Side by Side by SunonHogwarts
Summary:

anna-citation sur DA

Tiléa est ambitieuse, sarcastique et belle.

Melody est irréfléchie, courageuse et orageuse.

Amy est douce, loyale et souriante.

Agathe est intelligente, extravagante et patiente.

D'aucun dirait qu'elles sont à elles seules des clichés, et se demanderait ce qu'elles peuvent bien faire ensemble.

Mais pour elles, la question ne s'est jamais posée. Elles se sont rencontrées, elles se sont appréciées, et ce n'étaient certainement pas ni un vieux chapeau rapiécé ni des stéréotypes usés qui allaient les séparer.

Alors oui, elles sont à Serpentard, Gryffondor, Poufsouffle et Serdaigle. Et alors ?

We were never meant to be friends. But we are. And we will fight every war side by side.

Categories: Durant Poudlard, Epoque de Harry Characters: Armée de Dumbledore, Personnage original (OC)
Genres: Amitié, Epistolaire, Guerre
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Sept années à Poudlard (ou ailleurs...)
Chapters: 7 Completed: Oui Word count: 11358 Read: 2717 Published: 15/08/2017 Updated: 16/08/2017
Story Notes:
Participation au concours Sept années à Poudlard (ou ailleurs...) proposé par Catie.


Contraintes :
- Le but de ce concours va être de suivre un (ou plusieurs) personnage au cours de sept années consécutives de sa vie.
- Vous devrez écrire un texte par année, donc sept textes en tout.
- Tout vos textes devront être publiés au sein d'un seul et même recueil.
- Chaque texte devra être compris entre 500 et 3000 mots.
- Votre recueil devra être centré sur un personnage/couple/paire/groupe, que vous devrez réserver lors de votre inscription et qui sera exclusif.
- Vous aurez un thème obligatoire par texte. Ces thèmes seront liés (de près ou de loin) aux sept tomes d'Harry Potter.
- Vous aurez également deux contraintes à disposition : vous pourrez choisir la contrainte de style OU la contrainte estivale OU choisir de mêler les deux.
- Toutes les époques sont autorisées, des Fondateurs à la next-gen, et je le répète, les thèmes et contraintes ont été pensées pour que chaque époque soit possible.
- Vous pouvez écrire jusqu'au rating -18, mais n'oubliez pas que dans ce cas, certaines personnes ne pourront pas vous lire.

1. Amy by SunonHogwarts

2. Punition by SunonHogwarts

3. Agathe by SunonHogwarts

4. Rébellion by SunonHogwarts

5. Tiléa by SunonHogwarts

6. Nouvel-an by SunonHogwarts

7. Melody by SunonHogwarts

Amy by SunonHogwarts
Author's Notes:
Thème : Amitié improbable.
Contrainte de style : Une lettre de l'alphabet, que vous choisirez, ne doit pas être présente dans votre texte. Ici, le W.
Contrainte estivale : Cinq phrases qui se suivent doivent commencer par les lettres formant le mot « Soleil », dans le même ordre (S-O-L-E-I-L).

Merci à Chouette pour la relecture du premier chapitre.
Amy était ce genre de fille qu'on ne remarque pas tout de suite. Celle qui vous passe ses devoirs lorsque vous avez oublié de les faire, la veille, et que vous remerciez en vous disant qu'elle vous a sauvé la vie. Puis vous sortez de la salle de classe et vous oubliez tout de ce petit incident qui, vous vous l'êtes promit, ne se reproduira plus. Mais Amy, c'était aussi ce genre de fille qui, une fois que vous les connaissez, se rendent indispensables à votre vie. Le genre de fille que vous vous êtes promit de garder comme amie, pour toujours. Elle avait un visage souriant, des yeux bruns doux, et des cheveux relevés en chignon, d'un blond presque châtain, qui attiraient le soleil par les chauds après-midi d'été. Elle aimait les fleurs qui naissaient au début du printemps et les chants d'oiseaux au petit matin. Elle aimait le goût du miel et l'odeur des plantes. Elle aimait le jaune, les pétales qui volaient au vent, les teintes bleues des rivières.

Alors, tout naturellement, la petite fille de onze ans, timide et gentille, avait été répartie à Poufsouffle.



24 novembre 1994




Amy tira sur la lanière en cuire de son sac – un tic qu'elle avait depuis quelques années déjà. Autour d'elle, les cris et les exclamations des élèves s'emmêlaient dans un brouhaha indescriptible. On entendait déjà, par ci par là, des « Allez Potter » et des « Vive Diggory ». Devant eux, les étudiants de Durmstrang étaient comme à leur habitude silencieux et sombres – mais Amy savait qu'ils acclameraient leur champion à grands renforts de sons gutturaux, le moment venu. Derrière, les jeunes filles de Beauxbâtons avançaient à petits pas, en prenant soin de ne pas poser leurs talons entre deux pavés. Amy se laissait emporter par la foule pressée qui se dirigeait vers les gradins. Elle ne savait pas vraiment si elle était excitée ou inquiète. Après tout, il y avait bien une raison pour que le Tournoi des Trois Sorciers ait été annulé pendant tant d'années. Près d'elle, Melody ne se posait pas tant de question. Elle sautillait comme une petite puce et ne se gênait pas pour engueuler ceux qui avaient le malheur de la pousser.

« Tu pourrais pas regarder où tu vas, non ? »

Le Serpentard de sixième année qu'elle fusillait du regard, et qui devait faire cinq bonnes têtes de plus qu'elle, s'excusa dans un marmonnement avant de disparaître dans la foule. A ses côtés, Agathe se contenta d'éviter agilement un gigantesque élève de Durmstrang qui s'était perdu parmi les étudiants de Poudlard.

« Mais quelles brutes », souffla-t-elle en jetant un regard mauvais à un groupe de Gryffondor qui se bousculaient sur le côté.

Tiléa poussa un léger soupir.

« Excusez-moi », lança-t-elle à l'intention de deux quatrième année qui les empêchaient d’accélérer le pas.

Sa voix ne sembla même pas les atteindre.

« Excusez-moi. »

Seul un rire qui ne lui était pas destiné lui répondit.

« EXCUSEZ-MOI. »

Amy lui lança un regard admiratif. Même lorsqu'elle haussait le ton, sa voix restait lisse. Les deux garçons sursautèrent et baissèrent le regard. Elle les fixa jusqu'à ce qu'ils comprennent puis, sans leur adresser un autre mot, se glissa entre eux. Elle réitéra l'expérience autant de fois qu'il fut nécessaire et bientôt, les quatre filles se hissaient sur les premières marches des gradins.

« Il fait froid », protesta Melody en s’emmitouflant sous son énorme pull.

Amy approuva et tira sur les gants qu'elle avait enfilé.

« Un pull, je veux bien, une écharpe aussi, mais des gants ! S'exclama Tiléa en s'asseyant.
- Je suis une fille du printemps, répliqua Amy en prenant place à côté d'elle.
- Ah, ces Poufsouffle », soupira son amie en levant les yeux au ciel.

Amy esquissa un petit sourire.

« Cliché, intervint Agathe tandis qu'elle replaçait son écharpe sur son épaule. Tous les Poufsouffle ne sont pas frileux, tous les Gryffondor ne sont pas têtus, tous les Serpentard ne sont pas beaux – mais toi oui – et tous les Serdaigle ne sont pas intelligents. »

Elle jeta un regard agacé aux garçons de sa Maison qui s'étaient assis juste en dessous d'elles.

« Crois-moi. »

Melody souffla sur une mèche de cheveux qui la gênait.

« Je crois que Tiléa essayait de faire de l'humour.
- Essayait, et réussissait, jusqu'à ce qu'Agathe intervienne. »

Agathe haussa les épaules et remonta ses lunettes sur son nez.

« Je me corrige : tous les Serpentard ne sont pas drôles – toi y comprit. »

Melody s'esclaffa et Amy leur lança un regard. En trois mois de cours, elle avait déjà apprit à apprécier les séances de piques qu’échangeaient Tiléa et Agathe.

Tiléa lui adressa un sourire fin.

« Je ne crois pas que c'était dans le contrat : ambitieux, rusé, je ne me rappelle rien sur l'humour.
- Tu as raison, les Serpentard n'ont pas d'humour.
- Pas le même que les Serdaigle, c'est sûr. »

Agathe sourit à son tour et les deux amies échangèrent un regard malicieux. Quelque part dans les gradins, une vois magiquement amplifiée annonça le nom du premier champion. Comme Amy l'avait prédit, les élèves de Durmstrang ne se firent pas prier pour manifester leur soutien. Elle repéra même quelques étudiants de leur école qui acclamaient et criaient avant de réaliser qu'ils ne se trouvaient pas à un match de Quidditch. Amy suivit le jeune homme des yeux tandis qu'il pénétrait dans l'arène. Elle savait qu'il n'avait que quelques années de plus qu'elle, mais il lui semblait beaucoup plus vieux, plus encore que les septième année de Poudlard. Peut-être était-ce dû à sa claudication, ou au fait de l'avoir vu sur tant d'affiches, ou encore à son regard dur. En tous cas, Amy avait toutes les peines du monde à l'imaginer assis derrière un pupitre en train de prendre des notes, et encore moins plongé dans un livre de révisions à stresser à la pensée de ses ASPICS.

Sitôt que Krum fut entré sur le terrain, le dragon releva la tête d'un air méfiant. « Oh, Merlin », pensa Amy avec appréhension. L'animal ne semblait pas du tout de bonne humeur. Et Amy se doutait que, déjà de bonne humeur, ces bêtes là ne devaient pas être particulièrement commodes. Il suffisait d'un mouvement de travers de la part de Krum pour qu'il se fasse griller comme une saucisse sur un barbecue du dimanche, dont le père de la petite raffolait tant. Le dragon dodelina doucement de la tête, comme s'il évaluait de combien il lui faudrait bouger pour faire frire la nuisance qui s'agitait sous son nez.

« Potter et Delacour n'ont aucune chance contre ce truc-là », déclara Melody un peu trop fort au goût d'Amy.

Un élève de sa Maison, un rang au-dessus, lui intima de se taire d'un « Chht » sonore. Melody se retourna et le fusilla du regard.

« Quoi ? Le son de ma voix empêche tes yeux de fonctionner ? »

Le garçon, qui devait être en cinquième ou en sixième année, lui rendit son regard noir et s'apprêtait à répliquer lorsque ses yeux accrochèrent pas accident le badge vert cousu fièrement sur la poitrine de Tiléa. Il fronça les sourcils, fit glisser son regard à celui de Melody. Puis il remarqua le jaune et noir de l'écharpe d'Amy et le bleu qui dépassait de la cape d'Agathe. Ses sourcils se froncèrent plus encore, si haut qu'Amy crut qu'ils allaient disparaître sous ses cheveux. Une expression d'incompréhension se forma sur son visage. Il s'attarda un instant sur Tiléa, comme si quelque chose de crucial lui échappait, quelque chose qui expliquerait ce qu'il ne parvenait apparemment pas à comprendre.

« C'est pourtant pas très compliqué », songea Amy.

Ses yeux revinrent sur le visage de Melody, et Amy le vit nettement avoir un mouvement de recul. Elle-même faillit remonter son écharpe sur son nez en voyant l'expression de son amie. Melody n'était pas énervée, elle irradiait de colère.

« Un problème ? » Demanda-t-elle d'une voix sèche.

Le garçon avait au moins comprit ça : il ne valait mieux pas provoquer Melody. Ça n'avait pas prit longtemps à Amy pour l'assimiler et apparemment, c'était une notion qui deviendrait vite populaire.

« Non. »

Au son de sa voix, Tiléa et Agathe, qui étaient jusque-là restées concentrées sur la performance de Krum, se retournèrent vers le Gryffondor. Elles virent ses yeux écorcher leur badge, leur cape, leur écharpe, et leurs regards se durcirent de concert. Le garçon déglutit. Amy songea avec satisfaction que tant d'attention le mettait mal à l'aise.

C'était la première fois de leur scolarité qu'elles se trouvaient obligées de défendre leur amitié, si nouvelle et encore fragile soit elle. Mais Amy eut le désagréable pressentiment que ce ne serait pas la dernière.

Si elle avait pu se voir, au côté de ses amies, elle aurait su que ça n'avait pas d'importance. Aussi déroutante et inattendue que soit leur alliance, aussi improbable que soit leur amitié, « c'est pas des fichus couleurs qui vont nous séparer, par Merlin ! », comme se plairait à le dire Melody. Et, quoi que puissent en penser les autres, le monde, la guerre, il y aurait toujours quatre paires d'yeux pour veiller au grain.


Agathe et ses yeux bleus perçants, Tiléa et son regard vert froid, Amy et ses yeux bruns doux, Melody et son regard noisette orageux.


***



24 juillet 1995,




Melody,

J'ai reçu hier une lettre d'Agathe qui me parlait de ses vacances en Irlande, je suppose que tu en as eu une version aussi. J'aimerai beaucoup visiter l'Irlande, et ses descriptions me donnent plus envie encore. Elle dit qu'elle n'envie pas Tiléa et les grands froids de la Norvège, et je t'avoue que j'aimerai beaucoup pouvoir assister à l'échange qui va suivre (je pense que Tiléa recevra la lettre d'Agathe dans quelques jours).

Ici, le ciel est au beau fixe. Il ne fait pas tout à fait trop chaud, juste assez pour profiter de la piscine de l'hôtel. Sam s'amuse beaucoup à m'asperger, et il veut tout savoir de vous – il se souvient encore de la longue écharpe et des « étranges chaussures tachetées » (comme il les appelle) d'Agathe, lorsqu'elle était venue me parler sur le quai. Il veut aussi tout savoir du Tournoi, surtout des dragons. Il m'a posé quelques questions sur la dernière épreuve. Il a, comme tout le monde, entendu parler de la mort de Cédric Diggory. Je ne suis pas sûre qu'il comprenne l'étendue du débat qui a lieu depuis, par contre. Je pensais que les vacances m'auraient permis de penser à autre chose, mais le retour de Tu-Sais-Qui ne laisse pas de répit, apparemment. Je sais que tu es persuadée que c'est la vérité, mais j'ai toujours du mal à y croire.

Peu importe, je suis sûre que le Ministère saura quoi faire et qu'on finira par l'attraper. Après tout, s'il est vraiment de retour, il ne doit pas être bien en forme.

J'entends Sam qui m'appelle à grands renforts de cris depuis l'autre côté de la piscine. Je crois que je ferai mieux de ranger cette lettre si je ne veux pas qu'elle finisse tremper.

Je t'embrasse,

Amy.

Punition by SunonHogwarts
Author's Notes:
Thème : Ombres sifflantes.
Contrainte de style : Sur un minimum de 100 mots, écrire en boule de neige (première phrase d'un seul mot, la suivante de deux mots, etc...).
Contrainte estivale : Vous devez insérer les termes suivants dans votre texte : sable, vague, grotte, voyager et aventure (le verbe peut être conjugué à n'importe quel temps et les mots peuvent être accordés).

Lorsqu'elles avaient mit les pieds à Poudlard pour la première fois, Amy, Agathe, Tiléa et Melody se doutaient que leur scolarité ne serait pas de tout repos. Tout d'abord, parce que Harry Potter se trouvait dans le même collège qu'elles. Ensuite, parce que depuis que ce même Harry Potter était arrivé à l'école, des choses étranges et effrayantes avaient parcouru les couloirs de pierre. Elles avaient eu vaguement vent d'un combat dans les sous-sols, avaient entendu parler d'un serpent géant gardé caché depuis des centaines d'années dans une pièce inconnue, avaient lu dans la Gazette les nombreux articles sur l'intrusion de Sirius Black et le professeur loup-garou, et avaient elles-même vécu le désastreux Tournoi des Trois Sorciers. Mais dans leur imagination, ces années à Poudlard étaient pleines d'aventures héroïques qui les faisaient voyager dans le monde de la magie, de monstres isolés. Jamais elles n'avaient imaginé une dictature au sein même de l'école, ou le retour du plus grand mage noir de tous les temps. Jamais elles n'avaient souhaité la silhouette menaçante qui grandissait au-dessus du monde des sorciers, ni l'ombre imposante, chantante, avec les intonations sifflantes du serpent, qui menaçait de s'abattre sur leurs vies. Jamais elles n'avaient pensé à la mort, et pas un seul instant la guerre n'avait effleuré leur esprit.


Printemps 1996



Pluie. Fracas assourdissant. Des éclairs foudroyants. Une averse torrentielle continuelle. Des gouttes qui s'écrasaient violemment. Le parc et l'herbe grasse trempés. Un froid mordant inhabituel pour le printemps. Les couloirs aussi glacés que des grottes préhistoriques. Un vent qui faisaient plier les branches des arbres. Les fleurs qui ployaient sous le poids de la tempête. Les chemins du parc inondés sous des torrents de pluie glacée. Des élèves abasourdis devant les orages qui n'en finissaient plus jamais d'éclater. Voilà l'ambiance dans laquelle était plongé le grand château depuis une petite semaine. Et le temps qui régnait dehors reflétait un peu trop bien l'intérieur de Poudlard.

En plein milieu de cette semaine de déluge, Melody avait réussi à se faire coller par Ombrage. Depuis le début de l'année, Amy lui lançait des regards inquiets à chaque cours de Défense contre les Forces du Mal, que les Gryffondor et les Poufsouffle avaient en commun. Jusque là, elle avait réussi à contenir l'expression outrée de son amie en posant une main sur son bras ou en lui lançant un coup d’œil de dissuasion. Mais Melody étant ce qu'elle était, personne ne pouvait repousser bien longtemps la rébellion qui pointait dans son regard.

En plein après-midi apocalyptique, donc, Melody avait bruyamment exprimé ce qu'elle pensait, et la Grande Inquisitrice s'était empressée de la convoquer dans son bureau le soir même.

« Je t'assure qu'elle avait un air satisfait, s'était exclamée Melody lorsqu'elles étaient sorties de la salle de classe.
- Ça ne m'étonnerait pas qu'elle t'ai vu la fusiller du regard depuis septembre, avait répondu Tiléa.
- N'importe qui pourrait tomber raide mort sous ce regard », avait approuvé Agathe.

Melody leur avait tiré la langue et avait donné un petit coup d'épaule à Amy lorsqu'elle avait rit doucement.

Lorsque Melody était revenue, de longues minutes après 22h, plus personne n'avait eu envie de rire.

« Oh Merlin. »

Le murmure de Tiléa était si loin de sa voix claire et sarcastique qu'Agathe et Amy surent tout de suite que quelque chose n'allait pas. Assises sur les marches des escaliers, juste devant la salle commune des Gryffondor, leur inquiétude avait enflé tandis qu'elles attendaient leur amie. Bien sur, les rumeurs des punitions d'Ombrage avaient fait leur chemin, mais elles n'avaient jamais vu leurs traces de leurs propres yeux et ne savaient donc pas vraiment de quoi il retournait.

Melody leva le regard vers ses amies et Amy sentit son souffle se couper dans sa poitrine. Elle avait pleuré, ou se retenait de pleurer. En tous cas, ses yeux étaient rouges et des larmes brillaient sur ses cils. Agathe baissa le regard. La jeune Gryffondor retenait contre sa poitrine l'une de ses mains à l'aide de l'autre, et Agathe la voyait nettement trembler.

« Melody ? » Appela-t-elle.

Son amie ouvrit la bouche pour répondre, sûrement pour dire que tout allait bien, mais Amy ne lui en laissa pas le temps et se précipita sur elle pour lui prendre le bras.

« C'est rien », essaya tout de même Melody.

Mais Amy la força à tendre le coude et à déplier les doigts.

« Qu'est ce que... »

Agathe se leva à son tour, devant l'air ahuri d'Amy, et se pencha elle aussi sur la main de son amie.

« Oh merde... »

Sur la peau de Melody, entre les os de la main, des lettres rouges vif s'étalaient et s'entrecroisaient, rappelant un peu des vagues, comme le faisait toujours son écriture.

« Je dois apprendre à respecter mes supérieurs, lu Tiléa. Oh Merlin. »

Melody replia son bras contre elle d'un geste vif.

« C'est rien, répéta-t-elle.
- Melody, c'est grave ! S'exclama Agathe. Il faut que tu en parles à quelqu'un !
- Et à qui ? Répliqua Melody. A Dumbledore ? Merlin seul sait où il se trouve maintenant.
- A McGonagall, répondit Amy. C'est ta directrice de Maison.
- Et la seule qui ait ouvertement tenu tête à Ombrage parmi les professeurs, reprit Agathe.
- Je suis sûre qu'elle le sait déjà, grommela Melody. Et qu'elle ne peut rien faire.
- C'est scandaleux, s'exclama Tiléa.
- Les punitions corporelles sont interdites à Poudlard depuis des dizaines d'années, renchérit Agathe. Elle n'a aucun droit de...
- Elle a tous les droits ! S'exclama Melody. Vous ne comprenez pas ? Le Ministère l'a envoyée, donc le Ministère approuve ses méthodes. Le Ministère ne veut pas que nous les contredisions, et encore moins que nous nous préparions à la guerre. Oui, Amy, la guerre, parce que si elle planait avant, maintenant c'est sûr, c'est ce qui nous attend. Vous avez entendu parler de l'AD, comme moi. J'ai du mal à croire qu'ils se donneraient tout ce mal pour rien.
- Vous-Savez-Qui est de retour, approuva Agathe en hochant la tête.
- On en sait rien... intervint Amy.
- Réveille-toi Amy ! S'emporta Melody. Le Ministère a peur, c'est tout.
- Il est en train de nous former à lui obéir aveuglément, continua Agathe.
- Il peut toujours essayer », dit Tiléa d'un ton égal, comme si on lui parlait du prochain banquet d'Halloween.

Un silence s'abattit sur l'escalier.

« C'est grave ce qui est en train de se passer, finit par reprendre Melody.
- La guerre ou le Ministère qui prend le pouvoir sur Poudlard ? Ironisa Tiléa.
- Les deux, répondit Agathe.
- Qu'est ce qu'on fait, alors ? Demanda Amy.
- Qu'est ce que tu veux qu'on fasse, soupira Agathe. On attend, et on regarde.
- Compte pas sur moi, marmonna Melody.
- Tu as peut-être raison sur la guerre, Melody, mais j'ai raison sur ça, trancha Agathe d'un ton sec. Regarde-nous, on a douze ans...
- Treize, coupa Tiléa.
- ... On attend, on regarde, on prie pour que le Ministère se réveille à temps.
- Et s'il ne se réveille pas ? Demanda Melody d'un ton de défi.
- Alors on grandira un peu et quand ce sera le moment, on fera notre part. »

Agathe et Melody se défièrent un instant du regard avant que cette dernière ne pousse un soupir résigné.

« Tu as raison, bien sûr. Comme toujours. »

Agathe eut un sourire satisfait en remontant ses lunettes sur son nez.

« Bien. Maintenant, il faut qu'on trouve un moyen de t'arranger ça. Il y a un match de Quidditch dans deux jours.
- Je suis que remplaçante, grommela Melody.
- Et vous allez faire comment si les remplaçants sont aussi blessés que les joueurs parce que ces derniers se prennent des cognards et s'écrasent dans le sable comme ils savent si bien faire ?
- C'est de la terre.
- J'aurai dit de la poussière. »

Melody sourit doucement et se laissa entraîner par ses amies. Bientôt, elles seraient assez grandes, se disait-elle. Bientôt, les ombres qui planaient sur Poudlard prendraient de l'ampleur, et à ce moment là, elles auraient quelques années supplémentaires. Bientôt, elles aussi pourraient se battre. Et Melody n'attendait que ça.


***



GAZETTE DU SORCIER

N° du 17 août 1996 – Trois mornilles


ULTIMATUM MORTEL


Depuis que le Ministre de la Magie a officiellement reconnu le retour de Vous-Savez-Qui, les enlèvements et les disparitions se précipitent. Nous avons déjà à déplorer la capture du plus grand fabriquant de baguette d’Angleterre, du monde peut-être, Garrick Ollivander, et nous avons à craindre que ce ne sera pas la dernière perte d'importance. Les Mangemorts redoublent de férocité et les attaques pleuvent sur le Chemin de Traverse et, même, sur le monde des Moldus.
Mais c'est une toute autre menace que le Mage Noir fait peser aujourd'hui sur notre monde. Ce matin, Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom a posé un ultimatum à notre Ministre de la Magie. Sa demande : la démission de Cornelius Fudge, rien de moins, sous la menace d'un massacre s'il venait à refuser. Suite en page 2.


Page 3 : L'aveuglement de Monsieur le Ministre a-t-il favorisé le retour du Seigneur des Ténèbres ?

Page 5 : Conseils de défense contre les Mangemorts.

Page 7 : Poudlard, un lieu encore sûr ?
Agathe by SunonHogwarts
Author's Notes:

Thème : Soif de vengeance.
Contrainte de style : Insérer un poème en rimes d'au moins quatre verres, réel ou inventé.

Poème en italique : Roman, Arthur Rimbaud (1870).

Contrainte estivale : Votre personnage part en vacances dans un lieu nouveau pour lui ou évoque un endroit où il voudrait se rendre en vacances. Le champ lexical du dépaysement, de l'inconnu, de l'étranger doit être présent.

Agathe n'avait pas voulu changer d'écharpe depuis de bien trop nombreuses années. Pourtant, celle-ci paraissait comme neuve, grâce à la magie. Elle pendait à son côté, se balançant sur sa hanche à chacun de ses pas. Lorsque l'hiver venait, et que la jeune fille pouvait la sortir de son placard, son visage s'éclairait toujours. Elle l'enroulait autour de son cou, la mêlant à ses mèches brunes, et en reniflait l'odeur. C'était un cadeau de son grand frère, qui était tout le temps en voyage à l'étranger, et qui lui manquait beaucoup. Agathe adorait son grand frère. Elle adorait son petit frère, aussi. Elle aimait la sensation de ses cheveux bruns sous ses doigts. Elle aimait la froideur de la lumière des étoiles et le goût du thé, bien chaud. Elle aimait l'odeur de la pluie. Elle aimait ses lunettes qui cachaient ses yeux bleus, qu'elle remontait de temps en temps sur son nez, et ses grosses chaussures bleues foncées, sur lesquelles étaient dessinées des étoiles. Elle aimait les livres de légendes, surtout celtiques et nordiques, sans savoir pourquoi, le silence et parfois, pas trop souvent, la solitude.

Agathe avait été répartie à Serdaigle, et elle avait vivement approuvé cette décision.


Juillet 1997



Agathe n'avait jamais vu un cercueil aussi blanc. A vrai dire, Agathe n'avait pas vu beaucoup de cercueils. Peut-être quelques-uns dans les films moldus dont son grand frère raffolait tant, et peut-être aussi celui de son grand-père maternel, mais elle était trop jeune pour s'en rappeler. Cependant elle en était sûre, du peu de cercueils qu'elle avait vu, aucun n'avait été blanc.

Mais il fallait bien dire que le Professeur Albus Dumbledore n'était, lui non plus, comme aucun homme qu'elle avait jamais vu.

Agathe chercha à tâtons son insigne bleu et bronze et le toucha du bout des doigts, comme s'il avait le pouvoir de la rassurer. C'était sûrement vrai, d'ailleurs. Il avait quelque chose d'habituel, de normal, d'apaisant. Comme les baldaquins de son lit. Comme les canapés bleus de sa salle commune. Comme la surface brillante du lac, les bougies de la Grande Salle, les sourires d'Amy, les soupirs de Melody, les roulement d'yeux de Tiléa. Comme le Professeur Dumbledore. Agathe sentit sa gorge se contracter et elle serra un peu l'insigne contre ses doigts. Sur la petite estrade, les discours se succédaient. Mais Agathe ne pouvait pas détacher son regard du cercueil. Elle ne parvenait pas à imaginer, elle n'arrivait pas comprendre, comment un homme aussi célèbre et puissant que Dumbledore pouvait mourir ainsi, du jour au lendemain. En laissant derrière lui un monde en pleine guerre, des disparitions de plus en plus fréquentes, des sorciers apeurés et perdus.

Agathe savait qu'autour d'elle, d'autres élèves, professeurs, des fantômes même et des hautes personnalités, partageaient sa peine. Certains avaient perdu un ami très cher, un mentor. Agathe, elle, ne le connaissait pas. Elle le connaissait comme tout le monde, elle l'admirait. Elle se sentait protégée par sa présence dans l'école. Vous-Savez-Qui, disait-on, avait peur de lui.

Une pointe de panique, qui l'avait envahie au moment où elle avait apprit la nouvelle et ne l'avait plus vraiment quittée depuis, remonta le long de son estomac. Maintenant que Dumbledore était mort, qui allait protéger l'école ? Qu'est-ce qui empêcherait les Mangemorts de revenir, n'importe quand, maintenant, pour prendre le pouvoir ?
Elle frissonna malgré le doux vent du début d'été qui soufflait sur le parc. Elle connaissait la réponse. Rien. Rien ne serait capable de les maintenir à distance, maintenant, et ce n'était qu'une question de temps. Pour autant, pouvait-elle décider de rester chez elle, l'année suivante ? Elle tourna un regard discret vers ses amies. Que diraient-elles ? Agathe savait déjà que Melody reviendrait. « Même si Voldemort en personne annonce les professeurs au prochain banquet », s'était exclamée son amie. Tiléa ne s'était même pas donné la peine de faire part de sa décision, qu'elle jugeait évidente. Et Amy ? Agathe l'observa un instant. Elle savait que si les autres restaient, Amy ne partirait pas. Le château était sa maison autant que celle de ses parents, avait-elle un jour dit, et on abandonne pas sa maison sous prétexte que quelqu'un veut vous la prendre.

Agathe savait que dehors non plus, rien ne serait en sécurité. Rien ni personne. Elle se mordit la lèvre en pensant à sa famille. Ils étaient des sang-mêlés, et ne risquaient rien, dans le principe. Agathe ne savait pas s'ils essayeraient de s'opposer à Voldemort, mais elle supposait qu'ils ne prendraient pas le risque, pas avec Sam encore à la maison. Si elle-même décidait de ne pas rester les bras croisés, elle les mettrait plus en danger en rentrant qu'en restant.

Elle prit une petite inspiration saccadée et reporta son attention sur le cercueil. Pouvait-elle seulement faire quelque chose ? Serait-elle d'une quelconque aide ? Elle était bien trop jeune pour rejoindre l’organisation dont elle avait vaguement entendu parler. Elle était trop jeune pour tout, et soudain, cela lui parut insupportable. Elle n'en pouvait plus d'attendre.

Une brise vint s'emmêler à ses cheveux et pour la première fois depuis le début de la cérémonie, Agathe releva la tête pour observer les alentours. Tous étaient silencieux, elle le savait. Beaucoup pleuraient, comme elle l'avait deviné, et la majorité respirait le deuil. Mais Agathe fut frappée par autre chose, une chose qu'elle n'avait pas soupçonné, et qui émanait de la foule avec une telle force qu'elle semblait scintiller dans l'air. Elle le vit dans l'éclair qui traversait un regard. Dans un poing serré contre une jambe. Dans une bouche pincée, dans une mâchoire contractée, dans la lueur féroce au fond d'une pupille. Dans une baguette serrée dans une main, dans une respiration déterminée.

« On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans, se rappelait-elle avoir lu un jour.
Un beau soir, foin des bock et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
On va sous les tilleuls verts de la promenade. »


C'était un poème moldu qu'elle avait trouvé dans l'immense bibliothèque de leur vieille maison de vacances. Sa mère soutenait que Rimbaud avait été un sorcier qui n'avait jamais apprit à se servir de ses pouvoirs.

« On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans », disait-il, mais Agathe savait que la guerre pouvait en décider autrement. Dans les expressions de ses camarades autour d'elle, surtout de ses camarades, plus que des professeurs, elle lisait une douleur et un but qu'aucun enfant de dix-sept, quinze ou treize ans ne devrait connaître. Elle lisait quelque chose de confus, quelque chose de sombre, quelque chose qui les ferait avancer, et qu'elle ne comprit pleinement que lorsqu'elle croisa le regard flamboyant d'une Gryffondor de cinquième année. La soif de vengeance. Et elle réalisa soudain que l'on pouvait lire la même chose sur elle, sur son poing serré compulsivement autour de son insigne.

« On est pas sérieux quand on a dix-sept ans. »

Agathe voulait que ce soit vrai. Elle voulait se promener librement sous les tilleuls verts, se laisser griser, divaguer, sentir sur ses lèvres un baiser. Agathe voulait vivre, et vivre pleinement, sans la menace constante au-dessus de leur tête, sans les affres de la guerre qui leur serraient le ventre. Agathe n'avait que quatorze ans, et elle voulait grandir. Elle voulait voyager, partir en Afrique et sentir la chaleur insoutenable contre sa peau. Elle voulait voir la Norvège, finalement, et s’enivrer de la neige, connaître l'Amérique du Sud et ses mets aux goûts épicés, s'envoler jusqu'en Chine et s'enrouler dans leurs soies, visiter l'Inde et apprendre leur langage.

Alors elle trouverait un moyen, avec ses amies, de ne pas rester les bras croisés. Et Agathe savait que la mort d'Albus Dumbledore était une erreur que Voldemort regretterait. Car elle donnerait le courage à des générations entières d'élèves de se soulever.

***




5 août 1997,




Amy,

J'espère de tout mon cœur que tu vas bien. Les nouvelles ne sont jamais très réjouissantes, ces derniers temps, mais j'essaye au mieux de profiter de mes vacances. Nous ne sommes pas partis à l'étranger, cette année. Je crois que mes parents ne veulent pas tenter le diable en se présentant aux frontières. Nous sommes sang-mêlés, mais va savoir ce qu'ils pourraient trouver. Maintenant que le Ministère est tombé, plus rien n'est sûr. Je continue à espérer que Poudlard reste intouché, mais je n'y crois pas vraiment. Peu importe ce qui nous attend là-bas, je suis sûre que ça sera plus dur que ce que nous imaginons.

As-tu des nouvelles de Tiléa et Melody ? Elles devaient m'écrire la semaine dernière, et je n'ai toujours rien reçu. Par les temps qui courent, le courrier se perd sans cesse, mais je préférerai être rassurée.

Je t'embrasse très fort,

Agathe.

Rébellion by SunonHogwarts
Author's Notes:
Thème : Victoire amère.
Contrainte de style : Un quart du texte doit être au présent si vous écrivez au passé, au passé si vous écrivez au présent.
Contrainte estivale : Inspirez-vous de la citation suivante : « Qui chante pendant l'été danse pendant l'hiver » - Esope, Fables. Il n'est pas obligatoire de reprendre cette citation dans votre texte.
Le vent de détermination qui s'était abattu sur Poudlard lors de l'enterrement de Dumbledore n'avait pas été, comme Amy le craignait, balayé par les deux mois d'été. En revanche, les premières semaines de cours l'avait mis à dure épreuve. Agathe avait eu raison de penser que Poudlard ne serait pas épargné. Lorsque le Professeur Rogue s'était présenté, au banquet de début d'année, à la place du directeur, Amy, Agathe, Tiléa et Melody avaient échangé un regard perdu, à travers la Grande Salle. Ou était le professeur McGonagall ? N'était-ce pas son rôle, en tant que sous-directrice, de prendre la relève ? N'était-elle pas tout désignée, avec ses années d'expérience et l'énergie qu'elle consacrait à ses élèves, que ceux-ci lui rendaient par une admiration teintée d'agacement devant la charge de travail ? Pourquoi restait-elle assise à la longue table ? Pourquoi ne clamait-elle pas haut et fort son désaccord, comme elle l'avait fait avec Ombrage ? La réponse vint aux élèves silencieux sous la forme d'une silhouette imposante, une silhouette qu'ils allaient apprendre à redouter, qui patrouillait le long des murs. Quelques sons choqués retentirent dans la salle au fur et à mesure que les élèves comprenaient que des mangemorts faisaient les cent pas dans leur école. Quelques protestations sifflantes fusèrent. Melody se leva à moitié et sa voix résonna biern trop fort au goût de ses amies, qui remercièrent en silence son voisin de la tirer vers le bas. Le professeur Rogue n'eut pas besoin d'élever la voix pour que le silence se fasse. Mais derrière le silence, les gorges grondaient de colère. Sous les tables, les poings se serraient de scandale. Et dans l'air, la rébellion s’immisçait déjà.



Avril 1998




« Les listes des disparus s'allongent chaque jour, et aucun signe d'amélioration ne daigne se montrer à l'horizon. La situation au collège de Poudlard est toujours, selon des sources directes, aussi critique. Les châtiments corporels sont à nouveau au goût du jour, et le directeur Snivellus a même mis au point une nouvelle méthode de travail, aidé par les frangins Carrow : les plus âgés s’entraînent sur les plus jeunes : doloris, et autres joyeusetés. Les élèves qui refusent de s'adonner à ces pratiques subissent les sorts qu'ils auraient dû lancer, et on me dit que les Carrow adorent voir un étudiant se rebeller. Eh bien, ils ne devraient pas se réjouir trop vite, car Poudlard ne se laisse pas faire.

Toujours aucune nouvelle de l’Élu et de ses amis, disparus quelques mois auparavant de la maison dans laquelle ils résidaient. Aux dernières nouvelles, ils s'enfuyaient de la banque de Gringrotts à dos de dragon. J'ai toujours su que ce garçon ferait de grandes choses, pas vrai ?
- Je te l'ai dit en premier.
- Les sorciers encore libres attendent avec impatience et fébrilité leur retour. Le froid et le brouillard qui ont envahit les petites villes ne semblent pas vouloir se rétracter : nous rappelons à ceux qui nous écoutent que ce n'est pas là l’œuvre de la nature mais bel et bien celle des détraqueurs. Nous allons maintenant rappeler les mesures de sécurité nécessaires, et nous vous retrouverons à 21h pour la lecture des listes d'aujourd'hui. »


Neville Londubat tourna la bouton de la petite radio crachotante et les voix de Fred et George Weasley s’éteignirent. Non loin de lui, le visage de Ginny Weasley semblait un peu plus détendu. Il était évident qu'entendre deux de ses frères tous les jours à la radio lui apportait du réconfort.

Le silence se fit dans la Salle sur Demande. Le message de la radio clandestine n'avait rien de rassurant et pourtant, il apaisait chaque jour l'AD. Peut-être était-ce son côté quotidien. Chaque fois, ils se réunissaient autour, et ils pouvaient ainsi vérifier qu'ils étaient tous encore là, qu'ils n'étaient pas trop abîmés, qu'ils n'avaient pas perdu un membre de leur famille. Peut-être était-ce l'humour que les trois garçons arrivaient à diluer dans leurs propos, ou le fait d'entendre des voix familières, qui avaient résonné dans Poudlard lorsque le monde était encore en paix. Le message du soir, lui, était beaucoup moins apaisant. Ils ne pouvaient pas toujours se retrouver pour l'écouter, et l'angoisse d'entendre un nom connu ne les quittait jamais.

Les mains d'Agathe et de Melody se rencontrèrent tandis que Tiléa resserrait le bras qu'elle avait passé autour d'Amy.

« On y retourne. »

La voix de Ginny les sortit du silence dans lequel ils s'étaient plongés. Sans se consulter, les élèves se relevèrent, ramassèrent leur baguette, se placèrent en duo pour des duels ou tirèrent une cible de son rangement. Le brouhaha qui avait remplacé le silence était aussi habituel à leurs oreilles que l'entrée de leur salle commune ou l'odeur de la maison de leurs parents. Agathe enjamba une couchette au sol et Tiléa se baissa pour éviter un hamac. Assis par terre, un élève de deuxième année désinfectait une plaie qui s'étalait sur sa joue. Il avait le même âge qu'elles lorsqu'Ombrage avait prit le pouvoir à l'école. Lorsque l'AD était né, lorsque Melody avait parlé de guerre pour la première fois. A l'époque, Agathe pensait qu'à douze ans, on ne pouvait pas faire grand chose. Aujourd'hui, tout avait changé, et cela lui fit peur.

Melody roula pour éviter le sort qu'une élève de Serdaigle lui lançait et se releva pour la stupéfixier. Assise à une table, Amy confectionnait des onguents et des potions de soin, aidée par un troisième année de Gryffondor. Un peu plus loin, un mannequin en forme de mangemort s'écrasa lourdement au sol, touché de plein fouet par un maléfice. Dans un coin, devant le tableau recouvert de gribouillis, un élève blond rangeait le matériel de radio et de communication. Une jeune fille de Poufsouffle accrochait une brochure de journal sur le grand miroir prévu à cet effet. Bientôt, il n'y aurait plus de place. Sur le miroir d'à côté, de grandes phrases, des citations, des encouragements, des vœux de rétablissement, se mêlaient les uns aux autres. Les membres de l'AD avaient prit l'habitude de laisser des messages là, et il était toujours agréable d'en lire un nouveau. Ils avaient apprit à reconnaître la plupart des écritures et un marqueur ou un rouge à lèvre attendait toujours d'être utilisé, sur une table non loin. Elles avaient toutes les quatre déjà écrit sur la surface réfléchissante, mais c'était le message d'Agathe qui les avaient le plus marquées.

« Qui chante pendant l'été danse pendant l'hiver », avait-elle tracé au feutre doré.

« C'est d'Esope », avait-elle précisé, mais aucune de ses amies ne lui avait demandé de qui il s'agissait, comme elles le faisaient d'habitude.

« C'est beau, avait répondu Amy.
- Je ne suis pas sûre de vraiment comprendre, avait dit Melody.
- C'est une façon de dire qu'on ne peut pas arrêter ceux qui ont décidé d'exister, avait supposé Tiléa.
- C'est une ode à l'expression de la vie, avait renchérit Amy.
- C'est une manière d'assurer que si on ose s'exprimer, on continuera a exister même pendant les périodes difficiles, avait proposé Melody.
- C'est un peu de tout ça, avait murmurait Agathe.
- C'est nous », avait conclu Melody.

C'était les sorts qui fusaient dans la Salle sur Demande, c'était les voix qui sortaient de la radio en crépitant, c'était le gallion qui chauffait dans leur poche et les cibles d'entraînement qui tombaient une à une, comme autant d'ennemis terrassés. Tout ça, c'était eux, chaque acte de rébellion contre les Carrow, chaque centimètre de terrain gagné, chaque visage, chaque duel échangé, chaque victoire, toujours amère, mais toujours victorieuse.

Ils avaient tous chantés pendant l'été et maintenant, ils se devaient de danser tout du long de l'hiver.

***



GAZETTE DU SORCIER

N° du 3 mai 1998 – Trois mornilles


VICTOIRE !


LE SEIGNEUR DES TENEBRES EST VAINCU ! Après deux ans de lutte acharnée, Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom a définitivement disparut. Cette fois, pas de retour, pas de résurrection, pas de troisième guerre ! Suite en page 2.


Page 5 : Quel futur pour Poudlard ?

Page 8 : Liste des morts et disparus de la bataille du 2 mai 1998.

Page 11 : Liste des morts et disparus de la deuxième guerre des Sorciers.
Tiléa by SunonHogwarts
Author's Notes:
Thème : Abus de pouvoir.
Contrainte de style : Au moins un quart du texte doit être sous forme épistolaire.
Contrainte estivale : Inspirez-vous de l'image suivante :

Paysage d'été de Renoir.


Tiléa ne semblait jamais avoir de problème a rendre sa longue chevelure blonde scintillante. Ses mèches ondulées reposaient sur ses épaules avec grâce, entourant un visage pâle et de grands yeux verts. Tiléa était belle, Tiléa était grande. Elle n'était même pas tellement plus jolie que les autres, mais la couleur de ses cheveux et celle de ses yeux, combinées à la façon dont elle marchait comme si rien ne pouvait l'atteindre et à l'indifférence qu'elle semblait accorder aux critiques, lui procuraient une aura presque aveuglante. Tiléa aimait l'ironie, et le regard désemparé des plus âgés lorsqu'elle les remettait à leur place. Elle aimait la couleur du lac lorsqu'il scintillait sous une toute nouvelle couche de glace. Elle aimait les grandes étendues de neige encore intouchées et les stalactites qui s'accrochaient aux branches des arbres, elle aimait les chaussures qui faisaient claquer leurs talons contre le sol sans pour autant être inconfortables. Elle aimait le goût des premières fraises de l'été et l'odeur des roses, le son d'une pluie douce contre les pavés et la vue d'un oiseau qui danse dans le ciel.

Elle était une Serpentard, et peu importe ce qu'on en avait dit pendant de nombreuses années, elle en avait toujours été heureuse.



Septembre 1998




La première fois que Tiléa remit les pieds dans le parc de Poudlard, elle n'en cru pas ses yeux. Tout était là. Les bancs sur lesquels elle s'était assise. Les chemins qu'elle avait emprunté. Les bosquets de fleurs qu'elle avait côtoyé. Les arbres qui lui avaient fait de l'ombre. Le lac. Même le lac, elle n'était pas sûre de le retrouver. Mais tout était là. Derrière elle, le soleil se reflétait contre les carreaux des fenêtres. Les flèches, au sommet des tours, s'élançaient vers le ciel. La porte s'ouvrait et se refermait au gré des élèves. Le vent bruissait sur l'herbe verte et ce simple son rappelait à Tiléa les longs après-midi de printemps qu'elle avait passé avec ses amies, allongées dans une tâche de soleil, assises tout au bord du lac, en tailleur autour de leurs sacs de cours. Quelques fleurs n'étaient plus les mêmes, quelques bosquets avaient changé, et Tiléa comprit qu'ils avaient été détruits dans la bataille et remplacés durant l'été. Elle caressa du bout des doigts une rose rouge. Elle les avait toujours aimées, depuis sa première année. Elle en avait cueillit une, en deuxième année, pour la poser sur sa table de chevet. Elle soupira légèrement. Tout cela lui semblait si lointain.

Elle releva la tête pour regarder autour d'elle. Le parc était silencieux, plus silencieux que d'habitude à cette période de l'année. Comme si les élèves n'osaient pas encore reprendre leur place, parler trop fort, rire avec trop de joie, se promener librement sans regarder sans cesse par-dessus leur épaule. Mais Tiléa savait que ça reviendrait.

Lorsqu'elle était entrée dans le château, une énorme boule pesait sur son estomac. Une boule qui s'était installée dans la nuit du 2 mai et qui avait grossit devant ses camarades qui s'effondraient, devant les statues et son école qui tombaient en morceaux. Durant tout l'été, elle avait eu peur de revenir. Plus peur peut-être que l'année précédente. Elle ne voulait pas voir le château changé, les classes sans dessus dessous, les vitres de la Grande Salle brisées, les cicatrices sur les visages des gens qu'elle connaissait.

Mais le corps professoral et les bénévoles avaient fait un travail de reconstruction spectaculaire durant l'été. Melody avait voulu revenir pour aider aux travaux, et Tiléa l'avait vivement approuvée. Mais les adultes considéraient apparemment que les mineurs en avaient suffisamment vu. Malgré l'interdiction formelle, ils avaient été nombreux à se rendre à la Bataille de Poudlard, comme on l’appelait déjà, et ils avaient été nombreux à tomber. Melody avait protesté, en affirmant qu'ils avaient autant le droit que les autre d'être là, et que sans eux, ils auraient peut-être perdu la bataille. Agathe avait hoché la tête d'un air un peu mécontant, mais avait affirmé qu'ils pensaient bien faire.

« J'en ai rien à foutre », avait déclaré Melody. Agathe lui avait lancé un regard de reproches et Amy avait poussé un soupir résigné en agitant ses orteils dans la piscine.

Tiléa retira sa sandale aux lanières vert anis d'un geste du pied et laissa l'herbe caresser sa peau. Les odeurs qui se mêlaient dans l'air étaient les mêmes, elles aussi, et ce détail plus que tous les autres souleva son cœur de joie. Poudlard ne changerait jamais, et même une guerre ne pouvait l'y forcer. L'aile nord du château était peut-être encore sinistrée, et Tiléa reconnaissait, là-bas, l'endroit où elle avait vu le corps d'un garçon plus jeune qu'elle, lorsqu'elle était passée en courant, mais la nature reprendrait ses droits. Tiléa passa un doigt sur sa hanche, à travers le tissu de sa robe, là ou une longue cicatrice lui rappellerait pour toujours la bataille qu'elle avait livré. Elle n'était pas assez naïve pour penser qu'ils pouvaient reprendre leurs vies comme si de rien n'était. Elle n'était pas assez innocente, plus assez innocente, pour penser que les cauchemars allaient passer ou qu'elle ne frissonnerait pas chaque fois qu'elle passerait près des cachots où étaient enfermés les élèves punis. Pas assez insouciante pour croire que les abus de pouvoirs qu'ils avaient subits, année après année, n'allaient pas laisser de marques.

Mais elle avait aussi assez mûri pour savoir qu'elle était plus forte que ses terreurs nocturnes. Elle tourna le regard et ses yeux tombèrent sur Melody, Agathe et Amy, debout sur les marches qui menaient au parc. Lorsque Tiléa avait dit qu'elle voulait sortir, aucune de ses amies n'avaient esquissé un mouvement pour la suivre. Le parc avait toujours été un endroit que Tiléa avait particulièrement apprécié, et elle avait besoin d'y aller seule pour un moment, pas trop longtemps. Elle savait qu'Amy en avait profité pour aller voir les serres, qu'Agathe était montée tout en haut de la Tour d'Astronomie et que Melody s'était assise dans la Grande Salle en passant ses doigts sur les longues tables.

Tiléa adressa un geste de la main aux jeunes filles, et Melody fut la première à s'élancer vers elle. Elle avait sauté par-dessus la dernière marche, Agathe avait remonté ses lunettes sur son nez, Tiléa avait levé les yeux au ciel et Amy avait ri doucement.

Elles étaient de retour.

***



22 décembre 1998,



Agathe,

Je regrette un peu d'être rentrée pour les fêtes. Poudlard me manque déjà, et ici, les cauchemars sont plus récurrents. C'est drôle, on pourrait penser l'inverse, mais malgré ce qui s'est passé au château, en être loin me rend plus anxieuse encore. Comme s'il pouvait disparaître pendant les vacances, ou comme si je pouvais avoir rêvé toutes les réparations et le retrouver en ruines. Je crois que je crains aussi que le rythme de vie que nous avions retrouvé ne retombe, et que le silence des premières semaines de septembre revienne.

Mes parents m'ont emmenée faire du ski, et je m'ennuie à mourir. J'aime le ski, pourtant, mais l'idée que je pourrai être emmitouflée dans la Grande Salle avec vous me rend triste. Je crois que je suis de mauvaise humeur à cause de ça, et j'ai fini par me prendre la tête avec ma sœur. Mon frère s'en ait mêlé, et ça s'est envenimé – comme chaque fois qu'il se mêle de quelque chose. Du coup, je suis partie, avec mon sac et ma chouette pour seules compagnies, et je t'écris assise sur un rebord neigeux non loin de notre gîte.

Je me rappelle du dernier Noël que nous avons passé, et tout ça me semble si lointain. Je me rappelle des dragons, d'Ombrage, de l'enterrement, de la Salle sur Demande. Je me rappelle de l'arrivée de Durmstrang et Beauxbâtons, des blessures sur la main de Melody, des aurors qui patrouillaient dans les couloirs, des Carrow qui les ont remplacé. Je me rappelle de Cédric, un peu, pas beaucoup, je me rappelle des photos de Sirius Black dans le journal, je me rappelle de Dumbledore, je me rappelle de Colin Crivey, du professeur Maugrey, de Fred Weasley et de sa voix à la radio. Je me rappelle de la première fois où nous nous sommes parlé.

La cicatrice sur ma hanche a recommencé à me lancer, hier soir. Est-ce que la tienne te fait mal, parfois ? Crois-tu qu'il y ai un seul d'entre nous qui ne soit pas blessé ?

Je pensais me sentir mieux, mais m'éloigner du château n'était pas une bonne idée.

Je n'attends qu'une chose, la rentrée, vous revoir.

Je t'embrasse fort,

Tiléa.

Nouvel-an by SunonHogwarts
Author's Notes:
Thème : Double visage.
Contrainte de style : La première phrase de votre texte doit être la dernière phrase d'un de vos précédents chapitres.
Ici, il s'agit de "Tiléa".
Contrainte estivale : Inspirez-vous de la chanson suivante : Summertime – Ella Fitzgerald et Louis Armstrong. Il n'est pas obligatoire de retrouver les paroles au sein de votre texte
Tiléa. Amy. Agathe. Melody. Aucune d'elles n'arrivaient à croire que le jour où leurs parents avaient choisi leur prénom était déjà si vieux. Lorsqu'elles avaient trois ans, l'année 2000 leur paraissait être la chose la plus lointaine du monde. C'était un chiffre tellement rond, tellement différent de ceux qu'elles connaissaient. C'était une date où elles seraient grande, leur avait dit leurs parents. Elles seraient étudiantes, et elles sauraient plein de choses qu'elles ne savaient pas encore, auraient rencontré plein de gens dont elles ne soupçonnaient même pas encore l'existence. Elles seraient les plus belles, bien sûr, leur avaient-ils répété.


31 décembre 1999 - 1er janvier 2000




Le son de la guitare électrique explosa dans la Grande Salle et Melody leva les bras en l'air en criant.

« J'ADORE CE GROUPE, hurla-t-elle par-dessus le vacarme.
- SERIEUX ? Cria Tiléa. Il est pas dissout depuis quarante ans pourtant ! »

Melody se retourna et tira la langue dans sa direction, provoquant un énième roulement d'yeux.

« TOI AUSSI T'AIME BIEN.
- Évidemment. »

Elle eut un sourire fin et tendit une main à Melody. Celle-ci l'attrapa et la tira en avant pour l'emmener au milieu des étudiants qui sautaient dans un rythme désordonné.

« AND LOOOVE MEEE, s'exclamait Melody en bougeant dans tous les sens.
- FOREVEEEER, répondit Tiléa, de manière juste, pour sa part.
- AND EVEEEER !
- AND EVEEEEER ! »

Tiléa tournoya avant de reprendre les mains de son amie. Assises à une table, Amy et Agathe sirotaient respectivement un mojito à la pomme et un mojito aux groseilles, supposés sans alcool, en essayant de discuter.

« Je me sens vieille, disait Amy avec un petit sourire.
- Tu es vieille, répondit implacablement Agathe.
- Merci beaucoup », pouffa son amie.

Agathe haussa les épaules en laissant son regard traîner sur les flocons qui tombaient du plafond magique, sur les murs de glace qui recouvraient la pierre, sur les lumières qui scintillaient dans la salle. Elle avait du mal à se rappeler qu'ils se trouvaient dans la Grande Salle, tant le décor était différent. Les Elfes de Maison et les professeurs s'étaient surpassés : le visage de cet endroit pourtant si familier du château était ce soir complètement différent. Agathe n'aurait jamais soupçonné que la Grande Salle puisse avoir deux facettes.

« Je suis encore plus vieille.
- De quelques mois. »

Agathe réitéra son mouvement des épaules et porta sa paille à ses lèvre. L'écharpe passée par-dessus sa robe noire lui donnait un petit côté décalé qu'Amy admirait.

« J'ai soif, annonça Agathe en reposant le verre qu'elle venait de finir.
- Alcoolique, s'amusa Amy avec un petit sourire.
- A peine. »

Elle quitta la table pour chercher un nouveau verre et Amy remarqua le regard étonné d'un troisième année sur les grosses chaussures bleues, éternellement décorées d'étoiles, aux pieds d'Agathe. Amy sourit un peu en pensant à l'indifférence profonde que cela aurait provoqué chez son amie.

« AMY ! »

La jeune fille sursauta, manquant de renverser son verre, et Melody se laissa lourdement tomber à son côté.

« J'AI TROP CHAUD. »

Tiléa la suivit de peu, prenant la place d'Agathe.

« Elle a bu.
- TOI AUSSI !
- TU SAIS QU'ON T'ENTEND LA ? » Demanda Tiléa en se penchant.

Melody éclata de rire et vola le verre d'Amy.

« Je suis même pas bourrée d'abord. C'est pas drôle. »

Tiléa fit rouler ses yeux tandis qu'Amy riait doucement en récupérant son verre.

« Il est presque minuit, reprit Melody en se faisant de l'air avec une main.
- Elle est où Agathe ?
- Partie boire.
- AH ! Voilà une attitude que j'approuve.
- Pourquoi ça ne m'étonne pas. »

Melody fit un geste grossier en direction de Tiléa.

« Charmant.
- Toujours. »

Melody laissa sa tête retomber contre l'épaule d'Amy et observa un instant la piste de danse, sur laquelle le rythme avait un peu ralentit au son d'une musique plus douce.

« C'est beau, souffla-t-elle, et Amy passa une main dans ses cheveux en souriant.
- Oui, approuva-t-elle. C'est beau. »

Melody leva un peu le regard pour suivre Agathe qui s'asseyait à côté de Tiléa.

« 2000, soupira cette dernière.
- Déjà, renchérit Melody.
- C'est passé vite, reprit Amy.
- Beaucoup trop vite », conclut Agathe.

Amy lui lança un regard amusé. Il était rare qu'Agathe se laisse aller à la nostalgie, mais ce soir, personne ne pouvait y échapper. La musique se finit sur la scène, et quelques notes lentes prirent sa place.

« Oh, j'adore cette chanson ! S'exclama Melody en se redressant d'un coup.
- Encore ? S'amusa Tiléa.
- Alleeez ! »

Elle s'empara de la main d'Amy et l'entraîna vers la piste en commençant déjà à balancer ses hanches et sa tête. Agathe et Tiléa échangèrent un regard et Agathe fit un geste entre la résignation et l'amusement. Elles rejoignirent leurs amies sur la piste et passèrent leurs bras dans leur dos. Bientôt, elles tanguaient toutes les quatre au son de la voix envoûtante d'Ella Fitzgerald et des intonations rauques de Louis Armstrong. La hanche de Melody cognait contre celle d'Agathe, le pied d'Agathe rencontrait celui d'Amy, le bras d'Amy entourait la taille de Tiléa, la main de Tiléa reposait sur l'épaule de Melody. Les notes du saxophone dansaient à leurs oreilles et Amy ferma les yeux un instant, portée par la douceur et la langueur de la musique qui glissait contre les parois de glace.

Un gros bruit de batterie vint couper les dernières notes et Melody se redressa brusquement lorsqu'une voix hurla au micro : « DIX, NEUF, HUIT.. »

Elle poussa un petit cri surexcité et serra compulsivement la main de Tiléa dans la sienne.

« SEPT, s'écria-t-elle.
- SIX, s'exclama Amy.
- CINQ, s’époumona Agathe.
- QUATRE », reprit Tiléa.

Un roulement de batterie résonna contre les murs et Melody sauta sur place.

« TROIS, vibra la salle. DEUX, UN ! »

Quelques notes de guitare sifflèrent dans l'air et les hurlements perçants des élèves les noyèrent.

« 2000 ! Beuglait Melody. DEUX-MIIIILLES !! »

Amy éclata de rire quand son amie l'attrapa pour lui coller un baiser sonore sur la bouche.

« WOUUUU ! »

Elle balança les bras vers le plafond et tourna la tête dans tous les sens, emmêlant ses cheveux bruns. Puis elle attrapa ses amies par la main et les tira de force vers la porte. Elle poussa celle en bois du château et l'air glacé de la nuit les frappa de plein fouet. Elle leur fit descendre les marches, glisser dans la neige, et s'arrêter juste devant le lac qui scintillait sous la glace et les étoiles.

Elle serra les mains d'Agathe et d'Amy dans les siennes et se pencha légèrement en avant pour hurler. Tiléa éclata de rire, puis elle l'imita, suivie par Amy, puis par Agathe qui n'avait pas oublié de lever les yeux au ciel auparavant.

Leurs cris se répercutèrent contre les arbres, sur les stalactites, contre les bancs désertés.

Melody et sa petite robe rouge, Agathe, sa robe noire, son écharpe multicolore et ses grosses chaussures bleues, Amy et sa tenue beige, Tiléa, sa robe classique noire et ses chaussures à talons qui s'enfonçaient dans la neige. Et les quelques flocons qui s'accrochaient dans leurs cheveux emmêlés.

***




GAZETTE DU SORCIER

N° du 7 juillet 2000 – Trois mornilles


MARIAGE HEROÏQUE


Le héros de la deuxième guerre des sorciers a bien essayé de ne pas l'étaler au grand jour, mais l'information ne pouvait pas restée cachée très longtemps : dans quelques mois seulement, nous aurons la joie de célébrer l'union de Harry Potter avec Ginny Weasley, fille cadette de la famille qui s'est rendue célèbre par son implication dans la résistance. Notons, entre autre, la mère de la jeune femme, Molly Weasley, qui a terrassé la tristement célèbre Bellatrix Lestrange. Parlons également de l'implication de Mme Weasley et de son mari dans le premier Ordre du Phoenix. Mais la principale intéressée n'est pas en reste : en effet, lors de sa septième année, elle reprend la bien connue Armée de Dumbledore aux côtés de... Suite en page 2.

Page 5 : La reconstruction de Poudlard presque achevée.

Page 8 : Les lieux de vacances les plus prisés des sorciers anglais : les pays nordiques pourraient-ils détrôner la France ?
Melody by SunonHogwarts
Author's Notes:

Thème : Espoir d'une nuit.
Contrainte de style : Insérez au moins cinq répliques d'une scène de théâtre (réelle ou inventée par vous).

Dialogue en italique : Tite et Bérénie, Pierre Corneille (1670).

Contrainte estivale : Votre personnage fait l'expérience d'une tradition estivale originaire d'un autre pays que le sien (cette tradition peut être réelle ou inventée).

Melody ne s'était jamais demandé ce que les autres pensaient de sa vie. C'était la sienne, de vie. Pourquoi, par Merlin, les gens aimaient-ils tellement commenter des choses qui ne les regardaient pas et que, de toute façon, ils ne pouvaient pas contrôler ? Voilà bien une chose qu'elle n'avait jamais comprise. Melody aimait les groupes de rock que ses parents avaient écouté. Elle aimait le son de l'orage qui se déchaînait de l'autre côté de la fenêtre et l'odeur du feu de bois qui crépitait dans la cheminée. Elle aimait la sensation de ses cheveux bruns contre ses épaules nues. Elle aimait le goût du chocolat chaud encore brûlant contre sa langue et les feux d'artifices, les escapades nocturnes et le frisson que procurait le rire.

Melody était une Gryffondor, et rien n'aurait pu la rendre plus fière.


Juin 2001



Melody ferma les yeux et les rayons brûlants du soleil transpercèrent ses paupières. Elle leva un bras pour se protéger, par réflexe. Elle avait trop chaud, beaucoup trop chaud. Le soleil tapait sur le château et son parc depuis de longues semaines, et même la plus légère des robes ou le plus fin des shorts ne suffisaient pas à s'aérer.

Allongée dans l'herbe, non loin d'une tâche d'ombre qu'elle n'avait pas la force de rejoindre, Melody profitait de la mi-juin avec ses amies.

« Je suis en train de fondre », souffla Agathe en agitant une feuille devant son visage.

Amy lui répondit par un gémissement et Tiléa fit un geste vague pour attraper une bouteille d'eau avant d'abandonner.

« Du vent, par pitié », s'exclama Agathe, et Melody se demanda où elle puisait tant de force.

Mais aucune d'entre elles ne bougea, ni ne suggéra de se mettre à l'abri entre les murs de Poudlard ou au moins de rejoindre le couvert d'un arbre. Elles se contentèrent d'attendre, somnolant à moitié, que le crépuscule pointe le bout de son nez. Avec lui, une légère brise fit son apparition, et Melody la sentit avec soulagement caresser ses jambes nues. Elle souleva son débardeur sur son ventre et étendit les bras.

« Je revis », murmura-t-elle.

Elle rouvrit enfin les yeux. Le soleil avait amorcé sa descente depuis un moment déjà, mais ses rayons ardents n'avaient pas cessés de les aveugler. A présent, il touchait presque terre, plongé dans une marre rosée et rouge. Il se perdait à l'horizon et baignait le paysage de couleurs pourpres qui s'accrochaient à quelques lambeaux de nuages et aux reflets dans le lac. La première fois qu'elle avait vu un coucher de soleil à Poudlard, elle avait tout juste onze ans. A présent, elle en avait presque dix-huit. Elle avait trois amies et un diplôme en plus, mais aussi des cauchemars et deux belles cicatrices, une sur l'épaule et l'autre sur la cuisse. Elle fit un geste inconscient vers la première. Elle avait apprit à s'habituer à son tracé dans sa peau et à sa couleur rose. Elle savait qu'aucune des deux ne partiraient jamais, mais cela ne lui posait pas vraiment un problème. Elle leva le bras, comme si elle pouvait attraper l'oiseau qui passait loin au-dessus d'elle.

« C'est drôle de penser que dans cent ans, quand on sera plus là depuis longtemps, d'autres élèves vont s'allonger ici-même pour regarder le même soleil dans le même paysage.
- Et dans trois cent ans, quand on sera plus que de la poussière, et dans mille ans, quand notre nom de famille n'existera peut-être même plus, continua Tiléa.
- Mais vous êtes horribles ! S'exclama Amy.
- Oui, Flavian, c'est à faire à mourir, déclama Agathe, et Melody poussa un grognement sonore.
La vie est peu de chose, et tôt ou tard, qu'importe
Qu'un traître me l'arrache, ou que l'âge l'emporte ?
Chaque instant de la vie est un pas vers la mort.

- Ta gueule, coupa Melody.
- C'est réconfortant ! » Intervint Tiléa au même moment.

Un rire les secouèrent avant qu'Amy ne reprenne : « Je préférerai quand même que l'âge m'emporte, si c'est possible.
- L'emporte, corrigea Agathe.
- Vous en avez encore beaucoup des sujets de conversation comme ça ?
- C'est toi qui a commencé ! »

Melody protesta vivement qu'elle n'avait parlé ni de mort, ni de poussière ni de famille éteinte.

« J'ai dit quand on sera plus là, rappela-t-elle.
- Ce qui équivaut à dire, quand on sera mortes, rétorqua Agathe, pragmatique.
- Oui, mais pas de manière aussi déprimante ! »

Comme pour marquer ses paroles, le soleil finit de glisser contre le ciel et disparut complètement à l'horizon. Un bleu plus foncé envahit peu à peu le patchwork du ciel et la température baissa nettement. Melody écouta le calamar géant clapoter à la surface du lac tandis que Tiléa et Agathe se lançaient dans un débat sur les avancées de longévité. Allongées toutes les quatre sur le dos, en cercle, elles ne pouvaient pas se voir mais n'en avait pas besoin pour deviner ce qui se passait. Par exemple, Melody savait à sa respiration calme qu'Amy venait de s'assoupir. Elle entendait le sourire fin de Tiléa dans sa voix et devinait à la façon dont son bras bougeait les fois où Agathe remontait ses lunettes et les fois où elle dégageait son front d'une mèche de cheveux bruns. Elle se doutait que Tiléa voudrait bientôt se relever parce qu'elle avait replié sa jambe, et savait qu'Agathe l'avait comprit aussi car elle avait un peu basculé la tête pour regarder son amie.

« On va marcher ? » Proposa Tiléa quelques minutes plus tard.

Amy ouvrit doucement les yeux et Melody se releva. La chaleur accumulée dans la journée lui donna un instant l'impression d'avoir la tête lourde, mais le vent chassa rapidement la sensation.

Dans quelques semaines, la fête de fin d'année avait lieu. Melody ne savait pas encore comment elle parviendrait à dire adieu au château. Il faudrait quitter les salles de classe dont elle connaissait chaque recoin, jusqu'aux endroits où le soleil tapait à chaque heure de la journée. Il faudrait abandonner les soirées comme celle-ci dans le parc et les baignades dans le lac. Il faudrait aussi regarder une dernière fois les sangliers ailés qui surplombaient le portail et les potions qui s'étalaient dans les cachots. Elles allaient quitter tous les visages familiers, de leur année et des années en-dessous. Et un jour, dans un futur pas si lointain, il n'y aurait que des inconnus entre les murs de Poudlard. Il faudrait également renoncer aux matchs de Quidditch. Melody était enfin devenue titulaire deux ans plus tôt, et elle n'avait aucune envie de ne plus jamais voler sur le terrain qu'elle connaissait si bien.

Elle leva le regard vers les grandes fenêtres du château et posa ses yeux sur chaque lueur de bougie qui se reflétait derrière les carreaux. Elle était passée des dizaines de fois devant toutes ces torches, sans jamais leur accorder une grande importance. Elle se promit d'y faire plus attention, les prochains jours, ainsi qu'à tous les détails qu'elle n'avait peut-être pas remarqué, tous les tableaux qu'elle n'avait jamais vu, toutes les gravures qui n'avaient pas retenu ses yeux.

Sans s'en rendre compte, Melody avait laissé ses amies prendre de l'avance et elle couru pour les rattraper.

« Vous parlez de quoi ? »

Elle écouta la réponse de Tiléa d'une oreille distraite. Elle avait hâte de voir ce que leur réservait le monde extérieur.

***




15 juillet 2001,



Tiléa,

Nous sommes arrivés en Égypte il y a quatre jours, et je ne sais déjà pas comment je vais faire pour survivre à la chaleur. Tu te rappelle des semaines de canicule à Poudlard ? Multiplie-les par dix. J'ai l'impression d'irradier des volutes de chaleur. Le soleil tape inlassablement sur le sable et j'ai plus bu pendant ces quelques jours que pendant le reste de ma vie.

C'est très beau, mais j'attends impatiemment de retrouver la pluie et le brouillard anglais.

Le village dans lequel nous restons est très accueillant, et les gens très gentils. Bien plus que nous avec les touristes, je peux te le dire, et bien plus encore que les Parisiens à qui nous avions eu le malheur de demander notre chemin.

S'il y a bien un chose à laquelle je ne pourrai pas me faire ici, c'est la rareté de leurs orages.

Hier soir, nous avons assisté à une fête traditionnelle. C'était vraiment magnifique, un peu effrayant, plein de lumières et d'ombres, de contes anciens peuplés de personnages qui meurent violemment, de plats épicés. Si j'ai bien comprit ce que nous a expliqué une des villageoises, c'est une fête d'été, qui célèbre la chaleur de la terre et la présence du soleil. Je demanderai à Agathe, mais je pense que c'est une cérémonie exclusivement sorcière.

Il fait si chaud que ma main glisse sur ma plume. Je vais retourner me plaindre à grands renforts de cris.

J'attends avec impatience nos vacances ensemble,

Je t'embrasse,

Melody.

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