Un bon fils by Wapa
Ancienne histoire coup de coeurSummary:

The choice de viria13

 

Participation au concours d'AliceJeanne "7 fois où... a sauvé le monde au péril de sa vie" 

 

Pour exister face à une mère froide et indifférente, son frère a déjà pris le rôle de rebelle. Il ne lui reste que celui de fils modèle. Il était une fois... le courage de rester plutôt que de partir.


Categories: Enfances, Tranches de vie Characters: Famille Black, Regulus Black, Sirius Black
Genres: Famille, Missing Moments, Tragédie/Drame
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: 7 fois où... a sauvé le monde au péril de sa vie
Chapters: 7 Completed: Oui Word count: 7525 Read: 2428 Published: 15/07/2019 Updated: 01/09/2019
Story Notes:

Un grand merci à AliceJeanne qui organise ce super concours :) Toutes les infos ici

 

1. Assumer sa faute by Wapa

2. Braver l'interdit by Wapa

3. Apaiser le dragon by Wapa

4. Fuir by Wapa

5. Quitter l'enfant by Wapa

6. Accomplir sa destinée by Wapa

7. Continuer by Wapa

Assumer sa faute by Wapa

Août 1968



Le chasseur guettait. Caché par le tronc rugueux d’un tulipier en fleurs. Sa proie semblait inconsciente du danger. Allongée dans les herbes folles. Les bras croisés derrière la nuque. Elle mâchonnait un brin de paille les paupières closes. Il s’approcha à pas de loup. Avant même qu’elle ne puisse réagir, des trombes d’eau glacée s’abattirent sur l’innocente victime. Elle se releva, crachant et toussotant.

— Regulus, sale traître ! Tu vas me le payer !

Son frère levait le poing alors que ses cheveux dégoulinaient, plaqués sur le front. Sa chemise blanche avait perdu de sa superbe. Pratiquement transparente, elle collait son torse fin. Quel dommage. Il aurait souhaité admirer ce spectacle éternellement. Mais savourer la victoire était impossible. Avec les grandes jambes de Sirius, l'unique option raisonnable restait la fuite. Le chenapan s’échappa donc en riant dans les bosquets de la propriété. Il contourna les massifs de rosiers admirablement entretenus. La fierté de sa tante Druella. L’été, ils étaient plus souvent au manoir qu'à la sombre demeure familiale de Square Grimmaurd. Leur mère se déclarait fatiguée si elle les avait toute la journée dans les murs. Ici, au moins, ils pouvaient profiter du parc... et d’un peu de liberté.

Le souffle court, Regulus loucha vers son poursuivant. La distance qui les séparait s’amenuisait. Regardant à nouveau face à lui, il faillit percuter l’honorable statue de Salazar Serpentard, les mains jointes sous son médaillon. Au dernier moment, il dévia de sa trajectoire, mais cela permit à son frère de le rattraper. Sirius le saisit avec un cri de triomphe :

— Aha ! Pas de raison pour que je sois le seul à être rafraîchi !

Le petit se débattit comme un beau diable. Peine perdue. Il était prisonnier d'un étau ferme et impitoyable. Sans merci, son ainé le traînait vers la fontaine où quatre serpents crachaient des jets d’eau cristalline.

— Non ! Pitié ! Je suis désolé ! Ne fais pas ça.

La source se rapprochait dangereusement. Son visage réceptionna d’ailleurs de fines éclaboussures.

— Je t’en prie. Non ! Arrête !

Il eut le réflexe salutaire de prendre une large inspiration avant d’être plongé dans le bassin. Son bourreau lui maintint fermement la tête sous l’eau. Il agita ses pieds. Se tortilla. Laissa échapper quelques bulles. Enfin, il fut libéré. L’air se faufila avec bonheur dans ses poumons. Insensible, son frère le contemplait avec une expression satisfaite. Il osa même lui tendre la main.

— Sans rancune ?

L’occasion était trop belle. Saisissant son poignet, Regulus essaya de le faire basculer avec lui. Echec total. Son aîné devait s’attendre à une telle manœuvre et il ne broncha quasiment pas. Par contre, son sourire s’accentua.

— Allez crapaud. Sors de là.

Une voix au loin les interpella :

— Regulus ! Sirius ! Votre mère est là.

La légèreté de cet instant s’évanouit brutalement. La plaisanterie ne serait certainement pas au goût de cette chère Walburga. Elle détestait lorsqu’ils sortaient du cadre. Elle les préférait sages comme des images. Obéissants. Des enfants parfaits. Celle-ci apparut sur la terrasse, levant le coude pour se protéger du soleil encore haut. Malgré la chaleur étouffante, elle portait une sévère robe noire au col montant. Ses longues manches étaient terminées par des boutons de nacre. Pas une mèche ne dépassait de son chignon bas. Elle les attendait. Aucune échappatoire possible. Il fallait s’avancer. Tels des condamnés, ils gravirent l’escalier de pierre lourdement. De son regard d’acier, elle fixait leur ascension, sa bouche pincée en une muette réprobation.

Dure et sèche, elle les interrogea finalement :

— J’écoute.

Ses fils restèrent silencieux. La nuque baissée. Preuve ultime de leur culpabilité, leurs habits mouillés formaient peu à peu une flaque sur les dalles brûlantes. Menaçante, Walburga leva sa baguette et répéta :

— J’écoute.

Il sentit Sirius se crisper à ses côtés. Probablement pour se dénoncer. Pour détourner le courroux sur lui seul. C’était toujours lui qui prenait les coups. Lui qui était puni. Même quand il n’était pas coupable. Mais aujourd’hui, il ne le laisserait pas faire. Il assumerait son acte. Après tout, il était responsable. Sans lui, ils ne seraient pas tous les deux trempés. Il avala avec difficulté. Pourvu que le châtiment ne soit pas trop important. S’il devait subir un Doloris ou être enfermé dans la cave... Non. Ne pas y penser. Sinon, il allait flancher. Pour affermir sa volonté, il serra les poings jusqu’à ce qu’il sente la morsure des ongles sur sa peau. Il redressa la tête tout en évitant sciemment les yeux maternels.

— C’est moi qui ai commencé mère. Je vous demande pardon.

End Notes:

Brr... charmante Walburga. Il en faut du courage pour se dénoncer face à elle, non ?

Braver l'interdit by Wapa
Author's Notes:

Voici de nouveau Reg' qui n'est toujours pas bien grand...

Un grand merci à alrescha, Spiritos et Roxane-James pour leurs reviews à croquer ! ♥♥

Octobre 1969

Debout derrière leur chaise, les frères Black attendaient. Immobiles. L’air grave.

— Je pourrais avaler un hippogriffe. Pourvu qu’ils se dépêchent, murmura Sirius en se penchant légèrement vers lui.

Un froissement d’étoffes le fit se redresser vivement. Tel un cérémonial éternel, Walburga et Orion entrèrent dans la salle à manger avec prestance. Sans un regard pour leur progéniture, ils se placèrent chacun à l’une des extrémités de la longue table d’ébène. Ensuite seulement, les enfants prirent place alors que s’élevaient quelques notes cristallines. Arpèges de piano. Montées de violons et de violoncelles. Les Black aimaient dîner en musique. Un elfe de maison empressé apporta une bouteille au vin millésimé et les servit. Saisissant son verre en cristal, Orion admira un instant la robe pourpre avant de la porter à ses lèvres.


— Il y a une marche pacifique pour les droits des Cracmols à la fin de la semaine, informa-t-il.

— De nouveau ? répondit sa femme, exaspérée. C’est la troisième ce mois-ci.

— Eugenia Jenkins ne tiendra pas longtemps à ce rythme-là.

— Cette incompétente ! Je savais qu’elle était trop faible pour être Ministre.

— Disons qu’elle était un moindre mal après son prédécesseur.

— Ce Sang-de-Bourbe, cracha-t-elle, ne m'en parlez pas !



Sans se soucier de la conversation en cours, Kreattur déposa de petits pains sur leurs assiettes en porcelaine bordées des armoiries familiales. Regulus contempla avec envie la croûte dorée qu’il imaginait chaude. Impensable d’y toucher avant ses parents. Il observa à la dérobée son frère pour voir s'il supportait l’attente. Son visage fermé n'était pas bon signe.



— Cet indigne personnage, reprit sa mère. Qu’il ait pu accéder au pouvoir malgré son sang impur, j’en frissonne encore. Nous étions tombés si bas. Quel déshonneur.

— Mais le cercle restreint des 28 sacrés l’avait judicieusement écarté, n’est-ce pas ?

— Absolument. D’ailleurs que comptez-vous entreprendre pour Jenkins ?

— Nous opposer coûte que coûte à ces actions pacifiques évidemment. Certains vont aller jouer les troubles fêtes. Des émeutes devraient nous éviter un projet de loi favorable à ces Cracmols.

— Revendiquer l’égalité... ils ont perdu l’esprit. Comme si nous n’étions déjà pas assez charitables. Ils représentent un coût monstrueux pour notre communauté.

— Les mariages mixtes très chère, voici la cause de tous nos maux. Certains sorciers se déshonorent en épousant des Nés-Moldus. Leur sang souille les générations futures. Il affaiblit la magie. C’est entièrement de leur faute si nous devons supporter aujourd’hui ces Cracmols.

— Fort heureusement, dans les familles dignes de ce nom, la pureté a toujours de la valeur. La magie est puissante.

 

Sa mère saisit enfin le petit pain et Regulus l’imita en salivant d’avance.

 

— Pourtant mère, ce n’est pas votre oncle Marius qui est Cracmol ? lança innocemment son frère.


A peine avait-il prononcé ces mots qu’il fut violemment projeté de sa chaise. En retombant, sa tête heurta durement le sol dans un bruit sourd. Tremblante de rage, Walburga se leva, sa baguette dressée.

 

— Comment oses-tu ?

 

Pétrifié, Regulus contemplait la scène comme dans un brouillard. Incapable du moindre geste. Hypnotisé par les notes de musique qui continuaient leur course immuable. Son frère gisait sur le vieux parquet sombre. La respiration coupée. Les traits plissés dans une douleur muette. En dépit du fracas, son père n’avait pas bronché et il savourait nonchalamment son vin. Walburga s’approcha de son aîné et l'empoigna brutalement.



— Un séjour à la cave devrait te rappeler les bonnes manières.



Elle le traîna sans pitié hors de la pièce. Lorsqu’elle réapparut, rien dans son attitude ne dénotait ce qu’il s’était passé. Hautaine. Impassible. Tout juste un froncement de sourcils. Elle s'installa, prête à manger. Regulus déglutit avec difficulté en regardant son assiette. Son appétit s’était enfui.

 

Bien plus tard, alors que la demeure était silencieuse, l’enfant se faufila en douce jusqu’à la cuisine. La pièce aux murs de pierre brute était déserte. Il accéda au buffet et l’ouvrit délicatement. Malgré sa précaution, celui-ci grinça affreusement. Le coeur battant, il se figea. S’il se faisait prendre, il était bon lui aussi pour un passage prolongé à la cave. Il n’y avait été enfermé qu’une fois. Englouti par l’obscurité avec pour seule compagnie d’horribles bestioles qui ne songeaient qu’à le dévorer. Pire que le pire de ses cauchemars. Il aurait préféré ne jamais y retourner... Mais Sirius avait sûrement faim. C’était le moins qu’il puisse faire pour lui. Il mit finalement la main sur ce qu’il cherchait : le dernier petit pain du repas.



Il se dirigea ensuite vers le réduit qui jouxtait la pièce et entrebâilla la porte. Sous l’immense chaudière, un discret ronflement s’échappait d’un amas de chiffons. Roulé en boule, l’elfe de maison dormait profondément. Il s’en voulut de troubler son sommeil mais impossible d’agir sans lui. Sa mère avait probablement installé toute une série de barrières magiques qu’il ne pourrait pas franchir du haut de ses huit ans.



— Kreattur, chuchota-t-il.


Celui-ci se releva d’un bond.


— Maitre Regulus que se passe-t-il ? interrogea-t-il en se frottant les yeux. Êtes-vous malade ?

— J’ai besoin que tu m’emmènes dans la cave.

— Vous n’y pensez pas ! Vous serez puni, comme votre frère.

— Juste cinq minutes, supplia-t-il.

— Ma maitresse sera très fâchée si elle l’apprend et Kreattur perdra sa tête.

— Elle ne le saura jamais. Juste cinq minutes.


Même s'il continuait à marmonner, l’elfe capitula rapidement. De toute façon, Kreattur ne savait pas lui résister. N'était-il pas son préféré ? Grâce à lui, ils transplanèrent directement dans la cave. Plongé dans le noir, Regulus entendit un crac ! lui signalant le départ de l’elfe. Il fouilla sa poche à tâtons jusqu’à sentir le froid contact du verre de sa sphère magique. Grâce à elle, un ciel étoilé apparut, illuminant les bouteilles entreposées sous une voûte ouvragée. Sirius était appuyé contre la lourde porte en bois et le fixait avec un mélange plutôt inhabituel de désapprobation et de tendresse.


— P’tit frère, tu n’aurais pas dû venir...


Ce surnom affectueux était si rare que Regulus le dévisagea, inquiet. Si Sirius baissait la garde... Son teint était pâle. Mais sous les lueurs fantasmagoriques de sa boule lumineuse, difficile de juger avec fiabilité son état.


— Tu as encore mal ? demanda-t-il en s’asseyant à ses côtés.

— Ça va, l'apaisa son frère en haussant les épaules.

— Ce n'est pas un hippogriffe mais c'est toujours mieux que rien, annonça-t-il en lui tendant son butin.


En trois bouchées, Sirius engloutit le pain ce qui rassura son cadet. S’il avait bon appétit, il ne devait pas être aux portes de la mort.


— Tu n’as pas peur ici ? questionna Regulus en parcourant d’un œil suspicieux les alentours.

— Un Black n’a jamais peur ! affirma fièrement son aîné.

— Je suis sûr qu’il y a des rats en plus.

— Certainement.


A cette idée, Regulus sentit les poils de sa nuque se dresser. Ces petits animaux n’attendaient qu’une chose : les croquer.


— Tu n’aurais pas dû défendre ces Cracmols.

— Mais quel plaisir de la faire sortir de ses gonds.

— C’est malin. Tu es puni maintenant.

— Reg’... il y a pire que le noir et la faim.

— Qu’est-ce qui peut être pire que d’être enfermé avec des rats ?

— Le manque d’amour.

— Mère nous aime !

— Si tu le dis.

End Notes:

*.*

Le contexte politique de l'époque collait tellement bien à ce milieu pro Sang-Pur que je n'ai résisté à la tentation de l'insérer dans ce chapitre !

Merci pour votre passage :)

Apaiser le dragon by Wapa
Author's Notes:

Merci alrescha, FleurBleue, Roxane-James et Spiritos pour vos adorables reviews ♥ ♥

Bon il va falloir que j'intensifie un peu le rythme de publication si je veux être dans les temps, mamamia, quand je pense que certains ont déjà fini ! XD

Septembre 1971

Un cavalier blanc aux nobles traits s’empara sans scrupule de la tour adverse. Au-dessus du plateau en marbre, les joueurs s’affrontèrent du regard. Même la pluie qui martelait les carreaux ne parvenait pas à troubler la compétition qui s’était engagée une heure plus tôt. Un lustre aux multiples chandelles baignait de reflets fantomatiques leurs profils concentrés. De temps à autre, la lumière d’un éclair au loin envahissait la spacieuse chambre aux murs tapissés de soie gris-argent.


— Ta reine est perdue.


Jusqu’à présent sérieux, l’enfant aux cheveux d’ébène se permit un léger sourire satisfait. Celui-ci s'évanouit toutefois lorsqu'un long hurlement retentit. Le garçon tendit l’oreille alors qu’un deuxième cri succédait au premier. La litanie inintelligible ne permettait pas de savoir de quoi il en retournait. Curieux, il amorça un geste pour se relever.


— N’y allez pas maître Regulus. Madame doit être contrariée. Vous savez comme elle peut être...

— Je n’ai pas peur Kreattur. Je suis un Black.

Il se redressa et pointa fièrement le menton en l’air. Bien sûr, énervée, sa mère était un vrai dragon. Mais il ne risquait pas grand chose à aller guigner. Silencieusement, il descendit les escaliers en prenant soin d’éviter la marche qu’il savait grinçante. A son passage, les portraits de ses ancêtres restèrent impassibles. Seul Phineas lui accorda un clin d’œil, si furtif qu’il se demanda s’il ne l’avait tout simplement pas imaginé. A mesure qu’il s’approchait du salon, la logorrhée devenait plus audible.


— Ooooouuuuh ! Quelle honte. Abomination. Le déshonneur est sur nous. Par le Sang-Pur de Salazar, qu’ai-je fait pour mériter un tel châtiment ?

A travers la porte entrebâillée, il aperçut sa mère qui faisait les cent pas sur le parquet sombre, une lettre froissée à la main.

— Tous mes efforts réduits à néant ! Tous ces sacrifices... pour rien ! Etre finalement la risée de tous. Quel cruel destin. Quelle fin pathétique. Une telle injustice alors que j'ai tout fait pour l'éviter. Pourtant, j'aurais dû prévoir que c'était inéluctable... pas ma faute... le poison était dans la potion... il n'y avait rien à faire. Rhaa qu’il soit maudit !


L'élégante cheminée s’embrasa et la missive atterrit brusquement dans les flammes. Pendant que celle-ci se consumait, Walburga écrasa violemment ses poings contre le linteau ouvragé en pierre. Une fois. Deux fois. Trois fois. Comme si cet acte avait englouti toute sa rage, elle s’effondra ensuite sur le canapé en velours vert. Ses mains meurtries contre le visage et les épaules agitées de soubresauts.


Le son des sanglots étouffés décida Regulus à intervenir. Sa mère était un roc. Jamais il ne l'avait vue pleurer. Pour fissurer sa carapace, cela devait forcément être grave. Inquiet, il s’approcha furtivement, s'arrêtant juste devant elle. Ni trop proche, ni trop loin.


— Mère, pourquoi pleurez-vous ? chuchota-t-il pour ne pas l’effrayer.

— Oh Regulus, répondit-elle en essuyant hâtivement ses larmes. Mon petit garçon. Si respectueux. Si intelligent. Toi, tu n’aurais pas pu faire ça. Je le sais.

— Dites-moi, supplia-t-il, que s’est-il passé ?

— Ton frère.


Sa respiration se figea. Il y avait eu un problème avec Sirius. Etait-il blessé ? Ou pire encore ? L'affolement le gagnait et il s'emballait. C'était absurde. Il devait se forcer à réfléchir calmement. Elle avait parlé de déshonneur. Quel rapport avec son frère ?


— Il a été envoyé...tenta-elle de reprendre, sans succès, comme si les mots restaient bloqués dans sa gorge.

— Il a été envoyé... ? l'encouragea-t-il.

— A Gryffondor, lâcha-t-elle enfin, consternée. Jamais, au grand jamais le nom des Black n’avait essuyé un tel affront, ajouta-t-elle avec des trémolos dans la voix.

Subitement, Walburga lui saisit le poignet pour le rapprocher d’elle. Gêné par cette inhabituelle proximité, Regulus se balança gauchement d’un pied sur l’autre. Elle le dévisageait. Les yeux fous. Le chignon défait. Sa mère semblait égarée. Fragile.


— Mon cher enfant, murmura-t-elle en accentuant la pression de ses doigts. Toi seul peux rétablir la dignité de notre famille. C’est un lourd fardeau. Tu es si jeune...

— Ne vous inquiétez pas mère, la rassura-t-il immédiatement. Vous pouvez compter sur moi. Quand mon tour viendra, je vous ferai honneur. Je serai un bon fils.



Septembre 1972

Le brouhaha indistinct ne l'empêcherait pas de réussir son objectif. Concentration. Il ne fallait surtout pas échouer.


— Hum, encore un Black. Je vois de la fierté. Une noblesse incontestable. Des qualités fort appréciées chez Serpentard. Tes camarades t'accueilleraient à bras ouverts, c'est certain. Mais est-ce vraiment ce que tu souhaites ? Il y a également ce courage. Cette détermination sans faille. Oui. Une détermination remarquable. Assurément, tu serais aussi un bon candidat pour Gryffondor.


Malgré lui, un bref instant, il s’imagina rejoindre la maison rouge et or. Incapable de refouler cette idée folle. Il voyait l'expression rayonnante de son frère lorsqu’il soulèverait le Choixpeau. Si fier de lui. Sirius lui ferait probablement une tape familière sur l’épaule en l’accueillant à sa table. Il lui ébourifferait les cheveux. Le présenterait à ses amis. Regulus pourrait mettre un nom sur ce drôle de bonhomme à la tignasse décoiffée que son aîné avait rejoint en courant sur le quai de la gare 9 3/4. Alors que lui restait isolé dans la cohue des élèves. Oui, ils pourraient à nouveau être proches. Peut-être n’était-il pas trop tard ? Ensemble contre tous. Sa douce rêverie éclata comme une bulle de savon tandis que le visage éploré de sa mère se superposait à celui si heureux de son frère. Il ne pouvait pas la trahir. Elle ne s’en remettrait pas. Non, il ne pouvait pas.


— Très bien. Si tu es sûr de ton choix, ce sera donc... SERPENTARD !

End Notes:

Lorsque j'ai choisi Regulus comme personnage, je ne m'attendais pas à faire des chapitres aussi tristes mais j'ai beau faire, je n'arrive pas à écrire autrement. Sorry Reg' d'amour *.*

Vos retours me font toujours très plaisir alors n'hésitez pas !

Fuir by Wapa
Author's Notes:

Merci à alrescha la Lucky Luke des reviews et à Spiritos la globe-trotteuse ! ♥

Décembre 1976

 

— Caly, tu es superbe.


Et elle l’était. Indubitablement. Sa silhouette fine, enveloppée dans un fourreau argenté, faisait ressortir ses yeux d’un bleu polaire. Calyptia Yaxley avait relevé ses mèches dorées dans un chignon torsadé et ses talons étaient si hauts qu’elle faisait quasiment sa taille. Regulus ne pensait pas qu’elle sortirait le grand jeu pour lui. Il devait y avoir un dragon dans la volière. Le simple fait qu’elle ait accepté de l’accompagner si facilement était déjà suspect en soi. Certes, ils se côtoyaient depuis l’enfance puisqu’elle appartenait également à l'élite des 28 sacrés. Seulement, elle s’était toujours mieux entendue avec Sirius. Lorsqu’ils étaient enfants tout du moins. La répartition avait jeté un froid sur leur relation et ils ne s’affichaient plus ensemble. Même si des rumeurs suggéraient qu’ils n’avaient pas vraiment coupé les ponts. Étaient-elles fondées ? Il ne savait pas trop quoi en penser. Après tout, ces deux-là avaient des idées diamétralement opposées. Caly souhaitait ardemment l’avènement des Sang-Pur au pouvoir pendant que Sirius jouait plutôt les défenseurs de Moldus, Sang-de-Bourbe et autres Traites à leur sang. Depuis qu’il avait définitivement claqué la porte du domicile familial, il semblait s’être encore radicalisé. Rejetant en bloc son héritage et leurs valeurs. Néanmoins, il imaginait sans peine son idiot de frère craquer pour la jolie blonde malgré leurs divergences. Dommage. Lui partageait pourtant l’admiration de Calyptia pour le Seigneur des Ténèbres et sa vision de la société. Toutefois, il n’était pas Sirius.

— Tu es très chic aussi Reg’, assura Calyptia en lui prenant le bras.


Son parfum oriental lui chatouilla les narines. Enivrant. Probablement une touche de vanille. Hypnotisante fragrance qui lui fit regretter d’être simplement le bon camarade pour elle. Pire, le « petit frère de Sirius ». Évidemment, elle le respectait pour ses idées. Son intelligence. Mais sans l’envisager autrement. Pourtant, elle s’était parée telle une reine. Aurait-elle changé d’avis ? Alors qu’il admirait son profil, une légère fossette apparut à la commissure de ses lèvres rosées. Elle avait perçu son trouble. Il devait se ressaisir.

A nouveau maître de lui, il l’entraîna hors des reflets verdâtres de leur salle commune souterraine. Deux ans qu’il arrivait à échapper au traditionnel festin de Noël du club grâce à de faux prétextes. Malheureusement pour lui, Slughorn semblait avoir décidé qu’il n’y aurait pas de troisième fois. Il l’avait retenu à la fin de son cours en le félicitant sur sa potion d’Aiguise-Méninges « parfaitement exécutée ». Dans un rire de gorge, il avait ajouté qu’elle serait totalement superflue pour un élève aussi brillant que lui. Il n’avait aucunement besoin d’aide pour mieux réfléchir. Puis, le fringant professeur avait enchaîné subtilement sur l’invitation en soulignant qu’il n’accepterait plus aucun désistement de sa part. Un si bon élément. Le meilleur peut-être. Sous tant de louanges, Regulus ne s’était pas méfié et il avait bêtement acquiescé. Ce cher Slug était aussi rusé qu'un lutin de Cornouailles. Lui qui détestait les mondanités, il s’était fait avoir comme un bleu. Quelle perte de temps. Se mêler à la foule. Côtoyer la populace. Il réprima un soupir en pensant qu’au moins, il était en charmante compagnie.

— Tu vas au meeting du Seigneur des Ténèbres pendant les vacances ? l’interrogea-t-il.

— Avec Corb’ normalement.

— En parlant de Corban... ton frère en est où ?

— Je suis quasiment sûre qu’il a eu des contacts sérieux pour rallier les rangs dernièrement. Sauf qu'il reste aussi énigmatique qu’un centaure, expliqua-t-elle, agacée. Je n’ai rien pu en tirer.

— Je vais essayer d’interroger ma cousine Bella, annonça-t-il, déterminé. Elle devrait être ravie d’entendre qu’on cherche à rejoindre la lutte activement.


Enfin, si elle ne balayait pas ses questions avec condescendance en prétextant qu’il était bien trop jeune pour servir la cause. Des notes de musique jazzy lui indiquèrent qu’ils se rapprochaient des festivités. Parvenant au dernier embranchement, ils restèrent un instant interdits face au couloir métamorphosé. Un long tapis rouge bordé de neige conduisait à la réception. De part et d’autre, des sculptures de glace enchanteresses complétaient le tableau. Arches et arabesques translucides, baignées dans une douce lumière bleutée. Calyptia se rapprocha de lui en frissonnant et il sentit la chaleur de sa peau à travers le tissu de sa manche. Elle murmura contre son cou :

— Très romantique.

— Alors restons là, s’enhardit-il.


D’abord, son manque de réaction le déçut. Rien. Ni mouvement, ni parole. Même s’il n’espérait pas forcément le feu d’artifice, il pensait mériter plus que cette ignorance. Il n’avait certes pas le succès de son frère auprès de la gent féminine, mais il se savait apprécié de ses co-disciples de maison. Heureusement, avant qu’il ne se décide pour un acte stupide et regrettable, elle se tourna lentement vers lui, plongeant son regard dans le sien. Intense océan dont il se rapprocha malgré lui, s’y perdant, s’y noyant. Son odeur vanillée le gardait prisonnier. Ils étaient si près que leurs souffles se mêlaient. Elle mordilla sa lèvre inférieure. Si près.


— Vous bloquez le chemin.


O brutal réveil. Seule son éducation exemplaire lui évita de pousser un juron mémorable. De dépit. De frustration. Le charme était rompu et déjà elle s’éloignait, gênée. Glacial, il considéra l’intrus qui avait osé les interrompre. Sous des sourcils froncés, des yeux verts en amande le fixaient. Une Sang-de-Bourbe effrontée. Évidemment. Aucune considération pour leurs supérieurs. Il ne se donna même pas la peine de la saluer. Comme si elle était invisible, il s’adressa directement à son partenaire :

— Rogue.


Celui-ci lui rendit son salut en inclinant brièvement la nuque d’un mouvement raide. Ce Sang-Mêlé avait décidément des goûts déplorables. Certes, Evans était plutôt jolie, seulement elle n’en restait pas moins impure. Élevée par des Moldus ignorants. Une telle engeance n’aurait jamais dû pouvoir fouler le sol de Poudlard. La preuve, cette mixité atteignait les plus faibles. A force de les côtoyer, certains les toléraient. Pire, ils les considéraient comme leurs semblables. Déjà suffisamment nombreux dans ce couloir au goût de Regulus, un brouhaha indistinct l'informa que d’autres élèves allaient encore se joindre à eux.



— Une moto volante. Je t’assure que les sensations sont... délicieuses.


Regulus aurait reconnu ces intonations charmeuses entre toutes. Ce qui était probablement aussi le cas de sa compagne puisque déjà, celle-ci se redressait dans une pose avantageuse. Tout s’expliquait. Son empressement à l’accompagner. Sa robe. Et dire qu’il avait cru... un bref instant... il était un imbécile. Même si lui ignorait que son frère serait présent ce soir, Calyptia devait forcément être au courant, elle qui raffolait des potins. Amer, il prit soin de se composer une expression neutre avant de voir apparaître son aîné. Aussi solaire et élégant qu'à son habitude. Paradant comme si le monde lui appartenait. Avec cette greluche de Serdaigle au gloussement insupportable. Regulus eut au moins la satisfaction de voir le sourire éclatant de son frère se faner légèrement lorsque celui-ci se rendit compte de sa présence. Il n’aurait pourtant pas dû lire la surprise sur ses traits. Après tout, il était dans son bon droit. En tant que membre du club, il était invité d’office contrairement à Sirius. Peut-être avait-il supposé qu’il se ferait à nouveau porter pâle comme les années précédentes.



— Patmol pourquoi t’es tu arrêté ?


Décidément, le sort s’acharnait. Déjà que son frère se pointait la bouche en cœur mais en plus ce m’as-tu-vu de Potter l’accompagnait. Un cauchemar. Passant une main dans sa tignasse pour l’ébouriffer, celui-ci lâcha faussement nonchalant :

— Oh Evans ! Toi ici ? Ne me dis pas que Servilus était le seul candidat pour t’escorter ?

Sous le sobriquet, Rogue se tendit en répliquant :

— Ferme-la Potter.

— Tu ne crois pas qu’Evans mérite mieux qu’un futur Mangemort ? reprit-t-il durement. Quoi, tu ne réponds rien ? C’est un sujet sensible ? Allez, avoue, tu n’as qu’une hâte... servir Tu-Sais-Qui. Voici le grand rêve de ta vie. Devenir le toutou d’un mage noir complètement fou !

— Ça suffit !

— Va te faire voir !

— Potter !


Regulus avait crié en même temps qu’Evans et Rogue. Sans qu’il ne l’ait vraiment décidé, il brandissait à présent sa baguette, menaçant. Des propos indignes d'un Sang-Pur ! Un tel dédain pour le Seigneur des Ténèbres, il n’en revenait pas. Tout comme Calyptia qui abordait une mine choquée. Pas étonnant que son frère ait perdu l’esprit en côtoyant ce traitre. Il ne laisserait pas passer cet affront.


— J’ai du mal entendre Potter... commença-t-il, sévère.

— Ne me dis pas que tu défends les Mangemorts maintenant ? le coupa brusquement Sirius. Mais finalement... pourquoi serais-je surpris ? Ça ferait tellement plaisir à père et mère que tu en deviennes un. Toi, le bon fils, prêt à tout pour les contenter... quitte à rejoindre des déséquilibrés. Par Merlin, ressaisis-toi ! Tu n’es qu’un jouet entre leurs mains ! Incapable de penser par toi-même ! D’avoir ta propre opinion !


La rage le prit par surprise. Si forte, qu’il se mît à trembler, la main crispée sur sa baguette. Mais Sirius savait où appuyer pour le blesser. Qu’il puisse lire en lui avec autant de facilité le rendait furieux. Il avait besoin de taper. De détruire. Il voulait lui casser sa belle gueule de jeune premier. Lui faire ravaler ses mots. Lui hurler qu’il était mal placé pour juger qui que ce soit. Lui qui avait tourné le dos à sa famille. Lui qui avait rendu sa mère inconsolable. Lui qui l’avait abandonné. Comme s’il avait suivi le chemin de ses pensées, Sirius le provoqua en ouvrant les bras :

— Je t’en prie, attaque. Je sais que tu en meurs d’envie.


O tentation. Les autres s’étaient prudemment éloignés. On ne s’interposait jamais entre les frères Black. Un cercle se formait peu à peu, étoffé par l’arrivée de nouveaux invités. Mais qu’importe les spectateurs, seul comptait le sourire insolent de son frère. Sa baguette le démangeait. L’arène était prête et son adversaire désarmé. Sauf qu’il ne lui donnerait pas raison. Il était au-dessus de ça. Il pouvait prendre sur lui. Inspirer. Expirer. Se maîtriser. Évacuer la colère qui le dévorait. Cette tension dans chaque fibre de son corps. La violence n’aurait pas le dernier mot. Il valait mieux. Face à la provocation incarnée, il ne pourrait toutefois pas résister longtemps. Fuir. Il fallait s’éloigner. Sinon, il lui sauterait à la gorge. Sinon, il lui dirait des mots qu’il ne pourrait plus rattraper. Avant de changer d’avis, il se détourna brusquement. Bousculant la foule qui l’entourait, il s’éloigna à grandes enjambées. Sans personne pour le retenir.

End Notes:

Le courage dans la fuite... tout un programme :P mais ça demande du courage de prendre sur soi pour ne pas défoncer son frère, non ? ça me rend toute triste ces frères qui se déchirent *.*

Et si vous voulez en savoir plus sur mon OC Calyptia (♥) n'hésitez pas à lire : Elle aura tes yeux

A bientôt pour la suite ! (OMG J-7 !!!)

 

 

Quitter l'enfant by Wapa
Author's Notes:

Merci Spiritos pour ta fidélité ! ♥

 

Juillet 1978



Regulus savait qu’il ne pouvait pas rester trop longtemps sous peine d’être en retard. Mais il n’arrivait pas à s’arracher à la contemplation de ce lieu qu’il connaissait pourtant par cœur. Entre ces murs familiers, il savourait le chemin parcouru, repensant avec tendresse à l’enfant qu’il était autrefois. Celui qui avait peint soigneusement les armoiries familiales au-dessus de son lit afin de consoler sa mère lorsque Sirius était entré à Gryffondor. Celui qui avait décoré sa chambre d’argent et d’émeraude pour contrebalancer les couleurs criardes dans celle de son aîné. Celui qui tentait par tous les moyens de recouvrir le tapage des Rolling Stones, Queen, Deep Purple et compagnie. Sans succès. Même la musique des Croque-Mitaines, très appréciée dans le milieu pro Sang-Pur, se révélait insuffisante pour noyer cette débauche Moldue qui s’échappait sournoisement dans toute la maison. Regulus effleura le papier fin des coupures du Daily Prophet fixées au mur. Il avait consciencieusement collectionné toutes celles qui évoquaient de près ou de loin le Seigneur des Ténèbres. Ses idées. Ses actions. Il les admirait. Tel un petit rêveur, il n’attendait que son heure pour rejoindre la lutte. Sa passivité était à présent derrière lui. Enterrée. Ce soir, il rejoindrait l’envers du décor. Ce soir, il allait être intronisé.

 

Malgré son âge, il avait été jugé digne de rallier les troupes. Insigne honneur qu’il était le premier à recevoir aussi jeune. Ses efforts continus avaient finalement porté leurs fruits. Son inébranlable détermination. Ses excellentes notes. Son ascendance irréprochable. Et surtout cette soif d’absolu que la communauté sorcière ronronnante et endormie sur ses acquis ne parvenait pas à combler. Quelle joie de pouvoir servir dès maintenant alors qu’il n’était encore qu’un étudiant. Serait-il à la hauteur ? C’était une lourde responsabilité toutefois il ferait tout pour la mériter. Enfin, il pourrait oeuvrer au rétablissement des Sang-Pur à leur juste place. Il participerait à la construction de cette société tant attendue où les véritables sorciers régneraient sur les Moldus et les nés-Moldus. Terminée cette existence miséreuse où il fallait constamment se cacher comme s’ils avaient contracté une honteuse maladie. Tous reconnaîtraient la puissance de la magie. Sa supériorité serait éclatante. Sa noblesse serait restaurée. La clandestinité ne serait plus qu'un lointain souvenir face à la Liberté. Le monde leur appartiendrait. Ce soir, il allait être intronisé.


Ses parents en étaient tellement heureux. Si fiers. Le considérant pratiquement comme un héros. Lui le « généreux jeune homme qui savait s’impliquer au service de causes justes alors que tant d’autres restaient les bras croisés ». Il avait dépassé leurs plus folles espérances. Enchanté, son père avait tenu à ouvrir une bouteille de son année de naissance pour fêter la nouvelle. Une de celles au vin inestimable réservé pour les grandes occasions. Sa mère avait levé son verre en un toast muet, les yeux brillants. Après cette période si douloureuse où la bonne société les avait raillés, méprisés, dédaignés, suite à la fuite de leur aîné, il leur offrait de quoi redorer le blason des Black. Il restaurait leur grandeur passée. Ce soir, il allait être intronisé.

 

Pour cela, il lui faudrait tuer. La marque noire n’était pas un don gratuit. On ne pouvait espérer l’obtenir sans accomplir ce rite de passage. Il fallait payer le prix du sang. Quelle meilleure façon de s’assurer la fidélité des futurs soldats que cette ultime épreuve ? Certains se défilaient au dernier moment, mais pas lui. Il ne faillirait pas. Il serait fort. Il irait jusqu’au bout. Après tout, un Black n’avait jamais peur. Devrait-il achever un opposant, un Moldu ou un Sang-de-Bourbe ? Il l’ignorait. En fin de compte, quelle importance ? Rétablir l’ordre impliquait des sacrifices. On ne fabriquait pas un balai sans couper des arbres. C’était une utopie de vouloir restructurer complètement la société sans une seule victime. Aucune révolution n’évitait les dommages collatéraux. Il en était bien conscient. Une poignée de vies contre le bonheur du plus grand nombre, cela semblait finalement assez équitable. Ce soir, il allait être intronisé.

 

Était-ce facile de prendre une vie ? Évidemment, il s’était entraîné et les détails techniques ne l’inquiétaient pas spécialement. Par contre, il n’arrivait pas totalement à appréhender l’impact d’un tel acte. Peut-être se sentirait-il différent ensuite. C'était un leurre de considérer ce geste comme anodin. Pourrait-il toujours regarder son visage dans le miroir sans ciller ? Si son frère était encore là, il lui aurait posé la question. Mais c’était une idée absurde. Sirius était parti. Définitivement. Et puis, il n’aurait certainement pas compris. Pire, il aurait probablement tout fait pour l’en empêcher. Il l’aurait traité de fanatique. Incapable d'accepter que la force se révélait quelques fois nécessaire lorsque le but était louable. Son frère était un idéaliste. Comme il lui manquait. Tellement qu’il pouvait se faufiler en douce dans ses draps rien que pour respirer les vestiges de son odeur. Cette absence le rendait si triste, même s’il ne l’admettrait jamais à haute voix. Il y avait comme un vide au fond de lui. Leurs routes avaient pris des directions radicalement opposées et chaque pas les éloignait encore un peu plus l’un de l’autre. Ce soir, il allait être intronisé.

 

Saisissant la poignée argentée, il jeta un dernier regard à sa chambre en essayant de refouler la nostalgie qui l’envahissait. Quand il reviendrait dans cette pièce, l’enfant en lui serait mort. Il serait un homme. Un homme qui se bat pour ses idéaux. Un homme qui a ôté une vie.

End Notes:

*.*

Merci d'avoir lu :) N'hésitez pas à me donner vos impressions.

Mamamia plus que 2 épisodes et ce sont les plus durs à écrire !! #Motivation

Accomplir sa destinée by Wapa
Author's Notes:

MERCI Spiritos et alrescha pour vos reviews ! ♥

Août 1979



Sans cesse, le médaillon glissait dans sa paume moite. Avec détermination, Regulus resserra son poing, si fort que les jointures blanchirent dans l’étrange lumière verdâtre. L'intense odeur d’humidité lui prenait la gorge... ou peut-être était-ce simplement l’angoisse.

— As-tu saisi Kreattur ?

Au-dessus du bassin au liquide phosphorescent, l’elfe le fixait de ses yeux exorbités, agité de tremblements irrépressibles. Il s’en voulait de lui faire revivre ce cauchemar. Par sa faute, il avait déjà dû subir l'indicible. A cause de son aveuglement. De sa bêtise. Pourtant, il aurait dû être attentif aux signes. Mais il n’était pire Détraqueur que celui qui refusait de voir. Il aurait voulu épargner à Kreattur cette ultime épreuve, seulement il avait besoin de lui. Il n’avait pas le choix. Comme l'elfe ne répondait pas, il lui tendit le médaillon en répétant ses instructions :

— Lorsque le réservoir sera vide, il faudra que tu échanges la copie contre le véritable. Ensuite, tu partiras. Sans moi.

— Maître, vous ne pouvez pas... supplia Kreattur, haletant.

— Tu rentreras à la maison, reprit Regulus, implacable. Et je t’interdis de raconter à ma famille ce qu’il s’est passé ici.

— Ma pauvre maîtresse... gémit l’elfe alors que des larmes commençaient à rouler le long de ses joues.

— Elle ne doit jamais savoir Kreattur ! C’est primordial. Il en va de sa sécurité. De votre sécurité... à tous. Je compte sur toi pour détruire cet objet maudit. Est-ce bien compris ?

— Oui, monsieur Regulus, assura l’elfe d’une voix étouffée en récupérant maladroitement le médaillon.

— Parfait. Maintenant, plus un mot.


Il serait incapable de trouver le courage nécessaire si son compagnon d’infortune recommençait à l’implorer. Même son reflet fantomatique sur la surface lisse et verte du liquide semblait jouer contre lui. A travers ce trouble miroir, son visage pâle tentait de lui adresser une dernière supplique. Tout en lui désirait vivre. Intensément. Désespérément. Chaque cellule de son corps semblait se rebeller à l’idée de l'acte suicidaire qu’il allait commettre de son plein gré. Il avait une conscience aiguë du moindre frémissement sur sa peau. De la sécheresse de ses lèvres. De la sueur acide qui dévalait son dos. De ses jambes flageolantes. Même son cœur paraissait battre avec plus de force que jamais. Malheureusement, ce désir ne le sauverait pas. L’issue était inéluctable. Ce n’était pourtant pas faute d’avoir essayé. Des heures durant, il avait cherché une solution favorable. Une idée providentielle qui lui accorderait une sortie sans dommage. Mais c’était une impasse. La caverne réclamerait son dû tel un ogre affamé. Il était condamné.

 

Après tout, ce n’était que justice. Il s’était fourvoyé. Ses idées l’avaient entraîné sur un chemin toujours plus sombre, semé d’embûches. Pour le Seigneur des Ténèbres, il avait abandonné sa moralité. Le Maître lui avait fait miroiter une société idéalisée dont il se moquait bien. La pureté du sang n’était finalement qu’un prétexte. Cet homme avide et égoïste cherchait uniquement à accomplir sa quête personnelle. Seul son propre pouvoir l’intéressait. Le pouvoir... et l’immortalité. Constamment, le Lord évoquait à demi-mot les garanties qu’il avait prises pour se prémunir de la mort. Curieuses fanfaronnades qui avaient semé le doute dans l’esprit de Regulus. Ces allusions à peine voilées suggéraient l’utilisation d’une obscure magie. Odieuse. Innommable. Au-delà des limites. En définitive, le récit de Kreattur avait confirmé ses pires craintes. Le mage noir avait bel et bien créé un Horcruxe. Sans scrupule, il avait assassiné dans l’unique but de prolonger sa misérable existence. Terrifiante invulnérabilité obtenue contre une âme mutilée. Mais ni la communauté sorcière, ni les simples Moldus, ne méritaient la présence éternelle d’un despote maléfique à leurs côtés. L’humanité courrait à sa perte. Tout ne serait que sang et désolation. Il ne le voulait pas. Il ne le permettrait pas.

 

Heureusement, dans cette course ambitieuse et démesurée, le Seigneur des Ténèbres avait commis une fatale erreur. Se complaisant dans sa puissance, il avait dédaigné l’humble serviteur. Un elfe, fidèle et attentionné, qui n’avait compté pour rien. Ce mépris causerait son échec. Un jour, un sorcier se lèverait pour le vaincre. Comme ces petites gens qui murmuraient de plus en plus fort, l’espérance l’habitait. Une douce étincelle à laquelle il se raccrochait. Cet Élu mettrait définitivement fin au règne de la terreur. Mais pour cela, le mage noir devait redevenir mortel. Ironie du sort, c’était à lui, le Mangemort, que revenait cette responsabilité. Mais il ne s’en plaignait pas. Certes, le prix se révélait exorbitant cependant le destin lui donnait une occasion inespérée de laver ses fautes. Il avait participé à la mise en place de ce funeste royaume, il se devait de contribuer à sa chute. C’était sa dette.

 

Accablé par le poids de la culpabilité et de la peur, Regulus se cramponna au rebord du bassin. Il repensa à toutes ces fois où il avait affermi son courage. Lorsqu’il s’était dénoncé à sa mère. Lorsqu’il avait bravé l’interdit pour rendre visite à son frère dans la cave. Lorsqu’il avait choisi d’aller à Serpentard pour soulager sa famille. Lorsqu’il avait ravalé sa violence. Lorsqu’il s’était enrôlé par idéologie. Ainsi, c’était donc vrai. Quand la Mort se présentait, toute une vie défilait devant soi. Ces victoires pourtant insignifiantes avaient préparé cet instant. Il était la somme de tous ces épisodes. Négligeables lorsqu’ils étaient isolés, ils se cumulaient aujourd’hui pour l’aider à avancer. A se sacrifier.

 

Finalement, il se redressa et esquissa un sourire pour tenter de réconforter son elfe. Minuscule, les mains crispées autour du faux médaillon, il restait silencieux en respectant sa dernière volonté. Pourtant, la rapidité à laquelle sa poitrine s'abaissait et se soulevait témoignait de son trouble. Dévoué Kreattur. Il n’aurait pas dû assister à cela. Toutefois, cette compagnie familière lui était d'un grand secours. Au moins, il n’était pas seul. D’un mouvement souple de baguette, il fit apparaître une coupe en étain. Le moment était venu. Il était prêt. Sans trembler, il la plongea dans la potion.

End Notes:

Voici donc THE acte désintéressé (snif Reg d'amour). J'imagine que vous attendiez beaucoup de ce chapitre alors n'hésitez pas à me donner votre avis :)

Sinon les paris sont ouverts pour le dernier épisode, qu'imaginez-vous ? :P

Continuer by Wapa
Author's Notes:

J'ai trop aimé vos hypothèses pour ce dernier chapitre (et je vous réponds très viiite)

Une brise légère lui chatouillait la peau. Avec un gémissement, le jeune homme se força à entrouvrir les paupières, cherchant à rassembler ses pensées. Face à la clarté, ses yeux clignèrent à plusieurs reprises. Soulevant le bras gauche pour s’abriter, il découvrit un ciel paré d’or, nimbé de rose et d’orange. Un coucher de soleil. Du plus loin qu’il se souvienne, il les avait toujours aimés. Dans ce jour qui s’achève, il y avait une certaine beauté mélancolique. Une poésie dans l’éternel recommencement. Mais aujourd’hui, ce spectacle qu’il avait si souvent admiré avait une saveur bien particulière, comme un cadeau inespéré. Un sursis miraculeux.

 

Peu à peu, le brouillard de son esprit se dissipait. L’image de la sombre caverne l’envahissait, le possédait. Elle reprenait ses droits, vexée qu’il ait pu l'oublier, ne serait-ce qu’une minute. Il se souvenait maintenant de la terrible potion qui lui avait dévoré le cœur et les entrailles. Cette soif atroce. Ces mains glacées qui l’avaient saisi. Cette eau qui s’était engouffrée dans ses poumons. Comment avait-il pu quitter la grotte pour atterrir à l'extérieur ? Kreattur avait-il en fin de compte désobéi pour le sauver ? Les hypothèses qu’il tentait d’échafauder se délitaient sans cesse face à la peau laiteuse de son avant-bras. Un détail lui échappait. Son poignet paraissait à la fois familier et étranger. Vierge. Innocent. Pur. Comme s’il lui manquait... sa marque. Stupéfait, il fixait cette chair où le ténébreux crâne n’était plus incrusté. Envolé son signe d’allégeance. Sa prison. Horreur qu’il avait si ardemment désirée pour ensuite la haïr de toutes ses forces. Indélébile tatouage qui l’avait enchaîné à un homme qui ne le méritait pas. Pourtant, il avait cru en lui. A ses belles promesses. Seulement son idole s’était révélée vide. Indigne. Dénué de scrupule et égoïste. Ainsi, sa marque avait disparu. Prodige inexplicable. Il était finalement libre.

 

Cette révélation inattendue mit un terme définitif à son état de demi-conscience. Dans un regain d’énergie, il se leva pour affronter la situation, quelle qu’elle soit. Son regard balaya les alentours alors qu’il reconnaissait les lieux, interloqué. Les rosiers admirablement taillés. Le tulipier verdoyant. La fontaine d’eau cristalline. Cela ressemblait à s’y méprendre au parc du Manoir familial. Toutefois, diverses fausses notes rendaient l’ensemble incohérent. Ce n’étaient plus des serpents qui crachaient leurs jets d’eau dans le bassin mais un énorme lion couronné. De même, la statue de Salazar Serpentard, qu’il avait pourtant toujours vue dans la propriété, s'était tout bonnement évaporé. Méfiant, il chercha sa baguette pour parer à toute éventualité. S’avançant vers la terrasse, il gravit l’escalier de pierre. La lourde porte d’entrée était ouverte mais la résidence s'avérait déserte.

 

— Hého ! Il y a quelqu’un ? tenta-t-il malgré tout dans le vestibule.

 

Seul le silence lui répondit. Indécis, il fit quelques pas sur le sol en marbre lorsqu’un vif éclat attira son attention. Cela venait du salon. Passant dans l’élégante pièce aux murs immaculés et au mobilier ouvragé, il repéra une lumière irréelle dans le foyer de la cheminée. Les habituelles flammes rougeoyantes avaient cédé place à une étonnante auréole lumineuse dont les rayons se perdaient sur les lattes du parquet. Éclatante lumière qui ne semblait briller que pour lui. De la magie probablement. Qu’elle était douce et attirante. Dorée. Chaleureuse. Envoûtante. Comme un appel...

 

— Reg ' ! Qu’est-ce que tu attends ?


Avec un sursaut de joie, il se détourna de l’hypnotisante cheminée en reconnaissant la voix étouffée de Sirius. Celle-ci venait du parc. Il n’était donc pas seul ici ! Léger, il se précipita sur la baie vitrée pour rejoindre la terrasse. Dans le crépuscule, il se pencha à la rambarde pour tenter de l’apercevoir. Effectivement, son frère se balançait sous le tulipier, de plus en plus haut. Un sourire éclatant dans sa direction.

 

— Viens !


Il n’y avait jamais eu de balançoire au Manoir. Forcément, il n’y aurait pas fallu qu’ils s’amusent trop. Sans comprendre pourquoi, l’air réjoui de son frère lui mit le coeur à l'envers. Comme un pressentiment. Un vif éclair qui s'était enfui dès qu’il avait cherché à en saisir le sens. Tout semblait lui échapper alors qu’il était habituellement si brillant.

 

— Allez p’tit frère, dépêche-toi !

 

Ce surnom affectueux. Cela faisait si longtemps que son aîné ne l’avait pas appelé ainsi. Tendresse fraternelle qui appartenait à un passé révolu. Quelle était cette illusion ? Et soudain, Regulus comprit. Le grand lac noir ne l’avait pas relâché. Il avait fait de lui son macabre prisonnier. Il n’avait pas été sauvé. Il n’y aurait pas de seconde chance. La vie l’avait quitté. Il était... mort. Bel et bien mort. Errant dans ce monde irréel. Un lieu qui n’existait pas. Enfin... pas vraiment. Il devinait maintenant qu’il s’agissait simplement d’une escale. Une étape vers... l’Après. Parce qu’il lui fallait continuer, n’est-ce pas ?

 

Abandonner son frère. Faire le deuil de leur réconciliation. Il était trop tard. Comme un glaive tranchant, le regret le transperça pour ce qu’il restait d’inachevé entre eux. Sirius serait-il triste d’apprendre sa fin ou s’enfermerait-il dans sa colère ? Ignorant son revirement, il l’imaginerait probablement mort en lâche. Destin cruel. Mais à quoi bon courir après une vaine gloire quand il était aux portes de l’Inconnu ? L’ignorance de son frère était sa meilleure protection. Ce secret assurait la sécurité de tous ses proches. Et puis un jour, l’Elu viendrait terminer ce qu’il avait commencé.

 

Durant un temps infini, il contempla la svelte silhouette sur la balançoire. Son allure désinvolte. Cette mimique de plaisir lorsque le sommet était atteint. Ses cheveux qui s’envolaient sur le va-et-vient régulier. Chaque détail intensément savouré. Gravé. Son frère.

 

Finalement, Regulus se détourna. Résolument, il avança vers la cheminée. L'intense lumière l'attendait.

End Notes:

Ce chapitre m'a apporté une certaine consolation après tous ces chapitres si tristes, j'espère que ce sera le cas pour vous aussi :)

MERCI à tous ceux qui ont lu cette fic' jusqu'au bout.

MERCI à celles et ceux qui ont laissé (ou laisseront) une trace de leur passage, vos reviews étaient adorables. ♥ ♥ ♥ 

Et MERCI surtout AliceJeanne pour l'organisation de ce magnifique concours qui était si inspirant ! :hug: :hug: :hug:

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