Par trois fois by TeddyLunard
Ancienne histoire coup de coeurSummary:

DA par Drunkerman

DA par Dunkerman

 

Quelque chose se meut dans les ombres de la forêt dans laquelle Remus Lupin a trouvé refuge. Quelque chose de sombre et de terrible. Alors que Lord Voldemort étend son pouvoir sur toute la Grande-Bretagne, Remus se trouve investi d'une dangereuse mission qui pourrait sceller l'issue de la guerre qui vient.

 

Joyeux Noël MadameMueller !

 

ATTENTION ! LES REVIEWS CONTIENNENT DES SPOILERS !


Categories: Résistance, Fics-cadeau Characters: Albus Dumbledore, Ordre du Phénix, Remus Lupin, Tom Jedusor/Voldemort
Genres: Angoisse/Suspense, Aventure/Action, Polar/enquête
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Echange de Noël 2020
Chapters: 7 Completed: Oui Word count: 33725 Read: 1568 Published: 09/01/2021 Updated: 13/02/2021
Story Notes:

Bonjour à tous et à toutes, et merci d'avoir eu la curiosité de vous aventurer dans les terres sombres de cette histoire !

 

Il s'agit d'une histoire que j'ai écrite pour MadameMueller, mon enfant sage pour cette édition de l'Echange de Noël ! Dans sa fiche, parmi les personnages cités, l'on retrouvait Remus, et parmi les genres souhaités, il y avait de l'aventure. Ni une ni deux, me voilà jeté dans une histoire qui, au départ, ne devait être qu'un OS, et qui est finalement devenu une histoire à 5 chapitres, avec prologue et épilogue en prime !

 

J'espère donc que cette histoire vous plaira, car j'ai pris un immense plaisir à l'écrire et à la construire ! Le rythme de publication sera d'un chapitre par semaine, sauf pour la première publication, qui sera composée du court prologue et du chapitre 1 !

 


 

La citation en début de prologue est extraite de Harry Potter et l'Ordre du Phénix, et appartient à J.K Rowling, de même que tous les personnages de cette histoire.

1. Prologue by TeddyLunard

2. Chapitre 1 by TeddyLunard

3. Chapitre 2 by TeddyLunard

4. Chapitre 3 by TeddyLunard

5. Chapitre 4 by TeddyLunard

6. Chapitre 5 by TeddyLunard

7. Epilogue by TeddyLunard

Prologue by TeddyLunard
Author's Notes:

Voici donc le prologue, petite introduction à toute l'histoire !

J'espère qu'il vous plaira ! Bonne lecture ;)

PROLOGUE

 

« Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche... il naîtra de ceux qui l'ont par trois fois défié, il sera né lorsque mourra le septième mois... et le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore... et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit... Celui qui détient le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres sera né lorsque mourra le septième mois... »

 

***

    Il y avait dans l’air du matin une douce odeur de pin. La rosée ne s’était pas encore évaporée, et les voitures reluisaient sous le soleil levant. Le silence était total dans la rue, et était à peine troublé par le grésillement des lampadaires. Deux tourterelles se serraient sur une ligne téléphonique, un chat passait silencieusement entre les voitures, et disparaissait derrière la porte d’un jardin. Le facteur était déjà passé, le laitier passerait dans quelque temps, mais pour l’instant, il n’y avait pas l’ombre d’un mouvement dans la rue.

Le vent soufflait doucement dans les feuilles des arbres qui longeaient le trottoir, et glissait doucement sur les murs des maisons, sur les escaliers, sur les porches, sur les fenêtres.

Il y avait cette maison, au bout de la rue, avec une boite aux lettres blanche. Cette maison jouxtait un parc de jeux, où les tourniquets ne tournaient plus. Cette maison était en briques rouges, et elle avait une boite aux lettres blanche. L’allée aboutissait sur trois marches blanches, elles aussi, qu’il fallait grimper pour arriver à la porte d’entrée blanche. De part et d’autre de l’allée, des chemins herbeux menaient au jardin derrière cette maison de briques rouges. Cette maison avait de grandes fenêtres, qui depuis le jardin donnaient accès à la bibliothèque, et à une chambre.

Dans ce jardin, quelques jouets étaient éparpillés dans le gazon, laissés comme reliques d’un amusement passé.

Le vent glissait doucement sur les parois de bois qui encerclaient le jardin, sur l’herbe, sur les jouets, sur les murs et sur les fenêtres. Le vent se glissait aussi entre les éclats de verre qui étaient toujours suspendus au cadre de cette fenêtre. Il se glissait dans cette chambre, glissait contre les murs, contre les meubles, contre le lit et le tapis couverts de sang.

End Notes:

Voilà, il est court, mais vous pouvez passer directement au chapitre 1, qui est bien plus long !

J'espère que vous avez apprécié votre lecture, et à bientôt j'espère ;)

Chapitre 1 by TeddyLunard
Author's Notes:

Vous voilà arrivé.e.s au premier chapitre, où vous retrouverez Remus et où vous pourrez apprendre que les forêts, c'est un peu flippant aussi... ;)

Bonne lecture !

CHAPITRE 1

 

10 octobre 1979

 

Un bruit étrange réveilla Remus ce matin-là. Il avait les pieds posés sur la table, la tête affaissée contre sa poitrine et des fourmis lui courraient le long des cuisses et des mollets. Il regarda le livre qu'il avait entre les mains, et sur lequel il s'était endormi : Les folles coutumes des lutins des bois. Il ne gardait aucun souvenir des pages qu'il avait lues, mais il lui restait une impression confuse d'ennui mêlé d'agacement. Lorsqu'il essaya de se remettre debout, il faillit s'effondrer.

Puis, il y eut le bruit de nouveau. Les fourmis dans ses jambes les faisaient trembler. On aurait dit une sorte de souffle qui courrait le long des parois du bungalow, à l'extérieur, et passait sous sa fenêtre entr'ouverte, au-dessus de l'évier, continuait vers la gauche, passait sous la fenêtre arrière, celle au-dessus du lit défait, et se dirigeait lentement vers la porte d'entrée.

Ce souffle avait pour lui la densité d'une présence, et la consistance d'un cauchemar. Une profonde angoisse lui saisit les entrailles, et il attrapa sa baguette posée sur la table. Le souffle était irrégulier, un sifflement l'accompagnait. Peut-être était-ce le vent. Mais cela tournait, cela encerclait le bungalow et cherchait à entrer. Ce souffle venait d'ailleurs, d'une autre région de la conscience, de celle des fantasmes et de l'effroi. Il glissait dans son esprit, s'introduisait en lui et y déversait son horreur obscure.

Il pensa à un Détraqueur, mais c'était absurde, les Détraqueurs ne s'éloignaient jamais d'Azkaban.

Une nuit venait de s'abattre sur sa conscience, une horreur profonde avait englouti ses sens. Son cœur battait fort dans sa poitrine, et sa tête bourdonnait terriblement.

Il y avait quelque chose dehors, et cette chose, qui flottait dans l'air du matin, rôdait autour de son bungalow comme une bête sauvage, nocturne et dangereuse. Il y avait quelque chose dehors qui cherchait à rentrer.

Il croyait distinguer quelque chose dans ce souffle, quelques syllabes qui lui étaient familières. Puis il entendit un grattement le long de la porte, comme une branche que l'on passait le long du panneau, vers la poignée de la porte d'entrée.

Remus

Avait-il bien entendu ? Il avait peut-être imaginé son nom dans le souffle du vent. Il avait certainement rêvé que le souffle l'appelait. Son cœur manqua un battement, et il sentit la sueur perler sur son front. Cela n'avait aucun sens.

Il tenta de tourner la tête, pour regarder au-dehors, mais la pièce fut subitement plongée dans le noir, et il se retrouva paralysé. Il fut persuadé que la nuit était tombée.

Remus

Il y avait quelque chose derrière la porte du bungalow, et cette chose l'appelait. Elle voulait rentrer. Il devait fermer la fenêtre. Elle ne devait pas passer par la fenêtre. Sa bouche était asséchée par la terreur, et sa main droite tremblait. Il lui était impossible de bouger.

Remus

Il était pris au piège de lui-même. Incapable de bouger, incapable de sentir, incapable de parler. Il était tenu par des liens sombres qui l'enchaînaient dans la nuit. Tout était si cotonneux.

La poignée de la porte s'abaissa. Son cœur explosa de terreur. La porte n'était pas fermée, elle allait pouvoir entrer. Le froid envahissait ses entrailles.

La porte s'ouvrit brutalement, sur le noir. Dans la nuit qui avait subitement fondu sur lui, il vit la chose. Elle était lui, elle avait son visage, elle avait ses yeux. Il se regardait, il se perdait dans ses propres pupilles, se confondait dans son reflet obscur.

Soudain il disparut à lui-même. Son reflet s'évanouit dans le noir.

Remus

Cela venait de sa droite. Il tourna brusquement la tête et il vit le spectre. Il avait le même corps que lui, les mêmes cheveux, mais il était noir comme la nuit. Il se tenait devant lui, les bras écartés, se distinguant à peine dans l'obscurité qui était tombée si soudainement. On ne percevait que ses deux yeux, qui brillaient d'une furieuse lueur rouge dans la nuit noire, et éclairaient le bungalow d'un halo couleur sang.

Trois coups furent portés contre sa porte.

Remus !

 

Remus bondit de terreur en hurlant, chuta de sa chaise et atterri douloureusement sur le dos. Son exemplaire des Folles coutumes des lutins des bois s'était écrasé sur son nez, lui causant une douleur terrible.

De nouveaux coups furent frappés à sa porte.

- Remus ! Ouvre-moi, je sais que tu es là-dedans !

Endolori par sa chute, il se releva tant bien que mal en se tenant le dos. Il s'aperçut qu'un pied de sa chaise était cassé. En titubant légèrement, il se dirigea vers la porte, sur laquelle on tapait toujours furieusement.

- Voilà, voilà, j'arrive ! grommela-t-il en abaissant la poignée.

Sirius était sur les marches du bungalow, et s'apprêtait à frapper un autre coup du plat de la main lorsque Remus ouvrit la porte. Surpris, il sursauta et faillit dégringoler de l'escalier dans la terre. Il avait, à son habitude, les cheveux en désordre, et un air aristocratique peint sur son visage. Cela venait probablement de ses yeux, qui ne se laissaient pas déchiffrer, et préféraient demeurer dans le diaphane de leur couleur grise. Peut-être y avait-il aussi quelque chose dans la pâleur de sa peau, et dans la forme fine de son visage, ou dans ce demi-sourire, qui faisait l'effet d'un rictus désinvolte et qui faisait briller ses pupilles insondables. Sirius, à son habitude, arborait ce sourire avec élégance que celle avec laquelle il arborait ce gilet de soie pourpre par-dessus sa chemise blanche dont le col était ouvert. L'espace d'un instant, Remus crut voir les yeux de son ami se promener rapidement sur son gilet de laine miteux, sur son pantalon froissé et s'attarder sur les cernes qui obscurcissaient ses yeux.

- Par Merlin, Remus, souffla-t-il, depuis combien de temps es-tu là ?

- La pleine lune était il y a deux jours...

- Ce n'est pas ce que je t'ai demandé.

Remus baissa la tête sur le livre qu'il tenait entre les mains.

- Quelques semaines...

Il entendit Sirius soupirer.

- Et nous qui pensions que tu étais retourné chez tes parents... Je pensais que tu ne venais dans ce bungalow que pour les pleines lunes.

- C'était le plan, au début, affirma Remus, mais rester chez mes parents, c'était trop les mettre en danger...

Sirius roula des yeux en poussant un soupir exaspéré, et Remus baissa de nouveau la tête. Il s'en suivit un bref moment de silence, au cours duquel il tourna le livre qu'il tenait dans tous les sens possibles.

- Écoute, reprit Sirius, je ne suis pas venu ici, au beau milieu de cette forêt déserte, pour te faire la morale. Je suis venu parce que Dumbledore a besoin de nous - de toi, particulièrement - pour une mission de l'Ordre, et qu'il faut que tu rejoignes Londres très rapidement.

Remus releva la tête, un air interrogateur sur le visage. Cela faisait quelques mois maintenant qu'ils avaient fondé l'Ordre du Phénix, et jusqu'à présent, leurs missions s'étaient limitées à de la surveillance ou du contrôle de sorciers et de sorcières susceptibles de se tourner vers Lord Voldemort, dont le pouvoir n'avait cessé de s'accroître au cours des derniers mois.

- Une mission de quel ordre ? demanda-t-il, intrigué.

Sirius ne répondit pas immédiatement, et afficha au contraire un air embarrassé. Devant la soudaine et apparente gêne de son ami, Remus l'invita à entrer et lui proposa une tasse de thé. En avisant la chaise cassée qui gisait toujours sur le sol, Sirius haussa un sourcil circonspect et, d'un coup de baguette, la remit sur pieds.

- Tu as eu un accident récemment ? demanda-t-il avec un rictus moqueur.

Remus eut un bref rire :

- Un mauvais rêve, rien de plus.

Il tendit une tasse à son ami, et s'assit ensuite sur la banquette en face de lui. Sirius soufflait sur le thé brûlant, et réchauffait ses doigts sur la tasse chaude. Il dégagea un instant une mèche de cheveux noirs qui lui tombaient dans les yeux, et Remus put clairement voir le regard de biais qu'il lui jeta, et la lueur de malaise qui brillait dans ses yeux. Cependant, avant même de pouvoir le questionner sur la nature de la mission que Dumbledore leur demandait d'accomplir, Sirius prit sur lui de rompre le silence qui s'était installé.

- Dumbledore pense que Lord Voldemort veut réunir des adeptes en dehors du monde des sorciers, et qu'il regarde maintenant du côté des créatures magiques... Selon lui, les tribus de géants, de centaures et d'autres sont de plus en plus agitées, ces derniers temps, et il pense que c'est parce qu'ils sentent que la guerre approche. Mais comme tu le sais, aucun de ces peuples n'est réellement fédéré, et ils s'organisent en des peuplades dispersées sur tout le territoire. Certains groupes sont malgré tout plus puissants que d'autres, plus nombreux et plus forts, et Dumbledore pense que ce sont ces groupes que Voldemort voudrait rallier. S'ils venaient à le rejoindre, nous aurions perdu de précieux alliés, et il aurait gagné des forces considérables...

Remus hocha la tête, et Sirius continua :

- Il faut donc que quelqu'un se charge d'empêcher que ces peuples se joignent à Tu-Sais-Qui, et comme Dumbledore passe le plus clair de son temps au Ministère, à tenter de convaincre Millicent Bagnold d'assouplir les lois de contrôle des créatures magiques, il nous a chargés de nous en occuper pour lui...

Remus fronça les sourcils :

- Dumbledore veut que nous partions en mission de négociation avec les créatures magiques ?

Sirius, qui regardait à présent sa tasse, hocha lentement la tête en signe d'approbation :

- Et il demande à des gens comme nous de nous en charger ?

- En réalité, répondit Sirius avec difficulté, ce n'est pas tant à nous qu'il demande, mais bien plutôt à toi.

Il y eut un léger silence, au cours duquel Remus fixa son ami avec, dans le regard, un mélange de crainte et de doute. Son cœur avait commencé à battre fort contre sa poitrine, et ses doigts s'étaient crispés sur sa tasse brûlante. Il sentait que quelque chose venait, et qu'il n'aurait pas la force de s'opposer au torrent qui l'emporterait.

Sirius venait de relever les yeux :

- Dumbledore veut que ce soit toi qui guides la première mission de négociations... Puisque...

- Je t'en prie Sirius, dépêche-toi.

- Puisqu'il veut que nous nous rendions en premier chez les loups-garous.

Elle était là, de nouveau, derrière son ami, cette ombre noire aux yeux rouges qui le fixait depuis l'obscurité. Elle venait de poser une main sur son épaule, et Sirius ne l'avait pas sentie.

Son souffle se perdit. Il tenta d'articuler quelques mots, mais il ne put que bégayer quelques piteuses syllabes sans signification.

- Écoute, enchaîna Sirius sans lui laisser le temps de reprendre ses esprits et de protester, je sais que tu n'as rien à voir avec ces gens, et je sais à quel point cette mission va être difficile pour toi, mais Dumbledore a raison... Ce peuple ne doit pas s'allier à Voldemort, sinon les conséquences en seraient catastrophiques. Il paraît que des groupes de loups-garous, qui se sont déjà alliés à lui, ont été arrêtés alors qu'ils prévoyaient de s'attaquer à un village près de Bristol...

- Je sais de quoi les loups-garous sont capables, Sirius, répondit sèchement Remus. 

Une colère sombre vibrait dans ses entrailles. Comment Albus Dumbledore, l'homme qui lui avait garanti une scolarité sûre à Poudlard, avait fait son possible pour veiller à sa sécurité et celle des autres pendant les sept années qu'il avait passées au château, pouvait-il ne serait-ce que songer à l'exposer à un tel danger ?

- Et s'ils ne veulent pas nous rejoindre ? poursuivit-il. S'ils refusent de s'allier à nous ou pire, s'ils ont déjà rejoint Lord Voldemort, que ferons-nous à ce moment ?

Sirius eut un léger sourire en coin.

- Il ne nous restera plus qu'à transplaner pour sauver nos peaux...

- Je suis désolé, Sirius, mais il ne me semble pas que le sujet prête à plaisanterie.

Quelque chose brilla dans les yeux de son ami, alors que son rictus s'évanouissait et que ses traits durcissaient.

- Je ne suis pas de taille à aller négocier avec les loups-garous, même accompagné, reprit Remus. Nous n'avons rien de commun, eux et moi. Ils me refuseraient comme n'importe qui d'autre, et tu sais à quel point ils peuvent mépriser les loups-garous qui ne suivent pas leur exemple. Je me ferai tuer avant même d'avoir pu ouvrir la bouche... Et puis...

Il s'interrompit un instant, butant sur les mots qu'il allait prononcer. Les yeux rouges flamboyants étaient toujours posés sur lui.

- Et puis nous n'avons que vingt-et-un ans, par Merlin... Est-ce que Dumbledore s'imagine vraiment que les loups-garous vont écouter des gens aussi jeunes que nous ? Nous n'aurons aucune autorité chez eux.

- Nous en aurons grâce à son nom, et la confiance qu'il inspire chez eux.

- Je doute que cette confiance ne les empêche de nous mettre à mort s'ils le désirent.

- Et ils t'écouteront. Tu ne partages rien avec eux, certes - si ce n'est le goût pour les forêts désolées et les habits élimés - mais Dumbledore pense que tu représentes notre meilleur atout pour leur parler, et notre meilleur espoir de les rallier...

Remus eut un petit rire moqueur.

- Cela serait bien la première fois que je serais considéré comme un atout.

- Tu exagères.

Le ton de Sirius avait été dur, tranchant, et Remus en avait été heurté.

- Je te demande pardon ? demanda-t-il.

- Tu exagères, reprit Sirius, sans aucune inflexion dans la voix. Dumbledore a tout fait pour toi, pour te garantir les meilleures conditions à Poudlard, pour te faire accéder aux premiers prototypes de la potion Tue-Loup afin que tes transformations se passent le mieux possible. Il a même fermé les yeux sur nos escapades nocturnes parce qu'il savait que nous t'accompagnant, les pleines lunes seraient moins douloureuses. Alors je t'en prie Remus, ne viens pas me faire croire que Dumbledore ne t'a jamais considéré. Il t'a même nommé préfet pour veiller sur James et moi. Seulement voilà, tout cela, c'était quand nous étions à Poudlard, et que nous étions plus jeunes - ce que tu as fait avec un succès limité. Aujourd'hui, notre monde est déchiré par une guerre qui monte, et il nous faut malheureusement vieillir plus vite. Nous ne pouvons pas rester éternellement les Maraudeurs que nous étions.

- Ça te ressemble bien de dire des choses pareilles, rétorqua Remus sans se laisser démonter. D'entre nous quatre, Sirius, tu es certainement celui qui refuse le plus de laisser les Maraudeurs de Poudlard derrière toi. 

Le regard de Sirius ne cillait pas, et ses deux yeux étaient plantés dans ceux de Remus.

- Comme je te le disais, reprit-il après un bref instant de silence, je ne suis pas venu ici pour te faire la morale. Mais il faut que tu sois conscient des enjeux, Remus. Si les loups-garous ne se rallient pas à notre côté, Voldemort aura dans sa main des armes que nous aurons beaucoup de mal à contrer.

- Très bien, très bien, fit alors Remus en levant les mains. Je crois avoir plutôt bien compris cette partie. Cependant, ce n'est pas une décision qui se prend à la légère. Qui fera partie de l'expédition ?

- Moi, James et Lily, Alice et Franck, Peter, Alastor - pas que ça m'enchante, mais Dumbledore a insisté - Elphias et Marlène.

Remus sentait peser un poids sur ses entrailles. Il avait l'impression qu'elles bougeaient, et se tordaient en hurlant dans son ventre. Il tenait ses mains bien serrées autour de sa tasse, pour éviter que Sirius ne les voie trembler. Son ventre lui faisait mal, et il se sentait fébrile.

- Dumbledore n'a besoin de moi que pour cette mission ? demanda-t-il. Il ne m'enverra parler qu'avec les loups-garous, pas avec les centaures ni les géants ?

Sirius eut un léger soupir.

- Je n'en sais rien, Remus. Pour les géants, il serait évident qu'il demande à Hagrid de s'en charger, mais il n'est pas dit que nous n'aurions pas à l'accompagner pour assurer sa protection...

- Assurer la protection de Hagrid ? releva Remus avec un semblant de sourire.

- Oui, assurer sa protection, reprit Sirius en se détendant quelque peu. Je te rappelle que notre ami n'a pas de baguette magique.

- Il a mieux, il a un parapluie magique.

Sirius eut un éclat de rire qui ressemblait à un aboiement, et le visage de Remus s'illumina un instant.

Il y eut à nouveau un bref moment de silence, au cours duquel Remus desserra son emprise sur sa tasse. Il fit craquer ses jointures sous la table, puis se décida enfin à prendre la parole :

- Écoute, Sirius, je ne peux pas promettre à Dumbledore d'être à la hauteur de la mission qu'il me confie, et je ne peux pas lui promettre d'être prêt pour ce travail. Je pense que s'il ne le fait pas lui-même, il y a de grandes chances pour que les loups-garous me tuent dès qu'ils me verront. Ils ne sauront même pas qui je suis, ou que je serai comme eux.

- Dumbledore a dit qu'ils le sauront, qu'ils le sentiront...

- Avec tout le respect que j'ai pour Albus Dumbledore, je crois que sa compréhension de ce que signifie être un loup-garou possède quelques limites. Mais s'il me fait confiance, alors il doit y avoir une bonne raison...

Elle était toujours là, cette silhouette derrière Sirius. Cependant, cette fois, le spectre noir s'était retourné, et lui présentait son dos. Remus ne percevait de lui qu'une forme noire comme la nuit. Il reporta son attention sur son ami.

- Il faut que j'y réfléchisse, conclut-il. Tu peux dire ça à Dumbledore. Que je me donne deux jours pour réfléchir à cette mission, et que je le tiendrai au courant de ma décision.

Sirius sourit, passa les mains dans ses cheveux, et acquiesça. Il but d'un trait sa dernière gorgée de thé, regarda sa montre et sursauta.

- Je suis désolé Remus, je vais devoir te quitter. J'ai un déjeuner en ville dans cinq minutes, et je ne peux pas me permettre d'être en retard...

- Un déjeuner ? Avec qui ?

Sirius eut un léger sourire en repoussant sa chaise.

- Oh... personne en particulier...

Remus rit doucement.

- Quoi qu'il en soit, lui dit Sirius, je dirai à Dumbledore que tu te laisses le temps de la réflexion, et que dans deux jours, tu seras prêt à accomplir cette mission...

Sirius eut un éclat de rire devant l'expression déconfite de Remus, lui envoya une bourrade dans l'épaule et le saluant une dernière fois, repassa la porte du bungalow et disparut dans l'air de midi, laissant son ami seul avec Les folles coutumes des lutins des bois et une ombre noire comme la nuit qui s'était retournée, et qui fixait à présent ses deux yeux ardents sur le dos de Remus.

 

***

 

11 octobre 1979

 

- Je suis content que tu sois venu me voir aujourd'hui, Remus, ta mère et moi commencions à nous inquiéter.

- J'ai été plutôt occupé ces derniers temps...

- Au point de ne même pas nous envoyer une lettre par hibou ?

Remus eut un sourire gêné, et Lyall resservit à son fils une tasse de thé. Le bureau de son père était éclairé par une unique lampe posée sur sa table de travail, qui croulait sous les livres et les parchemins. La nuit était tombée, et la pièce se colorait d'une douce lueur dorée qui se répandait sur les murs et agrandissait les ombres.

Remus but une gorgée de son thé, et regarda son père. Ses longs cheveux blancs étaient rejetés en arrière, et tombaient sur ses épaules affaissées. Son visage était d'une tranquillité confondante, et les rides de son visage le marquaient de courbes harmonieuses. Ses petites lunettes rondes étaient disposées sur le bord de son nez droit, et ses yeux d'un bleu clair étaient doucement posés sur son fils. Il n'y avait eu aucune amertume dans sa question, juste une inquiétude sourde qui avait percé sur sa dernière syllabe.

Devant le sourire de son fils, Lyall Lupin continua :

- J'espère que la vie n'est pas trop dure pour toi, en ce moment... Tu as trouvé un travail ?

- J'ai postulé à quelques postes par-ci, par-là, dans des bibliothèques ou des librairies...

- Tu sais que je suis toujours disposé à te prendre comme assistant au Ministère ?

Remus eut un nouveau sourire :

- C'est très gentil, papa, mais je ne voudrais que tes collègues t'accusent de népotisme... Et de toute manière, je préfèrerais me débrouiller par moi-même...

Il baissa un instant la tête vers sa tasse, le temps que l'air embarrassé qu'il affichait lorsqu'il mentait se dissipe. Lorsqu'il releva les yeux, son père le regardait toujours, avec, cette fois, un air de tristesse brillant dans ses pupilles.

- Je sais bien que tu es une personne courageuse, Remus, lui dit-il. Et je sais que tu y arriveras. Mais si un jour tu es dans le besoin, ta mère et moi serons toujours là pour te venir en aide.

Remus acquiesça. Il remercia son père à demi voix, avant de reprendre :

- Comment va maman ?

- Très occupée ! En ce moment, elle passe ses soirées dehors avec son association qui vient en aide aux sans-abris, et tout cela après sa journée de travail. Elle ne devrait pas tarder à rentrer. En l'attendant, je travaille sur mes dossiers en cours, je perfectionne ma cuisine et je range ma bibliothèque...

- Tu travailles sur quoi, en ce moment ?

Lyall haussa les sourcils en signe de fatigue, et prit sur son bureau quelques feuilles volantes qu'il tendit à Remus :

- Sur des témoignages que nous avons reçus de la part de plusieurs Moldus qui sont terrorisés par des apparitions, des sortes de formes obscures ayant des apparences humaines, et qui se matérialisent ici et là. Nous essayons de comprendre d'où elles viennent, de quelle forme de vie il s'agit, s'il s'agit seulement d'une forme de vie...

- Tu penses qu'ils pourraient être morts ? Ils n'ont pourtant pas la forme de fantômes...

- Ils pourraient très bien être de nouvelles formes de fantômes que nous ne connaissons pas... Il y a une légende qui dit que dans les semaines qui précèdent la fête d'Halloween, la fête des Walpurgis, la paroi séparant le monde des vivants du monde des morts s'amenuise, et que certaines formes peuvent passer d'un monde à l'autre. Ce n'est qu'une légende, bien sûr, mais qui sait si celle-là n'a pas un fondement de vérité...

Remus frissonna. Son père parlait de ces fantômes avec une sorte de fatigue et de détachement qui n'étaient dus qu'à son labeur, mais lui, il avait ressenti le froid se déposer sur ses épaules comme un linge mouillé, et lui glacer jusqu'au plus profond des entrailles. C'était une peur mystique qui venait de l'envahir, une panique qui provenait du dessous de sa conscience.

- En tout cas, s'il s'agit de nouvelles formes de fantômes, nous devrions leur trouver un nouveau nom. Nous penchons pour les appeler les Spectres, mais le nom fait trop effrayant...

- C'est vrai qu'ils ont l'air eux-mêmes totalement rassurant, rétorqua Remus avec un sourire.

- Je suis sûr qu'ils sont inoffensifs, renchérit son père. Sinon nous aurions déjà eu des signalements plus forts que ceux que nous avons reçus...

Remus acquiesça.

- Tu ne penses pas malgré tout qu'ils peuvent être dangereux ? Je veux dire que nous ne les avons jamais vus avant, nous n'avons aucune raison de les croire inoffensifs...

- Mon cher Remus, la présomption d'innocence ne s'applique pas qu'aux êtres humains, fit son père dans un sourire. Si nous devions avoir peur de tout ce que nous ne connaissons pas, il vaudrait mieux pour nous de nous terrer dans un terrier et ne plus en sortir !

Remus eut un petit rire.

- Et pourquoi crois-tu qu'ils apparaissent en ce moment ? Si ce n'est à cause de cette vieille légende... Tu penses que c'est à cause de... Tu-Sais-Qui ?

Lyall Lupin fixa un instant les pages étalées face à lui, et poussa un lourd soupir.

- Honnêtement, nous n'en avons aucune idée. Cela se pourrait, tant les dégâts qu'il cause au monde de la magie sont insondables. Sa pratique de la magie noire dérègle l'atmosphère et les forces naturelles. C'est comme si le temps lui-même ne savait pas où il en était. Et alors si le temps se perd, peut-être avec lui se perd la limite entre la mort et la vie...

Il s'interrompit. Puis, secouant la tête, il rassembla à la va-vite ses papiers, et les fourra dans un dossier, qu'il rangea dans un des tiroirs de son bureau.

- Mais il me semble que tu n'es pas venu pour entendre ton vieux père parler de ses formes de vie étranges ! Parle-moi plutôt de toi : que fais-tu en ce moment ? Comment vont tes amis ?

Remus eut un sourire. Il donna à son père des nouvelles de James et de Lily, de Sirius et de Peter, insista sur la force du couple unissant les premiers, et sur les liens qui le liaient toujours aux derniers.

- Et comment va Peter ? répondit Lyall. Il avait l'air un peu troublé, ces derniers temps...

- Il l'était. Toute cette histoire de guerre et de magie noire l'effraie beaucoup. Peter est une personne calme et gentille, le conflit et la violence lui font peur. Dumbledore a bien essayé de le rassurer, mais nous le voyons pâlir de jour en jour, à mesure que Tu-Sais-Qui gagne du pouvoir.

Lyall acquiesça, puis il retira ses lunettes, et commença à les essuyer sur un pan de sa chemise, qui ressortait sous son gilet de laine.

- Un grand homme, Dumbledore, un grand homme, fit-il à mi-voix. Au moins, tant qu'il est encore de ce monde, je sais que vous êtes encore en sécurité.

Il y eut un léger silence, au cours duquel Remus joignit les mains.

- Mais faites bien attention, cependant, reprit son père. Dumbledore est certainement une personne formidable, mais qui sait ce qui se joue dans son esprit. Qui sait quel plan il peut élaborer, et que nous ne pouvons même pas imaginer. C'est un grand sorcier, un très grand sorcier, que cet homme. Mais faites attention à ce qu'il ne vous surestime pas, ou qu'il ne vous entraine pas dans des plans qui vous dépassent...

Remus fronça les sourcils. Le double langage de son père éveillait en lui quelques soupçons.

- ...et si l'Ordre venait à entrer en conflit ouvert avec les légions de Tu-Sais-Qui, j'espère que toi et tes amis aurez assez de présence d'esprit pour vous mettre à l'abri.

Le cœur de Remus manqua un battement. En aucun cas son père n'était censé être au courant de ses activités dans l'Ordre du Phénix, ni même de l'existence pure et simple de l'organisation de Dumbledore. Il était pris à revers, et son père le savait. Il ouvrit la bouche pour protester, mais aucun son n'en sortit tant sa surprise était grande.

- Papa... je... enfin...

Son père leva une main en souriant :

- Remus, pas la peine de t'expliquer, quelqu'un l'a déjà fait pour toi. Je veux que tu saches que je suis très fier de toi, et de ce que tu fais. Tu es devenu un jeune homme courageux et intelligent, et avec l'aide de Dumbledore, je sais que tu es en sécurité. Mais je dois te mettre en garde : les hommes et les femmes en face sont cruels, sanguinaires, et ne reculent devant rien pour infliger le plus de mal possible. Ils sont retors et manipulateurs, et comprennent des arcanes de la magie que nous nous refusons de manipuler. Alors je te conjure de ne pas te mettre dans une situation qui pourrait représenter un quelconque danger pour ta vie ou celle de tes amis.

Son cœur se serra, et sa bouche devint sèche. Il serra ses mains un peu plus fort sous le bureau pour les empêcher de trembler, et il sentit que la circulation dans ses doigts s'était arrêtée. Ses genoux s'étaient mis à trembler imperceptiblement, et il contractait cuisses et mollets pour les contraindre à l'immobilité. Il serrait la mâchoire pour ne pas pleurer.

Il acquiesça silencieusement et douloureusement, sentant tout le poids de sa culpabilité peser sur son ventre. Il réussit enfin à articuler une question :

- Qui t'a mis au courant, pour l'Ordre ? Je sais que ce n'est ni Sirius, ni James, ni Peter, alors qui est-ce ?

Lyall sourit doucement en baissant les yeux.

Il regardait ses doigts entremêlés sur la table avec une sorte de joie et de nostalgie :

- Un grand homme, Dumbledore. La dernière fois qu'il a passé le pas de la porte de cette maison, je crois qu'il s'agissait d'un des plus beaux jours de ma vie. Alors imagine notre joie, à ta mère et moi, lorsqu'il s'est présenté de nouveau sur notre perron. Il nous a expliqué qu'il avait besoin de toi pour son organisation, et il m'a même proposé de le rejoindre. J'ai refusé, pour ma part, parce que ma position au Ministère fait que je suis déjà surveillé, et que je ne peux pas me permettre de me joindre à des activités souterraines, aussi bonnes soient-elles. Je risquerais de tout perdre. Nous avons été très inquiets pour toi, au début. Nous lui avons demandé quel genre de mission il allait te faire faire, si cela incluait que tu te battes en duel contre des mages noirs, et il nous a assuré que partout où tu irais, il garantirait ta sécurité. Il était si calme, Remus, si tu avais vu ça. Il est difficile de ne pas faire confiance à cet homme-là.

Remus serrait tellement les dents qu'il pensait que, d'un instant à l'autre, elles pourraient se briser.

- Mais ta mère et moi sommes beaucoup trop préoccupés par ta sécurité pour croire sur parole tout ce qu'il nous dit, bien qu'il soit très convaincant, reprit son père en souriant tristement. Nous lui faisons confiance, évidemment, mais nous faisons surtout confiance à ton intelligence.

Lyall Lupin décroisa les doigts, et posa les mains sur ses jambes croisées. La lueur de la lampe éclaira son visage de côté, creusant ses rides harmonieuses et ses étoiles au coin des yeux. Ses longs cheveux blancs étaient teintés d'or et ses yeux brillaient de vie. Remus admirait la beauté tranquille de son père, miroir de la bonté simple de son cœur. Il esquissa un sourire de remerciement, et, avec sa tendresse habituelle, son père lui passa une main dans ses cheveux ébouriffés.

- Je suis heureux que tu sois revenu aujourd'hui. Même si c'est pour me voir travailler sur des Spectres très peu cordiaux.

- À mon avis, il ne faut pas être de nature très cordiale pour errer comme ça dans des cimetières en pleine nuit...

Lyall eut un petit rire, et acquiesça en souriant. D'un coup de sa baguette magique, il fit que tous les livres disséminés sur son bureau s'envolèrent et regagnèrent leurs places dans l'étagère derrière lui, et que ses papiers s'ordonnèrent d'eux-mêmes. En quelques instants, son bureau fut rangé.

- Tu resteras dormir ce soir ? demanda-t-il enfin après un bref silence. Je crois que ta mère sera heureuse de te revoir, et si nous pouvions t'avoir plus d'une soirée...

Remus acquiesça. Il n'avait de toute manière pas prévu de retourner à son bungalow ce soir, et il se sentait bien dans cette maison, et dans la lueur jaune et apaisante qui se répandait de pièce en pièce.

Le visage de son père s'illumina à sa réponse. Un grand sourire fendit sa figure, et il claqua dans ses mains.

- Bien ! Alors allons préparer ta chambre. Il faut le faire avant que Hope ne rentre, sinon elle voudra le faire à notre place, et elle aura bien d'autres chats à fouetter à ce moment-là.

Remus suivit son père dans les escaliers. Ils arrivèrent au rez-de-chaussée, passèrent dans le couloir qui menait à la bibliothèque, et Lyall ouvrit la porte à gauche, qui portait encore une étiquette où le nom de Remus était inscrit.

Après avoir ouvert la porte avec enthousiasme, Lyall se frappa le front :

- Quel Botruc ! J'ai oublié les draps ! Ne bouge pas, je reviens dans deux minutes.

Son père repassa la porte au trot, laissant le fils seul dans son ancienne chambre. Il contempla un instant le lit vide, la vieille armoire en bois, le bureau dénudé et cette fenêtre qui donnait sur le jardin plongé dans la nuit noire. Au-dehors, il entendait le vent souffler. Ce vent qui passait sur le mur extérieur, glissait sur la haie de bois encerclant le jardin et arrivait jusqu'à sa fenêtre. Ce même vent qui un jour avait pénétré dans sa chambre et rampé jusqu'à son lit défait, où il n'était plus, et où n'était que son sang sur les couvertures et les oreillers.

Il eut alors un vif sursaut d'horreur, qui le prit aux entrailles, et dispersa dans tout son corps une terreur insondable.

Près du mur, à côté de la fenêtre et tout proche de l'armoire, se tenait l'ombre de son cauchemar, ses yeux flamboyaient dans l'obscurité comme deux charbons ardents. Sa forme était reconnaissable, son corps était celui d'un homme, ses cheveux ressemblaient aux siens. Remus serra les dents.

- Ce soir, toi et moi, nous allons dormir dans la même chambre, j'espère que ça ne te dérange pas.

Son double ne répondit rien et, tout doucement, il se retourna pour ne plus laisser voir à Remus que son dos noir de jais, et l'arrière de sa tête.

End Notes:

Et voilà ! C'est tout pour cette semaine ! J'espère que votre lecture a été agréable ! :D N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez ;)

Bonne continuation, et à très vite ;)

Chapitre 2 by TeddyLunard
Author's Notes:

Bonjour à tous et à toutes ! Nous voici de nouveau réuni.e.s autour de l'aventure de ce cher Remus ! Au programme cette semaine, vous apprendrez que les loups-garous sont sympas avec vous si vous sentez bon, et que les forêts la nuit, ce n'est pas le meilleur plan du monde...

Bonne lecture ! :D

CHAPITRE 2

 

13 octobre 1979

 

 

L'ombre des bois était dense et suffocante. L'odeur de la nuit entrait dans leurs poumons et les remplissait d'une matière sombre et lourde, les empêchant de respirer convenablement. La lune au-dessus de leurs têtes était réduite à un mince croissant, et n'éclairait guère le chemin qu'ils essayaient de se frayer entre les arbres et parmi les ronces. Leurs pas faisaient craquer de nombreuses brindilles sur le sol, et souvent, l'un d'entre eux poussait une exclamation étouffée lorsque sa robe se prenait dans les épines d'un buisson, ou qu'une branche venait les cogner durement. Ils avaient renoncé à allumer leurs baguettes, jugeant qu'ils seraient alors trop repérables pour les loups-garous. Ils avaient également pris soin de se maculer le corps de terre et d'herbe, afin qu'ils ne les sentent pas arriver à des lieux.

Remus avançait en tête, et lui seul avait pu faire apparaître une boule de lumière à l'extrémité de sa baguette. Si les autres derrière lui devaient rester dissimulés, il avait quant à lui été annoncé par Dumbledore qui, deux jours auparavant, avait prévenu le chef du clan - un nommé Kaesar - de son arrivée pour négociations.

Remus n'avait pu glaner que quelques maigres informations sur ce fameux chef. Il avait été contaminé à l'âge de neuf ans par son propre frère, de son plein gré, car les capacités démultipliées de son aîné lors de ses transformations l'avaient galvanisé. Un soir de pleine lune, ils s'étaient ensuite entre-déchirés, et Kaesar avait tué son frère. À cette époque, les deux frères vivaient dans la rue, n'avaient ni foyer, ni famille, et personne ne se formalisa de la disparition de Krassus. Kaesar s'était alors réfugié dans la forêt, avait rejoint une meute de loups-garous, abdiqué la magie, et, à force d'entraînement et d'avidité, était parvenu à faire exécuter le chef de la tribu, et à se hisser à sa place. Dumbledore n'avait pu lui dire si les autres membres de la troupe avaient été dupes des machinations de Kaesar, ou s'ils avaient participé de plein gré, et regardé leur chef mourir la joie au cœur. Il avait cependant prévenu Remus : Kaesar était un homme de pouvoir, retors et sauvage, sanguinaire et impitoyable. S'il venait à s'apercevoir que d'autres membres de l'Ordre que Remus étaient présents dans la forêt, il leur fallait fuir au plus vite pour sauver leurs peaux.

Et il n'avait par ailleurs pas exclu l'hypothèse que leur chemin croiserait peut-être celui de mangemorts.

Le cœur battant à tout rompre, Remus marchait dans la forêt, les yeux fixant l'obscurité face à lui, comme s'il pouvait en sortir à tout moment une apparition cauchemardesque. Son souffle se transformait, dans la froideur de la nuit, en une volute de vapeur, et disparaissait dans l'air comme un songe. La nuit le rongeait, ses lèvres tremblaient, ses doigts étaient crispés sur sa baguette, et il luttait de toute ses forces pour que sa mâchoire ne claque pas.

Cela faisait bien deux heures qu'ils marchaient dans cette forêt, et ils n'avaient toujours aucun signe du campement des loups-garous.

Ce ne fut qu'après un nouveau quart d'heure d'une marche laborieuse qu'ils aperçurent au loin, derrière les arbres, les lueurs de torches. Se retournant vers ses compagnons, il leur murmura :

- Je vais y aller tout seul, à partir de maintenant. Gardez vos distances et ne vous approchez pas trop, sinon ils vous entendront ou vous sentiront. Au moindre signe de danger, je vous préviendrai en rallumant ma baguette. Mais n'intervenez pas tant que je ne vous ai pas dit de le faire, compris ?

Tous et toutes acquiescèrent.

- Fais attention à toi, mon garçon, dit Maugrey Fol-Œil tout bas, d'une voix que son chuchotement rendait gargouillant.

- Et ne prends pas de risques inconsidérés, renchérit Lily, qui tenait fermement sa baguette. Ne va pas te mettre en danger outre mesure. Cette mission est déjà bien trop périlleuse pour que tu en fasses plus qu'il n'en faut...

Il opina du chef en signe d'approbation, et inspirant à pleins poumons, tenta de se donner du courage. La vérité était qu'il était mortifié jusqu'au creux des os.

Maîtrisant les tremblements de ses mains, il se retourna une nouvelle fois, éteignit sa baguette, et se dirigea vers les lumières. Après dix nouvelles minutes de marche, il arriva à la lisière d'une clairière qui constituait un cercle en contrebas, si bien que pour s'y rendre, il fallait descendre le long d'un talus d'environ deux mètres de hauteur. Lorsqu'il émergea à la lisière, il vit alors le spectacle que donnait la meute de loups-garous. Tous et toutes étaient assis sur le sol, et mangeaient la viande d'un gros sanglier qui rôtissait sur une broche au centre de la clairière. Quelques voix chuchotantes s'élevaient de la troupe, qui devait bien compter une soixantaine de personnes, et donnaient une impression de calme environnant qui troubla Remus.

Après une brève observation, il reconnut le chef à son entourage. Il était encerclé par une dizaine de personnes qui l'écoutaient parler avec admiration, pendant qu'il mangeait son morceau de sanglier. Enfin, à l'extrême ouest de la clairière, Remus nota un étrange monument, une sorte de triangle inversé composé de longues tiges de bois, traversé par une autre tige qui se fichait dans le sol et maintenait l'ensemble à la verticale. Il remarqua également que personne ne s'approchait de cette zone de la clairière, et que même les enfants rechignaient à s'y aventurer.

Se reconcentrant sur Kaesar, Remus prit une nouvelle inspiration, et descendit le talus jusque dans la clairière. Dès qu'il eut posé un pied sur le sol des loups-garous, toutes les voix se turent. Son sang se glaça. Lorsqu'il leva les yeux, il vit que toute la meute le regardait fixement, y compris Kaesar, qui avait posé son écuelle et s'essuyait maintenant les doigts sur son pull de maille troué.

N'oubliez pas, Remus, la première chose qu'il voudra voir, c'est votre marque. Montrez-la-lui, et s'il vous montre la sienne, c'est qu'il vous autorise à entamer la conversation.

Kaesar s'était levé, et avait fait quelques pas vers lui. Il se tenait maintenant à deux mètres de Remus. Son visage était dur, sa mâchoire était carrée. Il avait les cheveux courts, coupés en brosse, et pâles comme du marbre blanc. Sa peau était également d'une blancheur nacrée, et ses yeux d'un jaune presque irréel. Il se tenait voûté, mais ne cachait en rien sa puissante musculature, et sous son pull, Remus pouvait deviner la puissance de ses bras.

Il observait Remus avec un regard torve, et un léger rictus en coin, qui ne fut pas pour le rassurer. Son cœur battait sourdement dans sa poitrine, et il se força au calme.

Laissez-le parler le premier. Ce serait folie que de prendre la parole alors que vous n'y êtes pas invité.

- Es-tu un frère, ou un ennemi ?

La question avait résonné dans l'air, et Kaesar avait parlé d'une voix grinçante qui fit se dresser les poils de Remus sur ses bras et dans sa nuque. Kaesar sembla le sentir, car son sourire s'allongea.

Remus se contraint à répondre aussi calmement qu'il le pouvait, et à ne pas donner l'impression à son interlocuteur qu'il le craignait.

Il sentira votre peur. Dominez-vous. Vous êtes son égal.

- Un frère, répondit Remus d'une voix sûre.

- Si tu es un frère, tu dois me montrer ta marque.

Remus tourna la tête du côté gauche, et dévoila son profil droit. Il sentit un frémissement dans l'assemblée, alors que celle-ci découvrait les marques de griffures sur son visage. Kaesar pencha sa tête vers la gauche, ses yeux s'agrandirent, et ses narines frémirent.

D'un coup, il fit un bond monumental, s'envola, et se retrouva en un instant à côté de Remus. Celui-ci, qui avait rangé sa baguette dans sa poche, n'eut pas le temps de s'écarter. Kaesar fut sur lui. Il l'attrapa par le cou, le contraignant à l'immobilité, et l'étouffant à demi. Il bloquait ses épaules avec son bras gauche, et il tenait la tête avec son bras droit.

Alors, il approcha son nez du profil que Remus lui avait présenté, et renifla les cicatrices. Il poussa un étrange soupir, et un instant plus tard, il desserrait son emprise autour de la gorge de Remus. Reculant de quelques pas, il lui demanda d'une voix que l'exaltation rendait vibrante :

- Et comment se nomme le frère qui t'a donné le don ?

- Fenrir Greyback.

Il y eut des exclamations dans la foule, des hurlements stridents, et quelques personnes tapèrent des pieds sur le sol.

- Fenrir Greyback, répéta Kaesar. Nous connaissons son nom. Il est célèbre parmi les loups-garous.

Puis, sans plus de cérémonie, le chef découvrit son épaule gauche en abaissant son pull, et révéla une impressionnante cicatrice violette, qui montait jusqu'à sa nuque. La peau cicatrisée formait des agglomérats là où les crocs s'étaient plantés, et l'entièreté de sa marque ressemblait à du cuir.

- Le don m'a été donné par mon frère, Krassus, mon propre sang. Puisse son âme nous écouter.

La foule derrière Kaesar baissa d'un coup la tête, et reprit en chœur sa dernière phrase. Remus fronça les sourcils.

Le chef remonta ensuite son pull, et toisa Remus.

- Tu es ici de la part d'Albus Dumbledore, il nous a prévenus de ton arrivée. Es-tu seul, mon frère ?

- Oui, je suis seul...

Rendez-lui ses politesses.

-...mon frère.

Kaesar renifla.

- Oui, je suis ton frère et tu es mon frère. Mais comme toute famille, il y a un aîné et un cadet. Je suis ton frère, mais lequel, dis-moi ?

- Tu es mon aîné, Kaesar.

Quelques voix derrière le chef approuvèrent. Kaesar lui-même sourit, et Remus vit ses yeux s'allumer.

Il jouit de son ascendant sur ses congénères. Ne lui faites pas sentir que vous pourriez être supérieur à lui.

- Pourquoi Albus Dumbledore t'envoie-t-il à notre rencontre, frère ? Que veut-il à notre clan ?

Remus prit une inspiration.

Adressez-vous autant à lui qu'aux autres. Si Kaesar est le chef, vous devez aussi convaincre le reste de son clan. Il est dans les usages de s'adresser au clan en regardant son chef.

- Mes frères, mes sœurs, commença Remus en fixant les yeux jaunes de l'homme en face de lui, une guerre se prépare. Une guerre qui oppose le camp de la justice et de l'équité au camp de la terreur et de l'injustice. Lord Voldemort tente chaque jour de prendre le pouvoir sur notre territoire, et chaque jour, il tente d'imposer au reste du monde un idéal dans lequel nous n'avons pas de place. Pour le Seigneur des Ténèbres, notre sang n'est pas pur, mes frères, mes sœurs. Pour Lord Voldemort, notre don est une souillure. Notre force, une erreur. Pour le Seigneur des Ténèbres, notre race fait honte aux sorciers et aux sorcières de sang pur, et nous devons leur rester inférieurs. Je viens au nom d'Albus Dumbledore, pour vous assurer de son soutien dans cette guerre qui monte, et qui nous affectera tous et toutes. Les légions de Voldemort cherchent notre destruction commune, ils cherchent notre effacement pur et simple, notre anéantissement. Je viens au nom d'Albus Dumbledore, pour vous assurer qu'il fera tout son possible pour que nos modes de vie, nos us et nos coutumes soient respectés, quoi qu'il en coûte. Je suis son messager, et ma présence est un gage de sa bonne foi, mes frères, mes sœurs. Je vous conjure de ne pas céder au Seigneur des Ténèbres, de ne pas abdiquer à ses promesses séduisantes. Il ne cherche pas en vous des alliés, mais des outils. Une fois arrivé au pouvoir, il n'aura cure de vos revendications, et cherchera à vous détruire si vous lui semblez trop gênants. Mes frères, mes sœurs, Albus Dumbledore est votre allié dans ce combat qui vient, il portera le combat pour vos droits jusque dans les plus hautes sphères du Ministère de la Magie. Pouvons-nous, en retour, compter sur votre puissant soutien dans cette bataille qui vient ?

Il y eut un moment de silence dans la foule, et Kaesar lui-même continua d'observer Remus un certain temps quand celui-ci eut fini de parler. Remus voyait les yeux du chef le détailler, épier le moindre frémissement de son visage qui trahirait une apparence de mensonge, le moindre tremblement dans sa voix qui laisserait voir une fébrilité, ou le moindre accent déplacé. Il resta cependant maître de lui-même, modérant sa voix dans chaque syllabe qu'il prononçait. Et Kaesar ne put le lire.

- Tu parles bien, mon frère, dit-il enfin. Et ton discours sonne juste. Mais dis-moi, lorsque tu dis qu'Albus Dumbledore porte le combat pour nos droits jusque dans les plus hautes sphères du Ministère, que fait-il exactement ?

- Albus Dumbledore tente de convaincre la Ministre Millicent Bagnold d'alléger les restrictions sur les peuplades de créatures magiques et de loups-garous. Il tente de faire reconnaître vos statuts comme des statuts à part entière dans la législation magique.

Kaesar hocha la tête. Trop vigoureusement pour que ce mouvement soit honnête. Remus eut du mal à contenir les battements de son cœur.

- Oui, oui, un statut à part entière, notre don le vaut bien. Mais lorsque tu dis qu'Albus Dumbledore tente de faire reconnaître nos statuts, dis-moi mon frère, y parvient-il ?

Quelque chose se crispa en lui. Il sentait une discordance, dans les paroles de Kaesar. Il sentait que quelque chose lui manquait pour totalement le comprendre.

- Albus Dumbledore a déjà réussi à obtenir que vous ne soyez plus considérés comme des êtres dangereux et errants. Mes frères, mes sœurs, ce nouveau statut signifierait pour nous une liberté complète, et l'arrêt des persécutions qui nous obligent à nous cacher, à cacher notre don.

Kaesar était toujours immobile face à lui, courbé, les yeux fixés sur Remus.

- Oui, oui, la fin des persécutions, c'est bien ce que nous voulons, mon frère.

Remus retint un frisson lorsque le chef insista sur le pronom.

- Et quand tu dis qu'Albus Dumbledore garantira le respect de nos modes de vie, de nos us et de nos coutumes, quoi qu'il en coûte, qu'entends-tu par-là, mon frère ?

- J'entends qu'Albus Dumbledore est prêt à se lancer dans toute bataille nécessaire à votre reconnaissance, mes frères, mes sœurs.

- Et quels sont nos us et nos coutumes pour Albus Dumbledore, dis-moi, mon frère ? Et que veut dire « quoi qu'il en coûte » ?

- Mon frère...

- Albus Dumbledore considère-t-il notre transformation comme naturelle, mon frère ?

- Bien sûr...

- Albus Dumbledore reconnaît-il que les loups-garous ont un don, qui est aussi leur force, et qui assure notre pouvoir sur le règne humain ? Le reconnaît-il, mon frère, dis-moi ?

La tête de Remus le tourna. Quelque chose n'allait pas, et lui échappait. Kaesar était en train de le piéger, et il devait se sortir de cette embuscade.

- Albus Dumbledore reconnaît que notre métamorphose est un don, au sens où elle nous a été donnée, avec ou sans notre consentement.

- Et considère-t-il ce don comme une force ?

- Il considère ce don comme une force au sens où elle nous meut et fait partie de notre vie.

Kaesar rejeta la tête en arrière. Un sourire fendait sa figure, et Remus put voir que ses dents étaient pointues. Les personnes assemblées derrière lui écoutaient silencieusement leur échange, et ne manifestaient aucune réaction.

- Et dis-moi, mon frère, que voulais-tu dire par « quoi qu'il en coûte » ? Albus Dumbledore nous permettra-t-il de nous nourrir ? De chasser ? Car c'est ce que notre don nous permet de nous nourrir, et de chasser, et c'est ce que sont nos us et coutumes, notre mode de vie, après tout. Albus Dumbledore nous permettra-t-il de chasser nos proies librement ?

Remus reçut la question comme une gifle. Il était clair que quelque chose n'allait pas, et Kaesar commençait à ne plus chercher à le cacher.

- Est-ce que lorsque tu dis « quoi qu'il en coûte », mon frère, tu dis la même chose que lorsque la Ministre disait vouloir limiter le contact de nos tribus avec les humains, « quoi qu'il en coûte » ? Sais-tu ce que cachaient ces mots, mon frère ?

Remus savait que Kaesar n'attendait pas de réponse, et il n'en donna pas. Celui-ci reprit :

- Ce « quoi qu'il en coûte », mon frère, signifiait notre mort. Ils ont commencé à nous chasser à travers la forêt, à réduire notre population, à traquer les enfants et à les retirer des bras de leurs mères. Nombre d'entre nous sont morts dans cette répression, puissent leurs âmes nous écouter.

La foule reprit en chœur cette dernière formule.

- Nous les conservons avec nous, nos cœurs et nos corps crient vengeance, mon frère. Albus Dumbledore le sait-il ? Sait-il ce que ressent un loup lorsqu'il est chassé ? Sait-il ce que ressent une mère à qui l'on arrache son enfant ? Sait-il ce que l'on ressent lorsque son frère s'effondre devant soi ?

Remus avait arrêté de respirer.

- Le seul « quoi qu'il en coûte » que nous accepterons, mon frère, serait la destruction de ceux qui nous ont infligé tant de souffrances et de morts. Si Albus Dumbledore considère que défendre nos droits quoi qu'il en coûte équivaut à nous donner des statuts, alors Albus Dumbledore se trompe. Nous réclamons la liberté de chasser notre gibier de la même manière dont nous avons été chassés, mon frère. Et cela, Albus Dumbledore ne peut nous le donner, puisqu'il ne sait pas ce que cela fait, d'être chassé quand on est un chasseur.

De nouvelles exclamations retentirent dans la nuit, alors que Remus commençait à avoir le tournis. Il devait néanmoins savoir :

- Mes frères, avez-vous reçu la visite de partisans du Seigneur des Ténèbres ?

Kaesar rit à gorge déployée. Son rugissement s'éleva entre les arbres et résonna dans leurs cimes.

- Mon frère, enfin tu t'en aperçois : tu arrives trop tard. Albus Dumbledore ne peut rien pour nous, tout nous a déjà été donné. Justice et vengeance pour ceux qui nous écoutent.

La foule derrière lui se leva d'un seul mouvement, et avant que Remus ne pût réagir, il était encerclé d'hommes et de femmes aux dents pointues, et aux regards sauvages.

- Il est venu il y a deux soirs de cela, continuait le chef. Il parlait moins bien que toi, il est vrai, mais ses arguments étaient on ne peut plus convaincants.

Kaesar s'avançait d'un pas lent vers lui, et la foule qui encerclait Remus se rapprochait de plus en plus. Il ne devait pas sortir sa baguette, pas maintenant. Il devait en apprendre plus.

- Il nous a promis un infini terrain de chasse, et des proies à foison. À quoi nous servirait un statut, alors que la terre serait à nous ?

- Qui est venu, mon frère ? Qui vous a parlé ?

- Il n'a pas parlé qu'à nous, mon frère. Il a parlé aux autres, il a parlé à ceux qui écoutent, et nous l'avons tous entendu. Nous avons tous été convaincus par sa langue.

- Qui était-ce, Kaesar ? Comment s'appelait-il ?

- Tu le connais mon frère, répondit le chef avec délectation, alors qu'il s'approchait de Remus, toujours courbé vers l'avant, les yeux exorbités, la voix chuintante et la langue entre les dents. Car le frère qui nous a parlé est le frère qui t'a donné le don, c'est celui dont tu portes la marque.

Le cœur de Remus explosa. D'un coup, il perdit le contrôle et l'adrénaline inonda son cerveau, prit possession de ses membres, alors que son sang se déchaînait dans ses veines. La foule autour de lui fut prise d'un même ricanement, et le rictus de Kaesar s'agrandit.

- Alors mon frère, dis-moi...

Il se redressa quelque peu, pour que ses yeux arrivent au niveau de ceux de Remus.

- Es-tu un frère, ou un ennemi ?

L'espace d'un instant, le regard de Remus fut attiré par quelque chose d'autre que le chef qui se tenait devant lui. Elle était là, de nouveau. Au milieu des loups-garous, debout, les yeux comme des charbons ardents fixés sur lui. Cette silhouette floue, et sombre comme un nuage d'orage. Elle le regardait depuis la foule, instillant son cauchemar dans l'esprit de Remus. Son cœur se perdit alors dans sa poitrine, et son menton trembla de terreur. Le chef fit un nouveau pas vers lui, mais il fut interrompu brutalement.

- Kaesar !

Une voix grave avait tonné dans l'air nocturne. Elle provenait de derrière le cercle des hommes et des femmes qui s'était placé autour de lui. Le chef s'était immobilisé à l'appel de son nom, et son visage s'était figé dans une expression de crainte.

Remus avait la main dans la poche de sa cape, serrée autour de sa baguette, prêt à dégainer au moindre mouvement suspect.

Cependant, la foule devant lui s'ouvrit pour laisser passer un homme gigantesque, torse nu sous un long manteau noir. Ses longs cheveux noirs et sales encadraient un visage dur, crispé autour d'un sourire méchant, qui révélait des dents pointues, comme celles du reste du clan. Mais il était évident que cet homme n'appartenait pas à la meute, tant l'effroi qu'il inspirait à Kaesar était grand. Celui-ci s'était écarté en se recroquevillant un peu plus à mesure que cet homme avançait d'un pas tranquille vers Remus, les pans de son manteau balayant la terre.

Remus avait cru que la situation ne pouvait pas s'empirer lorsque Kaesar l'avait pris au piège. Toutefois, en cet instant, il venait de passer de Charybde en Scylla.

Il ne lui fallut guère beaucoup de temps pour reconnaître les traits durs et le visage cruel de Fenrir Greyback.

Il sentit ses jambes vaciller et trembler, ses mains devenir moites, son cœur exploser dans sa poitrine. Il devait se sortir de cette embuche, il devait prévenir les autres.

- Fenrir, mon frère, fit alors Kaesar d'un ton obséquieux, je croyais que tu étais reparti.

- Mais je suis revenu, mon frère cadet, Kaesar, lui répondit Greyback sans le regarder. N'es-tu pas heureux de me voir ?

Sa voix était si profonde qu'elle roulait comme le tonnerre.

- Si, mon frère, si...

Et Kaesar se tassa un peu plus. Remus le vit porter sa main à son ventre, comme pour se protéger d'un coup à venir. La foule autour d'eux venait de reculer un peu plus, comme si la crainte que leur inspirait Greyback les incitait à la fuite.

- Et cette fois, mon frère, reprit Greyback, je t'ai amené quelques amis. Tu n'as rien contre mes amis, Kaesar, mon frère ? Ils sont également ceux du Seigneur des Ténèbres, auquel tu as prêté allégeance...

- Non, non mon frère, bien sûr...

- Il y en a d'autres que vous ici ? dit soudainement Remus, dont le cerveau s'était brutalement remis en marche. Vous n'êtes pas seul ?

Greyback eut un rire entre le rugissement et la foudre lorsqu'elle perce les nuages.

Remus réfléchissait à présent. Si d'autres sympathisants de Voldemort couraient dans ces bois, et que les membres de l'Ordre devaient croiser leur chemin, il fallait absolument que la bataille se déroule ailleurs que dans cette clairière. Ils ne pouvaient pas infliger de nouvelles pertes au clan de Kaesar.  De plus, s'ils attaquaient ouvertement Greyback devant eux, et que Keasar lui avait effectivement prêté allégeance, le clan le vivrait comme une agression directe, et alors tout espoir de les rallier serait perdu.

- Mon frère, Remus, fit Greyback en se délectant du soudain rictus de dégoût qui apparut sur le visage de son interlocuteur, je ne suis jamais seul. Nous ne sommes jamais seuls, nous, les loups-garous. Ton père ne te l'a-t-il jamais appris, lui qui connaissait tant de choses sur nous ? Ton père grâce auquel je t'ai donné ce don, dis-moi mon frère, ne t'a-t-il jamais parlé de la compagnie d'un loup-garou ?

Il fallut que Remus mobilise toutes les forces de sa volonté pour ne pas sauter à la gorge de Greyback. La peur avait laissé place à une colère folle. Il était ivre de rage, et sa baguette commençait à vibrer dans la poche de sa robe.

- Lui qui était si prompt à nous condamner à la mort, ne sait-il pas au contraire que nous sommes la Mort ? Que nous marchons avec elle, et qu'où que nous allions, elle nous accompagne et nous parle ? Nous vivons en elle, mon frère, tel est notre don. Un don que tu possèdes grâce à moi, ton aîné.

L'esprit de Remus était partagé. Il pouvait sauter sur Greyback à cet instant, mais il était persuadé d'être surpassé, tant l'homme était un géant. Il pouvait également l'attirer vers la forêt, et épargner au reste du clan un combat non nécessaire.

- Vous n'avez pas répondu à ma question, Greyback, rétorqua Remus, et vos métaphores ne m'impressionnent guère. Avez-vous amené avec vous d'autres mangemorts dans cette forêt ?

- Pourquoi me demandes-tu cela, Remus ? demanda le loup-garou en souriant.

Puis, il leva un index et désigna la lisière de la forêt d'où était sorti Remus, et haussa la voix de sorte que tout le clan entende ses paroles :

- As-tu peur que nous surpassions tes propres compagnons, qui attendent sagement à la lisière ?

Ce fut comme si la foule autour d'eux poussa la même exclamation d'indignation. Kaesar écarquilla un peu plus les yeux, et, pointant son doigt sur Remus, hurla :

- Tu n'es pas un frère, tu es un ennemi ! Tu nous as tendu un piège !

D'instinct, Remus leva les mains en signe de reddition :

- Ecoutez-moi, mes frères, mes sœurs, écoutez-moi !

- Nous ne sommes pas tes frères ! rugit une voix.

- Tu veux notre mort ! lui répondit une autre

- Tu es un allié du Ministère !

Malgré le déchaînement de colère des loups-garous autour de lui, Remus demeurait surpris que personne ne l'ait encore attaqué. Puis il regarda Greyback dans les yeux, et comprit qu'il attendait de lui qu'il lance les offensives. Alors, toute riposte de la part du clan serait justifiée. Il espéra alors qu'aucun membre de l'Ordre, stationné à la lisière, ne prenne une initiative folle qui lui ferait perdre le contrôle de la situation.

Le torrent de voix qui se déversait contre lui fut cependant stoppé par Greyback lui-même qui, levant la main, imposa le silence alentour.

- Qu'as-tu à nous dire, ennemi, qui peut encore compter pour nous ? fit-il d'un ton narquois.

- Pour toi, peut-être pas, Fenrir Greyback, mais pour ceux que tu martyrises, je ne conteste pas que mes paroles puissent avoir un intérêt.

Il ne sut pas d'où lui vint ce sentiment, mais d'un coup, il sentit la foule se tendre dans l'expectative de sa parole. Greyback dut le sentir également, car il lança un regard en coin à Kaesar, qui regardait lui-même Remus avec un soudain intérêt.

Alors que Greyback allait ouvrir la bouche pour l'empêcher d'en dire plus, Remus prit les devants :

- Mes frères, mes sœurs ! Est-ce là le leader duquel vous vous revendiquez ? Est-ce ce tyran que vous acceptez pour chef ? Quelle valeur donnez-vous à votre liberté d'hommes et de femmes pour accepter qu'un tel être vous dirige ? Voyez la crainte qu'il vous inspire, jugez-vous que votre liberté se paye à ce prix ? Mes frères, mes sœurs, écoutez-moi, Fenrir Greyback ne veut pas votre liberté, il veut la sienne avant tout. Son Seigneur, Vous-Savez-Qui, pour lequel il œuvre, ne le traite pas différemment de la manière dont il vous traite. Pensez-vous que Fenrir Greyback soit un loup-garou libre ? Pensez-vous qu'un tel homme sache ce que représente la liberté ? La réponse est évidente, mes frères, mes sœurs : partout où Fenrir Greyback va, il est dans les fers. Et ce même homme, qui n'a jamais connu que les liens de ses pulsions et ceux de son maître, qui n'a jamais goûté la liberté de n'être déterminé que par soi-même, voudrait vous apporter à vous, mes frères, mes sœurs, la liberté ? Ne cédez pas à cette illusion, Fenrir Greyback ne peut vous donner ce que vous voulez, car il ne sait pas ce que cela représente. Il s'imagine que votre liberté se fait dans la vengeance, car il n'a jamais connu que cela. Mais je vous le dis, mes frères, mes sœurs, votre liberté n'est pas dans l'amertume, elle n'est pas dans la crainte de votre leader. Elle est dans l'équilibre avec le monde, et dans l'apaisement. Je vous en conjure, n'écoutez pas les voix de la discorde. Seule la concorde pourra vous apporter votre dû. La guerre ne vous apportera que nouvelles pertes et dévastations. Il n'y a que dans la guerre que vous disparaîtrez, et Fenrir Greyback, de même que son maître, le savent. Mes frères, mes sœurs, je vous en supplie, rejetez ce désir de vengeance, qui ne peut amener que la mort. Ne vous joignez pas à Fenrir Greyback, ne vous joignez pas au Seigneur des Ténèbres, vous marcheriez vers votre propre anéantissement.

Une deuxième vague de sensation vint alors frapper Remus. Il sentait la colère du loup-garou face à lui, et la tension croissante de la foule. Il y avait cependant quelque chose de plus dans cette tension : il y avait de l'indécision.

- L'alliance est déjà scellée, Remus Lupin, reprit Greyback de sa voix tonnante.

- Mais le peuple des loups-garous est libre, et ne se satisfait d'aucune alliance si celle-ci ne permet pas sa survie !

Il y eut un roulement dans la foule. Remus était persuadé que tout ce qu'il sentait en cet instant, Greyback le sentait aussi. Il devait alors avoir senti ce qu'il venait de se passer : l'indécision avait changé de nature. Un choix avait été fait collectivement, et en appelait un autre. Mais quelque chose le perturbait. Il avait senti quelque chose d'étrange, comme si les hommes et les femmes qu'il voyait n'avaient pas été les seuls à prendre cette décision. Comme si quelque chose d'autre avait fait ce choix, quelque chose qu'il ne voyait pas mais qui, pourtant, écoutait. Sans le vouloir, son regard dériva l'espace d'un instant vers cet étrange monument en bois, ce triangle inversé fiché dans le sol. Il y avait quelque chose qu'il ne comprenait pas.

- Mes frères, commença Greyback, le Seigneur des Ténèbres veut votre liberté absolue...

- Ton Seigneur sait-il ce qu'est la liberté, Fenrir Greyback ? s'exclama une voix, qui tira Remus de sa contemplation.

- Mon Seigneur est libre de toute contrainte, il s'est libéré il y a bien longtemps des contraintes de la vie.

- Ton Seigneur est donc mort ? lui répondit une autre voix. Est-ce là la liberté qu'il nous réserve ? La mort ?

- Mes frères, mes sœurs, reprit Greyback d'une voix grondante, ne retournez pas une alliance que vous avez déjà scellée, cela serait défier le Seigneur des Ténèbres.

- Mais le Seigneur des Ténèbres se défie de nous, n'est-ce pas Greyback ? fit alors Kaesar, fixant son regard jaune dans les yeux du géant. Il veut pour nous une liberté que nous-mêmes ne voulons pas. La liberté dans la mort nous permettrait-elle encore de chasser, de nous nourrir, de vivre comme nous le faisons aujourd'hui, en harmonie avec la forêt ? Ton Seigneur veut notre mort, pour mieux nous utiliser. Nous ne serons pas la compagnie de ton Seigneur, Greyback.

Le loup-garou grondait en découvrant les dents. Il se tourna brusquement vers Kaesar, mais celui-ci écarta les bras et se mit en position de combat. Autour d'eux, la foule avait fait de même, si bien que Greyback était encerclé.

Remus sentit alors une main attraper le derrière de sa cape, et il sentit que quelqu'un le tirait en arrière. Il se retourna vivement, et vit une jeune femme aux cheveux emmêlés qui lui intimait le silence :

- Tu as bien parlé, mon frère, et c'est ce dont nous avions besoin. Maintenant pars, ce combat ne te concerne plus. Nous allons nous occuper de l'ennemi.

Il y eut alors un rugissement déchirant derrière lui. Quand il se retourna, Remus vit que Kaesar ainsi que dix autres personnes venaient de se jeter sur Greyback, qui essayait vainement de se débarrasser de ses assaillants.

- Pars, redit la jeune femme en le secouant, et emmène les tiens avec toi, avant qu'il ne soit trop tard !

Elle n'eut cependant pas le temps d'en dire plus. Un rugissement phénoménal s'éleva de la lisière opposée à celle d'où était sorti Remus. Avec terreur, il vit alors une dizaine de mangemorts sortir d'entre les bois, baguettes levées contre les loups-garous, et courir dans leur direction.

Il vit alors que Greyback venait d'être mis au sol et immobilisé par ses assaillants. Un premier sortilège frappa un des hommes qui le maintenait, et celui-ci s'écroula, mort. Le sang de Remus ne fit qu'un tour. Il sortit sa baguette, et se jeta entre les loups-garous et les mangemorts. A peine eut-il pris place que plusieurs détonations retentirent, et il vit apparaître à ses côtés Alastor Maugrey, Lily Evans, James, Sirius et Peter, Elphias Dodge et Marlène McKinnon, ainsi que les Londubat, tous en position de combat.

Il y eut ensuite une série de cris, de formules magiques, et d'explosions de sortilèges. Tous s'étaient jetés dans la bataille, et faisaient barrage aux mangemorts venus récupérer leur messager. Remus se battait contre un homme au visage anguleux, et aux yeux noirs. Ils s'échangeaient maléfice sur maléfice, et Remus parvenait à dévier ses sortilèges avec plus ou moins d'aisance. Il vit l'espace d'un instant un défaut dans la garde de son adversaire, et au moment où celui-ci leva le bras pour lancer un autre sortilège, Remus cria :

- Incarcerem !

Des cordes vinrent s'enrouler autour de la taille de son adversaire avec une telle violence qu'il se retrouva projeté quelques mètres en arrière, incapable de bouger, sa baguette à terre au-dessus de sa tête. Jetant un rapide regard à ses compagnons, il vit que Maugrey avait également terrassé son ennemi, et que Lily, qui venait de pétrifier son mangemort, se retournait vers Greyback. Celui-ci venait tout juste de se libérer de ses assaillants, et s'apprêtait à fuir lorsqu'il se retrouva face à la sorcière, baguette levée.

- Espèce d'idiote, rugit-il, si tu t'en prends à moi, tu t'en prends au Seigneur des Ténèbres !

- Ça ne me gêne pas ! rétorqua Lily.

Et elle lança un sort d'une telle puissance que Greyback glissa de quelques centimètres en arrière lorsqu'il le contra. L'échange qui suivit entre les deux sorciers fut prodigieux de couleurs et de détonations. Lily ne cédait en rien au loup-garou, dont les attaques se faisaient de plus en plus virulentes. Ses cheveux roux flamboyaient dans la lueur des sortilèges qu'elle arrêtait, et son expression révélait une concentration sans faille. Finalement, profitant d'une brèche dans sa garde, elle s'écria :

- Expelliarmus !

La baguette de Fenrir Greyback lui sauta des mains. On entendit dans le même temps des appels à la retraite du côté des mangemorts qui restaient, et qui furent suivis de détonations qui signalaient que les sorciers transplanaient. Fenrir avait levé les mains, désarmé, sa baguette gisant à quelques mètres à sa droite. Alors que Lily le tenait en garde, il fit un prodigieux bond de côté, roula sur le sol, attrapa sa baguette, et disparut dans un claquement sec avant qu'aucun sorcier ou loup-garou n'ait pu l'en empêcher.

En un instant, le silence retomba sur la clairière, et les sorciers de l'Ordre du Phénix se retournèrent vers le clan des loups-garous qui les observaient. Une dizaine d'entre eux était réunie autour du cadavre de l'homme qu'un mangemort avait tué. Kaesar était accroupi sur lui, et lui clôturait les paupières. Il murmura à l'attention des personnes qui l'entouraient des paroles douces, puis se releva et se tourna vers Remus.

- Tu nous avais menti, mon frère. Tu n'étais pas seul, lui dit-il. Tu avais avec toi des sorciers et des sorcières.

- Oui, Kaesar, mais ils n'étaient pas censés intervenir. Leur mission était de me laisser te parler.

Le chef ne fixait aucun membre de l'Ordre. Il regardait Remus, et ne s'adressait qu'à lui. Il prit une grande inspiration, et fit un pas vers lui.

- Ta compagnie est précieuse, mon frère. Nous t'avons écouté, et nous t'avons entendu. Tu as bien parlé, et tes mots nous ont touchés. La tournure qu'ont pris les événements est révélatrice, et nous avons choisi notre camp. La justice et l'équité nous semblent loin, car nous les avons peu connues, mais qu'opposer d'autre à ceux qui veulent notre disparition ? Retourne dans ta ville, mon frère, et dis à Albus Dumbledore que le clan de Kaesar se joindra à lui dans cette bataille qui vient. Mon frère Krassus a fait les frais de mon désir excessif de vengeance. Je déclare devant toi que cette période est révolue. Il est temps que la douleur cesse et que ma plaie se referme.

- Tu parles bien, mon frère, lui répondit Remus en un sourire. Je transmettrai ton message à Albus Dumbledore.

Kaesar opina du chef, fit un autre pas vers Remus et, d'un geste bourru, lui mit la main droite sur l'épaule pour l'attirer vers lui et lui murmurer à l'oreille :

- Mon frère, tu souffres de ton don, chacun de tes frères peut le sentir. Nous considérons notre transformation comme un don, mais tu le considères comme une malédiction. Sache que tu as désormais une place chez nous. Nous ne sommes pas tes parents, mais nous pouvons être ta famille. Nous pouvons t'apprendre à changer cette malédiction en véritable don. Telle est notre magie, nous qui l'avons abdiquée.

Remus releva les yeux vers lui :

- Ta proposition me touche, mon frère. Ma place est avec les hommes, cependant, et je dois mener à terme ce combat.

Kaesar hocha la tête :

- Nous enterrerons notre frère dans la clairière. Ainsi, il sera toujours avec nous. Et ceux qui écoutent sont avec toi, tu leur as bien parlé, et ils ont décidé de t'accepter parmi nous. Ton combat est juste, mon frère. Mais ne laisse pas ceux qui écoutent prendre le contrôle de ton esprit, car ils sont pleins de remords et de vengeance.

Remus ne comprenait pas bien ce que cela signifiait, mais il approuva d'un signe de tête, et rendit à Kaesar son geste affectueux.

Saluant une nouvelle fois le clan à travers son chef, les membres de l'Ordre disparurent les uns après les autres dans de fortes détonations.

Embrassant d'un dernier regard la meute devant lui, Remus sentit son cœur se serrer. Kaesar l'observait, attendant qu'il disparaisse. Au moment de transplaner, Remus posa les yeux sur le chef, et sursauta. Elle était là, à côté de lui, cette forme brumeuse et noire, avec ses yeux rouges flamboyants comme deux torches. Elle avait la main gauche posée sur l'épaule blessée de Kaesar. Le cœur de Remus s'emballa d'autant plus lorsque quelque chose le frappa, et qu'il disparaissait pour de bon.

Ce n'était pas la même ombre que celle qu'il ne cessait de voir. Elle appartenait à quelqu'un d'autre. 

 

End Notes:

Et voilà ! C'est terminé pour cette semaine !

J'espère que vous avez apprécié ce chapitre, que vous avez plein de théories sur ce qui se passe - ou pas, ahah, et vous vous réservez la surprise de la découverte ! En attendant, n'hésitez pas à donner votre avis dans les reviews !

Au plaisir de vous revoir !

Chapitre 3 by TeddyLunard
Author's Notes:

Bonjour bonsoir !

J'espère que vous allez tous et toutes bien ! Nous nous retrouvons pour le troisième chapitre et cette semaine, voilà ce que vous apprendrez avec Remus : les géants sont des gens sympas, mais de loin, et franchement, les forêts la nuit, c'est vraiment pas un bon plan...

Bonne lecture !

 

CHAPITRE 3

 

20 octobre 1979

 

- Encore un peu de thé, Remus ?

- Merci, maman.

Hope versa le reste de la théière dans la tasse de son fils, avant de la reposer sur la table et de se rassoir sur sa chaise.

- Tu es d'une pâleur, c'est effrayant, lui dit-elle. Tu ferais peur à un Epouvantard.

L'Epouvantard était bien une des seules créatures du monde magique dont Hope Howell pouvait se souvenir, pour avoir croisé la route d'un spécimen particulièrement effrayant il y avait de cela presque vingt ans.

Lyall était quant à lui occupé à se préparer un chocolat chaud dans la cuisine, puisqu'il supportait très peu le goût du thé - ce que sa femme considérait comme une aberration.

- J'ai été assez occupé ces derniers jours, maman, répondit Remus. Ma dernière mission avec l'Ordre a nécessité beaucoup de réunions avec Dumbledore...

- Tu ne t'es pas battu, au moins ? lui demanda-t-elle très rapidement.

- Non, dit-il. Je suis resté caché. Nous étions en mission d'observation.

Hope le fixa un instant. Son visage était neutre, mais son regard éloquent. Remus ne doutait pas qu'elle n'était pas dupe de son mensonge, mais tant qu'il ne l'avouait pas, seule existait cette version de la réalité.

La fierté qui avait suivi sa dernière mission le submergeait pourtant. Sa bataille contre Fenrir Greyback, et la manière dont il avait réussi à rallier le clan de Kaesar à la cause de l'Ordre le remplissait de joie. Mais il pouvait difficilement partager cette fierté avec d'autres personnes que les membres de l'Ordre, et ne serait-ce que nommer le loup-garou devant ses parents serait raviver de trop profondes blessures. Sa mère pouvait bien savoir qu'il mentait, elle ne voyait que le voile, pas ce qu'il dissimulait, et cela lui convenait.

Son père venait de se rassoir avec eux.

- Et quelles sont les nouvelles ? lui demanda-t-il.  Comment vont tes amis ?

Remus transmit à ses parents des nouvelles des Maraudeurs et de Lily, et leur assura qu'ils étaient tous très occupés avec les missions de l'Ordre et leurs recherches d'emploi.

Sa mère hocha la tête :

- La période est très compliquée pour tout le monde, dit-elle dans un soupir. Le chaos que provoque Vous-Savez-Qui se fait ressentir jusque chez les Moldus. Les gens sont éjectés de chez eux pour on ne sait quelle raison, les banques font faillites, le gouvernement ne sait plus quoi faire...

Elle but une gorgée de thé.

- Espérons qu'Albus Dumbledore trouve une solution rapidement. C'est un grand sorcier, il devrait pouvoir vaincre Vous-Savez-Qui, n'est-ce pas ?

Lyall et Remus se regardèrent, circonspects. Lyall était à vrai dire aussi ignorant qu'elle sur les avancées de la lutte contre les mangemorts de Lord Voldemort, bien qu'employé du Ministère. Il savait que le Département des Mystères avait subi de grosses modifications, que son système de sécurité magique avait été renforcé avec des sortilèges d'une telle complexité qu'on avait dû faire venir des sorciers de l'étranger pour les mettre en place. Néanmoins, les avancées des Aurors, de même que leurs enquêtes, restaient secrètes du grand public, sauf quand ils pouvaient se vanter publiquement d'avoir attrapé tel ou tel partisan de Lord Voldemort, et tenter de rassurer l'opinion publique par des déclarations grandiloquentes. La vérité était que, deux jours auparavant, on avait retrouvé un couple de sorciers assassinés chez eux, et aucune trace d'effraction. C'était un cas parmi tant d'autres qui faisaient grimper les ventes de la Gazette du Sorcier.

Une fois que l'alliance avait été établie avec le clan de Kaesar, Albus Dumbledore avait demandé à la Ministre d'envoyer des émissaires en son nom pour les assurer du soutien et de la protection du Ministère. Craignant les représailles des mangemorts et de Lord Voldemort, il avait également demandé à quelques membres de l'Ordre d'assurer des missions de surveillance du clan. Il assurait qu'ils seraient bientôt relayés par des Aurors du Ministère. Il avait accordé à Remus de ne pas y retourner, au regard de l'effort dont il avait fait preuve lors des négociations, et de l'épreuve que cela avait représenté pour lui.

- Dumbledore a bien battu Gellert Grindelwald, répondit alors son père à sa mère. Il pourra certainement venir à bout de Tu-Sais-Qui... D'autant plus qu'il a été son professeur... Il doit le connaître mieux que personne...

Hope hocha la tête. Puis elle jeta un regard sur sa montre, et sursauta. Il était déjà huit heures et demie, et elle devait être rendue à sa distribution dans moins d'un quart d'heure.

- Si tu veux, je te dépose, proposa Lyall. Tu n'en auras que pour une seconde. Je te dépose deux rues plus loin, et tu n'auras plus qu'à marcher...

- Non merci, lui répondit-elle en souriant à demi, la dernière fois que j'ai voyagé en transplanant, j'ai eu envie de vomir pendant trois jours. Je préfère marcher.

Elle prit sa tasse, qu'elle posa sur le comptoir de la cuisine, puis trottina jusqu'au couloir où elle enfila ses chaussures, son pardessus, prit son parapluie, et saluant son fils et son mari, elle passa la porte en vitesse. Ils la virent ensuite courir sur le trottoir gris, à travers les fenêtres du salon, et disparaître au coin de la rue, dans l'obscurité de la nuit.

- Je parie sur minuit et demi, fit alors Lyall en buvant une gorgée de chocolat.

- Tu es un peu large, lui répondit Remus. Vingt-trois heures trente, tout au plus.

- Le perdant fait la vaisselle demain soir.

- Remonte tes manches tout de suite, tu perdras moins de temps demain.

Son père rit. Ses fossettes creusèrent ses joues, et ses longs cheveux blancs tombèrent dans son dos. Il regardait son fils en posant sur lui des yeux pleins de joie et de bienveillance. Remus se sentait bien, lorsque son père l'enveloppait d'un tel regard. Il se sentait en sécurité dans la lumière douce et orangée qui régnait dans la maison, et dans les douces notes de musique qui s'échappaient du tourne-disque du salon.

L'espace d'un instant, il se dit qu'il ne partirait plus, qu'il ne quitterait plus la chaleur ouatée et réconfortante de ce foyer.

Puis, il se souvint qu'il y avait de cela deux jours, il avait ouvertement combattu une dizaine de mangemorts qui avaient maintenant connaissance de son identité et de son visage, et qui pouvaient dès lors décider de s'en prendre à ses parents.

Plus tard. Il y penserait plus tard. Pour l'instant, il écoutait la musique, ainsi que son père.

- Tes recherches au Ministère avancent bien ? lui demanda-t-il.

 

Lyall poussa un soupir fatigué. Il passa un instant la main dans ses cheveux, puis se résigna à dire :

- Non, nous piétinons. Ces Spectres nous donnent du fil à retordre parce qu'ils refusent de se présenter à nous. Aucun de nous n'a été capable d'en voir au cours de toutes nos heures de surveillance des cimetières et des autres lieux qui nous ont été signalés. Et pourtant, des témoignages inquiétants commencent à affluer. Des Moldus fuyant leur maison au beau milieu de la nuit en criant à qui veut l'entendre qu'elle est hantée, des cas de crises cardiaques qui augmentent de manière exponentielle, et ceux qui y survivent disent avoir vu des fantômes les guetter depuis les coins obscurs de leurs chambres. D'autres assurent en avoir vu dans les reflets des miroirs, ou dans le coin de leurs yeux. À chaque fois, nous devons faire intervenir les Oubliators pour effacer leurs mémoires, mais nous commençons à être débordés, parce que les rumeurs vont plus vite que le Oubliators. Le bruit court déjà dans Londres que l'année 1979 serait une année maudite. Les églises se remplissent de plus en plus, et la littérature fantastique ne s'est jamais aussi bien vendue...

Remus ne put réprimer un rire.

- Et vous avez réussi à collecter de nouvelles informations, depuis la dernière fois ? s'enquit-il en essayant de paraître le moins intéressé possible. Comme par exemple le profil des personnes les plus susceptibles de les apercevoir, ou s'il y a un moment particulier de la journée ou de la nuit où ils apparaissent le plus ?

Son père hocha la tête, et but un peu de son chocolat chaud. Cependant, il fit une grimace :

- Il est froid, expliqua-t-il dans un frisson.

Il sortit sa baguette, et donna un coup sur sa tasse. Instantanément, la boisson se mit à rejeter de la vapeur. Puis Lyall regarda son fils, et lui fit :

- Si ce n'était pour toutes ces questions, je dirais que tu es intéressé par les Spectres, Remus. Ce n'est rien, tu n'as pas à en rougir, il est normal d'être attiré par l'incompréhensible... et le surnaturel.

Il poussa alors un léger soupir, essayant visiblement de rassembler ses pensées pour répondre aux questions de Remus. Celui-ci vit les yeux de son père contempler le vide pendant qu'il cherchait à construire une réponse qui aurait un minimum de sens. Enfin, il reprit la parole :

- Eh bien, lui dit-il, pour l'instant, tous ces Spectres sont apparus en pleine nuit, et à des Moldus exclusivement. Mais pas seulement à des personnes habitant proche des cimetières. Et le plus étonnant, c'est que les personnes qui voient ces Spectres ont toutes entre seize et vingt-trois ans, environ. C'est un détail que personne ne s'explique réellement. La nuit dernière, c'est tout un orphelinat Moldu qui a été mis sens dessus dessous par les adolescents parce qu'ils avaient tous vu un Spectre à côté de leurs lits. Il y a deux nuits, les pompiers Moldus ont dû intervenir dans un foyer de jeunes délinquants pour arrêter un incendie qu'un jeune homme avait déclenché parce qu'il avait vu un Spectre dans son armoire. Il nous est impossible de savoir pourquoi les Spectres se manifestent avant tout à des personnes si jeunes, ni pourquoi exclusivement à des Moldus. Nous n'avons pour l'instant aucun signalement de la part de sorciers, ce qui complique nos recherches. Interroger des Moldus sur des événements surnaturels est toujours un peu délicat...

Remus approuva d'un signe de tête, et se concentra un instant sur ce qu'il avait vu dans le clan de Kaesar. Il se souvint également de ce cauchemar qui l'avait hanté après la visite de Sirius. Il aurait juré que la forme d'ombre qu'il avait vue lui ressemblait. Non, c'était plus qu'une simple ressemblance, c'était une identité. Il était persuadé que cette forme était lui. Elle avait sa taille, ses bras, sa carrure, ses cheveux. Était-ce un Spectre ? Remus en doutait : son père avait clairement suggéré que les Spectres étaient l'équivalent des fantômes. Or, s'il était bien sûr d'une chose, c'était qu'il n'était pas mort. Qu'en était-il alors de la silhouette qu'il avait aperçue dans le clan de Kaesar ? Celle-ci, pour sa plus grande surprise, ne ressemblait en rien à celle qu'il ne cessait de voir. Il ne pouvait cependant s'ôter de l'esprit que cette apparition avait fait suite à la mort de l'homme qui avait été tué par un mangemort quand le clan avait été attaqué. Ces apparitions étaient-elles celles de ceux que les loups-garous nommaient ceux qui écoutent ? Ceux qui écoutent étaient-ils morts ? Et ce monument, qui avait tout l'air d'une stèle funéraire... Tout lui semblait confus, en cet instant. Il savait qu'il lui manquait quelque chose, qu'il y avait quelque chose qu'il ne comprenait pas, et qu'il ne pouvait pas comprendre pour le moment.

- À quoi penses-tu, Remus ?

La voix de son père le tira de ses réflexions. Lorsqu'il le regarda de nouveau, il constata que Lyall posait sur lui un regard véritablement inquiet.

- Je... À rien, papa...

- Je devrais arrêter de te parler de ces histoires, je vois bien que ça te trouble.

- Non, non, au contraire, je trouve ça très intéressant ! Ces Spectres sont très curieux, et, pour tout te dire, je les trouve passionnants.

Lyall sourit à demi, et Remus n'eut aucun doute sur le sentiment qui motivait un tel sourire. Il ne doutait pas qu'en cet instant, son père ressentait une grande fierté pour son fils, qui s'intéressait aux mêmes sujets que lui. Peut-être en cet instant voyait-il en lui un successeur. Ce à quoi Remus se refusait.

En fond sonore, Brahms entamait le premier mouvement de son deuxième concerto pour piano. Il y eut un premier appel de l'orchestre, auquel le piano répondit en des gammes mesurées et douces. Le dialogue se poursuivit lorsque l'orchestre reprit son appel, tendre et triste, auquel le piano répondit en de nouvelles gammes claires et montantes.

La chaleur du salon enveloppa Remus, et il se glissa dans ses bras, repartant en un temps où les chimères de son jeune esprit peuplaient joyeusement chaque pièce de cette maison aux briques blanches.

 

***

25 octobre 1979

 

- Hagrid, vous êtes sûr que nous allons dans la bonne direction ?

- Pour la dernière fois, Sirius, oui. Le clan de Dagger se situe de l'autre côté de cette forêt, nous y sommes bientôt.

- Je commence à sérieusement en avoir marre de toutes ces forêts, grommela Sirius.

Remus retint un sourire. Sa baguette en main, il éclairait le chemin devant lui, qui était bien moins difficile que celui qu'ils avaient emprunté pour rejoindre le clan des loups-garous. Le sol était plat et meuble, et parcouru çà et là de racines qui sortaient de terre. On entendait dans la nuit des ailes d'oiseau, et des grattements qui provenaient d'on ne savait où.

Remus frissonnait de froid et d'appréhension. S'il avait accepté de prendre part à cette mission, c'était à la certitude qu'il n'allait pas devoir mener lui-même les négociations avec les géants, et on lui avait assuré que son rôle se limiterait au soutien de Hagrid si celui-ci venait à éprouver des difficultés. Et Dumbledore avait de nouveau insisté pour que l'Ordre se rende chez Dagger en pleine nuit.

La traversée de la forêt, si elle n'était en rien laborieuse, s'était tout de même révélée épuisante. La marche était longue et l'obscurité dense. Hagrid semblait connaître les lieux, mais seul Merlin savait comment il parvenait à se repérer dans cette noirceur.

Les branches craquaient sous leurs pas à mesure qu'ils progressaient, et s'ils avaient fait attention au début à ne pas faire trop de bruit, ils avaient à la longue abandonné cette idée. La lassitude les avait gagnés bien vite, et ils ne pensaient plus qu'à marcher.

Derrière Remus, se trouvaient Lily et James, côté à côte, suivis de près par Peter et Maugrey Fol Œil. Dedalus Diggle et Marlène McKinnon fermaient la marche. Il entendait Lily et James murmurer, et Sirius, qui se tenait à côté de lui, grommeler son mécontentement.

- Nous devrions apercevoir le campement dans quelques mètres, fit alors Hagrid. Ils ne doivent pas être bien loin. Ces grosses brutes sont des sédentaires, ils ne bougent que très rarement...

En trois enjambées, il parcourut cinq nouveaux mètres, et s'arrêta soudainement. Il fit signe à ceux qui le suivaient de s'arrêter, ce qu'ils firent, et fit ensuite quelques pas en avant. Les arbres devenaient plus denses devant eux, si bien que bientôt, les membres de l'Ordre virent Hagrid disparaître derrière la masse des troncs. Cinq minutes plus tard, le demi-géant revint, le teint un peu plus livide.

- Ils sont là-bas, leur dit-il. Dagger est sur son trône, et tous les autres mangent je ne sais trop quoi sur le sol. Il y a des monticules de pierres autour de leur campement, je vous conseille de vous y cacher. De là, vous dominerez leur clairière, et vous entendrez ce qui se dit.

Les membres de l'Ordre acquiescèrent en silence.

- Et vous devriez éteindre vos baguettes, pour qu'ils ne vous repèrent pas avant que vous soyez cachés. Maintenant, je vais y aller. J'attendrai que vous soyez cachés avant de me présenter à Dagger.

Puis, leur désignant le chemin à emprunter pour accéder aux rochers, il partit lui-même en sens inverse, et disparut de nouveau entre les arbres.

Les membres de l'Ordre, après avoir éteint leurs baguettes, hâtèrent le pas dans la direction que Hagrid leur avait indiquée.

Le cœur de Remus battait sourdement, et il priait au fond de lui pour que cette rencontre se passe d'une meilleure manière que la précédente. Selon Dumbledore, Dagger avait été prévenu de leur visite, et avait promis de les écouter. Il n'avait cependant pas pu promettre de ne pas les écraser de son poing si, au beau milieu de leur discours, il était pris par l'ennui.

Ils arrivèrent en cinq minutes environ à l'endroit désigné par Hagrid. Cependant, Maugrey et Dedalus Diggle se résolurent de ne pas escalader les pierres, le premier n'ayant pas une jambe de fer assez stable pour parvenir jusqu'en haut, le deuxième ayant le vertige. Ils prirent position en contrebas, derrière un renfort dans la roche, d'où ils pouvaient voir et entendre sans être vus.

Lorsqu'il parvint au sommet des rochers, Remus put constater que la description que leur avait faite Hagrid du clan de Dagger était assez fidèle. Tous les géants étaient assis dans la terre meuble de la clairière, et mangeaient des morceaux de viande qui provenaient d'un animal qui n'était plus identifiable, mais dont les restes de la carcasse déchirée jonchaient le sol. Dagger, quant à lui, était assis sur une grande chaise en bois, très grossièrement taillée, et dominait la scène d'un regard plein de superbe. Il avait un visage ramassé, et de petits yeux noirs qui furetaient tout autour de lui. Il était presque chauve, et l'entièreté de son visage donnait l'impression qu'il avait un jour reçu un coup de poing sur le crâne, qui lui avait aplati la tête. Son pagne était plus blanc que celui des autres géants, et Remus en conclut qu'il s'agissait-là d'un signe distinctif.  

À ses pieds, un géant poussa un cri, et asséna un violent coup de poing à son voisin. Ils poussèrent alors des rugissements, des exclamations sans véritables mots, et se jetèrent l'un sur l'autre, sans que Remus comprenne véritablement ce qui avait motivé leur bagarre. Ce qu'il sentait cependant, c'était la violence des coups qu'ils se portaient. Chaque vibration leur parvenait comme un séisme, et faisait trembler le monticule sur lequel ils étaient juchés, le menaçant d'effondrement. Tous s'accrochèrent comme ils purent aux roches, espérant ne pas s'écrouler avec elles.

C'est alors que quelque chose d'étrange se produisit dans la clairière. Hagrid n'avait pas encore passé les arbres, et les géants se battaient toujours, lorsque d'épaisses langues de fumée noire traversèrent la lisière, tournoyant sur elles-mêmes, et englobèrent subitement tout l'espace. D'un coup, la vue de Remus fut obscurcie, et il ne vit bientôt plus que les rayons de la lune dans les volutes de fumée qui tourbillonnaient dans le ciel. Ils entendirent alors un sifflement dans l'air, un chuintement qui leur glaça le sang. C'était comme un souffle qui serpentait dans la nuit, et laissait en suspens tous les autres souffles. Puis, tout doucement, la fumée disparut, et tout le monde put voir l'effroyable spectacle qui se donnait dans la clairière.

La lueur de la lune perçait à travers les nuages, jetant sur tous les géants des reflets pâles. Ils avaient tous suspendu leurs gestes, les deux qui se battaient s'étaient immobilisés, et tous regardaient celui qui venait d'apparaître au milieu d'eux, sortant de la fumée comme on sort d'un cauchemar.

Remus se figea, le cœur au bord des lèvres. Il sentit Lily, à côté de lui, retenir une exclamation d'horreur. Sirius et James, quant à eux, venaient de resserrer leur prise sur leur baguette. Peter avait les yeux exorbités de terreur, et tremblait de tous ses membres.

Au beau milieu des géants, il y avait un homme vêtu d'une longue cape noire, une capuche lui couvrant la tête, le rendant presque méconnaissable. Cependant, personne ne pouvait se méprendre. Ses mains étaient pâles comme du marbre, ses yeux si rouges qu'ils se détachaient dans l'obscurité relative. Lord Voldemort venait d'apparaître devant Dagger.

Lentement, il prit son capuchon, et le fit tomber sur ses épaules, révélant ainsi une tête squelettique, en tous points semblable à celle d'un serpent, dont le nez avait été remplacé par deux fentes verticales.

Dagger n'en parut pas bouleversé. Il se redressa néanmoins sur son trône, et toisa le Seigneur des Ténèbres qui se tenait devant lui.

- Que veux-tu, étranger ? lui lança-t-il.

Lord Voldemort ne répondit pas de suite. Il avait passé ses mains dans ses longues manches, et fixait sur Dagger un regard scrutateur.

- Répond-moi, étranger, insista le chef. Sais-tu qui te parle ?

L'expression du Seigneur des Ténèbres demeurait neutre, et ses yeux ne quittaient pas le chef.

C'est alors que tous l'entendirent parler. Mais personne ne le vit ouvrir la bouche.

Et toi, géant, sais-tu à qui tu t'adresses ?

Dagger sursauta. La voix qui venait de résonner dans l'air était proche du sifflement, et avait pénétré Remus jusqu'au plus profond de son être. Elle avait retourné son estomac, et manqué de faire exploser son cerveau.

- Je sais qui tu es, étranger. Tu es celui dont tout le monde parle, mais dont personne n'ose prononcer le nom. Pourtant, je veux le prononcer, moi, car tu ne m'impressionnes pas. Tu es Lord Voldemort, le Seigneur des Ténèbres.

Je ne suis pas venu jusqu'à toi, Dagger, pour t'impressionner. Je suis ici pour te parler.

Il ne fallait pas que Hagrid se présente à ce moment-là. C'était primordial s'il voulait rester en vie, et ne pas compromettre leur mission.

- De quoi veux-tu me parler, étranger ? fit le chef, sans se défaire de sa superbe.

De la guerre qui vient, Dagger, et que tu as sentie. Elle court dans le ciel comme les nuages, et elle est inéluctable.

- Je sais qu'une guerre se prépare, lui répondit le géant. Que nous veux-tu ?

Je viens te prévenir.

- Me prévenir ?

Te prévenir, Dagger. Afin que, lorsque cette guerre éclatera, tu ne te trouves pas du mauvais côté.

- Que veux-tu dire ?

Choisis bien ton camp, Dagger. Parmi les deux qui s'offrent à toi, le premier t'offrira, si tu le rallies, puissance et pouvoir sur les humains, et un règne étendu à tous les territoires disponibles. Tous seront tes sujets, et ta puissance, ainsi que ta force, seront reconnues car tu te seras allié au Seigneur des Ténèbres. Mais prends garde au deuxième camp, Dagger. Celui-là veut te garder faible et impotent. Il veut maintenir ton peuple à égalité avec le sien, et t'imposer l'infâmie de limiter ta propre force. Dans cet état, tu es faible.

- Je ne suis pas faible ! rugit le géant. Et tu es un fou pour le prétendre !

Regarde-toi donc, Dagger. N'as-tu pas honte de l'état auquel tu es réduit ? N'as-tu pas honte de te cacher ainsi au beau milieu d'une forêt perdue, quand tu pourrais trôner au milieu des humains, qui te serviraient et reconnaîtraient ton nom avec la même horreur qu'ils entendent le mien ?

- Tu ne fais peur qu'aux humains, Lord Voldemort. Car les humains sont faibles. Tu n'impressionnes pas les géants, qui te sont supérieurs.

Et pourtant Dagger, c'est bien moi qui ai l'ascendant sur les humains. Tandis que toi, tu préfères dissimuler ta lâcheté dans les bois.

- JE NE SUIS PAS LÂCHE ! hurla le géant en se levant de sa chaise.

À cet instant, deux autres géants tentèrent de se jeter sur Lord Voldemort, répondant à la colère de leur chef. Seulement, ils avaient à peine pu esquisser un mouvement que deux langues de fumée sortirent de nulle part, s'enroulèrent autour de leurs membres massifs, et les plaquèrent violemment au sol. Lord Voldemort n'avait toujours pas bougé. Il fixait toujours ses yeux sur Dagger, qui était comme pétrifié. Les deux géants plaqués au sol gémissaient de douleur, à mesure que les liens de fumée se resserraient autour d'eux.

Le pouvoir de Lord Voldemort surpasse de loin le tien, Dagger, et tire sa puissance de régions de la magie dont tu ne soupçonnes même pas l'existence. Cependant, je suis disposé à te faire acquérir plus de pouvoir si tu jures sur les ensevelis que tu te joindras au camp de Lord Voldemort lorsque la guerre éclatera.

Il y eut un craquement sonore, et un des deux géants plaqués au sol poussa un terrible cri de douleur.

Car ce pouvoir dépasse également de loin celui d'Albus Dumbledore, qui t'a promis la paix et la concorde. Et tu ne voudrais pas que ce pouvoir se retourne également contre toi. Tu es peut-être faible, Dagger, mais tu n'es pas stupide.

Le géant qui gémissait poussa un nouveau cri, alors que la langue de fumée qui l'enserrait le plaquait un peu plus au sol.

- Je ne suis pas faible, persifla Dagger. Et tu me menaces, Lord Voldemort. Ce n'est pas comme cela que l'on négocie des alliances.

Il y eut un rire sonore qui résonna dans l'air, et qui glaça le sang de Remus. Les cheveux de nuque se dressèrent, et ses membres se mirent à trembler de manière incontrôlable.

Négocier, Dagger ? Crois-tu vraiment que je sois venu jusqu'à toi pour négocier ? Lord Voldemort ne négocie qu'avec ses semblables, et tu n'es pas mon semblable, Dagger.

D'un coup, les langues de fumées qui maintenaient les deux géants au sol se détachèrent d'eux, et se retournèrent vers le chef. Avant d'avoir pu faire un seul mouvement, il se retrouva enchaîné par ces tentacules, obligé de se mettre à genoux. Une de ces langues le tenait à la gorge, tandis que deux autres maintenaient ses bras, et qu'une quatrième liait ses genoux. Il poussa un rugissement étouffé de rage et de douleur.

Lord Voldemort n'a pas de semblable. Son pouvoir est incomparable, Dagger. Je pourrais, si je le voulais, réduire ton misérable clan à l'état de masse sanguinolente sans qu'aucun des tiens ne puisse ne serait-ce que penser à m'opposer de résistance. Je pourrais t'anéantir sans même prendre la peine d'y penser. Voilà ce qui t'attend, toi et ton clan, si dans la guerre qui vient, tu t'allies à Albus Dumbledore.

Remus crut entendre un mouvement à sa droite. Tournant la tête, il vit que James, baguette en main, avait agrippé la roche sur laquelle il se tenait, et semblait prêt à intervenir. Lily lança un regard interrogateur à Remus, qui lui désigna James d'un coup de tête.

Cependant, si tu t'allies à moi, Dagger, et que tu jures sur ton clan et sur les ensevelis que tu me prêteras allégeance, alors je te donnerai tout le pouvoir dont tu rêveras. Mais je veux t'entendre le jurer.

Lily venait de tourner la tête vers James. Elle devint subitement pâle, et lui attrapa brusquement le poignet pour lui ordonner de ne pas bouger.

Jure-le, Dagger.

James sursauta au contact de la main de Lily. Il tourna vers elle un regard interrogateur, et Lily lui répondit avec un hochement négatif de la tête.

- Je le jure ! cria Dagger, en s'étouffant à moitié.

Sur ton clan et sur les ensevelis ?

- Sur mon clan, et sur les ensevelis ! Je le jure, nous nous allierons tous à toi dans la guerre qui vient, Lord Voldemort !

Les tentacules qui retenaient Dagger prisonnier se desserrèrent, et le géant, dans un vacarme de tous les diables, tomba à plat ventre dans la terre, aux pieds du Seigneur des Ténèbres.

L'alliance est scellée, Dagger. Pour toi, ton clan, et tous les ensevelis. Ne t'avise pas de trahir Lord Voldemort, ou cette nuit pourrait bien être la dernière que tu passerais dans ce monde. Je sais ce que désire ton peuple, et ce que désirent les ensevelis. Ils sont pleins de remords et de vengeance, et Lord Voldemort compte bien leur donner ce qu'ils souhaitent. Leur réalité est aussi la nôtre, Dagger, et ils désirent y prendre part.

Dagger se relevait difficilement en se massant la gorge. Autour de lui, des géants s'étaient approchés pour l'aider à se remettre sur ses pieds. Tous jetaient des regards de biais au Seigneur des Ténèbres, partagés entre la crainte et l'admiration.

Remus observait toujours James, qui s'était quelque peu détendu quand Lord Voldemort avait relâché Dagger. Lily lui lâcha le poignet, Sirius se détendit également, et tous reportèrent leurs regards vers les géants.

Et ils virent avec horreur que Lord Voldemort s'était tourné vers eux et les regardait de ses yeux rouges. L'air, d'un coup, se glaça, et le vent s'immobilisa.

Pensez-vous qu'Albus Dumbledore pleurera votre perte ?

Il y eut alors un claquement sec, puis tous les membres de l'Ordre cachés sur les rochers s'envolèrent dans des détonations assourdissantes, et atterrirent en contrebas, devant le Seigneur des Ténèbres, qui n'avait pas bougé, et conservait toujours un visage neutre.

Remus atterrit sur le flanc droit et roula dans la terre. Sa respiration fut coupée l'espace d'un instant, et il tenta de retrouver son souffle comme un poisson hors de l'eau. Dès qu'il put, il se remit en position assise, et tenta de se relever, mais des tentacules de fumée, sortis de nulle part, vinrent l'immobiliser, et le forcer à se mettre à genoux. Dans sa détresse, il jeta un regard autour de lui. James, Lily, Sirius, Peter et Marlène étaient immobilisés dans la même position, et se regardaient les uns les autres, affolés.

Encore une fois, vous arrivez trop tard. Il semble que Dumbledore soit bien trop lent à comprendre ce qui se trame derrière son dos.

Il y eut un nouveau rire glaçant qui fendit la nuit comme une lame.

Ils virent tous les Seigneur des Ténèbres lever le visage vers la lune, et la contempler pensivement.

Bientôt, l'équinoxe d'automne laissera place au solstice d'hiver. Le Samhain approche. Bientôt, plus aucun sorcier, plus aucun Moldu ne sera à l'abri de la puissance du Seigneur des Ténèbres. Même Albus Dumbledore ne pourra plus rien faire.

Il reporta alors son attention sur les sorciers et les sorcières qu'il tenait captifs.

Vous êtes surpris de me voir ici. Après votre exploit dans le clan de Kaesar, j'ai décidé de prendre moi-même part aux négociations. Je ne pouvais plus me permettre d'être déçu, et je ne pouvais vous laisser ruiner mes plans impunément. Je me vengerai bientôt de Kaesar, et sa douleur sera proportionnelle à ma déception. Mais pour l'instant, ceux dont je veux me venger, c'est vous.

Remus sentit alors le tentacule autour de sa gorge se resserrer lentement, l'étouffant progressivement.

Pensiez-vous réellement pouvoir vous mettre sur la route de Lord Voldemort sans en payer le prix ?

L'étreinte se faisait de plus en plus forte, et Remus commençait à ne plus pouvoir respirer. Son cœur explosa dans sa poitrine, et la panique inonda son corps.

Pensiez-vous réellement avoir le pouvoir de contrer les plans du Seigneur des Ténèbres ?

Sa tête le tournait de plus en plus, et sa vision se brouillait, à mesure que la langue de fumée qui l'enserrait se refermer sur sa gorge. Maintenant, des phosphènes peuplaient son champ de vision, et scintillaient comme un millier d'étoiles. Il ne voyait plus rien, il n'entendait que la voix de Lord Voldemort dans son esprit.

Pensiez-vous réellement que j'en resterai là, alors que vous avez retourné l'allégeance que Kaesar contre moi ? Alors que je les tenais, lui et ceux qui écoutent et attendent ? Alors que ce formidable réservoir de colère, de haine et de vengeance m'était ôté, pensiez-vous que j'allais rester inactif, et vous voir retourner ce pouvoir contre moi ?

Elle était lointaine, cette voix pleine de colère et de sifflements. Remus se sentait partir. Sa tête le chauffait.

Il crut alors entendre un bruit sourd, très lointain, semblable à une petite détonation, mais comme étouffée par du coton.

D'un seul coup, il sentit l'air rentrer brusquement dans ses poumons, alors qu'il s'écrasait dans la terre.

Il y eut une autre détonation, plus forte cette fois, alors qu'il reprenait ses esprits. Les phosphènes peuplaient toujours ses yeux, mais son ouïe revenait petit à petit.

Deux autres détonations, encore plus fortes. Cette fois, il reconnut le bruit caractéristique d'un sortilège.

Les tentacules l'avaient lâché. Il massa rapidement sa gorge, cracha sur le sol, et inspira de l'air à grosses goulées. Il releva ses yeux humides vers là où se tenait Lord Voldemort quelques instants plus tôt, et constata qu'il avait disparu. Il entendit ensuite des crachotements et des toussotements autour de lui, et constata que ses amis avaient également été libérés de l'étreinte de cette fumée. Tous et toutes tentaient de se remettre sur leurs pieds.

Puis, d'un coup, il y eut une autre détonation, et tous levèrent les yeux vers le ciel. Une colonne de fumée noire tournait au-dessus de leurs têtes, et semblait chercher quelque chose ou quelqu'un sur le sol. Une nouvelle détonation retentit, et ils virent la colonne de fumée être frappée par un sortilège et être expulsée quelques mètres plus loin. On entendit alors un cri rageur, et la colonne de fumée fondit sur un point, derrière les arbres. Avant qu'elle ne touche le sol, le claquement caractéristique du transplanage retentit, et Lord Voldemort s'éleva de nouveau dans les airs, à la recherche de celui qui l'attaquait.

- Par ici, vite ! fit alors une voix dans leur dos.

C'était Hagrid. Il leur faisait de grands signes des bras, et tentait de les appeler dans le vacarme des explosions.

Remus se mit sur ses pieds tant bien que mal, et clopina aussi vite qu'il put vers le géant. Il fut rapidement suivi par tous les autres membres de l'Ordre qui avaient été pris au piège.

- Dedalus et Alastor se chargent d'occuper Vous-Savez-Qui ! Fuyez maintenant, ils vous rattraperont, je vous couvre !

- Mais Hagrid, fit James d'une voix rauque, vous n'avez pas de baguette ! C'est de la folie, vous allez vous faire tuer !

Il y eut une nouvelle explosion dans la clairière, et d'un coup, un arbre s'embrasa. Les géants poussèrent des cris de colère.

Attrapez-les ! Attrapez-les, ou vous irez rejoindre les ensevelis !

- Courez ! Vite !

Il y eut alors un séisme monumental. Les arbres de la lisière s'écartèrent, et laissèrent passer une horde de géants ivres de rage. Il y eut un mouvement de panique chez les membres de l'Ordre, et tous se retournèrent pour s'enfuir. Le sol tremblait sous les pas lourds des géants, et chaque enjambée qu'ils faisaient équivalait à quatre enjambées des humains qu'ils poursuivaient.

Remus se mit à courir aussi vite qu'il put, sentant dans ses jambes que les géants se rapprochaient. Il entendit Sirius hurler des sortilèges pour essayer de les ralentir, mais ses maléfices étaient peu efficaces sur ses adversaires. Remus se retourna alors, et vit avec horreur qu'un géant s'était lancé à sa poursuite, et lui lançait des regards pleins de colère. Il pointa alors sa baguette vers un arbre tout proche :

- Confringo !

L'arbre, touché par le maléfice explosif, se trouva déraciné sous la puissance du sortilège, et s'abattit sur la tête du géant au moment où celui-ci passait près de lui. Le géant lui-même s'écrasa sur le sol dans un bruit de fin du monde, et demeura immobile.

Remus se retourna de nouveau pour continuer de courir. Il voyait à sa gauche Marlène McKinnon qui s'était retournée, et faisait face au géant qui la poursuivait. Celui-ci abattit son poing là où elle se trouvait. Elle fit un impressionnant bond sur le côté, roula sur le sol, et quand elle se releva, elle pointa sa baguette directement sur l'œil gauche du géant :

- Iridis !

Le maléfice de conjonctivite heurta le géant de plein fouet, qui porta ses mains à sa figure en rugissant de douleur et de terreur. Il tomba ensuite sur le dos et continua de gémir en se tenant le visage.

- Par ici, vite !

Marlène et Remus se retournèrent de concert vers la voix qui les avait appelés, et virent que Peter leur faisait signe, depuis une béance dans un monticule. Tous deux se précipitèrent, et constatèrent que les autres membres de l'Ordre avaient également trouvé refuge dans ce terrier improvisé.

- Vite, passez-vous de la terre sur le visage, leur dit rapidement Fol Œil, il ne faut pas qu'ils vous sentent. Peter, ferme le bouclier, et jette un sort d'illusion.

Peter acquiesça fébrilement et s'exécuta.

- Que s'est-il passé, bon sang ? réussit à articuler Sirius.

- Voldemort vous tenait prisonnier, et Dedalus et moi avons fait diversion pour vous sauver, répondit sèchement Maugrey. Maintenant, Black, ferme ton clapet, ou tu vas nous faire repérer.

Son œil magique tournait dans tous les sens. Il semblait regarder au-delà de leur abri, pour voir s'il y avait toujours du danger à l'extérieur.

- Qui a eu l'idée de ce terrier ? fit alors James.

- C'est moi, répondit Peter à voix basse. J'ai vu ce monticule de terre, et le trou qu'il y avait dedans, et je l'ai agrandi magiquement pour qu'on puisse tous tenir.

- Taisez-vous, bon sang ! éructa Fol Œil.

James adressa un clin d'œil à Peter, et un signe approbateur. Peter eut un sourire fragile et baissa les yeux.

L'œil de Maugrey tournait toujours furieusement dans son orbite. Les violents tremblements du sol avaient progressivement cessé, et tous en déduisirent que les géants avaient battu en retraite, faute d'avoir trouvé leur cachette.

Ils se tournèrent vers Fol Œil, dont l'œil magique s'était immobilisé. Il avait la bouche entr'ouverte, et semblait avoir arrêté de respirer. Il avait un index levé pour intimer le silence à ses compagnons, pendant qu'il vérifiait que plus rien ne les poursuivait.

- Ça devrait être bon, dit-il enfin. Si Vous-Savez-Qui était dehors, je le verrais, et je ne vois rien. Nous avons dû les semer... Peter, tu peux ouvrir le bouclier.

Pettigrew donna un coup de baguette en direction de l'ouverture du terrier, et passa une tête dehors. Lentement, il sortit du trou et scruta les alentours.

- La voie est libre, dit-il alors, vous pouvez sortir.

Remus le voyait qui tremblait de tous ses membres, et jetait des regards effrayés de tous les côtés, de peur certainement de voir réapparaître le Seigneur des Ténèbres dans sa colonne de fumée noire.

Il sortit alors du trou, suivit de près par Sirius, James et Lily, et le reste de la petite troupe. Maugrey se remit debout avec une certaine difficulté, s'appuyant sur son bâton magique comme il pouvait, et reçut de l'aide de Hagrid, qui émergea le dernier du terrier.

Remus ressentit le besoin de s'adosser à un arbre pour reprendre son souffle. Sa tête le tournait, et il avait toujours quelques difficultés à respirer. Il ne pouvait s'ôter de l'esprit le visage blafard de Lord Voldemort, et ses yeux rouges comme des charbons ardents, qui le regardaient depuis l'obscurité. Il ne gardait qu'un souvenir flou des paroles qu'il leur avait adressées, alors qu'il les étouffait progressivement. Mais il savait que quelque chose avait frappé son esprit, et ne se souvenait plus quoi précisément. Cela lui reviendrait certainement, à force d'y penser...

- Bon, reprit Maugrey, la mission est un échec, mais au moins, nous n'avons perdu personne. Nous allons pouvoir transplaner vers Londres sans risquer d'être suivis.

Un rugissement gigantesque, qui fit trembler la terre et qui semblait provenir d'au-delà des bois, répondit alors à ses paroles.

- Oh, mais qu'est-ce qu'il se passe encore ? gémit Sirius.

Soudain, le sol fut parcouru d'un tremblement monumental. Certains arbres tremblèrent tellement qu'ils s'affaissèrent les uns sur les autres. De la terre s'éleva en gerbes, et Remus fut jeté au sol par la force du séisme. Maugrey avait agrippé Hagrid, qui était le seul à être resté sur ses pieds, et leur criait :

- Disparaissez ! Maintenant ! Dépêchez-vous !

Il y eut un autre mugissement rageur, alors que le sol devant eux se fendait en une fissure gigantesque et aspirait dans sa noirceur des arbres entiers.

Ils étaient tous pétrifiés par la peur, et par ce séisme soudain qui les plaquait au sol. Un troisième cri retentit, et Remus comprit d'où il provenait. Il ne venait pas d'au-delà de la forêt, il venait de sous leurs pieds, il venait de la noirceur du gouffre qui s'était ouvert devant eux.

Ils virent alors avec stupéfaction une immense forme noire émerger de la fracture dans le sol, s'élever dans les airs, et prendre la forme d'un bras et d'une main. Celle-ci s'abattit violemment sur la terre, et alors une deuxième émergea de ce trou béant, et s'écrasa à son tour sur le sol.

Puis, devant les regards horrifiés des membres de l'Ordre, une gigantesque masse noire sortit de la béance, et prit la forme d'une tête, au milieu de laquelle brillaient deux yeux rougeoyants comme des brasiers.

Un arbre s'écroula sur cette forme, mais ne fit que la traverser sans lui infliger aucun dommage.

Remus était comme foudroyé. Il regardait cette ombre immense sortir de terre avec une horreur qui lui perçait le cerveau et lui retournait l'estomac. Ses yeux écarquillés étaient fixés sur ceux, lumineux, de la forme devant lui.

- Fichez le camp ! rugit Hagrid. C'est un enseveli !

Mais Remus était incapable de bouger. La terreur le paralysait. Il entendit quelques claquements secs derrière lui, et comprit que certains de ses amis venaient de disparaître. Mais il était incapable de reprendre ses esprits, incapable de maîtriser son corps.

Ce fut alors dans ce moment de paralysie totale que cela le frappa comme une évidence.

- Lupin, par Merlin, qu'est-ce que vous attendez ?

La voix de Maugrey lui parvint de très loin, alors que le Spectre devant lui sortait une jambe par-dessus le bord de la crevasse, et commençait à mettre un pied à la surface.

Ceux qui écoutent et attendent.

Il sentit une main lui attraper fermement l'épaule, et l'emporter dans un tourbillon de couleurs.

C'était comme ça qu'il les avait appelées. Ceux qui écoutent et attendent.

Il quitta le sol sur lequel il était cloué et fut avalé par un vortex de lumière.

Ne lui restaient, alors qu'il disparaissait, que la certitude de ces yeux rougeâtres, et un nom, terrible et plein de menaces : ceux qui écoutent et attendent.



 

End Notes:

Voilà voilà, j'espère que vous avez apprécié votre lecture, et que vos théories florissent, comme d'habitude ! ;)

N'hésitez pas à dire ce que vous avez pensé dans la section review, et à la semaine prochaine pour l'antepénultième chapitre (ouais, j'utilise des mots fancy) ! A bientôt !

Chapitre 4 by TeddyLunard
Author's Notes:

Bonjour, bonsoir à tous !

je suis ravi de vous présenter l'antépenultième chapitre (on remet ça eheh) de cette histoire, dans lequel vous apprendrez... tout ce qu'il y a à savoir ;) Accrochez-vous, il va y avoir de la révélation !

J'espère que votre lecture sera agréable !

CHAPITRE 4

 

27 octobre 1979

 

Trois coups furent portés à la porte de sa chambre. Il était assis sur son lit, face à sa fenêtre dont les rideaux étaient tirés. La pièce était plongée dans une semi-obscurité, qui ne l'empêchait cependant pas de voir l'ombre de son corps, formée de brume noire, qui se tenait face à lui, entre la fenêtre et son armoire, et qui le regardait de ses yeux rouges.

- Remus ? Est-ce que tout va bien ?

- Oui, maman, tout va très bien ! Je suis juste un peu fatigué, ne t'en fais pas, répondit-il en ne quittant pas la forme d'ombre des yeux.

Sa mère ne répondit pas tout de suite. De derrière la porte, il entendit un soupir lourd qui lui fendit le cœur.

- Très bien, repose-toi autant que tu en as besoin. Ton père va rester à la maison, je dois sortir pour une autre maraude. S'il y a le moindre souci, appelle-le.

- Pas de problème, maman, ne t'en fais pas !

Il entendit sa mère s'éloigner dans le couloir à petits pas pressés. Bientôt, le silence revint dans la pièce. Elle était toujours là, elle le regardait elle aussi, et ne bougeait pas. Il tentait de discerner dans sa manière de se tenir, ou de réagir à ses propres mouvements, des indices qui pourraient l'aider à comprendre ce qu'elle était. Mais son absence de réaction, et son silence total la rendaient impénétrable.

Lorsqu'il l'avait aperçu, dans le coin du miroir de l'armoire, elle se tenait debout près de son lit. Il avait sursauté, et s'était tourné pour lui faire face. Mais il n'avait rien vu derrière lui. Il s'était alors de nouveau retourné vers le miroir, et avait fait un bond de côté en poussant un cri lorsqu'il l'avait vue à côté de lui, près de l'armoire. Il avait cependant très vite repris ses esprits et, refusant de céder une nouvelle fois à la peur, il avait décidé de lui faire face.

Cela faisait donc une heure et demie qu'il avait fermé ses volets et la porte de sa chambre, et qu'il tentait tout ce qu'il pouvait pour percer à jour le mystère de son Spectre.

Il s'était mis à l'appeler Spectre, faute d'un autre nom, et parce qu'il sentait qu'elle n'était pas étrangère au phénomène qui donnait tant de travail à son père. Peut-être ces deux choses étaient-elles dissociées, mais il n'en avait que faire pour le moment. Il lui fallait la nommer, pour mieux la comprendre.

 

 

- Les ensevelis, c'est comme ça que les géants les appelaient. Et leur chef, Dagger, les appelait ceux qui écoutent et attendent.

- Tu es sûr de ce que tu dis, Remus ?

- Je l'ai entendu moi-même.

Le lendemain de la mission chez les géants, qui s'était terminée en véritable catastrophe, Remus n'avait pu prendre sur lui de cacher plus longtemps ce qu'il avait vu à son père. Cependant, il n'avait pu se résoudre à tout lui avouer, sachant tout à fait que lui dire qu'il avait combattu Lord Voldemort l'inquièterait. Il lui avait donc dit que lors d'une mission d'observation chez les géants, il avait entendu Dagger avoir de curieuses paroles à propos des « ensevelis », et de « ceux qui écoutent et attendent », avant de faire effectivement apparaître une gigantesque forme au milieu de la clairière.

Son père avait écouté tout son récit avec, sur le visage, un air d'extrême concentration. Il était assis à son bureau, sur lequel étaient étalées des photographies mouvantes qu'il avait reçues par hibou. C'était la vue de ces photographies qui avait poussé Remus aux aveux. Sur le papier glacé étaient représentées des formes humaines, toutes d'ombre, avec des yeux rouges comme des charbons ardents. Deux sorciers de l'unité de Lyall avaient enfin pu en photographier un spécimen, après avoir ensorcelé leur pellicule avec un sortilège d'anticatimini. Ils avaient alors vu ce qui était jusqu'alors réservé à quelques personnes.

Sur son bureau, il y avait également le dernier numéro de la Gazette du Sorcier, dont la Une titrait : « Il utilise un Feudeymon pour lutter contre un fantôme, et incendie sa maison et celle de son voisin. Récit d'une nuit d'horreur. »

- Et Dagger n'a pas dit ce que les Spectres attendaient ? avait repris Lyall.

- Non, cela semblait une évidence pour tout le monde.

Lyall avait pris une photographie, et l'avait portée devant ses yeux. Après quelques instants de réflexion, il l'avait reposée, et avait dit :

- Il est clair que les ensevelis des géants sont des formes de Spectre.

- Et Sirius m'a rapporté que pendant qu'il était chez les loups-garous, il avait entendu le chef parler de ceux qui écoutent, et qu'il semblait parler des morts que le clan enterrait dans sa clairière.

Ce n'était qu'un mensonge de plus, mais il lui semblait nécessaire de donner à son père cette information sans lui révéler comment il y avait eu accès. De plus, il avait enfin compris l'utilité de cet étrange monument de bois qu'il avait remarqué chez Kaesar. Il s'agissait d'une stèle funéraire.

Lyall avait porté alors sur lui un regard vif, et avait écarquillé les yeux.

- Les loups-garous enterrent leurs morts dans leurs clairières ? avait-il demandé.

Remus avait acquiescé.

- Comme les géants, avait poursuivi son père, le souffle court. Ils sont d'ailleurs connus pour ça...

Il s'était levé d'un bond, et s'était mis à parcourir la pièce de long en large, une main sur son menton, une autre dans ses cheveux, et les yeux dans le vide.

- Réfléchissons, avait-il dit à demie-voix. Nous avons d'un côté des Spectres qui apparaissent à une population restreinte. Il ne s'agissait au début que de Moldus, mais de plus en plus de sorciers et de sorcières se mettent à en voir également. Leur seul point commun est qu'ils ont tous entre seize et vingt-trois ans. Et nous savons maintenant que ces Spectres se manifestent également sur demande chez certains peuples qui enterrent leurs morts sous leurs pieds. Qu'est-ce que ces apparitions ont en commun ? Un nom : ceux qui écoutent. Qu'est-ce que nous dit ce nom ?

Remus aimait lorsque son père se mettait à raisonner à haute voix. Il voyait ses mains s'agiter dans l'air, à mesure que ses idées se construisaient et s'écroulaient d'elles-mêmes, se rebâtissant ensuite sur leurs propres ruines pour arriver à des constructions parfaites et inattaquables. Il y avait beaucoup de légèreté et de souplesse dans la manière dont son père réfléchissait, et Remus aimait à le voir progresser ainsi vers la vérité. Cela le rassurait.

Cependant, il tentait de mettre en lien les éléments que Lyall lui donnait, et ceux qu'il avait gardés pour lui. Son esprit fourmillait de questions : pourquoi Lord Voldemort s'intéressait-il à des tribus aux coutumes mortuaires si particulières ? La tribu était-elle son unique but, lorsqu'il entamait les négociations, ou visait-il aussi ceux qui écoutent ? Dans quel but ?

- Ceux qui écoutent... Cela veut dire qu'ils sont toujours là, continuait Lyall, que leurs âmes ne sont pas parties, qu'elles stationnent entre la vie et la mort, dans une sorte d'espace de transition ... Et si ceux qui écoutent sont aussi ceux qui attendent, c'est qu'ils ne veulent pas partir, c'est qu'ils refusent cette transition, ce changement...

- Dagger a dit qu'ils étaient pleins de remords et de vengeance ! s'était d'un coup souvenu Remus, en remplaçant le nom de Voldemort par celui du géant. C'est peut-être pour ça qu'ils attendent !

Lyall s'était immobilisé, le teint livide.

Remus commençait alors à entrevoir le dessein de Lord Voldemort. Si les Spectres refusaient de quitter ce monde, s'ils se tenaient volontairement entre la mort et la vie, dans l'espoir de revenir, alors ils seraient des armes parfaites pour le Seigneur des Ténèbres, qui aurait alors la possibilité d'attaquer la vie par la Mort.

- Certainement..., lui répondit son père. Mais pourquoi est-ce que ces Spectres apparaissent seulement à un tel échantillon de la population, et pourquoi chacune des personnes à qui ils apparaissent disent se reconnaître en eux ? Ils ne sont pas morts, Remus, ça ne fait aucun sens...

Ses bras étaient tombés, ses épaules s'étaient affaissées. Il avait pris ses lunettes, s'était frotté les yeux, et avait soupiré.

L'esprit de Remus continuait de bouillonner. Était-ce lié ? Était-ce seulement lié ? Les Spectres des géants et des loups-garous étaient-ils les mêmes que les Spectres qui apparaissaient aux autres Moldus et sorciers ? Lord Voldemort convoitait-il uniquement les premiers Spectres, ou son dessein était-il de rallier également les seconds ? Que cherchait véritablement Lord Voldemort lorsqu'il tentait de rallier à lui les Spectres des loups-garous et ceux des géants ?

Il eut alors une pensée fugace, aussi rapide que lumineuse :

- Papa... Quels sont les autres clans de créatures magiques qui enterrent leurs morts ?

- Tu veux dire, à part les humains ?

Remus avait hoché la tête. Son père avait réfléchi un instant, et lui avait répondu :

- Je ne vois que les centaures qui ont de telles coutumes... Pourquoi donc ?

Remus n'avait rien répondu. Son esprit s'était perdu un instant dans ses conjectures, et son regard était devenu flou. Lyall avait pris cette absence de réponse pour de la consternation, et avait décidé de conclure la discussion :

- Il faut que nous allions manger. Je ne sais pas réfléchir le ventre vide...

 

 

Il attendait maintenant la nuit, assis sur son lit, devant son propre Spectre. À la suite de sa conversation avec son père, il s'était dépêché d'envoyer un hibou à Albus Dumbledore, lui confiant ses craintes et l'assurant qu'il fallait absolument envoyer une délégation de l'Ordre chez les centaures, qui semblaient être le dernier peuple convoité par le Seigneur des Ténèbres. Il avait reçu, dans l'heure qui avait suivi, une réponse de Maugrey, qui lui apprenait qu'ils partaient le soir d'Halloween pour une forêt aux confins de l'Écosse, afin de négocier avec la plus grande tribu de centaures du Royaume-Uni un traité de paix.

Dans le coin de sa chambre, son Spectre le regardait toujours, et Remus lui renvoyait son regard. Il était comme son miroir obscur, son double nocturne. Il était comme une partie détachée de lui, mais toujours attachée à son corps comme une ombre.

- Mais qu'es-tu donc, bon sang ? Et pourquoi moi ?

Elle demeurait toujours immobile et silencieuse. Ses yeux rouges braqués sur lui comme deux phares dans la nuit.

- Tu n'es ni morte, ni enterrée. Alors pourquoi moi ?

Sa question se perdit dans le silence. Alors, le Spectre bougea. Il se retourna lentement, et présenta son dos à Remus, de sorte qu'il ne voyait plus ses yeux et ne distinguait plus que les contours de son corps brumeux.

Elle ne voulait pas lui répondre, très bien. Peut-être les centaures seraient-ils plus bavards.

 

 

***

31 octobre 1979

 

La nuit, encore. Et toujours la forêt.

Remus commençait à connaître la lourdeur de l'air nocturne qui serpentait entre les arbres, et la chappe que constituait le ciel noir. Il tentait de concevoir d'autres endroits où pouvaient se cacher des créatures magiques qui avaient été ainsi persécutées par un Ministère désireux de réduire leurs droits. Il n'entrevit aucune autre possibilité que la forêt. Le refuge qu'elle offrait à celui qui s'y rendait était presque total. Il était une promesse de disparition du monde, et d'ouverture à un autre, à la fois présent et absent de la réalité.

Cependant, si l'environnement de la forêt lui semblait parfait pour s'y cacher, il ne lui semblait absolument pas pratique pour retrouver un clan de centaures.

Ils avançaient depuis maintenant plus de deux heures, et ils n'avaient toujours rencontré personne. La tribu dans laquelle ils se rendaient connaissait Dumbledore, et sans se revendiquer ouvertement son allié, elle avait plusieurs fois consenti à lui rendre service au nom de leurs intérêts communs.

Au cours de ses longues marches, il tentait de réfléchir à la conversation qu'il avait eue avec son père. Il sentait que quelque chose lui manquait dans tous les recoupements qu'ils avaient pu faire ensemble. Les Spectres apparaissaient aux peuples qui enterraient leurs morts sur leurs propres terres, et si ce n'étaient pour les loups-garous et les géants, ils apparaissaient aux humains uniquement s'ils avaient entre seize et vingt-trois ans. Cependant, rien n'était dit que les Spectres qui apparaissaient aux humains étaient les mêmes que ceux qui apparaissaient aux autres créatures, car certains humains pensaient se reconnaître dans leurs Spectres. Remus s'était reconnu dans le sien. Ceux qui écoutent et attendent n'étaient pas vraiment morts, mais ils n'étaient pas vivants non plus. Mais les humains à qui ils apparaissaient étaient, quant à eux, bien vivants. Remus n'arrivait pas à s'expliquer cette différence.

Lors de leur affrontement avec Lord Voldemort, celui-ci avait dit qu'il comptait sur le Samhain pour prendre le dessus sur Dumbledore. Quand « l'équinoxe d'automne laissera place au solstice d'hiver », c'était ce qu'il avait dit. Remus connaissait son calendrier lunaire, de même que ses légendes : le Samhain, l'équinoxe d'automne et le solstice d'hiver, tout cela faisait référence à la fête d'Halloween, la nuit des Walpurgis. Tout cela le ramenait à cette ancienne légende dont lui avait fait part son père : dans les semaines qui précèdent la nuit d'Halloween, l'on dit que la paroi entre le monde des morts et celui des vivants s'amincit, permettant aux morts de passer du côté de la vie. Était-ce là le dessein de Voldemort ? Attaquer les vivants par la Mort ? Il ne pouvait que le craindre, mais cela n'expliquait pas pourquoi les Spectres d'êtres vivants continuaient d'apparaître.

Une branche craqua sous ses pieds, et le sortit brusquement de ses réflexions. Il regarda autour de lui. Il était entouré des mêmes membres de l'Ordre qui l'avaient accompagné depuis la première mission. Sirius trainait toujours des pieds en grommelant qu'il détestait les forêts, James et Lily se tenaient toujours ensemble et murmuraient dans la nuit, Peter se tenait près de Hagrid, et Maugrey était derrière lui. En queue de file, Marlène McKinnon et Dedalus Diggle parlaient de manière animée à propos d'une affaire de métamorphose de Moldus dont ils s'occupaient en ce moment pour l'Ordre.

Remus se rapprocha de Hagrid et de Peter. Ce dernier sursauta en le voyant arriver, mais quand il le reconnut, il lui adressa un léger sourire.

- Comment vas-tu, Peter ? demanda Remus à voix basse.

- J'ai un peu froid, répondit Peter en souriant.

Remus rit un peu. Il savait que Peter n'avouait jamais pleinement qu'il avait peur, craignant de ne pas être assez digne de l'amitié de Sirius et de James, qu'il portait aux nues.

- Et en ce moment, comment te sens-tu ?

Peter eut un petit soupir, et regarda un instant le sol sur lequel il marchait. Il se tut un peu, puis reprit :

- Je vais mieux. Je t'assure Remus, je vais mieux...

Le cœur de Remus s'arrêta pendant un instant. Si son ami était capable de ne pas dire quand il avait peur, il était en revanche totalement incapable de mentir. Et Remus savait qu'en cet instant, Peter lui mentait.

Il lui saisit alors fermement le bras, et l'entraîna à l'écart. Hagrid se retourna pour les regarder s'éloigner, mais Remus lui adressa un signe rassurant, et il se détourna d'eux pour continuer de marcher.

- Remus, Peter, qu'est-ce que vous faites ? leur lança James.

- Ne vous en faites pas pour nous, lui répondit Remus, nous vous rattraperons !

- Ne vous perdez pas en chemin, surtout, dit Lily. Si vous ne nous retrouvez plus, envoyez un Patronus !

- Vous êtes sûrs de vouloir rester en arrière ? leur demanda Maugrey de loin. Si vous vous perdez, vous n'aurez qu'à transplaner !

- Remus, bon sang, qu'est-ce que tu fais ? lui murmura Peter, qui commençait à trembler.

- À tout à l'heure ! lança Remus aux autres membres de l'Ordre qui s'éloignaient.

Quand il vit qu'ils étaient assez loin, il se retourna vers son ami, dont il tenait toujours le bras. Il vit de la peur dans les yeux de Peter, et autant d'incompréhension. Il le lâcha alors, et Peter se massa en grimaçant.

- Peter, cela fait maintenant un mois que tu pâlis à vue d'œil. Tu trembles dès qu'on t'adresse la parole, tu sursautes dès qu'on te touche l'épaule... Que se passe-t-il ? C'est l'ambiance générale de l'Ordre qui te met dans cet état ? Tu sais que tu peux parler de ça à Dumbledore, il comprendrait, et te donnerait moins de missions...

- Non, Remus, ce n'est pas ça, dit Peter, la tête basse.

- Alors de quoi s'agit-il ? Peter, ce n'est pas possible que tu restes dans un état pareil, il faut que tu me parles. J'ai l'impression que tu nous caches quelque chose...

Peter ouvrit la bouche, puis la referma. Il se tortilla un instant sur place, ses doigts se mélangèrent et balbutia quelques mots incompréhensibles. Puis, il se résolut enfin à relever la tête vers Remus, mais quand il le fit, son regard fut irrémédiablement attiré au-dessus de son épaule droite. Il sursauta et retint un cri. Remus avait été surpris par son sursaut, et avait vu sa piètre tentative pour cacher son horreur soudaine.

- Qu'est-ce qu'il y a Peter, que se passe-t-il ?

Peter gémissait maintenant en se passant les mains sur le visage.

- Peter, réponds-moi, dit Remus d'un ton sévère.

En guise de réponse, son ami ne put que pousser un autre gémissement apeuré en pointant un index tremblant au-dessus de l'épaule de Remus.

En se retournant, celui-ci était déjà certain de ce qu'il allait voir. Il aurait aimé, en cet instant, que Peter ait pointé un centaure. Cependant, lorsqu'il se retourna, il vit, derrière un arbre éloigné, une ombre noire, un peu ramassée, aux bras courts et aux cheveux ras comme ceux de Peter, qui les regardaient depuis l'obscurité, avec ses yeux rouges comme des charbons ardents.

Il écarquilla les yeux de surprise, et se retourna vers son ami, le sourire aux lèvres :

- Peter... Toi aussi tu les vois ?

Peter, terrorisé, hocha lentement la tête :

- Depuis le début du mois d'octobre... Je ne sais pas ce qu'elle me veut, mais elle me hante.

Remus fut pris d'un éclat de rire, alors que l'angoisse quittait d'un coup ses épaules.

- Remus, tu te sens bien ? demande Peter, interloqué. C'est une affaire très sérieuse. Je te dis que je ne sais pas ce que cette créature me veut, et qu'elle me harcèle depuis le début du mois...

Remus mit une main sur l'épaule de Peter :

- Écoute-moi, lui dit-il. Ce Spectre ne te fera aucun mal... En tout cas je le crois. Ils sont apparus un peu partout dans le reste du pays depuis quelque temps, à des personnes entre seize et vingt-trois ans, et ne semblent avoir aucune velléité violente... en tout cas pas celles qui apparaissent aux Moldus...

- Comment ça, « celles qui apparaissent aux Moldus » ? Et comment sais-tu tout cela ?

Remus souriait toujours, comme ravi de ne plus avoir à porter seul son fardeau :

- Tu te souviens ce qu'il s'est passé chez les géants ?

Peter acquiesça.

- C'était un Spectre, également. Les Spectres apparaissent uniquement chez les peuples qui enterrent leurs morts sur leurs terres. J'en ai vu un chez les loups-garous, et Voldemort...

- Ne prononce pas son nom !

- ...en a fait apparaître un chez les géants. Je crois qu'il tente de les rallier, et qu'en parlant à tous ces peuples que nous avons visités, il essayait de se rallier aussi leurs Spectres...

- Mais Remus, je ne suis pas mort, moi... Alors pourquoi est-ce que je le vois ?

Il y eut alors un craquement sonore qui retentit dans l'obscurité de la nuit. Puis un autre. Suivi d'un troisième. D'un même mouvement, les deux sorciers sortirent leurs baguettes et se mirent en garde. Ils entendaient autour d'eux des bruits de pas, comme des coups donnés contre la terre meuble de la forêt. Ils entendirent également comme d'étranges bruits de fouets qui couraient le long d'une surface lisse. Ce ne fut que quand ils virent le premier centaure sortir de l'obscurité, son arc en main, et ses yeux sévères posés sur eux, qu'ils purent relier ces craquements à des bruits de sabots, et ces étranges bruits de fouets à ceux de leurs queues qui battaient l'air.

Ce premier centaure fut suivi d'un deuxième, puis d'un troisième, et bientôt ils furent encerclés par une dizaine de centaures armés, mais qui étaient bien moins imposants que le premier qui était apparu. Tous les regardaient d'un air dur, et leurs bras étaient contractés sur leurs armes. Ils s'étaient immobilisés autour d'eux, et les scrutaient, observant leurs moindres mouvements, évaluant s'ils étaient ou non dangereux.

- Range ta baguette, Peter, intima à voix basse Remus à son ami. Ils ne nous feront pas de mal s'ils voient que nous ne sommes pas belliqueux.

Peter acquiesça fébrilement en remettant sa baguette dans sa poche et en levant les mains en signe de reddition. Remus le voyait fixer fébrilement l'endroit où se trouvait son Spectre. Il tremblait de tous ses membres, et Remus n'arrivait pas savoir ce qui l'effrayait le plus : les centaures, ou son Spectre.

Il imita alors son ami, remit sa baguette dans sa poche et leva les mains. Cependant, au moment où il s'apprêtait à parler, le centaure qui était le premier sorti des bois - et que Remus comprit comme étant leur chef - l'interrompit.

- Tu parleras, sorcier, quand nous t'y aurons autorisé.

Remus ravala sa salive, avisant les pointes des flèches encochées sur le fil des arcs. Le centaure devant lui fit quelques pas pour s'approcher d'eux.

- Que venez-vous faire sur notre territoire ? leur demanda-t-il avec véhémence. Vous êtes des intrus sur nos terres, et nous nous réservons le droit de faire ce que bon nous semble des intrus.

Remus ne répondit pas tout de suite, préférant s'assurer qu'on l'autorisait à répondre. Lorsqu'il vit le regard du centaure se teinter d'impatience, il dit rapidement :

- Nous venons au nom d'Albus Dumbledore, afin de négocier avec le peuple des centaures une alliance dans la bataille qui vient.

- Les centaures ne scellent d'alliance avec aucun peuple, pas même avec les sorciers. Les centaures sont un peuple libre.

Remus acquiesça. Il savait les centaures très attachés à leur indépendance, et très susceptibles lorsqu'il s'agissait de leur disputer. Cependant, il ne savait pas où se trouvaient les autres sorciers de l'Ordre, et devait commencer les négociations sans eux. Peter, à ses côtés, tremblait de tous ses membres.

- Personne ne dénie au peuple des centaures leur liberté, entama-t-il. Et comprenez bien qu'aucune alliance, quelle qu'elle soit, ne saurait leur enlever cette condition de centaure libre qui leur est attachée. Cependant, nous craignons que sans l'aide des centaures dans le conflit qui vient, cette liberté n'ait plus grand sens.

- Que veux-tu dire, humain ? Comment la liberté des centaures pourrait-elle perdre son sens ? Ce que tu dis est absurde !

Un autre centaure répondit alors à la place de Remus :

- Sibaye, laisse donc parler le sorcier. S'il vient au nom d'Albus Dumbledore, nous nous devons d'écouter ce qu'il a à dire, au nom de l'amitié qui lie notre peuple à cet homme.

Le dénommé Sibaye sembla se renfrogner, mais il adressa un signe de tête à Remus, l'autorisant à poursuivre ses explications.

- Vous-Savez-Qui gagne chaque jour un peu plus de pouvoir, et sème de plus en plus la terreur et la destruction dans notre monde. Il inverse les valeurs courantes. La liberté n'est envisagée que comme contrainte, et tous les hommes ne sont plus libres que de le servir. Les morts se relèvent, et tout ce qui est vivant est simultanément mort. Dans un monde où plus personne ne reconnaît la liberté, quelle réalité peut-elle avoir pour un peuple comme les centaures ?

Il y eut quelques hennissements rageurs. Il crut un instant qu'il en avait trop dit. Sibaye tapa sur le sol de ses sabots :

- Elle aura de la réalité pour nous, qui sauront encore ce que signifie être libre dans un monde qui aura abdiqué toute liberté.

- Mais personne ne vous reconnaîtra comme libres. À quoi vous servira d'être libres dans un monde qui ne saura plus ce qu'être libre veut dire ? Votre liberté ne vaudra que pour vous...

- Et cela sera suffisant, sorcier !

- Pas aux yeux du Seigneur des Ténèbres ! Et pas aux yeux de ses mangemorts !

Remus savait qu'il était sur la mauvaise voie, et que cela ne servait à rien de rivaliser de véhémence avec un centaure. D'autant qu'il ne croyait pas un seul mot de ce qu'il disait, et qu'il était persuadé que Sibaye le sentait. Celui-ci le regarda un instant, interrogateur. Il semblait également surpris du ton qu'empruntait Remus pour lui parler.

Il ne sut pourquoi, mais d'un coup, son regard fut attiré vers le Spectre de Peter, car il avait cru voir que quelque chose avait changé dans l'espace où il se tenait. Il eut soudain un haut-le-cœur. Celui-ci s'était retourné, et leur présentait son dos, de sorte qu'ils ne voyaient plus maintenant que la forme noire qu'il constituait.

Cependant, à côté de lui, se tenait une autre forme noire, aux yeux comme des charbons ardents. Le Spectre de Remus avait réapparu aux côtés de celui de son ami, et posait une main désincarnée sur l'épaule de l'ombre à côté de lui.

Il sentit tout son sang disparaître de son visage et son cœur s'évanouir dans sa poitrine. Ses yeux étaient fixés sur ceux du Spectre. Pourquoi maintenant ? Pourquoi apparaissait-il maintenant ?

Sibaye renifla et se retourna pour voir où regardaient Remus et Peter. Quelques centaures suivirent son regard, et tous sentirent que d'un seul coup, une chappe froide s'abattait sur tout le groupe. Lorsque le centaure se retourna vers eux, il avait retrouvé une voix étonnamment calme et posée.

- Ces deux Ombres vous appartiennent-elles, humains ?

Peter et Remus acquiescèrent. Sibaye se retourna de nouveau vers les Spectres.

- Je ne savais pas que vous étiez si jeunes, fit-il avec un air désolé dans la voix. Je n'aurais pas dû me mettre en colère de la sorte. J'aurais dû m'en douter, à vous voir. La Poussière s'attache un peu à vous.

Remus balbutia quelques mots. Il ne comprenait pas ce que voulait lui dire Sibaye, mais il était bien heureux de le voir baisser son arc, et de sentir que sa voix se radoucissait. Le centaure s'approcha lentement d'eux.

- N'ayez pas peur d'elles, humains. Les Ombres ne font d'ordinaire aucun mal à ceux qui les voient.

- Nous en avons déjà rencontré une, fit précipitamment Remus. Dans un peuple de géants. Et elle a essayé de nous attaquer.

- S'agissait-il de l'âme d'un mort ?

Le sorcier acquiesça. Son cœur battait la chamade, il avait les yeux écarquillés et son souffle était court alors que le centaure reprenait :

- Les Ombres des morts sont pleines de remords et de vengeance, expliqua-t-il. Ce sont des âmes en détresse, qui ne veulent pas quitter le monde des vivants, mais qui y sont obligées. Elles sont pleines de colère, et cette colère les bloque entre deux mondes, celui des vivants et celui des morts. Ce sont des âmes en transition, en plein changement, qui refusent ce changement qu'on leur impose et qui pourtant est inéluctable.

Remus opina du chef. Il était déjà parvenu à cette conclusion avec l'aide de son père. De nouveau, sa tête fourmillait de questions, et le paradoxe qui l'obsédait résonnait dans son esprit avec plus de force encore. Il prit alors sur lui de répondre au centaure :

- Mais comment se fait-il, Sibaye, que mon ami et moi voyions des Spectres qui nous ressemblent alors que nous sommes bien vivants ?

Sibaye eut un léger sourire :

- L'êtes-vous seulement, sorcier ?

Remus sentit sa tête tourner. Il ne comprenait pas ce que voulait dire le centaure. Devant son incompréhension visible, celui-ci continua :

- Les Ombres forment un seul et unique peuple. Invisible aux yeux de tous sauf pour ceux qui leur ressemblent. Les Ombres sont les âmes en transition, ce sont les âmes en changement...

Les personnes qui voient ces Spectres ont toutes entre seize et vingt-trois ans, environ.

Remus se revoyait dans le salon, avec son père et sa tasse de thé, alors que celui-ci tentait de lui expliquer ce que lui-même ne comprenait pas.

- Les Ombres transcendent les catégories de mort et de vie, sorcier. Elles vivent entre les deux. Ou, si tu le préfères, elles sont à la fois mortes et vivantes, coincées dans une transition, dans un changement qu'elles ne veulent pas faire. Car tu sais comme moi, sorcier, que chaque changement, chaque transition d'un être est une nouvelle naissance, et une nouvelle mort.  Notre vie est émaillée de ces sortes de morts, au cours desquelles nous disparaissons à nous-mêmes, pour réapparaître dans une forme différente.

Il se tourna alors vers les deux Spectres qui les observaient toujours.

- Considère donc cette Ombre comme le reliquat de ce que tu étais, la poussière que tu as laissée derrière toi dans la course de ta vie.

Il se retourna ensuite vers Remus, et pointa un index sur son cœur :

- Et considère-toi comme le nouvel homme que tu es, comme cette nouvelle étape que tu marques sur le chemin de ton existence.  Il est normal qu'un jeune homme comme toi, dans une période comme le Samhain, se mette à voir sa propre Ombre. Elle est la partie de toi qui refuse le changement, qui refuse la mort à laquelle tu la condamnes. Cet autre toi duquel tu t'es séparé, et qui se révolte contre cette séparation.

Remus fixait toujours le centaure, le souffle court. Les éléments se mettaient progressivement en place dans son esprit. Il avait ressenti ce changement dont parlait Sibaye, quand il avait quitté le clan de Kaesar, et qui celui-ci lui avait glissé à voix basse « Nous pouvons t'apprendre à changer cette malédiction en véritable don. Telle est notre magie, nous qui l'avons abdiquée ». Quelque chose remua en lui, dans ses entrailles. Un être qu'il hébergeait, et avec lequel il avait appris à vivre.

Dans les yeux du centaure, il voyait les étoiles du firmament et la voûte du ciel nocturne.

Celui-ci reprit :

- Mais ne t'en fais pas, humain. Ton Ombre ne survivra pas à cette nuit. Elle finira par disparaître quand se terminera le Samhain. Elle ne saurait vivre pleinement dans un monde qui n'est pas le sien. Le jour n'est pas pour elle, et le nouveau monde qui s'ouvrira demain la rejettera à jamais dans les limbes.

Remus se tut un instant. Il lui semblait qu'il avait quitté le sol, qu'il nageait maintenant dans une mer calme et tranquille, celle des yeux de Sibaye. Sa tête bourdonnait des révélations que le centaure venait de lui faire, et son corps frémissait encore du froid que l'apparition de son Ombre avait causé en lui. Elle n'était donc qu'en visite, le temps que la nuit d'Halloween passe, et que de nouveau, la paroi qui séparait les vivants des morts se raffermisse.

Cependant, le centaure n'en avait pas terminé avec lui :

- Mais ne va pas t'imaginer, sorcier, que les morts et les vivants vivent dans deux mondes séparés. Ce sont au contraire deux mondes qui se superposent mais ne coïncident pas. Ce sont deux plans parallèles décalés. Nos morts font partie de notre vie, et glissent avec nous le long de l'existence. Elles nous accompagnent jusqu'à la dernière mort, celle par laquelle nous changeons de plan, mais non de monde. Si tu vois une Ombre, c'est que le plan des morts et le plan des vivants se superposent de nouveau, comme à chaque nuit du Samhain.

 

Remus sentait qu'à côté de lui, Peter avait cessé de trembler et qu'il écoutait maintenant le centaure avec avidité. Son souffle était redevenu régulier, et tous ses muscles s'étaient détendus. De sa bouche sortaient des volutes de buée qui s'évanouissaient dans l'air comme un mauvais rêve.

- Sibaye, nous avons remarqué que ces Ombres n'apparaissaient qu'aux membres de peuples qui enterraient leurs morts sur leur terre. Cela a-t-il un lien ?

Le centaure opina doucement du chef :

- Garder les morts dans la terre que tu foules est un geste symbolique. Signaler leur dernière demeure, et leur accorder une place dans l'espace où tu vis, c'est entretenir leur mémoire et leur offrir la possibilité de rester parmi ton peuple. Si les Spectres ne veulent pas partir de notre monde, c'est que personne ne les y encourage. Nous, centaures, gardons nos morts avec nous car ils nous apportent de la force et leur magie nous fait vivre. Les géants et les humains gardent également leurs morts près d'eux, et il est normal que chacun de ces peuples voie leurs Spectres, surtout en période de Samhain.

Remus se sentait de nouveau redescendre sur le sol de cette forêt sombre, à mesure que le mystère se levait. L'évocation du Samhain l'avait ramené à ses préoccupations initiales, et il avait de nouvelles questions à poser à Sibaye :

- Sibaye, Albus Dumbledore pense que Vous-Savez-Qui voudrait se servir du peuple des Ombres pour mener une action qui aurait de graves conséquences sur le monde tel que nous le connaissons... Avez-vous remarqué quoi que ce soit quant à vos propres Ombres ?

Le chef des centaures releva alors la tête, et regarda ses camarades, qui avaient d'un coup retenu leur souffle.

- Mes amis... pourrait-ce être le trouble que nous avons senti dans les étoiles ?

Des hennissements lui répondirent, et certains centaures grattèrent le sol de leurs sabots.

- Qu'avez-vous senti, Sibaye ? Qu'ont vu les centaures dans les étoiles ?

Le centaure se retourna vers Remus, eut un rictus, et passa une main dans ses longs cheveux noirs.

- Les étoiles parlent aux centaures plus qu'à n'importe quel autre peuple. Elles savent quand commence le jour, et quand se termine la nuit. Il y a quelques jours, elles nous ont prévenus. Elles étaient plus agitées qu'à l'ordinaire, et nous exhortaient à nous méfier. Elles disaient que la Nuit arrivait, celle qui ne termine jamais. Nous n'avons pas compris, au début, ne sachant pas que Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom en avait après les Ombres. Mais la situation se révèle plus dramatique que nous l'avions prédit.

- Vous pensez que le Seigneur des Ténèbres compte utiliser les Ombres pour faire tomber la Nuit sur le monde ?

Il y eut de nouveaux hennissements, et plusieurs centaures ruèrent de colère.

- Cela ne fait aucun doute, sorcier, répondit Sibaye. Albus Dumbledore doit être mis au courant de ce que nous avons vu. Comprends-moi bien, jeune homme : si Lord Voldemort parvient à rallier les Ombres à sa cause cette nuit, alors le Samhain ne finira jamais. Cette nuit deviendra la Nuit, celle où les Ombres prennent le contrôle, et où l'ordre des plans s'inverse. Mais il ne s'agira pas simplement de faire cohabiter le monde des morts et celui des vivants. Nous tous, centaures, humains, géants ou loups-garous, ne pouvons vivre dans un monde qui n'est pas le nôtre. Pour nous, il n'y a pas d'ailleurs. Si notre plan devait devenir celui des Ombres, le plan de ces âmes refusant le changement, nous mourrions tous au bout du compte. Notre monde se figerait dans l'inertie de la Nuit, et nous disparaîtrions dans son obscurité, avalés par le Samhain.

 

Il y eut alors une grande explosion, au loin, dans la forêt. Un immense cri rageur se fit entendre au-delà des arbres. Une lumière vive éclaira d'un coup le ciel, découpant sur un fond blanc les cimes des arbres. Remus dut plisser les yeux pour voir d'où provenait cette intense déflagration.

Autour de lui, les centaures tournaient en rond, tapaient sur le sol avec fureur. Remus ne savait pas ce qu'il se passait.

- Notre cimetière ! hurla soudain un centaure, qui s'était remis sur le chemin principal de la forêt, et regardait au loin. Notre cimetière est attaqué, mes frères !

- Défendons nos morts ! Pour le salut du Jour !

Il y eut une grande clameur parmi le clan, et tous s'élancèrent en direction de l'explosion. Sibaye s'était vivement approché des deux sorciers, et avait mis sa main sur l'épaule de Remus :

- Ce combat est le nôtre sorcier, nos morts ne méritent pas d'être réveillés, et le Seigneur des Ténèbres se heurtera à notre résistance. Nous ne laisserons pas la Nuit nous prendre. Toi et tes amis devez rester en dehors de ça.

Puis il se précipita sur le sentier principal, à la suite de ses frères, et galopa en direction du cimetière.

Il disparut un peu plus loin, dans la nuit, alors que de l'obscurité émergeait une multitude de points rouges, autant d'yeux d'Ombres fixés sur Remus et Peter, qui entendirent, alors qu'ils s'élançaient à la suite de Sibaye vers le combat se jouant au-delà des arbres, le chant de guerre des Spectres résonner dans la nuit.

 

La grande Nuit viendra, elle est déjà en route

Elle approche à grands pas, elle nous prendra toutes.

Nos âmes survivront, nos esprits passeront

De la mort à la vie, en franchissant le Pont.

La Poussière est là, et nous la saisissons,

Elle brille en plein jour, et nous la choisissons

Pour nous mener enfin à notre grand combat,

Qui la vie et l'essence, et l'esprit nous rendra.

En cette nuit sans lune, écoutez nos paroles

Noires prédictions, prophéties oubliées :

Les morts ne dorment pas, ils veillent sous le sol.

Ceux qui écoutent étaient de tout temps éveillés.

Les morts se lèveront, la grande Nuit vaincra

Et le Samhain enfin jamais ne finira.

 

 

 

End Notes:

Et c'est tout pour aujourd'hui ! Je sais, finir sur un cliffhanger, ce n'est pas très gentil, mais je vous promets de vous en donner plus la semaine prochaine !

En attendant, comme d'habitude, n'hésitez pas à donner vos impressions en reviews, notamment quant à la tournure qu'a prise l'histoire !

Bonne continuation à vous toustes !

Chapitre 5 by TeddyLunard
Author's Notes:

Bonjour, bonsoir à toustes !

Après les révélations de la semaine dernière, et cet insupportable cliffhanger, nous voici arrivé.e.s au cinquième chapitre, l'avant-dernier de cette histoire, et dans lequel vous apprendrez que Lord Voldemort n'est vraiment pas gentil, et que, pour se débarasser d'un problème, mieux vaut utiliser la méthode traditionnelle :mg:

En vous souhaitant une bonne lecture !

 

CHAPITRE 5

 

31 octobre 1979

 

Lorsque Remus et Peter arrivèrent à l'endroit où se jouait la bataille, ils se retrouvèrent en face d'une véritable apocalypse. Des sorciers en capes noires hurlaient des sortilèges dans la nuit, et se battaient à la fois contre les membres de l'Ordre et contre les centaures qui les avaient rejoints.

Il y eut alors une grosse déflagration, et derrière les combattants, une grande gerbe de terre se souleva du sol. En plissant les yeux, Remus distingua ce qu'il se passait derrière la ligne du combat : Lord Voldemort, sa tête enfouie sous sa cape, fixait le sol à ses pieds, et récitait à voix basse des incantations inaudibles. Une nouvelle gerbe de terre s'éleva dans les airs, et Remus comprit ce qu'il tentait de faire.

Il creusait le cimetière des centaures, il en violait les tombes, pour en faire sortir les Ombres.

Devant lui, il vit que Lily se battait contre un mangemort qu'il identifia rapidement comme Antonin Dolohov. Il la vit en difficulté face aux violentes attaques de son adversaire. Sa main plongea dans la poche de sa robe pour en sortir sa baguette, et il se jeta dans la bataille.

Se postant à côté de Lily, il contra pour elle un sortilège qu'elle n'avait pas vu venir et Dolohov, voyant qu'il avait maintenant deux adversaires, eut un sourire torve. Il lança alors sortilège sur sortilège, prenant alternativement pour cible Remus et Lily.

Les deux amis ne se parlaient pas. Ils étaient concentrés sur leur combat, et sur la violence du sorcier qui leur faisait face. Dolohov se défendait avec la force d'un damné, et ses sortilèges heurtaient si fortement leurs boucliers qu'ils reculaient de quelques centimètres à chaque fois qu'ils paraient ses attaques.

Cependant, voyant qu'aucun de ses deux adversaires ne se trouvait en difficulté, il commença à s'impatienter. C'est alors qu'il ne fit pas attention à sa garde lorsqu'il tenta une nouvelle fois d'attaquer Remus. Dès qu'il eut levé le bras trop haut, Lily le désarma sans qu'il ait pu comprendre l'erreur qu'il avait commise, et Remus l'enchaîna l'instant d'après. Dolohov s'abattit à leurs pieds, écumant de rage, jurant à pleins poumons. Lily le pétrifia pour faire bonne mesure, et l'adossa contre un arbre.

- Comment vous êtes-vous retrouvés ici ? lui demanda Remus à bout de souffle.

- Nous avons continué sur le chemin, et nous sommes tombés sur un campement vide. Puis les mangemorts ont transplané ici et nous nous sommes caché derrière les arbres. Nous avons entendu tout leur plan. Maugrey a envoyé un Patronus à Dumbledore, mais il a été repéré. C'est là que la bataille a commencé.

Elle désigna d'un coup de menton les sorciers et les sorcières qui se battaient derrière elle.

Il y eut alors un hurlement de joie dans la mêlée. Ils se retournèrent tous les deux, et virent alors une petite femme aux paupières lourdes, et aux cheveux noirs et emmêlés sautiller de joie devant le corps de Dedalus Diggle, inconscient sur le sol.

Remus entendit Lily murmurer quelque chose entre ses dents, et sans plus d'avertissement, il la vit se précipiter sur Bellatrix Lestrange, baguette levée.

Il la suivit en courant, et tandis qu'elle jetait son premier maléfice, il levait à son tour sa baguette vers le corps de Dedalus.

- Carpium !

Un lien de lumière jaunâtre émergea de l'extrémité de sa baguette, et s'enroula autour du sorcier évanoui. Remus donna un coup de poignet, et d'un coup, le corps de Dedalus glissa vers lui, renversant au passage un mangemort qui se battait contre un centaure.

Une fois que Remus avait récupéré Diggle, et l'avait mis en sécurité derrière des fourrées, il se retourna vers la bataille qui faisait rage.

Une troisième déflagration retentit, et fut suivie d'une nouvelle gerbe de terre qui s'éleva dans l'air de la nuit. Il lui fallait à tout prix empêcher que Lord Voldemort déterre les morts, sinon tout serait perdu. Cependant, les mangemorts faisaient barrage, et personne ne pouvait accéder au Seigneur des Ténèbres sans d'abord les affronter. Il pouvait bien contourner la ligne de combattants, mais c'était au risque de se retrouver face à face avec Lord Voldemort, et Remus était persuadé de ne pas tenir bien longtemps en combat singulier contre le Seigneur des Ténèbres.

Lorsque la quatrième déflagration retentit, il y eut un bref silence sur le champ de bataille. Tous portèrent leur main sur leur cœur, car ils avaient tous senti cette secousse qui avait résonné jusque dans leurs entrailles. Ils avaient tous senti que l'air s'était densifié, et qu'ils ne respiraient plus normalement. Derrière le champ de bataille, Remus aperçut Voldemort sourire sous son capuchon. Accoudé à un arbre, il vit alors aux alentours de nombreux points rouges sortir de la nuit comme autant de brasiers ardents perçants l'obscurité. Il entendit aussi, tandis que les combats reprenaient plus férocement encore, ces voix geignardes et malignes qui lançaient depuis la nuit avec un peu plus de force :

 

Les morts se lèveront, la grande Nuit vaincra

Et le Samhain enfin jamais ne finira.

 

Il fallait agir vite, tous avaient senti que les Spectres gagnaient en puissance.

En jetant de nouveau un regard sur le champ de bataille, Remus vit James venir à bout de son adversaire, et regarder autour de lui d'un air perdu. Il lui fit alors de grands signes, et en un instant, James disparut, pour réapparaître juste à côté de lui.

- Il faut l'empêcher de découvrir ces morts ! lui dit-il précipitamment.

- Je sais ! lui répondit Remus. Mais je ne sais pas comment faire pour contourner les mangemorts sans me retrouver directement face à lui !

- Il ne faut pas l'affronter directement, enchaîna James. Il faut simplement le divertir, le temps que les renforts arrivent !

Soudain, une idée naquit dans le cerveau de Remus. Il se souvint de la manière dont Fol Œil et Dedalus Diggle s'étaient occupés de Voldemort chez les géants, pour leur permettre de fuir.

Lorsqu'il proposa à son ami de s'y prendre de la même manière, afin de gagner du temps avant l'arrivée de Dumbledore, celui-ci se crispa :

- Tu ne penses pas qu'il s'y attendra ?

- Tu as une meilleure solution ? Il faut faire vite, James, les morts se réveillent !

Il écarquilla les yeux, et approuva d'un signe de tête. Ils convinrent rapidement d'un plan d'attaque, et décidèrent qu'ils ne devaient jamais se trouver tous les deux au même endroit, et devaient rapidement changer de place lorsqu'ils avaient jeté leur sortilège.

S'étant mis d'accord sur ces quelques points, ils s'élancèrent entre les arbres, vers les positions qu'ils s'étaient distribuées. Remus marcha précautionneusement, prenant soin de faire le moins de bruit possible, en contournant la bataille vers la droite, pour se retrouver à la gauche de Seigneur des Ténèbres. Il ne savait pas à quel point celui-ci pouvait entendre si quelqu'un s'approchait de lui, avec le tumulte que produisait le combat, mais il préférait ne pas préjuger des capacités de Lord Voldemort à se tenir sur ses gardes.

Il progressa lentement vers un point qu'il jugeait satisfaisant, et se cacha tant qu'il put derrière le tronc qui l'abritait.

Il voyait le Seigneur des Ténèbres, les mains dans ses longues manches, la tête sous son capuchon, fixer le sol sous ses pieds qu'il creusait à coup de sortilèges.

Remus avisa alors un jeune arbre qui se trouvait non loin de la scène. Il le pointa de sa baguette, et murmura comme pour lui-même :

- Confringo !

Le maléfice explosif faillit de sa baguette, traversa la lisière, et vint heurter l'arbre dont le tronc explosa. Il vacilla un instant sur lui-même et commença à tomber en avant. Cependant, au moment où il aurait dû frapper Voldemort, celui-ci fit un imperceptible mouvement d'épaules, et le tronc s'immobilisa.

Remus avait alors disparu, et lorsqu'il était réapparu, quelques mètres plus loin, il vit que le Seigneur des Ténèbres avait réorienté l'arbre tombé, et le pointait maintenant sur lui, sans pour autant lui adresser un seul regard.

D'un coup, l'arbre reprit son envol et fondit droit sur Remus, qui dut disparaître de nouveau pour l'éviter. Quand il réapparut une nouvelle fois, James venait de lancer un sortilège en visant directement le Seigneur des Ténèbres. Celui-ci, sans broncher, le dévia sans même regarder d'où il venait. Il y eut alors un claquement caractéristique du transplanage, qui fut alors suivi d'une nouvelle déflagration, et d'une nouvelle gerbe de terre.

De nouveau, Remus dut s'accouder à un arbre, car son cœur avait réagi à cette nouvelle explosion avec plus de violence qu'il ne l'avait fait pour la précédente.

 

Les morts ne dorment pas, ils veillent sous le sol.

Ceux qui écoutent étaient de tout temps éveillés.

 

Il entendait les voix geignardes des morts dans son esprit, et les voyait prendre lentement forme dans l'obscurité des bois. Il voyait leurs yeux l'encercler, créant autour de lui un immense brasier dans lequel il crut brûler. Ces lueurs infernales qui flottaient dans l'air le faisaient suffoquer, et il lui sembla un instant qu'il avala une gorgée de cendres venues du ciel. La tête lui tournait, et la silhouette du Seigneur des Ténèbres devant lui devenait floue par instant, à mesure qu'il ouvrait la voie au Second Plan.

Se secouant, il progressa de quelques pas vers la lisière et, à bout de souffle, il pointa de sa baguette le sorcier encapuchonné.

- Incarcerem !

Les cordes qui jaillirent de sa baguette s'écrasèrent mollement contre le bouclier magique de Lord Voldemort. À l'opposé de sa position, Remus regarda un instant le combat qui se jouait entre l'Ordre et les mangemorts. Les secousses provoquées par Voldemort sur le Premier Plan n'épargnaient personne, et si les combattants tentaient désespérément de conserver leurs positions, ils se battaient maintenant avec beaucoup plus de difficultés, et tous les visages étaient contractés dans une expression de souffrance et de concentration.

Il vit un centaure tomber sans qu'aucun sortilège ne l'ait touché, et se convulser sur le sol, l'écume aux lèvres. Maugrey se battait contre Yaxley, mais il était appuyé sur son bâton, et menaçait de s'effondrer à tout moment. Son adversaire était lui aussi à bout de souffle, et son visage rouge et suant indiquait que le combat serait bientôt trop compliqué pour lui.

Remus tourna de nouveau son regard vers Lord Voldemort. Il ne voyait que son dos, vêtu d'une large cape noire.

Aucun sortilège ne pouvait l'atteindre, il devait essayer autre chose. Il entendit alors un nouveau craquement, et tourna la tête à droite. James venait d'apparaître à la lisière, le teint pâle, le souffle court.

Remus lui jeta un regard éloquent de détresse, et James lui répondit avec un haussement d'épaules désespéré. De là où il se trouvait, il entendait la litanie des paroles du Seigneur des Ténèbres, qui s'élevait dans la nuit comme autant de menaces et de promesse d'ombre.

Aucun sortilège ne parvenait à percer son bouclier. Il fallait trouver autre chose.

 

Nos âmes survivront, nos esprits passeront

De la mort à la vie, en franchissant le Pont.

 

Quelle horrible chanson. Elle emplissait son cerveau et s'accrochait à son esprit comme une sangsue. Elle aspirait ses forces vitales, et troublait son âme, qu'il sentait aspirée au fur et à mesure par l'ombre qui l'entourait, et par ce feu qui brillait dans ces innombrables yeux.

Il eut alors une exclamation d'horreur, alors qu'il sentit un froid glacial prendre son épaule droite. Une main désincarnée, aux doigts griffus et formée d'ombre s'était posée sur lui. Se soutirant brutalement à cette étreinte, il tomba sur le sol, et recula le plus loin possible.

Il sentit sous sa main des petits cailloux pointus, qui lui entaillèrent les paumes.

L'Ombre était sortie de l'obscurité, et faisait maintenant quelques pas vers lui.

Aucun sortilège ne pouvait percer son bouclier.

Il avait ressenti une vive douleur au dos en tombant. Sa respiration avait été coupée pour un bref instant, et sa vue s'était brouillée.

Le Spectre s'était immobilisé et le fixait de ses yeux de brasier. Et Remus le reconnut. C'était lui-même, c'était son Spectre. Son cœur explosa dans sa poitrine, alors que la terreur le prenait.

Il s'attendait à ce que son double lui saute dessus, et l'attire avec lui dans l'ombre de la Nuit, perdu à jamais dans le Second Plan.

Mais il n'en fit rien. Il se contenta de lever le bras gauche, pour désigner la main blessée de Remus.

Il ne comprit pas.

- Qu'est-ce que tu me veux ? hurla-t-il, plein de terreur. Pourquoi fais-tu cela ?

Elle ne lui répondit pas. Alors il sentit toute sa colère et sa rage contenue, tout son ressentiment, toute la peur qu'il avait gardée pour lui depuis des années se déverser hors de son corps, tandis qu'il hurlait à son Ombre et à lui-même :

- Je te hais ! Tu m'entends ? Je te hais ! Je hais tout ce que tu es, tout ce que tu représentes ! Je hais cette partie de moi que tu étais, je hais ce que tu as laissé en moi en me quittant ! Si j'avais pu t'arracher moi-même de mes propres entrailles, je l'aurais fait plus tôt, que tu arrêtes de me torturer, et que tu emportes avec toi cette malédiction que je porte ! La mort ne te suffisait pas, il fallait que tu viennes hanter ma vie ? Pourquoi fais-tu cela ? Je te hais ! Tu m'entends ?

Mais l'Ombre ne bougeait pas, et continuait de pointer du doigt la main blessée de Remus, dont le sang commençait à perler sur le sol de la forêt.

C'est alors que tout se fit clair.

Aucun sortilège ne pouvait percer son bouclier. Et les cailloux de la forêt avaient blessé sa main.

Remus se releva d'un bond, sous l'effet du choc. Il regarda un instant son Ombre devant lui, qui ne bougeait plus, et fixait sur lui ses yeux de feu.

Il avait dans la main un caillou pointu.

Il fronçait les sourcils, car il ne la comprenait pas. Ils restèrent quelques secondes face à face, sans se toucher. Puis son Spectre leva lentement le bras gauche, et de son index brumeux, désigna le cœur de Remus. Il avait les yeux fixés dans les siens. Un instant, il s'oublia dans son brasier, dans les flammes qui brûlaient à l'intérieur de ces orbites vides, et creusées par la Nuit. Lorsque l'Ombre le toucha, il sentit une tristesse lui serrer le cœur. Il avait l'impression de perdre quelque chose, qu'on lui arrachait de force une partie de lui-même à laquelle il voulait encore s'attacher. Juste encore un peu. Lui permettre de s'oublier dans l'obscurité d'un temps qui disparaissait, et qui bientôt n'existerait plus. C'était une douleur de deuil. Et ce deuil était le sien, le deuil de lui-même. Il se tenait face à son reflet, et bientôt il disparaîtrait. La nuit emporterait cette image qu'il devait abandonner. Son propre reflet, reliquat d'un temps dans lequel il avait vécu, allait s'évaporer, et ne laisser derrière lui que le souvenir de son existence, et la tristesse de son départ. Il sentit quelque chose bouger dans son ventre, quelque chose qui avait toujours été là, et avec lequel il avait appris à vivre.

L'Ombre abaissa alors son bras et, lentement, se retourna pour ne plus présenter à Remus que son dos, de sorte qu'il ne vit plus d'elle qu'une forme floue, qui se mêlait à la noirceur de la nuit, et qui y disparaissait.

Il ne tremblait plus. Son souffle était redevenu régulier. Il se retourna vers le Seigneur des Ténèbres dont il voyait toujours le dos.

Prenant alors son élan, il lança le caillou de toutes ses forces, en visant le capuchon. La pierre s'envola avec la vitesse d'une fusée, et heurta le mage noir de plein fouet. Il eut un léger sursaut quand il reçut le coup, puis releva la tête.

C'était le moment. Remus disparut, et réapparut plus loin. Il vit le Seigneur des Ténèbres se retourner, et s'abaisser pour ramasser le caillou. Dès qu'il fut levé, Remus le vit subir un nouveau choc, et, sous l'impact, faire un pas en avant. Il se retourna vivement vers le point d'où provenait le projectile, mais ne trouva rien. Un claquement sec retentit, et Remus comprit que James venait de transplaner. Il se saisit alors d'une nouvelle pierre sur le sol, et la lança de toutes ses forces sur le Seigneur des Ténèbres. Cependant, elle avait à peine atteint sa cible que Lord Voldemort s'était brusquement retourné vers lui et, avant qu'il puisse disparaître, il avait vu le mage noir se volatiliser dans l'air.

Il entendit un drôle de bruit sourd derrière lui, puis un chuchotement.

Enfin vous êtes là.

Il y eut alors une détonation sous ses pieds, et il se sentit s'envoler. Il passa entre les arbres en battant stupidement des bras, et atterrit dans la terre meuble que Lord Voldemort était en train de retourner. Au moment où il s'écrasa, il entendit une nouvelle détonation, et bientôt James s'étalait à ses côtés, dans la tranchée.

Ils entendirent un nouveau bruit sourd, et au moment où ils tentaient de reprendre leur souffle, le Seigneur des Ténèbres apparaissait au-dessus d'eux. Son capuchon était tombé, et révélait une tête en forme de serpent, aux yeux rouges, et dont le nez avait été remplacé par deux fentes verticales.

Vous êtes persistants, c'est le mérite que l'on peut vous reconnaître.

Remus sentit quelque chose bouger sous lui. La terre se mouvait d'elle-même, comme agitée par une force souterraine.

Cependant, votre principal défaut, c'est que vous arrivez toujours trop tard.

Le sol remua une nouvelle fois, et un bruit sinistre d'os brisé se fit entendre.

Bientôt, les Ombres seront découvertes, et elles se joindront à moi pour renverser notre Plan.

Remus eut un haut-le-cœur. À sa droite, une main squelettique venait d'émerger de la terre, et remuait lentement ses phalanges dans l'air.

Il ne me restera plus qu'à jeter vos corps dans une quelconque fosse, et tout sera terminé.

La main venait de s'appuyer sur la terre de la tranchée, et tentait de hisser le reste de son corps hors du sol.

Remus fixa de nouveau ses yeux sur Lord Voldemort. On entendait encore quelques détonations, venant des sortilèges que s'échangeaient toujours membres de l'Ordre et mangemorts. Le Seigneur des Ténèbres décroisa alors les bras, et sortit ses longues mains blanchâtres de ses manches. Il avait, dans sa main droite, une baguette magique dont la forme rappelait étrangement un os humain, et la pointa sur les deux sorciers au sol.

Bientôt, vos camarades mourront dans la Transition. Je n'ai qu'à vous tuer maintenant, pour vous épargner une telle souffrance. C'est une grâce que vous fait le Seigneur des Ténèbres...

Il y eut alors une grande détonation, et la scène fut subitement éclairée d'une vive lumière orange.

Remus, qui avait fermé les yeux au moment où Voldemort avait pointé sa baguette sur eux, pensa un instant que le sortilège l'avait touché.

Mais lorsqu'il releva la tête, il vit que Voldemort ne les regardait plus. Il fixait un point devant lui, sur le champ de bataille, dont le vacarme s'était subitement tu après la détonation.

Le mage noir affichait un rictus de dégoût ostensible.

James et Remus, couchés dans la tranchée, entendirent alors une voix forte et pleine de colère résonner :

- Éloigne-toi de ces hommes, Tom. Leur faire du mal n'est pas nécessaire.

Ils reconnurent immédiatement la voix d'Albus Dumbledore.

- Et si je veux leur faire du mal, moi ? répondit alors à haute voix le Seigneur des Ténèbres. Crois-tu que tu pourras m'en empêcher, vieillard ?

- Je ne le crois pas, j'en suis persuadé, Tom.

- Remus...

Il sursauta. À ses côtés, James lui tendait la main.

- Tu préjuges de tes capacités, Dumbledore. Le Samhain est là, la Nuit tombera, elle est déjà bien avancée. Tu arrives trop tard, la tombe est ouverte. Tu n'as plus aucun pouvoir dans cette réalité, elle n'est plus la tienne.

- Elle l'est encore un peu. La balance penche dans le Second Plan, mais il est toujours possible de la rééquilibrer. Et tu le sais, Tom.

Ils entendirent une détonation, et un cri sonore. Il y eut un bruit de chaînes, suivi du bruit d'un corps qui s'effondre sur le sol.

- Tes mangemorts sont de très mauvais sorciers, j'espère que tu le sais, reprit alors Dumbledore. Mais reprenons. Ton plan était presque parfait, Tom, je dois bien l'avouer. Si seulement la clé de sa réussite n'avait pas été la course inexorable du temps, et un insatiable désir de conservation. Vois-tu, tout aurait pu jouer en ta faveur, si nous n'avions pas eu vent de tes négociations avec les géants et les loups-garous. Cependant, tout ce plan, qui avait été particulièrement bien pensé, comprends-moi bien, reposait sur le potentiel d'une seule nuit. Une seule nuit pour retourner le monde, excuse-moi Tom, mais cela me semble bien présomptueux.

- Tu parles trop Dumbledore, et tu agis peu. Ce n'est pas en parlant que tu sauveras ton monde.

- Et pourtant...

Il y eut un grand cri aigu dans l'air. Une subite exclamation qui fendit l'espace, et manqua de fendre également les tympans de Remus. Il se tourna vers James, qui se couvrait une oreille d'une main, et agitait son autre main devant lui pour l'inciter à s'en saisir.

- Je n'arrive pas trop tard, Tom ! fit alors Dumbledore au-dessus du vacarme. J'arrive pour te dire que tu as perdu. Tu as pris trop de temps à déterrer les morts. Entends-les ! Ils sentent que le jour se lève !

Le cri persistait, et devint sensiblement plus aigu. La nuit noire s'était teintée de gris, et les cimes des arbres se détachaient un peu plus sur la voûte du ciel.

- J'ai encore quelques minutes, fit le Seigneur des Ténèbres d'un ton narquois. Le soleil n'est pas levé, et je ne compte pas m'attarder plus longtemps.

- C'est aussi pour cela que je suis là.

Remus se jeta sur la main que James lui tendait. En un instant ils disparurent, alors qu'une puissante déflagration heurtait Lord Voldemort de plein fouet, et s'écrasait sur le bouclier magique qu'il venait de former.

Lorsqu'ils réapparurent, ce fut derrière la ligne de combat telle qu'elle avait été dessinée.

Ils tournèrent alors leurs regards vers le formidable combat qui se déroulait dans la clairière. Albus Dumbledore et Lord Voldemort s'échangeaient de puissants sortilèges, illuminant de leur magie tout l'espace autour d'eux. Au moment où Voldemort envoyait une déflagration, Dumbledore la déviait contre des arbres qui s'enflammaient sous le choc, et répliquait immédiatement avec deux nouvelles attaques, que son adversaire contrait en mobilisant toutes les ressources magiques dont il était capable.

D'un mouvement de baguette, Dumbledore déracina un arbre derrière le Seigneur des Ténèbres, et tenta de l'écraser avec. Cependant, celui-ci, d'un coup de baguette, prit le contrôle du tronc, et le lança avec la vitesse d'une flèche vers son adversaire. Dumbledore agita de nouveau sa baguette, et l'arbre explosa en une multitude de fragments qui s'immobilisèrent dans l'air, et fondirent d'un seul mouvement sur le mage noir, qui fit apparaître un bouclier, sur lequel ils vinrent s'écraser.

Remus entendait toujours ce cri qui lui déchirait les oreilles. Il voyait les yeux des Ombres trembler frénétiquement dans l'obscurité.

D'un seul coup, il y eut une explosion, alors que Dumbledore se rapprochait petit à petit de Voldemort. Une gerbe de terre se retrouva projetée en l'air, et atterrit dans la tranchée d'où elle provenait originellement.

Remus tourna vivement la tête pour voir d'où provenait l'explosion. Il vit alors Lily et Marlène, baguettes levées, qui visaient les monticules de terre devant elles, qui avaient été formés par Lord Voldemort.

Les trois mangemorts qui restaient debout - les autres se roulaient de douleur sur le sol - voulurent les empêcher de continuer, mais James et Sirius se jetèrent en travers de leurs sortilèges, et les défendirent pendant qu'elles remettaient la terre d'où elle venait.

Remus se mit sur ses jambes aussi vite qu'il put, et se plaça aux côtés de Lily. Il lança sortilège sur sortilège pour que la terre retourne dans le trou d'où elle était sortie. Ils produisirent alors secousse sur secousse pour tenter de remplir de nouveau cette tranchée. Autour d'eux, les orbes rouges qui brillaient dans la nuit commençaient à disparaître, à mesure que le trou se refermait, et que le jour se levait.

Il ne leur resta plus que quelques sorts à jeter, quand une gigantesque déflagration les souleva du sol, et les fit voler quelques mètres plus loin. Lord Voldemort venait de libérer son pouvoir, et dans sa colère, il avait stoppé les membres de l'Ordre.

Toutefois, Dumbledore leva de nouveau sa baguette. Une immense flamme en sortit, et fondit sur le mage noir. Le temps qu'il la dévie, Dumbledore avait pointé sa baguette sur les derniers monticules de terre, et lançait un sortilège qui les remit d'un coup à l'endroit où, quelques minutes avant, s'étendait une cavité profonde.

Dans le même instant, tous les cris se turent, et un silence total s'abattit sur la clairière.

Tous virent alors Albus Dumbledore abaisser sa baguette, et pointer du doigt les premières lueurs orangées du jour qui se faisaient voir au-dessus des cimes.

- C'est fini, Tom. Il n'y a plus rien que tu puisses faire maintenant.

Le Seigneur des Ténèbres regarda un instant le ciel. Lorsqu'il baissa de nouveau la tête vers Albus Dumbledore, il avait les traits durcis par la colère.

- Pour l'instant, Dumbledore.

Des claquements secs retentirent parmi eux. Les mangemorts transplanaient pour fuir.

Au moment où Remus reportait ses yeux sur Lord Voldemort, il s'aperçut que lui aussi venait de se volatiliser.

La bataille était finie, et le souffle lui manquait. Le silence revint d'un seul coup sur la clairière.

Quelques centaures se relevèrent, un peu étourdis, et Sibaye, qui s'était ardemment battu contre les sorciers de Voldemort, s'était avancé vers Dumbledore pour le saluer.

Remus aida Marlène à se relever, alors que James s'occupait de Lily. Derrière lui, Sirius et Peter prenaient soin de Hagrid, qui avait été assommé, et Maugrey venait de sortir Dedalus Diggle, toujours inconscient, du buisson dans lequel Remus l'avait caché.

Une fois que Marlène était de nouveau sur ses pieds, Remus prit un instant pour se poser contre un arbre. Autour de lui, il entendait les murmures de ses amis, et il trouva ce soudain silence apaisant. La lumière du jour l'envahissait petit à petit, et réchauffait son corps endolori, et paralysé par la peur. Son souffle s'élevait dans l'air en une volute de vapeur pas plus légère qu'un mauvais rêve.

Quelques centaures se groupaient autour de Sibaye et Dumbledore, et écoutaient leur conversation avec beaucoup d'intérêt.

Les murmures l'envahissaient maintenant comme autant de voix réconfortantes, et réchauffaient son cœur. Il avait la certitude qu'il était bien entouré, et que le jour était levé. Le bruit des sabots des centaures sur le sol lui était agréable, et il entendait leurs queues fouetter l'air.

Il se sentit alors plein de vie, plein d'une chose qui l'avait déserté depuis un mois, et qui avait laissé en lui un vide vertigineux, sur les bords duquel il n'avait pas eu le courage de se pencher. Il se sentait bien, ici, dans cette forêt, au milieu du bruit des feuilles qui bruissaient dans le vent, des murmures qui courraient autour de lui, et dans le souffle du vent qui glissait sur son corps.

Il eut subitement l'image d'une vitre brisée, et d'un drap taché de sang.

Non, pas maintenant. Il ne voulait pas y penser, et n'y penserait pas.

Pour l'instant, il se concentrait sur ce qu'il avait autour de lui, et sur le silence qui, enfin, venait de tomber.

- Remus...

Une voix l'appela. Lorsqu'il releva la tête, il vit que Lily lui faisait le signe d'approcher. Les membres de l'Ordre se tenaient face aux centaures, qui discutaient joyeusement avec les sorciers.

Dès qu'il fut sur ses pieds, il sentit des fourmis lui courir le long des cuisses et des mollets. Aussi, les premiers pas furent difficiles, mais quand il fut à la hauteur de Lily, Sibaye s'approcha de lui, et lui posa une main sur l'épaule avec une telle vigueur qu'il faillit s'écrouler.

- Tu t'es bien battu, sorcier, dit Sibaye en riant un peu, et tu as défendu notre clan avec bravoure. Nous te serons pour cela éternellement reconnaissants.

Remus hocha la tête dans un signe de gratitude, mais ne put articuler un mot. En cet instant, il n'avait pas la force de parler.

- Retourne maintenant dans ta ville, avec tes amis, et prenez soin de votre peuple. Une prophétie approche, et elle scellera notre destin à tous. Soyez prêts à la recevoir. Les étoiles sont formelles. Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche.

Mais Remus n'avait pour l'instant que faire des prédictions du centaure. Il avait vu Albus Dumbledore froncer les sourcils, et Maugrey se crisper, mais peu lui importait en ce moment. Il se sentait tanguer sur le sol, comme s'il ne touchait plus la terre.

Il prit néanmoins la main que Sibaye lui tendait, et la serra avec affection, conscient que ce geste était hautement symbolique de la part du centaure. Il salua ensuite chacun de ses camarades, et Dumbledore dit alors :

- Bien, le moment est venu pour nous de vous laisser. Nous avons été ravis de passer ces quelques heures très instructives avec vous, mais nous avons tous quelques heures de sommeil en retard, et j'ai pour ma part des étudiants à saluer !

Tous rirent doucement, et se mirent en duo ou en trio pour faciliter leur transplanage. Remus se retrouva dans le groupe de Fol Œil, qui s'appuyait toujours difficilement sur son bâton, en essayant de dissimuler sa difficulté à marcher :

- Tout va bien, Alastor ? Vous préférez peut-être que ce soit moi qui nous transporte tous les deux ?

- Tout va très bien, répondit celui-ci d'un ton bourru. Je vais bien, je peux nous transporter.

Il lui prit alors fermement les mains, et les tint dans les siennes.

- Prépare-toi, le prévint-il.

Cependant, le regard de Remus fut attiré par quelque chose d'autre, derrière les arbres. Elle était dissimulée derrière un tronc, la main sur l'écorce, et le regardait. Elle avait changé, toutefois. Ses yeux étaient comme les siens, et avaient perdu leur couleur rougeâtre. Ses traits étaient flous, et elle semblait taillée dans la lumière elle-même. Le vent agitait ses fins cheveux désincarnés, et son visage doux et presque transparent se teintait des lumières de l'aurore.

Quelque chose bougea dans le cœur de Remus, et un poids le quitta. Il ne put s'empêcher de sourire. Son apparition lui rendit un clin d'œil.

Et alors, jouissant d'une nouvelle légèreté, il s'envola dans un tourbillon de couleur, avec dans le cœur, une joie féroce.

 

End Notes:

Eh voilà ! Ce n'est certes pas la fin, mais on s'en rapproche tout de même ! J'espère quez vous avez apprécié votre lecture, n'hésitez pas à me laisser vos impressions dans les reviews, et j'espère vous revoir la semaine prochaine, pour la conclusion définitive de cette histoire !

Bonne continuation à vous !

Epilogue by TeddyLunard
Author's Notes:

Bonjour à toustes ! Nous voici donc arrivé.e.s à la fin de cette histoire, dont voici l'épilogue ! Je voulais vous remercier pour avoir tenu jusque-là, ahah, et d'avoir eu de l'intérêt pour cette histoire que j'ai beaucoup aimé écrire !

Merci à MadameMueller pour ses retours incroyables, et pour sa lecture !

J'espère que vous apprécierez cette dernière lecture ahah !

 

EPILOGUE

 

24 décembre 1979

Remus frappa quelques coups à la porte d'entrée. Il entendait à l'intérieur les rires et les exclamations de joie. Il avait sur le dos un sac qu'il avait magiquement agrandi, et qui contenait tous les cadeaux qu'il avait acquis pour ses amis.

La porte s'ouvrit alors sur James, souriant et coiffé d'un ridicule bonnet de Père Noël.

- Remus ! s'exclama-t-il. Je suis content de te voir ! Entre donc te réchauffer ! Tout le monde est déjà arrivé, nous n'attendions plus que toi pour commencer !

Il lui envoya alors une bourrade sur l'épaule, et libéra le passage pour que Remus puisse pénétrer dans l'entrée.

- Tu es venu tout seul ? lui demanda-t-il. Tu n'as apporté personne avec toi ?

Remus rit doucement. James savait que cette question le mettait d'ordinaire mal à l'aise, mais il ne pouvait s'empêcher de rire à chaque fois qu'il lui posait.

- Désole de te décevoir, mais ça ne sera pas pour cette année...

- Ah ! Eh bien pour l'année prochaine ! lui répondit James dans un éclat de rire, en le débarrassant de son manteau et en le suspendant à un cintre. Après tout, ce n'est pas notre dernier Noël ensemble, tu as encore tout ton temps pour nous présenter à ta future conquête !

Quelques cris de joie s'élevèrent à nouveau du salon, et tous entendirent Sirius lancer :

- Mais non, Peter, tu dois le mettre dans ta bouche !

Quand Remus pénétra dans le salon, il y eut de nouvelles exclamations, auxquelles il répondit par un mouvement de main furtif, et un léger sourire gêné. Lily l'embrassa chaleureusement :

- Je suis contente que tu sois venu, lui dit-elle tout bas. Comment vont tes parents ?

- Bien... bien, assura-t-il sans grande conviction.

Elle sembla comprendre, l'espace d'un instant, qu'il ne lui disait pas toute la vérité. Mais il était persuadé qu'elle ne savait que ça. De son mensonge, elle ne voyait que le voile, et non ce qu'il dissimulait.

La vérité était qu'il était de nouveau retourné dans ce bungalow perdu dans cette forêt anonyme. Il avait voulu voir si elle était encore là, si elle hantait encore les lieux. Il avait espéré la rencontrer de nouveau, lui parler de nouveau. Mais le jour l'avait emportée, et il était resté seul avec lui-même, dans l'obscurité des arbres. Ses visites à ses parents s'étaient faites de plus en plus rares, car à chaque fois il ne supportait pas sa propre culpabilité, et les mensonges qu'il était obligé de proférer. Il avait également peur que les mangemorts qu'il avait combattus ne s'en prennent à eux, car ils connaissaient maintenant son visage et son nom, et il ne pouvait se résigner à les mettre en danger par pur égoïsme. Il avait donc laissé cette maison en briques blanches dans les couloirs de laquelle courrait encore sa jeunesse. Elle était une ombre, désormais, elle aussi. Un moment qui lui avait été enlevé, et qui jamais ne reviendrait. Un changement de plus dans une vie qui ne faisait que passer de transition en transition, sans horizon fixe.

La vérité, c'était qu'il se sentait coupable.

Il regarda alors autour de lui. Sirius s'était lancé dans l'imitation d'un géant qu'il avait assommé au cours de leur mission dans le clan de Dagger. Peter, assis sur le canapé en face, avait les yeux exorbités, et semblait boire ses paroles. Il battait des mains comme un enfant à chaque rebondissement de cette histoire invraisemblable. James, de son côté, écoutait aussi Sirius, mais moquait son dramatisme, et l'embellissement héroïque qu'il faisait subir aux faits :

- La vérité, dit-il en riant, c'est que Patmol a fui comme une poule mouillée ! La queue entre les jambes !

- Et où voulais-tu qu'elle soit d'autre ? s'exclama Sirius, avec un rictus.

- Oh, tu me dégoûtes ! répliqua James en riant de plus belle.

De leur côté, Marlène et Lily parlaient avec animation au coin du feu, et, de ce que Remus entendait, elles s'échangeaient des conseils sur comment bloquer plus efficacement certains maléfices.  

Un détail frappa Remus, cependant. Il voyait parfois Lily plaquer doucement sa main contre son ventre, et ne l'enlever que lorsqu'elle devait s'en servir.

- Et c'est là que Remus a jeté le caillou en plein dans la tête de Voldemort !

C'était maintenant au tour de James de raconter une de leur bataille. Remus était persuadé que les trois aventures qu'ils avaient vécues au mois d'octobre alimenteraient pour longtemps les repas communs des Maraudeurs, et leur mémoire partagée.

Quelqu'un lui avait mis une coupe dans la main, il ne savait pas bien qui. Mais il riait maintenant à l'histoire de James, et comment il avait distrait le Seigneur des Ténèbres en le caillassant.

- Mais au fait, fit Sirius, qui était avachi dans un fauteuil, vous les aviez vus, vous, ces Ombres, avant ce combat ?

Remus et Peter s'échangèrent un regard furtif. James eut un geste négatif de la tête, et fut immédiatement suivi par Peter et Remus.

- Merlin, qu'elles étaient laides, ces créatures, reprit Sirius, comme pour lui-même. Et effrayantes en plus... Enfin, heureusement que nous en sommes débarrassés, je ne m'imaginais pas vivre dans un monde où derrière moi, ma propre ombre aurait pu me tuer...

- Si tu avais une Ombre, Sirius, ça aurait déjà fait longtemps qu'elle t'aurait abandonné, répondit James d'un air narquois. Vivre attaché à toi, quel enfer !

Peter eut un éclat de rire, et fut suivi par Remus. Sirius, quant à lui, se renfrogna exagérément sur son fauteuil, feignant d'être vexé.

Mais il ne tint pas longtemps, et bientôt, il se lançait dans une nouvelle histoire, celle où il se battait contre deux mangemorts avec l'aide d'un centaure.

La soirée passa doucement, entre les rires de Peter, les histoires de Sirius, et les boutades de James.

Remus sentit, l'espace d'un instant, qu'il devait à tout prix ancrer dans sa mémoire ces moments avec ses amis. Quelque chose lui disait qu'un jour, il ne resterait de ces heures de complicité et de chaleur que des ombres perdues dans la nuit. Une nuit sans nom, une nuit sans lune, où il s'évanouirait, pour ne jamais revenir. Alors il regardait tout, les Maraudeurs qui bavassaient, Marlène et Lily, toujours au coin du feu, qui parlaient à présent de Quidditch, le sapin illuminé non loin du canapé, et la pile de cadeaux qui s'élevait au pied de l'arbre.

Il eut un subit frisson. La chaleur venait de pénétrer jusqu'à ses os, et réchauffait maintenant son corps entier.

C'est alors qu'on sonna à la porte. Le silence se fit soudainement, et Remus ne comprit pas bien pourquoi. James ne put cacher un vague sourire, et Lily le regardait, comme s'il lui incombait d'expliquer aux invités qui avait sonné.

Seulement, Remus remarqua que Peter fixait ses chaussures d'un air beaucoup trop concentré, que Sirius avait soudain cessé de le regarder dans les yeux, et que Marlène trouvait son verre d'un seul coup très intéressant.

- J'ai l'impression de manquer quelque chose, fit-il alors, un peu suspicieux.

Lily posa alors son propre verre, et se dirigea dans le couloir, pour aller ouvrir. Elle prit soin de fermer, au passage, la porte du salon qui menait à l'entrée. James se balança vers le bord du canapé, et lui dit doucement :

- Écoute Lunard, nous savons que tu traverses une passe difficile, et que tu fais tout pour préserver ceux que tu aimes. Non, n'essaie pas de le nier, ça ne sert à rien. Tout le monde sait ici que tu es retourné dans ce bungalow...

Remus avait tenté d'interrompre son ami. Il s'était d'un coup senti débordé, pris au dépourvu, et il ne savait plus s'il préférait être ici, ou dehors, sur le trottoir, au milieu de la neige.

Cependant, James continuait :

- C'est vrai que nos missions à l'Ordre nous exposent beaucoup, et que les mangemorts commencent à nous connaître... Mais c'est Noël aujourd'hui, par Merlin, et nous avons pensé que tu aimerais autant que nous passer cette soirée avec ces gens que tu essaies désespérément de protéger.

Le cœur de Remus ne suivait pas le rythme. Il balbutiait dans le vide, alors qu'il croyait comprendre ce qu'il se passait. Il eut très peu le temps de réfléchir. La porte qui menait au couloir s'ouvrit, et révéla une Lily rayonnante, suivie de Lyall et Hope Lupin.

En une fraction de seconde, Remus fut sur ses pieds. En une autre, il fut dans les bras de ses parents.

Sa mère passait délicatement les mains dans ses cheveux, et son père le serrait fort contre son cœur.

- Mon fils, murmurait-elle. Mon fils...

Il sentit alors ses yeux le piquer, et sa gorge se nouer.

Lorsqu'il releva la tête, et qu'il fit face à ses parents, il vit leurs yeux rougis, et comprit que le siens ne devaient guère êtres différents. Son père lui passa une main sur la joue.

- Tu sais, nous sommes très fiers de toi. Très fiers.

Remus dut utiliser toutes ses forces physiques pour maîtriser le tremblement de sa lèvre inférieure. Il ne parvint alors qu'à dire :

- Je suis désolé...

Sa mère l'attrapa alors vigoureusement, et le serra de nouveau contre elle.

- Ne dis pas de bêtises, lui dit-elle doucement. Ton père et moi comprenons. Mais Remus, sache que nous serons toujours là, en cas de besoin...

- Et d'ailleurs, ajouta son père en un sourire, si tu as besoin de mon aide pour résoudre une nouvelle affaire étrange, je serai toujours présent !

Remus eut un hoquet en riant. Il passa sa main sur son visage, et, reniflant, dit finalement :

- Non mais regardez-moi... C'est Noël, par Merlin, et je pleure comme une fontaine...

- Il te faut un verre, répondit sa mère dans un sourire, pour remplacer tout ce que tu as perdu !

- Ah ! s'écria Sirius avec joie. Voilà ma philosophie ! Madame Lupin, vous revenez quand vous voulez !

- N'oublie pas, Sirius, répliqua Lily, que ce n'est pas ta maison...

Il y eut un éclat de rire général, et immédiatement, les parents de Remus proposèrent d'aider Lily et James pour les toasts. Alors que Remus débarrassait son père et sa mère de leurs affaires, ceux-ci s'en allèrent dans la cuisine où, précédés de Lily, ils se remontèrent les manches, et commencèrent à tartiner des tranches de pain. Lorsque Remus posa sur eux un regard, il vit sa mère en grande conversation avec son amie, et son père, le nez sur son toast, apparemment très concentré, ses longs cheveux blancs rejetés dans son dos. À côté de lui, Hope agitait dans les airs sa cuillère pleine de tartinade, comme si elle tenait une baguette magique, et semblait rire aux éclats, en même temps qu'elle racontait à Lily Merlin savait quelles histoires. Il vit son père sourire, à un moment, mais ne pas lâcher des yeux le nouveau toast qu'il avait décidé de tartiner, et se lancer dans l'opération avec la concentration d'un chirurgien.

Lily venait de nouveau de toucher son ventre lorsque Sirius appela Remus, pour lui demander de raconter comment il avait parlé aux loups-garous du clan de Kaesar alors qu'il s'était retrouvé face à Fenrir Greyback.

Quelque chose lui serra le cœur, à cet instant. Quelque chose de chaud, et d'heureux. Marlène s'était assise sur le canapé, et avait posé sa coupe sur la table basse. Alors, Remus s'installa, et leur raconta sa joute verbale avec les loups-garous, et Fenrir Greyback. Il ne put cependant arriver au bout de son histoire, car ses parents, portant triomphalement les plateaux de toasts, entrèrent de nouveau dans le salon, suivi d'une Lily qui paraissait aux anges.

Lorsque Remus la regarda, il lui sembla qu'elle rayonnait, qu'elle irradiait d'une lueur qui provenait d'ailleurs. Elle s'aperçut de son regard, et lui rendit un doux clin d'œil.

Tous et toutes s'assirent autour de la table basse, et bientôt, les plateaux tournèrent entre les mains. Les conversations allaient bon train, lorsque, d'un coup, on entendit Hope Lupin demander à Lily :

- Et donc, ça va faire combien de temps, maintenant, pour vous ?

Et alors le silence se fit. Lily plissa les yeux, plus surprise que réellement circonspecte.

James avait écarquillé les siens et plongé rapidement le nez vers ses pieds. Marlène s'était tournée vers Lily, avec un air interrogateur sur le visage, et les Maraudeurs, ainsi que Lyall, se demandaient pourquoi James trouvait soudain le tapis si fascinant.

Hope, devant la réaction générale qu'elle avait provoquée, tenta de se rattraper :

- C'est juste que... eh bien... comme je vous vois toucher votre ventre dès que vous le pouvez, je me dis que ça ne doit pas faire longtemps, non plus...

Marlène fut la première à comprendre. Elle ouvrit la bouche en grand, et se frappa la tête du plat de la main. Puis ce fut au tour de Remus et Lyall, qui se regardèrent, et se tournèrent vers Lily, l'air véritablement surpris, tandis que la sorcière commençait à rosir. Peter eut un sursaut et écarquilla les yeux, et enfin, Sirius s'exclama :

- Attendez ! De quoi parle-t-on, exactement ?

Puis il vit la main de Lily posée de nouveau sur son ventre, et l'air radieux qu'elle arborait.

- Oh, fit-il. Oh, je vois... oui...

- Cela va faire deux semaines que nous le savons, répondit alors Lily dans un sourire. Nous voulions vous l'annoncer au moment des cadeaux, mais il semble que nous ayons été démasqués plus tôt...

- Ma chère, je suis vraiment navrée, s'excusa Hope. C'est juste que ça semblait tellement évident pour tout le monde !

- Évidemment, puisque nous l'ignorions ! s'exclama Sirius.

- Mais c'est parce que vous ne regardez pas autour de vous, répliqua Hope dans un sourire. Vous êtes aussi aveugle qu'une taupe !

- Surtout ne le traitez pas de taupe, madame Lupin, notre Patmol est très susceptible quand on touche à son être animal ! fit alors James, qui avait décidé de quitter sa méditation sur les fibres de son tapis.

Il reçut immédiatement une bourrade de son ami, qui déclencha le rire général.

Remus ne parvenait pas à le croire. Bientôt, un nouvel arrivant ferait son apparition dans le foyer de James et Lily. Il pensa un instant à la chance qu'il aurait, et à l'avenir qui s'ouvrait devant lui. En cet instant, il se sentait débordant de joie.

La soirée se poursuivit, et enfin, les Lupin décidèrent de rentrer, car il se faisait tard. Remus se proposa de les accompagner, et décida de passer la nuit dans son ancienne maison. Il pensa un instant qu'un peu de nostalgie ne lui ferait pas de mal. Et puisque ce bungalow perdu n'abritait plus rien qui l'intéressait, puisque cette ombre avait définitivement disparu, alors plus rien ne le retenait là-bas.

Cependant, avant de rejoindre ses parents chez eux, il insista pour marcher seul dans cette grande rue de Godric's Hollow recouverte de neige. Il leur promit de ne pas rentrer tard. Ses parents disparurent sous ses yeux, et il fut subitement seul, alors que la neige tombait du ciel dans ses cheveux.

Puis, saluant ses amis, embrassant Lily, et lui souhaitant tout le meilleur, il s'engagea le long du trottoir devenu blanc, sentant la neige craquer sous pieds, et voyant son souffle s'élever dans l'air en une volute de vapeur semblable à un rêve. Il était recroquevillé sous son long manteau, et son sac se balançait mollement sur son dos. Il tourna à l'angle d'une rue, sans vraiment savoir où il allait. Il se contentait de suivre les ronds orangés que les lampadaires dessinaient dans la nuit.

Il marcha pendant une heure, laissant ses traces dans la fine pellicule blanche recouvrant le trottoir. Il marcha sans savoir réellement où il allait. Il faisait confiance aux lampadaires, il faisait confiance à leur lumière pour ne pas se perdre dans la nuit.

De nombreuses images défilaient devant ses yeux. Il souriait, seul. Il revoyait la soirée qu'il venait de passer, ses amis, ses parents. Il revit également, par un agréable enchaînement d'idées, le salon de ses parents, et se promena mentalement dans les pièces de cette maison en briques blanches sur laquelle glissait souvent le souffle du vent. Une vague de chaleur saisit son cœur, alors qu'il fixait dans sa mémoire cette douce sensation d'avoir vécu, et d'avoir aimé vivre.

Cependant il s'arrêta.

Il se trouvait entre deux cercles orangés dessinés par les lampadaires, et regardait l'aura que traçait celui devant lui. Quelque chose avait bougé dans la lumière, quelque chose de fugace, de passager, mais de bien présent. Il s'immobilisa, le souffle court. Son œil avait capturé un pli dans la lumière, qui s'était évaporé en un instant, mais qui avait eu la consistance d'une vision.

Il était persuadé que l'espace d'un instant, il avait vu devant lui un sourire heureux et juvénile qui flottait, désincarné, dans la lumière de la nuit.

Qu'avait été cette apparition ? Il n'en avait aucune idée. Son esprit avait été trop occupé par ses souvenirs pour saisir pleinement ce mouvement fugace et passager, cette ride de lumière qui s'était soudain manifestée devant lui.

Mais il y avait plus. Cela le fit sourire. Il avait eu l'impression, pendant un très bref moment, lorsqu'il observait la lumière pour y déceler le moindre mouvement, que ce sourire fantomatique ne lui était pas étranger. Qu'il avait, peut-être, l'éclat d'un reflet qui, lui, ne l'avait pas quitté. Une partie de lui laissée intacte, résistante, et qu'il chérissait.

Son cœur se serra. Oui, peut-être était-ce cela.

Le sourire de son Reflet.

Il était temps de rentrer, et la nuit devenait froide.

Sortant sa baguette pour transplaner, il fixa une nouvelle fois le rond de lumière orangée devant lui.

Rien.

Le sourire avait disparu pour de bon.

Il se décida à partir.

Cependant, au moment où il était aspiré par un tourbillon de couleurs vers la maison de ses parents, où son enfance avait vécu, il fut pris d'un sourire. Au moment de disparaître, il avait senti, sur son épaule droite, une douce chaleur, comme une main amicale posée sur lui, et l'accompagnant hors de cette nuit, vers un matin qui se lèverait bientôt.

 

FIN

End Notes:

Et voilà, c'est fini ! N'hésitez pas à donner vos ultimes impressions en reviews ! J'espère que vous avez pris du plaisir à lire cette histoire, et j'espère vous retrouver bientôt !

Bonne continuation !

Cette histoire est archivée sur http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=37919