La positive attitude ! by CacheCoeur
Ancienne histoire coup de coeurSummary:

 

Photographie d'Alvin Mahmudov sur Unsplash, modifiée par mes soins

 

Après la guerre, la paix est fragile. Les adolescents deviennent des adultes.

Mais…

Il y a encore le camp des gentils, des aurors, des membres de l’A.D, de ceux qui se sont battus contre le Seigneur des Ténèbres.

Il y a encore le camp des méchants, des Mangemorts, de ceux qui ont torturé, traqué et collaboré.

Puis, il y a le camp de Lisa Turpin, chercheuse en adaptation des technologies moldues dans le monde magique, et celui de Théodore Nott, nouveau membre du Magenmagot … Le camp de ceux qui n’avaient pas de camp. Le camp de ceux qui ne s’autorisent aucun droit, et surtout pas celui de souffrir.

"Nous avons tous pleuré au moins une fois
Pour un coup dur de la vie
Une jalousie, un faux pas"

(La positive attitude - Lorie)

Joyeux Noël Lyssa7 


Categories: Après Poudlard Characters: Theodore Nott
Genres: Amitié, Guerre, Tragédie/Drame
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Echange de Noël 2020, Tous nos moindres secrets
Chapters: 11 Completed: Oui Word count: 28399 Read: 2460 Published: 02/01/2021 Updated: 17/03/2021
Story Notes:

J'ai écrit cette fanfiction dans le cadre de l'échange de noël de 2020, Pour Lyssa7. Sa fiche m'a grandement inspirée, et j'ai pris un réel plaisir à imaginer cette histoire rien que pour elle, que je vous partage maintenant.

Elle se décompose en 11 chapitres, pour 25 000 mots environ.

J'y aborde énormement le thème de l'amitié, ainsi que celui de la culpabilité, de l'inaction de certaines personnes pendant la guerre.

Je remercie Lyssa pour ses retours, qui m'ont convaincue de publier ici cette histoire, qui sont juste adorables et m'ont totalement fait fondre.

Je remercie aussi Violety, qui a corrigé les premiers chapitres et qui m'a pas mal rassurée.

J'ai créée une playlist pour cette fanfiction, composée de musiques/chansons, dont je me suis inspirée pour écrire quelques passages, ou qui réflètent juste l'état d'esprit de mes personnages.

Il existe un prequel à cette fanfiction, "Toute seule", que vous pouvez lire avant de vous lancer dans cette fanfiction. Elle a été écrite bien après celle-ci, mais permet de comprendre le chemin que Lisa a parcouru avant de rentrer à Londres après la guerre. Ceci dit, "La positive attitude" peut se comprendre sans. 

 

( La positive attitude - playlist  )

1. Le remède plus ou moins efficace de Lisa by CacheCoeur

2. Les sourires parfois hypocrites de Lisa by CacheCoeur

3. Les mystères quelques fois perturbants de Théodore by CacheCoeur

4. La peau souvent irritée de Théodore by CacheCoeur

5. Les larmes trop intarissables de Lisa by CacheCoeur

6. L'humour vraiment étrange de Lisa by CacheCoeur

7. Les nouvelles compétences quelque peu surprenantes de Théodore by CacheCoeur

8. Les sourires toujours forcés de Théodore by CacheCoeur

9. Les rires partagés de Lisa et Théodore by CacheCoeur

10. L'amitié inattendue de Lisa et Théodore by CacheCoeur

11. Les promesses sincères de Lisa et Théodore by CacheCoeur

Le remède plus ou moins efficace de Lisa by CacheCoeur
Author's Notes:

Et voici le tout premier chapitre ! 

J'espère que ma Lisa vous plaira :)

Lisa inspira calmement. Elle fit un pas en avant, un pas en arrière, puis encore un autre. Elle tourna sur elle-même pour admirer les motifs floraux de sa robe, qui écloraient, fleurissaient. Elle l’avait cousue elle-même et se sentait vraiment bien dedans. Elle glissa une main dans l’une des poches du vêtement et tâtonna le baladeur mp3 dernier cri : un RIO PMP300, sorti l’année dernière. L’appareil, une espèce de gros boîtier gris, qui vrombissait, chauffait et agonisait presque, à cause de la magie. Lisa le prenait comme un défi : bientôt, cet appareil fonctionnerait parfaitement, et ce, dans tous les lieux, même ceux où la magie était puissante, et omniprésente. Des lieux comme le Ministère de la magie, où elle se tenait à l’instant même.

 

Elle s’arrêta : est-ce qu’elle avait donné à manger à Colombe ce matin ? Elle essaya de se rappeler, et geignit en réalisant qu’elle avait négligé son chat … Elle s’en voulut immédiatement, avant de se reprendre, et de se concentrer :

 

- Du calme, Lisa. Tout va bien. Tu déchires. T’es trop forte. T’es géniale. Ton projet est top. Mieux que ça : il va révolutionner le monde.

 

Hermione Granger l’avait tout de suite approuvé. Ça voulait bien dire quelque chose, non ? Elle peignit sur son visage un immense sourire, qu’elle admira dans son petit miroir de poche. Elle recoiffa quelques mèches châtains, un peu rebelles, repositionna ses lunettes, et se rapprocha du miroir pour inspecter ses dents. Elle essuya sur ses dents du bonheur une trace de rouge-à-lèvres quand la porte s’ouvrit. Elle se redressa, lâcha son miroir, qui se brisa au sol et sans se défaire de son sourire tendit son dossier :

 

- Bonjour Monsieur Nott ! Ça va bien ?

 

Elle se gifla mentalement. « Monsieur Nott » ? Sérieusement ? Théodore avait exactement le même âge qu’elle. Et « ça va bien » ? Vraiment ? Lisa savait qu’il avait perdu son père l’année dernière. Elle tourna la langue sept fois dans sa bouche, et se prépara à réciter le petit discours qu’elle avait appris par cœur et récité à tous les membres du Magenmagot qu’elle avait rencontrés jusqu’ici. Elle bredouilla, en ramenant son dossier vers elle comme un bouclier :

 

- Je viens afin de te présenter mon projet. Le Magenmagot se prononcera fin décembre au sujet des bourses de recherches et …

 

Théodore Nott n’avait pas prononcé un mot ou effectué le moindre geste. Il regardait Lisa, parfaitement immobile, le visage neutre, les yeux cernés et la cravate droite et parfaitement nouée.

 

Il avait été nommé au Magenmagot après la mort de son père. Il travaillait depuis seulement six mois au Ministère de la magie, quand une place s’était libérée. Théodore Nott avait été choisi pour ses compétences, après un examen minutieux de ses aptitudes par des membres du Ministère.

 

Cette nomination avait fait couler énormément d’encre. Personne n’ignorait que les Nott étaient des partisans du Seigneur des Ténèbres. Toutefois, la participation active de Théodore Nott, dans l’un ou l’autre des camps qui s’étaient affrontés, n’avait jamais été prouvée : il avait été établi qu’il n’était dès lors, qu’un adolescent comme les autres. Beaucoup s'étaient opposés à sa nomination.

 

Lisa pensait que le siège de Théodore Nott ne lui avait été attribué que pour calmer les sorciers conservateurs, qui avaient peur pour leur place. Nommer un noble, un sang-pur au nom hautement respecté, leur démontrait que le Ministère de la Magie n’était pas contre eux.

 

Un vent de révolution s’était levé au Ministère de la Magie, après la guerre : le système politique avait été remis en cause, certains voulaient plus de démocratie, pour éviter les travers des nominations arbitraires d’une assemblée, de politiciens facilement corruptibles. D’autres voulaient plus de droits, des procès, des punitions pour les sangs-purs qui avaient tant de privilèges, de fait, au sein de la communauté magique… Lisa avait suivi ces débats de près tout en restant discrète : elle n’avait aucun goût pour la politique, tout cela l’angoissait. Les tensions de la guerre étaient toujours palpables, et les débats n’étaient rien de plus à ses yeux, que des duels de mots qui ne nécessitaient pas que l’on fasse usage de la magie.

 

Théodore Nott, en face d’elle, attendit qu’elle termine sa phrase. Lisa en avait elle-même oublié le début.

 

- En quelques mots, il faut que tu saches que c’est un projet validé par…

 

- Le dossier est-il complet ? La coupa-t-il en observant sa montre.

 

- Oui, je l’ai relu trois fois.

 

- Donc il est inutile de me parler de ce projet. Je le lirai prochainement.

 

Il tendit légèrement sa main et elle écarquilla les yeux, avant de comprendre, et de lui donner le dossier. Elle lui sourit mais il ne le remarqua pas : il était déjà parti. Lisa resta plantée devant le bureau de Théodore un long moment, le cœur battant, évacuant tout le stress qu’elle avait accumulé, sans se défaire de son sourire, et franchement soulagée. Elle répara le miroir d’un coup de baguette. Les poings sur les hanches, le torse bombé elle se félicita :

 

- T’as géré Lisa ! T’es une championne ! T’es une battante ! T’es trop cool !

 

Elle se félicita et se dirigea vers le prochain bureau sur sa liste, avec un nouveau dossier dans les bras. Les gens dans les couloirs la regardèrent curieusement, comme d’habitude. Le pas léger, presque sautillant, elle salua tout le monde de son éternel sourire amical, qu’on lui rendait à chaque fois. Elle poursuivit sa tournée, jusqu’au dernier bureau, dans lequel elle brandit devant son occupant le dernier exemplaire de son dossier :

 

- Voyez-vous Monsieur Ogden, je pense sincèrement qu’il s’agit de l’avenir, et que nous ne pouvons pas nous permettre de négliger toute cette culture, toutes ces avancées, et ces technologies qui nous faciliteraient la vie et nous rapprocheraient en outre, des moldus. Sans parler de l’insertion des nés-moldus ! Ce serait tout aussi utile pour les sangs-mêlés qui naviguent dans ces deux cultures, qui n’ont pas à être aussi étanches l’une envers l’autre.

 

Le vieil homme haussa un sourcil broussailleux. Lisa pensa à Padma, qui se serait déjà emparée d’une pince à épiler pour rendre tout ça un peu plus « symétrique » et moins « sauvage ».

 

- Remettez-vous en question le secret magique ? l’interrogea-t-il.

 

- Oh non pas du tout ! s’exclama Lisa en agitant ses mains. Étanches, dans une moindre mesure cela va de soit !

 

Tiberius Ogden éclata de rire et tapota l’épaule de la jeune femme, qui se détendit immédiatement. Les contacts physiques fonctionnaient toujours merveilleusement bien sur elle. Wayne disait d’elle qu’elle était un peu comme ces chats attachés à leur petite mamie préférée, qui se laissaient berner par des gratouilles derrière les oreilles et un bol de lait. Lisa acceptait la comparaison avec plaisir.

 

- Je vous fais marcher, Miss Turpin. Pour être tout à fait transparent, j’ai déjà prévu de voter en faveur de ce projet et espère qu’il débloquera un maximum de fonds. Vos recherches me paraissent essentielles.

 

Lisa se retint de lui sauter dans les bras. Son amie Susan la qualifiait de « personne parfois trop spontanée ». Elle se contrôla. Mais sautilla tout de même un peu sur place.

 

- Je suis ravie de vous l’entendre dire !

 

- Cependant Miss Turpin, je ne vous cache pas que plusieurs sorciers ne sont guère emballés par votre projet. Alors qu’importe ce qui se décidera le 31 décembre prochain : ne vous laissez pas abattre !

 

Elle hocha fermement la tête et son sourire s’élargit davantage. Décembre lui paraissait loin : septembre pointait à peine le bout de son nez.

 

- Je ne suis pas du genre à me laisser abattre, Monsieur Ogden ! Je vous promets de faire de mon mieux !

 

Le vieil homme sourit à son tour : l’optimisme de Lisa était contagieux en prenant le dossier. Il sourcilla.

 

- Miss Turpin…

 

- Oui ?

 

- Reprenez donc ça.

 

Il lui retourna la première page et les joues de Lisa s’empourprèrent. Il s’agissait de la lettre qu’elle devait envoyer à Adrian …

 

- Je suis confuse Monsieur, vraiment, je suis désolée…

 

- J’ai eu dix-neuf ans, moi aussi, s’amusa-t-il.

 

- Oh non, c’est un ami, enfin je sais pas trop, c’est compliqué, sûrement parce qu’il a du mal à communiquer et qu’il est pas très en phase avec ses sentiments, ce qui provient probablement du départ de son père du domicile familial, enfin j’extrapole, c’est de la psychologie à deux mornilles, Adrian est super mais il est… Enfin vous voyez, et là, plus je vous parle, plus je me dis que cette situation est très embarrassante et que je devrais probablement me taire, grimaça-t-elle en fermant les yeux.

 

Ogden ne fit aucune remarque et saisit le dossier avant de le coincer sous son bras. Lisa lui serra la main et se dépêcha de prendre la fuite, non sans s’excuser un nombre incalculable de fois. Elle longea le couloir, jusqu’à trouver les bureaux administratifs du département de la justice magique, où Susan travaillait. Son amie était plongée dans sa lecture et ne remarqua pas sa présence, jusqu’à ce qu’elle s’écrie :

 

- JE SUIS LA MEILLEURE !

 

La pile de papiers posée à côté de la blonde s'envola, déstabilisée par le bond qu'avait effectuée celle-ci sous le coup de la surprise.

 

- Merlin, Lisa ! Soupira-t-elle, une main portée sur son cœur.

 

- J’ai distribué mon projet à tous les membres du Magenmagot en temps et en heure !

 

- Génial, Lisa.

 

En ce moment, Susan ne plaçait pas plus de deux mots dans la même phrase. Elle s’épargnait les sujets, les compléments et parfois même les verbes. Le sourire de Lisa diminua un peu et son cœur se serra. Susan était fatiguée et ses yeux étaient rougis. Elle avait sûrement pleuré. Hier, sa famille s’était réunie sur la tombe de sa tante Amelia, pour célébrer son anniversaire. Lisa n’avait jamais jugé cette tradition de la famille Bones, de se réunir pour chaque anniversaire des membres de leur famille décédés. Elle trouvait ça même touchant, qu’ils continuent tous de célébrer ainsi leurs vies, malgré leurs morts tragiques. Mais chaque fois qu’elle en revenait, Susan se plongeait dans une profonde mélancolie, qui ne la quittait pas avant un bon mois. Elle voulut la cajoler, la prendre dans ses bras et l’emmener loin d’ici.

 

Aussi, Lisa laissa sa déception de côté, constatant que son amie ne se réjouirait pas davantage de son succès.

 

- Tu as le temps de prendre un verre au Chaudron Baveur ? Suggéra-t-elle.

 

- Bien sûr !

 

D’un coup de baguette, Lisa rangea les feuilles qui s’étaient éparpillées par terre. Elle accrocha son coude à celui de Susan. Lisa aurait voulu absorber sa peine, sa souffrance et la faire rire. Elle respecta son mutisme et parla pour deux, jusqu’à ce que la mine de son amie se fasse moins grave et plus légère.

Les sourires parfois hypocrites de Lisa by CacheCoeur

Lisa aimait les gens. Elle adorait être entourée. Elle ne vivait que pour le bruit, le capharnaüm des conversations, la musique harmonieuse des rires se mélangeant les uns aux autres... Lisa détestait être seule. Elle avait besoin d'être entouée, de passer du temps avec ses amis et de vivre. Elle se nourissait de tout cela. 

Terry Bott sirotait son thé, en vociéfrant presque après Wayne : 

- Le café c'est dégueulasse ! C'est pas parce qu'on est « adulte » qu'on doit boire cette flaque de boue !

- Ça n'a pas le goût d'une flaque de boue..., grogna Justin.

- T'as fait un comparatif ? Le piqua légèrement Padma, le sourire aux lèvres. Sans quoi, tu ne peux te permettre une telle analogie entre le café et la boue. Ce serait manquer de rigueur.

Terry bougonna et Wayne éclata de rire devant sa mine déconfite. Même Susan, esquissa un petit sourire. Hannah qui venait de terminer son service se vautra sur une chaise à côté de Lisa, qui la tira juste à temps pour que son amie ne s'éclate pas les fesses sur le sol.

- Je suis épuisée ! Se plaignit-elle.

Lisa fit glisser jusqu'à elle le chocolat chaud qu'elle avait pris exprès pour la jeune femme. Hannah le prit mécaniquement et Lisa se réjouit, quand elle vit l'ancienne Poufsouffle le déguster, les joues rosies de plaisir. Lisa aimait voir ses amis heureux et comblés. Elle ouvrit la bouche :

- Allez ! C'est mon moment préféré de la semaine ! J'ai une super bonne nouvelle !

Lisa avait instauré ce petit rituel un vendredi soir, un an et demi auparavant juste après la guerre. Elle avait essayé de remonter le moral de tout le monde, et leur avait demandé de partager un moment joyeux de leur semaine, pour les faire se concentrer sur le positif, les bonnes choses de la vie, qui continuait malgré tout. Pour Lisa, aller de l'avant était essentiel. Ils faisaient donc un tour de table, pendant lequel ils racontaient un événement positif et joyeux qui s'était produit dans leur vie.

Avancer dans un monde sorcier qui se relevait à peine, qui était en train de se reconstruire avec difficulté, était un défi pour eux tous. Lisa refusait simplement de se laisser abattre. Alors, elle avait porté tout ce petit monde à bout de bras, les avait écoutés, consolés, fait rire. Elle avait séché leurs larmes, les avait bordés lors de leurs soirées trop arrosées et avait attendu que leurs souffrances soient supportables en acceptant d'en prendre une partie en charge, pour les soulager et porter leurs fardeaux avec eux. Elle avait distribué tout ce qu'elle était capable de leur donner : son amitié indéfectible et son optimisme infaillible.

- J'aimerais commencer ! J'ai le plaisir de vous annoncer que j'ai...

- J'ai répondu à une interview sur le quotidien des nés-moldus en fuite pendant la guerre, maugréa Wayne en la coupant. Ça fait deux ans et les sorciers se posent enfin ce genre de questions.

Il serrait si fort sa chope de bièraubeurre que Lisa priait mentalement pour qu'elle n'explose pas.

- On a découvert les cadavres de toute une famille de moldus, avec Potter, ce matin, annonça Justin. Ça faisait un an et demi qu'ils étaient portés disparus. La marque des Ténèbres avait été aperçue près de leur domicile, mais à l'époque, on n'avait pas trouvé les corps.

Terry échangea son verre avec celui de Justin qui accepta sa tasse de thé en échange. L'ancien Serdaigle grimaça, en sentant l'alcool descendre le long de son œsophage. Lisa déglutit faiblement, mais se força à sourire.

- A Sainte-Mangouste, on a dû annoncer à une mère de famille que son fils ne se réveillerait probablement jamais. On a essayé de lever le maléfice qui le maintient dans le coma, mais tout ce qu'on a tenté n'a fait qu'aggraver la situation. Il va mourir. Il n'avait que deux ans de plus que nous, souffla-t-il.

- Lucius Malfoy a demandé une remise de peine aujourd'hui. La cinquième en un an, cracha Susan. J'ai entamé la procédure pour la rejeter mais je ne pense pas qu'elle sera acceptée. Les Malefoy ont encore des alliés ...

Lisa déglutit. Susan avait formulé plus de deux mots, c'était déjà ça. Ce n'était pas vraiment l'esprit de leur traditionnel tour de table, mais Lisa n'interrompit personne et se ratatina sur sa chaise. S'ils avaient tous besoin de parler, alors elle les écouterait. Jusqu'à ce que leurs bouches soient taries de tous les maux qu'ils avaient à exprimer.

- J'ai séparé deux sorciers aujourd'hui. L'un d'eux accusait l'autre d'être un Mangemort, murmura Hannah.

Padma prit la parole à son tour.

- J'ai dû me battre avec un connard qui pense que ma levée de fonds pour trouver un remède à la lycanthropie est une perte de temps, et qu'on devrait juste abattre ces monstres. J'allais lui répondre, mais Lavande m'a arrêtée : sa fille est morte, assassinée par Greyback, pendant la bataille de Poudlard.

Les rires s'étaient tus, les sourires avaient disparu, et ils buvaient tous leurs boissons dans un silence religieux. Une boule se mit à grossir dans la gorge de Lisa, jusqu'à l'étouffer. Elle avait les nerfs à fleur de peau et avait envie de vomir. Elle se sentait mal, sa tête tournait, et elle continuait d'emmagasiner toutes ces horreurs, les jambes tremblantes sous la table et la respiration lourde. Elle n'osa plus parler de son projet et ravala ses larmes.

- Tout va bien, Lisa ? l'interrogea Terry en remarquant les yeux bleus de son amie, larmoyants.

- Ouais. Tout roule.

Elle sourit encore une fois. Sourire, était un bon médicament selon elle. Ça fonctionnait toujours. Même si c'était pour de faux.

- « Tout roule », l'imita Susan.

Lisa ne fit aucun commentaire, ne laissa rien paraître. Elle esquissa un sourire encore plus grand, et ignora la moquerie de la blonde qui venait pourtant de l'atteindre en plein cœur.

- « Tout roule ! » reprit-t-elle en continuant d'imiter exagérément guillerette de Lisa. « Aujourd'hui, j'ai présenté mon projet de recherche sur l'adaptation des technologies moldues dans le monde magique à tous les membres du Magenmagot. Youpi ! Ça sert à rien, et c'est de l'argent qui devrait être investis dans la justice magique, afin d'arrêter tous ces criminels qui courent encore dans la nature ! Mais youpi ! Tout va bien dans le meilleur des mondes, parce que je suis Lisa Turpin, que je ne pleure jamais, et que sourire, c'est trop génial ! ».

Lisa prit chaque mot comme une gifle. Cela faisait un moment que Susan se montrait amère avec elle. Elle ravala sa détresse. Ce projet lui tenait terriblement à cœur, Susan le savait. Lisa voulait vraiment que la technologie moldue fasse partie de leurs vies à tous. Elle voulait que les sorciers s'ouvrent, écoutent les Bizarr's Sisters ou du Celestina Moldubec sur des baladeurs CD, qu'ils regardent des séries sur des télévisions, qu'ils écrivent et tournent même les leurs, que les enfants sorciers découvrent les cassettes de dessins-animés, de films, qu'ils comprennent l'utilité d'un ordinateur ... La technologie étant sensible à la magie, tous ces appareils avaient tendance à dérailler : le travail de Lisa était de trouver une solution pour que cela ne soit plus le cas.

Dans un contexte où les relations entre moldus et sorciers étaient encore tendues, elle voyait son projet comme un moyen de rapprocher ses deux communautés, dans lesquelles elle avait simultanément grandie, en tant que sang-mêlée.

- Je suis désolée, bafouilla-t-elle.

Elle savait que Susan n'allait pas bien. Elle aurait dû se montrer plus attentive, lui apporter davantage d'attention et de réconfort. Mais avec son projet, elle avait travaillé si dur, qu'elle avait négligé ses amitiés, qui lui tenait pourtant tant à cœur.

- De quoi ? demanda Susan en grinçant des dents

Lisa n'en avait aucune idée.

- J'en ai marre de faire comme si tout allait bien, juste pour te préserver, siffla la blonde. Et j'en ai marre de ton sourire comme j'en ai marre de ces conneries de trucs positifs, parce que là, tu vois, j'ai pas envie d'être positive.

- D'accord, murmura Lisa.

Une larme glissa sur sa joue. Lisa n'avait pas pu la retenir et s'en voulut immédiatement. Elle souriait si fort, qu'elle ne sentait plus ses zygomatiques.

- Oh pitié, cracha Susan. Pourquoi tu chiales ?

- Susan ! Claqua la langue Terry comme un avertissement.

- Je n'aime pas vous voir tous si tristes, murmura Lisa.

- Tristes ? Répéta Susan.

Lisa se sentit agressée. Susan était ordinairement douce et calme. Elle ne s'emportait jamais. Elles partageaient ces traits, qui les avaient grandement rapprochées à Poudlard.

- Nous ne sommes pas « tristes ». Nous sommes détruits, et tu ne peux pas le comprendre.

- Je...

- Non ! Tais-toi ! s'exclama Susan en se levant. Justin a perdu son frère. Moi, j'ai perdu ma tante. Wayne a vécu un an, la peur au ventre, traqué par les Mangemorts. Terry a été torturé toute l'année par les Carrow. Sa sœur s'est suicidée il y a onze mois, parce qu'elle ne se remettait pas d'avoir perdu son petit-ami. Hannah a failli perdre son bras dont elle n'a même pas encore retrouvé toute la mobilité. Padma fait encore des cauchemars de la bataille de Poudlard. Tu sais, la bataille à laquelle tu n'as pas participé, et pendant laquelle on a tous cru mourir ?

Ils étaient des survivants, et Lisa, elle, n'était rien. C'était ce qu'elle ressentait en tous cas. C'était la pensée qu'elle faisait taire dans son cœur chaque fois qu'elle posait les yeux sur ses amis.

La boule de sanglots que retenait Lisa dans sa gorge, éclata comme une bombe à l'intérieur de son corps, et fit se briser son cœur. Elle reçu la violence de la souffrance de son amie avec une telle force, qu'elle se paralysa toute entière et fut incapable de répondre quoi que ce soit. Susan déversait un flot de négativité qu'elle retenait depuis trop longtemps, et pour lequel Lisa avait constitué un barrage.

Lisa faisait face aux malheurs en se concentrant sur ses souvenirs joyeux. Elle pensait que c'était le remède le plus efficace. La joie chassait la peine. Il n'y avait rien de plus simple. Lisa surmontait tout, même les douleurs de ses amis, ses propres angoisses, et les enfouissait d'un sourire. La positive attitude avait toujours soigné Lisa. Elle pensait qu'il en serait de même pour tout le monde.

Elle se remit à sourire. La positive attitude vaincrait ! Elle ne s'autoriserait pas d'être triste.

 

 

 

Les mystères quelques fois perturbants de Théodore by CacheCoeur

Théodore Nott détestait le bruit, le goût du chocolat, et les gens qui parlaient pour ne rien dire. Pourtant, il appréciait l’ambiance du Chaudron Baveur et s’installait toujours à la même table : celle qui était tout au fond, bien à droite, dans un coin sombre et reculé que les serveurs oubliaient la plupart du temps.

C’était un endroit qui manquait indéniablement de classe, mais dans lequel, il ne se sentait pas oublié dans le silence assourdissant du manoir qu’il habitait seul.

A une table, diamétralement opposée à la sienne, se trouvait celle d’un groupe d’amis. Ils étaient bruyants et une fille hurlait, s’époumonait face à son amie, dont il voyait d’ici les jouesrouges de honte. Il avait reconnu une ancienne Poufsouffle de la même année que lui. Susan Bones. Il n’avait pas le souvenir d’avoir déjà entendu le son de sa voix. Il repoussa du bout des doigts le projet de Lisa Turpin, - qui à l’instant même subissait les cris de son amie - incapable de se concentrer.

Ça faisait un moment qu’il observait tout ce petit groupe. D’habitude, ils riaient, s’échangeaient leur boissons – ce que Théodore trouvait franchement répugnant et peu hygiénique – et s’amusaient des pitreries de cette Lisa Turpin, qui ne résistait jamais à une occasion de se donner en spectacle. Mais l’ambiance qui régnait à leur table était aujourd’hui glaciale et lourde. Lisa Turpin se retrouva seule à la table, que ses amis quittèrent au fur et à mesure, non sans la gratifier d’une petite tape dans le dos ou d’un baiser sur la joue.

Elle souriait toujours, ses yeux globuleux affreusement rouges et bouffis. Elle gardait ses larmes. Puis, comme si elle avait senti le regard de Théodore sur elle, ses yeux trouvèrent ceux du jeune homme, qui resta imperturbable. Il continua de l’observer, alors qu’elle vidait tous les verres que ses amis avaient laissé. Elle enchaîna donc le thé de Terry Boot, le soda à l’orange de Wayne Hopkins, avec la bièraubeurre de Padma Patil, le fond de whisky-pur-feu de Justin Fletchey, le chocolat chaud de Hannah Bott, le café de Susan Bones et termina avec son propre verre, un bloody mary. Théodore se demanda si elle était normale. Elle n’avait pas grimacé un seul instant, semblant même apprécier tous ces mélanges. Enfin, elle se leva, et marcha jusqu’à sa table.

Celle que tout le monde oubliait, que personne ne voyait.

Elle était en train de traverser la barrière invisible que Théodore avait dressée entre lui et le reste du monde.

- Bonsoir.

Théodore fronça légèrement les sourcils.

- La politesse voudrait que tu me dises bonsoir à ton tour, s’amusa-t-elle, les prunelles brillantes d’humidité.

- Bonsoir, s’exécuta Théodore.

- Alors ?

Il écarquilla les yeux.

- As-tu quelque chose à me demander ? insista Lisa.

- Non.

- Tu m’observais.

- Oui.

- Ce n’était pas une question, s’esclaffa légèrement Lisa.

Il n’avait pourtant rien dit de drôle…

Elle repéra le dossier qu’elle lui avait donné l’après-midi même et le trouva noirci de notes. Dans les marges, Théodore avait noté quelques remarques. Il avait même raturé certaines phrases, et entouré certains mots, pour les mettre en valeur.

- Je ne pensais pas que tu examinerais mon projet avec autant d’attention, s’étonna-t-elle.

Elle tritura ses mains, et Théodore remarqua ses ongles vert pétant. On n’avait pas idée de porter une telle couleur…

- Pourquoi ?

- Je n’en sais rien.

- Parce que je ne devrais pas le faire selon toi ? se méfia Théodore d’un ton un peu agressif.

- Je n’ai pas dit ça… chuchota-t-elle.

- Je fais mon travail, affirma-t-il. Rien de plus, rien de moins.

Il avait hérité du siège de son père au Magenmagot à sa mort. Il était l’un des plus jeunes membres et n’y trouvait pas sa place. En fait, la vie de Théodore pouvait, jusqu’à maintenant, se résumer à cette affirmation : il ne trouvait sa place nulle part.

Il était intelligent. Il ne se vantait pas en le pensant : c’était un fait. Théodore était quelqu’un de froid, d’impassible et de franchement snob. C’était l’éducation qu’il avait reçue. Parfois, il se demandait si les choses auraient été différentes si sa mère était restée en vie. Au fond de lui, il en avait la certitude.

Théodore aimait l’ordre, détestait les conflits et s’assurait toujours de soigneusement les éviter : il respectait les règles, la hiérarchie, l’ascendance que son père avait sur lui, et donc, tous les ordres qui émanaient de sa personne, qu’il exécutait. Toutefois, Théodore était curieux, et avait la fâcheuse tendance à tout remettre en question, des plus petites choses, jusqu’aux préceptes et valeurs qu’on lui avait inculquées dès sa plus tendre enfance. Il s’était interrogé sur la pureté du sang, sur le mérite ou non des nés-moldus d’intégrer Poudlard, sur la légitimité de tout ce que commettaient les Mangemorts, au nom de leurs idéaux. Dans la tête de Théodore, il y avait mille questions, encore plus de réponses hésitantes, qui changeaient au fur et à mesure de ce qu’il lisait, apprenait et vivait, ce qu’il faisait constamment. Mais le fait était que Théodore était perdu. Complètement, totalement et irrémédiablement perdu.

Depuis la mort de son père, il avait hérité de responsabilités qu’il se pensait capable de tenir, mais il jouait un rôle, feignant une assurance qu’il n’avait pas. Théodore ne savait rien, remettait tout en question, et hésitait à prendre des décisions qui auraient dû être simples.

En tous cas, les sorciers attendaient de sa part un certain comportement conservateur, hostile au progrès, à l’insertion des moldus, nés-moldus dans la société magique. Théodore aurait aimé que les choses soient aussi enfantines.

- J’ai travaillé dur sur ce projet, souffla Lisa.

- Je sais.

Il l’avait vue faire. Elle était souvent restée tard le soir, après que ses amis soient partis, pour constituer ses arguments, écrire une synthèse de toutes ses recherches déjà effectuées… Théodore avait peu de souvenirs de Lisa, à Poudlard. Elle avait un caractère solaire, une petite taille, des taches de rousseurs sur le bout du nez, des joues rondes qui lui faisait penser à celles d’un hamster et elle chantonnait tout le temps les paroles des chansons des Bizarr's Sisters, ou de Celestina Moldubec, qu’elle semblait particulièrement apprécier. En revanche, il savait qu’elle travaillait dur, qu’elle était passionnée et qu’elle aimait lire jusqu’à tard le soir : ils s’étaient déjà retrouvés à faire la fermeture de la bibliothèque de Poudlard ensemble. Adrian Pucey, un ancien Serpentard un an plus vieux que Théodore, semblait proche d’elle. : le prénom de Lisa était sorti quelques fois de sa bouche dans la salle commune des Serpentard. C’était bien tout ce qu’il savait de Lisa.

- T’en penses quoi ? lui demanda-t-elle en désignant son projet du menton.

C’était rigoureux, passionnant et méticuleux.

- C’est pas mal.

- Pas mal ? fit Lisa, effarée.

- Il y a trop d’affect dans tes phrases. Ça te portera préjudice.

- Ou alors, le Magenmagot réalisera à quel point je me suis investie dans cette mission ! Tu sais, je suis du genre à prendre les limites et à les pousser bien loin.

Théodore grogna faiblement. La plupart des membres du Magenmagot n’en avait strictement rien à faire de ce projet, qu’ils trouvaient tous débiles. Ils avaient peur que le projet de Lisa ne soit qu’une attaque de la jeune génération, souhaitant se venger des années de terreur que les Mangemorts et leur haine des moldus leur avaient infligée. D’autres encore, pensaient qu’il était plus urgent d’investir de l’argent en faveur du bureau des aurors, ou à l’entretien de la prison d’Azkaban qui était pleine à craquer.

Théodore constatait tous les jours que la guerre n’était pas terminée, qu’ils en payaient encore les conséquences et que se tourner vers l’avenir n’était pas encore à l’ordre du jour. Pourtant, c’était exactement ce que faisait le projet de Lisa Turpin.

- Pourquoi cela te tient-il tant à cœur ? lui demanda-t-il.

Il voulait sincèrement comprendre.

- Tu connais les Backstreet Boys ?

Il secoua la tête. Elle sortit de son sac une énorme boîte dans laquelle elle enfonça un fil qui se séparait en deux. Elle fourra dans ses oreilles l’extrémité ronde de l’un des fils, et tendit l’autre à Théodore.

- Il est hors de question que je mette ça dans mes oreilles, affirma-t-il.

Lisa haussa les épaules, enleva le fil de son oreille, et se contenta de mettre le volume à fond. L’ambiance du Chaudron Baveur étant relativement calme, il entendit sans difficulté les premières notes de musiques et les paroles des chanteurs.

- Je suis carrément fan, murmura-t-elle. Et ça me rendait folle de ne pas pouvoir les écouter quand j’étais à Poudlard. Comme ça me rendait folle de ne pas pouvoir regarder mes films préférés et d’en parler avec Hannah et Susan qui n’ont jamais compris toutes mes références à Clueless ou Star Wars. Je suis allée voir Fight Club toute seule, parce qu’elles se moquent bien de tout ça…

Lisa aurait pu parler le troll qu’il aurait mieux compris de quoi elle parlait. Aussi, il doutait que les motivations de Lisa soient aussi égoïstes.

- J’ai suivi les cours d’étude des moldus, avant d’abandonner en sixième année. Je n’en avais pas besoin. Je connaissais déjà tout ce que l’on nous y apprenait. Beaucoup ont fait comme moi, mais pour des raisons différentes : ça n’intéresse personne de savoir comment fonctionne leur gouvernement, l'électrcité, ou comment ils font démarrer leurs voitures. Le monde moldu est bien plus que tout ça. C’est une culture à laquelle les sorciers se sont fermés, ce qui a conduit à une grande incompréhension de leur part de ce monde. Je suis persuadée que si les sorciers s’étaient imprégnés de cette culture, ils auraient vu que les moldus sont des gens comme eux. S’ils avaient appris à les connaître, ne serait-ce qu’à travers ça, la guerre aurait été différente. Des vies auraient pu être épargnées, des gens n’auraient pas été manipulés aussi facilement…

Théodore se laissa porter par ces mots. Elle y croyait tellement, si sincèrement, qu’il était en train de se laisser persuader qu’elle avait raison, lui qui ne se laissait au mieux, qu’objectivement convaincre par des arguments pertinents excluant tout affect.

- Tu es naïve, enchaîna simplement Théodore. Et idéaliste.

- Il faut bien que certains le soient un peu, sourit-elle. Le monde avance grâce à nous.

Elle avait toujours les yeux brillants de larmes.

- Ton projet ne passera pas, préféra-t-il la prévenir.

Il jura la voir serrer les poings et une larme, perler au coin de ses yeux.

- Le Magenmagot se moque bien de tout ça.

- Si on ne s’améliore pas, nos erreurs se répéteront indéfiniment, articula-t-elle fermement.

C’était presque une menace.

- Je m’attendais à ce que tu ne soutiennes pas ce projet, ajouta-t-elle.

Théodore croisa les bras sur sa poitrine. Lisa Turpin se trompait lourdement. Théodore adorait apprendre. Tout ce qu’elle avait décrit des cultures moldus, de leurs technologies, à l’oral ou dans son dossier, l’intriguaient fortement.

- Je vais t’aider.

Lisa Turpin avait dans sa tête, des réponses à quelques-uns des mystères qui le perturbaient. Alors il allait l’aider et comprendre.

- Pardon ? s’exclama-t-elle.

- La date limite de remise des dossiers candidats aux bourses n’est que dans deux semaines. Je peux t’apprendre à parler, à argumenter devant eux, avec les mots qu’il faut, à leur asséner des arguments logiques et imparables, qui les feront plier.

Lisa mordilla ses lèvres. Elle lui tendit sa main, qui resta suspendue dans les airs un bon moment avant qu’il ne la prenne dans la sienne, et la serre :

- J’accepte, Théodore !

 

La peau souvent irritée de Théodore by CacheCoeur

 

 

Théodore Nott écarquilla les yeux plusieurs fois, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il n’était pas matinal. Il avait beau se lever aux aurores, il appréciait la chaleur de son lit et la nuit, quand le jour pointait à peine le bout de son nez, le manoir était encore plus effrayant. Ensuite, la robe de Lisa Turpin était jaune fluo, et les boutons qui l’agrémentaient, rose fuchsia : ses yeux n’étaient pas habitués à des couleurs aussi vives.

- Bonjour Théo !

- Dore, termina-t-il.

- Dors ? Mais il est sept heures du matin, Théo ! La journée vient à peine de commencer, sourit la jeune femme en entrant dans son bureau.

- Dore.

- Je ne comprends pas où tu veux en venir.

Son sourire innocent laissait deviner parfaitement le contraire.

- Mon prénom est Théodore, pas Théo.

- C’est noté, Théodore, soupira-t-elle en lui tendant un gobelet.

Il ne lui demanda pas ce qu’il contenait et fixa sa baguette, qu’elle avait coincé dans ses cheveux pour les coiffer en un chignon désordonné. Il huma la fumée qui sortait du gobelet. Lisa Turpin et lui avaient convenu d’un rendez-vous deux jours après leur discussion au Chaudron Baveur.

- C’est du thé, le rassura-t-elle. Mais si tu préfères du café, je peux arranger ça.

Il secoua la tête et continua d’écarquiller les yeux. Lisa jeta son sac dans un coin de son bureau et défit son chignon en prenant sa baguette, pour faire apparaître une seconde chaise. Théodore se mit à raser les murs de son propre bureau, sans savoir quoi faire. Lisa était en train d’envahir son espace personnel et cela le mettait extrêmement mal-à-l’aise.

Il lui avait proposé un rendez-vous pour qu’ils élaborent un meilleur dossier ensemble tous les deux. Il ne s’attendait pas à ce qu’elle se montre aussi volontaire et déterminée. Elle était pleine d’énergie, et rayonnante.

Il lui fit part de ses remarques en restant distant, et elle ne chercha pas à l’approcher davantage. Lisa débattait chacune de ses notes, chacune de ses critiques, sans rejeter son point de vue, mais en le mettant en lumière avec le sien. Elle faisait voir les choses à Théodore sous un autre angle.

- Beaucoup de sorciers et sorcières siégeant au Magenmagot ne se préoccupent que d’une chose : faire plaisir à la communauté magique, et se faire apprécier.

- Ce qui me paraît en soi, tout à fait compréhensible, murmura Lisa.

- Ton projet n’intéressera probablement pas la communauté magique. Ce que veulent les gens, c’est la sécurité, ou tout du moins un sentiment de sécurité.

- Avec des mangemorts toujours dans la nature, encore une fois, il me semble que c’est une volonté tout à fait compréhensible, ajouta Lisa en souriant.

Théodore se crispa légèrement en entendant le mot « mangemort ». Souvent, il se contentait de l’ignorer, de jouer les sourds.

- Ils veulent plus de moyens pour la police magique, plus d’argent pour l’éducation de la nouvelle génération…

- Nous sommes la nouvelle génération, Théo...dore, se rattrapa-t-elle.

- La culture, les loisirs, ce n’est pas ce qui les préoccupe.

- Se divertir et apprendre, ça devrait toujours préoccuper les gens, s’exclama-t-elle.

Elle s’était levée, avait bondi de sa chaise en fait, et faisait désormais les cent pas dans son bureau. Théodore sentait sur sa peau le courant d’air qu’elle était en train de former.

- Qu’est-ce qui pourrait donner envie aux gens de s’intéresser à la culture et aux technologies moldues ?

- L’utilité qu’elles pourraient nous apporter, répondit simplement Théodore. Les potions sont pratiques, mais les médicaments sont plus faciles à transporter. Les ordinateurs permettent de stocker un nombre conséquent d’informations sans avoir à se rendre à une bibliothèque. Si nous pouvions créer notre propre intermet…

- Internet, le corrigea Lisa.

- Ce serait un outil efficace pour certaines recherches magiques, mais aussi pour les élèves de Poudlard. Les téléphones portables sont des moyens de communication plus rapides et discrets que les hiboux ou les patronus. Sans parler du pourcentage non-négligeable de sorciers qui ont à travailler parmi ou pour des moldus…

- J’ai pensé à tout ça, bredouilla Lisa. Mais je pense qu’il est important d’insister sur le fait que les né-moldus et sang-mêlés se sentiront davantage intégrés, et n’auront plus autant peur de vivre comme ils le voudraient, ou d’être jugés par les sorciers parce qu’ils continuent de vivre, “à la moldue”.

- C’est un avantage mineur.

- C’est ce que tu penses ?

Théodore resserra le nœud de sa cravate. Il calma son rythme cardiaque, qui s’était légèrement emballé quand Lisa lui avait demandé son avis. Elle attendait une réponse qu’il était incapable de lui donner. Un long silence s’installa. Il fut rompu par le ventre de Lisa, qui se mit à gargouiller bruyamment.

- Il est midi.

Elle se pencha pour ramasser son sac, refit son chignon devant lui.

- Mais nous n’avons pas terminé, déclara-t-il.

- Ça fait cinq heures que nous cogitons. On peut s’accorder une pause. Allez, je t’invite.

Elle ne lui donna pas l’opportunité de refuser, comme il aurait souhaité le faire, et laissa la porte grande ouverte en partant. Il attrapa sa cape à la va-vite et la suivit dans les couloirs du Ministère de la Magie.

Ils croisèrent Susan Bones, à qui Lisa offrit un grand sourire. Le cœur de Théodore se pinça légèrement quand l’ancienne Poufsouffle l’ignora. Pourtant, arrivée à leur hauteur, elle avait ralenti le pas., et Théodore sentit avait senti son regard, sur son avant-bras droit. Il releva la tête, et regarda droit devant lui. Il savait ce que Susan cherchait à voir.

Ce que tout le monde cherchait à voir et deviner, à travers sa cape de sorcier, et les manches de ses chemises.

Théodore suivit Lisa sans rien dire. Il n’avait pas vraiment faim. Il la laissa donc les guider jusqu’à l’extérieur du Ministère, où ils déambulèrent dans les rues de Londres un petit moment. Lisa s’arrêta devant une espèce de bâtiment dans lequel Théodore n’aurait jamais mis les pieds en temps normal. Ils entrèrent et Lisa s’installa à une table, avant d’inviter Théodore à en faire de même.

- Je crois que Julie aime beaucoup ta cape, commenta-t-elle en désignant la serveuse rousse qui fixait l’accoutrement peu commun de Théodore.

Il enleva sa cape de sorcier. Il détestait attirer l’attention et il faisait trop chaud dans ce restaurant. Le chauffage avait été mis à fond, malgré les températures encore clémentes de la fin du mois de septembre. Il regarda la carte et manqua de s’étrangler :

- Je n’ai pas d’argent moldu.

- Je t’invite.

- Pardon ?

- Je t’invite, insista-t-elle. Je me doute que tu n’as pas d’argent moldu.

- C’est une conclusion hâtive qui ne se fonde sur aucune preuve concrète et tangible.

- C’est vrai. C’est une simple intuition, sourit Lisa.

- Arrête.

- De quoi ?

- De faire semblant.

- Je ne fais pas semblant, bredouilla-t-elle.

- Tu penses que je n’ai pas d’argent moldu parce que je suis un ancien mangemort, et que je déteste tout ça…

Il avait asséné chacun de ses mots comme des coups de marteau : brutalement et franchement, sans hésiter, comme un discours qu’il s’était longtemps retenu de faire. Elle avait même sursauté, surprise par son ton agressif, et légèrement teinté d’une colère qu’il n’avait pas su camoufler.

- Je ne pense rien du tout, murmura doucement Lisa.

Sans s’en rendre compte, il avait relevé les manches de sa chemise jusqu’à ses coudes, laissant ses deux bras nus, dévoilant sa peau blanche. Lisa n’avait même pas regardé. Pourtant, c’était ce que tout le monde faisait avec lui : ils épiaient, attendaient le moment où il dévoilerait sa marque des ténèbres, où il mettrait enfin fin à tous ces paris qui concernaient son allégeance ou non au Seigneur des Ténèbres. Il remit ses manches en place, avant que Lisa n’ait l’idée de le faire.

Sa peau, sous tous ces regards qui n’attendaient que de savoir la vérité, était irritée, presque rouge, parce qu’il la grattait, souhaitant presque se l’arracher.

Ça ne regardait personne.

S’il n’avait pas cette marque, les gens penseraient que ce n’était qu’une ruse. S’il avait cette marque, il serait probablement lynché en place publique. S’il n’avait pas cette marque, il n’appartiendrait à aucun groupe, parce que personne n’avait jamais voulu de lui. S’il avait cette marque, il appartiendrait à un groupe, qui l’indifférait au plus haut point. Et la liste était encore longue… Dans n’importe laquelle de ces hypothèses, Théodore Nott était le grand perdant de ce jeu stupide qu’était la guerre. Il était un pion. Oublié de tous, certes, mais tout de même forcé de finir la partie, qui n'était toujours pas terminée.

- Si tu détestais « tout ça », Théodore, tu n’aurais jamais proposé de m’aider ! sourit enfin Lisa, encore un peu plus fort.

Ses yeux bleus étaient pourtant tristes depuis que Susan Bones était passée devant eux en l’ignorant royalement. Théodore n’aimait pas particulièrement les gens, mais il savait les lire, les comprendre d’un coup d’œil. Lisa était peinée. Comme d’habitude, il se protégea et se réfugia dans une petite bulle mentale, non sans chercher à satisfaire sa curiosité :

- Pourquoi souris-tu ?

- Pourquoi ne souris-tu pas ? retourna-t-elle la question.

Théodore ne répondit pas. Il ne souriait pas parce qu’il ne savait pas comment faire et il comprit que Lisa avait sûrement le même problème que lui. Elle souriait tout le temps, parce qu’elle ne savait pas comment arrêter.

Elle était de bonne humeur, et mettait tout le monde de bonne humeur, parce qu’elle refusait d’être triste, tout comme lui.

 

Les larmes trop intarissables de Lisa by CacheCoeur
Author's Notes:

Vous aie-je déjà dit à quel point Violety est une beta absolument fantastique ? 


Je devrais vraiment le dire à chaque nouveau chapitre. 


Bref, Violety, si tu passes par ici, merciiiiiiiiii ! 

Lisa détestait la solitude. Il n’y avait rien de pire pour elle que d’être seule. Sa mère disait même souvent « être seule, chérie, c’est le meilleur moyen d’apprendre à te connaître et donc, de te détester ». La mère de Lisa n’était pas une femme très tendre, ni maternelle. Elle racontait même souvent à qui voulait l’entendre qu’elle n’était pas faite pour être mère, riant ensuite à gorge déployée tout en tapotant le crâne de sa fille à ses côtés. 

Jocelyn Maverick, puisqu’elle avait refusé toutes les demandes en mariage du père de Lisa – qui, actuellement, étaient au nombre de dix-sept – était une sorcière qui parcourait le monde en tant que diplomate spécialisée en relations moldues-sorcières. Quand il y avait un accident magique, des témoins et un gouvernement moldu en pétard, c’était la mère de Lisa qui intervenait. Travailler pour le cabinet international magique était un immense honneur pour elle. 

Lisa était fière de sa mère. Elle était absente, froide, manquait de chaleur, évitait les câlins et grimaçait dès que Lisa sortait de sa chambre avec ses vêtements colorés et cousus main. Mais elle l’aimait de tout son cœur. 

Son père était assez affectueux pour deux. Voire trois, quatre, cinq… On pouvait aisément aller jusqu’à dix. Monsieur Turpin était un moldu qui travaillait comme producteur de musique. Lisa passait son temps avec lui, quand elle était petite, et l’avait suivi partout. Elle avait écouté avec son père tous les chanteurs et chanteuses avec qui il avait travaillé. Dans ses bras, sur ses genoux, Lisa, dans ses plus vieux souvenirs, se voyait toujours couverte de son amour. 

C’était lui qui la bordait le soir, lui lisait une histoire, et pensait à laver son doudou. C'était lui qui l’avait guidée dans les allées du Chemin de Traverse pour faire ses achats de première rentrée à Poudlard. Il avait répondu à sa lettre, et l’avait félicitée quand elle lui avait annoncé qu’elle avait été répartie à Serdaigle : il ne savait même pas ce que ça voulait dire, et prenait peur dès que Va-t-en-guerre, son hibou, s’approchait de lui. Va-t-en-guerre… Baptisée par sa mère. Un choix de prénom relativement intéressant pour une diplomate… 

A Poudlard, Lisa n’était pas restée très longtemps seule. Elle avait tout de suite sympathisé avec Terry, qu’elle avait écrasé sans pitié aux échecs version sorcier. Puis, le soir-même, elle avait discuté avec Padma, l'avait consolée : sa jumelle lui manquait, elle avait peur. Lisa l’avait serrée dans ses bras, jusqu’à ce qu’elle s’endorme. Le lendemain, elle avait glissé son parchemin noirci de son écriture à Justin, alors que le professeur Rogue le regardait méchamment, après avoir constaté qu’il n’avait pris aucune note. Pour la remercier, il lui avait offert trois chocogrenouilles. Lors de son premier cours de vol, Susan et Hannah l'avaient rattrapée quand elle s’était mangée le manche de son balai en pleine tête. Encore deux semaines après, elle avait écrasé les pieds d’un Serpentard un an plus âgé qu’eux, qui avait insulté Wayne parce qu’il était un sang-mêlé. Adrian l’avait vue faire, et l’avait gratifiée d’un clin d’œil amusé. 

Lisa savait se faire des amis, et entretenir les liens qu’elle avait avec chacun d’eux. Elle en prenait soin et les choyait comme des trésors Toutes ses amitiés étaient la prunelle de ses yeux. Sans eux, sans l’affection qu’on lui portait, ces discussions, ces fous-rires, elle se sentait seule et vide. Mais pire que tout, elle avait peur. 

La trouille creusait son cœur tout asséché d’être ainsi esseulée depuis trois semaines. C'était le temps qui s'était écoulé depuis que Susan avait commencé à l'éviter. Susan l’évitait. Que tout le monde l’évitait d'ailleurs. Ce qui était assez gênant dans la mesure où elle habitait juste en face de Terry. 

- Miss Turpin ?

- Pardon, Monsieur Hawkworth ? s’excusa Lisa en revenant à la réalité. 

- Je vous félicitais. Les pièces complémentaires que vous avez apporté à votre projet de candidature aux bourses de recherches sont très pertinentes. 

- Merci Monsieur, rosit-elle de plaisir.

- Cela fait un petit moment que nous ne vous avons pas vue dans le département de la justice magique…

Avant elle y allait tout le temps, pour distraire Susan. 

- Votre bonne humeur manque à nos troupes, lui sourit le sorcier en s’en allant.

Les lèvres de Lisa, parfaitement étirées, flanchèrent légèrement. Mais elle renfila son masque de joie, et continua sa tournée. Elle avait essayé d’être seule pendant ses trois semaines. Elle avait cousu une nouvelle robe, avec un tissu qu’elle avait acheté à Madame Guipure et qui changeait de couleur en fonction de la température qu’il faisait. Ensuite, elle avait trié ses photos : elle avait pleuré, parce que c’était Justin qui les avait prises et qui lui avait donné ces exemplaires. Après, elle s’était essayée à la cuisine et avait fait exploser cinq chaudrons. Ce qui n’avait pas suffi à alerter Terry et Wayne qui habitaient pourtant les deux appartements d’en face. 

Lisa s’ennuyait et était profondément triste. Elle avait écrit à Adrian, qui lui manquait énormément, en raturant toutes les déclarations d’amour mielleuse qu’elle avait envie de lui sortir depuis des lustres. Mais Adrian Pucey n’aimait pas lire, ni écrire, et ne s’en donnait la peine que pour faire plaisir à Lisa. 

En remontant le couloir, elle entendit le rire de Susan. La jalousie la submergea. Elle aurait voulu rire avec elle. Mais au lieu de ça, elle se contentait de l’observer partager ses éclats avec Katie Bell, qui travaillait au département des jeux et sports magiques. Susan intercepta son regard, et s’arrangea pour lui tourner le dos. 

Lisa sentit que c’était trop. Katie Bell se rendit compte de sa présence et l’interpella même vivement. Lisa se mit à courir, sans trop savoir où aller, jusqu’à trouver la porte du bureau de Théodore Nott.  Elle la poussa sans frapper, et la ferma d’un coup sec, avant de se laisser glisser le long de celle-ci. 

Elle était à bout de force. Adrian, lui, saurait quoi lui dire. Il saurait quoi faire aussi. Mais il n’était pas là. Il fallait qu’elle se débrouille seule, et elle en était capable. Elle était adulte, ne dépendait de personne… Et elle avait beau se répéter ces mots, cette phrase, elle n’y croyait pas un seul instant. Elle murmurait le prénom d’Adrian, comme si cela allait le faire apparaître.  Elle avait parfois conscience d’avoir la même gestion de ses émotions qu’un bébé de cinq ans, qui se laissait totalement submerger par ces dernières. 

- Bonjour.

Elle releva la tête, et essuya honteusement ses larmes, la gorge trop prise pour répondre quoi que ce soit. 

- La politesse voudrait que tu me dises bonjour à ton tour, déclara la voix traînante de Théodore Nott.

- Bonsoir, murmura-t-elle alors, comme un défi. Il est dix-sept heures passées. Alors, c'est "bonsoir", pas "bonjour". 

Elle se releva, prête à décamper mais il l’arrêta : 

- Est-ce que tout va bien, Turpin ?

Elle ouvrit la bouche, surprise. Théodore Nott, qui s’arrangeait toujours pour que ses interactions sociales soient les plus courtes et les moins nombreuses possibles, venait vraiment de lui poser cette question ? 

Elle hésita à lui répondre que non, elle n’allait pas bien, et qu’elle avait la sensation de se tenir au mât d’un bateau traversant une horrible tempête. Mais elle n’était pas comme ça. Elle détestait la pitié, non pas qu’elle imaginait un seul instant Théodore en avoir pour elle. Elle voulait juste rester aux yeux de tous cette fille insouciante, capable de s’amuser et d’amuser les autres d’un rien. 

Lisa avait toujours vu Théodore comme ce fameux Serpentard solitaire, qui ne s’amusait pas des moqueries de Drago Malfoy et se pensait même trop supérieur pour s’abaisser à ce genre de choses. Lisa en avait tiré trois conclusions très différentes : soit Théodore était un vantard de première et effectivement, se croyait bien au-dessus des autres (ce que pouvaient laisser croire ses yeux froids, son nez constamment relevé et son allure droite et fière), soit il aimait vraiment la solitude, soit il ne savait pas comment s’y prendre. 

Quand il lui avait proposé son aide le mois dernier, au Chaudron Baveur, elle s’était tout d’abord demandée si le mélange de toutes les boissons de ses amis dans son organisme ne l’avait pas totalement détraqué. Puis elle avait vu la lueur, qui brillait dans ses yeux : Théodore était curieux. 

- Alors ? insista-t-il. Tout va bien ? 

- Ouais, répondit-elle mécaniquement.

- Ouais ?

- Oui, je veux dire.

Il se tenait si droit… Il était très impressionnant.  Lisa se sentait toute petite. 

- Tu mens.

Lisa se releva, un peu furieuse. 

- Je pense que je suis la mieux placée pour savoir comment je me porte.

- Tes yeux globuleux vont exploser. T’as de la morve qui te coule du nez.

Il sortit un mouchoir d’une de ses poches, et le lui offrit. Elle le dédaigna méchamment du regard, comme une insulte. 

- Tu as le droit d'être triste.

Elle écarquilla ses grands yeux bleus et elle ne sut pas pourquoi, ni comment, mais elle se retrouva de nouveau sur le sol, les genoux repliés et le menton fuyant entre ses deux bras. Elle pleura longtemps, sans faire de bruit, en retenant ses sanglots. Elle laissa tout partir. Ses remords, ses regrets qui l’empêchaient de dormir parfois, les angoisses, les peurs, les cauchemars de ses amis qu’elle avait portés avec elle, en elle, pour les soulager, pour les aider… Elle essora l’éponge émotionnelle qu’elle était, sans parvenir à s’arrêter. Maintenant que les vannes étaient ouvertes, la puissance du torrent de négativités qu’elle avait retenu en elle se déversait avec violence. 

Elle releva la tête. Son cou était endolori, elle avait des fourmis dans les jambes et elle ne sentait plus ses mains, complètement engourdies. Théodore était en face d’elle, dans la même position, immobile comme une statue et attentif. Elle essuya ses joues. Il ne fit aucun commentaire. 

- Je n’aime pas le silence, chuchota-t-elle.

- J’aime bien le silence. 

Elle s’esclaffa légèrement face à son ton neutre et franc. Il avait prudemment instauré une bonne distance entre eux. Mais il était quand même là, et Lisa n’était pas seule. Elle n’en avait plus la sensation en tous cas. 

- Enfin, parfois, j’aime bien parler. Mais jamais pour ne rien dire, ajouta Théodore. 

- Évidemment, s’amusa Lisa.

- Tes yeux sont vraiment rouges…

- Je suis désolée.

- D’avoir les yeux rouges ? fronça-t-il les sourcils.

- Non. D’avoir sali ton sanctuaire. D’avoir pénétré ta petite bulle. Je ne voulais pas envahir ton espace. Je respecte ça, chez les autres. Je sais que je suis tactile, que je fais parfois peur à bondir sur les gens comme ça sans prévenir. Adrian a failli me crever un œil une fois, à cause de ça. Je sais aussi que mes sourires t’agacent, comme ils agacent mes amis, comme ils m’agacent moi-même parfois. Je ne veux être un poids pour personne. Vraiment.

Théodore ouvrit la bouche mais Lisa, sur sa lancée, continua de parler : 

- Je ne sais pas gérer la tristesse. Je l’évite, je la déteste, je l’abhorre. Presque autant que la solitude. Alors je m’arrange pour que tout le monde soit heureux, pour voir le positif, tout le temps. C’est ce que j’ai fait quand le Seigneur des Ténèbres était au pouvoir, et ce que je continuerai de faire pour le restant de mes jours, parce que j’ai déconné, Théodore Nott. J’ai déconné, j’ai abandonné mes amis, et je ne me le pardonnerai jamais.

Il resta interdit plusieurs secondes, avant d’être certain d’avoir le droit de parler cette fois, et qu’il n’allait pas la couper : 

- Je ne sais pas ce que c’est d’avoir des amis. Mais de ce que j’en ai observé, les gens qui s’aiment acceptent mutuellement de supporter les fardeaux des uns et des autres. Ils ne les en accablent pas. Ils les partagent tout simplement. Tu aimes tes amis. Tu pardonnes leurs erreurs. Pourquoi n’en feraient-ils pas de même avec toi ?

Lisa lui sourit, pour deux raisons : la pertinence de son intervention, et la longueur de cette dernière. Des larmes se remirent à couler : 

- Mes amis n’ont pas fait d’erreur et ils ont toutes les raisons du monde d’être tristes, malheureux, et détruits. Moi aussi je le suis. Je le leur cache parce que moi, contrairement à eux, je n’ai pas le droit d’être tout ça.

Le visage de Théodore ne changea pas d’un iota, n’exprima ni curiosité, ni inquiétude. Ils se regardèrent, sans baisser les yeux, sans toutefois se défier. Et dans cet échange silencieux, sans gestes, sans rien, Lisa trouva une sérénité, une quiétude qui la calma. C’était une proximité, une sorte d’intimité étrange et toute nouvelle pour Lisa. Il la voyait. Elle le voyait. Ils se comprenaient et venaient de s’offrir un morceau de confiance. C’était un tout petit morceau de confiance qu’ils n’auraient jamais donné dans d’autres circonstances. 

- Tu peux revenir si tu en as envie, murmura Théodore.

Elle hocha la tête, et ils restèrent dans cette position, à se regarder quelques instants, avant de s’enfuir tous les deux chacun de leurs côtés. 








L'humour vraiment étrange de Lisa by CacheCoeur

 

- Susan a besoin de temps, Lisa…, marmonna Padma.

Lisa se contenta de hocher la tête et de sourire. Wayne lui avait offert des suçacides, ses bonbons préférés. Terry avait passé un bras autour de ses épaules et la secouait doucement. Le sourire de Justin était aussi faux que le sien, et Hannah ne l’avait même pas regardé une seule fois depuis qu’elle était arrivée.

Lisa vivait dans son petit monde parfois, son petit rêve éveillé, où tout le monde était beau et gentil. Seulement, les couleurs commençaient à se ternir légèrement ici et là.

- Je comprends. Vraiment, assura-t-elle.

Non. Elle ne comprenait pas tout. Elle ne comprenait pas ce que Susan lui en veuille de toujours voir le positif, de tout faire pour surmonter ce qu’ils étaient tous en train de traverser. En revanche, elle comprenait que Susan lui en veuille pour sa lâcheté et pour toutes ses absences lors de la guerre.

- Je suis désolée, si vous avez eu la sensation que je minimisais vos peines, ou que je ne voulais pas vous écouter, vous aider…

- Ce n’est pas ça, Lisa, grimaça Terry.

- C’est juste qu’il y a un temps pour tout, ajouta Wayne. Et que celui dans lequel nous nous trouvons ne nous donne pas les moyens de toujours voir le positif.

- C’est facile pour toi, de faire ça et de vivre comme ça, bredouilla Hannah. Tu ne sais pas…

Tout le monde se crispa autour de la table. Sauf Lisa, qui resta calme. Elle eut envie de répondre que non, ce n’était pas facile pour elle, qu’elle refusait juste de se laisser abattre, de continuer à vivre comme si la guerre était toujours là. Padma, la plus diplomate de leur petite bande, reprit la parole :

- Avant d’aller de l’avant, il faut que l’on accepte ce qui s’est passé, et ce qui est encore en train de se passer. Laisse-nous du temps.

- Ok.

Que pouvait-elle dire d’autre ? Adrian lui conseillerait probablement d’oser leur balancer tout ce qu’elle avait sur le cœur. Mais Lisa doutait d’avoir la force de tout lâcher, de contrôler tout ce qu’elle aurait à avouer, si jamais elle se mettait enfin à parler. Ouvrir la boîte de pandore n’était jamais la plus avisée des choses à faire…

Ils soupirèrent de concert, dans une synchronisation parfaite. Lisa eut la sensation qu’elle avait mal compris les choses, que depuis le début, elle se plantait, alors elle fit ce qu’elle faisait toujours dans ces cas : attendre, observer et comprendre d’elle-même ce qui était en train de se passer. Elle se fit toute petite et passa la soirée à attendre que le temps file. Quelque chose sonnait faux. Parmi eux, qui étaient hantés par des fantômes similaires, elle n’était pas à sa place. Ils ne se comprenaient plus et voir enfin cette rupture, cette déchirure entre eux, lui fit serrer les dents et broya son cœur.

Elle chercha Théodore Nott, dans le fond du restaurant, à l’endroit dans lequel il se cachait habituellement et une pointe de déception la fit tiquer quand elle se rendit qu’il n’était pas là. Il travaillait sûrement encore. Depuis la première fois, Lisa était revenue dans son bureau pour déjeuner. Elle n’avait pas d’emploi, travaillait seule sur son projet, le plus souvent de chez elle et ne sortait de son appartement que pour aller à la bibliothèque, faire des recherches, ou aller à des entretiens avec les membres du Ministère de magie qui surveillaient ses travaux de près. Elle ne voyait personne en semaine. Elle écrivait tous les jours à Adrian, des lettres dont elle avait honte, qu’elle n’envoyait même plus, parce qu’elle ne voulait pas l’inquiéter. Alors, la seule personne qu’elle voyait, était Théodore Nott. Théodore qui s’intéressait à son travail, qui ne parlait jamais de la guerre, et qui se fichait bien de ce qu’elle avait fait ou non, pendant cette année de terreur…

Les silences avec Théodore, etaient faciles et agréables. Avec les autres, ils étaient pesants et glaciaux. 

Il parlait peu. Il bougeait peu. Comme elle, il travaillait beaucoup. Il écrivait des discours que Lisa avait envie de lire par-dessus son épaule. Mais elle ne s’approchait jamais de trop près : si elle le faisait, elle était persuadée que sa bulle de protection qu’il érigeait entre lui et le reste du monde, lui éclaterait au visage. Elle ne voulait pas le brusquer, ou le mettre mal-à-l’aise. Alors, elle respectait son espace. Elle s’asseyait sur la chaise qu’il avait installé pour elle dans un coin de la pièce, en face d’un tout petit bureau où traînaient auparavant des piles de dossiers, un dessous-de-verre pour ses gobelets de thés, de cafés et autres boissons, une plume et un encrier. Elle avait été touchée en voyant ça la première fois.

Les rendez-vous silencieux qu’elle avait avec Théodore Nott étaient ses bouffées d’air frais hebdomadaires, jusqu’à ce qu’elle se décide à s’y rendre tous les jours. Théodore était curieux de tout, et s’intéressait à ses travaux. Elle avait surpris son regard sur son baladeur mp3 une fois et l’avait vu hésiter. Elle l’avait alors laissé sur son petit bureau, et avait trouvé un prétexte bidon pour quitter la pièce, et lui permettre de l’examiner confortablement, tout seul et sans témoin. Quand elle était revenue, Théodore venait à peine de se rasseoir comme si de rien n’était.

Ils ne parlaient presque pas. Ils se disaient « bonjour » ou « bonsoir », se demandaient comment ils allaient, se proposaient des boissons… Parfois, Théodore lui posait une question, lui demandait son avis sur une loi, ou un procès en cours. Elle y répondait avec plaisir, en s’étirant. Il fronçait les sourcils devant son manque de tenue. Au moins, n’écarquillait-il plus les yeux quand elle portait ses robes flashys et ses baskets moldues toutes pailletées. Enfin, elle avait quand même attendu cinq secondes avant de le voir respirer, la fois où elle avait débarqué avec une fleur d’aster énorme et mauve dans les cheveux.

- Lisa ? T’es avec nous ? s’amusa Terry en claquant les doigts près de ses yeux.

Elle sursauta. Son sourire s’effaça. Elle n’avait pas envie d’être ici. Elle termina son verre de rhum groseilles d’une traite, se leva, faisant grincer les pieds de sa chaise sur le sol et enfila sa veste :

- J’ai des trucs à faire.

Padma écarquilla les yeux devant la réaction si subite de leur amie, qu’elle salua vaguement : Lisa était déjà partie.

Elle sortit du Chaudron Baveur et commença à marcher en direction du Ministère de la magie. La nuit était déjà bien tombée. Les décorations d’Halloween avaient envahi les rues moldues de Londres. Elle se dépêcha, marcha au pas de course, jusqu’à arriver à l’entrée des visiteurs. Elle prit l’ascenseur pour se rendre directement au département de la justice magique et se rendit au bureau de Théodore.

Elle ouvrit la porte à la volée. Théodore sursauta et posa une main sur le cœur :

- Il est impoli d’entrer quelque part sans toquer !

- Euh… Toc, toc ? Bredouilla la jeune femme à moitié amusée.

- « Toc toc » est une onomatopée absolument insupportable et inutile.

- J’en prends bonne note, Théodore !

- Qu’est-ce que tu fais ici ? Demanda-t-il.

Il était surpris. Lisa le devinait : il pinçait légèrement ses lèvres toutes fines, et avait négligemment rangé ses mains dans les poches de son pantalon.

- Est-ce que je te dérange ? s’inquiéta-t-elle.

- Non.

Elle resta plantée là, sans savoir quoi dire ou faire. Il y avait comme un bug, quelque chose d’anormal. Pourtant, Lisa sentait qu’elle était plus à sa place ici que nulle part ailleurs.

- Je croyais que tu devais sortir avec tous tes amis ce soir, observa l’ancien Serpentard.

- Pas tous.

Susan n’était pas là. Et Théodore. Qu’importe ce qu’il était pour elle, ni un ami, ni une simple connaissance, Lisa ne trouvait pas de mot, mais il faisait partie de sa vie désormais, et elle aurait souhaité qu’il soit avec elle. C’était pour ça qu’elle était venue le trouver. Il lui apportait un truc, un quelque chose qui la calmait, qui rendait ses pensées plus légères et supportables.

- Turpin ?

- Oui ?

- Alors ? Qu’est-ce que tu fais ici ?

Lisa détestait ne pas avoir la réponse. C’était ce qu’elle appelait « des situations de crise », dans lesquelles elle perdait souvent tous ses moyens et se mettait à faire n’importe quoi. Dans ces moments-ci, elle improvisait :

- Une crème coûte 9 euros, combien coûte une crème renversée ?

- Pardon ? l’interrogea Théodore en penchant la tête sur le côté, totalement perdu.

- 6 euros, bien sûr !

- Je ne comprends pas.

- Laisse tomber.

Un silence s’installa. Un peu trop long.

- Pourquoi les chats n’aiment pas l’eau ? bégaya Lisa.

Théodore haussa les sourcils si fort qu’ils rejoignirent la ligne de son front.

- Parce que dans l’eau, minet râle ! Comme l’eau minéral, t’as saisis ? s’esclaffa Lisa, complètement gênée.

Ce bureau était devenu un refuge pour elle. Elle ne voulait vraiment pas le perdre. Elle n’arrivait juste pas à comprendre comment, ni pourquoi… Alors elle se trouvait face à lui, à raconter n’importe quoi.

- C’est très drôle, Lisa.

- Vraiment ?

- Non, secoua-t-il franchement la tête. C’est très gênant. Mais afin de ne pas rendre la situation plus tendue qu’elle ne l’est déjà, j’ai jugé qu’il était opportun de te mentir.

La franchise de Théodore la fit rire.

- Mais si tu veux faire un concours de blagues pathétiques, j’ai retenu celle qui a failli faire s’étouffer Goyle avec sa serviette. Crabbe en était très fier.

- Comment peut-on s’étouffer avec sa serviette ? s’étonna Lisa.

- On parle de Goyle, souligna Théodore.

- Exact.

Ils se regardèrent.

- Alors ? Murmura Lisa. Quelle était cette blague ?

Il enleva les mains de ses poches :

- Que dit un un ver de terre arrivant devant un plat de spaghetti ?

- Je n’en sais rien.

- « Wow génial, une mégapartouze ! ».

- C’est …

- Pitoyable, termina Théodore à sa place.

- Tu trouves vraiment que ma blague sur l’eau minérale est du même niveau ?

- Non.

Lisa expira de soulagement.

- La tienne a le mérite d’être moins libidinale.

- Merci.

Théodore Nott se mit à sourire. Lisa sourit avec lui, pour de vrai. Elle sortit de son sac son baladeur mp3 et le lui tendit :

- J’aimerais améliorer les sorts de protection et d’invulnérabilité magique, pour lui permettre de mieux fonctionner dans les endroits où la magie est plus présente.

Il prit l’objet en main, et l’examina. Une bulle de protection l’entourait et rendait son usage compliqué. Il fallait s'y prendre à plusieurs fois pour appuyer sur les bons boutons de l’appareil moldu carré et déjà épais.

- Qu’as-tu essayé comme sorts ?

Son regard était brillant d’intelligence. Il attendit Lisa, qui lui lista tous les sorts, avant d’être interrompus par un agent d’entretien. Théodore attrapa sa veste et une pile de dossier qu’il rangea d’un coup de baguette dans son sac, et sortit, Lisa sur les talons.

- Il faut que tu trouves un moyen pour l’appareil d’accepter la magie, plutôt que de s’en protéger, nota Théodore.

- C’est un angle que j’ai déjà envisagé, sans grand succès.

- Parle-moi de tes recherches à ce sujet.

- On ne va pas faire ça dans le couloir…, s’amusa Lisa. On en parlera demain.

Une lueur de déception passa dans les yeux de Théodore.

- On si tu l’acceptes, on pourrait aller chez moi, proposa-t-elle avec prudence.

Théodore sembla se tétaniser des pieds à la tête. Lisa sentait son hésitation, et n’insista pas. Le laisser entrer chez elle, c’était le laisser définitivement entrer dans sa vie. De sa pudeur, son caractère solitaire, et sa curiosité, sa soif d’en savoir toujours plus, Lisa se demandait lequel de ses traits de caractère allait l’emporter.

- Très bien, accepta Théodore.

Lisa sourit encore une fois. Puis elle se mit à paniquer : son appartement était en désordre, et elle avait peur que Théodore ne lui claque entre les doigts en le voyant.

 

Les nouvelles compétences quelque peu surprenantes de Théodore by CacheCoeur

L'habitat naturel de Lisa Turpin donnait à Théodore Nott des bouffées d'angoisse. Paradoxalement, et pour une personne qui n'avait pas encore sa place dans le monde, ou même découvert celle qu'il aimerait occuper, Théodore aimait que chaque chose soit bien rangée.

- Loin de moi l'idée de vouloir m'immiscer dans ta vie privée, mais je tiens à te signaler que ranger une potion aveuglante à côté du sirop à la fraise, n'est pas nécessairement très judicieux.

- Si jamais je deviens aveugle, au moins tu sauras pourquoi..., plaisanta Lisa.

Il avait appris que Lisa avait ce qu'elle appelait « un bazar organisé », ce qu'il trouvait parfaitement ridicule : un bazar, par définition, ne pouvait pas être « organisé ». Il avait toutefois été plusieurs fois surpris de constater que dans ce labyrinthe de bibelots, de pile de livres disposée aléatoirement sur le sol, de plantes vertes ornées de décorations en tous genres (Théodore y avait vu une fourchette), des chaudrons remplis de bonbons et dans lesquels le chat de Lisa dormait, celle-ci trouvait toujours ce qu'elle cherchait.

- J'aime vivre dans le danger, haussa les épaules Lisa.

Il prit ce que Lisa lui avait demandé et le lui rapporta. Il s'arrêta devant une photographie, épinglée sur le mur : Lisa était perchée sur les épaules d'Adrian Pucey et riait à gorge déployée. Ils se regardaient, elle d'en-haut, lui d'en-bas, et semblaient liés, par un truc invisible, qui se devinait pourtant sans peine.

-Théodore ? l'appela Lisa.

Elle le regarda avec intérêt. Elle faisait souvent ça, quand elle attendait quelque chose de quelqu'un.

- Et bien ? Murmura-t-elle.

- Et bien quoi ?

- Je t'ai chargé de faire le pop-corn.

Théodore soupira. Il l'avait observée placer plusieurs fois un sachet rempli de graines dans une boîte rectangulaire qui faisait un vacarme assourdissant quand elle le mettait en route : en rouvrant la porte, les graines avaient changé d'aspect. Il fixa l'appareil, et tenta de se souvenir de tous les boutons que Lisa triturait.

Lisa lui avait appris beaucoup de choses, qu'il avait bien évidemment retenues. Par exemple, il savait désormais que Percy Spencer, chercheur américain, avait travaillé en 1945 sur l'amélioration du radar lorsqu'il découvrit par hasard, que les ondes électromagnétiques pouvaient réchauffer un aliment comme du pop-corn ou un œuf. C'était comme ça qu'il avait inventé un four qui produisait ces ondes : le micro-ondes.

- Cette machine ne va pas te mordre.

- Ma peur vient plutôt du fait qu'elle a explosé la semaine dernière et qu'il nous a fallu pas moins de cinq aguamenti pour éteindre l'incendie, lui rappela Théodore en haussant un sourcil.

- J'ai fait quelques ajustements depuis. J'ai bidouillé un sort pour contenir l'explosion.

- Je vois, soupira Théodore.

Il se décida et fit preuve de courage. Lisa, un sourire doux et amusé aux lèvres, le regarda faire, sa baguette à la main, prête à lancer un aguamenti d'urgence. Tout se passa sans encombre, à sa grande surprise, mais également, à son grand soulagement. Théodore prit le résultat de son immense courage et mangea un pop-corn.

- Il est salé.

- J'ai remarqué que tu n'étais pas fan du sucré, confia Lisa.

Le jeune homme avait pourtant compris depuis longtemps qu'elle avait besoin de sa dose de sucre lorsqu'elle travaillait sur ses expériences. Elle grignotait tout le temps, et mettait des miettes sur ses espèces de circuits électroniques qui étaient éparpillés sur la table. Théodore ne fit aucun commentaire et s'installa à la place libre à côté de la jeune femme,pour regarder les images qui défilaient sur sa télévision.

- Qu'est-ce que c'est ?

- « Mars Attacks ! », Tim Burton est un pur génie.

Théodore avait déjà visionné pas moins d'une quinzaine de films. Lisa avait une collection de cassettes assez impressionnantes...

- Ces créatures sont censées être des monstres ?

- Des extraterrestres, le corrigea Lisa. Ce sont des martiens. D'où le titre « Mars Attack ! ».

C'était beaucoup moins intéressant que « Braveheart », mais encore une fois, il garda son avis pour lui, et observa Lisa, qui suivait toujours les films qu'elle mettait à moitié : elle « bidouillait », comme elle disait. Elle détestait travailler dans le silence, et avait besoin d'un fond sonore.

Son baladeur mp3 avait gagné en résistance. Elle avait beaucoup progressé grâce à Théodore qui lui avait fait voir les choses sous un autre angle.

- Tu sais, j'ai pensé à autre chose, pour désensibiliser mon appareil à la magie...

Théodore attendit la suite avec impatience, en continuant de manger du pop-corn.

- J'ai pensé aux écailles de dragons. Ils sont invulnérables à la magie. Leur lancer des sorts ne sert à rien parce qu'elles sont si dures et si épaisses qu'elles les en protègent. le seul point faible d'un dragon, ce sont ses yeux.

- Intéressant...

- Si je protégeais tous les composants électroniques avec des écailles de dragon, cela permettrait sûrement à tous ces appareils de fonctionner dans des endroits où la magie est omniprésente.

- C'est vraiment intéressant, marmonna Théodore. Toutefois...

- Je n'aime pas quand tu dis « toutefois », grimaça Lisa.

- Toutefois, reprit Théodore, ça coûterait bien trop cher à produire, et donc à commercialiser.

- A produire ?

- Tu ferais faillite.

- Je m'en fiche de faire faillite, fronça les sourcils l'ancienne Serdaigle.

- Alors tu vendras tes appareils à un prix peu abordable pour la plupart des ménages sorciers. Seuls les plus aisés pourront se le permettre, soit beaucoup de sang-purs, beaucoup de familles sorcières qui ne constituent pas ta cible, parce qu'ils se fichent bien de ces appareils... Si tu veux toucher un maximum de personnes, il faut que tu songes à tes prix de productions, Lisa.

- Je n'avais pas envisagé la question de cette façon...

- Non. C'est certain. Ton objectif étant d'influencer la jeune génération ainsi que la nôtre à utiliser ces appareils, il faut que tu trouves une solution moins coûteuse.

Lisa baissa les bras, soudainement abattue.

- Je suis désolé.

- Non. Tu as raison.

Il se sentit mal, de la voir aussi démotivée.

- Ton idée était bonne.

- Merci.

- De rien.

- Ils ont greffé la tête d'un chien sur le corps d'une femme ?! s'exclama soudainement Théodore.

- Quoi ?

- Ton film.

- Ah ! Ouais... C'est marrant, non ?

- Moins que le film avec l'homme en capuche qui lance des éclairs avec ses doigts, répondit Théodore.

- Il s'appelle Darth Sidious et ce n'est pas une capuche ! Tu ne peux pas manquer ainsi de respect à un grand Seigneur Sith, s'indigna Lisa.

Elle lui jeta un pop-corn au visage et il se félicita d'avoir chassé sa peine aussi facilement. Lisa était de nouveau pleine d'énergie et comme il avait appris à la connaître ces dernières semaines. Elle était brillante, son esprit et sa personnalité étaient vifs, et elle débordait d'énergie de passion, chaque fois qu'elle pensait à ses projets.

Colombe, le chat de Lisa, se mit à le regarder d'en bas, nullement impressionné par la hauteur de Théodore, qui le surplombait. L'animal le défiait presque du regard. Il y avait du mieux : la première fois qu'il était venu, Colombe lui avait feulé dessus.

Quelqu'un toqua à la porte de Lisa, qui se leva d'un petit bond pour aller ouvrir. Elle traversa la jungle de ses affaires, alors que Théodore affrontait toujours du regard son chat.

- LISAAAAAA !

Wayne Hopkins entra brutalement dans l'appartement de Lisa. Théodore décida de laisser Colombe gagner leur affrontement et se leva, prêt à intervenir.

- Je voulais pas y croire ! Éclata de rire l'ancien Poufsouffle. Toi ? Avec Nott ? C'est tellement une blague... Ta pire, si tu veux mon avis.

Il empestait l'alcool. Théodore pouvait le sentir de là où il se trouvait. Le blond pointa un doigt accusateur et tremblant sur lui :

- Ce gars est une saloperie, Lisa. Terry m'a raconté des choses...

Lisa l'aida à garder l'équilibre. Il s'affala sur elle, de tout son poids. Elle chancela, mais le rattrapa de justesse. Son teint était devenu livide, et tranchait avec celui de Hopkins, qui était verdâtre et suintant.

- Tu sais qu'il a laissé des élèves se faire torturer sans rien dire ? C'est un...

Il ne termina pas sa phrase. Lisa ne lui en donna pas l'occasion, et lui fit exécuter un demi-tour, pour le ramener chez lui, juste en face :

- Pourquoi tu fais ça, Lisa ? Baragouina-t-il.

- Je ne fais rien du tout. T'es saoul, Wayne.

- Peut-être que vous êtes pareils, tous les deux ! Rit-il de plus belle. Deux lâches, qui ferment les yeux. Susan dit que ce qui permet au mal de triompher, c'est l'inaction des gens de bien. Je pensais pas que cette phrase pouvait s'appliquer à toi. T'as jamais raté une occasion de nous défendre. Ah ! Si... Pardon. Quand t'es partie pendant la guerre.

Il se dégagea de son emprise, comme dégoûté, et tapa contre une porte, la fracassant de ses poings en colère. Elle s'ouvrit sur Terry, qui supporta à son tour le poids du corps de Wayne, qui s'effondra dans ses bras.

- C'est la cinquième fois cette semaine.

Théodore, toujours debout, dans le salon de Lisa, ne ratait rien de la scène. Il voyait le regard accusateur de Terry, avait entendu son ton résigné et remarqué ses poings serrés.

- Il a recommencé ? Chuchota Lisa.

- Visiblement.

Terry regarda par-dessus l'épaule de Lisa : Théodore soutint l'intensité des yeux noirs de l'ancien Serdaigle.

- Qu'est-ce que je peux faire, pour qu'il se sente mieux, pour l'aider ? Demanda Lisa.

Wayne avait sombré dans l'alcool. Il en était ressorti, avait replongé, s'en était ressorti, puis avait visiblement replongé.

- Rien. C'est pas à toi de l'aider.

- Je dois bien pouvoir...

- C'est d'un professionnel dont il a besoin, Lisa ! l'interrompit Terry. Pas d'une amie qui lui balancera son bonheur à la gueule pour mieux lui rappeler qu'il est triste.

Lisa recula d'un pas.

- Ce n'est pas ce que...

- Tu veux nous faire ? Termina Terry à sa place. Je sais. On le sait tous. Je suis désolé. Je suis juste fatigué. J'ai eu une longue journée.

Il y avait tant de méchanceté dans les mots qu'ils s'échangeaient parfois... Lisa ne le comprenait pas. Avant, ils se disaient tout, ils s'écoutaient et se comprenaient. Ca manquait terriblement à Lisa. Le dialogue était rompu et elle ne cherchait qu'à le rétablir, alors que ses amis, eux, étaient sur les nerfs, en colère. Pas spécialement après elle. Ils l'étaient contre le monde entier...

- Pourquoi nos mots sont-ils si durs, Terry ? souffla Lisa.

- J'en sais rien... Je suis désolé, s'excusa-t-il encore une fois, en prenant conscience de la violence de ses paroles. C'est juste que...

- Prends soin de lui, murmura Lisa en s'en allant.

L'ancien Serpentard devinait sa colère à ses mains, qu'elle serrait dans son dos, et pourtant, sa voix restait douce, et calme :

- Et toi, de toi. Tu sais que Nott n'est pas quelqu'un de bien.

Théodore demeura de marbre. Terry ne l'avait pas lâché des yeux.

- « Quelqu'un de bien »... Tu sais encore ce que ça veut dire, Terry ? Parce que si l'inaction des gens de bien participent au mal, lui et moi sommes effectivement, pareils.

Lisa retourna chez elle, et ferma la porte à la double tour. Elle ne souriait plus, encore. Théodore n'aimait pas ça. Elle se mit à faire les cent pas.

- Je vais m'en aller..., indiqua-t-il.

- Non, reste.

Il se rassit. Il était gêné qu'elle ait pris sa défense. Il ne savait pas quoi dire ou quoi faire, alors il la laissa créer un énième courant d'air, jusqu'à ce qu'elle se calme, puis reparte.

- Tu n'avais pas à faire ça.

- Faire quoi ? Demanda Lisa.

- Prendre ma défense.

- Ils ne te connaissent pas.

- Toi non plus.

- Je te connais déjà mieux qu'eux.

- Terry a raison.

- Sur quoi ? Il faut vraiment que tu sois plus précis dans tes phrases, Théodore, souffla Lisa.

- Quand il a dit que j'ai laissé des enfants se faire torturer. Lors de ma dernière année à Poudlard, avec les Carrow...

Il déglutit.

- Tu n'es pas obligé de me raconter..., l'arrêta Lisa.

- Tu n'es pas comme moi.

- Parce que tu penses que je n'aurais jamais laissé des élèves se faire torturer ? s'étonna-t-elle.

Il hocha la tête.

- Tu as tort.

Il vit sur son visage comme cela lui avait fait du mal de dire ces trois mots. Elle s'approcha de lui.

- Je n'étais pas à Poudlard, lors de la guerre. J'ai obtenu mes ASPICS l'année dernière seulement. J'ai profité du programme de rattrapage, en même temps que Wayne, et d'autres élèves.

Il attendit la suite, alors que Lisa ouvrait et fermait la bouche, comme si elle hésitait.

- J'ai fui. L'été où Dumbledore est mort, Adrian est venu chez moi.

- Adrian Pucey ?

Théodore avait entendu Adrien évoquer quelques fois Lisa dans la salle commune des Serpentard, sans penser qu'ils étaient aussi proches.

- Il s'inquiétait. Il avait entendu Malefoy évoquer les plans de Tu-Sais-Qui, ce qu'il allait faire à tous les sorciers et sorcières qui n'avaient pas le sang assez pur... Ma mère a organisé notre départ immédiat. Je n'ai pas protesté. Je voulais partir. Je voulais m'enfuir. Je n'ai pensé ni à Susan, ni à Hannah, Padma, Justin, Terry et Wayne, qui est aussi un sang-mêlé. J'aurais dû l'aider, parce que je savais que sa famille n'avait pas les moyens de le cacher et de le mettre en sécurité. J'avais tellement peur que les Mangemorts s'en prennent à ma famille... Ma mère gère les relations entre les gouvernements moldus et sorciers ! Mon père est lui-même moldu. Ce n'était qu'une question de temps... Le soir-même, nous sommes partis. Je n'ai rien dit à personne. Je n'ai pas envoyé de lettre pour les prévenir. Nous sommes restés terrés dans un village au fin fond du Texas. Je n'ai rien fait, Théodore. Je n'ai aidé personne. J'ai fermé les yeux. J'ai écouté la radio tous les jours en priant égoïstement de ne pas entendre les prénoms de mes amis. Je ne dormais pas, je ne mangeais pas, je m'en voulais de boire, d'avoir un toit au-dessus de la tête, d'être en sécurité, d'avoir mes deux parents avec moi... Je m'en voulais de respirer, et de penser. Je m'en voulais tellement.

Des larmes silencieuses creusaient deux sillons sur ses joues rondes.

- Je n'ai pas voulu participer à la bataille de Poudlard. Je suis restée au Texas jusqu'en août, alors que mes parents étaient repartis en Grande-Bretagne. J'étais si terrifiée ... Et si ça ne tenait qu'à moi, parfois, j'y retournerais pour toujours. C'est Adrian, qui est revenu me chercher, murmura-t-elle.

- Tu ne peux pas t'en vouloir d'avoir eu peur.

- Je n'ai pas seulement eu peur. J'ai été lâche et égoïste, cracha-t-elle.

Elle se détestait. La légèreté qui la caractérisait ordinairement était partie, complètement envolée.

- Et tu ne peux pas non plus laisser tes amis te traiter de la sorte, et nier tes souffrances.

- Mais quelles souffrances ?! s'exclama-t-elle. J'étais en sécurité ! Eux, ils se sont battus. Ils ont été torturés, traqués. On les a saignés, on leur a fait vivre l'enfer, on les a mutilés. On a tué des membres de leur famille et ils ont affronté des Mangemorts, des loup-garous alors que moi, mon seul problème était ma putain de culpabilité qui me rongeait, ma putain d'angoisse, ma putain de lâcheté, ma putain de honte de ne pas être aussi courageuse qu'eux ! Je n'ai pas le droit de souffrir ! Je n'ai pas le droit d'être traumatisée par ce que j'ai vécu, parce qu'eux, ils ont vraiment subi bien pire que moi.

Elle s'était arrêtée de marcher. Théodore prit le bol de pop-corn et d'un coup de baguette, transforma le goût salé en sucré. Il le lui tendit, maladroitement. Elle l'accepta, toujours en pleurant.

- Nous sommes pareils, affirma-t-il alors. Mais différents...

Il toucha l'intérieur de son bras droit. Il hésita un moment à relever sa manche, mais se ravisa. Pour la première fois de sa vie, il avait envie de se confier, de partager ses doutes, ses peines avec elle, parce que désormais, il avait la certitude qu'à défaut de le comprendre, elle l'écouterait sans le juger ne serait-ce qu'une seconde.

- Je veux juste... Oublier tout ça, et être heureuse. La vie devrait être comme avant : sans malheurs, sans ces horreurs...

- Mais c'est aussi ça, la vie. Ignorer tes sentiments parce que tu ne les penses pas légitimes, ce n'est pas très sain. On ne peut pas hiérarchiser la souffrance des gens. Tes amis devraient respecter les tiennes.

- Je n'ai pas vécu cette guerre, Théodore.

- Si. On l'a tous vécu. Différemment, il est vrai. Mais nous l'avons vécue. La guerre n'est pas juste l'histoire de gentils et de méchants, de combattants contre d'autres combattants. C'est aussi l'histoire de gens comme nous.

- Si tu le dis, bougonna Lisa.

Il vit cependant que ses mots lui avaient apporté un certain réconfort.

- Tu en es victime toi aussi. Peut-être pas comme eux l'ont été le sont toujours, mais cette guerre t'a marquée et traumatisée toi aussi.

Il l'avait réalisé en même temps qu'il l'avait dit. Lisa sécha ses larmes. Elle ne se remit pas à sourire. Colombe se frotta aux jambes de Théodore qui la chassa d'un petit mouvement, refusant que l'animal laisse ses poils blancs sur son pantalon. Lisa reniflait de temps en temps. Il avait juste envie de lui dire qu'elle méritait d'être aidée et écoutée, elle aussi, sans parvenir à trouver les mots.

Contrairement aux autres soirées qu'ils avaient partagé dans l'appartement de Lisa, ils ne discutèrent pas simplement de ses recherches. Ils se posèrent sur le canapé défoncé, Colombe entre eux-deux, à regarder un film, que Théodore trouva nul du début à la fin.

 

 

Les sourires toujours forcés de Théodore by CacheCoeur

 

Théodore Nott n’était pas le genre de personne à rendre des services. C’était donc en toute logique, qu’il ne s’attendait pas à ce qu’on lui apporte de l’aide si jamais il venait à en avoir besoin. Il se débrouillait seul, et ce, depuis longtemps.

- Par Merlin, Théo, détends-toi ! l’implora Lisa.

- Dore. Théo-dore. Mon prénom est Théodore, articula-t-il patiemment.

- Pardon. J’avais oublié.

- Aimerais-tu que je t’appelle « Lili » ou « Zaza » ? grinça-t-il des dents.

- Je trouverais ça mignon ! Sourit-elle. Mais à choisir, je préfère Lili.

Il grogna en regrettant l’espace d’un instant d’avoir invité Lisa à l’accompagner pour cette soirée.

- Woah, t’es plus bougon que d’habitude ! Le taquina la jeune femme.

- Je déteste ce genre de soirées.

- Nous ne sommes pas obligés d’y aller.

- Si. J’ai fréquenté ces événements mondains depuis mon enfance : les gens y brillent plus par leur absence que leur présence. D’autant plus qu’il faut que les membres du Magenmagot te voient.

- Desserre cette cravate, lui conseilla la jeune femme.

Il s’exécuta, sans trop savoir pourquoi, alors que l’ascenseur continuait sa course folle pour les emmener dans le hall du Ministère de la magie. Une réception y était donnée pour clôturer la brillante et merveilleuse carrière d’un membre dont Théodore ne se souvenait même plus ni du prénom, ni du visage.

- C’est gentil de m’avoir invitée en tous cas, murmura Lisa.

- C’est normal.

- Je te soutiendrai.

- Pour ?

- Cette épreuve.

- Je déteste ce genre de rassemblements.

Et Lisa rendait tout plus supportable… et plus marrant aussi.

- Ce n’est pas comme si tu ne m’avais pas répété cette phrase au moins soixante-quatre fois ces trois derniers jours, s’esclaffa Lisa.

- Tu es belle.

Théodore et sa sincérité parfois déconcertante... 

C’était un fait et elle accepta le compliment, les joues rosies par le plaisir.

- Et toi, tu es élégant.

- Merci.

- Essaie de sourire, lui conseilla Lisa. Un visage avenant fait toujours bonne impression.

Théodore se garda de lui faire remarquer qu’il était membre du Magenmagot depuis un an déjà…

- Pourquoi me donnerais-je cette peine ?

- Tu dois te faire une place au sein du Magenmagot. Tu as des idées intéressantes et tu es le plus jeune d’entre eux. Tu représentes notre génération.

- Je vous représenterais si les membres étaient élus, et non-nommés. Ces vieux croûtons ne m’accepteront jamais de toute façon.

- Ne sois pas défaitiste, lui reprocha Lisa. Si tu pars perdant, tu réduis tes chances de gagner.

- Ils me prennent tous pour un… Un ariéré, depuis que j’ai remarqué qu’il était dangereux, stupide et parfaitement archaïque que les rédacteurs des lois soient aussi ceux qui aient à juger leurs paires. Je leur ai parlé d’une séparation nécessaire entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir exécutif et tout ce que j’ai récolté …

Des éclats de rire et des regards perplexes. Théodore Nott ne s’était jamais senti aussi humilié de toute sa vie. Lisa n’insista pas, préférant le laisser se confier.

- Ils ont pensé que je le faisais pour rendre service à Malfoy, Goyle et tous les Mangemorts. L’assemblée ayant voté des mesures drastiques et exceptionnelles pour traquer et punir les Mangemorts en liberté, quand elle applique ses propres lois, les accusés font face à bien peu de justice. J’ai voté contre les surveillances rapprochées de ceux que l’on soupçonnait d’être des partisans de Tu-Sais-Qui. Sans preuve de leur culpabilité, il me semblait qu’il s’agissait d’une grande atteinte à leurs libertés individuelles.

- Mais…

- Mais quoi ? Tu penses qu’il est pertinent de sacrifier ces libertés au nom de la sécurité ? Et bien moi, je réponds que les partisans de Tu-Sais-Qui ont appliqué exactement les mêmes procédures que les membres actuels du Magenmagot. Faire les lois, appliquer les lois, juger avec les lois… C’est aussi comme ça que des nés-moldus ont été privés de baguette et jugés coupables de crimes absurdes. On ne peut pas surveiller Pansy Parkinson parce qu’elle “a des tendances sympathiques pour la cause du Seigneur des Ténèbres”. La justice est un outil tranchant qui sert la guerre. Et là, il est en train de nous échapper, au nom de la peur et de la sécurité.

Il sursauta, quand Lisa posa l’une de ses mains sur son épaule pour l’apaiser. Cela n’eut pas du tout l’effet escompté.

- Ils ont encore peur. On a tous peur. La société magique vit abec le fantôme de la première guerre, mais aussi avec celui de la deuxième.

- La peur est mauvaise conseillère.

- La colère l’est également.

- La présomption d’innocence devrait primer !

Elle avait un petit rictus, que Théodore avait mémorisé avec le temps : le coin droit de ses lèvres se soulevait, quand quelque chose l’amusait. Manifestement, le voir s’agiter de la sorte dans un costume ridicule, lui procurait un très grand divertissement.

- Je ne voulais pas aider Malfoy, ou qui que ce soit. Je voulais juste des procès équitables, et justes.

- Tu ne réussiras jamais ce que tu veux entreprendre si tu n’apprends pas à te montrer plus diplomate, et si tu ne t’attires pas leur sympathie. Certains sorciers partagent sûrement tes idées ! Moi, je les partage ! Elles sont géniales, et justes.

- Personne ne soutiendra jamais mes idées au Magenmagot ! Je veux une assemblée élue ! Ils ne prendront jamais le risque de faire sauter le siège qu’ils tiennent au chaud depuis si longtemps !

- T’as déjà entendu l’expression « Rome ne s’est pas construite en un jour » ?

- Non.

- Arme-toi de patience, souffla Lisa. Commence par ces procédures, pose une pierre, puis une autre, jusqu’à avoir un mur… Si tu veux piéger la grenouille, ne la plonge pas directement dans l’eau bouillante : fait augmenter la température petit à petit.

- Cette métaphore me parle davantage…

- J’en étais sûre, leva les yeux au ciel Lisa.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent et Théodore sentit Lisa se tendre à ses côtés. Elle réajusta les bretelles de sa robe verte. Plusieurs yeux se posèrent sur eux. Mais ceux de Padma Patil et Susan Bones étaient les plus meurtriers. Lisa leur sourit. Elles tournèrent le dos. Théodore comprit le message. Lisa chancela. Il coinça son bras sous le sien, la guida vers un premier membre, qu’ils saluèrent. Il dirigea la conversation vers les travaux de Lisa, qui tout de suite, retrouva son sourire et la passion qui l’habitait chaque fois qu’elle en parlait. Il la laissa distribuer ses sourires à une infinité de personnes, qu’elle charma toutes les unes après les autres. Il entendit Katie Bell hurler son prénom, et il vit Lisa se pétrifier. Il l’interrogea silencieusement du regard, pour savoir s’il fallait la tirer de là, mais elle secoua la tête et laissa l’ancienne Gryffondor lui parler à part.

Il discuta avec quelques membres du Ministère de la Magie. Il salua d’un bref signe de tête Percy Weasley et Hermione Granger. Il serra la main de Shacklebolt, se présenta poliment à toutes les personnes qui venaient à lui. Il détestait se sentir oppressé par une foule de gens. Il voulait respirer tranquillement. Il prit cependant sur lui, ainsi qu’une coupe, et la bu d’une traite. Il pensa à sa mère. Théodore avait peu de souvenirs d’elle, en fait. Mais parfois, son cerveau le torturait et se rappelait d’une odeur, d’un son, d’un mot, d’une sensation, d’un sentiment, qui ramenait son fantôme près de lui. Il était jeune, quand elle était morte, mais assez vieux pour comprendre qu’il ne la reverrait plus jamais. Il essaya de déterminer l’élément qui venait de lui faire penser à sa mère : le champagne ? Le parfum fleuri de la dame qui était passée devant lui ? Le rire de cette autre femme, léger et sincère ? Il cligna des yeux, comme pour chasser d’un battement cil tout ce qui était en train de l’envahir. Quand il rouvrit les yeux, Lisa était en face de lui et elle s’inquiétait.

- Tu as du rouge-à-lèvres sur les dents, murmura-t-il.

Elle les essuya de son index, tout en parlant :

- Tu penses que nous pouvons nous permettre de briller par notre absence désormais ?

Elle lui offrit une porte de sortie, qu’il accepta à la seconde même. Elle tira sur la manche de sa veste, et elle leur fraya un chemin parmi les sorciers et sorcières. Ils prirent la première sortie et se retrouvèrent dans le froid glacial de Londres.

De la buée sortait de leurs bouches. La neige tombait à gros flocons sur la ville. Il observa Lisa tendre ses bras nus pour les accueillir.

- Tu devras mettre une veste. Tu vas attraper froid, grogna-t-il.

Ils se mirent à marcher sans trop savoir où aller. Théodore n’avait tout simplement pas envie d’être seul. Pas cette fois. Il observa Lisa, marcher en silence, les bras écartés de part et d’autres de son corps pour garder l'équilibre alors qu’elle marchait sur le rebord de trottoir.

- Est-ce que tu t’ennuies avec moi ?

Lisa s’arrêta, et sautilla pour se mettre à sa hauteur :

- Tu as peur que cela soit le cas ? L’interrogea-t-elle, une lueur dans les yeux.

-Oui.

- J’aime ta franchise.

- Et moi la tienne.

Elle lui disait toujours les choses, et il appréciait vraiment ça. Lisa était une personne spontanée, trop parfois. Il en faisait souvent les frais, pour une cravate qu’elle jugeait “immonde” ou un soupir agacé de sa part, adressé à un membre du Magenmagot, qu’elle trouvait “méprisant”.

- Je ne m’ennuie jamais quand je suis avec toi Théodore, le rassura-t-elle. Et toi ?

Il secoua la tête.

- Tu as gagné le respect de Ogden, lui confia-t-elle en changeant de sujet. Il t’apprécie.

- Je lui fais peur.

Le vieil homme évitait son regard chaque fois qu’ils se croisaient dans un couloir.

- Il soutient mes recherches et est prêt à me financer personnellement, sourit-elle.

- C’est une très bonne chose. C’est un homme influent. Si tu l’as dans la poche, de nombreuses portes vont s’ouvrir.

Ils s’arrêtèrent devant un petit parc, vide. Un bonhomme de neige trônait fièrement en son centre. Sa tête penchait dangereusement à droite, et la carotte qui lui servait de nez était en train de tomber. Lisa réajusta le tout.

- Je n’ai jamais fait de bonhomme de neige.

Lisa revint vers lui et ils l’admirèrent en silence, comme s’il détenait les réponses à toutes leurs questions.

- Veux-tu en faire un ?

- Non. Je n’ai plus vraiment l’âge.

- Il n’y a pas d’âge pour ça, Théodore.

Elle commença à rassembler de la neige dans ses mains, sans se servir de la magie.

- Katie Bell voulait me parler d’Adrian. Elle travaille au département des Sports et Jeux magiques, avec lui. Il travaille depuis juillet avec la délégation internationale de Quidditch, au Japon, pour organiser les prochains jeux mondiaux.

- Comment va-t-il ?

Théodore et lui n’avaient jamais été proches. Adrian et lui avaient peu de points commun : lui était un athlète, un extraverti qui ne manquait jamais une occasion de faire rire tout le monde. Il aidait les plus jeunes Serpentard, adorait faire des blagues débiles au Gryffondor et avait un esprit de compétition poussé à l’extrême.

- Il s’inquiète parce que je ne lui envoie plus aucune lettre.

- Pourquoi cela ?

- Adrian devine toujours quand quelque chose ne va pas chez moi.

- Je ne savais pas que vous étiez aussi amis.

- Un jour, quand j’étais en première année, je lui ai hurlé dessus, parce qu’il avait tiré sur les couettes de Susan. Il a éclaté de rire quand j’ai voulu lui tirer les cheveux en retour. Il s’est excusé. Le lendemain, il m’a trouvée dans les couloirs en train de pleurer. J’étais toute seule. Il m’a demandé pourquoi une petite terreur comme moi sanglotait sur les marches.

Elle capitula à cause du froid, et défit son épais chignon, libérant ses mèches châtains. D’un sortilège informulé, elle fit grossir le futur corps du bonhomme de neige et lui donna une tête.

- Ma mère n’avait pas répondu à ma lettre. A mes cinquante-deux lettres en fait. Il a dit que c’était ridicule de pleurer pour si peu, et après, il a lancé un sort à ses cheveux pour qu’ils changent de couleur, juste pour me faire rire. Il a raté son coup, et ses sourcils ont été multicolores pendant une semaine.

- Je m’en souviens ! Il a dit qu’il s’était battu avec un Gryffondor.

Adrian était le genre de gars que l’on remarquait. Il avait deux ans de plus que Lisa et Théodore, et fanfaronnait d’un rien. Théodore trouvait qu’il avait l’air d’un paon. Un paon fier et paresseux, qui se prélassait tout le temps dans la salle commune. Curieusement, Adrian avait obtenu des résultats plus que satisfaisants à ses BUSES et ses ASPICS, avant d’embrasser une carrière dans l’organisation des Sports et Jeux magiques.

- J’ai répandu cette rumeur pour préserver son égo, avoua fièrement Lisa. Il m’a remerciée. Le lendemain soir, il m’a retrouvée sur les marches, et il a retenté de lancer le sort sur ses cheveux. Il lui a fallu au moins trois mois. Trois mois pendant lesquels ma mère n’a pas répondu à mes lettres. Et à chaque fois que j’étais triste, il me faisait rire. Quand ça ne fonctionnait pas, il restait à côté de moi. Parfois, il me parlait de son père et de son absence, de ses lettres auxquelles il ne répondait pas non plus. Il comprenait ce que je ressentais. Je comprenais ce qu’il ressentait.

Théodore avait du mal à imaginer Adrian se montrer aussi sensible. C’était une tête-brûlée, capable de lancer une révolution dans la salle commune des Serpentard juste parce qu’il y trouvait la température trop tiède ou froide.

- Nous sommes devenus amis sans que je ne le vois vraiment venir. Il m’a appris à voler un dimanche sur son balai. Quand il était malade, je lui apportais ses bonbons préférés. On s’envoyait des messages secrets, des blagues pour nous faire rire dans la journée. Il m’a fait boire mon premier verre d’alcool, et je lui ai fait fumer sa première cigarette. On a refait le monde un nombre incalculable de fois sur les marches de Poudlard.

- Tu l’aimes.

Lisa ne cilla pas.

- Je n’en ai pas eu conscience tout de suite, s’esclaffa-t-elle. Pas même quand il m’a embrassée en cinquième année. Après qu’Ombrage ait fait adopter le vingt-sixième décret, celui qui interdisait aux garçons et aux filles de se tenir à moins de quinze centimètres les uns des autres, on était tellement en colère… Je n’avais même plus le droit d’enlacer Wayne, Justin ou Terry. C’était ridicule. Malfoy est passé devant nous, avec son badge rutilant de la brigade inquisitoriale, Ombrage derrière lui. Adrian s’est éloigné de moi avec un faux mètre, pour la narguer.

Théodore esquissa un sourire : là, il reconnaissait Adrian.

- Et moi, poursuivit Lisa, juste pour la faire enrager encore plus, j’ai couru jusqu’à Adrian et j’ai pris son visage entre mes mains pour l’embrasser.

Elle fit le tour du parc pour trouver deux branches qu’elle planta dans l’énorme boule de neige. Théodore enleva ses gants, pour les y déposer.

Lisa l’avait voulu ce baiser…

- Il ne m’a pas repoussée. On a été collés pour le reste de l’année et nous n’avons jamais parlé de ce baiser. Pour lui comme pour moi, il ne signifiait pas grand-chose. Quand le Ministère de la Magie a admis que Tu-Sais-Qui était de retour, Adrian est venu supplier mes parents de me laisser retourner à Poudlard. L’été après la mort de Dumbledore, il est revenu, mais cette fois-ci, pour supplier mes parents de fuir. L’été encore d’après, il est revenu me chercher alors que je ne voulais pas rentrer. Il est resté trois semaines, pour me convaincre. Le dernier jour, il a lancé un sort à ses cheveux pour qu’ils changent de couleur. Il s’est encore raté, et c’est sa bouche, qui est devenue verte, puis bleue, puis mauve… J’ai voulu l’embrasser une deuxième fois. C’est là que j’ai compris qu’il était différent de Wayne, de Justin, de Terry… Qu’il était autre chose qu’un ami.

Théodore l’aida à dessiner la bouche de son bonhomme de neige.

- Adrian m’a toujours dit que j’avais le droit de craquer. Il se moquait de mes robes à fleurs mais fronçait les sourcils quand je n’en portais pas. Il trouvait les Bizarr's Sisters nulles, mais souriait dès que je chantais leurs chansons. Il me secoue quand j’en ai besoin.

Théodore desserra le nœud de sa cravate pour l’enlever, et mieux respirer.

- Tu devrais lui écrire. Il a le droit de savoir ce qui se passe en ce moment dans ta vie.

- Je ne veux pas l’inquiéter. Il a déjà partagé trop de mauvais moments avec moi. Il ne mérite que les bons.

- Tu es ridicule.

Elle écarquilla les yeux.

- Je voudrais avoir ce genre de relations avec quelqu’un. Je veux la vie, la vraie.

- Théodore…

- Je veux la vie, la vraie, avec ses bons et ses mauvais moments, ses choix parfois difficiles, ses questions interminables, et ses relations formidables.

C’était ce que Lisa et lui s'offraient à travers leurs discussions, leurs confidences, leurs soirées passées à regarder à moitié ses films débiles, à chercher des solutions pour faire fonctionner la technologie moldue dans un environnement magique… Il y avait eu des moments de victoire, d’autres où ils baissaient les bras, des doutes, des interrogations auxquels ils avaient tenté de répondre tous deux… Des moments que Théodore chérissait tous. Il voulait le lui dire. Sans y parvenir.

- C’est ce que les amis partagent, Lisa. Donc Adrian mérite tes bons et tes mauvais moments.

- Je veux juste l’épargner. Même si cela implique de m’isoler …

- Je comprends ta solitude, Lisa. Mais contrairement à moi, tu n’es pas seule. Tu as des amis.

- Pourquoi serais-tu seul ?

- Les gens partent. Personne ne reste.

Sa mère. Son père aussi… Elle prit sa cravate des mains et l’enroula autour du cou du bonhomme de neige.

- Moi, je suis toujours là.

- Parce que tu ne me connais pas, souffla Théodore. Je ne sais même pas qui je suis, ce que je veux, ce que je pense… J’ai les bons préceptes de mon père, mes valeurs, mes idées, celles des autres qui se battent dans ma tête tout le temps.

L’admettre à haute voix lui fit énormément de bien.

- Je suis quand même toujours là.

Elle s’éloigna de leur bonhomme de neige et fourra sa main glacée dans celle de Théodore, qui la laissa faire. La créature de glace n’avait rien de conventionnelle, contrastait avec l’autre, plus enfantine. Théodore l’admira.

- Tant que tu voudras de moi, je serai là.

Il cru en sa promesse et en son sourire. Ses lèvres s’arquèrent elles aussi. Pour de vrai. Pas juste pour faire semblant, mais parce qu’il avait vraiment chaud au cœur et à la main qui tenait celle de Lisa.

 

 

Les rires partagés de Lisa et Théodore by CacheCoeur

 

Théodore entendit un premier coup, un son mat, un poc. Il fronça les sourcils, alors que son elfe de maison écarquillait les yeux. Un second poc se fit entendre. Il quitta son canapé de cuir et chercha l’origine de ce bruit, avant de voir Lisa, en train de faire une boule de neige, pour mieux la lancer contre l’un des carreaux du manoir des Nott. Quand elle se rendit compte que Théodore l’avait repérée, elle fit mine de le viser en tirant la langue pour mieux se concentrer. Il croisa les bras sur sa poitrine, un peu amusé, avant d’aller lui ouvrir. Elle enlevait déjà son manteau et lui laissa l’opportunité d’admirer un pull vert sapin, agrémenté de guirlandes dorées, rouges et bleues, de boules de noël mauves et oranges, ainsi que d’étoiles jaunes et roses. Théodore n’avait jamais rien vu d’aussi… original.

- Est-ce que je peux entrer ? Demanda-t-elle.

Il ouvrit un peu plus la porte sans rien dire, un peu décontenancé par sa visite impromptue. Dans le hall, elle se débarrassa de son bonnet, mouillé par la neige que son elfe de maison prit soin de sécher. Elle posa son manteau sur la rambarde de l’escalier. Elle tapa ses pieds contre le sol, qu’elle nettoya d’un sortilège.

- Que me vaut l’honneur de ta visite ? Haussa un sourcil l’ancien Serpentard.

- La tristesse de cette maison.

- C’est un manoir.

- Ne te vante pas comme ça…, maugréa Lisa. Ça te rend désagréable.

- Qu’est-ce que tu comptes faire pour remédier la tristesse de mon manoir ? Insista Théodore.

- Le décorer !

Elle sortit de son sac qu’elle traînait toujours avec elle, une énorme boîte en carton d’où s'échappaient des bruits de verres cassés.

- J’ai peut-être manqué de prudence en transplanant ! s’excusa-t-elle. T’as un sapin ? Il te faut un sapin ! C’est essentiel un sapin ! J’adore Noël, et j’en avais marre de tourner en rond chez moi.

Il secoua la tête alors qu’elle investissait son espace, entrant dans la pièce qui faisait office de salon. Tout était d’un blanc immaculé, qui donna à Lisa un vertige et un mal de tête fulgurant. Les grandes fenêtres donnaient sur le jardin, blanc. Le tapis posé sur le carrelage blanc était de la même couleur. Les murs étaient blanc, la cheminée était en pierre blanche, le canapé et les fauteuils étaient blancs. C’était aseptisé, impersonnel et froid. Théodore s’en était rendu compte lorsqu’il était rentré chez lui après sa première soirée passée dans l’appartement de Lisa, qui était rempli de photos et de décorations en tous genres.

Ce manoir n’était pas le sien. C’était celui de son père.

- Je n’ai pas de sapin, répondit Théodore.

- Ça craint. On est le quinze décembre et tu n’as pas de sapin…

- Tu aurais dû venir par cheminette. Tu es en train de salir mon sol, ronchonna-t-il.

Lisa leva les yeux au ciel, et répéta le sort qu’elle avait lancé quelques secondes auparavant.

- Je n’ai pas de poudre de cheminette. J’oublie tout le temps d’en acheter. Et en plus, ma cheminette est inutilisable.

Théodore se souvint des piles de livres que Lisa avait effectivement rangées dans l’âtre. Elle donna un coup de baguette sur sa grande boîte et les guirlandes, les décorations de Noël en sortir, s’accrochant aux fenêtres, à la cheminée, au mur. Les murs blancs devinrent lumineux, et aussi colorés que le pull de Lisa, qui posé les poings sur les hanches :

- Je savais que t’aurai pas de sapin !

Elle en sortit un, qui se déposa dans un coin de la pièce, et si haut, qu’il en chatouillait le plafond. Lisa s’en approcha en faisant léviter sa boîte et commença à le décorer. Théodore la regarda faire.

- Tu es encore en train d’angoisser, n’est-ce pas ? Devina enfin Théodore.

Lisa soupira, et se tourna vers lui.

- Viens m’aider !

Il se résigna, sachant pertinemment qu’elle était mille fois plus têtue que lui, mais aussi parce que, quelque part, il aimait ce qu’elle était en train de faire. Accrocher des chaussettes sur le bord de la cheminée, les décorations scintillantes, la chaleur qu’elle apportait... Théodore n’avait fêté Noël qu’à Poudlard. Cette ambiance lui manquait peut-être légèrement.

- Je n’ai pas dormi de la nuit. Je me suis demandée si je n’étais pas en train de me planter, et s’il était judicieux de demander une bourse pour mon projet.

- Judicieux ? Souleva Théodore.

- Pertinent, intelligent, censé.

- Je sais ce que le mot « judicieux » signifie.

- Lucius Malfoy a été libéré sous conditions hier, souffla-t-elle enfin.

- Je suis au courant. J’ai été consulté à ce sujet…

Il avait appuyé en faveur de sa libération, exigeant cependant en retour qu’il porte des bracelets magiques informant le Ministère de la Magie des moindres de ses déplacements. On ne lui avait pas restitué sa baguette, et si jamais il venait à lancer des sorts, ou à faire usage de la magie, le Ministère de la Magie en serait également immédiatement informé.

- Azkaban est pleine à craquer. Malfoy n’est qu’un lâche qui n’a plus personne à suivre. Il ne représente pas un danger pour la société, ajouta Théodore.

- Il a tué plusieurs sorciers, et participé aux tortures et meurtres de beaucoup d’autres, Théodore, murmura Lisa. Dont la tante de Susan…

- Je suis désolé pour elle. Mais je préfère savoir des fous furieux comme Greyback ou Lestrange en prison, plutôt que des pleutres comme Malfoy. A choisir…

- Nous ne devrions pas avoir à choisir ! s’exclama Lisa.

La logique de Théodore était toujours froide, parfaitement pragmatique et insensible.

- C’est une conversation que je n’ai pas envie d’avoir avec toi…

Le visage de Lisa s’adoucit. Ils étaient toujours attentifs l’un et l’autre à ne jamais dépasser les frontières de ce qui était acceptable.

- Excuse-moi.

- Non. Tu n’as pas à le faire.

- C’est pour ça, que j’ai peur que ma demande de bourse ne soit pas pertinente. Investir cet argent dans les prisons et mesures de sécurité serait peut-être plus approprié. C’est que Susan pense en tous cas…

- Ce n’est pas de ta faute si le gouvernement ne peut pas prendre ses prisonniers en charge.

- Ce n’est pas de la tienne non plus.

- Je siège au Magenmagot ! Lui rappela-t-il, un sourire en coin. Ça fait partie de mes missions. Et je suis d’avis, que nous ne pouvons nous résoudre à vivre dans la peur constante. Aller de l’avant, innover, inventer, nous sortira de cette période… Ton projet est merveilleux, Lisa et je crois en vous deux.

- Ça me touche énormément…, murmura-t-elle.

- Que tu aies cette bourse ou non, il faut que tu le mènes à terme.

La veille même, elle s’était rendue au Chaudron Baveur pour y retrouver sa mère. Elle avait croisé Susan, en pleurs, consolée par Justin et Hannah : la libération de Lucius Malfoy venait d’être actée et elle avait du rédiger le document elle-même. Ses yeux brillaient de fureur et Lisa n’avait pas eu le courage de l’affronter. Elle était rentrée chez elle, et avait demandé à sa mère de s’y rendre directement.

Ils décorèrent le sapin en discutant de tout et de rien. Il était facile pour Théodore de parler à Lisa. Il lui faisait confiance. Il évoqua sa mère, le fait qu’elle aurait adoré toute cette décoration, son père, qui aurait détesté, son elfe de maison, qui se faisait vieux, cette sensation qu’il avait de se noyer dans le silence de cette demeure beaucoup trop grande pour lui… Cela lui fit énormément de bien, de tout libérer, de tout laisser sortir. Et même si c’était dans le désordre, que les souvenirs se mélangeaient, qu’il se perdait dans le fil de ses histoires, les rires de Lisa, ses sourires, ses questions lui indiquèrent qu’elle s’en fichait bien.

Il se calèrent devant la cheminée, dos contre le canapé. Elle sortit un thermos de son sac, et but une gorgée. Elle le tendit à Théodore, qui grimaça. Elle leva une fois de plus les yeux au ciel, alors que l’elfe de maison apportait des tasses au pas de course.

- C’est du lait-de-poule.

- Tu as eu la main très légère sur l’alcool, commenta Théodore.

Il but tout de même l’intégralité de sa tasse, laissant la chaleur de la boisson l’envahir petit à petit.

- Je devrais déménager.

- Pourquoi ?

- Ce ne sera jamais chez moi ici.

Il réchauffa ses mains en tenant sa tasse.

- Tu pourrais donner quelques coups de peinture. Arranger la décoration, ajouter des tapis, des tableaux, des choses qui te plaisent, qui te rendent heureux. Tu pourrais mettre un énorme poster des Flèches d'Appleby !

Il sourit.

- Comment sais-tu que c’est mon équipe préférée ?

- T’as tiré une tête de six pieds de long il y a deux mois quand ils ont perdu face aux Frelons de Wimbourne et t’as fusillé le fils de ton collègue qui portait une écharpe de cette équipe.

- Tu es observatrice, s’esclaffa-t-il un peu, à cause de l’alcool qui commençait à monter après plusieurs gorgées.

Il buvait vite, parce que c’était franchement la pire boisson qu’il avait jamais bu de toute sa vie, mais qu’il ne voulait pas lui faire de la peine. Il se sentit pâlir, quand elle le resservit.

- Tu peux faire de cet endroit ton foyer.

- C’est si grand, et je suis tout seul.

- Je veux bien venir te rendre visite plus souvent…

- Tu n’as pas de poudre de cheminette, lui rappela-t-il.

- C’est exact…

Le feu crépita dans la cheminée. Lisa rejeta la tête en arrière, et retint un bâillement.

- Si tu penses que tu ne seras pas heureux ici, pars.

- J’ai peur d’être heureux nulle part.

Sa solitude le pesait de plus en plus, et pourtant, s'atténuait chaque fois que Lisa était avec lui.

- Malfoy a demandé à me voir. Je n’ai pas eu le courage de répondre, parce que je ne sais pas si j’ai envie de le voir.

- C’est toi qui décides…

- Il était un Mangemort.

- As-tu peur de ce que les gens pourraient penser ?

- Non.

- Alors qu’est-ce qui te retient ?

Il inspira un grand coup, et souleva la manche droite de sa chemise. Lisa ne cilla pas, ne cria pas, ne bougea pas. Elle resta impassible, ses yeux dessinant les contours à peine visibles d’une marque qui se devinait à peine. La peau presque translucide de Théodore, laissait apparaître les traits fins et presque transparents de la marque des Ténèbres.

- Le Seigneur des Ténèbres est venu un jour, murmura Théodore. C’était pendant les vacances de noël. Mon père s’est prosterné. Je l’ai imité. Il m’a présenté.

Lisa avait ouvert la bouche, incapable de dire quoique ce soit. Elle le laissa parler, respectant son silence, sans le brusquer. Elle recueillit ses paroles avec un respect qu’il remercia.

- Quand Tu-Sais-Qui m’a demandé si j’étais prêt à le servir, je n’ai rien dit. Il a pris mon bras, et a commencé à prononcer la formule, avant de s’arrêter. Il est parti dans l'instant. Je n'ai jamais su pourquoi... Je pensais que ça s’effacerait avec le temps. Mais c’est resté.

- Tu ne l’as pas choisie, murmura Lisa. Tu n’avais pas le choix.

Il caressa du bout des doigts la marque et Lisa la fixait, comme si elle allait le brûler.

- Si. Je l’avais. C’est juste que je ne savais pas quoi faire. Je ne savais pas si j’adhérais à ses idées, ses valeurs. J’ai pensé à Hermione Granger, qui était l’une des élèves les plus douées de notre promotion, alors qu’elle n’était qu’une née-moldue. J’ai pensé à ce mioche de Colin Crivey, qui avait été pétrifié alors qu’il n’avait rien fait. Je me suis demandé pourquoi on détestait ces gens, pourquoi ils menaçaient la communauté magique. J’ai pensé à Cédric Diggory aussi. C’était un sang-pur, que l’on a quand même tué. Je me suis demandé où s’arrêtaient les limites de ce qu’il était acceptable de faire ou non, au nom de la cause. Je n’ai pas trouvé de réponses. Mais ce n’est pas pour autant que j’ai arrêté de fermer les yeux sur ces gamins que les Carrow torturaient à coup de doloris. Ce n’est pas pour autant que j’ai souhaité me battre contre eux. Je n’ai strictement rien fait… Et je ne m’en veux pas.

- Mais tu t’en veux de ne pas t’en vouloir, devina Lisa.

Il hocha la tête et regarda sa peau, la marque que l’on y devinait, avec un dégoût profond.

- J’aurais tout donné pour être certain de la vouloir, pour appartenir à un groupe, ne plus être tout à fait seul. Pourtant, je savais pertinemment que ces gens n’étaient pas comme moi. N’être comme personne, Lisa, c’est être anormal, et j’en ai marre d’être anormal…

- Tu n’es pas anormal.

- Cette marque me hurle chaque fois que je la vois, que je suis seul, que je n’ai pas eu de camp, ni ça, ni ci, rien, que je n’ai pas su me positionner, et que je ne le saurais peut-être jamais…

Il était juste perdu… Mais avec Lisa, sa douceur, sa bonne humeur, à défaut d’avoir trouvé sa place, il se sentait bien, compris et écouté.

- J’ai l’impression que pour tous les autres, il est facile de savoir quoi faire, de distinguer le bien du mal, continua-t-il. J’ai été biberonné à la pensée que les sangs-purs étaient supérieurs, que nous perdions nos droits, que le secret magique était en danger.

Elle se tourna vers lui, et plongea ses yeux dans les siens :

- Nous n’étions que des enfants.

- Nous n’étions tous que des enfants. Nous ne pouvons pas nous réfugier derrière cet argument.

- Ce qui compte, c’est ce qu’on fait maintenant, qui on est, ce que l’on veut et ce qu’on va accomplir pour le futur.

Il hocha la tête.

- J’aimerais être comme toi parfois, avoir ta « positive attitude ». Mais je n’ai jamais été convaincu par ce genre de conneries. Je ne suis pas du genre à chasser l’arc-en-ciel quand il y a de la pluie.

- C’est très cool, de chasser les arc-en-ciels quand il y a de la pluie ! s’offusqua Lisa.

- C’est cool parce que c’est toi. Ce n’est pas moi. Je déteste être trempé et je n’aime le mauvais temps que lorsqu’il y a de l’orage.

- L’orage c’est bien aussi ! Les éclairs, le tonnerre… C’est vivant et beau.

Théodore se mit à sourire. Le fait que Lisa trouve de la beauté en toutes choses le consternait parfois. Cependant aujourd’hui, il y trouvait un certain réconfort.

- Tout ira bien pour toi et moi. J’ai confiance. Il faut avoir confiance.

Sa célèbre “positive attitude”… Il avait presque envie d’y croire.

- Comment fais-tu pour toujours être aussi positive ?

- Avant, je l’étais tout le temps, souffla Lisa. La positive attitude est un très bon médicament. Je ne jurai que par ça. Je ne jure toujours que par ça, mais … J’ai oublié que ce n’était pas le cas de tout le monde, et qu’être triste, parfois, c’était nécessaire.

Puis Susan avait craqué et lui avait balancé ses quatre vérités au visage.

- Je sais que la vie n’est pas toujours faite de rires, que ce n’est pas grave si j’ai envie de pleurer, ou de me laisser abattre l’espace d’une soirée, d’une semaine, d’un mois… Il faut se laisser le temps de guérir. Je sais que je suis géniale, pour de vrai, que je mérite qu’on m’aime comme j’aime les autres, qu’être seule n’est pas une punition, que je devrais prendre soin de moi comme je prends soin de Susan, d'Hannah et de tous mes amis. Comme je sais que sans toi, jamais je ne l’aurai tout à fait compris. Je suis positive parce que j’ai confiance, parce que j’ai besoin de croire que toute cette souffrance donnera quelque chose de bien. Je me concentre sur ça, plus seulement parce que j’ai peur d’avoir mal ou d’affronter toute cette négativité. Je suis positive, parce que je pense que ce monde mérite qu’on lui laisse un nombre infini de chances.

Il sourit et il se réchauffa, en sentant le poids de sa tête sur son épaule. Il était soulagé d’avoir partagé son secret avec Lisa.

Son père avait l’habitude de dire que laisser apparaître ses émotions, partager ses secrets, c’était accepter d’être plus faible, en la présence de la personne à qui on les avait confié. La faiblesse était un défaut que les Nott réprouvaient fortement.On avait appris à Théodore que le monde était fait de forts et de faibles, qu’il faisait partie des premiers, mais que les seconds, ne manqueraient jamais une occasion de le rabaisser pour prendre sa place. Théodore avait alors érigé des murs invisibles, entre lui et le reste du monde.

Théodore, enfant, avait tout pour être heureux. Un beau manoir, un père qui veillait sur lui, qui tenait assez à lui pour le conseiller… Il évoluait dans l’une des familles les plus nobles de Grande-Bretagne. Il avait tout. Mais ses doutes, ses remises en question l’avaient longtemps torturés. il ne s’apitoyait pas, cependant. Ça aurait été de mauvais goût… Seuls les faibles s'apitoyaient. Il n’avait jamais cherché de réponses, dans son adolescence, parce qu’il avait peur que tout vole en éclat. Il savait qu’en voyant le monde, à travers les yeux de son père, il ne risquait rien. Et Théodore détestait prendre des risques sans savoir quels bénéfices il pourrait en tirer. Mais c’était terminé.

Le confort dans lequel il était, n’était qu’une illusion, un pâle mensonge qui ne le satisfaisait plus depuis la fin de la guerre.

A cet instant précis, Théodore n’avait pas honte, de se sentir plus vulnérable en la présence de Lisa. Lui donner un bout de son histoire, un morceau de ses pensées, ne le terrifiait pas. Il ne se sentait pas faible non plus, sans toutefois se sentir plus fort qu’avant. Lisa ne profitait pas de ses faiblesses : elle les recueillait simplement, respectueusement, sans chercher à en tirer un quelconque profit.

Le père de Théodore se trompait. C’était une certitude que le jeune homme accepta sans l’ombre d’un doute, tant cela lui paraissait désormais évident.

- Je mettrais bien ce mur en orange, marmonna soudainement Lisa.

Elle modifia la couleur du mur et Théodore éclata de rire, en pensant comme son père aurait détesté.

Ça n'avait aucun sens. Ce n’était pas si drôle que ça. Mais Théodore riait parce qu’il en avait envie.

Il changea à son tour la couleur d’un autre mur et Lisa joignit son rire au sien. L’allégresse de l’alcool, leurs cœurs plus légers, leur permirent de rire jusqu’à ce qu’ils en aient tous les deux agréablement mal aux côtes.

 

L'amitié inattendue de Lisa et Théodore by CacheCoeur

Lisa riait de la blague de Terry, qui racontait les mésaventures d'un patient qui était arrivé à Sainte-Mangouste avec une tête trois fois plus grosse que la normale. L'ambiance était étrange, tendue. Personne n'évoquait le fait que Théodore Nott et elle passaient beaucoup de temps ensemble. Terry se crispait dès qu'il entendait son prénom. L'ambiance devint encore plus lourde quand Susan se planta devant eux, un immense sourire sur le visage, avant de remarquer la présence de Lisa.

 

Le groupe s'était scindé en deux depuis leur dispute. Lisa avait décidé d'attendre que Susan soit prête à lui reparler, mais quand elle la vit tourner les talons, une immense colère explosa dans son ventre :

 

- T'en as pas marre de me reprocher d'être celle que je suis ? Hurla-t-elle.

 

Les clients du Chaudron Baveur se turent, avant de reprendre leur conversation, tout en regardant Lisa, qui avait bondi de sa chaise. Susan écarquilla les yeux. Elle avait sursauté, en entendant son amie crier. Lisa avait le visage rouge, les yeux luisant d'une fureur,d'une colère qu'elle avait trop longtemps camouflée :

 

- Je t'ai écoutée, je t'ai soutenue. Non. En fait, je vous ai tous écouté, et tous soutenu du mieux que je pouvais et peut-être que j'ai été maladroite dans ma façon de faire. Je suis comme ça. Je reste positive, même quand ça ne va pas, même quand vous n'allez pas bien. Je voulais allez de l'avant alors que vous n'étiez pas près : je m'excuse pour ça. Je vous ai balancé une positivité agressive au visage alors que vous étiez tristes et qu'elle vous irritait parce que vous aviez besoin de ce temps pour vous soigner : je m'excuse pour ça aussi. Je vous ai supplié de sourire alors que vous n'en aviez pas envie : je m'excuse mille fois pour ça également. J'ai nettoyé le vomi de Wayne, je l'ai emmené moi-même à Sainte-Mangouste alors qu'il me traitait de « pute » et de « lâche » sur tout le chemin. J'ai forcé Hannah a rééduqué son bras et j'ai supporté ses crises de colère chaque fois qu'elle n'y arrivait pas : j'ai réparé tous les objets qu'elle a balancé contre les murs d'en face et qui m'ont parfois éclaté au visage. J'ai rendormi Terry, chaque fois qu'il hurlait dans ses cauchemars, et je suis restée toutes les nuits, pendant deux mois, à dormir aux pieds de son lit, pour m'assurer qu'il allait bien. Pour vous tous, j'ai fait tout ce que j'ai pu, et je me serais coupée les quatre membres, juste pour atténuer vos douleurs. Parce que je vous aime, mais aussi parce que j'avais compris que vous m'en vouliez de pas avoir été à vos côtés. Je voulais tellement que vous me pardonniez. Je vous aurais laissé m'infliger n'importe quoi, et me rabaisser plus bas que terre.

 

- Super, maugréa Susan. Maintenant ça va être de notre faute !

 

Lisa était essoufflée par sa longue tirade, et avait chaud. La colère pulsait dans ses veines.

 

- Le truc, Susan, c'est que t'es pas la seule à avoir mal. Et c'est la faute de personne !

 

Elle regarda tour à tour ses amis, laissant le torrent de mots qu'elle gardait en elle, se déverser petit à petit :

 

- J'ai mal moi aussi. Je fais des cauchemars moi aussi. Il y a des jours, où j'entends des bruits de pas dans le couloir qui me font me terrer sous mon lit. Et je n'ai jamais osé vous en parler, parce que j'avais peur que vous me jugiez. Vous n'avez jamais manqué une seule occasion de me balancer à la tronche que je n'avais pas participé à la guerre. J'ai toujours pensé que mes problèmes valaient moins que les vôtres. J'ai passé un an à vivre en souriant parce que c'était comme ça, que je pensais pouvoir guérir, parce que je n'avais pas mérité le droit de ne pas aller bien, ou d'être consolée. Il y a des soirs, où je ne dors pas, où j'entends des prénoms et des noms de familles avec la voix de Lee Jordan qui les récite. Il y a des jours où je me réveille et où je me crois encore au Texas. J'ai eu peur pour vous à chaque seconde autant que j'ai eu peur pour moi, et j'ai eu honte, tellement honte d'être partie. Je n'ai pas été traquée, ni torturée, ou blessée, mais j'ai vécu un an, dans une prison dans laquelle je n'ai jamais osé sortir, dans laquelle je suis toujours prisonnière parfois. Vous aviez si mal que vous ne le voyiez pas, et je ne voulais pas non plus, que vous le voyiez parce que j'avais peur, j'avais honte de ressentir cette douleur alors que j'ai été en sécurité pendant que vous, vous étiez en train de risquer vos vies.

 

Elle pleurait sans trop savoir quand est-ce qu'elle avait commencé.

 

- Chaque fois que vous me racontiez vos histoires, ce que vous aviez vécu, le soir-même, j'en cauchemardais, et j'en cauchemarde encore, en culpabilisant encore plus, parce que je n'étais pas avec vous. Je suis désolée, je le serai mille fois, jusqu'à la fin des temps. Mais je ne mérite ni ta colère, ni ton jugement. J'ai déjà assez à faire avec les miens. Je suis restée positive, parce que je ne savais pas quoi faire d'autre, à part faire taire tout ce margouillis gluant de sentiments négatifs. Je pensais qu'en m'empêchant d'être triste, je serais heureuse.

 

Elle prit son sac, furieuse.

 

- Je suis désolée et j'avais tort.

 

La blonde avait les yeux embués de larmes elle-aussi. Lisa laissa Susan se jeter dans ses bras, et referma les siens autour de son corps, secoué de sanglots.

 

- Je suis tellement, tellement désolée, Lisa…

 

Lisa avait compris qu'accepter d'aller mal, c'était aussi se permettre, se donner une chance d'aller mieux un jour. Elle ne laissait jamais de temps à la négativité, qu'elle associait à quelque chose de mauvais : mais la tristesse, la colère, la peur avaient aussi des choses à lui apprendre. Au même titre que la joie, l'allégresse et l'insouciance. Elle le savait maintenant. Et même si elle garderait toujours le moral, qu'elle resterait cette fille aux robes bariolées et aux sourires par millier, elle savait qu'il était important pour elle, mais aussi pour son entourage d'accepter qu'il fallait parfois laisser faire le temps. Elle ne pouvait pas tout contrôler…

 

S'empêcher d'être triste, pour être heureuse, n'était pas une solution.

 

- On mérite mieux…, murmura-t-elle. Et je sais qu'on aura mieux à l'avenir. Je voulais juste qu'on garde tous espoir, qu'on tienne le coup en attendant ces jours meilleurs, qui tardent trop à venir.

 

Elles pleurèrent toutes les deux sans trop savoir comment se consoler. Lisa laissa son cœur se noyer dans une tristesse et une vague de remords. Elle sentit plusieurs bras la serrer, l'enlacer. Elle sentit le mélange des parfums de Padma et d'Hannah, la main de Terry se glisser dans la sienne et le baiser de Justin sur sa joue… Elle vit le visage dévasté de Wayne à travers les larmes et ils se laissèrent aller, tous ensemble, à nouveau réunis.

 

Ils commencèrent à se pardonner.

 

oOo

 

- Tu n'es pas venu hier, murmura une petite voix derrière Théodore. Tu as raté notre séance « Retour vers le futur »…

 

Il se réfugia derrière son bureau, érigeant une frontière entre eux deux.

 

- En effet. Finement observé.

 

Lisa haussa les sourcils, intriguée par son ton sarcastique et presque blessée.

 

- J'ai entendu Bones et Abbot glousser comme des dindes depuis le couloir.

 

- Ce n'est pas très gentil.

 

- C'est un fait. Elles gloussent comme des dindes et ton rire n'était guère plus élégant.

 

- Bon ok. Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce que j'ai fait ?

 

Théodore chercha au fond de lui une raison rationnelle et purement logique à sa colère. En fait, depuis quelques temps, il était passablement irrité. Dès qu'elle s'était réconciliée avec ses amis, Lisa était venue chez lui, pour lui en parler. Ils en avaient longuement discuté, et elle lui avait confié comme elle s'était sentie soulagée de leur avoir avoué tout ce qu'elle avait sur le cœur. Depuis, deux sentiments se livraient une violente bataille en lui : la joie de voir Lisa aussi heureuse, et la peur. La peur qu'elle se détache de lui, qu'elle arrête de lui demander conseil, qu'elle ne lui partage plus ses avancées sur l'adaptation des technologies moldues au monde magique, qu'elle ne soit tout simplement plus là, dans sa vie, avec lui, à changer ses murs de couleurs… Deux semaines étaient passées depuis. Il avait fait comme si de rien n'était et avait fait taire tous ses doutes en les ignorant royalement. Mais hier, il avait entendu Lisa rire et s'était senti peiné, de ne pas partager ce moment avec elle, de savoir qu'elle riait avec d'autres personnes que lui.

 

Théodore venait de se rendre à l'évidence. Il était jaloux. Il avait compris quelque chose qu'il savait depuis longtemps : lui, il n'avait que Lisa. Mais Lisa, elle, n'avait pas que lui.

 

Lisa était une personne d'un genre différent des autres. Il ne l'expliquait pas. C'était comme ça. Elle était spéciale, pas comme les autres.

 

- Je trouve ça juste étrange que tu acceptes de rire avec des personnes qui t'ont fait autant de peine.

 

- On s'est tous fait de la peine, souffla Lisa. Ça ne veut pas dire qu'on ne s'aime plus ou qu'on s'aime mal.

 

Le plus important désormais, était qu'ils s'écoutaient tous, et ne niaient plus aucune peine.

 

- Ce n'est pas comme ça que j'imagine l'amitié.

 

- C'est exactement ce que c'est, pourtant, insista-t-elle.

 

- Tu étais dépitée et malheureuse, Lisa. Susan t'as ignorée et traitée comme une moins que rien, n'a pas pris ta peine en compte parce que tu ne lui as jamais exprimé, mais aussi parce qu'elle n'a jamais remarqué que tes sourires n'étaient qu'une façade. Tu soignes les autres, tu leurs souris, mais personne ne t'aide toi.

 

- Si… Toi, tu m'as aidée et j'étais triste, de ne pas te voir hier.

 

- Vraiment ? Ronchonna-t-il.

 

- Bien sûr ! s'exclama-t-elle.

 

- Toi ? Triste ?

 

- Cela m'arrive, sourit-elle.

 

Bien sûr que ça lui arrivait ! Il en avait été témoin durant ces derniers mois… Théodore avait croisé les bras sur sa poitrine et se dressait maintenant devant elle, la surplombant de deux bonnes têtes. Il avait le regard fuyant.

 

- Si tu as quelque chose à me reprocher, il faut que tu m'en parles. Je suis ton amie.

 

- Mon "amie"…

 

Ils n'avaient jamais défini leur relation, et n'avaient jamais réellement cherché à le faire.

 

- Mais qu'est-ce qu'elle vaut ton amitié, Lisa ? Tu la donnes à tout le monde ! T'as peut-être un cœur énorme, mais il ne peut pas y avoir autant de place.

 

Y'en avait-il pour lui ? Théodore le souhaitait. Plus fort qu'il ne se l'avouait à lui-même. Lisa hoqueta de surprise :

 

- Qu'est-ce que tu veux dire ? marmonna-t-elle.

 

Il voulait dire que maintenant, elle allait devoir diviser son temps entre lui, et les autres, et qu'il n'arrivait pas à s'y faire, tout en sachant que c'était ridicule… Lisa s'adoucit, en comprenant.

 

- Tu savais que le myocarde est un muscle élastique ? On peut l'étirer.

 

- Mais pas à l'infini. Ton cœur n'est pas infini ! C'est un organe !

 

- Je file la métaphore, abruti !

 

- Les amis se traitent-ils d'abrutis ? Grogna-t-il.

 

- Les amis se disent la vérité. Donc je te dis que tu es un abruti, Théodore Nott !

 

Elle s'approcha de lui, contournant le bureau

 

- Je pense que chaque personne qui entre dans ma vie agrandit mon cœur, le rend un peu extensible. Et toi, Théodore, tu l'as fait doubler de volume.

 

- T'es niaise.

 

- T'es con.

 

Elle ne savait ni trop quand, comment ou pourquoi, mais c'était comme ça. En si peu de temps, il avait laissé une empreinte en elle. Son bureau avait été un refuge. Leurs discussions, leurs débats, leurs confidences avaient été un refuge. Théodore Nott avait été un refuge.

 

- Je distribue peut-être mon amitié à qui la veut, mais ce n'est pas pour autant qu'elle n'est pas précieuse à mes yeux, ajouta-t-elle.

 

- Tout ce qui est rare est précieux.

 

- Mais tout ce qui est précieux n'est pas forcément rare, Théodore.

 

Elle avait envie de le prendre dans ses bras, de le rassurer.

 

- Ces soirées, je ne les ai partagées qu'avec toi, et je ne les partagerais avec personne d'autre. T'es le seul à me comprendre, à t'intéresser vraiment à tous mes bidouillages. Tu m'as vraiment rendu… heureuse Théodore ! Tout est si facile avec toi ! Terry, Wayne, Padma, tous les autres, ils ne m'éloigneront pas de toi. Je ne leur ai pas caché mon amitié pour toi. Et je ne le ferai pas. Si tu veux tout savoir, j'ai même légèrement envoyé Terry bouler quand il a abordé le sujet…

 

- Tu n'as pas à prendre ma défense.

 

Et pourtant savoir qu'elle l'avait fait le rendait incroyablement content.

 

- Si. Parce que tu es quelqu'un de bien.

 

Théodore aurait voulu en être aussi persuadé qu'elle et il y croyait presque, quand elle le disait.

 

- Terry t'a insulté de Mangemort, Théodore !

 

Pour la première fois de sa vie, il reçut ce mot comme on recevait une gifle. Il comprit que quelque chose le séparerait toujours des amis de Lisa. Mais au final, ce même fossé séparait aussi Lisa de ces mêmes amis…

 

- Et alors ? J'aurais pu en être un. Tu le sais mieux que personne !

 

- Ce qui compte, c'est celui que tu es maintenant.

 

- Mais ne me voit pas meilleur que je ne le suis, Lisa ! On m'a appris à détester les moldus, les sangs-mêlés, tous ceux qui n'ont pas un sang-pur.

 

- Tu ne me détestes pas, moi.

 

- Non, je ne te déteste pas. Mais il y a moins de trois ans, je n'aurais même pas cherché à te parler, parce que j'avais tellement peur de savoir ce que je pensais réellement, et d'avoir à l'assume que je t'aurais simplement gratifier d'un regard indifférent, si ce n'est dégoûté. J'avais peur d'être seul. Vraiment seul. Je me suis toujours exclu, mis à l'écart des autres, non seulement parce que je me sentais supérieur, mais aussi parce que je n'étais d'accord avec personne. Harry Potter et sa petite bande me gavaient, je les trouvais dangereux et imprévisibles. Mais celle de Drago Malfoy était puérile, cruelle parfois, et complètement à la ramasse, totalement manipulés et prêts à l'emploi, comme des armes que l'on pouvait déclencher à distance. Je n'ai pas participé au jeu d'Ombrage, ni à celui de l'A.D. Je ne voulais pas m'interroger, me connaître, parce que j'étais persuadé qu'après ça, j'aurais été obligé de choisir un camp.

 

Lisa pensa à la phrase de sa mère. « Apprendre à se connaître est le meilleur moyen de se détester ». Elle ne l'avait jamais trouvée aussi pathétique et affreuse. Elle voulut le consoler, lui prêter ses yeux pour qu'il se voit à travers eux, comme elle, le voyait et l'aimait.

 

- On n'était que des enfants, Théodore.

 

- Arrête avec ça ! Ceux qui ont fait les bons choix l'étaient aussi. Je ne serai jamais un grand sauveur ou défenseur de la veuve et de l'orphelin. Je suis pragmatique, froid, distant, je réfléchis avec logique. T'es optimiste, chaleureuse, et tu penses avec le cœur. Et t'as complètement changé ma vie, Lisa.

 

- T'es pas tout ce que ton père voulait que tu sois, et tu peux en être fier.

 

- Pour le moment je n'en sais rien.

 

Une bouffée de tendresse l'envahit, et si elle avait eu la certitude que Théodore était d'accord, elle l'aurait pris dans ses bras. Mais elle savait comme il n'était pas friand des contacts physiques. Alors elle se retint.

 

- Qu'importe. Je suis ton amie. Et ta meilleure, de surcroît, parce que je suis la seule. Quand tu seras prêt à leur montrer à tous qui tu es, à leur raconter ton histoire, ou si un jour tu en ressens le besoin, je serai là. Rien ne changera ça… Si les gens savaient, qui tu es, si tu leur donnais une chance, peut-être qu'ils t'aimeront ou te détesteront, mais au moins, ce sera pour qui tu es. Pas pour cette personne au masque froid que tu prétends être. Tu as une place Théodore, peut-être que tu ne la vois pas. Mais dans ma vie, tu en as une désormais… Continue de la chercher, cette fameuse place : ne laisse pas ta peur de ne jamais la trouver tout gâcher.

 

Théodore décroisa les bras. Lisa était intelligente, il le savait, l'avait toujours su. Qu'elle ait deviné qu'il avait arrêté de chercher sa place, par peur de ne jamais la trouver, le stupéfiait. Lisa hésita une nouvelle fois, à le prendre dans ses bras sans oser le faire. Elle en avait terriblement envie, mais respecta cette petite bulle qu'il avait toujours autour de lui.

 

- C'est ok ? Demanda-t-elle.

 

- C'est ok, soupira-t-il.

 

- Remballe ta jalousie.

 

- Ce n'est pas de la jalousie, maugréa-t-il.

 

Ou peut-être que si... Elle avait réussi à le rassurer, au moins un tout petit peu. Il aurait souhaité être capable de lui dire que, maintenant qu'elle faisait partie de sa vie, il ne se voyait plus supporter la solitude comme auparavant. Lisa était devenue une constante dans sa vie, qu'il ne voulait pas voir s'en aller.

 

- Ce n'était pas une période facile, Théodore. Alors merci, de l'avoir rendue plus supportable, plus heureuse, de m'avoir permis d'être moi-même avec toi, quand je n'osais plus l'être avec personne.

 

Elle s'approcha encore un peu et posa une main sur son épaule, qu'elle serra légèrement. C'était peu, mais pour l'un, comme pour l'autre, c'était déjà beaucoup.

 

- Si on doit se dire la vérité, il faut que je t'avoue un truc… , bredouilla-t-il.

 

- Oh oh ! La dernière fois que t'as fait cette tête, c'était parce que tu avais fait sauter les plombs de mon appartement et bousillé tous les circuits électroniques de mon ordinateur…

 

Il balaya l'air de la main, avant de se lancer :

 

- Adrian est là.

 

- Quoi ?

 

- Adrian est là.

 

- Non, j'avais compris, mais … Comment ?

 

- Il est rentré pour Noël. Mais je l'ai croisé ce matin-même. Il m'a demandé si je savais où tu étais, et qu'il était au courant que nous étions amis. Katie Bell le lui a appris. Il a dit que t'avais effectivement la fâcheuse tendance à recueillir les chiens errants. Ensuite, il a essayé de jouer aux mâles alpha avec moi…

 

Théodore n'avait pas bronché. En fait, ça l'avait même amusé de voir Adrian gonfler les muscles et lui lancer des regards menaçants… Comme s'il avait quelque chose à craindre. Quand Lisa parlait d'Adrian, tout le monde devinait qu'il était le seul homme qu'elle voyait autrement que comme un ami. Et Théodore, en entendant Adrian prononcer le prénom de Lisa, avait compris qu'elle était la seule femme qu'il voyait autrement que comme une amie.

 

- Oh Merlin…, grimaça-t-elle.

 

- Il voulait te faire une surprise…

 

- J'ai horreur des surprises.

 

- Je sais. Alors, je te préviens.

 

- Tu crois que…

 

- Il t'aime. Comme tu l'aimes. Je lui ai dit, énonça-t-il simplement.

 

- Tu as QUOI ? s'écria-t-elle.

 

- Je lui ai dit que tu l'aimais.

 

- Mais pourquoi ?

 

- Parce que c'est la vérité !

 

- Mais ce n'était pas à toi de faire ça !

 

- Je t'ai fait gagner du temps !

 

- Mais pas du tout !

 

- T'es en colère.

 

- Mais absolument pas !

 

- Tu commences toujours tes phrases par « mais » quand tu es contrariée, lui fit-il remarquer.

 

- Mais… arggh ! Tu n'avais pas à faire ça !

 

- Tu ne veux pas l'inquiéter, mais lui, ne demande que ça, je t'assure. Je suis presque sûr de l'avoir vu verser une larme de bonheur quand je lui ai dit que tu l'aimais.

 

Elle pointa un doigt accusateur sur lui, les joues rouges :

 

- Je suis fâchée !

 

- Les amis s'aident et se rendent service. Je t'ai rendu service, c'est tout. Et je pense que si on en est à l'établissement des règles, inquiéter l'autre, devrait en faire partie.

 

- Non ! Non ! Et non !

 

- Alors c'est comme ça que ça fonctionne ? Nous sommes officiellement amis, mais qu'à tes conditions ?

 

- Ne pas te mêler de ma vie, ce n'est pas une condition ! C'est… Je suis vraiment fâchée !

 

- Mais tu es mon amie.

 

- Je suis ton amie super furax.

 

Elle leva les yeux au ciel, avant de claquer la porte de son bureau. Il savait que la prochaine fois qu'ils se reverraient, Lisa lui aurait déjà pardonné. Parce qu'elle était comme ça, Lisa…

 

oOo

 

Le lendemain, le vingt-cinq décembre, Lisa se réveilla de bonne humeur. Elle fit des pancakes. Elle remarqua la pile de cadeaux sous son tout petit sapin. Elle déballa celui de ses parents, qui étaient partis en voyage, fêter leur vingt-cinq ans de vie commune. Puis elle remarqua un paquet orange, avec son prénom, finement calligraphié. Elle l'ouvrit et découvrit un pot de faïence multicolore dont elle souleva le couvercle. C'était de la poudre de cheminette au milieu de laquelle se trouvait un mot :

 

« J'ai fait réparer ta cheminette. Joyeux Noël, Lisa – Affectueusement, Théodore. N ».

 

Elle serra le mot contre son cœur complètement renversé. Quelqu'un toqua à la porte. Elle s'y précipita, pensant qu'il s'agissait sûrement de Terry et Wayne, venus partager ce moment avec elle.

 

- Salut…, murmura Adrian.

 

Elle resta muette avant de le laisser entrer. Elle détailla ses yeux verts, ses cheveux bruns un peu trop longs maintenant, ses lèvres pleines, sa mâchoire carrée, ses épaules athlétiques… Son cœur rata quelques battements, avant de se mettre à tambouriner dans sa poitrine.

 

- Il faut que je te parle, et que tu me parles, articula-t-il comme un poème qu'il avait sûrement appris par cœur.

 

- Alors parlons, sourit doucement Lisa.

 

Elle ferma la porte et fit précieusement s'accrocher à l'aide d'un sortilège informulé, le mot de Théodore au-dessus de sa cheminée. Elle était de bonne humeur. Vraiment… Elle se sentait légère, et heureuse. Puis elle frissonna, en sentant les yeux d'Adrian sur elle. Elle s'y noya, et son sourire taquin la renversa. Il savait parfaitement ce qu'il faisait en lui souriant de cette façon…

 

-Lisa ?

 

Elle était complètement hypnotisée.

 

- Oui ?

 

- La fumée, c'est normal ?

 

- MES PANCAKES !

 

oOo

 

Théodore Nott se réveilla comme tous les matins : sans excitation particulière. Il descendit prudemment les escaliers et se rendit au pied de son immense sapin. Il y avait quelques cadeaux, de cousins, tantes et oncles éloignés, qu'il ignora promptement. Il ouvrit le paquet le plus mal emballé. Il déchira patiemment le papier, avant de trouver un boîtier transparent dans lequel se trouvait un baladeur mp3 semblable à celui de Lisa. Il entendait sa voix d'ici "tu te rends compte Théodore ? 32 MO de mémoire, soit environ trente minutes de musique !". Une paire d'écouteurs formait un nœud tout autour, qu'il défie. Il les brancha à l'appareil, et la première chanson se fit entendre :

 

Il y a un dragon dans mon cœur

 

qui ronronne, qui ronronne

 

Il me fait fondre par sa chaleur

 

et dans son étreinte je m'abandonne

 

ronron ronron

 

nos corps tournent en ronds

 

et sous ses flammes

 

nous lions nos deux âmes

 

Il grimaça, en entendant la voix de Celestina Moldubec, et appuya sur un bouton, pour passer à la chanson suivante. Il ouvrit la carte qui était en-dessous de son cadeau.

 

« J'ai encore beaucoup de choses à te faire écouter. Passe un très joyeux Noël, Théodore – Ton amie, Lisa ».

 

A l'intérieur de la carte, il y avait une invitation, pour une fête, qui aurait lieu le trente-et-un au soir, afin de fêter le nouvel an. Lisa l'invitait officiellement dans son appartement, en même temps que tous ses autres amis et connaissances. Il resta interdit. Il était évident qu'il allait refuser. Puis il pensa à la peine qu'elle aurait… Mais c'était trop dur. Il ne pouvait pas. Il détestait les fêtes, et les amis de Lisa ne le portaient pas dans leurs cœurs. Peut-être pourrait-il s'entendre avec Adrian, si lui aussi, avait été invité…

 

Il soupira, et tout en écoutant la chanson qui passait, posa l'invitation sur la table basse, en la fixant, comme si c'était elle, qui allait lui dire quoi faire. Le soleil brillait fort, dans son séjour.

Les promesses sincères de Lisa et Théodore by CacheCoeur

Théodore inspira calmement. Il fit un pas en avant, un pas en arrière, puis encore un autre. Il desserra sa cravate avant de se décider à l'enlever. Il défroissa sa chemise toute blanche. Il s'arrêta, pensif : avait-il bien fermé la porte de son bureau ? Avait-il bien pensé à prendre cette bouteille de vin bon marché que Lisa aimait tant ? Il fouilla dans son sac, pour se rassurer et se prit la porte en pleine tête.

 

- Elle ne doit pas être bien loin ! s'exclama la voix de Padma Patil.

 

Elle s'arrêta net en croisant le regard de Théodore.

 

- T'es venu…, haussa-t-elle les sourcils, l'air surpris.

 

Elle ne lui laissa pas l'opportunité de répondre et passa devant lui. Étonnement, et alors même que la fête battait son plein, l'appartement de Lisa n'avait jamais été aussi bien rangé. Les livres étaient tous rangés à leur place sur des étagères que Théodore n'avait jamais vu jusqu'ici, son vieux canapé n'était plus de travers, la vaisselle avait été faite, les plantes semblaient avoir été miraculeusement ressuscité et tout était à sa place, mêmes les câbles qui traînaient ordinairement partout par terre. Il ne manquait que Colombe, qui contrairement aux dernières fois, ne l'accueillit pas.

 

Il se fit tout petit, rentra les épaules et rasa les murs que la musique faisait trembler. Théodore chercha Lisa des yeux, sans la trouver. Les flash des stroboscopes l'aveuglèrent. Il prit un verre, juste pour avoir quelque chose dans les mains et il attendit de la voir, pour qu'elle le voit à son tour, qu'elle sache qu'il était venu pour lui faire plaisir, qu'il avait fait cet effort …

 

Théodore continua de fouiller la pièce à vivre pendant vingt-cinq minutes. Wayne Hopkins le regardait méchamment, un verre de soda à la main, Terry Boot était en train de fumer sur le balcon, discutant avec Susan qui grelottait à cause du froid. Il vit Justin sortir à son tour. Il repéra quelques anciens élèves de Poudlard, des gens qu'il avait évité de fréquenter pendant toute leur scolarité. Ils semblaient tous si liés … Théodore ne s'était jamais senti aussi peu à sa place. Il se décida alors à fouiller les deux autres pièces de l'appartement de Lisa, à savoir, sa salle d'eau, dans laquelle un couple était en train de s'embrasser comme si leur vie en dépendait. Il ferma précipitamment la porte, en priant pour ne pas trouver pire en ouvrant celle de sa chambre. Mais il n'y avait que Colombe, roulé en boule sur le lit, un bazar absolument monumental et Adrian Pucey.

 

- Lisa n'est pas là, marmonna-t-il.

 

Il faisait bien de tête de plus que Théodore, et pourtant, c'était ce-dernier qui le regardait de haut.

 

- Où est-elle ?

 

- C'est une question à laquelle personne n'a de réponse.

 

L'ancien Serpentard passa une main dans ses cheveux, mal-à-l'aise.

 

- Alors comme ça, t'es venu…

 

- De toute évidence, rétorqua Théodore.

 

- Elle craignait que non. Elle a passé la journée à angoisser à l'idée que tu ne pointes pas le bout de ton nez. Elle avait peur que tu passes les fêtes seul.

 

- Mais c'est elle qui est absente.

 

Adrian se mit à sourire tristement.

 

- C'est Lisa tout craché ça… Je m'en vais cinq mois au Japon, et quand je reviens elle est amie avec la dernière personne avec laquelle je l'aurais associée…

 

- La dernière ? Vraiment ?

 

- Non. La dernière serait plus Percy Weasley. Elle le déteste depuis qu'il l'a collée pour non-respect du port obligatoire de l'uniforme. Elle avait raccourci sa jupe de quelques centimètres… Je crois que ce jour-là, elle lui a appris une flopée de gros mots. Et plus étonnant encore, elle m'en a appris également… Surtout quand elle a su que c'était moi qui l'avait dénoncée.

 

Théodore retint un sourire amusé. Lisa pouvait se montrer sacrément immature et assez rancunière, mais il savait aussi qu'Adrian était perfide et roublard.

 

- Il est vrai qu'elle a parfois un vocabulaire très fleuri.

 

- Elle avait vraiment peur que tu viennes pas, insista Adrian.

 

- Je ne voulais pas la peiner. Elle m'en voulait, pour notre conversation de la dernière fois.

 

- Celle où tu m'as dit qu'elle m'aimait aussi ?

 

- Nous n'avons pas eu d'autres discussions, Pucey.

 

Il observa l'ancien joueur de Quidditch croiser les bras sur sa poitrine.

 

-Je ne t'aime pas beaucoup. T'es hautain, froid et tu regardes toujours les autres comme si tu savais les choses mieux qu'eux, comme si tu détenais le plus grand secret de l'univers et que tu nous méprisais, de ne pas le connaître. T'as toujours été comme ça.

 

Théodore haussa les épaules : Adrian avait raison.

 

-Et je ne te fais pas confiance non plus. En revanche, j'ai confiance en Lisa, poursuivit Adrian. Comment êtes-vous devenus amis ?

 

- Je n'en sais rien.

 

- Elle m'a répondu la même chose, s'amusa-t-il en se détendant un peu.

 

Théodore fit quelques pas avant de s'arrêter au niveau de la commode. Une lettre s'y trouvait. Elle portait le sceau du Ministère de la Magie. L'encre avait bavé par endroit, à cause de quelques larmes. Il la parcourut des yeux, le cœur lourd et le souffle court. Il roula le parchemin en boule et le jeta avec rage contre un mur.

 

- Je sais où elle est, murmura-t-il.

 

Il quitta la chambre, puis se dirigea vers la cheminée, prit une bonne poignée de poudre à cheminette, sous les regards surpris de tous les invités, et se rendit directement au Ministère de la Magie. Il n'était que vingt-deux heures. Quelques sorciers rentraient chez eux et sursautèrent en le voyant arriver. Il se rendit jusqu'à son bureau. Il toqua doucement, trois coups hésitants avant de coller son front contre le bois :

 

- Lisa ?

 

Il attendit une réponse, et perdit patience.

 

- Je vais entrer, la prévint-il.

 

Il s'exécuta, et la trouva recroquevillée sous son bureau. Elle sécha immédiatement ses larmes, tout en reniflant bruyamment. Il sortit un mouchoir de sa poche, qu'il lui tendit, et s'assit en face d'elle.

 

- Je suis tellement désolé, Lisa…

 

Elle sanglota de plus belle, encore plus fort.

 

- Je ne voulais pas ouvrir cette lettre avant demain. Mais j'ai craqué, cinq minutes après que la fête ait commencé. Je n'ai pas réussi à les affronter…

 

- Lisa…, souffla-t-il.

 

Il n'arrivait pas à lui dire comme il était désolé pour elle.

 

- Tu savais ? Lui demanda-t-elle entre deux haut-le-cœur.

 

- Non, soupira-t-il. Nous avons voté il y a deux jours, mais les résultats du scrutin n'ont été publiés qu'aujourd'hui. J'ai dû recevoir un hibou chez moi, mais je n'ai pas fait attention.

 

Il s'approcha un peu plus d'elle. Il avait voté pour son projet. Pas seulement parce que Lisa était son amie, mais aussi parce qu'objectivement, il pensait qu'il était important d'investir dans le domaine de la culture et des technologies. Aller de l'avant était important, et c'était exactement ce que représentait le projet de Lisa. Que les sorciers ne soient pas tout à fait près ne le surprenait pas, mais le rendait aussi étrangement amer. Théodore, pour la première fois de sa vie, était impatient, et n'avait pas envie de donner du temps au temps, parce que les sorciers, actuellement, à ses yeux, en perdait. Lisa lui dirait probablement qu'il était important de se reconstruire, de se soigner, de se souvenir, se recueillir. Mais pour lui, et comme pour elle finalement, il fallait aussi aller de l'avant et penser au futur.

 

- Lisa… Ce n'est pas parce que tu n'as remporté aucune bourse que ton projet n'en mérite pas, tenta-t-il de la consoler.

 

- S'il en avait mérité une, il l'aurait eue, marmonna-t-elle. Mais ce n'est pas le cas. Je me suis tellement accrochée à ces recherches. J'y ai tellement cru, Théodore… C'est… un an de ma vie. J'avais tout prévu, et maintenant… Maintenant j'ai l'impression de faire du hors piste ! J'ai l'impression que tout part en vrille, que tout mon plan tombe à l'eau !

 

- Ce n'est pas beaucoup…

 

- Pardon ?

 

- Un an de ta vie gâché. Considérant le fait que tu as à peine dix-neuf ans, et que l'espérance de vie moyenne d'une femme est de nos jours estimé à soixante-dix-huit ans, il te reste encore environ…

 

Lisa éclata de rire à travers ses larmes.

 

- Je n'ai pas besoin d'être pragmatique, là. J'ai juste envie… de pleurer, et de maudire la Terre entière.

 

Il fronça les sourcils.

 

- Le positif…

 

- Il n'y a rien de positif ! s'exclama-t-elle en chassant de nouvelles larmes. Rien du tout ! J'ai tout misé sur mes recherches ! Absolument tout ! Ma mère m'avait trouvée une place dans une école états-uniennes très prestigieuse, qui forme tous les futurs diplomates. Mon père m'a proposé un stage au sein de son équipe de production. Mais j'ai décidé de suivre mes putains de rêves idiots, tout en sachant que ce serait dur… J'y ai tellement cru. J'ai tellement espéré…

 

Théodore se mit à quatre pattes pour la rejoindre sur la table. Leurs épaules se touchaient. Il voyait distinctement ses yeux bleus rougis et délavés. Son cœur se froissa comme la lettre qu'il avait chiffonné un quart d'heures plus tôt.

 

- Qu'est-ce que je vais faire maintenant ?

 

- Tu vas t'accrocher.

 

- A quoi bon ? J'ai besoin d'investisseurs ! Si le Ministère de la magie m'a refusé une bourse, c'est qu'il désavoue mon projet.

 

- Et alors ? Tu ne peux pas abandonner ! Pas comme ça.

 

- Si. Je le peux.

 

- Peut-être que tu obtiendras une bourse pour l'année prochaine ! Je vais t'aider à trouver des investisseurs et d'ici là, je suis certain que tu auras déjà trouvé mille et unes solutions pour que la technologie moldue se fasse une place dans notre société ! Je suis sincèrement convaincu que tes recherches pourraient relancer l'économie du pays… Sans parler de l'insertion des populations nées-moldues ou sang-mêlées au sein de notre communauté…

 

- Non. J'ai plus la force, là. Et j'ai honte. Mes parents m'ont financée parce qu'ils avaient confiance en moi… Je vais tellement les décevoir.

 

Il passa maladroitement un bras autour de ses épaules, et elle se blottit contre lui, nichant son visage dans le creux de son cou.

 

- Je vais probablement tâcher ta chemise soit de ma morve, soit de mes larmes.

 

- Je me demande ce qu'Adrian te trouve, leva-t-il les yeux au ciel. T'es hideuse. On dirait un troll.

 

- Qu'est-ce que je vais faire, maintenant ? Souffla-t-elle dans son cou.

 

- Je t'autorise à te laisser abattre … disons une semaine. Je t'écouterais te plaindre sans problèmes. Passé ce délai, je viendrais te mettre un coup de pied aux fesses pour que tu te reprennes. Il ne faut pas que tu abandonnes, répéta-t-il. Bats-toi ! Cherche cet arc-en-ciel que tu trouves toujours…

 

- C'est ce que j'ai l'impression de faire depuis la fin de cette guerre… Adrian m'a déjà remontée un nombre incalculable de fois. je ne vois plus être un poids pour lui, ou pour qui que ce soit. je suis Lisa. La fille qui aide, qui sourit, qui rit. je ne suis pas celle, qui a besoin qu'on l'aide !

 

- On a tous besoin d'aide un jour ou l'autre…, murmura Théodore.

 

Lisa se remit à pleurer. Personne n'avait jamais réellement compris son désir de rendre la technologie moldue accessible aux sorciers. Padma trouvait ça bizarre, Hannah pensait qu'ils n'en avaient pas besoin, sa mère souriait gentiment, comme on souriait à une enfant qui faisait la démonstration d'une cascade à vélo sur le perron de la maison… Adrian l'écoutait attentivement, avec un air émerveillé, il s'intéressait aux mécanismes, mais comprenait les choses avec difficultés. Puis Théodore était arrivé, avec sa curiosité, ses idées… Elle y avait cru.

 

Elle avait nourri ses propres espoirs pour rien.

 

- Ogden te soutient. Moi je te soutiens : ta campagne était excellente, même avant que je t'apporte mon aide. Tu t'es fait connaître, murmura Théodore. Et qu'importe qui croira en ton projet, il faut que tu le fasses pour toi. Ton projet n'a pas été choisi. Ça ne veut pas dire qu'il était mauvais…

 

Sans s'en rendre compte, il avait posé sa tête sur la sienne.

 

- Je crois en toi. Comme beaucoup de gens.

 

Le cœur de Lisa se renversa et un sourire timide se peignit sur son visage.

 

- C'est gentil, marmonna-t-elle.

 

- Ne pleure pas. S'il te plait…

 

Elle sécha ses larmes et sourit.

 

- Comment as-tu deviné que j'étais ici ?

 

- Je me suis dit que tu étais assez intelligente pour te rendre au seul endroit où tes amis ne viendraient pas te chercher…

 

- T'es bien venu me chercher, toi.

 

- Mais t'es aussi intelligente pour choisir un endroit dans lequel tu es sûre que quelqu'un te sortira.

 

- Je savais que tu viendrais, admit-elle.

 

Il laissa échapper un soupir faussement agacé, avant de se relever prudemment et de lui tendre la main :

 

- Il faut que tu rentres, et que tu fasses la fête, au moins pour ce soir. Adrian t'attend. Ils t'attendent tous en fait. Tu seras triste demain, et je te convaincrai d'une façon ou d'une autre de ne pas abandonner tes recherches. Tes amis te consoleront, prendront soin de toi, et tu remonteras la pente, parce que c'est ça, la vie : des hauts, des bas, et des personnes qui acceptent de les vivre avec toi, sans les distinguer.

 

- Je vais te prendre dans mes bras Théodore.

 

Elle attendit qu'il hoche la tête, qu'il lui en donne l'autorisation avant de le faire. Elle passa ses bras dans son dos et le serra contre elle, alors que les siens restèrent ballants, le long de son corps.

 

- Je tiens à toi, avoua-t-il.

 

- Je tiens à toi, moi aussi.

 

C'était un " je t'accepte", "je serai là", "je veux faire un bout de chemin avec toi, qu'importe la distance que l'on parcourra ensemble".

 

- T'es entré dans ma vie, et j'étais heureux de te laisser faire…

 

- Je suis également très heureuse que tu l'aies fait, Théodore.

 

Il apprécia leur étreinte, la douceur, la chaleur qu'elle lui faisait ressentir. Il aurait pu y rester des heures... Mais il s'éloigna, et sécha les larmes de Lisa de ses pouces, alors qu'elle arrangeait sa tenue. Ils sortirent de son bureau ensemble et rentrèrent chez elle.

 

Il l'observa prendre son courage à deux mains, avant d'entrer. Il pressa sa main dans la sienne, et elle lui sourit, avant de pousser la porte de son appartement. Quand Théodore arriva juste derrière elle, Lisa était déjà entourée de tous ses amis. Padma Patil était revenue et l'engueulait, criant qu'elle avait été morte d'inquiétude. Théodore vit également la main d'Adrian se poser sur la taille de Lisa, et le sourire de celle-ci s'agrandir un peu plus : elle semblait moins triste. Théodore remarqua les yeux de son ancien camarade sur son amie : ils étaient énamourés, émerveillés, et couvaient Lisa d'un regard si doux… Il aimait Lisa. Théodore le devinait sans peine. Il sourit discrètement, en constatant comme l'ancien don juan des Serpentard qui ne pensait qu'à son prochain match de Quidditch, avait bien changé…

 

Lisa calma les inquiétudes d'Adrian, en lui promettant de les lui partager plus tard. Elle déposa un baiser au coin de ses lèvres et l'ancien Serpentard fronça les sourcils, sans faire de commentaire. Elle avait envie de s'amuser ce soir, au moins un peu. Demain, elle serait triste. Demain, elle se laisserait consoler par Adrian, par sa famille, par ceux qui le voudraient, le pourraient. Mais pas ce soir. Ce soir, elle ferait illusion, au moins une dernière fois.

 

Théodore passa la soirée avec un verre d'hydromel à la pêche dans les mains, et Lisa, jamais trop loin de lui. Il discuta avec quelques personnes, sans trop de difficulté, avant d'étouffer et d'aller sur le balcon pour s'éloigner de cette foule. A l'intérieur, ils dansaient tous. Lisa et Adrian s'embrassaient. Théodore les trouva franchement dépravés et impudiques, mais était heureux pour Lisa. Les chansons moldues et sorcières s'enchaînaient, tout le monde semblait heureux. Le temps d'une soirée, ils n'étaient que des jeunes, qui s'autorisaient un peu d'insouciance et de légèreté. Au milieu de tout ce groupe, oppressé par cette foule, Théodore apprécia ce calme et cette sérénité.

 

Lisa le rejoignit sur le balcon, deux verres à la main, en tremblant à cause du froid. Elle lui en offrit un, dans lequel il trempa ses lèvres.

 

- J'ai hâte de voir ce que 2000 nous réserve, sourit-il.

 

- Des choses meilleures, promit-elle.

 

- Tu penses ?

 

- Il ne peut y avoir que du meilleur.

 

- 1999 n'a pas été si terrible, pour moi, avoua-t-il honteusement. J'ai grandis, j'ai mûri, j'ai beaucoup appris. Mais je ne suis pas triste, de la quitter.

 

Alors que certains se remettaient à peine des traumatismes de la guerre, lui, était satisfait de cette année. Il avait enfin pris son envol, et s'était fait une amie.

 

- J'aime celui que je suis quand je suis avec toi. Je n'ai pas peur… d'être moi.

 

- Que de déclarations, ce soir ! Rosit Lisa.

 

- Qu'espères-tu pour cette nouvelle année ?

 

- Le bonheur de mes proches, leur santé aussi… De la chance, une vie plus apaisée.

 

- C'est si peu original, se moqua-t-il.

 

- Je voudrais enfin réussir à invoquer un patronus corporel, lâcha-t-elle enfin.

 

- Toi ? Tu n'arrives pas à invoquer un patronus corporel ? s'étonna-t-il.

 

Elle secoua la tête.

 

- C'est un défi que j'aimerais relever moi aussi, avoua alors Théodore.

 

Il n'avait même jamais essayé, à vrai dire…

 

- Alors on s'y attellera dès que possible, sourit Lisa.

 

Ils se serrèrent la main, pour sceller leur pacte.

 

- Et enfin, mon dernier souhait pour cette nouvelle année, est que tu restes à mes côtés, termina-t-elle.

 

Il sourit en s'appuyant sur la balustrade. L'alcool lui faisait légèrement tourner la tête…

 

- Ça me plairait… Zaza !

 

Lisa écarquilla les yeux en sautillant, avant de grimacer.

 

- Je préfère Lili.

 

- Je sais.

 

- T'es impossible, Théo…

 

Les gens commençaient le décompte. 1999 se terminait et 2000 naissait.

 

- Bonne année, Théo !

 

Elle l'embrassa sur la joue alors que quelques invités se pressaient sur le balcon pour admirer le feu d'artifices de Londres. Tout le monde se souhaitait le meilleur, et dans ce flot d'embrassades, Théodore ne se sentit pas mal-à-l'aise.

 

- Pousse-toi Théo…, le pria Adrian pour rejoindre sa petite-amie.

 

- Dore.

 

- Quoi ?

 

- Mon prénom est Théodore, Pucey ! Grogna-t-il.

 

Lisa éclata de rire, en même temps qu'une belle rouge se mit à illuminer le ciel. Elle se pelotonna contre Adrian, oubliant presque l'amertume de cette soirée.

 

Théodore admira les étoiles, les lumières et les explosions de couleurs. Il surprit le regard de Susan Bones, ni méchant ni gentil, juste curieux, empli d'incompréhension, comme si elle essayait de le déchiffrer, de le comprendre. Il savait que Susan était une bonne juriste, et qu'elle visait une place, un siège au Magenmagot. La candidature de Théodore était passée avant la sienne. Il ne lui sourit pas. Elle en fit de même. Mais leurs regards étaient loin d'être indifférents. Théodore ignora avec difficulté les prunelles de Susan, qui chauffèrent sa peau à des degrés presque insupportables. Il frissonna à cause du froid, peut-être, ou de ses yeux, qu'il sentait toujours braqués sur lui.

 

-Eh Théo ! A quoi tu penses ? Lui demanda Lisa.

 

-A beaucoup de choses…

 

C'était vrai. Tout tournait à fond dans sa tête. Il se promit d'aller à Gringotts le lendemain. Il allait financer le projet de Lisa, parce qu'il croyait vraiment en elle, que c'était un investissement qui lui rapporterait sûrement gros, et que même si le monde sorcier n'avait pas encore conscience de l'importance de ses travaux, bientôt, ils s'en rendraient compte… Théodore lui donnerait ce coup de pouce dont elle avait besoin, de cet élan, qui lui donnerait confiance. Si Lisa était incapable pour l'heure d'appliquer sa positive attitude, il la ferait sienne jusqu'à la lui rendre :

 

- Tout ira mieux, murmura-t-il comme une promesse.

 

Ils allaient leur montrer… Que ce soit leurs rêves plein la tête, leurs idéaux ou ce qui les animaient, ils allaient leur montrer à tous, de quoi ils étaient capables. Pour Théodore, à cet instant présent, tout était possible. Il y croyait vraiment parce que Lisa le lui avait appris.

 

Lisa avait un goût amer, un goût de défaite dans la bouche, qui était seulement supportable grâce à la présence des gens qu'elle aimait autour d'elle, et ces promesses d'espoir que Théodore lui apportait. Lui, il contemplait le ciel et les couleurs qui y explosaient. Puis il reporta son attention sur la première personne qui lui avait donné envie de baisser sa garde.

 

Lisa et lui se regardèrent, en se demandant comment une personne pouvait prendre autant de place dans une vie, en si peu de temps. L'amitié n'était pas objective, logique et encore moins prévisible. C'était parfois juste du hasard, des circonstances, des contextes qui s'imbriquaient à un moment parfait ou non et de la magie. De la très belle magie, unique et propre à chacun.

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