Fluffy Stories by ECM
Coup de coeurSummary:

 

Un recueil de OS "moelleux" plus ou moins longs à lire sous son plaid devant la cheminée avec un chocolat chaud.

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Categories: Romance (Het) Characters: Les Maraudeurs, Lily Evans
Genres: Romance/Amour
Langue: Français
Warnings: Lime
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 34 Completed: Non Word count: 193888 Read: 26316 Published: 29/11/2020 Updated: 15/03/2024

1. Criminel by ECM

2. 23h22 by ECM

3. Christmas Movie by ECM

4. Tout irait bien by ECM

5. Les dettes by ECM

6. A date by ECM

7. L'effet de surprise by ECM

8. Valentine's Day by ECM

9. Keeping the snitch by ECM

10. Les maladresses by ECM

11. Amis by ECM

12. Claquements de doigts by ECM

13. Embarrassing your kid : lesson 1 by ECM

14. Pain in the ass by ECM

15. Too much by ECM

16. Au nom de l'amitié by ECM

17. Dans la peau by ECM

18. A tes pieds by ECM

19. Distraction by ECM

20. Embarrassing your kid : lesson 2 by ECM

21. Lesson Learned by ECM

22. Spring Heat by ECM

23. Le moment parfait by ECM

24. D'habitude by ECM

25. Mission Accomplie by ECM

26. La sombre affaire des balles de quidditch by ECM

27. Tout ira bien by ECM

28. Pretty lights by ECM

29. What's going on on the floor ? by ECM

30. Feeling Alive by ECM

31. Les choses que l'on ne peut éviter by ECM

32. L'inondation, l'hippogriffe, et le trou dans le mur by ECM

33. Just Friends by ECM

34. Au même endroit au même moment by ECM

Criminel by ECM

 

 

« Vous êtes sûrs qu'il y a assez de rhum groseille ? »

 

 

La question de Rémus Lupin resta sans réponse jusqu'à ce que les trois autres maraudeurs ne penchent légèrement la tête en esquissant une moue incertaine comme s'ils avaient été le reflet les uns des autres.

 

Lily Evans, Marlène McKinnon, Mary MacDonald, et Dorcas Meadowes remplissaient leurs verres pour la quatrième fois ce soir là et les garçons observaient impuissants le liquide se répandre autant sur le sol que dans les coupes qu'elles brandissaient devant elles en gloussant.

 

 

« Qu'est-ce qui leur prend ? s'interrogea Sirius Black l'air à la fois surpris et fasciné.

- Je crois qu'elles fêtent la rupture de Meadowes et Cresswell, ajouta Peter sans toutefois être certain de ce qu'il avançait.

- Pourquoi est-ce qu'elles feraient ça ? le questionna James en haussant un sourcil.

- Parce que Cresswell est une vraie tête de...

- Elles préfèrent fêter les mauvaises nouvelles, intervint Rémus sur un ton égal. Lily dit que ça donne au moins une dimension agréable à quelque chose qui ne l'est pas.

- Evans est un génie, je l'ai toujours dit, commenta Sirius en faisant tourner le liquide pourpre dans son verre. »

 

 

Un bref sourire se dessina sur le visage de James alors qu'il observait la jeune femme en question. Il n'était pas du tout étonné qu'elle ait eu une idée pareille. C'était tout à fait son genre. Et c'était aussi très maraudeuresque, il le lui aurait fait remarqué si elle avait été près de lui, et elle aurait probablement trouvé quelque chose de cinglant à lui répondre sans pour autant chercher à dissimuler la pointe d'amusement qu'il pouvait lire dans ses yeux à chaque fois qu'ils s'adressaient la parole.

 

Elle avait la répartie facile, et ses réflexions étaient systématiquement intelligentes et efficaces, aussi tranchantes que la légendaire épée de gryffondor. Cela faisait partie des choses qu'il préférait chez elle. C'était dans ces moments là qu'étaient nés les premiers sentiments et qu'il s'était surpris à la regarder autrement que comme une simple camarade de classe. Elle avait été le sujet de ses premiers rêves d'adolescents des années plus tôt mais il ne s'était jamais rien passé entre eux. Jamais.

 

Pourtant, Merlin savait qu'il l'avait voulu. Une bonne partie de la tour gryffondor le savait. Lily le savait. Même Rogue le savait ! Il avait tenté sa chance plusieurs fois. Pas autant que les rumeurs le laissaient entendre, mais il avait essayé, et elle l'avait éconduit. Elle ne lui avait toutefois jamais donné d'explication qu'il avait jugé recevable, mais Peter disait que c'était parce qu'il était de mauvaise foi.

 

La première fois, elle lui avait simplement ri au nez avant de s'excuser et de s'enfuir. La deuxième fois, elle l'avait dévisagé d'un air suspicieux avant de simplement secouer la tête de droite à gauche. Et la troisième fois... Elle lui avait dit qu'elle sortait déjà avec Stebbins. Il lui avait suggéré de rompre avec lui, mais elle ne l'avait pas fait. C'était en 6ème année. Après cela, il n'avait plus rien tenté.

 

Il avait eu une brève aventure avec Doris Crockford, une poufsouffle, puis avec Miriam Strout de la même maison, et quelque part autour du mois de juin dernier, il était sorti avec Daisy Hookum, mais à partir du moment où il avait retrouvé Lily en septembre dans le wagon des préfets, il n'avait plus réussi à se concentrer sur quiconque à part elle.

 

Elle avait changé pendant les vacances d'été. Elle n'avait pas grandi, il aurait aisément pu utiliser sa tête comme accoudoir sans avoir à se pencher beaucoup, mais elle semblait avoir mûri. Son visage avait l'air plus mature et malgré sa rupture avec Stebbins qui avait eu lieu quelque part autour du mois d'août, elle semblait avoir gagné en assurance.

 

Ses cheveux avaient poussé et ils semblaient plus brillants, plus lisses, et elle ne boutonnait plus sa chemise jusqu'en haut. Il aimait quand elle le faisait parce qu'il savait qu'elle cherchait juste à être la perfection incarnée, et il trouvait cela absolument adorable et hilarant, mais il lui apparut rapidement que ses hormones préféraient quand elle ne le faisait pas.

 

Il perdit le fil de ses pensées quand il vit Mary MacDonald entreprendre de lui servir un cinquième verre et que le rhum groseille dégoulina le long de son bras. Elle se mit à rire et il avala sa salive de travers lorsqu'elle traça le chemin du liquide avec sa langue. Une seconde plus tard, elle levait la tête vers lui et lui adressait un sourire espiègle. Il se demanda immédiatement si elle savait qu'elle le rendait fou.

 

 

« Je n'aurais jamais pensé dire cela un jour, mais je crois qu'il va falloir les surveiller, reprit Rémus.

- Foutaises, répliqua Sirius. Elles sont bien capables de se gérer toutes seules. McKinnon tient mieux l'alcool que nous quatre réunis et en plus, nous avons d'autres plans. »

 

 

James écoutait leur conversation sans quitter Lily des yeux. Elle était à présent en train de faire jaillir une pluie éparse de sa baguette par dessus Meadowes qui dansait en dessous. Ses vêtements commençaient à lui coller à la peau et quelques garçons de 6ème année se mirent à siffler bruyamment. Lily attrapa la baguette de MacDonald de sa main libre et leur envoya chacun un livre à la figure. Il parvint à peine à retenir un rire.

 

 

« Cornedrue ? Tu viens ? le pressa Peter.

- Je crois que Lunard a raison, déclara James. Je vais rester... M'assurer qu'elles ne se blessent pas ou qu'elles ne blessent pas quelqu'un d'autre...

- Evans vient de pulvériser le nez de ce mec et tu n'as pas bougé, lui fit remarquer Sirius en pointant du doigt l'un des sixième année qui se tenait le visage en pestant.

- Je crois que ce que James voulait dire, c'est qu'il va s'assurer que Lily ne se blesse pas et que personne ne la blesse, corrigea Rémus avec un sourire moqueur. »

 

 

Black interrogea James du regard et ce dernier esquissa simplement une grimace avant de reprendre.

 

 

« De toutes façons, c'est mieux que l'un d'entre nous monte la garde. Si personne ne reste, elles vont immédiatement se rendre compte que quelque chose ne tourne pas rond. Si elles me voient, elles se diront toujours que vous n'êtes forcément pas très loin. »

 

 

Il sut que son argument tenait la route dès que le lycanthrope hocha la tête d'un air convaincu. Sirius, lui, voyait plus loin que son soudain plan. Il roula les yeux avant de s'adresser à lui.

 

 

« Quand il s'agit de passer du temps avec Evans, tu deviens un virtuose dans l'art de trouver des excuses.

-Tu veux dire que je ne suis pas tout le temps un virtuose ? s'offusqua t-il faussement.

- Il veut dire que tu as intérêt d'être aussi bon demain quand McGonagall nous convoquera dans son bureau pour nous demander pourquoi les sous-vêtements de tous les Serpentards ont pris la place des guirlandes de Noël dans la Grande Salle, glissa Peter à voix basse.

- Il le sera, assura immédiatement Sirius, parce qu'Evans sera convoquée aussi en tant que préfère en chef et elle pourra témoigner qu'il était avec elle. Personne ne pensera une seule seconde que nous ayons pu le laisser de côté pour accomplir un tel chef d'oeuvre. Il a raison. Il faut qu'il reste.

- Je pense qu'il en faudra plus pour convaincre le professeur McGonagall, mais...

- Pas de preuve, pas de coupable, termina James en souriant largement.

- Pas de preuve, pas de coupable, répéta Rémus avec le même sourire. »

 

 

Le préfet en chef enfonça sa cape d'invisibilité dans les bras de son meilleur ami et leur adressa à tous les trois un regard entendu avant de se retourner vers Lily.

 

 

« Fais-moi plaisir et profites-en au moins pour discuter avec elle, il serait temps, lui souffla Sirius alors que les deux autres étaient partis devant. »

 

 

James acquiesça sans toutefois savoir s'il allait trouver le courage de le faire, mais il n'aurait jamais pu l'avouer, pas même à son meilleur ami qui, de façon assez surprenante, était presque devenu plus mature que lui par moments.

 

Il jeta un dernier coup d'oeil vers la porte de la Salle Commune derrière laquelle il vit Sirius disparaître après Rémus et Peter, et il s'avança jusqu'à la table sur laquelle l'immense chaudron de rhum groseille était posé. Il avait besoin d'un peu plus de bravoure et d'inconscience quand il s'agissait de Lily et le seul remède qu'il connaissait était là.

 

 

« Je te sers, Potter ?

- Volontiers, MacDonald. Est-ce que vous êtes extrêmement déshydratées ou est-ce que le souvenir de l'haleine abjecte de Cresswell ne s'en va qu'après avoir ingurgité une quantité impressionnante d'alcool ?

- C'est plutôt la deuxième option, lui répondit Dorcas qu'il n'avait pas vu arriver derrière lui.

- Oh, désolé Meadowes, s'excusa t-il alors qu'elle pouffait.

- Ne t'excuses pas, Potter. Tu es vraiment le plus drôle. Le plus drôle, répéta t-elle avec une sincérité désarmante. »

 

 

Il ne faisait aucun doute qu'elle était la plus grande responsable du niveau très bas du liquide dans le chaudron. Elle lui faisait les yeux doux et avait posé sa main sur son bras dès que Mary avait terminé de remplir son verre. Elle tâta légèrement son épaule et il lui jeta un regard perplexe.

 

 

« Tu es drôle et bien fichu, reprit-elle en le détaillant d'une façon aussi amusante que gênante. Est-ce que c'est le quidditch qui te...

- Wow, wow, wow, la coupa Evans en la tirant un peu vers elle. Potter n'est pas la solution, Dorcas.

- Pourquoi ? la questionna sa meilleure amie en esquissant une moue défaite.

- Parce que... »

 

 

Lily s'interrompit, semblant chercher ses mots, et il la vit déglutir lorsque leurs regards se croisèrent brièvement. Elle reporta immédiatement le sien sur Meadowes et fronça les sourcils. James sentit quelque chose bondir dans son estomac.

 

 

« Potter est trop faible pour toi. Son petit cœur est fragile. Tu le détruirais, confia t-elle finalement à son amie en jetant un coup d'oeil narquois à James qui ne put s'empêcher de sourire très légèrement. »

 

 

Il avala une gorgée de rhum groseille tout en la regardant emmener Dorcas jusqu'au canapé comme si elle était une personne âgée, et malgré la musique que Peter avait lancée quelques heures plus tôt, il capta des bribes de leur conversation.

 

 

« Je ne veux pas détruire Potter...

- Bien sûr que non, je sais, Dorcas.

- Il est vraiment si fragile ?

- Il est très fragile. Très très fragile, insista Lily en manquant de tomber sur elle lorsqu'elle lâcha son bras pour la pousser sur le canapé.

- Pourquoi ?

- Parce que c'est comme ça. Reste ici. »

 

 

Dorcas protesta et Lily lui répondit quelque chose qu'il n'entendit pas. Il eut envie de rire quand elle se rapprocha de nouveau de lui et qu'elle le contourna en le regardant droit dans les yeux avant de remplir une nouvelle fois son propre verre. Elle se fichait de lui, et il adorait cela.

 

 

« Je ne suis pas sûr que ce soit raisonnable, lui dit-il alors qu'elle portait le verre à ses lèvres.

- Parmi tous les élèves ici, c'est toi qui vas me faire une leçon sur ce qui est raisonnable ? rétorqua t-elle aussitôt avant de boire son rhum groseille d'un trait. »

 

 

Il n'y avait aucune agressivité dans sa voix, juste l'habituel sarcasme et la familière teinte d'amusement qu'il aimait tant. Il laissa échapper un bref rire. Les yeux bleus de MacDonald jonglèrent entre eux pendant deux ou trois secondes, et finalement, la jeune femme disparut dans un coin de la salle commune avec McKinnon. Emmeline Vance et Frank Londubat s'étaient ajoutés à la partie et avaient éteint plusieurs torches pour donner à la Salle commune une atmosphère plus intime.

 

 

« Tu sais... J'ai l'impression qu'il y a anguille sous roche, lui confia Lily après quelques secondes de silence.

- Anguille sous roche ? répéta t-il d'un air parfaitement innocent.

- Vous organisez rarement des fêtes sans raison.

- Nous organisons toujours des fêtes sans raison, la corrigea t-il, et si je me souviens bien, c'est McKinnon qui a demandé à Sirius de préparer quelque chose.

- Elle lui a juste dit de se débrouiller pour nous trouver du rhum groseille. Black a transformé cela en une orgie, répliqua t-elle en désignant tous les autres élèves qui étaient restés pour participer.

- J'appellerais difficilement cela une orgie Evans.

- J'avais oublié que tu étais un expert en la matière. »

 

 

Elle répondait rapidement, sans lui laisser le temps de rebondir, et il dut réfléchir une seconde avant de reprendre la parole mais elle choisit ce moment là pour figer ses yeux dans les siens et sa bouche s'assécha aussitôt. Il reprit une gorgée de rhum. Elle se servit un nouveau verre.

 

 

« Qui t'a mis cette idée en tête ? Je suis un petit être fragile. »

 

 

Elle esquissa le plus bref des sourires et il sut aussitôt qu'elle se détestait de ne pas avoir pu le retenir parce que maintenant, il arborait l'expression insolente qu'elle lui reprochait tant parfois. Elle se mordilla la lèvre un instant et il manqua de faire exploser son verre entre ses doigts. Elle lui jeta un regard curieux. Il déglutit.

 

 

« On devrait aller patrouiller, décida t-elle soudainement.

- Patrouiller ? Maintenant ? »

 

 

Il était certain qu'elle avait remarqué le rapide éclair de panique qui avait dû passer dans ses yeux parce qu'elle fronça les sourcils et hocha vigoureusement la tête.

 

 

« C'est notre devoir de préfets en chef, lui rappela t-elle. »

 

 

Elle venait de terminer un énième verre et il y avait quelque chose de plus brut dans sa voix. Elle n'attendit pas qu'il réponde pour s'élancer vers le passage qui leur permettait de quitter la Salle commune et il se hâta derrière elle, bien décidé à l'empêcher de tomber sur ses trois amis.

 

 

« On devrait aller vérifier les cachots, lança t-il sur un ton parfaitement détendu. »

 

 

Il la connaissait si bien qu'il savait quelle serait sa réaction alors il ne fut par surpris le moins du monde lorsqu'elle lui adressa un coup d'oeil suspicieux et qu'elle insista pour qu'ils fassent d'abord le tour des étages. Bien sûr qu'elle pensait qu'il allait essayer de l'attirer le plus loin possible de là où il avait prévu de commettre un méfait. Il eut un mal de chien à retenir un sourire satisfait lorsqu'elle passa devant lui pour prendre la direction des salles de classe du septième étage.

 

Elle ouvrait chaque porte en lançant un « Ah Ah ! » théâtral qui trahissait son niveau d'alcoolémie, et elle arborait systématiquement une expression de déception en constatant que tout était en ordre. James, lui, demeurait stoïque. Les mains dans les poches, il marchait simplement à côté d'elle et retenait un rire à chaque fois qu'elle ressortait bredouille d'une pièce.

 

 

« Je sais que tu prépares quelque chose ! le prévint-elle en brandissant son index devant lui.

- Que veux-tu que je prépare ? Je suis avec toi, répondit-il en haussant les épaules. »

 

 

Elle s'arrêta pour réfléchir. Elle n'aurait pas eu besoin de le faire si elle avait été sobre. Elle entreprit de s'appuyer contre le mur en pierres mais elle manqua son coup et renversa une armure qui fit un vacarme monstre alors qu'elle se prenait la tête entre les mains et se dandinait sur place en prononçant des mots très vulgaires qu'il ne l'avait jamais entendu dire. Cette fois, il ne put s'empêcher de rire et il agita sa baguette pour remettre l'armure en place.

 

 

« Rusard doit être en chemin. Il va me mettre une retenue, paniqua t-elle.

- Relax Lily, tu es préfète en chef, tu as le droit d'être ici.

- Oh... lâcha t-elle en se rendant compte qu'il avait raison. Bien sûr. Oui. J'ai le droit... Mais toi... Toi, je suis sûre que tu as fait quelque chose que tu n'avais pas le droit de faire, l'accusa t-elle.

- Quoi ?!

- Tu as... Tu as mis un dragon quelque part, bafouilla t-elle. Je le vois à ta tête.

- Un dragon ? répéta t-il en riant. Où est-ce que j'aurais attrapé un dragon ?

- Je n'en sais rien, là où tu trouves tous tes autres trucs, répondit-elle en balayant sa remarque d'un geste de la main.

- Quels autres trucs ?

- Tu sais, tes trucs illégaux.

- Je n'ai rien d'illégal, lui affirma t-il. »

 

 

Elle n'était plus aussi lucide qu'elle semblait le penser et il trouvait cela très divertissant. Il sentait qu'il pouvait partir dans un fou rire interminable à tout moment, mais il avait peur qu'elle ne se vexe et qu'elle décide de retourner dans la salle commune. Il aurait pourtant dû faire en sorte qu'ils rebroussent chemin, mais il était trop peu souvent seul avec elle et après tout, Sirius lui avait conseillé de trouver du temps pour lui parler.

 

 

« Et ce vif d'or que tu traînes partout ?

- Je ne savais pas qu'il s'agissait d'un objet illégal.

- Ne joue pas au plus malin avec moi, tu sais très bien ce que je veux dire ! protesta t-elle avec un ennui qui ressemblait vaguement à celui d'un enfant à qui l'on refuse une friandise.

- Je ne vois pas. Vraiment, insista t-il en faisant mine de réfléchir.

- Je sais que tu l'as volé après ton premier match. Je t'ai entendu le dire à Rémus.

- C'était il y a des années, comment est-ce que tu peux te souvenir de ça ?

- Je me souviens toujours des crimes, lâcha t-elle sur un ton grandiloquent. Et des criminels, ajouta t-elle rapidement en lui jetant un regard faussement mauvais. »

 

 

Un sourire en coin étira le visage de James et Lily repoussa une mèche de cheveux roux de son visage avant de s'essuyer le front en soufflant bruyamment et en déclarant un « Je vais trouver ton dragon, criminel ! » qui lui fit définitivement perdre tout le sérieux qu'il avait essayé de garder jusque là.

 

 

« Est-ce que ce n'est pas un peu inconscient de ta part de t'être isolée avec un criminel au milieu de la nuit sans prévenir qui que ce soit ? la questionna t-il après avoir réussi à se calmer alors qu'elle avait recommencé à parcourir les couloirs des étages à toute allure.

- Marlène m'a vue partir avec toi, je ne suis pas stupide, Potter. Et en plus, j'ai ma baguette, clama t-elle en sortant tant bien que mal le morceau de bois qu'elle avait coincé dans la ceinture de sa jupe quelques minutes auparavant. »

 

 

Il la rattrapa in extremis lorsqu'elle manqua de trébucher en se prenant les pieds dans le tapis d'une nouvelle salle de classe vide, et elle murmura un « merci, criminel. » qui lui envoya des frissons le long de la colonne vertébrale.

 

 

« Tu tiens à peine debout, je vois mal comment tu pourrais terrasser quelqu'un d'aussi dangereux que moi, plaisanta t-il.

- Ne me sous-estime pas Potter. Je peux te mettre en miettes si je le décide. »

 


Oh il le savait très bien. Elle l'avait déjà fait plusieurs fois, et elle n'avait même pas eu à utiliser sa baguette. Le simple fait de savoir qu'elle ne le voulait pas avait fait le travail. Il déglutit et hocha la tête.

 

 

« Allons, si tu me dis où est ce dragon, nous pourrons rentrer plus vite. Il commence à faire froid.

- Et te priver de la satisfaction de le trouver toi même ? Merlin, je suis peut-être un criminel, mais je ne suis pas un goujat. »

 

 

Elle le fixa droit dans les yeux et il ne se sentit soudainement plus aussi stable sur ses pieds qu'une seconde plus tôt, et puis il y eut son rire, éclatant et plus sincère que tous ceux qui lui avaient échappés depuis qu'il la connaissait, et il eut l'impression qu'il n'avait jamais autant eu à combattre l'envie de tirer sur sa chemise pour l'embrasser.

 

 

« Tu es un goujat, objecta t-elle. Je viens de te dire que j'ai froid, et tu ne m'as même pas offert ta cape. »

 

 

Il s'arrêta pour commencer à la retirer, mais elle posa sa main sur son avant bras pour le stopper avec le même divin rire qu'une minute plus tôt.

 

 

« Tu penses vraiment que je suis du genre à accepter la cape d'un criminel ?

- Je n'en sais rien, tu acceptes bien sa compagnie, pointa t-il. »

 

 

Elle trottina un peu pour se retrouver devant lui et se retourna pour le regarder tout en lui glissant un discret « Touché ». Il balaya rapidement le couloir des yeux pour être certain qu'elle n'allait pas trébucher sur quoi que ce soit, et seulement là, il s'autorisa à soutenir son regard. Elle flirtait avec lui autant qu'il flirtait avec elle et il pouvait difficilement ne pas s'en réjouir, mais il aurait encore plus apprécié le moment si elle avait été sobre et qu'il avait été certain qu'elle savait ce qu'elle faisait.

 

 

« Je suis sûre qu'il est... Là ! s'exclama t-elle en ouvrant à la volée un placard à balai qui ne contenait absolument aucun dragon.

- Raté, commenta t-il en haussant les sourcils.

- Tu es fort Potter, mais je suis têtue.

- Vraiment ? ironisa t-il en se mordant la joue pour ne pas sourire.

- Ne te moque pas de moi.

- Je ne me moque pas.

- Maintenant tu me mens. »

 

 

Cette fois, ce fut lui qui éclata de rire et il la surprit à le regarder d'une façon un peu indécente, avec probablement la même convoitise que lui, et cela le désarçonna. Il prit une profonde inspiration, et il la vit faire pareil. Il était certain que ses pupilles étaient plus dilatées qu'elles ne l'avaient jamais été, et la tentation de s'enfermer dans une salle de classe déserte avec elle devenait insoutenable.

 

 

« Maintenant, j'ai un peu chaud, avoua t-elle.

- Peut-être qu'on devrait rentrer.

- Peut-être que tu dis ça parce que tu crois que comme j'ai chaud, je vais vouloir aller dehors, et que tu ne veux surtout pas parce que sinon je trouverais ton dragon.

- Nous ne sommes autorisés qu'à surveiller l'intérieur du château à cette heure ci, lui rappela t-il.

- Oh, alors la seule fois où je veux transgresser les règles, tu refuses ? Est-ce que ce n'est pas un peu suspect ?

- Tu ne peux pas en vouloir à un criminel d'essayer de s'en tirer à bon compte, contre-attaqua t-il avec un sourire, et elle trébucha une nouvelle fois mais parvint à rester debout en exécutant une drôle de pirouette.

- Hmmm... En avant pour le parc, Potter ! »

 

 

Elle descendit les escaliers quatre à quatre en lui faisant des frayeurs plusieurs fois tant ses appuis n'étaient pas assurés. Il se tenait prêt à la rattraper au cas où elle manquerait une marche... Ou plusieurs, mais par un heureux miracle, elle arriva au rez de chaussée sans encombre. Il savait que les garçons ne devaient pas être très loin mais Lily se dirigeait droit vers l'extérieur et il n'avait rien à craindre tant qu'elle gardait le cap.

 

 

« Merlin, j'adore l'odeur de la nuit en automne ! s'exclama t-elle en inspirant longuement alors qu'ils s'approchaient du terrain de quidditch.

- C'est très spécifique, se moqua t-il. Qu'est-ce qu'elle a de plus que l'odeur de la nuit en été ?

- Tu n'y connais rien, Potter. Ça sent le... Le feu de bois, la fraîcheur des arbres, et juste... Juste quand l'air froid remplit tes poumons c'est... C'est la meilleure chose du monde, conclut-elle. »

 

 

Il prit une grande inspiration et soudain, il comprit exactement ce qu'elle voulait dire. Comment avait-il pu ne pas s'attarder là dessus avant ? Il retomba sur terre au moment où il l'entendit trébucher de nouveau, cette fois sur une racine, et même ses meilleurs réflexes ne lui furent d'aucune aide. Elle s'effondra dans l'herbe humide.

 

 

« Evans ? Ça va ?

- Pourquoi est-ce que tu ne m'as pas rattrapée ?! lui reprocha t-elle en ignorant complètement sa question. »

 

 

Elle avait bondi sur ses pieds avec une rapidité qu'il l'étonna pendant une seconde, jusqu'à ce qu'il ne remarque qu'elle était plus contrariée par le fait qu'il n'ait pas été assez réactif que par la chute en elle-même.

 

 

« Est-ce que tu as fait exprès ? la questionna t-il sans pour autant être certain de ce qu'il avançait.

- Quoi ?! Non ! »

 

 

Elle secoua la tête beaucoup trop longtemps pour qu'il ne puisse la croire, puis elle lui tourna le dos et recommença à marcher, cette fois en direction de la cabane d'Hagrid dont la cheminée laissait échapper de grosses volutes de fumée blanche.

 

 

« Où est-ce que tu caches ce fichu dragon... ? marmonna t-elle.

_-Lily ! appela t-il alors qu'elle le distançait de plusieurs mètres. Je sais que tu as fait exprès !

- Je n'ai pas fait exprès ! s'écria t-elle avant de plaquer ses mains sur sa bouche comme si les mots étaient sortis plus forts qu'elle ne l'avait voulu. Je veux juste... Trouver ton dragon.

- Tu veux trouver mon dragon, ou tu veux une excuse pour être seule avec moi ?

- Qui a suivi qui, Potter ?

- Très bien. Dans ce cas... Bonne nuit, Evans. »

 

 

Il dissimula son sourire alors qu'il retournait à grandes enjambées vers le château dans la pénombre du parc, et pendant une seconde, il était si proche de l'entrée qu'il pensa s'être trompé sur les intentions de la jeune femme, et puis soudainement, il l'entendit.

 

 

« Potter ! Potter, attends ! James ! »

 

 

Son prénom dans sa bouche sonna comme une lointaine et délicieuse supplication qu'il fut incapable d'ignorer. Il pivota et la vit trottiner tant bien que mal vers lui en jetant plusieurs coups d'oeils terrifiés par dessus son épaule.

 

 

« Ne me laisse pas toute seule, il y a des bruits bizarres !

- C'est sûrement mon dragon, ironisa t-il. »

 

 

Elle lui administra une petite tape sur l'épaule et fronça les sourcils juste au moment où ils entendirent des gloussements qui ressemblaient étrangement à ceux des trois autres maraudeurs en provenance du hall. Les yeux de James s'agrandirent lorsque la jeune femme le contourna pour aller voir de quoi il s'agissait, et il s'empressa de refermer la main sur son poignet afin de la ramener rapidement vers lui.

 

Elle se stabilisa en agrippant ses avants bras et il sut au moment où elle leva les yeux sur lui que ses amis étaient tranquilles. Il retira un brin d'herbe de ses cheveux. Elle avait oublié ce qu'elle avait en tête une seconde plus tôt. Quelque chose de plus urgent venait de surgir dans son esprit. Il esquissa un sourire quand elle tira un peu sur son pull pour qu'il se penche. Il allait lui demander si elle était sûre de ce qu'elle faisait mais les mots se perdirent quelque part au fond de sa gorge et elle l'embrassa.

 

Il posa ses mains sur ses hanches pour la coller à lui et Merlin il était presque certain que s'il y en avait l'un des deux qui devait se préparer à rattraper l'autre, ce n'était pas lui. Il avait pensé à son premier baiser avec elle un nombre incalculable de fois et pas un seul de ses scénarios ne pouvait rivaliser avec cet instant précis où elle posa ses mains sur son torse pour le faire reculer contre le mur de l'entrée dans le but ultime de pouvoir se laisser complètement basculer contre lui. Bizarrement, ce fut à ce moment là qu'il la stoppa.

 

 

« Pas comme ça, lui dit-il.

- Je... Est-ce que j'ai fait quelque chose qui...

- Non, Merlin, non, la coupa t-il aussitôt devant sa mine défaite. Juste... Pas comme ça. Pas quand je ne suis même pas sûr que tu t'en souviendras demain.

- Oh je m'en souviendrai définitivement, confirma t-elle avec tellement d'assurance qu'elle lui arracha un rire.

- Alors peut-être qu'à ce moment là on pourra recommencer... Si tu en as toujours envie.

- Et si je meurs ?

- Quoi ? s'exclama t-il en éclatant de rire, incrédule.

- Si je tombe dans les escaliers, que je m'ouvre la tête, et que je meurs ? Il sera trop tard.

- Je te promets de te raccompagner et de faire attention.

- Dans ton dortoir ?

- Dans ton dortoir, corrigea t-il avec un sourire lorsqu'elle leva les yeux au ciel.

- Tu ne peux pas monter.

- Je resterai en bas des marches pour te rattraper au cas où. »

 

 

Ce n'était clairement pas la réponse qu'elle attendait parce qu'elle lâcha un soupir de frustration quand ils prirent la direction de leur salle commune et il le ressentit dans chaque parcelle de son corps. Il en oublia presque ses trois amis qui avaient probablement dû les devancer de cinq bonnes minutes.

 

 

« Tu es juste en train de te venger, grommela t-elle.

- Me venger de quoi ?

- De toutes les fois où je t'ai provoqué et puis fait croire juste après que je n'avais pas envie de la même chose que toi.

- C'est à dire ? articula t-il avec une désinvolture feinte.

- Tu sais, répondit-elle avec un sourire en faisant glisser ses doigts le long de son bras. »

 

 

Il était positivement certain qu'elle allait le tuer. Il déglutit et reporta son regard sur le tableau de la Grosse dame à quelques mètres d'eux. Ils y étaient presque quand elle le bouscula juste assez pour qu'il perde l'équilibre et qu'il se retrouve une nouvelle fois calé entre elle et un mur. Elle était petite mais elle avait de la force. Elle se dressa sur la pointe des pieds et sa bouche s'attarda à quelques centimètres de son oreille.

 

 

« Je ne peux pas me lasser de tes yeux sur moi quand tu crois que je ne te vois pas, lui glissa t-elle. »

 

 

Il voulait tellement la toucher qu'il dut faire preuve d'un self-control qu'il ne savait même pas qu'il avait pour rester immobile. Elle retomba sur ses pieds et lui envoya un regard dubitatif. Bien sûr qu'elle s'attendait à ce qu'il flanche. Il s'y attendait aussi, pour être tout à fait honnête.

 

 

« Pas comme ça, Lily, répéta t-il mécaniquement alors qu'elle avait commencé à passer très légèrement ses doigts sous son pull en attendant une réaction de sa part.

- Pourquoi pas ?

- Parce que je ne sais pas si tu le veux vraiment.

- Il y a un endroit où tu peux me toucher pour le vérifier si tu ne me crois pas quand je te le dis, répliqua t-elle en attrapant sa main droite pour la poser sur sa cuisse. »

 

 

Il la retira immédiatement, se racla la gorge, et la repoussa avant de n'être plus que l'ombre de lui même. Merlin, voilà une chose qu'elle n'aurait pas dite si elle avait bu de l'eau à la place du rhum groseille. Au même moment, le portrait pivota et le professeur McGonagall apparut, déterminée, et se stoppa net quand elle les vit à à peine un mètre l'un de l'autre. Son regard perçant passa de Lily à lui et James comprit immédiatement qu'elle avait assemblé les pièces du puzzle.

 

 

« Ah ! Enfin ! Les préfets en chef ! Qu'est-ce que vous fichez ici, par la barbe de Merlin ?! Potter, j'ai l'habitude que vous n'agissiez pas quand vos petits camarades entreprennent de faire de la salle commune un champ de bataille, mais vous, Evans... !

- Je voulais patrouiller une dernière fois dans les couloirs et Potter s'apprêtait à me raccompagner dans mon dortoir et...

- Jusqu'à son dortoir. Devant les marches. En bas des marches. Tout en bas, s'empressa de rectifier James quand les yeux du professeur de Métamorphose prirent une toute nouvelle teinte menaçante.

- Merlin, souffla McGonagall. Je ne veux rien entendre de plus. Reprenez vous Evans, et préparez-vous à être convoqués tous les deux dans mon bureau demain. Rentrez immédiatement dans vos dortoirs. Chacun dans le vôtre, précisa t-elle avant de disparaître. »

 

 

Il y eut un long silence dans le couloir et quand les deux gryffondor pénétrèrent dans la salle commune à présent vidée de tous ses occupants, James entendit Lily pousser un juron sonore. Il se tourna vers elle, et il la vit bouillonner.

 

 

« Reprenez vous, Evans... ! Répéta t-elle en imitant le ton du professeur McGonagall. Bien sûr, parce que tout le monde peut faire ce qu'il veut ici à part moi. Je n'ai pas le droit de m'amuser. Je dois être parfaite, tout le temps parfaite, marmonna t-elle en donnant des coups de pied hasardeux dans des petits tas de confettis qui traînaient sur le sol. Tout le temps les meilleures notes. Tout le temps être gentille, tout le temps être bien habillée et bien coiffée. Et BOUSE DE DRAGON je n'en peux plus de cette chemise il fait trop chaud ! poursuivit-elle presque en transe. »

 

 

Elle tira sur le vêtement en question pour le sortir de sa jupe et entreprit de défaire les boutons mais elle passa une bonne minute à se débattre avec le premier.

 

 

« Evans, je suis toujours là, lui rappela t-il.

- Oh ne me fais pas croire que ton esprit chaste ne peut pas tolérer la vue de mes sous-vêtements ! répliqua t-elle presque violemment, lui clouant le bec. »

 

 

Elle poussa un soupir soulagé lorsqu'elle parvint enfin à déboutonner sa chemise et elle se tortilla pendant plusieurs secondes pour réussir à s'en extraire. James s'était retourné, soucieux de ne pas profiter de la situation, mais sa main gauche s'était figée dans ses cheveux noirs et il avait laissé échapper un mot qui lui aurait valu une heure de retenue si le professeur McGonagall l'avait entendu. Lily bougonnait toujours derrière lui mais il se refusa le moindre coup d'oeil dans sa direction.

 

 

« Evans n'est pas comme ci, Evans n'est pas comme ça, Evans doit faire ci, Evans fera très bien ça, Evans ne se trompe jamais, Evans est responsable et mature, Evans est sérieuse, on peut faire confiance à Evans. Evans, ne nous décevez pas, récitait-elle comme une drôle de poésie. »

 

 

Il l'entendait marcher et il l'imaginait en train de tourner en rond, faisant de grands gestes, trébuchant de temps en temps dans ses propres pieds, et il commençait à comprendre la pression qu'elle ressentait.

 

 

« Potter, bon sang, arrête de jouer la vierge effarouchée et regarde moi ! l'appela t-elle.

- Tu me tueras demain si je le fais, j'en suis sûr.

- James, j'ai besoin que tu me regardes, insista t-elle plus calmement. »

 

 

Il entendit quelque chose de plus désespéré dans sa voix, quelque chose de triste et de suppliant, elle n'avait pas prononcé son prénom par hasard, elle savait que quelque part, cela attirerait son attention, et elle avait raison. Il pivota et fit de son mieux pour ne pas s'attarder sur la seule petite pièce de tissu noir qui cachait sa poitrine. Elle était debout les bras ballants, de grosses larmes brillaient dans ses yeux verts et elle l'invita d'un simple geste à la regarder.

 

 

« Est-ce que j'ai l'air parfaite, là ? »

 

 

Il savait quelle réponse elle voulait entendre et ce n'était clairement pas celle qu'il s'apprêtait à lui donner. Oui, elle avait l'air absolument parfaite et elle laissa échapper un rire ironique quand elle réalisa que c'était exactement ce qu'il allait lui dire.

 

 

« Potter, je suis saoule, mes cheveux sont un désastre, je suis en soutient-gorge devant toi et tu penses toujours que je suis irréprochable ?

- Je ne suis probablement pas le plus objectif sur la question, répondit-il en haussant les épaules et en lui adressant un sourire désolé qui lui en arracha un aussi, et ce fut une petite victoire.

- Tu as raison. Je devrais dormir ici et attendre que McGonagall me trouve. Au moins, là, elle reverra ses exigences à la baisse, décida t-elle en s'asseyant sur la première marche de l'escalier qui menait au dortoir des filles.

- Je ne peux pas te laisser faire ça... objecta t-il en s'accroupissant devant elle.

- Pourquoi pas ?

- Parce que tu le regretteras demain.

- Non. Je ne veux plus être parfaite.

- Si ça peut aider, tu as un caractère épouvantable. »

 

 

Elle leva ses grands yeux verts brillants sur lui et il lui sembla pendant un instant qu'elle allait l'insulter, mais à la place, elle se mit à rire.

 

 

« Je croyais que tu me trouvais parfaite.

- L'un n'empêche pas l'autre. D'ailleurs, maintenant que j'y pense, tu es aussi terriblement nulle en quidditch.

- … Continue, l'encouragea t-elle avec une drôle d'excitation dans la voix.

- Eh bien... Tu l'as dit toi même. Tu es saoule, et c'est une terrible infraction au règlement. Ça mérite probablement plusieurs jours de retenue.

- Est-ce que tu vas m'en donner ? »

 

 

Il n'avait jamais vu quelqu'un avoir l'air de supplier pour décoller des ballongommes dans les salles de classe entre les cours. Il lui sourit et poursuivit.

 

 

« J'imagine que je devrais le faire, oui.

- Et quoi d'autre ?

- Eh bien tu...Tu es une horrible lèche bottes avec Slughorn.

- Oh, lâcha t-elle simplement avec une pointe de satisfaction qui l'amusa.

- Et tu m'as embrassé tout à l'heure. Merlin, terrible choix. Tu as des goûts douteux, tu le sais ? Sans compter que je suis ton collègue de patrouille. Enfin, Evans ? Le professionnalisme, est-ce que ça te dit quelque chose ? »

 

 

Elle pencha sa tête contre les barreaux de l'escalier et pouffa. Une nouvelle fois, ses yeux passèrent brièvement sur sa bouche avant de plonger de nouveau dans les siens. James songea à ce moment là que la métaphore était très bien trouvée. Il ne s'était même pas rendu compte qu'il avait retenu sa respiration avant de ressentir le besoin soudain de respirer de nouveau.

 

 

« Et tu m'as suggéré de faire bien pire il y a quelques minutes. C'était définitivement immoral et j'ai été choqué, ajouta t-il. »

 

 

Elle se remit à rire. Les larmes avaient disparu de ses yeux et il savait qu'il pouvait se féliciter pour cela, mais il était trop occupé à essayer d'ignorer la façon dont elle mordillait son doigt.

 

 

« Seulement choqué ? le questionna t-elle sur un ton faussement neutre.

- Merlin, Evans, tu sais bien que non. »

 

 

Elle laissa tomber son bras au niveau de son visage et elle traça le contour de sa mâchoire avec son index. Son cœur s'emballa. Il y avait quelque chose de profondément naturel dans le geste qui lui fit tourner un peu la tête.

 

 

« Merci, Potter.

- Toujours là pour toi, assura t-il en essayant de paraître détaché alors que les sentiments étaient en train de le submerger comme une gigantesque et violente vague.

- Je vais dormir maintenant, l'informa t-elle en s'installant plus confortablement sur la marche.

- Quoi ? Ici ?

- Je t'ai dit que j'allais attendre que McGonagall me trouve, lui rappela t-elle. »

 

 

Il soupira lourdement et balaya la salle commune des yeux avant de se lever quand il localisa enfin sa chemise sur le sol. Il la lui tendit mais elle secoua la tête de droite à gauche.

 

 

« Je vais t'emmener dans mon dortoir, mais j'ai besoin que tu te rhabilles, lui expliqua t-il. »

 

 

Elle se redressa et il fut satisfait de constater qu'il avait à présent toute son attention. Il esquissa un demi-sourire alors qu'elle se saisissait du vêtement sans toutefois l'enfiler.

 

 

« Si tu veux faire ce que je pense que tu veux faire, ça ne sert à rien que je la remette, lui fit-elle remarquer.

- Je veux juste que tu dormes dans un endroit approprié pour l'instant, et si je dois te balancer sur mon épaule pour t'emmener là haut je le ferai. Remets juste ta chemise.

- Je n'ai pas envie de remettre quoi que ce soit quand tu me donnes des ordres comme ça, Potter, répliqua t-elle en se levant sur la marche pour que son visage soit à la même hauteur que le sien.

- Les garçons sont là haut, tu ne veux pas débarquer en sous-vêtements devant eux, l'informa t-il après avoir habilement évité son regard déterminé.

- Black et Lupin ont l'habitude de ce genre de spectacle si j'en crois les rumeurs... Quant à Pettigrow, cela lui donnera enfin l'occasion de voir à quoi ressemble le corps humain, termina t-elle avec humour. »

 

 

James pouffa en lui arrachant la chemise des mains et en la dépliant devant elle, l'encourageant d'un regard. Elle soupira pour toute réponse avant de se résoudre à enfiler le vêtement et il lui jeta un coup d'oeil sceptique lorsqu'il fit quelques pas vers l'autre escalier et qu'elle resta immobile sur sa marche.

 

 

« Est-ce que tu peux me porter s'il te plaît ? J'ai affreusement mal aux pieds. Je ne sais pas combien de fois j'ai failli tomber aujourd'hui mais... »

 

 

Elle ne termina pas sa phrase mais lui adressa un sourire désolé lorsqu'il leva les yeux au ciel bien qu'il fut parfaitement amusé par la requête.

 

 

« N'en profite pas pour me peloter, la prévint-il avant de s'arrêter devant elle et de tendre ses bras.

- Comme si ça allait te déranger, commenta t-elle sur un ton narquois en bondissant dans ses bras et en s'accrochant à lui comme un koala à une branche d'arbre. »

 

 

Il ignora sa remarque alors que ses joues commençaient doucement à chauffer. Ils s'étaient plus touchés ce soir là qu'en six ans et demi de vie commune et quelque part, il sentait qu'il ne pouvait maîtriser son corps que jusqu'à un certain point. Quand ils débarquèrent dans le dortoir, les trois maraudeurs ne dormaient pas, ils étaient tous assis par terre devant un jeu de cartes et Peter poussa une exclamation de surprise quand il vit Lily.

 

 

« Tiens, tiens, tiens, qu'avons nous là ? murmura simplement Sirius, un sourire satisfait s'étendant lentement sur son visage.

- Est-ce qu'elle dort ? demanda Rémus.

- Elle ne dort pas, répondit Lily sans pour autant défaire son étreinte de James.

- Elle n'arrête pas de se déshabiller dans la salle commune en clamant qu'elle veut y rester jusqu'au matin. Clairement, je ne pouvais pas la laisser en bas, leur expliqua James dont les mains soutenaient toujours fermement la jeune femme.

- Clairement, se moqua Sirius. Est-ce qu'on doit vous laisser de l'intimité ?

- Oui, répondit immédiatement Lily en même temps que le « Non » sonore de James.

- Où est-ce qu'on va la mettre ? demanda Peter comme s'il s'agissait d'un nouvel objet décoratif.

- Dans mon lit, répondit James en s'avançant pour la lâcher au dessus du matelas.

- Enfin une bonne réponse, Potter, déclara t-elle fièrement en gardant ses mains nouées derrière sa nuque. »

 

 

Sirius laissa échapper un rire étouffé pendant que Rémus souriait et que Peter comptait le nombre de lits comme si le problème lui paraissait insurmontable.

 

 

« Hop hop hop ! s'exclama James en lui immobilisant les poignets quand elle le lâcha dans l'unique but de recommencer à déboutonner sa chemise.

- Tu n'es pas drôle.

- Tu le remercieras demain, lui assura Rémus.

- Je veux le remercier maintenant, protesta t-elle en agrippant son pull alors qu'il essayait tant bien que mal de se défaire de son étreinte.

- Oh Merlin, commenta Sirius en riant alors que son meilleur ami lui envoyait un regard assassin.

- Ne te réjouis pas trop. Tu partages ton lit avec moi ce soir, lui dit-il.

- Ooooh ! fit Lily en haussant les sourcils d'un air suggestif. Est-ce que vous allez conclure ?

- Tu dis ça comme si tu y avais déjà songé, Evans, la taquina Sirius avec un sourire espiègle.

- Hmmm... J'ai peut-être fait un rêve dans le genre une ou deux fois, confessa t-elle, et James réprima un rire. Il était sûr qu'elle n'aurait pas admit une telle chose si elle avait été sobre.

- Personne ne va conclure, enchaîna t-il en lui retirant ses chaussures avant de remonter la couette sur son corps.

- Et c'est bien regrettable, si tu veux mon avis, ajouta t-elle en s'enfonçant un peu plus dans le matelas. »

 

 

Il inspira profondément et demeura debout devant son lit un long moment à simplement la regarder commencer à cligner des yeux d'une manière de plus en plus lente. Il aimait beaucoup trop cette fille pour son bien.

 

 

« Attends de te réveiller demain. On verra ce que tu penses de ça.

- Je t'ai dit que je penserai toujours la même chose. Je n'ai pas bu tant que ça.

- Tu me parais bien audacieuse pour quelqu'un qui n'a pas bu tant que ça, lui fit remarquer Sirius.

- Tu n'aides pas, Black, riposta t-elle en envoyant un oreiller dans sa direction avant d'agiter sa main du côté de Rémus. Lupin, dis-lui que je penserai la même chose demain. Tu m'as vu le regarder en classe. Je sais que tu sais.

- Rémus ne va pas t'aider, Lily. Dors, intervint James alors que le lycanthrope avait ouvert la bouche.

- Comme tu veux, marmonna t-elle. Tu vas me manquer.

- Je ne vais nulle part, répondit-il alors que son cœur venait de faire un bond dans sa poitrine.

- Tu vas me manquer quand même. »

 

 

Elle avait fermé les yeux et deux ou trois minutes plus tard, sa respiration se fit de plus en plus régulière et il devina qu'elle s'était endormie. Il n'osa se retourner vers ses trois amis qu'à ce moment là. Ses yeux se vissèrent directement sur Rémus.

 

 

« C'est vrai ?

- Ce n'est certainement pas faux, répondit le lycanthrope en haussant les épaules. J'ai préféré ne rien dire. Je n'étais pas sûr. J'ai pensé que tu le vivrais encore plus mal si je te faisais des faux espoirs. »

 

 

Il n'avait pas tort. James se laissa tomber en tailleur à côté d'eux au centre de la pièce, soupira, et jeta un coup d'oeil en biais vers son lit où Lily dormait.

 

 

« Comment s'est passée l'opération guirlande ? demanda t-il en essayant de penser à autre chose qu'au fait qu'elle était allongée sur son matelas.

- Parfaitement bien ! s'emporta Sirius alors que les trois autres lui intimaient de parler moins fort. La nouvelle décoration de la Grande salle est grandiose, reprit-il en chuchotant. Tu verras demain, je suis sûr que tu aimeras.

- Aucun témoin ?

- Aucun, confirma Peter, mais McGonagall est arrivée dans la Salle Commune juste après nous, on a eu chaud.

- Elle a ernvoyé tout le monde dans son dortoir. McKinnon a commencé à dire que la fête était son idée, mais j'ai préféré nous dénoncer. C'était plus pratique, expliqua Sirius. Puisque nous étions occupés à donner une fête, nous ne pouvions pas être en train de voler les caleçons crasseux de Rogue.

- Alors ce sera une semaine de retenue au lieu de deux, l'informa Rémus.

- Bien joué. Mon cas doit être discuté demain... Ainsi que le sien, leur apprit James en faisant un signe de tête vers Lily. Mais je ne suis pas sûr que nous risquions grand chose. Lily a dit que nous étions en train de patrouiller. Bien sûr, McGonagall n'est pas folle, mais nous n'étions pas là au moment du crime, alors... Je ne sais pas. »

 

 

Peu à peu, leurs murmures s'évanouirent et chacun se glissa dans son lit. Sirius poussa plusieurs fois James du sien, mais après quelques minutes de lutte, ils finirent par s'endormir en agrippant chacun un côté de la couette.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand James se réveilla ce matin là, ses trois amis dormaient encore. Il se frotta longuement les yeux avant de les ouvrir et qu'ils ne se posent directement sur une Lily Evans complètement éveillée et assise sur le bord de son lit. Elle ne portait plus les mêmes vêtements que la veille.

 

 

« Bonjour Potter. Je suis repassée par mon dortoir, si c'est la question que tu te poses, chuchota t-elle avec une expression qu'il fut incapable de lire. Alors ? Tu as conclu ? »

 

 

Il se redressa légèrement et glissa du lit de Sirius pour s'asseoir sur le sol avant de refermer les rideaux derrière lui. La mention de leur discussion de la veille le rassura un peu. Elle n'était peut-être pas autant à côté de ses pompes qu'il l'avait cru.

 

 

« Tu te souviens ?

- Les morceaux commencent à se recoller. Est-ce que j'ai vraiment retiré ma chemise à un moment ?

- Heu... Oui, répondit-il après avoir brièvement hésité. Tu as dit que tu voulais rester en sous-vêtements dans la Salle Commune pour que le professeur McGonagall te trouve comme ça.

- Oh, laissa t-elle échapper en évitant son regard, mais je me suis réveillée avec, nota t-elle ensuite.

- Parce que je te l'ai remise, expliqua t-il.

- Tiens donc, commenta t-elle, le visage toujours impassible, j'imagine que tu ne t'es pas privé pour regarder.

- A vrai dire, tu m'as un peu ordonné de le faire.

- … Quoi ? s'écria t-elle à voix basse.

- Tu voulais que je te dise que tu n'étais pas parfaite et je... »

 

 

Il laissa sa phrase en suspend, lui fit un signe qui signifiait clairement qu'il n'avait pas été à la hauteur de ses espérances, et il se leva pour disparaître dans la salle de bain. Elle le suivit rapidement et referma la porte derrière eux alors qu'il se saisissait de sa brosse à dent. Il croyait qu'elle allait lui hurler dessus, mais ce ne fut pas le cas.

 

 

« Je suis désolée, s'excusa t-elle à sa grande surprise. Quand je bois, j'ai tendance à devenir... Exubérante et dramatique.

- Vraiment ? répliqua t-il sur un ton innocent qui ne la trompa pas avant de fourrer la brosse à dent dans sa bouche. »

 

 

Elle soupira et lui lança un regard de dépit à travers le miroir, puis il la vit s'adosser à la porte, les bras noués contre sa poitrine, et son regard dévia sur la douche. Il se demanda à quoi elle pensait pendant un bref instant. Il y avait bien une chose dont il avait envie de lui parler, mais il aurait préféré qu'elle aborde le sujet elle-même parce qu'il n'était pas bien sûr qu'elle s'en souvienne aussi précisément que lui.

 

 

« Il s'est passé quelque chose entre nous, n'est-ce pas ? Dans... Le parc, compléta t-elle après avoir marqué un bref temps d'arrêt au milieu de sa phrase. »

 

 

Il hocha mécaniquement la tête, se rinça la bouche, puis s'adossa au meuble du lavabo pour se retourner vers elle. Elle acquiesçait aussi sans rien dire, le regard un peu perdu, et puis elle déglutit et posa de nouveaux ses yeux sur lui.

 

 

« Et... J'ai essayé plusieurs fois de te déshabiller ou de... Te... Toucher ? Non ? bredouilla t-elle, ses joues prenant une jolie teinte rose.

- Ne t'en fais pas pour ça Evans, lui dit-il en lui faisant signe de laisser tomber.

- Merlin, souffla t-elle en se prenant la tête entre les mains. »

 

 

Il eut immédiatement envie de la rassurer mais il n'avait aucune idée de la manière dont il devait s'y prendre. Un pas de travers et tout finirait mal. Les choses n'étaient plus ce qu'elles étaient autrefois entre eux, et c'était la raison pour laquelle il était si soucieux de ne pas tout gâcher maintenant.

 

 

« Je suis sincèrement désolée, reprit-elle, mortifiée.

- Ne t'excuse jamais de vouloir me déshabiller, Evans, la taquina t-il pour détendre l'atmosphère.

- Idiot, souffla t-elle sans pour autant retenir un sourire amusé. »

 

 

Elle pivota, posa sa main sur la poignée de la porte et l'estomac de James se noua quand ses yeux se posèrent sur son dos. Il avait passé plus de temps avec elle qu'il ne l'aurait jamais espéré la veille, mais cela lui paraissait encore trop peu, et comme si elle l'avait entendu, sa main glissa de la poignée et elle se tourna de nouveau vers lui.

 

 

« Qu'est-ce que tu as pensé du baiser ? le questionna t-elle sans dissimuler son intérêt.

- Quoi ?

- Je sais ce que j'en ai pensé, mais je ne sais pas ce que toi tu...

- Correct, mentit-il. »

 

 

Elle entrouvrit légèrement la bouche, médusée, et ses yeux verts le fixèrent avec scepticisme et dépit.

 

 

« Correct ? répéta t-elle sur un ton dédaigneux.

- Eh bien... J'avais bu aussi, je ne me souviens plus de tous les détails.

- Ne mens pas, Potter ! s'exclama t-elle en trépignant, le faisant pouffer.

- Je suis un criminel, Evans, si je mens, c'est seulement pour obtenir ce que je veux. »

 

 

Elle fronça les sourcils et ses yeux eurent l'air de fouiller les siens pendant un moment jusqu'à ce qu'elle n'esquisse un demi-sourire.

 

 

« Est-ce que tu essaies de me faire croire que ce n'était pas si bien parce que tu sais que j'ai ma petite fierté et que je vais vouloir te faire changer d'avis ? Est-ce que tu viens de te brosser les dents exprès pour ça ?

- Possible. Ou peut-être que je pense vraiment que c'était juste correct, insista t-il en réprimant un sourire narquois.

- Tu ne penses pas ça, nia t-elle en secouant la tête de droite à gauche. Je ne me souviens peut-être pas de toute la soirée, mais je me souviens de la façon dont tu me touchais. »

 

 

Il agrippa un peu plus fermement le bord du lavabo alors que les souvenirs de ses mains sur ses hanches lui revenaient brutalement en tête. Elle fit un pas vers lui, se mordilla nerveusement la lèvre, et tira un peu sur son tee-shirt.

 

 

« On peut recommencer... Seulement si tu me dis la vérité, s'empressa t-elle d'ajouter alors que son visage venait de s'éclairer.

- Je n'ai pensé qu'à ça toute la nuit, avoua t-il finalement, la faisant sourire.

- Bien. Parfait. »

 

 

Elle se mit sur la pointe des pieds, s'appuya légèrement sur son torse, posa ses lèvres fines sur les siennes, et James douta de s'être vraiment réveillé. Là, alors qu'elle était dans ses bras, il eut la sensation de devenir immortel. Il aurait pu jurer que plus rien ne l'atteindrait tant qu'il pouvait ne serait-ce que s'accrocher à ce souvenir bien précis. Lily Evans le rendait indestructible et elle ne le soupçonnait pas une seule seconde, mais peut-être que ce n'était pas grave, peut-être qu'elle n'avait pas besoin de tout savoir.

 

Un peu plus tard, alors qu'ils entraient dans la Grande Salle main dans la main et que leurs yeux furent attirés par de gigantesques lianes de sous-vêtements que les elfes de maison essayaient tant bien que mal de décrocher, Lily lui jeta un regard dépité, tira sur son bras, et lui murmura « Je savais qu'il y avait anguille sous roche ». Il ravala un rire et haussa les épaules, mais il savait qu'elle savait, et il y avait cette lueur d'amusement dans son regard et il songea que peut-être qu'ils s'étaient enfin trouvés.

 

 

 

 

End Notes:

Aux courageux qui sont arrivés jusqu'en bas : Bonjour, et plus important, MERCI :)

Cette nouvelle fic sera seulement composée de OS pas forcément aussi longs que celui-ci, mais qui me trottent dans la tête et que j'écris quand l'envie me prend.

Laissez moi un petit mot si vous avez aimé. Et sinon, ben je suis quand même contente que vous soyez arrivés jusqu'au bout.

Si vous avez des requests, droppez les dans les reviews. Je ne vous promets rien mais on ne sait jamais :)

Gros coeur sur mes habituels lecteurs et sur les nouveaux qui arriveront ici par hasard <3

 

23h22 by ECM

 

23h22. Les yeux verts de Lily Evans passaient de la vieille horloge en or qui surplombait une étagère de livres, à l'entrée de la salle commune de Gryffondor, puis à la grande fenêtre qui lui faisait face et derrière laquelle une pluie battante tombait sans discontinuer et ce depuis bientôt une heure et demie. Elle sentait qu'elle commençait à faiblir un peu, mais il était hors de question qu'elle aille se coucher maintenant, pas tant que James Potter n'était pas rentré.

 

Il y avait des jours où ses trois amis et lui s’éclipsaient des nuits entières mais elle savait que ce soir là n'était pas l'un de leur plus ou moins mystérieux périple. Premièrement parce qu'elle avait vu Sirius Black, Rémus Lupin, et Peter Pettigrow monter les escaliers vers leur dortoir autour de 22h, et deuxièmement parce qu'elle avait vérifié son calendrier au moins trois fois. La prochaine pleine lune n'arrivait que la semaine suivante.

 

Assise sur un fauteuil près de la cheminée, elle agitait nerveusement sa jambe droite depuis trop longtemps pour ne pas se rendre compte qu'elle était inquiète pour lui. Elle soupira et tenta un instant de retrouver la raison. S'il y avait eu la moindre chance pour qu'il soit blessé quelque part, ses trois meilleurs amis ne se seraient pas enfermés dans leur dortoir. A moins de préparer un plan suspect pour voler à sa rescousse.

 

Elle fronça les sourcils. Ils étaient définitivement capable d'une telle chose et il n'y avait rien de rassurant dans le fait de savoir qu'ils ne préviendraient aucun adulte responsable. Elle jeta un coup d'oeil vers les escaliers menant aux dortoirs des garçons et se perdit dans ses pensées pendant une seconde. Elle savait qu'elle n'avait que quelques pas à faire pour en avoir le cœur net. Pettigrow savait mentir, mais Black l'appréciait trop pour le faire en la regardant dans les yeux, et Lupin se sentait perpétuellement redevable qu'elle connaisse son secret et le garde pour elle. Il suffisait qu'elle frappe à leur porte pour être fixée.

 

Elle avait l'impression de devenir paranoïaque quand il s'agissait de James Potter et elle se doutait bien qu'elle se trahirait un peu en allant voir les garçons, mais elle se sentait dépérir sur ce vieux canapé et si elle avait réussi à focaliser son attention sur son devoir de potion jusqu'à 22h30, elle n'était maintenant plus en mesure de penser à quoi que ce soit d'autre qu'à son absence.

 

 

« Grandis un peu Lily, mets ta fierté de côté, murmura t-elle pour elle-même en se levant. »

 

 

Elle se dirigea lentement vers les escaliers, ses neurones semblant s'agiter tous en même temps pour trouver une excuse appropriée que Sirius Black anéantirait probablement en un sourire narquois, et elle frappa mécaniquement à la porte du dortoir des maraudeurs. Elle s'insulta mentalement dès que sa main entra en contact avec le bois. Elle allait passer pour une psychopathe, à traquer les moindres mouvements de James. Enfin, elle était préfète en chef, il l'était aussi, et il n'aurait certainement pas dû sortir sans elle après le couvre-feu.

 

 

« Evans, quelle charmante surprise ! s'exclama Sirius en ouvrant la porte à la volée. »

 

 

Il avait toujours cette lueur d'amusement dans le regard qu'elle retrouvait aussi chez James et qui avait un effet réconfortant sur elle. Elle se mit sur la pointe des pieds pour essayer de regarder par dessus son épaule mais elle ne vit que Rémus Lupin et Peter Pettigrow, assis sur le même lit, en train de jouer aux échecs version sorcier. Elle ne put retenir une moue ennuyée.

 

 

« Que nous vaut le plaisir ? s'enquit Sirius en lui jetant un regard curieux, la main toujours posée sur la poignée de la porte. »

 

 

Son ton était jovial et, alors qu'elle cherchait ses mots, elle sentit son regard se faire de plus en plus insistant. Elle sut au moment où il esquissa un demi-sourire qu'il voyait clair dans son jeu. Elle sentit ses joues chauffer très légèrement.

 

 

« Est-ce que tu saurais, par hasard, où se trouve mon collègue ?

- Est-ce qu'il y a une urgence de préfets en chef ? répliqua t-il aussitôt.

- Non, mais... Enfin, j'aurais voulu revoir les plannings de rondes des préfets avec lui et...

- A 23h30 ? l'interrogea t-il sur un ton faussement surpris alors qu'il avait l'air de jubiler intérieurement. »

 

 

« Merlin, foudroyez-moi sur place », songea t-elle en détournant le regard vers un morceau de tapisserie qui se décollait du mur du palier et qu'elle se mit à essayer de recoller pour se donner une contenance.

 

 

« Oh non, est-ce que vous aviez aussi prévu de refaire la peinture ? reprit-il en faisant semblant d'être désolé.

- Hilarant, Black, ironisa t-elle en lui tournant le dos. Laisse tomber. »

 

 

Visiblement, il ne s'en faisait pas du tout pour son meilleur ami, ce qui signifiait qu'elle n'avait aucune raison de paniquer. Elle pouvait juste aller se coucher et...

 

 

« Evans ? l'appela t-il alors qu'elle s'apprêtait à partir.

- Hmm ?

- Est-ce que tu t'inquiètes ? »

 

 

Sa question sonna presque comme une accusation. Ses vieux réflexes prirent le dessus et elle afficha une grimace offensée, puis le regard de Sirius se fit de plus en plus inquisiteur, et elle laissa tomber le masque.

 

 

« D'accord, oui, je m'inquiète, et je sais très bien ce que tu penses maintenant, mais c'est mon ami aussi et nous sommes préfets en chef et le couvre feu est dépassé alors...

- Tututu Evans, tu ne vas pas réussir à me faire croire que tu le cherches pour lui énumérer le nombre de règles qu'il a enfreint, la coupa t-il avec son habituel air malin.

- Je ne vais pas rester ici juste pour écouter tes stupides allégations, ronchonna t-elle en commençant à descendre les marches.

- Excuses-moi ?! s'exclama t-il en riant si fort qu'elle se retourna juste pour lui faire signe de se taire.

- C'est « Allégations » que tu ne comprends pas ? Merlin, je sais pourtant qu'il ne faut pas que j'utilise des mots de plus de trois syllabes avec toi, rétorqua t-elle avant de s'enfuir. »

 

 

Elle l'entendit lâcher un « ouch » sonore et puis les marches grincèrent derrière elle et elle soupira. Évidemment qu'il n'allait pas la laisser s'en tirer comme cela. Sirius Black allait toujours au bout des choses. Toujours. Et plus particulièrement quand les choses étaient dérangeantes pour les autres.

 

 

« Ta répartie n'est jamais meilleure que quand tu te sens en danger, Evans, chantonna t-il.

- Et comment est la tienne ? Parce que je t'assure qu'actuellement, le plus en danger dans cette pièce n'est pas moi.

- Tu vois ? Qu'est-ce que je disais ? souffla t-il en sautant derrière le canapé pour retomber dessus avec une aisance qui trahissait ses habitudes. »

 

 

Elle soupira et ses yeux glissèrent presque automatiquement sur l'horloge, 23H35, puis sur la grande fenêtre contre laquelle s'écrasaient encore de grosses gouttes.

 

 

« Sur une échelle de un à dix, où est-ce que tu placerais ta détresse ? l'interrogea t-il en croisant nonchalamment ses bras derrière sa tête.

- J'étais à un avant de voir ton stupide visage.

- Stupide ? C'est vraiment le seul adjectif qui te vient pour qualifier ce chef d’œuvre ? C'est une honte Evans. »

 

 

Elle balaya sa remarque d'un geste de la main et commença un peu inconsciemment à faire les cent pas, les bras croisés contre sa poitrine. Elle ne s'en rendit compte que lorsque ses yeux tombèrent de nouveau sur le maraudeur dont le sourire amusé l'embarrassait profondément.

 

 

« Arrête.

- Quoi ? lui demanda t-il.

- De me regarder comme ça.

- Comme quoi ?

- Comme si tu savais.

- Comme si je savais quoi ?

- Tu sais. »

 

 

Il souriait encore plus largement. James et Lily avaient commencé à être amis en sixième année. Elle ne se rappelait plus trop comment c'était arrivé, mais elle s'était surprise à le trouver drôle et gentil plutôt que désagréable et condescendant. Il avait probablement mûri un peu et elle aussi, et quelque chose de nouveau était né entre eux, une surprenante complicité qui ne cessait de prendre de la place dans sa vie et qui rendait cette période beaucoup moins morose.

 

 

« Tu peux retourner dans ton dortoir si tu es là pour jubiler, marmonna t-elle. »

 

 

A vrai dire, elle n'avait aucune envie qu'il parte. Il était son lien avec James et elle aimait beaucoup Sirius. Elle avait parfois une drôle de façon de le montrer, mais ils étaient juste comme cela, comme des frères et sœurs un peu agacés par la présence de l'autre de temps en temps, mais toujours rassurés de pouvoir compter l'un sur l'autre.

 

 

« Je vais le tuer quand il rentrera. Nous sommes supposés montrer l'exemple et il enfreint le règlement et...

- Ce n'est pas comme si tu ne l'avais jamais fait toi non plus, pointa t-il.

- Ce n'est pas une excuse. »

 

 

Elle avait terriblement envie de lui demander où il était et ce qu'il faisait, mais elle pouvait clairement s'imaginer l'expression de satisfaction qui traverserait son visage si elle le faisait et elle ne savait pas à quel point elle pouvait encaisser ses railleries en étant aussi inquiète.

 

 

« Tu es tellement drôle, Evans, commenta t-il en l'observant tourner en rond. »

 

 

Elle ne le gratifia même pas d'un regard mais se rapprocha finalement de lui pour se laisser péniblement tomber dans le même fauteuil qu'elle occupait précédemment. Elle réajusta le gros plaid que ses parents lui avaient offert à Noël sur ses épaules et poussa un énième soupir.

 

 

« Vas dormir et laisse-moi seule avec mes états-d'âme.

- Impossible. Tu sais, on a un rituel avant de se coucher. Il me dit qu'il m'aime et je lui dis que je l'aime donc...

- Oh Merlin pourquoi est-ce que ça ne m'étonne même pas ?

- Donc je ne peux pas fermer l'oeil avant qu'il ne revienne.

- Quel genre de gros bébé a besoin qu'on lui murmure des mots doux avant de dormir ? le taquina t-elle.

- Trop de jalousie dans un si petit-être, Evans. »

 

 

Elle leva les yeux au ciel et secoua la tête. Il avait réussi à lui arracher un sourire et elle songea qu'elle avait bien fait de frapper à leur porte quelques minutes plus tôt. Sirius parvenait toujours à lui remonter le moral, aussi agaçant soit-il.

 

 

« Tu sais, tu pourrais entendre ses mots doux toi aussi si seulement tu te lançais.

- Comment rivaliser avec toi ? plaisanta t-elle pour esquiver sa remarque.

- Impossible, certifia t-il, à moins que tu ne sois prête à retirer quelques vêtements. »

 

 

Elle se tortilla pour attraper le coussin sur lequel elle était partiellement assise et le lui envoya. Il l'attrapa avec l'aisance naturelle d'un joueur de quidditch et son rire envahit de nouveau la pièce.

 

 

« Est-ce que c'est comme ça que tu t'y es pris ? lui lança t-elle avec humour.

- Merlin Evans, on partage les mêmes vestiaires, qu'est-ce que tu crois ? Un regard vers mon corps et le pauvre garçon était perdu dans les abysses du désir.

- Il est sensible.

- Je pense plutôt que je suis irrésistible.

- Pertinent, lâcha simplement Lily. J'arrive à peine à contenir mes pulsions de là où je me tiens. »

 

 

Le coussin précédemment lancé fit l'aller retour dans sa direction. Elle s'en saisit juste avant qu'il ne s'écrase sur son visage et elle échangea un sourire complice avec Sirius.

 

 

« Au fait, comment s'est passé ton rendez-vous avec Aubrey ?

- Pour la centième fois, Black, ce n'était pas un rendez-vous. J'ai juste accepté de l'aider pour les potions.

- McKinnon m'a raconté pendant l'entraînement que tu étais revenue très énervée.

- Evidemment. Il n'arrêtait pas de faire des sous-entendus sur toutes les façons possible de profiter d'une salle vide et...

- Et... ? l'encouragea t-il, pendu à ses lèvres.

- Il a essayé de m'embrasser.

- Essayé ? répéta Sirius en lui jetant un regard interrogateur.

- J'ai eu un malheureux réflexe... En direction de son entrejambe. »

 

 

Elle ne se lassait jamais du rire de Sirius. Il était toujours si sincère, si chaleureux, si amical... Elle ne put réprimer un sourire.

 

 

« Je n'ai jamais été aussi fier de toi, lui confia t-il.

- Même pas quand j'ai mis trois semaines entières de retenue à Avery pour avoir lancé un maléfice d'enflement à Peter dans les couloirs ?

- Le match est serré, que veux-tu que je te dise ? Tu m'éblouis tous les jours un peu plus ! »

 

 

Il y eut un nouvel échange de regards complices, puis l'expression de Sirius se fit un peu plus sérieuse.

 

 

« Je déteste avoir à te dire ça, reprit-il, mais James est avec une fille. »

 

 

Elle ne parvint qu'à prononcer un « Oh » qui se voulait neutre mais derrière lequel, elle en était sûre, le maraudeur pouvait entendre toute sa déception. Evidemment qu'il était avec une fille. Elle se sentait stupide de ne pas y avoir pensé plus tôt. Ce n'était pas comme s'il était invisible aux yeux des autres élèves. Son nom était sur toutes les lèvres.

 

 

« D'après ce que je sais, il n'y a rien de très sérieux entre eux... Mais si j'étais toi, je mettrais cartes sur table avant qu'ils ne décident d'acheter une maison ensemble après les ASPIC. Tu sais comment James est... Toujours un peu intense. »

 

 

Elle déglutit, ses doigts jouant nerveusement avec le plaid qui était retombé sur ses genoux vers le milieu de la phrase de Sirius. Sa gorge était nouée et elle n'arrivait même pas à lui répondre quoi que ce soit.

 

 

« En plus, je n'ai pas envie qu'il termine avec une Serdaigle.

- Quelle Serdaigle ? parvint-elle à lui demander au prix d'un gros effort.

- Je n'ai pas le droit d'en dire plus. Crois-moi, j'aimerais, mais tu sais... James a insisté pour que personne ne t'en parle alors...

- Pourquoi est-ce qu'il aurait fait ça ? l'interrogea t-elle, le cœur encore plus serré qu'une seconde auparavant. »

 

 

Sirius haussa les épaules pour toute réponse alors que le cerveau de Lily était envahi par les noms de toutes les Serdaigles avec qui ils avaient des cours en commun. Matilda Dukelow était celle qui bavait le plus sur James, et elle était également la plus susceptible de lui plaire. Elle ne l'avait jamais vraiment appréciée, mais à ce moment là, elle éprouva soudainement une profonde antipathie pour elle et ses longs cheveux bruns. Elle s'apprêtait à lui soumettre son hypothèse pour évaluer sa réaction lorsqu'elle entendit le tableau de la Grosse dame pivoter.

 

Ils se tournèrent simultanément vers le sujet de leur conversation, trempé jusqu'aux os. Il avait l'air frigorifié. Il tremblait des pieds à la tête et de grosses gouttes d'eau dégoulinaient de ses cheveux. Lily se tourna dans tous les sens pour trouver sa baguette mais elle ne parvint pas à mettre la main dessus, alors elle se précipita vers lui.

 

 

« Merlin tu es gelé, remarqua t-elle après avoir refermé ses doigts sur son poignet pour le tirer près du feu. »

 

 

Sirius s'empressa de lancer une couverture à la préfète qui tira sur la manche imbibée d'eau du maraudeur pour qu'il s'assoit devant la cheminée. Il lui obéit sans broncher et elle remarqua du coin de l'oeil la veste qu'il tenait dans ses mains, bien trop petite pour lui, mais probablement très confortable pour Matilda Dukelow. Elle se détesta instantanément de penser à cela alors qu'il était en train de grelotter devant lui, incapable de prononcer un mot.

 

 

« Je vais lui chercher des vêtements secs, enlève lui ceux là, lui indiqua Sirius en montant les marches quatre à quatre.

- Bouse de dragon, quelle idée de sortir par ce temps ?! pesta t-elle en lui levant les bras pour faire passer son pull au dessus de sa tête avant de répéter la même opération avec son tee-shirt et de le recouvrir immédiatement de la couverture qui était à portée de main. »

 

 

Il fut parcourut d'un violent frisson tout à coup, et puis il se leva pour se mettre à sautiller sur place et il balança ses chaussures près des marches. Sirius manqua de trébucher dessus lorsqu'il redescendit, une pile de vêtements chauds dans les bras.

 

 

« Wow Evans, je sais que tu l'as attendu toute la soirée, mais je ne pensais pas que tu le déshabillerais aussi rapidement ! s'exclama t-il.

- Ton meilleur ami est en train d'attraper la mort et tu fais ce genre de blague ?! répliqua t-elle en fronçant les sourcils, ignorant la petite pointe d'embarras qui commençait à taquiner sa peau par endroits.

- Je... Vais... Bien... articula James entre deux claquements de dents.

- C'est flagrant, ironisa Lily en arrachant un gros pull des mains de Sirius. »

 

 

Elle le tendit devant James pour qu'il passe sa tête dedans, mais à la place, il laissa tomber la veste à ses pieds, ouvrit ses bras et les referma autour d'elle, l'enveloppant dans la couverture avec lui. Elle eut l'impression immédiate que ses joues s'enflammaient mais elle était incapable de faire un seul mouvement.

 

 

« Est-ce que je dois vous laisser ? les questionna Sirius avec une pointe d'amusement dans la voix.

- Je... me réchauffe juste, répondit James. Lily est brûlante.

- Oh j'imagine bien qu'elle l'est. Bizarrement, tu ne fais jamais ce genre de choses avec moi après les entraînements de quidditch en hiver, commenta narquoisement le jeune homme alors que Lily lui jetait un regard assassin.

- ...Pas le moment pour une crise de jalousie Patmol. »

 

 

C'est au moment où Sirius haussa les sourcils de façon suggestive qu'elle réalisa que ses mains s'étaient refermées autour de James et que ses doigts frictionnaient rapidement sa peau, comme un vieux réflexe qu'elle n'avait pourtant jamais appris à avoir. Depuis qu'ils étaient amis, ils avaient des gestes affectueux l'un envers l'autre, mais rien d'aussi intime.

 

Elle posait sa main sur son épaule quand il était à côté d'elle et qu'elle cherchait à garder l'équilibre pendant qu'elle remettait ses chaussures après une heure de pause dans la salle commune. Son coude la frôlait toujours un peu lorsqu'ils travaillaient en binôme ensemble en potion. Il lui ébouriffait aussi les cheveux pendant les rondes lorsqu'elle le taquinait sur un sujet ou sur un autre. Et elle faisait la même chose à chaque fois qu'ils travaillaient ensemble à la bibliothèque et qu'elle voyait son attention dévier sur autre chose que sur leur parchemin.

 

 

« Je vais le tuer quand il rentrera, l'imita Sirius, interrompant ses réflexions.

- Tu as dit ça ? l'interrogea l'autre maraudeur.

- Laisse-moi le temps, Black, rétorqua t-elle simplement alors que James venait de la lâcher pour se rapprocher un peu plus de la cheminée. »

 

 

Elle regretta instantanément la sensation de ses mains sur sa peau, de tout son corps contre le sien, et de cette proximité qu'ils n'avaient jamais eue auparavant et pour laquelle elle aurait tout à coup vendu son âme.

 

 

« La soirée était bonne, au moins ? le questionna Sirius.

- Humide, mais hilarante, répondit James en adressant un sourire malin à son meilleur ami, retirant son pantalon sans aucune gêne pour enfiler le jogging que l'autre maraudeur lui avait apporté. »

 

 

Lily sentit son cœur se serrer et elle reporta son attention sur son vieux tee-shirt de pyjama gris chiné qui avait pris une teinte foncée là où le corps de James avait été en contact avec le sien.

 

 

« Je suis désolé, j'ai complètement ruiné tes vêtements, lui dit-il en surprenant son regard pensif.

- C'est juste de l'eau, répondit-elle en haussant les épaules.

- Quelle agressivité, ironisa Sirius. Décidément, il ne fait pas bon braver le couvre-feu ces temps-ci... »

 

 

Les yeux marrons de James jonglèrent entre eux, et une seconde plus tard, le coussin traversa une nouvelle fois la pièce, et encore une fois, Sirius le rattrapa au vol en riant.

 

 

« D'accord, d'accord, je m'en vais, je vous laisse régler vos histoires, conclut-il finalement en levant ses mains devant lui. Bonne nuit Evans.

- Sirius ? l'appela t-elle alors qu'il avait déjà gravi la moitié des marches.

- Lily ?

- Merci, lui dit-elle simplement.

- Ce fut un plaisir, répondit-il en exécutant une courbette avant de disparaître en haut des marches. »

 

 

Elle se laissa retomber sur le fauteuil qu'elle occupait précédemment et un long soupir s'échappa de ses lèvres. Une seconde plus tard, elle remarqua les yeux de James sur elle. Il était toujours debout devant la cheminée mais il avait arrêté de sautiller d'un pied sur l'autre et il avait repris des couleurs mais ses cheveux étaient toujours humides. Elle suivit des yeux une goutte qui s'échappa d'une de ses mèches, roula près de son oreille jusqu'en bas de sa mâchoire, et s'écrasa finalement sur le sol. Merlin. Elle avait vraiment une obsession pour ce garçon.

 

 

« Quelles histoires est-ce qu'on est censé régler ? lui demanda t-il en resserrant la couverture autour de lui. »

 

 

Elle ouvrit la bouche pour lui répondre mais elle se perdit dans ses pensées alors que son regard vagabondait plus ou moins discrètement sur lui. Elle détestait être autant attirée par lui alors qu'il revenait juste d'un rendez-vous avec une autre fille. Elle avait envie de lui faire passer un sale quart d'heure mais il avait l'air si détendu qu'elle avait du mal à s'y résoudre.

 

 

« Aucune. Ce n'est pas grave. Je... Je disais juste à Sirius que j'étais contrariée que tu braves encore le couvre-feu cette année en dehors des pleines lunes alors que tu es préfet en chef, mais comme tu as un talent inné pour ne pas te faire attraper, j'imagine que ce n'est pas important, déclara t-elle en ramenant ses genoux contre sa poitrine.

- Ah, désolé Lily. Je voulais te prévenir mais je ne t'ai pas trouvée à temps. »

 

 

Elle fronça les sourcils. Venait-il juste de lui mentir ? Elle se racla légèrement la gorge et reprit la parole.

 

 

« Je pensais qu'on ne se mentait pas entre préfets en chef.

- Je ne te mens pas, répondit-il aussitôt en lui jetant un regard curieux. Je ne te mens jamais.

- Sirius m'a dit que tu étais à un rendez-vous, lui avoua t-elle.

- J'espère bien. Je lui avais demandé de te passer le message. »

 

 

Maintenant, elle était perdue. Est-ce qu'il se moquait d'elle ? Ses yeux verts scannaient son visage à toute allure. Il avait l'air tout aussi sceptique qu'elle. Elle ne se sentait pas très bien. Elle n'avait pas envie de l'entendre lui raconter à quel point tout avait été génial et drôle avec cette fille, mais en même temps, cette incompréhension entre eux était trop étrange pour qu'elle en reste là.

 

 

« Je ne suis pas ta mère. Je n'ai pas besoin de savoir quand tu vois une fille, Merlin, souffla t-elle en rejetant doucement ses cheveux en arrière.

- Non, bien sûr, mais... Attends, est-ce que Sirius t'a tout expliqué ? la questionna t-il en arquant un sourcil.

- Je n'ai pas envie de connaître les détails.

- Il t'a juste dit que je sortais avec une fille ? »

 

 

Elle hocha lentement la tête et James poussa un juron sonore. Elle l'entendit aussi murmurer quelque chose qui ressemblait étrangement à « Calme toi James, un doloris n'est jamais la solution », et puis il s'assit sur le canapé et posa ses deux mains sur l'accoudoir du fauteuil sur lequel elle était assise pour la tourner vers lui.

 

 

« J'étais avec une quatrième année de Serdaigle.

- Merlin, tu les préfères vraiment plus jeunes que toi, commenta t-elle en évitant son regard.

- Non, Lily, pas du tout, répliqua t-il en riant légèrement. J'étais à la bibliothèque ce matin, et il y avait ce groupe de Serdaigles de septième années... Elles sont arrivées à la table d'une autre élève plus jeune et j'ai entendu mon prénom, alors j'ai écouté et...

- Toi, espionner ? Ça ne te ressemble pourtant pas, se moqua t-elle délibérément, et il lui répondit par un sourire amusé.

- Il se trouve que j'ai eu raison. Elles avaient entendu dire que la quatrième année en pinçait pour moi et elles n'arrêtaient pas de se moquer d'elle en lui disant que c'était impossible que je m'intéresse à elle, et tout le tas de méchanceté habituelle qui va avec et que tu peux imaginer.

- J'imagine que Dukelow était dans le lot, commenta t-elle avec amertume.

- Elle était là, oui, mais ce sont ses copines qui ont pris les affaires de la quatrième année et lui ont dit qu'elle ne les récupérerait pas tant qu'elle ne venait pas me proposer d'aller à Pré-au-Lard avec elle ce midi. »

 

 

Il s'interrompit et maintenant que les pièces du puzzle commençaient à s'assembler, Lily avait juste envie d'aller faire sauter la porte du dortoir derrière laquelle Sirius Black avait disparu quelques minutes plus tôt. Ce troll s'était bien fichu d'elle.

 

 

« Elle est venue me voir et j'avais prévu de ne pas aller à la sortie d'aujourd'hui, mais elle avait l'air tellement mal. J'étais obligé d'accepter, poursuivit-il en haussant les épaules.

- J'aurais aimé être là, rien que pour voir la tête de Dukelow.

- Oh, ce n'est pas fini. Elles nous ont suivi jusqu'à Pré-au-Lard. Je t'avoue que je pensais que ce serait moins long, mais je me suis pris au jeu et je crois qu'Isabella aussi. Et puis je voulais m'assurer qu'elles la laisseraient tranquille.

- Isabella ?

- La quatrième année. Nous sommes rentrés vers 21h mais elle s'est rendue compte qu'elle avait laissé sa veste aux Trois Balais, alors je suis reparti par un passage secret en lui disant que je la lui ramènerai demain au petit déjeuner et je lui ai laissé la mienne.

- C'est si chevaleresque de ta part, le taquina t-elle.

- Je fais ce que je peux, répliqua t-il avec un sourire en coin qui la remua un peu. »

 

 

Elle évita ses yeux et posa les siens sur sa couverture autour de laquelle ses petits poings étaient serrés. C'était dans ces moments là qu'elle l'aimait le plus, quand il faisait ce genre de choses absolument adorables sans aucune arrière pensée, juste pour venir en aide à quelqu'un qui en avait besoin. Contrairement à ce que pouvaient penser ceux qui le connaissaient mal, James Potter n'accordait aucune espèce d'importance au statut social. Au contraire, même. Il trouvait souvent des amis chez les élèves les moins acceptés par les autres.

 

 

« Et dire que pendant que tu faisais quelque chose de tout à fait admirable, je racontais à Sirius comment j'ai émasculé Bertram Aubrey... marmonna t-elle la mine basse.

- Pardon ?

- Tu as bien entendu.

- Merlin merci ! s'exclama t-il. »

 

 

Il soupira de soulagement et elle se demanda un instant s'il le faisait parce qu'il y avait cette vieille rivalité de joueurs de quidditch entre eux, ou parce qu'il s'était imaginé qu'elle l'aimait bien et qu'il avait ressenti une pointe de jalousie. Elle aurait préféré que ce soit pour la deuxième raison, mais elle n'était pas certaine qu'il ressente encore pour elle ce qu'il clamait éprouver deux ans plus tôt.

 

 

« Est-ce que je peux encore profiter de ton radiateur interne ? lui demanda t-il en soulevant légèrement sa couverture pour lui faire signe de venir s'asseoir avec lui. »

 

 

Elle songea à ce moment là qu'elle n'avait aucun doute à avoir, mais les choses avaient toujours été tellement spéciales entre eux, ils avaient tellement marché sur des œufs qu'il était maintenant compliqué pour elle de se jeter à l'eau comme Sirius l'avait encouragée à le faire un peu plus tôt, mais puisque James semblait décidé à prendre les choses en main, elle n'avait qu'à suivre le mouvement.

 

Alors après une dizaine de secondes, elle lui sourit et acquiesça, puis elle se glissa à côté de lui sur le canapé. Elle fit tomber son devoir de potion au passage et James se pencha pour le ramasser.

 

 

« Tu l'as déjà terminé ?

- … C'est pour demain matin, répondit-elle en le regardant droit dans les yeux.

- Parfait, il me reste à peu près huit heures pour m'y mettre.

- Tu me tues, Potter. Mets juste ton nom là dessus, je me débrouillerai.

- Je ne vais pas te voler ton devoir de potions. J'ai toute la nuit devant moi et...

- Et j'ai dû lire deux bouquins entiers cette semaine pour répondre aux questions. Tu n'auras jamais le temps de rédiger quelque chose qui tient la route. Si tu ne mets pas ton nom, je le ferai moi-même.

- Comme si Slughorn n'allait pas reconnaître ton écriture, lui fit-il remarquer. Vous passez tellement de temps ensemble dans les cachots que les gens commencent à se demander si vous n'êtes pas mariés.

- Merlin, James, ugh ! s'exclama t-elle en affichant une horrible grimace et en basculant légèrement contre lui pour le pousser un peu, faisant glisser la couverture de leurs épaules.

- Hé fais attention, j'essaie de ne pas mourir de froid, là.

- Si seulement... souffla t-elle avec un sourire narquois. »

 

 

Il le lui retourna et elle lui arracha le morceau de parchemin des mains avant de s'emparer de sa plume qu'elle trempa brièvement dans l'encre. Quelques secondes plus tard, le nom de James Potter s'étalait sur la feuille.

 

 

« Tu dois bien avoir un sortilège qui peut m'aider à changer l'écriture...

- Non merci, répondit-il simplement.

- Tu vas avoir un Optimal avec ça, je te le promets.

- Je sais, mais je ne veux pas profiter de ton travail.

- Tu ne profites pas de mon travail, je te couvre, c'est tout. Tu as été un meilleur préfet que moi aujourd'hui, et je serais une bien piètre camarade si je ne te dépannais pas après ce que tu as fait. S'il te plaît, insista t-elle. Horace me pardonnera de ne pas lui rendre mon parchemin dès que j'accomplirai mon devoir conjugal, plaisanta t-elle.

- Je te déteste de m'avoir mis cette image en tête, maugréa t-il en acceptant finalement le devoir qu'elle lui tendait. »

 

 

Elle pouffa et se laissa basculer au fond du canapé. James la suivit après avoir plié le parchemin en quatre et l'avoir enfoncé dans sa poche. C'était bizarre d'être assis comme ça, épaules contre épaules sous la même couverture. Elle aurait aisément pu basculer sa tête dans le creux de son cou, mais elle resta parfaitement droite.

 

 

« Merci... Mais sérieusement, qu'est-ce que tu vas lui dire ?

- Je n'en sais rien, je vais trouver une excuse, il me demandera probablement juste de le lui rendre pour la fin de la semaine.

- Si tu as des problèmes, dénonce-moi.

- Il sera plus indulgent avec moi qu'avec toi, on ne peut pas dire qu'il t'aime vraiment beaucoup, et je détesterais te retrouver empoisonné au milieu de la réserve.

- Je suis sûr que tu l'aiderais à cacher le corps, lui confia t-il en lui tapotant la cuisse.

- Merlin, non, réfuta t-elle immédiatement en s'efforçant de ne pas trop focaliser son attention sur le contact surprenant. Je serais trop énervée. Tu fais les plannings des préfets beaucoup plus efficacement que moi, comment est-ce que je ferais sans toi ?

- Tu trouverais quelqu'un de parfait pour reprendre le poste, répondit-il en souriant.

- Et qui ? Dave Goujon ? Il est tellement gentil qu'il n'arriverait pas à avoir d'autorité sur quelqu'un pour sauver sa propre vie.

- Tu saurais très bien lui apprendre le job. Tu l'as fait avec moi.

- Oh non, merci. J'ai déjà dépensé assez d'énergie à te former, je n'ai pas envie de tout recommencer avec un autre, le taquina t-elle. »

 

 

Il pouffa pour seule réponse, et elle sourit en baissant la tête sur sa main qui était machinalement restée sur sa cuisse. Il avait une petite blessure probablement causée lors d'un entraînement de quidditch. Elle passa son doigt dessus et elle sentit son regard sur elle, lourd et insistant, et son corps se tendit.

 

 

« Et puis je ne serais pas bien sans toi, avoua t-elle faiblement en repensant aux encouragements de Sirius un peu plus tôt. »

 

 

Elle leva la tête  et son regard accrocha le sien. Sa main quitta sa cuisse et elle le regretta juste une seconde, juste avant qu'elle ne la sente sur sa joue puis sur sa nuque. Le moment paraissait un peu irréel. Elle ne s'était jamais autant liquéfiée de sa vie.

 

 

« J'ai envie de t'embrasser depuis que Sirius a dit que tu m'avais attendu toute la soirée, confessa t-il en évaluant sa réaction. »

 

 

Elle le scruta en le suppliant silencieusement de ne pas attendre qu'elle réponde pour le faire parce que parler demandait soudainement plus de compétences que ce qu'elle n'avait. Il était toutefois beaucoup trop soucieux de ce qu'elle ressentait pour anéantir le peu d'espace qu'il restait entre eux, alors elle prit son courage à deux mains et rapprocha son visage du sien.

 

Il y eut un bref moment pendant lequel ils demeurèrent immobiles à un centimètre l'un de l'autre, et finalement il y eut un sourire timide, puis deux, et elle l'embrassa, et le monde sembla tourner un peu plus lentement pendant quelques secondes.

 

Sirius Black avait raison. Il suffisait de se lancer, et maintenant qu'elle l'avait fait, le soulagement était indescriptible. Il l'aimait vraisemblablement toujours, comme avant, et peut-être qu'elle pourrait enfin être à la hauteur de ses sentiments. En tout cas, elle le pensait, elle le voulait.

End Notes:

Heyyyy

Petite question pour vous qui me lisez.

J'imagine qu'il y a majoritairement des fans de Jily, mais pour les autres, c'est qui votre ship ?

 

 

Christmas Movie by ECM

 

 

 

« Qu'est-ce que vous...

- Shhhh ! la coupèrent simultanément les quatre garçons. »

 

 

Lily était en train de descendre les escaliers du salon du petit cottage qu'elle avait acheté avec James un an plus tôt lorsque son regard était tombé sur les maraudeurs, tous assis devant la télévision du salon. Peter avait pris possession de son fauteuil préféré tandis que Sirius et James étaient tous les deux vautrés sur le canapé. Rémus, lui, était assis sur un coussin par terre juste devant eux, le dos appuyé contre le sofa, et Célestin le gros chat roux avait trouvé refuge sur ses genoux.

 

La jeune femme fronça les sourcils, les observant avec perplexité pendant que Sirius arrachait une énorme boîte de popcorn des mains de son meilleur ami qui émit une légère protestation toutefois étouffée par la quantité de friandises qu'il avait déjà dans la bouche. Sur l'écran devant eux, elle put voir une jeune femme habillée en noir entrer dans un énorme building.

 

 

« Qu'est-ce que vous regardez ?

- Un film de Noël, Merlin Evans, viens t'asseoir et arrête de parler, je veux écouter ! lui répondit Sirius en se redressant pour lui laisser un peu d'espace entre James et lui.

- C'est Potter, le corrigea t-elle alors que son mari tapotait avec impatience la place vide à côté de lui. Vous êtes vraiment en train de...

- Shhhh ! intervint Peter en lui jetant un coup d'oeil irrité. »

 

 

Elle grimaça et se dirigea sur la pointe des pieds vers l'endroit qui lui était réservé. Elle piocha une énorme poignée de popcorns dans la boîte que Sirius monopolisait, s'attirant un regard mauvais de sa part. Elle lui adressa un sourire radieux et aussitôt, il reporta son attention vers le film en question.

 

 

« Depuis quand est-ce que vous faites ça ? chuchota t-elle à James, un peu amusée.

- Depuis que tu sors avec MacDonald le dimanche, répondit-il sur le même ton sans quitter l'écran des yeux. Tu aurais pu me dire avant qu'il y avait ce genre de trucs dans la télé. C'est grandiose. Meilleure. Invention. Moldue, articula t-il ensuite.

- Grandiose, vraiment ? se moqua t-elle en se calant un peu plus confortablement contre lui.

- Ah ! Je parie qu'Emily. va aller s'exiler à la campagne pour les fêtes ! s'exclama Rémus alors que les trois autres approuvaient avec véhémence.

- Dans le village de son enfance ! surenchérit Peter.

- J'espère qu'il y aura un chien cette fois, marmonna Sirius visiblement déçu par leur précédent visionnage. »

 

 

Ils avaient tous les quatre l'air hypnotisés par le téléfilm et Lily avait tant envie de rire qu'elle fut obligée de plaquer un coussin sur son visage pour étouffer son hilarité. Le personnage principal, Emily, une danseuse ratée, venait d'apprendre que son grand-père était décédé et avait décidé de quitter le tumulte de New-York le temps des fêtes pour se rendre dans la petite bourgade de l'Utah où vivait toujours sa famille. Elle était en train de se disputer avec son petit-ami Josh qui lui, n'avait aucune envie d'aller s'enterrer au fin fond de la campagne pour les fêtes.

 

 

« Oh Josh, Merlin, un peu de sensibilité, elle vient de perdre son grand-père ! protesta Rémus.

- Quel mufle, appuya Sirius.

- Il va dégager. C'est sûr. Elle va retrouver son amour d'enfance là bas ! poursuivit Peter en se dandinant sur le fauteuil avec excitation.

- Josh, mon vieux, ne te comporte pas comme un abruti, ajouta James.

- Merlin, on dirait l'un de ces petits bourgeois qui sont nés avec une cuillère dans la bouche, ils ne pensent qu'à eux, commenta Lily en haussant les épaules. »

 

 

Sirius et James se tournèrent simultanément vers elle avec la même expression dépitée sur le visage. Elle enroula tendrement ses mains autour du bras de son mari, esquissant une grimace désolée avant d'ajouter :

 

 

« Je ne disais pas ça pour vous.

- Hmm Hmm, marmonna James en lui ébouriffant légèrement les cheveux. Fais attention Potter, tu pourrais bien disparaître de mon testament. »

 

 

Elle pouffa et ils échangèrent un regard complice avant de se re-concentrer sur le téléfilm. Emily avait décidé de prendre un billet d'avion seule, quittant Josh après une dispute houleuse qui avait fait pousser des exclamations scandalisées à toute l'assemblée. Arrivée à l'aéroport, elle avait réussi à héler un taxi mais un homme lui avait coupé la route.

 

 

« Oh mon dieu, c'est lui ! C'est l'élu ! Il a un col roulé ! trépigna Peter à présent debout sur son fauteuil, l'index pointé vers l'écran.

- Quoi ? l'interrogea Lily en laissant échapper un rire.

- L'homme avec qui la fille termine porte toujours un col roulé, lui expliqua Rémus en tournant légèrement la tête vers elle. Enfin, neuf fois sur dix en tout cas.

- Bien vu Queudver, ça pourrait être lui, il est plutôt pas mal, commenta Sirius alors qu'Emily et le nouveau protagoniste se disputaient le taxi.

- C'est sûr, c'est lui. Il est beaucoup trop arrogant pour n'être que de passage, confirma James.

- Et tu sais de quoi tu parles, pointa Lily en lui tapotant affectueusement la cuisse, faisant ricaner Rémus. »

 

 

La main de son mari se posa simplement sur son visage et elle se mit à rire en essayant de la dégager de ses yeux pour pouvoir voir la suite de l'aventure. Il laissa ensuite tomber son bras sur ses épaules et la serra d'avantage contre lui. Elle se sentit soudainement un peu plus légère.

 

 

« Bon, au moins il lui a laissé le taxi.

- Encore heureux. »

 

 

Emily arrivait dans sa maison d'enfance, accueillie par ses parents et sa sœur tous endeuillés. Même le golden retriever de la famille semblait triste. Sirius se redressa un peu.

 

 

« Ah, enfin un chien !

- Est-ce que je suis le seul à le trouver plus mignon que Josh ? les questionna James.

- Josh ne lui arrive même pas à la cheville ! confirma Sirius avant de lancer un popcorn directement dans la bouche grande ouverte de Peter. »

 

 

Lily replia ses genoux contre sa poitrine et se laissa basculer un peu plus contre James. Il déposa machinalement un baiser sur sa tempe pendant que ses doigts lui caressaient doucement l'épaule. Les après-midi d'hiver étaient toujours les meilleurs. Il n'y avait rien de plus parfait que de se lover contre lui pendant qu'il pleuvait dehors et que le vent froid sifflait dans les arbres.

 

 

« Oh non ! Il s'enfuit ! »

 

 

Effectivement, le chien des parents d'Emily avait profité des accolades pour se faire la malle par la porte entrouverte, et il était déjà bien loin quand ils s'aperçurent de son absence. Ni une, ni deux, ils grimpèrent dans la vieille Chevrolet des parents d'Emily qui l'avaient héritée du défunt grand père et firent le tour du village en l'appelant, en vain.

 

Ils décidèrent alors de s'arrêter dans le bar du coin pour demander de l'aide, la famille de la jeune femme connaissant bien le gérant du pub qui s'avérait n'être autre que l'homme du taxi. Un « Ah ! » s'échappa de la bouche de Rémus. Le père d'Emily lui expliqua les liens qu'ils entretenaient ensemble mais Lily n'entendit pas la suite car James commença à lui masser doucement la nuque à l'endroit précis qui lui provoquait toujours un frisson le long de l'échine. Il la connaissait sur le bout des doigts.

 

 

« Attendez... C'est le neveu de la meilleure amie d'enfance de la mère, c'est ça ? demanda Peter, pas certain d'avoir bien suivi.

- Oui. C'est Andrew, confirma Sirius. Oh ! Oh regardez ! Le chien est là ! s'excita t-il. »

 

 

Effectivement, après un long regard gêné entre Andrew et Emily, le golden retriever bouscula légèrement cette dernière en émergeant de derrière le bar. Le jeune homme expliqua qu'il l'avait trouvé sur la route et ramené avec lui dans son pick-up rouge pour ne pas le laisser dans le froid.

 

 

« Quel homme, le complimenta Sirius. Epouse le Emilyyy !

- C'est un peu tôt je pense, se moqua gentiment Lily.

- Dis la fille qui s'est mariée à dix-huit ans, répliqua t-il avec un sourire narquois.

- Justement, je ne voudrais pas qu'Emily commette les mêmes erreurs que moi, plaisanta t-elle. »

 

 

Cette fois, James se tortilla légèrement jusqu'à attraper le coussin sur lequel il était appuyé, et il lui en asséna un coup sur la tête avant qu'elle ne lui arrache des mains en retombant maladroitement sur Sirius, lui faisant renverser une partie du popcorn sur Rémus.

 

 

« Hé Evans ! Je sais que tu cherches perpétuellement une excuse pour te jeter dans mes bras, mais la prochaine fois fais attention à la nourriture ! lui intima Sirius en lui adressant un clin d'oeil. »

 

 

Elle rit, un peu plus par dépit qu'autre chose, et leva les yeux au ciel avant d'aller de nouveau s'asseoir contre James qui adressait un signe de la main obscène à son meilleur ami. Lorsqu'elle reporta les yeux sur l'écran, Emily et Andrew étaient maintenant en train de se promener dans le centre du village en plein après-midi, une tasse à la main.

 

 

« Je parie 5 gallions qu'ils ne boiront même pas leur chocolat, affirma Rémus.

- Pari tenu, lui dit Peter.

- Oh non, Queudver, tu n'as donc rien retenu des autres films ? Ils ne le boivent jamais ! lui expliqua Sirius avant de soupirer lourdement. »

 

 

Et effectivement, ils ne le burent pas. Peter pesta alors que Rémus tendait la main vers lui, et l'instant plus tard, de grosses pièces d'or brillaient dans sa paume. Sur l'écran, Emily venait de glisser sur une plaque de verglas et s'était rattrapée in extremis à Andrew qui l'avait agrippée alors que leurs regards se croisaient.

 

 

« Evidemment, commenta James en lâchant un rire.

- Le classique glissé-rattrapé, ajouta Sirius en attrapant un popcorn qui traînait encore sur l'épaule de Rémus pour l'avaler.

- Embrasse la Andreeeew ! s'écria Peter.

- Mais non, Pete, c'est beaucoup trop tôt, intervint Lily qui se prenait au jeu, elle le trouve encore agaçant. Il faut lui laisser du temps. Et puis elle sort toujours avec Josh.

- Ils font un break, la corrigea James en s’ébouriffant machinalement les cheveux.

- Et Josh est stupide.

- Lily a raison, il faut d'abord qu'elle rompe avec Josh.

- Merci Rémus. »

 

 

Sirius lança un pop corn sur la jeune femme. Il tapa sur son front avant que James ne l'attrape habilement et ne le dépose soigneusement dans la bouche ouverte de Lily.

 

 

« Vous êtes répugnants, commenta le maraudeur en feignant une grimace dégoûtée.

- Ne fais pas attention à lui, c'est la jalousie qui parle, murmura James à Lily en souriant.

- Bien sûr que c'est la jalousie qui parle ! Tu m'avais dit que je serai toujours le seul ! lança dramatiquement Sirius, faisant rire les quatre autres.

- Il t'aime plus que moi, ne t'inquiètes pas. Il fait juste semblant quand je suis dans la même pièce, le rassura Lily en tendant le bras pour lui tapoter amicalement l'épaule. »

 

 

Ils échangèrent un sourire complice puis se tournèrent de nouveau vers la télévision. Emily et sa famille venaient d'enterrer le grand-père. C'était la veille de Noël et ils étaient tous un peu tristes. Une chorale frappa à leur porte pour entonner des cantiques et ils s'étreignirent en écoutant les enfants chanter, essuyant leurs larmes dès qu'ils eurent terminé. Ils avaient à peine refermé la porte qu'on frappa de nouveau. Emily ouvrit pour se trouver face à Josh.

 

 

« Oh Merlin, qu'est-ce que tu fais là, Josh ? Je croyais que tu ne supportais pas l'air de la campagne ?! s'énerva Sirius.

- Regardez-moi cet idiot. Il sourit alors qu'Emily et sa famille reviennent des funérailles ! pesta Peter. »

 

 

A la télévision, le jeune homme tendit un gros paquet à sa petite amie et se fraya un chemin à l'intérieur de la maison, embrassant les parents et la sœur d'Emily en leur adressant un « mes condoléances » qui sonnait faux. Pendant un moment, la jeune femme paraissait contente qu'il ait finalement décidé de venir, et puis après une journée, alors qu'ils se baladaient ensemble dans le centre ville et qu'elle semblait avoir oublié Andrew, ils se disputèrent une nouvelle fois. Josh critiquait constamment l'endroit, clamant qu'il n'y avait que de petites boutiques sans intérêt et aucune ambiance, insistant sur le fait qu'ils seraient mieux à New-York.

 

 

« Mais quel cauchemar ! lança Rémus.

- Rentre chez toooi Jooosh !

- Vas-y Emily, allez, sépare toi de ce troll ! l'encouragea Peter. »

 

 

Dès que la jeune femme brune déclara qu'il était temps pour son petit-ami de prendre son avion de retour, Sirius se mit à siffler bruyamment pendant que Peter brandissaient les poings en l'air. Aussi simplement que cela, Emily et Josh avaient rompu, laissant le champ libre à Andrew.

 

 

« Andrew va venir la consoler, c'est obligé, chuchota Lily, captivée.

- Je n'en sais rien. C'est un bon gars, je pense qu'il ne va pas vouloir tirer avantage de la rupture, répondit James.

- Je ne dis pas qu'il faut qu'il lui fasse visiter sa chambre tout de suite, mais juste qu'il devrait être là pour elle.

- Il n'y a rien de mal à se consoler avec un peu de sexe Evans, trancha Sirius avec un sourire en coin.

- Pour la millième fois, c'est Potter, rectifia t-elle. Et ensuite, Emily n'a pas besoin de ça maintenant.

- Tout le monde a besoin de ça à tous les moments de la journée, intervint Peter en frappant dans la main que Sirius lui tendait.

- Les gars, ce que Lily dit, c'est qu'il y a un temps pour tout. Là, Andrew ne serait pas mieux que Josh s'il profitait d'elle dans un moment de faiblesse, expliqua Rémus alors que James acquiesçait.

- Emily ne mérite pas ça, ajouta t-il alors que Lily le remerciait.

- Je dis juste qu'un petit rebond n'a jamais fait de mal à personne, sur-enchérit Sirius.

- Évidemment que non, lui accorda Lily, mais Emily est trop vulnérable pour l'instant et Andrew n'est pas qu'un rebond pour elle. Laissons-lui un jour ou deux. »

 

 

Sirius hocha la tête d'un air entendu alors qu'Emily était assise dans sa chambre, sur le rebord intérieur de sa fenêtre, à regarder la neige tomber dehors d'un air mélancolique. Lily en profita pour agiter sa baguette en direction de la cuisine ouverte, et deux minutes plus tard, de grosses tasses de thé et de chocolat chaud lévitèrent devant eux. Elle reçut presque une ovation des maraudeurs pour cette initiative.

 

 

La main gauche de James caressait toujours distraitement la nuque de Lily alors qu'une dense fumée s'évaporait de la tasse de chocolat qu'il tenait dans sa main droite, brouillant un peu leur vision de l'écran. Elle soupira d'aise. Il était la personne qu'elle aimait le plus sur cette terre, celle qu'elle connaissait le mieux, et les trois garçons autour d'eux étaient leur famille. Elle n'aurait pas voulu être autre part si on lui avait proposé tout l'or du monde.

 

A la télévision, trois jours s'étaient écoulés dans la vie d'Emily alors qu'elle envisageait de repartir chez elle, les fêtes de Noël étant terminées. Le village était toujours décoré et elle l'arpentait d'un air morose, observant avec détachement le grand sapin qui faisait face à la mairie et que tous les habitants avaient décoré ensemble, lorsqu'Andrew gara son pick-up rouge non loin de là.

 

Il commença à partir en direction de son bar, puis il se stoppa net en apercevant la jeune femme, debout devant le grand sapin, les mains de les poches de son manteau rouge et son bonnet blanc vissé solidement sur sa tête. Il trottina jusqu'à elle.

 

 

« Vas-y mon vieux ! Convaincs la de rester !

- Il va la demander en mariage ! Il va la demander en mariage ! s'écria Peter.

- Merlin, Pete, ils se connaissent à peine, le calma James.

- Il va juste l'embrasser sous la neige, c'est toujours comme ça, assura Rémus. »

 

 

Quelques secondes plus tard, après une discussion agréable et quelques regards langoureux, Andrew se pencha sur Emily et le lycanthrope lâcha un simple « voilà » quand leurs lèvres se frôlèrent brièvement.

 

 

« Ils n'ont même pas reparlé du chien, nota Sirius.

- C'est déjà terminé ? s'indigna Peter. Est-ce qu'il y en a un autre après ? »

 

 

James se pencha juste assez pour attraper le journal qui traînait sur la table, le parcourut des yeux à toute vitesse, puis il acquiesça. Les quatre garçons jetèrent un regard interrogateur à Lily qui leur adressa un sourire chaleureux avant de lancer :

 

 

« Allez, ce n'est pas comme si nous avions autre chose à faire. »

End Notes:

Coucouuuu !

J'espère que vous avez aimé cet OS. Personnellement, j'ai vraiment adoré l'écrire.

Joyeuses fêtes de Noël à vous tous et faites bien attention à vous :)

Tout irait bien by ECM

 

« Je suis trop bête. C'est peine perdue.

- Non Peter, tu n'es pas trop bête, affirma Lily Evans avec fermeté. Maintenant, reprends ta plume, et traduis ces phrases avec l'alphabet du livre. »

 

 

Cela faisait bientôt une heure et demie que la préfète en chef occupait une table de la bibliothèque avec Peter Pettigrow. Elle avait accepté de l'aider à remonter sa moyenne en étude des Runes mais le maraudeur ne cessait de se démotiver. Fort heureusement, elle était connue pour être têtue. Elle ne s'arrêtait jamais, et cette fois-ci ne ferait pas exception à la règle. Pettigrow aurait au moins un Efforts Exceptionnels cette année, et ce-même si elle devait sacrifier tous ces après-midi pour l'aider.

 

 

« Tu dis ça juste parce que tu es gentille, bredouilla t-il en trempant sa plume dans l'encrier.

- Je ne suis pas gentille, je suis juste réaliste et je sais que tu peux y arriver. »

 

 

Elle lui adressa un sourire encourageant et il se plongea de nouveau dans le bouquin ouvert devant lui. Plusieurs dictionnaires et autres manuels étaient éparpillés sur la table dont on ne pouvait même pas apercevoir la couleur. Devant Lily se trouvaient une grosse pile de parchemins ainsi que plusieurs plumes de toutes sortes, dont certaines en sucre qu'elle tendait au jeune homme tous les quarts d'heure. Sirius lui avait glissé l'astuce au déjeuner. Les maraudeurs avaient une faculté exceptionnelle pour travailler quand ils avaient des friandises à proximité.

 

 

« J'aurais dû prendre Soins aux créatures magiques comme les garçons, marmonna t-il en griffonnant quelques mots sur son parchemin.

- Tu as déjà peur des hiboux, je pense que tu as fait le bon choix, le taquina t-elle.

- Est-ce que tu as vu leurs serres ?! s'écria le garçon, s'attirant une remontrance de la bibliothécaire à laquelle il bafouilla une excuse. »

 

 

Lily lâcha un rire discret avant de pointer son parchemin du doigt d'un air plus autoritaire pour lui faire signe de continuer à travailler. Elle tournait les pages de son manuel de potion lorsqu'elle entendit la porte de la bibliothèque claquer et des rires suivre quand la bibliothécaire rouspéta les fautifs.

 

Mulciber, Avery, et Rogue s'apprêtaient à s'installer à la seule table libre, la plus proche de Peter et Lily, lorsqu'ils s'arrêtèrent et leur jetèrent un coup d'oeil mauvais. Le regard de Lily croisa celui de Rogue quand elle entendit l'un des deux autres lui dire « Il n'y a que cette place... On s'en va. Je ne veux pas être à côté d'une sang-de-bourbe ». Il ne répondit rien, n'acquiesça pas, mais il le suivit simplement et elle se détesta de ressentir toujours un pincement au cœur.

 

 

« Pourquoi est-ce que tu ne leur as pas retiré de point ? lui demanda le maraudeur lorsque les trois Serpentards eurent disparu.

- Je n'avais pas envie de commencer une nouvelle querelle de maisons ici. Parfois Peter, il vaut mieux ignorer. »

 

 

Elle était plongée dans son manuel mais elle sentait le regard de Pettigrow toujours vissé sur elle. Sa plume était suspendue au dessus du morceau de papier qu'il avait déjà bien rempli et il serrait son poing.

 

 

« Ils n'ont pas le droit de parler de cette façon. C'est grave, insista t-il.

- Je sais.

- Est-ce que tu veux que j'aille le dire à Dumbledore ?

- Ce n'est pas la peine, Peter.

- … Comme tu voudras, abdiqua le maraudeur.

- Et ne le dis pas à James non plus, s'empressa t-elle d'ajouter. Ni à Rémus. Et encore moins à Sirius. Je n'ai pas envie qu'ils terminent encore en retenue par ma faute.

- Ce ne serait pas de ta faute. C'est Avery qui...

- Peu importe, le coupa t-elle en faisant un geste de main désinvolte dans sa direction. Ils n'en valent pas la peine.

- James dirait que tu en vaux la peine.

- James n'est pas objectif.

- Je pense qu'il a raison.

- Tu n'es pas objectif non plus.

- Est-ce que quelqu'un est objectif ?

- Aucun de vous quatre, répondit-elle en lui lançant un sourire tendre. »

 

 

Il répondit de la même façon et une nouvelle fois, elle tapota son parchemin s'attirant un soupir ennuyé de la part du jeune homme. Elle aimait les dimanches après-midi, surtout en automne. La bibliothèque lui semblait toujours plus accueillante quand il faisait froid dehors ou qu'il pleuvait à torrent. Elle aimait le silence qui y régnait et l'odeur des livres. C'était probablement sa pièce préférée dans le château, particulièrement parce que c'était ici qu'elle avait trouvé des réponses à la plupart de ses questions sur le monde sorcier.

 

 

« J'ai terminé, annonça fièrement Peter après une vingtaine de minutes de labeur.

- Fais-moi voir ça... »

 

 

Elle tira doucement le parchemin vers elle, soulignant quelques erreurs, beaucoup moins qu'une heure plus tôt, et elle le lui rendit avec un sourire amusé.

 

 

« Alors ? demanda t-il.

- C'est vraiment mieux, Pete. Il y a des problèmes de tournures de phrases, mais pour ce qui est de l'alphabet, tu t'es jute trompé entre le E et le U à un seul endroit. Ce n'est pas trop grave, mais ça pose problème quand tu écris que... Elle s'interrompit pour tendre le cou vers le morceau de papier et reprendre. Je cite « Les Dieux sont parfois pénis par Zeus lorsqu'ils désobéissent. » Je pense que le mot était « Punis »

- Bouse. Ne répète pas ça aux garçons, ils se moqueraient de moi pour les dix prochaines années.

- Que de secrets aujourd'hui, commenta t-elle alors que le jeune homme rayait avec insistance la phrase que Lily venait de prononcer. Allez, encore quelques traductions et on arrête.

- Sinon, on peut terminer tout de suite, proposa Peter sans grand espoir.

- Non. Tu dois avoir tout bon. »

 

 

Le garçon soupira d'un air résigné, attrapa un petit et très vieux dictionnaire dont les pages étaient jaunies, et bientôt, sa plume gratta à nouveau son parchemin. Lily, elle, fouillait frénétiquement dans son manuel à la recherche de plus de précisions concernant la Potion de régénération sanguine, en vain.

 

 

« Ces bouquins sont vraiment incomplets, bougonna t-elle. Je reviens, je vais juste voir si je peux trouver quelque chose pour m'aider dans la section des potions. »

 

 

Peter hocha la tête pour toute réponse alors que Lily se levait pour aller dans le coin de la bibliothèque qu'elle fréquentait probablement le plus. Elle observa les tranches de plusieurs livres pendant de longues minutes, en feuilleta quelques uns sans succès, et sursauta lorsque l'un d 'eux lui souffla un énorme nuage de poussière à la figure quand elle l'ouvrit. Elle poussa un juron et se frotta les yeux.

 

 

« Langage, Evans ! »

 

 

Elle aurait souri si elle ne venait pas de se faire attaquer par un bouquin. Là, elle se contenta de bougonner quelque chose sans queue ni tête, et quand le rire de son interlocuteur lui parvint aux oreilles, ce fut comme s'il venait de prendre son cœur à pleines mains.

 

 

« Viens par là, Potter !

- Est-ce que tu essaies de m'attirer dans un coin sombre ? la questionna t-il avec un sourire malin.

- Sois sérieux une seconde, j'ai un problème.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? »

 

 

Là seulement, elle posa ses yeux sur lui tant bien que mal, battant des cils un peu contre sa volonté. Les mains dans les poches, il la fixait avec un intérêt qui trahissait largement ses sentiments. Elle sortait avec James Potter depuis trois semaines et c'était comme si le monde avait changé de couleur. Tout était plus brillant, plus vif, plus éclatant. Elle se sentait bien dans son corps pour la première fois de sa vie parce qu'elle savait à quel point il aimait tout en elle. C'était parfois un peu perturbant, mais ce n'était certainement pas la chose la plus difficile à vivre, bien au contraire.

 

 

« Je crois que j'ai quelque chose dans l'oeil, lui dit-elle en grimaçant et en clignant rapidement des yeux.

- Un iris. Tout le monde en a un Lily, ça va aller, plaisanta t-il.

- Espèce de troll.

- D'accord, d'accord, je vais regarder, ne bouge pas. »

 

 

Il se rapprocha d'elle à tel point que leurs visages se touchaient presque. Elle déglutit en sentant son parfum commencer à l'envelopper. Il n'en portait pas un en particulier, mais il sentait bon. C'était juste lui, son odeur naturelle et elle n'aurait même pas pu la décrire si elle l'avait voulu. Elle savait juste qu'en l'espace de quelques mois, elle était devenue son odeur préférée.

 

 

« Pas comme ça, les gens vont croire qu'on se tripote s'ils nous voient, lui dit-elle alors qu'il tenait sa tête droite pour mieux observer son œil rougi par les frottements qu'elle lui avait fait subir.

- Ça pourrait arriver, répondit-il avec une nonchalance feinte. »

 

 

Elle devina son sourire en coin et elle ne put retenir le sien. Elle vit son pouce et son index s'avancer vers son œil qu'elle ferma par réflexe, puis elle le sentit tirer un peu sur ses cils, et finalement, il brandit une minuscule saleté qu'il laissa tomber sur l'antique parquet de la bibliothèque. Elle murmura un discret « Merci » et jeta un coup d'oeil de chaque côté de l'allée avant de déposer un rapide baiser sur ses lèvres.

 

« C'est tout ce que j'obtiens pour t'avoir sauvé la vie ? s'indigna t-il.

- Toujours dans l'excès, répondit-elle après avoir pouffé. »

 

 

Elle se retourna pour attraper un nouveau livre sur l'étagère, et elle sentit son regard dans son dos et sur sa nuque. Il y avait quelque chose chez lui qui la rendait toujours un peu fébrile. Elle ne pouvait pas mettre le doigt dessus, c'était juste là. A chaque fois qu'elle se retrouvait dans la même pièce que lui, son cerveau se transformait en un gros et flasque pudding.

 

 

« Comment était l'entraînement ? lui demanda t-elle en feuilletant distraitement le manuel dont elle venait de s'emparer.

- Intéressant. McKinnon progresse vite, c'est impressionnant. J'aimerais juste que Sirius regarde les buts autant qu'il la regarde elle, conclut-il en souriant, faisant glousser Lily.

- Comment tu t'en sortirais, toi, si je jouais avec vous ?

- Parfaitement bien. Je peux faire plusieurs choses à la fois. »

 

 

Elle s'efforça de ne pas accorder d'importance à son regard de plus en plus insistant sur elle, et elle se saisit d'un nouveau livre. Elle tomba immédiatement sur une page concernant la potion de régénération sanguine, alors elle le referma d'un coup sec et le garda contre elle.

 

 

« Ou alors c'est parce que je ne te plais pas autant que Marlène plaît à Sirius... souffla t-elle d'un air faussement contrarié. »

 

 

Elle pivota et entama un pas vers le bout de la rangée lorsqu'il l'attrapa rapidement par le bras pour la ramener vers lui, un sourire espiègle pendu aux lèvres.

 

 

« Si tu savais ce que je pense maintenant tu ne dirais pas ça.

- Et qu'est-ce que tu penses ?

- Je ne sais pas si ce serait très professionnel de ma part de te le dire, je suis préfet en chef après tout. »

 

 

Il la rendait malade quand il faisait ce genre de chose, quand il flirtait avec elle sans détour et lui envoyait des sous-entendus qui avaient toujours un effet particulièrement perturbant sur elle. Ils s'étaient rapprochés, gardant toutefois une distance acceptable au cas où quelqu'un surgirait d'un côté où de l'autre de la rangée de livres, et Lily le fixa droit dans les yeux.

 

 

« Ça ne t'a pas arrêté la semaine dernière, quand tu m'as embrassée juste après la réunion des préfets, pointa t-elle, la bouche sèche.

- J'ai eu la décence d'attendre qu'ils soient partis.

- Tu as eu l'indécence de les mettre à la porte juste pour le faire, le corrigea t-elle en réprimant un rire.

- C'est toi qui as dit que tu préférais qu'on reste discrets, non ?

- Tu aimes ça.

- Évidemment. En plus il y a de l'argent en jeu, lui apprit-il.

- Pardon ? Est-ce que tu as parié sur notre couple ? s'enquit-elle en ouvrant la bouche, outrée.

- Pas sur notre couple, Merlin, je ne suis pas un mufle. Sirius pensait juste qu'on ne tiendrait pas une semaine sans se faire attraper. Il a dit qu'il voulait bien me donner un gallion par jour jusqu'à temps que quelqu'un nous surprenne. Comme tu peux l'imaginer, je commence à me faire une petite fortune, expliqua t-il avec une étincelle espiègle dans le regard.

- Et pourquoi est-ce que je ne touche pas cinquante pourcent du butin ?

- Evans, Evans, Evans... Je te livre quelques confidences sur mon argent et tu commences déjà à essayer d'en profiter, plaisanta t-il.

- Pourquoi crois-tu que je sorte avec toi, Potter ? Pour ton joli visage ? se moqua t-elle en haussant les sourcils. »

 

 

Il se mit à rire avant d'inspirer profondément, de balayer l'allée du regard, et de faire un pas de plus dans sa direction. Elle avait vraiment envie qu'il l'embrasse maintenant, mais il n'en fit rien. Il se contenta de faire brièvement glisser sa main le long de son bras jusqu'à prendre le livre qu'elle tenait dans ses mains et d'en lire le titre à voix basse, avant de lâcher un « Passionnant » très ironique qui lui fit lever les yeux au ciel.

 

 

« Alors... A quoi tu penses ? reprit-elle en se dandinant d'un pied sur l'autre.

- Je te l'ai dit, ce n'est pas professionnel. Tes oreilles chastes ne s'en remettraient pas.

- Mais je ne veux pas m'en remettre, protesta t-elle, le faisant rire une nouvelle fois. »

 

 

Il soupira et recula pour se caler contre les étagères de livres. Ses yeux bruns toujours vissés aux siens dévièrent rapidement sur sa bouche. Elle récupéra son manuel sans qu'il n'y oppose de résistance et le serra contre elle.

 

 

« Ce n'est pas comme si on en avait déjà parlé. Je n'ai pas envie de te mettre mal à l'aise.

- Oh James s'il te plaît, tu vis pour me mettre mal à l'aise, rétorqua t-elle en pouffant.

- Pas comme ça, déclara t-il très sérieusement.

- Dis-moi. »

 

 

Il jeta un nouveau coup d'oeil vers l’extrémité de l'allée et plongea nerveusement sa main dans ses cheveux noirs. Elle était amusée par sa soudaine retenue, et elle avait une petite idée de ce qui se passait dans sa tête parce que cela se passait dans la sienne aussi.

 

 

« Je pense à toi et moi. Ici. J'y ai pensé plusieurs fois. Merlin. Cent fois. J'ai envie de toi. Je ne veux pas précipiter les choses, je pourrais attendre toute l'éternité si tu le souhaitais... J'ai juste... Tu m'as demandé, voilà, souffla t-il à voix basse pour être sûr que personne ne l'entendait. »

 

 

Il la fixait de nouveau et elle n'arrivait pas à s'arrêter de sourire. Elle fit deux pas vers lui, se mit sur la pointe des pieds, noua ses mains derrière sa nuque et l'embrassa. Il ne se fit pas prier pour répondre à son baiser et elle était positivement certaine que si un adulte les surprenait à ce moment précis, ils passeraient la semaine suivante en retenue, mais ça n'avait soudainement aucune importance.

 

C'était toujours pareil avec lui. Enfreindre le règlement de cette façon avait quelque chose de grisant, excitant, et elle comprenait exactement cette espèce d'impuissance qu'il ressentait face à son envie insoutenable de lui retirer ses vêtements. Elle la ressentait aussi.

 

 

« Je crois qu'on devrait retourner voir Peter avant de se faire renvoyer définitivement tous les deux, l'arrêta t-il d'une voix faible alors qu'elle avait entreprit de passer une main sous son pull et qu'il remontait dangereusement ses doigts le long de ses cuisses. »

 

 

Elle se racla légèrement la gorge et acquiesça, détournant ses yeux des siens pour les reporter vers le bout de l'allée. Alors qu'ils arrivaient bientôt à leur table, elle se pencha très légèrement vers lui.

 

 

« Moi aussi j'ai déjà pensé à ça, ici, avec toi, chuchota t-elle avec une pointe de désespoir dans la voix.

- Merlin, Lily, ne me dis pas ça, répondit-il sur le même ton alors qu'ils se rapprochaient de Peter qui était maintenant accompagné de Sirius et Rémus.

- Désolé. Tu crois qu'il y a moyen d'entrer par effraction ici après le couvre feu ? »

 

 

S'il s'était efforcé de garder les yeux rivés sur ses meilleurs amis jusque là, cette fois, il les braqua directement sur elle. Deux grosses billes noires la fixaient avec incrédulité, fascination, et excitation, et elle avait envie de rire tant il semblait surpris par sa requête.

 

 

« Je n'arrive pas à savoir si tu te moques de moi ou pas, admit-il un peu penaud.

- La réponse est non, lui dit-elle sur un ton égal alors qu'ils se rapprochaient de leurs amis.

- Dans ce cas, ma réponse est oui. Clairement oui.

- Parfait Potter, je te laisse gérer, conclut-elle. »

 

 

Elle lui adressa un dernier sourire discret avant qu'ils ne s'asseyent avec leurs amis. Peter avait terminé ses runes et était à présent en train de réviser son Histoire de la magie avec les deux autres garçons. Lily laissa lourdement tomber son manuel sur la table et en tourna distraitement les pages en essayant de retrouver un rythme cardiaque approprié lorsque Sirius prit la parole.

 

 

« Eh bien Evans, pour quelqu'un qui connaît la section des potions sur le bout des doigts, tu as mis un temps fou à trouver ton bouquin, déclara t-il sur un ton innocent qui ne la trompa pas.

- Taquine moi tant que tu veux, Black. Maintenant que je sais tout de votre petit pari, je vais vouer mon existence à te piller, répliqua t-elle avec un sourire narquois.

- Tu es le diable en personne, déclara t-il après avoir jeté un bref regard dépité vers son meilleur ami. »

 

 

Dès qu'ils avaient commencé à sortir ensemble, James et Lily s'étaient mis d'accords pour n'en parler qu'à leurs plus proches amis. Les choses étaient compliquées pour eux deux, chacun sous les projecteurs d'une façon ou d'une autre, ils n'étaient simplement pas prêts à gérer les rumeurs et les murmures, ils voulaient juste profiter de leur petit secret ensemble. Ils savaient que cela ne durerait pas éternellement mais pour le moment, c'était ce qui leur convenait.

 

 

« Tu n'en as plus pour longtemps à mon avis. Les préfets parlent entre eux, leur confia Rémus.

- Il serait temps ! Trois semaines que ça dure ! Heureusement que ce sont ces idiots aveugles qui surveillent les couloirs, sinon je ne pourrais pas me promener à ma guise, marmonna Sirius.

- James nous a fichu dehors avec un peu trop de précipitation à la dernière réunion, ça va jouer en ta faveur, reprit Rémus en souriant, fortement amusé par la situation.

- Je te l'avais dit ! s'exclama Lily à voix basse en direction du jeune homme.

- Je n'y peux rien ! protesta t-il avant de se tourner vers Peter et Sirius et de poursuivre. Barnabas Cuffe n'arrêtait pas de faire des remarques sur notre incompétence... Lily a fini par lui dire que Dumbledore l'aurait probablement nommé préfet en chef à notre place s'il avait su faire ses lacets avant sa troisième année. Ça m'a fait de l'effet. »

 

 

Peter gloussa et Sirius sembla s'étouffer avec sa salive. Il poussa un rire si sonore que la bibliothécaire le menaça de contacter ses parents.

 

 

« Allez-y, ça peut être drôle, l'encouragea t-il. Et s'il vous plaît, dîtes leur aussi que vous m'avez vu fricoter avec une fille de moldus. Une gryffondor de préférence. Ils vont adorer. »

 

 

La vieille dame marmonna des phrases inaudibles pendant quelques minutes et disparut derrière les étagères, en direction de la réserve alors que Sirius arborait un sourire fier qui fit rouler les yeux à Lily.

 

 

« J'aurais tellement aimé voir la tête de Cuffe, reprit-il.

- Ça valait tous les gallions du monde, déclara Rémus avec un sourire.

- Ces serpentards sont vraiment des trolls, commenta Peter en posant les yeux sur Lily. »

 

 

Elle savait à quoi il pensait. Elle lui jeta un regard dissuasif, mais James le surprit et elle le vit froncer les sourcils.

 

 

« Qu'est-ce que c'était, ça ? les interrogea t-il.

- Hein ? Quoi ? bafouilla Peter.

- Ça. Vous vous êtes regardés.

- Est-ce que c'est interdit, maintenant ? l'interrogea Lily en clignant rapidement des yeux.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda t-il en ignorant délibérément sa question.

- Rien ! s'empressa t-elle de répondre un peu trop sèchement pour que ce soit honnête.

- Bon, d'accord, donc c'est Rogue, souffla t-il en s'enfonçant dans sa chaise.

- Pourquoi est-ce que tout de suite, ce serait lui ?

- Parce que tu t'énerves toujours quand c'est Rogue, répondit-il avec une pointe d'amertume. »

 

 

Elle poussa un soupir agacé. Lui aussi. Sirius, Rémus, et Peter trouvèrent soudainement beaucoup d'intérêt à leurs parchemins. A quelques mètres d'eux, une table de poufsouffles commençaient à jeter des coups d'oeil dans leur direction et cela contraria Lily encore plus.

 

 

« Je ne suis pas énervée. Je ne comprends juste pas pourquoi il faut toujours que tu saches tout, murmura t-elle discrètement en faisant mine de lire son manuel.

- Très bien, ne me le dis pas. J'ai l'habitude des secrets quand il s'agit de lui de toutes façons.

- Est-ce que tu te fiches de moi ?! grinça t-elle entre ses dents. S'il y en a un de nous  qui a l'habitude que l'autre lui cache des choses, ce n'est certainement pas toi. »

 

 

Cette fois, elle vit Sirius lever très légèrement les yeux de son parchemin pour croiser le regard de James. Elle faisait clairement allusion à leurs mystérieuses escapades avec Rémus. Elle savait que ce dernier se transformait en loup-garou une fois par mois, mais elle n'avait aucune idée du rôle des trois autres dans l'affaire. Ils étaient juste mystérieusement absents toute la nuit. Sirius se racla un peu la gorge et fit un signe de tête à James qui signifiait que Lily n'avait pas tort. Elle l'aurait remercié si elle n'avait pas été autant agacée par son petit-ami. Maintenant, elle était énervée.

 

 

« Tu n'es pas juste, chuchota James sur un ton plus doux.

- Toi non plus, répondit-elle aussitôt. Je sais à quel point ça t'affecte quand il me dit quelque chose, je ne veux pas que tu y penses, c'est tout.

- Lily... souffla t-il alors que sa main se posait sur sa cuisse sous la table.

- Ce n'était même pas lui, admit-elle finalement en soupirant. C'était Avery. Rogue et Mulciber étaient juste là. Et ils ne se sont pas adressés directement à moi. C'était juste... La même chose que d'habitude, et peu importe. Je n'ai pas envie d'en faire toute une histoire.

- Mais tu...

- S'il te plaît, insista t-elle en posant sa main sur la sienne sous la table. »

 

 

Et juste comme cela, la discussion était close. Elle se doutait bien que le débat n'était pas éternellement terminé, qu'il arriverait probablement des tas de choses étranges à Avery, Mulciber, et Rogue toute la semaine, mais elle ne voulait pas y penser maintenant. Elle était en train de recopier les ingrédients nécessaires à la potion de régénération sanguine lorsqu'un raclement de gorge leur fit tous lever la tête d'un même mouvement vers l'une des poufsouffles qui les observait un peu plus tôt.

 

 

« Excusez-moi. Je voudrais juste... Potter, est-ce que je peux te parler ? demanda Gladys Goujon.

- Hum... Oui, bien sûr, répondit-il en se levant après avoir discrètement retiré sa main de la cuisse de Lily. »

 

 

Cette dernière les suivit du regard jusqu'à ce qu'ils ne disparaissent du côté de la section juridique, celle où personne n'allait jamais. Il y eut un bourdonnement sourd dans sa tête quand ils furent hors de vue et elle serra la mâchoire sans vraiment s'en rendre compte.

 

 

« Jalouse, Evans ? la taquina Sirius.

- De Gladys Goujon ? S'il te plaît, respecte moi, Black.

- Elle est très jolie, intervint Peter.

- Oh je ne dis pas le contraire. Je dis juste que le pied de table a probablement plus de répondant qu'elle, c'est tout.

- Quelle méchanceté Evans, tu ne m'as pas habitué à ça ! s'exclama Sirius en prenant un air choqué. »

 

 

Elle haussa les épaules et essaya tant bien que mal de se re-concentrer sur son travail de potion, en vain. Elle relut la même phrase une dizaine de fois sans réussir à la comprendre, et James mettait beaucoup trop de temps à réapparaître. Sa jambe commençait à bouger nerveusement sous la table et le regard appuyé de Rémus n'arrangeait rien.

 

 

« Je suis sûr que c'est juste une question de quidditch, lui dit-il.

- Peu importe, répondit Lily sur un ton faussement détaché alors qu'à son grand soulagement, James et Gladys surgirent de la rangée dans laquelle ils avaient disparu. »

 

 

La jeune femme s'empressa de rejoindre ses amies qui semblèrent l'assaillir de questions. Lily était très calme la plupart du temps, mais depuis qu'elle était avec James, elle avait du mal à contrôler le sentiment désagréable qu'elle ressentait à chaque fois qu'elle le voyait parler avec une autre fille. D'ailleurs, elle ne le gratifia même pas d'un regard quand il se posa de nouveau à côté d'elle, mais elle entendit de vagues murmures autour de la table et elle devina que les garçons discutaient à toute vitesse, et puis après quelques secondes de silence, James poussa un morceau de parchemin dans sa direction.

 

 

« Tout va bien, Evans ? »

 

 

Elle le retourna et griffonna un simple et concis « Non » à l'arrière avant de le lui rendre. Il l'observa sans rien dire, et elle le vit déchirer un nouveau parchemin.

 

 

« Elle voulait aller à Pré-au-Lard avec moi samedi prochain. Je lui ai expliqué que j'avais quelqu'un d'autre en tête que j'aimais vraiment. »

 

 

Elle était agacée mais elle savait que c'était aussi un peu de sa faute. Si les choses avaient été officielles entre eux, ils n'auraient probablement plus besoin de gérer ce genre de problème. Elle soupira et sa plume gratta sur le verso du papier.

 

 

« Je déteste ces moments là. »

 

 

Elle l'entendit déglutir en lisant le morceau de parchemin. Il se tendit un peu à côté d'elle, et bientôt, un nouveau message atterrit sur son manuel de potion.

 

 

« Je peux renoncer à la fortune de Sirius, tu sais. »

 

 

Elle esquissa un sourire et se perdit dans ses réflexions. Elle savait ce qui les attendait si elle acceptait, et ce serait bien pire qu'une petite crise de jalousie à cause de Gladys Goujon. Il ne faisait pas bon pour une fille de moldus et un sang-pur d'être en couple en ces temps de guerre, et elle avait besoin d'avoir la certitude qu'elle le protégeait de cela au moins pour le moment. C'était plus important que n'importe quelle infime crainte qu'elle aurait pu avoir concernant une autre fille. Elle avait confiance en lui, après tout.

 

 

« Parfois je voudrais juste être seule avec toi. »

 

 

Sa main gauche n'était plus très loin de la sienne sur la table, et elle sentit son petit doigt commencer à la caresser discrètement. Les piles de manuels les dissimulaient assez pour qu'il puisse se permettre cet infime contact. C'était une maigre consolation, mais c'en était une quand même.

 

« Tes désirs sont des ordres Evans. Laisse-moi juste m'organiser. » Fut sa dernière réponse. Ensuite, il se leva, faisant légèrement racler sa chaise sur le sol, et rangea calmement ses propres parchemins dans son sac alors que les trois autres garçons lui jetaient des regards interrogateurs.

 

 

« J'avais oublié. Rendez-vous avec Dumbledore pour des problèmes avec les préfets de Serpentard, mentit-il. »

 

 

Lily était certaine que les autres maraudeurs n'y croyaient pas une seule seconde, mais ils hochèrent tout de même la tête et lui adressèrent un sourire sans poser de question. James ne leur mentait jamais, à part quand il s'agissait de Lily. Elle leva des yeux curieux vers lui, et il lui pressa brièvement l'épaule.

 

 

« Toi, reste ici, lui dit-il. Je me charge de tout. On se retrouve au dîner. »

 

 

Elle eut envie de le retenir mais avant qu'elle n'ait pu esquisser le moindre geste dans sa direction, il avait déjà balancé son sac sur son épaule et rangé sa chaise. Elle le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse derrière la porte de la bibliothèque et puis elle poussa un long soupir.

 

 

« C'est quoi ce devoir, Lily ? la questionna Rémus en essayant de lire son parchemin à l'envers.

- C'est juste une potion sur laquelle je travaille avec le professeur Slughorn, expliqua t-elle.

- Excuses-moi ? Tu fais des recherches en plus de la tonne de devoirs qu'il nous donne déjà ? Est-ce que tu trouves du plaisir dans la souffrance ? la questionna Sirius.

- J'aime bien ses cours, répondit-elle en haussant les épaules. Je vais travailler un peu avec lui le dimanche matin, il me montre quelques astuces et on réfléchit à créer une potion qui combinerait la régénération sanguine et la régénération dermique et épidermique.

- Merlin Evans, est-ce que tu cherches à me filer une migraine ?

- 'Pas étonnant qu'on ne puisse pas rivaliser en cours, grommela Peter.

- Si vous vous leviez avant midi, peut-être que vous le pourriez, lui fit-elle remarquer.

- Un maraudeur a besoin de sommeil, trancha Rémus avant de bailler longuement, s'attirant un regard amusé de Lily. »

 

 

Dès qu'elle eut terminé de rédiger un résumé des quelques points sur lesquels son professeur lui avait demandé de se pencher, elle laissa les maraudeurs entre eux pour rejoindre Mary MacDonald et Marlène McKinnon dans la salle commune. Elles étaient toutes les deux assises dans le canapé, une tasse de thé fumante à la main, et elles semblaient en pleine session de confidences.

 

 

« Tiens, Lily. On vient de voir passer ton prince charmant, lui apprit Marlène en lui adressant un clin d'oeil.

- Moins fort, Marly, lui intima t-elle alors que des cinquièmes années jouaient à la bataille explosive à quelques mètres de là.

- Il avait l'air pressé. Je ne sais pas si tu veux le savoir, mais il est monté dans son dortoir et en est redescendu un peu plus tard avec un son sac, une vieille cape, et un truc qui ressemblait à une carte bizarre.

- Il prépare sûrement quelque chose avec Black... chuchota Mary MacDonald.

- Sûrement, souffla Lily avant de se faire une place à côté d'elle. J'ai entendu dire qu'il a oublié l'existence des buts maintenant que tu es dans l'équipe, ajouta t-elle à l'adresse de Marlène.

- Potter ?

- Black, corrigea Lily.

- J'espère bien. Je me suis entraînée tout l'été juste pour qu'il me remarque.

- Tu n'avais pas besoin de te donner autant de mal... il aurait suffi que tu enlèves le haut en plein milieu de la salle commune, lui fit remarquer Mary en riant. »

 

 

Elle proposa sa tasse à Lily qui avala une gorgée du liquide fumant avant de la lui rendre. Les trois jeunes femmes s'étaient trouvées ensemble dans un compartiment du Poudlard Express le premier jour de leur première année, et elles ne s'étaient plus jamais quittées. Lily songeait parfois que c'était drôle comme le hasard faisait bien les choses. Elles ne venaient pas du même milieu et avaient des caractères bien différents. C'était presque un miracle qu'elles se soient rencontrées.

 

 

« Gladys Goujon a proposé un rendez-vous à James tout à l'heure, leur confia t-elle en grimaçant.

- Ah ! Tu vois, je t'avais dit qu'elle le regardait en Métamorphose ! s'exclama Marlène en faisant un geste vers Mary.

- Qu'est-ce qu'il a dit ?

- Non, bien sûr, répondit Lily, mais ça m'a vraiment contrariée.

- Eh bien peut-être que si vous décidiez de vous bécoter au grand jour, il n'y...

- Je sais ce que tu vas dire, la coupa la préfète en chef, et on y viendra peut-être mais pour l'instant... Je ne suis pas prête à lui faire risquer quoi que ce soit juste pour mes beaux yeux. »

 

 

Mary hocha la tête d'un air convaincu. Marlène, elle, esquissa une grimace et leva les yeux au ciel. Elles passèrent la fin d''après-midi à parler de tout et de rien, mais principalement de la guerre et de ce qui allait se passer pour elles quand elles quitteraient Poudlard, et Lily fut soulagée quand elles se dirigèrent vers la Grande Salle pour aller dîner.

 

Discuter avec les filles de ses angoisses était une bonne façon de constater à quel point elles vivaient les choses de la même façon et cela les rassurait toutes d'une certaine façon, les laissant vidées. Maintenant qu'elles avaient verbalisé toutes leurs craintes de la journée, elles voulaient juste profiter de la soirée.

 

Elle s'assit à côté de Marlène après avoir jeté un coup d'oeil à toute la table. Les maraudeurs n'étaient pas encore arrivés, mais la relève était assurée car quatre filles de première année étaient en train de faire léviter une cuillère de petits pois en direction de la table des serpentards. Elle attira leur attention d'un simple geste de la main avant de pointer son index sur son propre badge de préfète en chef. Aussitôt, la cuillère tomba sur le sol en pierres dans un bruit métallique et les quatre petites gryffondors eurent l'air profondément ennuyées.

 

 

« Pourquoi est-ce qu'il faut toujours que tu tues l'ambiance, Evans ? »

 

 

Elle aurait difficilement pu passer à côté de la pointe de provocation dans la voix de James et du plus arrogant des sourires alors qu'il s'asseyait en face d'elle, le reste de sa bande le suivant de près. Le visage des premières années s'illumina comme s'il était le sauveur et Lily roula les yeux.

 

 

« Parce que je ne peux pas compter sur toi pour être un préfet décent, visiblement, rétorqua t-elle en retenant un sourire suffisant avec un self contrôle légendaire.

- Ah ! Ne fais pas comme si tu n'aimais pas quand je suis indécent Evans. »

 

 

Elle leva la tête de son assiette et le fixa droit dans les yeux en collant sa jambe à la sienne sous la table. Quiconque l'aurait regardée à ce moment là aurait cru qu'elle était profondément agacée mais elle savait que James, lui, n'avait aucun doute sur ce qu'elle ressentait vraiment.

 

 

« Est-ce que je peux manger ou est-ce que tu veux réussir l'exploit de me faire vomir le ventre vide ? lâcha t-elle, faisant glousser les quelques élèves autour d'eux qui entendaient la querelle.

- Pourquoi es-tu si méchante ? je croyais qu'on était amis maintenant ?

- Ce n'est pas parce que je l'ai dit une fois que je ne peux pas le retirer, pointa t-elle avec justesse. »

 

 

Il grimaça et s'apprêta à répondre, mais Sirius tira sur son bras pour lui montrer, hilare, son dernier méfait. Chaque serpentard qui passait les portes de la Grande Salle se retrouvait subitement à glisser sur le sol comme s'il avait été une patinoire. Ils se rattrapaient à ce qu'ils pouvaient, parfois à d'autres élèves, entraînant des chutes en cascade.

 

Lily retint un soupir las et commença à se lever pour tenter d'enrayer le maléfice, mais le professeur McGonagall passa devant elle à toute vitesse en lui faisant signe de se rasseoir. Elle ne put réprimer un sourire quand elle vit Avery faire une telle glissade qu'il retomba directement dans le plat de purée de citrouille de leur table et elle songea qu'elle devrait peut-être remercier Sirius pour cette fois-ci.

 

James, en face d'elle, s'efforçait de ne pas paraître satisfait mais au fond, elle savait qu'il jubilait. D'autant plus lorsque Rogue avança ridiculement jusqu'à sa table, une expression constipée figée sur son visage froid. Elle le vit se mordre les lèvres pour ne pas rire et elle n'avait pas envie de lui donner la satisfaction de la voir esquisser un sourire discret aussi, alors elle se tourna vers Marlène.

 

 

« J'ai terminé le tutorat avec Pettigrow cet après-midi, est-ce que tu veux que je t'aide pour la Défense contre les forces du mal après ? »

 

 

James lui donna un petit coup de pied sous la table alors que Marlène commençait à lui répondre, et il secoua discrètement la tête de droite et gauche, articulant un silencieux « non » qu'elle saisit aussitôt.

 

 

« … Alors si tu as une heure devant toi, ce serait avec plaisir, termina sa meilleure amie alors que Lily clignait des yeux, un peu coupable de ne pas l'avoir écoutée.

- Oh bouse... Marly, je viens de me souvenir que je travaille avec Slughorn ce soir, inventa t-elle en grimaçant.

- Encore ? Est-ce que tu n'y étais pas déjà ce matin ?

- Si, mais il veut terminer cette potion rapidement, lui mentit-elle avec une aisance qui la surprit elle-même. Je dégagerai du temps pour t'aider demain, promis, s'empressa t-elle d'ajouter avec culpabilité.

- Deal, accepta Marlène en lui jetant un sourire éblouissant. »

 

 

Elle évita délibérément le regard de James pendant le reste du repas, mais elle resta un peu plus longtemps que d'habitude avec les filles à la table, soucieuse de se faire pardonner du mensonge que Marlène ne savait même pas qu'elle avait prononcé.

 

Les maraudeurs étaient déjà partis depuis une bonne vingtaine de minutes lorsqu'elle décida qu'il était temps d'aller retrouver James. Elle s'excusa auprès des filles et se hâta de traverser les couloirs du château. Elle venait de passer devant le grand miroir du quatrième étage lorsque des doigts se refermèrent sur son poignet et la tirèrent en arrière.

 

Elle émit un hoquet de surprise étouffé par une large main sur sa bouche alors qu'elle venait de disparaître derrière le miroir. Un léger rire suivit d'un « chut » glissé à son oreille et d'une deuxième main crispée sur ses hanches la détendirent immédiatement alors qu'un groupe d'élèves passaient dans le couloir qu'elle venait d'emprunter.

 

 

« Une seconde plus tard, et nous nous faisions pincer, souffla t-elle après avoir retiré la main de James de son visage pour la garder dans la sienne.

- Ne t'inquiètes pas, j'ai le sens du timing. »

 

 

Ce passage secret était beaucoup moins étroit que celui derrière la sorcière borgne, et pourtant, James la gardait proche de lui et cela la fit sourire un peu. Elle aimait voir de ses propres yeux qu'il ne pouvait pas s'empêcher de la toucher.

 

 

« Et pourtant, tu ne peux pas arriver à l'heure à un simple cours, murmura t-elle alors qu'il observait le couloir, concentré.

- Est-ce que tu vas me donner des leçons de ponctualité alors que tu viens de proférer un odieux mensonge à l'égard de ta meilleure amie, Evans ? »

 

 

Elle avait de nouveau toute son attention et son sourire narquois lui donna l'impression d'avoir bu un peu trop de whisky-pur-feu. Elle lui pinça légèrement l'épaule et pouffa quand il poussa une exclamation outrée et à peine étouffée. Elle avait du mal à croire qu'ils aient réussi à se cacher jusque là.

 

 

« Tu as commencé à mentir quand tu as dit aux garçons que tu avais rendez-vous avec le professeur Dumbledore, pointa t-elle.

- Ça ne compte pas, ils savaient que je racontais des histoires pour préserver ton image.

- Oh, eh bien peut-être que Marlène savait que je lui racontais des histoires pour préserver TON image, répliqua t-elle sur le même ton.

- Mon image avait besoin d'être préservée il y a des années Evans, tu arrives bien trop tard, lui dit-il sur un ton attendri en lui caressant la joue. »

 

 

Elle leva les yeux au ciel et lui tapota doucement la main avant qu'il ne se retourne pour jeter un énième coup d'oeil dans le couloir. Elle aimait quand il l'appelait par son nom de famille. C'était quelque chose entre eux. Cela pouvait sembler impersonnel, mais il le faisait sonner de façon très personnelle. Elle ne savait pas bien comment il faisait ça, il avait juste une manière de prononcer son nom qui lui donnait toujours envie de l'embrasser de la façon la moins impersonnelle qui soit.

 

Elle s'appuya sur son épaule pour essayer de voir le couloir aussi, mais il était trop grand, alors elle abandonna simplement et glissa ses mains gelées sous son pull. Il sursauta légèrement, émit un rire étouffé, et posa ses doigts sur les siens pour l'arrêter.

 

 

« Qu'est-ce que tu essaies de faire ? l'interrogea t-il à voix basse sans pour autant quitter le couloir des yeux.

- … Rien ? tenta t-elle d'une voix innocente.

- Rien ? Vraiment ? répéta t-il avec amusement. »

 

 

Elle ne pouvait pas voir son sourire mais elle l'entendait clairement, et la façon que ses doigts avaient de se cramponner aux siens lui donnaient encore plus envie de se coller contre lui. Il sentait bon et elle aimait le simple fait d'être cachée avec lui dans un passage secret qu'ils n'avaient certainement pas le droit d'emprunter. Pour lui, c'était probablement la routine. Pour elle, c'était un peu plus excitant que cela.

 

 

« Un peu de patience, tu veux bien ? la sermonna t-il gentiment en retirant ses mains de sous son pull.

- Qu'est-ce qu'on attend ? murmura t-elle en esquissant une moue déçue.

- Que la bibliothécaire passe. Ça voudra dire que nous avons le champ libre... Plus ou moins. Elle ne devrait pas tarder. Tiens, prends ma cape. »

 

 

Elle se saisit de l'étoffe qu'il lui tendait et s'en recouvrit jusqu'à ce que seulement sa tête n'en dépasse, et elle patienta pendant ce qui lui sembla être des heures avant que les doigts de James ne cherchent les siens à tâtons. Elle souleva la cape pour le faire passer en dessous aussi juste avant qu'il ne pousse le miroir derrière lequel ils étaient cachés.

 

 

« C'est bon, elle se dirige vers la tour ouest, la voie est libre.

- Les préfets ne vont pas tarder à commencer leur ronde, lui fit remarquer Lily alors qu'ils se hâtaient vers la bibliothèque.

- Ne t'en fais pas pour ça. J'ai demandé à Jugson et Crockford de tourner ensemble ce soir.

- Et alors ? le questionna t-elle, perplexe.

- Et alors le seul endroit qu'ils vont inspecter avec minutie, c'est probablement le placard à balai du deuxième, répondit-il avec un sourire en coin.

- Ew, Crockford est vraiment tombée si bas ? murmura t-elle alors que James tapotait discrètement de sa baguette la poignée de la porte de la bibliothèque.

- C'est sûrement parce qu'elle a honte, qu'ils s'en tiennent aux placard à balais, si tu veux mon avis, répondit-il en la poussant rapidement avec elle dans la pièce avant de refermer derrière eux. »

 

 

Elle s'apprêta à répondre, et puis elle ferma la bouche en établissant soudain un étonnant parallèle entre James et elle, et Jugson et Crockford. Est-ce qu'il pensait, lui aussi, que la véritable raison pour laquelle ils ne devaient pas se montrer était parce qu'elle avait honte ?

 

 

« James ? l'interpella t-elle alors qu'il lançait un paquet de sorts sur la porte et allumait quelques chandeliers suspendus.

- Hmmm ?

- Tu sais que ce n'est pas pareil pour nous, n'est-ce pas ? »

 

 

Il s'arrêta presque aussitôt et se retourna vers elle, une expression profondément amusée sur le visage. La lumière était un peu orange et Lily fut surprise de constater que la pièce lui semblait plus chaleureuse que quand elle regorgeait d' élèves.

 

 

« Évidemment. Même si tu le voulais, tu ne trouverais pas de quoi avoir honte, rétorqua t-il en souriant.

- Parfait. Moi qui avais peur que ton ego soit blessé, je suis rassurée... Toujours la même énorme tête... marmonna t-elle en observant distraitement une rangée de livres. D'ailleurs, comment est-ce que tu sais que Jugson et Crockford s'envoient en l'air ?

- Sirius et moi les avons surpris la semaine dernière. Ce n'était pas beau à voir, répondit-il en se rapprochant d'elle.

- Et il a réussi à ne pas le hurler au monde entier ?

- Il les fait chanter, lui apprit James avec une totale décontraction.

- Pardon ?

- Ce n'est rien. Il leur demande juste de fermer les yeux quand ils le voient passer dans le couloir après le couvre feu.

- Tu es en train de me dire que non seulement nos préfets ne surveillent absolument rien, mais en plus ils sont victimes des magouilles de ton meilleur ami ? »

 

 

James pencha légèrement la tête pour réfléchir, puis il haussa les épaules et esquissa un sourire désolé qui lui fit rouler les yeux.

 

 

« Je suis en train de te dire que c'est grâce aux magouilles de mon meilleur ami que tu peux actuellement enfreindre le règlement avec moi sans crainte, pointa t-il en s'asseyant sur le bord de la table la plus proche d'elle. »

 

 

Elle abandonna son inspection des étagèrent de livre pour pivoter complètement vers lui, et elle le regarda ranger sa cape dans son sac qui contenait déjà la carte qu'il transportait presque toujours avec lui.

 

 

« Merlin, dans quoi est-ce que je me suis embarquée avec toi ? souffla t-elle en se passant une main sur le front.

- Tu aurais dû choisir le calmar géant au moment où tu hésitais encore. C'était pourtant évident.

- Je le voulais ! Il n'était pas libre. Tu es mon choix de dépit, le taquina t-elle.

- Moi qui croyais que tu commençais à m'aimer un peu, lui dit-il faussement déçu en lui attrapant habilement la main pour l'attirer vers lui. »

 

 

Son cœur fit une curieuse pirouette quand elle se retrouva debout entre ses jambes alors qu'il était toujours assis sur la table et qu'il entremêla ses doigts aux siens devant ses yeux, arborant un sourire qui ne lui disait rien qui vaille. Si seulement il savait à quel point elle était tombée amoureuse et à quel point elle tombait encore et encore à chaque fois qu'il la regardait de cette façon.

 

 

« Oh, Potter, je suis désolée, mais je te l'ai toujours dit. Tant que vous vivez tous les deux, tu ne pourras pas avoir mon cœur.

- Tu veux dire que je dois le tuer ? Quelle barbarie, Evans.

- Ou tu peux juste le laisser vivre et renoncer à moi.

- Ou peut-être que tu peux me laisser une chance. J'ai des qualités non négligeables qu'il n'a pas, tu sais ?

- Lesquelles, exactement ?

- Mon physique, déjà, répondit-il avant de passer sa main dans ses cheveux.

- Merlin, souffla t-elle en retenant un rire. Est-ce que c'est tout ?

- Tu m'accordes donc ce point là ?

- Je t'accorde le fait que tu ressembles moins à un mollusque que lui, le corrigea t-elle, le faisant éclater de rire. »

 

 

Il serra un peu plus sa main dans la sienne et elle réalisa à ce moment là qu'elle avait laissé ses doigts se promener machinalement sur sa cuisse. Elle était toujours étonnée de voir à quel point les choses se faisaient naturellement avec lui. Tout coulait de source, il n'y avait rien de gênant, aucun sentiment d'oppression, jamais. Il la mettait à l'aise.

 

Il déposa un baiser sur leurs mains entremêlées et elle se perdit dans la contemplation de son visage. Il n'était paisible que quand il était avec elle et elle aimait ça. Elle aimait qu'il lui réserve toute une partie de sa personnalité comme s'il voulait qu'elle soit la seule à le connaître entièrement. Il avait une façon de lui donner l'impression d'être spéciale qui la dépassait.

 

 

« Ne le répète pas à Sirius... Mais je crois que je préfère enfreindre le règlement avec toi, lui confia t-il en lâchant sa main seulement pour poser la sienne sur sa joue. »

 

 

Elle laissa échapper un rire et secoua légèrement la tête avant de coller son front au sien et de le regarder dans les yeux. Elle aimait pouvoir être ici avec lui sans craindre que quelqu'un ne les voit. Ces moments là étaient beaucoup trop rares et beaucoup trop brefs.

 

 

« Est-ce que tu es sûr que personne ne viendra nous déranger ?

- J'ai passé l'après-midi à m'en assurer, lui confirma t-il.

- Parfait, répondit-elle avant de l'embrasser. »

 

 

Ce soir là fut celui où elle réalisa que personne ne les séparerait jamais. Il y avait trop de sentiments et ils étaient hors de contrôle. Quand ils étaient ensemble, elle ressentait la même chose que quand elle respirait pendant un peu trop longtemps les vapeurs des potions dans le cachot. C'était planant. Peut-être qu'elle s'emballait un peu, peut-être que c'était simplement ce à quoi ressemblait un amour de jeunesse, mais une petite voix au fond d'elle lui criait que c'était lui et que c'était pour la vie.

 

Bientôt ils auraient leurs ASPIC, ils partiraient du château et arrêtaient de se cacher. Enfin. Ou peut-être que comme Rémus le prétendait, les préfets les démasqueraient avant, et dans ce cas là, les choses seraient certainement plus compliquées, mais elle savait qu'ils y arriveraient. Elle ferait tout pour lui et elle était positivement certaine que la réciproque était vraie. Ils se protégeraient mutuellement et tout irait bien. Oui, tout irait bien.

 

End Notes:

Coucou !

Bon, je vais vous avouer que je suis très en retard au niveau de mon écriture. Je n'arrive plus à trouver le temps et comme je vous l'ai déjà dit, quand j'ai le temps, j'ai pas toujours l'inspi ^^"

En tout cas, j'ai retrouvé cet OS là dans mon dossier donc je vous le mets en attendant en espérant qu'il vous plaira un peu ^^"

 

A bientôt :)

Les dettes by ECM

 

 

Ce jour là, Lily avait quitté le cours d'arithmancie avec précipitation, Severus Rogue sur ses talons. Ils avaient dû effectuer un travail en groupe et forcément, il avait fallu qu'elle tombe sur lui. Il y avait vingt deux autres élèves dans ce cours, et le professeur les avait mis ensemble. Son karma était mauvais, vraiment mauvais.

 

 

« Lily ! l'appela le serpentard à voix basse en accélérant le pas derrière elle. »

 

 

Elle ne répondit pas et poursuivit son chemin en direction du parc. Elle avait terminé les cours, il avait encore un rattrapage en Histoire de la magie. Normalement, leurs routes se séparaient ici, mais Severus ne l'entendait visiblement pas de cette oreille. Elle n'était même pas obligée de se retourner pour savoir que ce troll devait surveiller par dessus son épaule au cas où l'un de ses horribles amis le voyait avec elle.

 

Avery et Mulciber étaient dans le même cours d'Arithmancie, et ils avaient passé approximativement toute l'heure à lancer des plaisanteries à Severus, lui disant à quel point ils étaient navrés qu'il se retrouve avec elle, qu'il n'avait plus qu'à effectuer le travail tout seul puisque Lily, en tant qu'enfant de moldus (ils n'avaient pas utilisé ces termes) n'était pas apte à pratiquer une quelconque forme de magie, et toutes sortes d'autres remarques aussi infectes les unes que les autres.

 

A bout de nerfs après cinquante minutes d'intense concentration, Lily avait simplement fait éclater l'encrier de Mulciber qui avait taché leurs deux robes de sorcier. Les garçons s'étaient plaints auprès du professeur Vector, et elle avait écopé d'une retenue. Elle avait bien entendu avoué les faits, mais avait expliqué l'histoire entière en espérant ne pas être la seule à être sanctionnée. Avery et Mulciber avaient démenti, et quand le professeur s'était tourné vers Severus pour avoir sa version, il s'était rangé du côté de ses deux camarades.

 

Elle ne savait pas vraiment pourquoi elle avait été surprise sur le coup. Ce n'était pas comme si c'était la première fois qu'il insultait sa personne soit verbalement, soit en laissant les autres le faire devant lui. Ce n'était pas comme si c'était la première fois qu'il défendait ses amis aux mœurs douteuses. Ce n'était pas comme si c'était la première fois qu'il avait honte d'elle. Pourtant, ce jour là, ce fut comme si l'on venait de lui flanquer un énorme coup de livre en pleine tête. Elle avait saisi. Severus Rogue avait définitivement choisi son camp. Il ne changerait plus.

 

 

« Lily ! Je suis désolé ! chuchota t-il à toute vitesse en trottinant presque pour réussir à la suivre.

- Tu es désolé ?! s'exclama t-elle d'une voix forte en se retournant brutalement vers lui. »

 

 

Visiblement, il ne s'était pas attendu à un tel volume sonore, ni à ce qu'elle ne s'arrête net, puisqu'il la percuta presque et s'arrêta à seulement quelques centimètres d'elle. Elle vit ses yeux s'attarder sur sa bouche, elle poussa un soupir rageur, et il bafouilla quelque chose d'à peine audible.

 

 

« Je vais aller voir professeur Vector après les cours, je...

- Laisse tomber, le coupa t-elle sèchement. Je ne veux même pas de ton aide. Je veux juste que tu me laisses tranquille.

- Je ne pensais pas que tu aurais une retenue, je...

- Oh parce que tu crois que c'est ça le problème ? fulmina t-elle. Tu passes tes journées à t'entraîner à la magie noire avec tes petits camarades, tu es toujours derrière eux quand ils agressent les plus jeunes dans les couloirs, tu... Tu crois que je ne t'ai pas vu, la semaine dernière, quand tu attendais Mary MacDonald devant notre Salle Commune avec Avery juste pour te moquer d'elle ?!

- Quand Potter se moque des gens, tu ne lui dis rien, à lui, rétorqua t-il en prononçant le nom du capitaine de Quidditch de Gryffondor avec un tel dégoût que Lily recula d'un pas.

- Potter ne se moque plus de qui que ce soit depuis notre cinquième année, Severus, mais j'imagine que tu étais trop occupé à déchirer et fourrer dans ta cape les pages des livres les plus épouvantables de la Réserve de la bibliothèque pour t'en rendre compte ! »

 

 

Son ton était glacial, cassant, et le jeune serpentard déglutit, pris par surprise. La Réserve de la bibliothèque était connue pour être l'endroit où les livres aux sujets les plus sensibles se trouvaient. Les élèves avaient besoin de l'accord d'un professeur pour s'y rendre, mais Rogue avait réussi à nouer une relation presque amicale avec la bibliothécaire et elle le laissait déambuler où il le souhaitait sans vraiment s'en soucier.

 

 

« Tu croyais que je n'avais rien remarqué ? Est-ce que tu vas encore me parler de Potter pour te défendre où est-ce que tu es capable d'assumer tes actes sans pointer le doigt vers quelqu'un d'autre ? reprit-elle en fronçant les sourcils.

- Bien sûr, parce que saint Potter est parfait, lui ! pesta t-il.

- Oh, j'ai donc une réponse à ma question.

- Tu ne sais pas comment il est vraiment, tu... Tu l'aimes bien comme toutes ces idiotes parce qu'il se pavane devant toi et te dit ce que tu veux entendre, mais...

- Excuse-moi ? l'interrompit-elle d'une voix forte. Combien de fois comptes-tu me manquer de respect dans la même journée ? Je ne sais même pas pourquoi il a fallu que tu évoques James, ce n'était même pas à propos de lui. Qu'est-ce que tu as avec lui, à la fin ?!

- Je vous vois toujours tous les deux après les cours, à traîner dans les couloirs, lui dit-il comme s'il attendait des excuses en retour.

- Merlin, est-ce que tu m'espionnes ?! cracha t-elle avec colère. Nous sommes préfets, nous avons des rondes à faire ensemble !

- Ce n'est pas comme si tu te cachais ! A rire à ses blagues, à passer du temps avec Black, son sale cabot, et à...

- Je t'interdis de parler de Sirius de cette façon ! Et puis si tu voulais que je ris aux tiennes, Severus, tu n'avais qu'à être drôle au moins une fois, trancha t-elle. »

 

 

Elle se retourna rapidement, peut-être un peu trop parce qu'elle percuta de plein fouet le sujet même de leur conversation. Aveuglée par sa colère, elle marmonna une brève excuse et ne remarqua qu'il s'agissait de James que lorsqu'il prit la parole tout en la retenant par les coudes pour éviter qu'elle ne tombe à la renverse.

 

 

« Wow Evans, tout va bien ici ?

- Mêle toi de tes affaires, Potter, lui répondit Rogue avec le plus grand mépris dont il était capable. .

- Ne lui parle pas de cette façon, il ne t'a absolument rien fait, intervint Lily en lui jetant un regard furieux. »

 

 

James haussa curieusement les sourcils sans dire un mot et la jeune femme lui en fut profondément reconnaissante. Elle remarqua seulement à ce moment là qu'il tenait son balai à la main et qu'il portait son uniforme de quidditch. Elle l'adorait comme ça. Elle l'adorait tout le temps, mais spécifiquement dans cette tenue, et pendant une minuscule seconde, elle oublia presque la présence de Severus.

 

 

« Tu peux passer ton chemin, Potter. Evans et moi avons une discussion en cours, reprit froidement le serpentard.

- Oh non, Severus. Elle est terminée. Mais enfin, si tu veux encore parler de James, vas-y. Il est devant toi. Tu peux tout lui raconter à propos de ton obsession envers lui, je suis certaine qu'il a envie de savoir qu'à chaque fois que tu m'adresses la parole, c'est pour me parler de lui. Encore et encore. »

 

 

Cette fois, le serpentard vira au pourpre. Il secoua rageusement la tête et disparut en furie dans l'angle d'un couloir. Un pas derrière Lily, James laissa échapper un rire étranglé.

 

 

« Je peux mourir maintenant, je ne verrai pas mieux, dit-il avec un large sourire. »

 

 

Elle leva les yeux au ciel et commença à marcher lentement à côté de lui quand il lui fit un signe de tête pour lui indiquer qu'il se rendait dans le parc. Elle était encore trop énervée pour parler. Elle bouillonnait à l'intérieur et elle se remémorait à toute vitesse sa dispute avec Severus en regrettant de ne pas avoir dit telle ou telle chose.

 

Pourquoi fallait-il toujours qu'il ramène Potter sur le tapis ? Le problème, c'était le comportement qu'Avery et Mulciber avaient eu en cours, et James n'avait absolument rien à voir avec ça. Elle se demandait comment Severus s'y prenait pour faire perpétuellement en sorte que le capitaine de quidditch devienne le sujet de leur dispute.

 

 

« Alors Rogue a une obsession envers moi ? reprit James tout en s'amusant à jeter et rattraper un vif d'or devant lui.

- Pas maintenant, Potter. Laisse moi me calmer d'abord, et on en rigolera après, répondit-elle après avoir pris une profonde inspiration. »

 

 

Elle le vit hocher la tête du coin de l'oeil et elle continua à déambuler à côté de lui jusqu'à ce qu'ils n'atteignent les marches qui menaient vers l'extérieur. Elle avait initialement prévu d'aller s'installer sous le grand chêne pour faire son devoir de Métamorphose mais elle n'avait plus la tête à ça, elle aurait été bien incapable de se concentrer sur quoi que ce soit.

 

 

« Tu peux venir assister à l'entraînement si tu veux, lui proposa t-il en la voyant observer pensivement le parc.

- Je croyais que c'était strictement réservé à l'équipe, capitaine ?

- Je peux faire une exception, répondit-il en haussant les épaules. Et puis... J'ai besoin d'un batteur de plus aujourd'hui.

- Tu es au courant que je ne peux pas tenir un balai et une batte en même temps, n'est-ce pas ? l'interrogea t-elle en arquant un sourcil.

- Ne sois pas si dure avec toi-même, Evans. Si tu veux, tu peux le faire du sol.

- Je ne suis pas certaine de bien savoir viser.

- Si tes mots étaient des cognards, Rogue ressemblerait à une passoire à l'heure actuelle. Crois-moi, tu n'as aucun problème de précision, plaisanta t-il. »

 

 

Il lui arracha un sourire et l'expression de fierté qu'elle vit passer brièvement sur son visage à ce moment là lui provoqua un petit frisson. Ils se jetaient un coup d'oeil complice lorsque Sirius Black surgit derrière eux, balançant son bras droit sur les épaules de James, et le gauche sur celles de Lily.

 

 

« Evans ! Tu viens à l'entraînement aujourd'hui ?

- C'est notre nouvelle batteuse pendant une heure et demie, lui apprit James avec un sourire.

- Grandiose ! s'exclama l'autre. Ne vise pas mon visage s'il te plaît, j'ai rendez-vous à pré-au-lard avec McKinnon samedi ! »

 

 

Il lui tapota amicalement le bras puis les lâcha tous les deux pour aller rejoindre le reste de l'équipe au milieu du terrain. Lily ignora le haussement de sourcil suggestif que lui adressa justement Marlène quand elle la vit débarquer avec James. Elles étaient amies depuis assez longtemps pour qu'elle se soit rapidement rendue compte que le courant passait bien, très très bien, entre les deux préfets, et elle taquinait souvent sa camarade de chambre à ce propos. Lily, elle, ne démentait rien mais ne s'étendait pas non plus sur le sujet. Elle ne savait pas vraiment ce qu'il y avait entre eux, elle savait seulement qu'elle aimait passer du temps avec lui.

 

 

« Très bien, tout le monde est là, commença James. Comme vous le savez, le match contre Serpentard approche, et il va falloir retravailler la défense, et notamment les esquives. Ils seront vicieux, et nous devrons être habiles et rapides, c'est pour cette raison que nous allons bosser avec quatre batteurs aujourd'hui. Buckley et Howland gardent leur poste habituel et Lily et moi allons chacun prendre une batte aussi. »

 

 

Les joueurs buvaient ses paroles et acquiesçaient avec discipline à chacune de ses phrases. C'était comme s'il était né pour être capitaine. Lily trouvait toujours cela fascinant de voir ce qu'il avait fait de cette équipe. Gryffondor n'avait jamais été aussi soudée que depuis qu'il en était devenu le leader. Aucun membre ne remettait en cause ses paroles, mais Lily songea que c'était seulement parce qu'il prenait le temps d'écouter leurs idées avant chaque début d'entraînement.

 

 

« Peut-être qu'on pourrait tourner, après ? proposa Marlène. Je pense que leurs batteurs ne feront de cadeaux à aucun d'entre nous, on doit tous êtres préparés.

- Très bonne idée Marly, la complimenta t-il. Nous prendrons le premier tour et ensuite Sirius, Daisy, Dorcas, et toi passerez aux battes. Prêts ? »

 

 

Ils acquiescèrent tous et frappèrent le sol d'un coup de pied énergique avant de s'élever d'une quinzaine de mètres. Seul James resta sur la terre ferme. Il agita sa baguette en direction du vestiaire et une seconde plus tard, deux battes lévitèrent jusqu'à eux.

 

 

« Mets bien tes deux mains en bas, assure toi d'avoir une bonne prise, conseilla t-il à Lily.

- Et si je fais mal à quelqu'un ? s'inquiéta t-elle, le faisant sourire une nouvelle fois.

- C'est le but du jeu, Evans.

- Mais... Si je les fais tomber ?

- Ils ne tomberont pas. Ils ont l'habitude, lui certifia t-il. Ne retiens pas tes coups, d'accord ? L'équipe adverse ne le fera pas.

- Tu es sûr ?

- Tape comme si c'était la tête de Rogue. Tu vas voir, tu te sentiras beaucoup mieux après ! l'encouragea t-il avant de lancer trois cognards en l'air et de lui en tendre un autre. »

 

 

Elle eut à peine le temps d'ouvrir la bouche pour répondre qu'il s'était déjà envolé avec les autres. Quand elle le vit s'amuser à faire toutes sortes d'acrobaties avec Sirius, elle songea qu'elle avait été bien stupide d'imaginer une seule seconde pouvoir réussir à les viser.

 

Il lui avait laissé le cognard le moins coriace, mais il se débattait tout de même entre ses bras alors elle se dépêcha de le lâcher et enchaîna avec un puissant coup qui l'envoya au seul endroit où il n'y avait absolument aucun membre de l'équipe. Merlin, elle n'était pas douée à ce jeu là, mais James avait raison, c'était très libérateur.

 

De temps en temps, un membre de l'équipe renvoyait un cognard dans sa direction afin qu'elle tape de nouveau dedans, et plus les minutes passaient, plus elle était à l'aise. Ses tirs devenaient plus précis, et l'un des cognards frôla même l'oreille de Sirius Black à un moment.

 

 

« Wow Evans ! On avait dit pas le visage ! s'exclama t-il en se penchant sur son balai.

- Désolé ! s'écria t-elle d'en bas. »

 

 

Il lui fit signe que ce n'était rien et poursuivit son ballet aérien. Elle ne sut vraiment combien de temps elle frappa dans les cognards, mais elle insista pour continuer même quand ils échangèrent de poste. Sirius lui laissa sa place et continua à virevolter avec James. Ils étaient parfaitement inconscients. De temps en temps, ils se mettaient chacun debout sur leur balai et tentaient de voler le plus vite possible, leurs éclats de rire devaient probablement s'entendre à des kilomètres à la ronde. C'était à celui qui resterait en équilibre le plus longtemps. La plupart du temps, James l'emportait, mais il y eut une fois ou deux où Lily retint sa respiration en le voyant tomber, puis se rattraper in extremis au manche, son corps pendant dans le vide.

 

Les frayeurs qu'il lui faisait l'épuisèrent presque plus que la cinquantaine de coups de batte qu'elle asséna aux cognards cet après-midi là. Ils étaient presque arrivés au bout de l'entraînement lorsque la grosse balle se dirigea une nouvelle fois vers elle. Elle cramponna étroitement le manche une dernière fois et tapa aussi fort qu'elle le put.

 

Tout alla très vite. Buckley évita le cognard de justesse, Howland aussi, mais James, occupé à montrer à Marlène une toute nouvelle feinte, ne le vit même pas arriver et la balle lui percuta la cheville à une vitesse folle. Lily laissa brutalement tomber sa batte par terre alors que le capitaine poussait un juron sonore tout en descendant lentement sur la pelouse suivit des autres joueurs.

 

 

« Oh Merlin, Merlin, Merlin, je suis désolée ! répéta Lily en boucle en s'approchant de lui.

- C'est bon, c'est bon, on avait juste dit pas la tête, plaisanta t-il en descendant de son balai, grimaçant violemment quand il posa le pied à terre.

- Ca va James ? s'enquit Buckley.

- Sacré coup de batte, Evans. Qui aurait cru que tu avais ça en toi ? ajouta Daisy Hookum et Lily le prit presque comme une insulte.

- Oh bon sang, je suis vraiment désolée, reprit-elle en le voyant s'asseoir par terre pour vérifier sa cheville.

- Ah. C'est moche Evans, commenta Sirius Black. Je pense qu'il va falloir que tu l'accompagnes à l'infirmerie. »

 

 

Elle le vit échanger un bref regard avec son meilleur ami qui secoua presque imperceptiblement la tête alors que Sirius esquissait un sourire malin qui la rassurait plus ou moins. Cela devait vouloir dire que ce n'était pas SI grave. Pourtant, elle se sentait terriblement mal.

 

 

« Allez-y, on va ranger, leur dit Marlène en leur faisant signe de déguerpir. »

 

 

Lily tendit sa main au capitaine de l'équipe qui l'attrapa et bondit sur ses pieds avant de grimacer de douleur. Elle passa son bras autour de lui pour le soutenir sans vraiment y penser, juste parce que cela semblait être la chose à faire, et elle le réprimanda un peu lorsqu'ils commencèrent à avancer vers l'entrée du château.

 

 

« Appuies toi sur moi, pas sur ta jambe !

- Ça t'a peut-être échappé Evans, mais tu fais la moitié de ma taille, la taquina t-il.

- Je ne fais pas la moitié de ta taille, réfuta t-elle. Et si j'ai eu la force de te pulvériser la cheville, je devrais pouvoir t'aider à marcher jusqu'à Mme Pomfresh.

- Tu ne m'as pas pulvérisé la cheville. Je vais juste avoir un hématome, j'ai vu bien pire.

- Arrête de jouer au dur et appuies toi sur moi. Je me sens déjà assez mal de t'avoir blessé, laisse moi au moins essayer de me rattraper, trancha t-elle en resserrant son étreinte autour de lui. »

 

 

Il soupira et elle le sentit peser un peu plus sur elle. Elle savait qu'il se retenait encore, mais elle savait aussi qu'elle n'obtiendrait rien de plus de sa part. Il était au moins aussi têtu qu'elle. Ils eurent bien besoin de dix minutes pour atteindre l'infirmerie mais Mme Pomfresh prit James en charge très rapidement. D'après elle, un os s'était brisé sur le coup et Lily en fut malade.

 

 

« C'est très facilement réparable avec la magie vous savez, miss Evans, la rassura t-elle. Une potion et il devrait aller mieux demain matin.

- Tu vois, je te l'avais dit, rien de grave ! lança James, assis sur l'un des lits de l'infirmerie.

- Je t'ai brisé un os... souffla t-elle.

- Tu m'as brisé le cœur en cinquième année et tu n'en as pas fait tout un plat, plaisanta t-il. »

 

 

Elle sentit ses joues chauffer brutalement. C'était bien la dernière réflexion à laquelle elle s'attendait, et elle ne fut capable que d'une immobilité totale et d'un mutisme à la limite du ridicule. Elle pensait presque qu'il avait oublié à quel point elle l'avait éconduit deux ans plus tôt. A vrai dire, elle avait enterré ce souvenir très profondément dans sa mémoire avec la ferme intention de ne plus jamais y repenser. En cinquième année, tout était compliqué entre eux et leur relation à ce moment là n'avait rien à voir avec celle qu'ils entretenaient maintenant.

 

 

« Vous pouvez rentrer dans votre Salle Commune maintenant. Potter, revenez me voir demain afin que je vérifie que tout est un ordre, leur dit Mme Pomfresh avant de disparaître dans son bureau. »

 

 

Un silence embarrassant s'installa entre eux alors qu'ils parcouraient le chemin jusqu'à la tour Gryffondor. Elle le soutenait toujours et elle le lâcha seulement lorsqu'ils arrivèrent devant les escaliers du dortoir des garçons.

 

 

« Tu vas réussir à monter les escaliers ? s'enquit-elle alors qu'une curieuse distance s'était installée entre eux.

- Aucun problème Evans, tu peux y aller. On se voit plus tard, répondit-il en lui adressant un sourire qui la rassura un peu. »

 

 

Elle hocha doucement la tête et s'empressa de rejoindre son propre dortoir pour aller prendre une douche. Elle s'était tellement focalisée sur James qu'elle ne réalisa à quel point ses bras étaient courbaturés que lorsqu'elle les leva pour enfiler un t-shirt. A bout de force, elle s'échoua sur son lit, les yeux rivés vers le plafond.

 

Entre James Potter et elle, les choses avaient toujours été un peu bizarres. Il avait été un rival sans vraiment en être un, et il était maintenant un ami sans vraiment en être un. Elle n'avait jamais su situer leur relation, mais ce qu'elle savait en revanche, c'était qu'elle y réfléchissait beaucoup trop pour que cela ne signifie rien.

 

Elle passa l'heure qui suivit à s'insulter mentalement de lui avoir envoyé ce cognard dessus même si elle n'en avait véritablement eu aucune intention. Elle en était mortifiée, et elle en oublia même d'aller dîner. Lorsqu'elle émergea de sa chambre tous les gryffondors étaient déjà revenus. Marlène, assise avec les maraudeurs, lui adressa un petit signe de main. Ils avaient l'air de jouer aux cartes, mais James posa les siennes dès qu'il l'aperçut et s'empressa de la rejoindre près des escaliers. Il essayait tant bien que mal de marcher normalement mais elle voyait qu'il avait encore mal.

 

 

« Hey, Evans. Ça va ? Je ne t'ai pas vu dans la Grande Salle tout à l'heure. »

 

 

Il s'était appuyé contre la rambarde de l'escalier et l'avait regardée comme s'il était réellement inquiet pour elle alors qu'elle était celle qui lui avait littéralement éclaté la cheville. Elle se laissa tomber sur l'avant dernière marche en soupirant lourdement.

 

 

« Désolé.

- Pour quoi ? lui demanda t-il en riant. Je t'ai demandé de nous viser. Tu as fait exactement ce qu'il fallait. Je n'ai pas été assez bon pour esquiver, c'est tout.

- J'espère que tu n'imagines pas sincèrement que tu vas réussir à me faire croire que j'ai été meilleure que toi au quidditch. Au quidditch, insista t-elle en le fixant droit dans les yeux. »

 

 

Il détourna la tête puis passa une main dans ses cheveux et c'est à ce moment là qu'elle la sentit, cette drôle de chaleur qui ne se montrait que quand il était près d'elle. Ou peut-être qu'elle avait juste constamment froid lorsqu'elle était près des autres. En tout cas, il y avait quelque chose de différent quand il était là, quelque chose de doux et d'agréable, mais aussi de très effrayant.

 

 

« Ok Evans, je te propose quelque chose puisque tu sembles vouloir absolument te racheter, commença t-il. »

 

 

Elle leva les yeux vers lui et fronça les sourcils. Constatant qu'il avait toute son attention, il s'assit à côté d'elle, le dos appuyé contre les barreaux de l'escalier en bois. Elle avait rarement eu l'occasion de le voir d'aussi près et elle paniqua un instant en se demandant s'il se rendait compte qu'elle était incapable de faire autrement que de le fixer comme si elle essayait de mémoriser le moindre millimètre carré de son charmant visage.

 

 

« Tu me racontes ce qu'il s'est passé avec Rogue, et on oublie tout.

- Tu veux vraiment savoir ? l'interrogea t-elle, un peu perplexe. Ce n'est pas si intéressant.

- Tu plaisantes ? Le peu que j'ai entendu était magistral, je veux connaître toute l'histoire, insista t-il. »

 

 

Ses yeux verts dévièrent sur sa bouche. Merlin, ce sourire. Elle déglutit et essaya de se concentrer sur leur conversation, mais elle avait juste envie de poser sa main sur sa joue parce qu'il la regardait avec une attention toute particulière et qu'elle n'avait jamais trouvé personne aussi adorable avant. Elle se racla légèrement la gorge et dégagea une mèche de cheveux roux de son visage pour la caler derrière son oreille avant de poursuivre.

 

 

« Tout a commencé pendant le cours d'Arithmancie...

- Oh, Merlin, l'histoire complète ? Est-ce que j'ai besoin d'aller chercher mon oreiller ? lui demanda t-il narquoisement.

- C'est toi qui voulais savoir ! répliqua t-elle en esquissant une moue indignée.

- Je te taquine juste Evans, continue, l'encouragea t-il. »

 

 

Il lui tapota le genou comme s'il s'agissait d'un geste absolument banal et habituel entre eux et elle se sentit profondément stupide parce qu'elle bafouilla pendant quelques secondes avant de parvenir à rassembler ses pensées.

 

 

« Bon, alors. Nous devions faire un travail en groupe, et forcément, le professeur Vector a placé Severus à côté de moi. Ça m'a ennuyée, mais ce n'était pas encore si grave. Et puis Mulciber et Avery ont passé l'heure entière à dire à voix haute qu'ils étaient désolés pour lui qu'il se retrouve avec moi, que c'était de la malchance, que si une loi passait enfin pour que les sangs... Elle s'interrompit, prit une profonde inspiration, et reprit. Les enfants de moldus ne soient pas reconnus comme des sorciers à part entière, ça n'arriverait plus, que je n'aurais plus à me faire passer pour quelqu'un que je ne suis pas, et ils ont ajouté que je ne devrais même pas avoir le privilège d'exercer ou étudier la magie.

- Très classe venant de deux idiots qui parviennent à peine à épeler leur nom de famille, commenta James dont le visage s'était fermé.

- Enfin tu vois, le discours habituel, lui dit-elle en esquissant un demi-sourire ennuyé. Le problème, c'est que j'ai fini par m'énerver. J'ai lancé un sort d'explosion sur leur encrier qui a tâché leurs capes, et le professeur Vector m'a mis une retenue. J'ai essayé de lui expliquer, mais Avery et Mulciber ont nié en bloc et Severus les a soutenu.

- Quel petit crétin, marmonna James.

- Ensuite le cours s'est terminé et je suis sortie, mais il m'a suivie pour s'excuser. Inutile de te dire que je ne voulais pas en entendre un mot, alors j'ai commencé à lui expliquer que j'en avais marre de la façon dont il traite tout le monde, et puis je n'ai pas compris pourquoi, mais il s'est mis à parler de toi et du fait que je ne te fais jamais de réflexions. Il m'a reproché de passer du temps avec Sirius et toi et de rire à tes blagues et... Merlin c'était trop et j'ai perdu mon sang froid.

- Wow. J'ai l'impression que quelqu'un est jaloux. »

 

 

Lily haussa les épaules et poussa un long soupir las. Elle ne savait pas ce qu'il se passait dans la tête de Severus Rogue, mais une chose était certaine, elle en avait fini avec lui.

 

 

« Je veux dire, il a vraisemblablement développé de forts sentiments pour moi au fil des ans. J'aurais dû m'en douter, il y a quelque chose dans la façon qu'il a de me regarder... reprit-il en prenant un air songeur. »

 

 

Elle éclata de rire et lui donna un léger coup de coude dans les côtes. Il attrapa son poignet au passage et une violente envie de se vautrer dans ses bras la prit aux tripes. Ce fut à ce moment précis qu'elle assembla les pièces du puzzle. Ses yeux verts étaient perdus dans les siens et elle se demanda pendant un bref instant s'il était possible de tomber amoureux en un battement de paupière. Oui. La réponse était oui.

 

 

« On se calme Evans, tu m'as déjà blessé une fois aujourd'hui, lui rappela t-il en haussant les sourcils sans lâcher son poignet.

- Et j'en suis navrée, s'excusa t-elle encore. Et à ce propos... Je suis désolée aussi pour ce qu'il s'est passé en cinquième année. »

 

 

A son grand regret, il la lâcha à ce moment là. Elle avait l'impression que quelque chose venait de faner en elle. Il ne répondit pas immédiatement mais il passa une main sur sa nuque comme il le faisait à chaque fois qu'il était embarrassé ou ennuyé par quelque chose.

 

 

« Cornedrue ?! Tu continues à jouer ou tu fricotes avec Evans ?! l'appela Sirius après avoir bruyamment sifflé.

- Merlin, souffla Lily en se prenant la tête entre les mains, les joues rougissantes alors que plusieurs paires d'yeux s'étaient soudainement vissés sur eux. »

 

 

La seule réponse de James fut un doigt d'honneur en direction de son meilleur ami, et Rémus en conclut très sagement que cela voulait certainement dire qu'ils pouvaient disposer de son jeu à leur guise.

 

 

« J'allais te dire, avant que Sirius ne m'interrompe, que tu dois impérativement arrêter de t'excuser auprès de moi pour des choses dont tu n'es même pas responsable. J'étais un idiot en cinquième année. Je ne sais même pas ce qui m'est passé par la tête ce jour là. Tu n'imagines pas à quel point j'ai honte quand j'y repense, lui avoua t-il. »

 

 

Elle fronça les sourcils. Il avait honte ? De son comportement ou de lui avoir proposé de sortir avec lui ? Elle aurait aimé qu'il précise directement, mais il ne le fit pas alors elle rassembla son courage, prit une profonde inspiration, et posa la question.

 

 

« Honte de m'avoir proposé de sortir avec toi ?

- Quoi ? Non ! s'empressa t-il de répondre. De la façon dont je t'ai traitée. Le chantage. Ce que j'ai fait à Rogue. Tout ça. S'il y en a de nous deux qui doit des excuses à l'autre, c'est bien moi.

- Ca n'a plus aucune importance. J'ai l'impression que c'était dans une autre vie, lui avoua t-elle en haussant les épaules. »

 

 

Il acquiesça lentement puis détourna le regard pour le poser vers ses amis à quelques mètres de là. Il ne semblait pourtant même pas les voir, il était perdu dans ses pensées. Elle laissa ses yeux vagabonder sur son profil et elle s'insulta mentalement quand elle commença à se demander si enfermer quelqu'un avec elle pendant l'éternité juste pour le regarder serait un crime. Psychopathe, murmura t-elle pour elle-même.

 

Elle n'y pouvait rien. Assise sur ces marches, plus elle le fixait, plus elle se disait qu'elle n'en aurait jamais assez. Ses cheveux, ses yeux, son nez, sa bouche. Y-avait-il seulement une seule chose qui n'était pas extraordinairement parfaite chez lui ? Son regard descendit le long de sa mâchoire, sur son cou là où le col de sa chemise commençait, sur son pull gryffondor, sur les manches qu'il avait roulées sur ses coudes, et elle se demanda combien de temps elle allait réussir à se retenir de le supplier de l'embrasser.

 

 

« Lily ? l'appela Alice Cooper qui venait de surgir devant eux sans qu'elle ne l'ait remarquée avant.

- Oui ?

- Il y a Severus Rogue qui t'attend devant le tableau de la Grosse Dame. Il dit qu'il veut te parler du planning des préfets. »

 

 

Elle fronça les sourcils alors qu'Alice lui désignait du pouce l'entrée de la salle commune derrière elle, et elle esquiva délibérément le regard interrogateur de James quand elle se leva en époussetant sa jupe.

 

 

« Tu veux que j'y aille ? lui proposa t-il.

- Je pense que ce serait une très mauvaise idée, répondit-elle après avoir grimacé. Ça ne devrait pas être long. Tu n'as qu'à venir me chercher dans dix minutes si je ne suis pas réapparue. »

 

 

Il hocha la tête et elle sentit son regard sur elle alors qu'elle marchait vers la sortie. Elle lui jeta un dernier coup d'oeil avant d'emprunter le trou qui la menait vers l'extérieur. C'était terrible de se l'avouer de cette façon, mais il lui manquait déjà. Elle était pathétique, et elle en avait sa claque.

 

 

« Qu'est-ce que tu veux ? dit-elle à Severus en croisant les bras dès qu'elle se trouva en face de lui dans les couloirs froids du château.

- Te dire que j'ai été voir le professeur Vector. »

 

 

Elle s'appuya contre le mur et garda ses yeux solidement vissés aux siens, songeant que s'il attendait un « merci » de sa part, il allait très certainement être déçu.

 

 

« Cooper m'a parlé d'un problème dans le planning des préfets, reprit-elle.

- C'était juste une excuse.

- Évidemment. Tu n'allais pas laisser quelqu'un croire que tu venais volontairement me parler pour quelque chose de personnel, ironisa t-elle en levant les yeux au ciel, après tout, je ne suis qu'une sang-de-bourbe. »

 

 

Elle vit son visage se décomposer et puis elle lut de la colère dans ses yeux. Il resta comme paralysé devant elle pendant un long moment, et alors qu'elle s'apprêtait à retourner dans sa Salle Commune, il poursuivit.

 

 

« J'ai réussi à faire en sorte que ta retenue soit annulée, lui annonça t-il.

- Je me contre-fiche de cette retenue.

- Tu n'en avais pas l'air tout à l'heure, lui fit-il remarquer.

- Je t'ai dit que ce n'était pas ça le problème, mais peut-être que tu sais mieux que moi ce que je ressens, Sev. »

 

 

Elle le vit déglutir, les lèvres pincées. La journée avait été longue et elle voulait juste qu'il la laisse tranquille maintenant, mais il ne semblait pas décidé à le faire.

 

 

« Alors quoi ? C'est parce que j'ai parlé de Potter, c'est ça ?

- Ça n'a aucun rapport avec James. Je t'ai déjà énoncé le problème cent fois mais tu ne veux pas l'entendre et je n'ai aucune envie de continuer à discuter avec toi.

- J'ai entendu dire que tu étais allée avec lui sur le terrain de quidditch aujourd'hui.

- Merlin, est-ce que tu peux arrêter ça ?! s'énerva t-elle soudainement. »

 

 

Elle n'en pouvait plus de cette rengaine. Elle avait l'impression que sa tête allait exploser, c'était comme s'il faisait exprès, comme s'il voulait la mettre dans un état de rage conséquent, et elle songea qu'il n'était vraiment pas loin d'y parvenir.

 

 

« J'en ai ma claque ! Bonne nuit Severus, et laisse-moi tranquille avant que je ne me plaigne de ton comportement au professeur Dumbledore. »

 

 

Elle tourna les talons vers la grosse dame, s'apprêtant à lui donner le mot de passe sans se soucier qu'il puisse l'entendre, mais il l'attrapa par le bras et elle se retourna vivement, se dégageant de son étreinte comme si le simple contact de sa main sur elle la révulsait.

 

 

« Ne me touche pas !

- Potter se moque de toi, lui affirma t-il.

- Bon sang mais de quoi est-ce que tu parles ?

- Il est comme ça avec toutes les filles. Il veut juste se faire remarquer. Ne viens pas te plaindre quand il t'aura laissée de côté comme les autres.

- Est-ce que tu es venu jusque ici juste pour me redonner un de tes horribles discours sur lui ? Tu ne le connais même pas !

- Parce que tu le connais, toi, peut-être ?! s'exclama t-il avant de lâcher un rire moqueur qui lui fit voir rouge. »

 

 

Elle s'apprêtait à répondre lorsque le portrait pivota derrière eux. James apparut juste à côté de Lily et ses yeux jonglèrent entre eux pendant une seconde avant qu'il ne prenne la parole.

 

 

« J'ai entendu des cris.

- Et bien sûr tu ne peux pas t'empêcher de fourrer ton nez dans les affaires des autres, pesta Rogue.

- Stop ! Rugit Lily. Stop, stop, stop ! Retourne dans les cachots et fiche moi la paix maintenant.

- Comme tu voudras. Simplement, ne viens pas pleurer quand tu te rendras compte que j'ai raison, conclut-il. »

 

 

Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Lily pouvait tolérer beaucoup, et elle estimait qu'elle avait déjà été très patiente pendant toute sa scolarité, mais son indulgence avait des limites et il avait réussi à les franchir en une seule journée.

 

 

« Très bien Severus. Je vais nous rendre service à tous les deux une bonne fois pour toutes. Au moins, tu seras jaloux pour une raison, déclara t-elle avant de se tourner vers James. »

 

 

Le jeune gryffondor eut à peine le temps de comprendre ce qu'elle faisait lorsqu'elle tira sur son pull pour qu'il se penche et qu'elle déposa ses lèvres sur les siennes dans un élan un peu brutal qui ne lui ressemblait en rien. Elle sentit ses mains sur ses joues pendant une seconde, puis elle se détacha de lui, fit une révérence en direction de son ancien meilleur ami dont le visage était devenu absolument livide, et attrapa James par le poignet avant de l'entraîner dans le passage derrière le tableau qui était resté ouvert.

 

Elle parcourut quelques mètres rageusement avant de réaliser que James s'était immobilisé derrière elle, juste devant le passage qui venait de se refermer. Il la fixait d'un drôle d'air et elle prit conscience à ce moment là de ce qu'elle venait de faire sur le coup de l'énervement. Elle sentit ses joues s'empourprer alors qu'elle se rapprochait de lui en s'excusant platement.

 

 

« Est-ce que tu viens de... ? »

 

 

Il ne termina pas sa phrase, la dévisageant comme si une énorme corne venait de lui pousser en plein milieu du front, et cela n'arrangea en rien sa gêne. Elle secoua rapidement la tête de droite à gauche en se précipitant devant lui, soucieuse de se justifier même si elle savait qu'aucun de ses arguments n'était recevable.

 

 

« Ce n'est pas du tout ce que je... Merlin je suis désolée, je voulais juste... J'essayais de faire en sorte qu'il me laisse et...

- C'est la seule raison ? la coupa t-il subitement. »

 

 

Elle s'apprêtait à acquiescer mais ses yeux bruns attrapèrent les siens au vol et elle se ravisa immédiatement. Elle était incapable de lui mentir là dessus. Elle ne pouvait décemment pas prétendre que son subconscient n'y était pour rien, qu'elle n'avait jamais pensé à l'embrasser, qu'elle n'en avait jamais eu envie. Elle l'avait voulu un quart d'heure plus tôt lorsqu'ils étaient encore en train de discuter dans les escaliers et elle le voulait encore maintenant.

 

 

« Lily. J'ai besoin d'une réponse, insista t-il. Est-ce que tu l'as fait juste pour qu'il te laisse tranquille ?

- Qu'est-ce que tu crois ? répliqua t-elle en se dandinant d'un pied sur l'autre avant de jeter un coup d'oeil vers Marlène et les autres à l'autre bout de la pièce.

- Qu'est-ce que je crois ? répéta t-il un peu irrité. Je n'en sais foutrement rien, Evans ! Toi et moi c'est... Je ne sais pas. C'est la seule chose à laquelle je ne comprends rien. Et arrête d'envoyer des signaux de détresse à Marlène, elle ne viendra pas te sortir de là. »

 

 

Elle se retourna aussitôt vers lui, ses grands yeux verts vissés aux siens criaient à l'aide mais elle savait qu'il avait raison. C'était le moment où jamais.

 

 

« Peut-être que ça m'aiderait si tu parlais en premier... bredouilla t-elle.

- Oh non. N'oublies pas que tu m'as mutilé avec ce cognard, lui rappela t-il et elle était certaine qu'il souriait intérieurement.

- Tu m'as dit que ma dette était payée si je te racontais ce qu'il s'était passé avec Rogue !

- J'ai menti. »

 

 

Elle lui lança un regard mauvais alors que le sien l'encourageait à se lancer. Elle se tordit nerveusement les doigts pendant un long moment avant de dégager une mèche de cheveux roux derrière son oreille, de prendre une inspiration, et de rassembler tout son courage.

 

 

« Très bien, commença t-elle. Ce n'était pas juste pour faire enrager Rogue. J'avais envie de le faire, poursuivit-elle en esquivant soigneusement son regard. J'en avais envie quand je t'ai percuté dans le couloir tout à l'heure, et après, quand nous sommes allés sur le terrain de quidditch. J'en avais aussi envie quand nous étions sur les marches et... Je crois que ces derniers temps, j'en ai envie à chaque fois que je te croise. »

 

 

Ils restèrent silencieux un long moment. Lily n'osa lever la tête vers lui que lorsqu'elle l'entendit rire légèrement. Elle avait peur qu'il se moque d'elle, mais il n'y avait que de la chaleur dans son regard. Il avança d'un pas, et elle eut juste le temps de l'entendre murmurer « Dette effacée » contre ses lèvres avant qu'il ne l'embrasse. Finalement, peut-être que Rogue lui avait rendu un grand service.

 

 

End Notes:

Hello tout le monde !

Tout d'abord, bonne année. Ensuite, j'espère que vous avez passé de bonnes fêtes de Noël.

Petit point pour ceux qui suivent "Tu me visais" : Je suis en train d'écrire les deux derniers chapitres mais je suis très longue. En tout cas, je vous rassure, ça viendra ^^"

 

Merciii :)

A date by ECM

 

Lily se détesta un peu quand elle gloussa après une blague douteuse de James Potter à propos du professeur Vector et du professeur Slughorn tout en rentrant à sa suite dans l'un de ses endroits préférés à Pré-au-Lard.

 

Il y avait du monde aux Trois Balais ce jour là, mais Rosmerta gardait toujours une place au chaud à ses petits préférés alors naturellement, James se dirigea au fond du pub tout en adressant un signe de main à la barmaid dont les joues prirent la même teinte que les deux liqueurs de cerise qu'elle préparait.

 

 

« Tu vois, ce n'était pas si terrible, commenta James en s'asseyant en face d'elle sur une vieille banquette, un demi-sourire flottant sur son visage.

- Oh ce n'est pas terminé, tu as encore le temps de tout ruiner, répondit-elle de la même façon.

- Moi ?! Et pourquoi pas toi, alors ?

- Parce que c'est souvent après ton passage que les choses deviennent hors de contrôle. Moi, je suis réfléchie et pondérée. »

 

 

Elle prit un air innocent, se redressa sur son siège, et il pouffa tout en lui tendant la carte des boissons qui avait bien vécue à en croire les grosses tâches de bièraubeurre qui la recouvraient par ci, par là.

 

 

« Si tu étais réfléchie et pondérée, tu n'aurais pas accepté de sortir avec moi, pointa t-il.

- Je ne sors pas avec toi ! répliqua t-elle aussitôt avec un peu trop d'entrain pour quelqu'un de pondéré, lui attirant un lourd regard de James qui lui fit un peu perdre ses moyens. Je suis juste... Je me promène avec toi, c'est tout.

- Tu te promènes avec moi... Après que je t'ai explicitement demandé si tu voulais sortir avec moi et que tu aies répondu oui.

- Tu n'as pas vraiment demandé ça, répondit-elle en insistant sur les mots. Tu as très précisément dit « Hé, est-ce que ça te dirait d'aller faire un tour à Pré-au-Lard le deuxième samedi des vacances ? ».

- Est-ce que tu as gardé ce souvenir dans une pensine pour t'en rappeler aussi clairement ? la questionna t-il avec un sourire en coin. »

 

 

Elle bafouilla, secoua rapidement la tête, et pointa une boisson au hasard sur la carte, espérant qu'il irait la commander au bar pour lui laisser un peu de répit. Ce fut exactement ce qu'il fit, et elle garda les yeux rivés sur son dos alors qu'il se dirigeait vers Rosmerta, les mains dans les poches.

 

Merlin, elle était foutue. Ce garçon serait sa perte, elle en était persuadée, et cela faisait déjà un petit moment qu'elle le savait. La sixième année avait marqué un tournant dans leur relation, tout était juste devenu plus cordial, plus agréable, et elle n'avait aucune idée de comment il s'y était pris, mais il s'était insinué dans son quotidien d'une telle façon qu'un jour, elle s'était surprise à le chercher des yeux à chaque fois qu'il n'était pas près d'elle. Fichu Potter. Il était trop fort pour elle, et il avait transformé ses vacances en un long supplice sans même le savoir.

 

 

« Donc tu es en train de me dire que si je t'avais demandé de sortir avec moi à Pré-au-Lard en ces termes là, tu aurais refusé ? poursuivit-il en se rasseyant à peine cinq minutes plus tard, poussant un rhum groseille devant elle. »

 

 

Elle but une longue gorgée du liquide, évitant ses yeux qui semblaient pourtant bien décidés à trouver les siens, et elle se cala au fond de la banquette.

 

 

« Certainement, lui dit-elle.

- Menteuse.

- Oh, Potter, ta tête est si énorme que tu ne peux même pas imaginer qu'on puisse te dire non ?

- Ce n'est pas ça. C'est l'expression sur ton visage quand je te l'ai demandé. Je veux dire, c'était littéralement comme si je venais de t'offrir la bibliothèque du château, lui fit-il remarquer en prenant un air malin qui lui fit lever les yeux au ciel.

- Tu es un sale petit prétentieux. »

 

 

Il sembla prêt à lui concéder ce point là puisqu'il haussa les épaules tout en acquiesçant lentement comme s'il s'était lui-même fait à cette idée. Cela amusa un peu Lily. Il aurait été vain de dissimuler le sourire qui fendit son visage à ce moment là.

 

 

« Laisse-moi juste croire que je sors avec une femme plus vieille, s'il te plaît, reprit-il.

- J'ai seulement deux mois de plus que toi.

- Mamie.

- Tu te comporte comme un enfant, lui dit-elle après avoir soupiré.

- C'est une impression due à ton grand âge. »

 

 

Elle lui donna un petit coup de pied sous la table et il manqua de renverser sa bièraubeurre. Le nouveau sourire qu'il lui envoya laissa son esprit dans le brouillard le plus total. Elle aurait aimé lui avouer que cet après-midi resterait probablement son meilleur souvenir de ses années d'école mais elle n'en eut pas le courage. Son cœur battait trop fort et ses mains étaient trop moites.

 

 

« Avec combien de filles es-tu déjà venu ici ?

- Et toi, avec combien de garçons ?

- Tu es le sixième, répondit-elle sans détour.

- Wow Evans je suis impressionné.

- J'ai eu une mauvaise période l'année dernière, se justifia t-elle en haussant les épaules, le faisant pouffer. Et toi ?

- Trois. Avec toi.

- C'est tout ?! s'exclama t-elle sans pouvoir cacher sa surprise.

- Que veux-tu, Evans ? Je choisis mes fréquentations avec soin, dit-il en lui lançant un regard lourd de sous entendus.

- Donc tous ces rendez-vous se sont superbement bien déroulés, je présume... »

 

 

Il esquissa une moue contrariée avant de porter sa choppe de bièraubeurre à ses lèvres. Elle lui lança un regard interrogateur, et il finit par soupirer, résolu, et reprit la parole.

 

 

« En septembre... Je suis sorti avec Daisy Hookum. Elle avait tellement bu qu'elle m'a avoué sortir avec moi juste pour se rapprocher de Sirius. Et puis qu'elle était quand même intéressée pour quelque chose avec moi, du moment que Sirius participait aussi.

- Oh mon dieu ! s'exclama Lily en portant sa main à sa bouche pour dissimuler son rire. C'est le truc le plus bizarre.

- A vrai dire, non, réfuta t-il après quelques secondes. Le plus bizarre... C'est quand tu sors avec une personne et que tout est si spontané que tu te demandes comment c'est possible. »

 

 

Elle se mordit légèrement la lèvre et fit tourner le liquide pourpre dans son verre avant de lever ses yeux sur lui. Il la fixait avec attention et elle se demanda si elle était complètement à côté de la plaque en pensant qu'il parlait d'elle. Elle se détestait tellement à ce moment précis, elle savait très bien que son visage ruisselait de niaiserie, elle le sentait elle-même, mais c'était comme si elle n'était capable de rien d'autre quand il lui parlait de cette façon.

 

 

« Bizarre, reprit-il en passant machinalement sa main dans ses cheveux, mais ça vaut bien chaque minute de mon temps. »

 

 

Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle devait répondre à ça. Il était hors de question qu'elle se ridiculise en partant du principe qu'il faisait allusion à leur rendez-vous actuel, mais en même temps, c'était tout ce qu'elle espérait. A partir du moment où il lui avait proposé qu'ils se retrouvent à Pré-au-Lard pendant les vacances, approximativement une semaine plus tôt, elle n'avait fait que compter les jours, découvrant une autre facette de sa personnalité qu'elle n'aimait pas forcément.

 

Elle était impatiente et elle se montait la tête pour des broutilles. Quelques jours sans se voir et elle s'était demandée s'il l'avait bien invitée, si elle n'avait pas mal compris sa phrase, si elle ne s'était pas fait des idées, et Merlin, elle ne pouvait même plus se supporter. Elle imaginait tout et n'importe quoi, et en plus de cela, elle avait peur d'imaginer tout et n'importe quoi en imaginant tout et n'importe quoi, et la plupart du temps, elle imaginait bien tout et n'importe quoi. C'était à en perdre la tête, et c'était à cause de lui.

 

 

« Et toi ? Quelque chose de mémorable à partager ? reprit-il en s'accoudant sur la table et en laissant reposer son menton sur son poing.

- Pas vraiment...

- Benjy Fenwick n'a pas insisté pour te lécher l'oreille ? J'ai entendu McKinnon dire qu'il l'avait fait avec elle.

- Oh non. Il s'est tout à fait bien comporté, mais le rendez-vous en lui même était simplement vide de sens, lui dit-elle après avoir laissé échappé un rire et manqué de s'étouffer avec sa boisson.

- C'est violent Evans, même de ta part, lui dit-il avec les yeux pétillants.

- Tu es trop sensible Potter.

- Je n'ai aucun problème avec ça. Ma mère dit que c'est ce qui fait mon charme. »

 

 

L'expression de fierté sur son visage l'acheva et elle sourit, encore. Elle se garda bien de lui dire qu'elle était totalement d'accord avec Euphemia Potter. Elle s'apprêta à boire une nouvelle gorgée de son rhum groseille quand son ventre gargouilla bruyamment. Elle avait été tellement stressée à l'idée de sortir avec James, ou pire, qu'il ne se pointe même pas, qu'elle n'avait que peu mangé au déjeuner et visiblement, son corps n'était pas d'accord avec cela.

 

 

« Ah ! Ne bouge pas, j'ai exactement ce qu'il te faut ! s'exclama t-il alors qu'elle portait la main à son ventre pour essayer de le faire taire. »

 

 

Il se leva et parcourut une nouvelle fois le chemin jusqu'au bar derrière lequel un grand miroir permettait à Lily de voir son visage même s'il était dos à elle. Elle n'entendit pas ce qu'il demanda à Rosmerta, mais la jeune femme lui adressa un sourire éclatant et hocha la tête avant de disparaître dans la remise.

 

Elle reporta son attention sur son verre, les yeux plongés dans le liquide pourpre qu'elle faisait pensivement tournoyer. Elle se sentait beaucoup trop bien et elle ne voulait pas avoir à rentrer chez elle, mais l'après-midi touchait à sa fin et elle savait que d'ici peu, ils repartiraient chacun de leur côté. Elle devrait encore patienter une longue semaine avant de le revoir, semaine qu'elle passerait probablement à se torturer l'esprit en se remémorant leurs conversations et en y trouvant des doubles sens là où il n'y en avait pas. Elle se passa une main sur le visage à cette simple idée, se maudissant d'héberger un cerveau aussi tordu.

 

 

« Alors ?! »

 

 

Elle sursauta alors qu'une Mary MacDonald complètement excitée venait de s'asseoir à la place où se trouvait James une minute auparavant. A côté d'elle se tenait Dorcas Meadowes. Elle ne les avait même pas vu venir. Merlin, elle les haïssait à ce moment précis. Elle savait qu'elle n'aurait pas dû leur raconter qu'elle retrouvait James Potter à Pré-au-Lard cet après-midi là, bien sûr qu'elles voudraient voir ça de leurs propres yeux, bien sûr qu'elles n'allaient pas rester sagement chez elles à attendre son rapport.

 

 

« Alors quoi ? Je n'arrive pas à croire que vous soyez venues m'espionner !

- Est-ce que vous vous êtes embrassés ? la questionna Mary en haussant les sourcils d'un air suggestif.

- Non ! Merlin, Mary ! réfuta Lily en secouant la tête, jetant de rapides coups d'oeil en biais vers James à quelques mètres de là.

- Dis-nous qu'il t'a au moins tenu la main, surenchérit Dorcas.

- … Non. Mais ce n'est pas... Ce n'est même pas un rendez-vous, c'est une promenade amicale !

- Une promenade amicale ? répéta Mary en arquant un sourcil. Tu n'y crois pas toi-même.

- Bien sûr que si. Nous sommes justes deux camarades... Préfets en chef, qui passons l'après-midi ensemble.

- Est-ce que Potter est au courant de ça ? s'enquit Dorcas en lui adressant un sourire narquois. »

 

 

Lily s'apprêtait à lui répondre lorsque James réapparut devant elles. Les filles le saluèrent et Mary lui céda rapidement sa place avant d'adresser un clin d'oeil peu discret vers Lily qui portait son verre à ses lèvres.

 

 

« Vous voulez vous joindre à nous ? leur proposa James.

- Non, c'est gentil Potter, mais Lily attendait vraiment ce rendez-vous avec impatience, Dorcas et moi allons vous laisser. »

 

 

Les yeux de Lily s'élargirent et elle se jura intérieurement de programmer le réveil de Mary à quatre heures du matin pendant toute la semaine de cours qui suivrait les vacances.

 

 

« Ah oui ? fit James en posant un énorme cookie entre eux, ne se fatiguant même pas à dissimuler un sourire insolent. »

 

 

Mary acquiesça. Lily n'avait même pas besoin de risquer un coup d'oeil vers James pour savoir que son visage transpirait l'arrogance. Elle jeta un regard noir aux deux filles qui leur adressèrent un signe de main et trouvèrent une place un peu plus loin en ricanant.

 

 

« Tu connais Mary, elle exagère toujours un peu.

- Bien sûr, répondit James et elle sentit dans son ton qu'il ne la croyait pas une seule seconde.

- Ce n'est pas un rendez-vous, Potter, insista t-elle.

- Peu importe. Tiens, lui dit-il en poussant le gros cookie vers elle.

- Rosmerta vend des biscuits maintenant ?

- Non, elle les donne. Enfin, seulement à Sirius et moi.

- Merlin, qu'est-ce que vous lui avez fait pour qu'elle se soit autant entichée de vous ? demanda t-elle en coupant le biscuit en deux pour lui en tendre la moitié.

- Notre charme naturel, j'imagine, dit-il en attrapant le morceau qu'elle lui tendait. »

 

 

Elle leva les yeux au ciel tout en souriant et mordit dans le délicieux cookie de la barmaid. Elle la comprenait parfaitement. Les deux garçons avaient un don naturel pour attirer l'attention sur eux. Ils étaient agréables à regarder, mais ce n'était pas tant à propos de leur physique que de leur façon de s'exprimer. Ils savaient juste parfaitement comment embobiner n'importe qui et parfois, elle avait un peu peur de se faire avoir aussi, mais tout lui semblait constamment si naturel avec James qu'elle avait du mal à croire qu'elle puisse n'être qu'un divertissement pour lui.

 

 

« Je peux te confier quelque chose ?

- Tu vas me révéler l'un de tes secrets, Potter, vraiment ? Je vais enfin être dans la confidence sur l'une de vos manigances ? le taquina t-elle après avoir avalé une nouvelle bouchée du biscuit.

- Je ne suis pas fou, Evans, je sais que tu t'en servirais contre moi, répondit-il en levant ses jolis yeux espiègles de sa bièraubeurre pour les poser sur elle. Je voulais juste te dire que j'ai aimé passé du temps avec toi aujourd'hui. Seul avec toi, s'empressa t-il de rectifier. »

 

 

Elle n'aurait pas pu s'empêcher de sourire même si elle avait concentré absolument toute son attention là dessus. Elle sentit ses joues rosir juste un peu, elle n'était même pas sûre qu'il pouvait s'en apercevoir, mais même s'il le voyait, elle s'en fichait.

 

 

« Est-ce que ça veut dire que je suis de meilleure compagnie que Daisy Hookum ?

- Ca dépend. Qu'est-ce que tu penses de mon meilleur ami ?

- Incroyablement imbu de lui-même, incapable de se tenir correctement à table, un sens de l'humour indiscutable mais un peu trop...

- Il n'y a pas de « mais » si son sens de l'humour est indiscutable, la coupa James avec un petit air supérieur qui l'agaçait en règle générale.

- Très bien, comme tu voudras. Il est très beau. Du genre vraiment très très beau. Mais vraiment. Il a ce physique qui...

- Oh c'est bon Evans ! trancha t-il en esquissant une moue contrariée qui l'amusa énormément. »

 

 

Elle découpa un énième morceau de son cookie sans le quitter des yeux, ravie d'avoir pris le dessus, et elle savoura le moment alors qu'il semblait profondément ennuyé. Elle pensa l'avoir vexé lorsqu'il reporta son regard sur la fenêtre à côté d'eux. C'était la première fois que ses yeux n'étaient pas sur elle et cela lui fit un léger pincement au cœur. Voilà, il l'avait entourée de toute son attention pendant trois heures et maintenant qu'elle ne l'avait plus pendant dix secondes, elle se transformait en un enfant à qui l'ont aurait subtilisé son jouet préféré.

 

Elle donna un tout petit coup dans son pied sous la table mais tout ce qu'elle obtint fut un haussement de sourcil. Il agita brièvement sa main dans ses cheveux et elle leva les yeux au ciel. Elle avait l'intime conviction qu'il s'amusait simplement à la faire tourner en bourrique, mais la simple éventualité qu'il puisse réellement être énervé lui fit un pincement au cœur. Elle sacrifia son dernier morceau de cookie qu'elle poussa lentement devant lui comme une offrande désespérée, et seulement à ce moment là il la regarda de nouveau. Elle n'avait aucune idée de ce qu'il pensait, son visage était juste parfaitement neutre, et ses neurones s'agitèrent comme jamais à l'intérieur de son cerveau. Elle l'entendait presque déjà raconter ce moment à une future prétendante.

 

 

« Je rigolais. Ne fais pas la tête.

- Je ne fais pas la tête. Je trouve juste que tu as été un peu légère sur les compliments. Sirius n'est pas beau, il est magnifique.

- Sache que je suis sincèrement désolée, reprit-elle, largement soulagée de constater qu'il s'était payé sa tête.

- Je ne tolérerai pas un nouvel écart de ce type de ta part, Evans, j'espère que tu en es consciente.

- Evidemment. Je comprends. C'était très insensible de ma part.

- Et horriblement offensant, ajouta t-il. Beau, seulement beau, qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre, marmonna t-il pour lui même alors qu'elle essayait désespérément de ne pas afficher le même sourire stupide qu'elle avait eu sur le visage pendant approximativement tout l'après-midi.

- Est-ce que tu trouveras assez de bonté en toi pour me pardonner ? »

 

 

Il haussa les épaules et lui adressa une grimace incertaine avant de repousser son morceau de cookie dans sa direction avec un sourire.

 

 

« Et si je te dis que j'ai passé le meilleur après-midi possible ? tenta t-elle. »

 

 

Il la fixa curieusement, probablement pour chercher à savoir si elle était sincère ou non, et le courant passa littéralement entre eux. C'était juste un drôle de sentiment, l'impression qu'ils auraient pu rester cloués à ces banquettes toute leur vie sans jamais se lasser de parler, de se regarder, de s'écouter...

 

 

« Est-ce que ça veut dire que tu serais prête à recommencer ?

- Pourquoi pas ? Si tu en as envie aussi...

- Tu sais que oui. »

 

 

Ils échangèrent un long regard et cette fois, il tendit la main et alors qu'elle pensait qu'il allait simplement récupérer le morceau de cookie, il attrapa la sienne. Elle fut si surprise qu'elle était certaine de ressembler à un bubobulb. Il exerça une légère pression sur son poignet juste pour le tourner un peu et laisser ses doigts se balader machinalement dans la paume de sa main comme s'il s'agissait d'une de leurs vieilles habitudes.

 

Elle n'avait pas envie de rentrer. Les yeux bruns du jeune homme dévièrent vers la fenêtre derrière laquelle l'obscurité commençait doucement à prendre le village d'assaut comme s'il avait entendu ses pensées, et elle le vit soupirer un peu. Elle n'avait définitivement pas envie de rentrer.

 

 

« Je ne peux pas t'enlever un peu plus longtemps ? lui demanda t-il. »

 

 

Si elle n'était pas déjà tombée amoureuse de lui, elle était persuadée qu'il l'aurait eue à ce moment précis. Il avait posé la question d'une façon un peu désespérée et tous les élèves qui partageaient le château avec eux savaient que James Potter n'était jamais, ô grand jamais du genre à supplier, mais là, elle sentit qu'il était capable de le faire. Elle avait l'impression d'entendre ses propres frustrations dans le ton de sa voix.

 

 

« Un peu plus longtemps comme une heure ou deux ?

- Un peu plus longtemps comme toute la soirée, répondit-il alors que ses doigts jouaient toujours avec les siens.

- Mes parents sont un peu vieux jeu, Potter.

- Alors quoi ? Il faudrait que je demande ta main avant ? plaisanta t-il. »

 

 

Elle éclata de rire et lui donna un nouveau coup de pied sous la table avant d'attraper le pauvre morceau de cookie délaissé depuis trop longtemps à son goût et de le fourrer dans sa bouche. Elle remarqua le changement sur son visage dès que sa main quitta la sienne.

 

 

« Je n'ai pas très envie de rentrer non plus, avoua t-elle. »

 

 

Un nouveau sourire fusa sur son visage, et il sembla à Lily que les choses étaient on ne peut plus claires. Elle prit une profonde inspiration et jeta un coup d'oeil au dehors à son tour, le cœur un peu lourd. De moins en moins de badauds passaient devant le pub. Les rues s'éclaircissaient au fur et à mesure que la nuit tombait, et même les quelques décorations de Noël qui n'avaient pas été retirées depuis décembre et qui étaient visibles depuis les Trois Balais ne parvinrent à lui remonter le moral.

 

Les choses étaient compliquées chez elle. Elle ne supportait plus que difficilement sa sœur, et le sentiment était réciproque. Quant à ses parents... Parfois, elle avait l'impression qu'ils ne l'avaient pas vue grandir. Ils la traitaient toujours comme une petite fille et la surprotégeaient quand elle avait juste besoin de faire son chemin toute seule.

 

Elle n'avait commis que très peu d'erreurs dans sa vie jusque là, toujours chaperonnée par sa famille dans tout ce qu'elle faisait, toujours soutenue et aimée, et c'était bien, c'était formidable, c'était merveilleux, seulement... Il lui manquait le pas de travers, celui qui donnait un peu de saveur à la vie, et elle n'avait l'impression de ne le faire que quand elle était avec James.

 

C'était peut-être simplement parce qu'elle était persuadée que si ses parents avaient tout su de lui, ils lui auraient déconseillé de le voir. Ce n'était pas comme s'il était dangereux, mais il avait une fâcheuse tendance à s'attirer des ennuis ou à se fourrer dans des situations inextricables. De plus, il détenait déjà, à égalité avec Sirius Black, le record du plus grand nombre de retenues sur une scolarité complète alors qu'ils n'avaient même pas vu le bout de leur septième année, et comme si cela ne suffisait pas, c'était un baratineur de talent. Il aurait fait rougir un détraqueur, elle en était persuadée. En bref, il était probablement le cauchemar ultime de ses parents. Pas parce qu'il était un maraudeur, mais parce qu'il était le seul capable de leur enlever leur petite fille.

 

 

« Qu'est-ce qu'on fait ? l'interrogea t-il, interrompant le fil de sa pensée alors qu'elle reposait paresseusement son regard sur lui.

- Il faut que j'y aille, répondit-elle à contre-coeur. »

 

 

Il acquiesça avec une docilité qui la prit au dépourvu. Elle aurait aimé qu'il insiste un peu même si cela n'aurait absolument rien changé. La dernière chose dont elle avait besoin, c'était qu'une nouvelle dispute éclate au sein de son foyer juste parce qu'elle n'était pas rentrée à l'heure. Ses parents savaient que le monde magique était en guerre et ils s'inquiéteraient plus que de raison. Elle ne pouvait pas leur faire ce coup là, même si elle en avait terriblement envie.

 

Elle s'extirpa de sa banquette en déglutissant, cherchant brièvement Mary et Dorcas des yeux pour leur faire un signe de main, en vain. Elle fouilla dans sa poche pour déposer des gallions sur la table même si James insista pour payer, et ils finirent par couper la poire en deux parce qu'ils savaient l'un comme l'autre qu'aucun ne lâcherait l'affaire.

 

 

« Merci, lui dit-elle en se retournant vers lui juste après qu'ils aient quitté le pub, une épaisse fumée s'échappant de sa bouche tant le froid était mordant à l'extérieur. »

 

 

Il ne répondit pas, il se contenta de faire un pas de plus vers elle, ses yeux vissés aux siens, et elle le rejoignit à mi distance pour l'embrasser parce qu'il était évident, à ce moment là, que c'était la façon la plus appropriée de se quitter après une journée comme celle-ci. Le baiser fut beaucoup plus court, beaucoup plus sage que ce qu'elle n'espérait mais quand il s'écarta d'elle et qu'il passa une main nerveuse dans ses cheveux, elle réalisa à quel point il était en miettes devant elle.

 

Elle aurait voulu ne pas sourire à ce point là mais c'était juste plus fort qu'elle parce qu'elle devinait maintenant pourquoi il avait été aussi discipliné quand il n'était, d'habitude, qu'une folle tornade d'insolence et d'audace. Il avait peur de tout ruiner. Elle repensa brièvement à ce qu'elle lui avait dit quand ils s'étaient installés aux Trois Balais, et elle inspira profondément. Finalement, ce baiser avait été parfait.

 

 

« Je n'avais déjà aucune envie de partir et tu ne rends pas la tâche facile, lui avoua t-elle en s'emmitouflant un peu plus dans son manteau.

- N'essaies pas de me faire croire que tu es la plus dévastée de nous deux, Evans, lui lança t-il avec un sourire contrit, enfonçant ses mains dans ses poches comme pour s'assurer qu'il ne les poserait pas de nouveau sur elle.

- Viens chez moi, lâcha t-elle sans réfléchir alors que ses yeux cherchaient désespérément les siens.

- Quoi ? s'exclama t-il en laissant échapper un rire un peu incrédule.

- Non, Merlin, laisse tomber, je... Elle bafouilla pendant un moment tout en donnant des petits coups de pieds dans le pavé devant elle avant de soupirer et de reprendre. Je dois vraiment y aller. Tu as mon adresse, écris-moi. S'il te plaît. Sinon je te laisserais t'occuper de tous les plannings de préfets tout seul à la rentrée. »

 

 

Elle ne lui laissa pas le temps de répondre à son odieux chantage et transplana directement dans le jardin de ses parents, près d'une immense haie qu'ils avaient commencé à faire pousser quelques années auparavant sans savoir que cela serait une véritable aubaine pour qu'elle puisse exercer la magie dans la plus grande discrétion, à l'abri des regards curieux des moldus qui vivaient dans le lotissement.

 

Elle poussa la porte de la cuisine qui donnait directement sur l'extérieur et salua brièvement Pétunia qui était occupée à faire la vaisselle. Elle lui jeta un regard suspicieux et Lily eut l'impression qu'elle savait pertinemment où elle avait passé la journée, et surtout avec qui. Ce n'était qu'un sixième sens de sœur car elle était certaine de ne rien n'avoir laissé au hasard.

 

Elle savait que Pétunia avait déjà fouillé dans ses lettres et qu'elle avait trouvé des choses compromettantes dans ses correspondances avec Dorcas et Mary, elle lui en avait parlé une fois. Lily avait compris la leçon. Elle ne quittait jamais la maison sans verrouiller sa porte avec un sort maintenant.

 

 

« Il fait déjà nuit, Lily, la sermonna gentiment son père qui avait entendu la porte grincer et qui était venu pour l'étreindre.

- Désolé papa, je n'ai pas vu le temps passer.

- Comment vont Mary et Dorcas ?

- Oh plutôt bien, répondit-elle en rougissant légèrement, elles vous passent le bonjour, s'empressa t-elle d'ajouter quand sa mère apparut à son tour. »

 

 

Elle se détestait pour cet affreux mensonge, mais elle savait que ses parents flipperaient totalement si elle leur avouait qu'elle était en fait avec un garçon. Ils n'étaient simplement pas prêts pour ça, et peut-être qu'elle ne l'était pas non plus. Elle n'avait jamais pensé à leur parler d'un garçon avant James et elle n'avait simplement aucune idée de la façon dont elle devait s'y prendre et surtout, elle n'avait pas envie qu'ils s'imaginent quoi que ce soit alors qu'elle n'était même pas sûre de ce qu'ils étaient.

 

Elle se délesta maladroitement de son écharpe puis de son manteau, sentant toujours le regard perçant de Pétunia sur elle, et elle se mit sur la pointe des pieds pour attraper un verre dans l'un des nombreux placards en bois de la cuisine.

 

 

« Et qu'est-ce que vous avez fait, exactement, toutes les trois ? la questionna t-elle sur un ton inquisiteur.

- Tu n'aimerais pas que je te le dise, répondit Lily après avoir dégluti, sachant pertinemment que Pétunia ne s'étalerait pas sur le sujet si elle sous-entendait qu'il était question de magie. »

 

 

Elle s'empara du pichet et se versa un grand verre d'eau qu'elle engloutit aussitôt. Sa sœur s'était retournée et essuyait le dernier bol avec un torchon sans la quitter des yeux alors que leurs parents avaient entrepris de se mettre aux fourneaux.

 

 

« Il n'y avait que vous trois ?

- Nous étions en ville, donc il y avait beaucoup d'autres gens, dit Lily en lui jetant un regard irrité.

- Bizarre, souffla Pétunia. D'habitude, tes copines viennent manger ici après.

- C'est vrai, confirma Lily, c'est vraiment étrange qu'elles ne veuillent plus venir se faire toiser de haut en bas pendant une heure et demie.

- Lily, l'arrêta sa mère en fronçant les sourcils. »

 

 

La préfète leva les yeux au ciel, trouvant tout de même un peu de réconfort dans le rouge qui était monté aux joues de sa sœur. Elle savait que sa mère cherchait juste à désamorcer la bombe avant qu'elle n'éclate et quelque part, peut-être qu'elle avait réussi parce que Lily abdiqua et disparut dans le salon jusqu'à ce que le dîner soit servi.

 

Elle passa approximativement dix minutes à remuer ses petits pois dans son assiette d'un air songeur en repensant à l'après-midi qu'elle avait passé avec James et à la façon dont elle lui avait dit au revoir. Elle se maudissait un peu de lui avoir proposé de rentrer ici avec elle, elle ne savait pas à quoi elle avait pensé. Peut-être à le cacher dans un placard comme dans ces vieux films en noir et blanc qu'elle avait regardé des milliers de fois avec ses parents ? Elle soupira sans faire attention aux regards perplexes qu'ils se lançaient de l'autre côté de la table.

 

Il avait dû se dire qu'elle était complètement folle. Merlin. C'était la dernière image qu'il avait d'elle. Elle grimaça et sa fourchette crissa sur son assiette. Pétunia se crispa à côté d'elle et poussa un petit cri aigü.

 

 

« Est-ce qu'il y a quelque chose qui te tracasse, ma chérie ? la questionna sa mère d'une voix douce.

- Non. Rien, répondit laconiquement Lily avant de se lever pour débarrasser son assiette.

- Tu es sûre ? Tu ne t'es pas disputée avec les filles ?

- Non maman, tout va bien, lui assura t-elle après avoir soupiré, disparaissant dans la cuisine. »

 

 

Elle rangea rapidement ses couverts puis s'empressa de retourner s'affaler sur le canapé du salon et de s'enrouler dans une couverture. Il n'y avait plus de bois dans le petit panier en osier sur lequel ils déposaient habituellement les bûchettes destinées à la cheminée, mais elle n'avait aucune envie de retourner dans le froid du dehors pour aller chercher celles qu'ils entreposaient dans la remise.

 

Elle jeta un coup d'oeil absent vers l'immense fenêtre qui donnait sur la rue dans laquelle des voitures passaient régulièrement dans un bruit sourd qu'elle avait intégré à son quotidien si bien qu'elle ne l'entendait même plus, puis elle reporta son regard vers la télévision. Un homme en costume présentait les nouvelles du jour. Tant pis pour le feu de cheminée.

 

Comme à chaque fois depuis plusieurs mois, il y avait des disparitions inexpliquées et la gorge de Lily se noua un peu. Elle finit par éteindre la télévision et par attraper son livre de Contes de Beedle le Barde qui traînait sur la table basse. Pétunia passa devant elle cinq minutes plus tard, se dirigeant droit vers sa chambre alors que ses parents s'attardèrent un peu dans le salon, discutant de tout et de rien, mais principalement de gens que Lily ne connaissait pas.

 

 

« Tisane ? lui proposa son père en se levant peu avant que le téléphone ne se mette à sonner.

- Je veux bien, répondit Lily en s'apprêtant à aller répondre.

- J'y vais. A cette heure là c'est sûrement le vieux Walter du bout de la rue qui croit encore qu'il a perdu son chien, soupira sa mère. »

 

 

Lily se laissa retomber sur le canapé, les yeux un peu dans le vague. James lui manquait déjà, et elle détestait cette horrible sensation. Elle se sentait pathétique. Y-avait-il plus cliché au monde que de tomber amoureuse du beau capitaine de quidditch après qui toutes les filles couraient ? Merlin, c'était un fait, toutes les filles lui couraient après. Elle aurait dû définir leur relation. Elle aurait dû lui demander ce qu'ils étaient avant de partir comme une voleuse.

 

Elle grimaça. Elle préférait ne pas lui écrire maintenant. Elle aurait semblé trop désespérée et c'était la dernière chose qu'elle voulait, mais dès qu'elle se perdait dans ses pensées, elle le voyait au bras d'une autre fille. Elle était consciente que c'était stupide, elle savait qu'elle perdait juste les pédales et que c'était l'effet habituel qu'il avait sur elle, mais ses neurones bourdonnaient dans son crâne et elle voulait juste qu'ils s'arrêtent une bonne fois pour toutes.

 

« Ploc ! » Quelque chose tapa à la fenêtre du salon juste au moment où la bouilloire sifflait dans la cuisine. Il n'était pas si tard et les lampadaires éclairaient encore la rue du petit lotissement. Elle tourna la tête vers l'extérieur avant de se lever et de s'approcher prudemment de l'immense vitre, tendant le cou pour apercevoir quelque chose, et elle manqua de tomber à la renverse quand la tête de James apparut devant elle, flottant littéralement dans le vide.

 

 

« C'était Vernon Dursley pour Pétunia, souffla sa mère en réapparaissant dans le séjour. »

 

 

Lily se retourna rapidement vers elle, un peu paniquée, le cœur battant la chamade, mais Mme Evans ne prêta absolument aucune attention à la fenêtre, elle avait récupéré son tricot commencé le matin même et avait entrepris de le terminer.

 

 

« Je n'aime pas trop ce garçon, il n'est pas très poli, confia t-elle à Lily.

- ...Je... Je vais aller chercher du bois, répondit-elle sans prendre la peine de la lancer d'avantage sur le sujet Dursley.

- Couvre-toi, il fait froid dans le jardin. »

 

 

Lily acquiesça et réajusta la couverture sur ses épaules avant de s'emparer du panier en osier et de se hâter à l'extérieur de la maisonnette. Elle chercha James des yeux dès qu'elle arriva dehors mais la nuit ne rendait pas les choses aisées, et sa cape d'invisibilité non plus. Elle fit le tour du jardin en l'appelant à voix basse, et elle sursauta violemment quand il apparut à seulement quelques centimètres de son visage, un sourire malin figé sur les lèvres, visiblement ravi de lui avoir fait une frayeur.

 

 

« Troll, souffla t-elle en lui donnant une tape sur l'épaule avant de le contourner et d'ouvrir la porte de la vieille remise en bois dans laquelle les bûchettes étaient soigneusement empilées. »

 

 

Elle lui fit signe de se dépêcher d'entrer avec elle, tira sur une petite ficelle à laquelle pendait une ampoule qui clignota un peu avant de diffuser une faible lumière orangée, et s'empressa de refermer derrière lui non sans avoir jeté un dernier coup d'oeil vers la maison pour s'assurer que personne ne les avait vus. Elle le fixa pendant qu'il se défaisait de sa cape d'invisibilité en se demandant si la force de sa pensée l'avait, par miracle, attiré à elle. Elle constata à ce moment là qu'il tenait son balai dans sa main. Il avait volé jusqu'ici malgré le temps. De gros nuages de fumée glissaient entre ses lèvres et elle frissonna. C'était probablement la nuit la plus froide de février et même dans la cabane, la fraîcheur hivernale semblait s'intensifier de minute en minute.

 

 

« Est-ce que tu es fou ? Venir jusqu'ici sur ton balai alors qu'il gèle dehors... le sermonna t-elle à voix basse.

- Je n'ai pas encore mon permis de transplanage mais il fallait absolument que je vérifie que tout va bien entre nous, tu es partie trop vite, répondit-il simplement en haussant les épaules et elle sentit une chaleur surprenante commencer à se répandre dans tout son corps lorsqu'il reprit. Tu as peur que je meurs de froid et que tu ne puisses pas me bécoter encore, c'est ça ?

- Oh ferme la Potter, lui dit-elle en lui accordant un sourire. Bien sûr que tout va bien, je ne pensais pas que tu... Merlin, je suis désolée. Mes parents vont te tuer s'ils te trouvent là.

- Je cours vite. »

 

 

Elle laissa échapper un rire avant de porter sa main à sa bouche pour l'étouffer et elle réalisa à ce moment là à quel point la remise était étroite et à quel point il était près d'elle. Le vent du dehors avait fait de ses cheveux noirs un désastre, mais ce n'était pas grave. Elle les aimait comme ça.

 

 

« Tu ne plaisantais pas quand tu disais qu'ils étaient vieux jeu, hein ?

- Ils pensent toujours que j'étais avec Mary et Dorcas tout l'après midi, répondit-elle avant de grimacer légèrement, le faisant pouffer.

- Théoriquement, tu as été avec elles à un moment, confirma t-il en hochant légèrement la tête.

- Oh ça ne sert à rien d'essayer de me rassurer Potter, je sais que je suis une horrible menteuse.

- Tu n'es pas une horrible menteuse, réfuta t-il en posant ses mains sur ses épaules et en la regardant droit dans les yeux, créant une petite faiblesse dans ses jambes, tu es juste victime de ma terrible influence. »

 

 

Elle esquissa un sourire, soupira, et secoua légèrement la tête avant que la main de James ne s'immobilise sur sa joue et n'embrume tout son esprit. Tant pis pour le bois. Tant pis pour la cheminée. Tant pis pour ses parents. Ses yeux croisèrent les siens, elle lâcha le panier en osier, elle entendit la cape d'invisibilité de James lui glisser des mains pour tomber à ses pieds, et une seconde plus tard, sa bouche était sur la sienne et le baiser ne ressemblait en rien à celui qu'ils avaient échangé à Pré-Au-Lard.

 

Il avança un peu, elle recula maladroitement jusqu'à pouvoir se caler contre le mur, là où elle était sûre de pouvoir se retenir à quelque chose si ses jambes finissaient par l'abandonner, mais comme s'il avait lu dans son esprit, James l'agrippa fermement, continuant à l'embrasser comme si sa vie en dépendait, et elle se demanda un instant à quel moment elle avait balancé ses bras sur sa nuque pour se pendre à son cou.

 

 

« Donc je n'ai rien ruiné ? chuchota t-il la voix un peu tremblante en s'écartant à peine d'elle. »

 

 

Elle se contenta de secouer doucement la tête de droite à gauche, un peu étourdie. Les mots les plus simples semblaient avoir déserté et elle ne pouvait simplement pas se concentrer sur autre chose que sur les nuages de fumée qui sortaient de leurs bouches et s’entrelaçaient comme un témoignage de leur proximité.

 

 

« Je dois y aller, mais je te préviens, Evans. Ça va se reproduire à l'avenir, dit-il en faisant un geste de la main entre eux. Probablement très souvent et dans des endroits inappropriés.

- Appropriés, corrigea t-elle. Je suis pondérée et réfléchie, je te rappelle.

- Bien sûr que non, tu sors avec moi.

- Je sors avec toi ?

- Oh tu peux arrêter de faire semblant maintenant que tu as mis ta langue dans ma bouche Evans, la taquina t-il en dégageant une mèche de cheveux roux de son visage, la faisant rougir jusqu'aux oreilles.

- Je n'ai pas...

- Si, clairement, et c'était le meilleur moment de ma vie, la coupa t-il avec un sourire narquois. »

 

 

Elle leva les yeux au ciel pour garder la face, parce qu'elle n'était pas encore capable de lui montrer à quel point il la rendait nerveuse, et le poussa un peu, se penchant pour récupérer son panier en osier au passage et sa cape d'invisibilité qu'elle lui tendit. Il l'attrapa et garda sa main dans la sienne au passage avant d'ouvrir de nouveau la bouche.

 

 

« On se voit dans une semaine. Ne m'oublie pas.

- Aucun risque, parvint-elle simplement à articuler juste avant qu'il ne se saisisse de son balai. »

 

 

Elle resta une bonne minute dans la remise à fixer la porte sans vraiment la voir, les yeux dans le vague, à se rappeler simplement de ses lèvres glacées sur les siennes et de la façon dont il l'avait regardée après, comme s'il était persuadé que rien ni personne au monde n'était capable de l'égaler. Comment pouvait-elle retrouver la chaleur du salon de ses parents avec un masque de parfaite indifférence après cela ? Elle soupira et commença à ranger les bûches dans son panier en songeant qu'elle venait de vivre un sacré premier rendez-vous, du genre de ceux qu'on n'oublie pas.

End Notes:

Heyyy !

Bon, je pose ça là avant de repartir sur Tu me visais. Sinon, juste un truc, n'hésitez pas à me laisser des requests si vous voulez que j'écrive un Jily en particulier, quelque chose que vous n'avez jamais lu et que vous voudriez lire, ou quelque chose que vous avez déjà lu mais que vous voulez voir différemment. Bref, n'hésitez pas à m'écrire :)

 

A bientôt et merci à ceux qui me laissent des reviews :)

L'effet de surprise by ECM
Author's Notes:

Alors, ce chapitre est tout particulier parce qu'il s'agit d'une suggestion de Ellana_White :

"Lily, dont la bonté la perdra, qui accepte de remplacer son amie commentatrice de matchs et, pourquoi pas, pour en apprendre plus sur ce sport car, obviously, elle y connait rien, elle décide d'en apprendre plus auprès de James, qui n'est pas un stalker dans cette histoire"

 

J'ai été inspirée directement, il faut que je te l'avoue, et j'ai écrit l'histoire en deux jours xD (bon, jusqu'à très tard dans la nuit, certes, donc j'espère que je n'ai pas pas fait trop de fautes, c'est le problème quand j'écris avec trop de motivation ^^")

En espérant que ce chapitre te plaira à toi, et à tous les autres qui le liront :)

Ps : je vous préviens, il est long

 

 

« Tu as fait QUOI ?! »

 

 

Le cri de Lily Evans résonna un long moment dans l'infirmerie du château. Elle avait arrêté de tourner en rond autour du lit et s'était tournée vers sa meilleure amie alitée, une expression à la fois de surprise et de colère sur son visage d'ordinaire si paisible.

 

 

« Je suis désolée ! s'exclama Mary MacDonald en grimaçant, j'ai donné le premier prénom qui me venait à l'esprit... »

 

 

Lily inspira profondément pour tenter de retrouver son calme. Mary était à l'infirmerie depuis quatre jours, depuis sa malheureuse rencontre avec Avery et Mulciber à quelques pas de la Salle Commune, et Lily savait à quel point l'idée même de reprendre une vie normale dans le château la terrorisait.

 

Elle n'avait aucune idée de ce qu'ils lui avaient vraiment fait, Mary ne voulait pas en parler, mais elle les suspectait de s'être essayés à des sortilèges impardonnables sur elle car ils avaient été renvoyés plusieurs jours, mais elle avait abandonné l'idée d'en savoir plus pour le bien de sa meilleure amie. Elle n'avait aucune envie de la presser à des confessions qu'elle ne souhaitait pas faire, son seul devoir était d'être là pour elle.

 

 

« C'est bon, c'est bon, je vais trouver une solution, lâcha t-elle finalement en se laissant tomber sur la chaise à côté du lit de Mary.

- Je suis vraiment désolée, répéta la jeune femme.

- Ce n'est grave, lui assura Lily en lui tapotant la main. Ça va me donner l'occasion d'apprendre un peu quelque chose que je ne connais pas, et tu sais à quel point j'adore apprendre. »

 

 

Si elle avait dû être honnête, elle lui aurait dit qu'elle voulait tout connaître du monde magique sauf cela, cet horrible sport qu'elle ne cautionnait qu'à moitié pour sa violence et aussi parce qu'elle trouvait l'engouement parfaitement exagéré, mais Mary était tellement dépitée qu'elle voulait juste la rassurer.

 

 

« McGonagall avait l'air ravie quand elle m'a croisée dans les couloirs... Je ne comprenais pas pourquoi, commenta t-elle.

- Oh j'imagine. Elle pensait qu'elle ne trouverait jamais de nouveau commentateur à temps et elle se préparait déjà à demander à Pettigrow de me remplacer...

- Oh Merlin, souffla Lily.

- Comme tu dis.

- Bon. Le match est demain, je pense qu'il est temps que je me mette à potasser. Je passerai te voir pour te dire comment ça s'est passé, d'accord ?

- Merci mille fois Lily. Je te suis redevable.

- Mais non, lui dit-elle en levant les yeux au ciel. C'est à ça que les amies servent. Bonne soirée Mary. »

 

 

Elle se pencha pour déposer une bise sur sa joue, pressa brièvement sa main, et lui adressa un sourire bienveillant avant de quitter l'infirmerie et de soupirer lourdement aussitôt la porte refermée derrière elle. Elle était dans un beau pétrin. Elle tenta de rassembler ses esprits puis elle s'empressa de rejoindre la bibliothèque. Elle n'avait pas de temps à perdre.

 

Très peu d'élèves s'y rendaient après le dîner. La plupart rejoignait leur Salle Commune, mais quelques Serdaigles y traînaient toujours à n'importe quelle heure de la journée. Lily allait tourner dans la section dédiée aux magasines lorsqu'elle aperçut James Potter à l'autre bout de la pièce. Il était seul à une table, un gros livre posé devant lui, il griffonnait à toute allure sans lever les yeux de son parchemin. Il avait le même air concentré qu'en cours de Métamorphose, celui duquel elle était incapable de détourner le regard.

 

Elle se maudit intérieurement et tenta de toutes ses forces de focaliser son attention sur la raison même pour laquelle elle se trouvait là plutôt que sur ses mains, ses bras, ses cheveux, sa bouche, ou n'importe quelle autre partie de son corps qu'elle fixait toujours beaucoup trop, et alors qu'elle allait disparaître dans la rangée qui contenait les ouvrages sportifs, un fait indéniable surgit dans son esprit. James Potter était un joueur de quidditch. Il était même le capitaine de Gryffondor.

 

Elle se mordit légèrement la lèvre, la main crispée sur l'étagère de l'allée qui s'étendait devant elle alors qu'elle réfléchissait à la direction dans laquelle elle allait faire son prochain pas. Elle balaya la pièce des yeux à la recherche des habituels acolytes de Potter, en vain, mais elle aperçut Dirk Cresswell, un sixième année de Serdaigle, également capitaine, en train de travailler avec Bertram Aubrey.

 

Entre Cresswell et Potter, le choix était vite fait. Elle réajusta son sac sur son épaule, souffla un bon coup pour se donner du courage, et traversa la bibliothèque jusqu'à la table du jeune homme. Elle resta quelques secondes debout en face de lui avant qu'il ne la remarque et qu'il ne lève ses charmants yeux bruns sur elle, lui jetant un regard interrogateur.

 

 

« Je peux m'asseoir ? lui demanda t-elle. »

 

 

Il ne répondit pas immédiatement, tournant la tête pour regarder les autres tables vides un peu partout autour d'eux, avant de hausser les sourcils d'un air perplexe et de hocher la tête.

 

 

« Fais-toi plaisir Evans, dit-il en désignant la chaise en face de lui.

- Merci. »

 

 

Si elle devait être tout à fait honnête, elle aurait aimé qu'il fasse au moins semblant d'apprécier sa compagnie, mais il replongea aussitôt dans ce qui lui sembla être un devoir de potion et elle demeura immobile, assise sur sa chaise à le fixer sans vraiment oser le déranger une seconde fois. Elle savait qu'il ne lui en voudrait probablement pas. S'il était autrefois une véritable plaie, Potter avait maintenant grandi pour devenir un jeune homme chaleureux et bienveillant, mais une petite tension avait toujours subsisté entre eux sans qu'elle ne sache vraiment par quoi elle était alimentée.

 

Ils se supportaient très bien, ce n'était pas le problème. Il n'y avait aucune haine, aucune mauvaise intention, mais juste une gêne bizarre qu'elle n'avait jamais su définir. Elle savait bien pourquoi elle avait le cœur serré en sa présence, mais elle n'avait aucune idée de la raison pour laquelle il n'agissait pas avec elle comme avec les autres. Il était toujours plus prudent dans ses mots, jamais tactile comme il l'était avec les élèves de leur année, et elle avait l'impression perpétuelle qu'il se retenait d'être lui-même. Ou peut-être que quelque chose clochait chez elle.

 

Elle fut tirée de sa rêverie lorsqu'il surprit son regard sur elle. Elle sentit son visage s'enflammer, et puis ses yeux dévièrent sur son côté de la table, vide. Elle n'avait sorti aucune affaire, elle avait juste passé son temps à le fixer comme une folle. C'était la première fois qu'il la prenait sur le fait et elle eut envie de se cacher sous la table.

 

 

« Tu as besoin de quelque chose ? la questionna t-il, sa plume levée quelques centimètres au dessus de son parchemin.

- J'ai un problème, répondit-elle après avoir brièvement acquiescé.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Est-ce que c'est Avery et Mulciber qui...

- Non, l'interrompit-elle immédiatement après avoir remarqué la lueur d'inquiétude dans son regard. »

 

 

Elle attrapa sa chaise par en dessous pour s'avancer un peu, essayant de se re-concentrer sur le problème principal plutôt que sur le fait qu'il ait eu l'air légèrement anxieux à l'idée qu'il ait pu lui arriver quelque chose, et elle s'éclaircit la gorge.

 

 

« Où sont Black, Pettigrow, et Lupin ?

- Est-ce qu'ils vont avoir des problèmes ? demanda t-il en lâchant sa plume sur son parchemin qui se tâcha.

- Non. Je veux juste m'assurer que nous serons tranquilles. »

 

 

Il déglutit et elle jura pendant une seconde avoir vu passer une lueur d'envie dans ses yeux, la même qu'elle s'efforçait de dissimuler à chaque fois que son regard tombait sur lui. Indubitablement, elle s'était trompée. Quand il reprit la parole, il était le même que d'habitude, détendu, indifférent, presque froid, et son cœur se serra dans sa poitrine. Elle ne savait pas comment elle avait pu s'imaginer quoi que ce soit. L'attirance ne serait toujours qu'à sens unique.

 

 

« Tu peux y aller. Peter et Rémus sont dans la Salle Commune et Sirius est en retenue.

- Ça paraît logique, lui dit-elle en esquissant un léger sourire. Je... Tu étais en train de faire ton devoir de potion, peut-être que tu ne voulais pas que...

- Oh non, c'est bon, je suis tout à toi Evans, l'arrêta t-il en faisant un geste désinvolte de la main devant lui avant de fermer le gros livre duquel un nuage de poussière s'évapora. »

 

 

Si seulement, songea t-elle en priant Merlin pour ne pas se mettre à bafouiller comme une idiote. Elle inspira un bon coup, jeta un nouveau regard autour d'eux, puis se pencha légèrement sur la table avant de poursuivre.

 

 

« J'ai besoin de ton aide... En quidditch.

- En quidditch ? s'étonna t-il d'une voix forte, s'attirant une remontrance de la bibliothècaire alors que Lily agitait nerveusement les mains devant lui pour lui intimer de parler moins fort, et il devina immédiatement pourquoi. Cresswell ne pouvait pas aider ? Je croyais que vous vous entendiez bien ? »

 

 

Elle se sentit encore rougir et elle se frotta nerveusement le front avant de rejeter ses cheveux en arrière pendant que James attendait sa réponse. Elle n'avait pas vraiment envie de lui en parler, mais elle lui devait bien cela.

 

 

« Il m'a proposé de sortir avec lui il y a quelques jours. J'ai refusé, mais il n'a pas arrêté d'insister et je... Enfin. Bref. C'est un troll, abrégea t-elle rapidement en constatant que son regard sombre avait dévié sur Dirk, à quelques mètres de là.

- Je vois, commenta t-il un peu sèchement.

- En plus, tu es meilleur que lui, alors...

- Tu penses que je suis meilleur ? l'interrogea t-il en reportant aussitôt son regard hagard sur elle.

- Évidemment.

- Tu sais que tu n'as pas besoin de me flatter pour que je t'aide Evans, n'est-ce pas ?

- Comment est-ce que tu peux te jeter des fleurs toute la journée et être incapable de recevoir un vrai compliment sans le remettre en doute ? s'amusa t-elle alors que son visage s'était détendu.

- Je n'en sais rien, dit-il en haussant les épaules. Peut-être que ce n'est pas le compliment qui m'étonne, mais la personne qui me le donne.

- Tu dis ça comme si j'étais horrible avec toi, répliqua t-elle en esquissant une grimace contrariée.

- Pas du tout, Evans, lui certifia t-il immédiatement. Tu n'es pas du tout horrible avec moi, ni avec qui que ce soit d'ailleurs. Merlin, loin de là, je... Ce n'est pas sorti de la bonne manière. »

 

 

Il se redressa un peu dans sa chaise et pour la première fois, elle constata qu'il était gêné, presque nerveux même. Elle cligna légèrement des yeux, essayant de ne pas s'attarder ni sur son embarras, ni sur la cravate rouge et or qu'il avait partiellement dénouée après leur dernier cours, et elle reprit la parole.

 

 

« Alors tu veux bien m'aider ?

- Bien sûr. Qu'est-ce que tu veux savoir ?

- Tout, répondit-elle en grimaçant. Mary ne pourra pas commenter votre match contre Serdaigle et elle a dit au professeur McGonagall que je la remplacerai. »

 

 

James laissa échapper un rire mais le regard profondément sérieux et suppliant de Lily l'arrêta net, et son amusement fut rapidement remplacé par de l'incrédulité.

 

 

« Tu ne plaisantes pas ? la questionna t-il, ses yeux semblant parcourir son visage à toute vitesse à la recherche d'un second degré qu'il n'y trouva pas.

- … Non.

- Tu remplaces MacDonald ? La légende MacDonald ?

- Je suis navrée d'avance, répondit-elle en baissant la tête. Je... Elle était si mal, je ne pouvais pas refuser et en plus elle avait déjà arrangé tout cela avec McGonagall et... Tu aurais vu sa tête je... J'étais obligée de dire oui. »

 

 

Un silence horriblement pesant tomba entre eux alors que James hochait la tête d'un air compréhensif. Elle le vit ensuite mettre de l'ordre dans ses parchemins, faire disparaître son encrier d'un coup de baguette, et glisser le gros livre dans son sac. Elle crut un instant qu'il allait l'abandonner là quand il se leva et que sa chaise grinça, mais il lui fit un signe de main et elle s'empressa de bondir sur ses deux pieds.

 

 

« La bibliothèque ne nous sera d'aucune aide, et en plus, Cresswell n'arrête pas de regarder dans notre direction, lui apprit-il en l'entraînant à l'extérieur de la pièce. »

 

 

Lily jeta un rapide coup d'oeil par dessus son épaule et constata avec une pointe d'agacement que le Serdaigle avait effectivement les yeux rivés sur eux et semblait sur le point de briser sa plume entre ses doigts.

 

 

« Où est-ce qu'on va ? l'interrogea t-elle alors qu'ils montaient les escaliers vers le cinquième étage.

- Tu as un balai ?

- Non, mais...

- Pas de problème, je m'en doutais. On va prendre celui de Sirius. »

 

 

Elle sentit une boule d'angoisse commencer à se former dans son estomac. Il allait la faire voler, et c'était absolument la pire chose qui pouvait arriver. Elle n'avait pas spécialement peur de l'acte en lui même, mais le faire devant lui était une autre histoire.

 

 

« Cogito ergo sum', dit-il à la grosse dame lorsqu'ils furent arrivés devant la salle commune. »

 

 

Le portrait pivota et ils se bouchèrent les oreilles lorsqu'elle entonna un chant d'opéra, se hâtant de pénétrer dans la pièce dans laquelle de nombreux gryffondors s'entassaient. James fit signe à Lily de l'attendre là, et elle le regarda monter rapidement les escaliers vers son dortoir. Il en redescendit une minute plus tard avec deux balais à la main, se dirigea droit vers Rémus et Peter qui disputaient une partie d'échecs version sorcier à l'opposé de là où elle se tenait, et elle n'entendit pas ce qu'il leur dit, mais elle les vit se tourner tous les deux vers elle avant d'adresser un large sourire à James. Rémus lui donna même une petite tape sur l'épaule avant de le pousser légèrement dans sa direction comme pour lui dire de ne pas la faire attendre plus longtemps.

 

 

« Ok, c'est bon. Rémus prend la ronde de ce soir à notre place, lui apprit-il en arrivant à sa hauteur.

- La ronde du soir ? On ne sera pas rentré ?

- J'en doute, lui répondit-il. Ne t'en fais pas, personne ne nous dira rien, c'est déjà arrivé plusieurs fois que mes entraînements s'allongent, et McGonagall me couvre à chaque fois.

- J'aurais dû me douter qu'être son chouchou avait des avantages, se moqua t-elle légèrement alors qu'ils ressortaient de la salle commune épaule contre épaule.

- N'essaies pas de me faire croire que Slughorn ne t'a jamais tirée d'un mauvais pas, répliqua t-il aussitôt avec un sourire tout aussi narquois que celui qu'arborait Lily.

- Très bien, je te l'accorde, admit-elle tout en lui arrachant des mains l'un des deux balais.

- Hé, doucement, Evans.

- J'essaie de me mettre en conditions.

- Pour quoi ? Un duel à mort ? »

 

 

Elle leva les yeux au ciel et ils échangèrent un bref sourire amusé avant de traverser le château dans le silence total. Ils croisèrent quelques élèves au compte goutte avant de tomber sur Sirius à quelques mètres du hall, une drôle de carte à la main.

 

 

« Bouse ! Je te cherchais partout ! Le sort que tu m'as conseillé a fonctionné à merveille, je n'ai même pas eu besoin d'écrire un mot moi même, le vieux Binns s'est laissé berner ! s'exclama t-il à l'adresse de James. Oh, salut Evans !

- Salut Black, répondit-elle poliment avant de jeter un regard suspicieux à son camarade.

- Parfait, lui dit James. Hum... Je t'ai emprunté ton balai, Lily et moi étions sur le point d'aller voler un peu, elle remplace MacDonald aux commentaires demain et... »

 

 

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase que Sirius avait déjà laissé éclater un rire sonore. James eut beau secouer rapidement la tête et lui faire signe de se taire, il ne cessa que lorsque Lily croisa ses bras contre sa poitrine et baissa la tête d'un air vexé tout en donnant de petits coups de pied dans un caillou qui avait sûrement été transporté ici par les quelques élèves qui s'étaient attardés dans le parc durant l'après-midi.

 

 

« Ce n'est pas une blague, c'est ça ? tenta t-il en esquissant une grimace désolé vers Lily.

- J'aurais préféré, souffla t-elle avec dépit.

- Oh, aucun problème Evans ! reprit Sirius avec son habituel enthousiasme qui la surprenait toujours un peu. Tu vas y arriver ! Tu y arrives toujours !

- Merci Black, mais...

- James est le meilleur prof pour ça, trancha t-il en pressant l'épaule de son meilleur ami. Et Merlin sait que tu as la faculté d'apprendre tout et n'importe quoi, ça ne devrait poser aucun problème. Et puis de toutes façons, si quelqu'un ose te critiquer, j'irai le voir moi-même, termina t-il en brandissant son poing devant lui.

- Merlin, merci beaucoup, mais ne m'utilise pas pour justifier ton envie de détruire tes adversaires, plaisanta t-elle, un poil rassurée par son soutient.

- Ah ! Tu me connais trop, Evans ! lâcha t-il avec un sourire en coin avant de faire un pas de côté pour leur signaler qu'il allait poursuivre son chemin. Allez, bon vol, les jeunes ! Protégez-vous ! termina t-il en leur adressant un clin d'oeil.

- Quoi ? lâcha Lily, perplexe.

- Je veux dire, attention ! A ne pas tomber, par exemple. C'est tout. Vraiment tout. Aucun autre sous-entendu, bredouilla t-il avant de disparaître à l'angle d'un couloir, la laissant écarlate, mais trop occupée à éviter James du regard pour le voir passer nerveusement sa main dans ses cheveux. »

 

 

Sirius savait que Lily en pinçait pour lui simplement parce qu'il l'avait surprise à le regarder plus de fois qu'elle ne pouvait se l'avouer. Il la taquinait toujours sur le sujet plus ou moins discrètement, mais dès qu'il lui avait avoué qu'il avait compris et qu'elle lui avait intimé de ne rien répéter à James, il lui avait assuré qu'il ne comptait pas le faire parce qu'il n'était pas assez égoïste pour la priver de voir l'expression sur son visage quand il l'apprendrait. Elle n'avait jamais compris pourquoi elle devrait se réjouir de le voir débattre intérieurement sur la façon la plus appropriée de la rejeter, mais elle avait fini par arrêter de se poser la question.

 

 

« Voilà, souffla t-il lorsqu'ils arrivèrent au milieu du terrain. Ne bouge pas, je vais chercher les balles. »

 

 

Elle garda les yeux vissés sur son dos alors qu'il se dirigeait vers les vestiaires, puis elle retira sa veste avant d'aller la poser dans les gradins. Il faisait encore chaud, même en soirée. La nuit commençait tout juste à tomber mais les spots se mettraient en route dès qu'il ferait un peu trop sombre.

 

 

« Tu sais, tu aurais simplement pu me donner quelques termes techniques et je me serais débrouillée, lui dit-elle lorsqu'il réapparut, une grosse valise à la main.

- Ça ne fonctionne pas de cette manière, Evans. Tu n'aurais aucune idée de ce que tu commentes. Pour savoir à quel point quelque chose est exceptionnel, il faut essayer de le faire. »

 

 

Il posa son sac à dos et la valise sur le sol et l'ouvrit. Les cognard semblaient lutter pour se libérer de leurs lanières, mais James n'y prêta aucune attention. Il se contenta de prendre le souafle, probablement la balle avec laquelle il était le plus à l'aise.

 

 

« Ca, c'est un souafle, dit-il en le lui passant.

- Je ne suis pas si inculte, répondit-elle avec un sourire amusé. Je connais les bases. Le vif d'or, le cognard, le souafle, le rôle des batteurs, des attrapeurs et des poursuiveurs... Je n'ai juste aucune idée des techniques, des fautes, et de tout le reste en général. Je ne sais pas ce que je suis supposée faire.

- Juste dire exactement ce que tu vois et commenter de façon neutre.

- Mary n'a jamais vraiment été neutre... lui fit remarquer Lily en riant un peu.

- C'est pour cette raison qu'on l'appelle la Légende, répliqua James avec un large sourire. Bon, rentrons dans le vif du sujet. »

 

 

Il récupéra le souafle, enfourcha son balai et lui fit un signe de tête vers le ciel avant de s'élever au niveau des buts. Parfois, elle se demandait s'il ne se sentait pas plus à l'aise là haut que sur terre. Il se déplaçait avec une agilité rare qu'elle n'avait vu chez aucun autre joueur de Poudlard jusque là.

 

 

« Allez Evans, viens. Il faut que tu vois ça ! s'écria t-il en agitant sa main. »

 

 

Lily enjamba le balai de Sirius, referma ses doigts sur le manche, et donna un coup de pied sur le sol pour se propulser dans les airs. Elle n'avait pas volé depuis longtemps et elle avait très peur de se ridiculiser, mais elle trouva rapidement que cela ne s'oubliait pas. Elle avait toujours su apprécier le sentiment d'euphorie qu'elle sentait grandir en elle au fur et à mesure qu'elle s'élevait dans le ciel, c'était probablement la conséquence directe de ses rêves de petite fille moldue, mais elle n'avait pourtant jamais éprouvé le besoin de s'acheter un balai jusqu'au moment précis où elle s'arrêta aux côtés de James et que ses yeux tombèrent sur le lac.

 

L'eau qui ondulait légèrement sous les reflets orangés du soleil lui donnait l'impression de regarder une peinture dont les couleurs chaudes lui firent oublier toutes les craintes qui s'étaient formées dans son esprit à partir du moment où Mary lui avait dit qu'elle devrait la remplacer. Elle aurait voulu pouvoir lui décrire le spectacle avec justesse lorsqu'elle la reverrait, mais elle redoutait qu'aucun mot ne soit à la hauteur, et ni James, ni elle n'osèrent troubler la beauté du spectacle en prenant la parole.

 

Une légère brise caressait les arbres de la forêt interdite et le bruissement des feuilles s'entremêlait à l'odeur des pins, des chênes, des châtaigniers, agitant les sens de Lily dont les doigts se détendirent sur le manche de son balai. Soudainement, elle eut envie de remercier sa meilleure amie. Elle aurait pu quitter Poudlard sans vivre ce moment, et cette simple pensée la fit sourire. Elle partirait avec ce souvenir gravé dans son esprit, elle en était convaincue.

 

Les spots s'allumèrent sur eux dès que le terrain plongea dans la pénombre, leur rappelant ce pourquoi ils étaient là. James se tourna vers elle et elle le découvrit autrement, différemment de quand ils étaient sur terre. C'était comme si elle venait de plonger dans son intimité à pieds joints. Elle en eut le souffle coupé pendant un instant.

 

 

« Les règles, d'abord, commença t-il très sérieusement. Tu vois le terrain ? Il a la forme du ballon de rugby des moldus. Je peux voler absolument aussi haut que je veux, mais je ne peux pas m'égarer trop sur les côtés, sinon le souafle revient à l'équipe adverse.

- Et tu ne peux pas te poser.

- Pas à moins de demander un temps-mort, mais j'espère ne pas avoir à le faire. Nous sommes plus endurants que Serdaigle, et je veux les avoir à l'épuisement, lui confia t-il avec un petit sourire.

- D'accord, et au niveau des fautes ? Comment ça se passe si vous vous... Tapez dedans ? demanda t-elle après avoir brièvement hésité sur le vocabulaire à employer.

- Il y en a plusieurs. D'abord, le coudoyage. »

 

 

Il passa plusieurs minutes à lui donner le nom des fautes et à lui expliquer en quoi elles consistaient tout en approfondissant plusieurs règles, essayant de lui donner des exemples concrets des matchs précédents, la faisant répéter ensuite pour être certain qu'elle avait bien compris, et Merlin, elle se surprit à aimer ce cours plus que tous les autres. James était passionné et il était très facile de l'écouter en enregistrant tout ce qu'il disait.

 

 

« Ok, je crois que c'est bon, lui dit-elle. On peut passer aux figures.

- Très bien. Je vais te montrer, et tu pourras peut-être en essayer quelques unes, d'accord ?

- Je ne suis pas sûre, mais vas-y, répondit-elle, le faisant sourire. »

 

 

Il s'éloigna légèrement pour aller serpenter plusieurs fois entre les buts avant de s'arrêter net et de lui dire « C'est un double huit ! Tu verras sûrement le gardien de Serdaigle l'utiliser, il ne fait que ça ! ». Elle hocha la tête. C'était simple à retenir.

 

 

« Ensuite, il y a celle-ci, l'étoile de mer, que Daisy fait souvent chez nous. »

 

 

Il lâcha une main et une jambe et se laissa pendre devant les buts, et Lily se jura qu'elle n'essayerait de reproduire cette figure en aucun cas.

 

 

« Ah, Doris va sûrement tenter la feinte de Wronski aussi. Celle là est un peu délicate. Regarde ça. »

 

 

Il s'éleva un peu plus haut avant de foncer en piqué vers le sol et elle eut l'impression qu'il allait s'écraser, mais il rétablit sa trajectoire au dernier moment et se hissa de nouveau à sa hauteur.

 

 

« Je crois que j'ai déjà vu ça, dit-elle. Il est hors de question que j'essaie.

- Pas celle là, mais il y a la feinte de Porskoff que tu peux faire avec moi.

- Est-ce qu'il y a un moment où je risque de mourir ? demanda t-elle, lui octroyant un rire.

- Non. Tiens, garde le souafle. Tu vas monter très haut avec, et je vais te suivre d'en dessous. Au moment où je te le dis, tu le lâches. Ne cherche même pas à viser, je le rattraperai. Laisse le juste tomber. »

 

 

Elle hocha la tête, coinça la balle sous son bras, et se dirigea droit vers le ciel, la main droite crispée sur le manche de son balai. Dès qu'elle entendit James dire « Maintenant ! » Elle lâcha simplement le souafle avant de s'immobiliser et de baisser la tête. James le rattrapa sans aucun problème et l'envoya directement dans l'un des anneaux puis s'empressa de le récupérer avant qu'il ne touche le sol.

 

 

« Tu vois ? Facile ! Sirius l'adore. Elle demande une coordination parfaite.

- Et c'est votre point fort.

- L'un de nos points forts, corrigea t-il avec un sourire malin. Il me fait aussi souvent des passes arrières, dans le même registre.

- Ca, je sais ce que c'est. C'est quand il lance le souafle par dessus son épaule sans regarder où tu es.

- Parce qu'il sait exactement où je suis. Une équipe, c'est une seule et même personne, lui expliqua t-il. »

 

 

Lily n'avait aucune idée de l'heure qu'il était, elle était juste absorbée par toutes ces informations et par le calme qui régnait autour d'eux, par le plaisir qu'elle ressentait à être dans le ciel avec lui, seule avec lui, et les minutes défilaient et elles semblaient n'être que des secondes.

 

 

« Il y a une dernière chose que je voudrais te montrer...

- Hmm ?

- La Charge de Chelmodiston.

- Il faudra que tu me l'écrives quand nous redescendrons, plaisanta t-elle.

- Je risque de redescendre plus vite que toi si je rate celle là, répondit-il sur le même ton.

- Ne rigole pas avec ça, le sermonna t-elle gentiment en tapotant la poche de son jean pour s'assurer qu'elle avait sa baguette au cas où quelque chose dégénérerait.

- Ok, ne panique pas, mais je ne l'ai encore jamais réellement testée.

- Si c'est pareil que le double huit, ça devrait aller. »

 

 

Il grimaça légèrement, s'assura qu'il avait une bonne prise sur le souafle sous son bras, et la regarda droit dans les yeux avant de reprendre la parole.

 

 

« Tu sais comme j'aime me mettre debout sur mon balai et faire toutes sortes de choses un peu dingues ?

- Il aurait fallu que je sois aveugle et sourde pour ne pas être au courant de ça.

- Bon. Parfait. Juste... Ne t'inquiètes pas, je maîtrise. »

 

 

Le simple fait qu'il lui demande de ne pas s'inquiéter l'inquiéta d'office. Elle le regarda voler rapidement et faire plusieurs tours de terrain, régulant son allure, et puis il se dirigea vers les buts. Il se positionna debout sur le manche de son balai, exactement comme il avait dit qu'il ferait, et alors qu'elle pensait que c'était déjà bien assez inconscient, il fléchit les genoux plusieurs fois, semblant essayer de prendre de l'élan comme pour... Sauter. Et Merlin, il sauta.

 

Enfin, il ne sauta pas simplement. Cela aurait été beaucoup trop ordinaire pour lui. Non, il fit un petit salto et envoya le souafle directement dans l'un des anneaux avant de se rattraper d'une main à son balai pendant qu'elle dégainait sa baguette, prête à le rattraper au vol.

 

 

« C'était moins une ! s'écria t-il alors qu'elle volait vers le souafle pour le récupérer.

- Tu es cinglé ! rétorqua t-elle en lui envoyant la balle. »

 

 

Il éclata de rire pour toute réponse sans se douter une seule seconde que son cœur avait bondi en même temps que lui et que son visage s'était décomposé. La peur l'avait prise aux tripes et ne s'en était pas allée avant un long moment pendant lequel ils s'étaient simplement fait des passes en passant en revue tout ce dont ils avaient parlé, puis ils étaient redescendus sur terre.

 

C'était une drôle de sensation, de retrouver le sol quand ils avaient passé probablement près de deux heures là haut. Ses jambes étaient un peu tremblantes et elle ne réalisa qu'à ce moment là à quel point elle était épuisée. James rangea le souafle dans la valise qu'il ramena dans les vestiaires pendant que Lily récupérait sa veste, puis il fouilla dans son sac à dos et en sortit une bouteille d'eau qu'il lui tendit.

 

 

« Bois, sinon tu vas être toute courbaturée demain. »

 

 

Elle attrapa la bouteille et en but une bonne moitié avant qu'il ne la stoppe.

 

 

« Hé Evans, laisses-en pour les autres ! »

 

 

Elle la lui tendit et il la porta directement à sa bouche, aucunement gêné du fait qu'elle venait de poser ses lèvres à l'exact même endroit, et elle remercia Merlin que les spots n'éclairent pas le sol assez pour qu'il la voit rougir. Elle trouvait déjà profondément injuste le fait qu'elle soit en sueur alors qu'il semblait tout aussi présentable que lorsqu'ils s'étaient croisés à la bibliothèque.

 

 

« Alors ? Comment tu te sens ?

- Extraordinairement fatiguée. Il me faut une douche et une nuit de sommeil, et pour demain... On verra. Merci, en tout cas.

- Pas de problème, répondit-il en lui adressant un sourire. »

 

 

Elle vit ses yeux s'égarer quelque part au niveau de sa tempe avant de descendre le long de sa joue et de sa mâchoire, et elle crut encore, pendant un court moment, voir quelque chose qui ressemblait drôlement à de la convoitise traverser son visage, mais elle s'essuya le front avec sa manche, et quand elle reporta son regard sur lui, il s'était retourné et avait commencé à marcher vers le château.

 

 

« Oh ! Attends moi, Potter ! s'exclama t-elle avant de s'élancer derrière lui. »

 

 

Ils traversèrent le hall et grimpèrent plusieurs escaliers, Lily récitant mécaniquement ce qu'il venait de lui apprendre alors qu'il hochait la tête en murmurant un « très bien » ou « c'est ça » une fois de temps en temps, et lorsqu'ils arrivèrent dans la salle commune déserte, elle s'arrêta.

 

 

« J'ai remarqué quelque chose, par contre.

- Hmm ?

- Tu n'utilises jamais ta main gauche pour tirer.

- J'ai fait une fichue Charge de Chelmodiston devant toi, et tu me critiques parce que je ne tire qu'avec ma main forte ?

- Je ne te critique pas, réfuta t-elle en fronçant les sourcils et en montant la première marche des escaliers menant aux dortoirs des filles. Je sais que tu es brillant, je... C'est juste quelque chose que j'ai observé, et... Je n'en sais rien, peut-être que je dis des bêtises, après tout, tu t'y connais mieux que moi, mais... Bon... Prenons l'exemple des duels, tu sais que j'adore les cours de Défense et que je...

- Tu es imprenable, la coupa t-il. La meilleure de la promotion.

- Merci, souffla t-elle sans oser croiser son regard, mais ce n'était pas ce que j'allais dire. Je... J'essayais juste de t'expliquer que ce que j'aime quand nous nous exerçons au duel, c'est voir la surprise sur le visage de mon adversaire. Je n'utilise jamais deux fois de suite le même sort, et je me demande toujours ce qu'il attend de moi dans le simple but de faire exactement l'inverse.

- Malin, commenta t-il, et elle le vit se perdre dans ses pensées.

- Ou fourbe, dit-elle en haussant les épaules, mais en tout cas, l'effet de surprise a toujours fonctionné pour moi, et il est même souvent plus efficace qu'un sort puissant »

 

 

Elle conclut en lui rendant le balai de Sirius et ses yeux accrochèrent les siens pendant une seconde. Il lui coupa le souffle. Elle voulait lui souhaiter une bonne nuit mais les mots ne sortaient pas, comme si sa bouche refusait elle-même de le laisser, et au fur et à mesure que les secondes s'écoulaient, elle avait l'impression de se liquéfier devant lui. Bizarrement, il ne bougeait pas non plus, comme si son regard l'avait mis dans la même espèce de transe. Elle reprit ses esprits et secoua la tête. Impossible.

 

 

« Il faut que j'y aille avant de...

- … de ? l'interrogea t-il après avoir dégluti.

- Rien, dit-elle abruptement. Je... Merci. Pour... Ça. Ce soir. Ton aide. Tout, bafouilla t-elle en montant les marches quatre à quatre avant de claque la porte de son dortoir derrière elle et de soupirer de soulagement une fois en lieu sûr. »

 

 

Ses camarades de dortoir lui jetèrent un regard interrogateur mais elle leur signifia d'un geste de la main que ce n'était rien, et elle s'engouffra dans la salle de bain, Marlène McKinnon et Dorcas Meadowes sur ses talons.

 

 

« Il paraît que tu étais sur le terrain avec Potter toute la soirée. Black a dit qu'il n'était pas certain de revoir James de la nuit, la taquina Marlène.

- N'importe quoi, marmonna Lily, les joues rouges. Il m'apprenait juste quelques trucs parce que je remplace Mary aux commentaires demain.

- C'est tout ?

- C'est tout, confirma t-elle en essayant de réguler les battements erratiques de son cœur.

- Alors pourquoi est-ce que tu as l'air aussi retournée que s'il venait de te tripoter ? se moqua Dorcas.

- Merlin, je ne... Je... Vous êtes les pires ! Laissez-moi tranquille ! rrancha t-elle avant de les pousser hors de la salle de bain et de claquer la porte en ignorant leurs rires. »

 

 

Elle passa de longues minutes sous la douche et quand elle émergea de la salle de bain, les filles étaient déjà au lit. Elle se glissa à son tour sous ses couvertures et ferma les yeux, incapable de voir autre chose qu'un magnifique couché de soleil sur le lac surplombant le capitaine de l'équipe de quidditch de Gryffondor.

 

 

 

 

 

 

Elle avait la boule au ventre ce matin là quand elle pénétra dans la Grande Salle aux côtés de Marlène et Dorcas pour le petit déjeuner. Elle se laissa tomber sur le banc de sa maison, la tête baissée sur son assiette vide alors qu'une montagne de pancakes l'attendait dans un plat à quelques centimètres de sa main. Son petit déjeuner préféré, mais elle n'y toucha pas.

 

 

« Vous êtes prête, Miss Evans ? lui demanda le professeur McGonagall qui passait juste derrière elle. »

 

 

Elle n'attendit même pas la réponse de Lily pour aller s'asseoir à la table des professeurs. De toutes façons, la jeune femme avait la gorge si nouée qu'il lui semblait impossible de prononcer un seul mot. Elle sentit le banc bouger sous elle et elle tourna légèrement la tête vers sa droite pour voir Sirius Black se laisser tomber à côté d'elle pendant que Potter s'installait en face d'eux avec Rémus et Peter.

 

 

« Merlin Evans, tu n'as pas l'air bien.

- Je suis certain que tu seras parfaite, Lily, tenta Rémus alors que Peter acquiesçait.

- Mange un peu, l'encouragea Dorcas en lâchant un pancake devant elle. »

 

 

Elle déglutit et leva les yeux vers James qui jeta un regard appuyé sur son assiette comme pour lui faire signe de manger, et elle commença à déchiqueter mécaniquement le petit gâteau avant d'en croquer un morceau. Sa bouche était affreusement pâteuse et elle songea à ce moment là qu'elle détestait les pancakes.

 

Au bout d'un moment, elle pivota vers la grande horloge et constata avec horreur que le match commençait dans une demie-heure. C'est à cet instant précis que James, Sirius, Doris Purkiss, Daisy Hookum, Marlène, Howland Coopey et Buckley Cooper se levèrent d'un même mouvement, tout comme une partie de la table des Serdaigles, tous déjà en tenue de quidditch.

 

Marlène attrapa Lily par son polo gryffondor et l'entraîna avec elle, lui laissant à peine le temps de finir son verre de jus de citrouille, et elle se retrouva bientôt sur le terrain de quidditch à attendre que les tribunes se remplissent, son cœur battant la chamade alors que les joueurs s'étaient tous enfermés dans leurs vestiaires respectifs, la laissant dans une solitude totale et déroutante. Le professeur McGonagall lui apporta un porte voix et lui tapota affectueusement l'épaule avant d'aller s'installer à côté de Dumbledore. Le coup de grâce, songea Lily, certaine qu'elle était aussi pâle que les lignes de délimitation du terrain imprimées sur l'herbe fraîche.

 

Tout ce que James avait pu lui apprendre la veille se mélangeait dans sa tête, et elle avait du mal à distinguer les noms des figures de ceux des fautes, et inversement. Elle s'apprêtait à aller s'installer dans la loge que Mary occupait habituellement lorsque la porte des vestiaires de Gryffondor s'ouvrit à la volée, laissant apparaître Marlène suivit des autres, James en queue de peloton. Il avait l'air déterminé et concentré, comme à chaque fois qu'il mettait un pied sur le terrain.

 

 

« Ca va, Evans ? la questionna t-il lorsqu'il passa à côté d'elle, posant machinalement sa main sur son bras.

- S'il te plaît, fais en sorte d'en finir rapidement, répondit-elle d'une petite voix.

- Hé... »

 

 

Son ton était doux et il s'était arrêté net juste devant elle avant de faire signe au reste de son équipe d'aller se mettre en place.

 

 

« Tu connais tout sur le bout des doigts, tu vas être super, lui dit-il en exerçant une légère pression sur son bras alors qu'elle avait l'impression que le sol se dérobait sous ses pieds.

- Je... Je crois que j'ai tout oublié, murmura t-elle, honteuse.

- C'est le stress. Regarde-moi, dit-il en attrapant son visage, la prenant un peu par surprise. Je vais tout te réciter une dernière fois juste pour te rafraîchir la mémoire, d'accord ?

- Mais le match...

- J'en ai pour une minute, la coupa t-il en secouant la tête. »

 

 

Il la lâcha et commença à passer en revue les fautes, les figures, les règles, lui rappelant exactement ce qu'ils avaient faits la veille, et quand l'arbitre siffla pour l'appeler, il lui fit signe d'attendre encore deux petites secondes avant de se retourner une dernière fois vers Lily.

 

 

« Cresswell aurait vraiment dû te laisser tranquille. »

 

 

Elle lui lança un regard interrogateur et fronça les sourcils, mais elle n'eut pas le temps de lui demander ce qu'il voulait dire par là, il s'était déjà mis à trottiner vers son équipe. Elle eut tout juste le temps de le voir serrer brièvement la main de Dirk avant de réaliser qu'elle aurait déjà dû se rendre dans la cabine que Mary occupait habituellement

 

Elle se hissa à toute vitesse dans les gradins, le porte voix en main, et se laissa tomber sur le siège du commentateur, la main tremblant légèrement sur les jumelles que Mary avait abandonnées là lors du précédent match, mais les yeux vissés vers le capitaine de Gryffondor. Son stress était toujours présent, mais il lui sembla qu'il laissait de plus en plus place à l'excitation alors qu'elle se repassait les mots de James en boucle dans la tête. Elle allait y arriver. L'arbitre siffla le coup d'envoi, lança le souaffle en chandelle, et Lily ouvrit la bouche.

 

 

« Bonjour tout le monde ! Ici Lily Evans, remplaçante de la légendaire MacDonald. Je ne serai pas aussi intarissable qu'elle au sujet du postérieur de Sirius Black, mais je vous jure de faire de mon mieux pour commenter ce match correctement ! »

 

 

Aussitôt, des rires éclatèrent dans les tribunes et elle se détendit un peu alors que Sirius s'arrêtait en plein vol pour lever son pouce dans sa direction, un sourire en coin figé sur son visage.

 

 

« Potter s'empare du souafle en premier et le passe à McKinnon qui fonce vers les buts ! Elle semble savoir exactement quoi faire ! Elle marque, et... Oh désolé Adrian mais ton double-huit n'est plus aussi infaillible qu'il y a deux ans ! »

 

 

Des hurlements de joie s'élevèrent du côté de la tribune Gryffondor et Lily se sentit portée par une excitation qu'elle n'aurait jamais cru pouvoir ressentir en commentant un match de quidditch devant toute son école.

 

 

« Ah ! Stebbins vient de voler le souafle à Black, mais le cognard de Coopey se dirige droit sur lui et je ne suis pas sûre qu'il parvienne à l'éviter à temps, sauf si... Oui, je m'en doutais ! Aubrey vient de lui sauver la mise en effectuant un revers de cognard ! Et c'est Purkiss qui en fait les frais alors qu'elle ne semble pas encore avoir repéré le vif d'or. Ouch ! Dans les côtes ! »

 

 

Lily se redressa légèrement sur son siège, observant les joueurs voler à toute allure au dessus d'elle. Stebbins passa le souafle à Cresswell qui marqua à son tour et elle était sûre, de là où elle se tenait, que James allait lui rendre la pareille.

 

 

« Black ne laissera personne se mettre en travers de son chemin cette fois-ci, commenta t-elle. Et c'est une passe arrière en direction de Potter ! Impossible d'arrêter ces deux là ! Gryffondor marque encore ! »

 

 

Les buts s'enchaînaient et Lily se surprit à comprendre pourquoi Mary adorait faire les commentaires des matchs. C'était comme si tous ses membres étaient en ébullition, son cœur faisant des bonds à chaque fois que le souafle de gryffondor se dirigeait vers les buts de Serdaigle et sa gorge se nouant à chaque fois que les adversaires marquaient.

 

Après une heure de match, le score était de cent soixante à cent quarante pour Serdaigle mais James avait le souafle et il semblait bien décidé à reprendre l'avantage. Il fit un signe à Marlène et Sirius qui se mirent à foncer à ses côtés vers les buts, mais un cognard les dispersa et Cresswell se retrouva à la hauteur de James. Lily le vit ralentir un peu et se saisir le plus discrètement possible du manche du balai de James.

 

 

« Non ! s'écria t-elle alors que l'arbitre sifflait. Faute ! Il y a faute ! C'est un Hochequeue ! C'est moche ! Si Serdaigle a pour objectif de gagner de cette façon, je ne suis pas certaine qu'ils méritent la victoire ! compléta t-elle en s'attirant un paquet d'injures de la part de la tribune bleue alors que les Gryffondors lui témoignaient leur soutient en se levant et en l'applaudissant, lui mettant du baume au coeur. »

 

 

Cresswell se retourna vers elle juste une fraction de seconde et lui envoya un regard si haineux qu'elle avala sa salive de travers. Il demanda un temps mort à l'arbitre et les joueurs se dépêchèrent de se poser. Elle ne pouvait entendre ce que chaque capitaine disait à son équipe, mais Dirk avait l'air furieux. Il faisait de grands gestes avec ses mains alors que James, de l'autre côté du terrain, avait rassemblé son équipe dans un cercle, tous bras dessus-dessous, et semblait très posé.

 

 

« Le temps-mort se termine, le souafle est à Gryffondor ! s'exclama de nouveau Lily. Potter passe à McKinnon, qui passe à Black. Black repasse à Potter et... Ah ! On dirait que Dukelow a repéré le vif d'or ! Purkiss est aussi à sa poursuite. Le match pourrait se terminer dans quelques secondes si seulement... »

 

 

Elle s'arrêta net. Cresswell s'était mis à pourchasser James et les deux batteurs de Serdaigle s'étaient méthodiquement placés de chaque côté du gryffondor, mais assez éloignés pour qu'aucun des joueurs adverses ne puissent s'apercevoir de la manigance, chacun frappant un cognard dans sa direction. Il évita le premier, mais pas le deuxième qui percuta violemment son épaule droite. Le souafle lui glissa des mains alors qu'il poussait un cri de douleur, la tribune rouge et or retint son souffle.

 

 

« Potter est blessé ! s'écria Lily alors que le bras droit de James pendait curieusement. On dirait que quelque chose est déboîté. »

 

 

Sirius rattrapa le souafle et s'arrêta à côté de James qui lui glissa quelques mots que personne ne put entendre, puis parvint à marquer un but après une somptueuse feinte, mais ce fut le début d'un véritable enfer. L'épaule de James semblait le faire terriblement souffrir et il avait beau continuer à jouer, il pouvait difficilement tenir le souafle dans sa main droite, alors Serdaigle en profita pour enchaîner les buts et il sembla à Lily qu'ils étaient perdus.

 

 

« Il y a maintenant pile cent cinquante points de différence qui séparent Gryffondor et Serdaigle, mais rien n'est terminé. Potter aurait pu interrompre le match pour blessure, mais il reste sur le terrain, et Merlin, je pense qu'on peut tous l'applaudir pour ça ! dit-elle alors que la tribune rouge et or s'enflammait. Purkiss se rapproche du vif d'or et... Si elle s'en empare et que les rouges marquent un dernier but, la victoire sera pour eux, et je sais que Potter a plus d'un tour dans son sac, il l'a déjà montré à plusieurs reprises. Elle s'interrompit avant d'inspirer longuement et de reprendre. Il suffirait simplement d'un effet de surprise. »

 

 

Elle vit le jeune homme faire un bref signe à Sirius alors que Stebbins et Cresswell volaient comme des flèches vers les buts, se passant le souafle. Le jeune gryffondor bondit de son balai, attrapant la balle au vol avant de ratterrir somptueusement sur son manche et d'envoyer la balle directement vers James qui filait dans la direction inverse.

 

 

« Purkiss est à deux doigts d'attraper le vif d'or ! Elle peut le faire, elle attend juste que Gryffondor marque et Merlin, quel talent de réussir à garder la balle à portée de main tout en surveillant ses coéquipiers ! Doris est indéniablement une grande attrapeuse ! reprit Lily avant de reporter ses jumelles sur James. Potter se rapproche des buts ! Cette fois, rien ne semble pouvoir l'arrêter ! Black et lui ont réussi à duper Cresswell et Stebbins, et McKinnon est toujours là en soutient derrière lui. Coopey et Cooper ne laissent aucun cognard passer. Cette équipe est pleine de talents ! Oh, Potter se lève sur son balai. Adrian est prêt à protéger ses buts... »

 

 

La tension était si présente que tous les élèves étaient devenus brutalement silencieux. L'unique voix qui résonnait sur le terrain était celle de Lily, et elle ne se rendait même pas compte que les seuls commentaires qui s'échappaient de sa bouche étaient une succession de murmures « Allez James, allez James, allez... »

 

 

« Il semblerait que Potter soit sur le point de tenter une Charge de Chelmodiston... commenta t-elle en esquissant une grimace, sachant pertinemment qu'il y avait peu de chance pour qu'il réussisse à retomber sur son balai alors que son bras droit semblait le faire atrocement souffrir. Potter tient encore le souafle dans sa main droite malgré la douleur, il va tirer, Adrian fend sur sa gauche, là où James tire habituellement et... Oh ! s'exclama Lily avec surprise. Potter lance le souafle sur sa main gauche et tire de toutes ses forces ! Potter marque ! Adrian ne l'a pas vu venir ! Exceptionnel ! Personne ne pourra plus jamais prétendre que Poudlard a vu un meilleur capitaine entre ses murs ! »

 

 

Les jumelles de Lily dévièrent subitement sur Doris alors que les poursuiveurs de Gryffondor s'efforçaient maintenant de protéger leurs buts, et avant que Cresswell, Stebbins, ou les autres n'aient pu y faire quoi que ce soit, Purkiss referma sa main sur la petite balle dorée, offrant la victoire à l'équipe rouge et or.

 

 

« Gryffondor l'empoooorte ! s'égosilla Lily. Serdaigle n'a pas démérité, mais l'équipe de Potter a été monstrueuse cette année, inarrêtable, et nous a à chaque fois offert un spectacle digne de ce nom. Merci à tous pour votre soutient, c'était mon premier et mon dernier match en tant que commentatrice ! Bonne fin d'année scolaire à tous ! »

 

 

Les applaudissements ne semblaient pas vouloir s'arrêter, même après que la plupart des élèves des autres maisons aient déserté, ceux de gryffondors étaient restés pour célébrer, envoyant des feux d'artifice en l'air du bout de leurs baguettes alors que le professeur McGonagall les sermonnait, et Lily demeurait simplement assise là, dans la loge du commentateur, à les observer sans parvenir à quitter l'état d'euphorie invraisemblable dans lequel elle se trouvait.

 

Les joueurs s'étaient tous regroupés autour de James et s'étaient étreints un long moment, poussant de glorieux éclats de rire en levant leurs poings en l'air, à peine conscients qu'il devait toujours souffrir le martyr. Il parvint cependant à se faufiler à travers son équipe, et Lily le vit lâcher son balai au pied des tribunes avant de monter les marches quatre à quatre et de ne s'arrêter que lorsqu'il arriva à sa hauteur. Elle eut à peine le temps de se redresser qu'il glissa sa main gauche derrière sa nuque et l'attira à lui, sa bouche s'écrasant sur la sienne sans qu'elle ne s'y attende une seule seconde.

 

Elle se raidit soudainement avant d'enrouler son bras autour de sa taille pour le maintenir contre elle et d'entrouvrir légèrement la bouche, juste assez pour que sa langue trouve la sienne et qu'elle ait une nouvelle fois l'impression d'être quinze mètres au dessus du sol, devant un somptueux couché de soleil chatoyant sur un lac qui semblait en feu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Et ensuite ? lui demanda Mary après avoir poussé une exclamation de surprise dans l'infirmerie.

- Rien, répondit Lily en rougissant. Il m'a juste pris par la main et nous sommes redescendus. Black a bien fait un commentaire, mais James lui a flanqué un coup de balai sur la tête et... Après tu sais. Ils sont venus ici pour son épaule et moi je suis restée avec Marlène dans la salle commune toute la journée.

- C'était salement déboîté, lui apprit son amie, mais Pomfresh a fait un travail incroyable, il ne sentira probablement plus grand chose la semaine prochaine. Tu ne l'as pas croisé en chemin ?

- Non, je pense qu'ils sont repartis vers le terrain. Je ne l'ai même pas vu au dîner. J'ai entendu Doris dire qu'ils prévoyaient une petite soirée clandestine là bas, pour fêter la victoire.

- Tu dois ABSOLUMENT y aller ! l'encouragea t-elle.

- Je sais, j'y comptais bien, mais je voulais juste te raconter tout ça d'abord. De toutes façons, je doute que le professeur McGonagall ne se donne la peine de mettre quarante élèves de Gryffondors en retenue, surtout après une victoire. Elle aura probablement autant envie de participer à la fête que nous, plaisanta Lily alors que Mary hochait la tête en souriant.

- Tu crois que Potter va encore... la jeune femme s'interrompit et lui lança un regard suggestif.

- Je ne sais pas, répondit Lily en soupirant. Je n'ai aucune idée de ce qu'il va faire, je... Peut-être que c'était juste sur le coup de la victoire, peut-être que c'était juste comme ça, je... Vraiment je ne sais pas, et c'est aussi pour ça, je crois, que je veux vraiment aller à cette soirée. Je veux savoir.

- Oh Merlin, je veux savoir aussi, s'empressa d'ajouter Mary, octroyant un rire à Lily.

- En tout cas, merci. Je sais que je n'étais pas ravie au début, Merlin, j'avais envie de t'étouffer avec tes oreillers, plaisanta t-elle alors que son amie gloussait, mais grâce à toi j'ai appris des tas de choses que je me suis surprise à aimer et... C'était juste génial, Mary, je... Je comprends enfin pourquoi tu adores ça et je regrette presque de ne pas avoir pu partager ça avec toi avant, admit-elle en prenant la main de sa meilleure amie dans la sienne.

- Il y aura d'autres occasions hors Poudlard. Tu viendras avec moi à la prochaine coupe du monde, la rassura Mary en exerçant une légère pression sur sa main. Allez, vas-y maintenant, et ne reviens pas ici avant que Potter ne t'ait demandée de l'épouser !

- Et on sait toutes les deux à quel point c'est plausible, ironisa Lily en levant les yeux au ciel. Il va probablement juste s'excuser et m'expliquer que la victoire a éclipsé son jugement.

- Oh dans ce cas là, assure-toi de lui faire savoir que que dès que je sors d'ici, sa bêtise va éclipser mon jugement et que je risque de lui flanquer un sacré coup de pied dans l'entrejambe. »

 

 

Lily esquissa un sourire et Mary lui fit signe de déguerpir en vitesse. Elle traversa les couloirs vides, descendit le grand escalier qui menait au hall d'entrée, et sursauta violemment quand un bras se retrouva sur ses épaules. Sirius Black.

 

 

« Evans, Evans, Evans... On a des choses à se dire tous les deux.

- Merlin, comment est-ce que tu fais pour apparaître toujours comme ça ? l'interrogea t-elle alors qu'il rangeait un parchemin dans la poche intérieure de sa cape de sorcier.

- Tututu, c'est moi qui pose les questions, lui dit-il alors qu'elle se renfrognait légèrement. C'était comment ?

- Quoi ?

- Oh tu sais très bien quoi, chantonna t-il en la bousculant très légèrement.

- Je ne vois pas, mentit-elle, les joues rouges. Si tu parles des commentaires, c'était très stressant, mais... Je crois que je m'en suis assez bien tirée.

- Assez bien tirée ? répéta t-il avec scepticisme avant de poursuivre. Tu ne voyais pas James d'aussi près que moi, là haut. Il était si fier de toi, Merlin, Cresswell aurait pu lui briser les deux bras qu'il aurait encore réussi à marquer des buts juste pour t'entendre continuer à l'encourager. »

 

 

Lily manqua de trébucher sur un pavé alors qu'ils sortaient du hall, titubant un peu vers le parc, et Sirius poussa un rire semblable à un aboiement en voyant son embarras s'étaler non seulement sur ses joues, mais aussi sur son cou.

 

 

« Enfin, ce n'était pas à ça que je faisais allusion, reprit-il.

- Vraiment ? ironisa Lily en haussant un sourcil, le faisant rire de nouveau alors que de la musique commençait à parvenir à leurs oreilles.

- Tu sais quoi ? Je vais te laisser tranquille pour cette fois, Evans, mais garde dans un coin de ta petite tête que je ferai un très bon parrain si jamais... Tu sais, termina t-il en lui lançant un regard évocateur après lui avoir tapoté la tempe avec son index. »

 

 

Elle retira son bras de les épaules et le poussa violemment avant que leurs rires ne se mêlent à ceux des autres élèves, quelques mètres plus loin. Ils se joignirent à eux et elle tomba bientôt dans les bras de Marlène qui renversa malencontreusement quelques gouttes de son whisky pur feu sur son polo en éclatant de rire, probablement déjà beaucoup trop ivre compte tenu de l'heure. La musique était forte, rythmée, et Lily ne savait plus si c'était son cœur qui battait rapidement alors qu'elle cherchait James des yeux ou les basses qui résonnaient contre sa poitrine.

 

Elle ne le trouva pas. Presque toute l'équipe était là, à l'exception de Purkiss et de James, et Lily eut l'impression que son estomac se retournait quand elle s'en rendit compte. Cependant, elle repéra Doris un peu plus loin, au bord du terrain, là où les spots ne l'éclairaient que peu, accompagnée bizarrement de Stebbins qui n'avait pas l'air de mal vivre sa défaite si elle en croyait la façon dont ses mains venaient de glisser sous le tee-shirt de l'attrapeuse. Elle détourna immédiatement les yeux pour les reporter sur le groupe de fêtards qui l'entourait. En vain. Il n'était pas là. Rémus et Peter non plus, d'ailleurs.

 

 

« Est-ce que tu as vu Potter ? glissa t-elle à l'oreille de Marlène en essayant de la maintenir près d'elle alors qu'elle bondissait au rythme de la musique.

- Aucune idée ! lui répondit-elle en hurlant beaucoup trop fort directement dans son oreille. »

 

 

Lily grimaça et la lâcha sur le coup, puis elle traversa la bande de Gryffondors pour essayer de retrouver Sirius, se massant l'oreille. Gagné, pensa t-elle lorsqu'elle le repéra près des tribunes, faisant léviter quatre gobelets de whisky pur feu devant lui.

 

 

« Par la barbe de Merlin, Evans, te voilà enfin ! Je t'ai perdue ! Viens avec nous, la vraie fête est là bas ! s'exclama t-il en pointant le lac du doigt. »

 

 

Elle se dressa sur la pointe des pieds et distingua de la fumée près de l'étendue d'eau, et bientôt, elle vit de majestueuses flammes danser à l'intérieur d'un petit cercle de pierres autour duquel Peter, Rémus, et James riaient, semblant revivre les meilleurs moments du match. Elle sentit rapidement la fumée mêlée à la divine odeur des pins qu'elle avait humé la veille, lorsqu'ils étaient seuls dans le ciel, et ses jambes tremblèrent un peu quand James la remarqua enfin. Il avait une atèle au bras droit mais il ne semblait plus souffrir.

 

Il tourna la tête juste un peu, s'attendant probablement à voir Sirius revenir seul, mais elle était là et elle se demanda brièvement pourquoi il n'était pas venu la chercher lui même, essayant de son mieux de réprimer les craintes qu'elle avait énoncées à Mary un peu plus tôt. Peut-être qu'il regrettait, peut-être qu'il avait juste agi sur un coup de tête, peut-être que l'excitation du match l'avait attrapé comme elle l'avait attrapée, et peut-être qu'il n'avait simplement pas réfléchi.


Ses yeux restèrent vissés aux siens quand il se saisit du gobelet qui lévitait devant lui et elle se détendit un peu lorsqu'il tapota la place vide à ses côtés de sa main libre. Elle tenta de lui sourire, mais c'était comme si l'angoisse d'avant match n'était plus rien comparée à ce qu'elle ressentait maintenant. Elle mourrait de honte s'il la repoussait après tout ça, et pire, elle doutait que son cœur ne s'en remette.

 

Oh elle savait bien qu'elle était dramatique, toujours trop intense, qu'elle délirait probablement beaucoup trop pour son propre bien et que ses sentiments n'étaient pas ceux que l'on est supposé ressentir quand on a dix-sept ans, mais elle n'y pouvait rien. Elle était comme ça, elle éprouvait les choses de cette manière, et aucune barrière, aucun mur au monde, aussi solide soit-il, n'aurait pu contenir ses émotions.

 

Elle se laissa tomber au sol à ses côtés, plongeant ses mains dans les touffes d'herbe, hypnotisée par le feu devant elle qui lui donnait l'impression d'être aussi furieux et indomptable que ses sentiments pour James. Elle n'avait pas réalisé à quel point ils étaient féroces avant le match, avant qu'il ne l'embrasse de cette façon dans les tribunes, mais maintenant, c'était comme si elle ne pouvait plus penser à autre chose, comme s'il avait donné le départ d'une course effrénée qu'elle était incapable de gagner, qu'elle ne souhaitait même pas gagner, Merlin, elle voulait juste qu'il la laisse participer.

 

 

« Où est ton verre, Evans ? lui demanda Sirius.

- Ne t'en fais pas pour ça, Marlène a renversé assez de whisky-pur-feu sur mon polo, je n'ai qu'à l'essorer et...

- Tiens, la coupa James en lui tendant son propre gobelet alors que les trois autres souriaient. Tu l'as bien mérité.

- Ça c'est vrai ! s'exclama Peter. Tu t'es très bien débrouillée.

- Hmm, en effet, ce n'était pas si mal, mais la finesse de MacDonald manquait un peu, intervint Sirius qui était resté debout, appuyé au grand chêne qui leur fournissait toujours un coin d'ombre au frais pendant les après-midi d'été.

- Oh vraiment, Patmol ? Tu vas chouiner parce qu'Evans n'a pas parlé de ton corps pendant une heure et demie ? le taquina James avec un sourire en coin, s'attirant un doigt d'honneur du concerné.

- Je suis désolée Sirius. James ne m'avait pas précisé que c'était nécessaire, dit-elle avec une once d'amusement dans les yeux avant de boire une gorgée de whisky pur feu, savourant la chaleur qu'il dispersa partout dans son corps alors que les flammes en face d'elle illuminaient son visage.

- Bien sûr qu'il ne l'avait pas précisé.

- Oh Evans, je suis en train de te défendre, là. Ne reporte pas la faute sur moi ! s'indigna James.

- Je ne reporte pas la faute sur toi ! protesta t-elle en riant un peu. Je ne savais juste pas que Sirius s'inquiétait tant sur son physique qu'il avait besoin d'être constamment rassuré.

- Je ne m'inquiète pas ! nia le jeune homme alors que Lily l'observait d'un air espiègle. J'aime juste qu'on me répète à quel point je suis beau. Je veux dire, le but du jeu, c'est de commenter ce que tu vois, et clairement, ce que tu voyais était superbe, ajouta t-il en désignant tout son corps d'un geste de la main.

- Merlin, ça recommence, souffla Rémus en levant les yeux au ciel. »

 

 

Il tenait un bâton qu'il s'amusait à faire tourner dans les flammes juste devant eux, l'observant se raccourcir de minutes en minutes. Peter, lui, avait les genoux repliés contre son torse et jetait des coups d'oeil préoccupés derrière lui dès qu'il entendait un bruissement de feuilles.

 

 

« Je suis navrée, Black. Clairement, j'ai manqué de goût, lui dit-elle en s'efforçant de retenir un sourire.

- Clairement, appuya t-il alors que les autres masquaient leur rire derrières des toux douteuses, s'attirant un regard noir du concerné. Toutefois, je ne doute pas que James pourra t'apprendre l'art de me complimenter lors d'une prochaine escapade nocturne, s'empressa t-il d'ajouter sur un ton mesquin.

- J'ai peur que ce ne soit bien trop complexe pour moi, dit-elle alors que James avait ravalé son hilarité aussi vite qu'elle était apparue.

- Infiniment inintéressant, surtout, enchaîna le capitaine de quidditch.

- Ne sois pas aussi dur avec toi même, Cornedrue. Je sais que tu arriverais à rendre cela passionnant et peut-être qu'Evans se découvrirait un nouveau hobby. Tu as un don pour, comment dire... Aider les gens à... Embrasser les données que tu leurs transmets, si je puis m'exprimer ainsi. »

 

 

Lily s'empourpra aussitôt en saisissant son sous-entendu, et elle manqua de renverser son gobelet sur l'avant de son polo quand elle vit James dégainer sa baguette si rapidement que son meilleur ami n'eut le temps de faire aucun mouvement avant que sa cravate ne quitte son cou pour aller s'enfoncer dans sa bouche de telle manière qu'aucun mot intelligible ne pouvait plus sortir de sa bouche. Il tenta un moment de la retirer avec ses mains, en vain, c'était comme si elle lui glissait toujours entre les doigts. James était doué en sortilèges.

 

 

« Il ne risque pas de s'étouffer ? demanda Lily en le regardant se débattre.

- Il peut respirer par le nez, répondit James en haussant les épaules alors que Sirius se retournait vers Peter et Rémus en quête d'aide.

- Je ne prendrai pas part à ça, déclara le lycanthrope alors que Peter secouait frénétiquement la tête. »

 

 

Sirius fronça les sourcils et expira bruyamment par le nez comme un taureau enragé avant de se retourner et de se hâter vers les élèves qui célébraient toujours la victoire sur le terrain de quidditch à quelques mètres d'eux.

 

 

« On devrait peut-être le suivre, s'assurer qu'il ne meurt pas asphyxié, déclara Rémus en tapotant l'épaule de Peter.

- Il n'y a aucun risque, c'est juste un sort de... Le jeune homme s'interrompit en remarquant le regard insistant que son ami lui lançait, puis il poursuivit. Tu as raison. On ne sait jamais. »

 

 

Il se redressa dans la précipitation et trottina derrière Rémus qui le tira rapidement vers lui en lui chuchotant des choses que Lily n'entendit pas, trop occupée à gérer la situations actuelle: Elle était seule avec James. Il étendit ses jambes devant lui et poussa un petit soupir, appuyé sur sa main gauche.

 

 

« Comment va ton épaule ?

- Bien, ce n'était pas grand chose, répondit-il en baissant les yeux sur son atèle.

- J'ai vraiment cru que tu allais tenter la Charge de Chelmodiston.

- Moi aussi à un moment, lui avoua t-il en laissant échapper un rire, mais ça aurait été beaucoup trop inconscient, même pour moi. »

 

 

Elle lui adressa un sourire et replia ses genoux contre sa poitrine de la même façon que Peter l'avait fait un peu plus tôt, puis elle reprit une nouvelle gorgée de whisky-pur-feu et lui tendit le gobelet encore à moitié plein. Ses yeux croisèrent les siens, brûlants, et ses doigts glissèrent entre les siens lorsqu'il s'empara du récipient qu'il porta brièvement à ses lèvres avant de reprendre la parole.

 

 

« Quand tu commentais, tu as parlé d'un effet de surprise... Et j'ai repensé à ce que tu disais hier à propos de ma main gauche. Tu avais raison.

- Tu... As écouté mon conseil ? Pour du quidditch ? s'étonna t-elle.

- J'aurais été stupide de ne pas le faire. »

 

 

Il lui sourit et elle resserra un peu son étreinte autour de ses jambes, sentant le rouge lui monter aux joues. Pas parce qu'elle était gênée, mais parce qu'elle n'arrivait pas à gérer tout ce qu'il se passait en elle à ce moment là. Les flammes donnaient à son visage une toute autre noblesse. Il ne semblait même pas réel.

 

 

« Je ne te l'ai pas dit, mais tu as été extraordinaire.

- Je n'ai rien fait de spécial, réfuta t-elle en secouant immédiatement la tête.

- Tu rigoles ? Tu as assimilé un paquet d'informations en un temps record et tu as commenté ce match de la façon la plus parfaite possible. MacDonald s'est trouvée une partenaire.

- Tu n'es pas objectif, souffla t-elle un peu timidement en baissant les yeux vers les brins d'herbe qu'elle se mit à arracher mécaniquement.

- Bien sûr que je le suis ! J'ai entendu un paquet de commentateurs dans ma vie et...

- Combien d'entre eux est-ce que tu as embrassé ? le coupa t-elle d'une petite voix. »

 

 

Il referma la bouche aussitôt et le silence s'installa entre eux juste l'espace de quelques instants pendant lesquels elle n'osa pas le regarder. Peut-être que ce n'était pas la façon la plus adéquate d'aborder les choses, mais il fallait simplement qu'elle retire le pansement, et qu'elle le fasse vite avant de changer d'avis, avant que son courage ne l'abandonne.

 

 

« Je ne t'ai pas embrassée pour ça, reprit-il d'une voix plus sérieuse, plus grave. Ça n'avait rien à voir avec la façon dont tu as commenté le match, même si... Même si j'aurais aimé avoir une année de plus ici rien que pour espérer t'entendre le faire encore.

- Arrête, dit-elle en lui adressant un sourire un peu incrédule.

- Non, sérieusement, affirma t-il. »

 

 

Il se tut encore alors qu'un bruit sec s'échappa du brasier devant eux. Une braise sauta dans leur direction et Lily tressaillit puis l'évita en se penchant légèrement sur James, s'excusant quand son épaule rentra en contact avec la sienne, toujours un peu sensible.

 

 

« Tu ne penses pas ce que tu dit, tu n'as pas ressenti ce que j'ai ressenti, avoua t-elle ensuite, le cœur serré.

- Ne me dis pas ce que je ressens, Evans, lui intima t-il en levant des yeux déterminés sur elle. J'ai passé l'année à t'éviter. Je... Merlin, tu n'as aucune idée de l'enfer que tu m'as fait vivre.

- … Quoi ? l'interrogea t-elle en haussant les sourcils, perplexe.

- Je n'avais aucune envie de te mettre la pression. Je suis capitaine de l'équipe de quidditch, nous sommes préfets ensemble, je sais à quel point tu détestes que le monde ait les yeux rivés sur toi, et tu sais aussi bien que moi que si je t'avais proposé de sortir avec moi en septembre, le château entier n'aurait parlé que de ça toute l'année, nous n'aurions pas eu une seconde de répit, et de toutes façons, je n'étais même pas certain que tu acceptes. Je n'avais aucune envie de te prendre la tête avec ça comme Cresswell, et si tu avais refusé, je n'aurais pas pu rester enfermé avec toi dans une salle de classe en sachant que tu ne voulais rien avoir à faire avec moi. »

 

 

Son dernier effet de surprise n'était pas le moins réussi. Elle déglutit et osa enfin croiser son regard. Il était fixé sur elle et elle pouvait maintenant lire la même convoitise qu'elle avait cru voir la veille, seulement maintenant, elle savait qu'elle n'était pas folle.

 

 

« C'est... C'est à la fois très attentionné de ta part et... Profondément stupide, termina t-elle en bafouillant légèrement.

- Tu me traites d'idiot, Evans ?

- Non. Je... Peu importe, est-ce que... Est-ce que je peux t'embrasser ?

- Tu te poses vraiment la question après ce que je viens de t'avouer ? se moqua t-il alors que ses yeux tombaient sur ses lèvres. »

 

 

Elle haussa les épaules et laissa échapper un rire incontrôlable et puis son nez frôla le sien, il recula un peu son visage pour l'obliger à se pencher d'avantage sur lui, et elle laissa échapper un soupir contrarié qui lui arracha un sourire. Fort heureusement, il ne la fit pas attendre plus longtemps, et ses lèvres trouvèrent les siennes dans un baiser beaucoup plus tendre que le précédent, beaucoup plus lourd de sens aussi.

 

Elle savait que quand elle se lèverait le lendemain matin, elle se demanderait si elle n'avait pas imaginé tout cela, mais elle savait également qu'il se poserait l'exacte même question, et cela faisait toute la différence. Elle ne pouvait pas être plus impatiente que le soleil se lève parce qu'à ce moment là seulement, elle pourrait profiter une dernière fois de l'effet de surprise lorsqu'elle l'embrasserait dans le hall, se moquant éperdument des regards des autres sur eux, et qui sait, peut-être qu'elle profiterait de leurs derniers moments à Poudlard pour voir encore le soleil se coucher sur le lac à quinze mètres au dessus du sol.

 

End Notes:

Merci encore à Ellana_White pour cette suggestion ! J'espère que tu aurais aimé lire ce chapitre autant que j'ai aimé l'écrire :)

Merci à tous ceux qui me lisent toujours, que vous laissiez ou non des reviews, mais un merci tout particulier à ceux et celles qui me laissent toujours des petits encouragements.  Vous êtes les meilleurs :)

Valentine's Day by ECM
Author's Notes:

Heyyy !

Me revoilà avec une nouvelle suggestion, cette fois de Markilamagie, toujours fidèle au poste ;) :

"la première saint-valentin de notre couple préféré"

 

Comme pour la précédente, je n'ai pas mis de temps à l'écrire et j'ai été directement inspirée, je crois que je ne me suis pas arrêtée une fois en l'écrivant, donc merciii de m'avoir soumis cette request :)

 

 

« Méfait accompli, murmura Lily en tapotant le parchemin avec sa baguette alors que ses yeux venaient de tomber sur son petit-ami. »

 

 

Adossé contre un mur du septième étage, les bras croisés contre son torse, il fixait le sol avec obstination. Elle remarqua directement la tension dans sa mâchoire et la façon dont ses mains étaient enfoncées dans ses poches, et elle fronça les sourcils en s'approchant de lui.

 

 

« Pourquoi est-ce que Sirius m'a fourré votre carte dans les bras en me disant d'aller te chercher ? lui demanda t-elle en continuant à marcher jusqu'à lui.

- Certainement parce qu'il avait peur de venir lui même, répondit froidement James. »

 

 

C'était comme si son ton avait glissé sous sa peau pour se loger dans ses veines, glaçant son sang alors qu'elle s'arrêtait à sa hauteur en lui jetant un regard curieux. Il récupéra le morceau de parchemin qu'elle lui tendait mais ne leva même pas les yeux sur elle. C'était mauvais signe.

 

 

« Est-ce qu'il aurait une bonne raison d'avoir peur ? reprit-elle en essayant d'attraper son regard cette fois vissé sur le mur opposé, en vain.

- Ce n'est pas comme si j'étais de bonne humeur, marmonna t-il.

- Vraiment ? Je n'avais pas remarqué. »

 

 

Elle avait essayé de détendre l'atmosphère avec un sarcasme et d'habitude il attrapait la perche qu'elle lui tendait, mais cette fois-ci, il resta absolument silencieux et cela la terrifia un peu. Elle n'arrivait jamais à être aussi impassible avec lui qu'il pouvait l'être avec elle, même si la plupart du temps il n'était que sourires malins et murmures hautement déplacés à son oreille.

 

Elle approcha sa main de sa cravate dans l'idée d'arranger son nœud, mais il la repoussa légèrement et cette fois, elle eut l'impression qu'elle venait d'avaler un cognard. Elle déglutit en essayant de faire passer le nœud qui grandissait dans sa gorge et recula d'un pas tout en réajustant son sac sur son épaule, l'observant avec perplexité et amertume.

 

 

« Qu'est-ce que tu faisais ici, tout seul ? Tu attendais une fille, c'est ça ? tenta t-elle de plaisanter.

- Bien vu, Evans, répondit-il sèchement. »

 

 

Ouch. Elle n'aurait pas eu aussi mal si Severus Rogue lui même lui avait renversé un chaudron rempli d'acide sur la figure pendant leur cours de potion, ou si l'un des crabes de feu d'Hagrid s'était embrasé sur ses genoux, elle en était persuadée.

 

 

« Je t'attends depuis près d'une heure, ajouta t-il sur un ton plus neutre, comme s'il avait compris qu'il l'avait blessée. »

 

 

Elle bafouilla pendant une seconde, ravalant le soupir de soulagement qui avait menacé de s'échapper de sa bouche dès qu'il avait précisé qu'elle était celle qu'il attendait, et se mit à réfléchir à toute vitesse. Elle avait visiblement oublié qu'il avait prévu de passer la soirée avec elle et elle avait beau le savoir maintenant, elle ne se rappelait pas l'avoir entendu lui demander de le rejoindre dans les couloirs à un seul moment.

 

 

« Merlin, James, je suis désolée, lui dit-elle en grimaçant. J'ai passé toute la soirée à la bibliothèque avec Bertram Aubrey et je...

- Tu as passé la soirée avec Bertram Aubrey ? la coupa t-il. »

 

 

Cette fois, il leva les yeux vers elle, mais elle se demanda si ce n'était pas pire parce que le regard perçant qu'il lui lançait ne lui disait rien qui vaille. Elle vacilla un peu alors que son cerveau marchait toujours à mille à l'heure, cherchant la moindre petite phrase qu'il aurait prononcée lui indiquant qu'il l'attendrait là, en vain. A ce stade là, ce n'était plus vraiment de la réflexion. Elle pédalait dans la semoule.

 

 

« A la bibliothèque. A faire le devoir de Métamorphose, précisa t-elle en marchant sur des œufs.

- Le jour de la Saint Valentin ? »

 

 

Bouse. Bouse. Bouse. Elle cligna des yeux et contrebalança son poids sur son autre jambe. Son cœur venait de s'emballer d'une toute autre manière en voyant la lueur de jalousie dans les yeux sombres de James.

 

 

« Je n'avais pas réalisé, avoua t-elle très honnêtement.

- Que c'était la Saint Valentin, ou que tu était allée à un rendez-vous avec Aubrey ? l'interrogea t-il avec une certaine impatience.

- Pour la Saint Valentin. Et ce n'était pas un rendez-vous, se défendit-elle immédiatement.

- Vraiment ? Tu n'as pas vu la moitié du château se promener avec des chocolats ? Tu ne t'es pas rendue compte que Rusard a recommencé à accrocher ces odieuses décorations aussi vieilles que le château ? Tu n'as pas eu l'impression qu'Alice et Frank se sont mis sur leur trente et un avant de partir à Pré-au-Lard ce midi ? »

 

 

Plus il énumérait les faits, plus elle les voyait, et plus elle se décomposait. Elle n'avait clairement pas fait attention à quoi que ce soit et elle ne savait même pas comment c'était possible. Elle avait juste été un peu perdue dans ses pensées toute la journée, et évidemment qu'elle avait entendu Alice lui parler de la Saint Valentin quelques jours plus tôt, mais elle avait simplement rangé cette discussion dans un coin de sa tête sans plus y penser.

 

 

« Je... Tu ne m'as pas officiellement invitée à quoi que ce soit... bredouilla t-elle comme seule excuse.

- Tu m'as dit il y a trois semaines que tu n'avais pas envie de sortir à Pré-au-Lard comme tout le monde, que tu n'étais pas tellement fan de cette fête et que tu préférais toujours passer une journée tranquille, sans rien de spécial, lui rappela t-il en sortant les mains de ses poches juste pour les croiser contre son torse avant de reprendre. Mais j'imagine que j'aurais dû demander des conseils à Bertram Aubrey.

- Je suis désolée ! s'exclama t-elle en se rapprochant de nouveau, juste assez pour caresser brièvement son bras et cette fois-ci, il la laissa faire. Ce n'était vraiment pas un rendez-vous, il m'aidait juste pour la Métamorphose.

- Bordel Lily, c'est presque pire ! fulmina t-il en laissant tomber son sac à ses pieds. Tu aurais pu me demander à moi, et...

- Je l'aurais fait, mais tu étais à ton entraînement, trancha t-elle en secouant la tête, et il a proposé.

- Bien sûr qu'il a proposé, murmura t-il la mine sombre »

 

 

Si James détestait Bertram Aubrey avant, Lily songea que ce n'était rien à côté de ce qu'il en pensait maintenant. Leur rivalité sur le terrain de quidditch était déjà quelque chose, et Lily était presque soulagée qu'il ne leur reste que quelques mois à Poudlard parce qu'elle sentait que leur rivalité en dehors du terrain serait une toute autre histoire après ce soir là.

 

 

« J'ai dit que j'étais désolée. Tu n'as plus besoin d'être odieux, lui fit-elle remarquer en commençant à sentir ses joues chauffer, croisant ses bras à son tour. »

 

 

Il ouvrit la bouche et elle eut l'impression que la dispute de la décennie allait éclater pendant l'espace d'une seconde, ce qui n'était pas peu dire quand l'on connaissait leur passif, mais finalement, il la referma presque aussitôt puis se gratta nerveusement l'arrière du crâne et elle vit son visage s'adoucir un peu.

 

 

« Je sais. Excuse-moi, souffla t-il à son plus grand étonnement.

- Pardon ? Est-ce que tu viens de t'excuser auprès de quelqu'un ? le questionna t-elle avec seulement une pointe de provocation dans la voix, mais cela sembla suffire à James puisqu'il esquissa un demi-sourire et Lily sentit son cœur faire une pirouette.

- De toi seulement, répondit-il aussitôt. Aubrey va passer une sale journée demain.

- Merlin, laisse ce pauvre garçon tranquille, tu lui mets déjà une raclée au quidditch chaque année, c'est plus que suffisant, dit-elle en levant les yeux au ciel.

- Tu défends ton nouveau petit-ami, Evans ? »

 

 

Cette fois, elle pouvait clairement entendre qu'il plaisantait, même si son regard était menaçant et qu'elle savait pertinemment qu'il y avait une partie de lui qui était absolument folle de jalousie.

 

 

« Si l'ancien me faisait confiance, je n'aurais peut-être pas besoin de le faire.

- Hé ! Je te fais confiance ! protesta t-il en fronçant les sourcils, lui octroyant un hoquet de surprise lorsqu'il l'attrapa habilement par les hanches pour l'attirer contre lui.

- Et tu me fais tant confiance que tu m'as fait passer un sale quart d'heure à propos de deux ennuyeuses longues heures de métamorphose, ironisa t-elle en posant ses mains sur son torse pour se stabiliser.

- Ennuyeuses ? répéta t-il en arquant un sourcil. »

 

 

Elle n'avait même pas besoin de le dévisager pour savoir qu'un sourire impertinent fendait son visage et elle se mordit légèrement la lèvre avant de lui répondre.

 

 

« Fastidieuses, insipides, soporifiques, et tristement mornes, énuméra t-elle en tapotant son index sur son torse après chaque mot.

- Tu devrais quitter ce garçon, Evans. Il n'est clairement pas à la hauteur.

- Je ne sais pas, Potter. Qu'est-ce que tu proposes ? demanda t-elle innocemment en riant un peu quand il se pencha pour l'embrasser dans le cou.

- J'ai entendu dire que le capitaine de Gryffondor en pinçait pour toi, lui glissa t-il à l'oreille. »

 

 

Elle s'appuya sur ses avant bras et tourna légèrement la tête pour essayer de l'embrasser, mais il l'esquiva habilement, le même sourire provocateur plaqué sur sa sale petite tête de troll arrogant depuis qu'elle le connaissait, et elle poussa un juron qui le fit pouffer.

 

 

« Je ne sais pas, dit-elle. Il paraît qu'il est aussi condescendant qu'Aubrey est ennuyeux.

- Tout le monde sait que condescendant est un synonyme de majestueux, Evans. »

 

 

Elle laissa échapper un rire qu'elle était pourtant décidée à retenir, soucieuse de ne pas lui donner la satisfaction de constater une énième fois qu'il était capable de la faire d'avantage sourire que n'importe qui sur cette planète, mais elle parvint avec une certaine fierté à faire sortir un petit soupir d'envie de sa bouche quand elle noua ses mains autour de sa nuque et caressa distraitement ses cheveux.

 

 

« Et puis je ne pense pas que je l'intéresse vraiment, reprit-elle. Je ne suis pas son type. »

 

 

James haussa les sourcils, un peu surpris, et avant qu'elle n'ait eu le temps de prononcer le moindre mot, elle se retrouva clouée entre le mur en pierres et lui, et sa bouche était sur la sienne, impatiente et avide d'en avoir toujours plus comme pour lui faire comprendre que ce genre d'absurdité ne devait jamais, plus jamais en sortir.

 

 

« Sûre de ça, Evans ? poursuivit-il à deux centimètres de ses lèvres.

- D'accord, peut-être pas, admit-elle après s'être éclaircie la gorge, les joues brûlantes. Mais de toutes façons, les rumeurs disent qu'il n'invite pas les filles à des rendez-vous. Il les attend juste contre des murs en boudant et en espérant qu'elles vont se montrer pour pouvoir leur hurler dessus qu'elles ne sont pas venues à l'heure à un rancart qu'il n'avait même pas fixé, souffla t-elle après lui avoir volé un rapide baiser, un sourire narquois pendu aux lèvres. »

 

 

Elle vit ses yeux s'agrandir et elle l'entendit clairement murmurer un mot qui lui aurait valu une heure de retenue si le professeur McGonagall avait été dans le coin, mais fort heureusement, ils étaient seuls et Lily pouvait faire exactement ce qu'elle voulait de lui.

 

 

« Et il est vulgaire, continua t-elle sur le même ton, une main toujours dans ses cheveux, l'autre descendant doucement jusqu'à sa taille.

- Spontané, corrigea James. »

 

 

Elle sourit, s'appuya un peu plus contre le mur et agrippa d'avantage son petit-ami dont la mauvaise humeur semblait s'être évaporée comme par magie. Ils se contentèrent de se regarder pendant un long moment, savourant simplement la proximité de l'autre, et puis Lily reprit la parole.

 

 

« Tu ne vas pas me laisser avoir le dernier mot, n'est-ce pas ?

- Aucune chance. Tu m'as planté pour Aubrey.

- Je ne t'ai pas planté, nia t-elle, les doigts crispés sur sa taille. Tu ne m'as pas invitée.

- Tu ne voulais pas que je t'invite. Tu voulais une journée normale.

- Alors quoi ? J'aurais dû pratiquer la légilimancie hier pour savoir que tu m'attendrais ici aujourd'hui ?

- Non. Je t'ai cherchée après l'entraînement mais je ne t'ai pas trouvée, alors j'ai dit à Mary de te demander de me rejoindre ici quand elle te verrait mais...

- Elle ne m'a pas vue, termina Lily.

- Parce que tu étais avec Aubrey.

- En train de travailler, ajouta t-elle alors que ses yeux défiaient les siens depuis deux bonnes minutes.

- Sur un sujet que je maîtrise mieux que lui.

- Frimeur.

- Harpie. »

 

 

Il l'embrassa encore et elle réalisa avec horreur qu'ils étaient probablement le pire couple de l'histoire de Poudlard. Ils étaient incapables de se comporter correctement l'un avec l'autre, essayaient perpétuellement d'avoir l'ascendant l'un sur l'autre, et s'épanouissaient dans des provocations constantes qui déclenchaient chez eux un sentiment d'ivresse jouissif.

 

 

« Est-ce que je peux au moins savoir ce que tu avais en tête en me demandant de te rejoindre ici ? le questionna t-elle à bout de souffle.

- Rien de spécial. Une soirée normale, répondit-il de la même façon avant de lui faire signe de ne pas bouger. »

 

 

Il s'extirpa de leur étreinte et fit plusieurs allers-retours devant le mur opposé et lorsqu'une porte se dessina devant ses yeux, elle réalisa qu'ils étaient devant la salle sur demande depuis tout ce temps. Elle fronça les sourcils d'un air curieux alors qu'il tendait la main devant elle. Elle y glissa la sienne et lorsqu'il poussa la porte, elle demeura immobile, ses yeux parcourant à toute vitesse la grande pièce qu'il avait fait apparaître.

 

Il lui sembla qu'il avait réuni absolument tout ce qu'elle préférait dans un seul et même endroit. Des murs pourpres s'étalaient tout autour d'eux, partiellement dissimulés derrière d'impressionnantes étagères de livres qu'elle pouvait littéralement sentir. Son odeur préférée. Au fond de la pièce se trouvaient une cheminée et un canapé identiques à ceux de leur salle commune, et au milieu, une table en bois sombre sur laquelle était posée une fontaine de chocolat beaucoup trop grande qui venait d'attirer son attention. Elle le vit à peine prendre la bouteille de whisky-pur-feu dans son sac et la lui tendre.

 

 

« Rien de spécial. Une soirée normale, répéta t-elle en refermant ses doigts sur la boisson qu'elle le suspectait d'avoir choisie non seulement parce que c'était sa préférée, mais aussi parce qu'elle la rendait toujours un peu plus loquace qu'elle ne l'aurait souhaité.

- C'est une soirée normale, insista t-il en haussant les épaules.

- Une soirée normale où tu vas me demander en mariage ? plaisanta t-elle.

- Wow, Evans, comme si je voulais passer le reste de ma vie avec toi, réfuta t-il en feignant s'offusquer. »

 

 

Elle lui donna une petite tape sur l'épaule et s'avança dans la pièce pour poser la bouteille sur la table. Aussitôt, deux verres apparurent, et elle les remplit à ras bord avant de porter le sien à ses lèvres et de savourer le liquide brûlant qui coula, coula, le long de sa gorge et sembla réveiller un monstre dans son estomac.

 

 

« Ça me rappelle presque ma soirée à la bibliothèque, le taquina t-elle après s'être approchée des étagères pour observer la tranche des livres d'un peu plus près, la tête légèrement penchée.

- S'il te plaît, dit-il sur un ton supérieur en s'emparant du verre qu'elle avait laissé pour lui. Tu sais aussi bien que moi que je n'arriverais pas à être aussi barbant qu'Aubrey même si j'y mettais toute la bonne volonté du monde. »

 

 

Elle ne trouva rien à redire à cela. Elle tourna la tête juste assez pour qu'il puisse voir le sourire qu'elle lui adressait et reprit une gorgée de whisky-pur-feu, son index parcourant toujours les reliures des livres qui étaient à sa hauteur.

 

 

« Alors ? Est-ce que c'est assez normal pour toi, Evans ?

- Ce n'est pas normal, réfuta t-elle, mais c'est... Bizarrement, c'est exactement ce que je voulais. Des livres, de l'alcool, du chocolat, et toi. Dans l'ordre de préférence, ajouta t-elle avec provocation pour essayer d'effacer le petit sourire prétentieux qui se dessinait sur son visage. »

 

 

Il laissa échapper un rire franc puis elle sentit son regard sur sa nuque et elle eut beau continuer à lire les titres des bouquins qui s'étalaient devant ses yeux, elle était incapable de les retenir. Elle s'avoua rapidement vaincue et se rapprocha de la fontaine, trempa un doigt dedans, et le fourra dans sa bouche sans plus de cérémonie, le faisant pouffer une nouvelle fois.

 

 

« Tu es une barbare.

- Tu ne peux pas laisser ça devant moi et t'attendre à ce que je sois raffinée.

- Il y a un monde entre être raffinée et agir comme un dragon devant une carcasse d'hippogriffe, mais ça me va.

- Tu aimes le dragon ou tu le quittes, répliqua t-elle avant de prendre une gorgée de whisky-pur-feu. »

 

 

Elle se rapprocha, plongea de nouveau son index dans la fontaine, et lui étala une copieuse traînée de chocolat sur la joue avant d'attendre sa réaction, les yeux vissés dans les siens. Elle pensait qu'il allait démarrer une guerre qui se terminerait avec les murs de la pièce repeints du sol au plafond, mais il ne broncha même pas et elle lui jeta un regard curieux alors que l'alcool lui brûlait la gorge.

 

 

«  Est-ce que tu vas m'enlever ça avec ta langue ? »

 

 

Elle s'étouffa presque avec sa gorgée de whisky-pur-feu, et il pouffa puis l'attira contre lui pour lui tapoter le dos alors que son rire étranglé parvenait enfin à ses oreilles.

 

 

« Je ne voudrais pas avoir l'air d'agir comme un dragon devant une carcasse d'hippogriffe, articula t-elle difficilement, les larmes aux yeux après avoir failli passer l'arme à gauche à cause d'un énième commentaire indécent de sa part. »

 

 

Oh elle en avait pourtant l'habitude, et si elle devait être parfaitement franche, elle adorait ça. Il la faisait rire à chaque fois et ce n'était jamais quand elle s'y attendait, mais toujours quand elle en avait désespérément besoin. Elle ne savait plus trop maintenant si ses mains devenaient moites à cause du whisky-pur-feu ou à cause de lui.

 

 

« J'adore les dragons. Spécifiquement quand ils se trouvent devant des carcasses d'hippogriffes, répondit-il sur un ton parfaitement neutre.

- Fascinant, souffla t-elle en se mettant sur la pointe des pieds pour pouvoir atteindre son visage. »

 


Contrairement à ce qu'il pensait, elle essuya juste brièvement sa joue avec son pouce et se délecta de le voir incapable de masquer sa frustration quand elle le porta à sa bouche avec la ferme idée de ne pas lui donner ce qu'il voulait parce qu'elle savait que c'était justement ce qui les avait amené là. Elle n'avait jamais été celle qui avait accepté de sortir avec lui. Il avait été celui qui avait dit oui quand elle l'avait invité à Pré-au-Lard, quelques mois auparavant, et elle aimait beaucoup le lui rappeler.

 

 

« Dommage que Bertram n'ait pas pensé à la fontaine, reprit-elle en haussant innocemment les épaules.

- Qu'il aille se faire...

- Allons, allons, Potter, le coupa t-elle en se resservant un nouveau verre pendant qu'il terminait lui-même le sien. Je croyais que ton éducation au sein de la bourgeoisie magique avait fait de toi quelqu'un de civilisé.

- Si mes parents étaient là, ils te riraient au nez pour avoir dit ça, s'amusa t-il.

- Encore faudrait-il que tu daignes me les présenter. J'ai presque l'impression que tu as honte de moi, depuis le temps, le taquina t-elle. »

 

 

Il avait rencontré les siens sur le quai de la gare avant les vacances de Noël et même si la discussion avait été brève, Lily s'était trouvé soulagée d'avoir enfin passé un cap, mais James, pour une raison qui lui était encore obscure, s'obstinait à la tenir à l'écart de sa famille. Sa plaisanterie n'en était donc qu'à moitié une.

 

 

« Comment l'élève la plus intelligente de ce château peut-elle prononcer des âneries pareilles ? l'interrogea t-il en arquant un sourcil avant de poursuivre. Je n'ai pas honte de toi. Mes parents sont juste un peu... Intenses. Ils parlent beaucoup. Beaucoup, insista t-il en roulant les yeux. Et sont intrusifs. Ils ne te lâcheraient pas.

- Je suis sûre que tu exagères. Ils ont l'air très gentils.

- Tu dis ça parce que tu les as seulement aperçu de loin. Ce sont des monstres, déclara t-il et son ton grave la fit éclater de rire.

- Sirius en parle toujours en bien.

- Sirius parlerait en bien d'un détraqueur après ce qu'il a subi dans sa famille, réfuta t-il aussitôt, à la fois avec humour et avec peine.

- Il dit que ton père lui fait toujours ses beignets préférés le matin.

- Seulement pour pouvoir lui soutirer des informations sur notre vie privée à table. Mon père est un grand sorcier. Il sait que Sirius confierait n'importe quoi à quelqu'un en échange de nourriture.

- Est-ce que tu es certain que tu ne confonds pas du travail d'investigation avec un petit déjeuner parfaitement normal en famille ? demanda t-elle avec un sourire en coin en posant ses mains de chaque côté de sa taille.

- Très bien, très bien. Comme tu voudras Evans. Tu viendras manger à la maison pendant les prochaines vacances et tu constateras par toi-même, mais ne viens pas te plaindre si tu ne peux pas te débarrasser d'eux.

- Est-ce que tu as peur qu'ils me préfèrent à toi ? se moqua t-elle devant son air renfrogné.

- J'ai peur que tu les préfères à moi, plaisanta t-il en dégageant une mèche de cheveux roux de son visage.

- Oh alors c'est ça ? Tu crois que je vais t'abandonner si tu me les présentes ? »

 

 

Il s'apprêtait à répondre une bêtise qu'il l'aurait faite rire, elle en était certaine, elle le voyait à l'étincelle espiègle dans ses yeux, mais il se ravisa immédiatement et sa main s'immobilisa sur sa joue. Il avait posé son verre sur la table à côté du sien et puis son visage s'était tendu un peu.

 

 

« Est-ce que je peux te parler sérieusement, Lily ? demanda t-il, et elle sentit une petite tension apparaître dans son ventre.

- Toujours, répondit-elle sincèrement en exerçant une légère pression sur sa taille. »

 

 

Elle baissa les yeux juste pour voir les doigts de James jouer nerveusement avec les pans de sa chemise qu'il avait probablement sortis de sa jupe quand ils s'embrassaient dans le couloir et que son jugement était beaucoup trop obscurci par sa bouche sur la sienne pour qu'elle l'en empêche, et elle releva la tête juste pour l'encourager à parler.

 

 

« Mes parents sont les meilleurs, commença t-il.

- Bien sûr qu'ils le sont, répondit-elle en lui adressant un sourire doux pour l'aider à poursuivre.

- C'est juste que... »

 

 

Il s'interrompit et elle sentit sa main quitter sa joue avant de la voir se crisper dans ses cheveux noirs. Elle n'aimait pas vraiment quand il était aussi sérieux parce que cela n'arrivait que lorsqu'ils parlaient de la guerre.

 

 

« C'est si simple d'être avec toi... lui confia t-il dans un souffle. Et j'ai peur que quand tu débarques chez moi, tu te rendes compte que la réciproque n'est pas vraie.

- Comment le deuxième élève le plus intelligent de ce château peut-il prononcer des âneries pareilles ? »

 

 

Il sourit légèrement en l'entendant reprendre ses exacts mots, à une exception près, et il se pencha pour l'embrasser sur la joue, probablement parce que lui aussi trouvait qu'ils n'étaient pas assez proches malgré le fait que leurs mains n'avaient que brièvement cessées d'être en contact avec une quelconque partie de leur corps depuis qu'elle l'avait retrouvé dans le couloir.

 

 

« C'est la vérité, Lily, reprit-il. Je sais que je me sentirai bien dans ton monde, mais il n'y a que peu de chance pour que tu te sentes bien dans le mien.

- Ne m'avoue pas des choses comme ça alors que tu n'as pas encore rencontré ma sœur, espèce d'inconscient.

- Comment est-ce que tu te débrouilles pour me faire rire même quand j'essaie d'être sérieux ? l'interrogea t-il après avoir pouffé.

- Tu es juste amoureux de moi. Tu rirais à la plus mauvaise des blagues si je te la racontais, répondit-elle en levant les yeux au ciel.

- Probablement, admit-il. Toutefois... Je voulais juste te prévenir.

- Que tu es riche et célèbre ? Merci, ironisa t-elle avec un sourire amusé. Après tout, ce n'est pas comme si je ne t'avais pas déjà entendu cent fois t'en servir comme excuse pour terroriser les serpentards quand nous étions en première année. »

 

 

Il rougit violemment à l'évocation de ce souvenir et elle songea qu'elle ne l'avait jamais vu avoir honte de quoi que ce soit avant ça. Elle passa sa main derrière sa nuque et déposa un rapide baiser sur sa bouche avant de fermer les yeux et de l'entendre murmurer sarcastiquement.

 

 

« Tu as le don pour te rappeler de mes moments les plus glorieux.

- « Mon père peut acheter la prison d'Azkaban rien que pour vous enfermer à l'intérieur », cita t-elle avec un sourire en coin.

- Quel sale gamin, commenta t-il en grimaçant. Comment est-ce que tu as fait pour résister à l'envie de me noyer dans le lac ?

- Comme tout le monde, j'imagine. J'avais peur des représailles de tes riches parents, répliqua t-elle avec humour, le faisant sourire encore.

- Merlin Evans, je t'aime. »

 

 

Il ne le lui avait jamais dit avant ce soir là. Du moins, pas comme ça. Il avouait aisément être amoureux d'elle quand quelqu'un le lui faisait remarquer, souvent dans le but ultime de le titiller, mais il n'avait jamais prononcé ces trois mots en s'adressant directement à elle. Elle déglutit et ouvrit brusquement les yeux. Son visage était encore si près du sien qu'elle pouvait voir absolument tous les minuscules reflets dorés autour de ses pupilles.

 

Inexorablement, ses lèvres se retrouvèrent sur les siennes, et sa langue dans sa bouche, et Merlin elle n'aurait pas su quoi répondre si quelqu'un lui avait demandé comment elle s'appelait à cet instant précis. Il n'y avait plus que lui. Elle se hissa sur la pointe de pieds et il comprit immédiatement ce qu'elle voulait. Elle sourit contre sa bouche quand il se pencha presque imperceptiblement et qu'elle sentit ses mains sous ses fesses. Il la souleva juste assez pour qu'elle puisse nouer ses jambes autour de sa taille et elle poussa un soupir de bien-être dans sa bouche qui lui fit resserrer son étreinte sur ses cuisses.

 

 

« Le canapé, chuchota t-elle entre deux baisers alors qu'il avait déjà entamé un mouvement vers la cheminée. »

 

 

Elle gloussa quand ils percutèrent la table sur le chemin et s'accrocha solidement à sa nuque quand il se pencha pour la déposer délicatement sur le sofa pourpre. A ce moment là seulement, il arrêta de l'embrasser et elle le regretta immédiatement. Il n'y avait pas un domaine dans lequel James Potter était mauvais, et celui là ne faisait pas exception à la règle.

 

 

« Qu'est-ce que tu fiches, Potter ? lui demanda t-elle alors qu'il était à quatre pattes au dessus d'elle, à la fixer sans rien faire quand elle tirait maladroitement sur son pull pour qu'il le retire.

- La discussion n'était pas terminée, expliqua t-il, et elle voyait qu'il était déterminé à essayer de se focaliser sur autre chose que sur ses essais infructueux pour le déshabiller.

- Bien sûr que si. Tu es riche. Tes parents sont supers. Ta famille est connue dans tout le monde magique. Ça ne me pose aucun problème. Voilà. Discussion terminée, résuma t-elle hâtivement avant qu'il n'immobilise ses poignets et bascule en arrière pour s'asseoir à côté d'elle.

- Quand est-ce que tu es devenue la pire de nous deux ? l'interrogea t-il, largement amusé par son comportement quand elle poussa un profond soupir de dépit.

- Bertram Aubrey ne m'aurait certainement pas fait subir ça, répliqua t-elle sur un ton caustique.

- Si tu continues à parler de lui, je vais demander à mon père d'acheter Azkaban et de l'enfermer dedans, dit-il sur le même ton, et elle ravala un rire si puissant qu'il la rattrapa in extremis alors qu'elle allait tomber du canapé. »

 

 

Elle ne se lasserait jamais de leur complicité, de sa façon de flirter avec elle presque constamment, du sourire qui restait plaqué sur son visage quand ils se retrouvaient dans la même pièce, de son cœur qui bondissait dans sa poitrine à chaque mot, à chaque regard, à chaque contact. Elle lui aurait avoué qu'elle l'aimait aussi si cela n'avait pas été aussi foutrement évident.

 

 

« Tu ferais mieux de parler Potter, parce que je ne vais pas être ravie si tu as interrompu ça juste pour me regarder dans le blanc des yeux, le menaça t-elle après avoir fait un bref geste de la main entre eux. »

 

 

Il acquiesça alors qu'elle réajustait sa position sur le canapé, se redressant pour pouvoir s'asseoir en tailleur et ne rien manquer des expressions qui passaient sur son visage.

 

 

« Après Poudlard, tu verras à quel point c'est oppressant. La guerre n'a fait qu'attirer un peu plus l'attention sur mon nom et mes parents, considérés ouvertement comme traîtres à leur sang... J'ai peur pour eux tout le temps, et je sais qu'ils ont peur pour moi aussi, mais je suis à l'abri ici. Ce ne sera plus le cas dans quelques mois. Tu seras exposée aussi.

- Quelle maturité Potter, de te projeter aussi loin avec moi ! commenta t-elle pour alléger un peu l'atmosphère.

- Lily, dit-il simplement en lui lançant un regard perçant, effaçant aussitôt son sourire.

- Je sais déjà tout ça ! bougonna t-elle en fronçant les sourcils et en ramenant ses genoux contre elle.

- Je sais que tu sais, mais j'ai l'impression que tu n'y réfléchis pas.

- Bien sûr que si, réfuta t-elle. J'y pense à chaque fois que tu n'es plus avec moi, que je vais me coucher et que je me souviens que je suis une fille de moldus et que tu es un sang-pur et j'espère à chaque fois que tu n'aborderas pas le sujet parce que je me sens minable d’entacher un peu plus ta réputation et...

- Ne redis jamais ça, l'interrompit-il sèchement.

- Alors ne me demande plus de m'exprimer sur le sujet. Je suis avec toi, je connais les risques, je les déteste, mais je ne veux être nulle part ailleurs. »

 

 

Il y eut un soudain froid entre eux, un froid qu'il n'y avait jamais eu auparavant. Ils se disputaient, mais jamais en silence, jamais en se lançant de tels regards. Lily avait l'impression que ses tympans allaient exploser. Elle prit une profonde inspiration et serra un peu plus ses mains autour de ses jambes pour essayer de se calmer, mais ce ne fut que quand James reprit la parole que la tension retomba.

 

 

« Que ferait Bertram Aubrey à ma place maintenant ? fit-il semblant de chuchoter pour lui-même. »

 

 

Elle leva les yeux sur lui, prise au dépourvu, et elle se mordit la lèvre pour s'empêcher de sourire. Elle n'arrivait pas à croire qu'il réussissait encore l'exploit de la rendre à la fois furieuse et hilare.

 

 

« Dis-moi que tu ne viens pas de plaisanter au milieu d'une dispute, dit-elle d'une petite voix.

- Tu as envie de rire, pointa t-il sans toutefois répondre à sa remarque.

- Je n'ai pas envie de rire, mentit-elle.

- Oh Lily, s'il te plaît, rends-toi service et rigole, tu vas finir par saigner, lui conseilla t-il avec un sourire en coin en tendant son bras pour passer son pouce sur la lèvre qu'elle mordait toujours.

- Tu as gâché ma fête de Saint Valentin, je n'ai pas envie de rire. »

 

 

Elle savait que ses efforts étaient vains, mais elle avait juste envie de lutter encore un peu et elle aimait voir qu'il ne restait déjà plus que des vestiges de leur affrontement silencieux dans ses yeux.

 

 

« Tu veux dire la Saint Valentin que tu ne voulais même pas fêter ?

- La Saint Valentin que je t'ai dit ne pas vouloir fêter pour être tranquille à la bibliothèque avec ce cher Bertram, corrigea t-elle en lui lançant un regard perfide.

- Ah... Peut-être que j'aurais pu rester un peu plus longtemps avec Dorcas Meadowes après l'entraînement si j'avais su... ajouta t-il aussitôt. »

 

 

Le sale petit cafard. Il était meilleur qu'elle à ce jeu là, elle le savait pertinemment, mais cela ne l'avait jamais empêchée de jouer quand même. Pourtant, dès qu'il évoqua leur camarade de classe, une goutte de sang perla sur sa lèvre inférieure. Elle l'essuya avec son pouce en ignorant du mieux qu'elle le put le sentiment terrible qui venait de la prendre au corps mais qu'elle savait complètement irrationnel. Il l'aimait elle, pas Dorcas.

 

 

« Oh je ne crois pas qu'elle parle notre langue, lui dit-elle en attendant impatiemment la réponse qui arriva dans la foulée.

- Je ne comprends pas, avoua t-il en haussant les sourcils d'un air perplexe.

- Exactement ! Ce sont les seuls mots que je l'ai jamais entendue prononcer, expliqua t-elle avec un sourire malin. »

 

 

Il transforma son rire en toux douteuse avant de lui jeter un regard qui signifiait clairement qu'il n'approuvait pas cette plaisanterie sur la meilleure gardienne que son équipe avait jamais connue.

 

 

« J'imagine que le capitaine ne les recrute pas pour leur esprit, ajouta t-elle en ne ressentant qu'une petite pointe de culpabilité qui aurait probablement été plus conséquente si Meadowes ne profitait pas de chaque fin de match pour se jeter dans les bras de James.

- J'imagine, appuya t-il. Je veux dire... On ne va pas essayer de nous faire croire qu'ils n'ont jamais pris une seule douche ensemble après l'entraînement. »

 

 

Lily plissa légèrement les yeux pour lui jeter un regard mauvais et cette fois, il ne se fatigua pas à dissimuler un large sourire. Il était fier de lui. Elle attrapa le coussin dans son dos, et lui en flanqua un violent coup sur la tête sans qu'il ne l'ait vu venir. Il se protégea un peu trop tard, mais il riait tant qu'elle avait elle-même du mal à garder son sérieux.

 

 

« Attends que je demande à ton père d'acheter Azkaban pour enfermer Meadowes à l'intérieur ! s'exclama t-elle en serrant le coussin contre elle, prête à le réutiliser à tout moment.

- Enlève moi Dorcas, je me rabattrai sur Sirius.

- Je me fiche de Sirius. Tu sortais avec lui avant de sortir avec moi, lui fit-elle remarquer. Nous sommes déjà une espèce de trouple, ou je ne sais quoi. Je suis d'ailleurs surprise qu'il n'ait pas déjà surgi d'un passage secret derrière une étagère de livres. »

 

 

Il haussa les épaules, et seulement à ce moment là, elle baissa la garde, et elle lui rendit son sourire. Elle pesta intérieurement quand elle réalisa qu'il arborait la même expression victorieuse que lorsque son équipe avait gagné la coupe l'année précédente, mais étrangement, elle était contente d'avoir perdu parce que Merlin, elle était dingue de cette arrogance.

 

 

« Est-ce qu'on peut reprendre où nous en étions, maintenant ? Ou est-ce que tu comptes encore m'énerver ? demanda t-elle en approchant doucement sa main de sa cuisse.

- C'est drôle, nota t-il en attendant qu'elle lui lance un regard interrogateur pour poursuivre. Dorcas aussi est toujours impatiente.

- Oh tais-toi, Potter. »

 

 

Elle le poussa en arrière et son éclat de rire mourut dans sa bouche alors qu'elle basculait sur lui avec la ferme intention de se rappeler de ce 14 février 1978, de cette première Saint Valentin qu'il avait rendue inoubliable comme absolument tous les autres jours qu'ils passaient ensemble depuis un moment maintenant. La guerre n'était plus qu'un lointain souvenir, la vie était douce, et elle se languissait de pouvoir continuer à la vivre à ses côtés le plus longtemps possible.

 

 

End Notes:

Encore Merci Marki pour cette request :)

J'ai beaucoup aimé écrire vos suggestions et l'inspiration a été beaucoup plus rapide que quand j'écris moi-même un OS. Bref, un vrai plaisir :)

Keeping the snitch by ECM
Author's Notes:

 

Hey hey ! Me revoilà avec un nouveau chapitre qui est une nouvelle request d'Ellana_White, je vous la mets ici :

Lily et James sont amis maintenant et ils adorent se taquiner et se lancer des défis, tous les 2 étant très compétitifs. Lily perd son défi (j'imagine bien Lily moins bien réussir dans l'une des matières où elle excelle) et son défi est d'aller à un match de Quidditch de Gryffondor (oui je sais j'aime le Quidditch) en portant le maillot où est écrit Potter dessus et passer le match à l'encourager. Évidemment les rumeurs commencent à circuler mais ça ne semble pas gêner Lily et encore moins James ;)

 

Bonne lecture :)

 

« McKinnon...

- Oh c'est bon Potter, j'ai compris, soupira Marlène en ramassant ses affaires qu'elle venait pourtant juste de poser sur la table qu'elle partageait avec sa meilleure amie. »

 

 

Lily adressa un sourire malin à James qui attendit à peine que la jeune femme blonde ait terminé de ranger ses affaires pour s'asseoir à sa place, lui faisant lever les yeux au ciel.

 

 

« Combien de temps est-ce que ça va encore durer ? demanda t-elle aux deux préfets en chef d'un air las.

- Aussi longtemps que ce satané vif d'or existera, répondit immédiatement Lily alors que la petite balle dorée reposait sur son bureau à côté de son encrier, les ailes repliées. »

 

 

Marlène soupira, roula une nouvelle fois des yeux, et s'installa quelques mètres derrière eux, à côté de Rémus Lupin. Ils l'entendirent clairement lui dire qu'elle préférait quand ils n'étaient pas amis et qu'ils ne s'adressaient pas la parole, mais ils continuèrent à sortir leur matériel de cours comme si rien ne les atteignait. Après tout ils avaient chacun un objectif bien plus important en tête.

 

 

« Ca fait combien de temps maintenant ? dit Rémus à voix basse.

- Quelque chose comme deux semaines, marmonna sa voisine de table.

- Exactement seize jours, en fait, corrigea James à l'oreille de Lily alors que le professeur Binns pénétrait dans la salle de classe.

- Tu devrais abandonner. Je sens que ça devient dur pour toi, lui répondit Lily en se penchant légèrement vers lui.

- Si tu as tant envie que je t'offre ce vif d'or en cadeau, tu n'as qu'à le dire plutôt que d'inventer des excuses.

- Comme si j'en avais besoin. Il est en ma possession depuis vingt quatre heures et il y restera, répliqua t-elle avec assurance.

- Je n'ai pas eu de chance hier Evans, mais aujourd'hui est un nouveau jour. »

 

 

Elle s'apprêtait à répondre lorsque leur professeur d'Histoire de la magie lui jeta un regard dissuasif, et elle se contenta de faire semblant d'écrire sur son parchemin en arborant une expression concentrée avec seulement un léger sentiment de honte en elle. Depuis que leur petit jeu avait commencé, les heures des cours qu'ils avaient en commun passaient étonnement vite, mais elle devait avouer que ses parchemins étaient de plus en plus brefs et de moins en moins détaillés.

 

Cela avait commencé un lundi matin alors que James se baladait avec son vif d'or dans les couloirs. Comme à son habitude, il s'amusait à le jeter devant lui seulement pour le rattraper juste après devant un troupeau d'élèves toujours admiratifs, exaspérant Lily juste assez pour attirer son attention. Ils étaient amis depuis leur sixième année, mais des vestiges de leurs querelles subsistaient encore, et ce vif d'or était en grande partie responsable de bon nombre de haussements de sourcils exaspérés de la préfète.

 

Elle marchait entre Sirius Black et lui lorsqu'il l'avait lancé une fois de trop, une fois où elle n'avait simplement plus réussi à se contenir, et elle l'avait attrapé au vol, laissant le maraudeur profondément surpris.

 

 

« Qu'est-ce que...

- Tu m'exaspères avec ce truc depuis trois ans, l'avait-elle coupé. Je te le rendrai ce soir si tu restes tranquille toute la journée.

- Est-ce qu'il aura au moins le droit de prendre un dessert au dîner, maman ? s'était moqué Sirius en lui donnant un petit coup de coude. »

 

 

Elle avait levé les yeux au ciel et avait accéléré le pas pour rejoindre Marlène et Mary, le vif d'or enfermé dans sa main, avant de le rendre à James le soir même devant les escaliers menant à son dortoir. Il l'avait arrêtée alors qu'elle avait commencé à monter les marches.

 

 

« Si tu arrives à manger plus de vingt pancakes au petit déjeuner demain, je te le rends.

- Quoi ? avait-elle demandé en s'immobilisant dans les escaliers, la main sur la rambarde.

- Si tu fais ça, je te le redonne, et tu n'auras pas à me voir jouer avec toute la journée.

- … Et si je n'y arrive pas ? l'avait-elle questionné après une brève hésitation.

- Tu devras faire quelque chose pour moi.

- Est-ce que ce n'est pas déjà ce que tu me demandes ?

- C'est un défi, ça n'a rien à voir, mais c'est comme tu veux Evans, avait-il répondu en lançant le vif d'or en l'air en sachant pertinemment que c'était LE geste qui la déciderait. »

 

 

Elle avait accepté, et avait passé quelques minutes à vomir ses tripes le lendemain midi, vif d'or en poche. Au fil des jours, les règles s'étaient affinées, et la petite balle passait régulièrement d'une main à l'autre. A présent, Lily se fichait pas mal de cette manie qui la rendait pourtant dingue à peine trois semaines plus tôt. Elle voulait juste gagner, et elle ne pensait plus qu'à cela. La compétition qui s'était installée entre eux était féroce, et elle l'était simplement parce qu'il était un adversaire redoutable et qu'elle adorait cela.

 

 

« Tu veux le récupérer ? chuchota t-elle en tournant presque imperceptiblement la tête vers son voisin de table. Chante « Joyeux anniversaire » à Binns. »

 

 

James pivota complètement vers elle et lui jeta un regard à la fois outré et amusé. Ils avaient tous les deux écopé d'une retenue la semaine précédente à cause d'un défi commun qui incluait des métamorphoses d'élèves en rongeurs, et il avait cru pendant un instant que cela avait refroidi Lily, mais Merlin, il avait sous-estimé son esprit de compétition. Il inspira profondément et leva la main.

 

 

« M. Potter ? l'interrogea le professeur. »

 

 

Et la chanson commença, et c'était faux, et absolument tous les élèves de la classe s'étaient tournés vers James, à la fois hilares et sceptiques, et Lily cachait sa bouche avec sa main parce qu'elle avait juste tant envie de rire en voyant l'irritation s'emparer doucement du visage de leur professeur alors que le capitaine de quidditch continuait à fredonner.

 

 

« Très bien, très bien, nous avons compris M. Potter, le coupa t-il alors que James s'apprêtait à reprendre. Merci beaucoup, mais mon anniversaire n'est que dans quatre mois.

- C'était un plaisir, professeur, lui répondit le jeune homme en agitant sa main sous la table. »

 

 

Lily lui passa le vif d'or et laissa échapper un soupir mais le sourire qui traînait sur son visage trahissait son amusement. Depuis quelques jours, elle avait l'impression qu'elle ne vivait plus que pour ces imbécillités. Elle savait qu'ils auraient encore des ennuis tôt ou tard, mais elle s'en fichait un peu. Ce concours entre eux était la chose la plus exaltante à laquelle elle ait participé.

 

 

« Je suis surprise qu'il ne t'ait même pas donné de retenue pour ça, murmura t-elle, n'écoutant que distraitement le cours sur la guerre des géants.

- Mon charme fait le travail pour moi, déclara t-il en haussant les épaules, faussement modeste.

- Ne t'habitue pas trop à l'avoir dans la main. Je le récupère en potions tout à l'heure.

- Vraiment ? s'étonna t-il faussement. Très bien. Si Slughorn te met une meilleure note qu'à moi je te le rendrai.

- Ça me paraît un peu trop simple, commenta t-elle avec un demi-sourire.

- Oh tu veux plus d'enjeu ? Fais attention Lily, tu pourrais perdre.

- Perdre en potions ? S'il te plaît, James, chuchota t-elle en levant les yeux au ciel. Si tu gagnes celle-ci, je veux bien faire absolument tout ce que tu me demanderas samedi prochain.

- Tout ? répéta t-il alors qu'un sourire se dessinait sur ses lèvres.

- Rien qui n’inclurait de la nudité, évidemment, dit-elle en lui rendant son sourire.

- Pourquoi est-ce que tu penses à ça tout de suite, Evans, espèce de débauchée ?! »

 

 

Elle allait répondre lorsqu'un avion en papier lui percuta brutalement l'arrière du crâne. Elle grimaça et jeta un bref coup d'oeil vers le professeur Binns qui était toujours en train de réciter son cours de la manière la plus monotone qui soit, et elle se pencha pour récupérer le morceau de parchemin qui était tombé entre elle et James.

 

 

« Est-ce que Potter et toi pourriez flirter encore plus fort ? La rangée du fond n'entend pas bien. 

M. »

 

 

Elle se retourna vers sa meilleure amie et Rémus derrière lesquels Sirius et Peter agitaient leur main pour la saluer. Tous arboraient un sourire en coin. Elle soupira, secoua la tête, et se retourna vers le tableau devant lequel le vieux professeur semblait lui même somnoler tout en énumérant des dates que Lily ne prit même pas la peine de noter.

 

 

« N'essaies pas de me faire croire que tu n'y pensais pas, poursuivit-elle en chuchotant le plus bas possible.

- Je n'y pensais pas, réfuta t-il. Mais maintenant que tu as abordé le sujet... »

 

 

Il laissa sa phrase en suspend, elle lui donna un violent coup de pied sous la table, et son exclamation de douleur leur valu un nouveau coup d'oeil irrité de Binns qui sembla être brusquement sorti de sa torpeur. Le silence s'installa entre eux pendant dix bonnes minutes, jusqu'à ce que le professeur ne semble baisser sa garde.

 

 

« Marché conclu ? demanda t-elle finalement.

- Evidemment, Evans, répondit-il aussitôt. Tu es tellement certaine de gagner, je veux voir l'expression sur ton visage quand Slughorn me donnera un O.

- N'y pense pas trop. Tu risques de te retrouver à m'obéir au doigt et à l'oeil ce week-end.

- Je gagne dans tous les cas, conclut-il. »

 

 

Il lui adressa un clin d'oeil et elle reporta directement son regard sur Binns parce qu'elle réalisa à ce moment précis que Marlène avait raison. Ils flirtaient. Elle se sentit profondément stupide de ne pas s'en être rendue compte avant, mais pour sa défense, elle n'était pas certaine que James s'en soit aperçu non plus. Il agissait juste comme un très bon ami. C'était soit ça, soit elle était devenue extrêmement naïve.

 

Elle n'osa plus lui adresser la parole pendant le rester du cours, et il demeura lui même absorbé par le parchemin qu'il avait presque rempli. Elle se demandait comment il faisait pour tenir une discussion et parvenir quand même à noter la majeure partie de ce que leurs professeurs racontaient alors qu'elle quittait toujours la salle de classe avec à peine un quart du cours. Elle le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il ne s'arrête devant elle quand ils se retrouvèrent en potions un peu plus tard dans la journée.

 

 

« Bonne chance Lily ! s'exclama t-il en lui serrant brièvement la main.

- Tu en auras plus besoin que moi, répondit-elle avec un sourire en coin. »

 

 

Il le lui rendit mais il ne répondit pas, et elle se tourna vers sa camarade de classe qui était en train de la fixer d'un air dépité.

 

 

« Est-ce que vous venez de refaire un pari ? l'interrogea Marlène en arquant un sourcil.

- Je dois juste réussir ma potion mieux que lui, rien qui pourrait perturber le cours, lui assura Lily en triant ses ustensiles pour que tout soit parfait lorsqu'elle commencerait.

- Pourquoi est-ce que vous ne vous enfermez pas dans son dortoir pour en finir une bonne fois pour toutes ?

- Bonjour à tous ! Comme je vous l'avais promis la dernière fois, nous allons aujourd'hui, travailler sur l'élixir d'euphorie ! les salua Slughorn en agitant sa baguette vers le tableau sur lequel une quantité d'informations apparurent »

 

 

Lily ne répondit rien mais leva les yeux au ciel, puis ouvrit son manuel de potion à la page indiquée sur le tableau. La liste d'ingrédients n'était pas si longue mais elle dut la relire un certain nombre de fois avant de tout retenir et d'aller se servir dans la réserve où Sirius et James feignaient se battre à l'épée avec des épines de porc-épic.

 

 

« Déjà déconcentré... souffla t-elle narquoisement en arrivant à leur hauteur. C'est comme si tu n'essayais même pas. »

 

 

Elle eut le temps de se saisir de tous ses ingrédients et de sortir de la réserve avant de l'entendre lui crier « Je n'ai pas besoin d'essayer pour réussir ! », et elle parcourut le reste du chemin qui la séparait de son bureau avec un sourire figé sur le visage avant de se délester de ses figues, de ses fèves soporifiques, de sa menthe poivrée, de ses épines de porc-épic, et de son infusion d'armoise.

 

Elle voulut lever la main pour demander au professeur sous quelle forme il serait plus judicieux d'ajouter les figues à son eau qui commençait déjà à bouillir dans son chaudron, mais quand elle le vit esquiver son regard, elle se rappela que James l'avait défiée de lui proposer un rendez-vous galant la semaine précédente et que ce bon vieux Horace avait pris le temps de lui expliquer de la façon la plus gênante possible qu'il était trop âgé pour elle. Elle se ravisa, les joues écarlates, et reporta son attention sur son manuel.

 

Elle commença par ajouter de la menthe poivrée et s'arrêta lorsque l'eau prit une jolie couleur orange, puis elle remua dans le sens inverse des aiguilles d'une montre en attendant d'obtenir un jaune vif. A ce moment là, Slughorn ronchonna contre Sirius et James et les poussa hors de la réserve. Elle leva la tête vers eux et s'essuya brièvement le front quand le capitaine de l'équipe de quidditch s'arrêta à côté d'elle et se pencha pour jeter un coup d'oeil dans son chaudron. Il était un peu trop près et elle eut du mal à rester focalisée sur son élixir d'Euphorie quand il lui glissa un « Pas mal Evans. » avant de se mettre lui même au travail.

 

Elle continua à tourner obstinément sa cuillère dans le sens inverse des aiguilles d'une montre en se demandant pourquoi sa potion n'avait toujours pas pris la teinte bleue qu'elle aurait dû avoir une fois qu'elle y avait versé le jus de figue, puis elle augmenta un petit peu le feu sous la marmite. Elle était positivement certaine qu'elle devait avoir l'air d'une folle, à faire des allés-retours rapides entre son livre et son chaudron tout en essuyant la sueur qui commençait à perler sur ses tempes à cause de la chaleur que dégageaient toutes les potions, mais aussi à cause du léger stress dû à la compétition qui l'animait depuis plus de deux semaines.

 

Elle ajouta les épines de porc-épic et manqua de renverser son chaudron lorsque le professeur Slughorn passa devant elle en bafouillant que c'était « prometteur ». Elle savait cependant que quelque chose clochait. Le manuel disait qu'à ce moment là, la potion devrait être jaune, et elle était maintenant bleue comme elle aurait dû l'être plus tôt. C'était sûrement une erreur du manuel. Elle en avait trouvé d'autres au fil des ans.

 

Elle continua de remuer puis ajouta les fèves soporifiques et se retourna vers James, à quelques tables d'elle. Il était aussi concentré que lorsqu'il disputait un match de quidditch. Elle le vit lâcher quatre figues dans son chaudron puis il leva les yeux vers elle et lui adressa un sourire qui l'étourdit un peu. Slughorn se pencha au dessus de sa table et laissa échapper un enthousiaste « Brillant, Potter ! » qui ne fit qu'élargir son sourire.

 

Elle baissa les yeux vers sa propre mixture qui était à présent violette alors qu'elle aurait dû être turquoise, et elle attrapa une poignée de figues qu'elle jeta dedans avant de se rendre compte qu'elle en avait beaucoup trop.

 

 

« Bouse ! s'écria t-elle en réalisant qu'elle avait oublié d'écraser les premières figues et d'en verser le jus dans le chaudron juste après avoir mis la menthe poivrée. »

 

 

Quelques élèves lui jetèrent des regards curieux mais elle était trop occupée à essayer de rattraper son erreur pour leur accorder de l'attention. Elle relut plusieurs fois les pages de son manuel, tenta de trouver une parade avec l'armoise, et arriva finalement à obtenir une couleur plus satisfaisante que ce qu'elle avait espéré, un orange clair qui tirait sur le jaune. Elle essuya son front avec le revers de sa manche et lâcha un « pfiou » sonore.

 

Elle dut attendre quelques minutes que le professeur Slughorn fasse le tour des autres tables avant qu'il ne revienne se planter devant elle, penchant légèrement sa tête au dessus du chaudron en fronçant les sourcils. Elle le vit prendre quelques notes sur son parchemin et elle sentit sa gorge se serrer alors qu'elle tentait autant d'éviter son regard que lui. Elle savait que l'art des potions était exact sans vraiment l'être. Plusieurs chemins pouvaient mener à toute une variété de résultats très satisfaisants, alors elle ne désespérait pas.

 

 

« Intéressant, Miss Evans, marmonna t-il. Êtes vous sûre d'avoir bien réparti les figues ?

- Je... J'ai oublié les premières, j'ai dû improviser à la fin, admit-elle un peu honteuse.

- Vraiment ? s'étonna t-il. Ce n'est pas si mal. Ce sera Efforts Exceptionnels pour cette fois. »

 

 

Elle laissa échapper un soupir de soulagement. Elle avait évité le pire, mais quand elle se retourna et qu'elle vit James, assis au fond de sa chaise, les bras croisés contre son torse, en train de se balancer allègrement en affichant un sourire satisfait, sa sérénité s'envola un peu. Elle attendit patiemment que Slughorn arrive devant sa table. Le professeur touilla un peu la mixture, et lorsqu'il leva une louche en l'air avant de reverser le liquide dans son contenant, Lily remarqua la couleur jaune éblouissante qu'elle avait désespérément cherché à atteindre. Elle avala sa salive de travers et Marlène dut lui tapoter le dos quand Slughorn s'adressa à James.

 

 

« Formidable, Potter ! Optimal ! »

 

 

Le jeune homme ne se leva même pas de sa chaise, il continua de se balancer et ses yeux se braquèrent sur Lily, et il avait l'air plus fier que jamais. Elle n'arrivait pas à le croire. Il l'avait eue. Il l'avait battue en potions. En potions. De toutes les matières, il l'avait surpassée dans celle-ci. Cela n'était probablement pas arrivé plus de quatre ou cinq fois depuis qu'ils étaient élèves à Poudlard, et elle aurait mis sa main à couper que cela n'arriverait pas ce jour là non plus. Elle se frotta nerveusement le poignet, elle était au moins soulagée de ne pas avoir fait ce genre de pari.

 

Elle se rassit sur sa chaise, lui tournant le dos. Sa mâchoire était crispée et ses poings étaient serrés sur ses cuisses. Marlène lui parlait mais elle ne l'écoutait pas vraiment. Elle se contentait de s'insulter en boucle en repensant à ce stupide petit moment où James s'était penché sur son chaudron et où elle avait été trop occupée à gérer sa proximité pour penser à ses fichues figues. Elle était presque prête à l'accuser de tricherie, mais après avoir profité du reste du cours pour se calmer légèrement, elle réalisa qu'elle n'avait pas besoin d'être de mauvaise foi. Elle avait gagné presque tous leurs défis de la veille, elle ne pouvait pas s'attendre à ce qu'il la laisse l'écraser d'avantage.

 

 

« Tu as été monstrueusement bon, lâcha t-elle alors qu'ils sortaient du cours.

- Parce que j'avais une sérieuse adversaire, la complimenta t-il en pressant légèrement son épaule.

- C'est gentil, mais j'ai été vraiment abominable, souffla t-elle en grimaçant, s'efforçant de ne pas penser à sa main sur elle.

- Si j'avais oublié les figues, je n'aurais jamais été capable de rattraper ma potion comme tu l'as fait. La mienne serait restée violette, ou je ne sais quoi, lui confia t-il sincèrement.

- N'essaies pas de me consoler alors que tu vas probablement me demander de voler les sous-vêtements de Meadowes pour toi samedi...

- Je n'en ai pas besoin. Elle en accroche à la porte de notre chambre presque tous les samedi soirs, lui apprit-il alors qu'ils se dirigeaient vers le cours de métamorphose.

- Sérieusement ? Ça doit lui coûter un paquet de gallions à terme.

- Je n'en sais rien, en tout cas Sirius est content. Il les garde et en fait des guirlandes pour décorer le dortoir. »

 

 

Lily ravala un rire quand ils croisèrent Dorcas Meadowes dans les couloirs, et elle vit James faire de même. Une classe de sixième année de Serdaigle arrivait dans l'autre sens et Lily manqua de se retrouver au milieu du troupeau, mais le bras de James serpenta habilement autour d'elle et il la tira fermement vers lui. Elle le remercia d'un simple sourire auquel il ne répondit pas, et ils reprirent leur chemin, seulement sa main était toujours sur son épaule et elle était aussi terrorisée à l'idée qu'il l'enlève qu'à l'idée qu'il la laisse.

 

Il ne la lâcha que lorsqu'ils arrivèrent dans la salle de classe et elle le vit s'installer au fond avec Sirius, Rémus, et Peter alors elle s'empressa d'aller rejoindre Mary et Marlène vers le milieu de la rangée, et malgré le fait qu'elle éprouvait une réelle affection aussi bien pour ce cours que pour le professeur McGonagall, il lui sembla que l'heure dura une éternité.

 

 

« Est-ce que tu es prête à entendre le programme de ta journée de samedi ? l'interrogea James qui l'avait attendue à la sortie du cours. »

 

 

Il était adossé au mur et ses bras étaient croisés contre son torse, mais dès qu'elle fit signe à Marlène et Mary de partir devant, il fit glisser sa main dans ses cheveux et elle perdit un peu le fil de ses pensées.

 

 

« Prête n'est certainement pas le bon terme, mais je t'écoute, dit-elle en ajustant son sac sur son épaule alors que les derniers élèves quittaient la salle de classe. »

 

 

Certains leur jetèrent des regards curieux mais elle n'y prêta pas vraiment attention. Elle avait juste envie de savoir à quelle sauce il allait la manger.

 

 

« Tu sais que je joue contre Serdaigle ce jour là, n'est-ce pas ?

- Je me rappelle vaguement avoir entendu Sirius en parler hier, pourquoi ?

- Parce que j'apprécierais que tu m'apportes le petit déjeuner dans mon dortoir. Tu sais comme j'ai besoin de prendre le temps pour me préparer avant un match, et ne pas avoir à aller chercher à manger dans la Grande Salle serait une véritable aubaine... commença t-il avec un demi-sourire.

- Je n'avais aucune idée que tu étais devenu une diva, mais très bien, répondit-elle en roulant les yeux, toutefois soulagée que ce soit sa seule requête.

- Je n'ai pas terminé, reprit-il comme s'il avait lu dans son esprit. J'aimerais que tu le fasses d'une façon particulière.

- D'une façon particulière ? C'est à dire ? En tenant le plateau sur un doigt ? En jonglant avec les pancakes ? En marchant sur les mains ? énuméra t-elle avec ironie.

- Je voudrais juste imposer un dress code, dit-il et le sourire narquois sur son visage fit bouillonner ses neurones.

- On s'était mis d'accord, James. Aucune nudité ! nia t-elle en fronçant les sourcils.

- Tu es la seule à toujours aborder le sujet, je vais finir par croire que tu en as envie, lui fit-il remarquer, largement amusé par la façon dont ses oreilles venaient de tourner au rouge. Viens avec moi. »

 

 

Tous les élèves se dirigeaient vers la Grande Salle et ils étaient à contre-courant, mais James avait refermé ses doigts autour de son poignet et il ne la lâcha que lorsqu'ils parvinrent enfin à la salle commune de gryffondor. Il lui fit signe de patienter quelques secondes et disparut dans le tourbillon de marches de son dortoir avant de redescendre un peu plus tard, un drôle de tissu rouge dans la main.

 

 

« Voilà ce que je voudrais que tu portes, lui dit-il en lui tendant le vêtement.

- Facile, répondit-elle avant même d'y avoir jeté un véritable coup d'oeil.

- Tu devrais peut-être le déplier, lui conseilla t-il avec une pointe de malice dans le regard. »

 

 

Elle fronça très légèrement les sourcils et tendit le tee-shirt en jersey devant elle. La première chose qu'elle remarqua fut la tête de lion dorée qui rugissait sur la poitrine, puis les deux bandes de la même couleur sur les côtés, et lorsque James fit tourbillonner son index devant lui pour lui faire signe de le retourner et qu'elle vit « POTTER » s'étaler en lettres capitales dans le dos, elle s'immobilisa.

 

Elle demeura parfaitement pétrifiée pendant une longue minute, comme assommée alors qu'elle voyait, et revoyait les lettres s'afficher une par une sans arrêt sur le fond rouge. Elle était sûre qu'elle se rappellerait toujours de la façon dont le nom ressortait, et aussi de la façon que James avait de la fixer comme s'il essayait de lui faire passer un message qu'elle ne pouvait décemment pas se laisser aller à croire. Pas maintenant. Ils étaient amis.

 

 

« Je pense que de cette façon, tu pourras m'encourager correctement pendant le match, déclara t-il avant de la contourner comme si de rien n'était pour sortir de la salle commune.

- Attends... Attends ! s'exclama t-elle en s'élançant derrière lui. Est-ce que j'ai au moins le droit de porter quelque chose en dessous ? plaisanta t-elle. »

 

 

Il lâcha un rire et ils se dirigèrent tous les deux vers la Grande Salle après qu'elle ait fourré son tee-shirt d'entraînement dans son sac à dos, les mains un peu moites, et les jambes en coton.

 

 

 

 

 

Samedi arriva bien assez tôt et quand Lily traversa la Grande Salle à l'heure du petit déjeuner, elle sentit de nombreuses paires d'yeux s'égarer sur le dos du tee-shirt qu'elle portait avec moins de gêne et plus de fierté que ce qu'elle ne pensait en l'enfilant après sa douche. Elle entendit quelques murmures auxquels elle ne prêta aucune attention, et quand elle arriva à la hauteur de ses amis, Sirius recracha absolument toute sa gorgée de jus de citrouille sur Peter.

 

 

« Qu'est-ce que...

- Ne pose pas de question, Black, le coupa t-elle en s'emparant de son assiette pour y déposer des couverts ainsi qu'une montagne de pancakes. »

 

 

Marlène, qui la fixait comme si elle était dans une espèce de transe, lui tendit le coulis de chocolat mais Lily secoua la tête et attrapa la petite bouteille de sirop d'érable à la place. Elle observa ensuite la table en réfléchissant. Elle savait qu'il mangeait habituellement des œufs et du bacon mais qu'il faisait l'impasse dessus les jours de match parce qu'il avait toujours tendance à en engloutir beaucoup trop.

 

Il aimait à peu près tout ce qui se trouvait sur la table, mais elle se rappela qu'il prenait toujours des fruits lorsqu'il savait qu'il allait voler, alors elle attrapa deux brochettes de kiwi, pommes, bananes, et fraises dans le plateau qui était disposé devant Rémus qui arborait un sourire intelligent qu'elle ne voulait même pas se fatiguer à essayer d'éradiquer. Elle compléta avec un yaourt et observa son assiette pleine avec satisfaction. Cela devrait faire l'affaire.

 

 

« Je comprends mieux pourquoi James traînait au lit ce matin, railla Peter.

- Bonne matinée à vous, leur dit-elle sur le ton le plus naturel possible en s'éloignant de nouveau. »

 

 

Elle entendit bientôt ses amis siffler derrière elle, elle éclata de rire et leur adressa un bref geste de la main avant de disparaître derrière les lourdes portes de la grande salle. Lorsqu'elle arriva devant le dortoir des maraudeurs, elle prit une profonde inspiration et tapa quelques coups avant d'entrouvrir timidement la porte.

 

 

« Room service, annonça t-elle doucement, est-ce que vous êtes décent, Potter ?

- La question est plutôt, est-ce que vous êtes décente, Evans ? répliqua t-il sur un ton amusé. »

 

 

Elle pénétra dans le dortoir et referma la porte derrière elle avant de s'avancer au centre de la pièce et de tourner sur elle même pour qu'il puisse voir qu'elle avait honoré son pari. Il était assis sur son lit mais était déjà en tenue de quidditch, et elle trouva qu'ils étaient bizarrement assortis.

 

 

« Encore mieux que ce que je m'étais imaginé, commenta t-il avant de lui faire signe d'approcher. »

 

 

Elle manqua de lâcher l'assiette de nourriture par terre parce qu'il la regardait d'une façon qui repoussait bien loin les limites de l'amitié, mais elle parvint quand même à la lui tendre, et se racla bizarrement la gorge avant de s'asseoir à côté de lui.

 

 

« Quelqu'un connaît mon alimentation sur le bout des doigts, remarqua t-il avec un sourire en lui jetant un rapide regard avant de le reporter sur l'assiette.

- Ou peut-être que Sirius m'a aidée, tenta t-elle.

- Sirius ne sait même pas ce qu'il fourre dans sa propre bouche, répondit-il aussitôt.

- Très bien, tu m'as démasquée. Je suis une super amie, admit-elle avec un sourire en levant les mains devant elle.

- Une super amie, répéta t-il mécaniquement. »

 

 

Il fronça les sourcils presque imperceptiblement mais elle le remarqua malgré tout, et une minute passa sans qu'ils ne s'adressent la parole. Son ventre gargouilla, et il leva des yeux curieux vers elle alors qu'il venait de terminer son yaourt.

 

 

« Ne me dis pas que tu n'as pas pris le temps de manger ?

- Je... Je me disais que j'y retournerai après le match mais...

- Le match pourrait durer des heures, lui fit-il remarquer. Tiens, sers-toi, il y a largement assez pour nous deux. »

 

 

Elle versa du sirop d'érable sur un pancake et l'enroula avant de le porter à sa bouche. Elle l'avait presque terminé lorsque James passa sa main juste sous la sienne pour rattraper une goutte qui s'échappait du gâteau.

 

 

« Wow, fais attention. Tu ne veux pas te tâcher aujourd'hui.

- Je détesterais, en effet, confirma t-elle en lui adressant un sourire de remerciement. »

 

 

Il lui sembla que son regard traîna un peu plus longtemps que d'habitude sur sa bouche quand elle se lécha les doigts pour venir à bout du sirop d'érable qui y était collé, mais elle s'efforça de ne pas trop fantasmer sur les prétendus fantasmes de James Potter. Il ne la voyait définitivement pas comme une potentielle camarade de débauche. Ils étaient amis.

 

 

« Alors... Est-ce que tu es prêt pour le match ? demanda t-elle stupidement parce que tout un tas de phrases plus incohérentes les unes que les autres se succédaient dans sa tête et qu'elle était la seule à avoir passé la pré-sélection qui exigeait que les mots soient dans un ordre correct.

- Toujours, répondit-il en reposant le bâton de brochette dépourvu de fruits dans l'assiette, mais maintenant que je te vois comme ça, j'ai peur d'être un peu trop distrait.

- Tu veux que je l'enlève ? le questionna t-elle en tirant un peu sur le tee-shirt.

- Merlin, dans quel monde est-ce que tu crois que je serais moins distrait si tu enlevais des vêtements ? »

 

 

Il lui adressa un regard perplexe et elle le lui rendit, puis il se mit à rire, et elle aussi, et elle songea que c'était étonnement simple, d'être amie avec James Potter.

 

 

« Et tu me proposes ça sans aucune honte, sur mon lit, poursuivit-il, le regard espiègle.

- Tu es celui qui m'y a invitée ! répliqua t-elle, faussement outrée par l'accusation.

- Je ne m'attendais pas à ce que tu offres de te déshabiller.

- Parce que les autres filles qui se sont trouvées dans ton lit n'ont jamais ôté leurs vêtements, c'est ça ? ironisa t-elle.

- Aucune d'entre elles n'était mon amie, en tout cas, répondit-il en reportant son attention sur l'assiette dans laquelle se trouvait encore quelques pancakes. »

 

 

Elle ne trouva rien à redire à cela, mais elle se sentit un peu nauséeuse tout à coup. Elle réajusta sa queue de cheval et jeta un bref coup d'oeil vers la fenêtre d'où l'on pouvait voir le ciel dans lequel il virevolterait quelques minutes plus tard.

 

 

« Ok Lily. Parfait. Merci pour ça, dit-il en s'étirant après quelques minutes de silence. Il va être l'heure de rejoindre le terrain. Je répète avant d'être à quinze mètres au dessus du sol, ne retire pas ce tee-shirt.

- Bien reçu. »

 

 

Il lui fit signe de le suivre à l'extérieur du dortoir et ils se retrouvèrent bientôt au milieu de leurs camarades de classe, et loin l'un de l'autre, et Lily sentit le stress monter en elle lorsqu'elle s'installa dans les tribunes entre Mary et Rémus. Elle suivait le capitaine de l'équipe de gryffondor des yeux comme s'il était le seul sur le terrain. Il serra la main au joueur adverse qui lui était totalement invisible.

 

L'instant d'après, l'arbitre lançait le souafle en l'air et le match commençait. Elle applaudissait sagement dès que Gryffondor marquait, poussait un soupir de dépit dès que Serdaigle revenait au score, et il lui sembla bientôt que Rémus et Mary s'amusaient d'avantage à la regarder elle que le match, mais elle s'en fichait pas mal. Elle avait une amitié à honorer.

 

Elle siffla bruyamment lorsque James intercepta une passe entre deux serdaigles et bondit de son siège les deux poings en l'air quand il marqua. Mary roula des yeux à côté d'elle, un sourire plaqué sur le visage, mais Lily était perdue. Elle ne cherchait même plus gaspiller du temps à essayer vainement de sauver les apparences. Tant pis. Elle était soudainement devenue la plus grande supportrice de l'équipe.

 

Ainsi, quand Gryffondor gagna le match, elle se faufila hors des gradins, fendant la foule, et manqua de faire tomber Marlène à la renverse en se ruant dans ses bras sans jamais cesser de sautiller. Sa meilleure amie lui tapota le dos en riant, un peu surprise de la voir aussi enthousiaste, mais heureuse de pouvoir fêter sa victoire avec elle lorsque James les interrompit.

 

 

« Hé, Potter ! l'appela t-il. »

 

 

Lily se défit de son étreinte avec Marlène et se retourna vers James dans un éclat de rire, portant fièrement les lettres en or dans son dos. Il eut l'air positivement surpris de ne pas avoir besoin d'insister pour qu'elle comprenne qu'il s'adressait à elle, et elle songea qu'elle s'était beaucoup trop vite habituée à porter son nom.

 

 

« Bien joué, capitaine, le félicita t-elle.

- Il est à toi. Définitivement, déclara t-il en ouvrant sa main devant elle. »

 

 

Pendant que Doris Purkiss brandissait le vif d'or qui leur avait donné la victoire devant toute leur maison en délire, James, lui, offrait à Lily celui qui les avait poussé à construire quelque chose de beaucoup plus profond que l'amitié qu'ils clamaient haut et fort ressentir l'un pour l'autre.

 

 

« Oh non, ce n'est pas terminé, réfuta Lily avec un sourire malin. Il est à moi jusqu'à ce que tu ne portes mes propres vêtements à la prochaine réunion des préfets. »

 

 

Il laissa échapper un rire à son tour alors qu'elle s'emparait de la petite balle, et puis sans qu'elle ne l'ait vu venir, il l'attrapa par les épaules et l'attira contre lui dans une étreinte qui, elle le certifiera à ses amies plus tard, était totalement et uniquement amicale.

End Notes:

Et voilà :) Merci encore Ellana_White pour tes requests. Je ne sais pas si je vais toutes les faire, mais en tout cas elles m'inspirent ! Je suis d'ailleurs en train de travailler sur une autre d'entre elles, et je sais qu'il y en a au moins une troisième que j'ai envie d'écrire ahahah :p

Toutefois, le prochain chapitre sera un OS que j'ai commencé il y a déjà un moment :)

A bientôooot :)

Les maladresses by ECM

 

 

« Oh mon dieu elle est hilarante, gloussa Marlène, assise avec les maraudeurs dans la salle Commune, observant Lily Evans plus ou moins discrètement.

- Mais qu'est-ce qu'elle fait ? demanda Peter Pettigrow en fronçant les sourcils alors que la jeune femme en était à son troisième aller retour entre sa table et les escaliers, ouvrant et refermant un ouvrage sur les créatures magiques qu'elle avait reçu de James pour son anniversaire quelques jours plus tôt.

- Elle ne le sait pas elle-même, lui répondit la jeune femme. Ça fait deux jours que ça dure, ajouta t-elle en lançant à regard appuyé à James. »

 

 

Le maraudeur, en plein devoir de métamorphose, leva les yeux vers McKinnon, puis suivit son regard vers sa petite-amie avant d'esquisser un sourire amusé. Sirius, à côté de lui, laissa échapper un rire moqueur, renversant quelques gouttes de whisky-pur-feu d'une bouteille qu'ils se faisaient passer depuis une bonne heure et James lui donna un petit coup de poing dans l'épaule.

 

 

« Ne te moque pas d'elle, le sermonna t-il sans pouvoir toutefois s'empêcher de rire aussi.

- Pitié, vas la voir, dit Marlène sans pouvoir retenir son hilarité lorsque Lily trébucha un peu dans ses propres pieds.

- J'irai tout à l'heure, je dois absolument terminer ça.

- Tu es le pire petit-ami du siècle entier, Potter.

- Et ça vient de toi, sa meilleure amie, qui se paie sa tête depuis un quart d'heure, lui fit-il remarquer en trempant sa plume dans son encrier.

- Je l'ai fait toute la journée, corrigea Marlène, octroyant un nouveau rire à Sirius. Je n'y peux rien, elle est tellement... Bizarre et drôle ! »

 

 

James hocha légèrement la tête, lui concédant le dernier point en s'efforçant de ne pas reporter de nouveau son regard sur le sujet de leur conversation. Ils avaient commencé à sortir ensemble 48h auparavant et depuis, Lily semblait être constamment en état d'ébriété, selon Sirius. Elle agissait étrangement. C'était comme si elle ne savait plus comment se comporter normalement quand il était dans la pièce et il devait avouer que c'était comique.

 

Il l'avait à peine approchée au petit-déjeuner qu'elle avait déjà sursauté et rougi jusqu'aux oreilles, enfoncé ses coudes par mégarde dans son assiette, faisant voltiger ses toasts dans le verre de jus de citrouille de Dorcas Meadowes qui avait levé les yeux au ciel. Il s'était ensuite assis à côté d'elle, et il ne savait même pas combien de fois il l'avait empêchée de renverser le pichet d'eau où de s'éborgner avec son propre couteau.

 

Cela ne s'était pas arrêté là. En Potions, elle s'était enfoncée une énorme épine de porc-épic dans la main après avoir brièvement croisé son regard et avait dû filer à l'infirmerie dans la foulée. Un peu plus tard, en Sortilèges, elle avait accidentellement stupefixé le professeur Flitwick au lieu de viser Marlène quand James lui avait adressé un sourire. Le reste de la journée avait été plus calme, mais ils n'avaient pas eu beaucoup de cours en commun et il s'était efforcé de l'éviter de peur qu'elle ne se blesse de nouveau ou n'envoie une autre personne à l'infirmerie.

 

 

« Merlin je ne peux plus voir ça, intervint Sirius, un large sourire s'étendant toutefois sur son visage avant qu'il ne l'appelle. Hé ! Evans ! Viens par là ! »

 

 

Elle s'arrêta net devant sa table après son quatrième aller retour et planta ses yeux sur le jeune homme qui ne cessait de lui faire signe de les rejoindre. James vit Rémus refermer son propre manuel de Métamorphose du coin de l'oeil alors que Lily s'approchait, soucieux de lui offrir toute son attention, et Peter lui faire une place sur le canapé à côté de lui. Il aimait que ses meilleurs amis l'apprécient autant.

 

 

« Assieds-toi, tu es en train de me rendre fou à tourner en rond, j'ai l'impression que tu vas t'affaler par terre et t'ouvrir le crâne à chaque pas que tu fais, lui dit Sirius en désignant le sofa d'un signe de main.

- Et personne ne veut perdre la meilleure préfète de Poudlard, ajouta Rémus alors que James se raclait bruyamment la gorge.

- Oh tu es déjà le meilleur joueur de quidditch, Potter, laisse de la place aux autres, lui fit remarquer Marlène en levant les yeux au ciel. »

 

 

Assise en tailleur au pied du canapé en face de James, elle se décala juste un peu pour laisser Lily s'asseoir derrière elle, puis elle laissa son dos reposer contre ses jambes.

 

 

« Merlin vous êtes sûrs que vous voulez de moi ici ? J'ai été une catastrophe toute la journée et je... Je n'ai pas envie d'accidentellement mettre le feu à l'un d'entre vous ou... Je n'en sais rien, de vous transformer en rats ou en quelque chose de plus répugnant, soupira Lily en grimaçant alors que les quatre garçons s'échangèrent un bref regard amusé.

- Je traîne avec ces gars là depuis ma première année, c'est à peu près ce que je risque tous les jours, lui répondit Rémus en haussant les épaules, lui arrachant un petit sourire.

- Les rats sont des animaux très agréables si on leur donne une chance, marmonna Peter. Il y a pire. Tu pourrais nous transformer en horrible chien dégoûtant et plein de bave. »

 

 

Sirius avala sa gorgée de whisky-pur-feu de travers et James, hilare, dut lui tapoter le dos pendant une bonne dizaine de secondes avant qu'il n'arrête de toussoter. Il protesta bruyamment lorsque son meilleur ami attrapa son livre de métamorphose et l'envoya droit sur Peter qui le reçut en pleine figure.

 

 

« Aïe ! s'exclama t-il en portant ses mains à son nez alors que le manuel retombait ouvert sur ses genoux »

 

 

Lily s'en empara et James la vit déglutir lorsqu'elle le lui tendit. Elle évita soigneusement de le regarder dans les yeux, il s'en rendit bien compte, et cela l'amusa encore plus.

 

 

« Merci.

- Passe moi le whisky-pur-feu en échange, s'il te plaît, lui dit-elle, le prenant un peu au dépourvu.

- Vraiment ?

- Ne le confisque pas Evans, par pitié ! lui intima Sirius.

- Je ne veux pas le confisquer, j'ai juste besoin d'un verre. »

 

 

Une seconde plus tard, la bouteille lévitait jusqu'à elle, et sa bouche était sur le goulot. Elle en avala assez pour que ses joues prennent la même charmante teinte rosée que lorsque James lui adressait la parole, mais pas suffisamment pour être saoule, et puis elle la repassa à Sirius avant de soupirer d'aise et de se lover plus confortablement dans le canapé.

 

James détestait quand elle soupirait de cette manière. Il ne pouvait plus se concentrer sur autre chose. Il était assis beaucoup trop loin d'elle à son goût, à même le sol comme Marlène. S'il tendait le bras et s'étalait sur la table, il pouvait à la limite toucher les jambes de Lily mais c'était tout, et il ne savait pas quel malheureux réflexe elle aurait à ce moment là, alors il préféra s'abstenir.

 

 

« Comment va ta main ? lui demanda Marlène.

- Le trou s'est refermé, souffla t-elle en tournant et retournant sa paume devant elle.

- Tu aurais dû la garder, ça te donnait un style, lâcha Sirius en remplissant son verre.

- S'il n'y a que ça, je peux toujours t'enfoncer une épine demain.

- Je ne voudrais pas te voler ton idée.

- Je ne t'en tiendrais pas rigueur.

- Non Evans, j'insiste. »

 

 

James les observa, un léger sourire flottant sur son visage, et ses doigts se crispèrent sur sa plume. C'était peut-être fichu, il n'arriverait peut-être plus à accomplir quoi que ce soit tant qu'elle était là, avec eux, mais il voulait au moins essayer de terminer son devoir même si l'envie de glisser à côté d'elle, de passer son bras autour de ses épaules, de la serrer contre lui, de l'embrasser, et de la toucher le titillait un peu trop à son goût.

 

 

« Qu'est-ce que tu fais ? lui demanda t-elle en se penchant par dessus Marlène pour tendre le bras et s'emparer de son parchemin. »

 

 

Il avait utilisé son encrier pour le garder en place pendant qu'il écrivait, mais Lily n'avait vraisemblablement pas remarqué ce petit détail, et l'encre se répandit sur la table et sur une partie de ses vêtements.

 

 

« Ma... Métamorphose, répondit James après s'être brutalement reculé de la table pour éviter les projections, sans succès.

- Oh Merlin, je suis désolée ! s'exclama t-elle alors que le tee-shirt du maraudeur était maintenant moucheté.

- Bon sang Evans, à ce niveau là, ça devient un talent, la taquina Sirius, faisant pouffer Marlène et sourire les autres.

- Aucun problème, la rassura James en tapotant ses vêtements avec sa baguette. Recurvite ! »

 

 

Les tâches disparurent aussitôt mais Lily lui jeta un dernier regard navré auquel il répondit par un hochement de tête lui signifiant que ce n'était rien. Il avait envie de rire mais elle semblait si désespérée par sa maladresse qu'il préféra s'abstenir. Il ne se souvenait pas avoir eu un jour plus envie de l'étreindre.

 

 

« Tu n'as qu'à regarder si j'ai fait des fautes, dit-il alors que la bouteille de whisky-pur-feu passait dans les mains de Marlène.

- Hé Potter, tu es au courant qu'une petite-amie, ça ne sert pas à corriger tes copies ? lui fit-elle remarquer avant de pencher la tête vers Lily et d'ajouter : Tu pourrais aussi jeter un œil à mon devoir de Divination après s'il te plaît ?

- Vous savez que je vais finir par vous demander une contrepartie pour ça, n'est-ce pas ? plaisanta t-elle, son regard jonglant entre l'un et l'autre.

- Et James sera ravi de t'en donner une, déclara Sirius en haussant les sourcils d'une façon si suggestive que les autres soupirèrent de dépit ou levèrent les yeux au ciel.

- Faisons comme si nous n'avions rien entendu. Je ne comprendrai jamais pourquoi tu as pris Divination, dit Peter à Marlène.

- Parce que c'est passionnant d'essayer de connaître son avenir !

- Pfff. Tout le monde sait déjà que dans dix ans, tu seras Ministre de la magie, et je pourrais aller parler dans la gazette du sorcier de ce jour où je t'ai surprise avec Bertram Aubrey à la lisière de la forêt interdite, se moqua Sirius en glissant plus discrètement à Rémus : Ils ne cueillaient pas des asphodèles.

- Tu finiras à Azkaban pour ça, répliqua t-elle sans rougir ne serait-ce qu'un petit peu, et James admira son self control.

- Tu ne me ferais pas ça. Pas à moi.

- N'en sois pas si sûr, elle peut être sans pitié, commenta distraitement Lily tout en étudiant le devoir de James. »

 

 

Il adorait la regarder lire et voir les expressions se succéder sur son visage. Elle haussa un sourcil et il sut qu'il n'avait pas été très clair sur un point. Elle esquissa un sourire presque imperceptible et il devina qu'elle avait probablement écrit la même chose dans sa propre copie. Elle écarquilla les yeux par pur étonnement, probablement quand elle tomba sur le passage où il décrivait la transformation de l'animagus.

 

Il sut à ce moment précis qu'il avait été plus spécifique que n'importe quel autre bouquin qu'elle avait pu lire et qu'il devrait revoir ce paragraphe là pour le rendre plus flou, moins évident. Si Lily tiquait là dessus, le professeur McGonagall le ferait aussi. Finalement, elle passa le parchemin à Marlène, probablement soucieuse de ne pas causer une nouvelle catastrophe, avant qu'il ne se retrouve de nouveau sur la table devant lui.

 

 

« Et toi Pettigrow, tu te vois où, dans dix ans ? demanda Marlène à Peter alors que Lily hochait la tête en réponse au regard interrogateur que lui lançait James pour savoir si sa copie était correcte.

- Moi ? Je ne sais pas, marmonna le plus petit de la bande.

- A cette heure-ci, tu seras en train de faire la fête avec Lunard et moi aux Trois Balais, intervint Sirius en tendant démesurément le bras pour lui tapoter l'épaule.

- Pendant que je serai le seul à ne pas avoir été invité, nota James, stupéfait.

- Parce que Lily et toi serez en train de concevoir votre dixième enfant que vous appellerez Sirius, comme les neufs autres. Tu ne peux pas être partout, expliqua son meilleur ami comme si cela coulait de source. »

 

 

Marlène, hilare, recracha sa gorgée de whisky-pur-feu dans la bouteille, s'attirant un regard dégoûté des cinq autres et le rire étranglé de Lily déclencha celui de James après qu'ils aient échangé un regard perplexe.

 

 

« Comment sommes-nous supposés les distinguer les uns des autres s'ils s'appellent tous Sirius ? demanda t-elle au jeune homme en repliant ses jambes en tailleur sur le canapé.

- Ce n'est pas mon problème, c'est votre progéniture, répondit-il après avoir haussé les épaules, mais vous n'aurez qu'à leur donner des numéros. Sirius Premier, Sirius Deuxième du nom, etc, etc.

- Ne deviens jamais, jamais, jamais père, gloussa Marlène.

- Oh non. Je pense que Sirius Premier se vantera constamment d'être le premier, ça n'ira pas pour les autres, commenta Lily.

- Comment est-ce que Sirius Premier peut déjà être aussi casse-pied avant même d'être né ? s'interrogea Peter, faisant rire les autres.

- Le prénom, lui répondit James en esquissant un sourire narquois, évitant de justesse le coussin que son meilleur ami envoya dans sa direction. »

 

 

Ils se lancèrent un regard complice alors que Sirius changeait de position, balançant négligemment ses jambes par dessus le bras du fauteuil. Depuis que James le connaissait, il ne l'avait jamais vraiment vu s'asseoir normalement pendant une journée entière. Même en cours, il se débrouillait pour trouver une position désinvolte. Il avait toujours pensé que c'était un pied de nez envers son éducation stricte.

 

 

« Blague à part, Potter, reprit Marlène, maintenant ravie que plus personne ne cherche à s'emparer de ce qui était désormais SA bouteille. Que te réserve l'avenir ?

- Oh McKinnon, je ne pense pas qu'il ait réellement pris ça pour une plaisanterie, pointa Rémus en souriant.

- J'espère que si, intervint Lily, un peu ennuyée.

- Evidemment, répondit James alors que les trois autres maraudeurs échangeaient un regard malin et unanimes. Tant que la guerre n'est pas terminée, c'est difficile de te répondre, reprit-il, mais... Si je dois choisir, j'imagine que je travaillerai pour un magazine de quidditch et que je consacrerai le reste de mon temps libre à l'amour de ma vie, termina t-il en faisant un bref signe de tête vers Sirius.

- Prends ça Evans ! s'exclama ce dernier avant d'embrasser sa propre main, de la poser à l'horizontal devant lui, et de souffler son baiser vers James qui fit mine de l'attraper au vol alors que sa petite-amie secouait la tête d'un air dépité.

- Pourquoi est-ce que je suis déjà celle qui se sent de trop dans cette relation alors qu'elle vient de commencer ? souffla t-elle avec un désespoir feint, faisant pouffer Rémus. »

 

 

James lui lança un sourire en coin auquel elle répondit par un froncement de sourcils faussement mauvais, et il dut encore une fois combattre l'envie de virer littéralement Peter du canapé pour aller se caler contre elle. Il aimait les longues soirées comme celle là pendant lesquelles ils restaient tous ensemble, à parler de tout et de rien mais principalement de rien, en se lançant toutes sortes de vacheries au visage tout en sachant pertinemment qu'ils ne pouvaient se le permettre que parce que leur amitié était infrangible.

 

 

« Et toi, Lupin ? Où est-ce que tu seras ? poursuivit Marlène en se tournant légèrement vers Rémus, assis sur un coussin à côté de James.

- Probablement un peu partout et nulle part, répondit-il en dissimulant son angoisse habituelle derrière un sourire chaleureux. »

 

 

Rémus n'avait que peu d'ambition pour lui-même. Pas parce qu'il ne savait rien faire, mais parce qu'il pensait que sa condition l'empêcherait à jamais d'être quelqu'un de décent et de trouver un travail correct. Il était pourtant brillant et épatant dans toutes les matières scolaires, et il avait un esprit vif. Il aurait pu faire ce qu'il voulait, James en était persuadé. Il s'apprêtait à intervenir lorsque Lily lui coupa l'herbe sous le pied.

 

 

« Ne sois pas aussi modeste, Rémus. Tu es le plus polyvalent d'entre nous. Tu serais capable de tout faire. Il n'y a pas une seule chose dans laquelle tu sois mauvais. Moi, je te vois bien guérisseur. Et puis tu seras le parrain de Sirius Premier, plaisanta t-elle, faisant rire un peu abruptement le lycanthrope et James.

- Comment ça, IL sera le parrain ?! s'indigna Sirius en se redressant.

- Oh détends-toi Black, il y en aura neuf autres, rétorqua t-elle en faisant un signe de la main désinvolte dans sa direction. »

 

 

Il allait épouser cette fille. Il en était persuadé, et cette conviction grandissait à chaque coup d'oeil dans sa direction, à chaque sourire qu'ils partageaient, à chaque fois qu'elle ouvrait la bouche pour dire quelque chose qu'il trouvait systématiquement drôle, ou intelligent, ou simplement parfait et Merlin, il n'était pas objectif, il était juste fou d'elle.

 

Il décrocha un peu de la conversation lorsqu'un courant d'air froid le fit frissonner. Il se retourna et constata qu'il n'y avait plus que des braises dans la cheminée. Il aurait suffit d'un coup de baguette pour le ranimer, mais à ce moment précis, il était juste obsédé par Lily et par l'envie de la toucher ne serait-ce qu'un petit peu, alors il se leva, se passa une main dans les cheveux pour essayer de leur redonner une forme convenable, en vain, et quand le regard curieux de Sirius tomba sur lui, il désigna le dortoir d'un simple geste.

 

 

« Je vais chercher un sweat, je reviens. Quelqu'un veut quelque chose ?

- Ramène du whisky-pur-feu, McKinnon a tout sifflé, lui répondit son meilleur ami.

- Je n'ai pas tout sifflé, nia t-elle en secouant la bouteille presque vide devant elle. Du moins pas encore.

- Tu as craché dedans, c'est la même chose, marmonna Peter.

- Juste le whisky-pur-feu, ça ira, dit Rémus à James. »

 

 

Il s'arrêta derrière le canapé, posa sa main sur la joue de Lily qui pencha la tête en arrière pour le regarder, et il dut lutter de toutes ses forces pour ne pas rester planté là, les yeux dans les siens comme l'idiot amoureux qu'il était. Le soulagement de pouvoir enfin la toucher fut de courte durée.

 

 

« Tu veux quelque chose ? lui souffla t-il en ignorant les messes basses de Sirius en direction de leurs amis qui consistaient simplement à répéter ce qu'il disait mais de façon excessivement langoureuse.

- Est-ce que tu peux me descendre une couverture s'il te plaît ? lui intima Lily en tournant la tête alors qu'il se dirigeait vers les escaliers.

- Très bien. Une bouteille, et une couverture, récapitula t-il avant de monter les marches quatre à quatre. »

 

 

Il fouilla dans son armoire, enfila un sweat bleu foncé d'une équipe de quidditch qu'il avait acheté à un match officiel l'été précédent, puis tapota de sa baguette plusieurs lattes de parquet qui se soulevèrent, laissant entrevoir une copieuse réserve d'objets et boissons illicites. Il en extirpa une bouteille de whisky-pur-feu avant de refermer la planque et de se diriger vers son lit sur lequel était pliée une couverture en laine rouge qu'il tenait de ses grands-parents. Il la roula pour la caler sous son bras et s'empressa de rejoindre ses amis.

 

 

« … N'est pas du tout ce que j'ai dit ! protesta Lily.

- Oh, si Evans, et on l'a tous entendu ! lui répondit son meilleur ami en ricanant.

- Qu'est-ce qu'on a tous entendu ? demanda James en descendant la dernière marche.

- Bon, pas tous, j'imagine.

- Lily a dit qu'elle se voyait mariée avec toi dans dix ans ! s'empressa de cafter Peter, s'attirant une petite tape et un regard indigné de la concernée qui se mit à rougir violemment.

- Je n'ai pas dit ça !

- Non, c'est vrai, admit Marlène alors que James sentait d'énormes et irréguliers battements de coeur taper contre sa poitrine, j'ai dit que tu serais sûrement en train de lustrer ta bague de fiançailles devant le miroir de ta salle de bain, et tu as répondu que tu la ferais nettoyer par le bijoutier parce que c'était plus sûr.

- C'était un aveu, pointa Sirius en levant les bras en l'air comme si un halo divin allait apparaître au dessus de lui.

- Ce n'était PAS un aveu, réfuta Lily alors que James essayait en vain de se retenir de sourire derrière elle. C'était juste... C'était juste un point technique... Sur les bijoux, bafouilla t-elle.

- Deux jours avec moi et tu veux déjà abandonner ton nom pour le mien, Evans ? se moqua t-il en lui tendant la couverture avant de planter un baiser sur le haut de son crâne et de retourner s'asseoir à la place qu'il occupait précédemment au prix d'un effort considérable.

- A vrai dire, je ne crois pas que qui que ce soit ait mentionné ton nom, répliqua t-elle du tac-au-tac, le faisant relever rapidement la tête vers elle alors que leurs amis poussaient des exclamations.

- Evans tire, et Evans maaaarque ! commenta Sirius. C'est un coup dur pour Potter !

- J'espère que tu as déjà réfléchi à la façon dont tu vas l'annoncer à Sirius Premier, parce que je ne vais certainement pas être celui qui lui expliquera que ses parents se séparent parce que maman veut se marier avec quelqu'un d'autre. »

 

 

Il la vit se mordre les joues pour ne pas rire alors que ses doigts fins caressaient lentement les cheveux de Marlène qui semblait plus détendue que jamais. Il aurait tout donné pour être à sa place.

 

 

« Imbécile, souffla t-elle avec une tendresse si évidente qu'il ne put faire autrement que de sourire. »

 

 

Il tendit la bouteille de whisky-pur-feu à Rémus qui en but une longue gorgée avant de la tendre à Sirius, et ainsi de suite jusqu'à Lily qui, après en avoir avalé juste assez pour que sa gorge la brûle, entreprit de la passer à Peter mais la lâcha un peu tôt et manqua de la renverser sur Marlène. Le jeune homme la rattrapa in extremis alors que les yeux de tous les maraudeurs s'étaient élargis en même temps qu'ils avaient poussé une exclamation.

 

 

« Oh bouse. Merci Pete, souffla Lily. Je devrai peut-être aller me coucher avant de tuer quelqu'un.

- Reste là Evans ! protesta Sirius au grand soulagement de James. J'ai encore besoin de te convaincre que je serais un meilleur parrain que Rémus.

- Tu pourras le faire demain, répondit-elle en riant.

- Impossible, dit-il en secouant frénétiquement la tête. Il faut que je boive pour me rappeler de toutes mes qualités.

- Est-ce que tu es en train de me donner des raisons pour lesquelles Rémus ferait un meilleur parrain ? le taquina t-elle en souriant, et James décida que c'en était trop. »

 

 

Il se leva et n'écouta pas ce que Sirius trouva à répondre à cela, trop occupé à faire signe à Peter de débarrasser le plancher, ou du moins, de lever son derrière du sofa sur lequel il végétait depuis une bonne heure, parce qu'il ne pouvait plus se contenter de regarder sa petite-amie de lui, pas quand elle tenait tête à son meilleur ami de cette façon.

 

 

« Ma place est plus confortable, mentit-il.

- C'est faux, nia Peter en fronçant les sourcils.

- Bon sang, Pettigrow, laisse lui la place ! Sirius Premier ne verra jamais le jour si tu restes là, c'est ce que tu veux ?! le gronda gentiment Marlène, toujours solidement agrippée à sa bouteille. »

 

 

Peter esquissa une grimace, puis il se leva avec mauvaise humeur et se laissa tomber à côté de Sirius en soupirant alors que James prenait sa place, un large sourire aux lèvres alors que Lily évitait délibérément son regard.

 

 

« Sirius Premier ne va certainement pas se faire maintenant, marmonna t-elle.

- Ne vous dérangez pas pour nous, on peut regarder dans une autre direction, proposa Sirius en esquissant un signe de main encourageant dans sa direction.

- Pendant combien d'heures ? Le taquina t-elle, et James laissa échapper un rire sonore en tirant un peu la couverture sur lui alors que Marlène gloussait. »

 


Cette fois, ce fut Sirius qui recracha sa gorgée de whisky-pur-feu dans la bouteille, s'attirant un soupir contrarié de Rémus et Peter, mais il n'y prêta aucune attention, et James songea que son rire allait probablement réveiller une partie des élèves qui dormaient juste au dessus.

 

 

« Viens là, murmura James en direction de Lily après avoir étendu son bras derrière elle sur le dossier du canapé. »

 

 

Elle lui adressa un sourire timide qui l'enivra un peu, et elle se décala légèrement de son côté jusqu'à se retrouver contre lui, là où son bras pouvait enfin tomber naturellement sur ses épaules. Il la sentit tressaillir un peu et quand son regard tomba sur elle, il remarqua à quel point elle semblait tendue. Il profita de l'inattention des trois garçons qui étaient en train de se chamailler à cause du crachat de Sirius dans la seconde bouteille et de celle de Marlène qui était si saoule qu'elle était en train de fredonner une chanson paillarde, pour discuter avec elle.

 

 

« Tout va bien ?

- Hm hm, répondit-elle simplement en se calant un peu plus contre lui, ce qui le rassura considérablement.

- Est-ce que c'est trop ?

- Non. Définitivement pas, chuchota t-elle aussitôt et il vit un nouveau frisson parcourir son échine quand son pouce caressa son épaule. Il faut juste que je m'habitue à ça. Je te promets que d'ici quelques jours je ne serai plus une catastrophe ambulante. »

 

 

Il sourit quand elle cala sa tête contre lui et qu'il sentit sa main se poser sur sa cuisse sous la couverture. Il adorait ses amis plus que quiconque, mais il eut soudainement envie de les faire disparaître.

 

 

« Tu devrais me prendre ma baguette. Je suis un désastre actuellement et je ne veux pas te tuer avant même que nous ayons pu évoquer la conception de Sirius Premier, lui conseilla t-elle.

- J'ai confiance. Je sais que tu ne me tueras pas.

- Pas intentionnellement, et je suis surprise de l'avouer quand je repense au nombre de fois où j'ai clairement hésité à le faire dans le passé, lui confia t-elle à l'oreille alors qu'il ravalait un rire jaune.

- Attends au moins d'être sur le testament, Evans, Merlin, répondit-il en resserrant son étreinte autour d'elle.

- Qu'est-ce que tu crois que je suis en train de faire ? Tout ça fait partie du plan.

- Je savais que tu n'avais pas accepté de sortir avec moi juste parce que tu étais éperdument amoureuse. »

 

 

Il la sentit inspirer profondément contre lui et laisser échapper un petit rire, mais quand elle ouvrit la bouche pour lui répondre, Peter les interrompit.

 

 

« C'est bizarre de vous voir ensemble, décréta t-il en fronçant les sourcils.

- Ce n'est pas bizarre, nia Rémus en secouant la tête. C'est juste un peu déroutant quand on a passé sept années à vous entendre pester l'un contre l'autre.

- Six, s'il te plaît, Lupin, corrigea Lily. Personne n'a crié contre qui que ce soit l'année dernière. Et rassurez-vous, je ne sais pas non plus ce que je fais dans les bras de cet idiot.

- Oh, Evans ! la sermonna t-il en la pinçant légèrement, lui faisant pousser une exclamation indignée.

- Ne la mettez pas en colère, bon sang ! Personne ne veut encore entendre Cornedrue se plaindre d'elle dans le dortoir. J'en ai ma claque, intervint Sirius.

- Pareil pour moi, vous n'imaginez même pas ce que j'ai dû subir avec elle, marmonna distraitement Marlène avant d'entonner le refrain d'une chanson dont personne n'arrivait à distinguer le moindre mot. »

 

 

James esquissa un sourire et s'enfonça un peu plus dans le canapé. Il était bien, et il n'aurait échangé sa place pour rien au monde. Il savait la chance qu'il avait, il n'aurait pas pu l'ignorer. Ses amis étaient les meilleurs que l'on puisse espérer avoir, et maintenant qu'il avait officialisé sa relation avec Lily, il lui apparut qu'il avait tout. Elle lui donna un petit coup de tête en voulant replier ses jambes contre elle, et s'excusa platement quand il laissa échapper une brève exclamation de douleur. Il se se mordit l'intérieur de la joue pour ne pas rire. Il aimait tout, y compris ses maladresses.

End Notes:

Hey :) Aucune request pour celle-ci, j'avais juste envie de dépeindre une soirée (à peu près) normale dans la vie de nos petits protégés :) Ce n'est pas forcément le OS que je préfère dans tous ceux que j'ai écrit, mais il est léger et sans prise de tête, donc je le dépose ici :)


Merci beaucoup à ceux qui viennent toujours lire par ici :)

Amis by ECM
Author's Notes:

Hey hey ! Cette fois-ci, j'ai répondu à une request de MeiMei :)  la voici : 

J'aimerais bien lire une histoire où James et Lily sont vraiment en train de devenir amis mais une amitié où Lily n'envisagerait pas encore les choses autrement. Ça pourrait être intéressant de raconter le respect mutuel qu'il y a entre eux, et la confiance qui se tisse.

 

 

 

Lily se leva en même temps que le jour ce matin là. Les cours ne commençaient pas avant deux ou trois heures, mais sa curiosité l'avait emportée sur son besoin de rattraper son sommeil qui était envahi de cauchemars angoissants depuis qu'elle était rentrée de ses dernières vacances chez ses parents, un mois auparavant.

 

C'était toujours la même chose. Pétunia l'accusait d'être monstrueuse, lui hurlait qu'ils étaient tous mêlés dans la guerre des sorciers de sa faute, qu'ils n'avaient rien demandé, que leurs parents allaient probablement se faire tuer à cause d'elle, et elle se réveillait toujours en sueur, à se demander comment des rêves pouvaient être aussi proches de la réalité, puis elle restait assise à la fenêtre de son dortoir pendant parfois des heures avant de retrouver le sommeil.

 

Ce jour là, elle s'empressa d'enfiler des vêtements avant de refermer discrètement la porte de la chambrée derrière elle et de descendre les marches quatre à quatre. Il n'y avait personne dans la Salle Commune, ce qui n'était pas surprenant à l'aube, mais elle préféra s'en assurer avant de quitter la pièce. Elle cherchait quelqu'un en particulier, plusieurs personnes à vrai dire, mais elle doutait de les trouver là. Elle les avait observé pendant un moment, et elle savait que si elle ne se dépêchait pas, elle les raterait, alors elle quitta la tour gryffondor et s'empressa de se diriger vers l'infirmerie.

 

Elle s'arrêta dans l'angle d'un couloir et attendit plusieurs minutes. Après un long moment à patienter, elle jeta un énième coup d'oeil à sa montre, se balança d'un pied sur l'autre, et s'apprêta à partir lorsqu'elle entendit la porte de l'infirmerie se refermer dans un son presque imperceptible. Et puis il y eut des chuchotement. Elle se cala un peu plus contre le mur pour dissimuler sa présence et jeta un coup d'oeil vers les trois garçons qui émergèrent de la cape d'invisibilité de James, penchés d'une étrange manière sur une carte.

 

James Potter ne portait plus le sweat avec lequel elle l'avait vu quitter le château la veille au soir, mais grelottait dans un tee-shirt un peu trop court pour lui. Sa cape d'invisibilité était coincée sous son bras alors qu'il étudiait le morceau de parchemins avec les deux autres. Le pantalon de Sirius Black était partiellement déchiré au niveau du genou, et Lily remarqua ce qui lui sembla être un morceau de ronce dans ses cheveux. Pettigrew, lui, n'avait plus qu'une chaussure.

 

 

« Evans ? l'appela Black. »

 

 

Bouse. Elle pesta. Elle ne savait pas comment ils faisaient ça, mais les trois paires d'yeux se braquèrent dans sa direction et elle n'avait plus aucune bonne raison de se cacher, alors elle émergea de l'angle du couloir, baguette à la main, bras croisés contre sa poitrine.

 

 

« Encore une balade nocturne ? leur demanda t-elle sur un ton faussement détaché.

- De quoi tu parles ? l'interrogea Sirius en repliant le parchemin qu'il tendit à James dont les yeux étaient vissés sur la jeune femme.

- Je vous vois partir le soir. Je ne vous vois pas revenir le lendemain, répondit-elle simplement, et elle vit Peter Pettigrow jeter un coup d'oeil paniqué vers les deux autres.

- Parce que nous savons très bien que tu préfères nous regarder de dos que de face, répliqua Potter avec un sourire enjôleur.

- Tu n'arriveras pas à flirter pour t'en sortir, Potter, lui dit-elle en haussant les sourcils.

- Comme si ça avait déjà fonctionné... soupira Peter.

- Est-ce que si moi j'essaie, ça...

- Non plus, Black, le coupa t-elle. »

 

 

Elle eut toutefois du mal à retenir un petit sourire, et elle s'écarta légèrement pour les laisser passer devant elle lorsqu'ils lui firent signe qu'il ne fallait pas qu'ils s'attardent ici, et l'instant plus tard, elle était de nouveau dans la Salle Commune.

 

 

« Alors ? Est-ce que vous avez des explications à fournir ?

- Je n'avais pas réalisé que nous te devions des explications, lui répondit James avec son habituelle arrogance qui l'agaçait profondément.

- Evans, tu sonnes presque comme Rogue quand tu fourres ton nez partout comme ça, commenta Peter, s'attirant un regard outré des deux autres.

- N'écoute pas ce qu'il dit, tu ne sonnes pas comme Rogue, mais comme... Je n'en sais rien, comme quelqu'un de très sympathique et plutôt agréable à regarder qui ne devrait probablement pas poser de questions intrusives à des garçons beaucoup trop fatigués pour lui répondre, déblatéra Sirius en entamant un geste las vers les escaliers menant aux dortoirs.

- Fatigués ? Donc vous n'avez pas dormi de la nuit ? Donc vous étiez avec lui ? Vous étiez avec Rémus ? chuchota t-elle à toute allure alors que ses yeux s'agrandissaient. »

 

 

Elle savait que Lupin était un loup-garou depuis l'année précédente. Elle n'en pensait rien. Il était un garçon comme les autres, un garçon qu'elle aimait bien, soit dit en passant, et cela n'avait jamais changé quoi que ce soit entre eux, mais elle avait réalisé depuis quelques temps qu'elle ne voyait plus les trois autres garçons traîner dans la salle commune les soirs de pleine lune, et elle avait commencé à se poser des questions.

 

 

« Avec Rémus ? Cette nuit ? Tu en as d'autres, des blagues comme celle-là ? l'interrogea sarcastiquement James en commençant à monter les escaliers.

- Je sais que vous y étiez, assura t-elle alors que les deux autres garçons le suivaient sans rien dire. Cette conversation n'est pas terminée ! »

 

 

Elle s'élança à leur poursuite et ne se rendit compte qu'elle venait de refermer la porte de leur dortoir derrière elle que quand ils se retournèrent d'un seul mouvement pour la regarder avant de se jeter eux-même un coup d'oeil perplexe. Elle se sentit soudainement profondément gênée, mais elle reprit bien vite ses esprits et agita un index menaçant dans leur direction pour essayer de se donner une contenance.

 

 

« C'est très dangereux, ce que vous faites !

- … Rentrer dans notre dortoir avec toi ? tenta Sirius avec humour. Qu'est-ce que tu vas faire ? Nous ligoter sur nos lits et profiter de nos corps ?

- Merlin, Black, est-ce qu'il t'arrive de parler autrement qu'en allusions sexuelles ? l'interrogea t-elle en grimaçant. Je parlais de ce que vous faîtes avec Rémus le soir.

- C'est à peu près ce qu'il se passe avec Lunard aussi, répondit-il en haussant les épaules, s'attirant un coup de coude de la part de James qui semblait essayer de se retenir de rire. »

 

 

Lily leva les yeux au ciel et soupira, s'efforçant de ne pas laisser ses yeux s'égarer dans la pièce parce qu'elle sentait que plus d'une chose ici pourrait non seulement la mettre mal à l'aise, mais aussi la rendre complice d'une infraction au règlement intérieur de l'école, ou pire, de la loi magique.

 

 

« Ecoute Evans, ce n'est vraiment pas contre toi, mais nous avons du sommeil à rattraper, reprit James en la saisissant par les épaules pour la retourner vers la porte de leur dortoir et la pousser doucement.

- Je te laisserai dormir quand je serais certaine que vous ne faîtes rien qui pourrait vous tuer et attirer des ennuis à Rémus. »

 

 

Les trois garçons se jetèrent un long regard et elle vit clairement qu'ils se comprenaient, mais elle ne comprenait rien, et elle détestait cela. Elle était brillante. Rien ne lui échappait normalement. Rien, sauf ce qu'ils fichaient toutes les nuits de pleine lune. Rien, sauf le fait qu'ils parvenaient systématiquement à revenir en un seul morceau après avoir, elle en aurait mis sa main à couper, passé leur nuit avec un loup-garou.

 

 

« J'ai l'impression que quelqu'un s'inquiète pour nous, Pete. Est-ce que je me trompe ? demanda James à son camarade avec un sourire malin.

- Oh je t'arrête tout de suite Potter, nous sommes amis et...

- Nous sommes amis ? répéta t-il, sincèrement surpris.

- Bien sûr, s'empressa t-elle d'affirmer. Je ne m’inquiéterais pas pour vous si ce n'était pas le cas. Je sais que vous pensez que j'ai peur que vous fassiez perdre des points à notre maison, mais ce n'est pas ça. C'est juste que... Je sais que vous feriez tout pour aider Rémus et... Quand je vous vois partir, je me dis qu'un jour, l'un d'entre vous ne reviendra peut-être pas. »

 

 

Le silence tomba dans la pièce pendant un long moment, et elle voyait que les garçons étaient encore en train d'avoir cette conversation silencieuse à laquelle elle ne pouvait pas participer, alors elle haussa les épaules et actionna la poignée de la porte.

 

 

« Evans, attends ! l'arrêta James.

- Personne ne risque quoi que ce soit. Sinon, je n'irai pas, lâcha Peter.

- C'est juste une soirée de plus avec des cordes et des vêtements déchirés, vraiment la routine, tu ne voudrais pas connaître les détails, ajouta Sirius en lui adressant un clin d'oeil avant de se jeter sur son lit.

- Est-ce que tu peux juste... Nous faire confiance ? lui demanda James sans une once d'arrogance dans le regard, juste une sincérité à laquelle il ne l'avait pas vraiment habituée.

- Ce serait irresponsable de ma part... souffla t-elle, mais j'imagine que si je suis votre amie, je suis déjà un peu irresponsable, termina t-elle en lui adressant un bref sourire qu'il lui rendit.

- Parfait. Reste irresponsable, et maintenant, sors d'ici ou viens te coucher avec nous, mais laisse nous dormir, conclut Sirius.

- Vous savez que cette discussion reviendra sur le tapis un jour, n'est-ce pas ?

- Evans...

- Oui, oui, c'est bon, je m'en vais. »

 

 

Elle ouvrit la porte et leur adressa un léger « Bonne nuit ! » avant de s'éclipser. Ses tripes lui hurlaient que ce n'était pas le moment d'insister, que les confessions viendraient naturellement quand le moment serait propice, mais qu'elle ne tirerait rien de plus d'eux ce matin là, et ce fut bizarrement assez simple d'abandonner.

 

Elle réalisa en se laissant tomber dans le canapé de la salle commune que le vent avait tourné d'une drôle de façon pour eux. L'amitié s'en était mêlée, et pour être parfaitement franche, elle ne l'avait pas compris avant de le dire à Potter, quelques minutes auparavant, mais cette année n'avait en rien ressemblé à la précédente pour eux.

 

Peut-être qu'ils grandissaient, elle ne savait pas trop, mais elle s'était surprise à les apprécier, à les comprendre d'avantage, à accepter leurs bêtises dans la mesure du raisonnable, et c'était mieux de cette façon. Il leur restait encore une année avant les ASPIC et elle ne voulait pas la passer en guerre. Pas contre eux.

 

Ils n'étaient plus aussi immatures qu'ils avaient pu l'être auparavant. Certes, elle avait vu des blagues moins puériles que celles qu'ils faisaient aux Serpentards quand l'un d'entre eux s'en prenait à un autre Gryffondor, mais ce n'était plus méchant. C'était simplement drôle, même si elle se laissait rarement aller à en rire devant eux.

 

Elle attendit huit heures pour aller prendre son petit déjeuner dans la Grande Salle avec Mary et Marlène, puis commença une nouvelle journée de cours par de la Métamorphose, notant l'absence des quatre garçons. Le professeur McGonagall ne mentionna pas celle de Rémus, mais interrogea les gryffondors sur celle des trois autres, et seule Lily leva la main.

 

 

« J'ai croisé Black ce matin. Il m'a parlé d'une indigestion.

- Collective ? pointa le professeur McGonagall en arquant un sourcil, perplexe, et Lily sentit ses joues rosir légèrement.

- Merlin sait qu'ils ont tous les trois un régime alimentaire qui donnerait des sueurs froides aux trolls les plus répugnants, répondit-elle d'une traite avec un aplomb qui l'étonna elle-même.

- … Je vous concède ce point là, Miss Evans. Ouvrez vos manuels à la page 164. »

 

 

Elle retint un soupir de soulagement et s'efforça de prendre le plus de notes qu'elle le put, recoupant avec celles de Mary lors de la pause du midi pendant laquelle aucun des quatre garçons ne se pointa. Elle fut distraite par l'arrivée du courrier et les oublia pendant un instant, surprise de découvrir l'écriture de sa sœur sur l'enveloppe.

 

 

« Est-ce que c'est la mégère qui te sert de soeu ? demanda Marlène en se penchant pour regarder le courrier.

- On dirait bien, répondit Mary. Qu'est-ce qu'elle veut ? »

 

 

Lily haussa les épaules et décacheta soigneusement l'enveloppe à l'intérieur de laquelle se trouvait un papier partiellement chiffonné, couvert de tâches de café, donnant l'impression d'avoir été retiré d'une poubelle, puis se racla légèrement la gorge avant de la lire à voix haute pour que ses amies puissent entendre.

 

 

«  Les prochaines vacances sont dans deux semaines, et je t'écris pour te dire que ce n'est pas la peine de rentrer. Vernon doit venir pour rencontrer les parents avec sa famille et ils arrivent de loin, ils resteront plusieurs jours. Nous avons donc déjà convenu que sa sœur et ses chiens prendraient ta chambre. Tu n'aurais de toutes façons aucun endroit pour dormir, alors papa, maman, et moi avons pensé qu'il serait plus simple que tu restes où tu es. En plus, je préfère que tu ne rencontres pas Vernon ni sa famille. Ne nous écris pas non plus pendant les vacances. Je n'ai pas envie que ta bestiole vienne frapper aux carreaux ! Tu n'auras qu'à attendre une semaine si tu veux contacter les parents. De toutes façons, ils sont très occupés en ce moment et n'ont pas le temps de lire tes histoires sur ton école de fous, et nous sommes tous plus en sécurité quand tu n'es pas là.

Pétunia. »

 

 

« Charmant, commenta Marlène en poussant un soupir dédaigneux.

- Cette harpie... ajouta Mary en secouant la tête d'un air désapprobateur. Aucun bonjour, aucun au revoir. Merlin, ta sœur n'a même pas acquis les politesses de base. »

 

 

Lily, elle, sentait sa gorge se serrer. Elle s'était servie une grosse part de brownie avant de lire la lettre, mais elle savait maintenant qu'il lui serait impossible de la manger.

 

 

« C'est la première fois qu'elle m'écrit... articula t-elle avec difficulté. Et c'est pour me dire qu'elle ne veut pas de moi à la maison...

- Laisse la, lança Marlène en lui prenant la lettre des mains pour la ranger dans l'enveloppe qu'elle glissa dans le sac de son amie. Nous resterons ici avec toi. De toutes façons, vu ce qu'elle raconte à tes parents sur ce Vernon, peut-être que c'est une chance que tu n'aies pas à le rencontrer. »

 

 

Lily hocha doucement la tête, et elle sentit de drôles de battements dans ses tempes. Elle avait l'impression d'avoir avalé un cognard et son nez commençait à la picoter. Elle savait ce que cela signifiait, alors sans un mot, elle bondit du banc sur lequel elle était assise depuis un bon quart d'heure, balança son sac sur son épaule, et quitta la Grande salle sans accorder la moindre attention à ses amies qui l'appelaient.

 

Elle passa l'heure qui suivit à pleurer dans les toilettes du septième étage. L'après-midi lui sembla interminable. Elle devait supporter les regards compatissants de ses amies qui faisaient de son mieux pour être là pour elle, et se concentrer sur ses cours devenait presque un challenge. A chaque fois qu'elle ouvrait son sac, elle voyait cette affreuse lettre qui lui retournait l'estomac et faisait peser sur elle un abominable sentiment de rejet qu'aucune adolescente de seize ans ne devrait jamais avoir à ressentir. Elle se sentait seule.

 

Elle évita soigneusement d'engager la discussion avec les filles entre les cours, ou les réorienta délibérément sur leurs devoirs de Potions ou de Sortilèges à chaque fois que l'une d'elles évoquait Pétunia de près ou de loin, et dès que la journée se termina, elle s'empressa de rejoindre l'infirmerie où elle savait que ni Mary, ni Marlène ne penserait à la chercher.

 

 

« Est-ce que je peux vous aider, Miss Evans ? lui demanda Mme Pomfresh en lui adressant un sourire bienveillant.

- Je viens rendre visite à Rémus Lupin. Je lui apporte ses cours, répondit-elle en tapotant son sac.

- Oh, très bien. Il est réveillé, allez-y, mais ne restez pas trop longtemps. »

 

 

Lily acquiesça et suivit l'infirmière au fond de la pièce où, dissimulé derrière un rideau, Rémus Lupin était allongé sous d'épaisses couvertures. Il sembla un peu surpris de la voir, mais pas mécontent. Ce n'était pas la première fois qu'elle lui rendait visite après une nuit de pleine lune, mais elle était toujours un peu secouée de le voir aussi fatigué. De gigantesques cernes lui donnaient l'impression de s'être fait passer à tabac, et une griffure semblait être en cours de cicatrisation sur sa joue. Mme Pomfresh faisait des merveilles.

 

 

« Comment tu te sens ?

- Bien, répondit-il comme si prononcer ce simple mot lui avait demandé tous les efforts du monde, et elle sut immédiatement qu'il lui mentait, mais elle ne releva pas et se contenta de s'asseoir sur la chaise que l'infirmière avait installée à côté de son lit.

- Les garçons ne sont pas venus en cours aujourd'hui. Ils ont probablement dormi toute la journée, alors je vous ai préparé des fiches, lui dit-elle. »

 

 

Elle posa son sac sur ses genoux et fouilla dedans en évitant autant qu'elle le put l'enveloppe maudite avant d'en sortir une liasse de parchemins qu'elle plaça sur la table de chevet du lycanthrope qui lui jeta un regard curieux.

 

 

« Ah, oui, tu te demandes probablement comment je sais qu'ils dormaient, reprit-elle avec un demi-sourire.

- A peine, souffla t-il en se redressant légèrement, lui rendant son sourire. Tu es brillante, tu devines toujours tout.

- Pas tout, réfuta t-elle, mais je les ai vu partir hier soir et... Ils ne sont rentrés que ce matin, alors j'en ai déduit qu'ils... elle s'interrompit, leva les yeux au plafond d'un air pensif, et reprit. C'est la partie que je ne comprends pas, mais les connaissant, j'imagine qu'ils veillent sur toi d'une façon ou d'une autre.

- Ou peut-être qu'ils étaient simplement partis en excursion. Tu sais qu'ils le font tout le temps.

- Ne te fatigue pas, Lupin. Je les connais mieux que ça. Ils ne te laisseraient pas de côté, et je trouve ça plutôt noble de leur part, admit-elle. J'espère juste qu'ils savent ce qu'ils font. »

 

 

Elle vit Rémus déglutir et elle douta pendant un instant des affirmations des garçons du matin même. Il lui sembla un peu triste pendant un court moment, mais alors qu'elle allait ouvrir de nouveau la bouche, il la coupa.

 

 

« Est-ce que tu en as fait pour eux aussi ? la questionna t-il en voyant l'épaisseur du tas de parchemins.

- Oui, je les ai dupliqué. Rien de très compliqué, lui assura t-elle.

- Tu n'aurais pas dû, James s'en serait occupé, et...

- Ne t'en fais pas pour ça, c'était vraiment très rapide à faire. Tu n'auras qu'à leur dire de se servir quand ils viendront te voir.

- Comment est-ce que je peux te remercier ?

- Une partie d'échecs samedi prochain ? proposa t-elle.

- Vendu ! »

 

 

Il clignait des yeux de plus en plus lentement et elle voyait l'épuisement sur son visage, alors elle se leva, lissa sa jupe, et serra son sac contre sa poitrine avant de le saluer.

 

 

« Je te laisse te reposer. On se voit bientôt.

- Merci pour tout, Lily. »

 

 

Elle lui adressa un sourire amical et quitta la pièce en lâchant un lourd soupir. Pendant un moment, elle s'était sentie un peu mieux. Se concentrer sur les problèmes de Rémus l'avait empêchée de penser aux siens, mais elle savait que ses cauchemars reviendraient la hanter dès que la nuit tomberait, laissant place à une insomnie tenace.

 

Cela ne manqua pas. Il était minuit lorsqu'elle se réveilla en haletant, incapable de se rappeler de ce qui venait de la tirer de son sommeil, mais avec la sensation de ne plus pouvoir respirer et d'être horriblement seule. Elle paniqua pendant un instant dans l'obscurité du dortoir, et puis elle attrapa sa baguette sur sa table de chevet pour diffuser un léger halo de lumière autour d'elle avant de se saisir son sac, de fouiller dedans, et de s'emparer de la lettre qu'elle avait reçu le midi même.

 

Elle grimaça lorsque le parquet craqua sous ses pieds quand elle se hissa hors de son lit, et puis elle descendit les marches du dortoir à pas de velours, fronçant les sourcils lorsqu'elle entendit des chuchotements et de discrets éclats de rire. Elle en trouva rapidement la source. Peter Pettigrow, James Potter, et Sirius Black étaient tous les trois assis autour de la table basse et disputaient une partie de cartes.

 

 

« Oh bouse, désolé Evans, on t'a réveillée ? s'excusa James qui l'aperçut en premier.

- Non, non. J'étais... Je n'arrive pas à dormir, répondit-elle avant de soupirer et d'aller s'asseoir non loin d'eux, dans le canapé, les yeux rivés sur les cartes étalées sur la table basse.

- Ça a l'air récurent, lui fit remarquer Sirius en repliant son jeu dans sa main, et elle haussa les épaules pour toute réponse.

- Qu'est-ce que tu tiens, là ? l'interrogea Peter en faisant un signe de tête vers l'enveloppe qu'elle ne se rappelait même plus avoir pris avec elle.

- Oh. Ça, lâcha t-elle en essayant tant qu'elle le put de nuancer la peine dans sa voix. J'allais juste la mettre au feu.

- Est-ce que c'est une lettre d'un prétendant ?

- Ne sois pas idiot, Potter. Tu ne m'as pas écrit depuis l'année dernière, le taquina t-elle parce qu'elle savait qu'il avait tenté d'alléger l'atmosphère et elle ne pouvait guère faire autrement que de rentrer dans son jeu. »

 

 

Les trois garçons esquissèrent un sourire amusé et jetèrent d'un même mouvement leurs cartes sur la table, abandonnant leur partie pour l'accueillir dans leur cercle. Elle aimait cela, chez eux. Ils n'excluaient jamais personne.

 

 

« Merci pour les cours, au fait. Nous sommes passés voir Rémus tout à l'heure.

- Aucun problème, Pettigrow. Vous auriez fait la même chose pour moi.

- Pour être honnête, Rémus l'aurait probablement fait... Mais je ne note jamais rien, et Sirius passe plus de temps à essayer de draguer Vance par l'intermédiaire d'avions en papier qu'à écouter les cours...

- Je l'aurais fait ! s'empressa d'affirmer Peter.

- Dommage que personne ne soit capable de te relire, nota Sirius en se calant contre un fauteuil avec un sourire moqueur sur le visage. »

 

 

Le plus petit de la bande marmonna quelque chose que Lily n'entendit pas vraiment, mais elle vit clairement son majeur se dresser en direction de l'autre dont le sourire ne fana pas pour autant. Potter passa paresseusement sa main dans ses cheveux avant de s'adresser de nouveau à elle.

 

 

« Tu n'as pas dit que tu voulais la mettre au feu ?

- Si, se rappela t-elle en baissant les yeux vers l'enveloppe qu'elle tenait toujours entre ses mains. »

 

 

Sa gorge se noua encore. C'était comme si Pétunia était là, que ses doigts étaient noués autour de son cou, et qu'elle serrait, serrait, serrait...

 

 

« Elle vient de ma sœur, leur confia t-elle sans trop savoir pourquoi elle le faisait. »

 

 

C'était peut-être l'ambiance intimiste de la salle commune, le feu qui crépitait doucement dans la semi obscurité de la pièce, la chaleur agréable qui les enveloppait, la façon que les garçons avaient de tourner tout en dérision, lui laissant à penser qu'elle ne retrouverait pas son dortoir aussi triste que lorsqu'elle l'avait quitté, ou alors simplement le brouillard encore légèrement persistant du sommeil dont elle avait été tirée trop tôt qui obscurcissait son jugement. Ou peut-être un ensemble de toutes ces choses. En tout cas, elle se sentait à l'aise.

 

Elle ouvrit de nouveau l'enveloppe, en tira le papier tâché, et le lâcha sur la table devant eux, leur faisant signe de le lire, et ils se penchèrent simultanément, lui octroyant un bref sourire. Elle trouvait toujours cela fascinant, la façon qu'ils avaient de bouger ensemble, comme un seul et même homme. Parfois, elle avait l'impression qu'ils s'étaient toujours connus. En tout cas, il lui semblait invraisemblable qu'ils aient été des étrangers les uns pour les autres un jour.

 

 

« Un rayon de soleil, ta sœur, marmonna James.

- Qui aurait cru qu'on avait autant de points communs, Evans ? s'exclama Sirius avant de tendre la main devant elle pour qu'elle tape dedans, ce qu'elle fit avec un sourire mi amusé, mi dépité.

- C'est quoi son problème ? demanda Peter en tapotant la lettre du doigt.

- Elle déteste le fait que je sois une sorcière et pas elle, lui expliqua Lily. Cette lettre là était plutôt gentille, à vrai dire. Elle est pire en vrai. Ça ne m'ennuie pas tant que ça de ne pas rentrer chez moi avant les vacances d'été, quand j'y pense. »

 

 

Elle mentait et elle savait que les trois garçons n'étaient pas dupes, mais ils ne firent aucune réflexion.

 

 

« Tu sais quoi ? On devrait se marier, annonça Sirius avec un sourire en coin. Je prendrais tout l'attirail du parfait petit sorcier. Imagine la tête de ta sœur en me voyant arriver.

- Imagine la tête de tes parents en me voyant arriver, ajouta Lily en riant jaune. »

 

 

Le nom de Sirius était célèbre dans le monde sorcier, et il n'avait pas pu cacher longtemps son appartenance à la famille de sang-pur. Les élèves parlaient entre eux, et même s'il avait évité le sujet pendant toute leur première année, il avait fini par l'évoquer lui même au fur et à mesure de leur scolarité, réalisant que son mutisme sur le sujet ne faisait qu'attirer encore plus les murmures. Maintenant, il en plaisantait beaucoup, mais elle ne pouvait qu'imaginer ce qu'il ressentait véritablement. Sa sœur la détestait et la sensation d'abandon qui la prenait au corps dépassait l'entendement, alors elle osait à peiner songer à ce qu'il pouvait traverser.

 

 

« Mauvaise idée, très mauvaise idée ! trancha James. Walburga empaillerait Lily et accrocherait sa tête sur le mur, au dessus de la table de la salle à manger. C'est non.

- Est-ce que tu es en train de dire que mon visage n'irait pas dans la décoration, Potter ? plaisanta t-elle en prenant un air faussement complaisant.

- Ne sois pas stupide, Evans. Il n'y a pas un endroit où ton visage n'irait pas, mais tu mérites mieux que le Square Grimmaurd, répliqua t-il avec un sourire enjôleur qui lui fit lever les yeux au ciel.

- Il est doué, dit-elle à l'adresse des deux autres. A combien d'autres filles a-t-il déjà assuré qu'elles feraient un merveilleux élément de décoration si seulement elles acceptaient de se faire trancher la tête ?

- Tu es la seule, assura Peter alors que les deux autres riaient.

- En tout cas, si tu as besoin pendant les vacances d'été, écris-nous, et nous viendrons voir cette Magnolia...

- Pétunia, corrigea Lily en souriant.

- Peu importe, reprit Sirius, nous viendrons en vacances comme ce Vernon, et Bégonia nous prêtera sa chambre et peut-être qu'elle la retrouvera dans un état correct, ou peut-être qu'il y aura un trou gigantesque au milieu de son matelas et qu'il manquera le bout à toutes ses chaussettes, qui sait ?

- Je pense qu'elle aimerait un abonnement à Sorcière-Hebdo et un poster de Dumbledore au dessus de son lit, ajouta James. Fixé avec un sortilège de glu, évidemment.

- Cela va de soi, souffla Lily en souriant. Elle adorerait toutes vos idées.

- Parfait, conclut Peter. Le rendez-vous est pris. »

 

 

Lily leur sourit, puis son regard retomba sur le morceau de papier tâché, et elle se leva doucement du canapé sous les regards bienveillants des trois garçons. Elle retint son souffle sans vraiment s'en rendre compte quand elle s'en empara et le roula en boule entre ses mains avant de le jeter dans l'âtre de la cheminée et de le regarder brûler aussitôt, ravivant les flammes pendant l'espace d'une seconde seulement.

 

Ce soir là, elle réalisa qu'elle n'avait pas qu'une famille. Elle en avait une deuxième, ici à Poudlard, avec Marlène, Mary, et ces autres élèves de leur maison qu'elle appréciait mais à qui elle n'avait jamais vraiment donné une chance de la connaître vraiment. Elle était entourée, et elle n'arrivait pas à croire qu'elle ne le réalisait que maintenant.

 

 

« Allez, Evans, retournons nous coucher. McGonagall ne gobera l'excuse de l'indigestion collective qu'une seule fois, déclara Sirius en lui adressant un clin d'oeil.

- Comment est-ce que tu sais ? l'interrogea t-elle en le regardant se déplacer vers les escaliers, suivit de Peter.

- McKinnon parle beaucoup ! lança t-il simplement alors qu'il était déjà hors de son champ de vision. »

 

 

Elle roula les yeux et se dirigea elle aussi vers son dortoir mais s'arrêta net lorsque James l'appela, debout sur la cinquième marche de l'escalier.

 

 

« Hmm ?

- Est-ce que ça va aller ? la questionna t-il.

- Bien sûr, Potter, répondit-elle avec un léger sourire.

- Tu sais que tu n'es pas obligée de me mentir, n'est-ce pas ? »

 

 

Elle ne le voyait pas souvent aussi sérieux, et cela la décontenança un peu. Elle déglutit et inspira profondément. Elle n'aurait jamais pensé qu'il puisse se soucier de qui que ce soit d'autre que de lui-même ou de ses trois meilleurs amis, mais il lui semblait qu'elle découvrait chaque jour un peu plus à quel point elle s'était trompée sur son compte.

 

 

« Je sais, répondit-elle sur un ton léger, mais s'il y a une chose que notre rencontre fortuite de ce matin nous a apprise, c'est qu'il faut parfois laisser passer un mensonge pour obtenir la vérité plus tard.

- Cette rencontre était tout sauf fortuite, mais je vais te laisser espérer que tu réussiras à nous tirer les vers du nez un jour, répliqua t-il avec un sourire aux lèvres.

- Oh j'y arriverai James, affirma t-elle. Bonne nuit. »

 

 

Il haussa les sourcils d'un air surpris, et elle réalisa à ce moment là que c'était probablement la première fois qu'elle utilisait son prénom depuis un bon bout de temps... Elle ne se souvenait pas de la dernière fois qu'elle l'avait prononcé en s'adressant directement à lui en tout cas, mais ce soir là, il était juste sorti naturellement, et elle en fut elle-même un peu étonnée.

 

Il lui adressa un nouveau sourire qu'elle lui rendit, et il y eut une espèce d'accord silencieux entre eux, puis un signe de la main de sa part, et il disparut dans le tourbillon de marches alors que les doigts de Lily restaient figés sur la rambarde et que ses yeux ne quittaient pas l'escalier qu'il venait d'emprunter.

 

Si on lui demandait plus tard à quel moment elle avait su que son amitié avec James Potter était devenue solide, moins instable qu'un château de cartes, elle citerait cette journée, cette soirée, cet instant où ils s'étaient regardés et s'étaient compris. Elle n'était plus à part. Elle participait à la discussion silencieuse. Elle comprenait. Enfin. Ils étaient amis.

End Notes:

Merci beaucouuup MeiMei de m'avoir soumis cette request dans les reviews et j'espère que ça correspond plus ou moins à ce que tu voulais ^^"

Je sais pas pourquoi, mais j'étais stressée au début à l'idée de me lancer huhu. Et puis j'ai dû y réfléchir genre un quart d'heure, et j'y suis allée, et au final ça s'est fait tout seul et j'ai genre VRAIMENT aimé l'écrire. Je n'ai pas vu le temps passer, honnêtement. Bref, je kiffe écrire sur vos prompts, ça m'éclate :D

D'ailleurs n°1, le prochain chapitre viendra d'une request aussi :p je vous retrouve dans quelques jours :)

D'ailleurs n°2, vous êtes de plus en plus à me laisser des reviews sur Fluffy Stories et c'est TROP gentil, et c'est la meilleure source de motivation du monde (entier), donc merci, merci, merci :)

Claquements de doigts by ECM
Author's Notes:

Coucouuu :) Je suis de retour avec un prompt de... De... (J'essaie d'instaurer un suspense) Ellana_White ! J'espère que cet OS te plaira, et qu'il vous plaira plus globalement. Voilà ce qu'Ellana avait demandé :

"J'aimerais voir Lily et James amis tous les 2. James a arrêté depuis plusieurs mois maintenant de la "courtiser" sauf, qu'evidemment, c'est à ce moment que Lily a commencé à développer des sentiments pour lui et décide donc de prendre les choses en main. En somme j'adorerais voir une Lily entreprenante !"

 

 

« Et vous, Lily, que sentez-vous ? lui demanda le professeur de potions. »

 

 

Lily pensait que James allait comprendre cette fois. Comment aurait-il pu ne pas saisir les sous-entendus qui n'en étaient même plus quand elle se pencha au dessus de l'amortentia qu'elle venait de réaliser et qu'elle répondit à Slughorn avec un aplomb qui ne lui ressemblait pas tant que cela :

 

 

« Le quidditch.

- Le quidditch ? répéta son professeur, stupéfait.

- Le cuir des balles, ou le bois des balais, je n'en sais rien. Le quidditch, affirma t-elle avant de jeter un regard perçant en direction de James qui se tenait juste à côté d'elle.

- Je ne savais pas que tu aimais le quidditch, pointa t-il simplement. »

 

 

Quel IDIOT. Le professeur Slughorn passa à la table suivante et la préfète se tourna vers Rémus, essayant vainement de lui envoyer des signaux de détresse avec ses yeux. James et elle étaient devenus amis depuis l'année précédente et c'était comme si son désintérêt croissant pour elle avait paradoxalement forgé son intérêt croissant pour lui, et maintenant, elle était juste désespérée.

 

Il avait passé tellement de temps à lui courir après qu'elle avait fini par oublier comment était la vie quand James Potter n'essayait pas de la charmer pour obtenir un moment en tête à tête avec elle, et maintenant que les rôles étaient inversés, elle se rappelait. Elle était silencieuse. Calme. Trop calme. Elle aimait pourtant le calme. Enfin, c'était ce qu'elle croyait avant qu'il n'arrête de faire du bruit tout autour d'elle pour attirer son attention.

 

Elle aurait apprécié ne pas pouvoir définir la date à laquelle tout cela avait commencé, mais Merlin, de qui est-ce qu'elle se moquait ? Cela faisait exactement six mois, une semaine, et quatre jours qu'il avait arrêté de lui montrer un quelconque intérêt autre qu'amical et elle était positivement certaine de ne s'être jamais sentie aussi invisible de toute sa vie.

 

Elle aurait dû s'en réjouir. Il avait enfin compris qu'ils n'étaient qu'amis et que cela resterait ainsi, comme elle le lui avait fait comprendre la dernière fois qu'il lui avait proposé d'aller à Pré-au-Lard avec lui, mais Merlin, si elle pouvait remonter le temps, elle se stupefixerait avant d'oser lui lancer une telle absurdité au visage.

 

 

« Tu sais quoi ? Peut-être que Marlène a raison. Peut-être qu'il ne m'aime plus comme ça, souffla t-elle à Rémus alors qu'ils étaient en chemin vers le cours de Divination.

- Impossible, répondit-il aussitôt en secouant rapidement la tête. Il est juste... Investi dans votre amitié.

- Investi ? répéta t-elle un peu trop fort, et quelques-uns de leurs camarades se retournèrent vers eux dans le couloir. Il n'est pas investi. S'il était investi, il aurait compris que quand je dis que je sens le quidditch dans ma potion, Merlin, mon philtre d'amour, c'est que je dois éprouver des sentiments pour quelqu'un qui joue au quidditch, et qui joue au quidditch dans mon entourage ? A part lui, Sirius et...

- Le pauvre garçon pense sûrement que tu en pinces pour Marlène, la coupa t-il avec un sourire espiègle.

- Je préférerais ! s'exclama t-elle avant de soupirer. Si c'était le cas, elle aurait compris aussitôt et je serais déjà en train de m'envoyer en l'air dans notre dortoir. »

 

 

Rémus pouffa et la suivit lorsqu'elle pénétra dans la salle de classe. Ils étaient les deux seuls de Gryffondor à encore suivre ce cours cette année, et cela les avait beaucoup rapproché. Rémus était un précieux ami pour Lily, et elle aimait à croire qu'il la considérait de la même façon. Elle s'occupait de lui rédiger au propre tous les cours qu'ils avaient en commun lorsqu'il était absent après les pleines lunes, et s'assurait de lui rendre visite à l'infirmerie à chaque fois que cela arrivait, et le reste du temps, il l'écoutait se plaindre du fait que son stupide meilleur ami ne daignait même plus la regarder. C'était donnant-donnant.

 

 

« Sérieusement Rémus, je crois que je devrais arrêter les frais, lui chuchota t-elle en fixant le mur derrière lui alors qu'il lui tenait la main pour essayer de lire son avenir dans sa paume.

- Tu devrais surtout lui dire les choses de but en blanc, réfuta t-il.

- Excuses-moi, mais c'est exactement ce que j'ai eu l'impression de faire ce matin, marmonna t-elle avec une pointe de mauvaise humeur. Peut-être qu'il fait juste semblant de ne pas comprendre. Je veux dire, il y a bien des fois où j'ai fait la même chose quand il était à ma place. »

 

 

Elle avait senti ses joues chauffer un peu lorsqu'elle lui avait fait cette confession, et Rémus avait simplement souri avant de griffonner quelques phrases sur son parchemin, puis de réexaminer un peu plus précautionneusement la paume de sa main.

 

 

« Je sais que tu penses que je mérite tout ça, soupira t-elle, et ce n'est pas complètement faux. J'imagine que c'est le juste retour de bâton.

- Je ne pense pas ça, réfuta t-il doucement. Je me dis juste que c'est dingue que deux personnes aussi intelligentes ne se comprennent pas. »

 

 

Lily expira longuement avec une lassitude dépassant l'entendement pour toute réponse, et puis il posa sa main à plat devant elle, et ce fut à elle de lire dans ses lignes, et elle oublia un peu le sujet de leur conversation pour se concentrer sur le cours, mais le répit fut de courte durée parce que la conversation de deux jeunes poufsouffles à côté d'eux lui parvint aux oreilles.

 

 

« Cette ligne là me dit que tu iras à Pré-au-Lard avec James Potter samedi prochain ! gloussa Doris Crockford.

- Est-ce qu'il y en a une autre qui indique quand je vais l'épouser ? plaisanta Gladys Goujon de la même façon. »

 

 

Lily fronça les sourcils et lâcha la main de Rémus qui suivit curieusement son regard jusqu'à apercevoir leurs deux camarades de classe un peu plus loin.

 

 

« Il y en a certainement une qui indique quand elle va mourir, et ça devrait arriver dans les escaliers d'ici quelques minutes, murmura t-elle à son ami qui éclata de rire, n'attirant que brièvement l'attention de leur professeur qui semblait enivrée par les vapeurs d'encens qui flottaient dans la pièce. »

 

 

Gladys Goujon jouait au quidditch, et James et elle discutaient de plus en plus fréquemment ces derniers temps. Cela rendait Lily absolument folle de jalousie. Elle l'admettait bien volontiers. Elle ne se reconnaissait plus elle-même. Elle n'avait jamais détesté qui que ce soit comme elle détestait la jeune poufsouffle. Plus les jours passaient, plus elle sentait une haine viscérale monter en elle à chaque fois qu'elle la voyait près de lui ou qu'elle l'entendait parler de lui.

 

C'était simple, Goujon avait toute l'attention de James et Lily ne l'avait plus. Et puis il y avait la façon qu'elle avait de la regarder quand elle était avec lui, comme si elle savait que cela dérangeait profondément la préfète et qu'elle s'en délectait, comme si elle était pleinement consciente que Lily avait l'impression de pourrir de l'intérieur, Merlin, de brûler, et que cela la ravissait simplement.

 

 

« Je vais le lui proposer au dîner, ce soir, mais vu le temps que nous passons ensemble en ce moment, je serais surprise qu'il refuse, l'entendit-elle confier à son amie. »

 

 

Elle n'écouta pas le reste de la conversation parce qu'une épaisse fumée embrumait son cerveau. Elle était d'un naturel gentil. Lorsque les gens parlaient d'elle, ils utilisaient tout un tas d'adjectifs absolument honorables, et elle songea à ce moment là qu'elle ne méritait aucun d'entre eux parce qu'elle jurait qu'elle venait de penser à écraser absolument tous les bâtons d'encens allumés de cette salle sur le joli faciès de Gladys Goujon. Et il y avait beaucoup de bâtons d'encens allumés. Beaucoup.

 

De plus, elle savait que si Rémus avait été certain que James refuserait cette sortie à Pré-au-Lard, il lui aurait aussitôt chuchoté de ne pas s'inquiéter pour cela, mais son silence était équivoque. Son parchemin se déchira sous sa plume alors qu'elle y écrivait des broutilles qui n'avaient aucun sens et qui lui vaudraient vraisemblablement un glorieux Piètre, et dès que la cloche retentit, elle se hâta à l'extérieur de la pièce qui lui semblait avoir rétrécie sur elle et Gladys, la bousculant légèrement au passage.

 

Elle avait l'impression que sa tête allait éclater si elle ne quittait pas cette salle de classe le plus vite possible. Elle pesta quand elle sentit un liquide tiède dégouliner de son nez et qu'une goutte de sang s'écrasa sur son polo gryffondor, puis une deuxième, et une troisième. Elle se mit à courir vers les toilettes des filles les plus proches. Elle avait les mains en sang lorsqu'elle y parvint enfin. Elle s'empressa de se rincer abondamment, puis de sortir plusieurs mouchoirs de son sac et de les plaquer sur son nez en murmurant des jurons.

 

Sa haine pour Goujon était telle qu'elle lui ressortait par le nez, voilà tout. Enfin, c'était plus simple de lui faire porter le chapeau et de trouver une nouvelle raison de la détester plutôt que d'admettre que la dizaine de bâtons d'encens l'avait probablement mise ko. Elle s'assit contre les lavabos, épongeant le sang qui coulait toujours en jetant des regards anxieux vers sa montre qui indiquait qu'elle avait déjà dix minutes de retard au cours de Métamorphose. Elle détestait rater les cours du professeur McGonagall. Ils faisaient parti de ses préférés. Pas seulement parce qu'elle était placée juste derrière James, mais aussi parce qu'ils étaient passionnants et qu'elle avait une tendresse toute particulière pour son professeur.

 

Elle se redressa après quelques minutes, se demandant si elle devait aller à l'infirmerie lorsqu'elle porta un nouveau mouchoir immaculé à son nez et qu'il ne se tâcha presque pas. Elle poussa un soupir de soulagement et alors qu'elle s'apprêtait à jeter tous les autres à la poubelle, la porte grinça sinistrement derrière elle.

 

 

« Lily ? »

 

 

Elle se retourna et aperçut la tête de James dans l'encadrement. Ses yeux bruns tombèrent immédiatement sur son polo, puis sur les mouchoirs ensanglantés qu'elle tenait dans ses deux mains et qui menaçaient d'en tomber. Elle vit la panique fuser sur son visage, et elle eut un peu honte d'aimer cela. De l'attention, enfin de l'attention.

 

 

« Merde, Lily, qu'est-ce que tu as ?! s'exclama t-il en arrivant à sa hauteur en seulement trois enjambées.

- Rien, rien, répondit-elle aussitôt. Juste un petit saignement de nez, ne t'inquiètes pas. »

 

 

Elle pouvait difficilement lui avouer qu'elle suspectait Gladys Goujon de l'avoir tant contrariée que son corps avait voulu lui rappeler que la haine n'avait jamais été une solution. Elle se retourna et laissa tomber les mouchoirs dans la poubelle la plus proche avant de se pencher au dessus du robinet et de se passer un peu d'eau sur le visage.

 

 

« Rémus a dit que tu étais partie précipitamment du cours de Divination. Je trouvais ça plutôt normal, je veux dire, je ne traînerais pas là bas après la sonnerie non plus, mais tu n'étais pas en Métamorphose et ça... C'est inhabituel, nota t-il.

- Et tu m'as trouvée comme par magie dans des toilettes où je ne vais jamais ? l'interrogea t-elle en lui jetant un regard suspicieux bien qu'elle soit entièrement reconnaissante qu'il soit venu la chercher.

- McGonagall m'a demandé d'aller voir où tu étais.

- Et tu as pensé à cet endroit là spécifiquement, insista t-elle. »

 

 

Il haussa les épaules, enfonça ses mains dans les poches de son pantalon, et elle eut juste le temps de voir un bout de parchemin s'en échapper avant d'être distraite par la façon dont ses yeux étaient fixés sur le sang qui imbibait son polo.

 

 

« Je devrais t'emmener à l'infirmerie, déclara t-il. »

 

 

Elle se demanda un instant s'il disait cela juste pour détourner son attention ou parce qu'il était réellement inquiet à l'idée qu'elle se soit littéralement vidée de son sang sur ses vêtements, et elle songea que c'était probablement un peu des deux.

 

 

« Ca va, ça va, lui dit-elle en secouant la tête de droite à gauche. Et puis je ne voudrais pas priver le professeur McGonagall de ta présence plus longtemps.

- Tu sais qu'elle va me faire vivre un enfer si je te ramène comme ça, en sang.

- Tu n'auras qu'à lui dire que tu m'as trouvée dans les cuisines, à m'empiffrer de myrtilles. »

 

 

Il lui sourit et elle referma ses doigts un peu plus fermement sur le lavabo. Elle s'obligea à se concentrer sur le flip flop régulier d'un robinet défaillant pour ne pas s'imaginer en train de le dévêtir là, au milieu des toilettes des filles, dans l'endroit le moins adapté pour quelque chose qu'elle voulait depuis bien plus longtemps qu'il ne l'aurait jamais imaginé.

 

 

« Ou alors, on pourrait rester enfermés ici. Tous les deux, tenta t-elle malgré tout en se maudissant intérieurement d'oser ce genre d'approche dans un lieu tel que celui-ci.

- … Il vaut mieux ne pas rater trop de cours avant les ASPIC, lui dit-il après avoir laissé un silence inconfortable planer pendant beaucoup trop longtemps alors qu'elle ravalait son amour propre. Ne bouge pas, je vais arranger tes vêtements, termina t-il avant de pointer sa baguette sur elle. »

 

 

Il murmurait une incantation lorsqu'elle remarqua que ses doigts étaient étrangement colorés. Elle esquissa un sourire amusé, essayant de se reprendre un peu après avoir eu l'impression qu'il venait littéralement de lui claquer une porte à la figure.

 

 

« Est-ce que tu as du vernis sur les ongles ? lui demanda t-elle sans même s'apercevoir que son polo était comme neuf.

- Sirius s'ennuie beaucoup en Runes, répondit-il sur un ton égal. »

 

 

Elle jura qu'elle l'aimait encore plus à ce moment là qu'une minute plus tôt, et elle ne savait même pas exactement pourquoi. C'était stupide, et c'était juste ce à quoi ressemblait sa vie ces derniers mois. Il disait ou faisait quelque chose, et c'était comme si elle tombait encore plus amoureuse de lui tout en essayant de se convaincre que c'était terminé, qu'il ne la ferait plus sourire comme une parfaite idiote et qu'elle ne se surprendrait plus à avoir l'impression d'être foudroyée sur place juste parce qu'il lui adressait la parole. Merlin, il n'était même plus intéressé par elle et elle était juste pathétique.

 

 

« Est-ce que je pourrai te faire l'autre main en Métamorphose ? l'interrogea t-elle en ravalant un rire.

- J'imagine que je ne suis plus à ça près, dit-il avant de lui faire un signe de tête vers la sortie. »

 

 

Elle lâcha un « Yes ! » tonitruant et le suivit en trottinant, s'efforçant de ne pas trop penser à l'indifférence avec laquelle il avait prononcé ces derniers mots, bien loin de l'inquiétude qu'elle avait vu sur son visage quelques minutes plus tôt, mais très près du flegme qui le caractérisait depuis qu'il avait arrêté de lui tourner autour.

 

Elle s'excusa platement lorsqu'il la raccompagna en cours et le professeur McGonagall dut remarquer la pâleur de son visage puisqu'elle se contenta de l'inviter à s'asseoir sans la sermonner, et ils passèrent une petite heure à transformer de gros rats en lapins. La métamorphose animale était compliquée, et Lily regretta presque de ne pas avoir le temps de terminer la manucure de James qui était si concentré qu'il lui sembla qu'il avait oublié qu'il avait une voisine de table. Il ne l'oubliait jamais, avant.

 

 

« C'est énervant, tu sais, souffla t-elle alors que sa baguette restait suspendue devant le pauvre rat qui déambulait sur leur bureau pendant que le lapin de James le reniflait.

- Quoi ?

- Tu es trop beau pour que je puisse me concentrer sur ma métamorphose. Et comme si ça ne suffisait pas, tu es sacrément doué à ça aussi, chuchota t-elle en montrant son lapin avec une pointe de dépit. »

 

 

Elle le vit se raidir à côté d'elle, et elle esquissa un demi-sourire en songeant qu'il avait enfin compris. Il eut l'air profondément décontenancé pendant une minute, et puis il reprit la parole.

 

 

« Ce n'est pas si difficile. Imagine toi clairement la transformation finale et tu y arriveras. »

 

 

La seconde d'après, il était tourné vers Sirius qui s'était amusé à transformer son lapin en un énorme scorpion qui terrorisait Peter, pendant que Lily était en train de se liquéfier devant leur bureau. Personne au monde ne devrait avoir à subir ce genre de chose, mais depuis qu'elle s'était rendue compte qu'elle était éperdument amoureuse de ce stupide garçon, il lui semblait que son quotidien ressemblait à un vaste cimetière dans lequel reposaient absolument toutes ses infructueuses tentatives visant à attirer son attention.

 

Elle ne lui adressa plus la parole jusqu'à la fin du cours, et il ne lui parla pas non plus. Le pire dans tout cela était qu'elle n'eut même pas l'impression qu'il avait remarqué qu'il l'avait vexée. Il écrivait juste son cours, se retournant de temps en temps vers ses amis pour rattraper un avion en papier ou leur en lancer un autre, et elle détestait le sentiment de honte qu'elle ressentait et qui faisait baisser son estime d'elle-même chaque jour un peu plus.

 

C'était blessant, et il ne s'en rendait même pas compte. Elle quitta une deuxième fois la salle de classe dans la précipitation ce jour là, mais cette fois, elle décida simplement de sécher son dernier cours et d'aller s'asseoir près du lac, dans le parc. Elle n'avait pas envie de penser aux conséquences, elle n'avait juste pas le cœur à rester une heure de plus enfermée dans une salle de classe avec lui. Sa confiance en elle était en miettes, et son cœur n'avait rien à lui envoyer.

 

C'était tellement compliqué de repenser à toutes ces fois où il était celui qu'elle ne prenait pas au sérieux maintenant qu'elle était était celle qui avait l'impression qu'elle n'aurait plus jamais le courage de lui faire face.

 

Elle passa deux bonnes heures cet après-midi là, assise contre le grand chêne à regard l'eau du lac onduler au gré du vent. Il ne faisait pas particulièrement chaud, mais elle se fichait pas mal de la température extérieure, elle avait juste besoin d'être seule, de souffler, d'essayer de retrouver un peu de bravoure, et il était presque l'heure du dîner lorsqu'elle décida se lever.

 

 

« Flitwick m'a demandé de te prévenir que tu auras une retenue demain soir pour ne pas t'être montrée à son cours. »

 

 

Elle tourna la tête alors que Rémus marchait vers elle, un sourire navré sur le visage. Il la regardait comme s'il s'inquiétait, comme s'il la comprenait. Sa présence la réconforta. Il y avait un peu de James chez lui, et lui parler était toujours rassurant. Il la guidait quand elle pataugeait, et elle pensa que cette fois-ci ne ferait sûrement pas exception à la règle.

 

 

« Parfait, souffla t-elle simplement en époussetant sa jupe.

- Est-ce que tout va bien ?

- Très bien, mentit-elle avant de lui faire un signe de tête vers le hall du château. Rentrons, le dîner va être servi et je veux me changer.

- Est-ce que James a fait quelque chose ? demanda t-il alors qu'ils traversaient le parc.

- Non, répondit-elle aussitôt. C'est moi. Je devrais arrêter. Je ne sais pas pourquoi je m'obstine. C'est ridicule. Je suis ridicule.

- Tu n'es pas ridicule, Lily, certifia t-il aussitôt. Si quelqu'un l'est, c'est lui. Tu sais, Sirius, Peter, et moi avons essayé de lui parler de toi, mais il s'entête à évoquer votre amitié et à répéter que ce serait ridicule de gâcher tout cela maintenant que vous en êtes arrivés là.

- Peu importe, Rémus. Laisse tomber, il n'est plus intéressé, dit-elle avant de soupirer.

- Mais il l'est, j'en suis persuadé ! nia le maraudeur avec une once de frustration dans la voix alors qu'ils pénétraient dans le hall du château.

- Est-ce qu'il te l'a dit ? »

 

 

Il y eut un silence entre eux, puis Rémus secoua doucement la tête et ouvrit la bouche pour protester mais Lily lui fit signe de ne rien ajouter et ils continuèrent simplement de marcher l'un à côté de l'autre. Elle était perdue dans ses pensées, n'écoutant que vaguement les quelques mots d'encouragements qu'il osa finalement prononcer, et ils atteignirent bientôt la salle commune.

 

Tous les élèves étaient probablement déjà dans la Grande Salle puisqu'ils n'y croisèrent personne, alors elle se hâta de monter dans son dortoir et d'enfiler le vieux sweat vert bouteille de Benjy Fenwick qu'elle avait gardé même après qu'ils aient rompu l'année précédente simplement parce qu'il était trop large pour elle et par conséquent, superbement confortable.

 

Elle s'empressa de rejoindre Rémus et ils marchèrent en silence jusqu'à la grande salle. Elle chercha immédiatement James des yeux à la table de Gryffondor, mais le trouva à celle des poufsouffles, assis à côté de Gladys Goujon, discutant avec Gladys Goujon, riant avec Gladys Goujon pendant qu'elle avait posé sa main sur son bras et rejeté ses cheveux en arrière d'une stupide manière qui donna la nausée à Lily.

 

 

« Vas-y, murmura Rémus.

- Quoi ?

- Vas le chercher.

- Je ne sais pas Rémus, je...

- Tu sais qu'elle va lui demander d'aller à Pré-au-Lard. Est-ce que tu vas supporter de le voir s'y rendre avec elle ? »

 

 

Il claqua plusieurs fois des doigts devant son visage comme pour la faire sortir de sa transe silencieuse alors que ses yeux étaient rivés sur cette stupide main aux doigts fins qui agrippaient la manche d'un polo qu'elle voulait être la seule à avoir le droit de toucher de cette manière, et elle sentit la colère revenir. Elle inspira profondément et sans trop savoir à quel moment ses pieds l'avaient amenée là, elle se retrouva juste derrière leur banc, les yeux baissés sur eux, et Rémus n'était plus à côté d'elle.

 

 

« Qu'est-ce que tu fais après ton entraînement samedi matin ? l'entendit-elle demander à James, et elle saisit l'opportunité avant qu'il ne réponde.

- Hé ! Je suis navrée de vous interrompre mais... James, il faut que nous discutions de quelque chose. Problème de préfets, ajouta t-elle rapidement quand Gladys lui jeta un regard lui signifiant clairement qu'elle n'était pas dupe.

- Ça devrait pouvoir attendre après le repas, non ?

- J'ai bien peur que non, Gladys, lui répondit Lily en lançant un coup d'oeil insistant à James vers la sortie.

- Désolé, s'excusa t-il auprès d'elle avant de s'extirper du banc des poufsouffles. »

 

 

Lily marchait à vive allure vers l'extérieur de la Grande salle, James sur ses talons, et elle ne s'arrêta que lorsqu'ils atteignirent le hall. Elle se retourna rapidement vers lui, réfléchissant à toute allure, et elle vit ses yeux s'attarder un bref moment sur son sweat avant de trouver les siens et il croisa ses bras contre son torse en attendant qu'elle parle.

 

 

« Je ne pourrai pas faire la ronde avec toi demain soir. Je serai en retenue, lui confia t-elle finalement.

- C'est ce que tu voulais me dire ? »

 

 

Elle remarqua immédiatement la contrariété dans sa voix, mêlée à l'étonnement, et elle vit aussi la façon dont son regard passait lentement sur ses doigts qui jouaient nerveusement avec le cordon de son sweat vert bouteille, comme si cela l'agaçait profondément. Encore une fois, c'était blessant. Beaucoup plus que des mots.

 

 

« Merlin, Lily, j'étais en train de discuter avec Gladys là dedans, et tu me tires à l'extérieur juste pour me parler d'une stupide ronde ? s'impatienta t-il.

- Je suis désolée, je pensais juste qu'il valait mieux que je te prévienne maintenant pour que nous puissions faire des arrangements, et ensuite tu pourras accepter d'aller à Pré-au-Lard avec Goujon.

- Quoi ? »

 

 

Elle avait parlé à toute allure et n'avait pas vraiment réfléchi aux mots qui sortaient de sa bouche, et elle se maudit quand elle vit sa main s'arrêter dans ses cheveux noirs et qu'il la fixa avec une incompréhension certaine, comme si elle était dingue.

 

 

« Elle... Elle allait t'inviter, avoua t-elle un peu avec regret. Je l'ai entendu le dire à Crockford en Divination. »

 

 

James fronça les sourcils et sembla réfléchir. Ses yeux bruns étaient vissés sur elle et après quelques secondes, elle vit une drôle d'expression passer sur son visage. Elle posa son regard sur le mur en pierres à côté d'eux, soudainement fascinée par la façon dont tous ces pavés avaient été assemblés. Tout était bon à prendre pour éviter d'être témoin de l'animosité qui émanait maintenant du jeune homme.

 

 

« Tu as fait exprès, dit-il. »

 

 

Ce n'était même pas une question. Il était persuadé de ce qu'il avançait, et elle ne se fatigua même pas à essayer de se tirer de ce mauvais pas. Il avait raison.

 

 

« Est-ce que tu te fiches de moi ? »

 

 

Elle entendit sa voix trembler et elle eut l'impression qu'on venait de la pousser dans le lac en plein hiver quand elle réalisa qu'il essayait de contenir sa rage. A ce stade là, elle doutait pouvoir trouver une seule réponse qui puisse apaiser la tension entre eux. Elle pensait qu'il allait lui hurler dessus, mais ce fut bien pire. Il la contourna et fila vers l'extérieur à toute vitesse.

 

 

« James ! l'appela t-elle en esquissant un mouvement dans sa direction.

- Fous-moi la paix, Evans ! »

 

 

Elle s'immobilisa dans le hall du château alors qu'il poussait rageusement les larges portes devant lui. Une rafale de vent s'engouffra dans ses cheveux roux. Elle demeura pétrifiée, les yeux rivés sur son dos alors qu'il traversait le parc à toute allure. Elle le vit disparaître quelque part à la lisière de la forêt interdite, n'entendant plus que son nom résonner dans les couloirs vides du château, celui qu'il n'avait plus utilisé pour s'adresser à elle depuis qu'ils étaient devenus amis.

 

 

 

 

Elle se réveilla quelques heures plus tard dans son lit, les cheveux collés à ses joues encore humides, sans savoir par quel miracle ses jambes avaient réussi à la porter jusqu'ici tant la honte s'était insinuée en elle jusqu'à lui couper le souffle. La nuit était tombée sur le château et ses camarades de dortoir dormaient profondément tout autour d'elle. Le ronflement de Mary MacDonald qui les faisait toujours glousser ou pester, Marlène et elle, n'eut aucune influence sur son humeur cette fois-ci.

 

Elle s'extirpa avec peine de ses couvertures et frissonna un peu dans les vêtements qu'elle n'avait même pas pris le soin de retirer lorsqu'elle avait sombré sur son matelas, puis s'avança vers la large fenêtre dont la forme arrondie lui faisait penser aux vitraux de ces églises romanes qu'elle pouvait trouver par chez elle.

 

Elle aimait la nuit. Personne n'attendait jamais rien d'elle à cette heure là. C'était le seul moment où elle pouvait être exactement qui elle voulait, faire ce qu'elle voulait, le seul moment où elle n'avait absolument aucune obligation, et aussi le seul moment où elle était certaine d'être tranquille.

 

Elle soupira doucement alors que la pénombre avalait le parc devant elle, l'empêchant de voir clairement la forêt interdite qui s'étendait tout autour du château, et puis elle quitta la chambre. La salle commune était vide, à l'exception d'un premier année qui s'était endormi sur son manuel de Défense contre les force du mal. Elle contourna sa table et lui tapota gentiment l'épaule jusqu'à ce qu'il ne cligne des yeux devant elle, perdu dans les limbes d'un sommeil avorté.

 

 

« Tu devrais aller te coucher, il est très tard, lui chuchota t-elle. »

 

 

Le petit jeta un coup d'oeil ensommeillé vers l'horloge qui indiquait une heure du matin, puis acquiesça et rangea paresseusement ses affaires dans son sac avant de monter nonchalamment les marches vers son dortoir, la laissant seule avec ses états d'âme et une plume abandonnée qui jonchait le sol. Elle se pencha pour la ramasser et la poser sur la table en espérant que son propriétaire la retrouverait le lendemain matin, et puis elle balaya la pièce du regard en quête d'une occupation. Elle savait qu'elle ne pourrait pas se rendormir maintenant, pas avec cette impossible sensation de pesanteur dans son estomac alors qu'elle n'avait rien mangé depuis le déjeuner.

 

Elle aurait dû aller parler à Rémus. Il aurait su quoi faire. Il savait toujours, mais la perspective de lui expliquer qu'elle avait rendu fou de rage son meilleur ami l'avait empêchée de faire quoi que ce soit et elle avait simplement abandonné l'idée de retrouver une vie sociale, au moins pour ce jour là. Peut-être qu'elle n'était pas faite pour cela. Peut-être qu'elle n'était pas faite pour avoir des relations avec les gens, qu'elles soient amicales ou amoureuses. Peut-être qu'elle était juste le monstre que sa sœur décrivait, et peut-être que c'était la raison pour laquelle elle prenait toujours les mauvaises décisions. Peut-être qu'elle était condamnée à avoir perpétuellement un train de retard sur les autres, à ne jamais les comprendre, à ne jamais parvenir à se faire comprendre. Peut-être qu'elle était supposée rester seule.

 

Ce n'était pas une perspective pire qu'une autre. Elle ne détestait pas la solitude. Elle l'embrassait même pleinement quand elle ne pensait pas à James et à tout son stupide visage qu'elle avait détesté dès leur premier jour d'école, seulement maintenant, elle se trouvait à y songer de plus en plus et à se mettre à haïr la solitude plutôt que son joli minois.

 

Elle s'effondra sur le canapé de la salle commune, s'emmêlant dans le plaid tout chaud que les elfes de maison venaient probablement de laver, et resta de longues minutes les yeux rivés vers la cheminée, sur les braises en train de s'éteindre de la même façon que son amour propre. Elle entendit le portrait pivoter et ferma les yeux en songeant que le professeur McGonagall devait être en train de vérifier que tous les élèves étaient au lit.

 

Plus les pas se rapprochaient, plus il lui semblait reconnaître la démarche qui n'était absolument pas celle de leur professeur de Métamorphose, et quand elle sentit le plaid remonter le long de ses épaules pour la recouvrir un peu plus, elle ouvrit les yeux et se trouva nez à nez avec James, accroupi devant elle, dont le regard s'élargit légèrement lorsqu'il croisa le sien. Lily se redressa sur son coude un peu surprise de le trouver là et elle bafouilla quelques secondes avant de trouver les mots.

 

 

« Je suis désolée. »

 

 

Elle le vit inspirer profondément, puis il secoua la tête de droite à gauche sans rien répondre d'autre, et elle remarqua des morceaux de feuilles mortes dans ses cheveux. Il était resté dehors pendant tout ce temps. Elle tendit le bras pour les lui retirer, qu'à moitié surprise qu'il reste docilement accroupi devant elle, et elle les laissa tomber entre eux en évitant de croiser son regard.

 

 

« Où est-ce que tu t'es fourré ? murmura t-elle d'une voix à peine audible.

- Si je te le disais, tu ne me croirais pas, répondit-il. »

 

 

Elle entendit le sourire dans sa voix, et elle baissa les yeux sur lui seulement pour vérifier qu'elle ne se méprenait pas, mais au même moment, les siens tombèrent sur son sweat vert et son visage se ferma aussitôt. L'instant d'après, il était debout, et les doigts de Lily demeuraient drôlement suspendus entre eux, fermés autour du dernier morceau de feuille qu'elle avait trouvé dans son épaisse tignasse sombre.

 

 

« Pourquoi est-ce que tu mets toujours ce sweat ? l'interrogea t-il abruptement. »

 

 

Elle se redressa pour s'asseoir en tailleur, fronça les sourcils et baissa la tête vers son propre vêtement, ondulant légèrement les épaules comme pour se dissimuler un peu plus à l'intérieur alors que James, debout devant elle, la fixait de toute sa hauteur, le visage extraordinairement vide de toute expression.

 

 

« Il est confortable, répondit-elle, un peu penaude.

- Il est hideux. »

 

 

Cette fois, elle lui jeta un regard outré. Elle avait l'habitude de sa franchise, mais elle ne sortait pas aussi violemment en temps normal. Elle attrapa le premier coussin qui lui tomba sous la main, et le lui lança dessus.

 

 

« Il est très bien ! répliqua t-elle en refermant ses bras autour d'elle dans une curieuse auto-étreinte.

- Il est hideux, répéta t-il une nouvelle fois en se penchant pour ramasser le coussin à ses pieds et le lancer paresseusement à côté de Lily.

- Il n'a rien d'hideux ! Il est parfaitement normal.

- Il est horrible et j'en ai ma claque de te voir avec. »

 

 

Elle s'apprêtait à répondre lorsqu'il s'agenouilla à côté d'elle sur le canapé et tira légèrement sur le sweat en question. Elle ravala ses mots tout au fond de sa gorge et leva les yeux vers lui, profondément confuse. Il y avait quelque chose de familier dans son regard, quelque chose qu'elle avait perdu depuis trop longtemps et qu'elle était si surprise de retrouver qu'elle oublia de reprendre son souffle pendant une minute.

 

Sans un mot, dans une lenteur un peu étrange, elle leva les bras et le laissa faire passer le vêtement par dessus sa tête avant de le jeter directement et très habilement dans l'âtre de la cheminée, ravivant brutalement le feu, et elle eut juste le temps de voir les flammes l'avaler avant de reporter son regard ahuri vers James.

 

 

« Désolé Benjy, lâcha t-il sans pourtant montrer une once de remord, le bras posé sur le dossier du canapé, les yeux vissés sur la cheminée, comme hypnotisé par la vue du sweat en pleine combustion. »

 

 

Son cœur fit un bond dans sa poitrine en comprenant subitement ce qu'il détestait tant dans ce vêtement, et avant qu'elle n'ait eu le temps de dire quoi que ce soit, il reprit la parole.

 

 

« C'était pour le dîner avec Goujon que tu as ruiné. J'imagine que nous sommes à égalité, maintenant. »

 

 

Elle ne s'attendait certainement pas à ce qu'il la laisse là, complètement désorientée, et commence à monter les escaliers vers son dortoir alors qu'elle avait l'impression de s'être enflammée dès qu'il lui avait retiré ce stupide sweat.

 

 

« C'est nul ce que tu viens de faire ! s'écria t-elle en bondissant du sofa. »

 

 

Il s'immobilisa dans les escaliers, et elle remarqua la façon dont ses doigts se crispèrent sur la rambarde avant qu'il ne fasse demi-tour et qu'il ne s'arrête juste devant elle avec un flegme qui la rendit folle.

 

 

« Parce que tu crois que j'ai adoré ce que tu as fait plus tôt ? rétorqua t-il sur un ton détaché si parfaitement contrôlé qu'elle en eut la nausée. Tu crois que j'ai aimé te voir te pencher au dessus de ton philtre d'amour et t'entendre pratiquement hurler au monde entier que tu me sentais moi quand tu m'as assuré il y a six mois que nous ne serions jamais plus que des amis ? Est-ce que tu t'en rappelles au moins ? »

 

 

Elle déglutit et hocha lentement la tête. Il laissa échapper un soupir et sembla se radoucir pendant un bref moment.

 

 

« Je pensais que tu n'avais pas compris, ce matin, en potions... avoua t-elle doucement.

- Je ne suis pas stupide, Merlin, Lily, tu m'as regardé droit dans les yeux, je me doutais bien que ça ne s'adressait pas à McKinnon.

- Pourquoi pas ? Elle est très attirante, plaisanta t-elle sans savoir elle-même comment elle y arrivait dans un moment pareil. »

 

 

Il haussa les sourcils puis laissa échapper un bref rire, et il se laissa tomber sur le canapé qu'elle occupait précédemment avant de se prendre la tête dans les mains.

 

 

« Il n'y a pas un jour où je n'ai pas regretté ce que je t'ai dit la dernière fois que tu m'as proposé d'aller à Pré-au-Lard avec toi, lui confia t-elle en s'asseyant à l'autre extrémité du sofa. S'il te plaît, dis-moi qu'il n'est pas trop tard. »

 

 

Elle détesta les secondes qui suivirent. Elles furent silencieuses, et interminables, et déstabilisantes, et profondément inconfortables. Un cri perçant et traînant résonnait dans sa tête. Elle ne pourrait jamais être de nouveau amie avec lui après ça, elle le savait, elle venait de se jeter à l'eau et il n'y avait que deux façons d'en finir. Soit il la sortait de là, soit il la laissait couler.

 

 

« Lily, reprit-il en levant la tête de ses mains. J'ai passé deux ans à essayer de te faire changer d'avis sur moi, ça fait six mois que je m'efforce d'être uniquement ton ami comme tu me l'as demandé, de ne pas attendre plus de toi, et de ne pas me monter la tête à chaque sous-entendu que tu sèmes, et si tu crois qu'une déclaration aussi bancale va suffire, tu...

- Je ne crois rien et je ne m'attends à rien, j'espère juste que tu me laisseras te convaincre, le coupa t-elle en baissant les yeux, frissonnant un peu alors que les flammes faiblissaient et qu'elle ne portait plus qu'un tee-shirt.

- J'allais dire que tu avais raison, termina t-il en esquissant un demi-sourire un peu contrit. »

 

 

Elle le fixa avec incrédulité, parcourant son visage à toute allure pour essayer de savoir si elle avait mal interprété ce qu'il venait de lui confier, puis elle réalisa qu'il n'y avait qu'une façon d'en être sûre et elle traversa le canapé à quatre pattes jusqu'à lui, et balança une jambe par dessus les siennes pour se retrouver sur lui comme elle avait pensé à le faire des centaines de fois, et elle sourit quand il eut l'air parfaitement surpris de la façon qu'elle avait de mettre un terme à leurs doutes respectifs.

 

 

« Pourquoi est-ce que tu n'as rien dit ce matin, après le cours de potions ? demanda t-elle en s'asseyant sur ses cuisses alors qu'il la regardait comme avant, comme s'il n'en aurait jamais assez.

- Parce que j'avais envie de t'étrangler, répondit-il en passant une main las dans ses cheveux. Quand je te cours après, tu me casses littéralement, et il faudrait que je sois à tes pieds dès que tu claques des doigts ? Sérieusement ?

- Je claque des doigts depuis plus de cinq mois.

- J'ai claqué des doigts pendant deux ans, répliqua t-il en la regardant droit dans les yeux.

- Tu ne sais pas claquer des doigts, réfuta t-elle.

- C'est une image. Et Sirius m'a montré comment faire. Je me suis entraîné. »

 

 

Il brandit sa main entre eux, joignant son pouce et son majeur et elle baissa les yeux dessus en attendant la démonstration qui échoua lamentablement à de nombreuses reprises, lui faisant lâcher un rire qu'elle réprima dès qu'il lui lança un regard vexé.

 

 

« Je n'ai pas essayé depuis longtemps, mais j'y arrive, affirma t-il.

- Je te crois, mentit-elle en s'efforçant d'avoir l'air convaincante. »

 

 

Un silence bizarre s'abattit sur eux et elle réalisa soudainement à quel point elle n'avait encore tiré aucun avantage de la position dans laquelle ils étaient. Elle trouvait cela absolument admirable (et décevant) qu'il n'ait pas posé les mains sur elle, ne serait-ce que par réflexe, et elle le lui fit remarquer.

 

 

« Est-ce que tu comptes profiter de la situation à un moment ? Ou est-ce que tu estimes que je dois encore claquer des doigts pendant un an et demi pour que nous soyons à égalité ?

- Désolé, répondit-il avec une arrogance particulière quand il enroula ses bras autour de sa taille. Je repensais à ce moment où tu as sous-entendu que nous pourrions nous envoyer en l'air dans les toilettes du septième. Je ne te croyais pas aussi désespérée »

 

 

Elle pouvait entendre la moquerie dans sa voix mais elle s'en fichait éperdument. Elle se pencha sur lui et déposa un baiser dans le creux de son cou en lâchant un vague « hm hm » avant de remonter le long de sa mâchoire jusqu'à sa joue, et elle s'arrêta à la commissure de ses lèvres.

 

 

« Le canapé est plus confortable.

- Je ne sais pas Lily, dit-il en faisant mine de réfléchir, j'ai l'impression que notre amitié est trop précieuse pour... »

 

 

Elle soupira lourdement, leva les yeux au ciel, et l'embrassa avant qu'il n'ait le temps de terminer sa phrase. Elle sentit ses doigts se crisper sur ses hanches et ses bras l'attirer plus près de lui, et la honte qu'elle avait ressentie pendant une partie de la journée n'existait plus. Gladys Goujon n'existait plus non plus. Il n'y avait plus qu'une drôle d'amitié qui était plus que cela et qui l'avait toujours été.

End Notes:

Voilààà ! Encore MERCI Ellana_White pour ces prompts qui sont hyper coooool à écrire :)

Je ne vais probablement pas updater ce recueil avant une semaine ou deux parce que je suis en train de terminer TMV et que je veux poster un OS sur Sirius que j'ai commencé il y a genre une semaine mais que je suis loin d'avoir terminé... ^^" Donc on se revoit ici bientôt, mais pas bientôt tout de suite :)

 

Merci à ceux qui viennent toujours faire un petit tour par ici :)

Embarrassing your kid : lesson 1 by ECM
Author's Notes:

Coucouuu !

Ca fait longtemps, hein ? Je reviens avec un nouveau prompt de LullabyK6 :

"Vacances d'été précédent la septième année, les parents de Lily se rendent bien compte que leur fille est plus souvent tête en l'air, qu'elle sourit parfois dans le vide et semble attendre son courrier avec impatience. Sa mère parvient à lui tirer les vers du nez après de nombreux essais (enfin, surtout un prénom ^^) sous les yeux incrédules de son père. Tout ceci n'aurait pas vraiment eu de conséquences si la famille Evans n'avait pas croisé la famille Potter à la gare King Cross, le jour de la rentrée ^^... bref première rencontre simultanée des tourtereaux avec leur "belle-famille"

Bon j'ai fait ça à ma sauce, mais j'espère que ça te plaira, et que ça vous plaira à tous et à toutes aussi :) En tout cas, j'ai passé un très bon moment à l'écrire, alors merci Lullaby :)

 

 

« Tu es sûre que je n'ai rien reçu ? »

 

 

Lily se maudit en entendant sa propre voix partir dans les aigus. Elle essayait constamment de paraître détachée quand elle évoquait sa correspondance actuellement non existante avec James Potter, et elle finissait toujours par échouer lamentablement.

 

 

« Oui, lui répondit sa mère en lui jetant un regard par dessus son tricot, et j'en étais déjà sûre les deux autres fois où tu as demandé. »

 

 

Lily se racla la gorge pour se donner une contenance et traversa le salon pour aller s'asseoir sur le canapé à côté de Rose Evans, les yeux rivés vers la fenêtre qui donnait directement sur la rue du quartier calme dans lequel elle avait habité toute sa vie.

 

Le professeur Dumbledore lui avait envoyé un hibou la veille dans lequel il lui apprenait qu'elle serait préfète en chef aux côtés de James et elle avait essayé de le contacter pour savoir s'il l'avait bien reçu aussi et s'ils devaient déjà discuter de la façon dont ils allaient gérer les choses, mais il n'avait rien envoyé en retour et elle avait l'impression de n'être plus qu'une boule de nerf ambulante.

 

Il était d'habitude si rapide à répondre qu'elle lui en voulait presque de la laisser dans cet état. Si elle devait être parfaitement honnête, elle avait cherché une excuse pour lui écrire. Ils avaient passé l'été à s'envoyer des hiboux et Merlin s'il y avait bien une période pendant laquelle elle ne s'attendait pas à ce que les choses se gâtent, c'était celle-ci.

 

Ils s'étaient rapprochés l'année précédente jusqu'à devenir de bons amis, et elle s'était surprise à le fixer d'une manière bien différente pendant le dernier mois de leur sixième année. Elle s'était simplement convaincue que ce n'était que parce qu'il était en face d'elle, qu'il était agréable à regarder, et que cela avait beaucoup à voir avec l'émulation du dernier match de quidditch remporté par gryffondor, mais ils ne s'étaient pas vus une seule fois pendant les vacances, il n'y avait eu entre eux qu'une correspondance. Pourtant c'était comme si ses sentiments s'étaient décuplés.

 

Elle s'était surprise plus d'une fois à guetter son hibou par la fenêtre de sa chambre jusqu'à s'empêcher de dormir au cas où il lui écrirait en pleine nuit. Elle savait à quel point c'était stupide parce que, comme tout être humain normalement constitué, il devait bien dormir à un moment, mais il y avait eu ce soir de juillet où il lui avait envoyé une lettre à quatre heures du matin et maintenant, c'était comme si son stupide cerveau refusait qu'elle ferme l'oeil avant cette heure là au cas où il aurait encore la brillante idée de la réveiller par l'intermédiaire de son hibou.

 

 

« Qui est-ce qui doit t'écrire ? l'interrogea sa mère, l'interrompant dans ses pensées.

- Oh, personne, juste quelqu'un de l'école, répondit-elle avec un flegme feint.

- Et est-ce que ce « quelqu'un de l'école » a un nom ? »

 

 

Lily déglutit et gratta nerveusement une tâche de café sur l'accoudoir du canapé gris de ses parents. Elle avait l'habitude de parler de tout à sa mère, qui s'empressait généralement de répéter l'intégralité de leurs conversations à son père, et elle n'avait pas envie qu'il connaisse cette partie là de sa vie parce qu'elle savait ce qu'il ferait avec. Elle le voyait déjà insister pour l'accompagner sur le quai de la gare rien que pour jeter des regards condescendants vers le garçon en question, et elle avait beau toujours être assise dans le salon de ses parents, elle rougissait déjà d'embarras.

 

Elle s'entendait merveilleusement bien avec sa mère, mais avec son père, c'était une autre histoire. C'était simplement... Plus compliqué. Elle avait grandi et il avait du mal à l'admettre. A Poudlard, elle avait commencé à s'éduquer toute seule sur certaines choses et s'était ouverte sur le monde. Elle s'était forgée ses propres opinions et certaines divergeaient légèrement de celles de son père. Cela découlait souvent en repas animés, mais toujours dans le respect de l'un et de l'autre. Ils n'avaient juste plus cette relation qu'ils avaient quand elle n'était encore qu'une petite fille, et elle lui reprochait des fois d'avoir des idées moyen-âgeuses.

 

 

« Non, répondit-elle sans réfléchir.

- Il n'a pas de nom ? s'amusa Rose.

- Non, confirma Lily. Habituellement pour l'appeler ou pour s'adresser à lui, les gens claquent juste des doigts et il arrive. »

 

 

Sa mère laissa échapper un rire et Lily lui accorda un sourire. Elle bondit du canapé quand elle vit un oiseau voler droit vers eux, puis se rassit immédiatement quand elle constata que ce n'était qu'un stupide pigeon. Elle soupira lourdement et sentit le regard pesant de sa mère sur elle.

 

 

« Tu devrais aller te promener dehors, il fait beau. Je te préviendrai si la lettre arrive.

- Pour que tu puisses lire le nom de l'expéditeur ? Non merci, maman, répondit Lily en lui jetant un regard suspicieux.

- Dis moi que je ne dois pas m'inquiéter et que ce n'est pas quelqu'un qui te fourni de la drogue...

- Non, Merlin, non, la coupa t-elle en levant les yeux au ciel.

- Je me demandais. Parce que tu te comportes vraiment bizarrement. Je veux dire... Un peu comme quelqu'un qui serait en manque. »

 

 

Lily tourna la tête vers elle et la fixa d'un air scandalisé. Elle savait très bien que sa mère avait essayé de prendre une voix innocente mais elle n'était pas dupe. Elle la connaissait depuis plus de seize ans, et elle pouvait voir son sourire narquois sans même qu'il n’apparaisse sur son visage.

 

 

« Très drôle, Rose, ironisa t-elle.

- Oh on m'appelle par mon prénom maintenant, Lily ? Heureusement que j'en ai un, moi. »

 

 

Cette fois, sa mère laissa échapper un rire plus ou moins discret, et Lily secoua la tête et leva les yeux au ciel d'un air dépité avant de reporter de nouveau son regard vers l'extérieur. Elle se demandait ce que James faisait. Il était probablement en train de poursuivre des trolls des montagnes avec Sirius, ou de faire accoucher un crabe de feu, ou d'essayer de voler jusqu'à atteindre l'espace et d'y tenir le plus longtemps possible en apnée. Il faisait toujours des choses stupides. Des choses stupides qui la faisaient globalement rire. Des choses stupides qui lui manquaient.

 

 

« Quand est-ce que papa et Pétunia doivent revenir de chez Vernon ?

- Probablement pas avant tard ce soir. Ils sont en train de réfléchir aux travaux à faire sur la maison qu'ils ont achetée à Little Whinging et Vernon ne plaisante pas sur le budget.

- Vernon ne plaisante pas tout court, corrigea Lily.

- Ta sœur aime les hommes sérieux, répondit Rose en haussant les épaules.

- Il n'y a qu'un pas entre sérieux et assommant. »

 

 

Lily n'entendit pas ce que sa mère lui répondit parce qu'un hibou grand duc venait de manquer de s'écraser contre la vitre qu'elle avait lâchée des yeux pendant seulement deux petites secondes. Elle s'empressa d'ouvrir la fenêtre et de lui caresser affectueusement la tête avant de le débarrasser de l'enveloppe qu'il portait.

 

L'oiseau se mit à claquer impatiemment du bec alors que Lily s'acharnait sur l'enveloppe sous le regard mi amusé, mi perplexe de sa mère, et elle dut abandonner deux secondes la missive pour aller chercher de l'eau et un biscuit sec à l'animal. Quand elle récupéra finalement le parchemin et que ses yeux tombèrent sur l'écriture brouillonne de Mary, elle ne put retenir le soupir de déception qui lui échappa.

 

 

« Ce n'est pas ce que tu attendais ? l'interrogea sa mère.

- C'est juste Mary, répondit Lily sur un ton égal.

- Juste Mary ? Heureusement qu'elle n'est pas là pour entendre ça, ironisa t-elle en souriant.

- Elle ne s'en formaliserait pas, elle sait très bien que je suis perdue, marmonna Lily.

- A ce point là ?

- Pire que ça. »

 

 

Ses yeux parcoururent rapidement la lettre de sa meilleure amie. Elle était impatiente qu'elles puissent enfin se retrouver. Les vacances touchaient à leur fin et il ne restait plus qu'un week-end avant de partager leur habituel wagon dans le Poudlard Express, celui qu'elles occupaient toujours depuis leur première année, comme une tradition qui toucherait tristement à sa fin dans moins d'un an. Cette simple pensée la rendit un peu nostalgique.

 

 

« Comment va t-elle ? Qu'est-ce qu'elle raconte ?

- Bien, bien. Elle est rentrée de Chine hier où elle s'est achetée cet hibou, et elle me demande si je sais qui est préfet en chef avec moi.

- Et tu sais qui est préfet en chef avec toi ?

- Oui, c'était écrit dans ma lettre, répondit-elle sans s'étendre sur le sujet.

- Oh. Et donc ?

- C'est juste un garçon de notre année, dit-elle, évasive.

- Quelqu'un de ton école qui n'a pas de nom et que l'on appelle en claquant des doigts ? lui demanda Rose avec un sourire amusé sans quitter son tricot des yeux.

- Merlin, pourquoi est-ce qu'il ne répond pas ?! s'énerva légèrement Lily en esquivant la question de sa mère et en regardant le nouveau hibou de Mary s'en aller. »

 

 

Elle avait l'impression d'avoir avalé un rocher. Son estomac était lourd et elle commençait à croire qu'elle devenait un peu folle. Elle détestait cette sensation. L'attente. Encore plus quand il était celui qui la faisait mariner. Pourquoi fallait-il toujours qu'il soit si exaspérant, même quand il n'était pas là ?

 

 

« Il est peut-être occupé, Lily. Ta lettre est partie ce matin.

- Il répond toujours rapidement.

- Laisse lui juste un peu de temps. Il a sûrement des choses à faire avec sa famille ou avec ses amis.

- Il a plutôt intérêt d'avoir une bonne raison, marmonna Lily qui avait à présent trop besoin de soutien pour s'autocensurer, parce que sinon, je coupe son balai en rondelles et je le jette dans la cheminée de la salle commune.

- Oh, c'est un joueur de quidditch, alors ? s'empressa de lui demander sa mère, et Lily rougit immédiatement.

- Il n'y a pas que les joueurs de quidditch qui utilisent des balais, maman, essaya t-elle de se rattraper.

- A Poudlard, il y a les joueurs de quidditch, et le concierge, et j'espère que ce n'est pas ce dernier parce qu'il est définitivement trop âgé pour toi.

- Maman ! s'exclama Lily en affichant une moue dégoûtée alors que le visage de Rusard apparaissait dans son esprit. C'est terminé. Je quitte ce salon. »

 

 

Rose Evans pouffa alors que sa fille traversait la pièce pour rejoindre le couloir et monter les escaliers quatre à quatre afin d'aller s'enfermer dans sa chambre. A l'étage, il faisait une chaleur abominable, mais elle préférait encore être ici plutôt qu'en bas où elle pourrait craquer à tout moment et raconter à sa mère à quel point elle était en train de tomber amoureuse d'un garçon juste au travers d'une correspondance estivale. Seulement quelques jours la séparaient de la rentrée mais cela ressembla drôlement à l'éternité aux yeux de Lily.

 

James n'avait jamais répondu et elle avait simplement fini par arrêter d'attendre sans pour autant cesser d'espérer. En tout cas, elle était bien décidée à l'ignorer superbement dès qu'ils se croiseraient dans le Poudlard Express ce matin là.

 

 

« Est-ce que tu es sûre que tu as tout ? lui demanda son père alors qu'ils s'approchaient de la voix 9 ¾.

- Mes vêtements, ma baguette, mes fournitures scolaires... C'est bon, énuméra Lily.

- Tu as oublié ta meilleure amie, Evans. »

 

 

La jeune femme rousse se retourna et se trouva nez à nez avec Mary MacDonald toute bronzée qui lui souriait largement. Elle s'empressa de la prendre dans ses bras et de lui dire qu'elle lui avait manqué avant de la laisser saluer ses parents. Pétunia avait encore refusé de l'accompagner mais cela ne dérangeait plus vraiment Lily. Elle préférait largement qu'elle ne vienne pas plutôt que de la voir lancer des regards noirs à tous les passants à l'allure excentrique.

 

 

« Oh pardon ! »

 

 

Un vieil homme la percuta légèrement en passant à côté d'elle et s'empressa de la retenir et de lui jeter un regard sincèrement désolé. Lily lui adressa un sourire et lui fit signe qu'il n'y avait aucun problème, et puis ses yeux verts tombèrent directement sur les deux jeunes hommes derrière lui. Ils faisaient chacun une tête de plus qu'elle et elle s'étonna de voir à quel point ils avaient grandi pendant l'été. Elle voulut vraiment les ignorer, vraiment, mais elle sentit son visage s'enflammer alors que l'un des deux la fixait. L'autre ouvrit la bouche.

 

 

« Wow Evans, on a laissé pousser ses cheveux pendant les vacances ?

- Je sais que tu essaies de les avoir plus longs que moi et je refuse que tu y parviennes, c'est tout, Black, répondit-elle en lui adressant un sourire narquois.

- Evans ? Lily Evans ? La Lily Evans ? intervint une femme juste derrière Sirius. »

 

 

Elle passa devant lui et décala légèrement James en l'attrapant par les épaules. Lily eut l'impression qu'il essaya de la retenir quand elle tendit la main vers elle pour la lui serrer. Elle la prit aussitôt et releva presque immédiatement la tête vers elle. Elle était âgée, mais son visage était absolument parfait. Lily doutait avoir vu une femme aussi belle dans sa vie.

 

De longs cheveux, blancs aux racines et cendrés aux pointes, reposaient sur ses épaules et elle eut immédiatement envie de passer la mains dedans tout en se faisant intérieurement la réflexion que c'était une pulsion très bizarre et qu'elle devait absolument s'efforcer de la retenir pour le bien de toutes les personnes qui se trouvaient ici.

 

Elle avait de grands sourcils bruns et des yeux de la même couleur à l'intérieur desquels brillait une étincelle espiègle qu'elle avait déjà vue quelque part. Elle savait où. Comment aurait-elle pu passer à côté alors qu'elle n'avait pensé qu'à cela pendant deux mois ? Son regard vert dévia presque imperceptiblement vers James qui afficha une mine ennuyée quand l'homme qui avait bousculé Lily lui serra la main à son tour.

 

Il était tout aussi grand que la femme, et ses cheveux étaient de la même couleur bien que beaucoup plus courts. Ses habits très simples contrastaient largement avec l'espèce de noblesse naturelle qu'elle pouvait lire sur son visage. Il ne l'impressionna pas autant que sa femme, mais elle le trouva tout aussi beau.

 

 

« Lily, je suis vraiment désolé de t'avoir bousculée, commença t-il à toute allure. Vois-tu, j'étais en train de dire à Sirius et James qu'il faudrait qu'ils se comportent bien cette année s'ils veulent avoir assez d'ASPIC pour...

- Monty, laisse la jeune fille parler, le coupa la mère de James en caressant doucement le bras de son époux qui s'arrêta aussitôt.

- Oh non vraiment, ce n'est rien, s'excusa Lily qui ne savait plus vraiment où se mettre alors que ses propres parents observaient la scène derrière elle, un peu perdus. Hum... Papa, maman, je vous présente James et Sirius, et heu... Les parents de James.

- Euphemia et Fleamont, s'empressa d'ajouter l'homme en s'approchant pour serrer la main de Rose et Ned. Nous avons beaucoup entendu parler de votre fille.

- Papa... soupira James en plaquant une main dépitée sur son visage. »

 

 

Lily se racla brièvement la gorge et son regard dévia sur la poignée de sa valise qui accapara soudainement tout son intérêt. La situation n'aurait pas pu être plus gênante. Elle détestait déjà la façon dont son père toisait James. Pourquoi fallait-il toujours qu'il se comporte de cette façon ? Elle les entendit finalement se lancer des « enchanté ! » enjoués, puis Mary reprit la parole.

 

 

« Alors Potter, où est ton insigne de préfet-en-chef ? »

 

 

James fourra la main dans sa poche et en sortit le petit objet en question, et aussitôt, Lily vit sa mère se rapprocher pour l'observer. Le jeune homme leva curieusement les yeux vers elle alors qu'elle adressait un sourire narquois à sa fille.

 

 

« Oh, alors c'est lui, le garçon qui n'a pas de nom, qu'on appelle en claquant des doigts, et de qui tu vas briser le balai pour le faire brûler dans la cheminée de la salle commune ? »

 

 

Pourquoi avait-il fallu qu'elle pose la question à voix haute ? Pourquoi fallait-il toujours qu'elle dise les choses les plus embarrassantes si fort ? Lily se racla la gorge alors que tous les regards étaient vissés sur elle. Le rire de Sirius Black perça le silence, accompagné par celui de Fleamont, puis celui de Mary à qui Lily donna un discret coup de coude. James, lui, la fixait en arquant un sourcil comme s'il attendait des explications.

 

 

« Je peux vous assurer, Mme Evans, que c'est la vérité. James vient dès que Lily claque des doigts, lâcha Sirius entre deux rires.

- C'est bon à savoir, lui répondit Rose en lui adressant un sourire alors que le regard de Ned jonglait entre les deux camps, un peu perdu.

- Qu'est-ce que tu as fait pour que cette charmante jeune fille veuille brûler ton balai ? entendit-elle Euphemia murmurer à son fils sur un ton autoritaire qui contrastait largement avec l'expression bienveillante sur son visage.

- Rien, maman, je n'ai rien fait ! répliqua t-il aussi discrètement qu'il le put en se renfrognant.

- Je croyais t'avoir déjà dit que ce n'était pas en l'ennuyant que tu réussirais à attirer son att...

- Ce n'est rien, intervint Rose. Lily était juste terriblement vexée qu'il n'ait pas répondu à sa dernière lettre, je lui ai pourtant dit que vous deviez être occupés ensemble, mais...

- Merlin maman ! la coupa Lily d'une voix forte qui ressemblait drôlement à une plainte. »

 

 

Elle était positivement sûre qu'elle ne pourrait plus jamais regarder ni James, ni ses parents en face après cela. Elle allait juste se dépêcher de monter dans le train et le faire en gardant les yeux rivés sur ses pieds. Mary l'aiderait à ne pas se cogner, et peut-être qu'un jour son visage reprendrait une couleur normale.

 

 

« J'ai répondu à toutes les lettres, réfuta James aussitôt.

- … Oups, laissa échapper Sirius en grimaçant. Tu te rappelles il y a trois ou quatre jours, quand j'étais de corvée de ménage ? Eh bien il y avait beaucoup de papiers sur la table du salon et j'ai... Il se peut que j'aie envoyé un sort de combustion là dessus.

- Sur la table du salon ? s'étrangla Fleamont. La table en bois du salon ?!

- Tout va bien, Monty. Le manoir n'a pas brûlé, n'est-ce pas ? reprit Sirius avec une décontraction que Lily avait toujours enviée.

- Tu sais que ce n'est pas de cette façon que tu es supposé ranger, n'est-ce pas ? le questionna James sur un ton hautement sarcastique. »

 

 

Lily le vit lui jeter un regard noir, et Sirius lui répondit par un sourire désolé. Euphémia, Ned, et Rose semblaient déjà être plongés dans une grande conversation alors que Fleamont était entre eux et les quatre adolescents.

 

 

« … Combien de temps Lily a passé devant cette fenêtre en attendant son courrier.

- James s'est rendu complètement malade parce qu'elle ne répondait pas et qu'il pensait avoir dit quelque chose qu'il ne fallait pas, répliqua Euphémia, et toutes les deux pouffèrent.

- Si vous saviez le nombre de fois où j'ai entendu Lily rire toute seule devant un parchemin cet été, surenchérit Rose, et sa fille n'eut pas besoin de lever les yeux pour sentir le regard de James sur elle.

- Très bien, maman, je vais y aller, annonça Lily. Ne t'étonne pas si tu reçois une lettre qui dit que j'ai sauté du train en marche pour mettre fin à mes jours. »

 

 

Sa mère leva les yeux au ciel et l'attrapa par les épaules pour la serrer contre elle, et le regard de Lily tomba sur son père. Il était debout, les bras croisés, et il fixait James de la manière la plus effrayante qui soit. Elle s'empressa de lâcher sa mère pour l'étreindre brièvement et détourner son attention vers elle plutôt que vers le jeune homme qui n'avait rien demandé.

 

Elle détestait quand son père était comme cela. Elle lui disait souvent qu'il se comportait comme un homme de Cro-Magnon. Elle n'avait pas besoin de lui pour gérer James et elle avait toujours été mal à l'aise avec la façon qu'il avait de constamment la réduire à sa petite fille comme si elle n'avait encore que six ans. Il ne l'avait pas vue grandir, et elle se fâchait souvent contre lui à ce sujet. Elle était capable de gérer sa vie toute seule.

 

 

« C'était un plaisir de te rencontrer, ma chère Lily, lui confia Euphemia en lui adressant un sourire, et j'espère que tu ne sauteras pas de ce train parce que mon fils ne s'en remettrait probablement pas.

- Partons, s'empressa d'ajouter James. Immédiatement.

- Mimi, tu es définitivement ma personne préférée sur cette terre ! s'exclama Sirius avant de planter une bise sur la joue de la mère de James, d'étreindre Fleamont, de faire une courbette devant Ned et Rose, et de suivre son meilleur ami. »

 

 

Lily le vit lui ébouriffer les cheveux en riant avant que James ne le pousse avec mauvaise humeur. Ils disparurent bientôt et Mary entraîna Lily à leur suite. Elle eut à peine le temps d'adresser un léger signe de main à ses parents et à ceux du jeune homme avant de passer la barrière et de se retrouver devant la locomotive.

 

Comme d'habitude, beaucoup de nouveaux élèves étaient un peu perdus et elle en aida quelques uns à embarquer dans la locomotive. Ils étaient si petits et devaient porter tant de choses qu'elle ne pouvait pas les regarder se débattre avec leurs énormes valises et cages à hiboux sans rien faire. Un peu plus loin, elle vit James tapoter gentiment l'épaule d'un garçon qui pleurait. Ils étaient juste devant l'entrée du wagon et Lily l'entendit lui dire que tout irait bien et qu'il serait là pour l'aider s'il rencontrait le moindre problème, puis elle les vit pénétrer dans la locomotive. Elle esquissa un léger sourire et Mary la bouscula à ce moment là.

 

 

« Arrête de rêvasser devant Potter et monte avec moi avant que le train ne parte sans nous. »

 

 

Lily se renfrogna puis la suivit à l'intérieur du wagon le plus proche. Elles déambulèrent dans le couloir pendant quelques minutes avant d'atteindre leur compartiment que Mary ouvrit à la volée. Elle se figea net. Lily la bouscula légèrement avant de se stabiliser, puis elle jeta un coup d'oeil par dessus son épaule pour voir quatre paires d'yeux se figer sur elles.

 

 

« Est-ce que vous nous traquez ? se moqua Sirius.

- C'est notre compartiment, répondit immédiatement Mary.

- Je ne vois ton nom nulle part, MacDonald.

- Peter, Rémus, comment allez-vous ? les interrogea Lily en décalant légèrement Mary pour pouvoir aller étreindre les deux jeunes hommes qui s'étaient levés.

- Parfaitement bien maintenant, répondit Rémus avec un large sourire.

- J'aurais préféré rester en vacances, grommela Peter.

- Ne te laisse pas distraire, Lily. Ils nous ont volé notre compartiment, reprit Mary en leur lançant un regard mauvais.

- Ah, oui, admit la jeune femme en grimaçant. Mary et moi avons toujours fait le voyage dans celui-là, expliqua t-elle. C'est une tradition et...

- Il y a de la place pour six, la coupa Rémus en haussant les épaules.

- Il y a de la place pour six personnes qui se tiennent bien, Lupin. Moi, j'ai besoin de m'étaler.

- Tu peux toujours t'allonger sur moi si tu veux, lança Sirius en lui adressant un clin d'oeil.

- Je ne sais pas, Black. Je ne voudrais pas t'écraser. J'ai pris du poids pendant les vacances, même si je suis toujours moins lourde que tes remarques. »

 

 

James éclata de rire en même temps que Lily et Peter alors que Rémus soufflait à Sirius qu'il l'avait bien mérité puis ils se toisèrent tous pendant un moment. Personne ne semblait avoir l'intention de bouger jusqu'à ce que James ne se lève et que Sirius lui jette un regard outré qui fit rire intérieurement Lily. C'était comme s'il venait de commettre la plus haute trahison possible.

 

 

« Lily et moi devons nous occuper des préfets de toutes façons. Il vaudrait mieux que nous préparions la réunion à l'avance, expliqua t-il en contournant Mary. Ça vous laisse de la place. Mettez vous sur l'autre banquette et laissez MacDonald s'allonger.

- Pourquoi est-ce qu'on devrait se serrer ? gémit Peter.

- Pour compenser toutes les inégalités que nous, les femmes, subissons constamment, lui répondit Mary. »

 

 

Sirius lui concéda ce point là et il tira Peter par le col de son tee-shirt pendant que Rémus s'installait à côté de lui. James esquissa un sourire et Lily crut qu'elle allait l'embrasser sur le champ. Il lui fit un signe de tête vers l'extérieur et elle le suivit jusqu'au compartiment des préfets. Ils n'étaient censés se réunir que d'ici une heure et la jeune femme était soulagée qu'ils se retrouvent seuls un peu avant.

 

 

« Je suis désolé pour la lettre, lui dit James en se laissant tomber sur la banquette alors qu'elle refermait la porte du compartiment. »

 

 

Elle se retourna vers lui, jouant nerveusement avec ses doigts et priant pour que son visage ne s'enflamme pas comme il avait l'habitude de le faire quand ils étaient l'un en face de l'autre. C'était tellement bizarre de le revoir après tout cela, après tous ces échanges écrits qu'ils avaient eus pendant l'été, après lui avoir raconté tant de choses personnelles qu'elle regrettait presque de lui avoir confiées maintenant qu'ils pouvaient se regarder dans les yeux... Elle avala difficilement sa salive et détourna les yeux vers la banquette en face de lui sur laquelle elle se posa.

 

 

« Ce n'est pas de ta faute si Sirius est un pyromane, répondit-elle en haussant les épaules.

- C'est audacieux de ta part de critiquer mon meilleur ami sur ses tendances incendiaires quand on sait que tu as avoué à tes parents vouloir brûler mon balai, répliqua t-il avec un sourire amusé. »

 

 

Elle grimaça et leva la tête juste à temps pour le voir passer une main dans ses stupides cheveux noirs qu'elle avait toujours eu envie de toucher parce qu'elle était juste une énorme psychopathe quand il s'agissait de lui et elle ne pouvait absolument rien y faire. Ses yeux bruns étaient à présent vissés sur la fenêtre et il regardait le paysage défiler, mais il arborait toujours ce sourire espiègle et Lily savait qu'il repensait à ce moment à la gare.

 

 

« Tu sais, moi aussi j'ai bien entendu ce que ta mère a raconté à la mienne, ajouta t-elle. J'espère que tu ne t'es pas rendu trop malade, se moqua t-elle sur un ton narquois.

- Au moins je n'ai pas passé mes vacances le nez collé à la fenêtre, répliqua t-il sur le même ton.

- Ma mère a clairement menti là dessus, souffla Lily en se tortillant légèrement sur la banquette.

- La mienne aussi, lui dit-il. Des menteuses pathologiques, ces deux là. On devrait éviter qu'elles se rencontrent encore.

- Bonne idée, confirma Lily en frottant ses mains moites sur son jean.

- Et ton père... Je devrais éviter de recroiser son chemin aussi.

- Est-ce qu'il t'a fait peur ? se moqua t-elle en laissant échapper un rire absurde.

- Il pourrait travailler à Azkaban, si tu veux mon avis, répondit-il simplement avant de poursuivre d'une voix plus nette : mais ça ne va pas m'empêcher de proposer à sa fille de sortir avec moi un de ces soirs. »

 

 

Surprise, elle releva immédiatement la tête vers lui et dut le fixer pendant une bonne minute pour comprendre qu'il était sérieux. Elle sentit son cœur faire une pirouette et elle dut se concentrer quelques secondes pour ne pas répondre quelque chose d'absolument stupide parce que son cerveau n'était plus qu'une espèce de gelée informe.

 

 

« Un de ces soirs ? répéta t-elle en arquant un sourcil. Tu prévois déjà d'enfreindre le règlement ?

- Parce que je ne peux pas attendre la prochaine sortie à Pré-au-Lard. »

 

 

Ses yeux ne quittaient plus les siens et ses mots s'imprimaient dans sa tête comme des tatouages qui, elle en était persuadée, ne se démoderaient jamais. Pourquoi fallait-il toujours qu'il prononce les phrases les plus adorables ? Merlin, ils allaient certainement être les pires préfets en chef de l'histoire de Poudlard et elle s'en fichait. Elle non plus, ne pouvait pas attendre la prochaine sortie à Pré-au-Lard.

 

 

« Quel soir ?

- N'importe lequel. Celui qui t'arrange. Tu n'auras qu'à claquer des doigts et j'arriverai en courant, répondit-il avec un énième sourire narquois. »

 

 

Elle pesta intérieurement contre sa mère et inspira profondément avant d'ouvrir la bouche pour lui répondre, mais le premier préfet frappa à la porte du compartiment, et il fut rapidement suivit par plusieurs autres, et leur conversation mourut au profit de leurs nouvelles responsabilités.

 

Il y avait peut-être des moments où elle détestait ses parents, mais elle devait admettre que cette rencontre fortuite avait été proportionnellement aussi gênante qu'utile. S'ils ne s'étaient pas croisés, elle n'aurait jamais su que Sirius avait brûlé sa lettre avant que James n'ait pu la lire et que c'était pour cette raison qu'il ne lui avait pas répondu. Elle n'aurait jamais su non plus qu'il avait été aussi anxieux qu'elle en lui écrivant, Merlin, il le cachait bien. Et elle ne lui aurait définitivement pas avoué à quel point elle s'était languie de ses parchemins. Elle le regarda alors qu'il organisait une pile de parchemins devant eux, et quand il leva la tête vers elle pour lui sourire, elle se promit d'écrire à sa mère pour la remercier d'être la personne la moins discrète sur cette terre.

End Notes:

Merci encore Lullaby pour ta request trop cool à mettre sur papier :) J'espère que vous aurez aimé lire cet OS autant que j'ai aimé l'écrire :)

A bientôt :)

Pain in the ass by ECM
Author's Notes:

Coucou !

Me revoilà avec un prompt de Ellana_White :

"Du coup en parlant de Sirius, j'imaginais bien un OS où Lily et James se mettent finalement ensemble mais font mariner Sirius et lui font croire que ce n'est pas le cas (alors qu'il entend bien ces rumeurs sur eux deux, c'est à n'y rien comprendre, à devenir fou !) pour se "venger" de toutes les fois où Sirius s'est mêlé de leur histoire et, croyant bien faire, a plutôt envenimé la situation entre Lily et James."

 

J'ai tout de suite été super motivée (vous me ferez remarquer que je dis ça à chaque fois, mais c'est pas de ma faute si vous me lâchez des super requests roooh :D), mais bizarrement, je ne suis pas hyper satisfaite du résultat final (pareil, j'ai l'impression de me répéter à chaque chapitre) J'espère quand même que cet OS vous plaira et je vous souhaite une bonne lecture :)

 

 

« Hmm... Je vais chercher un livre dans la section juridique, annonça Lily en se levant de sa chaise.

- Bien sûr, répondit Marlène en lui adressant un grand sourire. Tu sais que Black va te suivre, n'est-ce pas ? »

 

 

La jeune femme jeta un coup d'oeil à la table des maraudeurs et surprit le regard de Sirius sur elle avant qu'il ne le détourne immédiatement vers le magasine de quidditch qu'il tenait à l'envers. Elle retint un rire et hocha doucement la tête en rangeant sa chaise sous la table.

 

 

« C'est justement le plan, lui dit-elle.

- Potter et toi êtes vraiment les personnes les plus diaboliques sur cette terre et je n'arrive pas à croire qu'il a fallu aussi longtemps pour que vous vous mettiez ensemble, lui répondit-elle sans toutefois pouvoir s'empêcher de rire.

- Est-ce qu'il est encore le seul à ne pas être au courant ? les interrogea Mary en levant la tête de son parchemin de Métamorphose.

- Oui, et James dit qu'il mérite de mariner encore au moins jusqu'au week-end.

- Pauvre petite chose, regarde le, il a l'air si perdu, ajouta Marlène en l'observant, pleine de compassion. »

 

 

Lily s'appuya sur le dossier de sa chaise et suivit son regard vers le maraudeur en question. Il essayait vainement de faire comme s'il ne la surveillait pas depuis qu'elle était entrée ici avec les filles, mais elle l'avait immédiatement repéré et à vrai dire, James et elle avait tout planifié de A à Z. Ils devaient se rejoindre ici. Il quitterait les garçons à un moment en disant qu'il allait chercher un livre, elle le rejoindrait plus tard, sachant que Sirius la suivrait des yeux. Il les trouverait simplement dans la même rangée, à plusieurs mètres l'un de l'autre, à lire en toute innocence sans avoir la moindre interaction, et cela aurait pu paraître anodin à quiconque, mais Sirius en deviendrait fou.

 

Les deux préfets-en-chef sortaient ensemble depuis maintenant deux semaines. Bertram Aubrey les avais surpris en train d'échanger un bref baiser après une ronde alors qu'ils pensaient que plus personne n'était dans la salle commune. Il en avait parlé à d'autres élèves et le mot s'était juste répandu. Ce n'était pas comme s'ils passaient inaperçus dans le château. Il était capitaine de l'équipe de quidditch de Gryffondor, et elle était probablement l'élève la plus brillante de leur génération, sans parler de leur statut de préfets, ils étaient déjà sur le devant de la scène.

 

Par la suite, les rumeurs s'étaient intensifiées et si leurs plus proches amis étaient tous au courant de leur relation, Sirius demeurait le seul à ne pas s'être vu confier le secret qui n'en était plus tellement un mais qui restait cantonné au stade de rumeur dans l'enceinte de l'établissement. James avait insisté auprès de Lily pour le laisser dans l'ignorance pour se venger de toutes ces fois où il avait voulu interférer entre eux et rendu les choses encore plus compliquées qu'elles ne l'étaient déjà. Naturellement, Lily avait accepté, et elle ne regrettait pas. Elle doutait pouvoir se lasser un jour de la façon qu'il avait d'essayer de les observer discrètement sans savoir qu'il avait systématiquement un train de retard sur eux.

 

 

« Il a quand même failli me tuer. Plusieurs fois, répondit-elle à Marlène.

- Ce n'était jamais intentionnel, protesta la jeune femme d'un air navré.

- Plusieurs fois ? Je me rappelle de ton anniversaire, quand il t'a envoyé des brownies de la part de James sans savoir que tu étais allergique aux noix, mais...

- Il m'a poussée de la tour d'astronomie pour que James vienne me sauver sur son balai en septembre, la coupa Lily en levant les yeux au ciel, seulement il avait oublié de mettre James au courant. Heureusement que j'avais ma baguette. »

 

 

Mary gloussa alors que Lily passait derrière elle, leur faisant signe à toutes les deux qu'elle les abandonnait pour poursuivre le plan qu'elle avait façonné avec James pendant la ronde de la veille. Chaque soir, ils trouvaient une nouvelle idée pour rendre Sirius dingue, et tous les jours, cela fonctionnait à merveille. Ils n'avaient pas besoin d'en faire des tonnes, il suffisait juste qu'il ne les surprenne jamais dans une position compromettante et qu'il continue d'entendre les rumeurs sans toutefois pouvoir les confirmer ou les infirmer.

 

 

« Comment ça va, Potter ? demanda t-elle en passant à côté de lui dans la section juridique alors qu'il était en train de lire un gros livre sur les lois moldues de Grande-Bretagne.

- Bien. Parfaitement bien. Tu savais qu'il était illégal de suspendre son lit par la fenêtre dans le monde moldu ?

- Je n'en avais absolument aucune idée, répondit-elle en passant devant lui tout en se retenant de l'effleurer.

- Je viens de l'apprendre aussi. Je n'arrive pas à croire que je pourrais aller en prison pour ça.

- Tu as déjà suspendu ton lit à ta fenêtre ?

- Tu ne l'as jamais fait ? s'étonna t-il en haussant les sourcils. »

 

 

Elle lui jeta un regard perplexe, secoua la tête et un rire absurde s'échappa de sa bouche avant qu'elle ne reporte son attention sur la rangée de livres devant elle. Elle voulait lui demander pourquoi, mais elle avait appris à ne plus le faire. Ses réponses étaient souvent évasives ou absolument abracadabrantesques et elle s'était juste faite à l'idée qu'il était complètement fou et que c'était l'une des raisons pour lesquelles elle était amoureuse de lui.

 

Ils étaient dans la même rangée, mais à plusieurs mètres l'un de l'autre, et elle pouvait sentir son regard sur ses jambes, sur ses fesses, sur son dos, et sur sa nuque. Elle dégagea légèrement ses cheveux sur le côté et elle l'entendit pousser un soupir qui la fit sourire. Elle attrapa un livre et se perdit dans sa lecture pendant quelques minutes, coupée seulement par un « Ah ah ! » sonore.

 

Sirius venait de bondir à l’extrémité de la rangée, et quand elle leva les yeux vers lui, il eut immédiatement l'air déçu. James et elle était beaucoup trop éloignés l'un de l'autre pour qu'il puisse penser une seule seconde qu'ils avaient fait autre chose que lire, et cela sembla le vexer profondément.

 

 

« Un problème, Black ? lui demanda Lily en prenant une voix innocente qui fit légèrement sourire James.

- Aucun, répondit-il aussitôt en s'appuyant contre la rangée de livres, ses yeux gris passant de l'un à l'autre d'un air soupçonneux.

- Tu cherches un livre pour le devoir d'études des moldus toi aussi ? l'interrogea James sur le même ton que Lily.

- Je vois très bien ce que vous essayez de faire, marmonna Sirius en brandissant son index dans leur direction.

- De quoi est-ce que tu parles, Patmol ?

- J'ai encore entendu des nouvelles rumeurs ce matin.

- Tu veux dire que tu entends des voix ? C'est très grave, intervint Lily, faussement inquiète. Je peux t'accompagner voir Mme Pomfresh si tu veux.

- Dorcas a dit à Alice qui à dit à Frank qui m'a dit qu'elle a entendu Mary dire à Marlène que vous vous teniez la main sous la table au petit déjeuner, les accusa t-il comme s'il s'agissait d'un odieux crime. »

 

 

James et Lily échangèrent un coup d'oeil et d'un simple accord silencieux, ils se mirent à rire. Perdu, Sirius commença à s'agiter et ses doigts tapotèrent nerveusement l’extrémité de la rangée de livres.

 

 

« Mary a dit à Marlène que James m'a donné un coup de main au petit déjeuner ! Avec le devoir de métamorphose. Il m'a donné un coup de main, pas donné la main ! s'exclama Lily entre deux rires. La prochaine fois, dis à Meadowes de tendre un peu plus l'oreille si elle veut écouter les conversations des autres. »

 

 

Sirius demeura interdit pendant un instant. Il n'arborait plus cette expression hautaine qu'il affichait comme une façade derrière laquelle se cachait un jeune homme bien plus sympathique que ce qu'il ne laissait paraître, il avait juste l'air complètement désorienté. Elle voyait bien qu'il ne voulait pas la croire mais qu'il se rappelait avoir vu James sortir de leur dortoir avec son manuel de métamorphose sous le bras.

 

Tout était prévu, et il ne pouvait même pas lutter. Ils étaient rentrés dans sa tête, et même s'ils avaient dû sacrifier leurs deux réserves de plumes en sucre au profit de Dorcas, Alice, et Frank pour en arriver à ce résultat, elle ne regrettait rien. Elle lui avait répété plusieurs fois que la vengeance est un plat qui se mange froid, et elle était ravie de pouvoir le lui servir tous les jours ces derniers temps.

 

Elle vit sa mâchoire se serrer et il expira bruyamment par le nez avant de se retourner et de s'en aller. James s'élança derrière lui mais pivota légèrement vers Lily juste avant de tourner dans l'angle de la rangée, et elle put nettement lire sur ses lèvres « Tu as été parfaite. ». Elle lui sourit pour toute réponse et se dirigea vers l'allée des romans.

 

 

 

 

 

 

« Je veux savoir tous les détails, chuchota Sirius à Lily pendant le cours d'histoire de la magie.

- Les détails de quoi ?

- Tu sais très bien, répondit-il en faisant un signe de tête vers son meilleur ami, assis à côté de Peter deux rangées plus loin.

- Merlin, Sirius, il ne se passe rien entre James et moi, mentit-elle, son regard jonglant entre son parchemin et le professeur Binns.

- Tout le monde ne parle littéralement que de ça ! riposta t-il en s'emparant adroitement de son cours pour obtenir toute son attention. »

 

 

Elle retint un sourire narquois et poussa un long soupir, ses yeux vissés sur lui d'un air dépité. Elle récupéra son parchemin et entreprit de continuer à écrire, mais cette fois, il lui arracha sa plume des mains.

 

 

« Tu ne crois pas que tu serais au courant si James et moi sortions ensemble ? le questionna t-elle en haussant les sourcils.

- Si, justement. Je devrais être au courant. Je dois être au courant !

- Si tu n'es pas au courant, c'est peut-être parce qu'il n'y a aucune information digne d'être partagée.

- Je n'arrive pas à croire qu'il ait réussi à te transformer en une abjecte menteuse, marmonna t-il sur un ton mauvais. »

 

 

Elle secoua la tête, récupéra sa plume, et tenta de se focaliser de nouveau sur le cours, mais elle pouvait entendre Sirius geindre comme un bébé à côté d'elle, assis au fond de sa chaise, les bras croisés sur son torse, et elle doutait avoir eu autant de mal à se retenir de rire un jour.

 

Les cloches tintèrent, indiquant la fin du cours quelques minutes après, et les élèves se précipitèrent vers la sortie, Sirius et Lily en tête. Ils patientèrent une ou deux minutes devant la porte et lorsque Mary MacDonald, James, Rémus, et Peter émergèrent, ils se mirent à marcher tous ensemble vers les cachots.

 

 

« Comment est-ce que Binns fait pour être aussi assommant ? lança Peter avant de bâiller longuement.

- Je ne sais pas, mais la seule raison pour laquelle je suis content d'aller en potions, c'est parce que je peux enfin quitter son cours, répondit James en s'étirant.

- La seule raison ? répéta Sirius en lui jetant un coup d'oeil agacé. Il n'y en a pas une autre ? Du genre parce que tu sors avec ton binôme ?

- Je sors avec mon binôme ? s'étonna faussement James en se tournant vers Lily qui marchait entre eux.

- Tu rêves, Potter, répondit-elle sur un ton égal.

- Toujours pas, apparemment, confia t-il à Sirius en haussant les épaules, et elle sentit sa main frôler brièvement la sienne. Lunard, qu'est-ce que tu fais ce week-end ?

- Je vais à Zonko avec les garçons, répondit le lycanthrope en lui adressant un sourire amusé.

- Tu ne viens pas avec nous ? s'étrangla Sirius en s'arrêtant net devant la porte de la salle de potions pour jeter un regard outré à James.

- Ah, non, j'ai prévu d'aller prendre un verre aux Trois Balais.

- Seul ?

- Oui. J'ai besoin de réfléchir à la vie, confirma t-il en souriant légèrement.

- Oh, moi aussi, ajouta Lily en passant devant eux. Quelle drôle de coïncidence. »

 

 

James laissa échapper un rire cette fois, et Sirius fronça les sourcils, le retenant par son polo gryffondor avant même qu'il ne puisse suivre la jeune femme dans la salle de classe. Il le cloua au mur en pierres et agita son index d'un air menaçant devant lui.

 

 

« Ok, c'est bon Cornedrue, c'est ridicule ! s'exclama t-il. Pourquoi est-ce que tu ne me dis simplement pas que vous sortez ensemble ?!

- Merlin, Patmol, je vais aux Trois Balais et elle y va aussi. Je n'y peux rien si le hasard fait bien les choses.

- Tu penses vraiment que je vais croire que tu y vas pour réfléchir à la vie ?

- Je me suis découvert une passion pour la spiritualité. Je pensais que tu me soutiendrais. »

 

 

Sirius fixa son meilleur ami avec incrédulité avant de pousser un long soupir agacé. James, lui, arborait un sourire en coin et il n'éprouvait absolument aucune culpabilité à ressentir du plaisir devant la frustration apparente de son meilleur ami.

 

 

« Alors je ne vais pas vous voir à la même table si j'y vais ? lui demanda t-il.

- Tout dépend de l'heure à laquelle elle s'y trouve, répondit-il sur un ton égal. Si par le plus grand des hasards elle y est en même temps que moi, il est possible que si. Je veux dire, il serait ridicule que deux amis seuls dans un bar ne s'assoient pas ensemble, non ?

- … Très bien. Comme tu voudras, répondit simplement Sirius en levant les mains devant lui. Prépare toi à me voir ruiner ton petit rendez-vous secret, Cornedrue.

- J'espère que tu vas bien t'amuser à me regarder boire seul une bièraubeurre dans l'endroit le moins discret de Pré-au-Lard, trancha James en passant devant lui, un sourire aux lèvres.

- Troll, pesta Sirius avant de rentrer à son tour. »

 

 

Les heures défilèrent beaucoup trop lentement aux yeux des deux préfets en chef qui, ces derniers temps, attendaient toujours impatiemment cette dernière ronde du soir qui était le seul et unique moment qu'ils passaient tous les deux sans personne d'autre autour, et dès qu'ils eurent tourné dans l'angle du couloir du septième étage, James poussa Lily contre la porte de la salle de métamorphose et l'éclat de rire de la jeune femme mourut rapidement contre ses lèvres.

 

 

« Tu as pris la carte avec toi ? l'interrogea Lily une fois que James s'écarta d'elle et qu'il entama un mouvement vers l’extrémité du couloir pour commencer leur ronde.

- Évidemment. Et la cape aussi. Il doit probablement être en train de la chercher partout à l'heure qu'il est. Rémus m'a dit qu'il comptait nous suivre dessous. »

 

 

Lily adorait le simple fait qu'il sache immédiatement pourquoi elle lui posait la question sans même qu'elle ait besoin d'élaborer, mais plus que tout, elle aimait l'expression amusée qu'il affichait en marchant, les mains dans les poches et les yeux rivés sur elle. A ce moment là, elle n'aurait pas pu ignorer ses sentiments si elle l'avait voulu. Ils étaient clairs comme de l'eau de roche. Elle faisait enfin partie de la bande.

 

Elle avait un peu l'impression de prendre sa revanche sur les années précédentes, quand James, Sirius, Peter, et Rémus complotaient dans leur coin et qu'elle s'agaçait qu'ils fassent perdre des points à leur mainson. Maintenant, elle voyait les coulisses, et elle ne voulait plus jamais redevenir une simple spectatrice. C'était grisant de pouvoir partager quelque chose de plus avec James, quelque chose de secret pour lequel ils devaient être discrets. C'était excitant.

 

Concernant leurs sentiments l'un pour l'autre, ils ne s'étaient rien avoués, probablement par pudeur, et de son côté à elle, un peu par peur. Elle savait qu'il ne se moquait pas d'elle et elle était certaine de ne pas avoir suscité son intérêt juste parce qu'elle était la seule à lui avoir appris ce qu'était la frustration au travers de ses deux précédents refus de sortir avec lui, contrairement à ce qu'elle entendait autour d'elle quand les autres élèves pensaient qu'elle n'écoutait pas, mais elle redoutait juste qu'il se soit fait une fausse idée d'elle et qu'il finisse par se lasser.

 

Elle n'avait jamais pensé être le genre de fille qui l'intéresserait. Il aurait pu avoir qui il voulait. Il était capitaine de l'équipe de quidditch, préfet-en-chef, était absolument brillant en classe, et par dessus cela, il ressemblait à ces garçons en couverture des magazines de mode que Marlène McKinnon lisait constamment. Pourtant, il l'avait choisie.

 

Elle sentit sa gorge se serrer un peu. Elle savait qu'elle n'avait aucune raison d'avoir cette espèce d'insupportable complexe d'infériorité. Elle était une fille intelligente, elle connaissait ses propres qualités, mais elle était aussi bien trop consciente de ses défauts pour ne pas trouver cela absolument invraisemblable qu'il se soit trouvé attiré par elle à un moment, mais voilà, James Potter n'était jamais là où on l'attendait.

 

Outre l'impression stupide qu'elle avait de ne pas être à sa hauteur, il y avait aussi le fait qu'il était un maraudeur. Il aimait les problèmes. Merlin, c'était comme s'il vivait pour cela. Il les attirait et, quand toutefois ils ne venaient pas à lui, il les cherchait.

 

Lily détestait les problèmes. Elle les évitait autant qu'elle le pouvait. Elle n'était pas l'élève la plus sérieuse du château, loin de là, mais elle n'était pas aussi décontractée que n'importe quel maraudeur à l'idée de sécher un cours ou d'entrer en conflit avec d'autres élèves. Ce n'était simplement pas dans sa personnalité et quand elle était confrontée à ce genre de situation, son premier réflexe était de stresser et de ruminer ses craintes sans arrêt.

 

 

« A quoi tu penses ? l'interrogea t-il alors qu'ils descendaient vers le sixième étage, leurs pas résonnant entre les murs du château.

- Je me demandais pourquoi je t'intéresse, répondit-elle très honnêtement. »

 

 

Il tourna la tête vers elle, profondément surpris, et elle lâcha un léger rire en le voyant cligner des yeux plusieurs fois comme s'il trouvait cette réflexion absolument aberrante. Il pressa brièvement son épaule avant de faire glisser ses doigts le long de son bras jusqu'à atteindre sa main qu'il enferma dans la sienne.

 

 

« S'il te plaît, Evans. Il est évident que je sors avec toi pour essayer de me rapprocher du rayon de soleil qu'est ta sœur, dit-il en prenant un air snob. »

 

 

Elle lui avait parlé de Pétunia quelques fois, quand elle recevait des lettres de ses parents et qu'ils la mentionnaient en écrivant qu'elle lui passait le bonjour alors que Lily savait pertinemment qu'elle devait être chez Vernon en train de s'efforcer de l'effacer de sa vie.

 

Un soir, elle lui avait raconté les horreurs que Pétunia lui disait quand elles habitaient encore sous le même toit. Il était tard, elle n'arrivait pas à dormir, et lui non plus, alors ils étaient restés ensemble un moment dans la salle commune, à discuter de choses et d'autres et elle avait simplement ressenti le besoin de lui confier cette part de sa vie parce qu'il était là et qu'il écoutait et que cela semblait être la chose la plus naturelle à faire.

 

 

« Tu ne l'as croisée qu'une fois sur le quai de la gare, répliqua t-elle en ravalant un rire.

- Et ça a été le coup de foudre.

- C'était il y a deux ans et ça a duré à peine une minute, je doute que tu t'en rappelles vraiment.

- S'il te plaît, lui dit-il en lui jetant un regard outré. Elle m'a bousculé et j'ai failli tomber sur les rails alors que le train d'à côté partait. On n'oublie pas une expérience de mort imminente comme celle là.

- Et c'est comme ça que tu as su que tu l'aimais ? le questionna t-elle avec un sourire en coin.

- On ne contrôle pas ses sentiments, Evans, répondit-il en haussant les épaules. »

 

 

Il lâcha un soupir faussement dramatique qui la fit rire, et le silence tomba de nouveau entre eux, troublé seulement par le froissement de la carte qu'il sortit de sa poche juste pour vérifier que Sirius était encore dans la Salle Commune de gryffondor. Dès qu'il aperçut son nom dans les dortoirs, il la replia.

 

 

« Tu étais vraiment jolie ce jour là, souffla t-il. Pas plus qu'aujourd'hui, rajouta t-il immédiatement et elle roula les yeux alors qu'il poursuivait. Mais je ne sais pas, j'ai toujours cette image de toi dans ma tête, à côté d'elle sur le quai, avec cette veste en cuir trop grande pour toi.

- C'était celle de mon père, lui apprit-elle avec un sourire nostalgique.

- Elle t'allait bien, beaucoup trop bien, reprit-il en tournant la tête vers elle juste pour lui rendre son sourire. »

 

 

Elle le sentit serrer un peu plus sa main dans la sienne et elle eut immédiatement envie de s'enfermer avec lui dans le premier placard à balais qu'ils croiseraient. Elle se racla légèrement la gorge pour essayer de se raisonner, et ils continuèrent à déambuler plusieurs minutes et s'arrêtèrent devant une immense fenêtre arrondie du quatrième étage. James posa ses mains contre la vitre et jeta un coup d'oeil vers l'extérieur. Lily l'imita, ses yeux verts tombant immédiatement sur la cheminée de la cabane d'Hagrid de laquelle s'échappaient d'épaisses volutes de fumée.

 

 

« Plus que neuf jours avant la pleine lune, souffla James.

- Rémus n'est pas aussi impatient que toi, répondit-elle. »

 

 

Il ne répondit pas mais s'assit sur le banc aménagé dans le renfoncement et replia ses jambes pour laisser de la place à Lily qui se posa en face de lui. Il laissa sa main reposer sur son genou, paume vers le plafond comme une invitation qu'elle ne pouvait pas refuser, et elle tendit la sienne juste pour y tracer des formes quelconques avec ses doigts.

 

 

« Qu'est-ce qu'on fait, pour samedi ? la questionna t-il.

- Bonne question, dit-elle avant de poursuivre. Ce serait peut-être mieux que je reste sous la cape d'invisibilité, non ? Juste au cas où il oserait essayer de ruiner notre rencard.

- Il osera, certifia James, mais je ne sais pas si je suis prêt à renoncer à te regarder pour l'amour de la vengeance.

- Tu peux arrêter de me draguer maintenant que je sors avec toi, tu sais, le taquina t-elle en roulant levant les yeux au ciel.

- Quelle tristesse, Evans, lui dit-il en secouant la tête. Ça te manquerait trop. Et ça me manquerait trop aussi.

- Hm hm... fit-elle machinalement, sa jambe se balançant dans le vide. Alors tu préfères jouer la carte des amis qui prennent juste un verre ensemble ?

- Je n'en sais rien, admit-il. Peut-être que tu as raison, peut-être que ce serait plus drôle avec la cape.

- Il va certainement s'en douter, mais vous m'avez rendue dingue tellement de fois avec cette foutue cape que j'ai envie de lui rendre la pareille.

- Ça me paraît cohérent. Allons-y pour la cape. »

 

 

Ils échangèrent un regard entendu, un sourire, et demeurèrent immobile sur le banc pendant plusieurs minutes avant de repartir et de s'arracher l'un à l'autre devant les escaliers menant aux dortoirs de la salle commune de gryffondor.

 

 

 

 

 

Quelques jours plus tard, Lily était assise à côté de James aux Trois Balais, soigneusement dissimulée sous sa cape d'invisibilité alors qu'elle sirotait de la bièraubeurre dans une choppe qu'elle gardait sur ses genoux.

 

 

« Pourquoi est-ce qu'il n'arrive pas ? gémit-elle en esquissant une grimace qu'il ne pouvait pas voir.

- Hé, si tu continues à te plaindre je vais finir par croire que tu t'ennuies avec moi.

- Comme si c'était possible, répondit-elle sur un ton ironique. Je suis désolée, je crois que j'aime un peu trop torturer Sirius. »

 

 

James lâcha un rire, et il savait qu'il devait avoir l'air d'un fou à rire tout seul à sa table, mais il s'en fichait complètement. Elle sentit sa main sur sa cuisse et elle se colla un peu plus à lui pour poser sa tête sur son épaule.

 

 

« Ah, le voilà ! chuchota James alors que la porte du pub s'ouvrait sur son meilleur ami. »

 

 

Lily se redressa immédiatement et suivit son regard. Sirius avançait vers James d'un pas déterminé. Il fit un petit signe à Rosmerta et elle hocha la tête comme si elle savait exactement ce qu'il voulait dire par là. Une seconde plus tard, elle était en train de remplir une grosse choppe de bièraubeurre.

 

 

« J'espère que je ne te dérange pas pendant tes réflexions, lui dit-il en s'arrêtant devant la table, un sourire malin aux lèvres.

- Tu vas pouvoir m'aider, en fait, lui répondit James. J'étais en train de me demander... Pourquoi est-ce que les poils de chien se collent toujours sur les pulls, mais les peluches de pull ne se collent jamais sur les chiens ? »

 

 

Sirius haussa les sourcils, lâcha un rire, et balaya sa question d'un revers de la main avant d'entamer un mouvement pour s'asseoir sur la banquette en face de James. Il s'asseyait étrangement lentement et Lily se mordit les joues pour ne pas pouffer en devinant que c'était parce qu'il la suspectait d'y être assise sous la cape d'invisibilité. Ils avaient été plus malins que cela. Ils se doutaient bien qu'il penserait qu'elle serait assise en face de James, mais elle était contre la fenêtre, à côté de lui.

 

 

« Tout va bien ? l'interrogea James.

- Où est Evans ?

- Comment veux-tu que je le sache ? le questionna t-il avant de se redresser légèrement. Est-ce que tu me fais du pied ? »

 

 

Lily s'empressa de replier ses genoux contre elle en devinant que Sirius la pensait sous la table, et quand elle le vit froncer curieusement les sourcils et fixer son meilleur ami d'un air passablement surpris, elle sut qu'ils avaient encore gagné.

 

 

« Ça ne te dérange pas d'habitude, pointa t-il et Lily eut le plus grand mal à se retenir de rire. »

 

 

Rosmerta posa la choppe de Sirius devant lui et il lui adressa un clin d'oeil qui la fit rougir. Elle trébucha dans ses propres pieds en se dirigeant vers une table à l'opposé du pub, et les yeux du maraudeur se posèrent sur Lily sans qu'il ne puisse toutefois la voir. Elle retint sa respiration.

 

 

« Je suis trop loin de toi, dit-il subitement à James en se levant. »

 

 

Elle dut réagir très vite. Il avait à peine contourné la table qu'elle se contorsionna pour se glisser en dessous et s'asseoir sur la banquette qu'il occupait une seconde plus tôt. Il poussa James qui se décala contre la fenêtre et il le fixa, perplexe, avant de reprendre.

 

 

« Tu sais quoi ? Finalement, j'étais bien là bas. »

 

 

Lily retint un juron et se cogna brutalement le genou par terre en repassant sous la table. James se mit simultanément à tousser bruyamment, faisant mine qu'il venait d'avaler de travers, et elle profita de la distraction pour se faufiler hors du pub après avoir abandonné sa choppe sur une autre table. Juste avant de pousser la porte, elle entendit Sirius s'exclamer :

 

 

« Evans ! Sors de là ! Je suis sûr que tu es ici ! »

 

 

Elle attendit d'être à l'extérieur pour lâcher un gloussement, puis elle se défit de la cape qu'elle rangea dans son sac et patienta quelques minutes avant de pénétrer de nouveau dans le bar. Elle fit mine de parcourir l'endroit des yeux à la recherche d'une table, et quand son regard croisa celui de Sirius, complètement décontenancé, elle esquissa un large sourire et s'avança vers les deux garçons.

 

 

« Tiens, tiens... Est-ce que j'interromps un rendez-vous ? leur demanda t-elle.

- Vous n'étiez vraiment pas ensemble ? les questionna Sirius, et elle pouvait voir le doute dans ses yeux qui jonglaient entre eux. »

 

 

Ils prirent un air étonné et secouèrent simultanément la tête, puis James se décala pour laisser de la place à Lily qui s'assit à côté de lui.

 

 

« Est-ce que vous vous fichez de moi ? les questionna t-il sans aucune animosité mais avec une certaine naïveté qui la fit sourire.

- Je n'oserais jamais te faire ça, pas à toi, répondit-elle sur un ton un peu narquois.

- La question est surtout, pourquoi ferait-on une chose pareille ? s'offusqua faussement James.

- J'ai vraiment l'impression que vous vous payez ma tête, chuchota le jeune homme en les regardant tour à tour. »

 

 

James se tourna vers Lily et ils se fixèrent quelques secondes avant d'acquiescer, comme s'ils venaient de se mettre d'accord sur quelque chose alors qu'aucun mot n'était sorti de leur bouche, et cela rendit le deuxième maraudeur encore plus fou.

 

 

« Oh, Cornedrue, c'est avec moi que tu fais ça normalement ! s'indigna t-il. Je suis sûr qu'il y a quelque chose. Pourquoi vous ne me dîtes rien ? Les gens racontent que vous vous embrassez pendant vos rondes, ajouta t-il en esquissant une moue renfrognée.

- Si les gens le disent, c'est sûrement vrai, répondit Lily en haussant les épaules.

- Si c'était vrai, je devrais être au courant ! riposta t-il. Je suis censé être le témoin de James à votre mariage, le parrain de vos enfants, et il est hors de question que Rémus et Peter choisissent leur chambre dans votre future maison avant moi. »

 

 

James laissa échapper un bref rire et balança machinalement son bras sur l'épaule de Lily comme si c'était la chose la plus naturelle qui soit. Sirius manqua de renverser sa choppe sur ses genoux, et Lily doutait pouvoir réussir à s'arrêter de sourire un jour.

 

 

« Je le savais ! Traîtres ! s'exclama t-il sur un ton démesurément dramatique compte tenu de la situation.

- La vengeance est un plat qui se mange froid, Black, déclara Lily en se penchant légèrement sur la table pour le regarder droit dans les yeux avant de s'emparer de la choppe de James.

- C'est le brownie, c'est ça ?! Ce n'était même pas de ma faute ! s'écria t-il.

- C'était de la mienne, peut-être ? intervint James.

- Non, c'était de la sienne ! dit-il en pointant Lily du doigt et elle avala sa gorgée de bièraubeurre de travers.

- Comment est-ce que ça peut être de ma faute ?! Tu as failli me tuer !

- Tu ne nous as jamais prévenu que tu avais des allergies !

- Oh je n'étais pas au courant que je devais me promener dans l'enceinte du château avec un post-it sur la tête disant « Je suis allergique aux noix » !

- Tu peux utiliser ce petit ton sarcastique Evans, il n'empêche que si tu l'avais fait, rien de tout cela ne serait arrivé ! »

 

 

Lily laissa échapper un rire et secoua la tête de dépit pendant que Sirius s'enfonçait dans sa banquette, les bras croisés contre son torse. Voilà qu'il boudait encore.

 

 

« Et pour l'incident de la tour d'astronomie ? lui demanda James.

- Ca, c'était de ta faute. Je t'avais dit d'être là à 22h14.

- Je suis arrivé à 22h15.

- Trop tard. La chute était déjà terminée. Tes problèmes de ponctualité auraient pu lui coûter la vie, tu sais, lui dit Sirius sur un ton accusateur.

- C'est déjà bien que tu te rendes compte que tu as failli me tuer, lui concéda Lily avec humour.

- Je n'ai pas failli te tuer, Evans, répondit-il en levant les yeux au ciel. J'avais ma baguette, et j'allais l'utiliser, mais tu n'as même pas attendu un peu.

- Il est incroyable, souffla Lily à James. Tu sais quoi ? Je suis contente qu'on ait réussi à lui cacher ça pendant deux semaines.

- Deux semaines ?! s'étrangla Sirius.

- Tu l'as mérité, affirma James. »

 

 

Il y eut d’innombrables questions, des regards désapprobateurs et des longs soupirs vexés pendant plusieurs minutes, et quand ils décidèrent enfin de quitter le bar, Sirius balança son bras sur les épaules de Lily tout en se tournant vers James.

 

 

« Maintenant, vieux, comment est-ce qu'on fait en sorte qu'elle t'épouse ?

- Merlin, est-ce que tu n'as rien appris de toute cette leçon ?! s'indigna Lily en levant les yeux au ciel. »

 

 

James à côté riait simplement, et elle le suspecta d'être incapable de prononcer un mot parce qu'elle se chamaillait avec Sirius comme s'ils étaient frères et sœurs et que ce simple fait le comblait plus que les mots ne pouvaient l'exprimer.

 

Sirius était une épine dans le pied, la file d'à côté qui avance plus vite à la supérette, la flaque d'eau devant la douche dans laquelle l'on marche en chaussettes après avoir terminé de s'habiller, la chanson exaspérante que l'on n'arrive pas à se sortir de la tête parce que quelqu'un l'a fredonnée pendant à peine trois secondes, le coup de coude maladroit dans la pile de parchemins qui vient d'être triée...

 

Il était tout cela, toutes ces choses de la vie quotidienne qui agaçaient profondément Lily et pourtant... Pourtant, alors qu'ils rentraient tous les trois au château, que son bras était toujours sur ses épaules, et qu'il sifflait un air qu'elle ne connaissait pas, elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle n'aurait jamais voulu vivre une vie dans laquelle il n'existait pas.

End Notes:

Merci à Ellana_White pour ce prompt, et n'hésitez pas à continuer à m'en envoyer si vous voulez me voir écrire une situation en particulier. Je ne promets pas que je pourrais tout écrire, mais j'avoue que j'aime bien répondre à vos demandes de temps en temps :D

Je suis sur un autre OS en ce moment qui sera probablement le prochain chapitre, je viens de le commencer donc je n'ai aucune idée de quand il sortira, mais certainement dans pas très longtemps (très précis, je sais :D)

Merci beaucoup pour votre soutien en tout cas, c'est un sacré moteur :)

Too much by ECM
Author's Notes:

Je vous présente le petit nouveau :) Il n'a rien de spécial, je l'ai écrit un week-end sans trop me prendre la tête et voilà ce qui est sorti. Bonne lecture :)

 

 

« Je suis foutu, soupira James. »

 

 

Il se laissa glisser dans le fond de sa chaise, les lèvres fermées sur une plume en sucre, les jambes légèrement écartées, les bras ballants, et les yeux vissés sur sa camarade de classe à quelques mètres de lui. Elle tenait un livre auquel il n'avait pas prêté tellement attention jusque là, trop occupé à essayer de mémoriser chaque tâche de rousseur qu'il voyait sur son visage, et puis son regard tomba sur la couverture, et il lui fut impossible de gérer ce qu'il se passa en lui quand il y lut : « Le quidditch à travers les âges. »

 

 

« Elle n'avait qu'un seul défaut, reprit-il, un seul ! Et voilà que maintenant, elle s'intéresse au quidditch... »

 

 

Rémus et Peter ricanèrent à côté de lui. Sirius, lui, leva les yeux au ciel. James savait qu'il pouvait immédiatement aller ranger le manuel de soins aux créatures magiques qu'il avait trouvé dans les rangées de la bibliothèque quelques minutes plus tôt. Il ne pourrait plus se concentrer dessus, pas avec la chose la plus parfaite possible dans son champ de vision. Toutefois, Lily aurait pu partir immédiatement qu'il n'aurait pas pu se remettre au travail non plus. Il doutait que quoi que ce soit puisse détourner son attention de l'image qu'il s'efforçait de graver dans son esprit.

 

 

« Hé, Evans ! Tu ne veux pas le prendre avec toi pour qu'il puisse te fixer de plus près ? s'exclama Sirius en faisant un signe de tête vers son ami. »

 

 

La bibliothécaire lui adressa un « Chut ! » sec accompagné d'un regard noir qui ne lui fit ni chaud, ni froid, et James lui donna un violent coup de pied sous la table. Son cri de douleur lui valut une menace d'exclusion. Lily avait levé les yeux de son livre pour les poser sur eux, et elle arborait un sourire en coin.

 

 

« Ça dépend, est-ce qu'il faut en plus essuyer la bave qui coule de sa bouche ? répliqua t-elle, faisant rire trois maraudeurs sur quatre. »

 

 

James lui lança un regard irrité qui s'effaça dès qu'elle reporta le sien sur le livre qu'elle lisait avec autant de sérieux que lorsqu'elle confectionnait des potions. Il savait que n'importe qui pouvait probablement voir l'envie sur son visage mais il n'y pouvait rien. Il doutait même qu'une douche froide soit une mesure assez radicale mettre un terme aux pensées inconvenantes qui lui traversaient l'esprit. Merlin, il avait un peu honte. Elle était juste assise, à lire innocemment un livre, et même là, il s'imaginait aller vers elle et glisser sa main sous sa jupe au beau milieu de la bibliothèque. Il était vraiment foutu.

 

 

« Fais-moi plaisir et sors avec elle, lui chuchota Sirius en se penchant vers lui.

- Qu'est-ce que tu crois que j'essaie de faire depuis deux ans ? ironisa t-il en tripotant machinalement la couverture de son manuel.

- La pousser à te tuer ? proposa Rémus.

- La pousser à se tuer ? sur-enchérit Peter.

- Allez vous faire foutre, répliqua t-il en leur lançant chacun une boulette de parchemin à la figure, cerné par leurs ricanements. On est amis maintenant.

- Il ne manquerait plus qu'elle te voit comme un frère.

- Si elle n'est pas contre l'inceste ça ne posera aucun problème, intervint Sirius en gloussant, s'attirant des exclamations dégoûtés des trois autres.

- Comment est-ce que tu peux encore te regarder dans un miroir avec ce genre d'humour ? trancha Rémus en lui jetant un regard dépité. »

 

 

Sirius haussa les épaules et se balança dans sa chaise. Il avait l'air particulièrement fier de lui. Cela fit d'avantage rire James que sa précédente blague. Il s'apprêtait à répondre quelque chose lorsque Lily surprit son regard sur elle. Il détourna immédiatement les yeux et se gratta nerveusement l'arrière du crâne.

 

 

« Est-ce qu'elle vient encore de te prendre en flagrant délit ?

- Je n'y peux rien, je ne fais même pas exprès ! se défendit-il d'une voix un peu forte, mais heureusement, Mme Pince était partie ranger des livres dans la réserve et elle ne l'entendit pas.

- Ça a l'air de l'amuser en tout cas, commenta Rémus. »

 

 

James risqua un nouveau regard vers elle, et cette fois ce fut-elle qui baissa immédiatement les yeux vers son livre. Il remarqua toutefois le sourire espiègle figé sur son visage depuis que Sirius lui avait adressé la parole, et puis quelques secondes plus tard le rose sur ses joues. Elle remonta ses manches et s'essuya le front comme s'il faisait une chaleur abominable alors qu'ils étaient en plein cœur de l'hiver, qu'il avait neigé la nuit dernière, et que la bibliothèque était à peine chauffée. Cela le perturba un peu.

 

Ce fut la première fois qu'il se demanda sérieusement si elle ressentait une quelconque attirance pour lui. Il songea pendant une seconde à se lever et à aller s'asseoir avec elle, mais Marlène McKinnon et Mary MacDonald lui coupèrent l'herbe sous le pied. Elles balancèrent leur sac sur la table de la préfète et s'installèrent à côté d'elle en pestant contre Stebbins qui les avait bousculées dans les couloirs. Une minute plus tard, elles étaient en train de chuchoter. La seconde d'après, Mary et Marlène se retournaient toutes les deux vers les maraudeurs et James lut clairement sur les lèvres de Lily « Ne regardez pas ! » avant qu'elles pivotent de nouveau.

 

 

« Je vais l'embrasser ce soir, déclara t-il si soudainement que les trois autres garçons le fixèrent avec des yeux ronds comme des souafles.

- Juste parce qu'elle est en train de lire un livre de quidditch ? l'interrogea Peter d'un air perplexe.

- Elle n'est pas juste en train de lire un livre de quidditch, Queudver, Merlin, est-ce que tu as des yeux ?! »

 

 

Ils observèrent tous la table des filles pendant un moment. Peter était un peu perdu. Il ne comprenait pas vraiment ce que voulait dire James. Ce dernier n'était pas non plus tout à fait sûr de ce qu'il avait essayé de lui faire comprendre, il savait seulement que la réduire à une fille qui lisait un livre de quidditch lui paraissait hautement déplacé. C'était pourtant ce qu'elle était actuellement. Une fille qui lisait un livre de quidditch. Toutefois... Le résumer de cette façon sonnait à ses oreilles comme une vulgaire insulte. Elle était tellement plus que cela. Il venait de finir sa plume en sucre et il ouvrit sa veste où il en cachait toute une réserve dans sa poche intérieure, en saisit une deuxième, puis continua à jeter de brefs coups d'oeil discrets dans sa direction.

 

 

« C'est moi ou il ressemble de plus en plus à ces pervers devant les écoles ? plaisanta Sirius.

- Est-ce que quelqu'un d'autre que moi peut dire à Patmol qu'il devrait être enfermé à Azkaban pour avoir un tel sens de l'humour, par pitié ? s'enquit Rémus. »

 

 

James ne répondit pas mais il entendit vaguement la voix de Peter à côté de lui. Il suivit des yeux l'index de Lily quand elle tourna une page, et il se retrouva de nouveau captivé par ses froncements de sourcil et par ses lèvres qui se pinçaient légèrement quand les filles la dérangeaient dans sa lecture. Soudainement, il réalisa qu'il y avait beaucoup mieux que sa vision précédente de Lily qui lisait un livre de quidditch. Il y avait celle-ci : Lily, agacée qu'on la dérange pendant qu'elle lisait un livre de quidditch.

 

Elle était légèrement ennuyée quand Mary et Marlène troublaient sa lecture, et elle ne l'était que quand elle aimait ce qu'elle lisait. Elle aimait ce qu'elle lisait. Elle aimait apprendre des choses sur le quidditch. Merlin. Il se sentait fébrile. Il avait besoin d'un coup de livre en travers de la tête. D'un seau de glaçons. De penser à la mère de Sirius. Et puis soudain, sans savoir à quel moment son meilleur ami s'était levé de sa chaise, il le vit à côté d'elle, en train de lui chuchoter des mots qui firent pouffer les trois filles.

 

L'instant d'après, Lily répondit quelque chose qu'il n'arriva pas à lire sur ses lèvres, et Sirius lui serra vigoureusement la main avant de revenir vers la table des maraudeurs, un sourire fier et donc de mauvaise augure plaqué sur son visage. La préfète-en-chef, quelques mètres plus loin, semblait tout aussi amusée.

 

Sirius et Lily passaient de plus en plus de temps ensemble depuis l'année précédente. James avait été un peu surpris au début par leur soudaine proximité, mais son meilleur ami lui avait dit que ce n'était rien de plus qu'une nouvelle amitié en construction, et cette nouvelle amitié s'était consolidée au fur et à mesure des jours, des semaines, et des mois. Il aurait dû se douter qu'ils finiraient par se trouver. Ils avaient beaucoup en commun, et il ne détestait pas le fait qu'ils puissent être amis. Au contraire. Cela lui permettait de passer plus de temps avec elle.

 

 

« Qu'est-ce que tu lui as dit ? s'enquit James en se penchant légèrement sur la table.

- Rien, c'est un truc entre nous, répondit Sirius en balançant ses pieds sur la table, un sourire malin pendu aux lèvres.

- Un truc entre vous ? répéta t-il en fronçant les sourcils.

- Ne sois pas jaloux Cornedrue, tu sais bien que c'est toi mon âme sœur. »

 

 

James agita sa baguette sous la table en murmurant « diffindo » et un pied de la chaise de Sirius se coupa net. Il perdit l'équilibre et tomba à la renverse.

 

 

« Vraiment ?... Comme tu voudras ! s'exclama t-il en sortant sa baguette à son tour. »

 

 

Et juste comme ça, ils se retrouvèrent à courir entre les rangées de la bibliothèque en se lançant des sorts. Il n'y avait plus que leurs rires, leur respiration haletante, et les cris de Mme Pince qui était sortie de la réserve et avait vu des éclairs de lumière passer devant elle. Ils parvinrent à quitter la bibliothèque sans qu'elle ne les attrape, mais elle les retrouva au dîner et ils écopèrent de deux heures de retenue le soir même qu'ils passèrent à trier tous les livres de la pièce. Ce fut long et fastidieux, et ils furent ravis quand la vieille horloge derrière le comptoir de Mme Pince sonna vingt-et-une heure.

 

James poussa l'immense porte et s'arrêta net quand son regard tomba sur Lily, adossée au mur opposé, les bras croisés contre sa poitrine. Sirius le percuta de plein fouet et James poussa un juron en se massant l'épaule alors que son meilleur ami le contournait pour voir ce qui l'avait arrêté dans son élan.

 

 

« Oh, Lily. Je pensais que tu t'habillerais en blanc pour l'occasion, lança Sirius.

- J'espère que ton discours sera plus drôle le jour J, répondit-elle, le regard espiègle. »

 

 

Ils échangèrent tous les deux un sourire malin comme s'ils partageaient une blague que James n'avait jamais entendue avant, et la désagréable impression d'être de trop s'insinua lentement en lui jusqu'à ce que son meilleur ami n'y mette un terme.

 

 

« Je vous laisse entre préfets, j'ai une mission très importante qui m'attend.

- Pourquoi est-ce que je ne suis au courant de rien, aujourd'hui ? maugréa James.

- C'est pour ton bien, mon chéri, répondit Sirius dans une imitation plus ou moins réussie de la voix d'Euphemia. »

 

 

Lily lâcha un rire et esquissa un geste de main vers Sirius qui lui adressa un clin d'oeil avant de disparaître dans l'angle du couloir. James était maintenant seul avec elle, et cette simple réflexion eut l'effet d'une petite décharge électrique qui le cloua sur place pendant quelques secondes.

 

 

« Je me suis dit que je viendrai directement ici pour qu'on commence la ronde. C'est plus pratique pour toi, comme ça tu n'avais pas besoin de retourner jusqu'à la salle commune, expliqua t-elle en balançant ses bras d'une drôle de façon.

- Merci, répondit-il simplement. »

 

 

Et il eut la sensation d'être un gros idiot. Il ne savait pas quoi dire de plus parce qu'il ne pouvait s'empêcher de la revoir assise à cette table avec ce livre spécifique entre les mains et c'était comme si chaque muscle de son corps devait se retenir de la prendre par les épaules pour la caler contre le mur et l'embrasser comme il n'avait jamais embrassé personne avant, et c'était douloureux.

 

Il doutait avoir autant voulu la sentir contre lui un jour. Il y avait pensé. Il y avait d'ailleurs beaucoup trop pensé. Merlin, elle avait animé un certain nombre de ses nuits d'adolescent, mais ce n'était plus seulement ses hormones qui jouaient avec ses nerfs, cela se transformait en besoin qu'il ne savait pas comment gérer.

 

Il sentait presque la chaleur de son corps contre le sien alors qu'ils marchaient l'un à côté de l'autre dans les larges couloirs du château et son estomac se retournait sans arrêt comme s'il tombait amoureux d'elle à chaque pas qu'ils faisaient. C'était à la fois agréable et très perturbant. Il aurait préféré être capable de former des mots pour rompre le silence plutôt que de s'insulter mentalement parce qu'il l'imaginait nue sous lui sur cette même table de la bibliothèque où elle lisait quelques heures auparavant.

 

 

« Je me demandais... commença t-elle en balayant le couloir du regard. Si un joueur effectue un tranchefoule involontairement, est-ce que c'est quand même considéré comme une faute ? »

 

 

Il n'aurait jamais pensé entendre ce mot dans sa bouche Il se racla la gorge et passa sa main dans ses cheveux pour essayer de se donner une contenance. Il se sentait rougir. Tout ce qu'il se passait dans son cerveau était absolument inapproprié et il en était bien trop conscient pour ne pas en être gêné.

 

 

« Oui, lâcha t-il pour toute réponse. »

 

 

Il se haït profondément pour la froideur avec laquelle il avait parlé. Il essayait juste d'adopter un ton égal pour qu'elle ne devine pas qu'il était en train de lutter contre lui même pour essayer de venir à bout des images qui jaillissaient sans arrêt dans son esprit. Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle lui faisait.

 

 

« Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal ? »

 

 

Merlin. Voilà qu'elle croyait qu'il était en colère contre elle. Sa voix était douce et caressante et peinée et il eut une drôle d'impression au creux de sa poitrine, comme si son cœur était en train de se chiffonner. C'était désagréable et un peu angoissant.

 

Il secoua rapidement la tête et enfonça ses mains dans ses poches. Il voulait trouver quelque chose d'intelligent à dire, mais il ne pensait qu'à elle, à sa peau sous ses mains et à la façon qu'elle avait de le regarder, aux soupirs qu'elle lâchait quand elle ne voulait pas rire à ses blagues, aux sourires qui suivaient et qu'elle n'arrivait pas à retenir, et au simple fait qu'ils passaient beaucoup plus de temps ensemble depuis leur septième année que lors de six autres réunies parce qu'elle venait vers lui. Elle venait enfin vers lui.

 

 

« Ne sois pas ridicule, dis-moi ce qu'il y a, insista t-elle.

- Il n'y a rien, articula t-il au prix d'un gros effort.

- Est-ce que c'est parce que tu avais besoin du livre ? demanda t-elle et il tourna immédiatement la tête pour lui lancer un regard interrogateur.

- Quoi ?

- Le livre de quidditch. Si tu en as besoin pour peaufiner tes entraînements ou je ne sais quoi, je peux te le passer. Je le terminerai plus tard. »

 

 

Il déglutit et ne répondit pas immédiatement. Des élèves de troisième année de Serdaigle venaient de traverser le couloir à toute vitesse devant eux, et la voix de Lily résonna entre les murs de pierres lorsqu'elle leur intima de retourner immédiatement dans leur dortoir s'ils ne voulaient pas avoir à astiquer tous les trophées de quidditch qui trônaient dans l'une des salles du troisième étage. Bizarrement, cela l'excita un peu aussi. Merlin, il était vraiment irrécupérable.

 

 

« Alors... reprit-elle alors qu'ils montaient les escaliers vers le cinquième étage.

- Tu peux garder le livre.

- Si tu compte me faire la tête pendant toute la semaine, je ne suis pas certaine de le vouloir, objecta t-elle.

- Je ne fais pas la tête.

- Tu fais la tête.

- Non, je...

- Tu... ? »

 

 

Il ne pouvait décemment pas lui dire ce à quoi il pensait, toutefois, l'honnêteté avait toujours bien fonctionné avec Lily, et il réalisa qu'il pouvait peut-être s'en sortir avec une version édulcorée de la vérité.

 

 

« D'accord, il y a quelque chose, admit-il. Ce n'est pas de ta faute, c'est totalement de la mienne, et je ne sais pas comment... »

 

 

Il sentait qu'il avait regagné en confiance, mais Lily à côté de lui avait l'air un peu confuse. Ils passèrent devant la statue de Boris le Hagard et elle leva ses deux jolis yeux verts sur lui. Il fut surpris quand elle se mit à rire.

 

 

« Désolé, mais on dirait que tu es en train de rompre avec moi avant même que nous ayons commencé à sortir ensemble. Tu sais... « Ce n'est pas toi, c'est moi... », expliqua t-elle entre deux rires. »

 

 

« Avant même que nous ayons commencé à sortir ensemble ».La phrase tournait, tournait, tournait dans sa tête sans jamais s'arrêter. Est-ce qu'elle y pensait ? Ou est-ce qu'il était simplement en train d'interpréter ses paroles de la manière qui l'arrangeait le plus comme une espèce de dingue ? Il lui adressa un demi-sourire et serra ses poings dans ses poches pour essayer de regagner un peu d'autorité sur lui-même.

 

 

« Toi, avec un livre de quidditch, c'est... Je ne peux même pas te dire combien de fois j'ai rêvé de ça, lui apprit-il sans oser la regarder dans les yeux.

- Tu as rêvé de moi... En train de lire... Un livre sur le quidditch ? s'enquit-elle en bafouillant un peu.

- Oui. Enfin... ça commençait comme ça et je ne suis pas sûr que je devrais te raconter la suite. Je sais, je sais, s'empressa t-il de poursuivre en levant les yeux au ciel quand elle laissa éclater un rire tonitruant.

- Est-ce que tu es en train de me dire que ton fantasme ultime, c'est moi avec un livre de quidditch ?! se moqua t-elle avant de se tenir les côtes quand il lui lança un regard vexé.»

 

 

Il accéléra le pas et pendant un moment, il n'entendit plus que son rire derrière lui. Puis, quelques secondes plus tard, les courts talons de ses chaussures qui tapaient à intervalles réguliers, lui indiquant qu'elle trottinait pour le rattraper. Quand elle fut enfin à sa hauteur, le silence retomba entre eux. Il osa un coup d'oeil vers elle et il la vit se mordre la lèvre. L'instant d'après, elle reprit la parole.

 

 

« Tu sais que je vais le lire ce soir, dans mon lit. »

 

 

Elle lui avait dit cela sur un ton tout à fait innocent et Merlin, à quoi jouait-elle ? Il n'avait pas besoin de cela. Il avait déjà assez de mal à avoir de l'autorité sur lui-même sans qu'elle ne le provoque en plus. Il déglutit et lui jeta un regard en coin. Son bras frôla le sien sans qu'il ne sache si elle l'avait fait exprès ou non.

 

 

« … Et je vais certainement me demander ce qu'il se passait dans ton rêve après ça, poursuivit-elle.

- Mes rêves, corrigea t-il d'une voix un peu plus grave que d'ordinaire. »

 

 

Elle ne répondit rien mais son bras effleura encore le sien. Cette fois-ci, il devina que ce n'était pas un hasard parce qu'elle attrapa sa main et la posa à plat sur la sienne, les yeux fixés dessus. Sa peau était tiède et le contact était agréable. Trop agréable.

 

 

« Est-ce que tu vas me le dire, ou est-ce qu'il faut que je lise dans tes lignes ce que tu faisais avec ces mains ? reprit-elle sur un ton provocateur qu'il n'avait jamais entendu dans sa bouche. »

 

 

Il manqua de s'étouffer avec sa salive. Lily était toujours directe et il ne savait pas pourquoi il n'avait jamais songé au fait qu'elle le serait aussi s'il arrivait un jour à lui donner envie d'aller plus loin avec lui. Non pas que ce soit le cas. Il ne savait pas à quoi elle jouait, mais elle ne se rendait décidément pas compte de l'état dans lequel elle le mettait.

 

L'instant d'après, il retournait habilement sa main dans la sienne pour l'attirer contre lui. Elle hoqueta de surprise et leva la tête vers lui dès qu'il se pencha un peu sur elle. Ses grands yeux étaient vissés sur lui et il ne comprenait absolument rien de ce qu'il y voyait, et cela le rendait positivement dingue. Il l'embrassa.

 

Il ne cessa de se maudire en songeant qu'il aurait dû parler, qu'il aurait dû lui dire ce qu'il ressentait et qu'il aurait dû lui demander pourquoi maintenant ? Pourquoi après tout ce temps ? Qu'est-ce qui avait changé en elle ou en lui pour qu'elle se décide à lui rentrer dedans comme elle venait de le faire ? Il savait qu'il aurait peut-être dû privilégier la parole aux actes, mais... Il savait aussi qu'il ne pourrait décemment pas le regretter.

 

Pas quand sa langue glissa contre la sienne, pas quand elle laissa son corps tomber contre le sien en poussant un soupir de soulagement dans sa bouche comme si elle s'était retenue de le faire avant, pas quand il sentit ses doigts se crisper sur ses avants-bras, lui faisant oublier absolument tout sens de la réserve.

 

Ils s'embrassèrent pendant longtemps. Probablement trop longtemps pour quiconque les aurait surpris. Pas assez longtemps pour lui. Son esprit était juste totalement embrumé et il n'y avait plus qu'elle et à un moment, probablement quand elle commença à passer ses mains sous son polo au niveau de sa taille, il réalisa à quel point la situation devenait dangereusement incontrôlable. Merlin elle était parfaite.

 

 

« Épouse moi, lui chuchota t-il à l'oreille juste après avoir lâché sa bouche, et elle éclata d'un rire divin contre ses lèvres. »

 

 

C'était à la fois une blague et une réelle supplication. Il ne le pensait pas vraiment, c'était juste sorti tout seul parce qu'elle embrassait mieux que tout ce qu'il avait pu s'imaginer et qu'il était perdu dans l'euphorie du moment même si, quelque part au fin fond de sa tête, il était déjà en train d'imprimer des faire parts. Il savait qu'elle le prendrait avec humour. Ce n'était pas destiné à être pris autrement. Merlin, ils avaient dix sept ans.

 

 

« Et dire que Sirius pensait que je n'y arriverais pas, dit-elle en s'écartant de lui. »

 

 

Il fronça les sourcils et lui jeta un regard interrogateur. Son cœur s'emballa. Pas de la bonne façon. Il se rappela vaguement de sa conversation avec son meilleur ami un peu plus tôt, et aussi de la façon dont ils s'étaient serrés la main. Il en eut la nausée.

 

 

« Est-ce que tu as parié avec lui que tu réussirais à faire en sorte que je t'embrasse ? l'interrogea t-il au prix d'un gros effort alors que son cœur était en train de tomber à ses pieds.

- Non, répondit-elle et il fut soulagé pendant une seconde avant qu'elle ne reprenne. C'était ce qu'il voulait, mais je lui ai dit que je serai capable de te pousser à me demander en mariage si seulement il y avait des chocogrenouilles à la clé. Et il se trouve que vous en avez une belle réserve. »

 

 

Elle avait prononcé les mots avec une décontraction qui lui indiquait qu'elle ne comprenait absolument pas qu'elle venait de le mettre en pièces. Il y avait soudainement comme un fossé entre eux et la divine sensation de chaleur qu'il avait ressenti quand elle était contre lui venait de s'évaporer, remplacée par un froid intense et mordant, douloureux et étouffant, et il eut l'impression de ne plus pouvoir respirer. Il déglutit, tourna les talons, et se mit à monter les escaliers vers le sixième étage à toute allure.

 

Il entendit vaguement Lily l'appeler, et aussi ses pas résonner derrière lui. Bientôt elle le rattrapa, et se posta devant lui, l'obligeant à se stopper net dans son élan. Il tenta de la contourner, mais elle se décala en même temps, et à bout de nerf, il finit par poser les yeux sur elle. Les siens étaient plein de détresse.

 

 

« Je suis désolée de ne pas pouvoir te répondre oui maintenant, commença t-elle avec un sourire taquin, mais c'est seulement parce que je sais que tu ne le veux pas vraiment. »

 

 

Elle se moquait de lui. Il lui jeta un regard furieux et croisa ses bras contre son torse. Il avait envie de tuer Sirius. Merlin, il avait envie de brûler le château tout entier. Il était trop intense, il le savait, mais elle avait trop joué et s'il y avait bien une chose sur laquelle l'on ne devait pas plaisanter avec lui, c'était celle-ci : Ses sentiments pour elle, et tout ce qui venait avec.

 

 

« Oh tu m'en veux pour un pari après tout ce que tu m'as fait subir ces dernières années ? Vraiment ? le questionna t-elle en lui lançant un regard perplexe.
- Ça n'a rien à voir, articula t-il la mâchoire serrée.

- Parce que pour une fois, c'était Sirius et moi contre toi et pas l'inverse ? lui lança t-elle avec sarcasme.

- Non, répondit-il froidement. Parce que je n'ai jamais fait semblant de ressentir quoi que ce soit pour toi juste pour faire rire mon stupide meilleur ami.

- Tu n'as jamais... répéta t-elle avant de s'interrompre brutalement. Merlin, tu crois que j'ai fait semblant ? »

 

 

Elle eut l'air profondément surprise. Ses yeux étaient ronds comme des souafles et bientôt, elle lâcha un rire comme si elle trouvait la situation absurde. Ou peut-être que c'était lui, qu'elle trouvait absurde. Et puis elle le ravala rapidement quand elle constata qu'il restait droit comme un i devant elle, muet, et par dessus tout, confus.

 

 

« J'étais en train de lire un fichu livre de quidditch... souffla t-elle sans qu'il ne comprenne où elle voulait en venir.

- Je sais exactement ce que tu étais en train de faire, Lily, la coupa t-il en essayant d'avoir l'air plus furieux que troublé.

- … Parce que je veux me renseigner sur les choses que tu aimes, termina t-elle. »

 

 

Il se détendit légèrement. Cette fois, elle ne le regardait plus dans les yeux. Elle fixait le sol et se dandinait d'un pied sur l'autre comme si elle était soudainement gênée de la tournure qu'avaient pris les choses. Il n'arrivait pas à croire qu'elle était la même personne qui lui intimait de tout lui raconter à propos de ses rêves quelques minutes plus tôt. Elle semblait soudainement si réservée.

 

 

« Sirius sait tout ça, et Merlin, je ne doute pas une seule seconde qu'il a voulu faire ce pari parce qu'il en a ras le bol que je lui pose constamment des questions sur toi et que...

- Tu lui poses des questions sur moi ? trancha t-il sans pouvoir se contenir, profondément désarçonné.

- Tout le temps, d'après lui, admit-elle en levant la tête vers lui et en esquissant une grimace. Ça fait des mois qu'il essaie de me convaincre de te parler, mais je... Je n'en sais rien, j'avais peur.

- Peur ? Lily, Merlin, tu m'as supplié il y a à peine vingt minutes de te décrire des rêves qui donneraient à Slughorn envie de m’éviscérer pour avoir pu penser à toi de cette façon, et tu...

- Tu dis ça comme si c'était mon père, s'amusa t-elle. »

 

 

Le reste de sa phrase se perdit au fond de sa gorge alors qu'il était lui même en train de se noyer dans les confidences que Lily venait de lui faire. Elles résonnaient dans son crâne comme s'il s'était vidé de tout ce qui n'était pas elle et leur écho ne faiblissait pas.

 

 

« J'imagine que j'avais besoin d'une excuse pour me lancer, reprit-elle en haussant les épaules.

- L'excuse étant les chocogrenouilles ?

- Tu sais que ce sont mes préférées, répondit-elle après avoir acquiescé, mais je commence à me demander si les plumes en sucre ne vont pas prendre la tête de mon classement. »

 

 

Elle avait prononcé les derniers mots en lui lançant le même regard que lorsqu'il s'était apprêté à l'embrasser, et il la maudit de lui faire ça.

 

 

« Le pari était stupide, lui confia t-elle finalement. Je suis désolée. Est-ce que tu peux juste... Oublier cette partie là et garder le reste ? »

 

 

Il déglutit et hocha lentement la tête sans toutefois avoir réussi à réfléchir à quoi que ce soit. Lily se remit à marcher, il la suivit, et le silence tomba de nouveau sur eux. Il passa un moment seul dans sa tête, à ressasser ses mots et à les tourner dans tous les sens pour essayer de parvenir à la conclusion la plus plausible. Est-ce qu'elle venait de lui avouer à demi-mot qu'elle était amoureuse de lui ? Et est-ce qu'il ne lui avait absolument rien répondu en retour ?

 

 

« Si je te propose de venir manger ces chocogrenouilles dans mon dortoir ce soir et de jeter systématiquement les papiers sur Sirius pendant que je répondrais à absolument toutes tes questions, qu'est-ce que tu en dis ? »

 

 

Elle donna le mot de passe à la grosse dame puis se tourna vers lui pour lui répondre alors qu'ils pénétraient dans la salle commune, mais elle fut interrompue par une énorme détonation suivie par un éclat de couleurs rouge et or entremêlées alors que des pétales de rose tombaient du plafond sans discontinuer, recouvrant peu à peu le sol de la pièce. Les deux préfets en chef s'étaient arrêtés net dans l'entrée. Il n'y avait qu'une personne au monde pour manigancer une mise en scène.

 

 

« Qu'est-ce que... »

 

 

Ils s'avancèrent légèrement et la phrase de Lily resta en suspend quand une énorme banderole se déplia sous leurs yeux. L'écriture de Sirius était plus propre que d'ordinaire mais bien reconnaissable.

 

 

« Joyeux mariage à James et Lily Potter, lut la jeune femme avant de se mettre à rire.

- J'espère que tu comptes venir avec moi là haut, parce que Rémus et Peter ne seront pas de trop pour me retenir de le tuer, marmonna James. »

 

 

Il pouvait seulement deviner que son meilleur ami avait chassé toutes les personnes de la salle commune en leur expliquant clairement pourquoi. Il le voyait leur crier de s'enfermer dans leurs dortoirs parce que Lily Evans et James Potter avaient besoin d'intimité pour fêter leurs fiançailles et il n'osait même pas s'imaginer ce qu'il avait pu sous-entendre avec cela, mais il savait pertinemment qu'il y avait eu des allusions sexuelles. Sirius n'aurait pas laissé passer cette occasion. Cependant, ce qui le perturba le plus était probablement que son meilleur ami savait que Lily allait gagner le pari. Il le connaissait beaucoup trop.

 

 

« Je vais monter avec toi là haut, lui confirma t-elle, et je vais lui jeter ces papiers à la figure, et l'étouffer avec si ça te fait plaisir, et peut-être qu'après, tu pourras me lire tes livres de quidditch un par un. »

 

 

Il posa les yeux sur elle et il oublia un instant les ridicules pétales de rose qui tombaient autour d'eux et la bannière qui planait au dessus de leurs têtes parce que sa proposition était largement meilleure que la sienne et qu'il avait envie de l'embrasser encore. Il s'était probablement un peu trop entichée d'elle. Il était indubitablement trop extrême, trop tout quand elle était autour de lui, mais il ne pouvait pas s'en préoccuper moins parce qu'elle le regardait comme si elle n'en aurait jamais assez et c'était tout ce dont il avait besoin.

End Notes:

Heeeeello ! Merci d'être arrivé.e jusque là :)

Petite question pour vous, que vous ne me lisiez que sur Fluffy Stories ou non :

Je suis en train d'écrire une nouvelle fic, un Jily (of course) qui tourne principalement autour du quidditch et qui suit globalement le canon, MAIS...

Ellana_White a attiré mon attention sur le fait de possiblement écrire un OS ou une fic AU.

Donc ma question est la suivante :

Qu'est-ce que vous préféreriez lire en priorité (sachant qu'il est possible malgré tout que je me lance dans les deux parce que l'idée d'Ellana me plaît) ? 

Une fic qui reste dans le canon, ou un AU probablement moderne ?

Je continuerai à poster sur Fluffy Stories, j'écris plusieurs choses en parallèle donc je vous retrouve pour le prochain chapitre qui viendra tout droit des reviews :)

Et re-re-re-re-re merci à ceux qui me lisent toujours, que vous déposiez une review ou non :)

Au nom de l'amitié by ECM
Author's Notes:

Heyyy !

C'est re-moi :)

Et je vous poste mon dernier OS inspiré directement d'une request de ThibaultLeguin : 

"J'adorerais y lire le moment où James révèle à Lily qu'il est un Animagus."

Merci beaucoup de m'avoir proposé ce prompt parce que je n'avais pas du tout songé à l'écrire alors qu'il est nécessaire à un recueil de Jily, et je suis impardonnable pour ça. Bref, heureusement que tu étais là, et j'espère sincèrement que ce chapitre te plaira et qu'il vous plaira à tous :)

Oh et BTW, si vous n'avez pas encore lu Les Hauts de Hurlevent, SPOILER ALERT x_x

 

 

James ne se souvenait plus qui de Sirius, de Peter, ou de lui-même avait émis cette stupide idée d'aller visiter la forêt interdite un peu plus profondément un soir de décembre. Merlin, ils étaient en Ecosse, pas en Thaïlande où la température avoisinait trente degrés d'après ses parents qui étaient actuellement en train de se la couler douce quelque part dans les îles Phi Phi.

 

La neige avait commencé à tomber une heure plus tôt, et elle tourbillonnait dans l'air froid sans discontinuer, effaçant les traces de ses sabots au fur et à mesure qu'il avançait à côté du gros chien noir sur lequel était perché un rat grassouillet visiblement ravi de pouvoir se dissimuler dans l'épaisse fourrure de son ami.

 

Leurs formes d'animagi leur permettaient d'être moins sensibles au froid, mais James le sentait tout de même beaucoup trop à son goût et il avait beau adorer les longues promenades dans la forêt interdite tout autant que leur récent plan d'en dresser une carte comme ils l'avaient fait pour le château, il les préférait quand la température ne menaçait pas de tomber dans le négatif.

 

Alors après plusieurs heures d'investigation dans les environs, il décida qu'il était temps pour lui de rentrer. Patmol jappa bruyamment quand il le vit faire demi-tour, mais il finit par le suivre et ils rebroussèrent chemin vers le château. Ils n'étaient plus très loin lorsqu'ils décidèrent de se retransformer, dissimulés derrière le grand chêne du parc plongé dans la pénombre de la nuit.

 

Pour n'importe quel autre élève ce soir là, la lune aurait semblé pleine, mais James, Sirius, et Peter qui avaient passé toute la nuit précédente à veiller Rémus dans la cabane hurlante savaient qu'il n'en était rien.

 

 

« Sérieusement Cornedrue ? On est parti il y a à peine trois heures ! s'exclama Sirius en lui emboîtant le pas vers le hall d'entrée du château.

- J'y passerai tout le temps que tu veux au printemps, Patmol, mais là, je me les gèle. Et puis ce n'est pas comme si cette carte allait nous servir beaucoup.

- Regarde moi ça, Queudver, soupira Sirius en désignant James d'un geste dépité alors que le troisième garçon venait de réussir à se retransformer. Cornedrue ne pense même pas aux futures générations qui auront le même plaisir que nous à rendre dingue ce bon vieux Rusard.

- On aurait pu y rester plus longtemps, confirma Peter.

- Dit le rat qui était enfoui dans une fourrure, conclut James en s'arrêtant dans l'entrée de l'école en murmurant : je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises. »

 

 

Il entendit vaguement Sirius derrière lui l'inviter à se lover dans ses poils quand il le voudrait, mais il n'y prêta guère attention car il était occupé à déplier la carte du maraudeur devant lui afin qu'ils puissent atteindre le septième étage où se trouvait leur salle commune sans croiser qui que ce soit. Ils ne tenaient plus tous les trois sous sa cape d'invisibilité comme en première année, et ils avaient rapidement dû trouver une autre méthode pour sortir après le couvre-feu sans se faire attraper.

 

Peter avait eu l'idée de faire un plan du château, et les trois autres avaient travaillé dessus avec acharnement pendant quatre ans avant de réussir à obtenir un résultat infaillible. Leur transformation en animagi avait été un travail de longue haleine aussi et était probablement plus spectaculaire, mais paradoxalement, c'était de la carte dont il était le plus fier.

 

Il ne savait pas vraiment pourquoi. Sûrement parce qu'il avait eu ce fantasme, étant enfant, de connaître Poudlard mieux que quiconque à chaque fois que ses parents lui avaient dépeint le château comme un endroit merveilleux où ils avaient passé certaines des plus belles années de leur vie. En tout cas, dès qu'il la tenait entre ses mains, son ego s'en trouvait gonflé. Il se demandait si quelqu'un au monde connaissait seulement mieux le château qu'eux. Il n'en était pas sûr. Il aurait seulement accordé le bénéfice du doute à Dumbledore s'il le lui avait demandé.

 

 

« C'est le seul moment ce mois-ci où on peut y aller sans avoir à abandonner Lunard, reprit Sirius.

- Est-ce que tu vas te plaindre pendant tout le chemin ?

- Oui. Et ensuite je vais me plaindre jusqu'à ce que tu t'endormes, répondit-il. Et même quand ça arrivera, je continuerai. Je viendrai geindre à ton oreille.

- Je n'ai aucun problème avec le fait de t'entendre gémir à mon oreille, Patmol, mais pense à insonoriser le dortoir. Tu sais à quel point les rumeurs vont vite ici, sur-enchérit James avec un demi-sourire alors qu'ils montaient les escaliers vers le premier étage. »

 

 

Sirius éclata d'un rire tonitruant et les deux autres se tournèrent immédiatement vers lui et des « Shhhh » se mêlèrent à son rire dans l’écho du couloir. James jeta un coup d'oeil à la carte. Rusard était toujours dans ses quartiers avec Miss-Teigne.

 

 

« Ce n'est pas comme si la moitié de Poudlard ne pensait pas déjà que vous étiez en couple, chuchota Peter avec un sourire goguenard.

- Du moment qu'Evans est dans la seconde moitié...

- Ou qu'elle n'est pas contre un plan à trois... »

 

 

James s'arrêta pour flanquer un coup de poing dans l'épaule de Sirius dont le rire s'évanouit momentanément pour ne laisser apparaître qu'une expression scandalisée sur son visage fin. Comme cela, il ressemblait presque à sa mère. S'il avait vraiment été plus énervé qu'amusé, il le lui aurait probablement dit, mais un sourire espiègle flottait sur son visage et il y resta alors qu'ils montaient les marches vers le troisième étage.

 

 

« Vous pensez que Rémus sera sorti de l'infirmerie demain ? demanda Peter.

- Sûrement, dit Sirius alors que James s'était arrêté net à côté d'eux. Quoi ?

- Emmeline Vance et Bertram Aubrey sont dans un placard à balai juste au dessus de nous, leur apprit-il en tapotant la carte avec son index.

- Ne me dis pas que tu veux interrompre ça.

- Théoriquement, je suis préfet-en-chef...

- S'ils étaient préfets-en-chef et que tu étais là dedans avec Evans, tu...

- Je n’emmènerais pas Lily dans un placard à balai, Merlin, Pete, je ne suis pas un animal, le coupa James en esquissant une moue vexée.

- Pour sa défense, tu étais un animal il y a quelques minutes, intervint Sirius avec un sourire malin. »

 

 

James lui concéda bien volontiers ce point là et esquissa un sourire alors qu'ils longeaient le couloir qui menait à un nouvel escalier. Ils avaient appris, au fur et à mesure des années, à marcher de la manière la plus silencieuse possible. Ils avaient tous gardé cette habitude, même lorsqu'ils traversaient le château à des heures décentes, si bien qu'il avait plusieurs fois fait sursauter Lily en la rejoignant au milieu de sa ronde. A chaque fois elle portait sa main à son cœur avant de le bousculer gentiment et de le traiter de « foutu ninja », ce qui le faisait toujours beaucoup rire.

 

 

« Qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on y va ? le questionna Peter, les yeux rivés sur les noms de leurs camarades de classe.

- Je suis le seul de nous trois à avoir le droit d'être dans les couloirs après le couvre-feu, lui fit remarquer James.

- Je suis sûr que si tu les menaçais de révéler à notre divine Minerva la position dans laquelle ils étaient en train de folâtrer, ils oublieraient immédiatement mon nom et celui de Pete.

- C'est pour ça que tu n'es pas préfet, murmura ce dernier à Sirius qui n'y vit aucune offense.

- Je suis surtout en train de me dire que je ne veux en aucun cas risquer de voir une partie du corps de Bertram qui ne serait pas assez décente pour qu'il ne la montre en cours.

- Les moldus ont des cours d'anatomie, pointa Sirius avec un sourire malin.

- Je doute que les moldus se montrent leur propre anatomie pendant ces cours, Patmol.

- Il faudrait demander à Lily, nota Peter.

- Ne fais pas ça, lui ordonna James en lui jetant un regard dissuasif. Laissons Vance et Aubrey et rentrons. Rusard a commencé à tourner au rez-de-chaussé, termina t-il en voyant le nom du concierge se déplacer dans le château. »

 

 

Ils avaient enfin atteint le septième étage lorsque James remarqua Lily sur la carte avec Marlène McKinnon dans la salle commune. Il eut soudainement la bouche très sèche et il se demanda quand pour la dernière fois il avait bien pu boire. Il avait pensé que le fait qu'ils deviennent amis l'aiderait à se canaliser, mais c'était loin d'être le cas.

 

Il n'avait jamais compris pourquoi il éprouvait autant de stress avant de la voir, et était aussi à l'aise qu'un hippogriffe dans un ciel de printemps quand il était finalement à ses côtés. Elle rendait les choses subitement très simples en un regard et il n'aurait même pas pu le lui expliquer si elle le lui avait demandé.

 

 

« Oh regarde Lily, voilà l'autre préfet-en-chef, celui qui ne porte littéralement son badge que pour faire beau, se moqua gentiment Marlène quand ils pénétrèrent dans la salle commune.

- Est-ce que ça marche ? répondit-il en haussant les sourcils, un sourire en coin figé sur le visage alors que Lily, assise sur le canapé et retournée de trois quarts, affichait une moue faussement incertaine.

- Merlin, ils recommencent à flirter... marmonna Sirius à l'adresse de Peter derrière lui, et il l'entendit presque rouler les yeux.

- Personne ne va te dire non, lui dit-elle avant de poursuivre, ton physique est à peu près ta seule qualité, je ne suis pas assez méchante pour t'enlever ça. »

 

 

Il eut juste le temps de voir son sourire narquois avant qu'elle ne se retourne vers Marlène qui laissa échapper un rire étranglé en même temps que Sirius et Peter. James, lui, se défit de son manteau et de son écharpe qu'il balança sur Lily comme si elle ne s'était pas trouvée sur le canapé.

 

 

« Tu sais que tout ce que j'ai entendu dans ce que tu viens de dire, c'est que tu me trouves beau, n'est-ce pas ? »

 

 

Elle émergea de ses affaires qu'elle posa précautionneusement à côté d'elle, puis leva les yeux au ciel alors qu'il se laissait tomber devant le fauteuil le plus près de la cheminée en poussant un soupir de soulagement si intense qu'elle arqua un sourcil et lui jeta un regard perplexe.

 

 

« Qu'est-ce que vous faisiez dehors à cette heure là ?

- James voulait te cueillir des fleurs, répondit immédiatement Sirius qui avait entamé un mouvement pour monter dans leur dortoir.

- C'était déjà l'excuse de la dernière fois, et je n'ai toujours pas ne serait-ce qu'une pâquerette entre les mains, lui fit remarquer Lily.

- Qu'est-ce que j'y peux si aucune ne trouve grâce à ses yeux ? répliqua le jeune homme que Peter suivait dans les escaliers en gloussant. »

 

 

James haussa les épaules d'un air penaud quand Lily se tourna vers lui pendant que Sirius criait un « Bonne nuit Evans ! Bonne nuit McKinnon ! » du palier. Marlène bougonna quelque chose avec humeur comme quoi il allait réveiller toute la tour, et puis le silence retomba dans la pièce. Le regard de la meilleure ami de Lily jonglait entre eux deux, et elle finit par se lever du canapé.

 

 

« Vous me mettez mal à l'aise tous les deux. Je vais me coucher aussi, leur dit-elle avant de disparaître à son tour.

- Ta meilleure amie est particulière, déclara James en laissant son bras pendre le long de l'accoudoir du fauteuil.

- Est-ce que tu veux vraiment qu'on parle du tien ?

- Touché. »

 

 

Ils échangèrent un sourire et il remarqua plusieurs enveloppes sur la table. Son regard suivit le sien, et l'instant d'après, elle poussait un « oh ! » sonore.

 

 

« J'avais oublié ! Tu as une lettre de tes parents ! Le professeur McGonagall est passée l'apporter tout à l'heure... Je lui ai dit que tu étais malade avant qu'elle n'aille tambouriner à la porte de votre dortoir et qu'elle n'y trouve personne, lui expliqua t-elle en lui tendant l'enveloppe en question. Elle m'a dit que le hibou de leur hôtel s'était perdu. Est-ce qu'ils sont en vacances ? »

 

 

James se pencha légèrement pour se saisir de la missive qu'il décacheta rapidement tout en acquiesçant pour répondre à la question de Lily. Il sortit légèrement le parchemin de l'enveloppe pour le lire en diagonal afin de vérifier que tout allait bien, et puis il l'y glissa à nouveau en songeant qu'il aurait tout le temps de le lire attentivement plus tard.

 

 

« Ils partent tous les ans deux semaines ensemble avant les vacances de Noël. Papa dit qu'ils ont au moins besoin de cela pour palier au stress de nous retrouver Sirius et moi pendant les fêtes, répondit-il, amusé. »

 

 

Cela eut le mérite de faire rire Lily. Elle avait plusieurs fois rencontré ses parents sur le quai de King's Cross et James avait été absolument enchanté de voir que ce court laps de temps leur avait suffi pour s'apprécier mutuellement.

 

 

« Je devrais certainement leur dire que tu as changé et que tu passes ton temps à cueillir des fleurs maintenant, reprit-elle en entortillant des mèches de sa queue de cheval autour de son index.

- J'ai l'impression qu'il faut que je t'apprenne la dure vérité maintenant avant que le mensonge ne prenne trop d'ampleur, commença t-il sur un ton faussement grave. Je ne cueillais pas de fleur.

- Merlin ! fit-elle en portant sa main à son cœur comme si elle était outrée d'une telle révélation. Et mon bouquet, alors ?

- Ah, ne t'inquiètes pas pour ça, Lily. Je connais mille façons différentes de te courir après.

- Tu peux en connaître autant que tu veux, Potter, tu ne m'auras que si je ralenti. »

 

 

Il y eut quelque chose dans le ton de sa voix et dans son regard, fixe et confiant, qui lui donna l'impression que s'il se levait de son fauteuil à ce moment là et qu'il allait l'embrasser, elle ne ferait rien pour l'en dissuader. Cependant, il resta bien sagement assis et passa machinalement sa main dans ses cheveux.

 

 

« Compris.

- Alors est-ce que tu vas me dire ce que vous faites dehors tous les soirs de la semaine ?

- Ce n'était qu'hier et aujourd'hui, répondit-il mécaniquement. »

 

 

Ses yeux verts étaient vissés sur lui comme si elle le sondait et c'était à la fois très flatteur et angoissant. Au fur et à mesure que leur amitié grandissait, il s'était demandé s'il devait lui parler de ses capacités en métamorphose, et il en était venu à la conclusion qu'il ne pourrait pas partager quoi que ce soit de totalement vrai avec elle tant qu'il ne le faisait pas.

 

Il en avait parlé avec les garçons. Ils étaient tous d'accords avec cette réflexion et cela lui enlevait une sacré épine du pied. Seulement maintenant, il fallait se débarrasser de la ronce entière et ce n'était pas une mince affaire. Il avait pleinement confiance en elle, il n'y avait aucun soucis là dessus, Lily connaissait le problème de fourrure de Rémus depuis deux ans et elle avait toujours été plus discrète que n'importe lequel d'entre eux à ce sujet, mais cela concernait son ami, pas lui, et par dessus tout, Rémus n'enfreignait pas volontairement des lois essentielles du monde de la magie.

 

Il avait un peu peur de sa réaction. Il pensait bien qu'elle pourrait se mettre en colère, mais ce n'était pas ce qu'il appréhendait le plus. Il était terrifié à l'idée qu'elle puisse arrêter totalement de lui parler. Ils s'étaient tant rapprochés qu'il ne savait plus vraiment ce qu'il ferait d'une vie sans elle, et il était certain que Sirius lui hurlerait d'arrêter d'être aussi dramatique s'il l'entendait penser, mais il n'y pouvait rien. Il avait des craintes, et elles étaient peut-être irrationnelles, mais elles étaient là, et parfois il se disait qu'il suffirait qu'il retire le pansement d'un coup sec pour les faire disparaître. Il n'avait encore jamais eu le courage de le faire jusqu'à ce soir là.

 

 

« J'étais dans la forêt interdite avec les garçons en train de faire du repérage pour pouvoir la cartographier. Comme Rémus n'est pas là, nous en avons profité pour aller nous promener sous nos formes animales. Parce que nous sommes des animagi tous les trois, Peter, Sirius, et moi. Et je ne peux pas te cueillir de fleur parce que je suis un cerf et que clairement, mes sabots ne sont pas pratiques pour ça. »

 

 

Il avait à peine terminé sa phrase que Lily éclata d'un rire bruyant. Approximativement le même que Sirius avait laissé échapper un peu plus tôt dans les couloirs. Il la fixa en clignant des yeux, et lorsqu'elle retrouva son calme, elle poussa un long soupir amusé.

 

 

« Merlin, je ne sais pas où tu trouves toutes ces histoires à chaque fois, c'est juste hilarant. »

 

 

Il aurait certainement dû lui dire que ce n'était pas une blague, mais ses joues étaient drôlement roses et son sourire était si empli de joie qu'il semblait impossible qu'il fane un jour. Ou en tout cas, il ne voulait pas risquer de le voir se faner maintenant. Il devait avoir l'air d'un idiot, à la fixer sans rien dire comme s'il avait inventé cette stupide histoire qui était tout sauf stupide mais qu'elle ne pouvait décemment pas croire. Il aurait dû s'en douter.

 

 

« Bon. Il commence à se faire tard et, ne le répète à personne, mais Sirius n'arrive pas à dormir si je ne lui lis pas d'histoire après sa douche, plaisanta t-il en se levant.

- Bonne nuit James, lui dit-elle en lui adressant un sourire bienveillant.

- Bonne nuit Lily. »

 

 

Il commença à monter les escaliers, s'arrêta, hésita à lui avouer que l'un des deux derniers secrets qu'il lui avait confié était faux et que ce n'était certainement pas celui auquel elle pensait, et puis il se résigna et disparut dans le tourbillon de marches.

 

 

 

 

 

 

 

Le 30 janvier était arrivé bien trop lentement au goût de James qui avait organisé un anniversaire surprise à Lily avec la complicité de Marlène et des autres filles de leur dortoir. Ce fut ainsi qu'après leur ronde, elle était entrée dans une salle commune remplie de tous les septièmes années de Gryffondor ainsi que de quelques autres élèves avec qui elle s'entendait bien, et elle avait juste eu un moment de black out total pendant lequel elle était resté figée devant l'énorme groupe d'élèves qui lui souhaitaient un « joyeux anniversaire », Sirius et Marlène en tête.

 

Et puis elle s'était totalement fondue dans la masse pour étreindre tout le monde pendant que James s'assurait que les sortilèges d'insonorisation qu'ils avaient placé un peu plus tôt tenaient la route. Il l'entendait à peine remercier tout le monde derrière lui tant la musique était forte, mais son rire était clair, comme s'il pouvait filtrer tous les bruits parasites pour ne garder que le ravissant son de sa joie pure et infrangible.

 

Lorsqu'il eut terminé ses vérifications et qu'il se tourna vers elle, elle ouvrit la bouche mais quelque part par dessus son épaule, il vit le petit Otto Verpey, que Lily aidait tous les mercredi après-midi avec ses cours de sortilèges, en train de se servir un verre d'une mixture que Sirius avait concoctée. Elle contenait définitivement beaucoup trop de choses qui n'étaient pas destinées à aller dans son petit corps pour qu'il n'intervienne pas.

 

Il passa à côté de Lily en pressant brièvement son épaule et saisit le verre d'Otto avant qu'il n'ait pu le porter à ses lèvres, puis il lui indiqua une autre table, plus près de l'entrée, sur laquelle était posé un chaudron rempli de jus de citrouille. Le jeune garçon sembla déçu mais il se dirigea tout de même à l'autre extrémité de la pièce, traînant les pieds comme si un boulet était attaché autour de sa cheville.

 

James poussa un bref soupir de soulagement avant d'engloutir le verre d'une traite. Il n'avait aucune idée de ce que Sirius avait pu mettre là dedans, mais une chose était certaine, il avait probablement trouvé comment parcourir la forêt interdite une nuit d'hiver sans ressentir le moindre froid, parce que James eut brutalement l'impression qu'un incendie s'était déclaré dans sa gorge et se propageait doucement dans le creux de son estomac. Rémus à côté de lui semblait réaliser la même chose au même moment.

 

 

« Il faut qu'on arrête de le laisser faire ça, lui dit-il avant de se racler bruyamment la gorge et de toussoter.

- Alors ? Qu'est-ce que vous pensez de mon nouveau mélange ? s'enquit Sirius en surgissant derrière eux, balançant son bras droit sur les épaules de James et son bras gauche sur celles de Rémus.

- Mortel, répondirent-ils en même temps avant de se jeter un coup d'oeil entendu.

- Génial ! s'enthousiasma le jeune homme avant de disparaître de nouveau au milieu des autres élèves.

- On aurait peut-être dû préciser que c'était au sens propre du terme.

- Je ne sais pas, Lunard, tu sais comment il est quand il s'agit de ses cocktails. Où est Queudver ?

- Il en a bu trois avant que vous n'arriviez, répondit Rémus en pointant son pouce par dessus son épaule. »

 

 

James se décala juste assez pour apercevoir Peter qui était avachi sur le canapé, la tête penchée en arrière contre le dossier alors que ses bras pendaient bizarrement le long de son corps. Il ronflait presque plus fort que la musique.

 

 

« On devrait écrire la recette et en envoyer une bouteille à Rusard pour la prochaine pleine lune, proposa t-il en se décalant pour laisser Mary MacDonald se servir. Attention MacDonald, cette chose est létale.

- Oh je sais, j'ai à peine trempé mes lèvres dedans tout à l'heure, et j'ai dû manger une quinzaine de toasts pour éponger, mais Sirius l'a tellement bien vendu à Lily et Marlène qu'elles veulent y goûter, répondit la jeune femme en remplissant deux verres.

- Préviens-les avant, veux-tu ? la pria James.

- Évidemment, dit-elle en lui adressant un sourire amical. Je ne devrais probablement pas te dire ça, mais Lily a prévu de passer du temps avec toi après, et je m'en voudrais de tout gâcher avec cette chose, conclut-elle avant de s'enfuir. »

 

 

James aurait voulu la retenir, lui demander ce qu'elle lui avait confié, mais elle avait déjà disparu et l'alcool semblait l'avoir rendu incapable de bouger le petit doigt pour la rattraper. Ou était-ce le regard de Lily qui, même de l'autre bout de la salle commune, le clouait sur place comme le parfait idiot amoureux qu'il était ?

 

 

« Détends-toi, James, s'esclaffa Rémus à côté de lui en posant la main sur son épaule.

- Et comment ? Elle veut passer du temps avec moi. Elle a dit à ses copines qu'elle voulait passer du temps avec moi, répéta t-il dans une espèce de transe causée vraisemblablement par le mélange de l'alcool et de la révélation de Mary en elle-même. Et je... Je ne lui ai même pas encore dit pour... Tu sais. Mes bois et mes sabots, tout ça.

- Théoriquement, tu le lui as dit, corrigea le lycanthrope.

- Elle a cru que je plaisantais, ça ne compte pas. Je ne veux pas qu'il se passe quoi que ce soit tant qu'elle ne sait pas. Tu imagines si elle change d'avis après ça ? Je préfère encore qu...

- Elle ne changera pas d'avis, le coupa Rémus en levant les yeux au ciel. Elle comprendra juste un peu mieux pourquoi je lui ai toujours répété que tu étais le meilleur ami que quiconque puisse avoir. »

 

 

James déglutit et se servit un nouveau verre du cocktail explosif de Sirius, mais Rémus le lui retira des mains comme il l'avait lui-même fait un peu plus tôt pour Otto Verpey. Il lui jeta ensuite un regard désapprobateur, le même qu'aurait pu lui lancer son père s'il avait été là.

 

 

« Est-ce que ce n'est pas toi qui a dit à MacDonald il y a deux minutes que ce truc était létal ?

- C'était avant de savoir que Lily voulait passer du temps avec moi.

- Tu es moins stressé d'habitude.

- Parce que, Lunard, c'est son anniversaire. Elle veut passer du temps avec moi le soir de son anniversaire. Merlin, est-ce qu'il faut que je te fasse un dessin. Elle va vouloir m'embrasser et je...

- Parce que tu es si irrésistible, ironisa Rémus en laissant échapper un rire étranglé.

- Parce qu'on a flirté ensemble toute la journée, répliqua James en lui lançant un regard noir, et je ne veux pas qu'elle le fasse tant que je ne lui ai rien dit, et...

- Tu sais, il suffit juste que tu ouvres la bouche et que tu laisses les mots sortir. Ça prendra quoi ? Dix secondes maximum, trancha Rémus en lui tapotant l'épaule.

- Oh merci, Lunard, et je lui dis quand exactement ? Entre deux bouchées de gâteau ? Et comment ? Je n'ai pas le temps de réfléchir. Aide-moi, Rémus. Qu'est-ce que je fais ?

- Tu n'as qu'à l'emmener dans le parc et te transformer devant elle, répondit-il en haussant les épaules. »

 

 

James inspira profondément et s'enferma dans sa tête juste un instant pour visualiser la scène. Eux deux dans la neige, dehors, à se regarder droit dans les yeux avant qu'il ne pointe sa baguette sur son torse et se transforme en un majestueux cerf devant son air émerveillé.

 

 

« Je peux faire ça, admit-il. Elle ne va pas avoir peur, n'est-ce pas ? Ce n'est pas comme si je me transformais en dragon ou...

- Elle ne va pas avoir peur, confirma Rémus, largement amusé par l'angoisse invraisemblable de son meilleur ami.

- Et si elle a peur ?

- Elle ne va pas avoir peur d'un cerf, répéta t-il en roulant les yeux.

- Oui, mais si elle a peur ?

- Merlin, James, on parle de Lily. Elle ne va pas avoir peur. Au pire, elle te passera un savon pour avoir poussé ton aversion des règles jusqu'à la transgression de lois magiques, mais...

- Tu crois qu'elle va s'énerver contre moi et ne plus jamais me parler ? s'empressa de demander James dont le cœur tambourinait de plus en plus vite contre sa poitrine.

- Non, bon sang, Cornedrue, je te l'ai déjà dit il y a deux minutes. Elle verra pourquoi tu es un si bon ami.

- Tu as sûrement raison, admit James. »

 

 

Cependant, une voix dans sa tête n'arrêtait pas de lui marteler que sa relation avec Lily pouvait basculer d'un côté ou de l'autre. Tout, ou rien. Il en eut le vertige pendant un instant et il remercia intérieurement Rémus de lui avoir ôté son verre des mains.

 

 

« Je n'arriverai jamais à comprendre comment tu peux te comporter comme le plus gros crétin prétentieux quand tu es avec elle et comment tu peux paniquer pour rien dès que vous n'avez pas d'interaction directe, se moqua t-il légèrement. »

 

 

James brandit son majeur dans sa direction et chercha la jeune femme des yeux pendant un instant sans parvenir à la retrouver. Il n'avait pourtant détourné son attention que quelques minutes, mais elle avait déjà disparu. Il la repéra bientôt près des escaliers, à rire avec Sirius, et cette vision le tranquillisa légèrement. Elle les aimait. Elle les aimait tous les quatre et en la regardant avec son meilleur ami, il songea qu'il était impossible qu'une révélation, aussi inattendue soit-elle, puisse faire disparaître tout cela.

 

Il constata avec horreur que son verre était vide dans ses mains et que Sirius versait la moitié du sien à l'intérieur pour partager. Il esquissa un sourire quand il la vit discrètement renverser le contenu dans la plante qui se trouvait juste derrière elle, feignant d'écouter les élucubrations de son meilleur ami.

 

Quelques secondes plus tard, ses yeux trouvèrent les siens et elle lui fit un signe de tête qu'il put aisément traduire par « débarrasse moi de lui avant que je ne tue cette pauvre plante. ». Il sourit, glissa à Rémus qu'il le retrouverait plus tard dans la soirée, et se fraya un chemin entre ses camarades de classe qui dansaient au centre de la pièce. Frank Londubat le fit tourner sur lui-même d'un geste habile lorsqu'il passa à côté de lui et James crut qu'il allait rendre tout son dîner pendant l'espace d'une seconde.

 

 

« Patmol, il y a Lunard qui a besoin de toi là bas, déclara t-il en pointant leur ami du doigt.

- Est-ce que le chaudron est déjà vide ? s'enthousiasma Sirius. »

 

 

James haussa les épaules bien qu'il sache pertinemment que la réponse était « non », et il le regarda se faufiler à son tour vers l'endroit qu'il avait lui-même quitté quelques secondes plus tôt. Lily poussa un soupir de soulagement à côté de lui.

 

 

« Ne te méprends pas, j'adore Sirius, mais il n'y a que lui qui résiste à cette chose, lui dit Lily en agitant son verre à l'intérieur duquel se trouvaient encore quelques gouttes de la mixture en question. »

 

 

James hocha la tête et esquissa un sourire pour toute réponse. Pendant un moment, ils restèrent simplement épaule contre épaule à regarder les autres danser, et puis il sentit sa main contre la sienne. Son annulaire glissa légèrement entre ses doigts et ce fut comme si la pièce tournait si vite autour d'eux qu'il ne pouvait plus voir ou penser à autre chose. Ses yeux bruns descendirent le long de son bras jusqu'à leurs deux mains, et instinctivement, il prit la sienne.

 

 

« Est-ce qu'on peut sortir d'ici ? lui demanda t-elle en se mettant sur la pointe des pieds pour atteindre son oreille parce que Sirius avait augmenté le volume de la musique. »

 

 

James acquiesça et l'attira avec lui jusqu'à l'extérieur de la salle commune. Ils traversèrent le trou dissimulé par le tableau de la grosse dame jusqu'à se retrouver dans le couloir. Là, au moins, il put constater à quel point leurs sortilèges d'insonorisation étaient efficaces. Un silence déroutant tomba sur eux.

 

 

« Joyeux anniversaire, dit-il en esquissant un sourire.

- Je crois que ça fait cinq fois que tu me le dis aujourd'hui, lui fit-elle remarquer d'un air amusé en tirant un peu sur sa main pour lui indiquer qu'elle voulait marcher. Marlène m'a dit que vous aviez organisé tout ça ensemble. Merci beaucoup. C'était tellement génial de voir tout le monde réuni comme ça. Ça faisait longtemps qu'on avait pas donné une telle fête dans la salle commune.

- Tu devais te douter que je ne te laisserais pas fêter ton dernier anniversaire ici seule dans ton dortoir.

- J'espérais juste que tu y penserais, avoua t-elle en balançant lentement leurs mains entre eux pendant qu'ils descendaient les escaliers vers le sixième étage. Pour ce qui est de la fête, c'est un bonus.

- Est-ce que tu dis ça juste parce que tu voulais absolument avoir cette édition d'Orgueil et préjugés ? l'interrogea t-il en faisant référence au cadeau qu'il avait déposé entre ses mains le midi même.

- Merlin non, répondit-elle immédiatement avant d'ajouter : Enfin si. Je la voulais, mais je n'ai pas songé une seule seconde que je pourrais l'avoir un jour. C'est l'une des plus rares, elle a dû te coûter une fortune et...

- Pas vraiment, la coupa t-il. Je l'ai hérité de mon grand-père, si ça peut te rassurer.

- Ça ne me rassure pas du tout, répliqua t-elle en fronçant les sourcils. Tu m'as offert un trésor familial ! Est-ce que tes parents sont au moins d'accord avec ça ?

- Mon grand-père me l'avait légué, Lily, je pouvais en faire ce que je voulais. Et puis évidemment que mes parents sont d'accord. Maman répète sans cesse que je devrais t'inviter pour te montrer notre bibliothèque.

- Je ne me souvenais même pas t'en avoir déjà parlé, chuchota t-elle dans le vide. »

 

 

Elle se détendit un peu et il ouvrit la bouche pour lui rappeler qu'elle l'avait fait le 1er septembre, dans le compartiment des préfets du Poudlard Express alors qu'il était en train de lire Les Hauts de Hurlevent. Elle avait été étonnée de le trouver captivé par un roman quand il était habituellement plutôt intéressé par des bouquins sur la métamorphose ou sur le quidditch, et ils s'étaient mis à discuter de littérature anglaise.

 

Elle lui avait confié qu'elle préférait Jane Austen à Emily Brontë et il l'avait prévenue que si elle réitérait ses propos, il sortirait du train sur le champ. Qu'il soit encore en marche ou non. Elle avait ri et avait commencé à étayer son argumentation en lui faisant remarquer qu'Emily Brontë n'avait écrit qu'un seul roman contrairement à Jane Austen, et il avait immédiatement répliqué que Les Hauts de Hurlevent valait bien tous les écrits d'Austen. Ils avaient continué à débattre là dessus pendant tout le trajet sans voir le temps passer.

 

 

« Ah, oui, je me souviens, déclara t-elle lorsqu'il eut terminé de lui relater le trajet. Pour une raison qui m'échappe, j'avais associé cette discussion à Rémus.

- Parce que tout le monde pense toujours qu'il a le monopole de l'amour des bons romans, marmonna James en secouant la tête comme s'il était vexé par cette réalité.

- Je sais, lui dit Lily en souriant. Alors qu'en fait, la plupart du temps, il ne lit que ces contes pour enfants qu'il a honte d'emprunter à la bibliothèque et qu'il demande à Peter de récupérer à sa place.

- Merci ! s'exclama James en ouvrant ses bras devant elle comme si elle venait de le soulager d'un poids immense.

- Quoi qu'il en soit, on ne devrait pas reparler littérature ensemble. Je ne serai jamais d'accord avec toi sur la supériorité d'Emily Brontë.

- Parce que tu sais que j'ai raison et que tu détestes ça, ajouta t-il en lui adressant un sourire moqueur. »

 

 

Elle lâcha sa main pour lui pincer l'épaule, et il se mit à rire avant de frotter vigoureusement l'endroit où, il en était sûr, elle avait laissé une marque. Ils continuèrent à discuter un long moment pendant lequel il regretta de ne plus sentir sa paume contre la sienne, et il ne réalisa qu'ils avaient descendu tous les étages que lorsqu'ils se retrouvèrent à l'entrée du château.

 

Il repensa à la conversation qu'il avait eue avec Rémus un peu plus tôt et il déglutit. Ils étaient seuls, ils n'allaient vraisemblablement pas être dérangés par qui que ce soit, et ils s'étaient trop rapprochés ces derniers temps pour qu'il ne se sente capable de vivre une soirée de plus en lui cachant cette partie de sa vie.

 

 

« Il faut que je te dise quelque chose.

- Est-ce que tu vas essayer de me prouver par A plus B que la relation d'Heathcliff et Catherine est saine ? Parce que laisse moi te dire que...

- Merlin, Lily, je sais très bien qu'elle ne l'est pas, c'est ce qui fait toute l'histoire, la coupa t-il en faisant un pas vers l'extérieur du château.

- Il a déterré son corps, lui fit-elle remarquer avec une grimace dégoûtée en le suivant dehors.

- Il n'a pas déterré son corps, nia James. Il a voulu, mais il s'est arrêté parce qu'il a senti sa présence autour de lui. Plus tard il a demandé au fossoyeur de creuser, d'enlever un côté du cercueil et de faire pareil pour le sien quand il serait mort pour qu'ils puissent être enterrés ensemble, mais il n'a à aucun moment sorti le corps du trou.

- Oh dans ce cas là, c'est tout à fait normal, ironisa Lily en riant. »

 

 

James prit une profonde inspiration et passa sa main dans ses cheveux, à la fois contrarié et amusé, et aussi beaucoup trop conscient qu'elle avait fait dériver la conversation alors qu'il avait l'intention de lui confier son plus grand secret et qu'il ne devait pas se laisser distraire par ces débats littéraires qui, aussi exaltants soient-ils, étaient voués à ne jamais se terminer.

 

 

« Que tu le reconnaisses ou non, Lily, ce chapitre est absolument extraordinaire, mais ce n'est pas ce dont je voulais te parler.

- Est-ce que tu m'emmènes dans la forêt ? Je dois te dire, avant que tu ne décides de me couper en morceaux pour nourrir les acromentules qui vivent là dedans, que le cocktail de Sirius me brûle toujours les intestins et que je doute être comestible.

- Tant pis, souffla t-il en souriant alors qu'elle s'engageait derrière lui. »

 

 

La neige craquait sous leurs pieds et lui donnait la désagréable sensation de marcher sur du polystyrène. Au fur et à mesure qu'ils avançaient, il sentait la boule dans sa gorge prendre de l'ampleur. Au bout d'un moment, il s'arrêta. Lily était derrière lui, mais il préférait ne pas se retourner. Il sortit sa baguette de sa poche.

 

 

« Promets-moi de me laisser t'expliquer, dit-il d'une voix peu assurée.

- Ça dépend. Je veux dire, si tu t'apprêtes à déterrer un corps devant moi comme Heathcliff je ne suis pas certaine de...

- Aucun corps, la coupa t-il. Je veux juste te montrer quelque chose. Un animal, ajouta t-il pour la rassurer parce qu'il était soudainement très conscient qu'il devait avoir l'air d'un psychopathe.

- Pourquoi est-ce que je ne suis pas étonnée que tu gardes un animal ici ? »

 

 

Il entendit le sourire dans sa voix, et ce fut tout ce dont il eut besoin. Il se concentra pendant quelques secondes, et il sentit son corps se métamorphoser. Les sons devinrent subitement omniprésents, et il dut filtrer les bruissements de feuilles et les hululement des hiboux pour ne plus entendre que les battements erratiques du cœur de Lily.

 

Il se retourna lentement et ses sabots s'enfoncèrent un peu plus dans la neige. Ses yeux ronds comme des billes se posèrent sur elle, et il vit immédiatement la stupeur sur son visage. Elle entama un pas vers lui, mais un craquement de branche la fit sursauter et elle trébucha sur une racine. Il vit sa tête heurter le tronc du sycomore qui se trouvait derrière elle, et son sang ne fit qu'un tour. Il se retransforma immédiatement et tomba à genoux dans la neige à côté d'elle, inconsciente.

 

 

 

 

 

 

« Ce n'est pas drôle, Patmol, marmonna t-il avec mauvaise humeur alors qu'ils étaient tous les quatre assis autour d'une table à la bibliothèque.

- Ce n'est pas drôle, confirma le concerné. C'est hilarant ! »

 

 

James lui jeta un regard noir avant de reporter son attention sur le roman d'Oscar Wilde qu'il avait trouvé dans les allées un peu plus tôt. Il avait besoin de se distraire et de ne plus repenser à cette catastrophe qu'avait été la veille.

 

 

« Détends-toi, James. Mme Pomfresh a dit que ce n'était pas grand chose, non ? Et Lily est sortie ce matin, elle avait l'air en pleine forme, tenta Rémus.

- Elle était en pleine forme, confirma James, et c'est le principal. J'aurais juste aimé qu'elle se souvienne de toute la soirée, et pas juste de son horrible cocktail, termina t-il en envoyant un énième coup d'oeil mauvais vers Sirius qui laissa échapper un nouveau rire.

- Peut-être que c'est le destin, intervint Peter à voix basse. Peut-être que tu n'es pas supposé lui parler de Cornedrue.

- N'importe quoi ! s'exclama Sirius en lui intimant de se taire d'un geste de la main. Tu dis ça juste parce que tu as peur qu'elle nous dénonce au ministère.

- Je n'ai pas peur, réfuta t-il avec très peu de conviction. Je sais qu'elle ne le fera pas.

- Non, elle ne le fera pas, confirma Rémus pour rassurer son ami.

- Je sais qu'elle ne dirait rien à personne, mais peut-être que Pete a raison, trancha James. Peut-être que l'univers essaie de m'envoyer un signe. »

 

 

Il avait abandonné son roman qu'il avait retourné contre la table, ouvert pour ne pas perdre la page où il s'était arrêté, et il avait dégluti. Sirius, fidèle à lui même se mit à rire de plus belle. Les autres élèves qui essayaient de travailler autour jetèrent des regards ennuyés dans leur direction et James songea que ce n'était qu'une question de temps avant que Mme Pince ne les fasse déguerpir.

 

 

« Un signe ? Un signe que tu es un énorme idiot ? le questionna Sirius en arquant un sourcil. Evans doit savoir, et ce n'est pas parce qu'elle s'est pris les pieds dans un bout de bois qu'il faut tout remettre en question. »

 

 

Sirius avait toujours le don de lui montrer à quel point ses réflexions pouvaient être stupides. Il le fixa un instant, son meilleur ami soutint son regard, et James laissa échapper un long soupir. Au même moment, la porte de la bibliothèque s'ouvrit et laissa apparaître le sujet de leur conversation accompagné de Marlène McKinnon de de Mary MacDonald, toutes les trois en train de rire en se chuchotant des choses qu'il aurait beaucoup aimé entendre.

 

 

« Tu vois, elle n'a jamais été plus en forme, reprit Rémus en faisant un geste de la main vers les trois filles. »

 

 

James la suivit des yeux et quand elle lui adressa un signe et un sourire en s'asseyant à une table à quelques mètres de la leur, il s'efforça de détourner le regard et d'essayer de reprendre sa lecture. Il s'avéra rapidement que c'était impossible. Elle le fixait, il le sentait, et c'était une véritable torture.

 

Il avait brièvement pensé la veille qu'à cette heure-ci, une partie de ses angoisses auraient disparues. Il avait songé qu'une fois qu'elle saurait, il pourrait tourner la page pour arriver à un chapitre où, au pire, il devrait essayer de la convaincre de ne pas le rayer de sa vie, et au mieux... Ils atteindraient un niveau d'intimité qui dépassait tout ce qu'il avait jamais espéré. La deuxième solution étant la plus plausible, il n'avait envisagé que brièvement la première. Il n'avait certainement pas imaginé qu'elle finirait inconsciente dans l'infirmerie sans aucun autre souvenir que l'alcool décapant de son meilleur ami.

 

 

« Peut-être qu'on va finir par tomber d'accord si tu lis Oscar Wilde. »

 

 

Il leva la tête et réalisa soudainement qu'elle s'était assise avec eux sans savoir à quel moment elle avait tiré la chaise, ni à quel moment elle avait posé ses doigts fuselés sur son roman pour le redresser afin d'en lire la couverture pendant que son autre main était posée sur sa baguette qui traînait sur la table.

 

 

« Comment va ta tête, Evans ? s'enquit Sirius qui s'était éloigné de la table pour poser ses pieds croisés dessus.

- Oh très bien, répondit-elle en souriant. Mme Pomfresh m'a dit que ce n'était pas grand chose comparé à ce qu'elle voit d'habitude après les matchs de quidditch. J'ai juste fait un drôle de rêve cette nuit, mais...

- Est-ce que j'étais dedans ? Avec ou sans vêtement ? la coupa t-il en haussant les sourcils d'un air suggestif, et Lily éclata de rire avant de lui répondre.

- Non. Il y avait juste James et moi, et il se transformait en un énorme cerf. Dingue, non ? l'interrogea t-elle en se tournant vers lui. »

 

 

Les yeux des trois autres garçons se vissèrent sur lui en même temps, et il eut soudainement l'impression qu'une intense fièvre lui tombait dessus. Il la fixa avec une pointe d'incertitude pendant un moment, et puis elle s'empara de son livre, laissant ses mains vides et immobiles devant lui pendant qu'elle observait la page à laquelle il s'était arrêté.

 

 

« Tu vas voir, la fin est surprenante, lui dit-elle sur un ton léger, changeant complètement de sujet. »

 

 

Elle avait l'air de ne pas avoir réalisé à quel point elle avait mis ses nerfs à rude épreuve. Il s'était enfermé dans un mutisme qui ne lui ressemblait pas. Puis tout à coup, l'atmosphère était redevenue respirable, même s'il voyait clairement les lèvres de Rémus former deux mots très simples qu'il décida de faire semblant de ne pas comprendre. « Dis-lui. ».

 

 

« Bon. Je vous laisse sinon Marlène va encore se plaindre que je passe ma vie avec vous, conclut-elle avant de lui rendre son roman, de se lever et de retourner vers les filles. »

 

 

Il n'y eut plus à la table qu'un grand silence et James n'eut pas besoin de lever les yeux de son livre pour savoir que ses trois meilleurs amis étaient en train d'avoir une discussion silencieuse à laquelle il n'était pas convié. Ou du moins, à laquelle il ne désirait pas être convié. Il savait à quel point il avait été idiot de ne pas avoir rebondi sur ce qu'elle leur avait confié, mais quelque chose dans le fait de lui annoncer au milieu de la bibliothèque qu'il était un animagus le dérangeait. Au delà du fait que n'importe qui pouvait les entendre.

 

Il relut la même phrase une dizaine de fois, et dans un superbe éclair de lucidité, il réalisa qu'il n'y avait finalement pas de meilleur endroit pour l'aider que celui dans lequel il avait appris comment se transformer. Il referma brusquement son livre et vola un morceau de parchemin à Peter sur lequel il griffonna quelques mots. Puis il fit bruyamment racler les pieds de sa chaise sur le parquet, s'attirant des soupirs d'exaspération des quelques serpentards qui se trouvaient autour d'eux, puis il s'aventura dans les hautes rangées de la bibliothèque.

 

Il s'arrêta dans la section Métamorphose et chercha un moment jusqu'à trouver le vieux manuel usé qu'ils avaient lu et relu pendant toute une période au point qu'il pouvait réciter de mémoire l'intégralité de la page cinquante et une à l'intérieur de laquelle il glissa le parchemin. Il cala ensuite le livre sous son bras et se dirigea droit vers la table de Lily. Les trois filles travaillaient dans un silence religieux et Marlène et Mary sursautèrent quand il fit tomber le bouquin devant la préfète en chef qui leva curieusement ses yeux sur lui.

 

 

« S'il te plaît, lis ça, lui intima t-il. »

 

 

Elle jeta un coup d'oeil rapide à la couverture, avant de reporter de nouveau son regard sur lui. Il demeurait debout, immobile à côté de leur table, et il ne voulait pas partir tant qu'elle ne lui promettait pas qu'elle allait l'ouvrir.

 

 

« Maintenant ? demanda t-elle.

- Maintenant, confirma t-il.

- … D'accord. »

 

 

Il fut étonné qu'elle ne pose aucune question et qu'elle abandonne immédiatement sa plume et son parchemin pour ouvrir le vieux manuel devant elle, mais il en fut largement soulagé, et il apparut rapidement qu'il avait l'air d'un idiot à rester debout devant la table, alors il retourna s'asseoir avec les garçons dont les yeux se braquèrent sur lui.

 

 

« Bonne idée, le complimenta Rémus sans qu'il n'ait eu besoin de lui expliquer quoi que ce soit.

- Ne vends pas la peau de l'hippogriffe, Lunard, chuchota Peter. C'est un crime sérieux et Lily est...

- Lily nous connaît, le coupa Sirius. Elle comprendra immédiatement. Je suis sûr qu'elle fera le lien. C'est une fille intelligente, et...

- Alors quoi ? Elle comprendra que nous avons fait ça juste pour aller nous amuser avec un... Avec Lunard ?

- Comme si ce n'était que ça, rétorqua Sirius en levant les yeux au ciel. On ne laisse personne sur le côté, c'est tout, et elle le sait. »

 

 

James ne savait plus vraiment qui écouter. Les arguments de Peter n'étaient pas négligeables, mais Sirius avait raison. Ou peut-être qu'il avait juste besoin que Sirius ait raison parce qu'il ne voulait pas affronter la Lily qui le mettrait face à face avec ses méfaits. Car c'était une réalité, Sirius, Peter, et lui étaient tous les trois des criminels selon la loi magique, et c'était porter leur mépris des règles bien au delà des gentils feux d'artifice qu'ils faisaient régulièrement éclater devant le bureau de Rusard.

 

 

« Il faut que j'aille vomir. »

 

 

Il abandonna ses affaires, sortit en trombe de la bibliothèque, et resta enfermé une bonne demie-heure dans les toilettes cet après-midi là. Il parvint à trouver la force d'en sortir juste pour aller se cloîtrer dans son dortoir. Il se lava les dents et passa un long moment sous la douche, à se demander comment il avait pu oublier à quel point ils avaient été inconscients tout en sachant pertinemment qu'il referait la même chose s'il pouvait remonter le temps.

 

Il avait trop détesté ces moments où Rémus devait partir pour renoncer à la joie de pouvoir enfin se battre contre cette solitude qui le tenait trop souvent prisonnier. Il n'aurait pas supporté de revoir cette ombre sinistre sur son visage qui le guettait chaque mois comme pour lui rappeler qu'il n'était pas comme les autres et qu'il devait être mis à l'écart. C'était la pire chose. Il avait toujours détesté le voir les quitter et ne rien pouvoir y faire.

 

Devenir un animagus avait été la meilleure décision qu'il avait prise de toute sa vie, et peut-être que Lily ne serait pas d'accord avec cela, mais dans ce cas de figure, il n'aurait plus rien à partager avec elle. Cette pensée lui redonna la nausée. Il s'avachit sur son lit, la tête enfoncée dans son oreiller, et il pria Merlin pour qu'elle comprenne.

 

 

« James ? »

 

 

Il ne l'avait entendue ni toquer à la porte, ni l’entrebâiller légèrement pour y passer la tête, mais quand il leva les yeux et constata qu'elle était là, il roula de son lit et lui fit signe d'entrer en tentant d'ignorer le bourdonnement incessant à l'intérieur de son crâne. Elle referma précautionneusement la porte derrière elle et s'y adossa, serrant entre ses bras le gros livre qu'il lui avait confié seulement quelques minutes auparavant.

 

 

« Je n'ai pas eu le temps de tout parcourir, lui confia t-elle. Je suis allée directement au chapitre que je te suspectais de vouloir me faire lire. »

 

 

Il déglutit et fronça légèrement les sourcils. Il n'était pas sûr de bien comprendre. Elle tira sur le bout de parchemin qui dépassait du vieux manuel, celui qu'il avait rédigé un peu plus tôt, celui sur lequel, même de là où il se tenait, il pouvait lire ses propres mots « Ce n'était pas un rêve. », et quand ses yeux retrouvèrent les siens, il retint sa respiration.

 

Son visage était une énigme. Il ne savait pas ce qu'il était censé y lire. Il ne savait même pas s'il était censé y lire quelque chose. Il aurait au moins voulu comprendre un peu ce qu'elle ressentait, mais c'était comme si elle avait décidé, pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, de ne pas le laisser se frayer un chemin dans sa tête, et cette simple hypothèse le perturba profondément.

 

 

« Je sais que ce n'était pas un rêve. Je me suis rappelée de la soirée quelque part aux alentours du déjeuner. Mme Pomfresh m'avait dit que ma mémoire reviendrait rapidement, mais je ne m'attendais pas à ça, déclara t-elle d'une traite.

- Mais tout à l'heure, à la bibliothèque...

- Je voulais en parler avec vous, mais je n'avais aucune idée de la façon d'aborder le sujet, et je... J'ai insonorisé notre table mais tu n'as pas eu l'air de le remarquer et tu... Quand j'ai commencé à en parler, tu as fais cette tête. Je me suis dit que ce n'était pas le moment. »

 

 

Elle était toujours adossée à la porte et pour la première fois depuis qu'elle était entrée, ses yeux verts lâchèrent son visage pour se poser sur la fausse tête de cerf empaillé en peluche qui trônait au dessus du lit de James et que Sirius lui avait offert quelque part durant leur cinquième année juste pour la blague. Il enfonça ses mains dans ses poches et suivit son regard avant de se racler la gorge et de reprendre la parole.

 

 

« Je sais que c'est beaucoup à encaisser, dit-il simplement. »

 

 

Il la vit déglutir et acquiescer lentement. Il aurait tout donné pour qu'elle lui donne une simple et infime indication sur ce qu'il se passait dans sa tête à ce moment précis, mais elle demeurait calme et impassible et il n'avait aucune idée de ce que cela voulait dire. Merlin savait qu'elle pouvait passer d'une sérénité absolue à une colère déroutante, mais il espérait que ce ne soit pas le cas ce jour là. Il pouvait toutefois se réjouir d'une chose : elle était venue lui parler.

 

 

« Une fois, Marlène et moi avons mangé des chocogrenouilles dans un bus à Londres, raconta t-elle sur un ton parfaitement égal.

- Pardon ?

- C'est illégal, lui apprit-elle en posant de nouveau son regard sur lui. C'est dans la loi. En Grande-Bretagne, les femmes n'ont pas le droit de manger du chocolat dans les transports publics.

- Oh, je vois, souffla t-il en étudiant chacun de ses froncements de sourcils, alors ça veut dire que...

- Moi aussi, je suis une hors la loi, termina t-elle avant d'acquiescer et de lui adresser un sourire. »

 

 

Enfin un sourire ! Enfin une indication sur la façon dont elle avait décidé de gérer les choses ! Il le lui rendit alors qu'un poids énorme venait de quitter ses épaules, et il s'approcha légèrement d'elle. Il voyait dans ses yeux à présent qu'elle était troublée mais qu'elle n'était en aucun cas en train de penser à fuir. Elle avait même presque l'air de comprendre sans qu'il n'ait eu besoin de lui expliquer.

 

 

« C'était pour Rémus, n'est-ce pas ? le questionna t-elle. C'est pour lui, que vous avez fait ça ? »

 

 

Il hocha la tête, et elle acquiesça à son tour, serrant un peu plus le gros livre contre sa poitrine alors que ses doigts en tapotaient nerveusement la couverture. Elle sembla perdue dans ses réflexions pendant un moment, les yeux rivés sur le parquet quelque part vers le lit de Peter, et puis elle reprit la parole.

 

 

« Est-ce que tu pourras le refaire devant moi ?

- Si tu veux, répondit-il en haussant les épaules.

- Bien. D'accord. Parfait. »

 

 

Elle esquissa un mouvement pour se retourner, posa sa main sur la poignée de la porte, l'actionna, et puis s'arrêta et se retourna vers lui. Elle avait l'air d'être en train de mener un combat intérieur intense avec elle-même, et James ne sut vraiment quelle partie l'emporta quand elle décida finalement de s'avancer vers lui, de se mettre sur la pointe des pieds, et de déposer le plus bref des baisers sur ses lèvres.

 

Il devina que ce n'était certainement pas sa raison, mais il s'en fichait pas mal. Elle venait de l'embrasser, et même si le baiser n'avait duré qu'une petite seconde, elle était toujours debout devant lui, les yeux fermés comme si elle voulait savourer un peu plus longtemps la sensation de ses lèvres sur les siennes. Quand elle les ouvrit, il y vit une pointe de détresse presque dissimulée derrière une gratitude à laquelle il ne s'attendait pas.

 

 

« Je sais pourquoi tu me l'as dit. Je sais ce que cela signifie. Merci. »

 

 

Il lui sourit et il vit dans son regard droit et honnête qu'elle comprenait. Il voulait qu'elle ait toutes les cartes en mains et qu'elle le connaisse autant que cela était possible avant qu'ils ne commencent quelque chose ensemble. Il voulait lui montrer qu'il avait confiance en elle et qu'il la respectait, et à la façon qu'elle avait de lui sourire, il sut qu'il avait réussi.

 

Il lui faudrait sûrement quelques jours pour digérer tout cela, mais ils avaient fait le plus dur, et elle semblait déterminée à l'accepter comme il était et comme elle l'avait toujours connu, avec ses qualités, ses défauts, et cette habitude tenace qu'il avait de transgresser les règles au nom de l'amitié.

 

 

End Notes:

Oui, oui, JE SAIS, c'était long, mais je me suis laissée emporter x_x

Et je ne peux qu'espérer que vous aussi :) 

En tout cas, merci mille fois à Thibault pour sa request, c'est très très cool à écrire :)

J'ai une idée pour le prochain chapitre, mais je n'ai encore rien commencé car j'écris une fic plus longue en parallèle, mais j'essayerai de m'y mettre histoire de pouvoir publier avant 2030 :)

Merci encore pour vos reviews, vous êtes topissimes <3

Dans la peau by ECM
Author's Notes:

Une idée originale un peu mixée avec une review de LullabyK6 qui se demandait comment les maraudeurs réagiraient si Lily leur posait des questions sur James :)

 

 

 

Lily Evans était dans sa chambre en train d'attacher ses cheveux en une haute queue de cheval lorsqu'elle entendit frapper à la porte, en bas. Elle eut beau hurler à ses parents de la laisser ouvrir, ses deux invités étaient déjà dans le hall d'entrée en train de saluer chaleureusement sa mère lorsqu'elle descendit les escaliers.

 

 

« Tu ne m'avais pas dit que tes amis étaient aussi charmants, commenta Rose en adressant un regard mi amusé, mi suspect en direction de sa fille.

- L'un des deux l'est certainement, dit Lily en s'arrêtant sur la dernière marche qui lui permettait d'être à la même hauteur que Rémus Lupin qu'elle serra brièvement dans ses bras avant d'adresser un sourire narquois vers Sirius et de poursuivre. L'autre est insupportable.

- Tu entends ça, Lunard ? Lily pense que tu es insupportable ! s'exclama le maraudeur en donnant une petite tape sur l'épaule de son ami alors que la jeune préfète en chef levait les yeux au ciel. »

 

 

Elle échangea un regard entendu avec Rémus qui arborait un sourire espiègle, se saisit rapidement de son sac et de sa veste en jean qu'elle avait pendue à la rambarde de l'escalier, et l'enfila tout en entamant un mouvement vers la porte.

 

 

« Est-ce que je peux au moins vous servir une tasse de thé ? leur proposa Rose.

- Maman, je t'ai dit que nous n'avions pas le temps, répondit Lily, coupant l'herbe sous le pied à Sirius qui avait ouvert la bouche pour accepter, elle en était persuadée.

- Ce n'est que partie remise Madame Evans., lui dit-il en voyant son air déçu.

- Ne m'attends pas pour manger ce soir, reprit la jeune femme rousse en poussant Sirius dehors.

- Où est-ce que tu vas déjà ?

- Chez James Potter, l'autre préfet en chef, je te l'ai déjà dit hier.

- Ah. Oui. Mon futur gendre. »

 

 

Les yeux de Lily s'élargirent et elle jeta un coup d'oeil dissuasif à sa mère qui avait vraisemblablement l'air de se trouver très drôle. Elle avait l'habitude de ce genre de commentaires depuis plusieurs mois mais elle ne les entendait que dans l'intimité du cocon familial et elle n'avait jamais pensé que sa mère oserait un tel trait d'humour en public. Pourquoi ? Elle n'en savait trop rien. Cela lui apparaissait maintenant bien naïf de sa part. Ses parents avaient toujours eu un sens de l'humour particulier.

 

Elle avait commencé à leur parler de James l'année précédente sans toutefois évoquer ses sentiments, d'une part parce qu'elle n'était pas certaine de les comprendre, et d'autre part parce qu'ils avaient l'un comme l'autre un gros problème de discrétion. C'était sans compter sur leur instinct de parents, et Rose et Ned s'étaient rapidement rendus compte que depuis quelques mois, sa vie ne tournait plus qu'autour d'une seule personne sans qu'elle même ne l'ait réalisé.

 

Ils s'étaient mis à plaisanter là dessus entre eux, la faisant systématiquement soupirer et lever les yeux au ciel sans qu'elle n'ait vraiment matière à les contredire, et elle avait fini par s'en amuser aussi, mais là... Là, Sirius et Rémus, sur le seuil de la petite maison de lotissement, s'étaient tous les deux tournés vers Lily en haussant les sourcils, un large sourire fendant leur visage, et elle savait qu'elle était fichue. James entendrait parler de cela.

 

 

« Pardon ? s'enquit Sirius en pivotant de nouveau vers Rose.

- Ne. Lui. Dis. Pas. Un. Mot. De. Plus. articula Lily sur un ton à la fois menaçant et suppliant. Filez ! »

 

 

Elle se positionna derrière les garçons et les poussa l'un après l'autre en dehors de la propriété, les suivant tout en lâchant des jurons alors que sa mère gloussait derrière elle. Lorsqu'ils arrivèrent à la hauteur du portillon, Sirius agita sa main en direction de Rose.

 

 

« Je reviendrai prendre le thé, Madame Evans ! Nous avons plein de choses à nous dire ! lança t-il avec entrain, s'attirant un coup de coude de la part de Lily.

- Oh parfait ! s'exclama t-elle en retour, aussi enjouée que lui. Je peux également recevoir les hiboux !

- Très bien ! Je ne manquerai pas de vous écri... »

 

 

Lily enroula son bras autour du sien et de celui de Rémus et profita de la hauteur de la haie pour les faire transplaner en toute discrétion, ne lui donnant pas l'occasion de terminer sa phrase. Une seconde plus tard, ils apparaissaient dans une petite ruelle du Londres moldu. Lily brandit un index menaçant sous le nez de Sirius.

 

 

« Je t'interdis d'écrire à ma mère.

- D'accord, d'accord, soupira t-il d'un air résigné.

- Merlin, Lily, tu te rends compte que lui interdire quelque chose ne fait que lui donner encore plus envie de le faire ? Lui fit remarquer Rémus en arquant un sourcil. »

 

 

Bouse. Il avait raison. Sirius arborait un air parfaitement innocent, le même que lorsqu'il préparait un mauvais coup, et elle était absolument foutue. Dès qu'elle le quitterait des yeux, il écrirait à sa mère, et elle savait qu'elle ne pouvait plus rien faire pour empêcher cela. Son seul espoir était d'intercepter sa lettre, mais malin comme il était, il s'y attendrait et ferait en sorte qu'elle arrive à bon port. Avec un peu de chance, si elle le divertissait assez, il oublierait toute cette histoire. Ou alors... Ou alors, elle abandonnait les faux semblants et commençait à montrer son jeu.

 

 

« Bon. Le rendez-vous est dans un quart d'heure, leur rappela t-elle après avoir jeté un rapide coup d'oeil vers sa montre.

- Oh, aucun problème, le salon n'est pas loin, lui répondit-il en se mettant à marcher.

- Tu es sûre que tu veux toujours faire ça, Lily ? lui demanda Rémus alors qu'elle remontait la ruelle entre eux.

- J'y réfléchi depuis deux ans, lui répondit-elle, il était temps que je demande l'adresse à Sirius.

- Tu vas voir, Caradoc est un chouette type. »

 

 

Elle esquissa un sourire et hocha lentement la tête. Elle n'arrivait pas vraiment à croire qu'elle allait enfin se faire un tatouage. Elle était prête à parier que Marlène et Mary feraient une syncope lorsqu'elle leur montrerait le dessin sur son bras quelques jours plus tard, et c'était probablement ce qui la rendait la plus impatiente.

 

Sirius en avait déjà deux qu'il lui avait montré en début d'année en lui expliquant qu'ils avaient été faits par l'un de ses amis d'enfance qui était aussi autrefois un voisin, et elle lui avait demandé s'il pensait qu'il accepterait de la tatouer quand elle atteindrait sa majorité magique. Il lui avait dit qu'il lui arrangerait cela, et voilà comment ils en étaient arrivés là.

 

 

« Tu ne m'as même pas dit ce que tu lui avais demandé de te faire, lui fit-il remarquer alors qu'ils déambulaient maintenant sur les trottoirs d'une grande avenue.

- Oh, rien d'énorme. Juste des petits bois de cerf ici, répondit-elle en tendant son poignet devant eux. »

 

 

Rémus trébucha dans ses propres pieds et Sirius éclata d'un rire tonitruant qui attira le regard des passants sur eux. Lily se renfrogna légèrement et marmonna qu'elle ne pensait pas que son idée était si stupide.

 

 

« Ce n'est pas stupide, c'est tout le contraire ! s'exclama t-il, les yeux pétillants. Ne fais pas attention à moi, je vais continuer à rire un peu.

- Ce que Sirius essaie de te dire, c'est que le futur gendre de Rose devrait adorer ça, intervint Rémus avec un sourire malin.

- Oh vraiment Rémus ? Je m'attendais à un commentaire de ce genre de sa part, mais pas de la tienne, dit-elle, un peu vexée. Je ne savais même pas que James aimait les tatouages.

- Il préférera certainement le tien aux miens, reprit Sirius. »

 

 

Rémus et lui échangèrent un regard complice avant de se remettre à pouffer, et elle roula les yeux. Elle avait souvent cette sensation, lorsqu'elle traînait avec les maraudeurs, d'être au centre d'une vaste blague qu'ils étaient les seuls à comprendre. Elle avait appris à ne plus poser de question parce qu'elle les connaissait assez pour savoir qu'ils étaient liés par des secrets qu'ils emporteraient probablement dans leurs tombes, mais il y avait des jours où elle voulait terriblement savoir.

 

 

« Tu n'imagines même pas à quel point je t'aime à ce moment précis, Evans, dit Sirius en balançant son bras sur son épaule, un sourire toujours pendu aux lèvres.

- C'est une déclaration ? l'interrogea t-elle avec un sourire en coin.

- Un peu, répondit-il en lui ébouriffant les cheveux. J'imagine que tu n'as pas parlé du tatouage à James, n'est-ce pas ?

- Je n'y ai pas pensé à vrai dire. Ce n'est pas venu sur le tapis pendant nos rondes et... Pourquoi est-ce que vous souriez comme ça ? Vous lui en avez parlé ?

- Non, même pas, et... Rien, c'est... J'étais en train de me rappeler d'un truc que Peter a fait l'autre jour, expliqua Rémus en haussant les épaules.

- Pareil, ajouta simplement Sirius. C'était hilarant. Vraiment hilarant. »

 

 

Lily leur jeta un regard suspicieux, inspira profondément, et continua à marcher à leurs côtés jusqu'à ce qu'ils atteignent un grand bâtiment devant lequel Sirius s'arrêta. Il frappa quelques coups à la porte noire avant d'entrer et de faire signe aux deux autres de le suivre.

 

 

« Caradoc ? appela t-il.

- Au fond ! entendirent-ils répondre. »

 

 

Lily sentait l'adrénaline commencer à monter. Elle n'avait pas vraiment peur, elle était juste un peu stressée. C'était probablement très naturel avant un premier tatouage, bien qu'elle soit incapable de s'imaginer que Sirius était dans un tel état lorsqu'il avait lui-même franchi le pas.

 

Ils longèrent un couloir qui débouchait dans une pièce de taille moyenne à la propreté irréprochable. Les murs étaient pourpres et quelques cadres représentant de vieilles peintures y étaient accrochés. Le parquet était parfaitement lustré et contrastait avec un canapé d'une blancheur immaculée calé entre deux étagères de livres. Au centre se trouvait un gros fauteuil en cuir, un peu semblable à une chaise longue, et juste à côté, un jeune homme aux joues rondes leur souriait.

 

Lily se sentit immédiatement rassurée quand Sirius lui présenta Caradoc. Il était absolument adorable. Outre son air bienveillant, il l'encouragea à lui poser la moindre question avant de commencer et s'assura qu'elle n'avait pas changé d'avis. Il était avenant et riait aux blagues douteuses que Sirius faisait, avachit sur le canapé, et elle eut l'impression d'être dans la salle commune de Gryffondor. Le sentiment était agréable.

 

 

« Je veux être là quand James le verra, souffla Rémus qui observait le travail du tatoueur.

- Je n'ai jamais autant attendu quelque chose de toute ma vie, ajouta Sirius avec une excitation déroutante.

- Vous êtes bizarres, souffla Lily qui regardait l'aiguille s'enfoncer dans sa peau, comme hypnotisée par le tracé qui se formait.

- Comment ça va Lily ? Tu tiens le coup ? l'interrogea Caradoc.

- Très bien. C'est plus désagréable que douloureux en fait. Ça fait un peu comme un...

- Courant électrique, compléta Sirius.

- Exactement. »

 

 

Il n'y eut pendant un moment plus que le bourdonnement de l'aiguille et la voix de Sirius en fond qui fredonnait distraitement des chansons que Lily ne connaissait pas tout en feuilletant un magazine de rock moldu. Rémus avait fini par s'asseoir à côté de lui, lisant par dessus son épaule en jetant des coups d'oeil vers Lily de temps en temps.

 

 

« Alors vous êtes tous les trois en vacances ? les interrogea Caradoc.

- Encore pour quelques jours, lui répondit Lily sans quitter l'aiguille des yeux. J'ai réussi à les convaincre de sacrifier une journée avec leurs meilleurs amis pour m'accompagner.

- Je ne comprends toujours pas pourquoi tu n'as pas proposé à James, pointa Sirius.

- Je te l'ai déjà dit, soupira t-elle en levant la tête pour lui jeter un regard ennuyé. Tu es là parce que tu devais me présenter à Caradoc, et Rémus est là pour te surveiller. Je n'avais aucun intérêt à faire venir James, surtout que je me disais qu'il serait probablement occupé avec... Je ne sais pas, Dorcas Meadowes ou Gladys Goujon ou... »

 

 

Sirius poussa un soupir exaspéré qui lui fit braquer ses yeux verts dans sa direction. Rémus et lui échangèrent un bref regard avant de se racler la gorge et de se pencher tous les deux vers le livre que le cousin de Bellatrix tenait toujours entre ses mains.

 

 

« Quoi ? Est-ce qu'il les a vues ?

- Non Lily, il ne les a pas vues, répondit Rémus avec un flegme désarmant.

- Il leur a sûrement écrit alors.

- Non plus, intervint Sirius.

- J'imagine qu'il a dû au moins correspondre avec Doris Purkiss.

- Vraiment pas.

- Il n'a parlé à aucune des filles de la maison ?

- Tu veux dire, à part toi ? l'interrogea Rémus avec un sourire en coin qu'elle choisit d'ignorer. »

 

 

Elle déglutit puis acquiesça et les deux garçons secouèrent la tête de droite à gauche. Ils semblaient à la fois amusés et exaspérés par son comportement. Elle savait qu'elle n'était pas très subtile, et Sirius ne manqua pas de le lui faire remarquer.

 

 

« J'aurais probablement récolté moins d'information si tu m'avais laissé avec ta mère, se moqua t-il.

- Oh ne fais pas comme si tu ne le savais pas depuis la rentrée, riposta Lily en levant les yeux au ciel.

- On le suspectait fortement, avoua Rémus avec bienveillance, mais on était à mille lieues de penser que tu serais prête à l'admettre.

- Ce n'est pas de gaieté de cœur, lui confia t-elle, mais vous détenez des informations qui m'intéressent.

- Et voilà ! s'exclama Caradoc, les stoppant net dans leur conversation. »

 

 

Il désinfecta la zone et la laissa observer son tatouage pendant un instant avant de l'emballer dans un film plastique. Il était exactement comme elle se l'était imaginé. Discret, raffiné, élégant, inspirant. Caradoc eut beau refuser qu'elle le paye, prétextant que c'était un service qu'il rendait à un vieil ami, elle déposa quand même quelques gallions sur le guéridon de l'entrée et le remercia chaleureusement.

 

 

« Je n'arrive pas à croire que j'ai un tatouage. Je n'arrive pas à y croire. Sirius, regarde, j'ai un tatouage ! »

 

 

Elle ne sut combien de fois elle répéta cette phrase alors qu'ils marchaient tous les trois dans la ville sans but précis, mais quand les garçons levèrent les yeux au ciel, elle devina que c'était peut-être la fois de trop. Ce n'était pas de sa faute. Elle ne pouvait pas s'empêcher de s'extasier devant le dessin qu'elle brandissait devant elle en se demandant si elle allait le regretter un jour sans pour autant pouvoir refréner son enthousiasme.

 

Elle avait imaginé qu'elle se sentirait différente, plus forte, sans vraiment savoir pourquoi. Les filles avec des tatouages lui avaient toujours semblé impressionnantes et puissantes et indépendantes et quelque part, c'était peut-être aussi pour essayer de coller à cette image qu'elle avait eu envie de se faire tatouer, mais maintenant qu'elle observait le dessin sur son poignet, elle réalisait qu'elle n'était toujours qu'elle-même et qu'elle n'aurait pas dû s'attendre à autre chose.

 

 

« Regarde-nous, les deux rebelles de Gryffondor sous le soleil de Londres, souffla Sirius en laissant tomber son bras sur ses épaules.

- Je suis là aussi, pointa Rémus en arquant un sourcil.

- Ne le prends pas mal, Lunard, mais tu n'es pas la définition même d'un rebelle.

- Ce n'est pourtant pas moi qui supplie James de venir dormir dans mon lit quand il y a de l'orage.

- Pardon ? intervint Lily en lâchant un rire étranglé alors qu'elle voyait Sirius rougir pour ce qui lui semblait être la première fois.

- Rémus a mouillé ses draps jusqu'à l'année dernière, balbutia t-il rapidement.

- Oh s'il te plaît, comme si Lily allait croire ça, répliqua Rémus en levant les yeux au ciel.

- Sirius, il n'y a aucune honte à avoir peur de l'orage, moi aussi je...

- Je n'ai pas peur de l'orage, la coupa t-il. »

 

 

Elle s'apprêtait à répondre mais Rémus secoua discrètement la tête de droite à gauche pour lui signifier que c'était un sujet délicat, alors elle se pinça les lèvres pour retenir un nouveau sourire et continua à errer dans la ville à leurs côtés.

 

 

« Parlons plutôt de ton plan d'attaque, Evans, reprit-il, changeant complètement de sujet.

- Mon plan d'attaque ? répéta t-elle, perplexe.

- Pour James, lui dit-il. Qu'est-ce que tu vas faire ?

- Ce n'est pas comme si elle avait vraiment besoin de faire quelque chose, entendit-elle Rémus chuchoter à Sirius qui ricana.

- Je n'en sais rien, qu'est-ce que je suis censée faire ?

- Globalement, juste rentrer dans le manoir en brandissant ton tatouage devant lui.

- Ça ne peut pas être aussi simple.

- Oh je t'assure que si, confirma Rémus. »

 

 

Elle haussa les épaules et déglutit. Elle n'avait pas eu l'impression, jusque là, que tout avait été facile en sa présence. C'était comme s'ils avaient toujours eu une certaine limite à respecter et elle ne savait pas vraiment où elle se situait parce qu'elle semblait toujours bouger, mais elle sentait quand elle devait contrôler ses mots ou ses émotions en sa présence, et elle savait que c'était pareil pour lui. Il s'agissait probablement des vestiges de leur mésentente passée.

 

 

« Ce n'est pas comme si je savais exactement ce que je voulais, leur confia t-elle alors qu'ils tournaient dans l'angle d'une rue en pavé. »

 

 

Elle cligna plusieurs fois des yeux devant l'intensité du soleil qui brillait juste devant eux, braquant ses rayons sur elle comme d'impressionnants projecteurs qui attendaient la même explication que Rémus et Sirius qui la fixaient attentivement en attendant qu'elle poursuive.

 

 

« Qu'est-ce qu'il vous a dit, lui ? les interrogea t-elle.

- Ça ne marche pas comme ça, Lily, lui répondit Rémus en lui adressant un sourire bienveillant à la limite de la condescendance.

- Une information contre une information, précisa Sirius.

- Je ne sais même pas ce que je peux vous donner, trépigna t-elle en grimaçant.

- Rose avait l'air de savoir des choses intéressantes, pointa intelligemment Rémus.

- Elle ne sait rien, à part que je parle régulièrement de lui.

- Régulièrement ? releva Sirius.

- Certainement trop, admit-elle en affichant une moue embarrassée. Je suis sûre que ses parents ne sont même pas au courant de mon existence alors que les miens sont...

- Oh ses parents sont très au courant de ton existence, Lily, crois-moi, l'arrêta t-il après avoir ri en rejetant ses cheveux en arrière.

- Il leur parle de moi ?

- Certainement trop, l'imita Rémus en riant à son tour. »

 

 

Elle se sentit soudainement plus légère et elle tenta du mieux qu'elle le put de retenir le sourire qui menaçait de trahir l'excitation intense qu'elle ressentait et qui n'était maintenant plus du tout en lien avec le joli dessin sur son poignet.

 

 

« Est-ce que j'ai vraiment une chance ou est-ce que vous vous moquez de moi ?

- Je n'arrive pas à croire que tu poses sérieusement la question, répondit Sirius en roulant les yeux.

- Il serait capable de faire ce style de blague, pointa Rémus en lançant un regard vers son ami, mais tu sais que ce n'est pas mon genre. »

 

 

Elle se mordit la lèvre et garda les yeux rivés sur le bout de la longue rue pendant un moment, perdue dans ses pensées. Son instinct lui criait que c'était le soir ou jamais. Ces vacances là étaient les dernières avant la fin de l'année scolaire et elle voulait lui donner une raison de la revoir après. De la revoir régulièrement. Quotidiennement. Et de préférence jusqu'à ce que la mort les sépare. Elle soupira et s'insulta mentalement. Elle ne pouvait pas continuer à reprocher à ses parents leurs plaisanteries douteuses si elle devenait tant sentimentale.

 

 

« Deux questions, commença t-elle. A quelle heure est-ce que les garçons nous attendent au manoir ?

- Aux alentours de dix-huit heures probablement. Ils avaient des choses à faire avant. La deuxième ?

- Est-ce que s'il se passe quelque chose ce soir, tu dormiras entre lui et moi lors du prochain orage ? demanda t-elle avec un sourire narquois en tournant légèrement la tête vers Sirius. »

 

 

Il retira immédiatement son bras de ses épaules alors que Rémus gloussait plus ou moins discrètement, et il la poussa légèrement vers lui. Elle trébucha légèrement et manqua de faire tomber le lycanthrope à la renverse en se rattrapant à son bras. Elle se mit à rire avec lui devant l'expression vexée de Sirius avant de brandir son tatouage devant son nez.

 

 

« Oh, allez Sirius, ne fais pas la tête, nous sommes les deux seuls rebelles de Gryffondor, j'ai besoin de toi.

- Il dormira entre nous deux, je ne veux plus avoir affaire à toi, Evans, répliqua t-il avec une pointe d'humour, la faisant rire de plus belle.

- Je ne pensais pas que tu m'accepterais aussi facilement dans votre lit conjugal.

- Parce qu'il faudrait être aveugle pour ne pas remarquer que tu l'as dans la peau, conclut-il. »

 

 

Il y avait quelque chose d'enfantin dans son regard, une étincelle de malice quand il croisa celui de Rémus et qu'ils semblèrent une nouvelle fois se comprendre, et Lily eut l'impression qu'un gros dragon venait de cracher une énorme flamme quelque part au fond d'elle, déclenchant un brasier qui lui brûla les joues.

 

Il continuèrent à chahuter ensemble tout le long de l'après-midi, et quand ils arrivèrent finalement au manoir, Lily poussa un long soupir de satisfaction. Elle ne se souvenait plus de la dernière fois où elle avait autant ri. La présence des garçons était toujours rafraîchissante et dès qu'elle passait du temps avec eux, elle en ressortait avec le sourire aux lèvres. Traîner avec les maraudeurs, c'était avoir l'assurance de passer un bon moment, et surtout, d'oublier absolument tout ce qu'il y avait d'angoissant dans le monde.

 

Elle pensait trop souvent à Pétunia. Elle pensait trop souvent à la guerre. Elle pensait trop souvent à son avenir incertain. Elle pensait trop souvent aux ASPIC et à l'angoisse qui venait avec. Elle pensait trop souvent à son sang moldu dans le monde magique. Elle pensait trop souvent à son sang magique dans le monde moldu. Et enfin... Enfin, quand elle était avec eux, elle ne pensait plus à rien.

 

 

« Sirius ? »

 

 

La voix de James venait de la cuisine. Sirius, Rémus, et Lily étaient en train d'accrocher leurs vestes sur une grande patère lorsqu'il débarqua avec Peter, un verre de jus de citrouille à la main. La première chose qu'elle remarqua fut son sourire. Elle se souvenait avoir vu le même sur son visage quand il lui avait proposé de venir chez lui pendant leur trajet en train quelques jours auparavant et qu'elle avait accepté.

 

Ce n'était pas la première fois qu'elle mettait les pieds au manoir. Elle y était déjà venue plusieurs fois l'été précédent avec Mary et Rémus, mais elle ne s'était jamais trouvée seule avec les garçons sans aucune de ses meilleures alliées à ses côtés. Elle avait été un peu stressée la veille, mais après avoir passé la journée avec deux des maraudeurs, elle ne s'en formalisait même plus. Elle était juste soulagée d'être enfin là et que James ait l'air aussi ravi de la voir.

 

 

« Salut, dit-elle simplement avant de s'approcher pour donner une étreinte amicale à Peter.

- Salut Lily, répondit-il. Alors ? Sirius nous a raconté qu'il allait faire de toi une rebelle, mais il n'a pas dit comm...

- Oh, tu veux dire qu'il ne vous a pas parlé de ça ? le coupa t-elle en brandissant son poignet devant les deux garçons. »

 

 

Il se passa plusieurs choses à ce moment précis. D'abord, les yeux de James se vissèrent sur son tatouage. Ensuite, son sourire disparut complètement à son plus grand dam. Après cela, son regard jongla entre son visage et son poignet, et ce fut comme s'il n'y avait plus personne d'autre qu'elle et lui dans la pièce.

 

Elle doutait l'avoir déjà vu la fixer de cette manière, et elle ne regrettait soudainement plus son sourire, parce qu'il y avait quelque chose de beaucoup plus brut, beaucoup plus éhonté dans ses yeux bruns et elle eut l'impression soudaine de dévaler un escalier la tête la première quand elle soutint son regard.

 

Elle crut entendre un rire autour d'eux sans pour autant en être certaine parce que les doigts de James s'était refermé autour de son poignet en évitant précautionneusement le tatouage, et qu'il l'avait légèrement tirée vers lui.

 

 

« Lily Evans... murmura t-il. Tu vas avoir ma mort sur la conscience. »

 

 

Sa voix, plus grave que d'ordinaire, la fit frissonner de la tête aux pieds, et elle se demanda brièvement comment Sirius et Rémus avaient pu avoir raison, comment ils avaient pu savoir qu'elle aurait toutes les réponses qu'elle cherchait en brandissant simplement son tatouage devant lui...

 

Il n'avait rien avoué mais il n'en avait pas eu besoin. Son expression faciale était équivoque et elle ne pensait pas avoir déjà vu quelqu'un échouer autant à masquer ses émotions. Ou peut-être qu'il ne cherchait même plus à le faire. Peut-être qu'il était comme elle. Peut-être qu'il l'avait dans la peau.

End Notes:

Hellooo

Je suis en train d'écrire deux fics en parallèle et je ne sais pas encore si c'est une bonne idée xD

Toujours est-il que c'était mon dernier OS en "construction" donc je ne sais pas quand je reposterai sur Fluffy Stories...

Si toutefois vous avez des prompts dans la tête que vous voulez me voir publier ici, n'hésitez pas à me les poster dans les reviews, comme d'habitude, vous savez que je me fais toujours un grand plaisir à répondre à vos requests :)

A bientôoot (peut-être ^^")

Et merci :)

A tes pieds by ECM
Author's Notes:
Hellooo

Bah voilà, j'écris une longue fic dans mon coin, je viens dans les reviews, Fluffy me manque, je réponds à la review de LouBlack, et me voilà déjà plongée dans ce prompt ;)

"Pourquoi pas un OS où ils découvrent leurs patronus"

Merci Lou :)

 

La journée avait bien commencé. Le temps était resté grisonnant tout l'après-midi, exactement comme Lily le préférait quand elle était bloquée entre quatre murs de neuf heures jusqu'à dix-huit heures, passant de salles de classe en salles de classe. Quoi de plus frustrant qu'un grand soleil plaqué sur un ciel sans nuage lorsque l'on était en cours ?

 

 

« Meera, attention ! s'écria t-elle à l'adresse d'une première année qui courait vers un escalier qui s'apprêtait à pivoter. Arresto momentum ! »

 

 

Elle avait lâché les livres qu'elle n'avait pas pu rentrer dans son sac déjà trop rempli à ses pieds et avait eu l'heureux réflexe de dégainer sa baguette au moment où la jeune fille brune chutait, l'arrêtant net juste avant qu'elle ne s'écrase sur le sol en pierres de l'étage du dessous.

 

 

« Merci Lily ! s'exclama t-elle en se penchant à la rambarde pour pouvoir lui faire un signe.

- Jolis réflexes, Evans. »

 

 

Elle pivota légèrement et se trouva nez à nez avec trois maraudeurs, dont Sirius Black qui s'était penché pour ramasser les manuels qu'elle avait laissé tomber une minute plus tôt. Elle chercha brièvement le quatrième mais son regard trouva celui de Rémus Lupin. Il esquissa un sourire malin qui lui fit directement baisser les yeux vers son acolyte.

 

 

« Si on m'avait dit un jour que Sirius Black se prosternerait devant moi... commenta t-elle avec une pointe de provocation dans la voix.

- Tu as peut-être une moitié des maraudeurs à tes pieds, mais l'autre est plus difficile à convaincre, commenta t-il avec un sourire espiègle en lui tendant ses livres. »

 

 

Elle le remercia et, d'un signe de tête, les invita à marcher avec elle jusqu'à leur prochain cours. Elle s'entendait bien avec eux mais ça n'avait pas toujours été le cas. Il y avait eu des années où la cohabitation avait été compliquée. Elle était arrivée à Poudlard en étant impressionnée par tout ce qu'elle voyait, trop extasiée pour oser dire un mot plus haut que l'autre, l'opposé parfait des quatre garçons turbulents avec lesquels elle avait été envoyée à Gryffondor.

 

Ils l'avaient exaspérée pendant cinq ans avant que, sans qu'elle ne sache si ils s'étaient calmés ou si elle s'était dissipée, elle ne se retrouve à traîner avec eux presque un jour sur deux. Elle supposait que c'était parce qu'elle se sentait à l'aise dans le monde de la magie maintenant contrairement à avant, et qu'ils avaient tous un peu mûri en chemin.

 

 

« Je suis curieuse de savoir quels maraudeurs tu penses que je n'ai pas à mes pieds. Je veux dire, tu étais penché devant moi il y a trente secondes, et James... On sait tous dans quelle moitié se trouve James, compléta t-elle, les faisant glousser. Quant à toi, Rémus... Tu m'apportes de la soupe dans mon dortoir quand je suis malade et...

- Peter accourt dès qu'il entend une rumeur sur une possible infraction au règlement, termina le lycanthrope en roulant les yeux.

- Alors...

- Très bien, très bien, tu as tous les maraudeurs à tes pieds, admit Sirius avant de jeter un regard dépité vers les deux autres qui avaient l'air d'accepter leur sort.

- Où est James, d'ailleurs ? osa t-elle demander au détour d'un couloir.

- Pourquoi ? l'interrogea Peter avec une étincelle de malice dans le regard.

- Est-ce qu'il te manque, Lily ? ajouta Sirius de la même façon.

- Ne t'inquiètes pas, il a juste oublié son manuel de sortilèges dans notre dortoir. Il n'a pas l'intention te priver de sa vision pendant une heure, déclara Rémus sur un ton intelligent qui la fit grommeler.

- Vous n'êtes qu'une bande de crétins et si Alice n'était pas encore en train d'enfoncer sa langue dans la bouche de Frank, je vous planterais ici. »

 

 

A quelques mètres d'eux, leurs camarades étaient en train de s'embrasser à pleine bouche juste devant la bibliothèque. Sirius poussa un sifflement sonore lorsqu'ils les dépassèrent et Frank lui adressa un doigt d'honneur sans cesser une seconde ses activités, faisant glousser les quatre amis qui se dirigeaient vers le cours de Sortilèges.

 

 

« Comment va Marlène ? demanda Peter.

- Quand je suis passée la voir ce matin, elle m'a dit qu'elle devrait sortir demain. C'était une méchante blessure, mais elle va s'en remettre, lui répondit Lily en lui adressant un sourire rassurant.

- James se fait beaucoup de soucis à propos de ce qu'il s'est passé, lui apprit Rémus.

- Marlène lui a déjà dit qu'il n'avait pas à s'en faire, répondit Lily. Ce n'était pas de sa faute.

- Il hésite à renoncer à son poste de capitaine, ajouta Peter en grimaçant.

- Oh tu plaisantes, j'espère ?! s'exclama Lily en arrêtant de marcher pour lui jeter un regard incrédule.

- Tu le connais, Evans. Il faut toujours qu'il ramène tout à lui, plaisanta légèrement Sirius.

- Sans compter qu'il est persuadé que tu lui en veux.

- Pourquoi est-ce que je lui en voudrais ? les questionna t-elle d'une voix un peu forte.

- Parce que Marlène est ta meilleure amie, qu'ils auraient dû rentrer tous les deux, et que... Tu sais... Il a... Échangé des mots avec Rogue, bredouilla Peter.

- Oh moi aussi, j'aurais échangé des mots avec Rogue si j'avais été là, leur affirma t-elle. »

 

 

La colère qu'elle avait ressenti quand elle avait appris qu'Avery, Mulciber, et Rogue avaient attrapé Marlène après l'entraînement de quidditch était en train de revenir s'insinuer en elle. L'équipe rejoignait habituellement la tour Gryffondor tous ensemble, mais ce soir là, James et Marlène avaient traîné un peu plus longtemps que les autres.

 

Ils avaient discuté un long moment en rangeant les balles et, quand elle lui avait demandé s'il rentrait avec elle, il avait refusé. Il voulait encore s'essayer à quelques figures donc il l'avait finalement laissée repartir seule. Il n'était redescendu qu'une vingtaine de minutes plus tard et avait retrouvé les trois Serpentards au milieu du couloir du cinquième étage, devant Marlène McKinnon, gémissant en bas des escaliers menant au sixième étage.

 

Dès qu'ils l'avaient vu se rapprocher, Mulciber et Avery avaient déguerpi bien vite. Rogue était resté, baguette levée dans sa direction, et il avait jeté le premier sort. James l'avait paré et s'était empressé de rejoindre la jeune femme qui tentait tant bien que mal de lui expliquer ce qu'il venait de se passer.

 

Elle lui avait raconté qu'Avery lui avait fait un croche-pied, Rogue avait rétorqué que c'était un accident, James lui avait dit d'aller expliquer cela au professeur McGonagall, ce à quoi le serpentard avait répondu par un petit rire ironique en lui tournant le dos, se dirigeant vers la direction opposée. James lui avait vicieusement crié qu'il ne fallait pas qu'il s'étonne que Lily ne veuille plus lui parler, avec un tel comportement de lâche, et les sorts avaient commencé à fuser dans toutes les directions jusqu'à ce que la directrice de la maison n'arrive pour les séparer.

 

 

« Il suffirait que tu acceptes de le bécoter pour qu'il se sente un peu mieux, tenta Sirius qui s'attira un regard consterné de la préfète-en-chef qui marchait à côté de lui.

- Si tu es tant obsédé par l'idée, pourquoi est-ce que tu ne le fais pas, toi ? répliqua t-elle en arquant un sourcil avant de pousser la porte de la salle de classe. »

 

 

Elle s'installa à la table qu'elle partageait habituellement avec Marlène vers le fond de la salle et se pencha pour sortir ses affaires alors que les trois garçons passaient devant elle pour aller s'asseoir en milieu de rangée. Elle pouvait à peine voir la touffe de cheveux blancs du professeur Flitwick dépasser de son bureau de là où elle se tenait, mais la leçon du jour était toutefois