Périlleuse reconnaissance by Pikenikdouille
Summary:

Une mission pour l'ordre. Deux couples, un binôme... Suivez donc Fleur et Tonks dans les déroutants méandres du Département des Mystères !

Attention, le véritable mystère n'est peut-être pas où on l'attend !


Categories: Résistance, Autres fics HP Characters: Ordre du Phénix
Genres: Aventure/Action
Langue: Français
Warnings: Lemon soft
Challenges: Aucun
Series: Echange de Noël 2020
Chapters: 3 Completed: Oui Word count: 6783 Read: 835 Published: 01/01/2021 Updated: 13/02/2021
Story Notes:

Je vous propose de lire le cadeau d'Eanna que j'ai écrit pour l'Echange de Noël 2020 !

C'était la première fois que je participais à l'échange et j'ai trouvé l'expérience vraiment géniale ! J'ai eu énormément de plaisir à écrire pour quelqu'un; plaisir qui n'a fait que croitre lorsque j'ai ensuite échangé avec mon adorable enfant-sage, Eanna !

Merci à elle pour ses encouragements à publier le texte !

1. Partie I by Pikenikdouille

2. Partie II by Pikenikdouille

3. Partie III by Pikenikdouille

Partie I by Pikenikdouille
Author's Notes:

Je pense publier cette fanfiction en trois parties... Voici la première !

Bonne lecture,

N’importe qui aurait pu le dire : il suffisait d’ouvrir les yeux pour saisir le contraste entre les deux jeunes couples de la tablée…

Fleur et Bill crevaient l’écran sans le moindre effort. La française éblouissait par sa beauté, son port de tête altier, la délicatesse de ses gestes et l’anglais académique, impeccable, dont elle distillait les mots d’une voix fluette, pianotant sans fausse note sur la gamme des intonations cordiales…

C’était tout ça certainement, et un petit autre chose, qui avait plu à Bill Weasley. Pourtant, le jeune homme, iconique à sa manière, paraissait plus proche des gens simples que des personnes trop sophistiquées. Parmi ses camarades préférés figuraient d’ailleurs en bonne place Tonks, la plus fantasque mais aussi la plus accessible des membres de l’Ordre du Phenix. La métamorphomage avait de toute façon le don de s’attirer la sympathie des individus les plus sinistres ! Même Fol Œil avait fini par la prendre sous son aile… Mais celui qui avait véritablement craqué pour elle, jour après jour, réunion après réunion, n’était autre que le discret et laconique Remus Lupin. Aussi terne et grisâtre que Tonks était colorée ! Ils avaient l’air de deux figures antonymes qu’on associe dans un jeu des contraires là où, justement, Bill et Fleur auraient été deux illustrations de la même qualité.

              « Remus, tu restes diner… ? proposa astucieusement Mrs Weasley. »

Remus lança un regard dérobé à Tonks qui haussa les épaules d’un air distrait. Au même moment, une voix pointue mais mesurée se fit entendre :

              « Je vais aider ta mère à préparer le repas… annonça cérémonieusement Fleur à Bill qui la tenait depuis un moment par la taille. »

Devant cette scène, Ginny se cacha à peine pour faire semblant de vomir par-dessus l’escalier qu’elle était la première à redescendre, provoquant l’hilarité de Fred, George et Harry qui la suivaient !

 

Les jeunes gens avaient espéré entendre quelques bribes des échanges de l’Ordre mais les oreilles à rallonge n’avaient capté que les mots binôme, compliqué, risque, terrible et silence absolu… Rien de très original pour une société secrète ! A présent, toute trace de la réunion disparaissait sous les yeux des ados tandis que chacun se préparer à partir ou s’installer au contraire dans la salle à manger du Terrier.

A leur habitude, Ginny, Hermione et Harry rejoignirent la cuisine pour aider. Un éclat de voix les accueillit :

              « Inutile de rester là ! grommelait Molly en arrachant une casserole des mains immaculées de Fleur. Tonks va me donner un petit coup de baguette, n’est-ce pas ? »

Tonks, qui traînait sans but dans le couloir, sursauta et fit valser le portemanteau.

              « Bien sûr Molly, je ramasse ça et j’arrive ! »

Lorsqu’elle se redressa, Tonks tomba nez à nez avec Fleur dont les yeux lançaient à présent de drôles d’éclairs… L’échange de regards ne dura qu’un instant. Pourtant, le malaise qui en résulta donna aux secondes suivantes une épaisseur particulière… C’était comme si, sans se parler, elles partageaient au même instant la même pensée. Ce lien nouveau, c’était la conscience d’être désormais unies par un pacte de protection mutuelle, au-delà de toutes leurs différences ! C’était la certitude inébranlable que chacune d’elles aurait préféré choisir une autre partenaire mais que, le sort en étant jeté, elles iraient jusqu’au bout. Pour accomplir leur engagement, pour se secourir et se protéger, pour se battre et s’en sortir. Ensemble.

 

1.       Une mission en binôme

Le dîner qui suivait les réunions de l’Ordre avait coutume d’être particulièrement débridé ! La tension accumulée lors des échanges engageait les participants à une détente complète et décomplexée ! Même Remus s’accordait de francs sourires lorsque Sirius taquinait Molly ou les jeunes gens redescendus après la fin de la réunion de l’Ordre. Mais lorsque Tonks se lançait à son tour dans la débâcle humoristique, les rires se multipliaient et Remus, en la regardant, éprouvait un mélange d’adrénaline, de désir, de fascination et de tendresse… Bill se tenait les côtes et en arrivait parfois à donner de petits coups de coude à Fleur pour l’encourager à prendre part à la rigolade générale.

Cependant, la jeune française se déridait à peine et Tonks s’en rendait bien compte ! La bouche de Fleur se froissait un bref instant, ses lèvres s’étiraient pour finir mordues par le sourire un peu hautain de ses dents blanches. Mais la plupart du temps, elle n’avait qu’un soupir indulgent et reportait rapidement son attention sur quelque chose de plus sérieux. Ce soir-là particulièrement, Fleur ne prêta pas une oreille aux plaisanteries, trop préoccupée par sa nouvelle mission.

Au milieu du dîner, la française se pencha pour chuchoter quelque chose à son petit-ami et se leva. Elle avait repoussé ses couverts depuis plusieurs minutes et attendait visiblement le bon moment pour s’éclipser. S’excusant auprès de Mrs Weasley et des convives, elle déclara qu’elle n’avait pas faim et qu’elle préférait aller se coucher.

Après le dessert, Remus ne tarda pas à se lever lui aussi et il piétina un moment dans l’entrée du Terrier, semblant attendre quelque chose. Il fallut que Bill envoie à Tonks un regard éloquent qui n’échappa à personne pour que cette-dernière réalise que Lupin espérait une entrevue privée avec elle !

Subitement tendue, Tonks s’avança néanmoins bravement vers la porte de la maison. Mrs Weasley prit soin de tirer la porte du vestibule et de pousser toute l’assemblée au salon, pour plus de discrétion…

 

              « …c’était une bonne soirée, commenta Remus, le regard vissé au sol.

              — Oui, le dîner était délicieux ! fit maladroitement Tonks. »

Et voilà ! Comme d’habitude, ils ne savaient déjà plus quoi se dire ! Remus commença à frotter ses mains l’une contre l’autre, la tête de plus en plus enfoncée dans les épaules, tandis que Tonks se balançait d’avant en arrière dans ses bottines orange vif.

              « Que penses-tu de ta mission ? demanda alors Remus, anéantissant par là même tout le potentiel romantique de la situation. »

Tonks le considéra une seconde avec attendrissement, mais alors qu’elle se souvenait de la question qu’il lui avait posée, un soupir de lassitude s’échappa de sa gorge :

              « Oh… je ne sais pas… »

Elle aurait voulu penser à tout autre chose. Elle aurait voulu qu’ils parlent de la beauté des nuits d’été, du plaisir qu’elle avait à le croiser chez les Weasley ou chez Sirius, des regards qu’ils avaient pris l’habitude d’échanger et qui finissaient toujours par les faire rougir… Plus que de toute autre chose, Tonks aurait voulu que Remus l’embrasse comme il avait failli le faire une semaine plus tôt, après un verre de Whisky pur feu un peu trop généreux…

Mais Remus était sûrement l’homme le plus raisonnable et le plus sérieux de tout le monde sorcier ! Il ne semblait pas décidé à tenter quoi que ce soit sans y avoir été expressément invité. Malheureusement, Tonks n’avait jamais le temps d’en arriver aux demandes explicites : le loup-garou brandissait systématiquement des sujets de conversation sans intérêt, comme s’il redoutait qu’un silence gênant ne s’installe ! Exactement comme il venait de le faire en évoquant la mission confiée un peu plus tôt dans la soirée à Tonks et Fleur…

              « Fleur… hésita la jeune femme. Fleur a l’air un peu… »

Elle se livra à une imitation très réussie du petit air contrarié qu’avait pris la française lors de l’annonce de sa partenaire de mission. Remus releva les yeux, intrigué.

              « Elle est tellement coincée ! ajouta Tonks. Tu vois ce que je veux dire ?

              — Non… avoua-t-il.

              — Eh bien tu sais quoi : ça ne m’étonne pas… marmonna Tonks pour elle-même. »

Oui, s’il y avait une seule fichue personne qui ne pouvait pas trouver qui que ce soit coincé, c’était Remus Lupin ! Il l’était bien trop lui-même ! Mais au grand désarroi de Tonks, ça le rendait très attirant. En tout cas, la métamorphomage se sentit fondre au moment où, comprenant l’allusion, Remus grimaça d’un air coupable :

              « Tout le monde n’est pas aussi à l’aise que toi, tu sais… dit-il en terminant d’enfiler sa cape, Pour ce qui est de Fleur, donne-lui une chance. Parfois, les mauvaises impressions cachent de belles surprises… »

Partie II by Pikenikdouille

 

La semaine s’écoula sans que Fleur ne puisse se sortir de la tête la mission que l’Ordre lui avait confiée. L’espionnage, ce n’était vraiment pas son truc ! Chaque jour, elle passait de longs moments à étudier les plans subtilisés par Rogue qui représentaient un dédale de salles plus énigmatiques les unes que les autres... Elle s’enfermait alors dans la chambre de Bill qui essayait sans grand succès de la distraire. La plupart du temps, il prétendait avoir oublié sa baguette magique sur la table de chevet et profitait de l’intrusion pour s’allonger sur le lit et lancer à sa fiancée de longs regards alanguis…

              « Laisse-moi, Bill… insista Fleur au bout d’une énième tentative d’approche de la part du jeune homme.

              — …tu prends peut-être cette mission un peu trop au sérieux, suggéra-t-il, la mine renfrognée. »

Fleur leva ses sourcils délicats et se détourna un bref instant du parchemin étendu sur le bureau. L’impatience lui faisait toujours une adorable fossette sur la joue droite.

              « Tu penses vraiment ce que tu dis ? Tu sais à quel point ça pourrait être dangereux pour Nymphadora et moi, si nous ne sommes pas bien préparées ? »

Bill secoua la tête pour s’arracher à son désir de plus en plus oppressant :

              « Hum… Mais…

              — Nous n’aurons pas le droit à l’erreur, Bill ! Nous devons connaître ce plan par cœur !

              — Oui, oui… se résigna-t-il »

Mais plus les jours passaient, plus ce nous ; qu’invoquaient maintenant de concert Fleur et Tonks pour parler de leur binôme, le mettait mal à l’aise. Nous, c’était lui et Fleur ! Ça ne pouvait être personne d’autre ! Bill se leva finalement sans chercher à dissimuler sa mauvaise humeur qui ne fit que s’accroître lorsqu’il constata que sa petite-amie s’était déjà remise au travail sans lui accorder un regard.

Fleur avait été la première surprise en apprenant que Dumbledore lui-même avait suggéré que ce soit elle et Nymphadora Tonks qui mènent à bien la mission. Elles ne se connaissaient presque pas, elles n’étaient pas les plus expérimentées ni les plus habiles des agents secrets… Mais il s’avérait que beaucoup des membres de l’Ordre risquaient de ne pas passer inaperçus au Ministère de la magie et les autres, plus anonymes, devaient travailler au moment de l’opération. De plus, Tonks avait tendance à se balader dans les couloirs du Ministère et sa position d’auror lui donnait de toute façon le droit de le faire. Elle connaissait aussi le fonctionnement général des lieux. Fleur quant à elle n’avait pas encore de travail. Elle n’aurait ainsi à signaler son absence à aucun employeur, contrairement à Bill par exemple…

La française avait beau avoir grandi au pays de Nicolas Flamel, elle avait souvent entendu les choses les plus extravagantes au sujet du mystérieux Département des Mystères de Londres… Ca ne l’avait jamais beaucoup intéressée, mais elle avait néanmoins conscience que c’était un endroit nimbé de secret et de nombreux périls ! A mesure que le moment de s’y infiltrer approchait, Fleur regrettait toutes ces fois où elle n’avait pas voulu prêter l’oreille aux légendes effrayantes qu’on racontait sur le Département et ses employés, les célèbres langues-de-plomb…

Lorsque Rogue passa au Terrier, la veille du jour J, il monta sans délai l’escalier vers la chambre où Bill traînait sa peine tandis que Fleur relisait patiemment ses notes.

              « Voilà, murmura-t-il de son habituelle voix glaciale »

Il déposa sur le bureau une petite gourde opaque. Puis, glissant une main pâle sous un pan de sa cape, il s’empara d’un petit tube de verre soigneusement fermé par un bouchon de liège :

            « Et…ceci, siffla-t-il sur le même ton, prenant un plaisir évident à agir et parler très lentement. Vous l’ajouterez au dernier moment…

            — Merci… répliqua Fleur avec impatience »

Rogue était sur le point de distiller une liste d’explications et de conseils d’utilisation à la même agaçante allure, mais Fleur le devança. Elle savait exactement comment elle devait s’y prendre, merci, il pouvait s’en aller ! Elle avait encore beaucoup de travail !

 

1.       En route pour le niveau sept

« Comment tu te sens ? »

La question prit Fleur de court. Angoissée, tendue, fébrile. Voilà ce qu’elle aurait pu répondre. Mais ce n’était plus le moment de douter.

              « Ça ira, affirma-t-elle en évitant de croiser le regard de son interlocutrice. »

Le visage serein, presque lumineux de Nymphadora ne la rassurait pas. A quelques minutes du départ, on aurait dit qu’elle allait gentiment faire des emplettes chez Madame Guipur !

              « Tu as ta baguette ? fit Tonks d’un ton dégagé mais avec le plus grand sérieux. »

Fleur suspendit son mouvement, s’arrêta et écarquilla les yeux !

              « Tu plaisantes, Nymphadora ?! »

Comment pouvait-elle imaginer que Fleur oublierait sa baguette magique à un moment aussi périlleux ?!

              « Simple vérification : on oublie rarement les choses secondaires, toujours les plus évidentes, indiqua-t-elle. Et ne m’appelle pas Nymphadora ! »

Comme elles arrivaient devant la porte des toilettes publiques ; l’entrée du personnel, Fleur s’abstint de commentaire. Mais elle sentit que ses muscles se crispaient sous l’agacement ! Depuis le début des préparatifs, Tonks se comportait en leader, en cheffe même ! Elle la traitait au choix comme une petite écervelée ou comme un objet fragile et un peu encombrant qu’il fallait faire attention de ramener en bon état à la maison ! C’était insupportable !

              « Nous y voilà, déclara l’auror en désignant les cabines de toilettes. »

Elle posa une main ferme et rassurante sur le bras de Fleur et lui fit la promesse, les yeux dans les yeux, que tout irait bien :

              « Je me suis sortie de sacrées bombabouses dans ma carrière, tu peux me croire ! ajouta-t-elle. Si les choses tournent mal, je te protègerai ! »

Fleur allait répliquer qu’elle n’en demandait pas tant ! Et qu’elle s’était elle-même sortie du tournoi des Trois Sorciers indemne ! Mais son interlocutrice était déjà entrée dans une cabine et venait de grimper dans la cuvette. Fleur grimaça et son cœur se mit à battre plus vite dans sa poitrine. Elle sortit la petite gourde de sa poche et vida un sac qu’elle tenait sur l’épaule contenant des vêtements élégants d’homme. Avant de monter à son tour dans la cuvette de la cabine voisine, elle déboucha la gourde. A l’intérieur, un liquide épais comme de la soupe de pois glougloutait de manière peu ragoûtante…

              « Quand tu seras prête, lança Tonks de l’autre côté de la cloison, tire la chasse… Tu verras, c’est plutôt amusant. Je passe devant. Tu me retrouves près de la fontaine, en face de la statue du gobelin… »

Il y eut un petit cliquetis et le bruit reconnaissable d’une déferlante liquide qui plongeait dans un goulot.

Fleur réprima une grimace. Elle ferma la porte de sa cabine, et retira de son sac le flacon en verre que Rogue n’avait pas omis de lui donner. A l’intérieur, un cheveu de quelques centimètres se tortillait sur lui-même. Après l’avoir ajouté à la mixture de la gourde, Fleur se boucha le nez et en avala le contenu. Aussitôt, une vague de nausée monta en elle et elle ne tarda pas à ressentir les symptômes désagréables dont lui avaient parlé Bill et Fol œil. Son corps s’allongea. Ses mains lui parurent soudain énormes, sans parler des pieds qu’elle ne préférait pas regarder tant sa nouvelle taille (allongée d’une seconde à l’autre de plusieurs centimètres) lui donnait le vertige ! C’était donc ça, le polynectar ?! Contrairement à ce qu’elle aurait cru, elle n’eut aucune envie de jeter un œil à son reflet dans la glace. Elle préférait ne même pas faire attention à ce corps d’homme qui était devenu le sien et se pressa d’enfiler les vêtements de Kingsley… Kingsley qui avait été choisi pour glisser ses cheveux dans la potion préparé par Rogue, le meilleur dans ce domaine. Fleur eut seulement le temps de remarquer que son avatar devait vraiment flotter dans son pantalon et que les manches de sa veste dépassaient de ses poignets ! Elle nota mentalement de dire à Kinsgley de renouveler sa garde-robe, quand tout ça serait fini ! Dans l’immédiat, il ne fallait pas perdre de temps en considérations esthétiques ! Le décompte était enclenché. Fleur grimpa dans la cuvette, ferma les yeux et évita soigneusement de penser à ce qu’elle faisait en tirant sur la cordelette suspendue près d’elle…

              Tonks lisait paisiblement la gazette du sorcier, plantée devant la majestueuse fontaine de l’atrium du Ministère, juste à côté de la statue du gobelin, lorsqu’elle aperçut… Remus ?!

Son amoureux transi, qui était censé se trouver chez Sirius au moment de la mission, scrutait les environs avec de petits gestes incertains qui donnaient l’impression troublante qu’un sorcier complètement dérangé le tenait sous imperium ! Lorsqu’il aperçut Tonks, il eut soudainement l’air soulagé et s’avança d’un pas assuré et raide à la fois.

              « Remus ?! Mais…qu’est-ce que tu fais là ?! bredouilla Tonks en cherchant toujours Kingsley, alias Fleur, qui aurait dû déjà se trouver là.

              — Remus ? fit son interlocuteur en se retournant. Où ça ? »

C’était la voix de Fleur Delacour dans le corps de Lupin ! Tonks ne comprenait plus rien !

La jeune française jeta un œil alentour : pas de trace d’un quelconque Remus. Mais en interrogeant de nouveau Tonks du regard, elle aperçut son propre-reflet dans l’eau de la fontaine…

Yeux gris, cheveux ternes, peau très pâle. C’était les traits de Remus Lupin !

              « Le poly…Le polynec…Le polynecta… balbutia-t-elle de sa voix fluette au subtile accent français.

              — Rogue a dû se tromper ! réalisa plus rapidement Tonks. Il a pris des cheveux de Remus pour travailler à une potion tue-loup plus stable il y quelques semaines ! Il a confondu les fioles, ce sombre crétin ! »

L’auror avait l’air très alarmée mais sa voix gardait étrangement quelque chose de froid. Le teint de Remus blêmit encore à l’instant où Fleur prenait conscience de l’ampleur du problème :

              « Mais on a choisi Kingsley pour que je passe inaperçu ! Remus n’a rien à faire là… Si on me voit… Tonks ? »

En effet, c’était parce qu’il était employé ici que Kingsley avait paru le meilleur candidat pour prêter son apparence à Fleur le temps de la mission. Il se cloitrait en ce moment-même dans un bureau et personne ne serait surpris de voir ce-qui-semblait-être-lui déambuler dans les couloirs qu’il empruntait chaque jour.

              « C’est sûr que ça complique les choses… résonna à haute-voix Tonks, sans pour autant se laisser gagner par la panique. »

Fleur plaqua la main sur sa bouche, le regard horrifié, mais elle la retira immédiatement en trouvant sous sa paume le contact étranger de la moustache de Remus !

              « Trop tard pour reculer ! trancha alors Tonks comme elle l’aurait fait lors d’une intervention aurorale. On ne change rien au plan. Si quelqu’un te demande quelque chose, dis simplement que tu m’accompagnes à un rendez-vous. »

 

2.      Drôle de couple

Mais personne ne demanda de compte à Tonks, ni à l’homme qui l’accompagnait. Fleur se contentait de se taire mais elle était prête à sortir son timbre le plus grave si elle était forcée de parler.

Parvenues au dernier étage sous le Ministère, Fleur et Tonks se consultèrent du regard. La seule personne qui n’était pas encore descendue de l’ascenseur ; un homme dégarni d’apparence sinistre, franchit les portes sans un mot.

              « Bonne journée, lança gaiment Tonks et elle retint Fleur qui s’apprêtait à sortir à sa suite.

              — …attend qu’il s’éloigne, lui glissa-t-elle à l’oreille. »

Les portes se refermèrent et Tonks sortit sa baguette pour lancer sans le moindre avertissement un depulso ! Le sort frappa la paroi la plus proche de l’ascenseur et rebondit en secouant la cabine dans un grand fracas ! Fleur poussa un cri de surprise tandis que l’ascenseur émettait une série de grondements suspects.

              « …ça les bloque à chaque fois, expliqua Tonks en tapotant la paroi la plus proche, l’air ravie du résultat.

              — Tu es complètement folle ! aboya la française. Pourquoi tu as fait ça ?! Comment on va sortir, maintenant ?! »

Mais Tonks s’efforça de la calmer. Il valait mieux laisser à l’employé du Département des mystères qui venait de sortir le temps de regagner son bureau. Personne n’était censé se trouver dans ces couloirs s’il n’y était pas convoqué. Elles devaient s’arranger pour ne croiser personne.

Fleur se rappela en effet les avertissements à ce sujet, notamment de la part d’Arthur et de Fol Œil. Elle hocha la tête mais sa contrariété s’installa durablement.

              « Profitons-en pour répéter la suite du plan… suggéra-t-elle, davantage pour garder la face que par véritable désir. »

A cet instant, elle constata que Tonks posait sur elle un regard attendri…

              « Tu es tellement sérieux… souffla l’auror en lui caressant la joue, manifestement trompée par l’effet du polynectar. »

Elle ne voyait plus que Remus, son visage gris et adorable, sa bouche finement dessinée…

Fleur tressaillit. Elle perçut l’afflux de sang qui montait parfois jusqu’aux pommettes de Remus et qui lui brulait à présent les joues. Elle était en train de rougir… Tonks, d’ailleurs, la regardait de plus en plus intensément, comme si cette démonstration de sensibilité et d’émotion la remplissait d’un amour pressant. Un amour qui ne demandait qu’à s’exprimer. Tonks n’avait plus du tout l’air de se souvenir qu’elle n’avait pas le véritable Remus en face d’elle, et elle s’approchait lentement, sans sembler s’en rendre compte…

A l’instant où le contact visuel allait s’interrompre au profit d’une étreinte, Fleur recula jusqu’à sentir la paroi du fond arrêter son mouvement :

              « Gardons les idées claires, d’accord ? hoqueta-t-elle »

Tonks suspendit son mouvement mais ne parut ni surprise, ni déçue d’entendre la voix de Fleur plutôt que celle de Remus. Elle se contenta de sourire. Au fond, c’était grâce à la présence sous-jacente de Fleur qu’elle se sentait soudainement si audacieuse… Mais la priorité, c’était la mission !

              « Tu as raison, se rappela-t-elle. Le plan ! »

Il s’agissait d’explorer le Département de manière à établir s’il s’agissait bien du lieu représenté sur le document que Rogue était parvenu à se procurer… C’était Dumbledore qui avait fait cette hypothèse, mais il n’était plus totalement au fait de ce à quoi pouvait ressembler le Département des mystères aujourd’hui. De plus, s’il s’avérait que c’était bien de cet endroit qu’il s’agissait, il serait indispensable d’observer les lieux pour tenter de découvrir la raison pour laquelle Voldemort s’y intéressait ! Peut-être était-ce par simple curiosité, mais peut-être y avait-il au contraire un enjeu essentiel dans cette démarche ! Désirait-il se rendre sur place ? Dans quel but ?

              « Allons-y… proposa enfin Tonks en agitant sa baguette. »

La cabine d’ascenseur vibra et les portes s’ouvrirent sur un couloir sombre.            

3.

Partie III by Pikenikdouille
Author's Notes:

Coucou à vous,

Bon, j'ai vraiment honte pour le retard de postage et, eh bien, j'espère que cette dernière partie vous apportera en tout cas un peu de plaisir de lecture !!

Voici donc sans plus tarder la suite/fin de cette fanfiction ! Bonne lecture !

 

Les deux jeunes femmes avancèrent en restant sur leurs gardes. Une porte lisse et noire, fermée, se dessina devant elles, et Tonks n’attendit pas une seconde pour la pousser ! Fleur se décala sur sa droite pour avoir le champ libre si elle devait neutraliser une éventuelle menace tapie dans la pièce… Mais elles découvrirent au contraire une salle vide, vaste, circulaire et garnie de multiples portes identiques.

Tonks réprima un petit frisson. L’atmosphère était glaçante : le marbre au sol, impeccable, les flammes bleues des torches qui éclairaient la pièce… Un faible courant d’air leur caressa le dos tandis que la porte derrière elles se refermait. Soudain, les portes devinrent floues, emportées dans une rotation dont le centre de gravité semblait être les deux intruses, sidérées au milieu de la pièce !

              « Qu’est-ce qui se passe ?! sursauta Fleur. »

A peine achevait-elle sa question que tout s’était arrêté ! La série de portes, indiscernables les unes aux autres, les entouraient de nouveau dans l’immobilité la plus totale. Il n’était pas difficile de comprendre à quoi servait cet enchantement : impossible à présent de savoir par où elles étaient arrivées !

              « Les ennuis commencent… constata Tonks, toujours imperturbable. »

Fleur aurait juré que son cœur s’emballerait dans sa poitrine. Mais, peut-être parce que c’était le cœur et la poitrine de Remus, elle sentit au contraire les battements réguliers maintenir un rythme calme. C’était donc comme ça que Remus ressentait les choses ?! Pas étonnant qu’il soit aussi long à aborder Nymphadora ! Mais Fleur avait d’autres problèmes que la sensibilité du loup-garou et elle baissa légèrement les paupières pour se concentrer sur les souvenirs du plan qu’elle avait si assidument étudié…

Tonks s’efforça de ne pas meubler l’insoutenable silence. Elle observait ce tableau parfait : le visage sérieux et concentré de Remus plongé en pleine réflexion… Elle reconnaissait les traits qui lui avaient plu immédiatement. Et en même temps, il y avait autre chose : plus de délicatesse dans les expressions du visage, une façon différente de plisser les lèvres, de laisser deviner ses émotions… Elle dut admettre, ne fut-ce que pour elle-même, qu’il lui plaisait encore plus comme ça !

              « D’après toi, c’est le même endroit que celui dessiné sur le parchemin ? fit la voix subtile de Fleur. »

Elle ferma cette fois les yeux et fronça les sourcils. Les formes du plan apparurent dans son esprit tandis que Tonks se concentrait à son tour avant de répondre :

              « Aucune idée… »

Fleur Delacour était une cérébrale. Elle posa un regard attentif sur chacune des portes et déclara qu’elle se souvenait d’un espace circulaire au bout d’un couloir, sur le parchemin volé. Ce devait être cette pièce :

              « Compte les portes, Nymphadora. »

Tonks grinça des dents à l’évocation de son prénom mais elle s’exécuta. A treize, l’auror se demanda si elle n’avait pas déjà compté la dernière porte et recommença l’opération après avoir pris soin de marqué la première porte d’un R flamboyant.

              « Douze, déclara-t-elle enfin. »

Fleur étira un demi-sourire sous la moustache de Remus. Il y avait bien douze « entrées » sur le plan qu’elle avait appris par cœur.

              « C’est peut-être une coïncidence… intervint Tonks. A mon avis, l’Ordre voudrait qu’on en ait le cœur net. Et pour ça, il faut qu’on récolte d’autres preuves que le plan correspond bien au Département des Mystères… »

Fleur aurait préféré se contenter de cette unique information. En cet instant, sa plus grande crainte était surtout d’être découverte par une langue-de-plomb, un des employés qui se livraient ici à on ne savait pas trop quoi… Mais au fond, elle soupçonnait qu’il y avait de bien plus grands dangers derrière chacune de ces portes !

Pourtant, Tonks se dirigeait déjà vers la plus proche :

              « Essayons celle-ci… »

Puis, devant la mine déconfite de sa compagne, elle ajouta :

              « Qui sait, ce sera peut-être celle par laquelle on est arrivées ! »

 

Il n’en fut rien ! La déambulation entre les portes dura vingt bonnes minutes… Fleur se contentait surtout de trottiner à la suite de Tonks qui avançait quant à elle résolument, baguette brandie, ouvrant une porte puis l’autre. Chaque fois qu’elles revenaient en arrière, la même déroutante rotation des portes floutait leurs repères. Elles ne croisèrent pas âme qui vive dans les salles étranges auxquelles elles accédaient. Il y avait là des cerveaux, ici des globes et des planètes…

Mais au bout de la troisième tentative, elles découvrirent un niffleur à l’air avide mais égaré…

              « Il ne devrait pas être ici, remarqua Tonks.

              — Nous non plus ! répliqua Fleur en notant dans un petit carnet ce qu’elle observait autour d’elle. C’est un endroit vraiment bizarre : tu as vu cette arcade au fond de la pièce ! »

Tonks se pencha dans l’embrasure de la porte qui s’ouvrait sur une salle et y découvrit à son tour une arcade antique tendue d’un rideau du même âge qui avait l’air d’onduler sous une brise imperceptible…

              « …ça ne me plait pas du tout, avoua-t-elle. Mais ça pourrait être la grande salle dessinée sur le parchemin de l’Ordre. Celle où il y avait la lettre M et une grande croix… »

Fleur acquiesça et nota les informations à la hâte. Elle était sur le point de s’étonner de n’avoir encore vu personne dans les parages lorsque des bruits de conversation se firent entendre !

Fleur et Tonks échangèrent un regard alarmé ! Les voix semblaient venir du fond de la salle, au-delà du rideau ondulant…

              « Vite ! lança Tonks en tirant Fleur par le bras pour l’entraîner en arrière. »

Fleur agrippa in extremis la patte du niffleur que son bon cœur empêchait d’abandonner là à son triste sort et se sentit emportée par l’élan de son amie.

Toutes deux coururent à bride abattue vers les douze portes, en ouvrirent une au hasard, apercevant à peine le R toujours illuminé, et purent reprendre leur souffle. Fleur eut seulement le temps de lancer sur la porte ouverte à la volée un B enchanté, aussi lumineux que le R de Tonks, avant d’atterrir sur le sol glacial !

L’endroit où elles se trouvaient à présent était bizarrement encombré en comparaison de ce qu’elles avaient pu observer jusque-là… De nombreux objets y étaient entreposés sur des étagères et dans des armoires. Une cloche de verre laissait également voir un étrange spectacle : le déroulé incessant et accéléré, cyclique, de la vie d’un petit oiseau, depuis l’œuf dont la coquille craquelait pour éclore jusqu’au dernier vol de l’animal…

En notant ce qu’elle voyait dans son carnet, Fleur remarqua une saisissante convergence :

              « Le temps… Des horloges, des pendules, des montres… Regarde ! »

Tonks regarda une nouvelle fois l’oiseau mourir et renaître :

              « Hum, ce doit être pour ça qu’il y a un petit sablier sur le plan… »

Fleur se souvint alors d’avoir observé sans comprendre sur le parchemin un petit sablier au centre d’un carré qui avait l’air de symboliser une des pièces du lieu. Mais l’évocation du temps la rappela soudainement à la réalité de sa situation :

              « Ecoute, si c’était les langues-de-plomb que nous avons entendus dans la salle de l’arcade, ils ne vont pas tarder à donner l’alerte. Il faut sortir immédiatement !

              — Je ne demande pas mieux ! »

De retour dans la salle aux douze portes, Fleur et Tonks se précipitèrent de concert sur la plus proche. Mais elle était verrouillée ! Aucun sort ne put l’ouvrir.

              « Je parie que c’était la sortie, gémit Fleur d’un air désespéré. On est prises au piège ! »

Pourtant, les murs se remirent à tourner et aucun garde, aucun agent de la sécurité magique n’arriva. Dans la panique et la précipitation, Fleur et Tonks essayèrent presque toutes les portes, retombant plusieurs fois sur la salle du temps et sur la porte verrouillée. Surtout sur cette insupportable porte verrouillée ! La pièce tournait. Elle ne faisait que ça ! Elle semblait avoir tourné une centaine de fois, pendant des heures, autour d’elles ! A chaque rotation, les deux sorcières avaient l’impression de voir s’évanouir l’espoir de s’en sortir et le peu de lucidité qui leur restait… De seconde en seconde, c’était aussi leur équilibre émotionnel qui vacillait. Au bout d’un moment, Fleur se demanda si tout compte fait, il ne serait pas préférable d’être découvertes par un employé et envoyées à Azkaban ! Au moins, ce manège infernal prendrait fin ! Elle avait le sentiment que la folie la guettait, là, dans cette salle sans angles et sans repères, tourbillonnant dans un balai incessant d’éléments indiscernables…

Le plus absurde, c’était de voir Tonks se redresser à chaque fois que l’immobilité revenait, et essayer d’ouvrir une porte qui restait infranchissable ou révélait un décor déjà connu ! Mais alors qu’elle répétait une énième fois son échec constant, Tonks aperçut le niffleur que Fleur avait gardé auprès d’elle depuis leur retour de la salle à l’arcade. La créature la considéra avec une expression curieuse, mais ne trouvant aucun bijou, aucun reflet doré, il se désintéressa d’elle.

              « Attend ! l’appela-t-elle. »

Le niffleur s’interrompit et leva sur elle un regard plein d’envie.

              « Là-haut, fit Tonks en pointant sa baguette vers le plafond de la salle aux douze portes, il y a de l’or ! Il y a une immense fontaine remplie de pièces d’or ! »

Fleur s’approcha, émerveillée par l’ingéniosité de sa camarade !

              « C’est vrai ! renchérit-elle en sortant d’une de ses poche un galion reluisant. Regarde, je te donnerai celui-ci, et tu en trouveras beaucoup d’autres si tu nous aides à retrouver le chemin de l’atrium ! Sers-toi de ton flair ! »

Le niffleur se dressa sur ses pattes arrières et leva deux petits yeux brillants vers les jeunes femmes. Puis tout à coup, son museau se mit à frémir et à remuer comme s’il agissait d’instinct ! La créature fit de petits bonds de gauche et de droite, reculant et tournant quelques instants au centre de la salle circulaire, mais il finit par s’immobiliser devant une des douze portes, semblant attendre ses deux camarades sorcières…

Tonks se chargea d’ouvrir la porte, incertaine mais pleine d’espoir et il lui sembla en effet reconnaître le couloir qui menait aux ascenseurs !

              « Fleur ! Nom d’un détraqueur, je crois que… »

Fleur s’était déjà précipitée et elle aperçut à son tour le couloir. Mais presque aussitôt, un éclair de lumière traversa la pénombre !

              « Qui est là ?! Identifiez-vous immédiatement ! »

C’était une voix d’homme, profonde et impitoyable. Une silhouette se dégagea alors, baguette brandie. Tonks opposa son corps à l’homme qui s’avançait, couvrant bravement la présence de Fleur :

              « Excusez-nous… lança-t-elle d’un ton à la fois badin et gêné. Mon petit-ami voulait me faire la surprise de venir me chercher au travail…

              — Qui êtes-vous ?! coupa farouchement l’employé du Ministère.

              — Tonks, fit la sorcière en brandissant sa carte du bureau des aurors. Je suis de la maison. »

L’homme s’approcha, consulta la carte et reporta son regard suspicieux sur Fleur qui avait toujours l’apparence de Remus, et qui s’efforçait de ne pas parler pour ne pas trahir sa couverture avec une voix de femme !

              « Hum… grogna l’homme. Et vous, vous avez réussi à confondre le niveau deux et le dernier étage… ? »

Fleur mima le sourire le plus penaud de son répertoire et baissa le nez. Il lui semblait que c’était précisément comme ça qu’aurait agi Remus Lupin.

              « C’est ma faute, en fait… bredouilla Tonks. On ne se connait que depuis une semaine. A notre premier rendez-vous, j’ai fait croire à Remus que j’étais une langue-de-plomb pour l’impressionner… »

L’homme leva un sourcil. Habituellement, le poste d’auror était considéré comme le plus prestigieux. Ainsi, qu’une auror elle-même se fasse passer pour une langue-de-plomb flattait son ego !

              « Bon, bon… grommela-t-il. Vous feriez mieux de sortir de là avant qu’un de mes collègues moins arrangeant que moi ne vous tombe dessus ! »

A ce moment-là, Fleur se souvint du niffleur qui les accompagnait ! Elle se pencha pour l’attraper en prétendant relacer ses chaussures et le glissa sous sa cape avant que sa présence ne fasse poser de nouvelles questions à leur sympathique interlocuteur.

Lorsque la porte de l’ascenseur se referma enfin sur elles, les deux sorcières poussèrent un long soupir de soulagement !

 

              « Tu penses que ça… ça veut dire qu’on a réussi ? hésita Fleur. »

Tonks fixa sur elle un regard que son interlocutrice n’avait jamais vu ! C’était comme si une force inconnue, une puissance chaude, douce et irrépressible entrait par tous les pores de sa peau… Elle ne se souvenait pas avoir ressenti ça, même avec Bill. Elle avait l’impression de flotter, d’être portée par le vent le plus bienveillant qui soit ! Un sourire étira ses lèvres, trop spontané pour qu’elle puisse le commander, le comprendre ou le réprimer.

A cet instant, Tonks s’approcha encore d’elle, s’empara de son visage et semblant oublier tout à fait que ce n’était pas vraiment Remus, elle attrapa sa bouche entre ses lèvres… Fleur ne fut pas seulement surprise par la démarche, elle fut surtout sidérée par le bien-être immédiat et intense qu’elle ressentait. Était-ce l’adrénaline accumulée, le soulagement soudain de s’en être sortie ? Ou était-ce ce que Remus éprouverait la première fois que Tonks l’embrasserait pour de bon ?! Elle ne pouvait pas le dire. Et elle n’avait aucune envie d’en décider maintenant ! Elle ne pensa pas à Bill, même pas furtivement. Elle ne pensa à rien qu’à ces lèvres douces, plus douces que les siennes, qui l’embrassaient…

Tonks ouvrit furtivement les yeux et retrouvant les traits de l’homme qu’elle aimait, les referma, rassurée. Pourtant, à mesure que le baiser se poursuivait, qu’elle glissait ses doigts le long de la nuque à la peau rugueuse, elle perçut un changement. La bouche contre la sienne s’affina, s’adoucit... La texture de la peau se modifia, devint plus veloutée, et une cascade de cheveux longs tomba tout à coup sur ses mains. C’était Fleur qu’elle étreignait à présent. Fleur. La véritable Fleur, de tout son corps féminin et parfait, de tout son regard bleu, de tout son sourire étincelant qu’elle ne tarda pas à lui adresser…

Leurs yeux se croisèrent un bref instant et, pragmatique, Tonks déclara :

              « Tu as repris ton apparence ordinaire.

              — Tu trouves que mon apparence est ordinaire… ? demanda Fleur avec une petite moue offensée. »

Il n’y avait pas d’enjeu suspendu à la réponse de Tonks… Mais Fleur s’aperçut qu’elle s’en inquiétait pourtant sincèrement. Tonks esquissa un sourire :

              « Je suis sûre que Bill te dit le contraire à longueur de journées ! »

La française ne répondit pas. Bill avait toujours vanté son physique de nymphe à grands renforts de superlatifs. Mais tout à coup, ça lui paraissait un peu dérisoire. De son côté, Tonks se demanda pourquoi Fleur avait soudain l’air si fatiguée et si perdue. Elle baissait les yeux et évitait son regard. L’ascenseur s’ouvrit. Elles se pressèrent autant que possible pour sortir sans que personne ne remarque la magnifique jeune femme qui portait des vêtements d’homme beaucoup trop grands pour elle, et la sympathique auror aux cheveux roses qui l’accompagnait…

 

En quelques jours, Tonks et Fleur avaient passé plus de temps ensemble qu’elles ne l’avaient fait en plusieurs mois de camaraderie au sein de l’Ordre. Entre les préparatifs, la mission elle-même, et le debriefing, elles n’avaient pas eu beaucoup de temps pour penser à autre chose.

Dès qu’il l’avait vue revenir, Bill avait sauté au cou de sa fiancée ! Remus, lui, était resté discret au retour de Tonks. Mais il ne quittait plus l’auror des yeux, comme s’il craignait qu’elle disparaisse….

Fleur et Tonks n’avaient donc pas eu l’occasion d’échanger le moindre mot en privé. Il leur avait fallu faire à de nombreuses reprises le récit de leur mission. Elles s’étaient livrées à cette obligation de concert. Avec, comme on le leur avait demandé, le plus de détails possibles… Toutefois, sans se concerter, elles avaient toutes les deux totalement éludé un épisode… Un épisode qui restait pourtant le plus mystérieux et le plus déroutant à leurs yeux…

Dans toute cette agitation, se retrouver ce jour-là seules, face à face dans le salon désert et silencieux du Terrier leur parut impromptu et presque surnaturel ! Elles étaient debout, arrivant chacune d’une pièce différente, et se figèrent en se découvrant.

Fleur vérifia qu’il n’y avait plus personne que Nymphadora à ses côtés… Cette-dernière leva un regard sur la française et ses cheveux passèrent du rose éclatant au rouge écarlate. Fleur grimaça un sourire timide et prit son courage à deux baguettes !

              « Sois tranquille, assura-t-elle. Je ne dirai rien à personne, au sujet de, tu sais, l’ascenseur… »

Tonks déglutit avec peine. Mais elle ne trouva rien à répondre. Elle n’avait même pas imaginé que Fleur pourrait raconter à qui que ce soit comment elle l’avait embrassée dans l’ascenseur, même dissimulée sous les traits de Remus…

              « Et moi je ne le raconterai pas à Bill, murmura-t-elle enfin. Tu sais, je voulais te dire… Tu n’as rien d’ordinaire. Au contraire. Tu es… »

Mais Tonks ne parvint pas à dire quoi. Elle avait le souffle court, figée devant Fleur qui se mordait les lèvres et que la gêne rendait encore plus troublante de charme :

              « Pas aussi extraordinaire que toi, fit la française en abandonnant une caresse furtive sur la joue de son interlocutrice.

Puis elle retira prudemment sa main et se dirigea vers l’escalier de la maison, se répétant à chaque pas de ne pas se retourner, de monter dans la chambre de Bill, d’ignorer l’ombre de ce désir nouveau…

Tonks regarda Fleur partir, son corps et son esprit sombrant peu à peu dans l’engourdissement. Elle avait l’impression de flotter quelques centimètres au-dessus d’elle-même, au-dessus de cette scène qui venait de se jouer et dont elle était pourtant partie prenante. Le toucher de la main de Fleur restait palpable sur sa joue, la sensation du contact pourtant fugace refusant de disparaitre.            

 

Ce soir-là, Tonks embrassa Remus sur le pas de la porte des Weasley. A l’étage, Fleur regarda leurs deux silhouettes s’éloigner main dans la main et transplaner ensemble, certainement vers le même destin… Elle tira le rideau et se glissa dans les bras de Bill avant d’éteindre d’un coup de baguette la flamme vacillante de la dernière bougie…

 

End Notes:

J'espère que ce pairing et leur aventure vous aura seduit.e.s ! Tout compte fait, je trouve que Fleur/Tonks est un duo; voire un couple, intéressant !

N'hésitez surtout pas (mais alors surtout pas, hein !) à me donner votre avis ! Merci à vous !

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