Au son des tambours by Maloux
Summary:

Après la Guerre, et malgré la chute de Voldemort, la haine à l'encontre des Serpentards est décuplée, et à Poudlard leur vie devient particulièrement difficile.

Le destin -ou le choixpeau magique- a décidé d'envoyer Abigail Turner, une né-moldue, dans cette maison désormais violemment haïe par les trois autres. Sa rentrée vire au cauchemar, loin, très loin, de ses attentes quant à la découverte de ce nouveau monde gouverné par la magie.

Sa vie prend un tournant indésiré, martelant son caractère jusqu’à ce qu’elle se relève, raillant les coups et injures. …Si elle trouve la force de se relever.

 

Crédits : Illustration d'Abigail Turner par MxPrime2. Montage par Maloux.


Categories: Durant Poudlard, Autres fics HP Characters: Personnage original (OC)
Genres: Autres genres
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 24 Completed: Oui Word count: 151218 Read: 9317 Published: 05/10/2017 Updated: 05/02/2020

1. Prologue by Maloux

2. Chapitre 1 : Chute dans les abysses by Maloux

3. Chapitre 2 : Immersion glaciale by Maloux

4. Chapitre 3 : L'étau by Maloux

5. Chapitre 4 : L'espoir fait mal by Maloux

6. Chapitre 5 : Au fond du gouffre, il n’y a qu’une seule sortie by Maloux

7. Chapitre 6 : une routine difficile by Maloux

8. Chapitre 7 : padam padam padam by Maloux

9. Chapitre 8 : Hararei by Maloux

10. Chapitre 9 : Humiliation publique by Maloux

11. Chapitre 10 : Sang-de-bourbe by Maloux

12. Chapitre 11 : saor-làithean by Maloux

13. Chapitre 12 : Tristes pantins by Maloux

14. Chapitre 13 : Tombée de rideau by Maloux

15. Chapitre 14 : Eutla by Maloux

16. Chapitre 15 : Le voile de l'insouciance by Maloux

17. Chapitre 16 : Une routine difficile by Maloux

18. Chapitre 17 : Quidditch by Maloux

19. Chapitre 18 : Neiges à Poudlard (bonus) by Maloux

20. Chapitre 19 : Le Match de Quidditch by Maloux

21. Chapitre 20 : A travers leurs yeux by Maloux

22. Chapitre 21 : Premier baiser et conséquence by Maloux

23. Chapitre 22 - Vacances by Maloux

24. Chapitre 23 : Echapée Nocturne by Maloux

Prologue by Maloux
Author's Notes:

Crédits : Illustration d'Abigail Turner par MxPrime2. Montage par Maloux.

 

05-10-2017

Bonjour à tous et à toutes !
Il s'agit de ma première fic, j'ai encore du mal à comprendre comment les choses fonctionnent et surtout comment m'organiser. Donc je vais tâtonner un peu, pour la longueur des chapitres, le style, l'histoire, etc.
Tous les conseils, remarques et autres sont plus que bienvenus !

Le personnage principal est mon invention, tout comme la déclinaison de l'univers. J'avais envie d'un truc un peu sombre et injuste, qui soit finalement assez loin d'un happy end après la Guerre contre Voldy, et voir comment une personne jetée en pâture aux requins pouvait s'en sortir (et oui, j'espère bien qu'elle va s'en sortir).
L'univers appartient à JK Rowling.

Je vous souhaite une bonne lecture !

 

 

-TURNER, ABIGAIL.

La voix sévère se répercute sur les hauts murs de la salle avant de se perdre dans la Voie Lactée qui les couronne, parsemée de bougies qui illuminent la scène avec discrétion. Une frêle silhouette sort du rang et s’avance en direction de l’estrade.

Dans l'immense pièce, le silence se fait et chacun observe avec curiosité la jeune fille qui approche du tabouret. Elle n’a rien de particulier, de taille moyenne, la peau claire, de longs cheveux châtains et lisses. La tenue qu’elle porte, neuve de quelques jours à peine, est identique à celle de tous les autres élèves.

L’enfant -puisqu’à onze ans à peine elle en est encore une- vient de rejoindre le siège en bois et s’y assied avec précaution avant de lever les yeux vers le professeur au visage strict qui dirige la cérémonie de répartition. L’enseignante tient un chapeau rapiécé à bout de bras, et Abigail, qui a vu ses camarades passer tour à tour sur ce tabouret, sait ce qu’il va se passer. Elle va coiffer ce chapeau effrayant puis il ouvrira la bouche afin d’annoncer quelle sera sa maison.

Sa maison, son école… Poudlard. Abigail peine à le réaliser, mais la magie existe et elle va l’apprendre. Tous ces inconnus, autour d’elle, sont des sorciers, tout comme elle. Fille de parents moldus, l'enfant ignore tout de sa future école, de ses cours, des sorciers et de leurs coutumes… En cet instant, elle est loin d'être rassurée. Dans le train, elle était à côté de jeunes qui, tout comme elle, arrivaient en terrain inconnu puisque c'était leur première rentrée, mais ils connaissaient déjà l’école de nom et de réputation. Ils l'avaient rassurée et elle les avait écoutés avec grande attention. Toutefois, elle est désormais seule. Seule sur ce tabouret inconfortable, faisant face à l’école tout entière, une myriade d’yeux curieux et observateurs la fixant.

 

Inspirant profondément, la jeune fille ferme les yeux pour tenter de maîtriser la peur qui s’insinue lentement en elle. Ses mains deviennent moites tandis qu’elle les pose sur le rebord du tabouret, de chaque côté de ses cuisses, afin de s’y agripper discrètement.

Abigail Turner rouvre les yeux, des yeux bleus cerclés de vert, et parcourt l’assemblée silencieuse du regard tandis que les pas du professeur résonnent sur le sol en marbre, en s’approchant d’elle. Le claquement régulier de ses talons prend fin, mettant un terme à l’attente de l’élève qui préfère refermer les paupières tandis que le chapeau lui glisse sur le sommet du crâne.

Il est grand, et… Elle n’a pas le loisir d’étoffer ses pensées qu’une voix envahit dans son esprit.

"Intéressant…"

Sursautant, la jeune Turner s’agrippe un peu plus fort au tabouret, alors que les jointures de ses mains blanchissent à vue d’œil.

"Jeune demoiselle, tu me sembles avoir toutes les qualités pour être acceptée chez Serpentard…"

Le chapeau parle. Un premier choc pour la née-moldue qui essaye pourtant de se remettre rapidement de sa surprise pour appréhender ses propos. Elle fronce les sourcils, désormais dissimulés sous les imposants rebords du chapeau, cherchant à se souvenir. Dans le train, son nouvel ami, Shaun lui a parlé des quatre maisons. Chacune a ses propres couleurs ainsi que ses qualités. Elle s’était alors sentie l’âme d’une Gryffondor, ceux à la bravoure exceptionnelle et…

"Et bla bla bla."

Serrant les dents, la jeune fille réalise que le chapeau, non content de parler dans sa tête, entend également tout ce qu’elle pense. Et qu’il se moque d’elle. Vexée, Abigail le boude mentalement, bien qu'elle doute que cela ait un quelconque effet. Mettant fin à son comportement enfantin, le chapeau reprend la parole, d’un ton plus conciliant.

"Écoute petite. Tu possèdes le courage d’un Gryffondor, je ne peux le nier, mais tu possèdes également la curiosité et l’intelligence des Serdaigles ainsi que les valeurs des Poufsouffles."

La jeune fille est perdue, elle ne comprend pas, et elle a peur. Si elle a toutes ces qualités, pourquoi l’envoyer chez les Serpentards ?... Elle en a vaguement entendu parler lors du trajet en train, mais elle a surtout vu l’accueil que leur réservent les autres élèves.

Leur table, au contraire des trois autres maisons, est presque vide et uniquement trois élèves y ont été envoyés. Seul le premier a semblé se réjouir de son attribution, et personne dans la salle n’a osé applaudir aucun de ces étudiants lorsqu’ils se sont dirigés vers leur table.

Alors… La demoiselle essaye de comprendre, elle organise ses pensées de manière cohérente faisant fi de sa peur.

Après elle il ne reste plus que quatre élèves, et la répartition est largement inégale. Est-ce la raison pour laquelle cette… chose désire l’envoyer chez les verts et argents ? Peu importe ses qualités, il désire homogénéiser un minimum la répartition ?

Le soupir du chapeau résonne dans son esprit, corroborant son hypothèse.

"En partie…"

Il semble à la jeune Abigail que la voix est plus fatiguée que quelques instants au paravent, comme si elle était lasse.

"Tous les jeunes semblent avoir peur d’être un Serpentard et même si leurs esprits feraient d’eux des élèves exemplaires de cette maison, ils protestent à grands cris –enfin, grandes pensées puisque l’on discute par pensée- et refusent catégoriquement cette option. Ils me forcent la main. Qui suis-je pour obliger un élève à rejoindre une maison qui le terrorise ?"

L’enfant reste silencieuse, ne comprenant pas parfaitement ce que lui raconte l’étrange couvre-chef. Mais on lui a appris la politesse, si bien qu’elle écoute patiemment ce que l’objet a à lui dire.

"Mais toi, jeune Turner, tu es différente. Tu n’as pas envie de rejoindre Serpentard, mais tu n’en as pas peur non plus. Est-ce du courage ou de l’inconscience, je l’ignore, mais l’inconnu ne t’inquiète pas. Tu sais -je viens de le voir- que, quelle que soit ta maison, tu apprendras et tu seras une bonne élève. Tu possèdes également une force de caractère suffisamment forte pour faire face à toutes les épreuves qui se dresseront sur ton chemin, et je ne doute pas qu’elles seront nombreuses.  Sache que Serpentard n’est pas une punition, il s’agit d’une opportunité. Ton opportunité pour faire changer les choses, montrer à tous qu’ils ont tort."


Elle a peur.

Abigail Turner a peur.

Peur parce que les mots du chapeau sonnent étrangement juste et la galvanisent. Peur parce que son destin est en train de se jouer. Peur de la direction que prend cette conversation et de ce qui en résultera.

Tandis que chacun de ces mots se fichent dans son cœur, elle se prépare -vainement- à ce qui va suivre. Le choix de sa maison.

Une larme roule sur sa joue, témoin de sa détresse, tandis que le couperet tombe.

-SERPENTARD !

Le chapeau a parlé, son sort est scellé.

 

 

 

***

 

 

La Grande-Bretagne a été sur le devant de la scène pendant la guerre, plongée au coeur du chaos, sous les projecteurs. Les moldus n’ont pas été épargnés pourtant leurs pertes sont presque dérisoires en comparaison de celles des sorciers. Leur monde a été ravagé, et, au lendemain de cette guerre, tous pleurent au moins un de leur proche.

Poudlard s’est transformé en un champ de ruines où plane l’odeur de la mort. Symbole de leur survie, mais également apothéose de l’horreur, de la douleur et de la folie. Folie des Mangemorts, mais également, et en moindre mesure, des survivants. Folie apportée par la perte d’êtres chers, douce et bienfaisante. Folie qui réclame vengeance. Folie assaisonnée de rancœur et qui crie justice.

 

La Justice entame donc ses procès. De nombreux procès, de toutes les personnes étant impliquées de près ou de loin dans les atrocités commises au nom de Celui-dont-on-ne-devait-prononcer-le-nom. Mais les jugements finissent par être troublés par cette envie de punir. Il n’est plus question d’être mesuré, mais d’être exemplaire. Montrer ce qu’il se passe lorsqu’on s’en prend à la communauté toute entière des sorciers est devenu le but de ces procès. Ou plutôt devrions-nous dire de ces funèbres mises en scène.

Les journaux diffament tandis que les conclusions des enquêtes se bâclent. La désinformation commence. Il n’est plus question de vérité, mais de soulager la peine et la fureur des citoyens britanniques.

Des mandats d’arrêt internationaux sont lancés tandis que les procès s’enchaînent, condamnant la presque totalité des individus jugés : mort ou emprisonnement à Azkaban, et quelques très rares fois, libération sous caution. Mais quelles vies sont celles de ces hommes et femmes relâchés, lorsque leurs connaissances leur tournent le dos les jugeant coupables ? Car dans la rue, le Bien reprend le pouvoir et compte purger le monde de tout partisan, ou même aspirant, à la magie noire et à ce culte du Mal. Une réponse extrême qui fait plus de mal que de bien et qui fait chuter Serpentard au fond du gouffre.

Il ne faut que peu de temps pour qu’une idée se généralise et qu’elle devienne vérité. Une vérité trouble et éloignée de la réalité… Mais qu’importe, les associations d’idées sont les plus fortes et bien plus simples à être adoptées par les Britanniques. C’est ainsi que Salazard Serpentard, du moins son héritage et sa réputation, se retrouve au plus bas. La déchéance pour ce fondateur de Poudlard ainsi que pour tous ceux qui ont un jour été dans sa maison. La grande majorité de ces élèves ont été jugés, ou du moins été au centre d’une investigation. C’est la maison qui a le plus failli à Poudlard. La maison des traîtres. La maison des lâches. La maison de ceux qui ont abandonné leurs frères lors du combat. La maison des partisans de Lord Voldemort.

Des idées fausses, mais tellement rassurantes pour tout un chacun. C’est la faute des Serpentards. Tom Jedusor -même si rares sont ceux à connaître sa véritable identité- était un Serpentard, tout comme nombre de ses fidèles.

 

Alors, lorsque Poudlard rouvre ses portes huit mois plus tard, tout est différent.

Les seuls élèves autorisés à y retourner sont ceux n’ayant pu achever leur année scolaire à cause de la guerre. L’union entre les quatre maisons n'est plus qu'un écran de fumée. Des charbons ardents. Il s’agit désormais d’une famille détruite par la guerre où le frère est montré du doigt. Les idées ont fait leur chemin et les préjugés ont balayé les années à se côtoyer : Serpentard est responsable.

 

À la rentrée suivante, le 1er Septembre 1999, seul un tiers de la maison verte et argentée subsiste, les persécutions en ont découragé plus de la moitié.

Parmi les nouveaux élèves effectuant leur première rentrée à Poudlard, seuls quatre d'entre eux seront envoyés chez Serpentard, accentuant plus encore l’inégalité entre les différentes maisons. Et l’une de ces quatre brebis égarées se trouve être Abigail Turner.

 

La balance est faussée et le déséquilibre créé. Les injustices peuvent reprendre sous couvert de la Justice et du Bien.

 

 

End Notes:

[Edit relecture 20/08/2019 : Calliopere <3]

 

Voilà pour un premier chapitre, que j'imagine plus court que les suivants (à moins que la longueur soit idéale ?). Il s'agit de planter le décor à l'aide d'un narrateur extérieur, avant de poursuivre l'aventure dans le corps d'Abigail Turner.

N'hésitez pas à commenter, ça me ferait grandement plaisir de lire quelques retours et d'avoir des avis et conseils.

Sur ce : à bientôt !

Chapitre 1 : Chute dans les abysses by Maloux
Author's Notes:

05/10/2017

Voici donc un premier vrai chapitre, qui, je l'espère, vous plaira.

Je tâtonne quant à l'univers, étant peu habituée et, ne nous mentons pas, une pas-si-adepte-que-ça de Harry Potter. Ca manque de détails à mon goût mais j'essayerais d'y remédier par la suite.

Bonne lecture !

 

On lui retire le chapeau de la tête et la lumière de la salle l’aveugle un instant. Papillonnant des yeux, Abigail Turner ne distingue que vaguement les silhouettes immobiles des autres élèves, ainsi que le silence de la salle qui lui semble assourdissant.

Son esprit demeure figé, pétrifié par la peur qui lui tord désormais les entrailles. Heureusement qu’elle est assise, sinon il y a fort à parier que ses jambes auraient flanché, tandis qu'elle demeure assise elle ne fait que devenir livide.

À ses oreilles, son sang tambourine, comme pour la sortir de sa torpeur, mais c’est peine perdue. Sur l’ordre discret de la maîtresse de cérémonie, la jeune Turner se lève et se dirige vers la table des verts et argents, comme un automate.

Le chemin lui semble terriblement long.

Ses yeux clairs glissent sur tous ces visages, cherchant un regard auquel se raccrocher. Peine perdue, tous lui semblent austères et malveillants. Elle se détourne des élèves afin de chercher du réconfort vers la table des professeurs, et plus particulièrement le professeur Brown, l’homme plutôt sympathique qui était venu lui annoncer chez elle qu’elle était une sorcière et qu’elle allait devoir aller dans une école de magie. Elle a besoin de la bienveillance qui caractérise cet homme svelte. Abigail repère rapidement la chevelure de feu du professeur, mais celui-ci au contact des yeux de sa protégée semble sortir de sa torpeur et évite son regard. Se reprenant rapidement, ses yeux auparavant doux deviennent froids et lointains. Ceux-ci se perdent dans la contemplation de la salle tandis qu’une moue que l’enfant ne parvient à identifier se peint sur son visage.

Le cœur de la jeune fille se fissure et la peur lui broie le cœur, l’abandonnant à son sort. L’abandonnant à la tourmente qui couvait dans la salle. À la haine et au mépris de chacun. À son avenir, soudainement sombre et terrifiant.

 

Finalement, les secondes cessent de s’étirer et le temps reprend son cours. L’esprit d’Abigail semble réintégrer son corps lorsqu’elle atteint la table des Serpentards. Elle s’assoit à côté des nouveaux et prend ensuite le temps de regarder les autres élèves de sa maison, notant leurs mines renfrognées et leurs sourires sincères bien que peu chaleureux. Regrettent-ils qu’elle soit à Serpentard ? Regrettent-ils le comportement de leurs camarades ? Des questions dont elle craint les réponses.

Reportant son attention sur la répartition qui suit son cours, elle sourit tristement lorsque tous sont finalement répartis et qu'aucun ne rejoint sa table. À croire qu'ils ne seront que quatre en fin de compte... Elle se demande alors, si le Choixpeau -puisque c’est ainsi que l’appellent les autres élèves assis à sa table- a également essayé de les convaincre de rejoindre la maison Serpentard. Elle s'interroge ensuite, lequel de ses trois camarades a une âme adaptée à cette maison ? Ou, comme elle, n’ont-ils pas eu la force de rejeter le choix du Choixpeau ?

Curieuse, la jeune fille dévisage les nouveaux. Ils sont regroupés en bout de table et s’observent en coin, n’ayant pas le courage de lancer la conversation. Le préfet en chef de leur maison met fin à cette situation désagréable et se présente de manière succincte, leur demandant immédiatement après avoir révélé son nom lesquels d’entre eux sont des sangs purs.

Le garçon qui a été le plus enthousiasme à rejoindre cette maison -son nom de famille commence par un B, mais Abigail n’a pu réussir à le retenir à cause du stress qui l’étreignait alors- hoche vivement du chef tandis que ses deux autres camarades baissent piteusement la tête. Les regards de toute la tablée se portent désormais sur elle, Abigail Turner, attendant avec curiosité mêlée d’impatience sa réponse.

La jeune fille prend son courage à deux mains avant de demander d’une voix faible mais intelligible :

- Ca veut dire quoi être un sang pur ?

Le silence qui s’abat à la fin de sa question sur la tablée Serpentard est encore plus terrible que celui qui a suivi son attribution.

Les regards de tous les membres de sa maison sont figés, certains semblent même laisser transparaître du dégoût. Mais l’enfant ne comprend pas. Même ses camarades de première année semblent réaliser la gravité de sa question, mais... pas elle. On lui a toujours dit qu’il n’y a aucun mal à poser une question, mais en cet instant, elle en doute.

-Une née-moldue chez les Serpentards… On aura tout vu.

Fronçant les sourcils, la nouvelle dite « née-moldue » tourne la tête vers le garçon qui vient de parler. Il secoue la tête en l’observant, toutefois bien que son ton soit mordant, ses yeux semblent pétiller, comme si cette situation était amusante.

Le silence est demandé par le directeur de Poudlard avant qu’Abigail ne puisse questionner qui que ce soit, puis, après quelques mots de bienvenue succincts, le repas se matérialise devant élèves et professeurs. L’enfant écarquille les yeux devant une telle effervescence de nourriture, et non leur apparition subite -après tout, il s’agit de Magie, faire apparaître/disparaître des objets doit probablement être courant. Il y a de quoi nourrir toute une armée, et peut-être même deux ou trois et les plats sont particulièrement variés. Il y en a pour tous les goûts. Elle se demande un instant comment pourront-ils tout manger… Que se passera-t-il avec les restes ? Tous les repas sont-ils identiques ?

Voyant le plat de purée de… potiron ? Carottes ? Se vider à vitesse grand V, l’Anglaise ne tarde pas un instant de plus et se sert une portion raisonnable, bien décidée à goûter à la majorité de ces mets, si son estomac le lui permet.

Avec l’arrivée des plats les discussions reprennent, et elle en profite pour demander discrètement à son voisin de droite ce qu’il s’est passé, pourquoi sa question a été si mal vue. Qu’est-ce un « né-moldu » ? Son voisin ne prend même pas la peine de finir sa bouchée -tirant une grimace de dégoût à la jeune Turner qui trouve ça absolument répugnant de pouvoir observer la mastication d’un humanoïde d’aussi près- et lui répond dans des termes approximatifs.

- Les ch-angs purs ch-ont les dé-ch-endants des ch-or-ch-iers, depuis des ch-énéra-ch-ions ils ch-ont tou-ch ch-or-ch-iers, tu vois.

L’enfant avale sa bouchée et se resserre en poulet, celui qui baigne dans une sauce jaune clair.

- La plupart des sangs-purs sont persuadés d’être meilleurs et plus purs que tous les autres : les sangs-mêlés qui ont un papa sorcier et un non-sorcier, et les né-moldus qui n’ont aucun de leurs parents sorciers. C’est devenu un tabou avec la guerre, et… les sangs-purs sont généralement envoyés chez Serpentards, jamais un né-moldu n’a été envoyé ici…

Le garçon enfourne une fourchetée impressionnante de poulet et de riz aux légumes dans sa bouche, recommençant à parler la bouche pleine et rendant la compréhension plus difficile.

- Enfin de ch-e que ch-ai compris, à la mai-ch-on on parle pas trop de ch-a, tu ch-ais. Ch-u-ch-te que les fidèles de tu-ch-ais-qui -Abigail ne sait pas qui, mais rest muette, les yeux sur le poisson qui git dans son assiette- étaient pratiquement tou-ch de Ch-erpentard, ch-est pour ch-a que les ch-ens ne nous ch-aiment pas.

Les sourcils froncés, la jeune fille essaye de comprendre ce que lui raconte son voisin, mais… c’est peine perdue. Sa mastication y est fortement pour quelque chose, mais elle n’ose pas lui en faire la remarque et se contente d’hocher la tête. Finalement celui qui s’est moqué d’elle un peu plus tôt vint à sa rescousse. Il se présente aux nouveaux, les informant qu’ils peuvent l’appeler Nail, et il explique à Abigail un peu plus clairement le concept de sang-pur et tout ce qu’a tenté de dire son camarade avant qu’il ne s’étouffe avec l’os de vœux. Il s'attarde un long moment sur une question primordiale, les raisons pour lesquelles les gens ont si peur de Serpentard.

C’est un mélange de peur et de haine. Le pire qui soit.

 

 

***

 

 

Le repas est gargantuesque. Les plats vides disparaissent afin de permettre à d’autres plats de les remplacer. Ignorant de quoi seront faits les prochains jours, Abigail imite ses camarades et mange au-delà du raisonnable, jusqu’à avoir l’impression d’être sur le point d’exploser.

 

Lorsque tous les élèves présents dans la grande salle sont rassasiés, sonne l’heure du départ. Les bancs raclent contre le sol dans un orchestre de crissements tandis que les capes bruissent dans l’air. 

Tous les élèves des différentes maisons sortent de la grande salle en discutant allègrement alors que les Serpentards restent assis, et Abigail en fait de même. Les sourcils froncés, elle observe ses camarades, essayant de comprendre pourquoi eux demeurent immobiles, mais échoue. Elle n’ose pas parler devant les visages fermés des plus âgés. Lorsque le préfet en chef annonce leur départ, tous se lèvent rapidement et les petits nouveaux le suivent avec obéissance.

Leur petit groupe se dirige rapidement vers les escaliers et descend vers ce qui ressemble à des sous-sols. Un chuchotement lui informe qu’il s’agit de cachots. Frissonnant, Abigail resserre les pans de sa cape autour d’elle et observe les lieux qui se dévoilent à elle.

- Voici la salle commune des Serpentards. N’oubliez pas le mot de passe pour y accéder, cette année il s’agit de…

Le préfet en chef fait une brève pause, puis crache le mot, avec un dédain évident.

- Traître.

La foule frémit et la nouvelle élève sent également que les choses ne sont pas vraiment en leur faveur. Ils sont détestés alors qu’ils sont innocents. Pourquoi Abigail serait-elle une traîtresse alors qu’un mois plus tôt elle ignorait encore l’existence de la magie ? Une pointe de frustration vient désormais amoindrir la peur qui l’enveloppe depuis qu’elle avance dans les couloirs humides et sombres des cachots avec ses camarades.

- Les chambres des garçons se trouvent par ici, le préfet désigne un couloir dans lequel se trouvent plusieurs portes, et celles des filles par là, il pointe rapidement du doigt l’autre couloir qui donne sur la salle commune. Pour continuer avec les informations de base, ne vous promenez jamais seul, et évitez d’être moins de trois. À la moindre parole de travers, exercice raté ou regard mal-interprété, cela signifiera des points en moins pour Serpentard. Personne ne nous fera de cadeau, pas même notre directeur de maison… Donc, tenez-vous à carreau. Ah ! Et gardez en tête que les sabliers peuvent être négatifs, autrement dit, il se peut qu’à la fin de l’année nous soyons en dessous de zéro. Sur ce : restez en vie, l’année va être longue.

Un discours terrifiant pour une gamine de onze ans qui se retrouve plongée dans un univers inconnu. Et pire encore : il s’agit d’un pensionnat, autrement dit, elle passera ses jours et ses nuits ici. L’idée a de quoi l’effrayer et maintenant que l’excitation de découvrir ses pouvoirs se dissipe, il ne lui reste que la pure réalité…

Tardant quelques secondes à quitter ses pensées, Abigail réalise que tous ses frères de maisons s’éparpillent, y compris Nail avec qui elle aurait aimé discuter plus, afin de mieux comprendre la situation. Se retrouvant seule au milieu de la pièce, elle se décide à aller voir sa chambre. Elle est la seule fille de son année, donc elle n’a pas à la partager avec qui que ce soit. Ce qui lui semblait être une bonne nouvelle s’avère bien moins enchanteur lorsqu’elle découvre la fameuse chambre. Elle n’a plus aucun doute qu’il s’agisse de cachots. La chambre est dotée deux petites fenêtres en hauteur, semblable à des soupiraux, et de murs en pierre. Une pierre qui lui semble humide. Et il n’y a pas la moindre ampoule, ni interrupteur. La jeune fille réalise un peu plus tard que l’éclairage se fait à l’aide de bougies, et qu’elle ne sait pas comment les allumer. Soupirant, elle sent que cette année ne sera vraiment pas de tout repos… Saisissant un bougeoir elle retourne dans la grande salle afin de demander de l’aide aux plus âgés et d’éventuellement réussir à discuter avec eux, parce qu’elle a beaucoup de questions.

 

 

***

 

Lorsqu’elle se glisse finalement sous ses draps, Abigail se sent seule. Terriblement seule.

La flamme vacillante de sa bougie peint des ombres mouvantes sur les murs, tamisant l’ambiance et la rendant propice aux mauvais rêves. Non, elle ne veut pas dormir, pas seule. Elle ne veut pas se retrouver dans le noir total, sans aucune présence rassurante à ses côtés. Elle se souvient du regard sarcastique que lui avait lancé Bowerst (quelle étrange idée que de s’appeler par son nom de famille) lorsqu’elle avait demandé l’autorisation de partager la chambre des garçons de son année, dont il faisait partie. Elle avait alors rougi et baissé le nez avant de tourner les talons. Après tout, ce ne doit pas être si terrible que de dormir seule dans un tel lieu. Elle y survivra.

Mais maintenant qu’elle y est, elle en doute. Le noir ne l’a jamais rassurée et elle aime que la lumière de la lune filtre à travers les volets de sa fenêtre. Mais la lune ce soir semble absente. C’est la bougie allumée qu’Abigail se prépare à dormir, se promettant que dès le lendemain elle s’installera dans la chambre des garçons, même sans leur accord.

 

End Notes:

Edit relecture 20/08/2019 : Calliopere <3

Chapitre 2 : Immersion glaciale by Maloux
Author's Notes:

07/10/2017

 

Abigail écarquilla les yeux, incapable de lutter contre l’émerveillement qui s’insinuait en elle. Immobile, elle continuait de fixer le spectacle qui se dévoilait sous ses yeux.

-Bienvenue sur le Chemin de Traverse, Mademoiselle Turner.

La voix du professeur Brown sembla la tirer de la rêverie qui s’était emparée d’elle dès que le passage secret s’était révélé. L’homme avait tapoté quelques briques avec assurance et sous les yeux suspicieux d’Abigail et de son père, John, les blocs rouges s’étaient, à leur plus grande surprise, agités afin de laisser un passage vers… Une rue magique. Une ruelle secrète en plein cœur de Londres. Si les Turner avaient ignoré la présence de la magie dans le monde, ils auraient cru se retrouver plongés dans un James Bond.

Le professeur de Poudlard, chargé d’accompagner la jeune Abigail dans sa découverte du monde sorcier et de la préparer à sa rentrée prochaine à l’école de sorcellerie, ne s’attendait pas à produire un tel effet. Plus personne ne bougeait. Il se racla la gorge, les incitant à passer d’un geste de la main.

Abigail referma la bouche, se remettant doucement de la surprise qui l’avait assaillie, et sentit la main de son père crispée sur son épaule, témoin du stress qui l’habitait. Elle avait beau être jeune, elle comprenait ce qu’il devait ressentir. Découvrir un Nouveau Monde, dissimulé au milieu du leur, avait de quoi déranger, même si elle trouvait ça assez cool. Un sourire étira ses lèvres tandis que son père reprenait également ses esprits. Il lui tapota l’épaule d’un geste paternel qui avait probablement pour but de le rassurer lui et de l’encourager à passer de l’autre côté du mur. Quelques mots chuchotés parvinrent à l'oreille d'Abby.

-Quand il faut y aller…

-Faut y aller.

La voix de sa fille était forte et allègre, ce qui contrastait avec celle de John aux sonorités plutôt incertaines. Tandis que leur guide les précédait, la jeune fille leva les yeux vers son père et lui sourit, lui insufflant son énergie et surtout la joie qui vibrait dans chacune des cellules de son corps. Attrapant son bras, elle l’entraîna sur le fameux chemin de Traverse.

 

 

 ***

 

 

Abigail tire la langue et se concentre sur le parchemin posé sur sa table. Après trois jours de cours, écrire avec une véritable plume lui semble toujours aussi délicat. C’est pour la jeune fille un art où il faut être souple du poignet et avoir la main légère, tout ce qu’elle n’est pas. Elle a tendance à se crisper sur le manche et à écrire de manière brusque, si bien qu’il lui arrive régulièrement de trouer son parchemin, ce qui la frustre plus encore. Un cercle vicieux.

Mais pour ce second cours d’histoire de la magie, elle a décidé de s’appliquer, quitte à écrire plus lentement. Elle peste mentalement une nouvelle fois à l’encontre des sorciers et de leur sérieux retard quant à la modernité puis songe à apporter un stylo « made in moldu » à la prochaine rentrée, même si d’ici là elle espère sincèrement avoir réussi à dominer sa plume d’oie.

Après avoir écrit le nom du professeur et précisé qu’il était mort, ce qu’elle trouve totalement ahurissant et exceptionnel, Abigail se concentre en sélectionnant uniquement les mots clefs. Elle a compris dès le premier cours que ce professeur est… particulier. Et pas uniquement parce que l’on peut voir à travers. Il est terriblement soporifique. Ennuyeux à mourir.

 

***

 

Après une heure de cours, Abigail décroche et jette un coup d’œil à ses camarades serpentards. Luke Medley et Phil Mc Caster sont assis côte à côte, en pleine confection de sarbacanes et de boulettes de papier dont le stock est déjà conséquent. Sentant le regard de la jeune fille, Luke relève la tête et leurs regards se croisent. Un sourire complice est échangé.

Luke est, parmi les trois serpentards de son année, celui avec qui elle s’entend le mieux et le seul à l’appeler par son diminutif, Abby. Étant un sang mêlé et doté d’une grande patience, c’est lui qui se charge d’expliquer les différences entre le monde moldu et sorcier à Abigail, en y ajoutant souvent quelques remarques personnelles qui la font rire aux éclats. Leurs fous rires sont nombreux et même si son ami semble timide au premier abord, la jeune fille a rapidement compris que ce n’est qu’une façade qu’il se donne en cours. Jamais il ne répond aux questions des professeurs, même s’il a la réponse, ce qu’Abby trouve frustrant. Elle a toutefois renoncé dès le second jour de classe à lui faire changer d’avis, car le sorcier lui a expliqué de manière simple qu’il n’est pas fait pour être un bon élève et qu’il préfère largement chahuter avec Phil. C’est pourquoi les deux sang-mêlés s’installent généralement côte à côte, afin de planifier leurs futures bêtises et de bousculer l’ordre qui règne généralement en classe.

Il faut avouer qu’Abigail est un bon public. Son côté garçon manqué prend le dessus et elle s’entend à la perfection avec les deux comiques de leur petite bande. Si elle leur souffle parfois quelques idées ou améliorations à leurs plans grotesques, elle n’y prend jamais totalement part, peu désireuse de donner aux élèves des autres maisons une raison supplémentaire de les détester. De plus, contrairement aux autres de la bande, elle prend bien plus de temps à réaliser ses devoirs, et passe toutes ses soirées à essayer de combler son retard.

Abigail reprend contact avec la réalité et le cours qui continue de se dérouler de manière monotone, lui assurant ce qu’elle avait compris dès la première heure de classe : ce n’est pas avec le professeur Binns qu’elle va combler ses lacunes en Histoire de la magie, malheureusement. Elle soupire, songeant qu’elle est bonne pour se plonger dans de nombreux livres d’histoire afin de trouver des réponses, même partielles, à ses multiples questions…

 

Une voix répond au long soupir de la jeune fille et la tire de ses pensées, la faisant sursauter sur sa chaise.

-Ce cours est une véritable torture…

Se tournant brusquement vers son voisin de droite, Abigail dévisage Bowerst, surprise d’entendre le son de sa voix. Elle n’est d’ailleurs pas la seule, puisqu’elle aperçoit du coin de l’œil les deux autres Serpentards tourner la tête dans la direction du sang-pur, le dévisageant avec ahurissement. La jeune Turner referme la bouche et fronce les sourcils, se demandant comment réagir. Bowerst est hautain et peut ne pas décrocher un mot de la journée, alors pourquoi en cet instant gâche-t-il sa salive pour faire un commentaire qui ne soit pas calculé ni méchant à son encontre? Car c’est le seul à ne pas apprécier la jeune fille, du moins à donner l’impression qu’elle le répugne et à grimacer de temps à autre lorsqu’il la voit. Abby hoche la tête en signe d’affirmation, ignorant que répondre. Elle sait que Bowerst écoute toutes les conversations et même s’il donne l’impression d’être imperméable à leurs propos, il les grave dans sa mémoire.

Un garçon étrange.

Mais ils forment une équipe, et Abigail pardonne à Bowerst ses écarts, ou se contente de l’ignorer. Elle n’est pas rancunière et préfère faire des efforts pour souder leur petit groupe. Petit groupe qui reste ensemble tout au long de la journée, puisqu’elle dort désormais dans le dortoir des garçons. Bowerst a protesté le premier soir, mais la jeune fille ne s’est pas laissée faire et l’a invité à dormir seul dans une cellule des cachots. Désormais, c’est naturellement que les quatre partagent leur chambre, sans se préoccuper d’avoir un dortoir mixte.

Ledit dortoir, qui comporte quatre grands lits, est bien plus chaud et chaleureux que la chambre où la jeune Turner a passé sa première nuit. Ici, chacun personnalise un bout de mur, il y a quelques photos, quelques posters sportifs, quelques décorations aux couleurs de leur maison et trois grandes pochettes de disques de groupes moldus, que le frère d’Andy a discrètement glissé dans son sac avant qu’elle ne parte. Mais elle les garde cachées au fond de son sac, roulées en boule dans son armoire avec les quelques possessions moldues qu’elle a emportées : cassettes, walkman et autres objets qui méritaient d’être soustraits à la curiosité de ses camarades de chambre.

Même si elle les adore, Abby ne se sent pas de partager ses petits « trésors », craignant qu’ils ne se moquent, ne les lui volent (ou empruntent pour une longue durée) ou autre. Ils ont beau bavarder même après avoir soufflé les chandeliers, elle préfère garder certaines choses secrètes.

 

 ***

 

Sortant du cours d’Histoire de la magie avec précipitation et soulagement, les serpentards respirent plus librement et échangent quelques commentaires sarcastiques, savourant l’étonnante participation de Bowerst.

Jusqu’à ce jour, aucun d’eux n’a eu à souffrir de manifestations hostiles des autres élèves. Tous leurs cours sont en commun avec d’autres maisons, mais les autres élèves de première année semblent méfiants et non méchants. Quelques chuchotements ou insultes les accompagnent parfois dans les longs couloirs en pierre de Poudlard, mais la petite bande n’y prête pas vraiment attention.

En fait, ils en viennent à oublier l’une des principales recommandations de leur préfet, faite le premier soir.

 

Ne jamais se promener seul.

 

 

***

 

Relevant la tête, Abigail remarque une silhouette familière, un peu plus loin. Shaun, le garçon avec qui elle s’est liée d’amitié dans le train. Il a été envoyé chez Poufsouffle, et depuis ce soir-là ils ne sont pas reparlés. L’occasion ne leur avait pas été offerte, jusqu’à présent. Elle imagine que son ami du train va prendre sa place auprès du professeur Binns, d’ici une dizaine de minutes, et quant à elle, elle a une heure de libre, initialement prévue pour étudier à la bibliothèque. C’est l’occasion idéale pour saluer son ami, dix minutes lui semblent entièrement suffisantes.

Turner abandonne sa bande afin d’aller le saluer. Se dirigeant seule avec sa cravate verte et argenté nouée autour du cou au milieu des jaunes et noirs, elle ne réalise pas que tous les regards se tournent vers elle et qu’ils sont peu avenants.

Non, Abigail ne voit que le visage de Shaun qui vient de l’apercevoir. Elle lui offre un large sourire et continue de s’approcher, même si sa progression semble plus difficile. Les autres élèves se mettent sur son chemin, l’agaçant prodigieusement. Levant les yeux au ciel, Abigail tourne la tête afin de chercher un chemin de substitution, puis sent l’inquiétude s’insinuer en elle lorsqu’elle réalise qu’elle est encerclée. Il n’y a aucun chemin naturel. C’est comme s’ils avaient fait exprès…

 

La marée se referme sur elle, et elle remarque soudain que ces élèves plus âgés et plus grands qu’elle ne sont plus des Poufsouffles.

Rouges et or.

Gryffondors.

 

Quelques insultes fusent, mais Abigail les ignore, cherchant du regard son ami. Ses yeux trop concentrés à fouiller la foule ne voient pas le pied tendu qui se met en travers de son chemin. Elle sent une légère pression dans son dos, bat des bras afin de tenter de rétablir son équilibre, mais elle se sent basculer vers l’avant. Ses mains tentent de la retenir en accrochant ceux qui l’entourent, mais quelques coups l’en empêchent et elle s’écrase face contre terre, serrant les dents afin de refouler autant que possible la douleur causée par l’impact. Le sol est lisse et la serpentard ne s’égratigne que légèrement, mais une chaussure lui marche accidentellement dessus, bientôt suivie d’une seconde, puis d’une troisième.

La panique l’envahit, la peur laisse un goût amer dans sa bouche tandis qu'elle sent les larmes lui monter aux yeux. Tentant de se relever précipitamment, Abigail aperçoit entre les jambes qui se dressent autour d’elle Shaun. Leurs regards se croisent une fraction de seconde, suffisamment pour qu’elle ne manque pas sa réaction. Il se détourne d’elle. Il ne l’aide pas. Il tourne les talons, l’abandonnant à la terreur qui commence à faire trembler ses membres.

Elle réussit à se relever en trébuchant, dans un ultime sursaut pour prendre la fuite. Prête à jouer des coudes, elle est cueillie par un poing. On la bouscule de nouveau, elle chute, on la frappe, on lui crache dessus, on la frappe encore, on l’insulte. Abigail se recroqueville au sol, tentant de se protéger de son mieux en position fœtale. Les larmes coulent tandis que la douleur lui vrille le crâne et lui brûle le corps tout entier.

 

 

End Notes:

Edit relecture 21/08/2019 : Calliopere <3

Chapitre 3 : L'étau by Maloux
Author's Notes:

14/10/2017

 

Bonjour !

Je viens de voir 100 lectures pour ma fic et.. whoua ! Je me sens toute chose ! Merci à vous, et j'espère que ce début vous a plu ! Et si vous voulez que je me sente encore plus "chose", vous pouvez laisser une review ;)

Merci à toi, Helwige, Pour m'avoir laissé un commentaire, ça fait chaud au coeur !

 

Donc voici la suite, écrite avec cette musique en boucle (pour si vous désirez la mettre en accompagnement) : Eminem - Mockingird

https://www.youtube.com/watch?v=S9bCLPwzSC0

 

 

 

Quelques coups frappés à la porte firent lever la tête d’Abigail Turner. La voix de sa mère résonna derrière le battant en bois, répondant à son interrogation muette.

-Abby, je peux entrer ?

Lui répondant par l’affirmative, la jeune fille se releva, délaissant pour quelques instants les tas de vêtements formés tout autour d’elle. Elle nota que sa mère avait les bras chargés et qu’elle s’arrêta sur le pas de la porte, comme surprise de trouver un tel désordre. Mais pour Abby, c’était un désordre ordonné. Enfin, de là à ce que sa mère le comprenne.

-Je t’apporte quelques trucs à ajouter à ta valise, j’ai pensé que ça te serait utile.

Malgré le sourire et l’amabilité de sa mère, l’apprentie sorcière lui jeta un regard noir, vexée par ses propos.

-Je peux faire ma valise toute seule maman, je suis grande.

Ses mots furent crachés avec agacement, et Abigail croisa les bras sur sa poitrine. Sa mère soupira discrètement et fit preuve de diplomatie, comme toujours. Elle parvint à se frayer un chemin jusqu’au lit où elle posa les différents paquets qu’elle portait, puis se tourna vers celle qui préparait activement son départ du cocon familial. Elle plongea ses yeux verts dans ceux de sa fille, réalisant qu’elle lui ressemblait énormément, malgré ses cheveux lisses, qui étaient aux antipodes de sa crinière difficilement disciplinable. Seul Andrew, son fils, avait hérité de son imposante chevelure bouclée, et elle ne savait pas si elle devait en être soulagée ou peinée.

- Abby. Sa voix était douce et elle posa tendrement sa main sur l’épaule de sa fille. Tu vas partir loin de nous, pendant très longtemps alors il est normal que je veille à ce que tu n’oublies rien, afin que ton séjour soit le meilleur possible. Je te propose juste de t’aider, et je pense qu’à deux on réussira à faire en sorte de ne rien oublier. Mais c’est toi qui vois.

Sentant une pointe de culpabilité naître en elle, Abigail baissa les yeux, sachant parfaitement que sa mère n’avait aucune mauvaise intention, mais elle désirait tellement faire les choses elle-même, leur montrer qu’elle savait se débrouiller toute seule.

Hochant mollement de la tête, la jeune fille accepta finalement l’aide de sa mère, un peu à contrecœur, et ensemble elles rangèrent les piles de vêtements dans le grand sac de voyage qu'elle emportait, ses négociations pour avoir une valise neuve ayant échouées.

 

Vêtements, chaussures, affaires de toilette et toutes les fournitures présentes sur la liste de classe trouvèrent rapidement une place dans le sac, et Abby montra fièrement à sa mère sa baguette, une nouvelle fois, en lui expliquant les particularités comme l'avait fait le vendeur quelques jours auparavant. Sa baguette lui permettrait d’utiliser son potentiel au maximum, car elle était puissante, et l'objet lui serait fidèle. Les mots sonnaient dans sa bouche un peu étrangement, mais la joie qui l’inondait lorsqu’elle tenait le bout de bois en main lui faisait oublier tous ses tracas. C’était sa baguette. Elle était simple et élégante.

Un sourire éblouissant aux lèvres, Abby finit par ranger sa précieuse baguette dans son écrin de protection, et le glisser dans une poche latérale du sac. L’enfant nota la tristesse qui voila momentanément les yeux de sa mère, même si cela fut fugace et qu’un sourire étira également ses lèvres. Elle ne tarda pas à tendre à sa fille une petite bourse en cuir, l’informant qu’il s’agissait des dernières pièces qu’il restait de l’argent que son père avait échangé à la banque sur le chemin de traverse, après avoir effectué tous leurs achats.

-Prends-la, on ne sait jamais.

Suite à quoi, elle lui présenta les différents objets qu’elle avait apporté avec elle, de la lessive, des serviettes hygiéniques –car ma fille, tu deviendras dans les mois qui viennent une femme, et j’ignore comment font les sorcières, mais ceci te sera vital à ce moment-là- quelques médicaments, des aiguilles et du fil… Et une peluche. La peluche favorite d’Abby en fait. Un lapin poilu et tout doux, qu’elle appelait Poppy.

-Non maman, je ne le prendrais pas avec moi.

Le ton de la jeune fille était franc, elle n’emporterait pas son doudou. Il était hors de question de se ridiculiser, elle devait montrer qu’elle n’était plus un bébé.

-Abby … je sais que tu ne dors plus avec, mais… C’est une manière de te souvenir de nous. Il t’aidera, il sera là pour toi si on te manque….

La voix de sa mère mourut, certainement à cause de l’émotion. Sa fille l’observa, sentant sa gorge se nouer à son tour et les larmes lui monter aux yeux. Ils allaient lui manquer, tellement… Mais elle ne voulait pas le doudou. Son esprit chercha un objet de substitution et trouva. La chemise de bûcheron de son père, dans l’entrée. Il la portait lorsqu’ils allaient faire du camping, et elle gardait perpétuellement l’odeur du sapin, de la tourbe et du feu de bois, le tout agréablement mélangé à son parfum, car c’était dans ses bras qu’elle trouvait le plus de réconfort. Dans la force qui l’entourait qu’elle se sentait protégée et heureuse.

-Tu nous manqueras… Tu me manques déjà Abby.

La voix trembla et Abigail se jeta dans les bras de sa mère, tandis que les larmes perlaient à ses yeux. Elles restèrent de longues minutes ainsi, profitant des bras de l’autre, savourant cet instant et leur proximité. Dès le lendemain, tout serait différent. Abby partirait. Loin. Très loin. Personne ne savait où, ni vraiment avec qui, et encore moins pour quoi faire.

La sorcière comprenait la peur de ses parents de la laisser partir vers l’inconnu ainsi, et elle la partageait, tout comme la tristesse qui lui enserrait le cœur à l’idée de passer près de quatre mois sans ses parents. Jamais elle n’avait été autant séparée d’eux.

Mais son cœur, lui, bondissait. Elle avait hâte. Elle était fébrile malgré sa peine. Elle allait apprendre à faire de la magie, rencontrer d’autres jeunes comme elle… Elle adorait déjà Poudlard.

 

 

 

***

 

 

Abigail attrape un balai dans la réserve et reste proche de Luke. La joie qu’elle éprouvait deux semaines auparavant à l’idée de voler sur un balai s’est atténuée. Pour cause d'intempérie, leur premier cours de vol a été reporté et l’humeur de la serpentarde est désormais plus sombre qu’à la rentrée.

La tête baissée, elle ne la relève qu’à l’arrivée de Phil. L’envie de le taquiner en essayant de deviner son nom complet -qui doit fort probablement être très ridicule, comme Philibert ou Philitrucide- a disparu. En fait, elle remarque simplement la sucette qu’il a en bouche et se fige. L’angoisse l’assaille tandis qu’elle baisse de nouveau les yeux.

Elle la connaît cette sucette. Elle aussi en a reçu une.

Elle ne pose aucune question à propos de l’absence de son ami aux deux cours précédents... Elle sait.

L’infirmière, Madame Pomfresh, semble être la seule personne dans cette école à ne porter aucun préjudice à sa maison, et à même faire preuve d’une certaine amabilité à leur égard. C'est elle qui distribue les sucettes aux élèves qui sortent de son infirmerie. Peut-être s'agit-il de tendresse à leur égard.

Mais qu’importe, lorsqu’ils se trouvent devant elle, sous la bienfaisance de sa baguette, c'est qu'il est trop tard.

La gorge nouée, la jeune fille emboîte le pas à ses camarades qui se dirigent vers le professeur qui les attend, au milieu de l’herbe.

 

Son esprit est fébrile, elle se sent détachée du cours. Qu’importe.

Elle se souvient. Le cours de botanique ce matin. La professeure qui demande à Phil de rester. Leur groupe qui s’éloigne à contrecœur lorsque la femme leur fait remarquer que leur ami ne risque rien. Mensonge.

Il ne risque peut-être rien avec elle, mais dès qu’il sort, hors des serres… C’est une autre affaire.

Un sifflement tire Turner de ses sombres pensées et elle réalise qu’elle n’a rien écouté. Elle jette un coup d’œil à ses camarades qui allongent désormais leur balai sur le sol. Les imitant, elle se baisse rapidement et espère ne pas avoir été remarquée. Peine perdue. Les Serdaiges face à elle l’observent. Elle sent leur regard sur elle. Ils la brûlent, mais elle les ignore. Elle reporte son attention sur l'enseignante.

Elle est habituée.

Abigail inspire fortement, essayant de chasser l’angoisse qui s’empare de nouveau d’elle, comme une mauvaise habitude qui refuse d’être chassée. Elle revient toujours au galop.

 

 

***

 

 

Le balai d’Abigail reste fixement au sol, refusant de bouger. Ceux de ses trois compagnons s’élèvent déjà dans les airs, certains plus assurément que d’autres. Luke est de loin le plus à l’aise, son bout de bois flotte à dix centimètres de sa main, sans bouger d’un cheveu.

La jeune Turner se concentre, de son mieux, mais rien ne se passe. Elle a juste froid aux doigts. Elle jette un coup d’œil aux élèves en face d’elle et note que tous ont déjà fini l’exercice, avec plus ou moins de brio. Mais qu’importe, ils ont réussi, eux.

Un chuchotement la tire de sa morne contemplation, l’empêchant de songer qu’elle n’a rien à faire ici, qu’elle est désespérément nulle.

-Ne te préoccupe pas d’eux. Concentre-toi sur le balai. Sur sa force vitale, sur la tienne et ta volonté. Tu veux que ce balai vole, alors cesse de penser et ressens la magie qui fluctue en toi et dans le manche de ce piteux balais.

Abigail tourne la tête vers Luke, il a le regard fixé devant lui, mais elle sait qu’il l’observe du coin de l’œil. Elle baisse les yeux sur son balai, comme un enfant pris en faute. Elle inspire et recommence l’exercice, ignorant la fatigue de son bras, et les crampes qui chatouillent ses doigts. Malgré tous ses efforts et ses froncements de sourcils, rien ne se passe.

-Fais voler ce maudit balai, Abby

La voix est sifflante, presque menaçante, et la jeune fille remarque que son ami a tourné la tête vers elle. Elle sent l’énergie affluer en elle, cette colère qui gronde en elle, elle est prête à réussir.

Sa main se crispe, sous l’effet de la colère qui fait palpiter son cœur et contracter ses muscles. Le balai tressaille. Sentant la victoire poindre son nez, Abigail se concentre, jusqu’à ce qu’elle réalise que tous les regards, absolument tous, sont posés sur elle. La professeure s’est même approchée et l’élève distingue ses pieds dans son champ de vision. Le silence règne et la pression l’étouffe. La peur la déconcentre, le balai retombe mollement au sol tandis que le désespoir s’empare de tout son cœur.

-Ce n’est rien mademoiselle, tout le monde n’y arrive pas du premier coup. Continuez à vous entraîner, prenez votre temps, vous y arriverez. Les autres, enfourchez votre balai.

Toute la classe suit les instructions, claires et concises, tandis qu’Abigail se consume de honte, le visage probablement cramoisi et le regard rivé au sol. Sa main tombe lourdement le long de son corps alors que tous les autres élèves passent la jambe par-dessus le manche.

Elle sent à peine la pression sur son épaule de Luke, et demeure immobile. Les autres s’envolent. Abigail continue de fixer le balai.

 

 

***

 

 

Le balai n’a toujours pas bougé, à l’image d’Abigail Turner.

L'enseignante lui jette parfois des coups d’œil mais ne s’occupe pas d’elle. Les autres volent autour de la jeune fille, faisant virevolter ses cheveux dans le vent. Dès que l’enseignante lui tourne le dos, quelques Serdaigles aventureux foncent en piquée vers elle, mais Abigail demeure immobile. La tête basse et le regard rivé sur la pelouse, soudainement si fascinante. Elle sent les élèves la frôler. Ses cheveux se font emporter par les appels d'air et lui fouettent le visage, mais elle ne les attache pas.

 

 

***

 

 

Le cours se termine enfin, et la jeune fille se penche pour ramasser son balai, puis se glisse entre ses camarades serpentards, profitant de leur présence afin de se dissimuler. Elle aimerait disparaître. Elle aimerait ne jamais avoir été une sorcière. Elle aimerait fuir, loin. Mais elle ne fait rien, elle n’espère plus. Aucun de ses amis ne prononce le moindre mot. Il lui semble les voir un peu tendus, mais n’y prête pas grande attention, elle vient d’entendre une nouvelle insulte. Puis deux. Oh, des mots discrets, murmurés dans le vent, mais la jeune fille sait qu’ils n’ont pas besoin de lui être hurlés au visage pour qu’ils lui portent un coup. À peine revenue dans le château, la rumeur se propage, et Abigail sait qu’il ne faudra pas beaucoup de temps, avant que tous connaissent l’histoire. Phil marche à son côté, le même air apeuré sur le visage, la même hâte de rejoindre leur dortoir, de se soustraire à ces regards haineux, à ces paroles coupantes, à ces insultes blessantes, à tout ce qui les brise, petit à petit.

 

 

***

 

 

Allongée sur son lit, Abigail laisse ses larmes couler. Elle est montée directement, sans s’attarder dans la chambre commune ni même songer à aller dîner, elle se retient depuis trop longtemps. La solitude la poignarde, le rire de son frère lui manque cruellement, tout comme la chaleur des bras de ses parents. Elle ne leur a pas écrit. Au début parce qu’elle trouvait ridicule d’envoyer un hibou et qu’elle était certaine que ses parents ne sauraient pas comment réagir et que la lettre ne serait jamais lue. Puis, l’idée s’était effacée devant le poids d’une autre. Qu’aurait-elle pu leur dire ?

Les larmes glissent sur ses joues. Ses sanglots sont étouffés par la chemise de son père qu’elle sert contre elle, inspirant son odeur, cherchant à y trouver du réconfort.

Mais son chagrin n’a pas de fond. Son supplice n’a pas de fin.

 

Cette école est un enfer, son enfer.

 

Incapable de penser, Abigail reste dans cet état proche de l’inconscience, savourant cette quiétude ouateuse, se détachant de son corps, cessant presque d’exister. Elle ne réagit pas lorsque des bras l’enlacent et qu’un corps se colle au sien. Des larmes se joignent aux siennes, qui coulent encore, mais elle ne veut pas savoir. Elle ne veut rien. Elle savoure simplement ce néant, cette absence de tout. Absence de douleur, absence de terreur, absence de joie et de curiosité. Ce n’est pas la mort. Ni même la vie. C’est agréable, et elle ne veut pas en sortir.

Le temps n’est plus.

 

Les larmes qui s’étaient alliées à sa peine cessent, mais les bras continuent de l’enlacer. Elle n’est pas la seule à avoir besoin de réconfort. Le silence est le seul témoin de cet instant.

Le sommeil finit par la cueillir sans même qu’elle en ait conscience.

 

 

***

 

 

Phil Mc Caster bouge lentement. Ses muscles lui font mal, il se sent endolori, mais il réussit silencieusement et avec des gestes maladroits à rejoindre son lit, où il se laisse chuter, désireux d’échapper à la réalité. Le sommeil l’emporte à son tour, le menant à des cauchemars qui le feront se réveiller en sursaut. Mais quelque part, il sait qu’il n’est pas seul.

Au fond de lui, une bougie à la flamme vacillante continue de briller.

 

 

End Notes:

Edit relecture 22/08/2019 : merci Calliopere ! *-*

Chapitre 4 : L'espoir fait mal by Maloux
Author's Notes:

21/10/2017

... Whoua. 244 vues ?! J... j'en reviens pas. 144 de plus que la semaine dernière avant que je ne publie le chapitre 4... Merciii ! J'imagine donc que l'histoire doit vous plaire, ce qui me fait vraiment très plaisir ! A moins que vous soyez juste curieux,.. dans quel cas je vous salue amablement, et j'espère que votre lecture vous plait !

Voilà, je suis sur mon petit nuage. C'est également gâce à Celeno et Luna09 et leurs reviews, donc un grand merci à vous, ça me touche énormément que vous preniez le temps de laisser un petit commentaire très encourageant et rassurant ! Merci merci merci !

Je voudrais également remercier ma chère Myya, pour son commentaire constructifs et ses attentes à propos de la fic, via skype. Comme toujours tu parles justes et avoir ta bénédictions me fait grandement paisir 8D

 

Voilà pour une petite intro, avec en plus un dessin d'Abby à sa rentrée scolaire, rapidement mis en couleurs. Parce que j'ai besoin de dessiner mes persos, pour être certaine d'avoir leur visage à l'esprit, leur style et ce qu'ils sont.

 

Maloux

(crédits de l'image : moi)

 

Sur ce, voici un chapitre plus long que les précédents. Bonne lecture !

 

Pour ceux qui aiment lire en musique, voici celle qui est adaptée à la fin du chapitre, lorsqu'Abby écoute sa musique à la nuit tombée :

https://www.youtube.com/watch?v=OBwS66EBUcY

 

-Mamaaaaaaaaan…

-Abigail Turner.

La voix avait claqué dans l’air comme un fouet et l’enfant cessa de chouiner, sachant que sa mère ne l’appelait par son nom complet que lorsqu’elle dépassait les limites.

Baissant la tête en signe de soumission, l’enfant se mit en position, réalisant le pouvoir qu’avait un simple nom. Sa mère -et professeur de danse- n’avait même pas eu besoin de se répéter ou de hausser le ton qu’elle avait compris la menace. Elle avait donc obéi. Car elle obéissait. Son frère était celui qui faisait les bêtises, elle, elle était sage. Enfin, en général. Il est vrai qu’elle était assez dynamique et parfois intenable, mais ce n’était pas mauvais. Non ?

-Sept, huit.

Abigail tendit les bras et répéta les mouvements que lui avait enseignés son professeur, sans entrain. La danse classique n’était pas sa tasse de thé. C’était trop rigide à son goût et surtout, il y avait trop de positions à connaître.

Elle n’aimait pas la danse classique. Et elle n’avait aucun moyen d’échapper à ses leçons qui étaient tous les vendredis, dispensés par sa mère, danseuse professionnelle.

Abby détestait les vendredis.

Vivement lundi.

 

La jeune fille s’élança, tentant d’être aussi gracile que sa mère. La musique glissait sur elle, sans lui parler, alors elle se parlait à elle-même. Parfois, lorsqu’elle s’appliquait, elle comptait les temps et songeait aux enchaînements qui suivraient, mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui elle songeait juste à sortir. À quitter cette pièce pour aller… Danser. Mais ses parents n’en savaient rien. Officiellement son frère l’avait invité à aller dormir chez un ami avec lui. Étrangement, Abby ne savait pas pourquoi, son frère l’invitait à chaque fois qu’il faisait le mur. Était-ce parce qu’il avait envie de partager sa passion avec elle ? Où était-ce pour que les parents le laissent tranquille, en étant convaincus que sa sœur avait un effet tranquillisant -et responsabilisant- sur lui ? Qu’importe. Grâce à ses stratégies, elle avait eu l’incroyable opportunité d’aller dans des concerts et d’assister à ses cours de street danse, qui l’amenaient à participer à des battles.  Car son frère dansait. Bon, pas aussi bien qu’elle sinon il aurait eu le droit lui aussi aux cours journaliers et intensifs, mais il avait le rythme dans la peau et inventait toujours des pas hallucinants.

-Abby, concentre-toi s’il te plaît.

Revenant à la réalité, la jeune fille réalisa qu’elle était légèrement à contretemps, et que sa mère, à l’œil exercé, l’avait probablement vu. Retenant un soupire qui ne plaiderait certainement pas en sa faveur, la jeune fille ferma les yeux, cherchant à retrouver le tempo. Après quelques secondes laborieuses, elle finit par s’y retrouver et repris les enchaînements, désireuse de finir et de rejoindre son frère. Andy et Abby, deux diminutifs assez semblables, ce qui n’arrangeait pas leurs parents lorsqu’ils les appelaient à travers toute la maison et que les enfants s’amusaient à les faire tourner en bourrique en arrivant à la place de l’autre.

-Écoute, je vois que tu n’es pas à ce que tu fais, donc on va passer aux traversées. Fais attention, et tente, si tu peux, quelques sauts. Je te laisse choisir lesquels et les mouvements qui les accompagneront. Il est temps que tu me montres ce que tu as retenu de ces cours, et que tu fasses ton propre enchaînement.

Abigail demeura immobile, le dos droit et les bras légèrement contractéset placés en couronne devant elle. Sa tête était haute, comme à son habitude et elle se concentra sur la musique que venait de mettre sa mère. Trouver le rythme fut une nouvelle fois une épreuve assez longue, mais lorsque ce fut fait, elle s’amusa à laisser parler son corps. Ce qui était bien plus difficile avec la danse classique, mais elle était assez douée en improvisation, et laissait la musique parler à travers son corps.

Ses pieds glissaient, tendus, ses bras caressaient l’air, son regard restait fixe, ses jambes se tendaient, ses pointes frappaient le sol, elle inspirait et expirait calment. Elle effectua un premier tour, chassa, se laissa emporter jusqu’à rejoindre le coin de la pièce, et ne s’arrêta pas. Ses pas étaient désormais plus rapides, ses jambes légèrement fléchies, dans l’attente de l’impulsion qui viendrait. Sept huit. Au prochain temps. Ses jambes balayèrent le sol, dans quelques mouvements fluides, puis elle s’élança, prit appui sur sa jambe gauche, tandis que la droite fendait l’air et l’entraînait devant elle… Elle atterrit brutalement. Elle grimaça. Trop lourde. Pas assez de force. Pas de volonté. Trop d’erreurs. Sa chorégraphie se poursuivit, les pas se répétant, elle se replaça, enchaînant de nombreux tours sur elle-même, elle sentit la pointe de ses chaussons chauffer et elle profita de la force fournie par ce mouvement pour s’élancer, elle bondit, une nouvelle fois. La jambe gauche en appui, toujours, la droite ouvrant la voie, l’emportant. Loin.

L’air s’écarta, lui permettant de se frayer un passage. Le temps sembla se suspendre, Abby expira lentement. Sa concentration ne l’empêcha pas de savourer cet infime moment où elle avait réussi.

Silencieusement, son pied droit toucha le sol, son corps se laissa arrimer à la gravité, et en profita pour la faire tournoyer puis rejoindre le sol, bien décidée à expérimenter la danse classique au sol.
Mais une voix sèche mit fin à sa danse.

-Tu as recommencé.

Les reproches étaient muets, mais présents, si bien que la danseuse les reçut en peine poitrine. Abigail cessa de danser, elle se releva les sourcils froncés par l’incompréhension. Elle avait pourtant eu l’impression de réussir cette fois-ci ! D’être aussi légère qu’une plume et…

-Ca. Tu sais de quoi je parle, Abby… Tu flottes.

 

 

***

 

Abigail Turner, soupire de bien-être tandis que l’eau brûlante ruisselle sur sa peau.

Les yeux clos, la tête basculée en arrière, elle savoure cet instant. Exceptionnellement, elle est la dernière à profiter de la douche et heureusement pour elle -et pour ses compagnons de chambre- l’eau est encore bien chaude. La jeune fille a cédé son tour lorsque, contre toute attente, Bowerst lui a offert d’utiliser ses produits relaxants. Aussi étonnant que cela puisse paraître. Mais la serpentarde sait accepter les cadeaux qu’on lui fait et elle doit admettre qu’utiliser les produits revitalisants de son ami lui est probablement bénéfique.

Elle est donc partie se doucher alors que ses camarades descendent petit-déjeuner.

Les larmes qu’elle a versées la veille se sont évaporées en rendant sa peau aussi souple qu’un vieux parchemin à l’arrière-goût salé. Mais la jeune fille sait que ces larmes lui ont été bénéfiques, aujourd’hui, si elle est loin d’être de bonne humeur, elle se sent moins abattue que la veille. Et surtout, elle a presque hâte de jouer avec les produits magiques de Bowerst. Curieuse, elle prend le temps de lire chacune des étiquettes, les bienfaits des liquides ainsi que leurs conseils d’application. Elle opte finalement pour un gel pour le corps qui « dénouera vos muscles et fera disparaître les tensions qui vous habitent ».

Elle ne sait pas qui a rédigé les étiquettes, mais elle doit avouer que certaines sont particulièrement originales comme celle « pour les poils trop voyants qu'on aimerait faire disparaître » ou « la peau qui s’assèche dès que l’on sort de la salle de bain, même après avoir pris un bain de crème ».

Tandis que l’eau continue de marteler son dos, la jeune fille ouvre le flacon, humant son odeur légère et quelque peu masculine. Elle tarde quelques minutes à fermer le robinet, peu envieuse de sentir l’air frais lui mordiller la peau. Mais elle a oublié qu’avant elle trois garçons se sont douchés et que l’air est saturé d’humidité, bien loin d’être frais.

Elle enduit ensuite son corps du produit bleuté, massant ses muscles engourdis. Ses doigts experts débutent le massage de ses épaules puis descendent sur ses bras tandis que son esprit s’envole vers sa vie passée. Sa vie qui était faite de musique et de danse. Deux choses qui ont été bien loin de toutes ses pensées depuis son arrivée. Près de trois semaines. Sans faire travailler son corps. Sans le faire vibrer avec des rythmes entraînants ou poignants.

Finalement ses doigts terminent de malaxer doucement ses pieds, et elle regrette les courbatures qu’il lui arrivait parfois d’avoir. Mais elle ne cherche pas à s’enfoncer plus loin dans ses pensées, de peur de se faire submerger par des émotions qui risqueraient d’être dévastatrices. Elle est trop fragile et incertaine pour pouvoir se risquer à une telle introspection.

L’eau ne tarde pas à s’échapper du bec de douche -qui est en fonte, formant une tête d’animal dans un style particulièrement vieillot- tire un soupire de bien être à Abigail. La potion dont son corps est enduit a fait effet et elle se sent bien. Un maigre sourire vient étirer ses lèvres tandis qu’elle se contente de savourer l’eau chaude qui perpétue son massage.

 

***

 

Abby jette un coup d’œil à l’assiette surchargée de ses camarades. Elle ne dit rien, mais son expression est suffisamment éloquente. Elle désapprouve.

 

 

 

-Oh, aller, Abigail, tu abuses. Prends au moins une part de tarte !

La jeune fille soupire et lève les yeux de son plateau accueillant pommes de terre vapeur et haricots verts pour les poser sur le visage mi-amusé mi-exaspéré de Phil. Le jeune homme sait parfaitement que les dîners de la jeune Turner sont frugaux. Elle sait que se goinfrer comme le font les garçons n’est pas ce qu’il y a de mieux pour sa santé.  Surtout que chaque fois qu’elle se sert, elle entend la voix de sa mère lui dire de manger équilibrer et de ne pas oublier de se servir en légumes.

-Bien sûr, pour me retrouver grosse comme Vandrew, de Poufsouffle ?

L’ironie présente dans sa question rhétorique n’échappe à personne et tire même un sourire amusé à Phil et Luke, qui se trouvent satisfaits par sa réponse. Vandrew est en première année et possède un physique qui aide à se souvenir de son nom, il a donc suffit de deux cours pour que les serpentards le retiennent.

Contre toute attente, c’est Bowerst qui prend la parole, comme s’il se parlait à lui-même, mais personne n’est dupe. Il participe à la conversation.

-Il n’y a de la tarte que le soir.

Un simple fait, aucun jugement. Les tartes étaient réservées aux dîners, ou aux petits déjeuners des maisons dont le nom ne commence pas par un S. Encore une injustice. Abigail a cessé de compter toutes les petites choses qui sont différentes pour les Serpentards, comme parfois les menus, les accès à certaines parties du château –même si ce n’est pas officiel-, les professeurs qui sont loin d’être impartiaux, l’absence de chauffage et autres commodités dans la salle commune et les dortoirs des Serpentards… Elle soupçonne même les escaliers d’y mettre leur grain de sel.

La jeune Turner lâche un autre soupire et observe avec tristesse la tarte à la rhubarbe qui se trouve devant elle. Non, elle ne va pas se servir ce soir. Elle a déjà songé à prendre une part de tarte et à l’emporter dans le dortoir, mais elle craint que les autres maisons n’y voient une excuse pour la persécuter. Elle n’a pas besoin de ça. Et puis, planquer de la tarte dans sa chambre, il y a fort à parier qu’elle ne tiendrait pas jusqu’au lendemain. En y réfléchissant, manger de la tarte en pleine nuit est probablement pire, et elle entend d’ici le sermon de sa mère si jamais elle commettait un tel acte.

 

C’est en silence qu’elle mange son repas, plongée dans ses pensées. Ses camarades, après une journée de cours, ne sont d’humeur guère plus joyeuse et en font de même. Une bien triste tablée vert et argent. Les élèves de la maison ne s’attardent pas dans la grande salle, une fois leur repas fini ils s’éparpillent comme des moineaux, toujours en groupe, espérant ne pas attirer l’attention.

 

***

 

-Au fait Abby, tu préfères vendredi ou samedi pour ta leçon de vol ?

Le regard de Luke dissuade son amie de refuser de s’entraîner, surtout qu’ils savent tous deux que l’évènement du mardi passé ne peut se reproduire. Pour le bien de leur maison, et celui de la jeune fille.

-Hum… Samedi.

Abigail est assez indécise et peut pressée de devoir reprendre cet exercice. Surtout qu’elle a un grand retard dans plusieurs matières et elle ne parvient pas à le combler. « Manque d’efforts » comme le disent ses professeurs, mais… peu lui importe. Plus grand-chose ne lui importe ces derniers temps. Elle travaille le minimum de manière à donner le change, comme ce soir, assise à la table avec ses amis dans leur salle commune.

-Tu es au courant que le week-end, toutes les autres maisons iront s’entraîner ? Il y aura probablement les joueurs d’équipe de Quidditch qui traîneront dans le coin, ainsi que leurs supporters.

Abigail grimace en entendant les propos de Luke. Non, elle n’a pas pensé à ça… L’idée de savoir que tous les autres en profiteront pour observer ses échecs ne l’enchante absolument pas, mais la météo a promis un vendredi ensoleillé, ce qui est particulièrement rare ces derniers temps. Et la jeune fille a l’espoir secret de profiter des rayons du soleil avec ses amis afin de se promener dans le parc du château, loin de l’atmosphère pesante de Poudlard.

Haussant les épaules d’un geste fatidique, elle soupire.

-Va pour la leçon devant un public charmant.

Luke hausse un sourcil, mais ne dit rien. Il regarde longuement son amie avant de plonger son nez dans son devoir de potion pour le lendemain. Abby l’imite, l’esprit ailleurs.

 

***

 

Les rayons du soleil se reflètent sur l’eau claire de la fontaine voisine et pénètrent violemment la serre, éblouissant les élèves qui se trouvent juste en face. La professeure de botanique réalise que l’attention de ses élèves n’est pas à son comble et décide d'écourter son cours. Tous ont envie de profiter de cette belle journée, avant qu’elle ne prenne fin, parce que demeurer dans cette serre où les rayons du soleil ont fait monter la température jusqu’à faire perler la sueur sur le front des élèves est difficilement supportable. Pour les Serpentards et les Griffondors, il s’agit du dernier cours de leur courte journée et tous attendent avec une certaine excitation d’être enfin libres.

Abigail ne fait pas exception et elle regarde, impatiente, le rempotage rapide et efficace de leur professeur qui vient de leur présenter une plante charmante et surtout verte qui a l’air absolument ..inintéressante. Abigail se rend compte que la botanique ce n’est vraiment pas son truc. Elle n’est pas intéressée. Soit les plantes présentées sont toutes aussi ennuyeuses les unes que les autres, soit elle a vraiment une dent contre cette matière. La seule partie amusante c’est quand ils peuvent mettre les mains dans la terre, même si le but ultime de l’exercice la laisse songeuse.

Soudain, elle sent qu’on lui agrippe le bras et elle tourne la tête rapidement, manquant de peu de heurter celle de Phil qui vient de pencher vers elle, afin de lui parler à l’oreille.

-Dès que le professeur nous dit « A la semaine prochaine. », on court vers la sortie, histoire de se débarrasser des lions qui nous entourent. Prête ?

Abby hoche vigoureusement la tête et reporte son attention sur le professeur, attendant le signal du départ avec impatience.

Elle a hâte. Pas de courir, mais de s’échapper. De fuir avec ses amis dans la forêt, de se promener dans le parc, d’écouter de la musique… Instinctivement, sa main se pose sur son sac, qui contient son walkman, qu’elle a finalement sorti de sa valise le matin avant d’aller en cours, en prévision de cette journée ensoleillée. C’est l’occasion rêvée pour s’allonger dans l’herbe tiède et de se laisser emporter par quelques mélodies entraînantes, tout en savourant les caresses des rayons du soleil sur sa peau.

 

***

 

Abigail a mal aux côtes, et elle n’est pas la seule à ne plus pouvoir s’arrêter de rire. Luke et Bowerst sont dans le même état, tenant difficilement sur leurs jambes flageolantes, tandis que Phil leur tourne le dos, vexé.

La jeune fille à l’impression que cela fait des mois qu’elle n’a pas rit et ça lui fait un bien fou. Elle en a les larmes aux yeux et peine à retrouver son souffle, mais elle s’en moque. La chute de Phil, alors qu’il se moquait du professeur Manders -leur directeur de maison et enseignant de défense contre les forces du mal- en l’imitant en cas de confrontation avec un lutin, avait été spectaculaire. Personne ne s’attendait à le voir trébucher et s'affaler de tout son long. Leur fou rire s'est déclenché lorsque leur ami s'est relevé des feuilles plein les cheveux, en grommelant et époussetant sa robe de sorcier, comme si de rien n’était.

Finalement, après quelques minutes, les Serpentards réussissent à retrouver leur sérieux, et reprennent leur marche en direction du château.

-Le soleil va bientôt se coucher.

La voix de Phil démontre qu’il boude encore, et Abigail refoule in extremis le rire qui va pour franchir ses lèvres, peu désireuse de vexer plus encore son ami. Elle note que le soleil est encore assez haut dans le ciel, il leur reste plus d’une heure avant que l’aube n’arrive.

-Ça vous dit d’aller regarder le soleil se coucher sur les ruines ?

Bowerst ricane en entendant l’idée proposée par Luke.

-T’es mignonne, Medleyette, mais je te laisse faire ça avec Turner.

La Turner en question réagit au quart de tour.

-Hé Bowerst, je te rappelle que t’as été encore plus pitoyable que lui au bras de fer. Vous êtes tous trois des fillettes, alors méfiez-vous.

L’évocation du bras de fer suffit à faire bouder Bowerst et rire Phil, qui aime voir le sang pur remis à sa place ainsi. Il faut dire que la jeune fille les a battu à plate couture, ils n’ont pas mis plus de quelques secondes avant d’être vaincus. La jeune fille a ensuite avoué avoir un frère aîné et s’entraîner à ce genre de jeux stupides avec lui, ce qui lui permet d’avoir un niveau plutôt bon.

Chacun a ensuite parlé un peu de lui, de sa famille et de ses attentes à Poudlard. Leur ballade a été un moment étrange. Tous étaient détendus. Ils avaient dévoillé certains aspects cachés de leur personalités, renforçant leurs liens avec quelques anecdotes personnelles. Ils avaient même ri. Au début, ça avait été étrange, pour tous, surtout pour Bowerst qui est particulièrement réservé, mais ils avaient fini par se laisser aller, savourant cette parenthèse à leur triste vie scolaire.

 

Les quatre serpentards marchent en ligne. Phil et Luke se chamaillent tandis qu’Abigail se laisse emporter par ses pensées et que Bowerst se tait. Mais tous savaient qu’il ne perd pas une miette de ce qui est dit, et qu’en cas de besoin il sera capable de citer mot pour mot ce qu’a dit l’un ou l’autre. Il a une mémoire exceptionnelle et connaît un nombre incalculable de ragots et d’autres informations croustillantes et peu sympathiques à l’encontre des élèves des autres maisons, toutes années confondues. Il est d’ailleurs le seul de la bande à discuter régulièrement avec leurs aînés.

Soudain, tous se figent. Ils observent le paysage qui se présente désormais à eux. Il s’agit de la face cachée de Poudlard : ses ruines.

La reconstruction a été partielle et seule la partie avant a été jugée primordiale, puisqu’il s’agit de la façade et de ce que le « monde » voit de l’école, si bien que jusqu’à présent les élèves n’ont pas imaginé l’étendue des dégâts. Mais maintenant qu’ils sont debout face à ce champ de pierres et de murs écroulés, ils prennent conscience de ce qu’a été la guerre. De ce qu’est la politique actuelle de l’école. Du sang qui a été versé sur cette terre.

Ils se sentent minuscules.

 

***

 

Abigail ressent le besoin de musique pour clôturer cette journée. La première journée qu’elle apprécie à Poudlard.

 

***

 

La jeune fille est enfin seule. Après avoir ardemment discuté avec ses amis, elle a réussi à les convaincre qu’elle ne risquait rien à s’attarder quelques instants dans les ruines de l’ancien château et leur avoir promis que si jamais elle voyait quelqu'un elle prendrait ses jambes à son cou.

 

Abigail met son casque sur les oreilles et allume son appareil électronique. Elle attend. Rien ne se passe. La musique ne résonne pas à ses oreilles. Elle a beau enfoncer les touches, secouer l’appareil et vérifier les piles, rien ne se passe.

La solitude qui lui semblait si agréable et prometteuse lui enserre désormais le cœur et elle inspire avec difficulté. La détresse lui fait fermer les yeux. La panique veut envahir ses veines, mais elle la repousse. Tant pis.

Elle garde son casque sur les oreilles bien qu’aucune musique ne lui parvienne, mais qu’importe, son esprit, lui connait les mélodies. Ses doigts enfoncent les touches dans un doux mécanisme familier. Son esprit rappelle à lui les souvenirs de son monde et de ses plaisirs.

La musique, invisible et silencieuse lui parvient désormais, faisant vibrer son cœur. 

 

***

 

Abigail Turner est debout, elle ne sait pas depuis combien de temps. Son corps frissonne tandis que la musique continue de caresser ses oreilles. Cette chanson, elle la connaît par cœur.

Elle ferme les yeux et se laisse envahir.

Son corps ondule instinctivement. Ses lèvres forment chacun des mots de la chanson sans qu’aucun son n’en sorte. Abigail se laisse emporter.

Le rythme accélère, ses pieds se déplacent légèrement, tandis que ses bras reprennent le rythme endiablé, mimant les différents instruments de la bande-son. Sa tête se secoue, comme le reste de son corps. Une brève pause, ses pieds se figent tandis que ses bras marquent la mesure et sa tête ondule sur la mélodie, attendant dans la reprise des paroles. Les touches du piano s’enfoncent à la chaîne, crescendo, les temps s’enchaînent rapidement, tout repart. Abigail bondit tandis que ses bras continuent d’onduler dans l’air de la nuit tombante, insensible à sa nouvelle fraîcheur. Elle hurle à s’en briser les cordes vocales bien qu'elles ne vibrent pas. Le silence est épais, sa voix ne le déchire pas. Il est calfeutré par l’ouate qui lui couvre les oreilles. Ses pieds enchaînent différentes positions classiques, marquent le rythme en silence, et se dressent sur demi-pointe lorsqu’elle effectue des tours sur elle-même créant de légers nuages de poussière.

Elle est seule. Seule au monde. Seule face aux musiciens de son esprit.

Le temps semble se ralentir, la jambe d’Abby se tend, elle s’y accroche, tournoie sur elle-même. Elle mélange tous les pas, tous les styles, toutes les figures. Elle vit sa chanson, une ode à la vie. Une ode à l’espoir, à la musique, à son monde, à sa famille, à tout ce qu’elle est.

Abigail Turner virevolte en silence. Étrangement le désespoir dont est empreint chacun de ses gestes donne une grâce poignante à ses mouvements. Tout s’enchaîne comme une évidence, le rythme silencieux est marqué par ses mouvements. Ses muscles sont tendus et son souffle court, ses cheveux semblent flotter autour de son visage, incapable de la suivre dans sa chorégraphie. Qu’importe. Ce ralentissement ne la rend que plus envoûtante.

Au milieu des ruines, Abigail danse. Ses pieds évitent les obstacles. Ils se jouent du décor. Elle en joue. Elle y prend parfois appui, elle les enlace de ses bras fins, elle s’en éloigne, elle les esquive, elle bondit par-dessus.. Elle vit les ruines.

Elle prend son élan. Elle bondit sur un mur et court. La gravité s’effiloche tandis que son buste s’élève. Ses bras se tendent, son regard est haut et ses jambes contractées lui permettent de s’envoler. Abigail vole. Dans son esprit la musique résonne et la porte. Elle demeure droite et continue de courber son dos, se jouant de la gravité, elle est à trois mètres du sol et effectue un salto arrière avec la grâce d’un ange. Elle expire, savourant l’air qui effleure son visage, la chaleur qui émane de chaque parcelle de sa peau, du lieu qui l’accueille, du ciel qui se pare de couleurs poignantes…

Un regard met fin à son aparté.

La jeune fille se réceptionne maladroitement, chute, se relève dans un même mouvement et se tourner vers le spectateur, le corps contracté, prête à réagir.

La cravate verte et argenté qu’elle voit la rassure, mais le tambourinement à ses oreilles l’informe qu’elle est idiote. N’importe qui aurait pu la surprendre. Où a-t-elle la tête ?

La jeune fille ôte le casque de ses oreilles et demeure immobile, incapable de parler. Elle a la gorge sèche. Elle ne sait pas quoi dire. Elle veut rentrer. Elle a peur.

-Woah. Tu… Danses. Vraiment super bien.

Le serpentard s’avance, et elle le reconnaît enfin. Nail, le préfet du repas de cérémonie. Elle se sent un peu mieux et savoure la lueur qui brille dans ses yeux. De l’admiration ? De l'amusement ? Il lui a toujours semblé sympathique et aujourd’hui n’y fait pas exception, mais elle n’a pas envie de s’attarder, elle veut rentrer. Elle prend toutefois le temps de le remercier, mal à l’aise. Gênée d’avoir été surprise.

La jeune fille effectue quelques pas, récupère son sac à dos contenant ses cours, délaissé contre un tas de pierres recouvertes de lierre, et rejoint Nail.

- Je ne pensais pas qu’il y aurait qui que ce soit ici.. Pourquoi es-tu venu ?

Abigail baisse les yeux, se doutant qu’il s’agit probablement de quelque chose de personnel et que ça ne la regarde absolument pas. Le préfet soupire, mais ne fait aucun commentaire. On dirait qu’il réfléchit à sa réponse, et s’il doit se confier à une gamine de onze ans.

Finalement, un cri met fin à sa réflexion et fait sursauter la jeune Turner d’au moins dix centimètres. Tous deux se tournèrent comme un seul homme en direction de la voix puissante qui vient de retentir dans la pénombre naissante.

-Ha ! Dunderstil ! On te cherchait, comme tu t’en doutes. Tu… es avec une amie… Charmant.

L’homme qui parle est grand et assez large d’épaules, sa voix est grave et son ricanement terrifiant. Abby sait qu’il n’est pas un serpentard. De son ton suintent la haine et le dégoût. Et lorsque son regard s’est posé sur elle… Elle n’a pu retenir un frisson. Qui se transforme en peur abyssale lorsque ses camarades sortent des tas de cailloux environnants. Gryffondors. Une douzaine. Les encerclant pratiquement.

La jeune Turner tourne la tête, cherchant une échappatoire, mais elle se doute qu’ils courent plus vite qu’elle et qu’ils la rattraperont aisément. Pire. Si elle leur tourne le dos, ils sont capables de lui lancer un sortilège… Son cœur rate un battement, elle sent ses canaux lacrymaux se remplir et ses lèvres trembler. Non. Ça ne peut pas recommencer. Non, pitié.

Mais elle ne dit rien. Elle reste immobile, vaillante, tandis que son compagnon d’infortune s’avance, comme pour la protéger, mais comment peut-il pu le faire puisqu’ils sont désormais encerclés ? Le danger vient de partout et pas seulement du leader de ces brutes.

-Oh, mais ta petite copine va pleurer Dundemort… La prochaine fois prend la directement dans le berceau, elle pourra au moins te suc…

-Ça suffit.

La voix du préfet retentit et coupe le Gryffondor dans sa tirade. Il le regarde, surpris qu’il prenne la parole, et, reprend rapidement contenance. Les deux garçons s’avancent, mais loin de mieux respirer, Abigail se sent presque asphyxier lorsque les autres assaillants se rapprochent d’elle, bien décidés à l’empêcher de fuir. Elle oublie Nail et son ennemi pour observer les siens. Tenter de trouver une position, un moyen de fuir, d’éviter ce qu’il va se passer…

Ils remarquent son casque autour de son cou, mais Abigail demeure en position défensive, tournant sur elle-même, espérant ainsi repousser le danger, mais c’est vain, elle le réalise lorsque trois d’entre eux s’avancent jusqu’à se trouver à portée de bras, les autres ne tardent pas.

Le ciel est désormais doté de teintes rougeoyantes, se reflétant dans une effroyable perfection sur le tissu satiné des cravates rouges et dorés, qui scintille désormais comme étant un véritable coucher de soleil.

L’instant devient minute, puis heure. Le temps s’étire, la terreur a pris possession du corps de sa victime, immobile. Elle les regarde avec de grands yeux effrayés. Elle ne parle pas. Elle ne crie pas. Elle est incapable d’agir. Elle devient la propre spectatrice de ce qui se joue autour d’elle.

Un coup part et la frappe à l’arrière de la tête, celle-ci bascule vers l’avant, l’entraînant dans son sillage, elle évite les pieds tendus, mais pas la main qui l’attrape par le col. Abigail Turner se débat lorsqu’elle comprend qu’on tente de lui arracher son casque. D’autres coups viennent la féliciter de se défendre et le goût du sang emplit sa bouche, mais qu’importe. Ses affaires, sa musique, elle refuse de les perdre. Comment pourrait-elle ... ?

Un craquement sourd l’informe que le plastique du casque a cédé. La jeune fille fait volte-face et se jette avec toute la rage qui commence à s’approprier son corps, la sortant de sa torpeur. Son geste surprend, mais qu’importe, les mains qui l’agrippent sont trop fortes et la jettent à terre, lui déchirent une partie de sa robe de sorcier, manquent de l’étouffer avec sa cravate et arrachent son lecteur de musique. Abigail tente de se relever, mais lorsqu’un pied vient écraser son bien, elle se fige. Les yeux écarquillés elle regarde le plastique brisé en plusieurs morceaux et les pieds qui s’acharnent, bien décidés à le réduire en miettes. Le cœur de la jeune fille se trouve en cet instant à la place de l’objet piétiné.

Si elle sait désormais que son corps peut soigner, ce n'est pas le cas de son âme déchirée

 

End Notes:

Alors, alors ?

Que va devenir notre chère Abigail ? Suite au prochain épisode... Qui arrivera la semaine prochaine. Je ne sais pas quel rythme adapter, ça dépend pas mal de mon temps libre (du travail, si je suis sur-chargée, si je fais du sports...), mais je posterais (théoriquement) au moins un chapitre par semaine. Probablement moins long.

Je vous embrasse tous et n'hésitez pas à laisser un petit commentaire !

Chapitre 5 : Au fond du gouffre, il n’y a qu’une seule sortie by Maloux
Author's Notes:

04/11/2017


Bonjour bonjour !


Avant de commencer, je tenais à m’excuser pour le retard de ce chapitre, parce que juste avant j’avais dit que je m’efforcerais de tenir le rythme d’un par semaine et… je n’ai pas réussi.


Pour ma défense depuis la semaine dernière l’écran de mon ordi a rendu l’âme, j’ai des problèmes de visa et c’était la fête des morts, ce qui au Mexique se traduit par une ambiance de folie et plein de choses à faire et voir, pendant au moins trois jours. En plus de travailler. Ce qui fait que je n’ai pas eu beaucoup de temps pour écrire. Et surtout que je me rends compte que j’ai besoin de réflexion à propos de cette fic, savoir où je vais. Si j’ai pas mal d’idée de scènes, et de comment sera la situation, je me rends compte que je ne peux pas tout passer sous silence, et que pour le bien de l’histoire une ou deux intrigues générales pourraient être bien. Donc je vais réfléchir à comment organiser les choses. (surtout que j’ai des idées de ce qu’il va se passer pendant la troisième année d’Abby, mais que je ne peux vraiment pas aborder ce point-là dès maintenant)


Ce chapitre est important dans la vie d’Abigail, car il établit les bases de son avenir à Poudlard, même si je n’en suis pas particulièrement fière…Et il et plus long que les précédents ! Et comme j’aime pas relire, j’ai fait de mon mieux, mais je m’excuse pour les éventuelles fautes qui parsèmeront mon texte, si ça vous tente, vous pouvez toujours m’indiquer où elle se trouvent afin que je corrige et que je préserve vos yeux de terribles fautes d’orthographe. D’ailleurs, en parlant de longueur de la fic, je me demande si je ne devrais pas esseayer de réduire leur longueur… Des avis à ce propos ?


Ah, et j'ai appris en fouillant sur internet qu'il n'y avait que deux préfets en chefs pour toute l'école, ce qui ma fait réaliser l'errerur du premier chapitre, où il s'agit d'un Serpentard pro sang-pur. Comme c'est impossible qu'un Serpentard soit préfet en chef dans cette ambiance, il va se retrouver simple préfet.


J'ai d'ailleurs une question : Est-ce que Poudlard est payant ? Si les élèves ne payent pas leur cours, est-ce que c'est le ministère ? (si le ministère paye, je ne vois pas pourquoi Dumbeldore est furieux lorsque celui-ci vient mettre son nez dans son école) Comment ça se passe pour les né-moldus, qui ne sont pas inscrits dès leur naissance ?


 


Je remercie une fois de plus Helwige et Luna09 pour leurs commentaires et conseils ! Merci, ça me fait extrêmement plaisir ! J'espère que ce chapitre vous plaira tout autant !


 


N’hésitez pas à commenter, à donner votre avis, vos expectatives… Toute aide est la bienvenue !


Sur ce, bonne lecture !


 

L’air froid piquait les joues rosées d’Abigail Turner sans même qu’elle le remarque. Essoufflée, elle vit avec une lueur de détresse dans le regard le ballon filer dans la cage. Le cri de joie de ses adversaires la fit soupirer bruyamment et baisser la tête tandis qu’elle reprenait sa position. Comme régulièrement lorsque que ses cousins venaient chez elle, le jardin était mis à l’honneur et les enfants se transformaient en sportifs en herbe.

Son frère lui ébouriffa la tête en signe d’encouragement et la jeune fille s’octroya quelques secondes de repos afin de retrouver un souffle plus régulier. Elle sourit en remarquant qu’elle n’était pas la seule, ses cousines en faisaient de même, le visage encore plus rouge que le sien. Un éclat de rire franchit les lèvres d’Abby tandis que Laïs –Lanissa de son nom complet qu’elle semblait détester tant-, la plus âgée de ses cousines, la devançant d’à peine deux petites années, lui faisait un clin d’œil, l’informant du peu d’importance qu’elle attachait au résultat du match. Sa sœur cadette n’était quant à elle pas de cet avis si l’on en croyait son visage témoin d’une intense concentration. Joy n’aimait pas perdre, et elle avait beau être plus petite qu’Abby d’un an, elle savait se montrer suffisamment teigneuse pour faire oublier son jeune âge.

 

L’humeur plus légère, Abigail lança un regard noir –qui n’effraya personne- à son ami Dan et son équipe. Il était le plus âgé sur le terrain, et avait naturellement pris la tête de l’équipe adverse, son autorité renforcée par sa grande stature et principalement grâce au nombre de buts qu’il avait marqués depuis le début de la partie. Il se vantait de faire du foot avec des professionnels, et si la famille Turner doutait de la véracité de ses propos, ils durent admettre que toutes ses feintes les avaient laissés dans le vent, et que son niveau était plutôt bon.

Le ballon fut remis en jeu et Abigail se jeta dessus, réussissant in extremis à le frapper. La passe était faible, mais Kieran, son cousin de sept ans son aîné, réussi à le récupérer et s’élança sur le terrain. La famille Turner l’encouragea bruyamment, tentant de se positionner afin de l’aider à marquer leur premier but.

 

***

 

La veille de Noël, dans un calme quartier de la petite ville de Farningham, l’heure n’était plus à la tranquillité. Si aucun des Turner ne croyait désormais au père Noël, ils continuaient de ressentir cette excitation particulière lorsqu’ils se réunissaient au pied du sapin, leurs yeux brillants posés sur les nombreux cadeaux qui s’étalaient à son pied. Alors gagner ou perdre ce match de foot ne leur importait guère. Ils avaient tous hâte d’être à l’ouverture des cadeaux.

La promesse avait été faite de se retrouver avec leurs amis avoisinants le lendemain dans l’après-midi afin de comparer leurs cadeaux et d’inaugurer les nouveaux jouets. Plus l’heure avançait, plus l’impatience des jeunes augmentait, et se fatiguer à courir après un ballon était probablement le meilleur moyen de tuer le temps. Malgré l’ingéniosité des cousines Turner à inventer de nouveaux jeux, ils avaient préféré sortir affronter le froid de l’air britannique et faire un foot, sans trop s’attarder sur les règles, car leur but était de passer le temps et de s’amuser.

L’autre passe-temps traditionnel de ces réunions familiales était les cache-cache géants qu’ils organisaient dans la grande demeure de Joy et Laïs avec la difficulté supplémentaire d’évoluer dans la maison volets clos et yeux bandés pour celui qui cherche les autres. Les cris, rires et bruits d’objets brisés résonnaient alors dans toute la maison sans déranger les voisins qui se trouvaient à une distance bien plus importante que celle du pavillon londonien des Turner. Les voisins se trouvaient à une dizaine de mètres, ce qui forçait quelque peu la cohabitation, qui se passait particulièrement bien. Tout est-il qu’il avait alors fallu une dose d’ingéniosité aux enfants Turner pour trouver les jeux les plus adaptés à chaque foyer, et ils avaient réalisés qu’à Farningham les voisins se joignaient volontiers aux festivités, ce qui grossissait leur groupe initial de cinq à parfois une dizaine -voire quinzaine- d’enfants.

En ce réveillon de Noël, la famille Turner avait voulu se mesurer aux amis d’Andrew et d’Abigail. Après plus d’une heure à s’époumoner et à courir après le ballon sur le terrain municipal non loin de leur maison, le bilan n’était pas très positif. Outre les éraflures sur les mains et les pantalons tachés, les cousins avaient largement perdu. Afin de se remettre de leur peine, ils s’étaient mis à poursuivre leurs adversaires en hurlant de délicieuses promesses de vengeances.

Les rires s’éparpillèrent dans le quartier, et telle une volée de moineaux les jeunes se précipitèrent dans un jardin abandonné et s’éparpillèrent parmi la dense végétation. Abigail ne tarda pas à remarquer l’arbre majestueux qui côtoyait la façade principale de la demeure abandonnée –et probablement hantée- ainsi que la silhouette de Caitlin qui s’y hissait avec une étonnante facilité. Caitlin était dans la même classe qu’Andrew et la petite sœur de Dan. Si ce dernier avait un don avec le foot, celui de sa sœur résidait dans la danse, passion qu’elle partageait avec Abby –et sa mère qui était sa professeure, mais pour les enfants elle ne comptait pas vraiment. Les deux jeunes filles avaient donc établi une forte amitié malgré leur grande différence d’âge et étaient dotées d’une grâce commune qui témoignait de leurs entraînements réguliers.

 

Et en cet instant, leurs corps minces escaladaient l’arbre torturé sans se préoccuper du vide qui s’accentuait sous leurs pieds. Ce ne fut qu’une fois arrivé vers la cime défeuillée qu’elles réalisèrent se trouver à plus de cinq mètres du sol. Caitlin fut prise d’un violent vertige et s’accrocha avec l’énergie du désespoir au tronc, les yeux fermés et le teint pâle. Son amie ne souffrait pas des mêmes troubles et tenta de la rassurer. Andy ne tarda pas à les rejoindre, et n’était guère plus à l’aise que Caitlin, ce qui fit rire sa sœur, qui se demandait ce qui lui était passé par la tête lorsqu’il était monté. Il la fusilla du regard avant d’aider sa camarade de classe à descendre le plus rapidement possible. De son côté, Abigail savourait l’air froid qui lui fouettait le visage et l’équilibre qu’il lui fallait conserver.

Un sourire étira ses lèvres lorsqu’elle se laissa glisser le long d’une branche.

Ses pieds se posèrent sur la branche suivante. Habituée à ses pas de danse elle reconnut la troisième position tandis qu’elle fléchissait les jambes afin d’amortir son saut, puis attrapa une branche qui se trouvait à sa hauteur et bascula. Suspendue, elle joua quelques instants au pendule, puis lâcha prise avant de crocheter une nouvelle branche, mettant fin à sa chute orchestrée. Ses paumes la brûlaient, mais l’adrénaline coulait dans ses veines et elle s’amusa quelques instants de plus à chatouiller la gravité et à se rattraper sur les branches désormais de plus en plus imposantes. Chacun de ses gestes était calculé, elle prévoyait la branche sur laquelle elle allait prendre appui, puis l’inflexion qui ne manquerait pas de se produire sur la branche lorsqu’elle bondirait, puis celle sur laquelle elle pivoterait, et enfin celle sur laquelle elle se réceptionnerait précautionneusement.

Les cris inquiets de son frère ne lui firent pas cesser ses acrobaties, et elle rejoignit l’attroupement qui s’était rapidement formé au pied de l’arbre. Fléchissant les jambes, la jeune fille atterrit souplement sur le sol meuble. Un sourire étira ses lèvres tandis qu’elle réalisait que c’était plutôt amusant comme activité. Abigail Turner avait neuf ans et ne remarqua pas la lueur d’admiration qui brillait dans la majorité des regards qui se posaient sur elle en cet instant. Elle avait la grâce d’un chat et l’inconscience propre aux enfants, un mélange captivant, mais ce qui obnubilait son esprit, en cet instant, c’était la fabuleuse soirée qui n’allait pas tarder à débuter.

 

 

***

 

 

Abigail Turner court. Elle court à toutes jambes, évitant les pierres et autres obstacles qui se dressent soudainement devant elle. L’obscurité ne l’aide pas, mais elle ne trébuche que deux fois, se rattrapant in extremis à des roches massives et repartir de plus belle. Les dents serrées, elle allonge ses foulées le plus possible. Son souffle est court et ses muscles tendus, mais elle se moque de la douleur.

Sur ses joues roulent des larmes brûlantes qu’elle essuie d’un geste rageur. Elle a mal. Pas tant physiquement, mais intérieurement. Elle souffre. Cette souffrance, en cet instant, vient de se muer en rage, décuplant ses forces et lui permettant de distancer ses poursuivants. Si poursuivants il y a. Elle n’en sait rien, elle ne s’est pas retournée.

Tout s’est passé tellement vite. Elle se souvient de cris, d’insultes, de la voix de Nail et de l’obscurité déchirée par quelques éclairs lumineux. Elle entend qu’on lui hurle de courir, elle se relève péniblement et prend la fuite, les émotions bouillonnant en elle sans qu’elle n’y voie clair.

Mais sa course effrénée et l’air fouettant son visage ont éclairci les pensées et elle sait dorénavant que ce qu’elle ressent ce n’est ni de la peur ni de la tristesse, mais de la colère.

Non loin, la lueur du hall du château se distingue dans la nuit tombante comme une promesse de sécurité. L’esprit de la jeune fille raille cette idée idiote, elle n’est guère plus en sécurité à l’intérieur du château. Un rictus mauvais déforme son visage tandis qu’elle grimpe les escaliers du perron trois par trois et se précipite entre les lourdes portes du château, le souffle court. L’absence d’exercice de ces dernières semaines se fait sentir, mais elle s’en moque. Les larmes lui montent de nouveau aux yeux et elle vacille légèrement éblouie par la luminosité ambiante du hall. Cela ne dure que quelques secondes, le temps de papillonner des yeux et de s’orienter en direction des cachots, le seul endroit où elle trouvera une once de sécurité.

Soudain, elle entend des pas précipités sur les dalles en marbre du perron et la peur l’assaille de nouveau, craignant un Gryffondor coriace. Elle maudit l’interdiction de courir dans les couloirs de Poudlard lorsqu’on l’attrape par l’épaule. D’un mouvement fluide, elle se dégage et fait face à son adversaire et y découvre avec surprise Nail qui plisse les yeux, souffrant également du surnombre de torches en comparaison avec celles qui avaient guidé son chemin jusqu’à présent.

Abigail se détend imperceptiblement, mais ses muscles demeurent tendus et elle réalise soudain que ses poings sont tellement crispés que ses paumes portent la marque sanguine de ses ongles.

-Turner.

Abigail réalise qu’elle ne connaît même pas le nom de famille de son sauveur, et elle ne peut retenir un ricanement tandis qu’un sourire mauvais se peint sur son visage enfantin. La peur est comme un catalyseur et se transforme maintenant en rage. Cette colère qui boue en elle lui échappe. La situation tout entière lui échappe. La jeune fille laisse alors libre cours à la tourmente qui l’habite, debout au milieu du hall, elle crie. Ses mots ne sont pas hurlés, mais dits avec une telle force qu’elle en fait presque trembler le lustre accroché au plafond.

-LACHE-MOI ! JE VEUX ME BATTRE ! JE VEUX LES FRAPPER ! JE VEUX LES RÉDUIRE EN MIETTES ! JE VEUX QU’ILS SOUFFRENT AUTANT QUE JE SOUFFRE ! JE VAIS LES …

Les bras de Nail l’enserrent, étouffant le reste de sa tirade. Elle tente de se débattre, mais ne peut rien contre la poigne du jeune homme qui a quatre ans de plus qu’elle. Les poings qui démangeaient Abigail frappent finalement le Serpentard, diminuant la tension qui l’habite sans la soulager pour autant. Les larmes surgissent de nouveau. Impuissante et dévastée, elle a envie de se venger, de détruire ce que ces idiots ont de plus précieux, de les briser et…

L’air froid la mord soudainement tandis que l’étrange étreinte du cinquième année prend fin. Il a toujours ses deux mains posées sur ses épaules et il la regarde droit dans les yeux. Les yeux rougis par les larmes qu’elle vient de verser, la jeune fille soutient son regard, notant la teinte violacée que prend l’arcade sourcilière du jeune homme ainsi que sa lèvre fendue. Elle frissonne, son souffle est irrégulier, elle est loin d’être calme. Son corps déborde d’énergie, de force et de rage. Elle veut frapper. Elle veut se défouler et devenir le prédateur que tous dans cette école imaginent qu’elle est.

Son esprit embrumé par la colère qui l’habite ne voit pas vraiment cette issue qui est désormais l’unique qu’elle possède. Elle la devine, son contour est esquissé, mais en cet instant, elle dérive dans les prunelles brunes du jeune homme.

-Dans la salle commune.

La voix de Nail est posée et trop rationnelle pour Abigail. Sortant de son étrange torpeur qui la consume, elle réalise qu’autour d’eux a commencé à se former un attroupement bariolé. Centre de l’attention et phénomène de curiosité, les Serpentards sont observés, décortiqués et analysés sans pitié ni retenue. Ces regards poignardent la jeune fille qui sent sa colère à peine calmée être attisée et serre les dents tandis que ses poings se referment, tentant de retenir ce qui rugit à l’intérieur de son corps frêle et qui ne demande qu’à être libéré.

Les yeux plissés, la jeune fille dévisage amèrement ces visages observateurs, l’air mauvais. Son aîné l’agrippe par le bras et l’emmène en direction des cachots, la foule se reculant précipitamment sur leur passage.

 

***

 

La salle commune est remplie. Abigail n’a jamais imaginé qu’il y ait autant de Serpentards ou qu’ils puissent donner l’impression de remplir la salle. En fait, en cet instant elle s’en fiche.

Les préfets sont réunis et observent la jeune fille avec gravité. Elle refuse qu’on la soigne. Elle s’en moque complètement. Elle a envie de se défouler. Abigail n’a pas lâché un mot depuis son arrivée dans les cachots. Ses amis viennent à peine d’arriver lorsqu’elle fait son entrée fracassante escortée de Nail. Ils s'écrient et inquiétés, mais le préfet de cinquième année met fin à l’interrogatoire sans même lui laisser le temps de véritablement débuter. Les autres préfets n’ont pas tardé à les rejoindre et dans un silence pesant, Nail prend la parole pour que tous aient vent de l’incident, dans les détails. Si Abigail se serait bien passée d’une humiliation publique, elle demeure immobile et silencieuse, bien trop chamboulée pour savoir quoi faire.

Lorsqu’il se tait finalement, l’aîné des préfets prit la parole. Il s’agit de Morris, celui qui avait accueilli les nouveaux Serpentards en leur demandant qui était un sang-pur. Immédiatement, Abigail a sait qu’elle ne l’appréciera pas et les évènements ne font que renforcer cette impression. Son visage porte éternellement une expression dédaigneuse, comme s’il était supérieur et que les autres n’étaient que des insectes nuisibles.

-Tu n’a vraiment pas retenu la première règle Turner ? Ne jamais être seule ? Et vous, il s’adresse alors aux camarades d’Abby, vous êtes idiots ou complètement…

 

-Tais-toi.

La voix d’Abigail résonne sur les murs humides de la salle, vibrant dangereusement et coupant la parole du préfet.

Sortant de son mutisme, et peu intimidée par son regard noir, elle le devance en prenant la parole avec verve, appréciant peu ses remontrances ridicules et surtout inutiles. Elle a retrouvé ses moyens et ne compte pas rester muette une seconde de plus. Elle a envie de taper sur quelque chose, ou quelqu’un, et si ce ne peut être des Gryffondors, cela sera des Serpentards. Enfin, un Serpentard en particulier, car celui-là lui met les nerfs à vifs.

-Tes commentaires sont idiots, n’as-tu pas écouté ? J’étais accompagnée d’un préfet, et cela n’a pas empêché les Gryffondors de s’en prendre à moi, alors qu’est-ce que ça aurait changé que je sois avec un première année à la place ? Ou même deux ou trois, ils s’en seraient donné à cœur joie et on aurait été quatre à être à moitié défigurés.

Reprenant sa respiration, Abigail remarque que le silence est épais, et que ses camarades la regardent avec effarement.

-C’est moi qui ai demandé à mes amis de me laisser seule.

La jeune Serpentarde sent la colère affluer en elle, et n’a nulle envie de se contenir et préfère continuer sur sa lancée.

-Parce que j’avais besoin d’être seule et que je n’ai nullement l’intention de vivre cachée et apeurée pendant le reste de ma scolarité ! Si ça te convient de vivre comme un rat, tant mieux, mais pas à moi ! Je suis prête à me battre et à empoisonner l’existence de chacun de ces abrutis qui me dénigrera, qui me manquera de respect et qui osera s’en prendre à moi.

La référence aux autres élèves de l’école est évidente et le regard ombragé de la jeune fille parcourt rapidement la foule formée par ses camarades, et se reporte sur la silhouette de Morris. Elle n’en a pas fini avec lui.

-À toi le premier. Je suis qui je suis, et je te conseille d’apprendre à faire avec parce que je suis une Serpentarde et que je n’ai nullement l’intention de me laisser intimider plus longtemps.

Un regard dédaigneux et menaçant plus tard, Abigail Turner tourne les talons et se précipite vers son dortoir, réalisant à peine ce qu’elle vient de dire et de faire. Les pans de sa cape bruissent dans l’air et ses talons claquent sur la pierre froide, personne ne dit mot et elle s’en moque.

 

****

 

Abigail pénètre en trombe dans son dortoire, les mains encore tremblantes. La brume est retombée sur son esprit et elle ne sait plus tout à fait ce qu’elle fait, ni même pourquoi. Elle a besoin de souffler et.. elle ne sait pas. Pleurer probablement même si ça va à l’encontre de tout ce qu’elle vient de faire et de dire. Elle est une fille forte et elle sait que les larmes ne vont rien résoudre, mais l’envie la démange.

La demoiselle se précipite dans la salle de bain et se fige en apercevant son reflet dans le miroir. Elle fait peur à voir. Elle comprend désormais l’inquiétude de ses amis et l’insistance de ses aînés pour la soigner. Plusieurs ecchymoses sont en train de se former sur son visage, dont une bosse plutôt impressionnante sur son front. Ses yeux rouges sont humides et quelques coupures ensanglantent l’ensemble… Elle ne se reconnaît pas.

Le choc la laisse immobile plusieurs secondes, peinant à digérer ce qu’elle voit. Elle est cette fille. Celle qu’elle voit là, juste devant elle. Celle qui est frappée et martyrisée. Celle qui a l’air d’être un cadavre vivant.

Ses pensées ne sont guère joyeuses et quelques coups frappés à la porte de la salle d’eau la tirent de son état végétatif. La douleur se rapelle également à elle, son front la tiraille, song sang pulse au bord de ses lèvres, son visage est dévoré par des fourmis.

La porte laissée entrouverte s’ouvre plus largement et Abigail, aperçoit dans le reflet du miroir Phil Mc Caster qui passe sa tête afin de l’apercevoir. Elle lui fait un triste sourire, et ne dit rien lorsqu’elle le voit s’approcher d’elle.

Il la regarde avec tristesse, mais il ne la prend pas en pitié. Il lui rend son sourire avant de parler d’une voix calme.

-Heureusement que ta mère t’a fourni un tas de trucs pour que tu puisses te soigner comme une moldue.

Il lui adresse un clin d’oeil amusé et lui montre la trousse de soins qui trône dans la salle de bain, dénigrée de tous. Abigail s’en veut, de ne pas avoir pensé à y trouver de quoi désinfecter ses plaies, mais elle accepte l’aide de son ami et lui indique l’utilité de chacun des médicaments qu’il sort de la pochette. Phil débute ses soins, ignorant totalement procéder, mais les indications d’Abby, assise sur le tabouret devant lui, l’aident à mener à bien sa mission. Tandis qu’il désinfecte et panse ses coupures, il se permet de reprendre la parole.

-Je peux t’appeler Abby moi aussi ?

Sa voix est timide et la jeune fille croit même voir ses joues s’empourprer légèrement, mais elle ne fait pas durer le suspense et l’assure qu’il est libre de le faire. Soulagé, Phil baisse les yeux sur elle et lui sourit chaleureusement. Retrouvant de sa vigueur naturelle, Abby en profite.

-Hum, puisqu’on est de bons amis maintenant, que tu m’appelles par mon surnom… Il serait équitable que tu me dévoiles ton vrai prénom, tu ne crois pas ?

Un sourire innocent étira ses lèvres tandis que Phil la fusille du regard. Il se récrie et elle grimace en sentant que ses gestes sont moins doux. Elle lâche un bref éclat de rire lui faisant comprendre qu’elle rigolait et que ça lui est un peu égal, espérant qu’il continuera à la soigner avec autant d’attention. Lorsqu’il étale la pommade sur sa bosse, elle sent ses doigts fins masser avec délicatesse sa peau et la jeune fille se fige lorsqu’il reprend la parole.

-Tu sais, les préfets sont à cran pas uniquement parce que tu t’es fait frapper. Les deuxièmes années ont… Été attaqué également. Une grande bande. Les Gryffondors de première année s’en sont pris à eux à la sortie d’un de leurs cours et ils ont expérimenté les sortilèges qu’on apprend en métamorphose.

Abigail fixe son ami avec insistance, suspendue à ses lèvres. L’angoisse étreint son cœur et même si elle ne connaît personne en deuxième année, elle ne peut s’empêcher d’être inquiète.

-Comme tu l’as vu, ils ne sont pas particulièrement doués, nombre de sortilèges ont raté, créant des dégâts importants. On.. Ne sait pas s’ils s’en sont tous sortis, Madame Pomfresh s’active de son mieux, mais … Ça fait beaucoup de patients, et des blessures différentes et anormales. D’autres professeurs sont supposés l’aider…

 

-Mais on sait que seule Madame Pomfresh a à cœur de nous aider.

Le ton d’Abigail est amer et elle a compris en un instant ce que lui dit son ami. Elle baisse le regard et ses doigts se crispent tandis que les muscles de son cou se tendent.

Phil reprend la parole en premier, sa voix est désormais teintée de tristesse.

-Malgré la vigilance des préfets dans les principaux endroits de l’école n’ont pas suffi. Ils s’en sont pris à plus nombreux et plus âgés qu’eux. La situation est grave… Je ne pense pas que le directeur fasse quoi que ce soit pour nous protéger.

Le regard haineux d’Abigail accueille la fin de sa tirade. Sous la violence de ses émotions, elle s’est levée de sa chaise et desserre les dents afin de cracher sa haine à l’encontre des enseignants, rapidement coupée par le Serpentard, passablement agacé.

-Abby ! Qu’est-ce que tu croyais ? L’ancienne directrice, notre professeure de métamorphose, était considérée comme pas assez virulente à l’encontre des Serpentards par le ministère alors ils l’ont gentiment remerciée et rétrogradée. Ça et son implication dans la Grande Guerre, beaucoup de parents sont persuadés qu’elle a envoyé leurs enfants à la mort en les incitant à se battre, donc elle s’est même vu retirer la direction de la maison Gryffondor. À sa place, le ministère a envoyé quelqu’un qui nous hait et qui saura orienter les choses de manière à faire de notre vie un véritable enfer.

La désillusion et la rancœur transpirent dans chacun des mots de Phil. Celui-ci il se détourne, un rictus sur les lèvres. Abigail quant à elle est abasourdie. Elle ignorait que Phil était si pertinent. Il semble savoir beaucoup de chose et surotut, être en colère.

-Comment.. Comment tu sais ça ? C’est.. Révoltant ! Pourquoi personne ne réagit ?!

Lassé de voir sa compagne de dortoir monter sur ses grands chevaux contre une injustice qui les touches tous deux et à laquelle ils ne peuvent rien, le garçon se tourne vers elle et la regarde avec colère.

-Parce que tu es une née moldue ! Le monde te semble simple et juste et bla bla bla. Non. Nous sommes dans le camp des méchants, tous nous détestent et seront ravis de trouver n’importe quelle raison pour nous cracher au visage. Tu as remarqué que personne ne voulait être réparti à Serpentard ? Tu n’as pas compris pourquoi les autres élèves s’en prennent systématiquement à nous ? Parce qu’il n’y a pas besoin de raison ! Ils peuvent nous faire ce qu’ils veulent, personne ne leur en tiendra rigueur.

Le souffle coupé, la jeune Turner fixe Mc Caster sans vraiment le voir. La réalité la heurte de plein fouet et ses jambes ne parviennent plus à la soutenir. Elle tombe au ralenti, les bras tremblants elle se réceptionne de son mieux et baisse les yeux, comme si le carrelage allait changer l’ordre des choses.

Des larmes s’échappent sans qu’elle ne s’en rende compte, mais elle ne fait pas le moindre geste pour les essuyer. Phil, se sentant un peu coupable d’avoir fait pleurer celle qu’il considère comme son amie, s’accroupit à son côté et lui passe un bras réconfortant sur les épaules.

-Toi et moi, on sait de quoi ils sont capables. Ça ne doit plus nous faire peur, et comme tu l’as si bien dit il y a quelques minutes à cet idiot de Morris, on va le leur faire payer.

La volonté induite dans ces derniers mots martèle l’esprit de la jeune fille qui relève la tête, une lueur nouvelle dans le regard. Celle de la détermination.

-Hmmm. Dès maintenant, tu peux m’inclure dans chacun de tes plans douteux que tu établiras avec Luke.

Le jeune Mc Caster hausse un sourcil, surpris par ce revirement soudain.

-Mais.. je croyais que tu ne voulais pas y prendre part avec nous…

-Parce que je ne voulais pas donner aux autres élèves une raison valable de me détester, rien de plus. Mais ils n’en ont pas besoin, ils me détestent déjà, et quoi que je fasse cela ne changera pas, alors autant qu’ils me détestent pour quelque chose, n’est-ce pas ?

 

***

 

Après avoir profité de cette soudaine proximité avec Phil, Abigail rejoint la salle commune. Son esprit s’envole un instant vers les débris de son walkman –même s’il ne fonctionne plus dans l’enceinte de Poudlard- et la tentation d’aller le récupérer la séduit terriblement, mais elle se souvient de ce qu’il est arrivé aux élèves de deuxième année et préfère rester parmi les siens, elle a eu sa dose de mauvaises rencontres pour la journée. Voire même tout le week-end, mais ce n’est malheureusement pas de son ressort et elle sait que Luke refusera d’annuler son cours de vol.

 

La grande salle est toujours aussi bien remplie, mais le conseil Serpentard semble avoir pris fin, au grand soulagement de la jeune fille qui n’a pas envie de croiser le moindre préfet pour l’instant. Elle ne demeure pas insensible à la tension ambiante et devine qu’ils n’ont toujours pas eu la moindre nouvelle concernant les blessés.

Elle s’attable à côté de Luke et remarque l’étrange odeur qui flotte dans la pièce. Répondant au froncement de sourcil de son amie, Luke répond à son interrogation muette.

-Les Serpentards n’ont pas été conviés au dîner, Manders juge qu’avec les « récents évènements », il vaut mieux qu’on reste confinés le temps de nous calmer.

Un rire mauvais s’échappe de sa bouche et Abby réalise que même le professeur supposé être de leur côté ne l’est pas. Il les méprise et tous dans la salle le savent. Ils ne sont pas uniquement inquiets pour leurs amis, mais également furieux. Furieux d’être traités comme des renégats.

Tirant la Serpentarde de ses sombres pensées, Phil, descendu juste après elle, s’adresse à son comparse de farces sur un ton joyeux, contrastant violemment avec l’ambiance générale.

-Abby va joindre son cerveau à nos plans diaboliques !

Tandis que Luke exprime sa joie par un cri sincère et une accolade qui manque de broyer l’épaule à la nouvelle recrue, celle-ci lève les yeux au ciel, mais apprécie cette nouvelle étape dans leur amitié. Elle ne sait pas ce qu’elle va devenir, ni même si les choses ne vont pas empirer, mais quelque part, elle sait que pour la première fois depuis son arrivée à Poudlard elle se projette, et elle aperçoit, au loin, la silhouette fantasque de l’espoir. De l’espoir particulièrement sombre et probablement trempé de larmes, mais qu’importe, c’était la promesse d’un futur.

 

***

 

Si le samedi semblait prometteur et que les Serpentards ont été réveillés par quelques rayons de soleil filtrant à travers le soupirail, lorsqu’ils mettent enfin le nez dehors, le vent a tourné. Les habituels nuages gris ont envahi le ciel avec la promesse d’une pluie prochaine.

Les quatre premières années armés de leurs vestes imperméables ornées du blason vert et argenté se dirigent vers le local qui contient les balais. Il s’agit de la leçon personnalisée d’Abby. Celle qu’elle craint tant. Mais à son grand soulagement, le temps semble avoir découragé la plupart des autres élèves et ils trouvent rapidement un coin assez éloigné où ils devraient pouvoir travailler au calme.

Reprenant la méthode de leur professeur de vol, Luke dépose le balai d’Abby au sol. C'est à cet instant que la pluie s’invite, leur tirant à tous de gros soupirs tandis qu’ils rabattent leurs capuches afin de tenter de se protéger.

Les mains moites d’Abigail Turner, tendues à l’horizontale au-dessus du balai ne tardent pas à être complètement trempées, l'eau ruisselant sur ses doigts jusqu'à rejoindre le creux de sa paume, formant une mini-cascade. Finalement le temps semble aussi maussade qu’elle. A sa grande surprise, la flamme de la revanche qui avait brûlé si fort en elle la veille semble s’être éteinte pendant la nuit. Probablement à cause de l’humidité et du froid qui suintent de chacune des pierres de leur dortoir. La jeune fille esquisse un rictus tandis qu’elle se reconcentre sur le bout de bois toujours immobile au sol. Le sol semble détrempé et les brins d’herbe sont couchés, abattus par les grosses gouttes qui tombent des cieux. Elle aussi aimerait bien se laisser aller et ployer sous la force des éléments, ne plus à avoir à lutter contre la fatalité qui veut la voir au sol. Ça serait si simple pourtant, et tellement agréable. N’être plus qu’un brin d’herbe parmi une multitude d’autre. Ne pas être remarquée. Comment serait-ce de vivre sans que les gens se retournent sur son passage ? Qu’ils cessent de la dévisager et de murmurer une multitude d’insanités à son égard ? Que leur colère ne l’atteigne plus…

-ABBY.

La voix forte de Luke la sort de sa torpeur et elle reprend contact avec la réalité.

-Fais voler ce fichu balai, qu’on n’en parle plus ! Tu possèdes de la magie et à part transformer une boîte d’allumettes en chaussure, ça sert à faire voler des balais. Alors arrête de te demander le comment du pourquoi et fait-le voler, c’est tout ce qui nous importe.

-Mais..

-Pas de mais ! Ça suffit. Assez réfléchi et hésité. Tends la main, concentre-toi et ordonne à ton balai de s’élever. Point. Un simple « debout » suffit. Un seul mot ! Je t’ai déjà expliqué avec de jolies phrases, pour que tu comprennes la magie, la délicatesse des choses, mais ça n’a pas l’air de t’aider, et perso, j’en ai marre. Quitte à être mouillé, j’aimerais autant pouvoir profiter de la vue qu’on a depuis là-haut. Alors, bouge-toi.

La patience de son professeur semble toucher à sa fin et Abigail, vexée, redresse la tête et fusille du regard son ami qui a désormais les bras croisés et un air peu commode sur le visage. Même sa cape ridicule et la capuche qui lui recouvre presque la moitié du visage ne suffisent pas à ôter cette impression qu’il en a vraiment marre et qu'il serait prêt à la planter là au moindre signe d'abandon ou de rébellion. La jeune fille aimerait protester, lui dire qu’elle n’y est que depuis une quinzaine de minutes, qu’elle a besoin de plus, qu’elle fait tout ce qu’elle peut… mais elle se tait et ravale sa colère.

Luke n’a rien fait de mal, c’est elle. À cause d’elle et de son incapacité à faire voler un balai. Alors elle se venge sur le balai. Elle lui lance un regard noir et après avoir soufflé sur sa main dans l’espoir -vain- de la réchauffer légèrement elle plisse les yeux et dirige toute la colère qui l’habite en direction de l’objet devant ses pieds. Elle inspire profondément et ferme les yeux. Visualisant le balai, elle inspire et expire profondément, calmement. Ses nombreuses heures à suivre des cours de danse lui ont au moins servi à quelque chose : canaliser ses émotions.

L’air expulsé de ses poumons file rapidement le long de sa tranchée, jusqu’à rencontrer de l’air frais et humide. Se cristallisant à ce contact, le souffle se meurt dans un léger nuage de buée, rapidement dispersé par les remous de l’air et les gouttes qui le transpercent.

Un frisson parcourt la paume de la jeune fille. La colère fait vibrer la peau délicate de sa main, et la magie se manifeste. Ouvrant légèrement les yeux, la jeune fille pose son regard couleur océan sur le balai et sent la joie fleurir dans son cœur tandis que le bout de bois qu’elle déteste si fort se tortille légèrement au sol, comme effleuré par une force invisible.

Abigail s’est enflammée, à la moindre étincelle la colère surgit rapidement et devient énergie. Magie. La magie s’est manifestée. Oui, ça devait être ça, cette chaleur au creux de sa main… Fronçant les sourcils de concentration, la jeune fille tente d’augmenter ce fourmillement agréable et à sa grande surprise, si elle ne sent rien de plus, le balai s’élève doucement dans les airs.

Un air d’incompréhension total se peint sur son visage qui ne tarde pas à se fendre d’un large sourire. Le bout de bois finit par heurter sa main, lui permettant de s’assurer que tout ceci est bien réel. Elle fait voler un balai.

-Tu vois, quand tu veux…

La voix de son ami la fait presque sursauter. Concentrée comme elle l’était, elle n’a pas fait attention à ce qui l’entourait et elle est touchée par la lueur de fierté qui brille dans ses yeux partiellement dissimulés sous sa capuche. Il porte sur les lèvres un sourire généreux qui fait échos à celui d'Abigail.

Profitant de cet instant de réussite, Luke l’informe qu’il est temps qu’elle monte sur ce balai, espérant secrètement qu’elle réalise à quel point c’est grisant et que ça la motive à faire décoller son balai pour les prochains cours (et entraînements, puisqu’elle n’a jamais volé sur un balai, elle va devoir souffrir de leçons particulières afin d’atteindre un niveau correct, mais son ami ne lui en a encore rien dit).

Passant sa jambe par-dessus le manche sombre, la jeune fille s’installe de son mieux, trouvant la position particulièrement inconfortable. Elle ne se sent pas à l’aise. Ses mains se sont enroulées autour du bois sans pour autant lui assurer une prise solide et ses jambes.. eh bien, elles ne lui servent à rien. Non, décidément, elle préfère le vélo.

Mais elle doit admettre qu’à ses débuts son vélo avait quatre roues et que malgré tout elle était tombée un sacré nombre de fois. Allait-elle devoir passer par là elle aussi ? Elle grimace tandis que ses mains glissent le long du manche, cherchant une position qui pourrait lui sembler plus rassurante. Et dire qu’elle a encore les deux pieds sur la terre ferme…

-Alors Turner, qu’est-ce qu’il t’arrive ?

La voix railleuse de Bowerst lui fait relever la tête et elle l’insulte du regard. Comme elle le fait souvent, mais fidèle à lui-même il hausse un sourcil mi-railleur mi-sceptique et continue sur sa lancée.

-Ce n’est pas assez confortable à ton goût ? Peut-être désires-tu un coussin pour tes petites fesses ?

Sentant ses joues prendre un teint cramoisi et l’envie de le faire chuter de son balai la jeune fille voit avec grand plaisir Phil foncer sur son camarade et faire une sorte de dérapage si bien que seules les branches de son balai heurtent Bowerst. Ce fut suffisant pour lui faire perdre son précieux équilibre et la demoiselle le regarde avec une immense satisfaction chuter comme au ralenti, cherchant à se rattraper sur l’air, et finir par s’écraser au sol, dans une gerbe d’éclaboussures.

Abigail ne peut retenir un léger éclat de rire puis détourne le regard, peu désireuse d’attirer la colère du Serpentard. Phil met également pied à terre, mais avec plus de grâce que leur ami et l’aide à se débarrasser de la boue qui le recouvre à l’aide d’un sort, à la grande surprise de la Serpentarde. Comment et où l’a-t-il appris ? Plus le temps passe et plus le garçon lui semble renfermer pas mal de secrets…

Elle réalise surtout qu’elle est une quiche en balai, et qu’elle ferait bien d’agrandir son vocabulaire. Elle pourrait commencer par apprendre à nommer les différentes parties de ces bouts de bois puis les figures que les sorciers effectuent parfois avec. La tirant de ses pensées une nouvelle fois, son professeur lui demande de s’envoler, lui assurant qu’au pire elle chutera et que Phil saura lui laver sa robe en mouvement de baguette.

Levant les yeux au ciel, l’élève entreprend de lever le manche de son balai comme elle a entendu dire. C’est le manche qui lui permet de contrôler l’altitude, et probablement la vitesse aussi. Ou alors elle confond tout. Mais à sa grande surprise, le balai s’élève. De quelques centimètres, mais c'est suffisant. Ses pieds battent désormais l’air, frôlant le sol, et elle sent son équilibre sur le point de rejoindre la gravité. Elle oscille dangereusement et ses mains ne cessent de glisser à la recherche d’une manière de s’agripper en toute sécurité.

Peine perdue, elle finit par rejoindre le sol dans une attitude semblable à celle de Bowerst quelques instants au paravent. Son rire d’ailleurs ne tarde pas à retentir à ses oreilles, la piquant dans sa fierté. Phil et Luke sont tous deux dans les airs, non loin d’eux, mais elle n’a pas envie d’être nettoyée. Non, elle a envie de clouer le bec à cet idiot de Bowerst. Qu’il se morde les doigts d’avoir aussi peu crû en elle ainsi que de l’avoir raillée.

Avisant son balai fiché dans le sol, la jeune fille l’arrache avec force à la terre boueuse qui s’est fait une joie de l’adopter. Elle le laisse retomber sur le sol et tendit la main, comme elle l’a fait plus tôt. La boue qui recouvre ses doigts se dissipe sous les impacts lents et puissants des gouttes de pluie, mais insensible à l’image qui s’offre à elle, la Serpentarde fait une nouvelle fois appel à la colère qui l’habitait. Cette fois-ci, elle sait comment les choses vont se produire, et elle n’y songe pas un instant. Le balai décolle immédiatement et elle l’enfourche à la volée. La rage qui l’habite fait frémir le balai lorsqu’elle referme ses mains gelées sur le manche recouvert de boue. Mais elle ne songe pas un instant à son inconfort, ni à l’instabilité de l’objet, ni aux risques qu’elle prend. Elle resserre sa prise sur le manche et décolle en vitesse. Elle fend les airs. La surprise du vent et des gouttes qui lui fouettent le visage chassent rapidement sa colère, lui permettant de réaliser ce qu’elle est en train de faire. Et où elle se trouve.

La prise de conscience est vertigineuse. Elle vole, à plus d’une dizaine de mètres au-dessus du sol. L’herbe défile sous elle sans qu’elle sache comment ralentir. Ni même comment tenir sur son balai, ce qui fait monter en elle un pic de terreur. Tentant de refouler cette sensation qui ne peut rien apporter de bon, elle plisse les yeux et observe l’horizon. Il lui semble distinguer le terrain de Quidditch avec quelques courageux qui tournent une dizaine de mètres au-dessus du stade.

Alors qu’elle en est toujours à essayer d’oublier qu’elle ne sait pas comment conduire un balai volant ses amis se joignent à elle. Les trois garçons sont là. Luke sourit pour deux (pour lui et Bowerst qui semble légèrement vexé) et félicite son élève. Abigail lui avoue rapidement qu’elle n’a pas la moindre idée de quoi faire et qu’elle tente de ne pas paniquer, parce qu’elle se doute qu’elle risque de chuter, or elle est trop jeune pour mourir. Puis, elle attend, le regard toujours fixé sur l’horizon, la pluie et le vent ayant chassé sa capuche et pratiquement rincé son visage à la perfection. Elle a froid et se sent particulièrement trempée, et elle se doute qu’en plus d’être en train de tomber malade, ses cheveux doivent commencer à boucler et qu’en retournant au château elle risque d’avoir l’air d’un mouton mal peigné.

Chassant ces idées futiles mais réconfortantes (car cela prouve qu’elle arrivera vivante et en un seul morceau au château) Luke lui explique les bases pour manier un balai, la félicitant pour son décollage spectaculaire. Finalement le vol est relativement simple, comment tourner, accélérer, ralentir, monter, descendre… D’après Luke, c’est une question d’instinct, et Abby en est plutôt bien dotée. Et autre avantage, elle ne souffre pas du vertige, contrairement à Phil, ce qui lui permet de finir par apprécier sa ballade aérienne, même si un balai lui semble particulièrement inconfortable et peu maniable.

Finalement, c’est lorsque Luke lui indique comment positionner ses jambes sur le balai que la demoiselle sent son instinct prendre le dessus. Ses jambes qui pendaient auparavant dans le vide se retrouvent désormais à longer le balai jusqu’à rejoindre les cale-pieds qui se trouvaient non loin de l’empennage. Abigail adopte donc rapidement la posture indiquée par son jeune professeur et presque instinctive d’être pratiquement couchée sur son balai. Heureusement pour elle, le balai n’avance pratiquement plus et qu’elle peut prendre le temps de fermer les yeux sans se préoccuper de foncer dans un oiseau, un arbre ou autre. Étrangement elle a l’impression de se retrouver en enfance, en train de grimper dans les arbres. Même si elle ne s’est jamais accrochée tel un koala à la moindre branche, la sensation est semblable et la peur qui se diffuse dans ses veines faiblit légèrement, lui permettant de se concentrer sur la sensation incroyable de voler sur une branche d’arbre. Si un jour on lui avait dit que grimper dans les arbres pendant son temps lui servirait pour voler sur un balai, elle aurait probablement éclaté de rire.

 

***

 

Après une bonne demi-heure de vol en altitude, et une autre demi-heure d'exercices en tous genre plus près du sol, Abigail savoure le retour sur la terre ferme et se contente d’observer ses amis qui volent désormais au ras des brins d'herbe -faute de paquerettes- mais qui semblent tester la maniabilité des balais. Amusée, elle les observe profiter de leurs dernières minutes de vol, savourant l’absence de pluie. Lorsqu’ils mettent pied à terre, ils notent le sol détrempé et la boue qui s’accroche à leurs chaussures. Phil, qui semble décidément plein de ressources, les débarrasse de la boue qui recouvre les malchanceux qui sont tombés de leur balai ainsi qu’un autre sort qui leur permet d’être secs en quelques secondes. Lorsque la mini-tempête provoquée par le sorcier s’éloigne d’elle, Abigail note le regard amusé des trois Serpentards. Tous la dévisagent et c’est Luke qui éclate de rire en premier, rapidement rejoint par Phil tandis que Bowerst dissimulait un rictus en se détournant d’elle. Vexée, la jeune fille allait pour réagir lorsqu’elle réalise qu’il s’agit de ses cheveux. Ceux-ci ne semblent vraiment pas avoir apprécié le vent chaud qui les a pourtant seichés, et ils forment désormais un enchevêtrement plutôt stupéfiant. Et elle qui s'inquiétait de voir sa chevelure frisée de retour au château, le résultat actuel est encore pire.

Soupirant à s’en fendre l’âme, Abigail renonce à discipliner sa chevelure à l'extérieur et tourne les talons, son balai en main.

 

Tandis que le quatuor vert et argent se dirige vers les vestiaires, ils croisent en sens inverse leur équipe de Quiditch, qui semble vouloir profiter de la brève accalmie pour s’entraîner. Les première année observent avec curiosité leurs sportifs, les saluant avec une certaine excitation. Le premier match de l’année est dans deux semaines… Et ça semble mettre les garçons dans tous leurs états. Abigail, elle, préfère rester silencieuse, observant ses aînés. Ceux-ci ne tardent d’ailleurs pas à leur apprendre la nouvelle : les élèves de deuxième année ont été sauvés. Seul un garçon demeure dans un état critique, même si l’infirmière semble plutôt optimiste. En conséquence de cette attaque innommable, deux filles qui ont été agressées vont se voir retirées de Poudlard par leurs parents.

La nouvelle douche la joie des jeunes qui pensaient leurs camarades sortis d’affaire. Un préfet de l'équipe ajoute que selon la direction les responsables se veront offrir un châtiment exemplaire, mais sa moue indique qu'il doute de cette information et de l'exemplarité de ladite punition.

Poudlard n’est plus que l’ombre de ce qu’elle était jadis. Une école réputée en train de sombrer dans la déchéance.

Mais ce n’est que le point de vue de quelques Serpentards.

 

Chapitre 6 : une routine difficile by Maloux
Author's Notes:

10/11/2017

 

Hola !

Me revoilà avec un peu d'avance et un nouveau chapitre.

Je tiens à remercier mes revieweuses Helwige et Luna09 pour leurs conseils. J'ai donc rectifié quelques points des chapitres précédents vu que j'avais commis quelques impairs à propos de l'univers Potteriens. Donc adieu soins aux créatures magiques et walkman en état de fonctionnement.

Ce chapitre et le suivant seront des petites compilations de moments à Poudlard ayant pour but de montrer l'évolution d'Abby, et ses relations avec les autres. Je pense détailler ainsi la première année de scolarité d'Abigail, et passer les suivantes un peu plus rapidement, afin de ne m'attarder non pas sur la routine et comment elle vit son arrivée dans le monde des sorciers, mais sur les évènements qui influeront sa vie et son quotidien.

 

Sur ce, bonne lecture !

C’était l’hiver, Noël était passé, et une nouvelle année débutait. La rentrée avait apporté son rythme tranquille et Abigail Turner avait décidé d’amener à l’école son super cadeau de Noël. Son grand-père lui avait offert son vieux ballon. Il était en cuir usé et il ne sentait pas très bon, mais il rebondissait encore bien.

Et il l’avait offert à elle, Abigail, et non à son frère. C’était une immense fierté qu'elle tenait à la partager avec ses camarades à l’école. Alors, à la récréation, tous s’amusèrent avec le ballon. Ils le critiquaient, mais Abigail disait qu’ils étaient simplement jaloux.

Finalement, alors que la pause tirait sur sa fin, quelques garçons défièrent Abby, mettant en doute son habileté avec une balle.

-Chiche que tu tires sur la fenêtre de la directrice.

La jeune Turner releva le défi tandis que certains pouffaient. La fenêtre en question était en rez-de-chaussée, ce qui lui simplifiait la tâche, même si avec un ballon entre les pieds elle était plutôt du genre à rater son tir. Mais sa fierté lui interdisait de rater.

Alors elle positionna le ballon, se concentra, prit son élan et… Bam. La balle rebondit bruyamment contre le mur en béton. Raté. Des éclats de rire accueillirent son fabuleux tire et la colère embrasa la demoiselle qui courut vers le ballon qui revenait vers elle et tira de nouveau. Bam. Le mur. Elle tira une nouvelle fois. Bam. Encore le mur. Elle frappa de toutes ses forces le ballon, essayant de viser et priant pour atteindre son objectif. Elle frappa une nouvelle fois. Dzing clang Boum. La fenêtre. Et la balle, avec sa force et son poids brisa le carreau et atterrit avec fracas dans le bureau de la directrice.

Tous les enfants écarquillèrent les yeux, la bouche entrouverte, hésitant sur le comportement à adopter et finalement c’est un professeur en colère qui les rappela à l’ordre. L’homme était furieux et hurla beaucoup. Le responsable devait se dénoncer. Les joues d’Abby se colorèrent de rouge, étouffée par la honte. Son cœur battait follement, effrayée à l’idée d’être grondée. Elle était plutôt une enfant modèle et la colère dans laquelle se mettraient ses parents s’ils apprenaient la terrifiait. Le silence répondit au professeur et tous furent solidèrent, personne ne parla. La punition fut collective, privé de récré jusqu’à la fin de la semaine et des lignes quotidiennes « je ne dois pas détériorer mon école ni mentir pour protéger mes camarades lorsqu’ils font de grosses bêtises. ».

Abigail avait tellement honte, elle aurait aimé disparaitre dans un trou de souris, revenir en arrière et effacer cet instant où tout avait dérapé. Mais elle ne pouvait pas. La fin de la journée lui sembla terriblement longue et à peine sa maîtresse les informant qu’ils pouvaient partir elle se précipita dehors. Elle trouva son frère dans la foule, et l’agrippa par le bras. Elle leva des yeux emplis de larmes vers son visage et le supplia de l’aider.

Il la regarda longuement, le regard indéchiffrable, puis lui répondit d’un ton sec, qui brisa son petit cœur fragile.

-Non Abby, je ne vais pas t’aider. Est-ce que c’est moi qui t’ai dit d’emmener le ballon de Papi à l’école ? Non. Est-ce que c’est moi qui ai brisé la fenêtre avec le ballon ? Non. Je ne t’ai pas non plus incité à faire quoi que ce soit de tout ça et je n’ai certainement pas menti aux professeurs. Alors non, je ne vais pas t’aider. Tu t’es mise toute seule dans cette situation, alors assume. Tu te débrouilles, il est hors de question que je fasse quoi que ce soit pour toi, ce n’est pas mes affaires, je n’ai rien à y voir. C’est TON combat, pas le mien.

Sur ces mots, il tourna les talons et l’abandonna à sa peur. Sa peur de décevoir ses parents, la peur que la directrice découvre la vérité à propos du ballon, la peur de rentrer sans son précieux cadeau… Les larmes roulèrent sur ses joues et elle tourna les talons, s’éloignant de la sortie. Elle devait récupérer son ballon. Un éclat de détermination brilla dans son regard tandis qu’elle se cachait, attendant le moment opportun pour agir.

 

 

***

 

 

 

-Mademoiselle Turner.

La voix stricte du professeur de métamorphose fait lever les yeux de l’élève nommée. Délaissant son allumette du regard, les yeux bleus irisés de vert d’Abigail se posent sur le visage pincé de sa professeure. L’enfant se demande si elle a toujours été aussi aigrie ou si c’est le fait d’avoir été démise de ses responsabilités par le ministère avant la rentrée qui l’a rendue ainsi. Elle se souvient trop tard que certains sorciers sont capables de lire dans les esprits et elle rougit violemment en espérant du fond de son cœur que la professeure Mc Gonagall n’en possède pas le talent. Son cœur se compresse dans sa poitrine tandis qu’elle fixe avec attention ses chaussures noires en attendant de savoir ce que lui veut l’enseignante.

Mettant fin à son supplice, la femme au chignon irréprochable prend la parole d’une voix calme bien que sèche.

-Cessez de secouer votre baguette en faisant votre mijaurée, et faites donc des gestes amples.

Le souffle coupé, l’élève relève les yeux vers sa professeure, mais celle-ci a déjà tourné les talons afin d’observer les autres élèves. Vexée, la jeune fille soupire bruyamment avant d’essuyer ses paumes moites sur sa robe noire de sorcier puis de jeter un coup d’œil à Luke avec qui elle partage sa table pour ce cours de métamorphose. Finalement Mc Gonagall malgré toutes les légendes qui courent à son sujet n’est pas encore légima… Légitimi… Foudroyant par pensée ce mot qui lui semble bien trop compliqué pour sa signification, Abigail sent l’agacement la gagner. En dépit son travail pendant le week-end, son allumette demeure allumette, tandis que celle de Luke ressemble déjà plus à une aiguille. Si on omet la teinte un peu rouge et bombée à l’extrémité, il a réussi l’exercice.

Mais pas elle. Étrangement, elle n’arrive pas à utiliser correctement sa baguette, malgré ses exercices afin de reproduire à la perfection la gestuelle. Pourtant sa technique de retranscrire sur papier la gestuelle lui semble être une idée lumineuse. Ainsi pour chaque formule elle a un symbole plus ou moins complexe qui lui vient à l’esprit. Mais ça ne semble pas suffisant, et l’enfant commence à douter de son talent de sorcière.

-Des gestes amples, mademoiselle Turner, glousse son ami à côté d’elle.

Le foudroyant du regard, la jeune fille finit par se prendre au jeu et un large sourire apparait sur les lèvres tandis qu'elle reprend sa baguette en main. Faisant des gestes démesurément amples accompagnés de la formule adéquate prononcée avec une voix présomptueuse, Abigail voit avec effarement son allumette se transformer. Elle veut se moquer de Mc Gonagall et voilà qu’elle réussit l’exercice.

Bouche bée, elle demeure de longues secondes à observer son aiguille, immobile. Luke, à côté d’elle est tout aussi surpris qu’elle et incapable d’émettre le moindre son. C'est lui toutefois qui se ressaisit en premier

-Recommence, Turner.

Sa voix est impatiente et son regard demeure fixé sur la table. Son amie, n’appréciant peu l’emploi de son nom de famille ni le fait qu'on lui donne un ordre, se fait une joie de le regarder de haut avant de répliquer avec hargne.

-Tout ce que tu veux, Medley.

Posant une nouvelle allumette sur la table, la jeune fille serre sa baguette avec force, stressée. Elle ferme quelques instants les yeux, cherchant à retenir les informations qu’ils avaient vues pendant le cours précédent afin de réaliser cet exercice et elle se détend finalement un peu. Expirant calmement elle reprend sa gestuelle, n’hésitant pas à faire d’amples gestes et une nouvelle fois, la magie fuse et l’allumette devient aiguille.

Un sourire d’incompréhension mêlé à une joie intense étire les lèves bien dessinées de la jeune fille, tandis que son regard demeure posé sur le morceau de métal. Elle a réussi. Son esprit ne se contente pas de cette petite victoire et entreprend de visualiser si cette technique de faire de grands mouvements pourrait s’appliquer aux autres cours. Probablement les cours de sortilèges où elle éprouve la même difficulté à lancer ses sorts.

La voix sévère du professeur de métamorphose tire Abigail de ses pensées prometteuses.

-Trois points pour Serpentard pour l’exécution de cet exercice.

Surpris, les quatre Serpentards demeurent immobiles, les yeux écarquillés. Ils viennent de faire gagner des points à leur maison, pour la première fois. Ils ont envie de hurler leur joie, même s’ils savent que ces trois petits points ne sont rien, c’est le signe qu’avec beaucoup d’effort ils peuvent éventuellement faire en sorte que leur maison possède quelques points à la fin de l’année. Même s’ils se doutent que tous les professeurs ne possèdent pas l’impartialité volatile de Mc Gonagall, c'est une bonne nouvelle.

 

***

 

Abigail s’étire et reprend ses exercices. Elle est seule dans le dortoir et profite du fait que les garçons veulent discuter avec leurs aînés afin de reprendre un rythme un peu plus sportif. C’est pour cette raison qu’elle se retrouve en t-shirt et short dans le dortoir à brasser de l’air. Étirements et chorégraphies, elle sent qu’elle a beaucoup perdu.

Tandis qu’elle travaille son grand écart qu’elle a -à son grand malheur- perdu, la porte s’ouvre avec force et les trois Serpentards entrent en rigolant. Bowerst est le premier à l’apercevoir ainsi au sol et son regard dédaigneux l’observe tandis qu’il prend la parole.

-Alors Turner, tu fais quoi par terre ?

-Des exercices Bowerst, car contrairement à toi, je ne veux pas être pur os et graisse.

Phil ricane et se dirige sur son lit et, rideaux écartés, il observe la jeune fille qui continue ses exercices. Elle se relève finalement et entreprend de sautiller sur place, effectuant quelques mouvements avec ses bras.

C’est Luke qui l’observe, une lueur d’incompréhension dans le regard qui reprend la parole.

-Mais qu’est-ce que…

-Ma mère est danseuse professionnelle, et depuis que je tiens sur mes deux jambes elle me donne des cours de danse, alors si je rentre dans cet état –ou pire- à Noël, je suis morte. Faut que je retrouve un peu de ma condition, alors comme en semaine je doute que l’un d’entre vous souhaite m’accompagner dans un coin désert de l’école, une salle vide ou dans le parc, je dois me contenter de travailler ici.

Le silence accueille ses propos, les garçons continuant de l’observer d’un drôle d’œil.

-Si vous voulez vous joindre à moi…

-Sans façon !

Phil, qui vient de répondre aussi vivement, tire un sourire amusé à la Serpentarde qui secoue la tête, navrée. Elle rentre son t-shirt dans son pantalon et fait l’équilibre. Une fois droite et le corps à l’envers, elle commence à fléchir légèrement les bras, mais elle sent que son laisser-aller des dernières semaines ne lui permette pas de contracter ses bras autant qu’elle veut, alors elle se contente de marcher autour de son lit, ses jambes tantôt tendues, tantôt travaillant différents mouvements de danses allant jusqu’au presque grand-écart.

Elle continue son entrainement, en cherchant ce que sa mère lui avait fait faire par le passé et regrette l’absence de musique. Elle remarque que ses amis ont désormais revêtu leurs pyjamas et rejoint leurs lits respectifs. Seul Bowerst a tiré ses rideaux, les deux autres discutent comme souvent de leurs futurs plans. N’ayant guère pus d’idée pour faire travailler son corps, la jeune fille rejoint le lit de Medley, les joues rouges et le souffle court. Elle s’y assoit en tailleur et s’incruste dans la conversation.

-Vous faisiez du sport avant d’entrer à Poudlard, vous ?

-Frappe-la, Luke, de ma part.

-Erk, sans façon, elle est toute transpirante.

Abigail hausse les sourcils puis se tourne vers son ami qui retient un sourire amusé, et lui fait payer l’audace de ses propos en essayant de se coller à lui afin de lui faire goûter à sa sueur qui semble le répugner tant. La situation dégénère. Quelques coussins volent, Bowerst grogne contre leur immaturité, puis ils partent dans un impressionnant fou rire pendant quelques minutes. Finalement, dans ce dortoir, ils se sentent bien. Ils sont soudés et même si parfois Abby a envie de frapper Bowerst, elle les considère tous trois comme ses frères.

 

***

 

Confortablement installés autour d’une des larges tables de la salle commune des Serpentards, Abigail et ses amis sont plongés dans l’étude de sortilèges, en prévision de leur cours du lendemain. La pièce est silencieuse, nombre d’étudiants y travaillent, car ils ont compris, comme Abigail et ses amis très récemment, qu’il leur faut devenir de bons élèves s’ils veulent garder leur insolence habituelle. Depuis la rentrée, leur maison n’a gagné que très peu de points et les punitions ont, quant à elles, plu, ne permettant aucun écart aux verts et argents. S’ils désirent demeurer hautains, vicieux et perturbateurs, ils doivent connaître leurs cours sur le bout des doigts. Pour jouer avec le feu, ils ont tout intérêt à faire profil bas. Devenir de bons élèves, studieux, afin de pouvoir fomenter leur vengeance en toute liberté. Prendre ces idiots par surprise et frapper fort.

Abigail doit avouer que le plan qu’elle a établi avec ses amis afin de faire payer les Griffondor pour leur attaque contre les élèves de leurs maisons avance lentement, mais surement. Ce n'est pas particulièrement méchant, mais elle a réfréné l’enthousiasme de ses amis, afin d’attendre quelques jours pour qu’ils puissent avoir l’air innocents. Il est hors de questions qu’ils se fassent attraper. Avoir l’air coupable ne la dérange pas, mais il est inconcevable qu’ils le deviennent, aucune preuve ne doit être trouvée.

Alors en attendant, les quatre jeunes serpentards travaillent sur leurs différentes matières, afin d’augmenter leur niveau.

Toutefois, lire un livre de cours n’est pas particulièrement intéressant et l’attention de Turner est détournée lorsque les élèves à la table de derrière sont rejoints par un nouvel étudiant et qu’ils débutent leurs messes basses.

-Pss, vous savez pour le bal ?

-Chhht.

-Grandler, il y en a qui travaillent.

-Les gars, c’est une soirée pour les quatrièmes années et plus, afin de célébrer la victoire des gentils sur le vilain seigneur des ténèbres.

-Ouai, seigneur des ténèbres quand même, il avait peur de rien… Il doit bien se marrer en nous voyant aujourd’hui, les fiers Serpentards.

-La ramène pas, quand il était là tout le monde avait peur de son ombre..

-Chut…

-Oh ça va !

-Ouais, fais pas genre que ça t’intéresse pas Mindeltoy…

-Un bal, de l’alcool, des filles…

Le petit groupe ricane et Abigail se retient avec difficulté de ne pas se retourner pour de les dévisager.

-Arrêtez vos sous-entendus graveleux les gars… Il y aura des filles, des garçons et nos charmants professeurs.

-Oui, enfin moi ce que je dis c’est qu’on aura un bal.

-Et pour célébrer quoi ? Franchement, la bataille de Poudlard c’était pas beau à voir ni pendant ni après…

-Qu’est-ce que t’en sais toi ? T’étais enfermé comme tout le monde dans ces charmants cachots humides…

-Ce que je veux dire c’est que rien de vraiment bon n’est arrivé après. On va encore s’en prendre plein la figure, et je suis certaine que la veille du bal ils nous feront parvenir la note qu’on n’est pas conviés.

-Rho, tranquille Ginger, t’emballes pas.

-Elle a pas totalement tort, quand on sait le nombre de morts qu’il y a eu.. Des Aurors, comme des étudiants, et je te parle pas des mangemorts, ça devait sentir le cadavre.

-Pfffff.. Toujours avec tes détails glauques.

-C’est pour ça que vous m’aimez.

Seul le silence lui répond et la jeune Turner se retient de ne pas pouffer. Elle ne veut pas les déranger, car mine de rien, leur conversation l'intéresse.

-Bon, je retire ce que j’ai dit. En six mois tout a été balayé, reconstruit, ça sent bon la lavande… Mais les gens ne se reconstruisent pas si rapidement. Vous vous souvenez quand on a dû revenir pour terminer notre année inachevée ? L’ambiance était tellement glauque, déprimante et…

-Oui… La voix est plus faible, comme si la personne qui parlait se souvenait en frissonnant de ces mois difficiles. Ça fait un an et demi, déjà. Et dire qu’on se plaignait que Mc Go soit directrice l'année dernière... J’en viens presque à la regretter.

-Carrément, elle pouvait pas nous encadrer, mais au moins on ne nous lapidait pas dans les couloirs…

-C'est peut-être le choc, après la bataille, les gens ne réalisaient pas vraiment…

-Dis plutôt que c'est le ministère. Ils en ont bien profité pour sortir leur épingle du jeu et on a tous morflé. C’est eux qui sont à l’origine de tout…

-Hum… Mais si on a tous été interrogé et libéré parce qu’on n’avait rien à voir ni de près ni de loin avec les mangemorts, pourquoi c’est encore de notre faute ?

-On a été innocentés, oui, mais les gens s’en foutent, on est supposé être dans le camp des perdants alors on va payer pour le crime de tous les autres, qui ne peuvent pas payer parce qu’ils ont été exécutés ou qu’ils sont emprisonnés à Azkaban.

-Franchement… Je pensais pas que ça serait si dur cette année.

-Le nouveau directeur a donné le ton. Et ce n’est pas le seul parachuté par le ministère, il y a au moins Manders qui a récupéré les cours de défense contre les forces du mal, celui de potion j’en suis presque certain, et probablement celui d’astronomie…

-Presque tous les nouveaux quoi.

-Humpf… Ceux qui nous sont ouvertement hostiles.

-Comme quoi, il faut savoir se satisfaire de ce qu’on a, car ça peut toujours être pire.

Le silence se fait tandis que chacun médite ces propos, se souvenant de la fin de l’année passée.

-Au fait pour ce bal, tu crois qu’il y aura des « invités spéciaux » ?

-Si on fait abstraction de Mc Go-la-déchue, nos profs seront là et probablement les principaux héros de la guerre comme Potter, les Weasley, Granger, Londubat, Lovegood...

-Attend, en parlant de Londubat, il y a des rumeurs qui disent que l’année prochaine il viendra nous donner des cours de botanique.

-haha ! T’es pas sérieux?

-Si…

-He, on s’en fout, c’est un héros de guerre comme vous dites, ça pourrait être cool.

-Ouais… mais je sais pas si ça les a vraiment réussis. Vous avez vu comment sont ceux qui traînent encore à Poudlard ?

-Hm.. pas beaux à voir

-Tu m’étonnes…

-Bon, le thème bal de mai prend fin tout comme cette conversation déprimante, on replonge le nez dans nos bouquins.

Ignorant l'intervention du plus studieux de la bande, une voix reprend sur le ton de la réflexion.

-À propos du bal, justement, on pourrait…

Le studieux ne se laisse pas faire et lui répond avec force, désieureux de véritablement mettre fin à cette discussion.

-Rien du tout. Tout le monde dira que c’est de notre faute, ils parleront de tous nos camarades déportés –injustement si tu veux mon avis- et on nous jugera encore plus. Ça sera un véritable calvaire. Donc fin de la discussion.

Le silence se fait pesant, même Abigail ressent un certain malaise en les écoutant parler. Leurs propos font échos à ceux de Phil l'autre jour dans la salle de bain, mais là…

Une main chaleureuse se pose sur son avant-bras et tire la jeune fille de sa méditation. Elle cesse d’écouter ses voisins lorsqu’elle réalise que Luke a également tendu l’oreille.

-Ça ira. On va leur montrer qui on est.

Soupirant, la jeune fille lui offre un sourire triste, doutant de ses propos. En écoutant la conversation des plus anciens, elle se demande ce que leur réserve l’avenir. Les gens ne cesseront jamais de les détester pour des crimes qu’ils n’ont pas commis ?

 

 ***

 

Abigail est assise sur l’un des rebords de la fenêtre, seule dans un couloir de l’école. Elle possède une vue prenante sur la cour de l’école et sait qu’à une dizaine de mètres se trouve un préfet Serpentard qui veille à la tranquillité de ceux de sa maison.

Ce qu’elle fait seule, en cet instant, ce n’est pas vraiment par plaisir. En fait, après avoir entendu quelques jours plus tôt les remarques de ses camarades à propos des héros de la guerre encore dans l’école, elle n’a cessé d’y penser.

Son plan est d’interpeller Ginny Weasley, la petite amie du célèbre Harry Potter, afin de la sensibiliser à sa cause. Vu comme ça, elle avait l’impression d’être une activiste prônant la liberté des loups sibériens ou de militer contre la pêche à la baleine. En y réfléchissant, elle se dit que les Serpentards sont effectivement en voix d’extinction. Et elle espère naïvement que la guerre aura effacé les préjugés stupides qu’aurait pu avoir la jeune Weasley.

Finalement, après de longues minutes, la porte de la salle s’ouvre, laissant le passage à un groupe d’élèves. Rouges et ors. L’Anglaise se recule le plus possible contre la fenêtre en espérant que personne ne la voit. Heureusement pour elle, les Gryffondros sont absorbés dans leur discussion et ne l'ont pas remarquée. Et c’est à cet instant que la chevelure de feu de Ginny Weasley apparait à Abigail. Sortant de sa piètre cachette elle s’élance dans sa direction. Mais la survivante ne posa pas un instant son regard sur elle.

Intimidée, la Serpentarde hésite à l’interpeler et à la sortir de ses pensées. Elle note son regard éteint, ses traits tirés et les légères rides qui apparaissent au coin de ses yeux. Elle fait plus âgée, c’est une impression dérangeante. Ginny a l’air d’une femme. Une femme d’âge mûr, fatiguée trop tôt et torturée par le passé.

La guerre lui a volé sans conteste son innocence, mais également sa joie de vivre. Seul le temps saurait soigner ses blessures, et encore… Abigail se souvient de quelques cours, abordant le thème de l’après-guerre mondiale et les symptômes post-traumatiques. En cet instant, elle ne doute pas que cette fille souffre de ces symptômes et à voir les cernes qui naissent sous ses yeux ses nuits doivent être particulièrement sombres et terrifiantes.

Finalement, Abigail prend son courage à deux mains et appelle la Gryffondor avant que celle-ci ne disparaisse de sa vue et se fonde dans les ombres de Poudlard.

-Miss Ginny Weasley ?

La frêle silhouette de la jeune femme se stoppe et elle se retourne lentement. Elle fronce les sourcils en apercevant la jeune fille qui vient de l’interpeller et le blason qui orne sa chemise.

-Je suis désolée de vous déranger..

-Sois gentille, tutoie-moi d’accord ?

Abigail hoche la tête, timide. Maintenant qu’elle est face à elle, elle se sent écrasée par sa présence. Cette rousse est belle, dramatique et poignante. Elle dégage une telle force et une telle assurance… La Serpentarde balbutie quelques mots avant de retrouver l’usage intégral de sa parole.

-Pardon, je voudrais savoir si…

Abigail déglutit péniblement, ses yeux clairs accrochés à ceux impénétrables de son interlocutrice. En cet instant, son plan lui semble ridicule.

-Je m’appelle Abigail Turner, je suis chez Serpentard et tout le monde nous déteste, surtout les Gryffondors. Je pourrais faire avec si les gens n’étaient pas si violents avec nous. Est-ce que.. tu le savais ? Qu’on nous tabasse régulièrement. Qu’on nous lance des sortilèges dans le dos, on nous insulte, on retire des points à notre maison sans raison..? Je…

Sa voix meurt dans sa gorge. Elle sent les larmes lui monter aux yeux, mais les empêche de couler. Admettre les choses ainsi lui fait si mal.. Tout autant que de supplier une inconnue de l’aider. Mais sa fierté est déjà entachée, alors autant faire les choses jusqu’au bout. Abigail note l’étrange reflet dans les yeux de la rousse et se prend à espérer que ça soit de la compassion.

-Je ne sais pas si tu approuves, mais si ce n’est pas le cas, crois-tu pouvoir en parler avec les autres Gyffondors, essayer de les calmer... ?

La jeune Turner a du mal à respirer, mais elle s’en moque, toute son attention est portée sur la survivante, qui réfléchit à ses mots. Finalement, elle prend la parole d’une voix plutôt douce.

-Je ne cautionne pas. Je sais ce qu’ont fait certains Serpentards pendant la guerre, mais… je ne vous déteste pas et je ne vous blâme pas tous pour les erreurs de certains. Cependant je ne pense pas pouvoir t’aider, beaucoup de gens souffrent et ils ne m’écouteront pas.

Abigail baisse la tête, vaincue par les mots de celle qui est idolâtrée par beaucoup de personnes dans l’école.

-Abigail Turner. Je suis désolée pour toi, mais si tu veux changer les choses, c’est ton combat. À toi de le mener et de faire les sacrifices qui seront nécessaires.

La jeune fille relève le regard, le cœur battant douloureusement dans sa poitrine.

-Mon combat, je l’ai déjà mené.

La rousse conclut ses paroles sur un triste sourire qui se veut toutefois encourageant. La tristesse s’abat sur Abigail, tandis qu’elle hoche doucement la tête. Le pessimisme, la peur et la défaite viennent lui ronger le cœur et l’esprit. Les jeunes filles se saluent puis Ginny Weasley tourne les talons, s’éloignant de la vie de l’insignifiante Abigail Turner.

 

 ***

 

Le quatuor de Serpentard progresse le dos droit entre les différents élèves du couloir bondé. Rusard semble avoir pris quelques jeunes en faute et se donne en spectacle comme à son habitude. Bien décidée à savourer cet instant et à rependre momentanément le dessus sur leurs camarades, la fine équipe s’avance vers l’origine du bruit.

Le bon côté de faire partie des « galeux » de l’école, c’est que les élèves, instinctivement, s'écartent sur leur passage. Ils ont presque peur de les toucher. Du moins lorsque les Serpentards sont en position de force, sinon leurs beaux principes volent en éclat au moment de les utiliser comme punching-ball.

Les verts et argents se stoppent en découvrant le spectacle qui s’offre à eux. Rusard en effet, semble discuter âprement avec le professeur Brown, maître potionniste. Les yeux bleus de la demoiselle se posent sur l’étudiant qui est pris en faute et.. sur sa robe tachée. Elle hausse les sourcils lorsque découvre l’immondice. Le pauvre garçon semble avoir évacué ses repas de la semaine au beau milieu du couloir.

Loin de ressentir la moindre pitié, le visage de la jeune fille se fend d’un rictus tandis que ses camarades en font de même. Leurs yeux brillants méchamment, ils savourent cette humiliation publique. Un sourire mauvais sur les lèvres, la jeune fille en profite pour siffler avec étonnement avant de prendre la parole.

-He beh… Un grand garçon comme toi. C'est ta maman qui doit être contente ! Elle doit probablement regretter de t'avoir mis au monde, tant de douleur pour un résultat si.. pitoyable.

Les éclats de rire des verts et argents poinçonnent le pauvre malheureux qui se redresse soudain et tente de les fusiller du regard, mais il a perdu sa crédibilité, ce qui ne fait que renforcer l’hilarité de ses ennemis.

Toutefois lorsque Rusard et le professeur se tournent vers eux, les quatre élèves font profil bas et Phil use de diplomatie avant de tourner les talons, peu désireux de subir les foudres du professeur.

Tandis qu’ils marchent d’un pas rapide dans les couloirs, s’éloignant de la foule, Abigail perçoit les chuchotements des deux conspirateurs.

-Tu crois que… ?

Sa curiosité piquée, elle hâte le pas et les retient par les bras.

-Vous croyez que quoi ? Vous y êtes pour quelque chose ? C’est pour ça que Brown était là, parce que ce n’est pas naturel ?

-Chuut. Luke baisse la voix et jette un coup d’œil au couloir désert. Bowerst en profite pour s’incruster, désireux de connaitre la responsabilité de ses camardes dans cette charmante et odorante attaque.

-L’autre jour à la bibliothèque on cherchait des sorts à retardement, histoire d’avoir un alibi lorsqu’un crétin est attaqué. On a trouvé quelque chose, mais les sorts n’étaient clairement pas de notre niveau…

-Toutefois on a essayé d'en lancer un, mais comme il ne s’est rien passé… On s’est dit qu’on avait raté.

-C’était la semaine dernière.

-Mais l’effet ne devait pas tout à fait être celui-ci…

-Donc il est éventuellement possible qu’en ratant notre sort on ait attaqué l’autre idiot.

Abigail a les yeux écarquillés, surprise par l’information. Des sorts à retardement ? Qu’est-ce que c'est que cette histoire ? Puis une autre idée se fraye un chemin, la faisant prendre la parole d’une voix sèche.

-Donc votre sort aurait pu s’abattre sur n’importe lequel d’entre nous. Au mauvais endroit au mauvais moment.

Luke hausse les épaules tandis que Phil lui rappelle qu’ils avaient raté leur sort et qu’ils n’avaient pas maîtrisé grand-chose. C'est Bowerst qui conclut leurs cachoteries avec de sincères félicitations.

-Bravo. Ça fait toujours plaisir de voir la déchéance d’un Poufsouffle.

Les Serpentards ricanent puis reprennent leur chemin, bombant le torse, orgueilleux de leur échec. Même Abigail arbore un sourire supérieur, elle se sent fière d’être une serpentarde et amie avec ces incapables.

 

End Notes:

Alors alors ?

Comme toujours, n'hésitez pas à commenter, chaque nouvelle review fait à chaque fois extrêmement plaisir  !

Maintenant que je suppose que Poudlard est gratuit (mais financé par une source extérieure, probablement le ministère), j'ai une autre question en rapport direct avec mes textes. Est-ce que le système d'introduction avec des flashbacks vous plait ?

 

Sur ce, bonne journée/soirée ! Merci d'avoir lu et des bisous à vous !

Chapitre 7 : padam padam padam by Maloux
Author's Notes:

Bonjour bonjour chers lecteurs/lectrices !


Me revoici avec un peu de retard, mais voilà tout de même un nouveau chapitre. Suite à mon écriture intensive de la semaine dernière (j’avais pratiquement fini ce chapitre) j’ai eu un gros vide. Impossible de finir correctement ce chapitre. Les idées étaient là, mais pas moyen de le rédiger de manière satisfaisante… Mais tout est bien qui finit bien. Voilà un chapitre supplémentaire, qui présente la suite de l’évolution de la jeune Turner.


Je remercie Luna09 pour sa persévérance dans ses commentaires et ses encouragements et son œil de lynx qui me permet de corriger quelques fautes qui m’ont échappées. Un énorme merci, ton soutient me fait énormément plaisir et m’encourage à continuer à ce rythme.


Je remercie également Eanna, grande modératrice qui m'a donné quelques conseils, que j'ai tenté d'appliquer. Merci bien !


Je conclerais ces embrassades avec ma chère Myya qui a repris sa lecture après quelques chapitres de retard.. *toussote* t’es pardonnée parce que ton avis est toujours important pour moi. Merci merci !


Et pour tous ceux qui lisent, n’hésitez pas à laisser un commentaire, ça fait chaud au cœur et énormément plaisir de savoir qui lit et si ça plait !


 


Avant de vous souhaiter bonne lecture, je tenais à partager la chanson chantée par Abby dans la salle commune. Il s’agit « d’au pied d’un rosier » du groupe celtique Tri Yann : https://www.youtube.com/watch?v=8de89yK7_pQ


Sur ce : je vous souhaite une agréable lecture !

La fumée était épaisse et s’infiltrait dans les poumons de la demoiselle. L’enfant toussa, essayant de se séparer de cet air crasseux, mais elle finit par abandonner, le nez froncé et les yeux plissés. L’odeur était répugnante et la chaleur du lieu combinée à la pénombre qui y régnait n’avait rien pour lui plaire. Absolument rien. Abigail Turner sentit l’agacement la gagner. Le brouhaha ambiant lui prenait la tête et en cet instant elle n’avait qu’une envie, ressortir en vitesse et de rentrer dormir à l’hôtel. Mais ses parents avaient semblé tellement enthousiastes à l’idée de les emmener ici, qu’elle et son frère avaient fini par être impatients d’y aller. Mais à peine Abby avait-elle mis un pied à l’intérieur de l’établissement que sa motivation était réduire en cendre. Ce lieu empestait.

Serrant les dents et les yeux papillonnants afin d’essayer de distinguer ce qui l’entourait, l’enfant suivit docilement son père qui ouvrait le chemin.

Abigail avait neuf ans et son frère douze.

Ils étaient loin en dessous de l’âge légal pour pénétrer dans un tel lieu, mais les époux Turner avaient réussi à obtenir, d’une manière inconnue à Abigail, l’autorisation d’y entrer avec leurs enfants. Alors les voilà, tous les quatre en train de pénétrer à l’intérieur d’un pub. Un véritable pub irlandais.

Tandis que les enfants déchantaient et respiraient avec difficulté, la famille Turner parvint à une table laissée libre. Annabeth prit place autour de la table et fit signe à ses enfants d’en faire de même tandis que son mari se dirigeait vers le comptoir.

Abigail s’assit sur sa chaise et regarda d’un air mauvais la table d’une propreté douteuse. Puis, la brume qui l’entourait sembla se dissiper et elle prit finalement conscience d'où elle se trouvait. Au cœur d’une salle de musique. Ou presque. C’était un mélange étrange, mais elle réalisa soudainement que ce qui chatouillait ses oreilles, outre les conversations des différents clients -ou ivrognes-, c’était de la musique. Pas de la musique classique, non, en fait elle croyait n’avoir jamais rien entendu de semblable. Le rythme était pénétrant. L’air était vif et entraînant. Son oreille pourtant habituée aux exercices musicaux ne parvenait pas à reconnaitre les instruments ni même à vraiment les différencier. Enfin, seul le violon parvenait à se frayer un chemin différent, et encore… Les sons étaient particulièrement fusionnels, comment pouvait-elle décrire ce qu’elle entendait ? Elle n’en savait rien, mais ses yeux embués par la fumée de cigarette qui régnait dans l’air se fermèrent afin de se concentrer sur cette mélodie qui l’enveloppait. Inconsciemment, ses pieds reprirent la mesure, tapant en rythme sur le sol, et sa tête dodelinant légèrement, emportée sur cet océan agité. La beauté des paysages irlandais lui apparut à l’esprit et elle sentait la mer se fracasser au pied des imposantes falaises tandis que le vent se jouait de sa frêle silhouette. Rapidement, ce fut sa jambe entière qui marqua le rythme, tressautant régulièrement tandis que son cœur s’imbibait de la joie et de l’allégresse de la chanson.

Une main fraîche sur son épaule fit ouvrir les yeux à Abby qui se tourna vers sa mère. Croisant son regard inquiet, l’enfant lui sourit finalement, cherchant à la rassurer, mais peu désireuse de parler et de perdre une miette de la musique envoutante qui les entourait.

Sur le visage fin de sa mère, un large sourire était accompagné par des yeux clairs pétillants de plaisir. La rancœur qui avait envahi le cœur de l’enfant quelques instants plus tôt s’était totalement évaporée, et elle rendit à sa mère son sourire, appréciant finalement le lieu qu’elle avait choisi. Ses yeux semblables à ceux de sa mère la suivirent lorsque celle-ci se leva et l’enfant la vit avec surprise rejoindre une piste de danse qui se trouvait juste devant leur table. Abigail n’y avait pas fait attention, mais juste devant elle se trouvait un large espace libéré de toute table où quelques personnes dansaient. Ou se secouaient. En tapant des pieds, chantant, secouant les bras et… Elle ne comprenait pas comment ils dansaient, ça ne ressemblait une fois de plus à rien qu’elle ne connaissait, mais son attention fut attirée par quelque chose à sa droite. À la limite de la piste de danse, aussi illuminée que le centre de la salle comme si toutes les ampoules avaient été réunies dans cette partie de la pièce, se trouvaient les musiciens. Un concert. La bouche de la jeune fille s’ouvrit sous le coup de la surprise, découvrant avec effarement les individus qui produisaient cette musique enchanteresse. Elle jeta un coup d’œil à son frère et nota qu’il devait les avoir découverts depuis un petit moment, car il semblait totalement captivé, penché en avant et les yeux écarquillés.

Abby ne dit rien et reporta immédiatement son attention sur les musiciens, reconnaissant quelques instruments, en découvrant d’autres. Des quatre hommes présents sur la scène qui se trouvait à peine surélevée, son regard demeurait fixé sur l’un d’eux. Celui qui tenait une sorte de tambourin dans les mains. Elle mit quelques instants à différencier le son de cet étrange tambour, mais savourant son onctuosité et surtout la virtuosité de l’homme qui en jouait. Le bâton qui caressait la peau tendue virevoltait dans les airs, à peine visible, caressant parfois la peau beige de l’instrument, le frappant parfois plus fort, le tout dans une parfaite fluidité et une harmonie impressionnante.

Les secondes s’égrainèrent et la jeune fille ne pouvait décrocher son regard de ces doigts qu’elle ne voyait même pas. Ce fut son père, qui revenait avec leurs boissons, qui la fit sortir de sa transe. Détournant momentanément le regard des musiciens, la jeune fille observa le verre posé devant elle et haussa les sourcils.

Son père lui offrit un sourire contrit, mais n’essaya pas de parler, trop respectueux de la musique qui s’élevait dans les airs, ou peu désireux de hurler pour se faire comprendre. Cherchant à se faire pardonner du verre d’eau qu’il avait apporté à ses enfants il leur tendit sa chope remplie d’une bière sombre et particulièrement mousseuse, leur proposant d’essayer ce liquide qui charmait ses pupilles. Abigail fronça les sourcils tandis que son frère se saisissait du tarot et le portait à ses lèvres, mais son attention s’en éloigna rapidement. Elle se doutait que dans un bar où les enfants n’étaient pas admis ils n’auraient pas grand-chose à leur proposer, mais elle avait espéré au moins un jus de fruits, un coca ou un sirop. Mais non, c’était de l’eau pure. Soupirant, la demoiselle posa son regard sur la piste de danse qui était plus remplie qu’à son arrivée. Elle finit par distinguer la chevelure blonde de sa mère, qui virevoltait dans les airs. Observant la danseuse en action, Agibail fut surprise de voir avec quelle rapidité sa mère avait réussi à s’intégrer à l’un des cercles de danses et à reproduire leurs pas à la perfection. Tout son corps ondulait au rythme de la musique avec une grâce qui faisait comme à chaque fois rêver sa fille.

Andy tira sa sœur de son observation afin de lui passer la chope qu’elle accepta de mauvaise grâce. Elle n’avait pas envie de boire de l’alcool, mais sous le regard insistant de son frère elle finit par y plonger les lèvres et à peine le liquide eut-il caressé sa langue qu’elle grimaça et reposa bruyamment le verre sur la table. Le choc sembla tirer son père de sa torpeur et son attention se détacha des danseurs afin de se poser sur ses enfants qui le regardaient avec amusement. Oui, il dévorait sa femme des yeux, et alors ?

Il secoua la tête, amusé et leur fit signe de s’élancer sur la piste de danse. Il ne tarda pas à leur montrer le bon exemple et rejoignit les danseurs, qui semblaient un peu trop près de sa dulcinée à son goût.

La chanson touchant à sa fin, la jeune Anglaise abandonna son frère, dont l’attention s’était reportée sur les musiciens afin de rejoindre les danseurs. Elle se faufila dans une ronde et s’intégra facilement entre deux adultes qui la regardaient d’un drôle d’œil. Haussant les épaules, elle tenta de reproduire leurs gestes. Le dos bien droit, les poings sur les hanches elle se concentra, attendant le début de la musique et des pas qui n’allaient pas tarder. Finalement, la musique reprit, enchanteresse comme elle l’était depuis le début, et les danseurs commencèrent à taper des pieds en rythme, sautant légèrement. Les bras se tendaient, formaient de délicates courbes tandis que les corps tressautaient sur un rythme particulièrement rapide. L’enfant n’arrivait pas à garder le rythme, ni même à mouvoir les pieds aussi rapidement. Elle se contentait de sauter sur place, bougeant ses pieds d’un côté puis de l’autre, pivotant sur elle-même et veillant à ne pas ralentir les danseurs qui emportaient le cercle dans de fous tourbillons.

Les joues rouges et le souffle court, Abigail savoura la brève pause qui vint à la fin de la chanson et sortit du cercle, trop épuisée pour danser une nouvelle fois. Elle vit ses parents danser avec entrain dans un cercle voisin et nota que si sa mère semblait particulièrement à l’aise, son père n’était pas si mauvais non plus. Ses talents de danseurs, même abandonnés depuis des années, devaient lui permettre de tenir le rythme et il réussissait à battre le rythme avec ses pieds de manière impressionnante, même si ses sauts étaient lents et loin d’être gracieux.

Se détournant du spectacle, Abigail rejoignit son frère qui avait quitté la table pour s’assoir sur une chaise juste devant les musiciens, observant l’homme à l’étrange tambour. Elle ignorait tout du bodhran, de la cornemuse et du biniou, c’est à peine si elle connaissait la harpe, mais elle devait avouer que cette expérience était fabuleuse et qu’elle comptait forcer ses parents à leur apprendre à jouer de ces instruments ou à danser ces étranges cercles. Se reposant le temps d’une chanson la jeune fille finit par abandonner le bodhran du regard -puisque ce c’était comme cela que s’appelait l’étrange instrument- et elle entraîna son frère vers la piste de danse. Contre sa volonté. Mais le sourire qu’elle arborait et sa ténacité eurent raison d’Andrew Turner, qui se joignit tout comme elle à l’un des cercles de danseurs. La musique débuta et tous deux se laissèrent emporter par la musique laissant échapper parfois un éclat de rire devant la difficulté des pas.

Finalement, cette soirée était la meilleure qu’Abigail ait passée depuis une éternité. Peut-être la meilleure soirée de sa vie. La sueur, les rires, les pas de danse et la musique la transportèrent dans un monde incroyable qu’elle rêvait désormais de découvrir.

 

 

***

 

 

Abigail regarde les hiboux et autres chouettes envahir la grande salle, ses yeux oscillant entre le bleu et le vert guettant un éventuel courrier qui lui serait destiné. C’est la première fois depuis la rentrée qu’elle délaisse ses œufs brouillés pour observer ces volatiles. Et Bowerst le remarque. Il ricane et ne peut s’empêcher de lui lancer une pique.

-Pour recevoir du courrier Turner, il faut que quelqu’un t’en envoie. Donc retourne à tes tartines d’œufs.

La jeune fille ne prend pas la mouche, et demeure même impassible. Elle trouve qu’elle fait de grands progrès, elle est persuadée qu’aucun de ses muscles n’a trahi son agacement.

-Eh bien figure-toi Bowow, que si, j’attends du courrier.

À l’évocation du surnom ridicule de Bowerst, Luke et Phil relèvent la tête de leur assiette, piqués par la curiosité et se demandant comment les choses allaient évoluer. Si Abigail ne semble pas émue, Bowerst, lui, s’est renfrogné dès qu’il a entendu ce surnom affreux. Il déteste ça et tous le savent. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils l’utilisent.

-Tes parents ? Je croyais que tu ne voulais pas leur envoyer de courrier…

Phil vient de prendre la parole et plisse les yeux afin d’observer la jeune Turner qui grimace. Elle pose sa tartine recouverte d’œuf et de confiture dans son assiette avant de leur explique avec une certaine fierté avoir justement envoyé un courrier le samedi soir. Elle a demandé à une Serpentarde de deuxième année de l’emmener à la volière et de lui expliquer le fonctionnement du courrier. Dans sa lettre elle expliquait de manière générale ce qu’elle faisait à Poudlard, qu’elle s’était fait des amis et que les cours étaient intéressants.

-Ah, et j’ai demandé à ma mère si elle pouvait me conseiller des exercices pour me maintenir en forme puisqu’on ne fait pas de sport.

Phil soupira et leva les yeux au ciel.

-Franchement, Abby…

-Quoi ? C’est important pour moi !

C’est Luke qui met fin au conflit qui pointe à l’horizon en félicitant son amie pour avoir envoyé sa lettre, et qu’elle devrait probablement recevoir une réponse dans les jours qui viennent.

-Si ses parents sont suffisamment futés pour savoir envoyer une lettre, mais ça m’étonnerait…

Cette fois-ci Abigail soupire d’exaspération en écoutant le commentaire de Bowerst et elle le fusille du regard. Vraiment, celui-là ne perd rien pour attendre.

 

***

 

Deux élèves parviennent, essoufflés, dans les couloirs sombres et humides menant aux dortoirs des Serpentards. Ils jettent un coup d’œil par-dessus leur épaule afin de s’assurer que personne ne les a suivis. Rassurés, ils chuchotent le mot de passe et pénétrèrent dans l’antre des verts et argents.

Abigail Turner est fatiguée. Pas à cause de ce sprint dans les couloirs du château, mais plutôt parce qu’elle y a été obligée.

La jeune fille vient d’assister au premier match de Quidditch de sa vie et qui se trouve être également le premier de sa maison. Les Serpentards dans leurs gradins étaient en sous-nombre en comparaison des autres étudiants des différentes maisons qui s’étaient tous regroupés afin de faire front commun contre les verts et argents. Mais Abigail n’y a pas porté grande attention et s’était plutôt intéressée au le match qui se passait au-dessus de sa tête. Phil et Luke enchaînaient les explications, désireux de partager leur passion avec la demoiselle et de ne pas perdre une miette de l’action, car le commentateur avait la fâcheuse tendance d’omettre de décrire les actions de leur équipe. Mais au moins les points étaient correctement comptés. Malgré les efforts et la tactique des Serpentards, ceux-ci avaient perdu le match à cause du Vif d’or. Un peu dépités et vraiment pas tentés par le fait de rester plus longtemps dans ce stade où ils se faisaient généreusement insulter et ridiculiser, elle et Luke ont préféré rentrer au dortoir. Malheureusement leur chemin a croisé celui d’une meute de Poufsouffles et ils durent effectuer de nombreux détours. Elle se souvient encore de sa surprise mêlée à la peur lorsqu’en tournant à l’angle du couloir, ils s’étaient retrouvés à quelques mètres d’un groupe de dix Poufsouffles. Les deux amis s’étaient stoppés immédiatement et d’un mutuel accord silencieux, avaient immédiatement tourné les talons. Mais ils les avaient été aperçus. Alors Les Serpentards avaient hâté le pas tandis que leurs agresseurs en faisaient de même. Puis les escaliers leur avaient compliqué la tâche.

Finalement, ils avaient réussi à leur échapper.

Soulagés et adossés à la lourde porte de leur salle commune, les deux enfants se sourirent d’un air entendu. Puis, ils réalisent qu’il n’y a qu’un seul groupe de présent dans la salle, un fait plutôt rare. Regroupés autour de la cheminée ils sont absorbés par leurs chants. Penchant la tête et les sourcils froncés, Abigail écoute la musique qui s’élève désormais dans les airs. Les jeunes ne chantent pas à tue-tête, mais le rythme qui martèle les pierres froides de la salle fait sourire la jeune fille. Elle s’approche, hypnotisée, tandis que les paroles murmurées se gravent dans son esprit.

 

Mais crevez si vous doutez de moi,

Car je suis un Serpentard.

Et alors ?

Je suis un Serpentard !

 

Intriguée, la jeune fille demeure silencieuse, savourant la première chanson qui caresse ses oreilles depuis son arrivée à Poudlard –si l’on omet celle du choixpeau. Finalement le rythme se tarit et tous les regards convergent vers la Serpentarde, qui sent ses joues se colorer, prise sur le fait.

-Tiens tiens…

Quelques ricanements s’échappent et Abigail reconnait les deuxièmes années, ainsi qu’une troisième année. Elle ne connaît pas leurs noms, mais elle se souvient de leurs visages.

-Désolée d’interrompre, mais.. Continuez. Ça fait plaisir à entendre.

-Ah non, on répète pour la célébration après-match, on ne veut aucun spectateur.

Luke qui s’est approché silencieusement ricane et prend la parole, de sa voix assurée et moqueuse.

-Vous êtes au courant qu’on a perdu ?

Personne ne semble surpris et finalement c’est la jeune fille de troisième année qui prend la parole d’un air hautain, appréciant peu la remarque de Medley.

-Oui, merci. Mais si on ne fête pas maintenant, quand aurons-nous une occasion de nous divertir ?

Abigail jette un regard à son ami qui ne trouve rien à redire et qui se contente de hausser les épaules. La jeune fille, elle, a envie de rester là et de les écouter jouer. Depuis toujours la musique la fascine et elle n’a nullement l’intention d’aller s’enfermer dans son dortoir tandis qu’ils répétaient.

-S’il-vous-plait, je peux rester ? Je ne dirais rien, mais j’ai vraiment envie de..

-Chante.

Devant l’air étonné d’Abigail, le garçon qui vient de lui couper la parole lui explique le fond de sa pensée.

-Si tu veux nous rejoindre, chante. Montre-nous ce que t’as dans le ventre.

La jeune Turner baisse le regard et hésite avant de finalement s’assoir sur une extrémité du canapé laissée libre. La demoiselle avale difficilement sa salive sentant la pression des regards de ses camarades. Elle sait qu’elle chante un peu faux, mais elle n’a pas vraiment envie de décevoir.

-C’est dans dix ans je m’en irais, dis au pied d’un rosier…

La voix peu assurée de la jeune fille ne tarda pas à retrouver le rythme familier, ses pieds et ses mains reprenant le rythme de la chanson. Il s'agit d'une de ses chansons préférées, ayant bercée la fin de son enfance et elle la trouve particulièrement entraînante. Elle se souvient qu’elle avait même demandé à son père de lui apprendre à la jouer à la bombarde, ce qui l’avait fait rire, mais ils l’avaient finalement joué. Cela semble lui faire une éternité qu’elle ne l’a pas chantée.

-...au pied d’une rose, au pied d’un rosier mon cœur s’y repose.

Reprenant sa respiration, et marquant un bref arrêt, Abigail relève les yeux et croise le regard de Serpentards pétillants et la fixant avec attention. Elle leur sourit tandis que la comptine reprenait.

-Dans neuf ans, je m’en irais…

Et tous reprirent en cœur la chanson bien qu’ils l’entendent pour la première fois. Les paroles sont simples et répétitives, toutefois ils laissent l’honneur à Abigail de les guider, faisant défiler les années. La chanson continue continua jusqu’à..

-…au pied d’un rosier, mon cœur s’y repose. Hey ! lalala, la la, la lalala, laaaa.

Les applaudissements fusent ainsi que les rires et Abigail sent un bras se glisser par-dessus son épaule en signe d’affection. Il semble qu’elle soit adoptée. Même Luke s’est finalement joint au groupe et les accompagne discrètement, en espérant être également intégré au groupe. S’il aime bien chanter et jouer de la guitare, il est loin de posséder la confiance en soi de son amie et de chanter seul comme elle venait de le faire.

 -Eh bien.. Turner c’est ça ? Tu nous as caché que tu savais chanter !

La jeune fille rougit et rectifie les propos qui venaient d’être dits.

-Non, je chante faux. Mais je suis plutôt douée en percussions. Ma mère est danseuse et mon père est également passionné de musique alors j’ai un peu ça dans le sang… C’est lui qui m’a appris le rythme sur une grosse caisse, ou un tambour, et à jouer de la trompette ainsi que de la bombarde.

-Eh beh.. Une vraie perle !

-C’est quoi la bombarde ?

Les joues d’Abigail deviennent d’un rouge plus soutenu encore et elle préfère plutôt répondre à la question posée, peu désireuse d’entendre d’autres compliments. Elle fait de la musique depuis toute petite, il est normal qu’elle se débrouille avec plusieurs instruments. Elle n’est pas vraiment douée avec la guitare, s’est rapidement lassée du violon et n’a jamais vraiment réussi à jouer de la harpe. Elle préfère les instruments à vent, comme la bombarde, ce qui faisait enrager son frère, car les fausses notes étaient bien plus douloureuses pour son ouïe délicate que si elles avaient été jouées au piano.

-La bombarde c’est.. Un peu comme de la trompette. Un mélange entre trompette et pipeau, c’est celtique et ça débouche carrément les oreilles.

La jeune fille sourit désormais jusqu’aux oreilles, les sensations de l’instrument et sa douce mélodie résonnant à ses oreilles. Elle espère pouvoir essayer la cornemuse aux prochaines grandes vacances. Jusqu’à présent elle était trop petite pour pouvoir y jouer alors elle avait dû se contenter de la bombarde, qui l’avait finalement comblée.

-Eh bien, je suis curieux de voir ce que donnera notre hymne accompagné d’une bombarde.

-Un hymne ? Celui de l’école ?

-Non, non, non. Celui des Serpentards. On est en train de le mettre au point, il s’agit de nouvelles paroles et d’un nouveau rythme, mais on compte le présenter tout à l’heure, lorsqu’on célèbrera le premier match de Quidditch. Vous nous direz ce que vous en pensez.

Medley et Turner ont rapidement été intégrés au groupe et ils s’amusent dans une ambiance musicale, chantant à tue-tête, même si Abigail ne connaît pas la moitié des paroles. Beaucoup des chansons sont sorcières et elle n’y connaît rien, mais heureusement pour elle, l’un des deuxième année connaît quelques classiques mordus qu’elle reprend avec joie, le sourire aux lèvres.

 

***

 

La fête est démesurée.

La musique résonne avec force sur les parois de pierres sombres de la salle commune, où de l’humidité commence à se condenser. Désormais, un tourne-disque magique électrise l’air tandis que les corps des étudiants s’abandonnent à ces rythmes puissants.

Le début de la soirée était plus calme et Abigail avait fait comme tous ses camarades en chantant jusqu’à en perdre la voix une panoplie impressionnante de chansons. Le nouvel hymne des Serpentards avait créé une sorte d’engouement et tous avaient rapidement appris les paroles. Puis tous ont enchaîné différentes chansons qui leur permettait d’évacuer leur rage, où la née-moldue accompagnait de son mieux avec quelques percussions artisanales.

Puis les choses sont devenues moins intenses et si chacun vit dorénavant l’instant avec passion, ils ont abandonné leur osmose. Les corps se déhanchent, se trémoussent, certains chantent, d’autres hurlent, d’autres tentent de discuter et le bar a un franc succès. Une large table propose différents amuse-bouches qui ont pour but de les nourrir à la place de leur dîner manqué dans la salle commune, ainsi que de les hydrater. Mais les plus âgés ne se contentent pas de jus de fruits et ils ont réussi à apporter de l’alcool. Ils peuvent ainsi devenir plus légers, chasser leurs sombres pensées le temps d’une soirée et savourer l’instant.

Abigail a refusé de boire de l’alcool, mais l’ébriété ambiante a fini par la faire rejoindre la transe avec ses amis.

Une permission spéciale, un instant hors du temps.

La jeune fille danse avec un nombre incalculable de Serpentards, les accompagnant dans leurs chants et partageant leur buffet. Elle savoure cette parenthèse hors du temps et hors du monde, oubliant tout Poudlard et ce qui la préoccupe quotidiennement, se contentant de cet instant précieux.

Un sourire sur les lèvres et les yeux clos, la jeune fille se laisse emporter par la mélodie, laissant parler son corps, vibrant sous la caresse de la musique.

 

***

 

Un chuchotement parvient à l’oreille d’Abigail, tandis qu’elle est penchée au-dessus de son chaudron, incorporant parcimonieusement ses quatre pincées de crochets de serpents broyés à la mixture. Concentrée, elle ne répond pas, mais son interlocuteur sait qu’elle l’a entendu. C'est Phil.

-Dans dix minutes. On peut commencer à modifier les composants.

La jeune fille hoche la tête, mais ne quitte pas son propre chaudron du regard. Elle sent le stress naître en elle et elle préfère se concentrer sur la recette de la potion, ce qui lui permet de se calmer. Dans ce cours, elle travaille en binôme avec Bowerst -à son grand malheur-, mais elle se dit que ça aurait pu être bien pire si elle avait dû faire équipe avec un Gryffondor.

Les cours de potions sont souvent tendus, car les lions haïssent cordialement les Verts et argents, qui le leur rendent bien. Et il arrive régulièrement qu’il y ait des accidents dans ce cours. Et aujourd’hui, serait un de ces jours. Il y aurait beaucoup d’accidents.

S’octroyant une brève pause, la jeune fille s’adosse sur sa chaise, laissant le soin à son partenaire de mélanger la potion. Sa baguette en main, elle augmente doucement la chaleur du feu, comme le précise le livre de potion et, malencontreusement, sa baguette s’illumine un peu plus longtemps. Quelques mots à peine murmurés suffisent pour qu’un sortilège aille frapper les ingrédients de la table voisine. Le dernier ingrédient à incorporer à la potion du jour est sensible à l’humidité, et si jamais il en contenait trop, au moment de l’incorporer à la préparation, ça explose. Du moins c’est ce que racontent les différents livres qu'ont feuilleté les Serpentards en pondant ce plan. Les Gryffondors passeraient pour des incapables si tous leurs chaudrons se carbonisent. Il suffit aux Serpentards d’humidifier légèrement les épines de porc-épic de leurs ennemis.

Les minutes qui suivent, Abigail se reconcentre sur sa potion, se permettant de temps à autre d’humidifier, toujours quand personne ne l’observe, les épines de ceux qui se trouvent non loin d’elle. Et elle sait que Luke et Phil en font de même. Elle dissimule son sourire victorieux quand son ami demande l’autorisation d’aller chercher plus de limaces dans le placard des ingrédients, traversant ainsi toute la salle. Discrètement, Luke continue son travail de sabotage tandis que le professeur soupire devant la maladresse des élèves de Serpentards.

Abigail n’aime pas vraiment le professeur Brown. C'est lui qui l’a initié au monde de la magie, mais dès qu’elle a été envoyée chez Serpentard il ne la regardait plus qu'avec dégoût, et volontairement ignorée à chacune de ses classes. Donc elle n’avait aucun remords à saboter son cours.

 

Comme promit, une dizaine de minutes plus tard, le premier chaudron explose. En fait, pas vraiment, il fume dangereusement, le liquide se met à bouillonner étrangement avant de virer au noir. Mais les réflexes de ce binôme de Gryffondor leur permettent d’éviter la catastrophe. Quelques ricanements s'élèvent dans les airs, rapidement étouffés par le bruit d’une légère explosion. Puis deux, puis trois. Les élèves doivent avancer à peu près au même rythme et avoir incorporé leurs épines humides en même temps, si bien qu’à la grande joie des Serpentards, ils se retrouvent recouverts de l'infâme mixture noire.

Les chuchotements reprennent tandis que le professeur s’inquiète de l’échec de ses élèves préférés. Les Serpentards continuent leur potion sans sourciller, réussissant l’exercice haut la main, tandis que leurs camarades échouent les uns après les autres. Lorsque tous les chaudrons sauf les deux des Serpentards furent noirs ou éventuellement vidés de leur préparation, les verts et argents savourent leur vengeance.

Abigail regarde ses camarades rouges et or, recouverts de la sombre mixture malodorante et ne peut s’empêcher de ricaner. Ce plan a fonctionné à la perfection.

-Je ne comprends pas… Ne cesse de répéter le professeur, qui a interrogé différents binômes sur leur manière de réaliser la potion. Mais il finit par admettre que seuls les Serpentards ont travaillé avec brio. Et bien que ça lui coûte de le dire et qu’il sache au fond de lui qu’ils ont dû manigancer quelque chose, il leur accorde dix points par chaudron.

Les Serpentards ne désirent pas s’attarder dans la classe à la fin du cours, craignant une réaction éventuellement violente de la part des braves Gryffondors, mais ce sont eux qui quittèrent les lieux en premier, désireux de se changer avant d’aller à leur prochain cours. Le quatuor ne peut retenir quelques éclats de rire en sortant du cours, mais ils gardent leur victoire modeste, se doutant du retour du bâton. Si ce n’était pas pour aujourd’hui, ça serait le lendemain ou le jour suivant. En attendant, ils sirotent leur victoire avec discrétion.

 

 ***

 

Abigail claque la porte de son dortoir avec force et se dirige d’un pas colérique vers la salle commune. Elle repère immédiatement la chevelure de Nail et se dirige vers lui. De tous les élèves de Serpentards, autres que ceux de première année, c’est celui qu’elle apprécie le plus. Depuis l’incident dans les ruines, un lien fort s’est créé entre eux et tous deux ont fait en sorte de le développer. Lorsqu’elle rejoint le canapé où son ami est assis, elle réalise qu’il n’est pas seul. Ses yeux rouges balayent rapidement les visages qui viennent de se tourner vers elle et elle finit par se diriger vers Nail en ignorant les autres. Son regard croise celui du préfet et elle n’a pas besoin de parler. Son nez rouge et ses yeux brillants le font pour elle.

Dans son esprit raisonnent encore les propos de Bowerst. Sang-de-bourbe. Ils tournent, encore et encore, la faisant souffrir sans cesse. Opportuniste, attardée. Elle sait que les autres élèves de l’école la détestaient, mais elle pensait que dans son dortoir, avec ses amis, elle ne craignait rien. Elle se trompait. Traitresse, répugnante. Bowerst la hait. Honte pour les Serpentards. Ses mots aiguisés se sont plantés dans son cœur et l’ont tranché finement. Répugnante. Elle avait réagi au quart de tour, coupant l’herbe sous le pied de Luke et Phil qui n’approuvaient en rien les propos de leur camarade et elle lui avait dit qu’elle espérait qu’il mourrait. Ce n’est la première fois que la jeune fille utilise de tels propos, mais c’est bien la première fois qu’elle le pensait, au plus profond de son être. 

Brisée par la haine qui l’a soudainement submergée, la jeune fille s’assoit à côté de Nail sur le canapé et se blottit contre le préfet de cinquième année, savourant la chaleur de son bras sur ses épaules. Tandis qu’il l’enlace, elle sent les larmes lui monter de nouveau aux yeux. Il ne demande rien, mais elle sait. Il s’interroge, il veut savoir, il veut la guérir de ses maux. Il est comme son frère, alors elle murmure un unique mot.

-Bowerst.

Son chuchotement est entendu de tous. Les autres élèves tendaient l’oreille, curieux de savoir ce qu’il est passé. Dorénavant ils savent. Bowerst est un sang pur, il allait frapper tôt ou tard la née-moldue. Tôt aurait été mieux, elle n’aurait pas cru en leur amitié, mais qu’importe. Personne n’est surpris et tous se doutent de la violence de ses propos, pour que la nouvelle tête brûlée de leur maison craque et s’effondre en larme il n’avait pas dû y aller de main morte.

Finalement, la conversation reprend, abordant des thèmes futiles, désireux d’alléger l’ambiance  et de changer les idées de la jeune fille qui entend leurs voix. Finalement, après de longues minutes, les amis de Nail le laissent avec sa filleule de cœur. Abigail entend leur voix, sent leurs légères caresses d’encouragement sur son épaule, mais elle ne bouge pas.

-Merci.

Elle a murmuré, une nouvelle fois, et Nail la redresse, plongeant son regard chocolaté dans le sien. Son visage dévasté fait de la peine au préfet, Abigail le voit bien et tente de lui faire un sourire. Il secoue la tête, quelque peu amusé par son piètre effort pour paraitre bien et lui promet d’être toujours son ami. Et si elle a besoin de bras musclés pour la rassurer, il sera toujours là.

Les deux amis se sourient puis demeurent enlacés quelques instants, profitant du ballet des flammes dans la cheminée. Abigail n’a pas envie de retourner dans son dortoir, alors elle attend. Elle ne sait pas quoi, mais elle attend.

Finalement, Luke la rejoint sur le canapé et l’accompagne dans sa méditation silencieuse. Voilà ce qu’elle attendait.

 

***

 

Abigail pousse la lourde porte de la salle de classe et se retrouve dans un des froids couloirs de Poudlard. La tête haute et un air hautain sur le visage elle balaye rapidement les environs du regard et peste mentalement à l’encontre de ses amis qui ne l’ont pas attendu.

Étant donné qu’elle est l’une des rares personnes à prendre des notes pendant les cours d'histoire de la magie du professeur Binns, elle fait partie des derniers à ranger ses affaires. Heureusement pour elle, aujourd’hui elle est la dernière à sortir de la salle et aucun Gryffondor ne s’est attardé. Elle ne sait pas pourquoi tous étaient si pressés de sortir aujourd’hui, mais ça lui convient.

Elle décide de hâter le pas afin de ne pas s'éterniser en terrain hostile car étant seule, elle demeure une proie facile malgré l’air mauvais qu’arbore son visage et les coups d’épaules qu’elle distribue lorsque fend la foule. Elle doit avouer avoir appris cette technique en observant Bowerst qui ne se dérange pas d’écraser tous ceux qui se trouvent sur son chemin. Rien qu’à l’évocation du nom de ce renégat, le sang de la jeune fille bout dans son corps. Ses poings se serrent tandis qu’elle tente de se calmer. Elle régule son souffle et s’élance dans les couloirs de l’école, longeant les murs. Si elle n’a plus peur de se battre, elle n’en demeure pas suicidaire et sait que pour son bien, elle fait mieux de faire profil bas le temps de rejoindre sa salle commune.

La jeune fille songe qu’elle a bien changé, depuis son entrée à Poudlard. Elle se sent comme détachée de ce qu’il se passe dans l’école et une flamme nouvelle brûle désormais en elle. La flamme du courage, celui de se battre et de ne pas baisser le front. Son comportement est témoin de cette évolution, si avant elle était timide et courbait le dos pour ne pas attirer l’attention, désormais elle jure presque aussi bien que Phil et se tient la tête haute. Son visage a adopté un éternel rictus qui témoigne de sa médisance et ses yeux se plissent régulièrement lorsqu’elle fixe les autres élèves. Contrairement à Luke qui est le roi du levé de sourcils, elle a dû apprendre à trouver d’autres moyens de témoigner avec dédain lorsqu’elle est surprise, amusée ou moqueuse. Sa grimace qui la caractérise désormais est un haussement de sourcil accompagné d’un sourire inquiétant et de ses grands yeux dissimulés sous ses longs cils sombres. Elle a appris de ses compagnons de Serpentard et elle se sent désormais plus forte.

Toutefois, elle chasse ces pensées car se promener seule dans les couloirs demeure particulièrement dangereux et qu’elle a besoin de toute son attention pour guetter d’éventuels assaillants. Voilà en quoi elle est bonne. Elle sait rapidement analyser la situation et prendre des décisions rapidement. Savoir quand tourner les talons et partir en courant est un talent précieux.

Mais en cet instant, personne ne lui prête attention. Elle se promet de faire la morale à ses camardes lorsqu’elle les aura rejoints à leur classe de défense. Une classe privée, se déroulant dans leur salle commune et donnée par les étudiants de quatrième année. Ceux-ci se sont attachés aux nouveaux et ont été dépités de réaliser qu’ils étaient incapables d’utiliser correctement leur baguette. Pour leur défense, leur nouveau professeur de défense contre les forces du mal refusait de leur faire étudier la pratique, donc leur retard n’avait rien d’étonnant. Il était toutefois préoccupant. Alors les étudiants qu’Abby avait entendu discuter du bal quelques semaines plus tôt avaient pris les choses en mains et leur avaient enseigné à manier leur baguette. Depuis, la petite bande gardait sa baguette à portée de main dans leur cape ou plantée dans les cheveux. Car Abigail trouvait ça plus pratique de l’utiliser pour faire tenir son chignon que de la ranger dans son sac à dos. Et comme elle avait réponse à tout, elle disait qu’elle dégainait ainsi plus rapidement. Heureusement pour tous, ils n’avaient jamais pu expérimenter en situation réelle ces techniques, car le résultat n’aurait probablement rien de glorieux.

Donc en attendant les Serpentards s’entraînent en douce dans leur salle commune, Abigail garde sa baguette dans son chignon, et les rares attaques qu’ils ont essuyées ces derniers temps sont purement verbales. Bon, quelques coups dans les côtes et croches-pieds ne sont pas rares, mais cela fait partie de la routine, avec les insultes et les projectiles lancés dans la salle commune ou les couloirs.

 

Le regard vif, la jeune fille guette les étudiants qui se trouvent non loin devant elle, craignant une éventuelle réaction de leur part. Les escaliers pour descendre aux cachots ne sont plus très loin, ce qui la rassure. Et un préfet serpentard fait probablement sa ronde au bout du couloir, ce qui limite ses chances d’être attaquée, mais elle sait que quelques secondes suffisent. Alors elle reste sur ses gardes.

Ses yeux aperçoivent avec surprise Phil, la tête baissée et occupé à fouiller son sac. Il a beau être de dos et courbé, elle reconnait sa chevelure folle et ne doute pas un instant de son identité. Un sourire étire ses lèvres.

Soudain, elle aperçoit du coin de l’œil un mouvement. Son cœur rate un battement. Sa tête ne bouge pas, mais son regard se pose sur cet étudiant qui vient de brandir sa baguette. Un pressentiment enserre le cœur de la jeune fille tandis qu’elle l’observe débuter son incantation.

Le temps semble se figer tandis que sa respiration se suspend. Le garçon est un Gryffondor de deuxième année, et il est légèrement tourné afin de ne pas être face à Phil. Il tourne actuellement le dos à Abigail qui n’est qu’à quelques mètres du lieu de la future confrontation. Elle analyse en une fraction de seconde la situation, observant les spectateurs, notant leurs sourires mal dissimulés et elle ne doute plus de leurs intentions à l’égard de son ami. Les solutions défilent dans son esprit tandis qu’elle flotte dans le temps, suspendue dans son mouvement. Son esprit ne fait qu’effleurer ces idées, et il cherche la meilleure solution. Appeler Luke ne servirait à rien, il n’aurait pas le temps de dégainer ni de se protéger. Se jeter sur l’assaillant n’était guère possible, il lancerait son sort avant qu’elle ne puisse le plaquer au sol. Une seule solution demeurait pour protéger son ami.

Son cœur vibre dans sa poitrine accompagné d'un souffle puissant. Le temps reprend et elle s’élance. Quelques secondes. La gravité cesse de la retenir au sol devant tant de hargne. Ses jambes appuient fortement sur le sol marbré, et ses entrainements sportifs qu'elle a repris depuis plus d'un mois lui procurent la force nécessaire pour s’élancer. Elle fend l’air. La baguette du Gryffondor tournoie. Abigail est trop loin pour entendre le sortilège. Elle bondit. Ses pieds prennent appui sur un banc. Elle décolle, ses muscles tendus, la mâchoire serrée, le regard en feu. Son corps se tend, son bras amorce une vrille et se replie. Sa main se pose sur sa baguette entrelacée dans sa chevelure discrètement dorée, et la saisit dans un mouvement fluide. Le mur s’approche d’elle avant qu’elle ne le repousse avec force. Son pied gauche laisse une empreinte sur les pierres claires mais ne s’attarde pas. Elle pivote, son corps se vrille et ses doigts resserrent leur prise sur la baguette. Phil est terriblement proche. La baguette de l’assaillant s’illumine.

Une seconde n’a jamais semblée aussi longue à Abby.

Son corps adopte la posture enseignée lors de ses leçons de défense bien qu'elle soit toujours dans les airs. Ses jambes s’écartent légèrement et se fléchissent dans l'attente de l’impact avec le sol qui se rapproche. Ses bras se tendent, ses coudes s’élèvent et sa baguette se pointe.

La formule est désormais aussi naturelle que le mot « merci » et fuse tandis que le rayon lumineux s’abat sur Luke. Sur Abby. Se réceptionnant de sa pirouette, la jeune fille se glisse devant son ami tandis que le sort s'abbat sur les Serpentards. Luke a réalisé le danger, mais il est trop tard, son amie a réagi. Elle est son bouclier.

-Protego !

Sa voie est forte et ses gestes rapides. Le bouclier apparait à l’instant où le sort rejoint la sorcière. Celui-ci s’écrase immédiatement sur la surface irisée qui vient d’apparaitre avant de repartir dans le sens inverse. Les muscles bandés et le regard froid, Abigail campe sur sa position. Le Gryffondor évite son propre sort qui est revenu vers lui, en se baissant in extremis, puis le silence se fait.

L’air devient lourd, la tension monte tandis que chacun dégaine sa baguette et que des sourires mauvais se confrontent accompagnés de regards mortels. Les Serpentards sont en minorité et le savent parfaitement, mais leur assurance et leurs positions de duellistes leur permettent de semer le doute dans les esprits de leurs attaquants. Suffisamment pour que quelques secondes s’échappent de leur emprise. Suffisamment pour que deux préfets surgissent en courant dans le couloir.

 

Deux heures de retenues pour les Serpentards ainsi que pour celui a lancé le sortilège, Partilin, et des points en moins pour chacun. Un goût amer, l’esprit de revanche et la rage au ventre, les Serpentards filent sans demander leur reste, leurs yeux promettant une mort douloureuse. Plus tard. La vengeance est un plat qui se mange froid.

 

***

 

Abigail a mal aux jambes et aux mains, ainsi que quelques courbatures sur le reste du corps. Luke est un professeur de vol particulièrement pointilleux et si la jeune fille aime bien voler et apprendre à manier son balai elle trouve le rythme bien trop intensif. Au moins elle a fait d’importants progrès et elle peut désormais se moquer en toute impunité des Serdaigles lors de leurs leçons de vol. Et elle doit avouer que leur jeter des mini-bombabouses discrètement dès qu’un oiseau les survole a de quoi pimenter l’exercice.

Un sourire étire ses lèvres tandis qu’elle choque ses poings contre ceux de Luke et de Phil.

Traversant rapidement la salle commune, la jeune fille espère arriver la première à la douche et coiffer ses amis au poteau. Malheureusement, un jeune homme semble en avoir décidé autrement et lui bloque le passage. Les garçons en profitent et lui passent sous le nez, Luke ricane avant de lui ébouriffer les cheveux au passage, accentuant la mauvaise humeur de la jeune fille. Elle croise les bras et, les yeux plissés, dévisage Nail qui se tient devant elle.

-Tu veux quoi Dunderstil ?

Elle connaît désormais son nom de famille –qu’elle n’utilise que lorsqu’ est agacée, comme avec Phil et Luke- ainsi que la plupart de ceux de ses camarades plus âgés avec qui elle discute le plus. Le bon côté c’est que les Serpentards ne sont pas si nombreux, entre quatre et huit élèves par années, les deuxièmes années étant les plus nombreux malgré les désertions de septembre.

Nail tire Abigail de ses pensées et semble s’amuser de son air grognon. Tunrer lève les yeux au ciel et soupire à s’en fendre l’âme et fait le tour de son ami qui reste devant elle. Alors qu’elle le dépasse, il l’attrape par le bras et la fait se retourner. Ses yeux ont perdu leur lueur amusée et il semble tendu. Abigail fronce les sourcils en attendant qu’il lui explique ce qui lui arrive.

-Abby. Est-ce que tu m’accompagnerais au bal, début mai ?

Les sourcils de la jeune fille se hissent tellement haut qu’elle se demande s’ils ne vont pas s’envoler. Elle entrouvre la bouche puis la referme rapidement, se ressaisissant. Elle se redresse et son visage prend une moue amusée.

-Ben voyons Dunderstil, et pourquoi ça ?

Le préfet ne perd pas une minute et lui répond immédiatement, avec un sérieux surprenant.

-Parce que tu sais danser.

-Et toi non ?

Abigail sourit largement tandis que son visage affiche un air moqueur. Nail, lui, roule des yeux l’informant qu’il n’était en effet pas un bon danseur. Amusée, la jeune fille finit par se reculer, accordant un clin d’œil à son ami.

-Compte sur moi.

Elle se détourna après lui avoir tendu le poing afin qu’il le choque, comme elle le faisait avec pratiquement tous les Serpentards, scellant leur accord. Elle se dépêche ensuite de rejoindre son dortoir, l’information peinant à rejoindre son cerveau. Seuls les plus âgés sont invités, mais leur cavalier peut être plus jeune. Elle allait être carrément plus jeune. La plus jeune du bal. Au milieu des plus âgés. Au milieu de sorciers de toutes maisons qui lui seraient comme toujours particulièrement hostiles.

Inspirant fortement afin de se calmer, Abigail pousse la porte du dortoir toujours perdue dans ses pensées. Elle se fige en apercevant Bowerst. Perdue dans ses pensées elle avait oublié qu’il partageait le même dortoir qu’elle. Elle le fusille du regard puis l’ignore royalement et rejoint son lit. Depuis l’incident de la dernière fois elle ne lui adresse plus la parole. Rien que de se souvenir de ses propos et elle sent son sang s’enflammer et elle serait prête à aller écraser ses poings sur son visage encore poupon.

Mais elle se retient, elle n’a pas envie de se faire d’ennemi chez Serpentards, alors elle prend son mal en patience, en espérant que la situation s’améliore d’elle-même, même si c’est improbable. Et elle n’a pas envie de lui pardonner, ni même de lui adresser la parole. Rien que de le voir lui donne envie de vomir ou de le frapper.

La tension dans le dortoir est palpable et rend Luke et Phil un peu mal à l’aise, même s’ils soutiennent Abby. Mais peu importe, les vacances de Noël ne sont plus si lointaines, ce qui réchauffe le cœur de la jeune fille. Elle a tellement hâte de retrouver sa famille… Les lettres échangées avec son frère ne lui suffisent pas, et ses parents ne semblent pas particulièrement à l’aise avec les hiboux alors ils se contentent de signer les lettres d’Andy. Abigail se demande s’il acceptera à sa demande de lui apprendre à se battre, et elle est certaine qu’il voudra savoir pourquoi. Elle devra lui raconter la vérité… L’idée l’angoisse quelque peu, mais elle décide de s’occuper et de la chasser en effectuant quelques exercices recommandés par sa mère. Ses muscles encore chauds apprécient les étirements et les pas de danse effectués et son souffle se tranquillise.

Son esprit se vide et elle se laisse emporter par les pas devenus automatiques, oubliant où elle est. Elle s’évade pour quelques minutes. La réalité se rappellera à elle bien assez tôt.

 

End Notes:

Et hop, pour conclure ce chapitre, un petit croquis rapide d'Abby pour illustrer cet instant lorsqu'elle devient une warrior et qu'elle s'interpose pour sauver Phil.

  (crédits : moi)

Avec tout ça, j'ai bien mérité une p'tite review, dites ?

 

Des bisous à vous ! Merci pour continuer à me lire <3

Chapitre 8 : Hararei by Maloux
Author's Notes:

 

Salutations chers lecteurs et lectrices !

Je vous remercie tous pour continuer à me lire, et j’espère que ça vous plait ! N’hésitez pas à laisser une review pour partager votre avis. ;)

Je remercie également Luna09 Pour son commentaire et sa persévérance ! Milles merci à toi pour continuer à m’encourager et pour la gentillesse de tes reviews ! Et pour tes relectures tueuses de fautes d’orthographe (ou de grammaire, de conjugaison, etc.), tu mérites une place à l’Olympe ! Je te paye le billet de train :D

 

Sur ce, voilà un nouveau chapitre qui se passe hors des murs de Poudlard !

 

Hiiii, non je n’ai pas fini en fait. Pour le prochain chapitre, je ne peux rien promettre quant à la date de publication, car écrire un chapitre prend, mine de rien, pas mal de temps, tout comme la relecture, et faire ça en une semaine, c’est tendu du slip. Et comme les trois semaines à venir risquent d’être chargées… je ne sais pas si je trouverais le temps d’écrire beaucoup. Ah, et je suis en retard dans mes réponses de RPs et j’ai intérêt à y répondre sous peine d’être fouettée X.X ‘Faites du RP qu’ils disaient…

Enfin bref, j’ai presque fini de raconter ma vie : je rentrerais en France pour Noël, donc j’aurais (en théorie) plus de temps pour écrire (loin de mon copain et autres distraction) et des horaires plus communs pour mes publications (même si ça ne change rien pour vous, lecteurs…).

 

Voilà j’ai fini ! Bonne lecture et bises sur vos mouilles !

 

Les bras croisés et le regard furieux, la jeune Turner se tenait aussi droite que possible dans une attitude qui se voulait menaçante.

En face d’elle, son frère.

Lui adoptait une posture bien plus décontractée, on aurait presque pu dire qu’il semblait s’amuser de la situation et de la colère de sa sœur. Cela faisait de très longues secondes qu’ils se dévisageaient sans qu’aucun des deux ne brise le contact visuel ou ne parle. Finalement la cadette met fin à l’attente et s’exprime d’une voix aigüe qui témoigne parfaitement des tensions qui l’habitent.

-Qu’est-ce que tu fais là ?

L’agressivité qui imbibait ses propos n’était pas qu’une façade et en cet instant la demoiselle âgée de six ans se retenait avec difficulté de sauter à la gorge de son idiot de frère. De quel droit s’incrustait-il dans les leçons de danse donnée par leur mère ? C’était l’un des rares moments de la journée où elle était enfin débarrassée de lui et qu’elle pouvait faire quelque chose qui lui plaise sans qu’il vienne l’embêter.

Les yeux bleus-verts d’Abby sont obscurcis par la colère. Elle ne déteste pas toujours son frère, loin de là, parfois ils s’entendent même particulièrement bien mais pas aujourd’hui, depuis qu’il a « joué » avec sa poupée préférée, lui rendant la tête séparée du corps. S’en était suivi une bagarre retentissante ainsi qu’une remontrance parentale, sans guère plus de conséquences. Et depuis il la narguait ce qui ne faisait qu’attiser les braises. Alors maintenant qu’il était là, devant elle… Elle mourrait d’envie de se jeter sur lui afin de venger Gaby (la décapitée), de l’insulter de tous les noms d’oiseaux de son piètre dictionnaire, de le griffer, de le mordre, de le taper, de lui tirer les cheveux…

La tirant de ses sombres pensées de représailles, Andy prit la parole d’une voix calme où pointait un soupçon d’amusement.

-Maman ne viendra pas, alors c’est moi qui te donnerais cours ce soir.

Abigail n’avait aucune envie de rire et encore moins d’avoir dansé avec son crétin de frère. Elle lui répliqua donc avec verve comme elle savait le faire depuis déjà quelque temps.

-Tu sais même pas danser !

Contre toute attente Andrew se détourna un sourire sur les lèvres et alluma la chaîne hifi, libérant dans la grande pièce vide une mélodie au rythme fort différent de celui de la valse ou du rock qu’elle connaissait désormais bien.

Le regard empli de colère de la jeune fille se perdit un instant dans le reflet des vitres qui enrobaient la salle puis se figea. Son frère avait commencé à bouger et.. Il savait danser.

Sa colère tomba d’un coup tandis que la surprise l’envahissait, laissant place, petit à petit, à de l’admiration.

 


***

 

 

Abiagil marche d’un pas vif dans les rues de Londres. Son lourd sac sur les épaules elle est contente de ne pas avoir de chat ou hiboux à ajouter à son fardeau, car ça lui aurait bien compliqué la tâche.

Le nez en l’air, la jeune fille s’enivre de la ville qui palpite en lui laissant une impression étrange. Ces mois dans un château perdu dans le fin fond de l’Écosse l’ont habituée à un calme étonnant que la capitale britannique ne semble pas connaitre. Elle s’y sent comme une étrangère, à son grand déplaisir. Les rues, les voitures et les gens pressés ne lui semblent pas surprenants, toutefois elle n’a pas l’impression d’être à sa place. Pourtant, avant d’entrer à Poudlard, elle adorait venir à Londres. Ces sorties étaient toujours géniales car la ville était surprenante, pleine de surprises, quartiers à thèmes, boutiques farfelues, bâtiments farfelus, Londoniens tout aussi farfelus… Mais un drôle de sentiment au fond de son cœur la faisait douter qu’il s’agisse toujours de sa ville. Tout lui est familier et pourtant… Ce n’est plus chez elle.

 

Le cœur serré, la jeune Turner craint les retrouvailles avec sa famille. Elle leur a même demandé de l’attendre à quelques rues de la gare, peu désireuse de les revoir au milieu de sorciers. Si elle s’inquiète du regard de ses camarades en les voyant retrouver des moldus de l’autre côté de la barrière, elle se préoccupe principalement des questions de sa mère, qui ne manquerait pas d’analyser toute la situation. Et il était hors de question que ses parents soient au courant pour.. Ce qui lui arrive à Poudlard. Elle est suffisamment grande pour gérer la situation toute seule et leur raconter ces détails douloureux ne servirait qu’à les inquiéter inutilement.

Avisant la vieille bâtisse en brique rouge et ses balcons aux moulures exubérantes, la jeune fille sait qu’elle ne va pas tarder à arriver. En effet, elle aperçoit au loin des silhouettes familières. Ils ne sont pas assis au pub comme elle l’avait imaginé en leur donnant rendez-vous, mais debout sur le trottoir en train de faire le pied de grue.

Trois silhouettes. Ses parents et son frère.

Son cœur accélère tandis qu’un sourire vient étirer ses lèvres. Le poids qui s’est installé sur les épaules de la jeune fille commence à disparaitre au profit d’une joie sincère.

Ils sont là. Comme si elle revenait de vacances, tout lui semble terriblement familier. Eux qui lui avaient tant manqué, en cet instant, lui semblent être le centre de l’univers. Ils sont là, et le monde peut reprendre sa course.

Le temps loin d’eux avait effacé quelques souvenirs, il avait gommé de son esprit quelques détails de chacun, mais en cet instant tout lui revient d’une grande clarté. Toutes les horreurs de Poudlard s’éloignent de son esprit, comme un mauvais rêve s’évapore après le réveil. Lentement, tout disparait et seul le présent reste. L’instant présent.

Les yeux bleus d’Abigail brillent de plaisir, tandis qu’elle observe ses parents. Sa mère semble plus bronzée que lorsqu’elle est partie. Son père s’est rasé et lui tient la main. Tous deux cherchent leur fille du regard, mais ils ne l’ont pas encore aperçue. Elle note leurs sourcils froncés en signe de concentration ou de préoccupation. Et son frère, quant à lui, semble plus grand. Il arrive désormais au nez de leur mère et ses cheveux ont poussés. Ça lui donne un look de surfeur, sans la planche, le bronzage et la blondeur. En fait, il n’a pas grand-chose d’un surfeur, mais c’est l’image qui est immédiatement venue à l’esprit de la jeune fille en remarquant sa pose. Le torse bombé, la tête haute, de profil et les jambes légèrement écartées. Un surfeur frisé guettant la prochaine vague depuis la plage. Ou plutôt guettant le vendeur ambulant de glaces, connaissant le phénomène.

Tout est-il que c’est lui qui l’aperçoit en premier. Un immense sourire barre son visage tandis que les adultes ne tardent pas à apercevoir également Abigail, qui n’est plus qu’à quelques mètres d’eux. Leurs visages s’illuminent et, à la surprise de la jeune fille, c’est son père qui se précipite en premier vers elle afin de la serrer dans ses bras.

Surprise, Abby met quelques secondes à réagir et finit par rendre l’étreinte à son père, respirant son parfum si familier et qui lui semble pourtant découvrir et savourant la force de ses bras, même si elle doit perdre une côte en contrepartie.

Finalement, John relâche sa fille et se recule de quelques pas pour l’observer en souriant laissant la place à son épouse, qui l’étreint avec la même force, accompagnant ses gestes maternels de baisers sonores. Le dernier à saluer Abigail est son frère, qui la regarde d’un drôle d’œil. Mais il n’attend pas longtemps avant de lui offrir une accolade accompagnée de quelques mots de bienvenue.

 

***

 

Confortablement installée dans un restaurant chinois, Abigail soupire et baisse le nez sur sa serviette, faute d’assiette. Elle a eu le droit de choisir le restaurant où ils dîneraient afin de fêter son retour, et son choix s’est porté sur un restaurant chinois, car la nourriture asiatique manque terriblement à Poudlard. Et aussi, car elle a toujours trouvé l’ambiance de ces restaurants très relaxante et propice à des discussions loin des oreilles indiscrètes.

En effet, comme elle s’y est attendue, le restaurant est peu rempli et les tables sont toutes à des distances suffisantes pour laisser à chacun une certaine intimité.

Les Turner ont laissé à la nouvelle venue un peu de répit, le temps de choisir son repas, mais dès que la commande a été passée, trois paires d’yeux se sont braquées sur elle, lui faisant comprendre qu’il est temps qu’elle parle. La jeune fille déglutit péniblement, et regrette cette soudaine pression, la décoration semble pourtant charmante et… Le regard de sa mère la cloue sur place, lui ôtant la possibilité d’observer les environs afin de gagner du temps.

C’est idiot, elle le sait. Elle a réfléchi dans le train à ce qu’elle allait leur raconter, à ce qu’elle pouvait leur dire et ce qu’il valait mieux taire… Mais maintenant que ce moment est arrivé, elle n’y arrive pas. Elle ne veut pas que ses parents sentent que quelque chose cloche.

Finalement, son père met fin à son supplice d’une voix grave et caressante.

-Tu peux commencer par le début Abby si tu veux. Raconte-nous à partir du train. Ton premier avis sur ta nouvelle école et tes camarades.

La jeune fille hoche la tête, espérant ne pas devoir tout décrire en détail… Et finalement elle se lance. Sa voix n’est pas très assurée et ses mains se tordent avec anxiété sous la table.

-Eh bien, euh… Dans le train, j’étais dans un wagon avec des nouveaux, aussi. Ils étaient sympas, et on a un peu discuté. Enfin surtout avec un, qui m’a expliqué quelques trucs sur l’école. Il m’a fait goûter à quelques confiseries sorcières et… Il y a des grenouilles en chocolat qui sont vivantes ! Elles bondissent vraiment et…

Lancée, la jeune fille finit par raconter les détails de ce nouveau monde. Ces choses étranges qu’elle a notées à son arrivée, mais qui lui semblent désormais banales. Les robes de sorciers, les différentes maisons et surtout le vieux chapeau qui lit dans les esprits et qui parle. La salle commune et son plafond, les grandes tables, les étudiants, les professeurs, les escaliers qui bougent et les tableaux vivants… Il y a beaucoup à raconter et Abigail est bonne dernière à finir de manger son plat principal, puis qu’elle monopolise la parole. Mais personne ne semble s’en plaindre, loin de là.

Finalement, le repas se termine sur les questions d’Annabeth, qui portent, comme sa fille l’avait prédit, sur ses amis, ses cours et d’autres détails peu palpitants. Le temps de rejoindre la voiture, la mère d’Abigail n’a pas fini de décolérer contre le programme qu’elle trouve irresponsable et ridicule. L’absence de matières « moldues », et pourtant fondamentales selon elle, est inadmissible et personne ne s’est risqué à la contredire, sinon le débat ne prendrait jamais fin. Mais la principale concernée a lâché l’affaire, puisque sa mère fulmine et s’adresse plus à elle-même qu’à l’un des membres de sa famille. Son frère lui lance un regard amusé avant de passer son bras par-dessus des épaules dans un geste fraternel. Depuis leurs retrouvailles il ne l’a pas encore embêtée ce qui est probablement un record. C’est en chuchotant dans le dos de leur mère que les jeunes Turner finissent par rejoindre le véhicule familial. Ils prennent leurs places habituelles, le sac à dos finit dans le coffre, et tout semble redevenir à une étonnante normalité. Poudlard, en cet instant semble si lointain…

La jeune sorcière cale sa tête contre la vitre, observant les rues qui défilent sous ses yeux. Une agréable chaleur règne dans le véhicule et l’auto radio diffuse une musique d’ambiance agréable. De la musique celtique Capella. C’est original, mais ça convenient parfaitement à la jeune fille, qui se demande s’il s’agit d’un disque de son père et de ses amis, puisqu’il fait partie d’un petit groupe étrange et que pour son anniversaire toute la famille s’est cotisée pour lui offrir une séance d’enregistrement dans des studios professionnels. Il faudra qu’elle pense à le questionner à ce propos. Mais plus tard. Pour le moment elle préfère se taire et cesser de réfléchir. Ses parents à l’avant discutent tranquillement, sa mère semble avoir fini de tempêter contre les cours de Poudlard, tandis que son frère à côté d’elle est tout aussi silencieux.

La nuit est tombée, le silence est doux et Abigail a l’impression d’avoir retrouvé sa place. Elle se sent bien. Terriblement bien. Cette routine familière lui est précieuse, c’est ce petit morceau de réalité auquel elle s’accrochait à Poudlard et qui la réconfortait tant. En cet instant, elle était redevenue une moldue et ça lui fait du bien. La jeune fille ferme les yeux, laissant la musique caresser ses oreilles et naturellement, ses lèvres s’étirent légèrement dans un léger sourire.

Petit à petit, elle se sent partir. Elle est sur son nuage, dans un brouillard rassurant. Ses muscles se relâchent et son esprit cesse de se préoccuper. Enfin. Elle n’a pas ressenti un tel état de décontraction et de bienêtre depuis des mois. Depuis son arrivée à Poudlard. Mais en cet instant, l’école de sorcellerie a disparu de son esprit, et seule sa famille reste dans ses pensées tandis qu’elle s’endort paisiblement.

 

***

 

Abigail rentre la tête dans son énorme écharpe mauve et y dissimule le bas de son visage ainsi que son nez dans l’espoir -vain- de le réchauffer. Il a beau faire froid en Écosse, elle ne s’y est pas vraiment habituée. Mais en regardant la tête de son frère et son air colérique, elle se dit que le dortoir humide situé sous le lac a du bon et qu’elle est désormais moins frileuse.

Son frère ronchonne pour la forme, mais la jeune fille sait que le cœur n’y est pas. Depuis son retour, Andy est particulièrement joyeux. Elle ne s’attendait pas à ce que la distance les rapproche autant. C’est étrange, mais elle aime ça.

Ce qu’elle aime moins c’est l’interrogatoire qu’il mène dès que leurs parents ne sont pas dans les parages. Comme ce matin. Ce n’est pas uniquement pour aller acheter le journal et du pain qu’ils sont sortis affronter les éléments. Lesdits éléments ne sont qu’un temps terriblement maussade accompagné d’un vent qui glace quiconque jusqu’aux os. Mais c’est la veille de Noël, alors peu importe.

-Abby.

La voix d’Andrew tire la jeune fille de ses pensées réjouissantes. Elle songe à ses cousins qu’elle n’a pas vus depuis une éternité plus tard.

-Qu’est-ce que tu caches ? Ne dis pas qu’il y a rien et raconte-moi. S’il te plait.

Abigail lève les yeux au ciel et sent l’agacement monter en elle. Elle n’a pas envie de lui en parler. Pourquoi ? Elle ne sait pas vraiment, mais elle a peur. Peur qu’il la juge. Peur qu’il se mette en colère. Peur qu’il déteste tous les sorciers. Et elle n’apprécie vraiment pas avoir peur.

Constatant que sa sœur n’a pas l’intention de lui répondre, Andy l’attrape par le bras et la force à s’arrêter. Il plonge ses yeux bruns dans ceux de sa sœur, qui sont étonnamment clairs en cette froide journée. Il est déterminé et son expression n’augure rien de bon pour la jeune fille.

-Tu veux que je t’apprenne à te battre ? Mais enfin, pour quoi faire ?! Il est hors de question que je t’encourage à user de la violence, alors soit tu parles, soit tu fais une croix sur mon aide.

Il met à exécution l’ultimatum que redoutait Abigail. Elle sait qu’elle n’agit pas logiquement, mais…

Elle soupire. Tant pis. Elle a besoin de son frère, de ses conseils et de savoir comment taper sur les gens efficacement. Cela fait deux nuits qu’elle y songe longuement avant de s’endormir, hésitant à se confier. Finalement, elle est sur le point de céder.

La force du regard de son frère achève de la convaincre et elle baisse la tête, se préparant à lui conter la vérité.

 

***

 

Tous emmitouflés dans leurs manteaux d’hiver, les jeunes du quartier se retrouvent comme à leur habitude en fin de matinée, sauf que cette fois-ci, Abigail est au centre de l’attention.

Le sourire aux lèvres, tous chahutent allègrement et questionnent la jeune fille à propos de sa nouvelle école. Qu’est-ce qu’elle y fait ? Elle y mange bien ? C’est comme une prison puisqu’elle ne peut pas rentrer chez elle ? Les autres sont sympas ? Elle va devenir une artiste connue ?

Car oui, le mensonge concocté par la mère d’Abby est qu’elle est partie dans un internat en Écosse afin d’étudier l’art sous toutes ses formes. Peinture, histoire, danse, musique, écriture, et autres folies. Elle a même proposé un faux planning ainsi que recueilli quelques informations basiques dans chacune des matières pour que sa fille puisse mentir sans trop de problèmes.

Sauf qu’Abby n’aime pas mentir. Et elle ne sait pas le faire. Elle sent toujours ses joues se colorer, elle transpire et ses mains tremblent. Non, c’est une véritable plaie. Mais elle ne peut clairement pas leur dire qu’elle apprend la magie. Donc elle se contente de répéter qu’elle apprend l’art en général.

En fait, le mensonge de la jeune fille pourrait passer si ses meilleurs amis ne la regardaient avec cet air. Furieux pour Caitlin et dubitatif pour Joshua. Le cœur serré, la jeune fille finit par délaisser le reste du groupe pour passer du temps avec eux, et s’expliquer de son mieux.

Mais avant qu’elle n’ait pu dire un mot, Caitlin l’apostrophe avec hargne. Elle est loin de la douce et timide Cat’ dont elle se souvenait.

-Quatre mois ! Quatre mois sans nouvelles ! Tu disparais personne ne sait où et tu ne nous écris pas ! Tu ne nous rends pas visite, ni rien ! Tu nous as rayés de ta vie comme si on était de vagues connaissances faites pendant les vacances ! Mais tu crois quoi, Abigail Turner ? Qu’avec un beau sourire et des paroles aussi fausses que toi on allait te sauter dans les bras ?!

Abigail reste figée face à la colère de son amie. Immobile, les yeux écarquillés et la bouche tremblotante, elle ne sait pas quoi dire. Toutefois l’amitié de Caitlin et Joshua est importante pour elle, alors elle est prête à affronter la tempête pour que tout redevienne comme avant.

-Non, ce n’est pas vrai. Vous êtes mes meilleurs amis et… l’école est loin, je peux pas rentrer ici…

-Tu ne nous as même pas envoyé de carte postale ! Pas un seul coup de fil ! T’as quoi à dire cette fois-ci ?

Qu’il n’y a pas de téléphone ni de poste ? Qu’envoyer un hibou à des moldus ce n’est pas forcément la meilleure chose à faire ? Non, elle ne peut clairement pas leur répondre ça, alors que peut-elle leur dire pour justifier son silence ?

Elle n’en sait rien. En fait elle n’y avait jamais vraiment songé. Elle n’avait pas eu le choix de partir ni de vivre à Poudlard coupée de son passé.

-Je peux pas…

-Mais pour Andy, tu peux ! Ne me mens pas ! Tu lui as écrit des lettres à lui !

Aussi blanche qu’une feuille, Abigail regarde son amie qui est toujours aussi furieuse. Elle lit, au fond de ses yeux une colère indomptable. De la déception et de la rage.

La peur l’assaille, et elle sent le gouffre qui s’ouvre sous ses pieds. La relation qu’elle avait avec Caitlin est en train de se fissurer, et elle demeure tétanisée comme une idiote, incapable de réagir. Elle ignore comment la réparer.

-Vous m’avez manqué. Terriblement. Tu n’en n’as même pas idée.

Sa voix se fissure légèrement, mais une force la pousse à continuer. Il est hors de question qu’elle assiste à cette exécution. Son amitié mérite de vivre, de surpasser ces épreuves idiotes. Elle ne peut rien leur dire et pour ça elle se déteste. En cet instant elle hait de tout son cœur les sorciers et leurs secrets ridicules.

-Je n’ai pas le droit de contacter des gens qui ne sont pas ma famille proche, ils nous l’interdisent…

Le regard tranchant de son amie la pousse à changer son fusil d’épaule et elle enchaine rapidement.

-Mais je t’en enverrais, je peux faire une entorse au règlement pour..

-Merci, trop aimable. L’ironie pointe dans la voix de Caitlin et Abby se dit que son amie a bien grandi. Pour la première fois, elle lui semble plus âgée. Plus sage et tellement loin d’elle… Elle s’éloigne à toute vitesse.

-Et tu comptes nous donner l’adresse de ton école cette fois-ci ? Ou on s’assoit dessus et on écrit au père Noël en lui demandant la faveur de faire passer nos courriers ?

Abigail ouvre la bouche, mais avant qu’elle n’ait le temps de répliquer son amie la coupe. Son regard est devenu dur et empreint de déception.

-Non ne te donnes pas cette peine, je veux plus rien savoir de toi.

Les mots s’abattent et tranchent dans le vif. Mais Caitlin se détourne de celle qui était son amie, de celle avec qui elle dansait le soir jusqu’à épuisement, celle à qui elle se confiait… D’un signe de tête autoritaire, elle fit signe à Joshua de le suivre.

Le garçon, lui, était perdu. Dépassé. Il ne s’attendait certainement pas à ça. Bien sûr, il est tout aussi furieux et déçu de l’absence de nouvelles d’Abby, mais elle est là, et c’est un détail qui a son importance, et contrairement à son aînée il n’a pas envie de cracher sur leur amitié. Mais un « Josh… » menaçant met fin à son indétermination et il s’excuse du regard auprès de la jeune Turner et tourne les talons, emporté par une Cat’ bouillonnant de fureur.

 

Abigail se retrouve seule, le cœur broyé et une terrible envie de pleurer. Peut-être même qu’elle pleure déjà, elle ne sait pas. Le froid engourdit ses joues et elle ne sent plus rien. Andy s’approche et la serre contre lui. Il sait. Il sait pourquoi elle n’a écrit à personne. Il sait que c’est injuste et qu’Abby n’a rien fait de mal, mais Caitlin est aussi sa meilleure amie et il n’a pas envie de prendre part au conflit au risque de la perdre elle également. Alors il se contente de l’enlacer en silence, connaissant la raison de ces larmes. Elle lui a tout raconté. La guerre, la haine contre les Serpentards, les abus de pouvoir, les mises à tabacs, la peur… Et l’absence de confiance.

Ils demeurent ainsi, immobiles pendant de longues minutes. Finalement Abigail se détache de lui et le remercie du regard. Elle lui fit un maigre sourire et d’un signe de la tête l’encouragea à partir à la poursuite de son amie. Elle connait Caitlin et elle sait que celle-ci risque d’en vouloir à son frère, même sans raison, alors plus tôt il la voit pour rectifier ça, mieux ça serait pour eux. Et dans son cas… Un éclat de tristesse demeure fiché dans son cœur, et elle se demande si le temps réussira à curer ses plaies, ou s’il ne fera que les aggraver. Elle n’en sait rien. Mais elle fera des efforts pour recoller les morceaux, ça, elle en est certaine.

Haussant les épaules, elle se dirige vers le groupe restant, bien décidée à oublier sa dispute avec Cat’ et à profiter au maximum de ses vacances. Elle s’intègre facilement à la discussion, qui porte sur le jeu auquel ils vont jour, débat houleux puisque personne n’a apporté de ballon. La jeune Turner s’en fiche et savoure cet instant de simplicité, loin de la souffrance et des inquiétudes de Poudlard.

Moins d’une heure plus tard, alors que la bande a fini par se décider pour aller piquer un ballon à des jeunes qui passeraient dans le quartier, Abigail se tend. Une pensée vient de s’insinuer dans son esprit : Et si ses cousins lui en voulaient tout comme Caitlin ? Eux non plus n’ont pas eu de nouvelles, et ne devront se contenter de mensonges…

Et si eux aussi se mettaient à la détester ? Elle ne pouvait rien leur avouer, seule la famille directe pouvait être dans la confidence, alors.. Que ferait-elle ? Était-elle condamnée à choisir entre un monde ou l’autre ?

 

***

 

Abigail glisse les lunettes de soleil sur son nez tandis qu’un large sourire étire ses lèvres. Là, elle est au paradis. Et elle vient d’y arriver avec son frère et ses parents, ce qui la rend encore plus heureuse.

L’aéroport de Wellington, en Nouvelle-Zélande, libère la famille Turner qui s’arrête rapidement. Le ciel d’un bleu saisissant les éblouit, la chaleur caresse leur peau la faisant immédiatement perler de sueur, et cette odeur, enivrante… Non, décidément, ce voyage est un superbe cadeau de Noël.

Abby se souvient avec plaisir du réveillon de Noël et de ses craintes inutiles. Joshua est passé le soir de sa dispute avec Caitlin afin de s’excuser et de lui dire qu’il regrettait qu’elle ne se confie pas à lui, mais il ne tenait pas à perdre son amitié, au contraire de Cat’, alors à chaque fois qu’elle serait dans les passages, il en profiterait et elle n’avait pas intérêt à le snober. Ils avaient ri, discuté un peu puis s’étaient promis de se revoir quelques jours plus tard, après Noël afin d’aller jouer ou de faire une promenade en vélo. Juste après le départ de son ami, la famille Turner était arrivée afin de réveillonner et elle avait été rassurée. Sa famille l’aimait toujours autant. Et elle ne se gênait pas pour la charrier sans retenue, principalement parce qu’elle vivait en Écosse et, qu’étrangement, cela faisait rire tout le monde. Les choses ne semblaient pas vraiment avoir changé, quelques questions sur les cours, le rythme scolaire, l’adaptation à ce nouveau pays et à l’école -c’est un château, sérieusement ? Et on peut y passer les vacances ? –C’est une vraie question, Tante Eleonor.. ? Je te rappelle que c’est une école… -Ha... -  et les nouveaux copains. Mais finalement, ses cousins s’en moquaient un peu, ce qui n’avait pas empêché Laïs et Joy de lui demander sur le ton de la confidence si elle s’entrainait pour devenir agent secret. Ça l’avait bien fait rire, mais après quelques instants de réflexion, elle s’était rendue compte que ça n’en était finalement pas si éloigné, et surtout que sa famille se doutait qu’il y avait un secret derrière cet internat d’art, mais que tous le respectaient sans s’offusquer de ne pas être dans la confidence.

Abigail aime sa famille.

Et surtout, elle adore sa mère, qui a réussi à leur procurer des vacances au soleil. Hôtel et avions payé pour quatre personnes, contre son expertise professionnelle, il n’y a rien à dire, sa mère sait y faire pour obtenir ce qu’elle veut, et tous semblent le lui accorder volontiers. Est-ce parce qu’elle est belle ? Abigail en doute, sa mère lui semble jolie, mais pas incroyable. Parce qu’elle a du talent ? Sans aucun doute, mais avec son âge, elle a perdu son niveau international. Alors comment fait-elle pour être toujours aussi demandée ? Car ce n’est pas la première fois qu’elle embarque sa famille à l’autre bout du monde pour un concours ou quelques cours.

Après l’Argentine, le Brésil, le Maroc, la France, l’Espagne, l’Inde, le Japon.. La Nouvelle-Zélande est au programme, et ça donne envie à Abigail de rire sans raison. Surdose de bonheur.

La famille Turner semble toute aussi hystérique que la cadette et c’est en s’émerveillant de tout et n’importe quoi qu’ils rejoignent l’hôtel. Ils abandonnèrent leurs valises avant d’aller profiter du bar de l’hôtel afin de discuter du programme. Annabeth va aller donner ses cours tandis que les trois autres vont pouvoir partir en excursion, visiter les îles, bronzer, découvrir la culture culinaire, et plein de choses qui promettent des vacances inoubliables, avec bien entendu quelques cessions de danses traditionnelles accompagnées d’instruments qui leur seraient étrangers, de quoi faire rêver la famille au grand complet.

Tandis qu’ils discutaient autour de leurs cocktails, des musiciens justement s’installent et ils sont rapidement rejoints par qu’Abigail imagine être des danseurs. Hommes et femmes portent des vêtements traditionnels et elle ne peut s’empêcher de les observer avec attention.

Son regard s’attarde sur les torses musclés des hommes à la peau tannée par le soleil et leurs tatouages. Leurs formes étaient enivrantes, fortes et souples à la fois, elles épousaient la peau dans une impressionnante nuance d’harmonie. Fascinée, elle se penche vers son frère et lui chuchote :

-Je veux un tatouage.

Un discret éclat de rire lui répond sans pour autant lui faire détourner le regard. Elle meurt d’envie de s’approcher de plus près afin de les observer en détail, mais doute que ça soit bien perçu. Rongeant son frein, la jeune fille entend son frère qui lui répond d’une voix amusée, mais tout aussi discrète.

-Je prends note. Justement je ne savais pas quoi t’offrir pour ton anniversaire….

C’est à son tour de rire silencieusement. Secouant la tête elle observe le visage de son aîné et remarque avec surprise qu’il semble tout aussi intéressé. Pas un instant elle songe qu’il s’intéresse plus aux femmes séduisantes et à leurs tenues légères qu’aux tatouages. Non, elle se contente de l’observer, réalisant que son visage lui semble moins rond qu’avant et que son nez qui était auparavant en trompette semble désormais plus droit, lui donnant un profil plus sévère.

Sentant le regard scrutateur de sa sœur, Andy se détourne du spectacle et l’observe avec amusement. Ses yeux sont chauds et ses boucles brunes et folles lui donnent un air fripon. Quelque chose dans son regard crie qu’il a une idée derrière la tête…

-J’ai hâte de te voir rejoindre les danseuses…

-Moi pas… j’ai pas dansé depuis une éternité, mon niveau a dû chuter terriblement… Et si c’est pour que tu me ridiculises en même temps, avec ton niveau de danse qui a dû quant à lui progresser, non merci.

Son frère grimace légèrement avant de détourner le regard. Quelque chose cloche.

-Andrew Turner. La voix d’Abigail est sèche et comme toute la famille, dès que le prénom complet est utilisé, c’est mauvais signe. Qu’est-ce qu’il se passe ?

Son frère a un air contrit qui ne la calme pas le moins du monde. Elle inspire, réalisant qu’elle va devoir insister, mais son frère la coiffe au poteau.

-J’ai arrêté de danser.

Choquée, Abigail ne trouve rien à redire et se contente de l’observer bouche bée. Elle ne comprend pas.

-Comment ça… ?

-Eh bien, danser, sans toi c’est… ennuyeux. Et pire quand maman me colle au dos et me donne des cours obligatoires de danse classique. C’est un passe-temps qui est mort avec ton départ, donc rassure-toi, mon niveau doit être sous les eaux.

Abigail comprend vaguement ses raisons. Leur mère est un peu excessive et la danse classique est une horreur. Il y a fort à parier qu’une fois sa fille partie de la maison, Annabeth a dû mettre la pression sur l’enfant restant et l’encourager trop fortement à danser. Il est même probable qu’elle ait dû faire du chantage pour l’obliger à prendre ces cours de danse classique. Pas d’autres styles de danse, et ce que préfère Andy –et où il excelle- c’est le street danse.

Mais ce n’était pas une raison pour tout laisser tomber.

-Donc tu abandonnes ?

La voix de la jeune fille résonne de reproches et son frère s’en vexe. Il lui répond fermement :

-Non, je me concentre sur la musique.

-Et alors ? Les deux ne sont pas incompatibles…

Abby, sans savoir pourquoi, refuse de voir son frère abandonner la danse. C’est une passion qu’ils partagent et elle n’a pas envie de perde ce point commun, il s’agit d’une des choses qui leur permettent d’être proches. Elle reprend donc, la voix plus calme et presque suppliante, décidée à faire changer d’avis son frère.

-Je veux continuer à danser avec toi.

Le regard de son frère se voile un instant avant de se poser sur la fine silhouette d’Abby. Un sourire triste se peint sur ses lèvres tandis qu’il lui répond.

-Abby… Je danserais toujours avec toi. Toujours.

-Alors...

Elle l’observe de ses grands yeux bleus pailletés de vert, et son frère sent son cœur se serrer. Décidément, il est incapable de lui refuser quoi que ce soit.

-Je m’entrainerais de temps à autre, quand maman aura le dos tourné, afin que je garde le niveau pour te battre lors de nos prochaines battles.

Le jeune homme ponctue sa tirade d’un large sourire ainsi que d’un clin d’œil et reçoit en échange un coup dans l’épaule accompagné d’un « Rêve toujours ». Les deux jeunes partent dans un éclat de rire libérateur.

-Hum, et prépare-toi, cet été on s’incrustera dans l’atelier de maman et on prendra part au spectacle.

-T’es trop jeune, elle refusera.

-C’est ce qu’on verra.

Un sourire mutin fleurit sur les lèvres d’Abigail tandis que la conversation dérivait sur leurs exploits et leurs plans futurs.

Leur complicité retrouvée et assurée pour les mois à venir, ils ne tardent pas à vider leurs verres et à rejoindre les danseurs afin de les imiter au mieux, ce qui n’est pas une grande réussite. Mais les essais infructueux n’ont jamais arrêté la famille Turner, car à la fin de la soirée, les quatre membres de la famille dansent presque correctement et chantent à tue-tête des paroles qu’ils ne comprennent pas et dont ils écorchent chaque syllabe. Leurs rires se mêlent à ceux des danseurs qui apprécient leur enthousiasme et leur envie de découvrir leur culture tandis que la lune brille haut dans le ciel étoilé.

Loin de la magie, loin de Poudlard, Abigail Turner continue de s’épanouir.

 

****

 

Andrew Turner tente de dissimuler le sourire idiot qui cherche à étirer ses fines lèvres. Il jette un coup d’œil à sa petite sœur, occupée à tapoter sur des briques et il finit par perdre la bataille. Après avoir insisté, il a réussi à la convaincre de l’accompagner lorsqu’elle irait acheter une robe de sorcière. La nouvelle de son invitation à un bal de quatrièmes années sous prétexte qu’elle danse bien avait été plus qu’appréciée par leur mère et elle avait proposé à sa fille d’aller chercher une robe en Nouvelle-Zélande, puisqu’ils y étaient jusqu’à la fin des vacances. Mais Abby avait avoué préférer retourner sur le « chemin de traverse » où elle avait fait ses achats de la rentrée afin d’être certaine que sa robe ne soit pas hors sujet, car les sorciers selon elle sont particulièrement vieux jeu et n’apprécient pas les excentricités.

En fait, Andy se doutait qu’elle ne tenait pas à attirer le regard plus encore lors de cette soirée, mais il n’avait rien dit. Il s’était contenté de prévenir qu’il rentrerait plus tôt également, avec sa sœur afin de ne pas la laisser seule. Une excuse à moitié vraie puisqu’il comptait profiter de l’occasion pour observer le monde des sorciers.

Depuis que sa soeur avait reçu sa lettre d’admission à Poudlard ainsi que la visite du Professeur Brown, leur vie avait été chamboulée. Abby était différente. Différente de lui, de leurs parents et de tous ceux qu’ils connaissaient. Et il ne lui en avait pas voulu. Il ne l’avait pas détestée. Il ne l’avait pas enviée. Il ne l’avait pas crainte. Non, rien n’avait changé, si ce n’était sa manière de la voir. Elle n’était plus sa petite sœur pénible, mais une fille courageuse. Sa vie avait été chamboulée, mais jamais elle n’avait cherché à fuir, non, elle était restée vaillamment debout affrontant la tourmente. Et pour ça il l’admirait. Il n’était pas certain d’avoir eu le courage d’aller avec des inconnus dans un lieu inconnu faire des choses impossibles à son esprit étriqué. Voilà probablement pourquoi elle était la seule à avoir ces pouvoirs, car elle était la seule à être suffisamment forte pour affronter tout ça. Lui et leurs parents s’y habitueraient probablement avec du temps, tâtonnant pour comprendre leur nouveau rôle dans la vie d’Abigail Turner. Car sa vie allait se dérouler loin des sentiers battus. Elle n’irait pas au collège de la ville voisine, elle n’aurait pas les mêmes amis que son frère et leurs parents ne se connaitraient pas, elle ne pourrait pas profiter de l’avancée de son frère pour copier ses devoirs ou lui demander de l’aide… Non, elle allait devoir expérimenter seule, découvrir ce monde et ses règles sans sa famille pour la guider.

Pour toutes ces raisons ainsi que le terrible sentiment que sa sœur s’éloigne de lui, Andy a décidé d’écourter ses vacances en Nouvelle-Zélande. Tout aussi paradisiaque que ça soit, cela ne valait pas la découverte du monde auquel sa sœur faisait désormais partie.

Le jeune homme sort de ses pensées et zieute sa sœur qui est tout aussi bronzée que lui. Elle est toujours occupée avec ses briques, ouvrir le passage secret ne semble pas si facile en fin de compte, et Andy note que ses cheveux se sont notablement éclaircis sous les caresses du soleil. Abby semble stressée et il décide de passer son bras par-dessus son épaule afin de la soutenir. Il ne se passerait probablement rien. Ils en avaient discuté avant de venir, personne ne connaissait son visage, alors faire quelques achats ne comportait aucun risque, si ce n’est celui d’être accompagné d’un moldu. Mais c’était le cadet des soucis des Turner.

Finalement, les pierres se mettent à bouger et révèlent une ruelle étroite encadrée de vieux bâtiments de briques sombres.

Andrew est le troisième Turner à y aller et contrairement aux deux précédents, sa première vision du monde sorcier ne lui coupe pas la respiration. Peut-être parce que la ruelle est particulièrement calme et qu’en janvier, personne –sorcier ou non- ne tient à s’aventurer dehors.

L’adolescent sourit à sa sœur et tous deux s’avancent dans la ruelle, à la recherche d’une maison de couture, ou d’une boutique qui pourrait vendre ce genre de robe. Étonnamment, Abby n’a pas la moindre idée du style vestimentaire des sorciers lors de grands évènements et il y a fort à parier qu’ils vont passer l’après-midi à faire les boutiques jusqu’à trouver quelque chose de convenable et dans leur ordre de prix.

Finalement, la boutique de Madame Guipure s’avère être le lieu idéal pour trouver la robe d’Abby et tandis qu’elle essaye différent modèles, son frère en profite pour lorgner du côté des couturières, s’étonnant de l’usage de la magie. Ça peut servir à tout et n’importe quoi, et ça semble sacrément pratique.

Après ce qui semble une éternité, Abigail se décide sur une robe longue et d’un vert émeraude, qui s’accorde élégamment avec ses yeux. Le col est près du cou et légèrement décolleté dans le dos, les bretelles sont larges et laissent les bras nus. Andy regarde sa sœur, réalisant qu’elle semble plus âgée bien qu’elle ait encore une tête d’enfant de onze ans. Pour lui, elle restera toujours sa petite sœur, une enfant qu’il se doit de protéger.

Après avoir réglé le vêtement, qui est affreusement cher à son goût, Andy suit sa sœur vers un glacier à sensation, d’après elle. Le temps ne donne clairement pas envie de manger une glace, mais dès qu’il pénètre dans la pièce agréablement chauffée il note la variété des desserts, et surtout le fait qu’ils semblent vivants. Stupéfait, il observe virevolter dans les airs quelques oiseaux de chocolats tandis que sur le présentoir des animaux faisaient la parade ou se prenaient le bec. Là, il venait vraiment d’atterrir dans un autre monde.

Le tintement cristallin du carillon le tire à peine de sa rêverie, pas plus que les nouveaux venus qui le contournaient afin d’accéder au comptoir. Une voix étrangement familière qui claque dans l’air, le faisant sursauter.

-Tiens, tu comptes me frapper aujourd’hui aussi pour que je te donnes ma glace ? Ou tu gardes tes forces pour Poudlard ?

Un ricanement mauvais s’échappe des lèvres d’Abby tandis que son frère l’observe avec effarement. Ce n’est plus sa sœur qui se trouve devant lui, une glace dans une main et un paquet de chocolats vivants dans l’autre. Non, cette fille est toute autre. Elle a un visage dur et des yeux froids. Ses muscles sont tendus et son attitude dédaigneuse. Et en face d’elle, un gamin d’environ son âge, mais plus rond accompagné de sa mère, probablement. Un visage poupin et des yeux clairs, qui perd de son jovial dès qu’Abigail finit de parler. Ses yeux brillent d’un éclat mauvais tandis que ses joues se colorent de rouges, sa mère semble véritablement surprise d’une telle agression et ne sait quoi dire.

En quelques secondes la tension devient palpable et Andy demeure immobile et en retrait. Il ignore ce qu’il se passe et comment agir, mais le garçon apostrophé par Abigail sembla avoir choisi de répondre et un air mauvais vient habiter son regard tandis qu’il se dégage de la main apaisante de sa mère sur son épaule.

En cet instant, Andy a l’impression de se retrouver à Poudlard dans une des situations décrites par sa sœur. La haine que semble lui vouer le gamin est affichée sur ses traits et sa bouche grimace son dégout. Frissonnant, l’aîné des Turner se dit qu’il est temps d’intervenir, même s’il redoute de se prendre un sort. Mais un rire moqueur et aiguisé coupe l’air chargé d’électricité brisant la tension qui régnait jusque là. Abigail vient de rire. À moins que ce ne soit un ricanement. Tout est-il que la porte s’ouvre une nouvelle fois, livrant le passage à un jeune sorcier, qui n’avait pas l’air particulièrement commode. Le visage impassible, il semblait plutôt grand pour son âge et fort d’épaule. Il semble comprendre la situation à peine arrivé et, étonnamment, se range aux côtés de la jeune fille, sous le regard surpris de son frère. Perdu, il observe la mère qui n’a pas l’air de comprendre beaucoup plus ce qu’il se passe.

La balance est déséquilibrée, deux contre un sans compte les témoins et le glacier qui semblent tous stupéfaits. Finalement Abigail rompt le contact visuel et se détourne, un rictus sur le visage. Elle attrape son frère par le bras et sort rapidement de la boutique sans un regard pour le nouvel arrivant. Cependant, un groupe de sorciers de l’âge des parents d’Andy attendent dans la ruelle, probablement leur fils ou petit-fils ou neveu, qui ne tarde pas à sortir à la suite des Turner. Il semble vouloir les rattraper et attrape le bras de la jeune fille, qui se fige et le regarde avec hargne. Stupéfait, Andrew suit toujours la scène, peinant à reconnaître sa sœur, et peut désireux de s’éterniser. Il n’aime pas la voir ainsi il déteste cette métamorphose qui transforme sa sœur en ce monstre d’acier et de haine.

Le garçon face à elle ne porte pas cette colère sur le visage, mais ses yeux brillent d’une lueur qu’Andy reconnait comme de l’agacement. Il semble vouloir parler, et ne montre aucun signe d’hostilité, mais Abby ne baisse pas les armes. Elle prend la parole avec force désirant mettre fin à cette situation qui la fait bouillir de colère.

-Ne compte pas sur moi pour te remercier Bowerst. La jeune fille jette un coup d’œil éloquent en direction des adultes qui les observent désormais avant de poursuivre. Je pense qu’eux non plus ne te remercient pas pour cet acte de bravoure, à n’en pas douter, eux aussi auraient préféré que je ne naisse jamais.

Ses paroles sont dures et choquent Andy, qui n’espère plus qu’une chose, que cela prenne fin. Qu’ils rentrent chez eux et qu’il retrouve sa sœur, douce et amusante, un peu folle et surtout attachante. Il ne veut pas voir un instant de plus cette fille désagréable qui lui donne des frissons.

Ses prières sont exaucées lorsqu’Abigail l’attrape par le bras et l’entraine rapidement vers la sortie du chemin sorcier.

Le jeune homme respire goulument l’air moldu, savourant la pollution qui le contamine et le bruit ambiant. Il se sent un peu plus dans son milieu et note que sa sœur continue de tracer devant lui. Il la rattrape facilement avec de longues foulées et arrivés au coin de la rue, elle s’arrête brusquement et s’adosse donc le mur. Les yeux clos, elle semble chercher à reprendre sa respiration et Abby refait surface. Ses traits s’affaissent et ses lèvres tremblent tandis que ses sourcils se froncent comme lorsqu’elle se retient de pleurer.

Le jeune homme la prend dans ses bras, lui procurant sa chaleur et son soutien. Pas un mot n’a été échangé, qu’aurait-il pu dire ? Qu’il a été choqué par son changement radical de comportement ? Par son agressivité et la haine qui se dégage d’elle ? Non, il ne peut pas, car il sait. Il sait pourquoi elle fait sait et il comprend désormais la pression qui pèse sur ses frêles épaules. Le rôle qu’elle doit jouer et la carapace qu’elle se forge.

Alors il se tait, et la serre contre lui.

-Je t’apprendrais Abby, à te battre.

La jeune fille se détache de lui et leurs yeux se rencontrent pour ne plus se détacher.

-Je prendrais des cours pour qu’à tes prochaines vacances je puisse t’enseigner. En attendant... Le seul conseil que je peux te donner, c’est de frapper la première.

Les Turner se regardent, souriant avec similarité et finissent par se souvenir des douceurs achetées à chez le glacier et décident de les dévorer afin de se remettre de leurs émotions, tout en discutant sur des thèmes plus légers. Ou presque.

-C’est qui ce Bowerst ?

Oui, presque, parce qu’Andy est curieux et qu’il n’a pas tout compris à ce qu’il s’est passé sous les yeux, alors il compte bien profiter du trajet du retour pour interroger sa sœur et obtenir des réponses, même s'il doit pour cela raviver des souvenirs déplaisants.

 

Chapitre 9 : Humiliation publique by Maloux
Author's Notes:

 

Yoli !

Je vais faire court, donc : me revoilà ! (je raconterais ma vie à la fin, pour ceux que ça intéresse) Et j’apporte un nouveau chapitre (assez long puisque j’ai finalement fusionné ce que j’imaginais initialement être deux chapitres différents) en cadeau de Nowel !

Je remercie comme toujours Luna09 de tout mon cœur parce que.. Tu le mérites ! Merci merci merci merci. D'être toujours présente, aussi motivée et encourageante. Et de dénicher des fautes qui m'échappent ! Et Sleipnir, parce qu’aussi, un avis supplémentaire c’est toujours magique, surtout lorsqu’il est aussi bien construit et charmant. <3

Et merci à tous ceux qui continuent de lire cette fic. Mpeme si vous restez dans l'ombre, je sais que vous êtes là, alors merci, votre présence me réconforte.

 

Sur ce : bonne lecture et… JOYEUX NOËL à tous et à toutes !

Passez d’excellentes fêtes, mangez bien, amusez-vous, passez du temps en famille, avec vos amis, et profitez de cette jolie fin d’année ! Je vous embrasse et vos souhaite le meilleur pour 2018 !

 

(et j’offre une bûche chocolat/praliné/croustillant aux modérateurs qui bossent même pendant les vacances, merci pour votre travail et votre présence !)

 

Abigail, épaulée du binôme Medley-Mc Caster, marche d’un pas vif dans les couloirs tandis que Bowerst se tient légèrement en retrait. Les jeunes serpentards suivent le mouvement de la foule, qui semble aussi surprise et curieuse qu’eux. Quelques secondes auparavant, leur cours de métamorphose à peine fini, une voix a retenti dans toute l’école, sommant tous les élèves de Poudlard ainsi que le corps enseignant de rejoindre la cour principale.

La voix du directeur semble encore résonner sur les murs en pierre, ce qui ne détend pas vraiment les étudiants. Tous ont senti la tension dans sa voix, et les Serpentards se demandent ce quelle en est la cause et s’ils y sont pour quelque chose.

Rapidement, ils arrivent dans la cour nommée, qui est déjà bien remplie. Il est probable qu’ils ne voient rien, mais de l’autre côté, ils pourront se dissimuler dans la foule. Entourés des autres élèves, les Serpentards gardent leur attitude froide et autour d’eux, une distance de sécurité est laissée instinctivement. Aucun d’eux n’échange de mot ni même le moindre regard. Leurs visages fermés fixent avec peine le centre de la cour où se réunissent tous les professeurs aux côtés du directeur.

Abigail l’aperçoit enfin. C’est la première fois, depuis sa répartition, qu’il fait son apparition. Il est grand avec une carrure impressionnante. Son visage ne respire pas l’amabilité et une barbe parfaitement taillée le dissimule partiellement. Regnart. La jeune fille frissonne tandis que l’homme balaye la foule du regard. Ce type ne lui inspire aucune confiance et les rumeurs qu’elle a entendues à son propos n’arrangent pas les choses.

Petit à petit, le flot d’élèves rejoignant l’espace pavé se tarit et le directeur prend la parole. Sa baguette pointée sur sa gorge décuplant le volume de sa voix, il commence à parler. Enfin non, il donne un ordre. Un ordre qui claque dans l’air, qui suinte de menaces et qui fait rater au cœur d’Abigail un battement.

-Que tous les Serpentards s’avancent et s’alignent face à leurs camarades.

Sa voix semblait mesurée et aussi glissante qu’une la lame d’une guillotine sur le point de s’abattre. Quelqu’un attrape la main d’Abigail et la jeune fille jette un coup d’œil à ses amis. Un échange rapide qui leur donne la force de s’avancer et de fendre la foule. D’un signe de tête, la Serpentarde reprend ses esprit et son attitude assurée, puis Phil lui lâche la main avant de la précéder dans leur avancée vers le directeur. Bowerst fend la foule avec force et seuls les idiots ou les lents en souffrent tandis que Luke ferme la marche. Autour d’eux, les regards se tournent vers ceux qui s’avancent, emplis de curiosité. Malgré les chuchotements multiples et les questions de chacun, le silence est pesant.

Finalement, Abigail Turner est soulagée de sortir de la masse compacte d’élèves et respire l’air frais, notant inutilement le ciel dégagé. Elle se tourne ensuite face aux autres étudiants, tournant le dos aux arcades de pierres désertées et note que les professeurs se tiennent sur le côté, et que certains semblent tout aussi surpris qu’elle de ce qui est en train de se passer. Il lui semble presque apercevoir un éclat d’agacement dans le regard de sa professeure de métamorphose, mais celle-ci se détourne promptement pour échanger quelques mots avec le directeur de la maison de Gryffondor, le Professeur Brown.

 

Tous les Serpentards se trouvent désormais côte à côte, face au reste de l’école. Une ligne noire tachetée de vert. Étrangement, les élèves se sont instinctivement regroupés par année. Tandis qu’ils attendent que le directeur cesse de marcher devant, les dévisageant un par un, ils prennent conscience de leur faible numéro. Une petite soixantaine, tandis que face à eux, plus de trois cents regards les observent avec attention. Tant d’yeux, de pupilles, de regards haineux, de rictus, de sourcils levés en signe de surprise... Abigail sent son cœur s’emballer et essaye de réguler son souffle.

Lorsque le directeur plante ses yeux sombres dans les siens, ils semblent briser toutes ses barrières, ils éventrent son esprit et balaye toute trace de courage. Les jambes tremblantes la jeune fille parviennent toutefois à demeurer droite sans flancher. Elle sent ses amis tout aussi tendus qu’elles, et tremblants légèrement. Elle ne sait pas ce qu’il va se passer, mais elle pressent qu’il n’en sortira rien de bon. Elle et ses camarades se trouvent sur une espèce d’estrade légèrement surélevée de manière à ce que tous puissent les voir. Elle a la désagréable impression d’être au cœur d’une exécution publique.

Finalement, mettant fin à cette attente insupportable, Regnart prend de nouveau la parole, sa voix toujours aussi puissante se répercute sur les hauts murs de pierres qui les encerclent.

-L’heure est grave. Si vous êtes ici, tout autant que vous êtes, c’est que vous êtes tous concernés. L’homme fit une brève pause, désirant probablement faire monter le suspense, ce qui agace Abigail, chassant en partie la peur qui étreint la totalité de son cœur.

-Certains étudiants, parmi nous, pensent encore se trouver sous la gouvernance du seigneur des Ténèbres et imaginent pouvoir commettre n’importe quel crime en toute impunité.

L’homme se détourne de la foule frissonnante pour plonger ses yeux assombris par la haine vers les Serpentards. Abigail a raison, ils sont sur le point d’être lynchés.

-Certains de vos camarades ici présents ont commis des actes impardonnables. Insultes, coups et blessures et pire : Vol et recel. Le vol de baguette magique, l’objet le plus précieux d’un sorcier, qui possède une partie de lui… Non, décidément il s’agit d’un délit majeur qui mérite une punition tout aussi exemplaire.

Abigail avale difficilement sa salive et sent ses mains devenir désagréablement moites. Son cœur est loin de se calmer et elle redoute ce qui va suivre.

Le directeur fait signe à un élève de monter sur l’estrade. Le regard figé sur l’horizon et le menton haut, la demoiselle cède à la curiosité et ses yeux bleus se posent rapidement sur le garçon qui a rejoint le directeur Regnart. Un coup d’œil suffit. Elle le reconnait, malgré la rougeur qui s’empare de ses joues et son regard fixé sur ses pieds. Yldiru Garadan, un Gryffondor de première année comme elle. Un rictus déforme les lèvres de la jeune fille tandis qu’elle retrouve son habituelle posture, le dos droit et l’air décidé. Décidément, le jeune Gryffondor fait moins le fier lorsque toute l’école pose les yeux sur lui… Les souvenirs qu’elle possède de lui sont tout à fait différents. Toutefois ses cheveux blonds, ses yeux bruns et son visage aux courbes enfantines ne suffisent pas à rendre Garadan angélique.

-Votre camarade de première année a été agressé dans les couloirs de l’école hier, et de surcroît sa baguette lui a été volée.

Les étudiants de l’école, du moins les plus jeunes sembles surpris et presque effrayés, tandis que les plus âgés attendant la suite.

-Mademoiselle Turner, avancez.

Abigail craint que ses jambes ne l’abandonnent et qu’elle ne s’écroule au sol alors que le directeur l’observe. Elle n’a pas besoin de le fixer pour sentir son regard menaçant sur elle ni celui de tous les autres élèves qui lui font face.

La jeune fille tente d’inspirer afin de se donner une contenance, mais l’air n’atteint pas ses poumons. Sa vision se brouille légèrement, tout autour d’elle devient flou. Le silence la transperce tandis que la peur lui écrase le cœur.

Mais elle s’avance. Un pied. Sa jambe tremble, mais elle réussit à ne pas perdre l’équilibre. Puis un second pas. Un troisième et encore un. La voilà désormais sur le devant de la scène. Ses joues la brulent et doivent probablement être cramoisies, les larmes lui brouillent la vue, mais elle refuse de les laisser s’échapper. Elle ferme les yeux, un instant, tentant de reprendre pied dans cette situation qui lui échappe et qui l’emporte avec violence vers des rivages incertains.

Lorsqu’elle rouvre les yeux, ceux-ci sont légèrement brillants et témoignent de son courage. Elle se tient droite et prête à assumer.

-Mademoiselle Turner, il est évident que vous subirez le châtiment correspondant à vos crimes, mais avant cela, nous allons écouter vos aveux.

 

 

***

 

Flashback.

 

Abigail était épuisée. À peine assise dans le Poudlard Express, en compagnie de ses camarades Serpentards, le monde magique s’était rappelé à elle ainsi que les devoirs qu’elle n’avait pas pris le temps de faire. Ça ne les avait pas empêchés de discuter paisiblement pendant le début du voyage. Luke avait semblé jaloux de la peau délicatement chocolatée de la jeune fille et Phil lui avait envié ces deux semaines loin de la pression de leur école. Quant à Bowerst, Abigail l’avait généreusement ignoré, malgré les conseils de son frère. Car la veille, en repartant du chemin de traverse, il avait insisté pour qu’elle lui conte l’origine de leur « mésentente », sauf qu’Andy ne semblait pas réaliser l’ampleur des propos tenus par celui qu’elle considérait alors comme son ami. Les choses ne pourraient jamais redevenir comme avant, même si elle avait besoin d’alliés. Elle ne voulait pas d’un allié comme Bowerst, c’était, à son avis, un coup à se prendre une flèche dans le dos. Surtout qu’il n’avait pas vraiment l’air d’être rongé par le remord ni de regretter ses propos.

Qu’importe, Abby continuait de l’ignorer, et le sang pur en faisait de même, ce qui rendait les situations souvent ridicules, mais aucun ne désirait céder. Et tous deux avaient rapidement eu d’autres préoccupations : les cours. Les compagnons d’Abby semblaient avoir profité des vacances pour faire tous leurs devoirs voir –dans le cas de Phil- de prendre de l’avance sur le programme. Mais pas la jeune fille. Elle avait pourtant essayé, mais avec son frère à côté pour la déconcentrer toutes les cinq minutes, elle n’avait réussi qu’à finir le devoir d’astronomie. La seule matière que les moldus pouvaient comprendre et dans le cas d’Abby où elle pouvait en discuter et quémander un peu d’aide. Car elle s’était rapidement rendu compte qu’étudier la magie dans un environnement moldu était particulièrement compliqué et… Elle préférait profiter de sa liberté loin de l’école plutôt que de travailler.

Alors à la rentrée, elle réalisa avec effarement et inquiétude que son niveau avait terriblement baissé, même les exercices les plus simples lui demandaient beaucoup de concentration et de travail. Pour y remédier, elle passait chaque minute de libre de sa journée pour essayer de retrouver son niveau, et essayer de prendre de l’avance. Sauf que les heures de sommeil manquantes ne l’aidaient pas vraiment, malgré les potions d’élèves de septième année qui lui avaient assuré que ça lui donnerait un coup de fouet et que ça l’aiderait dans ses révisions.

Et semblable aux résultats scolaires d’Abigail Turner, le sablier des Serpentards était en chute libre. Si les vacances avaient fait un bien fou à la jeune fille et qu’elle avait fait le plein d’énergie, elle n’était pas la seule. Tous les autres élèves étaient revenus à l’école avec une rage nouvelle et des idées brillantes pour harceler les Serpentards et faire de leur vie un enfer. Toutes les années en souffraient et à peine une semaine après leur retour à Poudlard, presque la moitié des élèves de leur maison avait rendu une visite forcée à l’infirmière.

Heureusement pour elle, Abby avait réussi à éviter tout traquenard après plus de deux semaines, mais elle craignait que sa chance ne finisse par tourner.

En attendant, elle continuait ses entrainements de danse et écrivait une à deux lettres par semaine à son frère, dans sa dernière missive, elle avait joint un parchemin supplémentaire pour Caitlin, demandant à son frère de le lui transmettre en main propre. Elle espérait que ça permettrait à leur amitié de se reconstruire doucement. Elle attendait anxieusement la réponse même si son esprit était majoritairement occupé par ses cours et les divers moyens d’échapper aux Gryffondors qui avaient la fâcheuse habitude d’attendre les Serpentards à la sortie de leurs cours de potions, botanique ou d’histoire de la magie.

En fait, le mercredi avait été une journée chargée, où Abigail avait enfin réussi à rattraper son retard dû à son laisser-aller des vacances, elle avait fait gagner quelques points à sa maison en métamorphose. Ces quelques points malheureusement ne suffisaient pas combler le vide du sablier des Serpentards, celui-ci était désormais dans le négatif. La partie du sablier supposée vide était désormais remplie de quelques diamants couleur lune, scintillant tristement.

Préoccupée par la déchéance de sa maison, Abigail réalisa trop tard sa solitude. Ses amis avaient dû faire un arrêt, tourner dans un couloir ou pénétrer dans une salle de classe sans qu’elle le remarque. Furieuse, principalement contre elle-même, elle ne put rien faire lorsque les Gryffondors –qui attendaient depuis longtemps une telle opportunité- lui tombèrent dessus. Celui qui prit la parole, l’insultant et la menaçant allègrement, s’appelait Yldru Garadan. La jeune fille avait retenu son nom, car les professeurs avaient tendance à souvent le rappeler à l’ordre en cours, sans qu’aucune sanction ne soit jamais prise à son encontre. Et le garçon semblait avoir une dent contre elle, dès qu’il en avait la possibilité il cherchait à la rabaisser, à l’insulter ou à lui faire regretter d’avoir mis les pieds à Poudlard (et plus particulièrement d’avoir été envoyée à Serpentard). Sans trop savoir comment, ils étaient devenus meilleurs ennemis et Abigail lui accordait le même traitement que celui qu’il lui réservait. Tout est-il qu’il demanda à ses amis de la menacer de leurs baguettes, même s’ils ne connaissaient pas vraiment de sorts d’attaque, ce qu’un des Gryffondors fit remarquer avant d’être fusillé du regard par Garadan. Celui-ci rangea sa baguette à sa ceinture, optant pour les techniques d’intimidation moldues  à coups de poings et de pieds.

Sa stature était plus imposante que celle d’Abigail et il avait l’air de savoir se servir de ses poings. En omettant la présence de ses amis derrière lui. La jeune fille sentit la panique la gagner et elle se souvint des conseils de son frère : attaque la première.

Étrangement, même si elle se sentait paralysée par la peur et incapable d’aligner deux pensées cohérentes, ces mots atteignirent son esprit. Garadan s’avançait vers elle, un sourire mauvais sur le visage en prenant tout son temps, savourant la peur qui devait se lire sur le visage de sa victime. Il ne put esquiver le pied qui se leva rapidement en direction de son entrejambe. Abigail avait réagi sans même s’en rendre compte et avec une rapidité surprenante. Son assaillant se courba en deux sous l’impact, incapable de retenir un cri de douleur, qui redoubla lorsque le genou de la demoiselle rencontra avec fracas son nez.

Stupéfiée, Abigail observa les yeux écarquillés Garadan se courber en deux, une main sur son entrejambe l’autre sur son visage d’où s’échappait un liquide vermillon. Une fois encore le temps sembla ralentir, tandis que la situation devenait de plus en plus catastrophique avec la promesse d’une violente souffrance très prochainement.

Une fois encore son corps réagit sans prévenir son esprit et elle devint spectatrice de ses propres gestes. La blonde se pencha légèrement et tendit le bras, attrapant la baguette de son agresseur qui dépassait de la ceinture et se mit à courir.

Abigail courrait.

Elle le réalisa lorsqu’elle sentit son souffle s’emballer. La réalité la frappa tandis que ses jambes effectuaient un effort puissant, martelant le sol afin de s’éloigner au plus vite des Gryffondors.

Les poings serrés, elle tarda à remarquer qu’elle tenait toujours un bout de bois qui n’était pas le sien.

 

Fin du flashback.

 

***

 

Abigail est transpercée de toute part par plusieurs centaines de regards. Toute l’école a les yeux rivés sur elle et il lui semble être sur le point de s’étouffer. Ou de s’écrouler et de perdre connaissance. En cet instant, elle aurait aimé être n’importe où ailleurs. Mais ce n’est pas le cas, elle est sur une estrade, devant tout Poudlard et le directeur comptent l’interroger afin qu’elle lui avoue ses crimes. De son avis à elle, les crimes ont plutôt été commis par le Gryffondor, mais en cet instant elle est immobile et bien incapable d’articuler le moindre mot. Elle peine à organiser ses pensées en phrases, et doute même réussir à émettre le moindre son. Elle est tétanisée.

Ce jour se grave dans sa mémoire comme le pire jour de toute sa vie. Bien pire que de nombreux souvenirs qui, en cet instant, demeurent figés dans le fond de son esprit, incapables de se rappeler à elle tant la peur qui l’envahit est grande.

 

Le directeur ne semble pas satisfait de son silence, et décide de l’interroger plus clairement.

-Mademoiselle Turner, avez-vous frappé votre camarade de Gryffondor dans les couloirs hier ?

La jeune fille se détache du spectacle hypnotisant de tous ces yeux fixés sur elle, avides de réponses, et tourne la tête vers Regnart. Ce n’est pas une meilleure idée, cet homme la terrifie. Son regard est tellement sombre qu’il lui est impossible de distinguer la pupille de l’iris et il dégage un tel magnétisme... Doucement, la jeune fille craque et retrouve ses moyens. Si elle demeure incapable de penser correctement, elle est apte à parler. Sa voix est faible, presque un murmure.

-Oui, professeur.

Elle n’ajoute rien, elle n’a pas la force de lui avouer que c’était un acte de légitime défense. Que le garçon avait l’intention de l’agresser, elle. Qu’il l’a bien mérité. Mais sa bouche demeure obstinément close tandis que son cœur palpite douloureusement dans sa poitrine.

-Avez-vous également dérogé sa baguette ?

La jeune fille avale difficilement sa salive et elle croit sentir une goutte de sueur perler sur son front. Saisissant tout le courage qui se trouve encore dans son corps, la jeune fille reprend la parole, d’une vois un peu plus clair cette fois-ci.

-Oui, professeur.

Elle ne sursaute même pas lorsqu’elle entend sa voix se répercuter tout autour d’elle, un professeur semble avoir utilisé sa magie afin de s’assurer qu’aucun élève ne loupe le moindre mot.

Un sourire mauvais étire les lèvres fines du directeur et ses sourcils se froncent dans une expression terrorisante pour la demoiselle.

-Veuillez rendre sa baguette à votre camarade.

Un vide immense emplit Abigail, et elle tarde quelques secondes avant de balbutier

-Je.. je ne peux pas… Professeur.

Les sourcils bruns de Regnart se plissent encore plus dans une attitude menaçante tandis que le reste du corps se contracte, en signe évident de contrariété et de colère.

-Où est-elle ?

L’ordre jaillit, agressant la jeune fille qui ne peut s’empêcher de reculer d’un pas. La peur est revenue au galop, surtout qu’elle ignore la réponse à la question posée. Lorsqu’elle parle, sa voix est loin d’être assurée.

-Je … l’ignore… Professeur.

L’homme ne semble pas apprécier cette réponse non plus, il s’avance, écrasant l’élève de sa silhouette imposante.

-Où. Est. Là. Baguette. Je ne me répèterai pas une nouvelle fois, Turner.

-J’en sais rien… La voix d’Abigail se noie dans les sanglots qu’elle retient, tandis que le professeur devient encore plus menaçant. Elle ne pensait pas ça possible.

-Répond à la question ! Où nous serons dans l’obligation d’utiliser une potion de veritaserum pour t’arracher la vérité que tu tentes de dissimuler !

La colère du directeur est désormais visible, elle vient de tonner, faisant rentrer la tête dans les épaules de tous les Serpentards, toujours sur l’estrade. Le sol vibre encore de la force de ses mots. La plupart des étudiants ont noté la disparition du « mademoiselle » ainsi que le tutoiement. Les évènements ont pris une tournure inquiétante et la menace est désormais personnelle. La rage du directeur est totalement dirigée sur la Serpentarde qui lutte vaillamment.

Les autres étudiants de l’école ne semblent pas savourer le moment, même si certains semblent ravis de voir un vert et argent ainsi traité et dégradé en public.

La jeune Turner, quant à elle, peine à retenir ses larmes -deux se sont toutefois échappées sous la menace du directeur- et elle secoue sa tête de droite à gauche avec une certaine fébrilité témoignant son refus de boire cette potion.

-Non, je.. Non.. Professeur. Je ne sais rien. Je vous le jure !

Mais l’homme se redresse, et, sans quitter la jeune fille des yeux, demande d’une voix claire et empreinte de violence la potion. L’ombre d’un sourire semble même apparaitre au coin de ses lèvres. Abigail panique, elle recule, cherchant à échapper à la torture promise.

-Je ne peux pas vous dire quelque chose que j’ignore ! Vous devez me croire !

Mais ses mots se perdent tandis que le sort qui décuple sa voix n’est plus. D’un mouvement de baguette, la jeune fille est entravée par des liens invisibles tandis que le professeur Brown apporte un petit flacon au directeur.

-Une goutte suffira, elle est jeune et pas bien grosse…

-Donnez-lui-en trois, et des goutes bien généreuses, professeur. La vérité doit être avouée.

Le professeur Brown jette un regard en biais à son supérieur hiérarchique, mais obtempère sans discuter. Abigail tente vainement de se débattre, mais son professeur de potion réussit à lui faire avaler quelques gouttes de ce liquide poisseux. Elle sent la potion glisser dans sa gorge et sa langue se délier sur son passage. Des larmes d’impuissance coulent brièvement sur ses joues tandis qu’elle maudit ces sorciers qui font usage de la force avec inconscience. Pas un instant elle ne songe à ce qu’elle serait amenée à dire. En fait, elle a même beaucoup de choses à dire.

Le directeur reprend son interrogatoire tandis que le silence règne de nouveau dans la cour principale de Poudlard.

-Où se trouve la baguette de Garadan ?

Toujours la même question, et Abigail n’a pas plus de réponses qu’auparavant.

-Je ne sais pas.

Le professeur semble surpris de cette réponse naturelle et vraie, toutefois, il se ressaisit rapidement et reprend ses questions.

-Pourtant, vous avez bien dérobé la baguette.

-… Oui.

Le souffle de la jeune fille était court, et une fois encore, sa voix porte suffisamment pour que tous l’entendent. Elle est une voleuse. Un éclair de satisfaction brille un court instant sur le visage du directeur avant qu’il ne reprenne la parole.

-Alors qu’en avez-vous fait ?

Abigail fronce les sourcils tandis que sa bouche s’entrouvre cherchant une réponse à formuler. Rien. Elle ne se souvient de rien. Les couloirs de Poudlard sont nets dans son esprit. Elle se souvient d’avoir pris la fuite après sa rencontre avec Garadan, la baguette serrée au creux de son poing et ensuite.. plus rien. Elle a beau se concentrer, rien ne lui revient, ses pensées s’éparpillent dès lors qu’elle tente de s’en approcher et plus elle essaye plus a la désagréable sensation qu’il n’y a rien. Plus de souvenirs postérieurs à la scène où le Gryffondor a failli la frapper.

-Je n’en sais absolument rien.

C’est l’affreuse vérité et elle n’est pas au gout du directeur, qui la regarde d’un air particulièrement mauvais. La potion lui assure pourtant qu’elle lui dit toute la vérité, mais il doit sentir une embrouille, quelque part. Sauf qu’Abigail n’en sait absolument rien et que ce trou noir l’inquiète plus qu’elle ne veut l’imaginer. Elle tente de ne pas paniquer, mais l’effet combiné avec la potion de vérité n’arrange pas la situation déjà compliquée.

Regnart se recule de quelques pas. Il sort sa baguette tandis qu’Abigail rentre la tête dans les épaules, craignant d’être la cible du prochain sortilège. Toutefois le professeur se contente d’un simple « Accio » afin d’attirer la baguette disparue. Toute l’école retient désormais son souffle et guette l’arrivée du bout de bois.

Les minutes s’écoulent, mais rien ne vient. Le directeur lance une nouvelle fois le sort, avec suffisamment de puissance pour que les poils se hérissent sur tout le corps de la jeune Turner qui se trouve à quelques pas de lui. Aussi étrange que cela puisse être, elle a senti la magie frôler et traverser son corps frêle.

L’attente est longue et pesante, surtout pour Abigail qui doit supporter le regard de plus en plus agacé du directeur de l’école. Finalement, après quelques minutes, tous conviennent que la baguette n’arrivera pas, peu importe la puissance du sorcier qui lance le sort, car désormais les différents directeurs de maisons se joignent à l’exercice tentant d’attirer le bout de bois du Gryffondor. Mais rien n’y fait, rien ne trouble l’air.

La baguette semble avoir disparu, laissant tous les sorciers surpris et inquiet. Comment est-ce possible ?

 

 

***

 

Flashback.

 

Abigail s’était précipitée dans son dortoir, qui se trouvait être vide. La baguette tomba bruyamment au sol tandis qu’elle regardait sa main rougie avec la désagréable sensation que le morceau de bois l’avait brûlée. Lentement, la complexité de ce qui venait de se passer, et surtout les répercussions qu’il y aurait, lui apparut à l’esprit.

Elle avait volé la baguette d’un élève en plus de lui briser le nez.

L’horreur de la situation lui apparaissait dans toute sa grandeur, même si son esprit peinait à digérer les faits. Elle allait recevoir une punition exemplaire.

Soudain, la porte s’ouvrit à la volée, laissant entrer Luke Medley. Abigail lui tournait le dos et demeurait immobile au centre de la pièce.

-Abby ! Tout va bien ? On nous a dit que tu avais traversé la salle commune comme une furie sans rien dire à personne. Que se passe-t-il.. ?

La jeune fille peinait à retrouver une respiration régulière à cause de la panique qui coulait dans ses veines. Et pourtant, elle devait agir, rapidement. Elle demeura toutefois de dos et pointa la baguette du doigt.

-J’ai… été agressée et… j’ai volé sa baguette.

Un éclat de rire la fit se retourner et chassa un instant le poids de la culpabilité et la peur des représailles. Elle grimaça devant la réaction puérile de son ami et celui-ci finit par reprendre ses esprits. Son rire prit fin brutalement tandis que son visage se décomposait lentement. Tandis qu’il réalisait la portée de cet acte de rébellion, Abigail sentit la panique l’envahir de nouveau.

-Qu’est-ce que je fais ? Je vais la lui rendre ?

La voix de la demoiselle tremblait légèrement et la surprit elle-même. Elle ne pensait pas être si chamboulée. Mais parler lui faisait du bien alors elle continua, faisant les questions et réponses.

-Mais il profitera de cette situation de pouvoir pour me faire regretter... ça. Les mains de ma demoiselle chassèrent l’air faisant comprendre la globalité du « ça », la baguette, le nez, le coup dans l’entrejambe, la fuite… Non, c’est une mauvaise idée. Mais si je la garde... ça sera du vol.

La demoiselle semblait horrifiée par ce simple fait. Ses parents avaient toujours cherché à lui inculquer de bonnes valeurs alors.. Qu’avait-elle fait ? Luke lui répondit immédiatement.

-C’est déjà du vol.

La jeune fille grogna et se retourna afin de lui adresser un regard noir.

-Tu ne m’aides pas, Medley. Fais plutôt fonctionner tes neurones pour qu’on trouve une solution. Si je garde la baguette, l’autre idiot de Garadan –oui, c’est sa baguette- ira se plaindre et je vais me faire fouetter, voir couper une main.

-Sauf si personne n’a de preuve. Il ira se plaindre, c’est certain. Il l’a probablement déjà fait. En attendant, avant de te punir, ils devront s’assurer que tu es coupable. Bien entendu ils le croiront sur parole puisque c’est un griffon et toi un serpent. Tu nous feras gagner encore plus de points négatifs, mais ils ne peuvent agir sans preuve matérielle. Alors si on se débarrassé de la baguette… C’est comme si le crime n’avait pas eu lieu.

La demoiselle regarda son ami d’un drôle d’air. Il réfléchissait vite et avait un esprit futé. Elle se sentait plus rassurée de le savoir à ses côtés, surtout depuis qu’il s’était investi dans l’histoire. Il avait dit « on » et non « tu » dans sa dernière phrase.

Un sourire étira les lèvres de la demoiselle tandis que son esprit carburait, cherchant à affiner la solution de son ami.

-Le crime a eu lieu, il y a même des témoins. Mais en effet, si on retire la baguette de l’équation... La situation deviendrait moins dramatique. On pourrait aller la cacher dans un endroit que personne ne trouvera...

Les deux étudiants avaient les sourcils froncés en signe de concentration. Abigail réfléchissait à la meilleure cachette pour abandonner son recel, tandis que Luke réfléchissait au plan. Il sentait qu’il y avait une faille, mais il n’arrivait pas à mettre le doigt dessus.

Soudain, il redressa la tête tandis que son regard s’illuminait.

-Non. Je sais ce qui ne va pas. Tu oublies qu’avec de la magie on peut retrouver tout et n’importe quoi. Avec un Accio, la baguette volera directement dans les mains du sorcier qui lance ce sort.

-Attend. Abigail était surprise et avait relégué la peur au second plan. Tu veux dire qu’une formule magique permet de retrouver nos affaires quand on les a perdues ? Pourquoi tu me l’avais pas dit avant ? Genre à chaque fois que je perds mes affaires, le matin avant d’aller en cours…

-Oui, mais non, il faut avoir une certaine maîtrise pour réaliser ce sortilège, et on en est encore loin. Par contre les professeurs de l’école le pratiqueront. Donc ils trouveront la baguette et sa « cachette ». Probablement ils réussiront à tracer le parcours de l’objet afin de savoir où il se trouvait ces dernières heures. Et ça les mènera directement ici.

Luke semblait paniquer doucement, mais surement tandis que son amie conservait un visage fermé.

-Il suffit de faire en sorte que ce sort, Accio, ne fonctionne pas. Qu’il ne parvienne pas à la baguette, ou je ne sais pas..

-C’est un sort Abby ! Ça fonctionne toujours !

-Et les contre-sorts ? C’est pour se gratter le nez peut-être ? Il faut juste qu’on trouve un moyen de contrer ce sort. Comment il fonctionne ?

Luke demeura immobile quelques instants puis se fustigea mentalement pour avoir cédé à la panique. Son amie avait raison, il devait être possible de contourner ce sort et de faire en sorte que la baguette demeure perdue. Il hocha la tête et expliqua le sortilège qu’il ne connaissait pas, il avait juste vu ses parents le pratiquer.

-Eh bien.. La formule c’est Accio, suivie du nom de l’objet. Je ne connais pas vraiment la gestuelle ni les détails.. En fait ce n’est pratiquement rien.

-C’est mieux que rien, c’est ce qui importe. Bon, on ne peut pas empêcher les professeurs de dire Accio, ni de lancer la formule, par contre.. On peut faire en sorte que la baguette ne s’envole pas lorsqu’on l’appelle.

Luke la regarda d’un drôle d’air, les yeux plissés et la tête inclinée sur le côté. Il lui fit signe de poursuivre, même s’il ne savait pas comment empêcher une telle chose.

-Eh bien, si on lance un sort à la baguette pour lui faire croire que désormais c’est.. une « maison ». Il n’y a pas de raison qu’elle s’envole lorsque les sorciers appelleront une « baguette ».

La jeune fille était fébrile et ses yeux brillaient d’une lueur victorieuse. La solution était à portée de main, elle allait pouvoir s’en sortir sans perdre de main au passage.

Cependant le regard sceptique et l’air ahuri de son comparse doucha son enthousiasme. Elle l’interrogea avec un très élégant « quoi ?! » afin de le pousser à réagir. Ce qu’il fit après quelques secondes.

-On ne peut pas faire ça.

Le garçon se retint d’en dire plus tant l’idée lui semblait ridicule. Un objet ne possède pas de conscience. Et la magie n’est pas illimitée, elle possède certaines règles. Et cette idée est complètement hallucinante.

Toutefois Abigail ne se démontra pas.

-Bien sûr que si ! On pratique de la magie. Sa voix énonçait ce qui lui semblait une évidence. Il suffit juste de réfléchir à comment parvenir à notre fin et pour ça.. C’est toi le futé. Je suis certaine qu’avec de la bonne volonté, de l’aide, des livres ou tout ce que tu veux, tu saurais trouver une formule adéquate.

La flatterie n’avait jamais fait de mal à personne. Sauf que Luke y était insensible. Il se contenta de jeter un regard noir à la demoiselle avant de ramasser la baguette toujours abandonnée au sol. Las, il rejoignit son lit, dont le confort était bien supérieur au fait de rester debout au milieu du dortoir.

Il s’allongea tout en réfléchissant. Il ne pouvait s’en empêcher, le défi le captivait et il avait envie de le relever, sauf qu’il ne voyait pas comment faire.

De son côté, Abigail demeura debout. Elle était bien trop stressée pour pouvoir demeurer immobile plus de cinq secondes. Elle avait peur et surtout elle était en colère contre son ami qui semblait baisser les bras si rapidement. Elle lui avait parlé sèchement et elle le regrettait. Luke faisait beaucoup pour l’aider, il méritait plus que sa colère et son mépris. Mais elle refusait de croire que son idée était impossible.

Alors qu’elle allait pour parler elle nota la position du Serpentard. Allongé sur le dos, un bras glissé derrière la nuque et l’autre sur son front il était en pleine réflexion. La jeune fille avait remarqué qu’il copiait Phil, car c’était lui à l’origine qui prenait cette position pour penser tranquillement. Elle, elle était bien trop sanguine pour pouvoir réfléchir ainsi, elle avait besoin de marcher ou de s’agiter pour être au maximum de ses facultés.

Finalement, Luke se redressa brusquement et saisit un parchemin qui trainait sur sa table de chevet. La demoiselle s’approcha de lui alors qu’il saisissait une plume et débutait sa liste. Il écrivait presque au même rythme qu’il parlait, ce qui était particulièrement impressionnant.

-Tu as raison, on va trouver un moyen. Alors on a besoin, d’un sort qui touche à la nature intrinsèque des objets. Objet inanimé, mais magique, éventuellement doté d’une conscience, puisqu’on parle de baguettes.

La plume grattait le papier dans un doux son tandis que le garçon faisait une pose, cherchant à éclaircir ses idées. Il reprit tandis qu’Abby le fixait avec attention, dissimulant de son mieux l’excitation qui commençait à la gagner.

-Bien. Je pourrais essayer d’inventer une formule adéquate, le problème demeurera les mouvements de poignets, donc mieux vaut éviter d’expérimenter, déjà que si on trouve une formule existante plus ou moins correspondante, on devra l’appliquer, et que ce n’est pas gagné. Comme on n’est qu’en première année et presque des quiches en sortilèges… Enfin tu t’en sors mieux que moi, mais passons, chaque problème en son temps. On va avoir besoin de faire une visite à la bibliothèque pour trouver un sortilège qui permette de dissimuler la nature d’une chose. Peut-être de le confondre, qu’il ne sache plus avec certitude ce qu’il est. Sauf que les objets n’ont pas de conscience.. Bon sang Abby !

La jeune fille demeura immobile et ne réagit pas. Elle n’avait rien à dire. La tâche lui semblait insurmontable, mais elle espérait qu’avec de l’organisation et de l’efficacité ils pourraient trouver leur bonheur à la bibliothèque. Ensuite ils n’auraient plus qu’à lancer ce sort.

Luke reprit finalement, se parlant toujours à lui-même.

-On devrait feuilleter rapidement les mémoires de Balfour Blane, à la recherche d’indices, savoir quels sorciers ont effectué des recherches qui nous intéresseraient, mais je pense que ça risque d’être une perte de temps instructrice. On peut oublier Orabela Nutty et ses disciples, leurs recherches ne mènent à rien, car leur but est de révolutionner la magie, nous on veut simplement l’altérer, par contre on peut fouiller du côté du recueil de sortilèges de protection. Le livre n’est pas tout récent, mais toujours d’actualité dans ce qui concerne la protection d’objets ou de lieux ainsi que les contre-enchantements. On peut aussi, je pense, regarder les écrits de Monkstanley, elle a effectué plusieurs recherches sur les baguettes, et ses travaux ont été repris par Ollivander, et …

Abigail se remit doucement de sa surprise et ne put s’empêcher de sourire devant le savoir de son ami.

-Tu connais carrément toute la bibliothèque.

Un petit rire s’échappa de ses lèvres tandis que son ami relevait la tête, vexé. La jeune fille n’y prêta pas attention et reprit la parole d’une voix plus sérieuse.

-Bon, donc on file à la bibliothèque et on espère trouver en quelques heures une formule magique. Rien de plus facile.

 

Ce ne fut pas facile, loin de là. Abigail n’était pas une grande habituée de la bibliothèque ce qui lui compliqua la tâche, car leur épreuve était chronométrée, la bibliothèque ne tarderait pas à fermer. Et nombre d’élèves observaient les deux Serpentards d’un drôle d’œil, surtout que les étudiants ne faisaient que feuilleter rapidement les livres sans prendre le temps de les lire correctement ni même de les ranger à leur place, ce qui leur valut une généreuse remontrance de la part de la bibliothécaire, Mrs Pince. Mais son arrivée concorda exactement avec la découverte de leur sortilège, si bien que d’un coup d’oeil, Abigail et Luke inventèrent un mensonge afin de justifier leur présence nerveuse dans ce lieu dédié aux études.

Les jeunes Serpentards recopièrent rapidement les passages et formules qui les intéressaient puis les dissimulèrent sous leurs robes de sorciers avant de hâter le pas pour rejoindre leur dortoir. Ils croisèrent Phil et Bowerst dans la salle commune et refusèrent de leur expliquer la situation, moins de personnes seraient au courant, mieux ce serait.

Dans le dortoir, la baguette volée trônait toujours sur le lit de Luke et les deux étudiants s’en approchèrent craintivement. Ils allaient débuter leurs enchantements.

Après de longues minutes et un certain nombre de formules répétées avec des variations d’intonation ou de mouvement de poignets, les Serpentards réalisèrent qu’ils ignoraient si leur plan avait fonctionné, ils étaient incapables de réussir un sortilège d’Accio. Alors il y avait une probabilité sur deux que ce soit parce qu’ils n’étaient pas doués, l’autre probabilité était qu’ils aient réussi à lancer correctement le contre-sort ce qui annulait le sortilège d’attraction. Embêtés, les jeunes gens firent une pause afin de reprendre leur plan et de le compléter, ils n’avaient, après tout, que réalisé la première partie.

-Et donc, une fois que l’on sera certain que la baguette ne peut pas être trouvée par la magie, tu iras la cacher. Quelque part. Personne d’autre que toi ne devra en connaître l’emplacement.

-Mais avec moi ça fait déjà trop de personnes au courant… Les professeurs me demanderont où est la baguette et.. je ne peux pas mentir. Je ne veux pas mentir. S’ils fouillent mon esprit ?

Abigail s’inquiéta des manières des professeurs d’obtenir la vérité, mais Luke la calma rapidement, lui assurant qu’elle était mineure et sous la protection des professeurs de Poudlard, ils ne pourraient pas lui faire du mal ni même l’obliger à faire quoi que ce soit.

Rassurée, la demoiselle reprit toutefois la parole.

-Mais le mieux serait que j’oublie où est la baguette, non ? On ne prendrait aucun risque.

Luke s’était figé, il savait que les sorts d’amnésie étaient dangereux, et il était hors de question qu’il en jette un à son amie.

-Oublie cette idée. Les sorts d’amnésie sont particulièrement complexes, on ne les apprend qu’en sixième année. Donc.. on ferait mieux de trouver une autre alternative… c’est beaucoup trop dangereux, si je te jette mal un sort d’amnésie je peux te faire oublier jusqu’à ton prénom.

Abigail était un peu refroidie, mais elle demeurait un serpent. Ce qui lui importait était d’atteindre son but et d’effacer ses traces.

-Eh bien c’est résolu. Parmi les sixièmes ou septièmes années, on devrait pouvoir trouver des étudiants capables de jeter ce sort sans créer de dégâts. On en profitera pour lui demander de lancer un « accio baguette » pour voir si notre plan a fonctionné.

La jeune fille était sûre d’elle et son seul doute était de savoir qui lui lancerait ce sortilège. Elle allait autoriser un presque inconnu à effacer certains de ses souvenirs... Ça n’avait rien de rassurant, mais elle n’osait imaginer ce que lui réserveraient les professeurs s’ils la trouvaient avec la baguette volée. Alors elle prendrait le risque.

-Mary Greenwood. Pas aimable, mais discrète et plutôt talentueuse. Ou du moins suffisamment talentueuse pour réussir un léger sortilège d’amnésie. Il suffit de la maintenir dans l’ignorance du projet et simplement lui demander la dernière heure de ma vie… Et pour le sortilège d’action si on en parle à Nail, il pourra le lancer et ne poser aucune question. Il ne nous trahira pas.

Luke hochait la tête, approuvant ce plan de folie, inquiet des mesures qui risquaient d’être prises. Étrangement, il sentait que la née-moldue avait raison. Les professeurs chercheraient à savoir ce qu’il était advenu de la baguette et ils n’hésiteraient pas à interroger tous les suspects…

-Moi aussi, on devra m’effacer la mémoire. Je sais trop de choses. Peut-être pas où se trouvera la baguette, mais suffisamment pour te créer des ennuis. Et à moi aussi. Le garçon grimaça un sourire à son amie et poursuivit d’une voix lasse tintée d’inquiétude. Je vais chercher Greenwood, toi tu t’occupes de vérifier que la baguette est bien ensorcelée, avec Dunderstil si ça te fait plaisir, avant d’aller la cacher. Quand t’as fini… tu me rejoins ici, je demanderais à la septième année de s’entrainer en premier sur moi, ici dans notre dortoir.

Abigail déglutit péniblement et plongea ses yeux devenus bleu foncé à cause du stress dans ceux de Luke. Les deux enfants cherchaient à trouver du courage, car ce qu’ils allaient faire... C’était inconsidéré et dangereux. Mais ils n’avaient pas d’autres options, la réaction des directeurs de maisons lorsqu’ils apprendraient pour le vol de la baguette serait surement terrifiante.

Ils devaient se protéger, eux et leur maison.

Le sacrifice de leurs souvenirs n’était finalement pas un prix si élevé. Il en valait certainement la peine. Non, l’heure n’était plus au doute, ce sacrifice en valait la peine. Point.

Les deux Serpentards choquèrent leurs poings avant de se séparer. Abigail partit à la recherche de son aîné tandis que Luke demeurait dans la chambre afin de dissimuler les preuves de leur petit complot, ça serait dommage qu’ils soient trahis par quelques feuilles de papier.

 

Fin du Flashback.

 

 

***

 

 

Abigail demeure figée, tandis que le silence régnait sur la cour principale de Poudlard. Seule, immobile sur l’estrade, les regards alternaient entre sa fine silhouette et celle plus inquiétante du directeur.

Regnart semblait sur le point d’exploser. La situation est fort différente de ce qu’il imaginait avant de créer cette assemblée étudiante et il refuse de laisser des élèves de onze ans l’embobiner. Il sait qu’il y a anguille sous roche et il compte bien avoir le fin mot de l’histoire. Il en va de son honneur et de sa réputation.

Finalement, l’homme se ressaisit et reprend la parole.

-Bien, faites avancer les autres étudiants de première année de Serpentard, nous verrons si l’un d’eux a quelque chose à nous avouer. Que ce soit à propos du vol, ou de la disparition surprenante de la baguette…

Les choses faisant étrangement les choses, c’est à Luke Medley de passer en premier. Deux gouttes de potions suffisent à délier sa langue et à répondre aux questions de Regnart, posées avec hargne.

-Savez-vous où se trouve la baguette ?

Luke a le mérite de ne pas tarder à répondre, il ne réfléchit pas, les mots jaillissaient de sa bouche sans qu’il ne puisse s’en empêcher. Sa voix possède un timbre étrangement métallique.

-Non, monsieur.

Toujours ce respect moqueur dans la voix, au moment de prononcer le « monsieur ». Mais l’heure n’est pas à relever ce maigre défi. Il y a un poisson plus gros à attraper, et surtout le directeur doit tuer cette ridicule rébellion dans le fœtus, avant que son autorité ne soit sapée.

-Avez-vous aidé Mademoiselle Turner avec la baguette de Monsieur Garadan ?

-Non, monsieur.

-Avez-vous aidé cette demoiselle à « oublier » quelques détails récents de sa vie ?

-Non, monsieur.

Le professeur regarde l’étudiant, une lueur suspicieuse dans le regard.

-Avez-vous un quelconque trou de mémoire, concernant ce jour ou celui d’hier ?

-… Oui monsieur.

-HA. Le professeur ne peut retenir une exclamation de joie malsaine, sentant tenir un début de piste. Donc vous ne savez pas si vous avez été témoin de l’évènement.  Quel est votre souvenir le plus récent ?

-Votre haleine fétide, monsieur.

Un instant de flottement répond aux propos du garçon, tandis que le directeur prend sur lui pour ne pas lui administrer une claque magistrale. Lorsqu’il reprend la parole, sa voix est toute aussi glaciale et menaçante que son regard.

-Votre dernier souvenir avant votre perte de mémoire, Medley.

Le garçon prend moins d’une seconde pour réfléchir, ses sourcils se froncent puis il ouvre la bouche afin de répondre, d’une voix incertaine.

-Le repas dans la grande salle, monsieur. Du poulet fermier cuit à la braise accompagné d’une julienne de légume, avec une sauce pamplemousse, et..

-Ça suffit. Moins dix points à Serpentard pour votre insolence, Medley.

Puis le directeur interroge Bowerst et enfin Mc Caster, leur posant des questions similaires, à la différence que ceux-ci ne souffrent d’aucune perte de mémoire. Les garçons n’ont pas vu leurs amis de la fin de la journée et n’ont donc aucune information à fournir. Ils ignorent qu’Abigail a eu affaire avec le Gryffondor, qu’une baguette avait été volée et de tout ce qui s’était tramé dans leur dos.

Regnart suspecte les étudiants d’avoir volontairement effacés leurs souvenirs, aucun d’eux ne sait rien, mais les preuves convergent vers.. Des étudiants expérimentés et sûrs d’eux.

Mais le temps joue contre lui, donc l’homme s’adresse à son auditoire avec autorité.

-Cinquante points seront accordés à celui ou celle qui trouvera la baguette disparue. Mettez le château sens dessus dessous, je veux cette baguette.

La foule compacte d’étudiants se met à onduler, chuchotant bruyamment. Le directeur ne semble pas avoir fini, mais une voix assurée lui coupe la parole.

-Professeur.

Abigail pivote, tout comme le directeur, afin d’observer celui qui vient de commettre un tel acte d’effronterie. Ses yeux clairs se posent sur Shauwn Morris, qui est sorti du rang. Un sourire inquiétant barre son visage et ses yeux brillent avec méchanceté lorsqu’ils croisent ceux de la première année.

Le directeur l’invite à parler d’un geste de la tête.

-Les Serpentards seront ravis d’unir leurs efforts afin de retrouver la baguette de ce pauvre Gryffondor, vous autorisez-nous à nous joindre aux efforts de recherche ? Nous pourrons fouiller convenablement les cachots, sous la tutelle du professeur Manders, puisqu’il va de soi que l’accès aux différentes maisons doit demeurer limité.

Le directeur demeura immobile, puis lui fit signe d’approcher tandis que les élèves de première année, effrayés, reculaient autant que possible sans être aperçus. Le préfet de septième année était malfaisant, aucun d’eux ne désirait s’approcher de lui, redoutant ses réactions.

-Tous les Serpentards devront répondre à mes questions sous veritaserum, et ceux que je jugerais de confiance pourront se joindre aux recherches, accompagnés de certains préfets et bien entendu supervisées par plusieurs professeurs de confiance.

Entendre des professeurs détestant les Serpentards, qui devront se charger de s’assurer que les Serpents n’en profitent pas pour déroger l’objet, le cacher ou détruire des preuves qui permettraient d’inculper la jeune Turner.

La déchéance est pire qu’imaginée, des inconnus vont pouvoir fouiller leur sanctuaire, le seul endroit où les Serpentards se sentent bien. C’est un acte ignoble et immoral, mais ordonné par la personne la plus puissante de l’école, alors des étrangers pénétreraient leur secret et entacheraient la sécurité et la sérénité des lieux.

Le préfet acquiesce et boit quelques gouttes de la potion, que le professeur de potion commence à rationner, mieux vaut rationner le précieux liquide, si tous les élèves de la maison verte et argentée doivent y passer. Le brun se révèle un fin observateur et apporte quelques informations précieuses au directeur, trahissant ainsi ceux de sa maison. Mais il s’en moque, jamais les sangs-de-bourbes n’ont été considérés comme des Serpentards, alors la perte de cette Turner ne peut qu’être profitable à sa maison.

 

 

***

 

 

Lorsque la nuit tombe, aucune preuve matérielle n’a été apportée. Les témoignages des étudiants de septième année démontrent que Medley a en effet demandé à une dénommée Greenwood d’effacer sa mémoire et celle de Turner. De plus, les dernières gouttes de veritaserum ont été utilisées sur Dunderstil, comble de malchance, le préfet a été interrogé, uniquement afin d’aider aux recherches, toutefois il possédait quelques informations que le directeur n’a pas tardé à lui arracher. Il a tenté de lancer un « accio » qui n’a pas fonctionné, il ignorait de quoi il s’agissait réellement et Turner lui avait déconseillé de chercher à en savoir plus, donc il avait lâché l’affaire.

Finalement, Regnart était plus que frustré de l’échec cuisant qui lui avait été imposé, malgré ses méthodes implacables. Il ne tira qu’une légère satisfaction des points supplémentaires retirés à la maison du vice et de tous les maux ainsi qu’au viol de son antre.

De son côté, Abigail n’arrive pas à accepter la possibilité d’avoir orchestré tout ça, et surtout de s’en tirer si bien. Enfin pas trop mal puisque le prix que tous les Serpentards ont dû payer est outrageusement excessif, mais qu’importe, car désormais, elle sent que sa réputation se gonfle. Celle-ci a en effet pris le vent et les chuchotements qui la suivent dans les couloirs sont tinté d’inquiétude.

 

De retour dans leur dortoir, les quatre Serpentards discutent des évènements de la journée afin d’en faire leur propre analyse et d’imaginer les répercutions qui surviendront dans les jours prochains sur le quotidien.

Abigail est asise à côté de Phil sur sont lit tandis que Luke et Bowerst finissent de ranger la pièce d’un coup de baguette. Leur dortoir a en effet été fouillé de fond en comble, les armoires vidées, les lits retournés… Rien n’a été épargné. Heureusement la magie permet de tout remettre dans le bon sens assez rapidement, et c’était les deux plus âgés qui s’en étaient chargés.

Tandis que Bowerst s’enferme dans la salle de bain, Luke grimpe sur son lit et atteint la trappe secrète qui se dissimule dans un des montants en bois où il cache habituellement ses friandises. Cependant, son expression se fige et ses amis s’inquiètent. Tous deux dégainent leurs baguettes et s’approchent doucement de lui, prêts à intervenir. Luke sort toutefois la main de la cache et ses doigts ne tiennent aucune sucrerie. Il s’agit de feuilles de parchemin froissées.

Le garçon la lit, ses sourcils se froncent puis un fin sourire étire ses lèvres tandis que ses yeux pétillent de malice. Luke et Phil échangent un regard avant de s’avancer à leur tour. Tandis que Luke se fait arracher la feuille des mains, Abigail remarque que ce n’est pas de la malice qui fait scintiller ses yeux, non, le visage de son ami semble machiavélique.

Le regard azur de la jeune fille se pose sur le papier froissé et elle décrypte les premiers mots, écrits d’une main pressée. Son cœur s’accélère et un sourire malveillant prend place sur ses lèvres.

« Comment voler une baguette en trois leçons, par LuBy.

À ne suivre uniquement la baguette de cet idiot de Garadan est toujours manquante. »

End Notes:

 

Je conclurai en m’excusant pour le délai de ce nouveau chapitre… C’était sacrément long. Mais j’espère que l’attente valait le coup ;) N’hésitez pas à laisser un commentaire afin de donner votre avis et de me gâter ! *o* Plein de commentaires, ça serait le paradis, encore mieux qu’un paquet de cadeaux au pied du sapin.

Sinon pour raconter ma vie, je suis de retour en France sous la grisaille et.. j’ai repris le travail. Je me dis que trois jours avant le rush de Noël (je travaille dans une boulangerie, je travaille tout le 24 jusqu’à 19h et le 25 je commence à 6h du mat… T.T et rebelote pour le 31-1e janvier. M’en fout, je veux faire la fête quand même) (avec modération, cela va de soi, toujours) ça fait pas beaucoup pour retrouver ses marques et avoir un bon rythme de vente. Mais le bon côté c’est que j’aurais plein d’après-midi de libres pour écrire plus régulièrement !

Donc voilà, je vais essayer de prendre un peu d’avance dans les chapitres, mais avec les fêtes de fin d’années je ne peux rien vous promettre… Mais je vais essayer d’avancer un peu tous les jours, au moins dans le plan général pour avoir ma trame mieux établie (elle est encore un peu bancale la pauvre…).

 

Chapitre 10 : Sang-de-bourbe by Maloux
Author's Notes:

Bonjour à vous tous, petits elfes givrés !


(eh oui, deux réveillons si proches et arrosés comme il se doit, ça fait des dégâts).


 


Pour commencer, je vous souhaite une excellente année 2018 ! Plein de bonheur, de réussite, d’argent, la bonne santé et des moments précieux avec les gens que vous aimez.


Plein de bisous à vous, et j’espère que vous avez passé de joyeuses fêtes.


 


Voilà donc un nouveau chapitre (et ma vie à la fin, comme ça seuls les curieux la liront) de cette brave Abigail qui... fait encore des siennes !


 


Avant de continuer, je remercie tous mes lecteurs/trices, parce qu’il y a eu beaucoup de nouvelles vues (même si tous ne semblent pas avoir atteint ce chapitre). Donc MERCI à vous qui me lisez. J’espère que l’aventure vous plait toujours autant ! N’hésitez pas à laisser une review, à l’occasion, si l’envie vous prend.


Je fais un énorme bisou à Luna09 pour sa persévérance et ses commentaires précieux. Merciiiii <3 (un coffret collector de dragées surprises B.C. accompagné de Fizwizbiz pour toi, baby!)


Et Sadi qui est sorti(e ?) de l’ombre pour des encouragements qui m’ont fait particulièrement plaisir et des jolis compliments.. merci ! Merci merci merci, ça me touche beaucoup et j’espère que tu continueras à suivre l’aventure ! ;) Plein de papouilles ! (ou des chocogrenouilles, au choix…) (et pas que pour la rime)


Je tiens également à remercier Roxane-James, parce qu’en plus de faire des fics géniales, elle a lu « Au son des tambours » et que ça lui plait. Ouuuh ! *-* Ca c’était du cadeau de Noël (même après l’heure, c’est encore l’heure), alors merci pour le commentaire rapide et la p’tite pub ! Des fondants du Chaudron pour toi, je me sens d'humeur généreuse (et gourmande)


(avec autant de sucre ces derniers jours, faut pas perdre le rythme! Notre cholestérol nous dit merci)


 


J’ai fini, bonne lecture à vous !


La grosse bise fruitée !

 

-La culture, c’est comme la confiture, moins on en a et plus on l’étale.

Abigail fusilla son frère du regard et songea à lui lancer une fourchette au visage afin de lui faire payer l’affront. Mais la présence de leurs parents juste à côté l’en dissuada.

Ils étaient à la fin du mois de juillet et, tandis que leur père s’affairait en cuisine, les enfants mettaient la table sous les bavardages enthousiastes d’Abigail qui venait de commencer la lecture d’un livre qui retraçait grossièrement l’histoire de la sorcellerie. Et elle avait voulu en raconter quelques passages à son frère, afin de partager ses sentiments. Sauf qu’il ne semblait vraiment pas apprécier le geste.

-Mais c’est intéressant ! Pourquoi tu snobes comme ça la culture des sorciers ?

Andy s’arrêta et plongea ses yeux verts légèrement bleutés dans ceux de sa sœur. Son expression était sérieuse et la jeune fille sentit qu’il allait parler avec son cœur, quitte à dire des choses blessantes.

-Je « snob » la culture des sorciers, car ils se moquent de nous. Ils nous méprisent et se cachent, alors pourquoi est-ce que je ferais l’effort de m’intéresser à leur vie ?

-Les sorciers ne nous méprisent pas ! Tu dis n’importe quoi…

-« Nous » ? Mais tu es l’une des leurs, Abby ! Tu vas faire de la magie… Tu vas partir loin, et être entourée par eux, par leurs pensées et tout ce qu’ils voudront te dire ou te faire croire. Je méprise les sorciers, car, pour eux, ceux qui ne font pas de magie leur sont inférieurs !

-Jamais je ne penserais ça.

-Tu dis ça… mais tu ne nous verras que deux mois par ans, durant sept années… Si en sortant de ton école de magie tu continues à nous respecter et à nous aimer comme tu le fais en ce moment, je réviserais peut-être mon jugement sur les sorciers. En attendant, je demeure persuadé qu’ils sont cons et prétentieux.

Abigail sentit les larmes lui monter aux yeux mais prit sur elle pour ne pas les laisser s’échapper. Elle refusait de croire en ce qu’il disait. Les sorciers gardaient le secret pour se protéger, mais ils ne devaient probablement pas mépriser les autres, et même si c’était le cas, jamais elle ne deviendrait comme eux. Elle se souviendrait de qui elle était et d’où elle venait.

 

 

 

***

 

 

 

-Ils durent manger un ménestrel mais l’allégresse ne les quitta point.

Trois têtes se relèvent immédiatement, sourcils froncés, en direction de la jeune fille qui vient de parler.

Abigail Turner s’ennuie ferme et elle n’a rien trouvé d’autre à dire. Sauf que personne ne se prend au jeu et ses camarades baissent rapidement la tête sur leurs devoirs, la laissant seule avec ses pensées. Les sorciers sont ennuyeux. Et ennuyants. Ils n’ont pas d’humour et leur culture est particulièrement limitée. Ce n’est pas la première fois qu’Abby fait une référence à un film et que personne ne relève, mais c’est toujours aussi frustrant, et cette fois-ci plus encore. La demoiselle sent ses pensées s’égarer en direction de son frère, avec qui elle pouvait passer la journée à lancer des répliques et à refaire tous les dialogues de certains films, et la nostalgie s’empare d’elle.

Elle aime bien Poudlard, c’est amusant, parfois, mais elle a régulièrement le mal du pays. L’envie de rentrer chez elle et de retrouver sa famille. Et ses amis. Même si elle n’en a plus beaucoup.

Les échanges avec son frère ainsi que sa tentative de renouer avec Caitlin demeurent frais dans sa tête. Leurs échanges, par l’intermédiaire d’Andrew, avaient été attristants.

« Tu diras à ta sœur que t’es pas un pigeon voyageur et que si elle a quelque chose à me dire, ou plutôt à m’écrire, elle peut m’envoyer une lettre à MOI directement. Le téléphone arabe c’est pas mon truc, surtout qu’entre t’envoyer une lettre à toi, ou à moi qui vis une rue plus loin, il n’y a pas grande différence… »

« Andy, ta sœur se fout complètement de moi, elle m’a envoyé une lettre par… HIBOU. Elle est dingue. Tout ça pour justifier le fait qu’elle n’a pas envoyé de lettres ni même téléphoné… Franchement c’est ridicule, dis-lui de m’oublier parce que là, c’est de pire en pire, et vraiment pitoyable. »

Alors Abigail a cessé d’essayer de renouer cette amitié. Elle l’a pleurée pendant toute la soirée, roulée en boule sur son lit, jusqu’à ce que le sommeil l’emporte. Finalement, elle allait être contrainte de choisir le monde des sorciers, à contrecœur.

Lasse, la jeune fille chasse ses pensées déprimantes pour observer la salle commune, actuellement transformée en salle d’études puisque tous les Serpentards y travaillent consciencieusement afin de briller en cours et de faire gagner des points à leur maison. Et le travail a payé puisque les Serpentards sont enfin dans le positif. Bon, ils n’ont que trois points, la dernière fois que la jeune fille a regardé, mais c’est plutôt réjouissant.

Apercevant quatre de ses aînés se diriger vers la sortie, Abigail repousse rapidement sa chaise, manquant de la faire basculer au passage. Tous les regards se tournent vers elle, les Serpentards appréciant peu les individus qui les dérangent lorsqu’ils font l’effort de travailler. Ignorant ses camarades, la jeune fille tapote l’épaule de Phil et se dirige rapidement vers les joueurs de l’équipe de Quidditch qu’elle vient de repérer. Comme elle s’y attendait, ils se rendent au terrain de Quidditch pour leur entrainement hebdomadaire. Les professeurs n’ayant pas envie de leur céder le terrain afin de favoriser les autres équipes, les verts et argents n’ont eu d’autres choix que de s’entrainer le soir, après la nuit tombée. Et une fois sur deux leur entrainement n’est pas autorisé, mais ils s’en moquent, ils sont prêts à payer le prix qu’il faudra afin de tenter de remporter la coupe des quatre maisons.

-Je peux vous accompagner ?

Abigail scrute le visage du capitaine de l’équipe, qu’elle connait désormais puisqu’il lui arrive assez souvent de les accompagner sur le terrain. Tandis qu’ils volent, elle en profite pour courir et se dépenser en effectuant ses entrainements particuliers. Danse, gymnastique, combat imaginaire… Elle essaye de varier et surtout de profiter du grand air.

Heureusement pour elle, Polfaty est de bonne humeur et l’accueil avec un sourire accompagné d’un clin d’œil. Il est en sixième année et se trouve à la tête de l’équipe de Quidditch. Ses cheveux blond cendré, mi-longs, sont plaqués en arrière lui donnant un air hautain assez désagréable, tout comme sa manière de critiquer tout le monde. Il est du genre lunatique, et parfois assez violent, mais étrangement les filles de Serpentards, plus âgées, le trouvent séduisant. Abby n’a jamais compris ce qu’elles pouvaient lui trouver et n’a jamais cherché à creuser, se contentant de sa protection afin de sortir du château lorsque ses camarades refusent de l’accompagner. Habituellement, Luke l’escorte avec plaisir afin d’observer l’équipe qu’il supporte avec ferveur, mais ces derniers temps il est sous pression et préfère se concentrer sur ses études.

Abigail salue les autres joueurs de l’équipe, qui la connaissent désormais un peu plus chaque soir d’entrainement. Ils ne sont pas particulièrement bavards ou sympathiques, mais elle a appris, après de nombreuses courses nocturnes, à les connaitre et à savoir qu’il ne s’agit que d’une façade, même si certains lui semblent plutôt idiots ou mauvais. Il y a de tout chez les Serpentards, c’est un fait irréfutable.

La jeune fille apprécie cheminer derrière eux dans les couloirs de l’école, car leur haute stature ainsi que leur balai en mains permettent d’écarter tout individu hostile. Les gens s’écartent sur leur passage et ne cherchent pas à les embêter. Parfois, faire partie des méchants et d’avoir la tête à l’emploi a du bon. Abigail s’en rend compte et regrette d’être une fille, car sa silhouette n’égalera jamais celle des batteurs qui la devancent de quelques pas.

Elle se prend à espérer que ses amis, dans quelques années, deviennent aussi instinctivement effrayants, ça lui permettrait peut-être de ne plus à avoir à marcher dans les couloirs sur la pointe des pieds, en rasant les murs et toujours sur le qui-vive. Peut-être… En attendant, elle allait devoir faire avec.

 

 

***

 

 

-Turner !

Manque de pot, Abigail ne peut cette fois-ci pas éviter le préfet qui fonce droit sur elle. Et elle doit avouer qu’elle préfère largement avoir affaire avec Nail Dunderstil que le blaireau de septième année qui leur sert également de préfet et qui serait ravi de trouver un argument pour l’exclure de la maison Serpentard, voire même de l’école

Etrangement, les serpents sont soudés et personne ne trahirait l’un de ses camarades, seul Morris songe à éventuellement débarrasser sa maison de la sang-de-bourbe qu’est Abby, ce qui, pour lui, est le pire qui puisse être. Mais jusqu’à présent les autres Serpentards, même s’ils avaient quelques préjugés sur le sang de la nouvelle, ont respecté son appartenance à leur maison et s’ils ne l’apprécient pas, n’ont jamais essayé de lui porter préjudice.

Mais devant le regard ombragé du brun, la jeune fille n’oppose aucune résistance lorsqu’il l’entraine en lui tirant le bras en direction de son dortoir. Une fois à l’abri des oreilles indiscrètes, le préfet lance un sort en direction de la porte afin de s’assurer que personne ne puisse surprendre leur conversation.

-Arrêtez ça.

Abby comprend immédiatement de quoi il est question, craignant cette requête depuis de longues semaines. Mais elle joue la carte de l’ignorance et fronce les sourcils dans un air d’incompréhension.

-De quoi tu parles…

-Arrête Abby. Tu sais très bien de quoi je parle. Des rackets réguliers ! Les vols de baguettes, par Merlin !

La jeune fille grimace et observe la réaction excédée de son ami. Il semble fatigué et surtout stressé. Elle ignore si les professeurs lui mettent la pression à cause de ces vols. Elle décide de jouer la carte « enfant en détresse » et prend la parole d’une voix douce.

-On ne vole les baguettes que lorsqu’on nous agresse, c’est de la dissuasion. Ceux qui ont mystérieusement perdu leur baguette n’ont jamais essayé de nous agresser de nouveau.

-Turner. Ne me prend pas non plus pour un idiot, je sais qu’il vous est arrivé de prendre les escaliers seuls afin qu’ils vous mènent « par pure coïncidence » sur un groupe patibulaire dans le seul but de leur voler leur baguette.

La jeune fille se tait. Il a raison. Depuis son arrivée elle a toujours eu l’impression que les escaliers aimaient mettre les Serpentards dans une mauvaise posture alors elle en avait profité afin de voler quelques baguettes supplémentaires.

Abigail baisse la tête et regarde ses pieds, attendant la suite du discours et craignant une quelconque punition.

-Abby… Le jeune préfet soupire avant de passer une main devant ses yeux, se pinçant l’arête du nez. Tout le monde se doute que c’est toi et tes camarades de premières années qui êtes à l’origine de ces disparitions. Crier « ce n’est pas parce que cet idiot a perdu sa baguette alors qu’il allait me tabasser que c’est à moi de lui en payer une nouvelle ! C’est du racisme ce que vous faites ! Du favoritisme ! De la percussion, etc. » devant toute l’école au nez du directeur ne t’innocente pas.

Abigail marmonne dans sa barbe mais elle s’en moque, elle se souvient parfaitement d’avoir hurlé sur le directeur de Poudlard, à sa plus grande honte.

-J’étais sous influence de la potion de vérité…

-Les professeurs se fatiguent et même sans preuve, ils vont sévir. Si les fouilles et les interrogatoires ne donnent rien, ils vont prendre d’autres mesures qui, crois-moi, ne vaut mieux pas voir mises à exécution. Alors s’il te plait. Dis à tes amis d’arrêter les frais. Vous avez suffisamment fait peur à vos camarades de première année pour qu’ils vous laissent en paix en cours et dans les couloirs. Ne faites pas payer toute la maison pour vos crimes.

Abigail relève la tête et l’observe d’un drôle d’œil. Son ami a les sourcils froncés et un air déterminé. Il doit avoir ses raisons, mais elle ne sait pas quoi faire. Il n’a pas tort, elle se doute depuis quelque temps que les choses ne demeureraient pas si faciles, mais elle ne pensait pas que ses amis, des Serpentards, viendraient lui demander d’arrêter de se défendre.

Leur plan est bien rodé, Abby le sait. Ils arrivent à chaque fois à planquer les formules nécessaires à la cache parfaite de la baguette volée puis à oublier ladite cachette. Ils ont plusieurs fois râlé à cause de ça d’ailleurs, ils auraient pu revendre les baguettes volées à un prix incroyable, mais étant donné que personne –pas même les voleurs- ne savent où se trouvent ces bouts de bois magiques… C’est peine perdue.

Le détail qui préoccupe Abigail depuis presque un mois est le sort d’oubliette, car seuls les plus âgés peuvent le leur lancer sans craindre de séquelles, alors ça signifie incorporer des sixièmes ou septièmes années dans leur plan, et donc des éléments incertains et pas toujours fiables…

Soupirant la jeune fille finit par capituler devant le regard insistant du jeune préfet.

-Okay, c’est bon…

Les yeux se croisent de longues secondes, durant lesquelles Nail cherche à savoir si la jeune fille dit la vérité. Finalement, il capitule, espérant que les vols cesseront.

-Bien, maintenant que t’es là…

Abigail se fige, apeurée par la suite de la phrase. Nail s’est éloigné d’elle afin de traficoter dans le fond de la pièce. Soudain, des notes de musiques s’élèvent dans l’air tandis que le jeune homme retourne près d’Abigail, qui est bien incapable de bouger. Elle n’est vraiment pas rassurée… Loin de là. Qu’est-ce que Nail lui veut ?! Pourvu que ça ne soit pas supposé être un moment romantique, non. Tout mais pas ça…

-Youhou, Abby. Reviens sur terre.

La jeune fille le regarde les yeux écarquillés, l’interrogeant en silence. Elle demeure immobile dans la pièce tandis que le jeune homme lui tend galamment la main.

-Tu te rappelles qu’on va aller danser au bal, toi et moi ? Eh bien.. Il est temps de débuter les leçons de danse, qu’en penses-tu ?

La demoiselle soupire, lentement, tandis que son cœur recommence à battre. Mais elle demeure inquiète alors elle préfère poser immédiatement la question qui lui brule les lèvres.

-T’es amoureux ?

Le jeune homme se fige et observe son amie, surpris.

-Oui… Et avant qu’Abigail n’ouvre la bouche ou commence à paniquer, il continue. Tu ne la connais pas, elle est dans mon année…

En voyant que la jeune fille se met à réfléchir intensément à toutes les Serpentardes de cinquième année, Nail poursuit.

-Pas à Serpentard. Ca fait plusieurs années qu’elle me plait, mais avec la guerre et… tout, eh bien, disons qu’elle me déteste. Comme tout le monde. Mais je ne perds pas espoir. Je commencerais par apprendre à danser, puis je l’inviterais à valser, et après... On verra.

La jeune fille le regarde longuement, surprise par ses aveux. Puis elle sourit, rassurée et joyeuse. Il lui a fait des confidences et surtout, son ami est amoureux -et pas d’elle- ce qui n’est pas rien. Bon, évidemment, c’est plutôt mal parti, mais en attendant, elle va essayer de lui apprendre à danser.

Après quelques mesures et les premiers pas, la Serpentarde sait qu’ils vont avoir beaucoup de travail…

 

 

***

 

 

Abigail a hâte d’être en vacances, malheureusement les prochaines sont dans un mois… Mais si l’ambiance à Poudlard est pesante, la jeune fille commence à s’y habituer, la preuve est bien qu’en cet instant elle se sent bien. Plus légère et de bonne humeur.  Ses pensées volètent allègrement tandis qu’elle suit ses amis en direction de leur prochaine salle de cours.

Au détour d’un couloir, les Serpentards croisent un groupe de Gryffondors et la tension qui règne dans l’air a le mérite de faire sortir Abigail de ses rêveries. Luke échange quelques insultes avec l’un des rouges et ors qui est en première année comme eux, mais la jeune fille n’y prête pas attention, car elle vient d’apercevoir Garadan au cœur de ce petit groupe turbulent.

Un sourire étire ses lèvres tandis que leurs regards se croisent.

-Alors Garadan, t’as finalement retrouvé la baguette que tu avais perdue ou tes parents ont préféré t’en acheter une nouvelle ?

Le regard moqueur que porte Abigail sur la baguette du jeune homme ne plait pas à son propriétaire qui serre encore plus les doigts autour du morceau de doigts, à tel point que ses phalanges deviennent blanches.

En quelques pas rapides, le garçon attrape la Serpentarde par le col et approche son visage suffisamment près pour que leurs nez se frôlent. La demoiselle écarquille les yeux, surprise par sa réaction. Elle note la couleur brune, presque noire, de ses iris, ses longs cils blonds, ses sourcils froncés, la tension dans sa mâchoire, ses lèvres furieusement pressées l’une contre l’autre… Et cette haine, dans le regard…

Abigail, au lieu d’être effrayée, sent un sourire naitre sur ses lèvres. Elle lutte afin de garder une expression neutre, mais elle doit perdre le combat, car sur le visage du Gryffondor la colère semble atteindre son paroxysme. Amusée, la jeune fille ne peut s’empêcher de répliquer. Elle veut le moucher, le souffler, l’anéantir. Lui montrer qu’elle est plus maline que lui et qu’il ferait mieux de la laisser tranquille s’il ne veut pas qu’elle le détruise.

-T’as un soucis, sang-de-bourbe ?

L’expression narquoise de la fillette tout comme le ton piquant utilisé pour énoncer cette phrase portent leurs fruits. Garadan recule brusquement, comme si elle venait de le mordre. Son visage se décompose, entre horreur, peine et colère. Il semble sous le choc. Sa bouche s’entrouvre mais aucun son n’en sort, il semble stupéfait d’être ainsi insulté.

Abigail, elle, ne peut dissimuler le sourire qui barre désormais son visage et part dans un éclat de rire qui attire tous les regards. Sa joie apparente bouleverse encore plus le Gryffondor qui ne trouve aucun moyen de réagir, laissant le temps aux Serpentards d’intervenir afin d’éviter d’envenimer de trop la situation.

La jeune fille ne peut s’arrêter de rire et elle sent même les larmes lui monter aux yeux. Lorsque Luke et Phil l’encadrent, elle tente difficilement de retrouver son souffle, mais les regards inquiets de ses amis ne l’aident pas. Bowerst, bien que la Serpentarde l’ignore royalement, n’est pas en reste et dissuade les curieux de s’approcher, son air de bulldog calme les ardeurs et personne ne vient leur chercher de noises.

-Vous.. Avez vu….. Abigail tente de glisser quelques mots entre ses crises de fou-rire, hoquetant à moitié. Sa tête ?! Haaaaaaa….hahaha.

Finalement, lorsqu’elle repart dans son rire hystérique sous les regards navrés et agacés de ses amis, Luke décide de prendre la parole, afin de lui faire comprendre la gravité de la situation.

-Abby, tu l’as traité de…

Lui-même peine à finir la phrase. Il connait la puissance de cette insulte et surtout sa connotation.

-Mais c’en est un ! Ses parents sont moldus, vous m’avez dit. Ben voilà, y a pas mort d’Adèle –hip ! hahahaha, mort d’homme, mortadelle, adèle… hahaha..Hip..haha- moi aussi j’ai le sang vaseux et je le vis bien.

Les yeux écarquillés de Luke lui répondent et avant qu’elle ne reparte dans un éclat de rire pendant plusieurs minutes, Phil l’attrape par les épaules et l’observe une lueur inquiète dans les yeux.

-Abby, t’es pas dans ton état normal… T’es saoule ?

La jeune fille écarquille les yeux et secoue énergiquement la tête lui signifiant non. Elle se mord les lèvres afin de ne pas rire tant l’air préoccupé de son ami est ridicule.

-T’as fumé quelque chose… ?

Nouveau hochement de tête désordonné, c’était un non.

-T’as mangé quelque chose de non identifié ?

Nouveau signe de tête, rapidement interrompu par la demoiselle qui fronce les sourcils, semblant se souvenir de quelque chose. L’effort demandé est particulièrement difficile, comme si toute sa vie était devenue floue. Non, sa vie est devenue un véritable nuage-arc-en-ciel.

Lorsqu’Abigail prend la parole pour s’expliquer, sa voix lui semble lointaine et chantante.

-Non… c’était un chausson aux pommes. Il était encore chaud en plus. Mais il a dit que c’était pas empoisonné…

-Quoi ?!

Luke vient presque de hurler et regarde Abigail avec effarement. Il lui claque les doigts devant les yeux afin de la faire se concentrer un peu plus, car il a noté son regard qui vogue au loin.

-Qui t’a donné le chausson aux pommes ? C’est ce type qui t’a dit que ce n’était pas empoisonné ? Mais t’es idiote, bon sang !

-Non ! C’est Garadler qui m’a dit que c’était pas empoisonné, quand même, j'suis pas bête, merci. Rhooooo. C’était un chausson aux pommes. Je t’ai dit qu’il était chaud ? Ben voilà. Il en voulait pas, donc je l’ai mangé. C’était… euh, un Poufsouffle. Grand. Et… Euh… ouais, voilà. Il était bon. Le chausson aux pommes. J’aime bien les chauss…

-Stop. Je t’emmène à l’infirmerie. Tout de suite, on ne sait pas ce qu’il y avait dans les pommes, on ferait mieux de ne pas prendre le risque…

Malheureusement pour Phil, le professeur Manders arrive sur ces entrefaites et leur demande de se rendre immédiatement en cours, car il déteste les retardataires. Les deux jeunes Serpentards échangent un regard et se disent qu’ils n’ont guère le choix, il ne leur reste plus qu’à prier Merlin que la folle qui habite actuellement le corps de Turner se tienne tranquille jusqu’à la fin du cours de Défense Contre les Forces du Mal.

Peine perdue.

Après de très longues minutes de cours à étudier leur manuel, Abigail se sent piquer du nez. Afin de lutter contre ces fourmis qui l’envahissent lentement elle redresse la tête et observe ses camarades. Le professeur explique en cet instant l’importance de laisser les professionnels –les aurores- utiliser la magie offensive, et défensive –sinon il aurait quelque chose à enseigner-, car c’est dangereux.

Non, décidément, même en faisant des efforts, Abigail trouve ce cours..

-Nul. Vraiment à ch…

Une voix familière interrompt la jeune fille dans sa phrase et elle penche la tête sur le côté, les yeux plissés, essayant de comprendre… Cette voix lui semble familière, mais qui oserait parler pendant un cours de Manders… ? Surtout pour dire quelque chose d'aussi similaire à ce que pensait Abby.

-Mademoiselle Turner ! Avez-vous quelque chose à nous faire partager ?

La demoiselle en question ouvre la bouche et la referme sans qu’aucun son ne puisse en sortir. Pourquoi l’interroge-t-il et pas la cruche qui a osé parler pendant son cours ? Elle ne fait que s’ennuyer à mourir… Oh la boulette. Ce crétin lit dans ses pensées. Mince ! Son langage. Penser joli. Voilà. Lapin rose et fleurs des champs.

La Serpentarde se lève. Elle vacille et se rattrape sur les rebords de sa table. Elle s’y appuie espérant que cela parait suffisamment « debout » au goût de son enseignant.
-Oui oui. Vous.. Êtes une courgette sorporifique. Vous êtes plus mortel que le temps lui-même et l’ennui n’a qu’à filer doux avec vous parce que vous en êtes le roi.

Un silence pesant s’abat sur la classe. Les regards des élèves font des allers-retours entre le professeur Manders et Turner. Personne ne reprend la jeune fille pour le « soporifique » et tous guettent la réaction du directeur de la maison de Serpentard. Car réaction il y aura, et celle-ci sera phénoménale.

-Excusez-la professeur. Elle n’est pas dans son état normal, elle a mangé quelque chose et… Elle ne se rend pas compte de ce qu’il se passe.

L'enseignant fixe l’intervenant d’un œil glacial et Phil Mc Caster rentre la tête dans son cou, regrettant de s’être levé afin de venir en aide à son amie. Mais le mal est fait, il n’y a pas d’autres solutions que de plaider la folie.

Le temps semble s’arrêter, rien ne vient troubler le silence et tous sont suspendus aux lèvres du professeur, attendant avec impatience la punition. La menace que dégage l'enseignant inquiète les Serpentards et tous baissent les yeux.

Le silence est toutefois brisé par un bruit de bouche. Abigail, ennuyée, joue avec ses lèvres, soufflant et les tapotant dans un « flbflbflfb » digne d’un enfant de cinq ans. Cet argument semble convaincre le professeur que Turner n’est pas dans son état normal et il prend la parole d’une voix sèche.

-Mc Caster, emmenez votre camarade à l’infirmerie. Lorsqu’elle reprendra ses esprits, je veux des excuses et une punition sera appliquée. En attendant, moins vingt points pour Serpentard.

Phil déglutit péniblement et s’empresse d’attraper Abigail par le bras afin de l’emmener hors de la salle de cours. Son amie ne semble pas réaliser ce qu’il se passe réellement, alors il ne tente rien, se contentant de l’attraper par la taille et de passer l’un des bras de la jeune fille sur ses épaules.

-Tiens, l’infirmière fait des visites à domicile maintenant ?

La remarque pleine de bon sens sort Phil de ses pensées et il regarde son amie qui semble avoir retrouvé son sérieux. Toutefois une lueur dans ses yeux accompagnée du sourire niais qu’elle tente de dissimuler lui prouve qu’elle est loin d’être guérie.

-Non, Abby. Mais on a utilisé tous nos tickets d’infirmerie de la semaine, donc tu vas devoir te contenter de cuver sur un fauteuil de la salle commune en espérant que ça passe rapidement. Et que ça ne soit rien de plus grave.

La jeune fille hoche la tête tandis que son ami la porte à moitié en passant l’entrée de la salle commune. Mais le sérieux qui semble l’avoir saisie pendant quelques minutes se dissipe et après que Phil l’ait laissée tomber sur un fauteuil moelleux, elle reprend la parole.

-Tu.. m’apporteras le gouter, dit ? Aujourd’hui, comme il pleut -et que tous les chats sont gris, mais on s’en moque- c’est cholocolat, heu, cho-co-lat chaud… Et j’ai pas chaud, donc il m’en faut vraiment un.

Phil soupire et secoue la tête, se demandant comment aider son amie à retrouver son état normal. Il sursaute lorsqu’une voix s’adresse à lui, dans son dos.

-C’est quoi cette histoire de tickets ?

Le Serpentard se retourne rapidement et observe Morris qui le surplombe de deux têtes. Son air peu aimable l’incite à lui répondre rapidement.

-Pour éviter que les Serpentards, de première et deuxième années, passent leur vie à l’infirmerie, on nous distribue des tickets… Comment ça se fait que tu ne sois pas au courant ? Surtout que t’es préfet… ?

Le regard menaçant dudit préfet rend immédiatement Phil muet et il reste immobile, attendant que son altesse se retourne et les laisses tranquiles. Malheureusement, c’est sans compter Abigail, qui est toujours ivre, juste derrière lui.

-Houhouuuu. Shawwwn… T’as vu ce que j’ai fait, à l’autre Gryffondor à la noix, dis ?

Le visage de Shawn Morris se ferme encore plus, bien que cela semble impossible. Il s’approche de la fille de moldus et espère bien que sa silhouette menaçante la calme, mais c’est peine perdue. Cela ne l’empêche pas de prendre la parole d’une voix menaçante tandis que Phil se fait tout petit derrière, peu désireux de s’interposer.

-Oui, tout Poudlard est au courant que t’as traité un petit Gryffon de Sang-de-bourbe… Et il n’y a pas de quoi se réjouir, car tu en es une aussi.

-Je sais ça, mais je m’en cogne ! Je veux que tous les Serpentards cessent de me voir comme telle ! Je suis l’une des vôtres, j’insulte pareil, je déteste tout autant... Pourquoi vous ne m’acceptez pas ? Si toute l’école se persuade que je suis une sang-pur malveillante, vous pourrez oublier ce détail de naissance…

-Un détail ? Non, je ne crois pas.

-Tu ne pourras jamais…

-Non.

Morris observe la jeune fille, ses grands yeux bleutés remplis de larmes… Il a envie de dire quelque chose pour lui faire plaisir mais il sait que cela sera faux, dès qu’elle se sera détournée il ressentira le même dégout qu’avant. Elle a du culot et des idées, elle est une Serpentarde dans l’âme mais elle a beaucoup de travail et… il ne sera pas là pour voir ça et tant mieux. Imaginer une sang-de-bourbe au sein de sa maison ne lui plait pas vraiment. Mais peut-être qu’elle pourra sauver les apparences.

-Fait comme tu le sens, mais honores notre maison. Et ne me parle pas, ni en public et encore moins en privé.

La jeune fille hoche la tête et lui sourit, heureuse d’être tolérée avant de se lever pour lui faire un câlin. Mais le Serpentard la voit venir et la repousse avec force la faisant chuter dans le fauteuil.

-Si tu ne me parles pas, ce n’est certainement pas pour me toucher. Et pour toi, comme tous les autres, c’est « Morris ». Alors garde tes distances, sang-de-bourbe, et protège tes arrières, au cas où…

Abigail hocha la tête avec conviction et lui adressa un clin d’œil accompagné d’un sourire en biais. Elle claqua des doigts et le désigna de l’index, le pouce relevé comme elle l’avait vu faire dans les pubs. Bon, c’était des types charmeurs qui faisaient ça, mais ça, elle s’en moquait. En cet instant, elle se moquait d’un peu de tout.

-Tiens, Morris, t’as perdu ton P ? Ou t’as compris que ça servait à rien de l’exhiber sous notre nez .. ?

Ivre peut-être, mais pas aveugle. Sur la robe de sorcier du préfet, le P qu’il enseignait avec trop de fierté était absent et, honteux, Morris se justifia rapidement avant de les menacer afin qu’ils gardent ça pour eux. Désormais, les Serpentards n’ont plus qu’un préfet par année, car, selon les mots du directeur, ils sont trop peu nombreux et deux préfets pour cinq élèves par année n’a aucun intérêt, cela reviendrait à favoriser leur maison en leur donnant autant de pouvoir. Shawn Morris a donc été destitué, au profit de son homologue féminine –la seule fille de sa promotion Serpentardesque, tout comme Abigail- ce qui risque de le rendre encore plus irascible et désagréable qu’à l’accoutumée.

 

 

***

 

 

Abigail commence à en avoir marre d’entendre toujours les mêmes chansons. Elle rejoint régulièrement quelques étudiants de deuxième année avec qui elle s’entend plutôt bien et ils passent la soirée à chanter ou faire de la musique avec ce qu’ils trouvent. Comme souvent, la jeune fille se fait la remarque que leur répertoire est plutôt limité et, comme chaque fois qu’elle tentait d’aborder le sujet, ses amis se referment comme des huitres et commencent à vanter la qualité des groupes sorciers, dénigrants les moldus.

-Ca suffit.

Abigail a fini par se lever pour les fusiller du regard. Ils sont quatre, de deux ans ses aînés. Starun, Lender, Ardel et Herendon la fixent avec surprise. Tous connaissent ses origines -et c’est probablement pour ça qu’ils rabaissent presque continuellement les moldus- mais préfèrent passer en omettant ce détail lorsqu’ils se réunissent. Toutefois cette intervention change les choses.

-Votre culture est pitoyable, même un enfant de quatre ans connait plus de choses.

Ardel, le plus sanguin des quatre s’est mis debout et fusille Abigail du regard, appréciant peu son intervention.

-On connait tous les groupes sorciers, Turner, alors notre culture se porte au mieux. On ne peut pas vraiment dire ça de la tienne…

La jeune fille lève les yeux au ciel, excédée.

-Justement ! Les sorciers sont limités ! Comment pouvez-vous connaitre la musique des sorciers et ignorer celle des moldus ? Les sorciers sont moins nombreux que les moldus, sur la planète, et rares sont ceux qui se dédient à la musique, donc il est évident que le répertoire musical sorcier est bien plus réduit que celui des moldus.

La jeune fille énonce ce qui lui semble être une évidence, et tous les Serpentards présents dans un rayon de cinq mètres l’observent désormais avec effarement.

-On va citer chacun son tour un groupe de musique, on verra dans quel « monde » il y a le plus de variété. Alors, qui font du rock, je commence avec les Rolling Stones. À vous.

Starun, pourtant habituellement bavard et fier de montrer qu’il sait tout, demeure muet. Il entrouvre vaguement la bouche dans une splendide imitation de la carpe. Abigail reprend donc, agacée qu’aucun des trois autres garçons ne semble avoir de réaction plus verbale.

-je vais prendre de l’avance alors. AC/DC, Queen, les Beatles, les Who, Police… Bon, je crois que je vous ai battus à plates coutures. En fait, rien que dans les styles musicaux, les moldus ridiculisent les sorciers. Est-ce que vous êtes capables de citer ne serait-ce qu’un seul groupe dans chacun de ces styles moldus –et qui ont donc au moins cinq artistes tout aussi moldus connus mondialement- ? Rock, c’est fait, Jazz ? Disco ? Classique ? Métal ? Pop ? Folk ? Reggae ? Salsa ?...

Devant l’air ébahi de ses camarades, la Serpentarde se calme et les observe en secouant doucement la tête.

-Non, décidément les sorciers ne connaissent rien à la musique. Alors avant de vous autoproclamer rois de la culture musicale mondiale, allez écouter les plus grands succès des moldus, ils ont beaucoup à vous apprendre. Et vous allez vraiment adorer. Ce n’est pas parce que c’est fait sans l’usage de magie que c’est nul, donc cessez de juger sans connaitre, surtout si vous prétendez vouloir faire carrière dans la musique.

Sur ces bons mots, la jeune fille tourne les talons, ignorant les regards de ceux qui les entourent. Elle ne sait pas ce qu’ils pensent et s’en moque un peu. Elle ne compte pas faire de vague, mais il est temps de montrer aux sorciers qu’ils ont du retard par rapport aux moldus et que dans certains domaines ils sont bien incapables de leur donner la moindre leçon.

C’est décidé, aux prochaines vacances elle ramènera quelques disques trente-cinq tours et forcera les Sepentards à écouter les plus grands succès de ses groupes préférés.

 

End Notes:

Alors alors ? J'ai gagné une petite review ?

 

Dans tous les cas, merci d'avoir lu et à bientôt pour la suite !

 

 

Je n'ai toujours pas réussi à prendre de l'avance, j'ai trop travaillé les semaines passer, 11h de boulot le 31 et 12h le 1er janvier, ça m'a un petit peu tuée... Sachant que je commençais à bosser à 6h du mat, j'étais fraîche comme une laitue. Et c'était presque pareil pour Noël, donc j'ai gagné plus de sous, mais j'ai beaucoup moins dormi ou profité de ma famille...

Mais j'en ai quand même bien profité ! J'ai passé de beaux moments et mes temps libres, lorsque je n'en profite pas pour dormir, je sors voir des amis que je n'ai pas vus depuis six mois donc... je n'ai pas le temps de m'ennuyer ! Ni vraiment d'écrire...

Mais je vais m'y mettre ! Parce que le chapitre prochain n'est même pas à l'état d'ébauche... Et que bon, c'est quand même mieux qu'il y ait du texte.

Et j'ai envie de musique ! Ça fait longtemps que mes textes sont muets/sourds/figés, donc je vais essayer de rectifier ça pour le prochain chapitre ! Ce qui devrait ne pas être si compliqué, surtout s'il y a un bal... Hin hin. Je me tais.

À très bientôt à vous ! Plein de bisous !

 

(Tiens, j'ai envie d'une nouvelle illus' pour ma fic aussi..)

Chapitre 11 : saor-làithean by Maloux
Author's Notes:

20/01/2018 - Ancien titre : Une bruine Rafraichissante

 

Holiiiiiii !

Voilà un chapitre qui.. n’était pas prévu. Je pensais faire un seul sous-chapitre avec ce thème, un moment assez rapide avant d’entamer la commémoration de la Guerre et.. Raté. Je me suis emballée et j’ai pris plaisir à développer un peu plus les personnages secondaires de Phil, principalement, et Luke. Donc finalement c’est devenu un chapitre tout entier.

Donc, profitez de cette trêve, loin de Poudlard, et j’espère que le chapitre vous plaira !

Pour les musiques, vous pouvez écoutez celle-ci des Beatles lorsque la demoiselle s'amuse dans la salle de bal : https://www.youtube.com/watch?v=vCEvCXuglqo  .   

La danse suivante dehors c'est une chanson de ce bon vieux Ricky Martin, huhu : https://www.youtube.com/watch?v=vCEvCXuglqo

 

Merci à tous les lecteurs et lectrices, j’imagine que si vous continuez c’est que ça vous plait alors.. Gracias amigos !

Et un énorme calin à Luna09 qui demeure fidèle et adorable. Sans toi, cette aventure serait bien différente... et triste.

 

Je pense conserver mon rythme d’une publication toutes les deux semaines vu que j’ai quelques soucis perso en ce moment et… J’ai débuté un petit fanart d’Abby, tiré d’une scène inexistante, mais je voulais la visualiser un peu vicieuse... Donc vous aurez le droit à une petite illustration pour le prochain chapitre ! ;)

Et prochainement j’aurais également un fanart superbe, que j’ai commandé à un bon ami alors… *-* J’en bave d’avance.

 

La bise à vous et vive la neige ! (je sais qu’il ne neige pas, mais tant pis… j’aime quand même la neige)  

Abby, ma chérie,

Ton courrier nous a fait très plaisir avec ta mère, il est vrai qu’on attend toujours tes hiboux avec impatience. Et peur, car il faut avouer qu’on ne sait jamais comment nous comporter avec eux. Mais ça tu t’en étais rendue compte pendant les vacances de Noël.

Je t’encourage à passer les prochaines vacances avec tes amis, comme tu l’as évoqué dans ta dernière lettre. C’est une bonne opportunité, tu apprendras à mieux les connaitre hors des préoccupations des cours tout en passant de bons moments, à n’en pas douter. Avec ta mère nous avons prévu un voyage en Sicile en amoureux, loin du travail (ta mère commence à avoir mal aux genoux et la connaissant elle ne fera jamais de pause, alors je la kidnappe de force, pour lézarder au soleil en ne remuant que les orteils) et ton frère part avec des amis au Loch Ness.

Je pense donc que tu passeras de meilleures vacances avec tes amis plutôt qu’à la maison, seule. Mais c’est toi qui vois, préviens-nous dès que possible pour qu’on te laisse la clef au besoin ainsi de quoi manger.

Sinon le travail va. Rien de neuf de ce côté-là, toujours les mêmes clients embêtants, et pas mal d’anecdotes qui te feraient rire, mais ta mère va râler si je ne lui laisse pas un peu de place pour te laisser un petit mot. Et si jamais ton école a envie de se mettre « à jour » et de créer un parc informatique en conséquence, préviens-moi, je serais ravi de les aider à se mettre à la page, j’en profiterais pour passer du temps avec toi et t’apporter les gâteaux secs de ta tante, puisqu’on n’arrive pas à les finir. Toi seule les aimes et je me demande, à chaque fois que j’en goute un, pourquoi…

Je vais m’arrêter là, je te fais des bisous ma belle et bon courage pour tes cours, ainsi que pour les examens qui approche. Révise bien et avec méthode, tout se passera bien. Tu es intelligente et je suis certain que tout se passera bien.

Ton papa qui t’aime.

 

 

Salut ma puce,

Ton père ne voulait pas s’arrêter… Sache que mes genoux vont bien, je pense qu’il a surtout envie de s’éloigner de la grisaille londonienne et de ses histoires au travail, car même s’il en rit je suis certaine que ça lui use le moral, surtout qu’il ne voit pratiquement plus ses amis musiciens. Je ne sais pas trop ce qu’il s’est passé, mais je pense que toi loin de la maison et ton frère toujours de sortie avec ses nombreux amis, il a moins envie de sortir la bombarde ou même la guitare. Il se rattrape en me cuisinant de bons petits plats presque tous les jours.

Sinon, moi, le travail, ça va. Les nouveaux élèves de cette année ne sont pas vraiment prometteurs, mais on verra ce qu’ils donneront en grandissant. Sauf Caitlin. Tu la connais, elle est vraiment douée et surtout, elle se donne à fond. Elle a récupéré toutes tes heures de cours et elle travaille à corps perdu. Elle progresse vite, où tu avais de la facilité et préférais user de la magie pour réussir, elle préfère le s'entrainer et répéter jusqu’à l'épuisement. Et ça paye, j’ai vraiment de bons espoirs pour elle. J'ai bon espoir qu’elle accepte de venir au stage de cet été !

J’espère que tes examens se passeront bien, bonne chance ma chérie. j'en profite pour te conseiller de profiter de ton temps libre, car je suis en train de regarder différents cours par correspondance afin que tu ne perdes pas trop ton niveau scolaire, et que tu ne te ridiculises pas devant tes amis en rentrant à la maison en n’ayant rien appris de « normal ». Ça risque de te demander pas mal de temps de travail, mais c’est nécessaire, tu le comprends. La prochaine fois que tu viens à la maison, tu m’expliqueras bien comment envoyer un courrier à ton école, je n’ai toujours pas réussi à envoyer la moindre lettre à ton directeur. Ou alors il n’a pas pris la peine de me répondre…

Je t’embrasse bien fort ma puce.

Ta maman qui t’aime encore plus que ton père.

PS : si tu ne reçois pas de carte postale, c’est que les hiboux siciliens ne sont pas commodes, et qu’elle t’attendra à la maison.

 

 

Bonnes vacances Abby ! On se voit bientôt.

Bisous.

Andrew

 

 

***

 

 

Abigail garde la tête appuyée contre la vitre et laisse son regard courir sur les étendues verdoyantes et boisées qui défilent sous ses yeux. Le froid du cristal lui donne mal à la tête, mais pas suffisamment pour qu’elle se recule et sorte de ses rêveries. À chacune de ses expirations, un nuage de buée se forme sur la paroi avant de disparaitre lentement. Le temps hors du Poudlard Express est, comme à son habitude, maussade et froid.

Pourtant, le compartiment est bien chauffé. Il est rempli de Serpentards. Les élèves de première et deuxième année chantent à tue-tête depuis le départ de Pré-au-lard et s’agitent dans tous les sens.

Mais Abigail n’est pas d’humeur. La lettre qu’elle a reçue de la part de ses parents lui demeure en travers de la gorge. Ils n’ont pas voulu passer les vacances avec elle et l’ont gentiment envoyée avec ses amis. C'est partir avec eux ou rester seule chez elle à déprimer, ou pire encore, rester seule à Poudlard au péril de sa vie, ou presque.

Alors elle fait le choix d'accompagner Luke dans la maison de Phil en Écosse. Bowerst n’y a pas été invité, et c’est mieux ainsi. Mais une part d’elle peine à se réjouir de ces vacances, elle s’y sent contrainte et surtout, elle se sent trahie par ses parents. Son père lui annonce ne pas vouloir passer les vacances avec elle. Sa mère lui dit que son ex-meilleure amie prend sa place dans sa vie et qu'en plus elle est en une super danseuse. Son frère ne lui a pas écrit dix mots.

Alors oui, elle l’a mal pris et malgré les efforts de ses amis elle peine à passer outre.

 

Toutefois, Phil et Luke ne semblent pas avoir dit leur dernier mot puisqu’une main ferme lui agrippe l’épaule la contraignant à sortir de sa contemplation. Ses yeux bleus-verts se posent rapidement sur Luke. Le sourire qui barre son visage, ses joues rosies, la sueur qui a dû perler à son front, ses boucles brunes sont plus désordonnées qu’à leur habitude à cause des mains qui viennent y semer le trouble, ses yeux marron pétillants de malice. Il semble heureux.

-Allez, Abby, arrête de déprimer et viens avec nous.

Le sourire qu’il lui offre a raison de la tristesse qui s’est installée dans le cœur de la jeune fille depuis plusieurs jours. Le fait qu’il lui secoue vigoureusement l’épaule n’y est pas non plus étrangère car il l’entraine avec force loin de la banquette.

Lorsqu’Abigail se retrouve debout au centre du compartiment, tous les Serpentards se mettent à l’applaudir et à chanter son nom, comme si elle était l’héroïne d’une légende oubliée et quelques garçons commencent même à l’attraper par les bras et jambes afin de la lancer en l’air.

La jeune fille ne se souvient pas d’avoir un jour vu les Serpentards aussi… festifs. Du moins festifs en présence d’autres, car dès qu’ils sont hors de la salle commune, tous se ferment et deviennent désagréables en bons Serpentards qu'ils sont. Mais ici, dans ce wagon malgré le passage des étudiants des autres maisons ils sont particulièrement bruyants et rient beaucoup, ce qui semble assez étrange. Mais c’est agréable.

Finalement, la demoiselle finit par se détendre et rejoindre ses amis dans leur boucan, savourant les regards désapprobateurs de tous les élèves qui passent devant leur compartiment.

 

***

 

Abigail, comme à son habitude, est la première levée. Elle a eu le temps d’aller courir dans les environs, pendant une heure, puis de petit-déjeuner et de s’occuper un peu avant que les garçons ne daignent sortir le moindre orteil de sous leur édredon. Il faut avouer que la maison de Phil est située en Écosse, au milieu d’un jardin/champs/bois/étendue vaste, où le temps n’est pas clément. Il pleut beaucoup et il y fait froid, même au printemps.

Mais, aussi étrange que ça y paraisse, lorsqu’il est question de jouer au Quidditch, le temps n’est en rien une contrainte de l’avis des garçons. Donc tous les matins les trois amis volent pendant deux ou trois heures dans l’immense jardin, Abigail étant la moins enthousiaste, car lorsqu’elle leur proposera d’aller en ville pour se promener elle sait que tous deux prétexteront que le temps est bien trop mauvais pour mettre le nez dehors.

Parfois elle a envie d’en prendre un pour taper sur l’autre. Mais elle doit avouer qu’elle apprécie passer du temps avec eux, loin de la pression de Poudlard et de la peur qui n’est jamais vraiment loin. Ici, elle se sent bien.

La jeune fille agite sa baguette en souriant tandis qu’elle utilise un sort qu’elle vient d’apprendre. La sœur de Phil, Penny, lui a montré comment lancer un Sonorus, lui assurant qu’elle ne courait aucun risque à pratiquer la magie à l’intérieur de la maison. Penny est de quatre ans son aînée et elle a quitté Poudlard après la bataille qui y a eu lieu. Désormais, elle suit ses cours dans une autre école, quelque part en Écosse et s’y plait grandement. Les jeunes filles sont plutôt complices malgré leur différence d’âge et comme elles se lèvent toutes deux tôt le matin elles en profitent pour discuter et apprendre à se connaitre.

Penny est une sang-mêlée qui a beaucoup souffert pendant la guerre et qui n’a jamais voulu retourner à Poudlard après ces sombres évènements. Elle bénéficie d'un suivi psychologique dans son école afin de l’aider à reprendre gout à la vie et à gagner en assurance. Discuter avec Abigail lui semblait difficile au début, mais elle a fini par s’y habituer, lui même racontant quelques anecdotes sur ses cours et ses nouveaux amis.

En général, lorsqu’elles finissent de petit-déjeuner, Penny retourne travailler dans sa chambre tandis qu’Abigail se dirige soit vers la cour extérieure, soit vers la salle de bal délaissée afin de se défouler. Et aujourd’hui, la jeune fille choisit d’aller dans la salle de bal, peu désireuse de sentir l’eau froide ruisseler sur tout son corps de si bonne heure.

Abigail porte la lourde radio moldue qu’elle a achetée, avec l’aide de Luke et Phil, dans le village moldu non loin. Il s’agit de sa nouvelle amie et du seul objet non-sorcier de la maison, ce qui étonne la jeune fille, bien qu’elle n’aborde pas le sujet avec son ami, craignant aborder un sujet délicat. En effet, depuis leur arrivée dans la demeure familiale, ni elle ni Luke n’ont vu M et Mme Mc Caster et lorsqu'ils interrogent Phil à ce propos celui-ci se montre évasif. Il se passe quelque chose, Abigail en est certaine, mais le Serpentard ne semble pas disposé à avouer quoi que ce soit.

Alors la jeune fille profite de ces journées simples. De ces matinées sportives, de ces rares ballades avec les garçons dans les environs ou dans la ville moldue, de ces déjeuners préparés avec l’aide de la magie, de ces après-midis studieux et de ces soirées relaxantes. Oui, le rythme de ces vacances lui plait. Et après presque une semaine dans l'imposante demeure elle a fini par s’habituer aux grandes pièces, à leur nombre impressionnant, à leur fonction parfois étrange ainsi qu’à leur inutilité bien qu’elle ressente encore une pointe de tristesse devant tant de pièces abandonnées.

Lorsqu’une chanson des Beatles emplie la salle de bal, Abigail se laisser porter, chantant les paroles qu’elle connait par cœur. Ses doigts reprennent des riffs de guitare imaginaire et ses jambes effectuent des pas de danse tout droits sortis des années 70.

Lorsque deux têtes, encore dotées de traces d’oreiller sur les joues, apparaissent dans l’entrebâillement de la porte qui vient de s’ouvrir, Abigail leur fait signe de la rejoindre. Ce n’est pas la première fois qu’ils la surprennent au milieu d’une danse étrange et elle a fini par s’en amuser. Eux aussi probablement.

Les bougonnements de ses amis semblent vouloir lui dire qu’il est trop tôt pour faire preuve d’autant d’énergie, alors la jeune fille leur tire la langue et va éteindre la radio, avant de leur tenir compagnie pendant qu’ils mangent.

Il s’avère que si les garçons n’aiment pas danser dès le matin, ils sont toutefois capables de parler Quidditch, au grand désespoir d’Abigail. Le Quidditch semble amusant, mais elle n’est pas une grande fan, à commencer par leur étrange et incompréhensible manière de compter les points. Bon, en y songeant c’était tout aussi complexe que les points au rugby, sport qu’elle avait essayé de leur faire découvrir, mais rien ne semblait pouvoir les détourner de leur amour pour le Quidditch. Malheureusement.

La conversation matinale porte cette fois-ci sur les équipes écossaises, leur classement… Et Abigail décroche, elle soupire et finit par se lever, préférant regarder le temps par la fenêtre. La brume ne s’est pas encore levée et la jeune fille sait qu’elle n’y échappera pas, les garçons vont vouloir aller voler. N’ayant pas de balais, elle et Luke empruntent ceux se trouvant dans la remise. Ils sont assez vieux, mais volent suffisamment bien, à leur humble avis.

-Abby, t’es prête ?

La jeune fille sursaute. Plongée dans ses pensées et la contemplation de l’eau qui ruisselle sur les pavés de la cour, elle n’a pas remarqué que ses amis ont fini de manger et qu’ils sont déjà habillés. Leurs tenues de Quidditch sont souvent faites avec de vieux t-shirts ainsi que les habituelles protections usées qui trainent dans la vieille malle de Phil. Mais pas aujourd’hui, car l’écossais porte fièrement un t-shirt officiel, noir et blanc. Il remarque le regard interrogatif de la jeune fille et la devance.

-C’est le maillot des Pies de Montrose ! Tu sais, l’équipe que je supporte… et dont on a parlé pendant près de vingt minutes tout à l’heure…

Devant l’air coupable d’Abigail, Phil éclate de rire tandis que Luke lui résume brièvement la situation.

-Ils ont leur stade à Montrose, pas très loin d’ici, en bord de mer, mais leur lieu d’entrainement demeure secret, pour éviter d’être harcelé par les supporters. Il y a beaucoup de théories sur leur terrain secret…. Mais en attendant, cet idiot cherche à prouver qu’avec son maillot fétiche il sera meilleur sur son balai et qu’il pourra nous battre.

Un sourire éclatant, un ricanement, des yeux pétillants ainsi qu’un soupire à s’en fendre l’âme témoignent du départ imminent sur le terrain. Abigail se dirige vers les escaliers afin d’aller se changer, peu désireuse de sortir sans imperméable ni une tenue adaptée, toutefois elle se fige lorsque ses yeux s’attardent sur le maillot des Pies de Montrose.

-Mais.. J’ai déjà vu cet oiseau, quelque part…

Un éclat de rire, de Luke qui s’amuse beaucoup de la situation, lui répond peu après, suivit d’une remarque moqueuse.

-Peut-être parce qu’il y a un poster géant dans notre dortoir, à côté du lit de Phil… ?

Phil, quant à lui croise les bras, vexé que sa meilleure amie ne s’intéresse pas à sa passion pourtant évidente et que Luke le tourne ainsi en dérision.

-Non, je veux dire.. Non, je l’ai déjà vu.. Mais ailleurs.

Abigail fronce les sourcils et s’approche du dessin, essayant de se souvenir de cette impression fugace. Il lui semblait familier ce dessin. Cette pie. Ces cercles…

Finalement, un faible souvenir lui revient.

-Je l’ai vu 'y a pas longtemps... En allant courir. Je crois. Je... Ça me rappelle un panneau en bois à moitié moisi. Dessus il y avait ce dessin, il me semble.

C'est étrange. Le souvenir qu’Abigail est flou, et elle peine à le visualiser correctement. Elle est incapable de le replacer correctement quelque part, ni même un jour. C'est tellement frustrant de ne pas réussir à savoir.

Mais ses propos semblent avoir intrigué Luke tandis que Phil reprend la parole avec une moue peu convaincue.

-Tu sais, depuis le temps que je vis là je doute que ça soit plus qu’un panneau d’un supporter, ici tout le monde supporte les pies.

-Mais si c’était plus que ça ?

La voix excitée de Luke les interrompt. Les yeux brillants il commence à imaginer qu’ils découvrent le terrain d’entrainement des Pies de Montrose, le secret qu’ils porteraient sur leurs épaules, la possibilité de les voir voler, de les rencontrer…

-Sauf que ce n’est qu’un vieux panneau moisi aperçu Abigail-ne-sait-où et qui n’a probablement aucune utilité autre que dire « les Pies de Montrose domineront le monde ». Donc quand tu te seras calmé Medley, tu pourras nous retrouver dehors.

La conversation prend fin avec le départ de Phil sur ces bons mots et Abigail monte se changer en vitesse. Elle rejoint les garçons sous la pluie quelques minutes plus tard. Elle vole de mieux en mieux et les nouveaux exercices du jour ont pour but de lui apprendre à voler sans tenir le balai avec les mains, ce qui n’est pas particulièrement simple. Elle n’ose pas demander à Luke quel est l’intérêt de tous ces entrainements donc elle se contente de suivre le mouvement, attendant avec hâte le véritable jeu où ils tirent dans les cerceaux et essayent de se piquer la balle les uns aux autres avant d’essayer de marquer. Et elle n’est vraiment pas très douée pour viser. Mais elle s’en moque un peu, car elle s’amuse et surtout elle sait que ça signifie qu’ils ne vont ne tarde pas à rentrer et qu’elle pourra profiter des biens faits d’un bain chaud suivit d’un bon repas. La vie, même loin de sa famille, n’était pas si désagréable.

 

***

 

Abigail Turner monte le volume de la radio à l’aide du sortilège de manière à ressentir les vibrations de la musique et la laisse envelopper son être. Il s’agit d’un tube daté de quelques petites années et qui est particulièrement entrainant, son rythme et ses vibrations procurent à la jeune fille envie de sauter partout en chantant à tue-tête.

Le soleil se couche paresseusement derrière les hautes silhouettes des conifères qui entourent la cour principale de la demeure des Mc Caster et seule une fine silhouette profitait de ces derniers rayons. La jeune Anglaise a passé trop de temps enfermée à travailler sur des devoirs ennuyeux et ressent le besoin de profiter de quelques minutes de libertés avant que la nuit n’engloutisse tout, obligeant les jeunes sorciers à se réfugier autour du feu de cheminée. Comme il ne pleut plus depuis quelques heures, les pavés glissent à souhait et l’air est frais, parfumé par une agréable odeur d’herbe mouillée qu’elle trouve enchanteresse.

-Un dos tres ! Un pasito por adelante Maria… Un dos tres, un pasito por atras.

Abby commence à connaitre quelques paroles de cette chanson, principalement celles du refrain, et elle les reprend avec joie.

Ses pieds marquent le rythme tandis qu’elle se déhanche dans de grands gestes, ses bras accompagnant chacun de ses mouvements. Elle chantonne de son mieux, secouant la tête en rythme. Lorsque celui-ci s’accélère dévoilant un enchainement de percussions ses pieds s’agitent en claquant sur les pavés humides tandis que ses mains se figent en l’air. Ses épaules sont immobiles tandis que ses hanches reprennent le rythme de manière plus douce, ondulant avec grâce.

-Yepa.

Abigail écarte soudainement les bras et se fend sur le côté avant de reprendre d’autres pas, remuant tout le corps. Têtes, bras, épaules, hanches, pieds tout est coordonné bien qu'elle ne pense à rien. Elle se contente de se laisser porter par le rythme et la voix séduisante du chanteur. L’espagnol est si chaleureux… Elle regrette en cet instant de ne pas prendre de cours pour apprendre à le parler. La chanson touche désormais à sa fin, elle le sent. Son souffle commence à se faire court et ses bras à se crisper d’être tant levés. Se tête lui tourne légèrement à force de tournoyer autant.

Souriant, la jeune fille se fige, la tête relevée et les jambes écartées, cherchant à retrouver ses esprits. Le froid de la nuit caresse sa peau et elle frissonne. Mais son instinct lui susurre qu’il y a autre chose.

Faisant volte-face, elle aperçoit, dans la pénombre une haute silhouette. À une dizaine de pas d’elle se tient un homme, à n’en pas douter vue son impressionnante stature, et il l’observe, immobile. Le manque de lumière inquiète Abigail qui est incapable de discerner quoi que ce soit de l’intrus et elle se recule légèrement, craignant le pire.

 

Finalement la porte de la bâtisse des Mc Caster s’ouvre, baignant d’une lumière chaude la scène et Abigail en profite pour détailler le nouvel arrivant tandis que des bruits de pas l’informent qu’elle n’est plus seule face à lui. L’homme est grand. Il porte un long manteau noir qui renforce sa carrure et surtout ses larges épaules. Son regard est sombre, ses sourcils sont froncés et son visage est émacié. Il porte une courte barbe et sa baguette en main, il semble réfléchir au sort qu’il réserve à cette fillette qui se tient devant lui.

Abigail réalise soudainement que le silence n’est plus, la chanson précédente a rapidement été remplacée par un nouveau titre, du hip-hop cette fois-ci, et la situation semble irréelle, la musique brise la scène, la rendant grotesque et pourtant… Abigail n’est vraiment pas rassurée.

C’est une voix féminine qui met fin aux regards inamicaux.

-Papa !

Un sourire étire les lèvres de Penny lorsqu’elle salue le nouvel arrivant avant de l’embrasser sur la joue. Elle fait ensuite la présentation, Abigail se faisant toute petite, intimidée par la présence du père de son ami. C’est la première fois qu’elle le voit et il dégage une telle force…

Se reprenant, la jeune fille balbutie quelques mots, espérant secrètement disparaitre afin de mettre fin à cette situation plus qu’inconfortable et légèrement honteuse pour elle. Depuis quand le père de Phil est-il présent à l’observer ainsi ?

-Monsieur Mc Caster, c’est… un honneur. Je suis une amie de Phil et.. Euh, merci de nous accueillir…

-C’est bon, ça ira. Nous ne sommes pas obligés de nous adresser la parole, tu profites déjà de mon hospitalité, ça sera suffisant, je pense.

Abigail écarquille les yeux, surprise par l’animosité qui émanait de ces propos et le regard glacial de l’homme. Elle ne comprend pas… Il les a pourtant invités à séjourner chez lui…

Heureusement pour elle, Phil arrive à cet instant, suivi par Luke qui a manqué toute la scène.

-Bonsoir papa.

Il s’approcha à son tour de son père et le salua d’une poignée de main qui semble… Abigail n’arrive pas à trouver le mot approprié. Cette manière de se saluer lui semble si impersonnelle…

La suite la laisse toute aussi surprise. Luke n’a pas même le temps de se présenter qu’une réplique cinglante est lancée, Phil répond avec hargne. Le mot "Serpentards" parvient aux oreilles d'Abigail tandis que quelques paroles supplémentaires sont chuchotées d’un ton menaçant juste avant que son ami ne tourne les talons, mettant le plus de distance possible entre son père et lui.

Immbile, la jeune fille ne sait pas quoi faire. Son regard passe de la silhouette qui s’éloigne à celle de son père, puis il se pose de nouveau sur Phil, puis son père, puis Phil… Puis Luke. Celui-ci capte son regard et sans le moindre mot ils se mettent d’accord. Un simple regard et elle comprend. Les jeunes gens marmonnent des excusent avant de tourner également les talons espérant rattraper Phil.

 

***

 

Phil s’éloigne d’un pas raide en direction du parc, tournant le dos à la maison et sa douce chaleur. Il s’enfonce dans la nuit, sous le regard surpris de ses amis qui ne comprennent pas ce qu’il se passe. Mais il s’en moque. Il ne veut voir personne. Il n’a pas envie de sentir leurs regards peinés et de répondre aux questions qu’ils ne se retiendront pas de poser. Sa respiration s’est faite difficile, son sang bouillonne dans ses veines. Une fois encore à cause de son père. De ce qu’il pense. De son comportement vis-à-vis de lui.

Une larme brulante de rage et d'impuissance coule sur sa joue et il l'essuie d’un geste rageur. Un bruit de course l’informe qu’Abigail et Luke sont en train de le rattraper. Une petite main froide se glisse dans la sienne, immédiatement accompagnée par la seconde petite main froide qui s’accroche à son bras droit, le serrant avec tendresse. Abby. Une main plus forte vint se poser quant à elle sur son épaule gauche et la presse légèrement, chassant la colère qui l’habite. Luke.

Il n’est pas seul. Il a ses amis, et ce réconfort, comme souvent, parvient à le rassurer, même si cette fois-ci la tristesse qui emplit son cœur ne disparait pas. En fait, elle ne disparait jamais vraiment, elle demeure dans un coin de son cœur et elle se rappelle à lui de temps à autre. Lorsque son père le désire.

Les trois amis marchent en silence sur le chemin sinueux qui s’enfonce dans le bois clairsemé, la lune guidant leurs pas.

Finalement, Luke s’éloigne du chemin pavé pour se diriger vers une souche creuse, son refuge depuis déjà quelques années lorsqu’il a besoin de solitude ou de réconfort. Le morceau de bois est grand pour un enfant de dix ans, mais il devient plus qu’étroit pour trois enfants de onze ans. Mais ils réussirent à y entrer sans que personne ne pose la moindre question, même si le regard de Luke indique clairement qu’il aurait préféré s’assoir ailleurs sans avoir à être écrasé contre ses amis.

Phil soupire, assis sur le sol humide, les genoux remontés contre sa poitrine et pressé à côté d’Abigail tandis que Luke finit par rester debout, les fesses reposant sur l’épaisse écorce qui demeure présente malgré le temps et les intempéries. Il n’y a en fin de compte pas assez d’espace pour eux trois, à deux ils ne sont déjà pas tellement à leur aise.

Mc Caster sourit tristement en observant ses meilleurs amis. Abigail le dévisage avec inquiétude, ses grands yeux bleus brillants avec compassion. Ses cheveux reflètent timidement l’éclat de la lune et retombent sur ses épaules, l’enveloppant comme une cape et dissimulant les vêtements moldus qu’elle porte. Luke est immobile et le regarde les yeux plissés. Il a croisé les bras et attend les explications qui ne vont plus tarder.

Inspirant fortement, Phil finit par prendre la parole.

-Je suis désolé… Mon père…

Il cherche ses mots et préfère fermer les yeux, basculant la tête en arrière. Il inspire longuement, ordonnant ses pensées. Il est plutôt agile avec ses mots généralement, alors pourquoi est-ce si difficile en cet instant ?

-Il n’aime pas les Serpentards ? Développe.

La voix d’Abby trahit son impatience, elle veut savoir et cette attente lui semble interminable. Elle n’a jamais été particulièrement patiente, il faut l’avouer. Elle est du genre à vouloir foncer directement dans l’action sans tergiverser.

Phil reprend la parole, plus sûr de lui.

-Je me suis toujours très bien entendu avec mon père, jusqu’à ce que je rentre à Poudlard et que je sois envoyé à Serpentard.

Luke hoche la tête et écrase le pied d’Abigail lui intimant de se taire afin de laisser leur ami parler à son rythme. Apercevant le geste, Phil sourit et poursuit son histoire.

-Ma mère était une née moldue…

-Était ?

Abigail une fois encore. Le regard sombre et peiné de Phil se pose sur elle, la faisant déglutir avec peine. Elle a touché un point sensible.

-Oui, était. Elle est morte. Pendant la guerre, tous les nés moldus étaient traqués et… ma mère n’a pu y échapper. Elle a été jugée et condamnée, malgré tous les efforts de mon père, malgré leurs arguments et… Le voix de Luke s'éteint avant de reprendre, légèrement enrouée. Vous-savez-qui et leurs hommes avaient retourné l’esprit de tous les politiciens, de toutes les personnes de pouvoir. Il leur semblait logique de condamner ces sorciers qui étaient issus du monde moldu.

La voix de Phil se brise un instant, la douleur accompagnant ces souvenirs qu’il ramène à la surface. Mais parler lui fait du bien. Il réalise qu’il était temps que ses amis sachent. La vérité est souvent libératrice.

-Ma mère a été emprisonnée puis jugée coupable. Elle est… morte. Ils l’ont exécutée. Ça nous a tous touchés, traumatisés. Ma sœur était à Poudlard alors, et ce qu’elle y a vécu… c’était probablement tout aussi difficile, mais elle ignorait ce qu’il se passait, elle s’en doutait fortement, mais elle n’a reçu aucune lettre lui apprenant le décès de notre mère. Moi j’étais ici, avec mon père et… Et on a tout suivi, on a tout vu, on a tout fait pour empêcher ça et les personnes du ministère ont fait remarquer que les bâtards comme moi, les sangs pas totalement purs, ne tarderaient pas à être également listés, car leurs droits étaient tout aussi douteux… Eh bien mon père a renforcé les protections autour de la maison, on a cessé d’aller au ministère de la magie pour arranger les choses. Maman venait de mourir et il ne comptait pas laisser quiconque s’attaquer à moi. Les mois qui ont suivis étaient si difficiles, si angoissants… On ne dormait jamais vraiment, je faisais beaucoup de cauchemars dont je me réveillais en sueur et terrorisé… Mon père aussi, mais il ne criait jamais. Il m’a protégé. Il m’a guidé. Il… était tout ce qu’il me restait.

Phil se tait et se laisse emporter vers ces sombres souvenirs. Tous ont vécu la guerre et il sait qu’il ne doit pas être le seul avec une telle histoire. Chacun porte ses propres marques, ses cicatrices qui l’accompagneront pour longtemps. Mais cela ne fait pas même deux ans que la guerre est finie alors les plaies demeurent ouvertes.

-Finalement, la guerre a pris fin, mon père, ma sœur et moi on était vivants. Traumatisés, probablement, mais vivants. Penny n’a jamais voulu retourner à Poudlard après ce qu’elle y a vécu et.. Papa m’a laissé le choix, mais Poudlard allait renaitre et redevenir l’école qu’elle avait toujours été, elle m’apporterait le soutien et la sécurité qu’il fallait. Manque de chance j’ai été envoyé à Serpentard. Je ne sais pas vraiment ce qu’il lui est arrivé au Choipeau, mais c’était le pire qu’il puisse m’arriver. Je m’en souviens encore, je chantonnais mentalement dans l’idée de me rassurer, suppliant ce morceau de tissu de ne pas m’envoyer à Serpentard et il m’a répondu : « Pourquoi ça ? Avec tes aspirations, c’est la seule maison qui te convienne », et ensuite il a hurlé « SERPENTARD ».

Phil inspire. L’air est frais et il commence à avoir froid. Malheureusement ils sont trop loin de sa demeure pour lancer un sortilège sans risque. Avec leur appartenance à Serpentard, c’est un coup à se faire exclure et à être privé de baguette.

-Donc voilà le nœud du problème. Avec mon père et ma sœur, on hait les Serpentards. Ces personnes qui ont réussi à nous faire tant de mal, à nous et à tant d’autres. C’est la personnification du mal, pratiquement. De cette maison sont sortis beaucoup d’hommes et de femmes cruelles qui ont perverti notre monde, qui l’ont mis à feu et à sang… Ils m’ont pris ma mère. Ils ont torturé ma sœur –à Poudlard, oui- et… J’ai été envoyé chez eux. Je suis l’un des leurs désormais.

Phil baisse les yeux, se concentrant sur ses mains fines et blanches. À côté de lui, Abigail a posé la main sur son avant-bras dans l’espoir de lui apporter un peu de réconfort. Luke quant à lui demeure muet et immobile. Lui aussi a vécu la guerre, il doit avoir ses propres souvenirs et être envoyé à Serpentard a dû être probablement une déception pour ses parents, car pour tous, l’amalgame « Serpentard = Mangemort » est courant.

-Penny a réussi à surmonter ça, elle m’a écrit que ça ne changeait en rien qui j’étais ni de l’amour qu’elle me portait. Qu’en cas de besoin je pourrais toujours quitter Poudlard, si c’était trop.. dur. Elle m’a été d’un grand réconfort. Mais papa… Lui, il ne l’a pas du tout pris bien. Il m’a écrit une unique fois, avant Noël. Il m’a traité de paria, de fils indigne, de traitre et plein d’autres choses qui m’ont fait comprendre que j’étais le pire des fils. Les Mangemorts –toutes les personnes approuvant les pensées et actes de vous-savez-qui en sont, même s’ils ne portent pas la marque et travaillent au ministère- m’ont pris ma mère et viennent de m’arracher mon père, par ses préjugés et… C’est dur. À Noël pas un mot n’a été échangé pendant une semaine. Il m’ignorait. Mais une fois encore ma sœur est intervenue, voir la famille ainsi déchirée c’était trop pour elle, alors mon père fait des efforts. Depuis on échange un peu, nos rapports sont tendus, mais il me regarde, il m’écoute parfois parler de ma vie à Poudlard… Je ne sais pas pourquoi il a accepté que vous veniez à la maison, mais je crois.. que je préfère être avec vous pour… tout ça.

-Tu n’es pas seul.

C’est Abigail qui a une fois de plus pris la parole, mais cette fois-ci ses mots caressent Phil et il la regarde avec une lueur de reconnaissance dans le regard. Il lui serre la main en signe de remerciement. Oui, ils sont là pour lui.

 

***

 

Trois silhouettes marchent d’un pas décidé dans les hautes herbes au milieu d’un paysage vallonné. La pluie ne faisant heureusement pas partie de l’aventure, mais une brume étrange vient de se lever limitant leur vision.

Ils cheminent en silence, fatigués par cette longue promenade et économisant leur souffle. Leur parcours prévoit que s’ils ne trouvent rien, ils n'auront plus qu'à gravir la colline qui, même si sa pente demeure douce, les fatiguait d’avance. Sauf Abigail. Elle a déjà fait cette promenade plus d’une fois, mais elle continue de savourer ces paysages qu'elle trouve presque désolants. Tout y est si vaste, si vide, si vert… L’air est pur et le vent encourageant. Et contrairement aux forêts de Poudlard, ici elle se sent libre et en sécurité.

-Humpf… Franchement Abby, t’es sûre de ton coup ? Il va bientôt pleuvoir…

La jeune fille lève les yeux au ciel en soupirant, lassée par la mauvaise volonté de Phil.

-Non, je n’en sais rien, mais avec Luke on veut savoir donc tais-toi et marche. Le tour qu’on fait je mets une bonne heure le matin en courant alors je ne vois pas pourquoi tu te plains encore, parce que de nous deux c’est moi qui suis supposé être une fille.

Le regard qu’elle adresse ensuite à son ami le fait taire. Enfin plutôt il grommelle dans sa barbe, probablement vexé que la seule fille du groupe soit finalement plus sportive que lui ou que Luke, malgré les apparences.

Luke, de son côté, sourit et adresse un clin d’œil amusé à Abby. C’est lui qui est à l’origine de cette expédition. Après les révélations de la jeune fille à propos de ses souvenirs flous sur la pie de Montrouge, le garçon, féru de Quidditch, a avoué qu’il est probable que le camp d’entrainement, afin de garder sa localisation secrète, soit entouré d'énormément de sorts, avec probablement des sortilèges qui affectent la mémoire. Ce qui signifie que cette absence de souvenirs est peut-être due à un sortilège de protection, et grâce à ça, ils sont capables de trouver l’équipe de Quidditch. Donc durant la deuxième semaine des vacances, Abigail est retournée courir où elle avait été la semaine précédente, notant sur une vieille carte abimée ses trajets. Elle partait tôt le matin, continuait d’explorer d’autres coins pendant une petite heure, puis elle prenait sa nouvelle radio -depuis miniaturisée par Penny afin de la transporter à son bon vouloir- et partait se promener, vadrouillant dans les environs en essayant de se souvenir de ses diverses courses. Comme elle n’avait jamais vraiment réfléchi au chemin qu’elle empruntait avant l’épisode de la pie, elle était incapable de resituer la zone où elle avait aperçu le panneau.

Donc pendant que les garçons jouaient au Quidditch, elle, elle se promenait en musique. Parfois elle s’arrêtait, montait le son, et se mettait à danser au milieu des champs. Car l’Écosse c’est quand même sacrément la campagne. Mais elle aime bien ça.

Abigail aime les escapades qu’elle faisait le matin car elles lui permettaient ainsi d’échapper au Quidditch. Elle avait passé suffisamment de temps sur un balai pour les trois prochains mois et elle désespérait à réussir à marquer des buts. Finalement son absence ne semblait pas frustrer les garçons puisqu’ils lui avaient alors avoué qu’elle n’était de toutes les façons pas très douée. Franchement, parfois ils manquent de délicatesse…

Abigail a donc désormais l’impression de connaitre la région comme sa poche, et pratiquement tous ses habitants, mais ce n’est qu’aujourd’hui, vendredi matin, l’avant-veille de leur départ, où quelque chose a été différent. En rentrant, elle n'a rien raconté de particulier. Elle est allée courir, et voilà. Elle n’a pas de souvenir précis de son escapade sportive. Luke a alors organisé une mission d’exploration et la fine équipe est partie sur les traces d’Abigail. Ils y sont encore et toujours aucune trace du fameux panneau. Phil regrette de ne pas avoir pris de quoi pique-niquer comme sa sœur l’avait pourtant conseillé.

 

***

 

Luke pousse la barrière branlante et celle-ci s’ouvre dans un grincement sinistre. Phil et Abigail le regardent avec peine. Peut-être même avec peur. Il leur jette un regard sévère et pénètre sur la propriété qui semble à l’abandon.

Le panneau des Pies de Montrouge dans son dos, Luke s’avance sur le chemin fait de gravillons. L’endroit semble abandonné et il commence à craindre que Phil ait raison, que ce vieux panneau ne soit qu’une manifestation d’un quelconque supporter. Mais maintenant qu’ils ont trouvé ce fameux panneau, après avoir traversé la moitié du pays -en exagérant à peine-, il est hors de question de faire demi-tour avant d’obtenir le fin mot de l’histoire.

Alors le jeune homme prend la tête du groupe et s’élance vers la grange qu’il devine derrière la dense haie. Ici, les pins sont hauts et légèrement tordus à cause des assauts du vent. L’herbe est irrégulière et sauvage, la terre quant à elle demeure imbibée d’eau.

Le silence et le vent lui font rentrer la tête dans les épaules et il imagine avec difficulté la solitude de Phil lorsqu’il devait se cacher dans la région afin d’éviter les Mangemorts. Depuis les révélations de leur ami, une semaine plus tôt, il voit les choses différemment et il s'est également confié, sur sa vie pendant la guerre. Sa famille n’a rien d’héroïque non plus, mais ils ont accepté sa répartition chez Serpentard. Avec difficulté, certes, mais ils l’ont accepté. Peut-être se méfient-ils un peu de lui à présent, mais leurs relations n’ont pas vraiment changées. En fait, il n’y a qu’Abigail qui se moque éperdument de son arrivée chez les serpents. D’un certain côté, elle a de la chance lors des repas de famille de ne pas subir les interrogatoires afin de savoir ce qu’elle pense des Mangemorts, de la magie noire et autres questions idiotes tant leur réponse est évidente.

Depuis l’incident avec le père de Phil, Luke ne l’a revu que pendant le week-end ainsi que quelque rares fois le soir en coup de vent. Abigail semble l’avoir aperçu plus souvent, mais elle leur a confié qu’il demeurait muet, il la regardait, de loin, puis lorsqu’elle montrait qu’elle l’avait vu il tournait les talons. Un homme étrange, aux goûts de Luke. Phil lui préférait dire qu’il était nostalgique et de voir Abby faire ses « trucs de moldu » lui rappelait les souvenirs de sa femme disparue. Pas de quoi s’inquiéter. Enfin en attendant Luke trouvait ça plutôt inquiétant et il essayait de rester régulièrement avec Abigail afin de ne pas la laisser seule avec cet homme.

-Regardez !

La voix d’Abigail tire Luke de ses pensées et il relève la tête, apercevant ce qui avait valu le cri de la blonde. Devant lui, où se trouvait ce qui lui semblait être une vieille grange se dresse désormais une imposante ferme qui n’a rien de décrépi. Le blason qui orne sa face lui tire un cri de joie tandis qu’Abigail saute au cou de Phil qui semble trop abasourdi pour réagir.

-J’avais raison ! C’est ici….

Luke se retourne vers ses amis et les regarde les yeux pétillants. Il allait enfin, pouvoir regarder un entrainement de Quidditch, depuis le temps qu’il en rêvait… Ce sport est devenu au fil du temps sa plus grande passion. Ça a commencé par un livre dans la grande bibliothèque familiale. Puis un autre, et encore un autre. Il a découvert son histoire et ses règles avant de toucher le moindre balai. Il a ensuite demandé plus de livres, il a découvert les principaux clubs, les grands joueurs, les différentes techniques puis il a eu son premier balai. Il ne volait pas bien haut, mais il pouvait alors s’amuser à reconstituer les plus grandes parties de l’Histoire du Quidditch. Sa mère s’est ensuite amusée à lui confectionner quelques tenues de grandes équipes britanniques et sa passion s’est véritablement envolée avec son arrivée à Poudlard et la passion réciproque de Phil pour ce sport sorcier. Luke, au contraire de l’écossais, ne supporte aucune équipe en particulier, il a des joueurs préférés pour ce qu’il a lu à leurs sujets, mais n’ayant jamais été sur un terrain autre que celui de Poudlard il ne peut pas vraiment donner son avis. Alors il se contente de lire régulièrement des magazines consacrés à ce sport ainsi qu'à suivre avec assiduité les entrainements –et bien entendu les matchs, cela va de soi- de son équipe verte et argentée. Jusqu’à ce jour. Car aujourd’hui, il sent que les choses sont sur le point d’être bouleversées.

Fébrile, le jeune homme longe les arbres, à leur couvert jusqu’à l’extrémité d’un champ parfaitement régulier. L’herbe est basse, bien entretenue et d’un vert éclatant. Un loin, il aperçoit des poteaux enfoncés dans le sol et, levant les yeux, il aperçoit les cercles si familiers des anneaux de Quidditch. Le terrain des Pies de Montrouge. Il n’arrive pas à en croire ses yeux. Ébahi, il se laisse tomber, contemplant ce spectacle qui lui semble être d’une beauté absolue. Dans le ciel il aperçoit quelques silhouettes se faufilant entre les nuages. L’équipe serait-elle en train de voler ?

Phil semble tout aussi surpris que lui et aucun son ne s’échappe de sa bouche. Les trois adolescents sont désormais assis à même le sol et Abigail sort la carte afin d’y noter les dernières informations, dont l’entrée du terrain secret.

-Au cas où en sortant on ne se souvienne de rien…

Phil tente de lui expliquer, les yeux fixés sur les joueurs et leurs balais qui ne sont que de petits points noirs d’où ils se trouvent, qu’une fois les barrières de protections passées, ils ne devraient perdre aucun de leurs souvenirs, mais la jeune fille y prête peu d'attention puisqu'elle hausse les épaules avant de noter quelques mots de son écriture serrée et quelque peu maladroite.

Luke sourit niaisement, incapable de se soucier de ce qui l’entoure. Il observe ces hommes –et femmes- qui volent au-dessus de leurs têtes et il les admire. Leur vélocité, leurs réflexes, leurs mouvements.. Même de loin, tout lui semble si fluide et instinctif. Il n’a jamais eu la chance d’assister au moindre match, mais maintenant qu’il les voit voler, il est en admiration. Il se rend compte que ses entrainements avec Phil et Abby sont vraiment ridicules en comparaison de ceux des professionnels. Ils volent plus hauts, plus vite, mieux… C’est une véritable équipe qui vole. Et lui, il n’est qu’un imposteur.

Cette réalité lui fait mal, mais loin de le détruire, il sent, en cet instant, qu’il sera prêt à tout pour devenir l’un d’eux. Il va redoubler d’efforts, il va s’entrainer encore et encore jusqu’à rejoindre l’équipe de Serpentard, puis une équipe régionale. Et peut-être, un jour, il deviendra un joueur national.

Ce rêve, son rêve, lui semble désormais si proche, que d’un geste de la main il pourrait le caresser.

 

***

 

Allongés dans l’herbe, les trois adolescents finissent par trembler de froid. Cela fait plusieurs heures qu’ils observent les silhouettes voler dans le ciel gris et il est temps pour eux de rentrer. Se détacher de ce spectacle fascinant est particulièrement difficile, mais ils sourient en songeant qu’ils pourraient revenir ici le lendemain, et tous les jours suivants quand ils le désireraient.

Rassurés par cette promesse, les intrus prennent le chemin de la sortie, veillant toujours à ne pas se faire remarquer. Lorsqu’ils franchissent la porte, tous trois soupirent de soulagement et se mettent à marcher en direction de la demeure des Mc Caster.

-J’ai faim. On a vraiment mis une éternité à faire ta boucle Abby, j’espère que Penny ne va pas s’inquiéter… On dirait qu’il est presque quatre heures !

Abigail hausse les épaules et grimace en répondant.

-Oui, mais on avait besoin de cette pose. Je me sens.. Bien. J’ai vraiment pas envie de repartir à Poudlard…

-Moi non plus ! renchérit Luke. Ça vous dit qu’on finisse nos devoirs en rentrant, quitte à travailler le début de la nuit et demain on sort ? On pourrait demander à Penny de nous emmener à Montrouge par exemple…

-Oh, arrête avec ton Quiddtich !

Le désespoir d’Abigail surprend Luke, qui se tait, tandis que Phil reprend la parole.

-Eh bien, on peut lui demander de nous emmener quelque part. je crois qu’il y a un vieux château pas loin. On peut le visiter et passer par un coin sorcier pour faire le plein de sucreries et d’autres trucs qui nous seront nécessaires pour redevenir les Serpentards que nous sommes.

Les deux amis hochent la tête, convaincus par ce plan simple. Il est temps de se préparer à la rentrée, et de savourer ces derniers instants de paix.

Étrangement, Abigail a une drôle d’impression, comme si elle avait prévu quelque chose le lendemain, mais elle n’arrive vraiment pas à remettre le doigt dessus. Elle sent qu’il y a quelque chose, elle en a parlé avec les garçons, mais pas moyen de savoir de quoi il s’agit.

Finalement, elle n'est même pas certaine de leur en avoir vraiment parlé, c’est peut-être une surprise, ou un truc de fille…

Tant pis.

Haussant les épaules, la demoiselle hâte le pas et rejoint les silhouettes encapuchonnées de ses amis tandis que derrière elle un panneau défraichi où est peint le logo des Pies de Montrouge disparait derrière quelques hauts arbres. Dans la poche arrière de son jean, un rouleau de parchemin accompagne sa marche, dernier témoin de leur découverte, mais lui aussi sera finalement ignoré et il finira dans une malle sombre jusqu’au départ pour Poudlard.

End Notes:

J'aime les reviews alors n'hésitez pas à laisser un petit commentaire !

Bizouilles.

Chapitre 12 : Tristes pantins by Maloux
Author's Notes:

10/02/2018

 

Bonjouuuuuur !

Je vous ai manqué ? Je l’espère /sbaf

Dans tous les cas, pas de panique, je suis toujours présente, j’ai simplement tardé à rédiger ce chapitre qui est.. sacrément long. Le double des chapitres précédents, donc je comprends mieux pourquoi j’ai autant tardé.  ^^' (je tairai le fait que j’ai eu beaucoup de mal à l’écrire, et que j’étais plus inspirée pour des chapitres de troisième année… mais je risquerais de tous vous perdre si je publie des chapitres de toutes les années confondues)

Mais ce n’est pas une excuse, je sais. Pour me faire pardonner, une petite illustration d’Abigail avec sa robe du bal : https://i62.servimg.com/u/f62/15/92/10/15/chapit10.jpg

Sur ce : bonne lecture !

 

PS : merci de continuer à me lire <3

 

Edit modération : Les images dans les notes d'auteur sont soumises à la même règlementation que celles des résumés : 500px x 250 px maximum.

edit aux modérateurs : pardon pour la taille de l'image, j'ai rectifié !

- Beaucoup vous dirons que de bons danseurs doivent être souples, gracieux, avoir le rythme dans la peau et connaitre un nombre incalculable de pas. Moi non. La danse, celle que vous apprendrez ici, c’est surtout un moment privilégié avec l’autre. Le plus important dans une danse, c’est l’osmose qui doit exister entre vous et votre partenaire, le reste est facultatif.

Annabeth Turner démontrait ses talents d’oratrice tous les ans dans ses cours d’introduction. Et aujourd’hui avait lieu l’un de ses évènements. Ses futurs élèves semblaient boire ses paroles ce qui lui tira un sourire satisfait.

-Andrew, Abigail, une démonstration s’il vous plait.

Les deux enfants prirent position, le dos droit et la tête haute, tandis que leur mère appuyait sur un bouton de la chaîne hifi. Une valse résonna dans l’air.

Les enfants Turner dansaient ensemble depuis qu’ils étaient capables de tenir sur leurs deux jambes, alors il fallait avouer qu’ils avaient développé une grande complicité lorsqu’ils dansaient. C’était précisément pour cette raison que leur mère les faisait danser lors de ces initiations. Elle reprit la parole tandis qu’ils débutaient leurs pas à trois temps avec simplicité mais élégance.

-Prenons la valse, danse de salon traditionnelle. Notez mesdames, que c’est le cavalier qui guide, comme toujours. C’est l’homme qui a le pouvoir dans cette danse, c’est lui qui donne le rythme à sa cavalière, les impulsions pour la faire tournoyer, et les directions que prendront leurs pas. Un mauvais cavalier fera un mauvais couple de danseurs, c’est aussi simple que cela, peu importe la grâce et le talent de sa compagne.

La sœur et le frère continuaient de danser, et leurs pas devenaient plus légers, et leurs mouvements plus amples. Sur les pas ennuyeux de la valse, ils brodaient des mouvements dynamiques et parfois même quelques portés, rendant leur danse captivante.

-Cependant, mesdames, nous sommes dans les années 90 alors ne laissez pas vos cavaliers ruiner votre danse. Si vous sentez vos pieds se faire écraser, des mains se perdre, que vous ne tournez jamais dans le bon sens ou qu’il vous a même semblé recevoir un coup de coude malencontreux, adoptez la technique du piquet. Pour limiter les dégâts, votre partenaire peut se contenter des pas de base et de ne bouger que les pieds. Andrew, Abigail, je vous prie.

Annabeth n’avait même pas besoin de le leur demander qu’ils s’exécutaient déjà, Andy s’immobilisait tandis que sa sœur s’accaparait tout l’espace environnant.

Mesdames, ça sera alors à vous d’occuper l’espace et de faire en sorte que les spectateurs oublient votre cavalier. Vous devez être douée car l’illusion doit être parfaite : personne ne doit réaliser que vous menez la danse. Cette fois-ci, il n’est plus question d’harmonie entre les danseurs ni de se mouvoir d’un même pas, mais de démonstration. Regardez Abigail, elle revient régulièrement sous les bras de son partenaire, mais ses mouvements sont libres, elle s’impulse elle-même, elle tournoie lorsqu’elle le veut, ses pas n’ont aucune limite. Jamais elle ne délaisse son cavalier, elle parvient même à l’entrainer sur ses pas à elle et à le faire même tourner. Notez ses pas, rapides et amples, tandis que ceux de son frère sont bien plus discrets, il ne se déplace pratiquement pas dans la salle, alors qu’elle occupe un espace bien plus grand, elle maîtrise l’espace laissé libre autour d’eux, la piste leur appartient. Voyez qu’elle n’hésite pas à se séparer de son cavalier bien que leurs regards demeurent fixés, ils ne perdent pas le rythme.

Abigail faisait claquer ses talons sur le sol et tournoyer sa jupe longue sans réellement prendre plaisir à sa danse. Son opinion rejoignait celui de sa mère, la danse c’était avant tout un moment à partager avec l’autre. Peu importe s’ils se marchaient sur les pieds de temps à autre ou s’ils étaient à contretemps, car ce qu’elle faisait, en cet instant, ce n’était que de la poudre aux yeux. Elle faisait une démonstration de force, elle semblait crier au monde « regardez-moi ! Je tournoie, je suis libre et magnifique ». Elle dansait en solitaire et elle peinait à comprendre pourquoi certains adultes ressentaient le besoin d’épater les autres, pour elle, il n’y avait aucun mal à ne pas être les meilleurs.

Mais elle ignorait que deux ans et demi plus tard elle réviserait son jugement.

 

 

 

***

 

 

 

Abigail observe avec attention les garçons alignés devant elle par ordre de taille. Elle les scrute un par un, Phil, Bowerst puis Luke. Aujourd’hui toute l’Angleterre posera ses yeux sur eux, alors ils ont intérêt à faire bonne impression. Elle accepte même de détailler Bowerst en lui réservant le même traitement qu’aux deux autres, puisque l’enjeu les dépasse tous, ils n’ont pas le droit à l’erreur.

Le regard bleu vert de la jeune fille scrute les chemises impeccablement repassées -merci Phil pour la formule qui permet de lisser des vêtements- puis il s’arrête sur les cols qui méritent d’être légèrement remontés. Les cravates sont nouées à la perfection, les vestes ne possèdent pas la moindre trace de poussière, les cheveux sont peignés, les chaussures cirées, les mains propres et hydratées… Finalement satisfaite du résultat, la demoiselle se recule et les observe d’un regard sévère.

-Je crois qu’on pourra difficilement faire mieux et.. on ne peut pas retarder cet instant plus longtemps.

En effet, les quatre Serpentards se sont enfermés dans leur dortoir pendant plus de deux heures, se douchant les uns après les autres avec soin, se coiffant, préparant leurs vêtements… C’est ennuyeux, mais le résultat en vaut la peine, du moins c’est ce dont est persuadée Abigail. Ses longs cheveux châtains ont été tressés par Bowerst –comment sait-il faire ça, lui ?!- et elle est vêtue du même uniforme que ses camarades. Le seul signe d’appartenance à la maison maudite de Serpentard est la couleur verte et argentée de leur cravate.

En rejoignant leur salle commune, les quatre plus jeunes remarquent qu’ils sont les derniers à arriver et que leurs aînés semblent les attendre. Morris les fixe d’un regard peu bienveillant, comme à son habitude, et fait signe qu’il est temps de rejoindre les autres maisons.

Abigail sent le stress la gagner. Elle se demande ce qu’il va se passer, ce que les gens vont dire, ou penser, si elle aura l’occasion de parler à quelques héros de la guerre… Plus elle avance dans les couloirs froids de Poudlard, plus elle craint le regard que jetteront tous les invités sur elle et ceux de sa maison.

Lorsque les Serpentards, toutes années confondues, pénètrent dans le hall, le brouhaha qui y couvait semble s’éteindre. Jamais cette pièce -pourtant démesurée- n’a parue si petite à Abigail. Des étudiants de toutes les maisons y sont rassemblés de manière peu ordonnée. Quelques professeurs discutent avec les préfets à côté de la porte et leurs homologues Serpentards, dans leurs vêtements aussi propres et bien repassés que ceux d’Abby, se dirigent dans leur direction.

La demoiselle jette un coup d’œil entendu à ses amis et note qu’instinctivement les Serpentards forment des rangs ordonnés et demeurent silencieux. Elle sait que tous fixent avec une certaine animosité les autres élèves présents, qui semblent particulièrement excités par ce qui est en train de se passer. Finalement, les professeurs sortent tandis que les préfets retournent vers leurs maisons respectives avec les consignes. C’est le concierge, M. Rusard, qui les informera du moment opportun pour quitter le château afin de rejoindre l’estrade où ils seront assis pendant la cérémonie. Ils doivent entrer deux par deux, garçons d’un côté, filles de l’autre, et surtout par année, les plus anciens ouvrant la marche.

L’Anglaise trouve que tout est bien trop calculé et rigide, mais elle n’est plus vraiment surprise par les manières rétrogrades des sorciers.

Quelques minutes plus tard, une légère mélodie s’invite par la porte principale demeurée ouverte et tous les élèves peuvent ainsi entendre un orchestre jouer l’hymne de Poudlard. Car oui, Poudlard possède un hymne -sans paroles, puisqu’il semblerait que le comité d’administration ou les professeurs n’aient jamais réussi à se mettre d’accord. Tout est-il que les Gryffondors sont les premiers à quitter les murs froids de Poudlard et à s’avancer d’un pas conquérant vers l’extérieur. Abigail devine par la porte ouverte un soleil timide accompagné d’une brise fraîche, le mois de mai commençant à peine. La musique se poursuit tandis que les Serdaigles sortent à leur tour, puis suivis par les Poufsouffles. Le temps n’a jamais semblé aussi long à la jeune sorcière qui se demande ce qu’il se passe dehors et qui attend avec impatience de rejoindre la cérémonie ainsi que toutes les personnes qui s’y trouvent. C’est la première fois qu’elle participe à un tel évènement, c’est l’occasion de faire une véritable rencontre avec le monde sorcier et de comprendre un peu mieux ce qu’il s’était passé deux ans plus tôt.

Finalement, la musique cesse lorsque les Serpentards sont invités à rejoindre leur place. Abigail fronce les sourcils, déçue que leur hymne se soit terminé avant qu’elle et ses camarades aient pu faire leur entrée car le silence qui les accueille est terrifiant. Même les oiseaux semblent s’être tus. Les Serpentards sont assaillis de regards brûlants. Des chuchotements grondent parmi les sièges des invités. Le cœur d’Abby se serre et bat avec peine. Toute cette haine qui leur est dirigée, en cet instant, la consume presque sur place. Elle réalise à peine que le directeur Regnart vient de prendre la parole, inaugurant la cérémonie sans même attendre que tous les élèves de la maison de Serpentard soient installés.

 

 

***

 

Abigail sent ses jambes être parcourues de fourmillements. La cérémonie est particulièrement longue et ennuyeuse. Si elle s’attendait à quelque chose d’émouvant, elle s’est trompée. Enfin, ça l’avait été par moment, mais les critiques continuelles des Serpentards, par le biais des Mangemorts, des traitres et autres partisans de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom-même-s’il-est-mort a transformé petit à petit ce recueillement en une triste farce. Les gentils regrettaient que les méchants aient agis ainsi, ils n’essayaient pas de temporiser, de comprendre ni même de pardonner, ils énonçaient des faits, soulignant la cruauté de certaines actions et faisaient des généralités. S’ils étaient tous en deuil aujourd’hui, s'ils pleuraient leurs amis, leur famille et leur candeur, c’était à cause d’eux.

Les Serpentards malgré leur innocence prouvée en justice demeuraient un foyer de haine et s’ils ne sont jamais cités directement, les sous-entendus sont présents comme les regards brûlants. La preuve supplémentaire est que les maisons sont alignées les uns derrière les autres, face aux invités. Les Gryffondors sont les premiers, leur ligne est la plus longue. Viennent, derrière eux, les Serdaigles, puis les Poufsouffles et enfin les Serpentards. Mais ces derniers au contraire des trois autres maisons ne profitent pas de chaises sur l’estrade ni même de bancs. Ils restent debout, derrière leurs camarades qui sont assis depuis des heures déjà. La ligne des vert et argent est sans conteste la plus courte, et Abigail réalise à quel point ils sont en infériorité numérique.

 

Finalement Hermione Granger cesse de parler. Son discours était plutôt bien, relativement simple et touchant, elle n’a pas trop jeté de pierres aux Serpentards. Dans ses propos elle souligne le fait que cette guerre, ce n’est pas celle d’Harry Potter, ni celle de ses amis. C’est la guerre de tous les sorciers, c’est un combat que tous ont mené. Chacun a été touché par les horreurs qui ont été commises et pour cela elle invite un préfet de chaque maison à venir dire quelques mots sur ce qu’il s’est passé, sur ce qu’il (ou elle) a ressenti pendant cette sombre guerre.

Abigail sent Phil se tendre pendant le discours de l’ancienne Gryffondor et elle lui attrape la main en signe de réconfort, profitant du fait que les Poufsouffles assis devant eux dissimulent son geste. Elle se doute que les mots de la sorcière le touchent avec force, connaissant désormais son histoire.

Lorsqu’elle reporte son attention sur le pupitre elle remarque que l’élève de Gryffondor qui parle est Ginny Weasley, elle est ensuite suivie par une Serdaigle puis par un Poufsouffle qui ont dû participer à la bataille de Poudlard à la vue de leurs visages fatigués et de leurs yeux tristes. Le dernier étudiant à prendre la parole est la préfète de Serpentard et son discours est… vide de sens. Disons qu’il est politiquement correct mais qu’Abigail en attendait plus. Dans ces propos elle ne ressent rien des horreurs qui se produisent encore à Poudlard, ni de ce qu’il s’est passé pendant la guerre. Un ricanement à sa gauche lui fait perdre le fil du discours et la remarque acérée de Luke la fait froncer les sourcils.

-Lindaw est dans notre file…

Abigail se penche et parcourt rapidement la longue ligne de Serpentards qui s’élance à sa gauche. Les années s’enchainent et elle trouve rapidement la préfète de septième année, Emily Lindaw. Celle qui est supposée faire cet hommage…

Reportant son regard sur la silhouette féminine qui s’exprime devant tout Poudlard et le monde sorcier, Abigail balbutie..

-Mais.. qui…

Qui est cette fille ?

Le regard noir de Manders l’empêche de finir sa phrase, n’appréciant nullement ce manque de discipline. Mais Abigail s’en moque, la colère mêlée à de la panique commence à s’infiltrer en elle. La fille qui parle des Serpentards prétendant être l’une des leurs… N’est pas une Serpentarde. Sa silhouette, son visage et sa stature font en effet penser à Lindaw mais la ressemblance s’arrête là. Toutefois personne ne semble rien remarquer, ni même vouloir réagir.

La Serpentarde ne tarde pas à comprendre qu’une fois encore personne ne leur fait confiance. Qu’ils sont la honte de tous. Que Poudlard ne représente pas ses quatre maisons. Afin d’éviter un scandale, ou des propos malheureux, une actrice a pris leur place afin de dire ce que Regnart veut entendre. Il n’est pas question qu’ils puissent s’exprimer librement, ils sont muselés et assistent silencieusement à cette scène écœurante.

 

Lorsque la fausse Serpentarde finit de parler, le directeur Regnart reprend la parole et remercie tous les invités pour leur présence et blablabla. Alors qu'il aborde le sujet du reste de la journée ainsi que le bal donné dans la soirée, Abigail réalise que le concierge la regarde de ses yeux luisants en lui faisant signe de déguerpir. La jeune fille hausse les épaules et se dirige vers le château, se moquant du reste des festivités puisqu’elle n’est pas supposée y participer. Elle espère cependant que les étudiants à partir de la quatrième année pourront écouter la fin du discours.

Malheureusement, lorsqu’elle atteint la grande porte du château elle remarque que toute sa maison chemine derrière elle et Luke alors que Regnart continue de parler. La jeune fille serre les dents et quelques minutes plus tard, elle est de retour dans le hall principal tandis que la musique de l’orchestre lui parvient une nouvelle fois aux oreilles, saluant la sortie des trois autres maisons de l’école. Cette fois-ci, c’en est trop pour elle, de ce favoritisme, de ces préjugés, de tout ce qui est fait à leur encontre par les « adultes responsables »…

Elle ne peut retenir un cri de rage ainsi qu’une promesse prononcée avec hargne et d’une voix forte lorsque les Poufsouffles parviennent à leur tour dans le Hall.

-Je vais leur faire payer à ces manipulateurs prétentieux à la noix ! Ils vont s’en mordre les doigts !

 

 

***

 

Abigail frappe doucement à la porte. Elle porte sa nouvelle robe, achetée pour le bal. Sa peau sent le savon parfumé à l’hibiscus et ses cheveux sont encore humides étant donné qu’elle ne maîtrise pas  les sorts de séchage.

La porte s’ouvre sur une Serpentarde de quatrième année qui dévisage l’intruse d’un air peu accueillant. Finalement, Abigail met fin à ce moment gênant en prenant la parole de sa petite voix fluette et incertaine.

-Excusez-moi, je voulais savoir si.. Vous accepteriez de me prêter un peu de maquillage…

L’adolescente en face d’elle hausse les sourcils et l’observe de haut en bas, notant sa tenue habillée. Un sourire moqueur étire ses lèvres tandis qu’elle lui répond la voix empreinte de condescendance.

-Les gamins ne sont pas invités, tu sais. C’est pour ceux qui sont au moins en quatrième année… Tu ferais mieux de retourner jouer avec tes amis.

Piquée dans sa fierté, l’Anglaise se redresse et fusille du regard son aînée qui n'a pas l'air le moins du monde effrayée. Elle semble même s’amuser de la situation comme le laisse penser son léger rictus au coin des lèvres. Abigail reprend donc la parole, d’une voix sèche, qui ne peut empêcher son agacement de transparaitre.

-Je suis la cavalière de Dunderstil, donc je suis invitée au bal, au même titre que toi et tes amies.

La Serpentarde écarquille les yeux, surprise, avant de les plisser afin d'observer la première année pour s'assurer qu'elle dise la vérité. Mais quel intérêt aurait-elle à mentir ? Finalement, la porte s’ouvre en grand et Abigail est invitée d’un signe de tête à entrer.

Dans le dortoir, trois filles sont en train de se préparer. Celle qui a ouvert est la seule à être habillée, les autres sont en sous-vêtements, mais déjà maquillées. Une certaine tension flotte dans l’air, et les mouvements rapides que chacune effectuait se suspendent lorsque leurs regards se posent sur la nouvelle venue. Abigail se sent intimidée. Ces filles sont belles, dotées de formes féminines indéniables et, en fin de compte, elles sont plutôt impressionnantes. Quelque chose dans leur attitude montre une grande force de caractère.

Abigail rosit tandis que celle qui l'a invitée à entrer annonce à ses camarades de chambres qu’elle accompagne Dunderstil. Trois paires d’yeux l’observent avec attention, jusqu’à ce que les présentations soient rapidement faites. Celle qui a ouvert la porte, c’est Ginger. Tout le monde l’appelle comme ça, mais son vrai nom c’est Messily Curdan. Le pourquoi de ce surnom semble être un secret qu’Abigail n’a pu découvrir, mais en cet instant elle s’en soucie peu.

La blonde qui enfile une robe longue en satin foncé s’appelle Eleonor Thot. L’autre brune du dortoir au regard mauvais c'est Ryud et elle n’a pas voulu donner son prénom à Abigail. Elle doit avoir des origines indiennes pour être dotée d'une peau couleur caramel et de splendides yeux de biche. Elle dégage une attitude presque bestiale, pour peu Abby frissonnerait en sentant son regard posé sur elle.

Finalement, les filles reprennent leurs activités et Ginger maquille la nouvelle, elle est plutôt douée et elle aime transformer les visages pour quelques heures. De leur côté, Thot et Ryud finissent de s’habiller puis se coiffent rapidement à l’aide de sortilèges inconnus d’Abby. Elle aussi a le droit à quelques tresses dans ses cheveux châtain, après que celle-ci ait été séchée et lissée.

Quelques minutes plus tard, Abigail attend près de la porte que Ginger soit prête, sa chevelure fait des siennes et ses amies tentent de sauver son chignon sophistiqué. C’est étrange de passer du temps avec des filles en ayant ce genre d'activité. En fin de compte, ces longues minutes de préparation éloignent la première année de ses préoccupations habituelles.

-Tiens, mets ça.

Abigail sort de ses pensées et observe Ryud qui lui tend une paire de chaussures aux talons démesurés. La jeune fille baisse les yeux sur ses pieds et les ballerines plates qui s’y trouvent. Elles sont simples car elle espérait prendre ses souliers de danse, celles qui ont de petits talons auxquels elle est habituée, mais n’ayant pu repasser par chez elle lors des vacances, elle doit se contenter de ses chaussures les plus élégantes pouvant combiner avec sa robe, donc le choix a très vite été fait.

Le regard bleu vert de la demoiselle se porte de nouveau sur les escarpins, notant leur étrange apparence.

-C’est notre création. Puisque tu vas au bal et que tu es une Serpentarde, autant que tu éblouisses tout le monde… Et ces chaussures complèteront ta tenue à la perfection.

Abigail ne sait pas trop quoi dire. Doit-elle être vexée que les autres filles ne la trouvent pas « éblouissante » ? Doit-elle est honorée de leur cadeau ? Finalement, elle esquisse un sourire en coin et attrape les chaussures. Elle s’assied sur une chaise libre et retire ses ballerines avant de glisser ses pieds dans ses nouveaux souliers.

La chaussure est aérienne et Abigail a l’impression de mettre ses pieds dans des chaussons, même si elle se doute qu’après quelques heures les talons risquent de lui faire perdre cette impression. Et quels talons… Ils doivent faire presque dix centimètres ! Mais le plus surprenant c’est qu’une fois son pied positionné sur la semelle, les longs rubans prennent vie et viennent se lasser seuls sur ses jambes. Les yeux écarquillés, la jeune sorcière réalise qu’il s’agit de serpents à la peau vert sapin et dotés d’yeux d’améthyste qui reflètent la lumière en une multitude d’éclats verts.

Ces chaussures sont vraiment…

-Wouah…

Abigail ne peut retenir cette exclamation admirative. Elle vient de tomber amoureuse de ses pieds. Heureusement, les filles ne lui tiennent pas rigueur de son manque de vocabulaire et semblent même ravies que leur création produise un tel effet.

Finalement, les quatre Serpentardes sont prêtes et rejoignent la salle commune, Abigail fermant la marche. Les talons sont particulièrement hauts, mais ses nombreux entrainements de danse avec sa mère lui procurent un grand avantage et elle réussit à avancer sans perdre l’équilibre ni à avoir l’air ridicule. Et les Serpents à ses pieds semblent d’accord puisqu’ils sifflent discrètement.

Finalement les filles rejoignent la salle commune où leurs cavaliers les attendent en compagnie de certains étudiants trop jeunes pour être invités au bal. Autant d’yeux qui observent et qui se plissent en apercevant Abigail. Ils la reconnaissent et se permettent quelques remarques, tout comme Ginger l’a fait lorsqu’Abby avait frappé à sa porte, jusqu’à ce que Nail y mette fin en s’approchant d’elle. Il affirme d’une voix claire qu’elle est sa cavalière et lance quelques menaces à peine voilées à l’encontre de ceux qui compte continuer à commenter tout ce qu’ils voient.

Une fois à côté d’elle, Dunderstil en profite pour la féliciter à voix basse sur sa tenue qui la met bien en valeur. La jeune fille lui sourit, touchée par le compliment, elle aussi aime bien cette robe. Elle s’y s’en à l’aise et la longueur lui permet de dissimuler en partie ses jambes, sans pour autant devenir trop contraignant pour danser. D’un vert sombre, le vêtement est légèrement échancrée dans le dos alors que devant elle s’arrête presque au ras du cou. Le tissu tombe droit jusqu’aux genoux puis en dessous, s’évase dans un tissu plus léger, semblable à de la mousseline douce et scintillante.

Au bras de son cavalier, Abigail est plus rassurée, sa frêle silhouette profitant de la présence de son ami qui fait une tête de plus qu’elle, et ce malgré ses hauts talons. Elle se sent également plus élégante, probablement plus âgée grâce au maquillage, mais elle doute tromper qui que ce soit, elle n’a vraiment pas l’air d’avoir quinze ans. Les réactions en pénétrant dans la salle de bal seront probablement plus vives. Haussant les épaules, Abigail se dit que si tous les Serpentards entrent en même temps, elle pourra se dissimuler derrière ses camarades et peut-être passer incognito.

 

 

***

 

Abigail sent le stress la gagner. Elle s’agrippe un peu plus fort au bras de Nail qui se tient à côté d’elle en espérant évacuer la pression qui l’habite. Peine perdue. Elle se rend juste compte qu’il a des biceps aussi durs que l’acier.

-Tu fais du sport ou quoi ?

Elle marmonne plus pour elle-même, mais il faut croire que son cavalier a entendu –et compris- ses mots. Il l’arrête et la force à lui faire face. La demoiselle plonge ses yeux clairs dans ceux de son ainé et note, outre la proximité de leurs visages, l’air peu rassuré de son ami. Lui aussi semble redouter ce moment, mais probablement pas pour la même raison.

-Nous sommes des Serpentards. Ici, rien ne nous atteindra. Nous devons devenir ceux qu’ils attendent et écraser les plus faibles. Tout le monde va nous regarder alors… Donnons leur du spectacle.

Nail inspire puis offre à sa cavalière un sourire qui se veut conquérant, mais qui, toutefois, dissimule mal son angoisse. Heureusement pour lui, Abigail se concentre plutôt sur ses propos et ricane nerveusement avant de se constituer son habituel masque. Elle se redresse et se tourne face à la lourde porte d’entrée. Elle se demande brièvement sa raison ici, si elle n’est pas en train de faire la plus grosse erreur de sa vie… Mais elle chasse rapidement ces pensées pour s’imprégner du rôle qui est le sien. Son visage se fige dans un rictus qu’elle maîtrise à la perfection. Elle est prête à entrer dans l’arène.

-Dunderstil, il est l’heure d’aller botter des fesses.

La jeune fille sent le sourcil de Nail s’élever et elle se reprend immédiatement.

-Enfin, d’écraser des pieds, de donner des coups de coude et de renverser de malencontreux verres sur ces costumes hors de prix. Ça sera plus discret et plus approprié, comme comportement en haute société, ne crois-tu pas ?

Un léger rire lui parvient aux oreilles et les portes s’ouvrent soudainement devant eux. Les regards des convives se tournent dans leur direction et quelques invités marquent leur étonnement. Abigail garde son masque d’impassibilité et balaye rapidement la salle des yeux.

 

La grande salle lui semble encore plus grande qu’à son habitude, son plafond ensorcelle dévoile un ciel étoilé en dessous duquel flottent des nuées de lucioles scintillantes diffusant une lumière discrète et diffuse. Ces petites sphères lumineuses semblent se promener librement, s’approchant parfois de quelques danseurs, s’éloignant tantôt vers les hauteurs du plafond ou préférant se regrouper autour d’une imposante tablée. Une impression de magie élégante et discrète touche Abigail, qui peine à comprendre pourquoi la tranquillité apparente des lieux l'émeut autant. Mais elle ne s’y attarde pas, remarquant malgré l’obscurité de la salle les nombreuses tables dressées dans l’ensemble de la pièce. Les napperons blancs et encore immaculés qui les recouvrent s’arrêtent à trente centimètres du sol, dévoilant l’absence totale de pied de table. Voleraient-elles ? Sur chaque table, des victuailles sont dressées aléatoirement, ainsi que des verres en cristal accompagné d’une vaisselle en argent fin et porcelaine délimitant les places assises. Des chemins de table discrètement colorés sont agrémentés de divers objets insolites ou de bougies, renforçant ainsi la magie du lieu, et permettant aux convives de voir plus distinctement ce qu’ils dinent.

Au centre de la pièce, une piste de danse en parquet lustré attire le regard d’Abigail, avant d'être happé par l’orchestre qui se trouve à l’une des extrémités de la salle. Les musiciens sont dans l’ombre, à son grand regret, préférant laisser la lumière aux invités afin que chacun puisse profiter de la soirée à son aise.

 

Une fois sa rapide observation des lieux achevée, Abigail réalise qu’elle est incapable de repérer aisément ses amis Serpentards tandis que les couples qu’elle aperçoit sont particulièrement guindés et la regardent d’un air noir. Mais, reprenant son attitude de Serpentarde, elle décide d’accorder un salut de la tête à la foule qui l’observe encore, maudissant probablement ces deux retardataires.

Abigail, en cet instant, songe qu’elle collerait bien une claque à Nail pour l’avoir tant retardé avec son histoire de nœud papillon -il n’était pas assorti à sa robe, vous comprenez, et le préfet trouvait ça inacceptable, mais il avait oublié sa baguette donc il a fallu retourner au dortoir afin de pouvoir finalement lancer un sortilège pour modifier la couleur de ce maudit bout de tissu-, car le discours d’ouverture du bal semble avoir pris fin depuis quelques minutes puisque tout le monde est éparpillé dans la grande salle, certains mangeant tandis que d’autres préfèrent danser. Et bien entendu plus personne n’est attendu avec autant de retard. Mais, comme Abigail l’a réalisé plusieurs mois plus tôt, lorsqu’on ment, le plus important c’est d’avoir l’air d’être certain de ce que l’on dit ou fait. Alors elle applique cette technique à ce terrible instant de solitude et sourit d’un air suffisant tout en encourageant son cavalier à s’avancer vers le centre de la pièce. Elle n’a toujours pas remarqué le moindre visage familier, ne sachant pas où aller tout droit lui semble une bonne option.

Et le stress ne l’aide pas, elle sent son rythme cardiaque s’emballer tandis que ses pensées s’éparpillent, en allant notamment saluer sa mère et de ses talons, peut-être pourrait-elle la remercier de l’avoir forcée à danser avec de telles chaussures, car elle s'abstient ainsi de se ridiculiser en effectuant une entrée aussi fracassante. Au moins elle ne trébuche pas, donc le pire a été évité. Mais elle sent que songer à ça, risque justement d’attirer la malchance sur elle, la poussant à perdre l'équilibre donc elle tente de penser rapidement à autre chose, mais la pression de tous les regards braqués sur elle ne l’aide pas. Elle ne réalise pas que son esprit s’émiette tandis que mille petites aiguilles s’enfoncent dans sa peau sous les oeillades brulantes des autres convives. Abigail perd toute notion du temps alors que son esprit s’égare vers le chauffage de la salle, espérant ne pas avoir froid puisqu’elle a les bras nus, ce serait dommage de s’enrhumer au mois de mai, tandis que les beaux jours approchent et…

Petit à petit, le fil de ses pensées s’étiole, rendant le tout encore plus discontinu et invraisemblable. Elle semble flotter dans les airs et la musique ne parvient pas à ses oreilles. Elle ne voit que droit devant elle, sa vision périphérique est floue, seule importe cette piste de danse, entourée d’étoiles lumineuses qui crépitent dans l’air.

Finalement, un corps se met en travers du chemin des Serpentards.

-Turner. Vous n’êtes pas invités à ce que je sache. Si c’est pour vous faire remarquer…

-Si s’agit de ma cavalière monsieur.

Abigail dévisage le professeur Regnart qui n’a pas manqué de venir lui rappeler que sa présence est indésirable. La sorcière reprend pied dans la réalité et son corps se tend sous les mots du directeur. Toutefois Dunderstil ne semble pas se laisser faire. Sa voix est sèche et son ton sans appel, si bien qu'Abigail reprend confiance en elle. Un peu.

-Elle n’a que onze ans !

-Oui, et je suis sa cavalière. Donc monsieur, on va vous fausser compagnie. Nous sommes venus pour danser donc c’est ce que l’on va aller faire. Pour discuter de mon âge, de la pointure de mes chaussures –qui sont époustouflantes, soit dit en passant- ou de quoi que ce soit à mon sujet, cela sera avec d’autres invités, monsieur.

Sur ces mots, la jeune fille reprend sa marche et, d’un geste fluide mais franc, elle contourne le directeur de Poudlard qui semble ulcéré d’avoir été ainsi mouché par une gamine de son âge. Et de sa taille.

Après ces propos vivifiants, Abby se sent sur le point de s’enflammer, elle a envie de hurler et ressent le besoin de danser… Et c’est ce qu’elle va faire.

 

La musique caresse ses oreilles et elle ne tarde pas à reconnaitre le morceau. Une valse sorcière. Rien de bien surprenant. Et heureusement pour elle, la chanson touche à sa fin.

L’étonnant couple rejoint rapidement le centre de la piste et prend le temps de se mettre en position lorsque les premières notes de la mélodie suivante s’élèvent dans les airs.

La demoiselle prend place, toute angoisse s’est évaporée. Comme lorsqu’elle fait des spectacles de danse, une fois sur scène, sous les projecteurs, elle oublie tout ce qui n’est pas la danse. Et la danse, en cet instant, lui semble instinctive.

Ses pieds amorcent la chorégraphie, de petits pas qui reprennent simplement la mesure, tandis qu’elle sourit à son cavalier afin de l’encourager. Il la tient fermement, comme lors de leurs entrainements et son dos est tout aussi droit que celui d’Abby. Toutefois, une légère crispation de ses mains sur le tissu souple de la robe de la jeune fille témoigne des émotions qui l’envahissent.

Tandis qu'il allongent leurs pas, au doux rythme de la valse qui résonne désormais dans toute la salle, Abigail réalise que les choses ne vont pas. Nail lui marche parfois sur les pieds, leurs coudes –tout comme leurs genoux- se frôlent de manière anormale si bien que la  demoiselle sent la panique la gagner. Elle plonge ses yeux dans ceux de son cavalier et lui murmure quelques mots discrets.

-Ça suffit, Nail. Tu fais le piquet et je rattrape tes erreurs.

La jeune fille est consciente des regards qui se posent sur eux, des jugements qui sont portés et elle refuse de dégringoler dans leur estime après leur entrée spectaculaire. Il est hors de questions qu’ils se ridiculisent. Ce qu’elle va faire n’est pas très protocolaire, et certainement pas reconnu par les fervents admirateurs de la valse, mais elle s’en moque. Elle est une Serpentarde et il est temps de marquer des points. Tout comme les esprits.

Dunderstil entreprend d’effectuer des pas simples et qui ne les font pas beaucoup bouger, contrairement aux autres couples sur la piste de danse les Serpentards sont plutôt stationnaires. Enfin, lui est stationnaire, Abigail quant à elle cherche à d’occuper l’espace tout autour, virevoltant au rythme élégant des violons. Ses pieds marquent les pas, reprenant la mesure et les pas fondateurs de la valse, tandis que tout son corps tourbillonne, s’approchant puis s’éloignant de son cavalier, l’emportant dans certains mouvements rapides, puis le délaissant afin de tournoyer avec légèreté. Leurs regards demeurent soudés, leurs corps se cherchent, se trouvent puis se séparent avant de se réunir de nouveau. La Serpentarde est transformée. Son corps sculpté par des heures d’entrainements de danse intensifs laisse transparaitre sa force et une grâce indéniable. En cet instant elle n’est plus une enfant. Abigail Turner est un feu-follet.

Les heures de pratique dans le dortoir du Serpentard payent, car même si Nail semble confondre les temps ou la gestuelle, il demeure capable de se mouvoir en rythme et de répondre aux appels de sa cavalière. Il sait quand se saisir de sa main, quand l’accompagner dans son tour, quand la repousser, quand l’attraper…

Petit à petit, sans qu’il ne le réalise, Nail reprend confiance en lui. Il accompagne Abby dans ses longs déplacements, de grandes foulées qui les séparent de plusieurs mètres bien que leurs gestes demeurent synchronisés. Autour d’eux, un vide s’est créé, les danseurs se sont reculés afin de leur laisser de la place et beaucoup d’invités observent désormais le spectacle, à moitié ébahis, à moitié agacés. Le couple vert et argent ne cache pas son appartenance à la maison de Serpentard par la couleur de leurs habits, mais la complicité exhalée par leurs gestes semble donner un autre sens à la scène, ne permettant aucune interruption ni la moindre critique.

La jeune fille parait voler par instants. Son frêle corps se joue de la pesanteur et son cavalier la fait tournoyer avec dextérité, les pans de sa robe flottent derrière elle, incapables de suivre son rythme. Ses yeux brillent dans l’obscurité, faisant ressortir leurs nuances de verts, et demeurent plongés dans ceux couleur chocolat de Nail, savourant cette osmose entre eux. Elle sait que le niveau de son cavalier est bien moins bon que celui de son frère, mais elle retrouve cette complicité qui fait d’eux deux un couple correct de danseurs, exécutant les pas simples à la perfection tout en lui permettant, à elle, d’ajouter quelques mouvements plus compliqués généralement accomplis par des danseurs expérimentés. Mais elle sait qu’elle peut compter sur Nail. Ils alternent les moments où il la guide avec ceux où elle prend les rênes afin d’impressionner leurs spectateurs.

 

Lorsque la dernière note retentit dans l’air, Abigail demeure immobile, à l’horizontale, le dos cambré, une jambe tendue, l’autre pliée, un bras déployé dans la prolongation de son corps et l’autre reposant sur l’épaule de son cavalier. Elle sent ses joues se colorer, contrecoup de l’effort physique, mais également du plaisir qui envahit son corps après une danse réussit.

Elle réalise alors que tous les regards sont posés sur elle et son cavalier. La piste désertée semble désormais la leur. L’adolescente se redresse dans un silence pesant et hausse les sourcils, dévisageant sans gêne ceux qui la fixent. Son visage retrouve ses traits hautains et elle remonte le menton dans une attitude dédaigneuse. Cet instant particulièrement inconfortable prend fin lorsque l’orchestre débute une nouvelle chanson, délaissant la valse au profit d’un vieux rock. Abigail se demande si c’est dans le but de la chasser ainsi que son cavalier, mais un coup d’œil à Nail lui informe qu’il ne compte pas tirer sa révérence en cet instant. S’ils s’éloignent sous le feu des projecteurs ils auront le droit à des questions, d’autres regards mauvais et des remarques désagréables. Rester sur la piste de danse est une manière plus délicate de retarder cet instant.

Le couple laisse passer quelques temps afin de se mettre en position avant de débuter leur danse. Cette fois encore ils se contentent de pas basiques et Abigail s’amuse à enjoliver les choses en exagérant ses gestes et en entrainant son cavalier dans de fous déplacements. Peu après, les couples suivent l’exemple, peu désireux de leur laisser la vedette plus longtemps. Petit à petit le couple semble perdre l’attention générale bien qu’une collusion de lucioles continue à les illuminer. Malgré l’espace dorénavant réduit de la piste, les Serpentards ne cessent de danser avec une énergie débordante qui rejaillit dans leurs mouvements rapides et précis, sans se préoccuper de la place qu’ils accaparent.

Abigail a remarqué que la piste est désormais bien plus remplie et que certains peinent à danser à leur aise. Mais pas elle. Elle aime cet instant particulier lorsque les gens s’écartent de son passage, même si eux dansent aussi. Ils ne peuvent s’empêcher de se décaler de sa trajectoire, comme s’ils lui cédaient la place avec galanterie. C'est grisant, cette sensation de leur être supérieur, de sentir leur admiration jusque dans leurs mouvements.

Abigail songe qu’elle ferait bien d’inviter le préfet à un stage intensif avec sa mère, afin de pouvoir vraiment en mettre plein la vue à tous ces gens qui les jugent continuellement. Elle aimerait effectuer les figures qu’elle réalise avec son frère, car elle sait qu’alors personne n’oserait mettre le pied sur leur piste de danse. C’est probablement prétentieux, mais elle connait son niveau ainsi que celui de Nail, et elle adorerait relever ce défi. Car sur la piste de danse, elle a l’impression que c’est le seul endroit où elle peut montrer sa supériorité à tous les sorciers avec leurs danses vieillottes et leurs coutumes complexées. Ils sont guindés et pour ça, elle a envie de mettre leur monde à l’envers.

 

 

***

 

Abigail a une irrésistible envie de sourire, danser avec Nail lui a vidé la tête. Elle est là, dans une salle de bal, avec les personnes les plus influentes du monde sorcier… Il y a de quoi se réjouir, surtout que la danse a toujours eu un effet euphorique sur elle. Mais un regard dédaigneux ainsi que quelques chuchotements sur son passage lui rappellent brusquement les évènements de l’après-midi. La cérémonie, les mensonges et cette haine à l’égard de tous les Serpentards… Le sourire qui allait pour fleurir sur ses lèvres rouges se crispe en un rictus malveillant. Son visage se ferme immédiatement et la jeune fille retrouve son air hautain, exagérant son regard mauvais, bien décidée à devenir cette fille infecte que tous désiraient voir en elle.

Elle a juré le leur faire regretter, et c’est une promesse qu’elle compte tenir. Tandis qu’elle suit Nail dans une partie plus calme de la salle, elle repère les filles de quatrième année avec qui elle s’est préparée. Délaissant quelques instants son ami elle opte pour les rejoindre, remarquant qu’elles partagent une table avec d’autres élèves de Poudlard, qui ne lui semblent nullement familier. Chaque groupe de fille se tourne ostensiblement le dos et Abigail décide de s’immiscer dans leur petite guerre froide. Elle s’approche donc de sa démarche souple en adressant des regards noirs aux indésirables assises à sa future table.

 

Toutefois la rousse qui est assise à la place que convoite Abigail lui tourne le dos avec un dédain évident, peu désireuse de lui céder le siège, ce qui est somme toute logique. Mais la Serpentarde ne compte pas se laisser faire, après tout elle est une mangemort en devenir, selon leurs dires, alors autant en profiter pour obtenir ce qui l’intéresse.

La jeune fille approche sa bouche de l’oreille dévoilée devant elle et parée de bijoux élégamment ouvragés. Ses lèvres mesquines lui chuchotent :

-Eh, le laidron, tu ferais bien de déguerpir, je crains que les gens comme toi au sang douteux ne soient pas tolérés à notre table.

Ses mots touchent juste et la demoiselle se crispe, les muscles de ses épaules tressaillissent pour le plus grand plaisir d’Abigail qui observe sa nuque avec intérêt. Finalement, sa proie se lève, aussi dignement que possible et lorsqu’elle se retourne dans l’intention de dévisage son agresseur, ou de l'insulter, ou de la claquer, celle-ci s’assied à sa place, un sourire dédaigneux sur les lèvres.

-Tu peux disposer, ton utilité touche à sa fin et ta présence devient franchement embarrassante.

Le regard chargé de haine de la jeune fille n’atteint pas Abigail qui lui jette un de ses habituels coup d'oeil méprisants avant lui tourner le dos afin de converser avec les Serpentardes qui observent la scène avec grand intérêt. C’est probablement ce qui décide la Serdaigle –une Gryffondor aurait refait le portrait de la première année, une Poufsouffle lui aurait immédiatement répondu avec des mots aiguisés ce qui ne laisse plus que le choix des intellos- à quitter la table sans chercher plus de problèmes. Ses amies ne tardent pas à se lever à leur tour, lui montrant leur soutien.

Finalement, la grande tablée est devenue celle des Serpentards, et Nail en profite pour les rejoindre, accaparant l’un des sièges laissés vides, les autres ne tardant pas à être occupés par ses amis. Abigail n'est pas peu fière et elle apprécie le clin d’œil amusé de Ginger.

-Pas mal. Petite, mais avec du répondant. Dunderstil a bien fait de t’inviter, la soirée est bien plus divertissante en ta compagnie, gamine.

La gamine en question se retient de justesse de lui tirer la langue et lui répond d’un haussement d’épaules avant d’attraper un peu du plat en sauce qui se trouve devant elle. Elle a une faim de loup.

Entourée de tous ces vieux, Abby n’ose pas vraiment prendre la parole, sauf lorsqu’elle sent un regard l’observer ou qu’on lui demande son avis. Elle ricane à leurs blagues et écoute avec une certaine avidité leurs critiques des autres. Les Serpentards voient tout. C'est impressionnant. Ils savent qui est un piètre danseur, qui a délaissé son cavalier ou cavalière pour un ou une autre, qui n’a pas réussi à préserver ses vêtements de la sauce… Les ragots se préparent, et la jeune fille comprend que chacun emmagasine le plus d’informations déplaisantes à propos des autres afin d’avoir de quoi les faire chanter plus tard. Pour leur propre protection, probablement.

Les couples Serpentards se lèvent au fur et à mesure, leurs places rapidement occupées par d’autres, à croire qu’il s’agit de l’unique table accaparée par leur maison. Abigail se met à dévisager les personnes assises un peu plus loin et réalise que sans leurs uniformes il est plus difficile de savoir qui appartient à quelle maison, mais elle réussit toutefois à repérer quelques Serpentards, pour l’espace qui leur est concédé, personne ne semble avoir envie de les approcher comme s’ils étaient contagieux.

Le nez froncé dans une moue dégoutée, Abigail sursaute presque lorsque Ryud, qui vient de se lever pour aller danser avec son cavalier, Mindeltoy-le-garçon-qui-ne-voulait-pas-le-chausson-aux-pommes, l’informe qu’elle ferait bien de prendre la poudre d’escampette, car Regnart s’approche dans leur direction.

Abigail ne se fait pas prier et s’éloigne discrètement afin d’éviter de devoir affronter le directeur de Poudlard dès maintenant. Elle ne doute pas avoir droit à une punition exemplaire le lendemain, mais au moins, elle aimerait ne pas être ridiculisée ici, devant tous.

Les minutes suivantes s’étirent et semblent devenir des heures ou la Serpentarde se promène discrètement dans la salle, écoutant quelques conversations, profitant des amuse-bouches et esquivant ses professeurs. Lorsqu’elle note quelques regards malveillants, elle les ignore, de façon à n’avoir rien à voir avec les verres renversés sur ces personnes quelques minutes plus tard. Très vil de sa part, certes, mais tellement plaisant. Et puis après tout, elle est vicieuse comme doivent l’être tous les Serpentards, alors aucune surprise là-dedans.

Toutefois, la vision d’un Manders se dirigeant dans sa direction la contraint à changer rapidement d'orientation sans pour autant se faire remarquer. Son directeur de maison ne se priverait par de lui faire la leçon de manière aussi désagréable que Regnart, alors autant éviter ce moment gênant.

Mais le destin semble contre elle, car à peine quelques pas effectués en direction d’un buffet où sont posés une multitude de verres remplis de divers liquides colorés une silhouette lui barre la route, lui ôtant toute possibilité de fuir. Regnart ne compte pas lui laisser la moindre chance de s’échapper, bien trop content de la voir seule.

Abigail sent la panique la gagner, se doutant de la véhémence des propos qui ne tarderaient pas à jaillir, malgré la présence des autres invités autour d’eux. Elle est une Serpentarde et à ce juste titre, elle mérite cet affront.

-Mademoiselle Turner, j’espère que vous profitez de la soirée où ont été conviés vos aînés, et uniquement eux.

Abigail serre les dents et baisse les yeux, peu désireuse de provoquer son enseignant. Celui-ci poursuit, plus proche d’elle, d’une voix tranchante.

-Cela me semble désormais justifié vu votre impressionnante maladresse tout au long de la soirée, vous faites honte aux premières années en bousculant malencontreusement autant de vos camarades.

Abigail sent ses joues la brûler et relève vivement le regard. Elle a été prise la main dans le sac. Le directeur a remarqué son manège et il va le lui faire payer, en plus de tout le reste.

-Mais la honte ne semble pas vous déranger, vu la manière dont vous vous donnez en spectacle depuis le début, alors continuons voulez-vous.

Le directeur lui parle désormais à voix haute, il n’est plus question de chercher à demeurer discret. Il compte la lapider en public, comme il se plait à le faire depuis le début de l’année. La sorcière sait qu’elle ne peut rien faire, si ce n’est garder la tête droite et espérer une punition clémente. Clémente… Elle retient un rictus moqueur, qui serait très mal perçu par son professeur, réalisant l’absurdité de ses pensées. Sa punition ne sera en rien clémente.

Le directeur Regnart semble se délecter de la lueur de désespoir et d’acceptation qui brille désormais dans les yeux de la jeune fille et avant qu’il ne puisse poursuivre, une voix l’interrompt, faisant sursauter Abigail.

-Directeur, vous permettez que j’invite cette demoiselle à danser ? Après sa démonstration en début de soirée, l’idée m’a longuement travaillée.

La demoiselle en question se remet difficilement de sa surprise et se demande quelle personne saine d’esprit s’interposerait entre elle et son directeur qui semble pourtant sur le point de l’humilier publiquement.

Ses yeux clairs observent cette silhouette frêle mise en valeur par un costume serré puis ils notent sa coiffure peu réglementaire. Ses cheveux noirs et désordonnés brisent l’impression donnée par le vêtement, tandis que l’homme pivote légèrement la tête Abigail l’aperçoit de profil. Elle comprend lorsqu’elle voit ses lunettes rondes, ses yeux bleus et surtout la cicatrice sur son front, partiellement dissimulée derrière des mèches de cheveux. Harry Potter.

Le cœur de la jeune fille manque un battement. Le Harry Potter vient d’intervenir en sa faveur. Peinant à le réaliser elle remarque tardivement qu’il a obtenu gain de cause et qu’il l’entraine désormais vers la piste de danse. Une nouvelle chanson débute alors. Et Abigail Turner danse avec Harry Potter. L'Elu. Le survivant. Celui qui a défait le monde de Voldemort. Le héros. Harry Potter.

L’esprit d’Abby ne semble pas vraiment réaliser la situation, toutefois elle n’a d’autres choix que de suivre les mouvements de son cavalier, leurs mains scellées. Tous deux gardent la tête tournée, s’évitant du regard. Finalement, c’est le héros qui prend la parole.

-Tu es à Serpentard…

Ce n’est pas une question. Quelque chose dans sa voix fait pivoter la tête d’Abigail. Elle n’aime pas ça. La légère pointe de mépris ou de reproche qu’elle croit percevoir lui signifie qu’il ouvre les hostilités.

-Oui, en première année, monsieur.

Le jeune homme tourne la tête et l’observe avec surprise qu’elle emploie le nom « monsieur ». Il semble aussi déstabilisé que sa petite amie lorsqu'elle lui fait comprendre qu’il est un adulte et pas elle.

-Appelle-moi Harry, pas monsieur, d’accord ? Je ne suis pas si vieux que ça tu sais…

Il tente un sourire engageant mais Abigail se contente de plisser les yeux, méfiante.

-C’est ce que Weasley m’a également dit.

Elle hausse les épaules sans que cela n’ait d’impact sur leur danse. Son cavalier est un piètre danseur, mais elle ne lui en tient pas rigueur, il n’a pas les mêmes priorités que le commun des mortels. Elle le sent se tendre à l’évocation du nom Weasley et elle finit par reprendre la parole, lui évitant de poser une question inutile.

-Ginny Weasley, elle étudie à Poudlard. J’avais besoin d’aide et je pensais qu’en tant qu’héroïne de guerre son soutien pèserait lourd. Mais ses mots ont été clairs, ce sont mes problèmes donc ma bataille, alors depuis je ne quémande aucune aide. Alors Mons… -elle se reprend- Harry, -incapable de l’appeler simplement « harry » la jeune fille ajoute rapidement- Potter, merci pour votre aide, mais elle n’est pas nécessaire. Sachez que vous venez de m’éviter une terrible punition, mais qu’elle tombera quand même. Lorsque vous ne serez plus là. Peut-être même que le directeur trouvera que votre intervention mérite une augmentation de peine.

Elle remarque que le jeune homme ouvre la bouche pour parler mais elle le prend une nouvelle fois de vitesse.

-Non. N'en faites rien. Ma vie, mes problèmes. J’assume les conséquences de mes actes.

Abigail se tait, continuant à bouger au rythme de la musique, se retenant de commenter les faux pas de son cavalier. Il s’agit d’Harry Potter, elle ne peut pas lui demander de suivre le mouvement, c’est elle la fille en théorie, elle n’a pas à mener la danse. Ni à se moquer de ses gestes gauches. Alors elle se contente de détourner le regard et de garder la tête haute.

Cette fois-ci, c’est lui qui parle. Sa voix est basse, comme s’il cherchait à se confier, à ce que personne n’entende ce qu’il a à lui dire.

-Tu n’as pas à être.. comme ça. Je t’ai vue, comment tu agis. Tu es différente. Ne deviens pas… comme eux.

Ses propos ressemblent à une supplique. Comme si ce grand homme qu’est Harry Potter cherchait à sauver son âme. Il veut la convaincre de changer, qu’elle fait une erreur monumentale. Abigail tourne la tête afin de sonder ses yeux, se demandant s’il veut la protéger parce qu’il l’apprécie, sans qu’ils ne se soient jamais rencontrés, ou s'il n'y a pas une autre raison qui le motive, plus sombre et moins avouable.

-Non. Personne ne veut que les Serpentards soient différents. Ni vous, ni personne ici. Vous savez que tous les Serpentards présents dans cette salle, moi exclue, ont été interrogés avec tellement de soin par tous les aurors du pays qu’il n’y a pas le moindre doute possible quant à leur innocence. Ils ont tous été blanchis. Aucun d’eux n’a aidé, ni même évoqué l’idée d’aider, l’ex-seigneur des ténèbres. Et pourtant, ça ne vous empêche pas de les haïr. Ce sont les méchants. Vous les détestez sans même les connaitre. C’est pour ça que vous me parlez, pour que je ne devienne pas « comme eux » ? Parce que vous avez pitié de moi, et que votre conscience vous dit que je ne mérite pas tant de haine et d'acharnement de la part de toutes les personnes présentes dans cette salle ?

Harry Potter a le bon gout de rosir légèrement sans chercher à démentir. Lui non plus n’échappe pas à la règle. Il ne porte pas les Serpentards dans son cœur, même s’il a ses raisons. Toutefois sa cavalière continue, désireuse de lui remettre les idées en place. En cet instant, ce n’est plus une gamine de onze ans. Son esprit semble bien trop lucide et réaliste. Peut-être même fataliste. S'il y a quelque chose qu'elle a appris à Poudlard, c'est à murir rapidement et à utiliser sa matière grise.

-Personne ici ne veut savoir qui sont les Serpentards. Ça, je l’ai bien compris. Je n’ai rien demandé à personne, vous savez, je suis même fille de moldus -le comble- mais le fait d’avoir été envoyée chez les verts et argents a suffi à me condamner. Rien de ce que je ferais ne changera cela, les gens me détestent rien qu'en voyant le blason cousu sur mon uniforme. Et vous savez quelle est l’unique manière de survivre à tant de haine, Harry Potter ? Mériter de recevoir une telle haine. Alors c’est ce que je fais, je deviens celle que tous imaginent, je vais acquérir tous les défauts, je vais faire de leur vie un enfer puisque je n’ai aucune alternative. Je jouerais à la pro sang-pur imbue d’elle-même et je n’hésiterais pas à écraser les autres. Car si je ne le fais pas, c’est eux qui le feront.

Le jeune homme la regarde, les sourcils froncés en signe de réflexion. Ou de colère. Abigail ne sait pas, mais elle croit voir sa mâchoire se serrer. Cette fois-ci il intervient d’une voix légèrement sèche.

-Ça ne fera qu’aggraver les choses, tu le sais ? Parfois il faut encaisser les coups et se montrer patient. Je sais que ça n’a rien de plaisant, mais, le sacrifice en vaut le coup…

La Serpentarde sent l’agacement monter en elle. Elle note le regard légèrement voilé du héros de guerre et songe qu’il se dit peut-être ça à lui-même. Mais cela n’empêche pas qu’elle est contre son idée.

-Tu es persuadé d’être du côté des gentils, mais tu sais que moi aussi, je suis persuadée d’être du côté des gentils ? Tu dis que je dois tout accepter sans jamais me plaindre ? Mais il n’y a aucun espoir, personne ne m’écoute, ni ne s’intéresse à ce qu’il se passe à Poudlard. J’ai été plusieurs fois battue, par mes camarades. On m’insulte au moins cinq fois par jour de « mangemort ». Aucun professeur ne semble choqué par ces agissements. Nous avons un quota maximum de visite à l’infirmerie, parce qu’on nous agresse trop souvent dans les couloirs de l’école ! Alors quoi ? Je dois me laisser martyriser pendant sept ans ? En espérant naïvement qu’après Poudlard ça va cesser peut-être ?! Non. Ça ne s’arrêtera. Jamais. Personne n’a envie de pardonner ni de donner la moindre chance aux Serpentards, et moi je refuse de me soumettre à la loin du plus fort. À la loi du plus sauvage et du plus idiot. Alors je peux demeurer innocente et gentille, être maltraitée sans raison en espérant qu’un jour un miracle mette fin à mon enfer, en effet. Ou alors, je peux me battre. Et c’est ce que je fais. Si je dois mordre pour que les autres me respectent, je le ferais. Je veux que tous me craignent. Qu’avant de me cracher dessus, ils en mesurent le risque. Qu’ils acceptent qu’il y aura des conséquences. Peut-être que leur peur de moi les incitera à me laisser tranquille.

Abigail reprend son souffle et regard Harry Potter, qui semble éberlué par ses propos. Doute-il de ce qu’il se passe entre ces murs de pierres ? Regrette-t-il le comportement agressif de sa cavalière ? Peu importe, elle compte finir son monologue.

-Je vais devenir leur pire cauchemar, comme ça ils auront une vraie raison d’avoir peur et de détester les Serpentards. Ils ne veulent pas la paix avec nous ? Eh bien tant pis, ils auront la guerre. Regnart le sait, et c’est pour ça qu’il est furieux que je sois présente. Il veut que je me taise, que les Serpentards soient dociles et soumis, mais ce n’est pas une vie. Et moi, je n’ai pas l’intention de me laisser faire ni de marcher dans sa combine. Si le monde se moque des abus qui sont faits aux Serpentards, grand bien leur fasse ! J’ai compris que personne ne viendra nous aider et je me suis faite à l’idée. Par contre, ne venez pas nous faire la morale, car vous êtes à l’origine de notre situation. Vous, et tous ceux qui pensent que les Serpentards sont les méchants de l’histoire.

Le regard d’Abigail demeure perdu dans ceux de son cavalier. Elle reprend son souffle tandis que ses yeux demeurent plongés dans cette mer légèrement turquoise. Elle aimerait savoir ce qu’il pense. Changera-t-il d’avis pour elle ? Ou changera-t-il d’agit à son propos ? C'est étrange d’extérioriser ainsi ses pensées, de devoir justifier son comportement devant un inconnu.

Les secondes s’égrènent tandis que le couple continue de se mouvoir dans un rythme approximatif, mais Abigail était bien trop chamboulée pour y prêter attention. Elle a d’ailleurs détourné la tête et fixe un point loin devant elle. Elle sent le regard de Harry Potter sur elle mais elle ne peut pas le soutenir. En cet instant, elle a peur.

-Tu ferais mieux de filer avant que le directeur ne te tombe de nouveau dessus. Derrière la fontaine en chocolat se trouve une teinture qui dissimule une porte de service, ça devrait te permettre de t’éclipser discrètement.

Abigail est tellement surprise qu’elle en oublie de marcher. Elle se fige et relève la tête en observant le visage du jeune homme. Il l'observe, un sourire gentil sur les lèvres et elle se demande s’il est triste. Elle, elle ne peut que sourire. Un sourire qui vient du cœur et qui semble amuser Harry Potter puisque ses yeux semblent pétiller légèrement, bien que le reflet de ses lunettes rende l’observation plus difficile.

-Merci.

La voix d’Abby n’est plus qu’un souffle, peu désireuse d’attirer l’attention de qui que ce soit sur elle. Elle se sépare de son cavalier et, avant de tourner les talons, se permet un dernier commentaire.

-oh, et si vous pouviez garder pour vous ce que je vous ai dit…

Harry Potter hoche la tête, son sourire disparaissant de son visage et Abigail se demande vraiment ce qu’il peut penser. Mais elle n’en saura probablement jamais rien.

La jeune fille se redresse et chasse toutes ses interrogations de son esprit. Elle doit redevenir la Serpentarde qu’elle est. Elle s'interroge rapidement, doit-elle avec Nail ? Cepdendant elle n’a pas envie de perdre la moindre seconde, car dès que la chanson touchera à sa fin Regnart se mettra à sa recherche.

Le visage impassible, Abigail offre un sourire légèrement moqueur à celui qui a été son cavalier pendant une courte danse et tourne les talons, se faufilant habilement entre les danseurs, en direction de la tapisserie. Elle n’a même pas remarqué qu’il y avait une tapisserie dans la salle… Et pourtant, il lui semble que son sens de l’observation n'est pas si mauvais.

Peu avant de rejoindre sa porte dérobée, Abigail reconnait un couple de Serpentards qui s’était rapidement assis à sa table plus tôt dans la soirée et elle leur annonce rentrer à son dortoir. Leur réaction n’est pas celle espérée par la jeune fille car ils refusent de la laisser rentrer seule. Ils l’accompagnent donc dans sa fuite sans prévenir Nail.

Étrangement, la jeune fille se sent plus rassurée de les avoir à ses côtés lorsqu’elle chemine dans les couloirs déserts de Poudlard. Quelques rares torches demeurent allumées rendant l’atmosphère légèrement angoissante et Abigail ne peut s’empêcher de songer que ses talons font beaucoup trop de bruit dans les couloirs déserts. Le bruit des pas des trois adolescents se répercute sur les murs et s’enfonce dans la nuit. Tous trois espèrent ne croiser personne, car la situation deviendrait particulièrement épineuse.

Ils marchent rapidement, se retenant à grand-peine de ne pas courir, les cachots leurs semblent terriblement lointains. Lorsqu'ils y parviennent enfin, sans avoir croisé âme qui vive, ils frissonnent à cause du froid et de l’humidité qui les accueillent, mais ils s’en moquent, car la porte de leur salle commune se dévoile désormais à eux. La promesse de sécurité, de la fin de leur course et de leur soirée.

Abigail trouve ses amis dans la salle commune en train de l'attendre près du feu et elle oublie ses sombres préoccupations. Elle s'inquiétera demain des conséquences de ses actes, ce soir elle veut conter sa soirée et l'improbable rencontre qu'elle y a faite.

End Notes:

Une p'tite review ?

Chapitre 13 : Tombée de rideau by Maloux
Author's Notes:

23-02-2019


 


Holli !


Merci à vous de me lire, encore et toujours ! <3


De plus en plus de vues et je me sens fière *u* Je remercie Sleipnir pour sa review, parce que ça me fait super plaisir de te savoir encore ici et que tu déplores la connitude de cette société sorcière que je dépeins.


 



Voilà donc une illustration (oui, encore) (toujours de moi) (c'est celle que j'avais débuté il y a deux ou trois chapitres, donc il était temps que je la publie parce qu'elle prend la poussière sinon), de notre héroine pour se quitter en de bon termes puisque c'est le dernier chapitre de cette première année à Poudlard !


Elle y aura donc survécu ! Hourra ! (oups ! spoil...)


La suite arrivera dans... un peu plus de temps, car je pars en vacances, puis je re-déménage (j'aime raconter ma vie) et que je partirais en vacances quelques jours avant de chercher un boulot et une nouvelle maison (enfin, un appart/studio/colloc vu mes moyens). Et cette fois-ci j'amaerais profiter de l'inspiration pour écrire correctement des scènes ou chapitres qui me tienennt à coeur, sans prendre trop de retard dans la publication, et cmme mon idéal serait d'avoir de l'avance par raport à mes publications... je ne sais pas trop quand arivera le prochain chapitre. Mais il arrivera, soyez-en assurés ! On ne se débarasse pas de moi comme ça !


Je vous envoie pleiiin d'amour ! Bisous sur vos mouilles et à bientôt pour de nouvelles aventures ! (ne m'oubliez pas U.u)


 


Aux modérateurs : vous avez vu, cette fois-ci j'ai mis l'image à la bonne taille ! Mon cas n'est pas totalement désespéré... Et toutes mes excuses une nouvelle fois pour mes erreurs U.u

 

-Turner. Il serait temps de vous réveiller, vous arriverez bientôt en dessous du niveau de la mer. …Même si vous êtes littéralement sous les eaux du lac tous les jours de l’année.

La copie qui tombe dans un bruit sourd sur la table révèle à Abigail un D rouge sur le parchemin scarifié de rayures sanglantes et d’annotations du professeur. La jeune fille observe sa copie, peinant à retrouver sa respiration. Passé les deux premiers mois à Poudlard, elle n’a jamais eu pire qu’Acceptable car elle travaillait avec acharnement, mais là… Désolant.

L’écriture serrée et nerveuse du professeur Brown envahit le moindre espace de sa copie, critiquant chacune de ses phrases, déplorant ses conclusions erronées. La jeune fille est incapable de décrypter correctement les mots qui s’étalent sous ses yeux et elle sent sa vue s’embuer, les larmes cherchant à obstruer sa vision.

Elle serre les dents, elle doit être forte. Elle sent les regards curieux et moqueurs de ses camarades sur elle. Mais elle ne craquera pas. La fatigue lui met les nerfs à vif, diminue sa concentration et la tourmente continuellement. Elle sent une main lui serrer le coude, elle sait que ses amis sont là, mais elle n’arrive plus à penser correctement, elle se sent partir. Elle part en vrille, elle n’arrive plus à lutter. Lutter contre ceux qui s’acharnent contre elle, à travailler au-delà du raisonnable, à récurer chaque pierre du château…

Le cours prend fin sans que la jeune fille ne le réalise. Sa copie demeure sur la table, et elle, elle la fixe les épaules voutées et le regard perdu. La journée touche à sa fin, mais pas pour elle.

-Abby…

La voix douce de Phil ne parvient même pas à lui redonner du courage. La peine qu’elle perçoit dans sa voix ne fait qu’aggraver son mal-être.

-Tu vas être en retard. Regnart te le fera payer…

Ses mots sont justes, mais la jeune fille ne trouve plus le courage de se lever. Toute force semble avoir déserté son corps. Depuis un mois, elle paye ses frasques du bal de la commémoration. Un mois à être collée tous les soirs, privée de diner et obligée d’effectuer des tâches ingrates, épuisantes et usantes. Un mois qu’elle endure la torture psychologique du directeur Regnart.

Elle l’a entendu, au début de ses colles quotidiennes, déplorer l’interdiction des châtiments corporels au sein de l’école. Elle s’était alors inquiétée de la santé mentale de son professeur et avait soupiré de soulagement en apprenant qu'elle ne serait pas fouettée. Mais plus aujourd’hui. Elle aurait tout donné pour ne plus avoir à le supporter, car lutter est tellement épuisant…

Au début, elle se moquait de ses critiques continuelles. Elle racontait ses heures passées avec le directeur à ses amis et ensemble ils se moquaient, mais petit à petit, pour endurer autant de perfidie et de propos sournois, elle avait dû renforcer sa carapace. Elle se protégeait de toutes les remarques, si bien que même ses amis lui semblaient distants. Abigail ne riait plus. Elle n’était plus touchée par leurs marques de soutien ni d’amitié. Elle refusait de s’attacher à quoi que ce soit, elle s’empêchait de penser par crainte de chuter. Par peur de se briser.

Petit à petit elle se sentait perdre du terrain, Regnart et son acharnement commençaient à la faire douter, elle le sentait. Elle ne croyait aucun de ses mots et s’en moquait éperdument, mais ces questionnements permanents empêchaient sa volonté de demeurer intact. Elle avait l’impression de se débattre contre elle-même.

Non, elle n’en peut plus.

Les larmes se sont échappées et elle ne réalise pas que ses joues sont déjà trempées ni que l’eau salée s’écrase avec force sur le parchemin, noyant l’encre et diluant les mots s’y trouvant. Elle est seule. Terriblement seule. Perdue.

Elle n’en peut plus.

De rejoindre sa salle commune à dix heures, juste avant le couvre-feu, pour ensuite se mettre à travailler. De voir ses amis lui tenir compagnie de leur mieux et de toujours penser à lui rapporter de quoi dîner. De passer sa nuit à travailler dans sa chambre tandis que ses camarades dorment paisiblement. De s’efforcer de ne rien ressentir et de se moquer de tout. De garder la tête haute. De mettre un pas devant l’autre, de subir la compassion ou la pitié des plus âgés.

Elle n’en peut plus.

Même son corps le lui dit. Les yeux auparavant si vifs d’Abigail se ternissent jour après jour. La lueur malicieuse qui y brillait parfois n’apparait plus, même lorsqu’elle n’est qu’avec les garçons loin du regard des autres et de leurs tracas. Elle ne correspond plus avec ses parents depuis que Regnart,sous le titre pompeux de directeur de l’école de Sorcellerie de Poudlard, leur a fait part de ses retenues quotidiennes sans donner de justification. Ils lui avaient immédiatement envoyé une lettre incendiaire (ils ignorent tout des beuglantes, et c'est tant mieux pour Abigail).

La jeune fille se referme sur elle, s’éloignant de ses amis, malgré leurs efforts. Phil et Luke font leur possible pour la soulager, l’aider dans ses devoirs, lui laissant leurs brouillons ou leurs notes, lui changeant les idées, essayant de lui tirer un sourire... Mais ils ont la terrible impression qu’elle leur glisse entre les doigts.

Toutefois Abigail, elle, n’a plusvraiment conscience de rien. Son âme est meurtrie, son coeur est à vif, elle est écorchée et continue de marcher, tel un automate, ignorant le sel qui est régulièrement jeté sur ses blessures sanguinolentes.

Trois semaines se sont passées depuis le bal. Elle a l’impression que ça fait une éternité.

 

Aujourd’hui, elle n’arrive plus à se lever.

 

Les larmes ruissellent jusqu’à se tarir, mais le visage poupon de la jeune fille demeure déformé dans une expression de souffrance mêlée de désespoir. Elle songe finalement à se laisser glisser dans le gouffre qui s’est ouvert progressivement sous elle, à se laisser happer par l’obscurité pour profiter de l'absolution du néant.

 

 

***

 

 

-Ce n’est qu’une note mademoiselle Turner. Avec un peu de travail et de persévérance, vous y arriverez.

Le professeur Brown a remarqué la Serpentarde qui ne s’est pas levée lorsque ses camarades ont quitté la classe. Depuis qu’il lui a rendu sa copie, elle n’a pas bougé. Son regard demeure perdu sur sa copie et s’il n’y a pas prêté attention pendant son cours, il ne peut désormais plus fermer les yeux.

La jeune fille est née moldue, il le sait, c’est lui qui lui a montré le monde des sorciers, mais contre toute attente elle a rejoint le camp de Serpentards, et pour ça il lui en veut. Il avait confiance en elle, et elle, elle s’est transformée. Il avait de l’espoir pour cette fille curieuse et émerveillée de toute chose, mais il a fini par se résigner. Elle est à Serpentard et semble s’y plaire. Il l’a vu lors du bal. Il n’en a pas cru ses yeux. Celle qu’il a rencontrée à peine un an plus tôt est devenue une véritable petite effrontée, une rebelle arrogante. Et d’une impertinence incommensurable.

Mais là, avachie sur sa chaise, insensible aux gestes de soutien de ses amis, Mc Caster et Medley, elle semble véritablement abattue.

Le professeur Brown se lève de son siège et contourne son bureau, s’approchant de la jeune fille. Il remarque que sur ses joues ruissellent des larmes. S’il avait cru qu’un jour une telle note provoquerait une telle déception… mais c’est la colère qui s’empare désormais de lui, agacé par le manque de réaction de la demoiselle. Un Désolant n’est jamais agréable à recevoir, mais ce n’est pas une raison pour agir comme si le monde cessait de tourner.

-Ça suffit, mademoiselle Turner !

Trois regards se relèvent immédiatement vers lui, surpris de la puissance de son ton. Deux regards partagés entre la surprise et la colère tandis que le troisième semble éteint. C’est celui de la Serpentarde qui attire ses yeux. L’absence de réaction, ce vide qu’il y voit, cette tristesse sans fin, ce gouffre… Le cœur du professeur se serre, devant une telle détresse et il se dit qu’il n’est peut-être pas à l’origine de sa crise de larmes finalement.

Même sous son regard agacé, et sa mine furieuse, Turner ne réagit pas. Elle ne semble plus avoir conscience de rien. Le professeur lui claque les doigts devant ses yeux ternes en espérant la faire réagir, mais il n’obtient rien. Son regard demeure vague, comme s’il peinait à s’arrêter sur son visage.

Désormais, l’inquiétude étreint l’enseignant. Il a beau ne pas porter les Sepentard ni Abigail Turner, dans son cœur, il ne peut rester les bras croisés à faire comme s’il n’avait rien vu.

Il sort alors sa baguette et demande aux deux Serpetnards de s’éloigner de leur amie. D’un rapide sortilège, il fait léviter le corps de la jeune fille et l’accompagne à l’infirmerie. Il marche à grandes enjambées, se préoccupant peu du fait que les Serpentards sont obligés de trottiner derrière lui pour ne pas se faire distancer. Enfin, il s’en doute un peu et ressent un plaisir mesquin à les forcer à presser l’allure ainsi.

Rapidement, le professeur parvient à l’infirmerie et dépose son élève sur le lit puis range sa baguette. Quelques rapides minutes d’examens et le diagnostic tombe, rapidement énoncé par une Pomfresh agacée.

-Surmenage menant à la dépression.

Le professeur hoche la tête, mais ne peut sortir de l’infirmerie sans quelques mots supplémentaires de la part de la médicomage qui semble la seule à demeurer partiale vis-à-vis des traitres serpents.

-Elle devra passer le week-end ici, au calme. Pour les deux ou trois semaines à venir, il lui faudra du repos, donc je compte sur vous ainsi que le reste du corps enseignant pour diminuer la charge de travaux qu’elle doit rendre, ou au moins vous montrer moins intransigeant à son égard.

 

 

***

 

 

Abigail sourit à son dortoir, heureuse d’y remettre les pieds. Trois jours loin des cachots humides et sombres... Ça lui avait presque manqué, même si elle sent une certaine nostalgie s’emparer de son cœur. Se secouant, la jeune fille se précipite sur son lit et s’y étale avec satisfaction.

Elle est sortie le matin même de l’infirmerie, sous l’œil scrutateur de Mme Pomfresh, pour se rendre directement en cours. Abigail doit avouer que les soins de l’infirmière, ainsi que ses potions, ont porté leurs fruits. Elle se sent en meilleure forme. Les affres du désespoir qui l’avait saisi quelques jours plus tôt lui semblent encore présentes, mais elle sentait ses amis à côté d’elle et surtout, l’espoir coulait de nouveau dans ses veines.

La porte du dortoir s’ouvre sur Phil et Bowerst qui viennent s’assoir sur le lit attenant à celui où s'est échouée la sorcière.

-Franchement, il abuse… Trois heures de colles, juste pour t’avoir défendu…

Phil semble encore sous le choc de la punition de Manders. Leur professeur de potion a décidé de reprendre les brimandes à l’encontre des Serpentards, et s’est autorisé quelques piques à l’attention de la jeune fille qui avait loupé les cours du vendredi. Elle avait alors senti ses entrailles se figer et la peur revenir au galop… Jusqu’à ce que Luke réponde à leur enseignant, écopant ainsi de trois heures de retenues le soir même.

Abigail sourit, heureuse du geste de son ami. C’est la première fois que quelqu’un va en colle pour avoir pris sa défense. Et étrangement ça la rassure. Ça et le fait de ne plus à avoir ses propres colles avec le directeur Regnart arrange les choses et lui permet de souffler. La fin de l’année scolaire, la pression, les devoirs et Mme Pomfresh ont eu raison de sa punition, pour son plus grand plaisir.

La jeune fille ferme les yeux tandis que Bowerst répond à Phil, et qu’ils débutent une conversation qui ne l’intéresse pas. Son ami l’a soutenu, et elle se doute que les deux autres en auraient fait de même, même si elle continue d’ignorer Bowerst. Il est pourtant venu avec les deux autres pour l’attendre à la sortie de l’infirmerie. Alors elle ne sait plus trop quoi penser à son sujet.

Tout comme ses relations avec les autres Serpentards. Elle a senti leurs regards lorsqu'elle a traversé la salle commune au pas de course afin de les éviter. Cela fait presque un mois qu'elle les ignore et cherche à les éviter le plus possible. Elle les a repoussés et aujourd’hui elle sent leurs regards de pitié… Non, elle n’est pas prête à les affronter. En fait, elle ne se sent pas prête à grand-chose, et surtout pas à penser à ce qu’il s'est passé.

Abigail se sent stressée. Elle réprime des tremblements, avec l'impression que son coeur étouffe, comme s'il désirait battre plus fort, s'emporter. Elle a besoin de plus. Elle a besoin d’évacuer toute la tension qui l’habite.

Se redressant rapidement, la jeune fille sent sa tête lui tourner. Elle rassure les garçons en leur annonçant qu’elle va simplement voir Nail, qu’ils n'ont pas à l’accompagner. La solitude l’appelle, le besoin de s’isoler, de se laisser emporter par les méandres sinueux de ses pensées. Être engloutie par ses émotions, faire le point avec elle-même.

Et pour ça, elle a besoin de musique.

Alors, elle toque aux portes. À celle des deuxièmes années, puis à celle des cinquièmes. Les premiers ont des disques pas trop mauvais, considérant ses envies musicales de l’instant, et les seconds ont le gramophone. Le dortoir de Nail est désert et la jeune fille est contente de ne pas avoir à le croiser, elle redoute son jugement et n'a pas envie de discuter, ce que Phil et Luke ont bien compris. Aucun ne lui a vraiment posé de questions, ils se sont contentés d’être là, et ça lui avait suffi. Nail ne s'en contentera pas, il voudra comprendre.

De retour dans son dortoir, faisant léviter avec difficulté le tourne-disque magique emprunté illégalement, les disques coincés sous son bras droit, la jeune fille soupire avec soulagement. Elle n'a rien cassé et il ne lui reste plus qu’à faire fonctionner l’appareil.

Après quelques minutes d’essais infructueux, elle se résout à demander de l’aide à Phil qui l’observe un sourire goguenard sur les lèvres. Bowerst ne dit rien non plus, même si ses yeux pétillent d’amusement ce qui n’échappe pas à Abigail qui le fusille du regard, les poings sur les hanches.

Lorsque la musique s’élève dans les airs, Abigail réalise que, trop occupée à en vouloir à Bowerst de se moquer d’elle, elle n'a pas prêté attention à ce que faisait Phil, et comment il a réussi à faire fonctionner l’appareil. Haussant les épaules elle finit par demander à ses amis de sortir, quitte à les pousser jusqu'à la porte afin qu'ils comprennent clairement que ce n'est pas une suggestion.

La sorcière ne connait pas de sorts pour verrouiller la porte alors elle se contenta de mettre la lourde valise de Luke devant afin d’empêcher les curieux de la déranger.

Puis elle lance le sort appris par la sœur de Phil pendant les vacances et savoure la musique qui envahit petit à petit le dortoir, résonnant dans son corps fatigué, vibrant dans les pieds des lits, faisant frissonner les rideaux de leurs baldaquins.

Il s’agit d’un rock sorcier. Abigail ferme les yeux, et laisse les vibrations caresser son corps.

La première chanson touche à sa fin, sans qu'elle n'ait bougé le moindre doigt, et elle est rapidement suivie par une autre, du même groupe. Les Bizarr’ Sisters. L'un des seuls groupes de rock anglais et sorcier, et vraiment pas mauvais. Mais qu’importe, elle n’a pas envie de réfléchir.

Sa tête est la première à se laisser emporter dans un dodelinement dicté par la musique. Le reste du corps ne tarde pas à suivre, et ses lèvres reprennent les quelques couplets qu’elle connait. Ses mains gesticulent dans un fou désordre tandis que ses jambes initient des pas de boogie puis d’autres pas tout endiablés qui accompagnent les diatribes de la chanson. Petit à petit elle se laisse emporter, les yeux fermés, son corps répondant à l’appel de la musique.

Can you dance like an hypogryff ?

Na na na, na na na…

Elle secoue désormais la tête, s’imaginant dominer tour à tour la guitare, la batterie et la cornemuse. Ses pieds décollent du sol tandis que ses jambes effectuent un ballet endiablé et que ses mains caressent l’air, cherchant à rétablir son équilibre parfois incertain ou à évacuer la rage qui l’habite. La rage, l’angoisse, la peur, le plaisir.. Elle ne sait pas, mais elle ressent trop de choses. Et à danser comme si le reste du monde n’existait plus, elle se sent revivre. Elle a l’impression de rejoindre la surface et d’aspirer une goulée d’air.

 

 

***

 

 

Anigail fait signe à ses amis de l’attendre à l’extérieur de la salle de cours et patiente tandis que tous les étudiants quittent la salle de cours d’une lenteur exaspérante. Elle les observe, les bras croisés et le regard fermé. Ils semblent inconscients. Certains rigolent entre eux, d’autres chuchotent à propos des devoirs à rendre, mais aucun ne semble inquiet.

Elle les envie. Elle aimerait chasser cette peur qui se niche sans cesse au fond de son cœur et qui l’empêche d’avancer sans jeter continuellement un regard par-dessus son épaule. Mais elle en est incapable. Parce qu’elle craint que quelqu’un en profite pour lui lancer un sortilège, l’insulter ou elle ne sait quoi. Même lorsqu’elle dort elle ne se sent pas totalement en sécurité, et ça, elle sait que Regnart y est pour quelque chose. Elle sait faire bonne figure, mais depuis son séjour forcé à l’infirmerie dix jours plus tôt elle voit les choses différemment. Ce n’est pas un jeu.

Elle n’a pas le loisir d’être innocente et de s’amuser naïvement. Elle est une Serpentarde, et ce simple fait l'oblige à murire plus vite que tous les autres, à prendre conscience de la situation. Elle doit être plus malines que les autres pour s'en sortir.

 

En fait, elle a besoin d’exutoire. Pas pour les jours à venir, car elle attend impatiemment la fin de l’année scolaire et de mettre le plus de distance entre elle et le monde diabolique de la sorcellerie. Non, pour l’année suivante, et celles qui suivront. Car Abigail sait qu’elle n’aura d’autre choix que de se relever et de continuer à se battre. Mais cette année, là, elle a perdu la partie, elle le sait. Elle évite les confrontations et baisse les yeux lorsque les gens s’adressent à elle. Elle ne veut pas devenir passive, mais pour l’instant elle n’a pas la force de se battre, alors elle se contente d’assister impuissante aux éclats de ses amis, qui semblent redoubler d’effort pour mettre la pagaille en cours ou lancer quelques sortilèges ridicules à ceux qui les insultent dans les couloirs.

La vie semble avoir retrouvé un rythme normal, mais pas pour elle. Son monde lui manque terriblement, un coin où se réfugier et où reprendre ses forces. Poudlard lui semble tellement oppressant parfois, elle a besoin de quelque chose qui lui rappelle qui elle est et pour quoi elle se bat.

Et pour ça, elle a besoin de musique. Sauf que le gramophone sorcier est clairement dépassé, tout comme les disques beaucoup-trop-de-tours des Serpentards et que ça l’agace, ce silence omniprésent de sa chambre. Elle qui a grandi dans un brouhaha incessant et qui a gouté à la musique dès son plus jeune âge, elle se rend compte que le silence l’angoisse. Un peu. Suffisamment pour qu’après l’avoir réalisé elle n’entende plus que cette absence de bruit.

Alors pour y remédier elle s’intéresse au fonctionnement du gramophone afin de faire fonctionner le baladeur que lui a envoyé son frère quelques jours plus tôt, emballé dans une tonne de papier bulle avec comme simple mot « Parce que j’ai une idée de chanson et que j’ai besoin de ton avis. Ce n’est pas ton cadeau d’anniversaire. Bisous. ». L’appareil est un Sony, comme son Walkman décédé en début d’année, et lui non plus ne fonctionne pas dans l’enceinte de Poudlard, ce qui l’a grandement frustrée et encouragée à approfondir ses recherches sur le fonctionnement du gramophone sorcier.

-Un problème Mademoisele Turner ?

Abigail sort de ses pensées et écarquille les yeux en remarquant le professeur Flitwick juste devant elle. L’enseignant n’est pas vraiment grand ni rassurant, mais il possède un regard franc qui en cet instant encourage la Serpentarde.

-Hum, professeur, je voulais vous parler…

L’enseignant hoche la tête, agite sa baguette et la porte se referme bruyamment, leur permettant d’être isolé. Le petit homme grimpe agilement sur son bureau, comme il en a pris l’habitude en donnant ses cours puis hoche la tête, faisant signe à son élève de continuer à parler.

-Je.. m’intéresse au fonctionnement du gramophone professeur, et surtout à comment la magie peut remplacer l’énergie moldue pour faire fonctionner leurs objets.

Elle voit le professeur hausser les sourcils et roule des yeux tandis qu’il lui parle de sa voix fluette, qu’elle trouve légèrement irritante.

-Mademoiselle, pourquoi venez-vous me demander votre aide à propos d’appareils moldus alors que vous insultez vos camarades de sang-de-bourbe ?

-Parce qu’ils m’insultent de mangemort, professeur. Je n’y prête aucune valeur, mais au moins ça les vexe plus que de les traiter d’idiots ou de veracrasses à roulettes. Et comme vous le savez, je suis issue d’une famille moldue donc bon…

Elle haussa les épaules d'indifférence, agacée par la réaction du professeur.

-Cela vous semble être une justification…

-Bon, je ne suis pas venue ici pour parler de mon vocabulaire, donc désolée, professeur, mais j’ai besoin de savoir si vous pouvez m’aider.

Abigail a coupé la parole de son enseignant, n’ayant pas envie de l’entendre se lancer dans un grand discours qui la mettrait d’encore plus mauvaise humeur. Alors elle fait ce qui lui aurait valu une retenue de la part des autres professeurs, dans le meilleur des cas. Parfois Flitwick est un peu laxiste, mais ce n'est pas elle qui va s’en plaindre.

-Donc j’ai étudié déjà le gramophone qui se trouve dans ma salle commune. Je l’ai ouvert pour voir s’il y avait des ajouts sorciers sur cette technologie moldue, mais non, il n'y a rien de sorcier. Donc j’ai ensuite cherché à la bibliothèque quels sortilèges sont appliqués aux objets avant d’être utilisés par le commun des sorciers, mais j’ai été déçue, car les fabricants gardent ces sortilèges secrets, on sait simplement qu’il s’agit d’au moins d'un sortilège de répétition et de conversion... Ce qui ne m’aide pas. Tout est-il qu’il suffit d’agiter sa baguette pour que de la magie entre en contact avec l’appareil et qu’il se mette à fonctionner. C’est pareil avec les radios. Pas besoin de sortilège poussé pour les faire fonctionner, car ils possèdent déjà des sortilèges qui les font fonctionner sans utiliser les piles. J’ai tenté d’appliquer quelques sortilèges qui provoquent de l’énergie sur mon discman, mais rien n’y fait, j’imagine que je n’utilise pas les sorts corrects, mais je ne sais pas si le problème vient uniquement de l’énergie qui doit parcourir l’appareil ou également de l’appareil en lui-même, et de si la magie peut se transmettre aux différentes parties de l’objet.

Abigail reprend son souffle en inspirant longuement. Elle réalise qu’elle a raconté tout ça à une vitesse affolante et que son professeur l’observe sans bouger. Elle a dû le perdre dès la première phrase. Tant pis, elle aura essayé.

-Je crois que votre prochain cours vous attend mademoiselle Turner, je ne voudrais pas vous mettre en retard. Repassez donc ce soir, après dix-sept heures afin de me montrer votre appareil ainsi que les sortilèges que vous avez tenté de lancer, nous étudierons ça ensemble, si cela vous tient tant à cœur.

La jeune fille ne cache pas sa surprise et un sourire vient fleurir sur ses lèvres tandis qu’elle hoche vigoureusement la tête. Elle se mord la lèvre, empêchant des paroles malencontreuses de les franchir.

-Merci monsieur. Je reviendrais ce soir.

La jeune fille tourne les talons et sort de la salle comme une flèche, faisant sursauter ses amis qui l’attendent dans le couloir. Tandis qu’ils marchent le plus rapidement possible, Abigail leur annonce qu’elle retournera le soir avec le professeur afin de discuter plus tranquillement. Ses amis l'interrogent, mais elle se contente de sourire énigmatiquement sans leur apporter la moindre réponse. Frustrés, les étudiants lui font remarquer qu'à cause d'elle ils sont en retard et ils déplorent le risque que représente pour eux l'utilisation des passages secrets, car ils vont probablement arriver en retard en cours…

-Moins cinq points pour Serpentard, à chaque retardataire. Asseyez-vous en silence.

Abigail roule des yeux et s’assied sur sa chaise, les joues rouges et le souffle court. Elle n’écoute que d’une oreille le cours de potion, son esprit préférant s’intéresser à son entretien avec le professeur Flitwick.

 

 

***

 

 

L’appareil est ouvert, sur le bureau du professeur et deux têtes l’observent avec appréhension.

-Connaissez-vous l’utilité de chacun de ces… morceaux de plastique ?

-Pas vraiment… Là ce sont les piles, qui produisent l’énergie pour que tout fonctionne, ça, ce sont les câbles, pour transmettre l’énergie partout, comme les vaisseaux sanguins et.. c’est à peu près tout. Il n’y a rien à la bibliothèque.

Le professeur hoche la tête, les sourcils froncés en signe de concentration.

-Hum. Et quels sortilèges avez-vous essayé de lancer ?

Abigail sort un petit carnet où elle a noté ses recherches, de nombreux parchemins sont intercalés entre les pages, dans le plus grand des désordres.

-Alors, celui qui fait la foudre, mais tout petit, j’avais peur que ça soit trop d’énergie d’un coup et que ça grille tous les composants. J’ai essayé celui des étincelles, du feu, de la tension altérée (je crois, mais je n'ai pas tout compris à ce que c'était exactement), mais ça n’a absolument rien fait. J’ai aussi essayé celui qui donne de l’énergie, Vitalis-quelque-chose. Mais je crois que ça ne fonctionne que sur les êtres vivants. Et.. C’est tout. Je n’ai rien trouvé de vraiment intéressant, surtout de faisable avec mon niveau.

Le professeur l’observe en hochant la tête.

-Eh bien, ce sont de courageuses recherches que tu as débutées, et on ne résoudra pas tout en une journée. Ni même en une semaine. Comme tu l’as judicieusement dit, ce que tu comptes faire est un secret particulièrement bien gardé. Je pense que tu devrais, pour la semaine prochaine, réfléchir aux enchantements qui sont permanents. Un charme qui perçoit la magie, même la plus élémentaire, pour se déclencher de lui-même. Note ce qui te semble intéressant et essaye de trouver le rôle exact de chaque chose se trouvant dans ton objet, c’est en connaissant leur fonction qu’on pourra savoir où il est utile d’agir. Peut-être que l’énergie n’est pas le problème principal, et qu’il est possible de simplifier le fonctionnement de ton objet à "lecture de ce cercle de métal -un disque si je ne m’abuse- en une musique".

Le professeur relève les yeux, observant son élève par-dessus les lunettes qu’il a chaussées avant de se pencher sur le baladeur.

-Dans tous les cas, vous venez de faire gagner cinq points à votre maison, pour votre initiative et vos recherches.

La jeune fille rougit, dérangée par cette soudaine bienveillance de la part du professeur. Jamais personne, excepté Mme Pomfresh, ne lui avait parlé avec un tel naturel depuis son arrivée à Poudlard.

-Vous auriez eu votre place dans l’inventive maison des Serdaigles, mademoiselle Turner. Mais le choipeaux a ses raisons que nous ignorons. Alors je vous propose un rendez-vous ici même la semaine prochaine, afin d’observer votre avancement, et ne vous préoccupez pas, vos travaux ne seront pas ébruités, du moins tant que vous ne parveniez pas à vos fins.

Abigail ne tient pas à avouer quoi que ce soit, même une fois qu’elle aura réussi à faire fonctionner son appareil moldu. Ce sera son succès à elle, elle n'a pas l’intention d’en faire partager quiconque. Enfin, avant de songer à s’en servir il faut déjà qu’elle trouve un moyen de le faire fonctionner, et pour ça elle va probablement devoir demander de l’aide à son frère, pour qu’il lui envoie des revues d’électroniques qui expliquent en détail le fonctionnement du baladeur. Et faire encore plus de recherche à la bibliothèque…

La jeune fille soupire, réalisant que le professeur ne compte pas lui mâcher le travail, et qu’ajouter ça à la tonne de devoirs qui s’abattent sur elle en prévision de la fin de l’année scolaire lui donne envie de retourner voir Mme Pomfresh pour profiter de ses potions tranquillisantes et euphoriques.

 

 

***

 

 

-Trois chocogrenouilles que tu n’y arriveras pas.

Abigail lève les yeux au ciel en soupirant de façon théâtrale. Alors quel leurs derniers examens se profilent à l'horizon, l’équipe verte et argentée évacue le stress à sa manière. Ils se lancent des défis idiots, et parient sur son issue. Il s'est avéré que Phil est assez doué dans ces paris, et qu’il réussit toujours à deviner quelle sera la punition en conséquence de leurs actions idiotes, car jusqu’à présent ils se sont fait attraper à tous les coups. Lorsqu’ils ont glissé un rat de métamorphose dans le plat de soupe des Poufsouffles de leur année, lorsqu’ils ont inondé de bombabouses les escaliers menant à la tour des Gryffondors, lorsqu’ils ont ensorcelé les balais de leurs camardes lors de leurs leçons de vol pour que ceux-ci se mettent à rouler sur eux-mêmes dès que le mot « ça » est prononcé*…

Et le gage d’Abigail, en ce mardi pluvieux, est de lancer un sortilège de mutisme à un Gryffondor -Garadan à tout hasard- sans que personne ne s’en aperçoive et qu’il reste muet jusqu’à ce que quelqu’un lui lance le contre-sort, ce qui peut tarder. Et ça sera surtout amusant en cours car le professeur Mc Gonagall n'est pas très patiente avec les élèves -même ceux de sa maison de cœur- qui ne travaillent pas pendant son cours ou ne répondent pas à ses questions.

La blonde retire sa baguette de ses cheveux et les laisse cascader dans son dos. Elle jette un regard mauvais à ses amis qui peinent à prendre sur eux pour ne pas éclater de rire et elle préfère tourner les talons afin qu’ils ne la trahissent pas.

Abigail marche d’un pas vif dans les couloirs, espérant atteindre la salle de métamorphose avant que le Gryffondor n’y pénètre car il lui serait alors impossible de lui lancer le sortilège sans être vue. Heureusement pour elle, les lions ne tardent pas à envahir le couloir lui présentant l’occasion idéale pour lancer son sort alors qu’elle tourne les talons, s’éloignant d’eux. S’ils l'aperçoivent, elle aura le droit à un règlement de compte pas très légal. La jeune fille agite sa baguette dans un geste qu’elle espère discret puis jette un coup d’œil par-dessus son épaule alors qu’elle chuchote son « Silencio ».

Elle est trop loin pour savoir si elle a réussi, mais les trois Serpentards qui surgissent face à elle lui font comprendre qu’il est temps d’entrer en classe et qu’ils constateront rapidement si elle a réussi son pari... Elle l’espère, car les garçons augmentent la taille du défi en cas d’échec, ou alors dévalisent les réserves de sucreries.

 

Le cours de métamorphose débute rapidement et il apparait que le sortilège a fonctionné à la perfection. Les Serpentards font tout leur possible pour dissimuler leur amusement, mais n’y parviennent probablement pas beaucoup puisque Mc Gonagall leur retire un point chacun. Toutefois la réaction du blond griffon vaut ces quelques points perdus. Tandis que les larmes montent aux yeux des Serpentards, ils l'observent sortir de la salle pour se rendre à l’infirmerie, les joues rouges de honte et la tête baissée. Heureusement pour eux, certains rouges et ors s’amusent également de la situation tandis que les hypothèses vont bon train, et pour la première fois depuis que leurs paris ridicules ont lieu Abigail ne se fait pas prendre.

Toutefois leur enseignante douche leur bonne humeur avec une première interrogation surprise « puisqu’ils ne sont pas en état d’écouter correctement son cours ». Ils se préparent ainsi pour l’épreuve du sur-lendemain, qui sera bien plus compliquée, sans l’ombre d’un doute.

 

 

***

 

 

Abigail savoure la chaleur que lui procure la couverture qui la recouvre jusqu’aux orteils et, les genoux repliés jusqu’à soutenir son menton, elle observe la vaste salle commune des Serpentards.

C’est son dernier soir avant le retour à la vie moldue. Elle a hâte de s’éloigner de cette humidité permanente et de cette obscurité. Elle a besoin de respirer et de se changer les idées.

En attendant, elle traine avec Phil et Luke, qui disputent une partie d’échecs sorciers à côté d’elle. Elle n’a jamais vraiment compris l’intérêt de ce jeu qu’elle trouve long et ennuyeux, mais elle se garde bien de le dire, car elle sait quelle importance attachent les garçons aux jeux de stratégie. Alors en attendant qu’ils finissent leur partie, elle laisse son regard bleu vert parcourir la salle, observant ceux qu’elle voit pour la dernière fois. Il y a bien entendu Morris qu’elle est soulagée de voir sortir de sa vie, mais également les autres Serpentards de septième année avec qui elle n’a jamais vraiment discuté, si ce n’est lors du bal de commémoration. Ils ont accaparé les fauteuils situés au plus proche de l’âtre qui crépite allègrement. D’où elle est, elle parvient à entendre quelques bribes de conversation, mais s’en désintéresse rapidement lorsqu’elle réalise qu’ils ne s’intéressent qu’aux ASPICS qu’ils viennent de passer.

À côté d’eux, elle remarque un groupe de cinq et sixième année, se chamaillant joyeusement, évacuant probablement la tension qui s'est abattue sur eux ces deux dernières semaines. Abigail repère Nail qui semble savourer la présence de ses amis, ainsi que Bowerst qui traine avec des troisièmes années, et les filles de quatrième année avec qui elle s’était préparée pour aller au bal. Ginger semble sentir son regard et lui lance un grand sourire. Abigail aime bien cette fille, elle est naturelle et dynamique. Elle parle parfois un peu trop à son goût, mais elle est toujours franche. Et puis elles ont eu l’occasion de passer un peu de temps ensemble en accompagnant l’équipe de Quidditch à leur entrainement. L’une pour observer son petit ami voler, l’autre pour faire du sport en plein air, profitant du stade désert.

Sortant de ses pensées, Abigail réalise que Ginger l’a rejointe et elle se dit qu’il est temps de l’appeler par son prénom puisqu’elle déteste autant ce surnom idiot.

-Turner.

Oui, ou par son nom de famille, puisqu’elle ne semble pas prête à lui dire « Abigail ». Tant pis.

-Gin…

Abigail s’arrête aussitôt, se souvenant de ce qu’elle s'est dit quelques secondes plus tôt. Arrêter de l’appeler Ginger. Pour essayer de rattraper sa bourde, elle conclut avec un « …tonic » peu assuré.

Elle grimace un sourire tandis que la Serpentarde s’assied à son côté, soupirant à s’en fendre l’âme.

-Ils t’ont raconté, c’est ça ?

Abigail hausse les sourcils et l’observe les yeux plissés.

-Qui m’a raconté quoi au juste.. ?

-T’as pas à faire semblant tu sais, c’est bon… Je m’y suis habituée.

Toutefois, Ginger s’arrête en remarquant que son interlocutrice semble ne vraiment pas comprendre ce qu’il se passe. Au temps pour elle, elle semble vraiment ignorer de quoi elle parle.

-Mon surnom, Ginger. D’où ça vient.

-Ah !

Une lueur de compréhension s’allume dans le regard d’Abigail tandis que son aînée se lance dans les explications.

-Au début de ma deuxième année, j’ai été chargée de rapporter de la bière dans la salle commune, pour célébrer le premier match de Quidditch. Apporter de l’alcool à Poudlard est interdit et.. Presque impossible. Mais comme c’était la mission de tous les deuxièmes années, on a échafaudé un plan et j’ai réussi à rapporter plusieurs packs de bière. Malheureusement, il s’agissait de bières au Gingembre -et donc sans alcool- sauf que je n’avais pas vu... Depuis on m’appelle Ginger, en souvenir de ces bières que j’ai rapportées. C’est pour ça que j’ai associé le Gin-tonic à cette histoire, vu qu’il s’agit d’alcool également.

Abigail sourit, amusée par l’anecdote et profite de cette soudaine proximité avec la Serpentarde pour discuter un peu plus, notamment de ses années passées à Poudlard, avant la guerre.

C’est Grandler qui met fin à leur discussion en montant sur sa chaise, il prend la parole d’une voix forte et tous les Serpentards l’observent d’un drôle d’œil.

-L’année touche à sa fin, et nos deuxièmes années ont rapporté quelques amuse-bouches afin de finir la soirée en beauté, comme le veut la tradition. Mais avant d’en profiter, il est l’heure de parier. Les thèmes sont : qui sera le prochain préfet ? Lequel (ou lesquels) de nos ainés de septième année ratera ses ASPICS et restera avec nous l’année prochaine ? Qui, parmi les nouveaux principalement, ne reviendra pas l’année prochaine ? Et dernière question : Quels enseignants véreux demeureront au sein de Poudlard afin de nous pourrir l’année prochaine ? Et donc si vous avez des pronostics pour de nouveaux arrivants.. c’est le moment ! Je m’occuperais avec Ryud de prendre les paris, et les gains ne seront touchés qu’à la rentrée prochaine. Qui se lance ?

Abigail sourit mesquinement et tourne la tête afin d’échanger un regard avec ses amis. Mais elle ne trouve pas le soutien espéré, car les garçons et Ginger semblent déjà débattre de leurs pronostiques. Contrainte, elle joue elle aussi, peu désireuse d’être la seule verte et argent à ne pas se lancer dans ces paris clandestins. Elle mise quatre galions, ce qui est tout ce qu’il lui reste de l’argent que lui a confié sa mère en début d’année. Elle parie sur Thot, la prochaine préfète des  Serpentards, aucun raté aux buses -aucune envie de voir la tête de Morris un an de plus, il a intérêt à réussir ses buses!-, aucun déserteur -sauf peut-être le roux qui était en troisième année, et qu’elle n’a pas vu depuis plusieurs jours, mais elle ne connait pas son nom- Manders restera leur directeur de maison, Regnart toujours sur son trône, Londubat rejoindra l’équipe, un nouveau prof d’astronomie et la mort soudaine de Mc Gonagall –ce sont des choses qui arrivent, à son âge.

Finalement, après de longues minutes de cacophonie, chacun a pris son pari et les étudiants de deuxième année apportent leurs trouvailles, quelques confiseries, des bouteilles d’alcool et quelques bièraubeurre. Lorsque ce fut fait, les habituels musiciens débutent l’hymne de leur maison, ouvrant les festivités, puis enchainent avec quelques chansons connues que tous, que les Serpentards reprennent en cœur. Abigail rit de bon cœur, en observant ses camarades hurler à tue-tête tandis que d’autres se trémoussent avec entrain. Il n’y a qu’une guitare acoustique, une caisse en bois et un chaudron comme percussions, un piètre orchestre, mais ils ont des voix fortes qui couvrent le brouhaha ambiant et tous se prêtent au jeu, faisant trembler les fondations de Poudlard.

Une dernière soirée, un souvenir fugace qui chasse les mauvais traitements, afin d’alléger leurs consciences et leur rappeler qu’ils sont ensemble. Qu’unis, ils pourront mettre le monde à leurs pieds, que personne ne les brisera. Qu’ils sont des Serpentards.

Le monde n’a qu’à bien se tenir.

 

 

 

*ça = it en anglais, cf. Monthy Python, Scré Graal (rencontre avec les chevaliers du Ni)

Chapitre 14 : Eutla by Maloux
Author's Notes:

 

11/14/2018

 

Holi hola ! Me revoilà !

Après une longue absence, voilà en fin la suite d'Au son des tambours : des vacances pour Abigail Turner avant de retourner à Poudlard.

Je ne pense pas reprendre de suite un rythme régulier, mais sachez que j’ai commencé à planifier l’année scolaire tout entière pour aller plus rapidement dans la rédaction et ne pas perdre trop mon fil conducteur. Le prochain chapitre est déjà débuté (wouhouuu).

Dans tous les cas, n’hésitez pas à laisser un commentaire, ça fait toujours très plaisir et surtout ça motive à publier la suite de l’histoire. Quoi qu’il en soit… merci de continuer à me lire, même en silence, le fait de voir les compteurs de lecture augmenter, m’informe de votre présence, ô fantômes HPiens ! (je devrais vous laisser du lait et des biscuits peut-être, pour que vous sortiez de l’ombre ?) (ou vous êtes plutôt tequilla et tacos ?)

 

Trêve de bavardages : bonne lecture !

 

 

Ce n’est pas le cri strident du réveil mais les grognements agacés de son frère qui tirent Abigail du sommeil où elle se prélasse depuis trop peu de temps à son gout.

-Abby, bouge tes fesses et sors de ce lit ! On va finir par être en retard avec tes gamineries.

La jeune fille ouvre péniblement un œil, puis l’autre et contemple la haute silhouette de son frère dans l’encadrement de la porte. Il est déjà habillé et vaguement coiffé. Son visage exprime un agacement qui aurait fait bondir Abigail hors de son lit avant même qu’il ne finisse sa première phrase.

Malheureusement, ouvrir les yeux c’est tout ce qu’elle peut faire. Péniblement, la jeune fille tente de se relever mais la douleur envahit tout son corps, accompagnée de tremblements incontrôlables, sans pour autant lui permettre de se relever. Sa tête retombe lourdement sur l’oreiller tandis que son frère s’approche d’elle d’un pas lourd, promesse du sort qu’il compte lui réserver. Hors de question d’arriver en retard à leur seconde journée de stage.

La veille, Abigail avait dansé avec toute l’énergie possible et son corps avait abandonné avant la fin de la journée. C’est la première fois qu’elle ne tient pas le rythme d’un de ses entraînements de danse et elle a finalement compris pourquoi sa mère avait autant bataillé pour qu’elle ne participe pas à ce stage de danse, pourquoi elle aurait dû attendre d’avoir quinze ans pour s’y inscrire. Parce que son corps ne tient pas le coup.

Mais comme elle a insisté et usé de tous les stratagèmes possibles pour participer à ce stage, il est inconcevable qu’elle abandonne.

Alors elle tente de nouveau de se redresser. Elle contracte ses abdos, avance la tête pour entrainer le reste du corps, prend appui sur ses bras et… la douleur l’embrase. Le pire pour elle, en cet instant, ce n’est pas la douleur incendiaire mais son incapacité à effectuer ce geste pourtant quotidien et enfantin. Une douleur psychologique. Elle demeure donc allongée, le cou tendu et le torse vaguement surélevé de quelques centimètres.

Abigail a envie de pleurer de rage, et vaguement de douleur. Elle hésite à éclater de rire, mais son ricanement fait tressaillir les muscles proches de ses abdominaux courbaturés lui ôtant toute envie de se moquer.

-.. Tu te fous de moi, là, Abby ?

La demoiselle ouvre un œil angoissé en direction d’Andrew qui vient d’atteindre son lit. Elle grimace sans prendre la peine de formuler de réponse et le laisser s’exprimer –que peut-elle faire d’autre de toute manière ?

-Sors de ce lit. T’as dû connaitre pire à Poudlard, sans pour autant te laisser aller, alors magne-toi.

Cette référence à Poudlard fait frémir Abigail qui ferme les yeux en chassant toutes les sombres émotions qui envahissent soudainement son cœur. Elle n’a pas tout raconté à son frère. Malgré l’insistance fraternelle, elle a esquivé chaque question, pas prête à lui dévoiler les derniers évènements. Alors l’entendre lui rappeler son école de malheur et ses souffrances écossaises, ça lui donne envie de vomir, ou de disparaitre sous sa couette. Son retour à la vie moldue avec sa famille lui a permis d’échapper à ses démons et toutes les peurs qui la harcelaient quotidiennement. Ces quelques mots prononcés inconsciemment engendrent en elle une tempête, et elle, elle doit chasser ces angoissants souvenirs… rapidement. Et se lever.

-Franchement, Abby, tu aurais pu prévoir le coup, ou au moins me prévenir pour qu’on chasse tes crampes, là t’es même pas capable de sortir de ton lit alors tu m’expliques comment tu espères passer la journée à danser ?!

Il n’a pas tort et Abigail grimace en songeant qu’il ne lui reste plus qu’à se lever, s’habiller, petit-déjeuner et rejoindre le lieu où sa torture physique reprendrait en rythme… Rien de bien méchant.

Elle rit jaune, puis grimace en se tenant vaguement les côtes.

C’est impossible. Elle est incapable de se lever de son lit, alors comment espère-t-elle descendre les escaliers de sa maison ?… Et tout ce qui va suivre…

Mais l’habitude chasse ses pensées déprimantes et elle se motive. Elle doit se lever et aller danser. C’est sa manière de s’exprimer, de profiter de son frère et de sa mère, de danser pour oublier Poudlard. Pour s’oublier. Hors de question d’être vaincue par des courbatures.

La sorcière opte donc pour une nouvelle technique : elle roule sur le côté jusqu’à se trouver sur le bord de son lit et, toute en élégance -dirons-nous- elle fait basculer douloureusement ses jambes par-dessus bord et profite de la gravité pour se laisser emporter. Ses pieds touchent le sol et la réceptionnent presque correctement tandis que le reste du corps se laisse engloutir par la gravité et que ses muscles ankylosés daignent la redresser dans une position verticale moins ridicule. Une fois presque droite -pas trop, parce que ça faisait quand même terriblement mal- elle se permet une grimace à l’attention de son frère qui se moque ouvertement de sa technique pitoyable pour sortir de son lit. Elle l’ignore ensuite pour essayer de mettre un pied de devant l’autre afin d’atteindre son placard.

-Bon, tu vas me boire cette gourde, entièrement, pendant ce temps je vais te trouver des vêtements adéquats, j’irais plus vite que toi, et ensuite on enchaînera les pires étirements de ta vie, histoire que tu ne sois pas totalement ridicule en arrivant au cours.

Et Abigail obéit. Son frère fait parfois preuve de plus de jugeote qu’elle, alors elle lui fait confiance. Elle boit son eau agrémentée de cristaux de sucres aux pouvoirs relaxants _dixit l’étiquette : permet de dénouer les muscles et d’hydrater en profondeur- et entreprend, toujours vêtue de son pyjama, quelques étirements sur les conseils secs de son frère. Et elle souffre. Chaque mouvement lui coûte, tout lui fait mal, mais, petit à petit, son corps s’échauffe et la douleur s’atténue, si bien qu’une petite quinzaine de minutes plus tard elle peut enfiler gauchement ses vêtements. Elle perd ensuite cinq minutes à descendre les escaliers -son corps ne doit pas être suffisamment chaud en fin de compte- puis elle avale en quatrième vitesse une barre de céréale et vole une pomme, une banane ainsi que quelques gâteaux secs le tout accompagné de deux bouteilles d’eau génétiquement modifiées.

Puis elle se rend dehors tandis que son frère la bouscule et lui intimant de courir, sous peine d’être en retard et de ne pas être acceptés en cours. Leur mère leur inculque la ponctualité depuis leur plus jeune âge et ne tolère aucun retard dans ses cours, alors le fait d’être sa progéniture ne leur octroie aucun traitement de faveur, loin de là.

Alors Abigail se met à courir. Les premiers pas sont les pires. Elle a l’impression que son corps se disloque à chacun de ses pas et la douleur la fait grimacer -lorsqu’elle parvient à ne pas crier. Son père, qui lisait le journal sur la table du jardin accompagné d’une tasse de café fumant, éclate de rire devant sa démarche pitoyable et elle prend sur elle pour l’ignorer. Elle aurait probablement ri avec lui si un Andrew furieux ne la tirait pas avec force. Et que rire ne lui faisait pas aussi mal. Tant pis, elle espère simplement ne croiser personne de « connu » sur le chemin et que son père laisse le caméscope au chaud à l’intérieur de la maison.

Puis, petit à petit, ses muscles se délient et elle parvient à courir sans avoir l’air d’un crapaud sauvage ni d’une mamie poursuivant un voleur de sac à main. Les deux Turner parviennent à leur salle de danse cinq minutes avant le début de la leçon, suffisamment pour retrouver leur souffle et saluer les autres danseurs déjà présents.

Finalement, c’est le visage sévère de leur mère qui leur intime de se mettre en place en leur promettant silencieusement de les épuiser.

 

 

***

 

-ABBYYYYY !

La jeune fille sursaute et se retourne rapidement à l’appel de son nom. Elle sourit lorsqu’elle reconnait la silhouette élancée de Joshua qui se dirige vers elle. La jeune fille remonte la bretelle de son sac sur son épaule, passe la manche de sa veste en jean sur son visage où persistaient quelques traces de sueur et s’avance à sa rencontre.

Une journée de plus à s’entrainer avec sa mère. À suer sang et eau parmi tant d’autres. Après une semaine d’entraînement intensif sans aucune pause elle retrouve son niveau d’antan et réussit à enchaîner les exercices sans avoir l’impression de perdre ses poumons ou de s’écrouler au sol les muscles atrophiés. Son rythme cardiaque est plus mesuré et redescend rapidement. Elle retrouve ses habitudes de sportive : après la journée de stage elle rentre chez elle à pied, se douche, s’étire longuement, profite de son père pour l’accompagner à la bombarde ou au son de l’un de ses tambours, puis elle dîne frugal et s’entraine ensuite sous les étoiles avec son frère en répétant leurs chorégraphies respectives.

Ils n’ont pas été répartis dans les mêmes groupes et n’ont donc pas les mêmes enchaînements à connaitre ni les mêmes partenaires de danse. Abigail ne participe qu’à un seul tableau pour le spectacle, au contraire de son frère qui en fait quatre. Parfois elle en veut à sa mère de l’avoir autant mise de côté, surtout qu’elle est meilleure que plusieurs des autres stagiaires qui ont pourtant plus de tableaux qu’elle. Mais elle relativise et profite des moments de repos qui lui sont offerts pour observer les autres danseurs et apprendre leurs pas, par plaisir de danser.

-Abby ! Je ne pensais pas te voir par ici. Ça fait plaisir ! Tu rentres ?

Abigail sort de ses pensées, sourit à son ami et hoche vigoureusement de la tête, contente de faire le chemin en sa compagnie plutôt que seule étant donné que son frère s’entraine encore une heure ou deux avec ses partenaires, leur mère supervisant le tout.

-Alors Josh, comme ça tu fugues pour voir ta grand-mère ?

La jeune fille offre un sourire taquin à son ami qui rougit et observe ses chaussures avec attention. Il lui a raconté, lors de leur dernière rencontre, que ses parents ne veulent pas qu’il aille voir sa grand-mère qui devient un peu folle d’après leurs dires, et qu’il essayerait de faire une escapade illégale à Dartford, où Abigail suit son stage de danse.

Les deux amis reprennent leur route en discutant de leur journée ainsi que de l’étonnante douceur du temps, puisqu’ils ne portent que des vestes légères par-dessus leurs t-shirts amples ainsi que des shorts dévoilant leurs longues jambes pâles.

-Alors, vous partirez où cette année en vacances ?

Abigail hausse les épaules, sa mère n’a pas voulu lâcher le morceau et le regard de son père l’a incitée à lâcher l’affaire. Elle a déjà réussi à intégrer le stage intensif de danse, elle ne peut pas non plus trop leur forcer la main.

-J’sais pas. Au soleil, c’est ce qui compte. Parce qu’ici, on a beau être en plein mois de juillet, on ne voit pas trop le soleil…

-Haha ! C’est pas faux, encore qu’on a quand même pas mal de soleil ces jours-ci ! J’imagine que ça doit être pire du fond de l’Écosse, pas vrai ? Enfin, euh.. C’est bien là-bas que tu es en pensionnat ?

Abigail perçoit le trouble de Josh, bien qu’il tente de ne pas trop la questionner sur sa vie secrète. Il est évident qu’il aimerait en savoir plus à son propos et si la jeune fille ne compte pas lui avouer la vérité, elle a envie de partager ce qu’elle a vécu à Poudlard.

-Oui, en Écosse, dans un trou paumé. Il fait gris, froid et il pleut pratiquement tous les jours… C’est horrible.

-Hum, j’imagine… D’ailleurs c’est vrai cette histoire de téléphone ? Que vous ne pouvez communiquer qu’avec des hiboux ?

Abby sent la curiosité dans la voix de son ami et décide de se confier, lui avouant qu’en effet il n’y a même pas l’électricité là-bas, qu’ils s’éclairent à la bougie, ou avec des flambeaux, qu’il n’y a aucun téléphone ni ordinateur… Et que pour communiquer le plus rapide ce sont en effet les hiboux, et que c’est plus simple que ça en a l’air, les bestiaux sont bien dressés. Lorsqu’elle se tait, elle remarque les yeux brillants de Josh et le sourire niais qui lui barre le visage. Alors qu’elle va pour rétorquer quelque chose de peu aimable -après-tout elle vient de se confier, elle n’a pas envie qu’il se moque d’elle ou la traite de menteuse- il la prend de court en explosant de rire.

-C’est génial ! Ils ont vraiment poussé le concept de l’isolement au maximum, pour que vous soyez concentrés ! Ma prof d’anglais nous interdit d’entrer avec un téléphone et elle ferme les rideaux pour pas qu’on « perde le focus » comme elle dit.. Déjà que je la trouve un peu folle, chez toi, ils sont encore pires !

Abigail ne sait quoi répondre à ça. En effet, les sorciers sont un peu dingues et vieillots, mais fous… ? Non. Quoique, en y réfléchissant ce n’est pas en cours qu’elle n’a pas de fenêtres, mais dans sa chambre. Un soupirail ne compte pas comme fenêtre, non.

-Au moins ça doit vous inspirer, comme vous êtes des artistes et autres génies. Enfin, euh.. j’imagine. Et puis le coup des hiboux ce n’est pas courant, ça doit pimenter vos échanges. Tu crois qu’un jour tu pourrais m’en envoyer un ? J’adorerais voir la tête de mon père si l’un d’eux se pose sur la table du salon ou sur sa tête…

Le regard rêveur tout comme l’enthousiasme aberrant de son ami font rire Abigail qui imagine parfaitement la situation. Elle est rapidement rejointe par un Josh enchanté. Finalement, peut-être que certaines amitiés peuvent survivre aux mensonges, et que cela dépend de chacun, que Caitlin n’est pas une si bonne amie, que la jalousie et l’ignorance l’ont dévorée.

 

Le trajet se fait rapidement et les deux adolescents discutent gaiement, mettant de côté les longs mois de séparation. Cette insouciance fait un bien fou à Abigail, mais tout vole en éclat lorsque Josh prononce une phrase anodine.

- Samedi prochain on organise un tournoi de rugby avec les gars, ça te dit de venir ?

Abigail soupira et baissa les yeux.

-Avec les gars. Bien.

Elle ne sait pas qui sont les « gars » en questions et elle sait que poser la question briserait l’instant, que ça leur rappellerait qu’elle n’est désormais plus d’ici, qu’elle ignore tout (ou presque) de la vie de Josh ainsi que de ses amitiés. Elle l’a découvert la veille, lorsque son frère l’a informé que dès que le stage de danse prendrait fin il l’inviterait à suivre des cours de self-défense avec « les gars ». Ses amis. Et Abigail ne savait pas de qui il parlait. En faire la remarque avait été une très mauvaise idée, son frère avait été vexé et l'avait ignorée pendant le reste de la journée.

Le cœur serré, Abigail promet d’y réfléchir, mais avec la danse et les représentations, elle n’est pas certaine de pouvoir…

-T’inquiètes Abby, au pire tu viendras le soir, juste pour dîner à la maison. Et rassure-toi, Cat’ ne sera pas là. Elle est partie en vacances en famille, et elle doit se mordre les doigts de savoir que tu participes au stage et pas elle… Josh sourit, amusé, avant de poursuivre. Mais tant pis pour elle, je suis content que tu danses, moi. J’imagine que ça te manquait… Dans tous les cas, je serai au premier rang pour le spectacle ! Samedi, je serai ton plus grand fan.

Et Josh chasse la mélancolie qui étreint le cœur d’Abigail d’un éclat de rire. Il l’enlace et commence à se projeter dans un futur où Abigail, grâce à ses études loufoques, va devenir une superstar. Mais la jeune fille, elle sait que cela n’arrivera jamais. Les sorciers ne sont pas des sportifs, et encore moins des danseurs, alors à moins d’entreprendre une carrière dans le Quidditch… Elle ne voit pas trop où sa vie peut la mener.

 

 

***

 

Les projecteurs l’éblouissent. Son souffle se coupe et ses mains moites se crispent le long de son corps.

La musique débute, les lumières se tamisent et Abigail entre en mouvement. Tel un automate, son corps se souvient de tous les mouvements et les enchaîne sans que son cerveau ne parvienne à sortir de la torpeur qui l’englue. Le stress. Cette étrange impression de ne pas faire les choses correctement, de ne pas être à sa place, de…

Son pied se tend, sa jambe se fléchit, son tronc entame une légère rotation, son bras se tend, sa main caresse l’air.

Abigail expire.

La peur et le stress disparaissent. La paralysie cesse et le rythme l’envahit. La musique résonne enfin à ses oreilles et elle oublie le public qu’elle ne parvient de toutes les façons pas à discerner.

Elle n’est pas sur le devant de la scène mais elle s’en moque. Ses doigts frémissent et son corps poursuit la chorégraphie. Elle ne suit plus le rythme, elle le vit. Elle virevolte, tombe au sol, tournoie, ses jambes se tendent, son corps s’arque, elle bondit, puis s’arrête brusquement. Le silence embrasse la scène et la totalité de la salle de spectacle le temps de cette pause surprenante tandis que la mélodie reprend, plus douce. Abigail reprend vie, tout comme ses compagnes de danse. Cinq minutes de danse au total. D’infimes secondes. Une succession d’expirations et d’inspirations.

Ses pieds frappent le sol au rythme imposé par la musique, le caressent parfois, glissent puis s’en séparent pour mieux se retrouver jusqu’à ce que ses mains rejoignent la surface lisse, immobiles.

Le souffle court, Abigail garde la position tandis qu’elle sent la chaleur des projecteurs diminuer. Elle frissonne lorsque la pénombre envahit la scène et que l’air frais entre en contact avec sa peau couverte de sueur. Le front sur son genou elle savoure les battements désordonnés de son cœur tandis qu’elle maîtrise de son mieux sa respiration légèrement saccadée. Une immense satisfaction se répand dans ses membres encore chauds tandis qu’un crépitement d’applaudissement accueille sa performance, ainsi que celle des neuf autres danseuses. Elle sourit et se redresse fièrement, tout comme ses camarades, et se sent incroyablement légère. Elle a envie de continuer à danser, elle n’a plus peur de ce qui se cache de l’autre côté du rideau de velours, et regrette presque de ne plus sentir le poids de leurs regards sur son corps mince maintenant que le rideau est tombé.

 

 

***

 

-Salut Abigail ! Moi c’est Tod, alias Théodore, mais personne ne m’appelle comme ça…

-Et moi Luis, content d’enfin te voir !

-Andy n’arrête pas de parler de toi !

-On avait hâte de te rencontrer.

-Surtout depuis qu’on sait…

Abigail décroche. Les amis de son frère sont … épuisants. Énergiques et souriants, ils semblent ne pas vouloir arrêter de parler. La jeune fille cherche son frère du regard, lorsqu’elle le voit dissimuler malhabilement un sourire goguenard, elle lui tire la langue, appréciant peu de genre d’effusion. Elle ne connait ni Tod ni Luis, pas même de nom alors comment devrait-elle réagir ? Il s’agit des amis d’Andy, qui sont en cours avec lui. En attendant, la jeune fille se demande ce que son frère fait avec ces gars-là, si ce n’est pas pour semer la pagaille en classe.

-Et donc, vous êtes ses partenaires en crimes, c’est ça ?

Une allusion discrète qui peut dire beaucoup de choses. Connaissant son frère, ils peuvent fuguer pour assister à des concerts, organiser des battles de danse dans la cour de l’école, jeter des boulettes en papiers mâché sur leurs camarades lorsqu’il ne s’agit pas de cartouches d’encre…

-Quoi ? Il t’a raconté .. ?

L’air effaré des deux larrons indique à Abigail qu’elle a touché un point sensible. Mais un regard en coin entre les garçons met fin à ses espérances et ils se murent dans le silence jusqu’à ce que leur professeur se présente. Leur première classe de self-défense a lieu le jour même, à la demande d’Andrew qui a tenu sa parole : sa sœur va apprendre à se défendre.

Et elle apprend. La jeune fille se montre studieuse et elle progresse vite, probablement parce qu’elle a déjà subi de telles attaques. À la fin du cours, Abigail se sent rassurée et se joint gaiement au groupe d’adolescents qui parlent de la blonde qui était dans leur cours. Elle ne comprend pas pourquoi leur conversation est si limitée, mais elle s’en moque, elle a l’impression d’être plus forte que la veille, et qu’à la rentrée les autres ne s’en prendront pas si facilement à elle.

Sur le chemin du retour, une fois Tod et Luis partis, Abby se permet d’interroger son frère à leur propos, et celui-ci finit par confier qu’il leur est arrivé de s’échapper en douce pour assister à des concerts, ou pour préparer des chorégraphies dans le but de former une équipe de danse pour participer à des battles. Surexcitée, Abigail envie son frère et le félicite, l’incitant à se confier plus régulièrement à elle et lui promettant de garder le secret. Après tout, elle est sa sœur, et le lien qui les unit est fort. Suffisamment fort pour survivre à leurs mondes si différents et à leurs aspirations qui semblent s’éloigner l’une de l’autre.

 

 

***

 

Abigail observe le sable qui s’étale à perte de vue. Les dunes paraissent onduler sous la caresse du vent et, sous la tunique qui la couvre, elle transpire à grosses gouttes. Dos à elle s’étale une modeste ville couleur sable agrémentée de quelques palmiers s’abreuvant dans l’unique source d’eau de la région. Un lac à l’eau claire. Source de vie.

La jeune fille ferme les yeux et savoure le silence, bien qu’il ne le soit jamais réellement. Devant elle, le soleil commence à flirter avec l’horizon, teintant le ciel de couleurs éclatantes. Il n’y a pas un nuage à l’horizon et tout ce qui se profile est une nuit froide. Les étoiles en sont témoins, par leur scintillement puissant. La jeune fille se demande si elle a déjà vu tant d’étoiles depuis qu’elle a pénétré le désert, en comparaison avec ses cours d’Astronomie elle a l’impression d’être directement plongée dans la Voie Lactée. L’Afrique la surprend. Elle qui n’était pas très enthousiaste au début de ce voyage, commence à se dire qu’elle n’a nul désire de retourner avec les sorciers en Écosse. Elle aimerait que ses vacances se prolongent éternellement.

Cette année, les vacances des Turner sont africaines et itinérantes. De village en village, de ville en désert, de côte à montagnes, les paysages sont tellement variés qu’Abigail se demande si elle peut conserver tant de beauté en elle. Tant de simplicité et de… paix. C’est ce qu’elle ressent, enfin. La paix. Elle ne se préoccupe plus de Poudlard, de ce qu’il s’est passé et de ce qu’il s’y passera de nouveau.

Des pas feutrés non loin d’elle l’informent qu’elle n’est plus seule. Elle aperçoit du coin de l’œil une silhouette fine à la chevelure désordonnée. Les boucles d’Andrew semblent avoir été vaincues par le désert afin de former un amas monumental de nœuds et il promet depuis quelques jours de se couper les cheveux courts dès que possible, car ça devient insupportable. Il faut avouer que contrairement aux filles qui attachent leur chevelure il lui est impossible d’échapper aux doigts emmêleurs du vent et du sable qui vient mettre son grain. Tout est-il que pour le moment il n’en a rien fait.

-Abby, t’as du courrier.

La demoiselle se détache du spectacle hypnotisant du soleil couchant pour observer son frère. Il lui semble plus vieux, il a l’air plus musclé et plus sûr de lui que dans ses souvenirs. Ses yeux bruns se teintent de reflets verts depuis qu’ils ont pénétré le désert. Devant le sourire bienveillant de sa sœur, il lui tend l’enveloppe et elle reconnait immédiatement l’écriture de Phil sur le papier rugueux.

-Un hibou t’attendait dans la chambre. Je ne sais pas comment ils font pour te trouver… Mais tu devrais peut-être leur répondre, tu ne crois pas ? Je sais que.. Hé bien, cette année n’a peut-être pas été la meilleure, mais tu t’es fait des amis, et ils semblent tenir à toi.

Abigail, coupable, baisse la tête et glisse ses mains sous ses cuisses. Assise en tailleur sur le sable chaud, elle ne sait pas quoi répondre. Son comportement l’attriste, même si elle sait agir ainsi pour de bonnes raisons. Jusqu’à peu, elle craignait les souvenirs de Poudlard, elle refusait de répondre aux hiboux, de lire ses courriers ou de travailler. Mais aujourd’hui, elle se sent prête. Prête à parler à son frère, à lui confier ce qu’elle a vécu là-bas.

-Je vais le faire Andy. T’as raison… mais, je… Je n’avais pas envie de me souvenir.

Les paroles de la jeune fille se meurent dans sa gorge tandis que son frère s’assied à son côté et lui passe un bras par-dessus l’épaule. Il ne dit rien. Il a compris que, quoi qu’il se soit passé dans cette école, ça a grandement touché sa sœur, et il sait que le seul remède est le temps. Abigail parlera lorsqu’elle se sentira prête.

-Je suis prête.

Andy demeure immobile et resserre sa prise sur son épaule, patientant pour les confidences de sa sœur.

-Il y a eu le bal. Celui dont j’avais parlé. J’y suis allée et.. Disons qu’avec mon partenaire on a quelque peu dansé… de manière à éblouir tout le monde. Entre ça, et autres choses, le directeur n’a pas apprécié et.. Il s’est vengé. J’étais en retenue tous les soirs, et… j’ai craqué. J’ai fait une dépression, je crois. Ou presque. Je.. n’en voyais plus le bout. Je me suis refermée sur moi-même et… je ne sais pas. Je…

Il l’enlace. Abigail se niche dans ses bras et laisse les larmes lui échapper. Elle se sent bien dans ses bras, même s’il ne la rassure pas aussi bien que ses parents, il est là pour elle, et elle lui en est reconnaissante.

-J’ai peur d’y retourner. D’être faible et de craquer une fois encore, de ne pas me relever et de… de me noyer.

Les secondes s’étirent et Abigail savoure le contact de la main de son frère dans son dos qui tente maladroitement de la rassurer.

-Tu devrais leur dire. Tout. Ils savent que quelque chose ne va pas, et ils méritent de savoir.

-Maman deviendra folle et..

-Et quoi ?! Ce sont eux les fous Abby ! Tes profs, on ne peut pas les laisser faire ! Tu crois que parce qu’on n’a pas de magie on va les laisser te torturer ?!

La véhémence de son frère surprend la jeune fille qui se recule. Elle plonge ses yeux rougis dans ceux de son frère tandis que l’obscurité les engobe petit à petit.

-Non…

-Abigail Turner. Tu es ma sœur, et je veux le meilleur pour toi. Et en cet instant, c’est raconter toute l’histoire aux parents. Que les gens te détestent, t’agressent et.. tout. Pour qu’ils comprennent pourquoi tu veux apprendre à te battre, pourquoi ton visage est parfois fermé et aussi dur que la pierre. Qu’ils sachent ce que vit leur fille, pourquoi, lorsqu’elle rentre à la maison elle est différente. Ils méritent de comprendre. Ils ne t’aimeront pas moins et si tu veux, je m’arrange pour que maman n’aille pas écorcher vif le directeur de ton école.

Les mots d’Andrew se fichent dans le cœur friable de sa sœur. Elle l’observe, lui et cette flamme de volonté qui danse dans ses yeux. Elle a envie de lui faire confiance, de se laisser porter et de se confier à ses parents. Elle veut leur réconfort, leur raconter comment c’est, véritablement. Qu’ils sachent que si parfois elle a envie de pleurer, ce n’est pas à cause d’eux, mais à cause de Poudlard et des souvenirs qui flottent sous ses yeux tels des fantômes.

Abigail se tait. Elle s’éloigne légèrement et frisonne. La nuit arrive à peine que les températures chutent déjà. Elle entend son frère s’éloigner et remarque l’enveloppe abandonnée sur le sable roux. Elle hésite et la saisit finalement de ses doigts tremblants. Elle a peur. Peur de tout dévoiler à ses parents. Peur de leur réaction, malgré tout ce que lui dit Andy.

Alors elle ouvre la lettre. Elle sourit devant l’écriture serrée de son ami, il a dû passer des heures à la rédiger pour écrire aussi proprement. Son cœur se serre. Oui, peut-être qu’ils lui manquent, Phil et Luke. Et Nail. Ceux qui veillent sur elle à Poudlard. Elle parcourt du regard les lignes sombres, appréciant la ténacité de son ami. Il lui raconte ses vacances et lui avoue que Luke passe deux semaines chez lui, il regrette qu’elle ne soit pas venue et espère qu’elle va bien. Il lui raconte quelques anecdotes et Abigail se sent plus légère. Toujours aussi angoissée, mais elle sait ce qu’elle doit faire.

La jeune fille se relève, époussette ses vêtements, enlevant le surplus de sable, jette un dernier regard à l’étendue désertique et retourne vers le village où elle demeure. Elle parvient à rejoindre la chambre qu’elle partage avec son frère sans que personne ne la voie et elle saisit une plume pour répondre à Phil. Ce soir, elle se confiera à ses parents. Elle couche sur papiers ses peurs et remercie son ami de sa présence, même immatérielle. Ses mots lui font du bien et elle espère qu’il s’amuse avec Luke, qui doit être intenable puisqu’à la rentrée il pourra rejoindre, éventuellement, l’équipe de Quidditch.

Le mot rédigé, la jeune fille le glisse autour d’une des pattes du majestueux grand-duc qui patiente dans sa chambre depuis un moment. Elle sourit tristement, devant l’attention de ses amis de lui laisser un moyen de les contacter, et se dirige vers la salle commune, où elle entend distinctement la voix de son père. Il chante. Abigail sent ses yeux se brouiller de larmes, qu’elle chasse d’un revers de manche et pénètre dans la salle. L’ambiance y est festive. Les garçons s’amusent avec quelques instruments tandis que sa mère danse avec l’épouse du chef du village. Ils semblent si heureux et inconscients… Abigail a envie de tourner les talons. Elle l’aurait probablement fait si le regard perçant de sa mère ne l’avait pas clouée sur place. Annabeth sait immédiatement que quelque chose se passe et elle se précipite vers sa fille. Elle l’enlace sans en savoir la raison, mais son instinct de mère le lui dicte. Elle a raison.

-Maman, je dois vous parler… de Poudlard, à Papa et toi.

 

 

***

 

Abigail savoure un cocktail sur la côte nigérienne, profitant ce dernier jour de vacances. Suite à ses aveux, ses parents ont décidé de prolonger au maximum leurs vacances africaines, appréciant leur effet thérapeutique. Son père a demandé des congés spéciaux, que son patron a accepté de lui donner en contrepartie de beaux souvenirs de ses safaris. Alors les voilà, tous les quatre sur la plage, profitant des boissons et des plats cuisinés qui leur manqueront lorsqu’ils rentreront en Angleterre. Le lendemain. Leur départ est prévu pour le lendemain, la veille de la rentrée scolaire de la Serpentarde.

Abby soupire et observe le petit cahier noir qui traine sur un coin de la table où elle a noté quelques informations relevantes sur le programme de la rentrée. Elle entretient désormais une correspondance plus régulière avec Luke et Phil et ils se sont proposé de faire pour elle les achats nécessaires pour la rentrée, lui permettant de rentrer au dernier moment et de ne pas avoir à mettre le moindre pied sur le chemin de traverse. Soulagée de ce poids qui l’angoissait, Abigail s’est ensuite concentrée sur ses vacances et ses révisions. Elle revoit tous les cours de l’année passée, que les garçons lui ont envoyés via de nombreux hiboux, afin d’avoir des bases solides et de se souvenir à la perfection de ce qu’elle a appris l’année passée. C’est pourquoi elle a étalé devant elle ses cartes d’astronomie, dévoilant un ciel étoilé. À côté d’elle, Andy l’interroge sur les différentes étoiles qui y apparaissent et sur les différences avec les étoiles qu’elle a pu voir lorsqu’ils étaient dans le désert.

-Abby.

La voix de sa mère tire la jeune fille de son étude du ciel. Annabeth arrive vers elle, un large sourire sur les lèvres et plusieurs feuilles colorées dans les mains. Un drôle de pressentiment envahit la jeune sorcière.

-J’ai posté tes cartes postales, je suis certaine que Josh sera ravi d’avoir de tes nouvelles, comme tous les autres.

Abigail soupire imperceptiblement, craignant une nouvelle autre. Finalement elle s’était inquiétée pour rien. Sa mère continue, en s’adressant à Andy sur un ton de reproche.

-D’ailleurs Andy ça aurait été bien que tu en envoies aussi, des lettres, à tes amis, à la famille…

-J’ai signé les vôtres, donc au final ça revient au même. Et j’ai des cadeaux pour mes copains, donc..

-Andy. Ça n’a rien à voir. Tu aurais pu faire l’effort de….

Abigail se désintéresse du reste de la discussion, sa mère appréciant parfois s’acharner sur son frère pour qu’il fasse exactement tout ce qu’elle souhaite. Et lui ne se laisse pas faire. La crise d’adolescence lui avait murmuré son père à un dîner où les deux frisés de la tribu s’étaient disputés à propos de ce qu’ils pouvaient manger ou non lorsque l’heure était si avancée et que leurs hôtes leur cuisinaient un repas aussi … riche. Terriblement lourd. Abigail n’y avait pas porté d’intérêt, préférant de concentrer sur l’abondance des plats qui leur étaient offerts. De même pour la discussion inutile que sa mère vient de lancer, elle préfère l’ignorer et ne pas s’en mêler.

Sa mère, remarquant que l’attention de sa fille s’effiloche la rappelle à l’ordre en lui tendant la totalité des prospectus qu’elle a dans les mains.

-Abby, j’ai tout préparé pour ta rentrée, pour que tu suives le cursus « normal » en parallèle de tes études, comme on en avait discuté et…

Et elle continue de parler tandis qu’Abigail écarquille les yeux, effarée. Elle n’a jamais approuvé l’idée, et maintenant que sa mère lui raconte toutes les matières qu’elle va devoir suivre pendant son « temps libre » elle se rend compte que son pressentiment n’était finalement pas totalement faux.

Elle jette un coup d’œil à son frère qui semble essayer de disparaitre sous la table, peu désireux de suivre lui aussi des cours particuliers. Elle ne peut donc espérer aucune aide de son côté. Elle cherche alors son père du regard tandis que sa mère lui explique le fonctionnement des cours et des examens qu’elle devra passer. Celui-ci capte son appel de détresse et arrive, tout sourire avec son appareil photo à la main.

-C’est l’heure de la « Photo Turner » ! Une photo de groupe pour se souvenir de ces vacances, allez, tous en place !

Son ton autoritaire ne dupe personne, et certainement pas son épouse, mais tous s’exécutent. Abby voit sa mère poser les prospectus en évidence sur la table et ensuite poser un caillou rond dessus, afin d’éviter que le vent ne les emporte. Ça serait dommage. La jeune fille soupire et s’avance d’un pas raide vers le rocher où son père prévoit de prendre la photo. Le sable se glisse entre ses orteils et lui irrite la peau. Après autant de temps à marcher pieds nus elle a l’impression d’avoir la peau aussi épaisse que celle d’un rhinocéros.

La famille demande l’aide d’un passant et se positionne sur le rocher, la mer clapotant calmement dans leur dos. Tous sourires, ils observèrent le léger flash, immobiles. Abigail sait qu’elle ne verra pas le cliché avant de prendre le Poudlard Express, mais elle fait promettre à son père de lui en envoyer une copie. Elle veut se souvenir de sa peau bronzée, de ses cheveux qui se sont considérablement éclaircis, des yeux presque verts de son frère, de son sourire à fossette, du regard bienveillant de son père et de la chevelure folle de sa mère ainsi que de la grâce qui s’échappe continuellement de son corps. Sa famille, son inspiration et sa force. Poudlard n’a qu’à bien se tenir.

 

End Notes:

Voilà donc les vacances d’Abby et surtout sa récupération suite aux derniers évènements, car je trouvais que la dépression était traitée avec trop de légèreté. Je sais que ça peut être destructeur et qu’on ne s’en remet pas uniquement avec des pilules, donc… j’imagine qu’il y aura encore des séquelles à venir. Ceci dit, elle n'a pas non plus totalement sombré, disons que son corps a lâché (de peu) avant son mental.

 

Sinon, pour raconter ma vie, j’ai déménagé, profité de mes vacances et… je cherche actuellement du travail. J’ai pas mal de projets en cours (à l’aboutissement douteux) et donc moins de temps libre pour écrire. J’ai cependant prévu les lignes générales de l’année et j’ai six chapitres de prévus. L’idée est que le rythme de narration s’accélère de manière à ne conter que les passages intéressants. J’essaye également d’écrire tout ce que me chuchote mon inspiration, peu importe le chapitre, ce qui fait que.. J’ai quelques bouts décousus, et que parfois je n’avance pas le chapitre « en cours ».

D'ailleurs, je suis en train d'étiter tous les chapitre pour afficher les dates de publication, afin de laisser une trace du rythme de parution de chapitre. Et, peut-être l'aurez-vous noté, mais tous les chapitres de vacances ont un titre étrange. Il  s'agit du mot "vacances" écrit en différentes langues ;) (petit point culture)

Pour conclure, je ne perds pas mes manies de dessiner pour trouver de l’inspiration, donc voilà une nouvelle petite illustration -en couleur !- de la famille Turner au complet ! Un clin d’œil à la fin de ce chapitre.

(crédits : moi, Maloux)

 

Comme toujours, n'hésitez pas à laisser une review ! Remarques, commentaires (constructifs ou pas) à propos du fond, de la forme ou tout ce qui vous passe par l'esprit, je suis preneuse !

 

Chapitre 15 : Le voile de l'insouciance by Maloux
Author's Notes:

05/05/2018

 

Yopla Banana !

Me revoilà (enfin) ! J’ai une pêche d’enfer, et avant de vous laisser lire le nouveau chapitre, je tiens à remercier les courageux qui ont laissé des commentaires : ManxCat et Samantha Black. Milles merci, vos messages m’ont fait particulièrement plaisir et donné envie de continuer à publier régulièrement (hum.. ce que je n’ai pas vraiment réussi à faire U.u m'fouettez pas, siouplaiiit..)

Sinon, je tiens à remercier Melody pour sa précieuse aide, notamment pour découvrir où se trouvent les mises en favoris et. WHAAAAA. Certains d’entre vous (Azyax, Enireves Lechemin, Luna09, Oural69, Bubuslephenix, Lubielo, Margae, Salome et Cognard) m’ont fait cet immense honneur alors merci de tout cœur, ça me touche énormément. Je me sens super fière, et j’espère que la suite vous plaira toujours autant ! Et un merci tout particulier à Lubielo pour son commentaire adorable *u* Et oui, je compte continuer cette fic !

 

Voilà. Une grande introduction, parce que je voulais vous remercier, c’est quelque chose d’important alors.. continuez ! (à me lire et à laisser des reviews)

 

Donc, un nouveau chapitre qui a tardé à venir, mais qui est là ! Le retour à Poudlard, tant attendu… J’espère que ça vous plaira et je raconterais ma vie à la fin, pour ceux que ça intéresse toujours.

A très bientôt !

 

PS : je vous spoile : à la fin il meurt. Mouhahaha.

 

 

Abigail avait encore mal à la jambe. Toutefois, elle baissa courageusement les yeux sur les pansements qui recouvraient encore ses plaies et remarqua quelques taches rouge sombre s’étaler sur les pansements. Elle grimaça et releva immédiatement le regard, espérant naïvement que si elle ne voyait pas ses blessures celles-ci disparaitraient.

Ce ne fut bien entendu pas le cas, elle continua à boitiller sur la route gravillonnée. La main de son père enserrait la sienne, l'encourageant à avancer, cependant, lorsqu’elle reconnut le chemin qu’il empruntait elle s’arrêta net. Ce petit sentier sinueux, en terre, puis envahi par le sable pour finalement s’échouer sur des rochers recouverts de coquillages pointus, elle connaissait. C’était d'ailleurs là qu’elle était tombée. Elle courrait sur les rochers, comme souvent, sauf que cette fois-ci elle avait trébuché, son pied s’était pris dans une aspérité et elle s’était étalée de tout son long, s’écorchant la peau contre la surface râpeuse. Plus de peur que de mal, au début. Puis, en se relevant, elle avait vu sa peau perler de sang. La douleur était arrivée à la fin, lorsque l’adrénaline s’était évaporée. Un fourmillement sur les paumes, les coudes et les avant-bras, les genoux et au creux de son ventre. Douleur. Les larmes avaient ruisselé sur ses joues rebondies, son cri avait chassé les mouettes et alerté son frère de sa chute.

Alors non, elle ne voulait pas y retourner. Aigail se mit à pleurer tandis que la douleur se rappelait à elle.

Son père s’arrêta devant elle, s’accroupit puis chassa ses larmes salées de ses larges mains. Un sourire réconfortant sur les lèvres il s’adressa à sa fille de quatre ans.

-Abby, ce n’est qu’un rocher. Il ne t’arrivera rien si tu fais attention. Tu ne dois pas laisser ta peur t’empêcher de vivre ou de faire des choses qui te plaisent, jamais.

Et sans attendre de réponse, il porta sa progéniture jusqu’au rocher maudit, s’amusant de ses gesticulations et de ses cris. Elle n’avait pas envie d’y retourner, elle avait peur, elle avait mal… Le visage baigné de larmes elle demeura immobile sur le rocher tandis que son père, après l’avoir posée au sol, s’éloignait de quelques pas, cheminant sur le rocher avec la même aise que sur la terre.

Alors Abigail se tut. Elle regarda la silhouette paternelle s’éloigner et s’élança à sa suite, précautionneusement. Elle avait peur de tomber, mais plus encore d’être seule sur ce rocher, alors elle puisa dans son courage et s’éleva sur sa peur, la piétinant de ses petits pieds. Non, ce n’était qu’une vulgaire roche, un gros caillou râpeux. Elle, elle était forte. Voilà ce qu’elle faisait aux rochers qui lui faisaient mal et peur, elle leur marchait dessus.

 

 

***

 

 

Londres. Dix heures et demie, le soleil est dissimulé derrière de gris nuages, probablement l’éternel smog de la capitale anglaise. L’air est doux et, se moquant bien de la météo, une triste foule chemine sur les trottoirs encombrés. Dans la gare de King’s Cross, l’agitation règne, tempête urbaine et silencieuse. Moldus et sorciers se frôlent tout en s’ignorant superbement comme à l’accoutumée en ce jour de rentrée.

Ne s’attardant pas dans ce monde dénudé de magie, les sorciers disparaissent rapidement de l’autre côté de la barrière, ce mur en briques qui sépare ces deux mondes. Et au milieu de ce maelstrom, une jeune fille. Son sac de voyage sur le dos et vêtue d’une tenue moldue, elle semble insensible à ces embrassades et, une fois sur la voie 9 ¾, elle se faufile entre les différentes familles, parfois larmoyantes.

 

N’ayant pas envie d’être reconnue ou interpelée, Abigail Turner marche vite, le long du Poudlard Express, tout en prenant soin de ne pas avoir l’air suspecte. Elle porte un long manteau noir qui descend jusqu’à ses genoux, couvrant ainsi son ventre -que ne peut dissimuler son t-shirt trop court, ainsi qu’un jean basique le tout accompagné d’une paire de converses usées. La tête rentrée dans les épaules, la jeune fille a relevé le col de son manteau afin de couvrir le bas de son visage. Elle craint que quelqu’un ne l’intercepte. Elle sait qu’elle aura suffisamment à faire à Poudlard, elle n’a pas besoin d’une humiliation publique avant même de commencer l’année scolaire.

Heureusement pour elle, la porte indiquée par Luke dans son dernier courrier, où ils sont supposés se retrouver, n’est plus très loin. Elle l’atteint en quelques lentes secondes, notant que les parents se font ici plus épars. Respirant plus légèrement, elle grimpe souplement à bord du train et s’empresse de guetter le couloir. Celui-ci est désert, ce qui lui laisse tout le loisir de trouver le compartiment où se trouvent ses amis. La jeune fille avance jusqu’à entendre un brouhaha familier derrière l’une des portes. Elle sourit et ouvre le battant en bois à la volée, certaine d’y trouver ses amis Serpentards.

Un bref silence accueille son arrivée jusqu’à ce que chacun reconnaisse en cette blonde à la peau brune leur meilleure amie. La jeune fille offre un sourire éclatant à ses amis et lâche son sac sur le sol afin de se précipiter dans les bras de Luke, le plus proche d’elle.

Il a grandi pendant l’été, et son teint semble légèrement hâlé. Abigail sent sur lui une odeur de bois et de cuir qui lui est peu familière. N’y prêtant pas attention elle se dégage et enlace Phil qui s’est approché. Lui aussi a grandi, et son visage semble s’être affiné. Ses cheveux sont égaux à eux-même : fous. Il sourit à la jeune fille tandis que le trio savoure ces retrouvailles avant de se séparer, brusqués par un raclement de gorge.

Seule Abigail semble surprise qu’une autre personne partage la cabine de ses amis et elle observe l’intrus les sourcils froncés. Elle le reconnait immédiatement, même si les vacances lui ont légèrement tanné la peau et que ses cheveux sont désormais coupés court. Bowerst. Contrairement à l’habituelle bouffée de colère qui envahit Abigail lorsqu’elle croise Bowerst, elle ne sent désormais plus rien. Elle se souvient des discussions avec ses parents et son frère, de leurs conseils et des propos du Serpentard. Elle ne lui en veut plus. Elle ne lui fait pas confiance, mais comme ses parents le lui ont dit : ils ne sont que quatre dans sa promo, elle ne peut pas se permettre de s’y faire des ennemis.

-Bowerst.

Son attitude semble surprendre tout le monde, mais personne ne commente, trop heureux de la voir brandir un drapeau blanc, puis chacun s’installe confortablement tandis que Bowerst rend à Abigail sa salutation de manière un peu formelle. Vestiges de son éducation ou peur d’Abigail, elle n’en sait rien et n’a pas vraiment envie de s’en préoccuper.

Pour la première fois depuis des mois, la jeune fille parle avec des sorciers. Ils racontent leurs vacances puis échangent sur les nouveautés de la communauté sorcière. Drago Malfoy les occupe jusqu’à ce que le train quitte Londres et sa banlieue puisque l’ancien Serpentard, incarcéré à Azkaban depuis la fin de la guerre dans l’attente de son procès, a eu l’honneur de voir Harry Potter se présenter à son jugement. Le Magenmagot a été dans l’obligation d’avorter la séance puisque tout le monde était incontrôlable, quelques secondes supplémentaires et la cour de justice serait devenue un pugilat médiatique. On ne sait pas trop qui aurait pris le plus de tomates dans l’affaire…

Les Serpentards finissent par se lasser du sujet et déverrouillent la porte, première chose qu’ils avaient faite en s’installant afin d’éviter les importuns. Ils glissent leur tête par l’encadrement de la porte afin de s’assurer que les autres élèves soient loin dans le couloir pour qu’ils se risquent à sortir dans le couloir. Tandis que Luke frappe aux portes voisines, Abigail découvre avec surprise que les compartiments adjacents sont tous occupés par les verts et argents.

- On s’est mis d’accord par hiboux, afin d’éviter d'être isolés, lui chuchote Phil qui a remarqué l’étonnement de son amie.

Abigail salue l’initiative et se joint à Luke afin de saluer leurs camarades de maisons. Tout sourire, elle étreint les deuxièmes années qui entament, comme à leur habitude, quelques chansons à l’honneur des Serpentards. Se souvenant de sa valise, le regard d’Abigail s’illumine et elle retourne en vitesse dans son compartiment en promettant à ses amis de leur apporter une belle surprise.

La jeune fille ouvre son sac à dos de voyage et entreprend une fouille minutieuse, mais rapide, puisqu’elle a, pour une fois, rangé ses affaires avec méthode. Avant de partir pour la gare, son père lui a fait remarquer qu’elle pouvait prendre un instrument pour Poudlard, afin de s’entrainer et de rythmer les chants de sa maison. Bien entendu, John songeait à un tambourin qui trainait dans la malle poussiéreuse, qui aurait pu faire l’affaire, mais Abby, illuminée, a préféré prendre sa bombarde. Petite, pratique pour voyager et qui débouchera les oreilles de toute l’école à coup sûr. Bien plus original qu’un tambour de poche.

La demoiselle sort avec précaution la boite en velours qui protège son instrument et l’ouvre. La bombarde est calfeutrée dans son écrin et elle se demande si elle ne vient pas de faire la plus grosse erreur de toute sa vie…

-Abby, tu fais…. quoi ?

Phil vient de la rejoindre et observe avec curiosité l’étrange flûte, s’interrompant pratiquement au milieu de sa phrase.

Abigail hausse les épaules, il est trop tard pour changer d’avis. Elle sort donc sa bombarde de l’étui et porte le bec à ses lèvres. Le son qui en sort, timide dans un premier temps, enfle jusqu’à faire trembler les vitres du compartiment sous le regard ébahi de Luke.

Les curieux ne tardent pas à arriver dans le compartiment à observer le miracle de ce son chuintant et vif. Les deuxièmes années ne tardent pas à montrer leur enthousiasme et embringuent Turner pour mettre l’ambiance dans leur wagon, puis dans tout le reste du train, sous prétexte que chanter (ou jouer de la bombarde) leur permettait d’obtenir des promotions pour les sucreries. Ça n’a pas été le cas, mais les Serpentards ont ainsi eut l’occasion d’agacer toute l’école avant même le début de l’année scolaire. Ce sont les préfets en chefs qui les stupéfient jusqu’à la fin du trajet, sous les yeux amusés et surpris des nouveaux sorciers, qui n’ont pas encore été répartis. Finalement, les Serpentards ne semblent pas si mauvais que ce qu’il se raconte…

 

 

***

 

-Tu crois qu’on aura beaucoup de nouveaux cette année ?

Abigail ignore le regard blasé de Bowerst, qui semble trouver sa question idiote, mais la jeune fille nourrit de bons espoirs. L’arrivée à Poudlard a été bruyante, surtout lorsqu’ils ont mis l’ambiance dans les compartiments où se trouvent les potentiels-futurs-Serpentards, donc peut-être que les nouveaux n’auront pas peur de rejoindre leurs rangs.

-On verra bien…

Luke semble partagé et hausse les épaules, il n’a pas envie de se prononcer sur le sujet. Abby, quant à elle, ne tient pas en place, le Stupéfix lui a semblé presque gentil, alors elle a de bons espoirs pour cette nouvelle année.

-Sinon, vous savez quand ferons-nous le bilan des paris de l’année dernière ? Je suis certaine de tout remporter !

-Abbyyy…

Le gémissement de Luke vexe l'adolsecente qui décide de se taire, bras croisés sur sa poitrine. Elle ne comprend pas ce que les garçons ont, qu’ils aient le moral miné à cause de la reprise des cours, elle comprend, mais qu’ils douchent son enthousiasme ainsi…

-Ce soir, lorsque les premières années iront se coucher, on répartira les gains des paris, Turner. En attendant, garde ta bouche fermée pour le reste du repas, car personne n’aime voir un Serpentard babiller joyeusement.

La jeune fille va pour remercier son aînée lorsqu’elle réalisa qu’il s’agit d’une insulte. Elle observe celle qui vient de lui répondre, note son visage allongé, la finesse de son cou et la dureté de son regard. Elle est en sixième année, au moins, elle semble assez âgée et.. fatiguée. Greengrass, c’est son nom. Abigail s’en est souvenu soudainement, et n’a jamais véritablement parlé avec elle, à cause de son regard glacial. Pour le coup, elle maîtrise à la perfection ses expressions faciales et ne laisse jamais rien échapper.

Abigail passe les minutes suivantes à essayer de se souvenir de ce qu’elle sait à propos de Greengrass. Qu’elle a une sœur, à Serpentard aussi, et que c’est une amie de Malefoy. Comme quoi, les ragots sorciers lui servent à quelque chose, notamment à comprendre la fatigue physique et morale de ses camarades verts et argents. Toute la famille Greengrass a dû être soumise à un grand nombre d’investigations, à l’oppression des paparazzis ainsi qu’au jugement de toute la communauté sorcière.

Prise de remord et de compassion, Abigail ne prend pas vraiment garde aux étudiants de première année qui pénètrent dans la salle en rang d’oignons, préférant observer à la dérobée, celle qui a réussi à échapper à la justice expéditive du monde magique.

Un coup de coude dans les côtes plus tard, Abigail se reconcentre sur la répartition. Le choipeau vient de désigner un premier Serpentard. Un lourd silence s’abat sur la grande salle et quelques sifflements s’élèvent, comme dans les souvenirs d’Abigail.

La Serpentarde d'origine moldue observe l’élève qui ôte le choixpeau magique avec précaution. Il est mince et semble hésiter sur le comportement à adopter suite à sa répartition. Prise d’un élan de sympathie, Abigail et ses amis décident d'applaudir, afin que le pauvre ne se sente pas totalement abandonné. Alors s’élèvent de faibles applaudissements, timides et rapidement couverts par les cris des autres maisons, peu désireux de laisser les Serpentards se féliciter. Le directeur réclame le silence et l’élève suivant est appelé, tandis que le nouveau Serpentard atteint sa grande tablée.

Contrairement aux autres maisons où les élèves se serrent pour faire de la place aux nouveaux, ce n’est nullement nécessaire chez les verts et argents qui occupent à peine la moitié de la table, et ce en conservant des distances généreuses entre eux. Abigail s’interroge sur l’utilité de conserver une telle tablée si elle demeure inoccupée, et songe qu’il s’agit probablement d’une question d’esthétique, les enseignants ne peuvent raccourcir leur table sans que cela ne soit flagrant et ne brise l’équilibre harmonieux de la Grande Salle. Une petite voix, toute droite sortie des nuages sombres de son subconscient acrimonieux, lui chuchote que c’est pour que tous sentent à quel point les Serpentards sont mal aimés et considérés comme des lépreux. Qu’ils sentent leur solitude, leur faiblesse et l’hostilité des autres maisons à leur égard.

La répartition continue, entre applaudissements et huées puisque cinq autres sorciers rejoignent la table des verts et argents. Turner tente d’offrir des sourires rassurants aux nouveaux venus, imaginant la peur qui doit les étreindre en cet instant. Ses pensées s’égarent en direction de sa répartition, un an plus tôt, et se demande si elle était aussi petite que les nouveaux. Même les garçons lui semblent minuscules et fragiles, presque invisibles. Ils baissent la tête et restent entre nouveaux, comme si leurs aînés étaient véritablement des serpents et que les regarder dans les yeux était un danger mortel.

Déçue, la demoiselle préfère se concentrer sur le discours du directeur Regnart, qui fait mention de la guerre qui a laissé de profondes cicatrices ainsi que du travail qui les attend afin de faire briller cette école, et ce malgré l’ombre et la honte apportées par la maison des Serpentards.Un charmant discours qui coupe tout appétit à Abigail, au moins le temps que ses poumons soient complètement envahis par les odeurs des plats qui apparaissent devant elle. Rôtis, gratins, plats en sauces, boissons sucrées, une fois encore elle est ébahie par la richesse du banquet.

Son estomac ne tarde pas à se manifester bruyamment et elle se sert généreusement, imitant ses amis qui eux, sont déjà en train de se resservir. Elle sourit, devant la voracité de l’appétit de Luke, et se souvient qu’il parlait la bouche pleine l’année passée. Heureusement pour elle, il a perdu cette mauvaise habitude, car lorsque vient le thème « Quidditch » il avale rapidement sa bouchée avant de se lancer dans le débat. Des postes se libèreront probablement dans l’équipe, donc il compte profiter de l’opportunité, si elle se présente, pour y faire sa place, quitte à passer tout son temps libre à voler. Il a même apporté son propre balai cette année afin de ne pas manquer cette occasion.

Abigail s’amuse de l’enthousiasme de son ami, à l’idée de rejoindre l’équipe de Quidditch des Serpentards et remarque que Phil semble dans le même état. Peu portée sur ce sport sorcier, malgré les encouragements de ses camarades, la jeune fille se détourne de la conversation et écoute ses voisins. Un quatrième année vient d’engager la conversation avec les nouveaux, les questionnant sur leurs origines. Abigail serre les dents et soupire avec force, se demandant pourquoi les Serpentards s’intéressent à ce genre d’idioties. Elle qui pensait qu’une fois Morris parti, les né-moldus seraient considérés de la même manière que tous les autres sorciers, elle s'est trompée. Peut-être que les plus vieux la tolèrent, elle, mais elle commence à douter qu’ils puissent réellement l’estimer.

Inconsciemment, son regard se relève de son assiette pour croiser celui de Bowerst. Le parfait sang-pur, qui s’est permis de le lui rappeler tout au long de l’année passée. Mais ce qu’elle peut lire désormais sur son visage, ce n’est pas l’arrogance qu’elle lui connait. Non, il offre un sourire triste, comme s’il devinait ses pensées et qu’il excusait du comportement de leur ainé. Abigail se fige, surprise par son comportement. Les vacances d’été font des ravages, mais la jeune fille s’en sent soulagée. Elle offre un sourire timide à celui qu’elle a ignoré pendant la moitié de l’année scolaire, se demandant à quel point il a changé. Elle craint qu’il ne s’agisse que d’une feinte, d’un comportement qui n’est pas le sien, mais elle a décidé depuis son arrivée dans le Poudlard Express de le tolérer. S’ils ne deviennent pas meilleurs amis, qu’au moins ils puissent se parler, car l’adolescent est un très bon élève et ça, ça peut lui servir.

 

 

***

 

Naturellement, le repas touche à sa fin lorsque plus personne n'est capable d'effectuer le moindre geste pour se saisir des plats. Tous soupirent de contentement, repus suite à ce festin, et Abigail n'échappe à la règle.

Elle observe avec attention la poire au sirop, nappée de chocolat, qui demeure solitaire dans le plat en argent devant elle. Elle hésite, vraiment. La gourmandise la démange, mais son estomac lui interdit le moindre mouvement.

Se détachant du spectacle hypnotisant de la chair pâle du fruit dissimulée par les courbes sombres du coulis de chocolat, la jeune fille remarque que ses voisins semblent en proie au même dilemme qu’elle. Un sourire étire ses lèvres et elle jette un regard aux nouveaux assis à sa table et remarque qu’ils semblent plus détendus. Un regard bleu croise le sien, et Abigail observe le nouveau, un sourire bienveillant sur les lèvres. Elle espère lui faire comprendre qu’il n’est pas mal tombé, mais la fin du repas met fin à leur échange muet.

Les bancs se reculent, les élèves se lèvent, les bavardages reprennent et le préfet des Serpentards prend la parole, leur rappelant d’attendre que les autres maisons aient quitté la Grande Salle pour se diriger en direction des cachots. En attendant le départ, les verts et argents se lèvent et Abigail sent soudainement un bras se couler autour de ses épaules, lui écrasant la gorge et l’empêchant de voir son agresseur.

Une main forte emprisonne également son épaule gauche et tandis qu’elle essaye de se défaire de son agresseur une voix grave lui parvint à l’oreille.

-Salut Turner. Je t’ai manqué ?

Cette voix, elle la connait. La panique qui l’a envahie s’évanouit alors qu’elle tousse en cherchant à respirer. Sentant sa victime asphyxier, Nail Dunderstil relâche la pression et passe un bras fraternel par-dessus les épaules d’Abigail afin de l’éteindre dans une attitude virile et dominatrice.

-Même pas. Le ton narquois de la jeune fille trouve écho dans le large sourire qui illumine désormais son visage suite à ses retrouvailles. Mais je suis quand même contente de te revoir, si c’est ce que tu veux savoir.

Nail lui offre un sourire carnassier avant de s’amuser à l’embêter, en la bousculant, lui envoyant des piques ou en l’ébouriffant. La jeune fille savoure ces marques d’affection Serpentardes tandis qu’ils descendent dans les entrailles du château en direction de leur salle commune. Toute leur maison chemine dans une ambiance relativement paisible. Ce n’est pas le type d’adjectif qu’Abby se souvient utiliser pour décrire sa maison, mais en cet instant, elle les trouve calmes et paisibles.

-Tu as l’air heureuse.

L’affirmation n’admet aucune contradiction. Nail observe la sorcière une lueur étrange dans le regard. Elle lui répond d’un sourire sincère, elle se sent bien. Alors elle lui agrippe le bras et relance la conversation sur un sujet moins personnel, puisqu’elle ne se voit pas demander l’état d’âme de son aîné, préfet cette année encore.

Le préfet de septième année ouvre la marche, suivi de près par les nouveaux, puis venaient Abigail et ses amis, et enfin dans le désordre le plus complet, avançaient les autres étudiants. Tandis qu'Abby babille avec légèreté, elle se tait soudainement, un bruit étrange chatouillant ses oreilles. Ses pas ne résonnent plus contre les dalles de marbre du château, mais clapotent, comme si de l’eau envahissait désormais le couloir. Le regard baissé sur le sol à la recherche de cette eau qu’elle entend, elle tarde à remarquer que les élèves devant elle se sont arrêtés. Les heurtant avec force, elle en attrape un par l’épaule dans l’idée de le questionner sur son attitude, mais lorsque son buste pivote, elle aperçoit derrière son confrère le mur, raison de leur arrêt.

Face à eux, la paroi humide en pierre est recouverte de graffitis : un texte écrit en lettres sanglantes. Meutriers. Un mot, et pourtant. Sa force et sa puissance chamboulent Abigail, qui réalise, tandis que quelques commentaires brisent le silence qui suit cette macabre découverte, que l’eau au sol n’en est pas. Il s’agit de sang. Probablement faux mais qu’importe, l’illusion est parfaite.

Les Serpentards reprennent le chemin en silence, leurs pieds clapotant dans le sang frais et le regard baissé devant cette accusation injurieuse.

Le souffle court, Abigail suit le mouvement, les yeux fixant avec incrédibilité cette marque fraîche. Son cœur tambourine à ses oreilles et elle sent les larmes lui monter aux yeux. La mise en scène est macabre et poignante, surtout avec l’obscurité qui règne dans ces couloirs souterrains.

-Abby.

Le chuchotement de Nail la fait sortir de sa torpeur et elle le fixe, ses grands yeux bleus teintés de verts observent les iris sombres de son ami avec une lueur de désespoir. Elle a envie de lui demander pourquoi les autres sont aussi méchants, aussi violents. C’est le premier soir, n'ont-ils pas le droit à un peu d’égard ? Et ce sang, par terre, sur leurs vêtements… Elle déglutit péniblement, incapable de parler, et s’agrippa aux bras fermes du préfet, craignant que ses jambes ne cessent brusquement de la porter.

Le jeune homme a le visage fermé, presque sévère et ses yeux poinçonnent le cœur de l’adolescente.

-Redescend sur terre, Abby. Ici, on est en pleine guerre. Il n’y a pas de place pour la candeur et la fragilité, sinon ils ne feront qu’une bouchée de toi. Redeviens la guerrière que tu étais, ferme ton cœur, et prépare-toi. Il s’agit de survie, d'encaisser et de rendre les coups, alors la princesse que tu es devenue pendant l’été doit rapidement disparaitre si tu ne veux pas qu’ils te détruisent, toi, la personne que tu es au plus profond de toi. Revêts ton masque et ne laisse personne approcher ton âme.

Abigail observe avec incrédulité son ami, blessée par la force de ses propos. Elle ne réalise pas qu’ils viennent de pénétrer dans leur salle commune, tachant le sol traces rouge vermillon. Ses oreilles bourdonnent et, bien que Nail ait détourné le regard en direction du préfet qui offre son discours de bienvenue, elle continue de l’observer, perdue.

 

 

***

 

Abigail inspire fortement. Elle s’est enfermée dans la douche de son dortoir et s’accroche avec désespoir aux rebords du lavabo en porcelaine. La tête baissée, elle fixe les jointures de ses mains, qui blanchissent sous l’effet de la colère. Ou de la peur. Dans son esprit, c’est la tempête. Son retour à Poudlard, le message et le faux sang se mélangent aux évènements de l’année précédente. Elle revoit leurs visages, de ceux qui s’en sont pris à elle. Ils sont nombreux. Ils sont encore là.

Et elle aussi, elle est là, de retour dans son enfer. Rien n’a changé pendant l’été. Sauf son bronzage. Mais rien ne changera à Poudlard. Nail à raison, elle doit arrêter d’être naïve. Cesser d’espérer. Il lui faut être forte.

Finalement elle relève la tête tandis que son cœur tambourinne avec régularité à ses oreilles. Elle doit se battre, c’est son erreur de croire que cela n’est plus nécessaire. Abigail observe son reflet, ses yeux rougis, ses lèvres tremblantes et son expression défaite. Non, elle n’est pas faible, alors elle chasse la tristesse et l’apitoiement de son visage pour revêtir un masque. Une expression narquoise, un sourire mauvais, des yeux froids, de la colère au fond du cœur, elle est prête à sortir du dortoir.

La sorcière traverse la chambre au pas de course, notant que ses affaires ont automatiquement été placées sur son lit, à côté de ceux des garçons. Elle ne s’intéresse pas à la raison d’une telle faveur, se moquant de savoir si le château en est responsable, ou le directeur de sa maison, ou les elfes… Elle s’en moque. Abby claque la porte en sortant et rejoint rapidement la salle commune où différents groupes sont formés, et discutent à voix basse. Elle repère rapidement Phil, entouré des autres deuxièmes années, et se dirige vers lui. Les garçons notent immédiatement ses yeux rouges ainsi que son changement d’attitude, mais ils ne disent rien à ce propos.

-Alors, j’ai manqué quoi ?

Bowerst hausse les épaules, tandis que Phil tente de lui résumer les propos du préfet de septième année.

-Rien de spécial, comme l’année dernière les sabliers seront négatifs donc on va devoir bosser comme des fous, il y aura probablement des entrainements magiques donnés illégalement par les sixièmes ou septièmes années pour combler nos lacunes de DFCM et nous aider à survivre au quotidien…

Abigail sent la panique la gagner, à l’idée de revivre une année identique. La pression envahit son corps et lorsqu’elle se souvient qu’elle devra en plus travailler ses cours moldus, comme sa mère le lui a rabâché les oreilles avant son départ. Il lui semble être sur le point de s’effondrer en larmes, toutefois Luke sent son amie se perdre et coupe la parole à Phil, qui semble pourtant bien parti pour détruire toute la joie de vivre de leur camarade.

-Et sinon il y a deux postes de libres dans l’équipe de Quidditch, c’est officiel ! Un attrapeur et un batteur. Les sélections auront lieu dans trois semaines, histoire qu’on…

-AH !

C'est Luke vient de se faire couper la parole cette fois-ci par un Phil surexcité, comme s’il venait de se souvenir que c’était le jour de Noël.

-Et cette année, comme nous sommes en deuxième année.. C’est à nous d’organiser les soirées de la maison !

Abigail jette un regard désabusé à l’écossais et hausse les sourcils tout en lâchant un soupire désespéré. Ça n’a rien d’une nouvelle excitante pour elle.

-Ne râle pas Abby, c’est important ! On a intérêt à bien s’organiser et à être astucieux, car c’est l’occasion de montrer ce qu’on vaut réellement aux autres Serpentards. La première soirée aura lieu à la fin du premier match de Quidditch, ça nous laisse quelques mois pour tout préparer, mais sache qu’il est hors de question de prendre cette mission à la légère.

La jeune fille secoue la tête, vaincue. Elle se moque de cette fête, mais se souvient que ça avait fait du bien à tous les Serpentards l’année passée. C’est l’occasion de se libérer de la pression et de profiter impunément des autres membres de leur maison sans craindre le regard des professeurs ou des autres élèves. Ce qui signifie qu’en plus d’apporter des boissons et des aliments de manière illégale dans la salle commune et de prévoir de la musique ainsi que quelques jeux, il leur faudrait prévoir une protection magique pour dissuader quiconque de pénétrer dans leur salle commune ou d’en faire part au directeur.

En y réfléchissant, toutes les nouvelles énoncées par les garçons consistaient à travailler plus, pour donner des points à leur maison (ou du moins pour éviter de leur en faire perdre de trop), pour apprendre à se défendre, pour organiser la fête, ou pour devenir meilleur au Quidditch… Une charmante année en perspective, et Abigail regrette d’avoir quitté le dortoir. Elle se sent plus abattue qu’avant de rejoindre la salle commune.

La jeune sorcière n’a désormais plus qu’une envie, d’aller se coucher. D’oublier où elle est et ce qu’elle devra faire. Oublier qu’il lui faudra cesser d’être joyeuse et avoir continuellement l’air mauvaise. Mais ses amis en décident autrement, puisqu'ils débattent désormais sur leurs prochaines farces, un thème plus joyeux si l'on oublie tout le travail de recherche ainsi que de préparation.

Ce sujet plus léger a néanmoins le mérite de dérider Abigail qui se prend au jeu, proposant de lancer des sorts sur toutes les cravates de l'école afin qu'elles apparaissent vertes et argentées, ou alors de laisser de la colle sur les chaises de cours, en sortant afin que leurs successeurs demeurent assis pour le reste de la journée. Petit à petit, quelques Serpentards se greffent à la discussion, proposant de grandes farces et avouant les crasses qu'ils ont pu effectuer par le passé. Abigail décroche de la conversation, qui gagne en démesure et où chacun se vante d'avoir fait le meilleur coup, pour observer ses camarades, ces autres Serpentards qui vont, tout comme elle, passer une année dans ce maudit château.

Les filles de quatrième année rient allègrement tandis qu'un peu plus loin, les troisièmes années répètent quelques chansons paillardes qui rendront fou leur directeur de maison. Quelques septièmes années conspirent dans un coin de la pièce tandis que les premières années se dirigent discrètement en direction de leur dortoir, probablement peu désireux de s'éterniser auprès de leurs ainés.Finalement, peut-être qu'Abby est à sa place ici.

Toute à ses pensées, elle ne réagit même pas au résultat des paris de la fin d'année passée, perdant sa mise à cause d'un redoublant. Elle s'amuse de voir les regards assassins de la majorité des Serpentards en direction de celui qui leur a fait perdre leur argent. La jeune fille songe que les plus âgés lui prépareront probablement une revanche, afin de lui faire regretter son échec.

Finalement, les choses semblent revenir dans un semblant d'ordre, et Abigail se dit qu'en fin de compte, replonger dans l'eau glacée ne sera peut-être pas un exercice si difficile. Il s'agit d'un exercice de volonté, et la sienne est puissante. Elle écrasera les autres étudiants de Poudlard, leur marchera dessus jusqu'à ce qu'ils apprennent la leçon : la laisser en paix. Elle avait réussi l'année précédente avec le vol de baguette, cette année encore elle peut innover et tous les surprendre.

Il suffit de trouver où frapper, et de frapper fort, d'un seul coup et sans prévenir. Viser le K-O.

 

Un sourire un tantinet machiavélique étire les fines lèvres d'Abigail Turner tandis qu'elle enfile son costume de Serpentarde, prête à affronter l'année à venir.

 

End Notes:

 

Alors ? Un petit commentaire ? (dites oui, dites oui, dites ouiiiii)

 

Eh oui, j'ai spoilé n'importe quoi, ça m'arrive régulièrement. J'aime dire ça, les gens paniquent toujours, surtout lorsque je n'ai pas vu le film/lu le livre. Je me sens juste gênée lorsque le "il" meurt véritablement... (tient, en parlant de ça, vous avez vu le dernier "Avengers" ? /sbaf)

 

J'ai repris les bonnes vieilles habitudes de la petite intro qui dévoile une Abigail "d'avant Poudlard" en essayant de ne pas trop m'éterniser dessus.

Le prochain chapitre est... au point mort pour le moment. J'ai les idées principales, mais il manque toute la rédaction et pour être honnête, avec mon nouveau boulot et les projets que j'ai en parallèle, il me reste peu de temps pour écrire... Du coup je pense que mon rythme de parution risque de rester assez lent (un chapitre toutes les trois semaines U.u). Dans l'idéal, j'aimerais prendre de l'avance, mais je ne suis pas certaine d'en être véritablement capable...

Surtout que j'ai d'autres idées d'écris qui me trottent en tête. Et que j'ai repris le RP (où je suis en retard dans mes réponses également). Et j'aimerais faire une petite recorrection des premiers chapitres (fautes d'orthographe, répétitions et autres petites erreurs qui gâchent la lecture). Du coup voilà, je m'excuse pour l'attente de ce chapitre et de celui à venir.

 

MERCI de continuer à me lire, je vous nem !

 

Chapitre 16 : Une routine difficile by Maloux
Author's Notes:

27/05/2018

 

Bonjour à tous !

Je vous remercie une fois encore pour continuer à me lire et je m’excuse pour le délai de publication de ce chapitre. A ce propos, je pense faire une assez longue pause pour plusieurs raisons. La première, pour prendre de l’avance dans les chapitres, et ne pas vous faire attendre si longtemps entre chaque chapitre. La seconde, parce que j’ai du mal à savoir comment garnir mes chapitres. J’ai des idées, mais faute d’une « intrigue principale de longue haleine » je me questionne beaucoup sur ce que doit contenir ou non un chapitre, j’hésite même à publier différents passages de différentes années sans me préoccuper de la chronologie, mais en faisant ça je risque de tous vous perdre, ce qui serait fâcheux. Ceci dit, je pense modifier la composition des chapitres pour faire des chapitres à thème à l’avenir. Enfin je vais essayer et voir ce que ça donne… Et troisième point, j’aurais probablement du boulot en freelance en plus de mon boulot « basique » ce qui fait que le peu de temps libre que j’avais pour écrire risque d’être dévoré par ce boulot supplémentaire. Donc… j’ai des difficultés à écrire et ça risque probablement de ne pas s’améliorer dans les semaines à venir.

Pour conclure, je dirais.. Si vous avez des commentaires, constructifs, et même négatifs, à propos de cette fic, dites-les, pour que je puisse m’améliorer et éventuellement effectuer quelques changements à l’avenir. Je tâtonne, débutant dans l’univers de la fanfiction, et je suis preneuse de tous les conseils !

 

Voilà, après cette intro particulièrement longue, je vous souhaite une bonne lecture. Merci de continuer l’aventure à mes côtés !

 

Abigail n’aimait pas les vacances chez ses grands-parents. Elle les aimait bien, eux, mais hors de leur maison qui sentait le vieux. Le "renfermé" elle apprendrait plus tard, mais en attendant, elle s’en moquait, cela faisait deux jours qu’elle était arrivée et elle en avait déjà marre.

L’enfant jeta un coup d’œil à son frère qui semblait toujours aussi impressionné par la bibliothèque musicale des parents de leur mère. Leurs seuls grands-parents encore en vie. Ils avaient transmis à leur fille un certain gout pour la musique, qui pouvait se comprendre par la collection plus qu’impressionnante de disques qui recouvraient les murs. Et par « disques », Abigail se référait à des vieux disques, ceux qui sont noirs et larges, et qui se lisent uniquement sur les appareils en voie de disparition.

Elle était toujours aussi impressionnée par l’immensité de la salle et l’air un peu mystique qui l’emplissait, mais rester enfermée à écouter des chansons d’une autre génération l’ennuyait. Elle connaissait tous les disques. Et le pire, c’était que leur grand-père les contraignait à commenter les différentes chansons, à parler du rythme, des paroles et de choses qui lui passaient un peu au-dessus de la tête. Par contre Andrew, lui, semblait adorer. En fait, plus il grandissait plus Abigail avait l’impression qu’il la délaissait pour passer de temps enfermé dans cette pièce dotée de rares fenêtres afin d’éviter que la lumière du soleil n’abime les pochettes et leurs précieux contenus.

Alors elle se retrouvait seule régulièrement. Enfin, sa grand-mère l’encourageait à aller se promener, à cueillir des mûres, à aller jouer sur la plage non loin… Mais sans son frère, Abigail se sentait seule, elle avait envie d’amis pour jouer à chat ou au foot. Et il n’y avait même pas la télé pour regarder des films.

Soupirant, l’enfant compta mentalement les jours avant son départ puis alla aider sa grand-mère à réparer le dîner.

 

 

***

 

 

Abigail vient de pénétrer dans la serre où les Serpentards ont cours avec les Serdaigles et, comme tous les étudiants, elle jette un regard inquisiteur en direction de l’inconnu qui se trouve aux côtés de leur professeur. Grand, brun, la peau claire et l’air nostalgique. Une évidence, sujet de rumeur de l’année précédente, son identité lui apparait. Neville Londubat. La curiosité la pique tandis que le professeur Chourave prend la parole d’une voix assurée.

-Bonjour à tous, je vous demanderais de vous assoir rapidement, et en silence.

Les étudiants obéissent à moitié étant donné que tous chuchotent fébrilement à propos de la présence de ce héros de guerre. S’il vient leur donner des cours, pourquoi n’a-t-il pas été présent lors du banquet donné le soir de leur arrivée ?

Mais finalement, devant le regard courroucé de leur enseignant, un silence approximatif se fait, lui permettant de reprendre la parole.

-Merci. Monsieur Londubat rejoindra le corps enseignant cette année. Il m’assistera lors de mes cours, et parfois, comme aujourd’hui, il vous fera lui-même cours, ce qui me permettra d’observer sa maitrise de la pédagogie ainsi que ses connaissances sur la botanique, ou le cursus suivi.

Tous les yeux se tournent vers le jeune homme dont les joues commencent à prendre une teinte rosée. Quelques ricanements, provenant des tables où sont assis les Serpentards, s’élèvent. Frappant dans ses mains, le professeur fait revenir le silence ainsi que les regards de ses élèves sur elle, permettant au jeune professeur de soupirer discrètement de soulagement.

-Bien. Je vous demanderais de vous tenir correctement, la sorcière lance un regard sévère en direction du binôme Medley-Mc Caster puis continue, Monsieur Londubat, je vous laisse poursuivre.

Les adultes échangent un regard et le professeur Londubat s’avance. Il se racle la gorge tandis qu’il cherche ses mots. Il parcourt rapidement du regard la salle, fronçant les sourcils devant le faible nombre de cravates vertes et argentées.

-Eh bien, bonjour. Comme le Professeur Chourave l’a indiqué, je suis le professeur Neville Londubat et.. je vous ferai cours parfois. Avant de débuter ce premier cours, qui abordera l’étude de la Mandragore, je voulais savoir si vous aviez quelques questions… À propos du programme, ou du fonctionnement du cours ou.. autre. Rien de personnel évidemment.

La salle aurait été remplie de Gryfondors ou de Poufsouffles, ils auraient probablement ri ou pouffé à la remarque de leur enseignant, malheureusement pour lui, les Serpentards se contentèrent de ricaner doucement, et les Serdaigles demeuraient silencieux. Les premiers ne s’intéressaient pas à la vie du héros, et les seconds n’auraient pas osé lui poser de telles questions, même si ses faits d’armes pendant la guerre les auraient probablement captivés.

Finalement quelques hochements de tête discrets répondent à sa question tandis que quelques mains se lèvent avides de réponses, incluant celle d’Abigail. La jeune fille, comme tous les autres, patiente que le professeur l’autorise à prendre la parole tandis qu’elle tend Phil lui murmurer qu’elle ferait mieux de baisser son bras et de faire profil bas. Il doit probablement se douter de la délicatesse et la bienséance de sa question. Mais elle l’ignore.

Neville Londubat remarque la Serpentarde qui espère lui poser une question, mais il l’ignore sciemment afin se donner du temps pour s’y préparer mentalement et préfère débuter avec des questions qu’il espérait moins houleuses. Moins agressives et plus centrées sur le programme. Le premier élève interrogé donne son nom avant de le questionner sur le programme. Abigail n’en écoute pas un traitre mot, ni même la réponse du professeur et jette un regard à Luke, qui lève les yeux au ciel, tout aussi ennuyé qu’elle. Décidément ces Serdaigles…

Puis les trois élèves suivants sont également des aigles et Abigail commence à s’impatienter. Son bras à lui faire mal. Elle fusille du regard le professeur qui évite volontairement son regard et serre les dents, sentant la colère monter en elle. Un de plus…

Finalement, ne pouvant l’ignorer décemment plus longtemps, Nevile Londubat lui fait signe de poser sa question. Ne prenant même pas la peine de se présenter, Abigail l’interpelle, contentant avec difficulté sa rage d’avoir été ainsi ignorée.

-Est-ce que vous aussi vous êtes raciste, Professeur ?

Sa question posée avec force résonne dans toute la serre et elle a le plaisir de voir son jeune professeur déglutir difficilement. Il ne semble toutefois pas comprendre le sens de sa question puisqu’il balbutie quelques mots qu’Abigail ne parvient pas à comprendre, même si sa gestuelle semble nier le fait d’être raciste.

L’un des leurs. Un enseignant discriminant les Serpentards.

Profitant du silence qui a envahi la salle et de l’hésitation du professeur Chourave à lui intimer de se taire, Abby reprend la parole, mettant fin à ce moment inconfortable en enfonçant la porte fissurée. Elle exprime donc à voix claire et intelligible le fond de sa pensée.

-Ma question, Professeur, est : est-ce que vous aussi cautionnez l’abus, autant physique que psychologique, fait à l’encontre des Serpentards ? Encouragez-vous les brimades à leur égard, la maltraitance, les injustices, la torture psychologique…

-SILENCE !

Si Abigail n’avait pas été coupée par le professeur Chourave dont le visage témoignait d’une violente colère -à moins qu’il s’agisse de peur" elle aurait continué ainsi, jusqu’à ce que le visage du professeur Londubat se soit vidé du peu de couleurs qu’il reste. Il est actuellement particulièrement blanc, et l’élève se demande s’il aurait été jusqu’à devenir invisible. Ou s’il aurait défailli.

Finalement, il avait raison de ne pas lui donner la parole au début. Ses propos auraient été bien trop doux.

Un sourire mauvais étire ses lèvres et ses yeux brillent de colère et de malveillance tandis que le professeur Chourave reprend immédiatement d’une voix forte afin de l’empêcher de poursuivre son œuvre destructrice.

-Mademoiselle Turner, vous pouvez sortir ! Vos injures à l’égard du corps enseignant sont inadmissibles, j’en référerai à votre directeur de maison, ainsi qu’à Monsieur Regnart. Prenez vos affaires en silence, et il va de soi que vous venez de faire perdre vingt points à votre maison.

Peinant à contenir la colère qui l’envahit, Abigail serre les dents et cherche à éviter toute remarque moqueuse qui aurait pu lui échapper et empirer les choses. N’ayant rien sortit de son sac de cours, elle se lève rapidement et après une grimace moqueuse et un regard profondément noir à l’encontre du professeur Neville, Abigail sort de son premier cours de botanique.

 

 

 ***

 

 

Quelques rayons taquins viennent chatouiller les paupières d’une Serpentarde endormie. La jeune fille, savourant son état comateux et la douce brume qui l’enveloppe, grogne contre ce soleil qui semble vouloir chasser son bien-être. Inconsciemment, une idée se fraye difficilement un chemin parmi ces brides incohérentes de rêves, gagnant en force, petit à petit.

Du soleil, oui, qui l’empêche de dormir, oui… et ? Et ? Du soleil, dans des cachots ?!

Abigail écarquille les yeux et se relève brusquement sur son séant, paniquée, les yeux exorbités, observant les environs. Où se trouve-t-elle ? Comment est-elle arrivée ici ... ? Le soleil baigne la pièce et Abigail plisse les yeux en observant rapidement les lieux où elle se trouve. De hautes fenêtres avec des vitraux, des murs en pierres claires surplombés par d’imposants arcs brisés, un mobilier constitué presque uniquement de lits individuels, des draps plus doux que ceux du dortoir… Abigail soupire lentement, reconnaissant l’infirmerie de Poudlard, et elle tente de calmer les battements désordonnés de son cœur. Elle se sait en sécurité ici, bien que son esprit encore embrumé peine à se souvenir du « pourquoi » elle se trouve là…

Fronçant les sourcils, la jeune fille se rallonge dans le lit, appréciant la présence d’un gros oreiller aussi mou qu’un marshmallow. Elle aurait presque envie de sourire, mais elle s’abstient, inquiète de se trouver à l’infirmerie malgré tout. Lorsqu’elle pivote, elle remarque que le lit voisin est occupé… Phil. Son cœur se serre, inquiète qu’il lui soit arrivé quelque chose. À lui aussi.

Comme s’il sentait ce regard bleu-vert lui caresser le visage, Phil ouvre lentement les yeux, fixant rapidement sa camarade verte et argent. Il semble parfaitement alerte, au contraire d’Abigail qui se toujours un peu comateuse. Le Serpentard doit le voir car il se permet un petit sourire moqueur, rapidement chassé par le regard menaçant de sa camarade de chambrée.

-Abby, quelle douce surprise…

La jeune fille grogne et détourne la tête, vexée de voir qu’elle semble plus touchée par les potions tranquillisantes que Phil. Elle ne tarde cependant pas à pardonner son ami et, motivée par la curiosité, prend la parole d’une voix basse qu’elle veut détachée, espérant que le Serpentard possède des souvenirs moins diffus que les siens.

-N’est-ce pas.. ? Et puisque tu sembles si vif, pour quel motif nous trouvons-nous ici ?

Seul le silence répond à sa voix teintée d’ironie, et Abigail tourne la tête pour dévisager Phil. Il se mord la lèvre, signe d’intenses réflexions et ses sourcils froncés n’augurent rien de bon.

-Hum… Je ne sais pas. Une attaque surprise, j’imagine. Je n’ai aucun souvenir d’assaillant ou de quoi que ce soit d’anormal. On sortait de la classe de métamorphose et… ce sont mes derniers souvenirs nets, les couloirs du troisième étage.

Abigail ferme les yeux, inquiète d’ignorer ce qui lui est arrivé. Se faire attaquer, elle a l’habitude dirons-nous, mais jusqu’à présent elle connaissait le (ou les) responsable de son séjour à l’infirmerie et surtout elle savait pour quelles raisons elle s’y trouvait. Mais pas aujourd’hui. Elle espère de tout cœur n’avoir dormi qu’une seule nuit et que la raison de sa visite à Mme Pomfresh ne soit rien de trop sérieux.

Phil quant à lui suit le fil de ses propres pensées, qui le mènent ailleurs. Sa voix est presque un chuchotement lorsqu’il reprend la parole et Abigail n’est pas certaine qu’il s’adresse à elle, mais vu l’absence d’auditoire dans leur espace confiné, elle tend toutefois l’oreille.

-C’est probablement une revanche pour …

Abigail sait exactement de quoi il parle et elle se permet de compléter sa phrase.

-Les plumes ?

Regard complice et sourire en coin. Les deux amis se souviennent à la perfection de cette histoire. Deux jours plus tôt, les terreurs Mc Caster et Medley avaient réussi à ensorceler quelques plumes de manière qu’elles écrivent « gobe-bite » au lieu de « gobelin » pendant le cours -fort palpitant- d’Histoire de la Magie. Une telle insulte écrite sur les parchemins d’examens rendus au professeur Binns, c’était s’attirer ses foudres à coup sûr. Malheureusement, le fantôme, malgré l’admiration qu’il vouait à ces petites créatures disgracieuses, n’avait pas réagi comme escompté. Il avait bien entendu remarqué ces injures qui parsemaient quelques une des copies qu’il relisait et avait pris la parole en leur annonçant avec force qu’il était profondément outré. Outré… Qui employait encore un tel mot de nos jours ?! Abigail avait été stupéfaite par l’emploi d’un tel vocabulaire et surtout devant l’expression d’offense qu’arborait l’enseignant ainsi que sa difficulté à s’exprimer tant il était éprouvé. Il avait toutefois réussi à faire une seconde phrase leur avouant qu’il ne trouvait pas cette farce amusante et que toute la classe serait punie. Il a donc refusé de faire cours pendant le reste de la classe, restant les bras croisés et le menton haut, fusillant ses élèves irrespectueux du regard.

Un échec cuisant, qui avait mis Abigail en rogne. Phil et Luke auraient dû conserver leur sort pour un cours de métamorphose, pour le coup la professeure Mc Gonagall aurait pris des sanctions dures et expéditives. Mais Binns, lui…

Ridicule.

Et pour ce qui était des jeunes sorciers victimes de ces malformations orthographiques, ils avaient rapidement jeté des regards noirs aux Serpentards, se doutant de leur implication et préparant probablement leur prochaine offensive. Il aurait donc été logique qu’eux s’en prennent à Abigail et Phil, même si la jeune fille n’est pas certaine d’être la plus responsable dans cette histoire. Malheureusement pour elle, on l’incrimine souvent à tort, lui faisant partager le lourd manteau de la responsabilité avec Medley ou Mc Caster. Bowerst pour son silence et son air patibulaire est rarement inquiété.

-Peut-être bien…

Abigail a repris la parole d’une voix songeuse, son esprit cherchant à rationaliser l’attaque.

-Mais pour que l’on n’ait rien vu venir et qu’on n’ait aucun souvenir de ce qu’il nous est arrivé… ça a dû prendre du temps à préparer, et surtout ça demande des capacités magiques que personne de notre âge ne maîtrise véritablement.

-Justement. Peut-être qu’ils ont raté leur coup et que c’est pour cette raison que l’on n’a plus le moindre souvenir…

-Hmm… Abigail opine distraitement de la tête, peu convaincue par cette hypothèse. Ou alors des étudiants plus âgés en sont à l’origine, mais..

-Pourquoi ?

La question a jailli de la bouche de Phil, qui tente de suivre le raisonnement de sa camarade. Ni l’un ni l’autre n’a la moindre idée des raisons qui pourraient pousser des étudiants plus âgés s’en prendre à eux, avec un plan d’attaque si fin et efficace. Ils ont dû y penser pendant de longues journées et tout prévoir à la perfection, ce qui démontre une forte volonté de leur nuire…

Soupirant, la Serpentarde essaye de chasser ces pensées, n’appréciant pas les questions sans réponses qui s’accompagnent en général d’angoisse et d’un sentiment d’impuissance.

 

Les Serpentards se plongent dans leurs pensées, cherchant des explications ou s’inquiétant pour les cours qu’ils ont manqués, lorsque la porte de l’infirmerie s’ouvre bruyamment. Les deux amis sortent de leurs rêveries respectives et se jettent un coup d’œil, tombant naturellement d’accord pour demeurer silencieux et dissimulés derrière les tristes rideaux qui servent à séparer les différents lits. Abigail se fait la remarque qu’aucune séparation n’a été installée entre elle et Phil, mais elle reporte rapidement son attention sur les nouveaux venus, reconnaissant le timbre du garçon qui s’adresse à Mme Pomfresh sans toutefois parvenir à mettre un nom dessus.

La demoiselle plisse les yeux et tend l’oreille, mais elle peine à comprendre ce qu’il se dit à l’entrée de la salle. Finalement, sa curiosité étant plus forte, elle sort les pieds de sous les draps et frisonne au contact de l’air frais. Il a beau y avoir du soleil, les températures dans l’infirmerie sont particulièrement basses, probablement à cause des hautes voûtes en pierres. Mais la sorcière ne s’attarde pas dessus et pose ses orteils sur le carrelage gelé en serrant les dents. Elle s’approche, sur la pointe des pieds, de l’extrémité du rideau et, discrètement, le tire afin de jeter un œil sur ce qu’il se passe derrière, bien décidée à mettre un visage sur cette voix familière.

Ses yeux parcourent rapidement la pièce, notant deux autres lits occupés, et dissimulés derrière les traditionnels rideaux bleu-gris, et surtout un petit attroupement proche de l’entrée. Cravates vertes et argentées. Des Serpentards. Se concentrant, Abigail reconnaît rapidement trois des premières années en pleine discussion avec l’infirmière. Inquiète, la Serpentarde essaye de comprendre ce qui est en train de se jouer. Les plus jeunes semblent préoccupés mais guère paniqués et, malgré le refus de Mme Pomfresh, celle-ci secoue la tête énergiquement de droite à gauche, ils ne semblent que vaguement attristés.

Alors qu’ils vont pour sortir, Abigail se permet un « Psssssst » suffisamment fort pour les faire se retourner. Ignorant le regard courroucé de la médicomage, Abigail fait signe aux garçons de la rejoindre silencieusement. Ceux-ci semblent surpris de la trouver ici et s’empressent de la rejoindre dans sa petite chambrée partagée. Ils marquent un temps d'arrêt en découvrant un deuxième Serpentard alité, mais ils ont la délicatesse de ne poser aucune question. Toutefois Phil ne semble pas doté de la même patience.

-Que faites-vous ici ? Il vous est arrivé quelque chose ?

Abigail croit reconnaître quelques accents d’inquiétude dans la bouche de l’écossais, mais conserve la sienne close, préférant attendre les réponses avant de s’exprimer. Finalement, le plus petit du trio, aux yeux bleu comme l’océan -Hemfel se souvient la sorcière- prend la parole au nom des autres tandis que ses camarades semblent intimidés et observent avec concentration leurs souliers.

-Eh bien… Non, rien de grave. Enfin, on ne sait pas… Elizabeth a disparu.

Abigail lève les sourcils tandis qu’elle interroge son cadet.

-Elizabeth ? Qui c’est ? Comment ça elle a disparu ? D’où, quand et comment ?

-Abby…

La voix paternaliste de Mc Caster la fait tourner la tête pour l’observer lui faire les gros yeux. Un sourire amusé étire rapidement les lèvres du garçon, qui a noté son inquiétude, et surtout son empressement à comprendre, toutefois, il faut que son amie apprenne à se contrôler et à dissimuler son intérêt.

Le petit Serpentard de première année ne semble pas s’offenser de la série de questions, même s’il a l’air égaré, il prend le temps de répondre calmement.

-Elizabeth Cildarn, elle a été répartie à Serpentard elle aussi, elle a des cheveux bruns et lisses qui lui arrivent aux fesses…

Abigail et Phil hochent la tête devant la description qui leur est faite de leur cadette, ils se souviennent d'elle. L’étudiante semblait particulièrement timide, ou intimidée, et pas bien méchante, pour le peu qu’ils en avaient vu. Mais aucun d’eux n’avait vraiment pris le temps de discuter avec elle, l’année commençant rapidement et à un rythme soutenu. Ils ont à peine eu le temps de demander les noms de leurs nouveaux et de les questionner vaguement à propos de leurs gouts et passions…

Mettant fin à leur réflexion, le jeune Hemfel reprend d’une voix où pointe l’inquiétude.

-Eh bien, ce matin on ne l’a pas vu au petit déjeuner, on s’est dit qu’elle faisait une grasse matinée, comme le fait Leite Derdeyl, qui partage son dortoir, sauf qu’au cours de potions… eh bien elle n’était pas là. On a interrogé Derdeyl, mais elle ne sait pas non plus où elle se trouve, elle dit que lorsqu’elle s’est réveillée elle était seule dans le dortoir, depuis on ne l’a pas vue. On la cherche dans toute l’école et.. On s’est dit que peut-être elle se trouvait ici, mais à priori ce n’est pas le cas…

Abigail jette un coup d’œil à Phil, qui semble aussi inquiet qu’elle. Un Serpentard seul dans l’école, ce n’est jamais bon signe.. S’ils additionnent la disparition de la jeunette avec leur attaque fantôme, ils ont du souci à se faire. Un frisson parcourt le corps d’Abigail tandis qu’elle craint que leurs détracteurs soient devenus plus discrets et plus doués. Que se passera-t-il si des étudiants plus âgés et plus talentueux s’en prennent à eux…? Ils risquent d’être encore moins nombreux à la fin de l’année.

Finalement, la discussion s’éteint d’elle-même, tous inquiets pour la Serpentarde disparue. Phil fait signe aux premières années de continuer leurs recherches et les informent qu’ils comptent chercher de leur côté aussi, deux paires d’yeux supplémentaires pourraient être utiles, même si au fond de lui, l’écossais craint que leurs recherches soient infructueuses. Il les prévient également qu’il n’est pas envisageable de demander de l’aide à leur directeur de maison, car celui-ci serait capable de leur enlever des points sous prétexte qu’ils le dérangent alors que leur camarade est probablement partie prendre l’air.

Les premières années affichent des airs mélangeant surprise, offense, tristesse et un peu de colère. Abigail trouve particulièrement facile de lire sur leurs visages et comprend l’utilité de conserver ledit masque afin d’éviter que ses interlocuteurs ne devinent le cours de ses pensées. Elle les regarde partir en silence et va s’assoir sur le lit de Phil, discutant à voix basse de ce qu’ils viennent d’apprendre, en attendant que l’infirmière leur donne l’autorisation de sortir.

 

 

***

 

 

Une journée de plus à Poudlard, et une de moins avant les vacances. Abigail tente de réfréner les sentiments qui l’envahissent et inspire profondément. Elle sent alors son nez la démanger et…

-..TCHOUM !

Son éternuement peu discret est rapidement accompagné par un bruit de ferraille et tandis que la jeune fille tente de se moucher le nez la démangeant toujours autant, elle remarque de Phil ramasse la coupe qui lui a échappée des mains.

Maudite poussière.

Elle a beau ne pas être particulièrement allergique, la salle des trophées, après plus de deux moins sans la moindre visite et le moindre entretient, est devenu un véritable nid à poussière. Sentant ses yeux la piquer, la jeune fille essaye d’oublier la réaction de son corps au contact de l’air saturé d’humidité et de poussière qui l’entoure.

Mais son esprit s’égare ensuite sur la raison de sa retenue et, sentant la colère monter en elle, Abigail essaye de songer à autre chose, mais il est trop tard. Elle se souvient. Serrant les dents, elle se retient d’insulter ses amis, Phil et Luke, qui sont les responsables de leur soirée « nettoyage de trophées ». Une farce interceptée par le professeur Brown qui a décidé de punir Luke et Abigail. Etant donné qu’elle n’avait absolument rien à voir dans les magouilles de ses amis, la jeune fille avait refusé la punition, octroyant à Medley et elle-même une heure supplémentaire de nettoyage. Et lorsque Phil s’était dénoncé afin de lui éviter la punition, leur professeur l’avait invité courtoisement à les rejoindre pendant leur heure de colle. Leurs tentatives de négociations avaient été vaines, ils avaient même aggravé leur cas.

Alors ils étaient là à nettoyer des trophées pendant leur soirée. Comme s’ils n’avaient pas assez de choses à faire de leur temps libre… Comme en réponse à ses pensées, l’écossais soupire fortement et prend la parole d’une voix lasse.

-Bon, je crois que c’est officiel, on a loupé le cours particulier de défense…

La déception pointe dans la voix de Phil tandis qu’Abigail hausse les épaules. Les plus âgés se chargent de leur donner tous les vendredis et samedis soirs des cours particuliers pour apprendre à se servir de sa baguette en temps réel, et dire que la Serpentarde est plutôt gauche est un euphémisme. Si elle n’est pas trop mauvaise lorsqu’il s’agit de lancer un sort en cours, lors d’une situation d’urgence elle est nulle. Seul le bouclier est presque instinctif. Dès qu’elle doit lancer des sorts offensifs elle rate sa cible ou se plante dans le sort, ce qui ne la rend pas particulièrement efficace. Alors elle se contente de jouer de sa souplesse et de sa rapidité pour esquiver les sorts qu’on lui lance, tout en essayant parfois de rendre la pareil, généralement infructueusement.

Rien de dramatique d’après ses ainés, ça viendra avec la pratique. Mais au fond d’elle elle doute. Elle doute être vraiment faite pour cette vie. Elle doute réussir à gagner un duel, ou du moins à ne pas se faire éliminer piètrement.

Un long soupire plus tard, la jeune fille essaye de chasser ses idées noires, se convainquant qu’elle est calme et pacifique, ce qui justifie son incapacité à attaquer d’autres individus rapidement. Elle secoue la tête, même sa voix mentale n’a pas l’air convaincue.

Heureusement pour elle, Luke prend la parole d’une voix ferme, lui changeant radicalement les idées.

-Oui, mais pire encore, on risque de ne pas avoir le temps d’aller s’entrainer sur le terrain de Quidditch…

Abigail lui jette un coup d’œil discrètement avant de lever les yeux au ciel. Ah les garçons… Entre Phil qui veut devenir un duelliste redoutable et Luke qui veut passer chaque seconde de son temps libre sur un balai, elle se demande si elle ne devrait pas changer d’amis. Bowerst, par exemple, ne fait rien de tout ça. Bon, il est ennuyeux à mourir et ils se détestent cordialement, mais ce n’est qu’un détail. Elle pourrait passer plus de temps avec lui, en profiter pour lui lancer des piques comme elle en reprend l’habitude, qui sait, en apprendre un peu plus sur sa vie, sa famille, et tout ce qui va avec.

Une idée ridicule que la jeune fille chasse rapidement de son esprit. Phil et Luke sont ses meilleurs amis, alors même si elle passe beaucoup trop de temps à tenter de voler dignement sur un balai, elle les aime. Sans eux… Elle ne serait pas en retenue déjà. Mais surtout elle s’ennuierait profondément. Et comme ces pensées ne sont pas utiles pour l’instant, la jeune fille préfère les orienter dans une autre direction, qui a attiré son attention depuis quelques temps déjà, mais qu’elle n’a jamais véritablement formulé.

-En parlant de Quidditch, Medley… Tu n’aurais pas profité de ton séjour chez monsieur Mc Caster cet été pour aller faire un tour du côté du terrain d’entrainement des Pies de Montrouge?

Un silence gêné lui répond.

Abigail est jalouse. Et fusille Luke du regard, même si celui-ci l’ignore, trop concentré –semble-t-il- sur un trophée recouvert de boue. Soufflant avec impatience, elle attend des réponses que personne ne semble prêt à lui donner. Elle déteste être mise sur la touche comme ça, que ses meilleurs amis lui fassent des cachoteries.

-Oh, tu sais….

-Tais-toi Phil, tu ne sais pas mentir.

Vexé, l’écossais baisse le nez tandis que ses joues rougissent, puis il reprend son nettoyage minutieux. Abigail quant à elle, se campe devant Luke qui n’a toujours pas répondu à sa question et, les poings sur les hanches, le somme de lui répondre.

Il lève les yeux. Un regard gêné.

-Disons qu’on est allé plusieurs fois trainer par là-bas. C’était pour observer leurs entrainements et devenir meilleurs, tu sais. On a pris des notes comme toi la première fois, et en sortant, eh bien… On avait tout oublié, mais la carte avec nos commentaires était dans nos poches, alors on a suivi nos propres recommandations.

Avant qu’Abigail n’ait pu rétorquer quoi que ce soit, la porte s’ouvre avec fracas sur le concierge, fin de leur punition. Pour aujourd’hui du moins.

Les trois Serpentards ne se le font pas dire deux fois et ils laissent leurs chiffons en plan pour se précipiter dans les couloirs, tout en essayant de modérer leur allure. Ce n’est pas le moment de se faire attraper par des préfets en « courant » dans l’enceinte du chateau, surtout que l’heure du couvre-feu est pratiquement atteinte.

Des bruits de pas leur parviennent et tous ralentissent l’allure afin de paraitre le plus naturel possible. Deux silhouettes apparaissent à l’angle du couloir et les Serpentards longent le mur, s’écartant de leur passage puisque la silhouette la plus haute porte une insigne P brillante sur son uniforme. Préfet Poufsouffle, tout comme l’étudiante qu’elle accompagne.

Alors que les deux filles sont sur le point de les dépasser, le regard d’Abigail s’attarde sur la plus jeune, son visage lui étant familier… C’est lorsqu’elle passe à côté d’elle, qu’elle réalise.

-Cildarn.

Le souffle coupé par la surprise, la jeune fille s’arrête brutalement avant de se retourne, observant les silhouettes des Poufsouffles qui s’éloignent rapidement. La plus petite a tressé ses longs cheveux bruns, dévoilant la totalité de son visage, mais il ne faisait aucun doute qu’il s’agit bien d’elle.

Elle est sur le point de l’appeler ou de se lancer à sa poursuite lorsque la main ferme de Phil lui attrape le bras, l’empêchant de faire une telle erreur.

-Elle est accompagnée par une préfète, on a déjà eu de la chance qu’elle ne s’en prenne pas à nous, n’allons pas la tenter. Maintenant qu’on sait ce qu’il s’est passé avec cette traitresse de Cildarn, on pourra la guetter dans les couloirs.

Les dents serrées, preuve irréfutable de la colère qui l’habite, Abigail ne répond pas tandis que Luke ricane.

-C’est pour ça que la préfète nous a ignoré.. Pour qu’on n’ait pas le temps de reconnaître l’élève qui l’accompagne..

Le reste du trajet en direction des cachots se fait rapidement et en silence, tous sous le choc de leur découverte, la cravate nouée autour du cou de l’étudiante de première année ainsi que le blason qui orne désormais son uniforme ne laissent aucun doute quant à son changement de maison.. Comment une telle chose est-elle possible ?

 

À leur arrivée dans leur salle commune, les garçons s’empressent de raconter leur étrange rencontre à tous leurs camarades présents tandis qu’Abby, profondément déçue, se dirige à grand pas vers son dortoir. Cette vision de l’ancienne Serpentarde lui fait mal. Elle a le goût de la trahison.

La sorcière ne sait pas si elle doit se révolter comme Phil et Luke, pleurer, ou faire comme si de rien n’était. Elle ne comprend pas pourquoi Cildarn a agi ainsi. Bon, elle en avait une idée, mais il lui semble impossible de changer de maison après la répartition, alors.. Pourquoi ? Sa maison est-elle si horrible ?

Arrivée dans le dortoir, Abigail est soulagée de le trouver libre et se dirige d’un pas raide en direction de son armoire et déniche, dans le sac de voyage qui s’y trouve, son diquemann. Ressentant une brise d’espoir, la jeune fille enclenche le bouton « Play » et attend. Rien ne se passe. Déçue mais pas surprise, la sorcière repose l’objet dans le sac, et se saisit des disques qu’elle a emporté avec elle. Sans qu’elle ne se l’explique, elle ressent ce besoin impétueux d’écouter de la musique. Elle veut danser, se défouler, oublier… C’est une nécessité. Sa manière d’évacuer ses sentiments ainsi que ses pensées parasites.

Alors elle saisit un disque des Beatles et rejoint la salle commune où, comme elle s’y attend, les troisièmes années occupent le gramophone de la maison avec de vieilles chansons ennuyeuses et larmoyantes. Sorcières, évidemment.

Elle demande rapidement la permission à ses amis de mettre son disque, sans leur parler des chansons moldues qui vont être jouées. Elle met en place le soixante-dix-huit tours et une mélodie discrète s’élève dans les airs. Come together. Cette chanson fait étrangement échos à son humeur. Alors elle s’assied sur un fauteuil libre et remonte ses genoux jusqu’à pouvoir poser confortablement la tête dessus. Elle ferme alors les yeux, se laissant envahir par ces sons familiers. Elle ne danse pas, mais les chœurs qui parviennent à ses oreilles soulagent les tourments de son cœur.

Abigail n’a toutefois pas le temps de profiter entièrement de la chanson, qu’elle est interrogée. Starun et Lender parlent en même temps, frustrés de ne pas reconnaître le groupe qui chante, Herendon écarquille les yeux, réalisant qu’il s’agit d’un groupe moldu, et hésite à crier à l’hérésie, tandis que Ardel, comme Abby, savoure la chanson les yeux mi-clos.

Abigail soupire et, brisant la magie de la chanson, leur explique la carrière des Beatles de manière rapide ainsi que leur style musical, bien que ce ne soit pas chose aisée. Et avant que l’un d’eux n’ouvre de nouveau la bouche pour critiquer, elle leur ordonne d’écouter et de se taire. Une fois qu’il auront écouté les chansons dans leur intégralité, peut-être qu’elle acceptera d’écouter leurs critique, mais uniquement si celle-ci sont construites et s’appuient sur de véritables qualité musicale.

Elle remercie mentalement ses grands-parents pour lui avoir apprit à écouter la musique, à parler d’elle de manière fluide et élaborée. Son esprit, inconsciemment chasse la Serpentarde-Poufsouffle au profit d’une musique oscillant entre poignant et entrainant. Sans même le réaliser, elle se met à chantonner les paroles, reprenant discrètement les refrains qu’elle connait par cœur.

-J’ai d’autres disques avec moi, si vous voulez, je peux vous faire connaitre. Ce ne sont pas vraiment des nouveautés, mais ce sont les plus grands classiques moldus, et de vrais bijoux.

La demoiselle aime bien parler musique avec eux, surtout elle se sent heureuse d’avoir emporté quelques grands disques avec elle, de la collection de ses grands-parents, afin de cultiver ses aînés afin qu’ils ne soient moins ridicules lorsqu’ils parlent musique, ce qui arrive plus que fréquemment.

Finalement la soirée passe rapidement, et la sorcière se détend légèrement, parvenant à chasser tout le stress qu’elle a accumulé pendant la semaine. Entre les professeurs, les cours, les devoirs, ses exercices moldus, et tout ce qui tournoie autour, la jeune fille réalise que cette pause lui fait le plus grand bien. Bercée par des chansons de son enfance, et rassurée par la chaleur qui se dégage de l’âtre non loin, permettent à la jeune fille de somnoler. La musique qui parvient à ses oreilles est désormais un top 15 des années 80, 1985 pour être exact, et les Serpentards autour d’elle s’étonnent qu’il existe des classements pour les chansons, surtout en fonction de leur date de sortie. L’ombre d’un sourire de dessine sur son visage détendu, et elle se dit qu’elle aurait dû dégainer sa musique bien plus tôt, même si pour cela elle rappelait à certains sa trop forte relation avec le monde moldu.

 

End Notes:

Voilà où j'en suis, des remarques ? :)

Initialement le chapitre contenait un sous-chapitre supplémentaire : les sélections de Quidditch de l'équipe des Serpentards. Mais après réflexion, je pense faire un prochain chapitre centré sur le Quidditch et les évènements qui y seront liés. Donc il s'agit d'une petite mise en bouche pour vous faire patienter (hin hin, je fais surtout ça pour pas que vous m'oubliiez)

"En attendant, les sélections des batteurs touchent à leur fin et le capitaine appelle les derniers volontaires à se présenter. Et malheureusement pour Abigail Turner, Luke ne compte pas la laisser s’en sortir à si bon compte. Il ne semble pas impressionné le moins du monde par sa tirade et l’entraine avec force en direction du terrain, sans se préoccuper de lui broyer le bras. Il lui plante ensuite son balai dans une main et sa batte dans l’autre.

-Vole, Turner."

 

Sur ce : à dans pas trop longtemps j'espère ! Bisous à vous !

Chapitre 17 : Quidditch by Maloux
Author's Notes:

23/12/2018


 


Bonjour ?


*sort son plumeau et ôte les toiles d’araignées*


Y’a quelqu’un ? Houhou ? je suis de retouuuuur !


*toussotte*


Aloooors, par où commencer ? Probablement pas un « je suis désolée », puissance mille. Car cette pause s’est avérée beaucoup plus longue que prévue… Alors toutes mes excuses pour cette attente interminable, je suis sincèrement désolée, je sais que c’est frustrant et agaçant.


J’ai publié un recueil de fics centrés sur la famille Weasley ("Les Weasley s'enflamment" si la curiosité vous pique, c'est dans un tout autre registre, déconseillés aux mineurs puisque ça parle principalement de sexe, avec un peu d'amour et de psychologie à propos de tous les enfants Weasley) et après ça, revenir à la vie sombre d’Abby était un peu difficile et avant que je ne puisse m’en rendre compte j’ai été aspirée par ma vie IRL, et je n’ai plus eu le temps d’écrire… Alors après plus de six mois sans rien publier de la vie d’Abigail, j’ai décidé de m’y remettre ! Je suis rouillée en écriture et je n’ai guère avancé dans mon plan, malheureusement… donc je ne promets rien quant au rythme des publications à venir. Mais cessons de pleurnicher et concentrons-nous sur le positif !


Alors, la grande nouveauté, les chapitres prochains seront organisés en thèmes et le temps filera beaucoup plus rapidement qu’auparavant.


Ce chapitre s’intitule Quidditch et parlera donc de… Tartes aux pommes ! …Euh, Quidditch pardon. Et il est divisé en deux parties parce que c’est long et que je me dis que vous méritez une petite mise en bouche/piqure de rappel avant que votre esprit n’oublie tout de moi et ne meurt affamé !


 


Alors comme ça fait probablement très longtemps que vous avez lu les aventures d’Abigail Turner, je vous fais un petit rappel, histoire que les souvenirs affluent.


Abbigail Turner, Abby pour les intimes, est une née moldue qui, à son arrivée à Poudlard, a été répartie chez les Serpentards. Par défaut, car personne d’autre ne voulait y aller. Pourquoi ? L’image des Serpentards a été très sévèrement entachée par le sang de la guerre, à cause de Lord Voldemort. Donc la grande majorité des Sorciers hait les Mangemorts et tout ce qui s’en rapproche de près ou de loin (voire même de très très loin).


Abby et les trois autres Serpentards de son année (Luke Medley le fan de Quidditch et farceur invertébré, Phil Mc Caster le cerveau de la bande et Bowerst le sang pur qui n’a jamais donné son prénom, alors voici une info en or, c’est Caïn) souffrent de harcèlement quotidien et visitent très régulièrement l’infirmerie. Ils apprennent à se défendre et se vengent de ces attaques quotidiennes par des farces à l’encontre de tous les autres étudiants. Le corps enseignant est globalement conscient de la situation, mais ne fait rien pour y mettre un terme. Le Ministère agite ses tentacules et encourage la haine contre les Mangemorts et, par extension, contre les Serpentards. Ses jeux de pouvoir et de manipulation lui ont permis de placer une marionnette comme Directeur de Poudlard, et cette marionnette profite de son pouvoir pour faire passer une scolarité abominable à Abigail et ses camarades.


Abby a donc appris à encaisser les coups et surtout à dissimuler ses émotions et sensations derrière un masque afin de se protéger de toutes les attaques, qu’elles soient physiques ou mentales. Lorsqu’elle est de retour chez elle, entourée de moldus, elle laisse tomber ses barrières et redevient une enfant joyeuse et aimante, même si c’est compliqué, car au fond d’elle, la peur d’être rejetée et blessée demeure.


 


Ce chapitre débute pendant la deuxième année d’Abigail après sa rentrée à Poudlard, après quelques semaines d’ajustements, car deux mois loin du monde sorcier lui ont fait oublier toutes les horreurs qu’elle vivait à l’école.


 


Sur ce, je vous remercie pour votre patience et j’espère que ce chapitre sera à votre goût !


Bisous à vous ! Merci de continuer à me lire !


et... Joyeux Noël et bonne année ! Plein de bonheur a vous (et n'abusez ni des chocolats ni du champagne ;)

 

-Tu rigoles ?!

-Quoi ?

Abigail regarde Luke d’un air offusqué, les poings sur les hanches. Elle reprend sa tirade, ayant envie de mettre les choses au clair.

-Luke Medley, toi, tu vis pour le Quidditch et tu comptes obtenir ce poste de batteur. Aucun de nous trois n’a le moindre doute à ce propos. Par contre, tu es gentil de ne pas m’embarquer dans tes combines douteuses. Je veux bien m’entrainer avec toi, si ça te donne l’impression de progresser, mais je n’ai pas l’intention de passer les sélections pour le poste de batteur ! Surtout qu’il n’y a qu’une seule place alors je vais être franche : je veux que tu sois pris dans l’équipe.

Abigail est décidée et presque fière de son petit discours. Elle se trouve sur le bord du terrain de Quidditch où ont lieu les sélections pour les nouveaux titulaires de l’équipe des Serpentards. En tant que supporter fidèle -faute d’être fervente- elle a accompagné Luke et Phil aux épreuves. Le premier a passé les sélections haut la main et il ne fait aucun doute pour Abigail qu’il sera intégré avec succès à l’équipe. Comme quoi, leurs heures intensives d’entrainement ont fini par porter leurs fruits. Elle se demande s’il en sera de même pour Phil qui est un excellent poursuiveur avec un unique défaut : le vertige.

En attendant, les sélections des batteurs touchent à leur fin et le capitaine appelle les derniers volontaires à se présenter. Et malheureusement pour Abigail Turner, Luke ne compte pas la laisser s’en sortir à si bon compte. Il ne semble pas impressionné le moins du monde par sa tirade et l’entraine avec force en direction du terrain, sans se préoccuper de lui broyer le bras. Il lui plante ensuite son balai dans une main et sa batte dans l’autre.

-Vole, Turner.

Son regard sombre et son air décidé font soupirer la sorcière qui aurait aimé se passer de ça. Elle aime bien voler avec ses amis et taper dans les cognards pour se défouler, mais pas plus. Toutefois, la certitude de ne pas être meilleure que Luke la fait céder et elle enfourche le balai.

D’un coup de talon elle s’élève rapidement dans les airs, se souvenant de ses premières leçons de vol l’année passée et de la torture que c’était alors. Elle se sent heureuse d’avoir fait de tels progrès, même si elle n’est pas encore parfaitement à l’aise sur un balai. Contrairement à Luke qui s’amuse à voler parfois sans les mains, elle, elle est plus froussarde et aime tenir son manche afin d’éviter de s’écraser. Mais elle doit avouer que les contacts physiques lui sont plutôt faciles et lui rappellent ses parties de rugby dans le jardin, même s’il est bien plus difficile de réaliser des feintes ou de plaquer quelqu’un alors qu’on est perché sur un balai. 

Chassant ses pensées parasites, la jeune fille se met en position, à une dizaine de mètres du sol et observe Polfaty s’envoler à son tour. Capitaine depuis l’année précédente, Abigail se demande s’il a été choisi parce qu’il occupe le poste de batteur, et que de ce fait cela crée un certain désavantage pour l’équipe. Les résultats de leurs matchs de l’année précédente en sont probablement témoins…

Tout est-il que l’étudiant entamant désormais sa septième année se met en vol stationnaire et tient fermement sa batte à deux mains afin d’avoir plus de force. Malgré la brise automnale, son balai ne bouge pas d’un millimètre et, pour avoir déjà vu Luke frapper des cognards dans une posture similaire, Abby sait que les balles qui fonceront sur elle arriveront particulièrement rapidement et avec suffisamment de force pour lui broyer les côtes.

Quelques secondes après, les cognards prennent leur envol et le capitaine ne laisse aucun répit à la jeune fille. Elle tente dans un premier temps de les frapper, mais ne tenant sa batte qu’à une main elle sent rapidement son bras fatiguer. Les conséquences apparaissent rapidement, ses trajectoires deviennent plus approximatives et il lui arrive plusieurs fois de manquer les cognards qu’elle poursuivait.

Mais cela ne semble pas convenir au capitaine puisqu’il ordonne de libérer deux cognards supplémentaires et enchaine les attaques contre la Serpentarde qui n’essaye même plus de poursuivre ses cibles, se contentant de les renvoyer dès que celles-ci s’approchent d’elle. Son bras fort fatigue beaucoup trop vite et la demoiselle décide de tenter de tenir sa batte à deux mains, en espérant que ses entrainements avec Luke lui permettront de ne pas se ridiculiser. Il semble que cela soit le cas, puisqu’elle réussit désormais à renvoyer les cognards en direction de Polfaty (ce qui est déjà un net progrès), bien qu’elle ne parvienne jamais à le toucher.

Concentrée sur les cognards qui virevoltent en tous sens, que ce soit pour les frapper ou pour les esquiver, Abigail peine à maitriser la course de son balai et manque de chuter à plusieurs reprises. C’est donc avec soulagement qu’elle accueille le coup de sifflet l’informant qu’il est temps de rejoindre la terre ferme.

Les bras et les jambes crampés, les mains brulantes, promesse d’ampoules douloureuses, elle rend ses affaires à Luke et s’assied avec délice sur le banc froid à côté de Phil qui enfile son équipement.

-T’étais vraiment pas mal Abby, là-haut.

Le compliment de Phil lui tire un sourire, mais, les yeux clos et le souffle court, elle n’a pas la force d’y répondre.

-Pas trop mal, oui, à par le fait que tu t’accrochais à ton balai comme s’il allait s’envoler sans toi. Franchement j’ai l’impression que nos entrainements ne t’ont pas appris à…

-Stop. C’est bon, on s’en fiche Luke. Aussi surprenant que cela puisse paraitre, c’est Pil qui prend la parole pour défendre la jeune fille, d’une voix sèche transpirante de colère. Il n’y a qu’une place de batteur alors laisse Abby tranquille, d’accord ? Ça fait un an à peine qu’elle vole sur un balai, alors laisse-moi te dire qu’elle a été formidable.

Abigail ouvre les yeux, surprise par la verve de son ami et l’observe fusiller le Serpentard du regard. Il ne laisse cependant pas le temps à Abigail de le remercier pour son intervention et tourne les talons, afin de s’approcher du capitaine, pour passer son épreuve. La jeune fille regrette de n’avoir pu lui souhaiter de réussir et se contente de l’observer marcher d’un pas raide et les épaules crispées.

Un coup de poing dans l’épaule la sort de son observation et elle regarde Luke qui lui offre un regard contrit. Il lui murmure quelques excuses et de légères félicitations avant de détourner le regard vers le terrain de Quidditch où Mc Caster prend son envol. Les deux Serpentards l’observent passer ses épreuves le ventre noué. Si le vol en basse altitude fait de lui un excellent poursuiveur, dès que les passes l’emmènent à prendre de l’altitude son vol devient moins fluide et ses tirs plus approximatifs. Lorsqu’il rejoint le sol sous l’ordre d’un coup de sifflet, Abigail voit Ginger prendre sa place avec aisance, et elle sent qu’il n’intégrera pas l’équipe. Leur aînée est dotée d’une grande aisance en vol et tout aussi douée lorsqu’il s’agit de marquer des buts, mais contrairement à Phil, elle n’a pas peur de s’envoler en flèche ou d’effectuer des figures de hautes voltiges à plusieurs mètres au-dessus du sol.

Le cœur serré, et les lèvres pincées, Abigail attend la fin des sélections, remarquant que la presque totalité des élèves de Serpentards tente de rejoindre l’équipe et que très peu d’entre eux sont doués. Mais qu’importe, tous ont cœur à voir leur équipe gagner la coupe cette année et ça offre plus de choix à Polfaty pour choisir ceux qui joueront dans son équipe.

-Regroupez-vous.

Sa voix, probablement augmentée à l’aide d’un Sonorus, résonne dans tout le stade et les Serpentards, qu’ils soient présents pour passer les sélections ou pour simplement pour les observer, s’approchent, curieux de connaitre la future composition de leur équipe. Abigail s’approche, ignorant les douleurs de ses cuisses ainsi que les remarques hurlées par quelques étudiants colorés installés dans les gradins, probablement d’autres capitaines de Quidditch venus espionner les sélections des verts et argents pour savoir s’ils ont des raisons de se préoccuper.

-Bien. Les joueurs déjà en poste resteront. On a besoin d’une équipe unie et on sait comment on travaille ensemble. Surtout qu’aucun des prétendants ne possède un niveau qui justifierait la déchéance d’un des titulaires. Ensuite pour ceux qui vont s’intégrer aux postes d’attrapeur et de batteur, suite au départ de deux titulaires, rejoindront l’équipe : Curdan, au poste d’attrapeur, et Medley à celui de batteur.

Quelques applaudissements accueillent la nouvelle et Abigail sourit en passant son bras par-dessus les épaules de son ami nominé. Phil se contente d’une claque à l’arrière de la tête de leur ami en guise de félicitations, déçu de ne pas avoir été pris, bien que peu surpris. Lui aussi a vu Ginger voler et cela lui semble être un choix juste.

Tandis que le trio de deuxième année tourne les talons, Polfaty reprend la parole.

-Turner !

La jeune fille se retourne tandis que le capitaine s’approche d’elle alors que la foule verte et argentée se disperse.

-Tes essais n’étaient pas mauvais, tu tapes bien, mais tes coups manquent de précision. Tu as quelques lacunes en vol, mais tu sembles relativement à l’aise, si tu t’entraines, et avec beaucoup d’efforts, tu pourrais devenir une bonne batteuse.

Surprise, la jeune fille ne sait quoi répondre et se contente donc de hocher la tête, silencieusement. Il lui semble que le capitaine semble vouloir ajouter quelque chose, mais il se tait et les salue d’un signe de tête, son regard s’arrêtant quelques secondes sur Phil avant de se détourner totalement.

Les trois amis se regardent, surpris, mais finalement haussent les épaules avant de se rendre en direction du château, pour profiter des douches de leur dortoir plutôt que de celles des vestiaires qui sont actuellement prises d’assaut par tous les Serpentards qui ont passé les sélections, puisque Polfaty a veillé à ce que tous suent sang et eau lors de cet entrainement spécial. En chemin ils discutent de théories sur les propos du capitaine, se demandant la véritable raison de ces compliments, et Luke est persuadé qu’il l’a invitée implicitement à participer aux entrainements. Leur débat prend fin lorsqu’ils parviennent à l’entrée des cachots, le sujet est épuisé et rapidement remplacé par un autre : qui se douchera en premier. L’éternel débat pour l’eau chaude, les garçons avançant irrémédiablement le même argument : qu’ils peuvent se doucher ensemble et donc gagner du temps, ce qu’Abigail trouve ridicule, puisqu’elle sait pertinemment que lorsqu’ils entrent ensemble dans la douche, ils se lavent l’un après l’autre, et que la seule différence avec leurs douches individuelles, est que la sorcière ne peut pas les doubler et prendre leur place à la douche.

Dans le dortoir, un Bowerst morose les attend et Abby soupire. Elle aurait aimé ne pas voir sa tête de sitôt, mais ils ont fixé d’un rendez-vous pour discuter de l’organisation de la première soirée des Serpentards et le trio est en retard. Pas que la question « comment faire entrer de l’alcool dans l’enceinte de Poudlard » ne les intéresse pas, simplement que les sélections de Polfaty ont été bien plus longues qu’escomptées.

Ignorant le regard meurtrier de son colocataire, Abigail se précipite vers la salle de bain en attrapant sa serviette tandis que Bowerst captive l’attention des garçons en leur demandant comment se sont passées leurs sélections. Bingo ! Pour une fois la jeune fille lui est reconnaissante de partager le même dortoir. À elle l’eau chaude et la douche propre.

 

 

 ***

 

Abigail rejoint enfin le terrain de Quidditch et se permet un soupir soulagé. Venir seule est une très mauvaise idée, mais elle a véritablement besoin de prendre l’air ainsi que de se défouler, alors elle a pris le risque, bien décidée à rejoindre les Serpentards au stade.

Chassant toutes les idées qui l’obnubilent, Abigail remarque quelques silhouettes familières dans les gradins et se dirige dans leur direction afin de les saluer. Thot et Ryud sont venues encourager Ginger qui s’entraine depuis plusieurs semaines au poste de poursuiveuse. Il semble même qu’elles ont réussi à forcer la main à trois autres camarades de leur promotion avec qui Abigail ne discute jamais vraiment. Elle n’a, généralement, rien de bien intéressant à leur dire et préfère se taire.

Ryud est la première à l’apercevoir et l’interpelle, sans chercher à lui sourire.

-Turner, t’as finalement réussi à sortir de l’infirmerie…

Abigail grimace tandis que les cinquièmes années se tournent d’un même mouvement vers elle. Elle sent leurs yeux inquisiteurs l’observer à la recherche d’une trace de son récent traumatisme. Seule Thot lui offre une esquisse de sourire, connaissant la raison de sa visite à l’infirmerie. La veille, Abigail avait eu ses premières règles. Passé le premier choc, elle avait décidé d’aller voir ses aînées afin de… discuter. De savoir comment ça se passait, ce qu’elle devait faire… Et si la douleur allait passer. Si elle allait s’habituer à la vision de tout ce sang qu’elle perdait... Rien qu’en songeant à cet instant, la demoiselle sent son visage se vider de ses quelques couleurs. Être une fille est horrible. Malgré les quelques discours de sa mère à ce propos, elle n’avait jamais imaginé que ça serait ainsi… Et surtout, qu’elle serait seule lorsque ça arriverait. Alors elle avait surmonté sa honte et sa peur, et était allée demander conseil aux uniques filles de Serpentard avec qui elle discutait parfois.

Thot avait été la seule à accepter de lui parler, ou du moins de lui conseiller d’aller en discuter avec l’infirmière. Ce qu’avait fait la jeune fille, seulement, à la sortie, un comité l’attendait. Abigail avait rapidement reconnu Garadan accompagné de sa bande, et s’était demandé comment il avait fait pour savoir qu’elle était là, puis avait oublié ce point pour trouver une manière d’échapper à cette attaque qui serait probablement douloureuse.

Heureusement pour elle –ou malheureusement, elle ne sait plus trop- elle avait acquis un niveau correct en duel, grâce à ses entrainements illégaux dans la salle commune des Serpentards, et ses assaillants en avaient déjà fait les frais à plusieurs reprises, si bien qu’ils en étaient revenus aux bonnes vieilles méthodes moldues. Dans leurs esprits, c’était le plan parfait puisqu’ils se défoulaient, s’assuraient d’avoir le dessus (puisqu’il s’agissait généralement d’un cinq contre un) et la blessaient psychologiquement puisque tous étaient persuadés qu’elle était une infecte sang pur pour qui se salir les mains ainsi était la pire des déchéances. Alors, à la sortie de l’infirmerie, ils l’avaient frappée. Grâce à ses cours express de l’été elle avait réussi à briser deux ou trois nez avant de finir à l’infirmerie où elle y demeurera toute la nuit ainsi que la journée suivante, n’étant, aux dires de Mme Pomfresh, pas en état de suivre des cours convenablement.

Tout ça, car les blessures faites sans magie ne devaient pas se soigner avec la magie… Heureusement l’infirmière possédait un peu de bon sens et surtout de la compassion, si bien qu’elle se contentait d’ajouter à son jus de citrouille quelques potions aidant à la cicatrisation sans que cela ne soit trop flagrant. C’était une des preuves de sa bonté. Même si ça donnait au jus, déjà peu apprécié par Abigail, un arrière-gout vraiment infect.

Comble de la situation, elle avait dû partager son infirmerie avec les Gryffondors qui avaient eu la malchance de se trouver sur le chemin de son poing. Ils n’y étaient toutefois pas restés bien longtemps, quoi que suffisamment pour lui empoisonner l’existence verbalement pendant quelques heures. Abigail les avait donc regardé sortir de l’infirmerie avec soulagement. Elle se sentait affaiblie par sa double perte de sang, et appréciait la possibilité de rester aux bons soins de Mme Pomfresh. Et après une bonne nuit de sommeil, elle dut avouer qu’elle avait eu toutes les peines du monde à demeurer dans son lit toute la journée. Elle avait pris de l’avance dans ses devoirs, dans l’espoir de s’occuper et de se changer les idées, mais cela ne dura qu’un temps, et elle se retrouva rapidement à taper nerveusement de la main sur sa table de chevet à compter les vitraux qui lui faisaient face afin de savoir s’il y avait plus de morceaux jaunes, oranges ou rouges.

Finalement, Mme Pomfresh libéra Abigail escortée par un préfet Serpentard jusqu’à leur salle commune où aucun de ses amis n’était présent. Luke était parti s’entrainer et les deux autres étaient à la bibliothèque pour achever leur devoir de potion. La jeune fille avait rapidement fait son choix et avait quitté le château. Le bon côté de vivre dans les cachots, personne ne se promène dans leurs sombres couloirs sans raison, et dès la fin des cours, ceux-ci sont déserts. Mieux encore, ils sont situés tous près de la porte principale et donc offrent un accès rapide à l’extérieur, idéal pour éviter les mauvaises rencontres de fin de journée qui la renverraient presque immédiatement à l’infirmerie.

 

Revenant au présent, Abigail discute rapidement avec les Serpentards présents puis s’éclipse, désireuse de faire du sport. Avec les diverses potions prises à l’infirmerie, elle n’a plus cette douleur dans le bas-ventre, et se sent particulièrement en forme, alors elle débute ses exercices, alternant entre étirement et renforcement musculaire. Du coin de l’œil, elle observe l’équipe s’entrainer. Ils n’ont pas l’air de vraiment s’amuser, d’après les cris qui parviennent à ses oreilles, Polfaty semble de méchante humeur.

Heureuse de ne pas a avoir à subir son ira, la demoiselle débute quelques tours du stade, a une vitesse modérée, laissant son esprit s’altérer. C’est ce qu’elle aime de la course, ces minutes où son esprit range tout ce qui traine dans sa tête et les choses lui paraissent plus claires. Elle ne s’intéresse pas aux pensées qui concernent ses cours, ni ses devoirs, ni ses recherches qui reprennent difficilement à propos du discman, ni de l’organisation de la première soirée des Serpents. Non, elle réfléchit à ces attaques bien trop régulières. Après presque deux mois depuis son arrivée à Poudlard, elle n’a plus vraiment de doutes concernant un certain acharnement à l’encontre de Phil et elle. Luke est probablement épargné depuis qu’il a été désigné batteur officiel des Serpentards… Non, Abigail sent qu’elle passe à côté de quelque chose. Son regard balaye rapidement le stade, s’assurant de l’absence de danger et accélère légèrement la cadence. Son souffle est régulier et elle aime sentir ses muscles se contracter ainsi, même s’ils commencent à chauffer, tout comme ses joues.

Dans le stade, seuls les joueurs et leurs supporters verts et argentés demeurent présents maintenant que la nuit est tombée, ce qui convient parfaitement à Abigail qui peut laisser son esprit vagabonder sans la crainte de faire une mauvaise rencontre.

Alors elle continue son raisonnement, en essayant de se souvenir des différentes attaques dont elle a été la cible récemment. Elles semblent toutes minutieusement effectuées, rien n’est laissé au hasard, que ce soient l’absence systématique de témoin, qu’importe le lieu de l’attaque, ou la rapidité de ladite attaque. Dans la majorité des attaques, ni Abby ni Phil ne voient rien venir et ignorent qui s’en prend à eux. En plus de ce grand soin d’exécution, Abigail est certaine que des étudiants plus âgés y sont mêlés, sans qu’elle ne puisse en avoir la preuve. Les sortilèges dont elle est victime lui sont généralement inconnus, alors cela élimine de sa liste les autres élèves de sa promotion, même si cette simplification ne lui plait pas. Garadan est bien trop présent aussi. Elle est certaine qu’il sait quelque chose. Il arrive trop fréquemment à la surprendre à briser le règlement ou à errer seule dans les couloirs, ce qui est pourtant rare.

Alors, qui est derrière tout ça… ?

Se mordant inconsciemment les lèvres, Abigail réalise que sa respiration est sifflante et que son corps la supplie de cesser de courir. Elle secoue la tête, regrettant la fin de son introspection. Elle continue cependant sa course sur une centaine de mètres en effectuant une montée de genoux qui lui semble terriblement difficile. Elle se concentre alors sur son séjour à l’infirmerie, s’interrogeant sur la raison de son accueil à la sortie, si cela avait à voir avec l’un des étudiants présents ce jour là à l’infirmerie, de mémoire ils étaient plusieurs… Dont deux Gryffondors. C’était le genre d’information qu’elle avait pris l’habitude de retenir, compter le nombre de lions dans une pièce au moment d’y pénétrer afin de les avoir constamment à l’œil. Alors, ces deux griffons, sont-ils à l’origine de l’information qui semble être parvenue à Garadan ? L’un était blond, l’autre brun, et plus âgé qu’elle…

Sentant ses jambes sur le point de la lâcher, Abigail cesse de courir et s’octroie une pause méritée. Son corps tremble et la brule, mais un sourire de satisfaction apparait sur ses lèvres tandis qu’elle se laisse tomber sur un gradin, le souffle hiératique. Elle attrape sa baguette qu’elle avait glissée dans la large poche de son sweat-shirt et se concentre de son mieux avant d’agiter le bout de bois et de prononcer la formule qu’elle avait mémorisée afin d’avoir de l’eau pour s’hydrater lorsqu’elle faisait du sport. Aguamenti. À son plus grand plaisir, cela fonctionne et la jeune fille se désaltère tout en réalisant que son corps semble avoir évacué les potions qui circulaient dans ses veines puisque la douleur sourde dans son bas-ventre revient doucement. Geignant et frustrée de mettre fin à ces exercices qui lui changent pourtant les idées, elle retourne en direction du groupe de cinquièmes années auprès de qui elle a laissé ses affaires.

Quelques minutes plus tard, le coup de sifflet annonçant la fin de l’entrainement retentit et Abigail regarde les joueurs se poser dans un désordre impressionnant et se demande s’il est normal que les joueurs d’une équipe soient si… désaccordés.

Haussant les épaules, la sorcière suit le petit groupe de spectateurs qui rejoint le terrain afin de féliciter leur équipe et elle en fait de même avec un Luke qui lui semble plutôt grognon. Bien que la curiosité la démange, Abby demeure silencieuse et ne pose aucune question, se contentant de changer les idées de son ami. Le premier match se rapprochant a toute vitesse, il doit probablement avoir une certaine pression sur les épaules.

 

 

 ***

 

 

Abigail est aux côtés de Phil, perchée dans les gradins du stade de Quidditch. Tous deux portent une panoplie d’accessoires aux couleurs de leur maison.

Les deux amis sont probablement aussi tendus que Luke, qui va jouer son premier match. Entourée du reste de leur maison, faisant face à plus du trois quarts du reste de l’école, Abigail applaudit comme elle le peut lorsque l’équipe des verts et argent entre sur le terrain. Les huées et autres sifflements retentissent dans tout le stade et Abigail déglutit péniblement. L’oppression est présente jusque dans le stade, elle ne peut encourager correctement son ami. À son premier match tout ce qu’il entend ce sont des insultes et des huées.

Attristée, la jeune fille s’assied sur le banc en soupirant tandis que le présentateur débute son office, faisant l’éloge des Poufsouffles puis critiquant ouvertement leurs adversaires. C’est humiliant et révoltant. Le sang de la jeune fille ne tarde pas à bouillir, surtout lorsque Luke est présenté comme « un gamin égaré qui sert à combler les trous d’une équipe dont personne ne veut ». Portant deux doigts à ses lèvres, comme son père le lui a enseigné dès son plus jeune âge, elle siffle avec force. C’est sa manière de dénoncer, et d’espérer se faire entendre par-dessus le brouhaha ambiant. Et cela fonctionne. Luke, qui connait ce son pour avoir déjà été sifflé par son amie (surtout lors de ses entrainements de Quidditch) relève la tête et examinant la foule du regard. Réalisant qu’il la cherche, la jeune fille se lève et le salue d’un geste ample de la main. Elle voit le visage de Luke s’illuminer lorsqu’il la remarque et elle se sent immédiatement mieux, elle a réussi à rassurer son ami.

Abigail réalise tardivement que la foule de Serpentards n’a pas tardé à l’imiter et qu’ils sont tous debout à gesticuler et à hurler afin d’encourager leur équipe, et que même s’ils perdent probablement en crédibilité, les Serpentards sur le terrain les ont tous perçus et ricanent en douce.

Un coup de sifflet signale le début du match et les joueurs prennent leur envol. Abigail et Phil hurlent à plein poumon afin d’encourager leur ami, et dès que celui-ci est trop loin pour qu’il puisse les entendre, Abigail siffle de nouveau. Trois sifflements inégaux et perçants, sa marque de fabrique.

La partie se déroule et Abigail se lasse du jeu. Luke joue bien, mais leurs poursuiveurs ne semblent pas au mieux de leur forme, car ils sont menés de près de cent points par les blaireaux. Une heure de jeu et une défaite à l’horizon. La jeune fille sent son moral chuter lentement mais surement. C’est la première fois qu’elle s’implique autant dans un match, et elle aurait aimé qu’il se déroule mieux.

-Hey, les newbies.

Une voix dans leur dos sort Abigail du match, et elle hausse les sourcils sans même se retourner. Ce surnom ridicule, c’était les anciens de cinquième année qui les appelaient ainsi, ils ne s’étaient jamais donné le mal d’apprendre leurs noms.

Bowerst, trainé de force par ses camarades de chambre, ne prend pas non plus la peine de lui répondre. C’est Phil qui se retourne et accueille la remarque par un soupir accompagné de quelques mots las.

-On est en deuxième année maintenant, tu pourrais réserver ce surnom idiot à ceux qui sont réellement nouveaux.

Abigail esquive l’ombre d’un sourire, sentant que la discussion va dégénérer et que ni Baddock ni Mc Caster ne va laisser la victoire à l’autre. Et après quelques échanges similaires de faible niveau, la jeune fille se décide à intervenir, avant que la situation ne puisse s’envenimer.

-Tu avais quelque chose à nous dire Baddock ?

La jeune fille se retourne et l’observe avec attention, se doutant qu’il lui apportera une réponse positive. Elle le dévisage avec amusement, percevant le léger soupire qui lui échappe conséquence de cette trêve forcée puisqu’il est évident qu’il aurait préféré prolonger cette joute verbale. Mais le serpentard se ressaisit rapidement et lui offre un masque inexpressif.

-Il parait qu’un chargement de bières a été saisi... J’espère que ce n’était pas ce que celle que vous aviez fait entrer en douce pour la soirée.

Abigail perçoit clairement l’accent moqueur dans ces propos et le fusille du regard.

-Si. Donc attends-toi à boire de l’eau ce soir.

Agacée, la jeune fille se retourne et croise les bras dans une attitude boudeuse enfantine. Elle entend Bowerst ricaner et elle sait que Phil se retient de ne pas en faire pareil. Ca leur a couté de longues heures de planification ainsi que d’entrainement, mais cette saisie de boissons illégales fait partie de leur plan. Plan qu’ils mettront à exécution à la nuit tombée, et il est hors de question de vendre la mèche ! Il est probable que tous les Serpentards s’imaginent que leur plan a été déjoué, alors Abigail se régale à l’avance de leurs têtes lorsqu’ils entreront dans la salle commune où se trouvera une réserve impressionnante de bières, et même quelques bouteilles de whisky pur feu.

Du coin de l’œil, Abigail voit le poing de Phil s’approcher et elle choque le sien contre, un sourire victorieux aux lèvres. Ce n’est pas encore gagné, mais c’est particulièrement bien engagé.

 

 

***

 

Abigail, Phil, Luke et Bowertst sont alignés côte à côte et observent le centre de la pièce. Tous les quatre serrent avec force leur baguette, concentrés sur l’effort qu’ils sont en train de fournir.

Devant eux, flotte dans l’air une collection impressionnante de bouteilles de bière. Celles qu’ils ont été voler dans les cuisines, où elles ont été stockées après avoir été saisies pour « entrée illégale » dans l’établissement. Et étrangement, les quatre compères ont trouvé leur vol relativement facile, même s’ils ont dû demander de l’aide à quelques Serpentards plus âgés afin de s’assurer que les couloirs demeurent déserts alors qu’ils transportaient les boissons alcoolisées. Quelques sortilèges d’invisibilités et de lévitations plus tard, ils ont réussi à rejoindre la salle commune et observent, un air satisfait sur le visage, leur méfait.

Finalement, les troisièmes années, qui patientent depuis de longues minutes derrière la porte, font une entrée fracassante et accueillissent l’exploit réalisé par les deuxièmes années par de grands cris qui eurent comme effet de rassembler la totalité du dortoir des Serpentards dans la grande salle qui a été désencombrée pour l’occasion.

Tandis que les plus âgés se jettent sur les boissons alcoolisées, Abby et Phil s’attaquent aux sorts de protections des cachots tandis que Luke et Bowerst mettent l’ambiance, faisant apparaitre les amuses bouches volés aux Poufsouffles (trouvés par hasard dans les cuisines, ils n’avaient qu’à passer outre leurs couleurs jaunes et noires), amplifiant la musique jusqu’à faire vibrer les rares vivres des cachots, tamisant les chandeliers et créant des lumières volantes qui donnent à cette scène des allures féériques.

La fête semble déjà bien entamée lorsque les quatre Serpentards peuvent enfin prendre un peu de repos et profiter de leurs exploits. Dans la salle, les Serpents dansent en hurlant, Polfaty est porté en héros, ainsi que l’attrapeur qui a sauvé le match, les premières années discutent timidement dans un coin tandis que les septièmes années jouent à lancer des sorts méconnus qui illuminent la pièce de teintes inquiétantes.

 

Ces quelques secondes d’observation volent rapidement en éclat lorsque les troisièmes années les remarques immobiles. Improvisant de nouveaux chants, ils louent l’ingéniosité de leurs amis tandis que d’autres, plus âgés, les forcent à boire au moins une bière.

Première bière d’Abigail et elle doit avouer qu’elle aurait aimé s’en passer, mais la musique et l’ambiance générale l’empêchèrent de refuser. Elle grimace, appréciant peu le gout, mais fait tout de même l’effort de boire d’autres gorgées afin de vider sa bouteille. Et aussi étrange que cela puisse paraitre, plus elle en boit, meilleur c’est.

Deux heures plus tard, c’est une Abigail déchainée qui met le feu à la piste de danse, encouragée par les chants peu orthodoxes de ses camarades, qu’elle reprend à tue-tête. Luke est dans le même état d’ébriété qu’elle, et gesticule comme si sa vie en dépendait. Phil et Bowerst sont légèrement plus calmes, mais tout aussi divertis puisqu’ils organisent divers jeux, des gages pour Phil et à base d’alcool pour Bowerst.

Les heures disparaissent et ce sont quelques pâles rayons qui sortent Abigail se sa transe. Elle se sent soudainement épuisée et réalise qu’il ne reste plus grand monde debout. Elle rend sa guitare à qui de droit, et se lève péniblement tandis que les autres troisièmes années avec qui elle chantait jusqu’alors se laissent glisser directement dans les bras de Morphée, sans même quitter le canapé.

La bouche pâteuse et la tête raisonnant douloureusement, la jeune fille met finalement la main sur Bowerst, qui semble dans un état tout aussi pitoyable que le sien, puis sur Phil qui, pour le coup, semble presque en forme. Tous les trois agitent leurs baguettes avec difficulté afin de nettoyer un peu la pièce. Incapable de lancer un sort efficacement, Abby finit par ranger « à la moldue ». Moins d’une heure plus tard, la salle commune, faute d’être propre, est présentable. Il est désormais possible d’y marcher ! Et c’est d’un pas lent que les trois sorciers se dirigent vers leur dortoir, après que Phil ait levé les sortilèges de protections lancés la veille. Ce sont donc trois zombis qui enjambent le corps de Luke qui s’est écroulé au milieu du couloir, entouré d’autres Serpentards trop ivres pour atteindre leur lit. L’ignorant royalement, trop désireux de pouvoir profiter d’un peu de repos réparateur, le trio rejoint avec soulagement leur dortoir où ils s’écroulent sur leur lit sans même prendre la peine de se changer ou d’ôter leurs chaussures.

Première soirée, réussie.

 

 

***

 

 

Le vent fouette le visage rougi d’Abigail et ébouriffe ses cheveux pourtant retenus en une haute queue de cheval. La jeune fille rentre la tête dans les épaules, savourant la discrète chaleur que dégage son écharpe qui tente tant bien que mal de la protéger du froid.

Au loin, la silhouette de Poudlard se dessine bien que ses hautes tours se perdent dans les nuages qui dissimulent le soleil depuis plusieurs jours. Le terrain de Quidditch est presque vide, la majorité des étudiants préférant demeurer au chaud et éventuellement profiter des biens faits d’un chocolat chaud. Mais Abigail Turner n’en fait pas partie, et, sous sa directive, Luke Medley non plus.

Après la victoire des Serpentards lors du premier match de la saison, il est apparu que leur équipe n’a emporté la victoire que de justesse grâce à leur attrapeur. L’équipe manque de tactiques efficaces et leurs joueurs ne semblent pas au mieux de leur forme, ce qui a encouragé Abby à forcer Luke à suivre un programme plus demandant afin d’améliorer son endurance ainsi que sa force.

Et aujourd’hui est un de ces jours.

Les deux amis sont venus une heure avant l’entrainement de l’équipe afin d’effectuer quelques exercices physiques qui sont devenus leur routine depuis quelques semaines. Abigail a été surprise de voir Bowerst et Phil les accompagner, mais elle n’a rien dit, appréciant leur présence, car ça lui permet pour une fois de se vider totalement la tête lorsqu’elle s’entraine, leur laissant soin de veiller à leur sécurité à tous les quatre.

Abby aime s’entrainer avec Luke, ça maintient son corps musclé et il est même fréquent qu’elle ridiculise son ami lorsqu’ils font des compétitions de pompes ou de tractions. Elle a les bras musclés et les abdos bien entretenus, et Luke commence également à gagner en masse corporelle. Il faut avouer que la jeune fille ne lui épargne rien et veille à ce qu’à chacun de leurs entrainements ils finissent en sueurs et les muscles brulants.

Elle est sadique, à n’en pas douter. Mais elle aime se sentir fatiguée physiquement, ça l’aide à dormir. Même si cette année lui parait moins difficile que l’antérieure, la vie est loin d’être agréable à Poudlard. Elle étudie beaucoup, pour les cours du cursus sorcier et moldus, doit supporter les moqueries et insultes quotidiennes des autres étudiants, et séjourne régulièrement à l’infirmerie. Trop régulièrement. Elle doit toutefois admettre qu’elle y va moins qu’en première année, mais ça reste au moins deux fois par semaines, pour des raisons variées. La veille elle y avait fait une visite expéditive pour cause d’empoisonnement.

Abigail chasse ces pensées et se reconcentre. L’équipe de Quidditch ne va pas tarder à arriver, alors autant profiter de ces dernières minutes, surtout qu’elle est prête à parier que Polfaty n’assistera pas à l’entrainement, pour l’avoir croisé alité la veille. Ce n’est malheureusement pas la première fois qu’il manque un entrainement pour des raisons de santé. Abigail sait qu’il va presque aussi souvent qu’elle rendre visite à Mme Pomfresh, et bien que peu de personnes ne semblent le réaliser, il subit de lourdes pressions.

Réalisant qu’elle est incapable de garder ses pensées en place, la sorcière se laisse tomber au sol. Elle était suspendue à son balai depuis quelques minutes et réalisait des exercices basiques de tractions. Luke l’imite immédiatement, trop heureux de mettre fin à ces instants de torture comme il le lui dit si bien. Mais Aigail est implacable. Son ami doit gagner en forte et en muscle, la technique ne fait pas tout et ces exercices de renforcements musculaires lui sont nécessaires, surtout s’il rêve de devenir un jour professionnel.

Guidée par l’habitude, Abby jette un coup d’œil circulaire afin d’observer les environs et de vérifier que personne ne s’approche. Elle garde habituellement sa baguette à sa ceinture et lance quelques sorts de protection autour d’elle et de Luke, au cas où ils bénéficieraient d’une visite-surprise d’un Gryffondor. Ou de n’importe quel étudiant n’étant pas à Serpentard.

Elle remarque alors un petit groupe aux écharpes vertes se diriger en direction des vestiaires et sait que sa séance touche à sa fin. Elle propose donc un dernier exercice, batte en main. Quelques bales ensorcelées se mettent à flotter dans les airs. Elle et Luke les frappent alors de toutes leurs forces, le but étant de les envoyer voler le plus loin possible et dans des directions bien définies.

Quelques minutes plus tard, l’équipe des Serpentards entre sur le terrain, mettant fin à l’entrainement de Luke, qui se dirige rapidement en direction des vestiaires afin de se changer. Le temps que toute l’équipe se soit convenablement échauffée, Luke est de retour portant ses protections ainsi que son sweat aux couleurs de l’équipe et se joint à ses coéquipiers.

Abigail de son côté a gardé sa tenue de sport ainsi que son écharpe, et a effectué quelques tours de stade, sautant dans les gradins et effectuant quelques pirouettes. Elle remarque avec surprise Polfaty au bord du terrain en train de discuter avec l’équipe, comme quoi, il lui arrive d’être mauvaise langue, elle doit se faire des films sans raison, à imaginer toujours le pire. Toutefois, un Luke gesticulant et tentant d’attirer son attention l’encourage à s’approcher. Elle n’a finalement pas totalement tort, Polfaty ne volera pas et c’est à elle d’enfourcher le balai afin de faire équipe avec Luke, comme il lui est déjà arrivé par le passé.

La sorcière salue toute l’équipe et écoute les consignes de l’exercice inventé par Polfaty. Aujourd’hui ils vont travailler leur coordination générale, à faire confiance aux autres et à jouer ensemble. Un beau programme même si Abigail ne se sent absolument pas à sa place. C’est Polfaty qui devrait voler. C’est lui qui devrait taper dans ces cognards. C’est lui qui devrait tisser des liens avec son équipe.

Mais ses côtes ne sont pas encore totalement ressoudées, alors, s’il a pu pousser sa chance –et Mme Pomfresh- afin d’assister à l’entrainement, il ne peut pas exagérer et voler.

Sentant le regard du capitaine sur elle, Abby jette un coup d’œil en contre-bas et croise le regard perçant de Polfaty. Son visage est fermé et, combien même elle se trouverait juste devant lui, elle serait incapable de deviner le cours de ses pensées. Pourtant elle est certaine qu’il est en train de cogiter sacrément fort.

Mais l’heure n’est pas aux réflexions et un cognard la ramène durement à la réalité. Abigail grogne tandis que son corps est légèrement emporté et fait basculer son équilibre. Elle s’agrippe fortement à son balai, maudissant la batte qui l’empêche de le saisir à deux mains, et malgré tous ses efforts elle bascule. La gravité l’appelle et elle se retrouve la tête en bas, agrippée à son manche comme si sa vie en dépendait, ce qui n’est pas totalement faux, à serrer les dents pour éviter de lâcher une flopée de jurons. La douleur embrase ses côtes et elle a la respiration coupée.

Mais ce n’est rien. Elle est forte. Elle connait la douleur, elle s’en remettra. Quelques côtes fêlées, éventuellement, elle a connu bien pire. Alors piochant dans ses réserves, elle contracte les biceps et se redresse. Elle sent son pouls jusque dans sa boite crânienne et tout autour d’elle semble devenir flou, un peu plus sombre.

La sorcière ferme les yeux et demeure avachie sur son balai, l’incitant à prendre de la vitesse. Le vent lui fouette le visage et quelques gouttes de pluie s’écrasent sur ses joues ainsi que sur son front. Elle inspire, se sent mieux. Son rythme cardiaque redescend, mais la douleur quant à elle demeure. Qu’importe. Elle ouvre les yeux. Il est temps de poursuivre l’entrainement.

Elle agrippe sa batte dans sa main droite et poursuit un cognard, en espérant que ce soit celui qui lui a foncé dedans. Une petite vengeance n’a jamais fait de mal à personne.

Les minutes s’écoulent et les exercices s’enchainent. Abby peine à respirer à cause de ses côtes, mais ne parvient pas à retenir ses larmes qui roulent sur ses joues, la brulant avant que le vent ne les emporte et que leurs traces se cristallisent à cause du froid. Tout ce qu’elle espère désormais, c’est le coup de sifflet qui l’informera de la fin de l’entrainement, mais celui-ci se fait désirer.

Faisant l’effort presque surhumain de demeurer vive et concentrée, la jeune fille essaye d’oublier la douleur et resserre sa prise sur la batte qui lui semble aussi lourde qu’un hippogriffe mort. Elle voit le cognard lui foncer droit dessus et peine à détourner sa trajectoire. Puisqu’elle n’est pas au mieux de sa forme, Polfaty la fait travailler en étroite collaboration avec Luke. Elle détourne les courses des cognards afin de les rediriger en direction du jeune homme et lui, immobile, se contente de frapper de toutes ses forces les projectiles et de les envoyer dans les cerceaux mouvants qui correspondent à leur cible.

Alors elle frappe, encore et encore, se demandant quelle est la limite de son corps, et si quelqu’un saura lui lancer un sortilège apaisant en fin de match, étant donné qu’elle a utilisé son ticket « Infirmerie » de la semaine la veille.

Bon sang, qu’elle déteste sa vie parfois…

 

 

***

 

 

Abigail finit sa barre chocolatée et se lève en vitesse lorsqu’elle voit l’équipe de Quidditch s’approcher d’elle. Ils en ont mis du temps… La jeune fille ne sent plus ses doigts et chaque minute d’attente a assombri son humeur.

Elle a répété des pas de danse pendant près de deux heures, alors que les joueurs s’entrainaient au-dessus du stade. Ils n’ont pas eu de spectateurs aujourd’hui, et ce n’est pas une surprise. Le temps est plus que déprimant, la nuit est tombée depuis bien longtemps et l’heure du dîner a sonné, si bien que le temps qu’ils rejoignent la grande salle, le repas touchera à sa fin.

Luke lui offre un large sourire à la demoiselle, ce qui a comme effet de chasser la colère de son esprit quelques instants et elle secoue la tête afin de montrer son agacement, mais elle n’a pas la force de lui faire des reproches. Le rythme scolaire est intensif et ses nuits beaucoup trop courtes si bien que pour tenir le coup elle a négocié des potions énergisantes auprès de certains de ses aînés. Si ces breuvages aident à ne pas dormir, ils puisent néanmoins dans ses réserves de manières anormales, si bien qu’Abby est obligée de suivre un régime particulier. Une alimentation très calorique et régulière afin d’essayer d’avoir plus d’énergie ainsi qu’une heure minimum de sport intensif afin de préserver sa masse corporelle.

Une spirale inquiétante, mais qu’elle refoule à des plans secondaires, préférant se concentrer sur ses enquêtes afin de découvrir l’identité de son (ou ses) harceleur(s), ou encore essayer de faire gagner des points à sa maison, ce qui était loin d’être aisé.

Après avoir marché une centaine de mètres, Abigail réalise que Luke continue de lui parler de son entrainement, ainsi que des progrès de l’équipe et… elle n’a absolument rien écouté. Elle jette un coup d’œil derrière elle et remarque que Polfaty traine la patte, littéralement et métaphoriquement.

Sa curiosité piquée, la demoiselle ralentit l’allure et chemine aux côtés du capitaine qui semble avoir reçu quelques coups -ou sorts douloureux- récemment.

-Heureusement que c’est bientôt les vacances.

Une entrée en matière neutre, car elle ne sait jamais vraiment comment agir avec le Serpentard. Il peut être particulièrement amical un instant et devenir odieux à la seconde suivante. Et comme elle ne l’admire pas pour son talent au Quidditch ni pour sa belle gueule, elle ne sait jamais comment débuter une conversation. Au moins, elle a lancé un thème qui lui permet d’aborder les blessures de son aîné.

-Turner, je te remercie de garder pour toi mes.. Accidents réguliers.

La jeune fille, surprise, écarquille les yeux et observe le profil du blond.

-T’es plutôt perspicace, mais tu sous-estimes trop les autres. Enfin, parlons vacances. J’essayerais de me remettre sur pieds, toi, de ton côté, manie la batte.

Abigail ne comprend pas ce qu’il essaye de lui dire et elle fronce les sourcils en regardant le sol afin d’éviter de le dévisager de manière peu polie. Elle note du coin de l’œil que le sorcier scrute les environs avant de reprendre à voix basse.

-Je veux simplement finir mes études et quitter Poudlard. Faire profil bas, et ne pas mourir si jeune. Alors… prépare-toi. Au prochain match, tu rentreras en jeu, et garde le secret, sur ta vie.

 

 

End Notes:

 

Voilà pour la plongée dans l'univers, des remarques ?

J'espère de tout coeur que ça vous a plu ! Le chapitre suivant sera la fin de ce chapitre centré sur le Quidditch, et je songe a offrir un chapitre bonus de Noël ensuite. Si vous êtes sages...

Et, je viens de réaliser que cela fait plus d'un an que j'ai débuté l'aventure Abigail Turner et.. Ouah. Que le temps passe vite. (surtout quand plus de 6 mois passent sans la publication d'aucun chapitre)

Merci à tous de continuer à me lire, ça me touche énormément que vous soyez si nombreux ! Je me sens fière d'avoir réussi à pondre ce bébé, de mettre plus ou moins adaptées aux caractéristiques de la fanfictions...

Et pour une première fic, je pense m'en sortir pas trop mal, même si avec le recul de ces mois passés je me rends compte que j'aurais pu faire beaucoup mieux, et autrement... Mais qu'importe ! Abigail grandit, et moi aussi (même si j'ai plusieurs années d'avance) donc il reste à espérer que cette évolution vous plaise.

Je conclurais avec une requête peu surprenante : laissez des commentaires ! Que ce soit sur ce chapitre, ou sur la fic en général, je suis à la recherche de remarques constructives (et/ou motivantes) ! ...s'il-vous-plait-merci-beaucoup-je-vous-aime.

 

A bientôt !

-Maloux-

 

Chapitre 18 : Neiges à Poudlard (bonus) by Maloux
Author's Notes:

18/01/2019

 

Le temps a encore filé sans que je m'en rende compte... Alors Bonne Année 2019 à tous ! Je vous souhaite plein de réussite, du bonheur, de belles amitiés et des amours grisants. Sans oublier une santé de fer et des sous, parce que vivre sans ces deux là, ça complique sacrément les choses.

Voilà donc un chapitre bonus, parce que le suivant qui impacte sacrément l'intrigue n'est pas encore fini (loin de là...). Un petit chapitre hivernal pour prolonger cette ambiance des fêtes de fin d'année, parce que ManxCat est sage et qu'il laisse des commentaires !

Hop, sur ce : bonne lecture ! Si vous voulez lire le premier chapitre en musique, je vous propose cette chanson qui m'a accompagnée lors de la rédaction :

https://www.youtube.com/watch?v=IIsWmB28AdM

 

Bisouilles.

Maloux

 


L’aube pointe timidement son nez, l’obscurité demeure, pour quelques minutes encore, la Reine des Cieux. Les nuages qui dissimulaient jusqu’à présent les étoiles scintillantes se teintent de couleurs orangées dans un dégradé qui pointera jusqu’à l’or. L’air est piquant, témoin des températures négatives de la nuit passée, et accompagne en silence un tapis blanc, premières neiges de l’année.

Perdue dans cette immensité sauvage et sublime, une jeune fille relève la tête en fermant les yeux. Un large sourire étire ses lèvres sans qu’elle ne puisse se contenir.

Abigail Turner a envie d’éclater de rire, de hurler, de danser…. N’y tenant plus elle se laisse aller et se met à sautiller sur place. Ouvrant les yeux, elle observe ses amis qui semblent dans le même état euphorique qu’elle.
Tournoyant sur elle-même, les bras écartés, la sorcière savoure le crissement de ses pieds sur la neige, les caresses gelées du vent, les flocons qui tombent avec acharnement sur son visage, le silence qui l’entoure…
Un éclat de rire retentit et la jeune fille se joint à Phil dans son hilarité tandis que Luke préfère faire l’ange dans l’épaisse neige qui recouvre les immenses jardins de Poudlard. Les trois élèves sont probablement les premiers à fouler ce manteau immaculé et profitent de leur solitude, qui ne saurait durer.
Après de longues minutes où chacun redécouvre les plaisirs enfantins de la neige, les Serpentards se mettent à courir, s’éloignant à grands pas du château. Abigail rit alors que ses chaussures s’enfoncent profondément dans la poudreuse dans un bruit exaltant. Les flocons lui tombent dans les yeux et la forcent à baisser la tête. Ses yeux observent cette neige si belle et si pure qui défile sous ses pas, son énergie semble canalisée dans cette folle course  et lui permet de profiter de ce sentiment de paix qui l’envahit peu à peu.
Hélas, ne regardant pas où ses pieds la mènent, la jeune fille réalise trop tard que son ami devant elle met fin à sa course. Elle pile, créant un déséquilibre mineur mais qui, sur la neige, la fait glisser. Ses chaussures vernies à la perfection dérapent sur ce sol tendrement verglacé, la faisant perdre totalement son équilibre, et surtout, basculer en arrière. Abigail chute les pieds en avant, sur Luke qui s’est figé devant elle. Se retrouvant les fesses dans la neige, Abigail ne peut retenir un cri de surprise lorsque l’eau glacée s’infiltre immédiatement à travers ses collants en laine, se moquant de ses épaisses chaussettes ou du léger tissu qu’est sa jupe. Mais l’idée du froid lui mordant la peau est vite chassée par celle de Luke qui lui tombe dessus.
Si son ami n’est pas plus grand qu’elle, il est toutefois plus… imposant, il a, soi-disant, la musculature carrée. Si bien qu’elle sent sa cage thoracique expulser tout son air et son corps s’enfoncer plus profondément dans le tapi de neige. Luke ne l’écrase allègrement que de courtes secondes, car, plus habitué à se déplacer dans la neige, il réussit à se redresser afin de permettre à son amie de retrouver son souffle.
Les yeux écarquillés, Abigail ne sait pas si elle doit hurler, l’insulter, lui taper dessus, éclater de rire ou… C’est Phil, qui a profité de leur chute ridicule qui met fin à son dilemme en leur lançant une boule de neige à chacun.
La situation dérape et les trois amis se poursuivent dans la poudreuse, se lançant des boules de neige ou allant jusqu’à tenter de faire chuter les autres.
Leurs trois rires résonnent dans la forêt déserte, faisant frissonner les longues branches recouvertes de poudre blanche des arbres majestueux les entourant. Finalement, après quelques minutes de folies les Serpentards ont froid, ou un point de côté, et négocient une trêve. Un sourire heureux sur les lèvres, Abigail se redresse et jette un coup d’œil malheureux à ses vêtements humides. Haussant les épaules, elle se contente de réajuster sa jupe, chassant les flocons qui s’y accrochent.
Tandis qu’elle s’enroule dans son écharpe verte et argentée, la jeune fille tire la langue à Luke avant de rabattre le dernier pan de laine devant le bas de son visage, couvrant jusqu’à son nez rouge. Ses yeux pétillent de malice et finalement elle emboite le pas à ses camarades qui se dirigent vers le château. Elle n’avait pas réalisé qu’ils s’étaient tant éloignés de l’école, tant son esprit s’était concentré sur la neige blanche et scintillante qui s’étendait à perte de vue. Le petit groupe allait devoir marcher de longues minutes avant de pouvoir profiter de la chaleur bienfaitrice du château, et déguster un chocolat chaux, emmitouflées dans d’épaisses couvertures, assis sur les canapés moelleux de leur salle commune qui font face à l’âtre, où crépitera un feu de bois.

Abigail sourit sous la douceur de sa pensée et hâte le pas afin de rattraper les garçons qui ne semblent pas l’avoir attendue alors qu’elle rêvassait. Lorsqu’elle parvient à leur niveau, elle les dévisage avec attention et réalise qu’ils forment une bien drôle d’équipe.
Luke est le seul de la fine équipe à posséder un bonnet en plus de son écharpe aux couleurs de leur maison et ne dévoile ainsi que ses yeux plissés, laissant les flocons s’accrocher à ses cils sombres. Comme s’il craint le froid. Peut-être est-ce le plus prudent… Dans tous les cas, c’est également le seul avec des gants. Phil quant à lui, laisse sa folle chevelure bouclée attraper le plus de flocons possible, tout comme Abigail, et se contente de s’enrouler autant que possible dans sa chaude écharpe qui recouvre jusqu’à ses oreilles. Leurs caractères, leurs démarches, leurs rêves... Tout les différencie, et pourtant, ils forment une équipe parfaitement soudée. Abigail parvient à deviner leurs pensées d’un simple regard, et elle sait que c’est réciproque. Probablement que les épreuves qu’ils ont traversées à Poudlard leur ont permis d’obtenir une telle communion. Même les pires choses ont du bon, même si ce n’est pas toujours évident à voir…
Toutefois, la demoiselle sort immédiatement de ses pensées lorsqu’elle parvient au sommet de la côte et qu’elle réalise, au même moment que Phil et Luke, que les jardins de Poudlard sont désormais envahis d’étudiants surexcités. Les trois amis se sont aventurés assez loin du château, en direction de la forêt interdite, et pendant plus d’une heure, si bien qu’en revenant sur leurs pas tous leurs camarades ont eu le temps de sortir de leurs lits pour venir s’amuser dehors. Et l’unique façon de rentrer au chaud est de traverser ce champ de bataille. Dire que ces allées qui étaient si paisibles et silencieuses au crépuscule sont désormais peuplées d’étudiants bruyants qui courent dans tous les sens, se jetant des boules de neige pour les plus énergiques ou réalisant des sculptures de glace pour les plus calmes.

Les écharpes et bonnets aux couleurs de chaque maison permettent aux Serpentards de reconnaitre rapidement leurs éventuels alliés. Ou plutôt leurs ennemis. Rouge, jaune, bleu… Toutes les couleurs sauf le vert sont présentes, ce qui est une très mauvaise nouvelle. La traversée s’annonce terriblement dangereuse.
La Serpentarde balaye rapidement les environs du regard, cherchant un moyen d’échapper à leur attention, ce qui sera difficile puisqu’ils sont les seuls vert et argenté. Elle note que les lions rouge et or sont les plus nombreux et principalement occupée dans de folles batailles de boules de neige. Les trois amis se tiennent immobiles, hésitant sur l’attitude à tenir. Ils se concertent du regard puis, sans le moindre mot, se mettent à courir.

Les trois Serpents se glissent au milieu de leurs ennemis en priant ne pas se faire remarquer dans la folie ambiante. Mais c’est peine perdue, car un cri retentit rapidement au milieu de tous les autres, plus fort.


-SERPENTARDS !

Comme un signal que tous connaissent, la presque totalité des étudiants qui profitent de la neige se met à observer autour d’eux à la recherche desdits Serpentards, ce qui n’est pas bien difficile puisqu’ils sont désormais les seuls à courir. Ils ont déjà fait presque la moitié du chemin lorsque les sorciers réagissent.
Courir dans la neige est une très mauvaise idée, Abigail le sait, elle en a déjà fait l’expérience un peu plus tôt. Ici, la neige a fondu par endroits, se transformant en une sorte de bouille humide qui est encore plus glissante que la neige immaculée. Si bien que lorsque les premiers cris à son encontre retentissent, la jeune fille les ignore, préférant se concentrer sur ses appuis afin de ne pas déraper, car la moindre chute permettrait à ses assaillants de l’attraper. Et elle n’ose imaginer ce qu’ils lui feraient. La neige peut rendre heureux mais elle doute que tous ces idiots soient soudainement devenus des enfants de chœur avec l’apparition des premiers flocons de l’année.
Quelques boules de neige pleuvent et Abigail rentre la tête dans les épaules, encaissant de son mieux les tirs qui mettent son équilibre en danger. Elle a perdu du regard ses amis mais elle ne s’inquiète pas pour eux, elle est bien trop concentrée sur sa course. Se dressant soudainement devant elle, un Gryffondor qui doit être en quatrième année vue son imposante taille l’observe avec un sourire victorieux sur le visage.
La colère s’insinue dans les veines de la sorcière et elle charge cet imbécile, courbant légèrement le dos. L’impact les envoie tous deux au sol, et son assaillant tarde quelques secondes à se remettre de cette attaque frontale. Quelques secondes suffisantes pour qu’Abigail se redresse vivement afin de reprendre sa course. Quelques secondes suffisantes pour qu’une pluie de boules de neige s’abatte sur elle.
Mais elle se moque de la neige qui fond dans son cou ou des boules qui atteignent son visage, la brulant et la griffant au passage. Elle continue de courir tout en prévoyant son plan. Elle n’est plus que zizanie, vélocité et destruction. Abigail remarque une foule trop compacte face à elle et change de trajectoire. Elle pivote légèrement le buste et se dirige vers la gauche, elle prend appui sur ses pieds afin d’effectuer un saut spectaculaire qui lui permet d’atterrir à pieds joints dans un bonhomme de neige. La pauvre sculpture s’écrase sous l’impact et un sourire mauvais étire les lèvres partiellement masquées par l’écharpe verte et argentée de la jeune fille, qui se défait à cause de sa course effrénée. Au loin, l’un de ces idiots payera cette course-poursuite dans la neige, ça leur apprendra à la persécuter le dimanche matin.
Un léger silence accueille sa déclaration de guerre et elle ne réalise pas que la personne la plus horrifiée -et donc probablement l’architecte de cette sculpture de glace- est son bon ami Garadan. Le Gryffondor a le visage déformé par la rage et il se jette sur Abigail, qui réussit in extremis à l’éviter. La situation commence alors à dégénérer. Ou du moins elle empire.
Les boules de neige semblent devenir de plus en plus dures, quelques étudiants se mettent à courir après la jeune fille tandis que d’autres se tiennent face à elle dans l’espoir de l’intercepter. Abigail aurait aimé tenter de feinter, de changer de direction mais elle craint glisser et ainsi se faire attraper. Elle devine une dizaine de mètres plus loin les premières marches menant au perron de l’école.
La demoiselle réagit vivement. Devant elle, deux Poufsouffles l’attendent, côte à côte. Et entre leurs épaules, un peu en dessous, un maigre espace. Suffisant pour elle. Si elle ne peut les contourner, elle devrait pouvoir…
Prendre appui. Bondir une nouvelle fois. Surprendre. Ne pas leur laisser le temps de comprendre ce qu’elle fait afin qu’ils ne bougent pas le moindre doigt. Plonger dans ce maigre interstice entre eux. Vriller légèrement son corps afin de frôler à peine les Poufsouffles. Effectuer un roulé-boulé pour se réceptionner et profiter de son élan pour reprendre sa course. Se moquer de la neige qui s’infiltre désormais partout, sous l’écharpe, dans son cou, sous la jupe, dans ses chaussures, en dessous de sa veste… Courir.

Abigail est finalement rattrapée sans qu’elle le réalise. Son saut entre les Poufsouffles ne semble pas avoir empêché un Gryffondor de la rejoindre et de lui faire un impressionnant plaquage.
La demoiselle s’étale dans la neige, se protégeant in extremis la tête ce qui n’empêche pas la neige d’envahir son visage et de s’infiltrer dans ses narines. Elle tente de se relever mais c’est peine perdue, son assaillant la tient toujours par les jambes, elle ne peut pas non plus se retourner. Alors elle se débat. Elle donne des coups dans l’air, elle frappe à l’aveuglette en espérant se débarrasser de cet idiot. Elle semble réussir puisqu’elle est finalement libérée, mais la durée de sa chute a permis à de nombreux étudiants de toutes les maisons de la rejoindre et un cercle semble se créer autour d’elle. De nouvelles boules de neige l’atteignent, aussi dures que la pierre mais elle n’y prête pas attention. Elle serre les dents, car elle sait que ce qui risque d’arriver après sera bien pire. Elle se jette épaule en avant contre la personne la plus proche sans s’intéresser à la couleur de son écharpe ou rien, elle s’en moque, elle doit s’enfuir. Elle réalise rapidement que Phil semble subir le même sort qu’elle non loin. Elle tente de se précipiter dans sa direction, elle frappe au visage le garçon qui l’enserre par la taille dans le but de la retenir. La douleur parvient à peine à son cerveau, le froid congèle totalement ses mains, elle n’a même pas réussi à fermer le poing en le frappant… Elle se débat, tandis que sur elle quelques coups commencent à pleuvoir. Mais elle ne se laisse pas faire. Le froid l’engourdit, elle n’arrive plus vraiment à penser correctement, elle a peur, elle essaye de frapper ses assaillants mais ne parvient pas à porter le moindre coup. Par contre eux y arrivent. Elle sent la douleur irradier son corps en divers endroits. Ça la réchauffe, et pourtant… elle s’inquiète. Des larmes brouillent sa vue. Elle craint que son sang vienne bientôt tacher la neige.


-ÇA SUFFIT.

Une voix claque dans l’air semblable à un coup de fouet et tous s’immobilisent. Abigail ne cesse pas de pleurer, car elle a reconnu la voix. Le directeur Regnart vient d’intervenir. Le prix à payer pour son intervention sera terrible, elle le sait, mais ses pensées ne sont plus cohérentes. Ne pas s’évanouir. Elle chancelle sur ses jambes et tente d’avancer en direction de Poudlard. Elle doit se montrer forte.
Finalement, un voile noir passe devant ses yeux.
Abigail s’écroule.

 

 

***

 

 

Abigail noue le collier prêté par sa mère autour de son cou et s’observe dans le miroir. Un col roulé vert d’eau fait ressortir ses yeux bleus-verts, et lui donne une touche d’élégance. Une jupe noire cintrée à la taille ainsi que d’épais collants en laine –au motif hivernal- accompagne sa tenue, avec des bottines tout aussi noires, au cuir brillamment lustré.

Les cheveux savamment tressés par sa mère, la jeune fille ne jette pas le moindre coup d’œil à la palette de maquillage de sa mère qui est ouverte sur la commode à côté du miroir et se précipite dans les escaliers lorsqu’elle entend la sonnette de l’entrée. Ses cousines viennent d’arriver. Leur ponctualité fait râler sa mère, qui aime que ses invités arrivent avec quelques minutes de retard afin de lui permettre de préparer le repas ou l’apéritif. Ou simplement pour lui permettre de s’assoir quelques secondes et de profiter d’un peu de repos, ce qui est rare lorsqu’elle décide d’organiser le repas de Noël à la maison.

Mais qu’importe, les fleurs qui lui sont tendues en offrandes suffisent à lui redonner le sourire, sourire que partage Abby, qui a remarqué l’énorme sac de course que porte sa tante Eleanore, tentant vainement de dissimuler les cadeaux dans son dos.

Les salutations s’effectuent rapidement puis tous se dirigent en direction du salon où les attend un imposant sapin. Comme le veut la tradition, les premières minutes sont consacrées à l’arbre ainsi qu’à toutes les décorations qui ornent la pièce, puis chacun s’assoit sur les canapés, fauteuils et autres tabourets réunis autour de la petite table basse en regardant avec envie les petits fours qui la recouvrent.

-Comme toujours, c’est Gregory qui est retard…

Abigail ricane devant cette scène si habituelle. Contrairement à John et Eleanor, le cadet Turner est un éternel retardataire, qui parvient miraculeusement à arriver dès que le bouchon du champagne saute, lorsque les adultes décident finalement de débuter l’apéritif.

La demoiselle en profite pour dévisager ses cousines, qu’elle n’a pas vues depuis une éternité. C’est étrange comme elles lui semblent plus grandes, plus âgées, même si elles demeurent identiques à son souvenir. C’est une drôle de sensation, cette confrontation de souvenirs et cette constatation du présent qui diffère de ces images précieuses qu’elle garde gravées en elle.

Abby échange un regard de connivence avec Andy, qui a également remarqué que Joy bave devant les petits fours, et tous deux étouffent leurs ricanements. Ils savent pertinemment que leur mère fait appel à un traiteur lorsque la famille vient manger à la maison, ses talents culinaires se résumant à faire des pâtes. Au beurre, avec du gruyère les jours de fête. Et c’était un grand secret qu’elle dissimulait brillamment. Abby ne comprenait pas d’ailleurs pourquoi ce n’était pas plutôt son père qui cuisinait, puisque lui savait cuisiner… Mais qu’importe.

La sonnette retentit et John se lève rapidement pour accueillir son frère, accompagné de Kaith, son épouse, ainsi que du cinquième cousin, Keiran.

La suite s’enchaine avec la force de l’habitude, John et Andy servent les boissons, mais avec une nouveauté cette fois-ci : Abigail se voit proposer une coupe de champagne. « Un petit peu, juste pour gouter » se justifie son père face au regard noir d’Annabeth. Mais la jeune fille décline la proposition, l’alcool ce n’est pas trop son truc, et puis après son expérience lors de la première partie de Quidditch de l’année l’a convaincue d’éviter l’alcool pendant un certain temps. Elle préfère demeurer maitresse de son comportement, de ses mots, et éviter la gueule de bois du lendemain.

Le temps passe, les discussions s’enchainent, les plats se vident et les joues rougissent. Les rires emplissent l’air et l’apéritif a laissé place au repas qui touche désormais à sa fin. Quelques crackers sont ensuite apportés et qu’Abby a l’impression que son ventre est sur le point d’éclater. Dire que le lendemain ils allaient remettre ça avec ses grands-parents maternels, les seuls grands-parents qu’elle avait encore en vie, ça lui faisait mal à l’estomac rien que d’y penser.

Lorsque les « jeunes » sont autorisés à quitter la table, après avoir débarrassé, il va de soi, Abby et Andy rejoignent leurs cousins dans le salon, où la sorcière constate que Keiran manque à l’appel. Elle sent la tristesse la gagner, tandis qu’elle réalise que son cousin se juge trop mature pour passer du temps avec eux désormais. C’est dommage, mais peut-être lorsqu’ils sortiront jouer dehors dans l’après-midi il se joindra à eux.

Et puis Abby peut difficilement lui jeter la première pierre, elle sait pertinemment ce qui l’attend lorsqu’elle se sera vautrée en travers du canapé. Non pas une sieste digestive, mais un film de Noël. Une épreuve redoutable depuis qu’elle est entrée à Poudlard… Et dire qu’elle est l’une des principales investigatrices de cette coutume idiote entre cousins. Elle s’en mord désormais les doigts.

Il est vrai qu’un an et demi plus tôt elle était bien différente. Plus naïve et encore romantique. Mais c’est fini. Par contre ce n’est pas le cas de cette habitude niaise qu’ont adoptée les Turner. Après le gavage, les jeunes se vautrent devant la télé pour regarder un film de Noël, des comédies romantiques et idiotes à souhait. Malgré leurs moqueries et médisances, tous passent habituellement un excellent moment où ils rient et recommencent à rêver. Les films de Noël ça a beau être kitch à souhait, ça parle de Noël. Ça parle de magie. Ça parle de gens heureux. Alors la fine équipe éteint son cerveau pour une heure et quelques, permettant ainsi aux adultes de profiter de leur café en silence. Et probablement de parler de « sujets sensibles », comme de leurs emplois, du père absent de Laïs et Joy ou des études secrètes d’Abby.

-Regardez, j’ai la cassette de…

Andrew sort sa sœur de ses pensées et secoue une cassette dans les airs. Lanisa le coupe presque immédiatement et tente de lui quitter l’objet des mains.

-Non ! D’où tu sors ça ?! Les cassettes c’est tellement fini…

-Oui, mais le film est bien, je l’ai trouvé…

-Chez un apothicaire ! Non, oublie…

-C’est avec Jim Carrey, Laïs.

Comme si Jim était un mot magique, la blonde se tait et dévisage son cousin, essayant de deviner s’il dit la vérité. Depuis le Truman Show, Laïs voue un véritable culte à cet acteur aux mimiques surprenantes. Abigail observa avec amusement le duel toucher à sa fin, et son frère remporter la victoire. Ce qui est un fait assez rare, leur cousine étant maline pour deux.

La cassette dans le lecteur et la télé grésillant légèrement au début du film, les quatre cousins s’installent confortablement tandis que débute l’histoire.

Abby sent la fatigue la gagner. Elle n’essaye même pas de lutter, imaginant l’histoire probable du film de Noël. Un prince, une fille normale, de la neige et un amour triomphant. C’est souvent la même chose… Elle n’a pas véritablement le cœur à ça. Les princes, ça n’existe pas. Personne ne viendra la sauver. L’amour est une faiblesse qu’elle ne peut se permettre d’éprouver. Sa vie est celle qui lui a offert le choix peau, personne n’y mettra miraculeusement fin, et certainement pas quelques flocons de neige.

Elle repense alors à la bataille qui a eu lieu peu avant son départ, aux conséquences qui en avaient découlées… Et il y a eu Polfaty. Même si elle tente de le chasser de son esprit, elle ne parvient pas à passer outre. Ses mots tournoient dans sa tête et elle a peur. Peur de devoir jouer et de ne pas être au niveau. Peur de subir encore plus de pression, tellement de pression qu’un étudiant de septième année -à la réputation pourtant musclée- a préféré renoncer à son poste. C’est un cadeau empoisonné.

Abigail en a parlé à son frère, qui lui avait promis de l’aider à s’entrainer mais comment faire du Quidditch lorsqu’on est entouré de moldus et que nos seuls partenaires sont également moldus, et que personne n’est dans le secret sorcier ?

Baseball. C’est ce qu’avait proposé Andy après avoir écouté les explications de sa sœur. Alors les deux jeunes ont déjà essayé de s’entrainer à manier la batte, après avoir supplié leur père de leur acheter l’équipement nécessaire. Un achat qui laisse à la demoiselle un maigre espoir de s’améliorer au maniement de la batte, d’apprendre à viser mieux et à frapper plus fort.

Abby papillonne des yeux tandis qu’elle sent son esprit gagner en légèreté. Noël c’est sympa, mais épuisant. En y songeant bien, elle ne fait pas grand-chose ces jours-ci, c’est probablement son corps qui lâche prise et qui tente de récupérer des privations de sommeil dont elle souffre à Poudlard. Et dire que sa mère limite malgré tout ses grasses-matinées à 9h, elle la force à sortir de son lit chaud et confortable, pour petit-déjeuner puis suivre quelques entrainements de danse afin d’essayer de retrouver son niveau perdu.

C’est triste, de constater sa perte de souplesse, et tout ce qui découle de ses faibles heures d’entrainement. Sa mère la sermonne quotidiennement afin qu’elle s’entraine avec régularité à Poudlard mais c’est difficile. Trop pour elle et son corps d’adolescente de douze ans.

Alors à Noël, elle mange, elle joue avec ses amis moldus, elle danse avec son frère et profite de moments simples et complices avec ses parents. La vie loin de Poudlard est fort différente et bien plus calme.

Des glaçons se glissant le long de sa nuque la font sortir de sa torpeur en bondissant, retenant à grand-peine un hurlement. Les yeux écarquillés, le corps crispé et la tête rentrée dans les épaules dans l’espoir de réchauffer sa peau brutalement refroidie, Abigail observe ses cousins qui la dévisagent désormais. Elle note leurs airs moqueurs et leurs sourires qui témoignent de leur difficulté à rester impassible. Finalement c’est Laïs qui éclate de rire la première, rapidement suivie par les deux autres. Abby secoue la tête, navrée, mais ne peut leur en vouloir, elle aurait probablement agi de la même manière si la situation avait été inversée. Elle sait que sa cousine a toujours les doigts gelés et un caractère farceur, s’assoupir en sa compagnie est un risque dont elle était consciente.

Après quelques minutes de chamailleries, les cousins portent de nouveau leur attention sur le film, et même si elle a manqué le début du film, Abigail doit admettre que « le Grinch » n’est pas ce à quoi elle s’attendait et il résulte qu’elle passe un très bon moment.

La journée file, l’humeur générale demeure joyeuse et festive, et plus les heures passent, plus la tension se fait ressentir. L’heure des cadeaux approche. Abigail, toute essoufflée d’avoir autant couru -le jardin est toujours aussi grand et Joy devient de plus en plus rapide- rejoint sa mère en cuisine et l’aide à servir les chocolats chauds, boisson traditionnelle. Lorsque route la famille a une tasse fumante dans les mains et que l’air déjà embaumé par l’odeur du sapin et des clémentines, se voit agrémenté d’une touche sucrée.

Les lumières se tamisent et tous font face au sapin où ont été disposés les cadeaux. Les yeux brillants d’émerveillement, Abigail observe tous ces paquets. Leurs papiers brillants, leurs nœuds, leurs tailles variées… et les chaussures qui se trouvent encerclées, voir écrasées.

Un sourire enfantin étire ses lèvres tandis qu’elle se dandine sur elle-même. L’excitation la gagne tandis que son père fait un discours dont elle n’écoute pas le moindre mot. Ses yeux scrutent les cadeaux à la recherche de son prénom, se demandant ce qu’elle va bien pouvoir recevoir, et si le gros paquet difficilement caché sous les imposantes branches du sapin est pour elle.

Finalement un sifflement impatient s’élève de la foule Turner, faisant comprendre à John que l’heure n’est plus aux discours, mais aux cadeaux, alors il a intérêt à leur donner la permission d’aller chercher leurs paquets.

Un bras se glisse sur les épaules d’Abby, la jeune fille tourne la tête vers sa mère qui l’observe avec un doux sourire sur les lèvres. La demoiselle savoure cette étreinte maternelle puis pose la tête contre l’épaule qui s’offre à elle, et inspire. L’odeur du parfum de sa mère, les rires de sa famille, et surtout, une sensation de plénitude qui se diffuse dans tout son corps. Abigail est heureuse.

-Joyeux Noël ma chérie.

 

Chapitre 19 : Le Match de Quidditch by Maloux
Author's Notes:

Bonjour !

Je vous demanderais, avant tout, de ne pas me détester, et de ne pas me jeter de tomates U.u Voilà un nouveau chapitre, qui s’est fait désirer. Ca devient une (mauvaise) habitude me direz vous… Mais passons ! Ma vie IRL est assez mouvementée et pour ceux que ça intéresse je vous raconterais ça à la fin.

Avant de vous laisser lire ce nouveau chapitre (qui est loooong !) (pour me faire pardonner), je vous montre l’illustration finie, commande réalisée par très cher ami, d'Abigail Turner ! D’ici peu, ça sera la nouvelle bannière de ma fic !

En attendant, je vous laisse savourer cette Abbigail au visage tuméfié, qui correspond à la période de ce chapitre et du précédent.

 

Crédits : MxPrime2 Que vous pouvez retrouver sur DeviantArt :

https://www.deviantart.com/mxprime2/art/Abigail-OC-Commission-794959661

 

Voilà voilàààà ! J’adore mon illustration ! *u* Du coup, il est temps de passer au plat principal : La deuxième partie du chapitre centré sur le Quidditch !

(et là on se dit… j’ai bien fait de couper ce chapitre en deux !)

Merci à tous pour vos lectures, je vous adore ! Et surtout ManxCat qui continue de me laisser des reviews *-*

Kiss, kiss, love ! <3

 

 

Abigail est fatiguée. Elle attend, assise sur un banc à la limite du quartier sorcier londonien, en attendant l’arrivée de Phil. Ou plutôt du père du jeune homme, puisqu’il effectuera un transplanage d’escorte afin de l’emmener dans la demeure familiale des Mc Caster où l’attend son ami. Et probablement Luke aussi, il y a fort à parier que le batteur ait préféré demeurer une semaine complète chez son meilleur ami. Elle, elle se contente de n’y séjourner qu’un seul week-end. Elle passe pratiquement toute l’année en leur compagnie et ça lui semble suffisant. Surtout qu'elle préfère profiter de sa famille dès qu'elle en a l'occasion, les vacances étant trop rares et trop courtes à son goût.

Emmitouflée dans un manteau chaud et très moldu, cadeau de Noël de sa tante l’année passée, Abigail s’empêche de claquer des dents en se répétant que le froid c’est psychologique, qu’elle est plus forte que son corps. Elle regrette déjà l’Inde où elle était en vacances avec ses parents le matin même. Une semaine, c’est trop peu pour découvrir ce pays immense, surtout lorsqu’on garde à l’esprit la passion de toute la famille pour la danse et les musiques traditionnelles. Autant dire qu’elle n’a pas arrêté de toute la semaine. Danses, chants, visites, repas, renforcement musculaire, devoirs, entrainement (à la moldue) au Quidditch… Elle a été presque soulagée d’attraper son vol en fin de matinée et de s’assoir, immobile, dans son siège d’avion pendant de longues heures. Le trajet est passé en un clin d’œil et elle a rapidement dû recommencer à courir pour avoir le temps de passer chez elle et faire sa valise avant de se rendre au rendez-vous avec M. Mc Caster. Et elle est arrivée en avance… Désormais la nuit est tombée et le froid, cumulé à la fatigue, est en train de gagner le combat.

 

Un raclement de gorge fait sortir la jeune fille de ses pensées, et elle sursaute, réalisant qu’un homme se tient debout devant elle. Relevant les yeux le long de cette silhouette filiforme et elle reconnait le père de Phil. Il est comme dans ses souvenirs : imposant. Sa peau claire et l’impassibilité de son visage donnent l’impression à Abby qu’il est de marbre. Ses yeux sont plissés comme s’il cherchait à l’analyser et il n’a pas l’air particulièrement engageant. Elle lui grimace un sourire, qu’il ne lui rend pas, et se lève rapidement, espérant chasser la gêne. L’homme la salue finalement d’un signe de tête et ensorcelle la valise de la jeune sorcière, qui le remercie plus que chaleureusement. Trainer sa valise -cette année ses parents ont accepté de lui acheter une valise neuve- n’avait pas été chose aisée dans les transports en communs ou dans les ruelles pavées ou aux trottoirs détériorés…

-Allons-y, il y a une aire de transplanage non loin. As-tu déjà transplané ?

Abby lève les yeux vers son visage taillé en serpe et secoue négativement la tête.

-Non, pas vraiment.

Phil lui a raconté comment ça se passe, et elle a déjà pris un porte-au-loin, donc elle imagine plus ou moins ce qui l’attend.

-Ah…

Un son qui l’inquiète légèrement. Mais ce n’est pas l’heure d’avoir peur, alors elle continue à cheminer d’un pas vif sans poser de questions.

-Comme notre destination est loin, on effectuera quatre transplanages successifs. Nous passerons la nuit dans une auberge, pour prendre un peu de repos, j’en ai besoin et il est hors de question que je mette ta sécurité en danger. Dès l’aurore nous reprendrons les transplanages jusqu’au manoir.

Abigail hoche la tête et agrippe le bras que lui tend le sorcier. Plusieurs transplanages… elle espère vraiment que le père de son ami sait ce qu’il fait, elle n’a pas particulièrement envie d’être démembrée ou de subir les conséquences d’un transplanage raté dont lui ont parl&ea