Une deuxième chance by Elunedril
Summary:

Pour Dudley, ce fut la rencontre avec le détraqueur qui changea sa vie et il ne pût à partir de ce moment-là ignorer la personne qu'il était vraiment.

C'est pourquoi, une fois rentré chez lui, après la guerre, il travailla dur sur lui-même pour devenir une personne qui pourrait faire face à son cousin. Et ses efforts furent récompensés: Harry était de retour dans sa vie et il eût deux adorables jumelles... deux adorables jumelles un peu particulières.

Qui a dit qu'une deuxième chance était facile? 


Categories: Romance (Het), Après Poudlard Characters: Dudley Dursley, Famille Potter, Famille Weasley, Personnage original (OC)
Genres: Famille
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 11 Completed: Non Word count: 86402 Read: 4633 Published: 16/04/2019 Updated: 20/11/2021

1. Chapitre 1: Prologue by Elunedril

2. Chapitre 2 : Leur vie à quatre by Elunedril

3. Chapitre 3: Ensemble by Elunedril

4. Chapitre 4: Le Terrier by Elunedril

5. Chapitre 5: Une ruine pour se reconstruire by Elunedril

6. Chapitre 6: Une nouvelle vie by Elunedril

7. Chapitre 7: Après la pluie, le beau temps by Elunedril

8. Chapitre 8: Ecole pour Sorciers en Herbe by Elunedril

9. Chapitre 9: Une vie magique by Elunedril

10. Chapitre 10: Héritage by Elunedril

11. Chapitre 11: Seconde Chance by Elunedril

Chapitre 1: Prologue by Elunedril

On lui avait toujours dit que la normalité était la seule et unique façon de vivre sa vie. Que ce qui sortait de l'ordinaire ne devait en aucun cas être accepté. La magie en est un bon exemple. La magie est abjecte. La magie ne devrait pas exister. Ceux qui la pratiquent sont des monstres à éviter à tout prix. Et pourtant… La magie avait été dans sa maison quasiment toute sa vie, même si au début, Dudley l'ignorait. Et la magie l'avait protégé par l'intermédiaire de son cousin. Son cousin, cette bizarrerie de la nature qu’il n'avait jamais été vraiment capable de mépriser ou détester. Son père, lui, le haïssait, tandis que sa mère le craignait. Simplement parce que Harry était différent. Parce que Harry était un sorcier.

 

Il les avait faits protéger. Ils ne le méritaient pourtant pas. Pendant un an, ils s’étaient cachés de l'ennemi, Lord Machin pour Harry, Tu-Sais-Qui pour les sorciers. Dudley et ses parents avaient été mis sous protection rapprochée pour qu’on ne puisse pas atteindre Harry à travers eux. Les sorciers qui avaient veillés sur eux étaient sympas. Pourtant, son père ne leur avait pas facilité la tâche, mais quoiqu'il ait essayé de faire, il n’était pas de taille face à des sorciers aguerris et un peu revanchards (ils n'avaient pas du tout apprécié son attitude envers Harry). Puis un jour, un autre sorcier était venu ; il était euphorique. Lord Machin était tombé, la guerre était finie. Ils pouvaient rentrer chez eux.

 

Une fois à la maison, Dudley avait demandé où était Harry. Son père et sa mère l'avaient regardé avec des yeux ronds. Puis son père s’était mis à rire comme un fou bienheureux :
« Cette abomination ne reviendra plus ici ! Nous en sommes enfin débarrassé ! Tu entends Duddy ! Nous allons avoir la vie normale dont nous avons toujours rêvé ! »

 

Il regarda sa mère. Elle ne lui semblait pas si heureuse que ça. Soulagée, mais pas heureuse.

 

Son père partit pour remettre de l'ordre dans ses affaires et vociférer gaiement sur ses employés. Il redevenait le maître incontesté de son monde : c'était lui le chef de famille et le patron d'entreprise. Plus personne ne lui dicterait sa conduite, et encore moins ces monstres qui étaient enfin sortis de sa vie à jamais. Vernon Dursley reprenait enfin le cours de sa vie en main. Quant à sa mère, elle se mit à briquer, ranger, faire à manger telle une abeille ouvrière qui doit travailler plutôt que penser. C'était bien ce qu'elle faisait: elle s'occupait pour ne pas penser. Fut un temps où il ne l'aurait même pas remarqué, mais il n'était plus le même ; sa rencontre avec le détraqueur lui avait au moins apporté cela : penser par lui-même et faire attention à ce qui l'entourait. Quand il avait vu Harry se battre pour lui, et qu’il avait pu réfléchir à tout ça par la suite, il s’était demandé si, à sa place, il aurait agi de la même façon… non, lui, il aurait fui, laissant son cousin à son triste sort. Sa réponse lui était venu si facilement qu’il en avait vomi de dégoût. Si Harry était un monstre, alors lui, qu'est-ce qu’il était ?

 

Il laissa sa mère à ses états d'âmes et se réfugia dans sa chambre .

 

Au cours des deux années qui suivirent (forcément, il avait redoublé sa première), Dudley s’était éloigné de ceux qu’il avait appelés ses « amis » ; eux voulaient continuer d'être la bande de brutes de Big D, celle qui s'en prenait aux plus faibles pour s'amuser, tandis que Dudley, lui, désirait devenir quelqu'un. Quelqu'un qui n'aurait pas honte de faire face à Harry. Il se plongea alors dans les études et le sport. Ce ne fut pas facile. Pour le dire franchement, ce fut un véritable enfer : les études lui donnaient mal à la tête et le sport le laissait sans force et à bout de souffle. Combien de fois avait-il voulu abandonner ? Seul le souvenir de Harry combattant le détraqueur le poussait à avancer. Et ses efforts avaient fini par payer. Quand ils avaient compris que Dudley travaillait enfin sérieusement et qu’il voulait s'en sortir, ses professeurs l'avaient aidé à rattraper son retard en lui donnant des devoirs supplémentaires ou en prenant le temps de lui réexpliquer certaines notions. Ses notes furent alors en constante augmentation. Dans son club de boxe aussi, son entraîneur avait également remarqué un changement, une nouvelle volonté de vaincre, et lui avait concocté un programme intensif visant à lui faire perdre sa graisse au profit de ses muscles. Il crût mourir. Son corps se révoltait contre ce traitement draconien, mais il s'y était tenu. Entre son entraînement et son régime, il fondit comme neige au soleil tout en se taillant une silhouette. Au départ, ses parents s’étaient inquiétés, surtout sa mère. Ils étaient même allés au Smelting College pour parler des « maltraitances » que l'école lui infligeait ; ses professeurs, son entraîneur et l'infirmière de l'établissement trouvèrent les mots pour les rassurer : « votre fils a eu un déclic », « il veut devenir un Homme », « il veut devenir quelqu'un »,… Son père était fier comme Artaban. Il lui donna trois grosses tapes dans le dos en déclarant qu'il était bien son fils et lui faisait confiance. Et comme de bien entendu, sa mère éclata en sanglots en disant que son Duddy avait bien grandi et en lui demandant de ne pas trop en faire. À la fin de sa scolarité, Dudley reçut de la part du College la médaille du mérite pour son travail acharné qui lui avait ouvert les portes de l'école de commerce de Londres.

 

Au grand dam de sa mère qui souhaitait qu’il rentre à la maison tous les soirs, Dudley choisit de vivre en colocation avec trois autre étudiants de l'école qu’il avait rencontrés lors de la réunion d'information des nouveaux élèves. Contrairement à son College, personne ne connaissait Big D ; il n'y avait donc aucun a priori et il pût entamer de nouvelles relations sans être jugé pour ce qu’il avait été. Il s'inscrivit au club de boxe le plus proche et courait dans le parc en bas de chez lui tous les matins. Il suivait tous ses cours avec assiduité et s'obligeait à aller régulièrement à la bibliothèque. En résumé, il s'installait sereinement dans sa nouvelle vie. Il n'y eut rien de notable au cours de ses deux premières années d'études. La troisième, cependant, fut pour Dudley un nouveau tournant dans sa vie : il revit pour la première fois en plus de cinq ans, Harry.

 

Il avait changé, mûri ; il était plus sûr de lui. Et il discutait avec le Premier Ministre ! Habillé d'un costume trois pièces, il ressemblait à n'importe quel homme politique lambda. Tout en discutant, le Premier Ministre donna une enveloppe à son cousin qui l'ouvrit et vérifia son contenu. Harry acquiesça à une question de son interlocuteur puis tendit la main. L'homme politique la prit, la serra tout en souriant, puis monta dans sa voiture et s'en alla. Harry se tourna alors vers Dudley sans le voir, fit quelques pas et s'arrêta quand il l’aperçut. Dudley lui fit un petit sourire avant de s'avancer vers lui.

 

« - Bonjour Harry.
- Bonjour Dud.
- Comment vas-tu ?
- Je vais bien. Et toi, quoi de neuf ?
- Je sors de la bibliothèque et… Ah ! Ah ! Ah ! Harry ! Si tu voyais ta tête en ce
moment ! C'est à mourir de rire !
- Ouais, j'imagine, dit-il en souriant. La bibliothèque ?! Sérieusement ?! C'est pas des blagues ?
- Que veux-tu ! Je ne pouvais pas rester un sale morveux ignorant toute ma vie !
- Dud…
- Ne t'inquiète pas ! Je sais très bien ce que j'étais autrefois. C'est parce que je ne voulais pas rester cette raclure que j'ai fait les efforts nécessaires pour changer… À ce propos, Harry, je voulais te dire… je… je suis désolé pour tout. Je comprendrais, bien sûr, si tu ne pouvais pas me pardonner, mais j'espère que tu acceptes au moins mes excuses. Elles arrivent sur le tard c'est vrai, mais... »

 

Harry le regarda en silence. Dudley se sentait nerveux et au moment où il pensait que son cousin allait l'envoyer paître, il lui demanda s’il avait du temps devant lui. Dudley hocha à l'affirmative. Harry l'invita donc à venir chez lui, ce qu’il accepta. Arrivés au square Grimmaurd, son cousin lui donna l'adresse pour qu’il puisse passer les protections de la maison ; Dudley ne comprit pas trop ses explications, mais lui fit confiance. Il découvrit alors une maison chaleureuse et tranquille. Harry le fit passer au salon où se tenait une jeune femme. Il la lui présenta comme étant sa femme, la sœur de son meilleur ami Ron : Ginny. Au début froide (normal!), elle s'adoucit en entendant ce que Dudley avait à dire : ses excuses, pourquoi il avait changé… Harry et sa femme l'écoutèrent jusqu'au bout sans l'interrompre, puis, après un silence, lui demandèrent s’il restait dîner. Le soulagement d'avoir été entendu et de recevoir un gage de réconciliation furent pour lui une libération : il avait sa seconde chance. Au cours du dîner, il leur raconta ses efforts, ses études, la boxe et la vie qu’il menait. Quant à eux, ils lui apprirent qu'ils s’étaient mariés il y a quelques mois, que Ginny était une joueuse professionnelle de Quidditch, le sport préféré des sorciers, et Harry un auror, une sorte de flic bossant à la criminelle. Son cousin lui expliqua aussi qu'il faisait le relais entre le monde des sorciers et le monde moldu par l'intermédiaire du Premier Ministre Moldu. Il lui raconta également une partie ce qu'il avait fait l'année où la famille Dursley se cachait ; son récit glaça son cousin d'effroi. Harry était un héros mais à quel prix. Le détraqueur de Dudley, à côté, faisait pâle figure. Pour alléger l’atmosphère devenue plus pesante, Dudley leur narra de manière cocasse la cohabitation entre ses parents et les sorciers ; même si l'intolérance de son père n'était pas sujet à plaisanter, les tentatives de fuites nombreuses et ridicules ne manquèrent pas de les faire rire. Et ce fut sur cette note positive qu’ils se séparèrent.

 

À partir de cette soirée-là, Dudley revit avec un plaisir toujours renouvelé Harry et Ginny. Il l'ignorait encore, mais ils allaient être d'un soutien inébranlable dans les épreuves que sa vie lui réservait.

 

Mon histoire commence après son mariage avec Amy. Elle répondait à tous les vœux de ses parents : une jeune femme normale, belle et distinguée. Une jeune femme qui n'accepterait en aucun cas que son monde soit bousculé. Parce que Dudley l'aimait, jamais il ne lui parla du côté magique de sa famille. Et il n'y avait aucun risque à ce qu'elle apprenne l'existence de Harry : ses parents ne parlaient jamais de son cousin ; pour eux, c'était comme s'il n'avait jamais existé. Mais revenons au commencement de mon histoire : Amy donna à Dudley deux adorables jumelles qu’ils nommèrent Abigaël et Adélaïde.

 

 

Chapitre 2 : Leur vie à quatre by Elunedril

Ce fut le 21 juin 2006 qu'Abigaël et Adélaïde entrèrent dans sa vie. Ces adorables petites têtes blondes lui firent savoir avec force et détermination qu'elles allaient bouleverser sa vie en hurlant à plein poumon. En les voyant, Dudley tomba amoureux pour la deuxième fois de sa vie. Il sut que quoi qu'il arrive, il protégerait ses filles envers et contre tous. Leur peau était rouge et fripée, mais pour lui, c'était les plus beaux des bébés. C’était peut-être d’un cliché, mais pour Dudley, c'était un fait. Même James et Albus qu’il avait admiré à la grande satisfaction de Harry et Ginny, ne leur arrivaient pas à la cheville. Quand il réussit à s'arracher à sa femme et ses jumelles, il courut au relais postier des sorciers pour envoyer un hibou à son cousin. Il écrivit sa joie, son triomphe, en annonçant l'arrivée de ses filles. Dudley savait que Harry ne pourrait pas allait les voir et cela l'attristait ; depuis leur réconciliation, ils avaient réussi à tisser des liens solides malgré leur passif et il aurait bien voulu qu'il fasse partie de la vie d'Abigaël et d’Adélaïde, mais la réalité était tout autre : jamais ses parents et Amy ne l'auraient accepté, il le savait. Il promit à Harry de lui envoyer rapidement des photos et de passer le voir prochainement si celui-ci n'était pas en mission. Dudley partit ensuite rejoindre les trois femmes de sa vie.

 

Leur vie à quatre allait commencer.

 

***

 

Apprendre à être père n’était vraiment pas chose facile. Les premières semaines, Dudley se faisait l'effet d'être un zombie tant il était hagard et épuisé ; Abigaël et Adélaïde pleuraient et vomissaient beaucoup, tout en dormant très peu la nuit. Leur vie était rythmée par les multiples couches, changement de linges et biberons, Amy ayant refusé de les allaiter. Pour dire les choses franchement, Dudley en était arrivé au point où il fut heureux de quitter la maison pour retourner travailler à son bureau, qui lui servit plus souvent qu'à son tour d'oreiller. Lui et Amy étaient complètement dépassés par ces petites filles. Pétunia leur donna bien quelques conseils, mais ils ne servirent malheureusement à rien, sauf peut-être à préparer les jumelles à un avenir d'enfant gâté _ apparemment, ces méthodes avaient si bien marché avec lui. Ce fut Ginny qui lui donna la solution et une potion pour les troubles digestifs des bébés ; Abigaël et Adélaïde ne supportaient apparemment pas le lait maternisé qu’ils leur donnaient et elles n'arrivaient pas à le digérer. Après leur avoir fait boire la potion (dans le dos de sa femme, cela va sans dire) et changer la marque du lait maternisé, les jumelles retrouvèrent le sourire et laissèrent leurs parents dormir la nuit. Merci Ginny !

 

Dudley et Amy avaient fait beaucoup de bêtises cela va sans dire, mais ils apprenaient de leurs erreurs. Le problème, c'était que les filles grandissaient très vite, et qu'à peine avaient-ils appris quelque chose que leur nouvelle connaissance n'était plus suffisante. Et ne parlons pas de l'enfer que cela avait été pour choisir parmi les centaines de marques de produits pour bébés, celles qui conviendraient à Abby et Addy. Dudley en aurait fait des cauchemars ! Heureusement, sa mère les aidait et gardait ses petites-filles deux fois par semaine pour permettre à Amy de souffler un peu ; Pétunia était heureuse de pouponner tandis que sa belle-fille appréciait de pouvoir sortir de la maison pour se détendre un peu.

 

Il fut question un moment de mettre les jumelles à la crèche pour leur sociabilisation, mais Pétunia leur avait conseillé de laisser la place aux enfants dont les deux parents travaillaient ; on pourrait toujours leur permettre de se sociabiliser en les emmenant faire leurs « débuts » au parc. Dudley avait été perplexe car il n'avait jamais entendu parler d’une telle pratique. On lui expliqua que les « débuts » d'un enfant qui n’allait pas la crèche étaient très importants et dépendaient généralement de la mère : les mamans se retrouvaient entre elles avec leurs enfants, discutaient des nouvelles tendances bébés ainsi que d'éducation, mais surtout des derniers potins à la mode dans le quartier ; si la maman était rejetée à cause de son comportement, sa situation ou sa réputation, l'enfant l'était également et se retrouvait isolé. Dudley trouvait ça vraiment absurde et le dit à sa mère :

« - C'est ridicule ! Comment peut-on juger un enfant de façon aussi arbitraire ? L'enfant n'y est pour rien !

   - C'est comme ça, voilà tout ! Faire partie de ce groupe permet à la maman de discuter et d'apprendre. Cela sécurise aussi le tout petit. Alors bien sûr qu'on ne laisse pas n'importe qui s’approcher de nos petits trésors ! De mauvaises influences peuvent si vite les pervertir !

   - De mauvaises influences ?! Mais ils sont tout petits !

   - Mais pas la mère !

   - C'est n'importe quoi ! Pourquoi accepter de telles mesures ?!

   - Écoute ! C'est déjà difficile d'entrer dans ce genre de cercle très sélecte, sans parler de sa hiérarchie ! On n'a pas le temps de se préoccuper des enfants des autres, alors que l'on doit survivre pour garder sa place ! Entre femmes, on ne se fait pas de cadeaux. Si on peut augmenter notre position sociale ainsi que celui de notre enfant, on le fait, et peut importe qui on laisse derrière.

   - Tu t'entends parler ?!

   - Duddy, nous faisons exactement la même chose que vous ; sauf, qu'au lieu d'être en entreprise, on est dans un parc. Pour monter dans la hiérarchie, c'est la loi du plus fort qui prime !

   - Ok, ok ! Amy, si tu as envie de faire les « débuts » des filles, fais-le… mais je comprendrais très bien si cela ne te tente pas, alors ne te force pas !

   - Tu rigoles, j'espère ! Ta mère a raison, c'est très important ! Je vais m'y préparer sérieusement pour que nous soyons prêtes, les jumelles et moi. Belle-maman, puis-je compter sur votre aide ?

   - Absolument ! »

 

Et elles partirent, bras dessus bras dessous, le laissant ébahi. Il regarda ses filles et ne pût s'empêcher de les câliner, tout en espérant qu'elles s'en sortiraient ; mais pour le cas où, il leur promit qu'elles resteraient toujours ses petites princesses.

 

Mais il n'avait apparemment pas à s'inquiéter : Abby, Addy et Amy réussirent leurs « débuts » haut la main. Il les félicita en leur disant qu'elles pouvaient être fières d'elles et qu'elles pouvaient souffler un peu vu que c'était terminé. Amy le regarda comme s’il venait de sortir la plus grosse ânerie qu'elle ait entendu :

« Ce n'est que le début, Dud ! Il faut maintenant que nous maintenions notre position, voire nous hisser dans la hiérarchie. Pour cela, il faut… »

 

Dudley s’enfuit avant qu'Amy ne lui ait énuméré chaque point de son plan de bataille pour son nouveau saint Graal. Décidément, les femmes étaient de bien étranges créatures.

 

Quand il raconta à son cousin et sa femme la préparation et l'épique bataille d'Amy, Abby et Addy, ils explosèrent de rire. Une fois calmée, Ginny lui demanda si c'était comme ça pour tous les moldus. Dudley lui expliqua qu'avant cet épisode, il n'avait jamais entendu parler de « débuts » au parc. Harry réfléchit un instant à ce qu’il venait d’entendre avant de dire :

« - C'est peut-être un rituel de mère au foyer pour qu'elles ne se sentent pas isolées.

   - Ouais… peut-être… mais de là à vouloir délibérément entrer dans un nid de vipères, je n'en vois pas l'intérêt ! Je trouve ça plutôt flippant !

   - Et toi ? Est-ce que tu as fait tes « débuts » ?

   - Je les ai peut-être fait avant ton arrivée, dit-il en réfléchissant. Comme ma mère a dû avoir trop peur que tu fasses de la magie en public et que je devienne un paria au yeux de la société de Privet Drive, elle n'a sans doute pas voulu prendre ce risque.

   - C'est possible, voire même probable », acquiesça Harry.

 

Pendant que Ginny et lui regardaient les photos d'Abby et Addy qu’il leur avait amenées, Dudley joua avec James et Albus : James était un petit sacripant irrésistible et Albus un paisible bébé. Il les aimait énormément et espérait qu'un jour ses filles pourraient les rencontrer. Après tout, ils étaient eux aussi de leur famille. Pendant qu'ils jouaient, Dudley observa James faire de la magie ; bien sûr, du haut de ses deux ans, il ne contrôlait pas le phénomène, mais c'était toujours aussi étonnant de voir de quoi était capable un jeune sorcier. Il savait que Harry et Ginny étaient soulagés de voir ces manifestations : leur fils ferait partie du monde sorcier. Ils lui avaient appris que tout comme sa tante Lily qui était une sorcière Née-Moldue, il existait aussi des enfants nés de parents sorciers qui ne pouvaient pas faire de magie : on les appelait les Cracmols. Quel triste destin pour ces enfants : ils avaient attendu avec tant d'impatience de faire de la magie et d'entrer à Poudlard pour découvrir que cela ne serait jamais le cas. Quel déchirement cela devait être de voir les portes de ce monde se fermer sous leurs yeux. Pour les Nés-Moldus, c'était différent : ils découvraient un nouveau monde avec des possibilités nouvelles ; cela devait être aussi effrayant que grisant. Pour les parents, c'était plus compliqué, bien sûr, et un peu difficile à appréhender : ils laissaient leurs enfants faire un bond dans un inconnu qu'eux-même ne connaissaient pas, et les regardaient quitter le nid un peu plus tôt que prévu. Bon, évidemment, dans ce cas-là, il ne valait mieux pas faire partie de la famille Dursley ! L'intolérance zéro envers la magie était plus que jamais de mise maintenant qu'Amy et les jumelles étaient là. Et dire que ce monde avait pourtant le pouvoir de faire rêver ses filles. Il réussirait à le leur montrer, ce monde de tous les prodiges.

 

Après avoir saluer Harry et sa famille, il partit rejoindre les siens. Sur le chemin, il oublia les problèmes des parents des Nés-Moldus et des Cracmols. Il rentrait chez lui, dans son petit monde.

 

 

***

 

Cela faisait six mois qu'Abby et Addy étaient entrées dans leur vie. Être accueilli chez soi par les sourires de sa femme et ses filles était pour lui la meilleure des récompenses après une journée de travail. Après avoir posé ses affaires et câliné Abby et Addy, il entamait avec Amy leur petit rituel du soir : il l'aidait à préparer le repas, puis ensemble, ils allaient prendre un petit apéritif sous la véranda, tout en regardant leurs filles gazouiller dans leur transat. À chaque fois que Dudley les regardait toutes les trois, il mesurait sa chance et profitait pleinement de ces instants.

 

On pourrait penser qu’ils avaient tout de la famille idéale, ce qui n'était absolument pas le cas. Amy aimait l'idée d'un statut social élevé et mettait énormément la pression à Dudley. De plus,elle savait se servir des mots comme d'une arme qu’elle n’hésitait pas à utiliser quand elle en ressentait le besoin. Évidemment, il savait qu'elle l'aimait et qu'elle adorait leurs filles, mais elle n'arrivait pas à se satisfaire de ce qu’ils avaient déjà. Quant à Dudley, il n’était pas facile à vivre, ses vieux travers reprenant parfois le dessus : il n'avait pas beaucoup de patience, et quand ses crises de rage explosaient, même si elles n’étaient pas nombreuses, il avait besoin de casser quelque chose. Du coup, pour éviter de briser un des précieux bibelots d'Amy, il installa dans le jardin un abri assez spacieux qui abritait des centaines de poteries qu’il pouvait casser, et sa salle d'entraînement de boxe. Le punching-ball, quelle merveilleuse invention ! Abby et Addy, n'étant que des bébés, ne leur laissaient présager que leurs deux caractères seraient assez différents en grandissant, mais une chose était certaine, elles savaient se faire entendre. Malgré toute cette concentration de fortes personnalités, Amy et Dudley arrivaient quand même à trouver un juste milieu et pratiquaient sans modération l'exercice du compromis ; lorsque cela ne marchait pas, ils allaient chacun de leur côté, lui dans son abri et elle en faisant du shopping, pour laisser s'exprimer leur colère, puis pour relativiser avant de réessayer. Évidemment, Abby et Addy, elles, pleuraient, puis se calmaient une fois le problème résolu.

 

Les femmes de Dudley étaient aussi sa source d'inspiration. En effet, son travail dans la publicité demandait des résultats immédiats _ il fallait donc se mettre à la place du consommateur pour lui donner envie d'acheter, même s'il n'a pas vraiment besoin du produit. Qu'est-ce qui pousserait Amy à acheter ? Quelles couleurs choisir pour attirer le regard d'Abby et Addy ? Et comment concilier les deux tout en mettant en valeur le produit ? Comme il travaillait dans le secteur familial, il se fondait sur les questions qu'Amy se poserait pour les besoins du foyer ou ceux des jumelles ; en gros, qu'attendait le consommateur de tel ou tel produit ? Avec en exemple Amy, une maîtresse de la consommation, et ses filles, en tant que consommatrices des produits de ses publicités, il ne pouvait que s'améliorer, et obtint rapidement la promotion qu’il espérait, à la plus grande joie de sa femme.

 

Elle en fut doublement heureuse, car la promotion de Dudley l'éleva elle aussi auprès de ses amies, les « Mamans Vipères » du parc où Abby, Addy et elle avaient passé leur examen de passage. Si, au début, il en était heureux pour elle, il déchanta vite : son salon était de plus en plus envahi par ce nid carrément flippant. Plus d'une fois, il faillit demander à Harry s'il pratiquait la purification ou l'exorcisme… à moins que ce soit à un pasteur qu'il fallait demander… Au moins, ces jours-là, son cousin l'accueillait volontiers chez lui. Dudley avait une excuse pour disparaître tout l'après-midi sans qu'on ne lui pose de question : après tout, quel homme sain d'esprit resterait chez lui avec des vipères sifflantes dans son salon ? De toute façon, Amy n'aurait pas voulu de lui dans ses pattes : c'était son club, son monde exclusivement féminin où les hommes n'avaient pas leur place. Grand bien lui fasse ! Il n’était pas fou !

 

Ainsi s'installa une routine qui leur permit de souffler un peu et de voir du monde, ce qui entraîna plusieurs semaines sans gros orage.

 

 

***

 

Libérés du monde de la magie, ses parents s’étaient épanouis ; aujourd'hui détendus, ils profitaient pleinement de leur vie sans avoir une épée de Damoclès au dessus de leur tête. Certes, de minuscules petites piqûres de rappels les mettaient parfois mal à l'aise, mais cela ne durait pas. Sa mère pouvait savourer les ragots de son quartier et satisfaire sa curiosité sur la vie de ses voisins, sans avoir peur d'entendre qu'elle était au centre des rumeurs à cause d'un phénomène anormal. Son père, quant à lui, affichait sa prospérité avec ostentation et orgueil maintenant qu'il n'était plus nécessaire de se cacher, le vilain petit secret de sa famille s'en étant allé.

 

Son père était vraiment un homme intransigeant et hargneux avec ce qu'il considérait comme anormal. Ce qui ne correspondait pas à sa vision de la normalité n'avait aucune place dans sa vie. C'était aussi un patron arrogant et dur. Mais aussi incroyable que cela puisse paraître, il était un grand-père complètement gaga des jumelles qui se ridiculisait volontiers rien que pour les faire rire. Il se sentait également très fier et son épouse n’était pas en reste ; c’était d’ailleurs pourquoi lui et Pétunia aimaient les promener tout en se pavanant et en montrant à leur voisins leurs merveilleuses petites-filles, les plaignant ouvertement de ne pas avoir leur chance.

 

Et si Dudley les avait laissés faire, lui et sa mère, ils auraient transformé Abby et Addy en petites princesses imbuvables et gâtées, tout comme lui quand il avait été le centre de leur monde. Il comprenait leur besoin de couvrir ses filles de cadeaux : elles étaient irrésistibles. Mais Dudley savait aussi combien il était difficile de devenir quelqu'un quand on vous a rabâché toute votre vie que vous êtes parfait et que vous méritez d'être gâté et adoré. Jamais il n'avait été vraiment grondé ni repris par ses parents, laissant ainsi toute liberté à son sale caractère de s'épanouir. Il n'en voulait pas à ses parents ; ils l'aimaient et voulaient le choyer à la hauteur de leur amour. Ils pensaient bien faire et n'auraient jamais accepté une quelconque remarque sur le sujet. D'ailleurs, Tante Marge était pareille, elle agissait de la même façon _ question d'éducation ! Après ça, il était difficile de se reprendre et c'était douloureux de se sortir de là.

 

Dudley voulait autre chose pour Abby et Addy ; il souhaitait que ses filles aient des bases saines pour leur départ dans la vie : en établissant des règles et des limites, il les sécurisait et leur enseignait de ne pas tout prendre pour acquis. Il espérait qu'ainsi en grandissant, elles deviendraient des personnes qui auraient de quoi être fières de ce qu'elles étaient devenues. Il était le jardinier qui faisait pousser et protégeait religieusement ses plantes dont il ignore encore l'aspect définitif. Il était le joaillier qui taillait des diamants bruts. C’était pourquoi Dudley décida de ne pas céder à ses parents, de leur instaurer des limites. Au début mécontents, ils trouvèrent quand même quelques parades et le moyen de contourner quelques unes de ses règles. De vrais gamins !

 

 

***

 

C'était vraiment la vie qu’ils avaient souhaitée, peut-être pas aussi parfaite qu'ils le désiraient, mais suffisamment pour les rendre heureux. Et ce fut ainsi que plusieurs mois s'écoulèrent. Ils étaient tellement satisfaits de cette période de leur vie sans nuage qu’ils oublièrent une vérité immuable : tout avait une fin.

 

Leur monde commença à s’effriter avec un verre brisé. Ce jour-là, le dîner avait tiré en longueur et les jumelles commençaient à montrer des signes de fatigue ; tandis que Dudley et Amy débarrassaient la table, les filles s’impatientèrent puis s’énervèrent franchement quand un verre éclata. Amy sursauta et rit :

« - Mince alors ! Je ne pensais pas l'avoir ébréché à ce point ! Que les filles arrivent à le faire éclater en criant un peu, ça devait être de la mauvaise qualité ! Il va peut-être falloir changer tous les verres !

   - Mais… ce verre abîmé… tu ne l'avais pas déjà jeté ?

   - Hein ?… Maintenant que tu le dis… »

 

En regardant dans la poubelle et en constatant qu’il disait vrai, elle en conclut qu'il fallait vraiment acheter des verres de meilleure qualité. Dudley ne se posa pas trop de questions et cet incident isolé tomba vite dans l'oubli tant Amy et lui étaient occupés à préparer l'anniversaire des jumelles : celles-ci allaient avoir quatre ans. Comme ils n'avaient pas pu fêter leurs premiers anniversaires avec panache, au début par manque de moyens et ensuite parce que les jumelles avaient été malades, Amy souhaitait que tout soit parfait, et que ses amies les « Mamans Vipères » et leurs enfants soient invitées à la party, qui commençait à tourner à l'événement. L'organisation de cette fête mobilisa tellement leur attention qu’ils n'avaient que très peu de temps à consacrer aux filles et étaient épuisé. Ce fut sans doute pourquoi la fatigue leur fit faire quelques petites étourderies : laisser la lumière de la chambre des filles allumée pendant leur sieste ou la télé alors qu'elles jouaient au salon, perdre leurs clefs, leur téléphone et les retrouver dans les mains des jumelles,… Ce n’était que de petits détails dus sans aucun doute à leur distraction. Mais plus le temps passait et plus ces faits s'accumulaient. Amy devenait de plus en plus nerveuse ; elle sursautait au moindre bruit suspect, s'irritait plus facilement contre les filles, et même s'en détournait. Le problème, c'était que plus elle s’énervait et s'éloignait, plus la situation s'aggravait. Amy fut bientôt contrainte de se reposer sur ordre du médecin ; son apathie l'épuisait et la rendait émotionnellement instable. Elle devait prendre des médicaments pour dormir mais aussi pour réguler correctement ses émotions. Pendant ce temps, Dudley rassura autant qu’il pût Abby et Addy tout en les surveillant du coin de l’œil ; seraient-elles comme Tante Lily, des sorcières Nées-Moldues ? Mais, tandis qu’il veillait sur les jumelles et leur donnait de l'amour pour deux, les petits riens cessèrent. Peu de temps après, Amy pût enfin sortir de leur chambre et recommença à s'occuper des filles, après que Dudley lui fit remarquer qu’ils les avaient négligé pour préparer leur anniversaire. Au début, il la sentit tendue avec les jumelles, mais comme rien ne se passa, elle finit par se détendre et lui dire :

« -Tu sais, je crois que nous étions beaucoup trop stressés, à tels point que nous avons fait pas mal d'erreurs. J'avais besoin de dormir. Tu as bien fait d'appeler le médecin… Non mais quelle idiote ! Bien sûr que des portes claquent dans une maison _ du moment qu'il y a un petit courant d'air ou qu'on pousse un peu trop fort la porte. Nos filles ne peuvent en aucun cas être des sorcières, n'est-ce pas ?

   - Hein ?! Tu as dit quoi là ?!

   - Tes parents m'ont dit la vérité quand leurs voisins m'ont demandée des nouvelles d'un cousin dont je n'avais jamais entendu parler. Ils m'ont expliquée quel monstre avait vécu sous leur toi.

   - Un monstre ? Mais…

   - Je ne permettrais pas que ce genre d’êtres abjects passent le seuil de ma maison !

   - …

   - J'ai eu peur un moment que ce monde répugnant se soit introduit chez nous. Je m'en veux ! J'ai abandonné mes bébés !

   - Bien sûr que non ! Tu l'as dit toi-même : tu étais fatiguée. Mettons la pédale douce avec l'organisation de la party et redevenons des parents avant tout.

   - Tu as raison mon chéri ! Et tu sais quoi ? Je vais aller au parc avec les filles !

   - Bonne idée ! Va te préparer pendant que j'habille les jumelles.

   - Merci ! »

 

Elle lui envoya un baiser et partit se changer. Quant à Dudley, il alla voir Abby et Addy et fit une petite mise au point avec elles tandis qu’il les préparait : il leur demanda de retenir si possible leurs petits tours, si c'était bien elles qui étaient à l'origine de tout ce bazar, car leur maman n'était vraiment pas du tout prête pour ce genre de choses ; il leur dit également que leur magie serait leur petit secret à tous les trois et qu’il ne fallait rien dire à personne. Les jumelles sourirent puis tendirent leurs petits bras dans sa direction. Pendant leur câlin collectif, il les rassura en leur disant combien il les aimait et qu’il les protégerait toujours.

 

Amy vint chercher les filles et Dudley l'aida à leur enfiler leurs chaussures et leur veste. Il voulait profiter de leur promenade pour prévenir Harry, mais Amy lui laissa une liste de choses à faire pour l'anniversaire d'Abby et Addy. Cela l'occupa toute l'après-midi. Quand ses trois femmes rentrèrent à la maison, revigorées par cette sortie, Amy le remplaça pour qu’il puisse passer du temps avec les jumelles. Et ce fut ainsi que, jusqu'à la fête d'anniversaire, ils continuèrent de cette manière : quand Dudley était au travail, Amy s'occupait de l'organisation seulement pendant la sieste, et quand il rentrait à la maison, ils permutaient souvent pour rester auprès de leurs filles pendant que l'autre continuait les préparatifs. Dudley n'en voyait pas le bout, il en avait vraiment assez. Il lui tardait que cet anniversaire soit passé pour qu’ils puissent retrouver leur rythme familial de croisière.

 

La veille, tout était enfin prêt et ils se couchèrent tous très tôt pour être en forme le lendemain.

 

 

***

 

La décoration avait transformé son jardin en un débordement girly grâce à une profusion de rose, de blanc et de paillettes dorées. Le thème princesse souhaité par Amy était respecté : après être passé sous les arcades de ballons, un monde de conte de fée se révélait avec ses centaines de bulles qui voletaient ici et là, ses papillons de papiers colorés disséminés par ci par là et sa table richement ornée qui trônait au centre avec sa nappe rose et son chemin de table doré. Comme rien ne devait gâcher cette journée, il avait également fallu penser à ce que la sécurité des enfants ne soit pas compromise par quoique ce soit. Tout devait être parfait : les « Mamans Vipères » n'allaient laisser échapper aucune erreur, car bien évidemment, elles n'attendaient que ça.

 

Quant à Dudley, cette avalanche de couleur le rendait malade, en particulier ce rose flashy. C'était seulement pour Abby et Addy qu’il acceptait de subir ça. Au moins, Amy avait accepté de ne pas toucher à son abri ; aucune couleur, aucun papillon ou ballon ornait son repaire : l'honneur était sauf. Par précaution, il avait fermé à clef son refuge afin de prévenir toute invasion.

 

Vernon, Pétunia et la Tante Marge qui avaient été invités à manger ce midi-là pour un déjeuner léger, s’extasièrent comme il se doit face à la décoration. Une fois les félicitations et les compliments échangés, ils se mirent rapidement à table ; son père et sa tante firent quelque peu la grimace devant leur maigre repas, mais se déridèrent quand ils apprirent la profusion de nourriture qui avait été commandée pour la party auprès du traiteur. Une fois le déjeuner terminé, Dudley et Amy décidèrent de coucher les jumelles plus tôt que d'habitude afin qu'elles soient en forme et qu’ils puissent terminer les derniers préparatifs : gérer le traiteur, préparer la table des cadeaux et les jeux pour les enfants. Pétunia s'amusa comme une folle ; elle était comme une petite fille au matin de noël. Vernon ne pût s'empêcher de sourire à ce spectacle. Ils ne cessèrent de répéter la chance qu'ils avaient d'avoir un merveilleux fils, une belle-fille parfaite et d'adorables petites-filles. Tante Marge, elle, déplora l'absence de ses molosses qui avait été expressément interdits de séjour : hors de question qu'un des chiens de sa tante attaquent les invités et leurs enfants. Du coup, la Tante Marge bouda un peu jusqu'à ce que Dudley lui offrit un digestif. Il connaissait très bien sa tante.

 

À 15h30, les filles étaient vêtues de leur robe de princesse et attendaient leurs premiers invités. Enfin, elles attendaient surtout la possibilité d'aller découvrir ce nouvel environnement. Abby portait une robe Aurore bleu et Addy une robe Aurore rose. Amy n'ayant pas voulu être en reste se déguisa en Belle. Pétunia accepta de porter une tiare en plastique, tandis que Dudley et son père, comble du ridicule, durent porter la couronne des rois en carton. Tante Marge, elle, refusa tout net ; pour le coup, Dudley l'envia beaucoup. Les invités arrivèrent et s'égaillèrent rapidement dans le jardin. Ils avaient tous respecté le dress-code : princesse pour les filles et prince pour les garçons. Du point de vue de Dudley, c’était les parents qui s'étaient le plus amusés à déguiser leurs enfants ; ils ne cessèrent de prendre leur progéniture en photo comme s'ils étaient les rois de la fête. Abby et Addy, elles, n’avaient pas l'air de se sentir trop concernées par la party, trop occupées par les décorations : elles étaient sans cesse attirées par les arcades de ballons qui se balançaient doucement quand on les poussait un peu, par les bulles qui éclataient quand on les touchait ou les jolis papillons qu'elles auraient bien voulu attraper. Tout se déroulait pour le mieux.

 

Lorsqu'il fut temps d’ouvrir les cadeaux, Abby et Addy s’empressèrent de déchirer les papiers cadeaux pour découvrir ce qui se cachaient derrière : de nouveaux livres, des poupées, des jouets, de nouveaux vêtements,… Après quoi, les jumelles soufflèrent leurs quatre bougies qui se trouvaient sur un magnifique gâteau au chocolat que les enfants se firent un plaisir de réduire à l'état de ruine ; ils firent également un sort aux jus de fruits et aux bonbons. Un vrai goûter d'anniversaire d'enfant en somme ! Les jeux plurent aussi : entre la petite piscine avec un fond d'eau pour jouer, celle remplie de balles en plastique et le petit château gonflable, c'était le paradis du jeux. On entendait des rires, des pleurs, des cris,… En gros, une fête réussie pour des enfants de quatre ans ! Les « Mamans Vipères » ne trouvèrent rien à redire et félicitèrent Amy du bout des lèvres. Dudley ricana, tant leur désappointement était désopilant. Sa mère lui donna un coup de coude comme pour le gronder, mais il n’était pas dupe : elle avait aussi très envie de rire, bien que fière de la réussite de sa belle-fille.

 

Vers la fin de l'après-midi, les invités commencèrent à partir quand Dudley vit les filles bouder tandis que son père riait. Il s'approcha et lui demanda ce qu'il se passait. Il lui répondit en souriant :

« - Tes filles savent ce qu'elles veulent !

   - Je sais, oui. Et que veulent-elles ?

   - Ces jolis papillons qui les narguent depuis le début de l'après-midi. Crois-tu qu'Amy m'en voudrait si je leur en décrochais un chacune ?

   - La party est terminée. Maintenant, un ouragan pourrait passer que cela ne la dérangerait pas. Elle a obtenu tout ce qu'elle souhaitait de cette journée.

   - C'est vrai. Tu as vraiment bien choisi ta femme Duddy ! »

 

Son père décrocha alors deux jolis papillons dorés et les donna aux jumelles. Les yeux d'Abby et Addy se mirent à scintiller tant elles étaient heureuses d'avoir entre leurs petites mains l'objet tant convoité. Dudley sourit devant leur visage émerveillé et partit dire au revoir au derniers invités, tout en les remerciant de leur présence à cette party. Cette journée s'était très bien déroulée et Amy était aux anges. Qui aurait cru que ce n’était que le calme avant la tempête et que ce serait le cri d'horreur de Vernon qui l’annoncerait ? En entendant le hurlement de son père, Dudley se retourna vivement et le vit sur les fesses, pointant quelque chose du doigt. En s’approchant, il perçut quelque chose d'inhabituel : les deux petits papillons dorés en papier étaient en train de voler autour des filles. Il jeta un coup d’œil rapide derrière lui : Amy, sa mère et son père étaient absolument horrifiés; sa tante, elle, était sous le choc et ne comprenait pas vraiment ce qu'il se passait. Se tournant à nouveau vers ses filles, il attrapa rapidement les papillons pour les faire disparaître, mais cela ne plût pas aux jumelles qui se mirent à pleurer. Comme pour répondre à la détresse d'Abby et Addy, plusieurs animaux vinrent les entourer dans l'intention de les protéger : différentes sortes d'oiseaux, des chauves-souris, des serpents, des hérissons, des écureuils,… S’il avait su qu’il allait aggraver la situation, Dudley aurait agi différemment. Il se risqua à nouveau à regarder sa famille : son père était maintenant écarlate, prêt à éclater, sa mère et Amy blanches comme neige et sa tante éberluée.

 

Après un silence assourdissant, son père se leva et ordonna le départ immédiat. Il ne jeta même pas un œil à ses petites-filles. Sa mère, mue par l'habitude, le suivit sans discuter ainsi que sa tante complètement dépassée. Il regarda ensuite Amy et comprit que cela n'allait pas être facile. Il lui dit de ton très calme et précautionneux :

« - Amy… tout va bien… tu n'as rien à craindre… la journée à été longue… tu devrais aller t'allonger un peu dans notre chambre…

   - Oui… tout va bien… tu as raison… je suis épuisée… je vais me coucher… »

 

Dudley la vit se diriger vers la maison en titubant. Sa femme refusait la réalité et préférait se réfugier dans le sommeil. Il savait qu’il ne pouvait pas la laisser se voiler éternellement la face, mais il devait d'abord s'occuper des jumelles.

 

« - Abby… Addy… vous voulez bien venir voir papa ?

   - Non ! T'es méssant !

   - Je suis désolé mes petites puces, mais il fallait cacher les papillons.

   - Pouquoi ? Y sont zolis ! Y volent !

   - C'est vrai qu'ils sont jolis quand ils volent, mais c'était un secret.

   - Un secret ?

   - Oui. Ils voulaient être là pour la fête, mais ils ne voulaient pas qu'on les attrape. Parce qu'ils sont jolis et qu'ils volent, vos copains auraient voulu les avoir.

   - Pouquoi y z'ont pas droit ?

   - Parce que les papillons doivent aller retrouver leur papa et leur maman. Vous comprenez ?

   - Oui.

   - Bien. Maintenant, je vais les libérer, et vous, vous allez renvoyer tous ses animaux vers leur famille, d'accord ?

   - Oui ! »

 

Il relâcha les papillons qui s'envolèrent vers les cieux tandis que les filles firent s'égayer leurs petits protecteurs. Il prit ses petites princesses et les serra dans ses bras. Il savait que l'avenir était maintenant incertain et qu'il allait devoir être fort pour les protéger.

 

« - Papi est fâssé ? demanda Addy apeurée au souvenir du visage déformé par la haine de son grand-père.

   - Mais non mon cœur. Il devait rentrer à sa maison.

   - Y faisait peur, continua Addy. Y nous z'aime p’us ? »

 

Dudley regarda sa petite fille et comprit que son enfance protégée et choyée par la famille qu'elle avait toujours connue venait de voler en éclats. Son cœur se brisa à cette idée. Il était terrorisé à l'idée de ne pas être à la hauteur.

 

« - T'inquiète pas Addy, dit Abby. Moi, je te protézerai. Papa aussi a promis. Hein, papa ?

   - De quoi ma princesse ?

   - Que tu nous z'aimeras et que tu nous protézeras touzours !

   - Tu as raison, dit-il en les embrassant toutes les deux. Tu as absolument raison ! »

 

Abby et Addy lui sourirent. Oui, il allait protéger ses deux petits trésors quelque soit la décision d’Amy et de ses parents.

 

 

***

 

Après avoir couché les jumelles, Dudley vérifia qu'Amy dormait, puis descendit au salon où il se servit un scotch. Il le but en quelques lampées, puis s'en resservit un autre. Il avait besoin de se défouler, mais il sentait que ce n’était pas une bonne idée que de laisser Amy et les filles seules à la maison. Dieu seul savait comment allait réagir Amy une fois qu'elle ne pourrait plus se voiler la face. Qu'est-ce qui allait se passer quand la réalité reprendrait ses droits ?

 

Dudley était là avec ses pensées moroses quand le téléphone sonna. Il se leva lourdement et alla répondre :

« - Allô ?

   - Débarrasse-t-en !

   - Hein ?!

   - Je te dis de t’en débarrasser !

   - Tu n'es pas sérieux, papa ?!

   - Débarrasse-toi de ces monstruosités ! Tout de suite ! Donne-les à ceux de leur espèce !

   - Tu es fou ! Ce sont mes filles ! Tes petites-filles !

   - NON ! Ce sont des monstres !

   - Jamais je n'abandonnerai mes filles ! Peu m'importe ce que tu penses ! Elles sont la chair de ma chair, le sang de mon sang et j'ai juré de toujours les protéger et de les aimer ! Tel est mon serment !

   - Tu parles comme ce garçon, cracha-il.

   - Comme Harry, tu veux dire ? Eh bien tu vois, j'en suis fier ! Je suis fier que tu me compares à Harry qui est un héro ! Tu ne pouvais pas me faire plus beau compliment !

   - SILENCE ! Pour la dernière fois, abandonne ces monstres ou tu n'es plus mon fils !

   - Je choisis sans hésiter mes filles ! C'est parce que je suis père que c'est elles que je choisis ! »

 

Seule la tonalité lui répondit. Son père venait de le rayer de son existence aussi facilement que l'on souffle une bougie. Lui, son fils unique ! Vernon l’avait rejeté de sa vie, car Dudley refusait de se plier à sa philosophie, parce qu’il avait choisi de protéger les monstres de son placard. Il avait toujours su que son père n'accepterait pas si aisément, mais de là à renier celui qu'il avait chéri et gâté pendant tant d'années, ça non, il ne s’y attendait pas. Vernon venait de se débarrasser de lui, aussi facilement qu'une vieille chaussette. Il comptait donc si peu ? N’était-il son fils que s’il faisait et pensait comme lui ? C'était tout se qu’il représentait à ses yeux ? N'avait-il donc pas le droit d'être lui-même et son fils en même temps ?

 

Dudley retourna au salon, s'écroula sur son fauteuil avant de se prendre la tête entre ses mains. Sa famille venait vraiment de se briser en mille morceaux. Il ne restait qu'Amy et les filles. Mais Amy… Amy n'arriverait pas à faire face ; il l'avait vu dans ses yeux : elle aussi avait rejeté leurs filles. Il n'attendait plus que le couperet tombe.

 

Dudley entendit remuer dans leur chambre. Soit Amy était en train de se réveiller et elle le rejoindrait sûrement ici, soit elle faisait un cauchemar. Il écouta attentivement les bruits à l’étage, tout en se demandant quelle serait la décision de son épouse au sujet des jumelles. Ah ! Amy était réveillée. Mais au lieu de descendre comme il le pensait, elle alla dans la chambre des jumelles. Un bref espoir naquît dans sa poitrine, un espoir bien vite balayé : dès qu’il entendit les gémissements étouffés et paniqués de ses filles, il se leva d’un bond ; ce mouvement précipité et brutal lui fit perdre quelque peu l’équilibre, mais une fois celui-ci rétabli, il monta quatre à quatre l’escalier et ouvrit la porte de la chambre avec fracas. Amy était là, en train d'étrangler de ses propres mains leurs petites filles. Dudley la repoussa brutalement et prit les jumelles dans ses bras. Elles se serrèrent contre lui en versant toutes les larmes de leurs petit corps. Il les rassura en leur disant qu’il était là et qu’il serait toujours là pour les protéger. En entendant ses paroles, Amy devint folle de rage :

« - Les aimer ?! Les protéger ?! Ces monstres !

   - Tais-toi ! Si tu n'as rien de mieux à dire, tais-toi ! Tu étais en train de tuer tes propres filles !

   - Ce ne sont pas mes filles ! Ce sont des monstres ! Elles doivent mourir ! Comme ça, on pourra recommencer ! Avoir des enfants normaux ! Avoir la vie qu'on rêvait !

   - Tu es folle, ma parole ! Le monstre ici, c'est toi ! »

 

Tandis qu’il l'observait, Dudley comprit qu'il n'y avait plus rien de rationnel chez elle ; son instabilité émotionnelle avait pris le dessus. Ce fut donc avec les yeux emplis d'une folie furieuse qu’elle s’élança pour se jeter sur eux, avant de piler brusquement en poussant un cri d'effroi. Dudley se tourna vivement pour voir ce qui l’avait effrayée à ce point : il vit alors que les pupilles des jumelles ressemblaient à présent à celles d'un chat et que leurs yeux crucifiaient leur mère du regard. Amy décampa en courant sans demander son reste avant de partir en trombe avec sa voiture. Dudley savait qu’il aurait dû l'arrêter, mais Abby et Addy étaient sa priorité.

 

Sans attendre, il les amena dans son bureau. Là, Dudley les déposa sur son fauteuil puis se dirigea vers un tableau représentant un vieux château écossais en ruine. Amy le détestait et lui avait fait jurer de le laisser dans cette pièce, et c'était tant mieux, car celui-ci gardait pour lui le moyen rapide de contacter Harry où qu'il soit en cas d’urgence. Il sortit de derrière le tableau un petit tas de feuillets, prit un stylo et écrivit :

« Harry, c'est un appel au secours. Abby et Addy ont fait de la magie. Mon père m'a renié et Amy a tenté d'assassiner nos filles. Je t'en prie, aide-moi s'il te plaît. Dudley. »

 

Dès que il eut signé, la feuille sur laquelle il avait écrit se transforma en oiseau sous le regard émerveillé des jumelles puis disparut dans un « pop ».

 

« - Il est où l'oizeau ?

   - Il est allé voir mon cousin.

   - Pouquoi ?

   - Lui aussi fait de la magie. Il est comme vous.

   - Un monftre ?

   - Non ! Pardon, je n'aurais pas dû crier, dit-il contrit quand il les vit sursauter, apeurées. Harry, c'est quelqu'un d'extraordinaire ! Comme vous !

   - Mais maman a dit que…

   - Et papa lui, il dit qu'il a beaucoup, beaucoup de chance de vous avoir ! Alors je veux que vous m'écoutiez : je suis votre papa et je vous aimerai toujours ; vous n’êtes absolument pas des monstres, d'accord ?

   - D'accord », dirent-elles dubitatives.

 

La sonnette d'entrée retentit. Harry était arrivé. Dudley prit ses filles avec lui et ils allèrent lui ouvrir ensemble. À la vue de son cousin, il sentit qu’il allait craquer. Non, Abby et Addy avaient besoin qu’il soit fort pour elles ; il ne devait pas se laisser aller. Se reprenant, il salua Harry :

« - Salut.

   - Dud. Je devrais te demander comment tu vas, mais je crois que je le sais déjà.

   - Entre. Sois le bienvenu. »

 

Harry entra, regarda les jumelles et sursauta :

« - Des yeux de chat !

   - Oui. Ils ont changé quand Amy nous a attaqués.

   - Je vois. Est-ce que, par hasard, tes filles attireraient les animaux ?

   - En effet ! Elles l'ont fait pas plus tard que cet après-midi pour se protéger. Pourquoi ?

   - Parce que tes filles sont une espèce rare de sorcière, mais Hermione pourra t'expliquer ça mieux que moi. Tout ce que je peux te dire, c'est qu'elles sont encore plus précieuses que tu ne le penses.

   - On va vouloir se servir d'elles comme avec toi, demanda-t-il inquiet.

   - Je ne vais pas te mentir. On va essayer. Mais ne t'inquiète. Comme elles font partie de ma famille, ils y réfléchiront à deux fois. Je ne permettrais pas qu'il leur arrive quoi que ce soit. Tu as ma parole, Dud.

   - Merci ! »

 

Harry se mit à la hauteur des jumelles et leur demanda en les voyant grimacer où elles avaient mal ; Abby et Addy montrèrent leur cou. Il voulut ensuite savoir si elles seraient d'accord pour qu'il regarde leur bobo. Elles se tournèrent vers leur père, comme pour lui demander son avis. Il acquiesça d'un air encourageant. Alors, se tournant vers Harry, elles hochèrent de la tête pour signifier leur accord. Celui-ci leur fit baisser leur doudou et relever le menton. Le sang de Dudley ne fit qu'un tour : une main rouge marquait la peau blanche de ses filles. Sans pouvoir se contenir, il frappa dans le mur le plus proche laissant une marque ensanglantée. Aussitôt, les jumelles pleurèrent en voyant la colère de leur père et Dudley se mit à genoux pour les regarder en face en leur demandant pardon : pardon de leur avoir fait peur, pardon de ne pas être arrivé plus tôt. Elles se calmèrent petit à petit tandis qu’il parlait puis lui entourèrent son cou de leurs petits bras. C'était lui l'adulte et c'était ses petites filles de quatre ans qui le consolaient :

« Si ce n'était pas pitoyable, ça »pensa-t-il avec amertume.

 

Dudley invita Harry à passer au le salon, où celui-ci s'installa dans un fauteuil tandis que son cousin accompagné de ses deux petits trésors, s’assit sur le canapé. Harry fit alors apparaître deux bièraubeurres et deux jus de citrouilles sous les yeux éberlués des jumelles. En goûtant leur jus, elles poussèrent un petit cri ravi et savourèrent leur boisson jusqu'à la dernière goutte. Harry et Dudley sourirent à ce spectacle. Puis, épuisées par les événements, les jumelles posèrent leur tête sur les jambes de leur père et s'endormirent en se tenant la main.

 

Une fois sûr qu’elles dormaient profondément, Harry posa la question qui lui brûlait les lèvres :

« - Où est Amy ?

   - Aucune idée. Elle a pris la voiture et elle est partie. Je te jure Harry, elle était comme folle… « comme », non, elle est folle ! Il n'y avait que de la folie pure dans ses yeux… Tu sais ce qu'elle m'a dit après avoir tenté d’étrangler les filles ?

   - Non.

   - Elle m'a dit qu'une fois qu'elles ne seraient plus là, on pourrait recommencer, avoir des enfants normaux et la vie qu'on rêvait… enfin… qu'elle rêvait !

   - Je suis désolé, Dud.

   - Ma femme a tenté d'assassiner mes filles et était prête à recommencer sous mes yeux ! C'est un cauchemar !… Au moins, on peut dire qu'elle était sur la même longueur d'onde que mon géniteur !

   - …

   - Il m'a appelé pour m'ordonner de me débarrasser des filles. De les abandonner. Quand j'ai refusé, il m'a lancé un ultimatum : soit je m'en débarrassais, soit je n'avais plus de père.

   - …

   - Ce n'était pas un choix, Harry. Il n'y avait pas de choix à faire. C'était évident. Et en tant que père, il aurait dû le savoir ! Mais non ! Parce que je n'adhère pas à sa philosophie, parce que je ne pense pas comme lui, je ne suis pas digne d'être son fils.

   - … Et tante Pétunia ?

   - Elle n'osera pas aller à l'encontre de papa. Plus tard, peut-être, aura-t-elle suffisamment de courage pour venir nous voir en cachette.

   - En cachette ?

   - Ce sera déjà beaucoup pour elle.

   - Soit. »

 

Ils restèrent longtemps à discuter de tout et de rien, Dudley n’étant pas encore prêt à faire face à ce qui l'attendait.

 

On frappa à la porte. Harry se leva pour aller ouvrir, les filles étant toujours endormies sur les jambes de Dudley et revint en précédant deux policiers en uniformes. Ce n'était vraiment pas bon signe. Ils saluèrent poliment Dudley. Celui-ci leur proposa de prendre place tout en s'excusant de ne pas pouvoir se lever. Une fois qu’ils furent installés, il leur demanda la raison de leur visite tardive :

« - Amy Dursley est bien votre femme ?

   - En effet. Pourquoi ? Elle a provoqué un accident ?

   - Cela ne semble pas vous étonner.

   - Elle est parti d'ici, folle de rage.

   - Pourquoi ?

   - Ma femme est émotionnellement instable. Elle est apathique et prend des médicaments. C'est tout récent. Ça date de quelque semaines.

   - Pourquoi l'avez-vous laissée prendre le volant dans ce cas ?

   - Mes filles avaient besoin de moi. Je ne pouvais pas les laisser pour courir derrière Amy.

   - Vous ne pouviez pas l'arrêter avant qu'elle ne sorte de la maison ?

   - À votre avis, entre votre femme qui a tentée d'étrangler vos filles et celles-ci terrorisées par leur mère et qui s'accrochent à vous comme à une bouée, qui choisiriez-vous, demanda-t-il abruptement.

   - Je vous demande pardon ?!

   - Venez voir par vous-même. Harry, si tu veux bien m'aider. Sans les réveiller, si c'est possible.

   - Bien sûr. »

 

Les policiers et Harry se levèrent. Son cousin l'aida à dégager le cou des jumelles, là où les doigts fins d'Amy avaient laissé leurs marques. Les hommes au service de la loi reculèrent :

« - Pourquoi ne nous avez-vous pas appelés ?

   - Mes filles avaient besoin de moi. J'étais trop choqué et j'avais besoin de soutien. C'est pour ça que j'ai fait venir mon cousin ici présent. J'aurais fini par vous appeler… je suppose…

   - Bien, dit l’un d’eux en soupirant. On va prendre votre déposition, et prendre les photos des cous de vos filles. Il faut aussi appeler une ambulance pour qu’elles soient transportées à l'hôpital d’urgence ; même si elles semblent aller bien, il est plus prudent de les faire examiner.

   - Très bien, dit-il avec lassitude. Mais pas dans le même que ma femme, s'il vous plaît. Je ne veux pas qu'elle les approche.

   - Pour ça… ce ne sera plus un problème…

   - Pourquoi, trembla-t-il en redoutant d'entendre la réponse.

   - Votre femme est décédée lors de l'accident. Elle est morte sur le coup. Je suis désolé.

   - Non, ce n'est pas possible… ma femme ne peut pas être… non, je ne peux pas le croire… »

 

Ce n'était pas possible. C'était surréaliste. Ça devait être une erreur.

 

Comment accepter que la femme qu’il aimait était morte ainsi ? Ça n'aurait jamais dû se passer comme ça. Il ne pouvait pas lui pardonner son geste, mais elle était la femme qu’il avait épousée. Il ne souhaitait pas sa mort, il voulait juste qu'elle ne s’approche plus des filles tant qu’elle n’était pas guérie. Il ne désirait pas qu’elle sorte de leur vie de façon irrémédiable, et pourtant, c’était ce qu’elle avait fait, les abandonnant tous les trois.

 

Les larmes coulèrent en abondance tandis qu’il caressait inlassablement la chevelure de ses filles, ses filles aujourd'hui orpheline de mère.

 

 

Chapitre 3: Ensemble by Elunedril

Le blanc omniprésent. L'odeur aseptisée de l'hôpital. Les bip bip incessants des machines. Les chuchotis murmurés. Trop. Trop de tout. Il voulait s'en aller. Il voulait qu'on arrête de les regarder avec cette pitié et cette compassion horripilante. Tout cela le rendait fou. Et c’était sans doute pourquoi Harry ne le lâchait pas d'une semelle, ce que Dudley apprécia ; il ne pouvait pas exploser ici, pas avec ses filles entourées d'inconnus en blouse blanche, bleue ou verte. Abby et Addy étaient aussi nerveuses que lui et ne voulaient pas être touchées par ces étrangers. Quand elles commencèrent à pleurer, Dudley s'avança sans réfléchir et leur fit rempart de son corps ; un voile rouge s'était déployé devant ses yeux : les jumelles pleuraient, elles avaient besoin qu’il les protège. Harry se dirigea alors à son tour dans leur direction et, posant sa main sur l’épaule de son cousin, lui expliqua calmement qu'ils avaient besoin de retirer les vêtement des filles pour les ausculter plus facilement. En entendant cela, Dudley hocha lentement de la tête pour lui signifier qu’il l’avait compris. Se tournant vers le corps soignant, il leur lança un regard mauvais avant de se décaler, mais Abby et Addy s'accrochèrent à ses jambes :

« -Papa, on rentre à la maizon ?

   - Pas tout de suite, mes chéries. Il faut que le docteur regarde vos bobos.

   - Ve pas qu'il me tousse, dit Addy tremblante.

   - Papa et Harry vont rester avec vous. Promis.

   - …

   - Et si c'était papa qui vous aidez à enlever vos robes, demanda Harry en s'accroupissant.

   - … D'accord. »

 

Harry sourit face à la confiance totale que les petites filles accordaient à leur père. Dudley commença alors à déboutonner la longue robe de princesse d'Abby quand quelque chose attira son attention: sur les épaules de sa fille luisait une sorte de tatouage vert. Il se tourna alors vers Harry :

« - Harry, tu peux m'aider s’il te plaît ?

   - Bien sûr », répondit son cousin un peu surpris tout en s'approchant.

 

Dudley lui montra du doigt la marque verte. Les yeux de Harry s’écarquillèrent de surprise mêlée de fascination. Puis se reprenant, il sortit discrètement sa baguette et la pointa en direction des jumelles. Il murmura ensuite à son cousin du bout des lèvres : « dissimulation ». Quand Dudley regarda à nouveau, plus rien ne marquait la peau de ses filles et leurs yeux étaient revenus à leur état normal. Il pût donc continuer à dévêtir Abby avant d’enchaîner avec Addy. Une fois que les jumelles furent prêtes, leur père les installa sur la table de consultation et s’assit entre elles deux pour les rassurer pendant qu’on les examinait ; Harry, lui, se mit dans un coin pour ne pas gêner le corps médical, mais bien en vue des jumelles.

 

Abby et Addy n'apprécièrent pas, mais alors pas du tout, de sentir une fois de plus des mains sur leur cou. Tout en les manipulant avec précaution, le médecin et les infirmières prirent des photos de leur blessure et leur firent plusieurs examens. Les filles ne présentaient aucun traumatisme, problème respiratoire ou œdème ; en dehors des marques sur le cou, elles n'avaient rien, ce qui était absolument incompréhensible, car leur blessure à vif démontrait qu'Amy y avait mis toute sa force. Dudley regarda alors Harry qui confirma de la tête. La magie avait protégé ses filles.

 

Dudley se tourna ensuite vers le médecin et demanda s’ils pouvaient rentrer chez eux. Le docteur hésita avant de répondre qu’il aimerait garder Abby et Addy en observation, car il craignait un contrecoup psychologique trop violent pour elles. Harry s'avança alors et le rassura en lui disant que les jumelles ne seraient pas seules mais chez lui, entourés par leur père et leur famille, et qu'en cas de problème, ils reviendraient ici. Dudley enfonça un peu plus le clou en affirmant qu’Abby et Addy seraient plus détendues chez son cousin qu'à l'hôpital. Le médecin donna alors son accord, mais leur rappela qu'il fallait aussi voir avec les policiers qui attendaient eux aussi les résultats des examens pratiqués sur les jumelles. Dudley le regarda alors droit dans les yeux et lui demanda franchement s'il pensait qu’il avait négligé ou maltraité ses filles. Le bon docteur leva ses mains en signe de paix avant de répondre tranquillement :

« Rien de tout cela, je vous l'assure. Vos doigts ne sont pas aussi fins que ceux qui se trouvent sur leur cou, et puis, il suffit de regarder Abigail et Adélaïde interagir avec vous : vos filles vous voient comme quelqu'un qui les protège et les aime ; toute leur attitude envers vous durant les examens nous a prouvé la confiance qu'elles ont en vous. De plus, votre premier réflexe à la détresse des jumelles a été de les cacher derrière vous et d'affronter la cause de leur peur, dans ce cas précis, nous. Une personne qui les négligerait ne réagirait absolument pas de cette façon. »

 

Sur ces mots, il sortit pour aller parler aux policiers. Dudley regarda ses filles, les serra dans ses bras, puis, avec l'aide de Harry, les rhabilla. Il allait falloir rentrer à la maison, préparer une valise, prévenir Amy… il stoppa net. Amy ne serait pas à la maison. Amy n'y reviendrait plus jamais. Il n'y avait plus d'Amy. Un brouillard épais l'enveloppa alors tandis qu’il tombait à genoux. Qu'est-ce qu’il allait faire ? Qu'allait-il dire aux jumelles ? Certes, ce qu'avait fait Amy était impardonnable, mais c'était leur mère et c'était sa femme. Il sentit qu'on s'agitait autour de lui, mais il avait juste envie d'être seul pour se rouler en boule dans un coin avec sa détresse. Seules deux petites mains qui serrèrent les siennes lui donnèrent la force de revenir à la réalité. Deux paires d'yeux bleus le regardaient inquiets :

« - T’as bobo papa ?

   - Oui.

   - Pouquoi ?

   - Parce que je suis triste.

   - Pouquoi t'es triste ?

   - Parce que maman ne reviendra plus.

   - Pace qu'elle nous z'aime p’us ?

   - Bien sûr que non ! Maman était malade. Elle ne savait plus ce qu'elle faisait. Et maintenant, elle est partie au ciel avec les anges.

   - Tu vas partir aussi, papa ?

   - Non, mes chéries ! Je ne pars pas ! Je reste avec vous, c'est promis ! »

 

Leurs petits bras lui encerclèrent le cou et ils restèrent longuement enlacés. Dudley mit fin au câlin quand il vit les policiers venir vers eux ; leur visage ne révélait rien de leurs pensées. Dudley leur en était reconnaissant : il ne voulait pas de la compassion ni de la pitié d'étrangers.

 

« - Pouvons-nous avoir un entretien seul à seul avec vous ?

   - Bien sûr. Harry, peux-tu veiller sur les jumelles s'il te plaît ?

   - Pas de problème. »

 

Harry s'approcha des filles et leur murmura quelque chose ; Abby et Addy sourirent et acceptèrent de s'asseoir à côté de lui. Dudley s'éloigna suffisamment avec ses interlocuteurs pour ne pas être entendus des jumelles, mais pas trop non plus afin de les avoir sous les yeux.

 

« - Que voulez-vous savoir ?

   - Avec votre permission, nous avons contacté votre médecin pour qu'il nous parle de votre femme. L'apathie soudaine de madame Dursley et sa disparition rapide l'avaient beaucoup inquiété. Il semblerait qu'il ait tenté de vous appeler pour pratiquer des examens plus poussés sur votre femme.

   - Je l’ignorais.

   - Et pour cause : madame Dursley faisait barrage. Elle ne voulait pas entendre parler d'examens supplémentaires. Elle l'a même menacé de porter plainte pour harcèlement s'il continuait à appeler.

   - Que suspectait-il ?

   - Soit une dépression sévère soit une bipolarité.

   - Je vois.

   - Autre chose…

   - Il y a plus ?!

   - Pas par rapport à votre femme. Nous avons également contacté vos parents et expliqué la situation.

   - Ah… Mon père a exprimé sa tristesse pour la perte d'Amy, mais ne veux rien avoir à faire avec moi, c'est ça ?

   - En effet. Votre père s’est mis en colère lorsque nous lui avons dit que votre cousin était à vos côtés, avant de déclarer que vous ne méritiez pas Amy.

   - Mon père aimait beaucoup Amy ; elle était la belle-fille qu’il avait toujours espéré pour moi. Harry, lui, n'était vraiment pas conforme à sa vision de la perfection et n’entrait pas dans le moule, c’est pourquoi mon père n’a jamais pu le supporter, bien qu’il l’ait élevé. Quant à moi, il n'accepte pas que je puisse penser différemment de lui.

   - Vos parents étaient pourtant à l'anniversaire de vos filles ?

   - Oui. Mais jusqu'à présent, je ne lui avais pas dit ce que je pensais vraiment, et quand je l’ai fait, il ne l'a pas accepté et m'a renié.

   - Je suis désolé.

   - Ne le soyez pas. Il a fait son choix et j'ai fait le mien. La seule chose qui compte maintenant pour moi, c'est le bonheur de mes filles.

   - Nous comprenons. Qu'allez-vous faire maintenant?

   - M'occuper des funérailles de ma femme et préserver autant que possible mes jumelles. Je pense que nous allons aller vivre quelques temps chez mon cousin.

   - Très bien.

   - Avez-vous d'autres questions à me poser ?

   - Non, ce sera tout. Entre les déclarations du médecin traitant de votre femme, ceux de l'hôpital et tout le reste, nous pouvons attester que vous n'êtes pour rien dans cette tragédie. Recevez toutes nos condoléances.

   - Merci. »

 

Ils le saluèrent et partirent. Dudley revint vers sa famille.

 

« - Nous pouvons rentrer. C’est terminé.

   - Entendu. Tu veux qu’on passe chez toi pour prendre quelques affaires ou ça ira pour cette nuit ?

   - Prenons tout ce dont nous avons besoin. J’aurai pas mal d’allers-retours à faire, mais je veux éviter au moins ça aux filles.

   - Très bien, alors allons-y. »

 

Une fois à la maison, les filles montèrent avec Harry pour faire leur valise. Quant à Dudley, il ne pût s’empêcher de s’approcher de la baie vitrée. En regardant les vestiges de la fête dans son jardin, il eut l’impression de se retrouver dans un de ces décors de films d’horreurs à petits budgets avec ces ballons dégonflés, ces verres renversés, ces serviettes déchirées et ces jouets épars. On aurait dit un jardin abandonné après qu’une fête ait mal tourné… Ouais, leur vie était d’un cliché, hein ? Celle-ci avait volé en éclats brisant à jamais le bonheur familial qu’ils avaient possédé tous ensemble. Ce qu’ils devaient faire maintenant, c’était de rassembler autant de morceaux que possibles afin qu’ils puissent se reconstruire à partir des vestiges d’un temps aujourd’hui révolu. Dudley se détourna donc de son jardin et de son passé pour regarder résolument vers l’avenir qu’il donnerait aux jumelles.

 

Tout en se secouant, il monta l’escalier et entra dans la chambre d’Abby et Addy. Là, il tomba littéralement sur les fesses : la pièce avait entièrement été vidée. Bouche bée, il se tourna vers Harry qui le regarda en souriant tout en secouant sa baguette. Les filles, elles, rirent avant de demander à « Oncle » Harry de recommencer, ce qu’il accepta en disant qu’il était temps de faire la valise de leur père. Les jumelles sortirent en courant de la pièce sans attendre. En secouant la tête, Dudley les suivit incrédule. Mais arrivé devant sa chambre, il ne pût se résoudre à passer le seuil. Harry lui serra l’épaule avant d’entrer. Il sortit une valise de la penderie, l’ouvrit et pointa sa baguette sur elle : « Capacious extremis ; Failamal ». Devant ses yeux éberlués, Dudley vit un ballet dansant de vêtements, de chaussures, d’affaires de toilette,… qui se dirigèrent et se rangèrent dans la valise comme si c’était la chose la plus naturel qui soit, sans parler du fait que tout entra. Les jumelles applaudirent. Fermant le bagage de son cousin, Harry leva une nouvelle fois sa baguette et dit « Locomotor Barda ». La valise s’éleva alors dans les airs et partit rejoindre celle des filles dans le salon. Décidément, la magie était bien pratique. Au moment de partir, Abby et Addy lui demandèrent pourquoi leur maman ne descendait pas du ciel pour venir avec eux. Dudley regarda ses filles, interdit. Harry prit donc le relais :

« - Elle ne peut pas revenir, les filles. Une fois entré au ciel, on ne peut pas redescendre.

   - On peut pas aller la voir ?

   - NON, s’exclama paniqué leur père en les faisant sursauter.

   - Ce que papa veut dire, c’est que si vous montez, vous ne pourrez pas redescendre vous non plus et vous le laisserez tout seul. Vous n’allez pas laisser votre papa tout seul, n’est-ce pas ?

   - Non !

   - Pa’don papa, dit Abby désolée. On le dira p’us !

   - Ce n’est rien. Je suis désolé d’avoir crié. C’est juste que… je me sentirai très triste si je n’avais pas mes petites princesses.

   - Pas peur papa, dit Addy. On est là, nous.

   - Oui. »

 

Dudley serra ses filles contre son cœur, tandis que Harry alluma un feu dans la cheminée (il avait fait une demande en urgence pour raccorder celle-ci au réseau) avant de jeter sur celui-ci une fine poudre qui teintèrent les flammes en vert. Dudley avait déjà vu ça longtemps auparavant, bien que son souvenir le plus marquant de ce jour-là avait été que sa langue s’était allongée de façon impressionnante. Une fois assuré de la connexion, Harry prit leurs valises et leur demanda d’attendre avant de disparaître dans les flammes. En voyant cela, Abby et Addy paniquèrent. Leur père les rassura prestement en leur disant que Harry était en train de voyager dans la cheminée comme le papa noël. Les jumelles ouvrirent alors grands leurs yeux en entendant ces propos et s’approchèrent dangereusement du feu. Dudley les arrêta aussitôt et leur demanda de patienter le temps que Harry revienne. Celui-ci réapparut rapidement et s’avança vers eux :

« - Bien. Nous allons faire un petit voyage dans la cheminée…

   - Papa dit, c’est comme Papa Noël !

   - C’est vrai, sourit Harry. Mais on ne va pas faire un aussi long voyage. Bien. Abby, Addy, vous êtes deux petites filles intelligentes, n’est-ce pas ?

   - Papa dit que oui !

   - Alors c’est que ça doit être vrai. Vous pouvez répéter quelque chose après moi ?

   - Oui !

   - Très bien. Répétez après moi : 12 square…

   - 12 square…

   - Grimmaurd…

   - Grimmaurd…

   - Londres.

   - Londres.

   - Bravo. Allez, en récompense, je vous emmène voyager comme le père noël.

   - Et papa ?

   - Ne vous inquiétez pas. Je vais revenir le chercher. Et puis vous savez, votre tante voudrait beaucoup vous rencontrer ; elle nous attend devant notre cheminée.

   - C’est vrai ? Elle va pas faire mal ?

   - Non, c’est promis. Et demain matin, vous rencontrerez vos cousins.

   - C’est vrai ?!

   - Oui… »

 

Ils s’avancèrent alors tous les trois vers la cheminée au rythme des questions des jumelles ; Abby et Addy étaient tellement concentrées sur les réponses que Harry leur donnait qu’elles ne remarquèrent même pas que les flammes vertes étaient en train de lécher leur peau et leurs vêtements.

 

Quand ils disparurent, Dudley ne pût s’empêcher de s’affoler. C’était irrationnel, il le savait, mais avec tout ce qui était arrivé, il ne pouvait vraiment pas supporter de ne pas avoir ses filles sous les yeux. Il fit alors nerveusement les cents pas, jetant des regards désespérés vers le conduit, jusqu’à l’arrivée de Harry. Celui-ci ne fit aucun commentaire sur l’état de son cousin tandis qu’il l’invita à entrer dans l’âtre pour l’emporter à son tour.

 

Quand ils arrivèrent dans le salon de Harry, Dudley vit que Ginny les attendait avec ses filles. Celles-ci avaient les yeux qui pétillaient quand elles se jetèrent dans les bras de leur père tout en lui racontant leur aventure. Il pouvait à nouveau respirer. Tout en écoutant les jumelles, il salua Ginny et la remercia pour son accueil. Elle lui sourit gentiment avant de les inviter à la suivre :

« - Vos valises sont déjà en haut. J’ai pensé que, dans un premier temps, vous voudriez rester ensemble.

   - Tu as bien fait. Déjà que j’ai paniqué quand les filles sont parties avec Harry… pas parce que je n’avais pas confiance, hein, c’est juste que pour l’instant, j’ai besoin d’avoir mes filles sous les yeux.

   - Je comprends, ne t’inquiète pas. Je réagirai sans doute de la même façon à ta place. Voilà, nous y sommes. C’était la chambre de Sirius, le parrain de Harry.

   - Merci, Gin.

   - De rien… Ah, et Dud ?

   - Oui ?

   - Tu vois ces trois flacons ? Il y a l’intérieur une potion de sommeil sans rêve : le grand pour toi et les petits pour les jumelles.

   - …

   - Au moins pour cette nuit. Accordez-vous juste cette nuit pour pouvoir avoir un sommeil paisible et réparateur. Tu auras tout le temps d’être fort demain, Dud.

   - … Entendu, nous la prendrons.

   - Promis ?

   - Promis.

   - Bonne nuit Abby, Addy. Bonne nuit Dud.

   - Bonne nuit Tante Ginny.

   - Bonne nuit Gin. »

 

Elle referma la porte derrière elle. Dudley regarda autour de lui et vit le lit des jumelles derrière un paravent, leur coffre à jouets dans un coin, leur bibliothèque adossé à un mur,… Leur armoire était également là. Il s’en approcha, l’ouvrit et partit vaillamment à la recherche de deux pyjamas ; il réussit à trouver ce qu’il cherchait sans recevoir une avalanche vestimentaire sur la tête : un exploit.

 

« - Qui veut le mauve et qui veut le jaune ?

   - Jaune, dit Addy.

   - Mauve, dit Abby.

   - Très bien les puces. Allez, on se déshabille et on enfile le pyjama.

   - Et le bain ?

   - Pas ce soir. Demain matin.

   - Ouiii !

   - Papa regarde, s’exclama Addy. J’ai de la peinture partout !

   - Hein ? »

 

Il regarda ses filles et vit plusieurs tatouages qui luisaient faiblement sur leur corps : des lianes de lierre émeraude sur leurs épaules, des flammes rubis formant un V sur leur poitrine, des vagues saphir sur leurs jambes et des ailes couleur pierre de lune dans le dos. Il remarqua également qu’elles avaient retrouvé leurs yeux de chat. Mais qu’est-ce que c’était que tout ça, bon sang ? Il sourit aux filles avec une assurance feinte, leur dit que c’était très joli et qu’ils les montreraient demain à Oncle Harry et Tante Ginny. Rassurées, les filles se mirent en pyjama et ne continrent pas leur joie quand elles comprirent qu’elles pouvaient dormir avec leur papa ; elles burent même leur potion sans rechigner.

 

Il ne leur fallut pas longtemps pour s’endormir. Dudley sourit en regardant dormir ses deux petits anges. Il aurait tout le temps s’inquiéter demain. Il se changea à son tour avant de s’installer entre ses deux petites puces. En remuant dans leur sommeil, elles se collèrent naturellement contre lui. Elles allaient bien, elles étaient vie et c’était tout ce qui comptait. Il prit à son tour la potion et s’endormit rapidement.

 

 

***

 

Au matin, quelques rayons de soleil tirèrent doucement Dudley de son sommeil. Il garda les yeux fermés et tendit le bras en voulant toucher Amy. Il n’y avait que du vide. C’était étonnant : Amy aimait bien paresser au lit le dimanche matin ; elle ne daignait ouvrir les yeux que quand les jumelles déboulaient comme de véritables tornades dans leur chambre. Il ouvrit donc un œil, puis un autre pour se rendre compte qu’il n’était pas dans sa chambre. Les souvenirs de la veille lui revinrent en mémoire comme un coup de poing. Il se redressa immédiatement et chercha ses filles du regard ; elles n’étaient pas là. Une angoisse grandissante le prit à la gorge, quand il sentit dans sa main un papier froissé où une note y était manuscrite :

« Les filles vont bien. Elles sont en bas dans la cuisine en train de prendre leur petit-déjeuner. Ginny. »

 

Elle n’avait donc pas oublié sa panique de la veille et avait veillé à le rassurer suffisamment pour qu’il puisse se lever sans sonner l’alerte. Dudley enfila alors sa robe de chambre et descendit précipitamment l’escalier pour rejoindre la cuisine, où Abby et Addy s’étaient attablées tout comme leurs cousins, autour d’un gargantuesque petit-déjeuner auquel ils faisaient un sort. Quand elles le virent cependant, elles abandonnèrent leur repas et leur place pour courir vers lui. Il se baissa juste à temps pour les réceptionner.

 

« - Papa !

   - Bonjour mes princesses ! Bien dormi ?

   - Oui ! Tu vins t’asseoir ?

   - Avec plaisir, dit-il en souriant et en se laissant guider. Bonjour Harry, Ginny, bonjour James, Albus.

   - Bonjour Dud, dirent Harry et Ginny.

   - Bonjour Oncle Dud, sourirent James et Albus.

   - Tu as bien dormi, me demanda Ginny.

   - Comme un bébé ! Merci Gin pour le mot.

   - Ce n’est rien. Que veux-tu pour ton petit-déjeuner ?

   - Un café pour commencer, s’il te plaît.

   - Kreattur, sers-lui une bonne tasse de ton excellent café, s’il te plaît.

   - Bien Madame Ginerva, répondit l’elfe de maison.

   - C’est qui Ginerba, questionna Addy, mon éternelle petite curieuse.

   - GinerVa, ma chérie. C’est mon nom complet, mais je préfère qu’on m’appelle Ginny ; seule ma mère et Kreattur m’appellent ainsi : ma mère parce que c’est le nom qu’elle m’a donné et Kreattur parce qu’il refuse de prendre quelques familiarités.

   - Pouquoi ?

   - Vois-tu les elfes de maison sont… »

 

Pendant que Ginny expliquait ce qu’étaient les elfes de maison, Kreattur servit son café à Dudley et lui demanda ce qu’il désirait manger avant de se remettre aux fourneaux. Cette créature avait toujours un peu mis mal à l’aise Dudley ; Kreattur n’étant pas humain, il ne savait vraiment pas comment traiter avec lui, sans compter que son visage plissé par les rides et le poids des ans ne lui donnaient guère d’indices quant à ses émotions et son ressenti. La seule chose qu’il pouvait dire à son sujet, c’était qu’il était un excellent cuisinier.

 

Tout en mangeant son petit-déjeuner, il regarda ses filles faire connaissance avec leurs cousins. Albus avait le même âge qu’elles et James deux ans de plus. Le courant semblait bien passer entre ces quatre-là. Certes, James ne pouvait s’empêcher d’embêter son frère et les filles de prendre la défense de celui-ci (en particulier Abby, sa courageuse petite guerrière), mais c’était dans une ambiance bonne enfant que se déroulaient leurs joutes verbales enfantines. Bien que très jeunes, les enfants Potter et les jumelles possédaient une maturité de petits adultes miniatures ; est-ce que cela provenait de la magie, des caractéristiques de nos familles (célébrité pour les Potter et drame pour les Dursley) ou de leur éducation ? Il n’en avait pas la moindre idée, mais il espérait qu’ils n’en oublieraient pas pour autant d’être des enfants.

 

« - Bon, il va falloir que je commence à m’occuper des obsèques et des papiers.

   - C’est quoi des osèques, demanda Addy.

   - Des oBsèques, ma puce. C’est un enterrement, répondit prudemment Ginny. C’est une cérémonie en l’honneur des personnes qui sont montées au ciel.

   - Qui est au ciel, interrogea Addy.

   - Eh bien… ta maman, répondit Harry perplexe.

   - On n’a pas de maman, déclara Abby.

   - Y a juste papa, renchérit Addy. Hein papa ? »

 

Dudley regarda les jumelles, interdit. Ses filles auraient-elles oublié leur mère ? Et si c’était vraiment le cas, était-ce parce que leur esprit juvénile tentait de les protéger ou l’avaient-elles délibérément effacée de leur vie pour ne pas souffrir ? Hagard, il se tourna vers Harry et Ginny, quémandant de l’aide, car là, il se sentait vraiment dépassé.

 

« - Abby, Addy, commença Ginny, pouvez me dire pourquoi vous n’avez pas de maman ?

   - Elle est partie.

   - Ah… d’accord…

   - On a toujours été trois, rajouta Abby, mais c’est pas grave, on a papa.

   - Trois ? Pas quatre ?

   - Ben non, dit Addy en levant trois petits doigts. Papa, Abby, Addy.

   - Mes petites princesses, maman vous a préparés une belle fête pour votre anniversaire hier et…

   - Mais nan, c’est toi ! »

 

Ginny, Harry et Dudley se regardèrent, atterrés. Les filles, satisfaites du silence de leur père, retournèrent à leur conversation avec leurs cousins.

 

« - On devrait peut-être les amener à Ste Mangouste, proposa Ginny.

   - Ste Mangouste ?

   - L’hôpital des sorciers.

   - Tu penses que la magie… Attendez ! Il fallait que je vous parle de quelque chose ! Ça a peut-être avoir avec la situation, pour ce que j’en sais.

   - De quoi s’agit-il, demanda Harry.

   - Tu te rappelles du tatouage vert sur les épaules de mes filles ?

   - Oui.

   - Il y en a d’autres. Je les ai vus en les mettant en pyjama hier soir.

   - De quoi parlez-vous, interrogea Ginny.

   - Hier, Abby et Addy ont subi quelques petites transformations : leurs yeux sont devenus ceux d’un chat, et elles possèdent maintenant quatre tatouages luisants : des ailes blanches dans le dos, des lianes de lierres vertes sur les épaules, des flammes rouges sur la poitrine et des vagues bleues sur les jambes.

   - Des sorcières élémentaires, s’exclama Ginny en se levant d’un bond, surprise.

   - C’est ce que Harry a dit quand il a vu leurs yeux et qu’il a su que les filles attiraient les animaux.

   - Et tu ne me l’a pas dit, Harry !

   - On a été un peu occupé, Ginny ! Et tu aurais pu te poser la question hier soir ou ce matin en voyant les filles !

   - Les yeux de chat ne sont pas forcément significatifs, sauf s’ils apparaissent sur le tard comme dans le cas présent ; elles pouvaient très bien être nées avec !

   - Elles n’avaient pas des yeux de chat sur les photos que Dud nous a envoyées.

   - Comment veux-tu que je m’en rappelle ? Ce n’était que des photos, je ne les avais jamais vues en vrai ! Une photo, c’est beaucoup moins marquant ! La seule chose que je savais à propos de leurs yeux, c’est qu’ils étaient bleus, c’est tout. Je ne suis pas une auror ; je ne me souviens pas du moindre détail !

   - Bon, bon, je suis désolé.

   - Bien… Enfin, pour en revenir à nos dragons, non : le fait d’avoir révélé ce qu’elles sont vraiment ne peut pas être la cause de leur amnésie, car elles ont toujours été des sorcières élémentaires. C’est juste que c’est plus visible aujourd'hui… Mais maintenant que je sais que ce sont des sorcières un peu particulières, il vaut mieux ne pas les amener à Ste Mangouste ; j’aurais trop peur que quelqu’un parle avant que les jumelles ne soient prêtes.

   - Comment ça ? On voudra leur faire du mal ?

   - Bien sûr que non, le rassura Ginny. Mais tout comme Harry, elles vont devenir célèbres et certains voudront essayer de se servir d’elles. Les sorcières élémentaires lient plus étroitement les sorciers à la nature ; elles sont un pont entre nous et elle. C’est pourquoi elles sont si précieuses et importantes.

   - Mais ne t’inquiètes pas, lui dit Harry. Comme je te l’ai dit hier, le fait qu’elles font partie de ma famille les protège. On ne les embêtera pas. C’est juste que le monde sorcier risque d’être très curieux à leur sujet. Du coup, en dehors de la famille, il vaut mieux qu’elles restent cachées du monde aussi longtemps que possible. Ne t’inquiète pas, nous t’aiderons avec tes petites sorcières. Nous les présenterons seulement à la famille Weasley pour que les filles puissent grandir avec plusieurs jeunes sorciers et qu’une fois à Poudlard, elles ne soient pas seules. Le clan protège les siens, donc ils ne diront rien.

   - Mais nous ne sommes pas des Weasley, ni même des Potter !

   - Tu es mon cousin, c’est suffisant !

   - Un cousin avec qui tu as un certain passif !

   - Un cousin qui a travaillé dur sur lui-même ! Un cousin qui a présenté ses excuses sans s’en chercher ! Un cousin qui a protégé ses sorcières de filles malgré son éducation et sa famille ! Tu as plusieurs bons points à ton actif, tu sais !

   - D’accord, d’accord, comme tu veux…, dit Dudley gêné . Mais que fait-on pour l’amnésie des jumelles ?

   - Puisqu’on ne peut pas aller à Ste Mangouste autant retourner à l’hôpital moldu. Ils pourront peut-être nous éclairer sur la situation.

   - Mais un hôpital moldu…

   - Ginny, j’y suis déjà allé quand j’étais gamin. Ils savent ce qu’ils font. Certes, ils ont moins de capacités que nous, mais ils utilisent les leurs à leur maximum. Contrairement à nous qui sommes habitués à la facilité, ils cherchent toujours à se dépasser et repoussent sans cesse les limites de leur savoir.

   - Ok, ok… Bon, petits et grands, j’ai une petite fille à nourrir, mais que cela ne vous donne pas l’autorisation de faire exploser la maison, c’est compris ?

   - Ouiiiiii !

   - Pourquoi est-ce que je ne vous crois pas une seconde, soupira Ginny en souriant.

   - Parce que tu nous connais trop bien, répliqua Harry en riant.

   - T’as une p’tite fille, demandèrent les jumelles excitées.

   - Oui ! Une petite Lily ! Vous la verrez tout à l’heure après qu’elle ait mangé, d’accord ?

   - Ouiiiii », s’écrièrent les filles ravies.

 

Ginny partit en rigolant. Dudley regarda Abby et Addy parler avec excitation de cette petite cousine qu’elles n’avaient pas encore rencontrée. Elles demandèrent des détails aux grands frères qui ne trouvèrent rien à dire sur la petite fille qui était trop jeune pour les suivre dans leurs jeux. Cela ne réduisit pas pour autant l’intérêt des jumelles, pressées de jouer à la petite maman, sans doute celle qu’elles auraient voulu avoir. Il fallait vraiment qu’ils retournent à l’hôpital. Ce n’était vraiment pas une bonne chose qu’elles oublient, sans compter que, si un jour elles retrouvaient la mémoire, cela serait encore plus douloureux d’avoir à affronter sur le tard leur perte et la vérité, surtout s’ils entraient dans leur jeu ; elles pourraient également se sentir trahies.

 

Dudley se leva de table : il était temps de leur donner le bain et de leur faire faire leur toilette. Bien que grommelant qu’elles auraient préféré rester avec James et Albus, elles le suivirent et montèrent dans leur chambre. Il prépara leur bain dans la salle de bain attenante pendant qu’Abby et Addy retiraient tant bien que mal leur pyjama. Ce fut cependant les fesses à l’air qu’il les retrouva, tandis qu’elles sautaient sur le lit.

 

« - Alors, c’est comme ça qu’on se déshabille ?

   - Regarde papa ! Je saute plus haut, s’écria Addy.

   - Nan ! C’est moi, s’exclama Abby.

   - Les filles, ce n’est pas un trampoline ! Allez, descendez de là que je vous enlève votre haut de pyjama !

   - Mais papa, c’est rigolo !

   - Oui, oui, je veux bien vous croire. Mais là, c’est l’heure du bain. Allez, ne me le faites pas répéter !

   - Pfff… soupira Abby.

   - D’accord, dit Addy.

   - Merci mes petits anges ! Je vous ai déjà dit que vous étiez trop mignonnes ? »

 

Les jumelles lui répondirent par un sourire éclatant. Tandis qu’il les aidait à terminer de se dévêtir, il les chatouilla par ci, fit mine de les croquer par là,… La réponse à ses pitreries ne tarda pas : les filles éclatèrent de rire.

 

Une fois dans la baignoire, ce fut une véritable bataille aquatique qui débuta, sans compter que l’eau obéissait étrangement aux souhaits des petites diablesses : des arabesques et des jets d’eau ayant un angle normalement impossible, dansaient sous ses yeux, tel un saisissant ballet aquatique. Après cela, qui d’elles ou de lui avaient gagné cette bataille, il l’ignorait, mais une chose était certaine : un raz-de-marée avait investi la pièce; les murs dégoulinaient d’eau et de larges flaques s’étendaient sur le sol le rendant dangereusement glissant. Ils se regardèrent, penauds, avant de pouffer. Ils allaient peut-être se faire maudire par Kreattur, mais qu’est-ce qu’ils s’étaient bien amusés !

 

Après avoir enveloppé ses filles dans deux serviettes qui avaient échappées à l’inondation, Dudley les ramena prudemment dans la chambre. À peine les avait-il déposées sur le lit qu’on toqua à la porte :

« Entrez ! »

 

Harry et Ginny qui tenait sa fille de deux ans dans ses bras, entrèrent. Abby et Addy, pressées de rencontrer leur cousine, se débarrassèrent de leur serviette et coururent à la rencontre de leurs trois visiteurs. Dudley vit son cousin et sa femme regarder avec admiration les tatouages de ses filles. Il savait qu’ils étaient venus dans l’intention de les voir et que le meilleur moment pour ça était la sortie du bain des jumelles.

 

« - Que c’est joli, s’exclama Ginny.

   - Zoli, renchérit Lily.

   - C’est vrai que c’est beau, dit Harry.

   - Peut-être mais là, ces demoiselles doivent s’habiller. Abby, Addy, combien de fois dois-je vous expliquer que deux jolies petites filles ne doivent pas se balader toutes nues, même s’il fait chaud ?!

   - Mais papa…

   - Lily…

   - Abby ! Addy !

   - Pfff…

   - Vous pouvez souffler autant de fois que vous voudrez, mais ça ne changera rien. Allez vous habiller ! Vos vêtements sont sur le lit ! Vous verrez Lily après ! »

 

Les jumelles grommelèrent, mais obtempérèrent ; elles savaient que leur père ne céderait pas. Dudley se tourna alors vers son cousin pour lui dire qu’ils descendraient une fois prêts. Harry comprit le message et emmena sa femme et sa fille avec lui. Une fois habillés et la toilette faite, ils descendirent au salon où les attendait toute la famille Potter.

 

Harry et Ginny proposèrent de les accompagner pendant que leurs enfants iraient chez la mère de Ginny ; ainsi, entre le rendez-vous médical que Dudley avait réussi à obtenir à cause de la gravité de la situation et l’organisation de l’enterrement, ils ne seraient pas trop de trois pour faire face à cette journée. Dudley les remercia chaleureusement et accepta, reconnaissant. Une fois que Ginny eut déposé leurs enfants chez ses parents, ils partirent donc pour l’hôpital.

 

 

***

 

Le rendez-vous ne leur apporta pas les réponses qu’ils espéraient.

 

Dû au choc causé par l’agression puis la perte de leur mère, leur subconscient les avait protégées de la seule manière possible, c’est-à-dire l’oubli. Cela pouvait être une amnésie temporaire ou définitive. Le médecin leur avait conseillé de ne pas parler de leur mère aux filles, car cela ne ferait que les blesser ; leur oubli n’étant pas volontaire, l’absence de souvenirs risquait de les perturber, si on la leur faisait remarquer. Dudley l’avisa cependant de sa crainte : si les filles venaient à retrouver la mémoire, ne se sentiraient-elles pas trahies par leur silence, ne perdraient-elles pas confiance en leurs proches ? Le docteur le rassura en lui disant que si elles devaient retrouver la mémoire, ce serait dans les jours à venir ; si ce n’était pas le cas, il y avait très peu de chance qu’elles la récupèrent. Bien que mentir aux jumelles même par omission le dérangeait, Dudley décida de faire confiance à l’expert. Après tout, l’agression d’Abby et Addy n’avait laissé aucune autre séquelle ; les jumelles allaient bien. Il se tourna vers Harry et Ginny qui approuvèrent : le bonheur des filles passait avant tout.

 

Après la visite médical, ils se mirent d’accord pour que les jumelles aillent retrouver leurs cousins au Terrier, le domaine du clan Weasley. Bien que dérangé à l’idée de se séparer de ses petits trésors, Dudley les laissa partir avec Ginny ; selon les conseil du praticien, Abby et Addy ne devaient pas se retrouver dans une situation qui les mettraient face aux blancs mémoriels concernant leur mère, ce qui entraînait donc leur absence obligatoire aux obsèques.

 

Une fois Ginny partie, il alla avec Harry au funérarium. Ses parents s’y trouvaient déjà. Il aurait dû s’en douter. Avant que son père n’ait eu le temps de leur balancer son vitriol, il lui dit calmement :

«  J’ai plus de droit que toi d’être ici, alors si tu veux rester, pas de problème, mais tu la fermes. Je ne veux aucune remarque. Si tu n’en es pas capable, tu dégages, point barre. »

 

Peut-être parce que son fils ne lui avait jamais parlé ainsi, Vernon ne souffla mot et sembla s’étouffer avec l’acide qu’il s’apprêtait à proférer, tandis que sa mère, les yeux ronds, avait mis une main devant sa bouche, choquée.

 

Dudley se tourna enfin vers le corps et vacilla à sa vue. Il ne pouvait plus nier la réalité : sa femme gisait bien là, sous ses yeux. Il s’agenouilla alors auprès d’elle et se recueillit pendant plus d’une heure. Puis, se levant difficilement, il partit suivi de son cousin, à la recherche d’un représentant pour discuter de l’organisation des obsèques ; ses parents avaient commencé à faire quelques démarches qu’il laissa majoritairement telles quelles en apportant quelques modifications minimes. L’enterrement fut prévu pour le surlendemain, le temps de laisser au courrier d’apporter la funeste nouvelle. Dudley retourna ensuite auprès d’Amy. Harry, lui, s’en alla, après avoir chuchoté à son cousin qu’il allait remplacer Ginny auprès des enfants qui devaient être maintenant à la maison, tandis qu’elle viendrait ici prendre sa relève. Dudley acquiesça sans mot dire. Ginny arriva quelques minutes plus tard et resta à ses côtés, sous le regard venimeux de son père ; il n’y prêta pas attention, tout à sa prostration. Les minutes et peut-être les heures s’égrainèrent sans qu’il ne s’en rende compte. Ginny finit par lui rappeler qu’il avait des filles qui l’attendaient à la maison et qu’il devait rentrer pour elles. Il se releva donc et la suivit docilement.

 

Dudley se déplaçait lentement, la tête dans un brouillard épais ; il entendit à peine Ginny lui dire qu’elle allait les faire transplaner. Il hocha de la tête, bien avant que son cerveau embrumé n’ai eu le temps de lui signaler qu’il y avait un problème. Un problème qui le secoua et le retourna dans tout les sens, avant qu’ils n’atterrissent devant le domicile des Potter. Il se sentit malade et prêt à vomir tripes et boyaux ; seule la présence d’Abby et Addy venues l’accueillir, lui permit de ravaler le tout afin de ne pas les inquiéter. Il s’installa tant bien que mal sur un des canapés du salon, tandis que Harry lui servit d’office un verre de Whisky Pur Feu. Et tandis qu’il se remettait de ses émotions, les jumelles lui racontèrent avec excitation leur première journée dans le monde magique. Les voir si joyeuses lui mit du baume au cœur.

 

Pendant le repas, Abby, Addy et leurs cousins animèrent le dîner avec les anecdotes de la journée. Cependant, celle-ci ayant était bien remplie, ils ne tardèrent pas à piquer du nez. Bien que les jumelles lui jurèrent qu’elles n’étaient pas fatiguées, Dudley les mit rapidement au lit après une toilette sommaire et, à peine leur tête fut-elle sur l’oreiller, qu’elles s’endormirent sans aucune autre forme de procès.

 

Après avoir rejoint Harry et Ginny au salon, ils mirent tous les trois en place le programme du lendemain : tandis que les enfants retourneraient au Terrier, Dudley et les Potter, eux, occuperaient leur matinée à emballer les affaires d’Amy avant d’aller au funérarium pour veiller sur le corps tout l’après-midi ; le soir, retour à square Grimmaurd pour tout le monde. Le planning ainsi établi, Dudley leur souhaita une bonne nuit et monta se coucher.

 

 

***

 

Revenir chez lui fut un crève-cœur. Heureusement, avoir des sorciers avec soi vous facilitait grandement la vie : en dehors des bijoux qu’il gardait pour les jumelles, Harry et Ginny rangèrent les affaires d’Amy en un tour de baguette dans des cartons étiquetés vêtements, chaussures, manteaux, chapeaux, produits de beauté, bibelots,… Les boîtes furent rapidement empiler dans le bureau. Les sorciers nettoyèrent également le jardin d’un simple « evanesco ». La maison devait être impeccable et prête à recevoir une nouvelle fois Abby et Addy, s’ils revenaient vivre ici ; il fallait donc effacer le souvenir omniprésent d’Amy en ces lieux. Ils ne laissèrent que ses photos qui ne seraient cachées qu’une fois les obsèques terminées.

 

Après avoir mangé, ils allèrent au funérarium pour l’après-midi. Pétunia et Vernon étaient déjà là, mais ne firent aucun commentaire. Dudley les ignora tout en s’approchant d’Amy :

« Abby et Addy vont bien malgré ce que tu leur as fait… Au début, elles ne comprenaient pas et demandaient où tu étais… c’était comme si leur esprit refusait ce qu’il s’était passé entre toi et elles… Nous leur avons dit que tu es montée au ciel, mais elles ont vu ça comme un abandon… Quand on additionne le tout, cela fait beaucoup pour des petites filles… elles sont devenus amnésiques et ignorent qu’elles ont eu une mère un jour… Il se peut qu’elles ne se rappelleront jamais de toi… Dis-moi Amy… c’était vraiment ce que tu voulais ? Ou était-ce pour suivre l’idéal de mes parents dans leur recherche d’une normalité qui n’est qu’apparente ? »

 

Le hoquet de sa mère en entendant cela, lui fit lever la tête et Dudley la vit pâle comme un linge. En se tournant vers son père cependant, il ne vit que colère et haine. Alors il se leva et demanda aux employés du funérarium de sortir et de les laisser seuls avant de s’adresser à son père :

« Oui papa, c’est tes préjugés qui l’ont tuée, mais seulement après qu’elle ait failli devenir une meurtrière. Quand je suis monté après ton coup de téléphone, je l’ai surprise en train de les étrangler. Et tu sais ce qu’elle m’a dit quand je l’ai séparée des jumelles ?… Elle m’a dit qu’une fois les filles mortes, on pourrait recommencer et avoir des enfants normaux. Normal, ton maître mot, n’est-ce pas ?… Qui es-tu pour juger de ce qui est normal ou non ?… Chez toi, tout n’est qu’apparence ! Tu lui as fourré dans la tête que les sorciers étaient des monstres, mais je n’en vois qu’un ici : Toi ! … Après l’enterrement, je ne veux plus jamais te voir. »

 

Sans un mot, son père se leva et, entraînant Pétunia dans son sillage, s’en alla. Même maintenant, alors qu’il connaissait la vérité, il ne regrettait pas le moins du monde. Pour lui, les sorciers étaient une engeance maudite qu’il ne fallait en aucun cas fréquenter. Il ne changerait jamais. Une fois les obsèques passées, Dudley ne le reverrait plus, c’était un fait. Du côté de sa mère par contre, il y avait de l’espoir. Il lui faudrait juste du temps pour avoir le courage de venir le voir, mais il espérait que ce jour viendrait bientôt.

 

Après leur départ, Harry et Ginny le serrèrent dans leurs bras, et là, il s’autorisa à pleurer ; il n’avait pas seulement perdu sa femme, mais aussi son père. Demain ne serait pas seulement l’enterrement d’Amy, mais aussi de la vie qu’il connaissait.

 

 

***

 

Le lendemain, la famille, les amis et les collègues étaient au rendez-vous. Certains étaient là pour se montrer et jaser ou pour Amy, et d’autres parce que c’était la chose à faire ou pour soutenir Dudley dans son deuil. Après avoir écouter les paroles rituelles et le sermon du pasteur, on vint offrir à la famille les condoléances d’usage. Les voisins lui dirent combien ils appréciaient Amy et qu’ils regrettaient qu’elle soit partie si vite, tandis que les « Mamans Vipères » vinrent pleurer sur son épaule la perte de leur amie et rivale. Une fois ce défilé d’invités terminé, Dudley invita tout ce beau monde à venir se restaurer au buffet préparé à leur intention. Et ce fut entouré de Harry et Ginny qu’il quitta le cimetière.

 

Pendant le buffet, les invités partagèrent leurs souvenirs d’Amy ; Abby et Addy étaient omniprésentes dans ceux-ci, comme pour demander à Dudley pourquoi elles n’étaient pas là. Il esquiva habilement les questions à leur sujet avec l’aide de Harry et Ginny. Il fut facile de se débarrasser des « Mamans Vipères » qui furent plus qu’heureuses de pouvoir l’aider à se séparer des souvenirs matériels d’Amy, enfermés dans les cartons stockés dans son bureau ; ce n’étaient plus des vipères qui embarquèrent les boîtes, mais des vautours. Les voisins, eux, furent plus compliqués à évincer, mais Ginny eut la bonne idée de leur parler du joli quartier qui était le leur, ce qui les lança automatiquement dans un exposé listant les qualités nombreuses de cette partie de la ville. Quant aux collègues de Dudley, ils ne restèrent juste que le temps nécessaire pour apporter leur soutien avant de se retirer. Ses parents non plus, ne s’éternisèrent pas ; dès qu’ils avaient été sûrs de pouvoir s’en aller sans devenir le prochain sujet de ragot à la mode, ils lui dirent au revoir (la présence des invités les soumettait à la loi de la politesse) et s’en allèrent.

 

La journée avait été éprouvante, tant physiquement que psychologiquement. Ce fut un soulagement pour Dudley que de fermer la maison pour partir avec Harry, Ginny les ayant devancés pour aller chercher les enfants. Arrivé à square Grimmaurd, il serra Abby et Addy dans ses bras puis les écouta lui raconter leur merveilleuse journée. Là où elles étaient, il était chez lui.

 

 

***

 

Dudley avait devant lui trois semaines de congé qu’il devait mettre à profit pour prendre les décisions qui s’imposaient. Restaient-ils dans leur maison ou allaient-ils déménager ? Devait-il s’attacher le service d’une nanny à domicile ou d’une assistante maternelle qui travaillait chez elle ? Sans compter qu’à cause des tatouages, cela coinçait pas mal que ce soit du côté moldu ou celui des sorciers ; de plus, le pouvoir des jumelles allait encore grandir et les manifestations magiques seraient de plus en plus fréquentes. Il y avait aussi la question de son travail : devait-il démissionner ou demander des heures plus stables ? Et s’il démissionnait, qu’allait-il pouvoir faire ? En résumé, c’était un véritable casse-tête qui se présentait à lui.

 

Quand Dudley parla à Harry et sa femme de toutes les questions pour le moment sans réponse qu’il se posait, Ginny lui conseilla de laisser retomber la pression et d’attendre avant de prendre une quelconque décision. Tout était trop frais dans sa tête pour qu’il puisse réfléchir rationnellement. Ce qu’il lui fallait pour l’instant, c’était du repos et du temps avec ses filles. Sans compter qu’il devait profiter de cette période pour en apprendre un peu plus sur la magie. Et quant aux questions qu’il se posait, Ginny le rassura une nouvelle fois en lui disant qu’ils l’aideraient avec les jumelles et leur magie ; il ne lui resterait donc plus que les problèmes posés par leur lieu d’habitation et son travail, dont les solutions dépendaient pour beaucoup des réponses apportées aux points précédents. Elle avait vraiment pensé à tout. Dudley se tourna alors vers son cousin :

« - Rien à ajouter, déclara-t-il narquois.

   - Ne t’en prends pas à moi. J’y suis pour rien si tu t’es fait alpaguer par la tornade de la directive Ginny, sourit Harry.

   - Hé, s’indigna celle-ci.

   - Tu sais, poursuivit-il sans prêter attention à cette interruption, je ne suis pas doué avec les émotions des autres ; je ne sais pas comment réconforter une personne et encore moins la conseiller sur ses états d’âmes. La seule chose que je sais faire, c’est agir. En dehors de ça, je préfère laisser Ginny gérer ; je fais moins de dégâts de cette façon.

   - Ouais, tu me le laisses le retour du bâton s’il y a, en somme ?

   - Tu as tout compris, ma chérie ! Je ne suis pas du genre à tendre le bâton pour me faire battre, tu le sais !

   - En même temps, si on te laissait faire, ça pourrait être une vraie catastrophe…

   - Une fois, Hermione a dit à Ron qu’il avait la capacité émotionnelle d’une petite cuillère. Je pense que ce jour-là, elle a été suffisamment charitable pour ne pas m’inclure dans le lot, même si à mon avis, elle le pensait.

   - Mais non, quand même pas ! Ron n’a pas de tact, voilà tout ! Toi, tu es juste un petit peu trop maladroit. Rien de bien insurmontable !

   - Je ne sais vraiment pas comment je dois le prendre, là ! »

 

Ils éclatèrent de rire. Dudley eut un petit sourire à la vue de cette complicité, même si ça lui fit mal : il ne connaîtra plus ce genre de moments avec Amy. Il sentit alors poindre un certain ressentiment à l’égard du couple qu’il balaya vite fait de son cœur. En effet, ce serait inadmissible que de penser que parce que sa vie maritale s’était achevée, la leur devait elle aussi s’arrêter. Il était hors de question de laisser un tel sentiment négatif prendre le pas sur son cœur.

 

« -Pour en revenir à mes questions, qu’est-ce que je peux faire ?

   - Ah oui ! Le mieux serait que toi et les filles alliez vous ressourcer chez ma mère !

   - Hein ?! Pardon ?!

   - Bien sûr, Harry et moi viendrons avec vous ; mais le meilleur moyen pour répondre à tes interrogations sur les filles et la magie, c’est d’aller au Terrier.

   - Je ne vois pas ce que le Terrier à avoir avec mes questions.

   - C’est simple ! Tu seras en immersion totale dans le monde la magie et les filles seront entourées de plusieurs petits sorciers avec qui elles pourront échanger. De plus, il y a quelqu'un que je veux te présenter : elle a terminé son contrat de gouvernante auprès de l’ambassadeur français depuis que les enfants de celui-ci sont partis à Beauxbâtons.

   - Gouvernante ? Beaux bâtons ?

   - Beauxbâtons est une école de sorcellerie française.

   - Oui, mais une gouvernante… je n’aurais jamais les moyens de m’attacher les services de ce genre d’employés.

   - Ne t’inquiète pas ! C’est juste le nom pompeux d’une nanny! Si vous arrivez à vous attendre, elle t’aidera avec les jumelles et l’entretien du foyer.

   - Je ne sais pas, Ginny…

   - Allez, on verra bien ! Tu n’as pas à te décider tout de suite, tu sais. Dans tous les cas, j’aimerai que tu ailles au Terrier. Laisse ma mère vous chouchouter les filles et toi !

   - … Si j’accepte de venir, ça ne veut pas pour autant dire que j’embauche automatiquement la gouvernante ! Je veux la rencontrer et discuter avec elle ! Je ne vais pas confier mes filles à une étrangère comme ça !

   - Bien évidemment ! C’est tout à fait normal ! Elle va elle aussi venir au Terrier dans la semaine pour se reposer. Tu auras tout le temps de faire sa connaissance. »

 

Dudley était partagé. Il avait bien envie de lâcher prise, mais de là, à laisser les rênes à une personne qu’il ne connaissait pas, même si c’était la mère de Ginny… Sans parler de cette gouvernante ! Rien qu’à l’idée de devoir confier les jumelles à une étrangère lui fichait une trouille de tous les diables ! Il savait qu’il n’avait pas le choix, mais cela ne rendait pas la décision facile. Cependant, le bonheur des filles passait avant tout ; elles se plaisaient au Terrier et étaient heureuses de pouvoir être enfin elles-même tout en se découvrant chaque jour un peu plus. Il savait également que c’était là que Harry avait été le plus heureux dans son enfance, les Weasley étant sa famille d’adoption. Il regarda Abby et Addy et sa décision fut prise : elles étaient sa priorité, alors il allait les amener là où elles pourraient se reconstruire.

 

Il se tourna vers Harry et Ginny en déclarant : « Va pour le Terrier ! »

 

 

Chapitre 4: Le Terrier by Elunedril
Cet endroit était totalement insolite. Biscornue avec, aux étages supérieurs, des ailes qui s’épanouissaient comme les pétales d’une fleur, la demeure paraissait à la fois incongrue dans la bonne vieille campagne anglaise et parfaitement bien intégrée à son environnement. D’un point de vue complètement moldu, cette maison était impossible à envisager et aurait dû s’écrouler. Dudley ne savait vraiment pas trop à quoi s’attendre en arrivant, mais le manque de stabilité apparent de la maison l’inquiéta, et puis, ne dit-on pas que le foyer est à l’image de son propriétaire. À cette dernière pensée, il eût l’envie irrépressible de tourner les talons et de s’enfuir en courant, avec les jumelles. Celles-ci, cependant, filèrent folles de joie vers l’habitation sans aucune hésitation ; elles y étaient déjà venues et semblaient heureuses d’y revenir.

« Mamolly ! » crièrent-elles en ouvrant le portique qui ouvrait sur le jardin. En entendant cela, Dudley se retourna vers Ginny en mimant de ses lèvres un « Mamolly » interrogateur ; elle lui répondit en souriant que tous les enfants de la famille appelaient sa mère ainsi et que les filles avaient pris naturellement le pli. Dudley hocha alors de la tête, compréhensif, malgré son inquiétude par rapport au fait qu’Abby et Addy semblaient s’être rapidement attachées à cette Mamolly.

En dépit de son appréhension face à l’incongruité de la demeure, il suivit bravement Harry et Ginny à l’intérieur. Là, dans la cuisine, une femme écoutait avec beaucoup d’attention ce que lui racontaient les jumelles. Elle avait les même cheveux roux que sa fille, bien que les siens avaient perdu leur éclats et étaient striés de filaments d’argent ; petite et replète, ses yeux noisette reflétaient une bienveillance toute maternelle.

« - Mamolly, c’est papa ! Papa, c’est Mamolly, s’écrièrent les jumelles en voyant leur père entrer.
   - Bonjour, sourit la femme. Je suis Molly Weasley, la maman de Ginny.
   - Mais non, s’écrièrent les filles en entendant cela. Tu es Mamolly !
   - Ah ! Ah ! Ah, rit Molly. Pour vous mes chéries, je serai toujours Mamolly, mais pour les grands comme Harry ou votre papa, je suis Molly.
   - Enchanté, je suis Dudley, dit-il précipitamment, coupant ainsi l’herbe sous les pieds d’Abby et Addy. Je vous remercie de m’accueillir sous votre toit.
   - Oh ce n’est rien, voyons ! Et puis, vous avez de si adorables petites jumelles ! C’est un régal pour les yeux de les voir s’amuser et rire !
   - Je sens que nous allons bien nous entendre, sourit-il.
   - Et comment », renchérit Molly avant d’éclater d’un rire de connivence.

Dudley joignit son rire au sien ; cela faisait du bien. Molly dégageait une forte aura de gentillesse et de douceur ; elle incarnait parfaitement la chaleur et la sécurité d’un foyer aimant. Il se détendit donc peu à peu en présence de cette femme qu’il n’avait aperçu que de loin en venant chercher Harry à la gare de King’s Cross. À cette époque, il était terrifié par tous ces sorciers qui avaient le pouvoir de le transformer en porcelet. Comme les temps changeaient: aujourd’hui, son père l’avait rejeté et cette femme l’accueillait comme un membre de sa famille.
« - Vous avez faim, leur demanda Molly. Je peux vous préparer un petit en-cas en attendant le repas de midi. Arthur a prévenu qu’il sera un peu en retard.    - Peut-être un peu plus tard, maman. Il faut déjà aider Dud et les filles à s’installer.
   - Excellente idée ! J’aivaisdans l’idée d’installer les filles dans ta chambre, Ginny, et Dudley dans celle de Percy qui se trouve en face. Est-ce bon pour vous trois ?
   - Ce sera parfait madame Weasley.
   - Oh ! Appelle-moi Molly ! Vous avez amené la chambre des filles ?
   - Oui, répondit Harry. Dans leur valise.
   - Très bien ! Alors, allons les installer. Venez mes petites chéries, je vais vous montrer votre chambre !
   - D’accord ! »

Dudley frissonna à de nombreuses reprises lors de son ascension : l’aspect bancal des marches qui semblaient être en équilibre précaire, ne le rassurait vraiment pas du tout, et il avait, en plus, l’impression d’être entré dans un labyrinthe, les escaliers partant dans diverses directions sans qu’on puissent en voir la fin.

« - On a dû agrandir la maison quand le nombre de couples et d’enfants réunis à dépasser l’ancienne capacité du foyer.
   - C’est vrai, éclata de rire Ginny. Maintenant, elle part dans tous les sens en haut, et en bas, elle est devenue rondouillarde.
   - Il fallait bien que tous le monde puisse s’installer au salon et à la salle à manger, se justifia Molly.
   - Mais oui maman, je te taquine !
   - Combien avez-vous d’enfants et de petits-enfants, demanda Dudley.
   - J’avais sept enfants, mais la guerre m’en a pris un, Fred… Et maintenant, j’ai douze petit-enfants, plus Teddy !
   - Ah oui ! Le filleul de Harry !
   - En effet ! Tu le connais ?
   - Je l’ai vu une ou deux fois quand je venais voir Harry. C’est un chouette petit gars !
   - C’est vrai, il est super ! Il s’est bien intégré à la famille tout comme sa grand-mère, Andromeda.
   - Teddy, s’exclamèrent les jumelles. Y peut avoir un nez de cochon, un nez de canard ! Y change de couleur !
   - Teddy change de couleur, demanda Dudley en souriant.
   - Nan ! Ses cheveux !
   - Ah ! D’accord ! Je comprends mieux. »

Abby et Addy éclatèrent de rire et racontèrent à leur père tout ce que faisait Teddy. Dudley était heureux de voir ses petits trésors pleins de vie et rire de tout et de rien. Quand Molly ouvrit enfin une porte, les filles n’hésitèrent pas une seule seconde à s’y engouffrer. C’était une chambre de couleur rose pâle presque blanc ; les meubles étaient en bois de rose et sculptés à la main. Des posters et des photos animés étaient accrochés au mur. Dudley vit que tout le mobilier avait été poussé le long du mur du fond afin qu’ils puissent installer celui des jumelles ; il était important qu’elles s’y sentent à l’aise et chez elles, même si ce n’était que pour un temps. Harry ouvrit la valise et fit sortir les affaires d’Abby et Addy: lits jumeaux, armoire et coffre à jouet. Il se plia ensuite volontiers aux diktats des jumelles pour placer leurs meubles là où elles le souhaitaient. Pendant ce temps, Ginny conduisit Dudley dans sa nouvelle tanière.

Pendant que Ginny l’aidait à ranger ses affaires dans l’armoire, elle lui expliqua où se trouvait la salle de bain et les toilettes, et lui avoua de ce qui se passait ici le dimanche : c’était le jour du repas dominical où toute la tribu se réunissait. Elle avait vraiment bien fait de ne pas lui dire avant ; il n’aurait jamais accepter de venir s’il l’avait su. Dudley regrettait de ne pas avoir interrogé plus en avant les jumelles ; après tout, elles étaient présentes lors du dernier repas. Quand elles avaient parlé des cousins de James et Albus, il avait pensé que les petits-enfants étaient juste venus voir leurs grands-parents, pas que c’était habituel. Il avait l’air malin maintenant ! Surtout que Ginny lui avait arraché la promesse qu’il resterait au minimum deux semaines et c’était pour le bien d’Abby et Addy, cela va sans dire ! Il lança un regard de reproche à la coupable impénitente. Elle ne regrettait absolument pas, au contraire, elle jubilait tout en lui renvoyant un immense sourire. Dudley l’aurait étranglée. Ce repas dominical allait être un véritable enfer : il y aurait 28 sorciers autour de la tables pour dévisager la petite famille Dursley. Il espérait de tout son cœur pouvoir en réchapper s’il ne trouvait le moyen d’esquiver. Abby et Addy avaient survécu, pourquoi pas lui ?

Quand Arthur Weasley arriva, Abby et Addy l’accueillirent en fanfare. Tout comme pour Molly, elles semblaient grandement l’apprécier. Suivant l’exemple de James et Albus, elles l’appelaient « Papiyu ». Il embrassa chacun des enfants tout en écoutant le déluge du babillage enfantin qui s’abattit sur lui. Quand il pût enfin se tourner vers son invité, il regarda Dudley en souriant, lui souhaita la bienvenue sous son toit et lui demanda de l’appeler Arthur. Dudley se sentit à nouveau très à l’aise : cet homme jovial et débonnaire, au crâne dégarni, était un patriarche respecté et aimé par les siens, comme le témoignait l’attitude des enfants, de Ginny et de Harry. Quand il observa de plus près Harry avec Arthur et Molly, il ne vit qu’un fils entouré de ses parents aimants. Dudley en était heureux pour son cousin.

Midi avait sonné depuis longtemps ; tout le monde prit place à table, les ventres gargouillant et les estomacs affamés. Molly servit un repas gargantuesque. Une fois installé entre les jumelles, Dudley voulut d’abord s’occuper des assiettes de ces filles, mais il vit que tout avait été préparé : la viande avait été coupée en petits dés, et les légumes réduits à l’état de purée. Il n’eut donc qu’à les aider avec la première cuillère avant qu’elles ne se décident à manger seules. Quand il attaqua son repas à son tour, ce fut un véritable festin pour les papilles. Dudley se régala, à tel point qu’il se resservit ; il ferait plus de sport pour compenser. À cette pensée, il se rappela alors qu’il avait quelque chose à demander à Harry :
« - Harry ?
   - Oui ?
   - Est-ce qu’il te serait possible de passer chez moi dans la semaine ?
   - Un problème ?
   - Pas vraiment, mais il faut que j’aille chercher quelques affaire de sport. Même si je ne fais plus de compétition, j’ai besoin de m’entraîner. Et la course à pied ne me suffira bientôt plus.
   - Je pourrais y passer ce soir, si tu veux. Je dois aller au bureau pour régler deux trois choses qui ne peuvent pas attendre demain.
   - C’est vrai ? Ce serai génial ! Tout est dans l’abri de jardin. Il y a un punching-ball portatif et…
   - Je prendrais tout ce qu’il y a à l’intérieur, ne t’inquiète pas.
   - Hein ? Ah oui, c’est vrai ! Bon, rappelle-moi de te donner la clé pour…
   - Dud, je n’en aurais pas besoin.
   - Mince, j’ai tendance à oublier, désolé.
   - Ce n’est rien. Arthur, serait-il possible de faire de la place dans l’annexe de jardin ?
   - Oui, pas de problème.
   - Je suis désolé de vous déranger, dit Dud en se tournant vers le patriarche.
   - Oh, ne t’excuse pas ! Mais dis-moi, qu’est-ce qu’un puchiball ?
   - Un punching-ball. C’est un sac de frappe. On s’en sert généralement pour les entraînements de boxe.
   - Et qu’est-ce que c’est que ça, la boxe ?
   - La boxe est un sport… euh… moldu. C’est un sport de combat.
   - Vous vous battez, s’exclama Molly, indignée.
   - Molly, intervint Harry, c’est comme pour les clubs de duel : c’est contrôlé. Il y a des gestes autorisés et interdits comme pour nos sorts. Chaque sport de combats moldus ayant ses propres techniques, cela demande des années d’entraînement et seuls quelques rares combattants peuvent atteindre le plus haut niveau et en vivre. Dud aurait pu faire partie de ses rares privilégiés, mais il a juste choisi une autre voie.
   - Tu es bien au courant, dis-moi, dit Dudley surpris. Comment est-ce que tu sais que j’aurais pu passer au niveau professionnel ? Je ne t’en ai jamais parlé.
   - Gin et moi, on est venu te voir à ta dernière compétition, celle où tu as révélé que c’était la dernière et au grand dam des spectateurs et commentateurs ; ils ont parlé des propositions que tu avais reçu.
   - Ah… mais pourquoi n’es-tu pas venu me voir après le match ?… Ah !… mes parents…
   - Oui, tes parents…
   - En tout cas, dit Ginny en chassant le moment de gêne, c’était vraiment intense. Tu as été impressionnant. Dis… tu pourras me montrer certaines de tes techniques ? Bon d’accord, je sais que je ne suis pas bien épaisse, mais…
   - Ça, ce n’est pas un problème ! Il existe des catégories poids plume ! Par contre, dit-il en baissant la voix, en voyant le regard de ta mère, je me dis que je risque en prendre pour mon grade si je venais à te montrer quoi que ce soit. Et elle a l’air carrément terrifiante, là !
   - Maman, cesse de regarder Dudley de cette façon. Et tu sais très bien que si j’ai envie de faire quelque chose, je le fais ! Je n’ai pas besoin de ta permission !
   - Mais c’est du combat ! Une jeune femme ne devrait pas…
   - Maman ! Dois-je te rappeler que tu as fait exploser Bellatrix ?!
   - Ce n’est pas pareil ! C’était la guerre ! Et je ne l’ai pas touchée !
   - Tu peux jouer sur les mots, mais ça reste du combat ! Dudley, lui au moins, il amoche son adversaire, il ne l’explose pas », sourit Ginny taquine.

Au moment où Molly allait répliquer, James et Albus applaudirent. Tous les adultes se retournèrent et virent que les assiettes des jumelles s’étaient transformées en potager ; leurs légumes avaient poussé comme s’ils avaient été plantés quelques mois auparavant. Les filles commencèrent à paniquer et se mirent à pleurer. Dudley se leva rapidement et essaya de cacher les assiettes-potager tout en s’excusant.

« - Ne t’excuse pas Dudley, l’interrompit Arthur par-delà les pleurs. N’oublie pas qu’ici, elles sont entourées de sorciers, nous ne les jugerons en aucune façon.
   - Désolé. L’habitude, je suppose, dit-il en tentant de rassurer les jumelles qui pleuraient toujours. Je devais toujours être prêt à intervenir en cas de magie spontanée.
   - Ce n’est rien, détends-toi. Tu es entouré d’amis qui t’aideront à protéger tes petits trésors.
   - Merci. »

Dudley ne savait pas quoi dire d’autre. Après avoir passé plusieurs semaines à s’inquiéter, il avait maintenant la possibilité de se reposer sur quelqu’un, ou en l’occurrence sur un clan dont il n’avait vu qu’une toute petite partie. Il sentit un poids énorme délester ses épaules. Ginny lui sourit, l’air de dire « je te l’avais bien dit ». Dudley leva les yeux au ciel en lui souriant. Puis, se tournant, il dit aux jumelles qu’elles n’avaient rien à craindre, que c’était de la belle magie, qu’elles étaient extraordinaires, ce à quoi les filles rétorquèrent :
« Nan ! On est des monftres ! C’est maman qui a dit ! Elle nous z’aime p’us ! Elle est partie ! »

Dudley stoppa net. Ses filles venaient de parler de leur mère. La magie, le fait qu’il avait tenté de dissimuler celle-ci et la peur d’être rejetées avaient tout remonté à la surface. Leur mémoire revenue les avait confrontées à une réalité bien dure. Dudley se mit à la hauteur des jumelles, et après les avoir un peu calmées, leur demanda :
« - Est-ce que vous pensez qu’oncle Harry est un monstre ?
   - Nan, reniflèrent Abby et Addy.
   - Est-ce que vous pensez que tante Ginny est un monstre ?
   - Nan.
   - Est-ce que vous pensez que James et Albus sont des monstres ? 
   - Nan.
   - Est-ce que vous pensez que Mamolly et Papiyu sont des monstres ?
   - Nan.
   - Eux aussi font de la magie. S’ils ne sont pas des monstres, vous non plus. C’est un très joli potager que vous avait fait là, même si j’aurais préféré que vous terminiez vos légumes. »

Les jumelles firent un petit sourire en essuyant leurs larmes avec leurs manches.

« Et vous savez quoi les filles, intervint Molly ; nous allons planté ces légumes dans un coin du jardin ! Ce sera le potager d’Abby et Addy ! Ça vous ferait plaisir ? »

Abby et Addy hochèrent timidement de la tête. James et Albus protestèrent en disant qu’eux aussi voulaient leur potager. Molly rit en leur disant qu’elle en planterait un avec eux aussi, à côté de celui de leurs cousines, mais seulement après manger.

Le repas continua ensuite comme si rien ne s’était passé. Les filles, apaisées, mangèrent leur dessert tout en discutant avec leurs cousins de leurs futurs potagers, mais Dudley savait qu’il faudrait tôt ou tard discuter de tout cela : parler de leur mère et faire en sorte que les jumelles puissent laisser le passé derrière elles, sans éprouver une quelconque culpabilité ; leur mère avait fait son choix, et Abby et Addy n’en étaient absolument pas responsables. Il lui faudrait juste trouver les bons mots. Mais pas maintenant. Peut-être ce soir, ou demain. Il savait qu’il procrastinait, mais tant pis, il assumait.


***
La journée s’était bien terminée. Abby et Addy n’avaient plus eu le temps de penser à leur mère, tant elles étaient tout à leur potager et leurs jeux. Comme promis, Harry avait ramené en fin de journée l’équipement de Dudley et celui-ci avait pu s’entraîner sous les regard admiratif de toute la famille, même si Molly s’en défendait. Harry se joignit à sa femme pour apprendre quelques techniques qui pourraient être utiles pour les sessions sportives et obligatoires des aurors. Dudley fut fier de pouvoir apporter sa contribution à ceux qui protégeaient le monde sorciers et parfois à celui des moldus ; après tout, ils pourraient bien un jour avoir à protéger ses filles, une chose laquelle il ne préférait pas trop penser.
Le soir venu fut pour lui le moment qu’il redoutait : celui d’une discussion sérieuse avec ses filles.

Après les avoir douchées et mises au lit, il leur demanda de quoi elles se souvenaient :
« - Maman fait bobo au cou, dit d’une voix tremblante Addy.
   - Elle dit que Abby et Addy sont des monftres, souffla ensuite Abby. Le cou… mal…
   - D’accord, murmura Dudley. Comme je vous l’ai dit à table, vous n’êtes pas des monstres. Harry et les autres non plus. Vous êtes juste incroyables. Mais vous savez, maman était très malade dans sa tête ; le docteur l’a dit à papa. Elle ne savait plus vraiment ce qu’elle faisait.
   - T’as dit aussi à maman monftre, dit Addy.
   - Euh… eh bien… je voulais que maman m’entende… sa maladie l’empêchait de savoir ce qu’elle faisait… j’espérais qu’elle entendrait ce que je disais…
   - Mais elle pas entendu, s’écria Abby. Elle saute sur nous.
   - Oui, mais elle a reculé.
   - Peur, maman peur, sanglota Abby. Papi aussi.
   - Maman ne pouvait pas comprendre. Elle était très malade. Quant à papi, il n’aime pas grand-chose, ni grand-monde ; il n’aime pas papa non plus. Il a choisi de ne pas avoir de famille. Mais ce n’est pas votre faute, c’est la sienne.
   - Et mamie ?
   - On reverra mamie, mais pas tout de suite. Mamie est triste que maman soit partie au ciel. Mais elle reviendra nous voir quand elle le pourra… Vous savez, la sœur de mamie aussi était une sorcière ; c’était la maman de Harry. C’était une grande sorcière.
   - C’est vrai, demandèrent les jumelles, ébahies.
   - Mais oui ! On demandera à Harry, si vous voulez. Vous voyez, vous n’êtes pas seules, mes chérie ! D’accord ?
   - D’accord !
   - Allez ! Au lit ! »

Dudley leur lut une histoire, les borda et éteignit la lumière. Il savait que la conversation reviendrait souvent sur le tapis ; les filles auront besoin d’être souvent rassurées. Mais ça irait, ils n’étaient pas seuls. Ils feraient face à ce nouveau monde qui s’ouvrait devant eux.


***
Le lendemain, après avoir fait son footing matinal, Dudley entra dans la cuisine. Là, un petit-déjeuner bruyant se déroulait dans les cris et les rires ; la raison, une bataille de nourriture avait été lancée et les adultes présents avaient perdu le contrôle. Les plus jeunes, eux, s’étaient retranchés derrière leur coin de table : les filles d’un côté et les garçons de l’autre.
« ARRESTO MOMENTUM ! »

La nourriture se suspendit alors dans les airs. Tout le monde se retourna vers une Ginny flamboyante, très en colère et barbouillée de tâches de confiture. Elle aurait pu être effrayante sans cette confiture, mais le résultat coloré était si désopilant que toute la famille éclata de rire. Ginny essaya de maintenir sa colère, mais finit par céder à la bonne humeur générale et joignit son rire à celui des autres, ce qui entraîna le relâchement de son sort ; la nourriture qui était en apesanteur retomba sur tous les convives. Tous rirent de plus belle en voyant l’état de leurs voisins de tables. Puis Molly leva à son tour sa baguette et déclama un puissant « Tergeo » , ce qui les nettoya de la tête aux pieds et un « Recurvite » pratique qui lava toute la cuisine.

« Bien, la guerre est finie, mes enfants, dit Arthur avec autorité mais en souriant. Prenons notre petit-déjeuner ! »

Tous se réinstallèrent à leur place et Dudley, qui s’était retranché dans un coin afin d’éviter d’être enrôlé dans cette bataille endiablée, s’installa entre ses filles. Celles-ci lui sourirent, l’œil pétillant. Il leva les yeux au ciel et cacha du mieux qu’il pût son sourire. Ginny, assise en face de lui, n’était pas dupe.

« - Ne penses pas que je ne sais pas que tu as envie de rire !
   - Je n’ai rien dit !
   - Pas besoin, ton sourire parle pour toi !
   - Navré.
   - Non, tu ne l’es pas.
   - C’est vrai ! Tu étais très joli avec toutes ses couleurs !
   - Je trouve aussi ! Tu as envie d’essayer ?
   - Sans façon !
   - … L’ex-gouvernante de l’ambassadeur arrive cet après-midi.
   - C’est quoi cette entrée en matière ?!
   - Il fallait bien que je la glisse dans la conversation !
   - Tu es passé du coq à l’âne ! Je ne suis pas une girouette !
   - Je voulais noyer le strangulot.
   - Même si je sais pas ce qu’est un strangulot, tu t’es complètement loupée pour le coup !
   - Je le vois bien… Allez, ça va bien se passer ! Tu l’as dit toi-même : la rencontrer ne veux pas dire l’embaucher !
   - Je sais bien, mais ça va trop vite !
   - Ce n’est qu’une impression, je t’assure ! Tu vas voir, elle est géniale, Gabrielle !
   - C’est qui Gabrielle, demandèrent les jumelles.
   - Gabrielle Delacour, c’est la sœur de ma belle-sœur Fleur, la femme de mon frère Bill.
   - La maman et le papa de Victoire, Dominique et Louis ?
   - C’est tout à fait ça ! Gabrielle est la tante de ces trois-là.
   - Pou’quoi elle vint nous voir ?
   - Parce qu’elle a terminé son travail et qu’elle est vacances.
   - Pou’quoi elle va pas chez Fleur ?
   - Parce que il n’y a pas encore assez de place à la Chaumière aux coquillages ; ils n’ont pas encore agrandit.
   - Pou’quoi ?
   - Ça ne servirait encore à rien ! Les meubles qu’a commandés Fleur ne sont pas tous fabriqués et donc ils ne les ont pas reçus.
   - Mais la magie, ça va vite !
   - Pas toujours… Fleur veut des meubles qui sont jolis et très solides. Et puis, envoyé des meubles, ce n’est pas facile, même pour un sorcier, surtout s’ils viennent d’un autre pays.
   - Pou…
   - Hé, mes petites curieuses ! On arrête un peu le jeu des « pourquoi ». Vous pourrez poser vos questions à cette Gabrielle puisqu’elle vient ici, d’accord ?
   - Oui ! »

Est-ce que Gabrielle Delacour pourrait faire face à ses filles ? En un sens, Dudley aurait voulu que non, mais il savait aussi qu’il ne pouvait pas les amener avec lui au travail et que seule une nounou sorcière et de confiance conviendrait aux jumelles ; Abby et Addy allaient faire de plus en plus de magie. Il leur fallait donc une nounou, mais pour lui, cela serait toujours trop tôt.


***
Comme annoncé, Gabrielle arriva en début d’après-midi, mais elle ne vint pas seule ; en effet, son neveu et ses nièces avaient demandé à l’accompagner. Un joyeux capharnaüm s’ensuivit : tous les enfants se retrouvèrent avec plaisir et le tumulte engendré par leurs retrouvailles haussa considérablement le niveau sonore. Gabrielle sembla amusée et nullement ennuyée par ce charivari.
Elle était d’une beauté à couper le souffle. Ses cheveux étaient blonds presque blancs, sa peau translucide et ses yeux d’un bleu saphir éclatant. Elle portait une robe d’été jaune soleil et des sandales turquoises ; quelques rares bijoux complétaient sa tenue. Elle était magnifique et semblait rayonner. En y regardant de plus près, cependant, on se rendait compte que son éclat n’était pas tant dû à son apparence mais à la gentillesse et la douceur qu’elle portait comme une seconde peau. Quand les enfants l’invitèrent à se joindre à leurs jeux, elle n’hésita pas, laissant les règles de la politesse au placard pour le plus grand plaisir des plus petits. Elle gambada en leur compagnie, faisant tournoyer sa robe ; les mouvements brusques de sa course folle libérèrent ses cheveux qui tombèrent en cascade dans son dos. Tout en elle respirait la joie de vivre et la sortie de l’enfance.

Si son attitude envers les enfants rassura Dudley, sa jeunesse par contre l’inquiétait. Serait-elle capable de faire face à Abby, Addy et à leur magie au fur et à mesure que celles-ci grandiraient ? Serait-elle capable d’être une constante dans la vie des jumelles ? Les filles avaient besoin de stabilité et seule une personne pouvant rester à leurs côtés, serait apte à devenir leur nanny ; une personne qui n’apparaîtrait dans leur vie que pour mieux disparaître ensuite n’était absolument pas envisageable.
Enfin, tout ça évidemment dans l’hypothèse qu’il lui demande de devenir la nounou de la famille et qu’elle soit intéressée. Dudley savait aussi qu’il ne pouvait pas faire le difficile, même s’il espérait pouvoir garder un certain contrôle sur sa vie et qu’il ne pouvait décemment pas demander à Ginny et aux siens de garder ses filles en plus de leurs propres enfants.

Il y réfléchirait plus tard à tête reposé… le moment voulu… mais pas tout de suite.

« Abby ! Addy ! Il est l’heure d’aller faire la sieste ! »

Un concert de protestations lui répondit, suivit de près par celui des suppliques. Les yeux de chats implorants de ses deux adorables jumelles le firent doucement sourire : quelles comédiennes !

« - Si te plaît ! On veut encore jouer !
   - Et moi, je veux être le roi d’Angleterre !
   - Mais tu peux être notre roi si tu veux !
   - Entendu, sourit-il.
   - Ouais ! On peut jouer alors ? Pace que toi, t’es le roi !
   - Et parce que je suis votre roi, je vous ordonne d’aller direct au dodo !
   - Hein ?!
   - Je suis roi, donc j’ordonne et on obéit.
   - Eh ben, t’es plus notre roi, s’exclama Abby.
   - Comme ça, on est pas obligé d’aller dormir, renchérit Addy.
   - Mais comme je suis votre papa et vous mes petites puces, vous devez quand même obéir.
   - Mais James et Albus et les autres y vont pas dormir !
   - Ne vous inquiéter pas mes petites jalouses, ils vont également y aller. Allez hop, en haut !
   - Pffff ! »

Rouspétant et roumégant à qui mieux mieux, elles montèrent dans leur chambre en traînant des pieds. Elles râlaient toujours en se préparant et en se allant coucher. Quelles petites filles têtues ! Dudley ne put s’empêchait de pouffer en entendant leurs soupirs et leurs lamentations derrière la porte qu’il venait de refermer. Ce fut donc avec le sourire qu’il descendit rejoindre son cousin au salon. Arthur s’y trouvait également.

« - Les jumelles sont couchées, demanda Harry.
   - Oui, et elles n’en sont pas ravies.
   - Tu ne l’étais pas non plus quand c’était l’heure de la sieste.
   - Chut ! Tu veux me faire perdre toute crédibilité ou quoi ?! Si elles le savaient, elles s’en serviraient, ces diablesses !
   - Ah ! Ah ! Ah ! Je pense que tu as raison ! Ce sont des malignes, tes filles !
   - À qui le dis-tu ! Je vais en voir de toutes couleurs ! Où sont Ginny et Molly ?
   - Elles couchent les enfants avec Gabrielle, répondit Arthur en souriant.
   - Dites-moi qu’elles ont eu droit elles aussi aux réclamations, suppliques et jérémiades en tous genres !
   - Évidemment !
   - Ah ! Je préfère ça ! Voyez-vous, je ne suis pas un égoïste, je suis pour un partage équitable ! »

Arthur et Harry ricanèrent.

« - Qu’est-ce qui vous fait rire, demanda Ginny en les rejoignant, accompagnée de Molly et Gabrielle.
   - La vision du partage équitable selon Dudley, répondit Harry, en souriant.
   - Qui est ?
   - Il n’est pas égoïste au point de ne pas partager avec vous les concerts de lamentations précédant les siestes.
   - Il ne serait pas juste que vous n’en bénéficiez pas, ironisa Arthur.
   - Trop aimable Dud, grimaça Ginny.
   - Je t’en prie ! C’était un plaisir », sourit Dudley.

Gabrielle pouffa en entendant cet échange ; le son qu’elle émit tinta comme celui des clochettes aux oreilles de Dudley. Elle était vraiment ravissante, tout droit sortie d’un rêve lui semblait-il. Sa beauté le subjuguait autant qu’elle le mettait mal à l’aise : ce n’était possible d’être aussi belle, elle ne pouvait pas être réelle ou sinon, il y avait un truc et c’était ce truc dont il ignorait l’origine qui le troublait.

« - Je ne suis qu’à trois quarts humaine pour répondre à vos interrogations, dit posément Gabrielle.
   - Hein, sursauta-t-il ahuri avant d’ajouter penaud : J’ai pensé à voix haute, c’est ça ?
   - En effet, sourit-elle.
   - Vous avez dit que vous étiez à trois quarts humaine ? Et… le dernier quart ?
   - J’ai du sang de vélane.
   - À vos souhaits !
   - Ah ! Ah ! Ah !
   - Si vous voulez que je vous comprenne, il va falloir me donner un peu plus de détails.
   - En gros, je suis une sorte de sirène qui agit, non pas dans la mer, mais dans les bois.
   - J’ai peur de comprendre…
   - Leur charme attire les hommes dans les profondeurs des bois et elles en font en suite ce qu’elles veulent, dit Harry. Leur beauté exceptionnelle le renforce d’autant plus. Par contre, quand elles se mettent en colère, je peux te dire qu’elles sont hideuses ! De vraies harpies !
   - Hé, s’exclama Gabrielle.
   - Pas toi ! Ni ta sœur ! Votre sang humain vous protège très bien de cette détérioration, la rassura Harry en lui faisant un clin d’œil.
   - Je préfère ça.
   - Vous… attirez… les hommes…, commença à paniquer Dudley.
   - Ne t’inquiète pas, dit Ginny. Gabrielle n’a qu’un quart de sang vélane et elle contrôle très bien le charme qu’elle dégage. Elle ne peut rien faire pour sa beauté par contre. Je la déteste pour ça, elle est vraiment trop belle ! Sa sœur aussi, d’ailleurs !
   - Comment ça « d’ailleurs », rit Harry. Tu ne t’étais pas rendu compte que ta belle-sœur était splendide ?
   - J’ai préféré faire abstraction de ce fait, surtout quand mon frère s’est marié avec elle. Et puis, comme elle aimait passionnément mon frère, elle ne te voyait pas comme un homme. J’avais plus le champ libre.
   - Je ne l’ai jamais vue que comme une championne et une amie, Gin.
   - Je sais. Enfin, tout ça pour dire qu’il me faut bien quelqu’un pour être ma rivale et c’est impossible avec des belles-sœurs.
   - Pourquoi ça ?
   - La paix des ménages mon ami, la paix des ménages.
   - Quel rapport ?
   - Harry ! Parfois, ta naïveté me sidère ! Imagine un instant… ta femme et tes belles-sœurs qui sont toujours en compétition et qui t’implique en te demandant un truc du genre : « cette robe m’irait beaucoup mieux qu’à elle, tu ne trouve pas ? ».
   - Le… le cauchemar, verdirent Harry et Arthur.
   - Voilà ! Tu as compris ! Avec Gabrielle, c’est différent ! Je peux me permettre de la voir en tant que rivale puisqu’elle s’apparente plus à une cousine. Que ce soit une sœur ou une cousine, la compétition peut exister, elle est même normale. Pas vrai Gaby ?
   - Qui te dit que je te vois en rivale, dit celle-ci d’un ton hautain avant d’éclater de rire.
   - Garce, sourit Ginny.
   - C’est tout moi ça !
   - Excusez-moi, dit Dudley, mais on pourrait revenir cinq minutes à la sirène des bois que je puisse y voir plus clair.
   - Oh ! Pardon Dud ! Que veux-tu savoir ?
   - Cela implique quoi au juste pour les autres ?
   - Justement rien, dit Harry d’un ton rassurant. Gabrielle et Fleur ne déploient pas leur charme magique. Elles respectent le libre arbitre, la liberté de choix. Comme leur sang est bien dilué, elles peuvent le faire, contrairement aux vélanes qui doivent vivre en continu avec celui-ci. La seule chose qu’elles ne peuvent pas atténuer, c’est leur beauté lumineuse.
   - Et puis, renchérit Gabrielle, un homme subjugué par un charme ne pourra jamais rivaliser avec un homme qui m’aimera pour ce que je suis vraiment. Je veux ce qu’ont Bill et Fleur. Et ce serait un gros manque de confiance en soi que d’utiliser un charme plus tôt que la personne que je suis.
   - Très juste, dit Ginny.
   - Je vous donne ma parole monsieur Dursley que je n’utiliserai jamais mon charme sur vous et vos filles.
   - Merci, soupira de soulagement Dudley.
   - Il n’y a pas de quoi », lui sourit-elle.

Il lui sourit en retour et se détendit. Après tout, Harry et Gin ne la lui auraient jamais présentée si c’était une femme dangereuse. Elle était belle certes, mais maintenant qu’il la voyait vraiment, il décela en elle une force tranquille sous sa beauté parfaite. Elle avait confiance en elle et en ses capacités.

« - Les jumelles ont l’air d’aller mieux, dit Ginny.
   - Tu as raison, elles vont mieux, mais ce n’est encore pas comme avant. Elles brillent moins : il n’y a plus l’insouciance qu’elles avaient en toutes circonstances. Elles ont perdu la foi qu’elles avaient en leur monde… déjà qu’il n’était pas bien grand…
   - Elles souffrent à l’intérieur, murmura Gabrielle.
   - Hein, s’exclama Dud en se levant de son fauteuil. Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?
   - Excusez-moi, mais comme je suis empathe, je n’ai pas pu ignorer leur détresse.
   - Empathe ? Détresse ?
   - Je ressens les émotions des gens. Je ne fouine pas, d’accord ?! Mais leur détresse exsude de tous leurs pores ; je n’ai donc pas pu ne pas la ressentir.
   - Est-ce que tu pourrais les aider, Gaby, demanda Harry.
   - Comment pourrait-elle aider mes filles ? Elle ne faisait pas partie de leur monde à ce moment-là, alors comment pourrait-elle comprendre leur peine ?
   - Une empathe ne ressent pas seulement les émotions, expliqua Arthur, elle peut aussi soigner l’esprit et le cœur des gens qu’elle approche. Cela prend du temps, mais elle pourrait aiguiller les filles pour qu’elles puissent retrouver leur confiance en soi et les guérir de leurs traumatismes.
   - Vous pouvez faire ça, demanda plein d’espoir Dudley en se tournant vers Gabrielle.
   - Seulement si elles le veulent bien, répondit-elle. Je ne peux pas soulager une personne si elle ne le souhaite pas au plus profond d’elle-même.
   - Pourquoi les jumelles ne le voudraient pas ?
   - Elles se sentent coupables et la culpabilité est une entrave à la guérison.
   - Elles se sentent coupables », répéta Dudley anéanti.

Ces petite filles souffraient. Leur culpabilité entravait leur chance de guérir correctement. Et c’était sa faute. Il ne les avait pas assez protégées. Les larmes jaillirent sans qu’il puisse les arrêter. Et sans prévenir, il s’effondra : sa vision se brouilla et il se déconnecta.

Il s’enfonça dans les méandres de son être, là où tous ses remords et sa culpabilité se trouvaient ; son passé revint le hanter en force et il se dit qu’il devait être en train de payer pour la conduite inqualifiable qu’il avait eu dans sa jeunesse. Mais pourquoi, pourquoi fallait-il qu’il entraîne ses filles dans son purgatoire ? Elles ne le méritaient pas. Elles étaient innocentes. Ses torts n’appartenaient qu’à lui et il était injuste qu’elles en payent elles aussi le prix. Ses filles… ses bébés… ses…

Alors qu’il s’enfonçait toujours plus loin, il entendit un chant. Il était beau, lumineux et chaleureux. Lui qui avait si froid commençait à se réchauffer. La lumière diffuse éclaira ses ténèbres et le guida vers le haut. Mais le méritait-il ? En avait-il le droit ? Le chant s’intensifia, l’attirant vers lui, à la surface. Il comprit ce qu’il voulait lui dire : ses filles avaient plus que jamais besoin de lui, il n’avait pas le droit de les abandonner. Il avait raison. Pour ses jumelles, il devait se battre. Alors, prenant son courage à deux mains, il se tourna vers la source de la mélodie et remonta à la surface.

Sa vision se clarifia. Son environnement devint de plus en plus net. Il était au salon, à genoux, replié sur lui-même et la tête entre ses mains. Son front avait pris appui sur des cuisses couvertes d’un tissu jaune soleil et humide de larmes. Il sentit également le contact doux et apaisant de longs doigts fins qui lui caressaient les cheveux. La mélodie continua sur son rythme lent et hypnotique. Lâchant sa tête, il entoura la taille de la chanteuse de ses bras et pleura à chaudes larmes ; il était comme un enfant. En temps ordinaire, il ne se serait jamais conduit ainsi, mais le chant brisait chacune de ses défenses, lui permettant de ce fait d’évacuer toute la peine qu’il avait contenue ses dernières jours. Il s’endormit enfin, épuisé, au moment où les dernières notes retentirent.


***
« - Merde ! Qu’est-ce qu’elle m’a fait ?! Elle m’a transformé en enfant pleurnichard ou quoi ?! Je ne suis pas du genre à me réfugier dans les jupes d’une femme pour pleurer comme un putain de bébé !
   - Elle a juste fait remonté à la surface les émotions que tu réprimais, répondit Harry. Il fallait que celles-ci sortent sous une forme ou une autre. Dans ton cas, elles sont sorties sous l’apparence de larmes plutôt que celle de la colère. Tu devrais la remercier…
   - La remercier ?! Elle m’a jeté un sort !
   - Un sort qui t’as sorti in extremis d’une spirale dangereuse ! Tu étais en train de te noyer dans ta culpabilité, tes regrets et ton chagrin au point que tu aurais pu finir comme ton épouse !
   - …
   - … Je suis désolé Dud, je n’aurais pas dû dire ça…
   - Ne t’excuse pas ! Ne t’avise surtout pas de t’excuser !… Tu as raison… tu as absolument raison… j’ai débloqué… et j’ai failli abandonné les jumelles, dit Dudley en serrant les poings sur ses draps. Je ne dois pas laisser ma gêne prendre le dessus et me réfugier dans la colère pour la cacher. Je lui en suis reconnaissant, tu sais… mais disons que… perdre le contrôle de cette façon… à moi qui me suis astreint à un contrôle draconien de mes émotions et mes réactions… c’est dur à encaisser… je ne peux pas me permettre de lâcher prise, Harry… je ne veux pas retomber dans de vieux travers…
   - Cela n’arrivera pas Dud, le rassura Harry. Tu as fait un énorme travail sur toi pour changer. Ce n’est pas parce que tu as lâcher prise une fois que ce changement va disparaître.
   - Si tu le dis, dit Dudley dubitatif avant de changer de sujet : Où sont les jumelles ?
   - Dans leur nouveau potager, sourit Harry. On leur a dit que tu faisais la sieste. Si tu avais vu leur tête quand on leur a dit ça, c’était à mourir de rire !
   - Je veux bien te croire ! Mais au moins, elles sauront qu’ils n’y a pas que les enfants qui font la sieste ! Ça, c’est un point positif !
   - Attends-toi quand même à ce qu’elles te disent que si elles doivent faire la sieste, toi aussi !
   - Pas faux… Elles sont terriblement malignes quand elles le veulent ! »

« Toc ! Toc ! toc »

Ils tournèrent la tête vers la porte de la chambre, tandis que Dudley invitait son visiteur à entrer. C’était Gabrielle. Harry se leva prestement et sortit tout aussi rapidement pour les laisser seuls. Gabrielle s’avança et prit place sur la chaise laissée vacante par Harry.

« - Comment allez-vous monsieur Dursley ?
   - Dudley… je crois qu’avec tout ce qui c’est passé, nous pouvons nous passer de politesse.
   - Entendu Dudley. Vous… Tu peux m’appeler Gabrielle.
   - Parfait ! Je te remercie pour ce que tu as fait… je ne dirais pas que j’ai apprécié la manière dont ça s’est passé et c’est un euphémisme tu en conviendras, mais merci. Merci de m’avoir rattrapé à temps !
   - Il n’y a pas de quoi, tu sais ! En tant qu’empathe, je ne peux pas ignorer la douleur et la détresse des autres, alors…
   - Ouh là ! Ça a dû t’apporter pas mal d’ennuis ce don !
   - Ah ! Ah ! Ah, ria jaune Gabrielle. À qui le dis-tu !
   - Que savent les jumelles ?
   - Juste que tu étais fatigué et ce n’était pas un mensonge.
   - Bien… Dis-moi…
   - Oui ?
   - Réponds-moi franchement, hein ? Ne me cache rien ! Dis-moi juste ma vérité.
   - Ok.
   - Mes filles… tu peux les aider ?
   - … Cela prendra du temps pour elles… comme pour toi… je sais que je vais te sortir une banalité mais c’est vrai : il faut que tu laisses le temps faire son œuvre… évidemment, il faudra que vous voyez tous les trois quelqu’un pour vous aider, un sorcier de préférence, pour que les filles ne cachent rien…
   - Non ! Les filles doivent être tenues à l’écart du monde sorcier le plus possible ! Du moins, jusqu’à leur onze ans…
   - Pourquoi ? »

Dudley était stupéfait.Harry et Ginny ne lui avaient rien dit. Il leur en était aussi reconnaissant : c’était à lui de choisir de le révéler ou non et à qui. Il regarda son interlocutrice. Gabrielle avait fait les premiers pas en lui révélant sans ambages sa nature et ses dons ; après tout, il aurait pu la rejeter après ses révélations qui n’étaient pas faciles à avaler, il fallait bien l’avouer. C’était maintenant à lui de venir vers elle, de lui faire confiance.

« - Mes filles sont des sorcières élémentaires, lâcha-t-il dans un souffle.
   - … C’est une blague ?… N’est-ce pas ?… Tu te fiches de moi ?
   - J’aimerai bien, mais non.
   - Des sorcières élémentaires… je ne m’attendais vraiment pas à ça… Gin m’avait dit que les filles étaient spéciales, mais je ne pensais pas que c’était à ce point-là.
   - Que t’a-t-elle dit d’autre au juste, demanda Dudley suspicieux.
   - Juste que tu étais un veuf en deuil… et que tu aurais sans doute besoin d’aide, ajouta-t-elle piteusement sous le regard direct de son interlocuteur.
   - C’est pas vrai ! Gin !!!
   - Ne lui en veux pas, elle ne pense qu’à ton bien-être !
   - Elle vient de me forcer la main !
   - Non, pas du tout ! Surtout que je n’ai pas non plus décidé si oui ou non je voulais poser ma candidature pour être la nounou des jumelles !
   - Pourquoi ?… Si ce n’est pas indiscret, bien sûr !
   - Cela ne l’est pas, tu as le droit de savoir… Travailler pour toi signifiera que je partagerai votre quotidien en permanence en dehors de mes jours de congé…
   - Attends, attends une seconde ! Partager notre quotidien en permanence ? Qu’est-ce que tu entends par là ?
   - Dudley, les filles auront besoin besoin d’une présence magique constante. Maintenant que je sais ce qu’elles sont, je peux te dire que le régime « permanence auprès des enfants en l’absence des parents » ne suffira pas.
   - Pourquoi ? Je me suis bien débrouillais jusque là.
   - Je ne dis pas le contraire, mais les pouvoirs des filles vont grandir. Quand elles piqueront une colère qui enflammera ton salon, comment comptes-tu t’y prendre pour éteindre l’incendie ? Sans compter que les jumelles doivent apprendre à maîtriser leur magie sans en avoir peur, sans quoi celle-ci risque devenir incontrôlable. Et ne parlons pas de leur état psychologique actuel.
   - Je… je l’ignorais…
   - En résumé, il te faut une présence magique constante auprès des filles, jour et nuit, même si tu es présent. Ne t’inquiète pas, tu ne seras pas déchu de ton rôle de parent, mais il te faut quelqu’un pour juguler la magie grandissante des jumelles.
   - Je vois…
   - Pour en revenir à ma candidature, je ne te la proposerai que si je pense qu’il est possible que nous puissions vivre en harmonie tous les quatre. Si on ne s’entend pas, cela ajoutera au stress d’Abby et Addy. Donc je vais profiter de mon séjour pour apprendre à vous connaître, tout comme vous avec moi. Ensuite on avisera. Ça te va ?
   - Ok, faisons comme ça. Ah… et Gabrielle ?
   - Oui ?
   - Je compte sur toi pour ne pas révéler la nature de mes filles.
   - Bien sûr, je ne dirais rien. Repose-toi maintenant. On s’occupe de tes adorables jumelles.
   - Merci. »

Elle lui sourit, se leva et partit en fermant doucement la porte. Dudley s’affala sur ses oreillers. Il avait beaucoup à penser. Il allait sans doute devoir déménager : entre la magie qui risquait jaillir à tout bout de champ et une femme en permanence à la maison alors qu’il vient de perdre son épouse, cela risquait faire beaucoup trop pour ses voisins trop curieux et avides de commérages. En travaillant à la maison et n’allant au bureau que pour les rendez-vous avec ses clients ou pour les réunions, il pourrait se permettre de trouver une maison à la campagne, suffisamment isolée pour que les filles se sentent en sécurité. James et Albus pourraient venir jouer avec elles, étudier avec elles,… Ainsi, elles ne se sentiraient pas seules. Il devait en parler avec Harry et Ginny. Il pourrait même leur demander d’installer des protections autour de la maison. Enfin, il verrait. Il était trop fatigué pour réfléchir plus en avant. Il penserait à tout ça plus tard. Là, tout de suite, il ne voulait qu’une chose : dormir. Ce qu’il fit sans attendre.


***
Le lendemain, il alla courir dans les champs environnants et s’entraîna pendant une heure. Taper dans un sac de sable lui fit le plus grand bien. Il évacua ainsi une grande partie de son stress. Après une bonne douche et un petit-déjeuner toujours aussi mouvementé, il passa du temps avec ses filles dans leur potager. Son état de la veille l’ayant cloué au lit, il voulait rattraper le temps perdu et rassurer ses jumelles qui avaient fait une petite crise de panique en le sachant « malade » ; leur maman aussi avait été malade avant de monter au ciel. Il leur montra donc dans quelle forme olympique il se trouvait en jouant avec elles. Gabrielle les rejoignit au cours de l’un de leurs jeux. Abby et Addy semblait beaucoup l’apprécier. Dudley aussi. Gabrielle avait une personnalité attachante, irrésistible même : radieuse, amusante et gentille, elle arrivait à faire rire et sourire la famille Dursley avec une facilité déconcertante ; elle pouvait jouer avec les jumelles avec un entrain presque enfantin tandis qu’avec Dudley, elle discutait avec une complicité certaine de maints sujets ou laissait s’étirer entre eux un silence confortable dans lequel les mots étaient inutiles.

Petit à petit, elle guérissait les plaies béantes de leurs âmes. Dudley ne l’avait pas compris tout de suite mais il finit par remarquer que plus les filles et lui passaient de temps avec elle, plus ils se sentaient légers et détendus. Rien que pour ça, il lui en serait éternellement reconnaissant : Gabrielle guérissait ses filles et les acceptait pleinement. Il n’avait donc aucune inquiétude à les laisser seules sous sa garde ce qui lui permit de commencer à préparer leur nouvelle vie. Pour cela, il se tourna vers son cousin, Ginny et ses parents.

« - Il faut impérativement que les filles et moi nous déménagions, déclara-t-il sans préambule.
   - Maintenant, s’étonna Ginny.
   - Non. Ce que je veux dire c’est que nous ne pouvons pas rester dans notre maison actuelle.
   - Ah oui, évidemment, abonda Harry. La magie des filles va grandir et tu te trouves dans le même genre de quartier que tes parents. Les bizarreries vont se multiplier sans parler du fait d’avoir une femme à la maison sitôt ton épouse enterrée. Les voisins risquent rejeter les filles et les mettre en quarantaine.
   - Cela ne doit surtout pas arriver ! Je dois les éloigner avant que ces vipères aient le temps de dire quoi que ce soit.
   - C’est vrai qu’elles peuvent être mauvaises ces mamans vipères comme tu les appelais. Tu as raison, leur venin ne doit pas atteindre les jumelles. Elles sont déjà bien fragilisées.
   - En effet. Donc, comme je le disais, il faut qu’on déménage.
   - Tu as une idée de ce que tu cherches et où, demanda Arthur.
   - J’ai une idée globale : il nous faut une maison assez isolée, de préférence à la campagne et pas trop loin de Londres. Je pourrais travailler à la maison et ne me déplacer au bureau que pour les réunions et les rendez-vous d’affaires. Dans l’idéal, il faudrait aussi protéger la maison du monde moldu et du monde sorcier. Dans un cas comme dans l’autre, la magie des jumelles risquerait d’attirer leur attention, donc elles doivent être cachées à leurs yeux.
   - Déménager est une bonne idée, dit Molly. Que penserais-tu de Chiltern Hills dans la région de Buckinghamshire ? C’est un endroit paisible et ce n’est pas loin de Londres. Il te suffirait de trouver une maison assez isolée pour que les filles se sentent en sécurité mais pas trop pour qu’elles ne se sentent pas mises à l’écart du monde. Tu ne pourras pas les couper du monde Dudley, car sinon elles risquent de se voir comme des erreurs de la nature à cause de ce qu’elles sont.
   - Je n’avais pas vu les choses sous cet angle… Mais comment les protéger sans avoir à les cacher ?
   - Pour la protection, je pense à un tabou et un voile, déclara Ginny.
   - Un tabou ? Un voile, répéta Harry. Comment un tabou et un voile pourraient les protéger ?
   - Eh bien, si tu poses un tabou sur la magie pratiquée dans le domaine, les filles pourraient inviter leurs amis moldus et sorciers sans craindre qu’ils caftent si elles font de la magie spontanée. Et en posant un voile magique tout autour de la propriété, la curiosité mal placée ne pourraient pas voir au-delà des mur de l’enceinte.
   - C’est… c’est brillant, s’exclama Harry en l’embrassant fougueusement. J’ai épousé une femme diablement intelligente et rusée par-dessus le marché !
   - C’est une idée magique, dit Arthur les yeux brillants d’une fierté toute paternelle.
   - Ta maison devra être protégée des intrusions malvenues entre autre mais rien d’insurmontable, continua Ginny. Tu pourras recevoir tes amis et collègues sans que cela puisse poser problème.
   - C’est vrai ? Ce serait génial ! Maintenant, il ne manque plus que la maison… La galère…, soupira Dudley, en se passant la main sur le visage, fatigué rien qu’à cette idée.
   - Nous t’aiderons, s’écria Ginny. Cela va être génial de découvrir des maisons et de les comparer les unes aux autres ! Et ensuite, ajouta-t-elle les yeux plein d’étoiles, ce sera l’heure de la déco ! Tu imagines maman, décorer une maison de A à Z !
   - Le rêve !
   - Euh… Molly… Gin… Vous me faites flippez, là, commença à paniquer Dudley.
   - Nous sommes de tout cœur avec toi, murmura Arthur.
   - Amen », renchérit Harry.

Dudley regarda Ginny et sa mère monter en pression : l’euphorie de ces deux rousses avait déjà atteint des sommets. Ouais, il y avait pas à dire, il était mal, très mal.

« - Bien, se tourna Ginny vers Dudley qui sursauta, on s’y met dès lundi !
   - Lun… Lundi ? Pourquoi lundi ?
   - Parce que demain, c’est le jour du repas dominical ! Tu as oublié ? »

Dudley la regarda catastrophé. Bien sûr qu’il avait oublié ! Sinon, il aurait trouvé le moyen de prendre de la poudre d’escampette spécialement pour ce jour-là. Il allait être entouré de trente et un sorciers, en herbe ou non. Le pauvre petit moldu qu’il était se sentait déjà submergé.

« - Mais sinon ? Chiltern Hills, ça te va ?
   - Hein ?
   - L’endroit où cherchait, Dud, l’endroit où tu aimerais vivre !
   - Ah… Oui, oui bien sûr, le Chiltern Hills sera parfait !
   - Sûr ?
   - Gin, je veux seulement un endroit où Abby et Addy pourront s’épanouir et pas trop loin de Londres. Il faut bien commencer à chercher quelque part. Si je m’éparpille, je n’y arriverai pas. Déjà que cela va prendre un temps fou de tout régler, sans parler de tous les papiers à faire, alors autant ne pas en perdre !
   - Qu’est-ce que tu racontes, Dud ?! Nous sommes des sorciers ! Les procédures seront accélérées ! Il ne nous faudra pas plus d’une journée !
   - Mais… mais… les papiers… les prêts auprès de la banque… la vente de la maison…
   - Ne t’inquiète pas, dit Harry. Pour les papiers, ce sera prêt dans la journée où tu te seras décidé pour la maison. Comme on ne pourra pas faire avancer les choses pour la vente de ta maison actuelle, je t’avancerai l’argent nécessaire.
   - Harry… non…
   - Écoute-moi d’abord ! Ce sera mieux qu’à la banque puisque je te fais ce prêt sans les intérêts qui vont avec et tu l’auras sans délai ! Tu me remboursera une fois ta maison vendu puis tous les mois si le prix de ton futur foyer excède celui de la vente. Et… avant de laisser parler ta fierté, pense à tes filles !
   - C’est vache ça ! Tu ne me laisses aucun échappatoire, soupira Dudley.
   - Tous les moyens sont bons pour obtenir gain de cause, sourit Harry.
   - Pour en revenir à nos dragons, dit Ginny, si on trouve la maison en début de semaine, tu pourras emménager rapidement, une fois les rénovations et la décoration faites, bien sûr.
   - Ça va trop vite, gémit Dudley.
   - Il ne te reste que deux semaine pour t’organiser avant que tu reprennes le boulot, dit Harry. Tu n’as pas le temps de te morfondre.
   - Oui, oui, je sais, mais…
   - Au fait, le coupa Ginny, tu t’es décidé pour Gabrielle ?
   - Oui.
   - Alors ?
   - Alors, si elle me présente sa candidature, je l’accepterai.
   - YES ! Je te l’avais bien dit !
   - Oui oui, tu me l’avais dit. Mais je te signale qu’elle ne m’a encore fait part de sa décision, alors calme-toi.
   - Oh ! Elle le fera ! Elle adore les filles ! Et puis, vous vous entendez bien !
   - Mmmmh... »

Dudley se leva et s’enfuit avant que Ginny ne puisse continuer sur sa lancée de « bonnes » idées. Il avait mal à la tête. Il aurait dû en parler en tête-à-tête avec Harry et Arthur, ce qui lui aurait évité de réveiller deux prédatrices extrêmement dangereuses. À cause cette stupide bêtise, il allait se retrouver dans un chasse immobilière version sorcier, avec deux femmes qui donnaient l’impression qu’elles partaient faire du shopping en période de soldes. Et il n’allait pas pouvoir compter sur ses confrères masculins qui reprenaient le boulot lundi, à leur plus grand soulagement. Et comme si cela ne suffisait pas, il allait devoir également se préparer à l’invasion sorcière du lendemain. Mais dans quel pétrin s’était-il fourré ?


***
Le repas dominical arriva bien trop vite au goût de Dudley. Il se sentait nerveux, vraiment nerveux. Il avais envie de partir loin, très loin. C’était sans doute pour ça que Ginny le tenait à l’œil et que Gabrielle s’était installée à ses côtés ; celle-ci avait posé la main sur son épaule et la pressait doucement, comme pour l’encourager. Sa présence le rassurait mais il n’avait toujours pas envie d’être là. Abby et Addy, quant à elles, étaient surexcitées à l’idée de revoir leurs petits camarades. Elles et leurs cousins courraient partout et faisaient des allers-retours entre le jardin et la cheminée afin de voir si les autres étaient arrivés ou non.

Andromeda et Teddy furent les premiers à arriver. Le jeune garçon venait de terminer sa première année à Poudlard et n’était pas peu fier d’être le premier à en avoir franchi les portes, sans pour autant afficher un air supérieur plutôt légitime. Il sourit à la vue des tous petits qui vinrent à sa rencontre et l’emmenèrent sans plus de procès dans le jardin ; il eût juste le temps de saluer Dudley avant d’être entraîné vers les nouveaux potagers. Andromeda rit doucement avant de s’avancer :
« - Bonjour, je suis Andromeda, la grand-mère de Teddy.
   - Bonjour. Je suis Dudley, le cousin de Harry et le père d’Abby et Andy.
   - Je vous présente mes condoléances pour votre perte.
   - Je vous remercie. Je crois qu’entre tout ce qui s’est passé et tout ce dont je dois m’occuper, je ne réalise pas vraiment… sauf peut-être quand je prends le temps de me poser…
   - Je vois exactement de quoi vous voulez parler.
   - Ah oui, demanda-t-il avec intérêt.
   - Oui, répondit-elle tristement. Mon mari est mort assassiné pendant la guerre.
   - Je… je suis désolé…
   - Mais, vous savez, je reste persuadée qu’avant de tomber, il leur a donné du fil à retordre. Mon mari n’était ni un faible, ni un lâche.
   - … Vous devez être fière.
   - Je le suis. Et je devais lui faire honneur. Alors j’ai continué à vivre et à soutenir ceux qui se battaient, tout en m’occupant de ma fille enceinte puis de son bébé. Ce fut ensuite le tour de mon enfant de me quitter pour rejoindre son père. Tuée par ma propre sœur.
   - Non !!
   - Pour résumé, continua-t-elle avec un pauvre sourire, oui, je connais le deuil et la culpabilité qui va avec.
   - Et la trahison de vos proches…
   - … Aussi…
   - …
   - Enfin, tout ça pour dire que je comprends ce que vous ressentez, mais n’oubliez cependant pas le plus important : nous ne sommes pas seuls et ça, c’est notre bénédiction. »

Ils restèrent là, dans un silence de connivence : ils n’étaient pas les seuls et n’étaient pas seuls. Cette pensée rassura Dudley qui, dans son malheur, avait tendance à oublier cette réalité toute simple mais primordiale : il pouvait avancer pas à pas, chuter, se relever, et recommencer à avancer parce qu’à côté de lui, quelqu’un marchait avec lui, pour lui. Il regarda les Potter et les Weasley présents qui discutaient et riaient ensemble et, là, il sourit, tout simplement. Ginny se tourna à ce moment-là vers lui, le regarda et lui rendit son sourire. Il en avait de la chance.

Des flammes vertes apparurent tout à coup dans la cheminée, annonçant de nouveaux arrivants. Il s’agissait de Ron, Hermione et leur deux enfants. Alors qu’ils s’avançaient pour rejoindre le reste de la troupe, les deux meilleurs amis de Harry reprirent une dispute visiblement entamée chez eux, au sujet d’une expérience qui aurait mal tournée et avait atteint leurs deux enfants ; Hermione exigeait de son mari qu’il ne ramène plus de travail à la maison, ce à quoi Ron ripostait en lui disant que s’il acceptait, elle devrait faire de même. Avant de pouvoir répondre, Hermione vit Dudley et stoppa net ; son mari fit de même après l’avoir lui aussi remarqué. Un long silence teinté de gêne commença à s’étirer, puis Hermione vint à sa rencontre :
« - Nous n’avons pas été présentés officiellement : je suis Hermione et voici mon mari Ron, des amis de Harry. Et eux, ce sont nos deux enfants, Rose et Hugo.
   - Je suis Dudley, le cousin de Harry et le père d’Abby et Addy.
   - Je suis contente que vous soyez là tous les trois. Et Ron également.
   - Je peux encore parler en mon nom que je sache, grommela Ron.
   - Ne fais pas attention à lui Dudley, il est toujours comme ça !
   - Hé ! T’as fini, oui ?!
   - Les enfants, dit-elle en l’ignorant, allez rejoindre vos cousins dans le jardin. Rose, prends soin de ton frère !
   - D’accord. Viens Hugo, on va jouer !
   - Ils me semblent que tes filles ont l’âge de Rose, n’est-ce pas ?
   - C’est exact. Elles viennent d’avoir quatre ans.
   - Si jeunes et déjà… Oh ! En parlant de ça, permets-moi de te présenter toutes mes condoléances.
   - Merci.
   - Comment se portent tes filles, demanda Ron en regardant vers le jardin.
   - Il y a des hauts et des bas : un moment, elles vont bien_ elles jouent, rient_ et la fois d’après, elles sont paniquées, tristes ou perdues.
   - Cela demandera du temps, murmura Hermione.
   - En effet. »

Hermione lui sourit avant de rejoindre ses beaux-parents. Dudley se tourna vers Ron qui semblait ne pas en avoir terminé avec lui.

« - Je n’ai pas aimé ta façon de te comporter avec Harry quand vous étiez jeunes.
   - Tant mieux. Moi non plus.
   - Dis-tu ça pour te débarrasser plus rapidement de moi, demanda Ron suspicieux.
   - Non. Je ne suis pas fier de ce que j’ai fait. Et puis, tu sais, après ma rencontre avec les détraqueurs, j’ai vu qui était vraiment Harry et quel genre de petit con j’étais. Le filtre parental ne fonctionnait plus. J’ai dû apprendre à jauger par moi-même mon monde et ma réalité. Ma vérité actuelle est celle-ci : Harry est mon cousin, mais aussi mon meilleur ami.
   - Cela nous fait un point commun alors, dit Ron un sourire en coin en se détendant.
   - L’autre point commun étant je présume, celui de se faire malmener par les femmes du clan Weasley, souffla Dudley dépité.
   - Quoi ? Elles ont déjà commencé ?
   - Ta sœur et ta mère m’emmènent dès lundi chercher une maison pour qu’elle puisse la décorer. Elles ont déjà choisi la région où chercher.
   - Ouh là ! En espérant pour toi que les autres femmes de la famille n’entrent pas également dans la partie ! Tu vas survivre, tu crois ? »

Dudley regarda Ron, effaré. Celui-ci éclata de rire quand il vit sa tête. Il lui donna de grandes claques dans le dos avant d’aller saluer sa famille. Dudley, quant à lui, commença vraiment à paniquer. Et s’il avait raison ?

Les flammes réapparurent alors laissant passer une famille de cinq personnes. L’homme était aussi roux que le reste de la famille témoignant ainsi de sa parenté ; son visage balafré intéressa beaucoup l’œil d’artiste de Dudley par ses nombreux reliefs qui vallonnaient le long de ses cicatrices. Sa femme, quant à elle, ensoleillait la pièce par sa beauté, ce qui lui rappela immédiatement Gabrielle. Il avait en face à lui Fleur, Bill et leurs enfants. Victoire, Dominique et Louis qui avaient déjà rencontrés Dudley vinrent le saluer avant de lui demander où se trouvait leur tante, ce à quoi il répondit :
« - Elle est dans le jardin avec vos cousins.
   - Merci, lui sourit Victoire avant de se tourner vers sa sœur et son frère : Venez ! Le dernier arrivé est une citrouille ratatinée ! »

Les trois enfants coururent en direction du jardin. Dudley se tourna vers les parents en leur tendant la main :
« - Je suis Dudley.
   - Fleur, dit-elle en lui serrant la maint.
   - Bill. C’est donc toi Dudley ?
   - Je préfère vous prévenir : quoi que vous ayez entendu à mon sujet, c’est sans doute vrai ! Autant ne pas vous mentir !
   - Au moins tu le reconnais, dit Bill en souriant.
   - Harry nous a dit que tu avais fait un énorme travail sur toi-même, continua Fleur en enfonçant son coude dans les côtes de son mari.
   - C’est un travail de tous les instants.
   - Mais tu devrais lâcher du lest, dit Gabrielle en se joignant à eux. Bonjour vous deux !
   - Hors de question ! Je ne retomberai pas là-dedans, s’exclama Dudley en se tournant vers elle.
   - Bien sûr que tu ne replongeras pas ! Tu n’es plus un enfant !
   - Ne m’as-tu pas dit, pas plus tard qu’hier d’ailleurs, que les hommes adultes seraient toujours que de grands gamins ?
   - Moi ? J’ai dit ça, demanda-t-elle innocemment.
   - Oui ! Toi », sourit-il en la poussa doucement, ce à quoi elle riposta en poussant plus fort de son côté.

Ils continuèrent sur leur lancée sans se rendre compte que Bill et Fleur les regardaient avec beaucoup d’intérêt. Ils les allaient interrompre quand les arrivées se poursuivirent en la présence de quatre personne cette foi-ci. Bill les salua :
« - Percy ! Audrey ! Bonjour ! Et voilà mes deux adorables nièces ! Bonjour Molly ! Bonjour Lucy !
   - Bonjour tonton Bill !
   - Bonjour Bill ! Coucou Fleur, dit Audrey. Tu es ravissante, dis-moi !
   - Tu n’es pas mal non plus, sourit Fleur.
   - Oooooh Percy, les singea Bill, cette robe te va à ra-vir !
   - Bill ! »

Avant que sa femme et sa belle-sœur ne lui mettent la main dessus, il prit ses nièces par la main et s’enfuit vers le jardin en riant. Les deux femmes ne purent s’empêcher de s’esclaffer lorsqu’il fut hors de vue. Puis Fleur présenta Percy et Audrey à Dudley. Si Percy était un homme plutôt coincé, sa femme quant à elle, respirait une joie de vivre qu’elle partageait volontiers avec les autres ; elle arrivait sans mal à tirer un sourire sur le visage austère de son mari. Dudley se sentit très vite à l’aise avec ce couple : le taciturne Percy respectait ses limites sans insister tandis qu’Audrey, elle, le faisait sourire avec sa douce spontanéité. Dudley se détendit. Ils discutèrent ainsi pendant un petit moment avant que le couple et Fleur aillent rejoindre le reste de la famille. Gabrielle lui sourit gentiment : elle savait qu’il avait redouté cette journée. Mais avant qu’elle puisse dire quoi que ce soit, elle le sentit se tendre. Elle se tourna pour voir ce qui avait provoqué chez lui une telle réaction : une autre famille venait de débarquer, celle de Georges Weasley. Elle regarda Dudley qui était devenu pâle comme un linge et comprit qu’ils se connaissaient déjà ; Dudley avait dû faire les frais d’une blague mémorable du sorcier facétieux. Celui-ci regarda son vis-à-vis avec un grand sourire avant de s’avancer :
« - Je suis Georges et…
   - Et moi Angelina, sa femme, le coupa rapidement celle-ci. Voici notre fils aîné Fred et notre fille Roxane. Ils ont sept et trois ans.
   - Je… Je suis Dudley… le cou… cousin… de Harry, bégaya Dud.
   - Ah ! Vous êtes le père des adorables jumelles qui étaient là dimanche dernier, l’aida la jeune femme.
   - C’est… c’est ça, dit Dudley en ne lâchant pas du regard Georges.
   - Et où sont-elle, demanda Angelina.
   - Elles sont dans le jardin avec leurs cousins.
   - Fred, Roxane, Abby et Addy sont dans le jardin. Pourquoi n’allez-vous pas jouer avec elles et vos cousins ?
   - Oh ! Chouette, s’écria la petite fille avant de courir avec son frère en direction des cris et des rires.
   - Mes enfants ont beaucoup apprécié vos filles. Il est vrai qu’elles sont irrésistibles.
   - Je vous remercie. En fait… je… je…
   - Dis-moi mon vieux, tu as perdu ta langue, demanda Georges en insistant sur le dernier mot et en faisant sursauter Dudley.
   - Ne l’écoutez pas, dit Angelina en mettant une taloche à l’arrière du crâne de son mari. Veuillez excuser sa conduite, s’il vous plaît ! Il est comme ça avec tout le monde, il ne peut pas s’en empêcher ! Cela n’est pas personnel, je vous assure !
   - …
   - Allez, viens par là toi ! »

Elle prit son mari par le bras et l’emmena. Dudley put à nouveau respirer. Voyant que Gabrielle le regardait avec inquiétude, il la rassura en lui frottant le bras et en lui expliquant en quelques mots son passif avec les jumeaux Weasley. Bien que n’appréciant pas la conduite des jeunes sorciers facétieux, Gabrielle ne dit rien ; elle lui signifia seulement son soutien d’un sourire.

Molly annonça alors qu’il était temps de passer à table puisque tout le monde était là_ Charlie n’ayant pas pu quitter ses chers dragons pour la journée. Ce fut alors dans un désordre monumentale que la famille s’installa autour de la table ; le volume sonore venait de grimper en flèche. Dudley se sentait comme un poisson hors de l’eau, complètement perdu. Tout le monde parlait, riait et criait en même temps. Quant à lui, il devait suivre plusieurs conversations tout en répondant aux questions diverses qu’on lui posait. C’était un véritable capharnaüm. Abby et Addy, elles, évoluaient avec aisance dans cette assemblée. Il leur jalouserait presque cette capacité d’adaptation. Mais elles semblaient heureuses et rien que pour ça, il était prêt à faire face à des dizaines de repas de dominicaux.

« - Dudley, appela Hermione.
   - Oui ? Qui y a-t-il ?
   - Molly m’a dit que tu cherches une maison près de Chiltern Hills.
   - C’est… exact, dit-il en commençant à paniquer sous l’œil narquois de Ron.
   - Je travaille au département de la justice magique du ministère. Et il nous arrive de nous retrouver avec des terrains et des maisons sur les bras quand on les saisit pour une raison ou une autre. Enfin, je te passe les détails, mais nous avons récupéré un cottage près de Beaconsfield, à Seer Green. Pour tout avouer, il est assez délabré ; il faudra faire pas mal de rénovations. Mais l’avantage, c’est que nous n’en demandons pas beaucoup.
   - … Beaconsfield se trouve loin de Londres ou pas ?
   - À une heure de voiture environ.
   - C’est intéressant, en effet. Mais quand tu dis « délabré », tu penses à quoi ?
   - Pour un moldu, il faudrait du temps pour le restaurer, mais pour un sorcier, cela n’en demanderait que très peu.
   - Nous t’aiderons Dud, dit Harry. Va le voir. Après tout, tu ne t’engages à rien à aller le visiter. Si l’endroit te plaît, on pourra en discuter avec une amie architecte. Tu pourras même y mettre ta patte.
   - Comment ça ?!
   - J’ai vu le carnet de dessin des filles. Tu leur as dessiné des maisons de rêve extraordinaires avec des intérieurs féeriques. Tu as beaucoup de goût en matière d’architecture et de décoration.
   - À ce point, demanda Ginny.
   - Tu regarderas le carnet des filles. Je peux également te dire que nos garçons lui ont déjà demandé de dessiner des maisons pour leurs futurs dragons.
   - C’est beau de rêver !
   - Pour en revenir à notre sujet initial, vas-tu aller voir cette maison ?
   - Pourquoi pas ? Cela ne m’engage à rien.
   - Parfait, s’exclama Molly en se frottant les mains. Direction Seer Green ! »

Dudley regarda Molly et Ginny parlaient avec animation du cottage tout en demandant des détails à Hermione, tandis que les autres femmes écoutaient avec beaucoup d’intérêt. Les hommes, quant à eux, se tenaient à l’écart pour ne pas être mis à contribution, tout en regardant Dudley avec pitié ou en ricanant. Celui-ci frissonna. À quoi s’était-il engagé ?

La visite fut alors prévue pour le lendemain, tournant ainsi une nouvelle page dans leur vie.

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 5: Une ruine pour se reconstruire by Elunedril

« Un cottage délabré ». Voilà ce que lui avait dit Hermione. Ça ne pouvait pas être ici, parce que ce qu’il avait en face de lui, c’était un manoir en ruine, un vestige du passé. Cela n’avait rien avoir avec un « cottage délabré ». Il devait forcément y avoir une erreur sur l’adresse donnée par Hermione. Il ne voyait que ça.


« - Gin… Hermione ne se serait pas trompée d’adresse par hasard ?
   - Bien sûr que non Dud ! Hermione ne ferait jamais ce genre d’erreur.
   - Mais c’est un manoir ! Pas un cottage ! Et il n’est pas délabré, il est en ruine !
   - Pour un moldu, c’est sûrement le cas. Dud, il a juste besoin qu’on lui donne un peu d’amour et un peu de temps !
   - Un peu ! Un peu ! Je ne crois pas que le terme « un peu » soit bien choisi ! Écoute-moi bien… Il est hors de question que j’entre là-dedans !
   - Cela ne te coûte rien de regarder, lui dit doucement Molly. Que penses-tu de l’environnement pour commencer ?
   - C’est… c’est calme. Assez retiré, mais pas trop loin de la ville non plus.
   - Le domaine est grand, dit Ginny. La forêt qui entoure cette propriété en fait partie ; du coup, tu n’auras pas de problème avec des voisins trop curieux ou qui chercheront à s’installer à la porte de ton jardin.
   - C’est sûr, dit-il ironique. S’ils veulent venir me voir, ils devront prendre la voiture pour atteindre la maison… que dis-je, le manoir ! C’est un manoir, Ginny !
   - J’ai des yeux pour voir Dud ! Je vois bien que c’est un manoir !
   - Mais Hermione…
   - N’a pas voulu te faire peur en te disant « manoir ». De plus, il s’approche plus d’un grand cottage que d’un petit manoir… Dis-toi que c’est juste un nom pompeux donné à une maison où il y aura assez d’espace pour que tes filles et toi soyez à l’aise.
   - Elles n’entreront jamais dans cette ruine !
   - C’est sûr que pour l’instant ce n’est pas très indiqué.
   - Qu’est-ce que tu ne comprends pas dans le mot « jamais » ?
   - Ce ne sera plus une ruine une fois qu’on l’aura bichonnée, dit pensivement Molly.
   - Je ne vais pas l’acheter !
   - Bien sûr que si, dit Ginny. Elle est parfaite !
   - Ginny ! Molly ! Vous m’écoutez un peu ?!
   - Seulement quand tu seras raisonnable ! Allez, viens !
   - Non, non et non ! Je n’entrerai pas là-dedans !
   - Dudley ! Laisse ton regard d’artiste s’exprimer plutôt que celui de l’homme pragmatique ! Elle sera magnifique, tu verras ! … Allez… allons jeter un coup d’œil… je te protégerai de tout accident, promis ! … S’il te plaît…
   - Gin…
   - Allons-y Dudley, dit Molly en le tirant par le bras. Et n’oublie pas : tu n’as le droit de regarder qu’avec tes yeux d’artiste ! Il faut que tu imagines ce qui pourrait être et pas ce qui est ! »

Et sans plus de cérémonie, les deux femmes le tirèrent vers le manoir.

En s’approchant, il s’aperçut qu’il manquait de larges pans à la toiture qui était bonne à jeter. Le lambris et les carreaux suivraient également le même chemin, tout comme les volets et les auvents. Il manquait des vitres aux fenêtres quand elles n’étaient pas brisées ; on avait condamné celles du rez-de-chaussé pour éviter toute intrusion. Quand à la porte principale, elle n’existait tout simplement plus et avait été remplacée par un mur. On ne pouvait entrer dans le manoir que grâce une échelle et au trou situé au-dessus de l’entrée.

Cela commençait bien.

Espérant de tout son cœur de ne pas passer au travers du plancher, Dudley soupira puis grimpa pour entrer dans la maison. Ginny et Molly le suivirent.

La lumière pénétrait par les trous de la toiture. En visitant cet étage, il remarqua la beauté des lieux sous son état misérable : le cachet du manoir était incontestable. Et ses boiseries… Les sols ne payaient pas de mine en apparence, mais, quand on enlevait les diverses couches de poussière, de magnifiques parquets en bois massif se révélaient… enfin, quand ils n’étaient pas en piteux état, bien sûr ! La pluie avait fait de sacrés ravages. Les murs, quant à eux, avaient l’air solides malgré les moisissures qui s’étaient répandues; là où il n’y avait plus de plâtre pour les recouvrir, on pouvait voir qu’ils avaient été faits avec de la pierre.

Il y avait quatre chambres et autant de salles de bain à cet étage. La suite parentale avait les dimensions idéales et rien ne manquait : une chambre à coucher, une salle d’eau, un dressing et même un petit coin détente ; les portes vitrées de la chambre menait sur une belle et longue terrasse d’où on pouvait observer le paysage. Les autres chambres étaient également spacieuses et avaient leur salle de bain attenante ; l’une d’entre elle possédait également une petite terrasse.

En grandissant, les filles apprécieraient sans aucun doute l’avantage de posséder leur propre salle d’eau.

En longeant le couloir, Dudley vit une autre pièce à côté des escaliers : elle était suffisamment grande pour être transformée en salle de jeux ou d’étude.

Quant à l’escalier, il était tout en pierre, lisse et blanc, et sa courbe finale adoucissait l’angle des murs qu’il longeait avant de déboucher sur le vestibule.

L’entrée, une fois désencombrée, était spacieuse et lumineuse. À l’avant de la maison se trouvait un grand bureau et en face de celui-ci, un immense salon. À l’arrière de la maison, la salle à manger était attenante à la cuisine, et à elles deux, elles prenaient toute la largeur du manoir ; les baies vitrées menaient sur une immense terrasse, illuminant les pièces et offrant une vue sur le jardin. Une buanderie, un garde-manger et un cabinet de toilettes complétaient le tout.

Tout y était. Rien ne manquait. L’environnement du domaine offrait tout l’espace et l’intimité dont ils avaient besoin. Quant au manoir… Ah ! Ce manoir ! Dudley en était tombé amoureux. En plus d’être complet, il avait tout un potentiel qui ne demandait qu’à être révélé ; une fois rénové, il serait absolument splendide. Tout au long de sa visite, il n’avait pas pu s’empêcher de créer, d’agencer, de magnifier cet endroit. Son imagination avait pris le dessus et, comme l’avait dit Molly, il imaginait ce qui pourrait être au lieu de ce qui était sous ses yeux. Et ce qu’il avait imaginé n’était autre que la personnification de la maison que lui et ses filles avaient tant de fois rêvée et dessinée de manière différente à chaque essai: une maison aux multiples visages et à la féerie enchanteresse.

Son côté purement pratique, quant à lui, s’inquiétait pour le prix du manoir et les rénovations conséquentes que celui-ci allait demander. Sans parler que ce qu’il avait vu aujourd’hui n’était sans aucun doute la partie émergée de l’iceberg; après tout, il ne savait pas dans quel état était la plomberie et n’avait rien vu qui ressemblait de près ou de loin à une installation électrique. S’il se montrait raisonnable, il n’achèterais pas cette maison : trop de travail, de responsabilités et d’entretien ; il n’avait ni les moyens ni le temps pour s’en occuper. S’il se montrait raisonnable… mais allait-il l’être ? Non, sans doute pas. Ce manoir représentait un gros coup de cœur.

« - Alors, lui demanda Ginny bien que connaissant déjà la réponse.
   - Pas mal, répondit Dudley d’un ton exagérément ennuyé avant d’éclater de rire.
   - Tu l’aimes, n’est-ce pas ?
   - Tu plaisantes ?! Je l’adore ! Je le veux, même en sachant que les rénovations vont être nombreuses et coûteuses. Et je ne parle pas du prix de vente du manoir… Mon Dieu… je dois être complètement fou !
   - Ne t’inquiète pas pour ça ! Harry t’a dit qu’il allait te faire un prêt, alors laisse de côté ses questions et dis-moi ce que tu as envie de faire ici.
   - En dehors des rénovations évidentes ? Je pense repousser le mur de la façade avant, commença-t-il en sortant avec elles à l’avant du manoir pour leur montrer sa vision des choses. En éliminant la terrasse, la chambre d’en haut aura les mêmes proportions que celles qui l’entoure ; quant au porche, il ne fait qu’assombrir le vestibule, alors qu’en l’enlevant et en mettant un porte d’entrée vitrée, je ferais entrer la lumière naturelle.
   - J’aime bien, dit Molly. Pour l’extérieur, je te conseille d’entourer l’allée principale et la façade de mille et une fleurs aux couleurs variées.
   - Ce sera magique et féerique. Abby et Addy seront aux anges, surtout si on plante des Buddleias tricolores.
   - Des Bud… Budli… enfin bref, c’est quoi ?
   - Des arbres à papillon, dit Dudley en souriant. Je fais mon expert là, mais je t’avouerai que je ne les connaissais pas il y a quelques semaines.
   - C’est vrai que c’est joli les papillons, mais pour moi, ça reste des insectes, grommela Ginny.
   - Tais-toi malheureuse ! Tu parles d’êtres fascinants et éblouissants !
   - Les filles t’ont fait la leçon, c’est ça ?
   - Et pas qu’un peu ! Il ne faut jamais dire du mal d’un papillon !
   - Je tiendrais ma langue.
   - Ne préféreraient-elles pas des fées dans leur jardin au lieu des papillons, suggéra Molly.
   - Les papillons ou les deux d’après moi. Elles ne transigeront pas sur les papillons. Quant à moi, je ne pense pas que les fées soient une bonne idée, surtout si je reçois des amis.
   - Ah, évidemment, abonda Molly, cela risque de poser problème si des fées venaient à se balader sous le nez de tes amis moldus !
   - Le jardin sera quand même magique, mais à la manière moldu, c’est tout ! Si on rajoute un réverbère par ici, mes princesses penseront que c’est l’entrée de Narnia. Elles seront contentes.
   - Narnia ? Non, attend! Laisse tomber ! Je ne veux pas savoir ! Mais c’est vrai qu’un réverbère ferait bien le long de l’allée.
   - En parlant de réverbère, je n’ai vu aucune installation électrique. Est-ce que le manoir est raccordé ou pas ?
   - Tu n’auras pas besoin d’électricité Dud, c’est une maison magique.
   - Euh… comment veux-tu que je fasse fonctionner une maison magique ? Et mes invités, ils feront comment quand ils voudront allumer la lumière ?
   - Dudley, dit Molly, je te rappelle que tu vis en ce moment au Terrier et il me semble que tu n’as eu aucun mal à allumer quoi que ce soit.
   - …
   - Tu sais, nos maisons doivent être adaptées aux jeunes enfants et aux mineurs ; les premiers ne savent pas encore faire de la magie et les deuxièmes n’ont pas le droit d’en faire en dehors de Poudlard.
   - Ah ! C’est vrai. Vos petits jeunes ne peuvent pas faire de la magie, ricana-t-il en passant à son cousin.
   - Ça t’a bien aider je parie, ironisa Ginny.
   - C’est vrai. Enfin, pour revenir à notre problème, comment je ferai s’il y a une panne ?
   - Il n’y aura pas de panne, Dud. Les maisons sorcières se nourrissent de la magie qui nous entoure comme celle de la nature par exemple et ici, on peut dire que tu en es bien pourvue.
   - Pas faux, dit-il en regardant autour de lui.
   - Allez viens, on rentre. Tu as des plans à préparer.
   - Attends, attends ! Je ne l’ai pas encore acheté ce manoir ! Je ne sais même pas combien il vaut ! Je ne veux pas faire des plans sur la comète ! Pour l’instant, ce domaine ne m’appartient pas. Je ne dessinerai que lorsque le manoir m’appartiendra… Attends voir… Je ne suis même pas architecte ! Comment veux-tu que je dessine ?!
   - Tu dessinera la base et l’architecte se chargera du reste, voilà tout ! Ne commence pas à chercher la petite bête !
   - Allons, allons les enfants, dit Molly. On se calme. Il est temps de rentrer. Une fois à la maison Ginny, tu enverras un hibou à Harry et Hermione. Ils l’attendent pour pouvoir fonctionner. Après cela, on verra bien.
   - Faisons comme ça, soupira Dudley. Promettez-moi juste une chose : ne dites rien aux jumelles tant que rien n’est fait, s’il vous plaît. Je ne veux pas qu’elles aient de faux espoirs.
   - Cela va sans dire, dit Molly.
   - On ne dira rien, promit Ginny.
   - Merci.
   - En route ! »

Molly transplana la première au Terrier, suivie de près par Ginny et Dudley. Le transplanage n’était vraiment pas le moyen de locomotion magique préféré de Dudley, mais au moins, il était arrivé juste à temps pour le bain des filles. Il monta avec elles, tandis que Ginny écrivait à Harry et Hermione. Advienne que pourra.

***

Les sorciers étaient incroyables. À peine Dudley avait pris sa décision qu’ils fonctionnaient déjà. Il ne fallut qu’une semaine pour régler tout ce qui était paperasserie et autres pour que le manoir lui appartienne. Les seules choses dont il avait eu à se préoccuper, c’étaient de signer les papiers qu’on lui présentait et de demander à son patron la possibilité de travailler chez lui, demande qui avait été acceptée au vue de sa situation. Le vendredi, le manoir lui appartenait. À la suite de quoi, il discuta longuement avec Abby et Addy afin de leur expliquer qu’ils allaient aménager dans une maison plus grande, une maison où elles pourraient laisser leur magie s’exprimer sans problème. Les jumelles en furent heureuses et demandèrent à leur père de leur montrer leur nouvelle maison. Ne voulant pas les décourager à la vue de la décrépitude actuelle du domaine, il leur dit que ce serait une surprise, mais qu’il était d’accord pour discuter avec elles de ce qu’elles souhaitaient. Il leur dessina les plans de la maison et leur montra ce qu’il avait déjà décidé. Ils argumentèrent alors longuement sur la décoration de la chambre des jumelles, de la salle de jeux et de l’extérieur. Malgré leur jeune âge, les filles avaient des avis bien arrêtés en matière de design. La conversation dura longtemps, mais comme ils s’amusaient énormément, ils ne virent pas le temps passer.

Ce fut aussi à la fin de cette semaine que Gabrielle posa sa candidature pour être la gouvernante de la famille Dursley.

« - Inutile de rendre tout cela formel, dit Dudley. On est en famille.
   - Peut- être, mais on parle d’un emploi. Même en famille, il faut que tout soit fait dans les règles. Cela évite, en général, bien des désagréments.
   - Pas faux. Gabrielle, je ne sais pas si cela te posera problème, mais je ne pourrai te payer qu’en monnaie moldue.
   - Je sais, ne t’inquiète pas. Je changerai ma paye en monnaie sorcière à Gringotts. Cela ne sera donc pas un problème. La seule chose, c’est que je doit être payé en « spécial ». C’est ce que m’a dit Harry.
   - « Spécial » ? Ah ! En « espèces », tu veux dire ?
   - Oui oui, en espèce !
   - Pas de problème. Au sujet des congés, pourquoi ne pas prendre le samedi ? Comme le dimanche, on risque de venir souvent au Terrier, cela serait bête de se retrouver tous ensemble le jour où tu es censée te reposer et penser un peu à toi.
   - C’est une bonne idée. J’en profiterai pour sortir et voir ma sœur ou mes amis.
   - Parfait ! Maintenant, j’ai besoin de ton avis.
   - Bien sûr ! C’est à quel sujet ?
   - Comme tu fais partie de la famille et que tu vas vivre avec nous, j’ai besoin de tes avis éclairés en matière de décoration ! Surtout pour ta chambre et la cuisine, ces deux endroits étant avant tout tes domaines.
   - Avec plaisir ! Il ne faut pas me le dire deux fois ! »

Finalement, ils discutèrent ensemble sur la totalité de la décoration du manoir. Dudley dessina peu à peu leurs idées sur le papier. Il pensait principalement design tandis que Gabrielle, elle, prônait la fonctionnalité et la sécurité. À eux deux, il créèrent un ensemble harmonieux qui respirait déjà la sérénité familiale. Ils s’y sentiraient bien tous les quatre, c’était certain.

***

Lundi. Premier jour de leur troisième semaine au Terrier. Une aube nouvelle se levait : c’était aujourd’hui que Dudley allait rencontrer Cho Corner, anciennement Chang, une vieille amie de Harry, une ex d’après Ginny. Ce serait avec elle qu’il allait discuter rénovation, celle-ci étant architecte. D’après Harry, elle s’était fait un nom en rénovant des maisons ou en transformant des habitations moldues en maisons sorcières. Et, toujours d’après lui, elle avait du talent, beaucoup de talent.

Ils s’étaient donné rendez-vous au manoir. Dudley avait choisi Gabrielle pour l’accompagner ; après tout, cela allait être sa maison pendant un temps indéterminé. Quant elle vit le manoir en arrivant sur les lieus, Gabrielle comprit les réticences qu’avait Dudley à amener les jumelles ici. Mieux valait qu’elles découvrent le manoir sous son meilleur jour. Cet endroit allait être leur maison, leur foyer ; elles étaient censées s’y sentir en sécurité et non en avoir peur.

Tandis qu’il regardait la vieille demeure, Cho arriva. « Chapeau Cousin » pensa Dudley en voyant la belle femme se diriger vers eux.

« - Bonjour. Je suis Cho Corner.
   - Bonjour, dit Dudley en lui serrant la main, je suis Dudley et voici Gabrielle.
   - Enchantée, dit Cho.
   - Moi de même, répondit Gabrielle.
   - Eh bien, eh bien, quel beau manoir vous avez là ! Certes un peu fatigué, mais rien d’insurmontable ! Avez-vous déjà des idées sur ce que vous voulez ou pas encore ?
   - J’ai fait des plan et des croquis, dit Dudley en lui tendant un porte-document. J’ai tenu compte des desiderata de mes filles, de Gabrielle et des miens. Après, il faut voir si c’est réalisable ou non.
   - Voyons voir… Je vois ici que vous avez décidé de vous débarrasser de la terrasse avant ainsi que du porche.
   - En effet. Sans le porche, la lumière naturelle accédera plus facilement dans le vestibule. Quant à la terrasse, je préfère l’enlever pour que la chambre attenante ait plus d’espace ; elle aura ainsi les mêmes dimensions que celles qui l’entourent.
   - Bonne idée. Vous avez également dessiné une extension à l’arrière, du rez-de-chaussé au grenier. J’aime beaucoup l’idée, mais il faut savoir que cela signifie qu’il faudra refaire une partie de la structure du toit.
   - Il faut refaire le toit dans sa totalité ou presque, alors pourquoi ne pas en profiter ?
   - Très juste. Et si on allait voir ça de plus près.
   - Nous vous suivons. »

Arrivés devant l’entrée, Cho fit disparaître le mur qui servait de porte afin qu’ils puissent passer sans avoir à escalader quoi que ce soit ; cela avait du bon d’être propriétaire.

« - Je vous propose de commencer par les sous-sols et de remonter au fur et à mesure.
   - Parfait. Pour commencer, avant de descendre, je voudrais savoir s’il est possible de faire une porte dérobée ? Comme vous pouvez le voir, cette porte se situe sous l’escalier qui mène au premier et j’aimerai que mes filles ignorent sa présence jusqu’à ce qu’elles soient prêtes.
   - Bien sûr, pas de problème. Est-ce indiscret de vous demander pourquoi ?
   - Pas du tout. En bas, il y a une salle des potions et une bibliothèque remplie de livres de magie. De un, je ne veux pas qu’elles apprennent tout et n’importe quoi, sans parler de la dangerosité de certains ingrédients pour potion, et de deux, il est possible qu’elles se fassent des amis moldus. Imaginez qu’elles les amènent en bas…
   - C’est plus que compréhensible ! J’ai trois enfants, trois, cinq et sept ans. Je ne peux donc très bien imaginer… Je scellerai la porte cachée avec un mot de passe. Comme ça, même si elles découvrent son existence, elles ne pourront toujours pas l’ouvrir.
   - Excellent, s’exclama Gabrielle. Connaissant les filles, elles la trouveront, même si la porte est cachée. Mieux vaut prendre quelques précautions.
   - Mmmm, mais elles sont assez malignes pour réussir à entendre ce que l’on veut leur cacher. Après tout, du moment que c’est un secret, elles se feront un devoir de le découvrir.
   - Je lancerai le sortilège « assurdiato » sur l’espace se trouvant devant la porte, déclara Cho. En faisant en sorte de le maintenir de façon permanente, vos filles ne pourront rien entendre, même si vous criez.
   - Il sera toujours en place, demanda Dudley.
   - Non, il faudra le renouveler jusqu’à ce qu’elles soient en âge de descendre. Mais ne vous inquiétez pas : avec tous les sorciers qui vous entourent, vous n’aurez qu’à demander.
   - Ce sera parfait ! »

Dudley força un peu sur la porte avant de pouvoir l’ouvrir. Les sorcières auraient très bien pu l’ouvrir, mais il était un homme que diable ! Les marches de bois n’étaient pas en très bon état, mais elles restaient suffisamment solides pour supporter leur poids. Cho fit de la lumière.

« - Comme vous pouvez le voir, l’espace qui mène aux trois pièces est grand. Il serait vraiment dommage de ne pas en faire usage.
   - En effet. Sur vos plans, vous avez dessinez une pièce de plus.
   - Un cellier qui fera aussi cave à vins. Je pense le faire longer le long du mur de la salle des potions.
   - Mmmh… Pourquoi ne pas faire deux pièces de plus ? Le cellier le long de la salle des potions comme vous l’aviez prévue et une cave à vins sous l’escalier.
   - C’est que… j’aimerai que l’escalier soit en pierre et non en bois. Cela ne risque-t-il pas de poser problème ?
   - Absolument pas ! Vous pouvez avoir les trois !
   - Génial ! Bien pour la salle des potions, j’ignore ce qu’il faut y faire, dit-il en invitant les deux femmes à le suivre dans la pièce, mais je souhaite des armoires fermées et des étagères en hauteur pour les ingrédients et ustensiles afin d’éviter toute catastrophe. Il faudra aussi remettre à neuf la cheminée, tout comme celle du salon.
   - C’est évident ! Pour nous, les règles de sécurité sont une priorité! Un accident est si vite arrivé…
   - En effet.
   - Pour la bibliothèque, continua Gabrielle, un sort de préservation suffira. Elle est déjà très bien conservée. Je pense qu’il y en a déjà un, mais je pense que qu’il faudrait le renouveler. Comme je sais que c’est un sort complexe et qu’il doit être intégré à la structure, je préfère laisser ça aux experts.
   - Entendu. Et pour le débarras, je vois sur vos plans que vous souhaitez en faire une salle de… de… de boxe ?
   - C’est un sport moldu. J’ai tout l’équipement nécessaire, mais il faudra bien isoler la pièce afin que l’humidité ne pénètre pas et que la température reste entre dix-huit et vingt degrés. Ah, et je souhaiterai également rajouter un miroir sur tout le mur qui la sépare de la bibliothèque. La lucarne, comme toutes les fenêtres de la maison, devra être remplacée.
   - Entendu.
   - Très bien. Passons maintenant à l’étage. »

Le bureau et le salon n’avaient besoin que de quelques rénovations mineures. Le garde-manger actuel fut éliminer pour agrandir la buanderie qui serait alors ouverte sur l’extérieur. Le plus gros des travaux se trouvait dans la cuisine ouverte sur la salle à manger. Lui et Gabrielle expliquèrent qu’ils souhaitaient construire le nouveau garde-manger sur la moitié de terrasse extérieur et attenant à la cuisine. Les fenêtre, quant à elles, seraient déplacées de manière à laisser la lumière entrer.

Au premier étage, la salle de jeux serait agrandie en poussant les murs sur la terrasse adjacente, juste au-dessus du nouveau garde-manger. La suite parentale, elle, n’avait besoin que de quelques petites rénovations. Quant aux trois autres chambres qui seraient de dimensions égales une fois le mur repoussé, elles seraient remaniées afin de posséder chacune une salle de bain et un dressing. L’un des plus gros changements serait d’installer un escalier en pierre au lieu de la trappe qui menait au grenier. Celui-ci serait rénové de manière à pouvoir accueillir un jour une ou plusieurs pièces.

Le jardin étant du ressort de Gabrielle et des jumelles, la visite s’arrêta là. Tout au long de celle-ci, Cho et Dudley s’entendirent vraiment très bien. Ayant les mêmes goûts en matière d’architecture et design, ils discutèrent longuement de couleurs, de planchers, de faïences,… sans se lasser. Pour eux deux, le manoir était un projet qui enflammait leur créativité. Gabrielle ne pût s’empêcher de sourire en les regardant : ils étaient comme deux gosses au matin de Noël.

Après avoir promis à Dudley de repasser le voir avec des échantillons, Cho partit. Dudley se tourna alors vers Gabrielle.

« - Quoi ?
   - Rien, rien, sourit-elle.
   - Alors pourquoi tu souris ?
   - Tu avais l’air heureux en discutant avec Cho.
   - Tu trouves ?
   - Oui. L’architecture et la décoration te passionnent, n’est-ce pas?
   - C’est vrai. J’aime manier les couleurs et les matériaux pour en faire un ensemble harmonieux. Tu verras Gabrielle, nous ferons de cette maison un véritable bijou.
   - Je n’en doute pas. Allez, allons retrouver la famille. Ils doivent nous attendre avec impatience.
   - Non, tu crois, ironisa-t-il en souriant.
   - Oui, je crois » dit-elle avant d’éclater de rire.

Elle le prit par le bras et ils transplanèrent.

***

Il avait été décidé qu’ils déménageraient à la fin de l’été. Et pour cela, Dudley avait quelques petites démarches à faire : il devait mettre sa maison en vente, ses papiers à jours, prévenir ses voisins, ses amis… et sa mère. Penser à Pétunia le faisait trembler : allait-elle s’excuser ? Demanderait-elle des nouvelles des jumelles ? S’intéresserait-elle à la nouvelle vie qu’ils se construisaient ou avait-elle choisi de prendre le parti de son mari et de les rayer de sa vie ? Avait-il perdu ses deux parents ? Dudley avait peur de connaître les réponses à ses questions et d’espérer.

Ce fut lors d’un séjour à Londres qu’il faisait pour la vente de son ancienne maison, les papiers,… que Dudley tenta sa chance. Il s’installa dans un café où il s’assit et passa commande. Posant son portable sur la table, il le regarda longuement.

« - Un problème monsieur, demanda le serveur qui revenait avec son thé.
   - Mmmh… oui… non… je me demande juste si je devais passer cet appel ou pas… Si je prends le risque d’espérer ou non.
   - Vous ne le saurez jamais, si vous ne le faites pas.
   - Pas faux… Merci.
   - C’est compris dans le service » sourit le jeune homme avant de s’en aller.

Dudley inspira. Expira. Inspira… puis prit son téléphone et appela avant d’avoir eu le temps d’y réfléchir à deux fois. Et trois tonalités plus tard, on décrocha.

« - Résidence Dursley, Pétunia à l’appareil.
   - …
   - Allô ?… Allô ?… Il y a quelqu’un ?
   - Bonjour… maman.
   - Dud… Dudley ?!… C’est toi ?
   - Oui maman.
   - … Tu… tu vas bien ?
   - Beaucoup mieux, je te remercie. Je suis à Londres en ce moment.
   - … je vois.
   - Tu peux… tu veux bien m’y rejoindre ? Si je viens chez toi, les voisins pourraient parler.
   - … Oui… oui, bien sûr… Où es-tu ? »

Dudley lui donna l’adresse du café où il se trouvait et Pétunia lui promit d’arriver aussi vite que possible. En raccrochant, Dudley expira tout l’air de ses poumons. Elle avait accepté de le voir. Elle ne l’avait pas rejeté. Tout n’était pas perdu.

Il fallut une heure à Pétunia pour arriver. En entrant, elle chercha son fils du regard, le vit, hésita, puis se dirigea vers lui. Elle l’embrassa furtivement.

« - Bonjour Dudley.
   - Bonjour maman.
   - Tu as l’air en forme.
   - On a pris soin de nous. Nous allons mieux maintenant.
   - … Tant mieux… Comment vont jumelles ?
   - Elles ont retrouvée leur mémoire. Cela a été difficile. Il a fallu leur expliquer que leur maman était malade, sans quoi elle ne leur aurait jamais fait de mal, et qu’elles n’étaient pas des monstres. Encore aujourd’hui, elles ont des crises d’angoisse, mais j’ai de l’aide.
   - … Je vois… Et vous êtes où en ce moment ?… Je suis passée plusieurs fois chez toi, mais la maison était vide et…
   - J’ai été chez Harry le temps des obsèques et après, chez ses beaux-parents, à la campagne. Nous sommes bien dorlotés. Les filles y sont bien et ont leurs cousins et tous les enfants de la famille pour jouer.
   - … C’est bien… C’est gentil de leur part…
   - Ils le sont… Tu les as déjà rencontrés d’ailleurs… une famille de rouquins…
   - Ah oui, trembla Pétunia. Je me rappelle.
   - … Je vais déménager maman.
   - Hein ?! Quoi ?! Comment ?! Pourquoi ?
   - Il faut un endroit où Abby et Addy peuvent grandir en toute quiétude. Leur… leur magie… est spéciale…
   - Spéciale, dit-elle d’une voix atone.
   - Ce sont des sorcières très rares. Elles risquent d’être convoitées. Elles ont la protection de Harry et du clan Weasley, mais toute protection a ses limites.
   - …
   - Il faut aussi quelqu’un du monde magique à leurs côtés 24h sur 24 et comme c’est une femme, mes voisins penseront sans aucun doute que j’ai déjà remplacé ma femme à peine enterrée.
   - …
   - Cela risque perturber les jumelles… Mais je ne peux pas non plus me passer de l’aide magique ! Je n’ai vraiment pas envie d’avoir mon salon incendié !
   - …
   - … Maman… dis quelque chose…
   - … Que veux-tu que je te dise ?… Être une sorcière née de parents normaux, ce n’est pas facile… Lily était… adorable… gentille… et douce… mais les autres enfants la rejetaient… sauf Severus bien sûr… mais il était comme elle… et là, tu me dis que mes petites-filles sont encore plus spéciales que l’était ma sœur…
   - Elles vont bien maman. Elles sont avec des gens qui les comprennent et qui ne révéleront rien de leur nature. Ils les protégeront. Et puis… là où nous allons vivre sera plus adapter… Gabrielle… leur… leur nanny… leur fera l’école à la maison… et les protections de la maison cacheront leur secret.
   - …
   - La maison est belle et grande. Pour être franc, c’est un petit manoir.
   - Un… un manoir ?! Mais comment vas-tu faire pour le payer ?
   - Il n’était pas trop cher vu son état et comme je suis en collaboration avec l’architecte, mon travail est déduit de la note. Pour le reste, Harry m’avance le temps que je vende ma maison.
   - Harry ?! Mais…
   - Il est à son aise… Tu sais, il a trois enfants… dont une petite Lily…
   - Lily, murmura Pétunia.
   - Elle a deux ans. Son fils aîné, James, a six ans et Albus, le deuxième, a l’âge des jumelles. Lui et sa femme sont mariés depuis neuf ans maintenant… C’est une famille heureuse, maman…
   - Je suis contente pour eux… vraiment.
   - … Dis… tu viendras nous voir ?… Dans notre nouvelle maison ?
   - … mais… ton père…
   - Il n’est pas obligé de savoir ! Je sais que tu n’es pas prête à voyager grâce à la magie ! Dis-lui juste que tu vas te ressourcer dans une station thermale ou faire un séjour détente. Je ne souhaite pas te mettre en porte-à-faux maman, mais je ne veux pas te perdre toi aussi ! Je veux que mes filles aient au moins leur grand-mère !
   - Dudley ! Calme-toi ! Je n’ai pas dit que je ne viendrais pas ! J’allais juste te dire que ça allait être compliqué avec ton père ! Et puis je te rappelle que tu ne m’as toujours pas dit où vous allez vivre !
   - Ah… désolé… je me suis emporté.
   - En effet, sourit-elle.
   - Le manoir se trouve dans le Buckinghamshire, dans le district Chiltern, tout près de Beaconsfield, à Seer Green. Enfin, on est plutôt en marge du village, dans la Chiltern Hill. On se trouve à une heure de Londres environ.
   - Oh ! Vous n’êtes pas si loin ! Si je pars pour la journée, ton père n’y trouvera rien à redire. Il dit que je ne sors pas assez. Eh bien, il va être satisfait maintenant.
   - Tu vas vraiment venir ?! Oh maman ! J’avais tellement peur que tu nous rejettes.
   - Je ne le pourrais jamais. Tu sais, malgré tous mes efforts, je n’ai jamais vraiment pu détester Lily, alors mes petites-filles…
   - Et Harry ?
   - Non plus. Tu sais, à chaque fois que j’étais injuste envers lui et qu’il me regardait, j’avais l’impression de voir ma sœur dans ses yeux… il a ses yeux, tu sais… Lily se serait sentie trahie par ma conduite et c’était ce que véhiculaient les yeux de son fils… combien de fois je me suis sentie mal au début… et après c’était devenu une habitude… que je chérissais autant que je la haïssais… j’avais l’impression que ma sœur était avec moi… en colère et triste… mais au moins… pendant de cours laps de temps… elle était là… »

Après cet aveu, ni elle, ni lui ne parlèrent. Le poids des paroles de Pétunia était lourd. Dudley savait qu’il ne pouvait rien dire à Harry. C’était à sa mère de le faire. Si elle le faisait, il y aurait une chance pour qu’un dialogue franc s’installe entre eux. Mais le moment n’était pas encore venu.

L’heure des adieux arriva. Pétunia serra son fils dans ses bras, l’embrassa et partit rejoindre sa vie et son mari. Mais Dudley n’était pas triste : il savait qu’ils se reverraient. Il paya les consommations, laissa un gros pourboire au serveur de bon conseil et partit rejoindre sa famille.

***

Les travaux au manoir avançaient bien. Cho et Dudley avaient agencé toute la maison de manière à correspondre aux goûts de chacun des futurs habitants. Leur entente était si parfaite que Cho demanda très vite à Dudley s’il serait d’accord pour travailler sur certains projets avec elle. Dudley en fut flatté et même très emballé. Après qu’il eût accepté avec joie, Cho demanda aux sorciers pour lesquels elle travaillait, s’ils étaient d’accord pour qu’un moldu travaille avec elle. La réponse n’était malheureusement pas toujours positive. En effet, certains sorciers et sorcières ne refusaient seulement qu’à cause de la peur que leur inspirait ce grand inconnu nommé moldu, alors que d’autres le rejetaient simplement parce qu’il était un de ces êtres inférieurs qu’il abhorraient ; comment auraient-ils pu accepter qu’un moldu souille leur foyer ? 

 

Si au début, les demandes ne furent donc pas très nombreuses, il en fut autrement au fur et à mesure qu’il se forgeait une réputation. Les sorciers ayant accepté avaient d’abord été intéressés par le fait qu’il était le cousin de Harry Potter et père de deux sorcières jumelles, mais rapidement, son travail éclipsa ces détails au point que lui et Cho devinrent les entrepreneurs à la mode, si on désirait une maison de standing et de qualité.

 

En plus de lui plaire, ce travail lui permettait de mettre un pied dans le monde auquel appartenaient Abby et Addy. Il pouvait donc observer les sorciers, autres que les Weasley, dans leur environnement naturel. Si certaines choses ne lui plurent pas, d’autres le rassurèrent.


Au bout de quelques mois (bien après la rénovation de sa maison), Dudley déposerait sa démission dans son agence de publicité. Il n’y aurait aucun regret, car il s’épanouirait toujours un peu plus dans son nouveau métier. Il avait trouvé sa voie dans le monde de Harry et des jumelles.

***

Quand la maison fut sur le point d’être achevée, il fut temps de discuter des mesures de protections qui allaient être installées. Les adultes du clan Weasley, Gabrielle et Dudley se réunirent donc pour choisir quels sortilèges seraient mis en place sans que la sociabilisation des jumelles n’en prenne un coup et qui les apposerait. Cela leur prit plusieurs heures : il fallait peser les pours et les contres, tout en pensant au bien-être des filles et de Dudley, même si celui-ci pensait qu’il n’était pas une priorité. Gabrielle gronda lorsqu’il exprima cette pensée : il était tout aussi important qu’Abby et Addy. Ils se lancèrent alors dans un argumentaire vif mais complice. Concentrés sur leur discussion, ils ne remarquèrent pas les sourires qui fleurissaient sur les lèvres des convives, bien qu’aucun commentaire ne fut émis ; en effet, il était devenu plutôt habituel de voir ces deux-là se chamailler. Ils étaient très complices, mais avaient tendance à dire les choses telles qu’ils les pensaient vraiment, ce qui entraînait à coup sûr de longs argumentaires lorsqu’ils n’avaient pas le même point de vue.

Après une âpre et longue discussion, huit sortilèges de protection furent choisis ainsi qu’Hermione pour les apposer.

Comme le manoir ne devait être dévoilé qu’à la fin de la semaine suivante, Hermione fut donc la seule à accompagner Dudley sur les lieux. Elle marqua son approbation pleine et entière par un long sifflement: la transformation était stupéfiante.

« - Si jamais je dois déménager ou faire des rénovations, je ferai appel à toi ! Je comprends mieux ta réputation maintenant !
   - Je prends ça pour un compliment, sourit Dudley.
   - C’en est un. »

Elle sourit avant de fermer les yeux, se concentra un moment puis commença :

« Abdito secreto quod domum custodit Adelaide et Abigail magica ab mundi oculis absit »

« Par le tabou secret qui protège la maison, que la magie d’Abigaël et Adélaïde soit éloignée des yeux du monde »

Dudley sentit une pression dans l’air lui faisant supposer que le sort venait bien d’être posé.

« Tutela sergum »

Un voile blanc s’éleva autour du domaine protégeant ainsi celui-ci de toute curiosité malvenue avant de devenir transparent.

« Intrusionem erecti »

Le charme du Cridurut pour alerter toute intrusion dans le domaine.

« Anti apparitione »

Le maléfice antitransplanage pour empêcher quiconque de transplaner chez Dudley.

« Protego totalum »
« Protego horribilis »
« Protego maxima »

Les charmes du bouclier s’ajoutèrent aux autres.

« Salveo Maleficia »

Le sortilège de protection contre les maléfices pour qu’aucun mal ne soit fait à l’intérieur du domaine.

Enfin, Hermione déclama le dernier sortilège pour renforcer les protections mais aussi les lier ensemble :
« Fianto duri »

Une fois fait, Hermione baissa sa baguette puis souffla un bon coup, sentant la pression retombée.

« - C’est bon. Il faudra les rafraîchir de temps en temps, mais en dehors de ça, tes filles seront protégées par tous les moyens que la magie peut apporter.
   - Je te remercie.
   - Il n’y a pas de quoi. Maintenant, rentrons avant que je ne te supplie de me faire visiter !
   - Ah ! Ah! Ah ! C’est vrai qu’elle fait envie, hein ?
   - C’est vrai. Tu peux être fier de ce que tu as accompli, Dud.
   - Merci » répondit-il, ému.

Elle sourit. Puis elle le prit par le bras et ils transplanèrent pour rejoindre les autres.

***

Le jour du grand dévoilement était arrivé. Comme chaque dimanche, tout le clan s’était réuni pour le repas dominical. À la la fin du repas, ils regardèrent d’un air impatient Dudley qui mangeait paisiblement sa tarte aux myrtilles. Celui-ci s’amusait vraiment beaucoup en les regardant.

« - Molly, cette tarte est fabuleuse ! Je pense que je vais me laisser tenter par une autre part de cet excellent dessert.
   - Dud, grommela Ron, si tu continues comme ça, je te fracasses le crâne avec ton assiette.
   - Ben quoi, demanda-t-il, innocemment. Il y a quelque chose qui ne va pas ?
   - La tarte peut attendre, par les caleçons de Merlin ! Tu comptes nous faire poiroter encore longtemps ?
   - Tu ne m’as jamais semblé être une personne qui négligeait la nourriture, dit Dudley pensif, avant d’ajouter faussement soucieux : Serais-tu malade ?
   - Peut-être devrions-nous, commença Georges.
   - Dudley, je pense que les jumelles aimeraient beaucoup voir leur nouvelle maison, coupa Angelina, tout en souriant.
   - C’est vrai, demanda Dudley en se tournant vers ses filles.
   - Ouiii, s’écrièrent celle-ci.
   - Eh bien, eh bien, il fallait le dire plutôt, dit Dudley, malicieux.
   - Dud, s’exaspéra Ginny, va te faire cuire une bouse de dragon !
   - Quelle bonne idée ! Je n’en ai jamais vu ! En as-tu une pour moi, Charlie ?
   - Non, s’écria Molly. Pas dans ma cuisine !
   - Très juste. Tant pis… désolé Gin, je ne pourrais pas satisfaire ton souhait. Tu ne m’en veux pas?
   - Espèce de…
   - Tes filles, Dud, dit Harry, les yeux rieurs, ont formulé le souhait de voir leur nouveau chez elles.
   - Ah oui, c’est vrai ! Où avais-je la tête ? Eh bien, Abby, Addy, Gabrielle, y allons-nous ?
   - Ouiiii !
   - Avec joie » sourit Gabrielle qui s’était beaucoup amusée durant la joute verbale bien qu’impatiente elle-même.

Ils se levèrent ensemble de table. En effet, il avait été décidé que Gabrielle et les jumelles auraient la primeur de voir leur nouvelle maison. Dudley fit un clin d’œil à Ginny qui bouillonnait de rage.

« - Tu ne perds rien pour attendre, Dud !
   - Allons, allons, ne sois pas si impatiente !
   - Dud, va voir la maison avec tes filles et Gaby, avant que je décide de te faire subir mon maléfice chéri!
   - Ginny, gronda Arthur.
   - Ne t’inquiète pas, papa ! Dud sait se défendre et n’a pas besoin de magie pour faire tourner son monde en bourrique ! Il a même conseillé Ron et Georges par rapport aux farces et attrapes moldues !
   - Je confirme, soupira Angelina, ils ont même commencé à faire des tests sur les autres.
   - Nous sommes en train de les adapter aux sorciers, sourit Georges.
   - Cela va avoir un succès garanti, renchérit Ron qui ne put s’empêcher d’avoir un grand sourire. Seamus a été fou de joie quand il a découvert les pétards version moldue ; ils sont explosifs à souhait. Quand même ces modus, ils possèdent une sacrée inventivité !
   - Je ne pense pas que cette inventivité particulière soit toute à leur honneur, répliqua Percy, la victime préférée de ses frères.
   - Ils ont quand même marché sur la lune, répliqua Hermione, loyale. Ce n’est pas de leur faute si tes frères ont décidé de ne retenir que ça.
   - Dudley, sérieusement, pourquoi tu as fait ça, demanda Percy, trahi.
   - Je ne serai pas leur victime pendant un an pour chaque nouvelle farce et attrape. Je leur en ai donné trois à se mettre sous la dent, ce qui me garantit trois ans de paix. Ce n’est pas rien ! Et je te rappelle que j’ai été un cobaye à quatorze ans pour leurs boîtes à flemme. Un cobaye, Percy, un cobaye ! Donc je sais ce que c’est !
   - Ah… c’est compréhensible.
   - Ne t’inquiète pas ! Je leur en donnerai une autre qu’une fois que les trois ans seront sur le point d’être écoulés. Et puis, si j’ai envie d’embêter quelqu’un, je n’ai besoin de farces et attrapes, n’est-ce pas Ginny ?
   - Va-t-en, grommela celle-ci toute rouge, ou tu vas taquiner de ma baguette !
   - Qu’est-ce qu’il t’a fait, la pressa Georges.
   - Rien…
   - Alleeeez !… Dud, qu’est-ce que…
   - Exponentia vespertilio, déclama-t-elle calmement en visant son frère trop curieux.
   - Ginny ! Pas dans la maison » s’exclama Molly, tandis qu’une nuée de chauves-souris attaquait l’impudent.
Dudley sourit, content de voir le farceur bien attrapé.

 

Dudley prit la main de Gabrielle tandis que ses filles s’enroulaient autour des jambes de celle-ci. Gabrielle les transplana alors à l’entrée du domaine. Ce ne fut pas un choc pour Abby et Addy qui s’étaient entraînées pendant une semaine au transplanage d’escorte pour ce jour si spécial.


La grille qui gardait l’entrée était majestueuse. Il l’ouvrit et trouva plusieurs balais familiaux adossés au mur. Harry les avait déposés là pour l’occasion. En effet, tout la famille devait découvrir pour la première fois le manoir en l’apercevant au loin, afin de profiter pleinement du spectacle. Les fois suivantes, ils viendraient par la cheminée de la terrasse où un salon d’extérieur avait été installé. Ils se mirent à califourchon sur un balai et Gabrielle le pilota le long du chemin. Le voyage était très agréable. Dudley et les jumelles profitaient avec beaucoup d’enthousiasme de cette nouvelle expérience.

Quand Dudley vit qu’ils atteindraient bientôt la clairière, il demanda à Gabrielle d’atterrir. Abby et Addy mourraient d’envie de courir pour découvrir leur nouvelle maison, mais elles attendirent sagement aux côtés de leur père. Dudley sortit alors de sa poche trois foulards pour leur bander les yeux.

« Allez, mettez-les sur vos yeux ! N’oubliez pas que c’est une surprise ! Il n’y a que quelques pas d’ici à la clairière. La maison se trouve tout en haut de cette montée. Je vous guiderais, promis ! »

Gabrielle et les jumelles se regardèrent puis gloussèrent avant d’obtempérer. Et ce fut d’un pas peu assuré qu’elles franchirent les derniers mètres dans le noir. Dudley les plaça alors de manière à ce qu’elles puissent tout contempler en un instant. Une fois fait, il les autorisa à retirer leur bandeau, ce qu’elles s’empressèrent de faire.

« Oooooooh ! »

 

 

 

 

Chapitre 6: Une nouvelle vie by Elunedril

 

« Oooooh ! »


Une magnifique maison se tenait là, fière et belle, semblable à celles des contes de fées qu'affectionnaient particulièrement les jumelles.

Des brasses et des brasses de fleurs parsemaient le jardin et le manoir de mille et une couleurs, tandis qu’un réverbère illuminait le joli petit chemin qui menait à la maison. Celle-ci semblait avoir grandi parmi toutes ses couleurs champêtres ; elle ne dépareillait pas avec le joli bleu pastel de ses boiseries et de sa toiture et ses murs aux pierres apparentes s’accordaient parfaitement au décor naturel et féerique de l’ensemble.

« - Papa ! Papa !
   - Qu’y a-t-il mes petites princesses ?
   - C’est le château des fées ! Tu crois qu’on peut entrer ?
   - Bien sûr… après tout, c’est chez nous !
   - Chez nous ?! Pour de vrai ?!
   - Vrai de vrai ! Et si vous alliez y voir d’un peu plus près ? »

 

Il n’eût pas à le dire deux fois. Ses petites filles dévalèrent à toute vitesse les quelques mètres qui les séparaient de leur nouvelle maison. Toute à leur joie, elles ne se rendirent pas compte que les fleurs s’épanouissaient à chacun de leur pas.

 

« - Tu as vu ça, demanda Dudley ébahi.
   - J’ai vu. Leurs émotions influencent leur magie : elles sont heureuses, donc la nature l’est avec elles. C’est vraiment une belle maison, Dud.
   - Elle te plaît ?
   - Beaucoup. Allons la voir d’un peu plus près avant que la famille ne débarque en masse.
   - Tu as raison. Viens, je vais te montrer ton nouveau territoire. Pour le sous-sol, il faudra attendre ce soir.
   - Tu es drôlement optimiste, rit Gabrielle. Le clan voudra certainement tout voir, y compris le sous-sol.
   - En gros, ce secret n’en sera plus un au moment où tout le monde sera là.
   - Ils essaieront de ne pas être vus. Et avec un peu de chance, les enfants ne les remarqueront pas.
   - Espérons que tu dises vrai.
   - Allez ! Fais-moi visiter s’il te plaît ! Je meurs d’envie de découvrir ce chef-d’œuvre.
   - Avec plaisir ! »

 

Il la mena à la porte du manoir déjà grande ouverte. À l’intérieur, on entendait ici et là les cavalcades et les cris de joie des jumelles qui furetaient partout. Les deux adultes se sourirent en entendant cette joyeuse mélodie.

Pendant que les filles étaient en vadrouille dans la maison, Dudley fit visiter Gabrielle. Au rez-de-chaussé, celle-ci apprécia particulièrement la cuisine qui possédait tout ce qu’elle avait demandé et où rien ne manquait. Après tout, le cœur de la maison était essentiel au bon fonctionnement du foyer familial. Elle approuva également la salle de jeux à l’étage qui servirait aussi de salle d’étude. Mais la surprise sous le chapeau fut quand Dudley lui montra sa chambre. Elle fut sans voix : simple mais élégante, la chambre était lumineuse et chaleureuse ; les meubles étaient finement ouvragés et vraisemblablement de facture française. Elle se tourna alors vers Dudley, une question muette dans les yeux.

 

« - J’ai demandé l’aide de Fleur pour la décoration. Elle m’a pas mal aiguillé sur tes goûts.
   - …
   - Je voulais que tu puisses te sentir ici chez toi… Dis quelque chose ! Tu me rends nerveux !
   - C’est… c’est vraiment trop beau… et trop gentil, bredouilla-t-elle, émue.
   - Alors, ça te plaît ?
   - Bien sûr, idiot ! Comment ne pourrais-je pas aimer ?
   - Pfiou, soupira-t-il de soulagement. Un moment, j’ai cru que j’avais fait une bêtise. »

 

Avant que Gabrielle ne puisse ajouter quoique ce soit, des exclamations se firent entendre : le clan investissait les lieux. Des cavalcades dans les escaliers et les étages, des « wahou ! » expressifs, des soupirs d’envie,…, la famille exprimait son approbation de toutes les manières possibles et imaginables. La maison fut passer au peigne fin et les sous-sols n’échappèrent pas à l’inspection ; les sorciers surent cependant se faire discrets comme eux seuls savaient le faire. Chaque pièce reçut son commentaire et l’admiration qui allait avec. Le manoir bruissait de vie tel une fourmilière nouvellement investie.

« - Oncle Harry, s’écrièrent Abby et Addy.
   - Oui ?
   - Tu as apporté notre chambre, demanda Abby excitée.
   - Bien sûr, sourit Harry.
   - Tu peux nous l’installer maintenant, s’il te plaît, demanda Addy, impatiente.
   - Pourquoi pas, rit Harry, amusé.
   - Vite ! Vite !
   - J’arrive ! J’arrive ! »

 

Harry prit la grosse valise et suivit les jumelles jusque dans leur chambre, tandis que Fleur tendit à sa sœur une malle miniaturisée.

« - Toutes tes affaires sont là-dedans, s’étonna Dudley.
   - Oui, bien sûr. Je l’ai juste réduite. C’est beaucoup plus pratique.
   - Dommage que Harry n’y ait pas pensé, ricana Fleur.
   - Le pauvre ! Il a gardé certaines de ses vieilles habitudes moldues ! C’est difficile de se débarrasser des usages avec lesquels on a grandi. Tu aurais pu lui en parler, non ?
   - Ginny ne l’a pas fait, alors pourquoi je lui en aurais parlé ?
   - Tu es incorrigible !
   - Merci !
   - Ce n’était pas un compliment ! »

 

En voyant les deux sœurs se lancer dans une joute verbale, Dudley s’enfuit sans demander son reste avant d’être pris à parti. Il rejoignit Harry qui jouait les déménageurs. Celui-ci se pliait volontiers aux diktats des deux adorables petits tyrans qui dirigeaient les opérations, assises royalement sur un fauteuil.

 

« - Dites donc vous deux, vous n’avez pas honte ?
   - Mais papa, on a pas de baguette, dit Abby, malicieuse.
   - On peut pas aider, renchérit Addy en souriant.
   - Et cela vous autorise à donner des ordres ?
   - Oncle Harry ne sait pas comment on range la chambre !
   - Je pense qu’il ne peut pas trop se tromper ! Au lieu de jouer aux petits chefs, dites-lui merci, petits démons !
   - Merci Oncle Harry, s’écrièrent-elles en cœur.
   - C’est joli, ajouta Addy en s’échappant de la chambre à la suite de sa sœur.
   - Je suis désolé Harry !
   - Ah ! Ah ! Ah ! Ne t’inquiète pas ! Elles sont irrésistibles !
   - C’est bien là le problème ! On leur donnerai le bon Dieu sans confession ! C’est difficile de ne pas céder !
   - C’est vrai ! Ce sont de vraies petites malignes qui demandent sans en avoir l’air ! Elles sont futées, tes filles !
   - M’en parle pas ! Et elles n’ont que quatre ans ! Qu’est-ce que ça va être en grandissant ?! Je panique rien que d’y penser !
   - Allez ! Tu n’y es pas ! Profite !
   - Tu as raison… Merci pour la chambre !
   - Tu auras besoin qu’on aille chercher la tienne ou pas ?
   - Non. Je ne veux pas dormir avec mes souvenirs et ce qui aurait pu être..
   - Entendu.
   - Au fait, Gabrielle a miniaturisé sa malle, sourit malicieusement Dudley, en changeant de sujet. Pourquoi tu n’as pas fait de même ?
   - … Je n’y ai pensé, avoua piteusement Harry.
   - Ah ! Ah ! Ah ! »

 

Et sur cette note d’humour, ils descendirent rejoindre les autres tandis que les enfants jouaient dans la salle de jeux.

 

« - Dudley, s’écria Ginny en le voyant. C’est vraiment incroyable ce que tu as fait de cette maison !
   - Je n’étais pas tout seul !
   - Oui, mais elle a été rénovée et décorée en fonction de tes dessins ! Ce n’est pas pour rien que l’on commence à parler de toi et Cho !
   - Tu parles, grimaça Dudley. Ils veulent surtout le cousin de Harry Potter plutôt que mes dessins !
   - Au début, peut-être ! Mais quand ils voient tes projets, ils sont plus que satisfaits de ton travail et le fait que ce soit dessiné par le cousin de Harry Potter ne devient alors qu’un petit bonus !
   - Si tu le dis…
   - Fais- moi confiance cette fois encore, j’ai raison !
   - Mmmmh…
   - D’ailleurs, j’ai toujours raison !
   - Pardon, s’étouffa Georges.
   - Tu veux encore tâter de ma baguette, frérot ?
   - Sans façon, merci ! Harry, c’est étonnant que tu sois toujours sain d’esprit !
   - Qui a dit que je l’étais » demanda malicieusement Harry.

 

Toute la famille explosa de rire.

L’après-midi se déroula ainsi, dans la joie et la bonne humeur, tandis que chacun prenait ses aises : Hermione alla découvrir plus en avant les livres de la bibliothèque, Arthur le matériel moldu qu’utilisait Dudley, comme l’ordinateur, tandis que Molly échangeait des recettes de cuisine avec Gabrielle ; tout le clan y alla de sa petite demande. Si le Terrier était l’endroit privilégié pour se retrouver en famille, le manoir Dursley, lui, était devenu en à peine quelques heures un lieu d’échanges et de retrouvailles impromptues. Dudley pensa alors que sa maison risquait bien de se transformer en hall de gare, café et bibliothèque municipale. Il n’allait pas s’ennuyer, c’était certain.

 

Une fois la nuit tombée et tout le monde parti, il fut temps de coucher les jumelles. Celles-ci étaient excitées comme des puces. Ce fut donc toute une histoire que de les aider à enfiler leur pyjama.

 

« - Allez ! On se dépêche si vous voulez que l’on vous lise une histoire !
   - Mais où, demanda Addy en regardant autour d’elle.
   - On a qu’à la lire dans ma chambre, répondit Dudley pensif, en admettant qu’ils seraient un peu à l’étroit dans cette chambre.
   - Ouais, s’écrièrent les jumelles en traversant le couloir.
   - Les filles, dit Gabrielle, ne sautez pas sur le lit de papa !
   - Et puis d’abord, continua Dudley, je ne lis des histoires qu’aux enfants sages.
   - Mais on est sage…, dit Abby en s’asseyant docilement.
   - … comme des images, compléta Addy en faisant de même.
   - Regardez-moi ces petites crapules, sourit Dudley.
   - Des crapules adorables, renchérit Gabrielle.
   - Bon… Quelle est l’histoire de ce soir ?
   - « Babbitty Lapina et…
   - … la souche qui gloussait »
   - Encore ?! Vous savez qu’il y a d’autres histoires dans « Les contes de Beedle Le Barde » ? Il y a aussi « Le sorcier et la marmite sauteuse », ou…
   - Non ! On veut Babbitty !
   - S’il te plaît !
   - D’accord, d’accord ! C’est votre histoire du soir après tout !
   - Allez les filles, venez-vous installer ici, dit Gabrielle en redressant les oreillers.
   - Gaby, demanda Addy, tu viens avec nous ?
   - Mais oui, renchérit Dudley, mets-toi à l’aise. On va mettre les jumelles entre nous.
   - Entendu.
   - Très bien, je commence : « Il y a longtemps, dans un pays lointain, vivait un roi stupide…
   - plus aucun sorcier, plus aucune sorcière, ne furent persécutés dans tout le royaume. » Fin, termina Gabrielle en regardant les jumelles endormies. Elles n’ont pas fait un pli.
   - Cela a été une journée riche en émotions. C’est normal qu’elles soient épuisées. Je prends Abby…
   - … et moi Addy.
   - Tu es sûre ?
   - Absolument. Elles sont légères comme des plumes et dans le cas contraire, j’ai ma baguette.
   - C’est diablement pratique ces bouts de bois !
   - À qui le dis-tu ?! »

 

Ils prirent chacun une des jumelles et allèrent les coucher dans leur lit. Après les avoir bordées, ils laissèrent une petite veilleuse et sortirent de la chambre.

 

« - Dud, j’ai quelque chose à te demander.
   - Oui ? De quoi s’agit-il ?
   - Voilà… il se trouve que j’ai un chat et un hibou. En ce moment, ils sont chez ma sœur. J’aimerai savoir si tu serais d’accord pour qu’ils viennent vivre ici.
   - Tu aurais dû m’en parler plutôt ! Bien sûr que tu peux les avoir avec toi ! J’espère juste que les filles ne les embêteront pas trop…
   - Ne t’inquiète pas ! Ils en ont vu d’autres ! Et puis, avoir des animaux chez soi a tendance à responsabiliser les enfants.
   - Alors, c’est parfait ! Sur un autre sujet, moi aussi, il faut que je te dise quelque chose…
   - Il y a un problème ?
   - Un problème ? Non… enfin, je ne crois pas… Enfin, voilà : j’ai invité ma mère à venir ici et elle a accepté.
   - C’est génial, Dud !
   - Mmmmh… Elle doit le faire en cachette de mon père évidemment… il sera absent jeudi pour la journée… ma mère devrait donc pouvoir être là dans la matinée…
   - Et ?
   - Et… elle a un peu de mal avec la magie… depuis que sa sœur est partie à Poudlard, en fait… donc…
   - Tu voudrais que je m’absente pour la journée ?
   - Quoi ? Non !? Rien de tout cela ! C’est juste qu’elle va avoir quelques petits moments de rejet et je ne voudrais pas que tu le prennes mal !
   - J’essaierai de ne pas faire de magie dans ce cas.
   - Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, là non plus. Il faut qu’elle s’y habitue. Les filles vont en faire de plus en plus en grandissant et si elles voient que leur grand-mère réagit mal…
   - Cela risque leur rappeler leur mère.
   - Voilà.
   - Entendu. Je me comporterai normalement et je la rassurerai autant que possible.
   - Merci. Ah… et j’aurai un rendez-vous tôt dans la matinée ce jour-là. Je ne devrais pas être en retard, mais si c’est le cas, il faudra que votre première rencontre se fasse sans moi.
   - Aucun problème, je saurai gérer.
   - Tu es la meilleure !
   - Je sais, dit-elle malicieuse.
   - Eh bien… Bonne nuit Gabrielle.
   - Bonne nuit Dud. »

 

Sur ces mots, ils se séparèrent pour rejoindre leurs quartiers respectifs pour la nuit.




***

 

Le lendemain, Abby et Addy étaient fébriles. Elles allaient avoir des animaux. Enfin, c’étaient ceux de Gaby, mais ils allaient vivre chez elles. Fleur devait les amener ce matin avec leurs affaires. Et c’était pourquoi elles avaient le nez collé à la vitre de la salle à manger.

 

« - Gaby, elle arrive quand Fleur, demanda Abby.
   - Bientôt, je pense.
   - Tu crois qu’y vont nous aimer tes animaux, s’inquiéta Addy.
   - J’en suis sûre.
   - Y s’appellent comment ?
   - Ma chouette s’appelle Athéna et mon chat Léo.
   - Comment y sont ?
   - Eh bien, ma chouette est plutôt petite et a un plumage noire et des tâches blanches. Quant à mon chat, il est de taille moyenne et a un pelage marron-roux tacheté de noir.
   - Plumage ? Pelage ?
   - Le plumage, ce sont les plumes qui recouvrent l’oiseau, et le pelage, les poils du chat.
   - Y sont là ! Y sont là, s’écria Abby qui n’avait pas écouté un traître mot des explications de Gabrielle.
   - Addy, éloigne-toi de la porte s’il te plaît, que je puisse ouvrir à ma sœur. »

 

Elle s’éloigna en entraînant sa sœur avec elle, tandis que Gabrielle ouvrait à Fleur.

 

« - Coucou, dit celle-ci en entrant.
   - Bonjour Fleur, s’écrièrent les jumelles. On peut les voir ?
   - Attendez un peu, dit Gabrielle. Il faut qu’ils s’habituent à leur nouvel environnement. Je vais ouvrir leur cage, mais vous ne devez ni les sortir, ni les approcher tant qu’ils ne l’ont pas fait eux-même. D’accord ?
   - On peut pas les toucher, s’exclama Abby déçue.
   - Pas tout de suite. Je vous le dirais quand ce sera bon. En attendant, vous n’avez qu’à aller jouer au salon ou dans la salle de jeux.
   - Non. On va attendre.
   - Très bien. Mais ça peut durer longtemps, dit-elle avant de se tourner vers Fleur : Je te sers quelque chose ?
   - Un café ne serait pas de refus. Ces anglais boivent du thé sans arrêt, grommela Fleur. Tu m’étonnes qu’ils ont un balai coincé dans les fesses : toutes leurs habitudes sont réglées par les traditions et le temps, comme sur du papier à musique ! Et leur viande…
   - Tu as dit « fesses », rigolèrent les jumelles.
   - Eh bien quoi ? C’est joli comme mot, non ?
   - Heureusement que ce n’était pas l’autre, murmura Gabrielle.
   - Je suis entourée de jeunes enfants à longueur de temps, je te rappelle ! Bien sûr que je ne suis pas grossière, s’indigna Fleur.
   - Tu as raison, sourit sa sœur. Tiens, voilà ton café.
   - Mmmm, que ça sent bon !
   - Je peux sentir, demanda immédiatement Abby.
   - Bien sûr, mais attention, il ne faut pas toucher la tasse : c’est chaud ! Tiens, viens sur mes genoux ! »

 

Aussitôt dit aussitôt fait. Abby grimpa sur les genoux de Fleur pour se tenir au-dessus de la tasse.

« - Ça sent bon, demanda-t-elle dubitative.
   - Pour moi, oui.
   - T’es bizarre.
   - Ah oui ?
   - Oui, dit Addy, catégorique, avant de descendre des genoux de Fleur et de rejoindre sa sœur dans son observation animalière.
   - Ah ! Ah ! Ah ! Je suppose que si toi tu trouves les anglais bizarres, il n’y a rien d’anormal à ce qu’ils pensent de même à ton sujet, rigola Gabrielle.
   - Quelle idée, s’offusqua Fleur. Je suis incroyable !
   - Mais oui, mais oui, dit sa sœur en regardant les jumelles filaient vers le salon ; elles devaient en avoir eu assez d’attendre après son chat et sa chouette.
   - Où est Dudley ?
   - Sur un chantier, avec Cho. Apparemment, une pièce qui n’était pas là à leur dernière visite a fait son apparition, ou du moins, une porte dérobée s’est révélée pendant la phase de démolition. Maintenant, il faut qu’il remanie tous ses plans. Il n’y a plus qu’à espérer qu’il n’y en aura pas d’autres.
   - Pourquoi ? C’est plutôt amusant de découvrir des pièces de ce genre, non ?
   - En temps normal, oui. Mais le propriétaire n’a pas arrêté de changer d’avis jusqu’à la signature du devis. Dud a dû changé ses plans un nombre incalculable de fois. Alors une nouvelle pièce…
   - … signifie carte blanche pour de nouveaux changements, et dans la pièce et dans la maison.
   - Tu as tout compris. D’après Dud, Cho était déjà sur le point d’envoyer un sort cuisant à leur client quand les plans avaient enfin été validés.
   - Ouille !
   - Comme tu dis. Si tu avais vu la tête de Dudley quand il a reçu le message de Cho : il était horrifié !
   - Ah ! Ah ! Ah ! Ce genre de client, il y en a dans tous les domaines. Personne n’y échappe. Mais bon, il y a pire… Du coup, matinée mouvementée pour Dudley !
   - Oui. Les filles était déçues de ne pas avoir pu voir leur père ce matin. Heureusement, j’ai pu leur annoncer l’arrivée d’Athéna et Léo… En parlant de ces deux-là, ce serait bien qu’ils se décident à sortir maintenant !
   - Cela va venir. Et sinon, ça se passe comment avec Dudley en général ?
   - Très bien. On s’entend bien, ce qui est génial et me facilite la vie. Ce n’est pas facile quand ton patron te casse la baguette à tout bout de champ. Et puis, cela fait chaud au cœur quand on le regarde avec ses filles.
   - C’est vrai. Il n’est pas le genre de personne qui confie ses responsabilités à quelqu’un d’autre et s’en lave les mains.
   - En effet. Il s’intéresse à tout ce que font ses filles, écoute ce qu’elles ont à dire, joue avec elles, leur lit des histoires,… Non vraiment, il prend son rôle de père très au sérieux.
   - Tu l’aime bien !
   - Bien sûr ! Je viens de te le dire !
   - Non, ce n’est pas ce que je… Laisse tomber.
   - Hein ? Pourquoi ?
   - Laisse tomber, je te dis. J’allais faire une bêtise.
   - Fleur…
   - Ah ! Il faut que j’y aille ! Mes enfants m’attendent, s’exclama-t-elle avant de crier en direction du salon : Les filles, je suis partie ! À bientôt !
   - Au revoir Fleur, s’écrièrent les jumelles en venant l’embrasser.
   - Bisous mes chéries, dit-elle en les embrassant avant de faire de même avec sa sœur : Bisous petite sœur ! Je t’aime ! À bientôt !
   - Je t’aime aussi… »

 

Avant qu’elle ait eu le temps d’ajouter quoique ce soit, Fleur s’était sauvée, laissant Gabrielle et les jumelles ébahies par la tornade qui venait de les frapper. Ce ne fut que lorsqu'elles entendirent le miaulement d’un chat qu'elles sortirent de leur hébétude. En effet, Léo avait choisit cet instant pour sortir de sa cage de transport.

« - Léo ! Tu t’es enfin décidé à sortir !
   - Léooo, roucoulèrent Abby et Addy enjôleuses en s’accroupissant pour se mettre à sa hauteur.
   - Miaouuu, fit le chat en venant vers elles, attiré par les filles.
   - Les filles, demanda Gabrielle, laissez Léo venir à vous de lui-même.
   - Mais il viens déjà !
   - Votre magie, mes chéries. Vous venez de la déclencher. Regardez : Athéna aussi essaye d’attirer votre attention.
   - Ah…
   - Comment on fait, demanda apeurée Addy.
   - Ma chérie, tout va bien. Ce n’est pas grave. Ce n’est rien, d’accord ?
   - D’a… d’accord, répondit-elle tandis qu’elle et sa sœur était sur le point de pleurer.
   - Bien. Maintenant, respirez calmement. Très bien, la dernière fois, vous avez dit aux animaux que vous aviez appelés, de partir et ils ont obéi, n’est-ce pas ? Ici, on ne peut pas faire comme ça. Léo et Athéna vont vivre ici avec nous, donc il va juste falloir les libérer de votre magie. Et je vais vous y aider. Vous voulez bien me laisser faire ?
   - Ou… oui.
   - Bien. »

 

Gabrielle prit tranquillement sa baguette et utilisa son don tout en leur lançant un sort de sa création :
« Empathetic auxilium »

 

Une fois dans leur tête et leur cœur, elle trouva les nœuds émotionnels qui bloquaient leur magie dans un sens ou un autre, ce qui expliquait pourquoi les filles n’avaient par moment pas une seule once de réaction magique, tandis que d’autres fois, elles faisaient preuve d’excès. Une fois les nœuds dénoués, leur magie devint plus fluide et les jumelles se sentirent beaucoup plus détendues. Elles purent donc laisser parler leur instinct pour libérer Athéna et Léo qui allèrent alors voir leur maîtresse, comme il se doit.
« - Bravo les filles ! Vous avez réussi !
   - Tu… tu ne vas pas nous gronder, demanda timidement Addy.
   - C’est pas notre faute, s’écria Abby tremblante mais combative.
   - Mes chéries, c’est une très belle magie que vous avez et c’est normal de ne pas pouvoir la contrôler pour l’instant. Vous êtes encore petites. Les petits sorciers ne le peuvent pas non plus avec la leur. En grandissant, ça ira mieux et je vous y aiderai.
   - T’es pas fâchée, questionna Abby dubitative.
   - Non, je ne le suis pas.
   - Vrai de vrai ?
   - Vrai de vrai. Vous voulez bien venir me voir maintenant ? »

 

Les jumelles acquiescèrent puis vinrent s’installer précautionneusement dans ses bras. Gabrielle les câlina alors et les rassura du mieux qu’elle pût. Elle savait cependant que seul le temps et ses actions rassureraient les jumelles : la confiance viendrait quand elles seraient prêtes, pas avant.

Quand Dudley rentra, Gabrielle le mit au courant des derniers événements. D’abord inquiet pour ses filles, il fut rassuré en entendant que tout s’était bien terminé. Tous deux étaient cependant conscients que ce n’était que le début : même si leur magie circulait maintenant plus librement et n’exploserait plus par épisode, elle était puissante et le deviendrai plus encore. Il leur faudrait être vigilents et rassurer les filles à chaque fois qu’elles douteraient ou qu’elles auraient peur. Mais tout ça, ils le savaient déjà et l’avaient accepté pleinement.

 

***

 

Le jeudi arriva sans qu’ils ne s’en rendirent compte.

Comme il l’avait redouté, Dudley ne pouvait pas être là à temps pour accueillir sa mère. Il dût donc passer un coup de cristal à Gabrielle avec l'aide de Cho pour l’avertir de la situation et lui dire combien il était désolé. Celle-ci lui assura alors que tout se passerait bien et qu’il pouvait se concentrer sur sa tâche. Soulagé, il la remercia et lui souhaita bonne chance avant de mettre fin à la communication.

Gabrielle regarda la boule de cristal, pensive. Même si elle avait déclaré que tout se passerait bien, elle aurait préféré que Dudley soit à ses côtés pour cette première rencontre. Elle soupira alors avant de se remettre à sa tâche du jour, la confection de confitures, tandis qu’Abby et Addy dessinaient sur la table de la salle à manger. C’était une scène familiale parfaitement normale, si on exceptait la cuillère qui tournait toute seule dans le chaudron ou les dessins qui prenaient de plus en plus vie à mesure que les petites filles les crayonnaient. Elles restèrent ainsi toutes les trois, concentrées, jusqu’au moment où le sort du Cridurut se déclencha et leur montra dans la boule de cristal la voiture de Pétunia qui remontait l’allée. Tandis que Gabrielle éteignait l’alarme, les jumelles s’écrièrent :
« - C’est grand-mère !
   - Oui oui, je vois ça. Allez ranger vos dessins et vos crayons dans la salle de jeux. Ensuite on accueillera ensuite votre grand-mère.
   - D’accord ! »

 

Elles rassemblèrent leurs affaires en vitesse et coururent à l’étage pour les ranger. Pendant ce temps, Gabrielle baissa le feu sous le chaudron et se jeta un sort pour se refaire une beauté :
« Dedit pulchritudo »

 

Après quoi, elle respira un bon coup avant de se diriger vers le vestibule où elle entendait Abby et Addy trépigner devant la porte. Elle sourit et ouvrit celle-ci au moment où Pétunia garait sa voiture.
« - Grand-mère !
   - Oh ! Mes petites chéries, s’exclama Pétunia en les prenant dans ses bras et les couvrant de baisers. Vous allez bien ?
   - Ouiii !
   - Quelle belle maison !
   - Viens ! On va tout te montrer ! Gaby ! Gaby ! Grand-mère est là !
   - Je vois ça, dit en souriant Gabrielle. Bonjour, je suis Gabrielle, la nanny des jumelles.
   - Enchantée, je suis Pétunia.
   - Mais entrez donc, je vous en prie.
   - Je vous remercie. Dudley n’est pas là ?
   - Non, son rendez-vous s’est éternisé. Il devrait être là entre onze heures et midi. Donnez-moi votre manteau, je vais le ranger.
   - Merci, dit Pétunia mal à l’aise face à cette belle sorcière.
   - Abby, Addy, si vous montriez la maison à votre grand-mère.
   - Ouiii !
   - Parfait ! Ensuite, que diriez-vous d’un thé ?
   - Un thé ce sera parfait. Merci.
   - Entendu. Je vous laisse à vos retrouvailles et à votre visite. À tout de suite. »

 

Avant que Pétunia ne puisse répondre, elle fut tirée par les jumelles jusqu’au le premier étage.

Gabrielle souffla. Cela ne s’était pas trop mal passé pour un premier contact. Heureusement que les filles étaient là.

Elle retourna alors à la cuisine pour préparer le thé. Elle fit chauffer l’eau, sortit leur plus joli service à thé, remplit le pot au lait et le sucrier, puis mit quelques biscuits sur l’assiette prévue à cet effet. Elle savait que Pétunia serait sensible à tout cela et qu’elle apprécierait l’attention. Elle installa le tout sur un magnifique plateau qu’elle plaça sur l’îlot, en attendant le retour des femmes Dursley. Et ce fut ce moment-là que Léo choisit pour grimper sur le meuble tout en lui lançant un miaulement interrogateur.

« Je vais bien Léo. Je suis juste un peu nerveuse et j’ignore pourquoi. Est-ce parce que Dudley a confiance en moi pour rassurer sa mère ? Ou simplement parce que c’est sa mère justement ? Arrrgh ! Tout cela me rend folle ! J’aime cette famille mon Léo ! J’en suis littéralement tombé amoureuse !… Et non je ne parle pas de Dudley en tant qu’homme !… Ne me regarde pas comme ça ! Je te jure que ce n’est pas le cas !… Du moins, je ne pense pas… (Léo éternua l’air de dire qu’il n’y croyait pas une seconde) C’est vrai, tu sais… je n’ai jamais été amoureuse… comment le saurais-je si c’est vraiment le cas ou non ?… J’ai besoin d’un câlin » dit-elle en lui tendant les bras.

 

Léo n’hésita pas et sauta dans ses bras avec un air de martyr, ce qui ne l’empêcha pas de ronronner au bout de quelques caresses. Ce fut ainsi que les filles et leur grand-mère les trouvèrent quand elles entrèrent dans la cuisine. Gabrielle relâcha alors son chat pour qu’Abby et Addy puissent le présenter à Pétunia qui grimaça quelque peu à la vue des poils laissés sur ses vêtements.

« - La maison vous a plu, demanda Gabrielle en souriant.
   - Oh oui ! Elle est magnifique !
   - Asseyez-vous je vous en prie, je vais préparer le thé.
   - On peut aider, demandèrent les jumelles.
   - Eh bien… pourquoi ne pas aller chercher quelques fleurs dans le jardin pour qu’on puisse les mettre dans un joli vase ?
   - Ouiiii, s’écrièrent-elle en filant dans le jardin.
   - Attention aux marches ! Vous allez tomber !… Ou pas, murmura Gabrielle presque pour elle-même, avant d’apporter le plateau. Comment prenez-vous votre thé ?
   - Avec un nuage de lait, merci.
   - Voilà. Ah… les filles vont avoir soif. Je reviens, dit-elle avant d’aller chercher un carafe de jus de citrouille et deux verres. Elles raffolent du jus de citrouille !
   - Vraiment ?
   - Oui. Je crois que cela se rapporte à leur premier souvenir de Harry. Quand il est venu les voir après le drame, il leur a servi du jus de citrouille pour les réconforter. Je pense qu’elles l’associent à la gentillesse de leur oncle Harry.
   - … Est-ce que…
   - Oui ?
   - Pouvez-vous me raconter ce qui s’est réellement passé entre Amy et les jumelles, s’il vous plaît ? Dudley a été évasif et je veux savoir, comprendre !
   - … Si Dudley ne vous a rien dit, c’est…
   - … pour que je ne culpabilise pas plus que je ne le fais déjà. Je sais. Mais il s’agit de mes petites-filles ! Mes paroles et mes actions ont eu des conséquences et je me dois de les assumer. Et puis, en étant dans le flou, il se pourrait que j’imagine le pire !
   - … Je ne crois pas… Attendez un moment… Bon, elles vont être occupées un moment, dit Gabrielle en regardant par la fenêtre, avant de sortir sa baguette. Mais pour le cas où… Assurdiato !
   - Qu’avez-vous fait, trembla Pétunia qui s’était pétrifiée quand elle avait vu la baguette.
   - J’ai juste lancé une bulle de silence. Je ne veux pas que les filles revivent ce cauchemar juste parce qu’elles nous auraient entendues. Enfin, peut-être que ce ne sera pas nécessaire, puisque Léo va les tenir occuper.
   - Lé… Léo ?
   - Oui. Il est parti les rejoindre pour les distraire un peu.
   - Ah…, chuchota Pétunia qui décida qu’elle n’avait pas besoin d’en savoir plus.
   - Bien. Autant vous prévenir, ce que vous allez apprendre n’est vraiment pas quelque chose de joli à entendre.
   - Je suis prête.
   - On ne l’est jamais assez pour ce genre de choses. Bien. Après votre départ,… »

 

Gabrielle lui raconta alors tout, sans lui épargner les détails. Elle voulait que Pétunia puisse prendre la mesure de son rejet et des conséquences qu’il pouvait y avoir sur les jumelles. C’était dur, voire insupportable, mais elle savait que celle-ci devait en passer par là, pour Abby et Addy.

Pétunia ne put retenir un cri d’horreur quand Gabrielle lui dévoila les faits et gestes d’Amy envers les jumelles et les larmes coulèrent sur ses joues. La culpabilité et le remord avaient éteint la petite étincelle qui avait brillé dans ses yeux au contact de ses petites-filles.

Gabrielle tendit alors à Pétunia un mouchoir et lui apporta un peu de réconfort en lui pressant doucement l’épaule. Ce fut à ce moment-là que les jumelles revinrent. La jeune femme annula son sort d’un finite incantatem avant qu’elles ne demandent :
« - Pourquoi tu pleures grand-mère ?
   - …
   - Vous savez, mes chéries, intervint Gabrielle, parfois les adultes pleurent parce qu’ils sont contents que tout se termine bien. Et triste aussi parce que la vie n’est plus comme avant ou pas exactement comme ils le pensaient.
   - Comment elle est la vie ?
   - Eh bien… nous vivons dans un monde où les licornes et les fées existent, ce n’est pas génial ça ?!
   - Siiiii ! On pourra voir des licornes ? Et des fées aussi ?
   - Bientôt, c’est promis.
   - Grand-mère ! On va voir des licornes comme sur nos dessins ! Et des fées aussi !
   - J’entends ça, sourit faiblement Pétunia. Ma sœur m’a dit un jour que les licornes étaient belles et majestueuses et que les fées étaient très malicieuses.
   - C’est vrai ?! Gaby, quand on va les voir ?
   - Je dois organiser ça avec toute la famille. Sans doute un dimanche.
   - Ouaiiiis ! »

 

La boule de cristal s’alluma soudain et se mit à décréter d’une voix chantante :
« Un appel de Harry Potter ! Acceptez-vous de prendre cet appel ? Un appel de… »

En entendant le nom de leur oncle, Abby et Addy se précipitèrent vers le cristal et s’écrièrent en chœur :
« Acception »

« - Bonjour oncle Harry, s’exclamèrent-elles en voyant le visage de celui-ci apparaître dans le globe.
   - Ah ! Ah ! Ah ! Bonjour mes petits diablotins ! Alors comme ça, c’est vous qui répondez ?
   - Oui ! Oncle Harry ! Oncle Harry ! Grand-mère est là, s’exclama Abby.
   - Elle dit que la maison est jolie, renchérit Addy.
   - Et elle a pleuré !
   - Et aussi elle a dit que les licornes étaient belles et mastueuses !
   - Et aussi les fées délicieuses !
   - Ouh là ! Une chose à la fois !
   - Abby ! Addy ! Je suis désolée Harry, intervint Gabrielle. Beaucoup de choses en moins du heure.
   - Je vois ça !
   - Les filles, allez boire votre jus de citrouille et tenir compagnie à votre grand-mère. Je suis sûre qu’elle voudrait que vous lui racontiez ce que vous avez fait ces dernières semaines.
   - D’accord. Au revoir oncle Harry, dirent-elles avant de bruiter le son de plusieurs bisous.
   - Au revoir mes petites puces. Tout se passe bien, demanda-t-il en suite, soucieux.
   - Attends. Je privatise la communication, dit-elle en enclenchant un bouton qui lança un bulle de silence autour d’elle. Voilà, c’est fait.
   - Pétunia pleurait ? Pourquoi ?
   - Elle a voulu savoir ce qui s’était réellement passé entre les jumelles et Amy.
   - Ah… effectivement… Et c’était quoi cette histoire de fées délicieuses ?
   - Ah ! Ah ! Ah ! En fait, Pétunia leur a révélé que ta mère lui avait dit que les licornes étaient belles et majestueuses et les fées malicieuses.
   - Elle leur en a dit plus qu’à moi, dit-il amer.
   - Ne le vois pas comme ça ! Dis-toi plutôt que c’est un petit pas en avant !
   - Mmmmh… peut-être…
   - … Et du coup, les jumelles veulent voir des licornes et des fées !
   - C’était à prévoir ! On peut arranger ça. Je vais voir ce que je peux faire.
   - Entendu.
   - Et sur un tout autre sujet, je voulait offrir à Dud et aux filles, un visiocristal comme cadeau de pendaison de crémaillère, avec les chaînes qui vont avec. La famille va se cotiser pour acheter quelques plaquettes filmomagiques. Qu’en penses-tu ?
   - Oh ! Harry ! C’est un énorme cadeau !
   - Avec un côté pratique ! Et familial !
   - Comment ça ?
   - Grâce aux chaînes d’histoire, de sciences et de découvertes, Abby et Addy ne seront pas trop désorientées par le monde magique une fois qu’elles y entreront pleinement. Elles appréhenderont mieux ce qui les attend. Cela fera aussi du bien à Dudley : il côtoie des sorciers tous les jours, mais ne connait pas vraiment notre monde. Mais plus important que tout, ils découvriront enfin le Quidditch grâce à la chaîne loisirs ! Tu peux être certaine que toute la famille se déplacera pour les grands matchs !
   - Ah ! Ah ! Ah ! Ça va, ça va ! J’ai compris ! Tu peux acheter ce visiocristal ! Dudley m’a dit que la télé lui manquait, alors il devrait être content.
   - Super ! Je préviens tout le monde ! On sera tous là pour la pendaison de crémaillère samedi ! J’ai posé mon week-end, donc pas de garde pour moi !
   - Il sera ravi ! À samedi !
   - À samedi ! Embrasse les filles pour moi… et salue Pétunia de ma part.
   - Très bien ! À bientôt !
   - Salut ! »

 

Ils raccrochèrent annulant ainsi la bulle de silence.

 

« - Il a dit quoi oncle Harry, demanda Addy.
   - Il a dit qu’il allait réfléchir à l’organisation de la visite aux licornes et aux fées…
   - Youpiii !
   - Qu’il saluait votre grand-mère…
   - C’est gentil à lui, murmura Pétunia.
   - Et nous avons discuté de la fête de samedi avec toute la famille et celle de Cho.
   - L’amie de papa ?
   - Oui. Elle viendra avec sa famille. Elle a trois enfants. Il faudra être gentilles avec eux, d’accord ?
   - Je veux pas prêter mes jouets, grommela Abby.
   - Et pourquoi donc ? Tu le fais bien avec tes cousins ?
   - J’aime Albus, et James, et Lily et les autres ! Eux peuvent avoir mes jouets !
   - Peut-être que tu aimeras aussi les enfants de Cho… Tu sais, c’est chouette de se faire de nouveaux amis.
   - Gabrielle a raison, renchérit Pétunia. Ils sont peut-être très gentils. Attends de les voir et de leur parler, et après, tu verras bien.
   - Je serai pas obligée de prêter si j’aime pas les enfants de Cho, demanda Abby.
   - Non, c’est promis. Mais toi, tu dois me promettre d’aller leur dire bonjour, de leur montrer la salle de jeux et de jouer un peu avec eux, d’accord ?
   - Un tout petit peu alors…
   - Très bien, un tout petit peu. Promis ?
   - Promis, murmura-t-elle du bout des lèvres.
   - Et toi, Addy ?
   - Je jouerai avec eux, promis.
   - Très bien. Ah ! Papa est là !
   - Papa, s’écrièrent les jumelles en accourant vers la cheminée où leur père venait d’arriver.
   - Eh ! Mes chéries !
   - Grand-mère est là !
   - Je vois ça. Bonjour maman. Comment vas-tu ?
   - Bien.
   - Tout va bien ?
   - Oui mon chéri.
   - Tu es sûre, l’interrogea-t-il inquiet.
   - Oui, oui… J’ai juste demandé à Gabrielle la vérité et j’ai dû mal à l’avaler.
   - Gabrielle ! Tu…
   - Ne te fâche pas contre elle ! J’aurais préféré que ce soit toi, mais tu m’aurais ménagée ! C’est mieux ainsi… les filles étant des sorcières, je me dois de leur apporter mon soutien… je ne l’ai fait ni pour ma sœur, ni pour Harry, mais pour elles, j’y suis résolue.
   - On est des sorcières, demanda Addy.
   - Oui ma chérie, dit Pétunia, comme ma sœur à moi, ou votre oncle Harry, ou encore Gabrielle.
   - Ah ! Ils font de la magie ! Comme nous !
   - … C’est ça…
   - Papa dit qu’on est pas des monstres ! On est ex… estor…
   - Ex-tra-or-di-naire, épela Dudley, la gorge serrée.
   - Oui, renchérit Pétunia vaillamment, vous êtes deux petites sorcières extraordinaires.
   - Des petites sorcières, s’émerveillèrent les jumelles. On pourra avoir un chapeau de sorcière ?
   - Ah ! Ah ! Ah, rit Dudley. Vous ne perdez pas le nord ! Pour Halloween, promis.
   - Ouiiii ! C’est bientôt Halloween ?
   - Dans quelques semaines.
   - C’est combien de dodos quelques semaines ?
   - Euh… beaucoup… C’est après l’anniversaire de mamolly.
   - C’est dans loooooongtemps ! On peut l’avoir maintenant ?
   - Non. Pour Halloween.
   - Mais…
   - Au lieu de râler, allez aider Gabrielle à mettre la table.
   - Pffff…
   - Et que ça saute ! »

 

Abby et Addy grommelèrent tout du long de leur tâche, mais finirent par se dérider quand Gabrielle mit les fleurs qu’elles avaient cueillies à l’honneur. Tout allait à nouveau bien dans le meilleur des mondes.

 

Pétunia passa une bonne partie de l’après-midi avec eux. Elle écouta ses petites-filles lui raconter leurs aventures, Dudley son nouveau travail et demanda à Gabrielle sa recette de tarte aux myrtilles. Elle eût évidemment quelques réactions épidermiques face à la magie _ on ne perd pas une habitude vieille de près de quarante ans comme ça _ mais arriva néanmoins à se contenir. En résumé, ils passèrent tous les cinq une bonne après-midi.

Quand il fut temps pour Pétunia de partir, Abby et Addy insistèrent pour qu’elle reste un peu plus avec eux. Leur grand-mère s’excusa de ne pas le pouvoir, mais elle devait rentrer à temps pour que Vernon ne se doute de rien. Elle leur promit de revenir bientôt tout en les embrassant. Puis elle regarda son fils une dernière fois avant de partir, rassurée de le voir heureux dans sa nouvelle vie.

En rentrant dans la maison, Dudley remercia Gabrielle pour tout ce qu’elle avait fait. Elle lui fit un sourire en coin avant de s’éclipser pour donner le bain aux jumelles. Dudley, lui, alla dans son bureau pour rattraper le temps qu’il avait passé en compagnie de sa famille, sur le nouveau projet. Après quoi, ils dînèrent et plaisantèrent tous ensemble avant d’entamer leur rituel du soir : toilette, histoire et dodo. Cela avait vraiment été une bonne journée qui en appellerait d’autres, Dudley en était certain.

 

***

Le samedi arriva en un éclair. Harry passa dans la matinée pour apporter le cadeau familial : le visiocristal. Pendant qu’il l’installait, Dudley lui demanda :
« - Pourquoi l’apporter maintenant ? Ça ne pouvait pas attendre ce soir ?
   - Tu ne comprends pas. Chaque maison de la famille a ses avantages : par exemple, chez Bill et Fleur, il y a la mer, chez Georges et Angelina, un terrain de Quidditch,… Toi, tu as le visiocristal et suffisamment de place pour que toute la famille puisse suivre les matchs de Quidditch.
   - En fait, c’est un cadeau pour la famille.
   - C’est ça, dit en souriant Harry. Mais c’est aussi pour toi : tu as toujours eu la télévision dans ta vie et eux, non ; tu es donc celui qui risque le plus de l’utiliser. C’est pour ça que c’est toi qui a eu le cadeau.
   - Ok. Et quelle genre de chaîne on capte ?
   - Ce sont des chaînes sorcières: tu as celle des infos et de la météo, celle des sciences, celle de la nature et celle des loisirs. Tout cela est lié à un contrat magique rattaché au visiocristal. Il ne faudra pas oublier de payer l’abonnement annuel l’année prochaine si tu ne veux pas que le contrat soit rompu. Les plaquettes que tu vois là, elles, sont comme des dvd moldus et contiennent des films.
   - Films sorciers ?
   - Pas seulement. Les moldus sont très forts dans le domaine cinématographique. Tous les films ne sont cependant pas autorisés, comme par exemple, ceux avec des sorciers ridicules ou de la pseudo magie. Inutile de mettre des bêtises dans la tête de nos enfants.
   - Pas faux. Et où est-ce que tu les insères ces plaquettes ?
   - Ici, au-dessus, il y a un encoche prévue à cet effet. Il suffit ensuite d’y mettre la plaquette, un peu comme une clé usb sur ton ordinateur.
   - Ok, j’ai saisi !
   - Le visiocristal fonctionne à la voix. Il te suffit juste de lui dire ce que tu veux : pause, lecture, avance rapide, augmenter le son, la chaîne que tu veux,… Par exemple : Visiocrital, met la chaîne loisir. »

 

Le visiocristal s’alluma alors et Dudley vit des sorciers sur balais en train de jouer avec des balles étranges, tandis qu’une voix off annonçait la rediffusion dans la soirée de la finale de la Coupe du monde de Quidditch 2010, entre la Moldavie et la Chine.

« - Aaaaah ! Je comprends mieux pourquoi tu installes le visiocristal maintenant !
   - On a tous le Quidditch dans le sang ! Même Cho et Corner !
   - Ça a l’air dangereux comme sport, dit Dudley en regardant.
   - Ça peut l’être… Mais c’est absolument génial !
   - Tu y as joué ?
   - Oui, au poste d’attrapeur, pendant toute ma scolarité. Et je te rappelle que Ginny était une joueuse professionnel du Noble Sport.
   - Ah oui ! C’est vrai… Ce soir, il y aura donc beaucoup de monde devant l’écran.
   - Ah ! Ah ! Ah ! Tout le monde connaît le résultat et en a déjà vu la diffusion. C’est juste en bruit de fond. Enfin, normalement… Et puis, nous avons quasiment tous été des joueurs de Quidditch. En mettant du Quidditch ce soir, ce sera comme une sorte de bienvenue pour nous !
   - D’accord… Et pour les autres chaîne ?
   - Ah oui ! Les infos et la météo, c’est plus pour toi et Gabrielle. Les autres sont surtout pour les jumelles, afin qu’elles puissent mieux appréhender le monde quand le moment sera venu. Quand aux films, il y a un peu de tout : animation, action, policier, sentimental, comédie, drame,…
   - Tu m’as vraiment emmené la télévision, sourit Dudley.
   - Je savais que cela te ferait plaisir ! Et aux filles aussi ! Bon, je te laisse, j’ai encore des choses à faire ce matin. À ce soir !
   - À ce soir ! Et merci !
   - Il n’y a pas de quoi ! »

 

Et il partit laissant Dudley faire face à une paire de jumelles survoltée par cette drôle de télévision. Elles ne se calmèrent que lorsque Dudley leur mit un dessin animé sorcier, l’adaptation de leur histoire favorite, Babitty Lapina et la souche qui gloussait. Les filles installées, il sortit rejoindre Gabrielle dans la cuisine qui souriait.

 

« - Ne dis rien s’il te plaît !
   - Mais je n’ai rien dit.
   - Non, mais tu penses déjà trop fort alors…
   - Ah ! Ah ! Ah ! Désolée, vraiment désolée, mais c’est trop drôle de voir ces deux petites sorcières te menaient par le bout du nez !
   - Il fallait bien essayer ce visiocristal, non ?
   - Oui, oui, bien sûr, s’étouffa Gabrielle en essayer de contenir son rire.
   - Je crois que je vais aller me cacher dans mon bureau…
   - Oh que non ! Nous avons du monde ce soir, je te rappelle, donc tu vas m’aider à tout préparer !
   - Mais… ne te suffit-il pas d’un coup de baguette pour que tout soit prêt ?
   - Ce n’est pas si simple, il y a certaines choses que la magie ne peut obtenir. Et parfois, il vaut mieux utiliser ses dix doigts plutôt qu’une baguette et un sort, surtout si on ne maîtrise pas ce dernier ! Et puis, c’est une marque de respect envers tes invités que de mettre la main à la pâte !
   - Sauf si je fais brûler leur repas !
   - Penses-tu vraiment que je te laisserai faire une chose pareille ?
   - C’est bien ce qui m’inquiète justement » répliqua-t-il.

 

Elle lui sourit avant de lui tendre des ciseaux pour qu’il aille chercher quelques herbes aromatiques. Il soupira avant de se mettre à la tâche et durant l’heure qui suivit, lui servit d’aide cuisinier.

Tout en papotant paisiblement, ils mirent au point quelques règles à faire respecter aux filles maintenant qu’elles s’étaient bien installées dans leur nouvelle vie. Bien que celles-ci soient d’un naturel joyeux et étaient plutôt obéissantes, il était nécessaire de poser des limites, sans quoi la situation pourrait très vite devenir incontrôlable.

 

Quand l’apéritif dînatoire fut fin prêt et disposé joliment sur la table, Gabrielle monta à l’étage avec Abby et Addy pour une petite toilette avant l’arrivée des invités. Dudley accueillit donc seul Cho et sa famille:
« - Entrez ! Soyez les bienvenue !
   - Merci Dud. Corner, les enfants, je vous présente mon associé, Dudley Dursley. Dud, voici mon mari, Michael Corner et nos enfants : Arwen, Loreleï et Aoi.
   - Bonsoir monsieur Corner ! Les enfants !
   - Bonsoir Dudley. Appelle-moi Michael. C’est donc toi le cousin de Harry ?
   - Oui. Vous le connaissez de Poudlard, j’imagine ?
   - En effet. Il a même été mon professeur en défense du temps où je sortais avec Ginny.
   - Ah bon ?! Vous… tu…
   - Ah ! Ah ! Ah ! C’était il y a longtemps ! Après notre rupture, je me suis rapproché de Cho qui venait aussi de rompre avec Harry. Et finalement, c’était plutôt une bonne chose : ils sont aussi heureux que nous le sommes. La vie est drôle, n’est-ce pas ?
   - On peut le voir comme ça.
   - Mick ! Laisse le passé où il est, s’il te plaît ! Regarde : Dudley ne sait plus quoi en penser !
   - Bonsoir, les interrompit Gabrielle en entrant avec les jumelles. Je suis contente de te revoir Cho.
   - Et moi aussi, Gabrielle. Bonjour les filles.
   - Bonjour, dirent-elles avant de se mettre derrière Gabrielle.
   - Et vous, vous êtes Michael Corner, continua celle-ci.
   - C’est ça. Bonsoir à vous trois. À qui ai-je l’honneur, demanda-t-il en se mettant à la hauteur des filles.
   - Abigaël, murmura celle-ci de derrière la jambe de Gabrielle.
   - Adélaïde, souffla cette dernière en se serrant davantage contre la jeune femme.
   - Abigaël et Adélaïde… ce sont de jolis prénoms que vous avez là.
   - Merci, dit bravement Abby.
   - J’ai amené avec moi mes trois enfants. Est-ce que vous seriez d’accord pour les rencontrer ?
   - D’accord, dit encore Abby après avoir consulté sa sœur du regard.
   - Merci. Venez les enfants, lança-t-il en se retournant vers ceux-ci, elles ne mordent pas.
   - Nous, on mord pas les gens, s’exclama indignée Abby en sortant de derrière Gabrielle.
   - C’est bien ce que je dis, sourit Michael. Les filles, voici Arwen, elle a sept ans, Loreleï qui a cinq ans et Aoi, trois ans.
   - Je m’appelle Abby et j’ai quatre ans. Et elle, c’est Addy.
   - T’as quel âge, demanda Arwen à Addy.
   - Quatre ans.
   - Comme ta sœur ! Pourquoi ?
   - On est jumelles.
   - C’est vrai ?! Trop cool, s’exclama Arwen.
   - C’est quoi jumelles, demanda Loreleï à sa sœur.
   - Elles étaient toutes les deux dans le ventre de leur maman. Elles sont nées en même temps ! »

Loreleï regarda Gabrielle avec des yeux ronds et s’apprêtait à lui poser une question quand celle-ci lui dit :
« - Je ne suis pas leur maman, ma chérie. Je suis leur nanny.
   - Elle est où leur maman, alors ?
   - Elle est au ciel, dit Addy.
   - Au ciel ? C’est haut ! Elle va venir aujourd’hui ?
   - Loreleï, ça suffit avec tes questions, dit Cho en regardant Dudley, gênée.
   - Ce n’est rien, Cho. Loreleï, la maman des jumelles n’est plus là, expliqua doucement Dudley. Les jumelles et moi ne pouvons plus la voir. Tu comprends ?
   - Oui.
   - Très bien. Que diriez-vous de montrer votre salle de jeux, les filles ?
   - D’accord.
   - Venez, leur dit Abby avant de sortir suivie de sa sœur et des autres enfants.
   - Dudley, je suis vraiment désolée, commença Cho, navrée.
   - Tu n’as pas à l’être. C’est normal que tes enfants se posent des questions et c’est normal pour nous qui venons de perdre Amy d’en souffrir. On ne peut pas leur en vouloir. Et puis, grâce à Gabrielle et au clan Weasley, nous allons mieux, bien qu'il nous faudra encore un peu de temps pour pouvoir en parler plus facilement.
   - Mais je…
   - Laisse, lui dit son mari. Quand doit arriver la famille Weasley-Potter ?
   - Bientôt, je pense, dit Gabrielle en se tournant vers la fenêtre. Ah ! Justement ! Les voilà ! »

 

Les membres du clan qui arrivaient les uns derrière les autres, étaient déjà en train d’envahir la cuisine. Il s’ensuivit alors de bruyantes et chaleureuses salutations auxquelles n’échappèrent pas non plus Cho et Michael. Quant à Dudley et Gabrielle, ils regardèrent et subirent ces débordements avec un grand sourire. Puis la jeune femme jeta un regard complice et malicieux à Dudley avant de se diriger vers le salon, d’où les convives entendirent quelques secondes plus tard la présentation des joueurs de l’équipe de Quidditch de Moldavie. Comme un seul homme, les passionnés libérèrent la cuisine pour aller dans la pièce à côté ; les exclamations et les jurons au grand dam des mamans présentes ne tardèrent pas à se faire entendre. Hermione, Andromeda, Molly, Audrey, Percy, Dudley et Gabrielle quand elle revint, furent les seuls à rester dans la cuisine désormais déserte, les enfants ayant également disparus ; ils n’avaient pas attendu qu’on leur dise qu’ils pouvaient aller jouer pour trouver le chemin de la salle de jeux.

 

« - Excellente idée Gabrielle, s’exclama Dudley. On commençait à se sentir oppressé.
   - Il faudra penser à remercier la famille pour ce cadeau.
   - C’est vrai, dit-il en tournant vers les autres. Merci beaucoup !
   - Je t’en prie, sourit Hermione.
   - Au moins, nous avons la paix, ajouta Percy.
   - Ils me font penser aux jumelles, tu ne trouves pas, demanda Gabrielle à Dudley en regardant en direction de la porte du salon.
   - Pas faux ! De vrais enfants » rit-il.

 

Ils s’installèrent confortablement tout en discutant et en picorant les mets du buffet.

Ce fut au cours de cette conversation que Dudley put en apprendre davantage sur ses interlocuteurs ; en effet, il était quasiment mission impossible d’avoir un dialogue suivi quand toute la famille était là. Il apprit donc qu’Audrey était la petite sœur de Cédric Diggory, le champion de Poudlard tué par Voldemort, et une médicomage de Sainte Mangouste, que Percy était le chef du département des Transports Magiques, et Hermione l’adjointe au chef du département de la Justice Magique. On porta également à sa connaissance que Harry était devenu le commandant des aurors, Angelina une juge du Magenmagot, tandis qu’Arthur était le directeur du Services des Usages Abusifs de la Magie, tous trois se trouvant sous la supervision de Hermione.

En y réfléchissant bien, la famille Weasley était impressionnante : cinq d’entre eux étaient de puissants membres décisionnaires du gouvernement, deux étaient incontournables dans le secteur des loisirs, tandis que le reste de la famille possédait un poste clef dans la société en travaillant soit chez Gringotts, avec des dragons ou encore dans le plus grand journal sorcier britannique, la Gazette du Sorcier. On l’avisa aussi du fait que Molly, Andromeda et Fleur s’occupaient d’œuvres caritatives depuis la fin de la guerre afin de prendre soin des orphelins et de ceux qui avaient été laissés pour compte par la communauté. Les Weasley étaient vraiment partout et dans pratiquement tous les secteurs qui régissent une société ; ils étaient des membres influents qui avaient le pouvoir de faire bouger les choses et qui le faisaient sans hésiter pour améliorer la vie des sorciers. Mais ce qui plût le plus à Dudley, c’était qu’aucun d’entre eux n’avait pris la grosse tête ; ils assumaient leur fonction et leurs responsabilités avec beaucoup de simplicité et de persévérance. Ils méritaient vraiment toute son admiration.

Ainsi passa cette pendaison de crémaillère que Dudley et les siens apprécièrent à sa juste valeur : une famille et des amis chaleureux, quoi demander de mieux?

Chapitre 7: Après la pluie, le beau temps by Elunedril
Les jours, les semaines puis les mois passèrent. La petite famille et Gabrielle prirent peu à peu leurs marques. Il y eût évidemment quelques petites frictions ici et là, comme pour tester les limites à ne pas dépasser de chacun, mais dans l’ensemble, ils avaient trouvé le rythme et la routine qui n’appartenaient qu’à eux : Dudley partait la matinée avec Cho pour leurs rendez-vous tandis que Gabrielle donnait de petites leçons à Abby et Addy ; l’après-midi, Dudley travaillait dans son bureau afin de peaufiner ses projets en cours avant de passer du temps avec les jumelles et leur nanny, comme cet après-midi d’octobre où ils allèrent tous les quatre à Seer Green. La décision avait été prise quand Gabrielle avait fait remarquer que s’ils continuaient à se conduire en ermite, les filles ne pourraient pas se faire de nouveaux amis parmi les enfants du village. Dudley ne pouvait pas nier cette évidence.


Ce fut donc pourquoi il conduisit son petit monde à Seer Green afin d’y faire quelques achats. Ils avaient en effet décidé que pour un premier contact de simples courses feraient l’affaire ; il n’en faudrait pas plus aux villageois pour savoir qui ils étaient, où ils vivaient, ce qu’ils faisaient,… en gros, de quoi satisfaire leur curiosité. Du moins, c’était la théorie. En effet, Dudley avait oublié un léger petit détail : c’était le 21 octobre, la journée de la pomme. Le village était donc en fête et tous les habitants étaient sortis de chez eux. Pour ce premier contact, ils le faisaient à la fois en fanfare et en catimini ; après tout, quoi de mieux qu’une foule pour passer inaperçu ? Étant déjà dans la place, Gabrielle et Dudley décidèrent de rester et de faire face, pour la plus grande joie d’Abby et Addy.


L’après-midi se plaça donc sous le signe du divertissement : les stands, les attractions et la musique avaient mis la place du village au diapason et celle-ci s’était parée de ses plus belles couleurs automnales. Le cidre coulait à flot, tandis que des danseurs virevoltaient sur une piste de danse improvisée et que des rires éclataient ici et là. Couleurs et sons s’entremêlaient aux odeurs dans une ritournelle sensuelle où la pomme était à l’honneur.


Ses festivités inattendues avaient précipité notre petite famille au cœur même de la vie sociale du village et Dudley en fut heureux : il put présenter sa famille de manière plus conviviale, voir le plaisir briller dans les yeux de ses filles et la surprise mêlée de fascination dans ceux de Gabrielle (le monde moldu était encore pour elle une découverte).


Abby et Addy furent rapidement entraînées par d’autres enfants du village tandis qu’on offrait à Dudley et Gabrielle un verre de bienvenue. D’abord méfiante face à cette boisson qu’elle ne connaissait pas, Gabrielle huma le cidre puis y trempa doucement les lèvres avant d’en boire une franche gorgée. Dudley éclata de rire en la voyant faire. La jeune femme sourit et lui demanda, taquine, s’il n’avait pas fait la même chose quand Harry lui avait offert à boire, ce à quoi Dudley lui affirma que, bien évidemment, il l’avait fait. Ils se regardèrent, complices : les premiers pas dans un monde différent étaient toujours les plus difficiles, mais tellement plus légers quand on était bien accompagné. Gabrielle était heureuse de les faire avec Dudley qui lui montrait et lui expliquait patiemment les particularités des stands et des attractions moldues. Ils se baladèrent ainsi, paisiblement, en gardant un œil sur les jumelles qui jouaient, rigolaient, se régalaient de tartes aux pommes et de bonbons avec leurs nouveaux amis.


Leur après-midi dans le monde moldu fut un franc succès. En rentrant, les deux adultes écoutèrent les petites filles babillaient, heureuses : elles avaient reçu une invitation à goûter pour le lendemain et Gabrielle avait accepté de les accompagner. Dudley n’était pas trop rassuré, mais la jeune femme lui avait dit qu’elle agirait en conséquence en cas de magie intempestive ; après tout, ce goûter était avant tout un moyen de se mêler à la vie sociale du village. Dudley eût alors une impression de déjà-vu, bien que, contrairement à Amy, Gabrielle ne semblait pas vraiment ravie d’entrer dans ce maelstrom typiquement féminin. En pensant à sa défunte femme, il ne pût empêcher son humeur de sombrer. En bonne empathe, Gabrielle sentit sa douleur ; elle posa alors la main sur son bras et diffusa en lui une douce chaleur qui réchauffa son corps et son esprit gelés par le souvenir. Dudley la remercia d’un sourire avant de se concentrer sur sa conduite, les ramenant à la maison.


***

Le goûter se passa comme l’avait craint Gabrielle. Si Abby et Addy s’amusaient bien avec les autres enfants, elle, était examinée sous toutes les coutures et questionnée sans beaucoup de subtilité par leurs nouvelles voisines. Après quelques sueurs froides, Gabrielle passa son entretien avec succès ; Dudley et elle avait en effet préparé l’interrogatoire avec l’aide de Pétunia. Il avait d’ailleurs été décidé que le mieux pour les jumelles était de faire passer Gabrielle en tant que leur belle-mère, permettant ainsi aux filles de se fondre sans mal dans le décor_ ce qui n’aurait sans doute pas été le cas si les voisines avaient su que la jeune femme était une célibataire, vivant dans le manoir entièrement remis à neuf d’un veuf.


Une fois que les mamans eurent satisfait leur curiosité, elles intégrèrent naturellement Gabrielle dans leur discussion qui portait ce jour-là sur l’éducation des enfants. Celle-ci, en tant que nanny, ne fut pas perdue et put se joindre sans mal à la conversation. Elle passa ainsi son après-midi à discuter, boire du thé et manger des petits gâteaux.


En fin d’après-midi, elle était pleine de tout_ elle n’en pouvait plus. Ce fut donc un soulagement quand Dudley vint enfin les chercher. Saluant ces dames, celui-ci eût beaucoup de mal à ne pas rire en voyant la tête de Gabrielle qui ne perdant pas de temps, appela Abby et Addy avant que les autres femmes n’aient pu entraîner Dudley à leur table. Elle les salua gracieusement et les remercia pour leur accueil avant de sortir, Dudley et ses filles sur ses talons.


Une fois en voiture et la maison loin derrière, Gabrielle put enfin s’affaler, épuisée. Dudley éclata de rire. Après un coup de poing tout mou sur son bras, la jeune femme se retourna et demanda aux jumelles si elles avaient passé une bonne après-midi. Celles-ci lui répondirent que oui mais qu’elles préféraient jouer avec de jeunes sorciers ; elles trouvaient cela plus facile. Dudley et Gabrielle comprirent : elles n’avaient pas besoin de se cacher avec les sorciers. Ils leur promirent donc d’inviter plus souvent leurs cousins et les enfants Weasley. Gabrielle leur proposa même la possibilité d’avoir James et Albus en tant que camarades de classe : ce serait beaucoup plus drôle d’apprendre tous ensemble. Les filles acquiescèrent avec joie. Gabrielle leur assura donc d’en parler à Ginny lors de l’anniversaire de mamolly, la veille d’Halloween.


Plus tard, quand elle pensa au choix des jumelles, Gabrielle s’autorisa un petit soupir de soulagement : elle n’aurait pas à retourner souvent chez leurs voisins. Loué soit Paracelse ! Qu’est-ce qu’elle aimait ces petite filles !



***

Halloween ! La fête des sorciers ! Pour cette soirée si spéciale, des citrouilles illuminées étaient disséminées partout dans la maison, tandis que des chauves-souris décoratives voletaient ici et là. Les filles, quant à elles, eurent le droit de revêtir leur robe sorcière et mettre un chapeau pointue; Gabrielle avait fait de même. Dudley sembla beaucoup apprécier ce qu’il vit quand elles descendirent toutes les trois.


Parmi toutes ces nouveautés, ce qui excita le plus Abby et Addy, était les sucreries sorcières : elles étaient colorées et certaines semblaient même vivantes. Elles en avaient tellement entendu parler par leurs cousins qu’elles pouvaient quasiment toutes les nommer sans les avoir jamais vues, ni goûtées.


Gabrielle eut pitié des jumelles et leur permit de choisir une confiserie avant que tout le reste de la famille arrive. Les filles en furent ravies, avant de se rendre compte que faire un choix unique serait vraiment difficile, très difficile : une baguette à la réglisse ? Une chocoballe ? Une couinesouris ? Un Fizwizbiz ? Une chocogrenouille ? Ou encore une patacitrouille ? Des Butterfly Wings ?… Les filles ne savaient plus où se donner de la tête. Ce fut donc en rigolant que Gabrielle leur tendit à chacune une boîte de chocogrenouille avant de faire disparaître les friandises de leur vue. N’ayant plus le choix, les filles regardèrent un moment leur boîte avant de se décider à les ouvrir. De chaque contenant s’échappa alors une grenouille en chocolat. Bien que sachant ce qui les attendait, elles furent surprises mais pas au point de laisser s’échapper leur douceur ; elles rattrapèrent les fuyardes avant de les gober sans plus de procès, ce qui les fit bien rire.


Une fois régalées elles s’intéressèrent à leur carte : elles avaient le même bonhomme, un gentil monsieur qui leur souriait. En voyant leur carte, Gabrielle leur apprit qu’il s’agissait de Merlin, un grand sorcier et le dernier maître des druides.


« - Vous voulez que je vous raconte son histoire, demanda-t-elle en sachant que cela les ferait bien patienter.  
- Oh ! Oui ! Raconte-nous, s’exclama Addy.     
- Très bien. Allons au salon, nous y serons mieux. »


Gabrielle commença son histoire une fois que la famille Dursley fut bien installé, Dudley les ayant rejoint entre-temps :
«  Il était une fois un jeune sorcier du nom de Merlin qui venait de terminer sa scolarité à Poudlard ; il y avait passé sept merveilleuses années dans la maison Serpentard, mais il était temps pour lui de tracer son chemin loin de cette école qui avait été son foyer. Salazar Serpentard, son directeur de maison, avait voulu le recommander afin qu’il accède plus tard aux plus hauts postes du monde magique, mais Merlin refusa ; il voulait voir le monde, le comprendre. Ambitieux comme n’importe quel serpentard, il avait pour objectif de connaître tous les mystères de la nature.

Il parcourut celle-ci de nombreuses années, mais jamais il ne fut satisfait des connaissances qu’il engrangeait. Combien de fois réclama-t-il à cette nature qu’il aimait tant et qui le fascinait, de lui révéler tous ses secrets ?

La nature dut l’entendre car une nuit de pleine lune, elle lui fit rencontrer Cliodna, une druidesse qui étudiait les propriétés de la rosée de lune. Et celle-ci, comprenant parfaitement son besoin, l’initia au monde des druides qui étaient des sorciers liés à la nature. Merlin pût enfin avoir accès aux les réponses qu’il cherchait.

Quelques années s’écoulèrent avant qu’il n’eut l’idée de réunir tous les druides dans une seule et même congrégation qui aurait pour mission d’aider, de conseiller, de protéger,… quiconque en ressentirait le besoin, qu’il soit sorcier ou moldu.

Ce fut donc ainsi que Merlin répondit à l’appel d’un jeune homme du nom d’Arthur Pendragon, futur roi des moldus, en devenant son conseiller et en le protégeant de tout son être ; en effet, il avait compris très vite que la demi-sœur de celui-ci, Morgane, reine d’Avalon, était une sorcière qui avait cédé face à la magie noire et voulait la mort de son frère pour obtenir plus de pouvoirs. Or, la nature souhaitait qu’Arthur vive et que Morgane libère Avalon de son influence maléfique, l'île étant une terre sacrée. Après plusieurs escarmouches, Merlin vainquit Morgane lors d'un duel. La sorcière maléfique s’enfuit tandis que maître des druides plaça la congrégation à Avalon.

Une fois qu'il eut placé Arthur sur le trône de Camelot, Merlin qui commençait à se faire vieux, se retira sur Avalon. Et ce fut là-bas que Morgane le retrouva, tuant tous les druides sur son passage. Elle avait en effet changé de cible et choisi de récupérer tout le savoir et la puissance de Merlin, seul Enchanteur, druide et sorcier ayant pu la vaincre.

Comprenant que cette fois il n’arriverait pas à réitérer son exploit, Merlin déversa alors tout son pouvoir et la totalité de ses connaissances dans son grimoire avant de le sceller. Il appela ensuite son apprenti, lui remit son livre, tout en lui donnant pour consigne de le remettre à celui qui le verrait et pourrait l’ouvrir ; si dans cette vie, son héritier ne venait pas à lui, il devrait alors le remettre à son fils qui en ferait de même et ainsi de suite jusqu’à la venue du nouveau maître des druides. Alors la congrégation pourrair renaître de ses cendres.

Le jeune homme parti, Merlin attendit Morgane. Une fois devant lui, celle-ci entra dans une colère noire quand elle sentit que le vieil homme n’avait plus une once de pouvoir. Comprenant grâce à son don de prémonition que seul l’héritier de Merlin pourrait obtenir la puissance et la connaissance druidique de celui-ci, elle déclama alors une prophétie : « À l’avènement de l’héritier de Merlin se lèvera la descendance de Morgane ; alors pourra reprendre le combat de l’Enchanteur et de la Fée jusqu’à ce que l’essence magique de l’un deux disparaisse à jamais. » Puis elle le tua d’un sort.

On raconte cependant que juste avant de mourir, Merlin avait sourit, les yeux rêveurs, et avait rétorqué à Morgane : « Qui a dit qu’il n’y en aurait qu’un seul ? » Ce fut sur cette dernière phrase murmurée qu’il rendit son dernier soupir, laissant Morgane perplexe. À ce moment-là, l’île d’Avalon la rejeta de ses terres, ferma ses portes et disparut de la vue de tous, attendant l’héritier. »


Une fois son récit terminé, Gabrielle frappa dans ses mains pour réveiller son auditoire captivé. Les Dursley donnèrent alors l’impression de se réveiller d’un rêve.


« - Où il est le grimoire, demanda Addy.    
- Je l’ignore, ma chérie. Après tout, ce n’est qu’une légende.    
- Comment s’appelle le gardien, interrogea Abby.    
- Le gardien ?    
- Le monsieur qui a le grimoire.   
- Ah ! Je ne sais pas. Le nom s’est perdu dans le temps.    
- … D’accord, dirent-elles avant d’aller attendre l’arrivée des invités.    
- Quelles drôles de questions ! Normalement, on pose des questions sur Merlin ou Morgane.    
- Qui a dit que mes filles étaient normales, sourit Dudley. Pas moi, en tout cas. 
- C’est sûr, mais bon… J’aimerai qu’elles se comportent plus comme des petites filles de quatre ans que comme de minis adultes.    
- Les filles ont toujours été plus vives que les autres enfants. Après tout, la vie ne leur a pas fait de cadeau.  
- Tu n’as pas tort. »


Les cris de joie des jumelles se firent alors entendre, annonçant la venue du clan. Ils quittèrent le salon et leur impression d’être un peu dépassés par la maturité grandissante et rapide d’Abby et Addy.


La soirée se déroula comme n’importe quelle réunion de clan : déjantée et bruyante. Sans compter que les friandises d’origine sorcière apportèrent également des fous rires incontrôlables, surtout quand il fut évident que Georges et Ron y avaient mis leur grain de sel à la grande consternation des mamans de l’assemblée et de Gabrielle ; celles-ci durent alors vérifier toutes les friandises que les enfants avalaient par chaudron entier.


Dudley se demandait parfois comment les Weasley-Potter faisaient pour survivre à autant de festivités ; en effet, la veille, ils avaient fêté l’anniversaire de Molly et s’en étaient déjà donné à cœur joie. Beaucoup d’entre eux avaient dû d’ailleurs avoir une sacrée gueule de bois.


En parlant de cette soirée d’anniversaire, celle-ci avait été fructueuse, car il avait été décidé que James et Albus viendraient chez les Dursley chaque matin, du lundi au vendredi, pour suivre des leçons avec les jumelles et jouer avec celles-ci ; Lily qui était encore trop jeune, irait chez sa grand-mère. Cette disposition soulagea Ginny qui devait aller à la Gazette du Sorcier tous les matins : bien qu’elle préférait faire garder ses enfants par ses proches, elle n’avait pas osé jusque là confier les trois enfants à sa mère qui avait toujours un ou deux de ses petits-enfants autour d’elle_ maintenant qu’il n’y aurait que Lily à la maison, elle se sentait moins coupable de la confier à Molly. Quant à Dudley, il avait promis de fournir les manuels scolaires des moldus pour un meilleur suivi. Ainsi, tout le monde était content.


Halloween, la fête des sorciers. Robes et chapeaux pointus valsaient dans la maison, tandis que les jeunes sorciers s’endormaient ici et là, parfois dans des coins les plus improbables. Ce fut donc pourquoi, à la fin de la soirée, chaque parent partit à la chasse à l’enfant afin de découvrir où sa progéniture avait décidé d’élire domicile. Une fois celle-ci récupérée, ils partaient dans un joyeux tintamarre et une voleté de magie lumineuse. Dudley et Gabrielle, quant à eux, étaient aux anges : cette soirée avait été une réussite. Ils le referaient, c’était certain.


***

Un jour de novembre, Dudley et sa mère écumaient ensemble Londres afin de trouver les manuels adéquats pour l’éducation de leurs petits sorciers_ et des manuels, il y en avait à la pelle, à tel point qu’ils ne savaient pas du tout lesquels choisir. Chaque librairie avait sa préférence et ses références propres pour tel ou tel âge. Et ne parlons pas de l’année d’édition qui variait aussi selon ces critères ! En désespoir de cause, Dudley appela Gabrielle à la rescousse. Après avoir saisi les tenants et les aboutissants de l’histoire, celle-ci déposa rapidement les jumelles chez Molly pour les rejoindre dans un café où ils s’étaient posés, vidés.


Une fois qu’elle les eût rejoint à leur table, un serveur s’approcha pour lui demander ce qu’elle désirait. Ne sachant quoi répondre, Gabrielle se tourna vers Dudley afin de lui demander son avis.


« - Elle prendra un café viennois, s’il vous plaît.    
- Entendu.    
- C’est quoi un café viennois, chuchota Gabrielle une fois le serveur parti.    
- C’est un café fort et sucré, avec de la crème fraîche fouettée. Tu devrais aimer. Si c’est le cas, je te donnerai la recette pour que tu puisses en boire avec ta sœur ; je sais que Fleur commence sérieusement à être écœurée par le thé, ajouta-t-il en souriant.    
- C’est vrai. Bon, je vous écoute. Quel est le problème avec les manuels ?    
- Il y en a beaucoup trop, souffla Pétunia exaspérée rien qu’au souvenir de la matinée qu’elle venait de passer.    
- Sans parler que chaque librairie a ses propres préférences, soupira Dudley, dépité.   
- Est-ce que certains manuels sont revenus à plusieurs reprises, les interrogea-t-elle, avant de s’adresser au serveur qui revenait : Ah, merci !    
- Je vous en prie, madame.    
- Maintenant que tu le dis, continua Dudley comme s’ils n’avaient pas été interrompus, certains ont été mentionnés plusieurs fois.    
- Bien, on va commencer par là. Mais d’abord, nous allons choisir une seule librairie parmi toutes celles que vous avez visitées. Laquelle vous a fait bonne impression ? Oh ! c’est très bon, s’exclama-t-elle en goûtant sa boisson.    
- J’en suis ravi ! Voyons… Laquelle as-tu préféré maman ?    
- Mmmh… Daunt Book ! Ils ont vraiment de tout et leur classification est unique. La librairie elle-même pourrait être considérée comme le musée du livre.    
- Tu n’as pas tort. De plus, la multiplicité des choix sur un seul et même sujet est vraiment grande.    
- Eh bien, c’est parfait ! Va pour Daunt Book !  
- Je crois que tu vas adorer l’endroit, sourit Dudley à Gabrielle.    
- Je suis plutôt difficile en matière de bibliothèque.    
- Tu veux parier ?    
- Quel genre de pari ?    
- Celui qui perd devra boire un verre de Gamp’s Old Gregarious.    
- C’est une blague ?! Tu veux vraiment boire cette horreur du Chaudron Baveur !    
- Qui a dit que c’est moi qui allait la boire ?    
- Je pourrais tout à fait bien mentir sur mes impressions de la librairie.    - Impossible ! Ton visage est bien trop expressif !    
- Tu as l’air vraiment sûr de toi… Tu sais quoi, je ne vais pas prendre le risque ! Il est hors de question que je boive ce truc !    
- Trouillarde !    
- Tu trompes ! C’est juste que je suis trop française pour m’abaisser à faire un pari ! Et trop distinguée pour boire cette chose !    
- J’ai l’impression d’entendre Fleur !    
- Je sais. Excellente imitation, n’est-ce pas ?    
- Ah ! Ah ! Ah ! Alors, pas de pari ?    
- Pas de pari. Je vais aimer cette librairie.    
- Ah ! Ah ! Ah ! Allez ! Finissons nos boissons que je puisse t’emmener baver à Daunt Book !    
- Je ne bave jamais, s’indigna Gabrielle.    
- Ah ! Ah ! Ah » rirent Dudley et Pétunia.


« Bah ! Si cela fait rire Pétunia, je peux bien baver un peu » pensa Gabrielle en voyant pour la première fois l’humour briller dans les yeux de la mère de Dudley. Seule sa fierté en prendrait un coup. Mais bon il faudrait vraiment que la librairie soit exceptionnelle pour qu’elle en arrive là.


Une fois leur consommations terminées, ils sortirent du café et commencèrent à se diriger vers la librairie quand on interpela Dudley. Celui-ci se retourna pour se retrouver face à un de ses anciens colocataires de fac.


« - Nathan, s’exclama-t-il surpris.    
- Salut mon vieux, sourit celui-ci en lui faisant l’accolade. Bonjour mesdames.  
- Maman, je pense que tu te souviens de Nathan ?  
- Oui, en effet. Bonjour Nathan, comment vous portez-vous ?    
- Très bien madame Dursley. Et vous même ?    
- Fort bien, je vous remercie.    
- Gabrielle, laisse-moi te…    
- Je connais Nathan, Dudley, le coupa celle-ci. Bonjour Nat ! Tu vas bien ?    
- Très bien, dit celui-ci en lui faisant la bise. Alors comme ça, tu connais Dud ?  
- Heureusement ! C’est mon nouveau patron !    
- Pardon ?! Mais Dud n’est pas…    
- Ce sont mes filles et mon cousin qui le sont, l’interrompit Dudley qui avait compris. Et chez toi, c’est qui ?    
- … Ma sœur… elle a épousé le diplomate français chez qui Gabrielle travaillait…  
- Que le monde est petit !    
- Dud… tu connaissais le monde sorcier ! Et dire que j’avais tellement peur de faire une gaffe ! Les copains aussi !    
- Hein ?!    
- Brad et Will aussi ont de la famille sorcière.    
- Tu plaisantes ?!    
- Et non ! On se connaissait avant la fac, tu te souviens ? On s’est rencontré par l’intermédiaire de nos sœurs.    
- …    
- Alors… un cousin…    
- Ouais… Harry… Harry Potter…    
- Put… excusez-moi mesdames ! Tu es le cousin de Harry Potter !    
- Mmmm…    
- Quand les copains vont savoir ça !    
- Et dire que vous vous êtes retrouvés dans la même chambre universitaire ! C’est fou ce que le hasard peut faire, sourit Gabrielle.    
- À qui le dis-tu !! Et toi, tu travailles pour Dud ?    
- En effet. Ma famille est liée à la sienne par l’intermédiaire du mari de ma sœur. Et aujourd’hui, on est là pour trouver des manuels scolaires afin que les enfants de la famille puissent suivre l’école à la maison.    
- Ah ! Pour ça, je peux vous aider ! Je travaille chez Daunt Book !    
- Quelle coïncidence ! C’est justement là où nous allions ! Décidément, c’est la journée !    
- Et comment ! Allez, suivez-moi, je vous emmène, dit Nathan avant de se détourner en direction de la librairie.    
- Merci Nat, dit Dudley.    
- Ce n’est rien. Alors, comme ça les jumelles sont sorcières ?    
- C’est de famille. Ma tante Lily était comme les jumelles : une sorcière Née-Moldue. Cela a juste sauté deux générations pour nous.    
- … Est-il possible que j’ai des enfants sorciers, demanda Nathan en réalisant cette possibilité.    
- Oui, lui répondit Gabrielle. Un Né-Moldu est un personne qui a des ancêtres sorciers du côté de ses deux parents. Si ton épouse possède également ce gène, il est possible que ton enfant le devienne.    
- Je vois… Et comment vont les filles ? Et toi ?    
- Beaucoup mieux ! Gabrielle y veille… Et puis… on a déménagé…    
- Ah… c’était sans doute pour le mieux… trop de souvenirs… Et vous vivez où maintenant ?    
- Près de Seer Green.    
- Cool, ce n’est pas trop loin !… On pourra passer vous voir avec les copains ?  
- Cela ne me dérange pas du tout, mais il faut demander à la maîtresse de maison.   
- Oh ! Tu exagères, s’exclama Gabrielle avant de se tourner vers Nathan : Venez quand vous voulez ! Envoie-nous juste un hibou pour nous prévenir qu’on puisse vous accueillir dignement !    
- En effet, une vraie maîtresse de maison !    
- Tu vois !  
- Ah! Ça suffit tous les deux !    
- Ah ! Ah ! Ah !    
- Tssss…    
- Boude pas ! Allez, venez que je vous fasse visiter mon domaine, dit Nathan en leur tenant la porte de la librairie quand ils furent devant. Vous allez me dire de quoi vous avez besoin et nous ferons un choix ensemble. »


Comme prévu, Gabrielle resta bouche bée et en admiration devant les bibliothèques qui longeaient de longues galeries et qui étaient illuminées par les verrières aux plafonds. Voyant sa tête, Dudley lui souffla gentiment à l’oreille : « J’ai gagné ! » Toute à sa contemplation, elle ne répondit rien.


Pétunia, Gabrielle, Dudley et Nathan écumèrent ensuite la librairie de long en large pour trouver les manuels selon leurs besoins : manuels par niveau mais aussi compréhensibles pour l’autodidacte Gabrielle et attrayants pour les enfants,… Excellent commerçant, Nathan leur fit également acheter des manuels sur les sciences moldues (cela pouvait toujours servir). Ils repartirent donc charger mais satisfaits.


Une fois entrée dans une allée déserte, Gabrielle transplana alors avec les courses, laissant ainsi le fils et la mère seuls_ ils avaient besoin de passer un peu de temps tous les deux.


Dudley et Pétunia flânèrent dans les rues avant de trouver un petit restaurant tranquille et convivial pour déjeuner. Ils discutèrent de tout et de rien. Une question cependant ne fut pas posée bien qu’elle turlupinait grandement Pétunia : quelle était réellement sa relation avec la nanny des jumelles ? En effet, elle avait remarqué la grande complicité qui existait entre eux et la tendresse évidente que ces deux-là se portaient. Ce fut donc pourquoi, l’air de rien, Pétunia interrogea son fils sur Gabrielle et remarqua que celui-ci avait les yeux qui pétillaient à la mention de la jeune femme. Il y avait anguille sous roche ! Mais Dudley ne semblait pas s’en rendre compte. Gardant le silence, elle décida de continuer à les observer et de réfléchir à tout ce que cela impliquait.


À la fin de la journée, ils se quittèrent ravis du temps passé ensemble. Ils s’embrassèrent en se promettant de recommencer souvent et retournèrent chacun dans leur foyer. En rentrant, Dudley dut cependant promettre à Abby et Addy, vexées de ne pas avoir été invitées, de les prendre avec lui la prochaine fois qu’il sortirait avec leur grand-mère. Après tout, il y en aurait d’autres.


***

L’école Dursley commença début décembre. Les petits Potter et les jumelles étaient tellement contents de passer du temps ensemble qu’ils s’adaptèrent rapidement au rythme scolaire. Sans compter que Gabrielle arrivait à rendre leurs exercices plus amusants en s’appuyant sur les manuels mais aussi sur le visiocristal. Les enfants ne voyaient donc pas le temps passer et s’amusaient en apprenant.


Tout se passait si bien que cela ne tomba pas dans l’oreille d’un sourd : en effet, Fleur, Hermione et Audrey vinrent rapidement assister à une de ces matinées studieuses. Elles en furent tellement enchantées qu’elles demandèrent à Gabrielle si elle accepterait d’avoir quatre élèves de plus : Dominique sept ans, Louis et Molly cinq ans et enfin Rose quatre ans. Dudley ayant prévu tous les manuels nécessaires pour les années scolaires précédents Poudlard, Gabrielle n’y vit aucun inconvénient. Pour Dominique, elle ferait comme avec James qui était comme elle, de niveau primaire : elle lui donnerait des exercices de son âge sans la séparer des autres ; ainsi, elle ne se sentirait pas isolée. L’effectif de la classe monta donc à huit élèves. Cela restait suffisamment raisonnable pour que Gabrielle ne se sente pas dépassée.


Quant aux jumelles, elles étaient heureuses de passer leurs matinées avec d’autres enfants comme elles et les après-midis avec Gabrielle et Dudley. Leurs journées ainsi rythmée leur apportèrent énormément de sécurité, ce qui eut pour effet de les détendre et diminuer les apparitions multiples de magie spontanée. Abby et Addy reprenaient vie et redevenaient peu à peu des petites filles de quatre ans.


***

Noël. Jour du Père Noël. Jour des cadeaux.


Abby et Addy s’étaient levées au petit jour pour courir au salon afin de voir ce qu’il y avait sous le sapin. Quand elles virent tous les paquets, elles poussèrent de petits cris de souris avant de remonter en quatrième vitesse pour réveiller leur père et Gabrielle. Bien qu’ils auraient préféré rester un peu plus longtemps au chaud dans leur lit, ils ne se firent pas prier pour descendre ; ils savaient que de toute manière, cela ne servirait à rien. Une fois au salon, avec une bonne tasse de café à la main, ils s’installèrent pour regarder les filles ouvrir leurs cadeaux : des ailes de fée, des balais-jouets, des livres pour enfants sur des sorciers célèbres comme Merlin, des robes de sorcières, des confiseries magiques,… Tandis que les filles se réjouissaient devant tous leurs présents, Dudley se tourna vers Gabrielle et lui tendit un petit paquet :
« - Joyeux Noël Gabrielle !    
- Oh ! Dud ! Merci ! Tiens, voilà le tien ! Joyeux Noël !    
- Merci ! Tu n’aurais pas dû !    
- Toi non plus, lui rétorqua-t-elle en souriant.    
- Ah ! Ah ! Ah ! Touché !    
- Coulé » renchérit-elle doucement.


Gabrielle ouvrit son paquet avant de tomber en admiration devant ce qu’il contenait : une chaîne d’argent munie d’un pendentif en croissant de lune à l’intérieur duquel se balançait un cristal contenant une magnifique galaxie lumineuse. Dudley venait de lui offrir un collier stellaire. Gabrielle était sans voix : ce bijou était vraiment splendide !


De son côté, Dudley découvrait également son cadeau : un magnifique livre dont la couverture en cuir gravée présentait un phénix d’or aux ailes déployées. Dudley avait déjà vu ce genre d’ouvrage sur le Chemin de Traverse : c’était un livre de communication. Celui-ci permettait aux propriétaires possédant chacun un ouvrage de discuter ensemble sans avoir recours à la magie vu qu’il en était assez pourvu, ce qui expliquait pourquoi il était très prisé : les moldus et les enfants pouvaient l’utiliser pour communiquer sans aide dans le monde magique. Dudley n’aurait ainsi plus besoin de qui que ce soit pour contacter ses proches ; il lui suffirait juste d’ouvrir son livre pour parler avec eux.


« - Merci Gabrielle ! Je ne sais pas quoi dire ! C’est vraiment un cadeau exceptionnel que tu m’as fait là !    
- Je peux en dire autant de toi ! Ce collier est magnifique ! Il est vraiment trop beau !    
- Tu veux que je t’aide à le mettre ?    
- Oui, s’il te plaît.    
- Tiens, donne-le moi, dit-il avant de le lui mettre une fois en main. Il te va bien.    
- Merci, murmura-t-elle en touchant doucement la sphère.    
- Je suis content qu’il te plaise !    
- Oh ! Il me plaît ! Tu peux en être certain !    
- On a fait mouche tous les deux, alors ! Je te remercie pour le livre ! Pouvoir te parler ainsi qu’à Harry sans avoir besoin de personne va me faciliter la vie !    
- Oh ! Il n’y a pas que Harry ! Quasiment chaque famille du clan en possède au moins un !    
- Hein ? Ouah ! Ça en fait du monde !    
- Ouvre-le !    
- Tu crois ?    
- Il est là pour ça » lui sourit-elle.


Dudley ouvrit le livre et parcourut les pages : Gabrielle, Harry, Ginny, Arthur, Molly, Fleur, Audrey, Percy, Hermione, Ron, Angelina, Charlie et Andromeda ; Cho avait même été ajoutée à la suite de la famille.


Dudley allait se tourner vers Gabrielle quand Harry apparut sur sa page :
« - Salut Dud ! Joyeux Noël !    
- Oncle Harry, s’exclamèrent les jumelles en attendant la voix de celui-ci.    
- Bonjour mes petites sorcières ! Joyeux Noël !    
- Joyeux Noël !  
- Vous avez été gâtées ?    
- Le Père Noël a emmené pleins de cadeaux, dit Abby en ouvrant grand les bras.    
- Ouah ! Tout ça ! Je crois que je vais garder les cadeaux qui sont ici !    
- Hein ?! On a des cadeaux ?! On peut les voir ?    
- Ah ! Ah ! Ah ! Il faudra attendre d’être chez mamolly pour ça !    
- Et si vous alliez essayer vos petites ailes, suggéra alors Gabrielle afin de laisser Dudley discuter avec Harry.    
- Ouiii ! On va être des fées !    
- Ah ! Ah ! Ah, rigola Harry. Heureusement qu’en dehors des ailes elles ne leur ressembleront pas !    
- Pourquoi donc, interrogea Dudley perplexe.    
- Elles sont idiotes et extrêmement vaniteuses, en plus d’être querelleuses ! Elles ne sont sympathiques que lorsqu’on leur propose de servir d’ornement décoratif : elles sont heureuses d’être admirées à leur juste valeur, tu comprends ?    
- En effet. Stupides.    
- N’est-ce pas ? Tu viens à midi ? Molly était déçue que tu ne viennes pas hier soir.   
- Et là, tu n’essayes pas de me faire culpabiliser, non ?    
- Absolument pas, s’exclama Harry faussement indigné. Ce n’est pas mon genre !   
- Mais bien sûr ! Pour répondre à ta question, oui, on sera là une fois qu’on aura réussi à arracher les jumelles à leurs cadeaux !  
- Bonne chance avec ça !    
- No Comment !    
- Ah ! Ah ! Ah ! À tout à l’heure !    
- À tout à l’heure. »


Puis Dudley ferma le livre. Il caressa la couverture de celui-ci, pensif, avant de regarder Gabrielle jouer avec ses filles. Décidément, elle le connaissait bien : elle savait toujours quoi dire et quoi faire. D’accord, elle avait un don pour ça, mais quand même… c’était perturbant et en même temps réconfortant. Plus le temps passait, plus il ne savait quoi penser de la jeune femme : était-elle une employée et une amie ? Ou autre chose ? Et dans ce cas, quoi ? Cela pouvait être aussi un attachement émotionnel du genre docteur-patient. Toutes ces questions le troublaient, surtout que celles-ci n’avaient pas encore de réponses. Mais bon, aujourd’hui, c’était Noël. Il aurait tout le temps d’y penser plus tard.


Premier objectif : détacher ses filles de leurs cadeaux pour les préparer avant de rejoindre le clan Weasley. Ce fut cependant plus facile que prévu, Gabrielle leur ayant rappelées que d’autres présents les attendaient au Terrier. Pendant leur toilette, les jumelles furent ravies de découvrir qu’elles allaient porter leur nouvelle robe. Elles demandèrent alors à les porter avec leurs ailes de fée, ce qui fut accepté sans problème. Une fois tout le monde prêt, ils partirent pour le Terrier où toute la famille les attendait déjà.


Le salon du Terrier sentait bon Noël : sapin, bougies et pain d’épice. Mais ce qui leur donnait l’impression de rentrer chez eux, c’était de voir Molly et Arthur venir les accueillir tout sourire.


« - Mamolly ! Papiyu ! On est des fées !    
- Et de très jolies fées, sourit Arthur. Joyeux Noël Abby ! Et à toi aussi Addy !   
- Joyeux Noël, s’écrièrent-elles en l’embrassant.    
- Laissez-moi vous regarder ! Ce que vous êtes mignonnes, s’exclama Molly en les bisouillant. Joyeux Noël mes petites chéries !    
- Ah ! Ah ! Ah ! Tu chatouilles mamolly !    
- Vraiment, demanda-t-elle en recommençant de plus belle tandis que son mari se dirigeait vers Dudley et Gabrielle.    
- Joyeux Noël à vous deux !    
- Joyeux Noël Arthur, sourirent-ils.    
- Ma sœur est-elle arrivée, demanda Gabrielle, pressée de revoir les siens en cette journée de fête.    
- Oui. D’ailleurs tes neveux et nièces te réclament depuis qu’ils sont arrivés.   
- J’y vais ! Joyeux Noël Molly, lança-t-elle avant de partir en coup de vent rejoindre sa sœur et sa famille.    
- Joyeux Noël Gabrielle ! Et à toi aussi Dudley !    
- Joyeux Noël Molly !    
- Bon, les filles, je crois que vous êtes attendues par vos cousins et… pas besoin de le dire deux fois, rit Molly en les regardant filer hors de la pièce.    
- C’est vrai, renchérit Dudley.    
- Je suis très mécontente de toi Dudley, lâcha Molly en se tournant vers lui après un silence.    
- Qu’est-ce que j’ai fait ?    
- Où étiez-vous hier soir alors que toute la famille était là ?    
- Ah… euh… eh bien… je voulais que les filles fêtent ce Noël dans leur nouvelle maison… vous savez… pour marquer le fait qu’elles sont chez elles…    
- Mmmm… C’est une bonne raison. Allez ! Viens m’embrasser pour que je te pardonne !    
- Vous savez que vous êtes superbe ainsi, sourit-il en s’exécutant, soulagé.   
- Vil flatteur ! Va retrouver la famille ! Ils t’attendent !    
- Oui madame !    
- Zou ! »


Et Dudley partit à son tour, content de s’en tirer à si bon compte ; Molly pouvait être terrible quand tout ne se passait pas comme elle l’avait escompté.


Une fois qu’il eut rejoint la famille, le ballet des « Joyeux Noël » et des embrassades commença. Dudley se laissa faire volontiers, tout heureux qu’il était de faire partie d’un clan aussi aimant et loyal. Et ça, c’était le plus beau des cadeaux.


Au cours de la journée, il discuta avec les uns et les autres : on le félicitait pour son bon goût en référence au cadeau de Gabrielle, lui demandait où en était-il de ses projets ou encore des précisions sur les cours des jumelles (beaucoup étaient intéressés par cette école à la maison pour leurs propres enfants) et ce qu’il faisait pour le nouvel an. À cette dernière question, il répondait qu’il allait chez Harry et Ginny avec les jumelles, tandis que Gabrielle irait chez sa sœur. Son cousin avait en effet lancé cette invitation de longue date, car il souhaitait présenter Dudley à certains de ses amis. Celui-ci était un peu nerveux à cette idée, et en même temps un peu curieux : quel genre de personnes étaient ces sorciers qui avaient partagés beaucoup avec Harry tout au long sa scolarité ?


***

De l’avis de Dudley, l’assemblée qui s’était réunie au 12 square Grimmaurd pour le nouvel an, était vraiment très disparate et éclectique : tête en l’air, foldingue, maladroit, comique,… Même Abby et Addy n’en croyaient pas leurs yeux et étaient sans voix. Mais comment réagir face à la folie douce de la blonde Luna ? À la gentille maladresse du professeur Londubat? Aux récits farfelus sur les clients de Hannah, patronne du Chaudron Baveur, ou ceux des aventures du naturaliste et magizoologue Rolf Dragonneau ? Même les pitreries les plus inventives de Ron passèrent quasiment inaperçues aux yeux des Dursley, tant ils étaient fascinés par ces nouveaux personnages hauts en couleurs et leurs anecdotes rocambolesques.


Une fois les présentations faites, les enfants disparurent rapidement dans les étages tandis que les adultes s’installèrent au salon.


« - J’ai entendu dire, commença Neville en s’adressant à Dudley, que vos cours à la maison font sensation.    
- Je ne vois vraiment pas ce qu’ils ont de si exceptionnel, mais il est vrai que le clan Weasley semble plus qu’intéressé par la manière dont Gabrielle et moi avons organisé l’éducation des jumelles.    
- Tu ne comprends pas, intervint Hermione. L’éducation scolaire des moldus de niveau maternelle et primaire est bien plus poussée que celle des sorciers. Sans compter que la leur est différente selon les familles ; quand ils arrivent à Poudlard, le niveau de chacun des élèves varie entre sommaire et basique.  
- Enfin, rit Harry, du point de vue de Hermione, bien sûr.    
- Pour Hermione, cela ne sera jamais suffisant, admit Hannah en souriant.    
- Mais j’ai raison, non ?    
- Tu as toujours raison, dit ironiquement Ron, fataliste.    
- Je suis sérieuse ! Le niveau de certains enfants est vraiment catastrophique !  
- J’avoue que, même si Hermione est plus exigeante que la moyenne, elle a entièrement raison sur ce point, dit pensivement Harry. Alors que je n’étais pas le meilleur des élèves parmi les moldus, je dépassais largement le niveau des mes condisciples nés dans une famille sorcière.  - Pourquoi ne pas avoir créé une école dans ce cas, demanda Dudley perplexe.  
- Eh bien, dit Ginny, je pense que cela ne fait pas partie du monde magique et qu’il n’existe donc pas de formation adéquate.    
- D’accord, mais ce n’est pas une raison. Regarde Gabrielle : les personnes comme elles sont très demandées et pourtant, elle n’a reçu aucun apprentissage, elle a dû apprendre sur le tas.    
- C’est vrai.    
- Il suffit de commencer quelque part. Au début, vous demandez aux parents qui ont un excellent niveau ; avec les années et les bons outils, ils se perfectionneront naturellement d’eux-même et gagneront en expérience. Une fois qu’ils connaîtront bien leur métier, ils n’auront qu’à prendre un apprenti qui l’aidera tout en apprenant, avant de prendre son envol pour enseigner à son tour.    
- …    
- Quoi ? Qu’est-ce que j’ai dit, demanda Dudley perplexe face au silence de ses interlocuteurs.    
- Tu es absolument génial, Dud, exulta Hermione.    
- Je ne vois pas en quoi.    
- Notre monde t’est encore étranger, ce qui fait que tu n’es pas englué dans les traditions inhérentes à celui-ci. Tu peux voir avec plus d’acuité que nous les défauts qui le composent.    
- Mais toi et Harry avaient aussi grandi dans le monde moldu.    
- Peut-être, mais cela fait trop longtemps qu’on est entré dans le monde magique pour penser à changer certaines de ces traditions. Oh ! Évidemment, nous sommes capables de voir les défauts majeurs comme l’esclavage des elfes ou le racisme envers les autres espèces magiques. Mais je n’ai pas pensé un seul instant au suivi scolaire en dehors de la maison ; je me disais juste que cela entraînerai trop de problèmes si je les envoyais dans une école moldue. Pense, par exemple, à tous les ennuis qu’a eu Harry à cause de sa magie spontanée.    
- C’est vrai que c’était un peu compliqué à expliquer, mais il faut dire que Harry n’a jamais fait dans la dentelle. Qui aurait l’idée, à part Harry, d’aller sur le toit de l’école pour se cacher, hein ?    
- Hé, s’exclama Harry, ce n’était pas voulu ! Moi aussi, j’ai été étonné de me retrouver là-haut !    
- Cela illustre bien ce que je disais, continua Hermione. Et comme nous l’avons vu, ce n’est pas un métier magique donc pas pris en charge par la population sorcière.   
- Pas nécessairement, intervint Ginny. Si on inclut des cours pour débutant en potions, botanique, Histoire de la magie et soins aux créatures comme les hiboux par exemple, nous pourrions avoir un mini Poudlard.    
- Brillant, s’extasia Hermione. Évidemment, on aura du mal à casser la tradition mais une fois cette école mise en place…    
- Tu en parles comme si nous allions avoir une école pour nos enfants, la coupa Ron, assailli par un mauvais pressentiment soudain.    
- Ce sera le cas !    
- Ah bon ?    
- Bien sûr ! On ne peut pas laisser passer une idée aussi fabuleuse ! Et puis, si ça continue, on va surcharger Gabrielle avec tous les enfants de la famille. Tu imagines un peu ?    
- C’est vrai, mais cette école n’existe pas ! Il te faut un endroit, des professeurs, les cours préparés,…    
- Ce ne sont que des détails faciles à régler.    
- Et les élèves, tu y as pensé ? Où vas-tu les trouver ?    
- Moi, je suis partante, dit Hannah. Cela me faciliterait grandement la vie.  
- Absolument, renchérit Luna.    
- Tous nos amis seraient, sans aucun doute, eux aussi intéressés, glissa judicieusement Neville.    
- Je fournirais les fonds nécessaires, ajouta Harry.    
- Il ne manque donc plus que le lieu et les professeurs, dit Luna.    
- Je peux vous céder une partie de mon terrain, proposa Dudley. La forêt qui se trouve derrière la maison est grande.    
- Excellent ! Cette forêt est isolée et magnifique, juste ce qu’il faut pour que de jeunes sorciers puissent s’épanouir. Tu pourrais également nous faire les plans de l’école, embraya rapidement Hermione qui avait désormais le cerveau qui carburait à cent à l’heure. Ah ! Et je suis sûre que Cho serait aussi intéressée par ce projet pour ses enfants ; on pourrait lui proposer l’école gratuite pour eux en échange de ses services. Pour vous aussi, Dud, Harry !    
- Doucement Hermione ! Ne mets pas la charrues avant les hippogriffes ! Nous ne faisons qu’en parler, tenta encore Ron qui connaissait trop bien la lueur dans les yeux de sa femme.    
- Qu’est-ce que tu racontes ?! Cette école est la meilleure chose qui puisse arriver à nos enfants ! Et si on la veut pour la rentrée prochaine, il faut s’y mettre dès maintenant !    
- La rentrée prochaine, s’étouffa Dudley. Hermione, cela demande pas mal de préparations. Il sera sans doute facile pour vous de construire une école, mais il faut trouver et préparer les professeurs : il en faut au minimum cinq en comptant la crèche, si vous voulez bien faire les choses.    
- Il en faut plus que ça !     
- Une maîtresse pour deux niveaux devrait être suffisant pour commencer. Et tu l’as dit toi-même, cela risque être compliqué de trouver ne serait-ce qu’un seul instituteur, alors cinq…    
- Peut-être pas… il suffit de demander à des mamans qui ne travaillent pas ou des grands-mères… Ron, et si on proposait un poste à Molly et Andromeda ?  
- Par les caleçons de Merlin ! Tu as l’intention de les entraîner elles aussi là-dedans ?!    
- Bien sûr ! Ta mère n’aura plus d’enfants à dorloter en semaine après l'ouverture de l'école, tout comme Andromeda qui a Teddy à Poudlard.    - Cela pourrait leur plaire, dit Ginny pensivement.    
- Si on fonctionne avec une école, ajouta Dudley, je pense que Gabrielle sera également intéressée, vu que les filles passeront leurs journées à l’école.    
- Et de trois !    
- Elles n’ont pas encore accepté, lui rappela Harry.    
- Oh ! Ne t’inquiète pas ! Elles le feront !    
- Tu es sûre ?    
- Oui ! C’est moi qui te le dis ! »


Hermione venait d’enfourcher son nouvel Abraxan et rien ne l’en détournerait, ils le savaient tous.


Le reste de la soirée se passa paisiblement. Dudley était content d’avoir rencontré les amis de Harry ; bien que pour la plupart excentriques, ils avaient un cœur en or et cela se voyait. Il se sentait à l’aise et put pleinement profiter de ce Réveillon. Ce fut avec la promesse de se revoir très vite, au plus tard à la prochaine rentrée qu’ils se séparèrent.


Le lendemain, Dudley parla du projet d’école à Gabrielle qui approuva vigoureusement l’idée ainsi que ce tout nouvel emploi et décida de se joindre à Hermione pour la seconder dans ses pourparlers avec les hypothétiques institutrices. À elles deux, elles menèrent tellement bien la danse qu’elles réussirent non seulement à convaincre Molly et Andromeda, mais aussi Fleur. Il ne manquait donc plus qu’un professeur et leurs futurs élèves à trouver, mais au train où allait les choses, Dudley ne douta pas de la réussite de leur entreprise.


***

À la mi-janvier, Pétunia revint le coffre de sa voiture plein de cadeaux. Si les filles sautèrent de joie face à ces nouveaux trésors, Dudley, lui, resta médusé face à la surprise que lui avait faite sa mère : Pétunia n’était pas venue seule, elle lui avait emmené de la visite. Nat, Brad et Will explosèrent de rire en voyant sa tête lorsqu’ils sortirent du véhicule :
« - Regardez-moi ce joli poisson !    
- Attendons un peu de voir s’il va gober une mouche ou deux !    
- Dud, tu comptes rester là à nous fixer encore longtemps, demanda Nat en souriant.    
- Les gars… Ouah ! J’en reviens pas, s’exclama Dudley revenu de sa surprise. Mais entrez, entrez, avant de geler sur place ! Abby, Addy ! Venez dire bonjour ! 
- Bonjour !    
- Allez dedans ! Vous ouvrirez vos cadeaux au salon ! Ah ! Et prévenez Gabrielle que nous avons de la visite en plus de votre grand-mère !    
- D’accord, dirent-elles en filant à l’intérieur.    
- Attends, je vais t’aider maman, dit Dudley en voyant sa mère commencer à débarrasser sa voiture.    
- Laissez-nous faire madame Dursley, s’exclama Will. Nous y arrivons très bien à nous quatre. Rentrez vous réchauffer. On arrive.    
- Merci » sourit Pétunia avant d’entrer dans la maison.


Les quatre amis eurent vite fait de rentrer les paquets et rejoindre les autres au salon. Gabrielle se leva quand ils vinrent à leur rencontre.


« - Bonjour ! Soyez les bienvenues !    
- Salut Gaby, sourit Nat. Tu vas bien ?    
- Très bien. Et vous, vous devez être Will et Brad, n’est-ce pas ?    
- En effet. Je suis Brad et je suis le plus beau.    
- Et moi Will, le plus intelligent.    
- Rectification, intervint Dud en ricanant. Brad n’est beau que quand il est dans le noir…    
- … et Will n’est intelligent que lorsqu’il est soûl, termina Nat malicieux.  - Vaut mieux être beau et intelligent de temps en temps, riposta Brad.  
- … que pas du tout, acheva Will en regardant Dudley et Nat avec un air de pitié. Mes pauvres amis, ce n’est pas votre faute…    
- … mais ce n’est pas une raison pour être jaloux, conclut son acolyte.    
- Nat ?    
- Oui Dud ?    
- Cela fait combien de temps qu’ils ne sont pas pris une raclée ?  
- Oh ! Depuis trop longtemps, sourit son ami.    
- C’est bien ce que je pensais ! »


Ils s’avancèrent tous les deux vers leurs camarades qui les attendaient quand Gabrielle intervint d’une voix autoritaire :
« Pas dans la maison et devant les filles ! »


Ils se regardèrent penauds en remarquant que les jumelles étaient inquiètes. Dudley s’avança rapidement vers elles et se mit à leur niveau avant de les rassurer :
« - Abby ! Addy ! Tout va bien. Nat, Will, Brad et moi étions en train de nous dire bonjour, c’est tout.    
- Mais tu n’as pas dit bonjour, dit Abby.    
- Non, c’est vrai. Mais mes amis et moi avons parlé dans un langage secret, leur murmura leur père comme pour les mettre dans la confidence.    
- Un langage secret, répéta Addy intéressée.    
- Oui. En vrai, nous nous sommes dits bonjour et qu’on était content de se retrouver.   
- C’est vrai ?    
- Oui. Vous voulez bien pardonner à papa et ses copains de vous avoir fait peur ?     
- D’accord.    
- Super ! Et si vous alliez ouvrir vos cadeaux ?    
- Ouiiii, s’exclamèrent-elles en se dirigeant immédiatement vers ceux-ci.   
- Je suis désolé Gabrielle, maman, dit Dudley contrit, en se tournant vers elles.  
- Ce n’est rien, déclara la jeune femme. Cela fait longtemps que vous n’avez pas été réunis tous les quatre. C’est juste que les filles ne peuvent pas encore supporter ce genre de comportement.    
- Je sais. Merci de nous avoir arrêtés.    
- Désolés, s’excusèrent piteusement les trois autres hommes.    
- Asseyez-vous les gars, leur dit Dudley en les invitant à prendre place.  
- Que désirez-vous boire, demanda Gabrielle. Nous avons du jus de citrouille,…  
- Du jus de citrouille, s’écrièrent immédiatement les jumelles.    
- Ah ! Ah ! Ah ! Oui, je sais ! Attendez quand même que je demande à nos invités ce qu’ils veulent ! Bien, je disais donc que nous avons du jus de citrouille, de la bièraubeurre, de l’hydromel et du Whisky Pur Feu.    
- Bièraubeurre pour moi s’il te plaît, demanda Nat.    
- Pareil, suivirent les deux autres.    
- Pour moi, ce sera de l’hydromel, je te prie, dit Pétunia.    
- Et toi, Dud, l’interrogea Gabrielle.    
- Je vais aussi prendre une bièraubeurre, s’il te plaît.    
- Entendu.    
- Besoin d’aide ?    
- Non merci Dud. Reste avec tes amis, dit-elle en s’éloignant, suivie des filles.  
- Alors, quoi de neuf depuis la dernière fois ?    
- Eh bien… Nous sommes en train de monter un projet d’école pour les sorciers de 0 à 11 ans… pour la rentrée prochaine.    
- Pardon, s’exclama Nat. La rentrée prochaine ?!    
- Ce sont des sorciers, dit Dud comme si c’était une évidence.    
- D’accord, mais…    
- Laissez-moi vous expliquer, commença-t-il avant de leur narrer toute l’affaire.   
- Eh ben, siffla Will une fois que Dudley eût résumé toute la situation.    
- Elle est trop forte cette Hermione, déclara Brad impressionné.    
- Terrifiante, rectifia Nat.    
- Comment les filles ont-elles réagi à l’idée d’aller à l’école avec d’autres enfants, demanda Pétunia un peu déboussolée par toute cette affaire.    
- Tu sais, elles ont déjà leurs cousins qui viennent pour suivre l’école à la maison, alors je pense que ce ne sera pas un problème. De toute manière, je ne leur en ai pas encore parlées vu que la construction n’a pas encore commencé tout comme le démarchage auprès des familles. Je ne veux pas qu’elles soient déçues si le projet n’aboutit pas au final.  
- Et Gabrielle est partante ? De travailler en structure, je veux dire, demanda Nat, dubitatif.    
- Elle sera désœuvrée si les filles vont à l’école toute la journée. Et puis, elle veut tenter cette nouvelle expérience… Si vous les aviez vues elle et Hermione, quand elles ont démarché auprès de la famille… c’était vraiment flippant ! Les autres ne pouvaient que s’inclinaient, ils n’avaient pas vraiment le choix !    
- Du coup, qui fait quoi pour cette école, demanda Will, curieux.    
- Eh bien… Mon cousin fournit les fonds, moi le terrain et les plans de l’école et ma collaboratrice Cho la main-d’œuvre. Ensuite, le clan Weasley va en parler autour d’eux afin de trouver l’institutrice manquante ainsi que les élèves potentiels.    
- Et pour les institutrices justement ? Qui va se charger d’enseigner à ces enfants, questionna Brad.    
- La crèche sera évidemment gérée par Gabrielle. Nous n’avons pas encore trouvé la personne pour les cinquièmes et sixièmes années. Molly Weasley se chargera des troisièmes et quatrièmes années, Andromeda Tonks des premières et deuxièmes années, tandis que Fleur, la sœur de Gabrielle, aura les septièmes et huitièmes années.    
- Cela risque d’être compliqué pour les élèves de dernière année. Ils devront rattraper quasiment toutes les connaissances des premières années, remarqua Nat.  
- Fleur et l’institutrice mystère feront des récapitulatifs au cours des deux ans à venir ; leurs élèves ne pourront par contre avoir qu’une toute petite initiation pour les cours comme celui des potions.    
- C’est un projet vraiment énorme, souffla Pétunia sidérée.    
- C’est vrai. En fait, tout est parti des cours que donnait Gabrielle aux jumelles. D’ailleurs, continua Duley en se tournant vers Nathan, ce projet n’aurait peut-être pas vu le jour si tu ne nous avais pas donné un coup de main pour les livres. Merci.  
- Il n’y a pas de quoi, sourit Nat. Je ne faisais que mon boulot, mais je suis content d’avoir contribué à cette noble cause !    
- Tu pourras te vanter d’avoir contribué à la hausse du niveau scolaire du monde sorcier si nous réussissons.    
- Je ne vais pas me gêner, qu’est-ce que tu crois, rigola-t-il.    
- Tu ne vas te gêner par rapport à quoi, demanda Gabrielle en revenant suivie des jumelles qui regardaient avec convoitise leur verre de jus de citrouille.    
- D’avoir contribué à la mise en place d’une éducation plus poussée pour les jeunes sorciers !    
- Ah mais oui ! Les livres !  
- Je suis le meilleur !    
- Patiente quand même jusqu’à la mise en place de la structure pour t'en vanter ! Sans compter qu’il faudra attendre quelques années avant que cela donne vraiment des résultats.    
- Laisse-moi profiter de ma gloire à venir en paix, je te prie !    
- Très bien ! Je ne dis plus rien !    
- Merci » dit royalement Nat avant d’exploser de rire.


S’ensuivit alors une journée sous le signe de la détente et de la camaraderie. Les garçons étaient vraiment très heureux de se retrouver. Ils discutèrent de tout et de rien ainsi que de leur découverte du monde magique et des expériences qui en découlèrent. Les trois compères s’amusèrent énormément des mésaventures de Dudley (il avait passé sous silence sa rencontre avec le détraqueur) : ils avaient déjà entendu parler de Weasley farces pour sorciers facétieux, mais jamais ils n’auraient pensé que leur meilleur pote avait été l’un des premiers cobayes. Respect !


Pétunia et ses compagnons de voyage ne partirent qu’en début de soirée, tant ils avaient apprécié ces moments passés ensemble. Ce fut à renfort de grandes embrassades et d’accolades qu’ils se promirent tous de se revoir très bientôt. Pétunia embrassa son fils et ses petites-filles avec effusion avant de prendre, à la grande surprise de Dudley, Gabrielle dans ses bras. Celle-ci sourit tout en lui rendant son étreinte et en acquiesçant à sa demande de bien prendre soin de sa famille. Ce ne fut qu’une fois que la voiture eût disparu derrière la colline qu’ils rentrèrent dans la maison.


Cette journée fut mémorable à tous points de vue. Dudley était heureux des réactions de Pétunia face à ce qui était désormais son quotidien et d’avoir retrouvé ses amis. Les jumelles, elles, avaient été contentes de leurs cadeaux et d’avoir pu profiter toute la journée de leur grand-mère. Quant à Gabrielle, elle avait été transportée par la joie et le bonheur de tous.


Ce soir-là, tout le monde se coucha détendus, prêts à affronter de nouveaux lendemains, de nouveaux lendemains qui s’annonçaient épiques avec cette école qui ne serait bientôt plus un projet mais une réalité. Dudley, les Potter et les Weasley y veilleraient.

 

 

Chapitre 8: Ecole pour Sorciers en Herbe by Elunedril

 

« - Hermione ! Qu’est-ce que tu cherches au juste ?
   - Je cherche l’endroit parfait pour implanter une école, Dud !
   - Mais les deux derniers étaient déjà très bien !
   - Ça, c’est parce que tu n’as pas connu le mystère et la majesté de Poudlard !
   - Ou de Beauxbâtons, intervint Gabrielle, loyale.
   - Sans doute… Je veux un endroit qui mettra en avant la magie du lieux ! Je veux qu’il fascine autant les enfants que les parents d’élèves et leur fasse envie ! »

Cela faisait trois heures qu’ils parcouraient la forêt de long en large à la recherche de la perle rare. Rien n’était assez bien pour satisfaire les exigences de Hermione. Dudley ne pouvait s’empêcher de se demander s’ils arriveraient un jour à la contenter. Il aurait déjà laissé tomber pour aujourd’hui si la rentrée n’avait pas été programmée pour septembre. Le compte à rebours ayant commencé, ils devaient trouver l’endroit idéal aujourd’hui pour qu’il puisse rapidement dessiner les plans de l’école. Hermione avait d’ailleurs déjà posé deux conditions, validés aussitôt par tout le clan : l’édifice devait s’harmoniser parfaitement avec les lieux et donner l’impression qu’il avait toujours été là. Ces deux conditions avaient placé la barre très haut et il savait qu’il lui faudrait beaucoup de temps et d’imagination pour pouvoir adapter son design à l’emplacement… Enfin… s’ils le trouvaient, bien sûr !


Dudley allait recommencer à argumenter quand Hermione bifurqua soudain. Ses deux compagnons se regardèrent, l’espoir dans les yeux : leur calvaire allait-il prendre fin ? Ils suivirent aussitôt leur amie qui accélérait de plus en plus la cadence pour s’arrêter, d’un coup, face à la vision qui s’offrait à elle. Et quand Dudley et Gabrielle arrivèrent à leur tour, ils ne purent que l’imiter.


« - C’est quoi ce délire, chuchota Dudley éberlué par ce qu’il voyait.
   - Il semblerait que l’ancien propriétaire s’était créé son petit coin de paradis, lui répondit Hermione fascinée.
   - C’est le moins qu’on puisse dire » abonda Gabrielle émerveillée.

Une magnifique falaise se dressait devant eux, couverte d’une végétation luxuriante qui dégringolait ça et là, tout autour d’une cascade. Celle-ci se jetait dans un ravissant lac au-dessus duquel flottaient trois belle îles. Sur l’une d’entre elles, on pouvait apercevoir une multitude de plantes aux couleurs chatoyantes. Chaque petit détail de ce paysage majestueux s’harmonisait magnifiquement les uns aux autres. Ce panorama unique en son genre appelait irrésistiblement ceux qui le regardaient à la contemplation et à la méditation ; nos trois amis ne firent pas exception et se détendirent inconsciemment, laissant ainsi leurs muscles fatigués prendre un repos bien mérité, tandis que leur esprit partait à la dérive vers un monde fantasque et onirique.

« - Nous l’avons trouvé, s’exclama soudain Hermione.
   - Je le pense également, dit pensivement Dudley, même si cela ne va pas être de la tarte d’intégrer un édifice dans un paysage qui se suffit à lui-même.
   - Tu y arriveras, j’en suis sûre, affirma Gabrielle.
   - Merci pour ce vote de confiance !
   - Et puis, si tu malmènes ce panorama ou bâcles le projet, Hermione saura te remettre sur le droit chemin ! Donc, ce sera juste à tes risques et périls !
   - Merci Gabrielle, ironisa Dudley. Je me sens tout à fait détendu maintenant !
   - Mais je t’en prie, sourit-elle malicieuse.
   - Concentrez-vous, les rabroua Hermione. Certes, nous avons le lieu, mais maintenant, il faut nous décider de l’emplacement de l’école.
   - Je pensais à l’une des îles, dit Gabrielle.
   - Ce serait dommage. Rien que d’ici, je peux voir sur la première île des géraniums dentus, un figuier d’Abyssinie et une plante à pipaillon. Si les deux autres sont elles aussi foisonnantes de végétation magique, nous aurons un petit paradis botanique idéal pour l’éducation de nos petits sorciers en herbe.
   - Il y a du vrai dans ce que tu dis, mais implanter l’école sur le rivage ne me plaît pas plus que ça. Cela risque gâcher le paysage alors que sur les îles, entourée de la végétation, elle aurait l’air de faire partie du décor.
   - Vrai aussi…
   - Pourquoi ne pas faire une école au niveau de la falaise, proposa alors Dudley. Avec votre magie, je suis sûr que l’on pourrait tailler dans la pierre un bâtiment majestueux. On rajoute ensuite de la végétation un peu partout et le tour est joué.
   - …
   - Quoi ? Mon idée est si mauvaise que ça ?
   - Au contraire, Dud, s’exclama Hermione. C’est encore une fois eu une idée brillante ! En plus de cela, nous réaliserons une économie certaine sur les matériaux. Nous pourrons alors injecter l’argent alloué par Harry ailleurs.
   - On n’est pas obligé de tout utiliser, tu sais…
   - Construire une école de A à Z ne se fait pas s’en sacrifier quelques détails, mais c’est mieux de les avoir quand on peut.
   - Mmmh, si tu le dis… J’y pense, il va aussi falloir songer à un moyen de réduire l’humidité qu’engendrera la cascade.
   - Ne t’inquiète pas ! La magie y pourvoira !
   - Évidemment, pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt, ironisa Dudley.
   - Tu aurais dû, en effet ! Allons, rentrons ! Tu dois te mettre à tes plans !
   - Maintenant ?!
   - Cela te pose un problème ?
   - Non, non, bien sûr que non…
   - Toi, tu dessines et nous, on adaptera cette falaise selon ton imagination. Facile, non ?
   - Facile à dire, oui, grommela-t-il dans sa barbe.
   - Tu as dis quelque chose ?
   - … Euh… Allons-y…
   - Grand garçon ! »

Tandis que Gabrielle pouffait en silence et que Dudley lui jetait un regard noir, Hermione déblatéra sur ce qu’ils avaient à faire durant les mois à venir ou sur ce qu’elle espérait voir dans cette école. Elle suggéra également ou plutôt, elle ordonna à Dudley de terminer les plans dans les deux semaines à venir maximum, ce qui ne manqua pas de faire étouffer celui-ci et redoubler l’hilarité de sa compagne.


***

Dudley travailla d’arrache-pied sur ce nouveau projet. Celui-ci étant d’envergure et situé dans un monde qu’il découvrait encore, il n’hésita pas à faire appel à Cho, Gabrielle et au clan ; il ignorait en effet ce qui pouvait être fait ou non avec la magie et comment utiliser celle-ci à bon escient. Sans compter que l’édifice du château devait s’adapter à son environnement ce qui demandait une aménagement paysager astucieux.


Au fur et à mesure des discussions, il se décida pour un mélange de pierre et de bois, quatre tours entourant une cour rectangulaire, celle-ci ayant un jardin ouvert et longée de chaque côté par une coursive et un bâtiment. En apprenant cela, le clan Weasley demanda à ce que les corridors soient la copie conforme de ceux de Poudlard. Dudley n’y vit aucun inconvénient. Il plaça la Grande Porte sur le bâtiment qui abriterait l’accueil pour les élèves et les parents ainsi que l’administration et l’infirmerie ; une cheminée serait également installée dans son hall afin que les enfants puissent venir directement de chez eux par le réseau. La première tour attenante, elle, serait pour les classes de première et deuxième année et la seconde pour celles de troisième et quatrième années. Les bâtiments qui partiraient de chacune de ces deux tours, seraient destinés, quant à eux, à la crèche et au réfectoire, tandis que le quatrième qui ferait face à l’accueil, serait réservé à la bibliothèque ; deux autres tours encadreraient celle-ci, la première pour les cinquièmes et sixièmes années et la seconde pour les septièmes et huitièmes années.


Une fois que l’emplacement de chaque section fut certain, Dudley utilisa toute son imagination et son talent pour intégrer le château au paysage. S’inspirant des films fantastiques qu’il avait visionnés dans sa jeunesse, il décida de creuser la falaise au niveau de la cascade, formant ainsi un demi-cercle autour du château taillé dans la pierre ; celui-ci serait alors entouré d’un écrin d'eau formé par le rideau aquatique qui longerait les parois de roche nouvellement taillées. À chaque extrémité de l’arc de cercle, Dudley décida de sculpter deux colossales statues de sorciers érudits célèbres qui garderaient ainsi l’école et inspireraient le respect.

Dudley travailla dur pour harmoniser l’ensemble et ne fut pas mécontent quand il reçut l’aval de Hermione_il avait réussi à la satisfaire, elle qui était toujours en quête de perfection_il pouvait être fier de lui. Le chantier pouvait enfin commencer.


***


Alors que les travaux étaient déjà bien entamés, une question demeurait : qui serait l’institutrice des cinquièmes et sixièmes années ? Afin de trouver cette perle rare, tout le monde se mobilisa, que ce soient les Weasley, les Potter ou les futurs parents d’élèves. Et ce ne fut qu’après avoir échoué à la trouver dans leur entourage qu’ils se décidèrent à faire paraître une annonce dans la Gazette du Sorcier. Le communiqué généra quelques réponses, mais rien de bien probant au vu de l’appréhension qui caractérisait chaque courrier : en tant que mamans, ces femmes avaient enseigné à leur enfant, mais elles avaient également très bien compris que ce ne serait pas la même chose que d’enseigner à toute une classe : la famille voulait quelqu’un de volontaire et de déterminé, prêt à tout pour réussir, dans l’intérêt des enfants.
Le temps passa et aucune candidature n’eut de suite. Ils allaient relancer dans la Gazette quand une nouvelle postulation arriva, amenant avec elle une forte perturbation.

Cette candidature venait d’Astoria Malefoy. À ce nom, Ron s'était immédiatement levé pour s’emparer de l’enveloppe afin de déchirer ce courrier maudit. Dudley fut cependant plus rapide : il l’attrapa, l’ouvrit et la lut à haute voix.


« - Enfin une candidate sérieuse, s’exclama Gabrielle.
   - C’est non, s’écria Ron catégorique. Il est hors de question qu’un Malefoy entre dans le projet ou même dans l’école.
   - Ron, dit Dudley, je ne sais pas quel est ton problème, mais nous avons enfin une personne qui pourrait répondre à nos besoins. Tu ne vas pas tout gâcher, si ?
   - Les Malefoy sont d’immondes petites fouines ! Ils écrasent de leur mépris tous ceux qui ne correspondent pas à leurs critères, s’ils ne se contentent que de ça, bien sûr ! Ils veulent juste détruire le projet, c’est moi qui te le dit !
   - Ron, murmura Hermione. Cette Astoria m’a l’air très bien…
   - Tu ne vas pas t’y mettre aussi ! Rappelle-toi tout ce que t’a fait subir Malefoy ! Cela ne te suffit pas ?
   - Assez, s’impatienta Dudley. Tu ne vas pas jugé une femme en fonction des erreurs de jeunesse de son mari ! Et d’abord, qui te dis qu’il ne les regrette pas ?
   - Impossible ! Ce sale petit…
   - J’ai bien changé, moi ! Et Harry m’a pardonné ! Alors pourquoi pas lui ?
   - Ce n’est pas comparable, maugréa Ron.
   - Je crois que si, intervint Ginny. Il était, tout comme Dudley, sous l’influence de ses parents ; il ne faisait que suivre la voie qu’ils lui avait tracée.
   - D’après Neville, dit Harry pensivement, c’est un excellent professeur des potions qui ne favorise en aucun cas les serpentards. Il est sévère mais juste.
   - Et alors, s’exclama Ron de mauvaise foi, cela efface-t-il tout ce qu’il nous a fait subir ?
   - Dis-moi, Ron, demanda Dudley après un temps, me juges-tu encore par rapport à ce que j’ai fait à Harry par le passé ?
   - Non, bien sûr que non !
   - Alors me juges-tu par rapport aux actions d’Amy ou de mes parents sur Abby et Addy ?
   - Non, pourquoi le ferais-je ?
   - Si tu ne le fais pas avec moi, pourquoi le fais-tu avec Astoria ? Tu as quelque chose contre elle? En dehors du fait, bien sûr, que ce soit une épouse Malefoy.
   - …
   - C’est bien ce que je pensais. Ok, je vous propose ceci : ce sont les futures institutrices qui trancheront après l’avoir rencontrée…
   - Mais…
   - Je n’ai pas terminé, Ron ! Ce sont elles qui vont travailler avec elle, donc c’est à elles de décider. Gabrielle, Fleur, Molly, Andromeda, je sais que vous ne laisserez pas les préjugés dicter votre choix et que vous penserez avant tout aux élèves, et c’est pourquoi je vous soutiendrai quelque soit votre décision.
   - Tu peux compter sur nous, sourit Molly.
   - Maman !
   - Tais-toi Ron ! Cela suffit comme ça maintenant ! On a entendu ton point de vue et décidé de ne pas en tenir compte ! Alors prends-en ton parti !
   - Puisque nous sommes d’accord, je vous propose de lui donner rendez-vous chez moi, continua Dudley sans un regard pour Ron. Si Astoria vous convient, vous n’aurez qu’à lui présenter les plans de l’école et lui montrer où en sont les travaux. Vous pourrez également lui faire voir les livres des cours que nous avons l’intention de dispenser.
   - Très bien » approuva Andromeda.

Ron se leva alors de table et sortit sans un mot. Dudley se sentit un peu désolé pour lui, mais il ne regrettait pas son choix : il était hors de question de laisser un passé révolu se mettre en travers de leur chemin. Hermione étant du même avis, il ne faisait aucun doute qu’elle appuierait leur décision auprès de son mari lorsqu’il serait revenu dans de meilleures dispositions.



***


Le jour dit, Astoria arriva au manoir Dursley où l’attendaient ses éventuelles futures collègues.


C’était une belle femme de vingt-huit ans. Son visage dont les traits étaient sculptés tout en finesse, incarnait la grâce et la douceur. Sa peau ivoire et rose lui donnait l’air d’une petite fée lumineuse. Ses yeux de biche, eux, étaient d’un beau bleu-violet, pétillants d’intelligence et d’humour, tandis que son sourire affichait une adorable moue malicieuse. Quant à sa chevelure, elle était de la couleur des ailes d’un corbeau avec sa teinte noire et ses reflets bleus. En résumé, c’était une femme splendide.


Astoria était vêtue pour cet entretien si particulier, d’un savant mélange de mode moldue et de celle des sorcières, avec une longue robe mauve lavande aux manches évasées, à la taille moulante et au beau décolleté souligné de quelques fioritures et d’un collier en raz de cou qui s’étendait ensuite comme le ferait une toile d’araignée. Habillée ainsi, elle voulait leur montrer qu’elle n’était pas une personne obtuse prônant à tout prix la noblesse des Sangs-Purs et qu’elle était prête à se familiariser avec une éducation majoritairement moldue.


Elle avait parié sur cette première impression et avait réussi : à sa vue, ses vis-à-vis se sentirent tout de suite plus à l’aise.


Andromeda ne pût s’empêcher de pousser un soupir de soulagement en la voyant. Après tout, elle avait fréquenté les Malefoy durant les premières années de mariage de sa sœur et connaissait très bien la mentalité de cette famille. Pour dire vrai, quand elle avait appris qu’Astoria avait postulé, elle n’avait pas été loin de rejoindre Ron dans son rejet catégorique. Ce furent les paroles de Dudley leur demandant de ne pas avoir de préjugés qui l’avait retenue. En regardant Astoria, elle se dit qu’elle avait bien fait de lui donner cette chance.

Molly et Fleur, quant à elles, regardèrent Astoria avec la curiosité d’un scientifique face à une espèce qui n’aurait pas dû se trouver là : comment cette jeune femme avait-elle pu entrer dans la famille si conservatrice des Malefoy ? Comment une Malefoy pouvait-elle accepter de se rendre chez un moldu apparié qui plus est, au clan Weasley ? C’était pour le moins déconcertant et intéressant.


Gabrielle, elle, n’avait pas de préjugés ni même d’a priori vis-à-vis des Malefoy qu’elle n’avait jamais rencontrés. Elle apprécia le style vestimentaire de la jeune femme marquant son ouverture d’esprit, et son air avenant et tranquille. Elle s’avança donc vers elle en souriant tout en lui tendant la main :
« - Bonjour, je suis Gabrielle Delacour. Vous devez être Astoria Malefoy?
   - Bonjour mademoiselle Delacour. Oui, c’est bien moi. Enchantée de faire votre connaissance.
   - Moi de même. Laissez-moi vous présenter à mes collaboratrices : voici Molly Weasley qui sera l’institutrice des troisièmes et quatrièmes années, Andromeda Tonks, celle des premières et deuxièmes années et Fleur Delacour, ma sœur, qui s’occupera des septièmes et huitièmes années. Quant à moi, je m’occuperai des tous petits, c’est-à-dire ceux qui seront âgés de zéro à trois ans afin d’aider les mamans qui veulent recommencer à travailler plus tôt.
   - Bonjour, sourit Astoria.
   - Soyez la bienvenue au manoir Dursley, dit Molly en l’invitant à entrer. Venez, allons nous mettre au chaud avant de finir congelées.
   - Je vous remercie. »

Astoria les suivit jusqu’au salon où elles s’assirent autour d’un feu. Une fois installées, l’entretien débuta immédiatement.

« - Pour commencer, j’aimerai savoir si vous êtes consciente du type d’éducation que nous souhaitons donner aux enfants, demanda Molly.
   - La base de celle-ci sera essentiellement moldue, même s’ils bénéficieront aussi d’une initiation aux cours qu’ils auront à Poudlard.
   - Savez-vous pourquoi, questionna Andromeda.
   - Les Nés-Moldus possèdent une base solide que nos jeunes sorciers n’ont pas.
   - C’est vrai. Je dois reconnaître que c’était notre souci premier quand nous avons commencé à en discuter. Mais ensuite, il nous ait également apparu que les enfants qui se révélaient être des cracmols, se retrouvaient complètement perdus et déboussolés dans le monde qui serait désormais le leur. Généralement, nous n’emmenons pas nos enfants dans le monde moldu, alors quand la réalité les rattrape, c’est extrêmement difficile à vivre pour eux. Et c’est pourquoi nous comptons également les emmener en immersion dans le monde moldu.
   - Cela serait en effet bénéfique, acquiesça Astoria. Que ce soit pour eux ou nos jeunes sorciers d’ailleurs. Ce monde effraie autant les enfants que leurs parents et pourtant, il est magique à sa façon.
   - Magique, interrogea Fleur. Qu’entendez-vous par là ?
   - Les moldus ne possèdent pas la magie qui nous facilite, avouons-le, grandement la vie. Mais ils ont su tirer partie de leur faiblesse en faisant travailler leurs têtes. Aujourd’hui, leur monde fonctionne presque tout seul grâce à leur technologie, leurs inventions et leur savoir. C’est un peuple en pleine évolution et expansion, alors que le nôtre stagne beaucoup trop.
   - …
   - Vous les avez surprises, rit Gabrielle. Excusez-les, elles ont toutes dû se frotter à la pensée… comment dirais-je… rigide et dépassée des Malefoy. Bien qu’elles aient promis à Dud de garder l’esprit ouvert, ce n’est pas facile d’oublier ce à quoi on est habitué.
   - Rassurez-vous, je m’en doutais. Je dois me battre tous les jours contre ces idées préconçues et comme ma belle-famille n’a jamais caché ce qu’elle pensait… Aaah, soupira Astoria.
   - Pas facile tous les jours. Je suppose qu’il vous a fallu pas mal de courage et de volonté pour envoyer votre lettre aux ennemis hériditaires des Malefoy.
   - Drago m’a préparé à l’avance et… Neville m’a encouragée.
   - Neville, s’exclamèrent Molly, Andromeda et Fleur.
   - Oui. C’est lui qui m’a parlé de ce poste.
   - Vous saviez, n’est-ce pas, que cela vous aurait facilité cette première rencontre, si vous nous aviez dit que vous possédiez la recommandation de Neville, sourit Gabrielle.
   - Je souhaite obtenir ce poste par mes propres moyens et non par un passe-droit!»

Ces interlocutrices la regardèrent avec un œil neuf. Cette femme n’était pas banale. Elle était intelligente, volontaire, sûre d’elle et franche. Plus le temps passait, plus elle se dissociait de l’image préconçue d’une madame Malefoy. Elles se détendirent donc peu à peu au fil de l’entretien.


Éducation, programme, rythme des enfants, organisation de l’école,… Tout y passa. Astoria sût se montrer à la hauteur : elle répondait franchement à chacune des questions, ajoutant son grain de sel ou protestant sur certaines idées tout en partageant ses propres pensées.


Deux de ses idées retinrent particulièrement l’attention: l’inscription d’un né-moldu l’année suivant l’apparition de son nom dans le livre d’admission et des magicobus scolaires.

Il était vrai, qu’en dehors des jumelles, les nés-moldus devaient attendre leur onze ans pour pouvoir entrer dans le monde magique. Cela leur laissait le temps pour être ostracisés par leur camarades moldus avant d’être finalement arrachés à leur environnement habituel, pour n’y revenir que pendant les vacances. Ce n’était facile ni pour les enfants ni pour les parents. Cette école pourrait habituer en douceur les familles moldues au monde sorcier, tout en permettant à leurs enfants de rentrer chez eux le soir. Ce serait une bonne transition avant leur admission à Poudlard.


Quant aux magicobus scolaires, il serait indispensable aux nés-moldus qui ne pouvaient pas se déplacer grâce aux cheminées. Et puis, ce ne serait pas compliqué à obtenir : il suffirait d’adapter magiquement des bus scolaire et de trouver des chauffeurs moins brusques que ceux qui conduisaient le magicobus. Il pourrait même être possible de créer des abonnements à l’année pour les étudiants.

Tout à leur discussion, les cinq femmes n’entendirent pas les deux petites diablesses qui s’étaient levées de leur sieste et glissées dans le salon. Elles sursautèrent donc quand deux petites voix flûtées s’élevèrent :
« - Qu’est-ce que vous faites ?
   - Aaaaaah, s’exclamèrent les adultes.
   - Abby ! Addy, s’écria Gabrielle. Vous nous avez fait peur !
   - Pourquoi, questionna Addy.
   - Vous faites des bêtises, demanda Abby, malicieuse.
   - Pas du tout, ria Molly. Vous vous êtes glissées derrière nous comme des voleuses. Il y a de quoi surprendre !
   - On peut pas être des voleuses, mamolly, s’exclama Abby, outrée.
   - On est chez nous, renchérit Addy.
   - Ah ! Ah ! Ah ! C’est vrai aussi ! Venez m’embrasser mes petits lutins farceurs !
   - On n’est pas des lutins…
   - … on est des fées !
   - Pardon, pardon… Pfff ! Venez m’embrasser mes petites fées !»

Satisfaites, Abby et Addy embrassèrent et se laissèrent embrasser par les femmes du clan. Après quoi, elles regardèrent Astoria. Celle-ci eût l’impression que son âme fut transpercée tandis qu’elle était scrutée. Après un moment, les deux petites filles s’avancèrent, firent signe à Astoria de se baisser et embrassèrent chacune une des joues de la jeune femme. Puis, satisfaites, elles se tournèrent vers Gabrielle pour lui demander à goûter.

Médusée, Astoria les regarda quitter la pièce. Molly sourit :
« - Vous venez de réussir leur évaluation.
   - Je vous demande pardon ?
   - Les jumelles ont un certain talent pour voir la valeur des gens. Gabrielle aussi, d’ailleurs.
   - …
   - Bien ! Je pense que nous pouvons dire à l’unanimité que vous êtes engagée.
   - J’approuve, déclara Andromeda.
   - Idem, acquiesça Fleur. Et pour ma sœur aussi, sans aucun doute.
   - Je vous remercie, s’exclama Astoria, folle de joie. Je ne vous décevrai pas !
   - Nous n’en doutons pas » dit Molly.

Le reste de l’après-midi passa dans une ambiance plutôt studieuse. En effet, les cinq femmes passèrent beaucoup de temps à étudier les livres moldus et sorciers. Que ce soit sur la méthodologie ou le programme scolaire, elles ne laissèrent rien au hasard. Après tout, la rentrée arriverait bien assez vite et elles savaient qu’elles n’avaient pas droit à l’erreur, car cette première année était en quelque sorte une période d’essai ; si elles échouaient, l’école ne pourrait pas alors s’implanter dans le monde sorcier et ses traditions et fermerait après un certain temps. Cela leur mettait la pression de savoir qu’elles étaient attendues au tournant, mais pour le bien des enfants, elles se devaient de réussir.


Il fut également décidé qu’elles recruteraient plus d’instituteurs quand les classes de quatrième, cinquième et sixième années atteindraient la vingtaine d’élèves. Les nouveaux professeurs seraient alors en formation à leurs côtés pendant un an avant d’être responsables à leur tour d’une classe.

Après que les tâches furent distribuées à chacune d’elles et que le matériel et les meubles nécessaires furent décidés lors de longs argumentaires, elles se séparèrent en se donnant rendez-vous un mois plus tard pour une nouvelle réunion. Les cinq femmes devaient en effet étudier et finaliser leur programme, ainsi que négocier avec Poudlard et le Ministère de la Magie. Comme c’était maintenant leur projet, elles souhaitaient mener elles-même ces négociations plutôt que de les laisser à leurs proches. Après tout, si elles commençaient à compter que sur eux, comment pourraient-elles avancer ensuite sans leur aide ?


Chacune retourna donc dans son foyer, des idées et des plans plein la tête. Le mois à venir allait être sans aucun doute épuisant, mais aussi palpitant. Elles ne pouvaient se permettre aucun retard, car juillet et août arriveraient vite, juillet étant le mois des visites auprès des familles moldues et août celui de la présentation du monde magique lors d’une sortie sur le Chemin de Traverse. Il n’y avait donc pas de temps à perdre. La course contre la montre venait de commencer.


***

Les jours, les semaines et les mois s’écoulèrent. Les démarches étaient terminées tout comme l’école qui pouvait enfin être dévoilée. Le Ministre de la Magie, Kingsley Shacklebolt, et la directrice de Poudlard, Minerva McGonagall, furent donc invités à découvrir ce qui pourrait être un nouveau tournant dans l’éducation magique. Du moins, c’était la raison officielle de leur invitation, l’officieuse étant de leur présenter les jumelles afin de préparer leur avenir.


Bien que Dudley n’était vraiment pas rassuré à cette idée, il savait que la protection du clan Weasley et des Potter avait ces limites ; ses filles allaient après tout être de plus en plus en contact avec d’autres sorciers. Il ne pouvait donc pas se permettre de refuser à cause de son appréhension. Le Ministère de la Magie et Poudlard étaient les deux plus grandes instances du monde sorcier britannique ; si eux ne pouvaient pas les protéger, qui le pourrait ?

Rendez-vous fut donc pris pour le 1er mai, à midi, chez Dudley.


Le jour venu, Dudley était nerveux et irascible. Il tournait comme un lion en cage dans la cuisine, regrettant de s’être laissé convaincre par la famille. Gabrielle, elle, continuait à préparer le déjeuner, le laissant ruminer sa colère et sa peur sans rien dire, tandis que les jumelles se cachaient dans leur salle de jeux.


« - Ce n’était vraiment pas une bonne idée… je n’aurai jamais dû accepter… mais qu’est-ce qu’il m’a pris ?… Les jumelles ne sont prêtes… elles sont trop fragiles… pourquoi auraient-ils besoin de les rencontrer ?… ce sont juste des petites sorcières… oui, de toutes petites sorcières, pas besoin d’en faire tout un plat… Qu’y a-t-il à voir ?… et si…
   - Dud, l’interrompit Gabrielle.
   - Quoi ?!
   - Harry et nos deux invités d’honneur sont arrivés.
   - Hein ?! Maintenant ?!
   - Oui, maintenant. Alors, arrête de tourner en rond et va les accueillir.
   - Pourquoi je devrais…
   - Ne discute pas et vas-y. Et n’oublie pas d’être cordial et souriant. »

Dudley regarda par la fenêtre de la cuisine pour apercevoir une vieille sorcière habillée d’une robe vert émeraude qui se tenait bien droite aux côtés de Harry et d’un sorcier typé africain, coiffé d’un boubou assorti à ses vêtements colorés. Dudley tremblait. C’était ces deux personnes qui allaient déterminer l’avenir de ses précieuses jumelles. Il n’avait vraiment pas envie d’aller à leur rencontre. Il préférerait plutôt s’enfuir avec ses filles.


Alors qu’il commençait à reculer pour mettre cette idée à exécution, Gabrielle ouvrit la porte et le poussa sans ménagement dehors avant de refermer derrière lui. Le bruit détourna immédiatement les sorciers de leur conversation, attirant leur attention sur un Dudley paniqué.


« - Dud, tu es là, sourit Harry. Viens que je te présente.
   - Bon… Bonjour, bredouilla Dudley en s’avançant à petits pas.
   - Dud, voici le professeur Minerva McGonagall et le ministre de la magie, Kingsley Shacklebolt. Professeur, monsieur le Ministre, je vous présente mon cousin Dudley Dursley.
   - Monsieur Dursley, salua la vieille sorcière.
   - Comment allez-vous, sourit le ministre.
   - Bien… je vous remercie. Soyez les bienvenues chez moi, dit courageusement Dudley.
   - Dud, détends-toi, dit Harry en venant vers lui. Ils ne sont pas là avec de mauvaises intentions. Ils ne feront rien à tes filles, je te le promets.
   - Ses filles, interrogea le professeur McGonagall.
   - Ses filles, acquiesça Harry en se tournant vers eux. Nous ne vous avons pas fait seulement venir pour visiter l’école, mais aussi pour rencontrer les jumelles. Comme il n’était pas bon d’en parler là où les murs ont des oreilles et où un courrier pourrait tomber entre de mauvaises mains, nous ne vous avons pas prévenus à l’avance.
   - Oh… sont-elles des sorcières un peu hors normes, questionna le Ministre, curieux.
   - C’est le cas, mais entrons, dit Harry en les invitant à entrer. Nous en parlerons à l’intérieur.
   - Très bien. »

Les deux invités distingués entrèrent et saluèrent chaleureusement Gabrielle, tout en s’étonnant de sa présence en ces lieux. Pendant que les sorciers papotaient gaiement, Dudley paniquait de plus en plus. Voyant que son état empirait, Gabrielle n’hésita plus. Elle le fit asseoir puis caressa doucement son dos en distillant petit à petit sa magie apaisante à travers ses paumes. Les nerfs de Dudley se relâchèrent peu à peu.


« - Ça va mieux, demanda Gabrielle.
   - Oui, merci. Je suis désolé, dit-il ensuite en se tournant vers ses invités. Je vous ai laissé voir une situation plutôt embarrassante.
   - Ce n’est rien, voyons, sourit Shacklebolt. Cela arrive à tout le monde d’avoir les nerfs qui craquent.
   - Buvez un bon cognac, dit le professeur McGonagall. Cela vous fera le plus grand bien.
   - Je crois que je vais suivre votre suggestion.
   - Laisse-moi te servir un verre, dit Harry en se dirigeant vers le salon.
   - Merci Harry.
   - Désirez-vous boire quelque chose, demanda Gabrielle. Nous avons un peu de tout ici.
   - Un verre de whisky Pur Feu, sec, dit le professeur McGonagall.
   - Deux mais avec glaçon.
   - Quelle drôle d’idée !
   - Tout le monde n’est pas une pure écossaise comme vous, Minerva.
   - C’est bien dommage ! Si c’était le cas, nous éviterions un tel sacrilège qui est malheureusement plus que récurrent !
   - Si vous le dites. »

Ils s’assirent autour de la table tandis que Harry et Gabrielle préparèrent des  boissons pour tout le monde. Une fois servis, ils commencèrent à parler de sujets peu fâcheux comme la nouvelle école.


« - Je trouve que l’idée d’une école pour jeunes sorciers est une très bonne idée, commença le professeur McGonagall. Les enfants de sorciers ne possèdent pas le niveau de ceux qui ont des parents moldus.
   - C’est vrai que l’écart entre les deux peut être grand, renchérit Shacklebolt. J’aime également le fait que les Nés-Moldus entrent de cette façon dans le monde sorcier. Il faut dire que, jusqu’à présent, on les jetait dedans deux mois après la révélation et ils ne pouvaient revenir qu’à Noël. C’est un coup dur pour eux et leurs parents.
   - Et puis, ajouta Harry, de cette façon, ils ne se sentiront pas seuls et perdus quand ils monteront dans le Poudlard Express.
   - C’est vrai que cela doit être angoissant ce genre de situation » acquiesça le professeur McGonagall.


Pendant qu’ils exprimaient tour à tour leurs opinions, deux petites souris descendirent tout doucement pour venir fureter jusqu’à la porte de la cuisine. Gabrielle les vit et leur sourit en disant :
« Eh petites blondinettes ! Vous avez l’intention d’entrer ou de jouer les timides ? »

Les jumelles sursautèrent, prises en faute, avant de pousser la porte. Abby s’avança la première, tirant derrière elle sa sœur. Arrivées près des adultes, Addy se réfugia rapidement auprès de son père tandis qu’Abby regardait les nouveaux venus avec curiosité. Ses yeux de chat interpellèrent immédiatement ses vis-à-vis qui ne montrèrent cependant rien de leurs pensées.

« - Bonjour, je suis Abby et elle, c’est ma sœur, Addy.
   - Bonjour mesdemoiselles. Je suis Kingsley Shacklebolt, mais vous pouvez m’appeler « King ».
   - Tu es un roi, demanda timidement Addy en sortant la tête de l’étreinte de son père.
   - Eh bien… presque. Je suis le Ministre de la Magie et le chef des sorciers de notre pays.
   - Pourquoi t’es là, questionna Abby.
   - Je suis venu voir l’école que votre papa a construite. »

Abby hocha la tête avant de se tourna vers sorcière qui avait l’air sévère.

« - Je suis le professeur McGonagall, la directrice de Poudlard, également là pour la nouvelle école.
   - Ah, fit Abby. Tu es le chef de l’école de Teddy !
   - C’est exact. Et je serai également le vôtre quand vous viendrez à Poudlard.
   - Mmm, marmonna Abby en se demandant si c’était une bonne chose ; ce professeur avait l’air sévère, tout le contraire de Gabrielle.
   - Avez-vous vu l’école ou pas encore, demanda gentiment le Ministre.
   - Pas encore, s’écria Abby, criant à l’injustice.
   - Mais nous aurons le droit de la voir cet après-midi, dit doucement Addy.
   - Je vois. Alors nous allons la découvrir ensemble.
   - Vous venez avec nous, s’inquiéta Addy.
   - Oui, mais rassure-toi, nous ne mordons pas.
   - Et vous ne vous mettrez pas en colère ?
   - C’est promis, je ne le ferai pas. Et puis de toute façon, si je fais une bêtise, Harry me grondera.
   - Je le ferai King, je le ferai, tu peux en être sûr.
   - Alors, d’accord » acquiesça Addy en soupirant de soulagement ; son oncle Harry ne les laisserait pas tomber, elle en était certaine.

Voyant qu’ils s’étaient mis d’accord, Gabrielle se leva pour servir le déjeuner. Pendant qu’ils mangeaient de bon appétit, le professeur McGonagall regarda les jumelles de manière approfondie avant d’entrer dans le vif du sujet, sans tourner autour du chaudron.

« - Ce sont des sorcières élémentaires.
   - …
   - Minerva, un peu de tact, ce n’est pas trop demandé, il me semble, râla le Ministre.
   - Pourquoi perdre notre temps quand on devra tout de même y venir, riposta celle-ci.
   - C’est vrai, mais c’était beaucoup trop abrupt.
   - Peu importe. Cela ne change rien à cet état de fait : ce sont des sorcières élémentaires.
   - …
   - C’est exact, professeur, acquiesça Harry. Nous l’avons découvert le jour de leur quatre ans. Avant cela, elles avaient déjà montré des signes de magie précoce. Dud a cependant réussi à gérer tout en cachant la vérité aux moldus qui les entouraient. Mais la situation a fini par déraper. Mon cousin m’a alors appelé et je suis allé les chercher. Les jumelles ont été tellement traumatisées par les événements qu’elles gardent encore quelques séquelles. Surtout Addy qui est la plus sensible des deux.
   - Heureusement, elles vont beaucoup mieux maintenant, poursuivit Dudley. C’est juste que… après avoir échappé à ce calvaire… elles doivent maintenant se méfier des autres pour éviter que l’on se serve d’elles, qu’on les kidnappe ou que sais-je encore ! Quand nous osons sortir hors du domaine, nous sommes obligés de maquiller leur apparence par de multiples sorts pour éviter qu’on les détecte. Elles n’ont même pas le droit d’être elles-mêmes ! Comme si elles n’avaient pas assez souffert ! C’est vraiment rageant !
   - Dud, dit doucement Gabrielle, les jumelles iront bien. Nous devons juste être prudents les premières années. Leurs tatouages seront toujours masqués par leurs vêtements. Quant à leurs yeux… les enfants qui viendront à l’école, vont grandir avec elles. Avant qu’ils comprennent que ce n’est pas ordinaire, ils y seront habitués et n’y feront pas attention. Elles n’auront donc pas besoin d’être sur leurs gardes dans l’enceinte de l’école, juste quand nous sortirons dans le monde sorcier. Elles vont grandir comme des petites filles normales. Pas vrai mes petites fées ?
   - On ira sur le Chemin de Traverse ? Et à Pré-au-lard aussi, demanda Abby, excitée.
   - Oui, mais pas avant la rentrée. D’accord ?
   - Mais c’est dans loooongtemps ! On peut pas y aller maintenant ?
   - Ce n’est pas vrai, dit Dudley, c’est dans quatre mois.
   - Mais papa…
   - J’ai dit dans quatre mois ! Par contre, si vous continuez à râler, vous pourriez attendre un peu plus.
   - Pffff ! »

Les quatre adultes éclatèrent de rire face à la mine déconfite d’Abby. Une fois son sérieux retrouvé, Kingsley Shacklebolt se tourna vers Harry et Dudley :
« - Du coup, qu’attendez-vous de nous au sujet des jumelles ?
   - Déjà, comme vous avez pu l’entendre, nous ne souhaitons pas encore divulguer leurs capacités. Nous savons cependant, qu’une fois à Poudlard, ce sera impossible à dissimuler. Et c’est à ce moment-là que nous aurons besoin de vous pour nous aider à les protéger. Professeur, en tant que directrice de Poudlard, vous avez le pouvoir de les protéger dans l’enceinte du château et vous, monsieur le Ministre, à l’extérieur.
   - Je vois, acquiesça le Ministre. Il est vrai que ce genre de sorcière attire la convoitise et quoi de mieux que les influencer à un âge tendre.
   - C’est vrai, approuva Gabrielle. Ce dont nous avons le plus besoin, c’est de temps. Juste ce qu’il faut pour qu’elles puissent grandir et se faire elles-même leur propres opinions sans influences extérieures.
   - Et c’est là où nous entrons en jeu, continua le professeur McGonagall. Je comprends parfaitement vos préoccupations. De mon côté, je ferai de mon mieux, mais je tiens cependant à dire que je ne pourrais pas toujours les protéger. Monsieur Potter en est un bon exemple. Le professeur Dumbledore a fait de son mieux pour l’épargner, mais cela n’a pourtant pas empêché le danger de venir le trouver. Et il me faut ajouter, à mon plus grand regret, que je ne possède pas le quart de la puissance et de l’intelligence du professeur Dumbledore.
   - Nous savons très bien qu’il y a une limite dans la protection que vous pourrez leur offrir, assura Gabrielle. Nous vous demandons simplement une attention plus conséquente durant le temps de leur scolarité, ainsi qu’une certaine vigilance envers les personnes étrangères à l’équipe scolaire qui chercheraient à les approcher.
   - Cela semble dans mes cordes. Quant à mon équipe, je ne leur parlerai des jumelles que l’été précédant leur rentrée, ce qui diminuera fortement le risque d’une inadéquate propagation de l’information.
   - Je vous remercie, dit Dudley, soulagé.
   - Et qu’attendez-vous de moi exactement, demanda le Ministre. De quelle genre de protection avez-vous besoin ?
   - Eh bien, commença Harry, la première chose serait de ne pas révéler sur les documents officiels ou au personnel du Ministère et de Poudlard le lieu de résidence de la famille Dursley. Nous n’aimerions pas avoir à rendre cet endroit incartable et secret, privant les jumelles et Dudley de la possibilité de recevoir leur famille et leurs amis moldus, les coupant ainsi de leurs racines. Comme vous l’avez entendu plutôt, elles sont déjà passées par maints tourments et nous n’aimerions pas avoir à recommencer.
   - C’est faisable. Nous limiterions ainsi les fuites éventuelles. J’aimerai pouvoir affirmer que le Ministère ne s’en rendra pas coupable, mais je ne le peux absolument pas. Et ensuite ? De quoi d’autre avez-vous besoin ?
   - Juste de gardes du corps de confiance quand la vérité sera révélée. Si je n’ai pas la possibilité de le faire moi-même, j’aimerai faire appel à l’auror Anthony Goldstein ou à Parvati Patil, tireuse d’élite de la police magique.
   - Tu me demandes donc des ressources du Ministère ?
   - Évidemment, nous y mettrons le prix.
   - Oh ! Je suis tout ouïe !
   - Eh bien, pour l’instant, Abby et Addy ne se maîtrisent pas, mais cela viendra. Le moment venu, que ce soit Poudlard ou le Ministère, vous aurez la possibilité de leur demander gratuitement de l’aide…
   - Harry, s’exclama Dudley, alarmé.
   - Ne t’inquiète pas Dudley, chuchota Gabrielle en lui prenant la main. Harry sait ce qu’il fait. Aies confiance, dans l’intérêt des filles. Abby, Addy, continua-t-elle en se tournant vers celles-ci, cela vous concerne. Écoutez attentivement et dites-nous ce que vous en pensez, d’accord ?
   - Gabrielle…
   - Chut… Tu rends les filles nerveuses. »

Dudley se tourna vers une Abby et une Addy inquiètes. Il les souleva alors de leur chaise et les assit sur ses genoux. Il les serra dans ses bras avant d’embrasser longuement leur front. Les jumelles agrippèrent sa chemise et le regardèrent. Il leur fit un sourire tremblant avant de faire vaillamment signe à Harry de continuer.

« -Comme je le disais, vous pourrez leur demander gratuitement de l’aide durant le temps que durera votre protection ; par exemple, quand vous ferez face à des créatures ou des plantes que vous n’arrivez pas à gérer. Cependant, je tiens à poser tout de même quatre conditions à votre coopération. La première étant que les filles ne doivent en aucun cas être forcées ; elles doivent avoir la possibilité de refuser. Bien sûr, elles devront vous expliquer pourquoi elles rejettent votre requête. Cette première condition est, je pense, tout à fait raisonnable.
   - Elle peut l’être, du moment qu'elles ne refuseront pas toutes les requêtes que nous leur soumettrons.
   - C’est juste et c’est pourquoi j’ai soumis l’idée qu’elles vous expliquent les raisons de leur refus.
   - Très bien. Ensuite ?
   - La solution de facilité ne sera pas une option. Là où le Ministère et Poudlard pourront se charger de la mission eux-même, ils ne pourront en aucun cas faire appel à elles. Ce qui signifie qu’elles n’interviendront qu’après de multiples échecs ou lorsque vous ferez face à des missions d'éradication nécessitant normalement une équipe d'au moins cinq personnes.
   - Il n’y a rien à redire à ça.
   - Ma troisième condition est la suivante : Abby et Addy n’iront en mission qu’avec des personnes en qui vous et moi avons inconditionnellement confiance.
   - Logique, là aussi.
   - Et le dernier point est celui-ci : ce contrat cessera d’exister au moment où vous ne serez plus Ministre de la Magie ou Directrice de Poudlard.
   - Là, cela peut poser problème, dit Kingsley Shacklebolt. Même si je suis réélu dans deux ans, cela ne voudra pas dire que j’accepterai de recommencer ou que je serai choisi pour cette fonction dans sept ans.
   - C’est peut-être vrai, mais dans ce cas, votre successeur devra alors à son tour accepter les termes du contrat. Cependant, si nous n’avons absolument pas confiance en lui, nous chercherons alors une autre solution, même si cela signifie que nous devrons priver les jumelles de la protection du Ministère. »

Sur ces mots, ils adoptèrent tous un silence contemplatif. Abby et Addy regardèrent tour à tour les adultes avant de se tourner l’une vers l’autre. Si leurs compagnons de tablée avaient fait attention à leurs actions, ils aurait sans doute remarqué leur conversation silencieuse tandis qu’elles hochaient ou secouaient la tête, les yeux graves et sérieux. Une fois mises d’accord, Abby se lança et posa la question qui les intéressait :
« On verra des fées ? »

Toute l’assemblée la regarda, les yeux ronds. Il existait une infinité de questions et c’était celle-là qu’elle avait choisi ? Ce fut alors à ce moment-là qu’ils se rappelèrent un fait qu’ils avaient tous négligé : bien que les jumelles étaient plus matures que la moyenne, elles n’étaient toujours que des petites filles de quatre ans. Se demander si oui ou non elles pourraient aider la société des sorciers était vraiment un petit peu trop prématuré ; tout comme Harry à son époque, elles avaient besoin de grandir sans avoir à se préoccuper des affaires des grands. Ils se sentaient donc tous un peu penauds de s’être laissé entraîner sans prendre en considération l’âge des jumelles. Certes, elles devaient être protégées, mais leur avenir n’appartenait qu’à elles ; il ne devait pas être dicté par d’autres. Il fut alors décidé de reporter la discussion à l’été de leur onze ans. Harry, Gabrielle et le clan Weasley continueraient à dissimuler les marques évidentes jusqu’à leur entrée à Poudlard. Seuls leurs yeux de chat resteraient visibles afin d’habituer les autres enfants à leurs particularités.


Après ce repas quelque peu étrange, ils allèrent enfin visiter l’école.


Une fois arrivés sur place, Abby, Addy, le professeur McGonagall et le Ministre de la Magie ne furent alors pas au bout de leur surprise. Outre les trois îles flottantes, ils virent un magnifique château taillé dans la pierre, tandis que la cascade entourait l’école dans son étreinte, tel un écrin naturel ouvert à la vue de tous. Aux extrémités de celle-ci, deux statues monumentales avaient été sculptées de part et d'autre du château : elles représentaient Merlin et Dumbledore.

Gabrielle et Dudley les invitèrent alors à traverser un pont de pierre aux rambardes stylisées qui traversait le lac et menait au château. Arrivé devant celui-ci, ils virent deux immenses portes battantes au-dessus desquelles était gravé le blason de l’école : un livre ouvert où repose une baguette enroulée dans une liane de lierre.


Une fois à l’intérieur, les nouveaux venus purent apprécier le hall chaleureux qui les accueillit. La pièce maîtresse de cette salle n’était autre que l’immense âtre qui trônait au centre. Il pouvait accueillir un homme de grande taille sans que celui-ci eût à se baisser. La hotte de cette magnifique cheminée, où se trouvaient également gravé le blason, était soutenue par quatre colonnes où s’enroulaient des lianes de lierre en pierre.

Sur les côtés de la pièce se trouvaient deux escaliers qui se faisaient face et menaient chacun à leur tour attenante. Au fond, une arcade de style gothique et ouverte sur les galeries et la cour, était entourée de quatre portes fermées.

« - Où mènent ces portes, demanda Kingsley quand il eût retrouvé sa voix.
   - La première porte mène à L’Île Végétale où poussent diverses plantes magiques, répondit Dudley en souriant et ravi de l’effet de son œuvre. La deuxième ouvre sur l’Île aux Licornes et la troisième sur l’Île aux Gronians. Quant à la quatrième, elle va sous le lac où se trouve une cour et un terrain de jeux où nous pouvons également observer les Hippocampes.
   - Excusez-moi, balbutia le professeur McGonagall, j’ai cru entendre parler de licornes, gronians et hippocampes.
   - Nous pouvons vous le répéter, si vous le souhaitez, professeur, s’esclaffa Harry.
   - Je n’aime pas ce genre de plaisanteries monsieur Potter.
   - Nous ne plaisantons pas professeur. Le précédent propriétaire avait un certain faible pour toutes sortes d’équidés.
   - Mais comment cela se fait que nous ayons vendu cette propriété sans rien savoir de tout cela, éructa le Ministre. De plus, nous l’avons vendu à un Moldu, ce qui aurait pu se révéler désastreux si monsieur Dursley n’avait pas été si bien entouré.
   - Vous savez, commença Harry, trouver cet endroit a relevé du pur hasard. Hermione qui accompagnait Dudley pour chercher un endroit pour l’école, n’a pas senti la moindre trace de magie jusqu’à ce qu’elle vienne ici. D’après elle, le précédent propriétaire a formé une sorte d’immense bulle qui fait circuler la magie à l’intérieur, mais ne la laisse pas sortir. Comme celle-ci est en mouvement constant, elle ne faiblit pas et se suffit à elle-même. C’est grâce à ce système que les îles peuvent continuer à flotter.
   - C’est du pur génie, marmonna le professeur McGonagall, impressionnée.
   - Je ne vous le fais pas dire. Hermione est d’ailleurs toujours furieuse à ce sujet : elle comprend comment cette magie fonctionne, mais n’arrive pas à savoir comment elle a été produite par le propriétaire et maintenue après la mort de celui-ci.
   - Je comprends sa frustration.
   - Si on en revenez à nos dragons, intervint le Ministre. De telles créatures, il faut pouvoir s’en occuper et…
   - Ne vous inquiétez pas monsieur le Ministre, le coupa Dudley. Nous avons fait appel à la magizoologue Demelza Crivey pour s’en occuper et pour sensibiliser les jeunes aux soins des créatures magiques. De plus, nous avons décidé que seuls les élèves de septième et huitième années pourront s’approcher des gronians tandis que les quatrièmes, cinquièmes et sixièmes années étudieront les licornes. Quant aux plus jeunes, ils pourront toujours observer les hippocampes dans la cour sous-marine.
   - Je vois. Et l’Île Végétale ?
   - C’est la naturaliste Luna Dragonneau qui y veillera.
   - Elle est rentrée au pays, demanda le professeur McGonagall, surprise.
   - Norbert Dragonneau a laissé la gestion de sa réserve à son petit-fils Rolf, le mari de Luna, explique Harry. Ils ont donc dû rentrer.
   - Et si vous nous parliez du reste du personnel, demanda Kingsley, rassuré par ces nouvelles informations.
   - Eh bien, commença Gabrielle, pour l’instant, nous avons quatre institutrices, une nanny, une infirmière et une gouvernante qui secondera à la crèche quand elle sera libre, une magizoologue et une naturaliste. L’institutrice des septièmes et huitièmes années sera ma sœur Fleur Weasley, celle des cinquièmes et sixièmes années Astoria Malefoy, celle des troisièmes et quatrièmes années Molly Weasley et enfin Andromeda Tonks qui s’occupera des premières et deuxièmes années. L’infirmerie, elle, sera dirigée par Audrey Weasley. Quant à moi, je serai la nanny de la crèche et secondée par notre gouvernante Olga Chafouin ; cette dernière est une demi-elfe qui supervisera également nos elfes de maison en cuisine et l’entretien du château. Quant à Demelza Crivey et de Luna Dragonneau, nous vous les avons déjà présentées.
   - Deux classes par institutrice et une seule nanny pour la crèche, c’est trop peu, s’exclama le professeur McGonagall.
   - Pas pour l’instant, rétorqua Gabrielle. Nous sommes une nouvelle école et il faudra du temps avant que les sorciers délaissent la tradition voulant que les jeunes sorciers fassent classe à la maison. Les seuls jeunes sorciers inscrits pour l’instant sont les enfants de nos amis et leurs connaissances. Plus, évidemment, les jeunes Nés-Moldus que nous iront chercher une fois que vous nous aurez donné la liste.
   - Évidemment, vu comme ça.
   - Nous prévoyons d’embaucher le personnel manquant l’année prochaine ou la suivante, si tout va bien.
   - … Cela me semble bien… Je crois qu’il est donc temps de vous passer le flambeau concernant les Nés-Moldus et de vous remettre la liste des enfants qui pourront entrer cette année dans votre école. Poudlard ne gardera que ceux qui s’éveilleront l’année précédant leur entrée à l’école de sorcellerie.
   - Je constate qu’il y a déjà une vingtaine d’enfants à visiter. Nous sommes cinq pour cela : c’est parfait, déclara Gabrielle avant de se tourner vers les jumelles qui étaient toujours bouche bée par les lieux : vous avez entendu ça les filles ? Il va y avoir d’autres enfants comme vous, des enfants qui ont des parents Moldus.
   - Ils vont venir ici ? Dans l’école, demanda Abby, excitée.
   - Oui. Fleur, Molly, Andromeda, Astoria et moi les visiterons bientôt pour les inviter à venir ici.
   - Oh ! Chouette ! On peux venir ?
   - Hein ? Vous voulez aller rencontrer ces enfants et leurs parents ?
   - Oui, acquiesça Abby en tirant sa sœur à ses côtés pour appuyer ses dires. Y sont comme nous.
   - … Je vois. Qu’est-ce que tu en penses Dudley, interrogea Gabrielle en se tournant vers celui-ci.
   - Je suis plutôt mitigé. Si les parents l’acceptent bien, ça serait parfait, mais dans le cas contraire… j’ai peur que ce soit contre-productif.
   - Je garderai un œil sur leurs émotions. Et s’il y a vraiment un problème, nous sortirons l’enfant de là et cela rassurera les filles de savoir qu’il y a toujours un moyen pour ce genre de cas.
   - C’est vrai, approuva le Ministre. Si la situation est dangereuse pour l’enfant, les envoyés ont le droit de retirer celui-ci de son foyer d’origine. Malheureusement, ce que nous pouvons que constater, c’est qu’il y a encore beaucoup de personnes qui n’acceptent pas la différence, que ce soit du côté sorcier ou Moldu.
   - … Tu penses que c’est une bonne idée de les emmener, s’inquiéta Dudley en regardant Gabrielle.
   - Elles rassureront parents et enfants et se sentiront utiles. Oui, je pense que c’est une bonne idée.
   - … Très bien, je te fais confiance.
   - Merci Dud, dit-elle en l’embrassant sur la joue, ses pommettes rouges. Abby, Addy, en route pour de nouvelles rencontres ! »

 

 

Chapitre 9: Une vie magique by Elunedril

Début Juillet. L’heure des révélations avait sonné.

 


Les futures institutrices et Gabrielle commencèrent alors par se partager la liste des jeunes sorciers Nés-Moldus : Astoria se dirigerait donc vers l’Irlande, Molly le Pays de Galles, Fleur l’Écosse et Andromeda le sud de l’Angleterre, tandis que Gabrielle et les jumelles iraient au nord. Chacune d’entre elles apporteraient les documents nécessaires à fournir aux parents et aux futurs élèves, à savoir : la lettre d’admission de l’école pour l’enfant, la carte d’abonnement annuel au Magicobus scolaire, deux tickets aller-retour de celui-ci à donner aux parents, les dépliants d’explication du monde magique et de l’école, … Elles avaient également défini entres elles les lignes de conduites à tenir envers les familles et s’étaient donné quelques mots d’ordre : rassurante, patiente, professionnelle, …

 

Bien que nerveuses, elles étaient aussi impatientes et excitées de participer à cet événement qui serait un tournant dans l’Histoire des sorciers comme Poudlard autrefois.

 

Le jour J, elles se séparèrent après un dernier debriefing pour se diriger vers la première adresse de leur liste.

 

« - Comment s’appellent les enfants que nous allons rencontrer aujourd’hui, demanda Abby à Gabrielle.
   - Eh bien… Nous avons Blair Kristen, neuf ans, Joyce Rachel, huit ans, Darwin Matthew et Templeton Sarah, sept ans, et enfin Widdecombe Prudence, six ans.
   - Y sont plus grands que nous, dit Addy un peu inquiète.
   - C’est vrai. Il faudra attendre un an ou deux avant que des sorciers Nés-Moldus ne vous rejoignent toi et ta soeur. Mais ne t’inquiète pas, je suis sûre qu’ils sont très gentils. »

 

Addy hocha la tête, pas très rassurée, mais ne douta pas de Gabrielle.

 

Quand ce fut l'heure du départ, Abby et Addy s’accrochèrent à leur Nanny qui transplana juste devant la maison de la première petite fille, Joyce Rachel. Face à celle-ci, Gabrielle inspira et expira trois fois pour se donner du courage, fit un sourire rassurant aux jumelles avant d'aller bravement toquer à la porte qui s’ouvrit rapidement sur une femme joviale et avenante.

 

« - Bonjour, salua Gabrielle. Êtes vous madame Joyce ? La mère de Joyce Rachel ?
   - Oui, je suis Joyce Samantha, dit celle-ci perdant son sourire. Pourquoi ? Ma fille vous a-t-elle importunée d’une quelconque manière ? Je suis désolée ! Rachel ne l’a pas fait exprès ! Quoi qu’elle ait fait ! C’est une gentille fille ! Il faut lui pardonner ! Elle…
   - Madame Joyce ! Il n’y a pas de problème. Nous sommes juste venues vous annoncer une nouvelle la concernant.
   - … Vraiment, demanda la mère, surprise.
   - Oui. Il n’est pas aisé cependant d’en parler sur le pas de la porte. Pouvons-nous entrer et en discuter avec votre famille.
   - Oh… oui, bien sûr. Où avais-je la tête ? Entrez, je vous en prie. »

 

Elle ouvrit largement la porte et les invita à la suivre dans le salon. Puis elle appela son mari et sa fille qu’elle présenta ensuite à ses invités.

 

« -Voici mon mari Charles et ma fille Rachel.
   - Nous sommes enchantées de faire votre connaissance à tous les trois. Je suis Gabrielle Delacour et ces deux adorables jumelles sont Abigail et Adélaïde Dursley.
   - Bonjour, dirent les filles en regardant avec avidité la petite fille en face d’elles.
   - Bonjour, saluèrent à leur tour leur vis-à-vis.
   - Vous avez dit que vous aviez quelque chose à nous annoncer concernant Rachel, commença madame Joyce, hésitante.
   - C’est exact. Nous aimerions inviter Rachel à rejoindre notre école.
   - Vraiment, s’exclama monsieur Joyce, sidéré. Vous êtes… sérieuse ? Ce n’est pas que je n’en suis pas heureux, au contraire ! Mais j’aimerais savoir si vous êtes sûre de vous et de ce que vous faites.
   - Pourquoi me posez-vous ce genre de questions, demanda tranquillement Gabrielle.
   - … Comme vous souhaitez l’inviter à rejoindre votre école… il ne serait pas honnête de vous cacher la vérité… cette année… ma fille s’est faite exclure définitivement de deux écoles… Mais ce n’était pas de sa faute, vous savez ! C’est une gentille fille ! C’est juste que…
   - … des événements étranges se sont produits, finit Gabrielle en souriant gentiment.
   - Vous le savez ! Alors pourquoi…
   - Parce que nous sommes comme elle.
   - Que… que voulez-vous dire ?
   - Rachel est une sorcière, tout comme nous.
   - Je suis une sorcière, demanda alors Rachel, excitée. Ce que je peux faire, c’est…
   - Non… impossible ! Les sorcières, ça n’existe pas, intervint madame Joyce, effrayée, en se mettant devant sa fille pour la protéger.
   - Madame, commença Gabrielle d’une voix douce.
   - Non ! J’ai assez entendu de vos balivernes ! Vous ne l’amènerez pas pour vos expériences ! Sortez de chez moi !
   - Madame, dit Abby d’une petite voix.
   - Quoi, éructa celle-ci en faisant sursauter la petite fille. Oh ! Pardon ma puce ! Je ne voulais pas t’effrayer. Je veux juste que vous partiez.
   - Madame, recommença courageusement Abby avant de montrer un arbuste mourant dans un coin de la pièce, votre plante est en train de mourir.
   - Euh… oui, je sais, dit-elle perplexe. Mais je n’arrive pas à la sauver.
   - Il suffit de l’aider un peu » affirma Abby avant de s’avancer et de toucher l’arbuste.

 

Celui-ci qui, peu de temps avant,n’avait plus de feuille et s’avachissait sur lui-même, se redressa pour montrer fièrement une couronne de feuilles rutilantes. En voyant cela, la famille Joyce poussa un cri et regarda bouche bée Abby qui revenait tranquillement vers Gabrielle et sa sœur.

 

« - Pouvez-vous nous écouter maintenant, demanda Gabrielle.
   - Je… je crois que oui, marmonna madame Joyce, toujours éberluée.
   - Bien. Rachel, veux-tu bien me raconter ce que tu peux faire ?
   - Je ne sais pas comment je fais… mais quand je veux quelque chose très très fort, il se passe des trucs bizarres. En classe, on a fait des bonhommes en pain d’épice. Ils sentaient bons et j’avais faim. Après, j’ai pensé au bonhomme en pain d’épice du conte qui marchait tout seul. Je me suis dit que ce serait rigolo si c’était vrai. Il viendrait tout seul sur ma table pour que je le mange. Je rêvais très très fort que je le mangeais. Et c’est arrivé. Le bonhomme est venu tout seul, je le jure ! Je ne mens pas ! Je ne l’ai pas volé !
   - Je te crois, sourit Gabrielle. Il était bon ? Le bonhomme en pain d’épice ?
   - Trop bon ! Mais après, je me suis faite gronder par la maîtresse. Quand je lui ai dit qu’il est venu tout seul… elle m’a traitée de menteuse et m’a punie.
   - Les gens ordinaires ont du mal à croire en la magie.
   - Mais la magie, c’est chouette, dit Addy en se cachant derrière Gabrielle.
   - C’est vrai, sourit sa Nanny. Bien. Si nous passions aux choses sérieuses ?
   - Euh… Oui, pourquoi pas, acquiesça, hésitant, monsieur Joyce.
   - D’abord, sachez que votre fille, une fois scolarisée chez nous, rentrera tous les soirs chez elle jusqu’à ce qu’elle entre au collège. Alors, détendez-vous.
   - Merci, soupira madame Joyce, soulagée.
   - Jusqu’à cette année, il n’y avait qu’un collège et les enfants étaient envoyés directement en pension, sans aucune transition. C’était un peu rude pour les familles de Moldus. Lorsque nous avons créé l’école, nous avons décidé d’instaurer ce système pour permettre aux enfants et aux parents de s’adapter petit à petit.
   - Excusez-moi, intervint monsieur Joyce, vous avez utilisé un terme que je n’ai pas compris.
   - Celui de « Moldu » ?
   - Oui.
   - Cela signifie « personne sans pouvoir magique », comme vous ou le père des jumelles par exemple.
   - Oh ! Leur père…
   - Notre papa n’a pas de pouvoirs magiques, dit Abby.
   - Mais notre oncle Harry si, ajouta Addy.
   - C’est d’ailleurs leur père et leur oncle qui sont derrière la création de l’école, même s’ils ne se mêlent pas de la gestion ou même de l’organisation. Ils l’ont faite construire et nous ont donné tous les outils nécessaires à l’éducation des enfants avant de s’en laver les mains.
   - Je vois. Notre fille… ne sera-t-elle pas stigmatisée parce qu’elle a des parents comme nous ?
   - Rassurez-vous. Elle ne sera pas la seule dans ce cas. Une vingtaine d’enfants Nés-Moldus vont entrer en même temps qu’elle à la rentrée. De plus, cela fait des centaines d’années que nous allons à la rencontre d’enfants comme Rachel.
   - Une vingtaine ? Elle n’est donc pas la seule, s’exclama madame Joyce, heureuse pour sa fille.
   - Elle ne l’a jamais été, acquiesça Gabrielle. Ah oui ! En parlant de Moldus ! Il faut savoir que nous ne souhaitons pas qu’ils soient au courant de notre existence, sauf évidemment la famille proche. Ce que je veux dire, c’est que vous ne pourrez pas en parler à votre entourage. Seuls vous êtes mis dans le secret, et il ne peut y avoir d’autre exception, à part si vous lui donnez plus tard un frère ou une sœur, cela va sans dire.
   - Je comprends tout à fait, assura monsieur Joyce. Après tout, on a eu tellement peur ces derniers mois que Rachel attire des personnes malintentionnés qui voudraient se servir d’elle.
   - Je vous remercie pour votre compréhension. Si cela peut vous soulager, Rachel va apprendre à se maîtriser et laissera moins sa magie s’échapper. De plus, celle-ci ne se manifestera plus de façon intempestive car elle ne sera plus retenue de force sur de longues périodes.
   - Vous voulez dire que c’est parce qu’elle ne peut pas s’exprimer que sa magie n’en fait qu’à sa tête ?
   - C’est un peu ça. Chaque magie a sa propre personnalité. Celle de votre fille est encore immature, mais en grandissant, du moment qu’elle peut sortir de temps en temps, elle se tiendra tranquille.
   - En gros, au lieu d’avoir une fille, j’en ai deux !
   - C’est ça. Dites-vous que vous avez de la chance : quand elles feront leur crise d’adolescence, elles seront à Poudlard, l’école de sorcellerie.
   - Quelle chance on a, ricana monsieur Joyce.
   - Je ne vous le fais pas dire. Il ne nous reste plus que la remise de quelques documents et informations par rapport à l’école.
   - Très bien.
   - Voici la lettre d’admission de votre fille et sa carte d’abonnement au Magicobus scolaire qui viendra la chercher et la ramener devant chez vous. Nous avons également deux tickets aller-retour pour vous deux.
   - Pour nous deux ?
   - Bien que vous ne pourrez pas visiter Poudlard par la suite, nous nous sommes dits que vous laissez visiter l’école de votre jeune enfant vous rassurerez.
   - On va pouvoir visiter l’école, s’exclama madame Joyce, heureuse.
   - Oui, c’est pourquoi vous ne devez pas perdre ces tickets, sans quoi vous ne pourrez ni monter dans le bus ni passer les barrières de protection magique qui gardent l’école.
   - C’est génial ! Quand aura lieu la visite ?
   - Le samedi 28 août. Je viendrai vous chercher ici selon l’horaire marqué sur votre ticket.
   - Très bien.
   - Voici quelques dépliants explicatifs sur notre monde, l’école et ses règlements, Poudlard,… Tant que Rachel sera dans notre école, nous nous occuperons nous-même de lui procurer ses fournitures et son uniforme. Nous vous ferons ensuite parvenir la facture une fois la conversion en monnaie moldue faite.
   - Vous n’avez pas la même monnaie ?
   - Non, nous possédons la nôtre. Comme vous le verrez sur les formulaires, il y a certaines choses qui sont identiques à votre monde et d’autres non. Comme par exemple, la monnaie ou la banque. Eh oui, nous possédons notre propre banque et c’est seulement là-bas que l’on peut faire les échanges entre votre monnaie et la nôtre. Mais rassurez-vous, quand viendra le moment pour votre fille d’entrer à Poudlard, nous vous guiderons la première année pour vos premières courses sorcières.
   - Nous allons également pouvoir accompagner notre fille, demanda madame Joyce.
   - Oui, bien sûr. Le Chemin de Traverse accueille les Moldus liés à un sorcier du moment qu’ils sont accompagnés par celui-ci.
   - Chemin de Traverse ?
   - C’est une rue sorcière cachée. On y trouve de tout là-bas : des chaudrons, des balais, des baguettes…
   - Des baguettes, s’exclama Rachel. Je pourrais en avoir une ?! Et un balai aussi ?!
   - Non, râla Abby, on doit attendre d’avoir onze ans. Et ça, c’est pas juste !
   - C’est clair, renchérit Rachel, de suite renfrognée.
   - Un peu de patience Rachel, sourit Gabrielle. Tu n’as que trois ans à tenir. Et durant ce laps de temps, nous te ferons patienter grâce aux sorties scolaires dans le monde magique.
   - Il y a des sorties ?
   - Oui, une par an à partir de la quatrième année.
   - Trop cool ! Et mes nouvelles affaires ? Je peux les avoir maintenant ?
   - Ah ! Ah ! Ah ! Pas tout de suite, elles ne sont pas encore prêtes. Quand tu viendras visiter l’école avec tes parents, nous te donnerons tout ce dont tu as besoin. Pour l’uniforme, nous ferons venir madame Guipure sur place, une sorcière couturière, qui prendra tes mesures avec les autres enfants Nés-Moldus et qui te préparera ta robe durant ta visite pour te la remettre à la fin.
   - C’est rapide, dit madame Joyce, estomaquée.
   - C’est normal, c’est une sorcière. Et elle aura l’aide de deux de ses apprenties.
   - Oui, mais quand même… Combien d’enfants… Nés-Moldus vont rejoindre l’école déjà ?
   - Une vingtaine cette année puisque nous venons d’ouvrir l’école. Ensuite, il n’y en aura qu’un ou deux par an.
   - Cela ne fera pas trop pour la couturière ?
   - Non, elle y est habituée. À chaque vacance d’été, elle reçoit presque tous les élèves de première année de Poudlard ainsi que ceux qui ont besoin d’une nouvelle robe.
   - Ce ne sera pas trop pour elle de se déplacer ?
   - Ne vous inquiétez pas. C’est pour ça que nous avons pris rendez-vous à la fin du mois, deux jours avant la rentrée scolaire.
   - Vous avez pensé à tout !
   - Il le faut bien. Bon, je crois que nous avons fait le tour ? Avez-vous des questions ?
   - Non, je ne crois pas, dit monsieur Joyce.
   - Vous avez été parfaite, sourit madame Joyce. Cela fait du bien de savoir que notre fille n’est pas toute seule et qu’elle va grandir avec d’autres enfants comme elle.
   - Rassurez-vous, je suis certaine qu’elle sera comme un Botruc sur son arbre.
   - Un quoi ?
   - Oh ! C’est une créature magique gardienne des arbres.
   - Oh… je vois….
   - Bien, nous allons partir. Rachel, je suis heureuse que tu nous rejoignes sur nos bancs. Quand tu viendras visiter l’école, nous te montrerons tout : ta classe, la cour de récréation, tes petits camarades… Nous te présenterons également les matières que nous t’enseignerons pendant trois ans.
   - J’aurai plus de maths, demanda Rachel, excitée.
   - Détrompe-toi. Tu auras toujours des maths et de l’anglais.
   - Pfff ! Trop nul !
   - Rachel, s’écria madame Joyce. Je suis désolée, mademoiselle Delacour.
   - Ce n’est rien, j’ai été une élève moi aussi. Et bien, je vous souhaite une bonne journée.
   - Bye bye, saluèrent à leur tour les jumelles. À bientôt.
   - Au revoir et merci, dirent les parents Joyce.
   - Bye bye » s’écria Rachel en faisant de grands gestes.

 

Gabrielle et les jumelles sourirent avant de disparaître sous les yeux éberlués de la famille Joyce.

 

***

 

À midi, les cinq femmes, les jumelles et Dudley se retrouvèrent tous ensemble pour manger. Les futures institutrices firent alors un compte-rendu de leur première rencontre avec les parents moldus. Quand ce fut à son tour, Astoria fit rire tout le monde avec la sienne qui fut épique :
« - Quand je suis arrivée chez les Ashford, la famille était occupée à effectuer les tâches du cottage : aérer les chambres, biner le potager, nettoyer la cour,… Il faut reconnaître cependant qu’ils ne manquent pas de mains : il y a douze enfants !
   - Douze, s’exclama Dudley, sidéré. Et les parents sont encore vivants ?!
   - Je me suis aussi posée la question, mais oui, ils sont bien vivants, tous les deux. Quand j’ai enfin réussi à me faire entendre et réunir toute la famille, j’étais déjà sourde comme un pot, sans compter que pour rassembler tous ses enfants, monsieur Ashford a battu le rappel des troupes en hurlant. À ce moment-là, il en était venu de partout et de tout âge. C’était impressionnant de voir leur petite salle à manger contenir autant de monde sans l’aide de la magie. Ce n’est que quand j’ai expliqué le but de ma visite que j’ai pu obtenir un silence complet tandis qu’ils observaient tous la petite Meg.
   - Elle a dû se sentir mal à l’aise, la pauvre, dit Molly avec compassion.
   - Détrompez-vous, ce n’était absolument pas le cas. Elle les a juste toisés, sans rien dire, sans peur. Puis elle s’est levée pour venir vers moi, droite et fière. Elle en imposait vraiment, cette gamine !
   - Je vois ce que tu veux dire, déclara Fleur, impressionnée. Et ensuite, qu’est-ce qu’il s’est passé ?
   - Eh bien, alors qu’elle allait parler, son père s’est soudainement levé et a hurlé qu’on n’allait pas lui enlever sa fille. Puis il s’est mis à vociférer à qui mieux mieux sans s’arrêter ni reprendre son souffle. Le plus sidérant là-dedans, c’est que personne n’a réagi : ils l’ont laissé faire, tandis qu’ils s’intéressaient seulement à Meg et moi. Celle-ci a juste regardé son père avant de me dire de le laisser tranquille et qu’il allait se calmer tout seul. Et cela a vraiment été le cas : il s’est arrêté d’un coup, essoufflé et rouge, mais prêt à entendre ce que j’avais à dire. Une chose était sûre cependant : si j’avais eu de mauvaises intentions envers Meg, sorcière ou pas, j’aurai passé un sale quart d’heure, sans compter que je ne doute pas un instant qu’ils s’y seraient tous mis.
   - Eh bien ! Quelle histoire, rit Andromeda.
   - Finalement, ont-ils accepté de la laisser venir à l’école, demanda Gabrielle.
   - Ils l’ont fait. Le plus dur, ensuite, a été de refuser que tous les frères et sœurs de Meg l’accompagnent pour la visite de l’école !
   - Seigneur, frémit Dudley, nous sommes passés près de la catastrophe !
   - Je ne te le fais pas dire » soupira Astoria, encore secouée par sa visite.

 

Après un tel récit, les comptes-rendus des autres femmes furent plus ou moins semblables à celui de Gabrielle : rien d’extraordinaire ou de flamboyant.

 

Au cours de la semaine qui suivit, les cinq femmes visitèrent les familles moldues répertoriées sur la liste du professeur McGonagall. Mais comme pour chaque chose, tout ne fut pas parfait et ce fut sur Gabrielle que tomba la bouse de dragon.

 

Ce jour-là, Abby, Addy et elle se préparaient à rencontrer Edmund Mansfield. Arrivées à destination, elles virent que la demeure du jeune garçon se révélait être un petit château entouré d’un parc à la française avec ses formes géométriques et symétriques, témoignages parfaits de la situation familiale.

 

Ce ne fut pas une mince affaire que d’entrer dans la demeure : elles durent d’abord spécifier le motif de leur venue au gardien qui gardait l’ensemble du domaine, attendre que le message soit relayé, que l’autorisation d’entrer leur soit donné et que quelqu’un daigne venir les chercher.

 

Une fois dans le hall du château, elles furent accueillies par un majordome tiré à quatre épingles qui donnait l’impression de n’avoir jamais souri ; il semblait avare de ses mots et sa rigidité naturelle jetait un froid sur ses vis-à-vis qui n’avaient alors plus l’envie de combler le silence religieux et sacré de la résidence. Gabrielle elle-même ne se sentait pas capable de gérer ce bloc de glace guindé.

 

Après avoir longé plusieurs pièces parées de leurs plus beaux atours, symbole de la gloire passée des ancêtres de la famille, elles durent à nouveau attendre. Installées dans une antichambre peu confortable (il fallait sans aucun doute mériter le droit de voir le seigneur), elles patientèrent encore de longues minutes avant d’être reçues par sa seigneurie et sa famille.

 

En entrant dans la salle de réception, Gabrielle ne pût s’empêcher de penser que chacun des membres de cette famille grotesque avait reçu avant son arrivée le maléfice du saucisson : ils étaient droits comme des piquets, rigides comme de la pierre et ne montraient en aucun cas la moindre petite émotion. Des poupées sans vies, voilà l’impression qu’elle avait d’eux. Sa baguette la démangeait. Elle mourrait d’envie de frotter leurs cheveux plaqués de part et d’autre d’une raie centrée sur leur tête, sans aucun doute au millimètre près , ou encore de débrailler leurs vêtements bien tirés qui n’avaient sur eux ni tâche ni trou. Elle était presque sûre que si elle en poussait un, ils tomberaient les uns après les autres, comme une file de dominos bien rangés. C’était vraiment effrayant.

 

Gabrielle prit une discrète inspiration et attendit que le chef de famille parle en premier. Instinctivement, elle avait compris que le silence qui s’étirait entre eux, n’était qu’une mise à l’épreuve de sa connaissance de l’étiquette et la bienséance britannique. Elle savait également qu’être française la désavantagerait : le dédain et le mépris qui suintaient de la bouche du patriarche quand il commença à parler, en témoignaient.

 

« - Delacour, c’est un nom français.
   - C’est en effet le cas.
   - Cela s’entend aussi à votre accent, renifla Lord Mansfield.
   - N’en déplaise à monsieur.
   - Humpf ! »

 

Gabrielle avait osé rétorquer sans se départir de sa politesse, montrant ainsi qu’elle n’était pas une personne qui se laissait marcher sur les pieds et n’était pas facilement manipulable. Voyant cela, monsieur Mansfield perdit tout intérêt pour son interlocutrice et se détourna d’elle ostensiblement pour regarder par la fenêtre. Ce fut donc la terne madame Mansfield qui reprit le cours de la conversation.

 

« - J’ignore la raison de la venue de mademoiselle Delacour.
   - Je suis ici pour offrir une place dans mon école à monsieur Edmund Mansfield.
   - C’est inattendu. Que je sache, Edmund n’a jamais eu de contact avec vous et étudiant à la maison, il y a peu de chance que vous ayez connaissance des ses résultats.
   - Nous sommes intéressées par les capacités de monsieur Edmund et non de ses résultats. »

 

Cette dernière phrase figea encore plus, si c’était du moins possible, les membres de la famille.

 

« Apportez ma cravache » ordonna furieusement monsieur Mansfield.

 

La famille Mansfield et les serviteurs qui se tenaient là, tremblèrent. Parmi eux se tenait un petit garçon de sept ans : c’était le petit Edmund. Entendant la volonté de son père, il perdit rapidement ses couleurs, devenant plus blanc que neige, tandis qu’il mordait violemment sa lèvre inférieure.

 

Voyant cela, Gabrielle fronça les sourcils.

 

« - Que veut faire monsieur avec une cravache ?
   - Faire sortir le démon de ce monstre, rugit monsieur Mansfield.
   - Ce n’est pas un monstre, hurla alors Abby, furieuse.
   - C’est toi qui es méchant, ajouta Addy, étonnamment courageuse.
   - Quelle impolitesse ! Des enfants qui osent interférer dans la conversation des adultes ! Et comme si cela n’était pas suffisant, qui m’insultent sous mon propre toit ! C’est comme cela que vous les élevez ?! Et vous osez me demander la permission de prendre soin de ce démon ?! Ouvrez bien vos oreilles jeune demoiselle : j’éduquerai ce monstre moi-même ! Nous n’avons pas besoin de vos services ! Partez !
   - Tu l’as encore dit ! Méchant » cria Abby, hors d’elle.

 

Et avant que Gabrielle ne puisse faire quoique ce soit pour les arrêter, les jumelles joignirent leurs mains et laissèrent parler leur colère : leurs tatouages se mirent à luire et une lueur sauvage brilla dans leurs yeux.

 

Les Mansfield poussèrent un cri d’horreur en voyant cela, mais ce n’était que le début de leur cauchemar.

 

La terre commença à trembler, les fenêtres se brisèrent et des milliers de plantes se mirent à ramper sur les murs, fracasser le sol, « saisir » les objets,… Là où l’Homme avait apposé sa marque, la nature reprenait ses droits : soutenue par la magie élémentaire, elle était à nouveau Reine sur ce territoire et semblait s’en délecter.

 

Quant à la noble famille, elle avait depuis longtemps oublié toute retenue et laissé éclater son épouvante à la vue de tous. Même le digne et fier patriarche avait jeté son masque en mouillant pathétiquement son pantalon ; il était l’un de ces lâches qui s’en prenaient aux faibles et craignaient le fort. Face à un pouvoir puissant, il n’était qu’un chien rampant, prêt à lécher des bottes.

 

On aurait pu penser que cette leçon serait suffisante, mais elle ne l’était pas aux yeux des jumelles. Et ce fut sans doute pourquoi elles invoquèrent ensuite tous les animaux qui se trouvaient à proximité de la demeure : chiens et chats, serpents et rats, oiseaux de toutes races, chevaux majestueux… Tous avaient répondu à l’appel afin d’aider leurs petites princesses à exprimer leur colère. Après avoir séparé le jeune Edmund de sa famille, ils rassemblèrent les Mansfield et leurs serviteurs avant de les encercler pour les garder en joue.

 

En parlant du jeune Edmund, celui-ci était sidéré. C’était la première qu’il voyait une magie d’une telle ampleur. Il se sentait vraiment tout petit : par rapport aux jumelles, il n’avait montré que quelques tours de passe-passe.

 

« - Edmund, ça va, demanda Gabrielle en s’avançant vers lui.
   - … Je crois… Elles sont vraiment trop fortes !
   - C’est vrai qu’elles le sont… Bon, je crois qu’un peu d’aide ne serait pas de trop, dit-elle en sortant son livre de communication pour joindre Dudley. Dud… je te dérange ?
   - Non, bien sûr que non, répondit celui-ci. Il y a un problème ?
   - Oui…
   - Gabrielle… Qu’est-ce qu’il se passe ? Pourquoi tu ne dis rien tout à coup ? Les jumelles vont bien ?!
   - Elles vont bien… elles sont… je dirais qu’elles sont plutôt en colère… et du coup, elles se sont plutôt déchaînées… pour être franche… elles retiennent en otage une famille de moldus ! »

 

Après avoir dit cela, Gabrielle déballa tout ce qui s’était passé sans prendre la peine de reprendre son souffle.

 

« - À dire vrai, je ne me suis pas interposée. En fait, à ce moment-là, je voulais vraiment leur donner une leçon, mais Abby et Addy m’ont un tantinet devancée, avoua-t-elle piteusement.
   - … D’accord, j’ai compris, je ne te blâme pas. Quelle est la situation maintenant ?
   - Les animaux entourent la famille et les serviteurs qui étaient présents. Quant au château, c’est devenu un paradis végétal. Dud, il faut que tu contactes Harry pour qu’il parle au Ministre de la Magie et aux membres du clan basés aux Ministère. Moi, je vais m’occuper de joindre Molly et nos collègues pour gérer les moldus environnants et cacher l’endroit.
   - Entendu ! Je fais vite !
   - Oh et attends ! Dis également à Harry de contacter le professeur McGonagall et le professeur Londubat.
   - Pourquoi diable veux-tu que Neville vienne ? C’est dangereux de trop divulguer !
   - Il y a des plantes magiques ici et Harry lui fait entièrement confiance.
   - … D’accord, je lui dirai. À tout de suite ! »

 

***

 

Dudley appela Harry sans attendre.

 

Une fois que celui-ci eût réuni toutes les personnes concernées par l’appel, Dudley ne perdit pas de temps et expliqua en quelques mots la situation à laquelle ils faisaient face.

 

« - Les jumelles sont déjà si fortes, murmura le Ministre, sidéré.
   - Nous avons atteint un point où nous avons besoin de toute l’aide possible ! Harry, Gabrielle m’a également demandé de faire appel à Neville et au professeur McGonagall.
   - Je m’en occupe, ne t’inquiète pas.
   - Nous devons nous répartir les tâches, déclara le Ministre enfin revenu de sa surprise. Harry, tu vas chercher de l’aide à Poudlard, tandis qu’Arthur ira récupérer Dudley. Percy, tu nous apprêtes des portoloins. Quant à Hermione et Angelina, vous me préparez tous les documents nécessaires à ce genre de situation avant de nous rejoindre.
   - Oui » acquiescèrent-ils tous avant de partir sans délai.

 

Tout le monde agit alors rapidement, la situation ne permettant aucun retard.

 

Une fois arrivés, ils virent que les futures institutrices, Ginny, Luna et Rolf étaient déjà sur place.

 

Quand il aperçut le couple Dragonneau, Dudley regarda immédiatement Gabrielle qui haussa des épaules, impuissante, tout en désignant des yeux Ginny et Molly ; ces deux-là avaient en effet décrété que leur aide serait plus que la bienvenue et qu’on pouvait leur faire confiance.

 

Bien qu’il appréciait le couple, Dudley n’était vraiment pas ravi : avec Astoria, Neville, Luna et Rolf, il y avait maintenant beaucoup trop de personnes au courant du secret des jumelles _ si cela continuait ainsi, il craignait que le jour où l’on parlerait officiellement des filles, ce ne serait plus une nouvelle pour personne.

 

Alors que son imagination commençait à se déchaîner, Gabrielle s’avança vers leur groupe et fit son compte-rendu :
« - Comme vous pouvez le constater, la situation a un peu dérapé. Pour l’instant, nous avons seulement rassemblé les moldus présents sur le domaine et caché celui-ci. Nous n’avons cependant pas encore touché à leur mémoire. Quant au désherbage, je crains qu’un simple herbicide ne puisse être qu’inutile ; malgré leur origine moldue, ces plantes sont à cent pour cent magiques : elles repoussent immédiatement après avoir été détruites, tout en devenant plus coriaces et plus dangereuses.
   - Dangereuses en quoi, demanda Neville intéressé.
   - La plante que j’ai essayé de détruire, a repoussé avant de m’attaquer avec ses lianes. Je me serais retrouvée suspendue au plafond si les jumelles n’étaient pas intervenues.
   - Si elles peuvent les gérer, pourquoi ne pas leur avoir demandé de s’en occuper, interrogea le Ministre.
   - Eh bien, c’est là le hic. Abby et Addy sont liées à la Nature, elles ne peuvent ni la détruire ni la repousser. Et puis, elles ont été plutôt catégoriques : elles préfèrent franchement que ce beau domaine appartienne à la Nature qu’à ces moldus.
   - Ce sera tout, demanda doucement le Ministre.
   - Je crains que non.
   - Quoi ?! Il y a encore autre chose ?!
   - Deux, pour être précises. Pour résumé, les moldus et les animaux.
   - Mais on s’en fiche, s’impatienta Dudley. La question la plus importante est : où sont les jumelles ?!
   - Ne t’inquiète pas, le rassura Gabrielle, elles sont en sécurité.
   - D’accord, d’accord, mais elles sont où ?
   - Elles sont avec le jeune Mansfield et sa famille.
   - Sa famille, mais…
   - Ils n’oseront rien. Les jumelles les terrifient. Tu les trouveras dans la salle de réception.
   - Qui est où ?
   - Comme tu ne peux pas passer par les fenêtres, tu vas devoir entrer par l’intérieur. Donc, une fois entrer dans le hall, tu devras tourner à gauche puis longer un long couloir donnant accès à une dizaine de pièces, avant d’arriver devant une immense porte travaillée. Elles se trouvent juste derrière.
   - Entendu.
   - Bonne chance.
   - Pourquoi bonne chance ?
   - Tu verras. »

 

Bien que perplexe, Dudley courut jusqu’à l’entrée du château avant de s’arrêter, stupéfait. Jamais de sa vie il n’avait vu un tel spectacle : des lianes de toutes sortes et bien plus grosses que sa propre corpulence, s’entremêlaient, créant une jungle de verdure des plus inattendues. Il comprit alors ce qu’avait voulu dire Gabrielle : pour atteindre ses filles, il allait devoir escalader, ramper, glisser,… tel un « Indiana Jones » des temps modernes. Heureusement qu’il était en excellente condition physique.

 

Prenant son courage à deux mains, il retroussa ses manches et partit à l’aventure. Il lui fallut un certain temps et plusieurs bosses et ecchymoses avant d’atteindre la porte.

 

Celle-ci était couverte de mousse et des branches avaient commencé à y pousser, du cerisier au premier abord. Bien que majestueuse et belle, Dudley commença à s’inquiéter : et si elle avait pris racines ?

 

En saisissant la poignée, il essaya de l’abaisser, ce qu’il fit sans trop de mal. Il poussa un soupir, soulagé, avant de pousser. La porte ne bougea pas. Le soulagement avait été de courte durée. Dudley ne pouvait cependant pas se permettre d’abandonner. Il fit donc divers essais (pousser, tirer, faire coulisser, déclamer la formule « sésame ouvre-toi »…), mais la porte ne s’ouvrit toujours pas.
Frustré, il voulut alors entrer en force, quand la mise en garde de Gabrielle lui revint en mémoire : il ne devait surtout pas devenir un ennemi, sans quoi il serait attaqué. Mais alors quoi faire ? Abandonner n’étant pas une option, tout comme le passage en force, Dudley tourna et retourna alors le problème dans sa tête avant d’avoir une idée: si la nature environnante avait une conscience, cela signifiait qu’il fallait la traiter en tant qu’être pensant et de manière civilisée. Fort de cette pensée, Dudley prit une grande inspiration et toqua tout simplement à la porte. Celle-ci ne le déçut plus et s’ouvrit devant lui. Il ne perdit pas alors de temps et entra tout en pensant avec dépit qu’un « sésame ouvre-toi » aurait été bien plus cool.

 

« - Papa, s’exclamèrent les jumelles quand elles le virent entrer.
   - Abby, Addy, vous allez bien » demanda anxieusement Dudley, courant à leur rencontre avant de les serrer dans ses bras.

 

Une fois dans les bras de leur père, les jumelles craquèrent et pleurèrent tout en lui racontant entre deux hoquets ce qui s’était passé.
Dudley les écouta patiemment sans les interrompre tout en les câlinant et les rassurant. Bien qu’il regrettait que ses filles eurent à revivre à nouveau ce genre de cauchemar, il pensait aussi que c’était pour le mieux : elles avaient enfin pu se défouler et exprimer la colère qui couvait en elles.

 

Une fois le récit des jumelles terminé, il leva les yeux et regarda avec mépris les Mansfield et leurs serviteurs qui tremblaient dans leur coin.

 

« - Abby, Addy, relâchez ses imbéciles. Oncle Harry et ses amis veulent leur parler.
   - NON, s’exclamèrent les jumelles. Ils sont méchants avec Edmund !
   - Rassurez-vous mes chéries, cela n’arrivera plus jamais.
   - C’est vrai, demanda Addy dubitative.
   - Je te le promets. Mais si cela peut te rassurer, tu peux demander aux animaux de les surveiller pendant qu’ils les amènent dehors.
   - … D’accord.
   - À ce propos, pouvez-vous demander aux plantes de s’écarter pour qu’on puisse facilement sortir ? Cela a été très dur pour papa de venir jusqu’ici.
   - On peut !
   - Génial ! Mes deux petites filles sont vraiment fantastiques, dit-il en se tournant vers le jeune garçon qui regardait la petite famille avec envie. Tu t’appelles Edmund, c’est bien ça ?
   - Oui… monsieur… je suis Edmund.
   - Tu n’as pas besoin d’être nerveux. Viens donc avec nous, jeune homme, nous allons te présenter à des gens qui sont comme toi et les jumelles.
   - … Pas vous monsieur ?
   - Non, moi je suis quelqu’un d’ordinaire. C’est dommage, n’est-ce pas ? Je ne pourrais pas accompagner les filles aussi loin que je le voudrais. Aaaaah, ça me déprime rien que d’y penser.
   - … Pourquoi ?
   - Pourquoi quoi ?
   - Pourquoi vous ne les détestez pas ? Elles ne sont pas comme vous, elles sont des m…
   - Des sorcières, tu veux dire ? Pour commencer, sache que quoi qu’ait dit ton imbécile de père, tu n’es pas un monstre, tu es juste un un garçon extraordinaire. Malheureusement, dans ce monde, il existe des gens qui ne peuvent pas accepter ceux qui sont différents : ton propre père et le mien sont comme ça. Mais tu sais, leurs idéaux ne devraient pas t’importer ; le plus important est ce que toi tu penses. Dis-moi, es-tu un monstre, Edmund ?
   - N-non… monsieur, chuchota le jeune garçon.
   - Je n’ai pas entendu.
   - Non monsieur, je ne suis pas un monstre !
   - Eh bien voilà ! Ce n’était pas si compliqué. Et arrête de m’appeler monsieur, appelle-moi Dudley.
   - Monsieur, je ne pourrais pas !
   - Bien sûr que si et je vais te le prouver. Nous ne partirons pas d’ici tant que tu ne l’auras pas fait. C’est dommage, parce que les gens qui sont comme toi, sont dehors, tandis que nous sommes piégés avec ta famille. Ah là là, que c’est ennuy…
   - Monsieur Dudley, est-ce qu’on peut sortir ?
   - Il y a toujours un « monsieur » de trop.
   - …
   - Bon essaye Oncle Dudley alors.
   - Oncle Dudley.
   - Grand garçon, sourit-celui-ci en lui frottant la tête. Les filles, nous sortons. N’oubliez pas d’emmener ceux-là avec vous.
   - Oui papa, s’écria Addy avant de se tourner vers les animaux encerclant la famille moldue.
   - Tu viens Edmund, dit Addy en prenant la main de celui-ci. Tu vas voir, tout le monde est très gentil. »

 

Edmund regarda la petite fille puis Dudley qui hocha la tête pour confirmer les dires de sa fille.

 

Au début, Dudley eût un peu de mal à accepter que son bébé tienne la main d’un garçon autre que lui, mais après examen, il se rendit compte qu’Addy donnait l’impression de s’occuper d’un animal blessé et abandonné que d’un jeune garçon, tandis qu’Edmund semblait seulement reconnaissant. Il soupira de soulagement : son bébé ne serait pas enlevé par un garçon puant. Et puis, c’était beaucoup trop tôt pour qu’il s’en inquiète.

 

Une fois dehors, Edmund et les filles furent surpris par le monde qui les attendait.

 

Ce ne fut qu’après un silence contemplatif que Molly s’avança vers eux. Une fois arrivée à leur hauteur, elle posa ses mains sur les épaules d’Edmund et dit en le regardant droit dans les yeux :
«  Tu as souffert Enfant, mais maintenant c’est terminé, nous allons prendre soin de toi. »

 

Entendant cela, Edmund fondit en larmes, tandis que Molly l’étreignit chaleureusement dans ses bras.

 

Pendant que les futures institutrices s’occupaient d’Edmund et des jumelles, le reste de l’assemblée se tourna vers les Mansfield qui tremblèrent de plus belle.

 

Mille pensées dansaient dans leur tête : s’ils avaient su ce qui allait leur arriver, ils n’auraient certainement pas reçu ces monstres chez eux ! Tout était la faute d’Edmund, cette erreur de la nature ! Ils auraient dû l’abandonner !

 

Leur haine et leur peur étaient inscrites de manière si flagrante sur leur visage que les sorciers ne purent pas la louper.

 

« - Vous devriez arrêter immédiatement vos pensées nauséabondes, dit le Ministre. Qui sait, nous pourrions mal le prendre et avoir un geste malencontreux.
   - Vous…, frémit monsieur Mansfield. Sortez de nos têtes, monstres !
   - Ne nous insultez pas, vous ne pourriez pas en supporter le résultat. Quant à entrer dans vos têtes, ricana Luna pleine de mépris, nous n’en avons pas besoin, vos pensées sont clairement inscrites sur vos visages. Et si je puis me permettre, qui voudrait entrer dans une tête aux si viles pensées.
   - Vous…, siffla madame Mansfield, pleine de colère.
   - Silence, ordonna le professeur McGonagall avec autorité. Nous ne parlerons pas ici de la façon dont vous avez traité le jeune Edmund, même si nous aurions beaucoup à en dire. Vous comme nous n’avons que du mépris les uns envers les autres, alors terminons rapidement nos affaires pour que nous puissions ne plus jamais nous rencontrer.
   - Vous avez raison professeur, dit le Ministre avant de se tourner vers les Mansfield. Nous devons discuter de l’avenir du jeune Edmund et de tout ce que cela implique ainsi que de votre château.
   - Mon château, rugit monsieur Mansfield. Voleurs ! C’est donc pour ça que vous êtes venus : vous voulez volez notre héritage familial !
   - Fermez-là, s’énerva à son tour Neville. Avez-vous de la bouse de dragon à la place du cerveau ?
   - Je… je vous demande pardon, s’asphyxia monsieur Mansfield devant tant de manque de respect.
   - Ne voyez-vous pas que la nature a repris ses droits ? Votre précieux domaine n’est plus qu’une jungle sauvage et indomptable.
   - Vous l’avez fait apparaître, alors faites la disparaître !
   - Impossible, dit Abby qui avait entendu la conversation. La Nature ne partira pas, elle est chez elle maintenant !
   - Sales petites pestes, s’époumona monsieur Mansfield en essayant de se libérer, tout cela est votre faute !
   - Stupéfix, déclama calmement Gabrielle avant de regarder ces congénères qui la fixaient avec des yeux ronds. Quoi ? C’était trop bruyant, on ne pouvait même pas discuter tranquillement et il m’agace.
   - Mais Gabrielle, commença le Ministre, déprimé.
   - AU MEURTRE, hurla madame Mansfield. Vous l’avez tué ! Monstres !
   - Voulez-vous subir le même sort, dit doucereusement Ginny en la regardant avec un sourire.
   - Aaaaaaah, fit la femme moldue en blanchissant avant de s’évanouir.
   - Ginny, soupira Harry.
   - Quoi ?! Je n’ai rien fait, s’offusqua celle-ci.
   - Enervatum, dit le professeur McGonagall en visant le couple tout en secouant la tête. Bien vous deux, vous allez vous taire et écouter. Nous en avons déjà parler entre nous : nous allons construire plus loin un autre château, identique à celui-ci. Alors cessez de hurler comme des porcs que l’on est en train d’égorger.
   - Qui voudrait quelque chose de quelqu’un comme vous, marmonna monsieur Mansfield, pas réconcilié du tout.
   - Si vous préférez, on vous efface la mémoire et vous vous retrouvez à la rue, proposa « gentiment » Gabrielle.
   - N-non non, cette solution est très bien, frémit le couple.
   - Parfait. Il faut que vous sachiez que cet endroit va être effacé de votre monde. Vous ne pourrez donc jamais le retrouver. Vous voyez, sourit Gabrielle, vous avez fait le bon choix.
   - Gabrielle, avertit le Ministre. Parlons maintenant de votre fils.
   - Prenez-le, dit catégoriquement et avec haine monsieur Mansfield. Nous n’en voulons pas !
   - … Très bien, cela facilitera donc les choses. Deux solutions se posent donc : nous effaçons radicalement l’existence d’Edmund de votre famille ou vous n’aurez qu’à dire que vous avez envoyé celui-ci dans un pensionnat à l’étranger.
   - Que signifie la première, demanda le patriarche, intéressé.
   - Nous l’effaçons des documents officiels et de la mémoire de tous les moldus qui le connaissent.
   - Utiliser votre sorcellerie sur nous ? Jamais !
   - Rassurez-vous, le sort sera fait sur Edmund et non sur vous, dit Harry dédaigneux. L’avantage, c’est que vous oublierez tout sur la magie. Vous retrouverez donc la normalité à laquelle vous aspirez.
   - La normalité, soupira rêveusement madame Mansfield. Faisons-le Edward ! De toute manière, ce n’est pas nous qui serons viser mais Lui.
   - Qui dit qu’ils n’en profiteront pas ?
   - Réfléchis une minute ! S’ils l’avaient voulu, ce serait déjà fait. Tu l’as bien vu : nous sommes impuissants face à eux.
   - … Très bien. Donnez-nous un château à l’identique de celui-ci et débarrassez à jamais de nos vie et de nos mémoires son existence.
   - Edmund, dit alors Dudley, es-tu d’accord avec cela ?
   - … Je veux bien, mais où est-ce que je vais aller maintenant ?
   - Chez moi, dit alors Molly. Tous mes enfants sont partis dans leur propre maison, il y a donc de la place.
   - Molly, il y a des familles sorcières qui n’arrive pas à avoir d’enfant, commença le Ministre en fronçant les sourcils de mécontentement.
   - Euh, monsieur le Ministre, intervint Harry, ce sont toutes des familles de Sang Pur, tout cela dû au non-renouvellement du sang. Pensez-vous sincèrement qu’ils accepteraient un Né-Moldu ?
   - Ah mince, c’est vrai. Bon, Molly, Arthur, nous vous le confions donc jusqu’à sa majorité.
   - Vous pouvez nous faire confiance, sourit brillamment Molly tandis qu’Arthur regardait sa femme avec indulgence.
   - Bien, pour le reste d’entre nous, nous allons nous occuper de construire le château des Mansfield et préparer les documents nécessaires à la situation. Vous l’avez bien évidemment compris, nous ne pouvons pas faire appel aux sorciers extérieurs au vue des caractéristiques des jumelles.
   - Vous pouvez appeler Cho Corner, se résigna Dudley. C’est mon associée et je lui fais confiance. Il nous faut au moins une personne dans le métier.
   - Vendu, acquiesça le Ministre. Je te charge de la prévenir. Dis-lui de trouver Percy pour obtenir un portoloin. Je vais d’ailleurs demander à celui-ci de venir avec elle. Une baguette de plus ne sera pas de trop.
   - Entendu, faisons ça » dit Dudley en s’éloignant pour communiquer avec Cho.

 

La construction du château allait prendre du temps. Il fut donc décider d’installer les moldus dans une tente sorcière sous bonne garde afin d’empêcher ceux-ci de faire une regrettable indiscrétion.

 

Bien que peu satisfaits de leur traitement actuel, les Mansfield ne firent cependant rien de préjudiciable : en effet, ils allaient obtenir un château en échange d’une signature sur un document attestant qu’ils cédaient leurs droits parentaux sur Edmund à Molly et Arthur Weasley. Ce n’était pas cher payé. Cependant, s’ils faisaient quelque chose de regrettable, ils n’auraient rien sauf une perte de mémoire, ils l’avaient compris. Ils ne bougèrent donc pas, attendant juste le moment où ils pourraient retrouver leur vie normale, loin de toutes ces monstruosités.

 

Edmund, quant à lui, partit sans attendre avec Molly et les jumelles. Il était certes curieux de découvrir son nouveau monde, mais il voulait surtout s’en allait loin, très loin de cet endroit. Et puis, il avait peur que Molly change d’avis et ne veuille plus de lui si par malheur, les Mansfield venaient à lui parler.

 

Celle-ci comprit très bien à quoi il pensait ; après tout, les jumelles avaient été pareilles. Elle laissa donc en plan les autres pour couver tranquillement son nouveau petit. Il faudrait du temps à celui-ci pour se sentir en sécurité, mais elle n’était pas inquiète : entre sa famille et l’école, Edmund allait rencontrer beaucoup de jeunes comme lui. Après avoir passé du temps en leur compagnie, il ne se sentirait alors plus seul et retrouverait alors sa confiance en lui.

 

Abby et Addy, elles, se sentirent bien toute la soirée. Elles mangèrent leur repas avec appétit avant de dormir comme des bienheureuses dans la maison de leur papiyu et leur mamolly.

 

Peu de temps avant la rentrée, tout fut achevé : le château avait été construit à l’identique comme promis, les documents avaient été signés par tous les partis, l’existence d’Edmund avait été effacée des mémoires moldues… et l’École des Jeunes Sorciers en Herbe allait enfin ouvrir ses portes aux étudiants pour la première fois.

 

Chapitre 10: Héritage by Elunedril

 

Le 1er septembre était le jour officiel de la rentrée à Poudlard, seule école du pays destinée aux sorciers. Du moins, c’était le cas jusqu’à présent. En effet, cette année, tout allait changer, car elle ne serait pas la seule à ouvrir ses portes : l’École pour Jeunes Sorciers en Herbe faisait également sa rentrée en ce jour mémorable pour les moins de onze ans, un événement dans le monde traditionnel de la magie.

Les jeunes sorciers qui avaient reçu en avance leur lettre d’admission ou la visite de leurs futurs professeurs, étaient soit des enfants de héros de la Bataille de Poudlard, soit des Nés-Moldus : ce serait avec eux que la nouvelle école ferait ses premières armes et convaincrait la société magique de sa nécessité.

Pour cette première rentrée, le clan Weasley avait décidé de se réunir en avance chez les Dursley pour amener tous ensemble leurs enfants, l’infirmière et les professeurs de la famille vers ce nouveau lieu d’étude. Alors que le reste du clan frétillait d’excitation, eux étaient majoritairement nerveux, très nerveux. C’était la première fois qu’ils allaient enseigner, étudier ou soigner dans une école. C’était nouveau, c’était un saut dans l’inconnu.

En attendant l’arrivée imminente de la famille, en ce début de matinée peu ordinaire, Dudley ne savait plus où se donner de la tête entre une Gabrielle qui était un peu verte et ses jumelles qui, elles, étaient plutôt blanches :
« - Allez Gabrielle, sois raisonnable, mange au moins un toast ! Tu ne peux pas y aller le ventre vide !
   - Je ne me sens vraiment pas bien… Et si cela ne marchait pas ?… Je crois que je vais être malade…
   - Ce ne serait vraiment pas le moment, dit-il précipitamment avant de lui chuchoter : Sois gentille avec moi, s’il te plaît ! Comment vais-je convaincre mes filles d’aller à l’école, si toi tu n’y vas pas ?
   - Je…, commença Gabrielle avant de regarder les filles.
   - Tu peux le faire, j’en suis sûre !
   - Comment peux-tu en être si certain ?
   - Parce ce que tu es Gabrielle Blanche Delacour, bien sûr ! »

Gabrielle le regarda, sidérée, avant d’éclater de rire. Juste pour ça ? Bien qu’elle trouvait cela un peu naïf, elle se sentit réconforter et le cœur au chaud face à sa confiance. Elle lui fit alors un grand un sourire avant de se tourner vers les jumelles pour les motiver et les rassurer. Mais ce ne fut cependant que lorsque la famille Potter débarqua que celles-ci retrouvèrent un peu de leur entrain habituel.

James, fidèle à lui-même, était surexcité et sautait partout, tandis que le calme Albus rejoignit tranquillement ses cousines qui l’accueillirent chaleureusement. Lily, elle, somnolait sur l’épaule de sa mère.

À partir de cet instant, le volume sonore augmenta graduellement tandis que les membres du clan apparaissaient les uns derrière les autres. Fidèle à ses habitudes, Molly apparut dans les cinq dernières minutes avant le départ avec un jeune Edmund aux joues roses. Blasés, personne ne fit de commentaire à cette bonne dernière et, après les avoir salués, elle et son nouveau petit, ils partirent pour l’école en passant par la forêt. Celle-ci, jusque là calme et tranquille, devint vivante et bruyante. Chacun y allait de son commentaire et ce ne fut que lorsque l’école fut en vue, qu’un silence religieux se propagea à travers le groupe.

Après avoir traversé le pont, ils levèrent tous la tête pour regarder l’école, son blason et sa devise gravés qui disait : « Ostentate quod lignum facimini » (Montrez de quel bois vous êtes faits). Alors qu’ils contemplaient leur œuvre, les adultes se sentaient fiers: ils avaient réussi à ouvrir une école pour l’éducation des jeunes sorciers. Ce n’était plus un rêve, un projet en devenir, c’était devenu une réalité.
Alors qu’un sourire fleurissait sur leur visage, les portes monumentales s’ouvrirent sur la directrice nouvellement nommée, Astoria Malefoy. En effet, celle-ci avait été choisie pour que le clan Weasley ne soit pas entièrement associé à l’école, permettant ainsi aux parents dits de sang pur, et à leurs sympathisants, de scolariser leurs enfants avec la confiance que l’institution n’inculquerait pas des idées trop avant-gardistes ou modernes pour leurs familles traditionalistes.

En les voyant, Astoria leur fit un sourire, mais personne ne fut dupe : elle était aussi verte que ses collègues. Elle n’eût cependant pas la possibilité de leur dire quoi que ce soit, car des flammes vertes apparurent soudainement dans l’âtre du hall d’entrée, tandis que le klaxon d’un magicobus scolaire retentissait au loin : les premiers élèves venaient d’arriver.


***

Durant la journée qui se déroula à un rythme incroyablement lent, Dudley et Cho firent de leur mieux pour ne pas fixer l’horloge de leur bureau. Quand enfin sonna quinze heure, ils se précipitèrent ensemble vers l’âtre.

Une fois arrivés à l’école, ils se rendirent compte qu’ils n’étaient pas les premiers : beaucoup de parents attendaient déjà, faisant face à la gouvernante Olga Chafouin qui les empêchait de faire un pas de plus. Ce ne fut que lorsque les enfants et leurs institutrices apparurent qu’elle se retira pour se diriger vers le comptoir. Là, elle ordonna aux elfes d’aller chercher à la crèche les enfants dont les parents étaient déjà présents, tandis qu’elle leur donnait les transmissions de la journée. Après quoi, elle organisa les jeunes élèves qui rentraient en magicobus.

Dudley fut heureux de retrouver ses jumelles qui avaient totalement oublié leur peur de la matinée et qui frétillaient même de joie, tandis qu’elles racontaient à leur père leur journée : elles avaient retrouvé leurs nouveaux amis et s’en étaient faits d’autres, avaient étudié, joué et mangé avec eux ; elles avaient même pu entrer dans la cour sous-marine pour observer la horde d’hippocampes. Cette journée avait été comme un rêve pour ces deux petites filles qui avait pu se fondre dans la masse sans être pointées du doigt.

Quand Dudley entendit le soulagement et la joie de ses filles à travers leurs mots, il en fut à la fois triste et heureux : elles n’auraient pas dû avoir ce genre d’inquiétudes, mais savoir que tout s’était finalement bien passé, était également pour lui une délivrance; ses jumelles avaient trouvé leur place et elles s’y sentaient bien. C’était tout ce qui comptait.

Tandis que les petites filles terminaient le récit de cette journée hors du commun, Gabrielle les rejoignit en souriant. Bien que fatiguée, elle exultait : elles et ses collègues s’en étaient sorties avec brio. Elle ne pouvait donc pas s’empêcher de sautiller et de faire quelques pas de danse malgré ses petits pieds douloureux ; elle se sentait légère et un peu ivre. Toute à sa joie, elle ne se rendit pas immédiatement compte qu’elle avait sauté dans les bras de Dudley.

Sous le choc, celui-ci se raidit avant de se détendre et la prendre dans ses bras. Ce ne fut qu’à ce moment-là qu’il se rendit compte combien sa peau était douce et parfumée ; la combinaison voluptueuse de l’amande et du miel sur cette texture satinée et nacrée semblait renforcer l’envoûtement naturel de la jeune femme. Dudley apprécia beaucoup ce contact inattendu mais bienvenu.

Quant à Gabrielle, elle ne savait plus comment réagir. Bien sûr, elle se sentait heureuse, mais elle était aussi terrifiée que Dudley regrette son geste, brisant ainsi un espoir qu’elle n’osait s’avouer_du moins à haute voix _et il y avait aussi Abby et Addy: comment les jumelles prendraient-elles le fait que leur père prenne une femme étrangère à la famille dans ses bras ? Ne se sentiraient-elles pas trahies ?

Sur cette dernière pensée, elle repoussa Dudley pour se tourner immédiatement vers les petites filles. Quel ne fut alors pas sa surprise que de découvrir le sourire satisfait de celles-ci. Face à cela, elle ne put s’empêcher de rougir et de se mordiller les lèvres.

Quand Gabrielle sortit de son étreinte, Dudley se sentit vide et froid. Mais avant que son cœur eût le temps de geler, il se réchauffa de plus belle à la vue de l’inquiétude de la jeune femme pour ses filles et ce joli rouge qui colorait ses joues. Décidément, ses émotions allaient et venaient ces derniers temps, comme s’il était sur des montagnes russes. Bien qu’un peu déboussolé, il se réjouissait de ce nouveau sentiment qui s’épanouissait et s’ancrait petit à petit dans son cœur : celui-ci était encore capable de se tourner vers une personne extérieure à la famille et de lui faire confiance.

« - Bien… et si nous rentrions, demanda Dudley en souriant.
   - Bonne idée » s’exclama Gabrielle, heureuse de se sortir à si bon compte de cette situation.

Le soir, alors qu’ils étaient en train de dîner, les deux adultes annoncèrent aux jumelles une nouvelle qu’elles attendaient depuis longtemps : ils allaient enfin pouvoir les amener sur le Chemin de Traverse. Abby et Addy en furent folles de joie. Le moment était finalement venu pour elles de découvrir le monde magique qui se trouve à l’extérieur de la bulle familiale. Vivement l’équinoxe d’automne !



***


« Gaby ! Gaby ! Vite, dépêche-toi ! L’école est finie ! On va sur le Chemin de Traverse ! »

Gabrielle éclata de rire en entendant et voyant deux petites puces sur-excitées entrer en trombes dans la crèche. Aujourd’hui, Abby et Addy allaient monter pour la première fois dans un Magicobus et découvrir enfin la célèbre rue commerçante sorcière. Rien qu’à cette pensée, elles ne pouvaient tenir en place. Alors que leur nanny préférée rassemblait ses affaires, elles sautaient un peu partout dans la pièce en piaillant à qui mieux mieux sur tout ce qu’elles allaient voir.

Toujours en souriant, Gabrielle sortit avec les petites filles et, sous leurs yeux impatients, leva sa baguette pour appeler le bus double impérial violet qui se présenta dans les secondes qui suivirent. Alors qu’Abby et Addy applaudissaient de joie et d’émerveillement, un jeune homme descendit du véhicule. Sa peau chocolat cachait à merveille les caractéristiques spécifiques d’un contrôleur de Magicobus ( bleus aux diverses couleurs et croûtes à différents stades de la cicatrisation) et se mariait parfaitement bien avec l’uniforme bordeaux ; son sourire montrait des dents d’un blanc éclatant, tandis qu’une belle barbiche finement taillée l’entourait avec style. Pour parachevé le tout, il avait accroché ses longs cheveux noirs et soyeux en un catogan dont la queue drapait comme de la soie l’une de ses épaules. Mais tout cela n’était rien, car ce qui attirait vraiment le regard, n’était autre que ses yeux argentés qui brillaient d’intelligence et de malice ; lorsque ses vis-à-vis le regardaient, ils semblaient être sous l’effet d’un charme qui leur faisait perdre le fil de leurs pensées.

« Bonjour ! Je suis Lorenzo Pécharmant et je serai votre contrôleur aujourd’hui ! Est-ce votre premier voyage » demanda-t-il en souriant aux jumelles qui hochèrent timidement de la tête.

Après que Gabrielle eût payé leur trajet, le jeune homme les invita à grandes pompes à monter dans le bus. Alors qu’il les aidait à s’installer et s’attacher, il leur expliqua que le Magicobus qui fonctionnait de jour comme de nuit, allait rouler très vite tout en secouant ses passagers.

« - … C’est pourquoi vous ne devez pas vous détacher avant que le bus ne soit arrivé à votre destination.
   - … Gaby, si on doit s’attacher, alors pourquoi oncle Harry s’est cogné quand il est monté ?
   - Eh bien, parce qu’à la place des fauteuils, il y avait des lits ; votre oncle Harry ne s’était pas couché, mais simplement assis.
   - … Des lit ?
   - Eh oui petites miss, dit le contrôleur, quand vient la nuit, les fauteuils sont remplacés par des lits pour que les passagers puissent se reposer. Mais pour en revenir à votre oncle, il aurait dû s’allonger pour ne pas ressortir avec des bleus et des bosses. Enfin, je suppose qu’il a appris sa leçon. Ern, ces dames souhaiteraient se rendre au Chaudron Baveur.
   - Pas de problème, mais avant cela, nous devons d’abord déposer madame Dumarais à Abergavenny, dit celui-ci en faisant sauter le bus sur plusieurs centaines de kilomètres. Nous y sommes presque.
   - Entendu ! Madame Dumarais, le prochain arrêt est pour vous. »

Alors qu’il terminait sa phrase, les freins freinèrent brusquement tandis que les fauteuils glissèrent vers l’avant avant de reprendre leur place initiale.

« -Vous êtes arrivée madame Dumarais, dit Lorenzo à une vieille dame qui essayait de descendre tant bien que mal malgré ses jambes en guimauve et son terrible mal des transports. La compagnie du Magicobus vous remercie de votre fidélité et espère vous revoir très bien tôt.
   - … Moi vivante, plus jamais, grommela la sorcière.
   - Vous dites constamment ça, mais vous revenez toujours, s’esclaffa le contrôleur. Alors à très bientôt ! »

Avant que la sorcière ait pu rétorquer, le Magicobus était déjà reparti en direction des rues de Londres ; il ne fallut que quelques minutes pour arriver à destination.

« - Voilà, nous y sommes ! Le Chaudron Baveur !
   - … mais… ça a l’air vieux et moche, s’exclama Abby, outrée et déçue.
   - Et il fait peur, continua Addy qui se dit que finalement, elle préférait continuer de se faire secouer comme un prunier que d’entrer à l’intérieur.
   - Les filles, pensez-vous que Hannah, Neville, Eole et Gaïa vivraient dans un endroit sale et terrifiant, demanda Gabrielle.
   - … Non, répondit enfin Abby, mais alors pourquoi…
   - Parce qu’aucun moldu normal ne voudrait s’en approcher s’il arrive à y faire attention, expliqua Lorenzo en souriant. Vous verrez, c’est beaucoup mieux à l’intérieur et leur jus de citrouille est fantastique.
   - Vraiment ?
   - Vrai de vrai ?
   - Je le jure ! »

Alors qu’elles hésitaient toujours à descendre, la petite Gaïa Londubat sortit du Chaudron Baveur et monta dans le bus pour les retrouver, excitée de leur faire découvrir son petit royaume. Elle les tira donc sans attendre hors du Magicobus avant de les amener dans la grande salle où discutaient Dudley et Hannah.

« - Papa !
   - Abby ! Addy, s’exclama Dudley. Venez donc m’embrasser ! C’était bien l’école ? Avez-vous au moins été sages ?
   - Papa, s’écria Abby, indignée, on est toujours sage ! C’est pas notre faute si les autres ne sont pas d’accord, d’abord !
   - Ah, je vois, sourit son père, c’est donc la faute des autres. Cela semble avoir du sens. Qu’en penses-tu Gabrielle ?
   - Cela me chagrine un peu, je dois dire, dit la jeune femme avec un air faussement triste.
   - Pourquoi tu es triste, demanda Addy, inquiète.
   - Eh bien, quand nous sommes que tous les quatre et que vous êtes coquines, est-ce que cela signifie que c’est votre père et moi qui avons fait une bêtise ?
   - …
   - Ce n’est pas vrai, se récria Abby. On peut dire… que c’est la faute de personne !
   - Comment cela pourrait être !
   - Bon, c’est un tout petit peu, mais alors vraiment un tout peu, notre faute, admit Addy, penaude. C’est si petit qu’on n’a pas besoin d’être grondées, d’accord ?
   - … Pffff , s’étouffèrent les trois adultes avant d’exploser de rire.
   - Pourquoi vous rigolez, s’exclama Abby, les joues rouges.
   - Pour rien ma puce, se ressaisit difficilement Dudley. Vous êtes juste si… adorables ! »

Contenant son rire, il les souleva dans ses bras pour embrasser leurs joues rondes et rougissantes. Gênées, elles cachèrent leur visage dans le creux du cou de leur père. Celui-ci sourit en caressant leurs cheveux : ses filles étaient vraiment trop mignonnes.

Alors que les jumelles continuaient à jouer à l’autruche dans les bras de leur père, Gabrielle sourit tout en saluant Hannah avant de conduire les Dursley vers le mur qui s’ouvrait sur le Chemin de Traverse.

« Abby ! Addy ! Vous feriez mieux de regarder. Ce serait dommage que vous loupiez l’ouverture du passage ! »

Entendant cela, les deux petites filles levèrent précipitamment la tête et gigotèrent fortement pour que leur père les dépose à terre. Une fois au sol, elles entourèrent Gabrielle qui sortit alors sa baguette avant de tapoter trois fois un endroit précis du mur de briques. Celui-ci se mit à trembler avant de s’ouvrir pour former une arcade qui donnait sur une rue serpentine et pavée où circulait une foule de sorciers et sorcières aux robes bigarrées et en tous genres.

Les filles qui avait été fascinées par ce nouveau tour de magie, reculèrent rapidement à la vue de cette rue animée ; en effet, leur famille leur avait appris à être prudentes afin qu’elles ne révèlent pas leur particularité. Voyant leur mouvement inconscient, Dudley et Gabrielle s’attristèrent et soupirèrent d’impuissance. Dudley mit ses mains sur leur épaule avant de dire :
« - Tout va bien. Nous sommes là, vous ne risquez rien.
   - Votre papa a raison. N’oubliez pas que j’ai déjà caché vos tatouages et que vos yeux ne sont pas si rares dans la communauté. La seule chose que nous vous demandons cependant, c’est de ne pas lâcher nos mains. Il y a beaucoup de monde et nous ne voudrions pas vous perdre.
   - … D’accord, acquiescèrent les jumelles.
   - Alors, prêtes pour votre première balade sur le Chemin de Traverse, demanda Dudley en souriant.
   - Oui, s’exclama Abby déjà revigorée. On peut aller chez Ollivander.
   - Non, sourit Gabrielle, pas avant vos onze ans.
   - Alors au magasin de quidditch ?
   - Non plus, mais vous pourrez admirer leur vitrine. Il expose généralement les nouveaux modèles de balais.
   - On peut entrer dans le magasin d’oncle Georges et oncle Ron, demanda Addy, curieuse.
   - Bien sûr, sourit Gabrielle, mais d’abord, nous allons faire un saut à Gringotts.
   - On va voir des gobelins, s’écria Abby ravie.
   - Je ne vois pas ce qui te fait tant plaisir, grommela son père. Ils ne sont vraiment pas sympathiques. »

Gabrielle ricana avant d’acquiescer. Tandis qu’ils s’engageaient sur l’avenue, elle donna quelques conseils aux filles sur la conduite à tenir face aux gobelins avant de leur rappeler qu’elles ne devaient en aucun cas parler de leur parenté avec leur oncle Harry, ces créatures ayant une dent tenace contre celui-ci. Une fois cela fait, Gabrielle profita de la balade pour leur présenter les étales qui jalonnaient la rue. Les jumelles n’avaient, de leur point de vue, pas assez d’yeux pour tout voir.

Quand ils arrivèrent enfin devant le portail de bronze de l’immense bâtiment d’un blanc immaculé, Abigail et Adélaïde purent enfin observer un représentant de la race des gobelins. Vêtu d’un uniforme écarlate, celui-ci était à peine plus grand que les deux petites filles, mais le plus marquant chez cette créature, était que tout chez elle semblait être taillé en pointe : oreilles, nez, menton, barbiche, ongles griffus,… jusqu’à son intelligence froide qui brillait dans ses petits yeux vifs et vicieux. Ces derniers effrayèrent quelque peu les jumelles qui s’accrochèrent plus fermement aux mains des deux adultes.

Une fois qu’ils passèrent le portail et la porte d’argent, ils entrèrent dans un vaste hall où des centaines de gobelins travaillaient derrière un long comptoir. Le travail systématique, ordonné et réglé comme du papier à musique de ces créatures donnait l’impression d’être entré dans une usine moldue où tout était automatisé ; en effet, aucun geste ou mouvement n’était perdu.

Quand ce fut à leur tour de se présenter au comptoir, les filles avaient déjà perdu tout intérêt pour cette espèce.

« - Bonjour, salua Gabrielle au guichetier en tendant une petite clef d’or. Je souhaiterai me rendre à mon coffre s’il vous plaît.
   - Grigex » appela le gobelin avant de tendre la clef à son congénère qui venait d’entrer.

Celui-ci se retourna sans attendre pour se diriger vers une porte menant sur un passage étroit et sombre. La petite famille suivit aussitôt, sachant qu’ils ne seraient pas attendus: après tout, les gobelin n’étaient pas connus pour leur courtoisie, mais plutôt pour leur mépris envers les humains, sorciers comme moldus.

Arrivés à la voie ferrée, ils montèrent dans un wagonnet qui avait été sifflé au préalable par leur guide grincheux. Celui-ci mit rapidement en marche leur moyen de locomotion et le lança à toute vitesse sur les rails. Les passagers furent alors secoués dans tous les sens, leur conducteur ne prenant pas la peine de ralentir dans les tournants brusques des galeries. Heureusement qu’ils n’avaient pas le mal des transports, le transplanage les ayant guéris à jamais de ce mal commun.

« Coffre 379 » grinça leur chauffeur avant de sauter hors du wagonnet pour aller ouvrir le coffre.

« - Venez les filles, dit Gabrielle. Je vais vous expliquer la monnaie sorcière.
   - D’accord, dirent celles-ci en regardant, bouche bée, les pièces qui s’entassaient ça et là, entourées de coffres et d’œuvres d’art.
   - Alors, les pièces en or s’appellent des gallions, celles en argent des mornilles et celles en bronze des noises. Jusque là vous me suivez ?
   - Oui.
   - Je ne vais pas vous donner les équivalences maintenant, mais il faut savoir qu’un gallion vaut beaucoup d’argent. Normalement, vous n’aurez pas à avoir à utiliser ce genre de pièces avant la rentrée à Poudlard.
   - Cependant, continua Dudley, vous verrez plus souvent les deux autres. En effet, Gabrielle et moi avons décidé de vous remettre chaque mois de l’argent de poche. Voici celui de ce mois-ci.
   - Alors, sourit Gabrielle en remplissant sa bourse, combien votre père vous a donné ?
   - 1, 2, 3,… 10 pièces d’argent.
   - Il y en a 12 mes chéries, ce qui équivaut à environ 4,44£.
   - On peut acheter beaucoup de choses avec ça, demanda Abby les yeux brillants.
   - Eh bien, des petites choses chez vos oncles ou des friandises chez Honeydukes.
   - Vous n’êtes pas non plus obligées de le dépenser, rappela Gabrielle.
   - Mais je veux essayer, s’exclama Abby, excitée par cette nouvelle expérience.
   - Nous nous en doutions aussi, sourit son père, mais n’oubliez pas qu’il n’y aura que cet argent de poche par mois, il n’y en aura pas plus. Si vous n’en avez pas suffisamment pour ce que vous voulez acheter, il faudra attendre le mois suivant. C’est entendu ?
   - Oui !
   - Bien, en route pour aller faire des achats ! »

À ces mots, les jumelles coururent s’asseoir dans le wagonnet, impatientes de commencer cette nouvelle aventure. Les deux adultes rirent en les suivant à leur tour : cette après-midi shopping s’annonçait intéressante.

Une fois dehors, Abby et Addy se demandèrent pas quoi commencer.

« - Bien, aujourd’hui, nous devons vous vous faire faire de nouvelles robes pour cette hiver et j’aimerai passer chez Fleury & Bott, dit Gabrielle. Autre chose ?
   - Passer chez les frères Weasley est incontournable, mais si on commençait par une glace de chez Florian Fortarôme ?
   - Une glace, s’écrièrent immédiatement les jumelles ravies.
   - C’est entendu, sourit Gabrielle. Direction le glacier ! »

Tandis que l’après-midi s’écoulait en douceur, les jumelles n’en finissaient pas de s’émerveiller : des glaces aux goûts et aux couleurs étonnants qui ne fondaient jamais, une boutique de farces et attrapes orange vif où des feux d’artifices explosaient de temps en temps, des tissus qui s’envolaient et s’enroulaient autour d’elles tandis qu’un mètre mesureur prenait leurs dimensions de lui-même… Les petites filles ne se lassèrent pas une seconde de toute cette magie abondante qui les entourait, au contraire, elles en redemandaient. Gabrielle et Dudley furent heureux de voir leur joie si évidente et teintée d’un soupçon d’insouciance trop souvent rare.

La dernière étape de la journée fut la librairie. Une fois entrées, les jumelles virent que les murs étaient tapissés de livres jusqu’au plafond tandis que des montagnes d’ouvrages en tous genres défiaient la gravité sur les comptoirs ou à même le sol. Il y en avait tant que les nouveaux venus ne savaient généralement pas où se donnaient de la tête. Gabrielle, elle, en grande habituée, prit les devants et mena les petites filles vers la section enfant où une lectrice faisait la lecture à un groupe de jeunes sorciers.

Mais, bien que l’histoire et le talent de la conteuse soient très bons, Abby et Addy n’écoutèrent pas et n’arrêtaient pas de gigoter.

« - Qu’est-ce qu’il se passe mes petits chats ? L’histoire ne vous plaît pas, chuchota Gabrielle à l’oreille des jumelles.
   - Ce n’est pas ça, grimaça Abby.
   - Alors quel est le problème ?
   - On a besoin d’aller là-bas, dit Addy mal à l’aise en montrant un couloir sombre qui était coincé entre deux bibliothèques.
   - Où ça, demanda Gabrielle en regardant le mur d’étagères, incapable de voir l’ouverture.
   - Là. Ce que l’on cherche est derrière, dit Abby, sûre d’elle, avant de se lever, prendre la main de sa sœur et d’entrer dans le passage.
   - Abby ! Addy » s’écrièrent les deux adultes en voyant les deux petites filles disparaître.

Les deux adultes étaient paniqués. Ils s’approchèrent de la bibliothèque et essayèrent de trouver, en vain, le passage qu’avaient emprunté les jumelles. Ils firent tant de bruit et de désordre que monsieur Fleury se déplaça en personne et leur demanda ce qu’il se passait. Quand il eût appris la disparition des deux petites filles derrière les étagères, il fut surpris avant d’être empli de joie :
« - Enfin ! Elles sont arrivées !
   - Je vous demande pardon, s’exclamèrent Gabrielle et Dudley, choqués.
   - Madame, monsieur, tout d’abord, sachez vos filles vont bien et qu’il n’y a pas de danger.
   - Bien, demanda essoufflé Dudley.
   - Oui, elles vont bien. Deuxième, ce passage ne peut s’ouvrir qu’une fois…
   - Hein?!
   - … mais un autre s’ouvrira sur mon bureau.
   - Alors pouvons-nous y aller maintenant, demanda Gabrielle, fébrile.
   - Bien sûr. J’ai plein de choses à vous dire et vous expliquer. Suivez-moi, je vous prie. »

Tandis que les vendeurs rangeaient et rassuraient les clients, Dudley et Gabrielle suivirent monsieur Fleury dans son bureau pour retrouver les jumelles. Mais celles-ci ne s’y trouvaient pas.

« - Qu’est-ce que cela signifie, gronda Dudley.
   - Qu’elles n’ont pas terminé.
   - Terminer quoi ?
   - Asseyez-vous, je vous en prie. Comme je vous l’ai déjà dit, vos filles vont bien, elles sont en sécurité. Nous allons juste les attendre ici. Durant ce laps de temps, je vais tout vous expliquer.
   - Pensez-vous que nous allons vous croire si facilement ?
   - Avez-vous vraiment le choix, sourit tranquillement monsieur Fleury.
   - Vous… !
   - Un peu de thé ?
   - Dudley, assieds-toi, dit calmement Gabrielle, en voyant que celui-ci commençait à sortir de ses gongs. Il n’a aucune raison de s’en prendre à nous ou aux jumelles : toi, tu as toujours vécu parmi les moldus jusqu’à l’année dernière et moi j’étais en France. Nous n’avons donc pas pu l’offenser de quelques manières que ce soit.
   - Madame est sage. En effet, je n’ai aucune rancune contre vous. Au contraire. Grâce à vos jumelles, j’ai pu mettre fin à la mission de ma famille.
   - Qui est ?
   - Trouver les héritières de Merlin.
   - … Vous pouvez répéter ? Nous n’avons pas bien entendu.
   - Trouver les héritières de Merlin.
   - …
   - Je pense que vous connaissez tous deux la légende qui dit à la fin que Merlin confia son grimoire contenant ses pouvoirs et ses connaissances à son plus fidèle apprenti avant que Morgane ne le retrouve. Cet apprenti était mon ancêtre.
   - … Mais ce n’est qu’une légende, opposa rapidement Gabrielle qui connaissait trop bien la fin de celle-ci et ne souhaitait pas que les jumelles y soient liées.
   - Non madame, ce sont des faits qui se sont bien déroulés autrefois. Et la prophétie liée à cette histoire est également vraie. C’est pourquoi, aujourd’hui, je peux affirmer que celle-ci parlait de vos deux petites filles.
   - Non, riposta férocement Dudley qui se souvenait de l’histoire contée par Gabrielle. Vous vous trompez ! Il y a erreur sur les personnes ! Mes filles n’ont que cinq ans ; elles découvrent à peine la magie. Comment pourraient-elles être responsables d’une congrégation toute entière ?!
   - Calmez-vous monsieur…
   - Me calmer ?! Vous êtes en train de me dire que mes petits trésors ont été choisis pour être pourchassés par un assassin fou, et je devrais être calme ?! Me prenez-vous pour un imbécile insensible, prêt à laisser ses bébés allés à l’abattoir ?!
   - Cela ne me viendrait pas à l’idée. À votre place, je réagirais sans aucun doute de la même façon. Mais les faits sont là : vos filles sont les héritières de Merlin et elles doivent se préparer à ce qui les attend.
   - Vous…
   - Je tiens cependant à vous signaler que vos jumelles vont être protégées et cachées par la magie ancienne, la même qui a assurée la sécurité de Harry Potter.
   - … Que voulez-vous dire ?
   - Merlin a consenti de donner sa vie et sa magie pour protéger ses héritières et la congrégation. De ce fait, le descendant de Morgane qui va également bientôt s’éveiller, ne pourra pas pénétrer ce qu’elles considèrent comme leur foyer. De plus, elles ne seront mises en pleine lumière que lorsqu’elles entreront à Poudlard ; il ne pourra pas les trouver d’ici là.
   - Et si on ne met pas les filles à l’école ? Et si elles n’ouvraient pas la congrégation, demanda nerveusement Gabrielle en tenant fébrilement la main de Dudley.
   - Vous vous voulez dire si elles peuvent résister à leur nature druidique, ironisa monsieur Fleury en les regardant avec compassion. Le descendant fera un carnage digne de Vous-Savez-Qui jusqu’à ce qu’il soit le maître.
   - NON, cria Abigail qui venait d’entrer, tenant un énorme grimoire dont elle partageait la charge avec sa sœur.
   - Abby ! Addy, s’écrièrent les deux adultes en venant vers elles pour les câliner.
   - Attention à notre livre papa, dit Addy en protégeant de son corps l’énorme volume.
   - Lâchez immédiatement cette horreur, ordonna Dudley, prêt à leur arracher.
   - Non, dit précipitamment Abby.
   - Il est à nous, renchérit sa sœur. C’est Merlin qui l’a dit.
   - Merlin ?! Quelle genre de blague est-ce là ?
   - Les jeunes maîtresses vous disent la vérité, intervint monsieur Fleury. L’âme de Merlin est liée au grimoire jusqu’à ce que les filles passent un pacte avec lui.
   - Un pacte ?! Qu’est-ce que c’est que ces bêtises ? Vont-elles devoir vendre leur âme ? C’est hors de question, rugit Dudley, furieux.
   - Cela n’a rien à voir, je vous assure. Chaque aspirant passe un pacte avec l’âme d’un druide décédé pour permettre à celui-ci de rester à ses côtés pour le guider et le protéger tout au long de sa vie.
   - Alors… Merlin est pour l’instant dans ce bouquin, demanda Dudley, pensif.
   - C’est exact.
   - Parfait ! Je vais le brûler, s’exclama Dudley en s’avançant.
   - Non ! Papa, crièrent les jumelles, apeurées, tout en se cachant derrière Gabrielle.
   - Dudley, dit celle-ci calmement. Cela suffit maintenant. Tu vois bien que les filles ont déjà accepté leur destin… enfin, pour ce qu’elles comprennent.
   - Justement, elles ne comprennent pas !
   - Dudley ! Harry n’a pas pu échapper à son destin. Et ce n’est pas faute de l’avoir souhaité. Et il en sera de même pour les filles et tu le sais très bien. Alors ne ruine pas les outils qui pourraient les aider à s’en sortir, d’accord ? »

À ces mots, Dudley se dégonfla comme un ballon de baudruche, anéanti. Ce qui s’était annoncé comme une belle journée en famille, s’était transformée en un horrible cauchemar.


***


« Répète-ça ! »

Harry ne s’était pas senti aussi dépassé depuis longtemps.

Comme chaque soir, il était rentré chez lui après une bonne journée de travail et se préparait à passer une tranquille soirée en famille. Mais à peine arrivé, il avait découvert que son cousin et sa famille s’étaient installés dans son salon. Bien que surpris par cette visite impromptue, il les rejoignit avec le sourire avant de se rendre compte que quelque chose n’allait pas : la famille semblait être plongée dans un miasme de tension extrême.

Inquiet, il alla rapidement organisé le dîner des petits, les jumelles comprises, avant de les laisser sous la bonne garde de Kreattur. Une fois cela fait, lui et Ginny allèrent rapidement à Dudley et Gabrielle qui vidèrent leur sac, épuisés.

« - Je ne sais pas quoi faire, déclara Dudley. Même si on arrivait à arracher les jumelles à leur fichu grimoire, il est fort probable que le destin les trouve toujours.
   - Et on ne peut pas les cloîtrer à vie à la maison, continua Gabrielle.
   - Pfiou, souffla Harry, sidéré, avant de rassembler ses pensées. Pour commencer, il faut savoir qu’une personne ayant connaissance du contenu de la prophétie le concernant peut rarement échapper à son destin. La seule chance qu’il reste, c’est que le descendant ignore qui il est et, de ce fait, ne connaisse pas l’existence des filles.
   - Alors, commença Dudley, plein d’attentes.
   - Mais cet espoir est infime. De plus, nous ne pouvons pas nous permettre de faire l’autruche ; nous devons nous préparer au cas où et rassembler les nouveaux druides pour faire renaître la congrégation.
   - Tu veux dire, intervint Gabrielle.
   - Exactement ce que tu penses : plus il y aura de druides derrière elles et plus elles seront protégées. Monsieur Fleury vous l’a bien dit : elles auront la paix pour grandir et se renforcer jusqu’à leur onze ans.
   - Alors on doit les laisser faire, demanda piteusement Dudley.
   - Oui Dud, c’est exactement ça » acquiesça Harry en le regardant tristement.

Le dimanche suivant, devant le clan Weasley réuni, les jumelles ouvrirent leur grimoire d’où émergea une énergie ectoplasmique qui prit peu à peu l’apparence d’un digne vieillard.

« - Par les caleçons de Merlin, s’exclama Ron.
   - Je vous prierai jeune homme de ne pas jurer par mes sous-vêtements, c’est inconvenant, s’insurgea l’apparition.
   - … Je suis désolé, une habitude.
   - Que vous devriez certainement perdre ! A-t-on jamais vu quelqu’un jurer de la sorte ?!
   - Eh bien, en fait, s’amusa Georges qui n’en loupait pas une, c’est devenu une expression ex-trê-me-ment courante. On jure également sur votre barbe et vos glandes, si vous voulez tout savoir.
   - GEORGES, s’écria l’assemblée exaspérée.
   - Quoi ?! J’ai pas raison ?
   - Tais-toi s’il te plaît, dit sa femme avant de lui fermer sa bouche d’un coup de baguette magique.
   - Merlin, appelèrent les jumelles, ravies de retrouver leur mentor.
   - Est-ce là votre famille, grommela le vieil homme, mécontent.
   - Oui, dit Abby avant de tirer son père. Lui, c’est papa.
   - Et elle, Gaby, présenta Addy en tenant la main de Gabrielle.
   - Et là, c’est Oncle Harry, Tante…
   - Bon, bon, très bien. Inutile de me présenter tout le monde : avec tous ces rouquins, je ne pourrais que me mélanger les plumes, rouspéta Merlin en lévitant doucement au-dessus du livre. Pourquoi m’avez-vous appelé ici, en présence de cette assemblée, apprenties ? Je n’ai pas que ça à faire !
   - C’est sûr, renifla Dudley. En dehors de mettre mes filles en danger, vous devez sans aucun doute avoir peu de temps à consacrer à leur famille inquiète ! Je suppose que votre saleté rancie et plusieurs fois centenaires doit vous demander un certain dépoussiérage ! N’oubliez pas cependant de regarder votre conscience si vous en avez une bien sûr, elle doit être moche !
   - Dudley, s’exclama Gabrielle, n’envenime pas les choses !
   - Moi, j’envenime les choses ?! Ce n’est pas moi qui ait condamné des petites filles de cinq ans que je sache ?! Ce n’est pas moi non plus qui m’en prend à la famille de mes victimes !
   - Un peu de respect, ignorant ! Je ne suis pas responsable de la malédiction de Morgane ! La seule chose que je désirais, était justement de permettre à mes héritières de vivre loin de la cruauté de cette sorcière. Elle seule a fait le choix de poursuivre le combat à travers les âges. Et si vous n’étiez pas de la famille de mes apprenties, je ne prendrais même pas la peine de vous expliquer un fait déjà bien établi et connu de tous.
   - Papa, supplièrent les jumelles les larmes aux yeux.
   - …
   - Dudley, et si tu t’asseyais pour que nous puissions discuter de ce qu’il va se passer ensuite, dit doucement Gabrielle. Ce qui est fait, est fait ; inutile de revenir sur le passé, nous devons nous concentrer sur le présent et l’avenir.
   - En voilà une demoiselle intelligente, approuva sincèrement le vieux mage.
   - Vous…
   - Écoutez votre compagne, ne perdez pas notre temps en paroles inutiles !
   - Dudley, tu t’assoies, intervint fermement Arthur Weasley avant de se tourner vers l’apparition : Seigneur Merlin, j’espère que vous ne vous offusquerez pas des paroles coléreuses que vous venez d’entendre ; elles ne sont après tout que le reflet de l’inquiétude d’un père.
   - Je ne suis pas sénile. En tant que père de mes apprenties, c’est vraiment une bonne chose qu’il réagisse ainsi : les jumelles auront besoin de l’amour inconditionnel de leur famille pour avancer.
   - Je suis heureux de l’entendre. Il est important maintenant que nous discutions de ce qu’il va arriver aux filles et nous souhaiterions savoir comment vous voyez la suite.
   - Pour les années à venir ? Il est impératif de réunir les sorciers au potentiel druidique dans la congrégation. Ils seront évidemment la meilleure protection pour les jumelles, mais pas seulement : l’absence de druides a fortement atténué le lien entre la Nature et les être humains, permettant ainsi aux créatures ténébreuses de proliférer ; les Êtres Élémentaires, eux, s’affaiblissent et disparaissent, brisant ainsi peu à peu le contrat naturel.
   - Le contrat naturel ?
   - Il est dit qu’autrefois, la Nature aimait le plus l’Homme et lui avait promis sa clémence et ses bienfaits tant qu’un cœur d’or subsisterait parmi le genre humain. Les druides ont donc toujours travaillé dur sur eux-mêmes pour résister à leurs instincts mais aussi pour guider la société humaine dans cette optique : respect et protection de la Nature, le fort doit protéger le faible, un prêté pour un rendu,…
   - Quel rapport avec ces Êtres Élémentaires ?
   - Les Êtres Élémentaires sont les gardiens de la Nature ou plus précisément, sa conscience. Tant qu’ils existeront et chuchoteront à son oreille, la Nature sera plus docile… non, ce n’est pas vraiment le terme… plus conciliante serait plus approprié.
   - Quel genre d’êtres sont-ils, demanda avidement Hermione, sa soif de connaissances éveillée.
   - Eh bien, autrefois, on appelait leur population le Petit Peuple et les individus qui la composaient, les Sprites. Il existe plusieurs espèces et chacune d’entre elles est liée à un élément : les Mearas et les Ondines appartiennent à l’Eau, les Dryades et les Gnomes à la Terre, les Dragonites et les Phénix au Feu, et enfin les Aeriels et les Sylphes à l’air.
   - Nous connaissons déjà les Ondines, les Gnomes, les Phénix et les Sylphes bien qu’ils semblent avoir déjà majoritairement disparus, intervint Charlie exceptionnellement présent pour l’occasion, mais nous n’avons jamais entendu parlé des autres.
   - Et c’est tout à fait normal, car notre congrégation n’a jamais souhaité divulguer leur existence. En effet, les Mearas, Dryades, Dragonites et Aeriels sont le résultat d’une union magique puissante entre un druide et son élément. Ces créatures naissent généralement lors de l’équinoxe d’automne quand notre peuple ne doit faire qu’un avec l’essence de sa magie.
   - Par la barbe de… Paracelse, s’exclama Ron sous le regard mécontent de Merlin.
   - Et les créatures ténébreuses, demanda à nouveau Hermione, refusant de se détourner d’un sujet aussi passionnant.
   - Ce sont des créatures qui descendent généralement de sorciers qui ont gravement offensé les Lois de la Nature. Comme par exemple, la fée Morgane qui a utilisé la Magie Noire à grande échelle en sacrifiant beaucoup de vies, tout en blessant gravement l’essence de la Nature.
   - Mes filles vont alors devoir affronter ces créatures, s’enquit anxieusement Dudley.
   - Oui et non. Avant d’offenser la Nature, la fée Morgane était très proche de celle-ci et, durant le temps où elle fut favorisée, elle a eu un fils, Mordred qui n’a donc pas été touché par cette malédiction. Ceux qui suivirent, par contre, n’échappèrent pas à la colère de la Nature et naissèrent en tant que Spriggans. Ces entités vicieuses, bien qu’ayant une apparence humaine, possèdent un esprit animal malveillant qui ne suit que ses instincts et les ordres de son maître. Car, oui malheureusement, grâce aux liens du sang qui existent entre eux, la descendance humaine de Morgane aura une grande affinité avec ces créatures et pourra les contrôler.
   - De quel genre de créatures parlons-nous exactement, demanda Gabrielle, inquiète, tout en surveillant de près Dudley qui pâlissait à vue d’œil.
   - Eh bien, les Spriggans regroupent des êtres tels que les Succubes, les Incubes, les Vampires, les Harpies, les Changelings et les Hags.
   - En dehors des vampires et des harpies, j’ignorais que ces créatures existaient vraiment, dit Hermione perplexe. Je pensais que ces entités folkloriques n’étaient que le fruit de l’imagination des moldus ou de sorciers de la trempe de monsieur Lovegood… Attendez un instant ! Vous n’allez pas maintenant me dire que les Ronflaks Cornus et Nargoles existent vraiment ?!
   - J’ignore de quoi vous me parler, grommela le vieil homme.
   - Me voilà soulagée, sourit Hermione tandis que son mari ricanait.
   - Donc, en résumé, intervint Arthur en faisant signe à son fils et sa belle-fille de se taire, les jumelles pourrait avoir à affronter ces Spriggans, mais aussi bénéficier de l’aide des Sprites.
   - C’est exact. Tout comme le descendant de Morgane possède une affinité avec les créatures ténébreuses, les filles, elles, détiennent celle avec les Êtres Élémentaires. Je tiens également à préciser que l’héritier de cette fée parjure va avoir lui aussi besoin de découvrir et maîtriser sa nouvelle magie, mais que, contrairement à mes apprenties, il devra le faire seul, ce qui le désavantagera au début.
   - Oui, mais rien ne dit qu’il est un enfant, fit remarquer judicieusement Gabrielle.
   - C’est vrai, et avant que vous ne me le demandiez, j’ignore qui il est. Tout comme Abigail et Adélaïde, il est protégé pour les années à venir. Je n’aurai la possibilité de ressentir sa présence que lorsque le temps sera révolu.
   - Alors qu’est-ce que l’on fait maintenant, demanda Dudley, résigné.
   - Nous ne commencerons à chercher les druides potentiels que l’année prochaine, car, durant celle-ci, je dois former mes apprenties, réveiller les différents lieux druidiques et récupérer certains objets indispensables. Après quoi seulement, il sera temps de réunir les futurs aspirants de la congrégation.
   - Quand commencera leur formation ?
   - Maintenant. La Samhain est proche et elles doivent être prêtes.
   - Demain, intervint Dudley avant de supplier : Laissez leur la possibilité d’être encore aujourd’hui des petites filles. S’il vous plaît.
   - … Très bien, demain, dit Merlin avant de redevenir un nuage ectoplasmique qui s’engouffra dans un soupir à l’intérieur du grimoire.
   - Il est fatigué, s’inquiéta Addy.
   - Fatigué, demanda Molly étonnée. Mais c’est un fantôme !
   - Non, c’est pas un fantôme, dit Abby. Merlin a dit qu’il n’a jamais eu peur de la mort.
   - Alors qu’est-ce qu’il est ?
   - Maître » s’exclamèrent en chœur les jumelles sous le regard résigné des adultes.

Ce fut donc dans une atmosphère déprimante que se termina ce repas dominical hors du commun.

Le Destin était en marche et aucun d’entre eux ne savait vers quoi ils se dirigeaient vraiment. Cette incertitude ressentie une dizaine d’années plus tôt les avaient rattrapés beaucoup trop vite ; elle ne leur avait pas manqué et pourtant, elle était comme une vieille amie que l’on venait de retrouver.

 

 

Chapitre 11: Seconde Chance by Elunedril

 

« Les filles iront bien, n’est-ce pas » demanda Dudley pour la énième fois à Gabrielle.

La jeune femme regarda le père anxieux sans rien dire. Que pouvait-elle dire ou faire après tout ? Étant incapable de calmer elle-même son propre tumulte intérieur, comment pourrait-elle s’occuper de celui de Dudley ?

Ce matin-là, ils s’étaient levés avant les premiers rayons du soleil pour amener Abby et Addy à leur premier rituel, celui de la Samhain, sur l’Île de Skye. Dudley avait été vert dès le saut du lit, surtout quand il pensait à tout l’attirail qu’il avait dû préparer pour elles la veille : après tout, quel père digne de ce nom laisserait ses enfants jouer avec un couteau, une corde et des bougies ? Bien que ces objets portaient ici majoritairement un autre nom, cela restait toujours des objets dangereux pour des petites filles de cinq ans et demi.

Quand ils étaient arrivés à destination, les deux adultes n’avaient pu accompagner les jumelles que sur un bout de chemin ; en effet, alors qu’ils étaient à proximité de la Piscine aux Fées et de the Old Man of Storr, ils furent arrêtés par une barrière magique. À ce moment-là, voyant qu’ils ne pouvaient pas atteindre leurs bébés, Dudley avait paniqué suivi de près par Gabrielle. Il fallut l’intervention de Merlin et sa promesse de ramener les petites filles saines et sauves pour qu’ils retrouvent leur sang-froid et mettent leur affolement en veilleuse.

Depuis, ils attendaient. Le soleil avait entamé sa course lumineuse il y a quelques temps et les jumelles n’étaient toujours pas en vue. Quelque chose s’était-elle mal passée ? Était-il arrivé malheur à Abby et Addy ? Ces questions et bien d’autres encore ne cessaient de tourner dans leur tête, tandis que les mains des deux jeune gens s’accrochaient l’une à l’autre comme si elles étaient une bouée dans une mer déchaînée.

Ce ne fut que lorsque le soleil fut bien haut dans le ciel qu’ils virent enfin apparaître les petites filles. Une fois leurs mains ankylosées dénouées, ils coururent rapidement les rejoindre, la barrière magique ayant été finalement levée. Quand ils serrèrent Abby et Addy dans leurs bras, ils purent enfin laisser tomber la pierre qui pesait sur leur cœur et leur estomac.

« - Gaby, appela pensivement Abby exceptionnellement calme.
   - Oui ?
   - Comment s’appelle un animal qui a un bec, quatre pattes, des plumes et des poils ?
   - Vous avez rencontré un hippogriffe, s’exclama horrifié Gabrielle en vérifiant nerveusement s’il y avait des blessures.
   - C’est mon patronus, la rassura la petite fille.
   - … Ma chérie, tu veux bien me répéter ce que tu viens de dire s’il te plaît ? Je crains de ne pas avoir bien saisi.
   - Mon patronus est un hippogriffe, répéta docilement Abby perplexe.
   - Comment c’est possible ?! Cela ne peut pas être…
   - Gabrielle, interrogea anxieusement Dudley, il y a un problème ?
   - Dud, l’invocation d’un patronus est du niveau d’un sorcier de quatrième année ! Et à l’aide d’une baguette, cela va sans dire !
   - … Abby, tu es bien sûre que c’est d’un « patronus » dont il s’agit ? Peut-être que c’était autre chose ?
   - Non, c’est le Maître qui l’a dit.
   - Ah d’accord, c’est votre Maître qui l’a fait apparaître…
   - Non, c’est moi.
   - …
   - Addy aussi l’a fait. Pas vrai Addy ?
   - …
   - Moi, j’ai fait une chouette.
   - …
   - Combien de temps comptez-vous rester planter là » s’exclama soudain une voix au-dessus de leur tête.

Quand les deux adultes levèrent leur tête, quelle ne fut pas leur surprise que de voir voler un patronus en forme de Harfang des Neiges. Celui-ci plana en cercle au-dessus d’eux avant de se poser sur le rocher le plus proche.

« - Mer… Merlin, demanda Gabrielle, incertaine.
   - Qui voulez-vous que ce soit ?! Paracelse, grommela le magnifique oiseau.
   - Mais comment…
   - Durant la Samhain, l’aspirant druide invoque son guide spirituel avant de le lier à lui. Une fois fait, l’esprit ne fait qu’un avec le patronus de son invocateur jusqu’à la mort de celui-ci.
   - Esprit, bredouilla Dudley apeuré.
   - Quel poltron, s’exclama Merlin. Êtes-vous sûr que vous êtes le père de mes apprenties ?! Ces esprits sont les âmes consentantes des druides du passé qui ont accepté de guider les générations futures. Vous leur devez le respect !
   - Alors les filles n’ont pas invoqué leur patronus ?
   - Non en effet, mademoiselle. J’ai juste pris les corps de leur futur patronus, même si cela m’a demandé beaucoup d’énergie, vu qu’elles ne les avaient jamais invoqués.
   - Donc vous êtes leur guide spirituel ? Et vous les suivrez toute leur vie ?
   - C’est cela. Je pourrais également les protéger en cas de danger immédiat. Le patronus d’Abigail sera d’ailleurs très pratique.
   - Mais un patronus est immatériel, opposa Gabrielle. Comment pourrez-vous les protéger ?
   - Utiliser la magie ne demande pas forcément un corps physique. De plus, je peux solidifier mon corps en cas d’urgence.
   - Pratique. Alors comme ça, tu possède un patronus en forme de hippogriffe, s’extasia Gabrielle en se tournant vers les jumelles. Et toi, un Harfang des Neiges ? C’est incroyable !
   - Tu as quoi toi, questionna Abby, curieuse.
   - Une biche.
   - Hein, s’exclama Dudley.
   - Quoi ?
   - Ma tante avait elle aussi une biche.
   - Vraiment ? Quelle coïncidence !
   - Mmmmh…
   - Tous les druides auront donc un guide pour les suivre, interrogea Gabrielle.
   - C’est exact, mais contrairement aux jumelles, ils devront avoir au moins une fois invoqué un patronus corporel. Cela consomme trop d’énergie de l’invoquer pour eux et le lien pourrait ne pas se nouer.
   - Donc nous pouvons recruter des aspirants à la fin de la quatrième année, dit Dudley, prêt à chercher tout ceux qui seront susceptible de protéger ses filles.
   - Non, en cinquième année, il y a les B.U.S.E. Les élèves ne pourront pas se consacrer entièrement à l’apprentissage. Mieux vaut prendre l’année suivante.
   - Votre compagne a raison. Il faut savoir qu’en dehors des rituels, il y a aussi les connaissances druidiques à assimiler.
   - D’ailleurs, combien y a-t-il de rituels dans l’année ?
   - Il y a huit rituels obligatoires et neuf fêtes facultatives, même si elles sont recommandées. Pour la première année cependant, les aspirants ne se concentreront que sur les huit principales cérémonies, à savoir : Samhain, Yule, Imbolc, l’équinoxe de printemps, Beltane, le solstice d’été, Lughnasad et l’équinoxe d’automne. Quant aux jumelles, elles ne pourront faire que quelques uns de ces rituels car elles n’ont pas en main tous les outils nécessaires. De plus, la plupart d’entre eux sont centrés sur la communauté et non l’individu, donc impossible à réaliser seul.
   - À quels rituels participeront-elles cette année ?
   - Imbolc, l’équinoxe de printemps, Beltane et le solstice d’été. Elles découvriront les autres avec les aspirants de l’année prochaine.
   - Imbolc, quant est-ce, demanda Dudley, et où a-t-il lieu ?
   - Le rituel se déroule le 1er février au lac Llyn Llydaw dans le Pays de Galles. Maintenant, si vous avez fini avec vos questions, il serait temps de ramener mes apprenties chez elles. Elles se sont levées tôt et une sieste serait plus que bienvenue.
   - Ah oui, bien sûr, acquiesça avec empressement Gabrielle, vous avez raison.
   - Humpf… J’ai toujours raison » grommela l’oiseau avant de disparaître tandis que la petite famille transplanait en direction du Terrier.


***


Durant les semaines qui suivirent, Abby et Addy travaillèrent d’arrache-pied aux fondations de leur futur rôle en suivant les cours de Merlin après l’école qui, elle, s’apparentait pour les jumelles à des vacances. En effet, leur mentor leur dispensait divers enseignements, comme les anciennes écritures, l’herbologie, les symboles de la Nature,…

Dudley et Gabrielle étaient anxieux et attristés de les voir s’échiner à engranger autant de connaissances à la fois ; ils avaient peur que les petites filles s’épuisent à ce rythme d’enfer. Au début, ils voulurent même retirer les jumelles de l’école, les cours de Merlin étant désormais la priorité d’Abby et Addy. Mais celles-ci avaient catégoriquement refusé : elles voulaient être comme tout le monde et passer du temps avec les enfants de leur âge. Finalement, leur institutrice et les deux adultes compromirent donc en organisant les cours de jumelles : certains de l’école sautèrent au profil de ceux de Merlin qui se déroulaient alors dans une salle vide de l’établissement. Ainsi, Abby et Addy purent retrouver un rythme quasiment normal.

Tous ces chamboulements ne touchèrent pas que les jumelles. En effet, parce qu’ils recherchaient du réconfort, Dudley et Gabrielle se rapprochèrent de plus en plus l’un de l’autre. Cela avait commencé avec de petits contacts pour se rassurer, de longues nuit de veilles à s’encourager, des silences confortables comme des cocons douillets,… Ce n’était au départ que des gestes amicaux qui devinrent ensuite des habitudes chaleureuses. Mais, au fur et à mesure du temps qui s’écoulait, celles-ci se réchauffèrent davantage, devenant de plus en plus ambiguës. Quand ils s’en rendirent compte, ces moments les mirent d’abord mal à l’aise tout en les faisant aspirer secrètement à plus. Plus tard, ils devinrent incertains, si bien que quand Imbolc arriva, ils se parlèrent très peu, et, quand c’était le cas, jamais ils ne se regardèrent dans les yeux. Seule la présence des jumelles apaisait quelque peu cette situation tendue.

Le clan Weasley s’était également rendu compte de l’atmosphère qui existait entre Dudley et Gabrielle. Tous les adultes s’étaient alors mis à œuvrer, parfois de façon maladroite, pour les pousser dans la « bonne » direction : un placard à balais malencontreusement fermé alors qu’ils s’y trouvaient, un pas de danse mal exécuté projetant la pauvre Gabrielle sur un Dudley hésitant,… Chaque plan exécuté avec brio ou non réussirent cependant la tâche que le clan s’était fixé, celle de renforcer et faire grandir l’atmosphère qui entourait les deux jeune gens.

Ce fut donc dans cette ambiance en constante évolution qu’arriva l’équinoxe de printemps.


***


Le matin de l’équinoxe de printemps, Gabrielle et la famille Dursley allèrent en Irlande dans le comté de Mayo où se trouvait le château d’Ashford, dans le village de Cong.

C’était dans cette majestueuse demeure que la Reine Maeva transmettait son savoir à ses étudiants. Cette sorcière savante était réputée pour ses recherches diverses et variées en magie : elle avait en effet accumulé au cours de sa vie beaucoup de connaissances dans l’espoir que celles-ci ne seraient jamais perdues et pourraient profiter aux générations futures. Ce fut pourquoi, à sa mort, elle légua son château, gardien de tout son savoir, à la congrégation pour que celle-ci protège et diffuse son œuvre.

À l’époque, quand Merlin avait reçu ce fabuleux héritage, il avait décidé de déplacer la fête de l’équinoxe de printemps entre ces murs. En effet, celle-ci étant également connue comme la fête de la connaissance et de l’apprentissage, qu’y avait-il donc de mieux que la demeure du savoir pour célébrer ce jour ?

Quand la famille atteignit la muraille gardant le château d’Ashford, les jumelles s’arrêtèrent.

« - Qu’est-ce qu’il ne va pas, demanda Gabrielle.
   - Nous n’entrerons pas, annonça Addy.
   - Pourquoi donc ? N’est-ce pas ici que vous devez aller ?
   - Non. Il existe un passage pour entrer dans le vrai château de la reine Maëva.
   - D’accord, acquiesça Dudley, maintenant habitué à ce genre de choses. Alors où est l’entrée ?
   - Là-bas » dit Abby en montrant le mur d’enceinte à côté de la tour carrée qui gardait le grand portail.

Les jumelles tirèrent alors les deux adultes vers l’endroit indiqué où était gravé dans la pierre le blason de la congrégation : une tête de cerf vu de profil dont les ramures soutiennent un chêne millénaire aux branches déployées et entrelacées enfermant ainsi le tout dans un cercle.

« - Papa, Gabrielle, à demain, dit Addy.
   - Nous ne pouvons vraiment pas vous suivre, demanda Dudley inquiet et réticent.
   - Non, tu ne peux pas, tu ne portes pas le tatouage d’une caste druidique, expliqua-t-elle. Normalement, nous non plus ne pourrions pas entrer.
   - Nous n’avons pas été marquées par la pierre druidique à Yule, continua Addy.
   - Merlin va devoir nous aider à passer avec la permission des gardiens qui se trouvent à l’intérieur.
   - Comment peut-il y avoir des gardiens, s’exclama Gabrielle.
   - Ce sont des Êtres Élémentaires, dit Abby comme si c’était une évidence.
   - … Évidemment.
   - Papa… Je peux avoir un bisou, demanda Addy, inquiète d’être pour la première fois séparée de son père aussi longtemps.
   - Bien sûr, autant que tu voudras. »

Les petites filles firent leurs adieux aux deux adultes, puis, prenant leur courage à demain, entrèrent dans le mur quand Merlin les y invita.

Gabrielle et Dudley regardèrent longtemps l’endroit où les jumelles avaient disparues, comme si, avec de la persévérance et de la volonté, leurs yeux pourraient voir à travers l’enchantement. Et ce ne fut que lorsque le soleil fut haut dans le ciel qu’ils se résignèrent à entrer dans le château. En effet, celui-ci n’était plus la demeure d’une famille mais un hôtel.

Arrivés à l’accueil, ils demandèrent les deux chambres simples qu’ils avaient réservées.

« - Je suis navrée monsieur Dursley, mademoiselle Delacour, mais vous avez réservé une chambre double.
   - Vous êtes sûre ? Il me semble pourtant avoir bien réservé deux chambres.
   - C’était le cas au début, jusqu’à ce que mademoiselle Delacour change la réservation.
   - Je vous demande pardon ? Mais je n’ai jamais fait ça.
   - … Vous vous appelé bien Fleur Delacour ?
   - … Non, moi je m’appelle Gabrielle. Fleur est ma sœur… Quand a-t-elle appelé ?
   - Ce matin.
   - C’est pas vrai, souffla Dudley. Je suis désolé, c’est ma faute. Comme je n’ai pas donné ton prénom à l’hôtel, elle a pu œuvrer si facilement. Et je suppose que l’on ne peut pas revenir à la situation précédente ?
   - En effet. Nous avons eu un soudain afflux providentiel de réservations.
   - Comme c’est étonnant, grinça Gabrielle, sur le point d’exploser.
   - Puisque c’est ainsi, nous prenons la chambre, décida promptement Dudley en tenant fermement sa compagne folle de rage.
   - Très bien. Voici la clef de la chambre numéro 6. Paul va vous y mener, dit l’hôtesse en présentant le groom qui s’était avancé.
   - La chambre numéro 6, grommela entre ses dents Gabrielle.
   - Je vous remercie, dit précipitamment Dudley avant de se retourner rapidement vers leur guide : Montrez la voie, s’il vous plaît.
   - Par ici, je vous prie » dit celui-ci en leur faisant signe de le suivre.

Et ce fut donc à sa suite que Dudley longea les luxueux couloirs tout en tirant une Gabrielle réticente et hors d’elle.Quand ils furent arrivés et eurent récupéré les clefs, Dudley remit un généreux pourboire au groom avant de mettre hâtivement celui-ci à la porte qu’il ferma à double tours. Coupés enfin du monde, Gabrielle explosa :
« - Je vais la tuer ! Comment a-t-elle pu faire ça ?!
   - Si tu veux mon avis, elle ne l’a pas fait toute seule. Si je me souviens bien, elle a très peu de contacts avec le monde moldu, alors comment aurait-elle pu se débrouiller remplacer notre réservation et faire en sorte que l’hôtel ne puisse pas la changer ensuite ?
   - Sauf si elle a jeter un sort de confusion à la réceptionniste.
   - On ne peut pas jeter un sort de confusion à un ordinateur, sauf si on s’y connaît en magie moldue.
   - … Ils s’y sont tous mis…
   - C’est probable.
   - Comment peux-tu être si calme ? Ils nous ont manipulés !
   - Tu sais, depuis l’arrivée de Merlin et ce qui va avec, j’ai épuisé mes réserves de surprises. Et puis, ils ne l’ont pas fait dans de mauvaises intentions.
   - …
   - Puisqu’ils nous ont donnés cette opportunité, autant la saisir. Notre situation, après tout, commence à devenir gênante.
   - Gênante, pâlit Gabrielle.
   - Aaah, pas dans le mauvais sens du terme, s’exclama vivement Dudley, se rendant compte de sa bévue. Mais si cela te dérange pas et si tu es calmée maintenant, nous pourrions en discuter dehors, la chambre n’étant pas l’endroit idéal pour ce genre de conversation.
   - … D’accord, murmura nerveusement Gabrielle en rougissant de la tête aux pieds.
   - Que dirais-tu d’aller dans la serre du château ?
   - Ce sera parfait.
   - Allons-y alors. »

En silence, ils sortirent de la chambre et se dirigèrent vers le paradis verdoyant de l’hôtel. Arrivés à destination, aucun d’eux n’osa tout d’abord commencer, ni même se regarder d’ailleurs. Alors que Gabrielle ne savait pas quoi faire de ses mains, Dudley commença à se racler la gorge, toussoter avant de se frotter nerveusement la tête :
« - Je crois que je devrais commencer… Il fait beau aujourd’hui, n’est-ce pas ?
   - … Pffff ! Ah ! Ah ! Ah !
   - Désolé, je ne savais pas vraiment par où commencer !
   - Par le commencement tout simplement, sourit Gabrielle, libérée de toutes tensions.
   - Euh, je trouvais que ce n’était pas non plus une bonne idée ! Trop abrupt ! Sans compter que, là, tout de suite, seules des phrases-bâteaux, toutes faites, me viennent en tête. Je trouve que tu mérites mieux que ça.
   - Oh… Quel genre de phrases-bâteaux ?
   - Du genre : « Tu me plais vraiment beaucoup ».
   - …
   - Ou encore : « Si on essayait de faire un bout de chemin à deux pour voir où cela nous mène ».
   - …
   - Abrupt, n’est-ce pas ?… Banal aussi, voire très maladroit, j’en conviens aisément… Et si tu disais quelque chose ?… N’importe quoi fera l’affaire ! Tu me rends vraiment nerveux là !
   - Que veux-tu vraiment me dire Dudley ? Sans tourner autour du pot cette fois, dit Gabrielle, les yeux brillants.
   - … Je… Je t… Je-t-aime-vraiment-beaucoup-acceptes-tu-d-être-ma-compagne, débita Dudley dans un souffle.
   - J’en serai enchantée.
   - V… Vraiment ? Tu es vraiment d’accord ?
   - Vraiment, sourit-elle. Pourquoi ? Cela t’étonnes ?
   - Tu es quelqu’un de formidable Gabrielle : belle, intelligente, douce,… Tu pourrais obtenir bien mieux que moi, moi qui ait un passé et deux petites filles. Je ne dis pas ça pour te faire fuir, loin de là, mais c’est une réalité que je ne peux et ne veux laisser derrière moi : elle fait partie de ce que je suis aujourd’hui.
   - Je sais et je ne t’en aime que plus. Tu sais, j’ai apprécié le père avant de commencer à aimer l’homme. Et puis, comment ne pas aimer Abby et Addy ?
   - … Merci Gabrielle ! Merci de nous aimer, moi et mes filles !
   - Ce n’est pas difficile de vous aimer tous les trois… Vas-tu le dire aux jumelles ?
   - Je… Pas pour l’instant, avoua Dudley avant d’ajouter précipitamment : Je t’aime et je veux vraiment aller jusqu’au bout avec toi ! Cependant… Je sais aussi que c’est trop prématuré de le leur annoncer. Tu es leur nanny et tu les sécurises… Changer ton identité à leurs yeux pourrait les perturber, surtout tant que notre relation n’est pas stable. Après tout, nous aussi allons devoir changer nos rapports qui ne seront plus ceux de deux amis mais plutôt ceux d’un… couple…. Je suis désolé… si tu penses que je veux te cacher aux yeux des autres… Ce n’est vraiment pas le cas, je t’assure ! Je ne verrai aucun inconvénient à le dire au reste de la famille !
   - Ah non ! Ils seraient beaucoup trop contents !
   - … Hein ?… Tu n’es pas en colère contre moi ?
   - Bien sûr que non ! En tant que professionnelle, je m’y connais en psychologie infantile. C’est le bon choix… Cependant, je pense que les filles sont très perspicaces et sensibles à leur entourage. Elles voient beaucoup de choses. Je suis même quasiment certaine que le jour où nous leur annoncerons notre relation, elles ne seront absolument pas surprises.
   - Tu as peut-être raison… Alors, on ne dit rien aux autres non plus ?
   - Laissons-les mijoter, dit Gabrielle, revancharde. J’ai une autre question ?
   - Je t’écoute.
   - Quand vas-tu te décider à m’embrasser ? »

Dudley sourit avant de la prendre dans ses bras et d’accéder à sa demande. Plongeant avec délice dans cette douce félicité, ils se serrèrent étroitement, voulant se fondre l’un d’en l’autre pour qu’ils n’aient plus jamais à se quitter


***


Le lendemain, Dudley et Gabrielle allèrent attendre à l’endroit où ils s’étaient séparés des jumelles la veille. Côte à côte mais pas au point de suggérer une quelconque intimité, ils regardaient avec impatience le mur qui les séparait d’Abby et Addy. Quand, enfin, celles-ci apparurent sous leurs yeux, les deux adultes les trouvèrent rêveuses, comme si elles venaient de se lever et n’étaient pas complètement réveillées.

« - Abby ! Addy !
   - Papa ! Gabrielle ! Bonjour !
   - Ça va, s’inquiéta leur père. Vous venez de vous réveiller ? Ou c’est que vous n’avez pas dormi ? Une fois à la maison, vous pourrez faire la sieste.
   - Ah non, s’exclama Abby complètement réveillée par les paroles de Dudley. J’ai dormi toute la journée d’hier, moi.
   - … Mais comment ça se fait ? N’aviez-vous pas un rituel ?
   - Mais nous l’avons eu. Dans notre sommeil.
   - Dans votre sommeil ?!
   - Oui. Hier était la fête de l’apprentissage. Lors de leur premier rituel, les druides vont dans la Salle du Cristal pour apprendre une magie qui leur sera propre.
   - Papa, si tu savais ! Le cristal est énorme ! Et il est trop beau !
   - Ahem, fit Merlin, mécontent d’être ignoré par la famille.
   - Oh ! Bonjour Merlin, salua Gabrielle. Tout s’est passé comme vous le souhaitiez ?
   - Eh bien oui, dit celui-ci en secouant ses plumes. Je dois dire que bien que les filles soient jumelles, elles sont vraiment différentes dans leur caractère et capacités : Abigail a appris une magie solaire tandis qu’Adélaïde, elle, maîtrise maintenant une magie lunaire ?
   - C’est-à-dire ?
   - Le Cristal de la Connaissance fait miroiter les rayons du soleil et de la lune dans toute la salle. En fonction de son affinité, quand un druide est touché par l’un d’eux, il s’endort et apprend durant son sommeil la magie qui lui correspond. On appelle également cet apprentissage, l’Illumination.
   - Je vois, dit Gabrielle avant de se tourner vers les jumelles : Alors, dites-moi, qu’avez-vous appris ?
   - Le raffinage artistique, annonça fièrement Abby.
   - Et moi, la magie musicale, sourit Addy.
   - Et qu’est-ce donc, demanda curieusement Dudley.
   - Ce que je dessinerai sortira de mon carnet !
   - Pour être précis, intervint Merlin avant que fusent les questions, seuls les objets finis sortiront de la toile. Apprentie, n’oublie pas que quoique tu dessines, si tu n’esquisses pas correctement une image réaliste ou n’injectes pas les caractéristiques souhaitées par magie, l’objet ne deviendra jamais réalité ou alors il ne perdurera pas dans le temps.
   - Je sais, je sais, bougonna Abby. Je dois d’abord apprendre à bien dessiner.
   - C’est bien que tu le saches.
   - … Et toi, Addy, demanda Dudley de plus en plus inquiet par la puissance grandissante de ses filles.
   - Moi, je peux défendre et guérir grâce à la musique.
   - …
   - Il y a en effet deux modes dans la magie musicale, argumenta Merlin. Le premier est celui de la défense : grâce aux ondes sonores, Adélaïde pourra soit charmer sa cible si elle ne souhaite que l’hypnotiser, soit le placer dans une illusion. Le deuxième mode, quant à lui, peut guérir tout ce qui touche au domaine mental et psychologique. Bien sûr, il y a des limites à son action ; par exemple, elle n’a pas la possibilité de guérir ceux dont le cerveau a été touché par magie.
   - Et ceux qui sont devenus fous après avoir été torturés par magie, demanda Gabrielle avant de murmurer à Dudley : Les parents de Neville.
   - Et bien, c’est possible, mais il faut que, comme sa sœur, Adélaïde prenne d’abord des cours de musique.
   - Je vois. Donc, en plus de l’école et vos leçons, je dois aussi les inscrire à des cours de dessin et de musique. Cela va faire trop, s’écria Dudley, affligé pour ses filles.
   - Ne le vois pas comme ça, intervint Gabrielle. Cela reste des loisirs et cela leur permettra de rencontrer d’autres enfants.
   - Et si elles utilisent leur magie personnelle pendant leurs cours ?
   - Les filles doivent le faire sciemment, dit Merlin. Contrairement à leur magie naturelle et innée, elle doit être consciemment invoquée. Mes apprenties sont raisonnables. Elles ne feront rien qui mettra en péril le Secret ou la vie d’autrui. À moins bien sûr qu’elles n’aient pas le choix.
   - Me voilà rassuré » grommela Dudley.

Et ce fut sur cette note pas très réjouissante qu’ils rentrèrent au Terrier où la famille les attendait.

« - Alors, comment ça s’est passé, chuchota Fleur à sa sœur.
   - Quoi donc, répliqua Gabrielle, l’air absolument innocente.
   - Eh bien, tu sais… Avec Dudley !
   - Oh ! Ma chérie, que vas-tu encore t’imaginer ? Dudley et moi sommes amis.
   - Amis ?! Laisse-moi rire !
   - Si tu veux tout savoir… il a dormi sur le canapé hier soir. Ce n’était très pas sympa de nous faire ce genre de blague, tu sais ? Il aurait pu attraper froid !
   - … Le canapé ? Et c’est tout ?
   - Que peut-il y avoir de plus ?
   - … Laisse tomber, tu me déprimes ! »

Gabrielle eût bien du mal à retenir son hilarité. Le plan de sa sœur avait peut-être atteint son but, mais il était hors de question qu’elle le sache, elle en serait beaucoup trop fière. Alors que Gabrielle ricanait sous cape, Dudley ne pût s’empêcher de secouer la tête : sa compagne était vraiment rancunière ; voilà un détail qu’il se ferait bien de retenir.


***


Les jours passèrent. Alors que le printemps se paraît de ses plus belles couleurs, Beltaine vint et avec lui, la possibilité de voir enfin la capitale druidique, Avalon. Les jumelles étaient impatientes. Merlin leur avait beaucoup parlé de cet endroit dont l’entrée se trouvait sous l’arche d’une tour, dressée en haut de la colline de Glastonbury Tor, dans le Sommerset. Pour pouvoir pénétrer dans cette enceinte sacrée, en plus du tatouage druidique, il fallait attendre l’aube ou le crépuscule, moments où les rayons du soleil traversaient l’arche de la tour, montrant ainsi un chemin lumineux aux yeux avertis. Abby et Addy voulaient voir cette voie, qui, comme le disait Merlin, ressemblait à une route pavée d’or.

Il y avait aussi une autre raison à leur impatience. En effet, une fois à Avalon, elles récupéreraient certains trésors, dont un en particulier qui était la raison de l’enthousiasme des jumelles. : la Pierre des Druides, comme il avait été nommé autrefois, avait l’apparence d’un caillou d’un blanc éclatant veiné d’argent, de la taille d’une paume de main adulte et dont la surface avait été lissée par les ans. Bien que belle, cette pierre n’avait au premier abord rien d’exceptionnel. Et pourtant, elle était le juge impartial qui déterminait si un sorcier possédait le potentiel druidique et qui dispatchait les aspirants en les marquant du symbole de l’une des quatre castes qui leur correspondait, à savoir : la caste des Sages/Bardes, la caste des Gardiens, la caste des Guérisseurs/Devins et la caste des Chuchoteurs. Grâce à la Pierre, Abby et Addy ne seraient plus jamais seules, car leurs futurs frères et sœurs allaient enfin être déterminés et rejoindraient bientôt, si c’était leur choix, les rangs de la congrégation.

Le clan aussi attendait avec impatience ce trésor. En effet, beaucoup d’entre eux voulaient savoir s’ils avaient ce potentiel. Cependant, tous ne seraient pas testés, malgré leur curiosité : les grands-parents Weasley et Andromeda, par exemple, se sentaient trop vieux pour entamer une nouvelle aventure et souhaitaient consacrer leur retraite à leurs petits-enfants ; les membres du clan emplis d’ambition comme Hermione, n’étaient également pas éligibles car la congrégation se voulait neutre en terme de politique, bien qu’elle soit disposée à se placer en tant que conseiller auprès des membres du pouvoir ; et enfin, la dernière catégorie était la nouvelle génération qui était trop jeune et qui n’aurait cette possibilité que dans quelques années.

Le lendemain de Beltaine, les adultes du clan attendaient l’arrivée de la famille Dursley dans la salle à manger du Terrier. Pour une fois, on pouvait entendre une mouche voler tant ils étaient concentrés sur l’âtre de la cheminée. Quand celle-ci s’enflamma en ce début de matinée, quelle ne fut pas leur déception que de découvrir qu’il s’agissait du ministre de la magie et de la directrice de Poudlard. Ceux-ci sourirent à leur mine déconfite avant de les rejoindre dans leur attente. Quand la famille Dursley arriva enfin, tous étaient à bout de patience.

« - Vous voilà enfin, s’exclama Charlie venu pour cet événement si spécial.
   - Oui, bonjour à toi aussi, je vais bien, merci de le demander, ironisa Dudley.
   - Nous ne sommes pas en retard, ajouta Gabrielle, c’est vous qui êtes en avance.
   - …
   - Bonjour mes chéris, sourit Molly en faisant les gros yeux à son fils. Avez-vous pris le petit déjeuner ? Voulez-vous manger quelque chose ?
   - Merci Molly, sourit Gabrielle, nous sommes passés par la maison avant de venir.
   - Mamolly, mamolly, s’écrièrent les jumelles pour attirer l’attention de celle-ci.
   - Oui, mes petites fées, qu’y-a-t-il ?
   - Nous avons la Pierre ! Regarde comme elle est belle !
   - Elle est magnifique, en effet.
   - Elle a déjà brillé, tu sais, dit, toute fière, Abby.
   - Vraiment, demanda le clan, tout de suite intrigué.
   - Et pour qui a-t-elle brillé, demanda Molly, curieuse.
   - Pour moi, pour Addy, pour Gaby et pour Lorenzo, énuméra la petite fille.
   - Lorenzo qui ?
   - Le contrôleur du Magicobus, intervint Dudley. Il nous rejoindra une fois son service terminé pour plus d’explications.
   - Gabrielle, tu as été choisie, s’émerveilla Fleur. En même temps, cela ne m’étonnes pas trop. Cette nouvelle identité te va bien.
   - Merci, je trouve aussi.
   - Oncle Harry, demanda Addy, timide.
   - Oui, ma puce.
   - Tu veux bien essayé aussi ?
   - Ce n’est pas que je ne veux pas, mais je suis le Commandant des Aurors.
   - Tu n’es pas un Chef de Département, intervint Gabrielle. Tu dépends de celui de la Justice. Si tu as à prendre la parole, c’est pour donner des conseils et non des ordres. Seuls les aurors t’obéissent. Tu es éligible.
   - Vraiment ? Alors, je veux bien essayé. »

Abby et Addy sourirent de toutes leurs dents avant de lui remettre la jolie petite pierre. À peine les doigts de Harry touchèrent la surface de celle-ci qu’elle s’illumina. Bien que tout le monde s’en doutait un peu, preuve était faite, Harry Potter possédait le potentiel druidique.

Après les félicitations et les « C’était à prévoir », les membres éligibles du clan qui souhaitaient être testés, défilèrent alors devant les jumelles. La Pierre des Druides brilla par trois fois : elle le fit pour Ron, Audrey et Charlie.

« - Cela me rassure de savoir qu’il y aura certains des nôtres auprès des jumelles, soupira Molly.
   - En cas de pépin, nous pourrons être avertis et vous donner un coup de main, même si nous ne sommes pas entrés dans la congrégation, renchérit Arthur.
   - Et puis, sourit Gabrielle, nous avons le grand Harry Potter et son fidèle acolyte Ronald Weasley avec nous maintenant.
   - Merci, merci, se rengorgea Ron en s’inclinant humoristiquement à droite à gauche, je sais combien JE suis indispensable !
   - Ah ! Ah ! Ah !
   - Quand nos amis doivent-ils se déplacer pour faire face à la Pierre ?
   - Ils ont tous répondu présents pour le dîner de ce soir, répondit Molly.
   - Parfait, dit Arthur. Abby, Addy, vous avez veillé toute la nuit. Allez-vous reposer pendant que nous organisons ce qui doit être fait.
   - Mais…
   - Au lit ! »

Rouspétant pour la forme, les jumelles montèrent suivies de Gabrielle. Elles ne firent pas un pli et s’endormirent dès que leur tête toucha l’oreiller.

« - Et dire que j’espérai qu’il n’y aurai pas de mage noir avant cinquante ans, voire un siècle avec un peu de chance, soupira le Ministre. Et pourquoi faut-il toujours que ce soit des enfants qui sont choisis en tant que champions ?
   - Sans doute parce qu’ils ont la plus grande marge d'évolution, supposa Arthur, navré.
   - …
   - Qui doit venir ce soir, intervint le professeur McGonagall.
   - Les familles Londubat, Dragonneau, Thomas, Finnigan, Jordan, MacMillan, Boot, Finch-Fletchley, Goldstein, Dubois et Corner ainsi qu’Astoria qui vient seule.
   - Je vois. Et comment souhaitez-vous recruter dans mon école ?
   - Les aspirants druides doivent avoir le niveau d’un quatrième année, expliqua Gabrielle. Et comme l’année suivante ils ont leur BUSE, nous avons pensé les tester après leur examen. Du moins, ce sera le cas dans deux ans.
   - Que voulez-vous dire ?
   - Eh bien, en plus des cinquièmes années, nous testerons aussi durant ces deux années les septièmes années. Ainsi, nous ne les dérangerons pas pendant leur ASPIC, mais nous ne les priverons non plus du choix de devenir ou non un druide.
   - Bien pensé.
   - Savez-vous comment se passent les rituels, demanda le Ministre, curieux.
   - Pas vraiment. Les jumelles n’ont pas pu faire tous les rituels car beaucoup sont centrés sur la communauté. Et même pour ceux qu’elles ont effectués, ils n’étaient pas complets. Elles les découvriront donc en même temps que nous.
   - Et pour l’instant, vous n’êtes que huit.
   - Avec un peu chance, nous serons plus nombreux après ce soir et la réunion organisée à Poudlard ensuite. Et avec les années, la congrégation se repeuplera petit à petit.
   - J’espère que vous dites vrai. Le bien-être de la communauté magique en dépend. Cela peut vous sembler être égoïste, mais je reste avant tout le dirigeant du Ministère : je dois veiller sur mon peuple.
   - Nous comprenons » dit Gabrielle en serrant la main de Dudley.

Dudley se sentait malheureux de voir ces sorciers confier leur destin à ses filles. D’abord Harry et maintenant les jumelles. Non, vraiment leur monde ne tournait pas rond.

Le soir arriva bientôt et tous leurs amis étaient venus. Ils comprirent l’enjeu à court et à long terme, car c’était des enfants de la guerre : ils connaissaient les risques mieux que quiconque et pouvaient de ce fait les accepter pleinement.

En fin de soirée, quatorze nouveaux aspirants druides se levèrent donc : Neville Londubat et sa femme Hannah Abbot, Rolf Dragonneau et Luna Lovegood, Susan Finnigan née Bones, Mandy Jordan née Brocklehurst, Ernie MacMillan et Parvati Patil, Terry Boot époux de Padma Patil, Justin Finch-Fletchley époux de Lavande Bown, Anthony Goldstein et Katie Bell, Cho Corner née Chang ainsi qu’Astoria Malefoy née Greengrass.


***

« - Abby, mais où diable as-tu mis tes chaussures ?! Addy, es-tu prête ma chérie ? Nous allons être en retard !
   - J’ai trouvé une des chaussures d’Abby, dit Addy à Gabrielle en lui montrant sa trouvaille. Et oui, je suis prête.
   - J’ai trouvé l’autre, s’écria Abby victorieuse. Tu sais Gaby, il aurait été plus simple de les trouver grâce à la magie.
   - En effet, mais comment apprendrais-tu à ranger tes affaires sinon ? Et compter toujours sur la magie ne serait pas te rendre service : tu pourrais devenir si fainéante que tu ne serais plus capable de te servir de tes dix doigts. De plus, dois-je te rappeler, ma chère petite demoiselle, que tu n’as pas qu’une seule paire de chaussures ?
   - J’arrive très bien à me servir de tous mes doigts, s’insurgea Abby en les lui montrant. Regarde, mes pauvres petites mains sont toutes tâchées de couleurs.
   - Faire du dessin est un loisir pas une corvée.
   - Alors là, ce n’est même pas vrai, d’abord ! C’est un travail ! Mon travail ! Comment pourrais-je utiliser ma magie créative sans cela ?
   - Mais oui, mais oui, ma petite princesse a raison. Mais elle rendrait un grand service à sa nanny si elle voulait bien ne pas disperser toutes ses affaires dans la maison. D’ailleurs en parlant de ça, j’ai retrouvé une bouteille d’encre renversée sur le tapis…
   - Aaaah ! Gaby, nous sommes en retard ! Nous devons y aller, dit Abby en se sauvant vers la cheminée.
   - Ce n’est pas gagné. Je parie que la même scène se répétera bientôt, professa Addy, résignée.
   - Pourrais-tu être un peu plus optimiste pour une fois ?
   - À quoi bon ? C’est ma sœur jumelle, qui pourrait la connaître mieux que moi ? Désolée Gaby, tu n’as aucune chance de la changer sur point là. »

Gabrielle regarda en souriant les deux petites filles disparaître dans la cheminée. Bien qu’elle ait parfois eu envie de s’arracher les cheveux, voir les jumelles devenir de plus en plus vivantes et joyeuses ravissait son cœur.

« - Eh bien, pourquoi souris-tu d’un air niais, dit Dudley en sortant du bureau, la faisant sursauter.
   - Qui a un sourire niais, s’insurgea-t-elle. Oses dire que c’est moi et vois si je te nettoie !
   - Niais, quelqu’un a dit niait, se rétracta dans un sourire le jeune homme. Je voulais dire magnifique, que dis-je splendide !
   - Bien rattrapé, dit Gabrielle avant de lui poser un léger baiser sur les lèvres. Je pensais juste au fait que les jumelles semblaient pleines de vie depuis quelques temps.
   - C’est vrai et ce, depuis que nous sommes ensemble à mon avis. Pourtant, il me semble que nous n’en avons rien montré. Mais dis-moi chérie, n’es-tu pas en retard ?
   - Aaaaah ! L’école ! Je suis partie !
   - Et mon baiser ?
   - Pas le temps ! Je t’aime, s’exclama-t-elle en sautant dans la cheminée.
   - Je t’aime aussi » murmura-t-il en regardant l’âtre vide.

Trois mois s’étaient écoulés depuis leur aveu mutuel et au cours de ce laps de temps, leur rythme avait changé pour prendre un caractère plus familial qui avait sécurisé les jumelles comme jamais auparavant. Même si rien n’avait été dit à Abby et Addy, l’atmosphère du foyer Dursley était plus sereine, plus complète, à tel point que le jeune couple s’était décidé à leur révéler la vérité à leur sujet.

Ils étaient nerveux, très nerveux à cette idée, car la réaction des filles serait déterminante pour l’avenir de leur couple, ils le savaient. Mais ils ne pouvaient pas non plus continuer à se cacher : ce serait injuste pour les jumelles et elles avaient elles aussi leur mot à dire dans cette famille.

Le soir venu, Gabrielle et Dudley n’avaient pas faim, leur estomac étant trop noué pour leur permettre d’avaler quoi que ce soit. Tout en essayant de pousser l’autre à parler, ils écoutèrent Abby et Addy narrer leur journée.

« - C’était une bonne journée en somme, conclut nerveusement Dudley.
   - Oui, dit Abby. Qu’est-ce qu’on a rigolé quand Jamie s’est retrouvé sur le toit de l’école.
   - C’est bien le fils de son père. C’était également arrivé à votre oncle Harry.
   - J’en ai également entendu parler, dit Gabrielle avant de se tourner vers Adélaïde : Tu ne dis plus rien ma chérie, il y a quelque chose qui ne va pas ?
   - … Vous allez vous marier toi et papa, demanda tout à trac Addy.
   - Pfff, s’étouffa Dudley en recrachant sa gorgée d’eau. Que viens-tu de dire ?
   - C’est Rosie qui me l’a dit. Elle a entendu tante Hermione en parler à oncle Ron.
   - … Qu’ont-ils dit ?
   - Que toi et papa vous êtes amoureux et que tu seras notre nouvelle maman.
   - Tu va être notre maman, questionna Abby. Pour de vrai ?
   - … Cela vous ferait plaisir ?
   - Tu… Tu vas nous prendre notre papa, s’inquiéta Addy.
   - Non, par contre, il faudra accepter de me le prêter de temps en temps.
   - … Et si tu devenais comme la belle-mère de Cendrillon ?
   - Suis-je donc si vieille et moche ?
   - Non, tu es jolie, s’exclama Abby, et tu sens bon !
   - Je te remercie.
   - Vous aurez des bébés ?
   - … Nous n’en avons pas discuté…
   - Vous les aimerez plus que nous ?
   - Bien sûr que non, dit Dudley. Vous savez, les filles, le cœur d’un papa et d’une maman grandit pour laisser de la place à chacun de leurs enfants. Regardez mamolly, n’a-t-elle pas aimé tous ses enfants ? Et elle en avait sept ! Huit maintenant !
   - … Mais notre maman ne nous aimait pas, dit piteusement Addy.
   - Cela n’a rien avoir avec vous mes chéries, intervint Gabrielle. Votre maman était malade. À cause de ça, son cœur ne pouvait pas grandir. Elle n’avait pas beaucoup de place, or, une petite sorcière, ça en prend de la place, alors deux,… Elle ne pouvait pas le gérer.
   - Mais si vous vous marriez, et si vous avez des enfants, ce seront aussi des sorciers. votre cœur ne vous fera pas mal, s’inquiéta Addy tandis que Abby les regardait, soucieuse.
   - Au contraire. Il y aura beaucoup d’amour à la maison. Comment cela pourrait-il faire mal ? »

Abby et Addy se regardèrent avant de faire quelques messes basses. Les deux adultes, eux semblaient être sur le grill en attendant leur verdict. Quand les jumelles eurent fini, elles allèrent vers Gabrielle pour lui demander :
« -Alors… Est-ce qu’on peut t’appeler maman maintenant ou on doit attendre le mariage ?
   - Tante Hermione a dit que tu serais belle en mariée printanière, mais c’est l’année prochaine, alors…
   - Je serai très heureuse si vous pouviez commencer dès maintenant » sourit Gabrielle les larmes aux yeux, avant de les prendre dans ses bras.

Ému, Dudley regarda ses trois petites femmes réunies. Il était un sacré veinard : il avait à ses côtés un femme merveilleuse, prête à aimer inconditionnellement ses deux petites trésors et une famille chaleureuse. Seule ombre au tableau, cette fichue épée de Damoclès qui pendait au-dessus de la tête de ses filles. Mais il y réfléchirait demain. Aujourd’hui était un jour de célébration et il ne laisserait rien ni personne gâcher ce moment.

 

 

 

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