Tu n'es pas comme les autres ! by CacheCoeur
Summary:

Photographie de Engin Akyurt, unsplash.

 

Tu te souviens de Sally-Anne Perks ?

Non ? 

Ce n’est pas grave. Personne ne t'en voudra. 

Tout le monde l’a oubliée ou l’oubliera. Sauf Théodore Nott.

 

[Recueil exclusivement écrit lors des Nuits HPF]

 


Categories: Romance (Het) Characters: Theodore Nott
Genres: Amitié, Guerre, Romance/Amour
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Les Nuits d'HPF
Chapters: 22 Completed: Non Word count: 26053 Read: 2641 Published: 19/05/2020 Updated: 22/05/2022
Story Notes:

你好 !

L'intégralité de cette fanfiction sera écrite pendant les nuits HPF. C'est mon nouveau "défi": écrire sans trop planifier, en ayant tout de même une ligne directrice, mais en me laissant porter. C'est assez inédit pour moi, car j'ai pour habitude d'écrire intégralement toutes mes histoires/fanfictions avant de les publier... Donc c'est un peu comme si je partais dans des contrées inexplorées ! 

Globalement, on ne sait rien de Sally-Anne Perks. La pauvre bichette n'apparaît que lors de la cérémonie de répartition de Harry. Elle est donc de la même année que lui. Nous ne connaissons pas ni sa maison, ni pourquoi elle a soudainement disparu (lors des BUSES elle n'est pas appelée pour passer l'examen) - moi je pense surtout que J.K Rowling l'a totalement zappée. Enfin bon, voilààààà. 

 

LES NUITS : 

1. Là où tout commence by CacheCoeur

2. Vaudou by CacheCoeur

3. Appel by CacheCoeur

4. Adrénaline by CacheCoeur

5. Retrouvailles by CacheCoeur

6. Fleur by CacheCoeur

7. Culpabilité by CacheCoeur

8. Maman(s) et vinasse by CacheCoeur

9. Lucioles by CacheCoeur

10. Blâme by CacheCoeur

11. Gloire by CacheCoeur

12. Sermon by CacheCoeur

13. Déliquescence by CacheCoeur

14. Déterminée by CacheCoeur

15. Relever by CacheCoeur

16. Grandir by CacheCoeur

17. Extravagante by CacheCoeur

18. L'abîme by CacheCoeur

19. Défiance by CacheCoeur

20. Foyer by CacheCoeur

21. Prison by CacheCoeur

22. Impulsion by CacheCoeur

Là où tout commence by CacheCoeur
Author's Notes:

Ce "chapitre" a été écrit pendant la 99ème nuit HPF, sur le thème "courbature". 

 

 

Mai 1998

 

Théodore se réveilla avec des courbatures. Il essaya de les compter, de les visualiser, de commander à son corps de lui faire moins mal. Il grimaça dans son lit, en se retournant péniblement. Il n'avait jamais été très sportif. De toute façon, il n'était pas fait pour les activités collectives. Il n'avait jamais été très doué pour s'intégrer dans un groupe.

 

« Théodore, tu n'es pas n'importe qui ! Tu n'es pas comme les autres !  », répétait son père. Un sang-pur, ça devait tenir son rang. Le lit et ses dents grincèrent et crissèrent en même temps. Son épaule le faisait souffrir. La veille, il s'était endormi en étant tellement crispé, que son corps tout entier était plié et replié sur lui-même, en autant de fois qu'il le pouvait. Il avait mal au ventre. Il pencha la tête à gauche, puis à droite pour détendre sa nuque, endolorie. Son cou était douloureux. Ses muscles pulsaient, pourtant fatigués. Tout le faisait souffrir. Ses os hurlaient presque autant que les voix dans sa tête, celles qui ne voulaient pas se taire et s'égosillaient en permanence, comme s'il était leur agresseur, leur adversaire, leur meurtrier. Dès qu'il fermait les yeux, il y avait des éclats de lumières verts, des sorts mortels, qui ricochaient sur les murs de Poudlard...

 

Théodore se redressa. Il posa ses deux jambes sur le sol. Ça tanguait un peu. Il avait sûrement trop bu. Il s'ancra un peu plus sur la terre ferme, mais ses mollets, eux aussi, le faisaient souffrir. Il expira par la bouche, bruyamment. Ça n'apaisa en rien ses épaules tendues, son dos noué, son cou bloqué, ni même ses jambes, verrouillées.

 

Il se mit à rire.

 

Hier, la bataille de Poudlard avait eue lieu. Il n'y avait pas participé. Lui, fils de mangemort. Lui, qui avait toujours défendu la suprématie des sang-purs. Hier, il avait eu peur. Pourtant, il n'avait jamais été du genre lâche. Il détestait ça, les gens lâches, ceux qui se cachaient. Lui, il ne s'était jamais défilé, n'avait jamais fait semblant d'être quelqu'un d'autre.. Mais hier, il n'avait pas voulu choisir.

 

Il trouvait ça ridicule d'avoir mal parce qu'il s'était plié de peur et d'horreur toute la nuit. Il se demanda si elle en avait, des courbatures. La dernière fois qu'il l'avait vue, Sally-Anne Perks était en train de courir dans la direction opposée à la sienne, vers le danger, en souriant.

 

Théodore bougea une dernière fois. Quelque chose craqua en lui. Il ferma encore une fois les yeux et se concentra sur toutes ses courbatures. Il les compta. Compter, c'était concret, ça avait du sens. Les chiffres étaient vrais. Tout le reste, ce qui s'était passé hier, l'était aussi. Mais il n'était pas encore prêt à l'admettre. Alors, il se concentra sur ses courbatures, en se demandant si Sally-Anne Perks en avait, ou si elle était morte.  

 

Vaudou by CacheCoeur

 

Septembre 1997

Si on lui avait demandé de décrire Sally-Anne Perks, Théodore aurait simplement répondu qu’il n’y voyait pas l’intérêt. Sally-Anne était ce genre de fille un peu loufoque, aux yeux brillants et malicieux, au rire très peu distingué et aux mauvaises manières récurrentes. Il savait qu’elle descendait d’une longue lignée de sang-pur, d’un mélange entre les Black, les Croupton et les Perks, et que les membres de ses familles étaient respectés. Son cousin, bien qu’il se soit fait prendre, Barty Croupton Junior avait donné sa vie au service du Seigneur des Ténèbres… Le père de Sally-Anne était un langue de plomb très apprécié, et sa mère, une femme insipide, presque inexistante et qui n’avait eu que pour seul prestige dans la vie, de naître Croupton. Théodore en tirait la conclusion suivante : il devait le respect à Sally-Anne Perks, une sang-pur, tout autant que lui. Pas plus, pas moins.

- Je n’aime pas le silence, murmura la blonde. Bien qu’avec toi, elle soit reposante. Tu n’ouvres la bouche que pour grogner ou faire des reproches… Sait-elle faire autre chose, ta bouche ? Demanda-t-elle malicieusement à Théodore.

Elle s’amusait, dans la salle commune des Serpentard, à triturer dans tous les sens une espèce de poupée miniature, brunâtre et hideuse. Thédore termina de descendre les escaliers et s’installa sur un canapé en cuir, juste en face d’elle. Il la regarda un moment. Ses cheveux n’étaient pas vraiment blonds. Ils étaient plutôt argentés. Enfin, ils tiraient davantage sur le vert, en ce moment même. L’éclairage de la salle commune des Serpentard, combiné à la lumière provenant du lac de Poudlard ondoyaient sur ses épaisses mèches. Elle avait coincé sa baguette derrière son oreille. Théodore trouvait ça peu conventionnel, moyennement distingué et franchement ridicule. Il soupira, déjà fatigué. Il n’arrivait pas à s’endormir, en ce moment et perdait patience en attendant le sommeil. La rentrée des classes avait seulement eu lieu la semaine dernière… Sally-Anne lui sourit timidement. C’était étrange, d’ailleurs, parce que rien chez cette fille, n’était timide. Elle était franche, et ne semblait avoir peur de rien. Surtout pas du regard des autres. Sally-Anne était la moins Serpentard de tous les Serpentard… Cependant, elle y avait sa place. Rusée, ambitieuse, elle avait un caractère assez affirmé pour se sentir chez elle, dans l’antre des serpents.

- T’as du mal à dormir ? Demanda-t-elle.

Il haussa un sourcil. Théodore détestait les conversations inutiles, celles qui ne servaient qu’à parler de la pluie, du beau temps et de son sommeil.

- Un peu, grommela-t-il tout de même.

- T’as des cernes hideux …

Elle lui offrit un autre sourire, et il se retint de bailler. Il connaissait mal Sally-Anne. Il avait déjà discuté avec Milicent, Daphné, et même Pansy, mais jamais vraiment avec Sally-Anne. Sa tête appuyée contre sa main, il l’observa un long moment. Elle se débattait avec une aiguille et un fil, avant de déclarer forfait. Elle prit sa baguette, libérant une autre longue mèche blanche de derrière ses oreilles, et lança un sort, pour recoudre un bouton, faisant office d’œil droit de la poupée.

- Qu’est-ce que tu fais ?

- Une poupée vaudou, répondit-elle simplement comme si c’était l’évidence même.

Thédore esquissa un sourire, amusé, parce qu’elle était amusante Sally-Anne Perks… Il se demandait souvent pourquoi elle avait été répartie à Serpentard. Sally-Anne parlait fort, était amie avec tout le monde, avait les mains toujours sales et les lèvres maquillées à outrance d’une couleur effroyablement trop sombre pour sa couleur de peau. Elle était gentille, un peu étrange, s’amusait à faire la pitre pour détourner l’attention de leurs professeurs quand il fallait faire diversion … Elle était appréciée, comme tous les Perks l’étaient. Mais elle restait bizarre. Bizarre comme une fille qui semblait passer sa nuit à fabriquer une poupée vaudou.

- Elle est à l’effigie d’Alecto Carrow, lui apprit-elle avec une pointe de fierté dans la voix.

Sally-Anne brandit l’objet comme un trophée, dans sa direction, afin de lui donner l’occasion de mieux l’admirer :

- Tu ne la trouves pas ressemblante ? Je suis particulièrement satisfaite des cheveux noirs et ternes …

- On dirait Rogue, commenta Théodore en sourcillant.

Le sourire de la blonde se transforma et prit vie en un rire, qui ricocha dans la salle commune. Théodore eu l’occasion d’admirer ses dents du bonheur et le fond de sa gorge. Ce qu’elle manquait de retenue parfois…

- Tu as raison.

Elle haussa les épaules. Que cela représente l’un ou l’autre, peu importe. Elle les détestait tous.

- Tu maîtrises la magie vaudou ? s’étonna-t-il.

- Pas vraiment, grimaça-t-elle. Je voulais juste trouver un moyen d’exprimer toute ma colère envers cette femme.

- Qu’est-ce qu’Alecto Carrow t’a fait ?

Sally-Anne se leva d’un petit bond énergique, sa poupée vaudoue dans les mains. Il remarqua ses ongles vernis aux couleurs des Serpentard.

- Je trouve ça inquiétant que tu poses la question ! Déclara-t-elle d’un ton léger.

Théodore fronça les sourcils.

- Ce n’est pas évident ? Chuchota Sally-Anne en se penchant légèrement vers lui.

Le coin gauche de sa bouche s’était relevé. Elle s’en alla, comme ça, en le laissant seul dans la salle commune sans lui souhaiter bonne nuit. Sally-Anne Perks était vraiment, mais vraiment trop étrange pour le commun des mortels.

- Tu sais, Théodore, on dit dans les contes que les méchantes reines sont d’anciennes gentilles princesses qu’on n’a pas pu sauver. C’est faux.

Elle monta une marche et se retourna vers lui.

- Certaines femmes sont juste des connasses. Comme Alecto Carrow.

 

Appel by CacheCoeur

 

Septembre 1997

Sally-Anne aimait le cours de soins aux créatures magiques. Déjà, cela lui permettait de sortir prendre l’air, ce qu’elle adorait. Elle préférait les cours du professeur Rubeus, bien qu’elle ne l’aurait avoué à personne. Elle avait conscience qu’elle n’était pas assez « normale », trop ceci ou cela et Sally-Anne commençait à se dire qu’il serait intelligent de sa part de se faire nettement moins remarquée. Elle savait très bien ce que les autres pensaient d’elle. Sally-Anne Perks, la moins Serpentard des Serpentard. Pour les sang-purs, elle manquait d’élégance et de raffinement. Elle avait envie de rire quand elle entendait ça. A dix-sept ans, on se moquait bien de l’élégance et du raffinement. Ceux qui pensaient le contraire vivraient bien tristes, selon elle. Quant aux yeux des autres, elle était la cousine de Barty Croupton Junior, l’homme qui s’était évadé d’Azkaban avec la complicité de sa mère et son père, celui-même qui l’y avait envoyé. La cousine d’un monstre…

La famille, pour Sally-Anne , c’était compliqué.

D’un côté, il y avait son père. Dire qu’il était peu causant relevait de l’euphémisme. A croire qu’il ne s’arrêtait jamais de travailler, et qu’il se sentait obligé de se taire en toutes circonstances. Sally-Anne ne se souvenait même pas de la dernière conversation qu’elle avait eu avec lui. En avait-elle seulement déjà eue une ?

Quant à sa mère, elle était terne. Sally-Anne aimait tout ce qui brillait, tout ce qui étincelait. Elle adorait la lumière. Sa mère fermait tout le temps les rideaux à la maison, parce qu’elle avait des migraines atroces qu’aucune potion n’avait réussis à soigner jusqu’ici. Sally-Anne pensait que si sa mère avait autant mal à la tête, c’était parce qu’elle ne savait pas s’en servir. C’était un peu méchant de sa part, mais Sally-Anne ne ressentait aucune sorte d’affection pour cette femme.

Elle était peut-être un brin prétentieuse. Elle se savait intelligente, maligne et un peu plus rusée que la moyenne. Elle le cachait relativement bien. De toute façon, Sally-Anne était une sacrée bonne menteuse.

- Miss Perks !

Sally-Anne releva les yeux. Madame Gobe-Planche la regardait avec une sorte de lassitude dans les yeux, qui lui donna envie de sourire. A côté d’elle, elle entendit Nott ricaner discrètement.

- Oui ?

- Vous n’écoutiez pas !

- De toute évidence, répondit-elle innocemment.

Sally-Anne avait souvent la tête ailleurs. De toute façon, la réalité craignait, surtout en ce moment. Elle se concentra sur le cours, sans trop y prêter attention et inspira calmement. Elle adorait le mois de septembre. Ça sentait la pluie, les feuilles et le début d’une nouvelle aventure. Elle aimait le vent dans ses cheveux et profiter de l’air, d’être à l’extérieur par un temps pareil.

- Attache tes cheveux Perks.

- Je m’appelle Sally-Anne , sourit-elle en se tournant vers Théodore.

Elle détestait cette manière qu’avait les sang-purs de s’appeler par leur nom de famille.

- Attache tes cheveux Sally-Anne.

- Un « s’il te plaît » serait agréable.

- Attache tes cheveux s’il te plaît Sally-Anne , avant que je ne te les coupe par inadvertances, à la place des griffes de mon porlock !

- Bien entendu Théodore, je te prie de bien vouloir accepter mes plus plates et sincères excuses.

« Quand quelqu’un se moque de toi, moque toi de ta propre personne avec lui », lui avait dit un jour sa tante. Une femme intéressante sa tante… Elle avait toujours la bouche pleine de ce genres de phrases insensées qui faisaient se questionner Sally-Anne pendant des heures. Un jour, elle lui avait sorti un vieux proverbe latin, alors qu’elle buvait son jus d’orange. « Abyssus abyssum invocat »… « L’abîme appelle l’abîme ». Une faute en entraîne une autre. Juste avant, Sally-Anne lui avait demandé pourquoi personne ne lui parlait jamais de son cousin Barty. Selina, la sœur de sa mère, sa marraine, n’aimait pas répondre aux questions qu’on lui posait, alors elle lançait des indices que Sally-Anne attrapait à la volée sans en saisir la signification.

Elle n’avait jamais trop compris comment une faute pouvait en appeler une autre. Aujourd’hui, peut-être qu’elle commençait à saisir. Elle sentit ses jambes se ramollir un bref instant, et ses yeux la piquer dangereusement. Elle le sentit l’envahir. L’appel de la tristesse.

Dehors, le ciel commençait à se voiler. Le beau temps s’en allait. Il faisait gris et Sally-Anne aperçut Alecto Carrow déambuler dans le parc de Poudlard. Elle l’avait vu punir une élève de troisième année la veille. Faire une poupée à son effigie pour y planter toutes les aiguilles qu’elle possédait lui avait fait du bien. Elle sentit un autre appel. Celui de la colère.

- Abyssus abyssum invocat, murmura-t-elle pour elle-même.

- Une faute appelle une faute, traduisit immédiatement Théodore.

Elle hocha la tête, en regardant Alecto Carrow s’approprier le parc de Poudlard, le parcourir comme si elle en était la reine. Sally-Anne la détesta encore plus fort. L’appel de la vengeance naissait doucement en elle.

Ça faisait aujourd’hui deux ans, que sa tante était morte et qu’Alecto Carrow en avait ri.

 

Adrénaline by CacheCoeur

 

Septembre 1997

- Qu’est-ce que tu attends Perks ? s’agaça Théodore.

Sally-Anne le regarda curieusement et pinça ses lèvres, avant de se rappeler qu’elle avait mis du rouge-à-lèvres ce matin et qu’il coûtait bien trop cher pour qu’elle l’abîme en mordillant ses lèvres.

- Je ne comprends pas.

- Ta baguette Perks. Pointée sur l’élève en face de toi. Tu prononces la formule, s’impatienta le Serpentard.

- Pourquoi est-ce qu’on fait ça ? Demanda-t-elle.

Théodore croisa les bras sur sa poitrine. Il regarda l’élève de première année devant eux. Un petit garçon aux joues rondes, aux yeux ronds, à la bouche toute ronde… Un gamin. Un enfant. « Comme eux », pensa Sally-Anne , l’espace d’un instant.

- Pourquoi est-ce qu’on ferait ça ? Rectifia Sally-Anne .

- Parce qu’on nous le demande.

Sally-Anne éclata de rire et Théodore leva les yeux au ciel, puis s’arrêta, avant de se rappeler que c’était malpoli de le faire. Mais c’était plus fort que lui. Sally-Anne l’irritait prodigieusement et l’agaçait plus vite qu’un éclair de feu. Ce manque de manière… A croire qu’elle faisait exprès. Le rire d’Sally-Anne mourut subitement, aussi vite qu’il était venu et Théodore fronça les sourcils, en se demandant ce qui avait bien pu provoqué un tel revirement d’humeur. Il comprit rapidement. Alecto Carrow les observait du coin de l’œil.

Sally-Anne serrait tellement fort sa baguette dans ses mains que ses mains en avaient perdu toutes leurs couleurs. Il ne restait que le vert de son vernis, sur ses ongles. Théodore s’approcha d’elle.

- Fais-le, c’est tout.

- « Fais-le, c’est tout » ? répéta-t-elle.

- T’as très bien compris, grinça-t-il des dents.

- Il nous a fait quoi, ce gamin ? l’interrogea-t-elle en le désignant du bout de sa baguette.

Elle le vit se pétrifia, ce gamin tout rond. Elle avait de la peine pour lui.

- C’est un né-moldu, répondit Théodore avec une pointe de mépris dans la voix.

- Exact, hocha la tête Sally-Anne .

Alecto Carrow les surveillait.

- Est-ce une raison suffisante ? Chuchota-t-elle.

- T’es étrange Perks. Lance ce doloris qu’on en parle plus !

- T’aimes bien voir les gens souffrir ?

- Les nés-moldus, les moldus ne sont pas comme nous.

- Exact, approuva Sally-Anne .

C’était un fait. C’était objectif. Les moldus ne pouvaient pas faire de la magie et les nés-moldus n’étaient jamais que des sorciers ayant grandis parmi eux. Ils n’étaient pas comme les sorciers, ceux qui étaient nés s’étant toujours définis comme tels. Ils étaient différents, Sally-Anne en avait parfaitement conscience. Etait-ce pour autant qu’elle leur était supérieure et qu’ils lui étaient inférieur ?

Elle se tourna vers le première année, un Gryffondor. L’année dernière, il aurait eu bon goût, d’être allé dans cette maison. Mais maintenant, c’était une bien mauvaise époque pour les élèves de la maison de Godric. Les choses changeaient tellement vites … Sally-Anne inspira. Elle tendit le bras et pointa sa baguette sur l’élève. Alecto la regardait, et ça, elle ne l’avait pas oublié. Elle ferma les yeux. Le gamin était en train de pleurer silencieusement.

- Endoloris.

Elle rouvrit les yeux. Le gamin avait à peine tressaillis.

- Il faut le vouloir, maugréa Théodore.

- Je le veux !

- Vraiment ?

- Vraiment ! Affirma-t-elle.

Elle le voulait. Vraiment. Montrer à Alecto Carrow qu’elle était forte, qu’elle était capable de faire souffrir quelqu’un, Sally-Anne en mourrait d’envie.

- Recommence, souffla Théodore.

- Endoloris.

Rien.

- Perks… Je ne te comprends pas, soupira Théodore.

- Bienvenue au club, rétorqua-t-elle faiblement.

Il sentit le regard de la mangemort dans leur dos et il réprima un frisson, le fit taire dans son corps tout entier. Il le sentait lourd, ce regard. Si Alecto Carrow avait pu brûler Sally-Anne Perksd’un seul regard, elle ne serait plus qu’un tas de cendre. Il se demanda si Sally-Anne l’avait remarqué, ce regard incendiaire. Il nota l’information dans un coin de sa tête et décida d’aider la blonde.

- Imagine que c’est quelqu’un que tu détestes.

- Je ne déteste personne, grogna-t-elle.

- Tu ne peux pas aimer tout le monde.

- Ce n’est pas pour autant que je dois détester quelqu’un !

- Personne ne t’a jamais blessé, Perks ?

- Je m’appelle Sally-Anne  ! s’énerva-t-elle.

Théodore haussa les épaules. L’énerver, c’était peut-être la solution.

- Pourquoi tu n’aimes pas ton nom de famille ?

- Parce que je ne suis pas qu’une Perks. Je suis Sally-Anne . Et toi, tu n’es pas qu’un Nott. Tu es Théodore !

- Tu es bizarre, Sally-Anne Perkset je ne comprends pas ce que tu dis.

Il détailla ses yeux noisette fatigués, ses cernes, son teint livide et le rythme que tapait son pied gauche sur le carrelage de la salle de classe. Elle était stressée.

- Ferme les yeux. Visualise cette personne que tu n’aimes pas. Quelqu’un que tu veux faire souffrir.

Sally-Anne s’exécuta.

- Allez !

Elle inspira.

- Nous n’avons pas toute la nuit Sally-Anne  !

Elle expira.

- J’attends.

- Arrête ! s’écria-t-elle en rouvrant les yeux.

- Fais-le ! Ordonna le Serpentard.

- Qu’est-ce qui se passe ici ? Intervint Alecto Carrow.

Sous le stress une décharge alimenta le corps d’Sally-Anne tout entier. Une dose d’adrénaline pure, qui pulsa dans ses veines, faisant taper le sang fort dans ses oreilles. Assourdie, étourdie, elle s’exécuta.

- Endoloris !

Le gamin hurla.

Sally-Anne relâcha les muscles de son bras, qui tomba, inanimé, le long de son corps.

- Très bien, la félicita l’enseignante.

- Je vous remercie professeure, marmonna l’adolescente.

Sally-Anne resta inerte une bonne heure. Théodore l’observa manger comme un fantôme, et regarder droit devant elle, le néant, comme si elle pouvait y lire la vérité nue. Le soir-même, incapable de dormir une nouvelle fois, il descendit dans la salle commune. Il la trouva en train de pleurer et de renifler. Il ressentit un léger pincement au cœur, avant de retourner dans son lit. C’était idiot de pleurer pour si peu, d’après lui.

 

 

Retrouvailles by CacheCoeur
Author's Notes:

Askip c'est l'anniversaire de quelqu'un qui lit cette fic aujourd'hui... 

 

Septembre 1997

- Pourquoi t’es partie ?

La voix traînante de Théodore la tira de ses pensées. Ses yeux restèrent vagues un moment, presque voilés, et Théodore les observa reprendre pieds avec la réalité. Ils s’ancrèrent sur lui, sur l’instant présent et aussitôt, Sally-Anne cessa d’être ailleurs pour être ici.

- Je te demande pardon ? Sourcilla Sally-Anne.

- En cinquième année. Deux semaines avant les BUSES. Pourquoi t’es partie ?

A l’époque, on ne parlait que de Harry Potter et de ses hallucinations quant au retour du Seigneur des Ténèbres. Les évasions d’Azkaban de Bellatrix Lestrange ainsi que de la plupart des mangemorts, avaient aussi occupé pas mal de monde, si bien qu’à la fin de l’année, quand Sally-Anne Perks avait disparu, personne n’avait eu le courage de se demander où elle était passée. Théodore avait entendu plusieurs rumeurs, les plus solides exposant de façon très simple que ses parents l’avaient retiré de Poudlard. Seulement, les Perks étaient une famille de sang-purs et n’avaient strictement rien à craindre… D’autres disaient qu’elle était tombée malade, qu’elle avait attrapé la dragoncelle. Théodore n’y avait jamais cru. Trois semaines plus tard après sa disparition, Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom était de retour et les quelques personnes qui s’étaient intéressées à la disparition de Sally-Anne Parks, s’en fichaient bien comme de leur premier sort.

- Alors ? s’impatienta Théodore.

- Cela t’intéresse vraiment ? s’étonna la jeune fille.

- Je m’ennuie.

Ils étaient tous les deux dans la salle commune des Serpentard, encore incapables l’un comme l’autre de trouver le sommeil. Leurs rencontres nocturnes devenaient récurrentes. Cependant, elles avaient quelque chose de rassurant, à l’instar d’une bonne vieille routine. Ils se posaient dans des canapés en cuir opposés, attendaient que le temps file et se parlaient rarement.

- Je suis rentrée chez moi, expliqua simplement Sally-Anne.

- Et tes BUSES ?

- Je les ai passées en deuxième session.

- Il n’y a pas de deuxième session.

- Pour Sally-Anne Perks, il y a eu une deuxième session ! Sourit-elle.

Elle inspecta ses ongles vernis, d’une couleur légèrement dorée et pailletée. Elle s’était démaquillée et avait enlevé son rouge-à-lèvres bordeaux de sa bouche, qui semblait maintenant dix fois moins grosse et pulpeuse. Théodore s’étonnait toujours, de la voir sans cet espèce de masque sous lequel elle se baladait la journée.

- Qu’est-ce que Sally-Anne Perks a de plus que tous les autres étudiants de Poudlard, pour qu’on lui accorde le plus privilège d’une deuxième session ?

- Une vie de merde, Théodore Nott. Voilà ce que Sally-Anne Perks a de plus que toi.

Parfois, il oubliait qu’elle avait une certaine répartie et qu’elle s’en fichait bien, de froisser ou non l’égo de son interlocuteur. Sally-Anne ne s’était jamais embarrassée d’hypocrisies ou de faux-semblants. Elle était franche. Trop, souvent. Juste assez pour blesser Pansy Parkinson en lui affirmant qu’elle était aussi aimable qu’un « inferi ayant fait la bringue toute la nuit », ou pour vexer Millicent Bulstrode en lui assénant que sa « voix de scrout-à-pétard en chaleur lui donnait la migraine ». Elle était inventive, quand il s’agissait de formuler de belles comparaisons. Théodore le lui reconnaissait volontier.

Cependant, il la trouvait irrespectueuse et presque méchante, d’asséner avec autant d’aplomb qu’elle avait une « vie de merde », contrairement à lui. Après tout, elle ne le connaissait pas. Elle ne savait rien de lui.

- Ma tante est morte.

- C’est pour ça que tu as raté la première session ? Parce que ta tante est morte ?

- On dirait que tu trouves ça invraisemblable ! s’amusa la blonde. Tu sais mon petit Théodore, la mort, c’est ce qui arrive quand la vie s’arrête…

- Comment est-elle morte ?

- On l’a tuée.

Un silence tomba sur eux et Sally-Anne leva enfin les yeux vers lui. Elle trouvait toujours cela cocasse de voir la gêne s’installer chez quelqu’un après qu’elle ait annoncé que sa tante avait été assassinée. Un meurtre, chez les sorciers, ce n’était jamais anodin. Surtout quand le sorcier en question était un sang-pur et de ce fait, une personne respectée dans la communauté, bénéficiant d’un certain statut.

- Tu te souviens de ta mère ? Demanda Sally-Anne.

- Non.

- Tu aimerais te souvenir d’elle ?

Théodore se pencha en avant et posa ses coudes sur ses genoux, fatigué. Il hésita quelques secondes, puis se décida à dire la vérité.

- Parfois.

Il mentait. Il s’en rendit compte en prononçant ce mot.

- Non. Tout le temps, rectifia-t-il.

Sally-Anne resta décontenancée un bref instant, ne s’attendant pas à ce que le Serpentard fasse preuve de vulnérabilité avec elle. Parce qu’il s’agissait bien de cela…

- Ma tante voyageait tout le temps. Elle disait qu’elle adorait partir, souffrir de la distance qu’elle s’imposait à elle-même, ainsi qu’à ses proches.

- C’est tordu.

- Elle était tordue.

Elle souriait tendrement, étrangement, comme une personne se trouvant face à une portée de chatons.

- Tu sais pourquoi elle aimait ça ?

Théodore leva les yeux au ciel. Il détestait cette manie qu’elle avait de poser des questions rhétoriques, des questions auxquelles il était impossible de connaître les réponses. Théodore n’aimait pas, ne pas avoir de réponses.

- Elle disait que les retrouvailles étaient si belles, si magnifiques, qu’une séparation de dix ans s’oubliait dès qu’elle me prenait dans ses bras.

- Tu aimais ta tante.

- C’était ma personne préférée de tout l’univers.

Elle le fixa un instant et s’allongea de tout son long sur le canapé, qui couina. Elle se coucha sur le côté, et le regarda :

- Et toi Théodore ? Qui est ta personne préférée de tout l’univers ?

- Je n’en ai pas.

- Même si tu n’aimes personne, il y en a bien une que tu supportes plus que les autres…

Il fouilla dans sa mémoire. Il n’aimait pas vraiment son père. Ils ne se connaissaient pas. Il n’avait pas non plus d’amis. Drago Malefoy lui tapait sur les nerfs, Crabbe et Goyle étaient deux crétins dont les cerveaux étaient terminés à la bièraubeurre… Il fut presque tenté de répondre « Toi, Sally-Anne. C’est peut-être toi, ma personne préférée.», mais n’ouvrit pas la bouche.

- Qui est la personne qui efface toutes tes douleurs qu’elle t’a elle-même infligée en partant, en un millième de seconde seulement après vos retrouvailles ?

- Je n’ai pas de personne préférée, affirma-t-il.

- C’est triste, déplora la blonde.

- Je n’ai jamais eu de retrouvailles avec qui que ce soit …

- Ah oui ? s’étonna-t-elle.

- Personne ne me manque…

Sally-Anne éclata de rire, l’air franchement amusée.

- Les retrouvailles ne sont pas réservées qu’aux personnes que l’on aime.

Elle ferma paresseusement les yeux et Théodore se demanda même si elle n’était pas en train de s’endormir. Sa respiration devenait plus lente, lâche, et elle était parfaitement immobile. Puis elle se mit à parler :

- Moi par exemple, je ne t’aime pas particulièrement et pourtant, nos rencontres nocturnes dans la salle commune des Serpentard, je les attends… Elles sont ce qu’elles sont : des retrouvailles.

Théodore réfléchit. Ils passaient la plupart de leur temps à s’ignorer, sauf la nuit venue. Peut-être qu’il les attendait, ces « rencontres nocturnes », comme elle les appelait. Mais le terme « retrouvaille » induisait l’idée d’un manque… Enfin, selon sa propre définition. Sally-Anne semblait penser que des retrouvailles n’étaient pas forcement entre amis. Il se demanda si elle lui manquait, le reste du temps. Peut-être un peu. Ou pas vraiment… Il aimait bien la retrouver le soir, chacun sur leur canapé de cuir, l’un en face de l’autre. Ça faisait toujours une présence silencieuse, et de ce fait, agréable, pour lui qui aimait la solitude. De là à admettre qu’il attendait leurs rencontres avec impatience et qu’elles le rendaient heureux et extatique…

- Des retrouvailles…, murmura-t-il.

- Tais-toi, j’essaie de dormir, grogna-t-elle.

Non. C’était impossible. Sally-Anne Perks et lui … Dans la salle commune… Ce n’étaient pas des retrouvailles. Juste des rendez-vous quotidiens avec une saveur particulière, qu’il n’arrivait pas à définir pour le moment.

 

 

Fleur by CacheCoeur

Octobre 1997

 

- Arrête de bouger, grommela Théodore.

 

- Comment sais-tu que je bouge ?

 

- Quand tes mains sont sous la table, c’est que tu bouges.

 

- Tu ne les vois pas. Comment sais-tu que je bouge ? Répéta Sally-Anne.

 

- Tu fais trembler la table en triturant tes doigts.

 

- Pourquoi tu t’es assis à côté de moi ? Geignit-elle.

 

Le cours venait à peine de commencer et Mcgonagall leur parlait de théorie, en arpentant l’allée. On n’entendait que sa voix, les plumes qui glissaient sur les parchemins des élèves les plus assidus, et Sally-Anne qui faisait trembler le pupitre qu’elle partageait avec Théodore Nott.

 

- Parce qu’avec toi, je n’ai pas à faire semblant, répondit-il.

 

- Tu n’es pas obligé de faire semblant avec les autres non plus.

 

- Je n’ai pas envie de faire comme si leurs vies m’intéressaient. J’en ai marre d’écouter Pansy se plaindre de Drago, d’essayer de déchiffrer les sons qui sortent de la bouche de Goyle… Avec toi, je peux juste …

 

- T’asseoir et te taire ? Le coupa Sally-Anne.

 

- Exactement.

 

- Alors pourquoi tu me parles ?

 

- Parce que tes mains font trembler la table !

 

- Très bien ! Soupira-t-elle.

 

Elle posa ses mains sur le bois et desserra les poings. A l’intérieur de l’un d’eux, il y avait une petite fleur rose, emprisonné dans un flacon. Ses doigts jouaient avec le bouchon, sans jamais l’ouvrir et ses ongles cliquetaient sur le verre. Nerveusement, elle ne pouvait s’empêcher de jouer avec et Théodore se pinça l’arrête du nez.

 

- Tu commences à m’agacer ! Murmura-t-il.

 

- Regarde ailleurs !

 

Le problème c’était que Théodore en était incapable. Les mouvements de Sally-Anne attiraient ses yeux. Il n’y avait rien de plus normal : les gestes de la jeune-fille étaient des stimuli visuels qui attiraient son regard, voilà tout. Sally-Anne trempa sa plume dans l’encrier de son voisin, le sien étant vide, et Théodore sursauta.

 

- Désolé de pénétrer à l’intérieur de ta petite bulle, s’excusa-t-elle.

 

- Je regrette…

 

- Tu regrettes quoi ? De m’avoir choisis comme camarade de pupitre par dépit ? Tu préfères renifler l’odeur des cheveux gras de Milicent ? Ou peut-être préfères-tu observer combien de fois Goyle fourre son doigt dans son nez en pensant que personne ne le remarque…

 

- C’est immonde.

 

- Trente-six.

 

- Pardon ?

 

- Goyle a fourré son doigt dans son nez trente-six fois depuis le début du cours.

 

Théodore n’aurait su dire ce qui le dégoûtait le plus : le fait que Goyle soit décidément un homme répugnant, ou le fait que Sally-Anne l’ait observé faire…

 

- C’est quoi ce truc ?

 

Les yeux de Sally-Anne se baissèrent sur sa fiole.

 

- C’est une fleur.

 

- Incroyable.

 

- Arrête de te moquer.

 

- Je vois bien que c’est une fleur, railla Théodore.

 

- Ma tante me la offerte.

 

- Tu parles tout le temps de ta tante.

 

- Parce que ma tante est un sujet de conversation intéressant. En as-tu un autre à me proposer, toi qui aimes si peu parler ?

 

Sally-Anne se remit à triturer la fiole.

 

- C’est un souvenir.

 

- De ?

 

- D’un de ces voyages. Je ne sais plus lequel.

 

Selina avait visité tellement de pays que Sally-Anne était incapable de tous les compter. Elle avait longtemps supposé que cette fleur venait du japon, avant que sa mère ne la contredise, comme à l’accoutumée. Elle avait beau cherché dans ses souvenirs, Sally-Anne ne se souvenait quand est-ce qu’elle avait eu cette fiole… Elle l’avait porté en collier très longtemps, avant que la chaîne ne se casse. Selina lui avait ramené tellement de babioles de toute façon... Sa mère adorait faire des grands ménages, et se faisait un plaisir de tout jeter à la poubelle chaque fois que l’occasion se présentait. Parfois, Sally-Anne se disait qu’elle avait hérité de la mauvaise sœur Croupton pour mère…

 

- Pourquoi tu le tritures ?

 

- Pourquoi tu me parles ? Fit-elle sur le même ton maussade.

 

Ils se regardèrent tous les deux, sans cligner des yeux. Un frisson parcourut Sally-Anne mais elle maintint ses yeux à hauteur de ceux de Théodore, impassible. Parfois, elle se demandait s’il lui arrivait de sourire pour de vrai. Son visage était si dur, si froid… Elle prit la fiole et la mit entre eux, rompant cet espèce de lien qui s’était crée.

 

- Elle ne fanera jamais. C’est une fleur magique…Ça me rappelle que ma tante a existé.

 

- T’as peur de l’oublier ?

 

- Tu n’as pas de souvenir de ta mère ?

 

- Je n’ai rien de ma mère.

 

- Faux, le contredit Sally-Anne.

 

- Je n’ai pas connu ma mère.

 

- Mais tu as la moitié de son sang.

 

- Ça me fait une belle jambe, railla-t-il.

 

Il aurait préféré avoir une fleur dans une fiole lui aussi, un truc lui ayant appartenu, une chose qu’il aurait pu toucher. Une chose qu’il aurait pu serrer contre lui… Mais son père s’était débarrassé de tous les objets, toutes les photographies et autres choses qui étaient reliés à sa mère.

 

- Ça m’apaise. C’est comme un grigri.

 

Théodore trouvait le mot « grigri » ridicule.

 

- Tu sais, moi, ça me rend folle que tu sois toujours aussi immobile.

 

- Et moi, ça m’irrite de te voir gesticuler dans tous les sens.

 

Il était persuadé qu’elle perdait une énergie considérable à bouger comme ça, dans tous les sens.

 

- J’arrête de m’agiter si toi, t’arrêtes de faire ta loque.

 

Sally-Anne lui fourra la fiole dans la main, en signe de bonne foi. Il resta figé sur place, alors qu’elle s’était remise à écrire. Il contempla la fleur rose, ses pétales d’une couleur éclatante et les pistils au cœur de cette dernière. Il posa son pouce sur la bouchon. Il se demandait quelle odeur elle avait, cette fleur. Sally-Anne se mit à sourire en continuant d’écrire.

 

- Je te passerai mes notes, ce soir.

 

Il hocha simplement la tête. Il aurait aimé avoir un souvenir de sa mère à tenir dans le creux d’une main, lui aussi. A la fin du cours, Sally-Anne était partie bien avant lui. Il garda la fiole toute la journée, sans qu’elle ne vienne la lui réclamer une seule fois. Il l’entendit rire dans les couloirs de Poudlard, avec une Poufsouffle de leur âge. Il tritura la fiole entre ses doigts… Ça avait quelque chose d’apaisant.

Culpabilité by CacheCoeur

Octobre 1997

 

- Tu te sens coupable parfois ?

 

Théodore leva la tête de son manuel de potions. Sally-Anne était penchée au-dessus de lui, ses yeux gris en train de l’étudier.

 

- Je n’ai pas le temps de me sentir coupable, répondit-il.

 

- Quand tu as lancé ton doloris sur cette gamine, et qu’elle s’est mise à pleurer de rage, tu ne t’es pas senti un tout petit peu coupable ?

 

- Non.

 

Sally-Anne se demandait comme il faisait, parce qu’elle, elle n’en trouvait plus le sommeil. Dans sa tête, elle entendait ces enfants sangloter et hurler, la suppliant d’arrêter. Elle commençait à détester la magie, à force de n’en voir que la noirceur.

 

- Quand cette guerre sera terminée, dans plusieurs siècles et dans les livres d’Histoire, on parlera des gens comme toi et moi. On dira d’eux qu’ils n’ont rien fait, qu’ils se sont cachés et qu’ils ont obéi par peur. On nous méprisera et on nous détestera.

 

Théodore haussa simplement un sourcil, intrigué.

 

- Le professeur Binns nous présentera comme des lâches qui ont torturé leurs camarades, juste pour ne pas avoir à subir un doloris ou un impero à leur place.

 

- Si le Seigneur des Ténèbres gagne, les livres ne parleront pas du tout de toi.

 

Sally-Anne finirait probablement mariée à un sang-pur à qui elle donnerait de beaux et vigoureux héritiers…

 

- Et de toi ?

 

- Peut-être, soupira Théodore.

 

Il jura que la peau d’opaline de Sally-Anne était devenue encore plus blanche.

 

- Tu vas les rejoindre, n’est-ce pas ? Demanda-t-elle d’une voix tranchante.

 

Théodore ne répondit pas tout de suite. A vrai dire, il n’en savait rien… Son père était un mangemort, trop vieux pour servir convenablement Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom et les Nott étaient des sang-purs respectés, des nobles… Théodore bénéficiait de beaucoup de privilège grâce à son nom. Les Carrow le laissaient en paix et les autres élèves n’osaient plus le regarder dans les yeux. Ça ne le dérangerait pas. Théodore n’avait jamais aimé les gens de toute façon… Qu’ils s’écartent tous sur son passage lui facilitait grandement les choses et rendait sa vie moins pénible. Il s’attendait à ce que le Seigneur des Ténèbres fasse de lui un mangemort. Il se préparait à le devenir… Il resta silencieux.

 

- Tu me dégoûtes, souffla-t-elle.

 

Théodore eut l’impression de recevoir deux paires de gifles. Ses yeux étaient si plissés, qu’il les croyait fermés. Elle s’assit en tailleur, à même le sol, aux pieds du canapé sur lequel il était. Elle l’affrontait, attendant qu’il flanche.

 

- Pourquoi tu les rejoindrais ?

 

Théodore eut envie de lui répondre que les sorciers étaient devenus laxistes, faibles, en laissant des êtres moins purs entrer dans leur communauté magique. Les nés-moldus, les sangs-mêlés, les traîtres à leur sang, n’avaient pas leur place. Pour se protéger, il fallait rester soudés. Mais il garda ses lèvres scellées, incapable de parler.

 

Car ce n’était pas ce qu’il pensait lui.

 

C’était ce que pensait son père, et les gens qu’il fréquentait quotidiennement.

 

Comme si elle lisait dans ses pensées, Sally-Anne renifla avec dédain :

 

- Qu’est-ce qu’ils t’ont fait ?

 

- Qui ça ?

 

- Les nés-moldus, les traîtres à leur sang et les autres ? Que t‘ont-ils fait, Ccux qui ne sont pas comme toi ?

 

- Personne n’est comme moi, haussa-t-il les épaules.

 

- Je ne parle pas du fait que tu as un vrai problème d’anxiété sociale, que tu es psychorigide, trop sérieux, méprisant et hautain… Je ne parle pas du fait que tu es toi, et que de ce fait, Merlin merci, tu es unique. Je te parle de ceux qui ne sont pas des sangs-purs.

 

Théodore resta de marbre en écoutant Sally-Anne énumérer tous ces défauts. Ainsi, c’était ce que les gens pensaient de lui ?

 

- Tu es bavarde, grossière, bizarre et tu t’habilles comme une prostituée ! Rétorqua-t-il.

 

Un éclair passa dans les prunelles de l’adolescente et il s’attendit à ce qu’elle s’énerve. Mais au lieu de ça, elle éclata de rire, réchauffant la salle commune et faisant drôlement gargouiller le ventre de Théodore.

 

- Je suis tout ça, admit Sally-Anne.

 

- Je ne suis pas tout ce que tu as dit.

 

- Ah oui ?

 

- Je ne te méprise pas…

 

- Ah oui ? s’étonna davantage la blonde.

 

- On est pareils.

 

- Je ne serai jamais une mangemort.

 

- Pourquoi ?

 

- Parce que je suis une femme. T’as vu beaucoup de femmes dans cette charmante institution qu’est la vôtre ?

 

« La leur » corrigea Théodore dans sa tête.

 

- De plus, je ne crois pas en l’idéologie du sang.

 

- Pourquoi ?

 

Théodore était sincèrement intéressé. On lui avait toujours présenté les choses de cette façon. Il était méthodique, raisonnable, intelligent. Il voulait des faits, des preuves, des thèses, des anti-thèses. Il était convaincu, mais pas obstiné. Il voulait la vérité.

 

- Beaucoup de grands sorciers et sorcières sont des nés-moldus.

 

- Exact.

 

Il ne pouvait pas le nier.

 

- On ne choisit pas de naître. On ne choisit pas sa famille. Ta mère et ton père auraient pu être des moldus.

 

- C’est ridicule.

 

Il détestait la persuasion. Le faire essayer de se mettre à la place de ces gens, c’était inutile.

 

- T’es pas un crétin, Nott.

 

- Tu n’aimes pas quand je t’appelle Perks. Alors pourquoi m’appeler Nott ?

 

- Parce que manifestement, tu accordes plus d’importance au nom qu’on te lègue, plutôt qu’à celui que tu pourrais construire.

 

Sa remarque le piqua et cru recevoir sa troisième paire de gifles de la soirée. Ses joues commençaient à chauffer. Il n’était pas du genre à perdre le contrôle de ses émotions. Mais Sally-Anne commençait à le contrarier, et à lui taper prodigieusement sur le système.

 

Sally-Anne posa ses coudes sur ses genoux et appuya son menton sur ses mains. On aurait dit une gamine, fière d’avoir taquiner un enfant plus grand qu’elle.

 

- T’es pas un crétin.

 

- Et quand je serai un mangemort ? Tu penseras toujours, ça ?

 

Elle soupira, les lèvres pincées.

 

- Tu te sentiras coupable.

 

- Non. Je ferai mon devoir.

 

- Théodore. Tu trembles quand tu lances tes sorts sur ces gamins, chuchota-t-elle comme un secret.

 

Il se figea et son souffle se perdit dans sa gorge. Sally-Anne se mit à sourire jusqu’aux oreilles et se releva d’un petit bond énergique et souple.

 

- Tu verras Nott. Quand tu laisseras parler la culpabilité que tu t’évertues à enterrer au fond de toi, tu péteras un câble.

 

Elle grimpa les premières marches pour monter jusqu’à son dortoir. Théodore se sentait déjà seul. Il n’aimait pas quand elle partait avant lui… Elle se tourna vers lui.

 

- Ne deviens pas un mangemort.

 

C’était presque une supplique et il en perdit davantage son souffle et la tête.

 

- Et pour info, je m’habille comme je veux Théodore. Si ma tenue te choque, cesse de faire glisser tes yeux jusqu’à mes seins.

 

Il rougit furieusement et serra les poings. Ce n’était arrivé qu’une fois…

Maman(s) et vinasse by CacheCoeur

Octobre 1997

 

Théodore n’avait aucun souvenir de sa mère. Quand il était enfant, sur ses dessins, il se représentait seul. Son père n’était rien de plus qu’une ombre, un courant d’air juste assez présent pour lui donner des ordres et des conseils qu’il retenait jusqu’à avoir à entendre les prochains. Théodore avait grandi seul. Il s’était élevé seul. Il avait appris seul. Et plus il vieillissait, plus il était persuadé que c’était comme ça que la vie devait se vivre : seul.

 

C’était une réflexion dans laquelle il était en train de se perdre, jusqu’à ce que les cris stridents de Sally-Perks le sortent de ses pensées :

 

- Mais quelle pétasse de …

 

A l’autre bout de la table des Serpentard, Sally-Anne venait de réduire en cendre une lettre dont l’enveloppe toute déchirée gisait dans son assiette.

 

- Sombre folle, murmura Pansy Parkinson, assise à la droite de Théodore.

 

- Elle n’est pas folle…, marmonna Daphné.

 

Théodore haussa les sourcils : si la plupart du temps Daphné ignorait royalement les remarques sarcastiques et plus ou moins pleines d’esprit de Pansy, il était rare qu’elle ose la contredire. Cependant, Pansy – fidèle à elle-même – balaya l’air de la main : le sujet « Sally-Anne Perks » ne l’intéressait pas et ne méritait définitivement pas à ce qu’elle s’attarde une seconde de plus dessus.

 

La blonde, comme en transe, comme si personne ne pouvait la voir ou l’entendre, serrait les poings, le visage aussi rouge que le maquillage qu’elle portait aujourd’hui sur ses lèvres, et fulminait :

 

- Je la déteste. Je la déteste. Je la déteste. Je la déteste.

 

Elle dégageait une telle fureur que Théodore déglutit et passa une main dans ses cheveux, mal-à-l’aise. Sally-Anne avait repris sa baguette et lançait sur le tas de cendres de sa lettre, une multitude de sorts qui firent trembler les couverts des autres élèves, se renverser les pichets de jus de citrouilles, et enfin, se casser la table en deux.

 

Théodore n’avait jamais vu autant de violence, une telle lueur de rage, que Sally-Anne Perks ne s’embêtait même pas à dissimuler dans ses yeux. Son petit corps tremblait. Théodore sentait presque l’odeur de son sang en train de bouillir.

 

Plus personne ne parlait dans la Grande Salle. Le professeur Rogue semblait indifférent, Mcgonagall était complètement abasourdie, et les Carrow commençaient à s’approcher de Sally-Anne comme des prédateurs prêts à fondre leur proie.

 

Théodore réagit le premier et agrippa la manche de l’adolescente, pour l’entraîner à l’écart. Étrangement, Sally-Anne se laissa faire, non sans gratifier Pansy d’un geste obscène, leur signifiant qu’elle l’avait parfaitement entendue quelques minutes plus tôt. Le Serpentard pressa le pas, à mesure qu’ils entendaient les Carrow les apostropher. Ils s’éloignèrent rapidement, et traversèrent Poudlard et ses nombreux dédales.

 

- Lâche-moi, grogna Sally-Anne.

 

Théodore s’exécuta.

 

- Ne me remercie pas surtout.

 

- Pour quoi le ferais-je ?

 

- Tu sais qu’Alecto Carrow n’attend rien de mieux qu’un tout petit écart de ta part pour te coller et faire de toi le prochain cobaye sur lequel s’entraîneront Goyle et son demi-cerveau terminé à la bièraubeurre !

 

Sally-Anne n’avait même pas remarqué la présence de la mangemort. Elle bredouilla quelques remerciements, que Théodore accueillit froidement. Il mordilla ses lèvres jusqu’au sang, pour retenir la question qui le démangeait. La colère de la blonde semblait n’être déjà qu’un souvenir pour elle : redevenue calme, comme s’il ne s’était rien passé, elle escaladait maintenant l’un des murets de la cour du château. Elle jouait les funambules, perdait l’équilibre et jouait avec en souriant comme une insouciante.

 

- C’était ma mère. Ma connasse de mère que je déteste.

 

- Il me semble en effet que ton animosité envers ta mère est assez évidente. La table peut en témoigner.

 

Sally-Anne sauta de son perchoir et se planta devant lui :

 

- Elle me donnait des conseils. Elle m’ordonnait d’écrire à mon salopard de père. Elle exige que je me rapproche de Pansy parce que sa famille est, je cite, « respectable ». Mais respectable selon quoi et selon qui ? Pansy est pour moi aussi respectable qu’un véracrasse.

 

Il croisa les bras sur sa poitrine :

 

- Pansy est une fille intelligente et rusée, qui sait manipuler les autres et les nourrir de ce qu’ils recherchent afin d’obtenir elle-même, ce qu’elle veut d’eux.

 

- Mais quelle brillante analyse, Théodore ! Ricana Sally-Anne.

 

Théodore était observateur. Quand on était introverti et discret, qu’on s’éloignait naturellement des groupes d’amis, on avait tendance à les observer. Pansy était intéressante. Elle savait pertinemment ce dont les autres avaient besoin. Drago, lui, cherchait l’admiration de quelqu’un : Pansy lui offrait la sienne. Daphné avait grandi dans un château et des contes de fées. On lui avait menti toute sa vie et désormais, elle voulait quelqu’un de toujours sincère à ses côtés, même si cela devait la blesser. Pansy lui servait sa franchise acerbe et venimeuse sur un plateau d’argent. Blaise Zabini ne souhaitait rien de plus que de faire chier son père : Pansy avait accepté ses avances et fait en sorte de rompre ses fiançailles avec une sang-pure russe.

 

- Ne prends pas les gens pour des crétins, persifla-t-il.

 

- Je ne les prends pas pour des crétins. Juste pour des gens plus limités que la moyenne… Pansy n’est qu’une faible créature qui se laisse aller à la violence.

 

- Dit la fille qui vient de détruire la vaisselle de Poudlard.

 

- Théodore Nott se montre ironique…

 

Agacée, Sally-Anne se mit à marcher furieusement en direction des cuisines. Théodore avait du mal à la suivre. Au sens figuré comme au sens propre : elle marchait vite et semblait changer d’humeurs de façon tout à fait imprévisible.

 

Les elfes de maison l’accueillirent comme une amie et d’un coup de baguette, elle fit voler une bouteille de vin jusqu’à elle. Elle s’en servit une coupe.

 

- De la vinasse. C’est dégueulasse. Mais j’en ai besoin. Parce que tu vois, Nott… Dans ma famille, ma tante était la seule à m’aimer et qu’elle, elle m’aurait dit de fuir cet endroit, de partir loin, là où ma connasse de mère me supplie de lécher les bottes de la femme qui est responsable de la mort de ma tante.

 

Elle but d’une traite.

 

- Elle reste ta mère, chuchota Théodore.

 

- Et ? Elle ne me connaît pas. Ne cherche pas à le faire. Elle me méprise autant que je la méprise.

 

- Mais elle est en vie. Elle peut changer, comme tu peux changer.

 

Sally-Anne se tût.

 

- T’es si sage, Nott…

 

- Aujourd’hui ça fait dix-sept ans que la mienne est morte.

 

Sally-Anne s’adoucit un bref instant, et lui tendit la bouteille :

 

- Tu peux boire au goulot …

 

- Je mérite mieux que de la vinasse.

 

Pourtant, il porta la bouteille à ses lèvres, et ferma les yeux, le cœur lourd.

 

 

Lucioles by CacheCoeur

 

Octobre 1997

 

Les feuilles des arbres étaient déjà en train de perdre leurs couleurs. Les tons ocre de l’automne commençaient déjà à teinter la végétation du parc de Poudlard. Sally-Anne rentra ses poings dans les manches de son pull vert et se félicita d’avoir choisi un pantalon pour la journée. L’air frais et humide de la fin de soirée la fit frissonner.

 

Elle marcha à toute allure, jusqu’au parc, simplement éclairé de sa baguette. Elle s’arrêta à mi-chemin, consciente que si elle se faisait prendre aussi loin de château, elle se ferait sévèrement réprimander. Elle sortit un paquet de cigarettes d’un des poches de son pantalon, et l’alluma à l’aide d’un sort.

 

Elle jeta un œil vers le bâtiment, qui n’avait rien d’accueillant ou de chaleureux : la nuit était en train de tomber et les nuages noirs et compacts au-dessus de sa tête n’avaient rien de rassurant.

 

- Tu sèches le banquet d’Halloween ? S’étonna Théodore Nott, derrière elle.

 

- Je me demandais combien de temps tu mettrais à me parler ou à me faire comprendre que tu m’avais suivie.

 

- Je pensais être discret.

 

- T’as grommelé un « putain Merlin je déteste l’automne », après être glissé sur un tas de feuilles mortes…

 

Sally-Anne inhala délicatement l’air dans sa bouche en tirant sur la cigarette.

 

- Ça pue, commenta Théodore.

 

- Et c’est franchement dégueulasse, grimaça-t-elle.

 

La cigarette coincée entre ses lèvres, elle se débattit avec ses longs cheveux blonds pour faire une queue de cheval. Le vent lui compliqua la tache et les ramena à son visage, frigorifié. Théodore loucha sur sa nuque dégagée et se demanda ce qu’il ressentirait, si la pulpe de ses doigts s’y posaient. La peau laiteuse de la Serpentard luisait dans la nuit

 

- Pourquoi fumes-tu malgré le fait que cela ne soit pas à ton goût ?

 

- Ma tante Selina adorait ça.

 

- Et ?

 

- Et aujourd’hui, c’est son anniversaire. Alors je sais pas… Je crois que je voulais lui rendre hommage. J’ai trouvé un vieux paquet de cigarettes à elle, dans ses affaires. Celle-ci est l’avant-dernière…

 

- T’as fumé toutes les autres ?

 

- La plupart.

 

Elle avait stupidement espéré se sentir proche d’elle en le faisant. Mais tout ce qu’elle avait récolté, était l’impression de sentir sa langue se transformer en cendres, ses poumons en volcans brûlants et une quinte de toux si peu élégante qu’elle aurait probablement traumatisé ce pauvre Théodore s’il avait assisté à ça.

 

- Je peux essayer ?

 

Sally-Anne hésita un instant avant de hausser les épaules : ce n’était qu’une cigarette… Ce n’était pas ça qui ferait revivre sa tante. Elle la lui offrit cependant avec un léger pincement au cœur et attendit de voir Théodore cracher et se défaire de son éternel air noble et prétentieux. Il se mit à sa hauteur, il alluma la cigarette, les yeux rivés sur le lac noir de Poudlard.

 

Elle l’observa inhaler la fumée, et tousser. La blonde s’esclaffa en constatant qu’il se retenait. Le visage de Théodore était en train de dangereusement rougir, et ses yeux brillaient, alors qu’il contenait sa toux dans ses poings. Elle jura même voir une larme glisser sur sa joue.

 

- T’es ridicule Théodore…

 

- Ri… di … cule ?

 

Il se tourna, probablement pour grimacer mais surtout pour se cacher des moqueries de sa camarade. Il crachoter tout ce qu’il pouvait.

 

- Moi ? Ridicule ? Reprit-il d’une voix croassante.

 

- Non, ricana-t-elle. Tu es parfait quoiqu’il arrive, en toutes circonstances…

 

Quelques lucioles se mirent à briller au-dessus du lac. Ils les admirèrent en silence, jusqu’à ce que Sally-Anne rompt le silence :

 

- Tu savais que selon une vieille légende, les sorciers nés un trente-et-un décembre sont appelés à faire de grandes choses ?

 

- Ça n’a jamais été démontré, répondit Théodore. J’ai lu quelques ouvrages sur le sujet, et me suis documenté en lisant plusieurs rapports de recherches et rien ne tend à prouver que cette date ait une influence particulière sur le destin d’un bébé né sorcier.

 

- Selina a été très courtisée par les sang-purs, à cause de cette connerie de légende. Elle a failli être mariée de force pas moins de trois fois et s’est enfuie à chaque fois. Elle a refusé de prendre un mari toute sa vie, et elle a toujours été heureuse ainsi. La seule chose qu’elle regrettait, était de ne pas avoir d’enfant. Elle a essayé d’adopter un cracmol d’après ma mère, mais mes grands-parents étaient si critiques… Elle a abandonné, en se disant qu’offrir une telle famille à un enfant serait une vraie malédiction.

 

- Elle aurait pu choisir cet enfant, et vous abandonner vous.

 

- Ouais et parfois, je me dis que c’est ce qu’elle aurait dû faire.

 

- Sais-tu pourquoi elle n’a pas coupé les ponts avec les Croupton et les Perks ?

 

- Parce que malgré tout, elle les aimait, murmure Sally-Anne. Ils avaient juste peur des jugements des autres, de la société sorcière, du fait que l’on critique davantage ses choix de vie. Une sang-pur comme elle… C’était la honte de la famille, le mouton noir, mais ils l’aimaient et l’acceptaient. Ils étaient blessants, aveuglés par leurs valeurs à la con, parfois malveillants, mais jamais… Non ça jamais, en souhaitant l’être, en ayant conscience de l’être.

 

- Est-ce pardonnable ?

 

- Je n’en sais rien, murmura honnêtement l’adolescente. Je me plais à croire que si ma mère s’éduquait un peu sur les questions tenant à la pureté du sang, elle serait moins cruche, plus bienveillante et moins antipathique. Ca ne rend pas ses propos pardonnables… Ils sont juste… plus supportables.

 

Les doigts gelés, Sally-Anne termina sa cigarette.

 

- Pourquoi t’as fuis le banquet ?

 

- Je n’aime pas la tarte à la citrouille.

 

- Tous les ans, je termine ta part, avoua la blonde.

 

- Et tous les ans, je te vois le faire.

 

- Est-ce que tu entends aussi Pansy me dire également tous les ans que c’est à cause de ça que j’ai un gros cul ?

 

Théodore esquissa un sourire avant d’opiner. A la lumière de la lune, elle le trouva beau. Objectivement beau. D’une beauté noble et élégante, avec ses traits anguleux et sa mâchoire carrée, il était svelte. Elle n’aurait su dire ce qui le rendait si attirant… Ses yeux ? Ses sourcils toujours un peu froncés ? Sa bouche qui ne s’ouvrait jamais pour ne rien dire ? Ses longues jambes ? Son aura si imposante et fascinante ?

 

Sally-Anne détestait le mystère et pourtant, elle adorait Théodore, qui l’incarnait mieux que personne.

 

Elle continua de le détailler, et s’amusa de voir briller le mégot de sa cigarette, au milieu des lucioles du parc, qui leur offraient une danse des plus féerique.

 

 

Blâme by CacheCoeur

Novembre 1997

Théodore la regarda, le cœur à l’envers. Le cœur au bord des lèvres en fait…

- Bah alors Perks ? Tu ne souris pas aujourd’hui ? ricana Goyle en passant devant eux.

- Tu vas sûrement plus avoir besoin de te maquiller avec ce bel œil au beurre noir et tes lèvres toutes rouges…, enchaîna Crabbe.

Drago, derrière eux, ne fit aucun commentaire. Il ne regarda même pas le visage tuméfié de sa camarade, et se rendit directement dans son dortoir. Pansy éclata de rire et Sally-Anne baissa les yeux. Théodore en eut un haut-le-cœur si puissant qu’il lui tordit le ventre et lui noua la gorge. Il n’avait jamais vu Sally-Anne baisser les yeux devant qui que ce soit… Et surtout pas devant Pansy Parkinson. Lui qui était resté calme jusqu’à maintenant, se leva d’un bond et d’une voix sifflante s’adressa à la brune :

- N’as-tu rien d’autre à faire que de te moquer des autres, Parkinson ?

Pansy écarquilla les yeux et ouvrit la bouche, étonnée. Théodore ne s’interposait jamais, restait toujours inexpressif, impassible même, face aux disputes et provocations des autres élèves et semblait indifférent du sort de ceux dont on riait. Théodore était discret, silencieux et intelligent. Tout le monde le savait. En revanche, ce que personne ne savait, c’était qu’il prendrait un jour la défense de Sally-Anne Perks.

Pansy serra les poings puis sembla s’apaiser un bref instant, pendant lequel elle décida de s’en aller et de laisser les deux adolescents en paix. Crabbe et Goyle en firent de même, non sans rire grassement. Théodore les détesta encore plus fort.

Sally-Anne, assise sur le canapé, se roula en boule et posa une compresse sur ses lèvres fendues. Elle avait le goût métallique du sang dans la bouche et son œil droit lui faisait mal, tant et si bien qu’elle ne pouvait plus le fermer sans souffrir le martyr. Elle porta l’une de ses mains à son regard et gémit en constatant que deux ongles avaient été arrachés et avaient laissé sa peau à vif :

- Merlin, j’avais fait mes ongles la veille !

- Es-tu en train de te moquer de moi ? Murmura Théodore d’une voix blanche.

- Quoi ?

- Ne m’oblige pas à répéter.

- Je ne t’oblige à rien du tout.

Bien sûr que si ! Bien sûr qu’elle l’obligerait à faire des choses ! Elle ne s’en rendait même pas compte ! En baissant les yeux face à Pansy, en s’inclinant face à elle et en se montrant vulnérable, Sally-Anne l’avait forcé à prendre sa défense.

Il le referait sans hésiter.

Il avait détesté ça, mais il le referait mille fois et bien plus encore.

Il secoua finalement la tête, passablement énervé. Incapable de rester assis à rien faire, il commença à faire les cent pas, nerveux et inquiet. Il examina le visage de la blonde et eut envie de vomir.

- Tu devrais aller à l’infirmerie. Je vais t’y conduire.

- Si on est surpris hors des couloirs après le couvre-feu, les Carrow vont m’offrir une autre petite séance privée et je pense que je peux me passer de leurs services.

- Arrête de parler.

- Tu sais que j’ai raison.

- Non. Enfin oui, tu as raison. Mais plus tu parles, plus tes plaies s’ouvrent et plus tu saignes.

- Oh.

Elle le sentait maintenant. Le sang avait séché le long de son cou mais commençait à couler de nouveau au coin de ses lèvres, tout gluant et poisseux. Elle en avait même dans ses cheveux blonds. Elle les regarda avec dégoût et se recroquevilla un peu plus.

- Fallait bien que ça arrive, murmura-t-elle.

- Pourquoi t’as fait ça ? Lui demanda Théodore.

Il s’était arrêté en face d’elle, si près, qu’elle n’avait qu’à tendre la main pour le toucher. Sally-Anne ouvrit la bouche. Elle aurait voulu dire qu’elle l’avait fait par justice… La vérité était qu’elle avait surtout cherché à tester ses propres limites.

- Ce gamin n’avait rien fait. C’est juste un gosse…, répondit-elle pourtant.

- Tu n’aurais pas dû t’interposer !

- Et qu’est-ce que j’aurais pu faire d’autre ? S’exclama-t-elle.

- Attendre que Longdubat intervienne ! Il allait le faire mais …

- Mais quoi ? Siffla la Serpentard d’un ton mauvais. Parce que d’autres le feront pour moi, je n’ai pas à agir quand je suis témoin d’une injustice ?

- Crimson devrait se montrer plus prudent ! Grogna Théodore.

- Non. Nathaniel est un gosse de onze ans ! Un pauvre gosse sang-mêlé, qui a eu la grande malédiction d’être réparti à Serpentard … Là, où c’était un honneur il y a encore quelques années. Du moins pour moi.

Théodore avait plaint ce gamin dès qu’il avait entendu le Choixpeau hurler sa décision. Il avait vu Sally-Anne l’accueillir, alors que tout le monde lui avait tourné le dos et ignoré. Elle l’avait materné depuis la rentrée, l’avait accompagné à tous ses cours, lui avait appris quelques sortilèges pour se défendre et lui réservait toujours une place à ses côtés lors des repas.

Sally-Anne aimait bien ce gamin. Mais Théodore savait aussi qu’elle s’en servait pour faire enrager les Carrow.

De la provocation. Voilà, ce que c’était.

- Tu ne devrais pas t’attacher à ce môme.

- Il pourrait être moi.

- Tu n’es pas une sang-mêlée.

- Aujourd’hui, plus aucun sorcier n’a le sang tout à fait pur, grogna Sally-Anne.

- Tu t’es fait torturée à sa place…

La blonde cligna son œil valide, le cœur battant et le sang tambourinant dans ses oreilles :

- Alors quand ce sont les autres ce sont des exercices d’entraînements, mais quand c’est moi, c’est de la torture ?

- Je… Tu…

Théodore bredouilla, incapable de trouver ses mots. Il avait entendu Sally-Anne hurler et crier de douleur sous l’assaut des endoloris et autres sorts plus inventifs les uns que les autres en terme de sadisme pendant très exactement trente-sept longues et interminables minutes. Crimson avait pleuré à chaudes larmes pendant le premier quart d’heures, déterminé à attendre celle qui avait pris sa défense face aux Carrow. Puis il était resté silencieux dix minutes, le visage pâle. Théodore s’était retenu de lui boucher les oreilles, pour lui épargner ça. La culpabilité dans ses yeux était immense.

Mais elle avait toute sa place. Après tout, c’était de sa faute.

Théodore n’avait même pas eu le temps de réagir en fait. Et s’il était sincère et honnête avec lui-même, il n’était pas certain qu’il l’aurait fait… Au bout d’une demie-heure, il avait prié pour que cela prenne fin et Sally-Anne s’était même tut, probablement évanouie. Alors, en colère et complètement impuissant, il avait ordonné à Nathaniel Crimson de déguerpir en vitesse : si les Carrow l’avaient vu en sortant de cette salle, le gamin l’aurait payé cher et Sally-Anne aurait subi tout ceci pour rien…

- Pourquoi cherches-tu sans arrêt à te faire remarquer ? S’exclama enfin Théodore.

- Je ne peux plus ne rien dire ! S’écria-t-elle.

Sa voix s’était brisée, pleine des sanglots qu’elle avait retenu.

- Tu ne peux pas me blâmer d’avoir essayer de faire ce qui est juste.

- Non, approuva-t-il malgré lui.

Elle avait eu raison. Crimson n’avait fait que bousculer Alecto Carrow. Rien de plus. On ne punissait pas un élève pour ça.

- Mais ne me blâme pas d’être en colère, rétorqua-t-il.

- Tu n’as aucune raison de l’être.

Il la regarda et plongea son regard dans ses yeux verts. Sa colère monta encore plus en flèche.

- Ne me dis pas comment je dois me sentir, s’il te plaît.

Son père l’avait fait toute son enfant et Théodore en payait le prix.

- Ne me crie pas dessus, marmonna Sally-Anne.

Théodore avait haussé le ton, sans s’en rendre compte. Son visage se figea. Il avait perdu le contrôle. Il lui en voulait de s’être mise en danger. Il lui en voulait d’être dans cet état. Il lui en voulait de le forcer à se sentir aussi mal alors qu’il n’était même pas directement concerné.

- Je suis désolé.

Sally-Anne éclata en sanglots en face de lui.

- J’ai eu tellement peur…

Elle pleura longtemps et il s’assit à côté d’elle. La Sepentard chercha le contact, et posa sa tête lourde, si lourde, contre son épaule. Théodore sursauta, mais ne la repoussa pas, alors que ses cheveux chatouillaient sa main. Il la laissa pleurer son épaule jusqu’à ce qu’elle s’endorme et resta près d’elle.

Quand elle se mit à gémir de douleur dans son sommeil, il blâma les vrais coupables. Il blâma les Carrow et les détesta jusqu’à ce que le matin arrive et lui permette d’emmener Sally-Anne à l’infirmerie en toute sécurité.

Gloire by CacheCoeur
Author's Notes:

 

 

 

Novembre 1997

– Tu vas rester planté là longtemps ?

La voix croassante de Sally-Anne le ramena à la réalité. Les mains dans les poches, il jeta un coup d’œil au pichet d’eau posé sur la table de chevet et s’en servit un verre, sous le regard amusé de la blonde.

– Ce n’est pas censé être pour moi ?

Théodore haussa les épaules.

– Tu m’as fait peur, avoua-t-il enfin.

Sally-Anne cilla et se mit à respirer plus lourdement. Elle se souvenait à peine de la veille… Elle se rappelait seulement de la douleur, du goût du sang dans sa bouche, de cette sensation de glisser et de tomber sans rien pouvoir y faire, malgré sa petite voix intérieure qui lui disait de lutter… Elle se rappelait des bras de Théodore autour de sa taille qui pressait son corps contre le sien, pour l’aider à marcher, à garder l’équilibre. Il l’avait emmené à l’infirmerie dès qu’ils avaient été sûrs de pouvoir sortir de leurs dortoirs sans risquer quoi que ce soit. Elle s’était évanouie en chemin et n’avait pas repris conscience de la journée.

– Tu vas rester planté là longtemps ? Lui redemanda Sally-Anne.

– Non. Je vais m’en aller.

Maintenant qu’il pouvait l’écouter parler, qu’il l’avait vue bouger, il pouvait s’en aller. Il avait sûrement une tonne de cours et de devoirs à rattraper.

– Depuis combien de temps je suis ici ? L’interrogea la Serpentard.

– Ce matin, huit heures.

– Et toi ?

– Ce matin, huit heures.

Personne n’était venu voir Sally-Anne. Tout le monde l’avait vue avec ses plaies, ses cicatrices, dégoulinantes de sang… Mais personne n’avait fait quoi que ce soit. Malefoy les avait regardé quitté le dortoir tôt ce matin. Il avait le teint pâle, les yeux enfoncés et n’avait pas soutenu le regard de Théodore. Il avait évité Sally-Anne et était parti juste avant eux.

Les parents de Sally-Anne n’étaient pas venus non plus. Le directeur de la maison Serpentard avait brillé par son absence. Personne. Personne ne semblait tenir à elle.

Théodore n’avait pas eu le cœur à la laisser seule, comme ça.

Il en riait presque, intérieurement.

C’était ridicule.

Sally-Anne Perks adorait être toute seule.

– Merci, souffla-t-elle.

Et pourtant, cette fille, qui aimait être seule, venait de le remercier d’être resté.

– C’est le moment où tu es censé répondre « mais de rien Sally-Anne, ça a été un pur plaisir de t’admirer dormir ».

– Pas vraiment.

Ses cheveux blonds étaient gras, son visage était déformé par les bosses, les hématomes… Elle n’était pas belle à voir.

Ça n’avait pas été un « pur plaisir de l’admirer dormir ».

– C’est si horrible que ça ?

– Non, admit Théodore. L’infirmière a fait des merveilles.

Dans la nuit, son visage avait repris son apparence normale, petit à petit.

– Qu’est-ce que tu cherches à prouver Sally-Anne ?

Avant qu’elle ne se mette à pleurer après qu’il lui ait hurlé dessus, il lui avait demandé pourquoi elle avait pris la défense de cet élève, pourquoi elle était intervenue…

– On ne peut pas laisser les Carrow s’en prendre à des enfants. On ne peut pas les laisser démolir un gamin de onze juste pour ce qu’il est.

– C’est la gloire que tu veux ?

– La gloire ? Hoqueta Sally-Anne.

– De la renommée. De l’honneur. De la reconnaissance liée à un quelconque mérite.

– Je sais ce qu’est la gloire, Théodore, siffla la septième année.

– Moi, je ne le sais plus, confia-t-il.

Plus depuis hier soir. Son père lui avait toujours dit qu’il ferait la gloire des Nott, qu’il porterait fièrement son nom et le ferait perdurer. Il lui avait déclaré que la gloire, l’honneur, la dignité, étaient plus importantes que tout le reste.

Mais on ne lui avait jamais expliqué ce qu’elles étaient.

– J’ai fait ce qui me semblait juste.

Elle avait foncé tête baissée pour aider Nathaniel. C’était peut-être ça, l’honneur.

– Je n’ai pas réfléchis !

Elle n’avait pas pleuré avant d’être certaine que plus personne ne pouvait la voir, à part Théodore. C’était peut-être ça, la dignité.

Théodore soupira. Il n’avait pas envie de la laisser seule. Lui, en fait, n’avait pas envie d’être seul et quand Sally-Anne et lui se regardaient, il ne l’était pas.

– Tu es courageuse.

– Tu me le dis comme s’il s’agissait d’un défaut, cracha amèrement Sally-Anne.

– Quand cela t’amène à l’infirmerie, je considère que c’en est un.

– Alors c’est parce que tu as peur, que tu n’as pas aidé ce gamin ? Ou simplement parce que tu penses qu’il méritait ce que les Carrow voulaient lui faire subir ?

Théodore ferma plusieurs les yeux, comme si la réponse allait lui sauter au visage. Il l’attendait. Il la souhaitait. Mais rien ne vint.

Il ne s’était jamais pensé très courageux. Pour autant, il savait qu’il n’était pas lâche.

– Je ne suis pas un Gryffondor.

– Et alors ?

Il ouvrit la bouche prêt à dire quelque chose, à lui répondre que ça n’avait pas d’importance, qu’ils ne devraient pas discuter de tout ça, qu’il était juste content de savoir, de constater qu’elle allait bien… Mais au lieu de ça, il garda le silence, incapable de soutenir ses yeux toujours maquillés de la veille.

S’il en avait eu l’audace, il l’aurait débarbouillée. Il aurait enlevé son fard à paupières noir et son rouge-à-lèvres sombre. Il aurait découvert la véritable longueur de ses cils.

Mais ça aussi, il n’avait pas pu.

La porte de l’infirmerie s’ouvrit et Nathaniel, ce petit gamin de onze ans que Sally-Anne avait défendu, apparu timidement devant elle. Nathaniel… Le premier et seul visiteur de Sally-Anne.

Le gamin se figea en apercevant Théodore. Ce-dernier s’écarta du lit de Sally-Anne et lui jeta un dernier regard, avant de traverser le couloir. Quand il passa devant Nathaniel, il le vit retenir son souffle. Il vit la peur, l’horreur monstre qu’il lui inspirait et Théodore en eut la nausée.

Le Serpentard ne referma pas complètement la porte derrière.

Il observa le gamin marcher jusqu’au lit de Sally-Anne, et la remercier en pleurant à chaudes larmes.

C’était peut-être ça la gloire.

 

Sermon by CacheCoeur

Novembre 1997

– Comment tu t’es fait ça ?

– Je suis tombée.

– On t’a aidé ?

– A quoi ?

– A tomber, grogna Théodore en jetant un regard lourd de sens à Sally-Anne.

– La gravité, cette grande coquine, n’y est sûrement pas pour rien si tu veux mon avis.

La Serpentard esquissa un sourire malicieux, presque mutin, qui fît un drôle d’effet à Théodore. Il tenta de démêler ses émotions. Il y avait tout d’abord un agacement évident qui venait du fait qu’encore une fois, la blonde trouvait à s’amuser de sa jambe qui avait triplé de volume, là où il aurait été normal de s’inquiéter. Puis venait l’inquiétude : Théodore avait appris à force la fréquenter, que Sally-Anne usait de l’ironie seulement lorsqu’elle se sentait anxieuse ou en danger. Enfin, une petite étincelle. Un truc. Une chose sans nom, un bidule, un machin. Ce n’était pas de la joie. Ce n’était pas de l’espoir. Ce n’était pas de l’apaisement. Ce n’était pas du courage. C’était tout ça à la fois. C’était un sentiment avec un goût de danger, d’interdit mais surtout d’inédit pour Théodore.

Le sourire malicieuse, presque mutin, de Sally-Anne Perks, avait fait pétiller un bout de son cœur.

– Vas-tu défendre mon honneur et tabasser la gravité de m’avoir ainsi fait tomber ? s’amusa-t-elle.

– Pansy t’a poussée dans les escaliers.

Le sourire de Sally-Anne s’évanouit instantanément. Sa peau de porcelaine, blanche au point que Théodore s’était souvent demandé si elle était malade, prit une couleur cramoisie.

– Tu as vu ?

– Il faut être aveugle pour ne pas le remarquer. Parkinson cherche à t’humilier depuis des semaines et elle a la même délicatesse qu’un petit véracrasse excité.

– Nous n’avons jamais été grandes copines.

La mâchoire serrée à s’en casser les dents, Sally-Anne s’arrêta au beau milieu du couloir. Une grimace de douleur sur le visage, elle ferma les yeux pour éviter le regard inquisiteur de Théodore.

– Tu n’es pas obligé de me suivre.

– Je ne te suis pas.

– Ah oui ?

– Je vais à la bibliothèque.

– C’est peut-être là que je me rendais.

Théodore émit un ricanement bref et moqueur.

– Je suis plus studieuse que tu ne le penses, s’agaça Sally-Anne.

Qu’il pense l’inverse la mettait presque en colère et lui faisait plus mal que cette jambe qui continuait de gonfler… Elle était désormais certaine que Pansy y avait jeté un sort.

– Je n’en doute pas. Tu as des notes excellentes, tu as beaucoup de connaissances et tu rends toujours tes devoirs en temps et en heure, affirma Théodore.

– Alors retire ce ricanement stupide…

– Tu détestes la bibliothèque.

– Mais pas du tout.

– Si.

– Non.

– Rester sans bouger sur une chaise pour étudier ? Tu détestes ça, argua Théodore. Tu es plutôt du genre à lire tes manuels en tournant en rond autour du canapé de la salle commune des Serpentard…

Un autre sourire naquit sur les lèvres de la blonde :

– Tu m’observes ?

– Oui.

Désarçonnée, elle écarquilla les yeux avant de les baisser, gênée. Théodore aima ça, il adora être à l’origine de ce rougissement sur ses joues et de cette expression hébétée.

– J’aimerais te comprendre, Sally-Anne Perks.

– Pourquoi ça, Théodore Nott ?

Ce fût à son tour, d’être désarçonné. Il resta muet, incapable de trouver une réponse à sa question. Il aimait juste la regarder… Sally-Anne était vivante. Elle était toujours animée, toujours en train de bouger, jamais réellement calme, comme montée sur des ressorts en permanence… Il aimait ça. Il aimait le fait qu’elle devienne à chaque fois l’épicentre de tous les mouvements qui réchauffaient une pièce.

– Tu devrais aller voir Pomfresh pour ta jambe.

– Ne change pas de sujet.

– J’aime bien te regarder, énonça-t-il enfin.

Il n’était pas embarrassé de l’avouer. De toute façon, Théodore Nott n’était jamais embarrassé de quoique ce soit. Il était juste curieux, et en prononçant sa phrase à voix haute, il avait réalisé comme observer Sally-Anne était devenu quelque chose d’agréable dans sa vie… La confusion qui se dégageait de ce constat grandissait en lui.

– J’aime bien que tu me regardes.

En revanche, Sally-Anne était quant à elle, véritablement embarrassée de dire ces mots. Elle se mit à gratter son vernis à ongle noir et à mordiller ses lèvres qu’elle avait aujourd’hui maquillées d’un rose fluo assez douteux. Elle bafouilla, chercha à s’expliquer, sans trouver quoi dire ou faire. La tension entre eux avait presque fait taire le froid de novembre.

– Tu devrais aller voir Pomfresh, répéta Théodore.

Cette fois-ci, Sally-Anne accepta la perche et fronça les sourcils :

– Pas besoin.

– Je pourrais tenter de contrer le sort…

– Je ne te laisserai pas approcher ta baguette de ma jambe. T’es peut-être doué, Nott… mais t’es pas médicomage.

– Alors vas voir Pomfresh. Tu veux que ça se nécrose ? Je l’ai vue utiliser sa baguette… Tu veux marcher à cloche pied pour le reste de ta vie ?

– Tu m’offriras une prothèse comme celle de Fol-oeil !

– Jamais.

– Sympa…

– Parce que je vais te traîner à l’infirmerie.

– J’y suis déjà allée la semaine dernière.

– T’as dépassé ton quantum de tickets d’entrée, c’est ça ?

– Tu fais de l’humour ?

– Tu m’y obliges.

Il soupira et finit par prendre le sac de la jeune fille sur ses épaules, pour au moins la soulager d’un poids.

– Je sais que tu veux jouer les dures en montrant à Parkinson et sa clique que leurs intimidations ne te touchent pas. Tu fais la fière, tu refuses de leur indiquer le moindre signe de faiblesses de ta part, et je trouve ça noble et …

– Et quoi ? sourit Sally-Anne.

– Courageux.

– Beurk. Un truc de Gyrffondor ça…

Pourtant, ça plaisait drôlement à Théodore…

– Aller à l’infirmerie ne signifie pas qu’elle gagne la partie.

– Si, c’est exactement ce que ça signifie, grommela la blonde.

Théodore avait envie de prendre soin d’elle et se désolait de constater qu’elle était manifestement incapable de faire elle-même.

– Tu as conduit toi-même un quatrième année complètement inconscient et comateux se faire soigner après son cours de défense contre les forces du mal…

Il se désolait aussi, de la voir s’acharner à vouloir protéger les plus jeunes et les nés-moldus qui avaient le malheur de se retrouver dans la même pièce que les Carrow… Il ne comprenait pas ça, chez elle. Son envie de prendre soin de ces gens, qui ne lui accordaient parfois ni gratitude ni moindre égard. Elle qui profitait de son statut de sang-pur et de Serpentard pour patrouiller en reine dans les couloirs, se faisait juger et cracher dessus par les camarades qu’elle ramassait sur le pas des portes des salles de classes… Nathaniel Crimson était la seule exception. Probablement parce qu’en tant que Serpentard, il avait vu Sally-Anne se faire malmener par Pansy et sa clique…

– Il venait de se faire torturer, murmura Sally-Anne. C’est complètement différent.

– Qui les protégera si tu ne le fais pas ?

– Il se murmure que Neville Lon…

– Une rumeur impliquant Londubat ne peut rien donner de bon.

– Écoute Théodore, je n’ai pas besoin de tes sermons, je suis parfai…

– Si tu en as besoin, la coupa-t-il.

– Mais qu’est-ce que ça peut te foutre ?

– Les sermons c’est chiant, mais on n’en fait qu’aux personnes auxquelles on tient.

– Et tu vas me faire croire que tu tiens à moi ?

Elle riait maintenant et pour la première fois de sa vie, Théodore voyait rouge.

– Oui. Je ne sais pas pourquoi, ni comment c’est arrivé, mais je tiens à toi et tu es parfaitement incapable de prendre les bonnes décisions quand elles doivent te concerner. Tu veux sauver ces abrutis de gosses de moldus ? Grand bien t’en fasse, si ça te permet de dormir la nuit. Tu te mets en danger. Malgré tous mes avertissement. Alors écoute moi au moins, quand je te dis d’aller te faire soigner.

Sally-Anne ne l’avait jamais entendu s’exprimer si longtemps et avec tant de froideur. Après un long moment durant lequel il ne la lâcha pas des yeux, elle opina finalement. Elle se mit en route vers l’infirmerie, consciente de l’ombre de Théodore qui léchait presque ses pieds tant il était proche. Il n’ajouta rien d’autre, cependant, le regard dur et amer.

L’avait-elle vexée en riant de lui ?

Malgré sa jambe blessée, Sally-Anne avait un pas drôlement léger, bien qu’un peu clopinant.

Théodore Nott tenait à elle…


Déliquescence by CacheCoeur

Novembre 1997

– La société sorcière est en déliquescence …, soupira Sally-Anne.

Elle souffla sur l’une de ses mèches blondes qui lui tombait devant les yeux et continua de faire tourner sa plume dans les airs.

– Déliquescence…, répéta Millicent

– Ah oui pardon. Je vais utiliser un vocabulaire adapté aux personnes non dotées de cerveau.

Millicent resta impassible.

– Nous. Sorciers. En. Perdition. Car. Très. Très. Cons, articula Sally-Anne en faisant de grands gestes.

– Ferme-la, Perks, pesta Théodore Nott à voix basse. Nous sommes dans une bibliothèque. Si tu veux faire ton intéressante, vas donc la faire ailleurs…

– Mais le public qui se trouve ici est mon préféré !

Elle faillit lui faire un clin d’œil avant de se raviser, soudainement mal-à-l’aise. Les choses étaient devenues bien trop étranges entre eux, depuis quelques temps.

Millicent avait surpris leur échange silencieux, ces quelques secondes durant lesquelles leurs yeux s’étaient aimantés et où le monde avait comme cessé d’exister pour eux. Lorsque Sally-Anne rangea ses affaires, Millicent l’imita et la suivit d’un pas pressé dans les couloirs de l’école.

– T’es perdue sans Pansy, c’est ça Bullstrode ?

– Tu sais, je te trouve parfois aussi charmante qu’elle, avec ta grande gueule et tes faux airs de princesse.

– Mes faux airs de princesse ? répéta Sally-Anne, en haussant un seul sourcil.

– Avec tes ongles toujours parfaitement vernis, ta bouche toute maquillée, ta coiffure impeccable et tes tenues sans plis… Tes bijoux valent probablement le triple de ce que vaut la maison dans laquelle j’ai grandi. Mais tu brailles et personne ne t’écoute.

– Parce que tu crois que j’ai envie d’être écoutée ?

– Quand tu dis que la société sorcière est en déliquescence, oui, je crois que tu veux que l’on t’écoute.

Sally-Anne écarquilla les yeux et tenta de se redonner une contenance.

– Mais t’es qui, toi, Sally-Anne putain de Perks, pour juger que la société sorcière est en déliquescence ?

– Tu sais, c’est pas parce que je t’ai appris un nouveau mot que t’es obligée de t’en servir à tout bout de champs…

Le teint de Milicent prit une belle teinte rouge. Pas de honte. Mais de colère.

– J’en ai plus qu’assez qu’on me prenne pour une débile, Perks.

– Je prends tous les gens ici, pour des débiles. Ne le prends pas personnellement, Bullstrode.

Sally-Anne se remit à marcher, sans trop savoir quand elle s’était arrêtée. Milicent, bien plus petite qu’elle, peinait à suivre son rythme. Pansy s’était toujours moquée de ses jambes très courtes…

– Tu sais que ma mère est une moldue, Perks ? chuchota Millicent.

Sally-Anne s’arrêta net, parfaitement consciemment cette fois-ci.

– Alors tu peux bien prendre tout le monde de haut, monter sur tes grands sombrals et faire croire à tous les Serpentard que tu les méprises d’être aussi cons, tu ne sauras jamais ce que ça faisait ou ce que ça fait… Tu ne sauras jamais ce que c’est, de se sentir en danger et menacée, dans un endroit où tu as grandis pendant six ans.

– Mais tu as toujours…

– Dit que j’avais un sang-pur, oui. Les Bullstrode sont nombreux et réputés pour leurs idées très arrêtées sur la pureté du sang. Mon père m’a toujours dit de me méfier des Perks, des Nott, des Greengrass, des Malefoy… et de leur cacher le plus longtemps possible le statut de mon sang.

– Je t’aurais sûrement apprécié si j’avais su plus tôt.

– Mais t’es aussi stupide qu’un véracrasse ma parole…

Sally-Anne inspecta sa manucure parfaite et émeraude.

– En quoi serais-tu différente d’eux dans ce cas ? M’aimer pour mon sang, en quoi est-ce plus admirable que de me détester pour la même raison ?

Sally-Anne ouvrit la bouche mais la referma bien vite.

– On aurait effectivement pu être amies toi et moi. Tu es juste trop prétentieuse pour baisser les yeux…

– Tu fais référence à ta petite taille là ?

– Non. A ta foutue prétention.

– Je ne suis pas prétentieuse.

– Oh que si… Et c’est pour ça que Nott et toi faites bien la paire. Redescends Sally-Anne… Tout ce que tu dis à du sens, mais ce n’est pas en braillant et en jouant ta petite victime qui se bat seule contre tous que tu gagneras mon respect. Ou celui des autres.

La blonde ne sut quoi répondre. Ses épaules s’affaissèrent. Elle se sentit minuscule face à Millicent et ses épaules carrées.

Sa camarade passa devant elle en la bousculant, complètement excédée.

– Eh Bullstrode ! l’interpella Sally-Anne.

La brune se retourna lentement.

– Je ne dirai rien à personne.

– Je sais.

Elle n’avait pas sourit. Mais au moins son visage avait repris une teinte tout à fait acceptable et humaine.

Déterminée by CacheCoeur

Décembre 1997

Sally-Anne n’arrêtait pas de regarder Millicent Bullstrode depuis leur dernière conversation. Elle avait cherché dans ses comportements, dans ses paroles, un gestes, un mot qui aurait pu lui indiquer que Millicent mentait depuis le début. Mais elle se fondait parfaitement dans le décor, avait manifestement appris de ses amis Serpentard, au point qu’elle imitait leurs manières et leurs façons de parler à la perfection. Pour expliquer la raison pour laquelle on ne l’avait jamais vue aux réceptions mondaines très sélectes de la communauté britannique magique, Millicent expliquait que son père voyageait beaucoup. Ce qui était en partie vrai… Le père de Millicent était un oubliator et travaillait dans plusieurs pays anglophones.

– Arrête de la regarder comme ça…

– Comme quoi ?

– Comme si tu cherchais à percer un mystère, fit la voix traînante de Théodore.

– Mais elle en est un.

– Nous parlons bien de Millicent Bullstrode n’est-ce pas ?

Sally-Anne hocha la tête, ce qui alerta immédiatement Théodore Nott.

Jamais, ça non jamais… Sally-Anne ne manquait une occasion d’ouvrir sa bouche pour s’en servir et parler sans rien dire. Ou tout dire. Cela dépendait.

– Millicent Bullstrode n’est pas un mystère, Sally-Anne. Elle en est même à l’opposé.

– Tu as l’air de très bien la connaître…

Parce que Sally-Anne, elle, n’était plus sûre de rien. La claque mentale que lui avait donné Millicent l’avait bien secouée et remise à sa place.

Sally-Anne ne lui en voulait pas. Elle l’avait bien mérité après tout…

Elle qui se dressait en défenseuse des nés-moldus et des opprimés…

Quelle légitimité avait-elle dans ce combat ? Ses paroles étaient vides de sens. Elle était une Perks, une sang-pur. Elle ne craignait rien. Elle était noble. Elle venait d’une famille riche et respectée.

De quel droit pouvait-elle se permettre de gueuler à tout va que tout ça était injuste ?

Sally-Anne trouvait la situation vraiment injuste. Mais elle ne vivait pas ces injustices…

– Tu vas finir par loucher si tu continues plus longtemps, ricana mauvaisement Théodore.

– Tu la connais ?

– Qui ?

– Millicent.

Théodore l’observa à son tour. Sally-Anne se tourna vers lui et le vit la détailler de bas en haut.

– C’est une petite pourrie gâtée qui a toujours eu ce qu’elle voulait dans la vie. Elle n’est pas très intelligente, mais juste assez pour se fondre dans la masse et profiter de celles des autres. Elle est opportuniste, elle n’a jamais échoué nulle part et ça la frustre de passer en troisième, voire en quatrième dans la liste des priorités des autres. Elle est sûrement fille unique. Elle est amie avec Pansy par dépit, elle l’admire mais elle la déteste tout autant. Elle aime sa langue de vipère, mais elle déteste sa méchanceté gratuite. Sa matière préférée est sûrement les potions, parce que c’est une matière assez manuelle…

– Mais la connais-tu ?

Théodore hausse les épaules.

– Je n’ai pas besoin de la connaître pour savoir des choses sur elle.

– Le prénom de son hibou ?

– Patatra.

– Comment tu le sais ?

– Elle l’a beuglé hier, dans la salle commune, lorsqu’il s’est prit les ailes dans la grille du cachot…

Sally-Anne n’avait même pas fait attention à ça.

Elle se mordilla les lèvres. Elle aurait aimé savoir ce que Théodore penserait, si elle venait à lui avouer que Millicent était une sang-mêlé. Mais elle avait promis de garder le silence et le secret. Alors elle ne prononça pas un mot.

Théodore fronça les sourcils, en constatant que Sally-Anne lui cachait quelque chose et luttait manifestement à son envie de cracher certains mots.

– Parle.

– Je ne suis pas à tes ordres, Théodore.

– Tu peux me parler.

– C’est déjà mieux, mais pas vraiment digne de l’héritier des Nott.

– Tu peux me parler, si tu en as envie.

– Moyen.

– Les femmes doivent le respect aux hommes.

– Et ma main dans ta gueule, elle va te respecter ?

Théodore esquissa un sourire.

– Nos parents ont été éduqués de la sorte. Et nous aussi, murmura Sally-Anne. Les apparences, le paraître… Tout ça, ça compte plus que tout le reste pour nous.

– Comment ça ?

– Tout ce protocole. Ces mariages arrangés pour préserver la pureté du sang. Ces préceptes qu’on nous inculque… ne pas rire en montrant ses dents, minauder, rester discrète, toujours approuver les hommes, être intelligente mais pas trop, être jolie mais pas aguicheuse, être sérieuse mais pas froide, être studieuse mais jamais prétentieuse…

– Tu échoues lamentablement. Révise tes préceptes Perks.

– C’est vraiment ce que tu voudrais ? demanda-t-elle très sérieusement.

« Pas le moins du monde » pensa-t-il.

– Non. Tu l’as dit toi-même. Nos parents ont été élevés comme ça.

– Et nous aussi, répéta Sally-Anne.

– Mais nous, nous sommes différents.

– Pourquoi ?

– Parce que le monde change et que nous sommes dans la vraie vie. Pas dans leur petite bulle, isolés de tout et du réel.

– Tout serait plus simple, si j’étais ce qu’ils attendaient tous de moi…

La mère de Sally-Anne serait ravie…

– Tu crois que Pansy correspond à ce que ses parents attendaient d’elle ? s’amusa Théodore. Elle en est à l’opposé. Parce qu’elle est audacieuse, parce qu’elle est bavarde, déterminée et qu’elle sait ce qu’elle veut. Daphné Greengrass, elle, est bien trop timide et se laisse complètement marcher dessus. Son père le lui reproche dès qu’il en a l’occasion…

– Comment tu sais tout ça, Monsieur la commère des Sang-pur ?

– Notre petit monde de sorcier au sang-pur est restreint: j’observe et j’écoute.

– Tu m’as observée et écoutée, avant que l’on soit…

« Amis » ?

Elle ne prononça pas le mot.

– Bien sûr, répondit naturellement Théodore.

Soudainement, la simple idée d’un Théodore en train de noter mentalement tout ce qu’elle faisait et disait, la troubla.

– Nous ne seront jamais eux, Sally-Anne. Parce que nous sommes déterminés à ne pas l’être.

Les yeux de Sally-Anne se reposèrent sur Millicent. Leurs regards se croisèrent. Millicent lui offrit un sourire discret.

– Vous êtes amies, maintenant ?

– Je ne souris pas qu’à mes amis, tu sais.

– Tu n’aimes pas Millicent Bullstrode.

– Je ne la connais pas…

Mais elle était déterminée à ce que ça change…

Relever by CacheCoeur

 

Décembre 1997

« Tu n’es pas n’importe qui, Théodore ! ». « Tu as un rang à tenir ». « Tu es un Nott, porte ton nom comme une couronne car il te fait roi et sera ta seule loi ».

Théodore Nott avait les larmes aux yeux, le cœur gros et le sang qui bouillait.

Il ne se releva pas tout de suite. Il attendit quelques secondes, interminables, qu’il décompta calmement pour ne pas perdre la face. Un goût de fer imprégnait sa langue et son palais. Il s’était mordu en tombant et saignait. Il avait entendu ses dents claquer, sa mâchoire émettre un son qui l’avait effrayé.

Lorsqu’il fut certain qu’il ne pleurerait pas, il redressa la tête, prit appui sur ses deux mains et posa un premier genoux sur le sol. Son ventre se décolla du sol froid et il se releva, petit à petit et lentement, méthodiquement.

Il ramassa ses manuels et réajusta son sac, qui avait glissé de son épaule. Il épousseta son uniforme et réajusta sa cravate pour qu’elle soit de nouveau bien droite.

Le Poufsouffle qui venait de le faire tomber avait un regard triomphant et fier, de ceux que l’on avait lorsqu’on parvenait à ses fins.

Alors c’était donc ça ? Faire tomber Théodore Nott lui procurait un tel plaisir ? Cela faisait-il partie des plans de … Le Serpentard ne parvenait même pas à se rappeler son prénom ou son nom.

Ils étaient de la même année.

– Tu as trébuché ? lui demanda-t-il avec une certaine arrogance dans le regard.

– Non, répondit Théodore.

– Non ?

Plus qu’un murmure, le « non » de son camarade semblait surpris.

Théodore détestait mentir. Dissimuler la vérité était une chose. La modifier et en raconter une autre était bien plus dérangeant selon lui.

Il maintient ses yeux sur ceux du Poufsouffle qui ne cilla pas une seule fois.

Le premier qui baisserait le regard perdrait, et ils le savaient tous deux.

Et le courage de ce Poufsouffle lui sembla infini.

– Aurais-tu quelque chose à me dire ? fit doucement Théodore.

– Pourquoi penses-tu que j’ai quelque chose à te dire ?

– Eh bien… Tu restes planté là, devant moi, à me regarder comme si je détenais toutes les réponses à tes questions.

– J’admirais seulement le vol plané que tu viens d’exécuter.

– J’espère qu’il t’a plu.

– Beaucoup.

– S’amuser d’une chute … Voilà qui est des plus primaire et des plus stupide. Mais j’imagine que les gens comme toi s’en contentent.

Les joues du Poufsouffle rougirent immédiatement.

Théodore venait de renverser les choses en quelques mots, habilement. Manipuler son petit monde l’amusait. Mais là, il sentait que l’enjeu le dépassait.

– Et toi, tu t’y connais en bon divertissement Nott… Regarder ton paternel décharner des nés-moldus, c’est une bonne façon de passer ses dimanches après-midi je suppose.

– Oh mais on ne fait ça qu’une fois par mois. Il ne faut pas abuser des petits plaisirs de la vie, sinon, ils en perdent bien vite de leur saveur.

Provoquer.

Provoquer, c’était toujours mieux que de rester silencieux, interloqué et vaincu.

Provoquer, c’était s’empêcher de réfléchir sur la réelle portée de ces mots, qui le terrifiaient.

« Décharner des nés-moldus ».

Est-ce qu’ils pensaient tous ça, de lui ? Des Nott ? D’où tenait-il cette idée ?

Son père faisait-il vraiment ça ?

Le Pousfsouffle s’avança de Théodore d’un pas lourd et il entendait le couperet tomber chaque fois qu’il s’approchait un peu plus près :

– T’es un monstre, Nott. Et les gens comme toi paieront.

– Je n’ai rien fait.

C’était la vérité. La vraie, cette fois-ci.

Théodore n’avait encore jamais rien fait de sa vie, pas même des choix. Il n’avait pas suivi son père, n’avait pas renié non plus ses idéologies et ses préceptes. Théodore n’agissait pas, restait dans l’ombre, laissait faire, parce que d’autres écriraient bien l’Histoire à sa place. Le monde n’avait pas besoin de lui pour tourner.

– Tu te crois supérieur, Nott ?

– Oui.

Il était plus intelligent, cela ne faisait aucun doute.

– Mais tu ne l’es pas.

– Peut-être.

Après toi, ce n’était pas parce qu’il se croyait supérieur qu’il l’était réellement. Après tout, il n’avait pas toutes les données : peut-être que ce Poufsouffle avait plus de connaissances que lui. Peut-être qu’il était plus malin, que sa logique était meilleure, qu’il était bien plus rigoureux et savant que Théodore.

– Mais t’es comme nous, Nott.

– Je ne pense pas.

Parce qu’ils étaient tous uniques.

Parce que Théodore avait grandi et évolué dans un certain milieu, avec certaines règles et une étiquette qui l’étreignaient encore en permanence.

– Je ne comprends pas comment tu peux regarder des personnes avec qui tu as grandi se faire détruire par les Carrow, par Rogue et…

Théodore fut prit d’une violence nausée et mobilisa ses dernières force pour demeurer immobile, malgré le haut-le-cœur qui soulevait son estomac.

– On était tous gamins il y a quelques années à peine.

Oui. Ils étaient tous des gamins… Mais les gamins grandissaient. C’était dans l’ordre naturel des choses.

Théodore se sentit démuni pour la première fois de sa vie.

« Qu’attends-tu de moi ? » voulait-il demander.

« Dis-moi quoi faire ! » voulait-il hurler.

Il ne savait rien.

Théodore se raccrocha à ses livres. L’air était chargé, lourd et dense. Un mot de travers et les sorts fuseraient. Malefoy n’était pas loin. Crabbe et Goyle étaient trop proches. Les amis du Poufsouffle guettaient, attendaient presque l’opportunité de faire connaître à tous comme ils étaient solidaires et loyaux les uns envers les autres.

– Bah alors Nott ? On a voulu faire un gros câlin au sol ? fit une voix enjouée derrière lui.

Sally-Anne Perks accrocha l’un de ses bras à celui de Théodore et le tira en avant, pour le forcer à avancer.

Tout se brisa et le duel de regard s’interrompit et mourut immédiatement.

Théodore sentit tous les regards dans son dos.

Sally-Anne n’enleva pas son bras avant plusieurs minutes. Elle avait la mine grave et concernée.

– Je l’ai vu.

– Tout le monde l’a vu, grogna Théodore.

– Ça fait des semaines qu’ils espèrent voir ton nez traîner dans la poussière, Théodore.

– Quelle ambition…

– Ne prends pas ça à la légère.

– Comment dois-je le prendre ?

Ce n’étaient que des enfantillages.

– Ils sont en colère, et ils retournent ce sentiment sur des cibles faciles. Les Carrow sont intouchables. Sans même évoquer Rogue, dont personne ne peut effleurer ne serait-ce que son ombre. Malefoy est trop dangereux. Alors…

– Alors ils s’en prennent à moi.

– Tu représentes tout ce qu’ils détestent, Théodore. Tu comprends ?

– Oui.

Bien sûr qu’il comprenait. C’était logique, clair et limpide. Ça avait du sens.

Pourtant, il avait vraiment envie de pleurer.

– Évite de tomber, Théodore. Je n’aimerais pas que tu te fasses mal, souffla Sally-Anne.

Il serra les poings.

– Mais je crois que tu as eu la bonne attitude.

Elle le félicitait, comme si elle avait eu peur qu’il se mette à tous leur jeter des malédictions et use de magie noire.

– Merci.

– Le plus important, c’est que leur montre que tu te relèveras.

Se relever.

C’était le plus important, sans nulle doute.

Ses genoux tremblaient.

Il n’avait jamais été prit à partie de cette façon Il n’avait jamais été bousculé, lui Théodore Nott, celui que l’on respectait, le taciturne à qui personne ne cherchait d’ennui.

Il trouva tout ça très injuste et étouffa un sanglot dans sa gorge.

Sally-Anne l’entendit et le fixa du regard, en attendant qu’il craque complètement.

Lorsque ses premières larmes coulèrent, honteux, il laissa Sally-Anne le prendre dans ses bras et lui murmurer des mots qu’il aurait voulu retenir.

 

Grandir by CacheCoeur

Décembre 1997

Théodore Nott n’aurait jamais pensé voir un jour Sally-Anne Perks dans une jolie robe blanche, au décolleté bien trop sage pour elle, et à la dentelle délicate et élégante. Ses cheveux blonds avaient été soigneusement coiffés en une couronne tressée qu’elle portait comme une tiare. A ses oreilles, pendaient des diamants, probablement taillés par des gobelins. Sa bouche n’était pas du rouge carmin ou d’une autre couleur extravagante dont elle avait l’habitude de se recouvrir. Non. Aujourd’hui, ce soir, elle était rose. Un rose délicat et frais, un rose enfantin, puéril, trop fade sur elle. La tête haute, le droit droit et les mains gantées, il ne restait de la Sally-Anne Perks que Théodore Nott connaissait, qu’une étincelle furieuse dans les yeux.

Le genre d’étincelle qui aurait pu mettre le feu à n’importe quelle étendue d’eau.

Théodore but une gorgée de vin et resserra les pans de sa robe de sorcier.

Sally-Anne exécutait quelques révérences et ravissait le foule de ses sourires blancs et hypocrites. Quoique Théodore était sûrement le seul à pouvoir les identifier d’hypocrites… La blonde séduisait le monde et les sorciers autour d’elle, qui se pressaient d’admirer l’héritière des Perks, resplendissante dans sa belle robe, symbole de pureté et de noblesse.

– La garce… Elle les trompe tous très bien, commenta la voix de Pansy Parkinson derrière Théodore.

– Peut-être que c’est nous qu’elle trompe tout le reste de l’année, rétorqua Théodore.

– Tu sais qu’elle n’est pas comme ça. Regarde ses ongles.

Leur vernis noir avait disparu.

– Écoute les mots qui sortent de sa bouche.

Elle avait été lavé de tous jurons.

– Et cette démarche… On dirait qu’elle a un nimbus 2000 coincé dans le c…

– As-tu vu Drago ? la coupa Théodore.

– Non. Il est sûrement occupé à bien plus important qu’une petite réception entre gens biens…

– Tes parents veulent toujours te fiancer à Crabbe ?

– Je mourrais d’une baguette enfoncée en plein cœur plutôt que d’épouser ce véracrasse.

Et Théodore savait qu’elle était parfaitement sérieuse.

– J’ai entendu ton père. Il parlait à Greengrass. Le mot « arrangement » a été prononcé.

Théodore ne tiqua pas.

– Quand nous étions petits, nous nous amusions à nous marier les uns aux autres, dans le jardin des Greengrass… Tu te souviens Théo ?

– -Dore. Mon prénom est Théodore. Et non, je ne m’en souviens pas.

– Sally-Anne évitait toujours son tour, mais avec Daphné et Tracy, on l’obligeait et elle disait que si elle devait se marier avec l’un d’entre nous, ce serait avec toi.

Théodore avait beau cherché dans sa mémoire, il ne s’en souvenait pas.

– Elle partait parfois regarder Pucey et Warrington jouer au Quidditch.Elle restait avec les jumelles Carrow, le petit Bullstrode et la rejetonne des Fletcher. Qu’est-ce qu’elle fichait là, d’ailleurs, celle-ci ?

– Sa mère a payé pour faire partie du club très privé de nos mères.

– Ah oui… Ce que le sang n’a pas en noblesse, l’argent le compense, récita sagement Pansy. Aujourd’hui on a grandi. Et pourtant, ce sont nos parents qui s’amusent à nous marier les uns aux autres.

– Nous ne sommes pas des pions, grommela Théodore.

– C’est exactement ce que nous sommes. Et nous ferons pareil avec nos enfants, parce que c’est comme ça que tourne le monde.

Mais Théodore avait une petite voix dans sa tête, qui lui murmurait qu’il aspirait à autre chose. Se marier ? A 17 ans ? Quelle drôle d’idée. Alors qu’ils étaient tous en guerre ? Quelle idée ridicule. Quelle imprudence.

– La réception de Noël de cette année est bien animée, nota enfin Pansy pour briser le silence.

– La présence de Sally-Anne y est sûrement pour quelque chose.

– 8 ans qu’elle n’y avait pas fait une apparition. Il faut dire qu’elle a les mêmes manières qu’un hippogriffe de mauvaise humeur.

– Ne l’embête pas. Pas ce soir.

– Je ne le ferai pas. Mon père me tuerait.

– Mais tu meurs d’envie de tâcher sa robe blanche, de lui arracher ses diamants et son faux sourire…

– Évidemment. Là où je risque d’être mariée à Crabbe, elle, pourrait porter le nom des Nott.

Théodore faillit recracher son vin.

– Tu ne le savais pas ?

– Je croyais que mon père souhaitait me voir épouser une Greengrass ?

– Mais les Perks sont entrés dans la course, mon cher.

Théodore s’imagina un instant, marié à Sally-Anne. Son manoir serait sens dessus-dessous en moins de deux jours. Ils s’engueuleraient probablement assez fort pour faire trembler tous les murs. Elle lui imposerait sa bouche carmin, ses ongles noirs, ses cheveux blonds presque blancs, sa démarche assurée et chaloupée, ses mots acerbes, ses provocations, ses tentations…

Elle lui imposerait d’essayer de comprendre le monde et de voir encore plus loin que le bout de son nez.

Et il adorerait ça, il le savait.

Si Sally-Anne devenait une Nott, elle serait à l’abri. Elle qui voulait se dresser pour les moldus, qui éveillait les soupçons des Carrow… Si elle était fiancée à Théodore, plus personne n’oserait remettre en question sa loyauté envers l’idéologie des sang-purs.

– Et tout à coup, la perspective de te faire passer la bague au doigt te séduit davantage, s’amusa Pansy.

– Non.

Enchaîner Sally-Anne de la sorte, serait le meilleur moyen qu’elle le déteste pour toujours.

– On grandit Théodore. C’est comme ça. On ne fait pas ce qu’on veut. Sally-Anne se prend peut-être pour une reine, mais elle doit obéir et tu le devras aussi.

Théodore prit un nouveau verre de vin et s’éloigna de Pansy et ses mots trop durs à entendre. Il partit en direction des jardins des Parkinson, qui organisaient cette année la réception de Noël. Il se mit à réfléchir et desserra le col de sa robe de sorcier, qui l’empêchait de respirer convenablement.

– Ne me laisse plus jamais seule avec ces gens là, se plaignit Sally-Anne.

Elle s’assit sur un petit banc de marbre, juste derrière l’une des fontaines du parc des Parkinson et enleva ses chaussures à talons avant de plonger ses orteils dans l’herbe glacée.

– Tu devrais te rhabiller.

– Merlin, quelle indécence ! s’exclama Sally-Anne. Si nos parents savaient que tu avais vu mon gros orteil, ma réputation de blanche colombe serait souillée à jamais !

Elle éclata d’un rire sonore et Théodore esquissa un sourire malgré lui.

– Pourquoi es-tu venue ?

– Ma tante faisait toujours en sorte de m’épargner ces réceptions. Mais maintenant qu’elle est morte… Ma mère dit que j’ai grandi et qu’il faut que je pense sérieusement à l’avenir. Je lui ai dit que je voulais devenir Guérisseuse. Elle m’a dit que le plus important, c’était la robe blanche et un ventre gonflé de vie. Je ne la comprends pas… Enfin, je conçois qu’elle ait été heureuse de cette façon. Son plus grand regret et de n’avoir eu que moi. Une enfant qui ne correspond même pas à ses attentes… Mais moi… Ce n’est pas ce que je veux et elle ne le comprend pas. Ce qui ne fait qu’accentuer le dégoût profond que je ressens pour elle.

– Mais tu es quand même venue…

– Je n’ai pas vraiment eu le choix, soupira-t-elle. J’espérais te voir.

Le cœur de Théodore rata un battement.

– Je n’arrive pas à terminer mon devoir de métamorphoses et je pensais que tu pourrais m’aider.

Le cœur de Théodore repartit, un peu déçu.

– Tu aurais pu m’envoyer un hibou.

– Nous ne sommes pas ce genre d’amis.

– Mais nous sommes amis, reprit doucement Théodore.

Cette pensée le faisait sourire.

– Oui, je crois…, souffla Sally-Anne.

– Cette robe te va bien.

– Je la déteste.

– Moi aussi.

– J’ai tenté de modifier le décolleté et j’ai cru que mon père allait faire une attaque…

– Et tes cheveux relevés…

– J’ai froid à la nuque à cause de cette coiffure débile.

Mais Théodore, lui, il voulait lui dire que ça lui permettait de mieux voir la couleur verte de ses yeux.

– Je ne te prêterai pas ma cape, je te préviens.

– Je n’en attendais pas moins de toi, Théodore, sourit Sally-Anne.

Elle embrassa le jardin du regard et sourit.

– Tu te souviens quand on jouait enfants, dans ce parc ? C’était l’époque où j’aimais encore m’amuser avec Daphné. C’était l’époque où Tracy n’était pas aussi arrogante et celle où Pansy n’était pas pétrit de méchancetés. C’était l’époque où on s’aimait bien, où on acceptait d’être différents les uns des autres…

L’époque où ils se mariaient entre eux et s’unissaient dans de fausses cérémonies.

Théodore se demanda si Sally-Anne se souvenait de ça.

Parce que lui, aurait souhaité pouvoir se rappeler de la voix de la blonde, demandant à n’être mariée qu’à lui et lui seul.

– On grandit, Sally-Anne. C’est comme ça.

– Je sais. Et c’est tellement triste.

– Oui. C’est triste…

C’était triste, de perdre des souvenirs si heureux et les éclats de rire qu’ils avaient pu tous partager.

Les années avaient séparé ces enfants qui avaient tous fait leur propre chemin. Sally-Anne avait prit un sentier différent des leurs, mais elle avait été comme eux, fut un temps. Et plus encore, ils avaient été comme elle.

– Des moldus, des nés-moldus et des sang-mêlés sont en train de crever ce soir, et nous, on fait la fête, murmura Sally-Anne. Je les déteste tous.

– Ne dis pas ça ici, l’avertit Théodore. Pas ici.

Sally-Anne resta muette et soutint son regard, lui faisant comprendre qu’elle ne se sentait nullement en danger.

– Pansy a raconté à tout le monde que la nouvelle politique de Poudlard était que nous nous entraînions sur des nés-moldus à lancer des sortilèges… Elle se vantait d’être douée à cet exercice. Et Goyle… Comment peut-on être fier de s’en prendre à des enfants innocents ?

Théodore se demanda si leurs parents pensaient parfois la même chose d’eux.

– Je n’en sais rien, marmonna-t-il enfin.

– Avant, je ne me rendais pas compte de l’absurdité de tout ça. De ces fêtes sans intérêt réel, qui ne servent qu’à nous marier les uns entre les autres, qu’à étaler nos richesses, parader et nous complaire parmi ceux qui pensent comme nous, sans jamais nous remettre en question. Aujourd’hui… ça me donne envie de hurler.

Et grandir, c’était exactement ça, pensa Théodore.

Extravagante by CacheCoeur

Décembre 1997

Sally-Anne avait décidé de fuir.

La demeure des Parkinson était étouffante.

A moins que ce ne soit sa robe trop serrée, qui la fasse ainsi étouffer ?

Sally-Anne accueillait chaque bouffée d’air avec bonheur, s’accordant une seconde de répit toutes les fois où elle inspirait.

Sa mère guettait d’un côté de la pièce, son père furetait de l’autre. Elle était prise en tenaille entre les deux, ne sachant où aller. Sa mère voulait la marier, son père voulait s’en débarrasser… L’un revenait à l’autre et pour une fois dans leurs vies, les plans des parents de Sally-Anne au sujet de leur fille semblaient parfaitement s’accorder.

L’espace d’un instant, elle s’était imaginée acquiescer à leurs exigences.

Madame Théodore Nott.

Ça pourrait être pire.

Mais putain… Merlin, Sally-Anne ne voulait pas de ça. Elle ne voulait pas de bague, pas de robe blanche, pas de môme, pas d’obligations, envers rien ni personne. Elle voulait être libre.

Avec Théodore elle se sentait libre.

S’enfermer dans un mariage avec lui, la répugnait.

S’enfermer dans un mariage avec un autre, lui donnait envie de se jeter de la Tour d’Astronomie et d’en finir pour de bon.

Théodore la laisserait voyager. Il viendrait même avec elle et ils découvriraient le monde ensemble. Il l’engueulerait une fois seuls à l’hôtel, parce qu’elle se serait donnée en spectacle dans la rue, à danser au plein milieu d’une célèbre place ou à parler à voix haute et à rire bien fort dans un musée. Il grognerait en la regardant vernir ses ongles de noir mais ne lui dirait jamais de le retirer. Ils liraient chacun dans leur coin, elle sur le lit et sur un fauteuil, jusqu’à éteindre les lumières. Il ne la toucherait jamais sans consentement. Elle en ferait de même.

Et peut-être…

Non. Il n’y avait pas de peut-être.

Parce qu’elle savait qu’elle y perdrait cette sensation de liberté. Une fois enchaînée à lui, de cette manière, elle se savait incapable … de l’aimer. Pas comme ça.

La noblesse sorcière ne leur enlèverait pas ce qu’ils ressentaient, ce qui les liaient.

– T’y penses, n’est-ce pas ? l’interrogea une voix derrière son dos.

Milicent était vilaine.

Vilaine de cœur et vilaine de tête. Elle le savait, et le revendiquait. Elle avait un énorme nez, des yeux si petits qu’on aurait dit des billes et un menton pointu qui perçait sa gorge chaque fois qu’elle baissait la tête. Milicent n’attendait rien de cette soirée.

– Je ne pense à rien du tout, répondit Sally-Anne.

– Tout le monde parle de la future union entre les Perks et les Nott. Ou celle des Greengrass et des Nott. Que penses-tu de tout ça ?

– Rien du tout, grogna Sally-Anne.

– Daphné et Théodore feraient un si joli couple.

– Laisse-moi vomir.

Milicent éclata de rire. Théodore Nott était aussi prêt de se marier que de danser une gigue endiablée devant toute l’assistance…

– Regarde-les danser.

Daphné dans sa robe blanche toute en dentelle, lui dans son beau costume noir de sorcier...

Ils ressemblaient déjà à des mariés.

La coupe de vin des elfes dans les mains de Sally-Anne se brisa subitement et le sourire de Milicent s’illumina. Avant que tous les visages ne se tournent vers elle, Sally-Anne se mit définitivement à fuir. Milicent suivit Sally-Anne, empruntant les longs couloirs qui menaient jusqu’au hall d’entrée.

Il fallait qu’elle parte d’ici.

Depuis cette discussion dans le jardin des Parkinson, avec Théodore… Quelque chose n’allait pas. Quelque chose ne tournait pas rond.

Une main la força à se retourner. Sally-Anne fit face à Milicent, qui avait perdu son sourire et plissé ses lèvres maquillées d’un rose qui ne siérait à personne.

– Nott te plaît.

Sally-Anne ouvrit la bouche prête à répliquer. Mais rien ne lui vint. Aucune phrase acerbe, aucun mot cynique, aucune pique sarcastique. Rien. Le néant.

– Nous sommes en pleine guerre Milicent, siffla-t-elle après quelques instants. Il n’y a que des midinettes dans ton genre et celui de Parkinson pour penser mariages et romances alors que des gens crèvent. Des gens dans ton genre Milicent…

Le regard de sa camarade se fit dur comme de la pierre. Milicent sortit sa baguette d’un geste vif et Sally-Anne l’imita, sur la défensive.

– Ne me fais pas rire. Je suis bien meilleure que toi en sortilège, ricana Sally-Anne.

– Ce que tu peux être peste… Je venais seulement t’aider, imbécile ! persifla Milicent. Je ne sais pas ce que tu attends de la vie. Je sais seulement que tu ne supportas pas une seule seconde qu’on te dicte quoi faire et que quand bien même tu pourrais aimer Théodore Nott, si on t’obligeait à le faire, par pur esprit de contradiction, tu serais capable de saboter ce qui pourrait y avoir de beau entre vous.

Sally-Anne baissa sa baguette.

– Tu es extravagante, Sally-Anne. Tu agis contre tout bon sens. Ça fait partie de ton charme. Mais fais attention, termina Milicent. Tes parents clament à qui veut les entendre que tu es une parfaite petite oie blanche, et Pansy se donne un malin plaisir à les contrer en racontant tes petites galipettes de l’année dernière avec Chester Davies. Goyle était ravi d’apprendre que tu fricotais avec le préfet-en-chef des Serdaigle.

Sally-Anne croisa les bras sur sa poitrine.

Chester Davies n’avait été qu’un flirt. Ils avaient échangé quelques baisers à peine passionnés. Il avait tenté de passer une main sous sa jupe, une fois et lorsqu’elle lui avait demandé d’arrêter, il s’était exécuté avant de s’excuser. Pansy les avait surpris, une fois. Une seule et unique fois.

Lorsque Chester Davies avait obtenu ses ASPICS l’année dernière, elle lui avait à peine dit au-revoir. Il était juste… une découverte.

– Pansy sait pertinemment que tu n’étais avec lui que parce que c’est un né-moldu et que ça aurait prodigieusement ennuyé tes parents de savoir que leur petite chérie s’était compromise avec une vermine, poursuivit Milicent.

– Je ne me suis pas compromise, bredouilla Sally-Anne. Et Chester est quelqu’un de bien. Je ne me suis pas servie de lui.

Ou peut-être un peu.

Milicent haussa un sourcil.

– Je ne me suis pas compromise ! affirma plus fermement la blonde.

Mais qu’est-ce que ça pouvait lui faire, que tout le monde pense que c’était le cas ?

– Alecto Carrow…, marmonna Milicent. Elle te met à l’épreuve. Ce que tu as fait depuis le début de l’année… Refuser de torturer des moldus, te dresser contre elle… ça commence à se savoir, Sally-Anne.

– Je n’ai pas besoin que tu t’inquiètes pour moi.

– Et qui d’autre pourrait le faire ? haussa un sourcil Milicent. Théodore ne remarque rien. Il vit dans son monde. Un monde où tu l’intrigues, où percer le mystère que tu es est plus intéressant que tout le reste. Mais le fait est, que si tu te fiances, Carrow ne pourra plus rien contre toi. Et crois-moi, je l’ai entendue. Elle ne tardera pas à te punir pour ton insolence de ces derniers moi. Si elle n’arrive pas à se faire respecter d’une sang-pur, elle perd toute crédibilité, Sally-Anne. Tu lui enlèves toute crédibilité…

Sally-Anne resta muette devant l’analyse de la Serpentard.

Milicent était sûrement vilaine de tête et de cœur. Mais elle était loin d’être si stupide qu’il n’y paraissait.

– Tu as accepté de garder mon secret. Alors à moi de te protéger, expliqua enfin Milicent. Nous ne sommes pas amies, Perks. Mais te voir crever ne me rendrait pas heureuse.

– Alors quoi ? Tu veux que je donne mon accord et que je dise que je suis extatique à l’idée d’épouser Théodore Nott ?

– Ce serait si terrible que ça … ?

Sally-Anne plissa le tissu de sa robe.

– Non, marmonna-t-elle.

– Tu l’aimes bien, non ?

– Peut-être.

D’une façon nouvelle, d’une façon inédite. Elle n’avait jamais aimé personne comme ça. Quelque chose l’attirait en Théodore.

Il n’allait jamais dans son sens, semblait voir au-delà de son numéro de rebelle…

– Alors accepte de jouer à ce jeu.

– Je ne mentirai pas, grommela Sally-Anne.

– Tu es déraisonnable. Tu ne veux pas être comme ces gens ? Très bien. Mais la vraie question Sally-Anne… C’est est-ce que tu veux continuer de vivre ?

Elle fronça ses sourcils et son regard traversa celui de la brune.

– Bien sûr.

– Tu as toujours été extravagante, Sally-Anne. Rentre juste un peu dans la case dans laquelle ils veulent tant te mettre et ils te ficheront la paix.

Mais elle ne se soumettrait pas. Jamais. Et ça, elles le savaient toutes les deux.

Sally-Anne soupira. La main de Milicent se glissa dans la sienne.

– Je ne veux pas me marier avec Théodore Nott.

Elle n’avait que dix-sept ans nom d’un gnome… Et Théodore aussi. Il était taciturne, dans son monde, complètement perdu, elle le sentait, le savait. Il se posait trop de questions, et Daphné pas assez. Il serait malheureux avec elle. Elle le conforterait dans son éducation de sang-pur… Il deviendrait… Comme tout ces sang-pur qu’elle détestait et ça, Sally-Anne ne l’accepterait pas.

– Mais je ne le laisserai pas épouser Greengrass.

Un bruit de verre brisé se fit entendre.

Le second de la soirée.

Les éclats brillaient par terre et lorsqu’elle releva les yeux, Sally-Anne croisa ceux de Théodore, tout écarquillés.


L'abîme by CacheCoeur

 

Janvier 1998

Abyssus abyssum invocat.

L’abîme appelle l’abîme.

– Ta famille a servi le Seigneur des Ténèbres lors de la première guerre, siffla la voix d’Alecto Carrow.

Elle avait demandé à voir Sally-Anne après la fin du cours. Elle avait sagement obéi, sa baguette au poing, sentant le regard consterné de Milicent qui l’avait trop souvent prévenu.

Mais Sally-Anne avait continué à refuser de torturer des enfants. Elle n’écoutait pas en classe, faisait des grimaces pour se moquer d’Alecto Carrow et aidait encore ce petit Serpentard qui venait leurer dans ses jupes.

Et maintenant... elle y était.

Sally-Anne allait subir la punition qu’Alecto Carrow, la meurtrière de sa tante adorée, avait prévu pour elle. Après des mois à la confronter devant tout le monde, à tourner en dérision son autorité … Sally-Anne allait obtenir ce qu’elle avait cherché durant tout ce temps.

– Ton cousin Barty a fait honneur à son rang et à son sang. Grâce à lui, le Seigneur des Ténèbres est de nouveau….

– Mon cousin Barty s’est fait rouler une pelle par un Détraqueur et est mort comme un con, la coupa la blonde.

Alecto Carrow se mit à pâlir sous l’effet de la colère.

– Le nom des Croupton a disparu avec lui, termina Sally-Anne. En quoi fait-il honneur à son sang, maintenant que plus personne ne portera son nom ? Mon oncle est mort lui aussi. Ma tante est morte elle aussi. Ma mère est une Perks. Et parce qu’elle est une femme, elle ne ressuscitera pas ce nom et ne me l’a pas transmis. C’est un nom qui me fait honte.

La gifle que lui assena Carrow lui fit dévier la tête si fort qu’elle sentit les os de son cou craquer sous la violence de l’assaut. Sally-Anne tourna lentement son visage vers celui d’Alecto, sentant la brûlure de sa main sur sa joue, et affronta son regard. La femme, toute de noir vêtue, porta ses doigts à la gorge diaphane de Sally-Anne qui se retint de respirer quelques secondes. Les pulpes de l’index et du majeur d’Alecta, trop proches de son pouls, lui donnèrent la nausée. Alecto les fit cavaler longtemps, doigt après doigt, jusqu’au collier que la Serpentard portait. Elle l’arracha d’un coup sec.

– Selina avait le même collier le jour où je l’ai fait se vider de son sang.

La gifle que lui assena Sally-Anne les surprit toutes deux. Le bruit résonna dans la salle de classe vide. Alecto n’avait pas bougé et un sourire pervers et sadique se dessina sur ses lèvres pleines. Sally-Anne eut à peine le temps d’écarquiller les yeux et de sursauter qu’Alecto avait déjà sa baguette enfoncer sous son menton.

Elle entendit, cette fois-ci, non seulement les os de son cou craquer, mais aussi ceux de tout son corps. De ceux qui articulaient ses doigts de pieds, jusqu’à ses clavicules en passant par son bassin et en longeant ceux de sa colonne vertébrale.

Lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle était recroquevillée sur le sol et trempée de sueur. Alecto s’était penchée au-dessus d’elle, le collier au bout duquel pendait la dernière fleur que Selina Croupton avait offert à sa nièce, entre ses griffes acérées et cruelles.

Sally-Anne ne chercha pas à se relever. Elle resta inerte, sur le sol froid de la salle de classe, le dos appuyé contre les bureaux de la première rangée.

– Ta tante et moi étions amies lorsque nous avions ton âge, lui confia Alecto d’une voix doucereuse.

Sally-Anne doutait qu’une femme comme elle ait un jour eu des amis.

Et que ceux-ci aient pu compter sa tante parmi eux.

– Selina était un sacrée phénomène, s’amusa Alecto. Et c’est parce que tu me faisais penser à elle, que je t’ai si longtemps épargnée… La même fougue, la même soif de liberté, les mêmes yeux…

Elle soupira longuement et Sally-Anne comprit seulement à cet instant la raison pour laquelle elle ne bougeait pas.

Elle avait peur.

Elle était paralysée par la trouille et la terreur qui rongeait ses nerfs et l’empêchait de réfléchir. Elle se sentait happée pour l’abîme. Toujours plus.

– Non…, chuchota-t-elle. Ma tante était quelqu’un de bien.

– Autrefois, il est certain, affirma Alecto. Il est étrange de se rendre compte comme deux personnes si semblables peuvent suivre des chemins si différents. Nous étions pareilles, elle et moi. Ta tante, après Poudlard, est partie voyager aux quatre coins du monde et a préféré s’amuser plutôt que de servir sa communauté. Mais fût une époque, où elle rêvait d’offrir à sa famille l’honneur de l’affilier à une autre, de même rang et de même sang. Elle aurait magnifiquement bien portée le nom des Carrow…

– Ma tante a toujours refusé de se marier, bredouilla la jeune femme. Elle était bienveillante et jamais elle ne serait devenue une Carrow.

– Et là fût son erreur. Je crois que ses voyages lui ont embrouillé les idées. Commettras-tu la même bêtise ? Refuseras-tu de te soumettre ?

– Nous sommes au vingtième siècle. Si vous pensez qu’une femme gagne sa place en se mariant ou en engendrant des héritiers, c’est que vous êtes encore plus stupide que je ne le pensais, affirma Sally-Anne, les yeux brûlants et le corps encore endoloris.

– Je ne suis pas mariée non plus, petite, se mit à sourire Alecto en penchant la tête sur le côté et en mordillant ses lèvres. Mais j’ai gagné ma place. J’ai fait honneur. Et toi ? Que comptes-tu gagner ? A qui comptes-tu faire honneur ?

– La paix. La justice.

Le rire qui éclata de la gorge d’Alecto Carrow donna à Sally-Anne Perks des sueurs froides. Des gouttes se mirent à perler de son front, et à s’écraser sur ses lèvres tout en dévalant son nez.

– Je te conseille d’arrêter ce petit manège. D’arrêter de me défier. D’arrêter tes petits sauvetages ridicules de ces vermines de nés-moldus. Ils ne sont que des animaux. Tu te compromets. Tu souilles ton sang en les fréquentant. Tu es un Croupton. Il serait fâcheux que l’une des plus grandes familles, de celles qui appartient aux vingt-huit sacrés, vienne à définitivement disparaître. Mais tu es aussi une Perks…

– Les Perks ne font pas partie des vingt-huit sacrés, siffla Sally-Anne.

Alecto pencha la tête de l’autre côté.

– Les Perks viennent des États-Unis. Leur sang est pur.

– Mon sang est de piètre qualité. Je fais de l’anémie, cracha Sally-Anne.

Alecto prit un malin plaisir à la faire hurler de douleur et la blonde ne put se retenir seulement que quelques micro-secondes, avant de laisser échapper un cri strident et aiguë. Le genre de son qui transperçait les cordes vocales et qui brisait les âmes.

Alecto ne s’arrêta pas avant d’entendre Sally-Anne gémir, trop fatiguée pour s’exprimer autrement. Elle laissa tomber à ses pieds le collier de sa tante.

– Je garderai constamment un œil sur toi à partir de maintenant. je t’ai laissé faire, je t’ai laissé croire que tu pouvais me duper, que tu pouvais te moquer de moi et de l’autorité que je représente. Je t’ai laissé rêver et croire, Sally-Anne Perks. Je t’ai laissé… Et maintenant, je répéterai cette leçon chaque fois que tu jugeras bon de te liguer contre ceux à qui tu devrais te montrer loyale.

Sally-Anne bavait.

Elle bavait de douleur, la bouche en sang et le corps brisé.

Elle se laissait glisser dans l’abîme.

– Je me demande pourquoi tu fais tout ça… Toi, une petite fille chérie, riche et noble. Tu veux soulager ta conscience ? Tu te crois supérieure à nous autres ? Mais les moldus, les nés-moldus… Ils te voleront ce que tu as. Ils te manipulent. Tu es stupide de croire que tu peux les sauver, ou même qu’ils le méritent. Tu es faible, Perks. Tu es si faible…

Elle ouvrit un œil lorsque la porte de la salle de classe claqua derrière Alecto Carrow, qu’elle verrouilla d’un geste sec derrière elle.

Sally-Anne trouva la force de tendre la main jusqu’à son collier et le serra contre son coeur, qui battait bien trop fort dans ses oreilles.

Elle enferma le bijou dans son poing. Ce geste la rassurait d’ordinaire. Ce geste quotidien, qu’elle répétait, qu’elle avait reprit de sa tante… Ce geste qui l’apaisait et qui, elle l’avait longtemps pensé, éloignait le mal… Ce geste ne lui apporta rien. Aucun réconfort.

Rien n’allait pouvoir la préserver du mal qu’était Alecto Carrow.

Ce n’était pas ses petits sauvetages de nés-moldus qui allaient faire la différence. Surtout maintenant qu’Alecto lui avait fait la promesse de ne plus rien lui céder, de ne plus fermer les yeux et de lui faire payer au centuple chaque doloris qui ne serait pas jeté.

Pour qui s’était-elle cru ?

Elle n’était qu’une jeune-femme ordinaire.

Elle n’était ni une héroïne ni une combattante.

Elle n’était qu’une adolescente rebelle, qui n’avait jamais vraiment eu de plan pour faire dégager Alecto Carrow de ce château.

Sally-Anne s’était voulue différente.

Elle ne l’était pas assez.

Il fallait que ça change.

 

Défiance by CacheCoeur

 

Janvier 1998

Depuis le bal de Noël chez les Parkinson, Sally-Anne Perks évitait Théodore Nott.

Leurs rendez-vous nocturnes, que Théodore appréciait tant, n’étaient plus qu’un lointain souvenir.

Sally-Anne ne s’asseyait plus à côté de lui en classe. Elle prenait soin de toujours être avec Milicent Bullstrode.

Sally-Anne ne fréquentait plus la bibliothèque de Poudlard. Elle accélérait le pas lorsqu’ils se croisaient dans les couloirs.

Elle avait le teint pâle, les joues blanches, les lèvres abîmées et les yeux cernés.

Théodore ne savait pas ce qu’il s’était passé.

En fait, il ne comprenait rien à rien depuis ce fameux soir, où il avait entendu Sally-Anne clamer à haute voix qu’elle ne l’épouserait jamais, mais qu’elle ne supporterait pas de le voir marié à Daphné Greengrass.

– Si seulement elle savait que l’idée même de me marier avec toi me répugnait presque autant qu’elle, s’amusa Daphné à sa droite en inspectant ses ongles.

Théodore fronça les sourcils. Il ne pensait pas avoir un égo démesuré mais entendre dire avec autant d’assurance que l’idée de s’unir avec lui était dégoûtante, commençait a être un peu trop blessant.

– Tu étais le seul être humain qu’elle semblait tolérer, soupira la jeune femme. Qu’est-ce qui a changé ?

Théodore secoua la tête. Il n’avait aucune réponse à donner.

– J’ai entendu dire qu’Alecto Carrow la retenait après chaque cours et qu’elle lui donnait des séances d’un genre très particulier.

Théodore avait entendu la même chose. Mais Sally-Anne ne lui avait pas laissé une seule fois l’opportunité de lui poser la question ou d’en discuter avec elle. Il l’avait seulement observé rentrer très tard à la salle commune des Serpentard, le dos anormalement trop courbé et de la bave coulant de son menton, formant de l’écume au coin de sa bouche.

– Elle a perdu de sa superbe, la princesse…, s’amusa Tracey Davies.

– La voir autrement que la tête haute et la poitrine bombée, ça fait tout drôle, ajouta Daphné. Je pensais que Perks était … plus combative que ça. En sept ans, je ne l’avais jamais vue si éteinte. Pas même après la mort de sa tante.

– Elle s’est toujours pensée meilleure que nous.

– Elle l’est, les fit taire Théodore.

– Non. En aucun cas, trancha fermement Daphné.

Le jeune homme se tourna lentement vers Daphné, qui se mit à soutenir son regard.

– Elle ne vaut pas mieux que nous. Pas moins, pas plus. Pareil. Sally-Anne Perks est une petite arrogante qui a toujours refusé notre amitié parce qu’elle ne veut pas être comme tout le monde, qui a voulu le montrer à tout le monde en se peignant les ongles en noir et les lèvres couleur aubergine pourrie. Mais la vérité, c’est qu’elle reste une petite noble qui dépend de ses parents. Elle serait bien embêtée de ne plus avoir leurs gallions pour se payer ses belles petites robes en soie ou ses manuels hors de prix sur la médicomagie. Sally-Anne Perks est une petite pourrie gâtée qui se veut différente, mais qui ne l’est pas autant qu’elle le voudrait.

Le regard défiant de Daphné retint Théodore de la contredire.

– Je ne sais même pas si elle défend les nés-moldus par conviction ou par pur esprit de contradiction, acheva la Serpentard.

– Elle croit sincèrement qu’ils doivent être défendus, intervint-il enfin.

Daphné écarquilla les yeux et croisa les mains sous son menton. Elle but une gorgée de son jus de citrouille et balaya la grande salle d’un regard souverain.

– Parfois, je me pose la question moi aussi, avoua-t-elle à voix basse. On nous dit qu’ils sont idiots et comme des animaux. Mais Granger… Granger est une pimbêche, mais elle est… était la plus intelligente de nous tous ici. C’est un fait.

– Ne parle pas si fort, marmonna Tracey.

– On peut le penser, mais pas le dire, se souvint Daphné.

– Mais c’est un fait, reprit Théodore.

– Peut-être que Sally-Anne a raison, d’être ce qu’elle est. Et peut-être que nous avons tort. Mais je suis reste fière d’être une Greengrass, de ne compter que des sorciers dans ma famille… Devrais-je me sentir honteuse ?

– Penses-tu que les nés-moldus devraient se sentir honteux ? l’interrogea Théodore.

– Merlin, je n’en sais rien. Je préfère ne pas y penser. Qu’ils soient ici ou non, très sincèrement… Je n’en ai que faire. Je sais simplement que les moldus ont fait souffrir les sorciers depuis la nuit des temps, qu’ils nous ont traqué, pourchassé, brûlé… Je sais que les sorciers sont voués à disparaître si nous continuons à nous acoquiner avec eux. Ai-je aussi tort, d’avoir peur pour mes semblables ?

La question était sincère.

– Sommes-nous en danger ? Après tout, ces dernières années ont montré que les mariages entre sang-purs causaient plus de dégâts qu’autre chose. La consanguinité a fait des ravages chez les Lestrange et les Black… , observa Théodore.

– Ça aussi, on peut le penser mais pas le dire, répéta Daphné en lui lançant un regard méfiant.

– Les nés-moldus nous permettraient de renaître.

– Sûrement.

Daphné releva la tête d’un mouvement gracile.

– Sally-Anne vient de te regarder, indiqua-t-elle.

Théodore relava la tête à son tour.

Mais la blonde était de nouveau concentrée sur son plat de pommes de terre et discuté avec Milicent Bullstrode.

– Elles sont amies, toutes les deux ?

– Sally-Anne n’est amie avec personne, marmonna Tracey.

– Elle est mon amie, affirma Théodore.

C’était peut-être la première fois qu’il le disait à voix haute et à une autre personne que lui-même.

Une amie qui lui manquait.

Une amie qui l’évitait.

Une amie qui avait déclaré ne jamais vouloir se marier avec lui.

Pourquoi cela l’embêtait-il à ce point ?

Sally-Anne était un mystère, une énigme. Il désirait son temps et ses sourires. Il désirait ses rires et ses nuits.

Il aurait voulu avoir le courage de lui parler.

S’il avait été comme Adrian Pucey ou Warrington, il serait allé la voir, pour lui demander avec un sourire charmeur, si elle accepterait de sortir avec lui mercredi prochain, à Pré-au-lard. Mais Théodore n’était pas charmeur et il détestait sourire.

Théodore ne rêvait pas de relation, d’amour ou d’amitié.

Foyer by CacheCoeur

Janvier 1998

Sally-Anne Perks était une personne obstinée. Personne ne la connaissait vraiment, mais tous s’accordaient à dire qu’elle était aussi fière et têtue que le plus arrogant des hippogriffes. Alors c’était avec une détermination farouche et implacable qu’elle avait continué d’ignorer Théodore Nott.

Les duels de regards qu’ils s’acharnaient à se faire dès qu’ils se retrouvaient l’un en face de l’autre auraient pu faire fuir les détraqueurs eux-mêmes.

Pour rien au monde, Théodore Nott n’aurait avoué qu’il hésitait chaque jour un peu plus à faire le premier pas et à aller vers la jeune fille. Il avait déjà du mal à être honnête avec lui-même et à admettre la terrible et lourde vérité : Sally-Anne, cette petite emmerdeuse de Sally-Anne Perks qui avait toujours un mot à dire sur tout, qui ne respectait pas les règles, s’amusait à les tordre et à faire sortir Théodore de sa zone de confort… Cette Sally-Anne lui manquait et il se sentait seul.

Lui qui adorait la solitude…

Il n’était pas parvenu à trouver le sommeil. Il s’était rendu dans la salle commune des Serpentard, avait observé les ondoiements de l’eau du lac et s’était demandé s’il ne ferait pas mieux de mettre sa fierté de côté. Il s’inquiétait pour elle. Toujours couverte de bleus, elle sortait parfois de ses cours particuliers avec Carrow les lèvres fendues et les cheveux ébouriffés, comme si elle avait traversé mille tempêtes. Et plus il s’inquiétait, plus elle l’évitait.

Théodore décroisa ses jambes et changea de position pour rester confortablement installé dans son fauteuil préféré, celui qui lui permettait d’admirer de façon optimale la lumière naturel du matin qui illuminait un peu le lac de Poudlard.

Il tourna la tête en entendant des pas venir de sa gauche et resta silencieux.

Le parfum de Sally-Anne flotta quelques instants derrière elle, alors qu’elle s’installait à même le sol, les genoux ramenés contre la poitrine et le dos courbé.

Un frisson lui parcourut l’échine. Il détestait qu’elle le traite comme un fantôme, qu’elle fasse comme s’il n’était pas là. Comme lorsqu’ils ne se connaissaient pas. Elle lui tournait même le dos, impassible.

– La politesse voudrait que tu salues la personne déjà présente dans la salle que tu viens d’investir, maugréa Théodore.

Elle sursauta légèrement en l’entendant. Elle ne s’était effectivement pas rendu compte de sa présence…

– Bonsoir, Théodore.

– Ta parole m’honore.

– La tienne également.

Il cilla.

Il ne savait pas s’il devait être content qu’elle se moque ainsi de lui, ou complètement en colère qu’elle se moque justement de lui…

Théodore aurait souhaité se gifler mentalement. Il se rendait compte qu’il était prêt à récolter précieusement chaque miette d’attention qu’elle souhaiterait lui balancer au visage. C’était d’un pathétique…

– Je suis fatiguée de t’ignorer Théodore, lâcha-t-elle prudemment d’une voix brisée.

– C’est toi, qui as commencé.

– C’est vrai. Mais te parler aurait signifié répondre à tes questions et je ne suis pas prête. Pas encore et peut-être même jamais.

– Je ne me pose pas de questions.

Sally-Anne se mit à rire légèrement.

– Si. Oh que si… Les derniers mots que tu as entendu de ma bouche ont été « je ne veux pas me marier avec Théodore Nott, mais je ne le laisserai pas épouser Greengrass ». Alors, je pense pouvoir affirmer sans me tromper que tu as des questions.

Il en avait, en effet.

Mais tout comme elle, il n’était pas prêt à ce qu’elle y réponde.

– Ce que j’ai dit ce soir-là… Je ne sais pas pourquoi je le pense. Je ne sais pas comment j’en suis venue à le penser. Je ne sais pas si j’ai envie d’arrêter de le penser. Je ne sais pas quand est-ce que j’ai commencé à le penser. Mais je le pensais vraiment et je le pense toujours. C’est tout ce que je peux te dire pour le moment.

Théodore hocha la tête, ce qui était bien ridicule, parce qu’elle ne le regardait toujours pas.

– Je m’en contenterai pour le moment.

– Je me fiche bien de ton contentement, Nott. Ce qui compte, c’est le mien.

– C’est pour ça que tu continues de prendre des cours particuliers avec Carrow ?

– Aujourd’hui était la dernière fois, souffla-t-elle. Ou peut-être pas… C’est qu’elle m’a dit avant que je passe la porte.

Elle resserra les pans de son pull contre son corps. Ses cheveux blonds presque blancs traînaient sur le carrelage de la salle commune.

– Tes cheveux …, commença Théodore avant de s’interrompre.

– Je crois que tu avais raison finalement.

Il cilla une nouvelle fois.

– Je suis une hypocrite. Et me battre pour les nés-moldus, les sangs-mêlés, ça soulage ma conscience plus qu’autre chose. Même si je pense qu’ils sont comme nous et que nous sommes comme eux, même si je pense que ce qu’on leur fait subir actuellement est injuste… Ce n’est pas mon combat. Alors… j’arrête. Qu’ils se sauvent seuls…

– Tu ne penses pas ce que tu dis, refusa Théodore.

Parce qu’elle avait presque réussi à le convaincre que les idées avec lesquelles ils avaient été élevées, étaient pour la plupart inexactes.

Il quitta son fauteuil et fit quelques pas pour se placer près d’elle.

Lui debout, Sally-Anne assise, toujours à fixer l’eau du lac et le soleil du matin qui filtrait son opercule.

– Je pensais que je n’avais peur de rien, que j’étais comme ma tante. Mais elle est morte et moi… Moi j’ai peur de la mort. Alors tout m’oppose à elle et c’est pour ça, que je vais faire comme toi. Je vais les laisser tuer des innocents.

Théodore grimaça.

Ce que Sally-Anne avait autrefois craché comme un reproche sonnait aujourd’hui comme une fatalité creuse et admissible. Cependant, elle ne l’était pas et il n’aurait jamais pensé qu’elle baisserait les bras, que quelque chose pourrait l’atteindre au point qu’elle se soit résolu à tirer un trait sur tous ses grands principes.

– Je ne veux pas être une traitre-à-mon-sang.

C’était une vérité qu’elle avait longtemps refoulé dans sa tête. Elle se moquait bien de tout ce que les gens de la bonne société pouvait penser d’elle. Elle leur riait aux nez la plupart du temps, avec toute l’insolence et l’impertinence dont elle était capable. Mais elle faisait partie de ce monde et n’avait jamais rien connu d’autres. Elle avait beau le critiquer, il s’agissait du sien et elle aimait les belles robes, le thé de bonne qualité, les bals, l’odeur des fleurs et avoir un elfe de maison qui s’assurait que ses œufs étaient cuits comme elle les aimait. Etait-elle prête à renoncer à ça, pour une guerre perdue d’avance ?

Elle avait toujours pensé que oui.

Aujourd’hui, après des heures passées en compagnie d’Alecto Carrow, elle n’était plus sûre de rien.

Les draps frais étaient nettement plus agréables que les doloris que l’on réservait aux traitres-à-leur-sang.

Les Mangemorts avaient déjà gagné. Qu’elle souffre au fond, qu’est-ce que cela changerait aux sorts des nés-moldus et sangs-mêlés ? Rien du tout…

– Peut-être qu’on est un traître-à-son-sang quand on n’est pas fidèle à ce qu’il y a dans nos coeurs.

– Voilà qui est merveilleusement bien dit, Théodore Nott, ricana Sally-Anne.

Il s’abaissa et finit par s’asseoir à ses côtés, sur le sol froid et dur. Il allongea ses jambes devant lui et se força à regarder dans la même direction.

Il sentit Sally-Anne se tourner vers lui.

Et il résista, sentant une douce chaleur l’envahir.

– J’aime quand tu es près de moi, murmura-t-elle. Tu me calmes.

Elle plongea la tête et colla son front à ses genoux.

– Et même si je ne sais pas encore ce que cela signifie… Je t’aime bien.

Ces mots firent tomber ses dernières barrières. Il plongea ses prunelles dans les siennes.

– Est-ce que tu comprends ? lui demanda-t-elle.

Il opina, toutefois incertain.

Il posa sa main sur les siennes, fermement accrochées autour de ses jambes et laissa définitivement la chaleur l’envahir.

Peut-être que c’était ce qu’on ressentait, quand on se sentait en sécurité et chez soit. Avec une personne qui n’avait pas peur de se montrer vulnérable, dont le rire réchauffait le corps et l’esprit et dont les mots avaient plus de pouvoirs que toutes les formules magiques…

Peut-être que Sally-Anne était son foyer…

Il se plaisait à le penser et en était persuadé, au fond de lui.

Prison by CacheCoeur

Janvier 1998

Ils n’auraient jamais pensé que Poudlard deviendrait une prison et que le ciel bleu, le tout petit carré de ciel bleu qu’ils avaient pour plafond, pourrait représenter autant de liberté.

Installés dans la cour, assis sur un banc, Théodore et Sally-Anne profitaient du soleil, revenu un bref instant. Il avait chassé les nuages gris venus apporter la neige qui crissait sous leurs pieds et les forçaient à porter écharpes, gants et bonnets.

Tout était blanc comme la neige, gris comme la pierre, noir comme leurs uniformes, bleu comme le ciel ou vert comme leurs insignes.

Il n’y avait pas d’autres couleurs et seuls dans cette cours, ils profitaient du silence.

– Nous devrions réviser pour notre examen de potions, observa Sally-Anne.

– Nous n’en avons pas besoin.

– Alors… pour notre examen en études des Runes.

– Tu en sais presque autant que le Professeur Babbling.

Sally-Anne rougit mais hocha la tête. Théodore Nott ne mentait jamais, alors, elle accepta le compliment.

– Les autres révisent, insista-t-elle cependant. Tout est si calme.

Théodore referma le manuel qu’il était en train de lire. Mécontent d’être interrompu, il avait sèchement effectué son geste. Amusée, Sally-Anne le regardait une lueur de défis dans les yeux.

Le genre de lueur qu’il aurait voulu mémoriser à jamais et comprendre.

– Je pense qu’un endroit où tu te trouves n’est jamais calme, déclara-t-il.

– Pourtant, tu recherches ma compagnie.

– Peut-être que j’apprends à aimer … Les choses moins calmes, finit-il par répondre.

– Ou peut-être que c’est moi, que tu apprends à aimer ?

Elle s’était rapprochée de lui, alors qu’elle s’était jusqu’ici tenue à une distance très raisonnable, inhabituellement très sage. Sally-Anne avait toujours pris un malin plaisir à investir sans invitation l’espace vital et personnel de Théodore, qui s’en était toujours plaint. Aujourd’hui, elle évitait de se tenir trop près de lui et limitait tous leurs contacts.

Théodore mourrait d’envie de lui demander d’être de nouveau comme avant, de le toucher, de l’embrasser, de poser ses mains sur ses épaules, sur ses yeux, de le bousculer, de l’envahir …

Théodore n’avait jamais demandé quoi que ce soit. Jamais. Les Nott ne demandaient rien. Ils prenaient et on leur donnait. C’était ainsi qu’il avait été élevé.

– De nous deux, je ne suis pas celui qui a déclaré que je ne te laisserai pas épouser Greengrass.

Sally-Anne haussa les sourcils et plissa ensuite les yeux, menaçante. Théodore était quelqu’un de naturellement froid mais il savait piquer là où cela faisait mal.

– C’est bien dommage, parce qu’elle me plaît bien… Tu aurais sûrement du souci à te faire, Nott.

Ce-dernier, plus malin que ça, refusa d’entrer dans le jeu de sa camarade et resta impassible.

– Tout cela ne serait pas convenable, Sally-Anne…

– Oh une femme avec une autre femme… Voilà qui serait même parfaitement indécent. Et comme tout le monde le sait ici, je suis l’image, l’incarnation même de la décence. Je ne peux pas trahir ma si bonne réputation.

– Il n’y a que nous ici.

– La décence, l’indécence, Théodore… C’est ce que nous décidons. C’est nous qui les définissons et celles des autres ne m’empêcheront jamais de vivre avec les miennes. Elles changent en fonction des temps, des sociétés, des gens… Rien n’est figé dans le marbre Théodore et les règles changent tout le temps.

– Si elles sont inconstantes, ce ne sont plus des règles, grogna le Serpentard.

Il fronça les sourcils. Il aimait bien discuter avec Sally-Anne. Elle remettait toutes ses convictions en cause, mais parfois, il aurait aimé comprendre les siennes sans qu’elle n’ait besoin de les lui expliquer.

– Dans certaines cultures, on considère les moldus comme étant ceux qui ont le sang le plus pur, parce qu’ils sont les premiers sorciers de leur famille, et que la magie qui coule dans leurs veines n’a pas été corrompu par les années. Elle est … pure car non transmise par le sang. Certains grands historiens et briseurs de sorts, ont même plusieurs théories et affirment que les Sang-purs portent plus de malédictions dans leur sang, que les nés-moldus…

– Certaines malédictions très puissantes se transmettent aux héritiers de même sang après la mort de leurs porteurs…., réfléchit Théodore.

Il n’avait jamais vu les choses ainsi …

– Alors, peut-être que … Peut-être qu’ils se trompent tous, souffla Sally-Anne. Peut-être que les moldus sont plus puissants que nous. Ou peut-être que non. Peut-être qu’il faudrait que l’on se moque de tout ça et qu’on commence à tous se considérer comme des égaux.

– Avant, tu en étais certaine.

– Avant, je n’avais pas peur de mourir pour le simple fait de le penser.

– Alors, si tu hésites, cela devient moins effrayant ?

– Je n’en sais rien…

Sally-Anne Perks n’était pas du genre à douter. Elle était sûre d’elle et confiante en tout et pour tout.

– Je ne veux tout simplement pas que ce monde devienne une prison, marmonna-t-elle.

– Elle ne le sera jamais pour nous.

– Oui…

Les Serpentard étaient devenus les petits rois de l’école, ceux qu’on laissait passer dans les couloirs, ceux à qui on distribuait le plus de points, ceux qui ne faisaient jamais gronder parce qu’ils transgressaient quelques règles… Elles étaient devenues plus dures, ils voyaient leurs camarades souffrir, certaines des leurs disparaître sans explications, les plus jeunes d’entre eux être torturés et servir de cobayes en cours… La prison était dorée, mais elle était réelle. Les autres étaient prisonniers, mais eux… Eux, ils étaient forcés d’assister à cela. Ni matons, ni surveillants, ni geôliers… Ils regardaient.

Et que pouvaient-ils faire ?

Sally-Anne avait payé ses nombreuses rebellions contre Alecto Carrow et elle ne recommencerait plus jamais.

Quand elle fermait les yeux, elle se souvenait de la souffrance qui n’avait jamais quitté ses os.

– Qu’est-ce qui se passera quand on quittera Poudlard ?

Cet endroit était devenu une prison, mais ils y restaient attachés. Mille souvenirs y résidaient.

– Tu partiras, répondit Théodore, d’un ton presque triste et résolu.

– Et avec quel argent ? Je n’ai rien… Tout appartient à mes parents.

– Tu es une sorcière…

– Peut-être. Mais je suis aussi l’héritière d’une riche famille qui cherche à s’élever et dont la fortune semble faire rêver plusieurs grands noms de ce monde… Tu penses vraiment que mes parents me laisseraient disparaître ? Ils me traqueraient …

– Si j’étais eux, je te laisserais partir.

– Mais tu n’es pas eux et tu n’as aucune autorité sur moi, gronda-t-elle doucement.

Son visage était aussi blanc que la neige, aussi blanc que ses cheveux et la fumée qui sortait de sa bouche peinte en rouge carmin semblait trembler.

– Si j’en avais une quelconque, tu serais mieux élevée que ça…, rétorqua Théodore.

Elle se détendit et se remit à rire.

Cependant, les menaces de Carrow n’étaient pas bien loin dans son esprit.

– Il faut que je te parle de quelque chose, souffla-t-elle à Théodore.

Troublée par les confidences de la Mangemort, elle n’avait jamais pris le temps de se poser pour vraiment y réfléchir.

– Elle a dit avoir été amie avec Selina.

– Ta tante ?

Sally-Anne tritura son collier pour seule réponse.

– Tu crois qu’elle mentait ? Ma tante et Alecto sont si… différentes.

– Comment je pourrais le savoir…, répondit Théodore.

Il était inutile de chercher à la rassurer.

La tante de Sally-Anne avait toujours été un modèle pour elle. Érafler la parfaite image qu’elle en avait lui aurait fait trop de mal… Pourtant, Théodore ne mentait pas. Jamais.

– Rien n’est figé dans le marbre, tu l’as toi même dit. La Selina que tu connaissais était peut-être différente de celle qu’a connu Carrow.

– Mais elle était la même personne.

– Je ne suis pas la même personne que j’étais en septembre dernier.

Pas depuis qu’il la connaissait.

Elle lui sourit presque tendrement et il aurait voulu dessiner la forme de ses lèvres de ses pouces pour en connaître la texture.

Il se demanda un bref instant ce qu’il ressentirait, s’il venait à l’embrasser ici et à faire taire ses mots amer.

– J’ai besoin de connaître la vérité, marmonna Sally-Anne.

– Et si tu venais à apprendre qu’elle n’était pas… comme toi ?

Sally-Anne avait toujours pris cette femme en exemple. Elle s’était habillée comme elle, avait commencé à parler comme elle, avait certaines de ses mimiques aussi, avait emprunté ses mots, ses attitudes, ses combats. Selina avait éduqué Sally-Anne et l’avait aimé plus que ses deux parents réunis.

Et Sally-Anne avait peur que plus personne ne l’aime jamais, maintenant qu’elle était morte.

– Personne n’est comme moi ! plaisanta-t-elle.

– Non, fit très sérieusement. Tu n’es décidément pas comme les autres.

C’était sa façon à lui de lui dire qu’elle était unique et que pour lui, il n’y avait plus qu’elle.

Impulsion by CacheCoeur

Février 1998

Sally-Anne s’était endormie sur l’épaule de Théodore.

Il aurait pu décrire avec précision le poids de sa tête qui lui pesait sur tout le bras et la chaleur de son souffle qui chatouillait son cou. Il aurait également pu s’attarder sur la douceur de ses cheveux qui caressaient sa main et l’adorable moue qu’elle faisait.

Théodore n’arrivait jamais à dormir lorsqu’il était en présence d’autres personnes. Il détestait l’idée d’être aussi vulnérable et à la merci de n’importe qui. Il attendait toujours patiemment que ses trois camarades de Serpentard avec qui il partageait un dortoir, s’endorment, avant de s’autoriser à fermer les yeux à son tour. Drago Malefoy étant presque aussi insomniaque que lui, donc Théodore dormait bien peu…

Alors, il était … anormalement trop bouleversé de constater que Sally-Anne lui faisait confiance au point de lui confier son sommeil.

Leur relation était toujours étrange. Ils ne plaçaient pas de mots et s’y refusaient. Ils aimaient être en compagnie l’un de l’autre et n’avaient plus la force de le nier, ni aux autres, ni à eux-mêmes. Sally-Anne gardait toutefois ses distances, comme si la nature de ses embrassades avait changé et qu’elles les mettaient maintenant mal-à-l’aise, là où paradoxalement, Théodore s’y était accoutumé.

Lorsqu’elle remua contre lui, il fit mine de tourner la page du livre qu’il tentait désespéramment de lire et la regarda s’étirer du coin de l’œil.

Sally-Anne n’était objectivement pas aussi belle que Daphné Greengrass, mais elle était loin d’être laide… Avec ses yeux verts, son nez aquilin, ses lèvres pleines et son teint d’opale, Sally-Anne était même très belle. Théodore n’y avait jamais vraiment prêté attention…

– J’ai fait un mauvais rêve, bailla-t-elle. L’école était attaquée et on nous demandait de nous battre.

– De nous battre ? Voilà qui est absurde. Nous sommes des élèves, pas des mages accomplis…

– C’était un rêve. Les rêves ne veulent rien dire.

– Détrompe toi. L’oniomancie est un art divinatoire très anciens pratiqués par de nombreux sorciers depuis l’antiquité…

– Ne me dis pas que tu crois à ces conneries, s’insurgea Sally-Anne.

Les Perks étaient connus pour leur rationalité à toute épreuve et elle pensait au moins avoir toujours eu ce point en commun avec Théodore.

Théodore lui offrit un regard pénétrant.

– J’ai rêvé de la mort de ma mère la veille même de son décès.

Le visage de Sally-Anne resta figé. Elle glissa sa main dans celle du jeune homme, qui surpris, fit tout pour ne rien laisser paraître. Il apprécia de sentir son pouce dessiner des motifs aléatoires sur le dos de sa main et incapable de soutenir ses yeux verts, détourna les siens.

– Je suis désolée. Est-ce que tu veux en parler ? proposa-t-elle avec douceur.

– Non.

– Très bien.

Elle resta silencieuse un moment mais parce qu’elle était Sally-Anne Perks, elle fut bien obligée de céder à ses pulsions :

– Dans mon rêve, les Mangemorts étaient en train de perdre.

– Ils sont pourtant plus nombreux. Ils ont plus d’alliés. Ils ont le Ministère derrière eux et certains d’entre eux enseignent à Poudlard. Il me paraît peu probable que les Mangemorts perdent leur emprise sur Poudlard.

– Pourtant, ils perdaient. Et on nous demandait de choisir un camp.

Théodore imaginait sans peine la suite.

– Tu partais te battre contre eux, devina-t-il.

– J’ai fermé les yeux avant qu’un éclair vert ne m’atteigne, bredouilla-t-elle. Je devrais sûrement m’entraîner davantage en Défense contre les forces du mal…

– Est-ce là ta seule réaction ? s’étonna Théodore.

– Comment devrais-je réagir selon toi ?

– Tu n’as toujours pas peur… Ou alors elle est comme une vague. Elle revient parfois, mais ne reste jamais très longtemps…

– Oh si, je suis morte de trouille. Mais si j’apprends, si je m’entraîne, il n’y a plus les raisons que j’ai d’avoir peur réduisent…

– Tu as raison… Ce n’était qu’un rêve, trancha Théodore.

Sally-Anne fronça les sourcils et remit un peu d’ordre dans ses cheveux, qu’elle commença à tresser.

– Tu n’étais pas dans mon rêve.

– J’en suis grandement vexé.

– C’est étonnant, l’ignora-t-elle. Car en ce moment, je rêve de toi chaque fois que je ferme les yeux.

Il ne montra aucune réaction, mais son cœur faisait de drôles de bonds qu’il ne parvint pas à contrôler, au point qu’il se mit à craindre qu’elle n’entende ses battements trop frénétiques et bruyants.

– Je crois que tu n’y étais pas, parce que je sais que tu n’as pas choisi de camp.

– Sûrement parce que je n’ai tout simplement pas à en choisir un, Sally-Anne.

Le pouce de la blonde s’était arrêté de caresser sa main.

Théodore eut soudainement froid.

– Ceux qui ne choisissent pas sont toujours dans le camp des perdants, déclara froidement la jeune femme.

– Et s’ils n’étaient dans aucun camp ?

– On ne peut pas n’être dans aucun camp.

– Les choses n’ont pas à être si binaire.

– Bien sûr que si. Le monde fonctionne en oui ou en non, en blanc ou en noir, en jour ou en nuit. Nous sommes soit l’un soit l’autre, Théodore. En temps de guerre, il n’y a pas d’entre-deux.

– Moi, je…

– « Moi, je... ». Tu n’es pas plus différent que les autres, Théodore. On doit tous faire des choix. Ne pas en faire en est un.

Il resta silencieux à son tour, mais parce qu’il était Théodore, il ne reparla plus, car il était avare de mots et qu’il n’en avait plus à offrir.

– Pourquoi nos conversations doivent-elles toujours être si lourdes ? demanda Sally-Anne.

– Parce que nous sommes intelligents et que nous aimons les conversations intelligentes. Parce qu’on ne se contentera jamais de banalités. Parce qu’on se fait confiance. Parce que…

Parce qu’ils se sentaient bien l’un avec l’autre.

Il entrecroisa ses doigts aux siens.

– Si ton rêve … Si ton rêve venait à se réaliser, s’il te plait… Ne choisis pas de camp, Sally-Anne. Reste une écolière. Nous ne sommes pas des combattants.

– Tu t’inquiètes pour moi ?

Bien sûr qu’il s’inquiétait pour elle. Il ne voulait pas qu’elle meure.

– Si… Si on avait la moindre chance de sauver des innocents, je le ferais. Mais j’ai perdu espoir…, avoua tristement Sally-Anne. Personne n’a aucune nouvelle de Potter. Le Seigneur-des-Ténèbres est invincible…

Théodore était persuadé que personne n’était invisible.

– Les Carrow te surveillent. Ils ne te pardonneraient pas et te feraient payer ta rébellion.

– Mais je le ferai quand même. Il suffirait d’une étincelle, d’une toute petite lueur d’espoir…

Ils savaient qu’elle se jetterait les bras tendus vers le danger, qu’importe les conséquences.

– Quel dommage que ma famille ne soit pas dans les petits papiers de Tu-Sais-Qui. J’aurais été intouchable, qu’importe mes choix…

Théodore n’était pas certain que les choses fonctionnaient ainsi… Mais il avait conscience que certains noms étaient plus respectés que d’autres. Les Nott avaient toujours joui d’une excellente réputation qui n’avait rien à envier à celles des Malefoy, des Black ou des Bones, deux des plus anciennes familles de sorciers.

– De toute façon, Alecto Carrow finira par avoir ma peau. Elle n’attend que ça et elle sait qu’elles sont mes pensées. Elle sait que je suis une traître-à-mon-sang…

Théodore détestait l’entendre dire des mots qui auraient pu la condamner à mort.

La purge viendrait bientôt, il en avait peur désormais, alors que cette idée même ne l’intéressait pas du tout avant que Sally-Anne ne fasse partie de sa vie…

Les choses, les idées changeaient parfois si vite …

Si Sally-Anne devenait une Nott, Alecto Carrow ne pourrait plus rien contre elle.

Le père de Théodore était influent et avait de grandes responsabilités au sein des Mangemorts, dont il avait toujours fait partie. Il était un fidèle des premières heures, et personne n’aurait jamais remis son honneur en question… Entacher son nom n’était pas sans conséquence.

Théodore suivit son impulsion.

La bonne excuse qu’il cherchait pour se lier à Sally-Anne d’une façon ou d’une autre.

– Deviens une Nott.

– Pardon ?

Elle riait presque, devait l’absurdité de sa proposition.

– Epouse-moi.

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