Les femmes fanées by Seonne
Ancienne histoire coup de coeurSummary:

 

Comme toute société traumatisée par la guerre, le monde des sorciers compte ses âmes brisées. Celles qui n'ont plus le goût de vivre, celles qui se détachent de la réalité, celles qui ont sombré trop loin des horreurs pour un jour espérer revenir dans un monde normal.

Pansy noie ses démons dans la vodka. Elle fait taire sa peine dans l'alcoolisme.

Internée au Centre de Réabilitation Sirona & Panacée, elle ne voit plus de lumière dans les ténèbres qui l'enveloppent.

Jusqu'à ce qu'elle croise une fleur aussi fanée qu'elle.

 

– Participation au concours Les Ombres du Manoir de Catie et Sun –

2ème place ex-aequo

Pansy Parkinson ~ Lavande Brown ~ Après la guerre

 

Crédits image : Quiet Zone et small piece 50 par agnes-cecile sur DA, montage par mes soins


Categories: Romance (Slash), Après Poudlard, Tranches de vie Characters: Lavande Brown, Pansy Parkinson
Genres: Amitié, Femslash/Yuri, Guerre
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: [Concours] Les ombres du Manoir
Chapters: 5 Completed: Oui Word count: 8555 Read: 861 Published: 17/11/2020 Updated: 12/02/2021
Story Notes:

Cette histoire répond au concours Les Ombres du Manoir, lancé par Catie et Sun sur le forum d'HPF. En bref, cinq manches dans cet "escape-game d'écriture", avec pour chacune sa thématique et ses contraintes. Pour en savoir plus, toutes les infos sont sur ce topic.

 

Comme vous l'aurez deviné, ce ne sera pas très joyeux. Ce sera même sombre, triste, douloureux et (pour le début tout du moins) déprimant à lire. Âmes sensibles s'abstenir. Je ne peux pas vous garantir quoi que ce soit sur le dénouement de cette histoire, qui sera porté par les prompts de chacune des épreuves.

 

Malgré tout, je vous souhaite une bonne lecture !

1. Mortelle issue by Seonne

2. Délicate ascendance by Seonne

3. Souvenirs prisonniers by Seonne

4. Exquise fragrance by Seonne

5. Douce évasion by Seonne

Mortelle issue by Seonne
Author's Notes:

Premier texte.

Thème : Mortelle issue.

Contrainte : Votre texte doit se dérouler la nuit.

~

 

TW : Dépression, suicide.

Ses doigts crispés sur le goulot de sa bouteille, Pansy titube dans les couloirs. Elle déambule au hasard, rigole sans savoir pourquoi. Elle trébuche, se rattrape contre un mur, pour manquer de chuter quelques pas plus loin. Et ainsi de suite. Encore et encore. La vodka qui coule dans ses veines anesthésie la douleur, alors peu importe le reste. Cette bonne vieille Baba Yaga lui fait oublier ce à quoi elle refuse de penser. La honte, la colère. L'injustice. Le temps lui a appris que rien ne changeait. Alors à quoi bon ?

Elle sort de sa chambre, passé minuit, quand ses colocataires bruyants et agaçants restent enfermés dans les leurs. Certains restent aussi casse-pieds une fois le soleil couché : il n'est pas rare que leurs cris lui percent les tympans, que leurs pleurs lui parviennent à travers les portes closes tels une symphonie des plus exaspérantes. Tant pis. Tous les soirs, elle récupère son alcool de contrebande planqué dans un creux du mur du placard à balai du sixième. Elle s'est toujours demandé comment le personnel pouvait ne pas l'avoir remarqué. Entre les fous et les dangereux, ils doivent avoir suffisamment à faire pour ne pas se soucier qu'une de leurs pensionnaires déroge au règlement pour quelque chose de si futile qu'un peu d'éthanol.

Pansy prend une nouvelle rasade, sec. Elle ne sent même plus la brûlure descendre son œsophage. Elle est analgésiée, détachée du monde, détachée de son corps. Et ça lui convient. C'est ce qui rend l'existence supportable. Les journées passées dans un état comateux, à récupérer de sa gueule de bois. Et les nuits passées dans un état second, à se saouler jusqu'à ne plus savoir qui elle est. Oublier sa vie, son histoire, sa douleur, le vide cruel de son futur. Les jours, les semaines et les mois s'enchaînent et elle reste spectatrice. C'est déjà pas mal.

Elle est ici depuis si longtemps qu'elle ne sait plus trop à quoi ressemble le monde extérieur. Elle n'en a pas besoin. Elle sait qu'il ne veut pas d'elle.

Son estomac est pris de soubresauts et elle réalise qu'elle a tiré sur la limite. Ça lui arrive, parfois. Elle a tant l'impression de n'être qu'une ombre qu'elle en oublie qu'elle est vivante. Son corps la rappelle à l'ordre. Il lui faut de l'air. Elle a besoin de respirer. Elle cligne des yeux mais tout est flou, autour d'elle. Où peut-être bien être ? Elle avance de son mieux, secouée de crampes. Elle aperçoit une lueur éclairer le tapis à quelques mètres d'elle et se traîne jusqu'à la baie vitrée, entrouverte.

Elle ne se dit pas que c'est étrange. Que l'ouverture devrait être close. Elle se glisse dehors, tombe à genoux, et rend une partie de ce qu'elle a ingéré. Ça lui fait mal, mais ça lui fait du bien. Elle crachote pour se vider la bouche puis se retourne pour appuyer son dos contre la rambarde, le temps de retrouver son souffle.

Dans sa vision trouble, elle aperçoit un fantôme. Son cœur accélère ses battements.

Ce n'est pas un fantôme.

C'est une femme. Une jeune femme au teint crayeux. Ses cheveux blonds brillent au clair de lune et encadrent son visage comme une auréole. Elle paraît effrayée.

Il y a de quoi.

Elle se trouve du mauvais côté du garde-fou.

— Pansy ? Parkinson, c'est toi ?

Pansy ne répond pas. Cette voix, elle la connaît, mais elle n'arrive pas à mettre un nom dessus. Il lui semble qu'elle surgit des tréfonds du passé. Elle n'aime pas qu'on demande à sa mémoire de fonctionner ; surtout pas précisément quand elle s'est appliquée à la faire taire depuis plusieurs heures.

C'est quand elle devine les cicatrices qui se dessinent sur ce visage d'ange que l'identité de l'intruse lui revient.

— Brown ?

Le silence, encore. Pansy sait qu'elle a vu juste. Elle sourit, satisfaite. Elle a envie de rire, une envie incontrôlable ; mais sa conscience sait que ce n'est pas le moment. Alors elle se retient.

— Qu'est-ce que tu fous là ? demande Lavande, agressive.

Pour toute réponse, l'autre brandit sa bouteille vers le ciel comme un trophée.

— Je pourrais te retourner la question. Tu sais que c'est de l'autre côté de la barrière qu'on se met ?

Lavande ne répond pas et évite son regard. Mais Pansy a bien vu les larmes dans ses yeux. Et elle a vu la flamme éteinte qui les anime. Derrière la peur, il y a le désespoir. Ça, elle le sait parce qu'elle l'a vécu, avant qu'on ne l'enferme ici.

Ce que Lavande cherche, suspendue au bord du balcon, elle l'a cherché aussi. La seule différence, c'est qu'au lieu du vide, elle avait choisi la boisson.

— Ils ne le permettront pas. On ne voit pas tous les sortilèges autour du bâtiment, mais je suis sûre qu'il y en aura un qui t'empêchera de t'écraser au sol comme tu sembles en avoir envie, observe Pansy.

— Tais-toi.

— Ce n'est que la vérité. Ils savent que nous sommes instables ; on ne serait pas là, sinon. Chez les fous.

— Je ne suis pas folle.

— Je ne pense pas être folle non plus. Pourtant, il y a bien une raison pour laquelle on nous enferme ici.

— Pour nous...

— Pour nous soigner ? Ne répète pas les conneries qu'ils disent. Tu as déjà vu quelqu'un ressortir d'ici et reprendre une vie normale ? Non. On finit en psychiatrie quand on est brisé, Brown. On n'est pas ici pour être soignées. Parce qu'on restera toujours cassées, à l'intérieur. Et tu le sais très bien. Sinon, tu n'aurais pas envie de sauter.

Cruelle vérité. Elle sait qu'elle a fait mouche et son ancienne camarade d'école la laisse gagner cette manche. Lavande n'a pas la force d'argumenter. Elle n'a plus la force de grand-chose, Pansy le sait d'expérience. On n'en vient à quérir cette mortelle issue que lorsqu'on n'a plus la force de rien. Plus la force de vivre.

— Tu as raison, finit-elle par chuchoter comme s'il s'agissait d'un secret. Il y a un enchantement. Au moment où je vois l'herbe de si près que j'ai l'impression que je vais toucher le sol, il me ramène en sécurité ici. À chaque fois. Tous les soirs.

— Et tu continues d'essayer ?

— On ne sait jamais.

Des pleurs coulent sur ses joues. Elle ne sanglote pas. Ce n'est qu'un trop plein d'émotions qui déborde.

— Je ne pense pas nous plus qu'on soit là pour nous soigner, continue-t-elle. On est là pour attendre de mourir. Parce qu'on ne pourra plus jamais vivre. Brisé, c'est le mot. Je n'en peux plus d'attendre que les jours passent, tu comprends ? À attendre la mort. Je voudrais juste sortir de cette douleur sans fin. Que ça s'arrête.

Pansy reste pantoise. Elle cherche en elle une réplique sarcastique bien sentie mais rien ne lui vient. La conversation est surréaliste et lui semble pourtant si juste.

À quand remonte la dernière fois qu'elle a adressé la parole à quelqu'un qui ne soit pas l'un des guérisseurs qui s'occupent d'elle et des autres malades du centre ?

— Je ne sais pas pourquoi je te raconte tout ça, grommelle Lavande en séchant son visage.

— Parce que je te comprends.

La voix de Pansy est ferme. Elle a l'impression d'avoir dégrisé en quelques secondes. En tirant sur ses bras, elle se relève de son mieux. Même sa vue est bien plus claire, désormais.

— Tu le sens, tu le sais. Comme moi. Regarde-nous. Une alcoolique et une suicidaire. Si misérables qu'on se condamne nous-mêmes. Pathétiques.

Pansy rit mais ce n'est plus l'insouciance de l'alcool. Ce n'est plus la dérision de ses désillusions. Un éclat nerveux, tout au plus, dans l'océan de tristesse qui menace de la noyer de nouveau. Les barrières qu'elle a érigées, à coup d'insomnies enivrées, ont lâché.

— Allez, viens.

Elle tend sa paume ouverte vers Lavande. Cette dernière la regarde comme si elle avait perdu la tête.

— Qu'est-ce que tu fais ?

— Viens, redescends. Tu sais qu'ils t'empêcheront de faire le grand saut, alors à quoi bon te faire du mal ?

— Je n'ai pas besoin de ta pitié.

— Ce n'est pas de la pitié.

Ça emmerde Pansy de le dire, mais c'est vrai. Ça l'emmerde aussi d'avoir discuté avec Lavande. Le nuage de brume qui berce sa vie s'est dissipé cette nuit et elle s'est réveillée d'un rêve, comme une somnambule. Le rappel à la réalité est douloureux. Il l'est à chaque fois.

Mais cette fois, elle n'a pas envie de disparaître aussitôt. Ça l'emmerde d'avoir envie de prendre la main de cette âme aussi brisée que la sienne. Ça l'emmerde parce que Lavande agit comme un miroir, et en s'y voyant, Pansy a envie de s'aider.

— Peu importe comment tu appelles ça. Je n'ai pas besoin d'être maternée. Je n'ai pas besoin d'une énième personne condescendante qui veut m'aider à gérer ma vie.

— Ce n'est rien de ça. Ne joue pas l'enfant, Brown.

— Quoi, alors ?

— J'en sais foutrement rien. De la compassion, peut-être. Tu n'es pas fatiguée de vouloir te détruire ? Je fais la même chose. Et ce n'est jamais suffisant pour tout effacer. Ça finit toujours par nous revenir dans la gueule.

— Quelle positivité, raille Lavande.

— Puisque la mort ne veut pas de nous, on peut peut-être détester la vie ensemble ?

Pansy ne sait elle-même pas ce à quoi rime cette proposition. La question est ridicule et pour beaucoup, elle serait dénuée de sens. Pas pour elle. L'une comme l'autre sait de quoi il retourne.

Lavande sourit, désabusée. Et elle glisse ses doigts entre ceux de Pansy pour revenir à ses côtés. Elles échangent un regard profond, presque intime. Leurs iris sombres reflètent les ténèbres qui les étouffe.

— Le jour va bientôt se lever, glisse Lavande en se détournant. Il vaudrait mieux qu'on regagne nos chambres.

— Tu ne penses pas qu'ils ne sont pas au courant de nos escapades nocturnes ?

— Si, probablement. Mais ils ne disent rien tant qu'ils ne nous prennent pas sur le fait. Et je n'ai pas envie de devoir m'expliquer avec eux.

Sans plus de politesses, elle contourne Pansy pour se faufiler à l'intérieur. Celle-ci se précipite sur ses talons.

— Laisse-moi te raccompagner.

Pansy en oublie sa bouteille abandonnée à moitié pleine sur le parapet.

Elles marchent en silence. Encore une nuit de passée. Une journée à vivre. L'issue funeste, tant désirée, ne sera pas pour aujourd'hui.

Pourtant, tout ça n'a pas d'importance.

Elles ne marchent plus seules.

 

End Notes:

Alors je ne sais pas pour vous, mais la limite des 2000 mots maximum par texte m'a bien bridée ! Il y avait encore tant de choses que j'avais envie de dire, sur ce qui amène nos deux héroïnes à ce retrouver dans ce centre, notamment... Considérez que cela vous donnera une bonne raison de lire la suite ;)


Si vous avez des questions, remarques, ou autre, les reviews sont là pour ça ! Et si vous n'en avez pas, vous avez forcément un avis que vous pouvez quand même me laisser :D


À bientôt pour la suite !

Délicate ascendance by Seonne
Author's Notes:

Nous voici pour le deuxième chapitre :

Thème : Délicate ascendance.

Contraintes (en gras) :

Votre chapitre doit se dérouler l'après-midi (entre midi et 18h).

Votre chapitre doit se dérouler par un temps ensoleillé.

(Optionnel) Faire apparaître un des personnages suivant : Salazar Serpentard - Andromeda Tonks - Dolorès Ombrage (j'ai choisi Salazar).

~

Merci aux revieweuses (et revieweurs ?) du premier chapitre : MadameMueller la fidèle, Sifoell, Tiiki, Chrisjedusor, Lsky, Selket, Catie d'amour, Bellatrix92, ma Princesse, Guette, Xuulu, Carminny, Eejil-chou, Plume, Looky, Zandy et Miko !

(waow je n'ai jamais au autant de monde à remercier)

Bonne lecture !

 

 

 

Il faisait chaud.

Ce qui, pour l'immense majorité de la population sorcière comme moldue d'Ilfracombe, annonçait une belle journée, était en réalité une source d'angoisse plus qu'intense pour Lavande. Au point qu'elle en avait décidé de ne pas sortir de sa chambre. Elle s'y terrait depuis le repas de midi, quand le thermomètre avait achevé sa course pour se stabiliser aux alentours de vingt-cinq degrés. Le regard fixé sur le plafond, elle était allongée dans son lit. Ses draps étaient presque humides tant elle transpirait. Classieux. Tant pis.

Hors de question de troquer ses manches longues contre autre chose. Hors de question de passer une robe plus courte. Hors de question de se défaire de son col montant. Et tant qu'à faire, elle n'avait qu'à se cacher ici.

Elle détestait ces instants. Elle se détestait.

Depuis la fameuse nuit où elle avait fait la rencontre de Pansy Parkinson alors qu'elle s'apprêtait, pour la énième fois, à sauter sans grand espoir du balcon du sixième étage, il lui semblait que les choses étaient devenues moins pesantes. Oh, ce n'était pas la révolution. Mais juste un peu. Et c'était déjà quelque chose.

Bien sûr, quand elle commençait à apercevoir une lueur scintillante derrière les nuages sombres de son propre esprit, il fallait qu'un microclimat s'abatte sur Ilfracombe pour plonger les résidents du Centre de réhabilitation Sirona & Panacée dans une fournaise étouffante. Bien sûr, quand elle commençait à supposer que son existence n'était peut-être pas qu'un gouffre sans fond, il fallait que la vie le lui rappelle.

Elle était ridicule.

Un simple sursaut du mercure suffisait à la faire chuter de plus belle. Quelques rayons de soleil et elle n'était même plus capable de bouger de son lit.

Pathétique.

Quand on frappa à la porte, elle crut d'abord avoir rêvé le bruit. Puis les coups se répétèrent, un peu plus marqués. Lavande n'eut pas la force de se redresser. Pas l'envie ? Elle allait se taire, voilà tout. Et on la laisserait tranquille.

— Lavande ?

La voix étouffée de Pansy Parkinson lui parvint à travers les murs capitonnés. Cela ne lui fit rien ; pas la moindre émotion. Juste ce vide qui grandissait dans sa poitrine pour menacer de l'engloutir.

Pourtant, les larmes lui montèrent aux yeux.

— Je sais que tu es là. J'ouvre quand même.

Sans plus de préambule, la jeune femme fit irruption dans la pièce. Lavande ne lui accorda même pas un regard. Elle ne la vit donc pas grimacer et se pincer le nez, ni plisser des yeux et froncer les sourcils.

— Ça sent le renfermé, ici. Et il fait une chaleur à crever. Et on n'y voit rien ! On se croirait dans un repaire secret de Salazar Serpentard tant c'est sombre et glauque. Tu fais la sieste ?

Sans attendre de réponse, elle se dirigea vers la fenêtre et ouvrit en grand les rideaux. Lavande fut éblouie par la clarté de cet après-midi ensoleillé et cligna plusieurs fois des yeux avant de s'y habituer. Quelques larmes coulèrent sur ses joues.

— Tu as perdu ta langue, Brown ?

Lavande comprit qu'elle ne la laisserait pas si facilement tranquille et se redressa avec difficulté pour s'asseoir.

— Laisse-moi, articula-t-elle.

Sa voix était enrouée et sa bouche pâteuse.

— Hors de question ! Il fait bien trop beau pour que tu restes là toute seule à broyer du noir. Hop, debout ! Je suis sûre que tu n'es jamais descendue sur la plage. Moi non plus, d'ailleurs.

Pansy était bien trop énergique. Rien qu'à l'entendre et la regarder, Lavande se sentait encore plus exténuée. Et elle avait si chaud... Sa tête lui tournait presque.

— Tu as bu, Pansy ?

Le visage de la brune s'assombrit. Lavande craignit un instant qu'elle ne lui explose à la figure. Mais l'ombre passa comme un nuage dans le ciel bleu et elle sourit bientôt de nouveau.

— Non. Justement. Tout à fait sobre. Et tu sais à quel point c'est difficile pour moi, alors, par solidarité, tu vas de sortir de ce lit et m'accompagner sur le sentier côtier.

Sans lui laisser plus de choix, Pansy l'attrapa par les poignets et la hissa sur ses deux pieds. Lavande résista mollement mais elle n'en avait pas vraiment la force. Elle se laissa balloter comme une marionnette sans grande conviction.

— Et puis tu vas me retirer cette robe de grand-mère, tu dois mourir, là-dessous. Par ce temps-ci, on découvre au moins les genoux et les épaules !

— Non.

Lavande fut elle-même surprise par la fermeté de sa voix qui tranchaient tant avec sa torpeur. On sentait même percer une pointe de colère.

— Comment ça, non ?

— Non.

— Ne raconte pas de bêtises. Tu es toute rouge, ça se voit que tu...

— C'est non. J'ai dit non.

L'émotion la faisait trembler. Elle parut sur le point de fondre en pleurs et la bouche de Pansy s'ouvrit sous la surprise. Elle la serra dans ses bras. Lavande ne se débattit pas.

Elle détestait qu'on la touche, pourtant. Depuis que l'autre l'avait touchée. Depuis que l'autre l'avait ravagée.

— C'est à cause des cicatrices ? chuchota Pansy au creux de son oreille.

C'en fut trop et la blonde éclata en sanglots silencieux. Pansy l'étreignit et la berça contre son cœur jusqu'à ce qu'elle se calme.

— Oublie le changement de vêtements, alors. Mais tu m'accompagnes quand même.

— Tu as raison, tu sais.

— Pardon ?

— Tu as raison, Parkinson. Je suffoque sous cette camisole. C'est un enfer qui me brûle et me colle à la peau et je suis incapable de m'en défaire, tu vois. Je suis faible, cracha-t-elle. Je suis si faible que je préfère étouffer que me confronter à la réalité.

— Tu es trop dure avec toi-même.

— Ça fait des mois et je n'arrive toujours pas à me regarder dans un miroir. Plus le temps passe, plus je sens, plus je sais que je suis condamnée. À passer le reste de ma vie à n'être qu'une ombre qui rase les murs. Quel intérêt ? Autant en finir...

— Ça suffit.

Pansy s'écarta et prit le menton de Lavande entre ses mains pour la forcer à la regarder dans les yeux.

— Ça, je ne veux pas l'entendre. Je veux la Lavande qui a vidé mon stock de vodka dans les chiottes avant-hier. Je veux cette fille tellement culottée qu'elle a osé provoquer mon courroux et qui, ne me demande pas comment, a réussi à s'en tirer.

Elles sourirent toutes deux à l'évocation de ce souvenir. Un soir qu'elles se promenaient clandestinement, Lavande avait décrété qu'elle ne supportait plus les effluves d'alcool qui émanaient de sa compagne d'infortune. Solution radicale, elle avait éliminé la source du problème. Pansy était entrée dans une colère noire et lui avait couru après en la menaçant de choses terribles ; sur cinq mètres, avant de se prendre les pieds dans le tapis tant elle chancelait.

— Et je te précise au passage que ma vengeance viendra et qu'elle sera terrible.

— C'est vrai que tu semblais si menaçante quand tu t'es étalée de tout ton long dans le couloir...

Lavande esquissa un rire. Aux yeux de Pansy, c'était une victoire.

— Allez, on sort maintenant. On ne va pas tergiverser jusqu'à la fin de la journée. Il est déjà presque l'heure de goûter et si on ne file pas fissa, la vieille de la 203 va nous harceler pour qu'on prenne le thé avec elle.

— Attends. Je...

Lavande se mordait les lèvres et hésitait.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

— Dehors, sous le soleil, ce sera encore pire, si je ne me change pas.

— Il va falloir savoir ce que tu veux, Brown.

— Je ne...

— J'ai une idée.

Pansy ouvrit l'armoire sans se préoccuper de cette intrusion dans l'espace personnel de sa camarade et fouilla à l'intérieur jusqu'à en sortir une longue robe d'été à bretelles qui descendait jusqu'à ses pieds.

— Un compromis. Tu mets celle-ci et je te prête un châle pour mettre sur tes bras. Comme ça, on ne les verra pas. D'accord ?

— D'accord.

Lavande tendit une main hésitante et attrapa le vêtement. Les deux jeunes femmes se dévisagèrent un instant en silence avant que Pansy ne sursaute.

— Oh, pardon, tu veux sûrement que je sorte, fit-elle en s'avançant vers la porte.

— Non ! N-non. Je vais avoir besoin d'aide pour attacher les lacets derrière.

Pansy lui tourna tout de même le dos le temps qu'elle intervertisse les deux robes. Quand Lavande lui demanda d'attacher le tissu dans son dos, elle s'approcha en douceur.

C'était la première fois qu'elle apercevait les cicatrices qui marquaient le corps de la jeune femme. De larges tranchées qui jonchaient sa peau. Elle avait vaguement conscience que Greyback était un monstre qui démolissait ses victimes. Mais ce qu'elle voyait failli lui tirer quelques larmes. À elle, qu'on prétendait sans cœur.

C'était un massacre.

Pas une parcelle intacte, de son cou jusqu'au bout de ses doigts. Les traits étaient sombres et indurés. Par endroits, encore rouges et boursoufflés. Imprimés si profondément qu'aucune magie ne pourrait jamais l'en défaire.

Ébranlée, elle noua le tissu du bout des doigts.

Quelques minutes plus tard, elle sortait du bâtiment, bras dessus, bras dessous. Lavande ne cessait de remonter l'écharpe de soie sombre sur ses épaules dénudées et jetait tout autour d'elle des coups d'œil de crainte de saisir des regards inopportuns.

— Personne ne nous espionne, tu sais. Et puis on est chez les fous, ici. On ne craint pas grand-chose.

— Je dois te paraître bien futile.

— Pas le moins du monde.

— Tu avais raison, en tout cas. Je me sens un peu mieux comme ça. Je crois que... Je crois que ça m'avait manqué. Sentir les rayons du soleil sur moi.

Pansy se sentit prise d'une furieuse envie de l'attirer contre son cœur.

Elle n'en fit rien.

— Tu m'en vois ravie. Félicitations, miss Lavande Brown.

— Pardon ?

— Il n'y a pas de petite victoire.

Lavande rit, véritablement cette fois. Aux oreilles de Pansy cet éclat résonna comme la mélodie d'un carillon.

— Petite victoire, comme tu dis. Minuscule, même.

— C'est un pas de plus pour remonter la pente. Et c'est énorme, quand on sait l'abysse de laquelle nous devons remonter. Il n'y a pas de petite victoire, répéta-t-elle. L'ascension est délicate mais je suis là pour te pousser au cul, maintenant !

Elle s'était rattrapée en dérapant sur le ton de l'humour pour ne pas sembler trop philosophique.

Mais elle devait avouer que Lavande avait été la première lueur solaire à l'éclairer depuis bien longtemps.

End Notes:

Un chapitre un peu plus léger que le précédent, tout de même ! Alors, satisfait-es ? N'hésitez pas à me laisser un petit mot sur nos deux héroïnes pour me dire ce que vous avez pensé des changements qui s'installent petit à petite ;) Attention cependant, un peu plus de rose ne signifie pas que toute la noirceur s'est dissipée...

Souvenirs prisonniers by Seonne
Author's Notes:

C'est l'heure du troisième chapitre !

Thème : Souvenirs prisonniers.

Contraintes (en gras) :

Votre chapitre doit se dérouler à l'aurore.

Votre chapitre doit se dérouler par un temps neigeux.

Vous devez insérer une citation de votre choix sur le thème de la liberté (crédité en note de fin).

~

Encore merci à mes nombreuses revieweuses : Tiiki, Lsky, Sifoell, MadameMueller, Eejil9, LaPlumeAPapote, Catie, Guette, Chrisjedusor, Xuulu, Carminny, bellatrix92, LookCatMe et Selket.

Vos retours me font super plaisir <3 J'espère que l'histoire continuera de vous plaire tout autant !

 

— Attends-moi un peu !

— Dépêche-toi de grimper les derniers rochers. On est arrivées.

Soufflant et haletant, Pansy n'eut d'autre choix que d'obéir aux injonctions de sa camarade. Elle prenait appui de son mieux et acheva son ascension. À mesure qu'elles avaient pris en altitude, la température avait chuté. Elle sentait le froid qui piquait sa peau.

Quand elle posa sa main sur le dernier talus qu'il lui fallait escalader, elle sentit une pointe d'humidité glaciale. Ses paupières clignèrent plusieurs fois. Dans la pâleur discrète du jour qui se dessinait, elle crut que les jeux de lumière avaient trompé ses yeux. Mais non, elle ne rêvait pas. Il s'agissait bel et bien d'une fine pellicule de neige.

En plein mois d'août, dans le sud de la France.

— Qu'est-ce que...

Lavande l'aida à se hisser à sa hauteur. Devant elles s'étendait une véritable mer de givre.

— C'est un glacier, expliqua la blonde. Nous avons dépassé la barre des trois mille mètres d'altitude. Et ce que tu vois, c'est ce qu'on appelle les neiges éternelles.

Comme pour appuyer ses propos, le crachin qui aspergeait leurs visages depuis le début de leur cavalcade se solidifia sous l'effet de la température. Pansy passa sa main devant sa figure pour recueillir quelques-uns des flocons qui tombaient gracieusement autour d'elles.

— Éternelles, répéta-t-elle avec l'ébahissement d'une fillette.

— C'est magnifique, pas vrai ? Alors, tu as bien fait de m'écouter et de me suivre, non ?

Pansy hocha la tête. Elle aurait bien bougonné, elle qui détestait tant avoir tort. Mais un sourire léger étirait ses lèvres.

Ni elle ni son acolyte ne s'étaient réjouies qu'on les déloge du centre où elles étaient enfermées depuis des durées si longues qu'elles avaient oublié le cours du temps. Comme chaque année, les pensionnaires de Sirona & Panacée profitaient de leur séjour estival au cœur des Pyrénées, dans une institution supposée de vacances. Il n'était de secret pour personne qu'ils étaient accueillis à titre gracieux en l'échange de la permission pour les étudiants de l'Hôpital des Trois Grâces de les étudier.

On les laissait voir le soleil et profiter de l'air de la montagne en faisant d'eux des bêtes de foire. Soit.

Si le changement d'environnement avait mis un peu de gaité dans leurs esprits lourds, les deux jeunes femmes avaient rapidement commencé à tourner en rond.

Et puis, cette nuit, Lavande avait tiré Pansy du sommeil pour lui proposer une excursion dans la plus grande interdiction. Si l'idée de se promener sur des chemins de randonnée ne la tentait pas le moins du monde, elle avait fini par accepter, par simple esprit de contradiction avec leurs soignants qui faisaient d'elles des captives.

Elles avaient donc cheminé alors que la lune décroissait lentement pour laisser place au soleil, pour atteindre leur destination à l'aube.

Elle avait bien fait, en fin de compte. Les couleurs rosées du ciel et les reflets doux des rayons auroraux sur la glace face à elles renforçaient le merveilleux de ce paysage qui détonnait.

— Comment tu connais cet endroit ?

— On a beaucoup voyagé, avec mes parents, quand j'étais plus petite. Viens par là.

Lavande lui prit la main et l'entraîna sous une corniche pour s'abriter des pellicules gelées qui fondaient au contact de leurs peaux échauffées par leur périple. Pansy sentit un courant électrique parcourir tout son bras gauche pour remonter jusqu'à son cœur à son contact. Elle pinça les lèvres. Si ses joues rougissaient, songea-t-elle, elle pourrait toujours prétendre que cela était dû à l'effort inhabituel qu'elle avait dû fournir.

— Je n'avais pas trop aimé les Pyrénées, d'ailleurs, continua Lavande en s'asseyant sur les pierres inconfortables. J'ai toujours préféré la mer. Il faisait trop frais. Il n'y a que ces énigmatiques glaciers qui m'ont plu.

— Tu m'étonnes. De la neige en été. C'est presque de la magie de Moldu.

Pansy masquait son émerveillement de son mieux. Elle ne voulait pas se montrer trop volage. Elle avait beau s'essayer à l'honnêteté, le masque de l'indifférence qu'elle avait porté toute sa vie revenait dès qu'elle n'y prêtait pas attention.

— Ça n'a pas l'air de t'impressionner tant que ça, pourtant. Tant pis, j'aurai essayé, grommela Lavande. Il doit en falloir bien plus pour la grande Miss Parkinson, hein ? J'imagine qu'avec une famille pareille, tu as déjà dû voir toutes les merveilles du monde.

Le ton était presque acide. Pansy ne parvint pas à identifier s'il s'agissait de jalousie ou de tristesse. Le sentiment de blessure dominait le reste.

— Non, pas du tout ! s'exclama-t-elle se rapprochant de Lavande. Bien au contraire.

Elle eut un rire amer.

— Mes étés se résumaient à des journées enfermées entre les limites de la propriété, entre les leçons de piano, les fondamentaux de magie et les afternoon teas avec d'autres éminents membres de la haute société sorcière. Il faut croire que j'ai toujours eu en moi le fait d'être prisonnière.

— Tu pouvais voir d'autres enfants, au moins. Des amis. C'est déjà un minimum de liberté ?

— La liberté ne peut être que toute la liberté ; un morceau de liberté n'est pas la liberté [1]. Enfin, ce n'est pas si grave. Je n'ai pas eu la pire des vies. On s'y accommode. Je n'ai toujours été qu'une marionnette, une poupée que les autres pouvaient balloter à leur guise.

Elle avait voulu garder son détachement et elle enrageait de réaliser qu'elle n'y parvenait pas. Ses mots étaient durs. Ses yeux se remplissaient de larmes. Lavande posa une main sur son épaule et elle dut retenir un sanglot.

— Bien sûr que non.

— Tu ne réalises pas... laisse.

— Je sens que tu as envie de me dire quelque chose. Et moi j'ai envie de t'écouter, Pansy.

Ce n'était pas la première fois qu'elle l'appelait par son prénom. Mais elle ne l'avait jamais prononcé avec tant de douceur. Son cœur s'affola dans sa poitrine.

Cela lui aurait presque fait oublier la morosité qu'elle éprouvait à se plonger dans ses propres souvenirs d'enfance. Et la tristesse que lui évoquait son adolescence.

— On est toutes les deux bien placées pour savoir qu'il se cache souvent bien des choses derrière les apparences, pas vrai ? J'ai grandi dans un grand manoir, dans une famille riche et bien installée en société. Mais derrière la façade, on m'a juste élevée à être digne de mon nom. À sourire quand il le fallait, à savoir prendre ma place, quitte à écraser les autres. On ne m'a pas enseigné ce que c'était d'être aimée. Dans mes jeunes années, j'ai davantage connu ma nourrice et ma précepteuse que mes propres parents. J'ai passé bien plus d'heures à retenir des noms de sorciers et sorcières célèbres qu'à rencontrer d'autres enfants et me faire des amis.

Pansy soupira. Elle ne savait comment brosser un compte-rendu de sa propre vie. Cela la mettait mal à l'aise.

— Continue, l'invita Lavande.

— Je ne sais même pas ce que je cherche à te dire. Tout sort en vrac.

— C'est peut-être ce dont tu as besoin ? De laisser sortir certaines choses. D'extérioriser.

— Je dois être incompréhensible.

— Pas vraiment. En tout cas, ça me plaît d'apprendre à te connaître. D'en savoir plus sur toi. Derrière ta façade.

Lavande souriait. Elle passa un bras autour de Pansy pour l'attirer plus près d'elle. Le cœur au bord des lèvres, cette dernière posa sa tête sur son épaule.

Elle avait les larmes aux yeux.

Quand lui avait-on témoigné tant de tendresse pour la dernière fois ? Elle n'en avait pas la moindre idée. Y avait-il même eu un précédent ?

— J'avais beau cocher toutes les cases de ce que l'on attendait de moi, reprit Pansy sans réfléchir, je ne me suis jamais sentie à ma place. Je suis devenue prisonnière de mon image. Trop superficielle, trop rigide pour me faire des amis. Assez sournoise pour être valorisée par mes semblables, mais pas assez authentique pour être appréciée pour qui j'étais. Je pense que je n'ai jamais su qui j'étais, au final. Docile et obéissante sous mes airs durs. Juste bonne à répéter ce qu'on m'a inculqué. Un pantin sans conscience propre.

— Tu ne devrais pas dire ça. Ce n'est pas ainsi que je te vois.

— Tu vois ce qu'il en reste. Ce que les dégâts ont laissé.

Quelques pleurs mouillaient ses joues. La température glaciale piquait ses joues.

— C'est ce qui m'a brisée. Ce qui m'a poussée vers le fond, la déchéance, la honte. Le gouffre du mépris qui conduit à l'oubli. Incapable de faire mes choix. Incapable d'avoir une opinion. Trop stupide pour ça. C'est la guerre qui...

Elle dut s'arrêter, secouée par un sanglot. Elle toussota pour le masquer mais cela ne trompa pas son interlocutrice.

— On m'a rangée par défaut dans le camp des partisans du Seigneur des Ténèbres. On ne m'a pas laissé le choix : personne n'en a considéré la nécessité. Jugée par association. Et pourtant je ne m'y suis jamais reconnue. On m'a appris à croire à ma supériorité par la nature de mon sang et plus le temps passait, plus les doutes se sont prononcés. Et plus je rechignais à affirmer une quelconque position. Je refusais d'entreprendre la moindre action, de prendre parti. Pour les tiens, j'étais une ennemie. Pour les miens, je suis devenue une infidèle. Pas assez forte, pas assez légitime.

Sa voix chevrotait. Elle gardait le regard fixé sur les flocons qui tombaient avec volupté. Tant de beauté, tant de douceur en ce lieu immaculé. Aux antipodes de ce qu'elle était. Une âme brisée, écartelée, meurtrie jusqu'à la déchirure.

— Et il y a eu cette nuit, cette fameuse nuit. La dernière nuit, à Poudlard. Et les mots qui m'ont condamnée. Quand j'ai demandé de livrer Potter. Je ne... Je n'ai jamais voulu la victoire de l'un ni de l'autre. Je voulais juste que les choses s'arrêtent.

Lavande la serra et elle cacha son visage au creux de son cou. On ne l'avait jamais étreinte de cette manière.

— Et ces mots ont suffi à faire de moi une criminelle.

Son amie déposa un baiser sur son front.

— Tu n'es pas une criminelle, pour moi. Nous avons tous fait d'horribles choses. C'était la guerre. Et ce que tu as bien pu dire ce soir-là, à mes yeux, ce n'est pas un crime.

— Ce n'est pas ce qu'en pense l'opinion publique.

— Grand bien leur en fasse. Nous savons toutes les deux que c'est faux. C'est déjà un début, non ?

Pansy haussa les épaules et resta silencieuse. Elle ne savait pas quoi dire. Il n'y avait rien à dire.

— As-tu déjà parlé de tout ça à quelqu'un, Pansy ? Ce que tu viens de me raconter ?

— Jamais.

La blonde parut touchée. Pansy elle-même ne s'expliquait pas cet élan de confidence. À l'abri des montages majestueuses, elle devait s'être sentie plus en sécurité. Dans cette étendue de silence et de glace, à la frontière entre la nuit et le jour, l'heure sonnait comme celle de la libération des secrets.

Ce devait être l'endroit, le temps.

Encore un mensonge qu'elle se dit à elle-même pour ne pas affronter la vérité.

Son masque s'effritait. Et Lavande Brown en était la cause.

End Notes:

[1] Max Stirner / L'unique et sa propriété.

Je suis trop contente d'avoir pu profiter de ce chapitre pour *enfin* aborder le passé de Pansy ! Je sais que vous étiez beaucoup à vous poser des questions à ce sujet, alors n'hésitez pas à me dire ce que vous en aurez pensé, du coup. Satisfait-es ? ;)

On se retrouve d'ici deux ou trois semaines pour la suite :D des bisous consentis !

Exquise fragrance by Seonne
Author's Notes:

Quatrième tour, quatrième chapitre... Attention, il n'en restera plus qu'un !


Thème : Exquise fragrance.


Contraintes (en gras) :


Votre chapitre doit se dérouler au crépuscule.


Votre chapitre doit se dérouler par un temps venteux.


Vous devez insérer une citation de votre choix sur le thème de la nature.


Les émotions suivantes sont interdites : sérénité, apaisement, bonheur, joie, extase


~


Merci aux revieweuses encore si nombreuses : Lsky, Catie, Bellarix92, Sifoell, Tiiki, Chrisjedusor, MadameMuelle, Eejil, Guette, Carminny et Xuulu !


En espérant que ce qu'il se passe dans ce chapitre plaira à certaines :D

 

 

— Dire que demain soir, on sera de nouveau enfermées entre les murs de cet asile de merde.

Pansy adressa un regard surpris à sa camarade. Ce n'était pas le genre de Lavande, de proférer des paroles si vulgaires. Ni de se montrer si maussade. Depuis le début de leur séjour dans les Pyrénées, elle avait même été particulièrement enjouée.

— Je crois bien que la solution, ce serait qu'on se tire pour de bon du centre.

— Comme si c'était si facile. Je crois bien que les Médicomages ne seraient pas d'accord avec toi. D'ailleurs, j'ai entendu dire qu'ils avaient déniché une bouteille de vodka sous une des dalles du plafond des toilettes. Ce n'est pas toi qui t'es remise à boire, j'espère ?

Pansy détourna la tête pour qu'elle ne la voit pas rougir.

— Non, répondit-elle de sa voix la plus ferme.

Ce n'était qu'un demi-mensonge. Elle n'avait effectivement pas repris une goutte d'alcool. En revanche, c'était bien elle qui avait planqué la bouteille. Juste au cas où. Un sale réflexe d'alcoolique dont elle peinait à se débarrasser.

Voyant qu'elle ne relançait pas la conversation, Lavande soupira bruyamment.

Depuis le début de la journée, elle s'était montrée aussi changeante que la météo : et alors que le soleil se couchait, elle se faisait aussi tumultueuse que les bourrasques qui leur sifflaient dans les oreilles. Pansy s'était dit qu'elle allait l'emmener pour une dernière balade mais même cela ne paraissait pas la sortir de ses idées noires.

Le paysage était pourtant sublime. À leurs pieds, les pentes dévalaient pour se jeter sur la vallée verdoyante. Les champs de fleurs sauvages, baignés dans la lumière rose orangée du crépuscule, répandaient une odeur entêtante que même le vent qui soufflait entre les montagnes ne parvenait à dissiper.

— Qu'est-ce qu'il t'arrive, Br... Lavande ?

Pansy masqua un sourire un tantinet niais. Elle l'appelait par son prénom, maintenant. Ça ne lui venait pas encore tout naturellement, mais qu'est-ce que c'était agréable.

— Rien.

— Arrête de grogner et dis-moi. Tu sais que tu peux me parler, non ?

— Mais ce n'est rien, juste... En fait c'est un tout. Je suis fatiguée, tu vois. Même quand j'ai l'impression d'aller mieux, on continue de me traiter comme une enfant capricieuse et trop stupide pour s'occuper d'elle-même.

— Je te coupe tout de suite, n'essaye pas de m'embobiner. Ce n'est pas nouveau, ça. Ça fait des semaines, des mois que c'est comme ça. Ce que je te demande, c'est ce qui fait que tu tires la gueule depuis ce matin.

— Mais rien, je te dis.

Cela blessait Pansy de l'entendre se braquer comme ça. Et elle ne parvenait pas à la blâmer : elle-même pouvait être une vilaine cachottière. Elles ne s'étaient rien promis, après tout. Pas de beau serment d'amitié éternelle. Pas de pacte entre bonnes copines. Elles ne s'étaient rapprochées que par défaut ; parce qu'elles n'avaient personne d'autre.

Et ça lui faisait putain de mal quand elle s'en rappelait.

— Tu ne veux pas profiter de cette dernière soirée ? proposa-t-elle avec douceur. Ce panorama ; c'est juste magnifique. On n'a pas ça, par chez nous. Et qui sait combien de temps il se passera avant qu'on ressorte de ce foutu centre. Tu ne trouves pas ça beau, Lavande ?

La beauté est un voile que la nature a mis sur le monde pour nous le rendre tolérable. [1]

Sa voix était cassante et le cœur de Pansy se brisa encore un peu plus.

Elle hésita, se dandina sur son séant, et franchit le pas de se rapprocher d'elle pour la prendre dans ses bras. Lavande fit mine de se débattre avec mollesse et se laissa envelopper. Pansy n'en revenait toujours pas, qu'elles soient devenues aussi proches. Qu'elles soient devenues tactiles.

Si tactiles... Presque intimes. Collées l'une contre l'autre, son odeur lui taquinait les narines. Un délicieux parfum floral et entêtant. Elle aurait voulu éprouver cette félicité dont parlaient les livres quand on se trouvait dans les bras de la personne qui hante rêves et nuits. Pourtant Pansy se sentait juste pataude et inconfortable.

Et dominée par ce désir, cette envie furieuse de...

Elle coupa ses pensées avant qu'elles ne lui montent à la tête.

— Je ne te demande pas de tout me dire ni de tout me raconter. Libre à toi de garder ton jardin secret. Sache juste que je suis là.

Lavande se laissa un peu plus aller contre elle. La tête sur son épaule, son nez au creux du cou de Pansy. Celle-ci pouvait ressentir la légèreté de son souffle contre elle. Son cœur battait encore un peu plus fort.

Si seulement elle avait su ce qu'elle lui faisait ressentir.

Si seulement elle s'était doutée un seul instant qu'elle la rendait folle.

Pansy ne disait rien, oh, surtout pas. Pas un mot, pas un indice. Elle ne voulait pas casser la bulle. Elle ne voulait pas rompre le charme qui leur offrait ces si courts instants qui affolaient tous ses sens. Le toucher était venu rapidement ; mais avait-elle déjà été si serrée contre elle qu'elle puisse sentir son effluve ? Celle qui collait à sa peau. Pansy espéra bêtement qu'elle imprègnerait sa chemise à elle. Pour qu'elle puisse se la rappeler quand elle se coucherait, seule dans le noir.

— Ta simple présence me fait un bien fou, Pansy.

Les mots chuchotés à son oreille firent frémir la jeune fille. Ses cheveux se hérissèrent sur sa nuque, juste là où elle sentait le frôlement des respirations de Lavande.

Ses entrailles se nouaient.

Lavande se dégagea de son étreinte pour relever la tête. Elle déposa son front contre le sien avec une tendresse presque langoureuse. Pansy déglutit et faillit avaler de travers.

Elles étaient si proches ; trop proches. Elle avait peur. De ce qui pouvait se passer. De ce qu'elle risquait de faire. D'elle-même. Son regard plongé dans les yeux bleu ciel ; un océan où elle aurait pu se perdre pour ne jamais en revenir. Elle voulait bien se noyer dans ces eaux-là.

Et ce parfum, bouquet enivrant et délicieux, plus fourbe que le plus sucré des alcools. Essence de lavande aussi grisante qu'une drogue. Elle ravissait ses sens et ensorcelait ses pensées. Et ça lui faisait mal. Cette obsession était douloureuse, maladive. Impossible de s'en défaire.

— Pansy, tu... Tu n'as pas idée combien tu comptes pour moi.

C'en était trop et elle le savait. Elle la testait, elle la tentait ; et l'attraction était plus forte que la bienséance. Pansy aurait voulu résister. Elle aurait voulu être forte. Elle aurait voulu regagner son masque de marbre mais il était trop tard. Lavande l'avait fissuré. Elle l'avait attirée dans ses filets et l'avait séduite malgré elle. La fascination s'était mue en passion.

Il était trop tard.

— Bien plus que n'importe qui n'a compté pour moi depuis des années.

Alors Pansy cessa de lutter contre elle-même. Elle se laissa guider par le baume délicat. Elle ferma les yeux et pencha son visage en avant, juste un peu. Une demi-seconde de latence puis le contact. Lèvres contre lèvres.

En un instant, l'embrasement. Les émotions les plus chaotiques la parcoururent. Elles explosèrent dans sa poitrine, sous son crâne, dans tout son corps, jusque dans les extrémités de ses membres. Elle était en feu. Tout était brûlant. Tout disparaissait.

Il n'y avait plus que cette bouche contre la sienne. Elle ne discernait plus que sa présence. Elle ne respirait plus que les effluves de Lavande.

Un instant.

Et sa compagne d'infortune fit un bond en arrière.

Pansy rouvrit les paupières. Elle bâtit des cils, hébétée. Ses joues s'empourprèrent et sa mâchoire s'agita dans le vide alors qu'elle cherchait ses mots.

Qu'avait-elle fait ?

— La... Lavande, je...

Sans lui laisser le temps de parler, celle-ci se remit debout en manquant de s'égratigner contre les rochers où elles s'étaient assises. Sa figure s'était décomposée et elle avait pâli.

— Je ne savais pas que... que tu... Enfin, Parkinson, tu...

Son nom, prononcé entre quelques syllabes hésitantes, lui fit l'effet d'un coup de poignard. Plus de Pansy murmuré pour elle. Elle était redevenue Parkinson.

— Ce n'est pas ce que tu... Lavande, attends !

— Pas ce que je crois ? Quoi d'autre, alors ?

Il était impossible de dire si elle était furieuse ou blessée. La blonde lui tourna le dos et s'élança sur le sentier qui reconduisait à leur gîte.

— Lavande ! Reviens !

Elle accéléra et disparu sur le chemin. Pansy voulut se lancer à sa poursuite mais abandonna vite l'idée. À quoi bon ? Elle se laissa retomber lourdement à terre et fondit en larmes.

Qu'avait-elle bien pu s'imaginer ?

À mesure que le soleil décroissait, elle sentait le clair-obscur s'abattre sur elle comme le châtiment pour son audace déplacée.

Elle avait tout gâché. Comme toujours, elle avait tout détruit.

Lavande avait disparu en ne laissant que son odeur sans son sillage.

Et Pansy maudissait les guérisseurs d'avoir découvert sa planque à vodka. Il lui semblait qu'elle n'avait jamais ressenti un manque pareil.

End Notes:

[1] « La beauté est un voile que la nature a mis sur le monde pour nous le rendre tolérable. » – Anne Percin / Les singuliers.


Et voilà, on a enfin eu une (un début de) concrétisation entre les filles :D enfin... c'est pas si simple héhé, sorry not sorry ! C'est la faute des contraintes avec les interdictions d'émotions aussi. D'ailleurs j'aurai les mêmes pour le dernier chapitre en toute logique vu la dernière pièce qu'il me reste... donc pour le happy end je verrai ce que je peux faire mais je ne garantis rien. Du coup vous pariez sur quoi pour la fin de cette fic ?

Douce évasion by Seonne
Author's Notes:

Et on se retrouve pour le dernier chapitre...


Thème : Délicate ascendance.


Contraintes (en gras) :


Votre chapitre doit se dérouler le matin.


Votre chapitre doit se dérouler par un temps pluvieux.


Vous devez insérer une citation de votre choix sur un thème donné (l'imagination).


Les émotions suivantes sont interdites : sérénité, apaisement, bonheur, joie, extase.


Vous avez deux éléments, un type de personnage et un objet. L’un doit avoir une place centrale dans le texte, l’autre doit avoir une certaine importance mais ne peut être mentionné que trois fois maximum : à vous de choisir lequel. OBJET : Un livre abîmé. PERSONNAGE : Une enfant mélancolique.


~


Merci encore aux revieweuses : Tiiki, MadameMueller, Sifoell, MaPlumeAPapote (2x), Catie, Xuulu, Chrisjedusor, Eejil, Carminny et Lsky <3


Bonne lecture !

Le poing levé devant la porte, Pansy était immobile depuis quatre minutes entières. Elle n'aurait jamais cru que toquer puisse lui demander tant de réflexion. Des dizaines d'excuses lui venaient pour ne pas le faire : il était encore tôt et Lavande ne se levait jamais avant le petit-déjeuner, l'orage qui avait tonné toute la nuit et qui crachotait toujours avait dû l'empêcher de dormir ; et puis, surtout, elles ne s'étaient pas parlé depuis l'incident. Pas adressé un mot, pas un regard. Deux semaines et un retour à Sirona & Panacée plus tard, toujours pas d'éclaircie en vue.

Il fallait bien qu'elle prenne les choses en main. Alors, elle ne frappa pas. Pansy se décida sur un coup de tête – comme toujours – et entra en trombe dans la chambre.

Contrairement à ce à quoi elle s'était attendue, Lavande ne dormait pas. Elle n'était même pas couchée dans son lit. Assise derrière son bureau, elle sursauta et referma d'un coup sec un carnet à la couverture cornée.

— Qu'est-ce que tu fous là ? siffla-t-elle en guise de salutation.

— Bonjour, d'abord. Qu'est-ce que tu caches dans ton dos ?

— Ça ne te regarde pas. Qu'est-ce que tu fous dans ma chambre, Pansy ?

Voilà qu'elle l'appelait de nouveau par son prénom. Bon signe, pas vrai ?

— C'est la gosse dépressive qui partage ta cloison qui m'envoie. Tu fais un boucan monstre pendant tes insomnies et cela fait des jours que ça continue sans jamais se calmer.

Lavande ne répliqua pas et Pansy sut qu'elle avait touché dans le mille. Ce n'était qu'un demi mensonge : la petite lui avait bel et bien confié, entre deux crises de larmes, que les gémissements incessants de sa voisine aggravaient ses pensées noires. Cela constituait donc un bon prétexte pour son entrée fracassante... Et son besoin insoutenable de parler à celle qui comptait tant pour elle.

— C'est tout ce que tu as à me dire ? demanda Lavande d'une voix tremblante.

— Bien sûr que non. Je ne sais juste pas par où commencer. Tu sais que je ne suis pas douée pour ces trucs-là...

— Alors je te suggère de repasser quand tu sauras quoi dire.

Sèche, elle grondait. Cela ne lui ressemblait pas.

— Oh, je t'ai tant dérangée que ça ? Dis-moi ce que tu faisais, alors. Que je mesure l'ampleur de mon crime.

— Va-t'en.

— Tu écrivais ? déduit-elle en observant les plumes et les tâches d'encre qui jonchaient le bureau. Alors c'est quoi ce bouquin, dis ? Il est tellement racorni, tu dois le trimballer partout avec toi... Je sais ! Ton journal intime ?

— Arrête, Pansy !

— Et dedans, il y a tes petits secrets ? Tu ne veux pas me les raconter, pas vrai ? Je commence, ça te mettra à l'aise. Tu veux que je te dise mes terribles vérités ?

— Arrête de hurler. Je... Tu me fais peur, Pansy.

Mais Pansy continua s'époumoner ; de laisser exploser les cris de son cœur.

— Je t'aime, putain, Lavande ! Ah, quelle cachoterie je t'ai faite ! Tu me détestes, c'est ça ? Je te dégoûte ? Parle-moi ! Bordel, Lavande, tu ne peux pas continuer de m'ignorer ! Tu ne peux pas juste t'enfuir comme tu l'as fait ! Tu as ton explication, donne-moi la mienne !

Muette, Lavande gardait son ouvrage serré entre ses mains ; si fort qu'elle déformait encore plus les pages abîmées.

— Il faut que je t'arrache ta biographie pour savoir ? cracha Pansy.

— Ce n'est pas... C'est un roman. Une ébauche. C'est ma bulle d'air dans tout ce... Tout ce merdier. Mon exutoire, mon évasion quand la réalité est trop insupportable.

— Un roman ?

— Très inspiré de la réalité et de bien d'autres choses. Je ne t'en ai pas parlé parce que je ne veux pas que tu le lises.

— Ne te sers pas de ça pour esquiver mes questions.

— Tu veux que je te fasse le résumé ? C'est l'histoire d'une moldue qui est maudite à sa naissance par une sorcière, entama Lavande sans lui laisser le temps de répondre. Elle est jeune et belle mais personne ne veut l'approcher parce qu'elle est repoussante et qu'elle porte malheur, tout le monde le sait. Les premiers chapitres sont assez ennuyeux ; la donne change quand elle est capturée par son ennemie et qu'elle rencontre la fille de la sorcière. Cette fille est aussi sacrément malheureuse parce que sa mère la déteste et l'empêche de voir quiconque. Alors, dans leur isolement et leur malheur, elles deviennent amies, tu vois.

À mesure qu'elle avançait dans son récit, ses yeux se remplissaient de larmes. Pansy voulait la consoler et la serer dans ses bras pour l'encourager à continuer ; comme autrefois. Mais elle ne pouvait plus. Et ça lui faisait si mal qu'elle se mit à pleurer, elle aussi.

— La moldue admire la fille de la sorcière, elle voudrait devenir comme elle. Elles jouent et se cherchent en permanence, elles montent des plans pour s'échapper sans jamais aller jusqu'au bout.

— Laisse-moi deviner. Un jour, la fille de la sorcière dépasse les bornes et la moldue la déteste pour toujours ?

— Un jour, la fille de la sorcière propose à son amie de l'épouser car seul un baiser d'amour sincère pourra la délivrer de sa malédiction. Alors la moldue accepte et elles peuvent enfin être libres. J'ai presque fini de poser le point final. C'est futile, pas vrai ?

Dans ses sanglots, quelques gouttes s'écrasèrent sur la reliure de cuir tannée d'avoir été trop triturée dans tous les sens. Pansy sentit tout son air quitter ses poumons et eut le souffle coupé. Elle s'était attendue à autre chose.

— Ça veut dire quoi, ça, Lavande ?

Elle n'avait plus la force de crier, elle pleurnichait comme les nuages dehors. Elle était encore plus perdue qu'avant toute cette histoire.

— Réponds, merde ! Tu ne peux pas te cacher derrière tes métaphores et tes énigmes. Je ne suis pas une littéraire, abaisse-toi un peu à mon niveau !

— C'est évident, pourtant.

— Non, non, ce n'est pas évident ! Parce que la moldue, c'est toi ; et la fille de la sorcière, c'est moi. Sauf que le jour où je... je t'ai embrassée, ouais, je t'ai embrassée ; tu m'as repoussée ! Et depuis tu me fuis comme la dragoncelle !

— Le monde de la réalité a ses limites ; le monde de l'imagination est sans frontières. [1]

— Arrête les devinettes, je t'ai dit. La moldue, elle l'aime sa copine ? Ou elle se sert juste de son amour pour aller mieux et puis elle la jette quand elle n'en a plus besoin ?

— Ce n'est pas du tout ça ! Tu ne... Tu ne comprends pas. Je... Regarde-moi ! Regarde-nous ! Si ça se savait, ils nous sépareraient l'une de l'autre. Ils n'approuvent déjà pas que l'on sympathise entre résidentes alors imagine s'ils savaient qu'on... Qu'on...

— Qu'on s'aime ?

— Qu'on s'aime.

Elle l'avait dit. Le cœur de Pansy explosait. Elle se précipita sur elle, la souleva avec une force qu'elle ne se connaissait pas et écrasa ses lèvres contre les siennes. Quand Lavande lui rendit sa fougue, Pansy sentait ses entrailles s'embrasser comme jamais auparavant.

— On s'aime, répéta-t-elle avec béatitude. Tu m'aimes ? Tu m'aimes ! Oh, Lavande... Mais pourquoi... pourquoi m'as-tu...

— C'est voué à l'échec, non ? Un jour nous irons mieux et tu finiras par te lasser de moi. Tu m'aimes ici parce que tout le monde autour est aussi brisé que nous - que moi. Et le jour où nous serons libres ? Tu te souviendras à quel point je suis laide et tu tomberas dans les bras d'une autre. Ou d'un autre, je ne sais pas.

— Je t'interdis de dire des trucs pareils. Je t'interdis de penser des trucs pareils. Je n'ai jamais... Je n'ai jamais aimé. Pas comme ça. J'ai convoité le désir de plusieurs hommes, j'ai cherché à briller dans leurs yeux, à disposer de leur attention. Je n'ai jamais... Je n'ai jamais fait passer les besoins de quelqu'un d'autre avant les miens. Oublie le reste du monde, deux minutes, d'accord ? Concentre-toi sur maintenant. Sur ce que tu ressens. Qu'est-ce que tu ressens ?

— Je ne sais pas... Je... Je me sens légère. Comme si j'allais m'envoler.

Pansy la tenait toujours par la taille. Elle la fit de nouveau décoller du sol et l'amena jusqu'au lit ou elle la coucha. Et pour la première fois, elle se coucha à ses côtés, dans une étreinte amoureuse.

— J'en oublierais presque où on est, murmura Lavande au creux de son oreille.

Le chuchotement et son souffle dans son cou firent à Pansy l'effet d'un courant électrique. La même tension intense mêlée de désir qu'elle avait ressentie le jour du baiser. Elle se retint de lui sauter dessus. Parce que ce dont Lavande avait besoin, en cet instant, c'était d'être rassurée, d'être écoutée. Elles combleraient ensemble leurs pulsions plus tard...

— Et c'est pour ça, qu'on s'aime – on s'aime, chantonnait-elle toujours avec une innocence enfantine, comme si elle le redécouvrait chaque fois qu'elle le disait. Ces moments-là n'ont pas de prix. Je ne vais pas tout de suite te demander en mariage comme dans ton histoire ; encore que...

— Arrête tes plaisanteries.

— Je suis très sérieuse. Lavande, ce qu'on vit... Ça transcende tout. On surmontera tout, tant qu'on est ensemble, tu ne crois pas ? Regarde tout ce qu'on a parcouru, déjà. Tu te souviens de notre rencontre ; pas à Poudlard, ici, je veux dire. Une alcoolique et une suicidaire. On est si loin de ce qu'on était. Deux femmes blessées sur le chemin de la guérison... Prêtes à éclore.

Dans le couloir, une des soignantes les appela à descendre déjeuner dans la salle de repas. La réalité se rappelait à elles mais elles n'étaient pas encore prêtes à quitter le rêve.

— On saute le repas ?

— Bien sûr. Vivre d'amour et d'eau fraîche, c'est bien ça que disent les français ?

— Quelle idée saugrenue, il n'y a bien que les mangeurs de grenouilles pour inventer des trucs pareils. Mais j'adhère au concept.

Elles rirent ensemble, comme elles ne l'avaient pas fait depuis trop longtemps.

Contre les carreaux, l'averse battait toujours. Pourtant, l'une contre l'autre, dans ce doux moment d'évasion, elles étaient à l'abri.

 

End Notes:

[1] Le monde de la réalité a ses limites ; le monde de l'imagination est sans frontières. / Jean-Jacques Rousseau


Nous voici enfin arrivées à la fin... Je sais que beaucoup avaient certaines attentes quant à ce dénouement alors je me permets d'espérer un petit retour de votre part, que ce soit sur le dernier chapitre ou même sur la fic en général, sur les points forts et les points faibles de mon écriture ou autre chose dont vous souhaiteirez me faire part :) merci encore à Cat et Sun pour l'organisation de ce concours de folie (pour tout avouer, je suis quand même soulagée qu'il se termine !).


PS : à la base, avec ce thème, je voulais écrire une scène de lemon mais ça me semblait trop impossible avec la dernière contrainte... 

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