Le Pacte de l'Ombre by jalea
Summary:




« - Tu es vraiment prête à faire ça, Luciana ? Séduire le fils d'Harry Potter dans l'unique but de faire tomber ton père ?
- C'est la seule solution, Dorian.
- Très bien. Oublions le fait que ce gryffondor te déteste rien qu'une seconde, et supposons que ton plan fonctionne. Il se passe quoi, ensuite ?

C'est simple. Pendant que mon père sera occupé à préparer mes fiançailles avec James Sirius Potter, je me chargerai de détruire sa carrière politique. Et quand enfin, il pensera être au plus bas... Je le tuerai. Les yeux de Dorian s'écarquillent de terreur au fur et à mesure que je lui dévoile les détails de mon projet macabre.

- Ne le prend pas mal, Luciana, mais... tu es bien la fille de ton père. »


Images modifiées par mes soins :
Mila Kunis pour W Magazine 2011/site Skins.be et fond de Valentine-Deviant sur Deviantart.


Fiction terminée

Categories: Biographies, Romance (Het), "19 ans plus tard" Characters: Autre personnage, James S. Potter, Personnage original (OC)
Genres: Angoisse/Suspense, Romance/Amour, Tragédie/Drame
Langue: Français
Warnings: Lime
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 35 Completed: Oui Word count: 108131 Read: 40132 Published: 04/11/2016 Updated: 29/05/2022
Story Notes:
Bonjour ! :)

Oui, je reviens avec une nouvelle histoire ! Ceux qui me connaissent seront sûrement surpris parce que je n'ai pas pour habitude d'écrire des drames, mais bon. Cette idée de fiction me trottait dans la tête depuis un moment, et il y aura quand même un peu d'humour :D

J’espère que ce premier chapitre vous plaira !
A bientôt :)

1. Les liens du sang (Partie 1) by jalea

2. Les liens du sang (Partie 2) by jalea

3. Secrets de famille by jalea

4. Dangereuse alliance by jalea

5. Première approche by jalea

6. Un homme de sentiments by jalea

7. Jouvencelle en détresse by jalea

8. Rappel à l'ordre by jalea

9. Rêve lucide by jalea

10. L'invitation by jalea

11. Soirée mondaine (Partie 1) by jalea

12. Soirée mondaine (Partie 2) by jalea

13. La rumeur by jalea

14. Le Diable en personne by jalea

15. Conseillère personnelle by jalea

16. Mauvaise réputation by jalea

17. Le banquet (Partie 1) by jalea

18. Le Banquet (partie 2) by jalea

19. Mauvaise nouvelle by jalea

20. Vacances de Noël (partie 1) by jalea

21. Les vacances de Noël (Partie 2) by jalea

22. Les vacances de Noël (Partie 3) by jalea

23. Les vacances de Noël (Partie 4) by jalea

24. Les vacances de Noël (Partie 5) by jalea

25. La loi du triple retour by jalea

26. Double trahison by jalea

27. Retour à la normal by jalea

28. Les joies de la politique by jalea

29. Dommages collatéraux by jalea

30. L'heure des adieux by jalea

31. Un dernier souvenir by jalea

32. La vengeance dans le sang ( partie 1) by jalea

33. La vengeance dans le sang (partie 2) by jalea

34. La vengeance dans le sang (Partie 3) by jalea

35. EPILOGUE by jalea

Les liens du sang (Partie 1) by jalea
Author's Notes:
L'histoire prend place l'été avant l'entrée en Septième année de James S. Potter.
Chapitre 1 : Les liens du sang (Première Partie)






J'ai toujours été dévorée d'une ambition terrible : détruire mon père.


- Cette robe te va à ravir, Luciana.

Basile Preslov est assis derrière son immense bureau en bois massif, un énorme cigare à la bouche. Pendant qu'il m'examine de la tête aux pieds, je laisse courir mon regard sur la spacieuse pièce aux murs couverts de dorures.

Un épais tapis d'un rouge foncé recouvre le sol autour du meuble central. Il y un divan de velours vert dans un coin, une table ronde et quatre chaises dans l'autre. Au mur, derrière le bureau, un gigantesque tableau représente sur fond noir le visage dur et sévère de mon arrière grand-père. Je le trouve lugubre cet endroit, comme le reste du manoir familial. Je pose à nouveau le regard sur le maitre des lieux. Celui-ci m'observe comme si j'étais un ravissant meuble qu'il avait hâte de revendre au prix fort. Puis, avec un soupir de contentement, il se lève et contourne son bureau pour me faire face.

Mon père est un bel homme, assez grand, très droit. Il parle beaucoup et sa voix profonde lui sert pour ses discours insipides. Son sourire faussement aimable tromperait n'importe qui, mais ses yeux le trahissent : on y décèle la vérité de sa cruauté et sa soif de pouvoir.

- Dois-je te rappeler les enjeux de ta réussite ? me demande-t-il en plantant son regard dans le mien.

Comment pourrais-je l'oublier ? Père en a après la fortune Dragomir Vladescu, un riche héritier sorcier. Notre première rencontre fut étrange et assez déconcertante. Tout comme mon père, Dragomir semble cacher sa soif de pouvoir et sa quête perpétuelle de réussite derrière un sourire poli.

Père attend de moi que j'attise l’intérêt déjà évident de Dragomir. Pour l'occasion, j'ai revêtu une élégante robe verte, brodée de fil doré. Celle que mon chère Papa m'a offerte pour mon dix-septième anniversaire.

- Dragomir Vladescu est prêt à soutenir ma campagne électorale. Ne me déçois pas, Luciana.

Par « soutenir » il entend « financer », car il nourrit la folle ambition de devenir le prochain Ministre de la Magie. Autrefois, ma famille était l'une des plus puissantes, des plus riches et des plus nobles de Roumanie. Les choses ont changés depuis notre arrivée en Angleterre. Les mauvais investissements de mon grand-père ont nui à notre fortune, bien que nous restons l'une des familles de sorciers les plus aisées du pays.

- Je comprends les enjeux, père.

Son sourire, aussi sadique et vil soit-il, est le reflet du mien. Il ne voit rien car son orgueil l'aveugle. Basile Preslov ne pense pas qu'il puisse rencontrer des obstacles, éprouver des revers. Il se croit tout puissant, et ne fait nullement attention à son jeu en ce début de partie. En mon fort intérieur, je jubile.

Mon adversaire se croit encore en position de force.



******



Cette année, le bal annuel de bienfaisance est organisé au profit de l’hôpital Ste Mangouste, et regroupe les membres de la haute société. De nombreuses personnalités parmi les Aurors, Artistes, banquiers et dirigeants, sont réunies ce soir. La plupart des gens se réjouissent de ces célébrations où l'on boit et l'on mange n'importe quoi en se disant de choses superficielles. Pour moi, elles ne sont que des réunions de personnes influentes qui pourraient, un jour où l'autre, servir ma cause.

Mettre hors d'état de nuire l'être le plus mauvais, diabolique, et abject qui puisse exister : Basile Preslov.

- Monsieur Vladescu, vous vous souvenez de ma fille Luciana ? me parvient la voix de mon père parmi le brouhaha des invités.

Des mains impitoyables me poussent dans le dos. Je m'arrache à la contemplation de la salle de bal- triste et ennuyeuse à souhait- et me tourne vers mon riche héritier - tout aussi ennuyeux- en affichant un sourire radieux.

- Évidement, répond le concerné en me décochant un sourire qui découvre ses canines menaçantes. Vous êtes ravissante, Luciana, comme toujours.
- Je sais.

Ces deux petits mots me valent un regard assassin de la part de mon père. Je retiens un soupir, ce n'était pas de l'arrogance mal placé, seulement un constat. Je sais que je suis ravissante, on me le répète assez souvent comme ça depuis ma naissance ! J'ai passé de longs moments à scruter mon reflet dans le miroir, pour essayer de contredire mon entourage. Rien n'échappait à mon examen : mes longs cheveux noirs raides mais épais, mes joues rebondies, mes lèvres peintes d'un rouge vif et mes ongles, toujours recouverts de vernis noir. Oui, j'étais ravissante.

Basile Preslov était le premier à s'en être rendue compte et avait vite prit conscience du bénéfice qu'il pourrait en tirer.

- Belle soirée, n'est-ce pas ? dit Vladescu, pour relancer la conversation.

Père lui sourit en retour, mais je sens que ma présence le dérange. Il préférerait planifier mon avenir avec Mr. Vladescu sans que je ne sois dans ses pattes. Je profite de l'occasion pour m'éclipser discrètement, mais une main attrape brusquement mon poignet pour m’empêcher de partir. Je retiens mon souffle lorsque les petits yeux cupides de mon père se posent sur une tête bien connue.

- Monsieur Potter ! Quel honneur, s’exclame-t-il en se baissant exagérément.

Cette immonde hypocrisie me débecte. Je suis issue d'une famille de sang-pur et mon père considère toujours les Moldus et les Nés-Moldus comme des êtres inférieurs, mais il se garde bien de l'avouer en public, surtout devant Harry Potter ! Plus j'y pense, plus je me dis que sa nomination aux fonctions de Ministre serait une grave erreur. Une erreur monumentale, qui pèsera lourd sur l'avenir des sorciers.

Monsieur Potter semble un peu mal à l'aise au milieu de ces mondanités, mais il tend néanmoins la main à mon père. Ce dernier s'empresse de l'attirer vers lui comme un serpent qui cherche à emprisonner sa proie :

- Vous connaissez Mr. Vladescu ? Et ma fille Luciana, qui je crois, est une camarade de classe de votre fils. C'est bien ça, Luciana ? débite-t-il à toute vitesse, me vrillant du regard.

Instinctivement, mes yeux se tournent vers James Sirius Potter, qui se tient à la gauche de son père. Je me retiens de pouffer de rire. Sa cravate est dénouée, sa chemise hors de son pantalon et... il y a des traces de rouge à lèvres sur sa joue ! Décidément, ce gryffondor est une cause perdue. Sa nonchalance frise l'insolence et chacun de ses gestes est une démonstration de je-m'en-foutisme intégral. Quand son regard croise le mien, je le soutiens aussi durement que lui, jusqu'à ce qu'il détourne la tête.

Devant mon silence, des doigts glacés se resserrent autour de mon poignet.

- Oui, père. je réponds au prix d'un grand effort.

Je crains un instant que James Potter me contredise, car nous sommes loin- très loin même- d’être de « bons » camarades de classe, mais il ne pipe pas mot. Les mains enfoncées dans ses poches, il a l'air de passablement s'ennuyer.

- Preslov... Luciana ? répète Mr. Potter en fronçant les sourcils, comme si mon nom lui était vaguement familier. Je suis ravi de te rencontrer, dit-il enfin en me souriant chaleureusement, il paraît que tu es une adversaire redoutable en cours de Sortilèges.
- Papa ! s'exclame James, perdant l'espace d'un instant son habituelle décontraction.
- C'est bien ce que tu m'as dit, non ? l’interroge-t-il, visiblement confus.

Je hausse un sourcil interrogateur mais le gryffondor se compose aussitôt un masque de froide indifférence. Pourquoi lui a-t-il parlé de moi ? On ne se connaît pas et surtout, on ne se supporte pas. À Poudlard, James Sirius Potter ne s'approche pas de moi et met à point d'honneur à m'ignorer. Et même si parfois, il lui arrive de me sourire avec cet air arrogant et moqueur qui le caractérise... Un de mes petits sorts suffit généralement à le remettre à sa place.

Mon père, lui, est aux anges. Son visage est barré d'un large sourire, et ses petits yeux cruels brillent d'un mélange d'excitation et de fierté.

- Il est vrai que Luciana est très douée en Sortilèges. Elle a eu un excellent Professeur. N'est-ce pas, ma chère ?

Ben voyons ! Mon sourire s'agrandit, signe que mon jeu d'actrice est excellent. La seule chose qu'il m'ait jamais appris, c'est l'art de la manipulation et du mensonge.

- Oui, père. je mens effrontément, sans me départir de mon doux sourire.

À mon tour, je récolte un haussement de sourcils interrogateur de la part de James Potter. Ce que vous devez savoir, c'est que tous les aspects de ma personnalité et de mon comportement ne sont qu'un subterfuge pour tromper mon père sur la nature exacte de mes intentions. À l'école, je suis loin d’être une petite fille sage et disciplinée. J'ai très mauvais caractère et je me mets facilement en colère. On m'a même confisqué mon badge de Préfète plus d'une fois, à cause de mon tempérament quelque peu instable.

- Votre fils est aussi un très bon élève, selon Luciana. Et un vrai gentleman.

Pardon ? Je me retiens de hurler des insanités et lui jette un regard venimeux à la place. Cet idiot, un très bon élève et un gentleman ? Que ce soit clair : je n'ai jamais dit, ni même pensé une chose pareille ! Je reste cependant de marbre et tente d'ignorer James Potter qui m'inflige la vue de son exécrable sourire narquois.

- J’espère avoir l'occasion de voir un jour vos talents, Miss Preslov.

La voix de Dragomir me fait légèrement sursauter; j'avais oublié qu'il se trouvait juste à coté de moi. Son air carnassier me donne l'impression que ses paroles sont à double sens. Mes doutes se confirment lorsque la main de Dragomir parcourt mon dos, longeant lentement ma colonne vertébrale.

- J'espère pour vous que non, je réplique sèchement.

Je stoppe immédiatement ses avances en repoussant sa main, puis adresse un charmant sourire à l'assemblé :

- Si vous voulez bien m'excuser, je viens d'apercevoir mon ami Dorian...

Il vaut mieux que je m'en aille ou Dragomir risque fort de connaitre le même sort funeste que ma mère. Mais encore une fois, Père me saisit par le bras et refuse catégoriquement de me laisser partir. Son regard métallique me transperce comme un poignard. D'aussi loin que je me souvienne, il ne m'a jamais aimé. Mon père me voit comme un investissement qui peut rapporter gros, très gros. Mon bonheur, mes envies, lui importent peu. Pour parvenir à ses fins, il est prêt à sacrifier mon avenir sans le moindre scrupule.

- Ton ami peut attendre. siffle ce dernier entre ses dents. J'ai entendu dire que votre fils voulait suivre votre exemple et devenir Auror, Mr Potter ? reprend-t-il d'un ton excessivement joyeux.
- Vraiment, James ? Tu veux devenir Auror ? je ne peux m’empêcher de lancer avec une pointe d'ironie dans la voix.

Potter sort enfin de sa léthargie. Son visage se tourne doucement vers moi; il semble surpris que je prononce son prénom avec une telle familiarité. Plus que ça, il a l'air outré, comme si je venais de proférer la pire des insultes.

- Vraiment, confirme-t-il froidement. Et toi, Luciana, que veux-tu faire plus tard ?

Je plisse les yeux, un tantinet déroutée par sa question, et sa façon de dire mon prénom. Mise à part mon père et Dorian, tout le monde s'évertue à prononcer le « u » de Luciana alors que c'est en réalité « Louciana », chose que James Potter semble avoir assimilé du premier coup.

- Laisse-moi deviner...

J'arque un sourcil, attendant la suite avec impatience. Je suis surprise que Potter se prête au jeu des mondanités aussi facilement. Jeu qui exige une bonne dose d'hypocrisie et de ruse, ce dont il est totalement dépourvu ! Après avoir jeté un bref coup d’œil aux deux hommes qui m'accompagne, il ajoute d'une voix moqueuse :

- Femme au foyer ?

Un silence s'installe dans lequel résonne ses derniers mots. Je suis partagée entre l'envie de dégainer ma baguette afin de lui faire ravaler son air suffisant, et celle de le gratifier d'un sourire mielleux, puisque que mon père ne se trouve qu'à deux centimètres de moi.

« Attends un peu qu'on soit à Poudlard, Potter. » je songe en bouillant intérieurement.




End Notes:
Bon, vous devez sûrement vous demander pourquoi Luciana déteste à ce point son père... ce sera expliqué au prochain chapitre ;) Merci de m'avoir lu !
Les liens du sang (Partie 2) by jalea
Author's Notes:
Bonjour !

Voici le chapitre 2, j’espère qu'il vous plaira :)

Merci à Lyssa7, Floriie, Roxane-James et Bdvkiki pour leur reviews au premier chapitre :D

A bientôt !
Chapitre 2 : Les liens du sang (Deuxième Partie)



- Vous semblez ailleurs, Luciana. dit Vladescu sur un ton de reproche.

Je continue à sourire en contrôlant tous les traits de mon visage pour ne rien laisser transparaître, alors que tout s'agite dans ma tête. J'ai passé des années à élaborer un plan d'action pour ma vengeance, mis au point les moindres détails... et Dragomir Vladescu n'en fait pas partie. Je sais que mon père est sur le point de conclure nos fiançailles. Je dois trouver une échappatoire ou cette union risque de compromettre tout ce pour quoi j'ai travaillé.

- Je pensais à mon père. Il ferait un bon ministre, vous ne croyez-pas ?
- Certainement, acquiesce Vladescu d'un hochement de tête. Votre père a de bonnes chances d’être élu. Surtout s'il bénéficie du soutien de Monsieur Potter.

Son regard se pose sur les deux hommes, qui discutent toujours près du buffet. Monsieur Potter tente désespérément de clore la discussion mais de toute évidence, mon père n'a pas l'intention de laisser filer sa proie aussi facilement. En voyant la crispation sur le visage de Dragomir, je ne peux m’empêcher de demander :

- Vous en doutez ?
- Harry Potter n'est pas un homme facile à... convaincre. répond-t-il après un petit moment d'hésitation.

« Berner » était sans doute le mot auquel il pensait.

- Ne parlons pas politique, chère Luciana, ou je crains que la conversation risque vite de vous ennuyer, ajoute-t-il en riant.

Voilà une habile façon de sous-entendre qu'il préfère parler politique avec les messieurs. Je plaque mon plus beau sourire de circonstance sur mon visage, celui qui dit : « Pensez-vous, je n'y connais rien à ces choses-là ! », et bien entendu, Dragomir tombe dans le panneau. Ils tombent tous dans le panneau. Le jeune homme profite de ce moment de silence pour me détailler de la tête aux pieds avec avidité, sans que je puisse m'y opposer. Je sens monter dans ma poitrine une bouffée de colère familière : cette émotion m'étreint bien trop souvent depuis le décès de ma mère.

La chaleur de la pièce devient vite étouffante et je dois m'éventer avec ma main pour retrouver une température supportable. Fort heureusement, je sens ma tension se relâcher d'un cran lorsque Dragomir s'éloigne pour aller me chercher à boire.

Avant que j'aie le temps de prendre mes jambes à mon cou, mon ami Dorian apparaît à coté de moi.

- C'était qui ça, le Comte Dracula ? ironise-t-il, en guise de salutation.
- Il s'appelle Dragomir Vladescu, dis-je en soupirant.
- Woah, fait-il en grimaçant. On dirait le nom d'un Prince Roumain qui vient kidnapper sa belle.

Je roule des yeux, l'heure n'est pas à la plaisanterie ! Le regard noir que je lui jette ne semble avoir aucun effet sur lui, puisqu'il me renvoie un charmant sourire.

- Je crois que mon père va conclure nos fiançailles ce soir.
- Tu plaisantes ? s'exclame Dorian, les yeux ronds comme des gallions. Il est beaucoup trop vieux ! Il a au moins trente ans, non ?
- Vingt-six, je le corrige.

Dans ce genre d’arrangement, l'âge n'a aucune importance, pas plus que le physique ou les qualités du prétendant. Je rencontre le regard inquiet et triste de Dorian, qui m'examine attentivement. Le regard auquel j'ai droit depuis la mort de ma mère.

- C'est quoi le plan ? m'interroge-t-il, jetant un bref coup d’œil vers Dragomir.
- Je ne sais pas encore.
- Tu ferais bien de vite trouver ! Le devoir m'appelle, soupire ce dernier avant d'aller rejoindre ses parents, qui sont entourés d'un groupe de personnes qui discutent bruyamment.

Comme toujours, les parents de Dorian sont occupés à vanter les mérites de leur fils, qu'ils exhibent comme un trophée vivant. Il est vrai que Dorian est incroyablement beau. Grand, blond, d'allure athlétique... un joueur de Quidditch dans toute sa splendeur. Mais Dorian est aussi- dans le plus grand secret- incroyablement gay. Et issue d'une noble famille de sang-pur, tout comme moi. Inutile de dire que si ses parents venaient à apprendre la vérité sur leur fils... ils le renierait dans la seconde !

J'essaye d'évacuer les pensées qui encombrent mon esprit pour me concentrer sur mon problème : Dragomir Vladescu. Il me faut trouver le moyen de l'écarter de mon chemin, de l'évincer pour de bon. Malheureusement, aucune idée ne me vient pour le moment. Agacée, je parcours la salle des yeux et m'arrête sur un jeune homme qui rie à gorge déployée : James Sirius Potter. Mon agacement monte d'un cran et se retourne aussitôt contre le Gryffondor. Comment a-t-il pu se moquer de moi devant mon père, Dragomir et Mr. Potter ? Il va très vite regretter d'avoir osé me défier ! Le plus discrètement possible, je sors ma baguette magique, cachée dans la manche de ma robe, et fais mine de jouer avec. Puis, d'un mouvement rapide, j'agite ma baguette dans sa direction.

En un éclair, le verre dans sa main se brise en mille morceaux, arrachant un cri de stupeur à la jeune fille brune qui se tient à ses côtés. Potter se débarrasse des éclats en grimaçant, avant de tourner la tête à droite et à gauche, comme pour chercher quelqu'un. Quand ses yeux égarés croisent enfin les miens, nos regards s'électrisent. Je lui adresse mon habituel sourire malfaisant- celui dont j'use et abuse à Poudlard- pour lui faire comprendre que je suis bien la responsable de ce malheureux incident.

Je peux presque sentir sa rage, telle une force invisible émanant de lui, lorsqu'il s'élance vers moi à grands pas furieux.

- On s'amuse, Preslov ? crache-t-il, en me montrant son main qui ne présente pas la moindre égratignure.
- Beaucoup, oui. dis-je en ricanant.
- Attends qu'on soit à Poudlard, je te le ferai payer !

Oh, vraiment ? Je laisse échapper un autre ricanement moqueur. D'abord, parce que James Potter n'a jamais mis ses menaces à exécution. Ensuite, parce qu'il passe son temps à me fuir, et ce n'est pas qu'une façon de parler ! A chaque fois qu'il me croise dans les couloirs, il fait aussitôt demi-tour en courant, comme s'il était poursuivi par les feux de l'enfer ! Maintenant que j'y pense, les autres élèves ont tous la même réaction, en me voyant.

C'est fou, ça. Vous avez la mauvaise idée d'enfermer un première année dans un placard à balai avec le Baron Sanglant pendant tout une nuit, dans l'espoir qu'il crève de trouille, et votre réputation est faite pour le reste de votre scolarité !

- Dragomir est sous le charme, déclare mon père sur un ton satisfait, faisant irruption derrière mon interlocuteur.

James Potter, qui semblait alors sur le point de me lancer une insulte bien sentie, se ravise et me gratifie d'un dernier regard haineux avant de brusquement tourner les talons, comme à son habitude.

- J'en suis heureuse, père. Qu'en est-il de Mr. Potter ? je demande, une fois que nous sommes seuls.
- Je le sens réticent, mais notre arrangement avec Mr. Vladescu jouera en ma faveur.

En promenant mon regard parmi les convives, mes yeux sont involontairement attirés vers Harry Potter. C'est là qu'une idée insidieuse s'infiltre soudain dans mon esprit. Les rouages de mon cerveau s'activent et, à mesure que mon plan se précise, mon excitation augmente.

- Il serait plus judicieux d'obtenir les faveurs de Mr. Potter, les sorciers ont tant d'admiration pour lui. je commence prudemment, en fronçant les sourcils, l'air faussement concerné.
- J'en suis parfaitement conscient, Luciana.

Son ton est sec, tranchant. En pareil cas, je dois faire preuve d'une plus grande subtilité. Si je remets en question sa stratégie pour accéder au pouvoir maintenant, je risque d’éveiller ses soupçons. Ou le mettre en colère, ce que j'aimerai autant éviter ! J'arbore mon habituel sourire de façade, avant de poursuivre :

- Je pourrais, éventuellement, expliquer au fils de Monsieur Potter pourquoi son père devrait soutenir notre campagne.

J'insiste bien sur « notre campagne » pour le convaincre que je suis de son côté, que je partage entièrement ses préoccupations. En réalité, la seule raison qui me pousse à agir de cette manière, c'est ma soif de vengeance. Père m'invite à parler d'un imperceptible haussement de sourcils. Ça y est, j'ai enfin capté son attention.

- James est un bon camarade de classe. j'ajoute, l'air de rien.
- Un bon camarade... répète-t-il en écarquillant des yeux intéressés. Cela ne sera pas nécessaire, Luciana. Je me suis déjà engagé auprès de Mr. Vladescu, m'apprend-t-il d'un ton léger, adressant machinalement des sourires aux invités.

Ce n'est pas une surprise. Père a décidé de mon avenir à mon insu longtemps avant que j'aie mon mot à dire. Pourtant, une nouvelle bouffée de rage m'envahit. Je m'efforce de maîtriser le tremblement de mes mains, de garder mon sang-froid. Je suis trop proche du but pour commettre une erreur.

- Peut-être devrions-nous remettre cet arrangement à plus tard. je rétorque d'une voix que la frustration rend cassante.

La lueur dans son regard me prévient que je suis allée trop loin. Mon père m'entraîne un peu à l'écart, loin des oreilles indiscrètes. Sa main se referme sur mon bras, remonte vers mon épaule, avant que ses doigts ne s'enfoncent dans ma chair, me faisant grimacer de douleur. Ses yeux gris me fixent durement, comme un rappel à l'ordre : Basile Preslov ne tolère pas l'insolence.

- Que veux-tu dire, Luciana ? vocifère-t-il entre ses dents.
- James Potter est un bien meilleur parti, père, j'explique patiemment. Une alliance entre nos deux familles affirmerait notre position, à la fois financièrement et socialement.

Il desserre lentement sa poigne et m'observe d'un air intrigué.

Mon plan est le suivant : séduire James Sirius Potter et devenir sa petite-amie officielle. Ainsi, je serai débarrassé de Dragomir Vladescu et pourrais tranquillement comploter contre mon père. Ce dernier sera trop occupé à se faire bien voir auprès de Mr. Potter pour se soucier de mes agissements.

- Une... alliance ? Le fils de Monsieur Potter est bien trop jeune, objecte-t-il, malgré son enthousiasme à cette perspective.
- Nous avons le même âge, lui fais-je remarquer d'un ton légèrement agacé.
- Et un garçon immature, poursuit-il en m'ignorant superbement. Tu perdrais ton temps, et le mien.

Il se détourne, mais je pose une main sur son bras pour le retenir.

- Laissez-moi essayer, père. Qu'avons-nous à perdre ?

À son air conspirateur, je devine que la partie est presque gagné. Il pense avoir sous le coude une fille obéissante et dévouée. Pourquoi ne pas s'en servir ?

- Soit, dit-il enfin. Je te laisse une chance de me prouver que j'ai tort. Cependant, si tu échoues...

Sa main attrape ma mâchoire et maintient mon visage immobile, sous son contrôle.

- Je donnerai ta main à Mr. Vladescu, est-ce clair ?
- Oui, père.

Dès qu'il me tourne le dos, mon aimable sourire se mue lentement en quelque chose de terrible, en un rictus malfaisant, presque démoniaque. James Sirius Potter ne faisait certes pas partie de mon plan machiavélique, mais pour parvenir à mes fins, je ne reculerai devant aucune bassesse.

Je vengerai la mort de ma mère d'une manière ou d'une autre, même si je dois tuer pour cela. Même si je dois mourir.
Secrets de famille by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Voici le chapitre 3, j’espère qu'il vous plaira. On retrouve la famille Potter au complet dans le chapitre suivant !

Merci à ceux et celles qui m'ont laissé des reviews au dernier chapitre, c'est très encourageant :D

A bientôt.
Chapitre 3 : Secrets de famille.



- Où est-il ?

L'immense portrait de mon arrière grand-père me fixe dans un silence absolu. Il n'ouvre jamais la bouche, contrairement au tableau représentant tante Silvia qui s'évertue à me donner des cours de maintien. « Dis-le moi. Montre-moi ! », je le somme encore, mais celui-ci se contente de me toiser de son regard impérieux. Je balaye la pièce du regard une dernière fois. J'ai mis une telle pagaille dans le bureau de mon père qu'y faire le ménage sans Magie s’apparenterait à un véritable défi.

Il est forcément rangé là, quelque part !

Depuis plusieurs semaines, je suis à la recherche d'un coffre renfermant tous les secrets inavouables de mon père. Et j'ai la certitude que ce portrait de malheur connait l'endroit exact où il est dissimulé.

- Quand j'hériterai de ce manoir... tu sera la première chose que je réduirai en cendre ! je vocifère en regardant mon arrière grand-père droit dans les yeux.

« Miss Preslov ! » La voix de Netu me ramène brusquement à la réalité. Je quitte précipitamment la pièce pour rejoindre le grand salon, là où m'attend un petit elfe de maison et... Dragomir Vladescu. Je retiens avec peine l'injure qui me monte aux lèvres. Comme si ma soirée n'était pas déjà assez pénible comme ça !

- Miss Preslov ! s'exclame à nouveau l'elfe d'un air courroucé, Monsieur Vladescu est... il est déjà là, avant que Netu n'ait pu l'annoncer ! tempête-t-il en jetant un regard furibond au concerné.
- Merci. Tu peux disposer, lui dis-je calmement.

Le petit elfe s'incline très bas, avant de partir d'un pas lourd vaquer à ces occupations. Netu se prend pour notre majordome. Il passe ses journées à guetter les allées et venues des passants pour pouvoir annoncer l'arrivée de chaque visiteur.

- Vous laissez votre elfe de maison vous parler ainsi ? s'offusque Dragomir, arquant un sourcil dédaigneux.
- Que voulez-vous dire ? fais-je mine de m'étonner en battant des cils.

Nous avons plusieurs elfes de maison à notre service mais j'affectionne tout particulièrement Netu. C'est un elfe atypique affreusement guindé et formel, qui déteste ses semblables, les sorciers et... la terre entière. Dragomir rit de mon air faussement niais, avant de me prendre la main pour la porter à ses lèvres et y poser un baiser :

- Votre père est là ? Je dois m'entretenir avec lui d'une chose importante.
- Non, je suis seule.

Réalisant soudain qu'il me regarde avec une lueur de convoitise dans ses yeux, je saisis son bras pour le guider poliment vers la sortie :

- Dois-je lui transmettre un message ?
- Oui, dites-lui que je repasserai demain matin. Oh ! J'ai oublié un dossier dans son bureau. s'exclame-t-il en s'arrêtant sur le pas de la porte. Vous permettez que... ?

Sans attendre de réponse, il s'engouffre dans le couloir et traverse le grand salon en quelques enjambées. Je m'élance aussitôt à sa suite pour le tenir éloigné du capharnaüm qui règne dans la pièce.

- Restez-là, je m'en occupe !

Je lui adresse un grand sourire forcé, puis vais dans le bureau de mon père en prenant soin de verrouiller la porte derrière moi. Je remets tout en ordre d'un coup de baguette magique, en espérant que le bruit sera masqué par l’épaisseur de la cloison. « C'est un dossier marron ! », dit la voix de Dragomir à travers la porte. De plus en plus agacée, je me hâte de récupérer le porte-document. J'y jette brièvement un œil, dans l'espoir d'y trouver des informations compromettantes, mais ce n'est qu'un projet de financement de la campagne électorale de mon père.

Avant de sortir, je fais un rapide état des lieux. Tout est impeccable !

- Navrée de vous avoir fait atten...

J'ouvre la porte à la volée, me retrouvant nez à nez avec Dragomir. Je suis si surprise que les mots se bloquent dans ma gorge. Je me compose un masque à la fois détaché et amène, bien que son attitude commence sérieusement à me taper sur les nerfs.

- Le voilà, dis-je en lui tendant le dossier.
- Merci, Luciana.

Je me colle contre la porte pour mettre le plus de distance entre nous, attendant qu'il s'en aille, mais il ne bouge pas d'un pouce.

- Vous êtes ravissante, ce soir. Mais vous le savez, n'est-ce pas ? chuchote-t-il d'un ton presque accusateur, comme s'il me rendait responsable de son émoi.

Le jeune homme s'avance encore d'un pas et presse son corps contre le mien, me regardant comme un fauve qui s'apprête à bondir sur sa proie. Voilà autre chose !

- Mon père ne devrait pas tarder à arriver...
- Il n'est pas encore là, susurre Dragomir au creux de mon oreille.

Lentement, il se penche pour m'embrasser. Je détourne le visage, mais ça ne l'arrête pas pour autant. Ses lèvres atterrissent sur ma joue, puis se déplacent vers mon cou, qu'il mordille doucement malgré mes protestations. Estimant m’être montré suffisamment patiente, je glisse ma main derrière le dos et attrape ma baguette. La seconde d'après, Dragomir s'étale lourdement au sol, foudroyé par l'un de mes sortilèges.

C'est-ce que j'aurais dû faire dès le départ, tiens. Cela m'aurait évité de perdre mon temps !

Je l'enjambe comme si de rien n'était, m’apprêtant à rejoindre ma chambre, lorsque j'entends un sorte de grondement qui provient du petit salon. Je m'y rends d'un pas nonchalant et vois Dorian surgir de la cheminée, très élégant dans son costume anthracite et sa chemise immaculée. À son air renfrogné, je devine qu'il rentre d'une soirée mondaine particulièrement ennuyeuse.

- Quelle allure, Dorian ! dis-je en l'admirant de plus près.
- De quoi te faire fantasmer toutes les nuits, sourit-il en faisant un tour complet sur lui-même.

Je lève les yeux au ciel avant de lui faire signe de me suivre. Dorian à prit la mauvaise habitude de flirter avec toutes les filles- moi, y compris- pour tromper son entourage sur son orientation sexuelle.

- Euh, Luciana ?

Passant devant le piano pour atteindre la table, je constate que Dorian ne me suis pas et s'est, au contraire, arrêté devant le bureau de mon père. « Je peux savoir pourquoi il y a un homme qui dort sur ton tapis ? » me demande-t-il en fixant le corps inanimé de Dragomir Vladescu. Oh ! Je l'avais presque oublié, celui-là. Je fais immédiatement marche arrière pour retrouver mon meilleur ami, qui me dévisage d'un air perplexe.

- Il ne dort pas, je réponds d'un ton indifférent.
- Il est... mort ? balbutie-t-il d'une voix tremblante.

Cette fois, mes yeux font un tour complet dans leurs orbites. Soyons sérieux rien qu'une minute : si je venais d'assassiner un homme dans ma maison, pourquoi laisserais-je son corps à la vue de tous, au beau milieu de mon salon ?

- Ne sois pas ridicule, Dorian ! fais-je en riant. Il est juste assommé.
- Ah ! Me voilà rassuré, lance-t-il d'un ton sarcastique.

Dorian s'arrache- non sans difficulté- à la contemplation de Mr. Vladescu, pour aller s'affaler sur le canapé de velours.

- Alors, pourquoi fais-tu appel à moi à une heure si tardive ?

Il s'efforce de prendre un air dégagé, mais ses yeux restent résolument fixés sur Dragomir, à l'autre bout de la pièce. Je sens qu'il meurt d'envie de me questionner, mais mon regard glacial l'en dissuade. Je n'ai que faire de ses interrogations, pour le moment. Je lui explique rapidement la situation : que des circonstances défavorables m'oblige à changer mes plans, que je dois inclure James Sirius Potter dans mon projet machiavélique, et que Dragomir Vladescu à bien cherché ce qui lui est arrivé.

À la fin de ma tirade, Dorian passe une main dans les vagues de ses cheveux blond foncé, l'air encore plus sceptique.

- Tu es vraiment prête à faire ça, Luciana ? Séduire le fils d'Harry Potter dans l'unique but de faire tomber ton père ?
- C'est la seule solution, Dorian.
- Très bien. Oublions le fait que ce gryffondor te déteste rien qu'une seconde, et supposons que ton plan fonctionne. Il se passe quoi, ensuite ?

C'est simple. Pendant que mon père sera occupé à préparer mes fiançailles avec James Sirius Potter, je me chargerai de détruire sa carrière politique. Et quand enfin, il pensera être au plus bas... Je le tuerai. Les yeux de Dorian s'écarquillent de terreur au fur et à mesure que je lui dévoile les détails de mon projet macabre.

- Ne le prends pas mal, Luciana, mais... tu es bien la fille de ton père.

Un fin sourire étire mes lèvres, il ne pouvait pas me faire plus beau compliment. Père dit toujours que la meilleure façon de se venger d'un ennemi, c'est de lui ressembler. Ce qu'il ignore en revanche, c'est que l'ennemi est parfois plus proche qu'on ne le croit.

- Qu'attends-tu de moi ? soupire Dorian, résigné.
- Une invitation. Il paraît que James Potter organise une fête samedi prochain. Je veux en être, j'articule distinctement.
- Tu as fait appel à la mauvaise personne. Je n'ai pas reçu d'invitation, m'apprend-t-il en réponse à mon regard interrogateur.

Une vague de déception me submerge tandis que Dorian jette un regard en biais vers Mr. Vladescu, comme s'il craignait qu'il se réveille d'une minute à l'autre.

- Mais je pensais, comme vous faites tous les deux du Quidditch...
- Nous ne sommes pas amis pour autant ! s'insurge le blond, tu devrais plutôt demander à Rosalie.
- Pourquoi ça ?

Je sens que je perds patience. Quand ça ne fonctionne pas comme je le voudrais, j'ai tendance à m'emporter facilement. Et même si je sais que Dorian essaye de me venir en aide, je ne supporte pas qu'on bouleverse mes plans. Rosalie Wood est une camarade de classe de Serpentard. C'est une fille droite, loyale et honnête. Tout mon contraire, en somme.

- Elle est très amie avec Melinda Jones, fait-il remarquer.
- Et alors ? je m'enquiers en grinçant des dents.
- C'est la meilleure amie de James Potter.

Oh, je vois. La petite brune insignifiante qui le suit partout comme son ombre.

- Très bien. Demande à Rosalie deux invitations, nous irons ensemble.
- Eh, je n'ai pas l'attention de demander quoi que ce soit à Rosalie Wood ! s’exclame Dorian en bondissant du canapé. Tu sais qu'elle est amoureuse de moi ?

Retenant un soupir d’exaspération, je me dirige vers un petit meuble en acajou et en sors une bouteille de whisky pur feu, bien résolue à le faire changer d'avis.

- C'est pourquoi elle se débrouillera pour te dénicher des invitations. je réponds en lui donnant son verre. Dorian, si ça vient de moi, elle dira non ! je m'écrie à moitié, d'une voix teintée d'irritation.

Rosalie est loin d’être stupide, elle sait parfaitement que j’exècre James Potter. Si je lui demande une invitation pour sa fête, elle va se douter que je manigance quelque chose. Mais si ça vient de Dorian, elle se fichera bien de connaitre ses motivations. Je sais, ce n'est pas très joli d'utiliser mes amis de cette manière... Que voulez-vous, mon père ne me laisse guère le choix.

- On pourrait y aller comme ça, sans invitation, grommelle le jeune homme en tripotant ses boutons de manchettes.
- Il en est absolument hors de question. Pour qui tu nous prends, de vulgaires pique-assiettes ? je m'offusque, adoptant malgré moi une posture hautaine.

Il me faut travailler là-dessus. Selon Dorian, Je renvoie l'image d'une fille hautaine, fière, et prétentieuse. Je dois modifier cela si je veux avoir une chance de faire tomber James Potter dans mes filets. Ça ne devrait pas poser de problème, j'ai l'habitude d'adapter mon discours et mon comportement pour obtenir des autres ce que j'attends.

- Tu es certaine que... Luciana, il est encore temps de renoncer ! me supplie Dorian du regard.

Il s'approche lentement de moi. Son visage trahit son inquiétude, mais ses mains se referment sur les miennes dans un geste réconfortant.

- Tu n'es pas obligée de faire ça, souffle-t-il en me serrant plus fort. Ce que tu prévois est si... je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose. murmure-t-il doucement.
- Quelque chose m'est déjà arrivée, Dorian. je rétorque en retirant brusquement mes mains. J'ai vu mon père lancer un sort impardonnable. J'ai vu le corps de ma mère s'effondrer sur le sol, ici même.

Il n'y a aucune émotion dans ma voix et je vois que ça l'effraie. Nous avons eu cette conversation un million de fois. Je suis lasse de ses tentatives pour me remettre dans le droit chemin ! Aucun retour en arrière n'est possible. Je ne peux pas laisser le passé derrière moi. Je ne veux pas. Dorian reste un moment accablé par le désespoir, puis il semble se ressaisir. Il dépose un baiser sur mon front, et me promets d'envoyer un hibou à Rosalie.

- Mais si pendant la fête, elle se jette encore sur moi...
- Je te protégerai ! je lui assure, en souriant.

Je raccompagne Dorian jusqu'à la cheminée, avant de retourner auprès de Mr. Vladescu qui git toujours sur le tapis. Quand je pointe à nouveau ma baguette sur lui pour le réveiller, il pousse un gémissement et soulève la tête avec difficulté. Il a d'abord du mal à tenir debout, puis regarde autour de lui avec une expression de totale confusion, alors que je me campe derrière lui, les mains sur les hanches.

Au bout d'un moment, ses yeux rencontrent les miens.

- Luciana ?
- Était-ce aussi merveilleux pour vous que ça l'a été pour moi ? je minaude, avec de grands yeux enamourés.

J'observe avec amusement son visage pâlir, comme si tout le sang s'en retirait. La crainte de m'avoir déshonorer avant le mariage se lit clairement dans ses yeux. Si mon père venait à l'apprendre, Dragomir serait un homme mort.

- Je ne... il vaut mieux que je m'en aille ! bredouille-t-il en tournant si vite les talons qu'il manque de se casser la figure.

Lorsque j'entends la porte d'entrée claquer quelques secondes plus tard, j'éclate d'un grand rire victorieux. En voilà un que je ne suis pas prête de revoir de si tôt !
Dangereuse alliance by jalea
Author's Notes:
Bonjour !

Voici le chapitre quatre, j'espère qu'il vous plaira. Merci à tous pour vos gentilles reviews :D

A bientôt !
Chapitre 4 : Dangereuse alliance.






- Monsieur Potter a accepté mon invitation à dîner de demain soir. Il sera là à dix-neuf tapante, avec le reste de sa famille.


Je dois me mordre les lèvres jusqu'au sang pour m'empêcher de sourire. Sans même le savoir, mon père prend part à mes tentatives pour le mettre hors d'état de nuire. J'ai du mal contenir mon enthousiasme. Je reste debout, les mains derrière le dos, comme une écolière convoqué dans le bureau du Directeur.

- Formidable. Je sais déjà quelle robe je vais porter, dis-je en feignant le ravissement.

Je tourne les talons, mais sa voix autoritaire stoppe mon élan :

- Luciana, es-tu entrée dans mon bureau pendant mon absence ?

Je me retourne lentement et plante mes yeux dans les siens, en prenant un air surpris. Si mon père découvre que j'ai fouillé son bureau, je suis fichue. Il est capable des pires atrocités, surtout s'il se sent trahi. Je garde les mains jointes derrière le dos pour dissimuler leur léger tremblement.

- J'ai envoyé un des elfes de maison dans ton bureau toute à l'heure pour nettoyer, je réponds en parlant très vite, ne supportant plus son regard inquisiteur.
- Ah, bien.

Je pivote à nouveau vers la sortie, lorsque j'entends mon prénom résonner dans la pièce. Je m'immobilise à un centimètre de la grande porte. Je n'ai pas besoin de voir le visage de mon père pour comprendre que quelque chose le tracasse. Je prends une profonde inspiration, avant de me retourner. Ses yeux me fixent et me sondent. On dirait qu'il tente de lire dans mes pensées.

- Tu l'aimes bien ce garçon ? demande-t-il enfin.
- Pardon ? je bredouille, décontenancée par l'incongruité de sa question.

Tout à coup, il se lève et s'appuie des deux mains au rebord de son bureau. Sans me lâcher du regard, il dit d'une voix sifflante :

- Le fils Potter. Il est normal que je m'interroge, tout cela est ton idée, après tout. Te rapprocher de ce jeune homme dans le but...
- Dans le but de servir nos intérêts communs, père. je le coupe poliment, en affichant mon air le plus innocent.

Cette réponse ne semble pas lui satisfaire. Son regard se charge d'étincelles, devient menaçant. Il ne me croit pas. Je dois absolument le convaincre que je partage ses idées, ses ambitions. Mais pour l'instant, je n'ai pas d'autre choix que de jouer la carte de l'adolescente enamourée, afin d'éloigner ses soupçons et regagner sa confiance. Je baisse la tête comme un enfant pris en faute, puis dis d'une voix honteuse :

- Je l'aime bien, père. Beaucoup. Et j'avoue avoir pensé à mon propre intérêt avant le votre, je suis désolée.

Ma déclaration n'a pas l'effet escompté. Pour une raison qui m'échappe, mon père paraît encore plus contrarié. Il s'approche dangereusement de moi et pose ses deux mains sur mes épaules, en les serrant dans sa poigne de fer. Je lève la tête pour examiner son visage : ses cheveux noirs parsemés de gris, son teint hâlé, ses yeux gris intenses. Dans sa jeunesse, il était encore plus séduisant. Ma mère était tombée amoureuse au premier coup d'œil.

- Que cela ne se reproduise plus. vocifère-t-il, les yeux étincelants.
- Je... ne comprends pas ?
- La manipulation, Luciana ! grince-t-il en me fusillant du regard. Si tu l'utilises encore contre moi, je te ferai passer l'envie de recommencer, ajoute-t-il en m'enserrant la gorge d'une main.

J'entends mon sang battre contre mes tempes. Je n'ai qu'une envie, attraper ma baguette magique et lui jeter un sort qui le fera taire pour de bon. Je suis vive, rapide. Je n'aurai aucun mal à lui régler son compte, mais je refrène mes envies de meurtre. Une mort pareille serait trop douce pour un tel monstre de cruauté. Je vais m'en tenir à mon plan, continuer de jouer à la fille parfaite, docile et obéissante.

- Je ne recommencerai plus ! dis-je faiblement.

Un sourire mauvais éclaire soudain le visage de mon père. Il me libère de son emprise et retourne à son bureau en sifflotant, alors que je me masse doucement le cou pour tenter de dissiper la douleur qu'il m'a infligée. Je le regarde s'allumer un cigare et tirer une première bouffée, lorsque ses petits yeux scrutateurs se rivent sur moi.

- Il y va de ton intérêt, ma chère. claironne-t-il.



******



Mon reflet me renvoie l'image parfaite que j'ai crée de toute pièce.

Mes longs cheveux noirs sont soigneusement peignés, ma robe à manches courtes s'arrête au niveau des genoux. Elle est simple et élégante, parfaite pour l'occasion. La couleur bordeaux met en valeur les lignes de mon corps et souligne la pâleur délicate de ma peau.

Je suis consciente de ma beauté. Je l'ai toujours été, et pas seulement parce que j'attire les regards. Face au miroir, je m'efforce d'arborer un masque impassible, calme. Mais cela ne change rien ! Derrière mon sourire apparemment innocent, il y a quelque chose de troublant dans mon visage. C'est... c'est l'expression de mon regard. Je n'y vois qu'un mélange de perfidie et de cruauté, le tout inspiré par une ambition démesurée. Ma main se crispe sur ma brosse à cheveux. Je ne peux l'ignorer plus longtemps : je ressemble à mon père d'une manière frappante.

Je m'arrache à ma contemplation quand le carillon de la porte d'entrée retentit à l'étage au dessous. Des voix résonnent depuis le rez-de-chaussée, et je reconnais sans mal celle de mon père. Sa voix est forte et profonde, ce qui donne toujours de l'importance à ses propos. Il est temps d'y aller.

Je descends tranquillement le grand escalier qui mène à l'entrée principale, le cœur battant à la chamade. Ce soir, je n'ai pas le droit à l’erreur.

- Ah, Luciana !

Mon père vient m'accueillir en bas de l'escalier, me gratifiant de son éternel sourire hypocrite. Il pose une main sur le bas de mon dos, me guidant quelques pas plus loin, vers Mr et Mme Potter. Ils sont souriants, habillés élégamment mais sobrement. Leurs enfants se tiennent un peu à l'écart, et admirent le plafond haut orné d'une fresque peinte. Je me dépêche d'afficher mon sourire de façade. Je salue chaleureusement le père de James, avant de me tourner vers son épouse, une charmante dame aux cheveux roux foncés.

- Enchantée de vous connaître, Madame Potter.

Son sourire bienveillant se dissipe peu à peu, tandis que son regard me parcourt de la tête aux pieds, pour revenir à mes yeux. Je sens soudain un désagréable frisson me descendre le long de la colonne vertébrale. J'ai l'impression que cette femme m'a mise à nue en une fraction de seconde ! Elle m'a d'office rangée dans la catégorie « gourgandine de première classe » comme si elle connaissait déjà mes intentions envers son fils.

- Luciana, et si tu faisais visiter les lieux à nos invités ? Retrouve-nous ensuite dans le petit salon, tu veux bien ?

Sans attendre de réponse, mon père me tourne le dos et invite Mr et Mme Potter à le suivre. Eh bien, on peut dire qu'il ne perd pas de temps ! Je ferai bien de suivre son exemple, pour une fois. Je plaque- non sans effort- mon plus beau sourire et m'avance d'un pas décidé vers James Potter.

- Bonsoir, James.

Le jeune homme se tourne vers moi à contrecœur. Il ne m'a pas accordé un seul regard depuis son arrivé, et c'est à peine s'il daigne poser les yeux sur moi lorsqu'il grommelle un : « Ouais, salut ». J'ai mis beaucoup de temps à me préparer, mais je ne laisse pas ma frustration prendre le dessus, et me tourne vers son frère, un garçon avec de jolis yeux verts.

- Et toi, tu es... Albus, c'est ça ? Je m'appelle Luciana, dis-je en lui décochant un charmant sourire.
- Je sais qui tu es ! s'exclame ce dernier en pointant un doigt sur moi, la Préfète des Serpentard qui s'est faite confisquer son insigne parce qu'elle a enfermé un première année dans un placard à...
- Tu me connais, en effet. je le coupe poliment, alors que son frère roule des yeux.
- Salut, je suis Lily. se présente à son tour la jeune fille rousse qui se tient à ses côtés.

Elle ne doit pas avoir plus de treize ans, mais je me sens tout de même un peu moins seule. Je la complimente sur sa robe bleu marine et ses souliers, pour essayer de détendre l'atmosphère. Malheureusement, cela ne fait qu'accentuer le malaise.

- Oh ! Elle n'est pas aussi jolie que la tienne, rétorque-t-elle en rougissant à vue d’œil.

Un silence pesant s'installe. Personne n'ose bouger. Personne sauf James, qui s'évertue à faire les cent pas, comme s'il espérait faire passer la soirée plus vite. Je leur adresse à tous les trois un grand sourire, puis dis :

- Bon, je pense que nous pouvons rejoindre nos parents dans le petit salon. À moins que vous ne souhaitiez visiter les lieux ?
- Pas vraiment, non. répond James sur un ton méprisant. Il est où, ce petit salon ? ajoute-t-il en m'emboîtant le pas.

Son expression dédaigneuse laisse supposer qu'il doute sincèrement que le salon en question soit « petit » et il n'a pas tort. Toutes les pièces du manoir familial sont gigantesques et somptueusement décorées.

- James ne voulait pas venir, me confie Lily sur le chemin. Je crois qu'il ne t'aime pas beaucoup.

Je tourne la tête vers la rouquine en arquant un sourcil, amusée. Je ne la connais que depuis quelques minutes, mais je peux déjà dire que j'aime son franc-parler.

- Ton frère et moi avons eu quelques différents dans le passé. J’ose espérer que cette soirée nous permettra de repartir sur de bonnes bases.
- Woah, tu parles biza... euh, de façon étrange. se reprend-t-elle en rougissant légèrement.
- Oh, désolée. dis-je en riant. C'est à force de fréquenter les fêtes mondaines. Promets-moi une chose, Lily : si je me remets à parler comme une snobe, pince-moi le bras.

Un sourire malicieux éclaire son petit visage, alors qu'elle se penche vers moi. Son nez est parsemé d'adorables taches de rousseur.

- Pour de vrai ? Même devant les parents ? m'interroge-t-elle à voix basse, d'un air conspirateur.
- Oui, s'il te plaît. Accorde-moi cette faveur.

Lily ne se fait pas prier : elle me pince le haut du bras, m'arrachant un cri de surprise. J'ai aussitôt droit un regard meurtrier de la part de mon père, qui se tient debout près de la cheminée en compagnie de Monsieur Potter. Je regarde Lily d'un air faussement réprobateur. La rouquine pouffe de rire, attirant l'attention de ses frères.

- Un verre, ça vous dit ? je lance à la cantonade.

Je me dirige vers un meuble en acajou, et en sors plusieurs bouteilles. Albus et Lily s'accoudent au bar, l'air plutôt enthousiaste. Je leur demande, avec un air de barmaid : « Ce sera quoi les enfants ? Un cocktail doux ou explosif ? » Ils se jettent un bref regard, puis s'écrient d'une même voix « explosif ! ». Une fois servi, Albus et Lily se hâtent de rejoindre leur parents pour leur faire goûter mon breuvage (un mélange d'eau, de citron, et de jus de citrouille). Je sais, je les ai menés en bateau, mais difficile de faire plus explosif sans alcool !

Je ne peut retenir un frisson d'excitation en voyant James s'approcher. Sans même lever la tête, je sens peser sur moi le regard de mon père. C'est à moi de jouer.

- Que veux-tu boire ? je lui demande, tandis qu'il s'affale sur un tabouret en soupirant.
- Ce que t'as de plus fort. Je sens que je vais en avoir besoin, répond-t-il piteusement en laissant ses yeux vagabonder autour des murs couverts de tableaux.

Le jeune homme refuse toujours de me regarder. J'en profite pour le détailler : il est grand, brun, avec des yeux très sombres. Ses cheveux en bataille lui donnent un air de petit garçon qui vient de sortir du lit. Il est plutôt séduisant dans son genre, quoi qu'un peu débraillée. Sa cravate est dénouée et sa chemise déboutonnée au niveau du cou, comme pour montrer qu'il se moque des conventions, qu'il se fiche des apparences et des bonnes manières. Quand je lui tends un demi verre de whisky, le gryffondor me fixe d'un drôle d'air.

- Hum, ma mère risque de... non, merci. fait-il en jetant une œillade à ses parents.

En temps normal, je l'aurais qualifié de fils à maman. Mais vu les circonstances...

- Je n'ai pas l'intention de lui dire, James. Ce sera notre secret, je chuchote d'une voix aussi basse que possible.
- Et je suis censé te croire sur parole ? riposte -t-il en me vrillant du regard.

Ce garçon me déteste et je ne peux pas lui en vouloir. À Poudlard, je prends toujours beaucoup de plaisir à l'humilier. Rien n'est plus jouissif pour moi que de le voir perdre son air arrogant, surtout lorsqu'il fanfaronne devant les filles.

- J'essaie d'être gentille, Potter. Tu pourrais en faire autant, non ? dis-je à mi-voix, pour ne pas attirer l'attention de mon père.
- Gentille, toi ? Tu ignores la signification de ce mot.

J'ouvre la bouche en cherchant quoi lui répondre, quand un tintement de cloche se fait entendre, annonçant le dîner.

Mon père pénètre le premier dans la salle à manger, aussi bien pour placer les invités que pour s'asseoir lui-même... à côté de Monsieur Potter. Je me retrouve donc assise entre Lily et James. Pendant le dîner, je tente plusieurs fois de lui adresser la parole, en vain. James ne se retourne pas. Il m'ignore totalement, comme si je n'existais pas.

Même si je refuse de l'admettre, mon égo en prend un coup. Je n'ai jamais eu d'inquiétude quant à mon pouvoir de séduction, mais c'est bien la première fois qu'un garçon me repousse.

- Pardonnez ma curiosité, mais... où est Madame Preslov ?

La question de la mère de James me tire brusquement de mes pensées. Tous les regards se braquent sur mon père, excepté Mr. Potter, qui se tourne vers son épouse, le visage grave.

- Ginny, ma chérie...
- Elle nous a quitté il y a plusieurs années. déclare mon père, la mine sombre.

Sa voix est calme, tempérée. Son air de circonstance laisserait presque croire qu'il souffre. D'ailleurs, c'est que semble penser Mme Potter : ses yeux sont empreints de douceur lorsqu'elle se tourne vers lui.

- Oh, vous voulez dire qu'elle est...
- Morte, je termine froidement.

Un vent de rage me prend aux tripes et s'impose avec une violence inouïe. Le regard compatissant de Ginny Potter ne fait qu'attiser ma fureur. Pourquoi est-elle assise là, en face de moi, à la place que devrait occuper ma mère ?

- Je suis terriblement désolée, je ne savais pas. souffle-t-elle dans ma direction.

La douleur et le désarroi lui déforment les traits du visage. Je comprends à cet instant que je ne suis pas la seule à avoir perdu un être cher. Je n'ai pas le droit de lui en vouloir. Le seul responsable à cette table, c'est mon père.

- Vous nous pouviez pas le savoir, rétorque ce dernier.
- Elle est morte de quoi ?
- Lily ! s'écrient ses parents d'une même voix.
- Laissez, ce n'est rien. Un tragique accident, mon enfant. Il y a très longtemps. répond mon père en prenant un air attristé.

Un accident ? Mes mains se crispent sur mes couverts, et pendant un instant, je caresse l'idée de lui enfoncer un couteau dans le cœur. Comment ose-t-il se faire passer pour un veuf éploré ? Je suis dans une colère noire. Ma vue se brouille alors que ma respiration se fait chaotique. Je le déteste. J'ai une haine si profonde, si intense, que j'en ressens presque le goût amer dans ma bouche.

- Excusez-moi. Je ne me sens pas très bien.

Je me lève si vite que je manque de perdre l'équilibre. Je traverse la pièce en quelques enjambées, et cours m'enfermer dans la salle de bains. Les jambes en coton, le souffle court, je m'adosse un long moment contre la porte. Je décide ensuite de passer mon visage sous l'eau froide pour essayer de me calmer et de ravaler ma rage, lorsqu'un coup frappé à la porte me fait sursauter. Avant d'aller ouvrir, je vérifie rapidement mon reflet dans le miroir.

Mes yeux s'écarquillent en découvrant James Potter qui se tient sur le seuil, les mains dans les poches, et l'air contrarié. La présence du gryffondor me rappelle que je dois me concentrer sur mon plan initial.

- Ton père m'a envoyé te chercher. Tu vas bien ?

À son ton ennuyé, je devine qu'il se fiche de savoir si je vais bien ou non. J'affiche cependant un sourire plein de sympathie, et réponds :

- Très bien. C'est le whisky qui m'a fait un peu tourner la tête.

Son regard croise le mien un bref instant, avant qu'il ne se détourne et s'engouffre dans la pénombre du couloir. Étant à nouveau capable de contrôler mes émotions, je m'élance à sa suite et le retiens par le coude.

- Attends ! J'ai reçu une lettre de Poudlard ce matin, je suppose que toi aussi ?

Il se dégage d'un mouvement d'épaule, avant de poser les yeux sur moi. Une, deux, trois secondes... C'est la première fois de la soirée qu'il me regarde aussi longtemps. J'attends que ses yeux détaillent le reste de mon corps, mais son regard exprime une sorte de refus farouche à le faire. Étrange. À l'école, certains garçons disent de moi que je suis une sale peste, mais cela ne les empêchent pas de me reluquer les fesses lorsqu'ils pensent que j'ai le dos tourné, contrairement à Potter. Je ne sais pas si c'est bon signe.

- Celle qui dit qu'on est tous les deux Préfets-en-Chef ? Ouais, je l'ai reçu. répond-t-il en grimaçant.

C'est mauvais signe. Si James Potter ne ressent aucune attirance physique pour moi, je n'ai pas la moindre chance de le séduire, même si je change de comportement. Je m'avance lentement vers lui, comme si je voulais apprivoiser un animal sauvage.

- On devrait faire des efforts pour s'entendre, tu ne crois pas ? dis-je doucement.

Le jeune homme me dévisage avec un mélange d'incrédulité et de perplexité. Il paraît si surpris de ma soudaine gentillesse que j'en suis presque mal à l'aise. À l'inverse de mon père et Mr. Vladescu, Potter sait parfaitement à qui il a affaire : une fille dangereuse qui ne se maîtrise pas totalement, surtout en sa présence.

- Non, je ne crois pas ! Et je vais te dire pourquoi...

Il garde un instant le silence pour bien me mesurer du regard et ajoute avec fermeté :

- Tu peux jouer les filles à papa tant que tu veux, moi je sais très bien qui tu es.

Je ne peux m'empêcher d'afficher un sourire sardonique, oubliant un instant mon plan de vengeance à l'encontre de mon père.

- Ah, et qui je suis ? je lui demande, arquant un sourcil narquois.
- Tu es la fille la plus manipulatrice, la plus mesquine qui m'a été donnée de rencontrer.

Mon sourire s'élargit, et avant même de m'en rendre compte, je m'entends riposter d'une voix sarcastique :

- Venant d'un crétin à l'égo sur-dimensionné, je trouve ça vraiment vexant.

J'aurai dû me douter que mon plan ne serait pas aussi facile à exécuter ! Cela fait des années qu'on s'échange des insultes, sarcasmes, et propos méprisants.

- Je ne ferai aucun effort pour m'entendre avec toi, Preslov. J'en ai pas la moindre envie, rétorque le gryffondor sur un ton glacial.

Je vais procéder par étapes. Pour l'instant, je dois seulement essayer de savoir s'il est sensible à mes charmes. Je me redresse pour reprendre ma position de jeune fille sage, puis m'approche assez de lui pour sentir son parfum et la chaleur de son corps.

- Allons, James. Je suis sûre qu'on peut trouver le moyen de s'entendre...

Les mots ne sont pas sortis comme je le voulais. J'ai presque entendu le sous-entendu graveleux dans ma voix ! Par chance, Potter ne semble pas s'en être rendu compte. Il penche la tête sur le côté, l'air aussi perplexe que soupçonneux. Je me mordis la lèvre pour feindre l'innocence. Allez, je peux faire mieux que ça !

- Je veux éviter les problèmes, cette année. Mon père est sur mon dos, en ce moment. Tu l'as sûrement remarqué, dis-je en essayant de prendre un ton accablé.

Il me regarde d'un air méfiant un long moment, comme la fois où je lui ai gentiment proposé mon pot d'encre (avant qu'il ne lui explose au visage).

- Je ne serai pas un problème, marmonne-t-il d'un ton irrité, et j’espère que toi non plus ! ajoute-t-il d'une voix plus forte.

Pensant que la discussion est close, il fait un pas de côté pour me contourner mais je l'arrête en posant une main sur son torse. Je dois savoir si je lui plais, tenter quelque chose ! Ses yeux aux pupilles marron, deviennent interrogateurs, lorsque mes doigts remonte le long de son torse et glissent sur son col. Je sens son corps entier se raidir. Je m'attends à ce qu'il me repousse, mais il ne le fait pas. Je veille à garder une distance respectable pendant que je noue soigneusement sa cravate.

James Potter ne doit pas me voir comme une fille qui pourrait être de passage dans son lit, mais plutôt comme LA fille, celle qu'il pourrait envisager d'épouser.

- Je te promets de bien me comporter, je souffle en relevant les yeux.

Le brun se contente de me fixer avec un sourire en coin et les yeux plissés, comme s'il savait exactement ce que j'essayais de faire. Déstabilisée par son brusque changement d'attitude, je ne sais comment réagir. Je ne m'attendais pas à ce qu'il perd aussi vite son air dédaigneux ! Je me compose une expression neutre, tandis que son regard me parcourt lentement, de la tête aux pieds. Ça devrait me rassurer, mais ce que je lis dans ses yeux n'a rien avoir avec le désir, ou l'adoration. Le jeune homme me fixe durement, comme s'il évaluait la menace que je pouvais représenter.

- Je ne sais pas à quel jeu tu joues, Preslov...

Potter s'interrompt un instant pour m'observer. Puis, il fait un pas vers moi, me dominant de toute sa hauteur.

- Mais je te déconseille de recommencer. murmure-t-il, sans l'ombre d'un sourire.

Je le regarde s'éloigner d'un pas nonchalant, en fronçant les sourcils. Il me déconseille de recommencer ? J'ai une subite envie de rire. Qu'il le veuille ou non, James Sirius Potter fait partie de mon plan machiavélique.

Je n'ai pas l'intention d'abandonner aussi facilement.
Première approche by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Voici le 5ème chapitre, j’espère qu'il vous plaira !

Un grand MERCI à RomanEmma, KiaraCoper, Azyax, Bella19, Roxane-James, LouWeasley, la vache et Lyssa7 pour leurs adorables reviews au dernier chapitre :D

A bientôt !
Chapitre 5 : Première approche.





- Dorian, tout le monde nous regarde.

Je tire sur le bas de ma robe, un peu trop courte, en essayant d'ignorer les regards qui restent tous obstinément rivés sur moi. James Sirius Potter vit dans une grande, mais modeste maison. Le salon est lumineux, la décoration minimaliste. Il n'y a rien de superflu. Quelques objets magiques posées sur une étagère, sont apparemment la seule touche de fantaisie. J'ai beau être entourée de visages familiers, j'ai la nette impression de ne pas être la bienvenue à cette fête.

- C'est pas nouveau, répond mon meilleur ami d'un haussement d'épaules.
- Je t'avais dit que c'était trop habillé...

Je porte une robe verte bouteille, très près du corps, et de hauts talons. Quand à Dorian, il est vêtu d'un impeccable costume sombre, qui vaut certainement plus de gallions que cette maison entière. Inutile de dire qu'on détonne dans le décor !

- Parce que tu avais autre chose à te mettre, peut-être ? rétorque le blond, d'une voix qui trahit son agacement.

Non, je dois l'avouer. Ma garde-robe ne comporte pas le moindre jean ou pantalon. Mon cher père en ferait une syncope ! Les seuls vêtements décontractés que je possède se trouvent dans mon dortoir, à Poudlard. Dorian me tend galamment le bras et je n'ai pas d'autre choix que d'obtempérer et d'avancer à ses côtés, telle une mariée conduite devant l'autel. Nos tenues, notre façon de nous tenir, de nous comporter, ne fait que renforcer le fossé social qui nous sépare de nos camarades de classe.

- Moi, non. C'est quand même pas de notre faute si on est riche, Lou.
- Je t'ai déjà dit ce que je pensais de ce diminutif ! je le préviens d'une œillade assassine.
- Potter en vue, me chuchote-t-il à l'oreille.

Je l'écarte d'un mouvement brusque, puis me tourne vers le gryffondor, qui s'approche de nous à grands pas énervés. J'affiche aussitôt mon plus beau sourire de méchante garce reconvertie. Ce soir, je dois mettre toute mon énergie à essayer de me rapprocher le plus possible de lui. Mon père a été très clair : si je ne réussis pas à attraper James Potter dans mes filets, il donnera ma main à Monsieur Vladescu. Si cela arrive, mon plan de vengeance à son encontre risque d'échouer. Je ne connais que très peu Mr. Vladescu, mais c'est un homme curieux et indiscret; le genre à payer un sorcier douteux pour fouiner dans votre passé.

D'un geste, je rejette mes longs cheveux noirs par dessus mon épaule, puis dis :

- Tiens ! Bonsoir, James.
- Qu'est-ce que vous fichez là ? lâche-t-il en nous dévisageant tour à tour d'un air mauvais, je n'ai pas le souvenir de vous avoir invité !

J'ouvre la bouche en cherchant quoi lui répondre, mais Dorian me devance : tout sourire, il sort deux cartons de la poche intérieur de sa veste.

- Pourtant, nous avons reçu notre invitation. lui répond-t-il, d'un air à la fois hautain et provocant. Chouette baraque, Potter ! ajoute le Serpentard en suivant des yeux une jolie rousse, que je reconnais comme étant la cousine de James.
- Tu ne l'approches pas ! grogne ce dernier sur un ton menaçant, ce qui n'a pour effet que d'élargir le sourire de Dorian.

Du coin de l'œil, je lui demande de cesser son petit jeu, et de me laisser seule avec James Potter.

- Et le buffet, je peux l'approcher ? demande-t-il sur un ton narquois.

Dorian s'en va sans attendre de réponse, me jetant un dernier regard par dessus son épaule. Mon attention se focalise ensuite sur James Potter, qui me dévisage toujours d'un air soupçonneux.

- Pourquoi t'es là, Preslov ?
- C'est moi qui l'ai invitée, avec Dorian. annonce la voix de Rosalie Wood, une fille aux cheveux châtains. Ça ne t'embête pas, j’espère ? lance-t-elle en se tournant dans sa direction, l'air de se ficher royalement de la réponse.

Je repousse le sentiment de frustration qui s'empare de moi, et force un sourire à Rosalie. Je dois absolument trouver le moyen de me retrouver seule avec Potter. Je ne m'attends évidemment pas à ce qu'il tombe immédiatement amoureux de moi, mais la base de notre relation est à refaire.

- Si tu es venue chercher les ennuis...

Sans cesser de lui sourire gentiment, je me décale pour laisser passer un invité, et en profite pour frôler son épaule. Je guette ensuite sa réaction sur son visage, mais il ne laisse rien filtrer. Si je n'étais pas autant consciente de ma beauté, son indifférence me donnerait envie de laisser tomber.

- Je t'ai promis de me tenir tranquille, Potter, je n'ai qu'une parole. Dorian et moi, on veut juste un peu décompresser avant la rentrée.
- C'est vrai. Les fêtes mondaines, ça nous saoulent, affirme Dorian en apparaissant à côté de moi, un verre à la main.

Dès lors qu'il aperçoit Rosalie, sa mâchoire se crispe. Il tente de rebrousser chemin, mais je l'agrippe fermement par le bras pour l'en empêcher. S'il continue à la fuir de cette manière, elle va finir par se poser des questions.

- Salut, Dorian ! dit-elle, les yeux soudain illuminés. Je suis contente que tu aies pu venir. Toi aussi, Luciana ! assure-t-elle en tournant la tête vers moi, ça me fait plaisir de vous revoir.

Nullement attendri par ces charmantes retrouvailles, James va se planter devant Rosalie, le regard noir : « Tu es responsable d'eux ! » lui lance-t-il sèchement, avant de s'en aller rejoindre son groupe d'amis. À peine a-t-il le dos tourné que Rosalie lui tire la langue, comme une enfant de deux ans. En remarquant que Dorian l'observe, la jeune fille rosit légèrement.

- Tu veux danser ? lui demande-t-elle en rougissant de plus belle.
- Euh, tout à l'heure ! bredouille mon ami, en saluant un élève au hasard afin de pouvoir s'échapper.
- Il passe son temps à m'éviter. Je ne dois pas être son genre, soupire Rosalie en le suivant amoureusement des yeux.
- Dorian n'a pas de "genre". je rétorque en riant.

Le secret de mon meilleur ami commence vraiment à me peser. Je dois sans cesse brouiller les pistes, faire croire aux autres filles qu'il n'est qu'un coureur de jupons, alors que c'est totalement faux. Dorian s’intéresse plus aux pantalons des garçons qu'aux jupes des filles ! Rosalie doit remarquer mon air ennuyé, car elle change brusquement de conversation :

- Dorian m'a affirmé que tu viendrais, mais je n'y croyais pas vraiment. D'ailleurs, je ne suis pas la seule. observe-t-elle en faisant un signe de tête vers les autres gryffondor, qui ne cessent de me dévisager depuis mon arrivée.
- Je ne suis pas la bienvenue, apparemment. fais-je d'un air morne, bien que cela m'est parfaitement égal.
- Comme tous les serpentard ! Notre maison sera toujours mal vu.

Je parcours la salle des yeux et me rends soudain compte que Dorian, Rosalie et moi sommes les seuls serpentard présent à la fête de Potter. Il y a bien quelques élèves d'autres maisons, mais la majorité sont des gryffondor.

- Tu sais que pendant la bataille de Poudlard, mon père a été enfermé dans les cachots avec d'autres serpentard ?

Je pose à nouveau le regard sur ma camarade, quelque peu étonnée par la tournure que prend la conversation. Nous, les serpentard, nous ne parlons jamais de la seconde guerre. Les mots Voldemort, Mangemort ou Sang-de-bourbe sont totalement prohibés. Nous sommes- pour la plupart- tous d'accord sur le fait que nous ne sommes pas responsable des agissements de nos ancêtres, et évitons d'en parler. Rosalie n'est pas censée l'ignorer, alors qu'est-ce qui lui prend tout à coup ?

- J'en ai entendu parler, mais j'ignorais que ton père...
- Il était contre Voldemort !

Ce simple nom déclenche une série de petits cris outrés autour de nous. Rosalie vacille légèrement, ce qui me laisse penser qu'elle a- une fois de plus- abusé des boissons alcoolisées.

- Il voulait se battre, lui aussi. reprend-t-elle d'un timbre de voix normal. Au lieu de ça, on l'a fait enfermer comme la pire des vermines... Il a perdu sa sœur, ce soir là. Elle était à Poufsouffle.

Son regard se perd dans le vague quelques instants, puis elle semble rassembler ses esprits.

- Je suis désolée, je ne sais pas pourquoi je te raconte tout ça ! me dit-elle, l'air soudain affreusement gêné.
- Mes parents avaient déjà quitté Poudlard, à cette époque.

Après cette révélation, je ne peux décemment pas faire comme si de rien n'était. Même si elle ignore tout de ma famille, nous sommes toutes les deux de bonnes camarades de classe.

- Tes parents étaient à Poudlard ? J'ai toujours pensé qu'ils avaient fait leurs études en Roumanie ! s'exclame la jeune fille, les yeux écarquillés de surprise.
- Non. Mon père est né en Roumanie, mais il a fait ses études en Angleterre.

Je lui adresse un dernier sourire, avant de rejoindre le buffet à mon tour. N'importe quelle personne aurait compris que la discussion était close, mais pas Rosalie. Je sens sa présence derrière moi, je la devine qui me fixe.

- Et ta mère ? Tu n'en parles jamais.

Je me sers un demi verre de whisky pur feu, le temps de réfléchir à ce que je vais lui répondre. Je m'en tiens aux grandes lignes :

- Elle a rencontré mon père lors d'une soirée de Gala au ministère. Ils se sont tout de suite plu. Ma mère ne l'a pas vraiment côtoyé lorsqu'elle était à Poudlard, elle avait quatre ans de moins que lui, alors... Elle était aussi d'origine roumaine, c'est fou, hein ? Le destin fait bien les choses, fais-je en forçant un sourire.

Le simple fait de parler de mes parents suffit à me donner la nausée. Ils étaient loin de former un couple heureux et uni. Je secoue la tête pour balayer mes mauvais souvenirs, je devrais me concentrer sur le présent. Je me hisse sur la pointe des pieds pour chercher James Potter des yeux. Je l'aperçois à quelques mètres seulement de moi. Le gryffondor n'est pas seul, une sangsue est agglutinée à ses pieds. Potter lui sourit poliment, mais ses yeux expriment un mélange de gêne et de lassitude.

- Qu'est-ce que tu regardes ? demande Rosalie en se retournant. Elsa Colins ? Cette fille n'a aucun amour propre ! S'accrocher comme ça à un garçon qui ne veut pas d'elle...

Pathétique, en effet. Je me console en me disant intérieurement que Colins ne m'arrive pas à la cheville, même avec ses cheveux couleur de blé et son sourire à damner un saint.

- C'est vrai que ce n'est pas ton genre, dis-je à Rosalie, ne pouvant retenir un sourire railleur.
- Moi, je le fais avec un peu plus de classe ! riposte aussi sec la serpentard.

Mon regard est attiré par le reflet d'une silhouette derrière James Potter. Il s'agit d'une jeune fille brune, petite et plutôt palote. Une fille que je qualifierais de totalement insignifiante en comparaison d'Elsa Colins. J'ai toujours eu du mal à comprendre comment Melinda Jones pouvait être la meilleure amie de James Potter. Ils sont parfaitement opposés ! Jones est une fille timide et reversée, alors que James Potter fait tout pour se faire remarquer.

- Elle n'est pas la seule à s'accrocher à Potter comme une mante religieuse, dis-je à Rosalie.

J'étudie son visage pour ne rien manquer de sa réaction. Rosalie est une bonne amie de de Melinda Jones. Si mes soupçons s’avèrent exacts au sujet de la gryffondor, j'ai besoin de le savoir.

- Melinda ? Non, c'est sa meilleure amie, assure-t-elle en lâchant un rire nerveux, qui ne fait que confirmer mes doutes.
- Elle est amoureuse de lui, ça se voit comme le nez au milieu de la figure.
- Non, hum... tu te trompes ! s'écrie la Serpentard d'une voix suraiguë.

Sans que je ne puisse rien y faire, un sourire malfaisant se dessine sur mes lèvres.

- Promets-moi de garder ça pour toi ! me supplie Rosalie à voix basse.
- À qui veux-tu que je le dise ?
- James, répond-t-elle aussitôt, je sais que tu adores le faire tomber de son piédestal, mais Melinda est aussi l'une de mes amies et...
- Je ne dirai rien, promis-je.

C'est un mensonge. Si cette information peut m'être utile, je n'hésiterai pas à m'en servir. Mon cœur manque un battement en voyant James Potter quitter la pièce. Je prétexte aussitôt une envie pressante pour m’éclipser discrètement. « J'adore ta robe, Luciana ! » Cette voix nasillarde m'arrache un profond soupir. Je m'arrête à quelques pas de la sortie et me tourne vers Elsa Colins, qui me sourit hypocritement.

- Je sais, je lui réponds sur un ton glacial.

C'est évident qu'elle adore ma robe ! Le bustier est incrusté de minuscules éclats de pierres précieuse, et le décolleté est ourlé d'une fine dentelle. Elle a été faite sur mesure, par l'un des plus grands créateurs du monde sorcier. Les joues de la gryffondor s'empourprent, elle ne s'attendait visiblement pas à tant de mépris de ma part.

- Que fais-tu ici ? Tu n'as rien de mieux faire, que de te mélanger aux communs des mortels ? se moque-t-elle d'une voix forte.
- Tu espères peut-être que je te pose la même question en retour ?

Je sens toutes les têtes se tourner vers nous. Contrairement à la Gryffondor, mon but n'est pas de remporter un concours de popularité (même si je l'ai dors et déjà gagné). Les manières de Colins sont insupportables ! Sous prétexte qu'elle est jolie, elle se croit tout permis. Pire encore : elle pense que je suis digne d’intérêt, et que nous devrions devenir les meilleures amies du monde !

- Qu'est-ce que tu veux dire, exactement ? Tu essaies de m'insulter ? demande-t-elle en fronçant les sourcils.
- Si je voulais t'insulter Colins, ce serait déjà fait.

« Car je doute que ton cerveau de moineau puisse comprendre mes insinuations » je songe intérieurement. Je lui rends son sourire hypocrite et la complimente sur son « ravissant » collier, ce qui finit par la convaincre que nous devrions faire du shopping ensemble, parce que : « On a trop les mêmes goûts, Luciana ! ». Cette idiote n'a même pas saisi l'ironie de mon compliment.

Je quitte ensuite la pièce, hochant la tête en direction de Dorian qui me sourit d'une façon étrange, comme s'il se forçait.

Dans le couloir, je croise le petit frère de Potter. Il semble surpris de tomber sur moi, et l'est encore plus lorsque je lui demande où se trouve la chambre de James.

- C'est celle-là, répond-t-il en désignant du doigt une porte au fond du couloir.

Je le remercie, ce qui paraît l'étonné. Je ne sais pas ce que Potter à pu lui raconter à mon sujet, mais au vu de son regard de biche apeurée, j'ai ma petite idée. Je me dirige d'un pas décidé vers sa chambre. Avant d'entrer, je réajuste ma coiffure et tire sur le bas de ma robe pour essayer de l'élargir, en vain. Ce fichu tissu est comme une seconde peau ! Je prends une inspiration et, sans frapper, j'ouvre la porte à la volée.

- Oh, je suis désolée ! Je cherchais les toilettes, je m'excuse, prenant un air faussement penaud.

Potter sursaute à moitié, avant de me toiser avec une surprise outrée. Pendant ce temps, je laisse courir mon regard sur la pièce. Il y règne un désordre incroyable ! Les tiroirs sont ouverts, les vêtements jetés de tous côtés, sur le tapis, sur les meubles, le lit... pourtant, l'ambiance y est chaleureuse. La couleur des murs et des rideaux sont dans des tons marrons, orangés et dorés. Quelques photos de famille et magazines de sport trônent sur le bureau, qui -je le devine à la poussière- est rarement utilisé.

- Jolie chambre, Potter. Et très rangée, en plus de ça ! dis-je en riant, pour essayer de détendre l’atmosphère.

Le jeune homme ne semble pas le moins du monde gêné par l'état chaotique de sa chambre. Il m'observe quelques instants de son habituel air suspicieux, avant de se désintéresser totalement de moi, pour aller fouiller les tiroirs de sa commode.

- Deuxième porte à gauche ! lance-t-il froidement, sans même me regarder.

La main toujours sur la poignée de la porte, j'ouvre la bouche dans le but d'engager la conversation, puis me ravise. Je dois y aller en douceur, avec James Potter. Ça a déjà dû être un choc pour lui de me voir débouler à sa soirée, sans y être cordialement invitée. Je m’apprête donc à faire demi-tour, lorsqu'il me demande :

- Pourquoi tu es venue à ma fête, Preslov ?

Je saisis cette opportunité pour m'introduire dans sa chambre, et fais quelques pas dans sa direction. Potter reste debout, les bras croisés, à me dévisager d'un œil noir. Il est vêtu d'un simple sweet et d'un jean. A côté de lui, j'ai l'impression d'être trop habillé, et pas assez à la fois. Curieux sentiment.

- Je te l'ai dit : je voulais décompresser avant la...
- Je ne te crois pas, me coupe-t-il abruptement.

Je déambule dans la pièce, le temps de réfléchir à ma prochaine offensive.

- C'est pourtant la vérité, je rétorque calmement en faisant mine de feuilleter l'un de ses magazines. Pour quelle autre raison serais-je venue à ta fête, sinon ?
- Je l'ignore, mais je suis sûr que tu as un but précis.

La barbe, il n'est pas aussi crétin que je le pensais ! Je laisse tomber le magazine sur le bureau et m'empare de son écharpe, qui repose sur le dossier de sa chaise. Je fais la moue, cette couleur orange est affreuse, et le blason brodée de sa maison est... Merlin, c'est hideux ! Comment font les gryffondor pour porter une horreur pareille ? Je me tourne vers le miroir et enroule l'écharpe autour de mon cou, en essayant d'ignorer l'odeur de musc et de savon qui s'en dégage.

- Oh, alors... parce que je suis à Serpentard, j'ai forcément de mauvaises intentions, c'est ça ? dis-je en imitant l'air vexé de Rosalie.

Je m'admire dans la glace en tirant une grimace. Je confirme : c'est hideux ! Ce orange jure affreusement avec la couleur de ma robe.

- Je t'ai déjà dit que ton numéro de fille modèle ne prenait pas avec moi, vocifère Potter.

J'arque un sourcil interrogateur, lorsqu'il traverse la pièce en quelques enjambées pour aller fermer la porte.

- Alors, maintenant qu'on est seul, dis-moi ce que tu me veux ?
- Ce que je te veux ? je répète en lâchant un petit rire.

Je me détourne de lui et observe de plus près le cadre posé sur son bureau. Une photo prise le jour de son seizième anniversaire. James est entouré de sa famille; de ses oncles, tantes et cousins. Ils ont tous l'air gay et joyeux. Un nœud se forme dans ma gorge. Regarder ce portrait de famille suffit à me persuader que j'ai été privée de quelque chose d'important.

- On a toujours la tête aussi enflée, hein ? Je ne te veux rien, Potter. j'affirme sur un ton hautain, en essayant de cacher tout signe de jalousie dans ma voix.
- Admettons, marmonne-t-il d'une voix peu convaincue.

Alors que j'envisage de me rapprocher, je sens sa présence derrière moi, et perçois même un très léger souffle sur ma nuque. Je me retourne lentement vers lui et m'appuie contre le bureau, tandis que son regard me parcourt de la tête aux pieds, de la même manière que le font les autres garçons. Un éclair d'intérêt apparaît furtivement dans ses pupilles. Ah ! Il n'est donc pas aussi insensible à mon charme qu'il veut le faire croire.

- Jolie robe, souffle-t-il une fois son exploration terminé. Essaierais-tu d'impressionner quelqu'un, Preslov ?
- Peut-être bien, je réponds d'un air évasif.
- J’espère que ce n'est pas moi, parce qu'autant te le dire tout de suite : tu es loin d’être mon genre de femme.

Voyez-vous ça. Je me mordis la lèvre inférieure pour m'empêcher de dire, ou faire, quelque chose que je risque de regretter plus tard. Décidément, je vais avoir du mal à me faire à son arrogance tellement... gryffondor !

- Je préfère les filles...
- Laides ? Oui, j'avais remarqué.

Je regrette immédiatement mes paroles en voyant le visage de Potter changer d'expression; il arbore de nouveau son air dédaigneux.

- Les filles qui jouent franc jeu, riposte-t-il avec mépris. Deuxième porte à gauche ! me congédie le brun.

Je me dirige vers la sortie en me maudissant intérieurement. Pourquoi j'essaie toujours de lui rabattre le caquet ? Potter n'est pas le seul gryffondor à qui j'ai envie de faire ravaler son sourire suffisant à coups d'Avada Kedavra, alors pourquoi je m'acharne autant sur lui, depuis ma première année ? Je retiens un soupir. Ça va être un vrai défi, de le séduire !

Alors que je m'approche de la porte pour l'ouvrir, un détail m'arrête :

- Comment se fait-il que ta sœur ne soit pas là ?

Potter lève brusquement la tête dans ma direction, l'air totalement incrédule. Comme s'il était parfaitement inconcevable que moi, Luciana Preslov, je puisse m’intéresser à sa petite sœur. Cependant, devant mon air sérieux et sincère, son regard s'adoucit un peu. Il ouvre son armoire pour en sortir un gros carton, et le vide sur son lit (il n'y a pas assez le fouillis ?) avant de répondre :

- Elle passe la soirée chez nos grands-parents.
- J’espérais la revoir, elle est assez... drôle.
- Elle a surtout un sale caractère ! Quand j'ai refusé de la laisser assister à ma fête, elle m'a jeté un de ses maléfices de Chauve-Furie.
- À son âge ? je m'étonne.

Je n'ai pas le souvenir d'avoir réussi ce sort avant ma quatrième année.

- Maman lui a appris. répond le brun, toujours à la recherche de je ne sais quel objet.

Charmant. Rappelez-moi de ne pas chercher de noises à la mère de Potter ! Je sens qu'elle va m'en faire voir de toutes les couleurs, lorsque j'aurais enfin atteint mon objectif, à savoir : devenir la fiancée de son fils chéri.

- James, tout le monde t'attend ! s'exclame Melinda Jones, en arrivant comme une tornade dans la chambre de Potter.

Le regard de la gryffondor se pose un instant sur moi, puis sur Potter, avant de revenir vers moi. J'entends presque les rouages grincer dans son cerveau : « Que fait cette serpentard dans la chambre de James ?! ». Je dois faire un effort surhumain pour ne pas lui rire au visage.

- J'arrive toute de suite, dit James à son attention. Je ne te présente pas Luciana Preslov ? ironise le brun.
- Euh, non... bredouille Jones, les yeux baissés.

Bon sang, qu'est-ce que bien lui trouver Potter ? En tant qu'amie, je veux dire ! Sa petite sœur de treize ans à plus de personnalité que Jones n'en n'aura jamais.

- J'ai étais ravie de discuter avec toi, James. Salue Lily de ma part, d'accord ?

À côté de moi, je sens la gryffondor se raidir, lorsque Potter me rend mon sourire (cela ressemble plus à un rictus narquois, mais tout est bon à prendre).

- Je te rejoins ! lance-t-il à Jones, sans même lui accorder un regard.

Je me demande bien ce qu'il cherche dans ce foutoir ! Sans doute un truc stupide pour épater la galerie...

- Ça va ? Tu es toute pâle, dis-je à Jones dans le couloir, en prenant un air faussement inquiet.
- Non, je... je vais très bien.

Je passe devant elle pour l'empêcher d'avancer. Elle tente de glisser sur le côté, mais je m'interpose, et la force à lever les yeux vers moi. Je n'ai pas le temps pour ses enfantillages, et vais droit au but :

- Tu m'as l'air d'une gentille fille, alors je vais jouer franc jeu avec toi. lui dis-je en repensant à la discussion que j'ai eu avec le gryffondor. J'ai jeté mon dévolu sur James Potter. Et je n'ai aucune envie d'un triangle amoureux, tu comprends ? j'annonce en parlant à toute vitesse.

« Autrement dit : tu vas devoir sortir du tableau, et vite fait ! » je pense, alors que les joues de la jeune fille virent au rouge.

- Pas vraiment, marmonne-t-elle.
- Tu es amoureuse de lui. Ne le nie pas, tu ne ferais que te ridiculiser, je la préviens en la voyant ouvrir la bouche. Comme tu es sa meilleure amie, je te laisse une semaine d'avance.
- Une semaine... d'avance ? répète bêtement la rouge et or, l'air de ne pas comprendre.

Prions Merlin que les autres gryffondor ne soient pas aussi lent d'esprit, en particulier mon futur fiancé. Ennuyée, je sors de mon sac à main un petit miroir pour y vérifier mon reflet. Mon léger maquillage n'a pas bougé, mais mes cernes trahissent la fatigue et l'anxiété. Dorian ne va pas manquer de me le faire remarquer.

- Oui, pour le séduire ! je m'agace en fermant le clapet de mon miroir d'un coup sec, tu as jusqu’à la rentrée, ensuite je le considérerai comme libre. Comme tu vois, les serpentard savent aussi être fair play. je poursuis, en la gratifiant d'un joli sourire.

Une expression de totale surprise se peint sur son petit visage aux joues rebondies. J'ai l'impression d'avoir en face de moi une enfant et non une jeune femme. Je songe un instant à m'arrêter, mais une partie de moi (la plus mauvaise) m'oblige à continuer pour bien me faire comprendre. Je rapproche alors mon visage du sien, doucement, dans une tentative d'intimidation. Jones pâlit.

- Mais que ce soit clair : si tu ne tentes rien cette semaine, je te déconseille d'essayer quoi que ce soit à Poudlard. Tu sais de quoi je suis capable, non ?

Incapable de dire le moindre mot, la gryffondor reste un long moment silencieuse, les yeux rivés sur le plancher.

- Tu ferais bien de prendre de l'avance, Jones. j'insiste d'une voix moqueuse, en l'examinant de la tête aux pieds.

On ne peut pas la qualifier de jolie, même si... en réalité, je ne sais pas de quoi elle a vraiment l'air. Jones se cache derrière ses longs cheveux bruns ternes et ses vêtements trop larges, qu'elle a pris l'habitude de porter depuis la quatrième année pour cacher son manque de formes. Elle ne constitue pas une réelle menace, mais une relation amicale peut vite se transformer en quelque chose de plus intime. Mieux vaut prendre les devants !

Le visage de ma rivale perd toute couleur et ses lèvres serrées se réduisent à une fine ligne rose. Sans prononcer une seule parole, elle me contourne pour regagner le salon, l'air aussi troublé et perplexe que Dorian. Ce dernier est nonchalamment appuyé contre le mur, et me fixe, les bras croisés sur son torse. Depuis combien de temps est-il là, parfaitement immobile ?

- Wow, tu es une vraie diablesse, commente-t-il, sans l'ombre d'un sourire.

Ses yeux bleus se voilent et brillent d'une lueur inquiète. Je lâche un soupir d’exaspération, je n'ai pas la force d'écouter un énième discours moralisateur, ce soir.

- Luciana, encore une fois : tu es sûre de ce que tu fais ?

Je suis à deux doigts de laisser exploser ma frustration. Quand Dorian va-t-il enfin comprendre qu'il ne peut rien pour moi ? Mon destin est déjà tout tracé. Il s'est scellé le jour où j'ai vu mon père commettre l’irréparable.

- Ai-je l'air d'une fille qui ne sait pas où elle met les pieds ? je rétorque, presque en colère.

Mon ton glacial le fait tressaillir. Après un long moment de silence, il semble se résigner à l'idée que sa meilleure amie soit capable du pire pour parvenir à ses fins. Pour me prouver que je peux compter sur son soutien, il se plie à mes caprices et arbore son éternel sourire malicieux :

- Je sens que cette année va être particulièrement intéressante.
- Tu n'as pas idée à quel point, dis-je en lui rendant son sourire.

Il est grand temps de mettre mon plan diabolique à exécution.





End Notes:
En ce qui concerne le discours de Rosalie sur son père, ce n'est pas tiré du livre de J.K, les serpentard n'ont pas étaient enfermé dans les cachots. Mais c'est le cas dans le film ! Comme je trouvais ça un peu abusé, j'ai repris l'idée xD
Un homme de sentiments by jalea
Author's Notes:
Salut :)

Voici le sixième chapitre, j’espère qu'il vous plaira !


Merci à RomanEmma, Roxane-James, Floriie, LouWeasley, Kiara Coper et la vache pour leur gentilles reviews au dernier chapitre :D

A bientôt
Chapitre 6 : Un homme de sentiments.





- Monsieur Stein ?

Il me faut un peu de temps pour réaliser que l'homme qui se trouve devant moi est le premier grand amour de ma mère. Le sorcier, d'une quarantaine d'années, est assez bedonnant, à un nez busqué et la chevelure d'un châtain terne. Il donne l'image d'un homme avenant, mais quelconque. Monsieur Stein ne ressemble en rien à mon père, et ce n'est pas pour me déplaire.

Lorsque je me lève pour lui serrer la main, je remarque qu'il ne porte pas d'alliance.

- J'ai été touché par votre lettre, Miss Preslov. commence-t-il, tirant une chaise vers lui et s'asseyant près de moi.

Je parcours la pièce du regard avec un sentiment d'angoisse qui me serre le ventre. En ce jour de rentrée, le Chaudron Baveur est bondée. Si une connaissance de mon père me voit là, en compagnie de Monsieur Stein... L'information va lui être très vite divulguée. Je me tourne vers mon interlocuteur, qui me regarde de ses yeux vifs et brillants.

- Vous voulez boire quelque chose ?

Je fais signe au serveur, un jeune homme maigrelet, sans doute pas beaucoup plus âgé que moi. Denis- je crois que c'est prénom- abandonne aussitôt le comptoir pour courir dans ma direction, en manquant de trébucher. J'ai parfois l'impression qu'il a le béguin pour moi. Je commande deux tasses de thé sans le regarder, afin de ne pas lui donner de faux espoirs. En repartant, il bouscule une table, ce qui arrache à la clientèle un petit cri de surprise. Monsieur Stein le suit un instant des yeux, l'air amusé.

- Pardonnez-moi de vous dévisager ainsi mais vous ressemblez beaucoup à votre père. me dit-il, se rendant soudain compte qu'il m'étudie avec attention.
- Vous connaissez mon père ? fais-je mine de m'étonner.

Bien évidement, je sais déjà tout de l'histoire de mes parents, et de ce pauvre Edgar Stein. Il y a quelques années de cela, j'ai découvert une malle dans le grenier qui contenait de vieilles lettres d'amour appartenant à ma mère.

- Nous convoitions la même femme à une époque... Irina, annonce le sorcier d'une voix troublée, inégale.

Je sens mon estomac se contracter douloureusement à l'entente de ce prénom. Le sourire de l'homme s'évanouit. Il est remplacée par une sorte de mélancolie triste qui me fait regretter amèrement de lui avoir menti. Monsieur Stein est la première personne que je rencontre qui semble comprendre et partager véritablement mon chagrin.

- Oui, je sais. C'est pourquoi je voulais vous rencontrer, monsieur. Je... je n'ai pas eu l'occasion de réellement connaître ma mère. Elle est morte lorsque j'avais sept ans.
- J'ai été très triste de l'appendre. Que puis-je faire pour vous ?

Je prends plusieurs minutes pour lui expliquer clairement ce que j'attends de lui. Quand j'ai fini de lui parler, Monsieur Stein semble réticent. Il regarde sa montre, jette un coup d’œil par la fenêtre, puis tourne le visage vers moi. Pour l'attendrir, je force les larmes à me monter aux yeux, ce qui n'est pas aussi difficile que je le pensais.

- Vous voulez... mes souvenirs ? souffle-t-il enfin d'un air à la fois interrogateur et confus.
- Oui, des moments que vous avez partagés. J'ai besoin de mieux la connaître, vous comprenez ? Besoin de la revoir.
- Pourquoi ne pas demander cela à votre père ? Il doit être plus amène de...
- Monsieur Stein, si vous le connaissez un tant soi peu, vous savez pourquoi je m'adresse directement à vous. je l'interromps immédiatement.

Il garde le silence pendant un long moment, puis dit :

- Basile n'a jamais été un homme de sentiments... Très bien, Mademoiselle Preslov. J'accepte de partager avec vous mes souvenirs. Pour Irina, ajoute-t-il d'une voix douce, presque apaisante.
- Vous étiez fiancés, je crois ? je demande timidement.

J'ai tout à coup peur d'être allée trop loin, mais le faible sourire de Mr. Stein me rassure.

- C'est exact, jusqu’à l'arrivée de votre père. Vous savez...

Son regard se fait soudain lointain. Je voudrais l'interpeller, mais ma voix reste coincée dans ma gorge. Je le regarde sans rien dire et il finit par lever les yeux vers moi :

- J'ai su, à la minute même où elle a posé les yeux sur lui... que je l'avais perdu.

Pendant un long moment, ses yeux me sondent. Il a le regard intense et perçant, comme s'il cherchait à lire dans mon âme.

- Vous lui ressemblez. Énormément.

Mon cœur se serre dans ma poitrine. Je n'ai pas besoin de lui demander à qui je ressemble, je le sais pertinemment.


******



- ... Et vous devrez accompagner les élèves de première année dans leurs salles communes à la fin du dîner de répartition.

Agacée par des chuchotements, je lève les yeux et jette un regard furieux en direction du Préfet de la maison Serdaigle.

- Ça t'ennuie ce que je raconte ? je siffle à son attention.

Il rougit instantanément.

- Euh, non. bafouille-t-il, avant de baisser le regard.
- Alors tais-toi et écoute ! je vocifère, vous devez aussi veiller à ce que le règlement soit respecté et que la bonne entente règne entre les élèves. N'oubliez surtout pas de vous occuper du tableau d'affichage, c'est votre travail, pas celui des Directeurs de maisons !

Je n'aime pas particulièrement jouer la Préfete-en-Chef, mais si cela me permet de penser à autre chose qu'à ma vie chaotique... Je distribue à chaque nouveau Préfet un petit livret sur le règlement intérieur, puis me tourne vers James Potter. Il est adossé contre la porte du compartiment, bras croisés. La situation n'a pas vraiment changée en deux semaines : le brun m'adresse à peine la parole, et se méfie de moi. Son regard fixe, profond, interrogateur ne me quitte pas depuis le dîner que mon père à organisé. J'ai tenté à plusieurs reprises d'ouvrir le dialogue. L'ennui, c'est qu'il ne me porte aucun intérêt.

À chaque fois que j'essaie de me rapprocher de lui, il prend la fuite, comme s'il avait affaire à une créature dangereuse.

- Tu vois autre chose à ajouter, James ?

Pour toute réponse, il hausse les épaules en regardant le groupe d’élèves. Je me force à sourire, mais le cœur n'y est vraiment pas. La discussion que j'ai eu plus tôt dans la journée avec Monsieur Stein occupe toutes mes pensées. Je n'ai qu'une seule hâte : me plonger dans ses souvenirs et revoir le visage de ma mère.

- Vous pouvez partir, leur dis-je mollement.

Dans ce petit compartiment, la tension est lourde, étouffante. Mes camarades ne se font pas prier et se bousculent pour sortir. Je me détourne pour récupérer mon sac à dos, sur la banquette. J'y passe une main pour m'assurer que les fioles contenant les souvenirs de Mr. Stein sont toujours là, lorsqu'une voix me fait légèrement sursauter :

- Tu as oublié de leur donner le mot de passe de la Salle de bain des Préfets.
- Il me semble pourtant t'avoir demandé si tu avais quelque chose à ajouter il y a deux minutes de cela, Potter.

Ma voix est sèche et cassante. Je m'en veux aussitôt d'avoir laissé transparaître mon agressivité. Que je le veuille ou non, James Sirius Potter fait partie de mon plan machiavélique. Je dois faire des efforts pour maîtriser ma colère lorsqu'il est dans les parages.

- Oh, ce n'est plus James, maintenant ? ironise-t-il.

Il a pour moi toujours le même regard méfiant, le même ton glacial, dépourvu d'amitié. Je ne veux pas m'engager sur une pente glissante en essayant de discuter, alors je réponds :

- Tu es libre de partir, toi aussi.
- Tu n'as pas à me donner d'ordres, Preslov. Je suis aussi Préfet-en-Chef, je te rappelle.

Il fait un pas dans ma direction pour me toiser de toute sa hauteur, son insigne étincelante épinglé à la poitrine. Je l'observe un bref moment, avec ses cheveux courts ébouriffés et sa barbe naissante (depuis quand Potter à de la barbe ?). C'est la première fois que je remarque que ses yeux marrons sont tachetés de vert. Je me compose un visage imperturbable, avec une trace de surprise pour le laisser croire qu'il domine la situation.

- Pourquoi tu interprètes mal tout ce je dis ?
- Parce que je te connais, fait-il sur le ton de l'évidence.

Mes yeux se perdent dans les siens l'espace d'un instant. Mon visage doit refléter le malheur et une intense fureur, car il fronce lentement les sourcils.

- Tu ne sais rien de moi, dis-je dans un murmure menaçant.
- Et je ne veux rien savoir.

Sans plus de cérémonie, il se détourne et quitte le compartiment en claquant la porte. Je laisse échapper un soupir de frustration. Et dire que ce garçon est mon futur fiancé... Je sors à mon tour, mais tandis que je remonte l'allée du wagon, une voix m'interpelle : « Tiens, regardez qui voilà ! » Je me retourne lentement et découvre devant moi un jeune homme aux cheveux bruns, et à la peau brune très foncée, presque noire.

- Salut Lucia, me dit-il avec un sourire charmeur.
- Luciana, je corrige machinalement.

Un long soupir franchit la barrière de mes lèvres. Tobias Llyod me court après depuis des années. Nous avons eu une brève relation il y a quelques mois de cela- si on peut appeler "relation" quelques baisers fougueux échangés dans un placard à balais- et depuis, il refuse de me laisser tranquille.

- Tu m'as manqué...

Il tend la main vers ma joue mais je le repousse sans ménagement :

- Je n'ai pas le temps pour ça, Tobias.
- Très bien, on se rattrapera plus tard.
- On ne va rien rattraper du tout ! je m’exclame, un brin indignée, je n'ai pas le temps pour ça cette année.

Pourquoi l'ai-je embrassée ? Llyod est une brute épaisse qui n'a jamais ouvert un livre de sa vie et ne s'intéresse qu'au sport.

- Attends une minute, tu veux rompre avec moi ? s'exclame-t-il en fronçant les sourcils.
- Rompre quoi ? je rétorque en retenant un ricanement, il n'y a jamais rien eu de sérieux entre nous.

Sur ces derniers mots, je tourne les talons mais Llyod m'empoigne par le bras et me fait faire volteface.

- C'est à cause de Dorian, c'est ça ? grogne-t-il, le regard assassin.
- Il ne se passe rien entre Dorian et moi, je soupire.

J'ai l'impression de répéter cette phrase à longueur de journée.

- Ne te fous pas de moi, Lucia !
- Luciana, je siffle entre mes dents.

Il me tord presque le bras pour m'obliger à lever les yeux vers lui. J'estime avoir fait preuve de suffisamment de patience. Discrètement, je passe une main derrière le dos pour attraper ma baguette dans la poche arrière de ma jupe.

- Je sais très bien ce qui se passe entre vous. Tout le monde sait, poursuit Tobias d'un air mauvais.
- Tout le monde sait quoi ?
- Tu sais bien. Que Dorian et toi...

Il ne termine pas sa phrase et se contente de hausser les sourcils de façon suggestive. Je parie qu'il meurt d'envie de me raconter les dernières rumeurs à mon sujet, mais je ne vais pas lui laisser l'occasion de me servir ces foutaises.

- Ça me va. Je préfère que les gens pensent que je fais ça avec Dorian, plutôt qu'avec toi. je réponds avec une totale indifférence.

La colère se lit clairement sur son visage, mais il la dissimule derrière un sourire malfaisant. Sa seule réaction consiste à me toiser des pieds à la tête avec un sourire concupiscent. Je ne m'habituerais jamais à cette façon qu'il a de me reluquer sans vergogne, comme s'il en avait la permission.

- James, est-ce qu'on doit mettre nos uniformes ?

Je relâche la pression sur ma baguette en voyant Potter et deux élèves de troisième années marcher dans notre direction. « J'ai l'air d'être votre mère ? » riposte le Préfet d'un air agacé. Le jeune homme s'arrête devant Llyod et moi en grimaçant. Son regard se pose un bref instant sur le Serpentard, qui me tient toujours par le bras.

- Il y a un problème ? interroge-t-il Tobias.
- Rien qui te concerne, répond ce dernier sur un ton glacial.
- Je suis un peu Préfet-en-Chef, tu sais.

Sa réponse désinvolte semble déstabiliser Llyod l'espace d'une seconde. Il me relâche doucement en souriant hypocritement. Tobias est peut-être idiot, mais pas assez pour se mesurer à deux Préfets-en-Chef; surtout maintenant qu'on est libre de donner des punitions.

- Content pour toi, riposte-t-il sur un ton méprisant. À plus tard, Lucia !

« Luciana » par Merlin ! C'est trop demander qu'on prononce mon prénom en entier ? Je fusille son dos du regard tandis qu'il s'engouffre dans un compartiment, au fond du wagon.

- Mettez vos uniformes, tous les deux. On ne va pas tarder à arriver, je lance aux deux élèves qui se tiennent à côté de Potter.
- C'est toi la Préfete-en-Chef ? me demande la jeune fille avec un serre tête dans les cheveux.

Celle-ci, blême, me regarde d'un air apeuré.

- Ça te pose un problème ? je rétorque d'une voix impatiente.

Elle secoue vigoureusement la tête, tout comme son camarade. Puis ils s'en vont presque en courant, me bousculant au passage. Potter s'apprête à faire la même chose, mais je me positionne devant lui pour lui barrer le passage. Je songe un moment à le remercier d'avoir pris ma défense auprès de Tobias- bien que je m'en sortais très bien toute seule- mais je pense qu'il aurait fait ça pour n'importe qui, surtout maintenant qu'il est Préfet-en-Chef.

À la place, je décide d'afficher mon plus joli sourire et lui dis sur un ton railleur :

- On s'en va en quête de sucreries, Potter ?

La légère rougeur sur ses joues me confirme que j'ai vu juste, et qu'il va effectivement chercher des friandises. Comme il ne semble trouver aucune répartie- une vraie première- je tends la main dans mon sac et lui remet un livret du règlement intérieur.

- J'ai oublié de te donner un exemplaire, tout à l'heure. dis-je en réponse à son regard interrogateur.
- Tu crois vraiment que je vais lire ça ?

Je dois me retenir de rire en le voyant feuilleter le livret d'un air désabusé.

- C'est passionnant, tu verras. Surtout le paragraphe qui concerne les relations que peuvent entretenir les Préfets.

Le jeune homme lève brusquement les yeux vers moi. Je me réjouis d'avoir réussi à capter son attention et ne peux m'empêcher de lui sourire.

- Les... relations ?
- McGonagall est intransigeante, à ce sujet.

Je me rapproche imperceptiblement et lui montre du doigt le paragraphe en question. Je jette ensuite un discret coup d’œil autour de moi pour vérifier que nous sommes bien seuls. Malgré nos différents, je ne perds pas de vue mon plan initial : séduire James Potter pour que mon père annule son arrangement -autrement dit mes futures fiançailles- avec Dragomir Vladescu.

- Pas de démonstrations d'affections en public ? lut-il, l'air encore plus sceptique.
- C'est pas ce qui risque de nous arriver, hein ? dis-je à mi-voix.

Comme Potter reste très méfiant à mon égard, je vais instaurer un petit jeu de séduction, faire quelques allusions... juste de quoi le troubler un peu. Face à moi, le gryffondor hausse un sourcil inquisiteur lorsque je comble progressivement la distance qui nous sépare. À présent, nos corps sont seulement à quelques centimètres l'un de l'autre. Il est si proche que je peux à nouveau sentir l'odeur de son parfum et la chaleur de sa peau.

- Que ce soit en public... ou en privée, je susurre.
- Non, murmure-t-il d'une voix faible, presque inaudible.

Pour lui faire comprendre que je doute de sa réponse, je penche la tête vers le côté sans le quitter des yeux une seule seconde.

- Non ? je répète avec un petit sourire aux lèvres.

Potter semble soudain rassembler ses esprits. Il secoue la tête et s'écarte vivement de moi, comme s'il avait reçu une décharge électrique.

- Non, c'est sûr ! affirme le brun d'un ton plus ferme en me gratifiant d'un regard dédaigneux.

Puis, sans un regard en arrière, il me contourne pour accéder à la porte du wagon. Je le regarde partir en fronçant les sourcils. Mettre le grappin sur James Sirius Potter s'avère plus difficile que je ne pensais. Il ne réagit pas du tout comme les autres garçons...

Je rejoins Dorian dans notre compartiment, sans pouvoir cacher mon désappointement.

- Qu'est-ce qui se passe ? me demande aussitôt mon meilleur ami.

Je n'ai guère envie de m'étaler sur James Potter, alors je lui fais part de ma principale préoccupation :

- Il me faut une pensine.

Je lui raconte sans trop de détails mon entretien avec Monsieur Stein, et lui montre l'une des fioles qu'il ma remise.

- Où vas-tu trouver une pensine ? s'inquiète-t-il.
- Il y en a une dans le bureau de McGonagall.
- Tu es en train de me dire que tu vas entrer par effraction dans le bureau de la Directrice ?

Je hoche la tête.

- Le jour de la rentrée, en plus. se désole le blond. Je suppose que je fais aussi partie du plan ?
- Tu es brillant Dorian, je réponds en souriant.
- Et que je vais devoir faire le guet, complète-t-il la mine défaite.

Cette nuit, je vais enfin revoir mère. Malheureusement, le sentiment de rage qui me brûle les entrailles est toujours là, tel un venin qui s'infiltre sournoisement dans mes veines.
Jouvencelle en détresse by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Voici le chapitre sept, j’espère qu'il vous plaira !

Un grand MERCI à Azyax, Floriie, Kiara Coper, RomanEmma, LouWeasley, lavache, Malia32 et bouzibouzi pour leur reviews au dernier chapitre !

A bientôt :)
Chapitre 7 : Jouvencelle en détresse.



- Comment ça se fait que tu connais le mot de passe du bureau de McGonagall ?

Dorian vérifie plusieurs fois que le couloir est vide avant de finalement entrer à son tour.

- J'ai mes sources.

Cinq gallions. C'est le prix que j'ai dû payer pour que cet imbécile de Tony Drickson- un serpentard très fouineur- mène l’enquête et découvre le mot de passe de la Directrice. Je me dirige vers la pensine d'un pas déterminé, dépose mon sac à dos sol, puis me tourne vers Dorian :

- Tu restes dans le couloir pour faire le guet. Je fais au plus vite, j'ajoute en remarquant son air anxieux.

Il hoche la tête et quitte la pièce, jetant un dernier regard inquiet derrière lui.

Sans perdre une minute, j'ouvre mon sac et saisis une fiole au hasard. Mon cœur se met à battre violemment dans ma poitrine à l'idée de ce que je m'apprête à faire. D'ici quelques secondes, je vais revoir ma mère. La main tremblante, je verse le contenu de la fiole dans la bassine en pierre, et ressens un frisson d'excitation lorsque le filament argenté se met à tourbillonner très vite. Intriguée, je me penche en avant et remarque qu'il est devenu transparent. Puis, une image brumeuse se forme sous mes yeux, un peu comme dans un rêve. Je prends une profonde inspiration et plonge le visage dans les pensées de Monsieur Stein.

Aussitôt, je sens le sol se dérober sous mes pieds, tandis qu'une force invisible me pousse dans la pensine. Je suis emportée dans un tourbillon d'images, de sons, transportée dans un gouffre brumeux, puis...

J’atterris au beau milieu d'une soirée mondaine, qui semble avoir lieu au Ministère. C'est bien ma veine, moi qui déteste les mondanités... La salle de bal est immense, le plafond voûté de bois doré. Un bref regard autour de moi me confirme que personne ne peut me voir, ou m'entendre. J'observe un instant les convives, admire les somptueuses robes des dames, quand une voix joviale attire mon attention juste derrière moi :

- Oh, avoues-le, Cadwell ! Tu as triché à cet examen, lance un jeune homme aux cheveux gominés.

« Edgar Stein ! » je m'écrie bêtement. Mais ce garçon ne ressemble en rien à l'homme insignifiant et ventripotent que j'ai rencontré ce matin. Le jeune homme que j'ai en face de moi est tout ce qu'il y a de plus de charmant. Ses cheveux sont d'un joli châtain doré, et ses yeux d'ambre sont emplis de gaieté. Sa mâchoire est plutôt carré, mais son sourire taquin lui donne un air tendre, presque juvénile.

- Triché, moi ? Tu me blesses profondément, répond son interlocuteur d'un air faussement attristé.

L'ami de Mr. Stein a la joue strié d'une grande cicatrice. Il avale d'une traite une coupe de champagne, avant de poursuivre :

- De toute façon, je ne vois pas à quoi nos cours d'histoire vont nous servir sur le terrain.
- À ne pas répéter les mêmes erreurs ? tente Stein, toujours avec cette lueur d'amusement dans le regard.
- Ça devrait être supprimé de la formation d'Auror. Tu ne crois pas qu'on a assez morflé comme ça, à Poudlard ?
- J'ai gardé de bons souvenirs.
- Évidemment, tu étais assis à côté de la belle Irina.

Cette remarque arrache un large sourire à l’intéressé.

- On devrait s'entraîner un peu, avant l'examen. reprend Stein plus sérieusement, j'ai entendu dire que Monsieur Wilkins...

Je m'éloigne de Stein pour essayer de trouver ma mère parmi la foule d'invités. Mes yeux vont dans tous les sens, scrutant chaque visage, désespérément à sa recherche. Au moment où je commence à perdre espoir, j'aperçois une silhouette familière. Ses cheveux bruns scintillent de reflets auburn sous la lumière blanche du plafonnier. Un nouveau frisson d'excitation me gagne. Enfin, la voilà.

- Maman.

Elle est exactement comme dans mon souvenir : magnifique. Ma mère porte une longue robe rouge carmin. Une fine couche de maquillage habille ses yeux marrons d'un léger cuivre sombre. Ses longs cheveux bruns, savamment coiffés, sont relevés en un chignon élégant révélant la délicatesse de son cou. Je suis subjuguée par la beauté tranquille de son visage, jamais je ne l'ai vu aussi jeune et... vivante ! Elle ne doit pas avoir plus de vingt ans. Je me rapproche lentement, incapable de détourner le regard.

- Que dois-je faire, Irina ? Je ne veux pas épouser cet homme, se lamente une brune avec de petits yeux.

Je rejoins les deux jeunes filles et sens mon cœur bondir à nouveau. Je connais cette femme ! Je l'ai croisé plusieurs fois avec ma mère sur le chemin de Traverse. Je crois que son nom est Mrs Hamilton.

- Qu'en dit ta Tante ?
- « Le mariage n'a jamais été une histoire d'amour chez les familles de sang-pur. » la singe-t-elle d'une voix haut perchée. Tu y crois, toi ? Qu'on en soit encore là, même après qu'Harry Potter ait vaincu...

La jeune femme s'interrompt brusquement pour adresser un sourire hypocrite à quelques invités qui tendent l'oreille dans leur direction. Mrs Hamilton entraîne ma mère un peu à l'écart, avant de reprendre d'une voix plaintive :

- Que dois-je faire ? Tu as tellement de chance d’être tombé sur Edgar Stein... Il est vraiment adorable.
- Oui, acquiesce ma mère. C'est le garçon parfait.

Il y a quelque chose dans le ton de sa voix que je n'arrive pas à déceler. Serait-ce de l'ennui ? Une pointe d'agacement, peut-être ? Gentil, prévenant, Auror en devenir... Monsieur Stein semble effectivement être le garçon idéal. Pourquoi a-t-elle rompu ses fiançailles pour un homme d'affaires véreux ?

- Nous allons trouver une solution à ce mariage, Laureen. Ensemble, lui promet ma mère en posant une main rassurante sur son bras.

Maman semble vouloir ajouter quelque chose, mais son regard se fige soudain sur un point quelque part derrière l'épaule de Laureen, comme si une force invisible l'y poussait. Elle déglutit péniblement, mais aucun son ne franchit ses lèvres.

Je me retourne pour voir ce qui retient son attention, et manque de m'évanouir de surprise. Mon père est là, lui aussi ! Il est si grand, et dégage une telle aura de puissance qu'il est difficile de ne pas le remarquer. J'ai toujours trouvé mon père bel homme, mais ce soir... Il est plus séduisant que jamais avec son costume noir, sa chemise d'un blanc immaculé et sa cravate en soie vert foncé.

Mon estomac se noue en voyant l'effet qu'il produit sur ma mère. Je le déteste.

- Qui est-ce ? marmonne la jeune et naïve Irina, incapable de détourner les yeux du spectacle que lui offre mon père.
- Aucune idée, répond la prénommée Laureen en se hissant sur la pointe des pieds afin d'avoir une meilleur vue.
- C'est Basile Preslov ! annonce une grande blonde au nez légèrement pointu.

Elle se faufile entre les deux amies, le sourire fendu jusqu'aux oreilles.

- Il était aussi à Poudlard, vous ne vous souvenez pas de lui ? enchaîne-t-elle d'un air surexcité.

Les yeux de Laureen s'écarquillent alors que ma mère hausse les épaules. Soudain, quelque chose me saute aux yeux. Derrière son sourire de façade et son apparente décontraction, elle tente de cacher sa timidité, son manque d'assurance. Je constate qu'elle se passe une main dans les cheveux et réajuste sa robe toutes les minutes.

- Non, pas vraiment. bredouille faiblement cette dernière, lorsqu'elle réussit à détacher les yeux de Basile.

La blonde arbore une moue dubitative, avant d'ajouter :

- Preslov a terminé ses études à la fin de notre troisième année. Il est à tomber, hein ? soupire-t-elle, tout en se mordillant la lèvre inférieure.

Laureen lâche un petit rire appréciateur tandis que ma mère semble être à court de mots. Une légère rougeur colore ses joues pâles.

- Et d'origine roumaine, tout comme toi Iri...Oh Merlin, il regarde dans notre direction ! Prenez un air sexy et naturel, ordonne la blonde en se tenant droite comme un piquet.
- Si c'est comme ça que t'y prends pour séduire, je comprends que tu sois toujours célibataire. raille l'amie de ma mère.

« Troublant » est le premier mot qui me vient à l'esprit quand je croise le regard gris cendré de mon père. Ses yeux sont perçants, fixe et intense. Ses traits nobles et fiers ne laisse filtrer aucune émotion, aucun sentiment... Mon Dieu, j'ai l'impression de me voir dans un miroir !

- Je vais rejoindre Edgar. annonce ma mère, lorsqu'elle réussit enfin à détourner la tête de son futur bourreau.
- Ah, ce bon vieux Edgar ! C'est pour quand le mariage ?
- Amelia !

Laureen lance un regard réprobateur à la bonde sans gêne, mais ma mère ne lui prête déjà plus aucune attention. Je la suis de près, le cœur battant à la chamade. Le visage de Monsieur Stein se fend d'un grand sourire dès lors qu'il aperçoit Irina, et l’accueille d'un baiser sur la joue.

- Quelque chose ne va pas ? s'enquiert-il en fronçant les sourcils.
- Je déteste ces soirées, Ed.

« Ça nous fait un point en commun » je songe amèrement.

- Je sais oui, mais notre promotion est obligée d'y assister. explique Stein, l'air tout aussi ennuyé. Merci de m'avoir accompagné, lui glisse-t-il à l'oreille. Tu as froid ?
- Non, ça va.

Encore ce ton de voix... ennuyé. Je commence à croire que ce trop-plein d'attention agace ma mère.

- Je vais te chercher quelque chose à boire.
- Non ! s'exclame Maman en lui saisissant le bras, c'est moi qui vais te chercher à boire, pour une fois.

Sans même lui laisser le temps de répondre, elle slalome entre les groupes d'invités pour atteindre le buffet des rafraichissements. Dans sa course, elle heurte quelqu'un de plein fouet. Quelqu'un qui la saisit d'une poigne solide pour la retenir de tomber. Mon père.

- Pardonnez-moi ! Je ne vous avez pas...vu. s'excuse-t-elle en croisant son regard perçant.
- Oh que si, Miss Rakoszy. Vous m'avez vu, répond-t-il en la relâchant doucement.

Qu'il connaisse son nom de famille paraît la surprendre. La jeune Irina rougit mais ne se démonte pas :

- Comment connaissez-vous mon nom ? l’interroge-t-elle en levant le menton.
- Nous étions tous les deux à Poudlard, me semble-t-il.
- Je ne me souviens pas de vous.

De ses doigts fébriles, elle ajuste une nouvelle fois sa robe. Puis elle passe une main nerveuse dans ses cheveux, ce que ne manque pas de relever mon père. Il a toujours eu la capacité de remarquer la faiblesse des gens, et de s'en servir à son avantage. « Tu fais exactement la même chose » me souffle une voix intérieure que je tente d'ignorer.

- J'ai beaucoup de mal à le croire, riposte ce dernier en la gratifiant d'un sourire arrogant parfaitement exaspérant.
- C'est pourtant la vérité ! s'exclame ma mère, rougissant de colère, ou de honte.

Son sourire narquois ne fait que s'élargir, tant il est évident qu'elle ment. Malgré ses cheveux coupés courts et sa peau rasée de près, je dois reconnaître que mon père semble être plus âgé et plus mature que Monsieur Stein. Quand ses yeux gris se mettent à étudier en détail son interlocutrice, promenant ouvertement son regard de bas en haut sur son corps, je ne me sens vraiment pas à ma place et détourne immédiatement la tête.

- Vous avez bien grandi depuis Poudlard. Irina, c'est ça ?
- Vous êtes bien renseigné. siffle ma mère, dont le visage a pris une teinte rouge brique. Puis-je passer, maintenant ? demande-t-elle d'une voix irritée.

Le coin de sa bouche remonte lentement et sur ses lèvres se forme un petit sourire amusé, tandis qu'il s'efface galamment pour la laisser passer. Je dévisage mon père avec scepticisme, il a l'air réellement intrigué par la jeune femme qui se tient devant lui. J'ai toujours pensé que son choix s'était porté sur ma mère uniquement par intérêt.

- Naturellement, votre petit-ami doit s'impatienter.
- Mon fiancé, le corrige-t-elle sèchement.
- Si jeune et déjà fiancée ?
- Si jeune et déjà présomptueux ? contre attaque la jolie brune.

Les yeux de mon père brillent d'un éclat que je ne lui connaissais pas encore, lorsqu'il répond en souriant :

- Vous m'amusez beaucoup, Irina. Nous nous reverrons très vite.
- Ça m'étonnerait, Monsieur...?
- Allons, ne faites pas l'enfant. dit-il abruptement.

Le sourire narquois qui traînait sur ses lèvres disparaît, et ses traits se durcissent. Voilà l'homme que je connais. L'homme qui m'a élevée. Sans prévenir, il comble la distance qui les sépare et plonge son regard argenté dans celui de la jeune femme.

- Vous connaissez mon nom. Et vous savez aussi bien que moi que nous allons nous revoir, affirme-t-il d'une voix grave et pleine d'assurance.

Son impertinence ne peut être, à mon sens, qu'un moyen utilisé pour la déstabiliser. Et cela fonctionne ! Ma mère ouvre lentement la bouche, comme un poisson hors de l'eau. Elle paraît sincèrement scandalisée.

- Vous n'êtes qu'un...

Le jeune homme arque un sourcil, attendant patiemment la suite, mais Irina garde le silence l'air à la fois offensé et troublé. Mon père change alors radicalement de comportement. Il abandonne sa posture hautaine et dominatrice, puis fourre les mains dans ses poches.

- Une fois, je t'ai aidé à faire ton devoir de Métamorphose.

Sa voix est douce et modérée. Il est même passé au tutoiement pour briser une barrière invisible, ce qui détend immédiatement ma mère; je la vois lever les yeux au ciel, oubliant un instant ses bonnes manières.

- Ouais, et j'ai eu un D ! Tu parles d'une aide...
- Je le savais, tu te souviens très bien de moi ! dit le jeune Basile, esquissant un demi-sourire victorieux. À bientôt, Irina.

D'un geste élégant, il s'incline pour déposer un baiser sur sa main. Ses joues se colorent instantanément. Elle est sous son charme, c'est évident. Peut-être était-elle déjà amoureuse de lui lorsqu'ils étaient tous deux à Poudlard ? Je me détourne de mes parents, ravalant la boule qui s'est formée dans ma gorge.

Il l'a tué de sang froid. Sous mes yeux. Il ne peux pas l'avoir aimé... c'est impossible.

Autour de moi, un tourbillon brumeux m'enveloppe peu à peu. La dernière chose que je vois, c'est le visage de Monsieur Stein et son expression peinée. Maman n'en savait rien mais il avait assisté à toute la scène.


******


- Tu sais que si tu continues à le regarder comme ça, il va fondre ?

Je lâche un soupir, avant de détourner le regard de James Sirius Potter. Bon sang, qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez ce Gryffondor ? Quelles que soient mes tentatives pour le séduire, il semble totalement indifférent alors que Tobias Llyod passe son temps à me courir après.

- Je ne comprends pas, Dorian !

Je repousse mon assiette et passe une main lasse dans mes cheveux.

- Pourquoi je ne lui fais aucun effet ? Je suis pourtant attirante... non ?
- Luciana, je t'en prie ! Tu es tellement jolie qu'il m'arrive parfois de me demander si je suis réellement gay, rétorque le blond en levant les yeux au ciel.
- Alors, c'est quoi le problème ? j'insiste, incapable de dissimuler la petite note de frustration de ma voix.

De nouveau, je plante mon regard anthracite dans ceux du brun, à l'autre bout de la salle, et le fixe avec insistance jusqu'à ce qu'il daigne lever la tête vers moi. Il n'a même pas l'air étonné. Le jeune homme se contente de me dévisager d'un air soupçonneux, comme s'il se doutait de quelque chose, de ce j'ai dans la tête.

- Eh bien, tu es peut-être un peu trop jolie ?

Je me tourne vers mon meilleur ami en m’efforçant de garder mon calme. Comment peut-on être « trop » jolie ? Cela devrait tourner les choses à mon avantage, non ?!

- Ça doit l'intimider un peu...

Je lève un sourcil, dubitative. Potter n'avait pas l'air intimidé du tout, ce matin, quand il m'a dit d'aller me faire cuire une bouse de... quelque chose d'autre qu'un dragon ! C'était très grossier. Je fais part de mon point de vue à Dorian, ce qui me vaut un rire moqueur.

- Tu es parfois si snobe, dit-il en riant. Écoute, son type de fille c'est le genre jouvencelle en détresse, reprend-t-il sérieusement. Discrète et timide, qui rougit dès qu'elle croise son regard... Et tu es tout l'inverse.

Je braque mon regard sur James Potter tout en réfléchissant aux paroles de Dorian. Je suis tout sauf une jouvencelle en détresse. Et je ne rougis jamais, même par moins vingt degrés !

- Tu dois le laisser croire qu'il contrôle la situation. Les garçons n'aiment pas se faire mener par le bout du nez, contrairement à ce que certaines filles peuvent croire, ajoute-t-il après un bref instant de silence.

Mes yeux sont aussitôt attirés par une brune insignifiante : la meilleure amie de Potter. Comme toujours, elle est assise à sa droite et porte un uniforme deux fois trop grand pour elle.

- Si je te suis bien, je dois ressembler à ça pour qu'il me remarque ? fais-je dédaigneusement, pointant du doigt cette idiote de Jones.
- C'est sa meilleure amie, non ? C'est bien la preuve que c'est le genre de fille qui lui plaît, rétorque Dorian d'un haussement d'épaules. Ton père t'a donné combien de temps pour le séduire ?
- Jusqu'au prochain gala de bienfaisance.
- Mais c'est dans...
- Deux semaines, je sais. Mon père va profiter de l'occasion pour annoncer sa candidature aux élections. Et il veut que je vienne accompagner. J'ai le choix entre James Potter ou Dragomir Vladescu. Je déteste ma vie, Dorian.
- Bienvenue au club, soupire le blond.

La seule chose qui me permet de tenir, c'est les souvenirs de Monsieur Stein. J'ai hâte de découvrir ce que contiennent les autres fioles, même si la première m'a quelque peu chamboulée. Je ne m'attendais pas à voir mon père, et je dois avouer que son image ne me sort plus de l'esprit. Son comportement était tellement différent ! En le voyant avec ma mère, j'ai... je ne sais pas. J'ai eu l'impression qu'il s’intéressait réellement à elle.

« Et alors ? Cela ne fait pas de lui un bon père, et encore moins un bon mari ! » me dis-je intérieurement. Rien ne change. Je dois mettre mon père hors circuit et j'ai toujours besoin de James Potter pour pouvoir exécuter mon plan de vengeance.

- Tu sais, j'ai déjà vu Potter torse nu dans les vestiaires. Laisse-moi te dire qu'il y a pire comme cavalier, me fait remarquer Dorian avec un petit haussement de sourcils coquin.

Je lui rends son sourire, mais honnêtement... de quoi peut avoir l'air James Potter sans ses vêtements est vraiment la dernière de mes préoccupations.
Rappel à l'ordre by jalea
Author's Notes:
Bonjour !

Voilà le chapitre 8, je suis désolée pour cette longue attente, j'étais très occupée ces derniers temps, mais la suite des mes autres fics devraient bientôt arriver :)

Merci à : la vache, Azyax, Kiara Coper, Asumi, RomanEmma, Floriie, bouzibouzi, LouWeasley, LlianaPotter et JulieBlaiz pour leurs adorables reviews au dernier chapitre =D

A bientôt !
Chapitre 8 : Rappel à l'ordre.




- Je crains de ne pas pouvoir me libérer, Monsieur Preslov.
- Je ne tolérerais aucun refus, Monsieur Londubat ! Vous êtes le professeur préféré de ma fille, vous savez...

Mes doigts se crispent sur ma plume. Je prends une grande inspiration pour garder mon calme, tandis que mon père insiste sur le fait que Neville Londubat est mon professeur préféré. Et ce, devant toute la classe. Je suis morte de honte- non, de rage ! J'ai toujours eu une sainte horreur de la Botanique et le Professeur Londubat en a parfaitement conscience. Mes mimiques agacées et grimaces de dégoût lors de travaux pratiques sont plus qu'éloquents... De quel droit mon père se permet-il de débarquer comme ça, au beau milieu d'un cours ? Sans même avoir pris la peine de m'avertir de sa visite ?

À présent, tous les regards sont braqués sur moi. Et la lueur d'étonnement mêlé d'admiration que je perçois dans les yeux d'Elsa Colins est loin de me plaire.

- C'est lui ton père ? me chuchote-t-elle à l'oreille, d'une voix beaucoup trop intéressée à mon goût.

Devant mon air assassin, son sourire se dissipe instantanément et elle détourne la tête, faisant virevolter ses jolies boucles blondes. Quand est-ce que cette Gryffondor va enfin comprendre que nous n'avons rien en commun, et que je ne veux pas de sa fausse amitié pleine d'hypocrisie ?

- J'en suis enchanté !

La voix de mon père me ramène brusquement sur terre. Je le vois serrer la main du Professeur Londubat, un grand sourire aux lèvres, avant de se tourner vers moi :

- Puis-je vous emprunter Luciana quelques minutes ?
- Bien sûr.

Je me lève à contrecœur, et me dirige vers la porte en ignorant les chuchotements sur mon passage. Qu'est-ce qu'il me veut, encore ? Cela ne lui suffit donc pas d'avoir convié Monsieur Londubat à son dîner politique ? Parce que c'est bien de cela qu'il s'agit : organiser un stupide dîner dans le but d'obtenir des subventions et le soutien d'électeurs potentiels.

Une fois dans le couloir, je réprime un soupir et me tourne vers mon père pour lui faire face, le dos droit, les mains jointes devant moi dans une attitude de jeune fille sage. Son regard bleu acier- le même que le mien- me sonde de part en part. Voit-il ma colère, ma rage ? Devine-t-il mon agacement, d'être utilisée comme bon lui semble ? Cette fois, s'il me demande de charmer ses convives, je dirais non. Je refuse d'assister à cette mascarade !

- Marchons un peu, décide-t-il en me saisissant le bras. Tu sais qu'un autre gala de charité à lieu dans deux semaines, au Ministère ?

Cette question n'attend aucune réponse, alors je hoche la tête, marchant en silence à ses côtés.

- Et que j'envisage d'annoncer ma candidature au public ?
- Oui, père.
- Pourquoi n'as-tu pas répondu à mes lettres ?

Il s'arrête brusquement et arque un sourcil dans ma direction. Ses lettres ? Ses demandes, plutôt ! Je ne les ai même pas ouvertes, et n'ai pas l'intention de le faire.

- Je... je n'ai pas encore eu le temps de m'occuper de ma correspondance.
- Ta correspondance ? Et puis-je savoir avec qui tu corresponds, en dehors de ton père ?

Le ton dur de sa voix me frappe comme une gifle et me fait reculer. Se doute-t-il qu'il m'arrive d'écrire à Monsieur Stein, le premier grand amour de ma mère ? Non, c'est impossible. Si quelqu'un m'avait vu en sa compagnie au Chaudron Baveur, mon père me l'aurait fait immédiatement savoir.

- Personne. j'affirme, en prenant un air surpris.

Ses sourcils noirs se froncent, donnant à son visage un air soucieux. Il lui arrive très souvent de me regarder de cette manière, comme si... comme s'il se préoccupait de moi. Mais je dois me faire des idées. C'est sûr. Ses agissements prouvent le contraire.

- Monsieur Vladescu s'impatiente Luciana... Il me parle constamment de toi, et souhaite que je te présente ses excuses. Pourquoi tient-il à s'excuser auprès de toi ?

J'ai beaucoup de mal à cacher mon malaise, sachant ce qu'il s'est passé avec Mr. Vladescu pendant les vacances. Je lui ai jeté un sort pour calmer ses ardeurs et lui ai fait croire par la suite que nous étions tous les deux passés à l'acte, dans l'espoir qu'il me fiche la paix.

- Je l'ignore.

Fort heureusement, je réussis à garder une voix égale et à prendre un air étonné.

- Ah, ça, j'ai bien vu que tu l'ignorais ! Et cela ne fait qu'attiser son intérêt, Luciana. Est-ce que tu souhaites ?
- Je souhaite servir nos intérêts communs, père. Ceux de notre famille.

Ou du moins, ce qu'il en reste. J'ai l'impression d'être un vieux disque rayé, répétant inlassablement les mots qu'il veut entendre. J'ai ruminé assez longtemps mon plan de vengeance, il est grand temps de le mettre à exécution, et d'en finir avec cette comédie.

- Où en es-tu avec le fils Potter ? Sera-t-il ton cavalier ou dois-je encourager Dragomir Vladescu à t'inviter au gala ? Ma fille unique ne peut se permettre d'arriver seule à cette soirée, Luciana.
- James Potter sera mon cavalier.

Ma voix est ferme et assurée, bien que je n'ai pas encore demandé à James de m'accompagner à cette soirée. Deux semaines. J'ai deux semaines pour me rapprocher d'un garçon qui me déteste cordialement.

- Bien. souffle mon père, l'air soulagé.

J'incline légèrement la tête en guise d'au revoir et m'apprête à rebrousser chemin, lorsqu'il m'arrête :

- J'étais aussi Préfet-en-Chef, tu sais ? me dit-il en posant les yeux sur mon insigne.
- Oui, je sais.

Encore une fois, son front lisse se creuse d'un pli soucieux. Son regard s'attarde un long moment sur mon visage; plus particulièrement sur mes cernes.

- Est-ce cela qui t'épuises autant ?
- J'ai mal dormi cette nuit, je réponds d'un haussement d'épaules.
- Tu ferais mieux d'aller te reposer, je vais prévenir ton Professeur que tu n'es pas en état...
- Non ! je m'écrie aussitôt, je ne veux pas manquer ce cours. Je vais très bien, dis-je en forçant un sourire.
- Tu retournes à ton dortoir. Immédiatement.

Je serre les poings et me mets à la regarder à mon tour. Comme toujours, son allure est impeccable et son visage ne présente aucune trace de fatigue. Il est vraiment obligé de faire ça ? M'interdire de me rendre en cours uniquement pour me rappeler qu'il est le Chef, et que je dois exécuter ses ordres sans broncher ? Je secoue la tête sans dire un mot, et je tourne les talons. Il est inutile de discuter avec cet homme !

- Nous nous verrons au gala, j'ai déposé une robe pour toi.

Cette phrase m'arrache un faible soupir. Des robes, toujours des robes ! Vous savez de quoi je rêve, moi ? D'un jean. Un jean confortable que j'accorderai volontiers avec un sweet large. Je n'ai rien contre les robes, j'aime aussi les beaux vêtements mais... c'est parfois épuisant de faire constamment attention à son apparence. Je suis tout le temps sur mon trente et un, même au manoir familial !

- Tu n'étais pas... je veux dire, vous n’étiez pas obligé de m'acheter une nouvelle robe, j'en ai des centaines.

Mon vouvoiement peut témoigner d'un certain respect, mais c'est surtout une tradition qui perdure chez les familles de sang-pur. J'ai toujours trouvé ça ridicule.

- Elle vient de France, poursuit-il en m'ignorant. Je suis sûr qu'elle t'ira à merveille. Ta mère adorait cette boutique...

À ce moment précis, mon cœur manque d'exploser dans ma poitrine. Mon père ne fait jamais allusion à ma mère. Du moins, pas en ma présence. Dois-je saisir cette opportunité ? Mon père ignore que je me trouvais dans la même pièce, ce soir là. Il ignore ce que j'ai vu, et ne m'a jamais parlé de la mort de ma mère. Je sais qu'il est seul responsable, mais éprouve-t-il le moindre remord ? Et pour quelles raisons a-t-il fait une chose aussi... abominable ? J'ouvre la bouche, quand son regard se fait soudain glacial.

- Maintenant, va. fait-il sèchement en se détournant de moi.

Je le regarde s'éloigner avec un étrange sentiment de soulagement. Non, je ne veux rien savoir. Mon père n'a aucune excuse. Il mérite le sort que je lui réserve.


******



- On ferait mieux de se séparer, ça ira plus vite.

Je m'arrête de marcher et jette un regard courroucé à James Potter. Depuis le début de notre ronde, il cherche un tas de prétextes pour s'en aller. Mon sourire engageant et mon allure innocente n'y font rien. Le brun fait tout pour m'éviter, et dès que je lui adresse la parole, il m'envoie paître ! C'est parfaitement exaspérant.

Les hommes sont tous sensibles à la beauté, alors pourquoi Potter se comporte comme s'il avait devant lui le Calmar géant ?

- On ne peut pas se séparer. je réponds d'une voix pleine de frustration. Si tu avais lu le manuel que je t'ai donné, tu le saurai, j'ajoute négligemment.

Le jeune homme se retourne pour me décocher son habituel regard noir. Celui qui veut dire : « Pour qui tu te prends, Preslov ? » avec en prime, une attitude fière typiquement Gryffondor. Le genre d'attitude qu'il affiche uniquement lorsque des Serpentard sont dans les parages. En temps normal, je l'aurais gratifié d'une repartie sarcastique. Mais avec le gala qui approche, je n'ai guère le temps de m'adonner à ces enfantillages. Ce qui me rappelle que je dois le séduire pour qu'il accepte d'être mon cavalier à cette soirée... Plus facile à dire qu'à faire ! Avec Potter, nous ne sommes pas encore au stade du flirt, il est bien trop soupçonneux à mon égard.

- Tu peux marcher plus lentement, s'il te plaît ? J'ai du mal à te suivre.
- T'es toujours aussi lente, Preslov ? soupire-t-il en s’arrêtant à ma hauteur.

Ce n'est pas la conversation du siècle, mais c'est un début. Et c'est la première fois qu'il me parle sans une once de mépris dans la voix.

- Non, mais je ne suis pas particulièrement pressé de retourner à mon dortoir pour faire mon devoir d'Arithmancie.
- Je suis content d'avoir choisi la Divination.

Une matière totalement inutile selon moi, mais je me garde bien de le faire remarquer à Potter.

- Oui, il paraît que le Professeur Trelawney ne donne pas beaucoup de devoirs cette année, et qu'elle est souvent en retard.
- Ou absente. Et la moitié du temps, elle délire, ricane Potter. J'ai vraiment bien fait de choisir cette matière en option. Je me demande pourquoi Lily aime tant l'Arithmancie...
- Oh, c'est vrai ! Ta petite sœur est en troisième année, maintenant.
- C'est juste.

Dès que je mentionne Lily, son visage se ferme et il fait semblant d'inspecter un vieux placard à balais pour se détourner de moi. Notre conversation ne va pas plus loin; il n'en a pas envie. Quand Potter referme la porte et qu'il se tourne vers moi, il semble surpris de me voir si près de lui, et il hausse un sourcil, l'air perplexe.

- Nos rondes devraient tout le temps se passer comme ça, tu ne crois pas ? De manière amicale, je précise face à son regard interrogateur.

Potter me dévisage longuement, comme si j'étais une énigme à résoudre.

- L'ennui, commence-t-il en fourrant les mains dans ses poches, c'est que j'ai la curieuse impression que tu me tends un piège, Preslov. Comme la fois où tu as voulu m'aider en cours de Potions... et que mon chaudron m'a explosé à la figure, poursuit-il en retrouvant toute sa hargne.

Je sens la colère me gagner à mon tour. Bien sûr, c'est moi la méchante de l'histoire ! Je me souviens très bien de cet incident, et j'avais une bonne raison de le faire. Ce jour là, Potter s'était moqué de Dorian parce qu'il n'avait pas réussi à changer un objet en oiseau pendant le cours de Métamorphose.

- J'avais douze ans, Potter ! Et tu as fait bien pire que moi, je lui rappelle sèchement.
- Peut-être, mais... toi et moi, on n'a plus douze ans. Et je ne suis pas aussi stupide que tu le crois.
- Je ne pense pas que tu sois stupide.

Cette phrase rend le gryffondor encore plus méfiant. Je lui adresse un sourire de mon air le plus innocent, mais il n'est pas dupe. Mon sourire s'efface au fur et à mesure qu'il s'approche de moi. Ses yeux marrons sont étonnamment expressifs. Je devine chacune de ses émotions sans la moindre difficulté. Son regard se fait glacial, sa mâchoire se crispe. J'ignore comment, mais j'ai réussi à le mettre en colère.

- Alors pourquoi tu t'entêtes à vouloir jouer à ce petit jeu avec moi ?
- De quel jeu tu...
- Tu sais très bien de quoi je parle, me coupe-t-il abruptement.

Merlin, que ce garçon est épuisant ! Même quand j'essaie d'être gentille, il cherche la confrontation. Il n'a pas totalement tort, cependant. Je sais que je joue avec le feu, mais je suis trop près du but pour faire machine arrière.

- Non, je l'ignore ! je réponds simplement, après un lourd silence pesant.

Contrairement au gryffondor, je suis naturellement douée pour cacher, ou feindre mes sentiments.

- J'essaie juste de m'entendre avec le second Préfet-en-Chef... qu'y a-t-il de mal à cela, Potter ? Tu penses peut-être que je vais te jeter un sort dès que tu aura le dos tourné ? j'ajoute d'une voix ennuyée, sans lui laisser le temps d'en placer une.
- Vraiment ? Tu veux seulement bien « t'entendre » avec le second Préfet-en-Chef ?
- Oui. j'opine du chef, légèrement troublée par son brusque changement d'attitude.

Le visage du brun s'est éclairé d'un sourire mauvais, presque moqueur.

- Comment va ton père, Preslov ? Il envisage toujours de se présenter aux élections ?
- Pourquoi tu parles de mon père ?

Mon coeur se met à tambouriner dans ma poitrine lorsque le sourire de Potter s'élargit. Je sens que la suite ne va pas me plaire.

- Parce qu'il espère obtenir le soutien de mon père ! crache Potter, et cela ne m'étonnerait pas qu'il t'ait demandé de te rapprocher de moi dans ce but. Basile Preslov à la réputation d'un homme prêt à tout pour obtenir ce qu'il désire, allant jusqu'à utiliser sa propre fille...
- FERME-LA !

Ma voix résonne dans le couloir silencieux, faisant vibrer le sol sous mes pieds. Il m'est impossible de me calmer. Mes poings se serrent à me meurtrir les paumes, mon sang cogne contre mes tempes. Potter ne m'apprend rien, mais l'entendre dire de sa bouche- celle d'un garçon qui ne me connaît que très peu- c'est à la fois humiliant, et embarrassant. Pendant un bref instant, j'envisage de dégainer ma baguette pour lui faire payer cet affront. Mais il me vient ensuite une meilleure idée.

- Tout le monde n'a pas la chance d'avoir la même famille que toi, Potter.

Ma voix se brise volontairement sur ces derniers mots. L'effet est immédiat : le visage du gryffondor exprime un mélange de culpabilité et de honte. Sur ce, je tourne les talons et je m'éloigne presque en courant. Aussitôt, un sourire diabolique s'empare de mes lèvres.

James Potter est loin d'être stupide, mais je suis plus intelligente, et tellement plus sournoise qu'il ne le pense.
Rêve lucide by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Voilà le chapitre 9, j’espère qu'il vous plaira ! Merci à tous ceux qui ont laissés des reviews :)

Désolée, le chapitre est un peu court, mais le suivant sera posté en début de semaine j'ai presque fini de l'écrire.

A bientôt !
Chapitre 9 : Rêve Lucide.





- Luciana n'a que sept ans, Basile.

Ma mère se tient debout, les bras croisés, devant le gigantesque bureau de mon père. Elle porte une longue jupe noire et son chemisier en soie vert profond, agrémentée d'un collier de perles. Son visage doux exprime un mélange de contrariété et d’inquiétude. Ce n'est pas vraiment un rêve, puisque j'ai conscience de rêver. Il s'agit d'un souvenir d'enfance resté gravé dans ma mémoire, qui a eu lieu peu de temps avant sa mort.

- Elle devrait jouer avec les autres enfants, au lieu de rester ici toute la journée à lire des manuels scolaires de première année !

Mon père, jusque-là toujours le nez plongé dans sa paperasse, relève enfin la tête, l'air passablement ennuyé. Ses yeux gris pales seraient capables de transpercer un mur de béton.

- Je ne l'ai pas forcé à acheter ce livre, notre fille l'a choisi toute seule. Et elle semble le préférer à ton livre de coloriage Moldu...

Il accompagne cette phrase d'un petit sourire narquois, comme s'il venait de remporter une victoire. Assis bien droit dans son fauteuil, Basile Preslov passe une main dans ses épais cheveux sombres, ce qui le rend encore plus séduisant. Ça m'agace ! Pourquoi il ne ressemble pas aux autres pères ? Pourquoi n'ai-je pas le droit d'avoir des parents normaux- qui ne s'entretuent pas et n'essayent pas de dominer le monde- ne serait-ce que dans mes rêves ?

- Uniquement parce qu'elle espère attirer ton attention ! riposte ma mère, le regard noir. Tu ne daignes lever les yeux sur ta fille que lorsqu'elle s’intéresse à la Magie.

Le sourire du maitre des lieux s'efface instantanément. J'ai toujours pensé que ma mère était un peu soumise, mais en la voyant tenir tête ainsi à mon père, mon cœur se serre. Se serait-il débarrassé d'elle pour cette raison ? Parce qu'elle refusait de se plier à ses exigences ? Sa fierté est telle qu'il serait capable de tuer la première personne qui lui manque de respect. Son regard s'embrase, et je le connais assez pour savoir qu'il est aussi contrarié que ma mère.

- C'est faux, Irina.

Sa voix se fait plus grave, ses sourcils se froncent. Comme s'il était outré par ce qu'elle insinuait et trop furieux pour se défendre avec plus de virulence.

- Je m’intéresse à son éducation. Quand Luciana entrera à Poudlard elle sera en avance sur tous ses camarades et ce, grâce à moi.

Oui, pour que je puisse servir tes propres intérêts et tes plans politiques...

Je pose les yeux sur ma mère. Son visage se radoucit lorsqu'elle se détourne pour observer une version de moi plus jeune, qui lit tranquillement dans le salon. Mon père suit son regard et un sourire bienveillant se dessine sur ses lèvres. Un sourire bienveillant ? Ma pauvre Luciana, ton imagination doit te jouer des tours...

- Elle ne rit jamais, ne joue jamais... Et je crois bien ne l'avoir jamais vu pleurer ! Tu as fait de cette enfant ta réplique exacte.

On y est. Mon rêve prend toujours fin là, malgré mon envie d'entendre la suite de cette conversation. Je vois mon père ouvrir la bouche, mais aucun son ne sort. Et soudain, j'ouvre les yeux.

Je suis étonnée de constater que je me suis assoupie à la bibliothèque. Je me redresse brusquement, puis arrange ma coiffure pour recouvrer une allure plus décente, quand je surprends le regard amusé d'un beau jeune homme à la peau très mate, et d'immenses yeux marrons.

- Qu'est-ce que tu veux ? je lui demande sèchement.

Tobias Llyod tire une chaise pour s'installer près de moi, le sourire conquérant. Je suis fatiguée, lassée de repousser ses avances. La présence de Mrs Pince me rassure un peu. Tobias n'osera pas troubler le silence de la bibliothèque.

- Il y a une rumeur qui court, Lucia. Il paraît que ton père se présente aux élections, cette année.
- Les nouvelles vont vite... Je n'ai pas le droit d'en parler tant que ce n'est pas officiel.

J'ouvre un livre au hasard pour lui faire comprendre de s'en aller, mais le serpentard ne bouge pas d'une semelle. Je sens ses yeux posés sur moi. De toute évidence, il prend un malin plaisir à m'observer.

- Arrête cela immédiatement, Tobias.
- Que j'arrête quoi ?
- Je n'aime pas ton regard lubrique !
- Mon regard lubrique ? fait-il mine de s'étonner.

Par reflex, j'attrape ma baguette magique et la serre si fort qu'elle manque de se briser en deux. En captant le regard mauvais de la vieille Pince, je décide de m'en aller pour ne pas avoir à supporter le Serpentard.

- Oh, allez, ne t'en va pas ! m'arrête-t-il en me saisissant le poignet, je veux juste passer un peu de temps avec toi.

« Bien sûr, et moi je suis la fée Morgane. » je songe amèrement. Ce garçon n'a qu'une idée en tête : m'attirer dans un placard à balais pour laisser libre cours à ses fantasmes. Et je trouve très vexant qu'il puisse penser avoir une chance d'y arriver ! J'ouvre la bouche pour lui dire le fond de ma pensée, mais en voyant Melinda Jones quitter la bibliothèque, j'oublie tout ce que je voulais dire.

Je m'élance à sa suite sans plus réfléchir, ignorant les appels répétés de Tobias derrière moi.

- Pas si vite, Jones ! Tu as fait tomber ta plume, lui dis-je en souriant hypocritement.
- Ce n'est pas ma plume, répond la concernée en fronçant les sourcils.

Évidemment que non, c'est juste un prétexte que j'ai trouvé pour entamer la conversation. Je dois impérativement savoir si cette fille est une menace pour mon plan, sous ses airs de ne pas y toucher. Cette petite chose toute menue dans son chemisier trop grand cache peut-être une personnalité plus affirmée. Mon père m'a appris qu'il ne faut pas se fier aux apparences.

- Je peux m'en aller ? me demande-t-elle, en dansant d'un pied sur l'autre.
- Tu as besoin d'une autorisation ? j'ironise.
- Tu es Préfete-en-chef, alors...
- James aussi, dis-je en souriant. En parlant de Potter, lui as-tu fait part de tes sentiments ?
- Je...je ne ressens rien pour...

Oh, c'est pas vrai. La voilà qui se met à bégayer comme une poule après avoir pondu un œuf. Je dois faire un effort surhumain pour ne pas lever les yeux au ciel. J’émets un claquement de langue agacé, on ne vas pas y passer la journée !

- Je ne compte pas le faire, marmonne-t-elle en rougissant.
- Je l’espère pour toi, Jones. Tu avais l'occasion de lui avouer tes sentiments pendant les vacances. Maintenant, il est trop tard.

Je me rends compte à quel point ma voix est glaciale lorsque la gryffondor lève les yeux vers moi en me regardant comme un petit oiseau effarouché. L'espace d'un instant, je regrette mes paroles. Étais-ce réellement nécessaire de lui parler sur ce ton ? J'ai l'impression qu'elle risque de s'effondrer à tout moment.

- Pourquoi tu t’intéresses à James, tout à coup ? ose-t-elle me demander en croisant mon regard adouci, tu n'es pas censée le détester ?
- Je m’intéresse à lui parce qu'il...

Je m'interromps brusquement, ne sachant quoi répondre. Il m'est impossible de lui avouer mes véritables motivations, alors que pourrais-je inventer pour faire croire à sa meilleure amie que mes sentiments sont sincères ?

- Il me regarde différemment des autres garçons.

C'est la première chose qui m'est venue à l'esprit, et ce n'est pas un mensonge. Contrairement aux autres garçons, James Potter me regarde différemment. Je le surprends parfois à me fixer comme si j'étais une sorte d'énigme qu'il ne tenait absolument pas à résoudre. Trop compliquée. Et quand ce n'est pas le cas, j'ai le droit à un simple regard méfiant. « Quoi, tu t’intéresses à Potter ?! » s’exclame une voix derrière moi. En remarquant Tobias Llyod, les yeux de Jones s'arrondissent de stupeur, et elle s'en va sans demander son reste.

Je lâche un long soupir, avant de me tourner vers le jeune homme, qui me dévisage d'un air accusateur.

- Vraiment, Lucia ? siffle-t-il entre ses dents, c'est pour ce gryffondor que tu m'as jeté comme une vieille chaussette ?

Oh, pitié ! Il ne va pas me faire une scène au beau milieu du couloir, tout de même ? Nous n'avons jamais été en couple. On a seulement échangé quelques baisers, rien de plus. J'essaie de lui expliquer ça le plus gentiment possible, mais ne récolte qu'un regard meurtrier.

Tobias s'approche de quelques pas, me dominant de toute sa hauteur :

- Tu crois sérieusement que James Potter te regarde différemment ? Ma pauvre Lucia, ricane-t-il tout bas. Potter prétend peut-être le contraire, mais il pense la même chose que moi quand il te voit...

Ses lèvres effleurent mon oreille quand il se penche sur moi pour me susurrer : « Celle-là, je la mettrai bien dans mon lit. » Puis il se recule pour observer ma réaction, espérant sans doute me choquer ou me faire perdre mes moyens.

Aucun homme - à l'exception de mon père- ne m'avait jamais traité aussi mal, ni autant manqué de respect. Malgré le sang qui afflue à mes tympans, j'arrive à garder mon calme, et me contente de lui rendre son sourire mauvais. Cet idiot à tort de s'en prendre à moi, tort de s'en prendre à une Preslov.

Je vais détruire sa réputation en un claquement de doigts.
L'invitation by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Comme promis, voilà le chapitre 10 centré sur James et Luciana, j’espère qu'il vous plaira ! Merci à lavache, Azyax, Floriie, bouzibouzi et RomanEmma pour leurs reviews au précédant chapitre :D

A bientôt !
Chapitre 10 : L'invitation.



Assise sur les marches de l'escalier où j'attends James Sirius Potter - en retard, comme d'habitude- je ne peux m'empêcher de repenser aux paroles de Tobias. Cela ne devrait pas m'atteindre, et pourtant... Sa voix à résonné dans ma tête toute la journée, si bien, que j'ai été incapable de me concentrer sur mes cours ou sur quoi que ce soit d'autre. Pourquoi suis-je tellement perturbée par ses insinuations ? Dans le fond, je me fiche de ce que peut penser Potter à mon sujet, pourvu qu'il tombe sous mon charme et désire m'épouser.

Pourvu que James Potter tombe sous mon charme... et désire m'épouser ?

Cette pensée me décourage. Pour la première fois, je prends conscience de toutes les difficultés qui peuvent s'opposer à la réussite de mon plan de vengeance.

- Désolé, j'étais en retenue ! annonce soudain la voix de Potter, me faisant bondir sur mes pieds.

Il a le souffle court et les joues roses, comme s'il venait de courir un cent mètres. Je hausse les épaules pour signifier que ça m'est parfaitement égal. Je n'ai qu'une hâte : retrouver mon lit et sombrer dans le sommeil.

- Je m'occupe du premier étage et toi du second.
- Je croyais que tu ne voulais pas qu'on se sépare ? s'étonne le brun.
- J'ai changé d'avis.

Je devais faire en sorte de le séduire pendant notre ronde de ce soir, mais je dois auparavant remettre de l'ordre dans ma tête et oublier les propos déplacés de Tobias Llyod.

- Écoute, si c'est à cause de ce que je t'ai dit la dernière fois... Je n'aurai pas dû.

Je me fige sur place, tandis qu'un fin sourire s'étire sur mes lèvres. Quant à Potter, il se passe une main dans ses cheveux en bataille, l'air agacé et plutôt mal à l'aise. Il semble regretter d'avoir ouvert la bouche.

- Ce sont des excuses ?
- Non ! répond-t-il aussitôt, mais je n'aurai pas dû te dire toutes ces choses sur ton père et toi.

Je fais quelques pas dans le Hall, le temps de réfléchir à ma réponse. Le Gryffondor se montre très méfiant à mon égard, alors je vais devoir la jouer fine. Après un court instant de silence, je me tourne vers lui en poussant un soupir volontairement exagéré :

- Tu n'avais pas totalement tort. Mon père m'a effectivement demandé de me rapprocher de toi.
- Et tu lui obéis sans rien dire ?

Enfin ! James Potter s’intéresse assez à moi pour me poser des questions personnelles. J'avais l'impression de ne pas avancer, de faire tout de travers, mais je me sens soudain revigorée. Je sais exactement comment je vais m'y prendre pour le faire tomber dans mes filets.

- C'est mon père. C'est le seul parent qui me reste, Potter.

Je suis satisfaite par ce que j'entends : ma voix n'est qu'un bêlement plaintif et hésitant. Potter me jauge du regard un long moment. Je m'efforce de rester immobile et de garder mon air triste et résigné parce que, tout de même, ma situation est compliquée. Il m'est donc très facile de jouer la comédie.

- J'ai du mal à le croire, Preslov. Si tu acceptes de lui obéir, tu dois sûrement tirer profit de la situation. Tu ne fais jamais rien par hasard, rétorque le brun en plantant ses yeux marrons-verts dans les miens.

Décidément, ce gryffondor est casse-pieds ! Ma patience est mise à rude épreuve par son attitude constamment suspicieuse. Que dois-je faire pour mériter sa confiance ? Papillonner des cils et glousser comme cette idiote d'Elsa Colins ? Ce n'est franchement pas mon genre.

Quand je reprends la parole, ma voix est d'une froideur glaciale :

- Tu penses que j'ai une idée derrière la tête ?
- Tu as toujours une idée derrière la tête, Preslov.
- Ça ressemble à une insulte.
- C'en est une, répond-t-il avec nonchalance.

Je sens une bouffée de colère m'envahir à l'idée que James Potter m'ait percé à jour avant même que je n'ai eu le temps de l'inviter a ce maudit gala ! Je le suis du regard alors qu'il se dirige vers l'escalier pour continuer la ronde seul de son côté. Non... je ne peux pas le laisser partir et m'avouer vaincu aussi vite !

- Tu as dit que tu aimais les filles qui jouent franc-jeu ? Dans ce cas, je vais aller droit au but.

Je le rejoins en bas de l'escalier et grimpe les quelques marches qui nous sépare. Le rouge et or me dévisage, l'air intrigué et attentif à la fois. C'est bon signe.

- Il y a un gala de charité dans une semaine, au Ministère. Mon père va y annoncer sa candidature, et il veut que sa fille unique soit accompagnée à cette soirée.

Comme il ne réagit pas et se contente d'arquer un sourcil interrogateur, je poursuis :

- Père a lourdement insisté pour que je t'invite. Si tu refuses, je serais obligé d'y aller avec Dragomir Vladescu... un homme plus âgé, sans aucune manière.

Potter reste silencieux quelques minutes, le temps que l'information se diffuse dans son cerveau. Je m'éclaircis la gorge deux fois, jette un coup d’œil à ma montre...

- Ne me dis pas que tu veux que je sois ton cavalier ?! s'exclame-t-il sur un ton affolé, le teint blême.
- Ce serait si horrible que ça, pour toi ? fais-je avec une fausse timidité.
- Pourquoi tu ne demandes pas à ton petit-ami de t'accompagner ? élude le brun, en me regardant toujours comme si j'étais une évadée de l'asile. Tobias Llyod ou Dorian Arbi... Arbo...
- Arbuthnot ! je le corrige en haussant le ton.

Tobias, je peux comprendre, mais pourquoi mêle-t-il Dorian à la conversation ? Sûrement pas pour le plaisir de dire son nom de famille. Je suis la seule dans cette école à le prononcer correctement.

- Tu insinues que je suis une marie-couche-toi-là, Potter ? dis-je scandalisée, Dorian est mon meilleur ami et Tobias... c'est de l'histoire ancienne.
- Ce n'est pas ce qu'on raconte, marmonne-t-il pour lui même.

Potter a la décence de rougir lorsqu'il capte mon regard meurtrier. Je n'en reviens pas qu'il croit les rumeurs qui courent à mon sujet, c'est Tobias lui-même qui les a lancées ! Il faut vraiment que je m'occupe de son cas, à celui-là.

- Rien de ce que tu as pu entendre n'est vrai.

Il y a peut-être une rumeur ou deux de partiellement vrai, mais aucune d'elles ne concerne Tobias, et encore moins Dorian. J'ai tout de même reçue une éducation des plus strictes ! Et je n'ai jamais accordé trop d'importance aux garçons... jusqu'à aujourd'hui.

- Tu veux vraiment que je sois ton cavalier ? coasse-t-il, comme si le ciel lui était tombé sur la tête.
- Oui. Et tu ignores à quel point cela me coûte de te demander ça... Je pourrais te donner de l'argent en échange ou des cours particuliers ? Tout ce que tu veux, Potter. Ton prix sera la mien.

Son expression contrariée laisse lentement place à un sourire narquois, pour ne pas dire carnassier. Je fronce les sourcils, surprise par son brusque changement d'attitude. Aurait-il mal interprété mes propos ? Je décèle dans son regard une lueur qui n'est causée ni par la gêne, ni par le désir. Il s'agit d'une lueur de pur défi.

- Tout ce que je veux ? murmure-t-il.

Son visage n'est plus qu'à quelques centimètres du mien et je parviens presque à sentir la caresse de ses cheveux sur mon front. Son sourire s'élargit, me donnant la nausée. À cet instant, le visage moqueur de Tobias s'insinue avec force dans mon esprit :

Potter prétend peut-être le contraire, mais il pense la même chose que moi quand il te voit...

Pourquoi suis-je tellement mal à l'aise et... en colère ? Je n'ai qu'une envie : jeter un sort qui fera regretter à James Potter son impertinence. Et dire que je le croyais différent des autres. Différent de Tobias Llyod. Je me suis trompée sur toute la ligne.

D'un autre côté, n'est-ce pas là un moyen de parvenir à mes fins ? Peut-être devrais-je envisager de... une minute, que veut-il de moi, exactement ?

- Qu'as-tu en tête ? je susurre en retour, essayant tant bien que mal de retenir ma rage.

Le Gryffondor fronce les sourcils. Il semble avoir remarqué mes traits crispés, sur lesquels l'embarras se mêle à une fureur contenue.

- On ne m'achète pas, Preslov. déclare-t-il brutalement en s'écartant de moi.

Je me sens curieusement soulagée qu'il ait retrouvé son habituel ton dédaigneux. Mais aussi frustrée ! Chaque fois que j'ai l'impression d'avancer de deux pas, je recule d'un.

Je n'en ai pas terminé avec toi, Potter !

Je mordille ma lèvre inférieure et baisse la tête pour feindre la déception. Cette tactique est imparable, elle fonctionne même avec Dorian. Moins d'une minute plus tard, le brun lâche un soupir à fondre l'âme.

- Je serai moi aussi à cette soirée, avec mes parents. Peut-être qu'on s'y verra.
- Alors... c'est un oui ? fais-je en relevant la tête.
- C'est un non, Preslov. Mais si tu veux mentir à ton père et dire que tu es avec moi, je n'ai rien contre.

Cette fois, un réel sentiment de déception me gagne. Je réfléchis un instant à sa proposition même si j'ai déjà étudié le sujet en long, en large et en travers. Non, je ne peux pas mentir à mon père. Il se rendra vite compte de la supercherie si je n'arrive pas au bras de James Potter. Et il essaiera de me mettre Dragomir Vladescu dans les pattes !

Impossible, je dois être libre de mes mouvements, à cette soirée. Libre de fouiller le bureau de mon père car je suis presque certaine qu'il cache ses documents compromettants au Ministère ! Avec Potter, il n'y a aucun risque qu'il me suive, ou me pose des questions.

Très bien. Ça, c'était la méthode douce.

- J'obtiens toujours ce que je veux, Potter. Toujours, je conclus en le fixant droit dans les yeux.

J'insiste de façon menaçante sur ce dernier mot, avant de tourner les talons. « Je ne serai pas ton cavalier ! » croit-il bon d'hurler dans le Hall.

C'est ce qu'on va voir.


******


Le lendemain matin, une nouvelle idée m'est venue en entrant dans la Grande Salle. Une idée sournoise, fourbe et presque déloyale, afin que James Potter accepte de m'accompagner au Gala.

C'est donc tout naturellement que je m'approche de la table des Gryffondor, et plus précisément de Lily Potter. Il y a des chuchotements sur mon passage. Des élèves que je connais à peine me foudroient du regard. Je les ignore, et adresse un signe de la main à James pour lui faire comprendre que ma présence n'a rien d'un hasard.

- Bonjour Lily ! dis-je en lui décochant mon plus joli sourire.

La jeune fille écarquille les yeux, tout étonnée de me voir devant elle. Ses amis me fixent, à la fois craintifs et admiratifs. Soyons honnête : je suis loin d'être gentille, et je n'ai pas pour habitude de traverser la Grande Salle uniquement pour saluer des élèves de troisième année.

- Salut, Pres... je veux dire Luciana, bafouille la rousse, en me regardant d'un air ébahi.
- Alors, quoi de neuf ? Je ne t'ai pas revue depuis les vacances.

La gamine assise à droite lui jette un regard assassin, l'air de dire : « C'est quoi cette histoire, pourquoi je ne suis au courant de rien ? ». Lily se tortille sur son banc, visiblement mal à l'aise.

- Hum, pas grand chose. répond-t-elle, intimidée.

Eh bien, elle était beaucoup plus bavarde cet été !

- James m'a dit que tu avais choisi l'Arithmancie, cette année.
- Oui, soupire-t-elle en jetant un regard en biais à sa voisine. On regrette un peu, pour tout t'avouer.
- Cette matière est difficile. Si vous avez besoin d'aide, n’hésitez surtout pas à venir me voir.
- Sérieusement ? Oh, merci Luciana ! s'exclame-t-elle, la mine réjouie.
- Il n'y a vraiment pas de quoi. dis-je évasivement, en voyant James Potter se lever de sa place.

Je la gratifie d'un dernier sourire amical, avant de rebrousser chemin. Je n'ai pas le temps de faire deux pas que je vois son frère foncer droit sur moi. Parfait.

- Qu'est-ce que tu fiches avec ma sœur ?!

Il m'attrape le bras pour m'entraîner un peu plus loin, à l'écart des gryffondor. Ses yeux vrillés aux miens brillent d'une intensité insupportable. Me servir de Lily juste pour l'atteindre est un coup bas, je le sais, mais il ne m'a pas laissé le choix.

- Je suis simplement passé la saluer... et lui proposer mon aide pour ses devoirs d'Arithmancie. je minaude, en tripotant une mèche de mes cheveux, faussement innocente.
- Pourquoi ?
- Parce que je suis Préfete-en-Chef, et que j'apprécie ta petite sœur.

Sa bouche se tord en une moue désabusée. Puisqu'il ne me croit pas, je vais devoir me montrer plus... machiavélique. Je m'approche de lui, trop près, car les effluves de son parfum boisé atteignent mes narines. Je croise ensuite les bras sur ma poitrine, et le gratifie d'un sourire malfaisant qui ne laisse planer aucun doute sur mes intentions.

- Lily est adorable. Et elle arrive à un âge ou l'on à besoin d'un modèle à suivre, un modèle féminin... ce serait dommage qu'elle tourne mal, tu ne crois pas ?
- Tu ne t'approches plus d'elle, grogne-t-il.
- Cela ne dépend que de toi, Potter. Accompagne-moi au Gala de charité, je lui souffle à l'oreille.

Ses poings se serre. Je le vois inspirer profondément, essayant de contenir sa colère.

- Tu ne recules devant rien quand tu veux quelque chose, n'est-ce pas ? grince-t-il.
- Ce n'est l'affaire que d'une soirée, James. Je te promets de te laisser tranquille, après ça. dis-je plus sérieusement.

Je prends un air implorant, comme si le reste de ma vie dépendait de lui. Le Gryffondor détourne très vite les yeux pour éviter mon regard suppliant. Il semble complètement décontenancé par mon attitude. Les Preslov ne s’apitoient jamais sur leur sort. Question de fierté... Je dois me retenir de sourire lorsque ses épaules s'affaissent en signe de défaite.

- Je sens que je vais le regretter, soupire le brun en fourrant les mains dans ses poches.

Je lui adresse un sourire sincère en guise de remerciements, tandis qu'une pointe de culpabilité me serre l'estomac.

- Tu n'as pas idée à quel point, je murmure en le regardant partir.
Soirée mondaine (Partie 1) by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Voici le chapitre 11, j’espère qu'il vous plaira :D Merci à tous pour vos reviews au précédant chapitre !

A bientôt :)
Chapitre 11 : Soirée mondaine (Partie 1)





Un lapin.

James Sirius Potter m'a posé à lapin ! À moi. C'est bien comme ça qu'on dit quand quelqu'un ne vient pas à un rendez-vous ? Nous avions convenu de nous retrouver ici, devant la salle de réception, à vingt heures précise. Je jette un coup d'œil à ma montre, puis lâche un soupir. Je n'ai pas d'autres choix que de me rendre à cette soirée sans Potter, ou mon père risque d'envoyer l'un de ses assistants à ma recherche !

Dans les glaces de l'entrée, je vérifie une dernière fois ma tenue, légèrement anxieuse. J'ai opté pour une robe bustier en mousseline de couleur bordeaux, avec un nœud sous la poitrine. En guise de souliers : des escarpins noirs à hauts talons, dont les brides étranglent mes fines chevilles. J'arbore un maquillage parfait, et mes cheveux lissés et brillants retombent gracieusement jusque sur mon dos.

Le rouge sur mes lèvres me donne l'air plus âgée, exactement ce que je voulais ! Je ne veux pas attirer l'attention lorsque j'irais me promener dans les couloirs. Mon père travaille pour le département de la justice magique, c'est le Chef du service des usages abusifs de la Magie. Ironique, n'est-ce pas ? Un meurtrier qui donne des leçons aux sorciers qui abusent de la Magie ! Ce soir, je compte m'introduire dans son bureau. Je vais fouiller chaque dossier, chaque tiroir, chaque bout de papier, jusqu'à ce que je trouve quelque chose de compromettant.

Je m'apprête donc à faire mon entrée, quand je percute quelqu'un de plein fouet. Je lève la tête pour fusiller du regard le jeune homme qui se tient devant moi, mais je me ravise aussitôt :

- Oh, tu es là, Potter ! je m'exclame avec soulagement. Je pensais que...
- Je t'ai dit que je te rejoindrais, je tiens parole. me coupe-t-il sèchement.

Ses cheveux noirs de jais sont en désordre et il paraît essoufflé.

- Où est ton père ? s'étonne-t-il.
- À l'intérieur, probablement. Tu es très élégant.

« Dans le genre débraillé ! » je songe intérieurement.

Le jeune homme est vêtu d'un simple pantalon noir et d'une chemise blanche dont le col est de travers. J'attends patiemment qu'il pose son regard sur ma tenue, mais il n'en fait rien. Une bouffée de colère me submerge. Pourquoi se montre-t-il si indifférent à mon égard ? Je crois pouvoir dire- sans aucune prétention- que je suis la plus jolie des élèves de Septième année. Même Elsa Colins ne m'arrive pas à la cheville, et pourtant, j'ai déjà vu cet idiot de Potter la reluquer plus d'une fois !

- Allons-y... soupire le brun, avant de m'offrir son bras.

J'essaye de dissimuler mon angoisse et ma frustration. Ma main s'accroche à son bras et je sens ses muscles se contracter, comme s'il se retenait pour ne pas s'enfuir. Je plaque un sourire de circonstances sur mes lèvres, alors que j'avance dans la salle de bal éclairée de mille feus. Une douce musique vient aussitôt charmer mes oreilles.

Il m'est très facile de remarquer mon père parmi la foule d'invités : il est le centre d'attention d'un groupe de sorciers quinquagénaires. Son costume sombre met en valeur sa silhouette athlétique et ses yeux bleu clair. Un large sourire illumine son visage hâlé. Malgré moi, la rage me monte au cœur. En le voyant ainsi, adulé par son public, je prends soudain conscience qu'il a toutes ses chances. Il pourrait devenir le prochain Ministre de la Magie sans la moindre difficulté.

La voix de James me tire de mes pensées et me ramène brusquement sur terre :

- Tu ne veux pas aller saluer ton père ?

Comme s'il l'avait entendu, Basile Preslov le harponne du regard, avant d'incliner la tête dans ma direction, visiblement satisfait.

- Il est occupé, mais il nous a vus arriver ensemble, c'est le principal. Oh, regarde ! Tes parents sont là, lui fais-je remarquer en faisant un signe de tête vers le buffet.

Potter semble être abonné aux soupirs, ce soir. Je l'entends souffler comme un bœuf pour exprimer son mécontentement, tandis qu'on s'approche de ses parents.

- Papa, M'man... Vous vous souvenez de Luciana Preslov ?
- Bonsoir, Monsieur Potter. Madame Potter, dis-je en baissant légèrement la tête, Lily n'est pas avec vous ?
- Elle doit être en train d'embêter ses grands-parents, me répond la mère de James.

Elle a beau sourire de manière amicale, le ton de sa voix est sec, cassant. Son regard me parcourt de bas en haut, s'attardant sur mes bijoux, ma coiffure. Ma robe. Je crois apercevoir sur ses lèvres l'ombre d'une moue réprobatrice. Je dois me retenir de lui jeter à la figure un : « Vous avez un problème avec moi, Madame Potter ? ».

Du calme, Luciana. Il s'agit de ta future belle-mère.

Je me tourne vers mon cavalier, espérant trouver un quelconque réconfort dans ses yeux marron-vert, mais ce dernier s'évertue à m'ignorer, bien que je suis à seulement deux centimètres de lui. Je fixe alors mon regard sur Monsieur Potter, qui m'adresse un sourire sincère. Ça me fait un drôle d'effet. Avec tout ce qu'il lui est arrivé dans la vie, comment peut-il être aussi... heureux ?

- Où est ton frère ? demande Mme Potter à son fils.
- Aucune idée.
- James !
- Il a quinze ans, il peut se débrouiller tout seul, non ?
- Je dois encore passer derrière toi pour faire ton lit et tu as bien dix-sept ans, non ? riposte la rousse en arquant un sourcil moqueur.

Les joues du gryffondor prennent la teinte d'une tomate bien mûre. Je lâche un petit ricanement, m'attirant les foudres de Potter. Aussitôt, il s'écarte de moi, le regard noir.

- Ginny, voyons, chuchote Monsieur Potter d'une voix parfaitement audible, tu fais honte à notre fils devant sa petite-amie...
- Ce n'est pas ma petite-amie ! s'insurge le concerné.

Je ne peux m'empêcher de lever les yeux au ciel, mon futur fiancé se comporte comme un gosse de dix ans. A cette pensée, un pincement me tord le ventre. Père avait raison, James Potter est un garçon immature. Et l'ennui, avec les garçons immatures, c'est qu'ils ne veulent pas se marier. Bon sang ! Si je n'arrive pas à convaincre Potter de m'épouser, cela pourrait mettre en péril mon plan de vengeance.

- Ah non ? Et qu'êtes-vous, dans ce cas ? m'interroge Madame Potter avec un vif intérêt.

Avant que je n'aie le temps d'ouvrir la bouche, le père de James s'interpose :

- Viens ma chérie, nous allons trouver Albus... bonne soirée, les enfants.
- Parce que tu trouves qu'elle a l'air d'une enfant, toi ? rétorque la rousse en partant, sans même prendre la peine de baisser la voix.

Hélas, non. Je ne suis plus une enfant depuis bien longtemps.

- Désolé pour ma mère. Elle est très possessive, dit Potter en suivant ses parents des yeux.
- Oh, ça ne vient pas de moi, alors ?
- Un peu quand même...
- J'ai fait quelque chose de mal ?

Je crains qu'il ne réponde pas à ma question, mais il se tourne brusquement vers moi, et me dévisage pour la première fois de la soirée. À cet instant, il n'a plus rien du petit garçon qui se fait sermonner par sa mère. Ses yeux virent au vert intense et les reflets bruns, irisant sa pupille lui donnent un regard dur comme le diamant. Le jeune homme s'approche de moi, l'air accusateur :

- Tu veux dire, à part t’être servie de ma petite sœur pour parvenir à tes fins ? siffle-t-il avec mépris.

Prise au dépourvu par la vague d'embarras qui m'envahit, je ne sais comment réagir. Dois-je lui présenter mes excuses ? Je n'avais aucune envie de mêler Lily à tout cela, mais James ne m'a guère laissé le choix ! J'ouvre la bouche, cherchant désespérément quelque chose à dire, quand une main vient se poser sur le bas de mon dos. Et ce n'est pas celle de Potter. Je le sais car il se tient devant moi, et qu'il a toujours l'air en colère.

- Chère Luciana, vous êtes éblouissante !

Dragomir Vladescu. Je dois faire un effort surhumain pour ne pas retirer sa main et lui broyer les doigts. Son sourire dévoile des canines taillées en pointe et ses cheveux sont tellement gominés en arrière qu'on pourrait se contempler dedans.

- Bonsoir, Monsieur Vladescu. dis-je en retenant un soupir ennuyé.
- Puis-je ?

Dragomir tend sa main vers moi, la paume vers le ciel, et il me faut un peu de temps pour comprendre qu'il m'invite à danser. Malheureusement, la bienséance m'oblige à accepter. Sauf si... j'implore du regard James Potter- mon supposé cavalier- pour qu'il reprenne son rôle, mais il ne semble pas disposé à le faire. Son rictus moqueur se transforme en un air narquois et suffisant, comme s'il se réjouissait de mon sort. Crétin !

Résignée, je me laisse entraîner vers la piste de danse.

- J'ai été très surpris pas votre attitude lors de notre dernière rencontre, Luciana. commence-t-il, en posant ses mains sur mes hanches.
- Vraiment ? fais-je en feignant la surprise.

Il n'est pas censé se souvenir de notre dernière rencontre. Dragomir m'attire encore un peu plus près de lui, puis me souffle à l'oreille :

- Vous m'avez jeté un sort.
- Vous êtes tombé sur la tête, Dragomir ! je ris à gorge déployée.
- Un puissant sort qui m'a sérieusement ébranlé pendant plusieurs jours... poursuit-il, me vrillant du regard.

Je commence à me détacher quand une valse démarre. Ce vil sorcier en profite pour me tirer par la main, et me faire tourner sur moi-même. Ses mouvements sont si brusques que je dois m'accrocher à son torse pour ne pas tomber. Agacée d'être malmenée comme une vulgaire poupée de chiffon, je le repousse son ménagement et croise les bras sur ma poitrine. Puisque Monsieur Vladescu connaît la vérité, je n'ai plus besoin de jouer à ce petit jeu.

Du coin de l'œil, je remarque que James Potter observe notre échange, les sourcils froncés. Une petite phrase me revient en mémoire en ce qui le concerne : « son type de fille c'est le genre jouvencelle en détresse ». Je devrais sans doute profiter de la situation, mais quelque chose dans le regard de Dragomir m'en empêche. Son expression conquérante me donne la nausée.

- Est-ce pour cela que vous m'avez invitée à danser ? Pour vous venger ? je réplique, à peine sarcastique.

Vladescu s'avance vers moi comme s'il avait besoin d'un contact, mais je refuse qu'il me touche et recule aussitôt d'un pas en arquant un sourcil dédaigneux.

- Je vous ai largement sous-estimé, Luciana. Je m'en excuse. Vous êtes une jeune femme intelligente et... très belle. Acceptez ma demande en mariage, ajoute-t-il subitement. Vous ne le regretterez pas, je vous en fait la promesse. Ensemble, nous pourrons gravir rapidement les échelons. Notre famille sera la plus puissante, la plus influente... la plus riche.
- C'est adorable, dis-je d'une voix faussement mielleuse, à la fin de sa tirade.

Je penche la tête sur le côté, tout en le dévisageant.

- Mais qu'est-ce qui vous fait croire que vous êtes à ma hauteur ? je susurre d'une voix méprisante.

Monsieur Vladescu et aussi rusé, sournois et malfaisant que mon père. Je sais dors et déjà ce qu'il attend d'une femme : qu'elle soit belle et soumise à son mari, pour qu'il puisse ainsi l'exhiber tel un trophée vivant. Alors, son baratin... il peut le garder pour une autre !

Je me recule encore de quelques pas pour admirer son air désabusé, puis affiche mon plus beau sourire hypocrite :

- Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, je ne voudrais surtout pas faire attendre James Potter.
- James... Potter ?
- Oui. Vous savez, le fils ainé d'Harry Potter ?

Je fais un petit signe de la main au gryffondor, qui discute avec pas une, pas deux, mais trois filles à la fois ! Mon sourire s'efface instantanément. D'où sortent-elles, par Merlin ? On dirait une bande de hyènes hystériques. Personne ne leur a donc appris comment se tenir lors d'une soirée mondaine ?

- Vous parlez de ce garçon ? Allons, Lucia ! Il vous faut un homme, pas un adolescent prépubère ! ricane Dragomir, d'un ton presque paternaliste.
- C'est là que vous faites erreur.

Il me jauge d'un ultime regard pour vérifier si je plaisante, mais je garde mon air sérieux. Je l'abandonne sans plus de cérémonie, et me faufile entre les invités pour atteindre la sortie. Je me retourne ensuite une dernière fois, pour jeter un regard vers Potter, qui est très entouré. Je n'ai pas besoin d'un homme. Il me faut quelqu'un de jeune et influençable. Un garçon que je peux manipuler à ma guise, et qui ne se soucie pas de mes moindres faits et gestes.

Tout l'inverse de Dragomir Vladescu, en somme.
Soirée mondaine (Partie 2) by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Voici le chapitre 12, n’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !

Un grand MERCI à tous pour vos adorables reviews au précédant chapitre =D

A bientôt !
Chapitre 12 : Soirée mondaine (Partie 2)



À mon retour dans la salle de Bal, une boule se forme au creux de ma gorge. Je retiens à grande peine un cri de rage, et dois serrer les poings jusqu'au sang pour m'empêcher d'hurler. Un coup d'œil sur ma montre m'indique que je me suis absentée pendant presque une heure. Je tourne mon regard flamboyant de haine sur Basile Preslov. Étant son adorable fille, je n'ai eu aucun problème à me rendre dans son bureau. Je n'ai eu qu'à inventer une excuse bidon pour amadouer l'employé de sécurité, qui s'est gentiment proposé de m'accompagner.

Ce fut une véritable perte de temps.

Comment est-ce possible qu'un homme aussi vil, sournois et malfaisant, soit blanc comme neige ? J'ai fouillé le manoir familial de fond en comble, son bureau au Ministère et... rien ! Il n'y a pas un seul document de compromettant, aucun papier que je pourrais utiliser pour le décrédibiliser aux yeux de ses potentiels électeurs. Peu importe ! Je n'ai pas besoin de preuves pour savoir que l'homme que j'ai devant moi est foncièrement mauvais. Mon plan de vengeance reste inchangé; je ferais tout pour briser sa carrière politique. Je refuse qu'il devienne le prochain Ministre de la Magie.

Revigorée, je cherche mon cavalier du regard, quand un beau jeune homme à la peau très mate apparaît devant moi. Oh non, pas Tobias Llyod...

- Qu'est-ce que tu fais là ?

Son sourire est irrésistible, ce dont il a parfaitement conscience. Je me concentre sur ses yeux marron, qui reflètent son affreuse personnalité.

- Mon père travaille aussi au Ministère, tu te souviens ?

Je me contente d'hausser les yeux au ciel. Qu'est-ce que j'en ai à faire, franchement ? Sa vie m’intéresse autant que le score d'un match de Quidditch. Le regard du Serpentard s'attarde sur mes jambes, qu'il scrute avec un air appréciateur. Je déteste quand il fait ça.

- Il paraît que James Potter est ton cavalier ce soir, lance-t-il d'une voix acerbe.
- C'est le cas.
- Je ne le vois nulle part. argumente le jeune homme, faussement contrit.
- Que veux-tu, Tobias ?

Il s'approche plus près de moi et nos fronts se touchent presque. Sa proximité me rappelle nos baisers enflammés, ce sentiment d’insouciance, de légèreté qui me parcourait à chaque fois qu'il me touchait, qu'il posait ses lèvres sur les miennes... C'était tellement plus facile de faire comme si tout allait bien. Aujourd'hui, je ne peux plus continuer à faire semblant, alors qu'une rage contrôlée me consume de l'intérieur. Je dois aller au bout des objectifs que je me suis fixé, ne serait-ce que pour apaiser la fureur de mon esprit.

Je peux sentir son haleine alcoolisée quand il répond d'une voix assurée :

- Toi, Luciana. C'est toi que je veux.

Sale fils à papa pourri gâté.

- Et puis quoi, encore ? je ricane méchamment. Je ne veux rien avoir à faire avec toi. Tu penses peut-être que j'ignore ce que tu racontes à mon sujet ? j'ajoute, le foudroyant du regard. C'est terminé, nous deux. Fais-toi une raison, et fiche-moi la paix.

Je m'écarte pour l'éviter, mais il fait un pas du même côté. Sans crier gare, Tobias me saisit brutalement le bras pour me forcer à le regarder :

- Ce sera terminé quand je l'aurais décidé, gronde-t-il.

Je regarde avec étonnement sa main, puis son visage. Puisqu'il tient tellement à me retenir contre mon gré et jouer les gros durs, autant en profiter, pas vrai ? Des fois que Potter serait dans les parages... Je prends un air de jouvencelle en détresse, mais lorsque je comprends quelques secondes plus tard que personne ne viendra à mon secours- et surtout pas James Potter- je me dégage d'un mouvement brusque et fusille le Serpentard du regard.

- Pour qui tu te prends ? Je t'interdis de me toucher.

Ma voix est calme, mesurée. Mon regard menaçant suffit à lui faire comprendre qu'il vient de commettre une terrible erreur. Au moment où Tobias ouvre la bouche pour me répondre, une main puissante s’abat sur son épaule.

- Puis-je vous dire un mot en privée, jeune homme ?

Mes yeux manquent de sortir de leurs orbites. C'est mon père ! Son regard, froid malgré son sourire, ne semble pas impressionner Tobias qui le fixe à son tour d'un air de défi.

- Père, je...
- Laisse-nous, Luciana. m'intime-t-il d'un mouvement de tête.

Je m'exécute sans le quitter des yeux. Je le vois se pencher vers Tobias et prononcer quelques mots que je suis trop loin pour entendre. Puis, il se passe une chose étrange : Tobias blêmit, comme quelqu'un qui prend soudain conscience qu'il se trouve au bord d'un précipice. Il recule ensuite d'un pas, lentement, avec précaution, et va rejoindre ses parents qui l'attendent un peu plus loin.

Quand mon père s'avance dans ma direction, il semble encore plus contrarié.

- Que lui as-tu...lui avez-vous dit ? je me reprends à temps, en faignant d'être vaguement intéressée.

Il reste un instant silencieux, réajustant ses boutons de manchettes. Puis enfin, il consent à poser son regard glacial sur moi.

- Je suis très surpris par les fréquentations que tu as à Poudlard, Luciana. commence-t-il, réprobateur. N'ai-je pas mentionné à plusieurs reprises la famille Llyod ?
- Ce sont des êtres profondément mauvais...
- Qui ont soutenu la cause de Voldemort, achève mon père.
- Et ce n'est pas notre cas ?

Son visage se crispe jusqu'à afficher une expression profondément choquée. Pendant une seconde, je me demande s'il ne joue pas au même jeu que moi, tout en espérant ne pas se faire prendre. Je m'efforce de garder un air innocent pour ne pas éveiller ses soupçons. Mon père est quelqu'un de très secret, et même s'il me fait confiance, il reste prudent et évasif sur plusieurs sujets sensibles, dont la mort de ma mère.

Mais soyons sérieux ! Ma famille ne vaut pas mieux que celle de Tobias, elle est même pire. Et je sais que mon père n'a aucune considération pour les sorciers d'origine moldue. Il est juste assez malin pour le cacher, le temps d’accéder au pouvoir.

- En douterais-tu ? Luciana... soupire-t-il, presque amusé. Ton grand-père savait que soutenir Voldemort causerait notre perte, confie-t-il à mi-voix. Tout comme moi, et je n'avais que seize ans ! Les Preslov sont plus intelligents que ça.

Il jette un regard dédaigneux aux parents de Tobias, avant de me décocher un rictus complice. Je lui rends son sourire, et profite de sa soudaine bonne humeur pour lui poser des questions qui, je l’espère, me conduiront à une nouvelle piste pour le piéger.

- Comment se fait-il que le père de Tobias puisse travailler au Ministère ? Aux côtés d'Harry Potter ?
- Il ne travaille pas à ses côtés. Monsieur Llyod est responsable du service des détournements de l'artisanat Moldu. Et crois-moi, pour ces gens-là... c'est la pire punition possible. rit-il, attirant le regard intéressé de jeunes sorcières.

Je roule des yeux, puis je fais face à mon père. Malgré ma déception et mon mécontentement, je ne laisse rien paraître et affiche un joli sourire. Le service des détournements de l'artisanat moldu ? Si je me souviens bien, cela concerne les objets fabriqués par les Moldus qui ont été ensorcelés... Je ne comprends pas. Si le père de Tobias était effectivement dans le camp de Voldemort, pourquoi n'est-il pas en prison ? Par manque de preuves ? Je me mords la lèvre inférieure pour m'empêcher de poser d'autres questions. Je sais que mon père n'y répondra pas.

Alors que nous marchons, je vois son regard tranchant me dévisager. Je crois même percevoir un froncement de sourcils interrogateur lui plisser le front.

- James Potter est certes un garçon immature, mais il sait se tenir... n'est-ce pas ?
- Oh, oui ! Il est adorable, je réponds en prenant un petit air béat.

Qu'est-ce que ça peut lui faire, de toute manière ? Il ne s'est jamais soucié des véritables intentions de mes prétendants, jusqu'à présent. Après un dernier sourire, je tente de m'en aller, mais sa poigne se resserre autour de mon bras.

- Tu vois cette femme, avec ce chapeau ridicule ? me chuchote-t-il à l'oreille, en faisant un signe de tête discret vers une petite sorcière trapue. Son nom est Mavda Topkins, c'est une journaliste.

Je retiens un soupir ennuyé, et me tourne vers mon père en croisant les mains devant moi, telle une employée modèle. Que veut-il de moi, au juste ?

- Une photo du jeune Potter et toi, juste en dessous d'un article qui mentionne ma candidature aux élections, Luciana... Cela ferait sensation.

À cette idée, ses petits yeux cupides s'illuminent de joie. J'essaye de paraître enthousiaste, ce qui s'avère difficile. J'avais élaboré toute une stratégie dans ma tête pour gagner la confiance de Potter. Et maintenant, que dois-je faire ? Lui présenter mes excuses, avant de lui demander une petite photo souvenir ?

- Arrange-moi ça, tu veux bien ?
- Oui, père.
- Et tiens-toi éloignée du fils Llyod ! Je ne veux pas que son nom soit associé au mien, est-ce clair ?
- Parfaitement clair, dis-je en hochant la tête.

Dès qu'il a le dos tourné, mon aimable sourire se transforme en un rictus malfaisant. Je n'ai pas le choix, je dois exécuter ses ordres pour qu'il ne doute pas de ma loyauté. D'un pas assuré, je me dirige alors vers la journaliste afin de me présenter. L'avantage, lorsqu'on est comme moi une manipulatrice accomplie, c'est qu'il est inutile de préparer ce qu'on va dire à l'avance. Tout vient naturellement, spontanément.

- Miss Topkins ?

Je m'approche d'elle, un sourire professionnel plaqué sur le visage, et lui tends la main :

- Bonsoir, Luciana Preslov. Mon père se présente aux élections, cette année.
- Aha, je le savais ! s'écrie-t-elle, me brisant les tympans. Ne te l'avais-je pas dit, Louis ? lance-t-elle à son assistant, qui braque aussitôt son appareil photo sur le candidat.
- Et il vous accorde l'exclusivité de sa première interview.

La sorcière me dévisage de ses yeux avides, qui lui donnent l'air d'une fouine. Je la laisse exulter un moment, avant de lui expliquer franchement ce que mon père attend d'elle. Journaliste ou pas, il y a toujours une contrepartie quand on fait affaire avec Basile Preslov. Une fois la transaction conclue, je m'empresse d'aller rejoindre mon cavalier, qui se trouve adossé au buffet, bras croisés. Les manches relevées jusqu'au dessus des coudes, il contemple, silencieux et ennuyé, les convives sur la piste de danse.

- Où étais-tu passé ? m'interroge-t-il, sourcils froncés.
- Depuis quand ça t’intéresse, Potter ?
- Ça ne m’intéresse pas. riposte aussitôt ce dernier.

Le jeune homme fourre ses mains dans les poches de son pantalon, le regard rivé sur un groupe de jeunes filles qui discute bruyamment.

- Mais je pensais que tu voulais me présenter à ton père. Comme ton cavalier, dit-il en détournant les yeux des trois filles qui ne cessent de le fixer en gloussant.

Mon sourire s'élargit lorsque je comprends qu'il cherche un moyen d'échapper à ces groupies. Il est même prêt à rester avec moi, c'est dire à quel point il est dans le pétrin !

Je me tourne habilement sur le côté, de manière à ce que le photographe de la Gazette du Sorcier puissent nous avoir dans son champ de vision. Je verrouille ensuite mon regard au brun et, d'un geste lent et imperceptible, je me rapproche de lui. Je peux faire d'une pierre deux coups. Je vais suivre mon plan de départ; lui présenter mes excuses et... prendre une photo à son insu.

- Ce ne sera pas utile. T'inviter était une erreur, Potter. Et je n'aurai pas dû me servir de ta petite sœur pour t'obliger à m'accompagner, je suis désolée.

Cette fois, mon air innocent semble le convaincre. Sans doute parce que je regrette sincèrement d'avoir mêlé Lily à cette histoire. Comme il garde le silence, je fais un pas de plus dans sa direction.

- Mais, tu sais...

Je suis maintenant si près de lui que je peux sentir les effluves de son parfum. Curieusement, son odeur m'est familière. Je trouve cela un peu étrange, car nous sommes loin- très loin même- d'êtres proches. Du coin de l'oeil, je surveille le photographe qui ajuste son appareil. Alors, qu'est-ce qu'il attend ? C'est maintenant ou jamais ! Pour une fois que Potter ne me regarde pas comme si j'étais sa pire ennemie...

- Même si tu avais refusé d’être mon cavalier, je ne me serais pas vengée sur Lily. je poursuis d'une voix douce, presque caressante.

Cette fois encore, il ne répond rien. Son visage ne trahit aucune émotion. Je ne saurais dire si mes paroles ont un quelconque effet sur sa personne. À la seconde où j'entends le clic de l'appareil photo, je me recule et prends une posture plus naturelle.

- Je voulais juste que tu le saches, James.
- Ma petite sœur semble t'apprécier, soupire-t-il.
- Et ça te surprend ?
- Tu as toujours été horrible, Preslov.

Horrible ? Je serre le poing pour contenir ma colère grandissante. Cet abruti semble oublier qu'il démarre toujours les hostilités. Je ne fais qu'y répondre. Au centuple.

- Ne joue pas les biches effarouchées avec moi, Potter. je siffle, incapable de me retenir. Tu passe ton temps à dénigrer la maison Serpentard, si bien que cela effraie les premières années !
- Qu'est-ce que tu racontes ?
- Tu penses peut-être que ce que tu dis n'a pas d'impact sur les plus jeunes ? Tu es le fils d'Harry Potter.

Et Préfet-en-Chef, qui plus est.

- Merci, je suis au courant. grince-t-il.
- Alors penses-y avant d'ouvrir la bouche, la prochaine fois.

Je regrette mes paroles à l'instant même où elles passent mes lèvres. Mais comment je peux garder mon calme, alors que ce idiot fait tout pour m'agacer ? Le visage du jeune homme pâlit et sa mâchoire se crispe sous l'effet de la colère. Malheureusement, son sourire narquois refait bien vite surface.

- Je crois que le Comte Dracula t'attend, tu ferais mieux d'y aller.

Surprise, je tourne la tête et capte le regard de Monsieur Vladescu, à quelques mètres de là. Il nous toisent d'un drôle d'air, comme s'il ne comprenait pas que je puisse préférer la compagnie de James Potter à la sienne.

- Oui. C'est sans doute mieux que de rester là, à discuter avec un adolescent prépubère. je rétorque, utilisant les propres mots de Dragomir.
- Moi, un adolescent prépubère ? répète le concerné avec un rire incrédule.

Il se redresse et me domine de toute sa hauteur. Pour la première fois, je me rends compte qu'il me dépasse d'une bonne tête, et qu'il est aussi athlétique que Dorian, ou Tobias. Je n'y avais jamais vraiment prêté attention, avant. Son petit côté immature et capricieux devait prendre le dessus.

- Tu n'as rien trouvé de mieux comme insulte ? lance-t-il, me gratifiant de son habituel sourire insolent.

Aucune repartie appropriée ne me vient à l'esprit, alors je me contente d'hausser les épaules. C'est tout de même curieux. Quelle que soit ma provocation, le brun y répond immédiatement. En revanche, lorsque je me montre sympathique, il n'a pas la moindre réaction !

Lorsque j'aperçois mon père monter sur l'estrade en saluant la foule qui l'acclame, je me dis qu'il est vraiment temps que notre relation passe à un autre stade, avec Potter. Alors je décide de faire quelque chose de risquée, et totalement stupide. Flirter.

- Je préfère ta compagnie, pour être honnête. Dragomir Vladescu est tellement collant ! Et il a les mains baladeuses...
- Pourquoi as-tu accepté de danser avec lui, dans ce cas ?
- Pour ne pas décevoir mon père.

Ma voix est faible, on dirait presque un murmure. Je secoue la tête d'un air faussement triste, tandis que mon père commence à parler : « Bonsoir, je suis Basile Preslov, et j'ai l'honneur de vous annoncer que je me porte candidat aux élections... » Il attire instantanément tous les regards. A présent qu'il se trouve sous les feux des projecteurs, plus rien ne peut l'arrêter.

Je m'arrache à sa contemplation pour rencontrer le regard marron-vert de James Potter. Le temps s'écoule trop vite, je dois absolument gagner sa confiance !

- Je t'ai invité pour la même raison. Je ne regrette pas de l'avoir fait, seulement de la manière dont je m'y suis prise...
- Tu ne regrettes pas de m'avoir invité ? répète le brun en détachant tous les mots, l'air abasourdi.
- Non. Tu es un parfait gentleman, James.

Merlin tout puissant. Jamais je ne m'aurais cru capable de dire de telles sottises à James Sirius Potter. Tout cela est tellement... humiliant. J'ignore comment, mais je résiste à l'envie de lui faire ravaler son sourire moqueur.

- Oh, c'est facile. Tu m'es insupportable, ricane-t-il de plus belle.

Je ne peux retenir un petit sourire malfaisant :

- Pourquoi, agirais-tu différemment si tu ne me trouvais pas aussi détestable ?

Voilà qui suffit à ébranler son assurance. James Potter n'a clairement pas l'habitude de perdre le contrôle de la situation, surtout avec les filles.

- C'est pas ce que j'ai dit ! s'exclame le gryffondor, dans un mélange d'incrédulité et de dégoût.
- En es-tu certain, Potter ? je rétorque en arquant un sourcil, amusée.
- Une fois James, une fois Potter... il faudrait te décider, Luciana.

Ça ne répond pas à ma question. J'aimerai savoir une bonne fois pour toute s'il est attiré par moi. Il m'a fallu quoi, un mois pour lui faire arriver à dire mon prénom ? À cette allure là, on y sera encore l'an prochain ! Mais je ne reculerai pas, je suis trop proche du but. Potter m'observe attentivement, comme pour déceler mes intentions. Je m'approche de lui et lui adresse mon sourire de séductrice :

- Ce sera James, alors. je décide dans un souffle.

Le jeune homme arque un sourcil, clairement perplexe. Pour la première fois, sa façon de me regarder me met mal à l'aise. Ses yeux sont si intenses que j'ai l'impression qu'il s'immisce en moi, qu'il fouille mon âme pour découvrir mes sordides secrets. Je tourne alors la tête vers mon père, qui garde les bras en l'air, comme pour embrasser la foule.

« ... un monde nouveau ! Afin que dans un effort commun, nous... »

Nullement intéressée par son discours insipide, je détourne les yeux, m'attardant sur la jeune femme à sa droite. Elle est grande, brune, et d'une élégance impeccable. Elle est vêtue d'une jupe gris foncé et d'un chemisier cintré. Je suis incapable de la lâcher du regard tant elle me rappelle ma mère. Son visage est d'une beauté classique et régulière. Mais contrairement à Maman (qui avait toujours l'air distante et ennuyé lors de ces soirées), cette jeune femme affiche un sourire sincère. Bienveillant.

- J'ai l'immense chance d'avoir le soutien de ma fille Luciana, ici présente...

Par automatisme, j'adresse de grands sourires hypocrites et gestes de la main, aux nombreux invités qui me scrutent avec attention.

- ... et de ma ravissante future épouse, Amelia Rowle, qui me guide, chaque jour, pour devenir digne d’être le prochain Ministre de la Magie.

Autour de moi, l'air semble soudain s'alourdir. Tout se passe comme au ralenti. J'essaie de faire comme les autres, de frapper mes paumes l'une contre l'autre, mais en voyant mon père échanger un baiser avec cette femme, j'éprouve une sensation insurmontable, une répulsion qui me laisse un goût acre dans la bouche.

Le désarroi doit se lire sur mon visage, car James se penche vers moi pour me demander d'une voix adoucit :

- Tu savais que ton père s'était fiancé ?
- Non... non, je l'ignorais.

Je fixe mon regard sur cette jeune femme, Amelia Rowle. Voilà un autre problème dont je vais devoir m'occuper et ce, le plus rapidement possible. Ma décision est prise, et personne ne pourra se mettre en travers de ma route, pas même elle.

Je vengerai ma mère quoi qu'il en coûte.
La rumeur by jalea
Author's Notes:
Bonjour !

Voici le chapitre 13, centré sur James et Luciana, j’espère qu'il vous plaira. Merci à RomanEmma, Sleipnir, Lyra_Bellaqua, Kiara Coper, bouzibouzi, MlleBlack, la vache, LlianaPotter et Helwige pour leurs reviews au dernier chapitre !

A bientôt :)
Chapitre 13 : La rumeur.




- C'est non.

Je déteste les fins de réunions. Il y a toujours un Préfet qui vient me poser des questions, ou me suggérer ses idées. Comme si j'avais quelque chose à faire de ce qu'ils pensent... Le rouquin jette un regard en biais à James Potter, qui reste étrangement silencieux. Ce dernier est appuyé contre le mur, bras croisés, sa cravate dénouée autour du cou.

- Mais... ce serait une bonne occasion de rapprocher les maisons, et de créer de nouvelles amitiés, argumente l’élève, le regard fuyant.
- Si tu le penses vraiment, pourquoi n'es-tu pas allé demander cela directement à McGonagall ?

« Parce que la Directrice ne donnerait jamais son accord pour faire une fête commune dans la Salle sur demande, voilà pourquoi ! » je songe intérieurement. Le rouquin rougit intensément. Je m'en doutais, il n'est qu'un pion dans cette histoire.

- Moi, je trouve l'idée excellente. intervient finalement Potter.

Ben voyons. Prenez-moi tous les deux pour une buse.

- Évidemment, tu en es l’instigateur. Mais en tant que Préfet-en-Chef, tu ne pouvais pas soumettre ta propre idée. C'est pourquoi tu as demandé à Terry Wood de le faire à ta place.
- Woah, souffle le frère de Rosalie. T'es trop forte, dit-il, avant de rougir comme une tomate lorsque je lui décoche un charmant sourire.
- Tire-toi, Wood. Tu ne sais vraiment pas mentir !

Potter le fusille littéralement du regard. Le Gryffondor ne se fait pas prier et quitte rapidement la salle en manquant de trébucher. Alors que le jeune homme se tourne vers moi, je me prépare mentalement à l'écouter car je sais qu'il ne va pas abandonner la partie si facilement. Contre toute attente, le brun s'installe face à mon bureau, l'air soudain très sérieux.

- Je voulais te parler de quelque chose.
- Je t'écoute.

Merlin merci, il ne va pas me harceler pour que j'accepte d'organiser cette fête dans la salle sur demande... Je le regarde, attendant qu'il reprenne la parole, mais il se contente de sortir un journal de son sac qu'il jette sous mon nez. Je reconnais aussitôt la photo de la Gazette du Sorcier qui circule dans les couloirs depuis ce matin. J'ai un bras posé sur son épaule, et nous nous tenons très près l'un de l'autre.

Je fournis un gros effort pour dissimuler ma satisfaction et prends un air étonné.

- Tout le monde pense qu'on sort ensemble, maintenant.
- Ah ? fais-je simplement. Je ne sais pas quoi te dire, James. J'ignorais qu'un photographe se trouvait là.
- Ton numéro de sainte nitouche ne prend pas avec moi, Preslov. claque-t-il sèchement.

Je repose sagement ma plume et joins mes mains devant moi, sur la table. En général, je ne laisse personne me manquer de respect, et encore moins cet idiot de Potter. Si je ne me retenais pas... je me triture les doigts pour calmer ma rage, et plonge mon regard bleu nuit dans le sien.

- Tu penses que j'ai organisé tout cela, Potter ? Que j'ai payé quelqu'un pour qu'il prenne cette photo ? Sérieusement ?
- Je n'en sais rien, mais je n'aime pas ça. Je n'aime pas devoir expliquer ça à mes amis. précise-t-il en pointant du doigt la photo, le ton hargneux.
- Et bien, moi non plus !

Je ne peux pas empêcher la colère et la frustration de percer dans ma voix. Je fais tout ce qui est humainement possible pour lui être agréable. Après le Bal, je pensais que notre relation avait évolué, mais je me suis trompée. Depuis notre retour à Poudlard, James se comporte comme si j'étais sa pire ennemie.

Mon regard est attiré par la seconde photo qui accompagne l'article : « Basile Preslov, nouveau Ministre de la Magie ? ». Encore une fois, je vois mon père saluer la foule, avant qu'il n'embrasse cette femme. Amelia Rowle.

- Tu... tu as eu l'occasion de la rencontrer ?

Mon coeur manque un battement. Je lève les yeux vers Potter pour m'assurer que je n'ai pas rêvé, et qu'il m'a bien posé cette question. Son regard est fixé sur moi et sa voix est anormalement basse, comme s'il craignait que quelqu'un surprenne notre conversation. Une conversation que deux ennemis ne devraient pas avoir. Je force un sourire, puis réponds :

- Non. Mais cela ne saurait tarder.
- Mes parents ont toujours été ensemble. J'ai du mal à imaginer ce qui se passerait si...
- Si... ?

Mon regard se fait suppliant. Allez, un petit effort, James, qu'y a-t-il de mal à discuter comme des personnes civilisées ? Mais sa phrase reste en suspens. Son regard devient distant lorsqu'il s'adosse contre sa chaise. Je comprends alors qu'il lutte intérieurement pour ne pas se comporter de manière amicale avec moi.

- Les rumeurs finiront par retomber et s'user d'elles-mêmes. je reprends, brisant le lourd silence qui vient de s'installer.
- Je l’espère ! dit-il, retrouvant son air grognon et sa mauvaise humeur.
- Tu sais... si je n'avais pas conscience de ma beauté, je pourrais me vexer. Tu fais la tête de quelqu'un qui se serait fait photographier avec le calmar géant, j'ajoute lorsqu'il lève les yeux dans ma direction.

Le brun recule bruyamment sa chaise, comme pour mieux m'observer. Je soutiens son regard sans ciller, tandis qu'il arque un sourcil et me considère d'un air méprisant.

- Conscience de ta beauté ? répète-t-il dédaigneusement. Tu n'es pas si jolie que ça, Preslov ! J'ai déjà vu mieux.
- Permets-moi d'en douter.

Mon assurance semble le troubler l'espace d'un instant, mais il se reprend bien vite :

- Pour qui tu te prends, une Vélane ?
- Non, mais je suis la plus jolie fille de Poudlard.

Ce n'est pas de l'arrogance mal placé. C'est juste... un fait. Et bien que je n'accorde aucune valeur à ma beauté, j'admets l'avoir toujours utilisée pour obtenir ce que je voulais. James Sirius Potter est peut-être très doué pour faire croire qu'il n'a rien remarqué, il n'en reste pas moins un garçon avec des yeux. Il sait forcément que je suis la plus jolie fille de l'école.

- Plus vite tu finiras par l'admettre, mieux cela ira entre nous.

Pourquoi résister, Potter ? Je ne te lâcherai pas avant d'avoir trouvé le moyen de te faire tomber dans mes filets.

- Et comment ça pourrait mieux aller entre nous ? Je ne te supporte pas, argue-t-il.
- Je ne suis pas si horrible que ça, tu sais. Si tu prenais la peine de me connaître, je suis sûre que...
- Je te connais, Preslov !
- C'est faux. Tu ne sais rien de moi.

Ma voix est aussi froide et tranchante qu'une lame de couteau. Je me mords les lèvre, maudissant mon impulsivité. Ce genre de chose n'arrive qu'avec Potter, j'ai une grand maitrise de moi-même, en temps normal. Sans prévenir, le jeune homme se lève pour appuyer ses avant-bras sur le bureau. J'ai aussitôt un mouvement de recul. Dans cette position, il me rappelle mon père dans ses grands moments de colère. C'est assez... déstabilisant.

J'essaie de chasser mes mauvais souvenirs pour me concentrer sur le Gryffondor :

- Et qu'est-ce qui te fais croire que j'ai envie d'en apprendre plus à ton sujet ? siffle-t-il lentement.
- Je veux juste... qu'on essaie de s'entendre. Nous sommes tous les deux Préfets-en-Chef.
- Encore cette histoire de Préfets ! Ensuite, tu vas me demander de t'accompagner à une autre soirée, c'est ça ?

Ses paroles me font prendre conscience de l'énorme erreur que j'ai faite en l'invitant au gala. A présent, il se méfie de ma gentillesse car il pense que j’attends quelque chose en retour. Un sentiment désagréable me noue le ventre. Je dois impérativement instaurer un climat de confiance entre nous.

- Je ne voulais pas me servir de toi, James. Je t'ai expliqué pourquoi j'avais besoin que tu m'accompagnes...

Ma voix est douce, mais déterminée. Malheureusement, elle n'a aucun effet sur Potter; c'est à peine s'il me regarde. Sans dire un mot, il récupère le journal sur la table pour le froisser en boule et le jeter à la poubelle. Comme il ne dit rien, j'insiste :

- James ?
- Arrête de m'appeler comme ça ! s'écrit-il subitement.
- Mais... c'est ton prénom.

Ses yeux marron-vert me fixent durement. Pour la première fois, j'ignore quelle attitude adopter et doute de mes capacités à le séduire. Je ne peux pas l'obliger à tomber amoureux de moi, tout de même !

- Je n'aime pas l'entendre dans ta bouche. Seul mes amis m'appellent James.

Ça à le mérite d'être clair. Je baisse la tête pour dissimuler ma défaite, quand une dernière idée me vient à l'esprit pour le faire flancher. Je me lève à mon tour, et je fais le tour de la table pour lui faire face. Je prends plaisir à lire dans ses yeux marrons, la surprise, l'interrogation puis la résignation.

- Très bien, Potter, comme tu voudras. Il est inutile de te mettre dans cet état. À croire que je t'ai vexé...
- Vexé ? Pourquoi serais-je vexé ? rit-il en se massant la nuque.

Je le savais ! Il est réellement contrarié parce que je me suis servie de lui. J'ignorais que James Potter était aussi susceptible, je serais plus prudente, à l'avenir.

- Je t'ai blessé dans ton amour-propre. Tu aurais sans doute préféré que je t'invite parce que je t'apprécie, et non pour me servir de ta notoriété...
- Absolument pas ! s'exclame Potter les yeux écarquillés, tu n'as pas entendu ce que je viens de te dire ? Je ne te supporte pas, Preslov.

Je penche la tête sur le côté et l'observe en me mordant la lèvre inférieure, comme si j' étudiais un tableau abstrait qui défiait toute compréhension. Pourquoi ne réagit-il pas comme les autres garçons ?

- Alors, tu ne m'aimes vraiment pas ?
- Preslov... depuis quand tu te préoccupes de savoir si je t'aime ou non ? élude Potter, me dévisageant à son tour.

Lorsque son regard se pose sur ma bouche, il déglutit, mais il reprend bien vite sa moue agacée, comme si de rien était. Miracle ! Je commençais sincèrement à croire que je ne lui faisais aucun effet. Un sentiment de soulagement se répand dans mes veines et se propage jusqu'à la pointe de mes doigts. Et dire que j'ai failli tout abandonner...

- Qu'est-ce que tu fais ? demande aussitôt Potter, en me voyant m'approcher.
- Je ne te fais pas peur, si ? je susurre, un sourire railleur aux lèvres.
- C'est un nouveau jeu ? rétorque le jeune homme d'une voix plus assurée.
- Peut-être bien.

Avant que j'aie pu réagir, le gryffondor comble la distance qui nous sépare, s'arrêtant à quelques centimètres à peine de moi. Qu'est-ce que... ? Son regard s'assombrit quand il parcourt mon corps des pieds à la tête. J'ai l'impression qu'il brûle chaque parcelle de ma peau qu'il examine. Quand il se penche un peu plus vers moi, je retiens inconsciemment mon souffle.

- Dans ce cas, tu ferais mieux de ne pas sous-estimer ton adversaire. souffle-t-il d'une voix rauque.

C'est un avertissement.

Je résiste à l'envie d'éclater rire. C'est moi qui donne les avertissements, ici. Moi, qui menace les élèves quand ils refusent de m'obéir. Pense-t-il vraiment pouvoir m’effrayer, simplement en me déshabillant du regard ? Par Merlin, je suis tout de même sortie avec Tobias Llyod ! Et je ne compte pas le nombres d'hommes que j'ai gentiment remis à leur place lors de dîners mondains.

Je rêve de lui jeter un sort qui lui ferait ravaler son impertinence. Malheureusement, mes projets m'en empêchent, et comme il est évident que James Potter à l'habitude de contrôler la situation avec les filles... Je n'ai pas d'autre choix que de lui faire ce plaisir. J'affiche donc une expression (faussement) troublée, digne d'une sorcière de dix ans qui se demande si elle va recevoir son premier baiser. Je prends même soin de bégayer pour lui faire croire que sa proximité me perturbe :

- Je... je sais toujours à qui j'ai affaire, Potter.

Intérieurement, je bouillonne, mon cœur bat à tout rompre. Quelle humiliation. Me rabaisser de la sorte uniquement pour flatter l'égo de cet imbécile de Potter ! Ce dernier ne semble pas remarquer mon manège, puisqu'un sourire triomphant s'étire sur ses lèvres. Parfait.

- Tu veux bien t'écarter de mon chemin, maintenant ? je demande, toujours sur ce ton hésitant, presque embarrassée.
- Mais bien sûr, s’exécute le brun.

« Crétin ! » je songe en retournant à mon bureau. Il n'a aucune, mais alors aucune, idée de ce que je lui réserve.
Le Diable en personne by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Voici le chapitre 14, j’espère qu'il vous plaira !

Merci à tous pour vos adorables reviews au chapitre précédant :D

Concernant la suite de l'histoire : ça a démarré lentement, mais ce chapitre marque un tournant dans la relation entre James et Luciana. A partir de maintenant, Lucia va nous montrer de plus en plus son côté obscur, je préfère vous prévenir xD


A très bientôt ! :)
Chapitre 14 : Le Diable en personne.




- Luciana, par ici !

Je me fige à l'entrée de la porte en grimaçant. Elsa Colins me fait signe de la rejoindre. Par Merlin, cette gryffondor est folle ! Elle s'imagine que nous sommes amies, alors que je passe mon temps à l'envoyer paître.

- Quoi ? fais-je sèchement, m'arrêtant à sa hauteur.
- Je t'ai gardé une place, dit-elle en souriant. Oh mon dieu j'adore ton collier, ce sont de vraies perles ? enchaîne-t-elle sans me laisser le temps d'en placer une.
- Évidemment que ce sont de vraies perles.

Tout ce qui intéresse cette fille, ce sont mes bijoux et mes vêtements.

- Tu t'assieds à côté de moi ? me lance-t-elle, reculant la chaise à sa gauche.
- Non.
- Pourquoi pas ?

Son sourire se fane instantanément. En regardant ses cheveux blonds, son visage de poupée de porcelaine et ses grands yeux bleus, je me dis qu'elle a bien de la chance. J'envie son air angélique, et je trouve dommage qu'elle n'utilise pas tout son potentiel. Elsa Colins est trop superficielle et obsédée par elle-même. Dans le cas contraire- si elle se servait plus de ta tête que de son décolleté, j'entends- peut-être pourrions-nous devenir amies.

- Parce que tu es un vrai moulin à paroles et que j'aimerais suivre le cours. je réponds froidement.
- Oh, allez ! rit la blonde, je te promets de me taire.
- Oui, mais moi, je ne peux pas te promettre de réussir à me retenir de t'étrangler.

Alors que je vois le visage de Colins se décomposer, je n'arrive pas à m'en vouloir. J'éprouve même une certaine satisfaction en remarquant dans ses yeux toutes les larmes qu'elle ne manquera pas de verser une fois que je serais partie. Cette fille pleure tellement souvent qu'un jour, elle finira probablement par se noyer.

- Je vais m'assoir à côté de toi, Elsa.

Je me hérisse en entendant ces mots.

Je reconnais immédiatement cette voix grave et mélodieuse. J'inspire profondément et tourne la tête pour voir James Potter s'avancer vers moi. Sans un mot, il dépose son sac sur la table. J'ai droit à un regard meurtrier, avant qu'il ne se tourne vers la blonde pour la consoler. Je serre les poings pour lutter contre une sorte de rage que je n'explique pas. Nul doute qu'Elsa Colins va profiter de la situation, depuis le temps qu'elle essaye de mettre le grappin sur Potter...

Je rejoins ma place habituelle et fusille du regard mon voisin :

- Pourquoi tu ne m'as pas dit que Potter était derrière moi ?
- Ça aurait changé quelque chose ? rétorque Dorian, me dévisageant de ses yeux azur. Tu aurais été plus sympa avec Colins ?
- J'aurai au moins essayé, je grommelle avec mauvaise foi.

Mon meilleur ami arque un sourcil, visiblement perplexe. Bon, je l'admets : je ne peux rien faire contre ma méchanceté matinale, surtout lorsque j'ai passé une mauvaise nuit.

J'essaie de me concentrer sur le cours, mais je n'y parviens pas. Je n'écoute que d'une oreille les instructions du Professeur Slughorn. J'ai conscience que je dois rattraper le coup avec Potter, mais je suis trop fière pour me rabaisser à présenter des excuses à Colins !

Je tapote les doigts sur la table, signe que je gère mal la tournure des événements. Je fixe ensuite mon regard sur les deux gryffondor, indécise. Combien de fois vais-je devoir encore m'humilier devant James Potter ? Malgré mon plan de vengeance, une partie de moi déteste l'idée de devoir jouer un rôle, faire semblant d'être quelqu'un que je ne suis pas.

Mais quelles que soient mes sentiments personnels, je dois franchir le pas, et réussir à me convaincre que tous mes mensonges et mauvaises actions sont nécessaires. Lorsque James Potter se lève de sa place, je saute aussitôt sur l'occasion et m'empresse d'aller voir Colins. Quand ses yeux se posent sur moi, elle a un mouvement de recul si violent que sa chaise grince sur le plancher.

- Qu'est-ce que tu veux, Preslov ? lâche la jolie blonde, d'un ton à la fois provocateur et apeuré.

Je me retiens de lever les yeux au ciel, tandis qu'elle croise les bras sur son opulente poitrine. Si c'est là une tentative pour m’impressionner, c'est raté. Avant de prendre le parole, je m'assure que James Potter peut entendre notre conversation. Alors que je le cherche du regard, je le surprend à nous observer depuis l'armoire à ingrédients. Excellent.

- Je voulais te présenter mes excuses, Elsa. Je n'aurai pas dû te parler de cette manière.

Je regrette immédiatement mes paroles lorsque je vois son visage s'illuminer. Oh mon Dieu, elle ne va plus me lâcher !

- Oui, c'est vrai. approuve la gryffondor, retrouvant son air guilleret. Pourquoi es-tu si méchante avec moi ?

Je lâche un soupir à fondre l’âme. Sa voix enfantine me tape sur les nerfs, le son est insupportable; un bruit aigu et strident qui me vrille les tympans. Allez, autant me débarrasser du problème le plus vite possible ! Je me concentre davantage sur mon jeu d'actrice et affiche une mine faussement contrite :

- Ce n'est pas intentionnel, je t'assure. Je suis un peu chamboulée, en ce moment... je viens d'apprendre que mon père va se remarier, j'ajoute en baissant la tête.
- Oh, c'est pas vrai ! Ton père va se marier ?! s’exclame Colins, attirant l'attention de tous les élèves.

Que je n'ai pas encore entourer son cou gracile de mes mains pour l'étrangler relève du miracle. Je me retourne pour lancer un regard d'excuse au Professeur, mais ce dernier ne nous prête pas attention.

- Oui. C'était dans la Gazette du Sorcier, tu n'as pas lu l'article ?

L'ironie dans ma voix est parfaitement perceptible. Je le sais, parce que Dorian m'adresse un demi-sourire railleur. Comme si Elsa Colins s’intéressait à l'actualité... Soudain, sans que je ne comprenne comment ni pourquoi, la blonde se lève et se jette dans mes bras.

- Tu es toute excusée ! En tant qu'enfant de parents divorcés, je sais exactement ce que tu traverses ! Ça s'arrangera avec le temps, crois-moi.

La voilà maintenant qui me tapote le bras comme si j'étais celle à plaindre. J'en profite pour jeter un regard en biais à Potter. Il m'observe sourcils froncés, et paraît surpris par mon changement d'attitude. Intrigué, même. Allez, Luciana, encore un petit effort !

Je force un sourire qui se veut aimable, puis dis :

- Oui, sans doute. Merci pour ton soutien.
- Aucun problème. Si tu as besoin de parler, je suis là ! Et si tu veux sortir un peu, te divertir, on peut aller ensemble à Pré-au-lard le weekend pro...
- C'est noté. je la coupe brutalement, ne supportant plus son babillage.

A la seconde où je me détourne de la Gryffondor, mon expression change du tout au tout. Je sens mon sourire se durcir sur mon visage. « Pauvre idiote ! » je grommelle pour moi-même.

- Tu as dit quelque chose ?

Je tourne la tête et découvre une tête brune qui me dévisage avec un air de défi. Melinda Jones, la meilleure amie de James Potter (pour je ne sais quelle raison !) semble m'avoir entendu. Un rictus malfaisant se dessine sur mes lèvres. J'ai envie de blesser quelqu'un, de faire mal, de me défouler ! Mais en même temps, j'ai conscience que cette gryffondor ne m'a rien fait, et que James Potter n'est pas très loin...

Malheureusement, je n'arrive pas à contenir la rage qui me consume de l'intérieur. Je m'approche alors de la jeune fille, et m'abaisse à son niveau pour la regarder droit dans les yeux. Nos visages ne sont qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. La brune soutient mon regard, prête à encaisser mes attaques sans broncher.

- Oui, Jones, j'ai dit "pauvre idiote". Mais rassure-toi, je ne parlais pas de toi.

Ses yeux d'un marron terne se posent un bref instant sur Elsa Colins, assise au deuxième rang.

- Tu es vraiment quelqu'un de mauvais, marmonne-t-elle d'une voix chevrotante.
- Ne fais pas semblant de te préoccuper de cette chère Elsa alors qu'au fond, tu meurs de jalousie...

Je me penche lentement vers son oreille et, pour que personne n'entende, j'ajoute dans un murmure :

- ... parce que ton meilleur ami s'est assis à côté d'elle, aujourd'hui.

Son visage blêmit, et elle recule un peu, comme si elle venait d'être frappée. Mon sourire s'élargit, tandis qu'elle rougit de honte et baisse le nez sur son livre. Bon sang, cette gryffondor est une vraie calamité ! Du coin de l'oeil, je vois Potter nous dévisager d'un air suspicieux, mais je l'ignore. Je sais que Jones n'osera rien lui dire, ou cela reviendrait à avouer ses sentiments.

- Je vais prendre ça, dis-je sèchement en attrapant quelques racines de valérianes.

Sur ces derniers mots, je retourne à ma place avec une étrange sensation au creux de l'estomac. Je ne suis pas vraiment fière de moi. Melinda Jones est une proie trop facile, trop faible. De plus, si je deviens la petite-amie officielle de James Potter, nous serons forcés de nous voir plus souvent.

- Tu crois vraiment que c'est une bonne idée de te mettre Jones à dos ? C'est la meilleure amie de Potter.

Je me tourne aussitôt vers mon voisin, le regard meurtrier. Oui, je sais, c'était une erreur !

- Dorian, si tu n'aimes pas comment je me comporte, dis-le carrément.

J'en ai assez de ses remontrances, de ses leçons de morales. D'autant plus que Dorian n'a rien d'un ange ! Il passe son temps à se moquer des gryffondor et à jouer les faux don Juan ! Sans oublier qu'il prend part à toutes mes machinations... Le blond passe une main dans ses cheveux ondulés, l'air lasse et inquiet.

- C'est juste que... je ne comprends pas pourquoi tu t'acharnes sur cette pauvre fille. Et je ne parle pas Colins ! En ce moment, tu es encore plus...

Il s'interrompt devant mon regard noir de fureur.

- Encore plus quoi ? je siffle entre mes dents, essayant tant bien que mal de garder mon sang-froid.
- Encore plus malfaisante. Qu'est-ce qui serait arrivé à ce première année, si je n'étais pas intervenu hier matin ?

En me remémorant l'incident de la veille, je me sens un peu embarrassée. J'ai failli en venir aux mains avec ce gosse.

- Je n'en sais rien. Je l'aurai probablement enfermé dans un placard à balai avec le Baron Sanglant.

Ma plaisanterie ne l'amuse pas. Il se contente de hausser les épaules, avant de s'emparer de quelques racines de valérianes pour les plonger dans notre chaudron. Je laisse planer le silence entre nous un instant, puis je tente de le rassurer :

- Je vais me reprendre, Dorian. Si je suis tellement à cran, c'est à cause de cette femme, Amelia Rowle. Elle contrarie mon plan.

Ses yeux bleus songeurs se posent sur moi :

- C'est peut-être quelqu'un de gentil.
- Qu'elle soit gentille m'importe peu ! je chuchote d'une voix agacée.

Pourquoi mon meilleur ami s'évertue-t-il à croire que je suis une adolescente comme les autres ? Penses-t-il sincèrement que je me soucie de savoir si ma future belle-mère est gentille ? Non. Elle n'est rien d'autre qu'un pion sur l'échiquier de mon père.

Un pion que je n'hésiterai pas à sacrifier pour remporter la partie.


******


Ma petite mise en scène de ce matin semble avoir porté ses fruits. J'ai pu constater une légère différence dans le comportement de James Potter, aujourd'hui. Il n'a pas grogné une seule fois, ou pris la fuite en me voyant. Notre ronde s'est déroulée en silence, et bien qu'il ne m'ait pratiquement pas adressé la parole, j'ai senti qu'un changement s'opérait en lui.

A présent que Potter pense contrôler la situation en gardant ses distances et qu'il s'efforce d'être poli, je m'interroge sur l'efficacité de mon plan. Mes prochaines actions seront décisives, c'est pourquoi je dois affiner ma stratégie. Je suis pressée par le temps, il me faut trouver un moyen pour faire avancer notre relation. Une fois que nous serons "ensemble", je pourrais me consacrer totalement à mon père, et à ma vengeance.

- Tu avais raison.

Je suis perdue dans mes pensées, et mets un peu de temps à réaliser que James s'adresse à moi. Je me décide à relever la tête et me tourne vers lui. Son regard est fuyant, comme si le poser sur moi pouvait lui brûler la rétine. Il ajoute, si bas que je manque de ne pas l'entendre :

- Nous sommes tous les deux Préfets et ce serait mieux si... on essayait de s'entendre.
- Qu'est-ce qui t'as fait changer d'avis ?
- Elsa Colins, m'avoue le jeune homme. Elle semble t'apprécier. Même si tu passes ton temps à lui crier dessus, croit-il bon d'ajouter.
- Je me suis excusée auprès d'elle !

Sans le vouloir ma voix à monté d'un cran. Ne voit-il pas tous les efforts que je fais pour lui plaire ? Je me suis rabaissée, allant même jusqu'à lui faire croire qu'il m'intimidait ! En général, je ne perds pas mon temps à discuter avec des gens qui me méprisent et me haïssent. Je ne cherche pas à être sympathique, et je me fiche bien de ce que les autres pensent ou disent à mon sujet, à commencer par James Sirius Potter.

J'en suis presque à regretter de l'avoir préféré à Dragomir Vladescu.

Je ne pensais pas qu'il serait aussi difficile pour moi de changer ma personnalité uniquement pour séduire un homme. Je déteste ça. Je déteste la situation inconvenante dans laquelle je me trouve. Je suis obligée d'abonder dans le sens de Potter afin de le contenter, suis forcée d'être gentille avec les autres lorsqu'il est dans les parages... Par Merlin, c'est épuisant ! Et c'est tellement loin de ma véritable nature que c'en est presque comique.

J'ai cependant conscience que mon mauvais caractère est un obstacle invincible; il est mis à rude épreuve à chaque fois que Potter à la malheur d'ouvrir la bouche. Une ultime mise au point me semble alors nécessaire. Pour cela, je vais devoir jouer la carte de la franchise.

- Je ne le fais pas exprès, tu sais. D'être aussi méchante, fais-je en prenant un petit air coupable.

Je lui emboîte le pas afin qu'il ne puisse pas lire sur mon visage, et continue de marcher en essayant de cacher mon agacement. Avouer mon pire défaut est une bonne tactique, je lui montre ainsi que je connais mes imperfections.

- Ce n'est pas l'avis de Tobias Llyod. Il dit à qui veut l'entendre que tu es le diable en personne.

À l'entente de ce nom, mon estomac se serre. Bien que je ne prête jamais attention aux paroles de Tobias, un lourd sentiment de fatalité me submerge. Le Diable en personne. Peut-être... peut-être a-t-il raison.

- Et tu penses comme lui ?

Ma question prend de court le jeune homme; il manque de me rentrer dedans lorsque je m'arrête pour lui faire face.

- Je ne sais pas trop. J'ai du mal à te cerner, Preslov.
- Moi aussi, j'ai du mal à te cerner.

Pour une fois, nous sommes sur la même longueur d'onde. La plupart du temps, je ne comprends pas ce qui se passe dans la tête de Potter. Et en ce qui concerne les filles, il me laisse perplexe : il est toujours en train de flirter avec celles qui lui tournent autour, mais il résiste fermement à mes avances !

Ses yeux marrons me fixent intensément. Potter me regarde d'une manière telle que j'ai l'impression qu'il cherche à me transpercer du regard ou à lire dans mon âme.

- Tu as mon autorisation, au fait. De m'appeler James.

J'affiche un air faussement timide alors qu'intérieurement, je jubile. Ça n'a pas été facile, mais j'ai réussi à le convaincre que je ne suis plus la même personne, que j'ai évolué dans le sens opposé. Mais soudain, l'expression du brun change : il me dévisage avec l'air de se demander si je mérite qu'il m'accorde sa confiance.

Tu ne devrais pas, Potter. En réalité, ma vie toute entière est un mensonge. Je suis fourbe, manipulatrice et amorale. Tout ce qui m'importe, c'est ma soif de vengeance. Je me fiche de tes sentiments ou tes espoirs. Je me servirai de toi autant qu'il me plaira.

Je m'efforce de ne pas dire tout haut ce que je pense, même si je rêve de révéler au monde entier mes véritables motivations.

- Quel honneur ! je rétorque avec un brin d'ironie, ce qui n'échappe pas au rouge et or.

Mon sourire amical achève de le convaincre que nous devrions essayer de nous entendre, et il me rend mon sourire. A ce moment précis, quelque chose s'éveille en moi. Quelque chose de profondément enfoui, quelque chose d'effrayant.

La noirceur qui m'envahit me procure un sentiment de terreur, mais aussi, je le crains... de toute puissance.
Conseillère personnelle by jalea
Author's Notes:
Bonjour ! :)

Je tiens d'abord à m'excuser pour cette longue absence, mais j'avais peu de temps libre pour écrire...

Merci à tous ceux qui ont pris le temps de laisser des reviews sur mes fics, ça me fait très plaisir :D

J’espère que ce chapitre vous plaira,
On se retrouve tout en bas ;)
Chapitre 15 : Conseillère personnelle




Ce matin, j'ai reçu une lettre de mon père me « priant » de le rejoindre aux Trois-Balais. J'ai tout de suite su qu'il avait une idée en tête. Basile Preslov est quelqu'un de très occupé par son travail, il n'accorde que peu de temps à sa fille.

Avant d'entrer dans le Bar, je vérifie mon allure dans la vitrine. Mes cheveux noirs sont lissés impeccablement et mes yeux bleu-gris mis en valeur par un maquillage léger. Sous mon imper, je porte une jolie robe rose pâle et une barrette assortie dans les cheveux, ce qui me donne l'air encore plus jeune. Je me contemple en fronçant le nez; je n'arrive pas à savoir si c'est une bonne chose.

Lorsque je me décide à franchir la porte, mon regard se pose immédiatement sur une silhouette, à ma gauche. Je constate que mon père n'est pas seul, un homme d'une trentaine d'années l'accompagne. Il est tiré à quatre épingles et porte une paire de fines lunettes. Je regrette aussitôt mon choix vestimentaire : il s'agit d'un rendez-vous d'affaire.

Mon père lève la tête en m'apercevant et je m'avance vers lui d'un pas assuré. « L'habit ne fait pas le sorcier » comme on dit.

- Ah, Luciana ! Je te présente Monsieur Nelson, mon assistant.

L'homme en question se lève pour me saluer. Je me rends compte qu'il est plus jeune que je le pensais, il ne doit pas avoir plus de vingt-cinq ans. Le jeune homme me contemple un moment, l'air étonné de ma présence.

- Enchantée, dis-je poliment.

J'ai droit à un regard méprisant, avant qu'il ne se détourne :

- Vous devez sûrement plaisanter, Monsieur Preslov ! Cette jeune fille n'est absolument pas quali...
- Ma fille est plus que qualifiée pour cette mission, le coupe sèchement l’intéressé.

J'arque un sourcil interrogateur en observant les deux hommes. De quelle mission parlent-ils ? Je regarde Monsieur Nelson qui blêmit et cesse de parler; il se fige comme une statue. Cet idiot ignorait vraiment que j'étais la fille de son Chef ?

- Qui y a-t-il, Henry ? reprend mon père avec entrain, c'est pourtant vous qui me poussiez à avoir un conseiller personnel. Et bien, le voilà ! lance-t-il en me désignant, c'est ma fille Luciana qui va préparer ma campagne électorale.

Mes yeux s'écarquillent de surprise lorsque je réalise l'importance de ce qu'il me demande. Sa conseillère personnelle ? Cela signifie qu'il m'accorde sa confiance la plus totale. Et c'est exactement ce que je veux. Ainsi, je pourrais continuer d’œuvrer dans l'ombre...

Mon cœur se met à tambouriner dans ma poitrine. Un sentiment d'assouvissement m'envahit, un sentiment de force, de puissance. Je n'ai jamais été aussi proche du but ! Il me reste quelques pas à franchir, certes, et mon adversaire est aussi féroce qu'un dragon en chasse, mais je parviendrai à mes fins. Je vais ruiner la carrière et la campagne politique de mon père. Je veux le faire souffrir. Je veux le détruire.

Mais plus que tout, je veux le regarder dans les yeux et y lire le remords lorsqu'il comprendra où ses choix l'ont mené, que sa propre fille est responsable de sa perte.

- Je pensais à quelqu'un de plus expérimenté...

Le son de la voix de Mr. Nelson a pour effet de me ramener brusquement à l'instant présent. Je m'adosse contre le dossier de ma chaise, retenant un soupir exaspéré. Pourquoi ai-je besoin d'assister à leur stupide échange ? Comme si je n'avais pas autre chose à faire de ma misérable vie... Mon père allume un autre cigare alors que le premier se consume encore dans le cendrier. Il perd patience, c'est évident. Il ne supporte pas qu'on discute ses décisions, et encore moins qu'on lui tienne tête.

- Où est le problème ? peste ce dernier en recrachant sa fumée entre ses dents, vous serez là pour l'assister !

Pardon ? A mon tour, je jette un regard dédaigneux à l'intrus. Je ne veux personne dans mes pattes, et surtout pas un des employés de mon père ! Henry Nelson soutient mon regard avec arrogance, comme dans une sorte de bras de fer, tandis que de mon côté, j'élabore déjà un plan pour l'évincer.

- Avec tout mon respect, monsieur Preslov... votre fille est toujours à Poudlard. Qui vous accompagnera lors de vos déplacements ?

Il ne m'en faut pas plus pour comprendre que ce petit prétentieux convoite mon poste.

- Père s'est déjà occupé de cela. N'est-ce pas ?

Un sourire satisfait étire ses lèvres, tandis qu'il tire une longue bouffée de son cigare.

- J'ai expliqué la situation à la Directrice, ce matin. Luciana pourra s'absenter lors de d’événements importants. Et elle travaillera avec moi pendant les vacances de Noël.
- Oh, père ! C'est formidable, je minaude en joignant mes mains.

Mon numéro de fille modèle semble encore plus agacé monsieur Nelson, qui me vrille du regard.

- Luciana, prouve donc à ce cher Henry que tu es compétente.

Mon sourire se fige aussitôt. Pourquoi devrais-je prouver quoi que ce soit à cet homme ? Je le connais depuis à peine deux minutes !

- De quelle manière ? dis-je néanmoins, conservant mon sourire mielleux.
- Eh bien, par exemple.... La semaine prochaine, je me rends au village de Berwick pour donner un discours.

Il me faut moins d'une pour donner une réponse :

- Quarante-cinq pourcent des habitants sont des Née-Moldu. Tu devrais t'y rendre avec Miss Rowle, ainsi tu obtiendras un maximum de voix...

Mon père hausse un sourcil en me dévisageant. Il paraît surpris que je sois au courant que sa future épouse est d'origine Moldue. Pourtant, cela n'a rien d'un secret ! Je l'ai lu dans la Gazette du Sorcier... Et c'est là la seule et unique raison de l’intérêt soudain de mon père pour cette femme : qu'elle soit d'origine Moldue .

- Quarante-cinq pourcent ? D’où tenez-vous ces chiffres ? m'interroge Nelson, d'un air à la fois agacé et dubitatif.
- D'un registre que j'ai lu à la bibliothèque.

Ma voix est si cassante que le sorcier a un mouvement de recul. S'il croit pouvoir abuser de sa position parce que je suis plus jeune que lui, c'est mal me connaître !

- Pff, la bibliothèque de Poudlard ! ricane-t-il, amer, les livres sont aussi âgées que la Directrice !

Quelques têtes se tournent dans notre direction, et je n'ai qu'une envie, jeter un sort à cet abruti ! Je le gratifie cependant d'un sourire hypocrite, consciente que mon père ne manque pas une miette de la scène.

- Je tiens ces chiffres d'un livre que j'ai lu à la bibliothèque, oui. La bibliothèque de mon père. je rétorque, d'une voix lente et doucement moqueuse.

Finalement, la honte le submerge. Nelson invente un prétexte pour s'échapper, les joues rouges de confusion et de colère.

- Je crois qu'il ne m'aime pas beaucoup, fais-je remarquer en le suivant des yeux.
- Évidemment que non, soupire mon père. Les hommes ambitieux n'aiment pas les femmes plus intelligentes qu'eux.

Passant outre ma perplexité, il poursuit d'un air enthousiaste :

- Nous allons organiser un banquet afin de réunir toutes les personnes influentes. Voici la liste, peux-tu t'occuper des invitations ?
- Bien sûr.

Il me tend un petit rouleau de parchemin avant de me faire un signe de la main pour mettre fin à notre entretien. C'est ça, comme si je faisais partie du petit personnel !

En me levant, je lui pose la question qui me brule les lèvres :

- Quand aurais-je l'occasion de rencontrer Amelia Rowle ?
- Lors du banquet, je suppose.

Sa voix sonne comme un avertissement. Je ne devrais pas insister, mais je ne peux pas m'en empêcher. Je suis tout de même sa fille ! J'ai droit à un minimum de considération, non ?

- Avez-vous fixé la date du Mariage ?
- Tu n'as pas à t'occuper de cela, Luciana. tranche-t-il d'un ton brusque.
- Bien.

Agrippant le tissu du bas de ma robe, je la froisse dans mon poing. Ce n'est pas suffisant pour me calmer. Je prends alors une grande inspiration et tourne les talons. A quoi m'attendais-je, des confidences ? Une discussion père-fille, peut-être ? Ce n'était qu'un rendez-vous professionnel, rien de plus.

Tout à coup, mon père se retrouve debout près de moi et m'empêche de partir. Sa main, refermée autour de mon bras comme un étau d'acier m'oblige à rester sur place : « Mais c'est le fils Potter ! » s'exclame-t-il avec ravissement, le regard fixé vers la porte d'entrée. Oh, non. James Sirius Potter vient d'entrer dans le bar, accompagné de sa bande habituelle et de quelques greluches qui les suivent partout.

- Comment allez-vous ?! Et vos parents ?

Je ne peux m'empêcher de lever au ciel. Mon père aime se donner en spectacle, cela fait partie de son jeu de séduction. Potter fait comme si de rien n'était, mais je vois bien que toute cette attention le met mal à l'aise. Il évite le regard de ses amis, qui le fixent d'un air effaré.

- Bonjour, Monsieur Preslov...

Le Gryffondor s'approche à petits pas. Je devine, à le voir faire, qu'il aimerait mieux se jeter du haut d'une falaise. Mon père lui sert la main à lui en broyer les doigts :

- J’espère vous voir au banquet ! dit-il d'une voix forte et vibrante.
- Au banquet ? répète le brun, sourcils froncés.
- Luciana vous donnera les détails. Vos parents sont tous deux également invités.

Il lui adresse au passage une tape amicale dans le dos qui paraît lui décoller les poumons. James ouvre la bouche, comme pour dire quelque chose, quand Monsieur Nelson fait irruption en bousculant le rouge et or.

- Eh !
- Désolé mon garçon, dit-il sans lui prêter la moindre attention. Voici ma carte, Mademoiselle Preslov. N’hésitez pas à me contacter si vous avez des questions, je me ferais un plaisir de vous répondre.

Je lui jette un regard mauvais puis je passe immédiatement à une expression de pure douceur en regardant James et mon père. Je saisis ensuite la carte de Mr. Nelson, essayant de masquer tant bien que mal mon agacement.

- C'est très aimable à vous. Et voici la mienne...

Tout sourire, j'attrape une plume se trouvant sur la table et griffonne ces quelques mots au dos d'un morceau de parchemin :

« Luciana Preslov,
Conseillère personnelle de Basile Preslov.
École Poudlard. »


Je le tends à Henry Nelson qui reste bouche-bée.

- N’hésitez pas, si vous avez besoin que je vous donne d'autres chiffres. fais-je sur le même ton.
- Charmant, grogne-t-il.

L'un en face de l'autre, nous nous dévisageons en silence, nous jaugeant chacun d'un regard impassible. « Ne faites pas l'erreur de me sous-estimer » je pense intérieurement. Je risque un regard vers mon père, me préparent à ce qui pourrait suivre (il serait bien capable de me reprocher mon insolence) mais ce dernier semble s'amuser du spectacle.

Avant de s'en aller, il se penche et dépose une bise sur ma joue. Mon père n'a jamais été démonstratif dans ses preuves d'affection, mais il en rajoute toujours pour donner le change et plaire à son public.

- Désolée pour ça, dis-je au Gryffondor, une fois que les deux hommes aient quitté le bar.

Je me tourne vers Potter, mais il fuit mon regard, reportant son attention sur ses amis qui l'attendent plus loin, assis autour d'une table. Ils nous regardent, l'air aussi perplexe que si on les interrogeait sur le sens profond de la vie. Un malaise s'installe. James semble avoir envie de prendre les jambes à son cou, mais sa fierté de Gryffondor le retient, et il se force à me faire la conversation :

- Alors... il va y avoir un banquet ?

Je me mordis la lèvre pour ne pas rire devant son expression courroucée et la manière si incertaine dont il incline la tête. Qu'il soit rassuré, je n'ai pas l'intention de le supplier de m'accompagner, cette fois !

- Oui, et j'ai une tonne d'invitations à envoyer. Ne t'en fais pas, je ferai en sorte d’égarer la tienne.

L'ébauche d'un sourire se dessine sur ses lèvres. Enfin, il baisse sa garde ! Je savais que ça arriverait.

- C'est gentil. Bon, je ferai mieux d'aller rejoindre mes amis. Arbi...Arbo...
- Arbuthnot, je le corrige en retenant un rire.
- Oui, c'est ça ! Ton ami Arbuthnot n'est pas avec toi ?

J'essaie de déceler des traces de jalousie sur le visage du brun, mais je n'en vois aucune. Je retiens un soupir exaspéré. Que faut-il donc faire pour intéresser cet idiot de Potter ?! Écrire "J'aime le Quidditch" sur mon front et glousser comme une dinde ?

- Non. Dorian à prévu une sortie avec des garçons de son équipe.
- Oh.

Le jeune homme passe une main sur sa nuque bien trop tendue, et en profite pour tourner la tête quelques instants, jetant un autre regard vers ses amis. Il semble hésiter, comme s'il regrettait d'avoir entamé cette conversation. Il se doit de m'inviter à sa table; la politesse l'exige. Mais en aura-t-il le cran ? J'en doute, même s'il fait l'effort de me parler de manière cordiale.

- Rosalie est censée me rejoindre. lui dis-je pour désamorcer la tension.
- Ah, bon ! sourit le brun, l'air soulagé en la voyant arriver de loin. A plus tard, alors !
- C'est ça.

Je ne parviens pas à juguler l'irritation qui perce dans ma voix. Mes tentatives d'approche sont systématiquement contrées, mes signes sont perçus comme des attaques... Cela ne peut pas être uniquement parce que je suis à Serpentard ! Retenant un soupir, je vais rejoindre Rosalie quand un gamin me rentre dedans, et renverse son verre sur moi.

- Oh, pardon, Preslov ! Je suis vraiment, vraiment désolé... couine le Poufsouffle, les joues rouges d'embarras.

Sans dire un mot, je baisse le regard vers ma poitrine. Ce crétin à taché ma jolie robe. Et les pointes de mes cheveux sont maintenant imbibés de Bierreaubeurre ! Mon regard assassin se pose immédiatement sur le deuxième année, qui prend un air de chien battu. Je m'apprête à lui faire regretter son erreur mais j'aperçois le regard de Potter braqué sur moi, comme s'il guettait ma réaction.

Je refoule deux trois insultes qui me viennent à l'esprit, réprime une envie de meurtre et je réponds d'une voix devenue neutre et inoffensive :

- Ce n'est rien, ne t’inquiète pas.

Par réflexe, je réajuste ma coiffure, et de l'autre main, lisse le tissu de ma robe. Mon sourire hypocrite s'élargit lorsque je remarque l'air surpris de James.

- Je... je peux essayer d'arranger ça, bégaie-t-il en cherchant désespérément sa baguette magique dans ses poches.

Quand le jeune garçon relève la tête, je lis la stupeur, puis la panique dans ses yeux. Je prends alors conscience pourquoi James Potter est si méfiant à mon égard : je ne suis pas quelqu'un de bien et je ne l'ai jamais été. Mais pour arriver à mes fins, je peux faire illusion.

J'esquisse un sourire aimable, puis dis de la voix la plus douce possible :

- Allons, tout va bien. C'était un accident.

Je pose une main sur son épaule pour le rassurer, avant de me tourner vers Rosalie, qui me toise d'un drôle d'air. Je me rends compte qu'elle n'est pas la seule : James Potter et ses amis me dévisagent avec la même répulsion teinté d'étonnement que s'ils venaient d'apprendre que je suis un ange descendu du ciel alors que jusque-là, ils me prenaient pour la fille cachée de Voldemort.

- Eh bien, quelqu'un s'est levé du bon pied, ce matin ! s'exclame Rosalie en suivant le Poufsouffle des yeux. En temps normal, tu aurais étripé ce gamin.

Son visage rond et pétillant suffit à me faire oublier mes problèmes. J'apprécie beaucoup Rosalie, son énergie, son enthousiasme... Nous ne sommes pas aussi proches qu'avec Dorian, mais en sa présence, je me sens bien. Apaisée. J'ai presque l'impression d'être une adolescente normale.

- Tu es en retard. lui fais-je remarquer d'un air faussement réprobateur.

Ses joues se colorent instantanément.

- j'ai croisé Dorian, en chemin.

Je laisse échapper un soupir exaspéré, tandis qu'on s'installe au bar.

- Je te promets de ne pas parler de lui ! Enfin, j’essayerai de ne pas parler de lui.

Pour toute réponse, je lui décoche un sourire narquois. Je fais semblant de consulter la carte des boissons alors que j'épie James Potter du coin de l’œil, quand- Oh, surprise !- Rosalie ouvre la bouche :

- Tu sais que j'ai vu Dorian torse nu ?
- Tu as tenue à peine une minute et trente secondes. dis-je en riant.
- Mais je ne suis pas la seule à l'avoir vu ! poursuit-elle en m’ignorant, toutes les filles de notre maison ont pu se rincer l’œil lorsqu'il est revenu de l'entrainement hier !

J'adore Rosalie, mais son obsession pour Dorian devient chaque jour plus... effrayante. D'autres filles l'ont vu torse nu, d'accord, je comprends que ça puisse l'agacer. Mais pourquoi elle raconte ça comme s'il s'agissait d'un événement historique majeur ? C'est malsain.

- Bref. Parlons un peu de toi, s'enquiert-elle en remarquant mon regard scrutateur.
- De moi ?
- Oui, Luciana, de toi. Ne fais pas l’innocente. J'ai eu une discussion très intéressante avec Melinda...

Je fais mine de ne pas comprendre et hausse un sourcil interrogateur.

- Melinda Jones ! siffle-t-elle, loin d'être dupe. Il parait que tu as jeté ton dévolu sur James Potter.

Je me redresse sur ma chaise et passe une main dans mes cheveux avec énervement; je sens toujours la Bierreaubeurre. Et maintenant, Potter s’évertue à m'ignorer alors que ses amis ne cessent de jeter des regards dans ma direction. Y compris Melinda Jones, Miss je-ne-sais-pas-tenir-ma-langue ! Pourquoi a-t-elle éprouvé le besoin de raconter ça à Rosalie ? Ennuyée, je rejette mes cheveux en arrière. Le regard de Jones suit mon geste.

- Pure invention de sa part. je rétorque, fixant la concernée jusqu'à ce qu'elle détourne la tête.
- Je ne crois pas, non. Tu m'expliques ?
- Il n'y a rien à expliquer !

Rosalie ne se laisse pas intimider par ma mauvaise humeur, elle se penche vers moi et me considère d'un air très sérieux. Ses yeux d'un marron chaud ne me quittent pas, lorsqu'elle demande :

- Luciana, à quoi joues-tu ? Je pensais que tu le détestais.
- C'est faux. je grommelle, la gorge soudain nouée.
- Tu as même essayée de le tuer une fois, en cours de Sortilèges.
- Ce sont des racontars.
- J'étais là, je te rappelle !
- Écoute, il ne se passe rien entre Potter et moi.
- Mais pour je ne sais quelle obscure raison, tu aimerais qu'il se passe quelque chose ? insiste la brune, les sourcils si froncés qu'ils menacent de se rejoindre.

" Jones, tu vas me le payer !" je songe en la foudroyant du regard. J'avais espéré passer un bon moment avec Rosalie et au lieu de ça, je dois me justifier sur des choses qui ne la concernent en rien. Je n'ai aucune envie de m'attarder sur le sujet, alors je croise les bras sur ma poitrine et feins d'être vexée :

- Toi aussi, tu penses que je suis mal intentionnée ?
- Dis-moi que j'ai tort. me défie-t-elle.

Mon regard se pose presque inconsciemment sur James Potter. Il rit de ses propres blagues avec sa bande d'amis. L'espace d'un instant, J'envie son insouciance, cette facilité avec laquelle il noue des liens avec tant de personnes, sa joie de vivre, et... Oh, non. Je me rends compte avec horreur que j'éprouve de la jalousie. Ça, alors ! J'envie la petite vie paisible de James Sirius Potter. J'envie sa grande famille parfaite, ses parents qui forment un couple heureux, son adorable petite sœur... Merlin, j'envie même sa horde de fans et d'amis !

Cette constatation me dérange et me laisse perplexe. Serait-ce la raison de ma méchanceté gratuite et de mon agressivité envers le Gryffondor ? La raison pour laquelle je le déteste autant ? De la simple jalousie.

- Luciana ?

Rosalie agite sa main devant mon visage et me tire hors de mes pensées.

- Je ne voulais pas te vexer. lance-t-elle sur un ton d'excuse, c'est juste que je ne te comprends pas. Un jour, tu jettes un sort à Potter et le lendemain...

Elle ne termine pas sa phrase, c'est inutile.

- Melinda est une très bonne amie à moi, et James... et James aussi, je suppose. admet-elle en grimaçant. Il est parfois un peu trop sûr de lui et je n'aime pas l'entendre critiquer ma maison.
- Rosalie...

Je l'interromps, comprenant où elle veut en venir.

- Mais il est plutôt sympa, tu sais. Et Melinda l'apprécie beaucoup.
- Elle est amoureuse de lui, tu veux dire.

J'ai droit à un regard furieux. Oh, c'est vrai, c'est un soi-disant secret ! Je résiste à l'envie de lever les yeux au ciel et prends le temps de réfléchir à ma réponse. Je ne veux pas mentir et encore moins manipuler Rosalie, mais vu les circonstances, j'y suis obligée. Elle considère James Potter comme son ami.

Je dois à tout prix la convaincre de ma bonne foi et de mon honnêteté.

- Je ne sais pas quoi te dire, Rosalie. Mes sentiments à son égard ont changé. Nous sommes tous les deux Préfets et nous avons passé beaucoup de temps ensemble, dernièrement. James Potter est plus intéressant que je l'imaginais.
- Tu es sincère, alors ?

Moi, sincère ? Je crois bien ne l'avoir jamais été ne serait-ce qu'une fois dans ma vie. J'arrive cependant à garder un visage serein et mes lèvres s'étirent en un sourire innocent :

- Oui, je suis sincère.





End Notes:
J’espère que ce chapitre vous a plu ! Les chapitres suivants seront plus centrés sur James et Luciana ;)

Je ne sais pas quand je posterai la suite car je reprends aussi l'écriture de mes autres fics ( "Beauté fatale" et "Confession d'une Championne..." en priorité)

A bientôt ! :)
Mauvaise réputation by jalea
Author's Notes:
Bonjour !

Voici une petite suite après une longue période d'absence...

MERCI à tous pour vos adorables reviews au dernier chapitre :D

A bientôt !
Jalea.
Chapitre 16 : Mauvaise réputation.



- Tom Jedusor était, par le sang de sa mère, le seul descendant encore vivant de Salazar Serpentard, ce qui en fait en quelque sorte son héritier...

La voix du Professeur Binns se fait peu à peu plus lointaine. Mon regard est entièrement focalisé sur une photo représentant Voldemort, dans mon manuel d'histoire. Il était plutôt grand, avait les cheveux noirs, les joues creuses et les yeux aussi sombres et impénétrables que ceux de mon père. Cette constatation me fait frémir d'angoisse. Je baisse la tête pour mieux l'étudier. Il était d'une beauté assez saisissante, avec ses traits pales et durs.

C'est étrange, avec son uniforme d'écolier, il ressemble à n'importe quel élève de Serpentard. Une question me vient soudain à l'esprit : et si nous étions tous les deux nés à la même époque ? Nous serions-nous côtoyés ? Serions-nous.... devenus amis ? Ou du moins, de bons camarades de classe ? Je retiens un soupir, agacée. Ce que je veux vraiment savoir, c'est  si je suis aussi mauvaise, cruelle et impitoyable que le plus grand Mage noir qui ait jamais existé.

- ...le jeune Jedusor resta jusqu'à l'âge de onze ans dans un orphelinat ; durant les années qu'il y passe, il effraye ses camarades en faisant...

Me sentant soudain observée, je tourne la tête et croise le regard bleu azur de Dorian. Il se détourne aussitôt, comme s'il craignait que je ne devine ses pensées. Inutile d'être legilimens pour lire dans son esprit. Dorian se demande exactement la même chose que moi : si, comme Voldemort, sa meilleure amie est une psychopathe dépourvu d'émotions.

Je referme mon livre dans un claquement brutal, attirant l'attention de toute la classe. J'ignore les regards ébahis de mes camarades et fixe le Professeur Binns, bras croisés.

- Un problème, Miss Preslov ?
- Oui. Tout le monde connaît l'histoire de Voldemort par cœur. Nous l'étudions en détail chaque année.
- Miss Preslov...
- Et corrigez-moi si je me trompe, mais cela ne fait pas partie du programme des Septième année.
- En effet. Il s'agit de révisions pour vos ASPIC.

Bien que je refuse d'admettre à quel point ce sujet m'affecte, mon cœur tambourine dans ma poitrine. Je n'ai pas envie d'en apprendre plus sur la triste enfance de Voldemort; cela ne ferait que me confirmer avoir des points communs avec...avec un meurtrier.

- Pourrions-nous passer au chapitre suivant, Professeur Binns ? je demande, de ma voix la plus polie.
- Pourquoi ? lance James Potter, du fond de la classe.

Je me tourne vers lui et croise son regard. Il n'est curieusement ni en colère, ni ennuyé, il paraît juste intrigué.

- Ouais, en quoi ça te dérange ?! aboie son voisin de table, un Gryffondor.

Je ne résiste pas à l'envie de lever les yeux au ciel. Bien sûr ! Une Serpentard qui en raz-le-bol de parler de la seconde guerre, de massacres de sorciers nés-moldus... jetons-lui la première pierre, elle est forcément mauvaise !

- C'est une perte de temps. dis-je simplement, avant de me lever.

Je range précipitamment mes affaires. Je me sens étouffer, j'ai besoin de sortir d'ici. Dorian m'agrippe le bras pour essayer de me retenir.

- Luciana, qu'est-ce qui te prend ?
- J'ai mieux à faire que de suivre ce cours. A plus tard, Dorian.

Les chuchotements et les regards me suivent tandis que je traverse la salle pour atteindre la porte. Une fois dans le couloir, je prends une grande bouffée d'air, tentant de calmer tout ce bazar dans ma tête.


******


La journée s'est écoulée sans que je ne parvienne à effacer le visage de Voldemort (ou plutôt, Tom Jedusor) de ma mémoire. Que je le veuille ou non, ses yeux sombres, dénués de tout sentiment, me renvoient à ma propre image. Debout, face à l'immense miroir au-dessus des lavabos de la salle de bains des Préfets, je m'observe sous toutes les coutures. Mes yeux, d'ordinaire si bleus, sont ternes et injectés de sang. Je suis fatiguée, vraiment. Fatiguée de douter. Fatiguée d'être en colère. Fatiguée de souffrir.

Je suis fatiguée d'être moi.

Je peigne machinalement mes cheveux mouillés sans prendre la peine de les sécher, quand la grande porte s'entrouvre, me faisant sursauter. James Potter pénètre dans la salle de bains. Ses yeux s'arrondissent d'étonnement lorsqu'il remarque ma présence. Je le vois rajuster la lanière de son sac de sport à l'épaule pour se donner contenance. Je suis aussi troublée que lui. C'est la première fois qu'on se retrouve dans cette situation. Tous les deux. Seuls. Dans la salle de bains des Préfets. L'occasion est trop belle pour que je la laisse passer ! Je dois essayer à tout prix de me rapprocher de lui.

- Euh, je ne savais pas que tu étais là. Je te laisse, je repasserai. dit-il d'une voix enrouée.
- C'est bon, je viens de finir de m'habiller. La salle de bains est à toi.
- D'accord...

Sans me regarder, il me contourne et pose son sac sur le sol de marbre blanc. Je prends tout mon temps pour me coiffer, cherchant désespérément quelque chose à dire. Par chance, le Rouge et or me devance :

- Tu as manqué les cours cet après-midi. Tu étais malade ?

Sa question me prend de court. Mon premier reflex est de lui rétorquer de se mêler de ce qui le regarde. Mais je ne peux pas faire ça, je suis censée convaincre ce garçon de m'épouser.

Alors... dois-je dois lui dire la vérité ?

J'ai séché les cours pour me reposer. Je suis épuisée, en ce moment.

Certainement pas. Dans le fond, James Potter est comme tous les autres; il se fiche de savoir si j'étais souffrante ou non, c'est juste de la curiosité mal placée. Je plaque un faux sourire sur mon visage, puis réponds :

- Tu t'inquiètes de ma petite santé, Potter ?
- Pas du tout ! s'indigne-t-il, je me demandais juste si tu serais là pour notre ronde ou si je devrais me débrouiller seul.

Un sentiment d'impuissance me gagne peu à peu. Comment faire pour que cet abruti tombe amoureux de moi ? Que dois-je faire pour parvenir à faire tomber ses barrières ? Être plus gentille, plus douce avec les autres ? Me montrer chaleureuse et sympathique avec lui ? Tout cela ne semble pas l'émouvoir outre mesure. Potter est là, devant moi, mais il continue à m'ignorer.

- Je serais là. Ne laisse pas éclater ton enthousiasme, surtout. j'ajoute, lorsque je remarque son froncement de sourcils.
- A plus tard, Preslov. me snobe-t-il encore.

Il tente d'attraper son sac mais je me positionne devant lui pour lui barrer le passage. Non, mais pour qui se prend-t-il ? La conversation sera terminée lorsque JE l'aurais décidée.

- Tes parents ont accepté l'invitation.
- Pardon ?

Il arque un sourcil, visiblement ennuyé. Je fais un pas de plus dans sa direction, déterminée à le faire flancher. Son indifférence commence sérieusement à me taper sur les nerfs. C'est bien la première fois que je cours après un garçon ! Un Potter, qui plus est...

C'est navrant, ma chère Luciana.

- Au banquet qu'organise mon père. je précise, en affichant mon plus joli sourire.
- En quoi ça me concerne ?

Ses yeux marron pailletés de vert se posent soudain sur moi.

- Oh, ils ne t'ont rien dit ?
- Dit quoi ?
- Apparemment, tu les accompagnes. Tout comme Lily et Albus.
- N'importe quoi ! grogne le Gryffondor.

Le brun me bouscule légèrement pour saisir son sac. Il en sort une grande serviette de bain et des... des sous-vêtements propres. Il se tourne ensuite vers moi en levant un sourcil moqueur :

- Tu comptes rester là pendant que je me lave où tu as l'intention de t'en aller ?

Je ne retiens pas ma moue dégoûtée et me recule inconsciemment de quelques pas. Potter semble ravit d'avoir réussi à me déstabiliser; je le devine à son petit sourire suffisant.

- Je m'en vais. Je suppose qu'on se verra au banquet samedi prochain, dis-je en guise d'au revoir.
- Tu supposes mal, rétorque le jeune homme sur un ton méprisant.
- Tes parents ont pourtant confirmant leur présence et celle de leurs enfants...
- Je n'ai pas l'intention de venir, Preslov !

Sa soudaine animosité le surprend lui-même; il lève la tête lentement vers moi, l'air... l'air désolé ? Je sais que nous ne sommes pas les meilleurs amis du monde. Cependant, lors de notre dernière ronde, nous avons bavardé et réussi à nous conduire de manière civilisée. Je pensais que notre relation avait quelque peu évolué, mais Potter éprouve beaucoup trop de rancœur à mon égard.

Je tente alors une approche totalement différente : la taquinerie.

- Et si tu en parlais à ta mère ? Peut-être qu'elle acceptera d'engager une nounou pour la soirée.

Son visage se déride et un sourire étire ses lèvres.

- Je ne savais pas que tu avais le sens de l'humour, Preslov.
- Je crois me souvenir que l'on devait s'appeler par nos prénoms, non ? lui fais-je remarquer.

Potte... James paraît étrangement mal à l'aise. Il enfouit les doigts dans ses cheveux, puis enfonce ses mains dans ses poches, comme pour les forcer à se tenir tranquilles.

- Ah oui... la force de l'habitude, répond-t-il en haussant les épaules. Je ne viendrais pas à ta fête, Luciana. Je n'ai aucune envie que tu serves encore de moi, reprend-t-il calmement.

Je fronce les sourcils à ses mots et me tourne brusquement vers le grand miroir pour finir de me coiffer. James Potter n'a toujours pas confiance en moi, et ça, c'est un gros problème. Je dois le convaincre que je suis digne d'être son "amie" et qu'il n'a pas de raison de se méfier de moi.

- Premièrement, ce n'est pas ma fête. Et deuxièmement, je n'ai plus besoin de toi.

Je redresse alors la tête et croise son regard dans le miroir. Son regard interrogateur et soupçonneux. Il ne me croit pas. Je regrette aussitôt de lui avoir parlé du banquet. James doit penser que je veux encore me servir de lui pour me faire "bien voir" auprès de mon père. Le pauvre ! Il est tellement loin de la vérité...

- Mon père ne m'ennuie plus avec ces histoires de fiançailles, il est trop obnubilé par sa campagne électorale. j'ajoute, en prenant un air faussement soulagé.
- Fiançailles ?

Le brun sonde mon regard, les sourcils arqués si haut qu'ils menacent de disparaître sous ses cheveux.

- Oui. Il veut que j'épouse Dragomir Vladescu.
- Le type qui t'a invité à danser au Gala du Ministère ?

Il a le toupet d'afficher son petit sourire narquois. Crétin.

- Tu trouves ça drôle ?

Mon visage se crispe en une grimace menaçante qui ne fait que redoubler son hilarité.

- Non, ricane-t-il. Vous formez un très joli couple !

Je me détourne pour dissimuler ma colère et attrape ma baguette magique pour me lancer un sort de séchage. En moins d'une seconde, ma tignasse humide devient une chevelure d'un noir de jais brillant. Je me penche ensuite sur le lavabo pour appliquer un peu de baume sur mes lèvres. J'aperçois le regard de Potter posé sur moi, qui suit avec attention chacun de mes gestes. Son sourire moqueur a disparu, ce qui n'est pas pour me déplaire.

- Peut-être bien. Dragomir est plus âgé... c'est un homme qui sait ce qu'il veut.

Mon ton est légèrement cassant. Nos regards s'affrontent de nouveau.

- Ça, j'en doute pas. grimace-t-il.
- Tu insinues quoi, Po... James ?

Il ouvre la bouche comme pour dire quelque chose de sarcastique, mais finalement il secoue la tête :

- Tes histoires de fiançailles ne me regarde pas.
- Mais tu sembles avoir un avis sur le sujet, alors je t'en prie, parle. j'insiste, d'une voix exagérément polie.

Le brun s’adosse contre l'un des lavabos. Il croise les bras tout en m'évaluant du regard. Il semble se demander ce que je fais encore là, et comment nous en sommes arrivés à avoir ce genre de discussion, si sérieuse et... personnel. Comme il garde le silence un petit moment, je crois qu'il va se défiler.

- Très bien, lance-t-il soudainement. Je trouve ça malsain que ton père te jette dans les bras du premier sorcier venu. Un homme qui a deux fois ton âge.
- Dragomir vient seulement de fêter ses vingt-six ans, je corrige.
- Il a donc neuf ans de plus que toi.

Je vois que tu sais compter, Potter.

Je garde mes sarcasmes pour moi. Une habitude que je dois commencer à prendre si je veux que James Potter m'apprécie un tant soit peu.

- Ça ne t'effraie pas ?
- Pourquoi, cela devrait ? Il n'est pas différent des garçons de mon âge.
- Tu te trompes. rétorque Potter d'une voix si basse qu'elle est à peine perceptible.

Je me tourne lentement vers lui. Se pourrait-il que Potter se préoccupe de mes fréquentations ? Qu'il s'inquiète réellement pour moi ? Non, c'est improbable. Il se contente simplement de me donner son point de vue, ce que je lui ai demandé de faire. Néanmoins, je saisis la perche tendue :

- Si je ne te connaissais pas, James, je penserais que tu es jaloux.

L'expression de son visage se durcit.

- Dans tes rêves, Pres... Luciana.

Je retiens un soupir lasse. Il fait l'effort de m'appeler par mon prénom. C'est déjà ça.

- Vraiment ? Alors qu'est-ce que ça peut te faire que je vois cet homme ou non ?

J'ai conscience de le pousser dans ses retranchements, d'aller trop loin. Mais je veux le déstabiliser autant que possible, ce qui pourrait peut-être l'amener à réfléchir à notre relation. Après un court moment de silence, le brun hausse les épaules, l'air totalement indifférent.

- Dragomir Vladescu a mauvaise réputation. Je voulais juste te prévenir.
- Pourquoi ? Sommes-nous amis tous les deux ?
- Non. répond-t-il sèchement.
- Alors, encore une fois : qu'est-ce que ça peut bien te faire ?

Nous nous sommes rapprochés l'un de l'autre sans vraiment nous en rendre compte. Le Gryffondor se pince les lèvres, comme s'il cherchait des réponses à de mystérieuses questions me concernant.

- Rien du tout. Tu m'as demandé mon avis, je te l'ai donné.
- Je te remercie, mais je sais déjà que Dragomir à mauvaise réputation. lui dis-je d'une petite voix.

Je prends un air d'enfant, faussement timide. J'ai souvent recours à cette tactique avec mon père et Dorian, lorsque je souhaite obtenir quelque chose. La vulnérabilité attendrit souvent les hommes. James Sirius Potter ne semble pas déroger à cette règle; son visage s'adoucit aussitôt.

- Tu me remercies ? Woah, tu dois vraiment être malade ! Tu devrais aller à l'infirmerie. dit-il sérieusement.
- Je vais bien. Je suis juste un peu fatiguée.

Il me scrute plus en détail, apercevant sans doute mes traits défaits et mes cernes.

- Écoute, tu ferais mieux d'aller t'allonger. insiste-t-il.
- Mais... et pour notre ronde ?

En entendant toute la gratitude contenue dans ma voix, le jeune homme semble un peu gêné.

- Je... j'irais plus vite tout seul. bredouille-t-il.
- Merci, James.

Le soupçon d'un sourire étire ses lèvres. Un soupçon, rien de plus. Je l'imite, et nos regards se croisent. Les siens expriment quelque chose de différent, cette fois. C'est comme s'il n'éprouvait plus aucune colère, aucun ressentiment à mon égard.

La partie est loin d'être gagné avec le Gryffondor, mais à la simple idée que mon plan de vengeance puisse fonctionner, je sens mes forces se restaurer et se revigorer. Pour cela, je vais devoir faire semblant d'aimer James Potter, et devenir sa fiancée. Je pourrais ainsi profiter de sa notoriété et son image, à mon avantage.

Tout ceci pourrait susciter une certaine culpabilité chez les esprits les plus faibles.

Fort heureusement, je suis une Preslov.
Le banquet (Partie 1) by jalea
Author's Notes:
Bonjour ! :)

Voilà le chapitre suivant, j’espère qu'il vous plaira ! Un grand MERCI à Maloux, westmoor, Kiara Coper, Sleipnir et RomanEmma pour leurs reviews !

Bonne lecture,
A bientôt !
Chapitre 17 : Le banquet (Partie 1)



Ce soir, je n'ai qu'une envie : rester cloîtrée dans ma chambre.

La plupart des invités sont entassés dans notre salle de réception et ont déjà commencé à porter des toasts et à converser sur des sujets futiles. En attendant, je suis toujours dans ma suite, assise devant ma coiffeuse, à me contempler dans le miroir. Je porte une petite robe bleu que mon père m'a acheté pour l'occasion. La couleur fait ressortir celle de mes yeux et la coupe est raffinée. Mes cheveux sont remontés en un élégant chignon et je porte tellement de bijoux que je ressemble à une vitrine de joaillier. Je me sens parfaitement à l'aise, et pourtant, je déteste l'image que je renvoie. Je n'ai jamais aimé étaler les richesses de ma famille.

Je lâche un soupir à fondre l'âme, avant de me lever, résignée. Il est temps de faire une petite apparition. Je descends donc le grand escalier avec une solennelle lenteur. Arrivée en bas, j’aperçois le regard glacial que me décoche mon père depuis la salle de réception. Je m'en vais le rejoindre, espérant secrètement qu'un gouffre s'ouvre sur le luxueux tapis que je foule, et que je sois aspirée par le néant. Malheureusement, il n'en est rien.

- Ton retard est intolérable, siffle mon père, à peine ai-je franchi l'immense porte.
- Je suis navrée, je n'ai pas vu l'heure...

je sens sa main se resserrer méchamment autour de mon bras.

- Tu es ma conseillère personnelle, Luciana. Agis en conséquence et sois à l'heure, par Merlin ! me réprimande-t-il à voix basse.

Son visage, déformé par la colère, se fend d'un sourire à la seconde même où il croise le regard de ses convives.

- Bonsoir Mr et Mme Davis ! Belle soirée, n'est-ce pas ? Connaissez-vous ma charmante fille Luciana ?

Je passe la demi-heure suivante à écouter la discussion insipide de mon père avec le couple Davis, en feignant mon intérêt. Je prétexte une grande soif pour m'échapper, et retrouve une jeune fille rousse assise sur un canapé. Sa tenue est d'une sage simplicité, ce que j'apprécie grandement.

- Bonsoir, Lily. Tu es très jolie dans cette robe.
- Oh, hum... vraiment ? Je veux dire, bonsoir, Luciana ! bafouille-t-elle, rougissant à vue d’œil.

Mon sourire aimable ne la met pas plus à l'aise. Je ne comprends pas sa soudaine timidité, Lily Potter avait pourtant la langue bien pendue lors du dîner qu'avait organisé mon père.

- Je suis contente que tu aies pu venir.
- Vraiment ? répète la rouquine, les yeux écarquillés.
- Oui. Pour être honnête je préfère discuter avec toi qu'avec...

Je me fige net en voyant un grand brun approcher dans notre direction.

- Monsieur Vladescu ! je couine bêtement.

Sans perdre un instant de plus, je saisis la main de Lily et l'entraîne en courant le plus loin possible de cet homme. Je m'arrête devant le buffet des boissons, puis parcours la table des yeux, à la recherche d'une bouteille sans alcool.

- Quel pot de colle, dis-je en riant.

Lily s'esclaffe, essayant de reprendre son souffle, tandis que je nous sers à toutes les deux un verre de jus de citrouille.

- Tu le connais, ce Monsieur Vanescru ?

La rouquine m'offre un grand sourire, et semble avoir perdu toute timidité. Elle déambule et furète partout, soulève le couvercle du pot en verre qui contient les biscuits et en saisis deux-trois.

- Oui, malheureusement. je réponds sans prendre la peine de la corriger, trop amusée par sa subite excitation.
- Il est un peu effrayant, non ? fait-elle remarquer en mâchant la bouche ouverte, on dirait qu'il sort tout droit des contes de la Crypte.
- Les contes de la quoi ?

Elle s'apprête à me répondre, quand James Potter apparaît devant nous. Mon cœur s'emballe malgré moi en remarquant son air hostile.

- Lily, Maman se demande où tu es.

Son visage constellé de tâches de rousseur se fige dans une grimace ennuyée.

- Et bien, je suis là, avec Luciana ! Comme si je pouvais m'échapper, lance-t-elle à mon intention, moqueuse.
- Lily...

Le ton de son grand frère est sans appel. Il plisse les yeux, la toisant un moment.

- Je reviens tout de suite, me dit-elle, lui jetant un regard furieux au passage.

Je me tourne vers le jeune homme. Celui-ci m'ignore. Délibérément. Blessée dans mon orgueil, je me positionne devant lui, le collant presque.

- Bonsoir, James.

Je lui décoche un sourire enjôleur qui n'a pas le moindre effet sur lui. « Ouais, salut » me lance-t-il froidement, avec autant d'enthousiasme que s'il se trouvait à un éloge funèbre. Il me tourne le dos pour se servir un verre de champagne. J'en profite pour le détailler. Le Gryffondor n'est pas tout à fait sur son trente-et-un, mais sa tenue est plus élégante qu'à l'accoutumée, comme si sa mère l'y avait forcé. Mes yeux sont ensuite attiré par le sommet de son crane. Merlin, serait-ce un mirage ? James Sirius Potter est coiffé. Ses cheveux sont aussi bien aplatis que possible. Je fronce le nez, l'étudiant de plus près. Ça lui donne l'air plus âgé et plus réfléchi.

- Alors... toi non plus, tu n'as pas réussi à échapper à cette soirée. ds-je pour briser le silence.
- Il faut croire que non, soupire-t-il. Qu'est-ce que c'est ?
- Des petits-fours.
- Ils sont à quoi ?

Je résiste à l'envie de lever les yeux au ciel. Pourrait-on parler d'autre chose que de nourriture, où de son envie de vouloir être ailleurs ?

- Je n'en sais rien. Il faudrait le demander à nos elfes de maison.

Je ne parviens pas à juguler l'irritation qui perce dans ma voix. Je pensais que nous avions dépassés ce stade, que nous commencions à nous apprécier "mutuellement", mais ce Potter de malheur à ses humeurs ! Quand il avance d'un pas, il en recule aussitôt de dix. Ses yeux marron-vert se posent enfin sur moi :

- Vos elfes ? Parce que vous en avez plusieurs ?

Son ton méprisant m'agace au plus au point. Qui y a-t-il de si mal dans le fait d'avoir des elfes afin de nous aider à tenir le manoir ?

- Oui. Tu as vu la taille de notre maison ? je me défends, sur le même ton.

Ennuyée, je réajuste ma robe et passe une main dans mes cheveux pour refaire mon chignon. Son regard quitte soudain mon visage, et il détaille mon corps, lentement. Un frisson me parcourt, bien que je sois habitué à ce genre de traitement. Potter se détourne bien vite, l'air de regretter d'avoir posé les yeux ne serait-ce qu'une seconde sur mes courbes féminines. Qu'est-ce que cela signifie, enfin ? Pourquoi réagit-il de cette façon ? Si James Potter me désire un tant soi peu, pourquoi s'obstine-t-il à m'ignorer, à me repousser ?

Derrière son épaule, j'aperçois Dragomir qui se dirige vers moi d'un pas résolu et déterminé. Je sens un petit sourire se dessiner sur mes lèvres. Voilà un moyen de vérifier si Potter est jaloux ou non.

- Luciana, vous voilà enfin !

Lorsque Vladescu me fait le baisemain, je fixe mon regard sur Potter pour guetter sa réaction. Il se contente de regarder le plafond, l'air de trouver cela ridicule.

- Comment allez-vous, Dragomir ?
- Très bien, répond ce dernier en dévisageant le jeune homme qui m'accompagne avec condescendance.
- Oh, voici James Potter. James, je te présente Dragomir Vladescu, un associé de mon père.

Les deux hommes se serrent la main et s'observent sans un mot.

- Puis-je vous emprunter Luciana quelques minutes, Monsieur Potter ?

Dragomir à déjà la main sur la bas de mon dos, prêt à partir, en emportant avec lui le jouet qu'il convoite depuis plusieurs mois. Je toise le gryffondor, une lueur de pur défi dans le regard.

Le brun m'adresse alors un sourire narquois, suivi d'un léger rire moqueur.

- Bien sûr, répond-t-il joyeusement.

Un sentiment très désagréable commence à m'envahir, une colère sourde, comme une envie de... de trucider James Sirius Potter ! Ce crétin se moque ouvertement de moi ! Je fais taire mes envies de meurtres au prix d'un grand effort, et offre un merveilleux sourire à notre invité.

- Venez, Dragomir...

Je l’emmène un peu plus loin, à l'écart des oreilles indiscrètes. Une fois certaine que ce petit con de Potter (voilà que je jure !) n'est plus dans les parages, je perds mon sourire.

- Que voulez-vous ? fais-je sèchement à Vladescu.

Ce dernier ne se formalise pas de mon manque de courtoisie, et répond froidement :

- Un peu de considération. Vous passez votre temps à m’éviter comme si j'étais atteint d'éclabouille !

Je lâche un soupir, lassée du jeune homme. Je décide de jouer franc-jeu avec lui.

- Écoutez Dragomir, je commence d'une voix anormalement douce, notre relation n'aboutira pas. Vous êtes...vous êtes trop vieux pour moi.

Ce n'est pas la véritable raison de mon aversion pour Vladescu, mais il n'est pas nécessaire d'entrer dans les détails. Cela ne ferait que blesser son égo surdimensionné.

- Trop vieux ? s'insurge-t-il. Pas si vite ! vocifère-t-il en m'attrapant violemment le bras pour me tirer à lui.
- Lâchez-moi, j'ordonne.

Ses yeux ne sont plus que deux fentes menaçantes. J'essaie de me dégager de son emprise, sans y parvenir. A cet instant, je me sens honteuse. Honteuse de ne pas avoir emporté ma baguette magique avec moi, honteuse de me retrouver en situation de faiblesse dans cette pièce bondée de monde.

- Vous n'est qu'une sale petite...
- Cette jeune demoiselle vous a demandé de la lâcher, Vladescu.

Mon cœur manque un battement. Je me tourne vers la voix de mon sauveur et manque de défaillir. Harry Potter se tient debout devant nous, un verre à la main. Derrière ses lunettes rondes, ses yeux verts étincellent d'une lueur ténébreuse qui ressemble à une mise en garde. Je me tourne pour regarder Dragomir. Un sourire mauvais étire ses lèvres et sa poigne se desserre.

Je me dégage, me retenant de le gifler.

- Naturellement, susurre Dragomir.

Il baisse légèrement la tête, comme pour exprimer son respect envers Harry Potter. Puis il s'en va à grandes enjambées, sans se retourner. Je masse mon poignet endolori, évitant le regard du plus grand sorcier de tout les temps. Le père de James s'approche alors de moi en fronçant les sourcils.

- Tout va bien ? me demande-t-il en posant une main sur mon épaule.

Son contact m'apaise, bien que je sois toujours gênée de la scène dont il a été témoin.

- Oui. Merci, monsieur Potter.
- Cet homme... est-ce un ami de ton père ?

La nature de sa question me déroute un peu. Je sais que mon père espère le soutien d' Harry Potter et que ce dernier n'est pas sensible au léchage de bottes. Je me redresse et adopte une attitude plus professionnelle. Monsieur Potter doit croire en les motivations de mon père et voter pour lui ! Je veux que Basile Preslov devienne le prochain Ministre de la Magie. Une fois qu'il sera au sommet, ce sera tellement jouissif pour moi d'anéantir sa carrière politique, de le faire tomber de son piédestal. De briser son mariage et l'idée qu'il se fait de sa fille si parfaite.

Ce nouveau plan de vengeance me procure une montée d'adrénaline dont j'avais cruellement besoin. Pourquoi vouloir empêcher mon père de devenir le Premier Ministre, quand je peux... le faire souffrir davantage ?

- Non, pas du tout. j'affirme avec conviction, ils... ils sont en affaire tous les deux.
- Vraiment ? Quel genre d'affaire ?

Ses yeux verts se verrouillent au mien. Interrogateur. Voulant en savoir plus. Me fouillant. Merlin, il est doué ! C'est une chose d'en entendre parler. Une autre d'en faire les frais. Harry Potter a le don de vous regarder d'une manière... envoûtante. Son sourire est franc et sincère. Il inspire aussitôt confiance, en se montrant rassurant et protecteur. Ayant été lui-même Auror durant plusieurs années avant de devenir Chef de brigade, je suppose qu'il est devenu maitre dans l'art de débusquer les coupables, d'exposer l'hypocrisie et le mensonge.

Je prends l'air étonné d'une jeune fille au-dessus de tout soupçon.

- Je n'en sais rien. Mon père ne me parle pas de son travail. Ni de ses investissements.

Mon truc à moi, c'est la manipulation. Et je ne compte pas me laisser avoir par son joli sourire et son regard apaisant.

- Tu es pourtant sa conseillère personnelle, non ?

« Vous êtes bien informé ! » je me retiens de balancer, courroucée. A la place, je lâche un petit rire, comme si mon rôle dans cette opération n'avait pas la moindre importance.

- Je m'occupe simplement de faire des affiches et d'accompagner mon père lors de ses déplacements, Monsieur Potter.

Mon air faussement intimidé et mon sourire angélique achève de le convaincre que je suis une adolescente modèle. Enfin, j’espère. Je sens mes joues chauffer lorsqu'il me rend mon sourire. Voilà qui est inédit. Moi, Luciana Preslov, je rougis ? Bon, d'accord. Je suis peut-être légèrement intimidée, mais il est inutile de s'attarder là-dessus.

- Ah, tu es là, James ! Je discutais avec ta ravissante amie.
- Je vois ça, Pa'.

Son ton est sec, cassant. J'ose un regard vers le gryffondor. Les bras croisés, il nous dévisage l'un après l'autre. Ses yeux reviennent se poser sur moi. Je comprends tout de suite qu'il m'en veut, qu'il est furieux. Monsieur Potter doit aussi ressentir la tension nerveuse qui émane de son fils, car il décide de s'éclipser.

Avant de partir, il se penche vers moi et parle très bas de manière à ce que James ne puisse pas l'entendre :

- Si cet homme t’importune encore, fais-le moi savoir.
- J'en parlerai plutôt à mon père, mais je vous remercie de votre aide Monsieur Potter.

Cette fois, mon sourire est sincère. Il me serre la main avec chaleur, et me dit au revoir. Je le regarde s'éloigner en direction de son épouse, qui discute avec mon père et... ne serait-ce pas Amelia Rowle, ma nouvelle maman ? Voilà qui est intéressant.

- C'était quoi, ces messes basses avec mon père ?!

La voix de James me ramène brusquement sur terre. Je me retourne, me retrouvant nez à nez avec lui. Je ne m'attendais pas à le voir si près et manque de trébucher. Le brun pose une main sur mon bras pour me retenir de tomber.

- Rien d'important.

Il lâche brusquement mon bras, comme si ma peau était de l'acide.

- Rien d'important ? Tu te moques de moi ! Je veux savoir ce qu'il t'a dit.

Je comprends son insistance, mais n'ai aucune envie d'aborder le sujet. Je me sens déjà assez stupide comme ça.

- Puisque je te dis que ce n'est rien d'important, je répète faiblement.

Potter hausse les sourcils, l'air de ne pas en revenir. Et soudain, il explose :

- Non, mais je rêve ! Comment tu le prendrais, toi, si tu me voyais discuter en privée avec ta...
- Avec qui, ma mère ?! Tu aurais beaucoup de mal, elle est morte !

J'ai élevé le ton de ma voix sans même m'en rendre compte. Quelques invités me dévisagent avec étonnement, mais cela m'est égal. Ce qui m'importe, c'est la réaction de mon père. Lui aussi m'a entendu, tout comme ma future belle-mère, et les parents de James. La rage me fait monter les larmes aux yeux. Je me tourne lentement vers le gryffondor, qui arbore une expression choquée.

A cet instant précis, je le déteste de tout mon être.

Je suis quelqu'un qui maîtrise parfaitement les situations, qui gère ses émotions. Mais à cause de cet idiot de Potter, je viens de perdre le contrôle. Devant mon père ! Je ne sais pas encore comment, mais je lui ferais payer cet affront. Oh, si, je sais parfaitement comment.

En lui brisant le cœur !
Le Banquet (partie 2) by jalea
Author's Notes:
Bonsoir :)

Voici le chapitre 18, j’espère qu'il vous plaira!

un grand Merci à malia32, miriallia haww et RomanEmma pour leur reviews au dernier chapitre =D

A bientôt,
Jalea.
Chapitre 18 : Le Banquet (partie 2)





Dehors la nuit est noire et froide.

Assise sur les marches du perron, devant le manoir familial, je contemple le ciel. A moitié cachée derrière les nuages, la lune n'éclaire que faiblement la forêt lointaine. La clôture en fer forgé encerclant les terres du manoir est imposante. A chaque fois que je franchis ce portail, j'ai la sensation terrible d'entrer dans une prison sinistre. Je rêve de réduire en cendre chaque parcelle de cet endroit maudit. Trop de souvenirs douloureux sont intimement liés à ce Manoir.

- Je peux te parler, une minute ?

Cette voix me fait sursauter, et je me retourne pour découvrir James Potter, debout derrière moi.

- Fais comme bon te semble, Potter. je réponds, me frottant les bras pour me réchauffer.

Il s'assied près de moi, sur le perron. J'ai envie qu'il s'en aille, pour ne plus avoir à regarder ses yeux courroucés ni sentir l'odeur familière de son eau de toilette.

- Je... je n'aurais pas dû m’énerver contre toi, tout à l'heure. commence-t-il d'une voix hésitante.

Je ne prends pas la peine de lui répondre, le regard obstinément rivé vers l'horizon. A quoi bon ? Il y a toujours un « mais » avec Potter. Il y a forcément un MAIS ! Le Gryffondor est incapable de me présenter ses excuses. Il est trop fier, trop entêté pour admettre ses erreurs à une Serpentard.

- Mais comprends-moi, tu refuses de me dire ce qui s'est passé entre mon père et toi.

Je tourne la tête vers lui et laisse percevoir ma déception de le voir aussi prévisible. Mes sourcils se froncent lorsque je prends conscience de ces paroles.

- Ce qu'il s'est passé entre ton père et moi ? Non, mais pour quelle genre de fille tu me prends ? je m'offusque, me levant d'un bond.

Comment ose-t-il insinuer une chose aussi horrible ? Harry Potter a l'âge d'être mon père, par Merlin ! Le jeune homme se lève pour me faire face :

- J'en sais rien, pour une fille qui aime les hommes plus âgés ? riposte-t-il sèchement.

Ma fureur se mue en colère froide. Comment ose-t-il ? J'ai reçu une éducation des plus stricte. Mon père a toujours voulu connaître mes fréquentations; je n'ai jamais eu le droit d'inviter des amis à la maison, et certainement pas des garçons (mise à part mon meilleur ami Dorian que je fais parfois entrer en cachette). J'admets avoir un peu flirté avec Dragomir Vladescu pour agacer Potter, mais de là à croire que c'est ma nature, et que j'aime courtiser les hommes plus âgés... il se moque de moi !

Au bout de quelques secondes, ma colère s'atténue, s'estompe, laissant place à un profond désarroi. James Sirius Potter ne me connaît pas. Il ignore qui je suis réellement. Bien sûr, il m'est impossible de lui révéler ma véritable nature. Mon âme est si noire, si sombre, qu'il m'arrive de penser que je suis un être à part. Un être mauvais. Comment pourrait-il en être autrement ? Ma plus grande ambition est de détruire mon père. A chaque fois que je croise son regard, je suis prise d'une terrible envie; je veux le torturer, le tuer.

Parfois, il m'arrive de me trouver des excuses. Je me dit que je ne suis pas si ignoble. Je veux venger ma mère, et j'en ai parfaitement le droit. Cela ne fait pas de moi un être maléfique pour autant, n'est-ce pas ? Qui ne voudrait pas venger la mort de l'un de ses proches ? Tout le monde pourrait, un jour où l'autre, se retrouver dans la même situation. Et prendre la même décision que moi.

Mais ensuite... je pense à d'autres choses, d'autres événements qui font de moi une sociopathe. Petite fille, il m'arrivait de tester mes mauvais sorts sur des animaux. Je les regardaient se tortiller de douleur devant moi, agoniser, sans rien ressentir. Pas une once de culpabilité. A Poudlard, j'ai enfermé plusieurs gamins dans un placard avec le Baron Sanglant, simplement parce que leurs cris apeurés m'amusaient. J'ai cessé cette petite activité en quatrième année, uniquement parce que Dorian m'a prise sur le fait.

Quand je repense à tout cela, je me dit que je suis totalement dénuée d'empathie. J'ai quelques amis, c'est vrai, mais je sais que je pourrais facilement m'en passer. Ou les écraser, s'ils venaient à se mettre en travers de mon chemin.

Mais revenons à Potter : il est hors de question que cet imbécile me gâche mes plans ! Il va tomber amoureux de moi, qu'il le veuille ou non.

Je réfléchis à ma prochaine offensive. Je pense qu'il est temps pour lui d'en apprendre un peu plus sur moi. Pour commencer, je ne m’intéresse pas aux hommes plus âgés. Franchement, c'est ridicule ! Je n'ai même jamais eu de véritable petit-ami.

- Ton père est venu à mon secours. j'explique d'une voix anormalement douce. Il m'a débarrassé de Dragomir Vladescu. Je l'ai remercié, voilà tout. Mais je dois dire...

Je m'arrête un instant pour m'approcher de lui, et le fusille du regard :

- Que tu as une piètre opinion de moi, Potter.
- Ce n'est plus James ?
- Pas quand tu insinues que je suis une fille de mœurs légères ! je rétorque froidement.

Je me détourne, feignant d'être blessée par ses insinuations. Ce qui n'est pas faux, dans le fond. Le jeune homme bredouille quelque chose en retour.

- Pardon ? fais-je dédaigneusement.
- Je regrette ce que je t'ai dit, ça te va ? s'emporte-t-il, rougissant à vue d'oeil.
- Pourquoi es-tu en colère contre moi ?

Le brun force un rire et se passe une main dans la nuque. Je plisse les yeux; son comportement n'est pas clair.

- Je ne suis pas en colère, je n'ai aucune raison de l'être.

Son regard dur et déterminé contraste avec son attitude désinvolte. Je réalise alors qu'il tente de dissimuler ses émotions. Il n'est pas très doué pour ça, contrairement à moi.

- Tu ne serais tout de même pas... jaloux de ton père ? je lance, sans pouvoir retenir un sourire moqueur.
- Moi, jaloux de mon père ? N'importe quoi !

L'expression de son visage me confirme que j'ai vu juste. Et bien, voilà qui est surprenant. Je ne me réjouis pas de cette découverte pour autant, car je ne pense pas que James soit jaloux que son père m'ait adressé la parole. Je crois plutôt qu'il envie sa notoriété, sa grandeur, ses qualités indéniables...

Je réprime un sourire sardonique, tandis que j'essaye de tourner la situation à mon avantage.

- Pourtant il y a de quoi, dis-je en lâchant un petit sourire extatique. Ton père est tout ce qu'il y a de plus charmant, contrairement à toi. C'est un vrai gentleman.
- Tu trouves ça drôle ? vocifère Potter, le regard meurtrier.

Beaucoup, oui. En découvrant ses failles et faiblesses, j'arriverais à mieux l'approcher, et surtout... à le manipuler. J'esquisse un sourire faussement contrit, pour faire croire à Potter que je regrette de m'être moqué de lui. Le brun lâche un soupir.

- Pourquoi penses-tu que je suis une fille facile ? je reprends, après un instant de silence. C'est à cause des rumeurs qu'à lancé Tobias Llyod à mon sujet ? Je t'ai dit qu'elles étaient fausses.

Potter semble soudain mal à l'aise. Il regarde autour de lui, comme pour chercher une échappatoire.

- Oui, mais...
- Tu ne me crois pas. je souffle, ébahie.

Est-ce que je renvoie vraiment cette image ? Celle d'une Marie-couche-toi-là ? Je refuse de le croire ! Je n'ai rien fait pour mériter cette étiquette. Je jure que Tobias Llyod va me le payer ! Potter soutient mon regard, l'air interdit.

- C'est juste... que je ne te comprends pas, Luciana. Depuis quand mon avis à de l'importance pour toi ?

Voilà qui est parfait. La tournure de la conversation me plaît.

- Depuis...

Je me mordille la lèvre inférieure, feignant d'être gênée.

- Depuis que nous sommes Préfets-en-Chef.
- Pourquoi, qu'est-ce qui a changé ? J'étais ton pire ennemi, me rappelle-t-il en fronçant les sourcils.
- Non, tu ne l'étais pas.

Cette fois, je n'ai pas besoin de simuler mes émotions; je suis sincère. James Potter n'a jamais été mon pire ennemi. Mon pire ennemi porte mon nom. Nous avons le même sang qui coule dans nos veines.

- Mais tu étais totalement indifférent à mon charme. Je t'avoue que ça m'a un peu surprise. Ça ne m’était encore jamais arrivé qu'un garçon m'ignore, au risque de te paraître prétentieuse.

Ça me fait tout drôle d'admettre mes défauts devant James Potter, mais je sais que c'est nécessaire afin qu'il me considère différemment. Je le vois déglutir et devine que la tension ambiante n'est pas confortable pour lui.

Allez, encore un petit effort, Luciana ! Tu es proche du but.

- Te souviens-tu du jour où je t'ai demandé de m'accompagner au Gala du Ministère ?

Il hoche doucement la tête.

- Tu avais refusé. J'étais prête à tout pour que tu viennes à cette soirée avec moi, James.
- Je ne vois pas où tu veux en venir, rétorque-t-il à demi-voix.
- Tu aurais pu profiter de la situation. Tu ne l'as pas fait.
- Profiter de la situation ? s'indigne le jeune homme, je ne suis pas ce genre de type !
- Je sais. Et je crois...

Je comble la distance qui nous sépare et pose une main sur son torse, jouant avec sa cravate.

- Que c'est ce que j'aime chez toi. Même si tu me détestes, j'ajoute, d'une voix tremblante d'émotion.

Je me retiens de lever les yeux pour guetter sa réaction. A la place, je fais mine d'être intimidée, et enroule sa cravate autour de mon doigt. Comme il se tient tout près de moi, je sens la chaleur de son corps et le parfum de son eau de toilette. Pas déplaisant. Il me suffirait de lever un peu la tête pour l'embrasser et enfin conclure. Mais je me refuse de le toucher, d'initier notre premier baiser. C'est à lui de faire le premier pas. C'est vieux jeu, certes, mais ainsi, il aura l'impression qu'il contrôle pleinement la situation.

- Je ne te déteste pas.

Je consens à lever le menton et croise ses yeux marrons-vert.

- Vraiment ?
- Vraiment.
- Mais tu penses que je suis une fille facile.
- Non. Pas du tout.
- Mais tu as dit...
- Je ne te fais pas confiance, Preslov. C'est différent.

Le silence tombe. Pour la première fois, je me sens démunie. Je n'ai aucune idée de quoi dire ou faire pour que notre relation évolue dans le bon sens.

- Et que dois-je faire pour gagner ta confiance, James ?
- J'en sais rien, soupire-t-il. Tu pourrais commencer par être honnête.

Être honnête ? Ce crétin me demande la seule chose qu'il m'est impossible de faire ! Son attitude me plonge dans une rage folle. Cela fait des semaines que je me contiens, que je me force à être amicale avec Potter. Je me suis appliquée à être aimable, douce et gentille. Je ne l'ai pas insulté grossièrement, comme lui vient de le faire ! Et je n'ai toujours pas droit à son respect ?

Mais pour qui se prend-t-il à la fin, le fils de MERLIN ?

- Tu veux que je sois honnête ? Très bien, je siffle entre mes dents. Tu n'avais aucun droit de me parler de cette manière sous mon toit. Devant mon père et tous ses invités !

C'était humiliant. Mais bien sûr, c'est moi que mon père va blâmer. Je n'aurais jamais dû élever la voix, surtout pas sur James Sirius Potter ! C'est le fils parfait d'un père parfait, qui est un vaillant défenseur de la famille et des valeurs morales. Je devrais me sentir honteuse, ne serait-ce que d'avoir posé les yeux sur cet être irréprochable, au service du Bien.

Le Gryffondor ouvre de grands yeux choqués.

- Je me suis excusé pour...
- Non ! je le coupe, glaciale. Tu as rejeté la faute sur moi, comme tu le fais toujours.
- Quoi ? Mais je...
- Oh, bouh, pauvre petit Potter ! je chantonne, prenant une voix méchante. Il se fait martyriser par une méchante Serpentard qui couche à droite et à gauche !
- Arrête, me somme-t-il.
- Pourquoi, tu vas le dire à ton père ? A moins que tu ne préfères aller pleurnicher dans les jupes de ta Maman ?

N'obtenant aucune réaction de sa part, je décide de taper plus fort :

- Peut-être que je devrais aller le dire moi-même, à ton père. J'en profiterais pour lui faire des avances... je susurre, un sourire malfaisant aux lèvres.
- Ça suffit ! s'écrit-il en me saisissant les deux poignets.

Mes yeux se baissent sur ses mains et je sens mon cœur manquer un battement. A cet instant précis, il me rappelle mon père dans ses accès de colère. Ce n'est pas la première fois que je me fait cette réflexion. James Potter est parfois un peu... abrupt. C'est très déstabilisant. Je n'aime pas qu'on me touche, qu'on m'agrippe de cette manière. Mon père se le permet déjà bien trop souvent à mon goût.

Incapable de réagir, je demeure inerte, comme une poupée de chiffon.

- Tu veux savoir pourquoi je ne te fais pas confiance ?! s'emporte-t-il en me secouant légèrement. Ce n'est pas à cause des rumeurs, ou des crasses que tu m'as faites les années passées, non. Si je ne te fais pas confiance, Luciana, c'est parce que j'en ai pas envie !

« Pas envie » je répète bêtement dans ma tête, ne comprenant pas le sens de ces mots. Finalement, James relâche mes poignets. Sa colère retombe subitement et il détourne le regard.

- Je sais que je finirais par le regretter. Si je te faisais confiance, articule-t-il lentement.

Je comprends enfin la raison de son entêtement, pourquoi il préfère garder ses distances. Je pensais qu'il était méfiant mais il a simplement peur de souffrir, d'être déçu. C'est pour cela que James Potter refuse mon amitié.

Une amitié que je ne peux même pas lui offrir.

- Tu as probablement raison, dis-je dans un souffle.

Mon plan diabolique, macabre, prend trop de place dans ma vie. Je suis incapable de penser à autre chose qu'à la mort de ma mère. Je dois la venger. Malheureusement, James Potter fait parti du plan. Et je compte bien me servir de lui, à ma guise.

Je m'approche lentement du jeune homme. Il se fige, l'air à la fois perplexe et... impatient ?

- Ce n'est pas une bonne idée, Preslov.

Sa voix n'est plus qu'un faible chuchotis. Il me regarde droit dans les yeux, manifestement au courant de mes intentions. Ses mains sont maintenant enfoncés dans ses poches, et n'ont pas l'air d'esquisser le moindre mouvement pour me repousser. Bien.

- De quoi parles-tu ? fais-je innocemment.

J'enroule mes bras autour de son cou, en gardant une distance respectable, comme si nous nous apprêtions à danser. Le Gryffondor lâche un soupir à fondre l'âme, avant de répondre :

- Nous deux. C'est une mauvaise idée.
- Il n'y a pas de nous, Potter. Il y a juste toi et moi...

Je m'approche encore un peu. Je sens son souffle chaud sur mon visage, mes lèvres ne sont qu'à quelques centimètres des siennes. J'attends qu'il se penche, mais il reste quelques instants immobile, comme une statue de cire. Puis enfin, il baisse la tête imperceptiblement. Je ferme instantanément les yeux. Ce presque baiser dure une éternité. Potter s'avance d'une lenteur tellement exagérée que j’hésite un instant à lui jeter un sort d'attraction. J'ai l'impression que tout se passe au ralenti.

Quand nos lèvres se touchent pour la première fois, je reçois une petite décharge électrique.

J'ai froid. Ce baiser me réchauffe, mais je me surprends à espérer que James me prenne dans ses bras, ou qu'il resserre son étreinte. Il n'en fait rien. Nous nous embrassons, alors que son corps reste obstinément éloigné du mien. C'est... étrange. James Sirius Potter prend son temps avec les filles. Ses lèvres frôlent les miennes à plusieurs reprises, sans forcer l'entrer. J'ai toujours pensé qu'il était du même acabit que Tobias Llyod, pour ce genre de chose. Brusque. Pressant. Avide. Un joueur de Quidditch, quoi !

Je me suis trompé. Le Rouge et Or prend bien garde de ne pas me toucher. Je fais pareil, préférant le laisser aux commandes. Potter n'est pas aussi insistant et exigeant que Tobias, mais il est évident qu'il a eu plusieurs petites-amies; il sait ce qu'il fait.

Quand, doucement, il raffermit la pression de son baiser, j'exhale un soupir qui résonne dans sa bouche. Il s'arrête net et recule aussitôt d'un pas. Le moment devient vite gênant, sans parler du fait que je me suis légèrement laissé aller. Cela faisait longtemps que je n'avais pas été aussi proche d'un garçon.

- Qu'est-ce qu'il y a ? je demande, retrouvant mon assurance habituel.

Il se racle la gorge.

- Je pense qu'il vaut mieux oublier ce qui vient de se passer. dit-il très vite, aussi effrayé que si j'étais le Calmar Géant.

Je me retiens de lever les yeux au ciel. Sa réaction est si prévisible... c'en est consternant. Je me contente de hausser les épaules avec indifférence.

- Ce ne sera pas bien difficile.

Je me détourne pour retourner à l'intérieur de la maison, lorsqu'il m'arrête :

- Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ?

J'esquisse un sourire satisfait, c'est presque trop facile. Je me tourne vers le brun, et réponds d'un air détaché :

- Que ce baiser n'avait rien d’inoubliable, Potter. Les filles te surestiment, si tu veux mon avis.

Une lueur meurtrière traverse ses yeux marrons tachetés de vert. Bien sûr, ce n'est qu'une tactique pour le faire douter de ses capacités. Je n'ai aucune idée de ce que disent les filles sur James Potter, pour la simple raison que je me fiche des ragots. J’espère simplement que ça va le pousser à recommencer à m'embrasser !



******



La frustration finit par me rendre irritable. Je ne vois vraiment pas ce que je peux faire de plus pour attirer James Potter dans mes filets. Le baiser que nous avons échangé me laisse perplexe. J’espérais que ce serait une façon pour James de faire avancer notre relation, c'est à dire de l'officialiser, mais il se montre plutôt réticent à cette idée. Devenir le petit-ami d'une Serpentard ne semble pas l'emballer, au contraire. Je ne perds cependant pas espoir, bien décidée à faire tomber ses dernières barrières.

Mes yeux se figent lorsqu'une jolie jeune femme brune se dirige dans ma direction, l'air déterminé.

- Bonsoir, Luciana. Je n'ai pas encore eu l'occasion de me présenter, je suis...
- Amelia Rowle. La fiancée de mon père.

Je regarde sa main gauche; l'énorme diamant sur sa bague de fiançailles brille tellement que c'en est indécent.

- Joli caillou, dis-je ironiquement.

Je ressens comme un pincement au cœur. Voilà des semaines que je souhaite rencontrer cette femme, mais maintenant qu'elle se trouve là, devant moi, j'ai du mal à le supporter. Je fais un pas de côté pour la contourner; j'ai besoin d'un verre.

- Un instant, Luciana. dit-elle, me saisissant délicatement par le bras. Je suis navrée, tu sais... je pensais que ton père t'avait mise au courant, pour nous deux.
- Et pourquoi donc s'en donnerait-il la peine? je rétorque, amer. Quel âge avez-vous ?

Les joues de la sorcière prennent une teinte rosée. Maintenant que je l'observe plus attentivement, je constate qu'elle est jeune. Bien trop jeune. Son élégance impeccable masque une silhouette un peu trop mince.

- Oh, je... je ne crois pas que cela ait une quelconque importance.

Son regard se tourne vers mon père, espérant sans doute qu'il vienne à sa rescousse. Ce dernier est trop occupé à discuter avec un riche couple pour se soucier de sa fiancée.

- Je vous ai demandé votre âge, je répète en haussant le ton.

Ses jolis yeux noisette se tournent vers moi. Elle est vêtue d'un tailleur strict, de couleur bleu marine. Probablement pour essayer de se vieillir.

- Vingt-trois ans, répond-t-elle enfin.

Je lâche un ricanement méprisant. Mon père approche de la quarantaine ! Je trouve cela répugnant, mais c'est monnaie courante chez les familles de Sang-Pur.

- Merveilleux ! je m'exclame en feignant le ravissement, ma nouvelle Maman pourra se faire passer pour ma grande sœur.

La brune semble mal à l'aise, comme si elle cherchait les mots justes, ce qui lui donne l'air encore plus juvénile et innocent.

- Luciana, écoute...
- Non, vous allez m'écouter. je l'interromps d'un ton ferme. Vous n'êtes qu'une idiote.

Son visage prend une expression indignée. Cela m'est parfaitement égal. Je la connais depuis seulement deux minutes, et je sais déjà qu'elle n'est pas de taille. Elle a tout intérêt à faire demi-tour, et quitter cette maison au plus vite.

- Je te demande pardon ? s'offusque-t-elle d'une toute petite voix.
- Mon père se sert de vous pour sa campagne électorale. Vous êtes une femme très belle et d'origine Moldue.

Je regrette immédiatement mes paroles. Cela ne faisait pas partie du plan. Je devais faire en sorte que Miss Rowle m'apprécie, m'aime. Mais je suis trop écœurée de voir cette faible femme tomber dans le piège d'un jeu conçu par mon père.

- Que veux-tu dire ?

Sa voix est devenue faible, presque inaudible.

- Avec une femme telle que vous à ses côtés, il a l'assurance d'obtenir les voix des sorciers nés Moldus. Et des hommes, probablement. j'ajoute, la lorgnant de haut en bas.

Amelia Rowle s'efforce de paraitre sereine, mais l'espace d'un instant, ses yeux se voilent d’inquiétude.

- Tu te trompes. Je suis désolée que tu le prennes ainsi, mais... sache que je n'ai pas l'intention de remplacer ta mère. Et encore moins te voler ton père.

Celle-là, je ne l'avais pas vu venir.

Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer. Rire, parce que je me fiche royalement qu'une femme me "vole" mon père. Je n'ai pas la moindre affection pour lui. Pleurer pour ma mère, qui n'est plus de ce monde et que personne ne pourra remplacer. Certainement pas une brune écervelée qui n'a aucune idée dans quoi elle met les pieds !

- Woah, vous êtes vraiment idiote. je constate simplement. Ça n'a rien d’étonnant, c'est même un critère de choix pour mon père lorsqu'il s'agit des femmes.

Maman était l'exception.

- Que dirait ton père s'il t'entendait parler ainsi ? se fâche ma future belle-mère, sur un ton qui se veut menaçant.

Je me retiens de lever les yeux au ciel. Cette femme n'a aucunement l'intention de répéter mes dires. Elle a bien trop peur de découvrir la vérité, à savoir : qu'elle n'est qu'un faire-valoir sans grande valeur, facilement remplaçable. Je m'approche d'elle et la regarde droit dans les yeux. On est à peu près de la même taille.

Vu son jeune âge, il est logique que je lui retourne la question :

- Que dirait le votre, Miss Rowle ? Vos choix en matière d'homme sont plus que douteux.

Un lourd silence s'installe entre nous. La brune soutient mon regard avec calme, puis elle finit par se détourner, et s'éloigne sans un mot. Mon cœur sursaute lorsque je remarque la présence de la mère de James. Par chance, elle ne s'est pas approché suffisamment pour entendre notre conversation.

Elle suit du regard Miss Rowle- qui affiche une mine grave et triste- avant de tourner brusquement la tête vers moi.

Je lui adresse mon plus joli sourire, la saluant poliment.

- Bonsoir, Madame Potter.

Cette dernière me toise de son habituel air réprobateur.

- Amelia Rowle est une jeune femme très gentille, tu sais. Elle était impatiente de faire ta connaissance, éructe-t-elle.

Mon sourire se fige sur mes lèvres. « Non, mais de quoi je me mêle ? » je peste intérieurement.

- Oh, vraiment ? J’espère ne pas l'avoir déçue, fais-je d'une voix mielleuse. Si vous voulez bien m'excuser, je vais retrouver James.

Madame Potter me bloque volontairement le passage. Je lève les yeux sur son visage. Son expression se fait plus sévère.

- Mon fils n'est pas aussi crédule que tu sembles le croire, Luciana. Et moi non plus. me prévient-elle d'une voix sourde.

Cette femme ne m'aime pas; elle ne m'aimera jamais. Mais curieusement, cela m'importe peu. Le fait qu'elle me considère comme une menace me procure un étrange sentiment de puissance.

- En êtes-vous sûre ? je minaude.

Mon aimable sourire se change en un rictus malfaisant.

La mère de James arque un sourcil, visiblement surprise. Elle étudie un instant mon visage, comme pour y lire les raisons de mon insolence. Je déteste me faire réprimander comme une enfant.

Il a bien longtemps que je n'en suis plus une.
Mauvaise nouvelle by jalea
Author's Notes:
Bonjour !

J’espère que vous allez bien :) Je profite de mon temps libre pour mettre à jour cette fanfiction.

Un grand merci à tous pour vos reviews au précédant chapitre !

Bonne lecture et à bientôt,
Jalea.
Chapitre 19 : Mauvaise nouvelle.





Il règne un silence absolu dans le grand salon.

Je n'entends rien d'autre que le crépitement des flammes dans l'âtre de la cheminée. L'immense horloge au mur indique qu'il est presque minuit. Je devrais sans doute aller me coucher, mais mes jambes refusent de bouger.

je me repasse mentalement les évènements de cette soirée, interminable et sans intérêt. Je suis plus que lasse des dîners et banquets mondains qu'organise mon père, en vu de son ascension au pouvoir. Malheureusement, mon projet n'a pas encore atteint son point culminant. Je dois faire preuve de patience et de ténacité.

Mon regard est soudain attiré par l'une des photos de famille qui trône sur la cheminée. Mes parents sont bras-dessus bras-dessous, une coupe de champagne à la main. Tous les deux sourient à l'objectif, rayonnants et naturels. Comme s'ils étaient parfaitement heureux. Mon poing se serre, je sens mes ongles se planter dans ma paume. Je sais ce que j'ai vu. Mon père a assassiné ma mère et je compte bien lui faire payer cet acte abject. En le torturant longuement, en lui infligeant des douleurs terribles. Puis, lorsqu'il m'implorera son pardon, me suppliera de l'épargner... je le tuerai. Sans la moindre hésitation. Sans une once de culpabilité.

Des larmes de rage me montent aux yeux, tandis que je contemple les braises incandescentes orangées. Cet à ce moment précis que la voix de mon père me parvient depuis son bureau : " Luciana, peux-tu venir ?" Je reprends immédiatement contenance, et affiche mon habituel sourire surfait.

- Oui, père ? dis-je en accourant à son bureau, telle une jeune fille bien élevée.

Il relève la tête pour me fixer de ses yeux gris perçants. J'attends qu'il ouvre la bouche mais il semble peser ses mots.

- Je crois que tu as fait la connaissance de Miss Royle ? dit-il enfin, l'air inconfortable dans son immense fauteuil.

Oh, voilà donc la raison de cet entretien : sa stupide fiancée née-moldue.

- Oui.
- Que penses-tu d'elle ?
- C'est une charmante jeune femme, père.

Un mince sourire étire ses lèvres, ce qui me fait arquer un sourcil perplexe. Se soucies-t-il réellement de mon avis ? Ce serait bien la première fois !

- Bien. Je t'ai vu discuter avec Harry Potter, tout à l'heure. poursuit-il, tout en ouvrant une boite à cigare. Je ne sais pas ce que tu lui a dit pour qu'il accepte d'assister à mon prochain meeting mais... je suis impressionnée, Luciana.

Cette annonce me cloue littéralement sur place. Cela fait des mois que mon père essaie de gagner les bonnes grâces d' Harry Potter. Jusque là, il était resté indifférent. D'où lui vient cet intérêt soudain pour la carrière politique de Basile Preslov ? Je trouve cela suspect. De plus, Monsieur Potter m'a laissé une drôle d’impression, au banquet. Il m'a posé toutes sortes de questions et semblait concerné de près par les affaires de mon père. Peut-être que monsieur Potter enquête sur lui ? Si c'est le cas, je lui souhaite bonne chance ! Basile Preslov dissimule toute trace de ses manipulations, et ce depuis des années. Cela fait des mois que je cherche des preuves compromettantes, sans succès.

- Je n'ai rien dit ou fait de particulier, je réponds d'un haussement d'épaules surpris.
- Peut-être, mais ton charme a opéré. Comme toujours ! rétorque mon père en souriant, d'un ton presque fier.

Je sens mon estomac se contracter et je suis prise d'une violente nausée. Je n'arrive pas à croire qu'il insinue que j'ai réussi à "charmer" Harry Potter ! C'est sans doute l'homme le plus respectable que j'ai jamais connu.

- Puis-je me retirer ? Je suis fatiguée.
- Je tenais juste à t'informer de la date de mon prochain meeting. Ce sera le dix janvier. Ta présence est requise, bien évidemment. J'ai déjà informé tes professeurs.

Je hoche la tête, puis me dirige en direction de la sortie.

- Et Amelia... Miss Royle emménagera au manoir à compter des vacances de Noël.

Ma main se fige sur la poignée de porte. Ai-je bien entendu ?

- Elle va vivre ici ? Avec nous ? je demande, d'une voix dépourvue d'émotion.
- C'est ce que je viens de dire.

Je tiens toujours la poignée entre mes doigts aux articulations blanchies. Une colère sourde me tord les entrailles. Il faut que je sorte de là, ou je risque d'exploser.

- Je suis navré, Luciana.

Sa voix n'est plus qu'un murmure, si bien que je me demande si je n'ai pas rêvé. Je me retourne pour lui faire face. Je dois vraiment être épuisée car son regard semble s'être un peu adouci.

- Pourquoi ? Je m'attendais à cette éventualité, père. Il s'agit de ta... votre future épouse.
Puis-je aller me coucher, maintenant ?

Le maitre des lieux se contente d’acquiescer, retrouvant son expression froide.



******



La nouvelle m'a ébranlé plus que je ne m'y attendais. Amelia Rowle va emménager au manoir familial. A cette simple idée, j'ai la gorge qui se noue, la poitrine qui se serre. Cette pauvre femme n'a aucune idée du danger qui la guette. Je dois à tout prix trouver une solution et mettre un terme a leur fichue relation. Mon père est un homme égoïste qui ne se préoccupe que de lui-même et accapare tout à son profit. Comment pourrait-il accueillir dans sa vie une autre personne et l'aimer en retour ? Une sorcière d'origine Moldue qui plus est ? C'est une pure mascarade.

J'entends des battements d'ailes au dessus de moi. Je relève la tête et reconnais aussitôt Noira, la majestueuse chouette de mon père. Son plumage d'un blanc immaculé, tacheté de brun et ses yeux noirs cerclés d'or la différencie des autres chouettes de l'école, aux couleurs fanés. Je saisi la lettre dans son bec, et elle s'envole aussitôt, poussant un hululement sinistre au passage. J'ouvre mon courrier en poussant un soupir à fondre l'âme. J'ai quitté la maison il y a moins de vingt-quatre heures... que me veut-il encore ?

« Luciana,

Je dois malheureusement partir pour affaires, et ne serait pas présent pour les fêtes. Ta future belle-mère s'est proposé de te garder... »



Amelia Rowle, me garder ? Pitié, elle a l'âge d'être ma sœur. Et cela fait longtemps que je n'ai plus besoin de gouvernante ! Je lève les yeux au ciel, avant de poursuivre ma lecture :


«Bien que cela serait l'occasion pour vous deux de faire plus ample connaissance, je préfère t'envoyer passer les vacances chez les Potter. »


Chez les... Potter ? Je fronce les sourcils, totalement décontenancée.

« J'ai expliqué ma situation délicate à Monsieur et Madame Potter, qui ont eu la gentillesse de t'inviter à passer les fêtes avec eux. Fais-moi une liste de ce dont tu as besoin, je te ferais envoyer tes affaires.

C'est une opportunité, Luciana. Saisis-là.

Fais-moi part de tes avancements,

Basile Preslov,
Ton Père.
»


Comme si j'avais besoin qu'il me rappelle être mon père !


- Mauvaise nouvelle ? s'enquiert Dorian en remarquant mon trouble.

Je plie la lettre et la remets dans l'enveloppe, les doigts tremblants de colère. Comment mon père a-t-il osé me faire ça ? Comment a-t-il pu demander aux parents de James Potter de s'occuper de moi ? Ne lui ai-je pas prouver à maintes reprises être une adulte ? N'ai-je pas passer le plus clair de mon temps seule au manoir ces dernières années ? Croit-il sincèrement que James va m' apprécier davantage si je m'incruste chez lui pour les fêtes de Noël ? Merlin, mon père est entrain de gâcher mes efforts sans même en avoir conscience !

Malgré sa personnalité extravertie, James Potter est quelqu’un de secret, particulièrement vis à vis de sa famille. Oh bien sûr, il lui arrive d'inviter des amis chez lui et même d'organiser des fêtes... mais uniquement lorsque ses parents ne sont pas là et que sa maison est vide. Je crois qu'il essaie au maximum d'éviter les phrases du type : « woah, quand je pense que ton père est le grand Harry Potter ! Il est là ? Ce serait un véritable honneur de le rencontrer et de lui demander un autographe », ce que je peux aisément comprendre.


- C'est une lettre de Basile. Cet idiot à demandé à Monsieur Potter de m' héberger pendant les vacances de Noël car il sera absent.

Mon père est toujours absent, cela n'a rien d'une nouveauté ! La bouche de Dorian s'ouvre si grand qu'il pourrait gober des mouches. Face à son manque de réaction, je continue :

- Il refuse de me laisser seule, ce qui est ridicule, je peux parfaitement m'occuper de moi-même !
- Attends, c'est une blague ? s’exclame mon meilleur ami, retrouvant l'usage de sa langue. Pourquoi ne viens-tu pas chez moi ?
- C'est une excellente question que tu ferais bien de poser à mon père. Il ne m'a aucunement concerté sur le sujet, Dorian !

Je respire lentement pour essayer de me calmer. Ce pauvre Dorian n'y est pour rien, après tout.

- Tes parents sont tout le temps en voyage. Il a beau savoir que tu es mon meilleur ami, il n'a pas confiance en toi pour autant. Tu es un garçon.
- Hey, je suis un gentleman, moi ! rétorque-t-il en prenant l'air offusqué.
- Va dire ça aux filles que ça intéressent. dis-je en élevant la voix et gloussant bêtement.

Dorian est gay, surtout. Mais personne n'est au courant, à part moi. Pour donner le change, il m'arrive parfois de flirter avec lui en public, uniquement pour faire croire aux autres serpentard que notre capitaine de Quidditch est un coureur de jupons invétéré.

- C'est sérieux, tu vas vraiment passer Noël chez les Potter ? reprend-t-il, le ton plus bas.
- C'est une véritable opportunité...

Selon mon père, bien sûr. Je pense au contraire que ma relation avec James, déjà fragile, risque d'imploser.

- Et James Potter, tu crois qu'il est courant ? interroge mon meilleur ami.

Bonne question ! Nous nous retournons d'un même mouvement pour regarder le concerné, assis en bout de table, chez les Gryffondor. Le jeune homme lit son courrier, les sourcils tellement froncés qu'ils ne font plus qu'un. Puis, le brun froisse rageusement le morceau de parchemin qu'il a entre les mains avant de l'envoyer balader plus loin. Quand James Potter nous aperçoit entrain de l'épier, son regard s'aimante au mien. Il me dévisage longuement d'un air accusateur, en secouant la tête de droite à gauche. Comme si j'étais responsable de la situation.

- Apparemment, oui. dis-je doucement.

Sans me quitter des yeux, le gryffondor plante violemment sa fourchette dans une pomme de terre.

- Il s'en réjouit d'avance, à ce que je vois ! ironise le blond, en gonflant les joues pour s'empêcher de rire. Et bien... je n'aimerai pas être à la place de James Potter. Tu vas n'en faire qu'une bouchée.

J’émets un ricanement.

- Tu parles de moi comme si j'étais une mante religieuse. Je vais juste...
- Tu vas juste quoi, Luciana ? Lui planter un poignard dans le dos et lui briser le cœur ?

Je le gratifie d'un petit sourire, plus amusée que fâchée.

- Oh, Dorian. Tu es si mélodramatique, parfois.
- Et toi, une vraie princesse des glaces ! Je ne connais pas très bien Potter, mais il a l'air d'un chouette gars. Pourquoi tu ne te sers pas d'un mauvais garçon du genre de...(il scanne notre table des yeux) Tobias Llyod ? Ce type mériterait vraiment une bonne leçon.

Ça, je ne peux pas le nier.

Le jeune homme est assis à seulement quelques places de moi. Il est entouré de plusieurs filles, comme à son habitude. Se sentant observé, le serpentard tourne brusquement la tête dans ma direction pour m'adresser son sourire le plus charmeur. J'esquisse un rictus tout en passant longuement mes doigts dans mes cheveux. Je n'ai pas pour autant oublié le fait qu'il ait lancé toutes sortes de rumeurs dégradantes à mon sujet, et compte bien me venger.

- Oh oui, Tobias... il est déjà sur ma longue liste des cœurs à piétiner, si ça peut te consoler.

Le blond lève les yeux au ciel.

- Tu m'écriras, lorsque tu seras chez les Potter ?
- Je croyais que tu ne voulais rien savoir sur l'avancement de mon « plan macabre ». je lui rappelle en souriant diaboliquement.
- Peu importe. Tu me raconteras tout dans les moindres détails, d'accord ? insiste-t-il, retrouvant son habituel sourire coquin. Mes parents ne seront pas là, je vais avoir beaucoup de temps libre.
- Autrement dit, tu vas t'ennuyer ?
- Trop, répond-t-il en lâchant un gros soupir.



******



- Des volontaires ? Monsieur Llyod, par exemple ?

A l'entente de ce nom, je me redresse sur ma chaise, soudainement intéressée. Un lent sourire machiavélique se dessine sur mes lèvres, tandis que mon ex "petit-ami" se dirige au centre de la pièce, à la demande de notre Professeur.

- Bien, qui souhaite se mesurer à Monsieur Llyod ?

Mon sourire s'élargit; à croire que Merlin tout puissant m'envoie un signe. Je lève la main à une vitesse surprenante, attirant le regard du Professeur McLarren.

- Ah, Miss Preslov. Et bien, pourquoi pas ?

Il m'invite à rejoindre mon camarade sur la petite estrade, tandis que le reste de la classe s'attroupe autour de nous pour assister au spectacle.

Un duel. C'est parfait. Voilà un moyen rapide et efficace de faire payer à Llyod son impertinence. Je me positionne face à mon rival, baguette en l'air. Tobias me décoche un sourire séducteur auquel succombe la majorité des filles de notre classe, gryffondor compris. Moi, je reste de marbre. Il y a bien longtemps que ce crétin ne me fait plus le moindre effet.

- Je te manquais déjà, chérie ? susurre-t-il à mon attention, d'une voix audible pour tous.

Je laisse échapper un gloussement, faussement extatique.

- Tu sais bien que je ne peux pas me passer de toi, Tobias. je minaude en battant des cils.

Derrière moi, des sifflements se font entendre ainsi que des bruits de baisers. J'ai même droit à des mimiques équivoques de la part de certains garçons de l'équipe de Quidditch. Bande d'idiots.

- Allons, un peu de sérieux s'il vous plaît ! intervient notre Professeur de Défense.

Nous nous saluons; Tobias s'incline exagérément, alors que je me contente d'un mouvement de tête agacé. Je recule de quelques pas, avant de brandir ma baguette magique comme une épée.

Un. Deux. Trois :

- Expelliarmus ! s'écrit aussitôt mon adversaire.

Un éclair aveuglant de lumière verte jaillit de sa baguette. Je réussis à le contrer d'un simple Protego. Je reste figé un instant et dévisage Tobias. Un sort de désarmement, sérieusement ? Quel âge a-t-on, douze ans ? Le Serpentard me gratifie de son habituel sourire charmeur, l'air de dire : " Je vais y aller doucement avec toi, Lucia."

- Ce n'est vraiment pas le moment d'être galant, mon vieux ! s'égosille l'un de ses amis.
- Vous devez uniquement désarmer votre adversaire, croit bon de nous rappeler le Professeur McLarren, en élevant la voix pour couvrir le bruit des acclamations.

C'est ça, compte la-dessus et bois du jus de citrouille.

J'adresse mon plus joli sourire à mon ennemi. Si Tobias souhaite combattre de cette façon, allons-y :

- Expelliarmus, j'articule lentement.

Llyod est aussitôt soulevé du sol puis violemment projeté à quelques mètres de là, se retrouvant au bord de l’estrade.

Dorian, ainsi que d'autres élèves de Serpentard m'offrent un tonnerre d'applaudissement. Un bon nombre de gryffondor semble également se réjouir de la situation. Mon regard se pose un bref instant sur James Potter, qui a le sourire fendu jusqu'aux oreilles. De toute évidence, je ne suis pas la seule à détester Tobias Llyod.

Ce dernier prend appui sur ses coudes pour se redresser, grimaçant de douleur. Une fois debout, il me jette un regard noir, meurtrier. Ses beaux traits sont maintenant déformés par la colère et la honte. Il brandit sa baguette dans ma direction avec rage :

- Diffinito !

Un jet de lumière m'atteint brutalement, propulsant ma baguette magique au bas de l'estrade. Je baisse le regard et remarque une coupure béante dans le creux de ma main droite. L'entaille est assez profonde pour que mon sang coule en abondance. Je serre le poing si fort que cela m'étourdit presque, tandis que mon sang se répand sur le sol. La haine que je ressens en cet instant est si intense que cela me comprime la poitrine. Je relève doucement la tête pour le fusiller du regard. Le jeune homme blêmit en voyant mon sang ruisseler.

- Ça suffit, Monsieur Llyod ! Puisque vous êtes incapable de suivre de simples consignes, le duel est terminé. Retournez à votre place.

Non. Ce petit crétin n'ira nul part tant que je ne l'aurais pas décidé. Je fixe le bas de son corps, me focalisant sur mon incantation.

Immobulus

- Qu'attendez-vous pour retourner à votre place ? s'entête le Professeur McLarren, perdant patience.
- Je... je ne peux plus bouger les jambes. balbutie Llyod, les joues rouges d'embarras.

J'ai vaguement conscience que la salle de classe est anormalement silencieuse, lorsque le Professeur McLarren se tourne dans ma direction en fronçant les sourcils.

- Que faites-vous, Miss Preslov ?

Je suis trop énervée pour lui prêter la moindre attention. Comme attiré par une force invisible, mon regard se tourne vers le plafond. Juste au dessus de Llyod, il y a un vieux lustre couvert de toiles d'araignées, qui ne tient plus que par quelques vis. Je ne cesse de le fixer, littéralement en transe. Le lustre se met a tanguer, d'abord lentement, de droite à gauche. Puis, son mouvement devient de plus en plus rapide.

- Qu'est-ce que tu fiches, Lucia ? hurle Tobias, l'air à la fois surpris et effrayé.
- Assez ! Je vous somme d'arrêter ! ordonne mon Professeur, s'élançant vers moi.

Il me saisit brusquement par l'épaule. Ce contact me fait immédiatement redescendre sur terre. Malheureusement, il est trop tard : le lustre se décroche. Des cris apeurés résonnent, alors que Tobias se protège la tête avec ses bras. Avant que l'objet ne s'écrase au sol, je tends ma main ensanglanté dans sa direction pour l'arrêter. Il reste figé en l'air quelques secondes avant de retomber avec fracas, juste à côté du Serpentard.

L'air devient glacial. Un silence assourdissant m'entoure. Mes camarades de classes me dévisagent avec effroi, tout comme notre Professeur. Je m'en veux d'avoir était si loin, cela ne faisait absolument pas partie de mon plan. Je me tourne vers Monsieur McLarren et affiche mon air de biche innocente.

- Je suis désolée, Professeur. J'étais tellement concentrée que je ne vous ai pas entendu.


Mon expression peinée paraît convaincre McLarren que tout cela n'était qu'un fâcheux incident. Je suis la plus brillante et sérieuse de ses élèves, comment pourrait-il croire que j'ai voulu intentionnellement blesser un camarade ?

- Elle a fait usage de Magie noire ! beugle une gryffondor en me pointant du doigt.

Super, il ne manquait plus que cela à ma réputation. Je lève les yeux au ciel tant cette idée est absurde.

- Tu dis n'importe quoi ! s'insurge Dorian, prenant immédiatement ma défense.
- Ce sont là de graves accusations Miss Fioretti, dit McLarren d'un ton un peu réprobateur.
- Mais tout le monde l'a vu faire tomber le lustre ! renchérit un autre élève de sa maison.
- Ce n'est pas ce que j'ai vu, intervient à son tour Rosalie Wood. Luciana a remarqué que le lustre menaçait de tomber...
- Et elle l'a stoppé net avant qu'il ne fracasse le crane de Llyod. conclut mon meilleur ami en adressant un petit sourire de reconnaissance à sa voisine.

Je lâche un soupir de soulagement. J'ai la chance d'avoir au moins deux personnes de mon côté.

- Exactement, approuve Rosalie. Je trouve ça un peu dommage d'ailleurs, mais je suppose que c'est le devoir d'une Préfete-en-Chef. N'est-ce pas, Potter ?

Les regards se braquent vers le second Préfet-en-Chef. Mon cœur se met à tambouriner dans ma poitrine; le Rouge et Or me fixe intensément, comme pour déceler sur mon visage les traces de ma culpabilité. Je soutiens son regard et attends. Ces derniers temps, notre relation semblait avoir évolué; son comportement envers moi était devenu plus... cordial, disons. Le fait que je m'invite chez lui pour les vacances de Noël risque cependant de changer la donne.

- J'ai vu la même chose que toi, Wood. répond finalement le Préfet, presque à contre cœur.

J'ai du mal à en croire mes oreilles. Je me contente de le dévisager, complètement abasourdie, comme les autres gryffondor présents.

- Voilà qui est réglé, Professeur. sourit Dorian, ignorant les protestations de certains de nos camarades.

McLarren semble légèrement dépassé par la situation. Il nous demande une nouvelle fois de regagner nos places respectives, sans succès.

- C'est loin d'être réglé ! gronde Llyod en m'assassinant du regard. J'aimerai bien savoir comment tu as fait pour me jeter un sort d'immobilisation sans avoir eu recours à ta baguette ?

Réfléchis deux secondes, crétin. Et ça finira peut-être par faire "tilt" !

- Magie noire ! hurlent à l’unisson plusieurs gryffondor, parmi la foule d’élèves.

J'ai la curieuse impression de me trouver au beau milieu d'un procès.

- Allons, du calme ! tempère McLarren en haussant le ton. Faire usage de ses pouvoirs par la pensée n'a rien de maléfique. De très nombreux sorciers le font...
- Pas des élèves, Professeur. le coupe timidement Melinda Jones.

J'arque un sourcil en direction de la supposée meilleure amie de James Potter, et la toise jusqu'à ce qu'elle baisse le regard.

- Il est vrai que les élèves, en général... utilisent leur baguettes car il est plus facile pour eux de jeter des sorts ainsi. baragouine notre Professeur, avec l'air de vouloir disparaître sous terre.

Je lui adresse un petit sourire de remerciement. Eddie McLarren est un bon professeur, mais c'est un homme un peu faible, qui redoute les conflits. Il n'aime pas exprimer un désaccord par crainte des conséquences. Et je crois bien ne l'avoir jamais vu donner une retenue à un élève depuis qu'il enseigne à Poudlard.

J'admets volontiers avoir jeté des sortilèges par la pensée. Je ne suis certainement pas la première sorcière à le faire, et il n'y a rien de mal à ça. Je suis néanmoins la seule dans cette classe a être assez expérimenté pour lancer un sort télépathique. De quoi alimenter la jalousie excessive de mes camarades.

- C'était déloyal ! grogne Tobias dans ma direction.

Je jette un bref regard vers James Potter, avant de faire face à mon adversaire. Et si je profitais de l'occasion pour montrer à tout le monde- et en particulier à Potter- à quel point je peux être aimable ?

- Je te présente mes excuses, Tobias. Je n'aurai jamais du te lancer ce sort, lui dis-je en affichant une moue faussement triste et désolée.

Ce dernier esquisse un rictus mauvais. Llyod me connait suffisamment pour savoir que je ne suis pas sincère. Le jeune homme lance un regard vers les autres élèves. Il observe un instant les gryffondor avec mépris, avant de se tourner vers moi en me décochant un sourire éblouissant.

- J'accepte tes excuses, Lucia.

Je lui rends son sourire, légèrement crispée. Cela peut paraître étonnant, mais il arrive parfois aux serpentard de se soutenir, uniquement pour ne pas perdre la face devant les gryffondor. Ce n'est qu'une illusion, rien d'autre.

Le Professeur McLarren nous impose une énième fois à tous de retourner à nos places. Le duel ayant pris fin, les élèves obtempèrent. Je descends de l'estrade et m'abaisse pour ramasser ma baguette, mais Llyod me devance. Il tend la main dans ma direction, un sourire conquérant aux lèvres. Je récupère ma baguette en lâchant un soupir.

- Je sais ce que tu as essayée de faire avec ce lustre. me murmure le Serpentard à l'oreille, tandis que je me dirige vers mon pupitre. Et je dois dire que je trouve ça plutôt excitant, ajoute-t-il à voix basse.

Il me bloque volontairement le passage pour me dominer de toute sa hauteur.

- Chacun ses fantasmes, je riposte sur un ton mielleux. La prochaine fois, je ferai en sorte de ne pas te manquer, crois-moi.

Tobias ne semble pas remarquer le sadisme de mon sourire.

- Oh, je t'en prie ! rit-il, nous savons tous les deux que tu es incapable de me faire du mal, Lucia.
- Luciana, je le corrige pour la centième fois. Et n'en sois pas si sûr, Llyod.

En guise de réponse, il m'adresse un grand sourire, assorti d'un clin d'œil. Je le regarde s'éloigner un petit moment, avant de capter le regard énigmatique de James Potter. Je pivote vers lui, envisageant d'aller le remercier d'avoir pris mon partie, mais il détourne aussitôt la tête. Difficile de croire que nous avons échangé un baiser lors du banquet de mon père. Potter semble avoir effacé ce moment de son esprit, comme si ça ne s'était jamais produit.

- Silence, s'il vous plait ! Bien, veuillez ouvrir vos livres à la page cinquante-trois. ordonne le Professeur McLarren, retrouvant un semblant d'assurance.

Je constate que je suis la seule élève encore debout et rejoins ma place en soupirant, légèrement frustrée.

- C'était plutôt intense, hein ? me chuchote Dorian, tout en ouvrant son manuel à la page indiquée. Mais sincèrement, Luciana... tu penses vraiment que ce comportement va te faire gagner des points auprès de Potter ?
- Non. Mais bon sang, que ça défoule !
- Ah ça, je te crois sur parole !

Dorian s'esclaffe, ce qui attire l'attention de Rosalie, assise juste devant nous.

- Je rêve. Ce gros crétin a failli se prendre un lustre en pleine tronche, et il arrive encore à fanfaronner ! souffle-t-elle, jetant un regard peu amène à Tobias Llyod. Je n'arrive toujours pas à croire que tu aies pu sortir avec un garçon pareil, Luciana. enchaine-t-elle en m'adressant une grimace dubitative.
- Moi non plus, je réponds avec humeur.
- Tu ne le trouves pas à ton goût, Rosalie ? raille Dorian.

La jeune fille manque de se liquéfier sur place en croisant son regard bleu azur. Cela fait des années que Rosalie est amoureuse de mon meilleur ami. Je meurs d'envie de lui dire qu'elle perd son temps, mais cela reviendrait à trahir le secret de Dorian.

- Llyod ? répète-t-elle avec une mine de dégoût. Ce n'est pas du tout mon genre. Je préfère les blonds.

Dorian ignore délibérément la perche qu'elle lui tend et se tourne vers moi.

- Ne le prends pas mal Luciana, mais tu dégoulines.

Je baisse le regard vers ma main; je constate avec horreur que je perds encore du sang et que ma jupe est tâchée. Rosalie me tend immédiatement un mouchoir que j'enroule autour de ma paume.

- En voilà, une belle occasion. lance Dorian avec un sourire en coin. Hey, Potter ! s'exclame-t-il haut et fort, il faudrait emmener Luciana à l’infirmerie avant qu'elle ne tourne de l’œil. Vous êtes d'accord, Professeur ?
- Naturellement. répond ce dernier les joues rosies, l'air honteux de ne pas y avoir songé le premier.

Potter se lève en lâchant un soupir à fendre l'âme, paraissant regretter d'être Préfet-en-Chef. Il ne m'en faut pas plus pour retrouver l'ordre de mes priorités.

Mon but ultime est de détruire mon père, et James Potter fait partie de mon plan de vengeance. Jusqu'à aujourd'hui, j'ai fait preuve d'une patience exemplaire, d'un stoïcisme remarquable. J'ai fait violence à tous mes sentiments pour composer mes paroles afin d'apprivoiser ce gryffondor de malheur, sans le moindre résultat.

Je sens en moi le feu de la vengeance brûler, furieux, palpitant et vibrant de rage. La douleur, lancinante, est partout. Elle se propage, inexorable. Je n'en peux plus d'attendre, c'est une agonie interminable ! Il est plus que temps de passer à la vitesse supérieure.

James Potter va tomber amoureux de moi, qu'il le veuille ou non !
Vacances de Noël (partie 1) by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Voici enfin le chapitre 20, j’espère qu'il vous plaira.

Merci à SumiShann pour sa correction.

Bonnes fêtes de fin d'année à tous,
à bientôt !
Chapitre 20 : Vacances de Noël (partie 1)




« Aouch ! »

J'ai dû y aller un peu trop fort avec la poudre de cheminette. J'utilise rarement ce moyen de transport car dans la mesure du possible, je préfère transplaner. Voilà sans doute pourquoi je me retrouve étalée de tout mon long dans le salon de la famille Potter. Bonjour, l'élégance ! Je me relève tant bien que mal et époussette mes vêtements couverts de cendre.

— Woah, sacré vol plané ! commente une voix dans mon dos.

Je me retourne et remarque la présence d'Albus Potter. Il est assis sur le divan et me dévisage, l'air béat.

— Bonjour, dis-je simplement en forçant un sourire amical.

Le jeune homme rougit instantanément.

— Salut, hum...( il se lève du canapé à une vitesse ahurissante) tu ne t'es pas fait mal, au moins ?

Mon genou est écorché et mon poignet gauche me brûle affreusement.

— Non, pas du tout. Sommes-nous seuls ? j'interroge, sourcils froncés.

La maison paraît anormalement calme. Albus secoue la tête de droite à gauche.

— Tout le monde est là. Je vais prévenir James et Lily que tu es arrivée, dit-il avec empressement.

J'entends le bruit de ses pas dans les escaliers. Je me retrouve seule dans le salon, sans savoir quoi faire. C'est une grande pièce chaleureuse avec un mur de fenêtres. La décoration est simple et chaleureuse, dans les tons marrons. Dans un coin, un vase débordant de fleurs diverses trône sur une petite table. Plusieurs canapés confortables entourent une table basse en bois. Il n'y a rien de superflu. Rien de tape à l’œil.

Je ne sais pas trop si je suis censée m'asseoir ou rester debout, alors je m'avance vers la cheminée pour regarder les photos encadrées. Toutes représentent James, Albus et Lily enfants, adolescents, en famille ou avec des amis. Quelques instants plus tard, j'entends quelqu'un arriver.

— Il me semblait bien avoir entendu quelqu'un bondir de ma cheminée ! s'exclame une jolie femme rousse, vêtue d'un tablier.

Malgré son ton accueillant, son sourire semble un peu forcé.

— Bonjour, Luciana.

Je lui rends son sourire, avant de me rendre compte du capharnaüm dont je suis la cause ; le sol est couvert de débris et de cendres.

— Je suis désolée pour le désordre, madame Potter, dis-je aussitôt en sortant ma baguette afin de tout remettre en ordre.

Elle m'arrête d'un simple geste de la main.

— C'est inutile. Nous ne t'attendions pas si tôt, ou toute la famille se serait réunie dans le salon pour t'accueillir... Lily, veux-tu bien descendre, s'il te plaît ? hurle-t-elle en direction des escaliers.

Je sursaute légèrement lorsque Mme Potter s'approche de moi pour poser une main douce, mais ferme sur mon épaule. Son regard devient fixe, sa voix se fait autoritaire :

— Écoute, Luciana... je sais que tu n'es plus une enfant et que tu es habituée à vivre en parfaite autonomie, mais dans cette maison tu vas devoir te plier à certaines règles, si cela ne t'ennuie pas.

Je me contente de hocher la tête, maudissant intérieurement mon père de m'avoir mise dans cette drôle de situation. J'aurais encore préféré passer les vacances de Noël avec ma future belle-mère... Le seul point positif, c'est que je vais pouvoir me rapprocher de James Potter.

Je suis plus que lasse de ce petit jeu entre nous. Il est grand temps d'officialiser les choses entre nous, afin que je puisse enfin poursuivre mon plan de vengeance. Pour être honnête, j'arrive à saturation. Ma patience est mise chaque jour à rude épreuve, et je ne rêve plus que d'une seule chose : détruire mon père. Et pour cela, je suis prête à toutes les bassesses. N'importe quoi pourvu que Basile Preslov finisse six pieds sous terre.

— Le réveil est à huit heures. Chacun a sa liste de corvées à effectuer et si tu veux sortir, tu dois avoir ma permission, ou celle de Harry. Tu dois aussi savoir que nous vivons dans un quartier moldu, alors... pas de magie c'est d'accord ?

Je cligne bêtement des yeux, tiquant sur ses dernières paroles. Comment ça, pas de magie ? Je suis tout bonnement incapable de me passer de ma baguette magique !

— Vous êtes sérieuse ? je demande en grimaçant.
— Ai-je l'air de plaisanter, Luciana ? rétorque Mme Potter en arquant un sourcil. Je n'ai rien contre un Lumos ou un Accio de temps en temps lorsque tu es seule, mais rien de trop voyant. Est-ce bien clair ?

Une chose est sûre : je vais avoir du mal à me faire à son ton infantilisant.

Je hoche la tête et m'oblige à répondre :

— Oui, madame.
— Oh, s'il te plaît, Maman ! Luciana vient à peine d'arriver, intervient Lily Potter en déboulant dans le salon comme une tornade.

Sa mère l'ignore royalement.

— Lily va te faire visiter la maison et te montrer où tu vas dormir. J’espère que la chambre d'ami te conviendra. Tu veux bien dire à tes frères d'aller enfin déblayer le jardin ? soupire-t-elle, l'air franchement excédée.

La concernée secoue la tête, avant de me faire signe de la suivre. J'empoigne ma valise en la serrant si fort que je sens ma main devenir moite. Mon appréhension devient plus grande ; j'ai envie de prendre mes jambes à mon cou. J'ai beau haïr le manoir familial, il n'en reste pas moins mon sanctuaire. C'est le seul endroit où je me sens chez moi.

— Laisse donc ça, l'un des garçons s'en occupera, lance distraitement Mme Potter en me voyant me débattre avec ma valise.

Puis elle disparaît comme elle est apparue en marmonnant dans sa barbe qu'elle a encore «  des tonnes de choses à faire ». Lily me décoche un sourire étincelant. Elle me saisit vivement par le bras pour me faire une visite guidée. Le rez-de-chaussée comporte l'entrée, la cuisine, une cave, le salon, la salle à manger.

Je suis tentée, à plusieurs reprises, de lui avouer que je suis déjà venue chez elle pendant l'été, à la fête qu'a organisé son grand frère, mais la rouquine a l'air tellement heureuse de me faire visiter les lieux que je ne peux m'y résoudre.

— Vous n'avez pas d'elfes de maison ? je m'étonne, tandis que nous montons les escaliers.

La Gryffondor pouffe de rire, comme si j'avais sorti une énormité.

— Ne demande surtout pas à ça ma tante Hermione ou tu risques d'en entendre parler pendant longtemps...

Arrivée à l'étage, je me fige et, à travers l'embrasure d'une porte, j'aperçois une pensine. Mon cœur se met à battre la chamade. J'ai encore en ma possession quelques souvenirs de Mr. Stein, le premier amour de ma mère. La seule pensine dont je dispose est celle se trouvant dans le bureau de la directrice. Il est très difficile, voire impossible d'y avoir accès, car McGonagall change de mot de passe constamment.

Je recule d'un bond lorsque la porte s'ouvre brusquement, laissant apparaître un homme portant une paire de lunettes rondes.

— Ah, bonjour Luciana. Comment vas-tu ?

Je redresse les épaules et je lui tends la main, professionnelle. L'habitude, sûrement.

— Très bien Mr. Potter, et vous ?

Il passe une main sur sa nuque bien trop tendue, et tourne la tête quelques instants vers son bureau, qui est jonché de piles de dossiers.

— Disons que les vacances tombent à point nommé, répond-t-il en souriant.

Face au survivant, je me sens soudain toute petite. Je fixe le bout de mes chaussures en mordant ma lèvre.

— Je... je suis désolée de vous imposer ma présence.

Son sourire s'élargit.

— Ce n'est rien, voyons. Nous sommes ravis de t'accueillir pour les fêtes. Je te laisse t'installer, d'accord ?

Son accueil me rassure et me réconforte un peu. Je jette un dernier coup d’œil intéressé à la pensine, avant de suivre Lily dans le couloir. Je n'ai pas le temps de faire deux pas qu'un cri s’élève, faisant trembler la maison toute entière.

«  AARRRGH ! JE VAIS TE TUER, ALBUS ! »

— Que se passe t-il encore là-haut ?! gronde la voix de madame Potter, depuis la cuisine.

Je lance un regard étonné à Lily. Elle se contente de hausser les épaules en mâchant son chewing-gum, l'air parfaitement habituée aux hurlements. Une porte s'ouvre à la volée. James Potter surgit comme un dragon sortant de sa cage. Il est suivi de près par son frère, qui paraît tout aussi énervé.

— Regarde ça, Pa ! s'écrit-il en brandissant un vêtement rose sous son nez. Non mais regarde ce qu'il a fait à mon maillot !
— C'est ravissant, cette couleur, se moque Lily, récoltant aussitôt un regard noir.

Monsieur Potter soupire lourdement.

— Pourquoi as-tu fait une chose pareille, Albus ? le sermonne-t-il aussitôt.
— C'est lui qui a commencé, il m'a envoyé un cognard en pleine tête pendant un match !
— Je te rappelle que tu as littéralement fait exploser ma chambre ! argue le préfet-en-chef, rouge de colère. (du moins, je l'imagine, car je ne le vois que de dos).

Je reste à l'écart, me sentant mal à l'aise d'assister à cette scène.

— Je t'ai pourtant dit que c'était un accident ! Oncle Georges m'avait demandé de tester...
— Combien de fois vous ai-je dit à tous les deux de ne rien accepter de la part de votre oncle ? s'emporte monsieur Potter, les regardant tour à tour avec une extrême sévérité.
— Au moins une centaine de fois, Papa, minaude Lily, tout sourire.
— M'ont-ils seulement écouté ?
— Je crains que non, chantonne la rouquine.
— Comment se fait-il que votre petite sœur de treize ans ait plus de jugeote que vous deux réunis ?
— C'est navrant, les garçons. Que va penser Luciana de vous, hein ?

James laisse échapper un grondement de fureur.

— Je n'en reviens toujours pas que vous ayez accepté qu'elle passe les vacances chez nous !

Les yeux de son petit frère se posent brusquement sur moi et s'écarquillent.

— James, je n'ai pas eu le temps de te prévenir que...
— C'est pourtant évident que son père se sert d'elle pour avoir ton vote et ton soutien, Pa !
— James ! tonne Mr. Potter d'un ton sans appel.

Cela ne semble pas l'impressionner, car il ajoute avec désinvolture :

— Quoi ? C'est vrai ce que je dis, non ?
— Regarde derrière toi, crétin, souffle la rousse d'une voix audible pour tous.

James Potter se retourne. Il me voit, m'observe comme s'il n'était pas surpris par mon apparition, ou trop indifférent pour s'en inquiéter. Je soutiens son regard sans sourciller.

Ma baguette magique me démange là, tout de suite, et je dois faire un effort surhumain pour garder mon calme.

J'esquisse un sourire qui doit plutôt ressembler à une grimace.

— Bonjour James, fais-je simplement.

Je n'attends aucune réponse de sa part et me tourne vers sa sœur pour demander avec politesse :

— Peux-tu me faire visiter le reste de la maison, Lily ?
— Bien sûr, répond-t-elle l'air un peu embarrassée.

Elle me fait faire un rapide tour de l'étage et me guide vers une pièce au fond du couloir. La chambre d'ami est juste à côte de la sienne. « Elles communiquent. Il n'y a qu'à pousser une porte ! » s’extasie la Rouge et Or, comme si elle n'avait jamais reçu d'invités.

— Désolée, ce n'est pas aussi grand et luxueux que chez toi...

Je laisse mon regard vagabonder sur la petite pièce. Il y a un lit deux places, ainsi qu'une table de chevet, un bureau, et des étagères remplies de livres. Je m'approche de la grande fenêtre qui donne sur la rue et aperçois une petite fille qui s'amuse à faire un bonhomme de neige juste en face.

Je souris, un peu lasse, mais je souris quand même. Lily semble faire tout son possible pour que je me sente à l'aise.

— C'est parfait.

Elle sourit, l'air à la fois soulagée et enthousiaste.

— Il est joli, ce collier, lance-t-elle soudain en zieutant mon pendentif.
— Oh, merci. Il appartenait à ma mère.
— Il y a sa photo à l’intérieur ?
— Non. Il... il ne s'ouvre pas.
— Ah bon. Je pensais que... comme c'est un médaillon...

La rouquine paraît regretter sa question et ne sait plus où se mettre. Je la gratifie d'un sourire qui se veut rassurant, bien que je n'aime pas parler de ma mère. C'est encore trop difficile. Douloureux.

Un lourd silence s'installe, lorsqu'on entend toquer à la porte. C'est James Potter qui m'apporte ma valise. Il la dépose sans ménagement sur le lit, avant de se tourner dans notre direction. Son attitude a radicalement changé ; il a retrouvé son air sérieux et mature.

— Qu'est-ce que tu veux ? grogne la rouquine, le toisant avec méfiance.
— Dire un mot à Luciana. Tu veux bien nous laisser ?
— Non.
— Lily !

La jeune fille lève les yeux au ciel. Elle consent à s'en aller, non sans jeter un dernier regard furieux à son frère. Nous nous retrouvons seuls, avec James. Cela pourrait être pour moi l'occasion de me venger pour ses paroles blessantes. Ou mieux encore : je pourrais le séduire. Après tout, ne suis-je pas là uniquement pour cette raison ?

Je retiens un profond soupir et tente un sourire, même si mes zygomatiques sont mis à rude épreuve.

— Pour ce que j'ai dit tout à l'heure...
— Je sais que tu ne veux pas de moi chez toi, James, je l'interromps, éreintée.

Pour le moment, je n'ai aucune envie de le séduire. Je suis fatiguée de toute cette situation et ne souhaite qu'une chose : profiter de mes vacances. J'estime l'avoir bien mérité.

— Ne t'en fais pas, je me ferai aussi discrète que possible, j'annonce platement.

Le jeune homme ne pipe pas mot. Il se contente de rester là, immobile, m'observant comme si j'étais une créature étrange. Quand la porte s'ouvre brusquement, nous faisant tous les deux sursauter.

— Luciana, je t'apporte des...

Madame Potter se fige sur le seuil, les bras chargés d'une pile de linges. Son regard passe de James à moi, et ses traits se crispent en une expression sévère.

— Les portes restent ouvertes, ici. Toujours, dit-elle à mon attention.

Et voilà qu'elle me dévisage encore de cette manière. Comme si j'étais une croqueuse de diamants, ou la pire gourgandine qui soit.

— Même lorsqu'on se change, madame Potter ? je questionne en retour d'un air faussement innocent.

Ses yeux se plissent, me scrutent.

Il est clair à son air réprobateur que l'examen de passage n'est toujours pas concluant.
Les vacances de Noël (Partie 2) by jalea
Author's Notes:
Bonsoir,

Voici le chapitre 21, j’espère qu'il vous plaira. Je vous préviens déjà que Luciana va devenir de plus en plus sombre...

Un grand merci à Enireves Lechemin, Malia32, Westmoor, Maloux pour leurs reviews et à SumiShann pour sa correction !

Bonne lecture,
à bientôt.
Chapitre 21 : Les vacances de Noël (Partie 2)





— Je peux savoir ce que tu fais ?

Je m'immobilise et me retourne vers James Potter, le cœur battant à tout rompre. Je dissimule immédiatement ma baguette magique dans mon dos. Je tente un bref sourire qui s'éteint rapidement.

Bon sang, je suis prise sur le fait !

Je passe une main dans mes cheveux, nerveuse, tandis que Potter me regarde en arquant un sourcil inquisiteur. Je m'éloigne de la porte du bureau de son père et prend un air faussement innocent.

— Je... je voulais aller me chercher un verre d'eau.

Je noue étroitement ma robe de chambre, prenant soudain conscience que je porte une simple nuisette. Les yeux grands ouverts, James Potter m'observe sans ciller, comme si l'idée de me perdre de vue une seconde était imprudente.

— La cuisine se trouve au rez-de-chaussée, m'indique-t-il sèchement.
— Ah oui. J'avais oublié...

J'esquisse un sourire qui se veut désinvolte, et le contourne pour me diriger vers l'escalier. Ses pas résonnent derrière moi.

— Je t'accompagne, dit-il.
— C'est inutile.

Un rictus se dessine, à la commissure de ses lèvres.

— J'insiste.

Je le remercie et garde ma frustration derrière mes dents serrées. Qu'est-ce qui m'empêche de lui jeter un sort, le pétrifier sur place ? Cela me permettrait d'aller dans le bureau de son père... James Potter m'épie, son regard ennemi me suit partout. J'essaie de rester calme, mais je sens la colère monter en moi.

Franchement, je pensais que nous avions dépassé ce stade !

— Tu n'as pas besoin de me surveiller, tu sais ? Je ne suis pas une voleuse ! je lâche à mi-voix, hors de moi.

Le jeune homme me sert un grand verre d'eau avant de s'appuyer contre l’évier de la cuisine. Son regard marron tacheté de vert me trouble. Il me jauge. Le Gryffondor doit avoir l'habitude de décider en un instant si la personne face à lui est digne de confiance ou non. Quelque chose me dit qu'il s'est déjà forgé son opinion me concernant, il y a bien longtemps.

— Alors pourquoi essayais-tu d'entrer dans le bureau de mon père ?

Je me sens rougir contre ma volonté.

— Je... je n'ai pas essayé...
— Mais encore ?

Je garde un instant le silence, le temps voulu pour reprendre contenance. Je pourrais mentir, nier, mais à quoi cela servirait-il ? Certainement pas à gagner des points auprès de Potter.

Je me racle la gorge, avant de répondre :

— Il a une pensine. Je l'ai vue en arrivant.

Je m'attends à ce que ma réponse le mette en colère, mais il se contente de froncer les sourcils, l'air intrigué.

— Et alors ?
— J'ai... les souvenirs d'une personne. J'ai envie... non, j'ai besoin de les voir.

La vérité m'écorche la langue. Personne n'est au courant de ça, mis à part mon meilleur ami Dorian. Potter fait un pas dans ma direction, me fixant avec sévérité.

— Tu avoues donc avoir essayé de forcer le bureau de mon père ?

Je laisse échapper un soupir de lassitude, et baisse la tête pour exprimer ma honte et mon désarroi. Ce n'est qu'une tentative de manipulation, je n'éprouve pas le moindre remord. Ce qui me contrarie réellement c'est de m’être fait pincer Potter, avant d'avoir pu me servir de la pensine de son père.

Décidément, ce Gryffondor n'a de cesse de déjouer mes plans machiavéliques et ce, sans même en avoir conscience. C'est parfaitement exaspérant. Ma patience atteint ses limites. Mon cœur est dévoré par le poison de la vengeance, à tel point que j'ai du mal à me contenir ; mon envie de destruction devient trop forte.

Je vais me venger de mon père, et le plus tôt sera le mieux.

— Oui. Je suis désolée. Tu vas me dénoncer ?

Je relève doucement la tête et croise son regard incisif. Une petite ride apparaît entre ses sourcils relevés ; pour le reste, sa peau est lisse et exempte de tout défaut.

Pour la première fois, je remarque à quel point James Potter est beau. Pas autant que Dorian, mais presque. Ses traits sont réguliers et l'intensité de son regard est incroyable. Je comprends maintenant pourquoi tant de filles lui courent après. Un seul de ses regards suffirait à faire fondre une statue de glace.

— Si tu veux utiliser la pensine de mon père, il te suffit de le lui demander.

Je cligne des yeux, désarçonnée.

— Tu penses vraiment que... ?
— Il acceptera, me coupe froidement James, avant de me tourner le dos pour se servir un verre d'eau.
— Je lui demanderai, alors. Merci, fais-je dans un souffle.

Je pose mon verre sur la table de la cuisine et m'apprête à regagner ma chambre, quand James ajoute :

— Excuse-moi d'avoir insinué que tu étais une voleuse.

Cela me laisse pantoise. Je le regarde, la bouche entrouverte, sans savoir quoi dire. James Potter n'a guère l'habitude de formuler des excuses. Ses yeux marrons rencontrent les miens et je ressens un petit pincement au cœur. Serait-ce un sentiment de culpabilité ?

Je me contente de hausser les épaules.

— Ne t'excuse pas. Tu as toutes les raisons de te méfier de moi.

Le brun s'approche encore un peu plus de moi, l'air pensif.

— J'aimerais savoir...
— Oui, quoi ?
— Toi, ici... chez moi. C'est une idée de ton père ou de toi ?
— Mon père, évidemment.

Le rouge et or ne semble pas satisfait de ma réponse. Un mince sourire étire mes lèvres.

— Tu as l'air un peu déçu, fais-je remarquer.
— Pourquoi serais-je déçu ? rétorque-t-il en riant.

L'adolescent passe une main dans ses cheveux en bataille, signe qu'il est non seulement nerveux, mais aussi préoccupé. Je comble la distance qui nous sépare, et suis contente de voir qu'il n'a aucun mouvement de recul.

— Tu aurais peut-être préféré que ce soit mon idée ? Savoir que j'ai supplié mon père pour passer les vacances de Noël dans ta famille et être ainsi auprès de toi ? je susurre en retour.

James me fixe, rempli d'une animosité que je m'amuse à entretenir depuis des années. Pourtant, il me considère comme s'il dominait la situation. Il se passe une nouvelle fois la main dans les cheveux, avant de rétorquer avec désinvolture :

— Ne rêve pas trop, Preslov. Au pire, je te déteste, au mieux, tu m'indiffères.

Cela fait maintenant plusieurs semaines que j'essaie de l'attirer dans mes filets, et tout ce que j'ai réussi à obtenir, c'est un fichu baiser. Je devais faire en sorte qu'il tombe amoureux de moi afin que mon père annule mes fiançailles avec Dragomir Vladescu. Malheureusement, je suis encore loin d'avoir atteint mon but.

Sa réponse devrait m'irriter, mais ce n'est pas le cas. Son sens de la répartie me plaît bien, cela me divertit toujours. De toute manière, je commence à me dire que cette idée était mauvaise, sans doute la pire que j'ai jamais eue. A bien y réfléchir, je me fiche des arrangements que mon père peut prendre à mon égard car je ne lui laisserai pas l'occasion de les concrétiser.

— Ce n'est pas très gentil de dire ça, James. Moi qui fait pourtant tout pour t'être agréable... tout pour attirer ton attention...
— Arrête ça tout de suite, me somme-t-il.

Mon sourire moqueur se dissipe instantanément.

— Ça quoi ?

Son regard s'assombrit et son expression change.

— De me séduire. Je veux que tu arrêtes ton petit jeu. Peut-être qu'ainsi, nous pourrons devenir amis.

Sa drôle de proposition me laisse sans voix. En dehors de Dorian, jamais aucun garçon n'a voulu devenir mon ami. Sans raison apparente, mon cœur s'emballe dans ma poitrine. James Potter est quelqu'un de très entouré et j'avoue l'avoir très souvent envié. L'espace d'une seconde, j'envisage cette possibilité : arrêter de le séduire. Devenir son amie. Sa bonne influence pourrait me guider, m'aider à changer en une personne meilleure et respectable.

C'est alors que le visage de ma mère apparaît dans mon esprit. Puis, son corps inerte, gisant dans le salon... mon père se tenant au-dessus d'elle, sa baguette à la main. Son regard froid et vide éclairé d'un rictus effrayant...

Quelle idiotie ! je n'ai pas besoin de l'amitié de James Potter. Je ne rêve, ne vis que pour une seule chose : détruire Basile Preslov. Rien d'autre n'a d'importance pour moi.

Cette pensée me remet d'aplomb. Puisque je me trouve chez les Potter, autant faire une dernière tentative. Si James refuse mes avances une fois de plus, je n'insisterai pas. Son implication n'est pas primordial, après tout. Je peux très bien utiliser Dragomir Vladescu à sa place, même si cette idée (et ses mains baladeuses) est loin de me réjouir.

Je prends mon air le plus sérieux, celui que je réserve à mon père lorsque nous parlons affaires. Mon regard se plante dans le sien, direct, franc et spontané.

— Et si je te disais que ça n'a rien d'un jeu ? Ça changerait quelque chose pour toi ? Cesseras-tu de me repousser encore et encore, comme si j'étais atteinte d'éclabouille ?

James m'observe silencieusement. Je sais que je passe un test.

— Pourquoi je t’intéresse autant, tout à coup ? J'aimerais bien le savoir.
— Si tu m'intéresses autant, c'est justement pour cette raison, James.
— Parce que je te résiste ?

Allez, encore un petit effort, Luciana. Ses barrières vont tomber, il va flancher.

Il ne me reste plus qu'une carte, une seule, que je dois jouer tout de suite : celle de l’honnêteté. Je détourne intentionnellement les yeux, feignant d'être intimidée.

— Pendant longtemps j'ai cru que tu étais comme les autres garçons. Comme Tobias Llyod. Je me suis trompée à ton sujet. Et crois-le ou non... je suis sincèrement désolée d'avoir été aussi odieuse, méchante avec toi.

Le rouge et or pousse un profond soupir pour évacuer la tension accumulée.

— Eh bien... je suis loin d'être un enfant de chœur. J'ai certainement mérité les sortilèges que tu m'as lancés.

Je pousse la niaiserie jusqu'aux limites, et minaude :

— Tu sais que je n'aurais jamais pu te faire de mal, hein ? Je crois que j'essayais juste d'attirer ton attention.
— Tu as réussi, dit le brun en riant.

Sa main droite se lève pour aller rencontrer mon bras. A ce contact, je suis parcourue d'une étrange sensation. Comme si un poids énorme venait de m'être retiré.

— J'aimerais tellement pouvoir te faire confiance, Luciana...

Ma gorge se noue et je mords ma lèvre inférieure. Il est encore temps de faire marche arrière. Je pourrais me servir de Dragomir ou d'un autre ! N'importe qui.

Sauf que... je ne trouverai pas mieux que James Potter, je le sais pertinemment. Basile n'attend que cela : le soutien du fils du héros pour sa campagne électorale. Si je parviens à mes fins avec James, mon père m'accordera pleinement sa confiance, ce dont j'ai cruellement besoin pour exécuter mon plan de vengeance.

— Tu... tu peux me faire confiance, James.

Le jeune homme me fixe quelques secondes sans rien dire. Ses yeux marrons sont empreints d'une étonnante douceur.

— Vraiment ?

Je hoche doucement la tête.

Lorsque James se penche lentement vers moi pour m'embrasser, je ne peux pas m'empêcher d'afficher un petit sourire victorieux.

La partie est gagnée.
Les vacances de Noël (Partie 3) by jalea
Author's Notes:
Hey !

Je suis en plein marathon de mise à jour de mes fics xD Voilà donc le chapitre 22, centré sur les souvenirs des parents de Luciana...

Merci à SumiShann pour sa correction.

Bonne lecture.
Chapitre 22 : Les vacances de Noël (Partie 3)




Mon cœur bat violemment dans ma poitrine.

Ma mère se trouve à seulement quelques centimètres de moi ; elle est si proche que je pourrais la toucher. Ma main se lève pour aller à sa rencontre, mais lorsqu'elle touche son épaule, son image se trouble, devient floue. Je retire aussitôt ma main tremblante, pour la plaquer le long de mon corps. Évidemment que je ne peux pas la toucher ! Ce n'est pas la réalité, ni le présent. Il s'agit de l'un des souvenirs de Edgar Stein, son premier amour.

Je regarde autour de moi, désorientée. Je me trouve dans une petite salle de réception, à la décoration somptueuse et pesante, ornée de papier peint à rayures vert foncé et dorées, et éclairée de plusieurs lustres en cristal. Les convives discutent bruyamment, vêtus de tenues élégantes, un verre de champagne à la main.

Mon regard se tourne à nouveau vers ma mère, qui se tient près du buffet. Ses cheveux auburn descendent en cascade bouclée sur ses épaules, retenus d'un côté par une barrette étincelante, révélant la ligne pure de son cou à la peau ivoire. Elle porte une simple robe, en mousseline de soie carmin.

J'ignore combien de temps je reste plantée là, sous le choc, à la fixer sans parvenir à rassembler mes idées. Bien que ma mère semble avoir quelques années de plus que moi, elle parait si jeune... si innocente.

Alors que je cherche désespérément une ressemblance entre nous, j'aperçois un homme assez grand derrière son épaule. Mon père. Aussitôt, mes poings se serrent, veulent affronter la dureté de son cœur de pierre. Le jeune Basile Preslov est longiligne, élégant et très séduisant avec ses yeux gris clair et ses cheveux d’ébène.

Un froid glacial s'insinue dans mes veines en le voyant s'approcher de ma mère avec son trop plein d'assurance. Il est détestable.

— Bonsoir, Miss Rakoszy, la salue-t-il galamment.

La jeune femme se raidit lorsqu'elle le remarque. Elle le gratifie d'un bref hochement de tête, avant de tendre la main pour prendre une coupe de champagne.

— Monsieur Preslov, dit-elle, après avoir avalé une gorgée du liquide mousseux.

Le jeune Basile esquisse un sourire qui modifie à peine les traits de son visage, un étirement tout juste perceptible des lèvres.

C'est curieux. Mes parents se comportent comme deux étrangers, pourtant je sais que ce n'est pas leur première rencontre.

— Passez-vous une bonne soirée ? demande-t-il.

Sa voix est emprunte d'une politesse recouvrant à peine un sentiment d'agacement. Je le devine au pli profond qui se creuse entre ses sourcils, ce qui arrive chaque fois qu'il est préoccupé ou mécontent.

— Oui, merci. Et vous ?

C'est à peine si ma mère le regarde ; ses yeux sont obstinés, fixés sur la jolie vue qu'offre la vaste cour extérieur.

Basile se poste devant elle, l'obligeant à lever les yeux vers lui. Son sourire devient plus réaliste, lorsqu'il répond :

— Pas vraiment. Les mondanités m’ennuient.

Irina cligne des yeux, visiblement perplexe. Puis, un rictus éclaire ses traits tandis qu'elle pose son verre.

— Ah oui ? Pourtant, vous semblez parfaitement dans votre élément.

Basile fronce légèrement les sourcils. Je pouffe de rire, il est clair que la jolie brune se moque de son allure irréprochable.

Mon père ouvre la bouche, pour ensuite la refermer. C'est la première fois que je le vois manquer d'assurance. Le silence tombe comme une chape de plomb. Mais hélas, il reprend vite contenance :

— Qu'avez-vous pensé du discours de notre futur Ministre ?
— Pas grand chose, soupire Irina. Si ce n'est qu'il a la tête bien enflée...

Son interlocuteur hausse les sourcils comme pour acquiescer. Ma mère laisse échapper un autre soupir.

— Sommes-nous obligés de suivre ces stupides règles de politesse ?
— J'ai bien peur de ne pas vous suivre, dit Basile, l'air interloqué.
— Le vouvoiement. Je ne pense pas que cela soit nécessaire, nous étions à Poudlard ensemble, après tout...

Elle lui tourne ensuite le dos, faisant mine de s’intéresser au buffet pour dissimuler ses joues rouges. Le jeune homme esquisse un sourire qu'elle ne voit pas, jouant de son ton enjôleur :

— Nous ne nous sommes pas vraiment côtoyés. Tu étais bien plus jeune que moi, Irina.
— Et je ne le suis plus ?

Elle se retourne brusquement pour lui faire face. Basile laisse un long silence planer entre eux. Ses yeux parcourent son corps de haut en bas. Même à distance, je vois le visage de ma mère devenir livide.

— Non. Tu es une jeune femme, à présent.

Irina semble regretter sa question, car un autre silence, embarrassé cette fois, s'installe. Les joues beaucoup plus roses, elle passe une main fébrile dans ses cheveux, comme pour se donner une contenance.

— Je... je ferais mieux d'aller retrouver mon fiancé, bredouille-t-elle.

Mon père saisit une flûte de champagne, avant de la gratifier d'un sourire éblouissant. Sa voix calme, presque douce, et sa désinvolture naturelle lui donnent un faux air de gentleman.

— Oui. Cela serait sans doute plus sage de ta part.
— Et pourquoi ça ? s'étonne ma mère en arquant un sourcil.

Le sourire du jeune homme s'élargit.

— Si tu vas le rejoindre, tu n'auras pas le temps de tomber amoureuse de moi.
— Amoureuse de toi ? s'offusque Irina, la bouche grande ouverte.

Sa bouche se referme presque aussitôt et elle affiche une expression à la fois méprisante et incrédule.

— Je vois que tu n'as pas beaucoup changé depuis Poudlard : tu es toujours aussi prétentieux.
— Toi non plus, tu n'as pas beaucoup changé.
— Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ?

Mon père semble se réjouir de la situation. Je n'arrive pas à savoir : est-ce de la taquinerie ou de la provocation ?

— Tu le sais très bien, répond-t-il simplement.

De la provocation, évidemment. Basile Preslov aime choquer et rendre son interlocuteur instable. Je crois même que c'est son passe-temps favori.

Irina hausse les yeux au ciel, lasse de son petit jeu.

— Bien que tes phrases énigmatiques m'amusent beaucoup, mon fiancé m'attend. Alors, si tu veux bien...

Elle fait un vague signe de la main pour lui demander de libérer le passage. Mon père ne bouge pas d'un pouce. Son regard brillant se fait plus vif, plus acéré. Je connais cette expression ; Basile sait ce qu'il veut et fera tout pour l'obtenir.

— Pardonne-moi, mais ton fiancé doit être un bel idiot pour t'avoir perdue de vue ne serait-ce qu'une seconde, souffle-t-il si bas que je dois tendre l'oreille pour le comprendre.

La jeune Irina reste figée sur place, comme statufiée. Elle ne s'attendait visiblement pas à entendre ce genre de déclaration.

— Danse avec moi.

Cela ressemble à un ordre. Le ton de sa voix intrigue Irina, qui le dévisage plus attentivement.

«  Va-t-en, Maman ! » je hurle inutilement. Ne voit-elle donc pas à qui elle a affaire ? Tout cela sonne faux, sa voix, son air enjôleur et aimable, son attitude détendue... ce n'est qu'une stratégie perverse qui consiste en un calcul pour appâter sa proie !

— Je.. je ne peux pas, marmonne la jolie brune, en cherchant à dissimuler sa soudaine timidité.
— Tu n'appartiens pas à ton fiancé que je sache ? riposte Basile, l'air agacé et... navré ?
— Pourquoi n'invites-tu pas plutôt l'une d'elles ? élude Irina, en faisant un signe de tête vers un groupe de jeunes femmes qui n'ont de cesse de regarder dans leur direction.

Ses épaules s'affaissent. Après un long silence, il pousse un soupir qui ressemble à un râle.

— Elles sont insipides. Pas toi.
— Oui, mais moi je... je suis déjà prise.

Mon père ancre son regard dans le sien, tandis que ma mère trahit sa nervosité en se mordillant la lèvre.

— Je le sais. Et cela me peine énormément.

Contre toute attente, Irina éclate de rire. Ce rire cristallin et enfantin parait désarçonner le jeune Basile l'espace d'une seconde. Ses sourcils se froncent, pendant qu'il l'étudie avec attention.

— Tu ne me crois pas ?
— Non, je ne crois pas à ton numéro de charme, Basile. Nous nous connaissons à peine.
— A qui la faute ? rétorque-t-il aussitôt, muni de son sourire suffisant.
— Cesse de m'importuner.
— Je t'importune ?
— Oui.
— Toi aussi, tu m'importunais, lorsque tu me suivais dans les couloirs de Poudlard, avec tes amies...
— Je… Je n'étais qu'une enfant impressionnable ! s'emporte brusquement la jeune fille, attirant le regard curieux des autres convives.

C'est à cet instant que je l'aperçois : Edgar Stein est là, lui aussi, à seulement quelques mètres de ma mère. Mr. Stein ne la quitte pas des yeux. Ses traits sont crispés ; il semble se demander ce qui se passe.

— Ça suffit, je m'en vais, décrète Irina, le menton fièrement levé.

Son ton est méconnaissable, son visage n'a plus rien d'amical. Je dois dire que je suis impressionnée ; peu de personnes osent tenir tête à Basile Preslov. Ce dernier semble d'ailleurs perdre patience ; les chosent ne se déroulent pas comme il l’espérait. Ses yeux s'assombrissent peu à peu.

— Grand bien te fasse. Mais tu sais aussi bien que moi que nous allons nous revoir, Irina.

La concernée l'observe, stupéfaite, avec un mélange d'incrédulité et d'humiliation. Comme si elle savait au fond d'elle qu'il avait raison mais qu'elle refusait de l'admettre ouvertement.

— Je crois que je n'ai jamais rencontré un homme aussi arrogant et présomptueux que toi, dit la brune en soutenant son regard.

Cette fois, mon père parait sincèrement décontenancé. Basile doit mesurer ses paroles, parce qu'il se tait. Sa posture s'adoucit, puis, comme s'il craignait d'être allé trop loin, il se courbe afin de déposer un baiser sur la main de la jeune femme.

— Pardonnez-moi si je vous ai importunée, Miss Rakoszy. Cela n'arrivera plus.

Il se détourne sans plus de cérémonie, et se dirige vers un groupe de jeunes femmes à peine plus âgées que lui. Ma mère le suit longuement du regard, l'air confuse et coupable. Elle tourne ensuite les talons, sans voir que Basile a les yeux rivés dans sa direction.

J'observe cette drôle de scène sans vraiment savoir quoi en penser. Mon père a toujours été un homme calculateur et manipulateur. Ébahie, je contemple la sincérité de son regard, chose que je n'ai jamais vu avant ce jour. Mon père paraît sincèrement épris de ma mère. Je ne peux pas y croire. C'est impossible ! Ou alors, ses sentiments changeront dans le futur, car il se rendra coupable de la pire des infamies...

— Tout va bien, Irina ? Que s'est-il passé ?

Le fiancé de ma mère me tire de mes pensées. Je me retourne et vois Irina baisser la tête, comme une enfant prise en faute.

— Rien du tout, souffle-t-elle difficilement. J'ai besoin de prendre l'air, ajoute la jeune fille en relevant les yeux.
— Je t'accompagne.
— Non !

La brune a un mouvement de recul, ce qui fait arquer un sourcil perplexe à Mr. Stein. Une expression peinée passe sur son visage, lorsque ma mère ajoute :

— J'ai envie d'être seule, Edgar.

Je la regarde s'éloigner, avant de m'élancer brusquement à sa suite, mais déjà un tourbillon brumeux m'enveloppe, me poussant vers le haut contre mon gré.

Je me retrouve violemment propulsée hors de la pensine, et atterri lourdement au sol.

Je ne sais pas combien de temps je reste allongée là, dans le bureau de Monsieur Potter. J'aimerais tant pouvoir revenir en arrière. Remonter le temps afin de prévenir ma mère de ce qui l'attend si elle épouse Basile Preslov... Malheureusement, c'est impossible. Elle est morte et enterrée, et il n'y a rien que je puisse faire pour la sauver.

Je porte inconsciemment ma main à mon pendentif.

C'est un joli bijou en or, incrusté de saphirs. En passant mes doigts dessus, je remarque sur les bords une fente qui révèle un intérieur creux. Ça alors, c'est la première fois que je m'en aperçois ! La première fois que j'y accorde un tant soit peu d'attention, aussi. J'aime ce bijou, mais n'ai jamais aimé l'admirer ; le souvenir de ma mère le portant autour de son cou gracile est encore trop présent.

Je me redresse d'un bond et retire ma chaîne pour regarder ça de plus près. J'essaie de l'ouvrir mais je n'y arrive pas, le loquet semble bloqué. Agacée, je finis par utiliser ma baguette magique. Plusieurs sorts sont nécessaires avant que le pendentif ne consente à s'ouvrir en deux.

Je m'attends à y voir une photo de ma mère, ou de mon père mais ce que si trouve à l'intérieur est bien plus surprenant : une mèche de cheveux brune, aux reflets auburn.

Ma respiration devient saccadée, mes membres tremblent en comprenant qu'il s'agit d'une mèche de cheveux appartenant à ma mère. Je garde les yeux fixés dessus, tandis qu'un nouveau plan germe dans mon esprit.

Un plan complètement fou et insensé, qui aura sans doute raison de ma santé mentale.

Ma bonne conscience me hurle d'arrêter ce jeu cruel mais mon envie de vengeance me dévore de l'intérieur. Il faut que j'aille jusqu'au bout, sans quoi tout le travail que j'ai fait jusqu'à présent n'aura servi à rien.

C'est de la pure démence, je le sais.

Pourtant, je ne peux pas m'empêcher de sourire.





End Notes:
Ca va, je n'ai perdu personne en cours de route xD ? L'histoire va prendre un autre tournant, un peu plus sombre, puisque Luciana à une nouvelle idée pour se venger de mon père... alors, vous avez deviné son plan ? xD

Merci de m'avoir lu,
à bientôt !
Les vacances de Noël (Partie 4) by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Voici le chapitre 23, j’espère qu'il vous plaira.

Beaucoup de choses se passent pendant ces vacances de Noël, il y aura sans doute une dernière partie avant le retour de Luciana à Poudlard.

Bonne lecture,
à bientôt.
Chapitre 23 : Les vacances de Noël (Partie 4)




— Et toi, tu es ?

Je me tourne vers le jeune homme qui est assis à ma droite, sur le canapé. Il est à peine plus jeune que moi et son visage m'est vaguement familier. Je l'ai sûrement déjà croisé à Poudlard. Il a les cheveux blond, un visage d'ange et des yeux bleu clair à faire pâlir de jalousie mon meilleur ami Dorian. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il détonne dans le décor ; la pièce est remplie de rouquins.

Je tends aussitôt la main pour me présenter.

— Luciana Preslov, dis-je en plaquant un sourire de circonstance sur mon visage.

Il regarde un instant ma main, avant de consentir à la serrer.

— Louis Weasley.
— Enchantée de te connaître.
— De même, répond-t-il avec un sourire goguenard.

Encore un Weasley, évidemment. Bon sang, c'est une véritable invasion, la maison des Potter en est infestée ! Le dénommé Louis me dévisage avec insistance, un léger sourire moqueur aux lèvres.

— Je suis le cousin de James, Albus et Lily.
— Ça, je m'en serai doutée, je rétorque sans cesser de sourire.

Je fais de mon mieux pour essayer de cacher mon exaspération, mais honnêtement, toute cette effervescence autour de moi commence à me donner le tournis ; le salon est bondée de monde, les conversations sont bruyantes et animées... je sais que c'est le soir de Noël, mais ce déluge de bons sentiments programmés me donne littéralement la nausée. Qui plus est, je me sens comme une étrangère. A chaque fois que les regards se posent sur moi, je sais qu'ils se demandent ce que je fais là.

— Et donc...(le blond saisit un gâteau sur la table basse, avant de se tourner à nouveau vers moi) Qui t'as invitée ? Sûrement pas James, ricane-t-il.

Mon sourire se fige. J'ai l'impression qu'il se durcit, que je ne pourrai plus jamais arrêter de sourire. Je ne connais pas intimement ce garçon mais de toute évidence, il a entendu parler de moi. Et pas en bien, apparemment.

Mon regard se tourne inconsciemment vers James Potter, à l'autre bout de la pièce, qui bavarde joyeusement avec ses cousins.

— Je n'ai pas été invitée par James, non...
— Je crois qu'il t'aime bien, tu sais.
— Pardon ? fais-je les yeux ronds.
— Oh, bien sûr, il n'avouera jamais être amoureux d'une Serpentard, mais...
— Amoureux ? je répète, totalement hébétée.

Le jeune homme m'adresse un sourire radieux, qui exhibe toutes ses dents. Il se penche ensuite vers moi, et ajoute à mi-voix :

— Je vais être très clair, Preslov : ne t'avise surtout pas de jouer avec ses sentiments ou tu risques de le regretter.

Ma bouche s'entre-ouvre sous l'effet de la surprise. Mon attitude change radicalement ; je perds mon sourire et retrouve instantanément ma posture hautaine.

— Serais-tu entrain de me menacer, Weasley ? je questionne sur un ton glacial.
— Pas seulement moi, énonce-t-il. Nous sommes une famille très soudée, Preslov. Sache que si tu t'en prends à James... tu t'en prends à nous tous.

Je soutiens son regard sans ciller. Louis Weasley fait de même, une lueur de détermination dans les yeux.

Je sens soudain la tension dans l'air et lorsque je tourne la tête, je ne suis pas surprise de voir que plusieurs têtes rousses m'observent avec un mélange de méfiance et d’antipathie. Rose Weasley, notamment, n'a de cesse de me dévisager. Je n'ai aucun doute sur le fait qu'elle est l'instigatrice de cette « intervention ».

Suis-je si effrayante que ça ? Pour que tous les membres de cette famille décident de se réunir contre moi ?

Étrangement, je suis galvanisée à l'idée qu'ils me voient comme une menace. Cela me confère un sentiment de toute puissance. De plus, la simple pensée du nouveau plan que je viens d'élaborer pour détruire mon père fait monter en moi une telle poussée d'adrénaline que j'ai bien du mal à tenir en place.

J'estime avoir toujours besoin de James Sirius Potter, mais pas au point de me laisser intimidée par une bande de neux-neux à peine prépubères.

Prête à l'offensive, je joins mes mains sagement sur mes genoux, et me penche brusquement vers le blond, le forçant à reculer.

— James est au courant de ça ?
— Bien sûr que non, répond-t-il, l'air un peu mal à l'aise.
— Si j'allais lui raconter ce que tu viens de me dire... tu crois que ça lui plairait ? je minaude sur un ton doucereux.

En guise de réponse, l'adolescent blêmit. Je m'approche encore un peu plus de lui, et déclare sans me départir de mon calme olympien :

— A mon tour de te prévenir, Weasley : tes petits cousins et toi n'avez aucune idée à qui vous avez affaire. Alors je te suggère gentiment... je vous suggère à tous de rester en dehors de mon chemin.

Je ne lui laisse pas l'occasion de rétorquer, et me lève pour mettre fin à la discussion. J'ai conscience de mon erreur ; j'aurais plutôt dû essayer de calmer le jeu, me montrer plus amicale. Malheureusement, ma fierté a pris le dessus. Je n'allais tout de même pas me laisser marcher sur les pieds par une bande de gamins ! Et de toutes manières, ce n'est pas comme si Louis, Rose et Hugo Weasley comptaient dire la vérité à James ; ce dernier n'apprécierait sûrement pas que ses petits cousins se mêlent de sa vie amoureuse.

Néanmoins, avant de m'en aller, je prends soin de clarifier une chose auprès du blond :

— Et puis, de toi à moi, Weasley... c'est ton cousin James qui a une réputation de briseur de cœurs. Pas moi.

Je ne reste pas pour guetter sa réaction et pivote sur mes talons pour m'éloigner. Dans ce petit salon, l'atmosphère est étouffante. J'ai l'impression que chacune de mes inspirations est pénible, épuisante. Je me dirige donc vers la sortie, quand je percute quelqu'un de plein fouet.

Une femme rousse, qui me toise de haut en bas.

— Pardon, Madame Potter...

Cette dernière semble désapprouver ma tenue ; je porte une nouvelle robe de velours verte et brodée de fils d'or. Je voulais faire bonne impression, mais je crois que c'est encore raté. L'ambiance est décontractée et familiale ; ils sont tous affublés de pulls de Noël très laids, et identiques.

Madame Potter relève les yeux vers mon visage et esquisse un sourire un peu forcé.

— Tu t'en vas déjà ? La fête ne te plaît pas ?

Je m'oblige à sourire à mon tour, affichant sans l'ombre d'un scrupule le même dédain.

— Oh, si ! Malheureusement, j'ai une légère migraine, alors...
— Quel dommage, répond la rousse d'un air faussement inquiet, comme si elle se doutait que je mentais. J'ai un cadeau pour toi, Luciana.
— Un cadeau ?

Sans dire un mot de plus, Madame Potter me tend un paquet enveloppé dans du papier argenté avec une carte scotchée sur le dessus où il est écrit en grosses lettres : « Joyeux Noël »

— Ce n'est pas grand chose, mais j’espère que ça te plaira.

Puis, elle disparaît comme elle est apparue, ne me laissant même pas le temps de la remercier.

J'observe un long moment le petit paquet que j'ai entre les mains, la mine interdite. Je l'ouvre avec précaution, essayant tant bien que mal de ne pas déchirer le papier et en retire... un pull.

Un pull-over vert foncé qui porte la lettre L en fil dorée. Le tissu est doux sous mes doigts et il a l'air de tenir chaud. Je le contemple, sans trop savoir quoi en penser. L'idée que Madame Potter ait pris le temps de tricoter un pull rien que pour moi (une simple invitée qui semble l'agacer) me laisse... pantoise.

— Eh bien, eh bien ! Bienvenue dans la famille, nargue Lily en passant à côté de moi. Le tien est plus beau que le mien, commente-t-elle en zieutant son propre pull orange.
— Le vert est ma couleur préférée.

C'est peut-être débile, mais c'est tout ce que je trouve à dire. La rouquine se met à rire bruyamment.

— Oui, j'avais remarqué, répond-t-elle en pointant du doigt ma robe. Tu n'es pas obligée de le mettre, ajoute la jeune fille l'air soudain embarrassée.

En raison de mes vêtements luxueux, Lily semble croire que ce pull n'est pas en accord avec mes goûts et ma personnalité. Elle n'a pas idée à quel point elle a tort. Si j'en avais le droit, je ne porterais que des tenues confortable. Mon père accorde malheureusement bien trop d'importance à l'apparence.

— Pourquoi pas ? Il est très joli, ce pull.

Je l'enfile par dessus ma robe en tirant sur mes cheveux pour les libérer du col étroit. Il est parfaitement cintré, et à ma taille. J'affiche un grand sourire satisfait. J'attirerai moins l'attention, habillée comme ça. Et peut-être que cela apaisera un peu le clan Weasley...

— Comment tu me trouves ?
— Il te va à ravir, commente la rousse, d'un sourire à la fois envieux et moqueur. Ma grand-mère ignorait que tu serais présente, ou tu aurais aussi eu droit aux moufles assorties, ajoute-t-elle en riant.
— Peut-être à Noël prochain, je réponds en lui décochant un clin d’œil.

Son sourire s'efface légèrement, laissant place à une expression plus sérieuse.

— Luciana, j'aimerais bien savoir... que se passe-t-il exactement entre mon frère et toi ?

Par automatisme, mon regard cherche le jeune homme en question. James est toujours en grande discussion avec plusieurs de ses cousins. Le Gryffondor doit se sentir observé, car il tourne la tête vers moi et me fixe. Ses yeux marron-vert descendent vers mon pull. Puis, son regard s'ancre au mien. Un léger sourire étire ses lèvres. Mon cœur fait un bond dans ma poitrine et, un court instant, je songe qu'il serait plus raisonnable de tout abandonner.

Seulement, j'en suis incapable.

Mon âme est trop rude, trop sombre, torturée par la haine et la rancœur.

Je me tourne vers Lily lorsque je me rends compte qu'elle a posé la main sur mon épaule.

— Je crois... que je suis amoureuse de James, dis-je finalement en mentant sans vergogne.
Les vacances de Noël (Partie 5) by jalea
Author's Notes:
Bonsoir :)

Voici la dernière partie des vacances de Noël, j’espère que ça vous plaira.

J'ai l'impression de tourner en rond avec cette histoire donc les choses vont s’accélérer très vite, il est temps de la terminer xD

Merci à SumiShann pour sa correction.

Bonne lecture,
à bientôt.
Chapitre 24 : Les vacances de Noël (Partie 5)



Cette fois, la pensine de monsieur Potter m'a envoyée dans un magnifique parc ombragé de grands arbres, avec de larges pelouses, bordé par une jolie rivière. Je repère aussitôt ma mère, ainsi que Monsieur Stein. Le couple se tient debout, devant un banc et semble en grande discussion.

La journée est chaude et ensoleillée. Ma mère porte une longue robe fleurie agrémentée d'un grand ruban en guise de ceinture. Quant à Edgar Stein, il est à la fois décontracté et élégant, dans sa chemise en lin de couleur beige. Je remarque immédiatement que quelque chose cloche ; la tension qui règne entre eux est palpable.

— Je ne comprends pas, Irina... je pensais que nous étions heureux, que tu étais heureuse avec moi ?

Le visage de monsieur Stein est défait, et sa voix cassée. Ma mère baisse légèrement la tête, triturant son chapeau entre ses doigts.

— Je le suis. Je l'étais... mais je ne pense pas que nous sommes destinés à finir notre vie ensemble. Pardonne-moi, Edgar. Je ne peux pas t'épouser.

Mon cœur cesse de battre l'espace d'un instant. Irina veut rompre avec lui. Il n'y a rien de surprenant à cela, pourtant, je ressens une vive douleur à la poitrine. Edgar Stein est un honnête homme. Il est vertueux, respectueux et généreux. L'exact opposé de mon père. Je ne comprends pas - et ne comprendrai jamais- la décision de ma mère. J'ai l'intime conviction qu'elle aurait été bien plus heureuse avec Mr. Stein, et surtout, qu'elle serait toujours en vie !

— Il y a un autre homme ?

La jeune Irina relève brusquement la tête, l'air outrée.

— Bien sûr que non, que vas-tu imaginer ?

Stein garde le silence un instant. Puis, soudain, ses sourcils se froncent et son regard s'assombrit.

— C'est Basile Preslov, n'est-ce pas ? Je vous ai vus ensemble à la soirée du Ministère.

Ma mère rougit de honte. Ou de colère ? En tout cas, une expression scandalisée déforme les traits de son visage.

— Je… non ! Il n' y a personne d'autre, et je n'ai pas revu Basile Preslov depuis cette soirée. C'est à peine si je le connais, comment peux-tu croire que ma décision implique une tromperie ? s'offusque la jeune fille.

Ses paroles ne semblent pas apaiser Stein. Le front plissé par l’interrogation, il contemple ma mère d'un air abattu.

— Nous n'avons plus les mêmes attentes, et je pense que...

Ma mère ne termine pas sa phrase ; son regard s'emplit de larmes, qu'elle peine à contenir. Stein lui prend doucement la main et plonge ses yeux dans les siens.

— C'est parce que je veux devenir Auror ? murmure-t-il d'une voix tremblante d'émotion. Je sais que tu as peur pour moi, Irina. Si tu me le demandes, je peux abandonner la formation...

La jeune fille repousse brusquement sa main, l'air agacée.

— Arrête, Edgar ! Cela n'a rien avoir. Et jamais je ne pourrais te demander d'abandonner quoi que ce soit pour moi, ajoute-t-elle sèchement.

La jeune Irina semble un peu vexée par ses propos, mais moi, je comprends Mr. Stein. Le pauvre homme est perdu, il cherche simplement une explication à ce qui lui arrive.

— Alors... Qu'est-ce qui a changé ? demande ce dernier, la mine déconfite.

La jolie brune laisse échapper un soupir, avant de répondre, sur un ton plus calme :

— Moi. C'est moi qui ai changé. Je ne suis plus la fille dont tu es tombé amoureux. Je suis sincèrement désolée, mais je me dois d'être honnête envers toi. Tu es parfait, Edgar. Et tu mérites quelqu'un qui t'aimera comme il se doit. Malheureusement, ce... ce n'est pas moi, termine-t-elle difficilement.

Irina porte une main à sa poitrine et exhale un long soupir, avant de retirer sa bague de fiançailles pour la déposer dans la paume de sa main droite. Puis, elle se penche pour l'embrasser sur la joue.

— Tu resteras mon premier amour, Edgar. Pour toujours, lui glisse-t-elle à l'oreille, avant de rebrousser chemin.

Je la suis du regard, tandis qu'elle longe la rivière à petits pas rapides. Je jette une œillade vers Mr. Stein, qui reste statufié, au milieu du parc, serrant dans sa main la bague de ma mère. Puis, il s'élance brusquement à sa suite : « Irina, attends ! »

Je suis presque soulagée de voir une épaisse fumée noire se dessiner sous mes yeux. Je me sens propulsée vers le haut, brutalement, et moins d'une minute plus tard, je me retrouve allongée par terre dans le bureau de Mr. Potter.

Je me remets debout, péniblement.

— Merlin, j'aimerais bien savoir pourquoi mes atterrissages sont toujours aussi difficiles...
— C'est moins brutal lorsqu'on s'y prépare mentalement.

Je sursaute vivement avant de tourner mon regard vers la voix que je viens d'entendre. Le père de James se tient debout près de moi, une pile de dossiers sous le bras.

J'affiche aussitôt un sourire de circonstance.

— Oui, vous avez sans doute raison, fais-je en riant. Je suis désolée d'avoir monopoliser votre bureau, monsieur Potter. Cela n'arrivera plus.

Il ne me reste plus qu'un seul souvenir de Edgar Stein, et je ne me sens pas la force de replonger dans la pensine pour le moment. La douleur que j'ai pu lire sur son visage, dans ce parc... je ne veux plus jamais la revoir.

Mr. Potter me considère longuement, les sourcils froncés.

— Est-ce que tout va bien ? demande-t-il enfin, l'air soucieux.
— Bien sûr, je réponds d'un sourire forcé.

Son regard vert émeraude étincelle derrière ses lunettes. Il ne parait pas convaincu mais n'insiste pas davantage. Cette façon qu'il a de me regarder me met mal à l'aise ; c'est comme s'il pouvait lire au fond de mon âme tourmentée.

Sans plus de cérémonie, je le contourne pour atteindre la porte.

— Luciana...

Je me fige net et fais volte-face. Mr.Potter se passe une main dans les cheveux, semblant chercher ses mots.

— Les souvenirs d'une personne ne reflètent pas toujours la réalité, dit-il enfin, après un moment de réflexion.

Je hoche doucement la tête, bien que je ne suis pas certaine de comprendre ce qu'il veut dire par là.



******




Perdue dans mes pensées, je me positionne face au miroir de la salle de bain. Je scrute mes traits tirés, mes cernes marrons et cette masse de cheveux mouillés qui me dégouline dans le dos. Je lâche un faible soupir, avant d'attraper ma brosse posée sur le rebord du lavabo pour tenter de les démêler. Mes gestes sont mécaniques, presque automatiques.

C'est mon dernier jour chez la famille Potter. Je rentre au manoir aujourd'hui pour régler quelques affaires, avant de prendre le train demain matin.

Les vacances ont été remplies et mouvementées. Moi qui suis habituée à la plus grande tranquillité, j'ai eu bien du mal à m'adapter au rythme imposé par la famille Potter. Il y a autre chose qui m'a demandé beaucoup d'efforts : jouer le rôle de la parfaite invitée. Cela m'a épuisée, et j'avoue avoir hâte de rentrer chez moi, même si je déteste le manoir familial. Mon père et sa fiancée étant absents, je n'aurai plus à jouer aucun rôle, je pourrai enfin être moi-même et me détendre le temps d'une soirée, avant de retourner à Poudlard.

Un claquement de porte se fait soudain entendre, me faisant sursauter. Je repose rageusement ma brosse. C'est pas croyable, on ne peut pas avoir un seul moment de répit dans cette maison !

— Ne dis surtout pas à Maman que je suis là, Lily, implore Albus Potter.

Je roule des yeux, exaspérée.

— Ce n'est pas Lily, je signale sèchement, sans même prendre la peine de le regarder.
— Luciana ? s'étonne Potter, d'une voix plus grave.

Je m'immobilise.

Ma respiration se bloque dans ma poitrine lorsque je croise le regard de James Potter. Je... je pensais que c'était son frère ! Leur intonation est exactement la même. Je reste figée, serrant fermement ma serviette autour de mon corps nu, alors que le jeune homme écarquille les yeux de surprise.

— Oh, je... désolé ! bafouille-t-il en rougissant.

Mon cœur loupe un battement en le voyant me détailler de haut en bas.

— Tu n'as pas l'air vraiment désolé, j'observe à mi-voix.

Son regard marron-vert remonte à mon visage, pour venir rencontrer mes yeux. Cette fois, il ne rougit pas. Au contraire, le Gryffondor a retrouvé toute son assurance.

— Non, c'est vrai. Je ne le suis pas, avoue-t-il d'une voix suave, sans la moindre gêne.

Je déglutis difficilement, me sentant vulnérable sous la brûlure de son regard. Je porte une simple serviette de bain, par Merlin. Je devrais sans doute saisir cette opportunité pour le séduire, mais je... je me sens intimidée. Le brun fait un pas dans ma direction, sans me quitter un seul instant des yeux. Je prends soudain conscience qu'il est sur son territoire. Je suis dans sa maison, sa salle de bains.

C'est son terrain de jeu, pas le mien.

Je resserre la serviette plus fermement tout en essayant de soutenir son regard.

— Pou... pourquoi tu ne veux pas que ta mère te trouve ?

Le jeune homme esquisse un rictus narquois.

— C'est un secret. Tu sais ce que c'est...
— Pourquoi le saurais-je ? je rétorque, piquée au vif.

Son sourire en coin s'élargit.

— Tu es une experte en la matière, non ?

Je relève la tête et prends un air faussement surpris.

— Je n'ai aucun secret, James.

Son sourire s'évanouit, tandis qu'il comble la faible distance qui nous sépare. Une drôle de lueur passe dans ses yeux.

— Vas-tu continuer ce petit jeu longtemps, Preslov ? susurre le rouge et or, sur un ton de reproche.
— Je te retourne la question, Potter. Il y a quelques jours, tu m'as embrassée. Pour ensuite m'ignorer. Alors dis-moi, lequel de nous deux joue avec l'autre ?

Le rouge et or détourne le regard et ses joues prennent une teinte légèrement rosée. J'avais donc raison !

— Je ne t'ai pas ignorée, soupire-t-il.

Le jeune homme se passe une main dans les cheveux, ce qui me laisse penser qu'il n'est pas aussi serein qu'il veut le faire croire.

— Tu ne m'as pas adressé la parole, en tout cas, je rétorque en affichant un faux air peiné.

Le jeune homme recule d'un pas et devient tout à coup distant.

— Je ne voulais pas que ma mère se doute de quelque chose, je l'ai déjà suffisamment comme ça sur le dos.

Très bien, ça suffit ! J'ai fait le tour avec James Potter, il est temps de conclure ou de passer à autre chose.

Je prends mon air le plus sérieux, avant de me lancer :

— Je suis fatiguée de tout ça, James. Je veux une réponse claire : sommes-nous ensemble, oui ou non ?
— Ensemble ? répète-t-il, reculant à nouveau d'un pas.
— Eh bien, tu m'as embrassée. A deux reprises.

Le rouge et or me dévisage longuement, sans piper mot, mais son visage en dit long. Une possible relation semble l'effrayer.

— Tu...tu as essayé de forcer le bureau de mon père.

Quoi ? Pourquoi revient-il là dessus ? Je me suis déjà excusée pour ça !

— Je suis désolée, je clame à nouveau, en essayant de dissimuler mon irritation.

Le brun m'étudie longuement, cherchant une vérité enfouie depuis trop longtemps. Puis, il exhale un soupir, l'air las.

— C'est le problème, Luciana. Je ne suis pas certain que tu le sois. Je ne suis jamais sûr de rien, avec toi. Si... si les choses doivent aller plus loin entre nous, j'aimerais que tu puisses t'ouvrir à moi. Tu penses pouvoir le faire ?

Non. Absolument pas.

Je baisse la tête, faisant mine de réfléchir, alors que je me concentre pour interpréter le rôle de la jeune fille enamourée. Après quelques secondes, je braque mon regard dans sa direction.

— Je n'en suis pas certaine. Mais si tu veux bien me donner une chance et te montrer patient... je te promets d'essayer.

J'adoucis ces mots d'un sourire timide, au prix d'un réel effort. Mon jeu d'actrice doit être convaincant, car les épaules du rouge et or s’affaissent en signe de reddition. Il s'avance vers moi, me décochant un sublime sourire.

— C'est tout ce que je voulais entendre, souffle-t-il à quelques centimètres de mon visage.

Sa main droite se pose sur ma hanche recouverte du tissu en éponge, tandis que l'autre caresse ma nuque. Une douce chaleur m'envahit. Voilà au moins une partie de mon plan qui me paraît agréable. Je me presse contre lui afin de prolonger le contact. Juste quelques secondes, pas plus.

Ses lèvres s'approche des miennes. Je ferme les yeux, quand une voix criarde se fait entendre, faisant trembler toute la maison :

« JAMES SIRIUS POTTER, TU FERAIS BIEN DE DESCENDRE IMMÉDIATEMENT ! »

Le concerné s'éloigne brusquement de moi, lâchant un juron.

— Faut que j'y aille, dit-il sur un ton d'excuse. Nous reprendrons cette discussion plus tard, tu veux bien ?

Je me contente de hocher la tête.

Une fois que je me retrouve seule dans la salle de bain, je me tourne vers le miroir et aperçois mon reflet. Mon regard s'est assombri d'un obscur tourment ; il est aussi froid que celui de mon père.

Je pensais qu'arriver à mes fins avec James Potter me ferait plaisir, mais en fait... ça m'est complètement égal.

Tout ce qui m'importe, c'est de détruire Basile Preslov. Et quel meilleur moyen pour cela que d'utiliser l'apparence de ma défunte mère ?

Il est temps d'en finir. Pour de bon.
La loi du triple retour by jalea
Author's Notes:
Bonjour,

Voici le chapitre 25, j’espère qu'il vous plaira :) La fin approche, dans une dizaine de chapitre, je pense... peut-être moins.


Bonne lecture,
à bientôt !
Chapitre 25 : La loi du triple retour.



— Ça ne va pas, Luciana ?

Je redresse la tête, et tombe sur des prunelles azur qui m'observent. Je perçois une lueur d'inquiétude et de suspicion dans le regard de mon meilleur ami.

— Oh, si. C'est la grande forme, je réponds en forçant un sourire.

— Je n'ai eu aucune nouvelle de toi pendant les vacances, fait remarquer le blond sur un ton de reproche.

Je retiens un soupir de frustration.

Je suis épuisée de faire semblant, de rester enjouée alors que j'ai juste envie de hurler. Me lever le matin pour me rendre en cours, discuter avec mes camarades, m'occuper de mes obligations de préfete-en-chef... tout cela m'est insupportable. Ma patience à atteint ses limites.

Je veux me venger de mon père, un point c'est tout.

Je ne vis, ne respire plus que pour cette raison.

J'ai élaboré un nouveau plan qui ne nécessite plus l'implication de James Potter. Ce qui est un véritable soulagement, car la situation avec le gryffondor commençait à devenir... étrange.

— Tu n'as pas reçu mon cadeau ? je demande à Dorian, surprise.

Le concerné lève les yeux au ciel.

— En dehors de ton cadeau, je n'ai reçu aucune nouvelle.

— J'étais pas mal occupée.

Je mets fin à la conversation, et me tourne vers le tableau noir. Malheureusement, mon meilleur ami n'en a pas terminé avec moi ; il se penche pour me murmurer à l'oreille :

— Alors, avec Potter ? Du nouveau ?

Je lâche un soupir. Sommes-nous vraiment obligés d'aborder ce sujet ? Mon regard se dirige inconsciemment vers le gryffondor en question. La tête baissée, il griffonne quelque chose sur une feuille. Le rouge et or doit se sentir observé car il s'interrompt et lève les yeux dans ma direction. Ses yeux marron-vert rencontrent les miens une fraction de seconde, le temps pour moi de me détourner pour ne pas être prise en flagrant délit de matage.

— Oui. Il m'a embrassé.

Ma voix est monocorde, dénuée d'émotions. Je ne communique que par pure obligation.

— Super ! Ca veut dire que vous êtes ensembles, maintenant ?

Le ton sur-enjoué de Dorian me fait arquer un sourcil.

Je me contente de hausser les épaules.

— Qu'importe, c'est loin d'être ma priorité en ce moment.

— Tu rigoles ! Je croyais que tu avais besoin de lui pour exécuter ton plan ? s'étonne le serpentard à voix basse.

— J'ai un nouveau plan.

Je ne dis rien d'autre. Je m'attends à ce que mon ami m'interroge davantage, mais il n'en fait rien. Dorian me dévisage de longues minutes, en silence.

— Qu'est-ce qui t'es arrivé pendant les vacances, Luciana ? demande-t-il finalement, le front plissé par l'interrogation.

J'ouvre la bouche pour lui répondre et la referme sans savoir quoi dire. Ce qui m'est arrivé ? J'ai découvert une mèche de cheveux dans le médaillon de ma mère.

Auparavant, j'étais désespérée, je pensais avoir besoin de James Potter pour mener à bien mon projet. Mais maintenant... il ne m'est plus d'aucune utilité. Tout ce qu'il me faut, c'est du Polynectar afin de prendre l'apparence de ma mère.

Bon sang ! J'imagine déjà la tête que fera Basile en voyant sa défunte épouse revenir d'entre les morts pour le hanter, et surtout : le tuer.

Sans que je ne puisse le retenir, un sourire machiavélique se dessine sur mes lèvres, et je lève la main bien haut pour attirer l'attention du Professeur Slughorn.

— Oui, Miss Preslov ?

— J'ai une question concernant le polynectar. dis-je sans détour.

Cela ne parait pas surprendre le vieil homme, car cette semaine nous révisons pour les ASPICS.

— Je vous écoute.

— Il est indiqué dans notre manuel qu'il faut un élément du corps de la personne dont on souhaite prendre l'apparence.

Le sorcier m'invite à poursuivre d'un bref hochement de tête, alors je demande, l'air de rien :

— Faut-il nécessairement que cette personne soit envie ?

Ma question semble en intriguer plus d'un ; plusieurs élèves se tournent dans ma direction. Slughorn prend le temps de réfléchir avant de donner sa réponse.

Il fronce les sourcils, se gratte le menton, laisse planer un long moment de silence.

— Eh bien... si le sujet meurt avant que la potion s'estompe, le sorcier, ou la sorcière, conservera les traits de la personne imitée.

Je me mords la lèvre inférieure pour tenter de garder mon calme. Il le fait exprès, ou quoi ? Ça, je le sais déjà.

— Ce n'est pas ma question, je rétorque d'un ton de voix mesuré. Est-il possible de prendre l'apparence d'une personne décédée ?

L'ambiance dans la salle change radicalement ; elle devient lourde, pesante. A côté de moi, Dorian se raidit. Je sens son regard me brûler la nuque.

— En... en quoi cette question est-elle pertinente, Miss Preslov ? bafouille Slughorn, à la fois déconcerté et alarmée.

Je me fends d'un large sourire pour cacher mes mauvaises intentions.

— Ce n'est indiqué nulle part dans notre manuel de Potions. Et si jamais cette question était posé aux ASPICS ? J'aimerai avoir des éléments de réponse.

Cette fois, mon numéro de petite fille modèle ne porte pas ses fruits. Slughorn continue de me regarder d'une drôle de manière, comme si j'étais complétement folle.

— Ce n'est pas mentionné dans votre manuel ?

— Non.

Sa voix devient dure et agaçante comme celle d'un homme fâché qui gronderait son Elfe de maison :

— Il y a une bonne raison à cela, Miss Preslov. Tout ce qui a rapport à la mort relève de la magie noire.

Sur ces derniers mots, le vieil homme se détourne pour rejoindre son bureau. Il s'assied en prenant soin d'éviter mon regard, comme pour me signifier que la discussion est close.

Son visage est fermé, mais je ne me laisse pas démonter :

— C'est donc possible, théoriquement ?

Aussitôt, des murmures se font entendre autour de moi. Les chuchotis se répandent, rapides et empressés. Les élèves semblent voir dans mon insistance la marque d'un certain intérêt pour la magie noire. Je m'en moque royalement, car ma mauvaise réputation n'est plus à refaire.

Mon interrogation laisse perplexe le Professeur Slughorn, qui réfléchit de longues minutes.

— Oui, théoriquement. Mais encore faudrait-il avoir un élément du corps de la personne décédée dont vous souhaitez prendre l'apparence.

C'est le cas ; j'ai une mèche de cheveux appartenant à mère. Je tente de modérer mon enthousiasme à l'idée que mon nouveau plan de vengeance est réalisable, et me contente de remercier le Professeur Slughorn, tout en griffonnant quelques mots sur mon livre pour lui faire croire que seule l'obtention de mes exemens m’intéresse.

De nouveau, le silence s'abat sur la classe entière. Je me mets à triturer le coin de mon livre, impatiente que la cloche sonne pour m'atteler à la préparation du polynectar, quand la voix du Professeur Slughorn s'élève :

— Son âme sera touchée de manière irréversible.

Je relève brusquement la tête et comprends qu'il s'adresse à moi.

— Si un sorcier, ou une sorcière... prenait l'apparence d'un défunt. L'univers est régit par des lois. Des lois que nulle sorcier ne devraient bafouer, au risque d'y perdre son âme, prévient-il sérieusement.

Pour souligner son propos, il dévisage ses élèves l'un après l'autre. Je lève les yeux au ciel ; ce n'est pas la première fois qu'un prof tente de nous effrayer de la sorte pour nous dissuader de pratiquer d'autres formes de magies.

Mais que veut dire exactement : "perdre son âme" ? Rien du tout ! Ce n'est qu'une image religieuse, signifiant que si nous commettons un pêché, nous irons tout droit en Enfer.

— Oui, Monsieur Potter ? dit Slughorn en remarquant sa main levée.

— Pourquoi un sorcier voudrait prendre l'apparence d'une personne décédée, selon vous ?

« Saint Potter ! » je songe en roulant des yeux. Merlin, ce gryffondor vit vraiment aux pays des lutins. Le parfait James Potter avec sa vie parfaite, sa parfaite petite famille et son existence bien rangée... Je vous parie qu'il n'a jamais eu de mauvaises pensées !

— Je l'ignore, mais ce serait une pure folie que de préparer une potion pareille, répond Slughorn.

— Pour quelle raison ? questionne à son tour Dorian.

Je la vois m'observer du coin de l'œil ; sans doute a-t-il deviné mes nouvelles intentions.

— La magie noire réfère l'utilisation de ses pouvoirs magiques à des fins maléfiques ou égoïstes, explique le Professeur Slughorn. Elle se compose de lois et de règles. La plus connue d’entre elles se nomme « la loi du triple retour ». Quelqu'un en a-t-il déjà entendu parler ?

Personne ne se manifeste, alors il poursuit :

— L'utilisation de Magie noire entraîne une réaction : tout ce que l’on fera nous reviendra par trois fois. C'est un avertissement à prendre très au sérieux.

— C'est vrai ! s'exclame une petite blonde, ma tante a essayée de récupérer son mari de cette manière, mais...(elle grimace) ça c'est mal terminé.

— Oui, il faut bien réfléchir à nos actions en sorcellerie, insiste le maître des Potions. Une fois que l'on touche à la magie noire...

Son regard se fixe sur moi. Il me dévisage calmement, une drôle de lueur au fond de ses prunelles.

— Aucun retour en arrière n'est possible, conclut-il.

Je chasse d'un froncement de sourcils la culpabilité qui m'envahit.

Quand la sonnerie retentit, je me lève d'un bond et me dirige sans l'ombre d'une hésitation vers la sortie.
Double trahison by jalea
Author's Notes:
Bonjour,

J'espere que vous allez bien. Voici le chapitre 26, j'espere qu'il vous plaira.

Un grand MERCI à Mounou11, miriallia haww, Javalia et Carambardd pour leurs reviews au dernier chapitre =D

Bonne lecture,
à bientôt.
Chapitre 26 : Double trahison.





Quelque chose ne tourne pas rond.

La scène qui se déroule sous mes yeux parait tellement surréaliste que je reste figée net, oubliant le cours d'Arithmancie.

Mon meilleur ami est entrain de discuter avec James Sirius Potter, là, au beau milieu de la Cour. Potter fait un pas en avant mais Dorian pose sa main sur son torse pour le retenir.Le débat semble animé ; malheureusement, je suis trop loin pour entendre quoi que ce soit. Je reste le dos contre le mur, le cœur battant à tout rompre, en essayant de me concentrer pour entendre quelque chose.

Au bout de quelques minutes, l'expression de Potter s'adoucit et il hoche doucement la tête. De son coté, mon meilleur ami semble extrêmement soulagé, comme si un poids venait d'être ôté de ses épaules.

De rage, je frappe le mur à côté de moi et sens un craquement dans ma main. C'est douloureux mais ce n'est rien comparé à ce que je ressens. Je ne sais pas ce que Dorian a raconté à Potter ; je n'ai cependant aucun doute sur le fait qu'il m'ait trahi. Ma respiration devient chaotique, certainement dû à la colère sourde en moi qui est prête à exploser.

Je ne suis pas vraiment surprise, car je me doutais qu'à un moment ou à un autre mon meilleur ami essayerait de contrecarrer mes projets. Il n'a jamais approuvé mon plan de vengeance, je le sais bien. Mais je ne le croyais pas capable de me mettre des bâtons dans les roues !

J'inspire à plusieurs reprises pour tenter de me calmer, tandis que Dorian se dirige vers le vestiaire des garçons. Je me poste à l'entrée, et lorsque j'ai l'assurance que ses équipiers sont tous sortis, je pousse la porte à mon tour.

Le vert et argent se tient devant son casier. Ses cheveux sont mouillés et il porte une simple serviette autour de la taille.


— Bonjour, Dorian.

Même a mes propres oreilles, ma voix sonne comme une entité démoniaque.

Brusquement, il se retourne vers moi, l'air surpris.

— Qu'est-ce que tu fais là ? S'étonne le Serpentard. Tu sais que si quelqu'un te vois ici...

Dorian ne termine pas sa phrase, ce n'est pas nécessaire. Il m'adresse un haussement de sourcils suggestif, puis rit de sa propre blague.

Je ne lui réponds pas et je plaque un sourire forcé sur mon visage. Puis, je comble la distance qui nous sépare, et le toise longuement. Je n'arrive toujours pas à croire qu'il ait pu me faire un coup pareil !

Le blond doit remarquer mon attitude glaciale, car son sourire se fane instantanément.

Je décide d'aller droit au but, sans tourner autour du pot :

— Je t'ai vu discuter avec Potter. Qu'est-ce que tu pouvais bien avoir de si important à lui dire, hum ? je poursuis d'une voix lente et sifflante.

Dorian se redresse pour enfiler sa chemise. Une lueur de compréhension s’est allumée dans son regard bleu azur. Je ne décèle cependant aucune once de culpabilité.

— Oh, c'était... on parlait juste Quidditch, répond-t-il d'un haussement d'épaules.

Il ment. Je sais qu'il ment. Et lui sait que je sais.

— J'ai l'air d'une première année tombée dans le chaudron ? je rétorque en haussant le ton.

Un soupir s'échappe de ses lèvres ; calme et résigné, il finit par avouer :

— Je lui ai simplement demandé de te parler, Luciana.

— De me parler ? je répète avec incrédulité.

— Oui. Tu ne vas pas bien, en ce moment. Je... je m'inquiète pour toi.

Je le dévisage en plissant les yeux, ennuyée. De qui se moque-t-il, à la fin ? Je croise les bras sur ma poitrine, énervée et blessée par ce qu'il a osé faire.

— Je t'ai pourtant dit que Potter ne faisant plus parti de mon plan ! Je n'ai plus besoin de lui, alors de quel droit es-tu allé le voir ?!

A ces mots son front se rembrunit, ses sourcils se froncent.

— Ben tiens, parlons-en de ton plan macabre ! s'emporte-t-il à son tour, si je suis allé voir Potter, c'est justement pour cette raison : c'est le seul garçon que je connaisse capable de te raisonner !

Ma bouche s'ouvre de stupéfaction. Je ne m'attendais pas à ça. Je ne trouve rien à lui rétorquer. Bon sang... si Dorian pense réellement ce qu'il vient dire, c'est qu'il ne me connait absolument pas.

— Pauvre idiot, je grommelle entre mes dents. Je ne ressens rien pour Potter, tu entends ? Je me suis servi de lui. C'est tout.

— C'est ce que tu dis depuis le début mais je crois que tu te mens à toi même, souffle-t-il en retour.

Contre toute attente, j'éclate de rire, d'un rire étrange, incontrôlable, un peu fou. Puis, je m'approche encore d'un pas et plonge mon regard dans le sien. Si je veux me venger de mon père, je n'ai pas le choix : je dois balayer avec force tout obstacle se trouvant sur mon passage. Et en cet instant, mon meilleur ami est un obstacle.

Je saisis la cravate se trouvant dans son casier afin de la nouer autour de son cou, en prenant tout mon temps. Puis, je lui adresse un sourire doucereux qui lui fait arquer un sourcil.

— Je vais être très clair, Dorian... je commence dans un chuchotis. Je n'apprécie pas que tu complotes dans mon dos.

— Quoi ? s'indigne-t-il, ce n'est pas le cas, Lucia, je veux juste t'aid...

Je pose mon index sur ses lèvres pour l'empêcher de poursuivre. Je me fiche de connaître ses raisons. Il faut qu'il arrête d'essayer de me sauver. Et s'il en est incapable, alors...

— James Potter ne peut rien pour moi. Et toi non plus. Tu ferais bien de te mettre ça dans le crane si tu ne veux pas que notre relation se complique.

Il s'ensuit un moment de silence tendu, durant lequel le Vert et Argent me dévisage avec incompréhension.

— Si je ne veux pas que notre relation se complique ? Qu'est-ce que tu entends par là ?

En guise de réponse, je lui serre sa cravate un peu trop fort. Je ferme ensuite les yeux et retiens avec difficulté un soupir agacé. Pourquoi m'oblige-t-il à faire ça ?

Quand je rouvre les yeux, les siens sont déjà plantés dans mes pupilles et je finis par marmonner :

— Qu'arriverait-il si ton équipe apprenait la vérité au sujet de leur Capitaine ? J'imagine que s'ils découvraient ton homosexualité, tes coéquipiers n'oseraient plus prendre de douche en ta présence... et tu serais sûrement renvoyé sur le champ. Notre charmante maison est loin d’être connue pour son ouverture d'esprit...

En prononçant ces mots abjects, un goût de bile me remonte dans la gorge. Je me débecte. Mais je suis trop près du but pour renoncer maintenant. Quoi qu'il m'en coûte, je finirai par me venger de mon père.

Dorian me scrute attentivement, sans rien dire. Il reste muet, comme si ça lui était trop douloureux de répondre. Entre nous, quelque chose se brise, mais mon regard demeure impassible.

— C'est une menace, Luciana ?

Je relâche subitement sa cravate. Nous nous observons tous les deux de longues secondes, en silence.

— J'en ai bien peur.

Le jeune homme se contente de hocher gravement la tête. L'expression de son visage se durcit, ses yeux bleus sont glacés.

— Je veux que tu retournes voir Potter pour lui dire que tu blaguais, que tu n'étais pas sérieux.

Malgré le calme de ces paroles, mes mots sonnent comme un ordre. Intérieurement, je prie pour que mon meilleur ami accepte ce marché, car je n'ai aucune envie de mettre ma menace à exécution.

— Non.

Je le fixe, sidérée.

— Je ne plaisante pas !

— Moi non plus, riposte-t-il sur le même ton. Je ne suis pas ton Elfe de maison, Luciana. Je ne te crains pas.

Je sens ma mâchoire se contracter sous l'effet de la frustration et de la colère. Je pince fortement mes lèvres pour m'empêcher d'hurler. A la place, j'agrippe la porte de son casier et la repousse avec violence. Elle claque à plusieurs reprises dans un bruit assourdissant.

Le Serpentard reste imperturbable, il me regarde sans flancher.

Son attitude m'agace. Et sa désinvolture me semble déplacée. Il ne me prend clairement pas au sérieux. Une nouvelle fois, j'éclate d'un rire dément.

— Sache que mon amitié pour toi ne vaut rien, Dorian. Si tu te mets en travers de ma route, je ne t'épargnerai pas.

Sur ces derniers mots, je tourne les talons et pars sans un regard en arrière. Si je lui jette ne serait-ce qu'un coup d'œil, je suis fichue. Les larmes inondant déjà mes yeux, ma vue se trouble.

Je dois me reprendre, mes états d'âme personnels n'ont aucune importance.

S'il me faut trahir mon meilleur ami pour lui prouver que je suis une personne mauvaise et irrécupérable, et bien... je n'hésiterai pas.
Retour à la normal by jalea
Author's Notes:
Bonsoir :)

J’espère que vous allez bien.

Voici le chapitre 27, j'espere qu'il vous plaira. On approche de la fin, il reste cinq ou six chapitres.


Bonne lecture,
à bientôt !
Chapitre 27 : Retour à la normal.



Ce soir, James Potter a une attitude très étrange. Il se montre attentif, amical, prévenant même. Certes, la dernière fois que nous nous sommes vus, nous nous sommes embrassés. Mais je doute sérieusement que son comportement ait changé pour cette raison.

— Je t'assure, tu peux y aller, insiste-t-il. Je peux terminer la ronde tout seul...

Exaspérée, je m'arrête au beau milieu du couloir. Merlin, qu'il arrête d'être aussi gentil ! Le Gryffondor revient sur ses pas en me regardant d'un air interrogateur.

— Écoute, quoi que t’ait dit mon ami Dorian, il s'est moqué de toi. Alors inutile de... arrête d’être aussi... redeviens toi-même ! j'implore, au bord de la crise de nerfs. Que t'as raconté Dorian ?! j'enchaîne immédiatement, sans lui laisser le temps d'en placer une.

Potter se contente de hausser les épaules. Il rosit légèrement et bafouille presque :

— Rien de particulier. Je crois qu'il s'inquiète pour toi, il m'a demandé de te parler...

— Pour me dire quoi ? je gronde, de plus en plus agacée.

— Il m'a juste demandé de garder un œil sur toi parce que tu as l'air épuisée, en ce moment. Je crois qu'il a raison, tu sais. Tu devrais ralentir un peu, tu as la mine d'une déterrée.

— Merci du compliment, je crache entre mes dents.

Ce n'est pas la courtoisie qui l’étouffe !

Je me remets en route, tout en maudissant intérieurement Dorian. Il n'a peut-être rien dit de compromettant à James Potter mais à cause de lui, le Rouge et Or me colle au train et n'a de cesse de me répéter d'aller au lit, comme si j'étais une enfant de quatre ans.

— Vous vous êtes disputés ? interroge soudain le brun, sur mes talons.
— Qu'est-ce qui te fait croire ça ?

Depuis que j'ai en quelque sorte menacé Dorian, mon ton est froid comme l'acier quand j'ouvre la bouche. Tout le monde en fait les frais, Potter le premier. Ce qui est curieux, c'est que ça ne semble pas l'atteindre ; il persiste à vouloir me faire la conversation.

— J'ai remarqué que vous ne vous adressiez plus la parole, tous les deux.

— Oui, on s'est disputé, j'admets sur un ton lasse. Nous avons en quelque sorte... une divergence d'opinions.

Si on peut appeler ça comme ça. Potter me lance un regard au coin et émet un petit rire incrédule.

— Vous avez une simple divergence d'opinions ? Je sais que ça ne me regarde pas, mais je vais quand même te donner mon avis, Luciana : c'est franchement ridicule. Ca me rappelle quand mon oncle Ron à fait la tête à mon oncle Georges parce qu'il avait misé sur la "mauvaise" équipe de Quidditch. Il ne lui a plus parlé pendant des semaines. Je te laisse imaginer les repas de famille : " Ma chère belle-sœur, est-ce que tu veux bien demander le sel à ton imbécile de mari " ? , " Mon trésor, est-ce que tu veux bien frapper mon idiot de frère à ma place ?"

Je me mords les joues pour ne pas rire, mais c'est plus fort que moi. Potter a vraiment une drôle de famille !

Arrivée devant le grand escalier, je m'arrête et me tourne dans sa direction. Sa vie à l'air incroyablement... facile. Il me suffit de l'observer pour savoir qu'il n'a jamais vécu aucun traumatisme. Il émane de lui une certaine candeur, même quand il est grave ou plus renfermé.

Je m’efforce d'ignorer tout sentiment de jalousie, et demande, sur un ton qui se veut léger :

— Qu'est-ce qui s'est passé, ensuite ?

Le brun a le regard dans le vague, un sourire aux lèvres.

— Mon tante leur a hurlé dessus :" Je suis pas un hibou !"
— Non, je veux dire.... est-ce qu'ils se sont réconciliés ?

Ses yeux marron-vert se pose brusquement sur moi. Ses sourcils se froncent légèrement, comme s'il était surpris que je lui pose cette question.

— Bien sûr. Les frères et sœurs finissent toujours par se réconcilier.

C'est peut-être le cas dans sa famille, pas dans la mienne. Pour je ne sais quelle raison, mon père à toujours refusé que je vois ma tante Silvia. Je hoche cependant la tête. Puis, je lui adresse un dernier sourire avant de faire demi-tour pour rejoindre la salle commune.

Une main se pose doucement, mais fermement, sur mon bras et m'arrête.

— Oui ? fais-je, étonnée.

Le Gryffondor ouvre la bouche mais aucun son ne sort. Ses joues deviennent écarlates.

— Je me demandais si tu accepterais de m'accompagner à Pré-au-lard, samedi prochain ?

Potter semble détendu et confiant. Il me sourit avec malice face à mon expression sceptique. Mais lorsque je croise son regard, je comprends qu'il est lui-même étonné par sa prise d'initiative.

Pendant un quart de seconde, je suis tentée de dire oui. Cela fait longtemps que je n'ai pas eu de rendez-vous amoureux (ou de rendez-vous tout court). Sortir et penser à autre chose que mon plan de vengeance me ferait du bien, je le sais.

James Potter est plutôt intelligent, beau garçon et drôle, alors... pourquoi pas ?

J'ouvre la bouche pour lui donner une réponse affirmative, mais me ravise aussitôt. Les paroles de Dorian me reviennent soudain à la mémoire : " Potter est le seul garçon que je connaisse capable de te raisonner "

Je m'écarte aussitôt du gryffondor comme s'il m'avait brûlé. Mon visage se ferme, et je réponds froidement :

— Non, désolée. J'ai déjà d'autres projets.

Ce n'es pas un mensonge : ce samedi, j'ai un rendez-vous professionnel avec l'assistant de mon père. Nous sommes censés travailler ensemble sur le discours que donnera mon père à son prochain meeting. Enfin, c'est ce qu'il croit. En vérité, j'ai prévu de me débarrasser de cet idiot.

Potter se contente d'arquer son sourcil, en pinçant les lèvres. Puis il hoche à peine le menton.

— Une prochaine fois, peut-être.

— Sûrement pas !

Je me mords aussitôt la langue, regrettant de m'être montrée aussi cassante. Depuis le début, je joue avec ses sentiments alors qu'il n'a rien demandé à personne. Je n'ai plus besoin de lui, c'est vrai... mais ce n'est pas une raison pour me comporter en garce.

— Enfin, je veux dire... j'ai beaucoup de travail, James. Je n'ai pas le temps pour ça.

Le jeune homme penche la tête sur le côté et m'observe, attentivement comme s'il réfléchissait. Puis, sans crier gare, il se penche pour m'embrasser.

Choquée, je ne réagis pas immédiatement. Il écarte une mèche de mon visage et frôle ma joue de son pouce. Le baiser est doux et tendre, il dure longtemps. Sa main glisse sur mon épaule, descend doucement sur mes côtes et s'arrête sur ma taille. A cet instant, je reprends mes esprits et le repousse violemment. Ce n'est pas la première fois que Potter m'embrasse mais cette fois-ci est différente. Je l'ai senti. C'est comme si... comme s'il avait essayé de me faire passer un message par ce biais. Pour me signifier que je ne suis pas seule, peut-être. Ou que je ne suis pas quelqu'un de profondément mauvais. C'est étrange, mais c'est vraiment l'impression que j'ai eue.

Le brun s'éclaircit la gorge et reprend, comme si rien ne s'était passé :

— Je serai aux Trois-Balais, si jamais tu changes d'avis.

Je le dévisage, bouche bée. Quelle arrogance !

— Il n'y a aucun risque, fais-je d'une moue dédaigneuse. Et j'apprécierai que tu ne m'embrasses plus à l'avenir.

Le Rouge et or me toise avec un sourire narquois, manifestement ravi d'avoir réussi à me déstabiliser.

— C'est toi qui a commencé, rétorque-t-il avec désinvolture.

J'écarquille les yeux, sidérée. Ah non, pas du tout ! Je n'ai initiée aucun baiser, moi. J'ai juste... fait tout ce qui était en mon pouvoir pour le séduire.

Bon, d'accord. Les torts sont partagés. Je reprends ma posture froide et hautaine pour lui faire comprendre que c'était une passade, que cela ne se reproduira plus.

— C'était une erreur.

Son sourire se fige, son regard m'interroge, et il finit par acquiescer.

— Je suis d'accord avec toi.

Mon cœur se serre sous l'effet de sentiments pénibles. James Potter ne m'est plus d'aucune utilité, alors je n'ai aucune raison de lui parler, rire à ses blagues, ou encore l'embrasser. Notre relation doit revenir à la normal. Ca tombe bien, car je le trouve toujours aussi agaçant, prétentieux et égocentrique. D'ailleurs, je suis plus que ravie de retrouver mes anciennes habitudes.

Pour me conforter dans cette idée, je m'écarte, mettant le plus de distance entre nous.

— Parfait, je lance froidement.

Sans plus de cérémonie, je tourne les talons. À peine ai-je fait quelque pas que Potter m'interpelle : " Eh, Preslov !" Je soupire lourdement, avant de me retourner pour lui décocher un regard noir. Il y a dans l'expression de son visage quelque chose de sérieux. Il paraît soudain plus mature ; son regard se fait accusateur et lourd de reproches.

— Je sais pertinemment que tu t'ai servi de moi.

Sa voix est calme et posée, mais ses mains forment des poings le long de son corps. Je le dévisage un court instant, perplexe. Je ne suis pas réellement surprise. Je n'ai pas été très subtile et James Potter est loin d’être un idiot.

Ce qui est étonnant,en revanche, c'est sa réaction. Ma curiosité l'emporte :

— Alors pourquoi m'as-tu invitée à sortir ?

— Je ne répondrai à cette question que si tu me dis pourquoi tu t'ai servi de moi.

Nous nous fixons de longues secondes. On se croirait dans un duel. Ses prunelles me transpercent jusqu'au plus profond de mon âme et des frissons me parcourent. Je finis par détourner la tête, ne supportant plus l'intensité de son regard.

— Je n'ai aucune réponse à te donner, Potter.

Ce dernier rit jaune. Puis son visage s'assombrit, sa bouche prend un pli dur.

— C'est toujours mieux que de me mentir, riposte-t-il avec une soudaine véhémence.

Nos regards se croisent de nouveau et je prends conscience qu'il refoule ses sentiments depuis un bon moment. Potter a toujours su qu'il n'était qu'un faire-valoir à mes yeux. Pourtant, il n'a jamais perdu la face devant moi. Je dirais même plus : il a tout fait pour nous sortir tous les deux de cette situation malsaine en repoussant mes avances par exemple, ou en me proposant d'être son amie.

J'ai envie de m'excuser, mais je ne le fais pas. N'ai-je pas dit que les choses devaient revenir à la normal ?

Je prends mon air le plus sardonique, avant de lancer, sur un ton moqueur :

— C'était sympa le temps que ça a duré, Potter, mais ne vas surtout pas t'imaginer que j'ai des sentiments pour toi.

La réponse du Gryffondor ne se fait pas attendre :

— Pitié, non. J'ai pas envie de faire de cauchemars. Je t'ai assez vu comme ça !

La sincérité dans sa voix me cloue sur place. Je sais que je ne devrai pas me sentir blessée, mais je le suis quand même. Une onde de colère me parcourt. Au lieu de m'en aller, je fais quelque chose de totalement idiot : je marche dans sa direction. J'ai envie de le provoquer une dernière fois, histoire de boucler la boucle et d'avoir le dernier mot.

Lorsque j'arrive tout près de lui, il arque un sourcil interrogateur.

J'esquisse un léger sourire. Puis, j'approche encore d'un pas et je patiente gentiment. Son regard glisse sur mes lèvres avant de remonter précipitamment. J'esquisse un rictus ironique.

— Et c'est moi, la menteuse ? je susurre d'une voix douce et enjôleuse.

Le jeune homme déglutit et passe une main nerveuse dans ses cheveux. Il me fixe d'un regard froid qui contraste avec son sourire en coin.

— Tu es le diable en personne, Preslov. murmure-t-il en retour d'une voix rocailleuse.
— Oui, il parait... je souffle près de sa joue.

Je joue avec sa cravate, mais au lieu d'ajuster son nœud, je le desserre. Puis je défaits le premier bouton de sa chemise. Et celui en dessous. Potter réagit immédiatement en m'attrapant les poignets pour m'empêcher de continuer. Ce que je n'avais pas l'intention de faire, de toute manière.

— Je ne suis pas Llyod, dit-il sèchement.

Ca, c'est certain. Tobias ne se serait pas gêné pour profiter de la situation. Le gryffondor minimise la pression sur mes poignets, sans pour autant me relâcher. Je l'observe, un peu étonnée.

— Je croyais que tu avais fini de jouer avec moi ? murmure-t-il difficilement.
— Je croyais que tu m'avais assez vu comme ça ? je rétorque du tac au tac.

Il roule des yeux, visiblement exaspérée.

— J'en ai assez de tout ça, Luciana. Pourquoi t'ai-tu servi de moi ? Pourquoi Arbuthnot est inquiet pour toi ? Qu'est-ce que vous cachez, tous les deux ?!

Mes membres se raidissent et se glacent, mes traits se figent. Je reviens immédiatement à la réalité. J'en ai terminé avec James Sirius Potter. Pour de bon.

Je fais quelques pas en arrière, puis déclare d'un ton presque solennel :

— Tu ne vas sûrement pas me croire mais je vais te rendre service, Potter : retourne à ta petite vie bien tranquille et rangée. Et oublie moi.
Les joies de la politique by jalea
Author's Notes:
Bonsoir :)

Voici le chapitre 28, j'espere qu'il vous plaira. Si je ne me trompe pas, il ne reste plus que cinq ou six chapitres, donc cela va avancer très vite.


Bonne lecture,
à bientôt.
Chapitre 28 : Les joies de la politique.




— Je ne comprends pas.

Je souris largement en voyant l'air déconfit de l'assistant de mon père. C'est un jeune homme d'une trentaine d'années, tiré à quatre épingles. Il porte un pantalon en velours et une veste en tweed avec des coudières en cuir. C'est totalement dépassé. Merlin, cet homme n'a aucun sens de l'élégance vestimentaire.

En plus de ça, le pauvre sorcier semble limité intellectuellement. Je le fixe droit dans les yeux et réplique :

— J'ai pourtant été très clair : vous allez démissionner. Mon père n'a pas besoin de deux assistants.

— Je croyais que vous vouliez que l'on prépare ensemble son discours ?

Je lève les yeux au ciel, exaspérée. Ce rendez-vous s'éternise, je commence à m'ennuyer. Je décide d'aller droit au but :

— J'ai menti, Henry.

Ce dernier me regarde par-dessus ses lunettes en tentant de dissimuler sa perplexité.

— C'est vous qui devriez laisser tomber ! s'enflamme-t-il brusquement, vous n’êtes qu'une gamine qui est toujours à l'école !

Je le toise longuement, en haussant les sourcils. Sa petite scène attire l'attention des clients ; le silence s'abat dans le bar. Je sens tous les regards posés sur nous.

Je remarque quelques sourires ravis ; mes camarades de classe se délectent de me voir en "mauvaise posture". A part peut-être James Potter ; nos regards se croisent un instant et il fronce les sourcils. Puis il m'efface de son champ de vision et lance un joli sourire à Melinda Jones, sa meilleure amie. Je me détourne à mon tour, en essayant d'ignorer la pointe de jalousie qui me tenaille.

Je reporte mon attention sur mon interlocuteur, qui se tient le dos bien droit, l'air hautain. Sa suffisance suffit à me donner l'envie de sortir l'enveloppe se trouvant dans mon sac à main.

— Si vous pensez un seul instant que je vais quitter mon emploi, Miss Preslov, c'est que vous ne me connaissez... qu'est-ce que c'est ? s'interrompt-il, interloqué.

Son regard de fouine se pose sur la pochette que je viens de poser sur la table.

Je souris en montrant les dents :

— J'ai mené ma petite enquête. Vous êtes un très vilain garçon, Henry, je chantonne en papillonnant des cils.

— Qu'est-ce que c'est ? repete-t-il d'une voix éraillée.

— Ouvrez-là, j'ordonne sèchement.

Le sorcier s’exécute sans discuter, comme un automate. Ses yeux parcourent la pile de photos brièvement. L'émotion est palpable sur ses lèvres. Il blêmit et se ratatine sur lui-même, tandis que toute forme d'arrogance semble l'abandonner.

— Co... comment avez-vous eu ces clichés ? parvient-il à demander, une fois le choc passé.

En guise de réponse, je lui décoche mon sourire le plus malfaisant.

— Vous avez vraiment l'air de passer du bon temps, surtout sur celle-ci.

Je pointe du doigt une photographie plus qu'explicite : celle d'Henry se trouvant dans une chambre d’hôtel, entouré de deux jeunes femmes complétement... nues.

Je tortille une mèche de cheveux autour de mes doigts, le temps que le pauvre homme se remette de ses émotions. Après avoir regardé ces horribles clichés, j'ai moi même eu beaucoup de mal à retrouver l’appétit. Un mot : beurk ! L'homme se comporte parfois en animal primate des plus dégoutants.

— Ôtez moi d'un doute : n'êtes-vous pas marié ? fais-je remarquer avec ironie.

L'assistant de mon père me fusille du regard. Ses yeux rétrécissent dans leurs orbites.

— Qu'est-ce que vous voulez ? grogne-t-il entre ses dents serrés.

— Je vous l'ai déjà dit, je réponds avec impatience.

On dirait qu'il lui manque des neurones, j'ai l'impression de me répéter depuis des heures.

— Je ne peux pas démissionner. J'ai une famille à nourrir moi ! Une femme, un enfant...

— C'est seulement maintenant que vous pensez à eux ? Comme c'est dommage.

De rage, Henry déchire les photos en petits morceaux. Je le regarde faire sans réagir, hésitant entre le rire et la moquerie.

— Vous croyez que je suis assez bête pour ne pas avoir fait de copies ?

Pour qui me prend-t-il ? Je suis loin d'être une débutante. Le sorcier se fige soudain, les yeux rivés dans ma direction. Ses yeux s’écarquillent, sa bouche s’entrouvre, comme s'il venait de comprendre quelque chose.

— Vous... vous avez tout manigancé. Ces deux femmes... c'était vous ! Vous les avez payé pour me séduire ! crache-t-il à mi-voix, le visage affreusement déformé par la colère.

Je le fixe longuement dans les yeux. Eh bien, je ne le pensais pas assez intelligent pour deviner cela. En guise de réponse, j'esquisse un sourire suffisant. Je ne le nie pas, bien au contraire.

— Et vous en avez eu pour mon argent, apparemment. je souligne, moqueuse.

Ces deux vélanes m'ont coûté cher, presque toutes mes économies y sont passés.

Je me redresse sur mon siège, et joins mes deux mains sur la table. Il est temps de conclure. Je reprends une une attitude professionnelle, en relevant un sourcil hautain.

— Je vous fait le topo, Henry : soit vous démissionnez, soit j'envoie ces photos à votre charmante femme.

Cette menace ne semble guère l'impressionner. Cela me laisse perplexe... Mais, soudain, il se lève d'un bond, comme s'il venait d'être mordu. Son visage pâle, ses traits tirés, la transpiration froide qui perle sur son front indiquent combien il est au plus mal.

Dans son regard jaillit l'éclair, et son index furieux pointe en ma direction.

— Vous êtes une horrible personne, Preslov ! Tout comme votre père ! hurle-t-il, explosant littéralement.

Je suis fermement résolue à garder mon sang-froid. Je ne dis pas un mot et mon visage ne montre aucune expression. J'ai bien conscience, encore une fois, que tout le monde nous regarde. Je me lève lentement. La chaise grince sur le sol avec un bruit désagréable. Autour de nous, les conversations reprennent mais la plupart de mes camarades m'observent; je sens leurs regards dans mon dos.

Je me positionne face à Henry. Le haut de son corps est voûté, comme si on lui avait infligé des coups. Il est plus grand que moi, plus âgé, mais j'ai l'avantage. Il le sait.

— Vous avez sans doute raison, dis-je finalement à voix haute.

J'entends des chuchotements autour de moi, preuve que mes camarades épient la scène qui se déroule devant eux. Toutefois, je ne me démonte pas. Je continue sur ma lancée :

— Ou peut-être que c'est vous la mauvaise personne, je rétorque posément. Un homme qui trompe sa femme sans le moindre scrupule, prêt à dilapider tout son héritage familiale au jeu et en galante compagnie... oui, je suis aussi courant de vos dettes de jeu. Vous êtes un pauvre idiot complètement ruiné, Henry.

Il reste stupéfait, et demeure muet, le regard vide. J'avance d'un pas dans sa direction, tandis qu'un sourire malfaisant se dessine sur mes lèvres.

— Quel charmant exemple vous donnez à votre fils...

— Je vous interdit de parler de mon fils ! tonne-t-il, hors de lui. Vous avez gagné, je démissionne !

Sans plus de cérémonie, il attrape son porte-documents et tourne les talons. Il s'arrête néanmoins près de la sortie pour me jeter un dernier regard noir.

— Mais ce n'est pas terminé, Preslov ! prévient-il sur un ton qui se veut menaçant.

Mon sourire disparaît et j'étrécis les yeux en scrutant le sorcier. Ses mots ont un effet immédiat : mon regard bleu vire au noir.

Lorsque je reprends la parole, ma voix est aussi dure et glaciale que celle de mon père :

— Non, c'est vrai. Ce sera terminé lorsque je l'aurai décidé, Henry.

Ses yeux dans les miens, je peux y lire toute la peur et la haine que je lui inspire. Cela me procure un sentiment de satisfaction incroyable. Puis, l'assistant de mon père quitte le bar, sans un regard derrière lui.

Il y a une chose dont je suis sûre : je ne reverrai plus jamais cet homme. Il est peut-être idiot, mais pas fou. Mes épaules s'affaissent un peu et la tension qui m'habite depuis plusieurs heures se dissipe. Voilà qui est réglé !

Lorsque je me retourne, les têtes se baissent, les yeux fuient. Seule Rosalie Wood, assise à la table voisine, me fixe avec obstination. Je me force à sourire malgré le malaise ambiant.

— Tout va bien, Luciana ? Que s'est-il passé ? questionne-t-elle, l'air vaguement inquiète.

Avec une nonchalance feinte, je lisse ma robe et rejette mes cheveux par-dessus mon épaule.

— Les joies de la politique ! je minaude simplement, en battant des paupières.

Rosalie hoche doucement la tête, mais je vois bien qu'elle est déçue par mon comportement. "Pourquoi es-tu si méchante ?" semble-t-elle se retenir de me demander. J'ai envie de lever les yeux au ciel. Parce que je connais la véritable personnalité de Rosalie Wood, celle qu'elle efforce de cacher pour se faire accepter par ses pairs.

Je l'ai vu tricher plus d'une fois en cours. Je l'ai vu commander des philtres d'amour par correspondance pour les revendre au prix fort à ses soi-disant "amies" de Gryffondor. Je l'ai vu lancer discrètement des sortilèges aux élèves qu'elle n'apprécient pas. Alors franchement, son numéro de la gentille et respectueuse Serpentard... elle peut le garder pour les autres !

— Tu veux te joindre à nous ?

Mes sourcils se froncent lorsque je remarque les personnes assises à sa table. Je n'avais pas fait attention à eux. Je pouffe de rire en voyant Potter, Jones, et un gryffondor dont le nom m'échappe.

Bravo, Rosalie. Bonjour, la diversité !

— Non, sans façon.

Mon ton est sec, froid, mais je m'en contre fiche. Rosalie m'adresse la parole uniquement parce qu'elle est amoureuse de Dorian. Jusque là, j'ai essayé de l'ignorer. J'ai vraiment essayé parce que je voulais avoir ne serait-ce qu'une... amie. Malheureusement, c'était un leurre. Ce serait une sottise de continuer à prétendre le contraire.


— Tu es sûre que tu ne veux pas t'assoir, Preslov ?

J'arque un sourcil, tandis que le voisin de Potter me décoche un sourire qui se veut enjôleur. Le Prefet-en-Chef lui donne aussitôt un coup de coude. " Ben quoi ? " lance ce dernier en retour, l'air surpris. J'en déduis que James Potter est jaloux. Ou qu'il n'a aucune envie que je m'assieds à sa table, ce qui est d'ailleurs plus probable.

D'humeur taquine, j'affiche un énorme sourire et tire une chaise vers moi. Jones se renfrogne ; elle se tient recroquevillée, le dos voûté. Potter, lui, me contemple en fronçant les sourcils, l'air de se demander ce que je manigance.

— Dorian n'est pas avec toi ? enchaîne immédiatement la Serpentard, parée d'un grand sourire.

Je roule des yeux, cette fois-ci de manière à ce qu'elle puisse me voir.

— Tu vois bien que non, Rosalie.
— Hum, oui... ce n'est pas grave, je le verrai au diner.


Les joues un peu rougies, elle sirote son verre pour se donner une contenance et n'ose rien dire de plus. Mon sourire s’élargit, encouragée par une nouvelle idée. Je me penche vers ma camarade, pour dire sur le ton de la confession :

— Tu sais, dans le fond, Dorian est un grand timide.

La vert et argent émet un petit rire qui attire l'attention des trois autres.

— Te moque pas de moi, Luciana !
— Je t'assure. Il ne fait qu'endosser le rôle du mec confiant. Un peu comme Potter, tu vois...
— Excuse-moi ? s'offusque le concerné, me lorgnant d'un œil mauvais.

Je lui adresse mon plus joli sourire hypocrite.

— Non, je ne t'excuse pas. Pour en revenir à Dorian, je poursuis en me tournant vers Rosalie, je pense que tu devrais tenter une approche plus franche et directe.

La jeune fille grimace.

— Vraiment ? Je ne crois pas que...
— Mais si ! j'insiste avec ferveur, Dorian est mon meilleur ami, non ?

Sur ces mots, et avec un doux sourire, je convainc Rosalie qui finit par hocher la tête.

— Oui, c'est vrai, concède cette dernière.

Je me laisse aller contre le dossier de la chaise, satisfaite. Voilà qui servira de leçon à Dorian ; ça lui apprendra à se mêler de ses affaires, et surtout : à ne pas se mettre en travers de ma route. Dorian est un ami d'enfance, alors c'est vrai, j'ai peut-être menacée de révéler son secret... mais je n'ai jamais eu réellement l'intention de le faire.

Je peux cependant m'offrir une petite vengeance en me mêlant de sa vie amoureuse. Avec Rosalie dans les pattes, il n'aura plus le temps de me surveiller, ou de s’inquiéter pour moi.

— Non, elle a tort.

Je tourne si vite la tête vers le propriétaire de cette voix que je manque de me cogner contre son visage.

— De quoi je me mêle, Potter ?!

Ses yeux marron vert intense me toisent avec défiance. Mon cœur manque un battement. Il a son sourire narquois aux lèvres.

— Pardon, dit-il sans avoir l'air de le penser pour un sou, mais peut-être que Rosalie souhaiterait avoir un avis masculin sur la question ?

— Ouais, c'est clair ! lance son ami dont j'ignore toujours le nom.

— Quelqu'un bénéficiant d'un minimum d’expérience, Pete.
— Eh ! s'indigne ce dernier, je suis sorti avec Linda Lyndell pas plus tard que la semaine dernière.

Potter et Jones partagent un regard amusé avant de lever les yeux au ciel.

— Il n'existe aucune Linda Lyndell, fait remarquer Potter en riant.

Le dénommé "Pete" réajuste le col de sa veste, avant de rétorquer :

— Parce que tu connais le nom de toutes les filles de Poudlard, peut-être, monsieur le Don-Juan ?
- Laisse tomber, Pete ! soupire Rosalie, l'air excédée. Alors, tu en penses quoi, James ?

Je roule des yeux ; Rosalie est pendue aux lèvres de Potter comme s'il était la seule personne ici-bas à détenir la vérité. Le Rouge et Or prend le temps de réfléchir. Son regard plonge à nouveau dans le mien... pénétrant et bien trop intense pour que j'arrive à le soutenir sans fléchir. A quoi joue-t-il ?

— Eh bien, je ne suis pas certain que Arbuthnot apprécie ce genre d'initiatives. dit-il finalement.

Je contiens mon agacement derrière un sourire faussement amical. Ma voix est douce et légèrement mielleuse, mais néanmoins extrêmement autoritaire :

— Pour rappel, Rosalie... je suis sa meilleure amie, pas Potter.
— Pour rappel, Preslov...

Je me tourne vers le jeune homme en lâchant un soupir d’exaspération. Pourquoi ne reste-t-il pas en dehors de ça ?

— Je suis un garçon. Et je n'aimerai pas qu'une fille se montre trop insistante.

Ben voyons ! Je m'esclaffe lourdement, tout comme son ami Pete. Rosalie le regarde avec effarement, tandis que Jones à l'air de se demander dans quel univers parallèle elle vient d’atterrir.


— Donc... si une jolie fille se jetait à ton cou, tu la repousserai, Potter ?

J'observe le Préfet avec un grand scepticisme. Il ne peut pas répondre "non" à cette question et il le sait. Mon sourire se transforme en un rictus ironique. Je retiens ma respiration alors que ses yeux parcourent mon visage, s'arrêtant quelques secondes sur mes lèvres. Je le dévisage, remarquant soudain à quel point il est séduisant. Ses yeux m'attirent comme un aimant. Je pivote sur ma chaise, me retrouvant face à lui. Trop près. Il sent bon aussi, son odeur m'est familière et n'évoque aucun mauvais souvenir en moi.

— Peut-être pas, avoue-t-il avec un sourire en coin. Mais ce qui est sûr, c'est que je ne prendrai pas cette relation au sérieux.

Son expression devient glaciale. Je me recule un peu pour mieux le contempler, dubitative.

— Tu es entrain de dire que tu considères comme facile une fille qui sait ce qu'elle veut ? je riposte avec fougue. Ne me dis pas que tu vas écouter ses conseils, Rosalie ?! Potter ne sait pas de quoi il parle. Visiblement, il vient d'une autre époque, je commente d'un ton mauvais.

Le concerné ouvre aussitôt la bouche pour se défendre, mais Rosalie prend les devants, mettant fin aux hostilités.

— Merci James, mais Luciana est la meilleure amie de Dorian. Je vais plutôt suivre son conseil.

Je lance un regard triomphant un brun. J'ai encore gagné. Ce dernier me regarde en tournant doucement la tête de droite à gauche. Son visage est fermé et son sang paraît bouillir dans ses veines. Ses lèvres sont pincés de façon réprobatrice, mais il ne prononce pas un mot.

Tout sourire, j'en rajoute une couche :

— Et si tu lui avouais tes sentiments ce soir, au dîner ?

— Quoi, devant tout le monde ?! s'étrangle à moitié Rosalie.

" N'importe quoi !" souffle Jones, en me fusillant du regard.

Je la fixe pour lui montrer que je l'ai parfaitement entendue. Sans surprise, elle n'a pas la force de soutenir mon regard et baisse la tête.

— Oui, devant tout le monde, je confirme d'un sourire engageant. Comme ça, les autres filles comprendront qu'il n'est plus libre.

La Serpentard cligne des yeux, pensive.

— Oh, je n'avais pas pensé à ça. Oui, c'est une bonne idée.

Je me tourne vers les gryffondor pour les gratifier d'un sourire à la fois diabolique et triomphant.


— J'ai toujours de bonnes idées, Rosalie.
Dommages collatéraux by jalea
Author's Notes:
Coucou :)

Je suis désolée pour cette longue attente, mais j'étais assez occupée. Pour me faire pardonner, je vais mettre à jour une bonne partie de mes fics ce weekend, en commençant par celle-ci.


Bonne lecture et à bientôt !
Chapitre 29 : Dommages collatéraux.



— Je croyais que Rosalie était ton amie ? lance une voix dans mon dos.

Je me fige net et m'arrête au beau milieu de la rue, devant l'alignement des boutiques décorées de rouges banderoles et de lanternes de couleur. Je soupire lourdement avant de me retourner, un sourire feint aux lèvres. James Potter vient à ma rencontre et nous nous retrouvons face à face. Soudain, j'oublie que je suis dans la rue. Il n'y a plus que James, ses yeux marrons-verts qui me sondent ardemment. Mes doigts se resserres sur la lanière de mon sac et je triture mon écharpe en laine de mon autre main. Je suis surprise et un peu tendue. Je ne peux pas m'empêcher de penser à notre dernier baiser.

Je secoue la tête comme pour la vider des pensées qui me tracassent et m’éclaircis la gorge.

— C'est le cas, j'affirme simplement.

— Alors à quoi tu joues ? Tu sais bien que si Rosalie avoue ses sentiments à Arbuthnot, elle va se ridiculiser devant tout le monde !

J'ouvre la bouche, mais aucun son ne sort. C'est comme si j'étais bloquée. Comme si j'étais incapable de répondre à cette question. Pour la toute première fois, j'ignore vraiment ce que je dois faire. Ou dire.

Je me détourne de lui et me tiens à une distance de sécurité. Je marche sur le trottoir, le gryffondor sur mes talons.

— Laisse-moi tranquille, Potter ! j'implore, frôlant la crise de nerfs.

Pourquoi donc me juge-t-il en permanence ? C'est parfaitement inutile. Je sais déjà qu'il me méprise, qu'il me considère comme un être diabolique et manipulateur. Sans savoir pourquoi, les larmes me montent aux yeux. Potter me saisit brusquement le bras, plonge son regard jusqu'au fond de mes yeux et dit d'une voix sifflante :

— Tu n'as pas le droit de t'en aller comme ça ! Retourne voir Rosalie et dis-lui la vérité.

Mon regard tombe sur mon poignet, encerclé par la main de Potter. Cet excès d'autorité me met en rage ; je n'apprécie guère d'être traitée d'une manière aussi grossière. Il me dévisage et je soutiens son regard. Finalement, son emprise se desserre sur mon poignet et son pouce caresse ma peau quelques secondes avant de me relâcher.

Je reprends contenance avant de lui répondre, sèchement :

— Quelle vérité ?

— Arbuthnot ne l'aime pas, tu le sais très bien.

Le ton de sa voix est modéré. Le Rouge et or fourre les mains dans ses poches d'un air faussement décontracté. Se pourrait-il que... ? Non ! C'est impossible qu'il soit au courant pour Dorian, je suis la seule personne à connaitre son secret.

Je force le sourire en répondant :

— C'est ce qu'il veut lui faire croire, mais en réalité il est fou d'elle.

Le brun soupire lourdement en tournant la tête de droite à gauche. Un frisson désagréable me parcourt la nuque. La manière dont il m'observe... il semble soudain vieilli de dix ans.

— Pourquoi tu ne fais que mentir, Luciana ?

Nous nous dévisageons en silence de longues secondes, lui armé de son regard glacial, et moi du mien dégoulinant d'hypocrisie.

— Je ne sais pas ce qui se passe entre ton meilleur ami et toi mais Rosalie n'a rien avoir la-dedans, poursuit-il calmement.

Je ne peux pas m'empêcher de ricaner.

— Oui, bien sûr. Parce que Rosalie Wood est tellement gentille, je minaude faussement.

Le Préfet-en-chef lâche un énième soupir.

— S'il te plait, Luciana : laisse-là en dehors de tes histoires. Et ton ami Arbuthnot... il n'a rien fait de mal, il s'inquiète simplement pour toi.

Je lève les yeux au ciel, exaspérée. L’inquiétude, c'est un sentiment bon pour les faibles d'esprit.

Potter laisse planer un instant de silence. Il soupire longuement en se massant la nuque.

— Et... moi aussi, je m’inquiète.

Ma bouche s'entrouvre sous le choc. En relevant la tête, je me confronte à l'intensité de son regard. Le Gryffondor est sérieux. Lui, ne joue pas. Je ressens une vive chaleur qui se répand dans tout mon corps.

— Tu t'inquiètes pour moi ? je répète bêtement, estomaquée.

Il se contente de hocher la tête, l'air grave. Ses sourcils sont froncés, couvrant presque le vert de ses yeux.

— J'aimerais vraiment savoir ce qui se passe dans tête, Luciana. ajoute-t-il d'une voix plus profonde.

Je reste figée d'émotion, ignorant quelle attitude adopter.

" De quoi se mêle ce fichu Gryffondor ?! Envoie-le paitre ! " m'ordonne ma petite voix intérieure, que je décide d'ignorer.

Je suis touchée et étonnée qu'il s'intéresse à mes états d'âme et qu'il mette autant d'énergie à vouloir savoir ce qui cloche chez moi.

Ça ne me pousse pas pour autant à revoir mes priorités ; je veux résolument me venger de mon père. Et le plus tôt sera le mieux.

Comme hypnotisée, je le regarde sans réagir lever lentement la main vers mon visage. La pointe de ses doigts effleure ma joue. Ce contact m’électrise et je fais aussitôt un pas en arrière, craignant que cela n'éveille en moi de stupides sentiments amoureux. Je n'ai guère besoin de ça en ce moment, je dois rester focaliser sur ma mission.

Mon regard s'obscurcit.

— Tu n'aurais pas dû faire ça, je siffle sur un ton accusateur.

Ses joues s'empourprent avant de pâlir.

— Il y a beaucoup de choses que tu n'aurais pas dû faire, riposte le brun en baissant la main. Comme par exemple, te rapprocher de ma petite sœur et t'inviter chez moi pour les fêtes. Ou encore, me faire croire que tu étais amou...

Le jeune homme s'interrompt subitement, comme s'il venait de comprendre ce qu'il était en train de raconter. Ses épaules s'affaissent un moment avant qu'il ne prenne une longue inspiration qu'il relâche doucement. Sa bouche se courbe, à mi-chemin entre le sourire et le rictus. Mais ses yeux ne reflètent plus aucune sympathie.

— Impressionnant, vraiment. Quand tu joues la comédie, tu ne le fais pas à moitié. souffle-t-il si bas que j'ai du mal à l'entendre.

Un désagréable frisson de culpabilité court le long de ma colonne vertébrale. Je reste silencieuse, incapable de prononcer le moindre mot. Mon cœur cogne contre ma poitrine, tandis que je tente de me persuader que je n'ai fait que jouer la comédie.

Je ressens cependant le besoin de m'expliquer, raconter les faits dans leur globalité pour qu'il comprenne comment j'en suis arrivé là. C'est... c'est un dommage collatéral. Au départ, James Potter ne faisait pas partie de mon plan. Je réfléchis un instant à ma réponse, même si le Préfet ne semble rien attendre de ma part.

— Tu es parfois exaspérant, mais tu es quelqu'un de bien, Potter. Je n'ai pas eu besoin... de jouer énormément la comédie.

Il me dévisage d'abord avec scepticisme, puis son expression s'adoucit un peu.

— Ça me coûte de l'admettre, mais j'apprécie moi aussi ta compagnie, Preslov.

Pardon ? Mes yeux s'arrondissent de stupeur.

— Je n'ai pas dit que j'aimais ta compagnie, j'ai juste dit que tu étais quelqu'un bien ! je corrige immédiatement, un peu paniquée.

Un coin de sa bouche se relève en un sourire malicieux.

— Je te raccompagne ? propose-t-il, l'air de rien.

— Non ! je hurle pratiquement en retour.

Je recule si vite que je manque de heurter un passant. Je me sens soudain embarrassée. Je ne suis jamais embarrassée, ce qui est d'autant plus perturbant. Potter affiche un sourire goguenard et me lance d'une voix paisible :

— Tu m'as l'air bien nerveuse, tout à coup.

Nerveuse ? Je me redresse et reprend très vite mon attitude froide et hautaine. Je décide de mettre un terme à la conversation. " Au revoir, Potter !". Je tourne les talons et l'entends rire dans mon dos. Ça devrait me mettre en colère, mais au lieu de ça je secoue la tête en souriant.



******




— Ça faisait longtemps.

Je lance un regard peu amène à Tobias Llyod, sans pour autant perdre ma bonne humeur.

— Que je ne t'avais pas vu sourire, ajoute-t-il face à mon regard perplexe. Qu'est-ce qui te rend si heureuse ?

La préparation de ma potion. J'ai réussi à réunir tous les ingrédients et sa préparation a été un véritable jeu d'enfant. Tout se déroule comme prévu, le Polynectar devrait être prêt d'ici quelques semaines.

— La joie de te voir, probablement, j'ironise en papillonnant des cils.

Son rictus se transforme en un sourire éclatant. Il doit déjà s'imaginer les pires obscénités sous prétexte que nous conversons ensemble à table.

— Je te comprends, Lucia. En ce qui me concerne, c'est une joie immense de me voir chaque jour dans le miroir, dit-il, à moitié sérieux.

Je roule des yeux, tandis qu'il me décoche un sourire enjôleur assorti d'un petit clin d'oeil. Ce garçon n'est vraiment pas gêné. Je contemple un instant ses boucles noires, sa belle peau sombre, et ses immenses yeux marrons. Tobias sait qu'il est très séduisant, et il en abuse.

— Luciana, je le reprends pour la énième fois sur un ton lasse.

Après une longue hésitation, le Serpentard se penche vers moi. Son genou cogne contre le mien sous la table. Je ne suis pas sûre que ce soit intentionnel, alors je n'y prête pas attention.

— Plus sérieusement : je suis certain que tu prépares un mauvais coup.

Je lève le nez de mon assiette, braque mes yeux dans les siens en arborant un air de défi.

— Peut-être bien.

Je ne comprends pas ce qui m'arrive, en règle général, j'évite Tobias Llyod. J'avoue me sentir un peu... seule, ces temps-ci. Mon regard se tourne vers mon meilleur ami, avec lequel j'ai l'habitude de déjeuner. Il est assis en bout de table et n'a de cesse de nous fusiller du regard, Tobias et moi.

— Qu'est-ce qui se passe avec Arbuthnot ? demande brusquement mon voisin, vous êtes toujours fourrés ensemble, d'habitude.

Je reporte mon attention sur Tobias, qui me dévisage avec une attention toute particulière. Son attitude me laisse perplexe, pour ne pas dire dubitative. Je sais qu'il a toujours détesté Dorian, car pour le citer : " Ton soi-disant meilleur ami te tourne autour comme un hippogriffe au dessus d'une vieille charogne".

Mon visage devient dur de colère refoulée. Je n'ai pas oublié les stupides rumeurs que Llyod a lancé à mon sujet !

— Ne fais pas ça, je le préviens d'une œillade assassine.

— Quoi ?

Je soupire d'agacement.

— Ne fais pas semblant de t’intéresser à mes problèmes. Nous savons tous les deux que tu n'en as rien à faire.

Le Serpentard me toise un instant, arborant une expression a la fois outrée et peinée.

— Tu te trompes, Lucia. Tout ce qui te concerne m’intéresse, avance-t-il doucement.

Je le considère longuement, en arquant un sourcil. Je ne suis pas dupe.

— Vraiment ? Ce n'est pas juste un moyen pour m'attirer dans un placard à balais avec toi ?

— Non. Pas seulement, plaisante-t-il l'air... gêné ?

Gêné, Tobias Llyod ? Ce serait une première. Il joue un moment avec sa fourchette, comme pour éviter de me regarder. Décidément, son comportement est très étrange.

— Alors... qu'est-ce que tu prépares ? Tu peux me le dire, à moi.

Je m'apprête à l'envoyer paitre, mais je finis par me raviser. Après tout, ce n'est pas comme si Tobias allait me juger. Il n'est pas James Potter. C'est loin d’être un Saint. Un petit sourire malfaisant se dessine sur mes lèvres.

— Bon, d'accord : je veux me débarrasser de Potter et Do... Arbuthnot.

Voilà, c'est dit.

Ces deux là se trouvent toujours sur mon chemin, ça commence sérieusement à m'agacer.

En fait, c'est surtout James Potter qui me rend... nerveuse et irritable. Dorian avait raison : c'est sûrement la seule personne capable de me raisonner. Et je trouve cette idée effrayante, vraiment.

Cet après-midi à Pré-au-lard, lorsque j'étais en sa "charmante" compagnie, j'ai presque eu envie de tout lui raconter à mon sujet. Sans que je n'y prenne garde, ce gryffondor a réussi a instaurer une relation de confiance. Pire que ça : je crois qu'il a une bonne influence sur moi. Tout à l'heure, je suis allée voir Rosalie pour la dissuader d'avouer ses sentiments en public ! Merlin, je ne me reconnais même plus. Il est grand temps que je mette un terme à tout cela.

Llyod me contemple avec des yeux ronds comme des soucoupes.

— Se débarrasser d'eux... en les tuant ?

J'éclate de rire, tellement c'est saugrenue.

— Oh, Tobias ! Non, il est inutile d'être aussi radical.

Le Serpentard retrouve son sourire charmeur, l'air amusé par la situation.

— Alors comment comptes-tu t'y prendre ?

Mon sourire se fane instantanément. C'est une très bonne question, je n'y ai pas vraiment réfléchis... Je cherche une idée, quand mon regard revient sur Llyod. Je souris, machiavélique : pourquoi pas ?

— Tu fais partie de mon plan, j'annonce sans détour.

— Moi ? s'étonne-t-il avec ravissement, comment puis-je t'aider ?

Je le regarde en m''humectant les lèvres. Je sens le regard de Dorian sur ma joue, mais il me faut aussi attirer l'attention de Potter : je me mets à le fixer avec insistance jusqu'à ce qu'il tourne la tête vers moi. Le Gryffondor paraît surpris que je le reluque de cette manière, mais il me gratifie néanmoins d'un mince sourire. Je secoue la tête de droite à gauche.

Je vois que tu n'as toujours pas compris, Potter.

Je le toise une minute, avant de vriller mon regard sur celui de Tobias. Ce dernier me contemple en silence, les sourcils légèrement froncés.

J'ai un bref instant d'hésitation. Je n'ai jamais fait cela en public, j'ai toujours trouvé ça indécent. C'est pourtant le moment ou jamais : Dorian et James m'observent ! Je dois leur faire comprendre que je suis une cause perdue... qu'ils ne peuvent rien pour moi.

Le sourire de Tobias s'est figé ; je lis sur ses traits de la tension. Il a compris ce que je veux mais il semble perplexe, comme s'il n'arrivait pas à imaginer que je puisse avoir le cran de faire une telle chose dans la Grande Salle. C'est atrocement embarrassant, mais je n'ai pas le choix.

De ma main gauche j'attrape Tobias par le col de sa chemise et je l'attire à moi avec violence.

Je plaque brutalement mes lèvres aux siennes. Le Serpentard répond immédiatement à mon baiser d'une drôle de manière : il prend ma main et entrecroise ses doigts aux miens. Son geste me surprend, je ne m'y attendais pas.

Je crois que c'est une façon me dire de ralentir un peu, de ne pas être empressée pour que cela paraisse plus "réaliste" aux yeux de nos camarades. Son autre main passe dans mes cheveux pour exercer une pression sur ma nuque. Machinalement, mes mains, elles, se posent sur son torse. Son baiser est doux, respectueux et plein d'égards. Nous nous sommes déjà embrassés à plusieurs reprises, mais cela n'avait rien de comparable. C'est la première fois que Tobias fait preuve d'autant de... prévenance.

Je m'éloigne de lui après une, deux minutes ? Je ne saurai le dire. Ses grands yeux marrons et brillants me fixent avec intensité. Lorsque je prends conscience que sa main enlace toujours la mienne, je me sens rougir par cette proximité et je m'écarte brutalement. Tobias ne s'en formalise pas.

— Ça aussi, ça faisait longtemps. murmure-t-il en souriant.

Je souris malgré moi. Ce moment était étrange, mais plutôt agréable. Je meurs d'envie de me tourner vers Potter pour voir sa réaction.

J'espère que le message est passé, cette fois.

— Merci pour ton aide, Tobias.

Le concerné s'éclaircit la voix pour dissiper le malaise qui s'est instauré. Puis, il se sert une autre assiette de ragoût, comme si de rien était. Malgré sa décontraction, sa jambe droite s'agite frénétiquement sous la table.

— N'hésite pas, si tu as encore besoin de moi. Je reste à ton entière disposition.

Tobias m'adresse un large sourire, un sourire authentique que je ne suis pas certaine d'avoir déjà vu sur son visage. Puis son expression évolue, et il retrouve son trop plein d'assurance. J'ai droit à un sourire ravageur, avant qu'il ne se lève sans même terminer son assiette, pour aller retrouver ses amis.

J'ose un regard, un seul, vers la table des Gryffondor. La plupart des élèves se fichent totalement de moi, mais pas James Potter. Son regard intimidant est vrillé sur moi. Son expression est indéchiffrable, une statue de marbre. Il se contente d'arquer un sourcil, me défiant de son regard pénétrant.

Je ne saisis pas.

Je pensais que mon attitude provoquerait chez lui un certain dégout. Ce n'est visiblement pas le cas. Le brun me dévisage ardemment, comme s'il essayait de me sonder pour savoir ce que j'ai dans la tête. Est-il en colère, furieux ? Je l'ignore, Potter ne laisse rien paraitre de ses sentiments. Son regard reste fixé sur moi, parfaitement insolent. Je lui décoche un regard meurtrier, avant de me détourner. Bon sang, qu'il arrête d'essayer de me psychanalyser !

Je me remets a picorer dans mon assiette, quand je me sens de nouveau observée. Je relève la tête, et c'est là que je l'aperçois : Lily Potter. La petite sœur de James me lorgne sans la moindre retenue, avec un mélange de répugnance et de colère. Ses yeux me mitraillent d'incrédulité. Ses poings sont serrés sur la table, comme si elle s’apprêtait à défendre l'honneur de son grand frère, ou je ne sais quelle autre idiotie.

Je détourne les yeux, incapable d'assumer ce qu'elle m'envoie.

Je sais que je ne devrais pas penser ça, mais... j'appréciais sincèrement Lily Potter.
L'heure des adieux by jalea
Author's Notes:
Bonsoir :)


Je suis désolée pour cette longue attente, jespere que vous m'excuserez (surtout toi, Mounou11 xD)

On s'approche lentement mais sûrement de la fin, il ne reste que quatre ou cinq chapitres...


Bonne lecture,
à bientôt.
Chapitre 30 : L'heure des adieux.



Le regard fixé sur mon manuel de Potions, je sens un mal de tête poindre. Les mots deviennent flous et les lettres dansent, ma lecture devient impossible. Fatiguée, je me soutiens la tête d'une main. Je tourne la page. Et, là, je m'immobilise : la page suivante est cornée. C'est celle du Polynectar. Ma main se met à trembler. Le sang dans mon corps se glace. Soudain, les paroles du Professeur Slughorn me reviennent à la mémoire :

« L'univers est régit par des lois. Des lois que nul sorcier ne devraient bafouer, au risque d'y perdre son âme ».

J’essaie de fermer les yeux et de faire le vide. Je n'y parviens pas. Les images défilent et se bousculent dans ma tête.

« Une fois que l'on touche à la Magie noire...»

Je rouvre les yeux brusquement en réprimant un frisson.

« Aucun retour en arrière n'est possible ».

Je referme mon livre d'un coup sec et le laisse retomber. Mes poings se serrent sous la table. Il est hors de question que je me dégonfle, je suis trop près du but pour renoncer ! Personne, je dis bien personne, ne pourra me faire changer d'avis.

— Salut, Luciana.

Au son de cette voix, je relève brusquement la tête. Une jeune fille se tient debout devant moi. Son regard est glacial, son expression est sombre, presque effrayante, ce qui n'est pas une mine facile à afficher pour une rouquine pleine de taches de rousseur.

La comédie est terminée, je tombe le masque. Je lui renvoie un regard hautain et méprisant, sans oublier pour autant les règles de politesses :

— Bonjour, Lily. Comment vas-tu ?

La gryffondor esquisse un sourire forcé.

— Bien.

Ses deux bras tendus le long du corps, les poings probablement serrés, elle s'approche de quelques pas.

— Tu m'avais proposé ton aide pour mes devoirs d'Arithmancie, tu te souviens ? Eh bien, j'ai besoin d'aide. S'il te plaît, ajoute-t-elle en grimaçant, comme si ça lui écorchait la langue.

La mâchoire serrée, Lily Potter m'observe avec une lueur meurtrière dans les yeux. Tout dans son attitude m'indique qu'elle cherche la confrontation. Sans cesser de la toiser, je croise les bras sur ma poitrine d'un air de défi :

— Et si tu me disais la véritable raison de ta présence ici ?

Son sourire hypocrite se dissipe instantanément.

Sans demander la permission, elle tire une chaise pour s'installer près de moi. La jeune fille me regarde méchamment, les sourcils froncés, attirant le reflet des lumières sur ses cheveux d'un roux flamboyant.

— Tu as passé les vacances de Noël chez moi, commence-t-elle à mi-voix, pour ne pas troubler le silence de la bibliothèque.
— Oui, je me souviens. Et alors ?

Ma voix est neutre, dénuée d'émotion, bien que ces vacances sont les meilleures que j'ai passé.

— Tu m'as fait croire que tu appréciais mon frère ! s'emporte-t-elle finalement.

Je lâche un faible soupir. Suis-je vraiment obligée de l'écouter, maintenant que cela ne m'est plus d'aucune utilité ?

— Que tu l'aimais, même...

Ennuyée, je tente de m'esquiver pour mettre fin à la conversation :

— Je ne vois pas où tu veux en venir, Lily.

L'adolescente se penche et plante son regard dans le mien. Je ne semble plus l'intimider ; ses prunelles me fixent avec animosité.

— Je t'ai vu, hier. Avec Tobias Llyod.
— Oh, fais-je simplement.

Évidemment, qu'elle m'a vu. C'était le but recherché.

— Oui. Tout le monde t'as vu à vrai dire, y compris James.

Merveilleux. Sans pouvoir m'en empêcher, un petit sourire satisfait se dessine sur mes lèvres. L'expression scandalisée de la Rouge et Or se transforme en dégoût.

— Tu t'es moqué de moi. Tu t'es moqué de mon frère. Tu t'es moqué de ma famille toute entière, persifle-t-elle d'une voix lente et sinistre.

Une vague de haine me submerge, balayée par un élan de culpabilité plus ravageur encore, car c'est moi qui ai pris la décision de me servir des Potter, même si (en toute franchise) j'aurai pu m'en passer.

— Lily...

Cette dernière se lève d'un bond, et sa colère prend le dessus :

— Non, inutile d'essayer de me manipuler, cette fois ! Ca ne fonctionne plus avec moi. Dire que je te prenais pour mon amie !

Je garde le silence tandis que, face à moi, la rousse semble bouillonner de rage.

— Je suis désolée.

Ces mots sont sortis de ma bouche avec une spontanéité dont je ne me serais pas crue capable.

— Tu mens, répond froidement l'adolescente. Tu ne fais que mentir à longueur de journée ! James m'avait prévenu, pourtant, mais je n'ai pas voulu le croire.

Je prends une vive inspiration pour me maîtriser, avant de rétorquer, sur le même ton :

— C'est bien dommage car ton frère avait raison à mon sujet. Nous avons terminés ?

Je détourne le regard pour qu'elle ne voit pas l'émotion qui m'envahit. Ses yeux, légèrement humides, deviennent d'une netteté glaciale.

— Non. Je veux que tu me rendes le pull que ma mère t'a offert pour Noël.

Je me fige brusquement. J'ai l'impression qu'un liquide froid se répand dans mes veines, pour se propager dans mon corps comme un long serpent glacé.

— Qu-quoi ? je bredouille, la mine interdite.

La rousse me fusille de ses prunelles incendiaires. Son regard s'assombrit, son attitude devient menaçante. Elle pointe un doigt accusateur dans ma direction :

— Je ne plaisante pas, Preslov. Je veux le récupérer pour le jeter au feu !

Sur ces mots, elle se détourne et rebrousse chemin, bousculant violemment un élève au passage : Tobias Llyod. Ce dernier suit du regard la gryffondor un instant, avant de s'esclaffer lourdement.

— Tu as énervé la mauvaise personne, on dirait ! se moque-t-il.
— Ce n'est qu'une enfant, dis-je en levant les yeux au ciel. Qu'est-ce que tu veux ?

Je parviens à donner une expression froide à mon visage. Le sourire du Serpentard se fige et ses sourcils se froncent légèrement.

Llyod semble perdre un peu de son assurance, mais il se reprend bien vite :

— Rien de particulier. Je viens juste pour discuter un peu...

Oui, parce que la bibliothèque est un endroit propice à la discussion.

Je hausse à nouveau les yeux au ciel, tandis qu'il tire une chaise pour s'y assoir à califourchon. J'ai bien conscience que depuis notre dernier baiser, Tobias recherche ma compagnie et sollicite l'échange. Ça devient problématique. C'est de ma faute, je n'ai pas pensé un seul instant aux répercussions que ce petit baiser pourrait avoir entre nous.

Je lâche un faible soupir, puis réponds froidement :

— Je n'ai pas le temps, Tobias.

Je fais mine d'étudier dans l'espoir qu'il s'en aille. Contre toute attente, sa main vient se poser sur la mienne et son regard se rive au mien. Je ne la retire pas immédiatement.

— Les ASPICS, c'est dans plusieurs mois. Tu peux ralentir un peu, tu sais ?

Le jeune homme m'adresse un sourire en coin qui n'a rien d'ironique.

— Une ballade, ça te dit ? Prendre l'air frais te fera du bien...

Je retire brutalement ma main de la sienne. Il y a tant d'étonnement dans son regard que je me sens obligée de m'expliquer :

— Je me fiche des ASPICS comme de mon premier chaudron.

Je suis tellement proche de mon but que dire la vérité ne pose plus aucun problème. Dans un premier temps, Tobias me dévisage longuement, en clignant bêtement des yeux. Puis, il secoue la tête, visiblement perplexe.

— Pardon ?
— Je ne serai même pas là pour passer les examens.
— Qu'est-ce que tu racontes, Luciana ? Pourquoi tu ne serais pas là ?

Je le contemple quelques secondes, en arquant un sourcil. C'est la première fois que Tobias Llyod prononce mon prénom correctement. Ce jour est à marquer d'une croix blanche !

— Lucia ? insiste-t-il face à mon silence, retrouvant ses vieilles habitudes.

Je détourne le regard, et me contente de hausser les épaules.

— J'ai des projets plus importants.

Comme par exemple, me venger de mon père.

— Plus important que les ASPICS ? rétorque le brun, dubitatif. C'est pas sérieux ! Que feras-tu après Poudlard, si tu n'es pas diplômée ?

Je laisse échapper un autre soupir, exaspérée. Pourquoi me dérange-t-on sans cesse, aujourd'hui ? Je ne suis pas certaine d'apprécier la sollicitude de Tobias. De plus, je n'ai pas envie de penser à ça, à ce qui se passera pour moi après Poudlard.

— Je n'envisage pas l'avenir de la même manière que toi.

Ma voix est plus froide, voire glaciale et tranchante. Pourquoi il me pose toutes ces questions ? En quoi ça le regarde ?

Tobias garde un instant le silence, puis son regard s'adoucit.

— Alors dis-moi comment tu l'envisages ?

Comment j'envisage l'avenir, une fois que je me serai vengée de mon père ? Une fois que je... l'aurai tué ? J'essaie d'imaginer mon futur. J'essaie d'imaginer ce qu'un meurtre impliquerait pour moi, mais je ne vois rien. Pas même la prison d'Azkaban.

— Il est... vide.

Peut-être que je ne serais plus de ce monde. Ou que je serais en cavale, qui sait ? Mon camarade m'observe comme si j'étais une alien. Ses grands yeux marron me montrent à quel point il est perdu, à quel point il se questionne intérieurement.

— Peut-être que tu devrais parler de ça à quelqu'un. Je veux dire à quelqu'un d'autre que moi, comme à un...
— Psychomage ? je termine à sa place.

Je réussis à lui décocher un demi-sourire bien qu'un sentiment sentiment ambigu me traverse, fait d'inquiétude et de colère.

— Penses-tu que je sois folle, Tobias ?
— Non, bien sûr que non ! s'insurge ce dernier, je pense juste que tu as... (il s’interrompt pour chercher les bons mots) des problèmes personnels à résoudre. On en a tous, moi le premier ! Il n'y a rien de mal à l'admettre, ajoute-t-il précipitamment.

Tobias Llyod qui me conseille de parler à un Psychomage ? Le ridicule de la situation me fait rire.

— Oh, Tobias... crois-tu vraiment que ton avis sur ma personne m’importe ? je minaude sur un ton mauvais.

Immédiatement ses sourcils se froncent, sa bouche se crispe.

— Je veux juste t'aider, Lucia.

Je pousse un énième soupir. Je sens que je commence à perdre patience, j'ai la gorge nouée et le pouls qui s'accélère.

— Je ne veux pas qu'on m'aide ! je m'écris à moitié, m'attirant les foudres de la bibliothécaire, mais si c'était le cas, c'est James Potter que j'irais trouver, pas toi !

Je me mords aussitôt la langue. Qu'est-ce qui m'a pris ? Je sais pourtant que toute vérité n'est pas bonne à dire ! Je sens mes joues se colorer par la gêne, tandis que la mâchoire de Tobias se crispe.

Son regard se voile d'une lueur sombre mais il parvient à garder son calme.

— Je ne te crois pas.

Je serre le poing. J'en ai tellement marre que tout le monde pense me connaître ! Tobias, Dorian, James... ils sont tous à côté de la plaque avec leurs pseudo-théories sur ma personne, ils croient avoir raison mais se plantent totalement.

Soudain décidée, je me lève vivement, faisant grincer ma chaise sur le plancher.

— Crois ce que bon te semble, ça m'est égal.

Ce dernier bondit de sa chaise pour me barrer la route. Sa main se pose sur mon épaule tandis qu'il se rapproche de moi. Je me raidis à son contact et évite son regard. Je ne me sens pas la force de l'affronter.

Je me sens vidée, fatiguée.

— Ce n'est pas James Potter que tu irais voir parce que tu sais qu'il n'est pas comme toi. Ce gryffondor ne peut pas te comprendre, alors que moi, oui.

Ses paroles me laissent un instant perplexe. Je ne sais pas quoi en penser. Tobias peut me comprendre ? Voyez-vous ça.

Je le considère longuement, de bas en haut. Non, mais quel toupet !

— Je vous ai observé tous les deux, poursuit le jeune homme à voix basse. Et j'ai aussi écouté les bruits de couloir.

Il se penche un peu plus près de moi, pour chuchoter :

— Potter n'a de cesse de te réprimander comme une enfant. Il veut que tu changes pour lui, Lucia, sans s’être jamais questionné sur ta personne. Je suis prêt a parier qu'il n'a même jamais évoqué la mort de ta mère, bien que cet évènement te hante encore jours et nuits.

Je ne sais pas comment je suis censée prendre la chose, alors je me contente de garder le silence. Après un moment qui semble durer une éternité, Tobias esquisse un petit sourire triomphant.

— J'ai raison, n'est-ce pas ? Inutile de répondre, je le vois à ton visage.

Je plaque mes livres contre ma poitrine afin me protéger, de mettre de la distance entre nous. Ce qu'il dit me frappe en plein cœur, et une sourde colère remonte si vite dans mes entrailles que j'ai l'impression qu'elle me submerge. Tobias ne sait rien de James Potter. Il ne cherche là qu'un éventuel moyen de tourner la situation à son avantage

Je ne sais pas pourquoi je ressens le besoin de défendre Potter. Si, je sais : c'est le seul garçon qui n'a pas essayé de profiter de moi. Le seul qui s'est véritablement intéressé à moi sans chercher à obtenir quoi que ce soit de ma part. Tobias a néanmoins raison sur un point : James Potter n'a de cesse de me réprimander.

Je crois qu' il essaie simplement de faire ressortir ce qu'il y a de meilleur en moi. Je ne peux pas lui en vouloir, car c'est moi qui lui ai donné ce pouvoir dans l'unique but... de me servir de lui.

Un élan de culpabilité m'assaille, j'ai fichu un beau bazar dans sa vie comme dans la mienne.

Je fixe durement Tobias, et décide de répondre avec franchise, ce qui n'est vraiment pas dans mes habitudes :

— James ne m'a jamais questionné sur ma mère, c'est vrai. Il ne voulait sûrement pas raviver un souvenir douloureux. Contrairement à toi !

Sans autre forme de cérémonie, je le contourne pour me diriger vers la sortie. Mais encore une fois, le Serpentard m'arrête. Je regarde sa main posée sur mon bras ; il l'a retire en soupirant.

Son regard est un étrange mélange de de déception, de colère et d'hésitation.

— Mais contrairement à Potter, je... je t'apprécie telle que tu es. Et je ne te demande pas de changer.

La sincérité dans sa voix m'effraie. Serait-ce une sorte de déclaration ? Je reste sans voix sous l'effet de surprise. Je connais assez Tobias pour savoir qu'il ne blague pas. Non, il est on ne peut plus sérieux.

Le Serpentard fourre ses mains dans ses poches et m'observe à travers ses longs cils, l'air d'attendre une quelconque réaction de ma part. Je pince les lèvres et baisse la tête vers mes chaussures ; je le crois lorsqu'il dit m'apprécier telle que je suis. Et ça, c'est un problème.

Lorsque je relève les yeux, nos regards se rencontrent, sérieux et scrutateurs, restent un moment plongés l'un dans l'autre.

— Eh bien, tu ne devrais pas. Parce que je ne suis pas quelqu'un de bien, dis-je finalement en soupirant.

Ses yeux s'écarquillent d’effarement. Puis soudain, il éclate de rire.

— Et alors ? Moi non plus ! Je suis loin d'être un enfant de chœur.
— Oh, arrête. Tu n'es pas si mauvais que ça et tu le sais.

J'esquisse un faible sourire en réalisant qu'à sa manière, Tobias a toujours été là pour moi.

— Je pourrais le devenir, déclare-t-il sérieusement. Pour toi, je ferai n'importe quoi.

Mon sourire se fane. Je me rapproche de lui et me penche pour déposer un baiser sur sa joue. Il n'y a rien de romantique dans mon geste, et pour être honnête, je dirais même que ça ressemble à un baiser d'adieu.

Pour sans doute la première fois, Tobias semble me comprendre. Une lueur sombre et intense brille dans ses yeux. À mon grand soulagement, il ne me retient pas et je me dépêche de m'éloigner de lui, de peur de mettre à pleurer.

Une fois dans le couloir, je secoue la tête en me disant que ma réaction est stupide. Je ne suis pas amoureuse de Tobias Llyod, ce n'est même pas un ami !

Pourtant mon cœur se serre de douleur.

Je m'arrête brusquement, puis je me mets à observer les élèves dans la cour, qui déambulent, qui rient, qui crient... Plein de petits groupes formés de garçons et de filles.

Et soudain, tout devient clair dans mon esprit.

Je suis triste et lasse d'être moi.

Je donnerais n'importe quoi, ma vie même, pour être ne serait-ce qu'un instant, quelqu'un d'autre.


******



Il est vingt-trois heures passé.

Voilà une dizaines de minutes que je me tiens devant la porte de la chambre de mon meilleur ami.

Je ne sais pas quoi faire, alors je me dandine d'un pied sur l'autre. Je lève la main pour frapper puis je me ravise.Il est tard, Dorian doit probablement dormir non ?

Bon sang, Luciana, tu ne vas pas rester planter là toute la nuit !

Je lève à nouveau la main, mais la porte s'ouvre avant que j'aie pu toquer. Mon meilleur ami me regarde avec de grands yeux écarquillés, l'air surpris de me voir là. Il est vêtu d'un bas de jogging et d'un simple T-shirt blanc.

Ses sourcils se froncent immédiatement, signe qu'il est toujours en colère contre moi. C'est totalement compréhensible.

— Chouette le pull, ironise-t-il en me lorgnant de haut en bas.

Par réflexe, je croise les bras sur ma poitrine. Je porte le cadeau de Mme Potter. Je sais, je ne devrais pas et pour être honnête, je n'en avais pas l'intention. J'avais prévu de déposer le pull à Lily (enfin, plutôt de laisser le paquet devant la salle commune des Gryffondor, vu l'heure tardive) mais en chemin, j'ai eu froid. Et c'est un pull en laine qui tient bien chaud, alors ne me jugez pas !

« — C'est qui, à la porte ? une fille ?! lance une voix intéressée, derrière Dorian.
— Non, ta mère ! répond le concerné sur un ton courroucé.

Des voix et des éclats de rire se font aussitôt entendre :

— Pff, t'es pas drôle, Arbuthnot !
— Ouais, allez quoi, fais-là entrer ! On ne mord pas... »

Dorian ne me fait pas entrer, au contraire, il sort et ferme la porte derrière lui.

Le vert et argent met un moment à reprendre la conversation, son ton devient froid et aigre :

— Qu'est-ce que tu veux ? Je m'apprêtais à me rendre en cuisine.

Je baisse les yeux, mon attention rivée sur les motifs du parquet. Je me sens minable et déloyale envers Dorian. Comment ai-je pu ne serait-ce qu'une seconde, envisager de trahir la confiance de mon meilleur ami ? Et pire encore : le menacer ?

— Je suis venue pour te dire que je ne révélerai pas ton secret, j'annonce d'un ton fébrile.

J'ose un regard en sa direction. Il me considère en silence, un faible sourire étirant ses fines lèvres. Ses yeux bleus couleur azur me scrutent attentivement.

— C'est évident, lance-t-il en roulant des yeux, comme s'il n'avait jamais réellement pris mes menaces au sérieux.

Cependant, à en juger par son expression glaciale, Dorian ne compte pas me pardonner aussi facilement.

— Mais ça ne change rien, Luciana. Le mal est fait.
— Oui, je sais. Rassure-toi, tu n'auras plus à me supporter très longtemps. Je compte mettre un terme à tout cela le mois prochain. Après, je...

Ma phrase reste en suspens. Je cesse de respirer. Mes poings se serrent, ma poitrine se contracte, prêt à exploser tandis que mon esprit se prépare, car j'y suis. J'y suis presque.

— Je ne pense pas revenir à Poudlard.

Je relève les yeux vers Dorian. Il semble abasourdi et un sentiment que je n'arrive pas à identifier danse dans ses yeux.

— Où iras-tu ?

Son ton est sérieux mais doux, comme s'il était déterminé à me dire quelque chose mais qu'il ne voulait pas me mettre en colère.

— Ca n'a pas vraiment d'importance...

Le blond laisse soudainement éclater sa fureur :

— Tu n'as toujours pensé qu'à toi, Luciana ! Depuis le début... il ne s'agit que de ton plan diabolique. Et moi dans tout ça, hein ? T'es-tu demandé ce que j'allais devenir, sans toi ? Je vais me retrouver seul, sans personne.

Je recule d'un pas, comme s'il m'avait jeté quelque chose au visage. Voilà donc le fond de sa pensée : il me prend pour une égoïste,et me reproche de vouloir l'abandonner.

— Mais tu n'en a rien à faire, n'est-ce pas ? Tout ce qui compte pour toi, c'est te venger de ton père ! poursuit-il avec hargne.

Je sens mes joues me brûler, mais je ne me démonte pas. Non, ma décision est prise depuis très longtemps.

— C'est bien mieux ainsi, crois-moi. Je ne suis pas une bonne amie, j'ai une mauvaise influence sur toi.

Cette réponse semble avoir l'effet d'une bombe sur Dorian, toute sa colère a l'air de retomber.

— Pas du tout, qu'est-ce que tu... ?
— Je suis heureuse que tu ne sois pas comme moi, je le coupe immédiatement. Heureuse que tu aies demandé de l'aide à Potter, même s'il ne peut rien pour moi.

Le Serpentard secoue la tête et son regard devient brillant :

— Luciana, s'il te plaît... renonce. Ta mère ne voudrait pas que tu fasses une chose aussi terrible.
— Je ne le fais pas pour elle, mais pour moi. Je ne peux plus vivre de cette manière, c'est trop dur...

Ma voix s'éteint au fil des mots, il deviennent presque inaudibles.

— Alors quitte le manoir ! Ne vois plus ton père, déménage, change de ville s'il le faut mais ne te fais pas justice toi-même, par Merlin !

Mon meilleur ami attend, et comme je ne réagis pas, il m"attrape par l'épaule. Je vois bien qu'il a envie de me secouer mais il se contente d'agripper mon bras d'un geste protecteur.

Je prends une grande inspiration et me lance :

— C'est impossible. Je veux tuer mon père, Dorian. Je veux voir la colère, la peur, la douleur dans ses yeux. Je ne vis que pour ça, et tu le sais.

Je reste immobile en patientant, pour lui laisser le temps d'assimiler ce que je viens de dire. Ce n'est pas la première fois, mais c'est clairement la dernière. Notre relation amicale telle qu'elle était, touche à sa fin.

Sa poigne se desserre, laissant quelques picotements sur mon épaule. Mon meilleur ami me dévisage d'un air dépité.

Sans prévenir, je l'entoure de mes bras et le serre contre moi. Dorian ne recule pas, il me rend mon étreinte avec une tendresse que je ne mérite pas.

Après de longues secondes, je m'écarte de lui et parviens à lui adresser un faible sourire. Mes yeux me piquent, je suis sur le point de craquer. Il est temps de m'en aller. Je tourne les talons, tandis que Dorian demeure immobile, stoïque.

Je m'éloigne, puis reviens sur mes pas presque immédiatement.

— Oh, et je voulais te dire : Tobias Llyod n'est pas assez bien pour toi. En plus, il est hétéro.

Dorian sort brusquement de sa léthargie. Ses joues prennent aussitôt une teinte rosée. Il n'essaye même pas de nier.

— Je sais, soupire-t-il, fourrant ses mains dans ses poches.

Comment ai-je fait pour ne pas remarquer plus tôt les sentiments de Dorian ? Il n'avait de cesse de critiquer Tobias... et de l'observer à la dérobée. De plus, après que j'ai embrassé publiquement le Serpentard, son comportement envers moi est devenu très hostile.

— Luciana ?
— Oui ?

Dorian a retrouvé son air grave et sérieux.

— Tu vas bientôt t'en aller. Alors maintenant, tu peux me le dire : est-ce que tu ressens quelque chose pour Potter ?

Je me contente de hausser les épaules, indifférente.

— Ça n'a pas vraiment d'importance...

Les sourcils du blond se froncent.

— C'est là que tu te trompes. Toutes les décisions que tu prends sont dictées par tes sentiments. Avant de t'en aller, tu dois parler à Potter et lui dire toute la vérité. Tu lui dois bien ça, non ?

Je ris jaune.

— Que je lui dise la vérité ? je répète avec incrédulité, pour qu'il ait une plus mauvaise opinion de moi ?

Dorian secoue la tête.

— Non, pour qu'il puisse te comprendre.
— Et si je refuse de lui parler ?

Quel intérêt, franchement ? De toute façon, je vais quitter Poudlard. Je ne verrai plus jamais James. Ou Dorian. Avec difficulté, je ravale la boule dans ma gorge.

Mon ami reste figé devant cette riposte, conservant toutefois son air de défi.

— Ce choix t'appartient. Tu es libre, Luciana.

Sa phrase est à double sens. « Tu peux encore changer d'avis » semblent me dire ses yeux suppliants.

J'esquisse un sourire sans joie, avant de rétorquer doucement :

— C'est là que tu te trompes, Dorian.

Je ne suis pas libre. Je n'ai jamais été libre.
Un dernier souvenir by jalea
Author's Notes:
Bonsoir :)

Voici le chapitre 31, j'espere qu'il vous plaira. Il ne reste plus que 3 chapitres ainsi qu'un petit épilogue et bye Luciana xD

Un grand MERCI à Mounou11, la vache, Elowl, RomanEmma et Caroliloonette pour leurs reviews au dernier chapitre !


Bonne lecture,
à bientôt.
Chapitre 31: Un dernier souvenir.





Où ai-je bien pu atterrir, cette fois ?

A première vue, je dirais un bar. Un bar miteux au décor inchangé depuis les années 1970, où trône un vieux jukebox qui diffuse une chanson du moment. L'endroit est sombre, sale, et fréquenté par une clientèle plutôt âgée. Il m'est donc facile de repérer mon père, malgré son visage rajeunit.

Il est assis au comptoir, dans le coin le plus éloigné de l'entrée. Mes poings se serrent le long de mon corps tandis que je m'avance dans sa direction. Quelque chose cloche dans cette image ; Basile Preslov a toujours été habitué à fréquenter la bonne société, les endroits chic. Il détonne dans ce décor.

Je cherche désespérément ma mère des yeux, sans succès. Mon cœur s'alourdit. C'est le dernier souvenir de Monsieur Stein que j'ai en ma possession. C'est elle que j’espérais tant revoir, pas mon père ! Je pose mon regard sur son visage et constate qu'il a les yeux cernés, les joues creuses et noires d'une barbe de plusieurs jours. Son allure est négligée, il fume beaucoup, boit (visiblement, il n'en est pas à son premier verre) et je remarque que sa main droite tremble un peu.

C'est assez troublant, je ne l'ai jamais vu en si piteux état. Mon attention est soudain attirée par le tintement d'une cloche à l'entrée du bar et, lorsque je lève les yeux, j'aperçois un jeune homme châtain d'une trentaine d'années. Son regard s'arrête sur Basile, qui continue à siroter son verre, d'un air absent. Le sorcier se dirige vers lui d'un pas déterminé.

— Bonjour, Monsieur Preslov. Je suis...
— Edgar Stein, l'interrompt mon père en relevant brusquement la tête. Comment allez-vous, cher ami ?

Il esquisse un sourire froid qui ressemble à un rictus, alors que son interlocuteur baisse la tête, comme un enfant pris en faute.

— Pas très bien, au vu des récentes nouvelles.
Je vous présente mes plus sincères condoléances. Votre épouse était quelqu'un de... formidable. Elle ne méritait de disparaitre à un si jeune age.

Je recule d'un pas, avec l'impression de recevoir un violent coup de poing dans la poitrine. Ma mère est morte. Pourquoi Mr. Stein m'a donné ce souvenir en particulier ? C'est si... cruel ! Je n'ai aucune envie de revivre cette horrible période de ma vie !

Je ferme les yeux un instant, et visualise mentalement le bureau de la Directrice. Malheureusement, lorsque je rouvre les yeux, mon père et Stein sont toujours là, devant moi.

— Assez de ces politesses, grogne le jeune Basile entre ses dents serrés. Tu as été son premier amour Stein, et c'est tout ce que tu as à dire à propos d'Irina ? Qu'elle ne méritait pas de disparaitre à un si jeune âge ?

Son regard bleu glacial scrute Stein pendant qu'il cherche ses mots. Le sorcier reste debout comme si rien ne pouvait l'arracher du sol. Son visage très pâle exprime une profonde tristesse.

— Que veux-tu que je te dise ? rétorque-t-il d'une voix calme. C'était ton épouse, pas la mienne. Il serait malpolie de ma part d'afficher ma douleur en ta présence. Mais pour ta gouverne... Irina n'a pas été seulement mon premier amour, elle était aussi ma meilleure amie.

Mon père secoue la tête et lâche un faible rire, avant de se désintéresser totalement de Stein. Ce dernier s'assied à distance prudente, sur un haut tabouret poussiéreux.

— Que fais-tu ici, Preslov ? A boire au beau milieu de la journée.
— Ma femme est morte il y a moins d'une semaine, claque sèchement le concerné.

Je le fixe droit dans les yeux, ma rage s'accroit, je la sens se consumer au fond de moi. Comment ose-t-il jouer les veufs éplorés alors qu'il est responsable de sa mort ?

— Je sais, soupire Stein. Qui s'occupe de votre... de ta fille ?
— Une amie de la famille.

Le sorcier se raidit, cette réponse ne paraît pas le satisfaire. Son regard devient dur :

— Ce n'est pas ce que voudrait Irina. Tu dois te reprendre, Preslov ! Luciana n'est encore qu'une enfant, elle a besoin de son père.

Il touche son bras pour éveiller une réaction quelconque, mais Basile demeure imperturbable. Il avale son verre d'un trait puis répond, pendant que le barman le sert à nouveau :

— Non, c'est faux. C'est de sa mère dont elle a besoin.
— Si... si je peux faire quoi que soit...

Monsieur Stein semble vraiment affecté, son visage évoque une bonté désarmante.

— Les enfants se remettent plus vite des tragédies que les adultes, crois-moi, ajoute-t-il avec conviction.

Le regard dans le vague, mon père lâche un faible soupir.

— Luciana n'est pas une enfant comme les autres. Elle est... je ne sais pas ce qu'elle est, mais je suis certain d'une chose : elle ne se remettra jamais de la mort de sa mère.

Mes sourcils se froncent. Si je ne connaissais pas mon père, je pourrais croire... qu'il se soucie réellement de mon jeune sort. De plus, Son visage reflète une grande tristesse et l'empreinte des nuits de veille.Mais contrairement à Edgar Stein, je suis loin d'être dupe ! Basile Preslov est maître dans l'art de la manipulation. Contrôler la perception des gens est précisément ce qui lui a permis de gravir les échelons.

— Où vas-tu, Preslov ? demande brusquement Stein, l'air inquiet.

Mon père retrouve d'un coup, toute son assurance, et adopte sa posture plus habituelle : hautaine et dominatrice. Un mince sourire étire ses lèvres, comme s'il savait quelque chose que les autres ignorent.

— Tu as raison, ce n'est pas ce que voudrait Irina. Au revoir, Stein.

Mon cœur rate un battement.

Oh, bon sang.

Je connais parfaitement ce regard. C'est un regard que je déteste. Mon père a une idée derrière la tête, je le vois bien. Un plan s'est formé dans son esprit malade, tortueux et fourbe.

Le pire est déjà arrivé : il a assassiné ma mère de sang froid. Et il n'y a rien que je puisse faire, rien que je puisse changer ! Je regarde une toute dernière fois Monsieur Stein, une colère sourde me remue les entrailles. Moi, tout ce que je voulais, c'était ses souvenirs avec ma mère. Alors pourquoi me montrer cette scène surréaliste ? Peut-être pensait-il me venir en aide, arranger ma "relation" avec mon père... Si c'est le cas, il a lamentablement échoué.

Ce souvenir me confirme simplement ce que je savais déjà, à savoir : que Basile Preslov est un meurtrier manipulateur, capable de faire changer d'avis les plus durs d'esprit.


******



Je déglutis alors que je quitte la salle commune.

L'anxiété prend le dessus, de manière totalement imprévue, sans me laisser la possibilité de la combattre. J'essuie mes mains moites sur ma jupe. Mon cœur cogne comme si je venais de courir dix kilomètres. Je passe une main dans mes cheveux et mes doigts finissent sur ma nuque un peu raide.

Depuis que j'ai embrassé Tobias, j'ai pris grand soin d'éviter James Potter. Jusqu'à maintenant.

— Quoi, Potter ?! je gronde, sans même prendre la peine de le saluer.

Lentement, le Gryffondor se retourne pour me faire face et ses yeux marrons-verts se posent sur moi, indéchiffrables. Il est très séduisant avec ses cheveux en bataille et son allure débraillé parfaitement étudié. Je me recule aussitôt d'un pas, un peu surprise de la tournure que prennent mes pensées. Oui, Potter est séduisant, et alors ? Ça n'a rien d'une nouveauté, je l'ai toujours su. Pourquoi suis-je troublée, tout à coup ?

— Bonsoir à toi aussi, lance-t-il en arquant un sourcil dans ma direction. Je te rappelle qu'on a une ronde à faire, mademoiselle la Préfete-en-chef.

Sa voix est assurée, alors que la mienne, pas vraiment :

— Fais la tout seul.
— Pardon ?

J'esquisse un rictus mauvais, déjà prête à rebrousser chemin.

— Non, je ne te pardonne pas de m'avoir dérangée pour si peu. Au revoir, Potter.

Je me détourne, mais le Rouge et Or réagit immédiatement en me retenant par le bras.

— Pas si vite ! Je t'attends depuis plus d'une demi-heure, tu aurais pu me transmettre un message, non ?

Je regarde sa main, choquée par son geste. Je n'ai cependant aucun mouvement de recul, ce qui m'agace prodigieusement.

Je me compose une attitude fière et hautaine, avant de rétorquer :

— Je viens de le faire.
— Je ne m'en irais pas d'ici sans toi, Preslov. Ça fait deux semaines que tu manques nos rondes, j'ai croisé au moins cinq fois McGonagall et je suis à court d'excuses ! Je vais être obligé de te dénoncer.

Je roule des yeux. C'est vraiment le cadet de mes soucis !

— Grand bien te fasse, fais-je en soupirant.

Potter me dévisage d'un air à la fois désabusé et perplexe.

— Mais enfin, c'est quoi ton problème ? explose-t-il soudain, je me fiche complètement que tu aies embrassé Llyod, c'est inutile de m'éviter. Je n'ai pas l'intention de te faire une scène, d'accord ?

Piquée au vif, je me dégage d'un mouvement d'épaules. Je sens mes joues chauffer à ces mots et affiche un rictus pour qu'il ne voie pas mon embarras.

— Tu penses vraiment que je refuse de faire mes rondes à cause de toi ? Quelle prétention ! Ça va peut être te surprendre mais le monde ne gravite pas autour de ta petite personne, Potter.

Je ricane pour cacher ma gêne, tandis que le gryffondor me considère longuement, sourcils haussés.

— J'ai pourtant la curieuse impression que tu m'évites.
— Je ne t'évite pas ! je vocifère, perdant patience.

Cette fois, un sourire moqueur éclaire ses traits.

— Tu as vu tout l'espace qu'il y a entre nous ?

Je rougis de plus belle en remarquant que je me tiens le plus loin possible du Gryffondor.

Je croise les bras sur ma poitrine comme pour me protéger de chaque mot qui sort de sa bouche. D'accord, James Potter est plaisant à regarder. Mais je ne ressens rien pour lui. Je ne peux pas.

— Je persiste à dire que tu m'évites et si c'est à cause de ton petit-ami, encore une fois : c'est inutile.

Je lève les yeux au ciel, exaspérée.

— Llyod n'est pas mon petit-ami. Et je ne t'évite pas, c'est clair ?

Pour le prouver, je comble la distance qui nous sépare, au point que son souffle effleure ma peau. Ma température monte d'un cran, mais je tente de l'ignorer.

— Là, tu es plus convaincante. Je te soupçonne tout de même d'avoir une fâcheuse tendance à mentir, dit-il d'une voix rauque.
— Va-t'en, James.

Ma voix se fait suppliante. Le jeune homme ne flanche pas.

— Non. Est-ce que tu as embrassé Llyod pour me contrarier ?
— Oui. Ça a fonctionné, j’espère ?

Il ignore ma question pour m'en poser une autre :

— Qu'est-ce que tu espérais obtenir en faisant ça ?
— J’espérais... que tu arrêtes.
— Que j’arrête quoi ?

Tu ne peux pas me sauver, James.

Le visage fendu d'un large sourire sardonique, je lâche :

— Dis-moi ce que je dois faire pour que tu me laisses enfin tranquille ? Utiliser ta petite sœur ? Non, ça je l'ai déjà fait. Et tu es toujours là.
— Lily est capable de se défendre toute seule. Elle est très remontée contre toi, elle a prévue de se venger.
— Tu es venu me mettre en garde ?

Potter se crispe, sa mâchoire se serre et ses iris noircissent.

— Non. Tu vas encore m'obliger à le dire, Preslov ? Je suis venu parce que je m’inquiète pour toi !

Je le regarde, incapable de réagir dans un premier temps. Puis, j'inspire profondément pour retenir mes larmes. Ses mots me touchent plus que je ne l'admettrai jamais. Penser que je suis assez importante à ses yeux pour qu'il s'inquiète pour moi... ça me plaît, même si ça ne devrait pas.

Je reprends cependant vite maitrise de moi-même et affiche un petit sourire séducteur.

— Je vais parfaitement bien. Je dirais même que je suis...

J'avance d'un pas et j'enroule mes mains autour de son cou.

— Au meilleur de ma forme.

Je rapproche ma bouche vers la sienne, sans toutefois aller plus loin. Mon corps se presse contre le sien, je sens les battements de son cœur aussi sûrement qu'il doit percevoir les miens.

" Tu veux que je te le prouve ?" je susurre d'une voix lente et joueuse, près de son oreille.

Le plus étrange, c'est que j'ignore moi-même pourquoi j'agis ainsi. Peut-être pour oublier ce qui m'attend. Et toute franchise, nos joutes verbales m'amusent. C'est sûrement pour cette raison que je "cherche" Potter depuis la première année. Ça me permet de m'évader, d'oublier qui je suis, où je suis. Les yeux de James Potter se mettent à briller reflétant une lueur de désir.

— J'aimerai beaucoup, avoue-t-il d'une voix suave, mais j'aurais l'impression de profiter de la situation, alors... non.

Bien trop rapidement, ses mains se posent sur mes hanches et me repoussent. Je reste un moment interdite, ne sachant si je dois rire ou sangloter. Je m'efforce de plaquer un sourire sur mon visage et lâche un petit ricanement empreint de gêne.

— Saint Potter ! Pourquoi ne suis-je pas étonnée ?

Son expression change et devient bien plus sérieuse.

— Je n'ai plus envie de jouer, Luciana. Tu m'accompagnes faire notre ronde, oui ou non ?

Ma colère reprend le dessus, mes yeux plus sombres que jamais se lèvent vers lui, et je hurle un grand : " NON !".

Le gryffondor reste imperturbable. Curieusement, il sourit.

— Tu veux que je te dise ? lance-t-il soudain avec désinvolture, je crois que tu es folle de moi.

Comment ? Ma bouche s'ouvre sous l'effet de la stupéfaction. Je le trouve séduisant, c'est sûr, mais de la à dire que je suis " folle de lui" faut pas pousser l'elfe de maison du haut de la tour !

Je lui renvoie un sourire narquois.

— Tu crois ?
— J'en suis même certain.

Son sourire suffisant s'élargit et il m'adresse un haussement de sourcils suggestif. Décidément, son ego est surdimensionné.

— Ça va, les chevilles, pas trop enflées ? je raille.
— Je te retourne la question, Miss : " je suis la plus jolie fille de Poudlard".
— C'est un fait, non de la vantardise, je rétorque avec un sourire étincelant.

Le brun reste quelques secondes interdit. Il faut dire que j'ai rarement l'habitude d'afficher un air aussi radieux en sa présence.

— Tu es folle de moi mais tu es trop têtue pour l'admettre. Ça aussi, c'est un fait.

Potter me retourne mon sourire en m'adressant un long regard intense. Puis, sans ajouter un mot de plus, il se détourne. Je reste immobile un instant, réalisant avec agacement qu'il a peut-être raison. Mon sourire s'évanouit pour laisser place à une expression tourmentée.

C'est... étrange.

Je ressens des choses que je ne me croyais pas capable d'éprouver.
La vengeance dans le sang ( partie 1) by jalea
Author's Notes:
Bonjour :)

Voilà le chapitre 32, j'espere qu'il vous plaira ! Un grand merci à Elowl, Caroliloonette et Mounou11 pour leurs reviews au dernier chapitre :D

Bonne lecture.
Chapitre 32 : La vengeance dans le sang (partie 1)





Ce soir, c'est le grand soir.

C'est nécessaire, me dis-je fermement. Je veux chasser mon père de ma vie. Basile Preslov est un être dangereux, fourbe, puissant. Il a des amis partout.

J'offre un sourire de circonstance à son ancien assistant, Henry Nelson. Arquant le sourcil, il me défie de son regard marron. Mon sourire hypocrite se transforme alors en un rictus malfaisant. Aurait-il oublié à qui il a affaire ? S'il ne fait pas attention, d'ici peu de temps, ses petits secrets seront étalés au grand jour, et il ne récoltera que ce qu'il mérite !

— Comment se porte votre femme, Mr Nelson ? je demande d'un air badin, plaquant un joli sourire sur mes lèvres.

Le sorcier se contente de déglutir plusieurs fois, comme si soudain, la nourriture avait du mal à descendre.

— Fort bien, dit-il avec une extrême lenteur, relevant la tête pour croiser mon regard bleuté.

Mon sourire s'élargit. Puis, je mime quelqu'un en train de prendre une photo, et hausse les sourcils de façon suggestive.

Nelson blêmit aussitôt. Il laisse choir sa fourchette sur la table comme si elle venait de le brûler. Bien ! Ce crétin se souvient enfin que j'ai en ma possession des dizaines de clichés de lui en galante compagnie...

Je me concentre à nouveau sur mon père. Il discute joyeusement avec le Ministre de la Magie, s'esclaffe, rit à gorge déployée, mais ses yeux restent froid, sans joie. Je remarque qu'une lueur malveillante et impitoyable brille dans son regard.

Ma main me démange ; sous la table, j'ouvre mon sac à main et j'y fouille en aveugle. Mes doigts se referment sur une petite fiole contenant du Polynectar. Je la serre dans mon poing, une seconde, puis je prends une longue inspiration, soulagée. Depuis le début de la soirée, j'ai une peur irraisonnée de perdre cette fiole.

Le repas s'éternise et je finis par quitter la table comme les plus jeunes. Je vais prendre l'air sur le grand balcon, tandis que les enfants filent s'amuser dans le jardin. Je contemple le lac lorsque soudain, je sens une présence derrière moi.

J'esquisse un petit sourire, sans me retourner.

— Qu'est-ce que tu fais là, Potter ? dis-je finalement. Tu n'aimes pas les mondanités, si je me souviens bien.

Le jeune homme s'approche et s'appuie à la rambarde, tout près de moi. Il porte une veste de tailleur ouverte sur une chemise blanche qui lui donne l'air détendu, et ses cheveux d'un noir de jais sont parfaitement coiffés. Sans doute une première ! Il me décoche son sourire le plus enjôleur, la tête penchée sur le coté. Mon cœur ratte un battement et se réchauffe instantanément.

— J'ai horreur de ça, mais quand mon père m'a dit que ce banquet était organisé par notre Ministre, j'ai sauté sur l'occasion. Il est à se tordre de rire, tu ne trouves pas ?

C'est vrai qu' Alan McGregor est un vrai boute-en-train, il a toujours le mot pour rire, lance des réparties drôles et piquantes.

— Oui, il est assez drôle...

Loin d'être dupe, je fais un pas dans sa direction pour le dévisager longuement.

— Que fais-tu ici, James ? je demande à nouveau, les bras croisés sur ma poitrine.

Son attitude me confirme qu'il cache quelque chose et comme son expression devient grave, je devine qu'il est là pour moi.

— J'ai menti. Je n'avais aucune envie de venir à cette stupide soirée, ton meilleur ami m'a supplié.
— Dorian... je souffle en secouant la tête.

Il est incorrigible ! Croit-il vraiment que James Potter va m'empêcher de faire... ce que j'ai à faire ? C'est parfaitement ridicule. Je relève les yeux vers Potter et prends mon air le plus innocent, celui que je réserve d'ordinaire à mon père. Ça fonctionne à tous les coups.

— C'est étrange. Je ne comprends pas ce qui lui a pris de faire ça...

Le gryffondor m'observe avec encore plus d'attention. Les muscles de sa mâchoire se tendent.

— Ah, vraiment ? rétorque-t-il, prenant un air si sévère que je m'attends au pire. "Luciana a perdu la tête, elle a l'intention de faire quelque chose de terrible. Tu dois l'en empêcher, Potter. " Je ne porte pas Arbuthnot dans mon cœur, mais il avait l'air très sérieux.

Ne sachant comment réagir, je reste un instant silencieuse. Puis, j'éclate d'un rire nerveux.

— Quel naïveté, Potter ! Dorian n'a de cesse de se moquer de toi et tu tombes dans le chaudron comme un première année.
— Tu n'as donc pas l'intention de faire quelque chose de terrible ?

Je ricane de plus belle, tandis que mon sang semble bouillir dans mes veines. Ca devient de plus en plus difficile pour moi de faire semblant, surtout avec James Potter.

Allez, encore un petit effort...

Je le gratifie d'un sourire moqueur et narquois, avant de répondre :

— J'ai des tas de choses à faire, en réalité. Mais rien de terrible, si ça peut te rassurer.

Ses yeux se plissent, ses sourcils se froncent, sa bouche se crispe légèrement. Puis, contre toute attente, il explose :

— Tu mens, Preslov ! Tu mens toujours, tu mens à tout le monde.

Mon sourire surjoué se fane sur mes lèvres, je perds patience à mon tour :

— J'ai déjà eu droit à ma petite leçon de morale par Lily, merci. Lâche-moi le choixpeau !

J'essaie de le contourner pour passer, mais il m'en empêche en m'empoignant le bras. Sans le vouloir, je me retrouve plaquée contre son torse. Il me repousse légèrement, juste assez pour plonger son regard dans le mien.

— Quoi que tu aies l'intention de faire... je ferai tout pour t'en empêcher.

Sa voix est basse et douce, mais sans appel. Il est si proche que je sens la chaleur de sa peau irradier contre la mienne. J'essaie tant bien que mal de l'ignorer, et lâche un rire mauvais.

— Saint Potter... pourquoi ne suis-je pas surprise ? Tu es d'une bonté consternante.

Ses iris se verrouillent aux miens, faisant dangereusement accélérer les battements de mon cœur.

— Qui y a-t-il de mal à ça, Luciana ? souffle-t-il tout bas.
— Rien, si ce n'est que cela te rend faible.
— Je pense, au contraire, que cela me rend plus fort.

Je le repousse d'un mouvement un peu brusque. J'en ai marre de cette journée et de cette conversation. Je veux en finir. Pour de bon.

— Ôte-toi de mon chemin.

Mon ton n'a plus rien d'amical, ni même de poli. Potter se redresse de toute sa hauteur, et reste planté là, l'air déterminé.

— Non. Je ne te laisserai pas faire.

Je roule des yeux. De toute façon, il n'a aucune idée de ce que je prépare. Malgré ses avertissements, Dorian ne lui a rien dit, je le sais, il est d'une loyauté exemplaire !

Exaspérée, je finis par brandir ma baguette magique dans sa direction.

— Fiche le camp, Potter !
— Non ! répète-t-il avec force, imperturbable.

Le brun fait quelques pas dans ma direction. Son regard marron-vert est dur, appuyé. Ses yeux glissent sur ma baguette, qui est à présent enfoncée dans sa poitrine.

— Vas-y, qu'est-ce que tu attends ? me défie-t-il avec insolence.

Je me contente de le toiser d'un air qui se veut méprisant.

Je suis tout bonnement incapable de lui jeter un sort, et il le sait. Pendant que nous restons ainsi à nous dévisager mutuellement comme des ennemis, les yeux dans les yeux, je prends soudain conscience que... Potter va me manquer. Je me suis habituée à sa présence, ses blagues, sa jovialité, ses taquineries. Je ressens un pincement au cœur car c'est probablement la dernière fois que je le vois. Je retiens ma respiration, pour la première fois de la journée les larmes me montent aux yeux, mais elles ne coulent pas.

— James, ton père veut savoir si...?

La mère de James s'interrompt subitement, nous regardant tour à tour avec scepticisme.

— Que se passe-t-il, ici ? s'enquiert-elle.

Bien évidemment, cette question m'est adressée. Je tourne la tête dans sa direction, ravie de cette interruption. Cela m'a empêchée de faire une stupide déclaration, et donné le temps de comprendre qu'il vaut mieux que je ne sois pas présente dans la vie de Potter. Ni dans celle de Dorian, d'ailleurs.

Je plaque un sourire hypocrite sur mon visage et déclame d'une traite, en battant des paupières :

— Je ne faisais que montrer ma baguette à James, Mme Potter.

Cette dernière se tourne aussitôt vers son fils pour en avoir la confirmation. Le brun esquisse un sourire, qui ressemble davantage à une grimace.

— Oui, elle est très jolie. C'est du bois de noyer, non ? Est-ce que je peux inviter Luciana cet été, M'man ? enchaîne-t-il, sans me laisser le temps de répondre.
Quoi ?

Sa mère et moi avons parlé d'une même voix, elle semble aussi surprise que moi. Qu'est-ce qui lui prend à Potter ?! Ce dernier rosit légèrement et bafouille presque :

— Oui, je... j'aimerais lui présenter mes amis moldus. Ils ont tous hâte de la rencontrer.

Abasourdie, ma bouche s'ouvre en grand. Ce qu'il vient dire sous-entend clairement que je suis sa petite-amie, non ? Mme Potter semble se faire la même réflexion que moi ; ses sourcils sont tellement froncés qu'ils se rejoignent presque au-dessus de son nez.

Ils échangent tous deux un regard qui a tout d'une conversation silencieuse. Puis, la rousse se tourne vers moi, et contre toute attente, son visage s'adoucit d'un sourire bienveillant.

— Bien sûr. Luciana est toujours la bienvenue.

La sincérité que je décèle dans sa voix me touche profondément. J'essaye d'ériger une barrière de plus, mais l'intensité de son regard me prouve qu'elle est capable de voir au travers.

— Merci, Mme Potter. je grommelle, embarrassée.


******



A quoi rime cette comédie ?

En reportant mon attention sur James Potter, je constate qu'il ne me lâche pas du regard. Ou bien, c'est moi. Je n'arrive pas à oublier sa proposition. Etait-il réellement sérieux ? J'ai de gros doutes, là-dessus. Peut-être était-ce simplement pour désamorcer la tension entre nous...

Une main s'abat sur mon épaule, me faisant brusquement redescendre sur terre. C'est mon père, qui pour je ne sais quelle raison, paraît ennuyé. Je me raidis et sans que je ne puisse rien contrôler, la rage m'envahit.

— Cela fait des heures que je te cherche, Luciana ! me reproche-t-il aussitôt.

J'inspire profondément pour tenter de contrôler ma respiration, tandis que mon père tripote ses boutons de manchettes, le regard fixé sur notre Ministre.

— McGregor a trop bu, il n'est plus du tout cohérent. Je ne pourrais rien en tirer. Nous partons, décide-t-il.

Ses doigts pressent mon épaule pour me faire avancer, mais je recule aussitôt d'un pas. C'est trop tôt ! Je... je pensais avoir encore le temps.

— J'aimerais dire au revoir à James Potter, avant.

Basile arque un sourcil sans se départir de cet air agacé qu'il affiche. Il finit par hocher la tête, comme pour me donner la "permission".

Je slalome entre les invités que je ne connais absolument pas pour aller retrouver James. La musique est forte, et notre cher Ministre est passablement éméché ; il a entamé une danse étrange dont il est le seul à connaitre la chorégraphie.

Lorsque James me remarque, il m'attire à lui dans un éclat de rire.

— Dire que j'ai failli manquer ça !

McGregor se met à chanter à tue-tête, ce qui fait redoubler les rires des convives.

— Je dois rentrer, James. Mon père m'attend.

Lorsque le brun pose enfin le regard sur moi, il esquisse un drôle de rictus énigmatique.

— Oh, d'accord.
— Pourquoi ce sourire idiot ?
— La soirée s'est bien passée. Rien de terrible n'est arrivé.

Pas encore.

Je souris faiblement et, lorsque je relève la tête vers lui, ses prunelles brillent d'une lueur que je connais bien. Il approche son visage du mien.

— Tu ne m'as pas donné ta réponse pour cet été...

Mes yeux s'écarquillent d'étonnement.

— C'était une proposition sérieuse ?

Le gryffondor me prend par la main et m'entraîne à l'écart de l'agitation. Mon pouls s’accélère, James a son regard déterminé et plein d'assurance.

— Bien sûr, reprend-il en souriant. Luciana, je pense vraiment que l'on peut construire quelque chose, tous les deux. Mais pour ça, il faut que tu acceptes de lâcher prise. Que tu acceptes de me faire confiance, dit-il d'une voix presque suppliante.

Incapable de soutenir son regard plus longtemps, je baisse la tête et fixe le bout de mes chaussures.

— Je ne suis pas sûre de pouvoir...

Il me relève le menton de manière à me fixer droit dans les yeux.

— Essaie. S'il te plaît, Lucia.

Curieusement, je n'ai pas envie de le corriger sur la prononciation de mon prénom.

— Je me suis servie de toi, James. Pire encore, je ne peux pas complètement regretter ce que j'ai fait. Alors pourquoi veux-tu être avec moi ?

Il détourne le regard et passe une main dans ses cheveux signe de nervosité extrême chez lui.

— Pour plein de raisons. J'aime ton obstination, ta fierté et même ton arrogance.

Ses prunelles s'ancrent aux miennes et mon pouls accélère. J'expire bruyamment ; cette discussion me remue plus que je ne veux l'admettre.

— J'admire ta ténacité, ton intelligence, mais surtout... tu es assez forte pour reconnaitre que tu as un problème. Et qui n'en a pas, Luciana ?

D'un coup, mon cœur se serre. La réponse est tellement évidente.

— Toi. Tu n'as aucun problème, tu es juste... parfait.

Un sanglot se bloque dans ma gorge ; je parviens à le retenir de justesse, et tente de canaliser les larmes qui menace de me submerger. En cet instant, ma solitude devient extrêmement pénible à supporter. Je suis à deux doigts de lui avouer l'affreuse vérité que je m’efforce de cacher à tout le monde.

Je déteste mon père. Je veux le tuer.

Le préfet-en-chef m'observe attentivement. Il parait réellement surpris que je puisse penser ça de lui.

— C'est faux. C'est l'image que les autres veulent avoir de moi parce que mon père est Harry Potter, mais je suis loin d'être parfait et je n'en attend pas autant de toi, d'ailleurs.

Nous nous observons silencieusement pendant ce qui semble être une éternité, son regard marron-vert plongé dans le mien, alors qu'il tente certainement de sonder mes pensées. Sans que je puisse la retenir, ma main vient doucement se poser sur sa joue. Ses doigts s'entremêlent aussitôt aux miens, pour presser ma paume contre son visage.

— Luciana...

Il semble attendre une réponse de ma part, mais la réalité me rattrape soudain, m'infligeant une gifle mentale.

Je fais un bond en arrière.

— Mon père commence à s'impatienter, je dois vraiment y aller.

Il hoche doucement la tête.

— On se voit demain, à Poudlard ?

Incapable de parler, je me contente de le dévisager, quand, sans crier gare, le rouge et or me prend dans ses bras. Son étreinte exprime tant de tendresse que je ne me sens pas la force de repousser. J'enroule mes bras autour de lui et ferme les yeux un bref instant. Durant quelques précieux moments, je n'éprouve rien d'autre que du réconfort.

— Tout est arrangé, n'est-ce pas ? me murmure-t-il à l'oreille.

Je m'écarte un peu pour le regarder dans les yeux. Je dois lui mentir. Une toute dernière fois.

C'est dans son intérêt.

— Tout est arrangé, j'assure en forçant un sourire.




End Notes:
Voilà pour aujourd'hui. A titre d'information, il ne reste plus qu'un chapitre et un petit épilogue.

Merci de m'avoir lu,
à bientôt !
La vengeance dans le sang (partie 2) by jalea
Author's Notes:
Bonjour,

Voici la seconde partie du chapitre 33, j'espere qu'il vous plaira. Il y aura également une troisième partie avant l'épilogue, sinon ça faisait trop long.

Un grand merci à Mounou11, RomanEmma, Caroliloonette et la vache pour leurs reviews au dernier chapitre =D

Bonne lecture,
à bientôt.
Chapitre 33 : La vengeance dans le sang (partie 2)



Espèce de sale fouine !

Les dents serrés, je ravale les insultes et les cris que je destine à James Potter. La colère inonde à toute vitesse mon cerveau, comme des décharges aveuglantes. Dans le calme qui règne autour de moi, j'entends mon cœur battre à une cadence affolante, mes oreilles bourdonnent, la rage m'envahit entièrement.

J'appuie mes mains sur les bords du lavabo et m'observe dans le miroir. C'est à peine si je me reconnais, mes traits sont déformés par une fureur sauvage.

La fiole du Polynectar qui se trouvait dans mon sac a disparu !

C'est James Potter, bien sûr, qui me l'a subtilisée au cours de la soirée. Probablement au moment où il m'a prise dans ses bras pour me dire au revoir.

Quelle idiote ! J'aurais dû m'en douter, la présence du gryffondor à cette stupide soirée mondaine n'avait rien d'anodin. Potter m'a jeté des œillades appuyées toute la soirée; il à dû remarquer je tripotais un peu trop souvent mon sac à main. Si je n'avais pas été distraite par son petit numéro de charme, je me serai aperçu qu'il tramait quelque chose. Bon sang, je me suis fait avoir comme une débutante !

Je frappe du poing contre le lavabo, si fort que le poignet me fait mal.

Que suis-je supposée faire, maintenant ? Tous ces efforts pour rien ! Furieuse et accablée, je ferme les yeux quelques instants. Bon, je ne peux pas mettre en œuvre mon plan de départ. Je ne peux pas prendre l'apparence de ma défunte pour torturer mon père. Et après ? Ça ne m'empêche pas de le tuer. Ce soir.

C'est le moment, je n'en peux plus d'attendre !

Je prends une grande inspiration pour tenter de maîtriser ma rage et ma frustration. Je n'aime pas quand les choses ne se déroulent pas comme prévu, quand les choses ne sont pas préparées, mais il est hors de question que je me défile.

Je me redresse. Mon reflet dans le miroir n'est pas des plus flatteurs, j'ai l'air fragile. Je me passe de l'eau sur le visage pour me ressaisir. Quand je relève ma tête devant le miroir, mon regard se durcit. Je maîtrise à nouveau la situation.

Je quitte la salle de bains, traverse le long couloir aux murs ornés de tableaux représentant les membres de ma famille, et descends le grand escalier menant au salon. La cheminée crépite en douceur, mais dehors des bourrasques de vent frappent la maison. Mon père est confortablement installé dans son canapé favori en cuir rouge. Il fume frénétiquement de sa pipe emplissant toute la pièce de ses bouffées de fumée. Dans l'attente qu'il me remarque, je me mets à l'observer, ne le quittant pas des yeux pendant qu'il lit son journal.

Après quelques instants, le maitre des lieux lève le regard vers moi. Il plie le journal, le met soigneusement de côté, puis jette un coup d'oeil à sa montre.

— Je te croyais couchée, Luciana. Tu n'es pas fatiguée ?

Il est minuit passé, et demain j'ai cours. Majeur ou pas, un père responsable m'aurait sûrement envoyé au lit, non ? Basile se contente de me regarder avec une froide indifférence, comme si j'étais un fantôme errant.

Je m'assieds sur le fauteuil en face de lui.

— Pas vraiment. Ma présence vous importune ?
— Bien sûr que non, renvoie-t-il d'une voix sèche.

En règle générale, je fais tout pour l'éviter. Je ne reste jamais dans la même pièce que lui. Je force un sourire, tandis qu'il me dévisage avec une moue suspecte.

— Votre fiancée ne sera pas des nôtres, ce soir ?

Ma question semble le désarçonner mais il se reprend bien vite. Tout en lui affecte un air détaché, sauf ses yeux. C'est étrange, il reste vigilant, sur ses gardes. Comme s'il avait face à lui un associé peu loyal, au lieu de sa fille.

— Elle a préféré passer la nuit chez ses parents. Je n'ai pas encore eu le temps de m'occuper de la décoration de sa chambre...

Sa réponse me fait tiquer. Miss Rowle va occuper une chambre seule ? Voilà qui est curieux et peu commun pour de jeunes fiancés, mais je ne dis rien. Ça ne me regarde pas, et surtout : j'en ai strictement rien à faire.

Je décide de changer de conversation pour l'amener là où je veux :

— James Potter m'a invitée chez lui, cet été. J'ai accepté.

Mon ton est résolument froid et détaché. Mon père esquisse pour la première fois de la journée un sourire. Un semblant de sourire. Si un serpent était capable d'étirer ses lèvres, le résultat ne serait pas différent.

— C'est une excellente nouvelle.

Une excellente nouvelle pour ta campagne électorale, oui !

Je prends une inspiration, croise mes mains sur mes genoux, puis je le regarde droit dans les yeux.

— Je suppose. L'ennui, c'est que je lui ai menti. Je n'ai pas l'intention d'y aller.

A présent, mon père me regarde d'un air confus. Ses sourcils se froncent.

— Pourquoi lui as-tu menti ?

Je m'attendais à ce que sa réaction soit la plus virulente, mais Basile se contente de me dévisager avec effarement. Je sens mon visage se crisper et cette envie de hurler me reprendre, mais à la place, je grimace.

— Pour qu'il me laisse tranquille. James Potter est... comme son père. Il veut sauver le monde entier.

Mon sang ne fait qu'un tour lorsqu'il éclate de rire, comme si j'avais fait une bonne blague. Mes poings se serrent sur mes cuisses, si fort que mes ongles s'enfoncent dans ma peau.

— Le monde n'a nullement besoin d'être sauvé, rit-il. Et toi non plus.

Je le regarde sans ciller et lui réponds :

— Je ne suis pas d'accord. Après tout, vous vous présentez aux élections...

Il n'aime pas ce que je sous-entend, je le devine à son froncement de sourcils, à la manière qu'il a de contracter les mâchoires. Je sens un sourire suffisant naître sur mes lèvres. Là, ça commence à devenir intéressant...

— As-tu bu ce soir, Luciana ? Tu as un comportement étrange.

Mon père penche la tête sur le côté et me dévisage. J'ai la désagréable impression qu'il perçoit quelque chose malgré mon expression impassible. Évidemment, ça me met en colère.

— Non, je n'ai rien bu. Contrairement à vous, père.

Ses prunelles grises s'assombrissent dangereusement. Je sais que je suis allée trop loin dans mes propos. Mon interlocuteur reste silencieux un petit instant.

— Alors... nous y voilà, n'est-ce pas ? dit-il finalement, avec un sourcil arqué.

Mon sourire se fige et soudain, la peur me submerge. Je sens mon estomac se nouer, la colère m'envahir, tous mes sentiments se mélangent. J'en ai le tournis.

Je joue l'innocente une dernière fois :

— Que voulez-vous dire ?
— Je crois que tu le sais très bien : l'heure est venue.

Basile se lève du canapé pour aller chercher derrière le bar une bouteille de whisky, ainsi que deux verres. Après avoir versé une dose généreuse dans chacun des verres, il m'en tend un, et dit simplement :

— L'heure est venue de venger ta mère.



******



Il me faut plusieurs minutes pour assimiler ses paroles.

Nous restons tous deux silencieux, à nous regarder dans le blanc des yeux. Dehors, il pleut à verse. On n'entend plus qu'un sourd grondement du tonnerre.

Je me lève à mon tour et m'approche lentement de mon père, tandis qu'il avale d'une traite le contenu de son verre. Je reste néanmoins à bonne distance, et croise les bras sur ma poitrine. C'est son comportement à lui, qui est étrange. Il entreprend de me faire la conversation de la manière la plus badine qui soit, comme si nous parlions de la pluie et du beau temps !

Je décide toute de même d'entrer dans son jeu. Verra bien qui mourra le premier.

J'affiche mon plus beau sourire hypocrite.

— J'avais espéré vous surprendre, père. Je suis quelque peu déçue...

Le sorcier pousse le second verre dans ma direction, sur le comptoir. Son regard hautain me défie d'approcher. Je ne suis pas sans défense, ma baguette magique est dissimulée dans ma manche droite. Pour autant, un frisson de terreur me parcourt la colonne.

La tête haute, je m'avance de quelques pas, me retrouvant devant le petit bar. Avant de saisir mon verre, j'observe ses mains, qui restent en évidence sur le comptoir.

Puis, nos regards se croisent et un demi-sourire apparaît sur son visage.

— Je ne me laisse pas facilement surprendre, Luciana. Tu es ma fille, tu devrais le savoir.

Il saisit la bouteille et remplit à nouveau son verre, ce qui fait la troisième fois, d'après mes comptes. Basile semble ailleurs. Il ne prononce pas un mot, me fixe sans me voir de son regard éteint. Je crois que sa passivité est pire encore que ses colères. Ma baguette me démange, mais je tente de conserver mon calme et mon sérieux car après tout, c'est peut-être une stratégie pour me déstabiliser et prendre l'avantage.

— Alors... quel est exactement ton plan ?

Ma réponse ne se fait pas attendre. Je bois une gorgée de whisky, et j'articule clairement :

— Vous tuer.

Mon père se contente de hocher doucement la tête, l'air à peine surpris. L'alcool redonnent quelques couleurs à ses joues pâles.

— Eh bien, voilà qui me parait très ambitieux de ta part.

Je me sens aussitôt perdre mon sang froid en remarquant son air narquois.

— Ça n'a rien d'ambitieux, ce n'est que justice. Pourquoi ce sourire ? Vous ne m'en croyez pas capable ?

Il se passe la main dans ses cheveux noirs coupés court, et lâche un autre soupir de désolation. Je ne comprends pas son attitude. Cet homme n'est pas le Basile Preslov que je connais. Pourquoi n'a-t-il toujours pas attaqué ?

— Je suis certain que tu penses pouvoir le faire, mais le réaliser... pardonne-moi, j'ai des doutes.

Exaspérée, je repose mon verre sur le plateau dans un bruit métallique et m'exclame :

— Je vais te tuer, maintenant, ici même, et personne ne pourra m'en empêcher !

Rien ne semble l'émouvoir, pas même ma sentence. Son expression reste neutre, bien que je lis la désapprobation dans son regard.

— Je vois que le respect se perd, soupire-t-il à nouveau.

Je roule des yeux, j'ai toujours trouvé le vouvoiement parents-enfants stupide !

— J'ai une question pour toi, poursuit mon paternel, sur ce ton posé parfaitement agaçant. Que se passera-t-il ensuite ? Toute cette haine, toute cette colère... Qu'en feras-tu, Luciana ?

Je serai vidée de toutes émotions. Je serai enfin soulagée et libre. Je m'oblige de garder le silence car il est inutile de perdre mon temps à discuter avec cet homme.

— Arrête de boire ! je m'emporte d'une voix suraiguë, ce n'est pas un jeu, d'accord ? J'ai bel et bien l'intention de t'assassiner froidement !

Son comportement me rend nerveuse : je me surprends à regarder les alentours aux aguets, comme si à tout instant, ses hommes de mains pouvaient débarquer.

Ses yeux gris acier deviennent aussi froids que le métal et me transpercent lorsqu'ils se posent sur moi.

— Très bien, arrêtons de jouer. Qu'est-ce que tu attends, Luciana ?

Je lui adresse un regard empli de haine et de souffrance, avant de brandir ma baguette magique dans sa direction. Il n'y a qu'à viser juste ; et, par bonheur, ma main ne tremble pas. J'ouvre la bouche pour formuler un sort impardonnable, avant de me raviser.

Mon père reste figé telle une statue ciselée dans le marbre, le regard perdu dans le vide, dans le néant. Je devrai saisir cette opportunité- je sais qu'il n'y en aura pas d'autres- mais je suis trop curieuse, j'ai un tas de questions à lui poser.

— Tu ne vas même pas essayer de te défendre ?! je demande, stupéfaite. Tu ne m'en crois pas capable, c'est ça ?

Il fronce les sourcils et, quand ses yeux se posent à nouveau sur moi, j'y lis une tristesse poignante. Ça me fait l'effet d'un coup de poing dans le ventre. Je recule d'un pas pour m'écarter de lui et recouvrer un peu de lucidité.

— Je pense que tu en es capable, malheureusement. Mais ce n'est pas de ta faute. Tu n'es pas responsable.

Mes doigts se serrent autour de ma baguette à l'en briser. Je ne suis pas responsable ? Je me mets à rire comme une démente.

— Bien sûr, c'est de TA faute ! Raconte-moi, je veux tout savoir sur ma mère. Je veux... je veux savoir pourquoi tu l'as tuée. Avait-elle décidé de te quitter ? Oui, c'est sûrement pour cette raison, tu ne l'a pas supporté, c'était un affront pour toi. Peut-être voulait-elle retrouver son premier amour, Edgar Stein ? Oui, c'est fort probable. Elle a gardé toutes ses lettres, je les ai trouvées dans le grenier. Edgar Stein est un homme bien, quelqu'un de respectable. Je ne comprends pas pourquoi...

— Pourquoi elle l'a quittée pour quelqu'un comme moi ?

Je cligne des yeux comme si j'émergeais d'un cauchemar. Je n'arrive pas à croire que j'ai pu aussi facilement me livrer. J'ai vraiment besoin de savoir, je veux connaitre la vérité. Mon père contourne le bar pour venir près de moi ; je m'éloigne aussitôt de quelques pas, sans cesser de le menacer de ma baguette.

Il lève les mains en l'air pour me signifier que je n'ai rien à craindre de lui, et poursuit :

— Je me suis plusieurs fois posé cette question, moi aussi. Contrairement à ce que tu sembles penser, je ne suis pas responsable de leur rupture, Luciana.
— Tu mens ! j'hurle littéralement. J'ai vu les souvenirs d'Edgar Stein, tu la courtisais lorsqu'ils étaient ensemble.
— Les souvenirs ?

Soudain, comme si une lumière venait de s'allumer dans son cerveau, il semble enfin comprendre.

— Ah, c'est donc pour cette raison que tu as rencontré Stein au Chaudron Baveur...
— Tu m'as fait suivre. Évidemment.
— Pas du tout, ma chère. C'est Edgar Stein lui-même qui m'a tenu au courant.
— Cesse de mentir !

Mon cœur loupe un battement et je prends soudain conscience de ce qu'a dû éprouver James Potter toutes ces fois où il m'a demandé, supplié... d'arrêter de mentir. Les larmes me montent aux yeux. Cependant, j'ignore si c'est la colère ou la douleur morale qui les cause.

— Je ne mens pas.
— Pourquoi t'aurait-il raconté ça ?!

Ses iris grises se voilent d'une lueur meurtrière, tandis que je réfléchis. Je ne peux pas le croire, non. Je sais que Monsieur Stein est digne de confiance.

— Parce que je suis ton père !

Basile a crié ces mots et bien que j'aurais préféré me tromper, la conviction qu'il y a mis, me cloue sur place. Je me sens trahie, flouée par Mr. Stein, d'une manière que j'ai du mal à expliquer. Pourquoi ? Je lui faisais confiance et j'avais beaucoup d'estime pour lui.

— Que tu le veuilles ou non, je suis ton père. reprend-il d'une voix plus calme, maitrisée.

Des images de la famille Potter me reviennent à la mémoire sans que je le veuille. Je revois Mr. Potter repeindre la chambre de sa fille, jouer aux échecs avec son fils Albus, discuter avec James de son avenir...

— Tu n'as rien d'un père.

Ma voix est basse, étouffée, pénible. Je ne la reconnais presque pas. Je le fixe plus durement encore :

— Tu n'es rien pour moi et je te déteste à un point que tu n'imagines même pas.

Ses yeux se plissent légèrement, mais ne se détournent pas.

— Je suis toujours envie, pourtant.
— Parce que je veux connaitre la vérité ! je m'époumone à m'en briser la voix.

Son regard, habituellement si perçant, se voile d'une lueur que je ne connais pas.

— Ah, la vérité... Je ne crois pas que les Preslov soit particulièrement doués pour ça.

J'en ai marre. Je n'ai plus le courage de me prêter à son petit jeu pervers.

— Pourquoi l'as-tu tuée ? Réponds-moi !

Ses prunelles rencontrent à nouveau les miennes et son expression se fait sérieuse, grave.

— Je n'ai pas tué Irina. Je l'aimais.

Je secoue la tête, une énorme boule dans la gorge,au point que j'ai du mal à respirer.

— C'est des conneries ! je crie encore plus fort. Je t'ai vu, au dessus d'elle. J'ai tout vu depuis ma cachette. Et je me souviens de chaque détail.

— Tu n'avais que sept ans, souligne-t-il.

Je serre le poing et retiens un cri de rage.

— Je suis parfaitement au courant !
— Je n'ai pas eu le choix, Luciana. Tu n'étais qu'une enfant. Je devais faire quelque chose pour te protéger.
— Me protéger de ma mère ? Tu te moques de moi ?!

Je ris jaune, comme la bile qui bouillonne dans mon estomac. Mon père passe la main dans ses cheveux, l'air nerveux. Je n'ai pourtant pas l'impression qu'il mesure ma colère. Je n'ai plus la moindre envie de discuter, tout ce qui sort de sa bouche n'est que mensonge.

Basile s'approche de quelques pas dans ma direction. Chaque effort pour rester là, près de lui, me coûte davantage. Je bouillonne de rage, j'ai hâte d'en finir.

— Ton petit corps était là, devant moi, mais il était comme... vide. Tu ne parlais plus, ne mangeais rien... je n'ai pas eu le choix, Luciana.

Sa voix se brise sur ces derniers mots. Je crois lire, pour la première fois, de la culpabilité dans ses yeux. Je ne peux pas l'accepter, ça me retourne l'estomac.

— De quoi parlez-vous ? Je ne comprends rien !

Je reviens au vouvoiement sans même m'en rendre compte, probablement pour mettre plus de distance entre nous. Mon père perd patience à son tour, et s'emporte :

— Tu ne comprends donc pas ? Nous sommes tous les deux pareils ! L'amie de ta mère a essayé de m'en dissuader mais c'était la seule solution. Et en te voyant debout devant moi, aujourd'hui, je me félicite de ma décision. C'était un choix difficile mais nécessaire.

Je le contemple sans rien dire, à la fois abasourdie et incrédule. Je recule ensuite de quelques pas, sans cesser de le viser.

— Vous... vous êtes malade ! je vocifère contre cette justification absurde.

Son regard se fait soudain suppliant, plus douloureux. Ses émotions prennent le dessus. Je ne me laisse pas avoir si facilement, ce n'est rien d'autre qu'un subterfuge, je le sais.

— Je n'arrive pas à te l'expliquer clairement. Je m'étais pourtant préparé à cette éventualité, mais c'est trop dur. Tu trouveras mes souvenirs dans le coffre. Je t'en prie, regarde-les.

Instinctivement, je tourne la tête vers le bureau de mon père. La porte est grande ouverte. Je reste un instant figée, ne sachant plus quoi faire. C'est sûrement un piège ; il attend simplement que j'aie le dos tourné pour attaquer.

— Où est votre baguette ? je grogne dans sa direction, le regard noir.
— À l'étage.

Je ne le crois pas vraiment.

Ma curiosité me perdra peut-être, mais je ne partirai pas d'ici sans avoir compris pourquoi il a tué ma mère.
La vengeance dans le sang (Partie 3) by jalea
Author's Notes:
Bonsoir :)

J’espère que vous allez bien.

Voilà enfin le dénouement de cette histoire... en espérant vous surprendre !

Un grand merci à RomanEmma, la vache, miriallia haww et Caroliloonette pour leurs reviews au dernier chapitre.

A bientôt pour l'épilogue ;)
Chapitre 34 : La vengeance dans le sang (Partie 3)



La première constatation que je fais lorsque j'entre dans le bureau de mon père, c'est que je suis toujours en vie.

Ce n'était donc pas un piège.

Ses souvenirs sont censés se trouver dans le coffre-fort dont je connais la combinaison. Je déplace l'immense tableau représentant mon grand-père pour y accéder. Ça le contrarie, visiblement, puisqu'il me décoche un regard assassin.

« J'ai toujours l'intention de me débarrasser de toi ! » je siffle à son attention. Je n'ai pas connu mon grand-père paternel, mais je sais qu'il était fortuné et résolument mauvais.

Le coffre ne contient rien d'autre qu'une fiole. Je la saisis pour l'observer de plus près, et remarque plusieurs filaments de couleur différente. Mon regard se tourne ensuite vers mon père, qui se contente de m'observer en silence, figé sur le seuil. Je vois ses lèvres bouger et comme par enchantement, une pensine apparait juste sous mes yeux.

J'ai un instant d'hésitation. Est-ce que je veux vraiment savoir ce qui est arrivé à ma mère ? Et si j'apprenais des choses horribles la concernant ? Un frisson me parcourt toute entière. A force de regarder cette maudite fiole, j'ai l'impression que la paume de ma main me brûle. Je me dirige vers la pensine avant de me dégonfler. J'espère, je prie pour que les souvenirs de mon père le contredise, mais en même temps, je redoute terriblement qu'elle le confirme.

— Luciana...

Curieusement, un seul regard de ma part suffit à le faire taire.

— Si tu essaies de me tromper... j'avertis, la fiole dans une main et la baguette dans l'autre.
— Si j'avais voulu te tuer, j'aurais pu le faire bien avant, ne crois-tu pas ? rétorque-t-il avec une certaine condescendance.

C'est probablement vrai, mais je refuse de lui donner raison.

La main tremblante, je verse le contenu du flacon dans la bassine en pierre, et quand le premier filament se met à tourbillonner, je plonge la tête la première. Une image brumeuse se forme sous mes yeux. Le sol se dérobe sous mes pieds, et je me retrouve soudain dans une grande pièce sombre, que je reconnais immédiatement.

C'est l'ancienne chambre de mes parents, elle a été condamnée après le décès de ma mère. Bon sang, j'avais presque oublié à quoi elle ressemblait... c'était une pièce spacieuse d'un luxe presque indécent, où se côtoyaient un grand lit à baldaquin, de confortables sofas, ainsi qu'une bibliothèque. Il fait presque noir malgré les faibles rayons qui filtrent à travers les rideaux.

Ma respiration se coupe au moment où un horrible et long gémissement me fait sursauter. Je me retourne aussitôt vers le lit, d'où a jailli cette plainte. Mon cœur cogne comme jamais.

Oh mon dieu.

Ma mère est allongée dans son lit, sa longue chevelure répandue sur l'oreiller. Ses yeux sont fermés. Je n'arrive pas à savoir si elle dort. Je l'observe attentivement : son visage est creusé, ses lèvres sont presque blanches... ses bras sont si maigres ! Je ne comprends pas cette image, je ne me souviens pas d'elle comme ça. Maman a toujours été en excellente forme, elle rayonnait littéralement. Je m'abaisse à sa hauteur et une fois à ses côtés, je pose ma main sur la sienne. Bien évidemment, elle passe au travers.

— Maman ?

C'est ridicule de l'appeler, je sais qu'elle ne peut pas me voir, comme je sais que je ne peux pas la toucher. Un flot d'émotions refoulé depuis trop longtemps me submerge. Les larmes me montent aux yeux et je ne les retiens pas. J'ai besoin d'évacuer ma tristesse et ma frustration de ne pas avoir pu la sauver.

— Pardonne-moi...

Je me relève lorsque des voix résonnent derrière la porte, qui est à peine entrebâillée. Je me rapproche et regarde la scène par la faible ouverture. C'est mon père, il discute avec un homme que je ne connais pas. Ce dernier porte une mallette ainsi qu'un chapeau bien trop grand pour lui.

— Je suis désolé, monsieur Preslov. Il n'y a plus rien à faire, la maladie la ronge de l’intérieur.

Ma mère était malade ? J'ai beau chercher dans ma mémoire, je ne m'en souviens pas. Pourtant, je devrais ! Certes, j'étais une enfant, mais comment aurais-je pu oublier un fait si important ?

Il n'y a plus rien à faire.

De toute évidence, cet homme est un Médicomage. Un Médicomage qui pense que ma mère est condamnée. Eh bien, il se trompe sur toute la ligne ! Ma mère va se remettre, je le sais !

Mon père ne dit pas un mot, il se contente de hocher la tête. Ses cheveux noirs sont en bataille, son visage ressemble à de la craie et des cernes noirs soulignent ses yeux sont injectés de sang. Je l'ai rarement vu en aussi piteux état. Quand enfin, il ouvre la bouche pour dire quelque chose, un nuage de fumée se dresse devant moi et j'assiste à un autre souvenir.

Une version plus jeune de moi est assise à table, dans la cuisine. Je dois probablement avoir huit ou neuf ans, ce qui signifie... que ma mère n'est déjà plus de ce monde.

Je serre les poings le long de mon corps. J'avais donc raison, mon père m'a raconté des histoires, je n'avais nullement besoin d'être protégée de ma mère ! En réalité, c'était un piège. Basile a sûrement pris la fuite, profitant du fait que je sois bloquée dans ses souvenirs ! Je fustige du regard son double, qui est également assis à table. Après quelques instants, ce dernier baisse son journal et zieute la petite fille face à lui.

— Luciana, tu dois manger quelque chose.

L'enfant ne réagit pas. Le regard ailleurs, elle repousse d'une main son assiette débordant de nourriture. Basile rapproche sa chaise et jette son journal sur la table devant lui. Il saisit la cuillère de purée et la porte devant son visage, sans aucun ménagement. Ma version miniature demeure immobile, telle une poupée de chiffon.

— Luciana, allez... ouvre la bouche, bon sang ! gronde-t-il d'une voix exaspérée.

Une femme brune accourt aussitôt dans la cuisine, une pile de linge sous le bras.

— Ça suffit, Basile ! Laisse cette pauvre enfant tranquille.

Je ne crois pas l'avoir déjà rencontrée, mais je l'ai aperçue dans l'un des souvenirs de ma mère, elle était son amie. Son nom est Laureen quelque chose... impossible de me rappeler son nom de famille. Son sourire est bienveillant lorsqu'elle pose le regard sur la petite fille que j'étais.

— Tu veux bien aller jouer dans le salon, mon cœur ?

Je suis surprise de me voir obéir ; je quitte la cuisine sans rechigner, en marchant comme une automate. Une fois seuls, mon père et cette femme échangent un regard qui n'a rien d'amical.

— Cela fait des jours qu'elle ne mange rien !
— Le Médicomage a dit que les potions devraient l'aider à retrouver l’appétit, le tempère la dénommée Laureen.
— Elle fait semblant de les boire ces maudites potions !
— Quoi ?
— J'ai trouvé toutes les fioles cachées sous son lit !

Le maitre des lieux se masse les tempes un petit moment, avant de relever les yeux vers la jeune femme.

— Et avec le petit Arbuthnot, ils ont joué ensembles ? demande-t-il, étonnement intéressé.

La brune lâche un soupir.

— Luciana est restée assise dans un coin toute l'après-midi. Elle n'a pas dit un mot, même quand le gamin lui a tiré les nattes. D'ordinaire, elle...

— Elle le repousse violemment.

Dépité, il baisse la tête et se prend le visage entre les mains. J'en reste bouche bée. J'aurais été moins choquée s'il avait donné un coup de poing dans le ventre de la petite Luciana pour l'obliger à manger.

— Que dois-je faire, Laureen ? geint-il, je suis à court d'idée...

La cuisine s'évapore rapidement en fumée. Je ferme immédiatement les yeux pour éviter d'avoir le vertige et la nausée. Lorsque je les rouvre, je me trouve dans le bureau de mon père, au Ministère. Il n'est pas seul, l'amie de ma mère occupe l'un des fauteuils. Elle le dévisage d'une façon qui me parait troublante d'abord. Puis, son apparence me saute soudain aux yeux : elle s'est fait un chignon et porte une ravissante robe noire décolletée qui la met indiscutablement en valeur. Peut-être a-t-elle une soirée de prévue, ou alors... mon regard se tourne vers mon père et je comprends enfin : elle est amoureuse de lui.

— Excuse-moi, tu as perdu la tête ?! lance-t-elle dans sa direction en se levant d'un bond.

Basile contourne son bureau pour aller poser ses mains sur ses épaules. La jeune femme rougit mais il ne paraît pas s'en rendre compte. Son regard brille d'une lueur féroce, d'une détermination sans faille. Regard que je connais bien pour en avoir souvent été la cible : mon père a un plan.

— Non, écoute-moi, Laureen ! Quand j'étais petit, j'ai perdu un chat auquel je tenais beaucoup. J'étais anéanti, je m'en souviens parfaitement. Mon comportement a radicalement changé, il était proche de celui de Luciana. Je ne sortais plus, ne jouais plus... plus rien n'avait d’intérêt pour moi. Jusqu'à ce que j'apprenne la vérité : c'était en réalité ma sœur, la responsable. Elle avait oublié de fermer la porte d'entrée et le chat s'est enfui. Apprendre cela m'a mis extrêmement en colère, j'ai aussitôt voulu me venger d'elle en posant des pièges dans toute la maison.

— Des pièges ? Quels pièges ?

Basile lève les yeux au ciel.

— Aucune importance ! Tu ne vois donc pas où je veux en venir ?
— Pas vraiment, non.
— Si Luciana pensait que quelqu'un était responsable de la mort de sa mère... peut-être voudrait-elle aussi se venger ? Peut-être que ça la ferait sortir de cet état catatonique !

Je recule d'un pas comme si quelqu'un m'avait frappé. Ma respiration se bloque dans le fond de ma gorge et mon corps se fige tout entier. Les rouages de mon cerveau fatigué se mettent enfin en mouvement et tout finit par s'assembler, contre mon gré. Les larmes coulent le long de mes joues alors que j'essaie désespérément de refréner cette vérité. L'amie de ma mère semble être aussi ébahie que moi.

— Nous parlons d'une enfant de huit ans, Basile.
— Je sais, oui, mais c'est une Preslov. Je crois qu'un choc pareil... pourrait vraiment la réveiller.
— Cette petite a perdu sa mère il y a moins d'un an, je pense qu'elle est déjà bien assez choquée comme ça ! objecte la brune en haussant le ton.

Un lourd silence s'abat dans la pièce. Mon père soupire et fourre les mains dans ses poches. Au bout d'un moment, Laureen reprend la parole :

— Que vas-tu faire ? Allez lui dire que sa mère vous a quittés tous les deux ?

Le concerné semble prendre le temps de choisir avec précautions les termes de sa réponse :

— Non, pas exactement. Je pense qu'il serait plus judicieux de modifier ses souvenirs. Faire croire à Luciana que sa mère a été... assassinée.

Voilà, c'est dit. Et c'est malheureusement bien ce que j'avais compris. Je regarde mon père en secouant la tête de droite à gauche. Je le savais fou, mais pas à ce point.

— Assassinée ? Tu n'y songes pas ! Et d'abord, qui serait le meurtrier ?!

Lui-même.

Basile lui décoche un simple regard qui en dit long. La sorcière manque de défaillir.

— Tu ne peux pas être sérieux... C'est de la démence !
— Je ne vois pas d'autre solution, Laureen.

Je reste étrangement calme. Indifférente. Je n'ai plus aucune pensée cohérente, je ne ressens plus rien. J'attends simplement que ce supplice prenne fin.

— Non, non, non ! souffle l'amie de ma mère d'une voix suppliante, tu ne peux pas faire ça, Basile... tu n'as pas le droit !

Elle a crié ses derniers mots, un cri de peur, de terreur. Mon père n'a pas osé l'interrompre tant sa révolte est compréhensible. Néanmoins, ses prunelles grises se sont dangereusement assombrit.

— Ma décision est prise, et rien de ce que tu pourras dire ou faire ne me fera changer d'avis.

En l'espace quelque secondes à peine, un tourbillon de fumée m'entraîne à nouveau dans un autre souvenir. Je suis toujours au Ministère, mais j'ai atterri cette fois dans une salle de réception.

Je me trouve juste à côté de mon père. Je l'observe avec un profond sentiment de dégoût et d'aversion. Il n'est peut-être pas le "meurtrier" que je croyais, mais cela ne change rien à ce que je ressens ou pense de lui. Il a modifié MES souvenirs. Il m'a mis en tête des images épouvantables et fausses que je ne pourrais jamais oublier. Il... il a fait de ma vie un véritable enfer !

Ses yeux gris fixent quelque chose derrière moi. Je me retourne et lâche un petit hoquet de surprise en me voyant. Ce bal remonte à seulement quelques mois ; il est étrange de me voir telle que je suis en ce moment. J'ai l'impression d’être face à un miroir, mais en même temps... la sensation est différente. Tobias Llyod vient de me saisir violemment le bras. Pour être honnête, je ne me souviens même plus pourquoi nous nous sommes disputés, ça ne devait pas être bien important.

— Misérable petit... !

Mon père retient un juron, se redresse de toute sa hauteur, et se dirige d'un pas rapide vers les deux adolescents. Je le suis sans trop savoir pourquoi car je sais déjà ce qui va se passer.

— Puis-je vous dire un mot en privée, jeune homme ?

Il abat une main sur l'épaule de Llyod, et le tire si fort en arrière que le serpentard trébuche sur ses pieds. Tobias lève la tête pour le toiser avec un air de défi.

— Père, je...
— Laisse-nous, Luciana, intime-t-il d'un simple mouvement de tête.

Mon double s'exécute sans discuter.

— Je ne vais pas y aller par quatre chemins, commence-t-il d'un ton doucereux, en se penchant vers le Serpentard. Si tu t'approches encore de ma fille, je te ferai regretter d’être né. Tu ne la regardes pas, ne lui parles pas... et si tu t'avises encore de poser tes sales pattes sur elle, j'enserrerai ton cou de mes deux mains jusqu'à ce que ton visage devienne tout bleu. Me suis-je bien fait comprendre, Llyod ?

Le jeune homme blêmit. Il hoche la tête avant de prendre la tangente. Je regarde cette scène non pas avec attendrissement, mais avec colère, rage. La famille de Tobias a mauvaise réputation et tout ce qui intéressait mon père à ce moment là, c'était sa campagne électorale ! J'en reste convaincue.

J'observe la scène avec agacement. Pourquoi me montrer ça ? J'y étais à ce fichu bal !

— Une photo du jeune Potter et toi, juste en dessous d'un article qui mentionne ma candidature aux élections, Luciana... Cela ferait sensation. Arrange-moi ça, tu veux bien ?
— Oui, père.
— Et tiens-toi éloignée du fils Llyod ! Je ne veux pas que son nom soit associé au mien, est-ce clair ?
— Parfaitement clair.

Ma version passée s'éloigne avec raideur, marquant son agacement par le claquement de ses talons aiguilles.

L'expression de mon père change radicalement lorsqu'il aperçoit l'amie de ma mère, passant de la colère à la surprise. Un sourire naît sur ses lèvres, un sourire qui inspire confiance à l'instar de sa personne.

— Laureen ! Quelle joie de te revoir.

Le sentiment ne semble guère partagé ; la brune se contente d'esquisser un mince rictus. Malgré les années passées, ses traits ont conservé leur finesse et leur beauté. Elle porte une élégante robe bleue, et ses yeux marrons brillent avec intensité et bienveillance.

— Je viens de croiser Luciana. Elle est devenue encore plus jolie, si c'est possible.

Basile sourit d'un air ravi et fier, comme si j'étais son œuvre, qu'il m'avait lui-même gravée dans le marbre.

— Oui, c'est tout le portrait de son père.

Cette fois, la sorcière affiche un rictus railleur.

— Il est vrai que vous avez tous les deux les traits gracieux et féminins. C'est le fils Potter avec elle, non ? Tu as pu rencontrer ses parents ?
— Oui, oui... une famille tout à fait charmante.
— Qu'y a-t-il ? s'enquiert l'amie de ma mère en captant son froncement de sourcils.
— Je... ma fille dit l’apprécier mais je n'en suis pas sûr. Qu'en penses-tu ?

Ils se retournent tous les deux pour observer mon double. Je fais de même, et mon cœur loupe un battement en voyant James Potter. J'avoue qu'il me manque. Son charisme, son humour, nos moments de tendre intimité en dépit des circonstances... cela me parait bien loin, comme si ça n'avait jamais existé.

— Eh bien, tout de son attitude montre qu'elle le trouve à son goût, répond Laureen en grimaçant.

Mon père la regarde en fronçant les sourcils.

— Mais ?
— Mais... je ne sais pas.
— Moi non plus, c'est bien ça le problème. J'aimerais que ça marche entre eux, que Luciana fréquente enfin un bon garçon.

L'espace d'une seconde- une seconde seulement- la sincérité de sa voix balaye d'un coup tout mon ressentiment. Mais cela ne peut être qu'un leurre, une illusion ! Après tout, mon père voulait que j'épouse Dragomir Vladescu. Il était même prêt à lui donner ma main sans mon consentement !

— Bien sûr. Rien avoir avec le fait que le père du gamin est le grand Harry Potter, dit Laureen sans se départir de son sourire malgré son attaque.
— Ça, c'est un simple bonus pour ma campagne électorale, rétorque Basile avec un petit clin d'oeil.

Un silence de plomb s'abat entre eux, tandis que j'essaie d’intégrer et analyser l'attitude de mon père. Il semble sincèrement soucieux de ma personne, alors qu'en ma présence, c'était un homme abusif, froid et même absent.

— Ta fille ne m'a pas reconnue, lâche soudain Laureen.

Basile se met à tripoter ses boutons de manchettes, le regard dans le vague.

— Eh bien, cela fait une dizaine d'années qu'elle ne t'a pas vu...

La brune fixe le sol et lorsqu'elle relève la tête, ses prunelles marrons sont devenues noires.

— Oui, mais moi je ne l'ai pas oubliée. Et je ne veux pas que tu crois que j'ai oublié ce que tu lui as fait.
— Je t'en prie, Laureen... épargne-moi cette éternelle dispute, soupire-t-il.

Son interlocutrice roule des yeux, l'air ennuyée, mais n'ajoute rien de plus.

— Je dois cependant avouer qu'elle a l'air en forme...
— Oui, j'ai fait ce qu'il fallait.

Je l'observe, la bouche grande ouverte. Que mon père puisse se convaincre d'une chose pareille est tout bonnement invraisemblable ! Je suis prise de nausée, la rage me remonte dans la gorge.

— Et ça ne te fait rien que ta fille te déteste ? Parce que si tu voyais comment elle te regarde en ce moment... c'en est effrayant.
— Ce qui m'importe c'est sa santé et comme tu l'as fait remarquer, elle est en forme. Alors, tout va bien.
— Es-tu obligé d'être aussi autoritaire et distant avec elle ? insiste l'amie de ma mère, le regard désapprobateur.

Je me tourne aussitôt vers mon père pour guetter sa réaction. Ses mâchoires se crispent. Il devient pâle, livide, ses traits se durcissent.

— Rappelle-moi depuis combien de temps nous ne nous sommes pas vus, Laureen ? articule-t-il entre ses dents serrés.

Aucune émotion ne traverse son visage. Il se contente de la toiser durement. J'aimerais me jeter sur lui et m'acharner, déverser toute ma haine sur cet homme, responsable de mon malheur.

— A qui la faute ? rétorque sèchement la sorcière.

Il l'ignore délibérément.

— Pour te répondre : oui, c'est nécessaire. Je te rappelle que je suis supposé avoir tué sa...

Basile s'interrompt subitement pour offrir un sourire hypocrite à des convives passant devant eux.

— Cela fait parti du plan, je dois m'y tenir. Sache que Luciana ne manque de rien, ajoute-t-il à mi-voix.
— Matériellement, peut-être... Comment fais-tu pour tenir ce rôle ? Comment ? persiste la brune, l'air de contenir ses larmes.
— Je suis un Preslov. Il est aisé pour moi de dissimuler mes véritables sentiments.
— Oui, ça, j'avais remarqué ! répond-elle, amer.

Laureen s'approche un peu plus vers lui, alors que sa voix tombe :

— Après la mort d'Irina, nous nous sommes rapprochés tous les deux. J'ai... j'ai commencé à éprouver des sentiments pour toi.

Le regard adouci que pose mon père sur cette pauvre femme ne me fait pas oublier tous ces méfaits.

— Je suis au courant.
— Vraiment ? Tu n'avais pourtant pas l'air de le voir...j'aurais pu m'occuper de vous deux, tu sais ? Je vous aimais autant qu'Irina.

Malgré moi, mon cœur se serre et mon âme se remplit de larmes face à ses yeux débordant de sincérité. Ma vie aurait-elle était différente si cette femme, douce et gentille, avait été présente au manoir ?

— Mais moi je n'aurais jamais pu t'aimer autant qu'elle et tu méritais mieux que ça, Laureen.

C'est la toute première fois que je l'entends faire pareille révélation. Je recule d'un pas pour m'écarter de lui et recouvrer un peu de lucidité. Et alors ? Cela ne change rien à ce qu'il m'a fait, rien du tout !

— Je me serai contentée d'une relation amicale.

La brune lui adresse un regard voilé, empli de tristesse et de rancœur.

— J'ai promis à ma meilleure amie sur son lit de mort de prendre soin de sa fille et de son mari.
— Laureen...
— Tu m'as volontairement mise à l'écart ! s'emporte-t-elle, avant de continuer plus férocement :

— Et ça, je ne pourrais jamais te le pardonner. A cause de toi, je vis avec un sentiment perpétuel de culpabilité.

Mon père laisse échapper un râle et se redresse de toute sa hauteur. En dépit de sa colère, je distingue ce qui ressemble à de la fierté sur ses traits.

— Je suis désolé, mais il s'agissait de ma fille. Mon enfant, tu entends ? Tu n'avais pas ton mot à dire.

Mais Laureen ne l'écoute déjà plus, son regard est tourné vers une ravissante jeune femme qui fait signe à mon père.

— Oh, voilà ta jeune fiancée...

Sa voix se brise légèrement et une pointe de jalousie s'y insinue :

— En quoi sera-t-elle une meilleure épouse que moi ?

Je les regarde tour à tour, perplexe. Mon père semble véritablement tourmenté et quelque peu dépassé par la situation. Ça ne lui ressemble pas. Je roule des yeux, me moquant intérieurement de moi. Dans le fond, je ne connais pas cet homme, tout ce que je pensais savoir de lui était un mensonge !

— Amelia Rowle ignore tout de mon passé. Elle ne me regarde pas comme tu le fait.

Ils échangent un regard douloureux. Contre toute attente, Laureen pose une main compatissante sur son épaule.

— Tu étais désespéré et tu avais peur de perdre ton unique enfant. Crois-le ou non, je comprends cela.

Je ferme les yeux et mords ma lèvre pour m'empêcher de pleurer. J'ai l'impression d'avoir été plongée dans la quatrième dimension, sans y avoir été préparée. J'en ai assez vu ! Pitié, je veux sortir de sa tête...

— Je suis sincèrement désolé, Laureen.
— Moi aussi, Basile. J'aurai dû essayer de t'en empêcher. J'ai été lâche, s'accuse-t-elle sans pitié.

J'aimerais pouvoir dire à cette pauvre femme qu'elle n'est responsable de rien, que je ne lui en veux pas, mais en un instant, son visage devient flou et une épaisse brume m'enveloppe toute entière. Je ferme à nouveau les yeux, priant pour que ce soit enfin terminé. Malheureusement, il n'en est rien.

Lorsque je rouvre les yeux, je me retrouve dans une grande entrée chaleureuse. Je suis énervée et en même temps engourdie. Puis, je souris. Je ne peux pas m'en empêcher.

Je ne pensais pas revoir la maison des Potter un jour.

— Qu'est-ce que c'est que ça ?

Basile se tient debout près de la porte, déjà prêt à partir. Mon double se contente de lâcher froidement :

— Le pull que Mme Potter m'a tricotée.

Cela me frappe soudain : le regard que j'adresse à mon père est emplie de haine, de colère, d'envie meurtrière. Comment ai-je pu croire un seul instant que j'avais la maitrise de mes émotions ? Même Ginny Potter semble l'avoir remarqué, ses yeux sont braqués dans ma direction et ses sourcils sont légèrement froncés, sans doute à cause de mon ton hargneux.

— C'est très attentionné de votre part, dit-il en se tournant vers la rouquine.
— Je vais chercher ma valise.

Je me vois monter les escaliers à toute vitesse, les laissant seuls. Il y a un petit moment de flottement, pendant lequel Mme Potter paraît déstabilisée. Elle passe une main nerveuse dans ses cheveux cuivrés, avant de sursauter et d'enlever rapidement son tablier de cuisine.

— Je suis désolée, je ne vous attendais pas si tôt. Je dois avoir une tête affreuse...

Mon père la gratifie de son plus beau sourire.

— Vous êtes toujours en grande beauté, Mme Potter.
— Oh, merci. balbutie cette dernière en rougissant.

Je roule des yeux, un peu surprise qu'une femme mûre et intelligente puisse croire en ce stupide numéro de charme.

« HUM-HUM ! » fait une voix grave pour interrompre ce moment des plus gênants. Je tourne la tête et aperçoit James Potter au bas de l'escalier, occupé à dévisager mon père d'un air peu amène.

— Que fais-tu là, les bras ballants, James ? Aide donc notre invitée à porter sa valise ! ordonne sa mère sur un ton impatient.
— C'est inutile, je peux la port...

Je me souviens de ce moment ; James Potter n'avait pas attendu la fin de ma phrase qu'il s'était littéralement jeté sur ma malle, sans doute pressé que nous débarrassions le plancher mon père et moi. Je l'ai suivie à contre cœur dans le salon, laissant à nouveau nos parents seuls.

— Merci pour tout, Mme Potter. Et remerciez aussi votre mari pour moi.

Mon père lui décoche un sourire reconnaissant et sincère. C'est un sourire... que je ne crois avoir jamais vu sur son visage. Tout cela est très perturbant ! Des lors que je n'étais pas dans les parages, son attitude changeait du tout au tout !

— Ce sera fait, promet-elle en souriant.
— Ma fille ne vous a pas rendu la vie trop difficile, j’espère ?
— Je crois que c'est plutôt l'inverse, rit-elle.
— Vous n'étiez pas obligée de lui tricoter un pull...
— Je sais.

Son ton est doux mais ses yeux expriment tout autre chose. Basile arque un sourcil, se faisant sans doute la même réflexion que moi.

— Pourquoi l'avoir fait ? l'interroge-t-il, un peu abrupte. Je ne suis pas aveugle, je vois bien que vous n'approuvez pas la relation de nos enfants...

Le visage de la mère de James se durcit, et une veine apparait soudain sur son front.

— Je n'irais pas jusqu'à dire qu'ils ont tous les deux une relation.

Mon père l'étudie attentivement, un pli soucieux entre les sourcils.

— Ah, non ? Mais ils sont amis, n'est-ce pas ?
— Pourquoi ne posez-vous pas cette question à votre fille, Mr Preslov ?

Il s'éclaircit la gorge, signe d'un embarras croissant.

— Nous parlons très peu, Luciana est moi. Comme vous le savez, je suis souvent en voyage...

L'expression de Mme Potter se radoucit immédiatement, elle esquisse même un sourire.

— Luciana s'est montrée polie et serviable. Elle n'a pas rechignée à faire ses corvées et je crois qu'elle s'est beaucoup amusée, surtout avec Lily.

Mon père dissimule sa surprise derrière un sourire soulagé.

— Je suis heureux de l'entendre.
— Mais...

Je me rapproche pour étudier plus attentivement les traits de Mme Potter. Même si elle semble hésiter, elle a manifestement quelque chose à ajouter.

— Mais votre fille est...

Ses yeux se tournent instinctivement vers la porte du salon, qui est grande ouverte. D'ici, elle peut apercevoir ma version passée entrain de se chamailler avec son fils ainé pour je ne sais plus quelle broutille. Je crois que c'est parce que James avait insisté pour que que je demande à mon père de rentrer ; ce à quoi j'avais répondu qu'il était malpolie d'interrompre une conversation.

— Son regard est éteint, vide. Elle semble être absente à l'intérieur. Au cours de mon existence, je n'ai vu ce regard qu'une seule fois.

L'éclat que je distingue dans ses prunelles me terrifie. Un frisson me parcourt le dos. Quelque chose m'oppresse, me tord le ventre et je ne saurais dire quoi.

— Je ne veux plus que votre fille s'approche de mes enfants, Mr Preslov.

Ça me laisse d'abord incrédule, puis je saisis : elle essaye juste de protéger ses enfants. Mon père, lui, semble mal le prendre car il la considère en plissant les lèvres.

— Votre mari a dit qu'elle était un peu perturbée...

Pardon ?!

Ma bouche s'ouvre de stupeur et de colère.

Harry Potter pense que je suis perturbée ?! Mais de quel droit... bon sang ! Nous n'avons discutés ensemble qu'une ou deux fois. Et cela serait suffisant pour émettre un jugement sur ma personne, dire à tout le monde que je suis perturbée ? Mes poings se serrent si fort que ça en devient douloureux.

— Harry n'est pas psychomage. Et moi non plus, riposte la mère de James.

Elle fourre la main dans sa poche et en sort une carte.

— C'est une amie, je lui ai déjà parlé de Luciana. Prenez rapidement rendez-vous.
— Non, merci.

Le ton de Basile devient glacial. Cela n'intimide pas la rouquine pour un sou.

— Monsieur Preslov...

Il va se mettre en colère. Je le devine à son froncement de sourcils et à son regard polaire devenu aussi tranchant que l'acier.

— Vous gardez Luciana seulement deux semaines et vous pensez soudain savoir de quoi elle souffre ?
— Pourquoi avoir tant insisté pour qu'elle vienne ici ? s'esquive Mme Potter.
— Parce que je pensais... javais espéré que vous l'accepteriez. Comme l'a fait votre mère avec Harry.
— La situation n'a rien de comparable ! s'indigne-t-elle. Harry était, lui, orphelin et...
— Votre mère vous a-t-elle empêchée de le voir quand les choses se sont compliquées pour lui ? A-t-elle proposée qu'on l’emmène voir un psychomage lorsque tout le monde le croyez fou ? l'interrompt brutalement mon père.

Un lourd silence s'installe, pendant lequel Mme Potter prend la mesure de ce qui vient d'être dit.

— Harry n'était pas fou.
— Mais vous pensez que Luciana l'est ?
— Je n'ai pas dit ça, objecte-t-elle avec douceur.
— Si votre fils aime réellement ma fille, vous ne pourrez pas les empêcher de se voir.
— Oh, je vous en prie ! tonne la sorcière, perdant patience, Luciana n'aime pas James et c'est bien ce qui me dérange.

Ces mots me blessent bien plus profondément que je le souhaiterais. Ils me rappellent que je me suis servie de James pour mes propres ambitions. Et aussi de Lily... je n'en veux pas à Mme Potter, bien au contraire. Ni même à son époux. Ce sont d'excellents parents. Ce sont des gens formidables.

— Vous vous trompez, dit finalement mon père.
— J'en doute.
— Je peux vous l'affirmer, Mme Potter. Les Preslov ont du mal à exprimer leurs sentiments, tout simplement. Cela ne veut pas dire qu'ils sont inexistants.

Je suis tellement frappée par la conviction qu'il y met que je crois avoir mal entendu. Ou même tout imaginer. Je fixe mon père avec scepticisme et sens que mes défenses tombent peu à peu. Je ne dois pas laisser ça arriver, non ! Ce qu'il m'a fait est... c'est impardonnable ! Je lui en voudrai toute ma vie.

— Excuse-moi ?! tempête une voix depuis le salon, m'arrachant une grimace.

S'entendre parler est une expérience désagréable, je ne reconnais pas ma propre voix. Je regarde James, et je sens mes joues chauffer. Son sourire est carnassier.

« Tu ne m'embrasses pas pour me dire au revoir ? » m'avait-il demandé, l'air de rien, près de la cheminée.

— Quoi, tu ne veux pas ? Pourtant...

Sa voix baisse de plusieurs octaves afin que nos parents ne puissent pas l'entendre. Je rougis encore plus vivement, me souvenant de ces paroles :

« Pourtant, tu étais disposée à le faire bien des fois, ces deux dernières semaines. »

— Pour qui me prends-tu, au juste ? rétorque mon double à voix haute, le fusillant littéralement du regard.
— Pour ce que tu es, Preslov ! répond le brun, d'un ton provocant.

Je sursaute en voyant ma main s'abattre violemment sur la joue droite de Potter. Aoutch ! J'y suis allée un peu fort... Mon père, témoin de la scène, ouvre aussitôt la bouche pour intervenir, mais la rouquine l'en empêche :

— Laissez, James à sûrement mérité cette gifle.

— J’espère que c'était aussi plaisant pour toi que ça l'a été pour moi, Potter ! minaude ma version passée, tandis que le gryffondor se masse la joue, l'air passablement énervé.

Mon père esquisse un petit sourire en nous regardant avant de se concentrer à nouveau sur Mme Potter, dont le visage arbore maintenant une expression grave et sérieuse.

— Monsieur Preslov... je ne pensais pas à mon fils lorsque je vous ai donné cette carte. Si je pouvais faire plus pour Luciana, croyez-moi, je le ferais.

Mon cœur se serre douloureusement à ses paroles. J'ai toujours pensé que Mme Potter me détestait.

Je suis plus que soulagée de voir une épaisse fumée noire se dresser sous mes yeux. Je me sens propulsée dans les airs par une force invisible, et quelques secondes plus tard, je me retrouve allongée de tout mon long au sol, dans le bureau de mon père.

Ce dernier s'empresse de venir m'aider à me relever.

— Tout va bien, Luciana ?!

Je repousse brutalement sa main, et me rends compte que mes joues sont humides. Toute ma rage, ma colère et ma peine resurgissent d'un coup. Je me mets à hurler si fort que ma gorge s'enflamme :

— Je t'interdis de me toucher !

Il s'immobilise devant moi et me dévisage avec une expression stupéfiée.

— Comment ? Mais tu connais la vérité, à présent. Tu sais que je n'ai pas tué ta mère. Je l'aimais profondément et...

Je secoue vigoureusement la tête, refusant de l'écouter.

— Tu m'as menti toute ma vie ! je m'écris encore, le transperçant du regard. Tu as volontairement mis ces images horribles dans ma tête. Tu m'as fais croire que mon père était un meurtrier et que je ne valais pas mieux que lui. Je n'étais qu'une enfant !

— C'était la seule solution, Luciana. Tu dois me croire, souffle-t-il en tendant la main vers ma joue.

Je m'écarte aussitôt.

— NON ! C'était surtout le moyen le plus rapide que tu as trouvé pour te débarrasser du problème !

Mon père recule d'un pas, comme si je l'avais frappé de toutes mes forces. Il n'ose rien dire de plus, et se contente de me regarder d'un air dévasté. Plus les secondes filent, plus mon silence semble être une torture pour lui.

Lorsque je reprends la parole, ma voix est plate, sans énergie, dénuée d'émotion :

— Je n'étais rien d'autre qu'un poids inutile, pour toi.
EPILOGUE by jalea
Author's Notes:
Bonsoir :)

Eh voilà, on y arrive : c'est le tout dernier chapitre. J’espère qu'il vous plaira !

Un grand MERCI à tous ceux qui m'ont lu, encouragé, commenté, c'est grâce à vous que je n'ai pas lâché cette histoire =D


Bonne lecture !
EPILOGUE.



*** 3 mois plus tard ***



— Tu as eu le temps de faire le travail que je t'ai demandé, Luciana ?

J'attrape un coussin dont je triture les coutures pour m'occuper l'esprit, résistant à l'envie de lever les yeux au ciel. J'ai fait assez d'efforts, non ? Pourquoi suis-je encore obligée de voir Miss Mairy, chaque lundi ? Je sens ses yeux me scruter, et je finis par relever le visage. Son expression exprime un curieux mélange d'agacement et de bienveillance.

— Oui, finis-je par soupirer.
— Bien. Cela a été bénéfique pour toi ?

Cette fois, je la dévisage en arquant un sourcil perplexe.

— Je ne sais pas trop. Pour tout vous dire, ça m'a plus ennuyé qu'autre chose !
— Pourquoi ?

Miss Mairy fait tomber ses lunettes sur son nez, m'adresse un sourcil interrogateur puis redresse son épaisse monture dorée du bout du doigt. Son air devient sévère, comme si elle se doutait déjà de ma réponse.

J'affiche un rictus plus proche de celui d'une évadée d'asile psychiatrique que du sourire.

— Parce que la jeune fille avec laquelle vous m'avez demandée de devenir amie et de créer du "lien" est complètement désaxée, si je puis me permettre.

La sorcière garde le silence un instant, avant de lâcher brutalement :

— Andreana est ma nièce.
— Oh, fais-je simplement. Je suis navrée, mais ça ne change rien au fait qu'elle n'est pas net. C'est peut-être elle qui devrait consulter un Psychomage, j'ajoute sournoisement.

Elle m'ignore superbement, tapotant sa plume sur son bloc-notes.

— Luciana, tu connais la marche à suivre. Tu dois me donner trois de ses qualités.

Je fais une moue significative ; elle plaisante, là ?

— J'en ai même pas une en tête !
— Luciana...

Sa voix est glaciale, son regard sans équivoque. Si je ne lui obéis pas, je vais rester coincée dans ce bureau pendant des heures.

Je me redresse sur le canapé pour la regarder droit dans les yeux.

— Bon, d'accord ! fais-je avec mauvaise humeur. Andreana est joviale, généreuse. Et... drôle, à sa manière.
— Tu vois, quand tu veux ? sourit la sorcière.

Je croise les bras sur ma poitrine et lui jette un regard féroce. Ces séances sont une véritable torture !

— Est-ce qu'on a terminé ?
— Nous venons à peine de commencer. Ah, voilà enfin ton père ! Bonjour, monsieur Preslov.

Il entre dans la pièce avec beaucoup d'animation pour un homme de n'importe quel âge consultant un Psychomage. Puis, il nous adresse à toutes les deux un sourire artificiel digne d'un ministre.

— Pardonnez mon retard, je sors de réunion. Qu'ai-je manqué ?
— La nièce de la psy est folle, j'annonce platement, sans prendre la peine de baisser la voix.

Basile s'installe à ma droite, sur le canapé. Il est trop proche à mon goût, je me décale, manquant presque de dégringoler.

— Ah, vraiment ? C'est donc pour cette raison que vous avez choisi d'exercer ce métier ? lui demande-t-il sérieusement.

Miss Mairy élude habilement question pour en poser une autre :

— Avez-vous eu le temps de faire le petit exercice que je vous ai demandé, Mr. Preslov ?

Le concerné sort sa pipe et se dispose à l'allumer, avant de répondre :

— J'ai été assez occupé. Je suis en pleine campagne électorale, vous savez ? Pour qui allez-vous voter, Miss Mairy ?

Cette dernière retire ses lunettes pour se frotter les yeux, l'air las.

— Mr Preslov... insiste-t-elle avec sérieux.
— Oui, j'ai fait ce que vous m'avez demandé, soupire-t-il.

Un mince sourire étire les lèvres de la sorcière, tandis que je tourne la tête vers mon père pour l'observer avec une totale incrédulité. Je ne pensais pas qu'il prendrait cet exercice au sérieux !

— Cela a été bénéfique pour vous ?

L’intéressé tire sur sa pipe et recrache une grande bouffée de fumée blanche. Puis, il grimace. En cet instant, notre ressemblance est saisissante.

— C’était une véritable perte de temps, oui !
— Ah, et pourquoi ?
— Parce que l'homme a qui vous m'avez demandé de parler est semble-t-il, limité intellectuellement.

Nouveau silence.

— Il s'agit de mon beau-frère.

Je lâche un petit ricanement mesquin. Décidément, quelle famille ! Mon père réagit à peine et ne s'excuse pas de sa maladresse.

— Désolé pour vous, dit-il simplement.
— C'est gentil. Lui avez-vous trouvez ne serait-ce qu'une qualité, Mr. Preslov ?

Mon père affiche un grand sourire qui me laisse perplexe. Je n'arrive toujours pas à m'y faire. Sa véritable personnalité n'a rien à voir avec le rôle qu'il a joué ces dix dernières années.

En réalité, Basile Preslov est quelqu'un de... respectable, joyeux, conventionnel. J'ai même appris qu'il avait le sens de l'humour ! Mon père et "l'humour" dans une même phrase... C'est inconcevable ! Oh, bien sûr, il n'en reste pas moins un homme avec des défauts. De gros défauts ! Il est facilement irritable, un brin opportuniste, et très, très obstiné.

— Évidement, je suis un élève sérieux. Votre beau-frère fume la pipe ! annonce-t-il gaiement, comme si c'était la révélation de l'année.
— Ce n'est pas vraiment une qualité...
— Pour moi, c'en est une.
— Bien. Et les deux autres ?
— Les deux autres quoi ?
— Qualités ! s'exclame Miss Mairy, perdant patience.
— Vous m'en demandez beaucoup trop, chère madame.
— Monsieur Preslov...
— Avons-nous terminé ?

La sorcière gonfle les joues, comme pour s'empêcher d'hurler.

— Nous venons à peine de commencer ! fait-elle remarquer d'une voix suraiguë.

Mon père se lève d'un bond et m'invite d'un simple regard à faire de même. Je ne me fait pas prier. Puis, il se tourne vers notre Psychomage pour lui décocher son plus beau sourire.

— Le temps passe si vite en votre charmante compagnie. Sachez que vous faites de l'excellent travail !
— Mais attendez une minute, nous devons encore parler de...
— A la semaine prochaine, Miss Mairy !

Nous quittons son cabinet avec empressement et lâchons tous deux un soupir de soulagement, une fois dehors.

— Cette dame semble avoir quelques problèmes personnels à régler. Elle perd un peu vite patience, si tu veux mon avis.

J'ouvre la bouche pour répondre, mais je me ravise en voyant Laureen remonter l'allée dans notre direction. Elle s'approche et, sans se départir de son sourire bienveillant, m'embrasse sur les deux joues. Je reste figée comme une statue, peu habituée à de telles marques d'affection.

— Le rendez-vous devait encore durer une heure, non ? observe-t-elle en jetant un bref regard à sa montre.
— Nous avons tellement bien progressé Luciana et moi que Miss Mairy a jugé bon de nous laisser partir plus tôt.
— Oh, vraiment ? rétorque Laureen, loin d'être dupe. Tu sais qu'Alice Mairy est une amie à moi, et qu'il me suffirait d'aller la voir pour...
— D'accord, nous sommes partis avant la fin de notre séance, avoue mon père, légèrement honteux. C'est de la faute de Luciana !
— Quoi ?! fais-je d'un ton indigné.
— Elle avait mal au cœur. Tu dois être claustrophobe, ma chérie, dit-il en appuyant une main sur mon épaule, l'air conspirateur.

Je force un sourire, pendant que Laureen me dévisage en arquant un sourcil perplexe.

— Oui, sûrement...

Ma chérie ? C'est la première fois que mon père s'autorise à m'appeler ainsi. Je ne dit rien devant l'amie de ma mère et fait comme si c'était parfaitement naturel, alors qu'en réalité, ça m'agace.

Nous ne sommes pas si proches, et nous ne le serons probablement jamais ! Il ne suffit pas de faire une thérapie à deux, pour que j'oublis soudain qui j'ai en face de moi. Basile n'est peut-être pas le meurtrier que je pensais, mais il m'a menti pendant des années et privée de mes souvenirs.

Mon poing se serre dans ma poche et me démange. Laureen doit cerner mon énervement car elle prend la parole avant que je ne puisse rétorquer :

— Et si nous allions déjeuner ?
— Excellente idée ! répond mon père en souriant.

Je pince les lèvres ; il en fait beaucoup trop. Il semble oublier que nous n'avons rien d'une charmante petite famille ! Bien que je l'apprécie, Laureen n'est pas ma mère. Et Basile... disons que me trouver trop longtemps dans la même pièce que lui m'est difficile.

— Je risque de manquer mon train, dis-je pour m'esquiver.

Mon ton est plus froid que je ne l'aurais souhaité, mais les revoir tous les deux ravive de mauvais souvenirs. De réel mauvais souvenirs. J'ai encore en travers de la gorge ce que mon père m'a infligée. Je ne peux pas oublier ça, comme ça, du jour au lendemain ! Trois mois se sont écoulés depuis que j'ai découvert la vérité, et je ressens toujours énormément de colère contre lui.

— Tu as raison. Je te rejoins tout de suite, Laureen.

Cette dernière hoche la tête. Elle m'envoie un baiser du bout des doigts que je n'arrive pas à lui retourner, avant de s'éloigner à grands pas pour se diriger vers un petit restaurant.

— Est-ce que tu l'aimes ? Laureen, je précise face à son regard interloqué.

Les mots sont sortis de ma bouche sans que je les commande. Pourquoi lui avoir posée cette question ? Je n'ai même pas envie de connaitre la réponse. Si mon père est surpris, il n'en montre rien, ce qui accentue mon exaspération. J'ignore pourquoi, mais j'attends toujours de lui qu'il se mette en colère, comme il le faisait auparavant. Peut-être pour avoir le droit de le détester sans culpabiliser...

— C'est une amie de la famille.
— Une amie que tu as mise à l'écart pendant des années.

Je le provoque volontairement, mais encore une fois, il reste stoïque.

— Je suis désolé, Luciana.
— J'en ai assez de tes excuses ! je rétorque en haussant le ton.

Devant son expression attristée, je sens mon cœur se déchirer. Mais comment... comment puis-je passer outre ? Ça me parait impossible.

— Je fais de mon mieux, tu le sais ?

Je roule des yeux. De qui se moque-t-il ?!

— Tu es arrivé en retard. Tu es toujours en retard.
— Ce qui te permet de parler avec Miss Mairy en toute tranquillité...
— Je m'en passerai bien !

Il m'observe longuement, en silence avant de demander :

— Crois-tu pouvoir me pardonner un jour ?
— Je ne sais pas, dis-je honnêtement, mais sache que moi aussi, je fais de mon mieux.

Oui, je fais de mon mieux pour réparer les dégâts qu'il a causés. Et malgré cela, il m'arrive encore d'avoir des accès de colère, de rage.

Fatiguée de constamment me battre, j'entame une conversation beaucoup plus légère et futile :

— Puis-je inviter mon ami Dorian, cet été ?
— Ton ami Dorian ?

Je me contente de hocher la tête, tandis que mon père arque un sourcil.

— Ton ami Dorian, qui est un garçon ?
— Oui, père.

Basile soupire lourdement.

— Est-ce que j'ai vraiment le choix ?

Mon sourire s'élargit en voyant à quel point ça le dérange.

— Non, père.
— Eh bien, du moment que vous ne dormez pas dans la même chambre...

Mon sourire se mue en un rictus sardonique.

— Oh, nous dormirons dans la même chambre. Ce pauvre Dorian a peur du noir...

Mon père fronce les sourcils, crispe les lèvres, puis se décide à réagir :

— Ne pousse pas le lutin, Luciana !

Je ne cache pas mon amusement, et poursuit d'une voix calme et indifférente :

— Si tu n'es pas d'accord, je peux aller chez Dorian. Ses parents m'adorent, ils m'ont même proposé d'habiter chez eux, le temps que je sois diplômée. Ils savent que tu es souvent absent...

C'est un mensonge. Le père de Dorian apprécie plus mes courbes féminines qu'autre chose, il a toujours eu le regard concupiscent. Quant à Mme Arbuthnot, elle ne m'a jamais vraiment adressée la parole, si ce n'est pour me demander de bien vouloir mettre un dessous de verre.

Basile passe une main sur sa nuque bien trop tendu, avant de poser le regard sur moi.

— Combien de temps vas-tu encore torturer ton vieux père ? me demande-t-il, désespéré.

Indéfiniment.

J'élude sa question et lance nonchalamment :

— C'est d'accord, alors ?
— Oui, soupire-t-il.
— Bien. Je dois y aller, maintenant.

Je me fige net, me rendant soudain compte qu'une personne manque à l'appel : Amelia Rowle. Je ne l'ai pas revu depuis des semaines. Je me suis fait une fausse idée d'elle; je la trouvais naïve et un peu sotte, mais en réalité (bien que je sois toujours d'avis qu'elle est trop jeune pour mon père) c'est une charmante jeune femme élégante et cultivée.

— Que devient ta fiancée ?

Je crois que c'est la première fois que je vois mon père embarrassé ; il détourne le regard pour observer les passants dans la rue.

— Je ne te l'ai pas dit ? Nous... nous avons rompu. J'ai pris conscience qu'elle était trop jeune pour moi.

Mieux vaut tard que jamais ! Je me retiens de lui dire le fond de ma pensée, non pas par crainte, mais parce que je n'ai ni le temps, ni la force de me disputer avec lui.

A la place, j'esquisse un rictus presque amusé.

— Est-ce que ça veut dire que je verrais plus souvent Laureen ?

Une amie de la famille, tu parles. Je me doutais bien qu'il se passait quelque chose entre eux. Je me réjouis de voir que ma remarque semble le mettre mal à l'aise.

— Aimerais-tu la voir plus souvent ? Tu restes ma priorité, Luciana. Tu l'as toujours été.
— Je...

La sincérité dans sa voix me touche et me bouleverse. Je reste sans voix, déconcertée, avant de répondre timidement :

— J'aimerais beaucoup.

Laureen était la meilleure amie de ma mère, elle est capable de parler d'elle pendant des heures. Grace à Laureen, j'ai l'impression d'être proche de ma mère, de la connaitre. Et aussi... c'est tellement plus simple lorsqu'elle est au manoir, avec nous ! Sa présence illumine une pièce lorsqu'elle y entre, et sa bonne humeur est communicative.

— Ne gâche pas ça, s'il te plaît.
— Que veux-tu dire ? interroge mon père, perdu.
— Laureen ! Ne... ne lui brise pas le cœur. C'est quelqu'un de formidable, et...
— Je n'en ai pas l'intention, me coupe-t-il doucement.
— Ce ne serait pas la première fois, pourtant.

Il ouvre la bouche pour rétorquer, sans doute pour me demander de qui je parle, mais comprend à mon regard que ça ne sert à rien. En vérité, je l'ignore moi même. Ce que je sais, en revanche, c'est que Amelia Rowle tenait sincèrement à mon père, alors il lui a probablement brisé le cœur. Et en ce qui me concerne, c'est encore pire : il me l'a littéralement arraché de la poitrine pour le remplacer par un morceau de pierre.

— Tu devrais y aller avant de manquer ton train, me rappelle-t-il.

Je me contente de hocher la tête. Je m'apprête à me détourner lorsqu'il me surprend en passant une main affectueuse dans mes cheveux. Perplexe, je fronce les sourcils. Puis, cela fait "tilt" dans ma tête.

— C'est un autre exercice de Miss Mairy ?
— Non.

Il rit, un peu mal à l'aise. Puis, son expression devient plus sérieuse, comme si son honnêteté l'étonnait.

— Non, pas cette fois.


******



— Comment ça s'est passé ?

Je me détourne du tableau pour regarder mon meilleur ami.

— Plutôt bien. Tu es cordialement invité chez moi, cet été.

Il me décoche un sourire éclatant.

— C'est une première !
— Tu dormiras dans ma chambre.

Dorian fronce les sourcils, l'air surpris.

— Vous n'avez pas une chambre d'amis ?

J'éclate de rire, attirant l'attention du professeur McLarren. Son regard, qui se veut sévère, est aussi impressionnant que celui d'un chiot qui vient de naitre.

— Oh, si ! Nous en avons quatre.

Mon meilleur pouffe de rire, amusé.

— Tu es malfaisante, Luciana.

Le silence s'installe entre nous pendant quelques instants, puis Dorian reprend, l'air hésitant :

— Tu crois... que ton père mérite vraiment tout ce que tu lui fait subir ?

Je me retourne si vivement que mon visage manque de percuter le sien. Mon cœur loupe un battement. Dorian a beaucoup de mal à soutenir mon regard, et se ratatine sur sa chaise comme s'il espérait se fondre dans le bois.

Je suis à deux doigts de le gifler. Il a vraiment osé me demander ça ?

— Pardon ? je grince entre mes dents serrés.

Le blond se met à bégayer :

— Tout ce qu'il a fait, c'était pour... pour ton bien. A sa manière totalement folle et dérangée, je te l'accorde.

Je ferme les yeux un instant et tente désespérément de garder mon calme. Je suis en cours. Je ne peux pas hurler. Je ne peux pas fracasser la tête de Dorian contre cette table.

Je prends une grande inspiration avant de lâcher, à mi-voix :

— Ma vie entière était un mensonge, Dorian ! Il mériterait bien plus que ma colère.
— Je sais, mais...

Je l'arrête en levant une main en l'air. Il n'a pas le droit. Mon meilleur ami n'a pas le droit de me juger si sévèrement. Au lieu d'hurler, j'essaie de mettre des mots sur cette souffrance, comme me l'a appris Miss Mairy :

— C'est dur, tu sais. je l'ai détesté pendant tant d'années.... Je ne suis pas certaine d'arriver à ressentir autre chose qu'un profond dégout pour lui un jour, mais j'essaie. J’essaie de toutes mes forces. Il faut me croire.

Je sens les larmes me brûler derrière les paupières. Dorian semble non seulement me comprendre, mais aussi partager ma douleur. Il m'entoure de bras pour me presser contre lui. D'habitude, je refuse. Pas cette fois-ci. Je me laisse étreindre sans éprouver la moindre gêne.

— Je te crois, Lucia, murmure-t-il au creux de mon oreille.
— Luciana, je corrige par automatisme.

Mon voisin pouffe de rire, quand un raclement sourd d'éclaircissement de voix se fait entendre.

— Monsieur Arbuthnot, Miss Preslov... merci de bien vouloir attendre la fin du cours pour ce genre d'effusion.

Autour de nous, des sifflements et ricanements se font entendre. Dorian adresse son plus beau sourire à notre professeur, avant de rétorquer :

— Pourquoi remettre à plus tard la réalisation d'un rêve, Professeur McLarren ?

Il se tourne ensuite vers moi pour me saisir la main et y déposer un baiser. Aussitôt, nos camarades poussent des exclamations enthousiastes, ravis de cette distraction. Mon regard accroche celui de James Potter, et pour je ne sais quelle raison, je me sens rougir de honte.

Je repousse la main du blond, embarrassée.

— Tu es incorrigible, Dorian ! je souffle à son intention, mi-amusée, mi-exaspérée.
— Je sais, dit-il en souriant, et c'est pour cette raison que tu m'aimes. Tout comme Gregory...
— Qui ça ?

Le Serpentard se contente de me regarder d'un air joyeux et espiègle.

— Dorian ! je le presse avec impatience.

Évidemment, la sonnerie choisit cet instant pour retentir. Je meurs d'envie de savoir qui est ce fameux Gregory, malheureusement j'ai une réunion de préfets avec le Professeur McGonagall. Je range rapidement mes affaires, tandis que mon meilleur ami me sourit, goguenard. Prise de curiosité, je traine des pieds.

— C'est ton petit-ami ? je l'interroge, sur ses talons.
— Peut-être bien...
— Gregory, Gregory... ça ne me dit rien. Quel est son nom de famille ?
— Tu n'as pas une réunion ? élude-t-il en riant.

Le Serpentard me tient la porte et m'invite à passer.

— Si, mais avant, tu dois me dire qui c'est.
— D'accord. Il s'appelle Grégory.

J'attends, mais le jeune homme ne dit rien de plus. Il se moque de moi ?

— Dorian !
— A toute à l'heure ! lance-t-il, s'esclaffant de plus belle.

Je le suis du regard tandis qu'il emprunte les escaliers. Sans même m'en rendre compte, je me mets à hurler comme une marchande de poissons :

— C'est un élève de Poufsouffle ? Ou alors, de la maison Serdaigle ? Dorian, reviens, j’espère pour toi que c'est pas un Gryffondor !

Dans le couloir, certains étudiants se figent pour me dévisager d'un air scandalisé. Particulièrement les Gryffondor, et bien évidement, Potter se trouve juste derrière moi. Ce dernier me toise avec un mélange de dédain et de dégoût, son nez froncé comme si je dégageais une odeur nauséabonde.

— Tu as un problème avec les Gryffondor, Preslov ? vocifère-t-il, visiblement vexé.

Je sens mes joues chauffer tandis qu'il étudie mes traits. Je bafouille comme une petite fille :

— Bien sûr que non ! Je... c'était juste une blague.
— Une blague ? répète le jeune homme avec un rictus narquois, j'ignorais que tu connaissais la signification de ce mot !

Le Rouge et Or ne me laisse pas le temps de rétorquer et m'emboite le pas. Je reste à bonne distance derrière lui, et m'immobilise une fois arrivée devant la salle de réunion.

Potter et moi sommes les premiers. J'ai envie de prendre mes jambes à mon cou, mais j'ai des questions à lui poser. Depuis que Dorian lui a raconté TOUTE la vérité à mon sujet, son attitude envers moi a drastiquement changé. En dehors de nos rondes, c'est à peine s'il m'adresse la parole. C'est à peine s'il me regarde. J'estime lui avoir laissé le temps nécessaire pour... pour digérer tout ça !

Je prends mon courage à deux mains, et entre dans la salle de classe. Je reste debout près de lui sans trouver rien à dire et ne sachant que faire de mes mains. De son côté, James Potter semble tout à fait à son aise, les mains derrière la tête et les pieds croisés sur la table.

— Le Professeur McGonagall n'est pas encore là.

C'est une ridicule entrée en la matière, mais il fallait bien que je dise quelque chose, non ?

— Tu es une fine observatrice, Preslov, raille le brun.

Curieusement, son regard ne me lâche pas, et je sens l’énervement laisser place à la confusion dans son esprit.

Le gryffondor pose les quatre pieds de sa chaise sur le sol pour me fixer droit dans les yeux. Puis, il appuie ses coudes sur la table. Il a remonté les manches de sa chemise, dévoilant des avant-bras musclés très agréables à regarder. Lorsque je relève les yeux vers son visage, mon cœur loupe un battement. A-t-il toujours été aussi... séduisant ? Ses yeux marron-vert étincèlent de beaux reflets couleur noisette, son teint est légèrement halé et ses cheveux noirs indisciplinés lui donne un air de mauvais garçon qui me plait beaucoup. Seulement parce que je sais qu'il n'est pas mauvais.

Mon cœur bat plus rapidement, mes mains deviennent moites, ma gorge s'assèche. Merlin, c'est donc ça, être une adolescente comme les autres ? Quelle horreur ! J'en viendrais presque à regretter le temps ou je complotais contre mon père. Au moins, durant cette période, je n'avais guère le temps de me soucier de ma vie amoureuse et je ne perdais jamais mon assurance. Alors que là, franchement... je dois avoir l'air d'une idiote, à regarder partout sauf dans la direction de Potter.

— Au fait, j'ai oublié de t'informer d'une chose importante, lance le brun avec désinvolture.

Je plante mon regard dans le sien, en essayant tant bien que mal de dissimuler mon trouble.

— C'est mon dernier jour.
— Ton dernier jour ? je répète bêtement.
— Oui, j'ai décidé de rendre mon insigne. Ce soir.

Cette nouvelle me fait l'effet d'une bombe. Je suis atterrée, et garde la bouche grande ouverte.

— Pourquoi ?
— Parce que je ne veux plus te voir.

James ne plaisante pas ; son regard est intransigeant, son maintien rigide.

Je ne sais pas si ces mots me soulagent ou me blessent, sûrement les deux. Potter se lève lentement et contourne la table pour venir face à moi. Il garde néanmoins ses distances, comme si j'avais une maladie contagieuse.

— C'est ce que j'aurais dû faire en début d'année, lorsque j'ai appris que tu étais préfete-en-chef, mais j'étais trop fier pour ça.

Choquée, je reste un moment sans voix. Jamais je n'aurais imaginé que la situation puisse empirer entre nous. Mais voilà que James Potter ne veut plus me voir ! Pire, ma présence l’insupporte tellement qu'il préfère rendre son insigne.

— Je... tu sais tout. Dorian t'a tout raconté sur moi, fais-je d'une toute petite voix, qui ne me ressemble pas.

Avec une intensité sans pareille, son regard se verrouille au mien.

— Oui, je sais tout. Et j'ai beau savoir que ta méchanceté a été inspirée par ton désespoir, j'ai quand même le sentiment que tu as pris plaisir à exécuter toutes tes manigances et intrigues.

Malheureusement, je ne peux pas le contredire. Ce serait mentir, et j'en ai assez de mentir.

— Je... je me suis excusée auprès de Lily.

Cette simple phrase constitue ma seule défense. Et je ne crois pas qu'elle vaille grand chose, puisque sa petite sœur ne m'a pardonné ; elle s'est contentée de me toiser en silence, prenant congé de moi avec froideur.

— Et en ce qui me concerne ? grince James, les sourcils froncés.
— Oh, c'est donc ça : tu veux des excuses ?

Il secoue la tête avec exaspération.

— Non, Luciana ! Ce que je veux, tu ne pourras jamais me l'offrir. C'est pour cette raison que j'ai décidé de rendre mon insigne.

Durant quelques secondes interminables, un silence s'installe entre nous. Silence que j'interrompt :

— De toute façon, je n'avais pas l'intention de m’excuser.
— De mieux en mieux ! siffle le brun.

J'ai désormais récupérer mon assurance, et compte bien me faire entendre. Je comble la distance qui nous sépare ; nous nous retrouvons quasi nez à nez.

— Peu importe les raisons qui m'ont conduite à t'approcher... j'ai apprécié chaque moment en ta compagnie, James.

Le brun s'éloigne de moi, et son regard se tourne vers la porte, comme s'il espérait voir apparaitre le Professeur McGonagall afin de pouvoir mettre fin à cet échange. Lorsque ses yeux reviennent vers mon visage, il pousse un petit soupir.

— J'aimerais te croire, mais je ne suis pas sûr de pouvoir te faire confiance. Et je pense qu'il vaudrait mieux que tu te concentres sur ta thérapie, en ce moment.

Que je me concentre sur ma thérapie ? Qu'espere-t-il, que cela changera la personne que je suis ? Je le regarde, sentant l'agacement me gagner.

— Je t'ai menti, c'est vrai, mais toi aussi !
— Moi ? s'indigne-t-il, les joues rosies de colère.
— Oui ! Tu m'as dit ne pas t'attendre à ce que je sois parfaite, mais tu n'as cessé de me juger, sur mes moindres faits et gestes.

Le Rouge et Or secoue la tête de gauche à droite avant de planter son regard dans le mien.

— Je ne t'ai jamais jugée. J'ai seulement tenté de découvrir toutes les facettes inexplorés de ta personne, que tu t'efforces tant à dissimuler.

Cet aveu a le don de me faire taire et je finis par baisser la tête. D'une voix plus douce, il poursuit :

— J'ai tout fait pour me tenir éloigné de toi, tout essayé pour ne pas tomber amoureux de toi, mais j'ai lamentablement échoué.

Je relève brusquement la tête, perdue.

— Tu dis m'aimais mais ne plus vouloir me voir ? J'ai du mal à te suivre, James.
— Eh bien...

Il fourre les mains dans ses poches et s'adosse contre une table d'un air faussement décontracté.

— C'est sûrement égoïste de ma part, mais je ne veux pas souffrir. Et toi, Luciana Preslov...

Ses prunelles se fixent aux miennes et il annonce sans ciller :

— Tu vas me faire souffrir.

J'ouvre la bouche pour répondre, mais aucun son ne franchit ma gorge. Je prends soudainement conscience qu'il a raison. Ma douleur est profonde et infinie, semblable à un abysse noir et sans fin. Nul doute que James sera pris dans ce tourbillon sombre, que je le veuille ou non.

Quoi qu'il en soit, je me mets à rire comme une démente.

— Je crois que tu aimes la souffrance, James. Sinon, pourquoi es-tu encore là ? Pourquoi n'as-tu pas rendu ton insigne en début d'année ? fais-je remarquer avec une pointe d'acidité.

Contre toute attente, le gryffondor me décoche un sourire enjôleur et arrogant qui me rappelle pourquoi je le haïssais tant les années précédentes.

— Rien avoir avec la souffrance. Il se trouve juste que tu es la plus jolie de fille de Poudlard. Je ne pouvais pas manquer une occasion pareille...

La surprise me laisse incrédule et sans voix, et ça vaut sans doute mieux car cela m'évite de me ridiculiser avec un : " Je le savais !".

— Je prenais ça pour un jeu, au début, continue le brun, toujours sur ce ton détaché. Je voulais tester mes limites, savoir si je pouvais te résister, continuer à te détester malgré mon attirance... et puis, tu as décidé brusquement de changer les règles. C'est à ce moment là que j'ai commencé a éprouver malgré moi des sentiments pour toi.

— Et c'est mal ? je parviens à demander en dépit du nœud qui s'est formé dans ma gorge.

Le prefet-en-chef cesse de sourire. Il ne répond pas et se contente de me regarder, ses yeux marron-vert restent mystérieux. Je m'avance lentement vers lui, le cœur battant à tout rompre.

— Je ne pense pas être quelqu'un de bien, James. Mais quand je suis avec toi, j'essaie de l'être. Ça ne compte pas, pour toi ?

J'avance encore d'un pas, me retrouvant presque collée contre son torse.

— Ne serait-ce qu'un tout petit peu ? je souffle tout bas.
— Je crains que ça ne soit pas suffisant, répond-il après un lourd silence.

Je tente de prendre un ton normal, mais ma voix se met à trembler.

— Tu... tu ne veux vraiment plus me voir ?
— Tu t'es servie de moi, Luciana, lâche-t-il froidement.

Je prends une grande inspiration, retiens mes larmes et, d'un air déterminé, essaie de m'expliquer :

— Oui, c'est vrai. Je suis sincèrement désolée, James. Je n'aurais jamais dû faire ça. J'étais... comme dans un état second, tu comprends ? Tout ce qui m’intéressait, c'était me venger de mon père.

Son regard s'adoucit et il me fait signe de le rejoindre. Je m'assieds à ses côtés, sur la table, dans cette pièce trop petite pour pouvoir correctement respirer. J'attends ce qui me semble être une éternité avant que le gryffondor ne se décide à parler :

— Tu as vraiment voulu... tuer ton père ?

Je hoche la tête.

— Oui, j'ai même essayée. A plusieurs reprises.

Je n'ose pas regarder son visage, j'ai peur d'y lire une forme de rejet. Je prends avec difficulté une autre inspiration, et poursuit :

— J'aurais voulu le faire, mais j'en ai été incapable.

Un nouveau silence s'abat entre nous. Les secondes s'écoulent, et aucun son ne sort de ma bouche.

— Quand je pense qu'il a modifié tes souvenirs pour te faire croire qu'il avait assassiné ta mère... c'est complétement fou, cette histoire !

Je relève brusquement la tête pour regarder James, soulagée. Il ne m'observe pas comme si j'étais un monstre, bien au contraire. Je me détends un peu, et abaisse mes défenses.

— Pendant des années, j'ai nourri des pensées meurtrières. Et aujourd'hui que je n'ai plus à le faire, je dois dire que je suis un peu perdue. Je ne sais plus qui je suis, ni comment me comporter.
— Tu n'es pas très différente de la personne que tu étais avant...

Je ris jaune.

— C'est censé me consoler ? J'étais quelqu'un de détestable.
— Ma petite sœur ne te trouvait pas détestable. Je crois même qu'elle t’appréciait énormément.

Peut-être, mais ça a changé. Je m'en veux d'avoir été assez stupide pour avoir brisé notre amitié. Je devrais aller de nouveau m'excuser auprès de Lily. Et lui avouer toute la vérité à mon sujet. Son amie m'a pourtant dit de ne pas m’inquiéter, que la rousse pouvait se montrer assez rancunière mais que ça ne durait jamais très longtemps.

— Et toi ? j'interroge, mon cœur loupant un battement.

Le préfet-en-chef soupire lourdement.

— Moi, je te trouvais... adorablement détestable. Nos joutes verbales m'amusait beaucoup.

Un sourire naît sur mes lèvres sans que je ne puisse me retenir. Instinctivement, je pose ma main sur la sienne. Il tressaille de surprise, mais ne s'éloigne pas. Mon regard terrifié s'ancre alors au sien. J'essaie de lui faire comprendre à quel point j'ai besoin de lui, à quel point il est important. Je n'ai pas encore réfléchi à la suite, mais une chose est sûre : je ne m'imagine pas vivre sans James Sirius Potter.

— S'il te plait, James... ne rend pas ton insigne.

Ma voix est suppliante. Je ne sais pas quoi dire pour le convaincre. Je tente de réduire l'espace entre nous, mais son infime mouvement de recul m'arrête. Il me dévisage avec une attention soutenue.

— A une seule condition.
— Oui ? fais-je avec espoir.

Mon cœur se met à battre violemment, il pulse si fort qu'il m'en martèle les tempes. Quoi qu'il me demande, j'accepterai. Son expression devient sérieuse et son regard, brillant d'intensité, court sur moi comme s'il tentait de mémoriser chacun de mes traits.

— Il faut que je sache : qu'est-ce que je représente à tes yeux, Luciana ?

Sa question me prend au dépourvu, mais je souris. Et pour la toute première fois, je me montre complètement honnête, avec lui autant qu'avec moi-même :


— Mon futur.





End Notes:
Voilà pour la FIN.

Vous pouvez me remerciez parce que je me suis retenue de faire ma sadique pour vous offrir un happy ending xD Sans baiser, c'est vrai, mais Luciana et James se sont embrassés à plusieurs reprises, et ce qui me paraissait important dans cet épilogue, c'était surtout leur conversation et leur proximité. Quant à la relation de Luciana et son père, je n'ai pas pu faire mieux vu leur passé, mais là aussi, j'ai été assez gentille xD

Pour ceux qui souhaitent avoir une version epub de cette fanfiction, vous pouvez m'envoyez un mail : Jaleana[at]hotmail.com.


Encore merci à tous et à bientôt sur le site :D
Cette histoire est archivée sur http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=34430