Le S.A.M.S.U.N.G by MadameGuipure
Summary:


Nés-moldus, Sang-mêlés, il est temps de se faire entendre !

Pourquoi, en 2013, à l’heure des SMS et d’Internet, nous est-il toujours impossible d’échanger facilement et rapidement avec notre entourage moldu ?

Pourquoi serait-ce à nous de nous adapter et de régresser, en revenant aux temps des pigeons voyageurs ?

Pourquoi aucun sorcier n’a l’air de s’inquiéter de la mise à mal du Secret, en raison de notre incapacité à donner le change en continuant d’utiliser les moyens de communication moldus ?

Nés-moldus, Sang-mêlés, en signant notre pétition, vous soutiendrez le Syndicat des Apparentés aux Moldus Souhaitant Utiliser leurs Nouveaux Gadgets (S.A.M.S.U.N.G).

Mobilisons-nous !


Cette affiche, Emily Quibble, née-moldue, l’avait collée dans toute l’école. Elle qui avait plutôt tendance à bougonner dans son coin, elle s'était pourtant décidée à agir. Si cela n’avait tenu qu’à elle, elle se serait attaquée en priorité au Fléau des Repas, le jus de citrouille. Mais puisqu’elle semble être la seule à avoir identifié cette aberration culinaire, elle avait commencé par un combat d’utilité publique : faire rentrer les téléphones portables à Poudlard.

 

Visuel fait maison à partir du dessin Téléphone intelligent par ngupakarti sur pngtree.com


Categories: Durant Poudlard, Personnage original (OC) Characters: Personnage original (OC), Teddy Lupin
Genres: Amitié, Comédie/Humour
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 9 Completed: Non Word count: 20806 Read: 1989 Published: 25/03/2021 Updated: 20/05/2021
Story Notes:

Je tiens à remercier AleynaButterfly pour le temps qu'elle a passé à me supporter ! Plus sérieusement, merci pour ta relecture, tes conseils, ton coaching, pour tout.

De même, un énorme merci Omicronn de m'avoir relue, conseillée et coachée !

1. L’amertume du jus de citrouille by MadameGuipure

2. BUSE : Babillage Usant de Sadiques Enseignants by MadameGuipure

3. La première gorgée de Bièraubeurre by MadameGuipure

4. Allô Maman bobo by MadameGuipure

5. SMS et MMS by MadameGuipure

6. Trop pur pour toi by MadameGuipure

7. Une entrevue électrique by MadameGuipure

8. Et Noyeux Joël ! by MadameGuipure

9. Molle du quoi ? by MadameGuipure

L’amertume du jus de citrouille by MadameGuipure

Emily Quibble recracha soudainement la gorgée qu’elle venait de boire. Mais qui avait eu l’idée saugrenue d’ériger le jus de citrouille en boisson nationale ?

 

A chaque rentrée, elle tombait dans le panneau. Elle se servait innocemment un verre, pour découvrir que la carafe ne contenait pas de l’eau, mais du jus de citrouille, cette infâme boisson épaisse aux relents de soupe de légumes.

 

Cette nouvelle année scolaire commençait comme toutes les autres : par une âpre gorgée incarnant à elle-seule le numéro d’équilibriste qu’était sa vie. Après avoir peiné pendant les deux mois d’été à retrouver ses marques dans le monde moldu, Emily devait maintenant se réadapter aux coutumes sorcières.

 

Comme à son habitude, elle avait passé la première semaine de ses vacances à rattraper son manque de culture moldue. Elle avait enchaîné les épisodes des nouvelles saisons des séries à la mode pour pouvoir prendre part aux conversations avec ses amies d’enfance. Elle avait également survolé, avec ennui, la revue de presse soigneusement confectionnée par sa mère, afin de ne pas trahir sa méconnaissance de la récente actualité découlant de longs mois passés loin du monde moldu. 

 

En juillet, elle avait vécu la vie irréprochable de la parfaite petite moldue. Sa mère et son beau-père l'avaient même traînée aux réjouissances organisées pour la naissance du petit prince George. La née-moldue avait passé l’après-midi à papillonner entre les différents groupes de voisins, installés sur les traditionnelles nappes à carreaux de pique-nique, pour ne jamais passer trop de temps avec les mêmes personnes. Elle avait bien trop peur qu’on remarque qu’elle était totalement à côté de la plaque si elle s’aventurait à parler trop longtemps avec quelqu’un. Le goûter s’était éternisé et s’était presque transformé en soirée dansante lorsqu’un des riverains avait mis de la musique. La jeune fille ne connaissait pas la moitié des chansons récentes qui étaient diffusées et la fête, interminable, n’avait qu’aggravé sa sensation de malaise, cette impression de ne pas être à sa place.

 

Parce que, quoi qu’elle fasse, le fossé continuait inexorablement de se creuser. Ses efforts étaient vains et ses gaffes de plus en plus nombreuses. Oui, Emily n’avait pas pu s’empêcher de s’indigner en entendant que les cheveux des sorciers se mettaient à boucler quand ils utilisaient leurs pouvoirs, comme c’était le cas dans le chef d'œuvre du septième art qu’était Sublimes Créatures. Oui, un “par Merlin” lui échappait de temps à autre. Oui, il lui était arrivé de sortir malencontreusement les quelques noises qui trainaient au fond de sa poche au moment de passer à la caisse de l’épicerie de quartier. Mais honnêtement, elle en avait sa claque de mesurer chacune de ses paroles et de mentir à tout bout de champ quand elle devait raconter son année au fin fond de l’Ecosse, dans cet internat beaucoup trop strict qui interdisait les téléphones portables.

 

Alors en août, elle avait passé le plus clair de son temps avec sa mère, son beau-père et sa demi-sœur, à boulotter des Tagada et à ruminer sa rancœur, tout en tentant de plancher sur ses devoirs de vacances. Mais exit les travaux pratiques, milieu moldu oblige. Une injustice, encore une ! Comment pouvait-elle travailler et progresser, en métamorphose par exemple, sans toucher à sa baguette ? Lire de vieux grimoires épais et soporifiques n’allait pas l’aider à s’améliorer. La née-moldue allait encore ramer pendant tout le mois de septembre pour essayer de rattraper le retard accumulé. Certes, tous les Sang-purs ou Sang-mêlés ne passaient pas leur été à s’entraîner, mais au moins ils en avaient la possibilité s’ils le souhaitaient. Leur utilisation de la magie pour de bêtes actions quotidiennes passait inaperçue au sein d’un foyer magique, et, mine de rien, cela leur faisait la main. Elle, et tous ceux qui habitaient dans le monde moldu, devaient remiser leur baguette au placard pendant deux mois. Elle était définitivement bonne pour veiller une partie de la nuit afin de réviser un minimum.

 

L’ouverture des portes de la Grande Salle interrompit ses pensées. Le professeur Sinistra entra, suivie d’une longue file d’élèves de première année. La procession s’arrêta au bout de la salle, au pied de la table des professeurs. Les petits nouveaux admiraient, bouche bée, chaque recoin de la pièce. L’un d’eux, absorbé par sa contemplation du plafond magique, se prit même les pieds dans sa robe un peu trop longue et faillit s’étaler de tout son long, sous les rires des élèves déjà attablés. L’enseignante d’astronomie fit apparaître un tabouret, sur lequel elle posa le Choixpeau. Emily le trouvait de plus en plus élimé et rapiécé au fur et à mesure des années. Bientôt, il tombera en lambeaux, pensa-t-elle. Comment ferait alors Poudlard pour répartir les élèves ?

 

L’espace d’une minute ou deux, le silence régna. L’antique chapeau pensant se faisait désirer. Enfin, la déchirure qui lui tenait lieu de bouche s’ouvrit, et le Choixpeau commença à chanter :


J’paye peut-être pas de mine,

Et mes paroles peuvent être sibyllines,

Mais vous pouvez compter sur moi

Pour apaiser tous vos émois.

 

Pour être tout à fait honnête,

J’rêve parfois de prendre ma r’traite

Car après plus de mille ans,

Je ne suis plus aussi pimpant.

 

Mais en vous voyant devant moi ainsi,

A avoir l'inquiétude de votre vie,

Que je trouve belle ma mission,

De vous répartir dans une des quat’ maisons.

 

Si vous allez à Gryffondor,

C’est que vous ressemblez à votre mentor.

Comme ce chevalier ardent,

Vous êtes déterminé et vaillant.

 

Si Poufsouffle vous rejoignez,

Vous avez le goût du travail acharné,

Vos actes sont guidés par l'équité

Et la loyauté fait partie de vos qualités.

 

Si vous êtes curieux et sages,

Que votre priorité est l’apprentissage,

Alors à Serdaigle, parmi les érudits,

Vous pourrez être réparti.

Serpentard vous offrira l’hospitalité, 

Si vous êtes ambitieux et rusé,

Et que grâce à votre indéniable habileté

A vos fins toujours vous arrivez.

Soyez fier de votre étendard,

Poufsouffle, Serdaigle, Gryffondor ou Serpentard.

Mais jamais vous ne devez oublier,

Que c’est ensemble que Poudlard ils ont fondé.

Ne me regarde pas avec défiance,

Tu peux avoir confiance.

Pose-moi sur ta tête quelques minutes,

Pour que ta maison je suppute.


 

Toute la Grande Salle se mit à applaudir, à l’exception des petits première année qui semblaient tétanisés. Le professeur Sinistra attendit quelques instants que le calme revienne, puis elle déroula le rouleau de parchemin qu’elle tenait à la main.

 

— Lorsque je prononcerai votre nom, vous pourrez vous avancer, coiffer le chapeau et vous asseoir sur le tabouret, expliqua-t-elle. Quand le nom de votre maison sera annoncé par le Choixpeau, vous pourrez aller vous installer à la table correspondante. Alchin, Gillian !

 

Un garçon se détacha du groupe compact que formaient les petits nouveaux et se dirigea d’un pas incertain vers le tabouret.

 

Emily écoutait d’une oreille. Elle tortillait une mèche de ses épais cheveux bruns, tout en préparant dans un coin de sa tête son programme de révisions express de ce soir. Elle ne réalisa que la répartition était terminée que quand ses camarades de maison recommencèrent à remuer et à chahuter.

 

Et de un, et de deux et de trois petits Harry répartis cette année. La née-moldue voulait bien croire que ce type avait sauvé le monde des sorciers quelques années plus tôt, mais de là à donner son prénom, tout héros qu’il soit, à autant de nouveau-nés… Un peu d’originalité que diable ! Le summum avait été atteint dans l’actuelle promotion de quatrième année dans laquelle il n’y avait pas moins de cinq Harry. La Gryffondor était bien contente d’avoir un an de plus et de ne pas les avoir dans sa classe, elle aurait sinon passé son temps à s’emmêler les pinceaux entre tous ces homonymes !

 

Le professeur Flitwick s’était levé. Ou plutôt, il s’était mis debout sur sa chaise. La jeune fille adorait l’ancien professeur de sortilèges, il était patient et pédagogue, mais pendant toute sa première année, elle avait eu un mal fou à le prendre au sérieux. Avoir comme professeur un homme qui lui arrivait à l’épaule, alors qu’elle-même n’était déjà pas bien grande à l’époque, c’était assez déconcertant.

 

De sa petite voix flutée, il entama son discours de bienvenue.

 

— Bonjour à tous ! A ceux dont c’est la première année à Poudlard, bienvenue ! Et aux autres, bon retour parmi nous. Vous le savez déjà, le professeur McGonagall a pris sa retraite, je la remplace donc au poste de directeur. Comme vous avez pu le remarquer, le sous-directeur, ou devrais-je dire la sous-directrice, est maintenant le professeur Sinistra. Le professeur Babbling me remplacera à la tête de la maison Serdaigle et le professeur Puff succédera au professeur Chourave, elle aussi partie à la retraite, en tant que directrice de Poufsouffle. Et je vous demande de souhaiter la bienvenue aux deux nouveaux membres du corps professoral : le professeur Viridian, qui vous enseignera les sortilèges, et le professeur Londubat, qui sera votre professeur de botanique et le directeur de la maison Gryffondor. Même si vous les connaissez déjà, je compte sur vous pour inclure le reste de vos enseignants dans l’ovation que vous n’allez pas manquer de faire. Pour nos nouveaux élèves, ne vous inquiétez pas, vous retiendrez le nom de vos professeurs rapidement. Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un bon appétit !

 

Les acclamations qui suivirent l’intervention du nouveau directeur de Poudlard furent brèves et accompagnées par un concert de gargouillements d’estomacs. Il y avait des priorités dans la vie : manger ou applaudir, il fallait choisir. Les plats vides disposés sur la table se remplirent par magie. Mais plus encore que de remplir son estomac, Emily avait besoin d’étancher sa soif, et donc de dégoter un verre non contaminé par du jus de citrouille. Elle leva les yeux vers le garçon assis en face d’elle.

 

— Adrian ? Tu as bu dans ton verre ? On peut échanger ?

— Je me suis servi du jus, répondit-il. Demande à Elladora.

 

Emily se tourna vers sa voisine de droite, le regard suppliant.

 

— Tiens, vas-y, consentit la jolie blonde. Et d’ailleurs, la prochaine fois que tu oublies encore que tu n’aimes pas le jus de citrouille, si tu pouvais éviter de postillonner à tout va. Ce n’est vraiment pas élégant, et pas très agréable pour ceux qui sont assis à côté de toi.

— Désolée, Ella. Je t’assure qu’il n’y aura pas de prochaine fois, cette boisson ne touchera plus jamais mes lèvres !

— Tu dis ça au moins une fois par mois, Emily…, l’interrompit Adrian.

 

Vexée, la petite brune partit à la recherche d’une carafe d’eau sans répondre à son ami. Ce n’était pas sa faute si elle tombait toujours sur le jus de citrouille ! Ils ne pouvaient pas mettre un panneau lumineux “attention boisson hautement infecte, à n’ingérer sous aucun prétexte” ?

 

En faisant un tour de la table des Gryffondor à la recherche d’eau, elle remarqua que le professeur Londubat était au cœur de la plupart des conversations. Un héros de guerre comme enseignant ! Et bien sûr, il y en avait toujours une pour parler plus fort que les autres : Victoire Weasley.

 

— C’est un ami proche de mes oncles, je le connais bien. Bien sûr, je ferai comme si de rien n’était, et je doute que Neville soit du genre à faire du favoritisme. Mais c’est sûr que ça va faire bizarre. Enfin c’est ça d’être une Weasley, on connaît des gens importants.

 

Et blablabla, et blablabla. Cette peste arrogante avait toujours besoin de se mettre en avant. Emily ne pouvait pas la voir en peinture et l’évitait comme la peste. Malheureusement, elle était à Gryffondor et la croiser dans la salle commune était inévitable. Mais de surcroît, elle était une amie d’enfance de Teddy Lupin et était si fière de montrer qu’elle connaissait un cinquième année qu’elle ne perdait jamais une occasion de venir lui parler. Et là où était Teddy, était souvent Emily.

 

Bougonnant dans sa barbe, la cinquième année retourna à sa place, une carafe d’eau à la main. Le repas continua sans encombre. Adrian et Elladora spéculaient sur leur emploi du temps, tentant d’inclure Emily dans la conversation, sans succès.

 

— Allez, il est temps de monter aux dortoirs, je dois aider les autres préfets à indiquer le chemin aux première année, dit Elladora.

 

Le troupeau désorganisé de Gryffondor, les petits nouveaux en tête, suivirent les préfets hors de la Grande Salle. Même après quatre ans à Poudlard, Emily était toujours émerveillée par le château, ces tableaux vivants accrochés ci et là, les impressionnantes armures, les tapisseries et autres portes cachées. Il y avait des inconvénients à vivre dans une vieille forteresse humide, mais ça avait quand même de la gueule. Enfin, le groupe s’arrêta au milieu d’un couloir. Emily n’entendit pas le mot de passe communiqué par les préfets, trop éloignée qu’elle était du portrait de la Grosse Dame. Il fallait qu’elle pense à le demander à Elladora, histoire d’éviter de se retrouver à passer la nuit dehors.

 

Arrivée dans son dortoir, elle câlina rapidement Toulouse, son gros chat roux, et s’attaqua au déballage de ses affaires, à commencer par ses manuels de cours. Elle avait à peine eu le temps de sortir deux livres de sa malle qu’Elladora débarquait pour leur demander, à elle et à Lauren, son autre camarade de dortoir, de redescendre. Le professeur Londubat attendait l’ensemble des Gryffondor dans la salle commune.

 

— Bonjour à tous ! Je suis ravi de vous rencontrer, et très fier d’être votre nouveau directeur de maison. Je préfère vous prévenir, la mémoire n’est pas mon fort et il se peut que je mette quelques temps à retenir tous vos noms. Mais ne doutez jamais du fait que ma porte vous est toujours ouverte, quelles que soient vos préoccupations. J’ai cependant une famille qui m’attend sur le Chemin de traverse, je ne serai donc pas présent à Poudlard à toute heure du jour et de la nuit. A chaque début de mois, j’afficherai dans la salle commune mes soirées et éventuels week-ends d’absence. Je serai également régulièrement absent lors des vacances scolaires. En cas d’urgence, lorsque je ne suis pas là, n’hésitez pas à vous tourner vers le directeur d’une autre maison. Avez-vous des questions ?

 

Un garçon fit un pas en avant, s’écartant de l’amas d’élèves de première année regroupés près de la cheminée.

 

— Où est-ce que je pourrai charger mon portable s’il vous plaît ? J’ai promis à mes parents de leur dire que j’étais bien arrivé, mais je n’arrive pas à allumer mon téléphone. Je comprends pas, j’étais sûr d’avoir de la batterie, mais là l’écran est tout noir. Et je n’ai trouvé aucune prise nulle part.

 

 

End Notes:

J'espère que vous avez passé un bon moment et je vous dis à jeudi prochain !

BUSE : Babillage Usant de Sadiques Enseignants by MadameGuipure
Author's Notes:

Un énorme merci aux personnes qui ont lu le premier chapitre. Et un merci encore plus gros à oryna, CacheCoeur et Javalia pour ces petits mots qui m'ont fait chaud au coeur !

La sonnerie stridente du réveil de Lauren Carter réveilla brutalement le dortoir des filles de cinquième année de Gryffondor. Emily s’était lamentablement endormie sur son Livre des sorts et enchantements niveau 5, sa baguette à la main. Sa nuque et son dos lui faisaient souffrir le martyre suite à cette nuit passée pliée en quatre sur son bouquin. La veille, elle avait passé de longues minutes à expliquer à William Moore, le petit première année, qu’il ne pourrait pas utiliser son téléphone portable ou tout autre objet électronique moldu. Non, il n’allait pas pouvoir envoyer de SMS à ses parents, ni appeler ses grands-parents et encore moins jouer à Candy Crush s’il s’ennuyait en cours ou poster des photos sur Facebook. Il ne pourrait même pas prendre de photos avec son appareil photo numérique flambant neuf. Elle avait dû sécher ses larmes pendant longtemps et la soirée était déjà bien avancée quand elle s’était attaquée à ses révisions de sortilèges.

 

Elle était fatiguée. Elle méritait bien quelques instants de sommeil supplémentaires. Ses yeux commençaient déjà à se refermer, alors qu’Elladora, fraîche et fringante comme toujours, chantonnait en se dirigeant vers la salle de bain. Elle dut se rendormir pendant cinq minutes, car une main lui secoua violemment l’épaule.

 

— Emily ! Il est 7h15 ! Il te reste quarante-cinq minutes pour te préparer et descendre manger ! Tu sais bien qu’à la rentrée, il faut être en avance, le temps de récupérer son emploi du temps et remonter prendre les livres dont on a besoin, aboya quelqu’un.

 

Emily identifia la douce voix si compréhensive d’Elladora. Cahin-caha, elle se leva et fila se noyer sous la douche. Ving minutes plus tard, elle pénétrait dans la Grande Salle. Elle n’avait même pas eu le temps d’avaler une gorgée de café que Londubat se plantait devant elle.

 

— Miss ? Quel est votre nom, et votre année ?

— Quibble, Emily Quibble. Je suis en cinquième année.

— Ah oui, j’ai entendu parler de vous ! C’est bien vous qui ne suivez qu’une seule option car vous continuez en parallèle des études moldues par correspondance ?

— Oui, c’est moi, répondit Emily.

— Eh bien je vous souhaite bon courage pour tout mener de front, en particulier cette année avec les BUSE ! Tenez, votre emploi du temps.

 

Comme si elle avait besoin qu’on l’enfonce davantage. Déjà l’année dernière, elle n’avait pas réussi à tout gérer en même temps. Son cursus moldu en avait pâti et elle se retrouvait à redoubler sa troisième. Elle se doutait bien que cette fois-ci non plus, elle n’allait pas faire des prouesses. Comme elle avait hâte d’être en sixième année et de pouvoir se débarrasser de certaines matières ! Elle ne savait pas laquelle elle serait la plus heureuse d’abandonner : la métamorphose ou l’histoire de la magie ?

 

Et bien sûr, elle démarrait l’année scolaire avec un double cours de métamorphose. Un toast dans chaque main, elle se dirigea vers son dortoir pour récupérer ses livres. Haletante, elle débarqua dans la salle de classe au dernier moment et se glissa à la place vide près d’Adrian. Juste à temps !

 

— Bon retour à tous. J’espère que votre été a été studieux, car cette année est une année cruciale pour vous. Les BUSE, Brevet Universel de Sorcellerie Elémentaire, expliqua le professeur Warp, peuvent avoir une grande influence sur votre avenir professionnel. Si vous ne savez pas encore quel métier vous intéresse, je crains que vous ne deviez mettre toutes les chances de votre côté et avoir le maximum de BUSE possible. Et même si la carrière qui vous attire ne nécessite pas beaucoup de BUSE, il est toujours bon de réussir plusieurs matières. Concernant l’épreuve de métamorphose en particulier, les questions théoriques et pratiques peuvent porter sur l’ensemble du programme des cinq premières années. Aujourd’hui, nous allons commencer l’étude des sortilèges de Disparition…

 

L’esprit d’Emily se mit à divaguer tandis qu’elle jouait machinalement avec le pendentif qu’elle avait en permanence à son cou. Elle n’aurait jamais sa BUSE de métamorphose, même en travaillant d’arrache-pied. Cela semblait également compromis en astronomie ou en histoire de la magie. Si elle réussissait les autres matières, cela lui ferait cinq BUSE. Ce n’était pas bien glorieux. Mais puisqu’elle n’avait aucune idée de ce qu’elle pourrait faire plus tard, elle se contenterait de ce résultat.

 

Le reste de la journée continua sur le même ton. Tous les professeurs, sans exception, démarraient leurs cours par un discours angoissant sur les conséquences de leur score aux BUSE sur leur avenir. Même Binns, l’assommant professeur fantôme, s’y était mis ! Heureusement, cet enfer prenait fin avec un cours de sortilèges, en commun avec les Poufsouffle. Emily se laissa tomber devant une table vide, et Teddy la rejoignit rapidement.

 

Même en se creusant la cervelle, elle était incapable de se souvenir comment Teddy et elle étaient devenus amis. Pas de coup de foudre amical dès le premier voyage en Poudlard Express. Pas de rivalité scolaire qui avait fini par les rapprocher. Non, le hasard les avait juste fait s'asseoir côte à côte lors de certaines classes communes et ils avaient fini par sympathiser alors qu’ils semblaient si mal assortis. Lui, le garçon le plus magique qui soit, métamorphomage, fils d’un loup-garou et d’une Auror, tous deux héros malheureux de la Bataille de Poudlard, filleul du grand Harry Potter et élevé par une grand-mère qui avait été reniée par la Noble et Très Ancienne Maison des Black. Elle, la née-moldue tout ce qu’il y avait de plus banal, fille d’une femme au foyer et belle-fille d’un prof de maths, qui ne réussissait toujours pas à intégrer les us et coutumes sorciers et cachait dans sa malle un stock de bonbons moldus pour tenir l’année.

 

Le nouvel enseignant de sortilèges entra en trombe dans la salle avec cinq bonnes minutes de retard.

 

— Bonjour bonjour, désolé pour ce léger contretemps, j’avais oublié que j’avais encore un cours à donner en fin de journée. Bien, alors, quelle classe êtes-vous déjà?

 

Les élèves se regardèrent, médusés. Cette année n’allait pas ressembler aux précédentes. Le professeur Flitwick avait beau avoir l’air quelque peu bohème, ses cours étaient très organisés.

 

— Ah, je te tiens, s’exclama le professeur Viridian en brandissant triomphalement la liste des élèves. Cinquième année, Gryffondor et Poufsouffle, bien bien bien… Cinquième année, vous avez vos BUSE à la fin de l’année ! Je ferai de mon mieux pour vous aider à obtenir votre BUSE de sortilège. Je ne sais pas trop encore si je suis pédagogue, je ne me suis jamais imaginé professeur vous comprenez. Mais bon, je me suis dit pourquoi ne pas tenter le coup, les sortilèges c’est vraiment ma spécialité, je ne vois pas ce qu’il pourrait y avoir de compliqué à vous les enseigner. Et j’allais oublier ! Je suis le professeur Viridian.

 

Tout le cours continua sur cette lancée. Le professeur passait du coq à l’âne, racontant des anecdotes de sa vie passée et n’expliquant rien de concret. A la fin du cours, Emily n’avait écrit que cinq lignes sur son parchemin, et en louchant sur ceux de ses voisins elle remarqua que tout le monde avait eu les mêmes difficultés qu’elle pour identifier les informations potentiellement utiles dans le monologue de Viridian. Elle allait peut-être devoir revoir ses exigences à la baisse et viser plutôt quatre BUSE.

 

— Non mais c’est n’importe quoi ce prof, grommela-t-elle à l’intention de Teddy tout en tentant de rassembler en un chignon ses longs cheveux, qu’elle avait décoiffés à force de passer ses mains dedans pendant tout le cours. Les sortilèges, c’est une des seules matières que je suis capable de réussir, et lui il va tout gâcher.

— Oh tu sais, on peut quand même réussir. En sept ans, mon parrain n’a eu quasiment aucun prof potable en défense contre les forces du Mal et il s’en est sorti, une grand partie de sa promo s’en est sortie même.

— On ne peut pas vraiment dire que ton parrain était un élève lambda… Et même toute sa promo était exceptionnelle ! Ils étaient à Poudlard, en période de guerre. Le jury a sans doute été plus conciliant. Nous, on n’a aucune excuse. Pour l’instant. On devrait peut-être faire en sorte de déclencher une guerre ? Engager un tueur à gages pour qu’il tue des personnes au hasard dans les couloirs et que Poudlard ferme ? Non, j’ai mieux ! On s’arrange pour créer un nouveau virus magique inconnu super contagieux, on devra tous rester en quarantaine et les examens seront annulés !


Teddy soupira.


— Pas mal le coup du virus, mais pas très réaliste. Et le tueur dans les couloirs, ça a déjà été le cas il y a une vingtaine d’années. Bon, personne n’est mort, c’était juste un gros serpent qui se baladait et pouvait tuer quiconque croisait son regard, mais en tout cas Poudlard n’a pas fermé.

— Comment ça un serpent géant gambadait dans les couloirs?

— Laisse tomber. Tout ça pour dire que tu ne vas pas déjà commencer à stresser. On n’est pas des trolls non plus, y a pas de raison qu’on ne s’en sorte pas. On n’aura pas besoin de guerre, de serpent ou d’épidémie. Il faut juste qu’on révise.

 

Comme toujours, le pragmatique et studieux Teddy calmait les ardeurs d’Emily. Quel rabat-joie ! Le gars commençait à raconter une histoire flippante à base d’immense serpent aux yeux revolver, puis il revenait tout naturellement sur la nécessité d’étudier. C’était vraiment à se demander pourquoi ils étaient amis. La née-moldue bougonnait, remettait tout en question, et le métamorphomage répliquait de façon concrète et terre-à-terre.

 

Tout en parlant, ils s’étaient dirigés par automatisme vers la Salle d’étude inter-maison, suivis par une grande partie des cinquième année de Gryffondor et de Poufsouffle. Cette salle avait été créée il y a deux ans, lors de la troisième année d’Emily. Il avait fallu que le professeur Puff, enseignante de soins aux créatures magiques et nouvelle directrice de Poufsouffle, insiste pendant de longues années pour que McGonagall, l’ancienne directrice, craque et lui attribue une grande salle de classe abandonnée, non loin de la bibliothèque. Ici, contrairement à l’antre de Madame Pince, les élèves pouvaient parler en travaillant. Le but officiel était que les collégiens s’entraident. Bien sûr, officieusement, le professeur Puff souhaitait atténuer les rivalités entre les maisons qui étaient toujours à leur apogée au lendemain de la Guerre, les Serpentard étant bien souvent ostracisés puisque beaucoup d’entre eux étaient issus de famille de Mangemorts.

 

Poudlard n’était pas soudainement devenu le pays des Bisounours grâce à cette salle. Certains Serpentard étaient et resteraient toujours aussi polis que des chartiers. Il y avait évidemment des idiots dans chacune des quatre maisons. Mais les élèves avaient pu diversifier leurs amitiés plus facilement et n’étaient plus condamnés à passer la majeure partie de leurs journées avec leurs camarades de dortoir. Emily avait pu réaliser qu’elle était capable de sympathiser avec des Serpentard ou encore que certains Serdaigle pouvaient être bien plus détestables qu’un serpent. Serpent… Elle allait vraiment devoir creuser cette histoire de reptile qui batifolait dans l’école. Est-ce qu’il y avait un risque qu'elle tombe un jour nez à nez avec un gros python ? Brrr, rien que d’y penser, elle en avait des frissons.

 

— Les mômes prennent toute la place, ils n’ont pas leurs BUSE à la fin de l’année eux, qu’est-ce qu’ils fichent ici ? maugréa Elladora en toisant du regard les deuxième et troisième années éparpillés aux quatre coins de la salle.

— Ils ont bien le droit d’être là. Cette salle est faite pour se réunir, pas forcément pour travailler. Par contre, pourquoi j’ai toujours l’impression qu’ils sont trois fois plus nombreux que nous ? Certes ils sont bruyants, mais ils sont tout petits, ils ne devraient pas prendre autant de place, s’exclama Emily.

— C’est parce qu’ils sont effectivement trois fois plus nombreux que nous, répondit Elladora. On n’est que trois filles dans notre dortoir, alors que rien qu’à Gryffondor, il y a eu hier soir quinze petits nouveaux, dont huit filles ! C’est l’effet de la Guerre.

— Une sorte de Baby-boom sorcier quoi.

— De Baby quoi ? Je ne sais pas si tu imagines, mais rares étaient les sorciers à cette époque qui pouvaient envisager d’avoir un enfant dans ces conditions. Quand on y réfléchit, il y a proportionnellement beaucoup plus de nés-moldus dans notre promotion que dans les autres, même si à Gryffondor vous n’êtes que deux. Tu ne comprends pas la terreur qui régnait à la fin des années 1990.

 

Comme chaque fois qu’on la renvoyait à son rang de née-moldue qui ne comprenait rien aux tenants et aboutissants du monde sorcier, Emily se renfrogna. Certes, elle pouvait monologuer pendant des heures sur les habitudes absurdes des sorciers et sur leur manque de modernité, mais elle se sentait malgré tout membre à part entière de cette communauté. Entendre ces mots dans la bouche de sa camarade de dortoir sonnait comme un rejet, comme si, parce qu’elle avait grandi pendant presque onze ans dans le monde moldu, elle n’était pas une authentique sorcière. Elle savait que son amie ne se doutait pas une seule seconde que la petite brune pouvait interpréter ses mots ainsi, elle avait juste manqué de tact, mais il n’empêche que ça lui faisait un pincement au cœur. Comme si Elladora pouvait réellement témoigner de l’horreur de la Guerre, alors qu’elle était à ce moment-là bien au chaud dans l’utérus de sa mère. 

 

Tout en ronchonnant, Emily s’installa à la seule table encore libre et entreprit de commencer son devoir de métamorphose, sans jeter un seul coup d'œil à ses camarades. Comme à son habitude, elle écrivait avec son fidèle Bic. Les professeurs avaient fini par accepter les dissertations rédigées à l’aide d’un stylo à bille en constatant le nombre de copies tachées d’encre, souvent celles des nés-moldus malhabiles avec une plume, qu’ils récupéraient. Malheureusement le parchemin, lui, était toujours d’actualité et les paragraphes des devoirs d’Emily penchaient dangereusement. Dire qu’aucun sorcier n’avait encore eu l’idée d’inventer le parchemin à lignes ! 

 

End Notes:

Rendez-vous jeudi prochain pour le troisième chapitre !

La première gorgée de Bièraubeurre by MadameGuipure
Author's Notes:

Plein de paillettes pour ceux qui ont lu les deux premiers chapitres, et une licorne en sucre pour LookCatMe, CacheCoeur, chape et Omicronn !

Le titre de ce chapitre 3 est bien évidemment honteusement pompé sur La Première Gorgée de Bière et autres plaisirs minuscules de Philippe Delerm

Emily n’avait pas vu le mois de septembre passer. Elle avait fait l’effort d’assister aux sélections de Quidditch de Gryffondor pour soutenir Lauren et Adrian. La poursuiveuse avait réintégré l’équipe sans aucune difficulté, ce qui n’avait rien de bien surprenant. Sans surprise non plus, Adrian avait quant à lui été recalé, pour la quatrième fois consécutive. Il avait beau être féru de ce sport et être le fils d’un ancien poursuiveur de l’équipe nationale irlandaise, il n’était décidément pas un virtuose du vol. Mis à part cette distraction, elle avait l’impression d’être constamment en train de travailler, et pour des résultats dérisoires qui plus est. Le pire étant la métamorphose. Elle passait deux fois plus de temps sur ces devoirs que sur les autres, et pourtant elle avait récolté deux Piètre. Est-ce qu’elle ne ferait pas mieux d’abandonner et de se concentrer sur les matières qu’elle avait une chance de réussir ?

 

Et quelle idée avait-elle eu d’insister pour continuer à suivre le programme moldu ? A onze ans, elle avait voulu se raccrocher à quelque chose qu’elle connaissait et qu’elle maîtrisait. Elle avait débarqué dans un monde inconnu et elle avait voulu conserver ce côté rassurant et ordinaire des devoirs moldus. D’autant plus qu’elle avait toujours été bonne à l’école. Mais aujourd’hui, c’était plus une corvée qu’autre chose. Sa mère lui avait transmis ses cours moldus du trimestre et il y en avait un paquet. Les professeurs côté Poudlard les menaient déjà à un train d’enfer à cause des BUSE, la Gryffondor ne voyait pas où elle pouvait caser dans son emploi du temps ses autres devoirs. Surtout qu’elle était fortement désavantagée puisqu’elle avait un délai beaucoup plus court que prévu pour finaliser ses exercices. En effet, sa mère recevait les cours à la maison, près de Londres, elle devait ensuite les lui transmettre par hibou, puis après avoir étudié, Emily devait faire l’itinéraire inverse, c’est-à-dire envoyer ses devoirs par hibou à sa mère, qui ensuite les postait par voie moldue. Et en plus, elle n’était pas aidée par son environnement ! Elle se retrouvait à devoir résoudre des calculs mathématiques sans calculatrice. Elle mettait au défi n’importe qui, même son beau-père, prof de maths, de trouver la réponse, sans calculette, à un problème du type “au CDI, il y a 8 696 livres et 104 bandes dessinées. Chaque mois, la documentaliste achète 17 livres et 3 bandes dessinées. Dans combien de mois dépassera-t-on les 10 000 titres disponibles dans ce CDI ?”.

 

Emily leva les yeux de sa copie de maths, cherchant désespérément une distraction. Ses yeux passèrent sur Elladora qui, plantée devant le miroir, tressait ses longs cheveux blonds, puis sur Lauren qui briquait son balai comme si sa vie en dépendait, pour finir sur Toulouse, son gros chat, qui dormait comme un bienheureux.

 

— Qu’est-ce qu’on s’emmerde quand même, soupira-t-elle.

— Je pense que je ne m’habituerai jamais à ton langage si fleuri et raffiné, répondit Elladora sans quitter des yeux le miroir.

— Non mais réfléchis-y deux secondes. Quand on n’est pas en cours, les seuls passe-temps qui s’offrent à nous sont faire nos devoirs, lire ou s’ennuyer comme des rats. A la limite, les sportifs qui n’ont pas le vertige peuvent jouer au Quidditch et ceux qui n’ont pas peur de passer pour des tocards peuvent faire une partie de Bavboules. Et parfois, dans leur grande bonté, les profs nous autorisent à passer une journée à Pré-au-lard. Quelle vie palpitante !

 

Elladora termina sa tresse et la noua, puis se tourna, apparemment agacée, pour dévisager Emily.

 

— T’exagères, on peut jouer aux échecs ou à la bataille explosive.

— Génial ! On a le choix entre un jeu chiant comme la pluie ou un autre où tu risques à tout moment de te brûler les sourcils !

— Quand tu as une passion, tu peux toujours la pratiquer. Tu pourrais dessiner, jouer d’un instrument, tricoter, chanter…, s’énerva la préfète.

— Mais moi je veux pouvoir m’enrouler dans un plaid en regardant un film, téléphoner à ma mère, danser avec mon MP3 dans les oreilles, ou même nager tiens !

— Tu peux toujours nager dans le lac. Et c’est quoi un MP3 et…

— Nager dans le lac ? Patauger par -10° dans une eau vaseuse avec le calmar géant qui me chatouille les orteils ? Super, ça me donne envie.

— Quoi que je dise tu vas me contredire en fait c’est ça ?

— C’est possible, marmonna-t-elle.

— Dis-toi que demain on a une journée à Pré-au-Lard, ça te changera les idées. Et du coup, c’est quoi un MP3 ?

— Mais je te l’ai déjà expliqué au moins cinq fois…

 

Découragée, Emily tenta d’expliquer à Elladora, sans doute pas pour la dernière fois, ce qu’était cette petite boîte à musique que les moldus appelaient MP3.

 

Le lendemain, les élèves étaient donc autorisés à sortir de leur bagne pour profiter de quelques heures de liberté à Pré-au-Lard. A entendre Teddy, Elladora et les autres, le village s’était développé depuis la fin de la Guerre. Et pourtant, ce n’était pas la panacée ! Personne n’avait encore eu l’idée d’y implanter de nouveaux magasins de vêtements, et Gaichiffon bénéficiait toujours du monopole de la mode, au grand dam d’Emily. Les habits y étaient de bonne qualité, mais franchement pas innovants. Heureusement, quelques jeans et tee-shirts s’étaient fait une petite place entre les traditionnelles robes et capes. Rien de très avant-gardiste ou confortable, on était loin d’Harrods, mais l’intention était louable. La cinquième année observa les jolies chaumières désuètes et la petite quinzaine de commerces qui s’éparpillaient ça et là. Certes, ce n’était pas Oxford Street, mais il fallait admettre que ça avait son charme.

 

Sans même se concerter, Lauren et Adrian annoncèrent d’une même voix leur envie de faire juste un petit tour au magasin d’Accessoires de Quidditch. La boutique avait ouvert en grande pompe l’année dernière, à côté de chez Zonko, le magasin de farces et attrapes. Emily leva les sourcils en les entendant affirmer qu’ils n’y resteraient que quelques minutes. Les connaissant, ils y passeraient l’après-midi entier et rentreraient à Poudlard au dernier moment.

 

— Qu’est-ce qu’on fait ? demanda la née-moldue à Elladora.

— J’ai pas besoin de grand-chose… On peut aller chez Honeydukes ?

 

La née-moldue acquiesça tout en cachant tant bien que mal sa grimace. Les sorciers étaient incapables de produire des friandises correctes. Honnêtement, qui pouvait bien avoir envie de manger de son plein gré des Nids de Cafards, des Bulles Baveuses ou encore des Gommes de Limaces ? Et pourtant, la confiserie était bondée. La jeune fille acheta tout de même quelques caramels et chocolats – sûrement pas des Chocogrenouilles, des chocolats bondissants, quasiment vivants, non merci – pendant que son amie s’offrait une montagne de Fondants du Chaudron. Emily nota dans un coin de sa tête de penser à demander à sa mère de lui envoyer quelques bonbons bien moldus, sa réserve de Tagada et de Dragibus fondait à vue d'œil.

 

Alors que les deux Gryffondor se dirigeaient vers Les Trois Balais pour se protéger de la bruine qui commençait à arriver, Teddy les interpella.

 

— Je peux me joindre à vous ? Ils vont chez Scribenpenne, dit-il en désignant ses camarades de Poufsouffle. Je n’ai vraiment pas envie de regarder Cameron s’extasier sur une plume de faisan pendant des heures.

— C’est qui Cameron ? demanda distraitement Emily.

— Sérieusement ? Ça fait plus de quatre ans que tu as des cours en commun avec lui ! Il est même en étude des moldus avec toi.

— Toujours aussi attentive et soucieuse des autres, notre chère Emily ! C’est lui là, le grand échalas brun avec des lunettes rondes, répondit Elladora.

— Il est né-moldu lui aussi, précisa Teddy. Mais contrairement à toi, il s’émerveille du moindre objet magique et de chaque coutume sorcière.

— Mais moi aussi je m’émerveille, s’exclama la petite brune. Mais vous pouvez quand même admettre que les sorciers ont quelques manies étranges. Et puis, vous pourriez vous mettre à ma place deux minutes ! C’est compliqué d’abandonner toutes les petites habitudes qu’on a eu le temps de prendre en vivant onze ans dans le monde moldu.

— Tu le caches bien ton émerveillement, ricana Elladora.

— C’est difficile pour nous de nous mettre à ta place, mais on peut compatir, tempéra Teddy. D’ailleurs, tu devrais échanger un peu avec Cameron. Il a beau s’enthousiasmer pour tout et n’importe quoi, il nous bassine régulièrement sur le fait qu’il aimerait pouvoir appeler ses parents de temps en temps.

— Il a bien raison ! C’est impossible d’avoir une conversation spontanée par hibou interposé. Ma mère s’est carrément acheté une chouette pour pouvoir me donner des nouvelles sans avoir à attendre que je daigne utiliser un des hiboux de l’école. Mais bon, rien ne vaut le téléphone !

— T’as qu’à parler de tout ça avec lui. Vous pourrez vous plaindre en cœur et arrêter de nous fatiguer avec vos lamentations. Ça profitera à tout le monde.

 

Ils pénétrèrent alors dans le repaire de Madame Rosmerta. La légende prétendait qu’elle avait été une très jolie femme, dont les courbes généreuses faisaient tourner la tête de tous les adolescents bouillonnants d’hormones. Aujourd’hui, c’était une vieille femme, aux cheveux grisonnants et à l’embonpoint certain. 

 

Teddy et Elladora commandèrent une Bièraubeurre alors qu’Emily jetait son dévolu sur un chocolat chaud bien crémeux. Une Bièraubeurre, quelle idée ! La Gryffondor était dégoûtée rien qu’en entendant ce nom. Elle ne pouvait pas s’empêcher d’imaginer une bonne grosse livre de beurre être plongée dans une bière bien brune et épaisse. Son œillade dégoûtée en direction des chopes de ses amis ne passa pas inaperçue.

 

— Est-ce qu’il y a une seule boisson sorcière que tu aimes, Emily ? demanda Elladora.

— Je…, réfléchit Emily. Je ne crois pas.

— Mais tu as goûté au moins ? interrogea Teddy.

— Ah oui, le jus de citrouille j’ai donné ! Ça a le goût d’une soupe de légumes qui aurait tourné.

— Et la Bièraubeurre ?

— Euh, je ne… Tu…., bafouilla Emily.

 

Teddy poussa sa chope vers elle avec un air de défi. Hésitante, la née-moldue saisit le verre. Du bout des lèvres, elle but une petite gorgée. Elle eut l’impression d’avoir avalé du caramel liquide. C’était doux, sucré et légèrement écœurant.  Ça avait le goût de l’enfance et d’une après-midi au coin du feu. Fière, elle ne décrocha pas un mot, rendit sa Bièraubeurre à Teddy et se remit à siroter son chocolat chaud comme si de rien n’était. Elladora échangea un regard amusé avec le métamorphomage.

 

Les cheveux de Teddy se mirent à grisonner et à pousser, des rides se creusèrent aux coins de ses yeux devenus bleus et ses traits s’épaissirent. Le portrait craché de Madame Rosmerta.

 

— Alors, Miss Quibble, qu’est-ce que vous en pensez de ma Bièraubeurre ? demanda le sosie de la tenancière d’une voix chevrotante.

 

Emily se dérida, prête à rendre les armes et à admettre que la mixture était buvable. C’était un grand pas pour elle, de ravaler son égo et d’avouer qu’elle avait eu tort.

 

— Victoire ! héla soudainement Teddy, reprenant son apparence habituelle.

 

Oh non, pas elle, songea la petite brune. Ou comment gâcher un après-midi agréable.

 

— Salut Teddy, répondit Victoire, sans un regard pour les deux filles. Je voulais te voir justement. Est-ce que tu pourrais veiller un peu sur Dominique ? Je crois qu’elle a un peu de mal à s’intégrer à Poufsouffle, et que les parents lui manquent. Tu sais ce que c’est, la première année. Mais je ne peux pas être tout le temps là pour la rassurer. Ça serait bien que tu passes un peu de temps avec elle.

 

Emily, qui avait commencé à se lever dès que la troisième année avait ouvert la bouche, se figea. La grande et formidable Victoire Weasley était donc capable de s’inquiéter pour quelqu’un d’autre qu’elle-même. C’était inattendu. Elle acheva de mettre sa cape et sortit, suivie par Elladora. Il était de toute façon temps de rentrer à Poudlard. Comme prévu, nulle trace de Lauren et Adrian qui étaient sans doute en train d’inspecter minutieusement tous les articles du magasin d’Accessoires de Quidditch. Dehors, la pluie s’était intensifiée et le vent s’était levé. Emily rentra la tête dans les épaules pour se réchauffer. Teddy, surgissant de nulle part, lui passa autour de la nuque l’écharpe rouge et or qu’elle avait oubliée sur sa chaise, ses doigts frôlant au passage son cou. Emily frissonna. C’est qu’il commençait à faire drôlement froid !

End Notes:

Alors, dans combien de mois il y aura plus de 10 000 livres au CDI ? :D

Allô Maman bobo by MadameGuipure
Author's Notes:

Encore merci pour vos lectures, et un énorme merci à chape pour son petit mot (et son calcul mental) !

 

Le titre de ce chapitre est littéralement du copié-collé de la jolie chanson Allô Maman bobo d'Alain Souchon

— Tu savais que la femme du professeur Londubat était enceinte ?

 

Emily entendit la phrase, mais ne la comprit pas. Elle était assise à la table des Gryffondor, devant ses habituels toasts et café du matin, et dormait les yeux ouverts. Les chandelles éclairant la Grande Salle, qui flottaient librement dans les airs d’ordinaire, étaient aujourd’hui emprisonnées dans des citrouilles évidées. Dans un coin de la pièce, le professeur de métamorphose et le directeur semblaient faire un concours de la plus belle chauve-souris. Les bestioles qu’ils faisaient apparaître voletaient paresseusement au-dessus des tables. Déjà Halloween, songea la née-moldue en suivant du regard le chiroptère qui venait de sortir de la baguette du professeur Flitwick.

 

— Eh, oh, tu m’entends ?

— Quoi ? grogna-t-elle en se tournant vers Elladora.

 

La préfète était comme toujours tirée à quatre épingles, sans que cela ne semble lui demander le moindre effort. Ses cheveux blonds et soyeux étaient séparés en deux tresses, son uniforme était impeccable et ses joues naturellement rosées. On aurait dit une princesse Disney, fraîche et belle dès le réveil. Emily, quant à elle, avait rassemblé à la hâte ses cheveux bruns en un chignon ébouriffé, pas savamment décoiffé, non juste échevelé, et elle portait les mêmes vêtements froissés que la veille, sur lesquels on ne pouvait que remarquer une tache de sauce tomate qu’elle n’avait pas réussi à enlever.

 

— Tergeo, lança Elladora, faisant disparaître sans difficulté ladite tache de la robe d’Emily. Tu aurais pu manger un peu plus proprement. Ou mieux, mettre un uniforme propre.

— J’avais le choix entre retourner mon armoire pour trouver une tenue propre, ou avoir le temps de prendre un petit-déjeuner. J’ai vite choisi.

— C’est marrant, je n’aurais pas pris la même décision que toi. Bon, je te disais, est-ce que tu savais que la femme du professeur Londubat était enceinte ? C’est leur deuxième enfant apparemment.

— Je ne savais même pas qu’il était marié. Comment t’es au courant de tout ça ?

— Il nous l’a dit dès le premier soir ! Il a bien précisé qu’il n’était pas tout le temps à Poudlard car sa famille l’attendait sur le chemin de traverse. J’ai juste creusé un peu pour avoir plus d’informations. Eh bien, tu ne devineras jamais !

— Oui ?

— Sa femme, c’est Hannah, la tenancière du Chaudron Baveur ! Comme personne ne dit jamais son nom de famille, je n’avais aucune idée du lien entre eux. Ils ont déjà une petite fille qui s’appelle Trisha, et le bébé devrait naître en février.

 

Alors qu’Elladora commérait, les deux filles avaient quitté la Grande Salle pour se diriger vers leur premier cours de la journée, histoire de la magie.

 

— Et je peux savoir pourquoi tu me déballes toute la vie de notre directeur de maison ?

— C’est toujours bon à savoir !

— Tu trouves ? Pourquoi ? Qu’est-ce que ça va m’apporter de savoir que le professeur Londubat va devenir papa pour la deuxième fois ?

— Tu sais, Emily, il n’y a pas énormément de sorciers en Angleterre, on se connaît tous plus ou moins. Du coup, on s’intéresse aux autres. C’est comme ça qu’on fonctionne, s’énerva la préfète.

 

Cette dernière posa son sac sur la table plus violemment que nécessaire, surtout pour elle qui était toujours si posée, et commença à sortir ses affaires d’un geste rageur.

 

— Tu passes ton temps à critiquer et à te moquer des coutumes sorcières, continua Elladora. On est trop traditionnels, on n’est pas assez ouverts aux autres, surtout aux moldus, il n’y a pas assez de choix dans nos commerces… C’est carrément vexant de t’entendre cracher sur notre mode de vie à longueur de journée. C’était amusant au début, il y a des points sur lesquels tu n’as pas tort, mais là ça devient pénible. Si on n’est pas assez bien pour toi et que tu n’as pas envie de vivre parmi nous, rien ne te retient.

— Mais je suis une sorcière, et je veux être une sorcière ! C’est juste que, je ne sais pas… Je ne me sens toujours pas chez moi ici, se justifia Emily.

— Eh bien, il ne te reste plus qu’à trouver comment te faire ta place. Ce n’est pas en râlant que tu vas changer les choses, il faut que tu fasses quelque chose.

 

La petite brune passa le cours d’histoire de la magie à ruminer cette conversation, sans écouter un mot de ce que racontait le professeur Binns. Non pas qu’elle ait normalement l’habitude d’être attentive aux monologues du fantôme, mais en général, elle profitait de ce temps perdu pour avancer sur d’autres devoirs. 

 

Elladora n’avait pas pris de gants pour lui déballer ce qu’elle avait sur le cœur, mais force était de constater qu’elle avait plutôt raison. Emily pestait régulièrement contre ce qu’elle considérait comme des aberrations ou des défauts du monde sorcier, mais elle ne proposait aucune amélioration concrète. Et si la calme préfète était agacée par son attitude, elle n’osait pas imaginer ce que ses autres amis devaient en penser ! 

 

Mais quel pouvoir avait-elle pour chambouler des siècles de tradition sorcière, elle, l’insignifiante née-moldue aux notes tout juste passables et sans relation haut placée ? Il lui fallait un engagement à son niveau. Une manifestation dans la Grande Salle pour bannir le jus de citrouille des carafes ? Une grève de la faim pour dénoncer la torture animale chez les Chocogrenouilles ? Un sit-in dans les couloirs pour faire installer le chauffage, en particulier dans les cachots ? La jeune fille se rendit alors compte que beaucoup de ses doléances étaient bien futiles. Et elle exaspérait ses camarades pour ces bêtises. Enfin, c’était peut-être anodin pour eux, mais quand on débarque à onze ans dans un monde nouveau, on a peur, on est seul. On rejette alors facilement ce qui demande un effort pour l’appréhender, on se rattache à ce qu’on a connu pendant toute son enfance. En tout cas, c’est ce qu’Emily avait fait et elle avait pris l’habitude de se dire que l’herbe était bien plus verte chez les moldus. Mais désormais, elle réalisait qu’elle avait passé plus de quatre ans à faire ce qu’elle critiquait, à savoir ne pas s’ouvrir à la nouveauté et à la découverte. Elle se sentait minable. C’était typiquement le genre de moment où elle n’avait qu’une envie : se rouler en boule sous sa couette, son gros matou Toulouse dans les bras, pour appeler sa mère et pleurer un bon coup.

 

La Gryffondor se traîna toute la journée, morne et préoccupée. Elle avait hâte d’aller se coucher et de commencer une nouvelle journée. C’était dans cet état d’esprit qu’elle attendait patiemment devant la salle d’étude des moldus que le professeur Roberts arrive.

 

— Emily, c’est ça ? demanda une voix, la tirant de ses pensées.

 

C’était le grand échalas brun de Pré-au-Lard, le Poufsouffle ami avec Teddy. Il s’était quasiment plié en quatre pour se mettre au niveau de la jeune fille, affalée sur le sol. D’énormes lunettes rondes à monture épaisse lui mangeaient la moitié du visage et il souriait gentiment. Mais c’est quoi déjà son prénom ? paniqua Emily.

 

— Tu vas bien ? T’as pas l’air en forme. Moi c’est Cameron, précisa le garçon, au plus grand soulagement de la Gryffondor.

— Oui oui, désolée j’étais ailleurs.

— Teddy me parle souvent de toi. Toi aussi, il se moque de toi pour avoir choisi cette option alors qu’on n’a pas vraiment besoin d’étudier le mode de vie des moldus ? Il n’a rien compris. Ce qui est intéressant, c’est de comprendre le point de vue des sorciers sur nous ! Enfin, sur eux, s’enthousiasma Cameron.

—  Euh… Moi j’ai pris cette option parce que c’était la plus facile pour moi et que, du coup, les devoirs ne me prendraient pas trop de temps.

—  Ah, d’accord, répondit-il, désappointé. Honnêtement, je suis un peu déçu de la manière dont est enseignée cette matière. Je m’attendais à ce qu’on nous présente des parallèles entre les sorts et objets magiques et les différentes inventions moldues pour montrer comment ils se débrouillent sans magie. Ou qu’on nous parle de science. S’il y a bien un domaine dans lequel les moldus sont en avance sur les sorciers c’est celui-là ! Ou alors...

— Miss Quibble, Mister McKay, si vous daigniez entrer en classe, nous pourrions peut-être commencer le cours, l’interrompit l’enseignant d’Etude des moldus.

 

Merci mon Dieu ! Béni soit le professeur Roberts pour avoir arrêté le Poufsouffle avant qu’il ne commence un monologue comportant thèse, antithèse et synthèse ! Soulagée, Emily se glissa dans la salle et s’installa à sa place habituelle, toute seule, à la table la plus au fond. Ce n’était pas qu’elle ne s’entendait pas avec les élèves qui suivaient ce cours, mais ils étaient en nombre impair et elle n’était pas assez proche de l’un d’entre eux pour avoir un binôme officiel. Comme souvent, le cours se déroula à la façon d’un exposé, avec un thème précis – aujourd’hui, c’était la royauté – que le professeur présentait sans prendre la peine de faire participer les étudiants.

 

Alors que le cours était terminé depuis cinq bonnes minutes et que la salle s’était vidée, la jeune fille était toujours en train de ranger ses affaires. Elle retardait comme elle le pouvait le moment de retourner au dortoir et d’affronter Elladora. Elle n’avait pas encore digéré le sermon que la préfète lui avait fait et n'était donc pas prête à lui faire face. En y réfléchissant un peu plus, cela devait faire quelque temps que son amie était fatiguée de son attitude et de ses critiques, puisque déjà, le mois dernier, elle n’avait pas été tendre avec elle en lui signifiant qu’elle ne comprenait rien à l’horreur qu’avait été la Guerre. Emily soupira, puis prit son courage à deux mains et se décida tout de même à sortir de la pièce, marchant comme à reculons.

 

Elle fut surprise de voir que Cameron était dans le couloir et qu’il semblait l’attendre. Pitié, faites qu’il ne continue pas son discours sur la façon dont devrait, selon lui, être enseignée l’étude des moldus, pria-t-elle.

 

— Sinon, Teddy m’a dit que toi aussi tu étais un peu triste de ne pas pouvoir appeler tes parents régulièrement, dit le Poufsouffle en poursuivant la conversation débutée plus tôt, comme s’ils n’avaient pas été interrompus par deux heures de cours.

 

Il choisissait bien ses sujets de conversation lui. Il décidait de lui parler de ça pile le jour où elle aurait fait n’importe quoi pour pouvoir téléphoner à sa mère et évacuer tout ce qu’elle avait sur le cœur.

 

— Oui, c’est vrai que ça me manque. Dans les lettres, on raconte moins de choses je trouve, on est moins spontané. Et puis, il y a des jours où je n’ai pas grand-chose à lui dire, j’ai juste envie d’entendre sa voix. Enfin, c’était surtout difficile en première année, maintenant ça va un peu mieux, expliqua Emily.

— Franchement, ça doit faire environ un siècle que le téléphone existe et les sorciers n’ont rien fait pour l’intégrer au monde magique, c’est incompréhensible ! Mais maintenant, avec les téléphones portables et Internet, ça devient de plus en plus dangereux je trouve. C’est compliqué pour nous, ou même pour tout autre élève de Poudlard côtoyant des moldus, d’expliquer qu’on est injoignable environ dix mois sur douze. C’est inconcevable pour eux qu’on ne réussisse pas à mettre la main sur un portable ou sur ordinateur pour au moins quelques minutes !

— Je n’avais jamais réfléchi à tout ça… C’est vrai que mes grands-parents par exemple, qui ne savent pas que je suis une sorcière, ne comprennent pas que je n’ai même pas accès à un téléphone le week-end. Je leur ai dit que les portables ou ordinateurs étaient interdits dans mon internat, mais j’ai un peu du mal à leur faire avaler qu’il n’y a pas de téléphone fixe. J’esquive le sujet à chaque fois qu’il vient sur la table.

— Tu m’étonnes ! Je n’arrive pas à comprendre si rien n’a été fait à ce sujet parce que les sorciers s’en fichent, ou parce qu’ils ont essayé de faire fonctionner ces appareils à Poudlard, mais que toutes leurs tentatives ont échoué.

— Une petite bulle de protection pour ne plus perturber les ondes et un sort d’électricité un peu comme de la foudre pour recharger les appareils, et le tour est joué non ?

— J’imagine que si c’était aussi simple que ça, le problème serait réglé depuis longtemps.

— Mmmmh, peut-être, admit la jeune fille. Enfin, comme tu disais tout à l’heure, si ça se trouve, ils n’ont même pas essayé !

— Ça on n’en sait rien. Faudrait qu’on se renseigne. Peut-être que le professeur Roberts est au courant, en tant que prof d’Etude des moldus. Oula, t’as vu l’heure ? Le banquet d’Halloween commence bientôt, je ne veux pas être en retard, lança subitement Cameron. On reparle de tout ça bientôt hein. Bonne soirée !

 

Halloween… C’est vrai qu’après une journée aussi nulle, Emily avait bien besoin de s’enfoncer encore davantage et de passer la soirée assise à côté d’Elladora, sans oser lui parler. Et pour couronner le tout, le repas allait être uniquement constitué de friandises plus atroces les unes que les autres. Le rêve.

End Notes:

A jeudi prochain ♥

SMS et MMS by MadameGuipure
Author's Notes:

Comme toujours, un énorme merci pour votre lecture et plein de coeurs à CacheCoeur et chape pour leur petit mot ❤

— L’objectif de cet exercice, expliquait le professeur Warp, est de changer le hibou que vous avez devant vous en jumelles de théâtre. Pour ce faire, vous devez...

 

Quoi ? Encore un animal innocent à transformer en objet ? s’indigna silencieusement Emily. Cela faisait plus de quatre ans qu’elle subissait les cours de transfiguration. Elle trouvait inhumain de transformer ces pauvres bêtes en bibelots, et même de métamorphoser des objets en êtres vivants. Est-ce que les bestioles sur lesquelles les première année s’amusaient à lancer un Vera Verto avaient conscience du fait qu’ils n’étaient plus que de simples gobelets ? Est-ce qu’en conséquence, si on oubliait de les nourrir, ils mourraient alors de faim ? Pouvaient-ils seulement manger ? Sous leur forme de gobelet, ils n’avaient plus de bouche, ni sans doute d’appareil digestif ! Et ces pelotes d’aiguilles qu’on changeait en hérisson, développaient-elles un instinct de survie qui leur permettait de subsister ? Si Emily était déjà horrifiée par l'expérimentation animale dans les laboratoires moldus, les cours de métamorphose l’avaient accablée. Mais les sorciers ne semblaient pas comprendre ses récriminations. Pour eux, il était normal de faire ça et les animaux n’en souffraient pas. Mais qu’est-ce qu’ils en savaient ?

 

Absorbée par sa révolte intérieure, elle ne remarqua pas que le professeur de métamorphose s’approchait d’elle. Alors que tous ses camarades s’escrimaient sur leur hibou, la Gryffondor n’avait pas bougé d’un pouce et fixait son volatile d’un regard vide.

 

— Miss Quibble ? L’exercice serait-il tellement aisé pour vous que vous ne voyez pas l’intérêt de le faire ? siffla le professeur Warp.

— C’est que… Je…, bafouilla Emily en se tortillant sur sa chaise.

— Mais encore ?

— Je me demandais si les animaux souffraient quand on les transformait comme ça, et si les objets qu’on changeait en animal développaient une conscience.

 

Un ululement outré résonna dans la salle. Adrian avait visiblement eu quelques difficultés avec le sort et sa chouette avait perdu toutes ses plumes.

 

— Mr Troy, une chouette déplumée ne vous dispense pas de l’exercice. Miss Quibble, vous souhaitez vous lancer dans la philosophie ? se renseigna l’enseignant en se tournant à nouveau vers Emily.

— Non, non, je me posais juste la question.

— Et vous ne pouvez apparemment pas faire deux choses à la fois. Entre réfléchir à propos de l’essence de la métamorphose et vous occuper de votre hibou, vous avez choisi vos questionnements existentiels.

— Je vais me mettre au travail, Monsieur.

— Bien. Et puisque vous semblez passionnée par les principes de la transfiguration, vous me rendrez quarante centimètres de parchemin sur les cinq exceptions à la loi de Gamp sur la transfiguration élémentaire, notamment à propos de la vie que l'on ne peut pas créer par magie. Et cela fera cinq points en moins pour Gryffondor !

 

Emily serra les dents pour ne pas laisser échapper les grossièretés qui lui brûlaient les lèvres. Furax, elle partit en trombe dès que le cours prit fin et se dirigea vers la Salle inter-maison. Un devoir supplémentaire pour avoir posé une question. C’était injuste ! Comme si elle n’était pas assez surchargée de travail ! La semaine avait déjà été pénible et le cours de métamorphose était la cerise sur le gâteau.

 

Les cours de sortilèges avec le professeur Viridian était une vaste blague. Plus l’année avançait, et plus Emily voyait ses chances de réussite aux BUSE dans cette matière s’éloigner. L’enseignant était sans doute un sorcier très talentueux, mais il n’avait aucune notion du programme et aucune pédagogie. Il passait du sortilège de Fidelitas à celui de Lévitation comme si les deux charmes requéraient les mêmes capacités. Et il s’éternisait davantage sur ses propres exploits que sur l’apprentissage de ses élèves. Sa plus grande performance était en fait d’être le descendant de Vindictus Viridian, ancien directeur de Poudlard et auteur de Sorts et contre-sorts (ensorcelez vos amis et stupéfiez vos ennemis avec les sortilèges de Crâne chauve, Jambenconton, Langue de plomb et bien d'autres encore). Emily se demandait comment il avait échoué à ce poste de professeur, et, surtout, pourquoi il avait accepté. Il était évident qu’il n’était pas fait pour ça et que cela ne lui plaisait pas. Mais le pire dans tout ça ? Il leur imposait la rédaction de dissertations dignes d’une thèse, d’un niveau bien supérieur aux BUSE. Cette mascarade leur faisait perdre du temps. Un exemple ? Il leur avait demandé d’expliquer comment contrer les effets du Révélasort de Scarpin, acte qui, d’après les livres qu’avait épluchés la jeune fille, semblait impossible. Par-dessus le marché, le professeur Viridian ne se donnait même pas la peine de corriger leurs devoirs.

 

On était à peine mi-novembre et la Gryffondor  avait déjà pris un retard considérable dans son travail moldu. Des copies qu’elle aurait dû rendre deux semaines plus tôt traînaient toujours au fond de son sac. Elle n’arrivait plus à trouver assez de motivation pour suivre ce double cursus et réfléchissait à la façon dont elle allait pouvoir annoncer à sa mère son envie d’abandonner les cours moldus. Quel sujet de conversation auraient-elles sans ça ? Emily lui parlait le moins possible de magie car elle voyait bien que sa mère était totalement perdue quand elle évoquait sa vie à Poudlard. Même parler de ses amis était compliqué : des Sang-purs, des fans de Quidditch, un métamorphomage. C’était totalement surréaliste pour sa famille. Et pourtant, elle avait besoin de préserver ce lien avec ses proches et à chaque période de vacances, elle faisait tout son possible pour renouer. 

 

Ça ne sert à rien de ressasser, se morigéna Emily. Elle tenta alors, vainement, de se concentrer sur son devoir de potions sur le Philtre de confusion à rendre le lendemain, alors qu’un brouhaha ambiant avait gagné la Salle d’étude inter-maison. Le premier match de Quidditch de la saison – Gryffondor contre Serpentard – programmé dans quelques jours semblait avoir provoqué un relâchement général au sein de Poudlard. Des première année jouaient aux Bavboules en poussant des cris de dégoût dès qu’une bille crachait son fameux liquide pestilentiel. Un peu plus loin, un groupe de sixième ou de septième année s’amusait avec des Pétards mouillés du Dr. Flibuste nouvelle génération, manquant de peu de mettre le feu aux grands coussins éparpillés un peu partout et enfumant peu à peu la pièce. A l’autre bout de la salle, une petite cour de troisième année s’exclamait toutes les deux minutes, suspendue aux lèvres de Victoire Weasley. Toute à son discours, celle-ci secouait sa longue chevelure blonde et soyeuse, sa bouche charnue et sensuelle se mouvait au rythme de ses mots… La née-moldue secoua la tête. Cette peste profitait de ses origines vélanes dès qu’elle le pouvait et nombreux étaient les élèves qui, même assis trop loin pour l’entendre, la dévisageaient, la langue quasi pendante. Aux côtés d’Emily, Teddy, qui était habituellement si studieux et se démenait pour avoir de bonnes notes qui feraient plaisir à sa grand-mère, gloussait en lisant la Gazette. Une brève annonçait que le mouvement A.P.É.T.É (l’Air Pur Évite Toute Émanation) reprenait de l’ampleur en Irlande du Nord. Ces hurluberlus dénonçaient le fait que, selon eux, le pantalon bloquait le flot magique à sa source et ils revendiquaient le droit des hommes à porter la robe dans le monde moldu. 

 

Un peu à l’écart du groupe de cinquième année, Elladora, camouflée derrière une pile branlante de grimoires, mâchouillait sa plume, les yeux dans le vague. Cela faisait dix jours que les deux Gryffondor ne s’étaient pas adressé la parole. L’ambiance dans le dortoir était glaciale et Lauren, absorbée par ses entraînements pour le match imminent, n’était pas suffisamment présente pour dégeler cette atmosphère digne du pôle Nord. Ce n’était pas de la colère ou de la rancœur qu’il y avait entre elles, c’était juste de la gêne. Crever l’abcès avait sans doute été une bonne chose, mais maintenant, aucune des deux jeunes filles ne savaient comment se comporter en la présence de l’autre. Il fallait bien que l’une d’entre elles fasse le premier pas. Mais ça ne sera certainement pas moi, songea Emily. 

 

Pour se changer les idées, elle se tourna vers Lauren et Adrian qui débattaient à propos du tout dernier balai commercialisé par la Compagnie Ellerby et Spudmore, le Tonnerre de Brest. Les sorciers et les noms… Est-ce qu’un né-moldu allait se dévouer pour révéler au fabricant de balais l’existence du Capitaine Haddock et de ses fameux jurons ?

 

— Il paraît qu’il peut passer de 0 à 275 km/h en sept secondes, lâcha Adrian, rêveur.

— Enfin, on dit surtout qu’il a un sacré caractère. Il lui arrive de décider inopinément de tourner juste pour suivre un oiseau ou de refuser de décoller parce qu’il s’est levé du mauvais étrier ! répliqua Lauren.

— Mais si t’arrives à l’apprivoiser, ça doit être quelque chose !

— Rien ne vaut un bon vieux Vileda 3000, plaisanta Emily.

— Vileda ? J’ai jamais entendu parler de cette marque ! Comment tu connais ça toi ? Tu ne t’intéresses même pas au Quidditch ! s’interrogea Adrian.

— Ou mieux, un Dyson 5, s'esclaffa Cameron qui venait d’apparaître derrière les deux fans de vol.

 

Les deux nés-moldus explosèrent de rire, sous le regard perplexe de Lauren et Adrian. Qu’est-ce que ça faisait du bien d’avoir quelqu’un qui comprenait ses blagues douteuses relatives au monde moldu ! Emily n’avait jamais réalisé que passer son temps entourée de Sang-purs, qui, bien que très ouverts, ne connaissaient rien aux moldus, lui pesait. Avec Cameron, elle n’avait pas besoin de se lancer dans des explications sur tel ou tel appareil qu’elle évoquait sans faire attention ou d’éclaircir les références moldues qui lui échappaient régulièrement.

 

— Bon, qu’est-ce qu’on fait ? demanda le Poufsouffle en s’installant bruyamment en face d’elle.

— Comment ça, qu’est-ce qu’on fait ?

— Bah, pour l’Opération Téléphone.

 

L’Opération Téléphone, c’était ridicule comme appellation. Soit on a un vrai nom de mission énigmatique et rocambolesque, soit on n’en a pas. Il n’avait jamais étudié la Seconde Guerre mondiale lui ou quoi ? Dracula, Jupiter, Otarie, ça c’était du nom de code ! Bon, certes, Otarie, ce n’était pas très impressionnant. Mais au moins, c’était indéchiffrable. Opération Téléphone… Pfff

 

— On peut déjà commencer par trouver un nom potable, rétorqua-t-elle.

— Tu peux pas être sérieuse deux secondes ? 

 

La veille, ils s’étaient tout bonnement fait jeter par le professeur Roberts. Emily et Cameron l'avaient abordé, la fleur au fusil, à la fin de leur cours d'étude des moldus. Persuadés que l’enseignant serait enthousiasmé par leur envie de permettre aux élèves de contacter leurs proches moldus, ils n’avaient pas préparé leur argumentation. Bien mal leur en prit, puisque le professeur Roberts ne semblait pas du tout emballé à l’idée de se rajouter une charge de travail supplémentaire. Il les avait à peine écoutés, sans doute pressé d’aller manger, comme semblaient l’indiquer les grognements de son estomac. Il s’était contenté de les envoyer bouler en leur expliquant qu’il n’avait pas de temps à perdre avec ces bêtises, que les choses étaient telles qu’elles étaient depuis des années et que ce n’était pas près de changer. Selon lui, ce n’était pas parce que deux élèves avaient envie de téléphoner à leur maman que d’autres étudiants ressentaient ce besoin. Les nés-moldus étaient majoritairement heureux d’appartenir au monde magique et oubliaient sans difficulté les habitudes de leur vie précédente. Et surtout, il était de toute façon impossible de faire fonctionner les appareils électroniques à Poudlard, c’était comme ça, un point c’est tout. Il ne servait à rien de chercher à bouleverser l’ordre établi. Démoralisés, les deux cinquième année n’avaient même pas protesté ou répondu au professeur.

 

— Mais je suis sérieuse. C’est important un nom pour inspirer les gens ! Est-ce que tu achèterais un livre dont le titre ne te donne pas du tout envie ? expliqua Emily.

— Ça n’a rien à voir !

— Mais pour l’instant, c’est la seule idée que j’ai pour faire avancer le schmilblick. Tu vois autre chose ?

— Non, concéda-t-il. Comme tu veux, mais bon je ne voyais pas ça comme une priorité.

— Je pense qu’il nous faut un nom à la sorcière. Ils aiment bien les acronymes un peu ridicules, comme BUSE, ASPIC… Sans parler d’A.P.É.T.É !

— A.P.É.T.É ? C’est quoi ça ?

— Tu demanderas à Teddy, ça a illuminé sa journée. Ça serait bien que l'abréviation soit un peu un clin d'œil pour ceux qui connaissent le monde moldu.

 

Cameron se tourna vers la place où était installé Teddy quelques secondes plus tôt, mais se trouva face à une chaise vide. Le métamorphomage s’était sans doute éclipsé pour rejoindre d’autres amis ou pour gérer ses prérogatives de préfet. La jeune fille fut un peu surprise qu’il soit parti sans un mot, mais elle se concentra sur l’Opération Téléphone, faute de meilleur nom pour le moment.

 

— S.M.S : Sauvez Mon Smartphone ! Ou mieux, M.M.S : Maraboutez Mon Smartphone, s’écria Cameron.

— Pas mal, gloussa Emily. Mais la plupart des sorciers auraient déjà bien du mal à expliquer clairement ce qu’est un téléphone, alors si on commence à leur parler de smartphone, ils vont être perdus.

— On se fait une liste des mots qu’on pourrait utiliser ?

 

La Gryffondor acquiesça. Elle mit son devoir de potions de côté, devoir qu’elle n’avait de toute façon pas touché depuis plus d’une heure, et attacha ses boucles brunes en un chignon désordonné, signe chez elle d’une extrême concentration. Après quelques minutes, son parchemin était rempli d’une liste hétéroclite de mots moldus liés au téléphone, allant de dring à allô en passant par texto. Mais il était bien compliqué de trouver des noms utilisant les initiales de ces termes. D.R.I.N.G, Division des Rebelles Initiés aux Nouveautés Géniales… C.L.A.V.I.E.R, Collectif des Lycéens Alléchés par les V… Vaches ? Vampires ? Volcans ? Emily ratura rageusement son parchemin. Elle griffonna pendant de longues minutes. Trouver un nom n’était pas si aisé qu’il n’y paraissait.

 

— J’ai trouvé, s’exclama-t-elle, fière de son éclair de génie. S.A.M.S.U.N.G ! Le Syndicat des Apparentés aux Moldus Souhaitant Utiliser leurs Nouveaux Gadgets !

— Pourquoi gadgets ?

— Parce que je ne trouvais aucun autre mot commençant par G, avoua-t-elle.

— Grelot ? proposa Cameron.

— Grelot ? Qu’est-ce qu’une clochette a à voir avec un téléphone ?

— Bah donner un coup de grelot, c’est de l’argot pour passer un coup de fil.

— T’as quel âge au juste ? Soixante-dix ans ?

— Mon grand-père me dit souvent que je devrais lui donner un coup de grelot plus souvent…

— Ouais, ton grand-père, c’est bien ce que je dis. Non, mais gadget, c’est bien, ça élargit un peu plus notre champ d’action. On ne sera pas obligé de changer de nom si on veut s’attaquer aux ordinateurs ou à la télé.

— T’emballe pas, on sait déjà même pas comment faire rentrer les téléphones à Poudlard ou vers qui se tourner pour avoir de l’aide.

 

Mais Emily savait exactement ce qu’ils devaient faire. 

End Notes:

Je commence à un peu trop perdre mon avance dans mes chapitres déjà écrits à mon goût, mais je vais me bouger le popotin et je vous dis quand même à jeudi prochain !

Trop pur pour toi by MadameGuipure
Author's Notes:

Je suis désolée pour cette mise à jour en retard ! C'était mon anniversaire hier et j'ai donc préféré passer mon temps devant le miroir à compter mes rides plutôt qu'à publier ;)

Merci à tous pour votre lecture et un merci chevrotant et vieillissant à Amnesie et chape !

Une ombre se glissa dans les escaliers, se confondant presque avec le mur auquel elle était plaquée. Lentement et précautionneusement, la silhouette gravit les marches, une à une. Arrivée sur le palier, elle fit une roulade pour… Emily gloussa et dut plaquer la main sur sa bouche pour éviter que son rire ne résonne dans les couloirs vides. Elle réussissait à se bidonner toute seule en faisant la voix off de son incroyable mission secrète. On était en plein milieu de la nuit et la Gryffondor se dirigeait vers sa salle commune. C’était la première fois de sa scolarité qu’elle bravait le couvre-feu et elle avait l’impression d’être l’héroïne d’un James Bond. Elle mourrait d’envie de faire des cascades sur les dalles de pierre, mais elle savait bien que si elle s’y risquait, elle atterrirait sur les fesses. N’est pas un agent secret qui veut !

 

Arrivée dans la tour de Gryffondor, elle traversa la salle pour rejoindre le panneau d’affichage et y laisser son message.

 

 

Nés-moldus, Sang-mêlés, il est temps de se faire entendre !

Pourquoi, en 2013, à l’heure des SMS et d’Internet, nous est-il toujours impossible d’échanger facilement et rapidement avec notre entourage moldu ?

Pourquoi serait-ce à nous de nous adapter et de régresser, en revenant aux temps des pigeons voyageurs ?

Pourquoi aucun sorcier n’a l’air de s’inquiéter de la mise à mal du Secret, en raison de notre incapacité à donner le change en continuant d’utiliser les moyens de communication moldus ?

Nés-moldus, Sang-mêlés, en signant notre pétition, vous soutiendrez le Syndicat des Apparentés aux Moldus Souhaitant Utiliser leurs Nouveaux Gadgets (S.A.M.S.U.N.G.).

Mobilisons-nous !

 

Emily fit un pas en arrière pour admirer son œuvre. C’est Cameron qui, de son écriture ronde et soignée, bien plus lisible que les pattes de mouches de la Gryffondor, avait recopié le message rédigé par Emily, puis dupliqué en plusieurs dizaines d’exemplaires à l’aide d’un sort. Ils avaient ensuite passé la nuit à coller cette affiche un peu partout dans Poudlard. Aucun mur n’avait été épargné. La Grande Salle, les couloirs, la Salle inter-maison, la bibliothèque, les salles de classe… Même les dortoirs avaient été envahis. Pour Serpentard et Serdaigle, ils avaient dû se contenter d’apposer leur parchemin aux entrées des salles communes. Mais pour Gryffondor, la jeune fille avait doublé le format de l’affiche grâce à un charme d’Agrandissement et l’avait accrochée au centre du panneau d’affichage, recouvrant même les annonces de sortie à Pré-au-Lard. Cameron était censé en faire de même chez les Poufsouffle. La Gryffondor regretta un moment de ne pas connaître le Maléfice de Glu Perpétuelle. Elle était tellement fière qu’elle aurait voulu que personne ne puisse arracher le parchemin et que ce petit mot inspire les générations futures !

 

Elle avait eu du mal à convaincre le Poufsouffle de mener cette opération. Autant, il était d’accord en ce qui concernait la pétition, puisqu’ils avaient besoin de prouver qu’ils n’étaient pas que deux à vouloir avoir l’opportunité de communiquer avec leurs proches moldus. Autant, il n’était pas séduit par l’idée de placarder des affiches sur tous les murs du château. Il avait peur de se mettre les enseignants à dos, surtout le professeur Roberts. Mais Emily était persuadée qu’ils avaient besoin d’un coup d’éclat pour être pris en considération et après plusieurs jours de négociation, Cameron avait fini par céder.

 

Curieusement, ils n’avaient rencontré aucune difficulté lors de leur expédition nocturne. C’était comme si Poudlard était de leur côté et les avait protégés. Ils n’avaient croisé aucun préfet ou professeur en train de faire leur ronde et toutes les portes, qui auraient sans doute dû être verrouillées, semblaient s’ouvrir d’elles-mêmes devant eux, à l’exception notable de celles des dortoirs de Serdaigle et Serpentard. Peeves et Flemming, le concierge, qui, chacun à leur manière, semblaient avoir été missionnés par Merlin lui-même pour coincer les élèves, n’avaient pas montré le bout de leur nez. Même la Grosse Dame avait été magnanime et avait laissé Emily rentrer dans sa salle commune bien après le couvre-feu sans poser de question.

 

La née-moldue regagna discrètement son dortoir pour aller se coucher. Elle était sûre de ne pas réussir à fermer l'œil de la nuit, ou du moins ce qu’il en restait, mais il fallait bien qu’elle se repose un peu pour être d’attaque le lendemain.

 

— Emily ! Emily, réveille-toi, lui beugla Elladora à l’oreille tout en la secouant.

 

La jeune fille émergea difficilement. Elle avait l’impression d’avoir dormi seulement quelques minutes, ce qui était peut-être le cas étant donné le mal qu’elle avait eu à s’endormir.

 

— C’est toi, hein ? C’est toi, continua la préfète, manquant de lui crever les tympa

— Grmph. Laisse-moi dormir, marmonna Emily.

 

Qu’est-ce qui lui prenait, à Elladora ? Pourquoi s’amusait-elle à s’égosiller dès l’aube ? En plus, elle n’était pas censée bouder ? Non mais quelle idée de la réveiller de cette façon. Rien au monde ne pourrait justifier un réveil aussi violent. Malgré elle, la petite brune sentit le sommeil s’éloigner et finit par ouvrir les yeux. L’affiche ! Mais bien sûr ! Comment avait-elle pu oublier ? Elle repoussa hâtivement sa couverture.

 

— C’est pas trop tôt ! Quelque chose me dit que tu n’as pas beaucoup dormi cette nuit, jubila son amie.

— L’affiche, elle était encore là ? Personne ne l’a arrachée ? s’enquit Emily, le cœur battant.

— J’étais sûre que c’était toi ! Oh, Emily, je suis tellement fière de toi, se réjouit la préfète en la prenant dans ses bras.

— Tu ne m’en veux plus ? Je sais que… Enfin, je n’ai pas été très… J’aurai dû faire plus attention à ce que je disais, bafouilla la née-moldue.

— Tu sais, je ne t’en voulais pas vraiment. C’est juste que l’autre jour, ça a été la goutte d’eau. Tu passes tellement de temps à critiquer les sorciers que j’avais l’impression que tu nous trouvais vraiment nuls, et donc que tu me trouvais nulle. Et puis, je trouvais ça dommage que tu râles, mais que tu ne fasses rien, alors que tu n’es sans doute pas la seule à penser tout ça. Tu pourrais aider beaucoup de gens qui n’osent rien dire en cherchant une solution à ce qui te dérange ! Mais j’aurais dû t’en parler calmement, et pas m’énerver comme je l’ai fait.

— Mais je ne te trouve pas nulle ! Tu es la première personne à qui j’ai parlé, tu m’as rassurée et expliqué plein de choses. Tu sais, dans le Poudlard Express, en première année, j’avais tellement peur que je suis restée dans mon coin pendant tout le voyage et je n’ai pas ouvert la bouche une seule fois. Alors, quand tu m’as adressé la parole pendant qu’on attendait de passer sous le Choixpeau...

— Arrête ou je vais me mettre à pleurer ! la coupa Elladora en la prenant par les épaules. Allez, on va voir ton œuvre.

 

Emily avait l’impression que toute la maison Gryffondor était réunie dans la salle commune, agglutinée autour du panneau d’affichage. Un tohu-bohu sans nom régnait. Les élèves s’interpellaient à tout va. Beaucoup d’entre eux posaient des questions – c’est quoi Internet ? Et un syndicat ? –, d’autres s’esclaffaient – Samsung ! Ils sont trop forts ! – et les derniers acquiesçaient – ils ont bien raison, on retourne au Moyen-Âge avec ces hiboux. Il fallut l’intervention d’un préfet de septième année, rappelant que les cours n’allaient pas tarder à démarrer, pour que la foule se disperse. La cinquième année eut un moment de panique puisqu’elle était encore en pyjama, avant de se souvenir qu’elle ne commençait qu’à dix heures.

 

La jeune fille passa la journée sur un petit nuage. Sans qu’elle ne comprenne comment, tout le monde semblait avoir compris qu’elle était à l'initiative de ce message anonyme placardé dans tout le château et beaucoup d’élèves la hélaient pour la féliciter. Quasiment tous les nés-moldus et les Sang-mêlés avaient déjà signé la pétition, et même quelques Sang-purs l’avaient eux-aussi paraphée. Certains étudiants inconnus l’arrêtaient même dans les couloirs pour lui expliquer à qui ils aimeraient pouvoir téléphoner régulièrement et pourquoi.

 

Ce fut donc avec le sourire aux lèvres, et beaucoup de retard, qu’elle se dirigea vers les serres pour son dernier cours de la journée. Elle ne fut pas très attentive à ce que racontait l’enseignant de botanique qui leur demandait de recueillir du pus de Bubobulb. La plante était répugnante. Elle ressemblait à une grosse limace noire et visqueuse, couverte de pustules jaunâtres. Le précieux liquide était contenu dans ces furoncles et dégageait une forte odeur d’essence. En perçant ces abcès, Emily avait le même sentiment de satisfaction que lorsqu’elle explosait ses boutons d’acné. Soudain, un Serdaigle hurla de douleur en se recevant un jet de pus sur le bras. De grosses cloques cuisantes commençaient à apparaître sur sa peau. Aïe, grimaça la Gryffondor en imaginant la douleur que la substance pouvait provoquer. Elle se décida alors à faire plus attention à ce qu’elle faisait, afin de ne pas vivre la même mésaventure. A la fin de l’heure, le professeur Londubat l’apostropha.

 

— Miss Quibble, c’est bien ça ?

— Tout à fait, professeur.

— J’ai cru comprendre que c’était à vous qu’on devait le cri du cœur affiché dans tout Poudlard.

— Euh… Je… Oui, professeur, bredouilla Emily d’une voix incertaine.

— Je comprends votre envie de faire évoluer le fonctionnement de l’école, même si je ne sais pas si, dans ce cas précis, cela sera possible. Cependant, j’aurais apprécié que vous veniez m’en parler avant. Je suis votre directeur de maison après tout.

— C’est… C’est qu’on en a d’abord parlé au professeur Roberts, Monsieur. Et comme il ne semblait pas intéressé, on s’est dit que… Qu’il fallait se faire entendre autrement, avoua la Gryffondor, n’osant pas admettre qu’en parler au professeur Londubat ne lui avait même pas traversé l’esprit.

— Je vois. Nous aurons l’occasion d’en parler ensemble plus tard, ainsi qu’avec le directeur. Mais ce n’est jamais un mal de se révolter contre ce que l’on considère comme injuste, lui glissa-t-il avec un clin d'œil, tout en jouant avec le Gallion qu’il tenait dans sa main.

— Merci, Professeur.

— Allez, je vous laisse filer. Je ne voudrais pas que vous fassiez attendre vos amis.

 

Emily fila vers la porte où l’attendaient Elladora, Adrian et Lauren, sans demander son reste. D’un commun accord, ils se dirigèrent vers la Salle inter-maison pour tenter de faire diminuer leur montagne de devoirs. Ils avaient l’impression que c’était sans fin et qu’ils ne verraient jamais le bout de cette année de travail intensif. C’était démotivant. Et puis, la Gryffondor se doutait qu’elle était bien trop excitée pour réussir à disserter sur une énième guerre des Géants. Elle s’installa tout de même à une table, consciente qu’elle avait accumulé trop de retard dans ses devoirs pour se permettre une soirée de repos. Elle déballa courageusement son sac et s’attaqua à son devoir d’histoire de la magie. Mais bien sûr, son esprit était ailleurs et elle eut un soupçon d’appréhension en pensant au S.A.M.S.U.N.G. Certes, cette affiche et cette pétition étaient un succès, mais maintenant, que devaient-ils faire ? Elle haussa les épaules et décida de profiter de l’instant présent et de ce sentiment de victoire qui l’avait envahie. En inspectant du regard la Salle inter-maison, elle repéra rapidement Cameron et se précipita vers lui.

 

— Cameron ! Tu vois, je te l’avais dit que c’était une bonne idée, exulta-t-elle, réjouie.

— Je suis bien obligé d’admettre que tu avais raison. T’as vu le nombre de personnes qui ont déjà signé la pétition ?

— C’est fou ! Je n’imaginais vraiment pas qu’on aurait autant de soutien ! s’extasia la Gryffondor en sautillant.

— Et c’est quoi la suite ?

— Bah, je sais pas trop. Londubat m’a attrapée à la fin de mon cours de botanique pour me dire qu’on en reparlerait, donc je pense qu’on va devoir l’affronter, ainsi que le directeur.

— Vraiment ? demanda Cameron, visiblement paniqué. Le directeur ? Mais je…

— Eh, Teddy ! l’interrompit Emily en apercevant le métamorphomage.

 

Sans un mot d’excuse, elle abandonna le né-moldu pour aller voir Teddy.

 

— T’as vu notre affiche ? T’en penses quoi ? demanda la jeune fille, toujours aussi exaltée.

— Oui, je l’ai vue, répondit froidement Teddy.

— Et ? Ça t’a plu ?

— Mouais. Enfin j’ai surtout remarqué que ce parchemin ne s’adressait pas à moi. Même si une de mes grand-mères était moldue et un de mes grands-pères né-moldu, mon sang doit déjà être trop pur pour toi. Ou peut-être que mon sang de loup-garou me permettrait de trouver grâce à tes yeux ? Non, c’est sans doute bien trop magique !

— Quoi ? Mais qu’est-ce que tu racontes ?

— Je sais que la Guerre est abstraite à tes yeux, mais moi, elle m’a coûté mes parents, donc je n’ai vraiment pas besoin qu’une nouvelle scission se crée entre les nés-moldus et les Sang-purs.

— Mais je… Il y a déjà une fracture de toute façon, c’est juste que toi, tu ne peux pas la ressentir ! Et puis, ce n’était pas du tout mon intention, de désunir les sorciers, c’est juste que…

— Oui, bien sûr, je ne peux pas la ressentir, s’emporta Teddy en lui coupant la parole. Je ne peux rien comprendre, moi, je ne suis pas assez moldu pour toi. Eh bien écoute, tu peux retourner voir Cameron pour faire des blagues sur des balais Videla ou je ne sais quoi. Et surtout, pour continuer vos manigances sur votre syndicat débile. Moi, je vais aller voir mon pigeon voyageur, je suis sûr que lui, au moins, il me parlera plus que tu ne l’as fait ces derniers jours !

 

Le métamorphomage tourna les talons, ses cheveux devenus rouges sous le coup de la colère, et sortit de la Salle inter-maison, laissant la Gryffondor au bord des larmes, choquée et désemparée. Cette affiche lui avait permis de se réconcilier avec Elladora, mais elle lui faisait maintenant perdre Teddy. C’était à ne rien y comprendre. Emily avait été euphorique toute la journée et le retour à la réalité était brutal.

End Notes:

J'avais tenté de faire un visuel de ce parchemin, histoire d'illustrer un peu la chose, mais je ne suis définitivement pas très douée dans tout ce qui est graphisme donc je ne vais pas partager avec vous cette horreur !

A jeudi ❤

Une entrevue électrique by MadameGuipure
Author's Notes:

Merci pour votre lecture et merci à chape, fidèle au poste pour me laisser un petit mot qui me touche beaucoup ❤

Noël approchait et la traditionnelle chasse aux cadeaux était lancée. C’était toujours un casse-tête pour Emily. Qu’est-ce qu’on pouvait bien offrir à trois moldus ? Qui plus est quand on n’a accès qu’à des boutiques sorcières ! Un chaudron ? Une boule de cristal ? Un chapeau pointu ? Sa quête de présents était en plus complexifiée par le fait qu’elle connaissait finalement assez peu son beau-père et sa demi-sœur. Sa mère et Joe s’étaient rencontrés lors de sa première année à Poudlard et, un an plus tard, Ava était née. Puisqu’elle ne passait que quelques semaines par an avec eux, il était difficile de créer des liens familiaux.

 

C’était donc sans grande conviction que, le samedi précédent, elle s’était aventurée dans les rues de Pré-au-Lard. Alors que ses amis avaient des idées précises de ce qu’ils souhaitaient acheter, elle avait erré comme une âme en peine à la recherche d’un objet qui pourrait plaire ou être utile à des moldus, sans succès. Heureusement, elle avait trouvé les cadeaux destinés à ses amis, mais pour sa famille, comme chaque année, elle allait faire ses emplettes de Noël au dernier moment, lorsqu’elle serait rentrée à Londres. Au-delà de cette chasse au trésor sans espoir, si Emily était si morose dans sa déambulation du village sorcier, c’était parce que c’était la première fois qu’elle y passait l’après-midi sans Teddy. Ils ne se donnaient jamais délibérément rendez-vous, mais le hasard les faisait toujours se croiser et ils terminaient habituellement la journée par un verre au Trois Balais, parfois accompagnés par Elladora. La jeune fille devait bien avouer que ce petit rituel lui avait manqué cette fois-ci. Le Poufsouffle était si bienveillant et accommodant qu’elle ne s’attendait pas à ce que cette dispute s’éternise. De surcroît, les reproches du métamorphomage lui semblaient si absurdes qu’elle était persuadée que cet épisode n’était qu’un coup de sang. Sérieusement, comment pouvait-il penser qu’elle cherchait à diviser les sorciers ? Elle s’enfonça encore davantage dans son lit, hésitant à fermer les rideaux pour pouvoir pleurer en paix. La vie en communauté était parfois étouffante. Impossible d’être tranquille dans sa chambre pour se laisser aller !

 

— Dis, tu peux pas sourire un peu ? l’exhorta Elladora. Entre toi qui rumine, et Lauren qui ne se remet pas de la défaite de Gryffondor face à Serpentard, l’ambiance est vraiment pesante dans ce dortoir.

— C’est juste que je ne comprends pas pourquoi il m’en veut autant, murmura Emily. Et puis, c’est bizarre sans lui. Il est toujours là pour me motiver à travailler, pour me faire rire en prenant des apparences étranges, pour me...

— Mais il va te pardonner, ton Teddy ! la coupa Elladora. Il est juste jaloux.

— Jaloux ? Il me reproche de créer une fracture entre les Sang-purs et les nés-moldus, et toi, tu interprètes ça comme de la jalousie ? Il a mis ça au même niveau que la mort de ses parents !

— Il cherchait juste un prétexte pour te reprocher tout le temps que tu passes avec Cameron sans avoir l’air trop possessif.

— N’importe quoi ! D’abord, c’est grâce à lui que Cameron est venu me parler la première fois. Tu ne retiens que des petits détails de tout ce qu’il m’a reproché. Le principal, c’est que…

— C’est que normalement, c’est à côté de lui que tu t’assois pour travailler, que c’est avec lui que tu rigoles bêtement, que c’est avec lui que tu passes le temps en te goinfrant aux cuisines. Sauf que maintenant, c’est aux blagues de Cameron que tu ris et c’est avec lui que tu manigances sur le S.A.M.S.U.N.G ! Moi, ce que j’ai retenu de ses remarques, c’est qu’il pense qu’il n’est pas assez moldu pour toi.

— T’as rien compris à ce qu’il a dit, soupira la petite brune tout en essayant désespérément de démêler ses cheveux sans tous les arracher.

— Je pense que j’ai bien mieux compris que toi. Au lieu de ressasser, tu ferais mieux de te préparer pour ton rendez-vous avec Flitwick. Je pense qu’il sera plutôt de votre côté, mais au cas où, tu devrais préparer tes arguments, histoire de ne pas te retrouver dans la même situation qu’avec Roberts.

 

La veille, le professeur Londubat était venu les voir, Cameron et elle, pour les prévenir que le directeur était prêt à les recevoir ce jeudi. On était aujourd’hui mercredi, l’entrevue était donc dans moins de vingt-quatre heures, et Emily paniquait un peu. Pour être honnête, elle paniquait totalement. Elle n’était pas faite pour changer le monde. Elle, ce qu’elle voulait, c’était bougonner dans son coin et tout critiquer. Construire un monde meilleur et plus juste, penser aux autres nés-moldus, c’était bon pour les Poufsouffle ça ! Oui voilà, demain, elle allait retrouver Cameron pour lui dire qu’elle le laissait gérer seul le projet, qu’il se débrouillerait bien mieux sans elle. En plus, ça lui permettrait de se réconcilier avec Teddy puisqu’il ne pourrait plus l’accuser de chercher à diviser les sorciers. C’était un plan parfait.

 

La journée du lendemain fut une torture pour la jeune fille. Le temps passait à la fois trop vite et trop lentement. Elle était sûre d’avoir gagné une bonne vingtaine de cheveux blanc à cause du stress. En piètre Gryffondor qu’elle était, elle n’avait pas trouvé le courage de dire à Cameron qu’elle voulait abandonner le S.A.M.S.U.N.G. C’était à se demander pourquoi elle avait été répartie dans cette maison. Les plus hardis et les plus forts, mais bien sûr. Mis à part pour sa tendance à parler ou agir avant de réfléchir, elle ne voyait pas quel trait de caractère de la maison au lion elle pouvait bien posséder. A force de tergiversations, elle avait laissé les heures filer sans parler au Poufsouffle et il était à présent temps de se diriger vers le bureau du directeur.

 

Elle suivit Cameron à reculons. Le trajet en direction du deuxième étage lui donnait le sentiment d’avancer vers l'échafaud, avec la gargouille devant laquelle ils s’arrêtèrent comme bourreau. Non, sérieusement, cette statue avait des ailes, des griffes et une corne. Qui pouvait avoir eu envie d’utiliser un truc aussi laid comme porte ? La voix du professeur Londubat prononçant le mot de passe – sirop de cerise – la fit sursauter. Obnubilée par la créature de pierre, Emily n’avait même pas remarqué qu’il les avait rejoints. La gargouille s’écarta pour révéler des escaliers en colimaçon qui s’élevaient en tournant sur eux-mêmes. Ah ouais, ça a quand même plus de gueule que les escalators du métro ! songea la Gryffondor, impressionnée.

 

Ils débouchèrent dans une vaste pièce circulaire et envahie de livres. L’observer occupa l’esprit de la jeune fille et lui permit de se détendre. Elle s’amusa à essayer de déchiffrer les couvertures des nombreux grimoires entassés ci et là, mais beaucoup d’entre eux avaient des espèces de hiéroglyphes énigmatiques en guise de titre. Les murs étaient tapissés de portraits. Certains étaient immenses, comme celui d’un vieux monsieur barbu aux lunettes en demi-lune dont la tête disait vaguement quelque chose à Emily. D’autres étaient minuscules, à l’image de celui d’un homme au long nez crochu et aux cheveux noirs et luisants.

 

— Miss Quibble, Mister McKay, je vous en prie, asseyez-vous, gazouilla le professeur Flitwick de sa petite voix aiguë. 

 

Interrompue dans sa découverte du bureau du directeur, la petite brune prit place dans un fauteuil moelleux aux côtés de Cameron, son stress remontant de plus belle. Flitwick, quant à lui, grimpa sur un siège qui tenait plus de l’escabeau que de la chaise. Londubat, resté debout, s'adossa contre le mur à la droite du bureau. Les deux enseignants avaient l’air graves et sérieux et la jeune fille s’en inquiéta. Est-ce qu’ils allaient les punir ? Ou pire, les renvoyer ? Quelle était la sanction pour non-respect du couvre-feu ? Elle respira un grand coup. Ils n’avaient aucune raison de se douter que les deux élèves avaient accroché ces affiches durant la nuit, si ? Et puis, aucun article du règlement ne les interdisait de coller des affiches au mur. Tu n’as jamais lu le règlement en entier, lui souffla perfidement une petite voix dans sa tête. Pour calmer ses nerfs et se donner une contenance, elle se mit à jouer avec son collier en attendant que le directeur annonce leur sanction.

 

— Le professeur Puff et le professeur Roberts, qui auraient dû être présents en tant que respectivement directrice de Poufsouffle et enseignant d’étude des moldus, n’ont pas pu se libérer, continua Flitwick. Je vous ai convoqués pour parler de ce que vous avez appelé le… le S.A.M.S.U.N.G.

— Si je peux me permettre, Monsieur le directeur, l’interrompit le professeur de botanique, avant d’évoquer les éventuelles prochaines étapes, j’aimerais vous féliciter pour cette initiative. Compte tenu du nombre de signatures que vous avez récoltées, nous nous devons de reconnaître que vous avez soulevé un problème dont nous n’avions même pas conscience.

— Oui, vous avez raison Neville, admit le directeur. Cependant, je dois souligner le fait que la formulation de votre affiche était quelque peu contestable. J’imagine que la fougue de la jeunesse vous a un peu emportés, mais il n’est pas de bon ton aujourd’hui de rappeler à tout bout de champ le statut de sang.

 

Emily se recroquevilla sur son siège. Ce reproche lui rappelait ce que lui avait dit Teddy. Le professeur Londubat fit quelques pas, pour se rapprocher d’elle, comme pour la rassurer. La catastrophe fut évitée de peu lorsqu’il frôla une pile instable de livres sur son passage.

 

— Mais passons, enchaîna le professeur Flitwick, l’air tout de même agacé. J’ai bien compris que téléphoner à vos proches vous tient à cœur. Cependant, il est malheureusement impossible de faire fonctionner des appareils électroniques au sein de Poudlard...

— Vous n’allez rien faire alors ? demanda impulsivement la cinquième année.

 

Cameron la fusilla du regard et elle regretta immédiatement son intervention. Encore cette fichue tendance à parler sans réfléchir !

 

— Miss Quibble, savez-vous comment fonctionne la magie ? l’interrogea le directeur sans sembler lui tenir rigueur pour son interruption.

— Euh… Eh bien, c’est… Magique ? bafouilla Emily.

— Oui, bien sûr c’est effectivement magique. J’ai longtemps étudié la question, en me basant sur de nombreux ouvrages moldus. La magie découle de ce que les scientifiques appellent le spectre électromagnétique. La magie convertit l’énergie en matière en créant un grand courant d’énergie électromagnétique qui irradie tout le spectre. Dans des lieux comme Poudlard, le Ministère de la Magie ou encore le Chemin de Traverse, la magie est si omniprésente qu’une énorme quantité d’électricité statique se crée. Dans ces conditions, n’importe quel appareil électronique moldu serait susceptible de brûler ou d’exploser. En plus d’être inutilisables, ils pourraient même devenir dangereux.

 

La Gryffondor n’avait absolument rien pigé à ce que le directeur venait de raconter. L’électricité statique, ce n’était pas le truc qui rendait les cheveux incoiffables ? Quel était le rapport avec la magie ? A côté d’elle, Cameron dodelinait de la tête. Apparemment, lui, il n’avait pas eu de souci pour décoder le charabia qu’ils venaient d’entendre. Mais qu’elle ait compris ou pas, le résultat restait apparemment le même : il était impossible d’utiliser un téléphone portable dans le château.

 

— Et il n’y a aucun sort qui pourrait remédier à ça ? demanda tout de même la jeune fille, pleine d’espoir.

— Peut-être qu’un jour cela sera faisable, admit le directeur. Il est possible qu’à l’heure où nous parlons, des Langues-de-plomb du Département des mystères étudient la question. Mais pour le moment, nous ne pouvons rien y faire.

— Alors c’est tout ? On déclare forfait ? Sans même essayer ?

 

Emily était outrée. A peine cinq minutes auparavant, elle était prête à abandonner le S.A.M.S.U.N.G, mais elle était maintenant scandalisée que personne ne se donne la peine de les aider. Et Cameron qui continuait à hocher la tête sans rien dire... Elle allait l'étrangler ! C’était son idée à lui aussi, et pourtant il donnait l’impression d’abdiquer, et avec le sourire en plus ! L’envie de tuer également Flitwick la démangeait. Il l’observait sans un mot tout en balançant ses jambes. La Gryffondor fut un instant déconcentrée par une question existentielle. Comment faisait-il pour descendre de sa chaise-escabeau ? Il sautait ? Elle réussit à contenir le fou-rire nerveux qui montait en elle et recentra son attention sur la discussion en cours.

 

— Miss Quibble, intervint le professeur Londubat. Le directeur vous a effectivement dit qu’il était impossible de téléphoner dans l’enceinte de Poudlard, mais il n’a rien dit en ce qui concerne l’extérieur de l’école.

— En effet, continua Flitwick d’un air malicieux. Je pense que nous pourrions envisager l’édification d’un bâtiment non loin de Poudlard, mais tout de même dans le monde moldu, permettant d’utiliser les téléphones. Cela demandera beaucoup de travail et il sera difficile de convaincre le Ministère et le conseil d’administration, mais j’estime que cela en vaut le coût. 

— Et nous ne comptons pas abattre tout ce travail seuls. Puisque c’est votre idée, nous pensons qu’il est important que vous soyez inclus. Cela sera de plus très formateur.

— Tout à fait. Et il va falloir commencer par officialiser votre club, ou association, conclut le directeur en sortant une épaisse liasse de parchemins d’un de ses tiroirs.

 

Entre les devoirs moldus, les révisions sorcières et l’énorme tas de paperasses dont la complétude était apparemment du ressort des deux cinquième année, les vacances n’allaient pas être de tout repos.

End Notes:

A jeudi !

Et Noyeux Joël ! by MadameGuipure
Author's Notes:

Merci à tous pour vos lectures des chapitres précédents, et un gros merci à chape pour sa review !

D’une main, Emily balança son sac de voyage dans le filet à bagages avec soulagement. Il n’était pas bien encombrant, mais il pesait son poids. Elle n’avait pris avec elle que ses manuels scolaires et divers parchemins. Les robes de sorcier ou son chaudron en étain ne lui seraient d’aucune utilité et l’essentiel de ses vêtements moldus l’attendait dans l’armoire de sa chambre. Dans le panier d’osier qu’elle portait dans l’autre main, Toulouse cracha pour signifier son mécontentement. Apparemment, sa majesté des chats n’appréciait pas les remous du voyage.

 

Sur la banquette face à elle, Elladora lissait avec soin sa magnifique robe bleue nuit. Comme à chaque retour chez elle, elle avait mis des heures à se préparer, changeant de tenue trois fois et martyrisant ses cheveux pour obtenir un chignon impeccable. Ses parents n’attendaient d’elle rien de moins que la perfection. Elle se devait d’être digne de son nom et de son éducation. La née-moldue n’avait jamais discuté plus de cinq minutes avec Mr et Mrs Fawley, mais elle les exécrait par principe. La préfète devenait froide et hautaine quand elle était avec eux, bien loin de son attitude si enjouée et généreuse à Poudlard.

 

Emily soupira. Elle était mal placée pour juger le comportement changeant de son amie. Elle-même n’était plus la même en présence de sa mère, et dès qu’elle mettait le pied dans le Poudlard Express en direction de Londres, elle s’efforçait de se remettre dans la peau de son personnage de parfaite petite moldue. Le trajet allait être long. Elles n’étaient que toutes les deux dans le compartiment, et chacune était bien trop concentrée sur le rôle qu’elles allaient devoir tenir à l’arrivée pour être de bonne compagnie.

 

— J’ai faim, se lamenta la petite brune.

 

Franchement, à quoi pensaient les adultes en enfermant des adolescents en pleine croissance, sans nourriture digne de ce nom, pendant sept heures ? Les seules victuailles qui leur étaient proposées se résumaient à des friandises et du jus de citrouille glacé. Du jus de citrouille glacé ! Ce breuvage était encore plus infâme que le jus de citrouille ordinaire. Autant, à l’aller, Emily prenait ses précautions en prenant assez de sandwichs pour tenir un siège, autant, au retour, son estomac criait famine.

 

Elladora ne se donna même pas la peine de répondre, trop occupée à se tordre les mains tout en tentant de bouger le moins possible afin de ne pas risquer de froisser sa robe.

 

La Gryffondor se décida à sortir de son sac le tas de parchemin que le directeur leur avait donné, à Cameron et elle, pour officialiser le S.A.M.S.U.N.G. Ils avaient été soulagés en découvrant qu’une grande partie des papiers n’était que de simples instructions, qui s’étaient toutefois avérées fastidieuses à déchiffrer. Les deux cinquième année s’étaient alors réparti le reste des documents, essentiellement des formulaires. Entre la rédaction des statuts et les réponses à des questions incongrues – votre association comptera-t-elle des farfadets parmi ses membres ? –, ils avaient tout de même du pain sur la planche. Le point le plus délicat qu’ils allaient devoir aborder concernait les relations de l’association avec les moldus puisque plusieurs questions portaient sur la façon dont son existence allait être dissimulée. Dans l’absolu, les moldus qui n’étaient pas dans le Secret n’avaient aucune raison d’entendre parler du S.A.M.S.U.N.G. Pourtant, ils étaient indirectement à l’origine de la création même de l’association. 

 

Le paysage qu’elle pouvait observer à travers la fenêtre s’urbanisa progressivement. Ils approchaient de Londres. Emily et Elladora rassemblèrent leurs affaires et rejoignirent la cohue qui s’était formée dans le couloir. Après un rapide hochement de tête et un sourire tendu, la préfète se dirigea vers ses parents qui l’attendaient sur le quai, raides comme des manches à balais. La née-moldue croisa le regard de Teddy, qui détourna rapidement les yeux et partit en direction de sa grand-mère.

 

En soupirant, Emily traversa la barrière qui séparait la voie 9 3/4 du reste de la gare. Comme à son habitude, sa mère l’attendait à la sortie de King’s Cross, près de la voiture.

 

— Ma choupette ! Je suis tellement contente de te voir, s’exclama Lisbeth en la serrant dans ses bras

— Salut Maman, chuchota Emily, un peu gênée de ces effusions en public.

— Tu as grandi, non ? Et il faudrait qu’on te rachète des soutiens-gorges je pense, tu as l’air un peu serrée dedans, tu as du prendre des…

— Maman !

 

Rouge de honte, la Gryffondor s’engouffra dans la voiture. Elle n’avait pas pris un seul centimètre, ou tout du moins pas suffisamment à son goût. Elle se ridiculisait toujours quand elle voulait saisir un livre sur une étagère haute lors des rares fois où elle mettait les pieds à la bibliothèque, Madame Pince interdisant les sortilèges d’Attraction dans son antre. Et ses sous-vêtements étaient parfaitement à sa taille, merci bien !

 

La route n’était pas bien longue, et elles se garèrent rapidement devant une maison typique de la banlieue londonienne. Tous les pavillons se ressemblaient, la rue formant une longue file de bâtiments mitoyens, en briques brunâtres tirant vers le rouge. Emily ne réussissait pas à considérer cette maison comme son foyer et elle pensait souvent avec nostalgie au petit deux-pièces en plein cœur de Londres, dans lequel elle avait grandi. Il y faisait souvent froid et les fuites y étaient fréquentes, mais c’était leur petit cocon.

 

— La choupette, l’accueillit Joe. Ils ne vous donnent toujours pas de soupe dans ton école à ce que je vois. Tu ne peux pas te lancer un petit abracadabra pour grandir un peu ?

 

Il s’esclaffa d’un rire gras. Son beau-père n’était pas très raffiné, ni très subtil, mais il était d’une gentillesse à toute épreuve. Il l’avait accueillie à bras ouverts et n’avait pas sourcillé en apprenant qu’elle était une sorcière. Et surtout, il rendait sa mère heureuse. Il l’avait délivrée de sa solitude et, grâce à lui, Lisbeth ne passait plus son temps à chercher des petits boulots alimentaires et à compter combien de livres il lui restait pour finir le mois. 

 

La jeune fille rejoignit le salon, dans lequel se propageait une douce odeur de gâteau au chocolat en train de cuire, et s’approcha d’Ava, sa petite sœur, qui empilait des legos dans un coin. Elle colla un bisou sur sa joue pleine de bave. Ou de morve. Emily ne préférait pas savoir.

 

Alors que la jeune Gryffondor montait ses affaires dans sa chambre et filait sous la douche pour se débarrasser de la crasse du voyage, Joe donnait à manger à Ava et sa mère s’activait en cuisine. La petite, fatiguée, chouinait et son père s’empressa de la mettre au lit. Ce fut donc à trois qu’ils dînèrent.

 

— L’autre jour, raconta Lisbeth, alors qu’Ann et George étaient venus prendre le thé à la maison, Daffy Duck a débarqué dans le salon. Heureusement, il est intelligent ce hibou et il est aussitôt reparti par la fenêtre ouverte quand il a vu que nous n’étions pas seuls. Je pense que j’ai réussi à les convaincre que c’était juste un énorme pigeon qui était rentré par erreur.

— Tu devrais faire plus attention, Maman. Si le Ministère apprenait ça… Déjà que je ne suis pas sûre qu’un moldu ait le droit d’avoir un hibou…

— En même temps, si vous aviez des moyens de communication un peu plus pratiques et discrets, ça ne serait pas arrivé ! D’ailleurs, tu ne m’as pas dit que tu voulais les convertir au téléphone portable ou quelque chose comme ça ? T’en es où ?

— Je ne veux pas les convertir au portable, juste rendre possible leur utilisation à Poudlard. C’est difficile pour tous ceux qui ont de la famille moldue de se contenter de lettres, ou de ne pas pouvoir prendre de nouvelles du tout de leurs connaissances qui ne savent pas qu’ils sont des sorciers. Le projet avance un peu, mais ça va être compliqué. On ne peut vraiment pas téléphoner à l’école, la magie perturbe les ondes si j’ai bien compris. Du coup, si on réussit à faire bouger les choses, il faudra aller à l’extérieur pour pouvoir passer un appel ou recevoir ses SMS. On ne pourra pas vraiment utiliser notre portable quand l’envie nous prend. On a appelé l’asso S.A.M.S.U.N.G.

— Samsung ? se gaussa son beau-père. Bien joué la choupette !

 

Ils échangèrent un regard complice.

 

— C’est bien, c’est bien, répondit sa mère, pas vraiment captivée. Enfin, il ne faut pas que ça te prenne trop de temps. Tu as de gros examens à la fin de l’année, non ?

— Tes bouses, ricana Joe.

— Mes BUSE, oui. En fait, ce qui est le plus compliqué c’est de gérer les devoirs moldus en plus de ceux donnés par les profs de Poudlard… Ça devient vraiment difficile pour moi de suivre. Je pense que c’était un peu ambitieux de vouloir continuer le cursus moldu.

— Oh... J’imagine bien que ça doit te demander beaucoup de travail, mais… Je pense que c’est bien que tu t’accroches. On en rediscutera cet été si tu veux, mais si un jour tu veux faire un métier norm… Un métier moldu, se reprit Lisbeth, ça pourrait t’être utile.

 

Un métier normal. Sa mère n’intégrerait sans doute jamais le fait que la notion de normalité d’Emily avait été bouleversée le jour où, l’été de ses onze ans, le professeur Flitwick avait débarqué dans leur appartement. Désabusée, la jeune fille quitta la table pour rejoindre sa chambre. La pièce était totalement impersonnelle. Si on occultait l’armoire remplie de vêtements et les étagères pleines de livres, essentiellement des romans pour enfant qu’elle avait lus avant de partir à Poudlard, on aurait pu se croire dans une chambre d’amis.

 

Elle passa la semaine à bûcher sur ses dissertations et à rattraper son retard dans ses devoirs moldus. Elle avança également dans la rédaction de sa partie du dossier pour l’officialisation du S.A.M.S.U.N.G. Avec Cameron, ils s’étaient promis de finir leurs parchemins avant Noël pour pouvoir se les envoyer mutuellement et que chacun puisse relire, et si besoin corriger, le travail de l’autre. Sa mère lui demanda également régulièrement de l’aide pour le ménage, la cuisine ou pour surveiller Ava. Dans ces moments-là, la magie manquait encore plus cruellement à Emily. En un coup de baguette, la maison aurait sans doute pu être récurée du sol au plafond ! Il fallait aussi avouer qu’elle avait perdu l’habitude d’avoir des corvées à faire. A Poudlard, à part ramasser tous les trente-six du mois les vêtements sales qui trainaient par terre, les élèves n’avaient pas grand-chose à faire.

 

La jeune fille s’accorda tout de même une journée de répit pour partir à la chasse aux cadeaux. Elle dénicha rapidement quelques objets qui pourraient faire office de présents – un livre policier pour Joe, un bracelet en argent pour sa mère et un jouet en plastique, aux couleurs criardes et aux bruitages infernaux, pour Ava – et profita avec plaisir de Londres pendant la fin de l’après-midi. Elle s’offrit même une séance de cinéma. Hésitant entre Le Hobbit : la Désolation de Smaug et La Reine des Neiges, elle se décida pour le dessin animé. Elle en ressortit enchantée, comme retombée en enfance, en chantonnant Libérée Délivrée. 

 

Noël arriva rapidement. Ils le fêtèrent en petit comité, juste tous les quatre, ses grands-parents étant cette année chez sa tante en Irlande et les parents de Joe, fils unique, étant décédés depuis de nombreuses années. Dans ces conditions, le repas ne fut pas fastueux, mais les traditionnels Christmas Jumpers et crackers étaient de sortie. Ce fut le ventre bien plein – pourtant, le pudding avait à peine été entamé ! – et leurs couronnes en papier sur la tête qu’ils se réunirent autour du poêle pour ouvrir les cadeaux. Ava, qui quelques secondes auparavant dormait, le coude dans son assiette, trottinait autour de la table en répétant sans cesse que le Père Noël était passé.

 

— Nous voulions profiter de cette occasion pour vous annoncer une belle nouvelle, annonça Lisbeth en se raclant la gorge. Nous avons décidé de nous marier cet été !

 

Ava se mit à applaudir et Emily se demanda si elle comprenait ce qu’était un mariage. La jeune fille les félicita, tout en se posant de nombreuses questions, notamment si sa mère allait abandonner son nom de jeune fille. Deviendrait-elle alors la seule Quibble de la famille ? Elle avait déjà fait fuir son père qui, lâche, s’était évanoui dans la nature à l’annonce de la grossesse de Lisbeth. Elle avait désormais l’impression que sa mère voulait elle aussi s’éloigner le plus possible d’elle, se détachant au fur et à mesure de tout ce qui les rassemblait : leur vie en ville, leur appartement, et bientôt, leur nom de famille commun.

 

— Allez, il est temps de déballer les cadeaux, s’exclama Joe. Tiens Emily, c’est de notre part. Et Noyeux Joël, hein !

 

En déchirant le papier cadeau recouvert d’étoiles dorées, la Gryffondor découvrit un iPod flambant neuf.

 

— Tu dis souvent que la musique te manque à l’école. Comme ça, tu pourras écouter tout ce que tu veux, quand tu le veux, expliqua sa mère.

— C’est gentil, merci.

 

Emily n’eut pas le cœur de leur rappeler, encore une fois, qu’aucun objet électronique moldu ne pouvait fonctionner à Poudlard.

End Notes:

J'espère que ce chapitre chez les moldus vous a plu !

Je commence à être un peu en panique parce que je n'ai plus que deux chapitres d'avance, alors que j'en avais dix quand j'ai commencé à publier... Donc oui, si vous avez fait le calcul, je n'ai pas avancé d'un poil depuis un bon bout de temps ! Je vais essayer au maximum de me bouger le popotin !

Molle du quoi ? by MadameGuipure
Author's Notes:

Comme toujours, merci pour votre lecture, et un gros gros gros merci à Amnesie et chape pour leur review ❤

— Qu’est-ce que c’est que cet objet de torture ?

 

Emily leva la tête vers Elladora qui tenait du bout des doigts son rasoir jetable.

 

— Bah, un rasoir.

— Tu veux dire que c’est avec ça que tu t’épiles ? demanda la préfète.

— Oui, répondit la née-moldue 

 

Elle se demanda un instant si son amie se moquait d’elle, à poser des questions rhétoriques.

 

— T’as jamais entendu parler des Onguents d’épilation ?

— Euh, non, marmonna Emily, perplexe.

— Faut vraiment que tu te mettes à Sorcière Hebdo ! Si tu te renseignais un peu, tu te simplifierais la vie, au lieu d’utiliser des bidules moldus dangereux !

— Il faudrait que je lise ce torchon pour apprendre des choses qui sont apparemment évidentes pour les sorciers ? C’est comme l’autre jour, quand tu m’as dit qu’il fallait faire un geste de baguette précis pour appeler le Magicobus, et un autre pour appeler les Médicomages. C’est honteux qu’on n’apprenne pas ça à Poudlard ! C’est peut-être intuitif pour vous, puisque vous avez vu vos parents le faire, mais on fait comment nous, les nés-moldus, si un jour on a besoin d’aller à Ste Mangouste ?

— Manitou suprême Emily à la rescousse ! Toujours là pour faire valoir les droits des opprimés, s'esclaffa Elladora.

— C’est ça, moque-toi de moi. Non, mais on devrait… Je sais pas… Il devrait y avoir un cours de science sociale de la société sorcière, ou quelque chose comme ça, histoire de mettre tout le monde au même niveau. Je suis sûre que même les Sang-purs ne savent pas tout !

— Une chose à la fois, grand Manitou. Occupe-toi de ton téléphone avant de révolutionner le monde de la magie dans son intégralité !

 

La née-moldue tenta de faire déguerpir Toulouse qui s’était confortablement endormi sur son sac de cours et ne semblait pas disposé à bouger. Quand elle parvint à récupérer son bien, récoltant des miaulements indignés, il était recouvert de longs poils roux.

 

— C’est bon, t’es prête ? demanda son amie.

 

La petite brune secoua sa besace pour essayer, sans succès, d’en enlever la fourrure qui la recouvrait et quitta le dortoir à la suite de la préfète. Elles prirent leur temps pour déguster leur petit-déjeuner, leur premier cours de la journée, métamorphose, ne commençant qu’à dix heures. La jeune fille avait décidé de se faire discrète et se garda bien de faire des réflexions sur les exercices animaliers que leur imposait le professeur Warp. Les cours n’avaient repris que depuis deux jours, mais déjà, les vacances semblaient bien loin. Suite au cadeau à côté de la plaque de sa mère et Joe, Emily s’était encore un peu plus repliée sur elle-même, prétextant une montagne de devoirs à abattre – ce qui, au fond, n’était pas un si gros mensonge que ça. Elle avait juste fait un effort le soir de la Saint-Sylvestre pour passer la soirée en famille. Son beau-père et ses blagues douteuses avaient même réussi à lui tirer quelques sourires. 

 

Après un rapide déjeuner, les Gryffondor et les Serpentard se dirigèrent vers les cachots. Emily appréciait cette matière. Elle avait dû se faire violence au début pour manipuler les yeux de poissons fumeurs, queues de rats et autres cervelles de crapauds. Mais une fois cette répugnance passée, quand elle était au-dessus de son chaudron, elle se sentait à mi-chemin entre la chimiste folle et la cuisinière du dimanche. Cependant, les vapeurs qui s’échappaient des mixtures qu’elle concoctait sentaient généralement bien moins bons que les petits plats de sa Maman. On pouvait même dire qu’elles empestaient.

 

Le professeur Stirrer les accueillit avec son habituelle bienveillance. Il était minutieux et maniaque, mais affable et paternel.

 

— Mes enfants, nous allons aujourd’hui retravailler sur la potion d’Aiguise-Méninges qui vous avait posé quelques soucis l’année dernière. Ce sujet tombe régulièrement aux BUSE, vous vous devez donc de le maîtriser. Je sais que vous avez tous les capacités pour décrocher de bonnes notes à cet examen, il faut juste que vous vous en donniez les moyens.

 

La jeune fille était à la même table qu’Elmore Gibbon, Stirrer imposant des duos mixtes Gryffondor-Serpentard. Elle s’attaqua à la coupe des racines de gingembre pendant que son binôme pilait les scarabées.

 

— C’est toi qui es à l’origine de cette association qui veut donner accès aux téléphones ? demanda Elmore, perturbant le silence apaisant qui régnait habituellement entre eux.

 

Ils n’échangeaient jamais beaucoup de mots, mais ils travaillaient harmonieusement, chacun vaquant à ses tâches. Elle le dévisagea, étonnée qu’il prenne la parole. Il n’avait pas quitté du regard son mortier et son visage était dissimulé derrière ses soyeuses boucles brunes.

 

— Oui, répondit Emily. Je ne sais pas trop ce qui m’a pris. J’ai eu besoin de faire bouger les lignes établies.

— C’est une bonne idée.

— Tu trouves ? Pourquoi ça t’intéresse ?

— Ma mère est née-moldue, rétorqua-t-il. J’ai signé la pétition.

 

Il se leva et se dirigea vers l’armoire, sans doute pour récupérer la bile de tatou qui leur manquait, mettant ainsi un terme à leur courte conversation. La Gryffondor avait toujours pensé qu’il était Sang-pur. Il dégageait une telle prestance et une telle assurance qu’elle l’imaginait avoir grandi dans un immense manoir, éduqué d’une main de maître par des parents altiers et guindés. De surcroît, elle ne l'avait jamais entendu évoquer quoi que ce soit en rapport avec le monde moldu. Mais surtout, d’après les ragots d’Elladora, son oncle était connu pour être un Mangemort, mort lors de l’attaque de Poudlard qui avait coûté la vie à Albus Dumbledore. Sachant cela, elle n’avait jamais cherché à faire plus ample connaissance et s’était juste félicitée qu’ils réussissent à collaborer sans accroc. Ses amis lui avaient raconté qu’avant la Guerre, il n’était pas rare que les nés-moldus se fassent insulter ou dévaloriser au sein même de l’école. La jeune fille avait un moment redouté qu’Elmore la méprise, de par son statut. Elle n’aurait pas eu la force de supporter une scolarité truffée d’injures. Elle endigua le flot de scénarios cauchemardesques qui s’offraient à elle et se reconcentra sur son chaudron tout en jetant des coups d'œil réguliers à son binôme.

 

Toute à ses spéculations sur le Serpentard, elle quitta les cachots à la fin du cours sans même attendre ses camarades de Gryffondor. Après réflexion, elle choisit de se diriger vers la bibliothèque, lieu où elle mettait rarement les pieds, mais où les probabilités de croiser Teddy étaient faibles. Depuis quelque temps, le métamorphomage semblait être en pleine crise d’adolescence. Lui qui était toujours soigné et discret, se baladait maintenant dans le château avec un uniforme débraillé et les cheveux bleus turquoises. Lors de leurs cours communs, Emily avait pu constater qu’il bâclait ses devoirs et que ses notes étaient en chute libre.

 

Alors qu’elle approchait de l’antre de Madame Pince, elle discerna des gloussements aigus. Elle leva la tête et pâlit en apercevant Peeves.

 

— Tiens, tiens, tiens ! La molle-du cerveau qui aime les mous du ciboulot ! chantonna l’esprit frappeur. Tu l’as ? La molle-du ! La molle-du genou, la molle-du bedon, la molle-du trou du...

— Peeves… Ravie de te voir, soupira la jeune fille en l’interrompant.

— Tu ne mérites pas que je te consacre du temps, la molle-du. J’ai des choses plus intéressantes à faire que te ridiculiser, caqueta-t-il en montrant d’un geste du menton les énormes bombes à eau qu’il avait dans les bras.

 

Il s’éloigna dans un tintinnabulement provenant des clochettes de son chapeau.

 

— Finalement, je pense que tu peux peut-être devenir un souffre-douleur amusant, ricana Peeves en revenant vers elle.

 

Et il lui balança un de ses ballons remplis d’eau qui explosa violemment, créant une gerbe d’eau monumentale. Emily resta quelques instants figée, en plein milieu du couloir inondé. Elle jeta de discrets regards autour d’elle et fut soulagée de constater qu’elle était seule. Elle se sécha d’un coup de baguette et quitta rapidement les lieux du crime pour ne pas être accusée, à tort, du bazar qui y régnait. Une petite mare d’eau subsista tout de même au fond de ses chaussures, accompagnant ses pas d’un doux ploc-ploc.

 

Elle réussit enfin à atteindre la bibliothèque et s’installa à une table un peu à l’écart. Elle hésita un instant à enlever ses chaussures pour essorer ses chaussettes, mais craignit que la bibliothécaire ne la repère immédiatement grâce à son cinquième sens l’informant de chaque infraction risquant de dégrader ses chers livres. Elle rêvassa quelques minutes, observant les nombreux rayonnages qui surplombaient la pièce. L’odeur de vieux parchemins et de poussière lui chatouillaient les narines, lui donnant l’envie d’éternuer. Il y avait peu d’élèves à la bibliothèque. La plupart des étudiants, à l’exception notable des Serdaigle, la délaissaient au profit de la Salle inter-maison. La vieille Madame Pince devait être ravie que son domaine soit déserté. Moins de lecteurs signifiait moins d’occasion d’abîmer ses ouvrages bien-aimés. 

 

Elle rassembla sa motivation pour s’attaquer à son devoir d’étude des moldus. Elle avait à peine eu le temps de sortir ses parchemins que Cameron se dirigeait vers elle.

 

— Emily ! Comment ça va ? Pas trop dure la reprise ?

— Ça va, et toi ?

— Géniales ! T’as eu des nouvelles de Londubat ou Flitwick par rapport au dossier du S.A.M.S.U.N.G ?

 

A la fin des vacances, ils avaient envoyé par hibou la version finale des documents au directeur et au professeur de botanique.

 

— Non, et toi ? répondit la Gryffondor, décidément peu loquace.

— Non plus. J’espère que ça va le faire !

 

Un groupe bruyant fit son entrée et les deux cinquième année tournèrent la tête pour les dévisager, suspendant leur conversation. Emily repéra immédiatement Teddy, entouré de plusieurs élèves de leur promotion. Elle était prête à mettre sa main à couper qu’il l’avait vue aussi et qu’il riait beaucoup plus fort que d’habitude juste pour l’exaspérer. Elle le suivit du regard, l’observant s’installer à côté d’une jolie Serdaigle à qui il décocha un sourire charmeur. La Gryffondor n’arrivait pas à détacher ses yeux de ce spectacle.

 

— Dis-moi, Cameron…, commença-t-elle, hésitante. Teddy te parle encore à toi ?

— Oui, il n’a pas trop le choix. On est dans le même dortoir et on a quasiment tous nos cours ensemble, mais bon, c’est plus pareil.

— Et… Il t’a parlé de moi ?

— Pas trop. J’ai essayé d’aborder le sujet, mais il m’a bien fait comprendre que si je continuais à prononcer ton nom, il arrêterait de m’adresser la parole.

— Ah, d’accord…, murmura la jeune fille, abattue.

 

Elle se plongea dans ses devoirs pour éviter de trop penser à son ancien ami. Elle dut se faire violence pour ne pas lever la tête toutes les cinq minutes pour l’espionner. Compréhensif, Cameron respecta son silence et se mit également au travail. Étonnamment, elle ne vit pas le temps passer et fut surprise lorsque Madame Pince indiqua que la bibliothèque allait fermer ses portes dans quinze minutes. Le dîner devait avoir commencé depuis longtemps ! Un coup d'œil rapide permit à Emily de constater que Teddy et ses amis avaient déjà disparu.

 

Le Poufsouffle et elle rangèrent précipitamment leurs affaires. Alors qu’ils passaient la porte d’un pas rapide pour se diriger vers la Grande Salle, quelqu’un les héla.

 

— Miss Quibble ! Mister McKay ! Je vous cherchais justement

 

Ils se retournèrent pour découvrir le professeur Londubat qui s’approchait d’eux à grandes enjambées. Ses chaussures, couvertes de brins d’herbe, laissaient des traces de boue sur les dalles de pierre du couloir. Nul doute que le concierge allait mettre ces salissures sur le dos d’un pauvre étudiant innocent.

 

— Je voulais vous prévenir que votre dossier est en train d’être étudié par le conseil d’administration de l’école, reprit l’enseignant. Il a également été transmis au Comité des inventions d’excuses à l’usage des Moldus, faute d’un département plus approprié.

— Et combien de temps ça va prendre ? s’enquit Emily.

— Une assemblée du conseil d’administration est d’ores et déjà prévue dans dix jours. Votre présence n’a pas encore été officiellement entérinée, mais il ne fait aucun doute pour moi que vous serez conviés.

— Nous allons devoir parler ? s’inquiéta Cameron.

— Je pense que oui, vous serez sûrement sollicités.

— Et qui allons-nous devoir convaincre ? se renseigna la Gryffondor.

— Le conseil d’administration a été largement réformé ces dernières années. Beaucoup d’anciens membres étaient… Comment dire…, hésita Londubat. Avaient eu des attitudes controversées pendant la Guerre. Je suis d’avis que le nouveau conseil est beaucoup plus ouvert et progressiste. A mon avis, cette réunion n’est qu’une formalité. Le gros morceau sera le Ministère de la Magie !

 

Les choses commençaient à bouger et Emily était impatiente d’être à dans dix jours.

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