La Chouette by Amnesie
Ancienne histoire coup de coeurSummary:

 

La Chouette, c'est ces yeux immenses à chaque recoin du château.

La Chouette, c'est la raison qui analyse et décortique.

La Chouette, c'est cette messagère attendue et redoutée.

 

Découvrez Poudlard au temps des Maraudeurs à travers les yeux de Lauren Veerman, Sang-Mêlée chez les Serpentards, gamine manipulatrice et moqueuse, grande sœur protectrice et amie médiocre. 

 

 

(Crédit image : Amedeo Modigliani, Tête de Jeanne Hébuterne de face, 1918)


Categories: Epoque Maraudeurs, Personnage original (OC) Characters: Les Maraudeurs, Personnage original (OC), Regulus Black
Genres: Amitié, Famille, Guerre
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 14 Completed: Non Word count: 55777 Read: 2608 Published: 08/03/2021 Updated: 04/10/2021
Story Notes:

J'ai lu beaucoup d'incroyables fanfictions sur les Maraudeurs. Je les adore. Impossible d'être à la hauteur, alors j'ai écrit une histoire qui pourrait intriguer par son regard différent. Mais pourquoi différent ?

 

Déjà, parce que ce regard est omniprésent. La Chouette voit tout - et en particulier la Salle Commune des Serpentards qu'elle habite. Alors qui de mieux pour comprendre ce qui a mené à la Première Guerre des Sorciers ?

Ensuite, parce que ce regard est moqueur. La Chouette n'est pas gentille, ni loyale, et certainement pas courageuse. Elle est pragmatique, indépendante, amorale, manipulatrice. Et qui n'aime pas les anti-héros ?

Enfin, parce que ce regard n'est pas seulement braqué sur les Maraudeurs. La Chouette les garde à l'œil, bien sûr, mais il y a ce Regulus Black hautain et guindé qui finit par l'approcher. Cette histoire est aussi l'histoire de leur amitié.

 

J'ai déjà écrit 17 chapitres et je ne suis pas loin de la fin de la Cinquième année de Lauren et Regulus à Poudlard. Si l'histoire vous plait, je trouverai sûrement le courage de continuer ; j'ai toute la vie de Lauren en tête, sa Sixième année (avec beaucoup plus d'enjeux) limpide, et j'ai même commencé à rédiger sa vie après Poudlard (j'étais trop impatiente, elle devient beaucoup trop intéressante).

 

Les review sont toujours bienvenues, j'ai vraiment envie de discuter de cette histoire et je prends tout à fait les critiques !

 

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture !

1. Chapitre 1 by Amnesie

2. Chapitre 2 by Amnesie

3. Chapitre 3 by Amnesie

4. Chapitre 4 by Amnesie

5. Chapitre 5 by Amnesie

6. Chapitre 6 by Amnesie

7. Chapitre 7 by Amnesie

8. Chapitre 8 by Amnesie

9. Chapitre 9 by Amnesie

10. Chapitre 10 by Amnesie

11. Chapitre 11 by Amnesie

12. Chapitre 12 by Amnesie

13. Chapitre 13 by Amnesie

14. Chapitre 14 by Amnesie

Chapitre 1 by Amnesie

-          C'est pourquoi ? chevrota la voix éraillée du garçon.

Sa voix ressemblait à un bêlement, et plus que jamais, avec ses boucles blondes, il avait l'air d'un mouton effrayé. Cela arracha un sourire moqueur à la sorcière qui se tenait face à lui. Un sourire qui disait : je sais des choses sur toi que toi-même ignores ; je sais tout, tout le temps, avant tout le monde, et tout cela m'amuse. Un sourire un brin supérieur autant agaçant qu'inquiétant.

-          C'est pour une invitation à la soirée de Noël, répondit-elle.

Elle avait un ton très professionnel. Il était clair qu'elle avait l'habitude de faire ce genre de requêtes.

-          Tu veux que je t'invite ?

 

Le garçon-mouton avait l'air particulièrement mal à l'aise. Pas que la fille soit laide, non, elle était tout à fait correcte, avec ses immenses yeux noisettes qui lui dévoraient la moitié du visage et ses cheveux fins et raides, châtains. Non, le problème n'était pas là. Le problème était que la fille était une Serpentard. Et les Serpents n'avaient pas trop la côte chez les Gryffondors, en ce moment.

 

-          Non, pas moi. C'est pour une Serdaigle dont je te révèlerai le nom en temps voulu.

Le problème, aussi, c'est que cette Serpentard en particulier avait une drôle de réputation. Le mouton tenta donc une parade :

-          Écoute, Veerman. Rien ne dit que je serai invité, moi...

-          Tu le seras, l'interrompit la fille. Tu es Anton Fancourt, le neveu de Perpetua Fancourt, l'inventeur du Lunascope. Et maintenant que tu es en âge de participer à ses petites réceptions, Slughorn n'hésitera pas à t'ajouter à sa collection.

 

Les yeux de la fille se posèrent sur sa montre pour la troisième fois depuis qu'elle l'avait coincé dans le couloir désert. Elle fronça les sourcils, et reporta son regard sur lui. À ce moment, soumis aux pupilles immenses de la sorcière, Anton compris pourquoi tout le monde l'appelait « La Chouette ».

-          Alors ? insista-t-elle.

-          Je ne sais pas...

Il hésitait. Il n'avait pas de cavalière, mais passer un accord avec la Serpentard, c'était comme signer un contrat avec le diable. On ne savait jamais à quoi s'attendre et elle gagnait toujours.

-          Qu'est-ce que j'y gagne ? demanda-t-il finalement.

Elle plissa les yeux, l'air de réfléchir. Mais elle connaissait déjà la réponse.

-          Une place dans l'équipe de Quidditch de ta maison. Comme Poursuiveur.

Anton tira nerveusement une bouclette qui lui tombait devant les yeux. C'était trop beau : d'un coup, il gagnait une cavalière et la gloire du joueur de Quidditch. Il ne put retenir le sourire qui s'étalait sur son visage rond. Il acquiesca.

-          C'est d'accord.

 

Si sa réponse lui procura satisfaction, la sorcière ne le montra pas. Elle jeta un rapide coup d'œil à sa montre, avec de serrer la main qu'il lui tendait avec une fermeté qui le surprit. Alors qu'elle s'éloignait sans un mot, il se risqua à demander :

-          Et alors, elle s'appelle comment, la fille de Serdaigle ?

Il put clairement voir sa bouche se déformer à nouveau dans un sourire railleur.

-          Skeeter. Rita Skeeter.

 

 

Après un dernier regard en arrière pour apprécier la mine déconfite du garçon, la Serpentard accéléra le pas pour effectuer un dernier détour avant de regagner sa maison sans dépasser le couvre-feu. Le heurtoir en forme d'aigle de bronze qui gardait l'entrée de la salle commune des Serdaigles eut l'air agacé de la voir se présenter à lui. Il énonça platement :

« Je ne suis pas ce que je suis,

Car si j'étais ce que je suis,

Je ne serais pas ce que je suis.

Qui suis-je ? »

 

-          Une statue millénaire en pleine crise existentielle ? 

Ladite statue poussa un grognement agacé. Finalement, cela dut aussi agacer la fille, car après un regard sur sa montre, elle répondit plus sérieusement :

-          Un berger.

Le heurtoir la laissa passer à contrecœur, et elle put l'entendre distinctement grommeler : « Et le loup entre dans la bergerie... ».

 

Mais elle n'en avait pas pour longtemps. La Serpentard balaya la salle commune du regard, ignorant les murmures des Serdaigles plus vraiment surpris de la voir chez eux. Cela se résumait principalement à un « c'est La Chouette » relayé de bouche en bouche.

 

Dans un recoin de la salle, elle entendit des exclamations. Des garçons de quatrième année étaient en train de se battre pour quelque raison obscure (bien que limpide pour la sorcière). Ses grands yeux se posèrent sur une jeune fille, placée juste au bon endroit : juste assez près pour capter le feu de l'action, mais suffisamment loin pour éviter les sorts. Lorsqu'elle accrocha son regard, elle abandonna avec désappointement le futur sujet palpitant de son article. En réalité, elle s'en fichait un peu, elle n'avait pas l'intention de restituer le moindre fait véritable dans l'article.

 

Rita Skeeter se dirigea vers la Serpentard, rangeant sa plume dans le petit chapeau sophistiqué qui ne quittait jamais son crâne.

-          Tu es invitée, annonça la sorcière.

-          Qui est l'heureux élu ? se réjouit l'autre.

-          Anton Fancourt.

La Serdaigle se renfrogna.

-          Il est un peu jeune, non ? Je te rappelle que je suis en Septième année. Et lui, il est en quoi... ? Deuxième année ?

-          Cinquième année. Je croyais que tu te fichais de l'identité du garçon, du moment qu'il t'ouvrait - je cite - « les portes du temple de la décadence ».

Le bureau du professeur Slughorn. Un temple de la décadence. La Serpentard n'avait jamais assisté à ses réceptions, mais elle savait de source sûre qu'il s'agissait plutôt du temple de l'ennui. Mais enfin, du moment qu'elle obtenait ce qu'elle voulait.

 

-          Je suppose que tu as le rapport que je t'ai demandé en échange, ajouta-t-elle d'un ton neutre.

Sous son chapeau, les yeux de Rita Skeeter brillèrent d'une lueur avide.

-          Veerman, tu es une grande curieuse. Nous ferions une belle équipe toutes les deux, tu sais ? - elle poussa un long soupir dramatique - Je sais, je sais, tes talents t'attendent ailleurs. Mais peut-être accepterais-tu de m'accorder une toute petite interview ? « La Chouette : un oiseau à la vie nocturne agitée. » Ce serait parfait, qu'est-ce que tu en penses ? Suggestif sans être indécent.

-          Indécent et fallacieux. Le rapport, Skeeter, s'impatienta la jeune fille.

La Serdaigle fit une moue vexée, mais lui tendit tout de même un long parchemin scellé. La Chouette le rangea dans sa manche, et poursuivit, implacable :

-          J'attends la même chose pour toutes les semaines à venir. Et je n'accepterai pas tes torchons (elle fit un geste dégouté vers le journal de l'école qui trainait sur une table).

Rita Skeeter lui offrit un sourire hypocrite.

-          Bien sûr. C'est toujours un plaisir de faire affaire avec toi, La Chouette.

 

Elles se serrèrent la main, et la Serpentard tourna les talons. Tous les regards de la salle commune la suivirent. Tant mieux. Pour cet accord, elle avait besoin de témoins. Ils devaient savoir qu'elle les observait, qu'elle les veillait, eux aussi. La Chouette avait des yeux partout.

 

 

Elle courut presque pour rejoindre sa propre salle commune. Là, un petit groupe d'élèves de cinquième année était rassemblé autour d'une immense table de pierre. Cinq d'entre eux étaient assis ; les deux autres étaient debout, mais ni l'un, ni l'autre n'osait s'asseoir sur la dernière chaise. Cette chaise, c'était la sienne.

-          T'en as mis du temps, Veerman, commenta la seule fille assise à la table, un sourire angélique sublimant son visage poupin.

-          Trente-six minutes, cinquante-huit secondes, énonça la sorcière en guise de réponse.

 

Elle décida d'ignorer le groupe et sa chaise qui l'attendait, et se dirigea vers une sorcière à la peau mate assise un peu à l'écart, dos au mur. Elle prit place à ses côtés. De là, elles pouvaient observer toute la salle commune des Serpents.

-          Tu le connais ?, demanda la fille en guise de bonsoir, pointant du menton un garçon blond.

-          Gaspard Shingleton. Sixième année. Sang-Mêlé, énonça Lauren. Il est plutôt...

-          Il m'a parlé, la coupa-t-elle.

-          Il a osé ? ricana La Chouette.

L'autre lui lança un regard noir à faire pâlir un Détraqueur.

-          Il a surtout osé me demander si ma famille pouvait l'aider à exporter ses... - elle grimaça -  inventions en Égypte.

-          Elles ont du potentiel, nota La Chouette.

-          Ai-je l'air d'un marchand de tapis, Lauren ?

La sorcière se décida à poser ses grands yeux sur son amie. Avec ses longs cils et sa chevelure noire interminable, la jeune fille avait plus l'air d'une princesse orientale que d'un marchand de tapis. Jamila Alnabil était l'héritière d'une grande famille de sorciers, en Égypte. Elle avait une idée très noble de ce que signifiait être un Sang Pur. Il fallait savoir faire preuve de charité envers les individus de rangs inférieurs. Cela expliquait sûrement pourquoi elle daignait appeler La Chouette son amie.

Celle-ci prit justement un air embêté.

-          Il y a tout de même quelque chose dans ta façon de t'habiller... commença-t-elle d'un ton moqueur.

-          Silencio, conclut l'égyptienne en revenant à son parchemin.

 

Lauren en s'offusqua même pas du sortilège et fit glisser son regard sur les élèves présents. En réalité, sous ses airs princiers, Jamila Alnabil était constamment en colère. Car malgré la pureté de son Sang, jamais la maison Serpentard ne l'avait reconnue comme l'égale des Black ou des Malfoy. Alors elle restait à l'écart, respectée sans pour autant pouvoir prétendre aux honneurs que recevaient les plus puissants.

 

En ces temps houleux, le statut du Sang avait son importance chez les Verts et Argents. Il dessinait une hiérarchie très nette entre les élèves, que La Chouette avait su déjouer...en devenant La Chouette, justement.

 

Dès son entrée à Poudlard, elle était devenue l'un de ces premières années servant de messagers entre élèves et professeurs. Mais mieux que les autres, elle avait su tirer profit de ce rôle apparemment dégradant. Elle avait appris à délivrer les messages de la bonne façon. Elle connaissait tous les sortilèges pour envoyer des lettres invisibles et dissimuler les mots secrets. Lorsqu'un curieux l'interceptait et la menaçait pour qu'elle en dévoile le contenu, elle restait silencieuse, fidèle au Message. C'était La Chouette. Aucune chouette ne lui serait arrivée à la cheville. 

 

La salle commune se vidait peu à peu. La sorcière regarda sa montre ; l'horloge était en avance de dix-neuf secondes et cela l'agaçait prodigieusement. Vingt-trois heure quarante-sept. Ne restait plus que des élèves de septième année qui conspiraient à voix basse, sur l'estrade.

 

Vingt-trois heures cinquante-trois. La Chouette avait la tête penchée sur son parchemin, un rideau de cheveux fins et raides dissimulant son visage.

 

Elle entendit un élève prendre la place que Jamila avait quittée une heure plus tôt en lui redonnant sa voix.

-          Minuit, annonça-t-elle simplement. Je me demandais combien de temps tu allais attendre avant de venir me voir.

-          Je voulais te surprendre, sourit le garçon à côté d'elle.

-          Tu es bien le seul à pouvoir me surprendre. Cela fait (elle jeta un œil à sa montre) deux heures et vingt-neuf minutes que je me demande pourquoi tu veux me voir.

Il eut un petit rire étouffé.

-          Lauren Veerman...soupira-t-il.

Il faisait partie des rares personnes à l'appeler par son prénom. L'appeler « La Chouette » était pourtant vraiment plus approprié. Surtout quand on la voyait ainsi à passer des nuits blanches, les yeux grand ouverts sur la salle commune déserte. Chaque jour, on voyait ses cernes se creuser un peu plus profondément.

 

-          Regulus Black... souffla-t-elle à son tour en guise de réponse.

Elle releva enfin la tête sur son interlocuteur. Les cheveux d'un brun sombre, presque noir ; les yeux gris, toujours perdus on ne sait où ; une attitude un peu guindée, hautaine. Mais Lauren Veerman remarquait rarement ces aspects physiques. Lauren s'attachait plutôt à ces gestes un peu mécaniques que tout le monde fait sans s'en rendre compte. Et Regulus Black tirait toujours sur le col de sa chemise. Il étouffait.

 

Minuit dix. Ils avaient laissé planer le silence un peu trop longtemps.

-          Tu as l'intention de passer la nuit avec moi, Regulus ? Je te préviens, tu risques d'être déçu... Étrangement, la fiabilité des informations délivrées par Skeeter n'est pas toujours prouvée, ironisa-t-elle.

Il eut à nouveau ce rire étouffé. Il étouffait vraiment.

-          J'avais quelque chose à te demander, commença-t-il.

-          Un contrat avec un Black ? se réjouit-elle. Ce sont mes préférés.

-          Non, la coupa le garçon de ce ton froid qui confirmait sans cesse son autorité face à ses camarades plus expansifs.

-          Ah.

Lauren était prise de cours. Elle était comme ça, elle fonctionnait par contrat. Des mots, un message, un accord. Elle scruta sa montre. Minuit douze, vingt-deux secondes. Elle était mal à l'aise.

-          Je voulais savoir si...

Regulus aussi était apparemment mal à l'aise. Il était toujours très droit, les mains sagement posées sur ses genoux, gêné par l'absence d'accoudoirs sur la chaise. Il fronça les sourcils ; sembla se raviser.

-          Je voulais te proposer d'aller à la fête du professeur Slughorn avec moi, finit-il par déclarer.

 

Le Silencio de Jamila n'avait pas été aussi efficace que cette annonce. Lauren fronça les sourcils et détailla le garçon du regard comme pour y trouver les réponses à ses questions.

En vérité, elle n'aimait pas cela. Elle n'aimait pas les fêtes, ni le professeur Slughorn, et encore moins les fêtes du professeur Slughorn.

-          Pourquoi ? demanda-t-elle. Sauf ton respect, Black, c'est parfaitement stupide. Je suis une Sang-Mêlée et crois-moi, tu n'as pas envie de t'afficher avec moi à un évènement comme celui-ci.

-          Mais tu es La Chouette. Et j'ai besoin d'un compagnon d'arme.

-          Je suis plus mauvaise en duel qu'un Poufsouffle de première année.

-          Je ne parle pas de ce genre de duel là, Veerman.

-          Et de quel genre de duel parles-tu ? interrogea-t-elle tout en connaissant pertinemment sa réponse.

-          Un duel verbal.

-          Contre qui ?

-          Tous.

-          Rien que ça ? rit-elle.

Il la considéra de ses yeux gris d'un froid sibérien. Ce n'était pas une menace, simplement un avertissement : « Les moqueries, Veerman, tu les sers à qui tu veux mais pas à un Black. » Lauren reprit son sérieux.

 

-          Tu te bats contre des illusions. Personne n'est contre toi. Slughorn t'adore, et même les élèves de septième année te respectent. Les gens te considèrent sans te craindre. Ce duel, c'est une distraction. Si tu veux un combat, tu dois chercher ailleurs.

Regulus se raidit encore un peu.

-          Je ne te demande pas ton avis, Veerman, dit-il d'un ton dur. Partons sur un contrat, puisque tu aimes tant ça. Qu'est-ce que tu dirais d'une ou deux bonnes notes en Potion ? J'ai cru comprendre que ça n'était pas ton fort.

La sorcière haussa un sourcil surpris. En général c'était elle qui décodait les individus. C'était elle qui connaissait leurs moindres faiblesses. Comme elle ne répondait pas, Regulus conclut sobrement :

-          À partir de maintenant, tu seras donc mon binôme de Potion.

Alors, pour la troisième fois de la soirée, elle serra la main qu'on lui tendait.

 

Et il disparut dans son dortoir.

 

 

 

La Chouette était seule. Et se prépara donc à une nouvelle nuit d'insomnie.

Elle commença par ranger ses affaires. Puis, elle abandonna sa chaise froide pour s'asseoir à même le sol, sur le tapis face au feu. Prenant soin de s'emmitoufler dans son long châle, elle se figea et fixa les flammes qui dansaient dans l'âtre.

 

Elle pouvait rester une nuit entière ainsi à admirer ce spectacle hypnotique. Parfois, elle s'endormait ; mais rarement plus de quatre heures. Les nuits, elle ne regardait jamais sa montre. Le temps s'écoule à un rythme si particulier lorsqu'on ne voit pas le soleil courir dans le ciel.

 

Lauren pensa à au contrat qu'elle venait de passer avec Regulus. C'était inhabituel. Lui et elle n'était pas vraiment amis, ils étaient pour ainsi dire de simples camarades, bien que le Black ait fini - comme tous - par lui laisser occuper cette place singulière qu'elle s'était créée pour elle seule. Lauren avait donc sa place assise à la table des Sangs Purs de cinquième année. Elle n'était jamais brutalisée. Surtout, cette immunité bénéficiait aussi à sa petite sœur, Suzanne.

Il en était ainsi, à Serpentard. Qui n'avait pas le sang devait avoir le talent. C'est de cette manière que Severus Rogue avait fini par se faire respecter.

 

La soirée de Noël de Slughorn était dans une semaine. À cette pensée, Lauren tira nerveusement une mèche de ses cheveux raides. Il faudrait trouver une robe. Elle allait devoir demander de l'argent à ses parents. Elle décida donc de se détacher du spectacle des flammes, et sortit un parchemin et une plume. Allongée à plat ventre sur le tapis, se retenant sur ses coudes, elle réfléchit un instant. Elle devait choisir ses mots avec précaution.

 

Avec Rebecca Yaxley, elle devait jouer sur deux choses : flatter sa noblesse de mère prête à se sacrifier pour ses enfants, et lui montrer combien elle s'amusait avec ses nombreux amis. Et puis bien sûr, distiller du venin sur son père.

 

«  Maman,

J'ai réfléchi à ta lettre, et je crois que Sue et moi ne devrions pas passer Noël à la forteresse des Yaxley. Tu es en train de renouer avec la famille, et je sais que notre présence pourrait tout gâcher. Peut-être te voir seule les convaincra-t-il de reconsidérer leur point de vue sur leur petites parentes Sang-Mêlées... ? C'est - comme tu dis - un « investissement pour l'avenir » ! Je sais que cela te force à sacrifier un Noël, mais fais-le pour nous. Papa ne pouvant pas nous assurer une sécurité comparable à la forteresse, il est préférable que nous restions à Poudlard. »

 

Premier problème réglé. La vérité était qu'elle n'avait pas envie de choisir entre passer son Noël chez son père ou chez sa mère. C'était idiot, mais elle appréhendait d'avance les longues négociations que cela provoquerait. Si le 24 se passait chez sa mère, elle devrait supporter ses regards déçus lorsqu'elle et sa sœur repartiraient le lendemain retrouver leur père, qui les accueillerait, déjà amer de ne pas les avoir vues la veille. Suzanne était d'accord. De toute façon, presque tous ses amis allaient passer Noël à Poudlard. Et elle avait trop peur de rater un évènement pareil.

 

« J'ai également une nouvelle qui devrait te réjouir : j'ai été invitée à la fête de Noël organisée par le professeur Slughorn. Regulus Black sera mon malheureux cavalier... Mais ne t'en fais pas, je n'ai pas l'intention de le traumatiser - je sais combien tes relations avec Walburga Black sont tendues. Quoi qu'il en soit, j'aurais besoin de quelques galions pour m'acheter une robe correcte. Je manque également de gants et d'une écharpe pour cet hiver, aussi demanderai-je la même somme à papa (disons 10 galions ?). »

 

Tout y était. Il fallait simplement finir sur une note insouciante.

 

« Suzanne a du te le raconter, elle était folle de joie : Poufsouffle a gagné contre Gryffondor. Évidemment, ses talents de batteuse n'y sont pas pour rien... ! Elle a été incroyable.

Je pense fort à toi et t'embrasse,

Lauren. »

 

La sorcière relut sa lettre, et parut à peu près satisfaite. Maintenant venait celle de son père.

 

Avec Alexander Veerman, il fallait être efficace, raisonnable, et manier l'anecdote. Et puis bien sûr, distiller du venin sur sa mère.

 

« Papa,

Je suis ravie de t'annoncer que Suzanne a enfin pu se venger de l'abruti de Gryffondor qui la harcelait depuis huit jours. Le cognard l'a tellement défiguré qu'il en a pleuré. Sois fier de ta fille.

Par contre, c'est une vraie cafeteuse. Mais sois sans crainte, mon Désolant en Potion - que cette adorable peste a pris soin de te révéler - n'est qu'un accident de parcours (un parcours semé de Piètres), et tout va revenir en ordre puisqu'un garçon de ma classe a prévu de m'aider. J'aurais à ce propos besoin d'une dizaine de galions pour refaire mon stock de parchemins et d'encre.

Pour Noël, je pense que tu es d'accord avec moi pour dire qu'il est risqué de le passer chez toi. Pour être honnête, j'ai entendu des septièmes années de ma maison parler de fêter le réveillon en attaquant les Nés-Moldus. Tu devrais faire attention à toi. »

 

Avec son père, elle devait jouer sur la peur. Son père avait été à Gryffondor, mais c'était un vrai froussard. À moins qu'il ne soit tout simplement lucide. Lauren aussi était lucide.

 

« Inutile de préciser que Sue et moi préférons éviter de passer le réveillon avec la famille insipide de maman. Nous resterons donc à Poudlard.

Quelles sont les nouvelles, de ton côté ? Une corne d'Eruptif à la place du nez (son père travaillait à Sainte-Mangouste) ?

Je t'embrasse,

Ta fille. »

 

Ne restait plus qu'à cacheter les enveloppes. Lauren se redressa, retrouva sa position jambes croisées face au feu. Six heures quarante-deux avant le lever du soleil.

End Notes:

Bon, j'espère que ce chapitre d'exposition n'a pas été trop lourd. N'hésitez pas à me donner votre avis !

Chapitre 2 by Amnesie

Lauren fut réveillée à sept heures quarante par les sortilèges que se lançaient le groupe de Sixième année. Tous les matins, Mulciber, Avery et Rogue s'entrainaient dans la Salle Commune. C'était des duels objectivement saisissants, et la sorcière se demandait toujours comment Severus Rogue allait s'en sortir pour gagner sans blesser l'égo de ses camarades Sangs Purs. Cette fois-ci, elle décida de ne pas attendre l'issue du combat et monta dans les dortoirs pour se préparer.

 

Sans surprise, elle trouva Merri-Lynn Travers réveillée et préparée. Elle faisait cela pour ne pas subir les cris de Chloe Avery, qui ne supportait pas que la salle de bain ne lui soit pas réservée.

 

En dépit de son nom, Merri-Lynn était une Sang-Mêlée. Et contrairement à Lauren, elle n'avait pas su trouver sa place chez les Serpents. La sorcière aurait aisément pu faire oublier les rares Moldus de son arbre généalogique, si elle n'avait pas, dès la Première année, adopté cette attitude soumise qui n'inspirait que le mépris. À cela s'ajoutaient sa petite taille, ses lunettes à monture épaisse qu'elle redressait nerveusement ; tout semblait la désigner comme la victime idéale. Et tous s'en donnaient à cœur joie.

À commencer par Chloe Avery. Visage angélique, sourire innocent, yeux d'un bleu limpide : elle était la vertu incarnée - une vertu férocement protégée par son grand frère. Chloe Avery n'était pas mauvaise, non ; elle était simplement gâtée. Et comme toute enfant gâtée, elle ne supportait pas qu'on la contrarie. Alors elle distribuait sourires et douceurs et recevait tout en échange.

 

Lauren vérifia que Chloe dormait encore, et après un signe de tête poli vers Merri-Lynn qui semblait guetter le réveil de ses camarades, elle s'enferma dans la salle de bain.

 

La Chouette n'avait dormi que trois heures, et cela se voyait très clairement sur son visage. Des cernes noirs s'étiraient sous ses yeux, comme pour les agrandir encore un peu. Après une douche glacée destinée à la sortir de son état comateux, elle passa sa brosse dans ses cheveux fins. Ils tombaient de part et d'autre de son visage, sans le moindre volume, et s'arrêtaient au milieu de sa colonne vertébrale. Une fille terriblement banale, finalement, ce qui était souhaitable quand on était La Chouette. Elle finit de passer sa robe de sorcière sur son corps ordinaire et sortit de la salle de bain.

 

Il était temps : Chloe Avery était en train d'émerger de son sommeil. Jamila se réveillerait en dernière, telle une princesse de contes de fée. Lauren attrapa son sac, échangea sa montre en métal pour une montre bizarre au cadran vide, et se dirigea vers la Grande Salle pour le petit déjeuner.

 

 

Comme à son habitude, La Chouette s'arrêta sur le pas de l'immense porte pour balayer du regard les quatre tables des quatre maisons de Poudlard. Quand elle vit sa petite sœur entourée d'une foule d'amis à la table des Poufsouffle, elle sourit. Elle passa très vite derrière celle-ci, déposa un baiser très léger sur le haut de son crane ; Suzanne le sentit et tourna la tête, alors qu'elle s'éloignait. Lorsque leurs regards complices se croisèrent, à peine le temps de huit centièmes de seconde, les yeux calculateurs de La Chouette se firent très doux. C'était imperceptible, mais Suzanne se détendit. Elle était n'était plus une gamine, elle le savait. Mais voir sa sœur la saluer tous les matins la rassurait de manière inexprimable.

 

Lauren poursuivit sa course. Cela faisait quarante-six secondes qu'elle était entrée dans la Grande Salle. Elle passa devant la table des Gryffondors, où le capitaine de l'équipe de Quidditch se disputait avec le garçon que Suzanne avait défiguré lors du dernier match. Ce dernier était un Quatrième année et le dernier des abrutis. La Chouette ralentit le pas, attendant que vienne le bon moment... et il vint enfin lorsque James Potter annonça le renvoi de l'abruti de l'équipe.

 

C'était parfait. Lauren arrivait à présent à la hauteur du petit attroupement. Les trois amis du capitaine tentaient tant bien que mal de le calmer. La sorcière capta le regard du plus chétif d'entre eux, et lui glissa dans les mains un bout de parchemin sur lequel était inscrit un nom.

 

Trois pas plus loin, elle entendit Peter Pettigrow proposer le nom d'Anton Fancourt comme nouveau Poursuiveur de l'équipe.

Trois minutes, cinq secondes. Un rictus moqueur s'empara des lèvres fines de Lauren Veerman.

 

 

Neuf heures. En Métamorphose, Jamila Alnabil l'attendait à leur place habituelle. Il ne lui fallut pas moins de quatre minutes et six secondes pour transformer sa gerbille en tortue. Mais ses longs cils ne cessaient de papillonner. Lauren, qui ratait son sortilège pour la cinquième fois, finit par s'agacer.

-          Qu'est-ce qu'il y a ?, lui demanda-t-elle, tentant en vain de faire disparaitre la carapace qui reposait sur le dos du rongeur.

-          Frank Londubat.

 

La Chouette soupira, puis prit une grande inspiration.

-          Gryffondor. Septième année. Onze BUSE, dont un Optimal en Métamorphoses, ce qui me semble notable. Par contre, il a raté la Botanique. Vraiment. Quelque chose comme un Troll, ricana-t-elle. Doué, droit, discret. Une mère plus ou moins tyrannique, qui l'admire beaucoup trop. Un père pas franchement honnête. Destiné à une carrière d'Auror ou de Briseur de Sorts...

-          Et Sang Pur, acheva Jamila en plissant les yeux.

-          Et Sang Pur, confirma son amie.

-          Un bon parti, donc.

Lauren lui jeta un regard interloqué.

-          Un bon parti ? répéta-t-elle.

-          Oui. Je le veux. Qu'est-ce que tu veux en échange ?

La Chouette éclata de rire.

-          Je suis négociatrice, pas marieuse. Et Mila, on est en cinquième année. Tu ne crois pas que c'est un peu tôt ?

-          Le plus tôt, le mieux. Si je trouve le garçon toute seule, mes parents n'auront pas à m'imposer un vieillard.

Elle était comme ça, Jamila : elle prenait tout en main. Les mauvaises langues iraient dire qu'elle était obsédée par le contrôle, et Lauren en aurait fait partie si elle ne partageait pas ce besoin pathologique. Elle admirait aussi son indépendance et sa confiance en elle inébranlable.

Quoi qu'il en soit, avec elle, les discussions sur les garçons n'avaient rien de romantique.

 

-          Alors ? insista la sorcière

La Chouette releva brièvement les yeux de sa montre à cadrant vide.

-          J'y réfléchirai, répondit-elle finalement ; puis, sans transition : j'accompagne Regulus Black au diner de Noël de Slughorn. En échange de son aide en Potion.

 

L'égyptienne la considéra d'un air dubitatif.

-          Il n'a pas peur d'être contaminé par ton sang ? ironisa-t-elle.

Un brin hypocrite aussi, Jamila.

-          Je me suis posée la même question. Et j'ai du mal à voir comment...

-          Alors je suppose que je vais devoir trouver un autre binôme convenable. Merri-Lynn est une empotée, et Chloe a peur des mouches...

Dix-sept secondes. Lauren avait réussi à parler d'elle dix-sept secondes. En réalité, c'était en soi un petit record. Le reste du cours fut donc consacré à la recherche d'un partenaire de potion convenable pour Jamila.

 

Douze heures. Le midi, La Chouette ne le passait pas à bavarder joyeusement avec ses amis. Déjà, parce qu'elle n'avait pas beaucoup d'amis. Ensuite, parce qu'elle était trop concentrée à observer ses camarades dans la Grande Salle. Enfin, parce qu'il était tout simplement impossible de lui parler sans être interrompu par les élèves de Première année qui lui glissaient des messages à l'oreille. Ils étaient presque aussi dérangeants que la foule de chouettes qui l'entouraient en remplissant les assiettes voisines de leur plumes (et excréments pour les plus chanceux). Quand elle se levait, il restait autour de sa place une auréole un peu répugnante. La Chouette mangeait souvent seule, le midi.

 

 

Une heure de l'après-midi. Lorsqu'en cours de Potions, Regulus Black vint s'asseoir à côté de Lauren Veerman, ils reçurent les regards ébahis de l'ensemble de la classe. Regulus Black était toujours, absolument toujours entouré de ses trois acolytes Sang Pur. Trois garçons fort différents physiquement et pourtant tellement semblables par leur attitude que La Chouette était à ce jour encore incapable de les distinguer. Une chimère à trois têtes. Cerbère.

 

On attendit que Regulus Black quitte son tabouret après deux minutes : souvent, des élèves venaient s'asseoir quelques secondes à côté de La Chouette pour passer un accord ou obtenir des informations. Mais il n'en fut rien. Le professeur Slughorn commençait ses explications, et Regulus Black demeurait aux côtés de la Sang-Mêlée.

Ils se mirent ainsi à préparer le Filtre de Paix dans un silence parfait, à peine cordial. Les chuchotements alentours s'étaient éteints. Regulus remuait, décortiquait avec une facilité et un calme qui apaisait la sorcière. Concentré, il perdait un peu de sa froideur pour laisser place à une douceur inhabituelle.

 

-          Arrête !

Surprise, Lauren faillit renverser le reste du sirop d'Ellébore dans le chaudron. C'était la première initiative qu'elle avait osé prendre depuis le début du cours.

-          Un goutte de plus et notre potion sera un parfait Filtre de Mort Vivante, expliqua Regulus d'un ton neutre.

La sorcière fronça les sourcils. Elle commençait à se sentir perdante dans ce contrat. Et elle détestait cela.

-          Je ne veux pas être impolie, Regulus, mais notre accord indiquait clairement que tu devrais m'aider ; ce qui est tout à fait différent de faire la potion dans ton coin en me laissant sur le carreau. Je n'ai pas l'habitude de me faire arnaquer dans mes contrats, alors s'il te plait remplis ta part.

Il resta muet. Regulus Black était un Black. Noble et Très Ancien. Le nom suffisait à imposer le respect. Même les plus âgés n'osaient pas exiger quoi que ce soit de lui. Lauren avait donc tout à fait conscience de dépasser les limites, mais elle ne supportait tout simplement pas de se faire arnaquer. Embarrassée, elle soutint malgré tout le regard froid du sorcier. À sa surprise, il céda.

 

-          Tu utilises mal tes yeux, Lauren, commença-t-il.

Il la provoquait. C'était obligé. On ne pouvait pas lui dire une chose pareille. La Chouette était les yeux de Poudlard.

 

Regulus remarqua son air choqué, et un éclat de malice traversa son visage, vite remplacé par un ton professoral.

-          De quelle couleur est cette potion ?

Elle jeta un œil sur le contenu du chaudron.

-          Grise.

-          Faux. Elle est argentée.

Elle retint un rire moqueur. Il valait mieux ne pas aller trop loin.

-          La différence doit être grande, fit-elle remarquer sans pouvoir dissimuler l'ironie dans sa voix.

-          Très grande, oui, répondit-il très sérieusement. Dans l'art des Potions, tout est dans la nuance. Si le Filtre était gris, il aurait des effets tout à fait différents. Plus précisément, s'il était gris clair, il n'aurait effet que pour une durée de trente secondes ; gris foncé, et il n'aurait aucun effet ; gris métallique, et... Enfin, s'interrompit-il. Maintenant, peux-tu me dire quelle odeur a cette potion ?

 

Lauren était partagée entre l'admiration, l'amusement et l'agacement. Cette manière hautaine de se comporter l'irritait. Mais c'était elle qui lui avait demandé de l'aider. Alors, quelle odeur avait cette potion ?

Elle huma les vapeurs. Elle n'en avait pas la moindre idée.

-          L'ellébore ? tenta-t-elle.

Il eut son rire étouffé, et Lauren ne sut dire s'il était réellement amusé ou simplement condescendant.

-          La mandragore ?, essaya-t-elle encore une fois en jetant un regard aux ingrédients disposés sur la table.

Son rire redoubla, et elle le suivit. Peut-être était-ce l'effet du filtre de Paix, mais elle se sentait apaisée, là. Elle remarqua que Regulus n'avait pas tiré son col depuis vingt-et-une minutes. Ce qui lui rappela qu'elle n'avait pas regardé sa montre depuis à peu près autant de temps.

 

Le sorcier dut s'en apercevoir lui aussi, car il se reprit vite, l'air coupable de s'être laissé aller. Mais il ne sut faire disparaitre son petit sourire lorsqu'il reprit pompeusement :

-          Abandonnons les odeurs pour l'instant ; on se concentrera sur la rigueur et la distinction des couleurs. Disons que je serai le nez, et toi les yeux.

C'était puéril, mais Lauren eut encore envie de rire. Regulus Black, un nez. Il l'ignora, et offrit un sourire poli au professeur qui s'était approché d'eux.

 

-          Monsieur Black, c'est encore une réussite ! s'exclama Slughorn avec bonhomie. (Il se pencha et prit un air conspirateur) Entre nous, je vous mets sur le champ un Optimal...

Lauren remarqua que Regulus s'était redressé, et elle capta cette expression avide que le garçon avait à chaque fois qu'une personne d'importance lui témoignait de l'intérêt. Quant à elle, elle était pour l'instant invisible.

-          Suis-je bien assuré de votre présence au repas de Noël ? continua-t-il légèrement inquiet.

-          Bien sûr, professeur.

Slughorn reprit son air conspirateur.

-          Et serait-il trop indiscret de vous demander quelle charmante demoiselle aura le plaisir de vous accompagner ?

 

Lauren se raidit. Le professeur de Potion parlait à voix basse, mais plusieurs élèves avaient déjà reporté leur attention sur eux et tendaient une oreille avide. Il était évident que sa présence au bras de Black en choquerait plus d'un. Elle posa les yeux sur le cadran de sa montre, espérant que la fin du cours la sauverait.

Regulus eut la bonté de baisser encore d'un ton, mimant l'attitude conspiratrice de son professeur.

-          Lauren Veerman, professeur.

-          Qui ça ? fit le bonhomme en fronçant les sourcils.

À un mètre de lui, la concernée hésitait entre le rire et l'exaspération. Son camarade ne s'en formalisa pas.

-          On la connait mieux sous le nom de La Chouette.

-          Oh ! (il parut soudain un peu gêné) Bien sûr ! Enfin... d'accord. (Il fit mine de réfléchir) Je crois en avoir entendu un peu parler, en effet.

Regulus coula un regard vers la sorcière, l'air de se demander quel genre de secrets Slughorn lui avait confié.

-          Bien, bien... continua le maitre de potion, évitant résolument de croiser le regard de La Chouette à quelques centimètres de lui. Ah ! Johnson ! L'angle de votre couteau est incorrect !

Sûrement rassuré d'avoir trouvé une bonne excuse pour quitter cette situation embarrassante, il s'éloigna et Lauren céda à l'expression curieuse de Regulus. Un petit sourire moqueur déformant sa bouche, elle expliqua avec légèreté :

-          Ses commandes d'hydromel ne se passent pas toute seule...

Elle crut surprendre à nouveau un éclat de malice dans les yeux du garçon.

 

***

 

Lauren savait absolument tout ce qu'il se passait à Poudlard. Elle connaissait les rumeurs honteuses, et les secrets plus scandaleux encore. Aussi apprit-elle sans mal que son invitation au réveillon du professeur Slughorn était désormais connue de tous. Quelqu'un avait dû entendre sa conversation avec Jamila ; à moins que Slughorn n'ait parlé trop fort. Quoi qu'il en soit, Lauren le prenait pour un échec personnel.

 

C'était aussi une profonde source d'angoisse, car si La Chouette détestait bien deux choses, c'était le conflit, et l'attention. Ce qu'elle reçut en quantité ces jours-là.

D'abord, de la part de ses soupirantes. Regulus Black n'était pas la personne la plus populaire de l'école. En fait, il faisait pale figure à côté de son frère ainé. Mais il gardait un certain charme distant qui en séduisait plus d'une. Lauren avait donc désormais droit à sa dose de jalousie.

Et puis il y avait tous les anti-Regulus, anti-Serpentards et autres lionceaux qui la pensaient dans leur camp. Infâme traitresse qui n'avait pourtant jamais prétendu prendre parti. Ces courageux-là se contentaient de regards méfiants.

 

La pire réaction fut cependant celle de sa petite sœur.

 

Le lendemain même à huit heures trente-deux, au détour d'un couloir, elle lâcha son large groupe d'amies et vint se planter devant elle.

-          Pourquoi tu me l'as caché ? Je croyais qu'on pouvait tout se dire ? Tu me fais pas confiance ? Toutes mes copines l'ont su avant moi...

Quelques phrases débitées à toute vitesse, des larmes dans les yeux, et Lauren se sentait déjà remplie de culpabilité...et d'exaspération. C'était les principales humeurs que sa sœur savait faire naitre chez elle. Mis à part un amour inconditionnel.

 

Elle respira un grand coup. Toutes deux avaient hérité des mêmes grands yeux, mais si les siens étaient des puits froids qui absorbaient et analysaient son environnement, ceux de Suzanne semblaient faits tantôt pour séduire, tantôt pour rire ou pleurer. Les deux sœurs s'équilibraient constamment : l'ainée apaisait sa cadette tandis que celle-ci lui rappelait qu'elle était parfois dotée de sentiments.

 

Mais Suzanne ne s'arrêtait pas, et continuait de parler, de grosses larmes coulant sur ses joues. Encore une fois, Lauren ne put s'empêcher d'être profondément exaspérée. Merlin, quel âge avait-elle ? A quatorze ans, sa sœur avait la retenue émotionnelle d'un cognard.

 

Finalement, elle prit ses deux mains dans les siennes, et capta son regard, avant de l'appeler fermement :

-          Suzanne.

-          ...et je sais que t'aimes pas parler de toi, mais pour une fois qu'il se passe quelque chose dans ta vie j'aurais bien aimé, moi, ta sœur...

-          Suzanne ! l'appela-t-elle un peu plus fort.

-          Quoi ?

La plus jeune se figea, et se mit à triturer fébrilement son collier, tentant visiblement de se contenir.

-          C'est nouveau, expliqua Lauren calmement. Et je ne t'en ai pas parlé parce que ça n'a pas d'importance...

-          Ah, c'est bien toi, ça ! s'emporta à nouveau sa sœur. Rien n'a d'importance avec toi ! Mais moi, si j'étais invitée par Regulus Black, je serais...

-          Suzanne.

Elle n'avait toujours pas levé le ton. Elle décida de changer de stratégie.

-          Est-ce que tu voudrais bien m'aider à me préparer pour la fête ? Si c'est justement pour Regulus Black, il faudra que je sois parfaite, tu comprends ? Je voulais te le demander, mais depuis ta victoire au Quidditch tu as tellement d'admirateurs qu'il est presque impossible de t'approcher...

La flatterie marche toujours. Suzanne avait certes un don pour obtenir ce qu'elle voulait, mais Lauren avait ses propres armes. Il fallait simplement qu'elle se fasse à l'idée effrayante qu'elle allait se faire toiletter comme une poupée par sa sœur. Mais en étant tout à fait honnête, elle avait bien besoin de ses talents.

 

-          Tu comprends ? insista-t-elle devant son air dubitatif.

De son côté Suzanne était très loin d'être stupide. Mais elle avait à peu près obtenu ce qu'elle voulait, alors elle se calma instantanément et se jeta dans les bras de sa sœur.

-          Au fait, ajouta Lauren, j'ai reçu la réponse des parents. C'est d'accord pour passer Noël ici !

La cadette se défit de leur étreinte, et lui offrit un sourire éblouissant.

-          Tu es géniale !

Elle se détournait déjà lorsque La Chouette l'appela d'un ton légèrement menaçant :

-          Et Suzanne ?

L'intéressée s'arrêta et lui offrit un sourire innocent. Bien sûr qu'elle savait.

-          Le Désolant en Potion que tu as rapporté à Papa...

-          Oui ?

-          Merci.

Suzanne hocha la tête, de jolies étincelles dans les yeux. Car sa sœur était honnête : elle lui avait rendu un grand service en annonçant elle-même la mauvaise nouvelle à son père.

 

Lauren la regarda sautiller vers ses amies, leur rapportant fièrement leur échange. Elle sursauta à peine lorsqu'elle sentit une main lui taper l'épaule.

-          Pettigrow, fit-elle en se retournant sur le garçon joufflu.

 

Peter Pettigrow était d'un an son ainé mais il paraissait toujours impressionné face à elle. À vrai dire, elle le soupçonnait d'être plus ou moins amoureux d'elle. Ce qui - en dépit de l'embarras qu'elle en éprouvait - lui servait grandement. Car si Rita Skeeter était ses yeux à Serdaigle et sa sœur ses oreilles chez les Poufsouffles, le garçon était une mine d'informations Gryffondors.

-          Anton Fancourt est Poursuiveur, annonça-t-il fièrement. James est plutôt content de lui, finalement !

-          J'ai vu, c'était parfait. Aucun Serpentard ne lèvera la baguette sur toi.

Le garçon eut un immense sourire. Ils étaient quittes. Mais La Chouette décida de pousser un peu sa chance.

-          Que sais-tu de Frank Londubat ?

-          Il est... - il semblait chercher intensément ses mots - parfait.

-          Peter, se força-t-elle à sourire, tout le monde sait que Longdubat est parfait. J'ai besoin de savoir ce qu'il fait, ce qu'il pense. Sa mère est du genre très présente, n'est-ce pas ? Elle ne lui aurait pas glissé le nom d'une petite amie convenable ?

Il plissa les yeux. Secoua la tête.

-           Garde les yeux ouverts, s'il te plait, conclut donc La Chouette.

 

End Notes:

Alors, comment c'était, passer la journée avec La Chouette et rencontrer son adorable sœur ? Je ferai peut-être un récapitulatif des personnages un jour ou l'autre, si tout est trop flou. Je précise quand même au cas où (parce que je ne suis pas sûre d'avoir été assez explicite) que Lauren et Regulus sont en 5e année ; les Maraudeurs en 6e ; Suzanne en 4e. À bientôt au prochain chapitre ! 

Chapitre 3 by Amnesie
Author's Notes:

Bonjour ! Déjà, je veux vous remercier pour toutes ces incroyables review qui me motivent énormément. Roxane-James, Athena666, Lyssa7, plumededragon, Kathlyn, Wapa. Vraiment c'est fou, j'ai un peu la pression et j'espère que la suite ne sera pas décevante...!

Ensuite, je me suis rendue compte en reprenant mes chapitres que même si je m'étais bien amusée à les écrire à l'époque, il s'avère qu'ils sont finalement plutôt superflus pour la suite de l'histoire, et qu'ils ont tendance à ralentir le rythme. Du coup, je vais poster les chapitres 3 et 4 assez rapidement pour qu'on avance et qu'on retrouve rapidement le petit Regulus (qui est toujours là mais par contraste, et il sera plus présent ensuite). Disons qu'on découvre là une Lauren un peu plus humaine, sans ses machinations tordues. 

 

Bonne lecture !

Les jours suivants, Lauren parvint à faire pression sur quelques élèves - dont Rita Skeeter, inévitablement - pour calmer les rumeurs qui commençaient à s'étendre à son propos. Son deuxième cours de Potion avec Regulus Black se passa sagement, dans un silence apaisé. C'était en fait assez nouveau pour la sorcière, qui avait plutôt l'habitude d'être entouré d'éléments incontrôlables qu'elle s'efforçait de canaliser tant bien que mal.

 

Pour l'heure, Lauren et Jamila profitaient de l'absence de leurs camarades de dortoir - trop occupées à l'une des réunions privilégiées de Sangs Purs - pour discuter des évènements du lendemain. On était vendredi, vingt-et-une heures vingt-trois.

-          Et celle-ci ?

La Chouette vint se poster devant son amie. Elle portait cette robe en lin que les femmes de l'élite égyptienne portaient déjà pendant l'Antiquité : un fourreau aux larges bretelles brodé de perles colorées. La ceinture ocre contrastait avec le beige du tissu. C'était superbe. Mais ça n'allait pas.

-          Attends, surtout ne dis rien ! fit-elle en levant la main pour couper Jamila qui avait amorcé une grimace. C'est trop...c'est trop toi.

-          Et il me va beaucoup mieux ! ne put s'empêcher de renchérir l'égyptienne.

Dans sa grande bonté, la sorcière avait accepté de prêter à Lauren une de ses robes somptueuses. Dans leur dernière lettre, les parents de Lauren avait répondu avec une coordination sans précédent, d'aller voir chez leur ex-conjoint respectif pour trouver l'argent qu'elle leur avait demandé. « Ta mère trouvera bien dix galions dans sa forteresse. » « Ton père peut bien certainement te payer une robe, rappelle-lui que tous les achats sur le Chemin de Traverse ont été payé de ma poche. »

 

Au diner, Jamila l'avait prise au dépourvu. Pour la première fois en près de cinq ans, elle avait délaissé l'attention démesurée pour sa propre personne et remarqué sa frustration. Sans la moindre gêne, elle avait lu les lettres par-dessus son épaule. « Tes parents sont de vrais frustes ! » Lauren les aurait plutôt qualifiés d'imbéciles finis, mais l'idée était là. Et puisque toute noble de cœur et de sang se doit de faire la charité, la princesse égyptienne avait offert son aide.

Aide qui s'avérait vaine : ce qui était sublime sur Jamila était ridicule sur Lauren. Et elle ne se retenait pas pour le faire savoir. Elle était parfois un peu trop franche, Jamila.

 

-          Si tu cherches à te faire accompagner par Londubat, je suis au regret de t'informer qu'il a déjà une cavalière, annonça La Chouette derrière le rideau, tentant en vain d'enfiler une robe qui datait de sa troisième année.

-          Qui est-ce ?

-          Lily Evans. Ils y vont « en amis » - et je confirme qu'ils ne sont qu'amis. Celle-là ?

-          Affreuse.

-          Lily Evans ou la robe ?

-          Lily Evans est magnifique, ta robe est correcte, tu es affreuse dedans.

-          Merci.

-          Je t'en prie.

 

Jamila battit des cils et Lauren disparut à nouveau derrière les rideaux du lit à baldaquin.

-          Tu as l'intention de te trouver un cavalier avant demain ?, demanda-t-elle un peu pour se venger.

-          Tu as l'intention de faire quelque chose avec tes cheveux ?

-          Je vais les laisser vivre leur vie de cheveux plats et secs.

-          Et je vais vivre ma vie de jeune femme indépendante...

-          ...plate et sèche.

-          Charmant.

-          Qu'est-ce que tes parents vont en penser ? poursuivit Lauren, pas le moins du monde désolée pour son amie.

-          Mes parents préfèrent que je conserve des espoirs élevés et - surtout ne prends pas la peine de sortir de derrière ce rideau je peux voir d'ici que cette robe est tout à fait vilaine - et je partage leur avis.

Un bras sortit du baldaquin, tenant un bout de parchemin entre deux doigts.

-          Je t'en prie Jamila, prends-le, je ne voudrais pas t'imposer la vue de ma vilaine robe.

La sorcière se releva pour s'en emparer, puis retourna s'asseoir gracieusement sur son lit.

-          C'est une liste de Sang-Purs qui pourraient t'intéresser.

-          Pourquoi leurs noms sont-ils tous rayés ?

-          Parce que personne ne peut t'intéresser, Mila, sourit la tête de La Chouette entre les deux pans du rideau. Et tu les effraies à peu près tous.

L'égyptienne étudia le bout de parchemin, les sourcils froncés.

-          Pourquoi as-tu écarté James Potter ?

-          Il n'est pas prêt de se défaire de Lily Evans. Tu aurais une ceinture à me prêter ?

-          Elle commence à m'enquiquiner, Evans...

-          Elle enquiquine tout le monde, Evans. La ceinture ?

-          Apprends à lancer un Sortilège d'Attraction.

Elle dut se pencher pour éviter la ceinture filant droit sur Lauren ; cette dernière vacilla en la rattrapant. Elle ne maitrisait vraiment pas ce charme.

 

Elle faillit perdre à nouveau l'équilibre quand Jamila s'exclama, ses longs cils écarquillés :

-          Tu as noté Sirius Black ?

-          Sang Pur. Intelligent.

Trois mots qui firent sérieusement réfléchir la sorcière.

-          Alors pourquoi as-tu rayé son nom ?

-          Incontrôlable. Et j'ai pensé que tu n'aimerais pas faire partie de ses nombreuses conquêtes. L'unique Jamila Alnabil ne va tout de même pas s'incliner aux pieds d'un débauché.

Elle omit volontairement d'ajouter que Sirius Black ne sortait jamais avec des Serpentards.

-          Tu me connais bien, conclut la jeune sorcière avec un sourire satisfait, avant de poursuivre : Philip Rowle ?

-          Trop jeune.

-          Avery ?

-          Il te méprise - ne te vexe pas, il méprise tout le monde.

-          C'est réciproque. Et les trois laquais de Regulus Black ?

-          Ils te méprisent aussi.

La sorcière renifla avec dédain.

-          C'est ce qu'ils disent... Attends, et qui est ce Peter Prost ? Je ne crois pas l'avoir jamais croisé.

-          Justement. Il te fuit, Mila.

-          Dommage. Vincent Shafiq ?

-          Homosexuel.

-          Et alors ?

-          Je pensais que tu cherchais un futur époux.

-          Et alors ?

-          Si un malheureux doit t'épouser, espérons qu'il ait une chance - même minime - de t'aimer un jour.

 

Lauren se présenta à nouveau devant elle, l'air épuisé. Vingt-deux heures quatre. Elle portait ce qui ressemblait drôlement au rideau derrière lequel elle s'était changée. Elle avait noué la ceinture de son amie dans un effort pathétique de donner un semblant de forme à l'ensemble.

-          Bon. C'est la robe de la dernière chance. Tu en penses quoi ?

-          J'en pense qu'il faut que tu annules immédiatement ce contrat avec Regulus Black. Il ne peut pas sortir avec quelqu'un habillé comme ça.

 

Si Lauren avait été sa sœur, elle aurait fondu en larmes. Mais elle n'était pas sa sœur. Elle respira doucement. Ce n'était qu'une stupide fête. Regulus savait qu'elle n'était pas connue pour son élégance. Elle passerait un contrat avec une élève de Poudlard pour obtenir une robe correcte. C'était sans importance.

 

-          D'ailleurs, qu'est-ce que ça fait de côtoyer Regulus Black au plus près ? l'interrogea Jamila, interrompant le cours de ses pensées.

-          On n'a eu que deux cours ensemble, marmonna La Chouette en se laissant tomber sur son lit.

-          Pas à moi, ça, Lauren ! Tu n'as pas besoin de plus de cinq secondes pour deviner les ancêtres de n'importe qui sur huit générations, alors deux cours de Potion... Dis-moi, demanda-t-elle d'un ton conspirateur, qui est Regulus Black, à part un premier de la classe coincé ?  

Lauren eut un petit sourire résigné et amusé. Ses yeux glissèrent sur son amie, puis le bois du lit et enfin, la fenêtre d'où s'échappait la lueur verte du lac de Poudlard. Elle s'y perdit un instant.

-          Il est très observateur. Bien plus que je ne le pensais.

Et elle n'arrivait pas à déterminer si cela lui plaisait ou l'irritait. Le grognement de son amie l'informa cependant que cette information ne l'intéressait pas. Alors, elle avoua :

-          Il est fragile.

 

Elle se reporta sur Jamila qui étonnement, n'avait pas ri. Elle clignait des yeux.

-          Je le vois, chaque mot prononcé le fait vaciller. Il guette le moindre signe auquel se raccrocher. Mais rien ne peut - rien ne doit - être au-dessus de Regulus Black. Alors il se tourne vers Slughorn... n'importe quel professeur, en fait. Sirius, évidemment. Et le Seigneur des Ténèbres, sans grande révélation.

Lauren ne le dit pas mais elle avait eu le sentiment que Regulus la regardait comme une bouée, elle aussi. C'était pourtant absurde.

-          Tu as donc trouvé ses faiblesses, nota Jamila.

 

Elle grimaça. Bien sûr, qu'elle avait trouvé ses faiblesses. Depuis des années. Elle connaissait son épouvantard, et n'avait jamais cessé de jouer sur son besoin de reconnaissance pour parvenir à ses fins. Lauren n'avait pas besoin de deux cours de Potion pour cela.

 

En revanche, deux cours de Potion avaient été nécessaires pour lui faire comprendre Regulus. Et elle se reconnaissait plus en lui qu'elle n'aurait aimé l'admettre.

 

-          Tu vas t'en servir ?

-          De ses faiblesses ?

-          Non, de ses boutons de manchette.

Lauren éclata de rire avant de se relever du lit, les yeux pétillants.

-          Je verrai, conclut-elle mystérieusement.

 

Vingt-deux heures huit.

 

-          Miss Nunuche ne devrait pas tarder à arriver avec sa suivante, annonça Jamila en suivant son regard.

Comme toujours, le surnom enfantin la fit sourire. Lauren oublia Regulus, la robe, les lettres de ses parents, enfila un pyjama et attrapa son châle dans lequel elle cala deux grimoires et sa baguette. Vingt-deux heures vingt-huit.

-          Bonne nuit, Mila, souffla-t-elle avant de partir.

-          Dors tant bien que mal, Lauren ! lança son amie à travers la porte.

 

Dans la salle commune des Serpentards, la petite réunion élitiste des Cinquièmes années venait de prendre fin. Les trois têtes de Cerbère discutaient à voix basse, tandis que Sony Spike et Merri-Lynn Travers rangeaient les parchemins et les encriers. Lauren croisa le regard de Regulus, et il eut un sourire qui l'apaisa presque instantanément. Elle s'installa près du feu pour sa nuit d'insomnie.

 

***

 

La fête de Slug était le samedi soir ; aussi Lauren choisit-elle de passer la journée avec sa sœur. Celle-ci avait terminé ses devoirs en avance, annulé un entrainement de Quidditch, et repoussé toute sortie avec  ses amis juste pour elle. C'était une des choses les plus incroyables chez Suzanne : alors que Lauren fondait toutes ses relations sur un contrat, sa cadette y investissait toute sa personne. Elle n'avait pas peur de s'impliquer sans concessions.

 

Elle lui avait dit de la retrouver vers le terrain de Quidditch, où elles pourraient profiter de la chaleur des vestiaires tout en échappant à l'atmosphère fébrile du château. À neuf heure quarante-deux, Lauren franchit donc la porte de la Grande Salle et entra dans le doux froid de l'hiver. Il neigeait, et cela la remplit d'une joie enfantine. Elle prit vingt-et-une secondes (ou peut-être vingt-trois) la tête face au ciel, les bras écartés, admirant les flocons danser en désordre. Elle était heureuse.

 

C'était le genre de choses qu'elle remarquait, le bonheur. En général, elle vivait dans une sorte d'entre-deux, une neutralité sentimentale qu'elle s'attelait à maintenir. Mais quand elle était heureuse, elle le remarquait. Et c'était souvent un peu grâce à Suzanne.

 

-          Qu'est-ce que tu fais à regarder le ciel, La Chouette ? Tu veux t'envoler ?

Lauren revint brusquement à la réalité, et tourna ses grands yeux sur le garçon qui l'avait interpelée. Quelques répliques cinglantes lui vinrent à l'esprit, mais elle décida de les taire. Lauren détestait les conflits et le sorcier en était tout bonnement l'incarnation.

-          Bonjour, Patmol, répondit-elle avec un sourire poli. Malheureusement, il me faudrait être un Animagus pour cela.

Le sourire de Sirius Black s'effaça imperceptiblement, sans pour autant qu'il ne quitte sa nonchalance habituelle. Il pencha légèrement la tête sur le côté.

 

Si Regulus Black transportait une aura discrète, son frère transformait l'atmosphère autour de lui. Dans le blanc immaculé de l'hiver, ses cheveux noirs, ses yeux gris contrastaient presque violemment. Il rentrait d'un entrainement de Quidditch, James Potter sur les talons, et tous deux avaient une allure un peu hirsute qui ne les rendait qu'étrangement plus charmants.

-          Ne joue pas avec ça, Veerman, la menaça-t-il. On a un accord.

Et cet accord était le plus important à son actif. Depuis quelques années, elle avait remarqué l'attitude étrange du groupe des quatre Gryffondors. C'était Pettigrow qui avait fini par vendre la mèche à demi-mot. Les Maraudeurs étaient les élèves les plus populaires de l'école ; mais ils étaient aussi trois animagi et un loup-garou. C'était une information aussi précieuse que dangereuse. Lauren n'aimait pas le danger.

-          Et l'accord est respecté, dit-elle prudemment ; puis, dans l'espoir de changer de sujet : comment va le nouveau Poursuiveur ?

-          Fancourt ? Il est pas mauvais, marmonna James Potter, visiblement peu intéressé par une conversation avec une Serpentard de Cinquième année. On y va, Sirius ?

Sirius eut juste le temps de remettre à La Chouette une lettre scellée. Lauren regarda les deux amis s'éloigner tout en entamant une bataille de boules de neige des plus inventives. Elle jeta un œil à sa montre : neuf heures cinquante-huit. Elle se pressa en direction du terrain de Quidditch.

 

Au pied d'une des tours, elle sentit une odeur de croissants chauds et se faufila sous la structure métallique. Là, une table couverte de pots de confiture, jus de raisin (elle détestait le jus de citrouille) et autres victuailles réconfortante. Un feu magique. Mais aucune trace de Suzanne.

-          Sue ? l'appela-t-elle, un immense sourire sur les lèvres.

Celle-ci surgit, un peu essoufflée, et elle vit à son air contrarié qu'elle avait fait quelque chose de mal. 

-          Ça fait longtemps que t'es là ? lui demanda-t-elle sèchement.

 

La situation était délicate. Suzanne détestait voir ses surprises gâchées - à tel point qu'elle était prête à gâcher ses surprises si elles ne tournaient pas comme elle le souhaitait. En l'occurrence, Lauren comprit qu'elle aurait aimé être là au moment de la découverte de la surprise. Elle prit un air innocent :

-          Je viens d'arriver ! C'est incroyable, ça sent super bon, qu'est-ce que tu as fait ? (elle faisait mine de ne pas avoir vu le plateau de victuailles)

-          T'as tout vu alors ? s'énerva la Poufsouffle. C'est incroyable, tu gâches toujours...

-          Je viens d'arriver, Sue ! continua joyeusement Lauren qui s'avançait vers le festin. Du jus de raison ! T'es la meilleure petite sœur.

Elle lui colla un baiser sur le front, espérant que cela la calmerait. Surtout ne pas s'emporter. Sans se départir de son air grognon, Suzanne lui présenta le petit coin qu'elle avait arrangé pour toutes les deux, et elles entamèrent leur petit déjeuner tardif.

 

-          Alors, tu as trouvé ta robe ?, s'enquit Suzanne entre deux tartines de mirabelles.

-          Non... grimaça Lauren. Mais je pensais passer un contrat avec Marjorie Pots, les siennes sont plus que décentes...

Sa sœur eut un petit sourire malicieux qu'elle ne sut trop comment interpréter. D'un coup de baguette, elle agrandit une boite qu'elle tendit à l'ainée. Franchement touchée, celle-ci ne dit mot et se contenta de soulever le couvercle. À l'intérieur, un vêtement enveloppé dans du papier de soie argenté. Suzanne passait en général des heures à emballer ses cadeaux et le résultat était toujours époustouflant. Lauren prit donc soin d'écarter les petits confettis qui explosaient doucement dans la boite, et écarta les pans du papier pour découvrir une robe qu'elle déplia.

 

Toujours sans un mot, les yeux écarquillés, elle tint le vêtement devant elle et l'admira. C'était une robe longue, sophistiquée sans être exubérante. Elle tombait comme un long voile bleu très pale, aérien, et le col était brodé de fils d'or. Elle se retint cependant de grimacer devant les manches, terriblement bouffantes. Jamais elle n'aurait acheté une robe pareille ; et pourtant, elle était convaincue qu'elle lui irait parfaitement. Suzanne avait l'œil pour les belles choses.

 

Justement, elle reposa délicatement le vêtement dans sa boite et serra sa sœur si fort dans ses bras que cette dernière se mit à protester.

-          Elle est superbe, souffla-t-elle.

-          Elle te plait ?

-          Évidemment ! Quand as-tu...

-          J'avais prévu de te l'offrir pour Noël, mais je me suis rendue compte que tu en aurais plus besoin ce soir, l'interrompit Suzanne, très fière d'elle.

Lauren serra encore plus fort ses bras, et sa sœur eut un rire étouffé. Enfin, elle se détacha d'elle. Elles terminèrent de manger, nettoyèrent le tout, et quittèrent le terrain de Quidditch.

L'équipe de Serpentard se dirigeait vers elles pour leur entrainement. Un des joueurs s'approcha d'elle, mais elle lui fit comprendre que ce n'était pas le moment. Avec sa sœur, elle était un peu moins La Chouette.

 

Et puis le fameux Attrapeur lui adressa un hochement de tête poli auquel elle répondit d'un regard.

Elle trouvait cela amusant et troublant, cette sorte de reconnaissance qui s'était instaurée entre eux si rapidement et qu'elle n'aurait vraiment su qualifier. De la curiosité, peut-être. C'était toujours très bref, moins de six centièmes de seconde, et cela suffisait à créer un lien qu'elle espérait sans danger.

 

-          Vous vous entendez bien tous les deux ! la taquina Suzanne.

Lauren leva les yeux au ciel.

-          Comme tu vois, on est aux portes du mariage...

-          Super ! Je serai ta demoiselle d'honneur alors ?

-          Et la marraine de la petite Canopus.

Sa sœur s'arrêta et la jaugea d'un œil critique.

-          Il te faudrait une robe bien blanche...

L'ainée fronça les sourcils, et au moment où elle ouvrit la bouche, semblant comprendre l'allusion, son démon de sœur la jeta dans la neige. Elle poussa un cri, et l'instant d'après, elle se trouvait couverte de flocons.

 

-          La voilà ta robe de mariée ! sourit Suzanne avec un air diabolique.

Mais Lauren ne s'en vexa pas, et attira sa sœur à terre. Elles passèrent quelques minutes à se débattre en riant, se roulant comme des gamines dans le manteau blanc qui recouvrait le parc.

 

Elles rentrèrent au château trempées, se tenant l'une à l'autre - tout en tentant de se faire mutuellement tomber - pour ne pas glisser sur les dalles gelées. Aux portes de la Grande salle, elles manquèrent de renverser le professeur MacGonagal qui tenait une boite pleine de scarabées à moitié métamorphosés en épingles :

-          Mesdemoiselles Veerman, cessez de prendre cette école pour une AÏE (elle venait de se faire piquer par un scarabée-épingle) - MOINS DIX POINTS POUR...

Mais Suzanne offrit un sourire désarmant qui fit fondre instantanément la directrice des Gryffondors.

-          Bon, filez maintenant ! grogna-t-elle à la place.

 

Dans le château, les élèves se tournaient sur leur passage. Si Lauren avait les yeux partout, Suzanne avait le don pour attirer les regards. À moitié cachés derrière une frange travaillée, ses yeux étaient tantôt pétillant, tantôt mystérieux. Même complètement trempée par la neige, elle irradiait comme un soleil. Remarquant qu'elle tremblait, Lauren lança discrètement un sort qui la sécha instantanément.

 

Elles passèrent encore un peu de temps à se promener dans le château, et aux alentours de deux heures douze de l'après-midi, Suzanne conduisit sa sœur dans les cuisines de Poudlard bien connues des Poufsouffles. Elles furent accueillies en reines, et La Chouette ne put s'empêcher de songer que les Elfes de maison pouvaient être de redoutables informateurs. Loin de ces pensées calculatrices, Suzanne leur distribuait des sourires qui les faisaient rougir jusqu'à la pointe de leurs oreilles pointues. Elles y restèrent encore presque deux heures, la cadette étant ravie de jouer le rôle de connaisseuse.

 

Puis vint cette question insensée.

-          Dis, tu me montres ta salle commune ?

 

End Notes:

Merci de m'avoir lue, et à très vite !

Chapitre 4 by Amnesie
Author's Notes:

Comme promis, me voilà déjà de retour pour un chapitre où on retrouve enfin ce cher Regulus...

Bonne lecture ! 

-          Dis, tu me montres ta salle commune ?

 

Lauren se figea. Ce caprice-là était particulièrement dangereux. C'était d'ailleurs pour cette raison qu'elle le lui avait systématiquement refusé ces quatre dernières années. Mais elle était de bonne humeur, et avec Suzanne tout paraissait possible. Alors elle hocha la tête, et sa sœur laissa échapper un cri de joie.

 

Elle regretta instantanément sa décision lorsqu'elle entra dans la Salle commune des Serpentards. Toute activité cessa, et des dizaines de paires d'yeux se braquèrent silencieusement sur les sœurs. Lauren était tout sauf courageuse, mais elle perçut le malaise de Suzanne, et prit aussitôt sur elle. Elle affronta un à un les élèves du regard, les mettant au défi de les chasser. La Chouette n'avait rien de menaçant et elle était connue pour être assez faible magiquement, mais il lui suffisait de quelques mots chuchotés pour les mettre en danger.

 

Finalement, l'épreuve des regards passée, elle entreprit de faire visiter la Salle à sa sœur. Elle lui désigna les deux chaises qui leur servaient de repère, à Jamila et elle. Le livre verdâtre posé sur un pupitre avait appartenu à Salazar lui-même. Elle lui montra cette grande table où siégeaient Regulus Black et ses fidèles. Les peaux de serpents scarifiées qui cachaient des passages secrets. Le fameux tableau verni de Merlin, ancien étudiant de la maison...

 

-          Dégagez.

 

Mulciber était une armoire à glace, une brute qu'il valait mieux ne pas contrarier. Il était si grand que Lauren dut se reculer d'un pas pour ne plus faire face à son torse et lever son visage sur ses traits taillés au couteau.

 

-          Je lui fais simplement visiter, expliqua-t-elle d'un ton neutre.

Mais il fit un nouveau pas vers elle, la dominant de toute sa hauteur, et Lauren prit sa sœur par le bras pour la placer derrière elle dans un geste protecteur un peu vain.

-          Dégagez, répéta-t-il de sa voix sifflante.

 

Chez les Serpentards, chaque génération avait ses caractéristiques. La Chouette les avait classées.

 

Les Septièmes années étaient les Soumis. Peut-être était-ce à cause du grand nombre de Sang-Mêlés (il y avait même un Né-Moldu !) qui la composaient. Aucun Sang-Pur de premier rang, aucune véritable ambition. Ils étaient entrés à Poudlard à l'époque de la suprématie totale des sœurs Black, et avaient tous fini par se soumettre. Car s'il fallait bien comprendre quelque chose, c'était qu'il suffisait d'un ou deux élèves influents pour tout changer.

Les Première année étaient encore Indéfinis. Les Deuxième année étaient les Hypocrites ; il y régnait une dangereuse comédie. À l'opposé de cela, les Troisième année avaient instauré un système brillant de Loyauté indéfectible : tous, quel que soit le sang, se soutenaient pour faire front commun à des menaces régulièrement réétudiée. Les Quatrième année étaient Déchaînés. Incontrôlables. Ils agissaient sans la moindre mesure et la moindre pensée. Ils étaient de la même année que Suzanne et cela effrayait Lauren. 

 

La promotion Regulus Black était celle des Politiciens. Les cinq Sang-Purs incontestés prenaient leur rôle très au sérieux, se réunissant quotidiennement à leur table habituelle. Ils discutaient mesures ministérielles, statut du sang, politique éducative d'Albus Dumbledore. Ce cirque aurait fait rire Lauren s'il n'était pas si sérieux. Car la violence était bien là, insidieuse et policée. La hiérarchie qui régnait au sein du petit groupe était une hiérarchie de fait, et Merri-Lynn Travers et Sony Spike agissaient en elfes de maison sans même interroger leur condition. C'était une promotion obéissante et ambitieuse.

 

Mais la génération Mulciber, elle, était glaçante. Il suffisait d'un ou deux élèves pour tout changer ; dans leur cas, c'était l'absence d'un élève qui avait tout bouleversé. Sirius Black avait laissé un vide impossible à combler, un vide rempli par une haine furieuse, une fascination démesurée pour la magie noire. Alors, Mulciber, pourtant issu d'une famille de Sangs Purs mineure, était parvenu à jouer sur la primauté de son père aux côtés du Seigneur des Ténèbres. Leur chef serait Lord Voldemort. Cela ne faisait désormais aucun doute. La génération de Mulciber était celle des Guerriers.

 

L'atmosphère était devenue irrespirable, et les cris de Suzanne qui l'appelait ne faisaient que renforcer l'angoisse sourde de Lauren.

-          Lauren ! Trente-deux secondes que je vous attends, toi et ta pleurnicheuse de sœur. Mulciber, éloigne-toi d'elle. Je sais que tu as un faible pour les plus jeunes, mais je ne suis pas sûre que le grand frère Avery apprécie que tu trompes sa petite sœur chérie.

 

Mulciber se retourna légèrement sur la jeune égyptienne, permettant à La Chouette de respirer un peu mieux. Il parut tenté de la provoquer, mais Jamila était une sorcière douée et puissante, une Sang pure certes peu reconnue, mais suffisamment influente pour le mettre en difficulté. En outre, il ne pouvait prendre le risque de perdre face à une fille plus jeune que lui. Il se contenta donc de contourner les sœurs avec une attitude prédatrice.

-          Lauren Kunigonde Veerman, je n'ai pas toute la journée.

Celle-ci ne se fit pas prier et tira sa sœur par le bras pour rejoindre son amie dans le dortoir. Jamila se détourna de la porte après un « Collaporta », et considéra sévèrement Lauren, les mains sur les hanches. Mais La Chouette l'ignora.

-          Tout va bien, Sue ? demanda-t-elle doucement. Je suis désolée...

Elle voyait bien que sa sœur retenait ses larmes devant la Serpentard. Elle la laissa donc enfouir sa tête dans son épaule, et se tourna enfin vers son amie.

-          Merci.

-          Il n'y a pas de quoi.

-          Où sont les autres ? s'enquit-elle avec un mouvement de tête vers les autres lits.

-          Miss Chloe Avery préfère la salle de bain des préfets pour se faire belle pour son troll, expliqua-t-elle d'un ton agacé.

-          Et je suppose que tu as fait fuir Merri-Lynn ?

-          Tout à fait.

-          Bien.

Un silence pesant suivit.

-          Tu n'es pas censée faire venir des Maisons rivales, reprit Jamila qui ne laissait jamais les non-dits très longtemps. Surtout pas une Poufsouffle. Surtout pas une Sang Mêlée.

-          Je sais.

-          Et je ne sais pas si tu as remarqué, mais notre salle commune n'est pas vraiment un enclos à licornes...

-          J'ai compris.

Elle lui lança un regard noir, voyant que sa sœur allait se mettre à pleurer sous le coup de la culpabilité. Mais Jamila ne s'arrêterait pas tant qu'elle n'aurait pas terminé.

-          Sans parler du fait que Mulciber ne t'aime pas trop - et si tu veux mon avis il a ses raisons. Je l'ai entendu dire que...

-          Mila, je sais ce qu'il dit, l'interrompit Lauren d'un ton dur.

La jeune égyptienne fit papillonner ses yeux, mi-agacée, mi-vexée.

-          T'as fini de pleurer, toi ? demanda-t-elle d'un ton brusque à Suzanne. Quoique tu peux continuer, tu es ravissante, comme ça. Je n'ai jamais vu une fille pleurer de manière aussi jolie, grogna-t-elle.

 

Cela fit rire les deux sœurs, et Jamila échangea un regard entendu avec Lauren avant de s'enfermer dans la douche.

 

L'ainée sécha les larmes de sa cadette et remit un peu d'ordre dans sa frange. Il était cinq heures trente-huit de l'après-midi. Elle devait retrouver Regulus à huit heure pile. Elle estima qu'elle avait amplement le temps de calmer sa sœur avant de se préparer pour le réveillon du professeur Slughorn.

Allongées sur le lit, elles s'amusèrent donc à faire des prédictions sur les élèves de Poudlard. C'était un de leurs jeux favoris. Le jeu des Prédictions. Elles choisissaient un élève, et lui imaginaient un destin incroyable - ou pathétique. Lauren se chargeait des détails, et Suzanne de l'imagination. C'était une des raisons pour lesquelles les sœurs Veerman étaient si douée en Divination.

 

Quand Jamila sortit de la salle de bain, elles riaient aux éclats. L'égyptienne se posta devant elles, superbe dans sa tunique brodée de fils d'ors et ceinturée d'un long tissu écarlate.

Jamila n'était pas particulièrement belle. Elle avait certes ces longs cils et ces cheveux soyeux, mais ses traits étaient plutôt fades. Un nez un peu épaté. Des joues un peu trop pouponnes. Ce qui la rendait superbe était cette incroyable assurance qu'elle dégageait.

 

Après une rapide douche, Suzanne s'attela à lisser les longs cheveux châtain de Lauren et résista à la tentation de les nouer en une coiffure complexe sous les protestations de sa sœur. La robe lui allait à merveille. Elles en étaient à l'étape du maquillage lorsque la cadette des Veerman demanda innocemment :

-          Et toi, Jamila, qui est ton cavalier ?

Lauren cacha un petit sourire moqueur.

-          J'y vais seule, répondit l'égyptienne de son ton le plus hautain.

-          Pourquoi ?, fit Suzanne, la brosse de son mascara suspendue dans les airs.

Elles eurent droit à un long discours sur l'indépendance et le pouvoir, et surtout sur les grands talents de Jamila. Les deux sœurs auraient sûrement fini par aller se noyer dans le Lac de Poudlard si elle n'avait pas pu se moquer ensemble de l'égyptienne.

En vérité, Lauren était heureuse. Elle était avec les deux personnes qu'elle appréciait le plus au château. Si seulement elles ne la forçaient pas à être attentive à toutes leurs sautes d'humeur...

 

Il était sept heures quarante-neuf quand Suzanne acheva de maquiller sa sœur. Disparus les cernes et le teint blême, elle avait perdu son air fatigué. Ne restaient que ses traits délicats, ses grands yeux noisette presque troublants accentués par les fards. Sa bouche mutine était habillée d'un rouge discret. Elle qui semblait constamment chercher à se fondre dans les murs de l'école en portant des couleurs sombres et l'inévitable vert Serpentard, Lauren était tout simplement lumineuse dans sa robe bleu pâle, ses longs cheveux s'écoulant de part et d'autre de son visage. Le tout était complété - et cela elle n'aurait su s'en passer - d'une montre à gousset étrange au cadran étoilé de minuscules sabliers, qu'elle passa autour de son cou comme un collier.

 

Pour une fois, la franchise de Jamila fut la bienvenue en confirmant l'impression générale :

-          Tu es ravissante, Lauren.

Suzanne hocha la tête, un brin envieuse. Mais elle ravala sa jalousie, en réalité rapidement remplacée par l'angoisse de devoir traverser la Salle commune des Serpentards pour rejoindre ses propres amis. Sa sœur l'avait anticipé et lui prit la main.

-          Ça ira, je te raccompagne à la sortie.

-          Bien, jeunes filles, alors attendez encore un peu, je pars devant et je préfère faire mon apparition seule !

La tête haute, plus confiante que jamais, Jamila passa donc la porte du dortoir et Lauren put imaginer la réaction qu'elle provoquerait. Perchée sur ses talons, enveloppée de sa tunique pudique, scintillant de ses mille bijoux dorées, l'égyptienne ferait grande impression, c'était certain. Une femme, confiante, puissante. Elle n'avait que quinze ans mais elle semblait en avoir cinq de plus.

Mais dans cinq ans, Jamila serait mariée à un homme qu'elle n'aurait pas choisi, un homme certainement médiocre pour elle ; un homme qui ne verrait jamais combien elle était unique. (Un homme un peu malchanceux, aussi certainement.) Pour l'heure, Jamila voulait croire à son indépendance, sa liberté d'esprit et son pouvoir. Alors elle traverserait la Salle commune et arriverait avec quelques minutes d'avance à cette fête, car Jamila était toujours en avance sur tout.

 

-          Tu dois descendre toute seule, toi aussi, murmura Suzanne, interrompant ses pensées.

-          Certainement pas, claqua-t-elle avant de s'adoucir. Tu été extraordinaire, ma Sue, je ne sais pas comment j'aurais fait sans toi - enfin, pas que ça me réjouisse d'avoir l'air d'une poupée, mais tu as vraiment été extraordinaire. Alors tu viens avec moi.

Sept heure cinquante-six. Elle descendit très simplement les marches qui menaient à la Salle commune, sans solennité ni grâce. Elle tenait toujours fermement la main de sa sœur, sans savoir laquelle des deux se raccrochait le plus à l'autre.

 

 

Regulus Black était assis dans cette posture figée qui le caractérisait tant. Quand il la vit, il se leva ainsi que ses parents l'avaient éduqué. Cerbère à ses coté grogna. Un Black qui témoignait du respect à une Sang Mêlée... De toute façon, Cerbère n'était pas invité.

 

Regulus était très élégant et paraissait plus âgé. Ses cheveux noirs étaient sagement plaqués sur son crâne, et il portait une robe de sorcier noire qui devait valoir son pesant d'or. Il s'approcha de la sorcière, conscient des regards sur eux. Il devait être subtil : il était hors de question que l'on pense qu'il s'abaissait aux Sang Mêlés. Mais son choix de cavalière ne devait être en aucun cas questionné. Il était un Black, et peu importe sa compagnie, il gardait son rang.

-          Tu es très belle, lui dit-il courtoisement.

-          Merci. Tu es...bien habillé toi aussi, termina-t-elle maladroitement car complimenter la beauté de Regulus lui semblait curieusement incongru.

Le sorcier lissa sa robe.

-          On m'a dit que tu avais introduit une Poufsouffle chez les Serpents, fit-il avec un regard vers la jeune fille en question.

-          C'est ma sœur, Suzanne, acquiesça Lauren, un brin protectrice. Elle m'a aidée à me rendre présentable.

-          Avait-elle vraiment besoin de venir ici ?

Son ton froid la glaça.

-          C'est ma sœur, répéta-t-elle.

Lauren serra très fort la main de Suzanne et ne baissa pas les yeux devant Regulus. Sa fine machoire contractée et ses mains délicates crispées sur le tissu de sa robe, il devait s'imaginer ressembler au grand Orion Black. Il en était assez loin. Lauren ne fit pas mine d'être impressionnée et conserva son ton neutre lorsqu'elle ajouta juste assez fort pour que lui seul puisse l'entendre:

-          Elle passe avant ma Maison.

Le parallèle avec Sirius était implicite mais évident, si évident qu'elle craignit un instant qu'il ne lui dise d'aller se faire voir. Ce qui l'aurait plutôt soulagée.

 

-          Je ne te défendrai pas devant Mulciber, la prévint-il plutôt de ce ton grave qu'il adoptait parfois et qui lui donnait cent ans.

-          Je ne te le demande pas.

-          Je ne te défendrai pas tout court.

-          Je n'ai pas besoin de toi, répliqua Lauren sans pouvoir dissimuler son ton railleur.

Quelques élèves continuaient d'épier leur conversation. La Chouette n'avait pas autant été au centre de l'attention depuis sa Première année. Regulus fit un mouvement pour se rapprocher d'elle et éviter les oreilles indiscrètes, avant de se raviser en réalisant que cette proximité était tout à fait indécente pour un sorcier de Sang Pur.

-          Je crois que tu ne réalises pas, Veerman. Les gens ne t'aiment pas. 

-          Ai-je atteint la côte d'impopularité de Severus Rogue ? 

Elle faisait tout son possible pour apaiser les tensions. Regulus n'avait apparemment pas les mêmes projets.

-          Non, répondit-il sérieusement.

-          Alors tout va bien. 

-          Et si l'on décide de s'en prendre à ta soeur?

Il dut réaliser que cela sonnait un peu trop comme une menace, car il fronça les sourcils et fit un pas en arrière. Le pression retomba lentement. Les Serpentards s'étaient détournés d'eux. Lauren désigna Suzanne qui affichait le même air furieux que quand elle s'apprêtait à tirer sur un cognard ; immense soulagement pour La Chouette qui n'avait plus trop d'énergie pour calmer ses pleurs.

-          Elle fera un bout de chemin avec nous, je préfère ne pas la laisser faire tout le trajet seule jusqu'à sa Salle Commune.

Regulus se raidit tant qu'il sembla se solidifier sur place.

-          Bien. En ce cas, peut-être ferions-nous mieux de nous presser.

Le caractère pompeux de Regulus Black était en général proportionnel à son degré d'agacement. C'était une loi sans cesse vérifiée ; Lauren put donc calculer qu'il était particulièrement irrité.

 

Ils parcoururent les couloirs du château en silence, et quittèrent Suzanne avec un sourire crispé.

-          Ça n'était pas dans le contrat, dit Regulus dès qu'elle eut disparu de leur vue.

-          Je sais. Je me rattraperai.

Mais elle le sentait tendu, bien plus tendu que lorsqu'ils étaient tous les deux en classe. Aussi, elle ne savait toujours pas ce qu'elle faisait avec lui.

-          Et justement, ajouta-t-elle en l'arrêtant peu avant l'entrée de la salle dédiée au réveillon de Slughorn. Qu'attends-tu de moi ?

Il croisa les bras.

-          Ta mère est Rebecca Yaxley. Tu as donc le sens de l'étiquette.

-          Si l'on veut...

-          Tu l'as. Je t'ai vu manger, précisa-t-il comme s'il s'agissait d'une preuve évidente.

-          Alors je sais manger..., fit-elle mine de s'étonner.

Elle n'y pouvait rien, elle ne pouvait pas s'empêcher de se moquer de lui. C'était encore plus fort après toute cette tension. Elle éprouvait comme le besoin de connaitre les limites du garçon. Et elle s'étonnait toujours de voir que sa tolérance était bien plus large qu'elle ne l'avait imaginé.

 

Fidèle à lui-même, il continua au premier degré :

-          Oui. Et j'ai aussi observé que tu étais discrète - ce qui n'est pas le cas de certaines (il pensait très nettement à Jamila).

-          Tu sais, si tu voulais une jolie plante verte à ton bras, certaines auraient été ravies de t'accompagner (elle pensait très nettement à Chloe). Avery mange bien elle aussi.

-          C'est faux, tu ne l'as jamais observée. Elle mange très mal.

Lauren se fit la réflexion qu'en effet, entre tous les détails qu'elle notait chez les gens, elle n'avait jamais considéré leur manière de manger. C'était quelque chose de très Black, ça.

 

-          Et le fameux...duel verbal ? demanda-t-elle sans pouvoir retenir un sourire moqueur.

Ils durent se décaler dans le couloir pour laisser passer un groupe de quatre Poufsouffles. Regulus leur jeta un regard froid, fit un geste comme pour s'appuyer sur le mur, mais rabattit sa main le long de son corps.

-          Ce n'est pas un duel à proprement parler, dit-il. En fait, il s'agit plutôt de savoir discuter. Bien discuter.

Ce qui, dans la belle société, revenait à combattre par les mots. Un duel, donc. Lauren eut une expression désolée.

-          Dans ce cas, je risque de te décevoir. Je m'y connais mal en conversations mondaines. Ma mère m'a enseigné un certain sens de l'étiquette, mais je n'ai jamais réellement côtoyé la branche Yaxley de la famille, conclut-elle en un euphémisme qu'elle espérait diplomatique.

-          Je te pensais capable de t'adapter à toutes les situations.

-          Tu me surestimes. Je n'y connais rien à la banque, la politique, les cigares...

-          Et ta passion pour les artefacts ?

 

La bouche de Lauren demeura ouverte un peu trop longtemps, contredisant son supposé sens de l'étiquette.

 

-          C'est le sujet de conversation le plus noble chez les Sang-Purs, nota Regulus.

 

Huit heures vingt-sept.

 

Lauren inspecta un couple qui se dirigeait vers la salle. Elle passa une main derrière sa nuque et finit par sourire, intriguée.

-          Comment as-tu deviné ? l'interrogea-t-elle après s'être raclé la gorge.

-          Nous sommes dans la même Maison depuis cinq ans.

-          Mais on ne s'est jamais vraiment parlé. Et je n'en ai jamais parlé tout court.

-          C'est un secret ? s'amusa-t-il.

 

Lauren se retint de lui jeter un regard outré. Depuis quand se moquait-il d'elle ? Regulus était distant, guindé, froid, dépourvu de second degré, mais certainement pas moqueur. Elle commençait à être réellement désarçonnée.

 

-          Pas officiellement, non.

La Chouette était simplement d'avis qu'il valait mieux préserver ces choses-là. Révéler ses passions, c'était prendre le risque qu'on les instrumentalise pour la manipuler.

-          Comment as-tu deviné ? répéta-t-elle. 

-          Tu portes une nouvelle montre tous les jours, expliqua simplement Regulus. Lundi, son cadran était vide ; ce ne peut être qu'un objet magique. Et aujourd'hui... une Montre à Grains, si je ne me trompe pas. C'est plutôt rare et complexe à déchiffrer, j'imagine que tu es légèrement experte.

Lauren recouvrit instinctivement la montre à gousset de sa main droite. Elle ouvrit à nouveau la bouche pour répondre, mais Regulus la devança pour conclure :

-          L'Étude des Runes est la seule matière qui semble véritablement t'intéresser. Et elle est indispensable à la compréhension des artefacts. Donc... tu seras capable de tenir une discussion mondaine et intéressante sur le sujet.

Lauren hésitait. Vraiment. Elle hésitait à montrer son admiration - parce qu'elle était admirative - ou son agacement - car Salazar, pour qui se prenait-il ? - et resta par conséquent ridiculement silencieuse pendant quatre secondes.

 

Elle opta finalement pour son éternel sourire moqueur et son regard déstabilisant.

-          Compris, affirma-t-elle avec légèreté. Bien manger, rester discrète et orienter de nobles conversations sur les artefacts.

 

Il hocha la tête, elle s'accrocha à son bras, et ils entrèrent dans la salle bourdonnante.

 

Il était huit heures trente-six. 

Chapitre 5 by Amnesie
Author's Notes:

Bonjour ! De retour pour un chapitre vraiment plus long (le prochain sera certainement bien plus court), sur la fameuse fête de Slughorn. 

Lauren ne prêta absolument aucune attention au décor sophistiqué du lieu. Elle balaya l'assemblée du regard.

 

Lily Evans, dans une jolie robe verte moldue, riait avec le professeur Slughorn. Elle ne cessait de frotter sa main droite sur son poignet gauche, où se trouvait un bracelet serti d'une pierre violette. À l'autre bout de la pièce (pouvait-il être plus loin ?), Frank Londubat lui jetait des coups d'œil mal à l'aise. Il discutait avec un Serdaigle de sixième année qui avait très certainement du sang de gobelins dans les veines, ce qui laissait croire à une fortune considérable.

 

Plus loin encore de Lily Evans, Severus Rogue. Son regard perçant croisa celui de Lauren, et elle sut qu'il savait qu'elle-même savait ; c'est-à-dire qu'elle savait qu'il aurait préféré discuter avec elle de la potion de Ratatinage plutôt que d'essuyer les regards mauvais de deux Poufsouffles mal maquillées. Elles étaient littéralement colées l'une à l'autre - fait étrange puisque La Chouette savait qu'elles se détestaient secrètement et cordialement.

 

Jamila était au centre d'un petit groupe d'anciens élèves (à en croire leur absence de boutons d'acné). Trois joueurs de Quidditch - dont Slughorn prétendait de manière tout à fait fallacieuse avoir reconnu le talent très tôt - l'écoutaient, l'air de regretter d'avoir pris part à la conversation - conversation qui tournait très certainement autour d'une forme très particulière et très complexe de magie pratiquée en Egypte. Ils se consolaient en admirant une Vélane invitée pour l'occasion. Il y avait aussi Rita Skeeter, qui prenait des notes sur les muscles des joueurs, et son cavalier, Anton Fancourt, qui secouait ses bouclettes à chaque affirmation de Jamila.

 

Ailleurs, deux filles et deux garçons de Poufsouffles, tous en Septième année, avaient l'air de s'amuser comme des fous. Ils cachaient très mal deux bouteilles d'alcool moldu certainement destinées à être versé dans les verres des convives au fil de la soirée. Ils étaient surveillés du coin de l'œil par les quelques professeurs présents, qui semblaient espérer secrètement qu'ils arrivent à leurs fins.

 

À la grande horreur de Lauren, Regulus se dirigea vers le groupe de Serpentards, particulièrement nombreux et exclusif. Chloe Avery leur servit un sourire angélique contrastant avec l'allure lugubre de son cavalier, Mulciber. Deux autres couples à l'air hautain complétaient cette impression de se trouver à une réception de sorciers cinquantenaires.

Seul Gaspard Shingleton brisait l'ennui de la conversation en faisant ce qu'il savait faire de mieux - à savoir baratiner sur ses inventions farfelues, dont la dernière en date était un Chaudron à Vapeur. Et à en croire la présence de sa compagne - une magnifique Gryffondor de Septième année -, son badinage relevait du génie, et il savait aussi bien vendre ses chaudrons que sa petite personne maigrelette.

 

-          C'est Severus qui m'a donné cette idée en cours de Potion, racontait-il en lissant son éternelle veste d'un bleu pervenche. Je l'ai vu renifler un chaudron. C'était brillant. Mais tout le monde sait que Severus est brillant. Hein, Severus ? Il est où Severus ? Quelqu'un sait où est cet abruti ? Ah ! Te voilà ! je parlais justement de toi. Mais dis-moi, t'as pas de cavalière ? Ne me dis pas que t'es venu avec la petite Alnabil ? Elle me fait flipper, la gamine. Elle fait flipper tout le monde, de toute façon. Tiens, elle te fait même flipper, Mulciber ! Alors que bon... Enfin bref. Imaginez un chaudron rond...

 

Lauren fut surprise de croiser le regard amusé de son cavalier. Mais au bout de trente-sept minutes, elle remarqua qu'il se raidissait de plus en plus ; il était passé à un stade supérieur de l'agacement. Aucun moyen de glisser un mot sur la noblesse des artefacts. Elle décida donc d'agir.

 

Elle fit signe à un malheureux élève de Quatrième année reconverti en serveur pour l'occasion. Il s'avança prudemment et fit mine de lui faire passer un message - message qu'elle avait préalablement rédigé en prévision d'une telle situation. Elle passa à son tour le bout de parchemin à Regulus, qui le lut d'un air légèrement surpris. Finalement, il s'excusa et quitta le groupe en entrainant sa compagne avec lui.

 

-          « Quittons la marmite » ? s'amusa-t-il une fois qu'ils furent hors d'écoute des élèves de leur maison.

Elle avait aussi pensé à « les carottes sont cuites », avant de se rappeler qu'une expression de son père Né-Moldu ferait moyennement plaisir à un Black. Elle haussa les épaules.

-          Comment as-tu su que je voulais partir ? Parfois je me demande si tu n'es pas Legilimens...

-          Loin de là, rit-elle en prenant cependant soin de bien manger le petit four qu'elle venait de piquer sur un plateau flottant. J'observe, c'est tout.

Elle gardait justement dans son champ de vision les deux Poufsouffles engluées.

-          Joli maquillage, commenta-t-elle à leur intention.

Regulus la considéra avec étonnement. La Chouette n'avait jamais montré quelconque signe d'intérêt pour le maquillage. Les filles serrèrent encore plus fort leur verre et lui jetèrent un regard suspicieux.

-          Merci, Veerman, minauda finalement la première. Toi aussi tu t'es faite très belle pour Regulus

L'autre lui prit le bras et l'entraina un peu plus loin, non sans avoir gobé une Tartelette-à-Ailes-Citrouille. Ou quelque chose comme ça.

 

 

-          Ah ! Regulus, vous voilà !

Le gros ventre du professeur Slughorn venait de faire apparition dans leur champ de vision. Il était accompagné d'un homme d'une quarantaine d'années, élégant dans un smoking et rasé de près. Il avait dans une main un verre d'hydromel à peine entamé, et tenait fermement une mallette de travail.

-          John, je vous présente Regulus Black, un excellent élève de ma Maison. Vous avez sûrement déjà entendu parler de la famille Black, son père Orion exerce un poste élevé au Ministère de la Magie britannique. Et Regulus, voici John Martin. Il est le conseiller personnel du président du MACUSA. Il vient d'arriver tout droit de New-York par Port-au-Loin !

Slughorn souriait de toutes ses dents, et il y avait en effet de quoi être fier.

 

Regulus quant à lui était tout simplement avide de l'attention de personnes importantes. Aussi revêtit-il son air le plus aristocratique avant de lui serrer la main.

-          Enchanté, Mr Martin, dit-il. C'est un honneur de vous avoir ici. Et voici ma cavalière, Miss Lauren Veerman.

Lauren sursauta : à force d'être ignorée, elle avait elle-même oublié qu'elle participait à la scène. Que Regulus ait eu la délicatesse de l'introduire l'ennuya un peu, mais elle se força à sourire à l'homme. Elle évita son baisemain et lui présenta à la place sa poigne toujours étonnement ferme. 

-          J'ai entendu parler des réformes que votre président avait l'intention de mener, continua Regulus. Sachez que vous avez tout le soutien de mon père.

 

La discussion politique se poursuivit pendant un long moment - une discussion qui ne semblait plaire qu'à Regulus. Le sourire du conseiller personnel du président de la magie américain était particulièrement crispé, et s'il n'avait toujours pas touché à son verre, le professeur Slughorn commençait à se noyer dedans. Le seul amusement qu'il paraissait tirer de la conversation était de faire remarquer que chacune des personnes célèbres citées avait appartenu à son fameux Club.

 

Comprenant que la discussion sur les artefacts n'était toujours pas à l'ordre du jour, Lauren se mit à observer les autres convives. Lily Evans et Frank Londubat continuaient de s'éviter. Jamila avait rejoint le petit groupe de Serpentards, et affirmait tranquillement que Gaspard Shingleton était un baratineur certes honteux, mais de grand talent. Les joueurs de Quidditch avaient rejoint les quatre ahuris de Pouffsouffle et s'amusaient à un jeu impliquant beaucoup, beaucoup d'alcool moldu.

 

Puis elle nota que les regards commençaient à se tourner sur leur petit groupe. La discussion ronflante avait été remplacée par un débat passionné - en grande partie du fait de l'intervention de ma fondatrice de la très jeune entreprise de matelas « MagicoDodo ».

-          Tout simplement scandaleux, répétait-elle.

Son visage se colorait d'une teinte écarlate semblable à sa robe dont la coupe rappelait les tailleurs moldus.

-          C'est votre naïveté qui est scandaleuse, Madame, répliqua aussitôt l'Américain. Nos relations avec les Non-Maj n'ont jamais été aussi apaisées depuis la création de ce service.

-          Et pourquoi aurions-nous besoin d'apaiser nos relations, dites-moi ? Nos relations sont déjà apaisées ! Très apaisées ! Je vais même vous dire : j'ai des amis moldus !

 

Il y eut quelques exclamations du côté des Serpentards qui assistaient à la scène. D'autres tendaient l'oreille. Regulus échangea un regard qu'il voulait certainement entendu avec John Martin et adopta son ton le plus hautain :

-          Des amis ? Et puis quoi encore... un mari je suppose ?

-          Ça te pose un problème, petit ? grinça la sorcière.

-          Regulus Black, la corrigea-t-il froidement. Et en effet, cela m'importune. De fait, c'est bien pour prévenir ce genre d'attitudes qu'il est nécessaire de créer un service surveillant la Fraternisation avec les Moldus semblable à celui du MACUSA.

Cris victorieux chez les Serpents. Lauren capta toutes les attitudes indiquant une montée de la tension dans la pièce. La femme plissa les yeux.

-          Dis-moi, quel âge tu as pour sortir des conneries pareilles ?

Cette fois, aucun son côté Serpentards ; simplement un raidissement, des regards assassins. De la satisfaction, aussi : Black allait la mater, cette Traître à son Sang.

 

Un silence épais s'installa. Regulus laissa passer six secondes avant de déclarer, les doigts serrés sur le col de sa robe :

-          Peut-être avez-vous raison, finalement. Il ne nous faut pas un service surveillant la Fraternisation avec les Moldus. Il nous faut bien plus. Toute personne entretenant quelque sorte de relation avec un Moldu devrait être exclue de la communauté magique. Les individus de votre espèce ne méritent ni leur baguette, ni leur...

-          Regulus, voyons mon garçon...

-          ...ni leur magie. Le Ministère s'est montré trop clément. Il est temps de...

-          Et dis-moi, Black, comment fait-on quand notre famille est moldue ? le coupa pour de bon une voix claire chargée d'ironie. On la jette aux oubliettes ? Non, ce n'est peut-être pas suffisant... On la tue nous-même ?

Lily Evans s'était imposée dans la discussion et sa fureur semblait avoir atteint chacune de ses mèches rousses. Slughorn était apathique. Les témoins de la scène - Rita Skeeter en premier plan - étaient surexcités. La situation avait un excellent potentiel de dérapage.

 

-          Beaucoup de Moldus préfèrent eux aussi ne pas avoir de relations avec les sorciers, intervint alors Lauren d'un ton neutre, considérant Lily avec attention. Ta sœur en est un bon exemple, si je me souviens bien.

C'était bas. C'était aussi un peu méchant. Mais Regulus vrillait la Née-Moldue de regards hostiles et La Chouette avait déjà une bonne idée de ce qu'il aurait répondu si elle n'était pas intervenue. Cela impliquait des insultes voilées, du mépris et l'activation du mode « harpie » de Lily Evans. Personne n'avait envie de voir cela.

 

Pour l'heure, la Gryffondor gardait les poings sur les hanches et les yeux flamboyants, mais elle était trop estomaquée pour répliquer. Tout le monde la regardait avec une certaine pitié ; la tension était quelque peu retombée.

-          Les relations sont toujours très compliquées, conclut Lauren avec détachement. Elles le sont encore plus quand les personnes sont très différentes. Personne ne pourra le contredire, n'est-ce pas ?

Elle n'aurait su faire assertion plus générale et vide. Elle s'en félicita.

 

Finalement, la musique revint comme une bourrasque qui remplit la pièce et leurs poumons. Slughorn sauta sur l'occasion :

-          Regulus, pourquoi n'inviteriez-vous pas votre compagne à danser ?

 

C'était incongru mais cela eut le mérite de faire revenir sur terre les invités. Ils s'accrochèrent par paires. Regulus fut forcé d'abandonner le débat avec un certain soulagement que La Chouette ne manqua pas. Elle reposa sa main sur celle qu'il lui tendait, tournée vers le ciel.

 

Ce fut bien moins embarrassant que Lauren ne l'avait imaginé. C'était simple, curieusement naturel, sans une once de séduction. Leurs mains enlacées lui rappelaient l'école moldue et la manière dont garçons et filles se tenaient la main sans gêne, sagement rangés devant l'institutrice. La paume de Regulus sur son omoplate était légère, car il n'éprouvait ni le besoin de la rapprocher, ni celui de la guider. Sa propre main reposait sur l'épaule du sorcier. C'était confortable.

 

Lauren regarda les autres couples dansant autour d'eux. Lily et Frank avaient fini par se retrouver (certainement à cause de l'incident), mais évitaient soigneusement que leurs regards ne se croisent. Jamila était aux bras de Gaspard Shingleton (ou peut-être était-ce l'inverse ?) ; Chloe disparaissait dans les bras de Mulciber. Le groupe de meilleurs amis de Poufsouffle semblait au bord de la crise, les joueurs de Quidditch bouleversant leur petit équilibre. Les deux siamoises mal maquillées de sixième année se tenaient le plus loin possible de la piste de danse. Enfin, le demi-gobelin de Serdaigle attendait dans un coin, dans une posture ennuyée semblable à celle de Severus Rogue. 

 

-          Ce que tu as dit à Evans..., commença Regulus au bout de quatre minutes trente-trois.

Il tirait un peu le cou comme pour prendre de l'air. Lauren lui adressa un regard interrogateur.

-          Tu le penses ? termina-t-il avec un peu plus d'assurance.

Elle s'attendait à cette question. Elle l'avait soutenu, après tout. Et personne ne savait où se rangeait La Chouette.

-          Lily Evans et sa sœur ont bien une relation compliquée, et les relations en général sont aussi compliquées. Je le pense, oui.

Elle resta sur ses gardes. Lauren savait que sa neutralité à toute épreuve pouvait autant agacer que des propos extrêmes. Mais Regulus hocha doucement la tête sans qu'elle ne sache ce qu'il en pensait.

 

-          Tu danses vite, enchaina-t-il sans plus de transition, tentant d'accrocher le regard de La Chouette qui jonglait sur les invités.

-          Désolée. Je ne connais que la valse viennoise. La valse anglaise est beaucoup plus lente...

Elle se cala sur le rythme de son cavalier.

-          Mais tu danses bien, reprit-il. Je suppose que cela fait partie de l'éducation que ta mère t'a donnée.

-          En réalité... c'est mon père qui m'a appris à danser.

 

La sorcière délaissa ses observations et guetta l'expression de son cavalier. Elle ne parlait jamais de son père - à raison puisqu'il était Né-Moldu et adultère. Mais la valse et l'alcool faisaient tourbillonner de vieux souvenirs.

-          J'ai appris à danser le jour où j'ai manifesté mes dons magiques pour la première fois, lui dit-elle. J'avais presque neuf ans, nous étions sur une place à Vienne, et un orchestre jouait « Le Beau Danube Bleu ». J'ai dansé avec mon père, et je suppose que le moment m'a paru trop beau pour qu'il cesse. Au bout d'un moment, mon père a réalisé que tout autour de nous s'était figé.

Son expression se fit rêveuse le temps de deux centièmes de seconde.

-          Alors c'était...

-          Une sorte d'Aresto Momentum, termina-t-elle avec une certaine fierté.

 

Regulus ne dit rien, et elle lui en fut étrangement reconnaissante. Peut-être méprisait-il cette famille qui dansait avec des Moldus ; ou bien cette petite fille qui manifestait des dons si tard en comparaison des enfants Sang-Purs. En réalité, il avait l'air plutôt perdu dans ses propres pensées.

 

-          Et toi ? lui demanda Lauren. Je sais que Sirius et toi avez eu un précepteur...

Il la regarda longuement, avant de se décider à répondre franchement lui aussi.

-          Nous avions un précepteur, c'est vrai, mais son enseignement était surtout réservé à Sirius. Dès l'âge de sept ans, il a reçu des cours de toutes sortes de danse. Il était très doué...

Et rien qu'à voir comment Sirius marchait, parlait, se comportait, il était évident qu'il était un danseur incroyable.

-          Mais il devait s'entrainer. Alors j'ai servi de cobaye, murmura Regulus avec un sourire.

Lauren imagina les deux petits garçons valser dans la maison froide des Black, et se joignit à son sourire. Elle non plus ne dit rien. Ils achevèrent leur danse tranquillement.

 

 

Assise dans un coin, Jamila fit signe à Lauren. La sorcière abandonna donc son cavalier qui en profita pour inviter une Serpentard. Elle avait un peu le tournis d'avoir valsé si longtemps, et s'installa donc sur une chaise à côté d'elle.

-          Félicitation pour ton intervention, commença la sorcière égyptienne. Maintenant tout le monde te déteste.

Lauren soupira et fit jouer le fermoir de sa montre à gousset à son cou.

-          Ça n'a pas plu à Mulciber ?

-          Il te hait trop pour cela. De ce que j'ai entendu, tu aurais dû te taire pour laisser Black gagner le débat. Ou bien le soutenir réellement. En fait, je crois que seul Shingleton t'a trouvée merveilleuse - va savoir pourquoi.

La Chouette parcourut encore la pièce du regard et remarqua qu'en effet, elle recevait une hostilité inhabituelle. Cela l'inquiéta un instant, avant qu'elle ne réalise que son pouvoir sur les rumeurs du château était suffisant pour qu'elle fasse en sorte de rapidement retrouver l'indifférence. 

 

-          Londubat a une allure étrange depuis le début de cette soirée, reprit Jamila.

Une expression moqueuse s'empara immédiatement du visage de Lauren. Oubliés les regards hostiles.

-          Il s'est fait rejeter par Lily Evans, répondit-elle avec légèreté.

-          Comment le sais-tu ? Je ne t'ai pas vu leur adresser la parole. Et puis, je croyais qu'ils y allaient « en ami » ! s'énerva Jamila.

-          Frank Londubat lui a offert un bracelet.

Elle grogna.

-          C'est assez peu amical, en effet. Et qu'est ce qui te fait croire qu'elle l'a éconduit ?

-          Elle n'a pas l'air d'aimer le bracelet. Je l'ai vu tirer dessus environ cinquante-quatre fois depuis le début de la soirée. Je suppose qu'elle a hâte de l'enlever. Et puis comme tu dis, elle évite son regard...

Son amie cligna plusieurs fois des yeux et hocha la tête.

-          Alors je suppose que je n'ai aucune chance avec lui ? Je veux dire, il est vraiment amoureux d'Evans ?

-          Oh absolument pas, s'amusa-t-elle.

-          Bon sang, Lauren, arrête avec tes devinettes ! Il lui a offert un bracelet...

-          Violet, la coupa La Chouette.

-          Violet ?

-          Il lui a offert un bracelet violet.

-          Tu es franchement insupportable.

Les yeux toujours fixés sur la piste de danse, Lauren gardait son petit sourire moqueur.

-          Lily Evans n'aime pas le violet, dit-elle.

-          Bien sûr qu'elle n'aime pas le violet ! Personne n'aime le violet ! C'est une couleur tout bonnement affreuse. Alors quoi ? Tu vas me dire que j'ai une chance avec Londubat parce qu'il n'a aucun goût ?

Cette fois, Lauren rit franchement.

-          Non, je veux dire qu'il ne sait même pas quelle est la couleur préférée de Evans, expliqua-t-elle en prenant son amie en pitié. Et s'il était un minimum amoureux de d'elle, il aurait au moins essayé de se renseigner. Surtout que c'est plutôt évident à deviner, c'est le...

-          Rouge.

-          Vert ! Sa couleur préférée est le vert, enfin !

-          Bon, s'impatienta Jamila. Pour être honnête, je me fiche un peu de la couleur préférée de Lily Evans. Alors tu me confirmes qu'il n'y aura rien entre ces deux-là ?

-          Je n'ai aucun doute. Mais il faut reconnaitre que c'est assez drôle de les voir si gênés... Le gentil Londubat a du se sentir obligé de faire un cadeau à sa cavalière, et Evans a eu peur qu'il n'ait une idée derrière la tête. Alors elle l'évite, et Monsieur Parfait croit qu'elle est embarrassée parce qu'elle a des sentiments pour lui. Et il l'évite...

-          Les Gryffondors sont vraiment des attardés sentimentaux, conclut Jamila.

 

Lauren se retint de faire un commentaire sur la manière dont son amie choisissait ses potentiels époux. Elle la vit ensuite s'éclipser pour se poster devant le pauvre Frank Londubat qui fut bien forcé de lui accorder une danse. Non loin, Regulus invitait à danser une des deux Poufsouffles mal maquillées qui parut franchement troublée.

 

Elle resta ainsi, seule, à observer les convives s'amuser plus ou moins. À un moment, le groupe des quatre Poufsouffles de Septième année passa devant elle. Ils avaient apparemment réussi à trouver de nouvelles bouteilles d'alcool moldues. Elle les intercepta.

-          Tiens, salut La Chouette ! fit un garçon myope et passablement éméché. Tu t'amuses ?

-          Oh oui, beaucoup, mentit-elle alors qu'une idée germait dans son esprit. Mais d'autres ont l'air de bien moins s'amuser.

-          Ah oui ? s'étonna une brune qui avait passé la soirée accrochée au bras d'un joueur de Quidditch, causant la colère de son copain myope.

-          Tenez, vous voyez cette Poufsouffle de Sixième année ?

-          Celle qui danse avec Regulus Black ? demanda l'autre fille.

-          Oui. Et l'autre, qui mange au buffet, vous la voyez ? Margareth Williams.

-          C'EST MAGGIE !! rugit le quatrième ahuri du groupe. Josh est sorti avec elle l'année dernière, pas vrai Josh ?

 

Le garçon myope parut embarrassé, et sa copine agacée.

-          Oui, voilà, Margareth Williams, reprit Lauren. Ou Maggie, comme vous voulez. Bien, alors que penseriez-vous d'échanger leur verre avec un peu d'alcool, à elles deux ?

Une étincelle s'alluma dans les yeux déjà brillants du groupe de quatre Poufsouffles.

-          T'es une vraie rebelle, Le Chouette, dit le deuxième garçon en lui donnant un coup de coude complice.

-          Je n'aurais su mieux dire, s'étouffa-t-elle.

Lauren était tout sauf rebelle. Elle suivait les règles à la lettre. Et parfois, comme tout bon Serpentard, elle en trouvait les failles, et les exploitait. Pour l'heure, elle s'amusait simplement à manipuler un groupe d'élèves de deux ans ses ainés.

 

-          Alors ? que diriez-vous de dérider ces deux pauvres camarades ? Vous n'avez qu'à échanger leur verre...discrètement, bien sûr !

Les Poufsouffles acquiescèrent bruyamment, et se mirent à échafauder un plan. Neuf minutes vingt-six plus tard, Lauren vit avec satisfaction la fille qui dansait avec Regulus rejoindre sa siamoise et s'agripper à un verre désormais rempli d'alcool moldu.

 

Regulus la rejoignit à son tour.

-          Tu t'amuses ?

-          Pas plus que ça.

Il eut ce petit rire étouffé.

-          Elle dansait bien, cette Poufsouffle, ajouta Lauren.

Son cavalier lui jeta un drôle de regard.

-          Hum... Oui.

Il ne trouva rien de plus à ajouter.

 

-          J'ai une surprise pour toi, reprit-elle.

Regulus lui jeta un regard suspicieux mais se laissa entrainer vers le buffet. Elle leur servit alors à chacun et verre d'hydromel et se tourna innocemment vers les deux filles à leurs côtés.

-          Joli maquillage, dit-elle.

-          Tu l'as déjà dit, grogna la Poufsouffle d'un air suspicieux. Tu te moques de nous, c'est ça ?

-          Je ne sais pas. Qu'est-ce que tu en penses, toi, Regulus de leur maquillage ?

-          Je ne suis pas expert, répondit-il avec diplomatie.

Il lui décrocha au passage un regard noir. Il avait aussi l'air de s'inquiéter de sa santé mentale.

 

-          Moi non plus, dit Lauren avant de changer brusquement de sujet. Vous avez vu Lily Evans ?

Les siamoises hochèrent la tête lentement, toujours suspicieuses.

-          Elle est ravissante, n'est-ce pas ?

Deuxième hochement de tête parfaitement coordonné.

-          J'ai entendu dire que Londubat lui avait offert un bracelet...

La plus blonde des deux (Maggie) manqua de s'étrangler dans son verre, et son amie la frappa lourdement dans le dos. Elles avaient l'air passablement éméchées - signe que leurs camarades de Septième année avaient accompli leur mission avec succès.

 

Regulus regardait toujours Lauren comme si elle venait de s'échapper de Sainte Mangouste. L'affaire de la mallette, et voilà qu'elle discutait histoires de cœur... Mais Margareth Williams était une Sang Pure, et pensant qu'elle avait des vues sur Frank Londubat, il eut un peu pitié d'elle.

-          Ne t'en fais pas, Londubat n'a aucune raison de s'intéresser à une Sang de Bourbe. Et Evans n'a pas l'air d'aimer ce bracelet... N'importe qui pourrait deviner qu'elle aime le vert et non le violet.

 

Il ne vit pas l'énième expression admirative de Lauren. À ce niveau-là, c'était pour elle comme trouver une âme sœur, et c'était plutôt désagréable et plaisant.

 

En tout cas, la Poufsouffle avait l'air rassurée. Elle se passa une main dans ses cheveux hirsutes. La Chouette était aux anges.

-          Jolie coupe, commenta-t-elle.

-          Merci...répondit la blonde sans se rendre compte qu'elle devenait de moins en moins blonde.

 

Alors, tout se passa très vite. Son amie lui jeta un regard affolé. Elle fit mine de partir, mais Lauren la retint par le bras. Elle croisa le regard de Regulus, et il lui sembla voir les choses se mettre en place dans sa tête. Elle attendit un peu avec l'espoir que vraiment, le garçon pouvait être son âme-sœur.    

-          Tu dansais vraiment très bien..., fit-il à la Poufsouffle, choqué.

La fille tira pour s'échapper de l'emprise de Lauren, mais Regulus la retint lui aussi, ainsi que la blonde-brune.

-          ...Sirius.

 

Et peu à peu, le visage des deux jeunes filles se mit à fondre, laissant place à deux barbes, deux yeux joueurs, l'un d'un brun très chaud, l'autre d'un gris incisif. Elles prirent quelques centimètres et leur maquillage pitoyable s'effaça.

 

James Potter et Sirius Black regardèrent longuement le fond de leur verre, réalisant que l'alcool avait remplacé le Polynectar. Et avec une nonchalance dont seuls les deux plus grands Maraudeurs étaient capables, ils offrirent aux Serpentards leur plus beau sourire.

-          Salut, petit frère ! 

End Notes:

Alors là j'ai vraiment besoin de vos retours, parce que ce chapitre a été sympa à écrire et que bizarrement, j'y tiens. Le rythme n'est-il pas un peu trop haché ? J'ai peur qu'on finisse par s'ennuyer ou qu'on perde le fil. Est-ce que j'en ai trop fait sur les déductions de Lauren ? Je me permets d'en faire un peu trop parce que c'est sympa, mais ça doit quand même rester réaliste. Ce qui m'amène à ma question principale :

Aviez vous deviné ??

J'ai essayé de semer quelques indices et de brouiller les pistes, j'avais envie que le lecteur suive le même raisonnement que La Chouette... Bref, je suis super curieuse d'avoir votre avis !

 

(PS : Désolée pour l'image déplorable des Poufsouffles dans ce chapitre. Pour ma défense, on les regarde un peu du point de vue de Lauren. Et puis dans l'absolu, ils font des trucs très sympa pendant cette soirée ! Bon, j'avoue, c'est aussi que j'aime bien me moquer d'eux...)

 

Edit: Pour ceux qui aurait déjà lu, j'ai supprimé une partie du chapitre (celle avec les déductions du conseiller) parce que justement, ça faisait "trop", et que ça n'apportait rien à l'histoire ou au rythme... Rien à regretter !

Chapitre 6 by Amnesie
Author's Notes:
Désolée pour le rythme de publication hasardeux, j'ai tendance à tout modifier tout le temps et ça n'aide pas tellement. Bonne lecture !

Il était deux heures cinquante et une du matin, et Lauren et Regulus s'enfonçaient toujours plus bas dans le château pour rejoindre leur Salle Commune. Ils marchaient côte à côte ; Regulus à la manière d'un somnambule, épuisé, et Lauren, parfaitement éveillée mais déstabilisée par l'alcool.

 

-          Il l'a fait... marmonna le sorcier pour la trente-huitième fois de la soirée.

-          C'était plutôt ingénieux.

-          C'était parfaitement idiot. Tout ça pour se goinfrer au buffet...

-          Tu m'as l'air quand même un peu jaloux, le taquina Lauren. Tu sais, tu restes toujours l'élève préféré de Slughorn... après Lily Evans.

Son sourire s'accentua alors que le visage du sorcier se fermait un peu plus. À la surprise collective, le professeur Slughorn avait salué la qualité du Polynectar réalisé par les Gryffondors. Il était même allé jusqu'à les applaudir et les convier à ses prochains diners - ce qu'ils avaient immédiatement décliné. Il y avait une différence de taille entre être invité et s'inviter. Les Maraudeurs avaient une réputation à tenir.

 

En tout cas, la bonhommie du professeur de Potion n'avait pas plu à tous. Minerva MacGonagal et Regulus Black avaient arboré la même expression pincée pendant tout le reste de la soirée.

 

"Élèves hors des dortoirs ! Attendez que je vous attrape..." 

 

La lueur d'une torche apparut au coin du couloir. Lauren se secoua un peu sous le regard dubitatif de Regulus. Pourtant, la sorcière lui aurait bien mis quelques gifles pour qu'il soit lui aussi prêt à affronter le concierge avec toute sa lucidité.

 

Ce dernier était justement arrivé à leur hauteur. Il pointa un doigt jaunâtre sur eux.

-          Qu'est-ce que vous faites ici ? Interdiction de...

-          Je suis préfet, le coupa Regulus d'une voix claire.

Il n'avait plus du tout l'air fatigué. Il était droit, sûr de lui, le visage presque ouvert. Lauren haussa un sourcil admiratif alors qu'elle-même se sentait légèrement tanguer.

-          Et elle ? grimaça Rusard en désignant cette fois la jeune fille.

-          Je l'ai surprise hors des dortoirs. J'allais la ramener à la Salle Commune, quinze points ont bien sûr été retirés à Serpentard.

Le concierge grommela, visiblement ennuyé de ne pas pouvoir décider lui-même de la punition.

-          Bien, conclut-il en reniflant. De toute façon, ça ne pouvait pas être elle...

Et il repartit en marmonnant des phrases inaudibles, sa chatte sur les talons. 

 

Ils le regardèrent un instant s'éloigner de sa démarche hachée puis se remirent en route. Ils entendaient encore derrière eux les miaulements de Miss Teigne.

-          Merci, dit Lauren en guettant la réaction de Regulus du coin de l'œil.

-          Je n'aime pas mentir, souffla-t-il.

-          Je sais. Merci.

Il hocha la tête avec raideur, et lorsqu'ils arrivèrent à une intersection, Lauren sembla soudain se souvenir de quelque chose.

-          On aurait dû lui demander le chemin de la Salle commune !

Ils tournaient en rond depuis trente-neuf minutes, ce qui était assez ironique pour un préfet et une fille prétendant avoir ses yeux partout dans le château. Mais c'était ainsi, Lauren et Regulus avaient trouvé avec dépit un nouveau point commun : tous deux avaient un sens de l'orientation déplorable.

 

Regulus haussa les épaules et Lauren finit immanquablement par trébucher toute seule. Il la rattrapa d'un geste vif, un air réprobateur signifiant très clairement qu'il ne cautionnait pas sa descente d'alcool.

-          Arrêtons-nous, dit-il alors qu'elle retrouvait son équilibre. On n'arrête pas de se perdre, de toute façon.

Ils s'appuyèrent sur le mur froid, puis se laissèrent glisser, et s'assirent par terre en s'y adossant. Tout était incroyablement silencieux. Et tout était surtout très sombre. Si elle était rassurante quant à leur localisation, l'absence de fenêtres les plongeait dans les ombres des rares torches tremblotantes. Lauren ne pouvait plus distinguer les expressions de Regulus. Elle n'observait que sa silhouette, son dos très droit et ses épaules un peu plus détendues. Elle pouvait aussi voir ses longs cils papillonner faiblement, comme finalement rattrapés pour de bon par le sommeil.

 

-          Je ne suis pas sûr d'avoir envie d'y retourner, avoua-t-il finalement.

-          Moi non plus.

Pourtant, elle adorait ses nuits au coin du feu dans la Salle commune des Serpentards.

 

-          Pourquoi tu m'as invitée ?

À sa surprise, Regulus répondit cette fois franchement.

-          C'était plutôt par dépit. Chloe est promise à Mulciber. Alnabil est... fatiguante. J'étais étonné que Margareth Williams ait refusé toutes les invitations, mais maintenant tout s'explique... Et il y avait d'autres filles...

Lauren lui tapota l'épaule, craignant qu'il ne s'endorme. Il émergea un peu.

-          ...Il y avait d'autres filles, et pour être honnête au début je pensais te demander de me trouver une cavalière remplissant un certain nombre de critères.

Les gens commençaient à prendre Lauren pour une marieuse, et cela l'inquiétait de plus en plus.

-          Je ne sais pas pourquoi j'ai changé d'avis. Enfin si. J'ai pensé que tu ne parlerais pas trop et que tu ne ferais pas d'histoires.

-          C'est flatteur, fit-elle, ironique.

-          Pas vraiment.

Lauren nota que Regulus Black, même à moitié endormi, était toujours incapable de second degré. Mais elle avait enfin trouvé la véritable raison de son invitation au réveillon de Slughorn, et aussi pathétique soit-elle, cela la rassurait grandement.

 

Elle fronça les sourcils.

-          Je n'ai même pas eu à parler artefacts de magie. Tu es sûr que le contrat est bien validé malgré tout ?

Il tourna la tête vers elle et une lueur orangée captura un instant son léger sourire.

-          On n'a qu'à en discuter maintenant.

 

Jamais le noir n'avait autant irrité Lauren. Elle ne voyait rien. Elle ne savait rien.  Pourtant, elle devait savoir. Allait-elle avoir le droit à une véritable conversation avec Regulus Black ? Une conversation banale, sur un sujet qui les passionnait tous les deux ? Une conversation sans marcher sur des œufs ?

-          Tu veux parler de l'épée de Gryffondor ? le chercha-t-elle un peu en essayant en vain de capter son expression.

Mais il répondit de manière surprenante et décevante.

-          Tu l'as déjà vue ?

Il aurait dû s'agacer... non ? Lauren se leva pour décrocher une torche du mur et se rassit en la plaçant entre eux deux. Les flammes les réchauffèrent un peu. Surtout, leurs larges ombres se dessinaient à présent sur le mur derrière eux, et elle pouvait le voir, ainsi que les quelques insectes nocturnes à leur pieds.

 

-          Non, fit-elle en essayant de trouver une position plus confortable pour tenir la torche. Pas assez courageuse, je suppose. Et toi ?

-          Pas assez courageux non plus, sourit-il doucement.

Puis il sortit sa baguette et jeta un sort qui fit léviter la torche à deux centimètres du sol sans que Lauren n'ait à s'épuiser à la porter. Elle le remercia du regard, le détailla huit centièmes de secondes, et décida qu'il était... normal. Il n'y avait rien à voir. Il discutait.

 

-          On ne serait même pas capable de la déchiffrer, de toute façon, fit-elle remarquer.

-          Pourquoi ?

-          Les inscriptions sont en langue gobeline.

Regulus grimaça - ce qui signifiait chez lui froncer imperceptiblement du nez.

 

-          Et ta Montre à Grain ? enchaina-t-il en désignant la montre à gousset qu'elle portait en collier. Je n'en avais jamais vu.

Lauren se rapprocha un peu de lui pour qu'il puisse inspecter l'artefact en tirant sur la chaine en or. Il y avait sous la vitre du cadran trois petits sabliers animés par la magie.

-          C'est assez rare, oui, avoua-t-elle. C'est mon grand-père qui me l'a offerte.

Et comme le sorcier la considérait à présent avec hésitation, elle ajouta :

-          Mon grand-père maternel. Aquarius Yaxley.

Son soulagement fut tel qu'elle leva les yeux au ciel.

-          Comment lis-tu l'heure dessus ?

-          Ce sablier-là, répondit-elle en désignant un sablier minuscule rempli de grains semblables à de la poussière, c'est le sablier des secondes. Lui (ce sablier était à peine plus grand et il s'y égrenait des billes argentées) pour les minutes. Le dernier, le plus gros avec les éclats d'émeraude, est celui des heures.

-          Et tu arrives à lire l'heure comme ça ? s'étonna-t-il.

-          Trois-heures vingt, répondit-elle sans même regarder l'artefact.

 

Regulus considéra encore dix-huit secondes le cadran où se reflétaient les flammes avant de laisser retomber la Montre à Grain sur sa peau. Il revint ensuite s'adosser au mur inconfortable avec l'air de subir une torture. Le bas sol de Poudlard... pour un Black... Quelle idée.

 

Le silence qui s'installa ensuite dura une éternité que Lauren n'essaya même pas de compter. Elle fixa le mur devant elle, deux scarabées se battaient dans le noir. Quand elle se rapprocha de Regulus pour poser sa tête sur son épaule, elle imagina qu'il s'était finalement assoupi.

-          Qu'est-ce que tu fais ?

Il avait dit cela en inspirant, et sa respiration était désormais inconfortablement bloquée, son corps redressé et figé.

-          Je repose ma tête.

-          Sur mon épaule ?

-          Ça te dérange ? s'amusa Lauren sans pour autant quitter son repose-tête à peine trop pointu.

-          Oui.

-          Ma tête est trop lourde ?

-          Non.

-          Mes cheveux te grattent ?

-          Tes cheveux ?

-          Les longs poils sur ma tête.

-          Je sais ce que sont des cheveux !

Lauren rit doucement avant de se résoudre à mettre fin au supplice du sorcier. Elle s'écarta, un éclat moqueur dans ses grands yeux tandis que Regulus la considérait sévèrement. Finalement, elle se releva.

-          Tant-pis, soupira-t-elle en époussetant sa robe. De toute façon, tu n'étais pas confortable. Tu devrais te remplumer un peu, tu sais.

 

La flamme de la torche à ses pieds grandit brutalement et elle s'inquiéta un peu de sa provocation, avant qu'elle ne diminue alors que Regulus se levait à son tour en la replaçant sur le mur. Il conserva une expression songeuse pendant de longs couloirs, sa baguette éclairant leurs errements.

 

 

-          Je ne suis pas un édredon.

Lauren ouvrit la bouche puis la referma, plissa les yeux et décida que vraiment, cette phrase n'avait aucun sens.

-          Pardon ?

-          Je ne suis pas un édredon.

-          Je sais, dit-elle posément. Pourquoi tu me dis ça ?

-          Tu m'as dit de me remplumer.

-          C'était une image.

Elle était franchement décontenancée et hésitait à rire, mais Regulus avait son air sérieux. Elle continua de marcher à ses côtés en surveillant son attitude du coin de l'œil.

-          Tu ne peux pas me comparer à un édredon, accusa-t-il fermement. Tu ne peux pas.

-          C'était une blague.

-          Il y a des limites aux blagues.

-          Je ne vois pas pourquoi.

Le Serpentard souffla avec agacement. Des bruits de pas résonnèrent à une distance indéterminée. Ils les ignorèrent, sentant une hostilité inhabituelle et légèrement absurde s'élever entre eux.

-          On dirait Sirius, dit froidement Regulus, ses doigts crispés sur sa baguette. Tu ne respectes rien ni personne, tu te moques de tout, tout le temps.

 

Lauren n'aurait jamais songé pouvoir être comparée à Sirius Black. Elle n'aurait jamais non plus imaginé pouvoir entendre Regulus Black se vexer d'une moquerie si puérile.

-          Certains sujets n'ont pas à être pris au sérieux, dit-elle prudemment.

-          Mais tu ne prends rien au sérieux, répliqua-t-il aussitôt comme s'il avait anticipé sa réponse. Y-a-t-il une seule chose à laquelle tu accordes la moindre valeur ?

-          Oui. Ma...

-          À part ta sœur.

-          C'est suffisant.

Cette fois, elle s'arrêta. Regulus aussi, et il lui fit face. Elle nota qu'il tenait sa baguette allumée d'un Lumos baissée au niveau de leurs genoux. Il n'était pas hostile.

 

-          Je ne t'ai jamais jugé, Black, dit Lauren d'un ton neutre qu'elle espérait aussi ferme. Je n'ai jamais jugé tes opinions, tes amis, ton nom. Tu peux être qui tu veux.

Il plissa légèrement les yeux. Il essayait de comprendre. Elle aussi. C'était si simple, finalement.

-          Je ne juge pas, reprit-elle en relevant légèrement le menton, mais je me moque, je m'amuse. Je pense pouvoir rire des détails sans importance. Comme de ta manière de signer des parchemins, ou de décacheter tes lettres. Tu connais des sorts de Repassage pour tes vêtements. Tu apprends chaque année la chanson du Choixpeau. Tu marches comme un Brossdur et c'est hilarant. Tu bois ton jus de...

-          Un Brossdur ? releva Regulus avec un air de profonde incompréhension.

-          Le balai.

-          Tu trouves que je marche comme un balai ?

C'était proche de ce à quoi elle avait en tête et elle décida de ne pas le choquer davantage. Lauren était d'ailleurs surprise qu'il ne lui ait pas lancé un des sortilèges de magie noire de ces livres qui le fascinaient tant. Elle avait d'ailleurs bien sûr prévu une issue de secours. Il y avait accroché au mur à côté d'eux une bonne amie de la Grosse Dame des Gryffondors, qui avait elle aussi une excellente capacité vocale.

 

-          Donc là, je devrais rire ? reprit Regulus avec une expression que La Chouette déchiffra sans certitude comme de la curiosité.

-          Si tu veux.

-          Mais je ne trouve pas ça drôle.

-          Désolée.

 

Il la regarda attentivement pour comprendre la raison de son excuse, son double sens potentiel. Elle y songeait également. L'amie de la Grosse Dame ronflait doucement dans son tableau. Regulus passa finalement une main fatiguée dans ses cheveux, leur donnant un aspect ébouriffé presque incongru.

-          Évite simplement de te moquer quand d'autres personnes sont présentes.

 

Lauren était tellement surprise de la réponse et de la douceur de Regulus qu'elle ne trouva rien à dire. Elle nota trois heures quarante-neuf du matin comme une heure marquante de sa vie. Elle finit par se racler la gorge et désigna le tableau à côté d'eux.

-          Je le reconnais. On est proches de l'entrée de la Salle commune.

 

Et quelques détours plus tard, ils arrivèrent effectivement devant le mur d'entrée. Ils ne parlaient pas, épuisé par la nuit et le froid de décembre, et rassasiés par leur discussion. La Serpentard prononça le mot de passe et entra la première.

 

 

 

Il y eut un éclair. Il frappa Lauren en pleine poitrine.

 

 

Elle resta longtemps hébétée. Regulus la contourna aussitôt et se plaça devant elle, brandissant sa baguette sur la Salle Commune déserte. Ses chaussures lustrées crissaient sur le sol. Il baissa les yeux ; la pierre scintillait. Des milliers d'éclats d'émeraude et de grains de sable, des débris de verre. Aux pieds de Lauren, la Montre à Gousset éventrée, sa chaine brisée.

 

Le décolleté de la sorcière était nu, hormis un éclat de verre dans sa peau qui bougeait au rythme de sa respiration. Regulus prit la main de Lauren et la fit s'assoir sur la première chaise à disposition. Pendant qu'elle reprenait ses esprits, il fit plusieurs mouvements de baguette qui firent s'élever les Grains dans les airs. Avec une précision époustouflante, il les regroupa par catégorie et les disposa séparément dans trois fioles différentes qu'il sortit d'une cache dans sa table attitrée. Une fois les débris de la Montre à Grains nettoyés, il lança quelques sorts pour s'assurer de leur sécurité. Il retourna enfin à Lauren.

 

Elle était enfin revenue à elle et parcourait la pièce du regard avec frénésie, cherchant des indices sur son agresseur.

-          Tout va bien ? demanda Regulus en s'accroupissant face à elle pour être à sa hauteur, ses yeux gris chargés d'inquiétude.

Il semblait un peu moins soucieux de son allure qui n'était plus exactement guindée. Lauren hocha la tête.

-          La montre a encaissé le maléfice, dit-elle d'une voix un peu rauque.

 

Elle avait toujours été des flegmatiques. Elle ne criait jamais, elle encaissait, analysait et prenait son temps pour réagir. Son flegme frisait parfois l'apathie. Mais il y avait sa Montre à Grains en miettes et cet éclat de verre dans sa peau, et la jeune fille dut se concentrer sur les craquements du feu dans la cheminée pour apaiser son rythme cardiaque. La main de Regulus sur son genou aidait également.

 

-          Il va falloir te retirer ça, dit le sorcier en désignant l'éclat de verre. Tu veux aller à l'infirmerie ?

-          Non, répliqua-t-elle aussitôt d'un ton beaucoup plus ferme. Si tu sais le faire, tu l'enlèves. J'ai confiance.

Elle était surtout déterminée à ce que personne n'ait vent de son agression. Montrer ses faiblesses était ici fatal, et Regulus le savait, alors il acquiesça lentement.

-          Ça n'a pas l'air très profond, déclara-t-il en fronçant les sourcils. Je vais chercher de l'Essence de Dictame, ça disparaitra en un instant.

 

Lauren n'avait pas la moindre idée de ce qu'était l'Essence de Dictame, mais à cet instant-là, elle était prête à lui offrir une confiance aveugle. Regulus retourna à sa table de réunions Sang-Purs et elle le vit cette fois clairement prononcer des mots en gaélique pour faire apparaître un petit tiroir qui s'avéra presque sans fond. Il en sortit une fiole qu'il ramena vers elle.

 

Regulus s'accroupit à nouveau devant Lauren. Ils échangèrent un bref regard, et le sorcier tira d'un geste vif sur le débris de verre. Un flot de sang s'écoula aussitôt de la plaie ; il l'interrompit aussi vite en versant quelques gouttes de Dictame sur la plaie.

-          Ça va ? demanda-t-il en faisant disparaitre d'un coup de baguette les traces de sang sur le tissu de sa robe.

 

Lauren se releva à son tour et fit quelques pas pour souffler. Pourquoi ne voyait-elle rien ? Elle ne trouva rien de plus à dire que :

-          Oui. Merci.

La sorcière avait le sentiment de lui devoir beaucoup, cette nuit. La Chouette en elle espérait qu'il n'était pas aussi calculateur qu'elle.

 

-          Tu sais quel maléfice te visait ?

Elle haussa les épaules et effectua un tour sur elle-même pour embrasser la pièce du regard.

-          Aucune idée. Mais c'était assez puissant pour détruire ma... montre.

 

Ses grands yeux cherchèrent alors avec angoisse la vieille horloge éternellement en avance de neuf secondes.

 

Quatre heures onze. Elle respira un peu mieux. 

 

-          Tu ne l'as pas entendu prononcer la formule ? insista-t-il.

-          Non.

 

Quatre heures onze et vingt-et-une secondes. Lauren regarda encore une fois les fauteuils en cuir noir, les teintures usées, les habitants endormis des tableaux. Elle esquiva son artefact brisé. Elle poursuivit avec les poils de balais sur le tapis.

 

-          Et tu sais qui a lancé le maléfice ?

Les lampes suspendues au plafond par des chaines et projetant une lumière verdâtre sur les crânes, les plumes abandonnées. La table des élèves de Sixième année sur l'estrade. Celle de Regulus.

-          Je ne sais pas. 

 

La boule de cristal tombée sous un tabouret en fer. Le pupitre et le grimoire de Salazar Serpentard. Les affiches à la gloire du Seigneur des Ténèbres uniquement visibles aux yeux des élèves.

 

Quatre heures onze et trente-deux secondes.

 

-          Tu penses que ça t'était destiné ? Peut-être que ton agresseur s'est trompé de cible.

Regulus dans sa robe de sorcier coûteuse un peu poussiéreuse, calme, confiant et toutefois inquiet. Ses chaussures lisses.

-          Je ne sais pas.

 

Quatre heures onze et quarante-six secondes.

 

-          Pourquoi toi ?

-          Je ne sais pas. 

End Notes:

Tout ce que j'ai à ajouter, c'est que j'aime le mot « édredon », et que je pourrais disserter plusieurs jours là-dessus.

 

Aussi, des conversations un peu absurdes, mais ce n'est pas (seulement) parce qu'ils ont des problèmes avec les relations sociales. Il leur faut juste du temps pour se comprendre.

Et la fin. Bah, ils n'allaient quand même pas passer quinze chapitres à assister aux petites réceptions de Slughorn. 

Chapitre 7 by Amnesie

Le lendemain de la soirée de Slughorn, à l'heure du petit déjeuner, Sirius Black et James Potter eurent droit à une réprimande furieuse de leur directrice de Maison. Lauren eut un sourire amusé en voyant l'expression de satisfaction pincée de Regulus. Sentant son regard sur lui, il tourna la tête vers elle et ils eurent cet instant de complicité, chacun à son bout de la table, instant qu'ils n'auraient jamais pensé pouvoir partager deux semaines plus tôt. Regulus fronça ensuite les sourcils et elle lui assura d'un signe qu'elle allait bien.

 

Puis tout alla très vite. Les couloirs du château se remplirent d'une vague de valises, de hiboux et de parchemins froissés. On vit des élèves courir jusqu'à leur Salle Commune pour récupérer des affaires oubliées. Les préfets faisaient de drôles d'agents de circulation.

 

À dix heures quarante-deux, le dernier élève passa la grande porte. Lauren était toujours à son poste, juste devant l'entrée et à côté d'un groupe de sorcier libertins dans un tableau. Elle prit congé d'eux et traversa le château dans un silence apaisant. À onze heures, elle arriva finalement dans son dortoir vide. Au même moment, à la gare de Pré-au-Lard, le Poudlard Express partait pour King's Cross.

 

Lauren sortit les restes de sa Montre à Grains et les déposa sur son lit. Elle s'assit en tailleur à côté. Inspira lentement. Il fallait d'abord qu'elle calme son rythme cardiaque. Elle était effrayée.

 

La sorcière n'avait jamais été victime d'une agression physique. Des menaces, oui, et elle avait toujours su répliquer en conséquence. Pendant sa première année, le divorce scandaleux de ses parents avait fait d'elle un souffre-douleur idéal. Alors, elle était devenue La Chouette. En Deuxième année, le Cerbère de Regulus l'avait insultée lorsqu'elle avait affirmé que son père Né-Moldu valait bien n'importe quel Sang Pur. Alors elle s'était tue. Rancunière d'un contrat dont elle était sortie perdante, Rita Skeeter avait passé plusieurs mois de sa Quatrième année à lui construire une réputation sulfureuse. Cette fois, La Chouette l'avait rapidement remise à sa place.

 

Ainsi, bien que davantage habituée à l'indifférence, Lauren n'en était pas aux premières menaces. En général, elle savait comment agir. Elle identifiait le coupable et ses faiblesses, et le faisait plier. Parfois, elle se soumettait avec diplomatie.

 

Cette fois pourtant tout était différent. Une agression physique par un inconnu pour un motif encore plus inconnu. Pourquoi elle ? D'ailleurs, était-elle seulement la cible initiale ? Et si Regulus était visé ? Personne n'aurait osé s'en prendre à lui. Quelqu'un d'autre, alors ? Qui ? Pourquoi ?

 

Lauren pataugeait dans l'incertitude, et c'était pour le moins inhabituel. Elle était plongée dans un bain d'angoisse, se sentait rapidement suffoquer. Merlin, et si on s'en prenait à sa sœur ?

 

Midi douze. Elle rangea ses affaires et se leva pour regagner la Grande Salle. Mais la main sur la poignée, elle se figea, prise d'un doute terrible. Était-il sûr de sortir seule ? Son cœur s'emballa à nouveau. Non, ce n'était pas sûr. Pas sûr du tout. Elle se rassit sur son matelas.

 

Son ventre se mit à gargouiller.

 

Elle passa en revue tous ses potentiels agresseurs. Elle commença par une liste. Elle réalisa que cette liste pouvait faire la taille de l'école. Son estomac se tordait douloureusement et elle ne savait si c'était à cause de son jeun absurde ou de son anxiété grandissante.

 

À deux heures trente-trois, elle se mit à rire. C'est qu'elle était ridicule. Elle n'allait tout de même pas passer ses vacances enfermée ici, si ? Elle détestait cette pièce. Et elle avait faim ! Elle pourrait rater ce repas, mais certainement pas celui du réveillon.

 

Elle devait être rationnelle. Il n'y avait aucune raison pour qu'elle soit véritablement menacée. Et puis quelle menace, d'abord ? Elle ne savait même pas quel sort avait été jeté ! Ce pouvait être un ridicule Crache-Limace. Et quand bien même elle était effectivement visée, il lui fallait trouver le coupable. Ce qu'elle ne pourrait faire enfermée dans son dortoir.

 

Elle se releva brusquement, remit de l'ordre dans ses cheveux, passa une nouvelle montre, et fila aux cuisines que lui avait montré Suzanne. Puis la volière. Le parc enneigé. À chaque fois qu'elle se rendait quelque part, elle en informait un habitant d'un tableau.

 

Elle observa.

 

À vrai dire, il n'y avait pas grand-chose à observer. Poudlard était presque vide, en particulier du côté des Serpentards. Les nombreuses familles Sang Pur avaient  à cœur de passer Noël en famille, et les vacances étaient en général ponctuées de réceptions élitistes à ne pas rater. Elle était donc la seule élève de Cinquième année à être restée au château ; en Sixième année Severus Rogue et Gaspard Shingleton ; et deux fillettes de Première et Troisième Années.

Les Serdaigles et les Gryffondors étaient un peu plus nombreux ; les Poufsouffles, désagréablement omniprésents. Ils semblaient s'être concertés pour passer les vacances ensemble.

 

Les jours suivant, La Chouette les passa donc comme ses nuits : devant la cheminée de sa Salle commune à contempler le feu dans l'âtre. L'activité fonctionnait au ralenti au château, elle n'avait que très peu d'informations à collecter et d'évènements à observer. Elle enquêtait sans grand succès sur son agression.

 

Le soir de Noël, Lauren consentit à s'asseoir à côté de sa sœur tout en s'appliquant à ne pas prendre part à la discussion de ses amies Poufsouffle. De toute façon, ces dernières n'osaient pas lui adresser la parole. Elles lui lançaient régulièrement des petits regards furtifs. Margaret Williams en particulier semblait décidée à ne pas la perdre de son champ de vision.

-          Tu les impressionnes, lui apprit Suzanne.

L'ainée ricana. Elle s'estimait elle-même très peu impressionnante. Et sa sœur également, puisqu'elle rit aussi.

-          C'est parce que tu es allée avec Regulus Black à la soirée de Slughorn, expliqua-t-elle. Et puis tu es une Cinquième année... à Serpentard. Et cette histoire de Chouette...

Et le fait qu'elle avait secrètement menacé l'intégralité des élèves de l'école de détruire leur réputation s'ils touchaient à un cheveu de sa sœur. Mais cela, Suzanne n'avait pas besoin de le savoir. Comme elle n'avait pas besoin de savoir ce qu'il s'était passé la nuit du réveillon de Slughorn.

 

Elle attendit patiemment que Holly Walpot, qui tapotait nerveusement la table, lui pose la question qui lui brûlait apparemment les lèvres. La Poufsouffle était la meilleure amie de Suzanne et une jeune fille à la douceur incroyable. Ses cheveux blonds étaient coupés très courts, à la garçonne. La Chouette l'aimait bien alors elle l'aiderait avec plaisir. C'était Noël, après tout.

-          Dis, euh... Lauren ?

-          Oui ? répondit elle en levant la tête sur la sorcière.

Elle vit Suzanne lui lancer un regard d'encouragement.

-          T'es amie avec Regulus Black, c'est ça ?

Elle fut un peu prise au dépourvu.

-          Alors... commença-t-elle sans vraiment savoir comment terminer sa phrase.

Mais Holly ne lui laissa pas le temps de répondre et demanda d'une traite, comme de peur de se dégonfler :

-          Tu sais s'il est intéressé par une fille ? Enfin, c'est pas... Juste pour savoir...

Son hésitation lui donnait terriblement envie de se moquer, mais Lauren dut réfréner sa pulsion devant le regard noir de sa sœur. Elle considéra la Poufsouffle. Comment lui dire la vérité sans la blesser ? Comment lui dire que Regulus Black, s'il venait à s'intéresser à quelqu'un, se tournerait immanquablement vers une jeune fille de son rang ? Holly Walpot était Née Moldue.

-          Black est...

-          Je sais, la coupa-t-elle encore, c'est impossible de savoir avec lui. Il est complètement incompréhensible, limite inexpressif, mais je me disais... peut-être que sous son masque...

Lauren avait cessé d'écouter. Elle le trouvait très compréhensible, Regulus Black. Il avait une foule de manières qui le rendaient parfaitement transparent. Sa raideur, ses silences étaient toujours très éloquents. Oh, bien sûr, parfois il la surprenait. Souvent, même. Mais tout le monde le trouvait-il si opaque ? Était-elle vraiment la seule à lire en lui ? Elle se sentit étrangement privilégiée.

 

-          Lau' ?

Elle se reconcentra. Holly Walpot s'était tue et la fixait avec appréhension, tandis que Suzanne était clairement méfiante. Et elle n'avait pas tout à fait tort, car La Chouette déclara sans une once de pitié :

-          Regulus n'est pas intéressé par toi, Holly. Il ne le sera jamais.

Suzanne poussa immédiatement une exclamation furieuse et l'insulta de « goule sans cœur » et de « morve de troll de Papouasie », avant de la bouder pour le reste du repas.

 

Elle finit par trouver un nouvel interlocuteur en la personne de Gaspard Shingleton, qui se joignit presque naturellement à la table des Poufsouffle. Il se mêlait aux autres avec une facilité déconcertante, se révélait rapidement agaçant, mais était accepté car il était, il fallait le reconnaitre, très divertissant. Lauren dut même s'avouer captivée par ses histoires de chaudrons.

 

Au dessert, la sorcière offrit à Suzanne son cadeau de Noël : une édition limitée de Sortilèges Oubliés des Mondes Oubliés pour la petite Serdaigle refoulée qu'elle était. Elle eut droit à un câlin qui devait signifier qu'elle lui pardonnait son insensibilité. C'était un beau réveillon.

 

***

 

25 décembre, six heure quarante-sept du matin dans la Salle commune des Serpentards. Comme à son habitude, Lauren y avait passé la nuit. Elle se leva et frissonna au contact de ses pieds nus sur la pierre froide des cachots. Resserrant son châle autour de ses épaules, elle s'approcha de la petite estrade qui servait généralement les réunions des futurs Mangemorts. Il y avait là les cinq tas de cadeaux des cinq élèves restant de la Maison. Certains étaient ridiculement petits.

 

La sorcière tira un fauteuil vers ses présents, s'y assit et se mit à les ouvrir dans le silence matinal.

 

La Montre à Retardement que lui avait offerte son père était accompagnée d'une brève lettre :

« Ma fille,

J'ai trouvé cette montre dans un marché aux puces Moldu à Rotterdam, et j'ai tout de suite pensé à toi. Je ne devrais pas te le dire, mais le vendeur me l'a presque donnée. Il pensait qu'elle était défectueuse. Je ne crois pas qu'elle soit particulièrement précieuse, mais étant donné ses inscriptions, elle doit être assez ancienne. À toi de me dire.

À part ça, le réveillon s'est bien passé, ta grand-mère a cramé 70% des plats, ce qui - il faut bien le reconnaître - représente une nette amélioration par rapport à l'année dernière. Le retour en Angleterre sera par contre plus compliqué, le charmant frère de ta mère est en train de passer des lois pour empêcher les Nés-Moldus de pénétrer sur le territoire. Ça ira sûrement cette fois-ci mais tout se complique.

Tout le monde t'embrasse et te souhaite un Joyeux Noël,

Ton père.

PS : Suzanne n'avait pas l'air très bien dans sa dernière lettre. Tu vois ça avec elle ? »

 

Lauren décida d'ignorer la moitié du contenu du courrier et considéra son cadeau. C'était en réalité un objet assez commun, peu utile, mais apprécié des collectionneurs d'artefacts. Dans le cadran très simple, une unique aiguille tournait...dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Elle faisait le décompte des minutes de douze heures à une heure. La sorcière ressentit une vague d'excitation en observant les runes à moitié effacée, vite éteinte par le souvenir de sa Montre à Grains en miettes.  

 

Sa mère quant à elle lui avait offert trois robes, quatre chemises, un manteau et une paire de bottes - cadeaux pratiques et esthétiques qui lui éviteraient de faire les magasins. Dans sa lettre, elle décrivait de long en large ce qu'elle faisait avec une certaine tendresse, omettant volontairement de faire référence à la branche Mangemort de la famille.

 

Elle reçut également une broche en argent hors de prix de Jamila et une plume de Merri-Lynn (la sorcière faisait des cadeaux à tous ses camarades depuis sa Première année dans l'espoir vain de s'attirer leurs faveurs).

 

Lauren pensait avoir terminé lorsqu'elle aperçut une enveloppe à son intention, portant le sceau... des Black.

 

Elle la tint à une distance prudente pendant un instant, avant de se décider à l'examiner. Elle ne pouvait s'empêcher de se montrer suspicieuse depuis son attaque, et elle s'attendait au moins à une mauvaise blague. Mais après sept minutes douze d'observation minutieuse, elle dut bien conclure que tout était authentique. Elle décacheta donc l'enveloppe et découvrit une calligraphie élégante. Elle l'étudia avant même de la lire. Des mots espacés, des lettres petites et pointues, un trait fin ; aucun doute sur le destinataire. Mais pourquoi ?

 

« Lauren (elle nota l'hésitation sur la première lettre ; peut-être avait-il hésité à ajouter un « chère », un « Veerman », ou un « Mademoiselle »...),

Cette lettre doit sûrement t'étonner. Mais n'as-tu pas dit toi-même que j'étais le seul à savoir te surprendre ?

En vérité, je suis inquiet. Je n'arrête pas de penser à ton attaque. Je ne me suis pas assuré que le maléfice ne t'avait pas vraiment touchée. Et s'il s'agissait de magie noire ? Dans le doute, tu devrais aller à l'infirmerie. J'ai aussi des craintes quant à ta sécurité. Sois prudente, évite de te retrouver seule, va à la bibliothèque s'il le faut. (Elle pouvait presque entendre son fameux petit ton professoral.) Sirius m'a dit que beaucoup d'élèves en-dehors de Serpentard connaissaient notre mot de passe. (Elle sourit ; c'était elle qui les avait marchandés.) En tant que préfet, je le changerai à la rentrée.

Je ne veux pas t'alarmer mais tu n'aurais pas eu à subir cela si je ne t'avais pas invitée et m'inquiéter de ton état me semble être la moindre des choses.

Je te souhaite malgré tout de belles fêtes,

Regulus Arcturus Black 

PS : Sauf urgence, il n'est pas nécessaire que tu répondes à cette lettre. »

 

Lauren relut plusieurs fois le courrier sans trop savoir qu'en penser. Il était touchant, Regulus. Il était surtout à peine angoissant. Elle sentit ses craintes, légèrement apaisées ces derniers jours, refaire surface.

 

-          Ah mon colibri, te voilà !

Elle sursauta violemment et rangea la lettre, décidant dans un même temps de ne pas y répondre - le post scriptum lui semblait signifier très clairement que Regulus ne préférait pas qu'elle le fasse. Elle se redressa. Gaspard Shingleton, habillé d'un pyjama en soie pervenche - il ne pouvait décidément porter aucune autre couleur -, se dirigeait vers son énorme pile de cadeau en répondant par un clin d'œil au regard fatigué de Lauren.

-          Toujours pas, Shingleton, dit-elle d'un ton las.

Le Serpentard s'était mis en tête de remplacer La Chouette par un autre nom d'oiseau. Elle avait jusque-là eu droit au flamand rose, au pic-vert et au coucou.

 

Elle termina de ranger ses propres affaires et Gaspard se mit à déballer ses cadeaux. Il y en avait au moins une quarantaine. Ils venaient de ceux qu'il appelait « collègues » ou « partenaires » ; tous des inventeurs, marchands, chefs d'entreprise constituant un réseau digne de celui du professeur Slughorn. Gaspard Shingleton avait comme un instinct commercial, un pouvoir de persuasion qui faisait de lui le Serpentard à la fois le plus roublard et le plus fréquentable de tout Poudlard. 

Lauren l'écouta donc raconter l'histoire de l'invention des objets à mesure qu'il les déballait. À sa surprise, le temps passa très vite, et put voir défiler les trois autres élèves venus chercher leurs cadeaux dans la Salle commune.

 

Quand arriva Severus Rogue, La Chouette se redressa sur son fauteuil. Le sorcier dut le remarquer car il prit soin de se cacher en ouvrant son unique cadeau. Il dissimula ensuite l'objet contre sa poitrine, sous ses larges manches.

 

Trop tard. Elle avait deviné sans grande difficulté.

-          Tu ne veux pas nous proposer une partie de Bavboules ? demanda-t-elle avec un sourire moqueur.

Le teint cireux du Serpentard vira au verdâtre - et le lac sous lequel leur Salle commune était située n'y était pour rien. Il plissa ses petits yeux noirs et fit mine de regagner son dortoir sans répondre à sa provocation.

 

Mais Lauren avait une idée. Une idée géniale, digne d'Albus Dumbledore, ou de Merlin. Voir même de Salazar Serpentard lui-même.

-          Attends, Rogue, l'appela-t-elle. Ça te dirait de jouer une partie avec moi ?

-          Non.

Avec lui, on ne s'embarrassait pas de formules de politesse. La sorcière ne se démonta pas et lança plus fort alors qu'il avait un pied sur les marches menant au dortoir :

-          Et si on ajoute des enjeux ? Si tu gagnes, je te dois une faveur.

-          Je ne marchande pas avec toi, Veerman.

-          Ce n'est pas un contrat classique. Si tu gagnes, tu n'as rien à me donner. Aucune contrepartie.

 

Il daigna enfin se retourner sur elle. Ses yeux étaient désormais deux fentes suspicieuses. Lauren les soutint tranquillement.

-          Quelle que soit ta demande, elle demeurera secrète, ajouta-t-elle d'un air entendu.

Elle espérait jouer sur la corde Lily Evans. En fait, elle aurait bien pu essayer d'obtenir des informations en le menaçant de cafter son lien avec la Née-Moldue, mais Rogue était plutôt effrayant dans son genre. Pas question de s'en prendre frontalement à lui. Elle avait assez à gérer.

 

Lauren s'attendait tout de même à un refus. Un grognement ou un reniflement de mépris de la part d'un des rares élèves à ne jamais avoir passé de contrat avec elle. Mais Severus Rogue se retourna complètement et étira un rictus mauvais.

-          Avec plaisir, dit-il très lentement.

 

Shingleton émit un son guttural qui fit écho à sa propre surprise. Elle resta hébétée le temps d'une seconde, se ressaisit immédiatement, et sauta de son siège en cuir, aux anges.

 

Faire jouer Severus Rogue aux Bavboules. Il s'agissait peut-être de son plus beau cadeau de Noël cette année.

 

-          Gaspard, tu te joins à nous ? interrogea-t-elle comme si la situation était des plus banales.

-          J'arrive tout de suite ! se réjouit le sorcier en délaissant ses innombrables cadeaux.

Severus Rogue eut un coup de baguette négligent qui fit s'envoler tous les papiers dorées dans un coin de la Salle Commune. Puis il traça, un air de défi sur le visage, le cercle de jeu sur l'estrade.

 

Lauren sourit, s'assit tout naturellement par terre. Elle fut vite rejointe par Gaspard qui s'extasiait peut-être un peu trop. Toujours debout, Rogue la fixait avec ce rictus qui, au lieu de l'inquiéter, lui donna encore plus envie de le provoquer.

-          Allez, Rogue, fit Lauren d'un air faussement gentil. Tu as ça dans le sang.

Elle crut qu'il allait l'assassiner sur place avec l'un de ses charmants sortilèges de son invention, et elle pensa qu'elle cèderait aux avances de Gaspard s'il acceptait de lui servir de bouclier humain.

 

Mais le fils d'Eileen Prince s'accroupit pour poser la boîte de jeu et s'assit à son tour sans quitter Lauren des yeux. Ce combat silencieux était si ridicule que la sorcière mit une main devant sa bouche pour réfréner un éclat de rire.

-          Bon, je vous laisse commencer, dit Gaspard tout sourire. Vous avez l'air d'avoir des histoires à régler.

Ils disposèrent chacun quatorze bavboules au milieu du cercle, et en gardèrent une qu'ils placèrent à l'extérieur.

-          Honneur aux dames !

Mais Lauren secoua la tête d'un air quelque peu diabolique et la mâchoire de Severus Rogue se contracta d'anticipation.

-          Non, sourit-elle. Honneur au Prince.

Elle lâcha un petit ricanement, follement fière de sa réplique qui laissa Gaspard incertain et Severus encore un peu plus furieux.

 

Il se composa cependant une face impassible avec une patience remarquable. Et visa. Avec succès.

Le sourire de Lauren se déforma légèrement en une grimace inquiète. Ce ne pouvait être qu'un coup de chance.

Elle joua son tour et parvint elle aussi à sortir une bavboule de Rogue hors du cercle. Elle se sentit d'un coup mieux respirer...jusqu'à ce que le sorcier fasse de même, mais avec deux de ses bavboules.

 

Il était doué. Incroyablement doué ! Il avait vraiment ça dans le sang. Gaspard Shingleton était pris d'un fou rire auquel elle se serait volontiers jointe si elle n'avait pas douloureusement conscience des conséquences de sa future défaite.

Elle avait proposé ce jeu avec la conviction qu'il perdrait et qu'elle obtiendrait des informations sur son potentiel agresseur. Elle n'aurait tout simplement jamais cru que Severus Rogue était un excellent joueur de Bavboules. C'était absurde. Même avec une mère présidente du club, cela paraissait tout à fait improbable. Severus Rogue et bavboules. Non, non. Non.

 

Lauren se résigna rapidement et décida qu'à défaut de gagner la partie, elle pouvait en profiter pour glaner des informations au fil d'une discussion... Si une telle chose était possible avec Rogue.

-          Potter et Black, dit-elle en s'installant un peu plus confortablement sur le sol. C'était ridicule, hein ?

-          Rien de surprenant venant d'eux.

-          Evans était tellement furieuse qu'elle est immédiatement partie. Vous aussi ?

Il lui jeta un regard perçant.

-          Vous ?

-          Mulciber et toi, répondit-elle l'air de rien.

Elle s'y prenait comme un pied. Vraiment, elle parlait aussi mal qu'elle jouait. Rogue était en train de lui mettre une raclée à tous les niveaux.

 

Elle essaya alors de capter quelque chose dans sa manière d'être qui le trahirait, mais le regard noir du sorcier agissait comme un aimant. Impossible de se concentrer, elle avait l'impression d'être elle-même passée au scanner. Une mauvaise intuition lui vint. Et s'il était Legilimens ?

 

Une bavboule lui explosa à la figure. Gaspard rit discrètement et elle put même voir une expression de satisfaction se peindre sur le visage de Rogue. Il avait l'air de bien s'amuser, finalement. Elle décida que si cela pouvait le mettre dans de bonnes dispositions pour parler, elle était prête à subir l'humiliation qui viendrait fatalement. Et comme il ne répondait pas, elle lui posa directement la question.

-          Tu es Legilimens ?

-          J'ai des bases théoriques.

Il dit cela avec une pointe d'orgueil qui poussa Lauren à creuser de ce côté-là.

-          Impressionnant. Tu t'entraines sur les autres ?

-          Oui.

-          Comment ?

-          Je commence par les plus faibles. Tout le monde n'a pas la même résistance aux intrusions mentales.

-          Ah oui ?

-          Toi par exemple, tu es très mauvaise.

 

Un frisson désagréable la parcourut. Neuf heures vingt-quatre. C'était Severus Rogue, l'un des élèves les plus doués de l'école, et nul doute qu'il avait des talents cachés. C'était un génie des Potions. Il avait inventé son premier sortilège en Cinquième année. Sa connaissance de la magie noire dépassait celle de nombreux élèves ayant pourtant baigné dedans.

Mais la Légilimencie ? À seize ans ?

 

Lauren vit sa main droite, un peu en arrière, manipuler fébrilement les bavboules gagnées. Elle respira un peu mieux.

-          Tu mens, annonça-t-elle calmement.

Il haussa les épaules sans la regarder. Elle ressentit alors une vague de satisfaction, immédiatement suivie d'une profonde envie de se donner une claque. Elle aurait dû le laisser parler ! Rogue pouvait étonnamment s'ouvrir lorsqu'il ne se sentait pas agressé. Là, tout était définitivement perdu. Elle ne parvint pas à le faire décrocher un mot de plus et Shingleton fit une fois de plus la conversation jusqu'à la fin de la partie.

 

Lauren termina perdante et couverte de liquide pestilentiel. Elle se leva en tentant de cacher sa contrariété, puis serra la main un peu moite de Rogue.

-          Tu as gagné, dit-elle le plus fermement possible. Qu'est-ce que tu veux en échange ?

Il eut une expression mauvaise qui sembla durer les soixante secondes restantes de ce neuf heures trente-sept du matin.

-          Je préfère garder ça pour plus tard, dit-il finalement dans un ricanement.

Lauren inspira un grand coup et se força à sourire.

-          Bien sûr. Fais-moi signe.

 

Rogue lança un sort et le jeu se rangea de lui-même. Il partit ensuite de son pas de chauve-souris, un peu moins saccadé que d'ordinaire.

 

La tension s'effaça. Lauren se laissa retomber dans le fauteuil en cuir. Gaspard s'était rassit à côté de ses cadeaux encore emballés et affichait encore une expression réjouie.

-          Severus Rogue meilleur joueur de bavboules de Poudlard... Quand j'en parlerai à Mulciber et Avery !

Elle imagina le trio accroupi, Mulciber et sa carrure de batteur, Avery et son air dédaigneux, tous couverts de pus de bavboule. Puis le Seigneur des Ténèbres entra dans la partie, et elle éclata de rire sous le regard amusé de Shingleton.

 

Il lui désigna un paquet qu'il venait d'ouvrir.

-          Bon, un copain m'a envoyé son tout nouveau jeu de Quilles Volantes. Ça te dit d'essayer ? Si je gagne, j'ai le droit de te donner tous les noms de volatiles que je veux !

 

Elle soupira et se maudit lorsqu'elle acquiesça. Était-elle tombée si bas ? 

End Notes:

Je crois que je me suis un peu laissée embarquer dans mon délire haha. Mais Severus Rogue, fils de l'ancienne présidente du Club de Bavboules de Poudlard, ça devait être exploité ! ...Non ? 


Bon, c'était un chapitre sans grandes folies, des (faux) indices un peu partout, et au prochain chapitre, on avance un peu plus. A très vite !

Chapitre 8 by Amnesie
Author's Notes:

Bonjour à toutes et tous, petite note ici pour préciser la suite des publications. Déjà, j'avais dit au début que j'avais écrit 17 chapitres. Bon. Pas du tout finalement, j'ai changé pas mal de choses alors j'ai perdu toute mon avance (même si je n'ai pas tout supprimé, bien sûr). Donc mauvaise nouvelle, je vais être un peu lente (désolée d'avance).

Par contre, la bonne nouvelle c'est que j'ai fait un plan. Youpi. Je sais, c'est pas une nouvelle très excitante mais je vous promets que ça change tout, parce que ça m'évitera de me perdre et d'écrire des choses inintéressantes. Surtout avec les différentes intrigues qui se chevauchent, et les indices que je dois doser. Du coup, c'est officiel, cette histoire fera normalement 22 chapitres et se terminera à la fin de la Cinquième année de Lauren et Regulus. Youpi!

Voilà, vous savez tout.

Bonne lecture !

-          Gaspard Shingleton ?

Lauren hocha la tête avec résignation. C'était la quarante-septième fois qu'elle entendait ce nom depuis le retour des élèves de leurs vacances de Noël, et elle savait de source sûre qu'il avait été prononcé au moins huit fois plus dans son dos. Souvent accompagné de « La Chouette ».

-          Pourquoi lui ? insista Jamila.

Lauren fit patienter son informatrice - une des nombreux élèves de Première année à venir la voir au petit déjeuner - et prit le temps de lui répondre.

-          Parce qu'il est amusant, malin et libre.

Elle laissa à son amie le temps de méditer ses mots pendant qu'elle se tournait vers la fillette qui lui décrivit à voix basse les évènements de la soirée organisée par son frère de Septième année pendant les vacances.

-          Bien, acquiesça finalement l'égyptienne.

Ce fut le seul commentaire qu'elle eut à faire sur son nouveau petit ami. L'égocentrisme de la sorcière avait ses bons côtés.

 

 

-          Gaspard Shingleton ?

-          Quoi, toi aussi ? s'étonna Lauren.

Ils n'allaient quand même pas tous lui poser la question, si ?

-          Pourquoi lui ?

 

Lauren sourit devant l'étonnement sincère de Regulus. Sur son tabouret, assise un peu à distance de son chaudron, elle réfléchit. Pouvait-elle lui donner la véritable raison ? Oh, bien sûr, Gaspard Shingleton était amusant, malin et libre. Mais en toute honnêteté, il y avait autre chose.

-          C'est en rapport avec ton attaque ? devina-t-il.

-          Tu me penses si manipulatrice que ça ? répliqua-t-elle aussitôt.

Regulus haussa un sourcil amusé et la jeune fille sut qu'elle venait de se trahir. Elle décida de garder la face.

-          Il me plait, dit-elle d'un ton neutre. Et il peut se montrer très persuasif, tu sais. Tu veux aussi que je te parle de l'effet que me font ses yeux bleus ?

-          Non, merci.

 

Il lui jeta un bref regard, un léger sourire sur les lèvres. Puis il retourna à son travail. Il hacha ses tentacules de Murlap d'un geste précis tout en surveillant le contenu de son chaudron. Il y jeta la préparation à un moment qu'il dut juger parfaitement opportun, car il le fit avec la rapidité de celui qui a calculé son coup. Estimant enfin que sa potion devait reposer, il pivota sur son tabouret pour se concentrer sur Lauren. Il la fixa, l'air d'attendre la suite.

 

Elle soupira et se pencha en baissant la voix.

-          D'accord. Mon agression n'y est pas tout à fait pour rien. En fait, j'ai réfléchi et je crois que j'étais trop impliquée, ces derniers temps. Je devais prendre du recul, être plus...

-          Indépendante ?

-          Voilà. Et Gaspard est apprécié par toute l'école. Il n'est pas populaire, mais il semble décent. Sympathique. Et avec mon image pas très glorieuse, j'espérais pouvoir en profiter...

-          C'est ce que je pensais.

Elle ne sut quoi répondre, car son expression se durcissait.

-          Tu fais la même chose avec moi ? dit-il un peu sèchement. Tu te sers de moi pour te faire une réputation ?

Lauren se trouva un instant surprise, avant de réaliser que Regulus était doté d'un code moral qu'elle n'avait pas. Elle tenta de le dérider en le taquinant.

-          Je ne savais pas qu'on sortait ensemble, toi et moi.

-          Arrête. Tu as tout à fait compris ce que je voulais dire.

 

Son ton grave lui fit retrouver son sérieux. Lauren vérifia que personne ne pouvait les entendre, lança un ingrédient au hasard dans son chaudron pour satisfaire leur professeur qui les regardait curieusement.

 

-          Tu sais, murmura-t-elle, tout est plus compliqué depuis que tu m'as invité à la soirée de Slughorn. Les filles sont jalouses. Certains n'osent plus venir me voir. On me trouve menaçante, trop influente. Je sors de l'ombre et ça nuit à mes affaires. Sans parler de cette...attaque, quelle qu'elle soit... Alors non, je ne me sers pas de toi pour me faire une réputation.

Les élèves rentrés de vacances, il lui avait suffi de quelques heures pour réaliser que le statut de La Chouette avait un peu trop changé à son goût. La liste des potentiels coupables ne cessait de s'allonger.

 

Regulus dut le comprendre car il se radoucit. Il passa une main fatiguée dans ses cheveux sagement plaqués sur son crâne, dérangeant une mèche qui vint retomber devant ses yeux.

-          Tu as raison, dit-il d'un ton formel. Je suis désolé.

 

Elle ressentit une pointe de culpabilité. Elle ne voulait pas ajouter au fardeau invisible qui sembler constamment peser sur ses épaules, et elle aurait aimé lui parler de sa lettre, mais elle n'en eut pas le courage alors elle retourna au sujet principal.

-          Et puis Shingleton ne se gêne pas pour se servir de moi, tu sais, sourit-elle doucement. Je vais te dire : je suis en train de lui chercher des investisseurs pour ses Chaudrons Sauteurs.

Il eut son petit rire étouffé et tout sembla aller.

-          Vous faites un couple un peu monstrueux, tous les deux.

Il l'avait dit comme un fait et avec tant d'honnêteté qu'elle éclata de rire. Oh oui, il n'y avait pas à dire, Gaspard Shingleton et elle, c'était une alliance infernale.

 

C'en était tout simplement effrayant. Ils s'étaient mis ensemble en passant un contrat.

 

C'était le lendemain du Nouvel an. Ils s'étaient plus ou moins accidentellement embrassés la veille. Au petit-déjeuner, les élèves se faisaient très rares, la plupart d'entre eux étant encore au lit. Le nez dans son café, Lauren fut donc surprise de voir Gaspard entrer gaiement dans la Grande Salle pour s'asseoir face à elle. Elle resta figée, ne sachant  que dire, et le garçon entama les négociations.

-          Bonjour mon pic-vert !

-          Bonjour.

-          Bonjour les gamines !

Il fit un signe aux deux fillettes de Serpentard qui les dévisageaient étrangement. Elles s'approchèrent.

-          Je préfère quand il y a des témoins pour passer un contrat, expliqua-t-il.

Lauren sembla enfin comprendre, et acquiesça sans dire un mot. Parfois, il vaut mieux laisser l'autre parti commencer.

-          Je propose une liaison de nature sentimentale, se lança Gaspard.

-          Une liaison ?, le défia La Chouette.

-          Une alliance.

-          Je préfère.

Ils se jaugèrent du regard, prenant un plaisir manifeste à ces négociations puériles.

-          Le terme « sentimentale » me parait en revanche trop vague, continua Lauren.

-          Tout à fait. Que dirais-tu d'une alliance de nature « charnelle » ? fit-il avec un sourire enjôleur qui ne lui plut pas du tout.

-          Rejeté.

-          « Affectueuse » ?

-          Si nous étions des chiens...grommela-t-elle. Rejeté.

-          « Cordiale » ?

-          Pompeux.

-          « Romantique » ?

-          Effrayant.

-           « Amoureuse » ?

-          Inconcevable.

-          « Courtoise » ?

Ringard.

-          Accepté.

Il sourit.

-          Devant nos deux témoins, je m'engage donc à une alliance de nature courtoise avec Miss Lauren Veerman.

Ils se serrèrent la main, puis s'embrassèrent.

 

Lauren mit une minute et quatre secondes à remarquer que Regulus s'était raidi. Ses gestes manquaient de fluidité. Il essayait en vain, avec le dos de son poignet, de remettre en place sa mèche rebelle sans utiliser ses mains couvertes de liquide gluant.

-          Qu'est-ce qu'il y a ? demanda la sorcière à voix basse alors que le professeur Slughorn passait dans leur rangée pour constater qu'elle avait à peine commencé sa potion.

Il eut un mouvement d'irritation contenue et s'en alla laver ses mains. Il revint, la mèche en place, légèrement moins sur les nerfs.

-          Nous aussi, nous avons passé un contrat, dit-il froidement. Maintenant qu'il est terminé, peut-être devrions nous arrêter de nous parler, tu ne penses pas ?

Regulus termina sa phrase en la regardant droit dans les yeux. Elle resta sans voix. Il avait raison, un ou deux cours de Potion supplémentaires et leur contrat prenait fin.

 

Pourtant, curieusement, Lauren n'en avait aucune envie. Comme elle ne savait comment l'exprimer, elle avoua :

-          J'ai été touchée par ta lettre. Tu avais raison, je ne m'y attendais pas.

Regulus ajouta un quart de fiole de pus d'Hypogriffe à son chaudron avec un air indifférent que sa raideur détrompait.

-          C'était de la politesse.

-          C'était un peu plus. Je ne suis pas habituée à ce que quelqu'un veille sur moi.

Les mots flottèrent et ne trouvèrent pas de réponse. Trente-sept minutes plus tard, la cloche mit fin à leur silence.

 

Regulus l'évita tout le reste de la journée. Elle l'observait de loin. Il n'avait jamais autant tiré sur son col. Ses sourcils se fronçaient dès qu'il voyait un uniforme rouge et or.

 

Elle se fit rapidement une idée du problème. La question était : devait-elle s'en mêler ? Elle n'avait pas menti : fréquenter Regulus était bien plus contraignant que ce qu'elle avait imaginé. Et pourtant, il y avait quelque chose chez lui qui l'intriguait, qui l'apaisait, qui éloignait la solitude alors même qu'ils étaient séparés. Elle ne savait pas encore ce que c'était - elle peinait à imaginer une amitié avec quiconque, et encore moins avec Regulus - mais elle ne voulait pas le perdre tout de suite.

 

Alors Lauren fit quelque chose qu'elle exécrait. Elle rejoignit la petite réunion Sang Pur des Cinquième année dans la Salle Commune des Serpentards. Cela n'arrivait jamais. Sa chaise y était toujours réservé mais elle la laissait vide ; symbole de sa présence discrète. Elle avait sa place, et il était paradoxalement hors de question qu'elle la prenne véritablement.

 

Mais elle le fit ce soir-là. Elle subit les regards haineux du gardien à trois têtes du cadet des Black - Cerbère méfiant et hautain - tandis que Chloe Avery se contenta d'un étonnement poli. Sony Spike et Merri-Lynn Travers, généralement occupés à servir d'elfes de maison aux Sang Pur, ne surent trop comment réagir et décidèrent de la traiter avec un respect bizarre. Regulus l'ignora. Il énonça le débat du soir : la mise en place de frontières à l'entrée des Nés-Moldu en Angleterre. Des arguments tout à fait raisonnables furent énoncés, puis consignés sur parchemin. Lauren se tut.

 

À neuf heures douze, elle vit Jamila se moquer d'elle depuis leurs chaises habituelles. À neuf heures vingt-quatre, elle surprit le regard de Regulus sur elle. Elle l'accrocha, le mettant silencieusement au défi de l'ignorer à nouveau. Mais un Black ne détournerait jamais les yeux.

 

Lauren fut forcée de capituler lorsque Merri-Lynn - toujours debout et chargée de servir la réunion - l'ébouillanta en renversant accidentellement du thé sur son bras droit. Elle étouffa un cri, rassura la sorcière qui avait déjà l'air dans tous ses états, et voulut constater les dégâts lorsqu'elle s'aperçut que sa chemise venait de sécher. Regulus rangea rapidement sa baguette.

 

-          Et toi Lauren, tu en sais plus ? l'interrogea gentiment Chloe Avery comme pour l'intégrer à la conversation. Ton oncle est à l'origine de la proposition de loi, c'est cela ?

La Chouette réfléchit à une réponse qui dissimulerait le fait qu'elle n'avait pas parlé à son oncle Mangemort depuis des années.

-          Ce sont des informations confidentielles, confia-t-elle à voix basse. Mais il est certain que l'accès au territoire par Portoloin est difficile à réglementer.

Cela fit repartir la conversation. Regulus l'ignorait à nouveau.

 

À dix heures pile, tous se levèrent. Lauren prit un parchemin raturé que Merri-Lynn Travers et Sony Spike s'apprêtaient à ranger, et le mit en boule pour le lancer sur Regulus qui remettait sa chaise en place. La surprise le figea, laissant à La Chouette le temps de contourner la table et d'arriver jusqu'à lui pour lui faire signe de rester.

-          Je sais que quelque chose ne va pas, dit-elle à voix basse alors qu'il croisait les bras, le regard fixé derrière elle. Dis-moi ce qu'il se passe, je pourrais peut-être t'aider.

-          Un autre contrat ? demanda-t-il amèrement.

Ils étaient toujours devant la table et Merri-Lynn et Sony avaient l'air d'hésiter à les laisser tous les deux. Lauren inspira lentement en fermant les yeux.

-          Pas nécessairement un contrat, souffla-t-elle. Je peux t'aider... comme ça. Gratuitement.

 

Regulus haussa un sourcil. Il secoua légèrement la tête, mais fit tout de même signe aux Sang Impur de s'éloigner, puis se rassit. Lauren l'imita. Elle attendit patiemment qu'il se lance.

Quatre minutes huit plus tard, il n'avait toujours rien dit alors elle prit la parole.

-          C'est à cause de Sirius, c'est ça ?

 

Il eut l'air très ennuyé qu'elle ait si facilement lu en lui.

-          Regulus, tu n'as pas arrêté de le regarder toute la journée, répondit-elle à la question si présente dans l'esprit du sorcier qu'elle avait le sentiment de pouvoir l'entendre. Qu'est-ce qu'il se passe ?

 

Il tira sur le col de sa chemise. Elle attendit encore.

 

-          Ces vacances, commença-t-il enfin, Sirius a été... enfin... disons qu'il a été étrange. Plus que d'ordinaire.

Le Serpentard n'avait jamais qualifié son frère d'impulsif, de prétentieux, de courageux, de rebelle et autres adjectifs lui allant si bien ; non, Regulus décrivait toujours son frère comme « étrange ». Ils ne se comprenaient pas.

-          Et quand on a pris le train... il n'était pas dans le train, en réalité. Il était avec James Potter (il prononça cela avec expression de dégoût) et je ne sais pas ce qu'ils ont fait, mais ils sont arrivés en retard, je ne sais comment...

Oui, les deux compères avaient encore fait une entrée mémorable, tenus par la peau du cou par le concierge.

-          Je ne sais pas ce qu'il trafique, reprit-il, mais je sais qu'il se passe quelque chose. À vrai dire, j'ai peur qu'il ne fasse une erreur.

 

Lauren laissa planer encore trente-six secondes avant de prendre la parole.

-          Pourquoi ne pas lui demander directement ?

La réponse était évidente mais la question méritait d'être posée, quitte à recevoir ce regard noir et froid qui la mit mal à l'aise.

-          D'accord, abdiqua-t-elle. Je pourrais enquêter sur lui, si tu veux. Savoir ce qu'il trafique.

Elle espérait de toute son âme que cela n'avait rien à voir avec une histoire d'Animagi non déclarés, car elle savait qu'elle ne pourrait dire la vérité à Regulus sur le sujet. Elle remarqua qu'il la regardait avec attention comme pour la déchiffrer.

 

-          Gratuitement, présisa-t-elle alors précipitamment. Sans contrepartie.

Mais la méfiance sembla se répandre dans tout le corps du sorcier, à tel point qu'il recula sur sa chaise, les avant-bras sur les accoudoirs et les mains croisées devant lui.

-          Pourquoi tu ferais ça ?

-          J'ai une sœur, moi aussi, répondit-elle sans même avoir à y réfléchir. Je sais ce que c'est que de s'inquiéter pour ceux qu'on aime.

Il sembla déstabilisé mais toujours aussi prudent, alors elle ajouta à voix basse :

-          Et puis tu m'aideras pour identifier mon agresseur.

 

Regulus acquiesça enfin. Ils ne se serrèrent pas la main. Lauren ne savait pas ce que c'était, s'il s'agissait d'un contrat implicite, d'un échange de bons procédés, ou d'entraide entre amis, mais elle n'avait pas envie de mettre un mot dessus et Regulus non plus, alors ils ne dirent rien de plus ce soir-là.

 

 

Lauren laissa passer trois jours, le temps de mettre au point son plan. Elle devait aussi faire taire les rumeurs à son sujet, car elles ralentissaient son activité. En outre, Gaspard avait le don de vider son esprit avec ses inventions farfelues. Mais leur alliance de nature courtoise allait toujours pour le mieux.

 

Elle entra dans la première phase de son plan au petit-déjeuner du jeudi.

 

Comme à son habitude, elle s'arrêta à la porte de la Grande salle, et balaya la foule du regard. Mais au lieu de se diriger vers la table des Serpentards, elle alla s'asseoir à celle des Gryffondors. Peter Pettigrow dut se décaler pour qu'elle prenne place entre lui et James Potter, juste en face de Remus Lupin et Sirius Black. Elle fixa celui-ci sans ciller, jusqu'à qu'il n'en tienne plus.

-          Je sais que je suis sublime, Veerman, mais tu pourrais arrêter de me regarder avec ces yeux de Merlin frit ?

 

Elle ne prit pas la peine de le corriger et continua de l'étudier du regard. Le jeune homme se tourna vers Peter.

-          Queudver, je crois que ta copine a un truc à te dire.

-          C'est pas ma... couina ce dernier, mal à l'aise.

-          Je ne viens pas pour Pettigrow, l'interrompit Lauren, les yeux toujours rivés sur Sirius.

 

Elle piocha dans son bol de céréales, juste pour savoir si l'aîné des Black avait lui aussi une obsession avec la manière de manger. Son expression de dégoût confirma ses soupçons, redoublant son amusement.

-          Qu'est-ce que tu fais là ? s'impatienta-t-il.

-          Je t'espionne, expliqua-t-elle gentiment.

Elle eut droit à un concert de rires de la part des Maraudeurs au complet. Sirius la regarda de cet air condescendant que les grands frères utilisent pour parler à l'amie un peu bête de leur petit frère.

-          Dis, Veerman, tu sais ce que signifie le mot « espionner », pas vrai ?

Elle hocha la tête, un sourire en coin, et il se résigna à l'idée que La Chouette était un spécimen bizarre.

 

-          Qui t'envoie ?, demanda-t-il avec un mélange de méfiance et de curiosité.

-          C'est pas comme si tu manquais d'admiratrices, Patmol ! s'esclaffa James. Moi je parie pour les Serdaigles de Quatrième année. Elles sont toutes folles de toi ces gamines.

-          Ou MacGonagall, fit Remus avec un sourire en coin. Depuis le temps qu'elle nous surveille...

Ils rirent tous, sauf Peter.

-          Euh... Lunard. MacGonagall est un peu vieille, non, pour être une admiratrice de Sirius ?

Les trois autres Maraudeurs échangèrent un regard amusé.

-          Il n'y a pas d'âge pour l'amour, Queudver ! se moqua Sirius.

-          Si Patmol a de si bonnes notes en Métamorphose, crois-moi ça n'a rien à voir avec son talent ! renchérit James. N'est-ce pas, La Chouette ?

Lauren sentit alors converger sur elle quatre paires d'yeux. C'était très déstabilisant, même pour elle qui avait pourtant l'habitude de soumettre les autres à ses troublantes inspections.

 

Elle choisit de se concentrer sur James Potter et se fit la réflexion qu'intégrer un groupe était toujours plus facile quand on se liguait contre une même personne. Mais elle ne se faisait pas d'illusion : le Gryffondor lui tendait un piège. Seuls les Maraudeurs pouvaient se moquer les uns des autres ; et quiconque oserait toucher à l'un d'entre eux essuyait rapidement leurs sorts. En simple : si elle raillait Peter Pettigrow, elle ne serait plus l'amie simplette du petit frère, mais une ennemie.

 

-          Je ne révèlerai pas qui m'envoie, dit-elle simplement.

Elle pensait s'en être bien sortie mais Sirius eut un rire amer.

-          C'est marrant comme tu te tais là-dessus et comme t'as pas hésité à nous dénoncer, James et moi, à la soirée de Slughorn.

 

Il était légèrement penché en arrière, les bras croisés. Ses traits tirés et ses mèches noires désordonnées indiquaient qu'il avait passé la nuit à vagabonder dans Poudlard. Elle nota avec amusement que la fatigue n'avait pas le même effet sur lui que sur elle ou Rémus : cela lui donnait un air mystérieux très loin de leur teint maladif.

 

Lauren ne se sentit cependant pas déstabilisée. Elle savait que le sujet arriverait un jour.

-          Je ne crois pas vous avoir dénoncés, nota-t-elle d'un ton léger. Si mes souvenirs sont bons, vous vous êtes vendus tous seuls en confondant du Polynectar avec du rhum.

-          Sauf que tu étais au courant depuis le début que c'était nous. Qu'est-ce qui nous dit que t'étais pas responsable de la manœuvre ?

Elle haussa les épaules.

-          Désolée de vous décevoir, mais je maîtrise assez mal l'Imperium, déclara-t-elle innocemment avant remarquer leur air franchement rancunier. Quoi ? Vous m'en voulez vraiment ?

-          Une année entière de retenue...

-          Vous l'aviez déjà, votre année de retenue, fit-elle remarquer. Et depuis la rentrée.

Remus Lupin hocha la tête d'un air amusé, à peine dissuadé par les regards noirs de ses deux amis. Peter observait toujours attentivement l'échange comme un match de Quidditch particulièrement serré.

 

-          Et si c'est Evans qui t'inquiète, ajouta Lauren en se tournant vers James, sache qu'elle ne t'en veut pas.

Le Gryffondor chercha immédiatement Lily du regard au bout de la table, et La Chouette eut un petit rire en voyant cette dernière rougir, surprise dans sa propre contemplation du garçon.

-          C'était quoi, ça ? demanda-t-il, un sourire incertain sur les lèvres et les yeux toujours braqués sur la sorcière se dissimulant désormais derrière sa chevelure rousse.

Lauren ne put dissimuler sa satisfaction.

-          L'information n'est pas gratuite, Potter. Mais si tu veux savoir, je peux...

-          Cornedrue, l'interrompit Peter d'une petite voix, t'avais dit que tu ne passerais pas par elle pour Lily.

Le Poursuiveur fronça les sourcils. Il hocha pensivement la tête, puis fit passer son bras devant une Chouette incroyablement frustrée pour tapoter l'épaule de son ami dans un geste reconnaissant.

 

Lauren réalisa alors une chose cruciale : les Maraudeurs étaient inatteignables. À chaque fois qu'elle trouvait une brèche d'un côté, un autre rappliquait pour l'évacuer. Ils étaient unis par une solidarité, une loyauté indéfectible qui faisait rempart à toute agression extérieure. Elle pouvait même voir, à cet instant-là, qu'ils communiquaient silencieusement sous ses yeux. Elle saisissait des bribes, bien loin de ce qu'elle percevait chez les autres élèves.

 

La sorcière décida d'ignorer leurs dialogues mystérieux pour se reporter à nouveau sur Sirius Black, qui avaient fini de petit déjeuner et ordonnait ses couverts en attendant Pettigrow.

 

Elle allait attaquer. Fort.

-          Et toi, Black, pourquoi tu m'en voudrais ? Après tout, Regulus ne t'a pas dénoncé et ta mère n'est même pas au courant.

Elle n'en savait rien, en vérité. C'était une supposition - heureuse à en croire la colère qui se mit à tendre les muscles du garçon. Il se redressa, et c'était bien plus impressionnant que l'irritation contenue de Regulus.

-          Je t'interdis d'évoquer La Folle ici, dit-il d'une voix grave et sourde insensible aux gestes apaisants de ses amis.

-          Walburga Black ?

-          La ferme.

-          Peut-être que tu aurais aimé qu'elle l'apprenne, finalement, continua La Chouette sur un ton moqueur. J'ai cru comprendre que tu adorais la provoquer.

Ce disant, elle vérifia, par sécurité personnelle, que Sirius n'avait pas sa baguette en main. Mais ses poings étaient serrés, son corps penché en avant. Il semblait faire un effort surhumain pour ne pas la frapper.

Elle y était presque.

 

-          Qu'est-ce que tu fous ici, La Chouette ? finit-il pas grogner entre ses dents serrées.

Lauren sourit tranquillement.

-          Je te l'ai dit. Je t'espionne.

 

Il allait exploser. Elle en était certaine. Il allait exploser et peut-être laisserait-il échapper le secret que Regulus soupçonnait - et qu'elle était désormais sûre qu'il n'avait pas inventé. Qu'il était loin, le Sirius solaire et nonchalant. Là, il était Black. Juste Black.

 

Il n'explosa pas. Lauren ne comprit pas exactement le processus, mais l'un des quatre Maraudeurs dut déclencher le mécanisme, puis ce fut comme la plus belle horlogerie. Sirius se décrispa imperceptiblement en se penchant à nouveau en arrière tandis que Rémus posait les coudes sur la table dans une attitude calme et ferme. Peter surveillait le tout, ses yeux jonglant entre ses amis, et James posa le dernier rouage en bifurquant sur un sujet qui mettrait tout le monde d'accord. 

 

-          Bon, puisque tu es là, La Chouette, dis-nous : tu dois bien connaitre tous les petits secrets de Servilius ?

Lauren observa avec fascination la normalité retrouver le groupe. Pettigrow eut un petit rire tandis que Lupin lançait un regard d'avertissement à ses amis, comme à chaque fois que leurs moqueries revenaient.

-          Rogue n'a jamais passé de contrat avec moi, répondit-elle d'un ton neutre en essayant de s'adapter à ce brusque changement d'atmosphère.

Elle eut même une pensée dépitée pour sa défaite au jeu de Bavboules à Noël.

-          Intéressant... Mais tes informateurs ont bien dû te filer les détails... Allez Veerman, même sa marque de shampoing, ça nous conviendrait ! la supplia James avec un clin d'œil vers son meilleur ami.

Cela ne suffit pas à dérider ce dernier, qui gardait les bras croisés sur sa poitrine.

-          Désolée, mais je ne peux divulguer aucun secret.

 

Sirius lâcha alors un rire ironique.

-          Je comprends que vous vous entendiez si bien avec Regulus, dit-il sombrement. Vous êtes tous les deux chiants comme la pluie.

 

Il y avait là quelque chose de très vrai et très franc, proche des affirmations de son frère, qui fit éclater de rire Lauren. Ce n'était pas voulu, mais cela dut la rendre plus sympathique aux yeux des autres Maraudeurs, qui rirent à leur tour.

 

Elle les suivit comme leur ombre jusqu'à leur premier cours de la journée - Histoire de la magie. Au départ amusés, ils commençaient à s'inquiéter de sa présence constante à leurs côtés.

-          Tu n'as pas cours, toi aussi ? lui demanda Remus, soucieux.

-          Si, bien sûr.

-          Tu vas être en retard, fit-il remarquer.

-          C'est vrai, acquiesça-t-elle après un coup d'œil sur sa montre. Je devrais avoir quatorze minutes de retard.

-          Je croyais que t'étais une gamine sage... dit James qui ne pouvait s'empêcher d'être intrigué.

-          Je le suis ; je suis même en train de faire un devoir, en ce moment même.

 

Ils marchaient très vite dans le couloir en une ligne de front qui forçait les autres élèves à s'écarter sur leur passage. Sirius se sentait constamment épié par les iris bruns de La Chouette qui auraient mis mal à l'aise n'importe quel être normalement constitué. Mais le sorcier avait trop l'habitude d'être admiré partout où il allait pour s'en troubler.

-          Un devoir de quoi ? se résigna-t-il à demander.

-          Divination.

Et devant l'air circonspect des sorciers, Lauren se résolut à  expliciter.

-          Ma dernière prédiction était que j'aurais quatorze minutes de retard au prochain cours. D'ailleurs, si nous pouvions ralentir...

Lauren n'essayait même pas de fanfaronner. C'était le genre de choses qu'elle se permettait souvent de faire en cours de Divination. La professeure était une escroc et elle adorait ce genre d'initiatives.

 

Ils arrivaient en face de la porte de la salle de Sortilège. Un petit groupe d'élèves de Sixième année de Serpentard étaient également là. Gaspard Shingleton se détacha de Mulciber et Avery pour se tourner avec étonnement vers Lauren.

-          Qu'est-ce que tu fais là, mon flamand rose ? lui demanda-t-il avant de l'embrasser sur les lèvres.

-          J'espionne Black, expliqua-t-elle.

Les yeux bleus du garçon se posèrent tranquillement sur Sirius et il acquiesça comme s'il s'agissait de la chose la plus naturelle du monde. Puis il se mit à raconter ses histoires de chaudron sous le regard hautain du sorcier - ce regard très Black, que Regulus affichait le plus souvent. 

 

Lorsqu'ils entrèrent dans la salle, Lauren fit un signe à Gaspard, et repartit en direction de la tour qui accueillait le cours de Divination. Elle arriva avec exactement quatorze minutes de retard, et fut félicitée par la professeure, Miranda Crook. 

End Notes:

Vous vous demandez peut-être si je ne suis pas en train de me perdre complètement dans les intrigues. En tout cas, moi je me suis posée la question (d'où mon super plan) et non, pas d'inquiétude, tout est sous contrôle. Tout a un sens.

Sinon petite angoisse sur les Maraudeurs, je trouve qu'ils sont très difficiles à saisir alors n'hésitez pas à me signaler si vous les trouvez trop clichés, ou tout simplement à côté de la plaque ! Et pour Gaspard, ça arrive un peu comme ça mais je vais plus développer sa relation avec Lauren dans la suite.

A bientôt !

Chapitre 9 by Amnesie
Author's Notes:

OUI, vous avez bien vu, cette fanfiction a obtenu la première place aux Sélections d'avril sur Regulus Black ! J'ai toujours du mal à réaliser, j'ai dû vérifier trois-quatre fois que la vignette était bien au-dessus du résumé (elle est belle, hein ?). Donc voilà, inutile de dire que je suis incroyablement heureuse pour ça, et que je remercie les personnes qui ont voté - ou m'ont tout simplement lue, d'ailleurs. J'avoue avoir énormément la pression pour le coup. Surtout que les autres histoires étaient géniales et que je ne peux que conseiller d'aller les lire. VIVE REGULUS !

Et j'en profite pour faire un peu de promotion pour le Jury des Aspic. On sait jamais, moi je ne connaissais pas. Ce mois-ci, c'est Andromeda Black-Tonks qui est à l'honneur, alors n'hésitez pas à aller lire les textes et voter ! :) 

Oh, et mille mercis pour vos reviews, c'est tellement motivant ! Athena666, Calixto, Sifoell, Juliette54 (si jamais tu arrives jusqu'ici), Winter, vos commentaires sont tous très précieux. 

Ce n'était rien. Elle en était certaine, désormais. C'était une erreur, une plaisanterie, un hasard. Et le dernier témoin potentiel était en train de lui confirmer - de leur confirmer. 

 

-     Alors vous êtes bien certaine de ne pas avoir entendu ni vu qui que ce soit rentrer dans notre Salle commune la nuit du 18 décembre ?

-     Mon petit, j'ai un sommeil très léger. Si j'avais entendu quoi que ce soit, je le saurais, tu ne penses pas ?

-     Mais vous n'aviez pas l'air réveillée quand nous parlions à côté de vous, insista Regulus.

La femme leva les yeux au ciel - ou plutôt au lustre qui habillait son tableau.

-     Je faisais semblant, dit-elle sur le ton de l'évidence. Mais honnêtement, j'aurais presque pu m'endormir pour de vrai tant votre conversation était ronflante. Entre mademoiselle qui parlait balais et vous et votre absence totale d'humour...

Regulus tira sur ses manches, vexé.

-     Vous savez, la moitié du temps, on fait semblant de dormir. Elle le sait bien, elle, conclut la femme en désignant Lauren.

 

Elle le savait bien, oui, puisqu'elle connaissait personnellement tous les tableaux du château, et qu'ils étaient ses meilleurs informateurs. En fait, interroger la femme lui avait semblé tout à fait superflu mais Regulus avait insisté, arguant qu'ils n'auraient ainsi plus aucun doute. Et voilà, ils n'avaient plus aucun doute. Il ne s'était rien de passé d'extraordinaire la nuit du réveillon de Slughorn. Ce n'était rien.

 

Elle pouvait enfin se concentrer sur l'affaire Sirius Black - que Regulus avait de toute évidence en tête à en croire son air pincé alors qu'ils traversaient le château pour sortir prendre l'air. Elle décida pourtant d'attendre qu'il se confie et ils s'assirent sur un muret en s'enroulant dans leur cape pour se protéger du froid de l'hiver.

 

Regulus sortit deux verres de son sac. Il les remplit de jus de citrouille et en tendit un à Lauren d'un air solennel. Elle sortit ses mains glacée de ses poches et le prit avec amusement.

-     À notre première affaire ! déclara-t-il.

-     Affaire classée, sourit Lauren en faisant tinter son verre contre le sien.

Elle trempa ensuite ses lèvres dans le jus de citrouille et ils contemplèrent tranquillement le paysage écossais. Ils pensaient tous les deux : « affaire classée, mais non résolue ». 

 

-     Tu n'as pas bu une goutte de ton verre, fit remarquer Regulus, ses yeux gris toujours rivés sur le Lac de Poudlard comme pour en sonder les profondeurs.

Lauren se mordit la lèvre. Il était gentil, Regulus, avec son jus de citrouille, mais elle détestait ça, et elle n'était pas encore parvenue à en verser discrètement derrière le muret.

-     Désolée, capitula-t-elle. Je trouve ça infâme.

Il rit et lui prit le verre des mains, sauvant dans un même temps ses doigts bleuis par le froid qu'elle s'empressa de ranger dans ses poches.

-     Je n'avais jamais remarqué que tu n'en prenais pas, dit-il en faisant disparaitre le liquide d'un coup de baguette.

-     Tu avais pourtant remarqué que je mangeais bien.

-     Il faut croire que j'ai encore beaucoup à apprendre...

 

Un peu plus et il lui aurait fait un clin d'œil. Cela l'aurait certainement traumatisé, Lauren était toujours surprise par les soudains moments de légèreté de Regulus.

 

Elle l'observa. Il avait l'air bien. Son teint était moins pale, les joues rougies par le froid. Les bras étroitement serrés contre sa poitrine, il ne s'encombrait pas d'un dos droit et d'un menton fier. Il avait un vestige de sourire sur les lèvres. Puis il se mit à froncer les sourcils et Lauren dut le devancer.

-     L'affaire Sirius en revanche... commença-t-elle.

-     Je suis désolé de t'embêter avec ça.

Elle soupira.

-     Arrête, Regulus. J'ai dit que je t'aiderais. Mais franchement, il est très doué...

Regulus s'appuya sur ses mains pour descendre du muret et lui faire face.

-     Alors il cache bien quelque chose ?

-     Oui.

Elle s'était imposée plusieurs fois au milieu des Maraudeurs depuis la dernière fois. Elle avait quelques certitudes.

-     Et je suppose que ça a un lien avec ta prédiction de la semaine dernière sur Merri-Lynn Travers ?

Sur le moment, Merri-Lynn avait frôlé crise d'angoisse. Lauren l'avait ignorée et échangé un regard entendu avec un Regulus curieux. Ils n'en avaient pas discuté depuis le cours de Divination.

 

Elle regarda sa montre. Quatre heures treize de l'après-midi. Ça ne devrait pas tarder. Elle sauta à son tour du muret et pressa son bras.

-     Suis-moi, dit-elle mystérieusement.

 

Ils rebroussèrent chemin en s'efforçant de ne pas glisser sur la pierre enneigée. Ils croisèrent Mulciber, qui réprima une grimace dégoûtée en la voyant passer. Ils croisèrent aussi Gaspard. Cette fois, ils durent s'arrêter. Quatre heures vingt-deux.

-     Encore un Black ! s'exclama-t-il en l'enlaçant. Je vais finir par devenir jaloux, ma perdrix.

Lauren ne manqua pas l'expression atterrée de Regulus à l'entente de son surnom. Elle-même avait encore du mal à s'y faire.

-     Désolé Gaspard, le pressa-t-elle en vérifiant l'heure. On est en retard.

-     Pour... ?

-     Un spectacle, répondit-elle évasivement avant de proposer après réflexion : Viens avec nous, si tu veux.

Lauren ne lui laissa pas le temps de répliquer et attrapa sa main. Elle le tira derrière elle, Regulus sur les talons. Oui, ils faisaient un trio bizarre. Mais c'était toujours moins scandaleux que de voir le cadet des Black et La Chouette si souvent seuls ensemble.

 

-     Cinquième étage, c'est ça ? souffla Regulus alors qu'ils montaient les escaliers.

Elle acquiesça. Elle avait prédit une explosion au cinquième étage.

 

Quatre heures trente. Elle aperçut enfin  Merri-Lynn Travers, les bras encombrés des livres que Chloe Avery lui avait chargée de rendre à la bibliothèque.

-     Et en quoi consiste le spectacle, exactement ? demanda Gaspard d'un ton léger.

-     Je ne sais pas précisément, mais surveillez Merri-Lynn. Non, attendez - moins vite.

Si explosion il devait y avoir, elle préférait se tenir un peu à distance. Elle jeta un regard sur Regulus, très concentré et un peu déconcerté. Gaspard, comme toujours, s'amusait.

 

Elle s'empressa d'identifier les élèves présents dans le couloir près de la jeune fille. Un groupe de Poufsouffles - elle n'était pas certaine d'avoir déjà vu un Poufsouffle sans son groupe - grignotait. Anton Fancourt expliquait quelque chose à un élève de Serdaigle, un parchemin en main. Face au tableau du Festin des Quatre Poiriers et la baguette à la main, Frank Londubat semblait prêt à répondre aux provocations du chevalier du catogan. Et eux - Regulus, Gaspard et elle - conspiraient. Lauren songea que la Répartition avait des effets alarmants sur les personnalités des élèves.

 

À quatre heures trente-quatre, un cri d'effroi retentit dans le couloir du cinquième étage. Par chance, ils ne furent pas touchés. Mais ceux qui accoururent vers Merri-Lynn Travers se retrouvèrent instantanément bloqués sur place.

 

Minerva MacGonagall fut la première professeure à constater les dégâts causés par l'explosion, qui s'était déclenché lorsque la Serpentard était passée devant la salle de classe d'Histoire de la magie. Le sol, les murs, les tableaux étaient couverts de Glue Perpétuelle, et quiconque les touchait était condamné à y rester collé.

 

Les élèves coincés durent retirer leurs chaussures engluées au sol, et le professeur Flitwick les fit léviter un à un en-dehors de la zone sinistrée. Certains étaient moins chanceux : le Serdaigle qui s'était appuyé au mur dut se faire arracher la peau de la paume de sa main pour se décoller. Les cheveux de Merri-Lynn furent tout simplement rasés, puis rapidement retrouvés grâce à une potion du professeur Slughorn. C'était un joyeux carnage au cinquième étage, Gaspard applaudissait presque, mais Lauren et Regulus ne se joignirent pas aux autres élèves fascinés par le spectacle de la jeune fille qui pleurait ses cheveux.

 

Ils scannaient le couloir du regard. La Chouette surveillait les réactions des étudiants.

-     C'était bien eux, déclara finalement Regulus en chuchotant. Sirius, du moins.

Lauren n'en doutait pas vraiment mais elle avait besoin d'une confirmation.

-     Qu'est-ce qui te fait penser ça ? s'étonna-t-elle, s'éloignant légèrement de Gaspard qui commentait la scène pour les nouveaux arrivants.

-     L'explosion... C'était une Bombaglue. Une invention de mon frère. Il... ma mère maitrise plutôt bien le sortilège de Glue Perpétuelle, et il a voulu se le réapproprier, une fois.

Les sourcils froncés et le ton enthousiaste, il avait l'air d'hésiter entre l'admiration et la réprobation. Lauren hocha lentement la tête.

-     Alors on sait où il cache son secret.

 

Et devant son expression intriguée, elle désigna la porte de la salle de classe d'Histoire de la magie. Elle était recouverte de Glue Perpétuelle, parfaitement scellée. Autour, le sol, les murs, le plafond même, étaient recouverts de substance visqueuse. Une partie du couloir du cinquième étage venait d'être condamnée. Et pourtant, nulle trace des Maraudeurs.

 

***

 

Après cet épisode, Regulus et Lauren cherchèrent des moyens d'accéder à la salle d'Histoire de la magie. On disait que le professeur Binns, profondément troublé, continuait d'y faire cours sans ses élèves, incapable de faire face à un tel changement après des siècles d'enseignement. Les deux Serpentards y avaient donc vu une opportunité pour savoir ce qu'il s'y cachait. Mais malgré toute la politesse de Regulus et toute la force de persuasion de La Chouette, le professeur restait bloqué sur ses révoltes gobelines. Impossible de lui soutirer la moindre information.

 

Ils songèrent aussi à guetter l'arrivée des Maraudeurs pour comprendre comment ils s'y prenaient pour entrer dans la salle. Mais leur Carte magique les aurait trahis. Impossible de faire preuve de discrétion. La sorcière décida donc de ne pas soulever les soupçons et se contenta d'espionner en plein jours leurs conversations, laissant toujours entendre qu'elle travaillait pour une admiratrice secrète de Sirius Black.

 

Mais espionner Sirius se révélait épuisant. Les Maraudeurs avaient une telle complicité qu'ils étaient capables de communiquer sans échanger un seul mot. Ils avaient en outre une capacité étonnante à disparaitre en un clin d'œil. Lauren les prenait parfois par surprise et se plaçait au milieu de leur groupe pour les déchiffrer. Il lui arrivait de prendre part à leur discussion dans l'espoir que quelque chose leur échapperait, mais elle restait généralement en retrait, ses grands yeux rivés sur l'aîné des Black. Sans succès.

 

Quoi qu'il en soit, il était clair que Sirius Black était à mille lieux de ce que sa famille souhaitait qu'il devint. Il avait certes le charme, la puissance et l'air hautain des Black ; mais il était intenable, irréfléchi et ses fréquentations auraient fait frémir d'horreur ses parents.

 

Et au-delà de son attitude générale, Lauren était convaincue que le sorcier cachait quelque chose. Alors elle persistait, s'attirant tantôt l'agacement, tantôt l'amusement de la part du petit groupe. Parfois, elle s'inquiétait qu'ils ne finissent par perdre patience et la jette du haut de la Tour d'Astronomie. Elle restait toutefois confiante, rassurée. De toute façon, elle n'avait pas d'ennemi. Elle en était certaine. Ce n'était rien.

 

Elle pouvait même se permettre de passer du temps avec Gaspard. Ils se retrouvaient régulièrement dans une salle de classe désaffectée où le Serpentard entassait ses diverses inventions. Il y avait là un curieux empilement de bureaux, où Gaspard rangeait sa paperasse interminable. De la place était ainsi laissée pour ses Chaudrons à Vapeur, ses Parchemins Auto-Effaçables et ses Cages à...il n'avait pas encore trouvé le nom. Enfin, l'ancien bureau du professeur, légèrement branlant, servait de siège à Lauren à chaque fois qu'elle allait voir son petit ami.

 

Elle y était justement, ce premier mardi de février. Et comme toujours après trente-neuf minutes sans bouger, elle entrait en phase de congélation.

-     Tu as froid ? s'inquiéta Gaspard.

Il était accroupi devant un chaudron récalcitrant. Ses mains étaient noires de saleté mais sa coiffure n'avait pas bougé, ses cheveux blonds luisant sur son crane comme si on y avait lancé un Maléfice de Glue Perpétuelle. Il se releva et retira son éternelle veste pervenche qu'il tendit à Lauren après trois pas sautillants.

C'était à la fois galant, charmant et ringard, alors la sorcière se tut et enfila le vêtement tandis que Gaspard se lavait les mains. Il revint à elle et lui frictionna le dos. Comme toujours avec lui, Lauren se retrouvait secouée comme un Saule Cogneur. Elle l'arrêta, l'embrassa.

-     Tu ne portes jamais de vert, fit-elle remarquer en l'éloignant légèrement. Toujours ce...pervenche.

-     Tu n'aimes pas ?

Elle considéra la veste sur ses épaules.

-     Si. Enfin... je n'aime pas la couleur, mais j'aime ce qu'elle signifie.

-     Ma virilité ?

-     Ton indépendance, corrigea-t-elle en riant.

-     Tu devrais aussi la porter, alors.

-     Surtout pas ! s'alarma-t-elle faussement. Après je dépendrai de toi.

-     Et Merlin sait que tu ne veux pas ça...

 

Il se remit à gigoter en face d'elle, et avec ses yeux bleus vifs et ses dents plus blanches que la plus pure des licornes, elle lui trouva des airs de boule à facette. Lauren se laissa retomber sur ses pieds et bloqua ses épaules pour le forcer à se calmer.

 

-     Tu m'épuises, soupira-t-elle.

-     Pas comme Regulus Black, je suppose, sourit-il.

-     Donc tu es jaloux, devina-t-elle en embrassant son sourire.

-     Tu passes plus de temps avec lui qu'avec moi, répliqua-t-il sans paraitre vraiment soucieux. Je sais qu'on s'était mis d'accord sur le fait que nous ne voulions pas être toujours collés l'un à l'autre, mais j'ai besoin de savoir que je n'ai pas à m'inquiéter.

-     Tu n'as pas à t'inquiéter. D'abord, parce que nous avons passé un accord, toi et moi, et que je ne brise jamais mes contrats. Ensuite et surtout, parce que Regulus ne me plait pas comme ça.

-     Et il te plait comment ?

-     J'aimerais... j'aimerais être son amie.

Elle grimaça sur ce dernier mot et lui rit franchement.

-     Tu as conscience que c'est plus ambitieux que toutes mes inventions dans cette pièce ? se moqua-t-il alors qu'elle se vengeait d'une légère tape.

 

Lauren le contourna et examina les machines crachotantes.

-     En parlant de tes inventions, tu as trouvé un investisseur ? demanda-t-elle.

-     Gringotts a refusé mon prêt.

-     Sûrement parce que tu es jeune.

-     Ou à cause de ce que j'ai dit sur le nez du gobelin.

Elle rit sincèrement devant son air vaguement coupable.

-     Pourquoi ne pas passer par une riche famille sorcière ?

-     J'ai déjà demandé à tous les Sang Pur non désargenté de Serpentard.

-     Et les Potter ? insista-t-elle. C'est une des familles les plus fortunées d'Angleterre et Fleamont Potter est aussi un inventeur. Il pourrait être sensible à tes idées.

L'idée interpella le sorcier et ils discutèrent encore de cela un moment.

 

Lauren aimait bien Gaspard. Son badinage elle arrivait même à oublier son gabarit de Pitiponk. Elle aimait aussi sa légèreté et sa fourberie. Elle sortait toujours de bonne humeur de sa salle à inventions. Vraiment, elle l'aimait bien. Mais elle ne l'aimait pas, et c'était parfait ainsi.

 

Elle songeait à cela alors qu'elle se pressait pour aller à son cours de Métamorphose. Elle s'arrêta en voyant Sirius, Peter et Remus en plein conversation aux pieds des escaliers du quatrième étage. James se dirigeait à grand pas vers eux, l'air inquiet.

-     Ça fait trop de bruit, dit-il sans se douter de la présence de la sorcière.

-     Quel genre de bruit ? s'inquiéta Pettigrow.

-     Comme un... - il fronça les sourcils - comme un rugissement.

Il avait baissé la voix, et La Chouette tenta de se rapprocher discrètement.

-     C'est normal, les rassura Remus. J'ai déjà vu ça et...

Mais il fut coupé d'un geste par Sirius qui venait de d'apercevoir Lauren. Elle se crispa, comprenant à son attitude qu'elle aurait mieux fait de passer son chemin cette fois-ci.

 

Sirius, si léger huit centièmes de seconde plus tôt, vint vers elle, l'air menaçant.

-     Faut que t'arrêtes ça, Veerman.

-     Quoi donc ?

-     Toi, toujours dans nos pattes. Je ne sais pas qui t'a demandé de m'espionner, mais dis à cette fille que c'est pas comme ça qu'elle arrivera à...

-     Qu'est ce qui fait du bruit ? le coupa-t-elle.

Elle se sentait très Gryffondor, d'un coup. Provoquer un Sirius Black en colère relevait du plus stupide des courages. Mais elle pensait à Regulus si inquiet, à ce qu'elle ressentirait si un secret se mettait entre elle et sa propre sœur, alors elle soutint le regard sombre du garçon.

 

-     C'est toi qui va faire du bruit si je te lance un sort parce que tu continues de fouiner dans nos affaires.

-     Sirius, l'interrompit Lupin d'une voix ferme. Arrête, c'est vraiment pas la peine de...

-     Non ! J'en ai marre qu'elle nous suive partout, La Chouette. T'as vraiment rien de plus intéressant à faire ? Ah, tiens ! fit-il en voyant un Poufsouffle de Première année approcher. Voilà un de tes stupides informateurs ! Peut-être que tu trouveras une autre cible à qui pourrir la vie ?

 

Le gamin tira sur sa manche pour lui chuchoter un message, mais elle décida de l'ignorer. Elle respira lentement, faisant appel à tout son calme, comme avec Suzanne lorsque cette dernière s'emportait.

-     Je ne cherche pas à te pourrir la vie, Black. Je suis désolée si je te dérange, ça n'est pas mon but. J'étais seulement - Wilson une seconde s'il te plait - j'étais seulement en train d'aller en cours quand je vous ai vu. Et je suis intriguée, voilà tout, mais peut-être - Wilson par Merlin attends une seconde ! - et...

Elle avait perdu le fil de ses pensées. Le gamin de Poufsouffle ne cessait de tirer sur sa robe avec angoisse. Elle finit par l'écouter. Il murmura un prénom. Elle se figea.

 

Sirius lui-même semblait avoir oublié sa colère.

-     Qu'est-ce que t'as dit ? demanda-t-il au garçon.

-     Elle... - sa voix était à peine audible - à l'infirmerie... Suzanne...

Lauren ne s'attarda pas davantage. Elle tourna les talons et courut à toute allure, sans rien voir, ni ce Gryffondor qui trompait sa petite amie, ni ce Poufsouffle qui déclarait connaitre le futur directeur de sa Maison. Elle n'entendait plus rien, elle ne voyait plus rien. Une seule chose importait.

 

Elle s'arrêta devant la porte de l'infirmerie. Fermée.

 

Sans qu'elle ne sache pourquoi, cette porte fermée la stoppa net. Elle aurait pu lancer un Alohomora, frapper à la porte, ou même la fracasser. Mais elle ne pensait plus. Elle resta peut-être des heures face à cette porte, jusqu'à ce qu'elle s'ouvre sur la professeure de Divination.

-     Ça, je ne l'avais pas vu venir ! rit-elle.

Lauren ne rit pas. Peut-être partageaient-elles une certaine complicité, mais la légèreté de Miranda Crook se rapprochait parfois de la cruauté.

-     Comment va-t-elle ? souffla La Chouette.

-     Assez mal.

Elle suffoquait.

-     Je veux la voir.

-     C'est non, Miss Veerman. Revenez plus tard : je peux prédire qu'elle sera plus présentable.

L'humour noir de sa professeure ne lui plut pas. Elle l'éjecta - le mot est fort mais c'est bien cela - loin de la porte et entra dans l'infirmerie. Là, essoufflée, tremblante, faible, elle la vit.

Elle était indemne. Aucune trace de coups sur son corps. Elle se précipita à son lit, ignorant les protestations de l'infirmière. Cette fois-ci, elle vit vraiment.

 

Les paupières de Suzanne étaient fermées et noires. Des yeux grotesques se dessinaient dessus, immense, bleus, effrayants. Ils étaient barrés de deux grandes croix rouges sang.

 

Ce n'était pas rien.

Chapitre 10 by Amnesie
Author's Notes:

Bonjour ! Ca fait longtemps, hein ? Petit rappel parce que je vous ai lâchement abandonnés pendant trois semaines : dans le dernier chapitre, La Chouette pensait pouvoir tranquillement se concentrer sur l'Affaire Sirius (vous savez, Regulus pense qu'il cache quelque chose) et oublier son « attaque » du soir de la fête de Slughorn, tout soupçon ayant été écarté. Mais alors qu'elle discute paisiblement avec Sirius Black, elle apprend que sa petite sœur a été attaquée. Elle se précipite à l'infirmerie, trouve Suzanne et... 

 

-     Lauren ? appela Suzanne d'une voix étranglée.

Lauren aurait aimé lui parler, la rassurer, mais elle ne parvint qu'à la prendre dans ses bras en sanglotant. Elle se sentait profondément impuissante, mais surtout coupable, misérable, furieuse. Elle entendit, comme sous l'eau, sa sœur lui raconter comment elle avait été assommée au détour d'un couloir ce matin-là, puis comment elle s'était réveillée, aveugle, soutenue par un préfet de Poufsouffle qui l'avait emmenée ici.

 

Quelques minutes plus tard, Madame Pomfresh trouva ainsi dans son infirmerie la cadette Veerman, aveuglée par un maléfice et clouée au lit, consolant sa grande-sœur effondrée. Une fiole à la main, elle entreprit d'écarter cette dernière pour administrer sa potion à la malade.

Mais Lauren réagit brusquement. Elle se releva et se plaça devant elle comme pour faire barrage.  L'infirmière la considéra les yeux écarquillés. Elle fit un pas pour contourner l'élève, mais cette dernière lui bloqua à nouveau le passage. Ce manège absurde dura encore un petit moment. Madame Pomfresh finit par s'agacer.

-     Écartez-vous voyons, soupira-t-elle en la poussant sans ménagement, ce n'est pas comme ça que je vais pouvoir la soigner !

 

Lauren réalisa combien son comportement était absurde. Elle secoua la tête pour reprendre ses esprits et se contenta d'examiner chacun des gestes de la sorcière.

-     Qu'est-ce qui lui est arrivé ? l'interrogea-t-elle en effaçant ses larmes sur son visage. Qui lui a fait ça ? Arrêtez, qu'est-ce que vous lui faites !

Madame Pomfresh suspendit son geste, la potion à quelques centimètres des lèvres de Suzanne, toujours plongée dans le noir et angoissée par l'agitation de Lauren.

-     Miss, vous allez vous calmer tout de suite, ordonna-t-elle fermement. Si vous croyez aider votre sœur en paniquant, vous vous trompez gravement. Alors maintenant, taisez-vous, prenez sa main et laissez-moi travailler.

 

Elle attendit que Lauren acquiesce et prenne la main de sa sœur pour faire boire la potion à Suzanne.

-     Vous allez l'emmener à Sainte Mangouste ? continua La Chouette alors que Suzanne semblait s'endormir.

-     Ce ne sera pas nécessaire. En revanche, j'aurais besoin des compétences du professeur Slughorn qui ne devrait pas tarder à...

-     C'est de la magie noire ? devina Lauren avec angoisse.

La femme la fusilla du regard.

-     Comme je le disais, le professeur Slughorn nous aidera à éclaircir ce point.

 

Et en effet, la voix outrée du professeur de Potions se faisait déjà entendre dans le couloir, pour exploser dans l'infirmerie lorsqu'il entra en compagnie du Directeur.

-     Mais puisque je te dis que je ne pratique pas la magie noire, Albus !

-     J'entends cela, Horace, répondit calmement Dumbledore, et je ne t'accuserais certainement pas d'une telle chose. Mais ne pas pratiquer la magie noire n'exclut pas une certaine connaissance de la matière...

-     Une connaissance de la matière ? répéta le sorcier, la moustache frémissante.

-     Horace, la santé d'une élève est en danger.

 

Les deux hommes s'interrompirent en arrivant devant le lit de Suzanne, dont la lente respiration indiquait qu'elle dormait.

-     Je lui ai administré un Filtre de Mort Vivante, expliqua Madame Pomfresh avant de préciser à Lauren qui semblait prête à l'assassiner sur place : un simple somnifère. Elle était consciente lorsque je l'ai reçue ici mais elle était très agité, alors j'ai préféré l'endormir.

-     Merci, Pompom, tu as bien fait. Horace ?

 

Dumbledore laissa place au professeur de Potion. Celui-ci grommela et finit par se pencher légèrement sur la malade, la baguette à la main. Il n'eut besoin que de quelques secondes pour identifier la nature du maléfice, faillit l'annoncer sans détour, avant de prendre un air hésitant qui ne trompa personne.

-     C'est bien de la magie noire, oui, marmonna-t-il. Il me semble qu'il s'agit d'un Visus Obscura.

-     Vous pourrez la soigner ?

-     Oh, bien sûr ! s'exclama-t-il sur le ton de l'évidence, avant de toussoter. Hum, oui, certainement. Ce n'est pas un sortilège très complexe... J'ai une ou deux potions qui feront l'affaire. Du reste, il faudra juste du temps. La magie noire est rapide à pratiquer mais lente à guérir.

-     Et... les traces ? demanda Lauren en désignant les grandes croix rouge barrant les immenses yeux dessinés sur les paupières de Suzanne.

-     Du maquillage, rien de plus. L'auteur de la plaisanterie a simplement dû...

-     De la plaisanterie ? releva-t-elle froidement.

-     De...enfin...de la... bredouilla Slughorn.

-     Merci, Horace, le coupa Dumbledore d'un ton amical. Aurais-tu quelques secondes supplémentaires à m'accorder ?

Les deux sorciers s'éloignèrent du lit et La Chouette ne prêta pas attention à leurs chuchotements, trop préoccupée par l'état de sa sœur. Elle aida Madame Pomfresh à effacer les traces du sinistre maquillage. Même endormie, Suzanne avait les sourcils froncés et les yeux plissés. Lauren défit avec douceur la coiffure complexe que la Pousfouffle avait tressée le matin même, laissant reposer ses longs cheveux en une auréole autour de son visage.

 

Elle entendit à peine le directeur revenir vers elles.

-     Pompom ? fit-il à l'infirmière. Puis-je t'emprunter ton bureau ? Bien, venez avec moi, Miss Veerman. Miss Veerman ?

Lauren releva la tête. Elle vit le sorcier, debout à côté d'elle, une expression de compassion autoritaire sur son vieux visage. Elle se leva lentement et le suivit, ne quittant des yeux Suzanne que lorsqu'il ferma la porte du bureau derrière eux.

 

C'était une pièce agréable remplie de plantes de toutes sortes et de fioles soigneusement étiquetées. Une grande fenêtre donnait sur le Lac doré par le soleil. Lauren fut presque surprise de constater qu'il faisait jour. Il était onze heures sept du matin.

-     Étonnant comme le temps ne se soucie pas de nos drames, commenta le Directeur, debout à côté d'un squelette anatomique remuant ses phalanges.

La jeune fille ne dit rien. Elle se sentait lentement reprendre ses esprits.

-     Votre sœur ira bien, continua Dumbledore.

Elle hocha distraitement la tête.

-     En revanche, il nous faut trouver son agresseur.

-     Je ne sais pas qui c'est, répondit-elle aussitôt.

 

Lauren se sentait mal à l'aise. Elle ne savait pas où se placer dans la pièce, ni comment se comporter. Dumbledore était toujours debout, coude contre coude avec le squelette, comme avec un vieil ami. Cette vision la fit sourire. Elle se détendit un peu et posa les mains sur le dossier de la chaise face à elle pour se stabiliser.

-     Votre sœur a-t-elle des ennemis ? demanda le vieux mage.

-     Non, rit-elle jaune tant cela lui paraissait absurde. Tout le monde aime Suzanne.

Dumbledore sourit légèrement et son regard se perdit à travers la fenêtre, vers le terrain de Quidditch.

-     Et ce garçon de Gryffondor qu'elle a assommé avec un cognard au dernier match ?

-     Pardon ?

-     Il me semble qu'il a dû faire un séjour à l'infirmerie...

Lauren resta un instant bouche bée.

-     Vous plaisantez ?

Elle se sentait subitement beaucoup moins apathique, et fut prise d'une violente envie de l'assommer d'un coup de fémur de squelette anatomique. Devinant son agitation - et peut-être aussi ses intentions -, Dumbledore reporta enfin ses yeux bleus sur elle, son expression se faisant plus sombre.

-     Vous avez raison, se reprit-il, la situation et grave, et c'est pourquoi je vais m'adresser à présent non à la sœur mais à... La Chouette, termina-t-il d'un ton entendu.

 

La sorcière raffermit sa prise sur le dossier de la chaise. Elle se rappela soudain cette peur irrationnelle que suscitait chez elle le Directeur de Poudlard. Il était trop puissant, trop savant, et cette malice, ses excentricités l'inquiétaient. Elle savait que les élèves l'admiraient et se sentaient en sécurité avec lui, mais elle était tout simplement effrayée par l'homme. Comme s'il connaissait le mythe pathétique qu'elle avait créé autour de La Chouette, et le détruirait en un centième de seconde.

 

-     Avez-vous une idée de qui pourrait s'en être pris à Suzanne ?

-     Non.

-     Et de la raison de son agression ?

Elle se tut.

-     Miss Veerman, cessons de prétendre que l'attaque de votre sœur n'a aucun lien avec vos activités. De toute évidence, le dessin sur ses yeux n'est pas un hasard et quelqu'un a voulu s'en prendre à vous à travers elle. Avez-vous des ennemis ?

 

La sorcière ferma les yeux comme pour échapper au bleu perçant de son interlocuteur, inspira lentement, et les rouvrit avec une détermination nouvelle, délaissant le dossier de la chaise pour croiser les bras sur sa poitrine.

-     Je ne sais pas. Oui, sûrement. En partant du principe que tout le monde est un potentiel ennemi.

-     Moi compris ? releva-t-il, les yeux pétillants.

Elle le considéra avec attention.

-     Peut-être, dit-elle lentement, puisque vous semblez décidé à ne pas prendre au sérieux le nid de Mangemort qu'est devenu Poudlard.

 

Dumbledore parut légèrement surpris par son accusation si directe. Il ne perdit toutefois pas son air malicieux.

-     Vos manigances me font pourtant penser que vous traitez également cela avec beaucoup de légèreté, nota-t-il.

Lauren eut un mouvement de recul.

-     C'est incomparable ! protesta-t-elle. Vous êtes directeur, je suis élève. J'ai quinze ans. Nous devons bien avoir au moins cent-vingt ans d'écart vous et moi, ne me dites pas que vous attentez que je combatte le Seigneur des Ténèbres à mon âge ?

-     Alors vous pariez sur cent trente-cinq ans, vous ?

La colère la quitta alors qu'elle tentait de comprendre le sens de sa question. Il lui sembla un instant que le vieil homme échangeait un regard complice avec le squelette anatomique.

-     Pardon ?

-     Vous pensez que j'ai cent trente-cinq ans ? demanda Dumbledore d'un ton amusé. La plupart des élèves n'osent pas dépasser la centaine, mais peut-être est-ce pour ne pas me vexer...

 

Lauren comprit ce qu'il essayait de faire. Dumbledore savait désarçonner, détourner l'attention pour mieux attaquer ensuite. Il plaisantait avec un plaisir évident et stratégique qui lui donnait toujours l'avantage. Alors évidemment, qu'elle avait peur de lui. Qui ne pouvait avoir peur d'un tel esprit ?

 

La sorcière ne sourit pas. Elle savait qu'elle ne gagnerait pas face à Albus Dumbledore, alors elle décida d'être directe, s'accrochant à sa colère pour soutenir son courage.

-     Non, dit-elle froidement. Vous avez quatre-vingt-seize ans et votre anniversaire est le 18 juillet.

 

Le mage haussa un sourcil surpris et amusé puis passa sa main dans sa longue barbe blanche. Il se tut, attendant visiblement que Lauren reprenne la parole, mais elle se contenta de le fixer, empêchant ses yeux de dériver sur la lourde horloge du bureau.

-     Je prends très au sérieux la montée de Voldemort, Miss, reprit finalement Dumbledore en faisant quelques pas. Les professeurs font de leur mieux pour en éloigner les élèves.

-     En leur faisant copier des lignes ? railla-t-elle avec amertume. Mulciber n'a même pas été renvoyé après l'attaque de Mary McDonald l'année dernière.

-     Aurais-je du le laisser tomber dans les bras de Voldemort ?

-     Et vous pensez que le garder deux ans de plus va faire de lui une gentille licorne ?

-     Pas une licorne, non, concéda le vieil homme, mais je crois que vous savez qu'il existe mille nuances de malfaisance et de bonté.

-     Et à partir de quelle nuance est-il trop tard ?

-     Il n'est jamais trop tard. Voyez votre ami Regulus Black.

 

Cette fois-ci, elle dut retrouver l'appui du dossier. Elle chercha vainement quelque chose à répliquer.

 

-     Voyez également vous-même, continua gravement Dumbledore. J'ai à l'esprit une dizaine de raisons de vous renvoyer. J'ai connu des sorciers manipulateurs comme vous, qui sont devenus de terribles mages noirs. Et pourtant me voici à discuter avec vous d'un moyen de vous défendre.

Il perçait La Chouette du regard, comme elle-même n'en était pas capable. Elle frissonna. Puis Dumbledore s'avança vers la porte et elle sut que la discussion serait bientôt close.

 

-     Ce qui nous ramène à l'agression de votre sœur. Je vais commencer par prévenir vos parents, ils ne tarderont pas à venir la voir. Ensuite, je....

-     Non.

Le sorcier la regarda curieusement, car si sa colère lui semblait légitime, cette dernière réaction était surprenante.

-     Je veux dire... hésita Lauren, ce n'est pas nécessaire. Pas nécessaire de les inquiéter, je veux dire. Le professeur Slughorn a dit que ce n'était pas très grave, alors...

-     Leur présence pourrait pourtant rassurer votre sœur.

-     Je suis là pour la rassurer. 

Elle se racla la gorge et tenta d'adopter un ton ferme, d'ignorer ses derniers mots.

-     Mes parents sont occupés.

Elle ne mentait pas tout à fait, après tout. Son père était occupé à garder son poste à Sainte-Mangouste alors qu'on purgeait doucement le personnel Né-Moldu. Et sa mère était occupée à sauver sa peau de femme divorcée auprès de sa famille à moitié Mangemort. Ce n'était pas rien. Quoi qu'il en soit, ils étaient tous deux trop occupés pour passer plus de six secondes dans la même pièce sans se lancer des Sortilèges Impardonnables.

 

Albus Dumbledore devait être habitué aux secrets de famille car il n'insista pas davantage.

-     Bien, acquiesça-t-il. Je veux dans ce cas que vous sachiez que je n'accepterai pas qu'un autre de mes élèves se fasse attaquer dans l'enceinte de ce château. Je vais me renseigner, et me pencher davantage sur le cas Mulciber. En attendant, conclut-il d'un air entendu, je conseille à La Chouette de suspendre ses activités.

 

Son affirmation n'appelait aucune protestation. Lauren se sentait encore sonnée, et alors qu'elle suivait le Directeur hors du bureau, elle ne s'amusa même pas  du geste de salut poussiéreux que lui adressa le squelette anatomique.

 

Seulement, avant qu'elle ne regagne avec soulagement le lit de sa sœur, le vieux mage l'arrêta d'un geste, curieux.

-     Comment aviez-vous deviné ? l'interrogea-t-il.

Elle fronça les sourcils et mis quelques secondes à comprendre sa question.

-     Vos trophées donnent une idée de l'année de votre arrivée à Poudlard. Et... le professeur Flitwick cherchait un cadeau, pour vous. Pour le 18 juillet.

Le directeur eut une expression franchement réjouie.

-     Alors c'était vous, les magazines de tricot ?

 

***

 

La Chouette surveilla sa sœur endormie pendant des heures. Elle se repassait la discussion avec Dumbledore, cherchant à comprendre les sous-entendus du vieil homme. Avait-il raison de donner une seconde chance aux futurs Mangemorts de sa Maison ? Pouvaient-ils encore changer de camp ? Était-ce que qu'elle essayait de faire, sans vraiment le savoir, avec Regulus ? Mais en réalité, quel était son camp, à elle ?

Lauren ne s'était jamais pensé comme une réelle menace ; était-elle comme eux ? Comme Mulciber ? Comme Rogue ? Qui étaient ces mages noirs manipulateurs que le Directeur avait connus ? La sorcière avait toujours imaginé le Seigneur des Ténèbres comme rien de plus qu'un grand sorcier, mais peut-être avait-il aussi d'immenses capacités de persuasion. Peut-être était-ce cela qui séduisait tant les familles Sang Pur, et Regulus. Elle se promit de trouver le véritable nom de Voldemort.

 

Personne ne vint leur rendre visite de toute la journée. Sauf... Regulus, qui arriva le soir à sept heures vingt-huit.

-     Lauren ! l'appela-t-il en se dirigeant d'un pas pressé vers les deux sorcières. Comment va-t-elle ?

Lauren haussa les épaules et il se figea brusquement au pied du lit, soudain mal à l'aise devant la fragilité de Suzanne endormie.

-     Qui ? demanda-t-il.

-     Je ne sais pas.

-     Mais tu as des idées.

Elle hocha la tête avec lassitude.

-     Beaucoup trop.

-     Nous le trouverons.

Lauren lui adressa un sourire fatigué. Elle étira son cou et ses épaules, prenant conscience qu'elle n'avait pas changé de position depuis plusieurs heures.

-     Et qu'est-ce que c'était ? continua le sorcier en étudiant les paupières encore sombres de Suzanne.

-     Slughorn a parlé de... Visus Obscura.

Il hocha lentement la tête.

-     Ce n'est rien de très grave, alors. Elle n'aura aucune séquelle.

-     Tu en es sûr ?

-     Oui. Ça ira, assura-t-il. Je suis désolé de ne pas être venu plus tôt, j'ai remarqué que tu n'étais pas là en cours de Métamorphose mais je n'ai appris pour ta sœur qu'au déjeuner. Tout le monde en parlait et les professeurs nous ont interdit de venir ici.

Ce n'est qu'à cet instant que Lauren, jusqu'alors engloutie par l'inquiétude, réalisa combien il était incongru que Regulus Black rende visite à Suzanne quand aucun des amis de sa sœur n'était encore entré dans l'infirmerie.

-     Alors comment tu as fait pour convaincre Pomfresh ? l'interrogea-t-elle.

-     J'ai demandé poliment, expliqua-t-il simplement, et elle n'eut aucun doute sur la véracité de ses propos.

Il eut la délicatesse de la laisser à ses pensées, inspectant pour sa part les divers flacons disposés sur la table de nuit.

 

Treize minutes huit plus tard, l'arrivée de Jamila fut moins discrète.

-          JE SOUFFRE ! hurla-t-elle en entrant dans l'infirmerie.

Elle avait une profonde entaille sanguinolente sur toute la longueur de l'avant-bras. Pomfresh lui intima de se taire et courut chercher les potions dans sa réserve personnelle. La Serpentard retrouva alors un grand sourire, agita la baguette et fit disparaitre ce qui était en fait une illusion de blessure. Elle les rejoignit de son pas assuré.

-     Il y a une horde de Poufsouffle à l'entrée, soupira-t-elle en regardant autour d'elle comme on visiterait un musée, ses longs cheveux bruns se balançant dans son dos. Ils disent qu'ils sont prêts à faire la grève de la faim pour pouvoir entrer. Et ce n'est pas peu dire, venant d'eux, ajouta-t-elle en riant.

-     Les sacrifices qu'on peut faire par amour, sourit Lauren.

-     Je ne plaisante pas ! s'exclama la sorcière en jetant un œil à la porte du bureau où Madame Pomfresh était allée chercher une potion pour elle. Elle doit avoir un fanclub ou quelque chose comme ça... Enfin, moi, j'ai inventé une petite blessure, un sortilège à peine complexe et me voilà !

Elle s'arrêta au pied du lit, paume au ciel comme si elle se trouvait être une sorte d'apparition divine.

-     Au fait, comment va la petite Suzie ?

 

Regulus était outré, Lauren amusé. Elle jeta un œil sur sa sœur et remarqua que l'éclat de la Serpentard l'avait réveillée. Ses paupières sombres s'ouvraient, dévoilant des iris grisâtres. Elle se pencha sur elle.

-     Sue, c'est Lauren. Tout va bien, tu es à l'infirmerie. Il y a aussi Regulus et Mila.

-     Je vois flou... murmura la Poufsouffle.

-     C'est normal, intervint Regulus d'une voix presque douce. Les effets du maléfice disparaitront progressivement, et tu retrouveras bientôt entièrement ta vue.

 

Il se redressa vivement lorsqu'il entendit les talons de l'infirmière venir à eux.

-     Qu'est-ce que vous faites ici ? siffla-t-elle, les bras remplis de fioles.

-     Vous avez accepté que je rentre, Madame, dit respectueusement Regulus.

Elle plissa les yeux. Impossible de lutter contre ses airs d'enfant modèle et mystérieux, sa retenue évidente. Il croisa les mains derrière son dos dans un geste à mi-chemin entre l'élève pris en faute et l'homme en passe de conclure un gros contrat.

-     Bien évidemment, mais c'était parce que je... parce que vous...

La politesse de Regulus Black avait apparemment des effets semblables à un Imperium. Pomfresh dissimula son embarras et se tourne sur Jamila qui essayait discrètement de faire réapparaitre sa blessure imaginaire.

-     Vous n'avez plus l'air de beaucoup souffrir, dites-moi ? s'étonna-t-elle faussement, retrouvant toute sa verve.

-     Je cicatrice vite, assura la Serpentard avec aplomb.

Le cœur de Lauren fit un bond quand elle entendit sa petite sœur pouffer doucement.

-     Bien ! s'exclama vivement Pomfresh. Dans ce cas, je suppose que vous n'avez plus rien à faire dans mon infirmerie. Quant à vous, Monsieur Black, ajouta-t-elle plus gentiment, je préfèrerais que vous laissiez ma malade se reposer.

 

Regulus amorça un pas pour rejoindre Jamila, mais il s'interrompit et se planta devant l'infirmière. Il se tint très droit, et cette fois-ci, Lauren put le voir au milieu du Magenmagot, plaider pour un projet de loi.

-     Si je puis me permettre, Madame, dit-il, la magie noire guérit mieux quand le sujet est entouré de... chaleur. D'amis. La solitude et les pensées sombres ont tendance à nourrir ce genre de maléfices. Je suggérerais donc que vous ouvriez la porte pour faire entrer ses amis.

La sorcière ouvra la bouche, surprise, puis mis ses mains sur les hanches avec agacement.

-     Merci, Monsieur Black, répondit-elle sèchement, je penserai à vous quand on m'aura lancé un sortilège d'Amnésie et que j'aurais besoin de quelqu'un pour me rappeler comment faire mon travail. En attendant, vous pouvez filer.

Regulus se raidit. Lauren remarqua son expression vexée. Toujours assise à côté de sa sœur, elle lui adressa un sourire reconnaissant et lui indiqua d'un signe de tête que tout irait bien. 

 

Quand la porte claqua derrière eux, Pomfresh se pencha sur Suzanne pour inspecter ses iris.

-     Comment tu te sens, ma petite ? demanda-t-elle gentiment.

La Poufsouffle cligna plusieurs fois des yeux.

-     Je vois toujours flou, dit-elle d'une petite voix.

-     C'est normal, assura l'infirmière. Il faut un peu de temps mais tu pourras bientôt voir correctement.

Suzanne hocha la tête.

-     C'est ce que Regulus Black m'a dit.

Lauren se retint d'éclater de rire en voyant Pomfresh rougir d'indignation. Puis elle perçu le léger sourire de Suzanne, comprit qu'elle avait fait exprès de provoquer l'infirmière, et se sentit incroyablement soulagée et fière. Si sa sœur pouvait faire la petite peste à nouveau, tout allait bien.

 

Elle se crispa un peu quand la femme se tourna vers elle, anticipant son ordre.

-     Vous, j'aimerais que vous regagniez votre dortoir. Il est tard et votre sœur n'a pas besoin de vous ici. Vous pourrez retourner la voir demain midi, après vos cours.

La main de Suzanne serra fortement la sienne.

-     Je préfère rester ici, déclara fermement Lauren.

-     C'est très bien, mais c'est impossible. Vous reviendrez demain, répéta l'infirmière.

-     Non.

-     Ce n'est pas une question, Miss Veerman.

-     Je dormirai dans un lit de l'infirmerie à côté de Suzanne, affirma La Chouette sans ignorer que la sorcière frôlait la crise de nerf.

 

Elle gagna la bataille à neuf heures trente-six du soir. Madame Pomfresh éteignit les lumières de l'infirmerie en partant, et Lauren se glissa dans un lit sans avoir lâché une seconde la main de sa sœur.

 

Elle se réveilla à sept heures trente le lendemain au son du grincement de la porte. Elle sauta immédiatement du lit, prête à se battre, secoua la tête pour sortir du cauchemar dans lequel elle était plongée onze secondes plus tôt, et fut surprise de découvrir Regulus. Il finit par entrer en grimaçant, visiblement angoissé à l'idée de braver le règlement. Il fit signe à ses trois acolytes habituels - ceux que Lauren appelait Cerbère - qu'ils pouvaient partir sans lui.

-     Qu'est-ce que tu fais là ? chuchota la sorcière en réajustant son uniforme qu'elle n'avait pas quitté de la veille.

Il tira sur son col.

-     Tu as passé la journée à l'infirmerie hier, et tu as raté tous tes repas. Sans parler des cours de Métamorphose, d'Étude des Runes et d'Histoire de la Magie.

Lauren aurait aimé lui dire qu'elle s'en fichait comme de sa dernière chaussette tricotée, mais elle ne voulut pas heurter le garçon - en particulier alors qu'il se montrait si attentionné.

-     Je voulais te proposer de surveiller Suzanne pendant que tu allais prendre ton petit déjeuner et chercher tes affaires, continua-t-il. Je l'aurais bien fait pour toi, mais je n'ai pas accès au dortoir des filles, et Jamila Alnabil m'a dit qu'elle... qu'elle ne t'aimait pas assez pour s'abaisser à transporter tes... enfin... qu'elle n'était pas prête à t'aider.

La sorcière sourit, pas vraiment étonnée par la réaction de son amie. Elle n'ajouta rien, mais elle vit le sorcier réaliser en même temps qu'elle, alors qu'il prononçait ces mots, que si Jamila Alnabil n'était pas prête à s'abaisser à porter les affaires de Lauren Veerman, alors Regulus Black devait l'être encore moins. Elle le laissa à ces réflexions et revint vers le lit de sa sœur pour s'assurer que son départ ne la dérangerait pas.

-     Vas-y, sourit Suzanne qui s'était réveillée.

 

Lauren l'embrassa sur le front, remercia Regulus qui s'asseyait déjà sagement devant le lit, et sortit de l'infirmerie.

 

Elle traversa le château jusqu'à son dortoir. Une fois changée et munie d'un sac rempli d'affaires qui lui permettraient de tenir un siège de plusieurs semaines à l'infirmerie, elle se rendit dans la Grande Salle pour le petit-déjeuner. Sur le chemin, un Serdaigle de Troisième année l'interpella :

-     C'est vrai que ta sœur va être aveugle toute sa vie ?

-     Qui t'a dit ça ?

-     Skeeter. Elle m'a aussi dit que maintenant, si on croisait son regard, on pouvait mourir.

Elle ne trancha pas la question et laissa le pauvre élève angoissé au milieu du couloir. À table, Gaspard Shingleton lui demanda joyeusement comment elle allait. Il n'évoqua pas Suzanne en sept minutes vingt-deux de conversation.

 

Mais c'est la conversation des Sixième année qui intéressait Lauren.

-     Quelqu'un devait en avoir assez qu'elle défende les Sangs de Bourbe, commentait Avery.

-     À moins que ça n'ait un rapport avec sa sœur, ajouta Rogue. Rendre aveugle la sœur de La Chouette... c'est symbolique.

-     En espérant que ça calme cette emmerdeuse, conclut Mulciber.

Lauren se sentit d'un coup nauséeuse. En se relevant, elle croisa le regard sombre de Rogue, et comprit qu'il savait qu'elle avait entendu leur discussion.

 

Elle intercepta un élève de Première année à qui elle fit passer un message pour le Serpentard. Huit minutes trente-neuf plus tard, Rogue la retrouvait face au tableau vide de Monseigneur Cuthbert.

-     C'était toi ? demanda-t-elle immédiatement.

Le garçon eut un ricanement sarcastique. Mais elle voyait bien qu'il serrait trop fort ses quatre grimoires contre sa poitrine.

-     D'après toi ? 

La Chouette était à peu près sûre que Severus Rogue n'était pas responsable. D'abord, parce qu'il était avant tout un suiveur ; jamais il n'aurait pris une telle initiative. Ensuite et surtout, car il ne se serait pas contenté d'un maléfice aussi simple.

-     Mulciber ? dit-elle alors.

Elle essaya de lire sur son visage la réponse, mais elle n'y trouva qu'un masque impassible.

-     Avery ?

-     Dis-moi, pourquoi je t'aiderais ? cracha-t-il.

-     Parce que... parce que...

Elle se remémora les paroles de Dumbledore. Parce qu'il pouvait changer, peut-être ? Parce qu'il y avait toujours Lily Evans, cela elle en était certaine.

-     Passons un contrat, proposa-t-elle.

-     Je te rappelle que tu as déjà une dette envers moi.

-     Qu'est-ce que tu veux ?

-     Je ne veux rien... pour l'instant, ajouta-t-il d'un air mauvais.

Et il partit de son pas de chauve-souris. Alors, La Chouette se souvint de son cauchemar. Elle était emmêlée dans les fils de ses alliances comme entre les lianes d'un Filet du Diable. Impossible de défaire les nœuds. Surtout, impossible de retrouver le marionnettiste. Et la lumière...

End Notes:

Alors. Pas beaucoup d'actions mais je voulais introduire cette problématique : que fout Dumbledore ? Une génération entière de Serpentards a quand même intégré les rangs de Voldemort et on n'a aucune idée de ce qu'a fait Dumbledore pour lutter contre. Donc on va voir. Et puis c'était le (court) retour de Jamila. Elle m'avait manquée, finalement. Et des indices sur l'identité de l'agresseur de Lauren et Suzanne (est-ce le même ?). J'avoue que je suis un peu sadique, je ne vous apprends pas grand-chose avec ce chapitre.

 

Bref. Je me rends compte que je commente moi-même mes chapitres ici. Est-ce que c'est triste de se faire ses propres reviews ?

 

Encore désolée pour toute cette attente, promis je vais essayer d'être plus régulière. Alors à très vite, j'espère !

 

PS : j'ai « inventé » un sort, je suis à peu près sûre d'avoir massacré le latin alors ne m'en voulez pas. Mais si ça vous tient à cœur, corrigez-moi et je changerai ça sans problème. 

Chapitre 11 by Amnesie
Author's Notes:

Bonjour très chers lecteurs et lectrices ! Petite nouvelle qui m'a fait sauter de joie : cette histoire a dépassé les 50 reviews ! Alors il y a tellement de fanfictions bien meilleures qui en méritent le double mais je voulais le dire parce que je suis vraiment contente d'avoir vos retours, et parce que... c'est toujours sympa de fêter un truc. Voilà ! Donc merci à Athena666, Winter, Calixto et Sifoell et celles et ceux qui sont passé(e)s occasionnellement <3 Et merci à ceux qui lisent aussi, tout simplement.

Sinon j'ai un peu plus de mal à avancer mais je m'accroche ; la preuve, ce chapitre sera un des plus longs ! Je résume quand même rapidement le dernier chapitre à la façon petits-papiers-donnés-à-La-Chouette-par-ses-informateurs :

-          Suzanne Veerman attaquée au détour d'un couloir par agresseur inconnu

-          Lauren Veerman en panique

-          Albus Dumbledore essaie de justifier son inaction face aux mini-Mangemorts de Poudlard

-          Jamila Alnabil est géniale

-          Regulus Black est génial - mais aussi étonnamment attentionné

-          Severus Rogue est (pas étonnamment) un peu louche

Et on se demande toujours ce que cache Sirius Black. 

Lauren passa les cinq nuits suivant l'incident à l'infirmerie. Pomfresh préférait garder sa sœur à l'œil, et elle avait donc déplacé un lit à côté du sien pour la veiller et calmer ses cauchemars. Ces derniers étaient récurrents, trop récurrents, et La Chouette n'avait jamais aussi peu dormi.

 

Elle avait toutefois été forcée de la quitter pour la journée. Car au-delà des retenues qu'elle accumulait et des BUSE qui approchaient, Lauren risquait très fortement de sombrer dans la paranoïa. C'était du moins ce que l'infirmière prédisait et ce que ses amis observaient.

 

-     Dumbledore veut que je suspende mes activités, murmura-t-elle le deuxième jour à Jamila alors qu'elles se rendaient à la volière.

-     Quelles activités ?

-     Mon élevage de Boursoufs.

-     Sage décision.

Lauren lui adressa un regard fatigué.

-     Mes activités de Chouette, Mila, soupira-t-elle.

Son amie cligna des yeux plusieurs fois.

-     C'est plus cohérent, en effet. Et qu'est-ce que tu vas faire ?

-     Refuser.

La détermination dans sa voix la surprit elle-même.

-     Je ne te savais pas courageuse comme ça, s'étonna la sorcière. Refuser de te soumettre pour le Bien...c'est très...

-     Stupide, termina Lauren en ricanant. Alors non, ce n'est pas pour ça. La raison, c'est que je ne peux tout simplement pas arrêter de regarder. C'est... moi. Et puis j'ai créé un réseau trop grand, si j'arrête un contrat, tout s'effondre.

-     Et moi, je perds ma seule chance d'épouser Londubat, ajouta très sérieusement Jamila.

Elles entrèrent dans le volière et La Chouette s'appuya sur le mur pour éviter les déjections de hiboux tandis que son amie appelait le sien.

-     Tu sais, peut-être que tu y vas un peu fort avec le mariage, avança-t-elle diplomatiquement. Tu pourrais par exemple commencer par devenir sa petite amie...

La Serpentard eut un rire méprisant.

-     Et puis quoi, encore ? Fêter la Saint-Valentin avec lui ?

Il était en effet comique d'imaginer Jamila au milieu des angelots, mais...

-     C'est une très bonne idée, en fait, s'enthousiasma Lauren.

-     Il y a des limites à l'humiliation.

-     En quoi sortir avec un garçon est-il humiliant ? rit-elle en s'avançant à son tour pour appeler un hibou de Poudlard.

-     Il n'y a qu'à voir Shingleton et toi.

La Chouette lui jeta un regard en biais tout en attachant deux lettres pour ses parents, racontant sommairement que Suzanne courait désormais davantage de danger en s'étouffant avec sa montagne de confiseries qu'à cause d'un maléfice bien placé.

 

Pur mensonge, évidemment.

 

-     Ou à ne pas vous voir, en fait, continua Jamila en fronçant les sourcils. Vous êtes toujours ensemble ?

Elle regarda le hibou s'envoler.

-     Oui. Je suis simplement occupée à d'autres choses en ce moment.

 

Elles sortirent de la volière.

-     Alors tu vas contre-attaquer ? l'interrogea l'Égyptienne.

Lauren passa une main lasse sur ses cheveux qu'elle ne s'appliquait plus vraiment à peigner.

-     Je ne sais même pas qui attaquer.

-     Et alors ? Tu es La Chouette, après tout. Tu sais tout.

-     C'est bien ça, le problème, s'agaça Lauren. Je ne sais pas ! Je ne sais rien !

Ses yeux ensommeillés la brûlaient et sa tête lui semblait aussi vide qu'une citrouille d'Halloween. Elle avait aussi des crampes à la nuque, mal au dos, et le sentiment général d'avoir subi un sortilège de Confusion. Autant dire que le sourire mystérieux de Jamila l'irrita beaucoup trop. Elle s'apprêtait à la rembarrer violemment lorsque son amie la coupa, murmurant avec excitation :

-     Mais eux ne savent pas. Ils ne savent pas que tu ne sais pas. Tu n'as qu'à prétendre que tu connais ton ennemi, et tout le monde te croira. Ensuite, il te suffit de le menacer des pires représailles et jamais il n'osera s'en prendre à nouveau à toi.

 

Elles se regardèrent longtemps dans le blanc des yeux, avant que La Chouette ne hoche lentement la tête. Elles échangèrent alors un regard entendu, un sourire à peine diabolique au coin des lèvres.

 

C'était un plan terriblement bancal. C'était aussi le seul plan valable. Car Lauren naviguait en pleine incertitude et qu'il était hors de question qu'elle ne réagisse pas. Il lui fallait juste un peu de temps  pour trouver le véritable coupable.

 

 

Trois jours après l'attaque de Suzanne, elle était donc déjà prête à répliquer en suivant l'idée de Jamila. Elle s'était peignée et avait mis sa plus belle robe, allant jusqu'à user de sortilèges pour dissimuler ses cernes. Elle commençait à comprendre pourquoi Regulus s'appliquait tant à soigner son apparence. Il fallait paraître lisse en toute circonstance. Ne jamais montrer sa faiblesse.

 

Elle attendit de pied ferme que les élèves de Sixième année sortent de leur cours de Potion. Gaspard fut le premier.

-     Bonjour, ma tourterelle ! s'exclama-t-il joyeusement en se penchant pour l'embrasser.

Lauren l'évita en laissant passer entre eux une élève qui sortait aussi de la salle.

 

Le fait était que Gaspard Shingleton faisait partie de sa liste de suspects. Et qu'il n'était pas fichu de prendre une seule fois des nouvelles de sa sœur.

-     Je viens pour Black, expliqua-t-elle devant son incompréhension.

Il plissa imperceptiblement des yeux puis retrouva son habituelle légèreté.

-     On se voit au diner, alors ! sourit-il en partant.

Lauren le regarda s'éloigner.

 

Peter Pettigrow fut le premier Maraudeur à passer la porte. Elle attrapa son poignet et le plaqua plus ou moins délicatement contre le mur tout en guettant la sortie des trois autres.

-     C'est... euh... ça va ? bredouilla le Gryffondor, embarrassé par son contact.

-     Tu peux faire venir tes copains ? demanda-t-elle fermement.

Il se tordit les mains, les rangea dans ses poches d'un air faussement nonchalant, puis se décida à passer la tête dans la classe pour appeler ses amis.

-     Ils sont en train de nettoyer, expliqua-t-il en revenant à elle.

-     D'accord.

-     Remus a fait exploser son chaudron, continua-t-il comme s'il voulait faire la conversation.

-     Lupin ? s'étonna-t-elle.

Il acquiesça et lança un regard peu assuré à Severus Rogue qui sortait de la salle.

-     Les voilà ! s'écria-t-il avec soulagement quand le reste des Maraudeurs arriva, un fin sourire sur les lèvres.

La Chouette regarda la montre à son poignet.

-     Quatre minutes quarante, promit-elle.

James fit un mouvement de tête et ils la suivirent jusque dans le cloitre presque désert.

 

Elle se retrouva ainsi face aux quatre garçons partagés entre la curiosité et l'ennui. Elle hésita encore. Après tout, Sirius Black était troisième dans la liste des suspects. Il avait toutes ses raisons de la détester, et pour avoir grandi chez les Black, il devait connaitre un large répertoire de maléfices de magie noire. Il avait aussi l'appui de ses trois amis, qui n'étaient pas avares de plaisanteries. Et si un groupe était inaccessible à La Chouette, c'était bien eux.

 

Bref, ils étaient les coupables parfaits et Lauren s'apprêtait à les inclure dans son plan.

-     J'ai un contrat à vous proposer, affirma-t-elle sans détour.

-     Mais encore, l'encouragea Potter.

Elle jeta un coup d'œil rapide vers Sirius Black, frissonna devant son air impassible.

-     J'aimerais faire passer un message à la personne qui a attaqué ma sœur.

-     Il me semble que tu te débrouilles plutôt bien sans nous, dans ce domaine, fit remarquer Lupin.

-     Je veux un message voyant, précisa-t-elle.

-     Voyant comment ?

-     Très voyant. Du genre... impossible à rater. Partout.

-     C'est dans nos cordes, dit James Potter après avoir échangé un regard complice avec ses amis. Et que reçoit-on en échange ?

-     Je peux vous arranger les rendez-vous de votre choix pour la Saint-Valentin.

Elle-même dut se forcer à ne pas éclater de rire avec eux. Même après une nuit entière à l'avoir repassée dans sa tête, l'idée lui paraissait toujours aussi absurde.

-     Tu crois vraiment qu'on a besoin de toi pour trouver quelqu'un ? demanda le Poursuiveur, les yeux pétillants.

-     Évidemment, vous trouverez toujours quelqu'un, rectifia-t-elle. Mais pas nécessairement la personne que vous voulez vraiment. Et puis je parlais du rendez-vous en lui-même. Je peux vous trouver un lieu, une activité. Pour un rendez-vous original.

Elle se serait bien jetée du haut de la tour d'Astronomie pour proposer un arrangement digne d'un mauvais article de Sorcière Hebdo, mais il ne lui restait que deux minutes seize de négociation.

-     Je n'ai pas l'intention de fêter la Saint-Valentin, intervint Sirius. Mais tu pourrais bien m'être utile...

-     Pour ?

-     Tu verras.

Elle acquiesça, une angoisse sourde au creux du ventre, puis se tourna vers James Potter avec le sentiment d'être une serveuse prenant les commandes.

-     Je crois que tu sais, dit-il.

-     Quoi que tu fasses, elle n'acceptera pas de sortir avec toi, répondit très sincèrement Lauren. Pas maintenant, en tout cas. Mais je peux m'arranger pour que personne ne l'invite, tu pourras toujours trouver un moyen de l'intercepter.

-     Ok. Et arrange un rendez-vous avec Jane Merton pour Peter.

La Chouette était à peu près certaine que Pettigrow ne ressentait aucune attirance pour la très charmante Jane Merton, mais comme il se taisait, elle hocha la tête.

-     Lupin ? demanda-t-elle enfin.

-     Pas de rendez-vous pour moi, sourit le garçon.

-     Beaucoup de filles seraient intéressées.

-     Allez Lunard, l'encouragea Peter en lui donnant un coup de coude.

-     Je ne préfère pas.

Son visage était fermé et il se griffait inconsciemment le bras comme avant chaque pleine-lune.

 

Plus qu'une minute et huit secondes. Lauren inspira lentement avant de proposer :

-     Et pourquoi pas avec moi ?

Sa déclaration fut suivie d'un silence interloqué.

 

-     Pardon ? fit Lupin.

-     Je peux passer la Saint Valentin avec toi, exposa-t-elle rapidement. Je connais ton secret, alors pas d'inquiétudes. Et tu auras passé au moins une Saint-Valentin dans ta vie.

Elle réalisa qu'il ne s'agissait peut-être pas de la meilleure formulation pour convaincre le Gryffondor, mais ce dernier était trop abasourdi pour s'y attarder.

-     Mais... mais tu es avec Shingleton !

-     Il aura sûrement rendez-vous avec un de ses investisseurs.

-     Complètement tordu, marmonna Sirius.

-     Et pourquoi voudrait-il passer du temps avec toi ? renchérit James.

-     Je ne suis pas inintéressante. Ni moche.

Là encore, ses arguments lui parurent plutôt légers. Sans parler de l'expression blême de Pettigrow.

-     Évidemment, ce ne sera pas exactement romantique, ajouta-t-elle donc. Ce sera simplement... faire la Saint Valentin sans vraiment la faire.

 

Évidemment, ce n'était pas mieux, mais Lauren ne parvenait tout simplement pas à trouver une manière de présenter son idée sans qu'elle ne révèle son absolue stupidité. Il y avait une part de bon sens, bien sûr. Elle savait que Lupin se refusait à sortir avec qui que ce soit, et elle se doutait qu'être le seul garçon à ne jamais avoir eu de rendez-vous le travaillait. Elle savait aussi qu'il ne la détestait pas. Mais la manœuvre prenait tout son intérêt quand on intégrait ceci : La Chouette pourrait en profiter pour l'interroger sur le secret de Sirius. C'était pourtant si improbable...

 

-     D'accord.

À son tour d'être surprise. Jamais Lauren n'aurait pensé que Lupin accepterait. Au mieux, elle imaginait qu'il lui demanderait quelques jours pour y penser. Mais ça...

 

Elle surprit les regards entre les garçons et comprit qu'ils avaient eu une de leurs conversations silencieuses. Elle en était certaine, eux aussi avaient quelque chose en tête. Elle finit tout de même par leur serrer tour à tour la main.

 

La négociation avait duré quatre minutes et quarante-deux secondes.

 

Elle ne le regretta pas. Le lendemain, elle quitta l'infirmerie après avoir rassuré Suzanne. Les élèves se retournaient sur son passage. Quand elle arriva dans la Grande Salle pour le petit-déjeuner, elle entendit un bourdonnement inhabituel, puis un brusque silence suivi de chuchotements imperceptibles.

-     Idiote, grinça Severus Rogue en se levant alors qu'elle s'asseyait à côté de Jamila.

-     Prodigieux ! s'exclama cependant son amie, aux anges.

Lauren leva les yeux sur la table des professeurs. Dumbledore la regardait d'un air déçu. Elle l'ignora et observa tous les élèves présents, s'attardant au moins une seconde sur chacun d'entre eux. Les Maraudeurs levaient les pouces en l'air. Certains la fuyaient. D'autres la considéraient, les sourcils froncés. Elle termina avec Regulus, de l'autre côté de la table. Il semblait profondément inquiet, ignorant ses trois amis qui cherchaient à lui parler.

 

Non, elle ne regrettait pas. Elle devait le reconnaitre, ils avaient été fabuleux. Ils avaient dû y passer la nuit. Et le résultat était parfait, suscitait ce malaise dans lequel elle excellait.

 

Partout sur les murs de Poudlard, et sous d'immenses dessins d'yeux ensorcelés suivant quiconque passait devant, la même inscription était reproduite à l'encre noire :

LA CHOUETTE TE VOIT. TU PAIERAS.

 

Elle était même sur la nappe du petit-déjeuner.

-     Je pensais que tu n'avais d'yeux que pour moi ? plaisanta Gaspard en apparaissant derrière elle.

Lauren se retourna et lui adressa un clin d'œil.

-     Ne t'inquiète pas. Je te vois, toi aussi.

Le garçon parut soudain mal à l'aise. Il sautilla, tapota maladroitement sur son épaule, et partit. Jamila haussa un sourcil derrière sa tasse de thé.

-     Tu vas me soupçonner, moi aussi ? demanda-t-elle amèrement. Je te rappelle que c'est l'abruti qui s'en est pris à ta sœur qui doit devenir paranoïaque, pas toi.

La Chouette se tut. Elle se contenta d'observer inlassablement les élèves. Le coupable devait savoir qu'elle le connaissait, même si ce n'était pas le cas.

 

Elle fut bien sûr interceptée par le professeur McGonagall en se rendant à son premier cours de la journée.

-     Pas si vite, Miss Veerman !

Lauren fit signe à Jamila qu'elle la rejoindrait et se tourna poliment sur sa professeure qui l'emmena à l'écart pour éviter la marée d'élèves caractéristique de huit heures sept du matin.

-     Je suppose que vous savez que ce ne sera pas sans conséquences, dit-elle sévèrement en désignant l'inscription sur le mur à côté d'elle.

-     Je l'espère, sourit Lauren.

La sous-directrice eut une expression pincée qui la fit presque regretter sa réplique.

-     Je voulais dire que vous serez sanctionnée pour ce message, claqua-t-elle en croisant les bras sur sa robe écossaise.

-     Mais je n'ai pas écrit ce message.

Minerva McGonagall avait un certain sang-froid qu'il ne fallait toutefois pas trop agacer. Lauren ajouta donc, un air d'enfant modèle très regulussien sur le visage :

-     En fait, professeure, je serais tout simplement incapable d'écrire ces messages. Il me faudrait plusieurs nuits... Sans parler du fait que mes dons en Sortilège se rapprochent de ceux en Métamorphose.

C'est-à-dire, de la nullité totale.

 

McGonagall ne la crut pas un instant mais cela n'inquiétait pas Lauren. Pas de preuve, pas de sanction.

-     Et si ce n'est pas vous, qui ? s'irrita la sorcière.

-     Je suppose que beaucoup d'élèves ont voulu témoigner leur soutien à La Chouette.

-     Certainement, si La Chouette a cru bon marchander ledit soutien.

 

Lauren soutint le regard accusateur de l'adulte sans dire un mot. Elle était toujours étonnée de voir comment le professeur MacGonagall parvenait à toujours présenter la même apparence. Le motif écossais de ses robes comme son chignon strict étaient les constantes de cette femme, si solide qu'on l'aurait dite rigide sans le léger froissement de sa manche, et ce col légèrement noirci par le parfum, et cet ongle à peine ébréché. Même Minerva McGonagall vivait ses aventures mystérieuses et ordinaires.

 

En attendant, La Chouette était surtout focalisée sur son pincement de lèvres, signe que tout un chacun aurait pu qualifier comme de mauvais augure.

-     Miss Veerman, reprit sombrement la professeure, vous ne réalisez pas la gravité de vos actes. Vous incitez à la haine. Vous nourrissez les désirs de vengeance, vous alimentez les tensions. Comment croyez-vous que cela aidera votre sœur ?

La Chouette passa un doigt sur l'encre séchée du « S » de PAIERAS.

-     Ce ne sont que des mots et des dessins, dit-elle calmement. Des mots et des dessins contre de la magie noire.

 

***

 

La dernière nuit qu'elle passa au chevet de sa sœur, Lauren fut réveillée par le craquement presque imperceptible du parquet de l'infirmerie. En un seconde, elle fut sur ses pieds, tâtonnant dans le noir pour trouver sa baguette sur la table de nuit. Elle se posta devant le lit de Suzanne dans une attitude féroce.

-     J'ai toujours été effrayé par les sucres d'orge, murmura une voix moqueuse.

La sorcière prit conscience qu'elle avait pris un des innombrables bonbons offerts à sa sœur pour sa baguette, et le laissa tomber par terre. Elle garda cependant sa posture défensive peu convaincante en plissant des yeux pour essayer de discerner son potentiel ennemi.

 

Il fit un pas en avant et un rayon de Lune accrocha son visage.

-     Qu'est-ce que tu fais ici ? demanda-t-elle toujours sur le qui-vive.

-     On est allés chercher Remus.

Sirius Black fit un signe de tête vers une partie de l'infirmerie dissimulée par des rideaux. Une faible lueur en émanait, projetant sur le tissu trois ombres. Lauren se détendit un peu. Elle s'écarta du lit de sa sœur pour ne pas la réveiller.

-     Vous êtes sûrs qu'il est en état ? chuchota-t-elle.

-     Crois-moi, tout ce qu'il veut, c'est échapper à ce lieu. On va lui changer les idées.

Lauren hocha la tête. Elle n'était pas d'accord, c'était illégal, mais elle ne voyait pas en quoi son avis importait.

-     Je compte sur toi pour ne pas le répéter, ajouta Sirius.

-     Bien sûr.

Dans la nuit, son regard avait quelque chose d'encore plus magnétique, et elle alla chercher son châle pour y échapper. Elle le serra autour de ses épaules et rattrapa Sirius alors qu'il s'éloignait retrouver ses amis.

-     Qu'est-ce que tu faisais près de Suzanne et moi ?

Elle essayait en vain de dissimuler son ton accusateur. C'est que l'idée que Sirius Black - qui la détestait ouvertement - à côté d'elle alors qu'elle dormait la perturbait profondément. Il n'eut même pas l'air embarrassé.

-     Je voulais voir si Suzanne allait bien. Et vous étiez mignonnes, toutes les deux, à vous tenir la main en dormant, sourit-il. Désolé de t'avoir réveillée, d'habitude je suis très discret mais tu dois avoir le sommeil léger.

Lauren resta sans voix. Elle n'avait jamais vu Sirius si calme, si apaisé. La dernière fois qu'elle lui avait parlé directement, il l'avait menacée. La sorcière pensa donc un instant au Polynectar, mais personne ne pouvait imiter cette nonchalance si caractéristique. Elle en conclut qu'il avait pitié pour sa sœur. À moins que la nuit ait des vertus apaisantes pour lui aussi...

 

-     Satisfaite de notre message voyant ? demanda-t-il après un moment.

-     C'était parfait.

-     J'espère qu'il paiera vraiment. À ta place...

-     Tu vengerais Regulus ?

-     Évidemment.

Il n'y avait aucune hésitation dans sa voix.

-     Lui aussi, fit Lauren en repensant à l'inquiétude constante de Regulus pour son frère.

-     Ah oui ?

Sirius haussa les sourcils, l'air sincèrement étonné. Il secoua la tête, un sourire au coin des lèvres, et retrouva rapidement son attitude confiante.

-        Vous tenez bien plus à l'autre que vous ne l'imaginez, risqua la sorcière.

-        Si tu le dis.

Elle décida de profiter de cette accalmie pour en apprendre plus sur son mystère.

-     Tu ne m'as toujours pas dit ce que je devrai faire pour toi à la Saint-Valentin.

Son regard se perdit derrière elle comme s'il imaginait déjà le futur méfait.

-     Tu verras, conclut-il avec un léger sourire.

Et il partit d'un pas incroyablement silencieux rejoindre les trois autres garçons qui l'attendaient désormais à la porte de l'infirmerie. Lauren avait mis des heures à s'endormir la première fois, et dut se résoudre à passer les dernières heures de la nuit à fixer le plafond, pensive.

 

***

 

« Je pense que si tu m'écoutes un peu plus en Potion, tu pourras obtenir un Acceptable. Pour les Sortilèges... bon, c'est plus compliqué. Tu pourrais te rattraper à la partie théorique je suppose, mais tu as une très mauvaise méthode de travail. Pareil pour la Métamorphose. Mais la Botanique, ça, vraiment... Lauren il faut que tu acceptes de toucher les plantes sinon tu ne dépasseras pas le Désolant ! Et je sais que tu n'as que des Optimal en Divination mais j'ai regardé les prospectus et je t'assure qu'avec une seule BUSE dans cette matière tu n'iras pas très loin. Et il est important de trouver une profession respectable, car c'est... »

 

Le père de Lauren aurait qualifié Regulus de véritable curé. Il la sermonnait, surveillait ses notes, planifiait ses révisions. Il se lançait parfois dans des monologues d'un ennui spectaculaire, sans le moindre tact ni second degré. C'était touchant, en quelque sorte, de le voir se soucier de son avenir, car la seule amie de Lauren était une égocentrique notoire. Mais la sorcière devait reconnaitre que Regulus était en effet parfois chiant comme la pluie. Et cela lui convenait bien.

 

« ...au Ministère. Oui, je crois que la politique te conviendrait bien. Pas à la justice, bien sûr, le Magenmagot n'est composé que de Sangs Purs. Mais tu ferais une excellente conseillère. Et comme dit mon oncle Cygnus, quand on veut avoir un minimum de respect en politique, il faut avoir au moins sept BUSES. Bon, il faut être réaliste, évidemment... disons cinq ? Regarde : une en Divination, une en Potion, une en... Lauren ? Lauren, tu m'écoutes ? »

 

La Chouette quitta lentement Margaret Williams - suspecte numéro 4 - des yeux pour se reporter sur Regulus, assis sur ce muret du parc.

-     Oui, je t'écoute, répondit-elle en se redressant sur la pierre. Oui, je vais réviser mes BUSE.

Le Serpentard soupira, les lèvres pincées.

-     Il faut que tu arrêtes.

-     Quoi ?

-     Tu es complètement obsédée par l'idée de trouver le coupable. Suzanne va bien, personne ne t'a menacée depuis presque deux semaines. Dors, respire, tu vas devenir folle autrement.

Mais Lauren n'avait pas l'intention de lâcher l'affaire. Sa simple présence dans le parc de Poudlard relevait d'ailleurs du miracle. Elle passait ses journées dans la Grande Salle, à guetter les allées et venues des élèves.

 

-     Je ne m'arrêterai pas avant d'avoir fait payer le coupable, Regulus, déclara-t-elle sans une once de doute.

-     Et quelle sera ta vengeance ?

-     Je ne sais pas. Mais j'ai des idées. Je connais les Epouvantards de tous les élèves de l'école, après tout.

-     Tu vas trop loin.

Il s'était retenu, elle le savait. Il se contentait en général d'un regard désapprobateur, mais tout comme il était certain que Regulus avait compris que les Maraudeurs étaient derrière son message voyant, elle n'avait aucun doute sur le fait qu'il le réprouvait secrètement.

 

Or, Lauren n'était pas prête à s'accorder à lui sur ce point.

-     Moi, trop loin ? s'étrangla-t-elle. Qui a utilisé de la magie noire contre ma sœur ?

-     Le maléfice était mineur !

-     Oh, oui, répliqua-t-elle avec un rire amer, un sortilège parfaitement innocent quand on pense à ce que vous avez l'habitude de faire.

-     Vous ? releva-t-il froidement.

Elle aurait aimé dire - vous, les Black. Les Serpentards avides de magie noire. Les futurs serviteurs du Seigneur des Ténèbres. Elle aurait pu le dire mais elle se tut, car Regulus la clouait de son regard polaire. Ce regard qu'il n'avait pas eu depuis si longtemps.

-     Suzanne a passé cinq jours à l'infirmerie et elle fait encore des cauchemars, dit-elle plus calmement. La personne qui l'a agressée s'en prendra à nouveau à elle, ou à moi, ou à n'importe qui compte pour moi. À moins que je ne trouve de qui il s'agit et que je l'arrête, ajouta-t-elle. Tu m'as promis que tu m'aiderais, Regulus.

 

Il secoua la tête. La sorcière sentit son cœur se serrer. Elle retint les larmes qui menaçaient sans cesse de brouiller sa vue depuis presque deux semaines.

-     Pourquoi t'acharner ? demanda Regulus, l'attention rivée sur ses boutons de manchette - Merlin qui portait des boutons de manchette à quinze ans ?

Elle se concentra à son tour sur ses doigts emmêlés et se résolut à dire la vérité.

-     Parce que sinon, il ne restera que moi.

Il la dévisagea enfin.

-     Tu n'es pas responsable...

-     Bien sûr que si ! s'exclama brutalement Lauren. Suzanne serait en sécurité si je ne m'étais pas faite des ennemis dans tout Poudlard ! Je dois réparer ça, tu comprends ?

Il regarda autour d'eux comme pour trouver un appui, ou quelqu'un pour le retenir de l'aider, mais ils étaient seuls alors il acquiesça.

-     D'accord. J'avais promis de t'aider, après tout.  

 

La pression s'envola aussitôt. Ils ne savaient plus trop quoi ajouter à présent, et Lauren n'avait aucune envie de retourner sur ses projets de carrière, alors elle posa cette question futile :

-     Tu sais avec qui tu vas passer la Saint Valentin ?

Il eut immédiatement cet air hautain.

-     Je ne trouve pas cette fête très intéressante.

Lauren était parfaitement d'accord, mais elle devait reconnaitre que le 14 février avait l'avantage de faire tourner ses affaires.

-     Tu devrais y aller avec Margaret Williams, dit-elle donc.

-     De Poufsouffle ?

-     Oui. La fille dont James Potter a pris l'apparence à la soirée de Slughorn.

-     Pourquoi ?

-     Tu lui plais. Et elle te plait, il me semble.

Elle lui jeta un regard en coin et remarqua qu'il avait rougi. C'était une bonne idée. Margaret Williams était de Sang Pur - certes de second rang, mais sa beauté et son esprit devait pouvoir compenser ce léger défaut. Et elle était le suspect numéro 4.

-     Et tu la suspectes de s'en être prise à ta sœur.

Lauren cligna des yeux plusieurs fois - façon Jamila - et faillit se venger d'un léger coup de poing dans l'épaule, avant de se raviser. Regulus rit doucement devant sa réaction.

 

-     Tu n'as pas le droit de faire ça.

-     Faire quoi ? demanda-t-il en connaissant la réponse.

-     C'est moi qui lis dans les pensées des gens. Tu n'as pas le droit de le faire. C'est mon truc, ajouta-t-elle puérilement.

Cette fois-ci, il rit franchement, soufflant un léger brouillard dans le froid.

 

-     C'est ton truc ? répéta-t-il.

-     Oui.

-     Et que fais-tu de tous les grands maîtres Legilimens ?

-     Rien à voir, balaya-t-elle d'un geste de main. Moi je fais mieux, je décrypte sans magie.

-     Comme moi, compléta Regulus, amusé.

-     Non. Toi, tu es comme moi.

Elle devina qu'il levait les yeux au ciel et ils reportèrent leur attention sur la lande sans perdre leur sourire. C'était comme quand elle se disputait gentiment avec Suzanne. Sauf qu'il était plutôt rare que Suzanne soit comme elle.

 

-     J'irai avec Margaret, décida finalement Regulus.

Lauren se sentit encore plus légère.

-     Ne tarde pas trop, claironna-t-elle sans cacher son triomphe, c'est après-demain.

-     Et tu y vas toujours avec Lupin ?

Elle hocha la tête.

-     Je ne comprends toujours pas pourquoi lui, et pas Shingleton.

-     Gaspard est occupé. Et avec un peu de chance, je trouverai quelques informations sur Sirius. Maintenant, déclara-t-elle en se relevant, il faut que je trouve Londubat.

 

Le Serpentard lui adressa un regard compatissant. Elle repoussait cela depuis des jours. Comment convaincre un sorcier sain d'esprit de sortir avec Jamila Alnabil ? Lauren n'avait pas trouvé de solution miracle mais elle partait avec quelques armes.

 

Elle trouva Frank Londubat à la Bibliothèque, en train d'aider un élève de Première année sur un devoir de Métamorphose. Cela lui donna une première idée. Le Gryffondor adorait aider. Après qu'il eut terminé, elle vint donc à lui en adoptant un air soucieux.

-     Bonjour, Frank, fit-elle en s'asseyent à côté de lui sans sortir ses affaires.

Elle ne lui avait jamais parlé de sa vie, mais appeler les inconnus par leur prénom était un pouvoir qu'elle adorait exercer.

-     Bonjour, Lauren, sourit-il.

Elle dissimula son étonnement derrière une grimace inquiète. Bien. Frank Londubat n'était pas stupide.

-     J'aurais besoin de ton aide, dit-elle, les mains sur les genoux.

-     Aucun problème. Qu'est-ce qu'il y a ?

Il avait prononcé ces derniers mots un peu trop fort et Madame Pince les fusilla du regard. La Chouette adorait la bibliothèque pour cela : aucun mot ne pouvait être prononcé en trop. C'était son lieu de négociation préféré.

-     Alors voilà, commença-t-elle, j'ai une amie qui a un fort caractère. Elle est sûre d'elle, elle sait ce qu'elle veut, et ça effraie tout le monde. Tu vois le genre ?

Il hocha la tête d'un air amusé, et elle fut à peu près certaine qu'il avait à l'esprit sa propre mère. Lauren en savait peu sur le Frank, mais il suffisait de la croiser sur le quai de King's Cross pour comprendre que Madame Londubat avait un tempérament à peu près aussi épuisant que celui de Jamila.

-     Les femmes comme elles, reprit-elle, on a tendance à les rejeter. Parce qu'elles ont du pouvoir, tu comprends.

Là, elle jouait sur la fibre féministe du garçon - car si Frank Londubat était aussi parfait qu'on le prétendait, il devait avoir une fibre féministe. Et en effet, il sembla tout de suite très impliqué.

 

-     Je comprends, fit-il en fronçant les sourcils.

-     Je savais que tu comprendrais. Et je pensais que tu serais bien le seul garçon à ne pas te sentir menacé par cette personne, et prêt à l'inviter pour la Saint Valentin.

Il eut un rire léger et son visage rond s'éclaira d'un sourire sincère.

 

-     Tu parles de Jamila Alnabil, c'est ça ? demanda-t-il.

D'accord, elle n'avait pas été très subtile. Mais pour sa décharge, l'opération était des plus délicates. Peut-être aurait-elle dû miser sur de bons vieux chocolats à l'Amortensia, après tout ? Elle s'apprêtait à partir mais Frank poursuivit d'un ton léger :

-     Honnêtement, avec son caractère, je pensais qu'elle allait me le proposer, alors j'attendais. Mais c'était idiot, je vais le lui demander au diner.

La sorcière hocha la tête en silence, incapable de prononcer un mot. Elle se leva ensuite lentement, attendant que le garçon revienne sur ses paroles. Il n'en fit rien. Londubat n'était peut-être pas sain d'esprit, après tout.

 

Jamila avec un garçon. Regulus avec une fille. Elle avec Lupin et Sirius et son plan mystérieux. Lauren sortit finalement de la bibliothèque en se demandant comment elle était parvenue à transformer la fête des amoureux en un prologue d'apocalypse. 

End Notes:

Alors je voulais faire remarquer qu'il est très difficile d'écrire une fanfiction qui se passe en hiver (on arrive à mi février à la fin du chapitre) alors qu'il fait si beau et que j'ai envie de mettre tous mes personnages à la plage. A ceux et celles qui écrivent, est-ce que ça vous fait ça vous aussi ?

 

On se retrouve au prochain chapitre pour cette fameuse Saint-Valentin !

Chapitre 12 by Amnesie
Author's Notes:

♥ ♥ Saint Valentin !! ♥ ♥

(libre de droit sur Pexels)

Voici donc le fameux chapitre de la Saint-Valentin. Rappelez-vous, Lauren a marchandé avec les Maraudeurs pour qu'ils fassent passer un message : l'agresseur de Suzanne paiera. En échange, elle a promis d'arranger un rendez-vous pour Peter, d'éliminer tous les prétendants de Lily pour James, d'aider Sirius dans une mystérieuse tâche, et d'accompagner Remus pour la Saint-Valentin. Elle espère ainsi glaner des informations sur le secret de Sirius... mais les Maraudeurs ont eux aussi très clairement une idée derrière la tête.

Jamila a finalement été invitée par le pauvre et courageux Frank Londubat. Gaspard Shingleton est légèrement mis de côté. Et Regulus passera ce 14 Février avec Margaret Williams, que La Chouette soupçonne également.

Il y a aussi, dans le désordre, un Severus louche, un Mulciber pas gentil, un Dumby pas très responsable et des professeurs fatigués par les petites manipulations de La Chouette.

 

 

Oh, et merci à Sifoell, Athena666, WinterJuliette54 et Pinkgrass pour leurs reviews !

-     Je devrais être rémunérée pour tous les rendez-vous pour lesquels je te prépare.

Lauren sourit à Suzanne dans le miroir de la salle de bain des Poufsouffles. Cette dernière fit mine de souffler d'épuisement, puis alla chercher une broche en argent représentant un renard, symbole des Yaxley, et l'accrocha à la cape que sa sœur porterait pour se protéger du froid encore hivernal.

-     Si seulement ce n'était pas toujours des faux rendez-vous, marmonna-t-elle.

-     Et toi, tu y vas avec qui finalement ?

-     On y va entre copines ! fit joyeusement la Poufsouffle. Holly n'avait personne, alors on s'est dit que ce serait plus sympa d'être ensemble.

Lauren regarda autour d'elle. Les camarades de dortoir de Suzanne s'animaient gaiement, se prêtant robes, colliers, bracelets. Leurs rires et leurs gentilles chamailleries faisaient un vacarme tel qu'ils les empêchaient presque de s'entendre. Cela lui semblait être un autre monde, éloigné des ports de tête sages, des rires discrets et des discussions à voix basse. Comment la Maison Serpentard était-elle devenue si à part ?

 

-     Tu sais, tu n'es pas obligée de t'appliquer autant, protesta-t-elle en voyant sa sœur hésiter entre six teintes parfaitement identiques de rouge à lèvre.

-     Parce que Lupin ne mérite pas que tu te fasses belle pour lui ? répliqua Suzanne d'un ton autoritaire. Des filles tueraient pour être à ta place. Pourquoi lui, d'ailleurs ?

-     Longue histoire...

-     Toujours des longues histoires avec toi...

Lauren surveilla avec inquiétude l'expression de sa sœur. Elle s'était parfaitement remise de son attaque, mais elle craignait qu'elle n'ait encore des cauchemars. Elle n'avait pourtant pas le courage de lui poser la question. Rongée par la culpabilité, Lauren se contentait de faire surveiller sa sœur par les habitants des tableaux.

-     Terminé ! s'exclama finalement Suzanne.

Elle s'inspecta rapidement. Ses longs cheveux châtain étaient noués en une tresse complexe qui retombait sur son épaule. Sa lourde cape noire, fermée par la broche des Yaxley, cachait une robe en velours d'un vert très sombre. C'était bien. Sobre.

 

En traversant la Salle commune des Poufsouffle, Lauren croisa Margaret Williams, que Regulus avait finalement invitée pour la Saint Valentin. Cette dernière lui adressa un regard suspicieux qui dériva sur Suzanne, rendant l'aînée soudain très nerveuse. Puis la Serpentard salua sa sœur et gagna l'entrée du château.

 

Elle y trouva Regulus, justement, qui lui adressa un hochement de tête.

-     Je l'ai croisée, elle ne devrait pas tarder, l'informa-t-elle.

-     Merci.

-     Elle est très jolie.

Il se frotta le front avec irritation, dissimulant dans un même temps son rougissement.

-     Et elle fait partie de ta liste de suspect, complèta-t-il pour se donner une contenance.

Lauren acquiesça sans quitter la porte du château du regard.

-     Quatrième dans la liste, en fait.

-     À ce point ?

Mais elle n'eut pas le temps de répondre à son interrogation car Lupin venait d'arriver. Plus consensuel, il avait adopté la couleur bleue nuit. Loin d'être fringuant, il paraissait toutefois nettement moins fatigué qu'à l'accoutumé.

-     Désolé pour le retard, fit-il en arrivant à son niveau. Peter avait des problèmes de dernière minute.

-     C'est Potter qui t'a dit de me dire ça ? s'amusa-t-elle alors qu'il prenait un air faussement innocent. Je sais très bien que c'est lui, qui est en difficulté. En tout cas, Evans est libre aujourd'hui, il arrivera sûrement à la trouver à la Bibliothèque et passer pour un garçon studieux.

Il rit doucement et ils se mirent en route pour Pré-au-Lard après que Lauren eût fait un signe d'encouragement à Regulus. Le Gryffondor avançait à petits pas, mains derrière le dos, sa démarche rappelant celle d'un vieil homme. Ils se turent pendant tout le trajet, et lorsqu'ils arrivèrent au village rempli de couples se tenant la main, Lauren désigna les allées.

-     Alors, par quoi commence-t-on ? Madame Pieddodu ?

Remus fronça les sourcils d'un air vaguement dégouté qui la fit rire.

-     Ne fais pas semblant, c'est drôle comme tous les garçons prétendent détester ce lieu alors qu'ils rêvent tous d'y emmener une fille.

Le garçon réprima un sourire.

-     Va pour Madame Pieddodu, alors ! s'exclama-t-il en lui présentant son bras auquel elle s'accrocha.

 

Ils s'installèrent au milieu des angelots dorés et des nappes rose bonbon. Quelques tables plus loin, ils saluèrent de la main Peter Pettigrow, dont la compagnie de la fameuse Madison n'avait pas l'air de l'amuser tant que ça.

-     Je suis tout de même un peu mal à l'aise que tu sois ici avec moi plutôt qu'avec Shingleton, fit Remus en consultant le menu.

-     On n'y serait pas allés ensemble, de toute façon.

-     Et tu avais des choses à me demander, ajouta-t-il avec un regard entendu par-dessus sa carte.

-     Oui, répliqua Lauren sans se démonter.

-     À propos de Sirius, termina-t-il.

Elle laissa passer une seconde et croisa les doigts sur la table.

-     Oui.

Remus soupira légèrement, une expression malicieuse sur le visage.

-     Et moi qui pensais avoir mon premier rendez-vous de Saint Valentin...

Lauren ferma son menu et le regarda droit dans les yeux.

-     Tu en auras d'autres. Des vrais.

-     J'en doute.

-     Tu ne devrais pas, riposta-t-elle avec une arrogance feinte. Je suis très douée en Divination.

-     Surtout quand tu réalises tes propres prédictions, s'amusa-t-il.

Elle demeura pourtant très sérieuse.

-     Mais celle-ci, c'est toi qui la réaliseras. Plus tard.

Il haussa un sourcil sceptique et ils commandèrent des pâtisseries ensorcelées.

 

-     Que veux-tu savoir sur Sirius ? demanda Lupin une fois la serveuse partie.

Lauren ne pensait pas que leur conversation serait si franche mais elle en fut satisfaite. Elle se doutait qu'elle ne serait pas capable de tromper un sorcier aussi clairvoyant que Remus.

-     Commençons pas sa demande secrète pour aujourd'hui. Il a dit que je pourrais lui être utile mais il n'a pas précisé comment.

Le Gryffondor eut un sourire énigmatique.

-     Ça viendra.

-     Quand ? Où ?

-     D'après toi ?

Lauren rassembla les informations qu'elle avait glanées sur Sirius Black ces derniers jours.

-     Après ça, je suppose, dit-elle en désignant d'un geste le salon de thé. Et... loin de Pré-au-Lard. La Forêt Interdite ?

Le léger sourire de Lupin acheva de la préoccuper.

 

Les pâtisseries arrivèrent. Les deux adolescents ne purent s'empêcher de sourire avec émerveillement.

-     Tu sais, reprit le garçon en entamant sa tarte au chocolat, tu devrais poser directement tes questions à Sirius.

-     Il se méfie de moi.

-     Je crois qu'il a ses raisons.

-     Mais tu n'es pas aussi hostile, toi.

Il acquiesça sans dire un mot.

-     Tu ne m'as jamais menacé, dit-il à voix basse après un moment. Sur ma... condition. Tu aurais pu t'en servir pour me faire chanter.

-     Je peux toujours.

-     Mais tu ne le feras jamais. Pourquoi ?

La Chouette dut réfléchir un instant.

-     Je préfère éviter les problèmes.

Elle avait vaguement conscience de ne pas dire toute la vérité.

 

Un nouveau silence s'installa. Il n'était pas exactement embarrassé, mais Lauren avait besoin d'avancer dans son investigation. Elle fut pourtant devancée par Remus.

-     Je crois que je sais pourquoi tu espionnes Sirius, déclara-t-il. Enfin plutôt... pour qui tu l'espionnes.

Lauren devait le reconnaître, elle s'y attendait. Après tout, un rendez-vous avec La Chouette était l'assurance de trouver quelques réponses. Pourtant, cette simple déclaration l'oppressa, comme si un serpent s'enroulait autour de sa poitrine.

-     Ah oui ?

-     Alors à moi de faire les déductions, annonça Remus avec un air satisfait.

-     Fais donc, l'encouragea-t-elle en s'efforçant d'adopter un ton détaché.

Elle se concentra sur son muffin violet et se composa une expression neutre. Il était hors de question que Remus apprenne que Regulus lui demandait d'espionner son frère.

-     Ce n'est pas quelqu'un de Gryffondor, commença-t-il, sinon Peter serait au courant.

-     Peut-être...

-     Et il ou elle doit être au moins en Quatrième année.

Lauren grignota un bout de son muffin sans dire un mot, mais le serpent se mettait déjà à serrer, bloquant sa respiration.

-     C'est quelqu'un que tu connais très bien, sinon tu te donnerais pas autant de mal.

Elle haussa un sourcil, toujours silencieuse. Le garçon s'approchait pourtant un peu trop de la vérité.

-     Ça ne peut pas être ta sœur, elle est trop jeune.

La Chouette s'efforça d'inspirer lentement pour faire disparaitre cette sensation d'oppression.

-     Et Jamila... j'ai cru comprendre que Sirius était trop incontrôlable pour elle.

Il la regardait désormais avec une lueur de triomphe dans les yeux. Lauren ne dit rien, paralysée, comme si le serpent l'avait piquée. Il ne restait plus que Regulus.

-     Je pense que c'est toi, l'admiratrice secrète de Sirius.

 

Lauren s'étouffa cinquante-sept longues secondes avec sa tartelette. Elle toussa, se racla la gorge, but un grand verre d'eau. Se mordit la joue pour réprimer son fou-rire, et s'efforça d'adopter une expression mystérieuse, ses yeux pétillants devant aider l'affaire.

-     Alors ? insista Remus en essayant de la déchiffrer.

Elle se contenta de sourire et dut partir aux toilettes pour faire éclater son fou-rire.

 

Alors qu'elle regagnait sa table, elle fut interpelée par une voix féminine à l'intonation faussement réjouie.

-     Veerman !

Elle se retourna pour trouver Margaret Williams, assise face à Regulus. La Poufsouffle passa ses doigts dans ses longs cheveux auburn, la tête inclinée, la considérant avec un mépris qui dut surprendre même le garçon supérieur qu'était Regulus Black.

-     Alors comme ça, tu es avec Lupin ? demanda-t-elle en désignant le Gryffondor plongé dans ses pensées à quelques tables d'eux.

Lauren échangea un regard avec Regulus. Ce dernier, secouant légèrement la tête et fronçant les sourcils, semblait lui signifier de se méfier. Elle acquiesça donc simplement.

-     Je vois que tu ne perds pas ton temps, avec les garçons, ajouta Margaret d'un air entendu.

Lauren haussa les sourcils en saisissant le sous-entendu. Elle n'en fut pas vexée; tout au plus amusée. Elle jeta un œil à sa montre. Quatre heures huit de l'après-midi.

-     Je ne perds jamais mon temps, déclara-t-elle d'un ton léger.

Et elle tourna les talons sans manquer le rire étouffé de Regulus dans son dos.

 

Lauren regagna enfin sa propre table en chassant les angelots qui se mettaient en travers de son chemin comme des mouches agaçantes. Elle s'assit en poussant un long soupir.

-     Alors ? s'enquit Lupin en secouant la tête comme pour sortir de ses pensées. J'ai raison ?

La sorcière mit un instant à se rappeler de leur conversation. Elle se contenta de hausser les épaules et rangea serviettes et couverts comme pour se préparer à partir.

-     Je dois m'assurer que Jamila ne traumatise pas Londubat, déclara-t-elle en détachant sa cape du dossier de sa chaise.

Remus l'imita.

-     Je ne m'inquiète pas pour Frank, dit-il d'un ton amusé en se levant, il saura se débrouiller tout seul.

-     Je sais... concéda-t-elle après réflexion. Ce garçon a-t-il ne serait-ce qu'un défaut ?

Il déclara sincèrement et sans la moindre hésitation :

-     Aucun.

-     Excepté celui d'être assez fou pour passer la Saint-Valentin avec Jamila, termina joyeusement Lauren.

 

Une fois dehors, Remus désigna la rue menant au Chaudron Baveur. Lauren fit mine de resserrer ses bras sur elle pour se tenir chaud, mais elle fut surprise de sentir la main de du garçon attraper la sienne.

 

Une seconde plus tard, les maisons biscornues du village étaient remplacées par les lumières, les voitures, un immense fleuve et de longs immeubles. Lauren réprima une forte nausée et s'agrippa au bras de Remus, avant de tourner sur elle-même, désorientée. Le Gryffondor lui adressa un regard désolé.

 

-     Où sommes-nous ? parvint-elle finalement à bredouiller.

Les klaxons des voitures l'agressaient, contrastant avec le calme de Pré-au-Lard, et toutes les odeurs de la ville envahirent ses sens. Un pigeon s'envola à côté d'elle, la faisant sursauter.

-     Là où tu seras utile pour Sirius, expliqua calmement Remus.

 

Lauren s'écarta vivement de lui.

-     Tu m'as kidnappée ! réalisa-t-elle, sous le choc.

-     Ne sois pas si dramatique, Veerman, fit une voix dans son dos.

Elle se retourna pour trouver Sirius, parfaitement joyeux dans des vêtements moldus, sa veste en cuir sur le dos et un sac à dos sur l'épaule. Quatre heures vingt-trois.

-     Où est-ce que vous m'avez emmenée ? paniqua-t-elle tandis qu'un homme en costard la bousculait et qu'une femme en poussette lui roulait sur les pieds.

-     Il serait assez utile que tu reconnaisses maintenant, parce que tu es là pour ça.

-     Là pour...

Lauren s'efforça de calmer sa respiration. Elle prit du recul, chercha un sens à cette situation. Tout allait bien. Sirius Black était imprévisible mais Lupin était quelqu'un de raisonnable. Il lui fallut neuf secondes pour reconnaitre au loin le Tower Bridge sur le fleuve.

-     Londres, souffla-t-elle avec un certain soulagement.

Elle connaissait la ville. Elle y avait grandi, après tout. Et les deux Gryffondors avaient davantage l'air de touristes que de kidnappeurs.

 

-     Et pourquoi je vais vous être utile, au juste ?

Lupin s'avança vers elle avec un geste apaisant de la main.

-     Sirius a besoin de toi pour trouver un lieu moldu. Mais avant, poursuivit le garçon, il nous faut retirer de l'argent. Des pounds.

Quatre heures vingt-quatre. La Chouette les considéra successivement, tentant de percer leur nonchalance. Mais ils étaient tout à fait sérieux.

-     Non, répliqua-t-elle fermement. Ramenez-moi à Pré-au-Lard.

-     Tu avais promis de m'aider en échange, fit remarquer Sirius.

-     Mais c'est illégal ! siffla Lauren. On ne devrait même pas être ici, il est formellement interdit de transplaner pendant les dates de cours. Est-ce que vous... est-ce que vous réalisez seulement ce que vous êtes en train de faire ?

Elle avait beau essayer, elle ne comprenait pas comment les deux Gryffondors pouvaient trouver normal le fait de l'emmener de force à des kilomètres de Poudlard. La chaleur de la ville la faisait transpirer sous sa cape.

-     Dis-moi, La Chouette, rit Black en plongeant ses mains dans ses poches, tu croyais vraiment que les Maraudeurs suivaient le règlement de l'école ?

-     Je... non mais enfin...

-     On ne fait rien de grave, Lauren, intervint calmement Lupin. On a juste besoin de toi pour des détails techniques de la vie moldue. Ton père est bien né-Moldu ?

Elle hocha la tête avec appréhension.

-     Et bien voilà, ma mère aussi, et le père de Peter est de Sang-Mêlé, mais aucun de nous n'a jamais vraiment vécu chez les Moldus.

Alors que le père de Lauren, après son divorce, était retourné à ses habitudes non magiques qu'ils partageaient désormais avec ses filles.

 

La sorcière prit onze secondes pour réfléchir. Elle était dans un endroit qu'elle connaissait, et la demande des garçons était sans danger. Elle n'avait pas son permis de transplanage, il lui était donc impossible de rentrer seule à Pré-au-Lard. Le choix s'imposa désagréablement à elle.

 

-     Est-ce que vous avez une carte bancaire, au moins ? céda-t-elle avec humeur.

Ils eurent une mine réjouie qui lui fit regretter sa décision.

-     On a ça, fit Sirius en lui tendant fièrement un portefeuille en cuir de bonne facture.

Elle le prit avec précaution.

-     Vous l'avez volé ?

Les deux Gryffondors éclatèrent d'un grand rire qui fit se retourner les passants.

-     C'est aux parents de James ! s'exclama Lupin.

Lauren haussa un sourcil.

-     Alors vous volez les parents de Potter ?

-     Ils sont riches !

-     Ah bah dit comme ça, c'est tout de suite plus moral, grommela-t-elle.

-     Ils ne s'en rendront même pas compte...

Elle décida que son éthique n'était plus à cela près.

-     Vous connaissez leur code de carte bleue, au moins ?

Ils échangèrent un regard perdu.

-     Comme un mot de passe avec la Grosse Dame ? risqua Remus.

-     Je... non, conclut la sorcière avec dépit. Laissez tomber.

Elle éplucha le contenu du portefeuille. Sans grande surprise, elle trouva un petit papier où était inscrit un simple mot : « Chudley ». Ils cherchaient donc une date associée au club de Quidditch.

-     Une idée ? fit-elle.

Sans surprise, Lupin n'y connaissait rien. Plus étonnamment en revanche, Sirius non plus. Il marmonnait qu'il préférait jouer que suivre des matchs - auxquels Lauren se doutait que sa famille ne lui donnait pas le droit d'assister. Lauren se résolut donc à fouiller ses propres souvenirs.

 

Et elle remercia intérieurement Suzanne pour ses longs monologues barbants sur le Quidditch. Une seule date pouvait correspondre, et c'était l'antique année où les Canons de Chudley avaient gagné pour la dernière fois la coupe. Elle lui revint brutalement, comme reviennent parfois des informations superflues. 1892.

 

Elle inséra la carte dans le distributeur et tapa le code.

-     Vous voulez combien ?

-     Alors... euh... beaucoup.

-     Beaucoup comme dix paquets de Chocogrenouille ou comme une voiture ? demanda-t-elle en tentant de cacher son agacement.

-     Un peu entre les deux.

Ce qui donnait une fourchette assez large.

-     Va pour deux cents pounds, alors.

Elle frissonna légèrement en retirant une telle somme. Elle ne retirait jamais d'argent au distributeur, à vrai dire. Elle avait simplement observé son père, ou sa famille moldue le faire, mais jamais on n'aurait laissé la gamine qu'elle était avoir entre ces mains tant d'argent.

-     Alors c'est tout ? s'étonna Sirius quand elle lui tendit le portefeuille et les billets.

Il était déçu, et en effet, cela n'avait rien à voir avec les montagnes russes de Gringotts.

 

-     C'est tout. Autre chose ? demanda Lauren, pressée de retourner à Pré-au-Lard.

Les passants la considéraient étrangement, dans sa tenue de sorcière, et Lupin en robe attirait encore plus l'attention. Quoique Sirius et ses airs de mannequins remportait sûrement la palme.

-     Il nous faut une carte de la ville.

La jeune fille fronça les sourcils.  

-     Tu habites à Londres, toi aussi, non ? Pourquoi est-ce que tu ne pourrais pas t'orienter seul ?

L'expression légère, presque enfantine de Sirius, s'assombrit. Non, Black n'avait peut-être jamais quitté la demeure familiale. Certainement pas pour le Londres moldu.

-     Où est-ce qu'on trouve une carte ? demanda Lupin pour rompre le malaise.

-     N'importe où. Un supermarché. L'office du tourisme. Une station essence. Un bureau de...

-     Va pour la Station d'Essence, la coupa-t-il.

-     Bien. Alors...

La Chouette n'avait pas la moindre idée d'où trouver une station essence, et les fit donc arpenter les rues pendant quelques trente-huit minutes.

-     On tourne en rond, soupira Lupin quand ils retrouvèrent le distributeur de billets.

Lauren grimaça.

-     Désolée, j'ai un très mauvais sens de l'orientation...

-     Comme Regulus, nota Sirius.

Sa déclaration fut suivie d'un silence surpris. Il réajusta sa veste en cuir sur ses épaules. Ils s'accordèrent finalement pour demander à un automobiliste à l'arrêt la bonne direction.

-     Là ! s'exclama Lauren lorsqu'ils aperçurent l'enseigne.

Les deux Gryffondors échangèrent un regard satisfait.

-     Parfait, fit Remus. Reste ici, on revient dès qu'on a terminé.

-     Je ne peux pas venir avec vous ?

-     Non, répliqua fermement Sirius. Et n'insiste pas, je peux tout à fait te stupefixier.

 

C'est sur cette menace angoissante qu'ils laissèrent La Chouette sur le bord du trottoir. Elle aurait pu les suivre discrètement. Ils ne s'en seraient certainement pas rendu compte. Mais Lauren était trop angoissée pour risquer quoi que ce soit. Elle attendit donc.

 

Mais bientôt, l'angoisse la prit à nouveau. Elle était loin, si loin de Pré-au-Lard. Suzanne était sans la protection des tableaux du château. Et s'il lui arrivait quelque chose ? Et si les deux Maraudeurs l'avaient éloignée de Poudlard pour s'en prendre à sa sœur ?

 

Ils la retrouvèrent trente-trois minutes plus tard dans un état second.

-     Ça va ? lui demanda gentiment Lupin.

Lauren cligna des yeux. Elle remarqua que Sirius était légèrement déséquilibré par le sac à dos, signe qu'un objet d'un certain poids y avait été mis.

-     Non. Où est-ce que vous voulez aller, maintenant ? Qu'on en finisse...

-     Hatchards, la librairie préférée de Lily. On y trouve des livres signés par les auteurs.

La Chouette s'en trouva bouche-bée. Toute cette folie pour que Potter puisse offrir son cadeau à Evans ?

 

Ils mirent encore beaucoup trop de temps à trouver la librairie. Et tandis que Lupin discutait avec le vendeur, Lauren, appuyée contre un rayonnage, observait le magasin. Elle vit Sirius se pencher sur le présentoir des livres dédiés à la mécanique. Elle pensa à ce que le lycanthrope lui avait dit. Peut-être avait-il raison. Peut-être devait-elle demander directement à Black ce qu'il cachait. En quelques pas, elle le rejoignit pour lui faire face.

-     Alors comme ça, c'est moi ton admiratrice secrète ? se moqua-t-elle en espérant entamer une réelle conversation avec lui.

Il ne leva même pas les yeux sur elle et elle put ressentir toute l'hostilité qu'il éprouvait à son égard.

-     Ce sont les déductions de Lunard, pas les miennes, fit-il d'un ton détaché.

-     Et quelles sont tes déductions ?

-     Tu t'ennuies. Tu veux être populaire. Une fille t'a offert un gros contrat. Honnêtement, j'en ai aucune idée et je ne suis pas intéressé d'en savoir plus. Tout ce que je sais, c'est qu'il vaut mieux se méfier de toi.

Elle eut un rire ironique.

-     Dit celui qui vient de me kidnapper et de me menacer en pleine rue, releva-t-elle en s'efforçant de ne pas céder à l'agressivité.

Sirius se redressa enfin et appuya ses mains sur la table où étaient exposés les livres.

-     Je préfère que tu ne restes pas trop avec Regulus, déclara-t-il froidement.

-     Tu es déjà jaloux ? s'amusa faussement Lauren.

-     Je suis sérieux, Veerman. Je veux que tu t'éloignes de lui.

-     Pourquoi ?

-     Il mérite mieux qu'une amie comme toi.

 

Cette simple assertion la fit trembler de fureur. Comme il se sentait supérieur, Sirius Black. Comme il était bon, et juste, courageux, et surtout si supérieur. Il rejetait sa famille, il rejetait Serpentard, il rejetait son éducation mais il était tout cela, plus pleinement que n'importe qui. Lauren planta ses yeux dans les siens, perpétuellement orageux en sa présence.

 

-     Et peut-être qu'il mérite mieux qu'un frère comme toi, dit-elle durement.

 

Ils se défièrent du regard jusqu'à ce que la voix de Remus se fasse entendre, les faisant à peine sursauter.

-     Trouvé ! Le libraire m'a dit « c'est un roman engagé », alors ça devrait lui convenir. Tout va bien ?

Sirius enfonça ses mains dans ses poches après un dernier regard de mépris pour La Chouette.

-     Rentrons, ordonna-t-il simplement.

 

 

Ils se mirent à chercher un endroit discret pour transplaner - chose peu aisée à cinq heures cinquante-trois de l'après-midi un samedi.

-     Là ! proposa Lupin en désignant deux énormes poubelles qui auraient vaguement pu les dissimuler tous les trois.

-     Déjà pris, nota Lauren en désignant le couple qui s'y embrassait. Ils aiment les endroits romantiques, ceux... - Pardon !

Un homme de taille moyenne venait de la bousculer. Elle esquiva son regard mauvais et s'attarda un instant sur son short de basket bizarrement assorti à sa chemise. Ses cheveux huilés étaient plaqués sur son crâne. Étrange... Elle balaya alors la foule du regard et remarqua un nombre important d'individus particulièrement mal habillés.

-     On est entourés de sorciers, chuchota-t-elle aux deux garçons qui la considéraient d'un air intrigué.

-     Et alors ?

-     Alors ce n'est pas normal. Ce quartier n'est fréquenté que par des Moldus.

-     Il y a peut-être un rassemblement ? proposa Remus.

-     Mais un rassemblement de quoi ? s'inquiéta Lauren.

Ils s'arrêtèrent net lorsqu'ils comprirent son insinuation. Les trois adolescents se collèrent alors à la devanture d'une chocolaterie, sur leurs gardes. Il leur apparut bientôt très clairement qu'un nombre important de sorciers aux intentions non identifiées quadrillaient le secteur.

-     On part, déclara La Chouette. Maintenant.

-     Non, répliqua aussitôt Sirius. Si ce sont des Mangemorts, les Moldus sont en danger et nous devons les protéger.

Lauren éclata de rire tant la bravoure du Gryffondor lui parut absurde.

-     Lupin, raisonne-le, par pitié.

Remus tendit le cou pour regarder le croisement de la rue, là où les sorciers semblaient tous se diriger.

-     On reste pour vérifier que tout va bien, décida-t-il finalement. Si la situation s'envenime, on part.

 

La foule se faisait de plus en plus compacte. Lauren ne se sentait pas l'âme d'une héroïne. Elle agrippa la manche de Lupin et parla très rapidement.

-     Je peux vous donner ce que vous voulez. Vous voulez quoi ? La pire peur de Mulciber ? J'ai. Le petit secret d'Evans ? J'ai. J'ai tout. Dites-moi ! Lupin ?

Il y eut le rire jaune de Black dans son dos et elle se tourna sur lui.

-     Tu crois qu'on en a quelque chose à faire, de tes petites histoires ? On est en pleine guerre, Veerman, et une attaque va peut-être avoir lieu ici même. À quoi servent tes manipulations ridicules maintenant ?

Elle aurait aimé lui dire que justement, le monde magique était en guerre, et que des adolescents n'y avaient pas leur place. Que la menace était trop grande, qu'ils étaient trop jeunes. Elle aurait aimé lui dire qu'elle n'aurait jamais le courage d'y faire face. Mais au moment où elle ouvrit la bouche, une immense explosion éclata à une quinzaine de mètres.

 

Dans un superbe reflexe, les deux sorciers élevèrent simultanément un puissant bouclier autour d'eux. Il protégea les Moldus alentours, mais des maléfices se mirent à fuser. Il y eut le silence, puis des cris, des chocs sourds, et Lauren tenta une dernière fois de raisonner Lupin.

-     Ramène-nous à Pré-au-Lard et je préviendrai Dumbledore, promit-elle d'une voix forte perçant à peine le vacarme. Lui seul pourra y mettre fin.

Ils durent s'accroupir pour se protéger des éclats. Le Gryffondor réfléchissait. Six heures, huit minutes, treize secondes. Il finit par empoigner son poignet, ainsi que celui de Sirius, et ils disparurent dans un tourbillon de fumée.

 

 

L'arrivée au petit village sorcier fut un choc. L'atmosphère joyeuse, amoureuse, insouciante, les laissa un instant hébétés. Puis Lauren se releva et courut.

Lupin la regarda s'éloigner tout en luttant contre son ami déterminé à retourner au combat. Il s'étonna lorsqu'elle passa devant le Chaudron Baveur sans s'arrêter. Il se sentit stupide quand il la vit poursuivre son chemin et entrer... dans le salon de thé de Madame Pieddodu. Vingt secondes plus tard, son armée d'angelots dorés envahissait les rues de Pré-au-Lard. Et de leur petite voix fluette, ils clamaient cette phrase bizarrement télégraphique :

-     Attaque de Mangemorts à Saint James's Palace. Besoin de renforts immédiatement.

End Notes:

Ça va ? 

 

Si vous voulez vous aussi rencontrer ces deux personnes, levez la main ! Je ne les connais pas, je trouve leurs pulls hideux, mais je les adore. Nan mais les serre-tête...

Je mets cette image parce que cette Saint Valentin a certainement manqué de romantisme - mais aurait-on pu en attendre autre chose de la part de La Chouette ? Donc, la question est : le rendez-vous de Jamila avec Frank Londuat a-t-il été plus chaotique de l'attaque de Mangemorts ? On peut aussi se demander si toute ce périple à Londres était exclusivement dédié à trouver le livre de notre chère Lily Evans. Vous aurez la réponse au prochain chapitre !.

 

Sinon instant promo, j'ai écrit un petit OS dans le cadre d'un projet du fanclub de Regulus intitulé Profanation. Alors si comme moi vous adorez ce personnage, vous pouvez aller y jeter un œil (ainsi qu'aux autres participations) !

 

Merci de me lire et à bientôt !

Chapitre 13 by Amnesie
Author's Notes:

Bonjour, j'espère que vous avez passé de bonnes vacances ! Bon, disons le tout de suite, j'ai honte...presque 2 mois que je n'ai pas mis cette histoire à jour. J'en suis vraiment désolée et je vous rassure, la rentrée devrait me redonner un peu de temps et de régularité pour publier !


D'abord, un très très grand merci à Juliette54, Winter, Pinkgrass et Wapa. Vous êtes merveilleuses ♥


 


Et donc, petit rappel des épisodes précédents.


Lauren est toujours sur ses gardes et tente tant bien que mal de découvrir l'agresseur de sa sœur. Elle semble se méfier des Maraudeurs, de Mulciber, de Gaspard Shingleton et de Margaret Williams, une Serdaigle de Sang Pur qu'elle encourage Regulus à inviter. Pour gagner du temps, elle passe aussi un contrat avec les Maraudeurs pour qu'ils l'aident à faire comprendre à tout Poudlard qu'elle sait qui est le coupable (ce qui est faux) et qu'elle se vengera. Et la voilà à passer la Saint-Valentin avec Lupin, plus ou moins avec l'intention de le sonder pour découvrir le secret de Sirius. Manque de chance, elle se fait embarquer de force à Londres, où elle retrouve Sirius, justement. Péripéties (je m'excuse, ce résumé est déjà beaucoup trop long), péripéties, attaque de Mangemorts, Lauren convainc Lupin et Black de la ramener à Pré-au-Lard, ou elle se sert des angelots de Madame Pieddodu pour prévenir les professeurs.


 


Et après ce résumé illisible, nous voilà le lendemain de la Saint-Valentin...


 

Tout le monde louait la prodigieuse sensibilité des angelots de Madame Pieddodu. Ils avaient, disait-on, pressenti l'attaque à des kilomètres de là. Certains affirmaient même qu'un célèbre Magizoologiste viendrait bientôt étudier les créatures, et qu'une loi serait rédigée pour définir leurs droits.

 

Cette question était toutefois soulevée à la quatrième page de la Gazette du Sorcier, car la Une, elle, faisait état de l'attaque de Mangemorts survenue près de Saint James's Palace à Londres. Le journaliste affirmait que des renforts étaient arrivés peu après les premières explosions. Ce n'était pas des Aurors. Non, ces mystérieux héros avaient limités les dégâts jusqu'à l'arrivée des agents du Ministère. Bilan : seize morts, dont un sorcier. Quarante-neuf blessés.

 

Lauren ferma le journal, le plia, puis le reposa à côté de sa tasse de café.

-     C'est Black qui doit être content, fit remarquer Jamila assise en face d'elle.

Elle fit un signe de tête vers l'autre bout de la table. En effet, Regulus, entre autres passions, aimait décrire les prodiges de celui qu'il appelait le Seigneur des Ténèbres. Le mage noir était à l'en croire un meilleur sorcier que Merlin lui-même en son temps (et Dumbledore en ce temps, mais cela ne faisait guère débat chez les Serpentards) et ses Mangemorts étaient des agents de la Justice. Pourtant, nulle explosion de joie devant le journal faisant état du coup d'éclat de ses fidèles ; le jeune Black affichait une expression si impassible qu'on l'aurait cru fait de pierre. Lauren fronça les sourcils.

-     Je ne sais pas...

Elle chercha ensuite du regard Remus et Sirius à la table des Gryffondors, et ne fut pas surprise de les voir se disputer tandis que leurs deux autres amis tentaient de comprendre. Non loin d'eux, Frank lui adressa un sourire presque...complice.

-     Ça c'est bien passé, avec Londubat ? s'étonna-t-elle en revenant à son amie.

-     Très bien, affirma cette dernière.

Lauren haussa les sourcils avant de se rappeler que « très bien » pour Jamila pouvait être très relatif.

-     Je te jure que si, insista l'Égyptienne devant son air moqueur. Je ne mens jamais.

-     Sauf à toi-même...

Le bout de pain en face d'elle se déchiqueta de lui-même en plusieurs morceaux, que la sorcière envoya d'un coup de baguette droit sur Lauren.

-     D'accord, d'accord ! céda-t-elle alors que les autres élèves commençaient à se retourner sur elles pour découvrir la redoutable arme qu'étaient devenues les boulettes de mie de pain. Raconte.

Jamila baissa sa baguette, souffla avec satisfaction dans sa tasse de thé.

-     Ce n'est pas spécialement intéressant, en vérité, commença-t-elle. Tout était à son image...

-     Parfait.

-     Exactement. Déjà, le garçon est original, il a évité Madame Pieddodu - tu te doutes que je serais partie au courant. Il m'a attendue devant notre Salle commune, puis il m'a emmenée à un pic-nic près du Lac et...

-     Et tu l'as noyé dans le Lac, termina La Chouette d'un ton moqueur alors que son amie poursuivait son récit en lui jetant un regard noir.

-     Il avait tout prévu : table, chaises - tu me vois m'assoir par terre ? -, nourriture évidemment... Il avait tout prévu sauf le froid, mais mes talents en sortilèges ont évité notre congélation.

-     Oh, fit mine de comprendre Lauren. Alors tu l'as brûlé vif.

Cette fois-ci, la jeune fille ne fit pas l'effort d'un regard.

-     Nous avons discuté, il a de vrais qualités d'écoute, lui.

-     Donc tu l'as...

-     Non, je ne l'ai pas ennuyé jusqu'à la mort, la coupa brusquement Jamila tandis que Lauren dissimulait un éclat de rire. Bon, puisque tu ne veux pas te réjouir pour moi, raconte Lupin. Comment ça s'est passé ?

-     Mal, j'espère ! s'exclama une voix enjouée derrière elle.

Lauren se retourna pour trouver Gaspard Shingleton, l'air faussement jaloux.

-     Très mal, assura-t-elle sincèrement.

Il soupira avec soulagement avant de s'asseoir, une jambe de chaque côté du banc. Lauren ressentit un réconfort étrange à le voir ainsi. Peut-être lui avait-il manqué, après tout. Au moment où ils s'embrassèrent, elle vit Jamila soupirer et se lever pour les laisser ensemble.

 

Elle lui fit un signe de la main et reporta son attention sur Gaspard, interrogatrice.

-     Ton investisseur ?

-     Un échec, déclara-t-il en jouant avec une cuiller. Il était persuadé que mon invention avait déjà été trouvée.

-     Tu n'as pas déposé un brevet ? s'étonna-t-elle.

-     Non, je suis mineur pour encore trois mois.

Lauren se souvint alors d'un détail de la veille. Elle fouilla dans ses poches et trouva un bout de parchemin rectangulaire qu'elle tendit à Gaspard.

-     Mon cadeau de Saint-Valentin en retard. Pour toi.

Il lut les quelques mots inscrits.

-     Une adresse, déchiffra-t-il avant de prendre un ton plein d'espoir. Tu m'offres une maison ?

Lauren leva les yeux au ciel, amusée.

-     L'adresse des Potter, expliqua-t-elle à voix basse. De Fleamont Potter - et comme il ne semblait pas saisir, elle précisa encore : inventeur, riche, généreux, réputé sympathique. Envoie-lui un hibou, je suis sûre qu'il serait intéressé par tes inventions.

Elle avait récupéré l'information lorsqu'elle avait fouillé le portefeuille des parents de James pour découvrir leur code de carte bancaire. L'expédition à Londres lui avait au moins apporté cela - et cela n'était pas peu, à en croire les yeux brillants de Gaspard. Il l'embrassa en s'attardant un peu plus longtemps qu'habituellement et Lauren ne pensa pas à le reprendre pour lui rappeler qu'elle n'aimait pas ces démonstrations publiques.

 

Sans un mot - ce qui était rare - Gaspard lui tendit à son tour une petite boite, une sorte d'écrin à bijoux. Elle lui lança un regard interrogateur puis l'ouvrit. Et y trouva un collier. Elle faillit se moquer mais réalisa que le pendentif était animé. Il s'agissait d'une colombe argentée battant doucement ses ailes de métal.

-     Ça te plait, mon colibri ? souffla Gaspard.

Et Lauren écarquilla les yeux, puis éclata d'un rire franc quand elle vit la colombe se métamorphoser en un minuscule oiseau battant des ailes à toute vitesse. Un colibri.

-     C'est... commença-t-elle sans parvenir à terminer sa phrase, hilare.

-     Ça me semblait adapté, rit aussi Gaspard.

La jeune fille hocha la tête, toujours souriante, et le laissa attacher le collier à son cou.

 

 

Cet instant apaisé fut de courte durée. Ce dimanche soir, la salle commune des Serpentards était particulièrement agitée. L'attaque de Mangemorts de la veille faisait régner une ambiance fébrile, oppressante. Car si ailleurs dans le château, on s'inquiétait de la montée de Voldemort, les cachots voyaient dans un de ces premiers coups d'éclat un immense espoir.

 

Dans ces conditions, il était impensable que Lauren n'assiste pas à la petite réunion du soir de Regulus et ses camarades de Sang-Pur. Elle prit donc place à sa chaise attitrée. Cerbère entourait Regulus tandis que Chloe Avery se trouvait à la droite de la sorcière. Sans surprise, Jamila était dans leur dortoir. Lauren savait qu'elle n'avait aucun avis sur le sujet : n'ayant connu que la magie, les Moldus lui paraissaient plus éloignés que s'ils avaient vécus sur une autre planète. Debout se trouvaient comme à l'accoutumée Merri-Lynn Travers et Sony Spike ; s'étaient joints à eux d'autres élèves plus jeunes qui avaient depuis longtemps choisi Black comme chef.

 

Ce dernier, justement, était imperturbable. Il ne prononçait pas un mot. Certains l'avaient compris, sa position quant à l'attaque serait cruciale. Lauren tenta d'accrocher son regard. Elle avait eu une brève discussion avec lui le soir précédent. Elle était restée évasive sur son rendez-vous avec Lupin, jetant un voile opaque sur son escapade à Londres, et le sorcier lui avait confirmé ses soupçons contre Margaret Williams, qu'il disait profondément jalouse de Lauren et Suzanne.

 

Ils étaient tous assis depuis huit minutes et trente-sept secondes, et personne ne semblait prêt à prendre la parole. Il n'y avait que chuchotements et silences. Alors Lauren brisa la règle tacite ne lui donnant que le droit de répondre aux interrogations et commença la réunion par cette simple question :

-     Était-il juste que les Mangemorts tuent seize Moldus hier ?

L'interrogation était générale, mais elle le dit en ne fixant que Regulus, sur qui tous les regards convergèrent. C'était à lui de statuer, après tout. Leur petit roi.

 

Les autres avaient également leur opinion, évidemment. Chloe Avery aurait sûrement suivi l'avis effrayant de son futur époux, Mulciber. Et le Cerbère de Regulus avait pour sa part un certain goût pour le sang et la stupidité.

 

Il y eut un lourd silence qui attira l'attention du reste des élèves de la Salle commune. Lauren vit, à la périphérie de son champ de vision, arriver des Serpentards plus âgés. Regulus tira sur son col. Il inspira d'une façon si contrôlée que Lauren put presque voir ses poumons se remplir d'oxygène.

 

-     Ces sorciers ont davantage d'expérience que moi, répondit-il finalement d'un ton mesuré. Aussi éviterai-je de les juger.

C'était subtil mais perceptible, ces soupirs agacés, ces yeux levés au ciel, ces mouvements de recul comme pour échapper à une réunion décevante : encore une fois, le petit Black se défilait.

-     Toutefois, reprit Regulus d'une voix plus forte - et l'on pouvait presque entendre l'attente des autres lorsqu'il prononça ce mot -, je dois rappeler que cette attaque était réfléchie et mesurée : Saint James's Palace était un au haut lieu de magie avant la mise en place du Code International du Secret Magique.

Lauren fronça les sourcils. Voilà qu'il semblait parti pour un cours d'Histoire de la magie plus ronflant que ceux du professeur Binns. Après quelques rappels historiques de la terrible oppression des sorciers par les Moldus - rappels fort appréciés dans les salons des Sangs-Purs - il statua.

-     Il m'est donc avis que, déclara-t-il lentement du ton guindé qu'il employait lorsqu'il était mal à l'aise, bien que la mort de ces Moldus soit regrettable, le combat des Mangemorts est juste.

 

Beaucoup acquiescèrent vivement. D'autres se turent, comme Severus Rogue qui se tenait à distance. Mais un garçon de Septième année, insignifiant, protesta.

-     Leur mort n'est pas regrettable, dit-il avec conviction, elle est dramatique. Et aucun combat ne mérite que des innocents meurent.

Il était rare qu'un Serpentard ose prendre la parole ainsi contre le reste de sa Maison. Plus rare encore qu'il s'agisse d'un Septième année, les élèves de cette promotion étant réputés particulièrement soumis. À la surprise de Lauren, il ne fut pas immédiatement rabroué.

-     Les Moldus ne sont pas innocents, répliqua calmement Regulus. Ils détruisent leur société avec leurs machines et leurs mœurs décadentes. Bientôt, ils détruiront la nôtre.

Des hochements de tête approuvèrent sa déclaration, le faisant gagner plusieurs centimètres.

-     Eux, détruire notre société ? Mais vous voyez pas que ce sont les Mangemorts, qui pourrissent notre société ? protesta encore le garçon. Ce sont eux qui tuent, qui essaient de nous faire peur et qui nous imposent des idées arriérées. Ce sont eux, qui...

-     La ferme, Friedson.

La menace venue d'un autre Septième année fut suivie d'un maléfice inconnu et cette fois, Lauren n'eut pas besoin de tricher pour prédire que Neil Friedson serait bientôt le meilleur souffre-douleur de l'histoire de la Maison Serpentard.

 

La conversation se poursuivit encore longtemps, clairsemée d'arguments parfois absurdes.

-     Ce sont les Aurors qui ont commencé les hostilités ! s'exclama Ulric Crabbe. S'ils n'étaient pas arrivés, il n'y aurait eu aucun mort - mais ça, la Gazette se garde bien de le dire !

Cris d'approbation. Lauren fut satisfaite de voir Regulus froncer les sourcils, sceptique.

-     D'où tiens-tu ces informations ? l'interrogea-t-il froidement.

Crabbe se retrouva un instant décontenancé.

-     Je... C'est évident !

-     Tiens-toi en aux faits, répliqua-t-il d'un ton sec. Un combat ne se construit pas sur des inventions.

Hochements de tête. Nul n'aurait osé le contredire, après tout.

-     Le père de Mulciber était présent, enchaina immédiatement pompeusement une autre tête de Cerbère comme pour gagner l'approbation de Regulus. Il doit sûrement avoir des informations supplémentaires.

Chloe Avery acquiesça gravement avant de se tourner vers Lauren qui se crispa. Elle savait que ce moment viendrait et son silence parfait depuis sa première question n'avait apparemment pas suffit à la faire oublier.

-     Ton oncle aussi, n'est-ce pas ? J'ai lu que Torqil Yaxley avait pris part aux combats.

Il y eut quelques exclamations impressionnées qui lui donnèrent la nausée.

-     C'est aussi ce que j'ai lu, répondit la sorcière d'une voix neutre.

-     Penses-tu pouvoir lui en parler ?

Et Lauren se demanda comment toutes ces personnes pouvaient encore croire qu'avec son père né-Moldu, elle avait pu garder des liens avec sa famille Sang-Pur fanatique. Elle sourit poliment.

-     C'est un homme occupé, je doute qu'il trouvera le temps.

 

Elle avait préparé une réponse dans le cas où on lui demanderait sa position personnelle mais par la suite, nul ne sembla s'intéresser outre mesure à elle. Elle se tut donc pour le restant de la réunion, avec le sentiment d'avoir été reléguée au rang des futures épouses silencieuses.

 

***

 

Jamila Alnabil pouvait entendre depuis le dortoir la discussion passionnée de la Salle commune. Elle imaginait nettement le petit Regulus tenter vainement de faire les gros bras, son Cerbère sagement à ses pieds, et Chloe Avery dans le rôle de la parfaite hôtesse. Elle ne se plaignait pas d'en être bannie ; Jamila fuyait comme la Dragoncelle ces réunions bourrées de faux-semblants où Lauren excellait. C'était d'ailleurs la seule chose qu'elle méprisait, chez elle. Son hypocrisie. Elle la savait silencieuse, attentive aux jeux de pouvoirs, prête à tout pour être épargnée.

 

Et Jamila...Jamila se trouvait reléguée au rang de paria. Elle était pourtant l'équivalent d'une princesse, en Egypte. Son père était à la tête de la petite oligarchie de Sangs Purs qui dominaient les terres de la Méditerranée à la mer Rouge, du désert Libyque au Sinaï. À onze ans, elle n'avait pas croisé plus d'une dizaine de regards. Elle ne connaissait que les fronts serviles, les dos courbés, les yeux fuyants. Héritière respectée et admirée, en entrant à Poudlard, elle avait été troublée. Des enfants se permettaient de la fixer. Et s'ils ne croisaient pas son regard, ce n'était que preuve de leur mépris. Une Sang-Pure, oui, mais une étrangère.

 

Jamila ne comprit pas tout à fait pourquoi ses parents l'avaient envoyée en terres hostiles. Elle était éduquée, son précepteur doué, et en comparaison, les cours anglais l'ennuyaient. Qu'ils étaient mauvais. Mais sa fierté était trop grande pour qu'elle protestât. Elle réalisa donc, années après années, ce qui la forçait à rester là. Conflits de succession, il fallait éloigner l'héritière. Une fille, il fallait sauver la face. Diplomatie, aussi, de l'ancienne colonie. Et puis, l'été de sa Quatrième année, elle comprit : il lui fallait trouver mari. Car en Égypte où sa famille était la plus grande, tout époux aurait été médiocre ; un anglais de noble famille, lui, serait un meilleur parti.

 

Jamila avait beau feindre la normalité, elle savait que Lauren avait raison de se moquer. Chercher époux à seize ans, c'était...ça n'aurait pas dû être. Elle se savait aussi trop entreprenante - indigne de son rang - mais elle était décidée à accomplir ce qui l'avait menée ici. Elle trouverait un garçon - un homme - correct, fort, respectable, qui ne craindrait pas sa liberté et son indépendance. Frank Londubat était encore mieux que cela.

 

Alors la veille, elle avait abandonné son dégoût pour la trop populaire Saint-Valentin et s'était résignée à accepter son invitation. Elle s'était même un peu préparée, dans son dortoir déserté de son unique amie affairée avec sa sœur chez les Poufsouffles. Elle avait lissé ses longs cheveux noirs, assombri ses cils, revêtu une robe traditionnelle égyptienne rouge. Elle se savait moyennement belle mais elle s'en moquait, car elle se savait surtout extraordinaire. Elle était puissante, brillante, honnête, et Frank Londubat et sa perfection ne l'intimidaient pas.

 

Elle l'avait retrouvé à l'entrée de sa propre Salle Commune. Courageux, le Gryffondor, de se présenter à la porte des Serpents. C'est ce qu'elle lui avait fait remarquer.

-     Après avoir trouvé le courage de t'inviter, tout semble bien facile, répondit-il avec un sourire.

-     Je te fais peur ? demanda-t-elle avec une pointe d'espoir qu'elle n'essaya pas de dissimuler.

Elle avait parié avec Lauren qu'elle parviendrait un jour à devenir l'Epouvantard de quelqu'un.

-     Oh, non, rit Frank, tu ne me fais pas peur. Tu es simplement impressionnante.

 

Il ne faisait que statuer une vérité, alors elle avait acquiescé et s'était mise en route pour sortir du château, laissant Londubat la rattraper. La Salle commune Poufsouffle se situant également au sous-sol, ils croisèrent Suzanne et ses amies remplissant les couloirs de leurs rires. Frank faisait la conversation, mais Jamila était trop concentrée sur la petite sœur de Lauren pour y prêter attention. C'est qu'elle ne comprenait tout simplement pas comment son amie pouvait faire confiance à de vieux portraits endormis pour veiller sur elle. Alors, en secret et dès qu'elle le pouvait, elle gardait un œil sur Suzanne. Ce jour-là, la présence de ses amies la rassura.

 

-     Jamila ?

Elle tourna la tête sur Frank. Ils étaient arrivés à l'entrée du château.

-     Que disais-tu ? Je ne t'écoutais pas.

Il resta un instant surpris, silencieux, et cette fois, sa franchise sembla lui déplaire.

-     C'est très impoli, Jamila, dit-il un peu froidement.

La sorcière haussa les sourcils sans trop s'en soucier.

-     Où allons-nous ? demanda-t-elle alors qu'il n'empruntait pas le chemin de Pré-au-Lard.

-     Au Lac. J'ai pensé à un pique-nique.

Son ton était toujours sec, même elle pouvait le remarquer. Elle voyait bien qu'elle l'avait vexé mais jamais elle ne se serait excusée. Et dut reconnaître à contrecœur que les prédictions de Lauren n'avait encore pas manqué ; elle avait tout ruiné. Heureusement, elles avaient toutes les deux convenu qu'il était nécessaire de déjouer la prophétie, et La Chouette avait donc griffonné sur un bout de parchemin une série de questions qui sauraient peut-être la sauver.

 

-     Alors comme ça, tu veux devenir Auror ? l'interrogea-t-elle alors que Frank mettait en place leur pique-nique, le visage fermé.

Il fallut d'abord qu'elle se force à s'intéresser à lui. Ensuite, elle le trouva sincèrement intéressant. Il lui apprit qu'avant de combattre les mages noirs, il espérait voyager. Elle lui parla ainsi de son pays d'origine, il l'interrogea sur la vie des sorciers égyptiens, et elle en vint à se confier sur sa vie là-bas.

-     Alors tu comptes y retourner après Poudlard ? lui demanda-t-il alors qu'ils regardaient le lac, une tasse de thé entre les mains.

-     Oui.

-     Tu en as envie ?

Sa question la surprit.

-     Quelle importance ? dit-elle, perplexe.

À son tour de lâcher un rire incrédule qui l'agaça.

-     J'ai des obligations, Londubat, expliqua Jamila.

-     Envers qui ?

-     Ma famille, répondit-elle sur le ton de l'évidence.

-     Je pensais que tu avais le caractère d'une femme qui fait ce qu'elle veut, elle.

-     Et pourquoi ne voudrais-je pas prendre la tête de la plus grande dynastie sorcière d'Égypte ?

-     C'est une grande responsabilité, répondit-il avec flegme. Tu pourrais préférer être Médicomage, ou Briseuse de sorts, ou ne pas avoir d'héritier, vivre avec les Moldus, je ne sais pas... Sirius Black clame bien qu'il compte refuser l'héritage de sa famille.

Elle eut un rire suffisant.

-     Sirius Black manque d'ambition, déclara-t-elle avant de se pencher sur lui, ses longs cheveux noirs encadrant son visage. Moi, je veux le pouvoir, Londubat.

 

L'avait-il comprise ? Elle n'en savait rien. Elle savait simplement que l'exprimer ainsi, à l'air libre et non dans l'air opaque des cachots, l'avait fait réaliser combien elle y croyait. Et alors qu'elle voyait Chloe Avery enfin entrer dans leur dortoir, exerçant ses miettes d'autorité sur la pauvre Merri-Lynn, elle ne s'en trouva que plus convaincue. Elle ressassa longuement ces pensées, et ce n'est que lorsqu'elle réalisa qu'elle ne parviendrait pas à dormir qu'elle se décida à se lever pour rejoindre la seule personne qui garderait les yeux ouverts toute la nuit.

 

***

 

La réunion avait pris fin une vingt-deux minutes plus tôt. Les élèves rentraient au compte-goutte dans leur dortoir. Un fond sonore de murmures conspirateurs ou anxieux teintait l'atmosphère d'angoisse. Lauren commençait à s'installer près du feu pour son habituelle nuit d'insomnie.

 

Il ne restait plus que deux ou trois élèves lorsque Regulus fit léviter deux chaises pour s'assoir à côté d'elle devant le foyer. Elle le remercia d'un hochement de tête, jeta un bref regard sur lui pour déceler dans sa cravate à moitié défaite, ses cheveux légèrement moins coiffés, son dos à peine vouté, toutes les traces de sa lassitude. Il l'imita, son regard s'attarda sur son nouveau pendentif et il haussa un sourcil auquel Lauren répondu par un léger rire.

-     Laisse-moi deviner, sourit-il. Shingleton ?

-     Excellente déduction, Mr Black, acquiesça-t-elle en prenant un ton pompeux. Et tu vas voir, il a une petite particularité... Donne-moi un nom d'oiseau.

À sa surprise, il se raidit immédiatement.

-     Hors de question.

-     Pourquoi ?

-     Lauren, je ne vais pas t'insulter - et si ce pendentif fonctionne ainsi, Shingleton devrait avoir honte de te l'avoir offert.

Elle le fixa huit centièmes de seconde puis le déclic se fit et elle pouffa.

-     Reg - Regulus, se corrigea-t-elle, je... un nom d'oiseau au sens propre, pas... Merlin, tu es la seule personne au monde à comprendre nom d'oiseau au sens d'insulte.

Il cligna des yeux, comprit, se détendit immédiatement.

-        Oh, fit-il d'un air profondément surpris. Un vrai nom d'oiseau ?

-        Oui.

-        Comme une chouette ?

-        Par exemple, sourit Lauren en désignant l'oiseau à son cou qui se métamorphosait en chouette.

Cela laissa Regulus perplexe.

-     Je n'arrive pas à décider si c'est affreux ou fantastique, avoua la sorcière, les yeux pétillants.

-     C'est...

Il croisa ensuite son regard et s'accordèrent pour laisser cette phrase en suspens. Puis le garçon fronça les sourcils.

-     Tu es sûr qu'il n'est pas ensorcelé ?

-     Il l'est, Regulus, expliqua lentement Lauren. Tu sais, sans magie, les objets ne se métamorphosent pas ainsi.

Il prit un air hautain qui l'amusa grandement.

-     Je voulais dire - il est possible qu'un sortilège malveillant y soit intégré.

Son amusement retomba aussitôt.

-     Tu penses que Gaspard aurait pu...

-     Tu le soupçonnais, non ?

-     Je... - elle se frotta le poignet, pensive - je crois que je me suis un peu laissée gagner par la paranoïa.

-     Alors tu ne le surveilles plus ?

Elle haussa les épaules.

-     Et Margaret Williams ?

-     Tu m'as dit qu'elle était jalouse, alors je vais me pencher sur son cas. Comment était le rendez-vous, au fait ?

-     Bien... Tu as d'autres suspects ?

-     Oui.

Il la fixa un instant, comme dans l'attente de précisions, mais elle se tut alors il se contenta d'admirer avec elle les flammes dans l'âtre. Lauren commençait à connaître Regulus, aussi attendit-elle qu'il exprime ce qui le préoccupait.

 

Et sept minutes et trois secondes plus tard...

 

-     Pourquoi ne me dis-tu rien ?

Son ton était si accusateur et dur, blessé, que Lauren en resta muette quatre secondes.

-     Sur quoi ? bredouill-t-elle, déstabilisée.

Il se leva dans un geste saccadé, lui fit face et regarda derrière elle comme pour vérifier que les autres étaient suffisamment loin, avant de se pencher sur elle.

-     Sur ton rendez-vous, sur Sirius, sur ce que tu penses de cette attaque, énonça-t-il très rapidement, sur tous les secrets que tu transportes, sur toi, sur - Merlin je croyais que...

Il la considérait avec urgence et Lauren se sentit un peu désemparé, comme lorsque Suzanne était prise d'angoisse et cherchait son soutien. Alors elle fit comme avec sa petite sœur. Elle ancra un regard confiant dans le sien.

-     Regulus, je te promets que je ne sais pas...

Il haussa un sourcil désabusé et secoua la tête d'un air déçu qui interrompit son mensonge. Bien sûr, qu'elle savait. Évidemment, qu'elle avait découvert le secret de Sirius. Elle avait passé la dernière nuit à se repasser le souvenir de son escapade à Londres et elle avait à présent une idée claire de ce qu'il cachait. Il ne lui fallait qu'une ou deux preuves supplémentaires. Quant à ce qu'elle pensait de cette attaque... Pouvait-elle seulement l'exprimer sans prendre le risque de perdre ce début d'amitié ?

 

-     Toi aussi, tu ne me racontes rien, finit-elle par déclarer.

Il lui jeta un regard en biais, peu dupe de sa pauvre tentative de détourner le sujet. Il capitula tout de même et se laissa retomber à nouveau sur sa chaise.

-     Tu sais déjà tout, soupira-t-il.

-     C'est vrai, acquiesça-t-elle aussitôt, le faisant sourire.

Il s'enfonça dans son siège, croisa les bras, et prit un air de défi.

-     Vérifions cela.

Confiante et amusée, rassurée d'avoir évité une dispute, Lauren se prit au jeu.

-     Pose-moi n'importe quelle question, le défia-t-elle.

-     Ma date d'anniversaire ?

Elle leva les yeux au ciel.

-     Facile. Le 26 août.

-     Mon Patronus ?

-     Un corbeau.

Il sourit fièrement.

-     Essaie plus difficile, Regulus. Même Jamila pourrait deviner ça.

-     Ma confiture préférée ?

-     Tu ne manges que du miel, répondit-elle aussitôt. Et tu utilises ta baguette pour que ça ne colle pas à tes doigts.

Regulus rit légèrement.

-     C'est Sirius qui me l'a appris, expliqua-t-il avant de froncer les sourcils. C'est une mauvaise habitude, la magie devrait être utilisée pour de plus grands projets que de se faire une tartine.

Elle fit semblant d'acquiescer gravement et il ne comprit pas qu'elle se moquait gentiment de lui.

-     Autre chose ?

-     Ma pire note en Potion ?

-     Efforts Exceptionnels, soupira-t-elle. Tu n'as pas plus difficile ? Regulus, je sais l'heure à laquelle Albus Dumbledore se réveille et celle à laquelle il se lave les dents.

Il y eut un silence.

-     C'est inquiétant, fit remarquer le sorcier.

-     Je suis en train de le réaliser.

 

 

Ils bavardèrent avec légèreté pendant encore trente-six minutes, oubliant presque la réunion macabre qui avait eu lieu quelques heures plus tôt, puis Regulus partit se coucher. Peu après son départ, le châle de Lauren se mit à s'agiter. La sorcière avait compris assez tôt qu'elle ne pouvait investir la Salle commune de Serpentard toutes les nuits sans s'assurer d'être prévenue de l'arrivée nocturne de ses camarades. Son châle, en plus de lui servir à se réchauffer, était donc un artefact s'animant quand quelqu'un s'approchait.

 

Lauren se retourna aussitôt avec inquiétude, mais ses épaules se relâchèrent lorsqu'elle vit la silhouette élégante de Jamila se détacher de l'obscurité pour venir à elle. La sorcière s'était enroulée dans un long peignoir vert et ses pieds étaient nus sur la pierre. Lorsqu'elle fut assez proche pour que les flammes illuminent son visage, La Chouette put y déceler son inquiétude.

-     Des remords ? demanda-t-elle légèrement.

Jamila haussa un sourcil interrogateur tout en s'asseyant sur le sofa, un peu en hauteur par rapport à elle.

-     Des remords par rapport à ton assassinat de Londubat ? explicita Lauren avec un sourire.

La sorcière soupira.

-     Crois-moi, le tien ne m'en donnera aucun.

Lauren sourit avec satisfaction avant de s'asseoir en tailleur à l'autre extrémité du canapé.

-     Un problème ? demanda-t-elle tout de même, car il était plus qu'inhabituel que Jamila ne dorme pas à deux heures cinquante-huit du matin.

-     Je vais devenir reine d'Egypte.

-     Joli projet professionnel, commenta Lauren. Tu veux en parler à Slughorn ? Il doit connaître le neveu du petit-fils de la grand-mère du roi-sorcier d'Iran, ça peut toujours t'être utile pour gérer ta diplomatie.

Elle eut droit à un léger coup de pied.

-     Je ne plaisante pas, Lauren. Hors de question que je sois juste épouse.

-     Évidemment, acquiesça plus sérieusement La Chouette. Je pensais que le plan était de trouver un mari soumis pour prendre subtilement sa place ensuite ?

-     Oui, s'agaça Jamila, eh bien c'est devenu officiel.

-     Parfait.

-     Voilà.

Mais la sorcière lissait ses mèches sombres d'un geste incertain qui lui était inhabituel.

-     Eh, Mila, l'appela Lauren plus doucement. Tu sais que je suis douée en Divination ?

-     La seule matière où tu ne te ridiculises pas, marmonna-t-elle.

-     Merci. Bon, alors voilà une véritable prédiction : tu deviendras reine d'Egypte.

Jamila soupira.

-     Tes prédictions se réalisent parce qu'elles sont évidentes ou bien parce que tu les réalises toi-même.

-     Justement, soutint La Chouette avec un air entendu qui donna presque un sourire reconnaissant à son amie. Essaie simplement de penser à moi quand j'aurai besoin d'un asile politique pour avoir menacé les trois quart des sorciers de Grande-Bretagne.

Les deux sorcières échangèrent un regard amusé.

-     J'ai aussi pensé que je pourrais commencer maintenant, déclara Jamila avec une pointe de malice.

-     C'est-à-dire ?

-     Éliminer les dominants, prendre leur place à Serpentard.

Lauren eut une grimace sceptique.

-     Je crois qu'il est un peu tôt pour les assassinats politiques, Mila.

-     Non non, il faut que je me fasse la main, répliqua cette dernière avec un geste nonchalant.

Cet argument parut convaincre aussitôt La Chouette qui acquiesça.

-     Épargne Regulus alors. Et occupe-toi de son Cerbère en premier.

Elles se mirent à élaborer plusieurs stratégies de prise de pouvoir chez les Serpentards - l'une d'elle allant jusqu'à l'éviction d'Albus Dumbledore - et leurs idées devinrent plus absurde à mesure que leurs têtes s'enfonçaient dans leur accoudoir respectif.

 

-     Mila ? appela brusquement Lauren en se relevant d'un air alarmé.

-     Mmh...

-     Je crois qu'on est en train de faire un truc horrible.

-     Quoi ? s'inquiéta vaguement Jamila.

-     Une pyjama party.

Les yeux de l'Égyptienne s'ouvrirent pour s'écarquiller d'horreur. 

End Notes:

J'espère que votre lecture vous a plu ! Ce chapitre était plus concentré sur la guerre et l'amitié ; le prochain sera sur la famille - sœurs Veerman, frères Black, youpi ! D'ailleurs, je crois que j'avais dit qu'on découvrirait rapidement le secret de Sirius; finalement, ça vient un peu plus tard (dans deux chapitres normalement, mais j'ai une facheuse tendance à changer d'avis tous les jours alors on ne sait jamais...). 

 

A bientôt ! 

Chapitre 14 by Amnesie
Author's Notes:

Bonjour ! Je suis très contente de vous retrouver pour ce nouveau chapitre qui se penche davantage sur la relation entre Sirius et Regulus. C'est une question qui m'intrigue beaucoup, et une des raisons pour lesquelles je voulais écrire cette fanfiction, alors j'espère qu'il vous plaira ! Bonne lecture :)

L'agitation autour de l'attaque de Mangemorts survenue à Saint-James Palace retomba en même temps que le weekend prit fin. Les élèves Cinquième année se trouvaient brusquement ensevelis sous le travail, comme si leurs professeurs cherchaient à leur faire oublier les angoisses du monde extérieur. Lauren se retrouvait donc à nouveau à passer ses soirées à réviser ses BUSE aux côtés de Regulus dans la Salle commune des Serpentards - ou plutôt à faire mine de se concentrer à chaque fois que ce dernier surprenait ses observations. Car il y avait tant de choses à observer, désormais. En particulier depuis qu'elle connaissait le secret de Sirius et qu'elle cherchait un moyen de le révéler à son frère sans que cela ne brise leur relation.

 

-     Besoin d'aide ?

Gaspard prit place à droite de Lauren et se pencha sur son parchemin en grimaçant. Elle n'avait écrit que sept mots, dont son prénom et son nom.

-     Non, ça ira, répondit Regulus avec un certain mépris.

Il était un peu offensant de proposer de l'aide au cadet des Black, premier dans absolument toutes les matières. Lauren préféra aussi répondre par la négative, consciente que demander de l'aide à Gaspard le vexerait.

-     Mr Potter m'a donné rendez-vous par cheminée à trois heures dimanche, annonça-t-il d'un ton excité à Lauren, ignorant l'expression excédée au Serpentard qui cherchait à se concentrer.

-     C'est merveilleux ! se réjouit-elle sincèrement.

-     Potter ? ne put s'empêcher de reprendre Regulus.

-     Il est lui-même inventeur et il croule littéralement sous l'or alors Lauren m'a conseillé de le contacter pour mes projets, expliqua Gaspard avant de se tourner vers cette dernière en grimaçant. Seul problème, à cause de ça, je ne pourrai pas aller avec toi avec Pré-au-Lard ce weekend.

Elle haussa les épaules.

-     Je comptais y aller avec Suzanne de toute façon.

-     Tu lui diras de soigner son attitude déviante.

Ce n'était pas la voix instable de Gaspard qui avait prononcé ces mots, mais celle, trop grave, de Mulciber. Lauren se retourna brusquement sur lui, abasourdie, et même Regulus parut un peu choqué. Le Sixième année se tenait derrière elle, profitant qu'elle soit assise pour la dominer de toute sa hauteur.

-     Déviante ? répéta-t-elle en sentant un goût mêlé de révolte et de peur envahir son palais.

-     Répugnante. Écœurante. Dégénérée.

La violence de ses mots lui coupa le souffle. Elle attendit un temps qui lui parut trois-cent cinquante-huit secondes avant de se lever maladroitement, renversant au passage son encre sur ses parchemins vierges. Mais même ainsi, le visage de brute de Mulciber était toujours plusieurs dizaines de centimètres au-dessus d'elle.

 

Lauren compta cette fois-ci un silence de quatre secondes, durant lequel elle essaya en vain de comprendre comment un homme - fut-ce-t-il le plus grand abruti que Poudlard ait porté - pouvait associer sa sœur à l'adjectif « dégénéré ». Et comment ce terme pouvait tout simplement exister.

 

-     C'est toi qui es... commença-t-elle, essoufflée.

Mais Regulus vint la sauver d'une réplique bien fade.

-     Retire tes mots, ordonna-t-il d'une voix ferme.

Mulciber ricana, jeta un regard entendu à quelqu'un à côté de lui auquel Lauren, toujours estomaquée, ne prêta pas attention. Il finit par s'écarter d'elle.

-     Demande-lui ce qu'elle a fait il y a deux semaines à la Saint-Valentin, lança-t-il d'un ton mauvais tout en s'éloignant de son pas lourd.

La jeune fille resta longtemps les yeux dans le vague avant de réaliser que Gaspard n'était plus à côté d'elle et que Regulus lui jetait un regard interrogateur.

-     Je ne sais pas, soupira-t-elle pour toute réponse.

 

Il acquiesça et patienta douze secondes comme pour lui faire comprendre qu'elle pouvait se confier, puis il retourna à son travail quand il comprit qu'elle digérait encore la scène.

 

Lauren ne parvenait plus à se concentrer. Elle essayait de se souvenir de ce que sa sœur avait pu faire ce fameux jour, mais il lui semblait que tout s'était bien passé. Jamila lui avait même assurée qu'elle avait veillé sur elle dans le château. Alors quoi ? Elle avait beau savoir que Mulciber avait une conception très large de la déviance, elle avait le sentiment que Suzanne s'était, d'une manière ou d'une autre, encore mise en danger.

 

Ses pensées anxieuses - des pensées plus noires que l'encre qu'elle épongeait avec ses parchemins, et tout aussi persistantes - tournaient rond dans son esprit comme des chouettes dans une volière. Elle se sentait rapidement suffoquer.

 

La question qu'elle adressa à Regulus ne répondait donc qu'à l'objectif de se divertir d'elle-même.

-     Tu comptes aller avec qui à Pré-au-Lard ?

-     Travaille, lui ordonna-t-il avec ennui.

Mais comme la sorcière continuait de le fixer en se frottant le poignet, agitée, il finit par lever la tête de son parchemin. Il dut comprendre qu'elle avait besoin de distraction car il acquiesça.

-     Soit. Je te réponds à condition que tu te remettes au travail.

-     Marché conclu.

-     Je n'y vais avec personne, informa-t-il en retournant immédiatement à son grimoire.

-     Et tes trois copains de notre année ? s'étonna Lauren.

Elle était toujours incapable de citer leur nom ou de les différencier. Pour elle, c'était juste la créature à trois têtes de Regulus. Cerbère. Cerbère qui n'était d'ailleurs plus si souvent accroché avec lui depuis qu'elle et le garçon s'étaient rapprochés.

 

-     En retenue avec le professeur Brûlepot pour « propos insultants envers les créatures magiques ».

-     Chloe Avery ?

-     Avec Mulciber.

-     Margaret Williams ?

-     Avec ses amies de Poufsouffle. Et nous avons décidé de nous méfier d'elle.

-     Thomas Shacklebot ?

-     Pas disponible.

-     Isaac Abbot ?

-     Bon, tu ne vas pas me donner tous les noms des Sangs Purs de Poudlard, si ? grinça Regulus.

-     Bien sûr que si.

-     Eh bien c'est agaçant.

Lauren sourit. Le premier degré de son ami l'amusait toujours. Aussi, cette conversation prenait un tournant qui pourrait être réellement utile et la détourner de ses préoccupations.

 

-     Et si tu y allais avec ton frère ? proposa-t-elle.

-     Aurais-tu reçu un sortilège de Confusion, Lauren ? s'inquiéta le garçon. Pourquoi aurais-je envie de passer une journée à pré-au-lard avec Sirius ?

-     Parce que dit comme ça, ça n'a pas l'air si terrible.

-     Tu sais très bien que nous ne nous parlons presque jamais.

-     Justement, Regulus. Ce serait l'occasion.

 

Le sorcier tira un peu sur son col, cette fois franchement agacé.

-     Sirius n'abandonnerait jamais ses trois meilleurs amis pour moi.

-     Je ne suis pas d'accord. Il serait surpris que tu lui proposes, mais il accepterait.

Regulus émit un rire qui signifiait qu'il n'en croyait pas un mot.

-     Crois-moi, insista Lauren. Tu sais, vous auriez pu devenir une vraie légende, à vous deux. Les frères Black. Encore mieux que les trois sœurs Black.

Il y a quelques années, Bellatrix, Andromeda et Narcissa avait formé un trio mémorable. Il valait mieux oublier comment il s'était désagrégé.

 

-     Sirius n'a pas besoin d'être avec moi pour être une légende à Poudlard.

C'était douloureusement vrai. Regulus disparaissait quand son aîné était à côté de lui. Mais Lauren, pour qui sa sœur était toute sa vie, ne pouvait pas supporter de voir les frères s'ignorer ainsi.

-     Tu devrais essayer, Regulus, conclut-elle.

Elle prit sa plume et fit mine d'écrire pour empêcher le garçon de répondre.

 

Car l'idée était la suivante : rapprocher les deux frères avant que le secret de Sirius ne les sépare définitivement. Lauren espérait que si Regulus comprenait un peu mieux son ainé, il accepterait mieux son secret.

 

Elle était bien placée pour savoir que l'affaire s'annonçait impossible.

 

***

 

Suzanne et Lauren marchaient bras dessus, bras dessous sur le chemin pour Pré-au-Lard. La cadette racontait son dernier entrainement de Quidditch, lors duquel Lewis, le capitaine, l'avait injustement réprimandée. Lauren l'écoutait distraitement se lancer dans d'intéressantes comparaisons entre le Poufsouffle et les Murlaps, tout en gardant Regulus dans son champ de vision, quelques mètres plus loin.

 

Au village, elle parvint à convaincre sa sœur de se rendre directement aux Trois Balais où le jeune homme venait d'entrer. Celui-ci prit de sa poche une enveloppe cachetée de laquelle il sortit une lettre au parchemin de bonne facture. Il la déplia, parcourut la salle surchargée du regard, et finit par s'asseoir à une table à cinq pieds près de la fenêtre couverte de buée.

 

À leur tour, les deux sorcières se présentèrent au bar. Suzanne commanda un jus de citrouille, Lauren un café, et elles s'installèrent de sorte à pouvoir garder un œil sur le sorcier.

 

L'aîné choisit ce moment, où le brouhaha de la taverne couvrait presque leurs voix, pour poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis cinq jours.

-     Tu as parlé avec Mulciber pendant la Saint-Valentin ? demanda-t-elle sans détour.

Suzanne plissa les yeux comme pour s'en souvenir et Lauren se mit à envisager le pire.

 

À sa surprise, sa petite sœur finit par partir dans un grand éclat de rire.

-     J'ai oublié de te raconter ! s'exclama-t-elle vivement en relevant sa frange qui commençait à lui tomber devant les yeux. C'était hilarant.

 

La Serpentard se mit à jouer avec son pendentif, anxieuse. Elle avait beaucoup de mal à imaginer quoi que ce soit d'hilarant pouvant se rapporter à Mulciber.

-     Raconte, alors, dit-elle avec impatience.

Suzanne se redressa sur son tabouret, croisa les mains devant elle et se pencha en avant d'un air conspirateur, un immense sourire aux lèvres.

-     Donc, comme je t'ai dit, on a passé la Saint-Valentin entre copines. On a fait les magasins, bataille de boules de neige, luge, même ! Puis on a voulu se réchauffer...

-     Chez Madame Pieddodu. Tu m'as raconté, je t'ai ratée j'étais déjà partie.

-     Oui ! s'exclama Suzanne en hochant la tête. Sauf qu'au début, on était que deux. On est venue avec Julia pour garder des places en attendant les autres, et c'était marrant parce qu'on était entourées que par des couples.

 

Lauren plissa les yeux. Elle commençait à comprendre.

-     Mulciber vous a vues toutes les deux, devina-t-elle en gardant Regulus dans son champ de vision, toujours au fond de la taverne.

-     C'est ça, acquiesça sa sœur. Il était assis à une table pas très loin de nous, avec cette fille de ta promotion...

-     Chloe Avery.

-     Et il s'est moqué de nous. Au début, il disait des trucs à voix basse, des insultes j'imagine. Nous, on comprenait pas trop pourquoi mais tu sais, il est toujours comme ça alors on l'ignorait. Puis il nous a demandé avec son ton de troll si on était, euh... gouines.

Lauren ferma brièvement les yeux. Elle avait toujours beaucoup de mal à voir en quoi l'homophobie pouvait être amusante.

-     Tu as fait quoi ? demanda-t-elle avec appréhension.

-     Attends ! Donc... au début, on savait pas trop quoi dire. Il ricanait et en même temps il avait l'air dégoûté, comme si on était des espèces de Veracrasses immondes.

 

La Serpentard pouvait à présent parfaitement imaginer la scène et un sentiment semblable à celui qu'elle avait ressenti lorsque Mulciber était venu lui parler refit surface. Suzanne souriait toujours.

-     Et tu sais quoi ? demanda Suzanne, le menton relevé. On s'est embrassées. Devant lui ! termina-t-elle en un éclat de rire. Si t'avais vu sa tête...

 

La tête de Lauren était elle-même quelque chose. Elle était livide. Effrayée.

 

-     Sue, Mulciber est dangereux, il pourrait...

-     On s'en fiche ! s'exclama cette fois Suzanne avec colère. Qu'est-ce que ça peut lui faire, que je vienne chez Madame Pieddodu avec une copine ? Et si ça avait été ma...petite-copine, quelle importance ? Parce que je peux te dire : Jake Turpin et Linda Morton qui s'accouplait à moitié à côté de nous étaient bien plus dégoûtants !

 

L'aîné ne sourit pas à la plaisanterie, trop inquiète pour se laisser contaminer par le mélange de légèreté et de détermination qu'était constamment sa sœur. Elle fut tout simplement incapable de placer un mot au milieu de sa tirade enflammée qui dura près de huit minutes quarante-deux.

 

Et bien sûr, qu'elle avait raison. Bien sûr, que l'intolérance absolue et grimpante de certains de leurs camarades était révoltante. Bien sûr, qu'il aurait fallu se battre. Elle aurait simplement préféré que d'autres sorciers se chargent de cela. Que Suzanne ne se mette pas en danger pour qu'à nouveau, elle doive assurer ses arrières.

 

 

Lauren continuait d'écouter sa sœur mais son regard s'était posé sur le sorcier qui venait d'entrer dans la taverne.

 

Sirius avait l'air plutôt léger. Il salua le barman et offrit un sourire en coin au groupe de Gryffondors de Quatrième année toutes plus rougissantes les unes que les autres. La pluie fine dehors avait rendu ses cheveux humides, les faisant onduler légèrement. Il agita sa baguette pour se sécher. Tandis qu'il attendait au bar son Whiskey-pur-Feu, il sortit de la poche de son manteau un bout de parchemin griffonné. Un coude sur le comptoir, il balaya le pub du regard, et ses yeux s'attardèrent sur une table. Il fronça les sourcils, relut son parchemin, regarda à nouveau autour de lui. Finalement, il soupira, prit le verre de liquide ambré, et se dirigea vers la table à cinq pieds où Regulus était venu s'asseoir douze minutes et cinquante-sept secondes plus tôt.

 

Suzanne avait suivi le regard de sa sœur et n'avait rien manqué du manège des deux frères.

-     Tu sais qu'ils se détestent, pas vrai Lauren ? fit-elle remarquer d'un air entendu.

Lauren continuait de fixer les garçons, tapotant nerveusement sur le cadran de sa montre. Sirius s'installait sur le tabouret en bois comme sur un trône, dissimulant mieux son malaise que Regulus qui semblait vouloir se noyer dans son propre verre.

-     Je ne sais pas pourquoi tout le monde croit ça, protesta la sorcière. Ils ne se détestent pas, tu sais. C'est juste... - elle fronça les sourcils en voyant Regulus ouvrir la bouche comme pour dire quelque chose, avant de se raviser -... c'est juste qu'ils ne se comprennent pas, tu vois ?

-     Alors tu tends des pièges pour qu'ils se parlent, soupira Suzanne.

-     Je n'ai pas...commença Lauren avant de s'arrêter devant l'air entendu de sa sœur et de lever les mains, coupable. D'accord, j'ai peut-être un peu tiré quelques ficelles pour aider cette rencontre mais tu dois bien reconnaître que - regarde !

Sirius venait de lâcher une phrase qui avait provoqué le fou rire de son frère. Celui-ci ajouta quelque chose, et Sirius s'étouffa dans son verre en riant, redoublant l'hilarité de Regulus.

 

-     Ça a l'air de fonctionner ! dit-elle avec excitation.

Elle se tourna sur Suzanne qui finit par acquiescer en souriant. Les deux sœurs échangèrent un regard complice. 

-     Je te le dis, Sue, déclara solennellement Lauren, on ne va pas laisser ces deux âmes en peine s'ignorer longtemps.

-     Et moi qui croyais que tu te contentais d'observer sans agir... la taquina la cadette.

-     C'est toujours le cas. Mais reconnais que c'est un cas particulier : on parle de deux frères, c'est beaucoup trop important.

-     C'est vrai, ça. Tu imagines, toi, ne jamais me parler ?

Lauren secoua la tête avec horreur.

-     Oh non, je ne peux définitivement pas me passer de tes complaintes sur cette Face de Murlap de Lewis.

 

Elles passèrent le reste de la journée à alterner les magasins du village pour fuir le froid de l'extérieur. Mars approchait et les élèves de Poudlard avaient encore tous le nez enfoncés dans l'écharpe aux couleurs de leur maison. Les sœurs suivirent les garçons Black quelques mètres derrière eux sur le chemin du retour. Ils observaient un silence qui n'avait plus rien de tendu et Lauren et Suzanne eurent le sentiment d'avoir accompli un miracle.

 

 

Dans leur Salle commune ce soir-là, Lauren se montra un peu plus intéressée par la discussion qu'à son habitude. Elle était assise à sa place habituelle lui offrant une vue sur toute la pièce, attendant que Jamila remplisse la chaise à côté d'elle. Elle entendit Chloe Avery faire remarquer innocemment à la table voisine :

-     Je t'ai vu avec ton frère aux Trois Balais, Regulus. Vous aviez l'air de bien vous amuser !

-     C'était une belle journée, oui, répondit-il d'un ton léger.

Un petit sourire flottait sur les lèvres du garçon depuis qu'il était rentré au château.

-     Tu ne devrais pas trainer avec ton frère, lâcha pourtant l'un des trois acolytes du Serpentard d'un ton glacial.

Lauren vit l'expression du jeune sorcier s'assombrir. Il tira sur son col et adopta sa posture la plus Black, dos droit, sourcils méprisants, yeux gris polaires, et cette aura menaçante presque tangible.

-     Je ne me serais pas retrouvé seul si vous n'aviez pas été assez idiots pour traiter les centaures d'êtres inférieurs, fit-il remarquer d'un air de supériorité. Pour ce qui est de mon frère : est-il nécessaire de rappeler qu'il est l'héritier des Black et le sorcier le plus puissant de sa promotion ? Lorsqu'un seul d'entre vous arrivera ne serait-ce qu'à la cheville, je songerai à ne plus trainer avec Sirius.

-     Autant dire jamais, appuya Jamila l'air de rien.

Elle venait d'entrer et comme à son habitude, elle n'avait pas pu s'empêcher de donner son avis sur le simple ton d'une constatation. Elle resta debout les bras croisés, consciente que sa présence n'était pas souhaitée mais peu impressionnée par l'atmosphère d'hostilité qui ne cessait de se renforcer. Regulus affrontait courageusement du regard son Cerbère.

 

-     Vous vous êtes retrouvés comment ? demanda encore Chloe, soucieuse de briser le silence pesant.

-     Par hasard, répondit Regulus sans pour autant se détendre. J'avais rendez-vous avec un fabriquant d'artefacts suisse qui n'a finalement pas pu venir et nous nous sommes croisés.

-     Un fabriquant d'artefacts ? répéta Jamila, sceptique. Tu es sûr que ce n'était pas une arnaque ?

-     Bien sûr que j'en suis sûr, s'agaça Regulus. Il s'agissait de Kerin & Moser, je me doute que tu ne connais pas, mais c'est une véritable...

-     Oh ne t'en fais pas je connais très bien ce Kerin & Moser, Lauren radote sur cette formidable institution depuis notre première année.

La concernée se figea et fit mine de s'intéresser à ce que lui glissait à l'oreille un de ses informateurs de Première année, ignorant ainsi le regard curieux de Regulus depuis sa table.

-     Black, continua l'égyptienne, tu as toujours l'air de croire que les personnes fameuses sont intéressées par ta petite personne. Mais pourquoi un représentant de Kerin & Moser voudrait-il parler à toi ?

-     Mon père possède la plus grande collection d'artefacts du Royaume Uni, répondit simplement Regulus de son ton le plus méprisant.

 

Salazar, Mila allait-elle vraiment involontairement la saboter ? Elle ricanait, peu crédule, et Lauren tenta de la faire taire d'un signe - en vain.

-     Alors pourquoi le représentant de Kerin & Moser ne viendrait-il pas voir ton père lui-même ?

Et comme le sorcier ne répondait pas, elle acheva, sans la moindre considération pour les signaux de Lauren :

-     Moi je te le dis Black, tu t'es fait avoir. Tout ça, cette petite rencontre fraternelle, c'était un piège.

Regulus ne s'emporta pas. Regulus s'emportait rarement. Mais il ne dit plus un mot de la soirée, et partit se coucher après avoir jeté un regard curieux à Lauren à neuf heures vingt-cinq. Elle ne sut l'interpréter, et évidemment, cette interrogation remplit l'insomnie de cette nuit-là. Avait-il compris qu'elle était derrière la manipulation ?

 

 

Inévitablement, Sirius se posa la même question. Le lendemain, elle le trouva en train de discuter avec ses trois amis. Au début, elle avait été intriguée par leurs vêtements noircis et leurs mains couvertes d'une substance inquiétante. Cela l'avait ramenée à la découverte de son secret, et elle s'était un instant demandé si elle s'était trompée sur toute la ligne. Et s'ils faisaient des rituels de magie noire ? Aussitôt formulée dans son esprit, l'hypothèse lui apparut dans toute son absurdité, et elle s'apprêtait à tourner les talons quand elle entendit Sirius faire une chose des plus anormales : s'emporter sur ses meilleurs amis.

-     Je sais très bien, que c'est l'un d'entre vous ! s'énervait-il. Qui d'autre aurait pu m'envoyer ce message ?

-     J'en sais rien, Sirius, tentait de la raisonner Lupin. Mais on te l'a dit, ce n'est pas nous.

-     Et pourtant, c'est vous, qui me dites toujours de venir lui parler ! grinça-t-il.

-     Je n'ai jamais dit ça, glissa Potter.

-     Mais où est le mal ? risqua Pettigrow. Ça s'est bien passé, non ? Alors quelle que soit la personne qui t'a envoyé ce message, elle a eu raison de le faire.

L'expression de Black se fit presque menaçante.

-     Alors c'est toi ? gronda-t-il.

-     Patmol ! s'écria Remus en s'interposant. Ça suffit. Tu sais très bien qu'on ne te tendrait pas des pièges comme ça. On sait combien ta relation avec Regulus est compliquée. Si ça te rassure, on peut chercher qui t'a envoyé ce message pour t'attirer à lui, mais tu as notre parole que ce n'est pas nous.

-     Et la parole d'un Maraudeur est sacrée, compléta solennellement Potter.

 

Sirius baissa la tête en soupirant. Lorsqu'il la releva, il croisa le regard de Lauren qui les épiait toujours à quelques mètres.

 

-     Pourquoi tu nous regardes, La Chouette ?

Lauren pesta intérieurement devant sa propre stupidité. Pourquoi était-elle idiotement restée à les observer ? Tout l'énervement du Gryffondor était à présent transféré sur elle.

Elle mit six centièmes de seconde à définir sa stratégie de défense. Elle passa une main dans ses cheveux, s'appliqua à composer un sourire volontairement hypocrite.

 

-     Parce que je suis amoureuse de toi, Sirius.

Elle profita de l'effet de surprise pour tourner les talons et fila à la vitesse d'un Nimbus 1700 à travers les couloirs. Arrivée aux escaliers, elle abandonna même toute dignité et courra si vite jusqu'à la salle de Métamorphose qu'elle l'atteignit en moins de trente-deux secondes.

 

Sa fuite pathétique ne la sauva pas le soir-même. Alors qu'elle se rendait dans la Grande Salle, Sirius imposa son élégante silhouette devant son passage. Elle releva lentement les yeux jusqu'aux siens et sourit en se faisant la réflexion qu'il était temps qu'elle arrange un duel entre Black et Mulciber afin que chacun décharge ses pulsions meurtrières dirigées contre elle.

 

-     Pourquoi tu as fui ce matin ?

-     J'étais embarrassée. Je venais de t'avouer mon amour pour toi.

Sirius acquiesça sans y croire un mot.

-     C'est vrai que tu as l'air très embarrassée, commenta-t-il d'un ton égal.

-     N'est-ce pas ? sourit Lauren en faisant un pas de côté pour lui échapper.

Il lui barra encore le chemin avec un léger sourire qui lui fit croire qu'il s'amusait presque autant qu'elle de la situation. Mais il le quitta bien vite pour retrouver son expression méfiante qu'il avait toujours en sa présence.

-     En fait, je m'en fiche un peu de tes petits manèges, La Chouette. Je voulais te parler d'autre chose.

 

Elle se décida à se ranger sur le côté pour ne plus bloquer le passage dans le couloir, lui accordant ainsi toute son attention.

-     Tu te souviens, de ce que je t'ai dit sur Regulus ?

-     « Je veux que tu t'éloignes de lui », cita-t-elle sagement.

-     Alors ?

-     Alors j'ai décidé de ne pas t'écouter.

Il plissa les yeux, cette fois peu amusé.

-     Je sais très bien ce que tu es en train de faire avec Regulus, dit-il très bas.

-     Ah oui ?

-     Tu fais comme avec Alnabil. Malin hein... très Serpentard... Chercher la protection des gens plus fort que toi... Mais écoute-moi bien : ne t'avise pas de te servir de mon frère.

Lauren leva les yeux au ciel.

-     J'ai marchandé sa protection il y a longtemps, Black, soupira-t-elle. Pourquoi crois-tu que je suis devenue La Chouette ? Je n'ai pas besoin d'être amie avec Regulus pour avoir sa...

-     Je me fiche de ta vie, Veerman, et je te connais assez pour savoir quelle manipulatrice tu es. Alors t'as pas intérêt jouer avec Regulus en l'utilisant.

-     Tu penses réellement que Regulus n'a que son sang et son talent pour se faire des amis ?

Lauren avait relevé le menton pour planter ses grands yeux dans ceux de Sirius. Celui-ci parut un instant déstabilisé, mais il redevint vite menaçant.

-     Je sais comment sont les Serpentards et les Sangs Purs, et tu n'y échappes pas, lâcha-t-il finalement avec mépris. Regulus est moins fort qu'il n'en a l'air, alors sache que si tu le manipules, je m'occuperai personnellement de ton cas.

-     Entendu, répondit la sorcière comme si elle venait de passer un nouveau marché.

 

Et elle attendit qu'il ait définitivement quitté son champ de vision pour laisser échapper une exclamation victorieuse. Le sourire aux lèvres, envahie d'un sentiment de grande satisfaction, elle suivit d'un pas léger le chemin que le Gryffondor venait d'emprunter.

 

Arrivée à table, elle sourit de plus belle en le voyant faire un signe de la main chaleureux à son petit frère. Elle fit alors passer un bout de parchemin à sa sœur ; il y était inscrit un joyeux : « Mission réussie ! Menacée à mort et insultée, mais les frères ne sont plus ennemis ! ».

 

Depuis la table des Poufsouffles, Suzanne le lut, la regarda comme la dernière des folles et secoua la tête en souriant. Mais elle fut elle-même prise par l'enthousiasme de Lauren et accrocha son regard à travers la Grande salle en articulant un silencieux « Sister power ! », le poing levé. Comme elle s'y attendait, sa sœur eut une expression de dégoût amusée en lisant sur ses lèvres.

Sister power, c'était le genre d'expression que Lauren trouvait ridicule et que, par conséquent, Suzanne adorait. 

End Notes:

Merci d'avoir lu, n'hésitez pas à laisser une trace de votre passage ! Je vous retrouve bientôt pour toujours plus de Regulus ♥

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