The bachelorette party of her life by Lyssa7
Summary:

Pénélope Deauclaire, jeune infirmière à Sainte-Mangouste, s’apprête à convoler en justes noces. Parfaitement heureuse et amoureuse – du moins, c’est ce qu’elle pense – elle fête sa dernière soirée de liberté avec ses trois meilleures amies, Katie Bell, Charlotte Lewis et Catalina Diaz. Elle est alors loin de se douter que son enterrement de vie de jeune fille va tout changer, au point de remettre toute son existence en question.

 

Felicia Simion (iNeedChemicalIX) sur Deviantart

 

Pénélope Deauclaire / Lee Jordan

Participation au concours Les associations improbables d'Hazalhia


Categories: Après Poudlard, Autres couples (Het) Characters: Autre personnage, Katie Bell, Lee Jordan
Genres: Amitié, Guerre, Romance/Amour
Langue: Français
Warnings: Lime
Challenges: Aucun
Series: A comme Après-guerre, I comme Invisibles , Les associations improbables : Here we go again!
Chapters: 4 Completed: Non Word count: 8660 Read: 1149 Published: 12/02/2021 Updated: 08/04/2021
Story Notes:

Bonjour,

Tout d'abord, bienvenue sur ma participation au concours d'Hazalhia, Les associations improbables. Comme précisé dans le résumé, le couple que j'ai choisi pour relever le défi est Pénélope Deauclaire / Lee Jordan. J'ai longuement hésité avec James Potter / Cho Chang (et je reste persuadée que je peux écrire quelque chose dessus) mais j'ai finalement opté pour la sécurité. Au moins, je ne m'embarque pas dans une fiction longue :mrgreen:

Je vous souhaite une bonne lecture et je vous embarque avec moi pour l'enterrement de vie de jeune fille de Pénélope Deauclaire. ;)

 

Lyssa

1. Prologue : Quatre filles et un enterrement by Lyssa7

2. Chapitre un : Premières secousses by Lyssa7

3. Chapitre deux : Les révolutions intérieures by Lyssa7

4. Chapitre trois : Les promesses bâclées by Lyssa7

Prologue : Quatre filles et un enterrement by Lyssa7

— Nom d’un troll en goguette, Cat, ton appartement est une véritable porcherie !

Pénélope Deauclaire use d’une moue dégoûtée en enjambant – du mieux qu’elle le peut sans tâcher ses escarpins vernis – un carton de pizza, quelques bières, et un soutien-gorge. Assise sur un canapé où s’entassent des tas de vêtements, Catalina Diaz souffle négligemment une bouffée de sa cigarette avant de sourire à son amie. Visiblement, elle semble prêter peu d’attention à son environnement, tout comme à son apparence. Si la blonde Pénélope porte une jolie robe noire cintrée, des collants couleur chair, et des escarpins assortis, la brune Catalina est seulement vêtue d’une vieille robe de chambre mauve qui n’est plus de toute première jeunesse.

— J’allais ranger, Penny.
— Évidemment ! Tout comme tu allais t’habiller dans à peine trente secondes, ironise celle-ci, agacée.
— Détends-toi, mi bella, c’est ta soirée… soupire Catalina.Tu ne devrais pas être aussi tendue du string pour ton enterrement de vie de jeune fille… Assieds-toi cinq minutes, fumes un joint, et souris à la vie ! Demain, Liam te passera la corde au cou et tu pourras dire adios à ta liberté !
— Liam ne me passe pas la corde au cou, il me met la bague au doigt !
— Du pareil au même, mi querida, du pareil au même, chantonne Catalina avec un sourire en coin.

Catalina et Pénélope n’ont pas – comme vous pouvez le constater – la même vision du mariage. Si la première estime qu’il ne s’agit que d’un contrat grotesque qui continue à promouvoir le patriarcat et un modèle archaïque de la société, la seconde est une incurable romantique qui rêve depuis toute petite d’un mariage de princesse de conte de fées.

La jeune anglaise s’apprête d’ailleurs à l’obtenir dès le lendemain avec un dénommé Liam Foster et – autant vous le dire – elle est aux anges. Enfin, elle l’était jusqu’à ce qu’elle découvre que Catalina n’est pas encore prête pour leur soirée. Et Pénélope a du mal à le supporter, elle qui se sent obligée de chronométrer ses horaires et de caser ses tâches quotidiennes dans un agenda rempli d’une écriture soignée.

— Tu sais que nous devons être au Lutin Etoilé dans à peine un quart d’heure ? dit-elle, les lèvres pincées.
— Tu as une réservation, Penny, tu peux débarquer à l’heure que tu veux, réplique Catalina, insolente.
— Mais je suis ponctuelle ! C’est une notion que tu ne connais pas et que tu devrais connaître parce qu’il est important de savoir respecter un horaire, c’est une question de savoir…
— Elle est encore montée sur ses grands cheveux ?

Charlotte Lewis, une grande rousse de plus d’un mètre quatre-vingt, vient de passer la tête par l’entrebâillement de la porte d’entrée. Elle doit se baisser pour accéder à l’appartement et son sourire complice semble devenir énorme sur ses lèvres pulpeuses teintées d’un rose pâle. Il ne trompe ni Pénélope, qui lève les yeux au ciel visiblement blasée, ni Catalina qui laisse échapper un petit rire. Les expressions détournées de Charlotte amusent la jolie espagnole aux attitudes indolentes alors qu’elles agacent l’anglaise collet-montée.

— Les grands chevaux, Charlie, les grands chevaux, la reprend gentiment Cat.
— Je ne vois vraiment pas ce qu’un cheval vient faire dans cette histoire ! rétorque Charlotte d’un ton songeur, se laissant tomber à la gauche de son amie sur le canapé. Après tout, ce serait plus logique que ce soit des cheveux puisqu’on dit «  se laisser tirer par les cheveux », non ?
— Ce n’est pas exactement ça, mais cette version me plaît bien, plaisanta Catalina, passant un bras sur les épaules de Charlotte avec affection. Moi, en tout cas, je me laisserais volontiers tirer par les cheveux si l’occasion se présente ce soir !

Catalina Diaz, jeune femme à la sexualité libérée, l’assume entièrement et ne se prive pas pour en parler. Elle sait parfaitement que cela trouble la sainte Pénélope et ne peut s’empêcher de la taquiner dès qu’elle le peut. Justement, la jeune femme blonde pince le nez d’un air sévère.

— Retiens tes ardeurs, Cat, la réprimande-t-elle, nous ne sommes même pas encore sorties.
— Je vais essayer, mi querida… susurre Catalina, évocatrice, tandis que sa langue vient lécher sa lèvre inférieure.
— Qu’’est-ce que tu vas essayer, Cat ?

Une quatrième personne vient d’ouvrir la porte d’entrée, dûment refermée par Charlotte à son arrivée. Katie Bell entre à tour dans l’appartement, salue les trois autres femmes d’un signe de main à la cantonade, et pousse un profond soupir de soulagement. Elle est soulagée que la journée se termine enfin et elle le fait savoir à ses amies. Celles-ci tournent à l’unisson un regard compréhensif vers elle. Il faut dire qu’elles ont de quoi compatir puisqu’elles sont toutes les quatre infirmières à l’hôpital Sainte Mangouste. C’est là-bas qu’elles se sont rencontrées, qu’elles sont devenues amies. A force de se retrouver dans la salle de garde, entre rires et larmes.

— Rien de sérieux, répond finalement Catalina en se redressant sur le canapé sur lequel elle s’était affalée. Comment s’est passée ta garde, Kat ? interroge-t-elle ensuite, toute trace de sourire ayant disparu de son visage.
— Épuisante, Cat, comme tu t’en doutes.

La référence à leur surnom identique – à propos duquel les deux amies plaisantent régulièrement – dessine un léger sourire sur les lèvres fines de Katie. Celle-ci, jeune femme de trente ans à la frêle silhouette, est vêtue simplement pour l’occasion d’une jupe pourpre et d’un élégant chemisier blanc au col en dentelle. Comme Pénélope hausse les sourcils pour en savoir plus sur sa journée, la petite blonde reprend, haussant négligemment les épaules.

— J’étais affilée au deuxième étage, au Service des Virus et Microbes Magiques et, entre Mr Watterson qui a passé près de trois heures à disparaître exprès pour me faire tourner en bourrique, et Mrs Diggle qui réclamait de l’eau pour son mari toutes les quatre minutes, j’ai failli perdre patience à de multiples reprises…
— Mais tu ne l’as pas fait, glissa Pénélope d’une voix douce.
— Je ne l’ai pas fait, non. Mr Watterson doit vivre avec sa pathologie, il fait ce qu’il peut pour ne pas devenir fou. Quant à Mrs Diggle, elle s’inquiète pour son époux, voilà tout… En tant qu’infirmière, je me dois de conserver mon calme et d’être disponible pour mes patients.
— La patience est d’or ! s’exclame Charlotte, sûre d’elle, le doigt en l’air.

Toutes se tournent vers leur amie sans pouvoir retenir leur rire. Celui de Catalina est franc, sans chichis, alors que celui de Pénélope est plus aiguë et sonne joliment. Enfin, le rire de Katie est discret, tout en retenue, presque pour souligner sa personnalité. Les yeux verts de Charlotte papillonnent, elle a conscience de son erreur et attend qu’on la reprenne comme on le fait habituellement. Elle ne s’en formalise jamais.

Cette fois-ci, toutefois, aucune des filles ne se permet de s’en moquer. Si Charlotte n’était pas là, sans doute qu’elles ne seraient pas amies. Si Charlotte n’était pas leur pierre angulaire – ce petit plus qui fait la différence et les rassemble – il y a bien longtemps que les quatre infirmières auraient fini par abandonner leurs soirées entre filles. Et Pénélope n’aurait peut-être jamais fêté cet enterrement de vie de jeune fille.

— Quoi ? Qu’est-ce que j’ai encore dit ? s’enquiert la jeune femme, confuse.
— Rien, Charlie, tu es géniale, la complimente Catalina, déposant un baiser sur la joue de son amie.
— C’est vrai, approuve Pénélope avec un fin sourire amusé, j’ai beau me plaindre de tes bêtises, elles sont rafraîchissantes et elles ont le mérite de détendre l’atmosphère.
— Comme quoi, les expressions n’ont pas toujours raison, soulève Katie, ce n’est pas le silence qui est d’or.
— Peut-être, en effet, appuie Pénélope, mais toujours est-il que la ponctualité est la politesse des rois.

Cette remarque, sans aucun doute, est destinée à Catalina. Cette dernière, comprenant le message, se lève finalement de son canapé. Elle s’étire longuement tel un chat paresseux, adresse un grand sourire à Pénélope, et se dirige vers la salle de bains d’une démarche qui se veut exagérément chaloupée. Avant de refermer la porte, Catalina Diaz ne manque pas d’envoyer une dernière pique de son cru à la reine de la soirée.

— Crois-moi, tu ne vas pas le regretter, Penny…

End Notes:

Petite dédicace à Bevy (si tu passes par là). Tu remarqueras que le titre de ce chapitre m'a été inspiré par "Qautre filles et un jean" dont tu m'as parlé. Rien à voir avec la choucroute (ou plutôt avec ma fiction) mais voilà :mrgreen:


Sinon, vous remarquerez que Pénélope Deauclaire n'est pas un personnage très fun, mais elle devrait s'améliorer par la suite. xD

Chapitre un : Premières secousses by Lyssa7
Author's Notes:

Bonjour !

Me revoici avec ce premier chapitre. Je ne sais pas encore exactement où je vais avec cette histoire, mais la tension entre les deux protagonistes risque d'être palpable. :)

Bonne lecture !

Lyssa

 

Les rues de Londres sont éclairées par la lueur faiblarde des lampadaires de la ville. Pénélope, perchée sur ses hauts escarpins, manque une dizaine de fois de se rompre le cou. Aucune de ses trois amies n’a ce problème, et elle regrette d’avoir sorti le grand jeu. Charlotte, dans sa jupe longue fleurie au style hippie, porte des babies, des chaussures plates inspirées des ballerines plus arrondies que leurs consœurs et plus couvrantes. Katie a opté pour de simples baskets blanches qui lui donnent une allure à la fois chic et casual. Quant à Catalina, elle s’est parée de santiags parfaitement assorties à un jean retro et à une veste en cuir sur un t-shirt noir basique.

Cette dernière, le bras sous celui de Charlotte, parle de tout et de rien d’une manière expansive qui lui ressemble bien. S’il y a une chose que Pénélope lui envie, c’est celle-ci. Nullement gênée par ce que les passants peuvent penser d’elle, Cat vit à cent à l’heure et à cent pour cent, comme elle l’a toujours fait. D’origine espagnole, Catalina Diaz a acquis le tempérament de feu de ses ancêtres, une longue chevelure brune qui descend jusqu’à ses hanches, et un accent chantant dont elle joue allégrement pour conquérir les hommes et, parfois même, les femmes.

A ses côtés, Charlotte Lewis a passé la majorité de son existence en Irlande et, si elle paraît plus calme que sa camarade, elle a gardé cette nature passionnée et l’enthousiasme communicatif de son pays natal qui lui sied merveilleusement. C’est d’ailleurs pour cette raison que les deux jeunes femmes s’entendent aussi bien. C’est peut-être aussi pour cela que Pénélope a souvent l’impression d’être mise à l’écart La troisième roue du carrosse. La brune et la rousse ont leurs propres codes, et la blonde se sent parfois délaissée.

Heureusement, il y a Katie Bell. Les deux jeunes femmes, malgré les apparences, ont une multitude de points communs. Bien qu’elles ne fassent pas étalage de cette complicité, elle est là, omniprésente et profonde. Plus jeune de deux ans, son amie a elle aussi étudié à Poudlard. Ancienne Gryffondor, Katie a vécu des événements traumatisants, avant et pendant la seconde guerre, dont elle ne parle presque jamais ; Pénélope connaît quelques pans de sa vie, notamment le fait que c’est en partie ce qu’elle a vécu avec le collier d’opale et lors de l’année 1998 qui a déclenché l’envie de Katie de devenir infirmière à Sainte-Mangouste.

Pénélope Deauclaire a passé toutes sa scolarité à Serdaigle, et elle a été l’une des victimes du basilic lors de sa septième année à cause du simple fait d’être née-moldue. Hantée par ces moments où elle entendait tout ce qui se passait autour d’elle sans pouvoir interagir, allongée dans un lit d’infirmerie pendant presque deux mois, la jeune femme en a conservé une réserve instinctive et des principes moraux dont elle ne dérive que rarement. Et puis, évidemment, il y a eu la guerre…

Elle secoue la tête pour chasser toutes ces funestes pensées. C’est soir de fête, elle se doit de s’amuser, de ne pas se morfondre sur un passé qu’elle ne pourra jamais changer. Elle doit se tourner vers l’avenir et se réjouir de son mariage avec Liam Foster, médicomage de talent. Katie tourne vers elle ses yeux bruns et lui offre un immense sourire. Instantanément, il lui réchauffe le coeur et l’illumine de l’intérieur. Devant elles, Catalina et Charlotte stoppent leur marche dans un bel ensemble.

— C’est encore loin ? s’enquiert Charlotte, se mordant la lèvre inférieure.
— On pourrait appeler le Magicobus, non ? propose Catalina. Je sais que tu n’aimes pas particulièrement ce moyen de transport, Penny, mais il t’évitera de rentrer pieds nus à la fin de cette soirée, ajoute-t-elle, désignant ses escarpins.
— Je sais, soupire Pénélope, consternée.

Pénélope s’en veut de ne pas pouvoir appeler un taxi moldu, mais elle n’a pas pensé à prendre sa bourse contenant des livres sterling. Ce manque de prévoyance ne lui est pas naturel, et elle se résigne finalement à sortir discrètement sa baguette pour appeler le Magicobus à leur rescousse.

Presque aussitôt, le bus violet à double impériale vient freiner devant les quatre jeunes femmes dans un crissement de pneus extrêmement bruyant alors qu’une lumière aveuglante les éblouit un instant. Lorsqu’elles distinguent enfin le magicobus, la porte s’ouvre et un jeune homme ayant tout juste atteint la majorité en sort en mimant une révérence.

— Garrett Oldman, pour vous servir ! s’exclame-t-il en remettant son couvre-chef, une casquette du même violet que le bus, sur sa tête où des cheveux noirs poussent de façon désordonnée.

Ses yeux bruns, trop rapprochés, lui donnent un air particulièrement niais accentué par un haussement de sourcils intempestif. Tandis que les quatre filles montent dans l’autobus, Catalina ne manque pas de remarquer les regards peu discrets qu’il lance à Charlotte et à ses formes prononcées. Celle-ci, trop émerveillée par le décor original de son nouvel environnement, ne paraît pas en faire grand cas.

Les lits en cuivre, en ce début de soirée, ont déjà été installés et quelques sorciers et sorcières y dorment. Certains ont fermé les rideaux autour de leur couchette, alors que d’autres ronflent sans se préoccuper d’être vus. L’un d’eux, un sorcier bien portant, semble en proie à un cauchemar angoissant et se retourne plusieurs fois dans son lit, risquant de tomber plusieurs fois de sa couchette.

— Où allez-vous ? interroge Garrett en jetant un œil vers le chauffeur.
— Dans le nord de Londres, répond Pénélope. Au Lutin Étoilé.
— Excellent standing, du moins si on reste sur le devant de la scène ! commente le jeune contrôleur d’un air songeur. On dit que les coulisses ne sont pas du même acabit... Enfin… le temps que c’est sur la terre ferme, ce ne sont pas mes affaires ! Le coût du trajet est de douze mornilles. Pour chacune de vous, évidemment. Pour deux mornilles de plus, je vous offre un chocolat chaud. Pour quatre, vous repartez avec une bouteille d’eau chaude et une brosse à dents, déclame-t-il, fier de lui.
— Une bouteille d’eau chaude ? s’étonne Charlotte, incrédule. Qu’est-ce qu’on pourrait faire d’une bouteille d’eau chaude ? Il y a vraiment des gens qui payent pour ça ?
— Tu serais étonnée de voir à quel point certains aiment dépenser leur argent pour des broutilles, s’amuse Catalina en glissant seize mornilles d’argent dans la main de Garrett.

Celui-ci, avec un hochement de tête moqueur en direction de Catalina, fait apparaître d’un geste de sa baguette un chocolat chaud dans une tasse fendillée, un thermos contenant de l’eau tiède, et une brosse à dents en forme de bus violet. La jolie brune s’empare de l’objet qu’elle met dans la poche de sa veste en cuir, puis récupère le thermos et la tasse.

— Et donc, qu’est-ce que tu comptes en faire de cette bouteille d’eau chaude ? s’enquit Pénélope, blasée.
— Rien. C’est la brosse à dents qui m’intéresse, mi bella. Surtout pour la fin de cette soirée, si tu vois ce que je veux dire…
— Epargne-moi les détails, Cat, rétorque Pénélope avec une moue écœurée.
— Le chocolat chaud n’est pas une très bonne idée si tu veux mon avis, intervient Katie. Je ne sais pas depuis combien de temps tu n’es pas montée dans cet engin et si tu te rends compte de ce que ça veut dire, mais je peux t’assurer que ça va se…

Elle n’a pas le temps de terminer sa phrase – à peine celui de payer la somme demandée – que le magicobus se remet en route sans prévenir. Comme pour appuyer les propos de Katie Bell, les quatre amies tanguent à l’unisson, surprise par ce brusque mouvement.

Pénélope, à proximité d’un lit en cuivre libre, se laisse tomber dessus, soulagée de ne pas se rompre le cou avant son mariage. Charlotte, ayant l’équilibre plus précaire, exécute quelques mouvements de danse ridicule avant d’être rattrapée par Garrett Oldman. Katie a le réflexe de lever le bras et de refermer sa main fébrile sur l’une des barres en fer qui surplombent les couchettes. Catalina, elle, bascule en arrière et se retrouve, en quelques secondes, assise sur son postérieur et aspergée de chocolat.

Por Dios ! souffle-t-elle, stupéfaite de se retrouver dans une telle situation.
— Le magicobus ne sera pas tenu pour responsable des désagréments que pourront rencontrer ses clients, et aucun remboursement ne sera effectué, tient à les informer Garrett Oldman alors que Charlotte le repousse pour se réfugier près de Pénélope et que Catalina le fusille littéralement du regard.

 


 

— Tu devrais retourner bosser.
— Laisse-moi encore quelques minutes, Gus, marmonne un jeune homme au teint mat, les yeux rivés sur ses cartes.
— Moi ça me va, mais pas sûr que le patron accepte de te voir lambiner dans l’arrière-salle en plein rush.
— Je ne lambine pas, je remplis ma bourse avec de l’argent facilement gagné.

Le dénommé Gus, plus couramment appelé Gustave par ses pairs, hausse les épaules. Il n’a jamais compris l’intérêt que peuvent avoir ses collègues, tout particulièrement Lee Jordan, à parier des sommes astronomiques sur une partie de bataille explosive dans une arrière-salle lugubre.

Le Lutin Étoilé est réputé au sein de la société sorcière pour la qualité des lieux et de ses plats. Ses serveurs, vêtus d’un veston gris, d’une chemise blanche, et d’un pantalon en lin gris font sensation auprès des clients pour leur rapidité de service et la maîtrise de leur baguette lorsque les assiettes et les verres voltigent jusqu’aux tables dans un bel ensemble harmonieux. Travailler dans un établissement avec un tel prestige est un luxe.

En tout cas, c’est ce que dit William Cross, le patron richissime des lieux. Ce qu’il ne dit pas, du moins officiellement, c’est que son restaurant est également un lieu de débauche où alcool, jeux de hasard, et flirt poussé se mêlent dans l’arrière-salle. C’est un secret de polichinelle dans l’équipe et parmi les clients les plus réguliers.

— Combien t’as parié ? s’enquiert finalement Gus en jetant un œil aux cartes de Lee d’un œil distrait.
— Cinq gallions, répond-il sans se déconcentrer.
— Il va les perdre, intervient Alexy, sa rivale du moment, abattant l’une de ses cartes en même temps que son adversaire.

Encore une fois, Alexy remporte la manche et, quelques minutes plus tard, la prédiction de la jeune femme se vérifie. La dernière carte de Lee lui explose en plein visage et il abat la totalité de son jeu sur la table avec un grognement de dépit tandis que sa collègue, victorieuse, laisse fleurir un immense sourire sur ses lèvres.

— Désolée, Jordan, la chance n’était pas en ta faveur aujourd’hui.
— Ne remue pas le couteau dans la plaie, tu veux ? rétorque-t-il en sortant cinq gallions de sa bourse qu’il pose devant elle.
— Si tu avais gagné, tu ne te serais pas gêné, soulève Gus en posant une main pleine de compassion sur son épaule.
— Merci pour ton soutien, « l’ami », assène Lee, sarcastique, en se levant de sa chaise.

Lee Jordan travaille au Lutin Étoilé depuis trois ans. Au début, ce ne devait être qu’un petit boulot pour se faire de l’argent, rien de plus. Et puis, le temps et les années l’ont rattrapé, et Lee est resté. Si lors de son adolescence, on lui avait dit qu’il finirait serveur dans un restaurant – de luxe mais tout de même – il n’y aurait certainement pas cru. Il se serait plutôt vu devenir commentateur sportif lors des matchs internationaux de Quidditch, ou présentateur radio sur RITM – la Radio Indépendante Transmission Magique – l’émission à destination des sorciers de toute l’Angleterre.

Il pourrait tout envoyer valser pour exaucer ses vieux rêves, mais Lee a une fâcheuse tendance à la paresse. Souvent, il s’imagine devenir riche. Comme ça, un jour, par un pur hasard. Simplement en jouant aux cartes. Lee est aussi un incurable optimiste à l’immaturité chronique. Alors, il choisit la facilité et se nourrit d’illusions. Ce n’est pas un mal s’il est heureux comme ça, n’est-ce pas ?

— Bordel ! C’est toi, Bell ?!

Lee ignore les regards outrés des clients présents. Il vient d’apercevoir, en passant les portes qui mènent à l’immense salle du restaurant, les quatre jeunes femmes qui viennent d’entrer au Lutin Étoilé. Son attention s’attarde à peine sur les trois autres mais il reconnaît immédiatement la quatrième. C’est Katie, l’une de ses camarades de promotion à Poudlard. Une ancienne Gryffondor, tout comme lui. Pendant un temps, elle était aussi son amie. Avant que les chemins des uns et des autres ne se séparent pour ne plus se croiser qu’à de rares occasions. Cela ne l’empêche toutefois pas de lui sourire comme il le faisait avant, de ce grand sourire étincelant qui l’illumine de l’intérieur. Les dernières traces de l'explosion des cartes lui donnent un air de savant fou.

— Lee ! s’exclame la jeune femme, trottinant vers lui.
— En chair et en os ! réplique-t-il, clin d’oeil à l’appui.
— Tu n’as pas changé, remarque-t-elle en l’observant longuement alors qu’il la serre brièvement contre lui. Enfin, si on oublie cet uniforme qui ne te va pas au teint, ajoute-t-elle, un brin moqueuse. Tu travailles ici ?
— Qui l’eut crû, pas vrai ? acquiesce-t-il en désignant d’un geste nonchalant le restaurant. Qu’est-ce qui t’amène dans ce restaurant ? Je tiens à te prévenir, continue-t-il plus bas, c’est vraiment hors de prix ici…
— Le mariage de mon amie. Et c’est le futur mari qui paye, précise-t-elle sur un ton de conspiratrice.
— Je vois, dans ce cas…

Le jeune homme se fige. Il lui semble voir un fantôme revenir d’entre les morts lorsque les trois autres femmes se dirigent à leur tour vers lui. La première, une grande rousse aux formes avantageuses, lui adresse un sourire poli. La deuxième, une brune pulpeuse, le scrute de haut en bas et paraît considérer qu’il était plutôt bel homme puisqu’elle lui lance un regard ravageur. Seulement, Lee ne les voit même pas. Il ne fait même plus attention à Katie qui lui conte la dernière fois qu’elle a vu Angelina Johnson et George Weasley. Il est concentré sur une seule et même personne. Cette personne, c’est Pénélope Deauclaire. Et, tandis qu’elle s’arrête devant lui, la surprise se lisant sur son visage pâle, les souvenirs affluent.

Il a treize ans, elle en a quinze et elle est la petite amie de Percy Weasley. Il la trouve jolie lors de cette journée de juillet 1991 qu’il passe au Terrier en compagnie des jumeaux. Elle passe sa journée à étudier avec Percy, inconsciente des premiers émois amoureux qu’elle peut provoquer chez lui.

Il a quatorze ans, elle en a seize et elle vient d’être statufiée par le basilic de par sa condition de née-moldue. Révolté, il n’hésite pas à clamer son avis sur les potentiels coupables des attaques qui se trouvent – forcément – parmi les Serpentard. En compagnie de Fred et George, il joue de sales tours aux vert et argent, trouvant un peu de réconfort dans cette vengeance puérile.

Il a quinze ans, elle en a dix-sept et elle est préfète-en-chef. Elle ne l’a jamais remarqué, il a fini par l’oublier. Il sort pendant quelques mois avec Angelina Johnson avant de se rendre compte que leur relation ne fonctionne pas. Ils se quittent en bons termes.

Il a dix-neuf ans quand la guerre commence, elle a vingt et un ans. Avec Fred et George, Lee met en place une radio cryptée pour relater les nouvelles importantes aux résistants. Ils utilisent des mots codés. Dans un repère tenu secret, Alicia, Katie, et Angelina se relaient pour trouver des stratagèmes qui ont pour but d’entrer en contact avec Poudlard et d’autres résistants. Pénélope, qui se sait traquée par les rafleurs, parvient à capter les ondes et à les rejoindre. Ils la cachent quelques jours avant qu’elle ne reprenne la route sans un mot d’adieu.

— Tu te souviens de Pénélope, Lee ?
— Comme si c’était hier…

Face à lui, la blonde perchée sur ses escarpins, le fusille du regard. Dans ses yeux, il peut lire une certaine angoisse à l’idée qu’il révèle les liens qui les unissaient. Il sourit un peu plus, la laissant en plein doute pendant près d’une minute. Les lèvres de la jeune femme tremblent alors qu’il continue de la fixer en silence. Enfin, il laisse tomber le verdict :
— Heureux de te revoir, Penny

Chapitre deux : Les révolutions intérieures by Lyssa7
Author's Notes:

Bonsoir !

 

Me revoici pour un deuxième chapitre un peu particulier puisqu'il s'articule autour de flash-backs. Vous découvrirez ainsi le passé commun de Pénélope et Lee avec de petits retours en arrière (le côté un peu plus tragique-guerre de cette fiction). Je tiens à remercier ChrisJedusor (je te réponds bientôt) et Loulouve pour leurs reviews sur le chapitre précédent <3 

 

Bonne lecture !

 

Lyssa

Pénélope n’a jamais aimé se retrouver bloquée dans une impasse. Tout au long de son existence, elle a fait en sorte d’avancer, de ne jamais stagner. Il n’est pas question de regarder en arrière et d’éprouver des regrets. Elle préfère les remords. Toute sa vie, elle a contourné les obstacles et réalisé ses objectifs. Elle n’a jamais cédé face au poids des années et des traumatismes de la guerre. Elle n’a pas renoncé à ses rêves, et elle a fait de sa survie une force constante. Un bouclier qu’elle brandit dès qu’elle en a l’occasion et qui – elle le sait– l’empêche de trahir ses émotions. Pénélope s’est forgée sa destinée elle-même, sans l’aide de personne, et elle ne permettra pas à Lee Jordan de gâcher tout ce qu’elle est parvenue à construire. Lee Jordan est une impasse.

 


 

— Qu’est-ce que tu fais ici ?

— J’avais besoin d’air.

Un peu moins de douze heures qu’elle est arrivée ici. Dans cette maison en ruine, au fond de Wistman’s Wood. Située dans les environs de Devon – au sud est de l’Angleterre – cette forêt d’arbres verts couverts de mousses et de lichens qui se tordent dans tous les sens leur offre un spectacle mystique. A la tombée de la nuit, la pitoyable masure a l’air de flotter dans une épaisse fumée blanchâtre. On dit que les lieux sont hantés par toutes sortes de créatures magiques, et les moldus ne s’y aventurent que rarement. De nombreuses légendes entourent la forêt, et certaines d’entre elles sont certainement vraies.

Pénélope n’a pas peur des légendes, ni des éventuelles créatures qui pourraient se cacher dans les bois. Elle a survécu à un basilic et elle vient d’échapper à des rafleurs. Rien ne peut faire concurrence à ce qu’elle a déjà vécu. Armée de sa baguette, elle ne craint plus demain.

Elle sait ce que ce gars métissé avec des dreadlocks – Jordy, ou quelque chose dans ce goût-là – va lui dire. Elle ne devrait pas traîner devant la masure. Elle ne devrait pas être dehors. Elle se met en danger. Pire, elle les met tous en danger. C’est assez étrange de réaliser que les messages radio qu’elle a réussi à décrypter pour les rejoindre proviennent des deux frères de Percy, son ex petit-ami. Elle n’aurait jamais pu imaginer que les jumeaux, ces trublions immatures qu’elle reprenait sans cesse en tant que préfète, seraient les leaders d’un mouvement de résistance pendant la guerre. Personne n’aurait pu se l’imaginer. Personne ne voulait se l’imaginer, se dit-elle sombrement.

Elle ferme un instant les yeux. Lorsqu’elle les rouvre, elle constate que le jeune homme – il lui semble que c’est le troisième acolyte des jumeaux Weasley, elle a un vague souvenir de lui avec des oreilles à rallonge – l’observe avec un léger sourire en coin.

— Je ne rentrerai pas, souffle-t-elle d’un ton ferme. Pas tout de suite.
— Très bien. Comme tu voudras.

Elle est étonnée qu’il abdique si facilement. Elle l’est encore plus quand il s’assied sur le tapis de mousse qui se trouve sous un chêne à seulement deux mètres d’elle. Elle ne sait pas quoi lui dire. Elle ne le connaît pas, il ne la connaît pas non plus. Elle n’a pas envie de parler de la guerre, et il semblerait qu’il n’en ait pas plus envie qu’elle. Ils n’ont rien à se dire, et elle use d’une moue gênée alors que son regard se perd dans le vague.

— Tu étais à Serdaigle, affirme-t-il soudainement, la faisant légèrement sursauter.
— Oui, acquiesce-t-elle, haussant les épaules Et tu étais à Gryffondor.
— L’un des meilleurs parmi les meilleurs, commente-t-il, son sourire se faisant plus large.
— Mais pas le plus modeste visiblement, réplique-t-elle, mordante.

Il est surpris de son insolence. Sans doute a-t-il encore en tête cette jeune fille sage, sérieuse et studieuse. La préfète. La jolie blonde distinguée. La petite amie parfaite de Percy Weasley. Pénélope Deauclaire est tout cela, et bien plus encore. Les facettes de sa personnalité sont multiples, comme le seraient les différentes faces d’un diamant. Indénombrables et mystérieuses. Pénélope est imprévisible. Elle s’adapte aux circonstances, et elle évolue. En perpétuelle révolution intérieure. Lee est surpris – évidemment, il ne la voyait pas ainsi – mais le tour que prend la discussion ne lui déplaît pas.

— La modestie n’a jamais été mon fort. La perfection n’est pas de ce monde, la provoque-t-il, charmeur.
— On peut toujours essayer de l’atteindre, remarque Pénélope en s’adossant à un chêne, songeuse.
— C’est une chimère, riposte-t-il, secouant négligemment la tête. Un mirage. Mieux vaut se rendre à l’évidence la plus primaire : la vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie. C’est pour ça qu’elle mérite d’être vécue. Parce qu’on ne peut rien attendre d’elle, mais qu’il peut tout arriver. La perfection ? Inaccessible. Inatteignable.

Le jeune homme lui offre un sourire, s’allonge au creux de la mousse verte. Dans un geste nonchalant, il place ses mains derrière sa tête pour s’y reposer et plisse les yeux. Il somnole, et Pénélope le fixe en silence. Il a dix-neuf ans à peine et, malgré la guerre, ses traits sont rieurs. Il se redresse tout à coup, saute sur ses pieds, et lui adresse un clin d’oeil joyeux.

— Et puis, la perfection est d’un ennui mortel, Darling.

La jeune femme ne répond pas. L’usage d’un tel sobriquet paraît presque normal dans la bouche de ce garçon. Sa voix, profonde et chaude, lui fait un drôle d’effet. Elle refoule cette sensation, et lui jette un regard glacial.

Lee se détourne, sort sa baguette, et effectue quelques mouvements de poignet. Un symbole magique, trace fine et dorée, se forme sur la porte à moitié déglinguée, lui autorisant le passage. Juste avant d’entrer, il lui donne un dernier conseil. Cette fois, son ton est grave, solennel.

— Ne traîne pas trop longtemps dehors, Pénélope, c’est dangereux. On a qu’une vie, et elle est précieuse.

Elle voudrait le remettre à sa place, lui demander d’où il se permet de l’appeler par son prénom, mais les mots restent coincés dans sa gorge. Il l’agace avec son sourire trop grand qui lui mange la moitié du visage. Avec ses airs trop décontractés, son discours philosophique à deux noises, et son sermon moralisateur. Il l’agace, oui, mais paradoxalement il est une bouffée d’air frais. Un rayon de soleil par temps d’orage.

 


 

Neuf ans ont passé depuis ce fameux jour. Lee n’a pas vraiment changé. Il a cet air insouciant qui lui sied si bien même si – elle le voit parfaitement – son sourire n’est plus aussi grand que celui d’avant. Un peu plus éteint également. Le poids de la guerre, des morts, des années. Le fardeau des survivants. Ils ont tous le même finalement. Même lui. Même Lee. Et ça lui brise le coeur.

Alors, oui, elle le fusille du regard. Pour la simple et bonne raison qu’il fait partie de son passé, de cette époque révolue qu’elle tient à oublier, et qu’il n’a aucun droit de se tenir devant elle aujourd’hui. Il n’a aucun droit de sourire effrontément et de lui rappeler ces souvenirs d’un autre temps aux portes de son mariage.

— Lee, dit-elle avec un signe de tête relativement poli.
— C’est dingue de se revoir, non ? insiste le jeune homme sans cesser de la fixer. Ça faisait longtemps… La dernière fois que je t’ai vu, c’était juste après…

Pénélope serre les dents, Lee jubile sans en dire plus. Elle sait qu’il lui en veut, et c’est tout à fait justifié. Seulement, c’était il y a longtemps, bien trop longtemps pour qu’il lui en tienne encore rigueur. D’autant plus que cela ne voulait rien dire. Rien du tout. Il aurait dû le comprendre depuis le temps, non ? La jeune femme se dandine sur ses escarpins inconfortables, sous le regard suspicieux de ses trois amies.

Katie hausse un sourcil et semble enfin comprendre le malaise qui s’est établi entre Pénélope et Lee, Catalina fronce les sourcils et se rapproche comme pour la soutenir, et Charlotte éclate d’un rire aigu et surjoué. L’attention de Lee, concentrée sur Pénélope depuis leur arrivée, se porte finalement sur la rousse du quatuor.

— Lee, c’est bien ça ? C’est charmant comme prénom ! Vraiment charmant, s’extasie-t-elle avec un sourire lumineux. Dites-moi, vous pourriez nous conduire à notre table ? s’enquit-elle avec une amabilité exagérée. Je ne voulais pas vous couper dans ces retrouvailles fort émouvantes, mais il se trouve que nous sommes ici pour passer la soirée entre filles et… vous êtes charmant, cela va sans dire, mais…
— Tu n’es pas une femme, termine Catalina sur un ton abrupt.
— Voilà, tu n’es pas… ajoute Katie, plus douce, d’un air désolé.
— Une femme, j’ai compris, reprend Lee avec un sourire moqueur. Veuillez me suivre, mesdames, je serai votre serveur pour la soirée. Au fait, qui est l’heureuse élue parmi vous ?

Tout en commençant à avancer dans la salle, slalomant entre les tables pour leur indiquer le chemin, Lee s’est tourné vers le groupe des quatre filles. Le coeur de Pénélope marque un temps d’arrêt. Elle pâlit et se maudit intérieurement d’avoir une telle réaction après presque dix ans.

Neuf ans, cela fait neuf ans. Il ne peut décemment pas lui en vouloir de rompre une promesse sans fondement. Car après tout, ce n’était pas sérieux et ils le savaient tous les deux. C’était la guerre, et rien n’était sûr. Pas même le fait de rester vivant. Le temps se fige et elle affronte son regard. En un quart de seconde, il comprend ce qu’elle va dire. Son sourire disparaît si brusquement de son visage que le coeur de la jeune femme tombe dans sa poitrine.

— C’est moi, déclare-t-elle finalement. Je vais me marier.

 


 


— Tu as le droit d’avoir peur. Et tu as le droit de craquer quand tes émotions débordent, Darling.

Pénélope, le visage dans les mains, a terriblement honte. Ce soir-là, le lendemain de leur première discussion devant la masure, Lee l’a surprise en train de pleurer tout son soûl dans l’une des chambres rustiques et abandonnées qu’ils ont réaménagées.

Au début, il n’a rien dit. Ensuite, il est venu s’asseoir sur le matelas qui se trouvait sur sa droite. Et puis, il l’a regardée longuement avant de commencer à parler. Toujours la même rengaine, le même schéma. Toujours cette insouciance. Toujours ce sourire immense sur son visage. Comme si rien ne le contrariait, ni ne l’attristait. Comme s’il rayonnait sans cesse sans jamais que sa lumière faiblisse malgré les ombres de la nuit. Elle se demande comment il fait, comment il parvient à rester si serein malgré les nouvelles de plus en plus funestes à annoncer à la radio et le peu d’espoir qui leur reste. Elle renifle un peu – ce qui est loin d’être élégant – et relève des yeux embués de larmes vers lui.

— Pourquoi tu me dis ça ? demande-t-elle, sur la défensive, les bras croisés.
— Parce que tu te caches pour le faire. Personne ne devrait se cacher pour pleurer ou pour dire ce qu’il ressent. Tout garder pour soi, c’est prendre le risque d’imploser, explique-t-il doucement. On ne devrait jamais avoir honte de ses émotions, Pénélope.
— Et toi ? demande-t-elle, observant les ridules sur son front.
— Quoi, moi ?
— Est-ce que tu as peur des fois ?
— Tout le temps, Darling. A chaque instant.
— Alors pourquoi tu souris comme ça ? interroge-t-elle.
— Parce que ça me fait du bien. Parce que ça me permet de rester debout et de me sentir vivant.
— Comment tu fais ?
— Oh, c’est simple, il suffit juste d’étirer ses lèvres, ironise-t-il, sarcastique.
— Hilarant. Véritablement hilarant, rétorque-t-elle, un brin vexée.

Et pourtant… Pourtant, elle esquisse un début de sourire. Sur ses joues pâles, les larmes ont séchées. Lee, fier comme un coq, se rengorge un instant. On dirait presque des adolescents.

 


 


— Toutes mes félicitations.

Trois mots qui sonnent faux. Trois mots qui se répercutent contre les murs du restaurant et qui la percutent de plein fouet, mais personne à part eux ne les entend. Personne, à part elle, ne les comprend. Et Lee, cruel illusionniste, étire un sourire de clown fantasque sur ses lèvres. Il fait pétiller ses yeux comme le ferait un magicien, un manipulateur.

— Je suis content pour toi, Penny. Tu le mérites.

Pénélope a envie de hurler.

Chapitre trois : Les promesses bâclées by Lyssa7
Author's Notes:

Bonsoir !

Cette fois, avec ce chapitre, on atteint la moitié de cette fic (qui ne devait, de base, pas être aussi longue, mais bref :mrgreen:) et on entre dans le vif du sujet. Vous saurez enfin quelle est cette promesse faite par Penny à Lee.

Merci à ChrisJedusor et à MadameGuipure pour leurs reviews sur les chapitres précédents (auxquelles je vais d'ailleurs répondre juste après avoir posté ce chapitre <3 )

Bonne lecture !

Lyssa

 

Les minutes qui suivent ce moment se perdent dans un brouhaha indescriptible. Elle perd rapidement le fil, et Pénélope se laisse guider jusqu’à la table que Lee leur désigne. Le jeune homme se détourne rapidement sans un regard, et elle est incapable de décrire ce qu’elle ressent précisément à cet instant. Elle se laisse tomber sur sa chaise, incapable de surenchérir ou de le remercier pour ses félicitations avant qu’il ne retourne dans l’arrière-salle. Elle est vide de mots, entièrement consacrée à ses maux.

C’est comme s’il avait soulevé un voile, le voile des souvenirs enfouis, des émotions qu’elle a pris grand soin de contrôler au fur et à mesure des années. Sa soudaine réapparition déclenche un véritable raz de marée. Une tempête qu’elle est incapable d’affronter sans s’être préparée. Et elle le hait de la rendre fragile, vulnérable. De redevenir soudainement cette jeune fille affolée, apeurée, qui cachait ses larmes du mieux qu’elle le pouvait, tapie au fond de cette chambre saccagée.

- Tout va bien, mi querida ?

Catalina s’inquiète de la mine de son amie. Et quand Cat s’inquiète, elle a l’air d’une lionne qui défend ses petits. Ses sourcils se froncent, ses yeux s’assombrissent, et sa voix prend un ton plus grave qu’à l’accoutumée. Tout son corps se tend et elle se penche vers la source de ses tourments. Pénélope, toutefois, ne réagit pas immédiatement à l’interpellation soucieuse de la brune. Elle semble perdue dans de sombres pensées, presque dix ans en arrière. Assise sur sa droite, Katie pose une main sur son épaule, comme si elle venait de comprendre un détail qu’elle n’avait jamais pris le temps de relever avant.

- Je ne pensais pas que vous étiez si proches à l’époque, remarque-t-elle doucement.
- Nous ne l’étions pas !

La mauvaise foi de Pénélope l’étouffe, lui coupe le souffle. Cependant, elle brave férocement le regard de Katie, comme pour la défier de lui affirmer le contraire, mais celle-ci n’a pas l’intention d’insister. Dans les prunelles bleues de Penny, elle a reconnu la douleur, la peur, et les ombres de la guerre. Alors, évidemment, elle se tait. Remuer les fantômes du passé n’est jamais bon. Elles ne sont pas ici pour cela. Elles sont venues pour fêter un événement. Le mariage de Pénélope Deauclaire.

- Commandons un verre, propose Catalina en posant un sourire surfait sur ses lèvres.

C’est la meilleure chose à faire, selon elle. L’alcool, bien qu’il ne soit pas le remède à tous les malheurs, permet souvent de les oublier pendant un temps, et elle devine que c’est justement ce qu’il faut à son amie. Pénélope acquiesce vivement et il lui semble qu’elle la remercie silencieusement. Catalina sourit un peu plus, comme pour dire qu’elle sait, qu’elle comprend, mais qu’elle ne dira rien. Quelque chose lui dit que son amie n’est pas prête à tout raconter, à leur divulguer qui est vraiment ce Lee à ses yeux. Tant pis. L’espagnole sait que les peines de cœur sont parfois rudes et qu’elles mettent un temps fou à cicatriser.

- Psst ! Serveur ? Psst, par ici !

Charlotte interpelle un pauvre bougre en costume, qui se tient à quelques mètres d’elle. Elle croit sans conteste être discrète mais elle ne l’est pas le moins du monde. Catalina laisse échapper un petit rire, alors que Pénélope lève les yeux au ciel d’un air consterné. La grandiloquence maladroite de Charlie a le mérite de lui faire oublier, pour un instant, un grand brun au teint mat et au sourire en coin. Soulagée que ce ne soit pas lui qui prenne leur première commande, elle adresse un sourire sincère au blond endimanché qui s’approche gauchement de leur table. Sur sa veste brille un écusson avec le prénom « Gustave ».

- Bonsoir, mesdames ! les salue-t-il d’une voix timide, en sortant un carnet de sa poche arrière de pantalon. Mon collègue étant sorti quelques instants, je vais prendre votre première commande. Qu’est-ce que je peux vous proposer pour commencer cette soirée ?
- Qu’est-ce que vous prendriez, vous ? interroge Charlotte en se penchant vivement vers lui.

Le serveur, gêné par la proximité soudaine de sa cliente, rougit jusqu’aux oreilles. Il manque de faire tomber sa plume ensorcelée et son carnet, mais parvient à les rattraper à la dernière seconde dans un soupir indistinct. Charlotte ne paraît pas en faire de cas et continue à fixer le malheureux de ses grands yeux verts et de son air ingénu. La jeune femme a toujours eu du succès auprès des hommes – en témoigne le contrôleur du Magicobus – mais ne s’en rend presque jamais compte. Ce qui engendre régulièrement ce genre de scène cocasse.

- Je… Eh bien, moi… j’aime l’hydromel mais…
- Quelque chose de plus fort peut-être ? l’interrompe gentiment Charlotte. Voyez-vous, mon amie va se marier, nous devons fêter convenablement l’évènement et il n’est pas question de faire deux poids, deux mesures.

Le dénommé Gustave lance à sa cliente un regard complètement perdu. Evidemment, il ne comprend absolument pas l’expression que vient d’utiliser la rousse, d’autant plus que le sens en est totalement dénaturé. Comprenant qu’elle s’est encore fourvoyée, celle-ci baisse les yeux.

- Ce n’est pas ainsi qu’on dit pour laisser entendre qu’on veut s’éclater ? s’enquiert innocemment Charlie.
- Oh, euh… peut-être vouliez-vous dire que vous allez dépenser sans compter ? tente le serveur, mal à l’aise.
- Elle voulait surtout dire qu’elle comptait boire jusqu’à avoir du vent dans les voiles, matelot ! assène Catalina, rieuse.
- Est-ce que vous avez du xérès ? interroge Katie, un sourire en coin.
- Bien entendu, acquiesce le serveur, déboussolé par le groupe de femmes. Je… je vous amène ça de suite.

Après avoir noté rapidement la commande, le jeune homme file comme s’il avait un loup-garou aux trousses. Pénélope le regarde disparaître dans l’arrière-salle avant de se tourner vers ses trois amies, tout particulièrement Charlotte.

- Tu n’y as pas été de main morte. Le pauvre ne savait plus où se mettre.
- Il était plutôt mignon, rétorque Charlie, haussant légèrement les épaules.
- Pas sûr qu’il apprécie ta compagnie après ce rentre-dedans sans aucun tact, ironise Cat.

 


 


Dans l’arrière-salle, Lee reprend lentement ses esprits. Cette rencontre avec Pénélope l’a remué et il s’affale sur l’une des chaises en bois dans le fond de la pièce. Alexy, la seule personne présente à cette heure de la soirée, est assise à une table sur laquelle trône un jeu d’échecs version sorcier ; si elle se rend compte de sa présence, elle ne le laisse pas paraître, concentrée sur sa partie qu’elle joue seule. Pourtant, à chaque fois qu’il pousse un long soupir, il sent ses yeux se poser un millième de secondes sur lui. Après plusieurs minutes, Alexy en a assez de le voir s’apitoyer sur son sort et relève la tête vers son collègue.

- Qu’est-ce qui t’arrive, Jordan ? demande-t-elle d’un ton peu amène.
- Rien, marmonne-t-il, bougon.
- Alors ne prends pas cet air, tu me files le bourdon et ça me déconcentre.
- A ton service, Alex, raille-t-il.

Il connaît Alexy depuis un peu plus d’un an. Elle est arrivée après lui dans l’établissement. Si sa collègue est serveuse le jour comme lui, elle officie en tant qu’hôtesse pour les clients les plus réguliers lorsque la nuit tombe et que l’arrière-salle du Lutin Etoilé se travestit. C’est elle qui a pour mission de présenter les différents jeux, de prendre les paris, et de servir au bar. Lorsqu’elle est débordée, Lee lui donne un coup de main, et parfois Gustave s’ajoute à l’équation.

Leurs deux autres collègues, John et Mary, ne viennent ici que lors de leurs pauses, et encore. Ils n’aiment pas particulièrement l’atmosphère des lieux, et ne s’entendent pas vraiment avec Lee et Alexy qu’ils jugent indécents et peu professionnels. Cette dernière ne les apprécie pas non plus, et n’hésite pas à se moquer de leur attitude purement snob avec Lee. Gus, lui, se tient entre les deux groupes. Le cul entre deux chaises, comme l’ex-Gryffondor lui a souvent rappelé. Justement, Gustave fait son entrée. Il a l’air totalement désemparé et se dirige directement vers Lee.

- Tu connais les femmes de la table numéro 7 ?
- On ne peut rien te cacher, grommelle le métis, un tantinet sarcastique.
- Elles ont commandé du xérès. Tu devrais leur apporter, répond Gus en lui tendant le carnet.
- Tu as pris cette commande, termine-la, rétorque Lee.
- C’est ta table.

Lee est surpris que Gustave lui réponde sur ce ton. Il en perd toute sa morgue et, observateur, discerne rapidement le malaise de son collègue. Celui-ci occupe ses doigts en faisant tourner sa plume et refuse de relever les yeux vers son collègue.

- Un problème, Gus ?
- Je… je crois que l’une d’elles me drague…
- Sans déconner ?

Lee part immédiatement d’un grand rire qui rend, si c’est possible, la gêne de son collègue encore plus palpable. Alexy, qui n’a rien dit jusqu’ici, repousse son plateau de jeu et laisse un sourire planer sur ses lèvres.

- Et donc ? s’enquiert-elle, narquoise, en croisant le regard de Gus. Souci d’éthique ?
- Exactement ! se récrie le jeune homme, les joues rosies. Je ne peux pas faire mon travail correctement dans ces conditions, c’est complètement inapproprié.
- Si je m’étais dit cela à chaque fois qu’un homme me plaisait… susurre Alexy, songeuse.
- Ce n’est pas… je ne suis pas comme toi, réplique Gustave en secouant frénétiquement la tête. Prendre du bon temps sur mes heures de travail, je trouve ça…
- On ne t’a jamais dit qu’il faut battre le fer tant qu’il est chaud, Gus ?
- Oh ! La ferme, Alex !

Les discussions entre ses collègues sont toujours animées. C’est ce que Lee aime dans ce boulot, en plus de se laisser aller à flemmarder dans l’arrière-salle quand l’envie lui en prend, et des paris clandestins qu’il gagne plus ou moins. Le Lutin Etoilé est un peu comme une famille pour lui ; et Alexy et Gus, de nouveaux amis.

Après la guerre… Après la mort de Fred… il a eu besoin de trouver un sens à son existence. La boutique de Farces et Attrapes où il a aidé George pendant un temps est rapidement devenue étouffante, et l’ombre de son défunt ami trop omniprésente. Alors d’accord, le sens qu’il donne à sa vie à présent ne lui offre pas beaucoup de perspectives d’avenir et elle est à mille lieux de ses envies, mais elle lui plaît telle qu’elle est. En tout cas, pour le moment.

- Laisse-moi cinq minutes, Gus, et j’y retourne.

Cinq minutes pour souffler, cinq minutes pour reprendre une contenance. Il est toutefois persuadé qu’elle a vu son sourire s’effriter, qu’elle a compris que sa révélation l’a blessé. Au bout de dix ans, elle a dû être étonnée qu’il prenne autant en considération une vieille promesse. Une promesse qui, il le sait, ne valait pas grand-chose. Elle a fui, et elle ne l’a jamais tenue. Lui non plus, en fin de compte. Ils ne se sont jamais revus. Jusqu’à aujourd’hui.

Si on s’en sort vivants, Darling…
Promets-moi.

 


 


- Tu sais que j’avais le béguin pour toi quand j’avais treize ans ?

Ils se sont installés devant la masure en ce milieu de soirée. Les autres sont tous allés se coucher après une éprouvante journée. Des noms. Des nouvelles de la capitale, du Ministère et de Poudlard. Mauvaises, comme tous les jours ; peut-être plus encore qu’hier. Des morts dans cette guerre insensée. Une dizaine cette semaine. Ils se sont installés en silence devant la masure juste après le dîner. Lee tire sur une pipe qu’il a dénichée dans l’un des tiroirs du salon et qu’il a garni d’herbes séchées ; Pénélope essaie de mettre de l’ordre dans ses pensées. C’est son troisième jour dans la bicoque depuis son arrivée.

Comme lors de leur discussion le premier jour, Lee s’est allongé sur un lit de mousse alors que Pénélope, à une trentaine de centimètres de lui, s’est assise sur un rocher. Les genoux repliés vers elle, la jeune fille lui retourne un regard incrédule après sa déclaration. Pour toute réponse, il se contente de sourire.

- Tu dis n’importe quoi, réplique-t-elle doucement.
- Tu te souviens de l’été 1991 ? Tu as passé tout le mois de juillet au Terrier avec Percy. J’étais là aussi, les jumeaux m’avaient invité. Cette chère Molly n’en finissait plus de se tirer les cheveux avec trois idiots dans notre genre.

Il est nostalgique, et se perd un instant dans ses souvenirs en tirant une bouffée sur sa pipe. Sans son sourire, il a soudainement l’air plus mature et elle se surprend à admirer l’ourlet de sa bouche. Elle a un petit sursaut quand il relève la tête vers elle et surprend son regard.

- J’ai l’impression que ça fait une éternité que je ne me suis pas senti aussi bien que ce jour-là, dit-il.
- Il faisait vraiment beau, non ? intervient-elle brusquement, se replongeant à son tour dans ce souvenir. Les jumeaux t’avaient poussé dans la mare. Tu en es ressorti couvert de vase, avec une satanée grenouille sur la tête et un gnome accroché à ta cheville.

En repensant à sa tête d’ahuri cet après-midi-là, Pénélope pouffe de rire. Lee arbore un air faussement outré.

- Tu aurais pu te souvenir de n’importe quel moment gratifiant me concernant, et tu as choisi celui-ci ! s’exclame-t-il, une grimace aux lèvres, en se relevant. C’est un véritable scandale…
- C’était véritablement à mourir de rire, rétorque-t-elle, narquoise. Cette image restera gravée à jamais dans mon esprit. Je ne risque pas de l’oublier !
- Le temps que tu te souviens de moi, Darling, je suis comblé.

Elle veut rétorquer mais les mots se bloquent dans sa gorge. Lee, avec un sourire charmeur, savoure sa toute première victoire. Les joues pâles de Pénélope ont légèrement rosies. 

 


 

Dans la petite cour derrière le restaurant, adossé contre le mur juste à côté de la porte de service, Lee sort la pipe de sa poche. La même qu’il y a neuf ans. Il ne fume plus d’herbe séchée depuis bien longtemps, mais il l’a gardée. C’est une relique, un porte-bonheur qu'il conserve précieusement. Chaque fois qu’il la regarde, il se souvient que la vie ne tient qu’à un fil. Il s’en est fallu de peu ce jour-là. Un frisson le traverse en se rappelant le bruit des bottes des rafleurs dans la mousse verte, le souffle angoissé de Pénélope dans son cou, son corps prostré contre le sien, ensevelis sous un tapis de feuilles et protégés par un sort de camouflage. Et son propre murmure, quasiment inaudible, dans l’oreille de la jeune fille.

Si on s’en sort vivants, Darling…
Si la guerre se termine…
Tu m’accorderais un rencard ?
Promets-le-moi.

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