Éclipse de soleil by Alena Aeterna
Summary:


Crédit : gabrielleragusi sur DA, ipicgr sur Pixabay. Montage par moi-même.

Pour tout le monde, Luna vivait dans son univers imaginaire.
Chacun la qualifiait de rêveuse, d'étrange ou d'invisible mais elle était plus que cela.
Elle aussi pouvait être courageuse derrière ses grands yeux étonnés. 


Participation HC au concours "7 fois où ... a sauvé le monde au péril de sa vie" par AliceJeanne


Categories: Lovander (Rolf/Luna), Autres fics HP, Tranches de vie Characters: Luna Lovegood, Rolf Scamander
Genres: Famille
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: 7 fois où... a sauvé le monde au péril de sa vie
Chapters: 3 Completed: Non Word count: 3035 Read: 832 Published: 06/08/2019 Updated: 20/09/2022
Story Notes:

Les consignes sont les suivants : 

- Votre texte doit faire un minimum de 1500 mots s'il s'agit d'un OS (afin que les 7 actes soient développés)
- Si votre texte est au format 7 drabbles ou courts chapitres, chaque partie doit faire au moins 150 mots
- Vous avez exactement 7 semaines pour poster votre participation, soit avant le 18 août à minuit heure française (on pourra bien sûr s'arranger pour un éventuel délai!)
- Votre personnage ne doit pas être un OC. Il peut être issu des livres et films Harry Potter ou des films Les animaux fantastiques, ainsi que de l'univers décrit par JKR dans ses diverses interventions. Il est obligatoirement allé à Poudlard, et a été élève dans une autre maison que Gryffondor.
- Il doit faire preuve de bravoure par 7 fois, sans pour autant que sa réussite soit nécessaire (il peut donc lamentablement se planter, mais doit demeurer courageux dans sa démarche et celle-ci doit être reconnue comme l'étant par au moins le personnage en question ou autrui).
- Un des sept actes minimum doit avoir un impact sur l'environnement extérieur vaste du personnage. Les actes de courage peuvent être "égoïstes" mais au moins un doit être désintéressé.

J'ai choisi Luna Lovegood car je voulais écrire sur elle depuis un moment.
N'hésitez pas à aller lire les autres participations.

1. La petite robe noire by Alena Aeterna

2. D'or et de flammes by Alena Aeterna

3. De but en blanc by Alena Aeterna

La petite robe noire by Alena Aeterna
Author's Notes:

Histoire passée en HC.

 

Posée sur le couvre-lit bigarré, la petite robe noire formait un contraste saisissant avec le reste de la pièce.

Luna aimait les couleurs chatoyantes qui ornaient les jardins au printemps et les rayons des arcs-en-ciel. Le brun, le bleu, le vert, le jaune, l’orange, le rouge, le rose ou le violet habillaient ses vêtements et les murs de sa chambre en des dégradés lumineux. La petite fille apportait de la joie dans toute la maison avec ses tenues bariolées, elle s’amusait à nicher des fleurs dans les cheveux de son père, à jouer avec les poudres multicolores de sa mère et à admirer les étincelles qui sortaient des baguettes magiques. Toute la palette polychrome correspondait à son humeur souvent rêveuse et à ses sourires éclatants d’innocence qui amenaient un vent de fraîcheur contre lequel aucune brise ne pouvait rivaliser.

Le blanc, elle le réservait à des occasions spéciales. Elle offrait des rubans immaculés à sa mère pour ses anniversaires et cueillait des roses opalines pour remplir les vases de son père. Parfois, Luna revêtait des tenues blanches lors des fêtes traditionnelles sorcières en faisant attention à ne pas les salir par sa maladresse. Ses bonnes intentions ne duraient jamais longtemps, elle rentrait avec de la boue sur ses robes et des brindilles dans ses cheveux. Mais elle rayonnait dans une telle blancheur.

En revanche, la fillette détestait le noir. Cette teinte était trop sérieuse, trop adulte pour son âme d’enfant. Elle l’associait à la tristesse, aux larmes qui brillaient dans les yeux des autres. Un vêtement noir n’était jamais un bon signe, elle l’avait vite compris en observant ses parents. La couleur ébène portait trop de malheurs, trop d’ombres. Ce n’était pas pour rien si sa mère avait élaboré un sortilège qui faisait luire de petites étoiles sur le plafond de sa chambre dès que la nuit tombait. L’obscurité effrayait Luna, non pas à cause des créatures qui s’y cachaient, mais plutôt à cause de l’absence de tous ces couleurs qui illuminaient son existence.

En cet instant, du haut de ses neuf ans, la sorcière s’opposait à l’insistance de son père. Il lui avait parlé d’une voix faible, éteinte, en l’étreignant tout au long de son discours. Il lui avait ensuite donné cet amas de tissu qui reposait encore sur son lit et qu’elle se refusait à porter. Pour certains, elle n’était qu’une petite fille naïve mais elle savait ce que signifiait cette robe. Elle était présente ce jour maudit qui avait pris la vie de sa mère et, dans son cœur d’enfant, elle craignait de la perdre à jamais en sortant couverte de noir.

« Luna, nous t’attendons. »

Des larmes dans les yeux, la fillette restait prostrée derrière la porte de sa chambre. La voix de son père lui parvenait dans le couloir mais elle aurait voulu ne pas l’entendre. La fêlure qu’il y avait dans son intonation quelques jours plus tôt n’avait pas disparu et elle ne pouvait s’empêcher d’imaginer son père en train de se briser en mille morceaux. Retenant un sanglot plus fort que les autres, elle enfouit sa tête dans ses bras, incapable de se calmer. Sa mère aurait eu les mots pour l’apaiser, elle lui aurait fredonné une berceuse pleine de promesses mais ce temps était révolu.

En relevant la tête pour sécher du bout de sa manche ses joues trempées, son regard s’attarda sur un dessin qui s’étalait sur le mur en face d’elle. Elle avait passé une journée entière à le décorer avec l’aide de sa mère et d’un pinceau, en chantant à tue-tête tout en riant. Luna en gardait un précieux souvenir parce que son cœur s’était gonflé de joie alors qu’elle esquissait les contours d’un coquelicot, la main de sa mère guidant la sienne. Cet instant privilégié l’une avec l’autre était sans nul doute l’un des meilleurs moments des dernières années et elle n’avait pas le droit d’enterrer tout ceci.

Poussée par une détermination nouvelle, la petite fille déplia ses membres avant de se remettre debout. Ses jambes chancelèrent quelques secondes alors que son ventre se serrait. La robe noire était là, si proche, comme un danger qui la guettait, mais Luna prit une grande inspiration avant d’aller affronter cette teinte si haïe. Elle se débarrassa de sa robe émeraude pour revêtir le tissu neuf qui glissait entre ses doigts fins. Le miroir lui renvoyait le reflet d’une enfant dont la silhouette semblait chétive. Sa peau très pâle et ses cheveux blonds contrastaient violemment avec la couleur sombre qui dominait. La fillette avait l’impression de voir une étrangère et elle réprima un autre sanglot en lissant un pli imaginaire.

Derrière elle, silencieusement, son père entra dans la chambre. Elle sentit ses mains se poser sur ses épaules et elle croisa son regard triste dans le miroir. Lui-aussi portait du noir pour l’occasion et Luna eut envie de lui demander si les couleurs risquaient de disparaître de leur quotidien. Avant d’y réfléchir, les mots s’échappèrent de ses lèvres et elle put lire de la surprise dans ses pupilles.

« Ta mère n’aimerait pas savoir que nous avons tout repeint, répondit doucement Xenophilius.
— Alors pourquoi on doit s’habiller en noir ? s’enquit l’enfant avec insistance. Pourquoi on ne met pas du blanc ? Ou du rose ? Maman était toujours belle avec des couleurs !
— C’est comme cela, murmura son père. Le noir représente la tristesse que l’on éprouve.
— Sans noir, on est triste quand même, renifla Luna. Et la robe est trop sombre.
— Tu auras le droit de ne pas la reporter. Ta mère serait fière de toi, ma petite fille. »

Il l’enlaça avec tout son amour et elle ferma les paupières. Son père lui souffla que lui, il était fier de son effort et qu’il comprenait ses doutes. Ils se séparèrent à regret pour quitter la pièce et rejoindre l’extérieur. D’autres sorciers patientaient, tous habillés de noir, et ils adressèrent à la fillette des sourires de compassion qui n’allégèrent en rien son chagrin. Luna ne cherchait pas à recevoir toutes ces attentions, elle souhaitait seulement la fin de la journée pour retrouver ses robes colorées et son insouciance.

 

 

D'or et de flammes by Alena Aeterna
Author's Notes:

Et non, je n'ai pas abandonné Luna ! Les chapitres sont volontairement courts, je voulais juste m'arrêter sur les sept actes pour m'aider à construire la vision que j'ai d'elle.

Sensible à tous ces gens qui se pressaient autour d'elle, Luna ne savait plus où concentrer son attention. Il y avait bien trop de bruit pour elle, trop de visages inconnus, trop de mouvements indistincts. Seule la main de son père, qui tenait fermement la sienne, l'empêchait de se noyer dans la vague humaine qui déferlait à vive allure entre les piliers de la gare. Moldus et sorciers déambulaient sans se soucier les uns des autres, formant une foule très dense, trop pour la jeune fille qui n'avait pas l'habitude de côtoyer autant de monde et qui détestait l'oppression qu'elle ressentait dès qu'elle voyait des gens en grand nombre. Elle craignait de se perdre parmi les autres, de prendre le mauvais train à la place du Poudlard Express, d'être comme une étrangère parmi tous ces élèves dont certains se connaissaient depuis plusieurs années. S'il n'y avait pas eu Xenophilius pour l'ancrer dans la réalité, elle aurait ouvert la porte de ses pensées à son monde imaginaire afin de s'y terrer, angoissée par la masse informe.

Lorsqu'elle avait reçu La lettre qui l'informait de son inscription à l'école de sorcellerie, Luna avait senti des ailes lui pousser, heureuse de savoir qu'elle pourrait apprendre à maîtriser cette magie qui la fascinait autant qu'elle l'effrayait. Comme tous les enfants sorciers, elle avait eu des épisodes de magie involontaire, des petits riens qui animaient les animaux de quelques livres moldus et changeaient les couleurs de sa chambre, sans grande démonstration catastrophique. Elle craignait cependant de modifier les cheveux ou les uniformes de ses camarades, ce qui avait bien fait rire son père qui lui avait alors appris que ces désagréments colorés ne seraient pas suffisants pour la renvoyer de Poudlard. Ragaillardie, la jeune fille avait alors compté les jours qui la séparaient de la rentrée, colorant chaque case de son calendrier avec un enthousiasme contagieux.

Cependant, cet entrain s'était estompé depuis que son père et elle avaient mis le pied dans la gare. Luna ne raffolait pas de la foule, elle avait toujours pris de la distance vis-à-vis des autres, satisfaite dans un univers qui n'appartenait qu'à elle, où personne ne pouvait mourir et où le soleil revêtait le sourire de sa mère. Côtoyer des sorciers et sorcières de tous les âges serait une épreuve nouvelle pour elle, ses parents l'avaient inscrite à une école moldue et elle avait elle-même évité la compagnie des enfants des environs, certaine qu'ils ne feraient que rendre son monde plus morose. Si l'envie d'aller à Poudlard demeurait bien présente en elle, la jeune fille était pourtant apeurée par tous ces inconnus.

« Je veux rentrer à la maison, souffla-t-elle en tirant sur la main de son père.
- Luna chérie, nous en avons déjà parlé, répliqua Xenophilius avec douceur tout en s'abaissant pour être à sa hauteur. Tu pourras apprendre des sortilèges et te faire des amis, comme ta mère et moi avant toi.
- Mais où sont tes amis, papa ? »

Sa question était honnête, posée sur le ton de la curiosité, avec ses grands yeux qui le dévisageaient dans l'attente d'une réponse. Son père marmonna qu'ils avaient fui puis il lui rappela, d'un ton plus pressé, qu'ils devaient se dépêcher si elle tenait à ne pas manquer le départ de la si célèbre locomotive rouge. Après un dernier câlin, Luna dut se résoudre à monter dans l'un des wagons, à la recherche d'un compartiment où passer le voyage qu'elle redoutait tant. Trop timide pour oser s'intégrer à des groupes d'élèves, elle parcourut ainsi une grande partie du train, détournant le regard dès qu'elle croisait quelqu'un, bien plus mal à l'aise qu'à la gare qui débordait pourtant de plus de monde.

Elle aperçut alors une jeune fille de son âge à la chevelure rousse, aux vêtements rapiécés, et en très mauvaise posture. Deux élèves de Poudlard, qui arboraient déjà les couleurs de leur maison, tous les deux parés de vert et d'argent, semblaient prendre un malin plaisir à lui bloquer le passage, réclamant des pièces de monnaie que la rouquine ne possédait pas. Surprise de constater que le refus de la jeune fille ne trouvait que rires et brimades en retour - ce qui ranimait en elle de mauvais souvenirs - Luna s'approcha, essayant d'avoir un air assuré qui ne s'accordait pas avec les battements rapides de son cœur.

« Laissez-la tranquille !
- Ou quoi ? Tu nous jettes un sort ? la railla l'un des deux garçons. »

Ses joues se colorèrent du rouge de la honte, elle n'était décidément pas la plus impressionnante des sorcières, à menacer des élèves qui étaient sûrement plus doués qu'elle avec leurs baguettes. Elle releva cependant la tête pour s'agrandir un peu, déterminée à ne pas laisser derrière elle la rouquine, pas alors qu'elle savait très bien à quel point les plus grands pouvaient se montrer monstrueux envers ceux qu'ils jugeaient inférieurs. Profitant de la situation et avisant son expression un peu perdue, les deux garçons changèrent de cible et la menacèrent de la métamorphoser en citrouille parlante si elle ne leur donnait pas l'argent qu'elle avait sur elle, ignorant qu'elle avait tout rangé dans sa valise. Anxieuse, elle attendit le sortilège mais elle fut cependant sauvée par l'intervention d'un certain Percy Weasley, assez autoritaire pour faire fuir les deux sorciers. Il la remercia d'être venue en aide à sa sœur, Ginny, qui, tout comme elle, rentrait pour la première fois à Poudlard. Le rouquin leur trouva un compartiment vide où elles prirent place toutes les deux avec une gêne réciproque.

« Merci, c'était courageux, lui lança Ginny avec un petit sourire pour briser le silence.
- Vraiment ? s'étonna-t-elle en papillonnant des paupières. »

Pour un premier contact avec une - peut-être - camarade de dortoir, elle ne s'en sortait pas si mal. Elle s'autorisa à son tour un sourire, un peu plus détendue désormais. Elle avait toujours aussi peur de la soirée qui s'annonçait, avec la cérémonie de répartition et la découverte de ses pairs, mais elle connaissait maintenant un visage familier qu'elle ne manquerait pas d'ajouter à son monde de couleurs. Les flammes sur les épaules de Ginny valaient bien une multitude de coups de pinceaux imaginaires.

De but en blanc by Alena Aeterna
Author's Notes:

Un petit bond dans le temps entre le précédent et celui-ci. Nous sommes donc à la quatrième année de Luna (donc l'Ordre du Phénix dans les tomes HP). Liam Gates est l'un de mes OC, il est à Serdaigle lui aussi et appartient à la promotion de Harry, Ron et Hermione (vous pouvez le retrouver dans ma série L'aigle au regard de serpent)

Assise sur l'un des fauteuils moelleux de la salle commune de Serdaigle, Luna lisait distraitement son manuel de sortilèges, l'esprit agité par des préoccupations qui l'empêchaient de se concentrer sur les mots qui s'étalaient sous ses yeux. Autour d'elle, les chuchotements étaient omniprésents, vagues de bruit qui ne cessaient de croître de jour en jour depuis que la Gazette avait annoncé l'évasion massive de Mangemorts. Certains soupçonnaient Sirius Black d'avoir provoqué cet incident car il était toujours en fuite et avait des liens avec l'une des prisonnières, mais la jeune Lovegood n'y croyait pas. Contrairement à bon nombre de ses camarades, elle ne considérait pas Harry comme un menteur, elle avait confiance en lui lorsqu'il parlait du retour du Seigneur des Ténèbres, et elle estimait que l'événement qui s'était produit à Azkaban avait un rapport avec tout celà. Elle ne comprenait pas comment les adultes du Ministère faisaient pour ne pas remarquer la logique qui reliait tous ces détails, elle avait l'impression qu'ils jouaient tous à l'autruche alors que la vérité sautait à la vue de n'importe qui – en tout cas, c'était très clair pour elle.

Elle tourna la page de son livre en essayant de se focaliser sur les formules qu'elle était censée connaître pour le prochain cours. Grâce à l'Armée de Dumbledore, elle avait gagné en fluidité au niveau de ses sortilèges et elle ne remercierait jamais assez Ginny de l'avoir entraînée à la suite de Potter et de ses amis. Pour la première fois depuis des années, elle avait le sentiment d'appartenir à un groupe, ce qui lui permettait d'envisager sa scolarité sous un nouvel angle. Habituellement, elle n'était qu'une jeune sorcière marginale que chacun évitait au mieux parce qu'elle était un peu trop différente, perdue dans son propre monde, comme si elle vivait sur un nuage. Y compris chez les Serdaigle, qui étaient pourtant plus ouverts que les Serpentard, elle avait été mise de côté, à la manière d'une pestiférée qui risquerait de contaminer son entourage. Mais son amitié avec Ginny l'avait aidée, elle avait appris à ignorer tous ces murmures sur son passage pour se concentrer sur les paroles de la rouquine, l'une des rares à ne pas la définir comme une folle ou une faible d'esprit. Non seulement elle avait une amie des plus fidèles mais elle était désormais sur la bonne voie pour devenir une sorcière capable d'affronter les ténèbres.

Un rire bruyant lui fit relever les yeux vers l'extrémité de la salle commune où se tenait Liam Gates, d'un an son aîné. Il ne plaisantait pas mais était en train de se moquer de l'un de leurs camarades. Luna n'eut pas besoin d'entendre leur discussion pour deviner qu'il était question de Potter, un sujet des plus récurrents qui divisait toutes les maisons et les familles. Liam appartenait au clan de ceux qui détestaient Harry, il ne voyait en lui qu'un pantin de Dumbledore et ne croyait pas à la résurrection de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, et il ne manquait pas une occasion de le clamer haut et fort. Si d'ordinaire, Luna restait dans l'ombre pour ne pas subir de nouvelles railleries, elle ne put cette fois-ci demeurer inactive. D'un claquement sec, elle referma son manuel, puis elle se leva pour rejoindre les deux garçons, remarquant que la victime de Liam avait le regard baissé vers l'un des tapis gris.

« Harry Potter n'est pas un affabulateur, affirma-t-elle en faisant face au plus vieux.
— Lovegood à la rescousse, s'amusa Gates en dardant sur elle une expression curieuse. Qui viens-tu défendre ? Notre cher camarade ou Potter ?
— Les deux. Parce qu'au final, c'est la même chose. Tu-Sais-Qui est de retour, et quand il se montrera au grand jour, tu regretteras d'avoir nié l'évidence. »

Elle n'avait pas peur de le dire, elle prenait confiance en elle parce qu'elle se savait dans son bon droit. Elle en avait assez d'entendre des remarques désagréables sur Harry alors qu'il souffrait de la situation, elle en avait assez de ces élèves qui se pensaient au-dessus de tout parce qu'ils étaient craints, elle en avait assez de n'être qu'un pâle fantôme – dans le meilleur des cas – qui ressemblait plus à une tapisserie qu'à un être humain. Déterminée à ne pas se laisser submerger par ses émotions, Luna se tourna vers ses autres camarades, vers ceux qui avaient cessé de parler afin de les écouter, vers tous ceux qui étaient trop souvent passifs à une époque où le mal cherchait la moindre faille dans laquelle s'engouffrer.

« Harry a raison, tonna-t-elle avec bravoure. Il a raison quand il dit que le Ministère nous manipule, il a raison quand il annonce le retour du Seigneur des Ténèbres, et il a raison aussi quand il rappelle ce qui nous attend tous. Cédric n'est pas mort sous le coup du hasard, il a été assassiné, et n'importe lequel d'entre nous aurait pu être à sa place. »

Elle n'avait pas rejoint l'Armée de Dumbledore pour se taire mais bien pour exprimer du fond de son cœur tout ce qui l'étreignait. Elle ne se rendait pas compte du spectacle qu'elle donnait à voir, avec ses grands yeux bleus dans lesquels brillait une flamme de justice, avec sa chevelure d'un blond sal mal coiffée qui encadrait son visage comme une auréole, avec ses lèvres pincées en une moue sérieuse qui la transformait en une sorcière bien plus terre à terre qu'à l'accoutumée. Elle venait de franchir cette limite qui se dressait entre elle et le reste du monde et, bien qu'elle ne fût pas tout à fait prête à quitter l'univers merveilleux qui était le sien depuis son enfance, elle n'avait aucun remord à exprimer son point de vue. Son père agissait à travers ses journaux, elle pouvait bien tenter de son côté de faire évoluer les mentalités.

Sans s'attarder, elle tourna les talons, récupéra son manuel de sortilèges puis rejoignit le dortoir des filles d'un pas léger, laissant dans son sillage un nouveau vent de murmures étonnés. Si elle avait pris le temps de patienter quelques secondes de plus, elle aurait aperçu le regard songeur de Liam posé sur sa frêle silhouette, ainsi que la fierté dans l'expression lointaine du fantôme d'Helena Serdaigle.

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