espère que tu as cassé ta tire-lire, Black. Je meurs de faim !
- Sirius me corrige-t-il machinalement. Qu'est-ce qui te fais envie ?

Derrière mon menu, j'affiche un grand un sourire machiavélique. L'heure de la vengeance à enfin sonné.

- Huuum, fais-je en parcourant la carte des yeux. Je vais tout essayer. Ça à l'air délicieux.
- Tout ? répète le brun, me toisant avec perplexité.
- Tout ! je confirme, en refermant le menu d'un coup sec.

Puis, je croise les bras en le défiant du regard. Qu'est-il réellement prêt à faire pour gagner son stupide pari, hein ?

- Bonjour. Qu'est-ce qui vous ferez plaisir, les tourtereaux ? demande une très forte femme au chignon noir et brillant.

Sirius Black me dévisage longuement, avant de lever les yeux dans sa direction.

- Tout ce qu'il y a sur votre carte, Madame. Et un café pour moi, merci.

Ma mâchoire dégringole par terre, tandis que le Maraudeur me regarde sans ciller. Je n'arrive pas à croire qu'il accepte mon caprice du premier essai, sans broncher ! En temps normal, il m'aurait copieusement envoyé balader.

- C'est une plaisanterie ? s'enquiert la sorcière, en esquissant un demi-sourire.
- Absolument pas. Vous serez gentille de bien vouloir nous apporter tout ce qui figure sur votre carte.
- Très bien...

« Ah, ils ont de l'appétit, ces jeunes ! » grommelle cette dernière, en se glissant avec difficulté entre les tables. La surprise passée, je finis par refermer la bouche et essaie d'afficher une expression sereine. Black choisit ce moment précis pour se pencher vers moi, et pose sa main sur la mienne.

- Alors... où est-ce qu'on en était ? susurre-t-il d'une voix joueuse.

Merde. Il a compris.

« Bien sûr qu'il a capté ton manège. Il n'est pas complètement débile ! » se gausse ma maudite voix intérieure.

Black caresse ma main du bout des doigts, comme si de rien était. Ses yeux d'un gris limpide me brûlent. La panique me gagne, et mon cœur s'affole. J'ai envie de prendre mes jambes à mon cou. Sirius Black a manifestement plus d'expérience que moi. En vérité, j'ai l'impression que tout le monde ici à plus d' expérience en relations amoureuses, et j'en viens presque à jalouser les couples gnian-gnian dont j'avais l'habitude de me moquer avec Kiara. Pourquoi ça semble si facile, pour eux ?

Quand bien même, je refuse de laisser gagner Sirius Black. Mon amour-propre en a pris un coup, et je compte bien me venger. Je retire ma main d'un geste brusque en voyant Madame Pieddodu arriver avec plusieurs plateaux. Mes yeux s'émerveillent devant toute cette bonne nourriture. Glace, tarte à la crème, aux pommes, pudding aux raisins, éclair au chocolat
entremets, beignet à la confiture...

Je me frotte les mains avant de passer à l'attaque.

- La note risque d'être salée, Patmoche. je nargue, en portant à ma bouche une énorme cuillerée de glace au caramel.
- Sirius, corrige-t-il une nouvelle fois. Et tu n'as pas à te préoccuper de ça.
- Pourquoi, t'es riche ? je ricane.

L'animagus porte sa tasse de café à ses lèvres. Enfin, après un long moment, il braque son regard sur le mien.

- Je sais ce que tu essaies de faire, Marlène. Tu perds ton temps.

Je reste figé, la cuillère en l'air au-dessus de ma glace. Je cherche une répartie cinglante lorsque j'ai la curieuse impression d'être observé. Je lève la tête et manque de défaillir : Todd Harper se tient debout, devant moi. Il me dévisage avec une expression médusée, assez similaire, sans doute, à la mienne.

- Dites-moi que je rêve ! Marlène McKinnon chez Madame Pieddodu ? Avec...(son regard se tourne vers moi voisin) Sirius Black ?

Ses yeux s'écarquillent et ses lèvres s'étirent progressivement pour dessiner un sourire goguenard. Puis, il explose de rire. Littéralement. Le jeune homme est véritablement secoué par des spasmes d'hilarité.

- Ha ha ha... non, ça, c'est, c'est...(il hoquette) tr-trop...(il convulse) drôle ! Tu vois la même chose que moi, Emelyne ? questionne le Poufsouffle, reprenant difficilement son sérieux.
- Arrête un peu de rire, Todd. le sermonne cette dernière, bien qu'elle semble avoir beaucoup de mal à se retenir de faire la même chose.

Le jeune homme l'ignore superbement. Il nous regarde tour à tour, Black et moi, d'un air désabusé.

- Non, sérieusement, les gars ! s'esclaffe-t-il encore plus fort, attirant l'attention des autres clients. Lequel de vous deux a perdu un pari ?

Nous y voilà. Même Todd Harper est capable de deviner que quelque chose cloche dans cette image. « Sirius Black et Marlène McKinnon ? Ha, ha, ha, il y a encore plus de chance qu'un centaure essaie de se reproduire avec un hippogriffe ! ».

Black le gratifie d'un regarde dédaigneux. Il ouvre la bouche pour rétorquer quelque chose, mais la petite-amie de Todd le tire par le bras, pour le traîner vers la sortie, nous adressant un sourire d'excuse au passage. Après leur départ, un silence pesant s'installe. Seulement entrecoupé, à intervalles irréguliers, par des bruits de baisers provenant des couples alentour.

- Voilà qui était plutôt gênant. dit Black, brisant le silence.

Gênant pour qui ? Je me contente de hausser les épaules.

- Pourquoi, tu as bel et bien perdu un pari, non ?

Je me rends subitement compte que je suis lasse de ce petit jeu entre nous. Je veux que le Maraudeur admette une bonne fois pour toute la vérité, et qu'il arrête de me prendre pour une buse !

- Tu me crois vraiment capable de faire une chose pareille ?

Il me jauge un court instant, me dédiant un regard sévère, plein de reproches. Ses prunelles lancent des éclairs et me foudroient sur place. Je déglutis, me disant pour la première fois que j'ai peut-être commis une erreur. Peut-être.

- Je n'ai perdu aucun pari ! s'offusque-t-il. Je t'ai invité parce que j'en avais envie, Marlène. C'est la seule et unique raison.

J'ai soudain mal au cœur et ma gorge devient sèche. Je me refais le scénario dans ma tête plusieurs fois. Suis-je certaine que les regards moqueurs de ses amis m'étaient adressés ? Aurai-je pu mal interpréter la situation ? Une bouffée de chaleur enflamme mon visage. Le Gryffondor ne peut que percevoir mon malaise grandissant.

- Pourquoi mon invitation te surprends tellement ? demande doucement le brun, le regard adoucit. Je te rappelle qu'on s'est embrassé...

Me sentant atrocement gênée à ce souvenir, j’esquive sa question :

- Tu ne m'as pas adressé la parole pendant plus d'une semaine.

Il esquisse un sourire, l'air satisfait.

- Tu as remarqué ?
- Et voilà que maintenant, tu m'invites à sortir ? J'ai du mal à te suivre, Patmoche.
- Sirius ! aboie-t-il, cette fois-ci.
- C'est bien, le toutou connaît son prénom ! je riposte, moqueuse.

Il lève les yeux au ciel, mi-amusé, mi-exaspéré.

- Tu as osé me dire que tu m'avais embrassé uniquement parce que tu me trouvais séduisant. reprend Black en croisant les bras sur son torse.
- Et puis ?

Son regard s'assombrit. Il me fixe intensément.

- C'est la pire insulte qu'on m'est jamais faite !
- Insulte ? je répète en fronçant les sourcils. « Séduisant » est une insulte ?
- Oui, lorsqu'on ne te prête que cette qualité. soupire-t-il, le regard lointain. Qualité qui n'en est pas vraiment une...

Je me mets à culpabiliser, sans trop savoir pourquoi.

- Je n'avais pas l'intention de t'insulter. Cette qualité est la première qui m'est venue en tête, c'est tout.

Le coin de sa bouche s'étire en un sourire, et ses yeux brillent d'une lueur nouvelle.

- Tu penses donc que j'ai d'autres qualités ?

Son insinuation me surprend et me déstabilise. J'ouvre la bouche pour répondre, mais aucun son ne sort. Je réfléchis un peu, me demandant si je lui prête d'autres qualités. Sirius Black est... drôle. C'est un fait. Il a de l'esprit, de l'humour et un grand sens de la répartie. Il est loyal envers ses amis, et sa maison. C'est un garçon qui peut aussi se montrer... gentil. Quand il pense que personne ne le regarde ! Une fois, je l'ai vu consoler une petite fille qui pleurait parce que personne ne voulait jouer avec elle.

Et c'est sûrement le Maraudeur le plus intelligent et le plus cultivé (même si j'ai encore du mal à croire qu'il devance Remus Lupin en cours). La liste pourrait s'allonger, mais Madame Pieddodu choisit cet instant pour apporter l'addition.

- C'est pour moi. dit immédiatement le jeune homme en tirant la note vers lui.

Je n'ai pas le temps de voir le montant qui, je le suppose, est mirobolant. Je jette un coup d'oeil à tout ce que j'ai commandé et constate que j'y ai à peine touché. Quel gâchis ! Je me tortille d'embarras sur mon siège.

- Tu vas vraiment payer l'addition ? je balbutie en évitant son regard. Tu n'as pris qu'un café...
- Tu t'inquiètes pour mes finances ? raille le brun.

Je me remémore soudain que sa situation familiale est compliquée, et qu'il ne vit plus chez ses parents. Je ne sais rien d'autre sur sa vie, mais qui sait, l'argent est peut-être une source de problème ?

- Je... je n'ai pas envie que tu te retrouves à la rue par ma faute, je bredouille misérablement.
- Ne t'en fais pas pour ça, me rassure-t-il. Tu sais que ma famille m'a reniée et que j'habite maintenant chez James ?

Je hoche simplement la tête, mal à l'aise. Qu'est-ce qui m'a pris de lancer ce sujet de conversation ?

- Ses parents ne me font pas payer de loyer. Ils refusent catégoriquement que je participe aux frais... ça me gêne un peu, mais ça me permet de mettre de l'argent de côté. Je ne peux pas rester éternellement chez eux, ajoute-t-il, le regard à nouveau lointain et sombre.

En le voyant sortir de sa poche une bourse pleine de gallions, ma curiosité l'emporte :

- Cet argent te viens donc de... ?
- Mes jobs d'été.
- Oh. je souffle, me sentant presque nauséeuse.

Merlin, si ma mère apprenait ce que j'ai osé faire... j'aurai droit un sermon !

« Je t'ai mieux éduqué que ça, Marlène Marguerite McKinnon ! Tu vas rembourser ce charmant jeune homme, que tu le veuilles ou non ! Je ne veux pas savoir comment, je ne veux pas savoir quand... tu le rembourses, un point c'est tout ! »

- Je te rembourserai. En cinq ou six fois s'il le faut, mais je te promets de te rembourser ! j'affirme vigoureusement.
- Puisque je te dis que c'est inutile, soupire Black, l'air maintenant ennuyé.
- Mais...

Je le dévisage, éberluée. Pourquoi n'est-il pas fâché ? Son histoire familiale est, disons-le clairement : merdique ! Et voilà que j'en rajoute une couche en dilapidant ses économies ? A sa place, j'aurai envie de tout fracasser.

- J'ai commandé tout ça seulement pour t'embêter ! j'avoue, à la fois honteuse, et agacée par son manque de réaction.
- Sans blague ? rit-il.
- Pourquoi acceptes-tu de payer ? j'insiste, la mine incrédule.
- A ton avis ?
- Parce que j'ai pas un gallion en poche ?

Son sourire se fait plus franc.

- On va dire ça, répond-t-il en m'adressant un clin d'oeil.

Je me renfrogne. Je suis consciente de me comporter comme une enfant pourrie-gâtée, qui fait des siennes, sans se soucier des conséquences. Je n'aurai jamais dû accepter son invitation. Et je ne devrais pas laisser Sirius Black payer pour moi. Il n'est pas mon petit-ami.

Lorsque je croise à nouveau son regard, l'ambiance devient... lourde. Électrique. Ses yeux gris pale me vrillent avec détermination. Mon cœur rate un battement. J'ai la certitude, à cet instant, qu'il est là de son plein gré. Le Maraudeur n'a perdu aucun pari. Loin de me réjouir, cette constatation m'inquiète et m'effraie. Je ne sais plus quoi penser de lui. J'éprouve soudain de l'anxiété et mon cœur se met à battre de manière désordonnée, un peu comme une sonnette d'alarme.

Je dois partir. Tout de suite.

- Marlène, je voulais te dire...

Je l'interromps de la manière la plus grossière possible :

- Désolée, mais j'ai promis de rejoindre les filles aux trois-balais, et... (je jette un coup d'oeil à ma montre) oh non, il est déjà presque dix-sept heures !

Je me lève d'un bond, comme si un ressort m'avait propulsé à la verticale. Black semble surpris mais ne cille pas et relève le menton d'un air fier. Son visage est traversé par une expression étrange, entre la moquerie et l'exaspération.

- C'est donc la fin de notre rendez-vous ?
- Faut croire, je grommelle.

Il se lève à son tour, et nous quittons le salon de thé. Dès que je passe la porte, un vent frais caresse mon visage. Je respire un grand bol d'air, avant de me retourner. Je cligne des yeux ; Sirius Black est à seulement quelques centimètres de mon visage.

- Je vais t'accompagner.
- Pas la peine ! dis-je aussitôt d'un sourire crispé.

Ne sachant quelle attitude adopter, je fourre mes mains dans les poches de mon manteau. Black, lui, reste toujours décontracté et imperturbable, lorsqu'il me demande si j'ai passé un « bon moment ». Je fais mine de réfléchir, bien que je n'ai pas beaucoup de points de comparaisons.

- J'ai connu pire. je réponds finalement, sur le ton de la plaisanterie.

Le gryffondor s'esclaffe.

- Ce n'est pas vraiment la réponse que j’espérais, avoue-t-il.
- Et qu'espérais-tu ?

Son sourire disparait, laissant place à une expression sérieuse.

- Je crois que tu le sais déjà, Marlène. souffle-t-il.

Je détourne la tête, me sentant incapable d'affronter son regard. Je ne suis pas sûre de comprendre ce qu'il veut dire par là, et n'ai aucune envie de le savoir. Il n'y a rien à faire : pari ou pas, je suis saisie d'une peur panique à l'idée de me retrouver seule avec lui.

Et puis, honnêtement, un rapprochement entre nous est inenvisageable. A quoi bon, ne serait-ce qu'y penser ? Sirius Black et moi, nous sommes incompatibles, comme l'eau et le feu.

Quand je consens enfin à lui faire face, ma gorge se serre.

- Il... il faut vraiment que j'y aille. je marmonne en retour. Bon, et bien... merci pour la glace, et... tout le reste. dis-je, marchant a reculons. Je te rembourserai, c'est promis !

Je tourne les talons, sans me préoccuper de sa réaction. À mesure que je m'éloigne de lui, la peur et l'angoisse que je ressens me fuient, ne laissant plus que le froid et la solitude.

Je traverse la rue pour rejoindre mon pub préféré, lorsque je reconnais une silhouette, à quelques mètres devant moi. Celle de Kiara. Je me fige en la voyant bras-dessus, bras-dessous avec un grand type dégingandé. Je cligne des yeux, hébétée. Non, mais je rêve ! Il suffit que j'ai le dos tourné deux secondes pour qu'un garçon, qui sort d'on ne sait où, s'accapare ma meilleure amie ?

En m'apercevant, Kiara a un mouvement de recul, sans doute effrayée à l'idée que je puisse venir gâcher son charmant petit tête à tête. La blonde me fait un signe de la main, avant de chuchoter quelque chose à l'oreille de son hurluberlu. Puis, tous deux se dirigent vers une librairie. Ma grimace se transforme en rictus.

Si elle pense que ça va m'empêcher de taper l'incruste, c'est très mal me connaître !
La deuxième tâche (Partie 1) by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Voici le chapitre 34, j’espère qu'il vous plaira.

Comme promis, on reprend les choses sérieuses, avec la deuxième tâche du tournoi. Mais ne vous attendez par à quelque chose d'incroyablement original, non plus xD J'ai suivi la trame du tome 4 de Jk.Rowling, bien que ce soit un peu différent...


Bonne lecture,
A bientôt !
Chapitre 34 : La deuxième tâche (Partie 1)





- REVEILLE-TOI, MARLENE !

Je me retourne dans mon lit en poussant un râle de mécontentement. J'écrase mon oreiller sur ma tête, espérant ainsi faire taire la voix de ma meilleure amie. « Je me lève, je me lève...» je marmonne d'une voix ensommeillée pour qu'elle me fiche la paix.

- C'est ce que tu as dit la dernière fois, et tu étais arrivée en retard à la deuxième tâche ! Tu te rappelles ?!
- Huhum... j’acquiesce, me sentant à nouveau tomber dans les bras de Morphée.
- Tu es réveillée ? me hurle Kiara dans les oreilles, en essayant de subtiliser mon oreiller. Parce qu'il faut vraiment descendre, là.... Bon sang, Marlène, il est presque neuf heures !

Je tente d'ignorer sa voix stridente, qui me vrille les tympans. « Et si on lui jetait un seau d'eau froide à la figure ? » suggère une voix fluette. Je me redresse dans mon lit en me frottant les yeux pour voir Meihui plus distinctement. A côté d'elle, Kiara paraît au bord de la crise de nerfs.

- N'y pense même pas, Miumiu !
- Enfin, madame daigne ouvrir les yeux ! Tu n'as plus que dix minutes pour te préparer... dépêche-toi, par Merlin ! s'affole la blonde, en me voyant m’étirer.

J'adresse à mes colocataires un grand sourire, avant de retirer d'un geste vif les couvertures.

- Je suis déjà prête ! j'annonce fièrement.

Kiara et Meihui partagent un regard désabusé en remarquant que je porte déjà ma tenue de sport. J'étais tellement effrayée à l'idée d'oublier le tournoi, ou me lever trop tard, que j'ai décidé de dormir toute habillée.

- Tu t'es endormie dans cette tenue ? s'exclame Kiara, les yeux écarquillés.

Je bondis hors du lit et me rue vers la salle de bain afin de faire un brin de toilette. « Je ne voulais pas prendre le risque d'être en retard. » je réponds en retour. J'ai à peine le temps de me brosser les dents, que Kiara me tombe dessus.

- Comment te sens-tu ?
- Bien, pourquoi ?

Je la contourne pour aller chercher une paire de baskets dans le meuble à chaussures. Kiara me suit de près, comme un petit chien qui a peur de perdre de vue son maître.

- Tu sais que c'est le jour de la deuxième tâche ?
- Évidement, fais-je en roulant des yeux.
- Si je te demande ça, c'est parce que la dernière fois...
- Je ne m'en étais pas souvenu, oui ! je termine en râlant.

Je me retourne et leur adresse un souriant confiant, bien que je sens mon cœur se serrer d'appréhension.

- Relax, les filles ! Je contrôle parfaitement la situation. Je suis dans les temps.

- Il est neuf heures cinq. lâche brutalement Meihui.

Mon sourire se fige, pour se transformer peu à peu en grimace horrifiée.

- Merlin de merde !


******



Je cours le long du couloir et descends quatre à quatre les escaliers, puis j'accélère le pas pour traverser le Hall d'entrée. Quelques retardataires sortent encore de la Grande Salle, et se dirigent vers le Parc. Je les dépasse, bousculant un gosse aux passage.

- Désolée ! je crie sans me retourner.

Je visualise au loin le terrain de Quidditch, qui est à présent méconnaissable. Une petite forêt enclose entre quatre murs de faible hauteur, remplace le stade. Je continue ma course effrénée. Mon cœur bat fort dans ma poitrine et ma respiration est haletante. Les gradins sont déjà bondés de spectateurs. Des élèves de tous âges, parlent, rient, mangent... dès qu'ils m’aperçoivent, les gryffondor hurlent mon nom et brandissent des banderoles comme des matraques.

Quand enfin, j'arrive devant la tente des Champions, je remarque- sans grande surprise- que tout le monde est déjà là.

- Ou étiez-vous passé ? siffle le Professeur McGonagall d'un air réprobateur, l'épreuve est sur le point de commencer !

J'ouvre la bouche pour bafouiller de lamentables excuses, mais la vieille sorcière se détourne de moi au beau milieu de mon explication. Les professeurs Slughorn, Flitwick et Chourave sont également présents, et semblent particulièrement soulagés de me voir.

J'aperçois mon équipier, à seulement quelques mètres de moi. James Potter est très beau, dans sa tenue de sportif accompli, aux couleurs de la maison Gryffondor. Il a fière allure, contrairement à moi. Je baisse les yeux, et soupire en remarquant que le bas de mon jogging est couvert de boue.

« Toujours aussi classe, Marlène ! » se moque ma voix intérieure.

James me rejoint en trottinant. Son visage amical me réchauffe instantanément le cœur.

- Tu m'as fait une de ces peurs ! dit-il, néanmoins avec un sourire.
- Désolée, vraiment désolée ! je m'empresse de m’excuser, la mine confuse.
- Tu es là, c'est le principal.

Il semble vouloir ajouter quelque chose chose, mais le Professeur McGonagall choisit cet instant pour se planter devant nous. Un mince sourire étire ses lèvres; j'en déduis que mon retard est pardonné.

- Monsieur Potter, Miss McKinnon... bonne chance. Faites honneur à votre maison.

Nous hochons tous deux la tête en silence. Mon estomac est noué par le trac, mais je reste concentrée. Je suis prête, tant physiquement que moralement.

Quand je me retourne, j'aperçois, pour la première fois, la table des juges où sont alignés trois sorciers barbus d'un âge assez avancé. Dumbledore, lui, se tient debout, près d'eux. Bien qu'il ne soit pas juge, il paraît diriger les opérations. Je laisse ensuite courir mon regard sur les autres Champions et retiens un soupir de désolation : pas la moindre fille à l'horizon.

J'évalue des yeux les équipiers des autres candidats. Le binôme du Champion des Serpentard à une carrure imposante, c'est le moins qu'on puisse dire. Je le reconnais sans mal : c'est Garett Avery, le garçon qui a blessé James pendant un match de Quidditch, l'année dernière. Avec son visage carré, et son nez épaté, je mettrai ma baguette au feu qu'il descend du troll, celui-là ! Le choix de Todd Harper est tout aussi... colossal. Son équipier est Anthonin Spark, un batteur. Ce type à réussi à me faire tomber de mon balai un nombre incalculable de fois !

Et vient enfin Aiden McKinley, le Champion de la maison Serdaigle. Son partenaire est moins imposant que les deux autres, et à l'air plutôt sympathique, ce qui me rassure un peu. Je commençais à croire que j'allais faire un combat de catch.

- En cercle, les jeunes ! réclame notre Professeur de vol d'un ton bourru.

Comme toujours, la joie irradie son visage. C'est beau, un homme qui aime son métier...

- Voici un plan –pas très détaillé, je vous l'accorde- de la forêt que nous avons fait installer pour le Tournoi.

Il remet une carte à chacun de nos équipiers.

- Le but du jeu, c'est de retrouver votre chemin le plus rapidement possible, sans être blessé, ni périr en route...

- Il plaisante, là ? je chuchote, incrédule.
- J'ai bien peur que non. rit sous cape James.

Je croise les bras sur ma poitrine, et focalise à nouveau mon attention sur le Professeur Tempton. Je remarque qu'il a l'air aussi ennuyé que moi par toute cette affaire.

- Après mûre réflexion, les balais ne seront pas autorisés. Veuillez les déposer dans la tente des Champions...

J'ouvre grand les yeux. Ça tombe à pic, j'ai oublié le mien !

- Des questions ? demande Tempton, d'un ton qui suggère qu'on ferait mieux de se taire.

Le Champion des Serdaigle lève aussitôt la main.

- Pas le temps pour ça, McKinley. Les juges s'impatientent. grogne notre charmant prof de Vol.

Sans plus de cérémonie, le sorcier dirige sa baguette magique vers sa gorge et murmure un Sonorus:

« Et voilà, tous nos champions ainsi que leurs équipiers sont prêts à entreprendre la deuxième tâche qui commencera à mon coup de sifflet. Ils auront exactement une heure pour retrouver leur chemin. Attention, un... deux... trois ! »

Un coup de sifflet strident retentit, et aussitôt, des applaudissements et des cris explosent dans les tribunes.

Les Champions, ainsi que leurs équipiers se mettent tous à courir vers l'unique ouverture qui donne accès à la forêt. Je suis le mouvement, bien que je n'y vois pas trop l'intérêt. Pourquoi se presser ? Il faut plutôt prendre ça comme un marathon : commencer en douceur, et finir en tapant un sprint.

Je ralentis le pas pour observer la curieuse petite forêt dense, dans laquelle on se trouve. Tout à l'air plus petit. Les arbres, les buissons, les taillis... mais je n'irais pas jusqu'à dire que c'est une forêt miniature, loin de là. En levant la tête, j'aperçois la vue du haut des dernières rangées de gradins.

Je regarde tout autour de moi en continuant à marcher lorsque quelque chose- ou plutôt quelqu'un- me rentre dedans. Je suis brutalement propulsé en arrière, et me retrouve les fesses par terre. Un cri de douleur m'échappe. Passée la surprise du choc, je me rends compte que mon assaillant n'est autre que Gordon Wilkes. Ce crétin semble très fier de lui, pour changer.

James accourt aussitôt pour m'aider à me relever.

- Ça va, Marlène ?

Je saisis la main qu'il me tend pour me remettre debout, difficilement. Des douleurs lancinantes me parcourent les côtes. Je fusille du regard le Serpentard, qui poursuit tranquillement sa route, l'air goguenard.

- Ouais, merci...

James n'écoute pas ma réponse; il rattrape Wilkes en quelques enjambées pour se confronter à lui. Le Préfet le pousse violemment par les épaules, le forçant à reculer.

- Tu l'as fait exprès !
- Ta petite-copine est une Championne, Potter. Je suis sûr qu'elle peut se défendre toute seule.

Le vert et argent lance un regard dans ma direction, me reluquant de haut en bas. Lorsqu'il se tourne vers James, un lent sourire mauvais se dessine sur ses lèvres.

- Que devient Evans, au fait ? Je croyais que ton kiffe, c'était les sales sang-de-bourbes ?

Cela ne fait rire que son troll d'équipier. Je voix James serrer les poings si fort que ses articulations deviennent livides. Craignant que la situation ne dégénère, je décide d'intervenir :

- Non ! Il n'attend que ça, je l'arrête en posant une main sur son torse.

Le Préfet finit par abdiquer. Ce n'est ni le lieu, ni le moment. En réponse à cette provocation, les deux Serpentard ricanent. Le rire de Wilkes meurt rapidement dans sa gorge ; Todd Harper apparaît devant nous et lui fonce droit dessus, tel un oiseau qui s'abat sur sa proie.

- Oh, ben mince, alors ! s'exclame faussement le Poufsouffle. Je t'avais pas vu, mec. Désolé. ajoute-t-il, sans le penser pour un sous.

Wilkes git sur le sol, se tordant de douleur. Ha, bien fait ! Harper m'adresse un sourire complice. J'ai presque envie de l’applaudir. Je vous ai dit a quel point j'adorais ce garçon ?

Malheureusement, la situation ne tarde pas à s’envenimer : le Serpentard se relève à une vitesse ahurissante, et voilà que les les coups de poing s'échangent et les injures volent. En bon gryffondor qui se respecte, James Potter veut se mêler à la bagarre pour aider les deux Poufsouffle (qui se débrouillent pas trop mal, je dois l'avouer). Je le retiens par le col de son sweat-shirt et lui souffle à l'oreille qu'il faut plutôt profiter de cette ridicule démonstration de virilité. McKinley, lui, ne s'est pas arrêté pour nous faire un brin de causette, que je sache. Le Serdaigle à déjà pris pas mal d'avance, il faut le rattraper !

Nous nous éloignons, pour s'enfoncer plus profondément dans la forêt.

- Génial, j’espère qu'ils vont s'entretuer ! je plaisante à moitié. On va prendre un peu d'avance, comme ça... que dit le plan ?
- Pas grand chose, soupire le brun à lunettes. Gauche ou droite, selon toi ?

Une douleur lancinante me vrille. Je m'appuie contre un arbre, le temps que ça passe. James revient sur ses pas. Il me regarde d'un œil critique, avant d'exploser :

- Il a dû te briser une côte, cet enfoiré !

Je me remets en chemin, lui emboîtant le pas. La dernière chose dont j'ai envie, c'est que mon équipier passe son temps à me surveiller et me protéger, juste parce que je suis une fille.

- Non, ça va. Gordon Wilkes n'est pas si costaud que ça, tu sais... il n'a que du gras ! je raille, lui arrachant un rire.

Bon, gauche ou droite ? L'accès semble plus dégagé par la droite...

Le chemin que nous avons emprunté débouche sur une sombre clairière, entourée d'arbres. Le sol et recouvert d'un tapis de mousses et de plusieurs espèces de sous-arbrisseaux.

- C'est joli, non ?

James, le regard résolument fixé sur son plan, répond par un simple "hum". Soudain, des bruits de pas nous interpellent. Je me retourne vivement, ma baguette magique à la main, très vite imité par mon équipier. Oh là, je m'impressionne moi-même ! Depuis quand suis-je plus rapide que James Potter ? J'entends des craquements lourds, et une seconde plus tard, un jeune homme brun-roux apparaît dans mon champ de vision.

- Vous avez cru réussir à nous semer, les lions ? lance joyeusement Todd Harper.
- C'est pas faute d'avoir essayé, je rétorque en lui rendant son sourire.
- Pitié, Harper : dis-moi que t'as tué Wilkes et que tu as planqué son corps pour que personne ne puisse le retrouver ?
- Tu ne serais pas un peu morbide sur les bords, Potter ? ricane ce dernier.

Je continue de marcher, les garçons sur mes talons. James et Spark se plaignent du plan " totalement inutile" que le prof de vol leur a donné. Quant à Harper, il accélère le pas pour me rattraper, sans toutefois me dépasser. Nous échangeons un sourire amical, lorsqu'il s'arrête net, me forçant à faire de même.

Devant nous s'étend un vaste marécage, pleine de mares stagnantes et de végétation. Il s'en dégage une odeur nauséabonde et incommodante. Le Poufsouffle s'approche du bord de l'eau et se penche, comme pour tenter de mesurer la profondeur.

- Bon... un petit plongeon, ça vous dit ?
- Ce sera sans moi ! je réponds immédiatement, d'un air dégoûté.

Il y a sûrement un moyen de contourner cet étang. Je jette un regard autour de moi, mais j'ignore quelle direction prendre.

- James ?
- Rien n'est indiqué sur ce maudit plan, soupire-t-il.
- Je confirme, dit l'équipier de Todd en relevant la tête vers moi.

Bon... je décide de longer le marais pour m’imprégner des lieux. Au bout de seulement quelques minutes, je découvre un petit sentier, enchevêtré de ronces et de branches folles.

- Il y a un passage par ici ! je crie pour attirer leur attention. Cela mène peut-être de l'autre côté ?

- Tu réfléchis trop, McKinnon ! me répond Harper. Ça ira plus vite en nageant, crois-moi.

Peut-être, mais j'ai franchement pas envie de me mouiller. Les marais visqueux et verdâtres, très peu pour moi. Je rejoins le groupe et constate que le Poufsouffle a déjà retiré ses chaussures.

- Tu en dis quoi ? me demande James, l'air tout aussi réticent.
- Et toi ? je rétorque en arquant un sourcil inquisiteur.

Je ne m'en suis pas aperçu dans le feu de l'action, mais à présent que mes méninges sont en pleine ébullition, je remarque que James a une attitude étrange. Depuis le début de l'épreuve, il n'a pris aucune initiative, aucune décision. Je trouve ça curieux, d'autant plus qu'il est assez autoritaire, en règle général.

- C'est toi la Championne, se contente de répondre le concerné, avec un sourire en coin.

Je m'en doutais : nos équipiers ont reçus des directives. Dumbledore leur a sûrement donner l'ordre de ne pas prendre position. Pour quoi que soit.

Je garde le silence un instant, cherchant une autre échappatoire, mais il faut se rendre à l'évidence, il n'y a pas trente-six mille solutions. Soit on tente d'emprunter ce sentier, soit on fait marche arrière et ce sera un retour à la case départ.

- Allez, vieux, un peu de courage ! lance Harper à son équipier.

Ce dernier, qui est resté en retrait, avance timidement de quelques pas. Harper retire son sweat, ainsi que son tee-shirt, dévoilant des muscles saillant. Étant la seule fille dans le coin, mes yeux s'écarquillent de surprise. Je laisse mes yeux vagabonder sur son torse, sans pouvoir dissimuler un petit sourire appréciateur. Ouh, il y a du strip-tease dans l'air ! Je n'ai rien contre, hein. Je suis même prête à lui garder ses fringues, le temps qu'il aille faire trempette. « Alors ? Lequel a meilleure allure sans sa chemise ? Todd Harper ou Sirius ? » me souffle James à l'oreille.

Je sens mes joues s'embraser, je dois être rouge comme une pivoine. Comment se fait-il que James soit au courant que j'ai vu son meilleur ami sans sa chemise ?! Ah non, qu'il m'épargne ce regard, je ne suis pas une perverse ! Ce n'est pas de ma faute si les garçons ont la fâcheuse manie de se déshabiller devant moi...

Je cherche une répartie cinglante, quand le Préfet s'exclame brusquement, d'un air paniqué :

- Attends, Harper, je crois avoir vu quelque chose sous l'eau !
- Un poisson, sans doute. répond ce dernier en roulant des yeux.
- Non, c'était plus gros qu'un poisson ! affirme-t-il avec empressement.

Je m'approche à mon tour, observant la surface de l'eau. Je remarque qu'elle est trouble, agitée à certains endroits. Je ne sais pas ce qui se cache là-dessous, mais je doute que cela soit seulement des poissons !

- On ferait mieux de suivre ce chemin, c'est plus prudent. dis-je, en pointant du doigt le sentier, plus loin.
- Depuis quand les gryffondor sont prudents ? s'esclaffe le Champion.

Ce dernier se tient déjà prêt à exécuter un plongeon.

- Il a raison, renchérit Spark. Vous voulez simplement gardez un œil sur nous pour qu'on ne vous dépasse pas.
- Quoi ? fais-je avec indignation.

Harper se tourne vers moi, et ajoute :

- Il n'y a rien de mal à ça, toi et moi, on est pas dans la même équipe. Mais les Poufsouffle sont loin d'être des idiots, vous savez ? Et on va vous le prouver !

Son ton n'a plus rien d'amical. Pour la première fois depuis le début de ce tournoi, il laisse entrevoir une autre facette de sa personnalité, qui démontre sa compétitivité. Harper semble à présent me considérer comme son adversaire, et non sa camarade.

- On... on n'a jamais insinué que vous étiez des idiots, Harper ! je balbutie, choquée par ses propos.

Todd Harper ne m'écoute plus, il fait face au lac. Son visage est fermé, concentré. James m'attrape le bras pour m'attirer vers lui.

- Il n'a pas tort, Marlène : nous ne sommes pas de la même équipe. Il faut avancer.
- D'accord... je cède, jetant un dernier regard au Poufsouffle.

Nous tournons les talons pour aller emprunter un petit chemin rocailleux et étroit. Le sentier n'est pas suffisamment large pour deux, ce qui ne facilite par la conversation. James marche devant moi, en silence, écartant les branches sur son passage. Je me les prends plus d'une fois dans la figure, contrairement au Préfet.

Je me fige net, lorsque j'entends un crissement distinct sous ma chaussure droite.

- Beurk ! je m'exclame, répugnée.
- Tu vas bien ? me demande aussitôt James, en se tournant vers moi.

Je lève le pied et sautille sur une jambe pour aller m'essuyer sur des feuillages.

- Je viens d'écraser une chenille aussi énorme que le mono-sourcil à Wilkes !
- Dégueu, lâche le brun dans un rire.

Soudain, des éclats de voix percent le silence. J'échange un regard étonné avec James. Je tends l'oreille pour me concentrer, et comprends que ce ne sont pas seulement des cris, mais des hurlements de détresse, semblant provenir du marécage. Mon cœur se met à tambouriner dans ma poitrine, terrorisée à l'idée qu'il puisse être arrivée quelque chose aux deux Poufsouffle. Je partage un regard équivoque avec mon équipier.

Nous faisons immédiatement demi-tour, sans dire un mot, ou prendre le temps de réfléchir.
La deuxieme tâche (partie 2) by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Voici le chapitre 35, j’espère qu'il vous plaira ! Si mes comptes sont bons, il ne reste plus que 7 chapitres avant la fin :D

Merci à Sumishann pour sa correction !

Bonne lecture,
A bientôt.
Chapitre 35 : La deuxième tâche (partie 2)



« Todd ?! Harper, vieux, répond-moi ! »

Je cours de toutes mes forces, aussi vite que je le peux. James et moi arrivons au marécage en l'espace de quelques minutes seulement. J'aperçois Anthonin Spark, l'équipier de Harper, penché au dessus de l'eau. Il est à moitié nu et a l'air totalement paniqué. Lorsque j'arrive près de lui, le Poufsouffle se jette pratiquement sur moi.

— Qu'est-ce qui se passe ? je demande sans détour.
— C'est Todd ! Je comptais le rejoindre, quand je l'ai entendu crier, et puis plus rien. Il n'est pas remonté à la surface !
— Il a peut-être atteint l'autre coté du rivage ? le tempère James.
— Non, je l'aurai vu ! Il faut prévenir un professeur ! Tu avais raison, Potter, il y a quelque chose sous l'eau !

Je partage un regard affolé avec mon équipier ; nous comprenons tous les deux que la situation est grave, et qu'il faut agir vite. MERDE ! Mais où sont les professeurs, le directeur ?! Pourquoi personne n'intervient ? Ça me met dans une rage folle.

J'utilise ma main comme visière ; la surface de l'eau est anormalement calme. Je n'entends que les hurlements désespérés de Spark.

— Là ! dit brusquement James, en pointant du doigt le lac.

Au loin, je vois une main dépasser de l'eau, celle de Todd Harper. Le Poufsouffle semble résister, comme si quelque chose, accroché à sa cheville, le tirait vers le fond. Mon dieu, il va finir par se noyer !

Sans réfléchir, je me jette à l'eau toute habillée. J'entends James hurler mon nom et lâcher un juron qui ferait pâlir le professeur McGonagall. L'eau est glacée, elle me transperce le corps comme de fines aiguilles. Je nage tant bien que mal dans sa direction, la peur au ventre. Au bout de quelques secondes, je sors la tête de l'eau et regarde autour de moi. Je vois Todd Harper un peu plus loin, en train de lutter, d'agiter les bras, avant qu'il ne disparaisse une seconde fois.

Je plonge la tête sous l'eau après avoir emmagasiné suffisamment d'oxygène. Je retiens mon souffle le plus longtemps possible. Là ! Je vois Harper au fond. Il est inconscient. Je m'approche, passe mon bras sous le sien, et entoure son thorax. Je pousse des pieds pour remonter à la surface, mais le Poufsouffle est trop lourd, je n'ai pas assez de force. A chaque fois que je tente de remonter, j'ai l'impression que quelque chose m'en empêche.

Et alors que je crois que la situation ne peut pas empirer, c'est à cet instant précis que je la repère : une sirène. Elle nage jusqu'à moi pour me faire face, et me regarde avec de grands yeux étonnés. Le haut de son corps à partir des hanches est similaire à celui des humains tandis que la partie inférieure est une queue de poisson. Ses cheveux sont d'un blond presque blanc, semblables à de dangereuses tentacules.

Puis, sans crier gare, la sirène se met à faire des cercles autour de nous. Elle tourne, tourne, encore et encore, de plus en plus vite, comme un requin qui a flairé l'odeur du sang. Je suis prise de panique, que veut-elle, à la fin ?! Faire de Todd Harper et moi son déjeuner ?

Je manque d'air. La peur me saisit et me fait réagir. J'utilise mes dernières forces pour me hisser hors de l'eau ; ça m'est plus facile, car sans le vouloir, la sirène a créé des vagues qui me propulse vers le haut.

La tête enfin hors de l'eau, j'inspire un grand coup. Mes poumons sont en feu. Je tiens fermement Harper et nage à reculons pour me rendre au bord de l'eau. Mais alors que je nous pense sauvés, je sens le corps d’Harper glisser. Mes yeux s'écarquillent de terreur en revoyant la sirène. D'une main, elle parvient à attraper la cheville du Poufsouffle, et tente de l'entraîner avec elle. Harper gémit, et je bas frénétiquement des jambes pour essayer de lui échapper.

Non ! Non, je ne te laisserai pas l'emmener !

Je commence à sérieusement désespérer lorsqu'un jet de lumière fuse, juste à côté de moi. Il frappe de plein fouet la sirène, la projetant en arrière. Le calme revient pendant quelques secondes puis, un visage familier émerge de l'eau.

- James ! fais-je, profondément soulagée.

Sans dire un mot, le Maraudeur me libère du poids d’Harper pour le traîner, sans trop de difficulté, vers la terre ferme. Je le suis, puisant dans mes dernières ressources. Arrivée au bord, Anthonin Spark me tend immédiatement le main.

— Vous allez bien ? Tout le monde va bien ?! s'inquiète Spark, hystérique.

Je m'affale à même le sol, épuisée, et jette un regard vers Todd Harper. Merlin merci, il est conscient ! Il tousse, crache, essaye d'expurger ses poumons remplis d'eau. James est penché au dessus de lui, l'air à la fois soulagé et perplexe.

— C'était quoi cette chose, bordel ? demande Harper d'une voix essoufflée, lorsqu'il reprend enfin ses esprits.
— Une foutue... SIRÈNE ! je hurle à m'en casser les cordes vocales.

Je peine à me relever. J'essore mes cheveux et mon sweat pour limiter les dégâts. Voyant le Champion des Poufsouffle grelotter, je lui lance ses vêtements, qu'il se hâte d'enfiler.

— J'ignorais qu'elles pouvaient être aussi hargneuses, dit le brun à lunettes.

Il retire ses chaussures trempées pour les secouer avec vigueur.

— C'est quoi déjà, le sortilège de séchage ? j'interroge en soupirant.

Moi aussi, je commence à avoir froid. Nos équipiers échangent un regard ennuyé.

— Nous n'avons pas le droit de vous influencer, et encore moins de vous donner des formules. Sur ordre de Dumbledore, désolé.

Je roule des yeux, bien que je m'en doutais. Un simple coup d'oeil vers Harper suffit à me faire comprendre qu'il ne se souvient pas non plus de ce sort.

— Vous croyez vraiment que les Serpentard vont appliquer cette règle ? fait remarquer ce dernier.
— Dumbledore s'en est assuré en nous jetant un sort de bloqu.. de bloqu... vous voyez ? soupire Spark, incapable de terminer sa phrase.
— Tu ne te souviens pas de ce sort, Marlène ? Nous avons pourtant revu ensemble tous les sortilèges existants ! ne peut s'empêcher de me rappeler mon équipier, le regard sévère.

Je soupire lourdement. C'est de ma faute, si j'ai une mémoire de poisson rouge ? Et puis, ce n'est pas comme si j'utilisais un sort de séchage tous les jours !

— C'est pas grave, j'avais besoin d'une petite douche, de toute façon. Je n'ai pas eu le temps d'en prendre une ce matin, je rétorque, préférant prendre cela avec humour.

L'expression grave qu'arbore Todd Harper me fait cependant perdre le sourire. Il passe une main sur sa nuque, l'air affreusement gêné.

— Merci de m'avoir sauvé, les gars. Vous n'étiez pas obligé de revenir pour moi...
— C'est vrai qu'on aurait pu te laisser te noyer. plaisante James.
— Tu te serais sûrement fait dévorer par cette ravissante sirène, je renchéris sur le même ton.

Le Poufsouffle sourit, mais son visage est livide. Il semble encore un peu sous le choc.

- Vous croyez qu'un Professeur serait venu à son secours ? murmure Spark, comme s'il craignait qu'on l'entende. Je veux dire... le directeur est un excentrique, mais il n'est pas fou. Pas au point de mettre en danger intentionnellement ses propres élèves ?
- Albus Dumbledore est un grand homme, dit aussitôt James. Et un déséquilibré mental, ajoute-t-il après un court instant de silence.

Nous nous dévisageons tous les quatre un moment, avant d'éclater de rire. Un rire nerveux, pour libérer la tension accumulée. Puis, je dis aux garçons qu'on ferait mieux de se remettre en route.

Je retiens un soupir, qui sait ce qui nous attend encore dans cette maudite forêt ?

- Ça vous dérange, si on fait un bout de chemin ensemble ? demande timidement Harper.

Le jeune homme n'est clairement pas en état de poursuivre l'épreuve. Le traumatisme qu'il vient de vivre est encore bien présent. Je jette un regard alentour, espérant qu'un adulte, une personne censée, se décide à intervenir pour mettre fin à ce tournoi. Mais il ne se passe rien. Je me contente donc de hocher la tête.

- Oh, arrête un peu, et avoue qu'elle te plaisait bien cette sirène, le taquine James en lui donnant une tape à l'épaule.

Le Poufsouffle blêmit.

- Les écailles, c'est pas trop mon truc...

Nous marchons tous les quatre en direction du sentier que j'ai repéré. Harper culpabilise de nous avoir à tous fait perdre du temps. Il se montre excessivement poli à mon égard, allant jusqu'à écarter chaque branche se trouvant sur mon passage.

Une dizaine de minutes plus tard, je suis ravie de voir que nous avons atteint l'autre rive.

Nous rejoignons un large chemin, allons droit devant nous, quand les deux Poufsouffle s'arrêtent brusquement.

— Nous, on va prendre de ce coté. prévient Harper.

Il fait un mouvement de tête vers la gauche. Je ne suis pas sûre que ce soit vraiment un raccourci, mais je comprends son envie de vouloir tenter le coup et de s'éloigner de sa rivale.

— D'accord. Bonne chance.
— À vous aussi !

Harper m'adresse un clin d'œil avant de partir, signe qu'il a parfaitement récupéré. James et moi accélérons le pas pour sortir au plus vite de cette forêt. Le Maraudeur marche devant moi, si rapidement qu'il disparaît souvent au milieu des broussailles et des arbres. Je m'arrête subitement lorsque j'entends comme un craquement sous mes pieds.

James est toujours devant moi. Soudain, le sol se dérobe sous ses pieds, comme dans un gigantesque éboulement. Il lâche un cri qui résonne au loin, puis plus rien. Paniquée, je me précipite vers lui, et m'agenouille près du gigantesque trou béant qui vient d'apparaître sous mes yeux. Je hurle son nom plusieurs fois, avant qu'il ne se décide enfin à me répondre :

— James ? JAMES ! Est-ce que ça va ?!
— Oui... je suis tombé.

Heureusement qu'il me le dit, je ne l'aurais pas deviner toute seule. Je suis soulagée de voir son visage couvert de poussière, du fond de la fosse. Pendant un instant, j'ai cru qu'il était mort... ce crétin m'a fichu la frousse !

Je me met à plat ventre et tend le bras dans sa direction.

— Tu penses pouvoir remonter ?

Le jeune homme tente de se redresser mais la douleur l'en empêche. Au second essai, il essaye d'attraper ma main, sans succès.

— C'est trop haut, et je crois que j'ai la cheville cassée.
- As-tu une idée de sort qu'on pourrait utiliser ?
— Non, mais même si j'en avais une...
— Tu ne pourrais rien dire, je termine, accablée. OK... je reviens vite, je vais aller chercher de l'aide !

Je me remets debout, et ramasse la carte qu'il a fait tomber. Avec un peu de chance, les Poufsouffle ne sont pas très loin... ce sera un prêté pour un rendu.

— Non, attends, Marlène !

Je reviens sur mes pas.

— Qu'est-ce qu'il y a ? Je dois me dépêcher pour rattraper Harper et Spark !
— Tu as le plan avec toi ? demande le brun, m'ignorant superbement.
— Oui.
— Bien, alors continue toute seule.

Je l'observe un moment en silence, clignant bêtement des yeux.

— Tu t'es aussi cogné la tête, en tombant ?
— Le but est de retrouver son chemin en moins d'une heure, tu dois continuer seule pour gagner, Marlène !
— Mais...

Je regarde autour de moi, me demandant intérieurement s'il n'aurait pas une commotion cérébrale.

— Je ne peux pas te laisser ici !
— Je vais m'en sortir, ne t'inquiète pas. Je n'ai plus que (il consulte sa montre) vingt minutes à tenir. Quelqu'un viendra probablement me chercher...
— Je n'aime pas le « probablement ».

Il me fusille du regard.

— Bouge-toi un peu les fesses si tu veux remporter ce maudit tournoi ! s'insurge une nouvelle fois le préfet, à bout de nerfs.
— Ça va, j'y vais ! je grommelle en me relevant.

J'avance lentement, pas vraiment réjouie à l'idée d'abandonner mon équipier. Je m'efforce de combattre le sentiment de culpabilité qui me submerge en me disant que je ne fais rien de mal. James a raison, je dois continuer sans lui pour espérer avoir une chance de gagner. Je sors le plan pour l'étudier, lorsque je retrouve par hasard au fond de ma poche un petit objet en bois. Je l'observe un instant, en souriant. Petite fille, je l'emmenais partout avec moi...

Je fais aussitôt demi-tour pour retrouver le Gryffondor, qui est toujours coincé dans son trou.

— James ! je l'interpelle, le faisant sursauter. Tu veux un yoyo ?
— Un quoi ?
— Un yo... un jouet Moldu pour prendre ton mal en patience ?

Le Rouge et Or me dévisage avec une totale incrédulité, comme si j'étais un mirage. Puis, soudain, il explose :

— TU LE FAIS EXPRÈS, MARLENE ? FOUS LE CAMP !

Je perds mon sourire. Inutile d'être aussi désagréable !

— D'accord, je m'en vais ! fais-je en râlant.

Et pour de bon, cette fois-ci. La réaction du binoclard est presque vexante. Ça m'apprendra à vouloir être gentille... je marche d'un pas rapide, sans trop savoir où je vais. Le plan de la forêt est inutile, alors je décide de m'en passer. Mon yoyo toujours dans une main, je fais défiler la ficelle pour aussitôt la faire remonter.

Je me fige brusquement, telle une statue.

Pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt ?

Je cours en sens inverse, comme une dératée. James est assis au fond de la fosse. Lorsqu'il lève les yeux vers moi, il n'a même plus l'air surpris de me voir.

— Qu'est-ce que tu fais encore là ? T'as envie de perdre ? soupire-t-il.

Je le gratifie d'un sublime sourire.

— Je viens d'avoir une idée !

Un peu extrême, certes, mais une idée quand même.


******



« 5 minutes ! »

— C'est par là.
— Non, c'est par là ! je m'agace, montrant du doigt la direction opposée.

Mon équipier jette un coup d'œil à sa carte.

— Je n'en suis pas certain...
— Oublie un peu ce plan, il nous a apporté que des ennuis !

Le préfet accepte de se laisser guider ; je lui soutiens le bras pour l'aider à marcher.

Allez, encore un petit effort, on y est presque !

« Dix.... neuf... huit... et voila Miss McKinnon, la Championne des Gryffondor avec... son équipier Monsieur Potter ? » annonce le professeur Tempton d'une voix étonnée.

Bah oui, qui d'autre ? Je lève les yeux au ciel. De timides applaudissements se font entendre, et je comprends pourquoi en voyant les autres Champions. Oh non, c'est pas vrai...

— James, regarde, on est les derniers arrivés ! je lui souffle à l'oreille.

Son visage se décompose littéralement. Nous partageons un regard à la fois déçu et mortifié. Je suis envahie par un sentiment d'échec cuisant dont j'aurai bien de mal à me remettre. Mais alors que je rumine ma défaite, James se tourne vers moi pour me décocher un petit sourire.

— On est peut-être les derniers arrivés, mais au moins, on est ensemble. Et puis, ce n'est pas...
— Ce n'est pas la victoire qui compte le plus. Le principal, c'est de faire de son mieux, et s'amuser.

Le jeune homme m'observe, l'air étonné que je me souvienne de son discours d’avant match.

— Tu faisais une de ces têtes, dans ton trou ! je me remémore soudain, morte de rire.

Le préfet prend un air faussement offusqué.

— C'est pas beau de se moquer ! s'indigne-t-il, avant de s'esclaffer à son tour.

Nous rejoignons les autres Champions, misérablement, comme des soldats revenant de la guerre. Je remarque immédiatement que le professeur McGonagall a l'air furieuse. C'est à peine si elle daigne nous adresser un regard, à James et moi. Elle discute vivement avec notre directeur et les juges. « Sûrement pour se plaindre de nous » je songe en soupirant.

— Je demande une réunion du jury avant de donner les notes, dit l'un des sorciers barbus à Dumbledore.

Ce dernier hoche la tête d'un air entendu. Les juges se rassemblent, à l'écart des oreilles indiscrètes. Madame Pomfresh en profite pour mettre le grappin sur mon équipier ; elle fait apparaître un tabouret et, malgré ses protestations, le force a s’asseoir pour vérifier sa cheville.

Le verdict tombe quelques minutes plus tard :

— Mesdames et messieurs, nous venons de prendre une décision. Voici les notes, sur cinquante, que nous avons décidé d’accorder à chacun des champions...

Aiden McKinley est le premier arrivé, mais il a dû abandonner son équipier en chemin. Il a cependant réussi à passer tous les obstacles se trouvant sur sa route, sans grande difficulté. Il obtient un total de quarante-six points.

Gordon Wilkes, le deuxième arrivé, n'a pas hésité à se servir de son équipier comme bouclier humain afin d'échapper à divers créatures de la forêt. Et il a jeté un sort de paralysie au champion de la maison Serdaigle pour tenter de le dépasser (ce qui était formellement interdit). Le sortilège à atteint l'équipier du Serdaigle, d’où son absence... cette façon de faire n'a pas plu aux juges, comme en témoigne sa note : dix-huit points.

Todd Harper, troisième arrivé, a su faire preuve d'une grande détermination malgré le "petit incident" qui lui est arrivé en début de parcours. Comme McKinley, il s'en est bien sorti, bien que son équipier se soit perdu en cherchant un raccourci. Il récolte trente-quatre points.

En écoutant la décision des juges, je prends conscience que nos équipiers ne comptent pas dans la balance. Le but était que les CHAMPIONS retrouvent leur chemin, le plus rapidement possible. Je me sens soudain idiote. Si j'avais écouté James et que je l'avais abandonné comme il le voulait, je serais sûrement arrivée troisième.

— Miss McKinnon...

Je retiens mon souffle, tout comme James. J'ai envie de disparaître sous terre. Il est évident que je vais recevoir la note la moins élevée...

— Miss McKinnon et Monsieur Potter sont revenus les derniers. Toutefois, ils ont perdu un temps considérable en allant secourir Monsieur Harper, comme nous l'a signalé la sirène du Lac. De plus, Miss McKinnon est la seule à être revenue avec son équipier, et cela est dû à la détermination dont elle a fait preuve pour aider Mr Potter qui, je vous le rappelle, était pris au piège dans une fosse dissimulée intentionnellement.

Je regarde le barbu en fronçant les sourcils. Comment ça, une fosse dissimulée intentionnellement ?! Quand je pense à ce que j'ai dû faire pour sortir James de là... un sortilège d’attraction. Ce qui a eu pour effet d'attirer le Gryffondor jusqu'à moi. J'ai dit attirer ? Je voulais dire catapulter. C'était un coup de chance, je dois dire. J'ignorais si ce sortilège fonctionnerait ou non, et si c'était à refaire, je crois que je préférerais laisser mon équipier moisir dans son trou. James m'est rentré dedans si brutalement que j'en ai eu le souffle coupé. Rien que d'y penser, mes os me font encore mal.

— Cette attitude démontre un esprit combatif et une grande force morale. Par ailleurs, le comportement empathique de Miss McKinnon et Mr Potter envers leur adversaire a été plus qu'apprécié, et a impressionné les juges. Par conséquent, nous leur accordons la note de quarante-huit points.

Quarante-huit points ? Je suis arrivée la dernière, mais... je me retrouve première au classement ? Ma bouche s'ouvre en grand sous l'effet de la surprise. Je regarde James, qui semble aussi stupéfait que moi.

Cette annonce provoque un tonnerre d'applaudissements, accompagnés de sifflets admiratifs, du côté de la tribune des Gryffondor. Je comprends à cet instant précis que ce n'est pas un rêve. Transportée de joie, je saute au cou de mon équipier, le faisant dangereusement vaciller. James me serre si fort dans ses bras qu'il m’étouffe presque.

Quant aux Gryffondor, ils font tant de raffut que la terre semble trembler sous nos pieds. James et moi saluons la foule, heureux d'en avoir fini avec cette terrible épreuve.

— Bravo, bravo ! nous congratule le professeur McGonagall d'une voix forte, pour couvrir le tumulte. Vous avez vraiment cru que Todd Harper était en danger, tous les deux ?

J'échange un regard avec le Maraudeur, qui m'observe en fronçant les sourcils. Devant nos mines confuses, McGonagall émet un petit rire.

— La sirène a seulement joué un rôle. Elle est inoffensive.

A ce souvenir, je sens ma colère resurgir.

— Ce n'est pas l'impression que j'ai eu lorsqu'elle a essayé de nous entraîner au fond du lac ! je riposte aussi sec, sur un ton amer.

McGo garde un instant le silence, puis son regard s'adoucit.

— Vous n'étiez pas seuls. Il y avait des sorciers cachés un peu partout dans la forêt, pour veiller sur votre sécurité.
— Je n'ai vu personne, dit James, l'air pensif.
— C'était l'effet recherché, Monsieur Potter.

McGonagall ne semble pas pouvoir s'empêcher de sourire. Elle est véritablement aux anges, et n'a de cesse de faire des signes de la main aux spectateurs, telle une reine de beauté. Ses joues sont rosies par l'euphorie. Je crois bien ne l'avoir jamais vue dans cet état, pas même lorsque nous avons remporté la coupe de Quidditch en cinquième année.

— Oh, Pomona ! s'exclame-t-elle soudain d'un ton excessivement joyeux. Attendez ma chère, je rentre avec vous !

En guise de réponse, le professeur Chourave esquisse une grimace, et poursuit sa route sans se retourner. Son attitude semble particulièrement amuser le professeur McGonagall.

— Si vous voulez bien m'excuser, je vais à présent aller vanter les mérites des élèves de ma maison.

Sans cesser de sourire, elle pose une main sur mon épaule. Et je décèle, pour la toute première fois, une lueur de fierté dans ses yeux.

— Vous avez été sensationnelle, Marlène.
Mise au point by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Voici le chapitre 36, j’espère qu'il vous plaira !

Merci à SumiShann pour sa correction.

On se retrouve à la fin du chapitre,
Bonne lecture.
Chapitre 36 : Mise au point.





— Ha, encore gagné ! Aboulez la marchandise, les mecs !

Je tends la main et claque des doigts avec impatience. Jamais je ne me suis sentie aussi forte, aussi puissante. A croire qu'une fée s'est penchée sur mon lit la nuit dernière pour déverser sa corne d'abondance avec générosité. Pour une fois, tout semble me réussir ; je suis la première du classement au tournoi, le professeur McGonagall a dit que j'avais été « sensationnelle », les Gryffondor ont organisé une gigantesque fête en mon honneur, et mes cheveux, habituellement épais et broussailleux, semblent s'aplanir (je sais, c'est ce qu'il y a de plus dingue). Cette journée est sans doute l'une des plus belles que j'ai passées depuis un bon moment !

Je récupère mon butin, un grand sourire aux lèvres.

— Il y en a marre, râle Eric Doyle avec humeur.
— Tu as de la chance, ce soir, se lamente Chris.
— Et ouais, je suis la meilleure !
— C'est un jeu de hasard, McKinnon, me rappelle Franck Londubat avec un demi-sourire.

Je l'ignore délibérément.

— On refait une partie ? je propose avec entrain.
— Ouais, mais on a plus de chocolats, observe Chris.

Mon sourire s'élargit.

— J'accepte aussi les Gallions.

De toute façon, je préfère l’espèce. Mon sourire se crispe lorsque je remarque Sirius Black. Depuis combien de temps est-il planté là, à nous regarder jouer ? Je grogne intérieurement, tandis que son regard gris métallique se pose sur moi.

— Je peux te parler, McKinnon ? En privée.

L'accent autoritaire de sa voix m'agace au plus au point. Le regard des garçons passe de Black à moi. Chris hausse les sourcils si haut qu'ils semblent disparaître sous ses cheveux, l'air de se demander ce que le tombeur de ses dames peut bien me vouloir, à moi. Mes joues s'empourprent sous l'effet d'un mélange de honte et de colère.

— Tu ne vois pas que je suis en pleine partie de bataille explosive ? je rétorque, cassante.
— Nous n'avons pas encore commencé à jouer, en réalité, s'amuse à répondre Chris.

Je lui lance un regard noir.

— Ça ne prendra qu'une minute, assure le Maraudeur.

Je me lève, de mauvaise grâce, en essayant d'ignorer les sourires goguenards de mes camarades, qui en disent long.

— Je sais exactement combien j'ai de Chocogrenouilles, alors pas touche ! je leur assène, avant de partir.

Je suis difficilement Black, me faufilant tant bien que mal entre les élèves, qui ne cessent de me féliciter et me congratuler. Malgré l'heure tardive, la fête bat toujours son plein.

Je me raidis, en sentant une main assurée se poser au bas de mon dos. « Eh, c'est notre Championne ! » lance une voix derrière moi. Je tourne la tête, et me retrouve nez à nez avec Matthew Grayson, un gars de l'équipe de Quidditch. Il se met à rire comme quelqu'un de passablement éméché.

— Tu vas bien boire un verre ?

Le Gryffondor me gratifie d'un sourire charmeur, aussi désarmant qu'un pistolet à eau. J’arque un sourcil, perplexe. Grayson est assez horripilant, dans son genre. Son arrogance et ses manières brusques rebutent bon nombre de personnes, moi y compris. Il est loin d'être un ami, c'est à peine si j'arrive à le supporter pendant les matchs.

L'air conspirateur, il me verse un grand gobelet de whisky Pur Feu. Je secoue la tête de droite à gauche.

— Non merci, j'en suis déjà à mon quatrième verre.
— Ah bon ? Ça ne se voit pas du tout ! s'esclaffe-t-il, me reluquant de la tête aux pieds.

Je lui rend son sourire. J'en connais un qui va avoir une sacrée gueule de bois, demain matin.

— C'est parce que je tiens très bien l'alcool, contrairement à toi.
— Et moi qui espérais pouvoir te soûler pour abuser de toi, plaisante le jeune homme.
— Abuser de moi ? Tu n'arrives même pas à soulever ton verre correctement, mon pauvre vieux ! je me moque sans vergogne.

Ce garçon devrait boire tous les jours, ça le rend presque sympathique. Il titube un peu, avant de pointer un index dans ma direction, l'air incrédule :

— Je ne rêve pas là, tu viens bien de me dire un truc cochon ?

Il se penche, pour me glisser à l'oreille :

— Tu ne voudrais pas qu'on s'isole quelque part, toi et moi ?

Ben voyons ! Je m'apprête à lui envoyer un coup de genou bien placé, quand une main ferme s'abat sur son épaule et, sans ménagement aucun, le tire en arrière. J'ai aussitôt un mouvement de recul en voyant Sirius Black. Une lueur de détermination illumine ses prunelles, devenues d'un gris glacial.

— Qu'est-ce que tu fiches ?

Ces mots, crachés avec virulence, me sont destinés. Sa froideur me déconcerte, et me rend nerveuse à la fois. Je garde cependant maîtrise de moi-même, puis réponds sur le même ton :

— Ça ne se voit pas ? Je discute.

Le brun ferme les yeux un bref instant, comme pour essayer de contenir sa colère.

— Elle discute avec moi, précise inutilement Grayson. Alors pourquoi tu n'irais pas voir ailleurs si on y est, Black ?

Le deux Gryffondor se dévisagent en chien de faïence. Je les regarde tour à tour, avec l'étrange impression d'être le dernier morceau de viande sur la table.

— Tu ferais bien d'aller cuver, mon pote. T'as une sale tête, siffle Black entre ses dents.

Grayson se redresse de toute sa hauteur, chancelant à moitié.

— Je vais cuver si je veux, d'abord !

Sa voix monte de les aigus, ce qui est vraiment très drôle. N'y tenant plus, je pouffe de rire, m'attirant les foudres de Black. Son regard me transperce comme une lame d'acier, imposant une volonté de fer. Sans trop savoir pourquoi, je ressens une pointe de culpabilité.

— On peut se parler à l'extérieur, McKinnon ?
— Je te parie qu'il propose ça à toutes les nanas, fait remarquer Grayson en hoquetant.

Le Maraudeur perd visiblement patience ; son visage se ferme, sa mâchoire se crispe et la contrariété – une fois de plus – se lit dans ses yeux. Je ne comprends pas vraiment ce qui se passe ici, mais en voyant Black serrer les poings, je m'interpose et lui saisis le bras pour le forcer à me suivre.

L'air se fait plus respirable en dehors de la salle commune. Je lâche le bras de Black et croise les bras sur ma poitrine, le toisant avec humeur. La scène à laquelle je viens d'assister me ferait presque penser qu'il est jaloux. Et je n'aime pas ça.

Comme il garde le silence, je prends la parole :

— Alors ? Qui y a-t-il de si important ?

La sévérité de son regard s'adoucit. Il m'adresse un sourire amical qui me fait perdre tous mes moyens.

— Je voulais te féliciter. James et toi avaient été incroyables.

Je le regarde interloquée, la bouche et les yeux grands ouverts.

— Oh. Merci... je grommelle en fixant le bout de mes chaussures.
— Je le pense sincèrement. Je te dois des excuses.
— Pourquoi ?
— Pour avoir insinuer qu'une fille était moins douée qu'un garçon. Et pour t'avoir dit que tu ne faisais pas le poids, que les autres champions étaient plus forts...

J'étudie longuement son visage régulier. Bizarrement, l'expression de son regard m'est familière.

— Tu ne le pensais pas vraiment, je souffle.
— Non, c'est vrai, sourit-il.
— Pourquoi m'as-tu fais croire le contraire ?

Un petit sourire malicieux se joue sur ses lèvres.

— Tu avais besoin d'une source de motivation.

Je le dévisage, abasourdie. Une source de motivation ? Je ne sais pas ce qui me retiens de lui foutre mon poing dans la tronche !

— Super, je te remercie de m'avoir dénigrée et insultée, ça m'a beaucoup aidé ! je gronde, sarcastique. C'est tout ce que tu voulais me dire ?

Sans attendre sa réponse, je le contourne pour retourner dans la salle commune. J'ai des Gallions à gagner, moi ! Malheureusement, Black se plante devant moi pour m'empêcher de passer. Toujours furieuse, je tape du pied pour montrer mon impatience.

— Je sais qu'on s'était mis d'accord pour ne plus en parler, mais j'ai besoin d'éclaircir certains points. A propos de notre baiser.

Mon cœur s'affole, et mes yeux s'écarquillent comme ceux d'une biche effarouchée. J'ai envie de prendre mes jambes à mon cou.

— Je... je ne pense pas que ce soit nécessaire, je bredouille, reculant d'un pas.
— Si, au contraire.

Sa détermination me laisse sans choix. Je m'oblige à le regarder droit dans les yeux, craignant le pire.

— Tu m'as dit que ce baiser était une erreur. Tu le penses réellement, Marlène ?

Il avance doucement, comblant la distance qui nous sépare. A sa proximité, une vague de chaleur me submerge. Je suis tiraillée entre l'envie de l'embrasser à nouveau, et celle de fuir. Je croise les bras sur ma poitrine, comme pour créer un barrage invisible.

Non, je ne l'embrasserai pas ! Mon malaise est déjà assez grand comme ça, et ce serait entrer volontairement dans un cercle vicieux, infernal. J'oublie presque de respirer, lorsque Black caresse ma joue. Ce contact est si léger et en même temps si chargé de sens que je pourrais m'évanouir.

— Parce que... ce n'est vraiment pas l'impression que j'ai eu quand tu étais dans mes bras.

Je reste paralysée. Éblouie. Mes yeux se perdent dans son regard argenté, devenu si familier.

— Tu sembles avoir une fausse idée de moi, poursuit-il à mi-voix. Tu as laissé sous-entendre qu'il me serait très facile de te remplacer et d'embrasser une autre fille. Tu ne pouvais pas être plus loin de la réalité... et juste pour que ce soit bien clair : je n'ai pas pour habitude d'emmener des filles dans ma chambre.
— Ce n'est pas ce que raconte Lauren Smith.

Je me gifle mentalement ; qu'est-ce qui m'a pris de dire ça ? Premièrement, ça ne me regarde pas, et deuxièmement : je n'ai aucune envie de savoir si cette histoire est vraie.

— Lauren Smith ? répète le Maraudeur, semblant soudain être à des kilomètres de là.

Il se recule un peu pour mieux m'observer. Ses sourcils se froncent et sa bouche se crispe légèrement. Cela me confirme que Smith a dit la vérité, chose que j'aurais préféré ignorer. Je réprime ce sentiment de jalousie qui me compresse la poitrine.

Ça n'a pas d'importance et ça ne me regarde pas.

— Peu importe, reprend le brun, l'air un peu agacé. Je ne comprends pas pourquoi tu as autant de mal à croire que je m’intéresse à toi, allant jusqu'à penser que je t'ai invitée parce que j'ai perdu un pari.

Je m'écarte pour reprendre contenance. Si le Maraudeur veut parler du fond du problème, allons-y :

— Tu t'es déjà regardé dans une glace, Black ?

Le jeune homme me lorgne, l'air confus, comme s'il ne comprenait pas pourquoi je lui pose cette drôle de question. C'est pourtant simple : moi, je suis un torchon. Lui, une serviette. Et comme ma mère dire toujours : « On ne mélange pas les torchons avec les serviettes ! »

Black soupire lourdement, fourrant les mains dans ses poches.

— Oui, et toi ? rétorque-t-il, exaspéré.

Je fais la moue.

— Pas depuis un bon moment, je réponds honnêtement.
— Tu devrais. Ça t'éviterait d'avoir un complexe d'infériorité.
— Je n'ai aucun complexe d'infériorité ! je proteste avec virulence.
— Tu as cru que j'avais perdu un pari ! argue-t-il.
— Parce que nous n'avons strictement rien en commun !

Je hurle si fort que le tableau de la Grosse Dame manque de se décrocher. Cette dernière se réveille en trombe, et saute de tableau en tableau en poussant des « TREMBLEMENT DE TEEEEERRE !" » à tout va.

Lorsque le silence revient, Black répond simplement, de sa voix la plus posée :

— En réalité, nous sommes très semblables.

C'est ça, autant que des chats siamois !

— Ce baiser... était-ce réellement une erreur, pour toi ?

Je consens à lever les yeux vers lui. Je lâche un long soupir, me sentant soudain lessivée. J'ai l'impression d'avoir enchaînée les événements, j'ai besoin d'une pause. Et je n'ai plus la force de me battre, de refouler mes émotions ce soir...

— Peut-être pas, non, je murmure.
— Pourquoi es-tu si distante, dans ce cas ?

Je me contente de hausser les épaules. Je n'ai aucune réponse à lui donner.

En le regardant, je prends conscience que Sirius a l'air aussi épuisé que moi. Ses yeux sont anormalement rouges et il a des cernes, comme s'il manquait lui aussi de sommeil. De plus, son visage contracté trahit son exaspération.

— Je ne suis pas James, Marlène. Je ne vais pas te courir après éternellement.
— Et moi, je ne suis pas Lily ! je riposte aussitôt.

C'est vrai, quoi : je ne suis pas parfaite, comme Lily. Je ne suis pas une princesse, qui attend son foutue prince, et je n'ai jamais voulu ce rôle, d'ailleurs. Pourquoi est-il si insistant, par Merlin ? Mon attitude ne fait pourtant aucun doute : je ne veux pas d'un petit-ami à qui je dois continuellement rendre des comptes. Je ne veux pas d'une relation sérieuse, bloquante, qui m'oblige à prendre mes décisions en fonction dudit petit-ami.

Je veux être libre.

Et ce ne sera certainement plus le cas si j'envisage un quelconque rapprochement avec Sirius Black. Le Maraudeur a déjà la fâcheuse manie de juger chacun de mes actes (et même mon sale caractère !). Alors vous imaginez un peu, si je devenais sa petite-amie ? Ce serait encore pire.

— Ne fais surtout pas l'erreur de croire que je me fais désirer. Ce n'est pas le cas, je continue, sur un ton anormalement calme.

Mon cœur n'a jamais battu aussi fort pour un garçon, mais je m'efforce de rester indifférente. Le regard du brun s'assombrit dangereusement. Son visage se tend. Muet, il s'avance vers moi, me forçant à reculer. Je me retrouve le dos collé contre le mur froid. Black se penche, et pose la main juste a côté de mon visage, faisant accélérer les battements de mon pauvre cœur. Mon corps réagit instinctivement, sans que je puisse l'en empêcher.

Sa bouche dessine un rictus étrange, qui tord ses traits un bref instant.

— Toi, te faire désirer ? Non. Je pense plutôt que sous tes airs de garçon manqué se cache une petite fille effrayée.

Sa voix est détachée, mais je peux sentir des vagues de colère brûlantes, émanant de lui.

— Une petite fille effrayée ? je répète en ricanant, sur le même ton dégagé.

Mon rire n'est qu'un mécanisme de défense ; Black s'en rend parfaitement compte. Il m'a percée à jour, alors que même moi, je ne me connaissais pas cette faiblesse.

— Dis-moi, Marlène, c'était quand la dernière fois que tu as éprouvé des sentiments pour quelqu'un ?

Sa question directe me désarçonne. Incapable de parler, je me mets à bégayer comme une débile.

— Je, euh...
— Est-ce que tu as toujours pour habitude de prendre la fuite lorsque ça devient sérieux ?

Mes yeux s'écarquillent d’effarement.

— Tu sais comme moi pourquoi ce baiser est arrivé...
— L'attirance physique ?
— Exactement ! je confirme, retrouvant un semblant d'assurance. Je suis désolée si je t'ai donné l'impression qu'il y avait plus que ça...

Ma réponse ne fait qu'attiser son animosité. Le Gryffondor s'éloigne, laissant en moi une sensation creuse de vide, d'absence, qui me donne des frissons. Son regard devient froid et dur.

— Non, c'est moi qui suis désolé. Pour toi, McKinnon. Tu tiens tellement à garder le contrôle de chaque parcelle de ta vie, que tu es incapable de montrer la moindre émotion. Même envers ta propre famille. J'ai vu à quel point le départ de ta tante t'attristait... mais tu n'as rien fait pour la retenir.

Je le dévisage, estomaquée, avec l'impression de recevoir un coup de poing dans le ventre. Comment ose-t-il évoquer ma tante ? Nous ne sommes pas assez proches pour qu'il puisse se permettre ce genre de chose ! Et le voilà qui me juge encore, qui plus est... monsieur est devenu expert en relations familiales, peut-être ? Laissez-moi rire !

Je le toise du haut de mon mètre soixante-quinze, bouillonnante de rage.

— Oh, alors parce qu'on s'est embrassés une seule et unique fois, tu penses me connaître, savoir ce que je ressens, ce que j'éprouve ? Ou plutôt : ce que je n'éprouve pas ?

Des larmes me piquent les yeux, mais je les retiens, je ne veux pas pleurer, pas devant lui. Je m'approche du Maraudeur, et enfonce mon index dans son torse pour bien me faire comprendre.

— Eh bien, laisse-moi te dire une chose, Black : quoi que tu penses savoir à mon sujet, tu te plantes. Tu ne sais rien du tout.

Contre toute attente, son visage se fend d'un sourire. Un sourire amer et forcé.

— Tu as probablement raison, finit-il par admettre. Et je trouve ça bien dommage.





End Notes:
Je sais, je sais ! Vous avez envie de me jeter des tomates à la figure.

Désolée, je n'ai pas pu m'empêcher de faire ma sadique. J’espère que vous comprendrez quand même le point de vue Marlène, qui est de nature très indépendante... c'est pour cette raison qu'elle a toujours eu du mal à s'investir dans une relation.

Je vous promets d’arranger la situation aux prochains chapitres... ou pas xD
Le Club de Flaquemare by jalea
Author's Notes:
Bonsoir,

Et voici le chapitre 37 ! J’espérais réussir à clôturer cette histoire en 42 chapitres, mais vu l'avancement, je me demande s'il n'y aura pas deux ou trois chapitres supplémentaires...

Merci pour vos adorables reviews au précédent chapitre !

Et un autre merci à SumiShann pour sa correction.

A bientôt :)
Chapitre 37 : Le Club de Flaquemare.





— C'est quoi, ce bordel ?

Je cligne des yeux, hébétée. La prémonition que je viens d'avoir me cloue littéralement sur place, je reste figée au beau milieu du hall, alors que je devrais me rendre en cours de Divination. J’ai du mal à assimiler ce que je viens de voir à l'instant, de mes propres yeux.

— Ce n'est pas possible, je ne vais quand même pas laisser passer une occasion pareille !

Je me suis vue... refuser d'entrer dans le Club de Flaquemare ; l'équipe la plus ancienne de la ligue qui rassemble les treize meilleures équipes de Quidditch de Grande-Bretagne et d'Irlande ! Deux hommes très bien habillés (des recruteurs), m'offraient un poste de batteuse dans leur club. A moi ! Ils m'avaient soi-disant repérée au cours d'un match durant lequel ils auraient été impressionnés par ma grande vivacité, ma vitesse et la précision de mon vol. Les deux costards-cravates me proposaient un contrat à durée indéterminée avec un salaire annuel à six chiffres, qui m'a donné le tournis. J'étais dors et déjà entrain d’exécuter une folle danse de la joie, en chantant : « Je vais entrer dans le club de Flaquemaaaare, je vais entrer dans le club de Flaquemaaaare ! Plus que quatre mois à tirer et adieu Poudlard, bonjour Flaquemaaaare » lorsque j'ai très distinctement entendu mon futur-moi prononcer cette phrase qui m'a glacée le sang :

« Malgré tout l’intérêt que je porte à votre club, je suis dans l'obligation de devoir refuser votre offre. »

Refuser.

RE-FU-SER !

— Il faut être complètement cinglée ! je hurle dans le couloir, m'attirant les rires moqueurs des Serpentard passant à côté de moi.
— Pour parler toute seule ? Ouais, sûrement ! se marre un serpent.

C'est à peine si je fais attention aux autres, ma récente vision est encore trop présente dans mon esprit. Je ne comprends pas ce que je viens de voir ; ça a toujours été mon rêve d'entrer dans un club professionnel !

Et puis, ce n'est pas comme si j'avais d'autres prédispositions qui me permettraient de réussir professionnellement dans la vie. Mise à part ma passion pour le Quidditch et mon don de voyance qui me pourrit l'existence, je n'ai aucun talent particulier, aucune perspective d'avenir, rien !

Non, j'y crois pas. Je vais recevoir un cognard en pleine tronche, et avoir le cerveau ramolli ; c'est la seule explication plausible à mon futur REFUS !

Je marche comme une automate, et me retrouve par je ne sais quel miracle en cours de Divination.

— Eh, Championne ! me lance Chris en souriant. Tu en fais une de ces têtes, constate-t-il, sourcils froncés.

Toujours sous le coup de l'émotion, je m'installe à sa droite, sans dire un mot.

— Ça ne va pas ? s'enquiert mon voisin.

Je finis par lever les yeux vers lui. J'ai très envie de lui dire ce qui m'arrive. Malheureusement, c'est impossible : Chris ignore que je suis médium. Par réflexe, je cherche du regard ma meilleure amie, avant de me rappeler qu'elle n'est pas dans cette classe : elle a un cours de Runes. Mon genou s'agite nerveusement sous la table, je ne peux pas attendre la fin de la matinée pour lui parler de ma dernière vision ! J'ai besoin de raconter ça à quelqu'un. Maintenant.

— Chris ? Tu sais, je... tu sais ce que tu vas faire, après Poudlard ? je me défile, lâchant un soupir de frustration.

Ma question semble le prendre au dépourvu, et il me fixe un instant avec de grands yeux étonnés.

— Pas vraiment, répond-t-il finalement, le regard dans le vague.
— Ce serait extra, de devenir un joueur de Quidditch professionnel, non ?
— Oui, c'est certain, sourit le jeune homme. Mais il ne faut pas fonder tous tes espoirs là-dessus, Marlène. Tu sais à quel point les clubs professionnels sont sélects...
— C'est de toi qu'on parle ! je lui rappelle, mal à l'aise. Admettons qu'un club très connu, le club Flaquemare par exemple, t'offre un contrat... tu accepterais sans hésiter une seule seconde, n'est-ce pas ? j'ajoute à voix basse, en remarquant le Professeur Fitzgerald déambuler dans les rangs.

Chris se tourne vers moi, les yeux ronds comme des Gallions.

— Ne me dis pas que tu as eu une proposition de leur part ?! s'enthousiasme-t-il, déjà prêt à bondir de joie.
— Non, je... ce ne sont que des suppositions, et ça n'a rien avoir avec moi !

Mon insistance le rend encore plus soupçonneux, mais il consent tout de même à réfléchir à ma question.

— Ça dépend...
— De quoi ? je m'étonne, haussant les sourcils dans une expression désabusée.

Je pensais que c'était son plus grand rêve, tout comme moi !

— De plusieurs choses, mais surtout de Mary.
— Mary McDonald ? J'ignorais qu'elle et toi...
— C'est tout récent, m'apprend-t-il en rougissant légèrement.
— Félicitations, fais-je avec un sourire goguenard. Je ne pensais pas être encore de ce monde lorsque tu aurais enfin pris le courage de te déclarer, je me moque gentiment.

Il rougit de plus belle. Un élève de Serdaigle interrompt notre conversation pour me demander si j'ai une plume supplémentaire. Supplémentaire ? Je n'ai pas une seule plume sur moi ! Nous n'écrivons jamais en cours de Divination, le professeur Fitzgerald se contente de nous demander d'ouvrir nos chakras et notre troisième œil.

— Non, désolée.
— Merci quand même, balbutie le Serdaigle.

Il marche à reculons, et se cogne contre une table, ce qui fait rire mon voisin.

— A plus tard, Marlène... me lance-t-il en partant.

Je le suis des yeux en fronçant les sourcils. Je ne rêve pas, ce Serdaigle vient bien de m'appeler par mon prénom ? Dis-donc, c'est quoi ces manières ? On n'a pas élevé les dragons ensemble ! Je lui jette un regard peu amène, avant de me tourner vers Chris.

Un détail de notre conversation me revient, et me turlupine :

— Excuse-moi, mais pourquoi ta décision d’intégrer le club de Flaquemare dépendrait de Mary ?

Le rouge et or s'arrête de faire semblant de contempler notre boule de cristal brumeuse pour me regarder.

— Eh bien, joueur de Quidditch professionnel est un métier très prenant, qui nécessite beaucoup de déplacements...
— Et alors ?

Je ne comprends toujours pas où il veut en venir.

— Ce serait égoïste de ma part d'infliger à Mary un train de vie dont elle n'a pas envie, non ? Si j'avais la chance d'être repéré par un recruteur, je lui en parlerai avant de de prendre ma décision, explique-t-il patiemment.
— Ta décision ? je répète, d'une voix incrédule teintée d'ironie. Tu viens de dire que tu en parlerais d'abord à ta petite-amie. Ce serait donc son choix, pas le tien.

Ses sourcils se froncent, et sa bouche se crispe. Je crains de l'avoir froissé, mais Chris esquisse un petit sourire entendu à cette remarque.

— Les choses seraient différentes si j'étais célibataire, c'est vrai. Je n'aurais aucune contrainte morale... et toi, quoi de neuf, dans ta vie amoureuse ? lance-t-il soudainement, son sourire s'élargissant.
— Que dalle, je rétorque sèchement.

Qu'il n'aille surtout pas imaginer que j'ai envie de lui faire des confidences, juste parce que j'ai posé quelques questions sur sa personne...

A mon tour, je plonge le regard dans la boule de cristal, mais je ne distingue pas grand chose, à part peut-être une sorte de...nuage. Un nuage blanc. C'est déjà pas si mal ; au moins je vois quelque chose. Je me demande combien ça gagne, une diseuse de bonne aventure ? Je pourrais peut-être en faire mon métier, non ? J'ai juste besoin d'une caravane, d'un turban et d'un jeu de tarots pour être opérationnelle, ce qui me reviendrait beaucoup moins cher que d'acheter l'équipement complet du club de Flaquemare !

— Tu dois en avoir marre que les garçons te courent après...
— Hein ?

Je relève la tête, surprise. Les garçons me courent après ? Première nouvelle !

— Tu... tu n'as pas remarqué ? chuchote mon voisin, l'air interdit.
— Remarqué quoi ? je m'agace.

Que les élèves sont encore plus énervants que d'habitude ? Chris ouvre la bouche pour répondre, mais se ravise un instant plus tard.

— Laisse tomber, dit-il, sans se départir de son sourire mielleux.



******




— Et après, on... on s'est comme qui dirait...

Je détourne le regard de ma meilleure amie, incapable de soutenir l'éclat de ses grand yeux innocents plus longtemps. Je n'avais pas l'intention de lui parler de ça, au départ. C'est Kiara qui a lancé le sujet, en me racontant comment Lily s'était ridiculisée à la fête qu'ont donné les Gryffondor en mon honneur. La rouquine aurait essayé d'embrasser son collègue, qui l'aurait, à son tour, repoussé.

Oui, véridique : James Potter a envoyé paître Lily Evans !

J'ai plaisanté, disant que notre préfet-en-chef était probablement un homosexuel refoulé et inévitablement, la conversation a dévié vers nos propres vies amoureuses.

— On s'est embrassés, je lâche dans un souffle.

La réaction de la blonde ne se fait pas attendre : ses yeux s'écarquillent d'effarement, et sa mâchoire dégringole par terre.

— Embrassés ? Bouche contre bouche, tu veux dire ?
— Tu connais une autre manière de s'embrasser, toi ? je riposte, sarcastique.

Ses joues prennent une ravissante teinte rosée. Elle s'éclaircit la gorge, avant de poursuivre :

— Ça explique pas mal de choses. Je me demandais pourquoi Sirius Black était extrêmement prévenant et gentil avec moi, en ce moment. Il y avait forcément une raison...

Je m'affale lourdement sur mon lit, et écrase un oreiller sur mon visage.

— C'était une erreur monumentale...
— Pourquoi, Black n'embrasse pas bien ?
— C'est pas la question, Kiara !

Et voilà que ce maudit baiser me revient encore à la mémoire. Nos lèvres se frôlant, se touchant dans une danse sensuelle, la sensation de son corps pressé contre le mien, ses mains caressant mon dos... non, arrête ça tout de suite ! Je me lève d'un bond, et arpente la pièce, d'un mur chargé de livres à l'autre. Je dois penser à autre chose ! Je tends la main vers l'étagère pour prendre un roman de Kiara, avant de m'immobiliser comme une statue.

Oh là ! Je m'effraie moi-même.

— Alors de quoi s'agit-il, Marlène ? Je t'ai rarement vue aussi agitée...

Le problème, c'est Sirius Black. Je n'arrive plus à l'enlever de ma tête. Je ne pense qu'à lui. Ce baiser que nous avons échangé me hante, et je ne rêve que d'une seule chose : recommencer, encore et encore, jusqu'à ce que je sois totalement rassasiée.

— Est-ce que... tu l'aimes ? me demande timidement la petite blonde.
— Non, mais t'es malade ?!
— Inutile de crier, il n'y a que toi et moi, dans cette chambre, rétorque-t-elle en grimaçant.

Je lui adresse un petit sourire d'excuse, avant de m'affaler ; cette fois sur le lit de Miumiu. Ses draps sont doux, ils sentent bon la lavande. Et en plus, elle cache des chocogrenouilles sous son matelas. C'est décidé, je ne bouge plus de là. Je suis bien ici, je me sens en sécurité.

— Tu sais que Meihui déteste quand tu te sers dans sa réserve de chocolats, me rappelle Kiara en me faisant les gros yeux.
— Je m'en fiche !
— Et qu'elle va vouloir se venger ? Qu'est-il arrivé la dernière fois que tu t'es autorisée à toucher ses affaires ?

Je me suis retrouvée le visage couvert de pustules. Je blêmis, et lâche aussitôt la Chocogrenouille que j'ai entre le mains.

— Je... je ne veux pas être amoureuse, Kiara. je reprends d'une voix chevrotante. Surtout pas de Sirius Black. Tu sais que son histoire avec Lauren Smith est vraie ?
— Quelle histoire ?

Celle qui dit qu'il l'a fait monter dans son dortoir... et qu'ils ont consommés. Sur son lit. Lit, sur lequel je me suis allongée, moi aussi, pensant que c'était celui de James ! Je me fige, me sentant soudain nauséeuse. Que se serait-il passé si James n'avait pas été présent, ce jour là ? Est-ce que je me serais retrouvée dans la même situation que Lauren Smith ? Est-ce qu'on parlerait de moi, dans les couloirs de Poudlard, en ce moment même ? Un frisson désagréable me parcourt la nuque.

Je n'ai pas le courage d'expliquer cela à Kiara. Je ne veux pas l’embarrasser ; elle est trop timide pour aborder directement un sujet si personnel.

Je soupire lourdement. Tante Griselda me manque. J'aimerais qu'elle soit là pour me dire d'arrêter de l'ennuyer avec mes niaiseries d'adolescente.

— Oublie ça, c'est pas important.

Ma meilleure amie m'étudie longuement, comme si elle pouvait lire dans mes pensées.

— Tu sais, je crois que la majorité des histoires qu'on raconte à son sujet sont fausses...
— Qu'est-ce que tu en sais ?
— Black me l'a dit, répond-t-elle simplement.
— Et tu l'as cru ? je demande, d'une voix qui trahit mon agacement.

Elle a un vague haussement d'épaules.

— Il avait l'air sincère.
— Depuis quand vous avez ce genre de conversations, tous les deux ? je l'interroge, arquant un sourcil perplexe.
— Depuis qu'il s’intéresse à toi, sans doute...
— Oh, je t'en prie ! je ricane. Si Black s’intéresse à moi, c'est uniquement parce qu'il ne peut pas m'avoir.
— On croirait entendre Lily, se moque Kiara, « Si James Potter s’intéresse à moi, c'est uniquement parce que... »
— Ça va, j'ai compris, je l'arrête avec humeur.

Un lourd silence s'installe. Je fais mine de m'intéresser au plafond, quand Kiara lâche brusquement :

— Je ne te verrais pas différemment, tu sais ? Si tu te mettais à sortir avec Sirius Black.

Mais moi, je me verrais différemment. Je me suis toujours moquée des filles qui sortaient avec le Maraudeur, et voilà que j'aimerais être l'une d'entre elles ? C'est aberrant. Désespérant.

— C'est quoi le vrai problème ? Tu peux me le dire, tu sais.

Je relève la tête, et croise son regard concerné. Je me sens flancher, mes dernières barrières tombent.

— Qu'est-ce qui se passera quand Black aura eu ce qu'il attend de moi ? Il se trouvera une autre fille, tout simplement.
— Oh Marlène, je ne crois pas que...
— Eh bien je ne vais pas me laisser avoir, moi ! je m'écris subitement, faisant sursauter la blonde. Pour qui il se prend, ce Casanova à la noix ? S'il pense un seul instant que je vais tomber dans le panneau, il se fourre ma baguette dans...
— Bon, ça suffit, maintenant ! s'emporte Kiara, à ma grande surprise.

Je la fixe, la bouche grande ouverte, médusée.

— Pa... pardon ? je bégaye, choquée.

La jeune fille referme brutalement son livre pour me toiser d'un air si sévère qu'elle me rappelle ma mère.

— Sirius Black ne mérite pas ce que tu lui fais subir.
— Ce que je lui fais subir ? je répète bêtement, encore plus ébahie.
— Tu t'en veux de l'avoir embrassé et tu veux lui faire payer ça, mais tu sais quoi ? Aux dernières nouvelles, il faut être deux pour s'embrasser et il ne t'a pas mis un couteau sous la gorge, que je sache ! Je suis ta meilleure amie, Marlène, alors permets-moi d'être honnête avec toi : tu n'as jamais été aussi détestable avec Black. Tout le monde s'en est rendu compte.
— Tout le monde ?
— Il y a même des paris sur vous.
— Des paris ?

J'ai l'impression d'être devenue un perroquet.

— « Cinq Gallions que McKinnon va cogner Black aujourd'hui. Dix, qu'elle lui jette un sort avant la fin de la journée. Quinze que Black se laissera faire, sans rien dire. Vingt, qu'il est amoureux d'elle... » je continue, ou c'est suffisant ?
— Les autres élèves croient que Sirius Black est amoureux de moi ?
— Assez pour miser vingt Gallions, ce qui est tout de même une coquette somme...

Ces révélations m'ébranlent au plus profond de moi-même.

— Pourquoi ne m'as-tu rien dit ? je questionne, d'une petite voix qui ne me ressemble pas.
— Parce que j'ignorais ce qui s'était passé entre vous ! Je pensais que ça te mettrait en colère, je voulais t'éviter une crise de nerfs...

Je prends, aujourd'hui seulement, conscience de mon comportement. Je me sens un peu stupide, et passablement coupable. Même si j'ai beaucoup de mal à croire que Sirius Black ait des sentiments à mon égard, ce n'est pas une raison pour lui sauter à la gorge, dès que j'en ai la moindre occasion. Il n'est pas non plus responsable du fait que je n'arrive pas à oublier notre baiser...

— Je n'ai pas été très gentille avec lui, j'admets finalement.
— Tu as été exécrable, précise la petite blonde, intransigeante.

Je fais la moue. Je sais qu'elle a raison.

— Alors, je suppose que je devrais... lui présenter mes excuses ?
— Ce serait une bonne initiative, approuve Kiara en souriant.

Je lui rends son sourire, mais d'un air affligé. Les excuses, ce n'est franchement pas mon truc. J'ai horreur de ça. Je secoue la tête, tentant d'évacuer l'émotion et le désordre qui règnent dans mon esprit, et vais m'asseoir près d'elle.

— On recommence ?

La jeune fille acquiesce et ferme les yeux. Je fais de même en posant mes mains sur ses épaules. Puis, je me concentre de toutes mes forces pour essayer de déclencher une vision, sans succès.

— Alors ? murmure-t-elle, après plusieurs minutes de silence.
— Toujours rien ! je maugrée, la relâchant brusquement.

Je ne sais pas pourquoi je m'acharne, mes entraînements avec tante Griselda n'étaient pas plus concluants. Kiara me gratifie d'un petit sourire conciliant.

— C'est normal, tu n'as pas la tête à ça...
— Je n'ai jamais la tête à ça ! Et puis, tu peux me dire à quoi ça me sert d'avoir des visions, si je n'ai aucun contrôle sur mon avenir ? j’enchaîne, d'une voix que la frustration rend cassante.
— D'accord, tu t'es vue décliner l'offre d'entrer dans un club... mais peut-être que tu as reçu une autre proposition entre temps, plus intéressante ? Ça pourrait expliquer ce que tu as vu, non ?
— C'est impossible, Kiara ! Le club de Flaquemare est la meilleure équipe du monde !

J'enjolive un peu, c'est vrai, mais je suis au trente-sixième dessous.

— Je n'arrive toujours pas à croire que je vais volontairement gâcher ma vie ! Je ne vois vraiment pas ce qui pourrait m'empêcher d'accepter une telle...

Les mots se bloquent dans ma gorge, tandis que ma conversation avec Chris me revient brutalement à l'esprit. Et si ce n'était pas ma décision, mais celle de mon futur... petit-ami ?
La proposition by jalea
Author's Notes:
Bonjour,

Voici le chapitre 38, j’espère qu'il vous plaira. Profitez bien parce que dès le prochain chapitre, on s'attaque aux sujets qui fâchent ( tournoi, visions et problèmes capillaires... xD)

Merci à SumiShann pour sa correction.

Bonne lecture,
à bientôt !
Chapitre 38 : La proposition.





— Avez-vous des nouvelles de votre tante, Miss McKinnon ?

Je lève la tête et adresse un sourire de circonstance au professeur Slughorn. Son apparence est particulièrement soignée, pour un vendredi matin. Ses cheveux sont gominés, probablement pour la première fois de sa vie, et ses vêtements impeccables, bien qu'un peu trop serrés. Il semble plus apprêté pour une soirée à l'opéra que pour une journée de travail dans une salle de classe bondée d’élèves.

— Euh, non. Désolée, professeur.

Son visage se défait et ses épaules s'affaissent. La déception se lit clairement sur ses traits, tirés par la fatigue.

— Savez-vous quand son retour est prévue ?
— Bientôt.

Il me gratifie d'un sourire sans joie, avant de se détourner. Je le suis des yeux tandis qu'il retourne à son bureau, l'air morose. Le sorcier se rassied, desserre sa cravate et enlève sa veste de blazer marron. Je l'observe en fronçant les sourcils, me demandant intérieurement s'il espérait rencontrer Griselda aujourd'hui. Peut-être lui avait-elle donné rendez-vous avant son départ ? Je lâche un faible soupir. Tante Griselda avait promis de m'écrire, mais je n'ai reçu aucune lettre de sa part. Je commence sérieusement à m’inquiéter...

— Je crois que Slughorn en pince secrètement pour ta tante, il te demande de ses nouvelles tous les jours.

Le son de cette voix fait accélérer les battements de mon cœur. Je tourne la tête vers mon voisin, étonnée. Sirius Black ne m'a pas adressé la parole depuis notre dernière altercation. Il fixe le tableau noir, la mâchoire serrée, les bras croisés sur son torse. Le Maraudeur se balance sur sa chaise, semblant indifférent, mais il est impossible de se tromper sur la lueur dans ses yeux gris.

Black est furieux contre moi, ce que je peux aisément comprendre.

Je lui adresse un sourire crispé et tente une note d'humour pour dédramatiser la situation :

— C'est loin d'être un secret. Ma tante est au courant, et c'est sûrement pour cette raison qu'elle a mis les voiles.
— C'est donc un trait de famille.

Il a parlé d'une voix basse, dénuée d'intonation, comme s'il se faisait cette réflexion à lui-même. Mon sourire s'efface pour laisser place à une expression embarrassée. Cela fait des jours que je j'essaie de trouver le courage de l'aborder. Craignant qu'il se remette à m'éviter, je saute sur l'occasion :

— Hum, à propos de mon comportement, ces derniers temps...

Le Gryffondor pose les quatre pieds de sa chaise sur le sol pour me regarder droit dans les yeux. J'essaye de ne rien laisser paraître de mon malaise, mais mes mains se mettent à trembler tandis que je me débats pour remettre en place une mèche de cheveux rebelle derrière mon oreille.

— Je voulais te dire que... je suis désolée. Mais tu sais avec le tournoi, je suis très à cran, en ce moment, et toi, tu es toujours sur mon dos, alors... c'est aussi de ta faute !

« Bravo, Marlène. Comme toujours, tu es la délicatesse incarnée ! » se moque impunément ma petite voix intérieure.

Mon voisin continue de me dévisager en silence. Son léger haussement de sourcils m'indique qu'il hésite entre colère et amusement.

— Drôles d'excuses.
— Mais des excuses quand même, j'affirme en affichant un petit sourire. Alors, c'est réglé, entre nous ?

Ses yeux se plissent tandis qu'il réfléchit à quelque chose. Peut-être à sa réponse.

— Non.

Mon sourire disparaît, et je le regarde avec des yeux incrédules. Je ne m'attendais pas à cette réaction. J'admets avoir mes torts, mais Sirius Black et moi sommes loin d'être de proches amis, alors je ne comprends pas son attitude ; pourquoi m'en veut-il autant pour quelques mots et paroles cinglantes ?

Et puis, quoi, Black se croit blanc comme neige ?

Si je lui avais demandé un Gallion pour chaque insulte et réflexion désobligeante qu'il m'a balancée, je serai devenue riche depuis longtemps !

— Non ? je répète, sans pouvoir dissimuler mon irritation.
— Non. Je n'accepte pas tes excuses.
— D'accord, je grogne en retour. Je suppose que tu n'es pas obligé de les accepter...

Je me concentre à nouveau sur la potion que nous devons préparer, avant de me rendre compte que mon binôme a déjà fait tout le travail, sans même me consulter. Pour combler l'ennui, je me mets à gribouiller des petits dessins sur mon manuel.

— Et tu vas te contenter de ça ? réplique Black quelques instants plus tard, le regard noir de reproches.
— Je ne peux pas te forcer à accepter mes excuses, si ? je riposte vivement, courroucée. Tu veux peut-être que je me mette à genoux ?

Il esquisse un sourire en coin, comme si cette idée lui plaisait beaucoup. Non, mais et puis quoi, encore ?

— Tu n'as pas était très tendre avec moi non plus, ces derniers temps, je rétorque sèchement. J'ai dit derniers temps ? fais-je mine de m'étonner, je voulais dire ces dernières années !

Ses sourcils se froncent, et il retrouve soudain tout son sérieux.

— Je ne faisais que répondre à tes provocations. Mais tu as raison : je me suis souvent laissé emporter, me devance-t-il en me voyant ouvrir la bouche.
— Et je n'ai pas souvenir que tu m'aies présenté des excuses... je minaude, savourant ce retournement de situation.

Le Maraudeur se penche brusquement vers moi, collant son épaule à la mienne. Son contact déclenche une vague de picotements dans mon corps. Ma respiration s’accélère lorsqu'il saisit une mèche de mes cheveux entre ses doigts. Qu'est-ce qu'il fabrique ?! Je voudrais lui demander d'arrêter, mais les mots me manquent.

Black s'approche encore, pour me susurrer à l'oreille :

— Je t'ai embrassée, Marlène. Ça vaut bien une centaine d'excuses, non ?

Black est tellement sûr de lui, tellement confiant... je me perds encore une fois dans ses yeux gris pâle.

— Je crois que... tu te surestimes un peu trop, Patmoche, je murmure en retour d'une voix rauque.
— Sirius, corrige-t-il machinalement. Tu veux dire que tu n'as pas aimé mon baiser ? s'inquiète-t-il faussement.

Il s'écarte un peu de moi, ce qui me permet de retrouver mes esprits. Bon sang, ce qu'il m'agace avec sa répartie et son assurance !

— Non. Je veux dire que j'ai connu mieux.

Le jeune homme me gratifie de son habituel sourire narquois et dubitatif. D'accord, c'est un mensonge, mais je n'ai embrassé que deux garçons, Evan Thomson et Sirius Black, alors je n'ai pas beaucoup de points de comparaisons...

Mon binôme ricane, comme si j'avais dit quelque chose de drôle.

— J'admire ton obstination à vouloir me faire croire que c'était sans importance pour toi.
— J'admire ton obstination à vouloir me faire croire que ça a de l'importance pour toi, je riposte immédiatement. Écoute, je doute sincèrement être la première fille que tu aies attirée dans ta chambre.
— Je ne t'ai pas attirée dans ma chambre, comme tu dis ! s'indigne le rouge et or, c'est toi qui es venue toquer à ma porte...
— Pour voir James !
— Désolé, mais tu n'es pas son type. Il préfère les rousses.

Je lève les yeux au ciel, de plus en plus ennuyée.

— Et je t'ai déjà dit, il me semble, que je n'avais pas pour habitude de faire monter des filles dans le dortoir, reprend-t-il d'une voix qui trahit son exaspération.
— Même pas Lauren Smith ? je le nargue, malgré moi.

Le Maraudeur se tourne, pour me dévisager d'un air perplexe. Ses yeux perçants se plissent tandis qu'il m'étudie avec attention.

— Serais-tu jalouse, Marlène ? Parce que ça y ressemble.
— Serais-tu en train d'éviter ma question, Sirius ? Parce que ça y ressemble.
— Arrête ce petit jeu, tu veux ? C'est énervant !

Je lui décoche un grand sourire, curieusement ravie d'avoir réussi à le faire sortir de ses gonds. Je me détourne pour continuer mes gribouillis. Un silence s'installe entre nous, alors qu'autour il a y énormément de bruit. Les élèves discutent joyeusement, profitant du fait que notre Professeur déprime dans son coin.

Je me raidis lorsque Black se rapproche, collant son bras contre le mien. Je lève les yeux et croise son regard argenté. Je m'efforce de me détendre, tout en sentant mon cœur marteler dans ma poitrine.

— Il n'y a eu que Lauren Smith, me souffle-t-il, sur le ton de la confidence. Et c'était une erreur. J'aurais mieux fait d'attendre. Partager ce moment avec quelqu'un... que j'aime vraiment.

Je l'observe, surprise de voir une lueur de sincérité dans ses yeux. J'ai du mal à supporter l'intensité de son regard, alors je baisse la tête vers mon manuel couvert de dessins. Qu'est-ce que Sirius Black essaye de... Merlin de merde ! C'est une sorte de déclaration, non ?

Je reste figée d'émotion. Je ne sais pas quoi répondre à ça. Je fixe bêtement mon manuel, comme si c'était un Portoloin. Je donnerais tout pour disparaître, là, maintenant.

— Marlène, s'il te plaît... regarde-moi.

Je relève difficilement la tête, toujours sans piper mot. Sa voix est douce et l'épuisement que je lis sur son visage me consterne. C'est l'expression de quelqu'un qui a beaucoup souffert dans la vie. J'aimerais pouvoir dire quelque chose pour atténuer sa douleur. Il m'observe de ses yeux gris pâle, la tête penchée sur le côté.

— Laisse-nous une chance. Je te promets de ne pas te faire de mal.
— Tu ne peux pas promettre une telle chose. Et moi non plus, finis-je par marmonner.

Black se recule légèrement pour mieux me regarder. Puis, il se met brusquement à rire.

— Alors quoi, tu vas finir vieille fille ? Juste parce que tu as peur d'avoir une relation sérieuse ?

Son sourire moqueur me détend un peu ; je craignais que l'un de nous s'emporte encore une fois.

— Tu n'as rien compris, Black. Avoir une relation sérieuse ne me pose aucun problème, mais je ne peux pas me le permettre dans l'immédiat. Je n'ai pas le temps pour ça.

Ma voix est parfaitement maîtrisée. Contente de ma réponse, je me redresse fièrement sur ma chaise. J'ignore pour quelle raison je vais décliner un contrat pour le club de Flaquemare, mais une chose est sûre : ce ne sera pas pour les beaux yeux d'un garçon !

Rien n'est joué, je peux encore changer la donne. Et puis, si je me suis vue refuser cette offre, c'est sûrement parce qu'on va me faire une meilleure proposition !

Oui, c'est même certain. Il faut être optimiste dans la vie.

— Et on se perdra probablement de vue après Poudlard, alors je ne vois pas l’intérêt d'entamer une relation. Ce serait une perte de temps pour tous les deux.

Black parait un peu déstabilisé par mon honnêteté. Il reprend cependant bien vite contenance.

— On est pas obligés de se perdre de vue après Poudlard. On pourrait se revoir, si tu en as envie.

Je le dévisage, la mine interdite. Sirius Black aimerait garder contact après Poudlard ? Me revoir ? Moi, Marlène McKinnon ? J'ai envie de me soustraire à son regard pénétrant, mais j'en suis incapable. Je ne devrais pas me laisser distraire par un garçon, un Maraudeur de surcroît, pourtant, peu à peu, je sens mes défenses céder.

Ma voix est hésitante et tremble un peu quand je lui réponds :

— Je... je veux continuer le Quidditch après Poudlard et intégrer un club professionnel. Je pense en avoir les capacités. Et je ne veux pas m’encombrer d'un petit-ami. Je n'aurais pas de temps à lui accorder, de toute manière.

Sirius Black est imprévisible ; je m'attends à ce qu'il se moque de moi, qu'il rit, ou même qu'il se mette en colère. Mais il n'en fait rien. Ses lèvres s'incurvent en un petit sourire.

— J’espère sincèrement que tu pourras intégrer l'équipe de ton choix, Marlène. Je n'ai aucunement l'intention de te mettre des bâtons dans les roues, crois-moi. Mais on pourrait quand même sortir ensemble. Occasionnellement.
— Occasionnellement ? je répète bêtement, prise au dépourvue.

Son sourire se fait plus franc, tandis qu'il se met à caresser le dos de ma main avec sa plume.

— Oui, une relation simple. Sans pression, susurre-t-il en faisant remonter la plume le long de mon bras.

Mon attirance pour lui est soudain si forte que j'oublie de respirer pendant une seconde. La peur et l'excitation me noue le ventre. Mon imagination prend le relais, et je me vois déjà l'embrasser, dans un couloir sombre... mes yeux s'écarquillent de stupeur.

Est-ce que je songe sérieusement à sortir avec Sirius Black ?

— Tu veux dire que... tu verrais d'autres filles que moi ? je bredouille, le regard résolument fixé sur sa plume, qui monte et descend le long de mon avant-bras.

C'est bien ce que ça veut dire, une relation « simple », non ?

— Ça te dérangerait si c'était le cas ?
— Absolument pas.

Je réponds trop hâtivement ; le regard que Sirius me jette m'indique clairement qu'il a compris que je mentais.

— Et toi, si je voyais d'autres garçons ? Ça te poserait un problème ?
— Tu aimerais que ça m'en pose un ? rétorque-t-il en souriant.

Je soupire d'agacement. C'est quoi cette manie de répondre à une question par une autre question ?!

— Alors, tu en dis quoi ?

Je me détourne afin de peser le pour et le contre. Je n'ai pas de temps à consacrer à un potentiel petit-ami, mais ça ne veut pas dire que je n'en veux pas... l'idée d'une relation sans conséquences, ni responsabilités, me plaît assez. En y repensant, j'ai déjà partagé ça avec Evan Thomson, et ça n'a pas fonctionné. Je crois qu'il attendait bien plus d'une petite-amie.

En ce qui concerne Sirius, il y a toujours cette petite voix qui me fait douter de ses sentiments ; s'il m'appréciait vraiment, il ne se contenterait pas de me voir « occasionnellement »... de plus, je n'aime pas ce mot ; cela laisse sous-entendre quelque chose de graveleux.

— J'en sais trop rien. Ça m'a l'air d'une trop bonne affaire, me fais-je la réflexion à voix haute.

Je regrette aussitôt mes paroles en captant son haussement de sourcil suggestif. «  Ah ça, je suis une affaire ! » me chuchote le Maraudeur à l'oreille. Son souffle chaud me fait frissonner et je sens mes joues s'embraser.

Une relation simple, sans pression.

Serait-ce une proposition indécente ? Si c'est le cas, c'est à la fois dérangeant et... terriblement tentant.

La sonnerie retentit, mettant fin à notre conversation. Mon voisin s'écarte vivement, ce qui me permet de recouvrer mes esprits et admettre que sortir « occasionnellement » avec Sirius Black est une très mauvaise idée.

Avant de partir, le jeune homme se tourne vers moi et m'adresse un sourire éblouissant, assorti d'un clin d’œil.

— Réfléchis-y, d'accord ?


******




— Ce n'est pas si dramatique.
— Non, mais attends, Lily !

Je relève la tête pour la regarder d'un air furieux.

— Je viens à peine d'en finir avec la deuxième tâche, et voilà que ce vieux fou...
— Le professeur Dumbledore, me reprend-t-elle sévèrement.
— Ouais, et voilà que Dumbledore décide que la troisième tâche aura lieu dans trois semaines... trois semaines !

« C'est un poisson d'avril en avance ? » ai-je demandé au professeur McGonagall, les yeux ronds comme des soucoupes. Il a fallu que j'explique à McGo ce qu'était « un poisson d'avril » avant qu'elle ne me réponde par la négative.

— Tu as largement le temps de te préparer à la troisième tâche, Marlène. Sais-tu en quoi cela consistera ?
— Dumbledore n'a rien dit à ce sujet. Je n'en reviens toujours pas qu'il ait avancé la date !
— Il y a une bonne raison à cela, le défend la préfète, tu dois aussi préparer tes ASPIC. Rassure-moi, tu as déjà commencé tes révisions ?

Je ne peux pas m'empêcher de lever les yeux au ciel.

— C'est dans quatre mois. Personne n'a commencé à réviser, Lily, à part toi.
— C'est faux, proteste cette dernière. Remus et James s'y préparent déjà.

Je pose ma plume sur la table et lève les bras au dessus de ma tête pour m'étirer. J'ai l'impression d'écrire depuis des heures, ma main est toute engourdie.

Je dois rendre un devoir en commun avec Lily pour le cours de Défense ; c'est la première fois que ça nous arrive en presque sept ans. J'ai toujours fait en sorte d'éviter de l'avoir comme partenaire. La rousse peut se montrer très autoritaire, et moi, bornée, ce qui donne un sacré duo. Je n'aime pas m'éterniser sur mes devoirs, alors que Lily est une vraie perfectionniste. Cela fait déjà cinq fois qu'elle modifie l'introduction de notre rédaction. Mon rouleau de parchemin est plein de ratures et de mots barrés. C'est franchement illisible, mais je n'ai aucune envie de remettre ça au propre.

Je saisis l'occasion de détourner la conversation :

— En parlant de James... Kiara m'a tout raconté.

La jolie rousse se fige brusquement, telle une statue.

— Oh.
— C'était pas un secret, si ?
— Pas vraiment, soupire Lily.

Elle se remet à écrire, en silence.

— Que s'est-il passé ?

J'ai droit à un regard suspicieux.

— Ça t'intéresse vraiment ou tu cherches juste un moyen d'arrêter de travailler ?

A-t-elle vraiment besoin de me poser la question ? J'esquisse un petit sourire narquois qui lui fait hausser les yeux au ciel.

— Kiara t'a déjà tout raconté, non ? chuchote-t-elle en retour, pour ne pas troubler le calme de la bibliothèque. J'ai essayé d'embrasser James, et il m'a rejetée. Fin de l'histoire.

Une mèche de cheveux retombe devant son visage, obscurcissant son expression. Sa mâchoire est contractée et ses doigts sont crispés avec force sur sa plume. Elle essaye de paraître indifférente, mais cela semble peser lourdement sur sa conscience.

— C'est pas bien grave, dis-je avec un haussement d'épaules.
— Pour toi, peut-être ! rétorque-t-elle en me jetant un regard indigné.
— Ce n'est quand même pas pour cette raison que tu évites notre salle commune ? j'enchaîne, d'un ton à la fois moqueur et incrédule.

Mon sourire se fane en remarquant les larmes qui perlent au coin de ses yeux. Je ressens une pointe de culpabilité, mais poursuit quand même :

— Tu imagines un peu, si James s’était caché à chacune de ses lamentables tentatives pour te séduire ?

Je suis sûre que Lily a déjà eu sa dose de câlins et de compliments de la part de ses amies, voilà pourquoi je ne perds pas mon temps à la réconforter. La jeune fille lâche un soupir à fendre l'âme.

— Peut-être que je ne lui plais plus...
— Tu lui as demandé ?
— Bien sûr que non ! Après ce qui s'est passé, je n'oserai plus jamais lui adresser la parole.

Je la contemple un bref instant, sourcils froncés. La rousse semble en colère. James est aussi l'un de mes amis, et je me suis toujours sentie plus proche de lui que de Lily, alors je ne peux pas m'empêcher de plaider sa cause :

— Tu devrais avoir une discussion avec lui. Il a sûrement une explication à te donner sur son attitude...
— Je me fiche de son explication, grince Lily. S'il m'aimait vraiment, il ne m'aurait pas repoussée comme un vulgaire veracrasse !
— C'est peut-être toi qui ne l'aime pas vraiment, j'objecte d'une voix un peu sèche.
— Pardon ?

Lorsqu'elle se tourne de nouveau vers moi, l'expression de son visage change radicalement. Je sens la dispute arriver, alors je tente de lui faire comprendre mon point de vue le plus aimablement possible :

— Malgré tes nombreux refus, James est toujours revenu la charge, non ? Alors que toi, tu t'es vite découragée, je trouve. Mets-toi à sa place un instant : tu l'as rejeté un nombre incalculable de fois, encore et encore, pendant des années... et soudain, tu te jettes à son cou ? Ça a dû le surprendre, et peut-être même l'effrayer un peu.
— L'effrayer ?
— Je suppose qu'il a idéalisé ce moment dans sa tête, et peut-être... qu'il ne voulait pas t'embrasser devant tout le monde, pendant une fête.

Je m'impressionne moi-même de ma capacité à déchiffrer le comportement de James. Si je n'arrive pas à devenir une joueuse de Quidditch professionnel, je pourrais toujours devenir Psychomage.

— Tu crois ? murmure la rousse, une lueur d'espoir dans la voix.
— Il n'y a qu'un seul moyen de le savoir. Va lui parler, j'ordonne sur mon ton le plus autoritaire.

Lily hoche doucement la tête, avant de se lever. Je la suis des yeux, tandis qu'un lent sourire malicieux se dessine sur mes lèvres. Je me renverse en arrière sur ma chaise, et croise les bras derrière la tête.

Enfin, je vais pouvoir me tourner les pouces !
La troisième tâche (Partie 1) by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Voici le chapitre 39, j’espère qu'il vous plaira ! Il reste officiellement quatre chapitres avant la fin.

Merci à SumiShann pour sa correction.

Bonne lecture,
à bientôt !
Chapitre 39 : La troisième tâche (Partie 1)




TROIS SEMAINES PLUS TARD


Tata.

Je vais être... tata ! Je cligne des yeux, toujours embrumée par la récente vision que je viens d'avoir. J'y ai vu la petite amie de mon frère avec un joli ventre arrondi.

Je n'arrive pas à croire qu'Andrew ait mis en cloque Elena Podavsky ! Ils ont à peine dix-neuf ans, par Merlin !

Ils auraient pu me concerter avant, non ? Je suis quand même directement concernée, et je suis beaucoup trop jeune pour avoir un neveu. Ou une nièce. Pitié, faites que ce soit un neveu ! Les femmes de ma famille ont toutes sale caractère... Bon sang, ma mère va faire une crise cardiaque lorsqu'elle apprendra la nouvelle. Devenir grand-mère à seulement trente-neuf ans, ça va lui faire un drôle de choc.

— Salut, Marlène ! lance Chris Kellerman, me faisant à moitié sursauter.
— T'es obligé de parler si fort ? Tu ne vois pas que je suis encore dans le coaltar...

Je m'assieds lourdement à ma place habituelle dans la Grande Salle, avant d'écarquiller les yeux. J'observe, médusée, l'empilement de nourriture qui manque de dégringoler de mon assiette.

— C'est quoi, tout ça ?
— Nous t'avons préparé le petit-déjeuner, annonce fièrement Chris.
— Je ne serai pas en retard, cette fois-ci ! je clame haut et fort, agacée par tous ces regards curieux braqués sur moi.
— C'est ce que tu dis toujours, mais tu es...
— Toujours en retard, complète Sirius Black en m'adressant un large sourire.

Le jeune homme prend place à la droite de Pettigrow, sans me quitter des yeux.

— Tu vas bien, McKinnon ? T'as une sale tête, ce matin, fait-il élégamment remarquer devant les autres Gryffondor.

Je lui jette un regard noir. Dis-donc, c'est pas une façon de parler à une future tata ! Il reçoit immédiatement un regard réprobateur de la part de notre préfet-en-chef.

— Ton compliment me va droit au cœur, Black, je riposte, placide.
— Ne l'écoute pas. Moi, je te trouve très en forme ! affirme James, d'un ton jovial.

Black ouvre la bouche pour ajouter quelque chose, mais je me détourne sans plus de cérémonie, l'ignorant délibérément. Je baisse les yeux et fixe mon assiette pour éviter ce trop plein d'attention qui me met mal à l'aise. Je relève la tête, en captant les regards insistants de Chris et Eric Doyle.

— J’espère que vous n'avez pas parié sur moi, tous les deux ! Si je perds, je ne serai pas responsable de vos pertes financières, c'est clair ?
— Tu ne vas pas perdre, Marlène., assure Chris, sans cesser de sourire.
— Tu vas gagner ! renchérit Doyle en brandissant le poing en l'air.

Son intervention lui vaut de vifs applaudissements et des sifflements de nos camarades. Je me force à sourire, malgré mon appréhension à l'approche de la dernière épreuve du tournoi des quatre maisons.


******



Les yeux fermés, assise en tailleur sur le sol, dans la fameuse position du lotus, je prends une profonde inspiration. Je me concentre pour visualiser un bouquet de marguerites dans un vase en porcelaine. C'est une technique de relaxation qui permet, entres autres, d'atteindre un état de paix, d'aisance et de lucidité.

Une idée de Kiara, évidemment. Et pour cause : mon agressivité est loin d'être passée inaperçue, ce matin. Mon amie m'a vivement conseillé de prendre un moment pour moi dans un endroit calme et serein, avant le début de l'épreuve. J'ai choisi notre salle commune, qui est souvent déserte après l'heure du déjeuner.

Je lâche un soupir, ennuyée.

J'ai beau faire appel à toute mon énergie spirituelle, je ne visualise rien, pas même une marguerite fanée ! Je grimace, me rappelant que je suis assise sur un sol dur et froid. La technique de méditation de Kiara ne fonctionne pas et en plus, je commence à avoir faim.

Je décide de faire une dernière tentative avant d'abandonner définitivement l'idée d'ouvrir mes chakras avant le tournoi. Ben quoi ? Au moins, je sais faire des rimes...

Allez, je peux le faire ! Je suis dans un champ de marguerites. J'en cueille quelques-unes, bien que j'y sois allergique. C'est plutôt ironique, parce que mon deuxième prénom est « Marguerite ». Je me demande s'il est possible de changer ça ? Non, parce que franchement, Marguerite, c'est juste pas possible. C'est le prénom d'une grand-mère édentée qui fait des concours de tartes. Ou celui d'une fillette qui collectionne les poupées.

Des bruits de pas résonnent, ce qui interrompt le flot de mes pensées.

Mes yeux s'écarquillent légèrement en voyant Sirius Black passer la grande porte ; à cette heure-ci, tous les Gryffondor se trouvent au terrain de Quidditch, dans l'attente du commencement du tournoi.

Perdant soudain toute envie de méditer, je me lève pour aller à sa rencontre.

— Qu'est-ce qui t'es arrivé, Patmoche ? je me moque, en remarquant que sa chemise est couverte d'une substance verdâtre.
— Une blague d'un première année, peste-t-il en levant les yeux au ciel. Il veut prendre la relève des Maraudeurs et tente de m’impressionner par tous les moyens...
— En te jetant des trucs visqueux à la figure ?

Je ricane, tandis que Black arbore une moue dégoûtée. « Saleté de gamin !» grommelle-t-il entre ses dents.

— Tu ferais bien de retirer ta chemise avant que ça ne s'incruste.

Un demi-sourire recourbe mes lèvres, alors qu'un souvenir me revient à l'esprit : celui de Sirius Black, m'ouvrant la porte, torse nu... je rougis en captant le haussement de sourcil du concerné. Son regard m'étudie, comme s'il pouvait lire dans mes pensées et, d'une voix étrangement suave, il répond :

— Merci du conseil, McKinnon.
— Je t'en prie.

Nous nous regardons, les yeux dans les yeux, en souriant. Je rêve, ou je suis entrain de flirter avec Black ? Je secoue la tête ; ce n'est vraiment pas le moment pour ça ! Le brun jette un regard autour de lui et constate que la salle commune est vide.

— Que fais-tu encore là ?

Je joue à cache-cache.

— Je me prépare mentalement à la troisième tâche. Je ne suis pas en retard, il me reste encore...(je jette un bref coup d'oeil à ma montre) une quarantaine de minutes avant le début de l'épreuve ! j'ajoute, sur la défensive.

Pendant un court moment, il esquisse un sourire en coin, énigmatique. En le voyant s'approcher, je recule instinctivement, pensant qu'il va s'arrêter, mais il continue à avancer. Mon cœur s'arrête net. Le rouge et or s'immobilise à quelques centimètres de moi.

— Inutile de stresser. Tu vas gagner, Marlène.

Ses mots me touchent profondément mais pourtant, mes craintes sont toujours là, enfouies derrière mon masque d'assurance et de je-m’en-foutisme mélangés.

— Tu crois ?

Ma voix est éraillée, et ma gorge, terriblement sèche. Je n'arrive pas à savoir ce qui me donne autant le trac : la peur de perdre le tournoi, ou de me retrouver seule avec Sirius Black.

— J'en suis certain. J'ai confiance en toi.

Ses yeux gris-argent brillent d'une intensité soudaine. Malgré le fait qu'il soit couvert d'une substance verdâtre, il n'a jamais été aussi beau. Je détourne le regard, incapable d'affronter sa perfection.

Je m'éclaircis la gorge pour reprendre contenance.

— Tu n'as pas parié sur moi, j’espère ?
— J'aurai bien aimé, malheureusement, je manque de liquidité...

Oh, non, j'avais presque oublié ! C'est entièrement ma faute si Sirius Black est fauché.

— J'ai de quoi te rembourser ! je m'exclame, brusquement en panique.
— Pardon ?

Le brun fronce les sourcils, l'air interloqué, tandis que je m'empresse d'aller récupérer une bourse pleine de Gallions dans mon sac.

— Oui. Tu as payé la note chez Mme Pieddodu, tu te souviens ?

J'avais promis de le rembourser, et j'ai enfin réussi à réunir l'argent nécessaire en jouant aux cartes avec les garçons de l'équipe de Quidditch.

— Alors, combien je te dois ?

Je secoue les pièces devant son visage, sans pouvoir retenir un sourire radieux.

— Tu ne me dois rien.
— Combien as-tu payé ? j'insiste, un brin agacée.
— Je ne te le dirais pas, s'amuse-t-il à répondre.

Je relève la tête pour le dévisager. Non, mais c'est quoi son problème ? Ne vient-il pas de dire qu'il manquait de « liquidité » ? Je croise les bras sur ma poitrine, déterminée. Je n'aime pas avoir des dettes.

— Je tiens à te rembourser, Sirius. Tu sais ce qu'on dit : les bons comptes font les bons amis.

Je lui offre un sourire amical qu'il ne me retourne pas. Son visage se tend. Il pince les lèvres, et son regard s'assombrit, tandis que mon rythme cardiaque s'accélère.

— Je ne suis pas ton ami.

Aussitôt, mon sourire s'estompe. Cette phrase, dite sur le ton de l'évidence, me fait l'effet d'un coup de poing dans le ventre. Bien sûr, Sirius Black et moi n'avons jamais été les meilleurs amis du monde, mais... je pensais bêtement, naïvement, que certains événements nous avait rapprochés et que nous étions devenus un peu plus que de simples camarades de classe.

Ai-je été si stupide de croire cela ? A bien des égards, Sirius Black s'est comporté comme un véritable ami, cette année. Il m'a emmenée à l'infirmerie lorsque je suis me suis fait agresser, et il a pris de mes nouvelles. Il m'a aussi donné des conseils pour que James accepte d'être mon équipier. Mais surtout, il est le seul à avoir pris mon parti et soutenu moralement (en dehors de Kiara) lorsque j'ai momentanément abandonné le tournoi...

Bon, j'admets que de mon côté, je n'ai pas toujours été très sympa avec le Maraudeur. Mais j'estime avoir réagi, la plupart du temps, en « bonne » amie. Je lui ai même rendu pas mal de services, sans rien demander en retour ! L'an dernier, je suis allée à sa rescousse dans la Forêt interdite, et lorsque j'ai découvert qu'il était un Animagus non déclaré, j'ai gardé le secret et l'ai couvert auprès du Professeur McGonagall...

Et puis, il y a ce fameux dîner auquel ma mère l'a convié ! Sirius Black a tout de même accepté, de son plein gré, de venir chez moi pendant les vacances de Noël. D'ailleurs, ce soir là, n'a-t-il pas clairement sous-entendu que nous devrions faire des efforts pour nous entendre et devenir amis ?

J'inspire profondément pour tenter de garder maîtrise de moi-même. Je ne sais pas pourquoi je cogite autant sur la question, pourquoi cela m'affecte autant que Sirius Black ne me considère pas comme son amie...

J'essaie, sans succès, de prendre une voix détachée :

— Pourquoi as-tu payé l'addition, dans ce cas ?

Black ne prend même pas le temps de réfléchir à sa réponse, c'est comme s'il l'avait préparée à l'avance :

— Parce que tu n'avais pas un seul Gallion en poche, lance-t-il sur le ton de la plaisanterie.

Il s'approche doucement, comme pour ne pas m'effrayer. Je devrais reculer d'un pas pour rétablir la distance de sécurité, mais je reste plantée là, prisonnière de son regard intense et brûlant.

— As-tu réfléchi à ma proposition ?

Incapable de parler, je hoche simplement la tête. C'est donc uniquement de cela qu'il s'agit : une attirance physique, rien de plus. C'était idiot de ma part de croire que notre relation avait évolué vers un respect mutuel, un début d'amitié...

Sirius Black m'a embrassée. Je ne suis pas son amie, et ne le serai jamais. Et même si nous décidons de nous voir, occasionnellement, après Poudlard, cela ne sera que pour un laps de temps court et défini.

Mon cœur se glace. J'éprouve un curieux sentiment d'impuissance et de déception.

— Je... ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée.

Ma voix tremble, ce qui ne lui échappe pas.

— Pourquoi, tu as peur de tomber amoureuse de moi ?

«  Non. Que tu te lasses de moi » je songe amèrement. Le silence retombe entre nous, encore chargé d'un certain malaise. Je ferme les yeux un instant. Juste une fraction de seconde, afin de reprendre le contrôle de la situation.

Lorsque je rouvre les yeux, Sirius est tout près de moi. Son parfum m'enveloppe et m'apaise. Cette fois, je n'esquisse pas le moindre mouvement de recul. C'est exactement ce dont j'ai besoin à ce moment précis, juste avant le tournoi.

— Admettons que j'accepte. Tu ne me suivras pas partout comme un petit toutou sans laisse, j’espère ?

Ma pointe d'humour ne parvient pas à lui arracher le moindre sourire. Le jeune homme conserve son sérieux, auquel s'ajoute un léger froncement de sourcils.

— Je te promets de te laisser tout l'espace dont tu as besoin.
— Comme tu le fais en ce moment ? je nargue en souriant.

Le Gryffondor recule aussitôt d'un pas.

— Désolé, dit-il dans une grimace.

Son beau visage se durcit, comme s'il se reprochait mentalement son comportement. Quelque chose s'est brisé dans son regard lorsque j'ai prononcé ces paroles. Je plonge mes yeux dans les siens afin d'y déceler un élément, une réaction qui me permettrait de mieux le comprendre. Le Maraudeur fronce les sourcils, comme s'il avait compris ce que j'essaie de faire, et il se referme immédiatement. Je me sens coupable, sans savoir vraiment pourquoi.

Soudain, le silence se charge de tension. Son regard gris métallique s'assombrit, et il paraît chercher la réponse à une question improbable.

— Je... c'était de l'humour, j'ajoute au bout de quelques secondes, n'en pouvant plus de son regard ardent sur moi.
— Je n'en suis pas si sûr, finit-il par lâcher en fourrant les mains dans ses poches. J'ai remarqué que tu te servais souvent de l'humour pour dire des vérités.

Ma bouche s'ouvre légèrement, et je fixe Sirius, les yeux écarquillés.

— Tu as raison, j'admets finalement.

Je relève le menton, le regard rivé au sien. Ma gêne se dissipe, s'évapore comme par magie en croisant ses yeux argentés. Sirius Black paraît hésitant et un peu nerveux, ce qui n'est pas du tout dans ses habitudes.

— C'est étonnant que tu me connaisses aussi bien. D'autant plus qu'on est pas amis, je lui rappelle sur un ton cassant.

Les rôles s'inversent ; je deviens plus confiante, alors que Black se passe la main sur la nuque, l'air mal à l'aise.

— Oui, et bien... je t'ai beaucoup observée, Marlène.

Je relève un sourcil, dubitative.

— Vraiment ?

Il hoche la tête sans rien dire et attend. Sans même m'en rendre compte, je comble la faible distance qui nous sépare.

— Pourquoi ?
— Tu... m'intrigues. Non, en fait tu me fascines, avoue-t-il, sans une once de gêne.

Je le dévisage longuement, ébahie. Puis, j’émets un petit ricanement, ne sachant pas s'il plaisante ou non.

— Rien que ça ? fais-je en pouffant. Si c'est vrai, il ne te faut pas grand chose pour être fasciné !

Son regard se plante à nouveau dans le mien.

— Au contraire. Il m'en faut beaucoup. Énormément, même.

Ces quelques mot suffisent à me faire rougir de la tête aux pieds.

Sans surprise, Sirius retrouve son entière assurance, alors que ma nervosité revient au galop. J'ai l'impression qu'il sonde mon âme. Je me sens mise à nue, ce qui est à la fois grisant et irritant.

Prise d'une impulsion soudaine, je me penche vers lui et pose mes lèvres sur les siennes.

Il ne réagit pas. Pas tout de suite. Puis après une bonne seconde, sa main droite se referme sur ma hanche et m'attire contre lui. Cela ne dure pas longtemps. Le Maraudeur se décolle de moi pour observer ma réaction. Ma peau irradie, mon pouls s'emballe et je me souviens de ce que j'avais ressenti lors de notre premier baiser, bien plus fougueux.

Nous nous dévisageons pendant ce qui semble être une éternité. Sans que je ne puisse rien y faire, une intimité se crée, s'instaure entre nous, petit à petit. Sirius Black a réussi à dépasser mes barrières, à se frayer un chemin jusqu'à mon cœur. J'ai cru que j'étais assez forte pour résister. J'ai cru que j'avais le contrôle de mes sentiments. Je me suis trompée.

Mon sang ne fait qu'un tour lorsque je prends conscience de l'inévitable : je suis en train de tomber amoureuse du Maraudeur.

Ce dernier ouvre la bouche, l'air de vouloir me poser une question, mais finit par se raviser.

— Je... je ferais bien d'aller me changer avant le début de l'épreuve, murmure-t-il, brisant le silence.

En baissant le regard, je constate que notre petit rapprochement a laissé des traces : mon chemisier est également tâché.

— Oui, moi aussi ! dis-je en piquant en fard.

Je pivote, et me précipite vers le dortoir des filles. J'entends, derrière moi, Sirius me souhaiter bonne chance, mais je suis trop perturbée pour lui répondre.


******



Je me change en quatrième vitesse avant de m'affaler lourdement sur mon lit. Qu'est-ce qui m'a pris d'embrasser Sirius Black ? Je ne le comprends pas moi-même. Tomber amoureuse ne signifie pas devenir stupide, que je sache ! C'était totalement idiot, et cela va encore plus compliquer les choses entre nous. J'aurais dû m'abstenir. Fuir, comme j'ai l'habitude de le faire.

Une pensée me traverse brusquement l'esprit, et je me relève si vite que j'en ai le vertige. Le Maraudeur m'a proposé une relation simple, sans contrainte, et moi, idiote que je suis, je l'embrasse ?

— Bien joué, Marlène ! je geins, m'écrasant le visage contre un oreiller.

Black va sûrement croire que j'ai fait ça pour « sceller » notre accord.

— C'est pas possible d'être aussi bête ! je m'écrie littéralement.
— Tu comptes t'insulter comme ça encore longtemps ?

Je sursaute en croisant le regard de ma colocataire. Miumiu est à son bureau, occupée à dessiner. Le visage tourné dans ma direction, la chinoise me dévisage, l'air de s’inquiéter pour ma santé mentale.

— Depuis combien de temps es-tu là ? je demande, la main sur le cœur.
— Depuis que tu es entrée dans la chambre comme une tornade.
— Tu m'as fait une peur bleue !
— C'est toi qui parles toute seule et c'est moi qui te fais peur ? réplique la brune, avant de hausser les yeux au ciel.

Je me sens légèrement rougir, mais préfère ignorer sa remarque :

— Tu ne devrais pas être déjà assise dans les gradins pour m'acclamer ?
— J'ai encore dix bonnes minutes devant moi. Je n'aime pas le bruit. Ni la foule, précise-t-elle d'une moue contrite.

Je l'observe en fronçant les sourcils, tandis que la Gryffondor évite mon regard, l'air inconfortable. Je comprends ce qu'elle ressent. Il y a des tas de choses que je me sens obligée de faire, moi aussi, alors que je n'en ai pas vraiment envie.

— Tu peux très bien m'encourager d'ici, Miumiu. Je ne t'en voudrais pas si tu ne viens pas, dis-je avec un sourire.
— Mais tu ne verrais pas ma banderole, ce serait dommage.

Je la fixe, la bouche entre-ouverte.

— Tu m'as fait une banderole ?

Mon étonnement semble à la fois l'amuser et l’embarrasser.

— C'est pas grand chose. Et puis tout le monde en a fait une, alors...
— C'est gentil, Meihui.

Je suis sincèrement touchée par cette marque d'amitié. J'ai toujours considéré Meihui comme une bonne camarade, mais je n'ai jamais véritablement pris le temps de la connaître. Non, en réalité : je n'ai jamais voulu faire l'effort de la connaître.

— Quoi ? je lance, en voyant qu'elle me toise avec insistance.
— C'est la première fois en sept ans que tu prononces mon prénom correctement, fait-elle remarquer, les yeux ronds.
— Faut un début à tout, Miumiu, je rétorque avec un clin d’œil.

Elle lève les yeux au ciel, bien qu'un sourire étire ses lèvres.

— Bon, il est l'heure, soupire-t-elle en se levant. Tu ne viens pas ? s'inquiète la chinoise, se figeant sur le seuil de la porte.
— J'arrive dans une seconde.
— Je peux t'attendre, si tu veux ?
— Ça va aller, merci.

Avant de quitter la pièce, elle pointe son index dans ma direction :

— Que tu gagnes ou non, ça n'a aucune importance, Marlène. L'important, c'est...
— C'est de participer, je sais.
— Non, pas du tout ! proteste ma colocataire, me regardant à nouveau comme si j'avais une case en moins. L'important, c'est que tu écrases cette sale punaise de Wilkes ! Ne laisses surtout pas ce Serpentard remporter le tournoi, d'accord ? Utilise un sortilège impardonnable, si nécessaire.

J'éclate de rire ; un rire plus nerveux qu'autre chose, qui me permet d'évacuer toute la tension accumulée au cours du dernier quart d'heure.

— Bien que j'adore l'idée, c'est interdit, Miu.
— Et alors ?

Elle m'adresse un sourire provocateur et malicieux, qui me prouve que nous aurions pu devenir de grandes amies. Je lui rend son sourire, soudain revigorée.

Meihui a raison. Et alors ?
La troisième tâche (Partie 2) by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Voilà enfin la troisième tâche, j’espère que ça comblera vos attentes même si ce chapitre n'a rien d'exceptionnel xD On approche de la fin, il ne reste plus que trois chapitres.

Merci à SumiSchann pour sa correction.

Bonne lecture,
à bientôt !
Chapitre 40 : La troisième tâche (Partie 2)




Une colline. Au milieu du terrain s’élève une immense colline, dont le sommet est étroit et le bas plein de rochers, de précipices, et de grands enfoncements. Cette seule vision parviendrait à bouleverser le plus aguerri des alpinistes. Qu'est-ce que Dumbledore a encore été inventer ? Je jette un regard désabusé à mes adversaires, qui ont l'air tout aussi ébahis et soucieux que moi.

Le Professeur Tempton pointe sa baguette magique sur sa gorge et marmonne "Sonorus". Aussitôt, sa voix magiquement amplifiée résonne dans tout le stade :

— Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, la troisième et dernière tâche du Tournoi des Quatre Maisons est sur le point de commencer ! Permettez-moi de vous rappeler le classement actuel des concurrents...

Le classement s'établit comme suit : j'arrive en première position avec un total de 56 points. Le champion de Serdaigle, Aiden McKinley est second, avec 53 points. A la troisième place, Todd Harper, et à la quatrième place, Gordon Wilkes, de Serpentard.

Ce dernier affiche d'ailleurs un air encore plus menaçant et hostile que d'habitude. Son regard, aussi tranchant qu'une lame de couteau, est résolument fixé dans ma direction. Quelque chose me dit qu'il est prêt à tous les coups bas pour me faire perdre...

Je me détourne pour écouter notre professeur de Vol. La dernière partie de sa tirade retient toute mon attention. Lorsque je lève la main pour poser une question, Tempton s'immobilise, son sifflet à la main.

— Quoi, McKinnon ?! lâche-t-il sur un ton bourru.
— Devons-nous comptabiliser un maximum de points pour gagner ?
— Vous devez obtenir un maximum de points, mais cette épreuve est indépendante des deux autres.

Je fronce les sourcils. Euh, il n'y a que moi qui comprend rien à son charabia ? Je partage un regard perplexe avec Harper, ce qui fait soupirer notre professeur de Vol.

— Le gagnant sera le champion qui prendra la coupe en premier ! explique-t-il avec impatience.
— Vous êtes sûr ? interroge le champion des Serdaigle, l'air tout aussi sceptique. Excusez-moi, mais votre discours manquait de clarté...
— On est jamais sûr de rien, avec Dumbledore ! grogne le sorcier, avant de nous tourner le dos. Attention, à mon signal ! reprend-t-il, faisant face au public. Trois... deux... un...

Il lance un bref coup de sifflet qui me fait revenir à la réalité. Je me mets donc à trottiner, puis à courir comme une dératée, en me tenant très éloignée du champion des Serpentard.

Le chemin que j'emprunte commence à s'élever en pente. Bientôt, ma respiration devient haletante, elle devient de plus en plus forte et rapide. En jetant un regard derrière mon épaule, je constate que les garçons me suivent de près. Ça m'agace prodigieusement ; pourquoi n'ont-ils pas pris une route différente ? J'essaie de les semer en me faufilant entre les arbres qui serpentent le flanc de la colline. J'entends d'abord le gazouillement des petits oiseaux, bientôt couvert par de bruyants croassements. Cela sonne comme un avertissement, mais je cours encore plus vite, shootée à l'adrénaline.

Je m'immobilise soudain, le souffle coupé. Je me tiens au bord d'un précipice de plusieurs mètres au fond tapissé de rochers noirs et acérés. J'utilise ma main comme visière. OK, pas de panique ! Je peux atteindre sans difficulté l'autre côté du gouffre. Je ferme les yeux pour mieux me concentrer, quand une respiration sifflante se fait entendre derrière moi.

— Qu'est-ce que tu fiches ?

Todd Harper est très vite rejoint par les deux autres champions. Je décide de les ignorer, me focalisant sur mon objectif. Comme ils restent tous les trois plantés là, à me dévisager, je réponds sans même me retourner :

— Ça ne se voit pas ? Je vais sauter.
— Complètement malade, cette Gryffondor ! lâche Wilkes, avant de poursuivre son chemin.
— Bon, eh bien... bonne chance ! lance McKinley en partant.

Je lui fais un vague signe de la main, tandis qu'un sourire se dessine sur mes lèvres. Une fois que je serai de l'autre côté, j'aurai pris énormément d'avance sur mes concurrents.

— Tu sais que si tu rates ton coup, tu meurs ? souligne Harper, en s'approchant pour jeter un regard dans le vide.

Le Poufsouffle se recule instinctivement. Voyant que je ne réagis pas, il me saisit par le bras pour attirer mon attention.

— Allez viens, McKinnon ! Allons rattraper les autres.
— Vas-y toi. Moi, je vais sauter.

Il a toujours son expression effarée. Sa main se resserre autour de mon bras.

— Tu te souviens, quand j'ai plongé dans le lac et que j'ai failli me faire dévorer par une sirène ?
— Ouais, et alors ?
— Tu m'avais dit que ce n'était pas prudent, mais je ne t'ai pas écoutée... ça ne te rappelle pas quelqu'un ?

Je me tourne vers lui, et me dégage gentiment de son emprise. Harper se sent encore redevable envers moi, même si je n'arrête pas de lui répéter qu'il ne me doit absolument rien.

— Je sais que je peux le faire. Si j'avais ne serait-ce qu'un tout petit doute, nous n'aurions pas cette conversation. Tu as l'intention de sauter, toi aussi ?
— Non ! s'écrit le jeune homme, me regardant comme s'il m'était poussé une deuxième tête.
— Alors tu ferais bien de te bouger un peu !

Je lui décoche un ravissant sourire. Puis je prends le plus d'élan possible. Je m'élance à toute vitesse, en prenant appui sur mon pied gauche pour donner une puissante impulsion. Je saute au-dessus du vide, et m'envole, grisée par un sentiment de liberté et de solitude.

J'atterris, certes lourdement, mais sans encombre de l'autre côté. Ha, trop facile !

— Tu as réussi ! hurle Harper, l'air impressionné, tandis que les applaudissements, les cris et les sifflets font un vacarme assourdissant, autour de nous.

Je sais, oui. Et le plus beau dans tous ça, c'est que je n'ai pas encore utilisé ma baguette magique !


******



Je commence à regretter d'avoir délaissé le sentier bien tracé qu'ont emprunté les autres champions. Après dix minutes de marche agréable et plane, la route s'est redressée, et il m'a fallu les deux mains pour continuer à avancer. Sans compter que j'ai croisé pas mal de créatures magiques en chemin, qui avaient pour but de me barrer la route, et/ou de me tuer ! Fort heureusement, j'ai réussi à m'en défaire sans trop de difficulté. Me voilà à présent en train d'escalader une colline en m'agrippant désespérément aux racines et aux branches, prenant appui contre les arbres pour éviter de déraper. Et tout ça, pourquoi ? Pour récupérer une coupe en toc...

Je m'arrête un instant pour reprendre mon souffle. Je suis parvenue aux deux tiers de la colline ; la pente est maintenant vraiment raide. Allez, encore un petit effort !

Je gravis une dernière montée, en me cramponnant aux tiges et herbes que j'ai sous la main. J'atteins le sommet verdoyant, qui surplombe une vaste plaine, s'étendant à perte de vue. Woah, impressionnant ! Je ne distingue pas la coupe, mais elle ne doit pas être très loin...

Malgré la fatigue qui me tenaille, je me remets à marcher, quand je ressens un violent coup dans la poitrine. Je me retrouve allongée sur le sol, fixant avec béatitude le ciel. Une tête hirsute et laide se penche au dessus de moi, pour me gratifier d'un sourire mauvais.

— Comme on se retrouve, McKinnon ! minaude Wilkes, son rictus s'élargissant.

Je me redresse avec difficulté, en toussant à m'en arracher les poumons.

— Espèce de crétin ! Tu n'as le droit d'utiliser ta baguette que pour désarmer tes adversaires, fais-je froidement remarquer. Tu vas être disqualifié !

En vérité, je me fiche complètement des règles ; tout ce que je cherche à faire, c'est le distraire pour parvenir à m'échapper.

— Honnêtement, à ce stade... gagner m'importe peu.

Une lueur meurtrière passe dans son regard. Je regarde sa baguette, qui est toujours dirigée sur moi.

— Tout ce que je veux, c'est te donner une bonne leçon, sale traîtresse à ton sang ! Garde les mains bien en évidence !
— D'accord, j'abdique en levant les mains en l'air. Alors, je soupire, qu'est-ce que tu comptes faire, Wilkes ?
— Je ne sais pas encore...

"Comme c'est étonnant, avec un cerveau aussi riquiqui que le tien !" je me retiens de lui lancer à la figure.

— Tu ferais bien de te décider avant que les autres champions n'arrivent, je chantonne en souriant.

Le vert et argent s'abaisse pour être à ma hauteur.

— Tu es une vraie tête brûlée, toi, hein ? susurre-t-il d'une voix lente.

Il fait glisser sa baguette sur ma joue en marmonnant quelque chose et aussitôt, je sens une vive douleur, comme si ma chair se fendait en deux. Je tente de garder un visage impassible, tandis que le sang coule, dégouline le long de mon menton, jusqu'à mon sweat-shirt.

— Je vais te faire ravaler tes grands airs.
— Ah ouais, en me caressant la joue ? j'ironise, un sourire sardonique aux lèvres.

Le Serpentard me regarde, l'air furieux. Je ne lui laisse pas le temps de me lancer un autre sortilège et lui décoche un coup de poing au visage. Wilkes retombe en arrière, mais se reprend bien vite. Ses traits se durcissent et ses pupilles rétrécissent sous la colère. La méchanceté et la haine qui émanent de son regard me font prendre conscience de l'erreur que je viens de commettre : tout ce que j'ai réussi à faire, c'est l'énerver davantage.

Je serre les dents, prête à endosser les coups, quand j'aperçois Todd Harper par dessus son épaule.

— Endolo...
— Expelliarmus ! le contre immédiatement le Poufsouffle.

Je me relève tant bien que mal, et brandit ma baguette vers Wilkes qui est à présent désarmée. Lorsque le Serpentard se rend compte que nous sommes deux contre un, il prend la fuite, en courant comme un aliéné. Très classe.

— Pauvre idiot, je grommelle entre mes dents.
— Ça va, McKinnon ? me demande Harper, essoufflé.
— Oui, merci. Heureusement que tu es arrivé au bon moment...

Quand je pense que ce gros débile a essayé de me lancer un sort impardonnable !

Harper esquisse un sourire, avant de braquer son regard vers l'horizon.

— Ce truc scintillant, là-bas, c'est... ?
— La coupe des Quatre Maisons, je confirme. Où est passé McKinley ?
— Nous nous sommes perdus en route.

Intentionnellement, je parie ! Nos regards se croisent... et nous détournons immédiatement les yeux, tous les deux, comprenant ce que la signifie. Je prends une grande inspiration, me préparant à courir de toutes mes forces pour récupérer ce trophée à la noix. J'abandonne ma posture en remarquant que le Poufsouffle reste immobile.

— Qu'est-ce que tu fais, Harper ?
— Vas-y. La coupe est à toi.

Je le dévisage avec une totale incrédulité.

— Tu... tu veux me laisser gagner ? Pourquoi ?
— Parce que tu le mérites. Tu m'as sauvé dans le lac et...
— Toi aussi, tu m'as aidé. On est quittes.
— Tu sais que mes parents sont divorcés ? déclare-t-il brutalement.
— Euh...

J'entrouvre les lèvres pour répondre quelque chose, mais ce n'est qu'un hoquet de surprise qui en sort.

— Ma mère m'a élevé seule après que mon père se soit tiré, à mes trois ans. poursuit Harper, le regard dans le vague.
— Je ne veux pas te paraître insensible, mais tu crois vraiment que c'est le moment d'avoir cette conversation ? fais-je remarquer, avec tout le tact dont je suis capable.
— C'est une grande femme, ma mère. Elle a cumulé les petits boulots pour que je ne manque de rien. Elle a ensuite repris ses études pour intégrer la brigade d'élite des tireurs de baguette magique.

Je dois me mordre les joues jusqu'au sang pour ne pas éclater de rire. Il n'y a rien de drôle ! Je souris, masquant du mieux que je peux ma nervosité.

— La brigade des quoi ? j'interroge, en faisant quelques pas dans sa direction.
— La police magique, précise-t-il face à mon regard interrogateur. Elle n'a jamais pu intégrer cette brigade. Tu sais, pourquoi ? Elle avait beau être la première de sa promotion, le directeur de la brigade ne voulait pas de femmes dans son équipe.
— Tu plaisantes ?
— Il est temps que les choses changent pour les sorcières, McKinnon. Vas-y, prend la coupe. Elle te revient de droit.

J'observe longuement le Poufsouffle, qui fourre les mains dans ses poches, l'air résigné. Je ne peux pas m'empêcher de lever les yeux au ciel, et lui donne un violent coup de poing à l'épaule pour le faire réagir.

— Ce n'est pas parce que je vais gagner un stupide tournoi organisé par notre école que les mentalités changeront, Harper ! Je sais que cela part d'une bonne intention, mais en agissant de la sorte, en faisant preuve de galanterie, tu insinues que je ne suis pas assez forte pour te battre à la loyale.

Quand j'ai fini de lui parler, le Poufsouffle garde le silence un long moment.

— Ce... ce n'est pas du tout ce que je pense ! se révolte-t-il enfin, les yeux grands écarquillés.
— Très bien. Alors, toi et moi, on va la jouer à la régulière.

Le jeune homme se contente de hocher la tête, un petit sourire au coin des lèvres.

— A trois, c'est d'accord ?

Je me mets en position. Harper m'imite, fixant son regard droit devant lui.

— Un...
— Deux... dit le Poufsouffle.
— Trois !

Nous nous lançons tous les deux dans une course effrénée. J'en cours à perdre haleine, sans me préoccuper de mon adversaire, quand la terre se met soudain à trembler sous nos pieds, ce qui a pour conséquence de nous faire trébucher. Qu'est-ce que... ? C'est comme si la colline s'effondrait, s'affaissait, dans le but de disparaître sous terre.

Je reprends ma course et chute, me remets debout et m'écroule à nouveau. Rha, c'est impossible ! En tournant la tête, j'aperçois Todd Harper, qui s'accroche désespérément à un arbre. En ce qui me concerne, je reste allongée au sol, et cherche la coupe des yeux. Je la vois ; elle est coincée entre deux rochers, à quelques mètres seulement de moi. Je tente un sortilège d'attraction, qui n'a pour effet que de déplacer, sur quelques centimètres, l'un des rochers. En zieutant ma baguette, je comprends pourquoi mon sortilège a été défaillant ; dans ma chute, ma baguette s'est presque brisée.

Alors que je commence à désespérer, les secousses cessent enfin. La colline a disparu, et la coupe est parfaitement visible, au milieu du terrain de Quidditch. Le regard résolument fixé sur le trophée, je prends appui sur mes mains pour me relever, et pique un dernier sprint. Mes pieds frappent violemment le sol, tandis que je joue des coudes, comme une démente.

Brusquement, je m'arrête.

Je regarde, encore essoufflée par ma course, la scène qui se déroule devant moi, comme au ralenti.

Todd Harper, le sourire rayonnant, brandit fièrement la coupe des Quatre Maisons. Un tonnerre d'applaudissements retentit des tribunes. Des applaudissements tonitruants. La réalité de la situation me frappe avec la violence d'un coup de poing en plein estomac : j'ai perdu . J'ai fait de mon mieux, mais je n'y suis pas arrivée. Pourtant, je me doutais que cela ne suffirait pas. Je l'ai toujours su.

J'observe Todd Harper à travers les larmes qui me montent aux yeux, sans savoir si c'est de la colère ou de la déception que je ressens. Peut-être bien les deux. Je fixe le sol pendant une seconde. Je sens une larme couler le long de ma joue. Je me passe les mains sur le visage et l'essuie aussi vite que possible pour que personne ne soit témoin de mon amère déception.

Incapable de bouger ou réagir, je reste à l'écart, et regarde la foule se rassembler autour du champion de Poudlard pour le féliciter et le congratuler en poussant des cris de joie dans un vacarme assourdissant.

Je me redresse, tentant de garder la tête haute ; il faut que je relativise et que je me reprenne.

La victoire de Todd Harper est méritée. Je suis profondément déçue, mais je m'en remettrai. Ce n'est pas la pire des épreuves que j'ai eu à subir dans ma vie. Maintenant que j'y pense... je n'ai encore subi aucune véritable épreuve, alors... je devrai m'estimer chanceuse, et me réjouir de la réussite de mon camarade.

Un grand sourire étire mes lèvres quand nos regards se croisent. Je rejoins le Poufsouffle au pas de course et me fraye un chemin jusqu'à lui pour lui serrer la main, et le féliciter comme il se doit. Puis je longe le terrain, marchant avec rapidité. A présent, je n'ai qu'une seule envie : celle de prendre une douche bien chaude.

Dans les gradins voisins, l'enthousiasme des élèves se fait plus discret. Les Serdaigle et les Gryffondor accordent des applaudissements polis, alors qu'un silence quasi religieux règne du côté de la tribune des Serpentard. On entendrait une mouche voler. Bonjour l'ambiance ! Je n'aimerais pas être à la place de Gordon Wilkes, il va certainement en prendre pour son grade... bien fait pour lui !

En passant devant les Gryffondor, je n'en mène pas large. Je fais profil bas, tâchant d'ignorer les murmures et les regards insistants. Je m'arrête lorsque j'entends des applaudissements. J'ose enfin relever la tête et vois le professeur McGonagall debout, en train de m'applaudir en me regardant avec fierté. J'observe, effarée, les Gryffondor se lever d'un même mouvement pour l'imiter. J'ai droit à une véritable ovation au même titre que Todd Harper.

Je reste un moment interdite, avant de lever la main pour les saluer. Mon visage se fend d'un grand sourire lorsque je distingue le visage de mon frère Andrew parmi la foule. Mes parents sont également présents, et je crois même apercevoir, l'espace d'un instant, ma tante Griselda. À peine ai-je cligné des yeux qu'elle a déjà disparu. Je me frotte les paupières, comme si cette apparition inattendue était consécutive à un mirage ou à la fatigue. J'en ai la confirmation quelques minutes plus tard, quand ma famille me rejoint sur le terrain.

J'embrasse mon frère, ma mère, mon père... mais pas Griselda, qui est toujours aux abonnés absents.
Moment de détente by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Voici le chapitre 41, j’espère qu'il vous plaira !

Merci à SumiShann pour sa correction.

Bonne lecture.
Chapitre 41 : Moment de détente.





Je pourrais facilement élire domicile dans la salle de bain des Préfets.

C'est une gigantesque pièce contenant en son milieu une piscine rectangulaire en marbre blanc, assez profonde. Elle comporte également un plongeoir, et une centaine de robinets d'or incrustés de pierres précieuses sont disposés tout autour du bassin et diffusent un mélange d'eau chaude et de bains moussants colorés et parfumés... le rêve.

Je laisse échapper un soupir d'agacement, lorsque un rire strident se fait entendre (pour la troisième fois ce soir) au-dessus de moi. J'ouvre les paupières à contrecœur. Le fantôme d'une jeune fille, petite et trapue, à demi-cachée sous de longs cheveux pendants, flotte au plafond.

— Oh, c'est encore toi, constate Mimi Geignarde, l'air déçue.
— Oui, c'est toujours moi, je râle. Tu es une vraie voyeuse, ma parole !
— Ce n'est pas toi que j’espérais voir, figure-toi ! D'ailleurs, tu ne devrais même pas être là. Tu n'es ni préfète de ta maison, ni capitaine de l'équipe de Quidditch...
— Ferme un peu ton clapet, tu veux ? J'essaie de me détendre, dis-je sèchement, en jouant avec des bulles de savons.

Je repose ma tête contre la baignoire et lâche un soupir à fendre l'âme. C'est trop lui demander de me laisser tranquille ?

— Qui t'a donné le mot de passe ?
— Lily Evans, je réponds, uniquement pour avoir la paix.
— Décidément, celle-là, elle fait tout pour me gâcher la vie !
— Tu es morte, Mimi. je lui rappelle froidement, sans une once de tact.

La jeune fille gonfle les joues, avant d’exécuter un plongeant dans mon bain, provoquant un gros SPLASH, qui me fait boire la tasse. « Merlin de merde ! » Je hurle, hors de moi. Je saisis une serviette pour m'essayer furieusement le visage.

— Morte ? MORTE ? s'égosille Mimi. Je sais que je suis morte, c'est inutile de me le rappeler à tout bout de champs ! sanglote-t-elle. James Potter... (elle renifle) fait preuve de bien plus de délicatesse que toi...
— Ah, c'est donc lui que tu espérais voir, fais-je en roulant des yeux.

Je comprends mieux pourquoi elle n'arrête pas de me déranger.

— Est-ce que...( elle se mouche bruyamment dans sa manche) il va venir ?
— Comment veux-tu que je le sache ? je rétorque, me retenant avec peine de lever les yeux ciel.
— Il vient tous les mercredi soirs. Et Todd Harper, lui, vient chaque vendredi... ajoute-t-elle, en lâchant un soupir d'aise.

Je la dévisage en arquant un sourcil.

— OK, du calme, Mimi la Perverse.
— Je ne suis pas perverse ! s'offusque-t-elle, prête à exécuter un nouveau plongeant.
— Tu viens pourtant d'avouer reluquer les garçons dans leur bain, je la coupe dans son élan.
— Ce n'est pas de ma faute si certains élèves ont la fâcheuse manie de se déshabiller lorsque je viens me promener par ici...

Mais oui, bien sûr. Je roule des yeux.

— Ouais, ben va te promener ailleurs ! Je vais sortir de mon bain.
— Je n'ai aucune envie de voir ça ! Tu es là-dedans depuis des heures, tu dois être toute fripée...

Par pitié, que quelqu'un l'achève ! Ah non, attendez, elle est déjà morte. J'enroule une grande serviette autour de moi, quand Mimi se fige brusquement. Elle se tourne dans ma direction, en se cachant les yeux :

— Au fait ! Il y a un vieil homme qui t'attend, à l’extérieur. Je crois qu'il veut te parler.
— Un vieil homme ?

Je fronce les sourcils. Cela ne peut pas être mon père, il est déjà parti. Et il n'est pas si vieux que ça...

— Dumbledore ? je demande, surprise.
— Si c'était effectivement le professeur Dumbledore, tu ne crois pas que je t'aurais dit que c'était Dumbledore ? grince Mimi, avant de s'élever dans les airs pour disparaître aussi vite qu'elle est apparue.

Je sors de la salle de bain des préfets quelques minutes plus tard. Un vent glacé s'engouffre dans mes cheveux mouillés, ce qui me fait frissonner.

— Bonsoir, Miss McKinnon.

Je sursaute à moitié, en remarquant un sorcier au visage ridé et une barbe naissante grisonnante. Je reconnais immédiatement Monsieur Caldwell, le Chef du bureau des Aurors. Son apparence est soignée, sérieuse, professionnelle. Mon cœur manque un battement.

— C'est... ma tante, n'est-ce pas ?
— Comment ?
— Est-ce qu'elle va bien ? j'interroge, commençant à paniquer.
— Qui ça ?
— Ma tante !
— Oh, oui. Je suppose que oui, cela fait des années que je n'ai pas revu Grisel... votre tante. se reprend-t-il, l'air dérouté par ma question.

Je laisse échapper un soupir de soulagement.

— Pourquoi êtes-vous là, dans ce cas ? Vous avez retrouvé mon agresseur ?
— L’enquête est toujours en cours.
— Sans blague, je siffle entre mes dents.

Ça fait des mois que cette affaire est « en cours » et si au départ, cela m'arrangeait que leur enquête piétine, je commence à sérieusement douter des compétences de Monsieur Caldwell et Marcus Denworth.

Je dépasse le vieil homme pour aller à mon dortoir. J'entends le bruit de ses pas résonner derrière moi.

— J’espérais m'entretenir avec vous quelques minutes, Miss McKinnon.

Je m'arrête à contrecœur, et me retourne pour lui faire face.

— Pourquoi ?

Que me veut-il encore, ce Columbo du monde sorcier ?

— Par mesure de sécurité, j'ai assisté au Tournoi des Quatre Maisons...

Je sens mon visage se durcir, tandis que ma défaite me revient en pleine figure.

— Génial. J’espère que vous avez passé un agréable moment, fais-je sur un ton sarcastique.
— Vous êtes censée savoir que je suis le Chef du Département des Aurors ? dit-il abruptement, me dévisageant avec sévérité.
— Oui.
— Que savez-vous sur ce département ?
— Pas grand chose.

Je lâche un énième soupir. Je ne comprends pas le but de cette conversation. Qui plus est, je suis morte de fatigue et je meurs de faim ! Face à son regard insistant, je me sens obligée de trouver quelque chose à dire :

— Vous... traquez les mages noirs.

Le sorcier esquisse un léger sourire.

— C'est une définition assez simpliste, mais juste, je vous l'accorde. Un Auror est chargé de garantir la sécurité de la communauté magique et de lutter contre l'ascension de la magie noire. Le ministère de la Magie nous autorise, entres autres, à tuer les mages noirs plutôt que de les capturer vivants.

Il plisse les yeux, comme pour jauger ma réaction. Je me contente de le toiser, la bouche entre-ouverte, encore plus perplexe.

— D'accord. Et si vous me racontez ça, c'est parce que... ?
— Avez-vous une idée du métier que vous souhaitez exercer après vos études, Miss McKinnon ?
— Joueuse de Quidditch professionnel.

Les mots sont sortis de ma bouche avant même que je prenne le temps de réfléchir. C'est une évidence pour moi, et c'est le seul métier que je puisse envisager de faire.

— Vous aimez le Quidditch ?
— Je... suis douée. Je pense l'être.

Assez pour que le club de Flaquemare me fasse une jolie proposition. Le regard de Monsieur Caldwell se fait lointain, rêveur, puis revient.

— Je n'en doute pas, sourit-il. J'aurais bien aimé, moi aussi, faire de ma passion mon métier, lorsque j'avais votre âge... aucune autre perspective d'avenir, vraiment ? insiste-t-il, en tournant ses prunelles bleu clair vers moi. Comme devenir Auror, par exemple ?

Auror ? Je le regarde avec des yeux ronds comme des soucoupes. Le rire qui s'échappe de ma gorge frôle l'hystérie. L'expression du vieux sorcier change du tout au tout : ses traits se crispent, comme sous l'effet d'un coup de vent inattendu. Craignant de l'avoir froissé, je reprends immédiatement mon sérieux :

— Ça ne m'a jamais traversé l'esprit, pour être honnête. Je... je sais qu'il faut avoir d'excellentes notes et c'est à peine si j'ai la moyenne, alors...

Je ne termine pas ma phrase, et hausse des épaules.

— Cinq ASPIC avec la mention Effort exceptionnel au minimum sont requis, et ce en métamorphose, sortilèges, potions et bien évidemment défense contre les forces du Mal. La formation pour devenir Auror dure trois ans et est très difficile et intensive, il y a donc peu de candidats qualifiés.

La formation dure trois ans ? Il y a peu de candidats qualifiés ? Eh bien maintenant c'est sûr et certain : je ne serai jamais Auror.

Je hoche la tête par politesse, en attendant la fin.

— Il faut également passer une série de tests d'aptitude et de personnalité particulièrement rigoureux, où il faut montrer sa capacité de réaction face à des situations dangereuses.
— Je vois...

C'est pas tout, mais je commence à trouver le temps long. Bon allez, j'avoue : je m'ennuie carrément.

— Ce que vous avez parfaitement maîtrisé lors de ce tournoi. Les situations dangereuses ne semblent pas vous perturber outre mesure. Vous avez su faire preuve d'une grande détermination, notamment lorsque vous êtes allée secourir votre adversaire.

Je relève la tête, abasourdie. Ses compliments me désarçonnent, à tel point que je ne sais plus comment me comporter. Je me sens rougir comme une enfant timide. Ce n'est pas tous les jours qu'on vante mes mérites ! Je toussote pour reprendre contenance et balbutie de faibles remerciements.

— Je me doute qu'un joueur de Quidditch professionnel bénéficie de nombreux avantages, poursuit le vieil Auror. Les voyages aux quatre coins du monde, la popularité, le salaire exorbitant... tout cela a son attrait, et je comprends parfaitement que les jeunes gens de votre âge soient attirés par une carrière sportive.

Présenté de cette manière, effectivement, ça fait rêver. Les épaules de Monsieur Caldwell s'affaissent, et après un long silence, il pousse un soupir qui ressemble à un râle.

— Être Auror, à l'inverse... n'a rien de clinquant. Lorsque vous n’êtes pas envoyé mission, vous êtes assigné à votre bureau pour rédiger des rapports et comptes-rendus inutiles. Quant au salaire, il n'a rien de mirobolant. Sans compter tous les risques du métier, moins calculé, moins prévisible que le score d'un match de Quidditch... un Auror est exposé au danger de façon permanente.

Mon regard se pose involontairement sur la fine cicatrice qui lui barre la joue gauche. Puis, je finis par lui poser la question qui me brûle les lèvres :

— Êtes-vous entrain de me proposer un poste, Monsieur Caldwell ?

Cette fois, le sorcier me décoche un vrai sourire, qui dévoile les dents. Cela me frappe soudain : il a dû être très séduisant, dans sa jeunesse car les traits de son visage sont réguliers et distingués.

— Disons plutôt que si votre dossier de candidature arrivait sur mon bureau un matin, il retiendrait toute mon attention. Mais cela ne vous exemptera pas des pré-requis. Vous devrez obtenir vos ASPIC et passer tous les tests nécessaires.

Je recule d'un pas, puis d'un autre.

— Non, je... je ne pense pas avoir les compétences qu'il faut pour devenir Auror.

Monsieur Caldwell m'observe attentivement, en arquant un sourcil stupéfait.

— Pensez-vous que cela fasse parti de mes attributions ? Recruter de jeunes sorciers qui ne sont même pas encore diplômés ?

Sa voix n'a plus rien d'aimable, et je perçois son agacement à la manière dont il hausse les sourcils. Son regard est si pénétrant que je finis par baisser la tête.

— Je n'en sais rien...
— Je n'ai pas le temps pour ça, et encore moins l'envie de faire croire a de petites têtes impressionnables que c'est le plus beau métier du monde. Ce serait mentir, et je n'aime pas mentir.
— Je.. je pensais plutôt intégrer le club de Flaquemare, je bredouille en retour, toute intimidée.
— Je comprends, capitule-t-il en lâchant un faible soupir. Toutefois, si vous changez d'avis... voici ma carte.

Je fixe tellement ce petit morceau de carton que les mots se mettent à danser devant mes yeux. Monsieur Caldwell s'en va brusquement mais revient sur ses pas.

— Je me trompe peut-être, mais... quelque chose me dit qu'il vous faut une bonne raison de vous lever le matin, Miss McKinnon.

Toujours sous le choc, je consens à lever les yeux dans sa direction.

— Et Todd Harper ? Le champion de Poudlard, j'ajoute face à son regard interrogateur.
— Oui, eh bien ? rétorque-t-il en jetant un bref coup d’œil à sa montre.
— Allez-vous lui remettre votre carte ?
— Seulement s'il m'en demande une.
— Mais...

Ma contrariété doit se lire sur mon visage.

— J'ai perdu le tournoi. C'est lui, le gagnant !

Ses lèvres minces s'étirent en un sourire énigmatique, comme si ce détail n'avait guère d'importance.

— Vraiment ? fait-il mine de s'étonner.





End Notes:
Voilà pour aujourd'hui :) on retrouvera Sirius dans les deux derniers chapitres...

A bientôt !
Jalea
Introspection by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Voici le chapitre 42, il est un peu court mais je me rattraperai pour les deux derniers chapitres.

Merci à SumiShann pour sa correction.

Bonne lecture,
à bientôt !
Chapitre 42 : Introspection




Devenir Auror...

Serait-ce vraiment une possibilité de carrière pour moi ? J'en doute sérieusement. Pour commencer, je n'ai pas les notes qu'il faut ; même avec l'aide de Kiara, je peine à atteindre la moyenne. Quand bien même, admettons que cela ne soit pas rédhibitoire. Par curiosité, je me suis renseignée sur les qualités et compétences nécessaires qu'un Auror est censé avoir.

Dans le « guide de l'élite spéciale », il est écrit, page cinq :

* Posséder le sens de l'honneur et du dévouement.

C'est le cas ! J'ai participé au tournoi des Quatre Maisons alors que j'en avais pas envie. C'est la preuve irréfutable que j'ai le sens de l'honneur et du dévouement. J'ai aussi le sens de l'humour. Trois bons points pour moi.

* Être respectueux de la dignité des personnes.

Je pense l'être. Pas plus tard qu'hier, j'ai demandé à Peter Pettigrow de remonter son froc pendant le dîner, parce qu'on lui voyait la raie. Un peu de décence, par Merlin.

* Faire preuve de diplomatie et d'autorité.

Je suis diplomate. J'essaie toujours de résoudre les conflits par la négociation. Et quand ça ne fonctionne pas, je fais preuve d'autorité en utilisant mes poings.

* Être en bonnes conditions physiques et psychologiques.

Alors là, personne ne pourra dire le contraire : je pète la forme ! Par contre, au niveau psychologique, j'ai des doutes. Il y a pas mal d'élèves qui disent que je suis cinglée...

— Tout va bien, Marlène ?

Je relève la tête et croise le regard de ma meilleure amie.

— Hum ? fais-je distraitement.
— Tu n'as pas ouvert la bouche depuis plus d'une demi-heure, observe Kiara, l'air inquiète.

Je me contente de hausser les épaules.

— Je réfléchis.
— Une vraie nouveauté pour toi, non ?

Cette voix me fait sursauter, et je me retourne pour découvrir Sirius Black debout derrière moi. Les lèvres ornées d'un petit sourire moqueur, il contourne le canapé pour s'installer à ma droite. Je le dévisage en clignant des yeux, ébahie, tandis qu'il donne à Kiara un énorme ouvrage qui a l'air de peser une tonne.

— Tiens, je l'ai terminé.
— Qu'en as-tu pensé ? s'enquiert la blonde avec enthousiasme.
— L'auteur n'a clairement pas eu la volonté d'échapper à son égocentrisme. Quant à son étude sur la vision des sorciers sur le monde, elle est uniquement fondée sur sa propre introspection et sa cupidité aveugle.
— Sa cupidité ? Comment peux-tu dire une chose pareille ? s'indigne Kiara.

Je les regarde tour à tour avec incrédulité. Qu'est-ce qui est en train de se passer, là ?

— Son désir de gloire et de reconnaissance est perceptible à chacune de ses lignes, Perks. Si tu veux lire une approche plus objective, et surtout, plus instructive, je te conseille l'auteur Barnie Follenvoupt.
— Sirius a raison, les écrits de Follenvoupt sont incroyablement divers et détaillés, commente James Potter, sur le ton de l'évidence.

Il se laisse tomber sur un fauteuil, et fait asseoir sa petite-amie sur ses genoux.

— Tu as lu les livres de Barnie Follenvoupt ? s'étonne notre préfète-en-chef, le dévisageant avec de grands yeux écarquillés.
— Oui, Lily. Il m'arrive parfois de lire, tu sais ?
— Je sais, mais...
— J'ai atterri dans un foutu club de lecture ?! je m'emporte contre eux, sans même savoir pourquoi.

Mes camarades me regardent avec un tel étonnement que je me sens rougir de honte. Je me lève d'un bond et m'en vais sans dire un mot, ignorant les appels répétés de ma meilleure amie. Depuis que j'ai perdu le tournoi des Quatre Maisons, je suis comme qui dirait... sur les nerfs. Je me sens nulle. Complètement frustrée et inutile.

Alors que je me dirige vers l'escalier menant au dortoir, je reviens sur mes pas en remarquant un exemplaire de la Gazette du Sorcier traîner sur un pouf.

— Je peux te l'emprunter ? je demande à un gamin.

Il se contente de hausser les épaules. Mes yeux s'écarquillent de stupeur, à mesure que je lis le journal. Je me doutais que la situation était inquiétante, mais... pas à ce point !

— Quelles sont les nouvelles ? me demande Black, en lisant par dessus mon épaule.
— Des disparitions et des morts. Beaucoup de morts, je réponds d'une voix blanche, sans daigner lever les yeux.

Comment ai-je pu être aussi ignorante ? J'ai l’impression de me réveiller d'un très long sommeil, peuplé de doux rêves, déjà lointains. Est-ce que c'est parce que j'étais trop accaparée par mes propres petits problèmes, que je n'ai pas immédiatement remarqué ce qui se passait là, dehors, dans le monde réel ?

Cette constatation me laisse une sorte de goût âpre dans la bouche. Il me faut admettre que je suis égoïste. Pendant des mois, tout ce qui m'importait, c'était de gagner un fichu tournoi sans importance !

Le Maraudeur lâche un faible soupir.

— La situation empire chaque jour...
— Et le Ministre de la Magie ne fait rien pour arranger les choses, je rouspète.
— Que veux-tu qu'il fasse ?

Je me retourne vivement pour lui faire face. Le rouge et or n'est qu'à quelques centimètres de moi et n'a aucun mouvement de recul.

— Je n'en sais rien, quelque chose qui pourrait justifier son salaire exorbitant ! je rétorque en haussant le ton.

Du coin de l’œil, je vois le première année à qui j'ai emprunté le journal grimacer, il ne s'attendait visiblement pas à ce que je me mette à hurler.

Black m'observe avec un léger froncement de sourcils. Je le connais suffisamment pour savoir qu'il est agacé, et qu'il tente de conserver son calme.

— La situation s'est encore dégradée, c'est vrai, mais depuis plusieurs mois déjà. Il y a des disparitions et des morts chaque jour, Marlène, tempère-t-il.
— Tu crois que tu m'apprends quelque chose ? je grince, le gratifiant d'un regard dédaigneux.

Je suis en colère et m'aperçois que c'est contre moi-même car contrairement à Black, je viens seulement de prendre conscience de la gravité des choses.


******


— Le tournoi étant terminé, il faut vous remettre au travail, Miss McKinnon. Les ASPIC approchent à grands pas, me rappelle le Professeur McGonagall, en me regardant par-dessus ses lunettes carrées.

Je hoche la tête, avant de poser les yeux sur ma copie. J'ai encore raté mon devoir de Métamorphose. Merde, ça craint. J'avais pourtant révisé toute la semaine ! Le problème, c'est que j'ai la mémoire d'un poisson rouge. Je ne retiens rien ou alors, je mélange tout. Je ne suis pas faite pour les études, de toute évidence. Je ne suis pas comme mon grand frère Andrew, qui a fini premier de sa promotion et s'est vu offrir un premier poste assez bien rémunéré dans une entreprise importante. Je fronce les sourcils. Ça alors, je ne me souviens même pas du nom de la société dans laquelle mon frangin travaille !

La sonnerie retentit soudain, mettant fin à mes lamentations. Les élèves de la classe bondissent de leur chaise et se pressent vers la sortie dans un chahut invraisemblable. Je reste assise, attirant l'attention de McGonagall. Cette dernière lève la tête vers moi en arquant un sourcil interrogateur.

— Oui, Miss McKinnon ?

«  Allez, lance-toi ! » me dis-je intérieurement.

— Hum, je me demandais... si certains de vos anciens élèves étaient devenus Aurors ? Parce que... j'ai entendu dire qu'il y avait peu de candidats qualifiés, même parmi ceux ayant obtenu leurs ASPIC avec mention, j'énonce rapidement, le rouge aux joues.

J'essuie mes mains (complètement en sueur) sur ma jupe. Je ne comprends pas ce qui m'arrive, pourquoi ces interrogations m'obsèdent depuis ma rencontre avec le Chef Caldwell ? Ce n'est pas comme si j'envisageais réellement de devenir Auror...

— Deux de mes plus brillants anciens élèves ont essayé de passer les sélections, cette année. Malheureusement, je crois que ni l'un ni l'autre n'a été retenu, répond McGonagall, pensive.

Elle braque ses yeux dans ma direction. Un léger sourire étire ses lèvres fines.

— Pourquoi cette question, Miss McKinnon ? Serait-ce votre choix de carrière ?

— Non ! je réponds aussitôt en élevant la voix. C'est... c'est pour un ami à moi.

Non, mais qu'est-ce que je raconte, moi ? Son regard me dit qu'elle n'est pas dupe, mais heureusement, elle ne fait aucun commentaire.

— Eh bien, si votre ami (elle appuie lourdement sur le mot) souhaite s'orienter dans cette voie, je ne peux que l'y encourager fortement et lui souhaiter pleine réussite.

La vieille sorcière m'adresse un dernier sourire, avant de baisser la tête pour continuer à corriger sa pile de copies. Je remballe mes affaires à vitesse grand V, et m'approche de son bureau.

Je m'éclaircis la gorge, puis demande d'une petite voix :

— Même si ses notes dans votre cours laissent à désirer ?

Cette fois, je n'ai pas droit à un sourire, mais à un rictus pincé.

— Ce n'est pas moi qu'il devra impressionner, ni même convaincre. Cependant, j'ai entendu dire que le chef actuel du bureau des Aurors n'accordait que peu d'importance aux résultats scolaire des postulants, déclare-t-elle d'un air réprobateur.
— Vraiment ?
— C'est ce qu'on raconte, soupire McGonagall. Votre ami n'a qu'un seul moyen de vérifier cela : envoyer un dossier de candidature à la fin de ses études.
— Merci, professeur.

Je me détourne et me dirige d'un pas rapide vers la sortie, curieusement ravie des réponses que le professeur McGonagall m'a apportées. Je me fige brusquement sur le seuil de la porte et me retourne lentement. Je ressens le besoin de clarifier une chose :

— Vous savez, mon ami... il pourrait aussi devenir joueur de Quidditch professionnel. Il en est capable, et ce serait sans doute plus simple pour lui.

Le professeur McGonagall prend le temps de la réflexion. Elle ôte ses lunettes pour les nettoyer, avant de consentir à lever la tête dans ma direction :

— Oui, sans doute. Mais si vous voulez mon avis, la simplicité est la recherche de la facilité.

Je médite un moment sur le sens de ses paroles. Puis je demande enfin :

— Qu’y a-t-il de mal à cela ? Rechercher la facilité ?

McGonagall se contente de me fixer avec une expression sentencieuse que jamais, je crois, je n'ai vue sur son visage.

— Il appartient à votre ami de répondre à cette question, Miss McKinnon.
La déclaration by jalea
Author's Notes:
Bonjour,

Voici le chapitre 43, j’espère qu'il vous plaira :)

Un grand merci à Wapa, Sifoell et Maloux pour leurs reviews au dernier chapitre et à SumiShann pour sa correction.
Chapitre 43 : La déclaration.



L'incertitude concernant mon avenir m'épuise et me rend irritable. C'est à peine si j'ai touché à mon dîner ! J'en ai plus que marre de me ronger les sangs, alors je décide de ne plus y penser pour le moment. Après tout, il me reste encore quelques mois avant de prendre une décision. Il est donc inutile de tirer des plans sur la comète. Je devrais plutôt me concentrer sur mes ASPIC. Sauf que... j'en ai pas la moindre envie !

Fainéantise, quand tu nous tiens...

Je sors de ma poche un paquet de dragées surprises que j'ouvre avec mes dents, et en fourre une poignée dans ma bouche. Je parcours ensuite la salle commune des yeux, à la recherche d'une distraction, quand mon regard s'arrête sur Sirius Black. Je fronce les sourcils en remarquant qu'il est assis seul, occupé, comme toujours, à lire le journal. Où sont passés ses acolytes ? Je suis intriguée, et comme je n'ai rien de mieux à faire, j'abandonne mon fauteuil pour aller l'embêt... le rejoindre.

Sans dire un mot, je m'étale de tout mon long sur le canapé rouge qui trône au fond de la pièce, contre le mur en pierres grises. Et, d'un naturel déroutant, je laisse reposer mes pieds sur les genoux de Black, le faisant sursauter à moitié (c'est quand même pas de ma faute si je suis trop grande !).

— Eh bien, si ce n'est pas Miss Furie en personne qui me gratifie de son odieuse présence, persifle-t-il.

Je m'immobilise, tandis que notre dernière conversation me revient en mémoire. C'est vrai que je n'ai pas été très sympa, mais de là à me comparer à une furie... faut pas pousser le dragon dans sa cage. Et puis, il devrait être habitué à mon sale caractère, maintenant, non ?

— Je suis souvent mal lunée, Patmoche. Va falloir t'y faire, dis-je nonchalamment, avant de vider entièrement le paquet de dragées dans ma bouche.

Le jeune homme m'ignore superbement. Il ne répond pas. Après quelques secondes, son silence finit par m'agacer. Je lui donne des coups de pied pour attirer son attention. Il réagit avec une grimace :

— Je t'en prie, ne te gêne surtout pas !
— Comme si ça te dérangeait.

Je me mords aussitôt la langue, les mots sont sortis tout seuls. Sirius finit par abandonner sa lecture, et tourne la tête dans ma direction. L'éclat amusé dans ses yeux gris pâle ne m'échappe pas.

— Essaierais-tu de me faire passer un message, McKinnon ?
— Marlène, je rectifie, sans même m'en rendre compte.

Je soutiens son regard mais, malgré tout, je me sens mal à l'aise. Le Gryffondor décale mes jambes pour se lever. Quoi, il s'en va déjà ? Je lève la tête dans sa direction en fronçant les sourcils. Ses yeux gris ne lâchent pas les miens et un léger sourire étire ses lèvres. Je déglutis péniblement. Comment fait-il pour être aussi séduisant ? C'est trop injuste.

— Je comptais aller faire un tour dans le parc. Tu m'accompagnes ?

Le brun tend la main dans ma direction. Je la regarde bêtement, comme si je n'avais jamais vu de paluche de ma vie. Sirius doit avoir remarqué mon trouble, ma réticence, car son sourire s’estompe. La culpabilité me gagne et manque de m'étouffer. Je dois arrêter de m'en prendre à lui constamment juste parce que je n'arrive pas à gérer mes émotions. C'est malsain et méchant, ce que je déteste.

Je bondis comme un ressort du canapé, affichant un sourire radieux.

— Bonne idée ! Je n'ai rien de mieux à faire, de toute façon.

Je retrouve aussitôt mon enthousiasme et lui emboîte le pas, sans me soucier de son expression étonnée. L'air frais me fera du bien, cela me permettra de penser à autre chose qu'à mes petits problèmes existentiels totalement insignifiants.


******



— On se parle toujours, avec James, mais c'est différent. Je crois qu'il m'en veut toujours pour ce que j'ai fait à Servilus...

J'essaie, tant bien que mal, de cacher mes sentiments. Je suis à la fois surprise et choquée. Je ne m'attendais vraiment pas à ce que Sirius Black me fasse des confidences. Je cherche quelque chose à dire, un peu embarrassée.

— Ben, je le comprends. Tu dis avoir mis en danger la vie de Rogue ?
— Non, c'est James qui dit ça ! s'enflamme le jeune homme, en shootant dans un caillou. Ce n'était qu'une toute petite farce de rien du tout...

Je ne peux pas m'empêcher de lever les yeux au ciel, car même si je n'ai pas connaissance des détails, je me doute qu'il ne s'agissait pas simplement d'une « petite farce ».

— D'accord, j'y suis peut-être allé un peu fort, concède-t-il. Mais Rogue l'a bien cherché, non ?

Je me contente de hausser les épaules, tandis que nous remontons le parc. La nuit est déjà tombée et le vent souffle. Des mèches collent à mon visage. Je les repousse d'un geste, ennuyée.

— C'est qu'un pauvre type, tu sais...

Sirius s'arrête un instant, me forçant à revenir sur mes pas.

—Je pensais que toi, au moins, tu me soutiendrais ! me reproche-t-il avec véhémence.

Je dois me mordre les joues pour ne pas éclater de rire devant son air de garçon pourri gâté. Et moi qui pensais qu'il était le plus mature de nous deux...

— On n’est plus des gosses, Sirius.

Je continue à marcher, les bras croisés sur le corps pour me réchauffer en me demandant pourquoi je n'ai pas pris de veste.

— Et puis, j'ai toujours trouvé lâche de s'en prendre à plus faible que soi, que cette personne le mérite ou pas... Oh, regarde, voilà justement...

Je ne termine pas ma phrase et écarquille les yeux de stupeur en apercevant nos deux préfets-en-chef, s'embrassant furieusement sous un arbre.

— Lily et James, dit le brun en soupirant.

C'est la première fois que je vois mes deux amis aussi proches. Je dois avouer que le spectacle est plutôt répugnant. Je détourne aussitôt le regard, et poursuis ma route. « Bon sang, qu'ils se trouvent une chambre ! » je marmonne, assez fort pour que Sirius m'entende.

Ce dernier émet un ricanement moqueur.

— La notre est toujours occupée, et impossible d'entrer dans celles des filles, à cause de votre escalier qui se transforme en toboggan dès qu'on a la malheur d'y poser un pied...

Nous arrivons dans le Hall. Je jette un coup d’œil à ma montre, et me rend compte que notre promenade a duré plus d'une heure. Je n'ai pas vu le temps passer, et suis presque déçue que ce moment prenne fin. Je ne laisse cependant rien paraître.

Je croise les bras sur ma poitrine, en dévisageant le Maraudeur avec un rictus railleur.

— Tu m'as l'air bien au courant. Aurais-tu déjà essayé d'entrer dans la chambre d'une innocente jeune fille ?
— Non. Seulement dans la tienne, répond-t-il avec une désinvolture désarmante.

Mon sourire se fige. Comment oublier que Sirius Black est le premier garçon a avoir visité ma chambre ? Je sens mes joues virer à l'écarlate. Je ne baisse pas les yeux pour autant et rétorque d'un ton faussement offensé :

— Tu insinues que je ne suis pas innocente ?

Le Maraudeur ouvre et ferme la bouche sans qu'aucun son ne sorte, tandis qu'une rougeur subite colore ses joues. Sa tête est vraiment trop drôle. Si seulement il pouvait perdre un peu plus souvent son assurance légendaire...

— Relax, Patmoche, je te fais marcher ! ris-je en lui donnant une tape à l'épaule.

Son regard glisse sur son épaule, là où je l'ai frappé. Puis il relève les yeux pour m'observer avec un air curieux, comme si je venais d'une autre planète. Aussitôt, l'atmosphère entre nous devient lourde, électrique. Il se penche vers moi comme pour m'embrasser. Je ferme les paupières alors que ma respiration s'accélère, lorsque nos bouches se rapprochent dangereusement l'une de l'autre...

— Je ne peux pas faire ça, Marlène.

J'ouvre brutalement les yeux pour le regarder d'un air hébété.

— Pardon ?

Le jeune homme soupire lourdement, avant de fourrer les mains dans ses poches. Son regard se perd au loin. Ses traits expriment une souffrance amère.

— Je sais que je t'ai proposé une relation simple, poursuit-il en se tournant vers moi, mais ce n'est pas ce que je veux.
— Ah non ?

Ses yeux se posent sur moi et ne me lâchent plus.

— Non. Je veux plus.

Le Maraudeur me prend par la main, m'attire près de lui, et ajoute :

— Je veux être avec toi, je veux que nous ayons une vraie relation. Je trouve qu'on se débrouille déjà pas si mal, alors imagine si on essayait vraiment de...
— On passe notre temps à se disputer, Sirius. je lui rappelle, hésitant entre rire ou lever les yeux au ciel.

Je vois ses traits se crisper de frustration, puis il se calme, arborant un masque indéchiffrable.

— Et alors ? C'était aussi le cas de Lily et James avant qu'ils ne sortent ensemble.

Je le contemple un petit moment, en essayant d'ignorer le désir que j'éprouve à son contact. Une part de moi a envie d'abdiquer, mais une autre part, la plus forte, me met en garde. Il y a mille et une raisons qui font que l'on ne pourra jamais être ensemble.

— Nous avons déjà eu cette conversation, tu te souviens ? je proteste doucement. Je ne suis pas Lily, et tu n'es pas James.

Je veux retirer ma main, mais déjà la sienne s'esquive. Je me sens une fois de plus submergée par la culpabilité. Même si, d'un point de vue rationnel, je n'arrête pas de me répéter que je fais le bon choix.

— Ça... ça ne fonctionnera pas entre nous, je bredouille.
— Comment peux-tu le savoir ?

Je hausse des épaules, avant de répondre, sur le ton de l'évidence :

— Je me connais. Et je sais déjà comment ça va se terminer.

Il incline légèrement la tête de côté, m'observant avec une attention toute particulière.

— Comment ?
— Je... finirai par me lasser de toi. Je me lasse toujours de mes petits-amis. Et je crois savoir que c'est aussi ton cas, tu n'es jamais resté très longtemps avec une fille...

Alors à quoi bon insister, persister dans cette voie qui ne mène nulle part ? Sirius Black et moi sommes incompatibles. Ce dernier lâche un soupir à fendre l'âme. Puis ses yeux gris pâle me sondent, lisant en moi sans aucune discrétion.

— Je crois que tu te cherches surtout des excuses. La vérité, c'est que tu ne laisses personne s'approcher de toi.

Je garde le silence, ne sachant que dire.

— Je sais que tu es indépendante, et que tu aimes montrer quelle fille forte tu es, même si à l'intérieur...

A l'intérieur, quoi ? Je lève les yeux au ciel.

— Tu crois tout connaître de moi, hein ? je rétorque, le toisant avec un mélange d’incrédulité et de colère. Quelle prétention ! Tu... tu ne m'attires même pas.

Son léger froncement de sourcils, accompagné de son habituel sourire en coin, m'indiquent clairement qu'il sait que je mens. J'essaie d'avoir l'air indifférente à son charme, mais sans que je ne puisse le contrôler, un petit sourire se dessine sur mes lèvres.

Je me mets à fixer le bout de mes chaussures en mordant ma lèvre. J'aimerais tellement que... il faut que je le dise à voix haute :

— Je préférerais que tu deviennes mon ami.
— Ton ami ?

Je relève la tête pour ancrer mes yeux dans ses prunelles grises. Pourquoi ça semble tellement le surprendre ? C'est pourtant ce qui nous conviendrait le mieux, à tous les deux.

— Les petits-amis passent, les amis restent.

J'ai conscience que c'est en quelque sorte une déclaration. Ma déclaration. J'apprécie assez ce garçon pour vouloir le garder près de moi, le plus longtemps possible. C'est probablement de l'amour, mais je suis trop effrayée pour l'admettre ouvertement, pour le moment.

Sirius fronce les sourcils, semblant réfléchir à mes paroles, pendant que mon cœur cogne follement dans ma poitrine.

— Je ne veux pas être ton ami, Marlène.

Je ferme brièvement les yeux pour reprendre un semblant de contenance. J'ai l'impression d'avoir reçu un coup de poing dans le ventre. Encore une fois. J'essaie tout de même de relativiser, en me disant que la douleur que je ressens serait bien pire si c'était une rupture.

— Alors nous sommes dans une impasse, je chuchote, refoulant de toutes mes forces les larmes qui menacent de ruisseler sur mon visage.

N'y tenant plus, je pivote sur mes talons et m'éloigne dans la direction opposée. J'éprouve le besoin de me retrouver seule afin de me ressaisir. « Pas forcément ! Peut-être que tu changeras d'avis. » lance Black dans mon dos.

Je m'arrête net et soupire en me retournant.

— Ou peut-être que tu changeras d'avis, je riposte sur le même ton.

Contre toute attente, le Maraudeur m'adresse un sourire éclatant, qui me fait chavirer le cœur.

— Nous verrons bien qui de nous deux est le plus têtu, rétorque-t-il simplement.

Je lui rends son sourire, en secouant la tête de droite à gauche.

Oui... nous verrons bien.



End Notes:
Bon, avant de me jeter la première pierre (ou ce qui vous tombe sous la main) rappelez-vous qu'il reste un tout dernier chapitre xD

On se retrouve d'ici quelques jours pour la fin ;)
Soirée improvisée (Final) by jalea
Author's Notes:
Bonsoir :)

Voila le tout dernier chapitre, j’espère qu'il vous plaira !

Un immense Merci à : Wapa, Nihil, Sifoell, Maloux, la vache, Aaron Welle, PlumeLoulou, Meliloredon Ipiululu, raouette, Seseeee, marlyse, Ivichki SyrVikan, Cara2302, Liliana, Ophelie725, Sara1125, Avrel, Pattenrond7, Jesaispastrop45875, Yukistoires, Mnms, Nastasja, kikou14789, Moorwen, Sara1125, Oana, Miss Arty75, darkos, SayWhen, yukumania, Kiara Coper, PurplePink, Orual, 4li_be, Petite Rowling, LilyEvans04, Lune Patronus, SayWhen, LilyEvans04, herry, momo27, lilysbooks, griffindor daughter, Fishypi, Mama78, Sleipnir, Enneaj_reinuas, antoinette, ManxCat, Lulu13 Temperance, Lily-chan, Lana, MiniDouce LilyEvans04, Hermione69, Lily-chan Pierredelune, chlo147, Loufoqua, Siela, Cresza MlleBlack, wellachu, JulieBlaiz, Helwige, Mathiilde_hp, westmoor, Fishypi, UranusMarie Tylton, Azyax, AngelStars, Charliechou, cathe, LlianaPotter, Anelim, herry, Pyrate, Peevesbesta, LouWeasley, Samantha Black, Hermione69, PrincessBee, mahajeanne, elinea, Roxane-James, Scarlett04, Celest, Bdvkiki, AngelStars, georgesa, Ines065, Nogly et Betty Forkedangue

Et aussi un énorme MERCI à :
Kiliwatch , pour m'avoir encouragé et motivé quand j'en avais besoin. Je pense que sans toi, cette histoire aurait encore trainée en longueur xD
RomanEmma pour sa gentillesse et sa fidélité.
SumiShann , mon adorable beta-reader =D

J’espère n'avoir oublié personne !

On se retrouve à la fin du chapitre ;)
Chapitre 44 : Soirée improvisée (Final)





— Plus vite, Kiara ! Ma mère déteste que je sois en retard...

Nous dévalons les escaliers des différents étages, en courant à en perdre haleine.

Une fois arrivées devant le bureau du professeur Slughorn, je ralentis le pas pour reprendre mon souffle. Slughorn a organisé une petite réception improvisée, en l'honneur des champions. En plus de ses petits "chouchous" habituels, il a cru bon d'inviter les parents des champions. Mes parents.

Comment aurais-je pu refuser une invitation pareille ? Slughorn a été malin, sournois, sur ce coup-là ! Je me mets à stresser rien qu'à l'idée de voir ma mère. Elle va me surveiller, faire attention à ma démarche, mon maintien, épier chacun de mes mouvements, chacune de mes paroles lorsque je m'adresserai à quelqu'un.

La porte du bureau de Slughorn est entre-ouverte. J'entends la musique qui se mélange aux rires et aux conversations.

— De quoi ai-je l'air ? je demande, en passant une main dans mes cheveux détachés pour l'occasion.

La tenue de soirée est exigée, je suis donc dans l'obligation de porter une robe, par Merlin. J'ai opté pour un vêtement simple : une robe bleu marine, sobre et élégante, légèrement évasée sur le bas. J'ai aussi des petits escarpins, à tout petits talons, dont les sangles étranglent mes fines chevilles. Kiara m'a forcée la main, je n'ai pas vraiment eu le choix. Paraît que ça le fait moyen, de se pointer à une réception avec des tennis boueuses aux pieds...

Ma meilleure amie m'examine d'un œil critique, avant d'afficher un sourire éblouissant.

— Tu es magnifique, dit-elle avec fierté. C'est à peine si je te reconnais.

Je ricane.

— Merci d'insinuer que je suis un laideron en temps normal.
— Mais non, enfin ! Tu es la sœur d'Andrew McKinnon ; tu as toujours eu de bons gênes et ce soir, tout le monde va pouvoir s'en apercevoir. Tu ressembles à une Vélane.

Une quoi ? Je blêmis. Voilà, elle a réussit à me rendre nerveuse !

— Arrête tes bêtises, tu me donnes le trac.

Je passe une main dans ma crinière blonde, devenue lisse et soyeuse. La panique me gagne soudain.

— Il vaut mieux que tu annules le sort sur mes cheveux. Je ne veux pas que les gens me fixent toute la soirée...
— Je n'ai pas utilisé de sortilège, mais une potion qui a une durée de vingt-quatre heures, précise Kiara d'une moue contrite.

La barbe. Je me dandine d'un pied sur l'autre, en cherchant toujours l'excuse qui pourrait m'éviter d'assister à cette soirée. Malheureusement, rien ne me vient à l'esprit.

— Je ferais mieux d'y aller, dis-je en soupirant. Tu es sûre que tu ne veux pas venir ? Je suis certaine que ça ne dérangera pas Slughorn...

Kiara secoue la tête de droite à gauche.

— C'est ta soirée, pas la mienne, me nargue-t-elle.
— Je suis vraiment obligée ? je geins d'une voix enfantine. Je préférerais faire un tour en balai.

Ça fait des mois que je n'ai pas volé, je suis en manque. J'ai envie de sentir le vent sur mon visage, être emportée par l'ivresse de la vitesse... qu'est-ce que je fiche là, sérieusement ? La nuit est belle et il fait un temps parfait pour une balade au clair de lune !

— Marlène, commence la blonde sur un ton réprobateur.
— Ça va, j'y vais...

Je la regarde s'éloigner, avant de me rendre à la fête. Il faut voir le bon côté des choses : il y aura sûrement un buffet avec plein de bonnes choses à manger. Slughorn ne lésine jamais sur la nourriture, c'est bien la seule raison pour laquelle j'ai accepté de faire partie de son club.

A peine fais-je mon entrée qu'un soupir s'échappe de mes lèvres. Je n'aime pas les mondanités, les banquets, les dîners, qui me forcent à entrer dans le moule uniquement pour converser avec des personnes qui ne m'intéressent pas. Je cligne des yeux ; la lumière trop vive m'aveugle. Je m'avance, me mêlant aux invités. La décoration de la salle est somptueuse, sans doute un peu trop chargée pour le bureau d'un professeur, mais manifestement au goût de Horace Slughorn.

La pièce regorge de monde ; je cherche des yeux mes parents, quand mon regard s'arrête brusquement sur une silhouette familière. Une sorcière blonde vêtue d'une robe violette et un chapeau à fleurs, qui me ressemble étrangement.

Ma bouche s'ouvre de stupéfaction. Je me redresse vivement et me faufile entre les convives jusqu'à tante Griselda. Je lui donne une petite tape à l'épaule pour attirer son attention. Elle se retourne et écarquille les yeux de surprise en me voyant. Un grand sourire étire mes lèvres, et je me jette littéralement dans ses bras sans réfléchir.

Griselda semble étonnée, c'est vrai que ce genre d'effusion n'est pas dans mes habitudes. Mais elle me rend mon étreinte et me serre contre elle, comme si c'était parfaitement anodin.

— Je t'ai manqué, ma nièce ? rit-elle.

Je fais un bond en arrière et cache aussitôt mon malaise derrière une attitude désinvolte.

— Un petit peu... Et toi ?
— Moi quoi ?

Je roule des yeux.

— Est-ce que je t'ai manqué ?

Griselda pose son regard bleuté sur moi et m'adresse un petit sourire que je qualifierais de railleur.

— On peut dire ça. J'ai vu une jeune fille dans le train qui m'a fait penser à toi.
— Vraiment ?

Son sourire moqueur s'élargit.

— Oui, elle avait beaucoup d'acné.
— Je n'ai jamais eu d'acné ! je ronchonne.

Elle m'adresse un grand sourire, avant de me tourner le dos.

— Alors, vas-tu me raconter ton voyage ? je demande enfin, exaspérée par son silence.
— Non.

Je la foudroie du regard, outrée.

— As-tu retrouvé Gideon ? j'insiste en parlant à voix basse.
— Qui ça ? fait mine de s'étonner la sorcière en mordant dans un gâteau à la crème.

Je lui lance un regard meurtrier. Elle se moque de moi ! Je me penche dans sa direction pour lui murmurer à l'oreille :

— L'homme qui m'a agressée. L'homme qui est à tes trousses !
— Ah, oui, soupire Griselda. Je l'ai croisé dans un charmant petit village. Il était très content de me voir, c'est le moins qu'on puisse dire...

Je la dévisage en fronçant les sourcils. Je n'y avais encore jamais prêté attention, mais cette manière qu'elle a d'éviter mes questions me rappelle quelqu'un : moi. Et je prends conscience aujourd’hui à quel point c'est agaçant !

— Arrête ce petit jeu, tante Griselda. Je suis sérieuse.

Son visage s'assombrit soudainement et sa voix, rauque, s'insinue entre ses dents serrées :

— Je te rappelle encore une fois que cette affaire ne te concerne en rien. Mais puisque tu t'entêtes... sache que j'ai réglé le problème. Je ne te dirais pas comment ! ajoute-t-elle aussitôt en me voyant ouvrir la bouche.

Je la dévisage un long moment, les bras croisés sur ma poitrine, avant de finalement céder. OK, j'abandonne. Je ne pourrai rien tirer de ma tante de toute façon. Et puis le principal, c'est qu'elle aille bien.

— Je me suis inquiétée pour toi, j'avoue d'une toute petite voix. Tu avais promis de m'écrire...

Son regard s'adoucit instantanément. Elle pose sa main sur mon épaule, l'air un peu coupable.

— Et j'avais l'intention de le faire... mais ensuite, je suis me suis souvenue d'une chose importante.
— Quoi donc ?

Elle retrouve son petit sourire moqueur.

— Je déteste écrire, ma nièce. La simple vue d'une plume me fait dresser les cheveux sur la tête... Ah, vous voilà enfin, Horace !

Griselda fait un signe de la main à mon professeur. Ce dernier s'immobilise au centre de la pièce lorsqu'il l'a remarque. Ses yeux s'illuminent comme un sapin de Noël. Je pouffe de rire ; ma tante semble déjà regretter son geste en le voyant approcher dans sa direction avec une féroce détermination. Le vieux sorcier se penche pour l'embrasser, mais ma tante l'esquive avec habilité.

— Nom d'un petit lutin ! Vous êtes de retour, Griselda ?
— Votre perspicacité m’étonnera toujours, mon cher, raille cette dernière, néanmoins avec un sourire.

Je bats en retraite pour aller admirer le buffet ; je ne suis pas venue ici uniquement pour faire un brin de causette, je meurs de faim !

Je jette mon dévolu sur un éclair au chocolat. Je m’appuie ensuite contre la table et laisse vagabonder mon regard dans la salle. Je ne connais pas grande monde, mis à part les élèves présents. Ah, voilà mes parents ! Ils sont en grande discussion avec Todd Harper, et une sorcière qui est probablement sa mère. Je les regarde de loin, préférant rester à l'écart pour l'instant.

Le Poufsouffle doit se sentir épié, car il tourne la tête dans ma direction. Je le salue d'un léger signe de tête auquel il ne répond pas. Sa mâchoire manque de se décrocher tant il ouvre grand la bouche. Je fronce les sourcils ; pourquoi semble-t-il si surpris de me voir ? Moi aussi, j'ai été invitée. Le jeune homme cligne des yeux comme pour s'éveiller d'un rêve et m'adresse un clin d’œil, lent et délibéré, avant de se replonger dans sa discussion avec nos parents.

Le pauvre, c'est sûrement un appel à l'aide ! Il doit s'ennuyer ferme... Je me sens à mon tour observée, mais chaque fois que je relève la tête ou que je me retourne, personne ne semble se préoccuper de moi.

— Je ne savais pas que ton ambition secrète était de devenir mannequin pour Sorcière Hebdo, dit une voix que je reconnais immédiatement.

Je me retourne et décoche un grand sourire à mon frère.

— Il paraît que ça paye bien, je rétorque la bouche pleine.
— Tu devrais faire attention à ta ligne dans ce cas, plaisante la jeune femme à sa droite.

Elena Podavsky est rayonnante dans sa robe rouge carmin qui lui va à ravir. Mon sourire se fige, tandis que ma dernière vision me revient en mémoire. Je ne laisse cependant rien paraître.

— Pas besoin. J'ai un ver solitaire dans le bide, j'ironise à peine.

Andrew éclate de rire. Nous discutons encore quelques instants de futilités, avant que le professeur Slughorn nous interrompt pour saluer son : «  ancien élève le plus assidu et prometteur ». Je profite de l'inattention de mon frère pour me rapprocher de sa petite-amie. Je la reluque de haut en bas, puis lâche, sans une once délicatesse :

— En parlant de bide... tu n'aurais pas un peu forcit, Elena ?

Je tape dans le mille : ses yeux s'écarquillent et elle rougit tellement qu'on pourrait la confondre avec sa robe.

— Tu trouves ? Hum, oui... peut-être un peu. Je fais moins d'exercice en ce moment.

Je la jauge un instant du regard.

— Il n'est pas au courant, c'est ça ? je devine.
— Qu...quoi ?
— Andrew. Il ignore que tu es enceinte.

Elena se mord les lèvres pour ne pas éclater en sanglots mais ses yeux se remplissent de larmes.

— Eh, non ! Inutile de se mettre dans cet état... tout va bien se passer, fais-je maladroitement en lui tapotant le dos.

La jeune fille renifle en gardant la tête baissée.

— Mais... ton frère vient de commencer un nouveau travail, et nous vivons pour l'instant chez tes parents. Ce n'est vraiment pas le moment idéal.

Qu'est-ce qui m'a pris de lui lancer cette bombe à la figure ? J'aurais mieux fait de me taire. Je cherche les mots justes pour essayer de la consoler.

— Quelle importance ? Mon frère t'aime depuis, quoi, sa première année à Poudlard ? Tu es la femme de sa vie, alors... un bébé maintenant ou plus tard, cela ne fait aucune différence pour moi.
— Tu penses sincèrement ce que tu dis ? souffle-t-elle en relevant les yeux vers moi.

D'un revers de main, elle essuie ses yeux larmoyants, et esquisse un faible sourire. Je me contente de lui donner une grande tape à l'épaule qui la propulse en avant.

— Bienvenue dans la famille, Elena Podavsky, je déclare solennellement. Je suis désolée de ne pas avoir été plus sympa avec toi, c'est juste que...
— Tu voulais protéger ton frère ?

Je garde le silence un bref moment, méditant ses paroles.

— Non. Je voulais le garder pour moi toute seule, j'avoue sans aucune honte.
— Et ce n'est plus le cas, maintenant ? demande Elena.
— Disons que j'accepte de le partager avec toi. Et mon futur neveu.
— Ou future nièce...

Et puis quoi, encore ? Je pointe mon index dans sa direction pour bien me faire comprendre :

— Ce sera un neveu ! Les filles, ça ne causent que des problèmes.
— Tu feras une chouette tata, dit-elle en riant.
— Et toi, une bonne maman.

Mon air sérieux paraît la réconforter, et elle m'adresse un dernier sourire avant de filer retrouver Andrew. Je la suis un moment des yeux, fière de moi. Il n'y a pas à dire, j'ai assuré dans le rôle de la belle-sœur compréhensive !

Mon sourire satisfait se dissipe lorsqu'une main ferme s'abat sur mon épaule pour me tirer en arrière. C'est ma mère. Rien n'échappe à son regard d'aigle ; ma robe, ma coiffure, mes chaussures... elle m'observe méticuleusement, les deux yeux ronds comme des billes, manquant de s'évanouir. Puis, d'une voix criarde, elle s'exclame : «  Ma petite fille chérie est devenue une vraie femme ! »

Je rougis de honte en captant les regards mi-amusés, mi-moqueurs des invités. Pourquoi elle fait toujours ça ?

— Maman ! Pourrais-tu avoir l'amabilité de ne pas m'humilier publiquement, s'il te plaît ?!

Elle balaie ma demande d'un simple revers de la main.

— Enfin Marlène, je ne vois pas ce qu'il y a d'humiliant à te complimenter. N'est-ce pas qu'elle est ravissante ? ajoute-t-elle, en s’adressant à un parfait étranger.

Je lance un regard désespéré à mon père, qui a l'air aussi gêné que moi. « Estime-toi heureuse qu'elle n'ait pas apporté d'appareil photo » me glisse-t-il à l'oreille. Je tente de m'échapper, sans succès. Ma mère me retient d'une poigne de fer.

Je me retrouve sans le vouloir au milieu d'une conversation d'adultes, mêlant mes parents, ma tante Griselda et le professeur Slughorn. Pour tromper l'ennui, je me mets à compter les invités.

Vous serez ravis d'apprendre que nous sommes un total de vingt-trois personnes, dont douze femmes, dix hommes, un gobelin et un hibou.

— Qu'envisagez-vous de faire après Poudlard, Miss McKinnon ?

Je sursaute à moitié et me tourne vivement vers mon professeur, qui attend ma réponse.

— Euh...
— Marlène souhaite intégrer une équipe de Quidditch professionnel, me devance ma mère, sans pouvoir retenir un soupir d'agacement.
— Cette idée vous plaît guère ? s'étonne Slughorn.

Je ne peux pas m'empêcher de lever les yeux au ciel ; cette idée ne lui plaît pas du tout, oui !

— La carrière d'un joueur de Quidditch professionnel se réalise en moyenne sur une dizaine d'années. Que fera-t-elle après, lorsque ses performances sportives commenceront à diminuer ? De plus, Marlène ne pourra pas allier cette activité avec sa vie de famille. Qui s'occupera de ses enfants ?
— Certainement pas ses parents, dit mon père, à moitié sérieux.

Je les regarde tour à tour, estomaquée. Ma vie de famille ? Des enfants ?

— En réalité, je...
— J'ai ouï dire que Monsieur Tempton allait bientôt donner sa démission. Devenir professeur de Vol vous plairaît-il, Miss McKinnon ?

Je regarde bêtement le professeur Slughorn, tandis que ma mère se réjouit déjà de cette opportunité.

— Professeur de Vol ? Eh bien, je n'y ai jamais vraiment pensé...
— Ce serait merveilleux ! Marlène adore les enfants, je suis certaine qu'enseigner lui plaira beaucoup.

Ma tante Griselda lâche un gros « Hum ! », l'air à la fois dubitative et sardonique, sans pour autant participer à la discussion.

— Doit-on faire parvenir sa candidature à Albus Dumbledore ? continue ma mère en l'ignorant superbement.
— Vous allez vite en besogne, chère madame, la tempère Slughorn, votre charmante fille doit d'abord obtenir ses ASPICS...
— Marlène aura ses examens. N'est-ce pas, ma chérie ?

Puisque mon avis concernant ma vie future ne semble intéresser personne, je garde le silence et croise les bras sur ma poitrine pour montrer mon mécontentement. La discussion se poursuit ainsi pendant plusieurs minutes, lorsqu'un toussotement se fait entendre dans mon dos.

Je me retourne et tombe nez à nez avec Sirius Black.

Je ne m'attendais absolument pas à le voir ici ce soir et reste sans voix. Il est d'une beauté à couper le souffle dans son costume sombre assorti d'une chemise immaculée. Ses cheveux sombres, plaqués en arrière, mettent en valeur la perfection de ses traits ainsi que ses yeux gris pale. Il est impossible de ne pas le remarquer, alors comment ai-je fait pour ne pas l'avoir vu de la soirée ?

— Tu veux bien m'accorder cette danse, Marlène ? me demande-t-il en me décochant un sourire éclatant.

Je déglutis péniblement, incapable de m'exprimer.

— Bien sûr que oui ! répond ma mère à ma place, me poussant vers le Maraudeur d'un geste brusque.

Je vacille un peu et attrape la main que Sirius me tend. Il m’entraîne vers la piste de danse, sans prononcer un mot.

— J'ignorais que tu étais invité, je commence timidement, alors qu'il pose ses mains sur mes hanches.

N'étant pas une danseuse née, je me laisse guider sans trop savoir quoi faire. A côté de lui, je me sens gauche et ridicule.

— Je suis toujours invité aux soirées de Slug, réplique mon cavalier sur un ton exaspéré.
— Vraiment ? Je ne t'y ai jamais vu, pourtant.

Le jeune homme me fait tourner sur moi-même pour ensuite m'attirer vers lui. Il veille cependant à garder une distance respectable, comme si un mur invisible était dressé entre nous.

— C'est la première fois que je viens, et c'est uniquement parce que James a été invité. Il m'a forcé à l'accompagner.
— Je croyais qu'il sortait avec Lily ? je me moque sans vergogne.

Sirius m'adresse un demi-sourire, et me fait tourner deux fois de suite, comme pour se venger. Étonnement, je prends plaisir à danser. Je ris aux éclats, alors qu'il me fait à nouveau virevolter. Après quelques minutes, le rythme de la musique ralentit et se mue en ballade romantique.

Le brun sourit, mais son regard, d'habitude si clair et pétillant, est éteint. Cela m'attriste. J'ouvre la bouche pour lui demander ce qui ne va pas, avant de me raviser. Je crois que je n'ai pas envie de savoir. Surtout si j'en suis la raison.

— Tu n'es pas obligée de faire ce que tes parents attendent de toi, tu sais, dit-il doucement, brisant le silence.

Je sens la chaleur m'envahir en prenant conscience que Sirius a entendu notre conversation. Il doit me trouver pathétique de ne pas avoir su tenir tête à ma mère.

— Je le fais, pourtant. En ce moment.

Le Maraudeur se recule pour mieux m'observer.

— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Danser avec toi. C'est ce que ma mère attendait de moi.

Ses sourcils se froncent. Son regard s'ancre plus profondément dans le mien.

— Ça te gêne tant que ça de danser avec un ami ?

Je me fige telle une statue. Sa question me désarçonne dans la mesure où il a bien spécifié qu'il ne voulait pas être mon ami. Mon cœur s'emballe et mes pensées tourbillonnent.

— Non, pas du tout ! je réponds immédiatement, parée d'un grand sourire.

Le Gryffondor me regarde en haussant les sourcils. Mon enthousiasme l'amuse, apparemment. Je me racle la gorge et m’efforce de reprendre contenance.

— Alors... nous sommes amis, maintenant ? fais-je sur un ton détaché.

En guise de réponse, le Maraudeur esquisse un rictus railleur.

— Évite de le crier sur tous les toits, cela risquerait de ternir ma réputation.
— Et la mienne, tu y penses ?

Son sourire s'élargit, tandis qu'il me fait tourner une toute dernière fois. La chanson se termine. Je devrais sans doute reculer, mais je reste clouée là, à le fixer du regard. Ses yeux argentés reflètent une étrange lueur.

— Fais-moi une faveur, dit-il si bas que je l'entends à peine.

Il prend une grande inspiration comme s'il tentait de se calmer, puis ajoute:

— Si Todd Harper t'invite à danser, refuse.

Je fronce les sourcils d'incompréhension.

— Pourquoi Harper m'inviterait à danser ? je m'esclaffe.

Mon rire se bloque dans ma gorge en voyant sa réaction. Le jeune homme rougit légèrement, ce qui trahit son irritation.

— Marlène, s'il te plaît. Tu n'as pas idée à quel point c'est difficile pour moi de...

Il s'interrompt subitement. Son regard exprime un mélange de colère et d'incertitude.

— D'accord, comme tu voudras, je soupire. Je ne danserai pas avec Todd Harper.

Sa demande est franchement absurde, mais je ne veux pas le contrarier davantage.

En mon for intérieur, j'ai conscience que je fais une erreur. Je devrais tout de suite arrêter les frais, car il est évident que notre amitié est vouée à l'échec.

Sirius Black fait preuve d'une possessivité qui pourrait plaire à une autre. La plupart des filles se damneraient pour obtenir ne serait-ce qu'un sourire de sa part. Et je dois avouer que moi aussi, je ne suis pas insensible à son charme. Pire encore : je ne peux plus me cacher la profondeur des sentiments que j'éprouve à son égard. Je me sens déchirée à l'idée que nous ne nous reverrons peut-être plus jamais après Poudlard.

Puisque je n'ai aucune assurance que notre amitié perdurera, peut-être... peut-être devrais-je envisager la possibilité d'une relation amoureuse ? Mon cœur cogne violemment contre ma poitrine, tel un avertissement, une sonnette d'alarme, que je mets un point d'honneur à ignorer, cette fois.

Je comble la faible distance qui nous sépare, et nos regards s'accrochent pour ne plus se lâcher. Mais alors que je réfléchis à ce que je vais lui dire, il prend ma main pour y déposer un baiser.

— Merci pour la danse, murmure le rouge et or, avant de me tourner le dos pour disparaître comme il est apparu.

«  Qu'est-ce que tu attends ? Rattrape-le ! » tonne ma voix intérieure.

Je me hisse sur la pointe des pieds pour le chercher du regard parmi les invités, quand une voix me fait sursauter.

— Quel charmant jeune homme.

Je lâche un soupir, sans prendre la peine de me tourner vers ma mère.

— Oui...
— Tu pourrais l'inviter à venir passer quelques jours à la maison, cet été ? me propose-t-elle avec un sourire.
— Maman, je la préviens d'une œillade assassine.
— Seulement si tu en as envie, bien sûr.
— J'en ai pas envie, je rétorque aussitôt par pur esprit de contradiction.

Je sens son regard éloquent se poser sur moi et scruter mon visage.

— Tu en es certaine ?

Elle me fatigue, je commence à perdre patience. Et ma mauvaise humeur ne s'arrange pas lorsque je vois Sirius Black quitter la fête. Je fusille du regard ma mère, comme si elle était responsable de tous mes maux :

— Maman ! Cesse de vouloir organiser ma vie future dans les moindres détails !

Cette dernière s'immobilise, étonnée, sidérée par mon comportement. Ma mère est plus petite que moi, mais avec ses talons hauts, elle m'arrive au front. Ses yeux se réduisent à deux fentes menaçantes. Il émane d'elle une autorité que je n'avais encore jamais contestée en public.

— Ce n'est pas ce que je fais, rétorque-t-elle à mi-voix. Une mère n'a pas le droit de s’intéresser à la vie de sa fille ?

S'intéresser, oui. Contrôler, non ! Ses paroles me reviennent et m'affligent un peu. Était-elle réellement sérieuse ?

— Tout à l'heure, tu as dit que je ne pourrais pas allier mon activité professionnelle avec une vie de famille, je reprends d'un ton plus bas.
— Oui, c'est une évidence. Mais si tu devenais Professeur de Vol, au lieu d'entrer dans une équipe de ...
— Maman ! Je l'interromps une nouvelle fois, courroucée. Peu importe le métier que je décide de faire, cela ne posera aucun problème avec ma vie de famille. Pour la simple et bonne raison que je ne veux pas me marier. Ni avoir d'enfants.

Voilà, c'est dit.

Elle émet un soupir qui trahit sa déception mais curieusement, son regard ne me condamne pas.

— Tu es jeune, Marlène. C'est normal que tu ne penses pas encore à te marier...
— Non, ça n'a rien avoir.

Ma voix est étonnamment claire et déterminée.

— Je ne veux pas me marier. Jamais.

Son visage se crispe un peu, et elle balaie mes paroles d'un mouvement de tête.

— Tu changeras probablement d'avis plus tard, dans quelques années...

Je la dévisage avec une totale incrédulité. Pourquoi refuse-t-elle de m'entendre ? J'ai l’impression de parler à un sourd. Je m'attendais à ce qu'elle déverse sa colère, me fasse des reproches, mais pas à ça.

Comme toujours, ma mère ne me prend pas au sérieux.

Je ne m'avoue pas vaincue pour autant et me montre encore plus insistante :

— J'aimerais que tu me dises que c'est sans importance, Maman. Que je suis une personne libre, et que j'ai le choix.

Elle lève brusquement la tête vers moi. Ses narines se dilatent, tandis qu'elle se redresse en grondant :

— Très bien. Ne te marie pas, n'aie pas d'enfants ! De toutes manières tu as toujours fait ce que bon te semblait, sans te soucier de mon avis, alors pourquoi commencerais-tu maintenant ?

Du coin de l’œil, j'aperçois mon père, un verre à la main ; il s'arrête subitement et rebrousse chemin sans l'ombre d'une hésitation. Trouillard !

Je lâche un soupir à fendre l'âme, avant de me confronter à son regard.

— Je suis fatiguée de tout ça, Maman. Fatiguée de ne jamais être à la hauteur de tes attentes...
— Mais moi aussi, Marlène, je suis épuisée ! riposte-t-elle aussitôt, je suis épuisée de constamment m’inquiéter pour toi !
— Tu n'as plus besoin de t’inquiéter pour moi, je ne suis plus une petite fille, tu l'as dit toi-même. D'ailleurs, je... j'ai pris une décision. Je sais quel métier je veux faire plus tard.

Comme elle ne répond rien, je déglutis et prononce pour la première fois les mots à voix haute :

— Je veux devenir Auror.

Un lourd silence s'abat entre nous. Ma mère ne dit rien, elle se contente de me dévisager d'un air ahuri. Je me mords la lèvre inférieure, me souvenant soudain qu'elle est moldue et qu'elle n'a peut-être jamais entendu ce mot avant aujourd'hui.

— Un Auror est un agent...
— Je sais très bien ce qu'est un AUROR !

Sa voix est montée dans des aigus inquiétants. Quelques invités se tournent dans notre direction, l'air surpris. Ma mère s'approche d'un pas, furieuse et menaçante. Ses yeux flamboient de colère, lorsqu'elle répond d'une voix étrangement calme :

— C'est non, Marlène. Jamais de la vie. Pas de mon vivant, tu entends ?
— Il va pourtant falloir t'y faire, parce que je compte bel et bien en faire mon métier, je rétorque sur le même ton.
— C'est hors de question ! hurle-t-elle littéralement.

Dans un dernier effort, je parviens à articuler :

— Je suis désolée si ça contrarie tes plans, mais c'est de ma vie qu'il s'agit, pas la tienne.

Je tourne les talons sans plus de cérémonie, m'éloignant en courant vers la sortie. Dans cette pièce étouffante, j'ai soudain la sensation de manquer d'air.

— Reviens ici immédiatement, Marlène ! Cette conversation est loin d'être terminée !

Je marque un temps d'arrêt avant de me retourner. Ma mère, les poings sur les hanches, se tient au beau milieu de la salle, se moquant des autres invités qui la dévisagent sans retenue. Elle est incapable de se contenir, je le sais. Elle va faire un esclandre, provoquer un scandale dont tout le monde se souviendra pendant des années. Malgré cela, je soutiens son regard et campe solidement sur mes positions. Nous nous dévisageons pendant ce qui semble être une éternité, lorsque je prends soudain conscience de quelque chose d'important : ma mère n'est pas en colère contre moi.

Non, elle est juste... terriblement inquiète. Et effrayée.

Je la vois lutter pour conserver la maîtrise d'elle-même, mais en m'approchant, je m'aperçois que ses yeux sont humides. Je la prends dans mes bras et la serre contre moi, très fort, l'étouffant presque. «  Je t'aime aussi, Maman. » je chuchote au creux de son oreille. Puis, je me recule pour lui adresser un sourire rassurant.

Je me détourne, pour de bon cette fois, et me dirige d'un pas déterminé vers la sortie, le cœur un peu moins lourd. Ma mère ne me rappelle pas ; en tout cas, je ne l'entends pas crier mon prénom.

Je me précipite dans le couloir, puis dévale l'escalier à vive allure. Dans le Hall, j’émets un sifflement qui résonne fortement et en l'espace de quelques secondes seulement, mon balai arrive à ma hauteur. Je l'enfourche sans hésiter.

Une fois dehors, j'inspire un grand bol d'air frais, et remonte vers le ciel à toute vitesse. La nuit est belle, étoilée. Les arbres sont secoués par le vent. Je grelotte de froid, mais ça m'est égal : je suis aux anges. Poussée par l'adrénaline, je m'élève encore plus haut, vais encore plus vite. Mon cœur bat à cent à l'heure.

J'éprouve un sentiment grisant dont je crois que je ne pourrai jamais me passer.

La liberté.





End Notes:
Voilà pour la fin j’espère que vous n'êtes pas trop déçus xD

Pour moi, il était impossible que cette fiction se termine sur un baiser Sirius/Marlène parce que l'histoire n'est pas une simple romance, elle est centrée sur un personnage très indépendant (et agaçant, je vous l'accorde xD)

J'ai laissé volontairement quelques petits détails en suspens. Vous pouvez soit imaginer votre propre fin, soit me demander d'écrire une dernière suite, si vous êtes intéressés pour lire les aventures de Marlène à l'âge adulte. Je vous laisse décider ;)

Pour ceux qui souhaitent avoir une version epub de cette fanfiction, vous pouvez m'envoyez un mail : Jaleana[at]hotmail.com.


Encore merci à tous et à bientôt sur le site :D

**note du 09/01/21** La suite de cette histoire est en cours d'écriture et disponible sur mon compte pour ceux qui sont intéressés !
Cette histoire est archivée sur http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=34268