Les femmes fanées by Seonne
Ancienne histoire coup de coeurSummary:

 

Comme toute société traumatisée par la guerre, le monde des sorciers compte ses âmes brisées. Celles qui n'ont plus le goût de vivre, celles qui se détachent de la réalité, celles qui ont sombré trop loin des horreurs pour un jour espérer revenir dans un monde normal.

Pansy noie ses démons dans la vodka. Elle fait taire sa peine dans l'alcoolisme.

Internée au Centre de Réabilitation Sirona & Panacée, elle ne voit plus de lumière dans les ténèbres qui l'enveloppent.

Jusqu'à ce qu'elle croise une fleur aussi fanée qu'elle.

 

– Participation au concours Les Ombres du Manoir de Catie et Sun –

2ème place ex-aequo

Pansy Parkinson ~ Lavande Brown ~ Après la guerre

 

Crédits image : Quiet Zone et small piece 50 par agnes-cecile sur DA, montage par mes soins


Categories: Romance (Slash), Après Poudlard, Tranches de vie Characters: Lavande Brown, Pansy Parkinson
Genres: Amitié, Femslash/Yuri, Guerre
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: [Concours] Les ombres du Manoir
Chapters: 5 Completed: Oui Word count: 8555 Read: 862 Published: 17/11/2020 Updated: 12/02/2021
Story Notes:

Cette histoire répond au concours Les Ombres du Manoir, lancé par Catie et Sun sur le forum d'HPF. En bref, cinq manches dans cet "escape-game d'écriture", avec pour chacune sa thématique et ses contraintes. Pour en savoir plus, toutes les infos sont sur ce topic.

 

Comme vous l'aurez deviné, ce ne sera pas très joyeux. Ce sera même sombre, triste, douloureux et (pour le début tout du moins) déprimant à lire. Âmes sensibles s'abstenir. Je ne peux pas vous garantir quoi que ce soit sur le dénouement de cette histoire, qui sera porté par les prompts de chacune des épreuves.

 

Malgré tout, je vous souhaite une bonne lecture !

Mortelle issue by Seonne
Author's Notes:

Premier texte.

Thème : Mortelle issue.

Contrainte : Votre texte doit se dérouler la nuit.

~

 

TW : Dépression, suicide.

Ses doigts crispés sur le goulot de sa bouteille, Pansy titube dans les couloirs. Elle déambule au hasard, rigole sans savoir pourquoi. Elle trébuche, se rattrape contre un mur, pour manquer de chuter quelques pas plus loin. Et ainsi de suite. Encore et encore. La vodka qui coule dans ses veines anesthésie la douleur, alors peu importe le reste. Cette bonne vieille Baba Yaga lui fait oublier ce à quoi elle refuse de penser. La honte, la colère. L'injustice. Le temps lui a appris que rien ne changeait. Alors à quoi bon ?

Elle sort de sa chambre, passé minuit, quand ses colocataires bruyants et agaçants restent enfermés dans les leurs. Certains restent aussi casse-pieds une fois le soleil couché : il n'est pas rare que leurs cris lui percent les tympans, que leurs pleurs lui parviennent à travers les portes closes tels une symphonie des plus exaspérantes. Tant pis. Tous les soirs, elle récupère son alcool de contrebande planqué dans un creux du mur du placard à balai du sixième. Elle s'est toujours demandé comment le personnel pouvait ne pas l'avoir remarqué. Entre les fous et les dangereux, ils doivent avoir suffisamment à faire pour ne pas se soucier qu'une de leurs pensionnaires déroge au règlement pour quelque chose de si futile qu'un peu d'éthanol.

Pansy prend une nouvelle rasade, sec. Elle ne sent même plus la brûlure descendre son œsophage. Elle est analgésiée, détachée du monde, détachée de son corps. Et ça lui convient. C'est ce qui rend l'existence supportable. Les journées passées dans un état comateux, à récupérer de sa gueule de bois. Et les nuits passées dans un état second, à se saouler jusqu'à ne plus savoir qui elle est. Oublier sa vie, son histoire, sa douleur, le vide cruel de son futur. Les jours, les semaines et les mois s'enchaînent et elle reste spectatrice. C'est déjà pas mal.

Elle est ici depuis si longtemps qu'elle ne sait plus trop à quoi ressemble le monde extérieur. Elle n'en a pas besoin. Elle sait qu'il ne veut pas d'elle.

Son estomac est pris de soubresauts et elle réalise qu'elle a tiré sur la limite. Ça lui arrive, parfois. Elle a tant l'impression de n'être qu'une ombre qu'elle en oublie qu'elle est vivante. Son corps la rappelle à l'ordre. Il lui faut de l'air. Elle a besoin de respirer. Elle cligne des yeux mais tout est flou, autour d'elle. Où peut-être bien être ? Elle avance de son mieux, secouée de crampes. Elle aperçoit une lueur éclairer le tapis à quelques mètres d'elle et se traîne jusqu'à la baie vitrée, entrouverte.

Elle ne se dit pas que c'est étrange. Que l'ouverture devrait être close. Elle se glisse dehors, tombe à genoux, et rend une partie de ce qu'elle a ingéré. Ça lui fait mal, mais ça lui fait du bien. Elle crachote pour se vider la bouche puis se retourne pour appuyer son dos contre la rambarde, le temps de retrouver son souffle.

Dans sa vision trouble, elle aperçoit un fantôme. Son cœur accélère ses battements.

Ce n'est pas un fantôme.

C'est une femme. Une jeune femme au teint crayeux. Ses cheveux blonds brillent au clair de lune et encadrent son visage comme une auréole. Elle paraît effrayée.

Il y a de quoi.

Elle se trouve du mauvais côté du garde-fou.

— Pansy ? Parkinson, c'est toi ?

Pansy ne répond pas. Cette voix, elle la connaît, mais elle n'arrive pas à mettre un nom dessus. Il lui semble qu'elle surgit des tréfonds du passé. Elle n'aime pas qu'on demande à sa mémoire de fonctionner ; surtout pas précisément quand elle s'est appliquée à la faire taire depuis plusieurs heures.

C'est quand elle devine les cicatrices qui se dessinent sur ce visage d'ange que l'identité de l'intruse lui revient.

— Brown ?

Le silence, encore. Pansy sait qu'elle a vu juste. Elle sourit, satisfaite. Elle a envie de rire, une envie incontrôlable ; mais sa conscience sait que ce n'est pas le moment. Alors elle se retient.

— Qu'est-ce que tu fous là ? demande Lavande, agressive.

Pour toute réponse, l'autre brandit sa bouteille vers le ciel comme un trophée.

— Je pourrais te retourner la question. Tu sais que c'est de l'autre côté de la barrière qu'on se met ?

Lavande ne répond pas et évite son regard. Mais Pansy a bien vu les larmes dans ses yeux. Et elle a vu la flamme éteinte qui les anime. Derrière la peur, il y a le désespoir. Ça, elle le sait parce qu'elle l'a vécu, avant qu'on ne l'enferme ici.

Ce que Lavande cherche, suspendue au bord du balcon, elle l'a cherché aussi. La seule différence, c'est qu'au lieu du vide, elle avait choisi la boisson.

— Ils ne le permettront pas. On ne voit pas tous les sortilèges autour du bâtiment, mais je suis sûre qu'il y en aura un qui t'empêchera de t'écraser au sol comme tu sembles en avoir envie, observe Pansy.

— Tais-toi.

— Ce n'est que la vérité. Ils savent que nous sommes instables ; on ne serait pas là, sinon. Chez les fous.

— Je ne suis pas folle.

— Je ne pense pas être folle non plus. Pourtant, il y a bien une raison pour laquelle on nous enferme ici.

— Pour nous...

— Pour nous soigner ? Ne répète pas les conneries qu'ils disent. Tu as déjà vu quelqu'un ressortir d'ici et reprendre une vie normale ? Non. On finit en psychiatrie quand on est brisé, Brown. On n'est pas ici pour être soignées. Parce qu'on restera toujours cassées, à l'intérieur. Et tu le sais très bien. Sinon, tu n'aurais pas envie de sauter.

Cruelle vérité. Elle sait qu'elle a fait mouche et son ancienne camarade d'école la laisse gagner cette manche. Lavande n'a pas la force d'argumenter. Elle n'a plus la force de grand-chose, Pansy le sait d'expérience. On n'en vient à quérir cette mortelle issue que lorsqu'on n'a plus la force de rien. Plus la force de vivre.

— Tu as raison, finit-elle par chuchoter comme s'il s'agissait d'un secret. Il y a un enchantement. Au moment où je vois l'herbe de si près que j'ai l'impression que je vais toucher le sol, il me ramène en sécurité ici. À chaque fois. Tous les soirs.

— Et tu continues d'essayer ?

— On ne sait jamais.

Des pleurs coulent sur ses joues. Elle ne sanglote pas. Ce n'est qu'un trop plein d'émotions qui déborde.

— Je ne pense pas nous plus qu'on soit là pour nous soigner, continue-t-elle. On est là pour attendre de mourir. Parce qu'on ne pourra plus jamais vivre. Brisé, c'est le mot. Je n'en peux plus d'attendre que les jours passent, tu comprends ? À attendre la mort. Je voudrais juste sortir de cette douleur sans fin. Que ça s'arrête.

Pansy reste pantoise. Elle cherche en elle une réplique sarcastique bien sentie mais rien ne lui vient. La conversation est surréaliste et lui semble pourtant si juste.

À quand remonte la dernière fois qu'elle a adressé la parole à quelqu'un qui ne soit pas l'un des guérisseurs qui s'occupent d'elle et des autres malades du centre ?

— Je ne sais pas pourquoi je te raconte tout ça, grommelle Lavande en séchant son visage.

— Parce que je te comprends.

La voix de Pansy est ferme. Elle a l'impression d'avoir dégrisé en quelques secondes. En tirant sur ses bras, elle se relève de son mieux. Même sa vue est bien plus claire, désormais.

— Tu le sens, tu le sais. Comme moi. Regarde-nous. Une alcoolique et une suicidaire. Si misérables qu'on se condamne nous-mêmes. Pathétiques.

Pansy rit mais ce n'est plus l'insouciance de l'alcool. Ce n'est plus la dérision de ses désillusions. Un éclat nerveux, tout au plus, dans l'océan de tristesse qui menace de la noyer de nouveau. Les barrières qu'elle a érigées, à coup d'insomnies enivrées, ont lâché.

— Allez, viens.

Elle tend sa paume ouverte vers Lavande. Cette dernière la regarde comme si elle avait perdu la tête.

— Qu'est-ce que tu fais ?

— Viens, redescends. Tu sais qu'ils t'empêcheront de faire le grand saut, alors à quoi bon te faire du mal ?

— Je n'ai pas besoin de ta pitié.

— Ce n'est pas de la pitié.

Ça emmerde Pansy de le dire, mais c'est vrai. Ça l'emmerde aussi d'avoir discuté avec Lavande. Le nuage de brume qui berce sa vie s'est dissipé cette nuit et elle s'est réveillée d'un rêve, comme une somnambule. Le rappel à la réalité est douloureux. Il l'est à chaque fois.

Mais cette fois, elle n'a pas envie de disparaître aussitôt. Ça l'emmerde d'avoir envie de prendre la main de cette âme aussi brisée que la sienne. Ça l'emmerde parce que Lavande agit comme un miroir, et en s'y voyant, Pansy a envie de s'aider.

— Peu importe comment tu appelles ça. Je n'ai pas besoin d'être maternée. Je n'ai pas besoin d'une énième personne condescendante qui veut m'aider à gérer ma vie.

— Ce n'est rien de ça. Ne joue pas l'enfant, Brown.

— Quoi, alors ?

— J'en sais foutrement rien. De la compassion, peut-être. Tu n'es pas fatiguée de vouloir te détruire ? Je fais la même chose. Et ce n'est jamais suffisant pour tout effacer. Ça finit toujours par nous revenir dans la gueule.

— Quelle positivité, raille Lavande.

— Puisque la mort ne veut pas de nous, on peut peut-être détester la vie ensemble ?

Pansy ne sait elle-même pas ce à quoi rime cette proposition. La question est ridicule et pour beaucoup, elle serait dénuée de sens. Pas pour elle. L'une comme l'autre sait de quoi il retourne.

Lavande sourit, désabusée. Et elle glisse ses doigts entre ceux de Pansy pour revenir à ses côtés. Elles échangent un regard profond, presque intime. Leurs iris sombres reflètent les ténèbres qui les étouffe.

— Le jour va bientôt se lever, glisse Lavande en se détournant. Il vaudrait mieux qu'on regagne nos chambres.

— Tu ne penses pas qu'ils ne sont pas au courant de nos escapades nocturnes ?

— Si, probablement. Mais ils ne disent rien tant qu'ils ne nous prennent pas sur le fait. Et je n'ai pas envie de devoir m'expliquer avec eux.

Sans plus de politesses, elle contourne Pansy pour se faufiler à l'intérieur. Celle-ci se précipite sur ses talons.

— Laisse-moi te raccompagner.

Pansy en oublie sa bouteille abandonnée à moitié pleine sur le parapet.

Elles marchent en silence. Encore une nuit de passée. Une journée à vivre. L'issue funeste, tant désirée, ne sera pas pour aujourd'hui.

Pourtant, tout ça n'a pas d'importance.

Elles ne marchent plus seules.

 

End Notes:

Alors je ne sais pas pour vous, mais la limite des 2000 mots maximum par texte m'a bien bridée ! Il y avait encore tant de choses que j'avais envie de dire, sur ce qui amène nos deux héroïnes à ce retrouver dans ce centre, notamment... Considérez que cela vous donnera une bonne raison de lire la suite ;)


Si vous avez des questions, remarques, ou autre, les reviews sont là pour ça ! Et si vous n'en avez pas, vous avez forcément un avis que vous pouvez quand même me laisser :D


À bientôt pour la suite !

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