Like a dragonfly inside a jar by ECM
Summary:

Il lui sembla pendant une seconde que le monde tremblait. Il y avait des souvenirs qu'on n'oubliait jamais, et cette voix était l'un d'entre eux.

Il se souvenait de ce que sa mère lui avait dit cet été là, deux ans plus tôt, alors qu'il avait passé un mois entier enfermé dans sa chambre.

 

« Parfois, les gens s'en vont mais cela ne veut pas dire qu'ils ne reviendront jamais. »

 


Categories: Après Poudlard, Jily (James/Lily) Characters: Les Maraudeurs, Lily Evans
Genres: Romance/Amour, Tragédie/Drame
Langue: Français
Warnings: Lime
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 10 Completed: Oui Word count: 47003 Read: 5134 Published: 21/02/2021 Updated: 25/03/2021

1. Chapitre 1 by ECM

2. Mécaniques d'une rupture by ECM

3. Les boules surprises by ECM

4. Les silences by ECM

5. Réunion et tensions by ECM

6. Frustrations by ECM

7. Epouvantard & Jeu à boire by ECM

8. Les tensions by ECM

9. Being Cute by ECM

10. La liberté by ECM

Chapitre 1 by ECM

 

James Potter arpentait une ruelle sombre du Chemin de Traverse, Sirius Black sur ses talons, tous les deux baguettes à la main, ils se cachèrent hâtivement derrière un mur en briques lorsque la jeune femme qu'ils poursuivaient s'arrêta et se retourna pour vérifier qu'elle n'était pas suivie.

 

Le ciel vespéral, lacéré par une pluie battante qui tombait depuis une bonne heure, leur était à peine visible tant les murs semblaient les avaler. S'il préférait l'agréable tiédeur des rayons de soleil sur sa peau, James reconnut que l'averse leur avait été utile pendant leur filature alors que le clapotis violent des gouttes contre les pavés couvrait le bruit de leurs pas derrière Bellatrix.

 

 

« Elle rentre, murmura Sirius en se penchant légèrement. »

 

 

James fit de même juste pour voir la cousine de son meilleur ami pénétrer dans Barjow et Beurk, et ils baissèrent simultanément leur baguette lorsque la porte se referma derrière elle, faisant tinter un carillon sinistre auquel étaient accrochées de minuscules têtes de mort en ferraille rouillées. En s'approchant autant qu'ils le pouvaient sans se faire remarquer, ils la virent discuter avec le vendeur. De larges étagères les empêchaient de les espionner comme ils l'auraient voulu, et bientôt, ils ne purent plus qu'observer les bocaux posés sur les planches de bois qui obstruaient leur vision et dans lesquels se trouvaient de pauvres libellules amorphes.

 

 

« C'est tout pour ce soir, décréta James. Retournons au quartier général. »

 

 

Il attrapa le bras de Sirius et transplana avant qu'il n'ait le temps de protester. Il savait qu'il aurait voulu se dissimuler sous la cape d'invisibilité et rentrer dans le magasin, mais ils n'avaient aucune idée de ce qui pouvait les attendre à l'intérieur et depuis qu'il avait commencé les missions pour l'Ordre, deux années auparavant, James avait compris à quel point les choses pouvaient vite dégénérer.

 

Certains de leurs camarades en avaient fait les frais, et il n'avait aucune envie que Sirius et lui finissent à leur tour sur un lit d'hôpital à Sainte-Mangouste, ou pire, entre quatre planches à deux mètres sous le sol.

 

Ils atterrirent en bas de l'escalier extérieur d'un appartement du Londres moldu menant à un sous-sol, et James donna plusieurs coups de baguette sur une porte verte bouteille qui s'ouvrit devant eux. Ils s'y hâtèrent en même temps, essayant de se mettre à l'abri, mais Sirius poussa James en arrière pour s'y engouffrer en premier et le jeune homme laissa échapper un juron en refermant la porte derrière lui avant de se découvrir de son manteau qu'il lâcha sur la patère.

 

 

« James ? Sirius ? C'est vous ?

- Sors le whisky-pur-feu, Queudver ! J'ai besoin de boire pour oublier ! lui répondit Sirius d'une voix forte en retirant tant bien que mal ses chaussures dans le couloir de l'entrée. »

 

 

Dès qu'il le vit se pencher pour défaire ses lacets, James prit un malin plaisir à le bousculer légèrement pour qu'il tombe sur le côté, et Sirius tenta de lui attraper la cheville lorsqu'il l'enjamba pour rejoindre leur camarade dans le salon, mais l'ancien préfet en chef fut plus rapide et il disparut du couloir non sans jeter un sourire narquois vers son meilleur ami qui leva son majeur dans sa direction. Parfois, il se demandait comment ils pouvaient être toujours aussi puériles, même en étant confrontés de si près à la guerre.

 

 

« Qu'est-ce que tu fiches ici, Dearborn ? Je croyais que tu passais le week-end chez ta copine ? s'exclama t-il en bondissant par dessus le dossier du canapé pour retomber sur les coussins moelleux avant de tendre la main et de s'emparer du verre que lui tendait Peter. »

 

 

Le quartier général de l'Ordre était probablement l'un de ses endroits préférés ces derniers temps, et il n'était pas rare qu'il traîne ici pendant des heures avec les garçons. Souvent, Benjy Fenwick, Marlène McKinnon, et Caradoc Dearborn restaient avec eux et ils refaisaient le monde ensemble en piochant allègrement dans la réserve de Whisky-pur-feu de Dedalus Diggle, le faisant fulminer dès qu'il allait y chercher une bonne bouteille et qu'il ne la trouvait pas.

 

 

« Non, elle devait rester chez moi, corrigea Caradoc, mais elle a eu un empêchement. Un truc avec sa famille, mais elle devrait pouvoir ven...

- C'est ce qu'elle t'a dit, intervint Sirius en haussant les sourcils d'un air suggestif avant de poursuivre. Elle est sûrement en train d'écumer les bars avec son petit-ami de la semaine.

- Elle n'a pas de petit-ami de la semaine, réfuta le jeune homme en se renfrognant, et en plus, elle...

- Qu'est-ce que tu en sais ? Tu n'es pas là pour le voir, le coupa James en trinquant avec son meilleur ami. Où est Lunard ?

- Trop fatigué, répondit Peter, il viendra peut-être plus tard s'il a réussi à faire une sieste.

- Ma copine aussi, leur apprit finalement Caradoc. Elle a dit qu'elle pourrait sûrement s'échapper de chez ses parents vers vingt-trois heures.

- Fol Oeil avait dit pas de filles ici, Dearborn ! protesta Peter.

- Qu'est-ce que ça peut faire ? McKinnon, Vance, Meadowes et Londubat sont là tout le temps !

- Parce qu'elles sont membres, lui fit remarquer James avant de boire une longue gorgée de whisky-pur-feu. »

 

 

Peter se leva du gros fauteuil rembourré aux motifs semblables à ceux du canapé pour aller allumer la télévision qui reposait sur un meuble en bois bancal. Sous chaque pied se trouvaient des morceaux de parchemins pliés dans une tentative vaine d'essayer de l'équilibrer.

 

 

« J'adore les moldus, souffla Sirius alors qu'une jeune femme visiblement à son goût apparaissait sur l'écran. Et ne sois pas rabat-joie, Cornedrue ! C'est l'endroit parfait pour ramener des filles. Elles sont incapables de nous retrouver après.

- Premièrement, tu es odieux, et deuxièmement, je ne ramène pas des filles, corrigea Caradoc, je la ramène juste elle. Pour vous la présenter. Comme vous me le demandez depuis deux mois. »

 

 

James le vit pousser un petit soupir agacé, et il esquissa un sourire en coin en songeant à toutes les fois où ils avaient taquiné Dearborn à ce sujet. Parfois, il se demandait pourquoi il continuait à traîner ici avec des gamins comme eux. Ils avaient presque une dizaine d'années d'écart et Caradoc était un peu devenu comme un vieil oncle pour eux au fur et à mesure du temps. Ils l'adoraient, mais ils ne pouvaient pas s'empêcher de lui faire vivre un calvaire.

 

Sirius s'enfonça un peu plus dans le fauteuil qui faisait face à celui de Peter, et croisa ses jambes, laissant sa cheville reposer sur son genou, ses yeux gris jonglant entre l'écran et Caradoc qui était intarissable sur la jeune femme depuis qu'ils avaient commencé à sortir ensemble, quelques mois plus tôt.

 

 

« De toutes façons, elle va rejoindre l'Ordre, reprit-il en se penchant sur une table basse branlante faite d'une pile impressionnante de journaux ficelés entre eux.

- Ah ! A tous les coups, c'est un mangemort infiltré ! lança Sirius en ne plaisantant qu'à moitié.

- Ne dis pas de conneries, Black, marmonna aussitôt le jeune homme, ses parents sont moldus. Et en plus, elle a déjà vu Dumbledore et il est partant.

- Tu serais surpris du nombre de cibles de Tu-sais-qui qui se joignent à ses rangs, lui confia Peter en se dandinant dans son fauteuil.

- Pas elle, affirma t-il. Vous verrez. Il nous la faut.

- Le sexe obscurcit toujours ton jugement, Dearborn, chantonna Sirius avec un sourire espiègle.

- Vous vous souvenez quand il nous a présenté cette fille aux Trois Balais en juin ? Funesta ou je ne sais quoi...

- Sinistra, intervint James en essayant de se retenir de rire.

- Et cie, compléta Sirius, mangemorts de mère en fille. »

 

 

Cette fois, il pouffa suivit par Peter alors que Sirius levait son verre en direction du pauvre Caradoc qui se renfrogna.

 

 

« Vous êtes vraiment des abrutis quand vous vous y mettez ! leur lança le jeune homme avant de se lever de la chaise sur laquelle il était assis et de disparaître dans la cuisine adjacente. »

 

 

Les yeux de James se perdirent sur le papier peint à losanges derrière la télé. La première fois qu'il était entré ici, il lui avait donné la nausée. Il y avait trop de motifs pour lui, et ces couleurs marrons et orange lui filaient un mal de tête pénible couplées à l'ensemble de canapés et fauteuils dont la teinte était beaucoup plus vive, mais il l'avait dorénavant associé à des moments agréables et il se surprenait soudainement à ne vouloir le changer pour rien au monde.

 

 

« Vous devriez plutôt rédiger votre rapport de ce soir, au lieu de raconter des conneries, dit Caradoc en revenant avec une tasse de thé fumante à la main. »

 

 

Ils suivaient Bellatrix chacun leur tour à différents moments de la journée. Caradoc et Peter prendraient le relais le lendemain matin, et James et Sirius enchaîneraient une nouvelle fois le soir, et ce jusqu'à ce qu'ils regroupent assez de preuves pour que le ministère puisse ouvrir une enquête sur elle.

 

 

« On a la nuit devant nous.

- Meadowes ne t'attend pas ?

- Elle est sûrement avec Marlène aux Trois Balais à cette heure là, répondit simplement James en se retournant pour jeter un bref coup d'oeil à l'antique horloge que Diggle avait entreposée dans un coin de la pièce.

- Quelle petite-amie écume les bars, maintenant ? C'est probablement elle, qui est avec son petit-ami de la semaine, pointa sarcastiquement Caradoc. »

 

 

James lui adressa un doigt d'honneur, faisant glousser Sirius. Il était avec Dorcas depuis presque un an et les choses n'étaient plus tout à fait ce qu'elles étaient au début. A chaque fois qu'il rentrait chez eux, elle lui lançait des regards hostiles et lui reprochait de passer trop de temps avec les garçons, ce à quoi il répondait que McKinnon était de toutes façons perpétuellement chez eux.

 

Elle surenchérissait en lui faisant remarquer que si Marlène venait chez eux, c'était seulement pour éviter qu'elle se retrouve seule à l'attendre quand elle ne savait pas s'il allait rentrer de sa mission. Elle lui répétait qu'il ne la prévenait jamais quand il arrivait sain et sauf au quartier général, et il répliquait en expliquant qu'il aurait été stupide de faire partir des chouettes et risquer d'attirer l'attention juste pour lui dire qu'il était en un seul morceau. Elle lui hurlait qu'il ne comprenait pas. Il lui répondait qu'il était désolé, et quelque chose se brisait en lui.

 

Il savait ce qu'elle ressentait quand il ne rentrait pas à l'heure. Il connaissait le même stress quand il l'attendait à leur appartement et qu'elle était sur le terrain, mais il était simplement content quand elle rentrait, loin de l'amertume qu'elle ressentait quand il passait le pas de la porte. Des fois, c'était comme s'ils ne parlaient pas le même langage.

 

 

« Comment est-ce qu'elle s'appelle, d'abord, cette fille ? demanda Peter.

- Ah ah... lâcha mystérieusement Caradoc. »

 

 

Il porta la tasse à ses lèvres et sirota une petite gorgée de thé vert avant de la poser sur la table et de croiser ses jambes comme Sirius l'avait fait un peu plus tôt et de se racler la gorge d'un air un peu gêné.

 

 

« Voilà le truc, reprit-il, vous la connaissez sûrement. Elle était à Poudlard avec vous. »

 

 

James tenta de se rappeler de tout ce que Caradoc lui avait raconté au sujet de cette mystérieuse nouvelle petite-amie. Jolie, pas très grande, à l'aise avec les potions, capable de descendre une bouteille de whisky-pur-feu d'une seule traite (et c'était d'ailleurs à ce moment précis que Caradoc était tombé amoureux d'elle, selon ses dires), et dotée d'un humour piquant absolument déroutant lorsqu'on ne la connaissait pas. Sous ses airs angéliques, Caradoc disait qu'elle cachait un tempérament encore plus tordu que celui de Sirius. James était très sceptique quant à cette affirmation, mais il était impatient de rencontrer la personne pour se faire sa propre idée.

 

 

« Alecto Carrow, à tous les coups, plaisanta Sirius.

- Merlin, pour qui me prends-tu ?! lança Caradoc en esquissant une grimace offensée.

- Le. Nom, articula Peter.

- Je veux voir si vous la reconnaissez. Je préfère ne rien dire pour l'instant. Vous verrez quand elle arrivera.

- Est-ce qu'elle sait qui nous sommes ? demanda James.

- Ne sois pas idiot, Cornedrue, bien sûr qu'elle sait qui nous sommes, répondit Sirius en balançant ses cheveux en arrière d'un air hautain.

- Je n'en ai aucune idée, à vrai dire... admit Caradoc. Elle n'évoque pas souvent ses années à Poudlard. Je sais qu'elle connaît un peu Alice parce qu'elle m'en parle parfois, mais c'est tout.

- Alice était déjà constamment collée à Frank à l'époque, je ne me souviens pas l'avoir vue une seule fois avec des filles, pointa Peter.

- Elles ne se voyaient pas beaucoup à Poudlard, elles ne traînaient pas dans le même groupe d'amis à l'époque, mais leurs parents se connaissent depuis l'enfance.

- Est-ce que ce ne serait pas Purkiss ? demanda Sirius, et les trois garçons se tournèrent simultanément vers Caradoc qui secoua la tête de droite à gauche.

- Elle ne s'appelle pas Purkiss.

- Hookum, peut-être, tenta James.

- Non plus. »

 

 

James laissa échapper un bref soupir de déception parce qu'il lui avait semblé que Daisy ressemblait un peu à la description que Caradoc faisait de la fille, mis à part pour l'humour caustique, et il porta de nouveau son verre à sa bouche, savourant la façon dont le whisky-pur-feu réchauffait sa gorge après avoir passé trop de temps sous la pluie.

 

 

« Au fait, qu'est-ce que ça a donné avec Bellatrix cette fois ? les interrogea Caradoc.

- Rien de plus. Elle s'est rendue à Gringotts, puis à Barjow et Beurk. Elle n'a rencontré personne. C'était sans intérêt.

- On va finir par la coincer, dit Peter alors que Sirius était étrangement silencieux.

- Ce n'est pas comme si elle pouvait se cacher éternellement.

- Tu ne connais pas les Black, Dearborn, intervint James la mine sombre. S'il y a bien quelque chose qu'ils savent faire, c'est se cacher.

- Et ne jamais se faire attraper. Pour quoi que ce soit, intervint Sirius dans un murmure qui dissimulait bien plus que de la rancoeur. »

 

 

Un silence lourd pesa sur eux pendant un moment, troublé seulement par les bruits du dehors, par le tintement des verres lorsqu'ils se resservaient, et le bruissement du tissu bariolé du canapé et des fauteuils lorsqu'ils s'y enfonçaient un peu plus. La pluie tombait toujours en trombes à l'extérieur et les yeux de James étaient perdus quelque part sur la table basse alors qu'il écoutait les « splash » réguliers des roues de voitures dans les flaques d'eau. Un klaxon lointain lui fit légèrement lever la tête vers la vitre et il eut juste le temps d'apercevoir deux ombres passer devant avant que le grincement familier de la porte d'entrée ne le fasse pivoter vers le couloir duquel il était arrivé avec Sirius quelques minutes auparavant.

 

 

« Faites chauffer l'eau pour le thé ! entendit-il Rémus dire. Et sortez deux tasses de plus. Apparemment, vous attendiez quelqu'un d'autre... »

 

 

James jeta un coup d'oeil vers Caradoc qui bondit de son fauteuil et traversa le salon à grandes enjambées, un large sourire fendant son visage, impatient de retrouver cette mystérieuse fille dont il leur parlait depuis quelques semaines.

 

 

« Merlin, quel temps ! lança t-elle de l'entrée. »

 

 

James se redressa immédiatement dans le canapé. C'était comme si l'on venait de lui donner un violent coup de poing dans le ventre, puis qu'on l'avait pris par la gorge, et qu'on avait serré, serré si fort qu'il ne savait plus s'il devait se concentrer sur la respiration qu'il n'arrivait plus à reprendre ou sur son estomac qui semblait en feu.

Ses doigts se crispèrent sur son verre. Sa bouche s'assécha et son rythme cardiaque s'accéléra brutalement. Il lui sembla pendant une seconde que le monde tremblait. Il y avait des souvenirs qu'on n'oubliait jamais, et cette voix était l'un d'entre eux. Cette voix ! Cette voix. Cette voix...

Son verre se brisa dans sa main. Une goutte de sang roula le long de son pouce, et James demeura immobile. Il se souvenait de ce que sa mère lui avait dit cet été là, deux ans plus tôt, alors qu'il avait passé un mois entier enfermé dans sa chambre.

 

 

« Parfois, les gens s'en vont mais cela ne veut pas dire qu'ils ne reviendront jamais. »

 

 

Il ne sut qui de Sirius ou de Peter jeta un sort pour rassembler les morceaux de verre brisés à ses pieds, et il entendit à peine les garçons lui demander s'il allait bien. Tout n'était plus qu'un épais brouillard et cette voix résonnait dans sa tête, le narguant comme si elle ne l'avait pas hanté sans le laisser reprendre son souffle une seule fois pendant deux ans, comme s'il n'y avait pas pensé chaque jour de sa vie.

 

Il ressentit un léger picotement quelque part entre son nez et ses yeux et il tenta de réguler sa respiration. Impossible. Il n'eut même pas besoin de se retourner pour savoir qu'elle entrait dans la pièce avant Rémus. Sa démarche...

 

Sa mâchoire se crispa. Une goutte de sang tomba sur son pantalon. Il s'était fait à son absence. Il avait eu du mal à y croire pendant longtemps même s'il n'y avait plus que le silence autour de lui, même si elle n'était plus dans ses bras, même si elle ne lui glissait plus ces mots à l'oreille, ceux qui font rougir les adolescents amoureux, et puis il avait fini par vivre avec. Survivre avec. Survivre sans.

 

 

« Bon, voilà, je ne vous présente pas Lily ! s'exclama jovialement Caradoc Dearborn.

 

End Notes:

Oui, oui, oui, je sais, j'avais dit que je ne ferai plus que des OS pendant quelques temps mais je pensais tellement à cette histoire que je n'arrivais plus à dormir et il fallait que je la commence même s'il était deux heures du matin et que je me levais à 7h x.X

Bref. C'est un fic courte, je vous préviens à l'avance mais je garde la surprise sur le nombre de chapitres parce que je ne veux pas vous spoiler. Celui là était tout petit petit mais les prochains seront plus longs parce que j'ai été inspirée comme jaja (les miracles arrivent)

En tout cas, j'espère que vous l'aimerez parce que j'ai vraiment adoré l'écrire de A à Z et c'est tellement rare que je garde la motivation jusqu'au bout...

Enfin bref, je vous retrouve rapidement et je sais que je vous avais parlé d'un OS sur Sirius et il arrivera mais... Après ça :)

(Bah voilà il faut appuyer sur "ajouter l'histoire" et maintenant je suis stressée)
Bon. Bon. Allez. J'y vais. Bisous.

 

Mécaniques d'une rupture by ECM

 

 

James se pencha par la fenêtre de son appartement, soudainement attiré par le vide qui s'étendait sous ses yeux alors qu'il avait l'impression que tous ses organes étaient en cendres au fond de lui. Combien de temps allait-il encore payer pour la façon dont elle l'avait laissé ? Combien de temps allait-il encore tant souffrir que le sommeil n'était même plus une option envisageable ?

 

 

« Est-ce que tu fumes ? »

 

 

Il tourna légèrement la tête vers Dorcas qui se tenait au milieu de leur salon, bras croisés, une nuisette violette lui arrivant à mi cuisses. Elle haussa les sourcils et il vit autant d'inquiétude que de déception dans son regard. Il n'avait pas besoin de cela. Pas maintenant. Il haussa les épaules et porta la cigarette à ses lèvres. Elle se rapprocha et prit une profonde inspiration avant de faire un pas en arrière.

 

 

« Et ce n'est pas du tabac, constata t-elle sur un ton froid. J'imagine que c'est encore une bonne idée de Sirius.

- Laisse mon meilleur ami tranquille, Dorcas. »

 

 

Elle soupira et il reporta son regard sur la ville lorsqu'il entendit ses pas s'éloigner sur le parquet. Il faisait un froid de canard mais c'était comme s'il y était imperméable, et c'était tout ce qu'il voulait. Ne plus rien ressentir. Lily l'avait tué une première fois quand elle était partie, et une deuxième fois en revenant.

 

Elle avait volé son bonheur. Peu à peu, les garçons et Dorcas avaient réussi à le ramener quelque part où il s'était surpris à être de nouveau capable d'être heureux, mais il ne savait pas comment ils s'y étaient pris, et maintenant, c'était comme s'il était de nouveau à terre et que leurs mains tendues n'étaient plus suffisantes pour le remettre sur pied.

 

Il expira et une fumée blanche flotta devant lui avant de s'évanouir presque immédiatement. Ses yeux le brûlèrent et il les frotta brièvement avant de se pencher un peu plus. Dans le lointain, il pouvait entendre les basses d'une musique rock qui provenait probablement d'un appartement de la rue adjacente parce qu'il avait vu des adolescents déguisés tourner dans l'angle un peu plus tôt.

 

Il aurait aimé revenir à cette époque là. Il aurait aimé que Lily ne parte jamais. Il aurait aimé ne plus se souvenir du moment où elle lui avait dit que c'était terminé. Parfois, il aurait même aimé qu'ils n'aient jamais commencé à s'aimer comme des imbéciles d'adolescents, sans mesure et sans limite... Il souffla une nouvelle bouffée dans la nuit et ferma les yeux.

 

 

 

 

 

Il montait les escaliers de la tour d'astronomie à toute vitesse, impatient parce qu'elle lui avait demandé de la retrouver après son entraînement de quidditch et qu'il adorait passer du temps là haut avec elle. C'était devenu le meilleur moment de sa journée, celui qu'il attendait, celui qui le faisait soupirer d'impatience en cours et le seul qui pouvait lui sortir la tête de son sport préféré.

 

 

« Regarde toi, Evans... Encore plus jolie qu'hier, lui lança t-il avec un sourire en coin lorsqu'il atteignit finalement le sommet de la tour et qu'il la vit debout devant un ciel bleu nuit. »

 

 

Elle esquissa un faible sourire en retour et il remarqua immédiatement la pâleur de son visage, les cernes sous ses yeux, et ses doigts qu'elle tordait nerveusement devant elle. Il se pencha pour déposer un baiser sur ses lèvres mais elle tourna légèrement la tête.

 

 

« Je suis prise dans cette école en France, lui annonça t-elle de but en blanc. Celle que je voulais. Celle pour apprendre la médicomagie.

- Wow, Lily, c'est... C'est génial, je suis tellement fier de toi ! s'exclama t-il en la prenant dans ses bras. »

 

 

Elle le laissa faire pendant un moment, et il l'entendit même pousser un soupir d'aise à son oreille alors que ses doigts s'agrippaient à lui comme si elle craignait qu'il ne la lâche. Ce fut pourtant elle qui s'écarta une seconde plus tard, et qui passa brièvement une main sur sa joue avant d'ouvrir de nouveau la bouche.

 

 

« Pour être honnête, je le sais depuis une semaine... »

 

 

Elle s'interrompit et James vit son regard dévier sur la forêt interdite. Il y avait quelque chose de mélancolique sur son visage, quelque chose qu'il n'aimait pas vraiment, et il y avait aussi cette sensation qu'il avait au creux du ventre, la même que lorsqu'il entraînait son attrapeur à la feinte de Wronski, angoissé à l'idée qu'il s'écrase tant la manœuvre était compliquée.

 

 

« Je repoussais juste le moment, reprit-elle avant de déglutir, parce qu'aucune relation ne survit à deux ans d'absence. »

 

 

Le premier coup de massue tomba sur sa nuque, l'assommant momentanément alors que tout commençait à faire sens. Elle avait été si différente ces derniers jours... Toujours après lui, toujours à le chercher, toujours à le fixer avec ses grands yeux verts, à le tirer dans des coins où personne ne passait jamais pour l'embrasser entre deux cours et à le supplier presque de lui répéter à quel point il l'aimait. Il s'en était simplement réjoui, mais maintenant... Les pièces du puzzle s'assemblaient lentement et son estomac se retourna.

 

 

« Je... Je sais qu'il reste du temps, que je ne partirai qu'au milieu de l'été mais je ne peux pas... Elle avait l'air de trébucher sur ses mots et son cœur était si lourd qu'il l'entendait presque quand elle poursuivit. Je ne peux pas rester avec toi plus longtemps. »

 

 

Le deuxième coup de massue fut en fait un boulet de canon tiré droit dans son ventre. Ses tripes éclatèrent quelque part en lui avec son cœur et ses poumons, et il eut la sensation que son cerveau se faisait la malle, court-circuitant la moindre pensée cohérente qu'il aurait pu avoir. Il ne respira plus pendant quelques secondes, puis il ouvrit la bouche pour la dissuader de prendre une telle décision, mais la réalité le frappa en plein visage et il la haït immédiatement. Lily Evans ne reculait jamais. Elle ne changerait pas d'avis, et le seul mot qu'il parvint à articuler fut le suivant :

 

 

« Ok. »

 

 

Lily resta de marbre, les yeux figés dans les siens, et il eut l'impression pendant un instant que le boulet de canon venait de lui être renvoyé. Et puis elle passa à toute vitesse devant lui, et son parfum s'engouffra dans ses narines alors qu'elle descendait les escaliers sans qu'il ne se retourne. Son regard sombre resta obstinément vissé en face de lui, là où elle se tenait une seconde plus tôt, et il se sentit mourir à l'intérieur. C'était leur dernier soir à Poudlard, et elle l'avait quitté.

 

 

 

 

 

 

 

Il écrasa la cigarette dans la terre des fleurs mortes que Dorcas s'obstinait à planter à chaque nouvelle saison sans réussir à les garder en vie plus d'un mois, et il se servit un grand verre de whisky-pur-feu qu'il avala d'une traite. Lily faisait ressurgir ses pires habitudes. Il essaya de ne pas trop y penser, sans succès, elle était partout, et sa silhouette sombre pénétra dans sa chambre à ses côtés de la même façon qu'elle l'avait toujours suivi.

 

Il se glissa sous les couvertures et Dorcas roula sur le côté pour se tourner vers lui. Il sentait ses grands yeux bleus sur lui, mais les siens étaient fixés au plafond sans qu'il ne le regarde vraiment. Il n'y avait que le visage de Lily. Son visage parfait. Et quand Dorcas passa sa main sous son tee-shirt il frissonna puis culpabilisa immédiatement d'être incapable de garder son esprit focalisé sur elle.

 

Il ne savait même pas depuis combien de temps ils n'avaient pas fait l'amour. Il n'y réfléchissait même plus, mais maintenant qu'il avait revu Lily et qu'il ne semblait plus pouvoir penser qu'à elle, il était soudainement très réceptif à l'approche de sa petite-amie. Il savait à quel point il était un troll. Il savait à quel point il était horrible de la toucher de cette façon en pensant à une autre lorsque ses mains l'attrapèrent rapidement pour l'attirer contre lui. Il se détesta quand il l'embrassa.

 

Il se détesta d'essayer de se focaliser sur Lily quand ses caresses se firent plus pressantes. Il se détesta de ne penser plus qu'à elle lorsqu'il sentit Dorcas partout sur lui, autour de lui, et il se détesta de lui laisser croire qu'elle était la seule avec laquelle il voulait faire l'amour de cette façon. Il détesta le sentiment de honte ignoble qui le prit à la gorge plusieurs minutes après lorsqu'elle retomba sur le matelas à côté de lui en laissant échapper un soupir de béatitude. Il ne s'était jamais senti aussi abject. Jamais.

 

 

« Ça m'avait manqué, chuchota Dorcas en posant sa tête sur son épaule. »

 

 

Il ne répondit rien. Sa respiration était irrégulière et il se sentait si mal qu'il eut envie de vomir. Au bout d'un moment, elle s'endormit contre lui et il laissa la culpabilité de côté en profitant du fait qu'elle ne le regardait plus. Il redoutait qu'en le fixant un peu trop, elle se rende compte qu'il n'était pas avec elle. Il était bien loin.

 

Il eut l'impression que les heures s'écoulaient au ralenti cette nuit là, et lorsque les premiers rayons de soleil traversèrent enfin les voilages de leur chambre, il bondit hors du lit, prit sa douche, et griffonna un rapide mot à l'adresse de Dorcas avant de se rendre au quartier général où il devait rejoindre Sirius.

 

Le temps était plus clément que la veille et il fut soulagé de constater qu'il n'y avait que le manteau de Benjy Fenwick dans l'entrée. Il avait une mission la veille au soir et il avait dû rentrer et dormir ici. Il y avait deux chambres et il n'était pas rare qu'ils les utilisent quand ils étaient trop épuisés pour transplaner chez eux ou que le stress était trop grand. La guerre avait un effet différent sur chacun d'entre eux. Fenwick, lui, était probablement aussi terrorisé que Peter, et James pouvait difficilement l'en blâmer.

 

Il se défit de son manteau, pénétra dans le salon, et se figea net lorsqu'il vit les six verres sur la table basse. Une bouteille de whisky-pur-feu était posée à même le sol, à peine vide, et d'autres cadavres étaient éparpillés un peu partout. Son regard fut rapidement attiré par une goutte de sang sur le sol. Il baissa instinctivement la tête vers sa main qui ne présentait plus aucune trace de blessure grâce à l'essence de dictame qu'il y avait appliqué en rentrant, et il soupira.

 

Il savait que tout était réel, qu'elle était bien revenue, mais voir ce sixième verre sur la table et cette goutte de sang par terre lui rappelait avec un sentiment de gêne profond ce qu'il s'était passé quand elle avait débarqué dans la pièce.

 

 

 

 

 

« Bon, voilà, je ne vous présente pas Lily ! »

 

 

Il était sûr que le regard de Sirius avait plongé droit sur lui. Peter, lui, avait juste ouvert la bouche en grand, complètement surpris, avant d'aller étreindre la jeune femme et Rémus qui se tenait juste derrière elle. James avait attendu quelques secondes avant de se retourner et ses yeux étaient directement tombés sur le sourire qu'elle adressait à Peter.

 

Il avait oublié de respirer. Elle était encore plus belle qu'avant. Des tambours s'étaient mis à taper à toute vitesse à l'intérieur de lui alors qu'il ne pouvait faire autrement que de la dévisager. Ses longs cheveux roux étaient détachés et tombaient, raides, le long de ses épaules jusqu'à sa poitrine recouverte par un pull en laine beige à moitié rentré dans une jupe en velours marron qui ne recouvrait que ses cuisses. C'était comme si elle s'était accordée aux murs du salon, et cette pensée l'aurait fait sourire si ce n'était pas elle. Mais c'était elle.

 

Il ressentait à peine la douleur de la coupure à sa main, mais quelques gouttes de sang continuaient d'imbiber ses vêtements. Ce n'était rien qu'un peu d'essence de dictame ne pouvait arranger, et cela ne se verrait probablement plus une heure plus tard. De toutes façons, son esprit était ailleurs. Il regarda Lily rire à quelque chose que Caradoc lui raconta, et puis elle se tourna vers lui et le vit enfin.

 

Son sourire retomba pendant une seconde et il eut l'impression de voir dans ses yeux verts les mêmes ombres sinistres qu'il voyait dans les siens quand il se regardait dans un miroir. Tout lui revint brutalement en tête.

 

Le premier gros conflit en cinquième année, leur première collaboration en cours de potions, la première fois qu'ils s'étaient confiés l'un à l'autre sur leurs plus grandes peines, les petits déjeuners à ses côtés tous les matins parce qu'ils étaient les deux seuls à se lever aussi tôt, leur premier rendez-vous, la première fois qu'il l'avait embrassée, la première fois qu'elle l'avait embrassé, la première fois qu'elle avait rencontré ses parents, et inversement, et la première fois qu'ils avaient fait l'amour, pendant les vacances de février, alors que sa famille était partie en voyage à l'étranger... Et puis la première fois qu'elle l'avait quitté, ce soir là, en haut de la tour d'astronomie.

 

 

« Salut James, lui avait-elle dit. »

 

 

Il avait entendu sa voix trembler, et il n'avait pas pu répondre. Il était simplement resté pétrifié devant elle comme un abruti, et puis il avait posé maladroitement son verre réparé sur la table basse, l'avait entendu tomber, mais il s'était déjà levé pour s'en aller parce qu'il avait eu l'impression d'étouffer. Il avait claqué la porte derrière lui et il ne savait pas ce qu'il s'était passé après. Il avait juste transplané.

 

 

 

 

 

Il sortit de sa transe lorsque Fenwick lui tapota l'épaule. Il sursauta à peine mais pivota vers le jeune homme et le salua brièvement.

 

 

« Tu ne dors pas, la nuit, Potter ? l'interrogea t-il avec un sourire amical. Tu as une mine affreuse.

- C'est le whisky-pur-feu, répondit-il automatiquement, la voix étrangement plus grave que d'habitude.

- Ah, oui. J'ai entendu dire qu'il s'était passé des choses ici hier soir, mais je suis arrivé après la bataille, expliqua t-il. J'ai croisé Caradoc et sa nouvelle copine. Elle a l'air cool. »

 

 

James ne répondit pas. Il pointa sa baguette vers les verres qu'il envoya directement dans la cuisine avant d'ensorceler les éponges et le liquide vaisselle pendant que Fenwick baillait et se frottait les yeux.

 

 

« Hmm. Bien vu, lui dit-il. Si Fol Oeil passe et qu'il voit le désordre, il risque encore de nous faire la morale.

- Je pensais à Diggle. Il faut faire disparaître les cadavres de bouteilles, répondit laconiquement James en les métamorphosant une à une en de jolis cadres dignes des meilleurs peintres du siècle et il les fixa au mur d'un simple coup de baguette.

- Tu me fous la honte à chaque fois que tu métamorphoses quelque chose, Potter. Qu'est-ce que j'ai raté dans ma vie pour ne pas réussir à faire ça aussi facilement que toi ? »

 

 

James se contenta d'un sourire et il disparut dans la cuisine où il entreprit de chercher de quoi préparer un petit déjeuner à Benjy et à Sirius qui, il le savait, n'aurait pas pris le temps de manger avant de venir et s'en plaindrait pendant des heures entières s'il ne faisait rien pour remédier à cela maintenant.

 

Il attrapa un vieux livre de cuisine qui se trouvait sur une étagère poussiéreuse et souffla dessus, envoyant une multitude de particules dans l'air, puis il le feuilleta jusqu'à trouver une recette qui lui plaisait et après un rapide aller-retour vers les placards, il réalisa que les ingrédients dont il disposait ne lui permettrait pas de faire grand chose d'original, alors il se rabattit sur la recette de pancakes de son grand-père qu'il connaissait par cœur.

 

Il venait de terminer lorsque son meilleur ami arriva dans son dos et lui sauta littéralement dessus. James esquissa un sourire et se débattit un peu pour se défaire de son étreinte envahissante avant de lui tendre l'assiette de pancakes, amusé de voir ses yeux s'éclairer.

 

 

« Tu es certain que tu ne veux pas m'épouser ? lui demanda t-il en engouffrant un premier gâteau avant de se laisser tomber sur une chaise, le bras pendant par dessus le dossier.

- Je t'ai déjà dit que je voulais bien, mais que la société n'était pas prête pour ça, répondit-il avec un sourire malin.

- Je me fous de la société, déclara Sirius sur un ton grandiloquent en faisant un geste désinvolte de la main.

- Il n'y a pas que ça, reprit James. Tu ne peux pas te marier avec moi juste parce que je sais cuisiner, et que je suis le prétendant le plus susceptible de rendre tes parents fous de rage.

- Tu te sur-estimes, Cornedrue. Oh ils n'aimeraient pas, mais ils n'en feraient pas une crise cardiaque. Je peux facilement trouver mieux.

- Ah oui ? Et qui serait l'heureux prétendant ?

- Je ne sais pas, dit Sirius en faisant mine de réfléchir. Lily Evans ? »

 

 

Il y eut un blanc pendant quelques secondes, puis James haussa les sourcils et soupira alors que Sirius soutenait son regard, déterminé à ne pas le lâcher. Il savait très bien qu'il allait aborder le sujet, il n'aurait même pas dû être surpris, mais il avait juste cessé de penser à elle pendant quelques petites secondes et voilà qu'elle revenait encore. Toujours.

 

 

« Ah, une prétendante alors, commenta t-il machinalement.

- Vieux... »

 

 

James, appuyé contre le plan de travail de la cuisine, avait beau essayer de garder les yeux vissés sur ses pieds croisés, il savait pertinemment que son meilleur ami lui lançait le regard, celui qui signifiait qu'il n'était pas dupe sur l'état d'esprit dans lequel il se trouvait. Pas là dessus. Pas avec elle.

 

 

« Ça va.

- Cornedrue... prononça Sirius, comme un étrange avertissement.

- Je t'assure ! Ça va ! mentit-il.

- Très bien, si tu le dis ! »

 

 

Sirius avait parlé avec un enthousiasme que James trouva étrange. Il l'observa piocher un nouveau pancake dans la pile alors que le son de la télé leur parvenait aux oreilles, et il profita de la brève distraction pour se tourner vers les placards, s'emparer d'un verre qui était presque opaque tant le calcaire l'avait attaqué, et le remplir à ras bord avant de le porter à ses lèvres.

 

 

« Je veux dire, c'est vrai, ce n'est pas comme si tu avais littéralement fait exploser ton verre et que tu étais parti comme une espèce de dingue sans prononcer le moindre mot, commenta distraitement Sirius sans même le regarder, Dearborn aurait vraiment trouvé ce genre de comportement suspect, tu ne crois pas ? »

 

 

James s'étouffa un peu avec son eau, toussota, et jeta un regard noir en direction de son meilleur ami qui se balançait maintenant sur sa chaise, avec cet air parfaitement innocent qui ne le trompa pas le moins du monde.

 

 

« Je ne m'attendais pas à la voir, admit-il après quelques minutes, un goût amer dans la bouche en repensant à toutes les fois où Caradoc leur avait parlé de cette fille qu'il avait rencontré aux Trois Balais.

- Je sais, soupira Sirius. Elle ne s'attendait pas à te voir non plus.

- Elle t'a dit quelque chose ? ne put-il s'empêcher de demander.

- Non. C'est plutôt la tête qu'elle a faite toute la soirée. La même que tu fais maintenant. Tu sais, tu aurais pu répondre aux hiboux que je t'ai envoyés. »

 

 

James prit une profonde inspiration et esquissa une grimace désolée en direction de son ami. Sirius le connaissait par cœur. Il savait ce que Lily représentait pour lui. Il n'avait pas besoin de lui dire qu'il n'avait jamais vraiment réussi à tourner la page. Il était transparent, et quand il s'agissait d'elle, il avait toujours été beaucoup trop intense.

 

 

« Tu sais qu'elle va être là souvent dorénavant ? Tu risques de la croiser tout le temps, lui rappela Sirius.

- Du moment que je reste éloigné de la vaisselle, j'imagine que tout ira bien, plaisanta t-il, mais Sirius ne lui accorda pas l'ombre d'un sourire.

- Il va falloir que tu discutes avec elle.

- Je n'ai pas besoin de discuter avec elle, nia James. Le quartier général est grand, j'aurais juste à être dans une pièce quand elle est dans l'autre, et...

- Tes soirées vont certainement être amusantes, seul, dans la cuisine... le coupa Sirius en arquant un sourcil. »

 

 

James ouvrit la bouche pour lui répondre, mais la porte de la pièce s'ouvrit au même moment et, comme si la simple évocation de sa personne l'avait attirée ici, Lily apparut. Elle remarqua d'abord Sirius et son visage s'éclaira, et puis ses yeux dévièrent sur son ancien petit-ami. Elle sembla prendre une profonde inspiration en même temps que lui alors que Sirius lâchait un rire ironique en se levant de sa chaise.

 

 

« Eh bien, je vous laisse ! lança t-il en décalant délicatement Lily pour passer à côté d'elle. »

 

 

James jura qu'il la vit essayer désespérément de le retenir par le bras mais qu'elle le manqua de peu. Elle demeura debout en face de lui pendant quelques secondes, et puis ses yeux verts se posèrent sur l'assiette de pancakes.

 

 

« Profites-en. Ils sont encore tièdes, parvint-il à lui dire par un curieux miracle. »

 

 

Cette fois, elle lui adressa un léger sourire et fit un pas en avant, puis deux, et elle atteignit enfin la table en formica puis tendit la main vers la pile de pancakes pendant que James remerciait Merlin d'être toujours appuyé au plan de travail. Il avait besoin de soutien, et il était clair que Sirius avait décidé à tort que le mobilier serait plus utile que lui. Il la suivit des yeux. Elle avait attaché ses cheveux et il pouvait voir une fine chaîne en or autour de son cou qui disparaissait sous son pull.

 

 

« Je me sens tellement mal depuis hier, lui avoua t-elle de but en blanc après avoir découpé le biscuit en morceau. »

 

 

Il aurait dû s'en douter. Lily était toujours trop honnête. D'aussi loin qu'il s'en souvienne, il l'avait toujours connue comme cela, et il avait toujours apprécié cette capacité qu'elle avait de briser la glace quand il était évident qu'elle avait besoin de l'être. Il garda les yeux rivés sur ses doigts qui déchiquetaient le pancake pendant un instant, jusqu'à ce qu'elle n'en porte un morceau à sa bouche et que ses pensées ne dévient trop à son goût. Il se racla la gorge.

 

 

« Je suis désolé pour toi, lui dit-il avant de reprendre. Je me sens mal depuis deux ans et demi. »

 

 

Il savait que c'était probablement le dernier aveu qu'il aurait dû faire, mais elle était franche avec lui et il ne pouvait pas s'empêcher de faire de même. Elle ne lui avait pas envoyé une seule lettre après leur rupture. Aucune. C'était comme si elle n'existait plus. Il n'y avait plus d'amitié, plus de solidarité, même plus de bienveillance. Elle l'avait tué.

 

 

« Maintenant j'ai l'impression d'être un monstre. Merci beaucoup, James, marmonna t-elle sans lever les yeux vers lui. »

 

 

Il n'avait pas entendu son prénom dans sa bouche depuis trop longtemps. Il sentit quelque chose changer en lui, et il eut mal au cœur quand il perçut la peine dans sa voix, mais il resta de marbre. Il y avait tellement de rancœur, tellement de non dits, tellement d'amertume qu'il ne parvenait même pas à être agréable. Le manque avait été terrible et il l'était encore et il doutait qu'elle puisse jamais comprendre. Il lui en voulait plus qu'il n'en avait jamais voulu à qui que ce soit.

 

 

« Sois tranquille, je ne vais pas rester longtemps aujourd'hui, ajouta t-elle rapidement. Le professeur Dumbledore m'a juste donné rendez-vous ici pour discuter de mon entrée dans l'Ordre.

- De toutes façons je pars en mission avec Sirius, répliqua t-il en haussant les épaules.

- Bien.

- Bien, répéta t-il froidement. »

 

 

Elle n'avait même pas terminé son pancake quand elle l'abandonna sur la table. Il était en morceaux et James trouva une vraie ressemblance entre lui et la bouillie qu'il avait à la place du cœur.

 

 

« Ah, et une dernière chose, juste au cas où... Caradoc ne sait pas, pour nous. Sirius, étant son habituelle parfaite personne, a été magistral quand tu es parti. Il a prétexté toute une histoire à propos de Meadowes et toi et puis il a changé de sujet de façon à ce que personne ne pose plus de question, lui expliqua t-elle. »

 

 

Il eut la nausée quand il l'entendit prononcer le nom de Dorcas et que ses yeux attrapèrent les siens au même moment, comme si elle voulait souligner qu'elle savait qu'elle n'était pas la seule à avoir quelqu'un d'autre dans sa vie.

 

 

« J'aimerais que ça reste comme ça, reprit-elle. Alors si tu pouvais... Ne pas lui dire... Je pense que ce serait mieux pour nous deux. »

 

 

Il resta silencieux mais il hocha lentement la tête, et elle fit de même avant de quitter la pièce, et ses yeux restèrent vissés sur son dos avec l'intime conviction que les choses finiraient par dégénérer. Les choses dégénéraient toujours quand ils se retrouvaient au même endroit

End Notes:

Hey ! Merci à ceux qui continuent à me lire et s'il y a des nouveaux qui passent par ici, j'espère que vous resterez avec nous :)

A bientôt pour le prochain chapitre :)

Les boules surprises by ECM

Sirius et James déambulaient au milieu d'une longue allée d'ifs dont aucune épine ne dépassait comme si elle était régulièrement taillée au millimètre près. L'un était recouvert de la cape d'invisibilité, l'autre d'un puissant sortilège de dissimulation, et ils se hâtaient derrière une Bellatrix plus pressée que jamais.

Elle accéléra alors qu'ils s'approchaient d'un immense portail en fer forgé et pesta contre ses talons lorsqu'elle se tordit la cheville avant de poursuivre son chemin. Arrivée à destination, elle arrangea brièvement ses cheveux alors que les grilles s'ouvraient devant elle et que Lucius Malefoy apparaissait à la porte de la maison familial, Narcissa à ses côtés.

 

« Dépêches toi Bella, tu es la dernière ! lui chuchota t-elle en jetant de rapides coups d'oeil vers l'intérieur du manoir derrière son épaule comme si elle était préoccupée à l'idée que leurs invités puissent les entendre.

- La dernière ? répéta t-elle avant de continuer avec un mépris non dissimulé. Est-ce que tu as oublié le maître ?

- Ne sois pas stupide, répliqua sa sœur aussitôt en fronçant les sourcils, balançant ses longs cheveux blonds en arrière en la laissant passer devant elle.

- Dois-je te rappeler que certains de nos invités, Bellatrix, traversent le globe pour venir ? la questionna Lucius en lui jetant un regard dédaigneux.

- Karkaroff ne devrait même pas être là ! pesta aussitôt la jeune femme. Le maître ne lui fait pas confiance. »

 

Les trois camarades s'engouffrèrent dans le manoir et le reste de la conversation échappa à Sirius et James qui se mirent soudainement en quête d'une fenêtre. Il n'en manquait pas, mais la plupart des volets étaient en train de se fermer un par un dans des claquements sinistres successifs. James eut juste le temps d'apercevoir un pan de mur violet et les silhouettes de Lucius, Bellatrix, et Narcissa à côté d'une autre qu'il reconnut immédiatement. Régulus.

 

 

 

 

 

 

 

« Alors, comment va ta cousine, Sirius ? demanda Caradoc en se laissant tomber sur le canapé du quartier général. »

 

James, assis à la table du salon en vieux bois, lui jeta un regard irrité alors qu'il essayait de rédiger son rapport. Dorcas était debout derrière lui, les mains sur ses épaules, elle se penchait de temps en temps pour le relire et pointer du doigt les éléments qu'elle ne trouvait pas clairs.

 

« J'ai eu droit à une belle réunion de famille aujourd'hui, répondit l'intéressé en levant son verre de whisky-pur-feu pour trinquer avec l'autre.

- C'est la première fois qu'on trouve ton frère avec eux, ce n'est peut-être rien, intervint Dorcas.

- Mon frère est un Black, ce n'est pas rien, répliqua t-il.

- Tu es un Black !

- C'est un Potter, réfuta James aussitôt. »

 

Sirius mima un baiser en direction de son meilleur ami, lui octroyant un bref sourire. Il bougea ses épaules pour se dégager de l'étreinte de sa petite-amie lorsqu'elle répondit.

 

« Il est né Black et ça ne sert à rien de le nier.

- Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire, Dorcas ? la questionna James en se retournant légèrement et en levant la tête vers elle, arquant un sourcil alors qu'il pouvait voir du coin de l'oeil Caradoc secouer sa main en riant légèrement comme s'il trouvait cela particulièrement amusant de les voir se disputer. Il y a quelque chose de drôle que tu veux partager avec nous, Dearborn ? ajouta t-il sèchement en mettant un point final à son parchemin et en se levant.

- Wow, c'est quoi ton problème, James ? »

 

L'intéressé ne répondit pas. Il s'engouffra dans le couloir juste après avoir vu Sirius faire signe à Caradoc de rester tranquille. Il s'arrêta dans la salle de bain, soupira longuement, s'appuya contre le lavabo, et fixa son reflet dans le miroir. Il était à cran et plus les jours passaient, plus il lui semblait que sa colère empirait.

 

« Ce n'est pas parce que la mission n'avance pas comme tu veux que tu dois être désagréable avec tout le monde, lui dit Dorcas en s'arrêtant dans l'encadrement de la porte de la salle de bain, les bras croisés contre sa poitrine.

- Ça n'a rien à voir avec la mission, répondit-il aussitôt en croisant son regard étonnement doux dans le miroir. Tu ne te rends pas compte de ce que tu dis devant Sirius.

- Merlin, James, c'est un grand garçon ! s'exclama t-elle avec une espèce de lassitude en laissant ses bras retomber le long de son corps.

- Tu n'as aucune idée de ce qu'il a vécu là bas pendant seize ans. »

 

Dorcas ne répondit pas. Elle tourna la tête et expira par le nez et il crut qu'elle allait partir, mais elle s'avança vers lui, noua ses bras autour de son ventre et posa sa tête sur son dos. Il se tendit aussitôt et déglutit avant de se retourner rapidement vers elle. Il savait qu'elle pouvait voir qu'il était énervé contre elle. Il l'était constamment ces derniers temps, mais c'était comme si elle s'en fichait. Elle tira un peu sur sa chemise et l'embrassa, et il oublia momentanément que plus rien n'allait entre eux.

 

« Oh, désolé ! »

 

La voix de Lily fit sursauter Dorcas et elle s'écarta instinctivement de James dont les yeux s'étaient rapidement levés vers le couloir, là où se tenait son ex petite-amie qui brandissait bizarrement ses deux mains devant elle, paumes vers le plafond. Il vit ses joues rosir légèrement alors qu'elle s'excusait une deuxième fois, et il entendit le sourire de Dorcas dans sa voix lorsqu'elle lui répondit.

 

« Pas de problème, Lily, on te laisse.

- Sirius m'a renversé du whisky-pur-feu partout et je ne sais pas ce que j'ai fait de ma baguette, répondit-elle et alors qu'elle s'avançait vers le lavabo, James remarqua une grosse tache sur son pull rouge.

- Tu devrais toujours l'avoir sur toi, surtout en ce moment, lui conseilla gentiment Dorcas alors qu'elle avait rejoint le couloir et que James s'était écarté pour laisser de la place à Lily.

- Je sais, je sais, Caradoc m'a fait la remarque aussi, mais je suis juste tête en l'air en ce moment, dit-elle en grimaçant.

- Eh bien, c'est toujours mieux que d'être grincheux, conclut Dorcas en jetant un regard appuyé à James.

- Parfait, merci, ironisa t-il avant de sortir pour retourner dans le salon. »

 

Il s'assit sur le canapé à côté de Sirius, soulagé que Caradoc ait momentanément disparu, et jeta un coup d'oeil par dessus son épaule. Dorcas ne l'avait pas suivi, ce qui voulait dire qu'elle était toujours avec Lily dans la salle de bain, et contrairement à Caradoc, elle savait ce qu'il s'était passé entre Lily et lui à l'époque de Poudlard.

 

« Peter, Rémus, et Caradoc ont pris le relais pour ce soir, lui expliqua Sirius.

- Tous les trois ? s'étonna James en attrapant la chocogrenouille que son meilleur ami lui lança.

- Fol Oeil pense que c'est mieux qu'ils soient en plus grand nombre pour surveiller une réunion. Ça peut dégénérer à tout moment s'ils s'aperçoivent qu'il y a du monde, et à deux, ils ne feront pas le poids. Ils vont peut-être nous appeler en renfort, Caradoc dit que nous devrions dormir ici, juste au cas où.

- Oh non, intervint Dorcas en émergeant du couloir, suivie de près par Lily. Maugrey a bien précisé que si certains d'entre nous doivent les rejoindre, ce serait Lily et moi. Vous avez déjà fait votre part et vous devez vous reposer.

- Mais c'est ce que je fais, Meadowes, lui répondit Sirius avec un sourire malin en désignant d'un large geste de la main son corps entier qui reposait sur le canapé tel une grande odalisque.

- Toi, peut-être, mais James n'a pas dormi depuis deux jours. »

 

Lily passa devant eux et jeta un bref coup d'oeil à James avant de s'engouffrer dans la cuisine. Il eut juste le temps de remarquer qu'il n'y avait plus aucune tache sur son pull.

 

« Je suis en forme, Dorcas.

- Tu sais quoi ? Je préférerais encore que tu lui parles et que vous régliez vos problèmes plutôt que tu passes tes nuits à errer dans l'appartement, lui chuchota t-elle en faisant un signe de tête vers la pièce dans laquelle Lily venait de disparaître.

- Je n'ai pas envie de lui parler, lui dit-il aussitôt.

- Dorcas n'a pas tort sur ce point là, mon vieux, appuya Sirius. Tu ressembles à Barjow et Beurk avec ces cernes.

- Vraiment ? Aux deux ?

- Je n'ai jamais su lequel était lequel... Et non, répondit immédiatement Sirius. Tu es beaucoup plus beau, mais c'est ce vers quoi tu te diriges si tu continues.

- James, reprit Dorcas en lui jetant un regard implorant. Fais quelque chose. S'il te plaît. Prends toi en main. »

 

Le jeune homme soupira lourdement et se leva du canapé sur lequel il s'était assis. Il jeta un regard agacé vers son meilleur ami et sa petite-amie, puis traversa le salon, et poussa la porte de la cuisine où il trouva Lily simplement assise à la table en formica blanche, à fixer le vide devant elle, ses doigts jouant avec la chaîne en or autour de son cou. Elle sursauta quand il entra et ses yeux se posèrent immédiatement sur lui.

 

« Ce n'est pas parce que je suis là bas que tu ne peux pas y aller, tu sais, lui dit-il en rentrant ses mains dans ses poches, se rappelant vaguement de la conversation qu'il avait eue avec Sirius quelques jours auparavant.

- Je sais, j'étais juste en train de... elle s'interrompit, balaya rapidement la pièce du regard, puis haussa les épaules avant de reprendre. Bon. D'accord. J'imagine que je t'évitais. Je suis obligée de rester ici au cas où les garçons appelleraient mais ce n'est pas comme si tu avais envie de te retrouver dans la même pièce que moi, donc... »

 

Elle fit un geste de la main un peu hasardeux et puis elle se mit à regrouper des miettes sur la table pour en faire un petit tas devant elle, et il n'arriva pas à la quitter des yeux.

 

« Donc c'est de ma faute si tu te sens obligée de te réfugier dans une autre pièce ?

- Ce n'est pas du tout ce que j'ai dit, nia t-elle en secouant doucement la tête, je ne te blâme pas pour quoi que ce soit, c'est juste que tu sais aussi bien que moi qu'il va y avoir un silence embarrassant si on se retrouve tous les deux là bas, avec Meadowes entre nous.

- Sirius est doué pour détendre l'atmosphère.

- Je sais ça, dit-elle en souriant un peu. »

 

Ils n'échangèrent plus aucun mot pendant un minute, et alors que James ne pouvait détacher ses yeux d'elle, il remarqua à quel point elle semblait plus mature. Il réalisa aussi qu'il ne savait plus rien d'elle. Il y avait un énorme trou de deux ans et demi entre eux, et le simple fait de ne reconnaître aucun de ses vêtements le troublait légèrement.

 

« Je ne sais même plus qui tu es, lâcha t-il sans vraiment s'en rendre compte. »

 

Elle lâcha son petit tas de miettes des yeux pour reporter son regard curieux sur lui, et il vit sa poitrine se soulever lourdement. Il sentait lui même les nœuds commencer à se former dans sa gorge. Elle n'avait aucune idée qu'il était à deux doigts de s'effondrer à chaque fois que ses yeux croisaient les siens.

 

« Je n'ai pas tellement changé, l'informa t-elle en haussant les épaules. »

 

Il s'apprêtait à répondre lorsqu'il entendit Dorcas pousser un petit cri dans le salon, attirant aussitôt son attention et celle de Lily qui se leva d'un bond. Ils traversèrent simultanément la cuisine pour trouver le patronus de Rémus au milieu de la pièce, appelant clairement à l'aide.

Ils ne prirent même pas le temps de se concerter et Sirius et James transplanèrent aussitôt, incapables de laisser leurs meilleurs amis dans une situation dangereuse même si ce n'était pas leur tour d'y aller. Dorcas s'apprêtait à y partir aussi, mais elle vit Lily s'agiter pour chercher sa baguette et elle l'aida, retournant plusieurs coussins à toute vitesse avant de la lui lancer dès qu'elle referma ses doigts dessus, coincée au fond du vieux canapé.

Lily n'eut même pas le temps de la remercier, elle lui attrapa le bras et elles transplanèrent ensemble devant la maison Malefoy, atterrissant au milieu même du combat, entre les deux haies de l'allée d'ifs. Une volée de sorts se dirigeait droit vers eux et Dorcas eut juste le temps d'appuyer sur l'épaule de Lily pour la forcer à se baisser.

James s'empressa de les rejoindre, lançant un puissant sort de protection autour d'elles alors que Lily venait de stupéfixer l'un de leurs assaillants. Ils avaient tous revêtis de longs costumes noirs et il était impossible de dire qui était qui.

 

« Endoloris ! s'écria une voix féminine. »

 

James vit Sirius s'effondrer sur le sol, hurlant de douleur, et il se rua sur lui. Une seconde après, le sort le percutait lui, et il eut l'impression que tout son corps prenait feu, que ses veines éclataient, qu'on lui plantait une multitude d'énormes aiguilles dans les jambes, dans les bras, le long de la colonne vertébrale, et que toute sa peau était à vif.

Quelque part dans le lointain, il perçut plusieurs cris, dont la voix de Dorcas qui vociférait « Ramène les ! » et puis il se sentit transplaner, et il atterrit maladroitement sur un sol froid en pierres. Il se sentit traîné par terre et il entendit Lily haleter au dessus de lui. La porte s'ouvrit à la volée et quand ils furent à l'intérieur, elle se referma dans un claquement sonore.

Il demeura immobile pendant un moment, tremblant un peu, sentant un autre corps allongé à côté de lui, et quand il ouvrit légèrement les yeux, il vit Lily agenouillée de l'autre côté, de grosses larmes roulaient sur ses joues et elle avait une profonde entaille au niveau du cou. Le regard de James suivit le sien, fixé sur ses mains serrées autour de quelque chose.

Il ne remarqua de quoi il s'agissait que lorsqu'elle renifla bruyamment et ouvrit les doigts. Un collier dont la chaîne avait été sectionnée se refléta dans l'iris de ses yeux noirs. Elle ne sembla pas remarquer qu'il était conscient, elle était focalisée sur le bijou, et quand elle essuya maladroitement ses larmes, la chaîne lui glissa entre les doigts comme un long filet d'eau, entraînant le pendentif avec elle. Le cœur de James s'arrêta quand il remarqua le grossier anneau en plastique rose pâle orné d'un faux diamant de la même couleur. Il se redressa difficilement pour s'assurer qu'il n'hallucinait pas et elle eut un hoquet de surprise. Ses yeux attrapèrent les siens, et il se rappela.

 

 

 

 

 

 

 

« J'ai bien peur que le monde des moldus ne soit pas aussi passionnant que le tien, lui lança Lily en lui adressant un sourire désolé alors qu'ils déambulaient dans le centre commerçant d'une petite ville non loin de chez elle. »

 

Elle était pendue à son bras alors qu'il secouait la tête, persuadé du contraire. Il ne serait jamais déçu par tout ce qui constituait son monde. Il n'en avait jamais assez, d'apprendre à la connaître d'avantage, et cela passait par les habitudes moldues qu'elle avait toujours connues contrairement à lui.

 

« Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda t-il en s'arrêtant devant une grosse boîte rouge sur laquelle il tapota.

- C'est une boîte postale. Il n'y a pas de hiboux chez nous. Nous avons tous une boîte aux lettres chez nous et nous correspondons grâce à ça, expliqua t-elle.

- Tu mets le courrier ici et il disparaît pour aller dans une autre boîte ? s'étonna t-il avec la fascination d'un enfant.

- Oh non, répondit-elle en riant. On le met ici, ou dans un bureau de poste, et un facteur les récupère et s'occupe de les transférer à la bonne adresse, en gros.

- Mais... Et si la personne habite à l'autre bout du monde ?

- Alors la lettre est envoyée dans un bureau de poste plus proche, et le service postal de cet endroit là s'en occupe.

- Extraordinaire, murmura James. »

 

Lily lui envoya un sourire éblouissant puis lui tira un peu sur le bras pour qu'ils continuent à descendre la petite rue dans laquelle ils se trouvaient. Elle lui raconta pendant un long moment comment l'endroit était désert quelques années auparavant et comment les petits commerces s'étaient mis à fleurir un peu partout, et il l'écoutait comme s'il n'en aurait jamais assez.

 

« Oh ! Regarde ! s'exclama t-elle alors qu'ils s'apprêtaient à rentrer dans sa librairie préférée. »

 

Elle pointa du doigt plusieurs espèces de boites rectangulaire d'environs un mètre vingt aux couleurs vives. Des fenêtres permettaient de voir des centaines de petites balles jaunes, vertes, bleues, roses, ou rouges à l'intérieur. Peu importait ce que faisaient ces machines, James était certain qu'il aurait passé ses journées devant elles lorsqu'il était enfant. Le simple fait qu'elles soient colorées lui aurait suffi.

 

« Ce sont des distributeurs automatiques de boules surprises, lui indiqua Lily.

- Ça a l'air génial ! s'exclama James, pas le moins du monde déçu par le nom que ces boîtes portaient.

- Le drame de mon enfance, en fait, marmonna Lily en fronçant le nez et en l'attirant à l'intérieur de la papeterie.

- Pourquoi ?

- Mes parents ne voulaient jamais m'en acheter. Je les attendais toujours à l'extérieur des magasins et je regardais les autres enfants se servir. C'était quand même bien, parce que je vivais l'excitation avec eux. Tu sais, ce moment où ils reçoivent la boule et où ils ne savent pas encore ce qu'il y a dedans. C'était la meilleure chose, lui dit-elle alors qu'un sourire nostalgique était figé sur son visage. »

 

James se retourna une dernière fois pour jeter un coup d'oeil aux machines, puis suivit Lily à travers les rangées de la librairie. Elle se perdit dans les livres pendant un moment, et il profita de son inattention pour la laisser là. Il ne disparut que l'espace de deux petites minutes, et quand il la retrouva, elle n'avait même pas remarqué qu'il l'avait quittée.

 

« Je pourrais rester ici des heures, mais j'ai d'autres endroits à te montrer, lui dit-elle alors qu'elle repartait avec un livre sous le bras. »

 

Ils passèrent à la caisse et elle fourra le roman dans son sac avant d'attraper la main de James et de l'entraîner dans un parc à la périphérie du centre ville. Tout était plus paisible ici, et même si le soleil du printemps commençait à baisser dans le ciel, le temps était doux.

Il doutait pouvoir passer une meilleure journée quand ils s'assirent sur un banc devant un large étang dans lequel nageaient cygnes et canards et que Lily posa sa tête sur son épaule, sa main toujours solidement emprisonnée dans la sienne. Ils sortaient ensemble depuis plusieurs mois et les choses semblaient de plus en plus simples. Il n'avait jamais pensé qu'il était possible d'aimer de cette façon.

 

« Lily ?

- Hmmm ? marmonna t-elle en se calant un peu plus contre lui, et son cœur vrilla dans sa poitrine.

- J'ai quelque chose pour toi. »

 

Elle se redressa pour le regarder, et il regretta de ne plus sentir sa tête contre son épaule, mais ses grands yeux verts le fixèrent avec un mélange de curiosité et d'intérêt et il lâcha un rire devant son expression impatiente.

 

« Ce n'est pas grand chose, lui dit-il, mais je suis content d'avoir retiré de l'argent moldu juste pour ça. C'est... J'ai été chercher ça pendant que tu regardais les livres, termina t-il en sortant une petite boule colorée de sa poche. »

 

Le regard de Lily s'agrandit, sa bouche s'entrouvrit, et elle lui bondit presque dans les bras en riant. Il était positivement certain qu'il ne serait jamais capable oublier ce son. Il lui sembla qu'elle n'aurait pas été plus heureuse s'il lui avait offert tout l'or du monde. Elle plaqua sa bouche sur la sienne et le baiser devint rapidement beaucoup trop indécent pour l'endroit public dans lequel ils se trouvaient, mais elle ne s'en aperçut que quand il posa sa main sur la sienne qui commençait à s'aventurer sous son tee-shirt pour calmer ses ardeurs. Elle s'arrêta net et se mit à rougir avant de jeter un regard embarrassé autour d'eux.

 

« Désolé, souffla t-elle.

- Je ne serai pas aussi rabat joie si tu recommences ça quand nous serons seuls chez toi, plaisanta t-il en lui tendant la petite boule, et elle lui adressa un sourire amusé.

- Tu sais que je le ferai, répondit-elle aussitôt avant de tourner l'objet entre ses doigts. »

 

Il la fixait attentivement et c'était comme s'il tombait de nouveau amoureux d'elle en regardant la façon dont ses yeux pétillaient alors qu'elle ouvrait doucement le jouet. Une seconde plus tard, elle brandissait une bague en plastique rose devant elle d'un air émerveillé.

 

« Elle aurait été vraiment belle si on avait sept ans, commenta James en riant.

- Elle est PARFAITE et tu ne sais pas de quoi tu parles, répliqua t-elle en lui lançant un regard mauvais. C'est mon bijou préféré.

- Ce n'est pas tellement un bijou, ça en a seulement la forme, et comment est-ce qu'elle peut déjà être ta préférée alors que tu viens juste de l'avoir ? lui fit-il remarquer, amusé.

- Et alors ? C'est comme ça. Je la garderai toute ma vie, affirma t-elle avec véhémence. »

 

James secoua la tête et leva les yeux au ciel, absolument persuadé qu'elle finirait dans l'un des tiroirs de sa chambre bourrés d'objets dont elle ne se servait plus, et ils pouffèrent tous les deux lorsqu'elle essaya de l'enfiler à son doigt mais qu'elle ne passa pas la première phalange.

 

 

 

 

 

 

 

« Tu l'as gardée, articula t-il difficilement. »

 

Ses yeux verts quittèrent les siens pour tomber de nouveau sur la petite bague qu'elle récupéra sur le sol, et elle acquiesça. Elle s'apprêtait à dire quelque chose lorsque Sirius s'agita à côté de James, et ils tournèrent tous les deux la tête vers lui.

 

« Patmol, est-ce que ça va ? l'interrogea James en se redressant pour se pencher au dessus de lui.

- Je me porte comme un charme, répondit-il en esquissant une grimace de douleur quand il s'appuya sur ses coudes. Merci pour le voyage, Evans. Où sont les autres ?

- Ils ne... »

 

Lily fut coupée par plusieurs craquements sonores devant la porte, et l'instant plus tard, Caradoc fondait sur Lily alors que Dorcas tombait à genoux devant James, semblant vérifier que tous ses membres étaient à leur place. Derrière eux, Rémus et Peter étaient sains et saufs eux aussi. James ferma les yeux et se laissa retomber sur le sol, profondément soulagé.

End Notes:

Ellana_White, je ne sais pas si tu traînes par ici, mais si oui, j'ai utilisé ton prompt de Fluffy Stories dans ce chapitre :) C'était quelque chose comme : Lily emmène James à la découverte du monde moldu :) oui, c'est beaucoup plus court qu'un OS, mais je ne savais pas si je pourrais écrire un OS entier dessus un jour, alors je me suis dit que le glisser là pourrait être cool aussi :)

Bonnes fin de vacances à ceux et celles qui en ont encore :)

 

Les silences by ECM

 

 

James était en train de lire la gazette du sorcier à la table du salon du quartier général lorsque Caradoc Dearborn pénétra dans la pièce, il le regarda s'avancer vers Lily qui, assise sur le canapé, s'obstinait à jeter tout un tas de sorts vers la fine chaîne en or qui reposait sur la table basse, à côté de la bague rose.

 

 

« Est-ce que tu as récupéré ta robe pour le mariage de mon cousin ? lui demanda t-il en déposant un baiser sur le haut de son crâne.

- Pas encore, mais ce n'est que dans deux semaines. J'essaie de réparer ce fichu collier, répondit-elle avec contrariété, mais rien ne fonctionne parce qu'il a été sectionné par un sortilège que je ne connais pas.

- Tu ferais mieux de soigner cette méchante blessure, dit-il en dégageant légèrement ses cheveux roux pour laisser apparaître une plaie sur son cou.

- J'y ai déjà mis de l'essence de dictame.

- Et ça n'a pas l'air d'avoir beaucoup fonctionné, pointa t-il avant de déposer un baiser juste sous son oreille, semblant essayer désespérément de la distraire.

- Je m'en occuperai plus tard. Je veux juste... »

 

 

Elle s'interrompit et lança un nouveau sort en direction du collier. Il n'eut aucun effet, et elle soupira bruyamment puis passa une main las sur son front. James déglutit et essaya de reporter son regard sur le journal en face de lui, mais il relut la même phrase dix fois de suite sans la comprendre. Il se demanda vaguement comment son camarade pouvait ignorer que le point faible de Lily se trouvait à la base de son cou, près de sa clavicule. Elle ne répondait plus de rien quand ils étaient ensemble et qu'il l'embrassait là, mais visiblement, Caradoc ne s'en était pas encore aperçu, ou peut-être qu'elle n'était vraiment plus la même.

 

 

« Je suis sûr que tes parents ne t'en voudront pas, reprit le jeune homme. Ce n'est qu'une broutille en plastique et ce n'est pas comme s'ils te l'avaient offerte hier. S'ils étaient là, ils te diraient sûrement de t'occuper de cette coupure. »

 

 

James manqua de s'étouffer avec sa salive et il eut juste le temps d'apercevoir le regard dissuasif que Lily lui lança avant de reporter son attention sur la gazette.

 

 

« Peu importe, répondit-elle en empoignant le pendentif et la chaîne, et en disparaissant dans le couloir. »

 

 

Elle croisa Peter qui se laissa tomber en face de James. Il avait l'air épuisé. Leur rencontre fortuite avec les invités de Lucius Malefoy avait eue lieu deux jours plus tôt, alors que le sortilège de dissimulation de Rémus s'était affaibli au moment même où les invités s'en allaient, le rendant visible aux yeux de tous, et ils essayaient de s'en remettre chacun à leur manière. Sirius, lui, dormait encore dans la chambre du haut. Il n'avait pratiquement fait que cela depuis l'attaque.

 

 

« On devrait sortir, annonça Peter.

- Qu'est-ce que tu as en tête, Queudver ? lui demanda James en abaissant son journal pour pouvoir le regarder.

- Une soirée aux Trois Balais avec beaucoup d'alcool, lui répondit immédiatement le jeune homme.

- Je ne sais pas, Pete... intervint Caradoc en grimaçant un peu.

- C'est une excellente idée, le complimenta James sans savoir s'il le pensait vraiment ou s'il était juste déterminé à contredire le petit-ami de Lily.

- Il a raison. On a tous besoin de se détendre, appuya Rémus qui venait de sortir de la cuisine, une tasse de thé fumante à la main.

- Allez, Dearborn, ça fait longtemps ! l'encouragea Peter en se rapprochant de lui pour le secouer un peu par les épaules.

- Sirius en aurait certainement besoin, admit le jeune homme d'un air songeur, mais Diggle dirait que ce n'est pas raisonnable de sortir aussi tôt après ce qu'il s'est passé. Certains ont encore des blessures et...

- Lily a une simple entaille, le coupa Rémus en haussant les sourcils, et Sirius ira mieux une fois qu'on lui dira qu'il n'a plus besoin de rester ici à ne rien faire.

- Et Diggle sera ravi qu'on ne tape pas dans sa réserve d'alcool, pour une fois...

- Très bien, très bien, vous avez gagné ! Les Trois Balais, ce soir, à 21h, et j'écrirai aux autres pour savoir s'ils veulent venir.

- Quelqu'un a prononcé le mot « alcool » ? demanda Sirius dans l'encadrement de la porte menant au couloir. »

 

 

James lui adressa un sourire complice pendant que Peter lui parlait de son plan, et il fut ravi de voir son visage s'éclairer un peu. Ils savaient tous les deux qui leur avait lancé ce sortilège lors de l'attaque, et même s'ils l'avaient posé sur le papier dans leur rapport, ils n'en avaient pas parlé ensemble. Bellatrix était la cousine de Sirius et ils n'avaient fort heureusement jamais eu d'atomes crochus, mais James savait à quel point il pouvait être remué lorsqu'il se retrouvait à combattre des membres de sa famille.

 

Au fur et à mesure que l'après-midi avançait, les membres de l'Ordre rentraient chez eux, et bientôt, il ne resta plus que les quatre maraudeurs, assis ensemble autour de la table basse, chacun une tasse à la main. James sirota une gorgée de son chocolat chaud avant de reporter son attention sur Sirius.

 

 

« Tu devrais dormir à la maison ce soir, Patmol.

- Parce que Dorcas serait si contente de me voir encore occuper votre chambre d'ami, dit-il avec un sourire ironique.

- Elle s'en fiche, réfuta James en sachant toutefois que ce n'était pas tout à fait vrai.

- Je vous ai entendu vous disputer la dernière fois, tu sais.

- Tu n'as pas besoin d'être là pour que ça arrive, marmonna t-il.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? Elle a l'air à cran ces derniers temps, pointa Rémus en croisant les jambes.

- Ce n'est pas elle, c'est moi, rectifia James. Elle me reproche de toujours être ici, et jamais chez nous, mais McKinnon passe sa vie à la maison et... Je n'en sais rien, j'ai juste l'impression d'étouffer quand je suis là bas.

- Pourquoi est-ce que tu ne le lui dis pas ? l'interrogea Peter en se dandinant sur le fauteuil à motifs rembourrés sur lequel il était assis depuis plusieurs heures.

- Bonne idée, Queudver. « Hé, Dorcas, je sais que tu m'as aidé à passer une sale période, que tu as toujours été là pour moi, et que tu m'as tout donné pour que j'aille mieux, mais tu sais quoi ? J'en ai ma claque que tu me sautes à la gorge tous les soirs. », ironisa t-il avant de soupirer bruyamment. »

 

 

Son regard dévia sur la fenêtre alors que Peter laissait échapper un « hm hm » compréhensif. Le temps était plutôt clément, voilà une chose dont il pouvait se réjouir. Ils allaient passer une bonne soirée, et il oublierait pendant un instant à quel point son couple sombrait.

 

 

« Et toi, comment tu digères la pleine lune ? demanda Peter à Rémus.

- Pas mieux que d'habitude. Pas pire non plus, répondit le jeune homme en haussant les épaules.

- Tu as été extraordinaire cette fois. Tu sais que tu m'as fait faire un sacré vol plané à un moment ? s'extasia Sirius.

- Ça ne me rassure pas vraiment.

- C'était excellent ! appuya Peter.

- Je suis désolé, s'excusa Rémus.

- Est-ce que tu as entendu ce que je viens de te dire ? C'était génial !

- Tu es maso, Black, et tu devrais voir un spécialiste pour ça.

- Je vois déjà McKinnon tous les dimanches soirs, et je t'assure que c'est une spécialiste, répliqua le jeune homme en arborant un air fier qui fit pouffer James et Peter, et soupirer Rémus.

- C'est le seul moment où elle n'est pas chez moi, confirma James entre deux rires. »

 

 

Ils s'interrompirent au moment où Dedalus Diggle suivit de Fol Oeil débarquèrent dans le quartier général, cachant à peine leur surprise lorsqu'ils constatèrent qu'ils ne se passaient pas une bouteille de whisky-pur-feu.

 

 

« Hé Fol Oeil, on va aux Trois Balais ce soir, si tu...

- Aucune chance, Black, le coupa l'auror en disparaissant dans le couloir derrière Dedalus Diggle qui leur adressa un simple signe de la main.

- Soyez sur vos gardes, Pré-au-lard n'est pas aussi sûr qu'il l'était avant ! s'écria t-il du couloir.

- Ne stresse pas Ded', je reviendrai juste pour descendre ta meilleure bouteille. »

 

 

Ils l'entendirent pousser un juron et ils échangèrent un sourire malin avant de continuer à discuter de tout et de rien comme ils avaient l'habitude de le faire à Poudlard en s'enfilant toutes sortes de friandises achetées à Honeydukes. Les choses ne changeaient jamais entre eux, et ils étaient la véritable constante dans la vie de James, celle à laquelle il se raccrochait toujours.

 

 

« Après toi, beau gosse, dit Sirius à son meilleur ami en tenant la porte devant lui alors qu'ils quittaient le quartier général pour rejoindre les Trois Balais. »

 

 

James lui adressa un sourire en coin et ils transplanèrent en même temps. Le pub était bondé à cette heure là mais les autres étaient arrivés avant eux et avaient gardé des tables. Rémus repéra directement une grande brune qui leur faisait des signes près du bar. Emmeline Vance. A côté d'elle se trouvait une jeune femme blonde dans une robe rouge d'une classe époustouflante. Elle se leva et trottina jusqu'à eux avant de sauter dans les bras de Sirius qui la rattrapa au vol. Ils échangèrent un baiser passionné qui fit grimacer Peter.

 

 

« Toujours un plaisir, McKinnon, souffla Sirius. »

 

 

James n'entendit pas la jeune femme répondre, il se faufila jusqu'à Dorcas et déposa un bref baiser sur ses lèvres lorsqu'elle se retourna vers lui pour lui tendre un verre de rhum groseille. Elle pointa son index vers une table à quelques mètres d'eux où Alice, Frank, Lily, et Caradoc étaient en train de picorer des frites dans une seule assiette posée entre eux en discutant et en riant, et il détourna les yeux dès qu'il vit le bras de son ami autour des épaules de son ex petite-amie.

 

 

« James... J'ai discuté avec Marlène presque tout l'après-midi et... Il faut qu'on parle, lui glissa Dorcas dès que leurs amis furent installés à la même table et qu'il ne resta qu'eux au bar.

- De quoi est-ce que tu veux parler ?

- Pas ici. »

 

 

Elle lui fit signe de la suivre et ils se faufilèrent entre les fêtards jusqu'à atteindre le couloir qui menait aux toilettes. Tout était plus calme ici, mais ils pouvaient toujours entendre les cris et les rires.

 

 

« Je ne vais pas rentrer à la maison ce soir, lui annonça t-elle.

- Tu dors chez Marlène ?

- Non, tu ne comprends pas, répondit-elle en le regardant droit dans les yeux. Je ne vais pas rentrer du tout. Je vais aller vivre chez Marlène. »

 

 

James eut l'impression de faire une chute de dix étages. Il ouvrit la bouche et la referma, probablement plusieurs fois de suite, dévisageant Dorcas comme s'il ne comprenait pas alors que vraiment, il comprenait. Il n'avait simplement pas pensé qu'elle serait celle qui mettrait un stop à cette supercherie qu'était devenu leur couple.

 

Il la vit détourner le regard et essuyer une larme qui roulait sur sa joue, et son cœur manqua un battement. Il l'attrapa par les épaules et l'attira contre lui, la serrant dans ses bras comme si le fait de l'entendre soudainement mettre fin à leur relation lui faisait ouvrir les yeux sur absolument tout ce qu'elle lui avait apporté.

 

Il ne l'avait jamais ignoré. Elle avait été plus qu'elle ne pourrait jamais l'imaginer pour lui. Elle avait rendu sa vie plaisante quand il avait pensé qu'elle ne le serait plus jamais. Elle avait été là pour le soutenir quand ses parents étaient encore malades. Elle l'avait épaulé quand ils étaient morts, et Merlin, elle avait été la personne la plus patiente du monde.

 

 

« Je suis désolée de te dire ça maintenant, sanglota t-elle. Je ne pouvais juste pas passer la soirée à ruminer et...

- Chut, c'est bon, c'est bon Dorcas, lui dit-il en resserrant son étreinte autour d'elle. C'est moi qui suis désolé.

- Ce n'est pas de ta faute, réfuta t-elle.

- C'est de ma faute, confirma t-il. Je... J'ai été horrible avec toi ces derniers temps et je...

- Tu n'as pas été horrible, Merlin, James, il n'y a juste plus entre nous ce qu'il y avait au début, lui dit-elle après avoir reniflé bruyamment. Ça arrive à un tas de couples et c'était pareil pour mes parents et je... Je ne veux pas faire les mêmes erreurs qu'eux. Je veux arrêter avant de te détester et que tu me détestes aussi.

- Je ne pourrais pas te détester même si je le voulais, répondit-il aussitôt en s'écartant juste pour la regarder en fronçant les sourcils.

- Je sais que je t'énerve avec mes réflexions sur Sirius, et...

- Et je sais que je t'énerve à passer ma vie avec lui. Tu vois, Meadowes, il faut croire qu'on se tape déjà tous les deux sur le système. »

 

 

Elle éclata de rire entre ses larmes et lui adressa un regard tendre. Il ne savait pas que les ruptures ne se terminaient pas forcément par des cris ou des idées noires. La dernière n'avait certainement pas été aussi simple.

 

 

« Quand je vais lui raconter que tu as rompu avec moi entre les toilettes des garçons et ceux des filles, il va adorer l'idée... reprit-il en ravalant sa peine. »

 

 

Dorcas laissa échapper un nouveau gloussement et il sentit ses doigts se resserrer un peu sur ses avants-bras. Ses yeux parcoururent son visage à toute allure, et il se rappela soudainement à quel point elle était belle. Il la voyait pourtant tous les jours, il ne savait pas comment il avait pu oublier ça, comment il avait pu détourner ses yeux des siens, aussi bleus qu'un ciel d'été, de ses adorables fossettes, de ses cheveux noirs qui ondulaient le long de ses épaules et semblaient toujours briller de mille feux sans qu'elle n'y fasse quoi que ce soit... Dorcas Meadowes était magnifique, brillante, affectueuse, et il déglutit en songeant qu'elle allait lui manquer.

 

 

« Je serai toujours là pour toi, reprit-elle en posant une main tendre sur sa joue comme si elle avait vu l'inquiétude dans ses yeux.

- Tu n'as pas besoin, lui dit-il en secouant la tête. Tu en as déjà fait beaucoup. J'aurais juste aimé avoir fait pour toi la moitié de ce que tu as fait pour moi.

- Ne dis pas de bêtises ! lui lança t-elle un peu sévèrement en retirant sa main de sa joue. Est-ce que tu te souviens de la personne que j'étais après Poudlard ? Après ma rupture avec Stebbins ? »

 

 

Elle frémit légèrement en prononçant le nom et James esquissa une légère grimace. A l'époque, ils étaient tous les deux dans une mauvaise passe et ils s'étaient trouvés. James n'avait jamais compris ce qu'il s'était passé entre Dorcas et le jeune homme, mais il s'était fait une petite idée quand ils s'étaient rapprochés et qu'elle sursautait dès qu'il posait la main sur elle. Ils avaient traversé leurs ruptures respectives ensemble, portant tous les deux en eux des traumatismes sur lesquels ils n'avaient pas toujours su mettre des mots, mais ils s'en étaient sortis.

 

 

« Je pensais que tous les garçons étaient comme lui, poursuivit-elle avec peine, et Merlin, merci je suis tombée sur toi. Tu as été si patient, si gentil, je ne sais même pas comment tu... »

 

 

Des larmes se mirent de nouveau à rouler sur ses joues et elle se cala contre lui. Il enroula instinctivement ses bras autour d'elle. Il n'avait jamais songé avant ce moment là au chemin qu'ils avaient parcouru, à la façon dont ils avaient évolué ensemble, à toutes ces peurs qu'ils avaient mises de côté avec l'aide de l'autre. C'était fou, et il éprouva soudain un profond sentiment de nostalgie en se revoyant blotti contre elle sur le canapé de leur appartement le premier soir de leur emménagement.

 

 

« Stebbins était un abruti et j'espère pour lui que je ne le recroiserai jamais, lui dit-il.

- Eh bien, je pensais pareil de Lily avant, mais maintenant qu'elle est revenue, je... James, est-ce que vous avez mis les choses à plat ?

- Pas vraiment, répondit-il, légèrement tendu.

- Tu devrais, lui confia Dorcas. Je sais qu'il y a Caradoc et que c'est compliqué de lui parler sans qu'il ne soit autour, mais... Les seules fois où j'ai discuté avec Lily, j'ai eu l'impression d'être avec toi.

- Tu ne sais pas de quoi tu parles, elle...

- Elle a l'air de vivre cette situation aussi mal que toi.

- Ma petite-amie est en train de rompre avec moi, j'ai le droit d'avoir le trophée de la personne la plus malheureuse ce soir, s'il te plaît, plaisanta t-il légèrement, et il se félicita intérieurement lorsqu'elle lui adressa un sourire.

- Je vais prendre ce trophée, si tu le veux bien, parce que je ne me remettrai jamais vraiment de toi.

- Ne dis pas de bêtises, Dor'.

- Je ne dis pas de bêtises. Je t'aimerai toujours. Comme un ami, peut-être, mais je n'oublierai jamais rien.

- Je n'oublierai jamais rien non plus. »

 

 

Ils restèrent enlacés pendant un long moment, et James sentit sa gorge se serrer quand les bras de Dorcas relâchèrent leur pression autour de lui. Il lui apparut soudainement qu'il ne savait plus comment vivre sans elle, et quand elle entreprit de retrouver leurs amis dans le pub, il l'arrêta.

 

 

« Dorcas ?

- Hmm ?

- Merci, lui dit-il simplement. »

 

 

Elle lui adressa un faible sourire et il la vit essuyer une énième larme avant qu'elle ne se retourne et ne disparaisse à travers la foule de clients. Il s'engouffra dans les toilettes et s'appuya contre le lavabo puis se regarda dans le miroir. Ses yeux étaient rouges, son visage était pâle comme un linge, il faisait peur à voir.

 

Il s'envoya un peu d'eau sur la figure et la réalité le frappa. Dorcas avait rompu avec lui. Elle partait. Il rentrerait dans un appartement vide ce soir, et cette simple pensée le glaça. Il n'avait jamais eu peur de vivre seul, pas avant qu'elle ne s'en aille. Peut-être qu'après chaque rupture arrivait une épreuve, et la sienne était celle-ci. Apprendre à ne pas être effrayé par la solitude.

 

S'il y avait bien une chose que ses parents ne lui avaient pas apprise, c'était celle-ci. Ils lui avaient fourni une éducation absolument exceptionnelle et il n'avait jamais pu les remercier assez selon lui. Ils l'avaient gâté plus que n'importe quel autre enfant l'avait été sur terre, il n'avait pas peur de l'affirmer, et ils avaient été là à chaque instant de sa vie. Les autres, il les avait passé avec Sirius. Avec Lily. Ou Rémus. Ou Peter. Ou les quatre en même temps, mais jamais, ô grand jamais il n'avait vécu la solitude.

 

 

« Tout va bien, James ? lui demanda Caradoc qui venait d'entrer dans les toilettes à son tour.

- Dorcas vient de... Elle vient de me quitter, lui dit-il après avoir haussé les épaules.

- Merde, je suis désolé mon vieux ! s'exclama t-il en s'immobilisant derrière lui, lui lançant un regard plein de compassion.

- J'imagine que je suis au bon endroit pour essayer de m'en remettre, déclara t-il avant de se retourner et d'esquisser un faible sourire en direction de son camarade.

- Est-ce que tu veux que... Que j'appelle Sirius ou...

- Ça va, je vais aller le retrouver, trancha t-il en se faufilant derrière lui pour quitter les toilettes. »

 

 

Il sourit en longeant le couloir, trouvant cela particulièrement amusant que Caradoc lui propose d'aller chercher son meilleur ami pour le consoler comme s'il était un énorme ours en peluche qu'il suffisait de serrer dans ses bras pour se sentir mieux. En fait, plus il y marchait vers lui, plus il songeait que ce n'était pas tout à fait faux, et lorsqu'il arriva enfin à sa hauteur et que son meilleur ami lui tendit le verre de rhum groseille qu'il avait gardé pour lui avec un sourire bienveillant qui lui laissait à penser que Dorcas l'avait déjà prévenu, soucieuse à l'idée que quelqu'un s'occupe de lui, il réalisa que Sirius était beaucoup mieux qu'un énorme ours en peluche. Il était sa garantie de ne jamais savoir ce qu'était la solitude.

 

Il ne participa pas à la conversation, écoutant d'une oreille distraite ses amis parler alors qu'ils avaient rapproché une table de celle d'Alice, Frank, Lily, et Caradoc pour qu'ils puissent être tous ensemble. Ses yeux étaient perdus dans le liquide pourpre qu'il faisait tournoyer pensivement. Il en but un verre. Puis un second. Un troisième, et Rémus sembla décider qu'il était temps pour lui de manger quelque chose puisqu'il déposa devant lui une grosse part de tarte au sucre et quand il leva la tête vers le bar, il vit Rosmerta lui adresser un petit signe de main en rougissant. Elle avait toujours eu un faible pour lui. Il lui sourit et attrapa sa cuillère pour attaquer le gâteau.

 

Peter et Sirius se disputaient pour des broutilles au dessus de lui, criant beaucoup trop fort au goût des autres clients qui jetaient des regards agacés dans leur direction. Ce fut Marlène qui calma le jeu en embrassant le meilleur ami de James à pleine bouche. Il entendit juste Lily dire « oh mon dieu » et Alice rire, et les deux jeunes femmes décidèrent que le spectacle avait assez duré et s’éclipsèrent pour aller se rechercher une boisson.

 

Quand il reposa sa cuillère dans son assiette vide, il constata que Dorcas avait rejoint les filles et qu'elles semblaient en grande discussion. La main d'Alice était posée sur l'épaule de la jeune femme qu'elle frottait en lui jetant un regard plein de compassion pendant que Lily lui servait un verre d'une bouteille presque vide qui traînait sur le bar. Aucune d'entre elles n'avait l'air très sobre.

 

 

« Je me doutais que tout le monde s'entendrait bien avec elle, dit Caradoc en se penchant vers les maraudeurs alors que Marlène était toujours assise sur les genoux de Sirius.

- Avec Lily ? le questionna Rémus. Je vois mal comment quelqu'un pourrait ne pas l'aimer.

- Cornedrue est-ce que tu vois comment quelqu'un pourrait ne pas l'aimer ? intervint Sirius avec un sourire narquois, beaucoup trop saoul pour son propre bien, et Peter lui donna un violent coup de coude. »

 

 

James lui jeta un regard dissuasif, la mâchoire serrée, et alors qu'il s'apprêtait à répondre, Caradoc lui coupa l'herbe sous le pied.

 

 

« Je sais déjà tout, déclara t-il sur un ton grave et James sentit des pulsations jusque dans ses temps. Lily m'a dit que vous ne vous entendiez pas très bien tous les deux à Poudlard... J'espérais que vous pourriez réapprendre à vous connaître maintenant. »

 

 

Il posa ses mains moites sur ses cuisses et hocha mécaniquement la tête, se détestant un peu de rentrer dans un mensonge qui n'en était pourtant pas totalement un, mais de qui se moquait-il ? Il aurait pu dire à Caradoc qu'il était sorti avec Lily. Il aurait pu lui raconter toute l'histoire avant. Il en avait eu l'occasion. Il ne l'avait pas fait. Il ne voulait pas plus qu'elle qu'il soit au courant.

 

Sirius demeura interdit pendant une seconde et puis il éclata d'un rire tonitruant semblable à un aboiement, et Rémus décida qu'il avait besoin d'aller aux toilettes. Il l'empoigna par le col de son pull et l'entraîna derrière lui au grand soulagement de James alors que Caradoc les observait d'un air perplexe. Avant même que le petit-ami de Lily n'ait pu ouvrir la bouche de nouveau, le maraudeur s'excusa et s'extirpa de la banquette.

 

Il traversa le bar et en poussa la lourde porte, le souffle momentanément coupé par une violente bourrasque qui sembla lui claquer au visage dès qu'il eut mis un pied dehors. Il fouilla dans la poche de la veste qu'il avait empruntée à Sirius et sortit une cigarette roulée qu'il alluma d'un simple coup de baguette avant de la porter à sa bouche et d'inspirer longuement en fermant les yeux alors que le froid piquant du dehors semblait enfoncer une multitudes de minuscules aiguilles dans ses joues.

 

 

« Est-ce que tu fumes ? »

 

 

Il se retourna rapidement vers Lily qui venait de sortir à son tour, emmitouflée soigneusement dans le gros manteau noir de Caradoc, et il détesta profondément cette vision. Il pivota de nouveau vers la rue qui s'étendait devant lui et souffla un nuage de fumée au dessus de sa tête avant de répondre.

 

 

« Je n'ai pas besoin d'une énième leçon de morale là dessus, Lily, lui dit-il en retenant un soupir.

- Tu pourrais au moins partager. »

 

 

Il n'avait pas besoin de tourner les yeux pour savoir qu'elle était à présent juste à côté de lui. Il esquissa un bref sourire et lui tendit la cigarette. Sa main frôla la sienne et peu après, un nouveau nuage de fumée s'entrelaçait au sien qui avait déjà presque disparu. Elle toussota un peu avant de lui rendre l'objet du délit.

 

 

« Merlin, Sirius n'y va pas de mains mortes, nota t-elle alors que ses yeux tombaient sur la veste qui ne lui appartenait pas, et le simple fait qu'elle l'ait remarqué l'étonna un peu.

- Il va me tuer quand il va savoir. C'était sa dernière. Papa et maman lui avaient fait promettre d'arrêter. »

 

 

Ils restèrent silencieux pendant un long moment, se passant simplement la cigarette en regardant les badauds déambuler devant eux, profitant de la lumière éclatante des décorations de Noël qui n'avaient toujours pas été retirées depuis les vacances de décembre et qui donnaient des reflets dorés aux flaques d'eaux entre les pavés.

 

 

« Je suis désolée pour tes parents. J'aurais probablement dû t'écrire. Je... Je ne sais pas si c'est quelque chose à dire, mais l'enterrement était très beau. Ils auraient aimé ce que vous avez fait, Sirius et toi. »

 

 

James fronça les sourcils et tourna la tête vers elle. Ils avaient rompu depuis un peu moins d'un an lorsque ses parents étaient décédés et il ne se souvenait pas avoir vu Lily là bas, mais tout avait été si compliqué à cette période là qu'il ne se rappelait que de peu de choses, comme si le stress avait été trop grand et que sa mémoire avait décidé de l'en débarrasser.

 

 

« Tu y étais ? l'interrogea t-il, perplexe.

- Oui. Je me faisais livrer la gazette du sorcier en France et quand j'ai vu leurs noms je... Je ne pouvais pas rester dans mon appartement à ne rien faire. J'adorais tes parents. »

 

 

Ses parents l'adoraient aussi, Merlin, dès la première fois qu'ils s'étaient rencontrés, ils l'avaient aimée. Son père lui avait dit qu'elle était la sorcière de son âge la plus brillante qu'il ait jamais rencontré. Sa mère l'avait menacé de le priver de sortie s'il ne se mariait pas avec elle. Il avait ri, et même trois ans après, ce souvenir le fit sourire.

 

 

« Il y avait beaucoup de gens et je... Je suis juste resté cachée dans le fond parce que je me disais que tu ne voudrais pas me voir, expliqua t-elle avec une pointe d'embarras. »

 

 

James écrasa la cigarette sur le mur en pierres humides de la bâtisse qui se trouvait juste à côté du bar et inspira profondément. Le vent envoya une bouffée du parfum de Lily droit dans ses narines et il se rappela brutalement du goût de sa peau sur ses lèvres. Il déglutit.

 

 

« Ils auraient apprécié que tu sois venue, mais Lily, s'il te plaît, ne fais pas comme si j'étais le seul à ne pas vouloir te voir à ce moment là.

- Je voulais te voir, réfuta t-elle immédiatement, probablement un peu plus fort qu'elle ne l'aurait imaginé parce qu'elle se racla la gorge juste après et sembla s'enfouir un peu plus dans le manteau de Caradoc, baissant légèrement les yeux.

- Tu avais rompu avec moi quelques mois plus tôt, Merlin, tu...

- J'avais rompu parce que je partais pour mes études, pas parce que je ne t'aimais plus, le coupa t-elle, et si tu savais comme je t'en ai voulu de...

- Pardon ? trancha t-il aussitôt d'une voix glaciale. Tu m'en as voulu ? Toi ? Toi tu m'en as voulu ? répéta t-il, incrédule. »

 

 

Il était à présent complètement tourné vers elle et faisait face à la porte d'entrée du pub mais il n'avait d'yeux que pour elle. Elle haussa les sourcils et lui lança un regard qui ne lui dit rien qui vaille. Ses mains étaient rentrées dans les poches du manteau de Caradoc où elles étaient au chaud, mais il voyait à la position de son corps, penché légèrement vers lui, qu'elle allait lui répondre sèchement.

 

 

« Tu n'as même pas daigné essayer de me retenir, lui fit-elle remarquer. Pour aider Sirius à sortir de retenue, tu trouvais une solution. Pour braver les punitions de tes parents, tu trouvais une solution. Pour venger Peter des moqueries des autres élèves, tu trouvais une solution. Pour remonter le moral de Mary MacDonald après que Mulciber et Avery lui aient fait subir toutes sortes d'horreur, tu as trouvé une solution. Merlin, même pour le problème Rémus tu as trouvé une solution. Mais pour moi... elle s'interrompit et il vit ses yeux s'embuer de larmes qu'elle ne laissa pas couler. J'imagine que c'était trop compliqué de seulement chercher. »

 

 

Si le magicobus était passé à ce moment là, il se serait probablement jeté devant pour ne plus ressentir la furieuse colère qui lui déchirait le cœur alors que ses mots s'insinuaient doucement dans son esprit. Il s'était rapproché d'elle sans savoir à quel moment, et quand ses yeux passèrent sur sa bouche, il se détesta encore plus. Il aurait voulu pouvoir lui répondre aussitôt, lui hurler dessus qu'elle n'avait aucune idée de ce qu'il s'était passé en lui à ce moment là, mais il resta obstinément muet, et elle aussi, et les bruits de la ville furent les seuls à troubler le silence de mort qui pesait sur eux.

 

End Notes:

see you :)

Réunion et tensions by ECM

 

 

Quand le professeur Dumbledore pénétra dans le quartier général ce soir là, tout le monde était déjà assis autour de la table du salon qui avait été agrandie pour l'occasion. Les autres meubles avaient été poussés dans un coin de la pièce et la télé, calée entre deux fauteuils, grésillait. Rémus la fit taire d'un coup de baguette avant de s'asseoir à côté de James qui évitait obstinément le regard de Lily et Dorcas installées en face de lui qui faisaient de même.

 

 

« Veuillez pardonner mon retard, s'excusa le professeur Dumbledore, il se trouve qu'il y a un petit magasin de tricot qui vend des aiguilles en bois naturel un peu plus bas dans la rue et je... »

 

 

Maugrey Fol se racla la gorge et ajusta sa position sur son siège et le professeur Dumbledore s'arrêta net en adressant un sourire amical vers l'assemblée.

 

 

« Oui, bien sûr, reprit-il. Commençons. J'ai lu vos rapports concernant Bellatrix Lestrange. Il semblerait qu'il soit inutile de continuer à la suivre après l'incident du manoir Malefoy.

- Est-ce que le ministère ne peut pas faire quelque chose ? Ils nous ont lancé des sortilèges interdits, là bas, pointa Caradoc avec mauvaise humeur.

- Seulement si vous voulez être condamnés pour violation de propriété, grogna Maugrey, et sa jambe de bois tapa par terre dans un bruit sourd.

- Bones et les frères Prewett continuent de pister Dolohov, leur apprit Frank, et Alice et moi avons entendu des choses sur Nott au Chaudron Baveur.

- Nott ? intervint Lily en se redressant légèrement, et tous les yeux se tournèrent vers elle. Je crois que je peux en savoir plus sur lui.

- Je crois aussi, acquiesça le professeur Dumbledore en souriant, et James eut l'impression qu'ils partageaient une blague que personne d'autre ne comprenait.

- Puis-je suggérer de déclencher un incendie au 12 square Grimmaurd puisqu'il apparaît maintenant que ma famille entière soutient Vous-savez-qui ? proposa Sirius. »

 

 

Il se balançait sur sa chaise, avait parlé sur un ton détaché, et l'idée sonna comme une plaisanterie aux yeux des autres, mais James savait que ce n'en était pas tellement une.

 

 

« Vas-y, Black, comme ça tu pourras partager une cellule avec eux à Azkaban, gronda Maugrey avant de soupirer et de secouer la tête de dépit.

- Allons, allons, Aly, ne sois pas si rabat-joie.

- Ce n'est pas une manière de s'adresser au plus grand auror de ce siècle, Sirius, le sermonna Dedalus Diggle.

- Ou peut-être que tu pourrais juste parler à ton petit frère ? proposa Peter en se tournant vers son ami. »

 

 

Il y eut un silence de mort autour de la table et les yeux des membres de l'Ordre étaient vissés sur Sirius qui avait arrêté de se balancer. Sa chaise était retombée droite et le pied avait tapé contre le parquet si fort que James était sûr qu'il y aurait une marque.

 

 

« Tu as d'autres bonnes idées comme ça, Pete ? lui demanda t-il sur un ton sec, et l'expression hautaine sur son visage le fit ressembler à Bellatrix juste pendant une demie-seconde.

- Désolé, s'empressa de répondre l'intéressé en se ratatinant sur sa chaise.

- Ce n'est pas parce qu'il était là bas qu'il participait activement, ajouta Rémus pour essayer d'apaiser les tensions.

- Il serait très sage de ne pas se précipiter vers des conclusions hâtives, approuva le professeur Dumbledore.

- Qui sait ? Il pourrait être soumis au sortilège de l'imperium, proposa Alice alors que tous les autres hochaient la tête. Tous, sauf Sirius et James.

- Je ne pense pas, réfuta ce dernier. Je crois que Sirius a raison. Régulus en est, mais seulement parce que c'est la seule issue que sa famille lui a offert.

- Ne lui trouves pas d'excuse, James, souffla son meilleur ami.

- Je ne lui trouve pas d'excuse. Tu sais mieux que moi ce qu'il se passe chez Walburga, mais tous les membres de l'Ordre qui sont autour de cette table et qui ont été à Poudlard en même temps que lui savent ce qu'il en est. Il n'a jamais eu un seul mot déplacé envers les nés moldus.

- Je confirme, dit Lily en hochant la tête.

- Qu'on lui décerne l'Ordre de Merlin ! s'exclama Sirius avec grandiloquence en tendant ses bras devant lui.

- Ce n'est pas ce que je suis en train de dire, nia James en lui envoyant une boulette de parchemin à la figure. Je dis juste que c'est le seul de la famille Black, à part toi, qui n'a pas été insultant de cette façon. Ça ne veut pas dire qu'il est blanc comme neige, mais peut-être seulement qu'il est... Je n'en sais rien, récupérable ? proposa t-il. »

 

 

Sirius laissa échapper un rire jaune et secoua la tête, puis il recommença à se balancer sur sa chaise et ses yeux gris dévièrent sur la fenêtre derrière laquelle James ne pouvait voir que leur propre reflet. Dumbledore reprit la parole et passa un long moment à converser avec Dedalus Diggle et Maugrey Fol Oeil, interrompus seulement de temps en temps par les autres, mais James n'écoutait plus que d'une oreille.

 

Il attendit patiemment que la réunion se termine pour rejoindre son meilleur ami qui avait disparu dans la cuisine et qui avait ouvert le placard sous l'évier où se trouvait une bouteille d'hydromel.

 

 

« Est-ce que toi aussi, tu vas rompre avec moi, Black ? plaisanta t-il en s'appuyant contre l'encadrement de la porte.

- Et renoncer à ce postérieur ? Pour quelle espèce d'idiot est-ce que tu me prends ? répondit son meilleur ami en brandissant une bouteille entre eux. Meadowes regrette déjà, ça se voit sur son visage, et elle n'est pas la seule.

- Est-ce que tu vas vraiment évoquer Lily juste pour te venger de ce que j'ai dit sur Reg ? lui demanda t-il en arquant un sourcil.

- Absolument, confirma Sirius avec un grand sourire. Tu as fumé ma dernière cigarette surprise avec elle et en plus tu te mets à défendre mon frère, et tu crois que je vais te laisser t'en tirer comme ça ?

- Papa et maman seraient fiers que tu ne l'aies pas fumée, tenta t-il en esquivant son regard pour le poser sur ses pieds, ayant légèrement honte de tirer cette ficelle. »

 

 

Il ne put qu'imaginer l'expression scandalisée sur le visage de Sirius, mais son éclat de rire lui fit relever les yeux vers lui juste quand son bras passait par dessus son épaule pour l'attirer dans une étreinte fraternelle. Ils ne se lâchèrent que lorsque Dorcas pénétra dans la pièce à son tour. Sirius grimaça et adressa un regard ennuyé à James avant de disparaître dans le salon.

 

 

« Comment tu te sens ? lui demanda t-elle d'une petite voix après s'être mise sur la pointe des pieds pour récupérer deux tours de quatre verres empilés dans un placard.

- Bien, répondit-il simplement en jetant de furtifs regards derrière son épaule dans le salon où il pouvait voir Rémus et Peter disputer une partie d'échecs version sorcier pendant que les autres discutaient activement. Et toi ?

- Pareil, répondit-elle, et une gêne bizarre s'installa entre eux pendant une seconde. Il me manque deux verres, est-ce que tu pourrais...

- Oui, oui, bien sûr, s'empressa t-il de répondre en faisant deux enjambées vers le placard. »

 

 

Dorcas lui adressa un sourire de remerciement et le contourna pour rejoindre les autres dans le salon, et il se demanda si les choses seraient toujours aussi étranges entre eux maintenant. Ils ne savaient visiblement pas comment se comporter l'un avec l'autre quand ils n'étaient pas en couple, et il n'avait jamais senti un tel malaise en lui.

 

Il récupéra les deux verres qu'elle lui avait demandé de prendre et les posa sur la table du salon, à une bonne distance de Lily qui était occupée à écrire un parchemin. Caradoc était assis à côté d'elle, les bras croisés contre son torse. Il surprit son regard sur eux et il plissa les yeux. James détourna immédiatement les siens alors que les souvenirs de la veille lui revenaient en tête.

 

 

 

 

 

 

 

 

Il se fichait maintenant du froid qui semblait lui avoir fait perdre un ou deux orteils, il était juste obsédé par ce que Lily venait de lui envoyer au visage, par la facilité avec laquelle elle avait retourné la situation, se positionnant en victime quand elle était celle qui avait décidé de le laisser.

 

 

« Est-ce que tu es SERIEUSE ? Il avait hurlé le dernier mot, se haïssant dès qu'elle sursauta et fit un pas en arrière. Tu es celle qui a décidé de me quitter. Tu es celle qui a dit que notre relation ne survivrait pas à deux ans de longue distance, tu...

- Personne ne survit à ça ! réfuta t-elle aussitôt et il entendit un peu de désespoir dans sa voix, et tu n'as pas cherché à m'en dissuader, Merlin, ta réponse tenait en deux lettres ! Est-ce que tu as une idée de ce que ça m'a fait de t'entendre les prononcer comme si ce n'était rien ?

- Parce que je savais que tu ne reviendrais pas en arrière ! s'exclama t-il en laissant tomber ses bras le long de son corps. Tu ne reviens jamais en arrière ! Tu décides quelque chose, et c'est terminé ! Rogue le sait aussi bien que moi. »

 

 

Cette dernière pique était absolument gratuite et il le savait. Dès qu'elle franchit le seuil de ses lèvres il se sentit absolument minable. Le visage de Lily pâlit légèrement et la culpabilité le submergea comme une énorme vague.

 

 

«  Arrête James, lui dit-elle en lui lançant un regard dissuasif. Tu m'as fait changer d'avis sur mille choses, tu... Tu as toujours su me convaincre. Merlin, je suis sortie avec toi alors que je t'avais dit en cinquième année que ça n'arriverait jamais !

- Et regarde comment ça s'est terminé, pointa t-il d'un air sombre. »

 

 

Il ne savait pas si c'était l'alcool ou un trop plein d'émotions, mais il avait envie de lui déballer toutes ses rancoeurs, de lui montrer à quel point elle lui avait fait du mal, d'en finir une bonne fois pour toutes avec ces mots qui tournaient dans sa tête, ceux qu'il regrettait à chaque fois de ne pas lui cracher au visage.

 

 

« Je n'arrive pas à croire que tu me blâmes pour tout ça, reprit-il sèchement.

- Je ne te blâme pas ! nia t-elle. Je ne te blâme pour rien du tout, je...

- Tu as dit que tu m'en voulais.

- Je t'en voulais. Avant, ajouta t-elle rapidement.

- Et qu'est-ce que tu espérais, au juste, Lily ? Que je me mette à genoux devant toi? Que je te supplie pour que tu puisses me dire non en emportant avec toi la satisfaction de m'avoir vu t'implorer de rester ? »

 

 

Elle ne répondit pas, mais il voyait sa poitrine se soulever de plus en plus rapidement, et il savait que son souffle se faisait aussi court que le sien, que la rage montait en elle comme elle montait en lui, Merlin, ils avaient toujours été sur la même longueur d'onde et il la retrouvait. Il la retrouvait dans toute sa splendeur.

 

 

« Je n'avais pas l'intention de piétiner ta fierté, si c'est ce qui t'inquiètes, cracha t-elle en lui jetant un regard estomaqué. Tu m'as dit l'autre jour que tu ne savais même plus qui j'étais, mais je ne te reconnais pas non plus. »

 

 

Elle avait prononcé les derniers mots avec un dédain qui ne lui ressemblait pas et James n'aurait pas eu plus mal si elle l'avait giflé. Elle pivota pour retourner à l'intérieur du pub mais il ne pouvait pas la laisser filer maintenant, pas avant qu'il n'ait pu tout dire, tout sortir. Il en avait besoin, et il se fichait qu'elle veuille l'entendre ou non. Il fallait qu'il le fasse.

 

 

« Ce n'était pas une question de fierté. Je t'aimais. Tu ne m'as pas laissé le temps de réagir, bon sang Lily, tu m'aurais donné un coup de batte en pleine figure que j'aurais été moins sonné, et tu... Il trébucha sur les mots avant d'inspirer rapidement et de reprendre. Tu es partie et c'était comme si mon avis ne comptait déjà plus et je t'ai détestée pour ça.

- Ton avis comptait, espèce de crétin ! lui cria t-elle en se retournant. Je t'aimais aussi et tu n'as aucune idée de ce que ça m'a fait de te quitter. C'était comme... Merlin, c'était comme si on m'avait arraché une partie de moi-même, un bras ou une jambe et je... Je me suis retrouvée dans un pays que je ne connaissais pas, inconsolable... »

 

 

Elle s'interrompit, laissa échapper un rire ironique qui lui donna un air fou pendant quelques secondes alors qu'elle levait les bras devant lui et que ses cheveux roux fouettaient son visage sous les assauts continus du vent.

 

 

« Qu'est-ce que je raconte ? reprit-elle un peu plus bas. J'avais l'impression d'être morte à l'intérieur. »

 

 

Sa voix dérailla et James sentit sa colère s'évanouir doucement parce qu'il était en ruines aussi et qu'il n'avait jamais cru une seconde qu'elle avait ressenti la même chose que lui à un seul moment, et alors qu'il la regardait, il se demanda si c'était toujours le cas.

 

 

« Moi aussi, lui avoua t-il plus posément.

- Est-ce que vous comptiez me le dire un jour ? »

 

 

La voix de Caradoc derrière Lily les prit par surprise tous les deux. Elle pivota immédiatement vers lui, et James se demanda comment il avait pu ne pas le voir sortir du pub avant. Il était simplement absorbé par la jeune femme et par les mots qui franchissaient le seuil de ses lèvres, et par sa bouche en général, et il ne savait pas si son cœur battait à toute vitesse parce qu'il ressentait toujours quelque chose et que c'était évident ou parce que Caradoc les avait coincé dans un mensonge qu'aucun d'entre eux n'assumait vraiment.

 

 

« Ecoute Caradoc, c'est...

- Ferme la James, vraiment, le coupa t-il. »

 

 

James grimaça, inspira une bouffée d'air frais par le nez, jeta un regard désolé à Lily, et contourna son ami pour les laisser tous les deux à l'extérieur.

 

 

 

 

 

 

 

« James, l'appela Caradoc d'une voix franche. »

 

 

Il se retourna vers lui alors qu'il s'apprêtait à aller aider Peter à battre Rémus, et il déglutit lorsqu'il lui fit un signe de tête vers le couloir. Depuis qu'il connaissait Caradoc, il ne s'était jamais disputé avec lui. Pas une fois. Ils avaient eu des désaccords, mais Dearborn était le type de personne qui laissait les choses couler. Cependant, il savait que ce qu'il s'était passé la veille était loin d'être le point de départ d'une de ces discordes qu'il balayait simplement d'un revers de la main.

 

 

« Quand est-ce que tu allais m'en parler ? lui demanda t-il lorsqu'ils déambulèrent dans le couloir jusqu'à s'arrêter dans la première chambre.

- Je ne comptais pas le faire, répondit très honnêtement James en sachant que ce n'était probablement pas la réponse que son ami attendait. Notre histoire date d'il y a plus de deux ans maintenant, je suis sortie avec Dorcas, Lily t'a trouvé, il n'y avait vraiment aucune raison d'aborder le sujet.

- Tu dis ça comme si elle avait à peine compté pour toi alors que ce n'est pas ce que j'ai entendu hier et ce n'est pas non plus ce que Lily m'a dit, pointa Caradoc avec amertume, et James s'appuya contre la vieille commode de la pièce pour se donner une contenance.

- Elle a compté, confirma t-il aussitôt. C'est juste... Du passé.

- James...

- Écoute, Caradoc, je n'essaie pas de la récupérer, j'avais juste besoin de lui dire des choses hier et je les ai dites. »

 

 

Caradoc avait la main crispée sur la poignée de la porte à demi baissée et il le fixait tant que James avait l'impression qu'il perçait au delà du mur qu'il avait construit entre eux pour ne pas lui révéler des choses qui le rendrait détestable à ses yeux.

 

 

« Je n'ai pas envie que tout devienne bizarre entre nous, déclara Caradoc.

- Rien ne deviendra bizarre, lui affirma immédiatement James.

- Ça l'est déjà parce que maintenant, vous vous détestez. Dès que vous êtes dans la même pièce, il y a une tension et je ne savais pas ce que c'était avant mais maintenant... Est-ce qu'il y a seulement un moyen pour que tout ça fonctionne ?

- On ne se déteste pas, réfuta aussitôt James, et je vais faire de mon mieux pour que tout se passe bien à l'avenir. »

 

 

Caradoc garda les yeux rivés dans les siens, et puis au bout d'un moment, il hocha lentement la tête, ouvrit la porte, et ils réapparurent bientôt tous les deux dans le salon. Lily leur lança un coup d'oeil curieux et James ne put s'empêcher de remarquer qu'elle évitait le regard de Caradoc.

 

 

« J'ai l'impression qu'elle ne sait pas ce qu'elle veut, chuchota Dorcas qu'il n'avait même pas vue arriver à côté de lui.

- Quoi ?

- Tu ne vois pas comment elle te regarde ? lui demanda t-elle, un peu ennuyée.

- Comme si j'étais une erreur à ne pas re-commettre ?

- James Potter, soupira t-elle, tu ne devrais même pas participer aux missions avec un instinct aussi déplorable.

- Est-ce que c'est ça qui t'a séduite chez moi ? plaisanta t-il. »

 

 

Elle lâcha un rire, et pendant un moment, il lui sembla que tout était redevenu normal entre eux, puis elle secoua la tête et lui lança un regard exagérément appréciateur pour lui donner une idée de la façon dont il avait réussi à la ramener chez lui un soir d'automne. Il n'eut pas besoin de mot pour comprendre que son physique avait fait le travail pour lui, et il s'empressa de lui faire remarquer que c'était très offensant.

 

 

« J'aurais préféré que tu évoques mon esprit.

- Ton esprit est magnifique, s'empressa t-elle de lui confier.

- Est-ce que tu me dragues, Meadowes ? la taquina t-il.

- Est-ce que Lily est déjà en train d'essayer de me tuer du regard ou est-ce qu'il faut que je continue pour que tu comprennes ? »

 

 

Il fronça les sourcils et détourna légèrement les yeux vers la jeune femme rousse dont la plume était suspendue au dessus de son parchemin. Son regard était comme bloqué sur eux mais dès qu'il croisa le sien, elle le reporta sur le morceau de papier et il vit ses joues s'empourprer. Il crut pendant un instant qu'il hallucinait, mais Dorcas poussa un soupir dépité à côté de lui avant d'aller rejoindre Marlène sur le canapé et il réalisa à ce moment là qu'il n'imaginait rien.

 

Il observa les deux jeunes femmes discuter un instant, et il se sentit absolument bête quand elles posèrent simultanément les yeux sur lui et que Marlène esquissa une grimace irritée. Dorcas, elle, semblait juste à la fois triste et paradoxalement amusée. C'était bizarre et James détourna rapidement son regard.

 

 

« Est-ce que tu pourrais venir à Poudlard avec moi demain ? demanda Lily à Caradoc après avoir glissé son parchemin dans une petite enveloppe rose pâle.

- Je travaille au ministère toute la journée, tu n'as qu'à y aller avec Marlène.

- On a tous un métier, Dearborn ! répliqua la jeune femme calée entre Dorcas et Sirius.

- Pas tous, corrigea Sirius en faisant un signe entre lui et James.

- Ce n'est pas comme si j'avais une fortune sur laquelle je pouvais vivre, marmonna Marlène en levant les yeux au ciel.

- Sirius, qu'est-ce que tu fais demain ? le questionna immédiatement Lily sans accorder la moindre attention à James.

- Je vais avec toi à Poudlard ? tenta t-il en lui accordant un sourire en coin.

- Parfait. Le professeur Slughorn sera ravi de...

- Slughorn ? Wow wow wow, ce n'était pas dans le contrat, Evans, la coupa t-il. »

 

 

Sirius n'avait jamais trop aimé leur ancien professeur de potions. Il avait été invité à rejoindre son petit club un bon nombre de fois mais il avait toujours décliné, autant parce qu'il n'avait pas envie de faire parti d'une collection de trophées humains que parce que Regulus y allait.

 

 

« James me remplace, déclara t-il aussitôt.

- Quoi ?! s'étranglèrent simultanément James et Lily.

- Tu es un convive plus prestigieux que moi, et ce sera beaucoup plus pratique pour... Sirius s'interrompit et fronça les sourcils puis se tourna vers Lily. Pour quoi déjà ? Qu'est-ce que James est supposé faire là bas ?

- M'aider à faire parler Slughorn de Nott, leur confia t-elle. Je sais qu'ils se connaissent parce qu'il y avait une photo de lui dans son bureau.

- Mes parents le côtoyaient un peu au ministère aussi, déclara James. Je l'ai aussi croisé une fois ou deux, mais ce n'était pas quelqu'un de très fréquentable.

- Eh bien voilà qui règle le problème, dit Marlène. Vous irez tous les deux. »

 

 

Il n'y eut bientôt plus aucun bruit dans le quartier général alors que les deux concernés avaient chacun esquissé une grimace presque imperceptible. Caradoc les observait, un peu inquiet et James sentait déjà ses intestins se nouer. Le lendemain allait être long et pénible.

 

 

End Notes:

Il ne reste plus beaucoup de chapitres, mais ils seront plus longs à partir de maintenant, et comme j'ai déjà terminé de tout écrire depuis un moment, les publis devraient rester très régulières :)

Donc à bientôt :)

Frustrations by ECM

 

Les grilles de Poudlard s'ouvrirent devant eux et James et Lily traversèrent le parc côte à côte. Ils longèrent la forêt interdite et le lac et il remarqua qu'elle aussi gardait les yeux obstinément vissés devant elle comme si elle craignait de voir leur reflet dans l'ondulation de l'eau et de se rappeler de tous les moments qu'ils avaient passé ici, à paresser simplement sur l'herbe entre deux cours, ses mains dans ses cheveux, les siennes un peu partout sur lui.

 

 

« Comment est-ce que tu veux t'y prendre ? lui demanda t-il alors qu'ils pénétraient dans le hall du château.

- Je n'en sais rien. Je n'y ai pas réfléchi, admit-elle, se dirigeant vers les cachots comme s'ils n'étaient jamais partis.

- Tu crois qu'ils font toujours ces délicieux muffins aux myrtilles qu'ils nous servaient au petit déjeuner ? demanda James en s'arrêtant devant le tableau qui menait aux cuisines.

- Ne te disperse pas, Potter, lui dit-elle avec un petit sourire en lui faisant signe de continuer à marcher. »

 

 

Il esquissa une moue déçue mais se félicita d'avoir au moins réussi à alléger l'atmosphère, même si ce fut de courte durée. Ils pénétrèrent dans la salle de potions dans laquelle le professeur Slughorn avait dit à Lily qu'il les recevrait, mais il n'était pas encore là et ils se retrouvèrent seuls face à des souvenirs qu'ils n'étaient pas prêts à ressasser. Il n'avait pas senti l'odeur des baies de gui et de l'essence de ciguë depuis un moment, et elles le prirent aux tripes et lui donnèrent la nausée.

 

 

« Horace ? appela Lily.

- Vraiment ? Horace ? souligna James avec un petit sourire moqueur.

- Si tu fais une seule allusion sexuelle, je t'enfonce la tête dans ce chaudron, répondit-elle en pointant du doigt l'objet en question. »

 

 

James s'avança vers le bureau sur lequel il reposait et se pencha par dessus. Une potion de couleur noire semblait être en train de reposer. Elle lui était familière mais il était incapable de dire de quoi il s'agissait.

 

 

« Du doxycide, dit Lily alors qu'elle était en train de pénétrer dans la réserve à la recherche de leur ancien professeur.

- Tu n'as même pas regardé, s'étonna t-il en se rappelant que sa mère lui en avait fait pulvériser dans leur grenier quelques années auparavant.

- L'odeur, répondit-elle avec assurance. La racine de ciguë sent l'urine de souri, c'est très désagréable. »

 

 

Elle disparut derrière la porte de la réserve et il se félicita d'avoir au moins reconnu le parfum agressif de la ciguë. Il fit le tour de la salle de classe, s'arrêtant derrière le bureau qu'il partageait autrefois avec Sirius avec une pointe de nostalgie et un sourire en coin. Il s'accroupit et se pencha juste assez pour apercevoir une gravure sous la table qui disait « Fumez, buvez, et surtout ne mangez aucun légume. ». Il ricana en se souvenant clairement avoir vu Sirius l'écrire en sixième année, et puis il se redressa et se tourna dans tous les sens à la recherche de Lily.

 

Il lui apparut rapidement qu'elle n'était jamais sortie et de la réserve alors il s'empressa d'aller voir et quand il passa le pas la porte, elle était à genoux devant un pan de mur et ses doigts étaient figés sur une tâche violette entre deux étagères en bois, comme incrustée sur les pierres. Elle sursauta quand elle réalisa qu'il était derrière elle et elle bondit sur ses pieds. Trop tard. Ses yeux bruns étaient vissés à l'endroit où elle avait posé ses doigts et son esprit devint brutalement noir, comme si le souvenir associé à cette tâche était plus que ce qu'il ne pouvait encaisser à ce moment là.

 

 

 

 

 

 

 

« Ça m'a l'air bien. Maintenant, ajoute un peu de poudre rose, lui conseilla Lily en se penchant par dessus le chaudron pour inspecter la mixture. »

 

 

Son bras frôla le sien et James en profita pour essayer de glisser ses doigts entre les siens avec la main qui n'était pas en train de se saisir de la poudre rose, mais elle lui donna une petite tape et arqua un sourcil.

 

 

« Tu veux être certain de pouvoir reproduire le Philtre de mort vivante aux ASPIC si on te le demande, ou tu veux faire quelque chose que tu maîtrises déjà assez bien ?

- Assez bien ? C'est tout ? répéta t-il en affichant une expression outrée, et il la vit essayer de retenir un rire.

- Hum, disons que si nous étions évalués là dessus, nous pourrions peut-être obtenir un Efforts Exceptionnels, reprit-elle sur un ton faussement détaché alors que la potion prenait une teinte verte. »

 

 

Il la fixa, incrédule, se renfrogna parce qu'à son humble avis, ils valaient beaucoup plus qu'Efforts Exceptionnels, puis se re-concentra sur la mixture en essayant de ne pas penser à la façon que Lily avait de passer derrière lui pour se préparer à lui tendre les ingrédients, en l'effleurant toujours un peu. Après avoir ajouté des crochets de serpent en poudre et qu'elle ait machinalement caressé sa nuque, il posa ses mains sur le bureau et tourna légèrement la tête vers elle en la fixant, les yeux sombres.

 

 

« Comment veux-tu que je me concentre si tu n'arrêtes pas de me toucher ?

- Il ne reste plus qu'à ajouter du liquide violet, il est dans la réserve, répondit-elle en évitant son regard, et je me disais qu'après, on pourrait peut-être voir si on peut obtenir un Optimal dans l'autre domaine... »

 

 

Il vit ses joues se colorer légèrement alors qu'elle se dirigeait en marche arrière vers la réserve, slalomant entre les rangées de table comme si elle connaissait la salle sur le bout des doigts, soucieuse de pouvoir garder les yeux figés dans les siens pour évaluer sa réaction. Elle fut presque immédiate.

 

Ses jointures blanchirent sur le bord de son bureau, et il s'élança à sa poursuite alors que son éclat de rire résonnait entre les murs en pierre de la salle de potions déserte. Ils étaient déjà en train de s'embrasser lorsqu'ils pénétrèrent dans la réserve. Il la fit reculer jusqu'au fond, contre les étagères, et s'écarta seulement quand elle poussa un soupir frustré dans sa bouche et que ses mains tirèrent un peu impatiemment sur ses vêtements.

 

 

« Enlève ça.

- Tu es un peu trop autoritaire à mon goût, Evans, lui répondit-il entre deux baisers. »

 

 

Elle émit une protestation qu'il interrompit en la faisant brusquement pivoter grâce un habile coup de main qui la prit par surprise, et elle se retrouva face aux étagères. Il la vit retenir sa respiration juste avant de se stabiliser en se retenant à la planche qui se trouvait à hauteur de sa poitrine, et il jura que si elle avait vu son sourire narquois à ce moment là, elle ne l'aurait pas laissé l'embrasser dans le cou.

 

 

« Tu cherchais du liquide violet, non ? lui demanda t-il avant de passer ses mains autour d'elle pour déboutonner la chemise qu'elle portait sous son polo gryffondor.

- Je. te. déteste, haleta t-elle en laissant pourtant échapper un rire qui le rendit fou.

- Je t'ai connue plus convaincante, se moqua t-il. »

 

 

Elle essaya de se retourner dans ses bras mais il l'immobilisa et étira doucement le col de son polo et de sa chemise sur le côté pour pouvoir atteindre avec sa bouche cet endroit qui lui faisait perdre pied.

 

 

« Merlin, je te déteste, répéta t-elle en tapant sur l'étagère qui trembla, faisant s'entrechoquer les nombreuses fioles qui s'y trouvaient.

- Je rends juste ta recherche un peu plus divertissante, lui dit-il avant de lui retirer son polo.

- Laisse moi te toucher.

- Mais certainement, ajouta t-il avec toute l’impétuosité dont il était capable, dès que tu auras mis la main sur ce liquide violet que tu voulais absolument trouver avant toutes choses. »

 

 

Elle lâcha un juron qui le fit rire contre son épaule et il poussa sa chemise le long de ses bras. Elle tomba à ses pieds dans un bruissement de tissu qu'il avait toujours trouvé particulièrement agréable à entendre lorsqu'il s'agissait des vêtements de Lily, et elle frissonna sous ses mains quand elle se retrouva à demi nue devant lui.

 

 

« J'ai l'impression que la recherche n'avance pas beaucoup, pointa t-il, mesquin.

- Parce que je ne peux pas... elle s'interrompit quand il enroula ses bras autour d'elle pour la caler d'avantage contre lui. Quand tu fais ça, termina t-elle laborieusement.

- Ah ? s'étonna t-il faussement. Je ne comprends pas. Je ne fais pourtant pas d'Efforts Exceptionnels...

- Ce n'est pas drôle. S'il te plaît, est-ce que tu peux juste...

- Hmm ? »

 

 

Elle ne répondit pas, elle posa simplement ses doigts sur son bras qui entourait sa taille, puis elle exerça une légère pression dessus, glissa jusqu'à trouver sa main qu'elle prit dans la sienne et guida sous sa jupe.

 

 

« Merlin, Lily, soupira t-il, et il perdit l'ascendant sur elle à ce moment là. »

 

 

Elle le savait, il pouvait voir les coins de sa bouche s'étirer légèrement en un sourire arrogant qu'elle ne portait que dans l'intimité et qu'il adorait pour cette même raison. Il était le seul à l'avoir jamais vu.

 

 

« Tu veux vraiment faire ça ici ? l'interrogea t-il, la voix plus grave que d'ordinaire.

- J'aurais préféré ton lit, mais de ta stupide faute je ne peux pas attendre, répondit-elle en tremblant un peu contre lui lorsqu'il bougea sa main entre ses jambes. »

 

 

Il pouffa, elle aussi, puis il l'embrassa de nouveau dans le cou, juste au dessus de sa clavicule, et elle se laissa complètement aller contre lui, et pendant un moment tout lui sembla prodigieusement parfait. Ses cheveux roux décoiffés après une longue journée à travailler à la bibliothèque, la tiédeur de ses doigts sur les siens, la façon dont sa peau rougissait là où il l'embrassait, les soupirs qu'elle laissait échapper par inadvertance et ceux qu'elle n'essayait pas de retenir, le fait même que plus ils se touchaient, plus ils en apprenaient l'un sur l'autre. Il ne se lassait jamais de tout cela.

 

 

« Trouvé ! s'exclama t-elle soudainement en attrapant de sa main libre une fiole de liquide violet juste au dessus de sa tête, légèrement dissimulée entre un bocal rempli de branchiflores et un autre qui contenait une substance flasque et noire dont il ne voulait pas connaître l'origine. .

- Parfait. Retournons à côté, mon Philtre de mort vivante est presque terminé, murmura James contre son épaule. »

 

 

Il n'en avait absolument aucune envie, il voulait juste l'entendre protester parce qu'il savait qu'elle le ferait et qu'il l'avait assez suppliée auparavant juste pour qu'elle accepte d'apprendre à le connaître, alors il était de bonne guerre qu'il s'amuse un peu avec ses nerfs à son tour.

 

 

« Comme si tu en étais capable, ironisa t-elle en s'appuyant d'avantage contre lui, resserrant son étreinte sur sa main pour être certaine qu'il la laisserait là où elle était.
- Je m'arrête quand tu veux, répliqua t-il en essayant d'adopter un ton égal. »

 

 

Elle s'apprêtait à lui répondre mais il la toucha exactement comme elle aimait et ses mots semblèrent se perdre au fond de sa gorge alors qu'elle fermait les yeux, les joues en feu. Désorientée, elle lâcha la fiole qu'elle avait attrapée un peu plus tôt, et elle se brisa entre deux étagères, répandant du liquide violet sur le mur, sur les planches, et un peu sur sa jupe, mais ils étaient maintenant trop perdus dans les soupirs de l'un et de l'autre pour s'en soucier.

 

 

 

 

 

 

C'était presque trois ans auparavant, mais Lily n'avait pas changé, et il ressentit l'envie furieuse de la pousser contre les étagère comme la dernière fois. Au delà du désir, il eut l'impression que c'était un besoin et il lui sembla presque qu'elle le partageait quand ils échangèrent un rapide regard avant qu'elle ne le contourne pour quitter hâtivement la réserve.

 

Ce n'était pas seulement parce qu'ils avaient fait l'amour ici, c'était probablement surtout parce que c'était la dernière fois qu'ils l'avaient fait, et la voir ici sans pouvoir la toucher lui parut soudainement être la pire torture. Il pouvait se haïr, mais cela ne changeait rien. Elle avait de l'effet sur lui et il était totalement impuissant face à cette réalité.

 

Ses yeux tombèrent sur les étagères de fioles, et il repensa pendant un bref instant à ces libellules emprisonnées dans les bocaux de chez Barjow et Beurk. Il éprouva une profonde empathie pour elles alors qu'il avait la sensation d'être acculé. Lily était là, et il ne voulait pas la vouloir, pas après ce qu'elle lui avait fait, mais il revoyait encore la goutte de sueur perler sur sa tempe alors qu'elle était pressée contre les étagères et qu'il était en elle, et Merlin, même lorsqu'il entendit la voix de Slughorn dans la pièce attenante, il ne parvint pas à redescendre sur terre.

 

 

« Pense à la mère de Sirius, pense à la mère de Sirius, pense à la mère de Sirius, se répéta t-il un long moment en grimaçant, les yeux rivés sur le plafond de la réserve alors que Lily et leur ancien professeur de potions se saluaient à côté. »

 

 

Il tourna en rond pendant quelques minutes, et lorsqu'il se sentit enfin reprendre l'ascendant sur lui-même, il pénétra dans la salle de classe et Slughorn se tourna curieusement vers lui, l'air profondément surpris et ravi.

 

 

« M. Potter ! Je n'avais aucune idée que vous étiez là aussi !

- J'étais en train de voir s'il vous restait de la potion d'enflure pour faire une blague à un ami, mentit-il avec un sourire en coin qu'il savait persuasif.

- J'ai bien peur qu'un troisième année ne soit passé avant vous et qu'il n'ait pas eu l'élégance de demander la permission pour se servir, lui répondit le professeur en se renfrognant légèrement.

- Tant pis, ce sera pour une prochaine fois, dit-il en haussant les épaules, évitant soigneusement le regard de Lily probablement autant qu'elle évitait le sien. »

 

 

Elle était appuyée contre la table que Marlène McKinnon occupait quand ils étaient élèves ici, presque assise dessus, les bras croisés contre sa poitrine, et le professeur Slughorn était debout devant elle et tenait un cadre dans la main.

 

 

« Voilà, dit-il en le montrant à Lily qui lui sourit. Vous voyez, il se porte comme un charme ! Je l'ai appelé Francis !

- Il a l'air très bien, en effet, répondit-elle en souriant, et James aperçut brièvement la photographie d'un minuscule poisson qui tournait en rond dans un grand bocal.

- C'était une très belle forme de magie, marmonna Slughorn. Vraiment très jolie.

- Merci Horace. »

 

 

Lily était habituellement polie, mais pas mielleuse, et James se demanda à ce moment là comment le professeur Slughorn pouvait ne pas se rendre compte qu'elle attendait quelque chose de lui. Il aurait pu s'en mêler et en venir immédiatement aux faits, mais il lui semblait que Lily savait exactement ce qu'elle faisait, alors il se contenta de parcourir de nouveau la salle de classe comme s'il ne l'avait jamais vue, observant distraitement les photographies du professeur Slughorn tout en écoutant attentivement leur conversation.

 

 

« Oh, j'allais oublier... Je vous ai ramené quelques patacitrouilles, l'entendit-il dire. »

 

 

Il se retourna juste pour la voir sortir une petite boîte en métal de son sac et la lui tendre. Le professeur Slughorn sembla absolument enchanté et James esquissa un sourire. Contrairement à ce qu'elle lui avait confié lorsqu'ils avaient pénétré dans le parc, il lui sembla qu'elle avait réfléchi à son approche.

 

 

« Oh Lily, ma chère Lily, toujours aussi attentionnée ! lança t-il avec enthousiasme. Vous n'avez pas oublié mon affection pour les friandises.

- Je vous avais dit que je vous en ferai, un jour. Je les ai sorties du four ce matin, lui apprit-elle.

- Je pensais honnêtement que cette promesse s'était envolée en France avec vous, lui confia t-il en laissant échapper un petit rire qui fit lever les yeux au ciel à James.

- Bien sûr que non. »

 

 

Il les écouta discuter pendant un moment de ses études de médicomagie et James apprit qu'elle ne s'était pas arrêtée aux deux années qu'elle avait prévues de faire, mais que l'école lui avait permis, grâce à de bons résultats, de poursuivre sa troisième année en Grande-Bretagne par correspondance et qu'elle s'était spécialisée dans les virus et microbes magiques.

 

Au bout d'un moment, il se tourna vers elle et remarqua qu'elle lui jetait un regard un peu désespéré alors que le professeur Slughorn proposait de lui trouver un mentor à Sainte-Mangouste, lui assurant qu'il avait des relations.

 

 

« Excusez-moi professeur, l'interrompit James en s'emparant d'un cadre juste derrière son bureau, de quand date cette photo ? »

 

 

Il ne l'avait pas choisi par hasard. Il reconnaissait Nott pour l'avoir vu dans la Gazette du sorcier quelques fois, ainsi qu'à des événements auxquels il avait assisté avec ses parents. Il se tenait debout, droit comme un piquet au milieu des autres invités du fameux Club de Slug qu'il dépassait d'une tête et demie.

 

 

« C'était en 57, Potter. Vous devriez reconnaître Barnabas Cuffe, le directeur de la Gazette du sorcier au premier plan, lui indiqua t-il en lui faisant signe de s'approcher avant de pointer son index sur un jeune garçon de taille moyenne qui avait l'air positivement ravi d'être de la partie.

- J'ai dû le croiser à quelques reprises, confirma James, et lui aussi, ajouta t-il en montrant directement Nott.

- Ah, oui, Nott. Des élèves très doués tous les deux. Chacun dans des domaines différents. Il se trouve que je garde des liens très étroits avec eux. Oh bien sûr, Barnabas voyage beaucoup pour son travail et je ne le vois pas souvent, mais Nott vit à Londres et est très régulièrement de passage en Ecosse alors il nous arrive de boire un peu d'hydromel à la Tête de sanglier ! »

 

 

James hocha poliment la tête et lorsque Lily lui adressa un sourire, il songea qu'ils ne formaient finalement pas une si mauvaise équipe que cela. C'était presque trop simple.

 

 

« Il possède quelques talents en herbologie qui pourraient vous être profitables pour vos études, ma chère Lily, s'enthousiasma t-il avant de se figer et de reprendre, la mine basse : mais je doute qu'il soit très enclin à vous les fournir...

- Pourquoi cela ? demanda t-elle en prenant un ton si innocent que James songea qu'il serait lui aussi tombé dans le panneau.

- Oh voyez-vous... commença le professeur d'un air effrayé, il a des opinions que nous ne partageons pas.

- Des opinions ? répéta James en arquant un sourcil.

- Je ne sais pas si... »

 

 

Le vieil homme s'interrompit et jeta un regard effaré en direction de Lily qui ne perdit pas de temps pour rebondir. James savait qu'elle ne s'était jamais habituée à ce que les gens la regardent différemment à cause du statut de son sang, mais elle avait gagné en confiance en elle au fur et à mesure des années et elle n'avait plus peur d'aborder le sujet comme cela était le cas lorsqu'elle faisait ses premiers pas à Poudlard.

 

 

« Nott ne serait pas le premier Serpentard à ne pas porter les nés-moldus dans son cœur, si c'est cela que vous sous-entendez, intervint Lily.

- Oh non, définitivement pas le premier, confirma Slughorn, mais ce n'est néanmoins pas le genre d'informations que j'aime vous confier, ma chère.

- Ne vous en faites pas pour moi Horace, le rassura t-elle en lui adressant un sourire amical. Quoi qu'il en soit, si vous arrivez un jour à le faire changer d'avis, j'aimerais le rencontrer. Je ne suis pas si douée en Herbologie et j'aurais bien besoin de l'expertise de quelqu'un qui s'y connaît.

- Il habitait autrefois sur Batty Street dans le quartier de Whitechapel mais je ne suis pas certain qu'il y vive toujours. Peut-être pourrions nous nous y rendre ensemble s'il en venait à retrouver la raison. »

 

 

Il posa le cadre sur lequel son poisson tournait toujours dans son bocal sur son bureau qu'il contourna pour aller jeter un coup d'oeil au doxycide, et Lily se rapprocha un peu.

 

 

« C'est une honte, à vrai dire, continua le professeur en plongeant une grosse louche dans le chaudron pour remuer un peu la mixture. Deux esprits comme les vôtres pourraient probablement faire des miracles ensemble, mais je doute même que mon amitié avec lui suffise à ce qu'il vous considère comme une sorcière à part entière.

- Lily est une sorcière à part entière, déclara James avec une pointe d'irritation.

- Je le sais très bien, Potter, lui assura le professeur en lui jetant un regard navré, seulement voyez-vous, certains de mes amis ne sont malheureusement pas de cet avis. Enfin, ne nous arrêtons pas là dessus. Vous m'aviez dit que vous veniez prendre le thé, nous devrions nous diriger vers les cuisines et discuter de choses plus plaisantes. »

 

 

Son ton était redevenu jovial quand Lily acquiesça et qu'il lui fit signe de passer devant lui pour sortir de la salle de classe, James sur ses talons. Il n'avait pas besoin de la regarder dans les yeux pour savoir qu'un feu brûlait en elle. Elle adorait le professeur Slughorn, il n'était pas le problème, mais l'idéologie de Nott l'était, et elle l'entourait depuis qu'elle avait découvert qu'elle était une sorcière.

 

Il l'avait vue peu à peu contourner la tristesse et la transformer en colère, mais elle s'était plusieurs fois confiée à lui là dessus et il savait l'effet dévastateur que l'injustice avait sur elle, ce sentiment d'impuissance rageant qu'elle ressentait, ce désir corrosif qu'elle avait de montrer qu'elle était comme les autres sorciers tout en sachant pourtant pertinemment que les gens comme Nott ne la verraient jamais de cette manière et qu'il n'y avait aucun véritable remède à cela. C'était frustrant pour lui, et il n'avait jamais pu qu'imaginer à quel point ça l'était pour elle.

 

 

« Comment tu te sens ? l'interrogea t-il une fois qu'ils eurent quitté le professeur Slughorn.

- Ça va. »

 

 

Ils traversèrent une nouvelle fois le parc et l'atmosphère sembla s'alourdir. Il jeta un bref coup d'oeil dans sa direction alors qu'elle ne voulait décidément pas croiser son regard, et il repensa à leur dispute deux jours plus tôt, après leur excursion aux Trois Balais. Il n'était plus aussi furieux qu'à ce moment là.

 

Elle lui avait dit qu'elle l'aimait aussi quand elle avait rompu. Elle lui avait dit qu'elle aurait voulu qu'il la retienne et son premier réflexe avait été de ne pas vouloir la croire, de ne même pas songer une seconde à y réfléchir, mais les deux dernières nuits avaient été longues et il n'avait pensé qu'à cela.

 

Il s'était demandé si cela aurait changé quelque chose s'il lui avait demandé de rester, tout en sachant qu'il n'aurait pas pu la priver de ses rêves, et il s'était persuadé du contraire. Il s'évertuait à penser, depuis qu'elle était revenue, qu'ils n'avaient plus rien en commun, mais il ne pouvait nier qu'ils partageaient cela : Une rupture. Et cette rupture avait vraisemblablement été aussi violente pour elle que pour lui.

 

 

« Lily, l'arrêta t-il alors qu'ils s'apprêtaient à franchir les grilles en fer forgé du château. »

 

 

Elle s'immobilisa et lui jeta un regard interrogateur alors que le vent se levait et que les branches des arbres craquaient sinistrement autour d'eux.

 

 

« Est-ce que tu crois qu'on aurait pu trouver une solution, quand tu es partie ? »

 

 

Sa question sembla la prendre totalement au dépourvu. Elle écarquilla les yeux avant de se racler la gorge et de jeter un coup d'oeil distrait vers la forêt qui s'étendait derrière lui. Il ne savait pas si c'était parce qu'elle évitait son regard, ou parce qu'elle adorait la façon qu'avait le vent de glisser sur les arbres. Elle lui avait confié un jour de printemps qu'elle trouvait cela particulièrement poétique. Il s'était moqué d'elle, et elle avait essayé de le pousser dans le lac pour se venger.

 

 

« Je n'en sais rien. J'avais brièvement pensé aux Portoloins, mais il nous aurait fallu une autorisation du ministère à chaque fois et nous n'aurions de toutes façons pas pu nous voir si souvent, répondit-elle mécaniquement.

- L'autre jour, tu as dit que tu voulais que je te retienne, mais tu...

- Je serai partie quand même, le coupa t-elle d'une voix mal assurée. J'espérais juste que tu aurais l'une de tes idées de génie, mais c'était stupide de reporter sur toi toute la responsabilité alors que j'avais eu plus de temps pour y réfléchir.

- Je t'aurais proposé de partir avec toi, déclara t-il de but en blanc, et cette fois ses yeux verts se figèrent dans les siens et elle lui adressa un bref sourire.

- Je m'en doutais, lui avoua t-elle, et c'est aussi pour cette raison que je ne t'ai pas laissé le temps d'y penser. Ça n'aurait pas pu fonctionner. Rémus avait besoin de toi. Sirius aussi. Peter... Et Merlin, tu as toujours eu besoin d'eux aussi, tu le sais aussi bien que moi. Et puis tes parents étaient malades et tu aurais manqué tes derniers mois avec eux. Ce n'était simplement pas possible, James. Je ne pouvais ni te le demander, ni accepter si tu me l'avais proposé. »

 

 

Ils continuèrent à se regarder et il se rappela à quel point c'était simple, de l'aimer. Il songea à ce moment là qu'ils y arriveraient peut-être. Ils parviendraient à travailler dans l'Ordre ensemble comme ils l'avaient fait ce jour là. Tant qu'ils étaient honnêtes l'un avec l'autre, tout s'arrangerait.

 

 

« Donc il n'y avait pas de solution... reprit-il.

- Pas à ma connaissance. Enfin... A part une correspondance régulière et l'utilisation du Portoloin quand cela aurait été possible.

- J'aurais été capable de tenir, lui dit-il.

- Est-ce que tu te souviens bien de comment nous étions ? lui demanda t-elle en laissant échapper un rire un peu absurde. On se touchait tout le temps. James, sérieusement, nous nous serions tués à petits feux.

- Tu as sûrement raison, admit-il en enfonçant ses mains dans ses poches. »

 

 

Elle pivota et ils reprirent leur route, passant au delà des grilles, et alors qu'il s'apprêtait à transplaner, ce fut Lily qui l'arrêta cette fois.

 

 

« Bizarrement, on fait toujours une bonne équipe, constata t-elle. Bien sûr, Slughorn ne nous a pas fourni la biographie détaillée de Nott, mais au moins, nous avons peut-être son adresse et on sait qu'il fréquente la Tête de Sanglier. Nous devrions y aller la semaine prochaine et interroger un peu le barman. »

 

 

Il acquiesça et lui adressa un sourire avant de s'apercevoir qu'elle tendait la main vers lui. Ses yeux bloquèrent sur ses doigts qui s'agitèrent légèrement devant lui, puis il leva la tête vers elle et l'interrogea du regard.

 

 

« Amis ? proposa t-elle d'une voix douce.

- … Amis, confirma t-il après avoir hésité une seconde. »

 

 

Il lui serra la main et il essaya de retenir l'élan absurde qui le poussa presque à l'attirer contre lui pour l'étreindre. Pendant une seconde, il se demanda si elle serait aussi bien calée dans ses bras qu'elle l'était avant, comme s'il était fait pour elle, ou s'ils s'étaient tant éloignés que même leurs corps n'arriveraient plus à se retrouver, mais sa main était si parfaitement enfermée dans la sienne qu'il eut envie de penser que certaines choses ne changeaient jamais.

 

 

End Notes:

See you soon :)

Epouvantard & Jeu à boire by ECM

 

 

Sirius, Lily, et James se tournèrent dans tous les sens au milieu d'une grande avenue de Whitechapel, observant attentivement les alentours. L'après-midi touchait à sa fin et le soleil était en train de les quitter. Un crachin tombait sur eux mais ne semblait pas les perturber.

 

 

« Séparons-nous, ça ira plus vite, déclara James. »

 

 

Les deux autres acquiescèrent et bientôt, ils déambulaient chacun de leur côté à la recherche de Batty Street. Cela faisait quelques jours qu'ils avaient rencontré le professeur Slughorn à Poudlard, et ils avaient conclu lors de la dernière réunion de l'Ordre qu'il serait peut-être intéressant d'essayer d'établir un lien avec Nott. Lily prétendrait, malgré les mises en garde du vieux professeur de potions, qu'elle était étudiante en herbologie et qu'elle venait de la part de leur ami en commun, et Sirius et James seraient juste planqués dans un coin au cas où quelque chose tournerait mal.

 

 

« Ici ! leur signala James en leur faisant un signe de la main vers une petite rue étroite. »

 

 

Sirius et Lily trottinèrent pour le rejoindre, et ils parcoururent l'allée à la recherche d'une boîte aux lettres au nom de Nott. Ils ne la trouvèrent pas, mais une seule habitation ne contenait absolument aucune indication quant à l'identité de ses occupants alors la jeune femme tenta de frapper à la porte, mais celle-ci s'entrouvrit légèrement dès que son poing rentra en contact avec elle.

 

 

« Ce n'est pas verrouillé, chuchota t-elle alors que les garçons se tenaient un peu plus loin. »

 

 

Ils se jetèrent un regard curieux et James lui fit signe de pousser un peu plus la porte. Elle s'exécuta et agita sa main dans leur direction avant de s'engouffrer dans le bâtiment. Ils se hâtèrent derrière elle et constatèrent que l'endroit était désert. Il restait quelques meubles par ci, par là, mais il était évident que plus personne n'habitait ici.

 

 

« Regardez ! »

 

 

Sirius, penché au dessus de l'âtre de la cheminée, brandit une photo partiellement calcinée vers les deux autres. James reconnut Nott accompagné d'un autre élève qu'il n'avait jamais vu. Le reste de l'image était brûlé, mais au moins, ils savaient maintenant qu'ils étaient au bon endroit.

 

 

« Les cendres sont froides, pointa Sirius.

- Cela fait peut-être plusieurs semaines qu'il ne vit plus ici, dit Lily en croisant les bras contre sa poitrine.

- Faisons le tour, leur proposa James. Faites attention. Au ministère, Nott était connu pour être spécialisé dans le commerce de créatures magiques et ça ne m'étonnerait pas qu'il ait laissé quelques chaporouges ou lutins de Cornouilles quelque part. »

 

 

Les deux autres acquiescèrent et James se dirigea vers la cuisine alors que Sirius montait les escaliers et que Lily longeait un couloir du rez-de-chaussé. Il ouvrit le frigidaire et le referma dès qu'une odeur de mort lui emplit les narines. Il faillit vomir sur le coup, et il se hâta vers une porte qui menait vers un minuscule jardin extérieur complètement laissé à l'abandon.

 

L'herbe devait mesurer une trentaine de centimètres et des buissons fous ne permettaient pas de distinguer tout l'espace. James prit une bouffée d'air frais et se retourna de nouveau pour observer la cuisine. Les boiseries des placards semblaient avoir été rongées par les termites et les carreaux de céramique au dessus du lavabo étaient jaunis. Les joints étaient noirs.

 

Il ouvrit plusieurs tiroirs, vides à chaque fois, et puis un bruit sourd à l'étage le fit se redresser brutalement. Il traversa la cuisine en trois enjambées et s'arrêta dans le salon où Lily venait de le rejoindre en courant.

 

 

« Qu'est-ce que c'était ? l'interrogea t-elle.

- Je n'en sais rien. Sirius ? appela t-il. »

 

 

Il n'obtint aucune réponse. Ils échangèrent un bref regard et Lily s'élança dans le vieil escalier instable un dixième de seconde avant lui. Il les mena dans un long couloir qui contenait plusieurs portes. James fit signe à Lily de vérifier celles de gauche pendant qu'il s'occupait de celles de droite, et bientôt, elle disparut aussi.

 

Il la retrouva dans la deuxième chambre, debout à côté de Sirius en train de le secouer par les épaules alors qu'un deuxième Sirius souriait derrière elle, brandissant la marque des ténèbres tatouée sur son bras avec fierté. Il était étonnement identique à son meilleur ami qui semblait en état de choc.

 

 

« Ce n'est pas toi, Sirius. Ce ne sera jamais toi, lui répéta Lily en essayant de lui barrer la vision. C'est juste un épouvantard. James... »

 

 

Elle se retourna vers lui d'un air suppliant en prenant soin de ne pas regarder la créature en question, mais dès qu'il pointa sa baguette vers l'épouvantard, il changea instantanément de forme et le paralysa sans qu'il ne puisse jeter le moindre sort. Sa mère se tenait devant lui et lui souriait, des larmes dans les yeux.

 

Ses longs cheveux noirs étaient attachés en un chignon lâche, celui que les médicomages lui faisaient pendant les derniers instants de sa vie. Il hoqueta de terreur. Il n'avait pas pensé qu'il verrait cela, pas deux ans après qu'elle l'ait quitté, mais elle était là et son visage prenait une étrange teinte verdâtre caractéristique de la dragoncelle qui l'avait emportée. Il ne savait pas qu'il était possible d'avoir peur de voir quelqu'un mourir quand cette personne n'était déjà plus de ce monde.

 

Il entendait la voix de Lily, un peu lointaine, alors que ses yeux étaient comme hypnotisés par la vision qu'il avait devant lui et qu'il était incapable de les détourner, incapable de se concentrer. Puis la jeune femme se plaça devant lui, et l'épouvantard sembla hésiter à changer de forme pendant quelques secondes. Lily en profita.

 

 

« Riddikulus ! s'écria t-elle. »

 

 

La teinte verdâtre de la créature s'amplifia brutalement alors que sa taille, quant à elle, diminuait de façon significative. Un instant plus tard, une rainette avec un chignon coassait. Lily laissa échapper un rire nerveux et il suffit d'un coup de baguette de la part de James pour renvoyer l'épouvantard dans la grande armoire de laquelle il était probablement sorti, et il se tourna vers son meilleur ami en essayant d'oublier ce qu'il avait lui-même vu. Il était perturbé, mais pas autant que Sirius.

 

 

« Patmol, tu sais que ça n'arrivera pas, lui dit-il d'une voix douce alors que le jeune homme était toujours paralysé, les yeux vissés en direction de l'armoire.

- Ta famille ne te définit pas, ajouta Lily en se rapprochant de lui, je te l'ai toujours dit. »

 

 

James la regarda refermer ses bras autour de son meilleur ami qui demeura statufié un long moment avant de finalement caler sa tête sur son épaule et de poser ses mains dans le haut du dos de Lily pour lui rendre son étreinte. Il se souvint à ce moment là à quel point ils s'étaient toujours bien entendus, et aussi comme cette simple réalité l'avait fait tomber de plus en plus amoureux d'elle à l'époque.

 

Ils avaient échangé des choses tous les deux que James doutait que Lily lui ait confiées. Sirius lui avait appris, une fois, qu'ils discutaient de temps en temps de leurs familles respectives parce qu'ils trouvaient une certaine consolation dans le fait de se retrouver tous les deux dans une même situation qu'aucun de leurs amis n'était vraiment à même de comprendre.

 

Il avait toujours aimé le fait qu'ils puissent s'aider mutuellement, et cette fois encore, alors qu'il les regardait s'enlacer, il sentit son cœur se serrer un peu. Il n'y avait aucune jalousie. Il réalisait simplement que là où il avait perdu la personne qu'il aimait, Sirius avait aussi été privé d'une alliée de taille.

 

 

« Partons d'ici avant que quelque chose d'autre ne nous tombe dessus, déclara Lily. »

 

 

Ils quittèrent Batty Street et transplanèrent jusqu'au quartier général. Sirius avait rarement été aussi silencieux et Lily encouragea James à rester avec lui avant de disparaître dans la cuisine. Il s'assit avec lui sur le canapé et lui tapota le genou.

 

 

« Qu'est-ce que tu as vu, toi ? l'interrogea soudainement Sirius. Je crois que j'étais trop sonné pour voir ton épouvantard. »

 

 

C'était la première fois qu'il parlait depuis qu'ils étaient tombés face à face avec la créature et sa voix était éraillée. James resta silencieux quelques secondes et remercia Lily quand elle réapparut avec trois grosses tasses de thé qu'elle posa sur la table basse bancale avant de s'asseoir sur le fauteuil le plus près d'eux.

 

 

« Maman, répondit James avant de se racler légèrement la gorge parce qu'il lui sembla que sa voix n'était pas aussi assurée qu'il l'aurait voulu.

- Foutus épouvantards... marmonna Sirius. Et toi, Lily ?

- Rien, répondit-elle en esquissant un sourire désolé. Je crois qu'il n'a pas su s'il devait garder la forme de la peur de James, ou se transformer en la mienne.

- Dommage, j'ai raté une occasion de faire la connaissance ta divine sœur, plaisanta t-il légèrement.

- Je suis étonné que le mien n'en ait pas pris la forme. Ça fait presque trois ans que je l'ai rencontrée et j'en ai encore un léger stress post-traumatique, intervint James qui se félicita intérieurement dès que les deux autres éclatèrent d'un rire franc. »

 

 

Il attrapa sa tasse au moment où Lily se pencha pour prendre la sienne, et ils échangèrent un regard complice en se rasseyant au fond de leurs sièges respectifs. Il était persuadé qu'elle n'avait pas oublié cette horrible rencontre. Comment aurait-elle pu ne pas se rappeler d'un tel désastre ?

 

 

 

 

 

« Tu es en avance, constata Lily lorsqu'elle s'arrêta devant lui après avoir trottiné légèrement. »

 

 

Ils avaient décidé de se rejoindre dans un parc près de chez ses parents parce que Pétunia refusait d'être enfermée dans la maison avec deux sorciers, et Lily, appuyée sur un banc derrière ses parents qui regardaient paisiblement les canards barboter dans l'étang devant eux, avait vu James arriver de loin.

 

Elle se dressa sur la pointe des pieds pour déposer un bref baiser sur ses lèvres et elle sourit quand il agita la main en direction de M. et Mme Evans qui lui répondirent avec le même enthousiasme. Ils s'étaient déjà croisés plusieurs fois sur le quai de la gare, avaient parlé longuement lors de leur dernière entrevue après les vacances de Noël, et James n'éprouvait plus aucune appréhension à l'idée d'être invité chez les Evans maintenant qu'il les connaissait mieux.

 

Ses yeux bruns balayèrent les alentours à la recherche de la seule personne de la famille qu'il n'avait pas encore eu le déplaisir de rencontrer (c'était les mots que Lily employaient tout le temps), en vain. Il se laissa simplement entraîner par sa petite-amie vers les deux adultes qui se levèrent dès qu'il arriva à leur hauteur.

 

 

« Comment est-ce que tu peux être plus beau garçon à chaque fois que je te vois ? l'interrogea Rose Evans en lui donnant une accolade affectueuse.

- Ne lui dis pas ça, maman, gémit Lily. Je n'ai pas envie que sa tête n'enfle encore plus.

- Parce que tu ne pourrais pas supporter que je m'envole loin de toi, lui glissa James avec un sourire en coin en rendant l'accolade à sa mère avant de la lâcher et de poursuivre. Est-ce que vous avez rajeuni depuis la dernière fois ?

- Tu vois pourquoi je veux que tu t'accroches à celui là, lança Rose à sa fille après avoir levé les yeux au ciel sans pouvoir s'empêcher de sourire.

- Content de te revoir, mon grand. Comment va ton ami Sirius ? lui demanda son père en lui serrant vigoureusement la main.

- Très bien, il doit encore être en train d'avaler les cookies de ma mère au fur et à mesure qu'elle les sort du four, lui répondit James. Il vous passe le bonjour. »

 

 

Ned Evans ricana et donna une petite tape amicale à James. Depuis que Lily lui avait expliqué que les Potter avaient recueilli Sirius, il éprouvait une tendresse particulière pour le garçon. James avait su, un soir où il traînait seul avec sa petite-amie dans la salle commune, qu'il avait lui même quitté sa famille très tôt à cause de divergences d'opinions avec ses parents et qu'il ne les avait jamais revu.

 

 

« Et toi ? Comment se passent les cours ?

- Un jeu d'enfant, répondit-il avec un sourire confiant qui amusa Ned. Enfin... C'est ce que je raconte à mon père quand il me pose la question. En fait, je suis une vraie bouse en Runes et heureusement que Lily est là parce que sinon je...

- Il est en avance, le coupa une jeune femme en arrivant à leur hauteur. »

 

 

Elle était mince, grande, et plus il la fixait, plus son cou lui semblait curieusement long. Ses cheveux blonds comme les blés étaient impeccablement bien coiffés comme si elle venait de faire un brushing, et elle était vêtue d'une chemise brune à motifs blancs boutonnée jusqu'en haut et rentrée dans une longue jupe de la même couleur qui lui arrivait sous les genoux.

 

 

« Tu sais très bien que je déteste quand les gens sont en avance, dit-elle à Lily que James vit se tendre à côté de lui.

- James, je te présente Pétunia, ma sœur. Pétunia, voici James, mon petit-ami.

- Enchanté ! lança t-il en tendant la main vers elle. »

 

 

Elle jeta un regard dédaigneux vers son bras tout entier avant de lever les yeux vers lui et de hausser les sourcils d'un air répugné. Il rangea immédiatement sa main dans sa poche et se sentit profondément idiot. Lily l'avait pourtant prévenu, mais il n'avait pas pensé pas qu'elle serait réellement SI désagréable.

 

 

« Pétunia, s'il te plaît, intervint Ned en lui lançant un regard un peu sévère.

- Comme tu veux, répliqua t-elle sur un ton sec avant de lâcher un « Bonjour » peu convaincant en levant les yeux au ciel.

- Et si nous faisions le tour de l'étang ? proposa Rose, soucieuse de détendre l'atmosphère. »

 

 

James acquiesça avec un sourire et il suivit les parents de Lily alors que les deux sœurs traînaient derrière eux. Ils discutèrent tous les trois un bon moment, et quand il entendit la voix de Lily s'élever un peu plus, il se retourna et s'arrêta net en constatant que les deux sœurs se disputaient.

 

 

« … Les politesses de base, Pétunia ! entendit-il Lily s'exclamer sans pour autant avoir capté le début de sa phrase.

- La politesse de base aurait été de ne pas l'amener dans notre quartier ! répliqua l'autre. Maintenant, il sait où nous habitons. Dieu sait ce qu'il peut faire avec la maison !

- Que veux-tu qu'il fasse avec la maison ?! s'écria Lily qui rougissait de colère. »

 

 

Rose et Ned s'étaient éloignés et n'entendaient pas la querelle derrière eux, et James était à présent plus près des deux jeunes femmes. Elles marchaient vers lui sans toutefois avoir l'air de s'en apercevoir.

 

 

« Je n'en sais rien ! Vos trucs de... De magicien ! La faire disparaître pour en tirer de l'argent ou je ne sais quoi !

- La sienne fait dix fois la taille de la nôtre, crois-moi, il n'a aucun intérêt à la faire disparaître pour la revendre, répliqua sèchement Lily.

- S'il est aussi riche que tu le dis, pourquoi est-ce qu'il ne se paie pas une coupe de cheveux ? rétorqua sa sœur . »

 

 

James retint un rire. Il n'avait jamais manqué de confiance en lui et savoir que Pétunia n'approuvait pas sa coiffure lui sembla être le plus beau compliment qu'il eut été possible de recevoir.

 

 

« Parce que je n'ai pas envie de ressembler à l'un de ces pauvres idiots avec une raie sur le côté pleine de gomina et une moustache toute lustrée, intervint-il. »

 

 

Pétunia sursauta et s'arrêta net juste avant de le percuter, et il la vit s'empourprer brutalement. Lily, elle, laissa échapper un rire qu'elle essaya désespérément de retenir sans qu'il ne comprenne pourquoi jusqu'à ce que sa sœur ne reprenne la parole.

 

 

« Vernon a une raie sur le côté pleine de gomina et une moustache lustrée, lâcha t-elle froidement.

- Vernon ? l'interrogea t-il.

- Son... Son fiancé, articula Lily entre deux rires.

- Oh... Hum... Ah, mais c'est sûrement la pointe de la mode moldue, je n'y connais rien.

- N'utilise pas votre vocabulaire idiot ici ! vociféra Pétunia. »

 

 

Elle le contourna pour aller rejoindre les parents Evans qui étaient déjà sur la rive opposée, mais il pivota en même temps et elle percuta son épaule de plein fouet. Il la vit basculer en arrière et il tendit le bras pour la rattraper, mais elle le dégagea par une violente tape, tomba en arrière, et roula jusque dans la vase.

 

 

« Oh Merlin ! s'exclama Lily en plaquant sa main sur sa bouche.

- Merde, désolé Pétunia ! Tout va bien ? demanda James en s'approchant pour l'aider à se relever, mais elle lui hurla dessus de reculer.

- Tu m'as poussée ! Tu as essayé de me noyer ! Papa ! Il essaie de me noyer !

- Il n'a rien fait de tel ! s'indigna Lily. Il a essayé de te rattraper mais tu l'as repoussé !

- Mamaaaan ! Mamaaan ! hurlait la jeune femme sans écouter sa sœur alors que James n'osait plus prononcer le moindre mot. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« A vrai dire, je ne pense pas qu'il aurait pris la forme de Pétunia, reprit Lily, interrompant James dans ses rêveries.

- Ah ? s'étonna Sirius.

- Je redoute de me trouver en sa présence, certes, mais je n'ai pas spécialement peur d'elle, expliqua t-elle.

- Alors quoi ?

- Je ne sais pas. Probablement un mangemort, ou Voldemort. »

 

 

Ils demeurèrent silencieux jusqu'à ce que Caradoc ne les rejoigne avec Benjy Fenwick quelques minutes plus tard. Dorcas suivit peu de temps après et ils décidèrent de dîner tous ensemble. James s'éclipsa dans la cuisine pour concocter quelque chose et se retourna légèrement quand il entendit la porte s'ouvrir derrière lui alors qu'il plongeait des pommes de terre dans une énorme cocotte minute.

 

 

« Comment tu te sens ? Lily était en train de nous parler de l'épouvantard, souffla Dorcas. »

 

 

James haussa les épaules et lui fit signe de lui apporter les pommes rouges entassées dans la corbeille de fruit sur la table en formica. Elle s'en saisit, la posa sur le plan de travail devant lui et il sentit ses yeux parcourir son visage avec inquiétude.

 

 

« Je ne m'attendais pas à voir ma mère après tout ce temps, lui confia t-il. Je pensais que... Je ne sais pas, que j'étais passé à autre chose. »

 

 

Elle lui adressa un sourire désolé et lui caressa brièvement le bras. C'était amical, il le sentait, il n'y avait plus aucun sous-entendu entre eux, même si cela lui paraissait toujours absolument étrange de ne plus l'avoir à ses côtés quand il rentrait dans son appartement, ou de ne plus l'embrasser quand elle arrivait au quartier général.

 

 

« Est-ce que tu veux que je t'aide ? lui proposa t-elle en remontant ses manches.

- Je voulais faire un fondant aux pommes.

- Parfait. Je m'en occupe. Tu n'as qu'à gérer le plat. »

 

 

Il acquiesça et lui rendit le sourire chaleureux qu'elle lui adressa. Elle le pinça pour qu'il se décale sur la droite et il laissa échapper un rire. Il redécouvrit bizarrement sa complicité avec elle pendant les quelques minutes qu'ils passèrent tous les deux dans la cuisine à échanger sur leurs journées respectives.

 

Plus la soirée avançait, plus l'image de sa mère dans la maison de Nott disparaissait de son esprit. Rémus et Peter les avaient rejoints, et Sirius semblait aussi beaucoup plus détendu lorsqu'ils terminèrent de dîner. James ne pouvait plus s'empêcher de sourire parce qu'il aimait simplement ces moments là, quand ils se retrouvaient tous au quartier général, éclairés par une lumière qui rendait la pièce un peu jaune et lui donnait un aspect chaleureux malgré ces horribles canapés et fauteuils qu'il avait pourtant appris à aimer.

 

 

« Oh, quelle imbécile ! s'exclama Lily en se levant de sa chaise. »

 

 

Le bras de Caradoc tomba de ses épaules et tous lui jetèrent un regard curieux alors qu'elle se hâtait vers le coin de la pièce où elle avait posé son sac.

 

 

« Mes amis français m'ont appris un jeu, leur dit-elle en fouillant frénétiquement dans la besace.

- Ce n'est pas tout le temps bon signe quand elle évoque ses amis français, leur confia Caradoc en grimaçant légèrement, faisant glousser les autres.

- Ah ! Je les ai ! »

 

 

Elle se redressa et brandit quelque chose de si petit que James ne put voir de quoi il s'agissait. Elle leur intima d'attendre un peu et elle tapota sa baguette sur les objets qu'il était trop loin pour pouvoir identifier, et bientôt, trois buts de quidditch de couleurs différentes se mirent à flotter dans la pièce, parfaitement alignés.

 

Ils étaient à taille réduite, bien sûr, et ils bougeaient verticalement les uns après les autres, de haut en bas, sans jamais s'arrêter. La jeune femme plongea de nouveau la main dans son sac et en sortit plusieurs souafles de petites tailles, un pour chacun des ses camarades, puis se retourna vers eux en arborant un large sourire.

 

 

« Je vous présente le Quidditch-pur-feu ! s'exclama t-elle.

- J'aime déjà, commenta Sirius en se redressant sur sa chaise, plus attentif que James ne l'avait jamais vu. Comment ça marche ?

- Il nous faut du whisky-pur-feu.

- J'y vais !

- Merci Pete.

- Je suis trop vieux pour ça, je vous laisse, décréta Benjy avant de s'éclipser sous les huées.

- Il suffit juste de se tenir à un bout de la pièce et d'essayer de lancer sa balle dans les anneaux qui bougent, rien de très sorcier, expliqua t-elle en esquissant un sourire malin lorsqu'elle prononça le dernier mot avant de poursuivre, MAIS... Il faut viser un but de l'équipe adverse. Si vous tirez dans votre propre but, vous buvez. Si vous tirez dans le but d'une autre équipe, ils boivent.

- Est-ce que c'est le dernier qui tient sur ses jambes qui gagne ? l'interrogea Rémus, amusé.

- Oh non. Tu perds quand tu as bu cinq verres, répondit-elle, et crois-moi, c'est déjà bien assez.

- Est-ce que je peux juste regarder la première partie ? demanda Dorcas, et Lily acquiesça.

- Nous n'avons qu'à faire des équipes de deux.

- Je suis avec James ! s'empressa de crier Caradoc, bien conscient que le maraudeur était le plus doué en quidditch.

- Je prends Sirius ! s'exclama Rémus presque en même temps et Peter esquissa une moue dépitée.

- Oh ne t'en fais pas, Pete, ils ne vont pas en croire leurs yeux, souffla Lily en lui lançant une petite balle, un sourire en coin s'étirant sur ses lèvres. »

 

 

James comprit bien vite pourquoi son ami n'avait pas besoin de se soucier de quoi que ce soit. Lily était absolument redoutable, et Caradoc lui même n'en revenait pas. James lui en voulut presque un peu de ne pas l'avoir prévenu qu'elle était devenu une professionnelle des jeux à boire, mais quand il le vit avaler son dernier verre avec une contrariété non dissimulée, il devina qu'il n'était pas plus au courant que lui.

 

Lily et Peter remportèrent la première partie de peu, et Sirius insista pour en faire une deuxième, piqué dans son orgueil d'avoir perdu en premier. Benjy et lui décidèrent d'un commun accord de faire équipe parce qu'ils voulaient absolument anéantir Lily, persuadés qu'elle n'oserait probablement pas se tourner vers James et qu'elle lui préférerait Rémus.

 

 

« Ça te dit d'écraser ces deux idiots ? demanda t-elle subitement en haussant les sourcils. »

 

 

Décontenancé, James ne répondit pas immédiatement, mais ses yeux verts pétillaient et son sourire diabolique l'amusa tant qu'il ne put faire autrement que d'acquiescer. Sirius et Caradoc échangèrent un regard perplexe quand ils se tapèrent dans la main et Rémus déclara forfait avant même d'avoir commencé.

 

Dorcas le remplaça et elle n'était pas si mauvaise que cela. Elle fit boire Caradoc et James une fois chacun, mais Lily était en feu et Sirius en était à son neuvième verre depuis le début de la soirée quand ce fut à son tour de lancer. James ne sut pas bien comment il parvint à envoyer la balle droit dans le cerceau, mais Lily dut vider son verre et bientôt, ils furent les prochains à jouer.

 

 

« Allez James. On va les avoir. Plus qu'un et ils sont finis, tu peux le faire, l'encouragea Lily en se concentrant à côté de lui. »

 

 

Il savait qu'elle avait l'esprit de compétition, il l'avait remarqué à Poudlard alors qu'ils essayaient de prendre l'ascendant l'un sur l'autre dans approximativement tous les cours, mais il la redécouvrait ce soir là et il adorait partager cela avec elle. Il prit une profonde inspiration, soupesa un instant le mini souafle dans la paume de sa main, et puis il le lança en direction du but bleu qui montait et descendait. Il marqua, et Lily lui sauta dans les bras en criant.

 

Surpris, il s'empressa de la rattraper au vol et son rire éclatant s'échoua contre son oreille comme une délicieuse mélodie qui réveilla brutalement quelque chose au fond de lui. Une chaleur déconcertante se répandit dans tout son corps alors que ses doigts étaient crispés dans le bas de son dos, mais elle disparut dès que son regard tomba sur le sourire crispé de Caradoc.

 

 

« Buvez, bande de nuls ! s'écria Lily. »

 

 

James desserra son étreinte autour d'elle et elle sembla soudainement comprendre sa gêne. Elle lui jeta un regard curieux avant de réaliser qu'elle était encore dans ses bras, et elle s'écarta aussitôt et déposa un baiser sur la petite balle qu'elle tenait dans sa main avant de la brandir en l'air devant Sirius et Caradoc qui trinquaient d'un air désespéré.

 

Ils avaient tous beaucoup trop bu, qu'ils aient gagné ou perdu. Lily et James étaient les plus sobres de tous, mais ils n'en menaient pas large non plus. Dorcas et Peter s'étaient échoués sur le canapé et ronflaient déjà. James ne savait pas comment, parce que Caradoc ne cessait de crier qu'ils avaient triché et que leurs souafles étaient ensorcelés, et puis il les essaya tous et manqua les cerceaux à chaque fois devant une Lily hilare.

 

 

« J'ai besoin d'un verre d'eau et d'air frais, déclara James avant de s'emparer du pichet qui trônait sur la table et qu'ils n'avaient pas touché depuis une heure et demie. »

 

 

Il remplit son verre et disparut dans le couloir, puis ouvrit la porte d'entrée sans même prendre la peine de se recouvrir de son manteau et s'assit sur les marches qui montaient vers la rue. Quelques passants déambulaient encore au dessus de lui malgré l'heure, mais il était à l'abri des regards et du vent, tapi dans l'entrée du quartier général.

 

Il but une longue gorgée d'eau et se cala contre le mur en pierre avant de porter le verre à sa tempe et de fermer les yeux parce que tout tournait autour de lui. L'obscurité tourna aussi, et il grimaça. La porte s'ouvrit devant lui et Lily sursauta violemment quand elle l'aperçut, puis porta sa main à son cœur et lâcha un long soupir de soulagement.

 

 

« Merlin, j'avais oublié que tu étais là ! s'exclama t-elle beaucoup plus fort que si elle avait été sobre.

- Je crois que moi aussi j'aurais oublié que j'étais là d'ici quelques heures, répondit-il, la faisant pouffer. »

 

 

Elle s'assit à côté de lui et lança le mini souafle dont elle ne semblait plus vouloir se séparer contre le mur en face d'eux. Il rebondit et elle le rattrapa plusieurs fois de suite. James se demanda comment elle faisait avec autant d'alcool dans le sang. Elle s'interrompit juste pour lui arracher son verre des mains et elle le vida avant de le poser à ses pieds. Il lui jeta un regard incrédule et quand le souafle tapa une énième fois contre le mur, il le lui vola maladroitement avant qu'elle n'ait pu faire quoi que ce soit.

 

 

« Ma cigarette, mon verre d'eau, qu'est-ce que ça va être, la prochaine fois ? Ma dignité ? lui demanda t-il d'un air faussement scandalisé.

- Je ne crois pas que qui ce soit puisse te prendre ta dignité, répondit-elle en lui jetant un regard amusé.

- Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ?

- Rien, soupira t-elle. On a formé une bonne équipe aujourd'hui, toi, ta dignité, et moi. »

 

 

Elle lui tapota la cuisse et il lâcha le souafle qui roula jusqu'à la porte. Il se leva pour aller le récupérer, partiellement soulagé de ne plus sentir sa main sur sa jambe parce qu'il lui sembla qu'il n'avait que très peu de contrôle sur lui maintenant que son sang s'était transformé en whisky-pur-feu.

 

 

« Merci pour Sirius. Cette soirée lui a clairement remonté le moral, lui confia James en lançant la petite balle devant lui comme il le faisait autrefois avec son vif d'or.

- C'était le but, déclara t-elle. Pour Sirius, et pour toi. »

 

 

Il posa ses yeux sur elle pour essayer de déchiffrer l'expression de son visage, mais il y avait deux Lily et il ne savait pas bien laquelle regarder. Au même moment, elle s'accouda à la marche qui se trouvait au dessus d'eux et bascula la tête en arrière, le regard rivé sur le ciel sombre, lui donnant une vue dégagée de sa gorge. Il déglutit en se demandant comment elle réagirait s'il l'embrassait là, et il serra un peu plus le souafle dans sa main.

 

 

« Il y a quelque chose que je ne t'ai jamais dit, souffla t-elle dans le vent, plus grave qu'il ne l'avait jamais vue depuis qu'elle était rentrée de France.

- Pourquoi est-ce que tu es si sérieuse ? Est-ce que tu vas m'annoncer que tu me trompais avec mon père ? plaisanta t-il pour détendre l'atmosphère. »

 

 

Elle se redressa brutalement, lui donna une violente tape sur l'épaule et fronça les sourcils, lui jetant un regard hautement réprobateur alors qu'il riait.

 

 

« Ew James, pourquoi est-ce que tu dis des choses comme ça ?! Je ne t'ai jamais trompé avec qui que ce soit, idiot, et j'espère que toi non plus.

- Pourquoi est-ce que j'aurais fait ça ? J'étais amoureux de toi et le sexe était plutôt pas mal.

- C'est vrai, approuva t-elle avant d'échanger un sourire complice avec lui, mais ce n'était pas du tout là où je voulais en venir. »

 

 

Elle laissa planer le silence un petit moment, et il remarqua à quel point elle était nerveuse. Elle arrachait des mauvaises herbes entre deux pierres et semblait réfléchir activement aux prochains mots qu'elle allait prononcer, et finalement, elle reprit la parole.

 

 

« C'est un peu grâce à tes parents que j'ai su que je voulais devenir médicomage, lui confia t-elle. »

 

 

Il lui jeta un regard surpris et remarqua la tristesse sur son visage. Elle se frotta les yeux d'un geste las et il eut profondément envie de passer son bras autour de ses épaules et de la faire basculer contre lui à ce moment là, mais il serra encore plus fort le souafle et ravala un soupir.

 

 

« C'était stupide mais je... J'espérais que je pourrais les soigner et il y avait cette superbe école en France qui travaillait sur des projets expérimentaux pour les patients âgées alors je me suis dit que peut-être... »

 

 

Elle s'interrompit et James sentit son cœur s'emballer. Est-ce qu'elle était en train de lui avouer qu'ils en étaient arrivés là parce qu'elle voulait sauver ses parents ? Est-ce qu'elle était en train de lui dire qu'il lui en avait voulu pendant toutes ces années parce qu'elle était partie alors qu'elle l'avait fait pour eux, et quelque part, pour lui ?

 

 

« Ça me trotte dans la tête depuis que je suis revenue parce que je n'ai jamais pu te dire à quel point j'étais désolée, lâcha t-elle.

- Désolée pour quoi ? l'interrogea t-il, complètement abasourdi par ses aveux.

- De ne pas avoir pu les sauver, répondit-elle, et lorsqu'elle ravala un sanglot, il sentit son cœur se briser.

- Lily, ne dis pas ça, ça n'a jamais été ta responsabilité, murmura t-il et il ne put faire autrement que passer son bras autour de ses épaules cette fois-ci. »

 

 

Elle ne lui résista même pas, elle plongea sa tête dans le creux de son cou et il sentit ses larmes glisser sur sa peau et imbiber son sweat. Son estomac se retourna. Il avait la nausée et ce n'était pas à cause du whisky-pur-feu. C'était la deuxième fois qu'elle se retrouvait dans ses bras depuis qu'elle était revenue. Dans la même soirée. Il eut une réponse à la question qu'il s'était posé quelques jours auparavant, quand ils rentraient de Poudlard. Oui, leurs corps se reconnaissaient. Oui, ils pouvaient se retrouver.

 

 

« Ils étaient vieux et ils étaient en paix avec le fait de mourir, la rassura t-il.

- Mais tu n'étais pas prêt à ça, répliqua t-elle et son souffle dans son cou le fit frissonner.

- Personne n'est jamais prêt à ça, mais j'aurais dû les laisser partir un jour ou l'autre de toutes façons.

- C'est juste tellement frustrant de savoir qu'il y a un remède mais qu'il n'est pas adapté à tout le monde.

- Je sais. »

 

 

Elle s'écarta légèrement de lui et il regretta immédiatement sa chaleur. Elle essuya ses larmes et lui prit le souafle des mains avant de le lancer de nouveau contre le mur, un peu plus rageusement cette fois-ci, et elle rata la réception une ou deux fois. Il l'observa sans rien dire pendant un long moment pendant lequel il n'y eut que le bruit de pas des badauds au dessus d'eux et les « poc » réguliers de la balle contre les pavés, et puis il reprit la parole.

 

 

« Merci pour l'épouvantard.

- C'est normal, répondit-elle en haussant les épaules. Même si tout est compliqué, je serai toujours là pour toi. »

 

 

Il attrapa une nouvelle fois le souafle au vol et elle se tourna vers lui pour le récupérer, mais ses yeux épinglèrent les siens et cette fois, le silence fut équivoque et ambigu et très, très, très inconfortable. Son visage était beaucoup trop proche du sien, beaucoup trop attiré par le sien, et les battements erratiques de son cœur n'arrangeaient rien. Il voulait mourir contre sa bouche, mais la porte du quartier général s'ouvrit et Caradoc s'arrêta net devant eux.

 

James remarqua immédiatement la façon dont ses yeux passèrent entre eux. Il s'écarta légèrement de Lily, mais le mal était fait. Dearborn n'était pas fou et il avait compris qu'il s'était passé quelque chose sans pour autant qu'il se soit physiquement passé quelque chose. Merlin, quel idiot. Il était foutu.

 

 

End Notes:

Cette fic touche bientôt à sa fin, comme je vous l'avais dit, elle est assez courte, mais je vous retrouve bientôt pour un prochain chapitre :)

Les tensions by ECM

 

James se réveilla ce matin là avec un mal de tête abominable. Il ouvrit les yeux et s'essuya la bouche avant de rouler sur le dos. Il était encore tout habillé et une douleur lancinante au nez le fit soudain pester. Il se leva difficilement, s'engouffra dans la salle de bain de son grand appartement beaucoup trop vide, et se stoppa net devant son reflet dans le miroir. Son nez était étrangement tordu.

 

 

« Merde, pesta t-il en cherchant sa baguette. »

 

 

Elle n'était pas dans sa poche. Il se traîna jusqu'au salon et la vit sur la table à côté d'une montagne de mouchoirs sanglants, et les événements de la veille lui revinrent immédiatement en mémoire.

 

 

 

 

 

Il n'avait jamais vu Caradoc en colère avant ce soir là. Pas vraiment. Et il ne sut si c'était à cause de l'alcool ou juste parce qu'il avait dépassé les bornes avec Lily, mais son poing s'abattit brutalement sur son visage sans qu'il ne cherche à l'éviter. Il poussa un juron sonore et se leva de la marche pour éviter le prochain coup qui arrivait dans sa direction alors que Lily hurlait à son petit-ami de se calmer.

 

 

« Caradoc, Merlin, laisse le ! tempêta t-elle. »

 

 

C'était comme s'il n'entendait rien, et finalement, elle s'interposa entre eux et il se calma presque instantanément, mais James voyait encore une lueur de fureur dans son regard et Lily le poussa violemment contre le mur opposé.

 

 

« C'est quoi ton problème ?! lui hurla t-elle. »

 

 

Il ne répondit pas, mais il jeta un dernier regard glacial à James et rentra dans le quartier général. Elle commença à s'élancer derrière lui mais elle s'arrêta net dans l'encadrement de la porte et se tourna vers James.

 

 

« Est-ce que ça va ? l'interrogea t-elle.

- Oui, vas-y, répondit-il en faisant un geste de la main désinvolte vers l'intérieur alors que son autre main tentait vainement de retenir le sang qui coulait de son nez.

- Episkey, quand tu seras sobre, trancha t-elle rapidement avant de s'en aller. »

 

 

 

 

 

 

Il n'avait récupéré aucune de ses affaires, il avait simplement transplané jusqu'à son appartement et avait attendu que les saignements s'estompent avant d'aller se coucher. Il fit le chemin inverse jusqu'à la salle de bain et pointa sa baguette devant son nez en se regardant dans le miroir puis murmura la formule.

 

Il ferma les yeux, poussa un juron lorsqu'un os craqua et lâcha sa baguette sur le coup. La douleur s'estompa ensuite assez rapidement et quand il ouvrit les yeux, son nez était comme neuf contrairement à sa dignité. Il avait tenté quelque chose avec la petite-amie de son ami. Il avait commis l'ultime affront.

 

Il récupéra sa baguette, l'agita en direction de son lit pour changer les draps sur lesquels il pouvait apercevoir quelques traces de sang, et puis il s'effondra de nouveau dessus. Il n'avait rien demandé à Lily. Ils n'avaient à proprement parlé rien fait de mal, mais le regard qu'ils avaient échangé et la façon dont il s'était penché sur elle suggérait autre chose et il se détestait de lui avoir fait ça. De leur avoir fait ça.

 

Il songea pendant un moment à leur écrire à l'un ou à l'autre, mais il lui sembla qu'il serait plus sage qu'il garde ses distances, alors il envoya simplement un hibou chez Sirius pour lui dire qu'il était malade et qu'il restait chez lui. Il se débarrassa de son jean, de son sweat, s'enfouit sous ses couvertures, et ferma de nouveau les yeux.

 

 

 

 

Il se réveilla en milieu d'après-midi et fut soulagé de constater que sa migraine n'était plus qu'un douloureux souvenir. Il se tourna pour s'allonger sur le dos et sa main retomba sur quelque chose de plus chaud que son matelas qui le fit légèrement sursauter.

 

 

« Il était temps ! s'exclama Sirius, allongé à côté de lui, les bras repliés sous sa tête.

- Je t'ai dit que j'étais malade, marmonna James.

- Tu me mens à moi ? Ton frère ? Ton meilleur ami ? Ton âme sœur ?! s'indigna le jeune homme avant de poursuivre alors que l'autre secouait la tête. J'ai entendu Lily et Caradoc se disputer tôt ce matin. »

 

 

James soupira et se redressa légèrement pour s'asseoir contre la tête de lit. Il se frotta légèrement les yeux avant de reporter son attention sur Sirius qui semblait particulièrement à l'aise.

 

 

« A quel point c'était grave ? l'interrogea t-il.

- Elle avait l'air en colère contre lui. Il t'a insulté je ne sais combien de fois, et elle a pris ta défense, ce qui l'a énervé encore plus, et je n'ai pas entendu ce qu'ils se sont dits après, mais ils avaient l'air plus détendu ce matin. »

 

 

James se mordit légèrement la lèvre, le regard perdu vers ses propres jambes emmêlées dans les couvertures. Bizarrement, il n'était pas plus soulagé. Il y avait un poids au fond de lui, le même que quand Lily l'avait quitté à l'exception près que cette fois, il avait la sensation qu'il était capable de le porter.

 

 

« Si tu ne me racontes pas, je vais supplier, et on sait tous les deux à quel point tu es gêné quand je te supplie dans ton lit, reprit Sirius. »

 

 

James tourna la tête vers lui en arquant un sourcil, et ses yeux tombèrent sur son sourire suggestif. Il laissa échapper un rire et lui donna un coup de pied.

 

 

« Le fait que tu sois là est plus scandaleux que ce qu'il s'est passé hier, si tu veux mon avis, lui dit-il. On a juste eu un moment bizarre.

- Un moment bizarre ? répéta Sirius en se redressant sur un coude.

- Elle m'a dit qu'elle était partie en France pour tenter de trouver quelque chose pour aider papa et maman et qu'elle était désolée de ne pas avoir réussi, et puis qu'elle serait toujours là pour moi, et je... il se stoppa net, déglutit, bascula sa tête contre le mur et se passa la main dans les cheveux d'un air frustré.

- Hmmm... Evans tout craché, commenta Sirius. Admirable, adorable, loyale, parfaite. Bien sûr que tu n'as rien pu faire.

- Elle a pleuré et...

- Oh non, pas les larmes, le coupa Sirius en grimaçant.

- Je sais, marmonna James. Je suis nul quand elle pleure, je... J'avais juste stupidement envie de l'embrasser alors qu'elle était triste et... Patmol, je suis un troll.

- Tu ne l'as pas fait, pointa Sirius en haussant les épaules.

- Je voulais le faire, insista James.

- Et qu'est-ce que ça change à d'habitude ? C'est comme ça depuis notre cinquième année. Meadowes peut se voiler la face tant qu'elle veut, on sait tous très bien que c'était encore comme ça après Poudlard.

- Merci de me rappeler que je ne peux pas me la sortir de la tête, ironisa James en bondissant de son lit. »

 

 

Il enfila son jean et se traîna jusqu'à la cuisine, Sirius sur ses talons. Il posa la théière sur le feu et ils s'assirent tous les deux à la table. Il jouait pensivement avec sa cuillère pendant que Sirius lui racontait comment il avait retourné les vêtements de Dorcas et Peter avec un sort pour qu'ils pensent qu'ils avaient couché ensemble lorsqu'ils se réveilleraient, et il parvint seulement à esquisser un faible sourire.

 

 

« Il me faut une mission, lui dit-il en remplissant leur deux tasses.

- Nott est introuvable, répondit Sirius en haussant les épaules, mais on peut rendre visite à Bellatrix.

- Dumbledore nous a expressément demandé d'arrêter de la filer, lui fit remarquer James en le regardant droit dans les yeux.

- Il a dit que c'était inutile, pas qu'il nous interdisait de le faire.

- Si Rémus était là, il dirait que c'est le début d'une mauvaise idée.

- Lunard ne sait pas s'amuser, répondit Sirius en roulant les yeux. »

 

 

James aurait tout fait pour s'éviter de passer une journée enfermé chez lui à repenser à ce qu'il s'était passé la veille. A elle. A ce manque qui lui tordait l'estomac et qui devenait impossible à nier comme si Lily avait elle-même creusé des galeries dans ses tripes, trop profondes pour qu'il ne puisse les reboucher.

 

Il n'avait même pas fait le deuil de leur relation qu'il ressentait le besoin viscéral de s'y replonger, et il ne pouvait pas. Elle était là, mais elle était hors de sa portée et il détestait cela autant qu'il détestait l'idée même de se mettre entre elle et Caradoc.

 

Il voulait répondre à Sirius qu'il était partant, qu'il n'allait certainement pas passer son tour alors qu'ils n'avaient pas eu une si mauvaise idée depuis longtemps, il ne ratait jamais les rendez-vous issus de mauvaises idées. C'était toujours les meilleurs. Mais on frappa à la porte de son appartement et il jeta un coup d'oeil perplexe à son meilleur ami avant d'aller ouvrir.

 

 

« Salut. »

 

 

Il cligna plusieurs fois des yeux avant de répondre un bref « salut » vers la jeune femme rousse qui se tenait en face de lui et qui jeta un coup d’œil presque imperceptible vers son buste dépourvu de vêtement. Pendant une seconde, ce fut comme si elle essayait d'écourter son regard tout en l'étirant aussi longuement que son propre jugement sur ce qui était correct et ce qui ne l'était pas le lui permettait.

 

Il l'avait vue le fixer de cette façon une autre fois quand ils n'étaient pas encore en couple, et il était positivement convaincu que personne n'aurait pu lui faire oublier ce moment même en lui lançant un sortilège d'amnésie.

 

 

 

 

 

 

La journée avait été longue, et en sortant de la salle de bain vêtu uniquement d'un jogging vert foncé que Sirius qualifiait comme « intolérable à porter pour un gryffondor digne de ce nom », il songea qu'il n'avait jamais autant apprécié la douche d'après entraînement. Il avait été un peu dur avec ses coéquipiers ce soir là, mais ils avaient tous besoin de travailler leur physique pour tenir la route et il voulait absolument gagner la coupe cette année. Il était hors de question qu'il quitte ce château sur une défaite.

 

Il fut tenté de s'écraser sur son lit ou d'aller rejoindre les garçons Merlin seul savait où, mais il ne les trouva pas sur la carte du maraudeur et il savait qu'il se maudirait le lendemain matin s'il ne faisait pas au moins quelques étirements pour aider ses muscles à se détendre, alors il abandonna ses projets nocturnes avec ses amis au profit d'une soirée tranquille dans son dortoir.

 

Il fut interrompu au bout d'une dizaine de minutes par quelques coups frappés à la porte. Il passa sa main dans ses cheveux encore humides puis s'empressa d'aller actionner la poignée mais entrebâilla seulement très légèrement la porte pour regarder de qui il s'agissait, et lorsque Lily Evans lui adressa un petit sourire, il ouvrit en grand.

 

Elle s'apprêtait à parler mais ses yeux tombèrent sur son torse et il eut l'impression qu'elle s'était perdue elle-même pendant un moment. Il esquissa un sourire sans pour autant qu'elle ne le remarque, et il était persuadé qu'elle tentait vraiment de ne pas le fixer de cette manière parce qu'ils étaient amis et que oui, ils flirtaient, mais ils aimaient quand même garder la face l'un devant l'autre.

 

S'il ne l'avait pas fait, il lui aurait dit à quel point il la trouvait mignonne dans ce tee-shirt usé et trop grand pour elle d'un groupe de rock moldu qu'il ne connaissait pas. Il lui arrivait mi cuisse et il devinait un short en dessous sans pour autant pouvoir le voir. Ses cheveux roux étaient attachés en une haute queue de cheval de laquelle plusieurs mèches s'échappaient et il savait qu'elle avait probablement dormi dessus une partie de la journée mais c'était comme cela qu'il la préférait.

 

Enfermé entre ses bras, contre sa poitrine, se trouvait un gros cahier marron à la couverture rigide à l'intérieur duquel une poignée de parchemins semblaient se battre en duel, et les jolis yeux verts de Lily tombèrent dessus en même temps que les siens. Elle le lui tendit.

 

 

« Merci. Tes notes sont beaucoup plus claires que celles de Cooper, lui confia t-elle avec un demi-sourire. »

 

 

Elle était plus pâle que d'ordinaire et avait de grands cernes sous les yeux. Il avait juste envie de la prendre dans ses bras mais à la place, il se saisit du cahier qu'il avait laissé devant sa porte de dortoir juste avant de partir à son entraînement et le déposa sur la commode juste à côté.

 

 

« Aucun problème. Ca va mieux ? l'interrogea t-il. »

 

 

Elle avait été absente toute la journée et il détestait quand elle n'était pas là. Premièrement parce qu'il ne pouvait pas la regarder quand les cours devenaient un peu trop assommants à son goût, et deuxièmement parce qu'il s'inquiétait tellement qu'il pouvait difficilement se concentrer sur autre chose.

 

Il ne pouvait pas la titiller en métamorphose. Il ne pouvait pas lui demander un coup de main en potions. Il ne pouvait pas flirter avec elle en histoire de la magie, au déjeuner, au dîner, tout le temps, et par conséquent, il n'avait pas droit à ses soupirs exaspérés qui le faisaient toujours rire ou aux sourires qu'elle n'arrivait pas à retenir et qui l'enivraient plus qu'une bouteille entière de whisky pur feu. Il s'ennuyait sans elle.

 

 

« C'est ma mauvaise période du mois, répondit-elle en grimaçant et en haussant les épaules.

- Rémus me disait la même chose la semaine dernière. »

 

 

Elle ravala un rire et il se félicita intérieurement de voir son regard s'illuminer ne serait-ce qu'une petite seconde avant que la fatigue ne reprenne le dessus.

 

 

« Est-ce que tu as besoin d'autre chose ?

- Tu as laissé mon courrier devant ma porte après le déjeuner pour m'éviter d'aller jusqu'à la volière, tu m'as apporté tes notes cet après-midi, et tu as déposé de la nourriture avant ton entraînement... »

 

 

Il grimaça en songeant qu'il avait peut-être été un peu trop envahissant et il vit de nouveau Sirius rouler les yeux et Peter rire devant lui alors qu'il essayait de sauver quelques muffins au dîner pour les lui apporter lorsqu'il regagnerait son dortoir pour aller passer sa tenue de Quidditch.

 

 

« Ne t'emballe pas Evans, ce n'est pas parce que quelqu'un dépose quelque chose devant la porte de ton dortoir que c'est pour toi, plaisanta t-il, la main toujours crispée sur la poignée de la porte.

- Oh ? Pour mon hibou, alors ? Parce qu'il n'y a que lui et moi qui sommes restés dans le dortoir toute la journée. Ne fais pas comme si je ne t'avais pas manqué, le mensonge ne te va pas au teint, répliqua t-elle en haussant les sourcils.

- Premièrement, tout me va au teint. Ensuite, tu m'as peut-être manqué à un moment, admit-il en prenant un air détaché sans toutefois préciser que ce moment s'était étiré du matin jusqu'à cet instant précis. Mais globalement, c'était juste parce que je regrettais que tu n'aies pas été là pour voir Avery avaler de travers au dîner. Il a réellement failli s'étouffer. C'était épique. Et tu as manqué ça. J'avais juste pitié pour toi. »

 

 

Elle leva les yeux au ciel, pouffa, et se mordit la lèvre. Ses doigts se crispèrent un peu plus sur la poignée. Il dut se concentrer pour ne pas lui jeter au visage qu'il était amoureux d'elle sans le moindre contexte. Flirter avec elle lui avait manqué.

 

 

« Maintenant c'est moi qui ai pitié, reprit-elle en le regardant d'un air désolé.

- Tu ne peux pas avoir pitié de lui, Lily, s'il te plaît.

- Pas de lui, de toi. Je ne suis pas là et la seule personne que tu trouves à reluquer c'est Avery... C'est triste, Potter. Vraiment triste, insista t-elle. »

 

 

Il retint un rire et lâcha la poignée de la porte pour enfouir ses mains dans ses poches. Il s'apprêtait à lui rétorquer quelque chose d'intelligent lorsqu'elle grimaça, ses doigts massant légèrement son bas ventre alors qu'elle basculait contre l'encadrement de la porte pour donner un peu de répit à ses jambes qui avaient l'air faiblardes. Il s'empressa de se décaler pour qu'elle entre, ce qu'elle fit aussitôt.

 

 

« Merlin, merci, je n'en peux plus, lui dit-elle en s'asseyant sur son lit qu'il lui indiqua d'un simple signe de tête.

- Tu n'as pas besoin de chercher d'excuse pour venir dans mon lit. »

 

 

Elle lui jeta un regard dépité et se tourna plusieurs fois jusqu'à trouver un coussin à lui lancer à la figure. Il l'évita et se posa en face d'elle, sur le lit de Sirius.

 

 

« Désolé.

- Tu ne l'es même pas un petit peu, pointa t-elle en secouant la tête d'un air désapprobateur.

- Si, réfuta t-il. J'aimerais bien pouvoir faire quelque chose pour t'aider.

- Tu fais quelque chose pour m'aider, lui assura t-elle. Tu me distrais.

- Et ça fonctionne ?

- Ça fonctionnait quand on ne parlait pas du fait même que j'ai besoin d'être distraite. »

 

 

Elle s'étira un long moment et ramena ses genoux contre sa poitrine, nouant ses bras autour. Une nouvelle grimace de douleur passa sur son visage et il reprit la parole presque aussitôt tout en aplatissant machinalement la couette de son meilleur ami.

 

 

« Slughorn avait l'air d'une âme en peine sans toi.

- Plus ou moins que toi ?

- Je n'ai pensé à toi qu'une seule fois.

- Est-ce que c'était avant, pendant, ou après ta douche ? »

 

 

Sa question lui fit brutalement lever les yeux vers elle. Elle arborait un sourire en coin qu'elle n'affichait que quand ils flirtaient et il eut l'impression qu'il allait cracher son cœur à ses pieds. Il déglutit et son regard s'assombrit légèrement.

 

Il se leva lentement du lit de Sirius et s'arrêta devant le sien, devant elle, et ses yeux verts le fixaient avec une telle assurance qu'il savait qu'elle n'avait pas lancé les mots juste pour jouer. Elle s'attendait à ce qu'il les rattrape, à ce qu'il comprenne. Ils étaient seuls et elle lui avait manqué et visiblement il lui avait manqué et elle avait besoin de se changer les idées. Quel genre d'ami était-il s'il lui tournait le dos maintenant ?

 

 

« Est-ce que je peux essayer de te distraire autrement ? demanda t-il en s'accroupissant devant elle et en tirant légèrement sur ses chevilles pour qu'elle lâche son emprise sur ses genoux. »

 

 

Elle hocha lentement la tête et il la ramena vers lui. Elle se retrouva rapidement assise au bord du lit, ses jambes de chaque côté de lui, et il se redressa juste assez pour poser ses lèvres sur les siennes. Une minute plus tard, il basculait sur elle et il remercia Merlin que ses amis aient décidé de partir sans lui ce soir là parce qu'il passa probablement une heure entière à bécoter Lily Evans sur son lit, et juste comme cela, ils avaient commencé à sortir ensemble.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Tu as oublié, n'est-ce pas ? »

 

 

Sa voix le sortit de ses pensées. Il eut envie de se moquer d'elle pour la façon dont elle l'avait regardé, mais il n'était pas en mesure de le faire. Pas après ce qu'il s'était passé la veille, et il était trop étonné qu'elle soit sur le seuil de son appartement pour faire de l'humour.

 

 

« Heu...

- La tête de Sanglier, lui dit-elle. Nott. Nous devions aller interroger le patron.

- Merde, pesta t-il. Hum... Je... Je vais prendre une douche et j'arrive. Rentre, Sirius est là. »

 

 

Il lâcha la poignée de la porte et disparut dans la salle de bain, entendant brièvement son meilleur ami proposer une tasse de thé à Lily. Dix minutes plus tard, il était prêt et totalement vêtu cette fois-ci, et Sirius avait disparu, laissant Lily seule au milieu du salon. Elle était en train de contempler une photo de Dorcas et lui qu'il n'avait pas encore rangée lorsqu'il débarqua.

 

 

« Sirius m'a demandé de te prévenir qu'il viendra dormir ici ce soir, lui dit-elle en se retournant vers lui.

- Je m'en doutais. On y va ?

- Attends, répondit-elle en fouillant dans ses poches pour en sortir deux fioles qui contenaient chacune un liquide épais d'une couleur différente. »

 

 

L'un était aussi bleu qu'un ciel de printemps, et l'autre verdâtre, et il fut soulagé que Lily lui tende le premier.

 

 

« C'est du polynectar. Je me suis dit qu'il serait plus sage de s'y rendre sous une fausse identité.

- Comment est-ce que tu as pu avoir le temps d'en faire aussi vite ? s'étonna t-il en haussant les sourcils.

- Je n'ai pas eu le temps, répondit-elle et il vit une pointe d'embarras teinter ses joues lorsqu'elle poursuivit. Il y avait une bouteille entière dans la réserve de Slughorn et... J'en ai emprunté un peu en pensant que ça pourrait servir. J'ai juste ajouté des cheveux que j'ai trouvé sur les sièges du taxi que j'ai pris ce matin.

- … Tu as volé Horace ? »

 

 

Son ton se voulait accusateur, mais véritablement, il était amusé parce qu'elle semblait regretter profondément son acte et qu'elle était tellement gênée qu'il avait envie de rire. Il se retint difficilement alors qu'elle levait les yeux au ciel.

 

 

« Je ne l'ai pas volé, j'ai juste oublié de lui demander, mais il m'aurait dit oui de toutes façons. Et ne l'appelle pas comme ça.

- Oh alors tu as le droit mais pas moi ?

- Parce que tu le fais juste pour te moquer de ma relation avec lui.

- Je n'étais pas au courant qu'il y avait une relation, continua t-il en retenant un sourire narquois.

- … Bois, Potter, lui ordonna t-elle après lui avoir jeté un regard consterné. »

 

 

Il hocha mécaniquement la tête et engloutit le contenu de sa fiole en même temps qu'elle. Quelques secondes plus tard, il sentit la transformation commencer à opérer et il se hâta vers la salle de bain pour regarder son reflet dans le miroir.

 

Il perdit une dizaine de centimètres et ses cheveux se raccourcirent considérablement. Ses yeux étaient toujours marrons mais plus petits et son visage était plus fin. Il était plutôt agréable à regarder mais il ne s'en préoccupa guère.

 

Il s'empressa de rejoindre Lily, dans le corps d'une autre femme. Elle était à peu près à sa taille, ses cheveux étaient châtains et à peine plus longs que les siens. Elle était jolie, mais pas autant que lorsqu'elle était elle-même.

 

Elle lui fit signe de se dépêcher et il ouvrit la porte devant elle avant de refermer derrière lui en s'assurant qu'il avait bien pris sa baguette. Quelques minutes plus tard, ils traversaient Pré-Au-Lard, passant devant Honeydukes, puis Zonko et Gaichiffon avant d'emprunter la ruelle qui menait à la tête de sanglier.

 

 

« Comment va ton nez ? l'interrogea finalement Lily, brisant le silence ambiant.

- Bien. Comment va ton couple ? »

 

 

Il posa les yeux sur elle alors qu'ils continuaient à marcher et il la vit soupirer presque imperceptiblement avant de répondre le même « bien » que lui. Ils étaient presque arrivés devant le bar miteux lorsqu'il reprit la parole.

 

 

« Je suis désolé pour hier.

- Ne dis pas ça, répliqua t-elle en grimaçant, c'est moi qui suis désolée. Je ne sais pas ce que Caradoc a cru, mais...

- Que j'allais t'embrasser, vraisemblablement, compléta James en reportant son regard sur la tête de sanglier pendue à une potence en bois.

- Peu importe. Nous avions tous bu. Si Sirius avait été à ma place, tu aurais fait la même chose.

- S'il était là, il te dirait que je n'ai pas besoin d'être saoul pour avoir envie de l'embrasser, plaisanta t-il.

- Et je le croirai, répondit-elle sur le même ton. »

 

 

Elle lui adressa un sourire qui lui serra l'estomac et poussa la porte pour rentrer devant lui dans le bar. Il n'y avait qu'une sorcière replète assise à une table face à l'entrée, et elle semblait s'être endormie dans un porridge à l'aspect douteux.

 

Ils s'assirent à une table et jetèrent un bref coup d'oeil vers le bar derrière lequel Abelforth Dumbledore était en train d'ensorceler des éponges pour qu'elles lavent des verres crasseux. L'instant plus tard, il était à côté d'eux. James avait complètement oublié qu'il travaillait là, non pas qu'il le connaisse très bien, mais il avait déjà entendu ses parents en parler et l'homme l'avait toujours intrigué. Il n'était jamais vu en compagnie du vieux directeur de Poudlard, et le maraudeur savait qu'il y avait une raison à cela, mais il semblait plus sage d'éviter le sujet.

 

 

« Qu'est-ce que vous prendrez ? leur demanda t-il un peu sèchement.

- Un jus de citrouille s'il vous plaît, répondit Lily.

- Deux, ajouta James. »

 

 

Le vieil homme fit demi-tour derrière son bar et James fut un peu soulagé de le voir sortir deux verres propres. Lily, assise en face de lui, lui donna un petit coup de pied sous la table.

 

 

« Est-ce que tu as remarqué à qui il ressemble ? lui demanda t-elle d'un air profondément troublé.

- Dumbledore. C'est son frère. Ils ont des différends d'après ce que j'ai entendu, mais je n'en sais pas plus. »

 

 

Il se tut quand Abelforth réapparut à leur table et posa les deux verres de jus de citrouille devant eux. James trouvait cela profondément bizarre de regarder des doigts qui ne lui appartenaient pas se saisir d'un verre qu'il portait pourtant lui même à sa bouche. Il avait toujours un peu de mal à se faire au polynectar.

 

 

« Vous ne semblez pas avoir beaucoup de visite aujourd'hui, lui dit Lily alors qu'il s'apprêtait à les laisser.

- Pas moins que d'habitude, pas plus que d'habitude.

- Ce jus de citrouille est très bon, le complimenta t-elle après avoir bu une gorgée, et il lui jeta un regard perçant.

- Si vous avez quelque chose à me demander, ne tournez pas autour du pot. »

 

 

Les deux anciens préfets en chef échangèrent un regard entendu, et Lily sortit la photo carbonisée de Nott de sa poche. Il n'avait aucune idée qu'elle l'avait gardée.

 

 

« Est-ce que vous avez déjà vu cet homme ici ? l'interrogea t-elle.

- Peut-être bien, dit-il sans même regarder la photo, un poil évasif.

- S'il vous plaît, nous avons besoin d'être sûrs, insista Lily à voix basse alors que la sorcière derrière eux semblait se réveiller.

- Il est sûrement du côté de Vous-savez-qui, ajouta James, et nous cherchons des preuves pour le faire arrêter.

- Des preuves ? Est-ce que vous travaillez pour le ministère ? Parce que si oui, j'aurais des choses à vous dire ! s'énerva t-il.

- Non, non, pas du tout, s'empressa de répondre Lily en levant ses mains devant elle pour lui intimer de se calmer. Nous travaillons pour... Merlin, peu importe, s'il vous plaît, c'est important. »

 

 

Il y eut un long silence, et puis Abelforth tourna les talons et disparut de nouveau derrière son bar alors que la petite sorcière s'en allait, les laissant tous les trois seuls dans l'auberge. Lily poussa un long soupir résigné alors que James gardait les yeux rivés sur lui. Il savait qu'ils n'avaient que peu de temps pour agir et que les effets du polynectar finiraient par s'estomper, mais il était aussi pleinement persuadé qu'évoquer Albus ne leur serait d'aucune utilité, alors il termina simplement son hydromel et jeta quelques gallions sur la table.

 

 

« Laissons-le, il ne nous dira rien. »

 

 

Lily, un poil désespérée, suivit le mouvement, et alors qu'ils s'apprêtaient tous les deux partir, la voix d'Abelforth les immobilisa net.

 

 

« Vous n'avez pas l'air du mauvais côté, pointa t-il, alors je vais vous le dire. Oui, ce gars là vient ici de temps en temps, et il n'a pas que des bonnes fréquentations. C'est tout ce que je sais. Maintenant, oust !

- Merci, souffla Lily, mais il avait déjà refermé la porte derrière eux.

- Il va falloir surveiller l'endroit, déclara James.

- Rentrons au quartier général. Je vais envoyer une lettre à Dumbledore. »

 

 

Lily s'apprêtait à transplaner lorsque James se racla légèrement la gorge. Elle s'interrompit aussitôt et lui jeta un regard curieux.

 

 

« Est-ce que Caradoc est là bas ? l'interrogea t-il.

- Sûrement, répondit-elle d'une voix neutre.

- Vas-y toi. Je vais rentrer chez moi.

- James, tu ne vas pas éviter le quartier général toute ta vie juste parce qu'il y est.

- Est-ce qu'il sait que tu es avec moi ? lui demanda t-il en ignorant le regard appuyé qu'elle lui lançait.

- Oui, il le sait, et il n'a aucun problème avec ça, déclara t-elle aussitôt, maintenant arrête de faire l'idiot et viens avec moi. »

 

 

Elle ne lui laissa pas le temps de répondre. Il sentit ses doigts se refermer sur son poignet, et l'instant d'après, ils étaient devant la porte vert bouteille du quartier général. Lily donna quelques coups de baguette dessus, attrapa James, et le poussa à l'intérieur avant elle. Il trébucha légèrement dans les chaussures de Peter et son regard croisa directement celui de Caradoc à la table du salon. Il n'avait pas vraiment l'air de n'avoir aucun problème, contrairement à ce que Lily lui avait dit.

 

Il le salua d'un bref signe de la main auquel James répondit, et Lily le bouscula légèrement pour passer devant lui et déposer un rapide baiser sur la bouche du jeune homme qui sembla évaluer la réaction du maraudeur. Il espéra profondément qu'il n'en eut aucune, même s'il avait l'impression que son sang s'était transformé en acide.

 

 

« Cornedrue ! Sirius disait que tu étais malade ! s'exclama Peter en le serrant brièvement dans ses bras.

- Gueule de bois, répondit mécaniquement James en lui donnant une tape affectueuse dans le dos.

- Est-ce que vous avez réussi à avoir des informations ? demanda Caradoc à Lily.

- Rien de plus. Juste la confirmation que Nott passe à la Tête de Sanglier de temps en temps. James pense qu'il faudrait mettre l'endroit sous surveillance.

- Certainement, confirma Caradoc sans pour autant se tourner vers le jeune homme. Je vous laisse. Le mariage de mon cousin approche et ils ont besoin de moi pour les préparatifs. »

 

 

Lily était déjà assise à la table du salon en train de rédiger son compte rendu, et elle leva à peine la tête vers lui. Il se contenta de lui presser brièvement l'épaule et James pouvait encore sentir la tension entre eux. Il n'avait pas besoin d'être un génie pour voir qu'ils étaient l'un comme l'autre toujours contrariés par ce qu'il s'était passé la veille, et il aurait tout donné pour changer ça.

 

End Notes:

A bientôt pour le prochain chapitre :)

Being Cute by ECM

 

« On devrait appeler Lily, murmura Sirius en entamant un geste vers sa poche dans laquelle se trouvait un miroir à double sens.

- Laisse tomber, lui répondit James en posant sa main sur son bras pour l'arrêter. Je vais y aller sous ma cape.

- Hors de question que tu rentres là dedans tout seul. »

 

 

Ils avaient passé plusieurs jours à surveiller la Tête de Sanglier, en vain, et puis finalement, cette fin d'après-midi là, Nott avait décidé de se montrer. Il était entré avec une femme qu'ils avaient identifiée comme étant Alecto Carrow une petite dizaine de minutes auparavant, et James trépignait d'impatience, dissimulé dans une minuscule ruelle sombre de laquelle les deux prétendus mangemorts ne pouvaient pas les voir.

 

 

« A quoi ça sert que je lui ai laissé ma moitié du miroir si tu ne veux pas t'en servir ? demanda Sirius à voix basse.

- Elle est au mariage du cousin de Caradoc, répondit James.

- Et elle sait qu'il est possible que nous l'appelions, répliqua Sirius, elle était d'accord avec ça.

- Pas moi. Je ne vais pas encore m'immiscer entre eux. Tu n'as qu'à transplaner et aller chercher Queudver ou Lunard pendant que je vais voir à l'intérieur.

- Ils sont en train de préparer la cabane hurlante pour ce soir vieux, et la nuit ne pas pas tarder à commencer à tomber.

- Fenwick doit être dans les environs.

- Il est parti aider les Prewett à pister Dolohov.

- Alice et Frank alors ! Ou Diggle, Fol Oeil, je n'en sais rien ! pesta James en entamant un mouvement vers l'auberge.

- Tous au ministère. Merlin, Cornedrue, attends-moi ! »

 

 

James poussa la porte du pub, dissimulé sous sa cape d'invisibilité, alors qu'un gros chien noir entrait en même temps que lui, donnant l'illusion qu'il était celui qui avait ouvert. Abelforth Dumbledore pesta contre lui pendant une minute avant de disparaître dans ce qui semblait être une remise et de revenir avec une carcasse de dinde qu'il lui lança.

 

Patmol la renifla avec intérêt alors que James se rapprochait du fond du pub où se trouvaient Nott et Carrow. A son grand étonnement, ils étaient accompagnés du propriétaire de Barjow et Beurk avec qui ils discutaient à voix basse. Il se rapprocha légèrement et remarqua la baguette de Carrow pointée vers leur interlocuteur sous la table.

 

 

« Je suis sûre que vous pouvez nous faire un prix, M. Barjow, chuchota t-elle d'une voix faussement mielleuse.

- Même en vous faisant un prix, cela vous coûterait bien plus que ce que vous n'avez, répliqua l'homme aux épaules voûtées en face d'elle.

- Vous ne comprenez pas, il en a besoin, ajouta Nott.

- Bien, bien, mais ne vous étonnez pas si je dois fermer. »

 

 

James vit Carrow esquisser un sourire satisfait et ramasser sa baguette. Elle donna un coup de pied vers Sirius lorsqu'il se mit à traîner autour de la table et il lui montra les crocs. Nott pointa sa baguette vers lui et James eut juste le temps de sortir la sienne pour le pétrifier. Carrow sursauta, se tourna directement vers lui et il eut l'impression qu'elle pouvait le voir même sous sa cape. Cependant, quand il se déplaça, son regard resta figé sur l'endroit d'où il avait jeté le sort un peu plus tôt.

 

 

« Va t-en ! Allez Patmol ! chuchota t-il à l'adresse de son meilleur ami en ouvrant la porte. »

 

 

Le chien se hâta dehors, James sur ses talons, mais avant qu'il n'ait pu faire deux pas, un sort le toucha dans le dos et il s'effondra sur le sol, inconscient. Carrow avait visé au hasard en direction de la porte ouverte et l'avait eu.

 

Dans un demi-sommeil, il eut l'impression de se sentir transplaner, et il ouvrit brièvement les yeux juste pour voir les murs de son appartement, puis les referma aussitôt. Il sentit quelque chose couler le long de sa nuque, puis il entendit Sirius pester comme s'ils étaient chacun d'un bout à l'autre d'un tunnel, et il sombra de nouveau.

 

A un moment, il sentit un doigt écarter doucement une mèche de cheveux de son visage. Son estomac se tordit en entendant quelques mots prononcés au dessus de lui « Qu'est-ce que tu fais, Lily ? » murmurés, destinés à personne d'autre qu'à elle-même comme un soupir qui ne demandait pas de réponse, et puis plus rien.

 

Quand il se réveilla, il faisait nuit à l'extérieur mais la pleine lune éclairait légèrement la pièce. Les rideaux de sa chambre semblaient avoir été tirés à la va-vite, mais pas assez pour empêcher la faible luminosité de rentrer. Il tâtonna un moment pour trouver sa baguette.

 

 

« Lumos, dit-il d'une voix drôlement éraillée lorsqu'il referma finalement ses doigts dessus »

 

 

Il se racla la gorge et se hissa hors de son lit, mais sa tête tourna un peu et il dut s'appuyer contre le mur pendant une dizaine de secondes pour retrouver l'équilibre. Une fois qu'il se sentit d'attaque, il traversa sa chambre et pénétra dans le salon. Une odeur absolument divine venait de la cuisine, et il songea, encore un peu étourdi, que Dorcas devait être rentrée.

 

Il envisageait d'enfiler son manteau, soucieux de rejoindre les garçons à la cabane hurlante, quand Lily pénétra dans la pièce. Elle s'arrêta net en le voyant debout et son regard glissa directement sur son manteau dans ses mains alors qu'il clignait bêtement des yeux.

 

 

« Oh non, lui dit-elle un peu sévèrement. Sirius m'avait prévenu que tu essayerais de les rejoindre, mais ce n'est même pas la peine d'y penser.

- C'est la pleine lune, protesta t-il mollement sans même penser à lui demander ce qu'elle faisait là.

- Je sais, affirma t-elle, mais Carrow t'a jeté un sortilège de découpe qui t'a mis K.O. Sirius a rattrapé le coup avec de l'essence de dictame et une potion de régénération sanguine mais tu vas probablement être fatigué pendant deux ou trois jours.

- Il faut que j'aille... il s'interrompit, bailla longuement, et termina simplement par : Rémus. »

- Rémus préférerais aussi que tu restes ici, et Sirius m'a ordonné de te surveiller, répondit-elle en le poussant doucement vers une chaise et en lui retirant son manteau des mains. J'ai fait à manger. »

 

 

Il s'accouda à la table et enfouit ses mains dans ses cheveux noirs, épuisé, alors que Lily disparaissait dans la cuisine. Le brouillard se dissipait peu à peu tout en le laissant dans une sorte d'angoisse étrange probablement causée par le sort lui-même. Ou par le fait que Lily était là alors qu'elle aurait dû se trouver au mariage du cousin de Caradoc. Merlin. Un juron s'échappa de ses lèvres dans un murmure alors qu'elle revenait avec un bol de soupe au potiron. Sa préférée.

 

 

« Tu devrais retourner au mariage, je ne bougerai pas.

- Ne t'en fais pas pour ça, lui dit-elle en s'asseyant en face de lui et en lui adressant un sourire qu'il trouva un peu triste.

- Lily... soupira t-il. Je te promets que je vais rester docilement ici.

- Sirius a bien mentionné le fait que tu ne voulais surtout pas me déranger, dit-elle sur un ton doux, mais je ne vais pas te laisser seul après le sort que Carrow t'a lancé. Tu as beaucoup saigné et heureusement que ton meilleur ami a de bons réflexes. Maintenant, estime toi juste heureux d'avoir une presque-médicomage à domicile. »

 

 

Elle avait prononcé les derniers mots en souriant mais il voyait une drôle d'ombre sur son visage. Il porta le bol de soupe à ses lèvres et en but une gorgée avant de le reposer devant lui en savourant le goût pendant un moment. C'était probablement l'une des seules choses que Lily savait cuisiner, mais Merlin, c'était toujours aussi bon.

 

 

« Tu as le miroir. Je peux te rappeler si ça ne va pas, reprit-il.

- Tu te noierais dans ton sang plutôt que de me faire venir, répliqua t-elle en lui jetant un regard qui signifiait clairement qu'il ne pouvait pas la tromper.

- Mais Caradoc...

- Caradoc m'a envoyé un hibou tout à l'heure, le coupa t-elle aussitôt en désignant une enveloppe ouverte sur la table basse. Il m'a dit qu'il valait mieux que je reste ici pour te surveiller. Tu vois, tout va bien. »

 

 

Elle avait réponse à tout et il n'arrivait pas à faire fonctionner son cerveau correctement, alors il abandonna simplement et termina le bol d'une traite avant de la remercier. Elle s'apprêtait à le ranger lorsqu'il jeta un coup d'oeil vers l'horloge qui indiquait vingt-et-une heure quinze et reporta son regard sur elle.

 

 

« Tu as mangé ?

- Je n'ai pas faim pour l'instant, répondit-elle en disparaissant dans la cuisine. »

 

 

Il attendit qu'elle revienne et fixa l'assiette qu'elle posa devant lui. Elle contenait une énorme part de gâteau au chocolat. Il arqua un sourcil et lui jeta un regard interrogateur.

 

 

« J'ai été obligée de me mettre à la cuisine quand je me suis retrouvée seule dans mon appartement en France, expliqua t-elle. »

 

 

Il hocha lentement la tête et se leva de sa chaise sous son regard curieux juste pour aller lui chercher une cuillère et pousser l'assiette entre eux.

 

 

« Partage avec moi, lui dit-il.

- Est-ce que tu as peur que j'essaie de t'empoisonner ? plaisanta t-elle en se saisissant de la cuillère qu'il lui tendait.

- Je n'ai juste pas envie que ma presque-médicomage fasse un malaise au milieu de mon salon si je recommence à me vider de mon sang. C'est purement égoïste, Evans. »

 

 

Elle laissa échapper un bref sourire, leva les yeux au ciel, et enfonça sa cuillère dans le gâteau au chocolat. Ils prirent une bouchée au même moment et après avoir mâché une seconde, ils échangèrent un regard horrifié avant de recracher en même temps le morceau de gâteau. James se mit à rire et Lily le suivit peu après, et il lui sembla qu'il ne pourrait jamais s'arrêter.

 

 

« Qu'est-ce que c'est que ça ? articula t-il difficilement en pointant du doigt la part de gâteau.

- Je suis désolée, Merlin, je crois que j'ai confondu le bicarbonate avec le sucre...

- Comment est-ce que c'est possible ?! s'exclama James avant de basculer la tête en arrière, son rire redoublant autant que celui de Lily. »

 

 

Elle ne put pas répondre, elle enfouit sa tête dans ses bras repliés sur la table, secouée par son hilarité devant l'ampleur du désastre. James n'avait jamais rien goûté d'aussi affreux avec une apparence aussi appétissante. Ils pleuraient tous les deux de rire lorsqu'elle se leva pour jeter le reste du gâteau, mais il l'interrompit.

 

 

« Oh non, laisse-le. Sirius se sert toujours quand il vient ici, je veux le voir manger ça, dit-il en le lui prenant des mains pour le mettre au frigo. »

 

 

Elle gloussa et attrapa le yaourt qu'il lui tendit. Ils mangèrent en silence, mais de temps en temps, James était secoué par un rire qu'il n'arrivait pas à retenir et Lily aussi, et ils se jetaient des regards complices de chaque côté de la table.

 

 

« Merci, lui dit-il alors qu'il l'aidait à essuyer la vaisselle.

- D'avoir tenté de te tuer ?

- D'être là, répondit-il en souriant.

- Tu devrais aller te reposer.

- Toi aussi. Tu as l'air exténuée. Est-ce que tu veux regarder un truc à la télé ?

- Tu en as une ? s'étonna t-elle.

- Marlène en a offert une à Dorcas l'année dernière et elle ne voulait pas la récupérer, répondit-il en haussant les épaules. »

 

 

Ils déménagèrent rapidement vers le canapé marron et James ouvrit l'armoire qui lui faisait face. A l'intérieur se trouvait un poste de télévision un peu plus grand que celui du quartier général. Il appuya sur le bouton en bas de l'écran, vérifia les branchements pendant un moment, et quand le grésillement laissa place à une image claire, il disparut dans sa chambre pour revenir avec une grosse couverture bleue nuit avec des étoiles qui pouvait aisément les recouvrir tous les deux, même s'ils avaient pris soin de se mettre chacun à un bout du sofa.

 

 

« Qu'est-ce que c'est ? demanda t-il en regardant un groupe de garçons demander à leur ami ce qu'il avait fait à la plage.

- Grease, répondit Lily. La dernière fois que je l'ai vu, c'était avec mes parents au cinéma et j'avais adoré, mais tu peux changer si tu veux.

- Non, non, laisse. Je risque de m'endormir dans deux minutes de toutes façons. »

 

 

C'était bizarre d'être assis comme ça avec elle. Il avait presque l'impression d'être de retour à Poudlard, de passer l'une de ces soirées qu'il aimait plus que tout, celles où ils étaient les deux seuls à ne pas réussir à dormir et où ils se rejoignaient dans la salle commune pour discuter. Elle, de sa sœur. Lui, de la maladie de ses parents.

 

Il s'accouda au bras du canapé, la tête calée dans sa main, et il la dévisagea aussi discrètement qu'il le put, bien conscient qu'elle ne lirait que de l'envie sur son visage si elle se retournait maintenant, mais elle était trop occupée à défaire son chignon, les yeux rivés sur l'écran de la télévision. Un demi sourire filtra sur son visage quand les personnages se mirent à chanter quelque chose en rapport avec une amourette d'été, mais il se perdit dans ses pensées quand elle agita sa main dans ses cheveux roux.

 

 

 

 

 

James était assis dans un fauteuil de la Salle commune depuis probablement deux heures. Ses yeux étaient restés vissés sur les flammes pendant tout ce temps. Il les avait vues mourir, puis renaître de leurs cendres lorsqu'il avait envoyé une bûche dans l'âtre d'un coup de baguette, et cela à de nombreuses reprises.

 

Une marche craqua mais il resta impassible. C'était probablement l'un des garçons qui voulait encore se payer sa tête parce qu'il était trop dramatique. C'était la première fois qu'il se disputait avec Lily depuis qu'ils étaient en couple, et il était juste profondément perturbé par la façon qu'elle avait eue de le snober toute la soirée. Il n'aimait pas ça. Non, il n'aimait pas ça du tout.

 

 

« Tu n'arrives pas à dormir ? »

 

 

Dès qu'il entendit le son de sa voix il tourna rapidement la tête vers elle. Elle contourna le canapé pour venir s'y asseoir et elle sembla presque regretter d'avoir attiré son attention. Il vit sa mâchoire se crisper et il ne put s'empêcher de lui répondre de la façon la plus stupide possible.

 

 

« Je n'arrive pas à croire que tu aies pu pensé que j'avais fait ça ! s'exclama t-il comme si une demie-journée ne s'était pas passée depuis la dernière fois qu'ils s'étaient parlés.

- Oh vraiment ? Tu veux recommencer ? répliqua t-elle en lui jetant un regard assassin.

- Je ne veux pas recommencer, je veux juste que tu... Que tu arrêtes de me voir comme la personne que j'étais quand on avait quinze ans !

- Pour ça, il faudrait peut-être que tu arrêtes de te comporter comme un énorme bébé. »

 

 

Elle avait prononcé les mots d'une telle façon qu'il avait senti la colère monter immédiatement en lui jusqu'à atteindre ses joues qu'il savait aussi rouge que le souafle avec lequel il avait joué en fin d'après-midi.

 

 

« Je me comporte comme un énorme bébé parce que tu m'as accusé de quelque chose que je n'ai pas fait et que tu n'as pas l'air d'avoir envie de t'excuser !

- Désolé, James, répondit-elle en articulant exagérément son prénom, le faisant bouillir encore plus, d'avoir pensé que tu avais lâché une colonie de musards dans le dortoir de Rogue alors que c'était véritablement ton meilleur ami que tu aurais pu arrêter mais que tu as décidé de laisser faire. »

 

 

Il la fixa droit dans les yeux. Elle fit de même. Même au début de leur scolarité, il ne se souvenait pas qu'il y ait eu une telle tension entre eux. La fureur qu'il ressentait était probablement proportionnelle à la peur qu'il avait de la perdre, mais à ce moment précis, il ne voyait que la rancoeur et le profond sentiment d'injustice qui le rendait dingue. Elle se croyait plus intelligente que lui, et elle l'était, et cela l'agaçait encore plus.

 

 

« Je lui ai dit que c'était une mauvaise idée et il a profité du fait que je sois à l'entraînement pour le faire, marmonna t-il entre ses dents.

- Moi qui pensais que tu n'avais fait aucun effort pour l'en dissuader, ironisa t-elle, son regard toujours aussi provocateur bloqué sur lui.

- Ce n'est pas comme si Rogue en était mort. Il est à l'infirmerie et il sortira probablement dans la semaine.

- « Ce n'est rien, professeur McGonagall, Sirius et moi l'avons juste un peu empoisonné, il ira mieux dans quelques jours, oublions tout cela », dit-elle dans une imitation douteuse de lui même ou de Sirius, il ne put deviner exactement. Je suis vraiment impatiente de voir ta défense de demain, quand elle nous convoquera tous les deux pour nous demander pourquoi Rogue est rentré dans sa chambre après notre tutorat et a failli en mourir.

- Il n'a pas failli en mourir ! tempêta James. C'était seulement trois ou quatre musards, rien de...

- Il y en avait quatorze, James, le coupa t-elle, et tu peux dire ce que tu veux, mais je pense que tu étais jaloux à cause de ces séances de tutorat et...

- Je me fiche bien de ce que tu penses, trancha t-il avant de se lever d'un bond. »

 

 

Lily se leva à son tour et l'arrêta avant qu'il ne puisse atteindre les escaliers menant à son dortoir. Elle se posta en face de lui et se décala à chaque fois qu'il essaya de la contourner. Finalement, il s'immobilisa, et elle pointa un index accusateur sur son torse.

 

 

« Je sais que ce n'est pas toi qui a eu l'idée. J'aimerais juste que tu reconnaisses que tu aurais pu faire d'avantage pour arrêter Sirius.

- Est-ce que vos séances de tutorat ne sont pas faites pour que Rogue apprenne que la coquille des musards est toxique et par conséquent, qu'on ne doit pas les attraper par là ? la questionna t-il sur un ton mesquin en ignorant sa requête. Ou peut-être que vous ne travaillez pas beaucoup, finalement.

- Et après ça, tu vas encore prétendre que tu n'es pas jaloux ? lâcha t-elle en arquant un sourcil, les bras croisés contre sa poitrine.

- Je ne suis pas jaloux. Je suis énervé, et je n'ai pas envie de rester ici si c'est pour t'entendre m'accuser d'avoir magouillé quelque chose avec Sirius quand je n'ai absolument rien fait.

- ...Tu es mignon quand tu es énervé. »

 

 

Il s'apprêtait à la contourner une nouvelle fois mais il se figea net. Ses yeux tombèrent sur son joli visage et dans les siens, d'un vert éclatant. Il déglutit alors qu'elle lui souriait faiblement, et Merlin, il était toujours aussi furieux mais elle venait de le prendre au dépourvu et quand son regard glissa sur ses lèvres, il se sentit faiblir légèrement.

 

 

« Pardon ? articula t-il, décontenancé.

- Tu es mignon. Tu veux que je le répète encore ? lui demanda t-elle d'une voix douce en esquissant un mouvement vers lui pour le toucher.

- Lily, tu ne vas pas t'en tirer comme ça, affirma t-il en attrapant son poignet au vol.

- Merlin, James, j'ai compris, soupira t-elle. Tu es en colère parce que j'ai cru que tu avais lâché les musards dans le dortoir de Rogue, et je suis en colère parce que tu ne veux pas admettre que Sirius aurait aisément changé d'avis si tu avais insisté un peu. Aucun de nous deux n'avouera qu'il a tort de toutes façon, alors est-ce qu'on peut passer à autre chose et... Je n'en sais rien, aller s'embrasser sur le canapé ? »

 

 

Il cligna des yeux plusieurs fois alors qu'elle arborait une mine à la fois contrariée et suppliante, et il avait beau être absolument exaspéré par ses accusations, c'était la chose la plus drôle qu'il ait jamais vu. Il la fixait probablement comme un idiot, mais il n'arrivait pas à trouver quelque chose d'intelligent à répondre à ça.

 

Il aurait voulu partir, la laisser là, frustrée, ignorer la façon qu'elle avait de le regarder, mais il vit ses doigts faire lentement glisser l'élastique de sa queue de cheval avant qu'elle ne passe sa main dans ses cheveux pour les secouer un peu, comme un invitation à la décoiffer encore plus et ce fut le coup fatal.

 

Il tira sur son tee-shirt de pyjama qu'elle avait piqué dans son armoire quand elle était venue en vacances chez lui, et écrasa sa bouche sur la sienne sans lui laisser le temps d'arborer le sourire victorieux qu'il savait qu'il verrait sur son visage dès qu'il arrêterait de l'embrasser.

 

 

 

 

 

 

Il ne revint à lui que quand la télé grésilla. Il cligna légèrement des yeux et réalisa que Lily s'était endormie à l'autre bout du canapé. Il se leva pour éteindre le poste et fit tomber la lettre qu'elle avait reçue de Caradoc par inadvertance. Il se pencha pour la ramasser et son regard fut attiré par l'écriture brouillonne de son ami, d'habitude si soignée, ainsi que par son propre nom écrit en lettres capitales. Il ne voulait pas lire. Il n'en avait aucunement l'intention, mais ses yeux se posèrent sur une phrase et il la vit simplement.

 

 

« … Que c'était James ou moi et tu es partie quand même. Je me fiche bien qu'il ait une bonne raison. Ne reviens pas au mariage. Je te rendrai la clé de ton appartement demain. »

 

 

Il ne savait pas ce qu'il avait écrit après et il ne voulait même pas le savoir. Il lâcha le parchemin sur l'enveloppe qui traînait sur la petite table puis jeta un regard accablé vers la jeune femme, pelotonnée sur son canapé, et son rythme cardiaque s'accéléra un peu sans qu'il ne puisse rien y faire.

 

Elle ne lui avait rien dit. Elle avait juste fait comme si Caradoc était parfaitement d'accord avec le fait qu'elle le plante au mariage de son cousin pour venir à sa rescousse, et Merlin, il la connaissait trop pour ne pas savoir pourquoi elle s'était tue. Elle savait qu'il se sentirait coupable, et bien sûr qu'il se sentait coupable.

 

Il tourna en rond pendant un moment, passa une main crispée dans ses cheveux noirs, s'arrêta dans la cuisine pour boire un verre d'eau, et s'appuya à la table pour reprendre son souffle quand il se sentit un peu faible. Il voulait arranger ça. Il ouvrit un tiroir du semainier de l'entrée pour en prendre une plume et un parchemin, et se laissa péniblement tomber sur une chaise alors que la fatigue commençait peu à peu à reprendre le dessus.

 

Il prit une grande inspiration, secoua la tête pour se forcer à rester éveillé, et trempa sa plume dans son encrier avant de commencer à écrire. Il ne savait pas exactement ce qu'il allait dire. Il voulait juste faire en sorte que tout aille bien. Il voulait être là pour elle comme elle avait été là pour lui face à l'épouvantard. Il lui devait bien cela.

 

 

« Caradoc,

Saches que Lily n'est probablement pas venue ici de son plein gré. Sirius était inquiet pour moi, il avait des choses à régler de son côté et il avait peur que je meurs dans une mare de sang après ce qu'il s'est passé. Je suis sûr que Lily t'a déjà expliqué, et... »

 

 

Au fur et à mesure qu'il écrivait, il avait de plus en plus de mal à supporter le poids de sa tête qui reposait dans la paume de sa main alors que son coude était appuyé sur la table, et puis il ferma les yeux une fois de trop, et lentement, lentement, il se perdit dans les limbes du sommeil.

 

 

Il fut réveillé quelques heures plus tard par une faible lumière. Il ouvrit les yeux et vit Lily assise en face de lui, les doigts crispés sur un parchemin qu'elle tenait à hauteur de son visage et il remarqua aussitôt que ses bras ne reposaient plus du tout sur la lettre qu'il avait commencé à écrire à Caradoc. La baguette de Lily était fixée sur la missive en question et il pouvait observer sa propre écriture en transparence.

 

Elle ne l'avait pas vu se réveiller et il profita de ce faible avantage pour lui subtiliser habilement la lettre. Immédiatement, deux yeux verts se posèrent sur lui. Il faisait encore nuit à l'extérieur et l'église qui se trouvait à deux pâtés de maison sonna une heure du matin, mais il vit clairement la peine dans son regard.

 

 

« Qu'est-ce que tu penses faire avec ça ? l'interrogea t-elle un peu froidement.

- Ce n'est pas juste, commença t-il avant de se lever pour aller prendre une petite bouteille de bièraubeurre dans le frigo, qu'il pense que tu es là parce que tu en as envie.

- Tu es au courant que je suis libre de mes décisions, n'est-ce pas ? répliqua t-elle en haussant les sourcils alors qu'il portait la bouteille à ses lèvres. »

 

 

Il leva les yeux au ciel et s'appuya contre le meuble de la cuisine. Il était sûr qu'elle allait lui répondre quelque chose comme ça. Il n'en attendait pas moins d'elle. Il savait qu'elle prenait ses propres décisions et qu'elle n'aurait jamais laissé qui que ce soit le faire pour elle, mais il savait aussi qu'il était très facile de la convaincre avec les bons arguments.

 

 

« Sirius a probablement dû te dire que j'allais mourir dans d'atroces souffrances et tu...

- Sirius m'a dit que Carrow t'avait lancé un sort, que tu étais blessé et qu'il avait fait le nécessaire, mais qu'il pensait qu'il serait mieux que tu ne restes pas seul, et...

- Je vais bien, la coupa t-il en faisant un geste vers son propre corps comme pour lui démontrer qu'il n'y avait aucun problème malgré une fatigue intense qu'il essayait de dissimuler. »

 

 

Elle soupira, se leva de sa chaise et s'avança vers lui juste pour lui piquer sa bouteille. Il la regarda faire sans rien dire, un sourire amusé flottant sur ses lèvres en se demandant si elle allait un jour le laisser finir quoi que ce soit sans le lui prendre des mains.

 

 

« J'ai vu des patients tomber dans le coma des heures et des heures après leurs blessures, reprit-elle.

- C'est rassurant, ironisa t-il alors qu'elle lui rendait sa bouteille.

- Tu sais quoi ? dit-elle sur un ton un peu contrarié. J'aurais été une amie absolument épouvantable si je n'étais pas venue. Et le fait même que Caradoc me le reproche en dit long sur lui. »

 

 

James avala sa gorgée de travers, posa maladroitement la bouteille de bièraubeurre sur le meuble derrière lui, et jeta un regard incrédule à Lily qui détourna immédiatement le sien et replaça une mèche de cheveux roux derrière son oreille.

 

 

« C'est terminé, et je n'ai aucune envie de retourner à ce mariage, ajouta t-elle, et il entendit la tension dans sa voix.

- Lily, écoute, il a...

- Ne lui cherche pas d'excuse, le coupa t-elle en lui jetant un coup d'oeil réprobateur. Il n'a eu aucun scrupule à me hurler dessus là bas. Devant tout le monde. »

 

 

Son index était bizarrement pointé vers la fenêtre, puis elle se retourna presque aussitôt et il vit ses épaules trembler légèrement. Elle renifla et il se sentit absolument idiot de ne pas savoir quoi faire.

 

 

« Je comprends qu'il soit en colère contre moi parce que plus rien n'est pareil entre nous depuis que j'ai rejoint l'Ordre, mais ce n'est pas une raison pour vouloir prendre le risque de te laisser seul alors que tu es blessé. Merlin, si les rôles avaient été inversés, tu m'aurais aidé à rassembler mes affaires pour que je reste auprès de lui et... La fin de sa phrase s'évanouit dans un sanglot et il sentit sa gorge se serrer. »

 

 

Sa première phrase tournait dans sa tête sans arrêt. Plus rien n'était pareil entre eux depuis qu'elle avait rejoint l'Ordre. Il déglutit et résista à la cruelle envie qu'il avait de lui demander ce qui avait changé. Il savait. Il aurait pu faire semblant et lui poser simplement la question, mais il lui sembla que cela ferait peut-être plus de mal que bien.

 

 

« Tu ne m'aurais jamais posé d'ultimatum comme il l'a fait, poursuivit-elle. Tu ne m'aurais jamais demandé de choisir entre lui et toi. »

 

 

Elle était toujours dos à lui et sa dernière phrase n'avait été qu'un murmure mais il l'avait bien entendue. Elle l'avait choisi, mais rien ne semblait correct dans tout cela et il ne put certainement pas s'en réjouir. Il se détesta un peu quand il réalisa qu'il la fixait avec une once d'espoir.

 

 

« Tout ira mieux demain, Lily, s'entendit-il lui dire en sachant pertinemment que c'était probablement faux et que c'était la chose la plus idiote qu'il ait jamais dite. Elle n'avait pas besoin de ça.

- Il était prêt à te laisser mourir seul ici. Merlin, James, je ne veux pas que tout aille mieux ! Qu'est-ce qu'il nous reste si l'on ne peut pas se faire confiance, entre membres de l'Ordre ? s'énerva t-elle en se retournant vers lui. Je croyais que c'était moi le problème. Je croyais que je te regardais trop, que je te parlais trop, que je pensais trop à toi et je...

- Quoi ? l'interrompit-il en se redressant légèrement, et elle sembla réaliser en même temps que lui ce qu'elle venait de lui avouer. »

 

 

Elle demeura silencieuse en face de lui, et changea de pied d'appui d'un air gêné alors que ses yeux verts parcouraient la pièce en envoyant des signaux de détresse.

 

 

« Est-ce que tu as du whisky-pur-feu ? demanda t-elle si rapidement qu'il eut besoin de réfléchir deux secondes pour comprendre sa requête.

- Dans le buffet derrière toi, répondit-il mécaniquement alors que son regard suivait ses moindres mouvements. »

 

 

Elle pivota et ouvrit le meuble en question, en tira une grosse bouteille d'alcool, le remercia d'un bref coup d'oeil lorsqu'il posa un verre sur la table avant de retourner s'appuyer contre le meuble de la cuisine, et se servit deux verres consécutifs avant de pouvoir enfin le regarder de nouveau dans les yeux.

 

 

« Je ne peux pas m'en empêcher, c'est tout, déclara t-elle mi dépitée, mi résignée. Tu es comme un... Un cookie géant pour moi et...

- Un cookie géant ? répéta t-il en laissant échapper un rire malgré la situation.

- Tu es là et je te veux, expliqua t-elle simplement.

- Oh wow Merlin Lily, tu es en colère contre Caradoc et tu...

- Je suis en colère contre lui, admit-elle en hochant la tête, mais il était en colère contre moi bien avant parce que je ne lui ai rien dit sur nous et qu'il a vu la façon dont nous nous sommes regardés quand j'ai débarqué au quartier général pour la première fois.

- Ne dis pas des choses que tu regretteras demain, lui conseilla t-il alors que son cœur faisait des sauts périlleux dans sa poitrine.

- Je ne vais rien regretter, affirma t-elle avec véhémence avant de refermer la bouteille de whisky-pur-feu. Tu sais très bien qu'il y a ce truc entre nous qui ne disparaîtra jamais. S'il te plaît, ne fais pas comme si ce n'était rien. Je me jetterai sous le Poudlard Express pour toi si on me demandait de le faire et je sais à quel point c'est stupide, et Merlin, je déteste ça. Je déteste ça. Je hais ça, pesta t-elle en plongeant ses deux mains dans ses cheveux comme si elle avait envie de se les arracher, parce que tu me manques tout le temps. Et je sais que ça ne devrait pas être comme ça. Je sais que je devrais être bien avec Caradoc, bouse de dragon ! Je le sais, mais même avant de te revoir, même avant tout ça, je pensais encore à toi. Tout le temps. Tout le temps, termina t-elle avec une profonde impuissance qui le laissa cloué sur place. »

 

 

Il savait qu'il aurait dû parler, mais les mots étaient coincés dans sa gorge alors qu'il regardait Lily couvrir son visage avec ses mains comme si elle voulait juste se l'enlever de son esprit pendant ne serait-ce qu'une minute, juste pour être tranquille, et il comprenait ce qu'elle ressentait. Il avait voulu se débarrasser de son souvenir un nombre incalculable de fois. Il avait cru devenir fou. Il en avait encore l'impression. Il sentit ses jambes faiblir et il s'appuya un peu plus sur le meuble derrière lui.

 

 

« Et à chaque fois que je me retrouve avec toi, je me rappelle de tout ce qu'il s'est passé à Poudlard, de ces choses qui resteront à jamais entre nous et que personne ne sait, de la façon que tu avais de me toucher là bas et... C'était si frustrant de sentir Caradoc me toucher aux mêmes endroits sans que je ne puisse ressentir ne serait-ce que le dixième de ce que je ressentais quand j'étais avec toi, que j'ai commencé à ne même plus vouloir qu'il pose ses mains sur moi et il t'en voulait tellement pour ça alors que c'était juste moi et que tu... Tu n'avais rien fait. Tu n'as rien besoin de faire pour que je ressente plus de choses pour toi que pour lui. Et peut-être que j'aurais dû tout arrêter avant entre lui et moi, mais j'essayais juste de me convaincre que tout s'arrangerait, que peu à peu j'arrêterai de repenser à toi, mais c'est juste... Foutrement impossible. »

 

 

Elle s'interrompit, il la vit avaler difficilement sa salive comme si elle n'arrivait pas à tenir la distance, et puis elle lui jeta un coup d'oeil incertain avant de reprendre. Il n'y avait plus qu'un bourdonnement incessant dans sa tête.

 

 

« Je suis désolée. J'ai l'impression de retenir ça depuis des lustres et c'est vraiment, vraiment libérateur de pouvoir enfin tout laisser sortir. »

 

 

Il soutint son regard pendant quelques dixièmes de secondes avant de traverser la pièce, d'enrouler son bras dans le bas de son dos pour l'attirer contre lui, et de l'embrasser comme il avait voulu le faire dès qu'il avait vu son fichu sourire le premier soir de son retour.

 

Sa langue trouva la sienne aussitôt alors qu'elle semblait fondre contre lui. Il la guida jusqu'au canapé et elle l'entraîna dans sa chute quand son dos heurta les coussins rembourrés. Elle tira si fort sur son pull qu'une couture sauta, et dès qu'il se redressa un peu elle le fit passer par dessus sa tête avec son tee-shirt et bientôt, ses mains étaient partout sur lui.

 

Il avait envie de pleurer et il savait à quel point c'était ridicule, mais c'était comme s'il se retrouvait lui-même à chaque fois qu'elle le touchait et quand il vit les yeux de Lily s'embuer de larmes il réalisa à quel point c'était pareil pour elle, à quel point les sentiments étaient trop lourds, trop forts, trop là tout simplement.

 

 

« Ça va ? l'interrogea t-il en s'arrêtant net, à quatre pattes au dessus d'elle. »

 

 

Une larme dévala sa joue pendant qu'elles acquiesçait, et elle sourit alors que ses doigts remontaient affectueusement le long de ses bras. Elle frissonna quand il se pencha juste pour caler sa tête contre sa main et il eut l'impression que son cœur allait éclater contre le sien. Il la voulait trop et il savait qu'elle ressentait la même chose.

 

 

« Je veux que tu m'enlèves mes vêtements. »

 

 

Elle prononça la phrase de la manière la plus innocente qui soit et il dut se concentrer une seconde pour éviter de s'embarrasser devant elle alors qu'il voulait à la fois prendre son temps et sentir de nouveau son corps contre le sien le plus vite possible.

 

Il lui laissa juste assez d'espace pour qu'elle se redresse et elle lui lança un sourire en coin avant de se retourner pour qu'il puisse faire descendre la fermeture de sa robe le long de son dos. Elle tenait ses cheveux au dessus de sa nuque et il déposa un baiser là et sur son épaule en poussant ses manches le long de ses bras.

 

Il la sentait frémir à chaque fois que ses doigts frôlaient sa peau et il doutait de plus en plus qu'ils parviendraient à satisfaire leurs besoins en se contentant d'une seule nuit ensemble. Le manque les avait tant dévorés l'un et l'autre que l'envie semblait intarissable aussi bien pour elle que pour lui.

 

Elle donna un coup de pied pour envoyer sa robe valser et pivota de nouveau vers lui. Elle ramena son visage contre le sien pour l'embrasser avant de refermer ses doigts sur sa ceinture qui voltigea dans la pièce une seconde plus tard, et il profita du fait qu'elle était occupée à déboutonner son jean pour descendre le long de sa gorge jusqu'à cet endroit au dessus de sa clavicule. Il sentit ses gestes se faire un peu plus brouillons à ce moment là et il ne put s'empêcher de rire légèrement contre sa peau.

 

 

« Il y a des choses qui ne changent pas, dit-il avant de plonger dans son cou.

- Tu n'arrives toujours pas à te concentrer assez pour m'aider à te déshabiller, répliqua t-elle en tirant sur son jean.

- Je suis occupé.

- Enlève tes foutus vêtements immédiatement, Potter, lui ordonna t-elle.»

 

 

Il leva brutalement la tête vers elle et la fixa en haussant les sourcils. Sa respiration était saccadée et elle se mordait la lèvre d'une telle façon qu'il lui obéit immédiatement et bientôt, son pantalon se retrouva par terre, rejoint peu après par leurs sous-vêtements, et ils n'étaient plus que soupirs fiévreux et membres entremêlés l'un au dessus de l'autre et quelque part dans leur étreinte, il entendit Lily lui murmurer que jamais, plus jamais elle ne se séparerait de lui.

 

 

 

 

 

« Intéressant. »

 

 

James entendit la voix de son meilleur ami, bien qu'elle fut lointaine, ainsi que le ton moqueur qui l'accompagnait. Il sentit Lily sursauter contre lui, la couverture remonter sur ses épaules, et il ouvrit difficilement les yeux pour trouver Sirius assis sur un fauteuil en face d'eux, une tasse de thé dans les mains. Sa jambe était croisée de telle façon que sa cheville reposait sur son genoux et il semblait absolument ravi de la vision qui s'étalait devant lui.

 

 

« Depuis quand est-ce que tu es là, espèce de pervers ? l'interrogea Lily »

 

 

Ils s'étaient tous les deux endormis sur le canapé et elle était encore lovée dans ses bras. Il se doutait que si leurs vêtements n'avaient pas été éparpillés dans toute la pièce, elle aurait bondi hors de son étreinte, mais là, ils n'avaient qu'une couverture pour seule alliée et si elle l'emportait avec elle, il ne lui resterait plus rien. Il constata avec horreur que le soutient-gorge de Lily pendait le long du fauteuil sur lequel Sirius était assis. Il l'avait vu, c'était sûr, et c'était pour cela qu'il avait choisi de s'asseoir là, juste pour voir la panique passer dans leurs yeux.

 

 

« Assez de temps pour avoir gravé dans mon esprit cette image absolument scandaleuse que je vais m'empresser de décrire à Lunard et Queudver dès qu'ils seront debout, répondit-il avec un sourire narquois.

- Ne fais pas attention à lui, murmura James avant de nicher sa tête dans le creux du cou de Lily pour sentir un peu plus son parfum.

- Oh non Merlin, vous n'allez pas remettre ça juste devant moi ?! s'exclama Sirius en arborant maintenant une expression de dégoût que James put seulement deviner et qui le fit pouffer contre la peau de la jeune femme.

- Tu n'as pas besoin de prétendre que l'idée te dérangerait, plaisanta Lily en arquant un sourcil, et James entendit clairement son meilleur ami s'étouffer avec son thé.

- Vous êtes encore plus tordus que McKinnon et moi ! Je bats en retraite, et je prends ta chambre ! s'exclama t-il en se levant et en pointant son index vers James. »

 

 

Lily pencha légèrement la tête vers lui en gloussant alors qu'il faisait signe à son meilleur ami de débarrasser le plancher. Ils entendirent la porte de la chambre claquer, et bientôt, sa bouche était de nouveau sur la sienne et tout retrouvait enfin un sens.

End Notes:

Yo yo yo, j'accélère un peu les publis parce que je suis en train d'écrire une nouvelle fic (courte) et que de toutes façons j'ai déjà terminé d'écrire celle-ci, donc je vous poste tout rapidement :)

Merci à ceux qui lisent toujours :)

La liberté by ECM

 

 

 

« Pourquoi est-ce que tu n'es pas stressé ? l'interrogea t-elle en enfilant sa veste. »

 

 

Il traversa le salon pour se rendre dans la salle de bain, jeta un coup d'oeil dans le miroir et passa une main dans ses cheveux avant de croiser le regard perplexe de Lily derrière lui.

 

 

« Parce que je sais que ta mère va encore me trouver plus beau que la dernière fois, répondit-il avec un sourire en coin. »

 

 

Elle leva les yeux au ciel et lui donna une petite tape sur l'épaule avant de passer devant lui pour jeter une serviette qui traînait dans le bac à linge sale. Il en profita pour la coincer contre le meuble du lavabo et il sourit brièvement quand il la vit prendre une profonde inspiration et que ses yeux le fixèrent avec une envie qui mit ses nerfs à rude épreuve. Ils n'avaient pas le temps pour ce qu'elle avait en tête.

 

 

« Pourquoi toi tu es si stressée ? lui demanda t-il en jouant avec une mèche de ses cheveux.

- Parce que j'ai peur que Caradoc ne lui manque, répondit-elle aussitôt en lui lançant un regard narquois. »

 

 

Il ne prononça pas un mot pendant quelques secondes, mais il réduit un peu plus la distance entre eux déjà pourtant infime. Ses yeux noirs étaient braqués sur elle et il s'efforçait de paraître impassible mais elle haussa les sourcils d'un air supérieur et il sut qu'il ne la trompait pas.

 

 

« C'est bas, Evans, commenta t-il simplement.

- Tu n'as qu'à pas te vanter de plaire à ma mère. Je te rappelle que j'ai aussi un père qui va avec, répliqua t-elle.

- Et tu pourrais en plus avoir un beau-père si tu acceptais simplement l'inévitable, ajouta t-il avec un sourire malin. »

 

 

Elle fronça les sourcils, esquissa une grimace dégoûtée et plaqua sa main sur son visage pour le repousser. Il la lâcha aussitôt et éclata de rire alors qu'elle faisait mine de vomir dans le lavabo. Cela faisait un mois qu'ils étaient de nouveau ensemble et les choses étaient très vite redevenues très sérieuses.

 

Ils n'en parlaient pas vraiment, mais ils le savaient. Les sentiments n'étaient pas dissimulables, et il y en avait beaucoup. Beaucoup. Elle n'avait pas encore officiellement abandonné son appartement mais elle habitait quasiment chez lui et c'était un joyeux désastre. Ses cours traînaient sur la table du séjour. Il retrouvait ses plumes entre les coussins de son canapé. Ses vêtements étaient partout dans sa chambre, dans son salon, dans sa cuisine, et ses nuits de sommeil s'étaient considérablement réduites, mais il en partageait bien volontiers la responsabilité.

 

Au quartier général, les choses s'étaient tendues. Tout ne pouvait pas être parfait dans le meilleur des mondes, et au moment même où Lily lui avait avoué qu'elle ne comptait pas retrouver Caradoc au mariage, James avait su qu'ils se lançaient tous les deux dans quelque chose de compliqué. Ils s'arrangeaient pour ne pas se croiser et Dearborn ne venait plus aux soirées.

 

Ils restaient malgré tout très professionnels et assistaient aux réunions de l'Ordre quand la présence de tout le monde était requise. James et Lily se débrouillaient simplement pour caler Sirius entre eux et éviter de remuer le couteau dans la plaie de Caradoc. Dorcas, elle, prenait très bien les choses. Elle avait commencé à voir quelqu'un d'autre aussi et Lily et elle s'étaient considérablement rapprochées ces dernières semaines.

 

 

« Tu ne pourrais pas être mon beau-père, tu as trop peur de ma sœur pour ça, reprit-elle.

- Je n'ai pas peur de ta sœur, nia t-il en redoutant soudainement le fait qu'elle puisse être présente à leur dîner.

- Oh dans ce cas là, est-ce que je devrais dire à maman qu'elle peut te placer à côté d'elle ? l'interrogea Lily sur un ton parfaitement innocent qui ne le trompa pas. »

 

 

Il se contenta de lui lancer un regard mauvais, puis quitta la salle de bain pour retourner vers le salon où il attrapa son manteau qui se trouvait sur le dossier du canapé. Il ne voulait ni être à côté de Pétunia, ni en face d'elle. Il voulait être dans une pièce différente. Dans une maison différente. Dans un quartier différent. Dans une ville différente. Dans une région différente. Dans un pays différent. Dans un monde différent. Dans un univers différent. Et même là, il n'était pas sûr qu'il se sentirait en paix avec le fait de savoir qu'elle existait quelque part.

 

 

« Allons-y, et ne t'inquiètes pas, je serai là pour te protéger de ma méchante sœur, lui glissa Lily en l'attrapant par le poignet avec un sourire en coin pour le tirer vers l'extérieur de l'appartement.

- Tu es hilarante, ironisa t-il. »

 

 

Elle éclata de rire, et malgré l'envie qu'il avait de ne pas lui accorder un seul sourire, il sentit ses lèvres s'étirer légèrement sans qu'il ne puisse se contrôler. Il avait réussi à calmer l'angoisse qu'elle ressentait un peu plus tôt à l'idée de le ramener chez ses parents après tout ce temps, et elle ne s'en était même pas rendue compte. C'était parfait.

 

Ils transplanèrent au nord des Midlands, dans une petite bourgade calme qui avait manquée à James sans qu'il ne l'ait réalisé avant ce moment précis où Lily poussa le portillon du jardinet de ses parents. Il aimait la maison des Evans. Elle n'était pas grande, mais elle était chaleureuse et pleine de vie, et il sentit son cœur battre un peu plus rapidement quand ses yeux se posèrent sur la porte blanche devant eux.

 

Lily desserra son étreinte autour de son poignet et elle trottina avant de s'immobiliser sur la marche de l'entrée et de pivoter vers lui en arborant un sourire à la fois profondément joyeux et mélancolique.

 

 

« Tu es prêt ? Je ne leur ai pas dit que c'était toi que je ramenais. Juste... Mon nouveau petit-ami. »

 

 

Il hocha la tête et lui fit signe de frapper à la porte. Elle inspira profondément, frappa trois coups, et entra juste après en faisant signe à James de la suivre. Il arriva immédiatement dans le salon derrière elle et remarqua le père de Lily sur le canapé qui se leva, une tasse de café à la main. Ses yeux croisèrent les siens et il renversa une partie de sa tasse sur le tapis. James s'empressa d'arranger cela d'un coup de baguette.

 

 

« James ! s'exclama Ned, à la fois surpris et ravi.

- James ? répéta Rose de l'étage, et ils entendirent ses pas se rapprocher sur le palier. Encore un James ? Je suis désolé mon grand, mais le dernier James qui est entré dans cette maison a mis la barre très haute et... »

 

 

Elle s'interrompit au milieu de l'escalier quand elle le vit et elle le fixa d'un air profondément dérouté pendant quelques secondes avant de se tourner vers Lily pendant que Ned étreignait chaleureusement le jeune homme.

 

 

« Pourquoi est-ce que vous ne descendez pas me dire à quel point j'ai mis la barre haute ? proposa James à Rose en esquissant un sourire amusé, ignorant la façon dont Lily roula les yeux à côté de lui. »

 

 

Mme Evans pouffa et s'empressa de l'enlacer à son tour avant de s'écarter juste assez pour pouvoir lui tapoter affectueusement la joue. Il remarqua immédiatement que ses yeux étaient humides.

 

 

« Pourquoi est-ce que tu n'as pas dit que c'était lui ? demanda t-elle à Lily en l'attirant à son tour contre elle et en lui frottant vigoureusement le dos. »

 

 

Lily ne répondit pas et se contenta de rendre son étreinte à sa mère. Une minute plus tard, Rose se tourna de nouveau vers James et essuya une larme au coin de ses yeux.

 

 

« J'espère que ce n'est pas de la déception, lui dit-il en haussant les sourcils.

- Bien sûr que non, espèce de troll, répliqua t-elle en ravalant un rire.

- Oh voilà déjà les insultes magiques ? s'étonna t-il en esquissant un sourire avant de porter sa main à son cœur pour faire mine d'être blessé. Je vais peut-être rentrer à la maison, finalement.

- Est-ce qu'on devrait vous laisser ? les interrogea le père de Lily, clairement amusé par la situation.

- Ne dis pas n'importe quoi, répliqua Rose avant de faire signe à James de la suivre. C'est nous qui allons vous laisser. J'ai besoin d'un coup de main en cuisine et celui là a plus de talents que tous les autres garçons que Lily nous a ramené réunis. »

 

 

Elle avait terminé sa phrase en jetant un coup d'oeil narquois vers son nouveau gendre qui lui même se retourna vers Lily en arborant une expression curieuse. Elle ne lui avait pas dit qu'il y avait eu d'autres garçons à part Caradoc. Elle détourna le regard et bientôt, la porte de la cuisine se ferma entre eux.

 

 

« De combien d'autres garçons est-ce qu'on parle au juste, Rose ? lui demanda t-il.

- Oh je n'en sais rien, il y a eu deux ou trois français, et puis ce Caradoc.

- deux ou trois français ? répéta t-il en arquant un sourcil.

- Hm Hm. Mais ils ne sont pas tous venus ici. Il y a eu ce Pierre, toutefois, qui était particulièrement charmant, termina t-elle en s'affairant devant le four où un gros poulet cuisait.

- N'essayez pas de me rendre jaloux, Rose, je sais que je vous ai manqué, dit-il en sortant la farine du placard où il savait qu'elle était rangée.

- Et qu'est-ce que tu crois que tu vas faire avec ça ? lui demanda t-elle en faisant un signe de tête vers le sac de sucre qu'il venait de poser sur la table.

- Vos cookies préférés, répondit-il simplement en se tournant vers elle juste pour lui adresser un sourire malin. »

 

 

Elle le fixa longuement, les poings sur les hanches, puis elle soupira et lui rendit son sourire avant de lâcher une tablette de chocolat devant lui. Il tira un couteau du tiroir derrière lui, puis se retourna vers elle.

 

 

« Toujours des pépites de la taille d'un dé à coudre ?

- Comment est-ce que tu peux te rappeler même de la taille des pépites que je préfère ? le questionna t-elle en riant.

- Parce que je suis le gendre parfait. Je suis sûr que ce charmant Pierre ne se serait jamais souvenu de ça, lui fit-il remarquer sur un ton condescendant. »

 

 

Cette fois, elle éclata d'un rire franc et il se décala légèrement lorsqu'elle attrapa le torchon qui reposait sur l'une des chaises pour essayer de lui en donner un petit coup.

 

 

« Je suis vraiment contente de te revoir, lui avoua t-elle soudainement en cassant les œufs au dessus du saladier pendant qu'il découpait toujours la tablette.

- Je suis content de vous revoir aussi. Je crois que j'avais oublié ce que c'était, de se retrouver en famille. »

 

 

Rose s'apprêtait à lui répondre quelque chose, mais Lily pénétra dans la cuisine à ce moment là, déposa un baiser sur l'épaule de James, et le contourna pour aller prendre des verres dans les placards avant de lui voler un morceau de chocolat sous ses protestations.

 

 

« Hé ! Tu n'as aucune idée du temps que ça prend de faire des pépites parfaites ! Tu dors dans le salon ce soir ! la menaça t-il en pointant le couteau dans sa direction. »

 

 

Elle gloussa pour toute réponse et poussa la porte avec son pied pour rejoindre son père dans le salon. James surprit le sourire attendrit de Rose et il sentit le rouge lui monter légèrement aux joues quand elle lui jeta un regard doux.

 

 

« Est-ce qu'une corne m'a poussé sur le front ? demanda t-il en reportant son regard sur la tablette qu'il avait presque terminé de découper.

- Non, j'avais juste oublié à quel point elle est heureuse quand elle est avec toi.

- Oh, fit-il simplement avant de reprendre, c'est valable pour moi aussi, vous savez.

- Je sais, et ça me fait plaisir. »

 

 

Ils échangèrent un sourire complice et puis Rose tendit le saladier de pâte vers James qui y versa les pépites avant de mélanger méthodiquement. Ils laissèrent la pâte reposer pendant que le poulet cuisait, puis ils s'assirent à la table et trinquèrent, chacun une bouteille de bièraubeurre en main.

 

 

« Comment va Sirius ? lui demanda t-elle.

- Bien, bien. Il doit encore être en train de dormir à cette heure là, dit-il en levant brièvement la tête vers l'horloge au dessus de la porte.

- Tu devrais l'inviter la prochaine fois que vous viendrez, Ned et moi serions ravis de le revoir.

- Je ne sais pas, répondit-il en faisant mine de réfléchir, j'ai peur que vous finissiez par le préférer à moi.

- Je le préfère déjà, répliqua t-elle alors qu'il lui jetait un regard outré. Quoi ? Il est très drôle.

- Je suis très drôle aussi !

- Bien sûr, lui concéda t-elle en retenant un sourire amusé, seulement pas autant.

- Vous savez quoi ? Je crois que je préfère les parents de mon ex petite-amie. Eux, au moins, ils m'ont laissé conduire leur voiture, une fois.

- Et comment est-ce que ça s'est terminé ? l'interrogea t-elle en haussant les sourcils d'un air intéressé.

- … Là n'est pas la question, répondit-il avant de se retourner pour jeter un coup d'oeil vers le poulet qui était presque cuit. »

 

 

Rose se mit à rire une nouvelle fois, et puis elle lui fit signe de la suivre dans le salon où Lily et son père venaient de finir de mettre la table. Les escaliers du couloir grincèrent et James se retourna rapidement, redoutant de voir Pétunia apparaître avant de remarquer qu'il n'y avait que quatre assiettes sur la table et de jeter un regard mauvais vers Lily. Elle l'avait laissé croire que sa sœur serait présente juste pour se délecter de le voir frémir au moindre bruit venant de l'étage, où se trouvait la chambre de la jeune femme, alors que le seul membre de la famille qui débarqua de là haut fut un énorme chat roux qui se frotta à ses jambes.

 

 

« Salut Crackers, lui dit-il en le prenant dans ses bras. Comment tu vas, mon gros ?

- Ne lui dis pas qu'il est gros, le sermonna Lily, il complexe après.

- Il ne complexe pas, c'est juste un chat, nia Ned en levant les yeux au ciel.

- La dernière fois que Pétunia le lui a dit, il n'a pas touché à ses croquettes pendant deux jours.

- Je ne toucherai pas à ma nourriture pendant deux jours non plus si Pétunia m'adressait la parole, glissa t-il à l'oreille de Lily après s'être rapproché d'elle, le chat ronronnant paisiblement dans ses bras comme s'il se souvenait de lui. »

 

 

Elle lui jeta un regard réprobateur mais laissa quand même échapper un rire et passa son bras autour de sa taille en grattouillant la tête du chat avec son autre main pendant que Ned et Rose s'installaient à table. Il les regardait et ses propres parents lui manquaient, mais il savait qu'il passerait une bonne soirée ici, et qu'il continuerait à plaisanter avec eux et à retrouver leur complicité comme s'ils s'étaient vus la veille pour la dernière fois.

 

 

« On dirait que vous êtes prêts à être parents, les taquina le père de Lily en faisant un signe de tête vers le chat, s'attirant des protestations sonores de la part de sa fille dont les oreilles s'étaient empourprées.

- Vous êtes trop jeune pour être grand-père maintenant, Ned, répliqua James avec un sourire malin, le faisant éclater de rire.

- Tu sais toujours quoi répondre, n'est-ce pas ?

- Ne m'en parle pas, intervint Lily en se servant un grand verre de rhum groseille. »

 

 

James lui jeta un regard un peu vexé et s'apprêta à répliquer, mais elle posa sa main sur sa cuisse et lui envoya un sourire radieux qui court-circuita ses réflexions, et il ravala ses mots. La soirée lui parut trop courte, ponctuée de rires et d'anecdotes du passé, et James songea qu'il ne s'était jamais autant senti entier qu'à ce moment là.

 

Son regard tomba sur la chaîne au cou de Lily et il joua distraitement avec pendant un moment tout en lui caressant la nuque. Elle n'avait pas réussi à réparer l'ancienne, mais il lui en avait offert une autre, une dont la valeur sentimentale était inestimable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« James... »

 

 

La voix de sa mère lui parvint aux oreilles, mais il resta allongé dans son lit, les yeux rivés vers son bureau à l'intérieur duquel se trouvaient absolument toutes les lettres que Lily lui avait envoyées depuis qu'ils se connaissaient. Certaines dataient même de leur première année et ne contenaient que des absurdités partiellement écrites par ses amies moldues au cours d'une soirée pyjama qu'elle lui avait racontée des années plus tard. Les plus récentes étaient beaucoup moins innocentes.

 

Il les avait relues probablement trop de fois pour son propre bien. Il le savait. Sirius le lui avait dit. Lily était partie et se replonger dans des mots qui n'étaient justement plus que cela, des lettres posées sur du papier, des lettres qui ne signifiaient plus rien, ne pouvait que l'empêcher d'aller mieux. Mais à quoi bon ? Il n'avait de toutes façons même plus l'impression d'être en vie.

 

Il avait passé un mois entier dans son lit, à ne manger que lorsqu'il voyait les yeux de ses parents s'embuer de larmes, et les efforts de Sirius pour lui remonter le moral avaient été vains. Il n'aurait jamais pensé être ce type de personne. Il n'aurait jamais pensé que Lily l'atteindrait à ce point.

 

 

« Mon chéri, murmura sa mère, et il sentit le matelas s'affaisser au niveau de ses jambes, et puis il y eut sa main sur son tibia au dessus de la couette. Parfois, les gens s'en vont mais cela ne veut pas dire qu'ils ne reviendront jamais. »

 

 

Il déglutit et tourna légèrement la tête vers elle. Les doigts d'Euphémia se crispèrent un peu sur sa jambe dans une étreinte affectueuse. Il avait envie de lui hurler qu'elle ne comprenait pas ce qu'il ressentait, mais elle le regardait avec tellement de compassion qu'il savait qu'il aurait tort. Ses parents s'étaient toujours aimés beaucoup plus que ceux de ses amis, et quelque part, il savait que ni son père, ni sa mère n'auraient survécu aussi longtemps l'un sans l'autre.

 

 

« J'ai retrouvé quelque chose aujourd'hui en rangeant le grenier avec Sirius, dit-elle avant de fouiller dans la poche de sa robe noire. »

 

 

Une seconde plus tard, une fine chaîne en or pendait au bout de son index alors qu'un sourire nostalgique était figé sur ses lèvres. James lui jeta un regard interrogateur, et ouvrit sa paume quand elle l'encouragea à tendre la main d'un simple signe de tête. Elle lâcha le joli collier au dessus de sa main et il ruissela dedans comme une cascade dorée.

 

 

« C'était à ma mère. Mon père le lui avait offert lorsqu'ils n'avaient que treize ans, et puis ils se sont perdus de vue. Ils se sont retrouvés dix ans plus tard, et elle le portait encore. Six mois après, ils se mariaient, au grand soulagement de mes arrières grands-parents qui étaient très à cheval sur les traditions et qui ne trouvaient pas normal que leur fille refuse sa main à tous les hommes qui se présentaient à elle. »

 

 

Elle s'interrompit pour grimacer, et James esquissa un sourire compréhensif. Il savait qu'avant, les choses étaient différentes et que sa grand-mère en avait souffert. Elle était morte avant qu'il n'ait pu la rencontrer, mais ses parents lui avaient beaucoup parlé d'elle et de son grand-père.

 

 

« Seulement voilà, elle était amoureuse de mon père et ne se serait jamais contentée de quelqu'un d'autre. Elle était persuadée qu'ils se reverraient. Quand elle me racontait cette histoire, elle me disait toujours que les gens qui s'aiment vraiment se retrouvent toujours. Elle me répétait que, quoi qu'il puisse arriver dans la vie, il fallait toujours que je me fasse confiance, que mon instinct serait toujours mon plus grand allié, et aussi loin que je m'en souvienne, cela m'a toujours réussi. »

 

 

James ne voyait pas vraiment où elle voulait en venir. Il était juste un adolescent de dix sept ans qui vivait sa première vraie rupture et il n'était pas certain d'avoir envie d'entendre à quel point les autres avaient été heureux, même s'il éprouvait une tendresse toute particulière pour chaque membre de sa famille qu'il n'avait même pas eu le plaisir de connaître.

 

 

« Tu sais ce que mon instinct me dit, maintenant ? le questionna t-elle en lui adressant un sourire bienveillant.

- Que James devrait aller prendre une douche ! s'exclama une voix dans le couloir, et les deux lâchèrent un bref rire avant qu'Euphémia ne reprenne son sérieux.

- Tes biscuits préférés sont cuits, Sirius, et ils t'attendent dans la cuisine, je suis sûre que tu trouveras plus de satisfaction à les manger qu'à écouter aux portes.

- Si je me dépêche, je pourrai peut-être faire les deux, répondit-il et ils entendirent ses pas s'éloigner sur le palier. »

 

 

Euphemia esquissa un sourire tendre, et si la façon qu'elle avait de s'occuper de son meilleur ami comme s'il était son propre fils le rendait d'ordinaire heureux, cela n'eut absolument aucun effet sur lui cette fois-ci.

 

 

« Mon instinct me dit qu'elle reviendra, reprit-elle.

- Maman... protesta t-il légèrement parce que c'était la dernière chose qu'il voulait entendre maintenant. »

 

 

Il essayait de l'oublier et c'était déjà assez compliqué sans qu'elle ne vienne en plus lui dire qu'elle était persuadée qu'elle réapparaîtrait dans sa vie. Il n'était même pas sûr qu'il accepterait de la revoir si elle surgissait devant lui à cet instant précis.

 

 

« Et quand elle reviendra, tu lui donneras ce collier de ma part.

- Elle ne reviendra pas, affirma t-il d'une voix brisée.

- Tu ne veux pas parier avec moi là dessus, James. Je vous ai vu ensemble. Je n'ai aucun doute sur le fait que vous vous retrouverez comme tes grands-parents l'ont fait avant vous. Pas un seul, insista t-elle. »

 

 

Il leva les yeux au ciel, ouvrit le tiroir de sa table de chevet, et fourra la chaîne dedans en murmurant un « Comme tu veux » las. Sa mère lui tapota une dernière fois la jambe, se leva de son lit, et ouvrit la porte menant vers le couloir.

 

 

« Tu devrais descendre maintenant. J'ai besoin de quelqu'un pour m'aider à administrer les premiers soins si Sirius s'étouffe encore avec les biscuits. »

 

 

Il prit une profonde inspiration, bascula jusqu'à ce que ses pieds n'entrent en contact avec l'antique parquet du manoir, et suivit péniblement sa mère dans le couloir, un faible sourire aux lèvres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Tout va bien ? Tu es silencieux depuis la fin du repas, s'enquit Lily alors qu'ils venaient de rejoindre l'appartement.

- Laisse moi un quart d'heure s'il te plaît, j'arrive, répondit-il simplement en jetant son manteau sur une chaise. »

 

 

Il disparut dans la salle de bain, retira ses vêtements, et se glissa dans la douche au moment où une larme roula sur sa joue. Sa mère lui manquait. Son père aussi. Aucun enfant ne devrait jamais avoir à vivre sans ses parents, et il savait que c'était pourtant l'ordre naturel des choses, mais il détestait cela.

 

Il laissa l'eau chaude couler en torrent sur lui pendant de longues minutes, bien plus que le quart d'heure qu'il avait promis à Lily, et il n'y renonça que quand le poids dans sa poitrine lui sembla surmontable pour la seule et unique raison que sa petite-amie qui l'aimait était à côté.

 

Il enfila l'un de ces joggings qu'il mettait quand Sirius était assez motivé pour aller faire du sport avec lui, puis un tee-shirt, et il rejoignit le salon. Lily était assise et mordillait sa plume en lisant attentivement ses cours. Le chignon qu'elle s'était fait plus tôt dans la journée était en ruines, et elle arborait cette expression sérieuse sur son visage qu'il avait toujours adorée.

 

Il resta un moment à la fixer, appuyé contre l'encadrement de la porte, jusqu'à ce qu'elle ne sente son regard sur elle et qu'elle lève un peu la tête, lui adressant un sourire amusé en retirant sa plume de sa bouche pour la faire tourner entre ses doigts comme une majorette.

 

 

« Est-ce que tu m'espionnes comme un psychopathe ? se moqua t-elle.

- Je te regarde juste travailler Evans.

- Hmm, exactement ce que tu faisais en potions, quand nous étions en binôme et que je me retrouvais à faire le double du travail.

- La répartition des tâches n'avait pas l'air de te déranger quand McGonagall nous mettait ensemble en métamorphose, pointa t-il, lui clouant aussitôt le bec. »

 

 

Il réprima un rire devant son expression scandalisée, s'avança jusqu'à elle, se pencha pour déposer un baiser sonore sur le haut de son crâne, et continua son chemin jusqu'au canapé sur lequel il se laissa tomber avec un magasine de Quidditch dans les mains.

 

Il l'avait presque terminé quand Lily s'échoua sur lui. Il hoqueta de surprise avant de le laisser tomber par terre pour pouvoir refermer ses bras autour d'elle et la maintenir serrée contre lui. Il ne s'habituerait jamais à la voir réclamer son attention. C'était comme si elle n'avait aucune idée qu'elle l'avait déjà constamment.

 

 

« Tu es sûr que ça va ? demanda t-elle, la tête calée contre son torse alors que ses doigts traçaient machinalement les contours de sa mâchoire.

- J'ai repensé à ma mère quand on était chez tes parents, répondit-il, et il sentit ses caresses s'arrêter. »

 

 

Elle appuya ses mains de chaque côté de son visage pour se redresser légèrement et le regarder dans les yeux. Quelques mèches de ses cheveux roux qui ne tenaient plus dans son chignon tombèrent entre eux, et il les replaça derrière son oreille en lui adressant un bref sourire. Ses doigts frôlèrent la chaîne à son cou et il soupira.

 

 

« Elle serait tellement contente de savoir que tu es revenue. »

 

 

Elle lui rendit son sourire mais il pouvait voir sa propre peine dans ses yeux. Ce n'était pas nouveau. Ses plus grandes souffrances avaient toujours été les siennes, et inversement.

 

 

« Tu sais que tu es coincé avec moi, n'est-ce pas ? l'interrogea t-elle après quelques secondes. Je ne te lâcherai plus.

- Quel enfer, ironisa t-il, et elle fronça les sourcils.

- Oh vas te faire voir, Potter. »

 

 

Il pouffa et resserra son étreinte autour d'elle alors qu'elle se débattait juste pour la forme, et bientôt elle se laissa retomber de tout son poids sur lui, et sa bouche trouve la sienne, et James eut l'impression que quelqu'un venait d'ouvrir le bocal dans lequel il était resté enfermé pendant si longtemps, comme ces libellules sur les étagères de chez Barjow et Beurk. La liberté avait un goût de plume en bois de cèdre et de rhum groseille, et il n'aurait pas pu être plus heureux de l'avoir enfin retrouvée.

 

End Notes:

Et voilààà c'est la fin. Merci à ceux qui sont passés sur cette fic qui ne suivait pas du tout le canon mais j'avais envie de faire une petite incartade :)

J'espère que vous aurez passé de bons moments à la lire :)

Bon week-end à tous, et à bientôt :)

<3

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