Bourlingueur by CacheCoeur
Ancienne histoire coup de coeurSummary:

 

Dessin réalisé par Nesache 

Bourlingueur [buʁ.lɛ̃.ɡœʁ] (nom masculin, familier) : Personne qui bourlingue, (celui) qui voyage beaucoup, qui aime la vie aventureuse.

Synonymes : aventurier, globe-trotteur.

Exemple : Louis Weasley est un bourlingueur.

[Suite de "Fabriquer des premières fois" et recueil de nouvelles sur les aventures de Louis Weasley à travers le monde]

 


Categories: "19 ans plus tard", Après Poudlard Characters: Louis Weasley, Personnage original (OC)
Genres: Amitié, Aventure/Action
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: De meilleurs lendemains ...
Chapters: 17 Completed: Non Word count: 57208 Read: 3637 Published: 27/03/2021 Updated: 10/05/2022
Story Notes:

Coucou par ici !

 

Bienvenue sur cette nouvelle fanfiction ! Elle est la suite directe de "Fabriquer des premières fois" et raconte donc ce qui se passe dans la vie de Louis Weasley après le tout dernier chapitre ! J'espère que ce recueil de nouvelles, les aventures de Louis et de toutes ses créatures magiques préférées vous plairont !

Si tu n'as pas lu "Fabriquer des premières fois" ce n'est pas grave :

Louis est un apprenti magizoologiste. Il adore les dragons. Il est gentil, très téméraire, un peu borné et très chill. Au début de ce recueil, sa petite-amie française, Allénore (non non y'a pas de fautes d'orthographe, c'est bien comme ça que ça s'écrit) a disparu, et disons-le clairement : il a le méga seum et est un peu en colère, parce qu'il en était très amoureux.

Vous retrouverez ici, une chronologie, pour mieux vous repérer. 

Je publierai deux fois par semaine, le mercredi et le samedi :)

 

Bonne lecture ❤

 

SOMMAIRE

 

Le temple du dragon foudre : Louis Weasley se remet doucement de la disparition d'Allénore Rameaux. Parti explorer la Papouasie avec son père, son oncle et Scorpius Malefoy, il s'apprête à faire l'une des plus grandes découvertes du monde sorcier. 

 

Additionner les addictions : A Malte, les psychards sont en danger ! Traqués par des trafiquants pour leurs pouvoirs, les psychards disparaissent des plages et sont plus menacés que jamais ! Derrière ce trafic illégal de créatures magiques se cache également des histoires de drogues, auxquelles Louis Weasley est bien déterminé à mettre un terme. 

 

Une gorgée ?  : Louis fête la fin de ses études après être officiellement devenu un magizoologiste. Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu... 

 

Le gouffre de Padirac : Louis s'échappe en France pour se reconstruire. Il y découvre un bel endroit, et un escargot peu commun !

1. Le temple du dragon foudre - Louis Weasley – Mémoire d’étude de magizoologie, extrait. by CacheCoeur

2. Le temple du dragon foudre - I by CacheCoeur

3. Le temple du dragon foudre - II by CacheCoeur

4. Le temple du dragon foudre - III by CacheCoeur

5. Le temple du dragon foudre - IV by CacheCoeur

6. Le temple du dragon foudre - V by CacheCoeur

7. Le temple du dragon foudre - Louis Weasley – Mémoire d’étude de magizoologie, extrait. by CacheCoeur

8. Les addictions by CacheCoeur

9. Les addictions - La boussole by CacheCoeur

10. Les addictions - La photographie by CacheCoeur

11. Les addictions - La gourde de wiskey pur feu by CacheCoeur

12. Les addictions - Les jumelles by CacheCoeur

13. Les addictions - L'origami by CacheCoeur

14. Une petite gorgée ? by CacheCoeur

15. Le gouffre de Padirac by CacheCoeur

16. Les malédictions des gargouilles de Notre-Dame by CacheCoeur

17. Les botrucs de Sherwood by CacheCoeur

Le temple du dragon foudre - Louis Weasley – Mémoire d’étude de magizoologie, extrait. by CacheCoeur

Novembre 2027

Louis Weasley – Mémoire d'étude de magizoologie, extrait.

« Il est de ces légendes que les adultes racontent avec une certaine étincelle dans les yeux. Il est de ces histoires, que les enfants n'oublient jamais, même une fois leurs âmes ternies par le monde et le savoir. Il est de ces mythes, qui deviennent éternels, de ces aventuriers qui ont l'audace de penser qu'ils sont une invitation au voyage.

Le dragon foudre a bel et bien existé. Pourtant, je suis de ces adultes qui ont raconté cette légende en observant son auditoire se réchauffer auprès d'un feu. J'ai été cet enfant, capable de réciter par cœur l'histoire de ce dragon bleu comme le ciel et mortel comme la foudre. Mais plus encore, j'ai été cet aventurier, qui a foncé tête baissée dans une expédition, sans se douter un seul instant qu'elle allait changer sa vie.

Qui aurait cru que de si grandes et imposantes créatures aient pu vivre dans un milieu qui ne leur a jamais été adapté ? Même après avoir exploré le temple du dragon foudre, je n'ose imaginer les ailes de ces géants, recouvrir toute la forêt, inexplorée, dense et interminable de Papouasie Nouvelle-Guinée. Un dragon aux ailes si gigantesques, que les hommes et les femmes s'abritaient en-dessous. Jusqu'à ce que la foudre punisse toute son espèce. Même après les avoir vu, à travers les souvenirs de ces hommes et de ces femmes qui ont protégés toute une espèce, je ne saurai ni les dessiner, ni les décrire. S'il existe des mots, ils n'ont pas encore été inventés. Ainsi, je ne pourrais décrire ce dragon…

La légende raconte que des dragons bleus étaient descendus des cieux pour protéger l'Homme de la forêt et de ses dangers, et qu'ils avaient trouvé un équilibre. On raconte qu'un jour, la tempête a puni cette entente, car la nature voulait faire des dragons et des Hommes des ennemis mortels. Mais ils l'avaient défiée. Alors, les nuages ont décidé de se révolter et de faire se déchirer le ciel. On raconte, que la foudre est à son tour descendue et a frappé les dragons. Depuis, le dragon foudre crache le tonnerre et les éclairs. On raconte enfin, que le ciel, en le dotant d'une partie de son pouvoir, l'a privé de le visiter pour le restant de ses jours.

Imaginez un dragon aux yeux bleu électrique et aux écailles indigo, qui crache de la foudre. Imaginez un thorax tout petit, des ailes de saphir qui éclipsent le soleil et des larmes qui coulent jusqu'à ses griffes acérées. Imaginez les Hommes, tout un peuple, les protégeant d'assaillants, découvrant les pouvoirs de ces dragons à la fois bénis et punis des cieux. Imaginez un temple magique, protégé, oublié par l'effet du temps et de la magie, dans lequel ces dragons ont été forcés de vivre, pour survivre. Imaginez ces gigantesques dragons devenir petits, au fil des années, jusqu'à tenir dans la paume d'une main. Imaginez-les étancher leurs larmes dans ce qui est devenu un bassin de souvenirs, dans lequel leurs protecteurs ont jeté leurs mémoires, pour que personne ne trouble leurs repos. Imaginez un roi perdre jusqu'à son royaume, sa grandeur, mais possédant toujours tout un peuple, le servant dignement.

Quand Scorpius Malfoy et moi avons pénétré à l'intérieur du Temple et découvert le premier témoignage tangible de l'existence du dragon foudre à travers une statue incrustée dans la pierre, en tant que magizoologiste et potentiel futur dragoonologue, je me suis dit qu'il y avait tant à apprendre. Mais plus tard, quand je les ai vu, observé de mes yeux, en tant qu'homme, je me suis incliné devant les minuscules lézards aux ailes toujours disproportionnément trop grandes pour eux, qu'ils sont devenus, couvant des œufs tout aussi petits. Je me suis prosterné, devant leur volonté de vivre.

Mon oncle Charlie me dit toujours qu'un dragon qui ne peut pas voler, est un dragon qui va mourir. Quand je lui ai dit qu'il avait tort, il a souri comme jamais je ne l'avais vu sourire.

Les légendes, les mythes, les histoires que l'on raconte, ne sont pas toujours faux. Celle du dragon foudre et de son temple, ne l'était pas. Alors, que peut-on penser des autres mythes ? Sans être persuadé qu'ils soient vrais, sont-ils pour autant vrais ? En tant que sorcier, comment ne pas essayer d'y croire ? Le Loch Ness, le Gévaudan, l'Akaname et toutes ces créatures imaginaires, le sont-elles vraiment ? Ne seraient-elles pas plus que des légendes ? Pourraient-elles être d'anciens témoignages de personnes, de sorciers, de moldus, ayant connus des créatures magiques désormais disparu ?

J'aime raconter ces histoires à ma nièce, auprès d'un feu. Mais désormais, j'en fais mon mémoire.

Certains secrets sont faits pour être découverts, et sans cela, jamais il ne leur sera rendu justice.

- Louis Weasley, extrait de son mémoire de fin de cycle en magizoologie, introduction, « Les créatures magiques mythiques : recherches et analyses », rédigé le 1 décembre 2027, présenté à l'Ordre des magizoologiste le 20 mars 2028.

 

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Le temple du dragon foudre - I by CacheCoeur

Quelques jours plus tôt


Partir en expédition, c'est ce que je préfère. Il n'y a rien de mieux que de laisser derrière soi tout ce qui ne va pas, de ces tracas quotidiens, de la fuite d'eau qui fait moisir les murs de son appartement jusqu'à des parents omniprésents qui s'inquiètent constamment. Sauf quand le père en question fait aussi, partie de ladite expédition. Évidemment, dans ces moments-ci, ça complique la donne. J'aurais dû écouter James… Avant de partir, il m'avait prévenu que cette histoire était un traquenard et il s'y connaît bien, en traquenard.

Je suis déjà allé en Papouasie Nouvelle Guinée. Il n'y a qu'ici, que l'on peut observer les snillusions. Mais je ne me suis jamais aventuré aussi profondément dans cette forêt sauvage.

J'ai entendu mon père évoquer « le Temple du dragon foudre ». Sauf qu'il ne s'agit que d'une légende… Je l'ai quand même suivi. De toute façon, il me reste des heures de mission à valider pour l'école de magizoologie, alors bon…

Les bruits de la jungle ont quelque chose d'apaisant. En haut des arbres, parmi les lianes, on devine les snillusions qui s'enroulent autour des troncs et nous observent avec intérêt. Ils se confondent avec d'autres serpents, tout aussi dangereux mais incapables de nous retourner le cerveau avec leur venin… La chaleur est étouffante, mais j'aime ça. Donc oui, partir en expédition, c'est ce que je préfère. C'est pour ça, que j'ai choisi de devenir magizoologiste. J'adore les créatures magiques et voyager : ma voie était toute tracée et je ne me suis jamais inquiété d'échouer dans ma matière. Je suis doué et je le sais.

– La crème solaire mon grand ! m'avertit mon père alors qu'il passe devant moi.

Je grogne. Il y a quand même un désavantage, à cet ordre de mission…. Un désavantage que j'adore et qui porte le doux nom de Bill Weasley. J'aime mon père. Tout le monde aime mon père, en fait. Vraiment, il est fantastique. Mais quand il fait son papa poule comme ça, j'ai juste envie de hurler et de lui dire que j'ai vingt-et-un ans. Scorpius Malefoy s'esclaffe discrètement derrière son épaule, les yeux moqueurs. Je m'éloigne rapidement, pour m'empêcher de lui coller mon poing au visage. Je ne suis pas du genre violent, mais lui, il m'énerve prodigieusement et Rose m'en voudrait trop. Par respect pour elle et le visage qu'elle aura à embrasser quand il rentrera de cette mission, je préfère m'abstenir. Je retourne dans la tente que je partage avec Charlie. Faramond dort paisiblement sur son lit et ronfle comme un bienheureux, alors que mon oncle termine de se préparer.

– Pourquoi est-ce que mon père a ramené cet abruti de Malefoy ? craché-je presque.

– Scorpius n'est pas un abruti. Ton père le considère comme l'un de ses meilleurs étudiants, me rappelle-t-il.

– Alors pourquoi est-ce qu'il ne lui somme pas de tartiner sa belle tronche toute blanche de crème solaire ?

– Parce qu'il n'est pas son fils, Louis.

Charlie rit franchement et attache ses cheveux à la va-vite. Si mamie Molly les voyait avec cette longueur, elle en ferait une syncope. Il enfile son sac à dos et me tend le mien. Je l'attrape en soupirant :

– Pourquoi est-ce qu'ils ont besoin de magizoologistes déjà ? demandé-je

– T'as pas écouté la réunion d'hier ? me gronde doucement Charlie.

– Non.

– Merde.

– Quoi ?

– Bah moi non plus j'ai rien écouté !

– J'espère que t'as honte de toi, l'accusé-je avec force.

– La forêt est dangereuse et grouille de plein de créatures magiques très dangereuses, affirme Charlie. Ce doit être simplement pour ça… La routine quoi !

Je range ma baguette dans la poche arrière de mon jean, une mauvaise habitude que je tiens de mon père, et ressors de la tente alors qu'il est en train de débriefer.

– Le Temple du dragon foudre n'a jamais été trouvé jusqu'ici. Des sorciers affirment cependant avoir trouvé des traces de son existence et des artefacts magiques sont concentrés dans cette zone, nous invitant à penser que le Temple pourrait se trouver tout proche.

– On a déjà eu un debriefing hier, se plaint une sorcière.

– Je préfère répéter deux fois, ronchonne mon père en me jetant un regard excédé.

J'ai toujours aimé voir mon père en action. Il est d'un naturel assez timide, mais étrangement, quand il est question de partir explorer des temples perdus au fin fond de la Papouasie, il est moins réservé. Il est charismatique… Tout le monde l'écoute attentivement. Il dirige les opérations de l'unité britannique, qui a été appelée pour intervenir et aider dans le cadre des recherches sur le Temple du dragon foudre.

– C'est pas une légende, le Temple du dragon foudre ? Je chuchote à l'oreille de Charlie.

– Si…

Une fois tous les cinq ans, la communauté magique s'affole en décrétant avoir trouvé une nouvelle piste et c'est toujours la même rengaine : une déception infinie quand on se rend compte que c'était une immense perte de temps. Mon père dit toujours que c'est l'un des plus grands mystères de l'Histoire magique… Il y a beaucoup de textes, de documentations et de témoignages sur le Temple du dragon foudre, mais rien n'a jamais été concluant ni même probant. Mon père nous en parlait souvent, lorsque nous étions enfants… Je crois que le Temple du dragon foudre est un espèce de fantasme ultime pour le briseur de sorts qu'il est : un monument perdu depuis aussi longtemps doit forcément fourmiller de pièges en tous genres…

– Beaucoup de pilleurs sont dans le coin et le cherchent également. Soyez vigilants.

– Il a quoi de si spécial ce temple ? me demande mon oncle.

– Il renferme sûrement un trésor inestimable, je hausse les épaules. Et puis, ça serait quand même super cool de trouver un temple perdu depuis des siècles, non ? T'imagines ce qu'on pourrait y trouver ? Des traces d'une ancienne civilisation magique oubliée… Ce serait fascinant !

– T'es bien le fils de ton père toi…

– En revanche, je me demande bien pourquoi ils ont besoin de magizoologistes ? Qu'est-ce qu'on fiche ici ? Je fais en ignorant sa dernière remarque.

– Il y a des ponstastillas en nombre ici, me regarde sévèrement mon père comme s'il m'avait entendu. Les magizoologistes auront pour rôle, en plus de protéger les briseurs de sorts des créatures magiques habitants la forêt, de quadriller leur déplacement afin de déterminer où se trouvent les lieux qui les attirent. Il y a sûrement des infrastructures, des monuments autour du Temple. Si jamais vous trouvez quoique ce soit, n'agissez pas. Laissez les briseurs de sorts faire leur travail !

– Je rêve où il me regarde avec insistance, là ? murmuré-je à Charlie.

– Ah tu me rassures, je croyais que c'était moi qu'il visait.

– Vous ne touchez à rien, les magizoologistes ! C'est bien compris ?

Mon père nous fixe tour à tour, Charlie et moi.

-Ou alors il nous regarde tous les deux ? supposé-je.

– Ah non, c'est toi qu'il vise !

– Si si, c'est nous deux qu'il regarde, je hoquette. Comme si nous étions des têtes brûlées.

– Je suis outré…, soupire Charlie, dépité.

– Les équipes seront composées de deux magizoologistes et deux briseurs de sorts, continue mon père. On va vous communiquer les positions des derniers ponstastillas ayant été observés. Concernant la jungle, restez prudents. Les snillusions sont de vraies canailles et ils ont tantôt fait de vous manipuler !

Les ponstastillas sont de petites créatures semblables à des lucioles, qui brillent la nuit et vont toujours par paire. Elles sont attirées par les sorts d'oubli et d'amnésie. Quand on a jeté un sort sur un bâtiment, qu'on cherche à protéger de façon magique un secret depuis très longtemps, les ponstastillas apparaissent. Ils sont attirés par les fidelitasoubliette, ou les sortilèges d'amnésie plus complexes… Plus le secret est vieux, plus le bâtiment est oublié de tous, plus les ponstastillas affluent tout autour et sont nombreux. Il suffit de comprendre leur façon de se déplacer, pour dénicher le trésor auprès duquel ils vivent. Les magizoologistes sont formés à ça, donc j'imagine qu'en plus de protéger les briseurs de sorts contre un armada entiers de créatures magiques hostiles, il nous faudra faire attention aux moindres déplacements des ponstastillas. En revanche, en ce qui concerne Charlie, je ne comprends pas. Il est dragonologue. S'occuper de quadriller les déplacements des ponstastillas ne fait pas partie de ses fonctions. Sauf si mon père a peur que le dragon foudre soit plus qu'une légende…

– Bonne chasse au trésor à tous ! tape dans ses mains mon père avec enthousiasme.

Les équipes commencent à se former. Je ne suis pas encore un « vrai » magizoologiste : j'aurai mon diplôme en mars, après avoir passé la soutenance d'un mémoire que je n'ai même pas encore commencé à rédiger… Je dois donc rester sous la supervision d'un supérieur. Comme Charlie. Qui n'est pas vraiment un bon superviseur, dans la mesure où je suis aussi responsable que lui. Mon père s'avance vers son cadet et moi, en prenant Scorpius par le col, qui tente de s'échapper. Si nous étions deux chats, je suis sûr et certain qu'on se feulerait dessus lui et moi.

– Vous deux, je veux vous avoir à l'œil ! Fait mon père en nous désignant.


Je me mets au garde-à-vous :

– Chef, oui chef ! 

– Je suis sérieux Louis. La zone est dangereuse. Le Temple du dragon foudre, s'il existe réellement, renferme l'un des secrets les plus anciens que le monde a connu jusqu'ici. Il est probablement protégé par des sorts et des maléfices dont on ne soupçonne même pas l'existence. Alors ne fais rien d'inconsidéré !

– Tu me connais ! Et je suis le meilleur pour trouver les trésors…

Quand nous étions petits, mon père adorait cacher des fausses pièces dans le sable que nous devions trouver. Dominique refusait de s'approcher trop près de l'océan, Victoire voulait juste se baigner, alors que moi, j'étais prêt à retourner la plage entière pour le trouver, prêt à retourner chaque grain de sable.

Trouver les choses, c'est ce que je fais de mieux. A défaut de trouver les gens… Mon cœur se serre à cette pensée. Je n'ai pas envie de penser à elle…

Je souris à mon père.

– Tous les secrets sont faits pour être découverts tôt ou tard, non ? 


oOo


Nous avançons péniblement dans la jungle. Les moustiques nous assaillent en nombre. Je dégouline déjà de sueur. Mais je ris intérieurement, parce que Scorpius a un coup de soleil monstrueux sur le nez et qu'un moustique l'a piqué entre les deux yeux. Il me fusille du regard chaque fois que nous nous retrouvons à côté.

Du coup, je traîne derrière tout le monde. Je suis fatigué d'avoir à supporter ses yeux meurtriers. Je reste en retrait, là où l'air est déjà plus respirable. J'inspecte les alentours, un peu à l'écart du groupe, en examinant la danse des ponstastillas qui s'amusent à zigzaguer entre les lianes. Il n'y en a que quatre paires, ce qui est bien peu. Ils ne doivent être attirés que par un oubliette vieux de quelques années, tout au plus, pour être aussi peu nombreux. Quand je me retourne, Scorpius a les yeux rivés sur moi.

– Je ne savais pas que c'était à ce point …, marmonne Charlie en faisant habilement barrage entre nous.

– C'est même pire que ça, soupiré-je. Scorpius me déteste.

– Pourquoi ?

Pour Allénore.

– Pour rien, je réponds. Mais je m'en fiche. Je le déteste aussi.

– Pourquoi ? redemande Charlie, les sourcils froncés.

– Pour Allénore, maugrée Scorpius en passant devant nous.

Je me fige entièrement. Mon cœur éclate dans ma poitrine, comme un ballon de baudruche que l'on aurait trop gonflé, trop rempli d'air, et ça fait douloureusement mal. Charlie passe une main dans ses cheveux, mal-à-l'aise :

– Euh… Je vais aller voir Bill. Il a sûrement besoin d'aide avec euh… Les… machins verts dans les arbres.


Je hausse un sourcil, amusé :

– Les snillusions tu veux dire ? 

– Ouais, voilà les snillusions ! Ils n'ont pas l'air commode !

Il s'enfuit comme un lâche, alors que Scorpius a croisé les bras sur sa poitrine.

– « Rien ». C'est comme ça que tu l'appelles ? Elle n'a même plus de prénom maintenant ?

– Lâche-moi, je grogne.

– Oh non, je ne te lâcherai pas. Tu évites le sujet. Tu évites tout le monde, à commencer par Rose et Albus, qui se font un sang d'encre pour toi.

C'est trop dur.

– T'as laissé tomber…, m'accuse Scorpius.

Je sais très bien de quoi il parle, et moi, je n'ai même pas envie d'évoquer le sujet, ni même simplement d'y penser. Je m'agace, le sang bouillonnant doucement dans mes veines :

– Et toi, alors ? T'as pas laissé tomber peut-être ? Elle ne reviendra pas. Faut se faire une raison ! m'écrié-je. Ça va bientôt faire six mois…

– Il lui est forcément arrivé quelque chose. Elle n'aurait jamais tout abandonné comme ça derrière elle !

– JE REFUSE DE PARLER DE CA !

Il sursaute surpris, et renifle dédaigneusement.

– Elle disait que t'étais l'une des personnes les plus courageuses. Mais elle avait tort. T'es qu'un gros lâche, Louis Weasley. Et quand elle reviendra, tu regretteras.

– Mais colle toi bien ça dans le crâne, Malefoy : je ne veux pas qu'elle revienne. Si elle apparaissait comme par magie devant moi, je lui tournerais le dos et je partirais dans la direction inverse à la sienne. Et t'as beau parler, Malfoy… Mais t'évites de prononcer son prénom le plus possible. Je l'ai bien remarqué.

Il recule, légèrement blessé, comme si je venais de le gifler.

– T'es une pourriture, Louis. Et tu ne me feras pas croire que tu n'as rien à voir avec sa dispa…

– Tais-toi, le coupé-je.

Je rebrousse chemin. Ça fait des heures qu'on marche ici, et qu'on n'a rien trouvé. Ce soir, nous rentrerons probablement tous bredouille. J'imagine que trouver un Temple perdu depuis des siècles n'est pas si facile que ça, même pour des sorciers. La nuit tombe et les ponstastillas sont de plus en plus nombreux. Ils éclairent mon chemin. Mon oncle et mon père m'appellent, mais je les ignore. En rentrant au campement, je file directement à la tente, puis sous la douche.

Sous l'eau, j'essaie d'oublier mes tracas. Le plus gros, celui que je me trimballe depuis juillet dernier, s'appelle Allénore Rameaux. Tout faire pour oublier quelqu'un, c'est se forcer à ne plus y penser. Effacer quelqu'un de sa mémoire, c'est douloureux. Mais ça me fait encore plus de mal, de l'y laisser vivre… Allénore a disparu sans laisser de trace, un beau jour, et nous l'avons cherchée partout. Elle s'est volatilisée sans prévenir. On a fouillé ciel et terre pour la retrouver, jusqu'à se rendre à l'évidence : elle avait tout fait pour ne pas être retrouvée. Ron et Harry eux-mêmes, n'avaient pas pu remonter jusqu'à elle. Sa famille à Paris, n'avait aucune nouvelle, rien.

Ça fait six mois maintenant… Et je l'ai toujours dans la peau. Quand je pense à elle, les secondes deviennent des heures et mon cerveau fond sous la colère. La veille de sa disparition, elle me disait des « je t'aime » dans l'oreille et parsemait mes lèvres de milliers de baisers.

Je refuse qu'on parle d'Allénore Rameaux. Je refuse de lui accorder autant de pouvoirs, après ce qu'elle m'a fait, ce qu'elle nous a fait à tous.

Je suis ici pour trouver ce Temple. Un Temple perdu depuis tellement d'années qu'il en est devenu une légende. Et pourtant, je suis persuadé que j'ai plus de chance de le trouver lui, que de retrouver un jour Allénore.

J'ai le pouvoir de trouver ce Temple. Sur elle, je n'en ai plus aucun. Je n'en ai jamais eu et n'ai jamais cherché à en avoir. J'aurais tout simplement aimé comprendre son silence, son départ précipité ... J'en ai marre de me torturer avec ça. Je n'aurais pas d'explication. Alors, je décide de me consacrer sur les choses auprès desquelles je peux encore avoir une emprise, des choses que je peux trouver, et comprendre.

 


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Le temple du dragon foudre - II by CacheCoeur

 

J'observe les ponstastillas, ma baguette à la main, prêt à me défendre si les snillusions décident de descendre de leur piédestal, là-haut, parmi les lianes. Pour l'instant, ils restent calmes, mais je me méfie. Je leur jette quelques œillades, en continuant de noter les déplacements des ponstastillas. Ils illuminent la jungle luxuriante, lui donnent un aspect moins sombre, moins effrayant. Les créatures tournoient dans le ciel, tourbillonnent au milieu des arbres. Elles sont très nombreuses. Il y a forcément un secret ici…

– Weasley te cherche, fait une voix dans mon dos.

– Lequel ? je demande sans me retourner.

– Le roux.

– Lequel ? j'insiste.

– Celui qui a une grande gueule.

– Aucun des deux n'a une grande gueule.

– Le plus âgé.

– Mon père ? je fais.

– Ça, je n'en sais rien, je ne connais pas l'arbre généalogique de toutes les personnes étant sur cette mission, grogne la voix.

– Et Merlin te préserve d'avoir à apprendre celui des Weasley, je ris doucement.

Je me retourne enfin, pour regarder la jeune femme qui vient de me parler. Ses yeux verts et sa peau halée par le soleil brillent à la lumière des ponstastillas. Ses cheveux noirs et crépus forment une auréole au-dessus de sa tête. Les poings sur les hanches, elle me jauge autant que je la jauge. Eloïsha Garnet, une magizoologiste spécialisée en créatures magiques ayant la faculté d'altérer les souvenirs et la mémoire humaine : une vraie célébrité.

– C'est bien toi, Louis Weasley ?

– Il paraît …, je souris énigmatiquement. C'est un honneur de rencontrer la fameuse Eloïsha Garnet.

– Je déteste qu'on me lèche les bottes. Épargne ta langue. Sauf si tu sais convenablement t'en servir à bon escient…

Je hausse un sourcil, en me sentant légèrement rougir. Ses yeux pétillent de malice. Je change de sujet, redevenant plus sérieux :

– J'ai détesté ton approche du pouvoir des psychards. Je ne pense pas qu'ils ressentent le besoin de souffler sur les humains … Ce sont des créatures bienveillantes ! j'affirme en croisant les bras sur ma poitrine.

– « Bienveillantes » ? J'ai observé des psychards sur les plages de Grèce, qui faisaient volontairement revivre leurs pires cauchemars à des sorciers, jusqu'à ce qu'ils hurlent et ne deviennent plus que des coquilles vides !

– Peut-être l'avaient-ils cherché ?

– Tu supposes que les psychards se vengeraient volontairement ? hausse-t-elle un sourcil. Ça ne défend pas ta thèse, Louis Weasley. La vengeance n'est pas un sentiment très noble. Je dirais même qu'il dénote d'une malveillance certaine et sans équivoque.

– Ce sont des créatures intelligentes, qui comprennent les émotions humaines. Après tout le mal qu'on leur fait depuis ces dernières années, à les exploiter pour l'industrie des rapeltouts… Je comprends qu'elles ressentent le besoin de se défendre et de se protéger des humains.

– Les psychards n'ont pas les mêmes capacités émotionnelles que nous…

– Qu'en sais-tu, Garnet ? Va dire ça à Faramond ! je ricane légèrement.

– Faramond ?

– Le psychard qui vit sur la tête de mon oncle.

– Les créatures magiques sont peut-être intelligentes, mais pas autant que nous.

Je laisse échapper un sifflement, légèrement irrité. Je déteste ce genre de hiérarchisation…

– Si tu n'aimes pas mes travaux, pourquoi me rencontrer serait-il un honneur ? demande-t-elle sérieusement.

– Parce que tu restes une bonne magizoologiste.

Face à son silence, je reprends mes observations sur les ponstastillas, en retranscrivant leur dernier mouvement sur ma carte. Ils forment des spirales, qui montent et qui descendent, en colonnes sinusoïdales, autour des gros arbres de la jungle.

– Tu aimes les créatures magiques…

– Pas toi ? je rétorque. Pourquoi faire ce métier si on ne les aime pas ?

– Elles me fascinent. Mais je ne les aime pas. Elles m'intéressent. Mais je ne les adore pas.

Elle s'assoit à mes côtés, et un frisson me parcourt. Cette femme dégage un truc. Elle me glace. L'air lourd de la jungle l'est toujours, mais il semble moins chaud, sans pour autant être plus agréable.

– Tu seras diplômé d'ici mars prochain, c'est ça ? me demande-t-elle.

J'opine, en continuant de dessiner les mouvements des ponstastillas.

– Tu as déjà choisi un sujet d'étude ?

– Pas vraiment, je réponds. Je m'intéresse beaucoup aux dragons. Je vais très probablement choisir un sujet sur leur migration du fait de l'Homme.

– Intéressant.

– Tu n'en penses pas un mot, je devine.

– Si, je t'assure.

– Tu sais sourire ? je m'amuse en me tournant vers elle.

– Pourquoi ?

– Ton visage est fermé.

– Ça te plairait que je t'offre un sourire ?

– Si je te réponds oui, feras-tu de moi un homme heureux ? 

Je joue avec le feu et même si je me suis brûlé plusieurs fois, je continue.

– Je me montrerai plus sympathique avec moi à ta place. Je pourrais très bien être dans ton jury final d'ici mars prochain !

Je fronce les sourcils, légèrement étonné, bien qu'impressionné :

– T'as même pas trente ans !

– Les jurés sont choisis en fonction de leurs qualifications et expériences. L'âge n'a rien à voir là-dedans.

Un ponstastilla plonge en piquet, et s'arrête juste avant de heurter le sol. Je fronce davantage les sourcils, sans comprendre. Ils ont tous des mouvements aléatoires, qui ne nous permettent pas de dégager un schéma, une séquence qui se répéterait : ils vont et viennent sans aucune logique. Ou tout du moins, nous ne l'avons pas encore trouvé. D'ordinaire, il y en a toujours une. Mais là, c'est comme si les sortilèges d'amnésie lancés sur la zone les brouillaient complètement. Ils sont perdus… Ils tournent autour des arbres, se déplacent, forment des boucles et reviennent inlassablement, montent, descendent, et le tout, pas forcément dans cet ordre.

– T'as déjà vu des ponstastillas faire ça ?

– Oui. Dans la plupart des sites archéologiques magiques, les ponstastillas sont comme des fous.

– On dirait qu'ils ne se posent jamais… Ils vont finir par s'épuiser, je crains.

– C'est le cas. La magie est si forte qu'ils cherchent son épicentre sans parvenir à le trouver, parce qu'elle s'est étendue trop loin, trop longtemps, qu'elle est trop ancienne. Ils vont voler, jusqu'à mourir. Mais la plupart du temps, on parvient à trouver un schéma. Ici, en revanche, je ne suis jamais parvenue à le comprendre…

Elle énonce ça froidement, comme si ce n'était pas quelque chose de grave.

– Ils souffrent ?

– Sûrement. Ils meurent d'épuisement, Weasley.

– Comment tu peux être aussi…

– Je suis pas une soigneuse Louis. Je suis magizoologiste. Je fais pas dans le sentiment. J'étudie. Je t'ai observé. T'as le potentiel d'un bon magizoologiste, mais t'es trop émotif. Regarde-toi ! T'es en train de chouiner pour des ponstastillas !

Je reste muet, incapable de dire quoique ce soit.

– Il n'y a rien que l'on puisse faire pour eux. J'ai déjà essayé, souffle-t-elle. Les éloigner des sorts d'amnésie les tuerait.

– Pourquoi tu fais semblant d'être insensible ?

– Parce que j'en ai marre d'avoir mal chaque fois que je vois une créature souffrir. Il faut que tu te protèges Weasley. Y'a rien qui ne se brise plus facilement qu'un cœur, et le tien me paraît être de cristal.

Je me demande ce qu'elle a vécu pour être à ce point hermétique. Eloïsha est l'une des meilleures magizoologiste de notre génération. A vingt-neuf ans, elle a déjà bien plus accompli que certains sorciers qui ont passé la moitié de leur vie à étudier les créatures magiques. Dans ses écrits, on ressent sa passion, mais aussi sa grande logique. Je n'ai jamais rien lu d'aussi rigoureux en tous cas. Parfois, ça l'est tellement que cela semble aseptisé. Son étude sur les psychards l'était…

– Tu penses qu'on peut parvenir à trouver une logique dans leur déplacement ? Je l'interroge en changeant le sujet de conversation.

– J'essaie. Mais cela fait cinq ans que j'y passe mes jours et mes nuits. J'ai un peu perdu espoir…

– Tu ne devrais pas. Cette fois-ci est peut-être la bonne.

– Les rêveurs comme toi me donnent envie de rêver moi-même, sourit-elle.

Je continue d'observer les créatures, qui brillent dans la nuit. Ils forment désormais un nuage et vadrouillent dans tous les sens. Ils se dispersent, se rassemblent, et continuent de tourner de bas en haut. Je me lève, pour gagner en hauteur. Un snillusion sursaute au-dessus de moi. Son long corps se glisse jusqu'au sol, alors qu'il rejoint l'arbre juste en face de nous. Les ponstastillas zigzaguent entre eux.

– T'es intéressant, Louis Weasley.

– Euh…. Merci ?

Elle s'esclaffe un moment, et son rire tranche tellement avec toute la froideur qu'elle dégage, que je reste immobile pendant quelques secondes. Elle finit par se relever, et s'en va sans ajouter un mot. Le snillusion me regarde attentivement. Il sort sa longue langue en v et ses yeux jaunes commencent à tournoyer :

– Pas avec moi, mon petit gars ! Je suis plus malin que ça !

Il baisse la tête, déçu, conscient que je ne me laisserai pas prendre au piège. Je l'observe glisser le long des énormes racines de l'arbre, puis s'enrouler presque trois fois autour du tronc de l'arbre, pourtant bien épais. Il fait tomber quelques lianes, en les arrachant à mesure qu'il monte. Je lève la tête et continue de l'observer passer d'arbre en arbre, créant des nœuds avec son corps, tout en poursuivant son ascension. Mon cou me fait mal : je tire, pour le regarder, alors qu'il monte, monte encore… Les arbres ici percent le ciel tant ils sont gigantesques. Son corps se confond avec les lianes à mesure qu'il poursuit son ascension. Je suis pris d'un nouveau sursaut quand la tête du serpent disparaît. Le reste de son corps est aspiré lentement. C'est comme s'il traversait le tronc. Maintenant, on dirait juste une liane qu'un vent inexistant ferait bouger.

– Weasley ! Ton père te cherche ! grommelle une voix dans mon dos.

– Tais-toi Malfoy ! je siffle dédaigneusement en m'approchant de l'arbre.

Je palpe le tronc, tape dessus pour vérifier s'il sonne creux. Mais ce n'est pas le cas.

– Mais qu'est-ce que tu fous, Louis ?

Scorpius pose sa main sur mon épaule et me force à me retourner.

– T'es gentil, mais je suis en train de travailler là. Lâche-moi.

Les ponstastillas tourbillonnent toujours et je crois que je commence à comprendre.

– Ils sont attirés par les arbres. Ils ont bien une séquence…, je murmure. Ce sont les arbres qui les attirent !

Et les arbres étant partout, il est normal que les ponstastillas soient complètement désorientés.

– Tout va bien ? Sourcille Scorpius.

Je l'agrippe par les épaules et il écarquille les yeux sous le coup de la surprise avant de se dégager :

– Les ponstasillas sont attirés par les arbres ! On est trop focalisé sur eux depuis le début. On les observe, et on ne remarque pas les snillusions au-dessus de nos têtes parce qu'on ne prend même pas la peine de regarder ce qui se passe en haut !

– T'as pété un câble, c'est ça ?

Je lève les yeux au ciel et d'un sortilège informulé, transforme les lianes en échelle. Je commence à grimper, réveillant les snillusions sur mon passage, qui ne sont pas montés aussi haut que celui qui a disparu.

– Redescends ! m'ordonne Scorpius.

Je lui lance un coup d'œil avec un sourire provocant.

– Un père sur cette mission me suffit, Malefoy !

– Tout le monde te cherche au camp ! Il faut qu'on rentre !

Je suis déjà trop haut et continue de monter, pendant plusieurs minutes, en ignorant les plaintes de Malfoy, qui m'imite.

– Je viens de comprendre un truc essentiel, alors ça attendra !

– Il y a un couvre-feu à respecter, Louis ! grommelle-t-il. Cette mission est très sérieuse !

– Ne fais comme si tu te souciais des règles, Scorpius... T'es le copain de Rose, et t'es le meilleur-ami d'Albus. Je t'ai vu à l'oeuvre à Poudlard... Et je viens sérieusement de mettre la main sur une piste alors laisse-moi fait mon boulot ! je rétorque méchamment.

Je continue en ignorant l'apprenti briseur de sorts qui est littéralement en train de rougir de colère. Je ricane, moqueur, et recommence à toucher de mes paumes le tronc rugueux, sous les yeux jaunes et curieux des snillusions.

– Me force pas à te faire descendre ! menace Scorpius.

– Tu mes tapes sur le système, Scorpius. On pourrait même dire que tu me brises les Patacitrouilles, mec ! Et encore je suis poli, parce qu'en toute honnêteté, tu me casses sincérement les cou…

L'arbre m'absorbe tout entier avant même que je termine ma phrase.

 

oOo

 

La chute me coupe le souffle. Elle n'est pas particulièrement longue, mais elle dure assez longtemps pour que je ressente mon estomac se retourner et mon cœur dégringoler jusque dans mes talons. Je suis tombé assez de fois de mon balai lors des matchs de Quidditch à Poudlard, pour connaître cette sensation, aussi grisante qu'horrifiante. Le problème, c'est qu'il fait noir. Je n'y vois rien et ne peut pas anticiper où je vais très probablement m'écraser au sol comme une crêpe. A mesure que je descends, ma poitrine se compresse. Puis j'aperçois quelques ponstastillas, de plus en plus nombreux à mesure que je descends. Ils éclairent les parois d'une colonne infinie. Je vois désormais le fond de ce trou, et je n'ai pas lâché ma baguette, et hurle un arresto momentum. Mon nez est à quelques centimètres seulement du sol.

Je me laisse tomber sur le ventre avant d'entendre un hurlement absolument monstrueux, puis la voix de Scorpius, crier le même sort que moi. Il m'écrase de tout son poids. Sans ménagement, je me dégage et le fait rouler sur le dos pour me relever.

– Tout va bien ? lui demandé-je

Je lui tends une main, qu'il accepte, et l'aide à se relever.

– Merci.

– Ne me remercie pas, marmoné-je. Lumos !

Les ponstastillas n'illuminent pas assez cet endroit. Nos voix résonnent.

– Tu m'as suivi ?

– Je n'avais pas le choix ! ronchonne Scorpius. T'as disparu dans le tronc d'un arbre !

– Ouais, je m'en suis rendu compte, m'esclaffé-je doucement.

Il rit légèrement lui aussi, et pour la première fois depuis cinq mois, je le vois sourire.

– T'as rien de cassé toi ? s'inquiète-t-il.

– Non.

Il fait quelques pas et éclaire les murs. Nous nous trouvons dans une sorte de carrefour. Quatre grands couloirs s'étendent à perte de vue, noirs et prometteurs d'une belle aventure. Louis caresse du bout des doigts les murs. Il n'y a aucune sortie, rien du tout et pourtant, je sens un courant d'air frais me picoter les yeux.

– A ton avis, on a fait une chute de combien de mètres ?

– Cent, tout au plus, répond Scorpius.

Periculum !

Les étincelles rouges de ma baguette s'élèvent et les ponstastillas, apeurés, se plaquent contre les parois pour les laisser passer. En montant, elles éclairent un peu plus le gouffre duquel nous venons de chuter. Scorpius et moi, les regardons devenir de tous petits points, jusqu'à ce que les étincelles soient invisibles.

– C'est sûrement l'effet d'un sort d'extension indétectable, bredouille Scorpius. Nous ne sommes pas tombés d'aussi haut. Cela nous aurait tué.

– Donc personne ne pourra voir mon signal ? 

Il opine, tout en restant calme.

– Y'a peu de chance, en effet. C'est toi et moi, Weasley !

– T'étais bien la dernière personne avec laquelle j'avais envie de me retrouver coincé dans un gouffre …, avoué-je froidement.

– Sentiment partagé, râle-t-il.

– Alors qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

Il est retourné à son analyse des murs sur lesquels il s'appuie. Mon père dit toujours que Scorpius est son meilleur étudiant… J'espère que c'est vrai, parce qu'il va falloir que l'on sorte de cet endroit, probablement piégé de plusieurs malédictions et sorts.

– Les murs sont trop lisses, observe-t-il en réfléchissant à voix haute. Revelio !

Sous la lueur de sa baguette, apparaissent des dessins ainsi que des inscriptions anciennes, qui se gravent sur les murs prenant une teinte bleutée. Tout en relief, certains dessins, certaines gravures creusent tellement la pierre dure et froide que l'on dirait des statues, qui cherchent à prendre vie, à sortir de leur prison. Elles représentent des animaux, des personnes, de façon si précise que l'on croirait presque qu'ils sont vrais, et ont été pétrifiés, reposant ici depuis la nuit des temps. Sous la pulpe de mes doigts, prend vie un dragon. Ses ailes sont si grandes, si élégantes, majestueusement déployées, que je n'en vois pas le bout, mangées par l'obscurité. Elles sortent du mur, comme s'il allait s'envoler. On dirait presque qu'il porte tout le mur sur ses ailes, et que sans elles, tout s'effondrerait. Les ailes s'étendent tout le long des couloirs à ma gauche et à ma droite. Elles sont interminables. Si elles pouvaient bouger, elles déclencheraient un ouragan d'un seul battement. Scorpius les admire également. Le corps de la créature est immensément imposant, mais pas autant que ses ailes. Toutes les écailles ont été creusés dans la pierre, toutes régulières et parfaites, légèrement arrondies et petites comme la taille de l'ongle de mon auriculaire. Sa queue repliée, protège ses pattes agrémentées de griffes acérées qui feraient passer des épées pour des cures dents. Je remonte les yeux, pour croiser ceux du dragon : deux pierres bleues qui brillent dans le noir. Au-dessus de sa tête, il y a un éclair, qui se dédouble, se triple, se multiplie, dont les branches tantôt épaisses, tantôt fines, s'effilent, s'abattent sur son crâne et zèbrent ses ailes, striant ses écailles de nervures. Elles sont aussi délicates que celles que l'on peut admirer sur les feuilles d'un arbre.

– Merlin…, soufflé-je

– C'est …

Il reste muet de stupéfaction. Mais moi, je suis excité.

– Une des entrées du Temple du dragon foudre, terminé-je à sa place. TROP COOL !

– Ton père va nous tuer, Louis !

– Toujours là pour casser l'ambiance...

 

Le temple du dragon foudre - III by CacheCoeur

– OH NOM D'UN….

Je rattrape Scorpius avant qu'il ne tombe.

– Pour un futur briseur de sort, t'es hyper maladroit ! commenté-je.

– Je me suis pris les pieds dans un truc...

Il baisse sa baguette pour éclairer le sol et nous avons un mouvement de recul au même moment. Je déglutis faiblement, soudainement livide et tremblant :

– Ce sont des ossements.

– Oui, merci, je sais reconnaître une cage thoracique quand je trébuche dedans ! s'énerve Scorpius. Bordel, bordel, bordel…

Il jure dans sa barbe inexistante, commence à paniquer et fourre ses mains dans ses cheveux.

– C'est ta faute ! m'accuse-t-il en me pointant du doigt.

– T'avais pas à me suivre ! m'agacé-je en avançant dans le couloir de droite.

– ARRÊTE TOI !

Je me tétanise, complètement abasourdi. Scorpius est une personne calme, assez réservée de nature. Je l'ai rarement vu s'énerver. Scorpius est toujours celui qui évite les conflits, les disputes. Il s'interpose toujours entre Albus et Rose quand le ton monte entre eux. Scorpius, c'est le gars posé et serein sur lequel tout le monde s'appuie. Ce n'est pas le gars qui pète un câble et qui se laisse porter par son stress et son angoisse.

– T'es en train de paniquer…, je fais doucement.

– De paniquer ? On est complètement perdus ! Et je viens de me prendre les pieds dans des cotes !

Je soupire légèrement.

– Garde ton calme !

– Que je garde mon calme ? T'as vu l'état de ces gens ? s'exclame-t-il. Tu penses qu'ils ont gardé leur calme longtemps, eux ?

Quand j'y songe, de nombreuses disparitions sont liées aux recherches du Temple du dragon foudre…

– Mon père et Charlie sont sûrement partis à notre recherche, énoncé-je calmement. T'es un briseur de sorts, Scorpius !

– Un apprenti ! me corrige-t-il.

– Mon père ne chanterait pas tes louanges si tu ne les méritais pas. Reprends-toi, nom d'un veracrasse !

– Je ne suis jamais allé sur une mission aussi importante, confie-t-il. Je ne sais pas ce que je dois faire !

D'accord. Malfoy nous fait une petite crise de panique parce qu'il a peur de ne pas être à la hauteur. Finalement, son air prétentieux et arrogant n'est que de l'esbroufe.

– T'es préparé à ça, Scorpius ! T'es un bon briseur de sorts !

– Apprenti, grogne-t-il.

– Et alors ?

– Je ne peux pas ne pas rentrer à la maison…, bredouille-t-il. Je ne peux pas moi aussi … Albus et Rose… Rose… Rose... Elle va paniquer si je ne rentre pas.. Avec Allénore ... Je peux pas... Rose...

Il murmure son prénom comme on murmure une prière, comme si sa simple évocation allait arranger les choses et lui donnait assez de force pour surmonter cette épreuve.

Je souris maladroitement en le tapotant l'épaule :

– Je te l'ai dit … Mon père et Charlie vont nous chercher. Et y'a pas plus têtus que deux Weasley, si ce n'est trois et plus.

Il rit légèrement, plus détendu. Mais moi, j'esquisse un simple sourire en regardant les ossements qui jonchent le sol : combien de temps est-ce que leurs proches les ont cherchés ?

– Alors qu'est-ce qu'on fait ?

– Eloïsha Garnet va comprendre pourquoi les ponstastillas sont aussi désorientés. Elle comprendra que c'est parce que le Temple du dragon foudre est sous la forêt, que chaque arbre en est sûrement une entrée et que c'est pour ça, que les ponstastillas sont perdus et n'arrivent pas à se poser. Et une fois cela fait, on viendra nous chercher.

– Si chaque entrée est un arbre, on ne devrait pas rester ici, souffle Scorpius. Il faut qu'on trouve la chambre principale. Celle de la légende.

Dans l'histoire que l'on raconte à tous les gamins, le dragon foudre aurait été enterré et enseveli dans une chambre d'or et de saphir, avec les souvenirs de tous les Hommes qui l'auraient un jour ne seraient-ce qu'aperçu. Il y serait resté jusqu'à en mourir, jusqu'à y être oublié, avec les mémoires de tous ceux qui auraient pu se souvenir de lui.

– T'es certain qu'elle existe cette chambre principale ? On ne peut pas prendre le risque…

– Il le faut. Si d'autres personnes parviennent à comprendre que les arbres sont les gardiens du secret du temple, ils pourront arriver de n'importe où. La chambre principale est surtout une chambre centrale. Toutes les autres conduisent à elle.

– Ok, approuvé-je. On fait comme ça. C'est notre meilleure chance.

Scorpius passe devant moi. Il a renfilé son masque d'impassibilité et est redevenu maître de lui-même.

– Merci, murmure-t-il.

– Ne me remercie pas. Je te l'ai déjà dit.

Après tout, c'est de ma faute si nous sommes coincés ici. Il sourit narquoisement, faisant ressortir tout ce qui fait de lui une tête-à-claques en puissance et commence à marcher en serrant sa baguette dans les mains.

– Reste prudent. Le temple est sûrement piégé de partout…

Je me réjouis faussemen :

– Super ! Qu'est-ce que j'aime les sorties familiales !


oOo


– Je n'aime pas ça, grogne Scorpius.

Je ne sais pas combien de temps s'est écoulé depuis que nous nous sommes mis à marcher. Peut-être trois heures… Il doit encore faire nuit à l'extérieur.

– Nous n'avons rencontré aucune difficulté, aucun piège…

– Et tu t'en plains ?

– Oui.

– Pourquoi ?

– Parce que ce n'est pas normal. Un Temple perdu depuis des années, aussi bien protégé ne devrait pas être aussi facile à explorer.

Nous continuons de longer le couloir que nous avons emprunté. Scorpius a lancé un sort pour trouver la chambre centrale. Il suit une fumée épaisse et argentée, qui indique les embranchements à prendre quand nous en rencontrons. Il y a quelques ossements, des crânes d'animaux et d'humains qui se sont probablement perdus et sont morts de fatigue.

Les murs redeviennent lisses parfois. Alors, Scorpius me demande de jeter un sort pour révéler les inscriptions, des gravures.

Aparecium !

Il s'arrête pour les observer.

– C'est fascinant… Rose serait folle. Albus aussi d'ailleurs, sourit-il.

Rose est curieuse de tout, et Albus, passionné d'Histoire de la magie. C'est certain qu'ils adoreraient être ici.

– On dirait des runes, commente Scorpius. Elles doivent sûrement protéger les lieux, mais je ne les reconnais pas. Allénore saurait sûrement…

Nous nous figeons tous les deux. Il a mentionné son existence comme si elle n'avait pas disparue. Moi aussi, parfois, j'oublie. Je me rembrunis légèrement.

Je change de sujet immédiatement :

– Il y a peut-être des indications sur la chambre centrale ? 

– Non. Cela raconte l'histoire du dragon foudre. Regarde !

Il pointe du doigt les dessins, qui luisent d'une lumière légèrement bleutée. On y retrouve un dragon, électrisé par la foudre, qui tente de prendre son envol sans y parvenir, parce que les éclairs le maintiennent au sol.

– On raconte qu'en contrepartie de lui avoir offert un aussi grand pouvoir, le ciel le priva de le visiter pour toujours, je me rappelle.

– Pour préserver l'équilibre en toute chose, ajoute Scorpius.

– C'est une malédiction pour un dragon, d'être cloué au sol. Un dragon qui ne peut pas voler, est un dragon mort.

– C'est la version de la légende, commente le briseur de sorts. Mais si on reste logique, le dragon foudre ne pouvait sûrement pas voler à cause de l'amplitude de ses ailes par rapport à son corps, ou à cause du terrain peu adapté… Une forêt aussi dense, pour prendre son envol, ce n'est pas franchement optimal non ?

– Pas vraiment non. Mais regarde ses ailes : un seul battement et il aurait dégagé le terrain pour décoller sans problème. Les dragons sont semblables aux humains sur un point : si leur environnement n'est pas adapté à ce qu'ils sont, ils le transforment.

– Alors pourquoi les dragons foudre ont disparu ?

– Jusqu'à maintenant, rien ne prouve leur existence. Nous n'avons trouvé aucune trace. Nous n'avons qu'une légende vieille comme le monde, qui a su traverser les siècles…

– On a bien mis la main sur quelques artefacts, quelques objets, reliques…

– Tout ce qui est enterré remonte à la surface tôt ou tard, marmonne Scorpius.

– Et maintenant nous avons ce temple… Les Hommes font souvent des pataquès. Ils ont sûrement exagéré la puissance de ce dragon, la taille de ses ailes, de ses griffes…

– La légende comporte plusieurs incohérences. A commencer par le fait que le dragon foudre devait être oublié de tous : pourtant, c'est l'une des légendes les plus populaires dans la communauté magique internationale, opine Scorpius.

– Espérons que la chambre centrale existe vraiment, bredouillé-je faiblement.


oOo


J'ai mal aux pieds, soif et à l'instar de Scorpius, je n'en laisse rien paraître.

– Arrête-toi.

Je m'exécute.

– On est revenu sur nos pas.

– Quoi ?

Il désigne la sculpture du dragon foudre, celle que j'ai admiré au tout début. Scorpius a fait marquer les chemins que nous avons emprunté. Ils nous ont tous ramené sur nos pas et au-dessus de nos têtes, nous pouvons toujours admirer le gouffre par lequel nous sommes tombés.

Je me laisse glisser le long du mur, jusqu'aux pattes du dragon, totalement lessivé.

– On doit se reposer, souffle Scorpius.

Je commence à croire qu'on ne nous trouvera jamais.

– T'aurais jamais dû me suivre, murmuré-je.

– Je sais.

– Alors pourquoi tu l'as fait ?

– Parce que c'est ce qu'elle aurait fait…

J'esquisse un sourire. Je suis trop fatigué pour me battre avec lui, alors même qu'il vient d'évoquer Allénore. Je repense à ce jour, où les détraqueurs nous sont tombés dessus, quand nous visitions le marché de Noël. Elle m'avait suivi sans douter, sans hésiter un seul instant, et mon cœur s'était gonflé d'un sentiment sur lequel je n'ai toujours pas réussis à mettre de mot. De la fierté, de l'amour, de la joie, de la peur, une crainte, de la voir prendre des risques, juste pour veiller sur moi, un peu d'agacement, parce qu'Allénore a toujours été une quiche en défense contre les forces du mal…

– Elle me manque, avoue Scorpius.

– Pas à moi.

Je mens. Allénore me manque tout le temps. Mais elle n'a pas le droit. Elle n'a pas le droit de me manquer autant, quand elle a disparu de son plein grès. Je vais de l'avant.

– T'es qu'un connard Louis. Et si elle est partie, ce n'est pas pour rien. On y est tous pour quelque chose.

– Si tu n'étais pas raide dingue de Rose, et que je ne t'avais pas observé en train de la regarder avec tes yeux de merlan-fris qui perdent tout leur éclat Malfoyen, je croirais presque que tu es amoureux d'A…

Je n'arrive pas à prononcer son prénom. Il reste coincé dans ma gorge.

– Elle est ma meilleure-amie. J'aurais dû la retenir, quand j'ai remarqué qu'elle n'allait pas bien, qu'elle me cachait quelque chose…

– Quoi ? Jm'étranglé-je. Tu savais qu'elle avait des ennuis et tu n'as rien dit ?

Il fronce les sourcils et me regarde méchamment :

– J'ai remarqué qu'elle était étrange. Deux jours avant sa disparition, quand on planifiait notre voyage à Los Angeles, elle m'a lancé un regard…

– C'est ridicule…

– C'était comme si elle nous voyait pour la dernière fois, chuchote-t-il.

– Et t'as rien fait ?

– Comment aurais-je pu me douter qu'elle partirait ? s'exclame-t-il.

– T'aurais dû faire ou dire quelque chose !

La colère monte légèrement, prend le pas sur la fatigue et l'angoisse d'être enfermé ici depuis plusieurs heures. Scorpius ne m'avait jamais confié ça !

– Et toi alors ? m'accuse-t-il. Tu ne vas pas me dire que tu n'avais rien vu, rien remarqué. Allénore te disait tout !

Je ricane. J'en ai marre de parler d'elle. Je veux juste qu'elle sorte de ma tête.

– Il faut que tu acceptes la vérité. Elle ne reviendra pas, et n'aurait jamais lancé des sorts d'intraçabilité si elle avait eu envie qu'on la retrouve.

– J'en suis incapable, répond-t-il.

Je me lève. Rester près de lui est insupportable, et je m'adosse contre le corps du dragon. Je laisse ma tête s'appuyer sur la sculpture, et en sentant les deux saphirs faisant office d'yeux au dragon s'enfoncer dans mon crâne je recule. Le dragon de pierre s'est mis à trembler. Scorpius se lève d'un bond :

– Qu'est-ce que...

Il ne parvient pas à terminer sa phrase. Je sens ma langue s'enrouler sur elle-même m'empêchant de prononcer le moindre mot. Scorpius lève le maléfice, et je m'en débarrasse quelques secondes après lui.

– Putain c'était quoi ça ? m'écrié-je.

– T'as touché à quelque chose.

Les murs tremblent. De la poussière tombe sur mes cheveux, dans mes yeux, que j'essuie à la va-vite. Je fronce les sourcils :

Periculum !

– Qu'est-ce que tu fais ?

– Je vérifie que le plafond n'est pas en train de nous tomber sur la tête.

Et c'est le cas. Les étincelles rouges de ma baguette heurtent le plafond, qui continue de descendre, à tel point que nous pouvons le voir. Scorpius garde son sang-froid, alors qu'il chute de plus en plus, jusqu'à écraser les statues, les hommes de pierres, et ratatiner les ailes immenses qui semblaient porter les murs. La pierre gronde. Les murs tremblent. Tout tangue. Le dragon s'affaisse, se fissure. Les zébrures des éclairs craquellent pour de vrai, comme s'ils s'abattaient vraiment sur lui, avaient pris vie et foudroyaient enfin le dragon de pierre, impassible.

Finite Incantatem !

Le plafond s'arrête. Mais le sol se met à trembler, se dérobe sous nos pieds. Nous tombons à la renverse tous les deux, en perdant notre équilibre. Les deux saphirs tombent par terre et je les ramasse précipitamment dans ma chute, les enfermant précieusement dans mon poing. Scorpius relance un finite incantatem, sans résultat, et s'acharne :

Prohibere !

Le sol arrête de bouger. Scorpius gémit de douleur.

– T'es blessé ? m'inquiété-je.

– Non, je crie par plaisir parce que je m'amuse comme un petit foufou ! grogne-t-il.

Quand il lève sa main pour lancer un sort, il hurle, en tenant son épaule. Il lâche sa baguette, qui roule lentement sur le sol.

– On ne peut pas rester ici. Le temple est probablement protégé par des sortilèges dominos, m'informe-t-il.

Des sortilèges en chaînes… En contrer un fait s'activer le prochain et ainsi de suite. C'est de la vieille magie et de la très bonne. Je m'accroupis à ses côtés après avoir fourré les deux saphirs dans mes poches, et palpe son épaule sans déterminer à savoir si elle est cassée ou non.

– Qu'est-ce que tu attends ? grimace-t-il.

– C'est luxé.

– T'es médicomage maintenant ?

– Je soigne des créatures magiques, abruti ! Tu crois que je ne sais pas reconnaître un membre luxé d'un membre cassé ?

– Replace-la ! m'ignore-t-il.

Resouples !

Il hurle et l'os fait un bruit étrange. Je fronce les sourcils sans comprendre. J'ai pourtant lancé le bon sort. Son t-shirt, sa peau prend une teinte violacée, et ses veines commencent à ressortir. Je m'apprête à lancer un nouveau sort, mais il m'arrête :

– Ne fais rien ! bougonne-t-il. On doit être sous l'emprise d'un maléfice empêchant les guérisons magiques et inversant les effets des sortilèges de guérison. C'est le troisième domino de la chaîne de sorts ! D'abord le plafond qui chute, puis le sol qui s'écroule…

– Je ne peux pas te laisser perdre ton bras…On dirait qu'il se nécrose !

– J'ai pas hyper envie de le perdre non plus ! Par ta faute, qui plus est !

– MA FAUTE ? Tu m'as demandé de lancer ce sort ! m'offusqué-je.

– Fouille dans la poche de ma sacoche, fait-il en la désignant d'un bref coup d'œil.

Je m'exécute et attend ses instructions.

– La fiole rouge.

Je la lui tends et il la boit immédiatement, en grimaçant.

– Potion de régénération sanguine, explique-t-il. Mais ça ne va pas réparer mon épaule.

– Je peux te le faire sans magie. A l'école de magizoologie, on apprend à soigner les créatures sans, au cas nous serions en situation de danger et dans l'incapacité immédiate d'utiliser la magie.

– Ça arrive dans quel genre de scénario ?

– T'as déjà essayé de calmer un démonzémerveille ultra en colère ? m'agacé-je.

– Fais-le, accepte-t-il.

Je me place derrière lui et pose mes mains.

Je le préviens :

– Tu vas avoir mal.

Il grogne quelques mots, et sans le prévenir, je remets son épaule en place.

– AH PUTAIN JE TE DÉTESTE LOUIS WEASLEY ! T'ES QU'UN CONNARD !

Je ne réponds pas. Voir Malefoy perdre son calme deux fois dans la même journée, c'est vraiment pas aussi exaltant que je ne l'aurais pensé. Je le laisse se calmer, et ressors les deux saphirs. Je commence à sérieusement m'inquiéter de savoir si nous allons pouvoir sortir de cet endroit un jour.



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Le temple du dragon foudre - IV by CacheCoeur

 

– Il ne faut pas qu'on reste ici, grimace Scorpius en tenant son bras.

– Pour aller où ? murmuré-je.

– Les sortilèges dominos sont très dangereux. Dès qu'on lève un mauvais sort, le prochain s'enclenche et ainsi de suite. Le seul moyen de lever un sortilège domino est d'en connaître toutes les composantes, tous les maléfices, tous les sorts, et de les lever en même temps… Ce qui est quasiment impossible dans un Temple de ce genre, où les sortilèges dominos peuvent être composés de milliers de sorts. S'ils couvrent tout le temple, et que les autres briseurs de sorts les lèvent sans que nous soyons en sécurité, ça pourrait nous être fatal.

Je joue avec les deux saphirs et Scorpius me regarde l'air interdit :

– Où est-ce que tu as trouvé ça ?

– Sur la statue du dragon, désigné-je cette dernière, à moitié écrasée.

– Donne-moi ça !

Je me lève d'un bon alors qu'il me les arrache des mains et les replace sur les trous vides des yeux du dragon, qui s'agite légèrement. Je suis certain de l'avoir vu bouger. Les murs se remettent à trembler une nouvelle fois. Je soutiens Scorpius, qui vacille. On entend de grands fracas, des éboulements, comme des pierres qui s'écrasent contre le sol.

– Qu'est-ce que t'as fait ? grogné-je alors qu'un nuage de poussière se soulève et nous fait toussoter.

– On t'a déjà dit qu'il ne fallait toucher à rien dans ce genre d'endroits ? s'emporte-t-il.

– Je les ai rattrapés ces saphirs ! Ils sont tombés ! Je ne suis pas un voleur, Malfoy !

– J'ai dû enclencher un mécanisme en les remettant…, bredouille-t-il.

Nous attendons que le plafond nous retombe sur la tête, que les murs nous écrasent ou que le sol disparaisse sous nos pieds, mais rien. Pourtant, il se passe bien quelques choses. La poussière est désormais si présente, si opaque dans l'air qu'il est compliqué de respirer ou même d'y voir quelque chose. Les parois frémissent et c'est comme si le dragon rugissait.

Lumos maxima !

Le sort de Scorpius ne nous aide pas à y voir plus clair. Je reste près du dragon jusqu'à comprendre, en voyant un objet grisâtre se détacher du nuage de poussière et se rapprocher de nous. Une pierre tombe sur la tête.

– Le couloir est en train de s'effondrer…

– Alors pourquoi on n'est pas déjà enseveli ? sourcille Scorpius.

– Parce que les ailes du dragon soutiennent encore la partie du couloir dans laquelle on se trouve, je comprends.

Le bruit des éboulements se rapproche, et la poussière est de plus en plus épaisse. Scorpius attrape ma main et se colle à moi, contre le torse du dragon, dont les ailes se rabattent petit à petit, faisant s'écrouler les murs, le plafond… C'est assourdissant et effrayant. Je ne m'entends même plus respirer et je ne suis même pas certain d'être encore capable de le faire, à cause de toute la poussière. Les ailes continuent de se replier lentement et nous restons sous celles-ci, jusqu'à ce qu'elles nous enferment, nous enferment contre le torse du dragon.

Tout s'arrête de trembler. Quand les ailes s'ouvrent de nouveau, c'est comme si le dragon nous autorisait à enfin respirer. Scorpius me pousse en avant. Je trébuche contre une marche avant de me rattraper, de retrouver mon équilibre en m'appuyant contre les murs. Ils sont d'or et de pierres précieuses qui scintillent, incrustées dans le mur, qui contournent les nouvelles gravures.

– C'était un passage secret… La statue du dragon était la véritable entrée du temple, s'exclame Scorpius.

– Et si tu l'avais compris plus tôt, mes mollets ne seraient pas aussi douloureux qu'ils ne le sont actuellement.

Tout est calme et paisible ici.

Des orbes de lumières illuminent le petit escalier. Je grimpe les autres marches, alors que Scorpius me suit de près, sur les talons. Nous nous arrêtons devant un grand bassin argenté, aux friselis réguliers et apaisants. Tout est silencieux. Il couvre toute la surface, et nous ne pouvons le traverser que par le pont, qui mène jusqu'à la grande porte d'en face.

– C'est une antichambre, marmonne Scorpius.

Je me penche vers l'eau, dans laquelle des filaments d'argent se promènent au gré d'un courant imaginaire. J'entends Scorpius marmonner quelques sorts, pour s'assurer que l'endroit est sûr et que nous ne risquons pas de nous faire attaquer d'un instant à l'autre.

– Et ça, ce sont des souvenirs, noté-je.

– C'est une pensine. Une immense et gigantesque pensine, approuve-t-il.

Il l'examine attentivement, curieusement. Ses yeux pétillent d'intelligence et de joie. On dirait un gamin fier d'avoir trouvé le trésor. Je souris légèrement.

– Si on en apprend plus sur la construction de ce Temple, on pourra peut-être en sortir en un seul morceau.

– On s'en sort relativement bien jusqu'à maintenant, observé-je.

– Mon épaule est en vrac, Louis ! grogne-t-il.

Je m'accroupis sur le pont et tends la main, pour toucher la surface de l'eau. Nous allons peut-être être les premiers depuis plus des siècles à savoir si le dragon foudre a réellement existé, comment et pourquoi ce lieu a été créé. J'en tremble d'excitation, et je donnerai tout, absolument tout, pour que mon père soit avec nous. Il serait complètement dingue…

– Je n'en reviens pas, souffle Scorpius, émerveillé.

Je souris.

– C'est cool, hein ? 

– C'est plus que cool…

Il me regarde et pour la première fois depuis des mois, son visage n'est pas déformé par la colère ou l'amertume. Il est juste heureux. Je retrouve la complicité que nous pouvions avoir autrefois, lorsque nous étions à Poudlard, des gamins qui n'avaient pas les responsabilités que nous avons aujourd'hui. Nous touchons l'eau de nos doigts exactement en même temps.


oOo


Un grand dragon s'élève dans le ciel. Il est aussi bleu que lui, chasse les nuages gorgés de pluie et se pose de temps en temps, imposant, avec agilité, entre les arbres de la forêt. Il replie ses ailes sur son corps avant de toucher la terre, pour prendre le moins de place possible. Les hommes et les femmes l'admirent en restant cachés, prêts à détaler, à l'affronter, mais aussi curieux qu'apeurés. Je m'approche au plus près. Le dragon ouvre les yeux. Ils sont bleu saphir et semblent enfermer mille tempêtes d'étoiles qui s'entrechoquent les unes aux autres et explosent en supernova.

Les personnes ont un mouvement de recul. Mais le dragon penche la tête. Il est curieux. Quand il s'abaisse jusqu'à eux, ils se tétanisent. Je me fige aussi alors que j'ai parfaitement conscience qu'il ne s'agit que d'un souvenir, et que je ne crains rien. Ce dragon pourrait tous nous tuer en une seconde. Nous ne serions plus que des tas de cendres s'il venait à nous cracher ses flammes aux visages. Cependant, après plusieurs secondes, il ne fait rien. Ses griffes s'enfoncent dans la terre, coupent les racines des arbres et les fait tomber. Il prend peur en même temps que les personnes en face de lui. Je n'ai jamais vu un dragon avec une expression aussi humaine...On dirait presque qu'il est désolé d'avoir effrayé ces gens.

Un enfant s'approche de lui, timidement et le dragon l'observe.

Je n'arrive pas à lui donner un âge. Il est assez grand pour voler, mais a une attitude presque craintive face à l'Homme.

Son museau souffle si fort que l'enfant tombe à la renverse, sur les fesses. Sa mère s'écrie. Tout le monde arrête de respirer. Jusqu'à ce que l'enfant éclate de rire, prenne appuie sur le même museau responsable de sa chute. Le dragon a un mouvement de recul. L'enfant tombe encore une fois et se met à pleurer. Il s'abaisse encore un peu plus et donne un léger coup, du bout de son museau, à l'enfant, comme pour le consoler.


oOo


Le dragon bleu a étendu ses ailes. Plusieurs autres créatures de la même espèce l'ont rejoint. Une petite fille met une couverture sur l'une des pattes d'un dragon, qu'elle salut de sa main encore potelée par l'enfance. Les dragons ont les ailes levées vers le ciel. Ils protègent les humains de la pluie torrentielle qui s'abat sur eux. Elles sont si grandes, qu'elles couvrent largement tout le village. Les éclairs déchirent le ciel et le bruit de la pluie. Mais les dragons restent imperturbables. L'un d'eux surveille les humains, du coin de l'œil.

Scorpius me regarde, interdit :

T'as déjà vu un dragon faire ce genre de trucs ? me demande-t-il.

Non. Jamais.

La foudre s'abat sur eux et tout s'arrête. Leurs ailes se mettent à trembler. Ils semblent horrifiés et poussent un hurlement qui fait se soulever les arbres. Ils s'écroulent sur le village, inertes et à la fois secoués de spasmes monstrueux qui les font se soulever, s'agiter dans tous les sens. Les sorciers ont à peine le temps de transplaner que les dragons tombent, inconscients, en détruisant tout sur leur passage. Les hommes et les femmes s'approchent des dragons, pour les soigner, évaluer les dégâts, et j'ai le même réflexe. La première personne à en toucher un, est une femme, qui est prise de soubresauts et s'écroule d'un coup. L'homme à côté d'elle hurle, et tente de la ranimer. Elle est morte.

Je me penche au-dessus d'un dragon à mon tour. Son corps est parcouru d'éclairs, agité par l'électricité qui le traverse. Les personnes s'écartent, quand la foudre s'abat sur lui une seconde fois, puis une troisième, une quatrième… Pendant plusieurs minutes, le dragon subit les attaques du ciel, qui n'a aucune pitié pour la créature.

Ils ont servi de paratonnerre…, comprend Scorpius.


oOo


Les dragons gisent, toujours inanimés. Des fruits, des jars, des bijoux, des statuettes ont été déposés à leurs pieds. Il y a un grand soleil à présent. Celui duquel je suis le plus proche, ouvre un œil, puis un deuxième. Il tente de se remettre debout, devant les hommes qui le surveillent, prêts à se protéger. La créature chancelle. Quand il essaie de s'envoler, ses ailes se chargent d'électricité. Il les replie sur son corps et s'en couvre, comme s'il cherchait à se réchauffer, ou à se cacher. Il réessaie de s'envoler, sans succès.

Tu penses qu'ils ont perdu l'usage de leurs ailes, à partir de ce jour ? me demande Scorpius.

La légende raconte que le ciel, en le dotant d'une partie de son pouvoir, l'a privé de le visiter pour le restant de ses jours…, je me rappelle. Ça a un sens…

Le dragon rugit, mais personne n'a peur. Les humains se mettent à pleurer en même temps que lui, en comprenant qu'il ne pourra plus jamais voler, à cause de ses ailes atrophiées.

Quand les autres dragons se réveillent, c'est la forêt tout entière, qui hurle de douleur.


oOo


Le village se reconstruit. A l'aide de la magie, les arbres ont repoussé, les habitations se sont de nouveau dressées et la vie reprend. Les dragons encerclent le village et le surveillent. Ils veillent sur tout ce qui se passe, délimitent les frontières entre les dangers de la forêt et la sécurité que cet endroit représente. Quand les snillusions s'approchent de trop près, les dragons foudres soufflent bruyamment pour les dissuader de descendre plus bas et d'étouffer les habitants, de les rendre malades jusqu'à en mourir.

Quand ils ne sont pas occupés à reconstruire leur village, les habitants prennent soin des dragons.

Ils pleurent…, constate Scorpius.

Je remarque la petite rivière qui creuse la terre, fait pencher les arbres et les noie. Les sorciers du village ont protégé son accès et viennent porter aux dragons des animaux qu'ils tuent d'un coup de griffes avant de les dévorer.

L'un des dragons tentent de prendre son envol, et hurle de rage, jusqu'à faire de sortir de sa gueule, un éclair qui zèbre le ciel. Les humains prennent peur. Je ne recule pas, mais Scorpius derrière moi, à dégainer sa baguette, prêt à nous défendre. Le dragon se calme et penche la tête. A ses pieds, des œufs énormes, qui pourraient passer pour des rochers, s'agitent et tremblent légèrement.


oOo


Des étrangers ont pénétré le territoire. Ils s'approchent de trop près des dragons et les villageois n'aiment pas ça. Ils ne se méfient pas les accueillent tout de même. La nuit venue, les étrangers attaquent le village, le brûlent, le pillent et volent les œufs des dragons foudre qui font s'abattre sur eux des éclairs qui les font tomber raides morts. Mais les étrangers s'en sortent, et quand ils repartent, il ne reste presque plus rien.


oOo


Les étrangers sont revenus. Ils ont réussi à capturer un dragon. Dans une langue que je ne maîtrise pas, l'un des villageois semble les menacer, les avertir. Le village brûle toujours.


oOo


Devant nous, commence à se dresser un tas de pierres qui se confondent avec le ciel. Elles enferment les dragons foudres qui ne disent rien, les arbres, les habitations, le village entier. Je n'ai jamais vu un bâtiment, une construction aussi imposante. Quand les étrangers arrivent, les villageois arrêtent de construire, et pointent leur baguette sur eux pour les repousser.

C'est la construction du Temple, s'émerveille Louis.

Ils l'ont construit autour des dragons…, soufflé-je, impressionné. Pour les protéger de ces trafiquants.

La légende parle d'envahisseurs…

Je tourne autour d'un étranger qui se bat contre un villageois. Il porte un uniforme rouge, très voyant.

Il est anglais, observe Scorpius.

Comment le sais-tu ?

Les uniformes des sorciers britanniques étaient rouges. Lors de la conquête des communautés magiques d'Amérique, les aurors les portaient… Albus révise ses cours d'Histoire à voix haute, grimace le blond.

Tout ce que je remarque, c'est que nos ancêtres sont de vraies pourritures.

A ton avis, qu'est-ce qu'ils faisaient de ces dragons ? m'interroge Scorpius. On n'a jamais observé une seule espèce de dragon foudre en Europe.

Je hausse les épaules.

Parce qu'aucun témoignage n'en parle… Quant à ce qu'ils faisaient de ces dragons… Ils voulaient probablement les étudier.

Le soldat anglais tombe à mes pieds, mort. Je m'approche davantage des dragons, pour les examiner :

Leurs écailles sont incroyables. Elles semblent retenir la foudre. Ils ont sûrement des propriétés magiques incroyables. Imagine une baguette, fait avec le ventricule de l'un de ces dragons … Ou même des gants, fait à partir de leur peau ? Sans parler de leur venin…

La tempête s'abat sur le village. Les éclairs ne touchent que les assaillants, et tout se calme, petit à petit.


oOo


Le temple est entièrement construit. Il est si haut, qu'il semble chatouiller le ciel. Il n'y a plus aucun dragon, aucun œuf. Deux hommes regardent tout leur peuple entrer dans le temple, qui pleurent le cœur fendu. On entend les cris des dragons, qui souffrent avec eux. Avant de refermer l'entrée, l'un des hommes s'avance et lève sa baguette, vers les deux hommes et lance un sort. Il leur murmure des ordres, des conseils. Des inscriptions s'étalent sur leurs deux peaux.

C'est un serment inviolable, observe Scorpius.

A quoi s'engagent-t-ils à ton avis ?

A garder le secret et à protéger l'endroit. A traquer tous ceux qui ont entendu parler ou vu les dragons foudres…

Le serment a dû fonctionner, pour que le secret, l'existence des dragons foudres soient oubliés de tous, et ne deviennent rien de plus qu'une légende.

En lançant son sortilège, le dernier homme du village a juste le temps d'apercevoir un éclat rouge dans les arbres. Un anglais s'est caché, et a tout vu. Il disparaît, bien avant que les deux hommes ne se rendent compte de sa présence.

C'est sûrement grâce à ce seul témoin, que la légende du Temple du dragon foudre s'est construite… Il n'en aura fallu qu'un seul, pour que rien ne soit tout à fait oublié.


oOo


– Alors c'est pour protéger les dragons qu'on a créé ce temple…, murmure le briseur de sorts.

Nous sommes sortis du tourbillon de souvenirs. Il y en a encore des tas et des tas, qui voguent à la surface de l'eau. Des scènes de vie, sur ce qu'il s'est passé après la fermeture du temple, ou même avant. Tout se mélange…

– Ces hommes et ces femmes se sont sacrifiés pour protéger cette espèce…

– T'avais déjà vu un dragon pareil ?

Je secoue la tête.

– On en apprend tous les jours, sur les dragons. On découvre de nouvelles espèces, mais jamais je n'en avais vu une aussi amicale avec l'Homme. Les dragons sont dangereux et peuvent se montrer très cruels…

– Les dragons foudre savaient qu'ils dépendaient de ces villageois pour survivre. Ils ne pouvaient pas se nourrir seuls, se déplacer … Et ces villageois eux-mêmes, avaient besoin de ces dragons pour survivre : les snillusions les auraient bouffé les uns après les autres.

– T'as raison. Mais… Je ne sais pas. Dans leurs yeux… On sentait qu'ils avaient des sentiments pour ces humains…

– Peut-être que ces dragons avaient des cœurs d'humains, et ces humains, des cœurs de dragons.

Je lève les yeux au ciel.

– C'est de la belle poésie, mais ça ne nous avance à rien. Combien de temps a vécu ce peuple, prisonnier de ce temple qu'il a lui-même construit ? Je me demande.

– Je n'en sais rien. Mais ils ont donné leur vie pour ce dragon… Alors, je n'imagine même pas jusqu'où ils ont été, pour protéger ce lieu, et ce secret…

Nous nous avançons courageusement vers la porte, derrière le pont. Nous n'avons pas le choix. Il faut avancer.

Scorpius continue de marcher devant moi. Il ne tremble plus de peur. Mais moi, après avoir vu ces dragons et leur force, leur volonté de survivre même après avoir perdu la possibilité de voler, j'ai plus peur que jamais. Après des siècles à être enfermés à l'intérieur de ces murs, qui sait ce qu'ils sont devenus, et même s'ils sont toujours en vie…

Avant cette expédition, le dragon foudre n'était qu'un mythe. Aujourd'hui, il est une réalité passée, mais une réalité tout de même. Alors, je me mets à croire en tout, et surtout, à la survie de cette espèce que la magie et la nature ont créée.

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Le temple du dragon foudre - V by CacheCoeur

Quand nous ouvrons la porte une salve de sorts nous tombent dessus. Scorpius et moi les controns tous, en reculant, dos au mur. La salle est plongée dans l'obscurité, et je ne vois pas d'où les attaques viennent :

– PUTAIN MAIS CA S'ARRÊTE JAMAIS ? 

– LOUIS ?

– PAPA ?

Lumos ! fait la voix de Charlie

– TON LANGAGE JEUNE HOMME !

L'enchaînement me fait doucement sourire, alors que je me jette dans les bras de mon père, qui me sert contre lui et embrasse mon front sans aucune pudeur. Je m'en fiche bien. Par-dessus son épaule, Charlie reprend son souffle et me regarde, soulagé, alors que Scorpius s'avance vers lui.

– J'ai cru que je t'avais perdu, murmure mon père à mon oreille.

Il s'écarte de moi et pointe un doigt accusateur sur moi, soudainement furieux. Toute tendresse a quitté son visage :

– Je t'avais dit quoi, Louis Raymond Weasley Delacour ?

Il attend patiemment ma réponse, alors que je bredouille faiblement :

– De ne rien faire de stupide ? 

– Après l'heure du couvre-feu, tu aurais dû rentrer et arrêter tes observations !

– Tu crois vraiment que c'est le moment de me passer un savon ? Je murmure en pointant du doigt les quelques sorciers qui sont restés en arrière.

– Tu n'y échappera pas ! me prévient-t-il. Quant à toi…

Il se précipite sur Scorpius, qui paraît encore plus pâle que d'ordinaire :

– J'ai suivi Louis parce que je l'ai vu se faire aspirer par un arbre ! Se défend-t-il tout de suite. Je n'ai pas réfléchi ! Je me suis dit que c'était une mauvaise idée de le laisser seul, qu'il n'était pas préparé, et vous avez spécialement insisté pour que la magizoologiste ne soit jamais seul et franchement, sans moi, votre fils serait déjà en…

Mon père le prend dans ses bras à son tour.

– Merci.

– Je tiens à préciser que je t'ai sauvé les fesses, Malefoy. Pas l'inverse.

– C'est ça Weasley... C'est ça !

– Mais Merlin merci de m'avoir épargné ce fardeau de fréquenter les jeunes au quotidien, lève les mains au ciel Charlie.

Il me donne une pichenette sur le bout du nez, comme si j'avais encore cinq ans.

– Ne refais jamais ça ! Ton père est devenu complètement dingue quand on s'est aperçus de votre disparition…

– Comment avez-vous fait pour arriver jusqu'ici ? 

– Eloïsha a observé les ponstastillas toute la nuit, après le signalement de votre disparition. Elle s'est doutée que tu avais compris leur déplacement…

– Pas tout à fait. Enfin, j'ai surtout vu un snillusions se faire happer par la force magique de l'arbre. C'est après que j'ai compris…

Je triture nerveusement mes piercings à mon oreille, en acceptant la gourde d'eau que me lance mon parrain. J'avale à grandes gorgées, la bouche sèche :

– On a lancé plusieurs sortilèges pour vous retrouver, sans succès, explique Charlie.

– Vous n'avez pas dû prendre la même entrée que nous.

– On s'est dit que vous chercheriez à rejoindre la salle principale.

– Scorpius a eu la même pensée. Il est mâlin... Rose ne sortirait jamais avec un abruti de toute façon...

Mon père le félicite chaleureusement, alors que je lève les yeux au ciel.

– Ravi de constater que vous ne vous êtes pas entre-tués…, ricane Charlie.

Je repense à ce qu'il m'a dit, quand il a affirmé que s'il m'avait suivi, c'était uniquement parce que c'est ce qu'Allénore aurait fait.

– Franchement on est pas passé loin de le faire, avoué-je. On rentre quand ? Je demande subitement. Je suis épuisé… Et Scorpius a besoin de soin. Son épaule est en vrac, il a presque failli la perdre…

– On ne peut pas.

– Vous n'avez pas de portoloins d'urgence ? m'exclamé-je.

– Ils ne fonctionnent pas. Tous les sorts de transplanage et d'apparition sont inefficaces, explique mon père.

– Tu crois vraiment que j'ai pas tenté le coup plus tôt ? ronchonne Scorpius en me foudroyant du regard.

– Bah tu l'as dit toi-même, vieux ! T'es pas un expert !

Mon oncle tapote mon épaule avec force, pour me rassurer. Mon père se tourne vers nous, après avoir examiné le bras de Scorpius, désormais parfaitement guéri :

– Les sortilèges dominos ont été levés dans cette zone, nous rassure-t-il. Le maléfice de nécrose ne fonctionne plus ici. T'as dû avoir un mal de chien…

Scorpius hausse les épaules, comme si de rien n'était. Il est moins fragile qu'on ne le pense, finalement… Il ne s'est pas plaint de la douleur un seul instant, après que j'ai replacé son épaule.

– On a trouvé une antichambre, avec une pensine immense, lui apprend Scorpius. On a pu voir une partie de ce qu'il s'est passé à travers les souvenirs de certains hommes et de certaines femmes…

– Je sais. Nous sommes passés par trois antichambres de ce genre… Des sorciers prélèvent déjà les souvenirs, fait mon père.

– Le dragon foudre a réellement existé, murmuré-je sans toujours vraiment y croire.

– Tu as pu les voir ? m'interroge Charlie, tout émerveillé.

– Pas toi ?

– Je n'ai pas eu le droit de faire trempette …, se désole-t-il en lançant un regard noir à son frère aîné.

– Ils étaient gigantesques, Charlie… Et puissants. Vraiment puissants.

– On a retrouvé aucun ossement pour le moment …, observe Scorpius. Pourtant, ces dragons ont été enfermés dans le temple. Et ils avaient sûrement de quoi survivre… Les humains qui les ont protégés s'en sont assurés.

– Je n'en sais rien. Il y a manifestement plusieurs façons d'entrer dans ce temple, mais aucune pour en sortir, enchaîne mon père.

– Comment se sont-ils nourris ? Et pour l'oxygène ? Pour l'eau ? Comment ont-ils pu vivre sans soleil ?

– Dans les souvenirs que j'ai vu, les humains et les dragons se nourrissaient de snillusions, qui se laissaient piéger par les sorts. Les humains buvaient les larmes des dragons.

– Vous pensez qu'il y en a toujours ici ?

– De quoi ?

– Des humains, répond Scorpius.

– Je ne pense pas. A défaut d'avoir trouvé des ossements de dragons, nous en avons trouvé des humains… Ainsi qu'une chambre funéraire.

– Et les dragons alors ? chuchote Charlie.

– Ils ont tout fait pour s'adapter et survivre, je rétorque. Pour moi, ils sont toujours là.

Une créature aussi forte ne peut pas avoir disparu de la sorte.

– Tu as réussi à lever beaucoup de maléfices ? s'enquiert mon père auprès de Scorpius.

– Au moins une dizaine.

– C'est du bon travail…

Scorpius sourit fièrement alors que nous commençons à explorer cette nouvelle salle, qui semble immense, à la lueur de nos baguettes. Les murs ne comportent aucunes inscriptions. Il n'y a aucune gravure, rien. Tout est lisse et noir. Si je regarde en bas, j'ai peur à chaque pas que je fais, de tomber dans le vide. Ça me provoque un léger vertige.

– C'est abominable d'avoir enfermé ces dragons…, marmonne Charlie.

– Je crois qu'ils n'ont pas eu le choix, et que c'était la meilleure chose à faire pour les protéger. C'était une espèce déjà menacée.

– Pourquoi est-elle apparue dans un environnement aussi peu adapté à sa morphologie ? s'étonne Charlie.

– Le hasard. La magie. Franchement, je n'en sais rien, je réponds distraitement en continuant de marcher.

Mon père me lance une barre protéinée, avant même que mon estomac ne se mette à gargouiller, et je l'en remercie.

– Si jamais on reste coincé ici jusqu'à la fin des temps, je refuse de manger des snillusions, je maugrée en mordant à pleines dents dans la barre.

– Ne dis pas de choses comme ça, grogne Scorpius. On va sortir de ce Temple.

Mon père et Charlie ne disent rien, ce qui accentue le malaise. J'enlève distraitement la poussière qui s'est accumulé dans mes cheveux. Je me mets à siffler, détestant ce silence lourd et pesant. Le groupe est composé d'une petite vingtaine de sorciers et sorcières, qui avancent doucement. Eloïsha n'est pas parmi eux, et j'en suis presque déçu.

– Nous sommes sûrement de nouveau dans un couloir sans fin, soupire l'un d'eux.

Mon père hoche la tête, et s'arrête.

– Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demande Charlie.

– On trouve la solution, sourit énigmatiquement un briseur de sorts.

Lumos Maxima !

Quand je lève les yeux vers le plafond, il semble infini lui aussi. Un sorcier en évalue la hauteur, alors que d'autres examinent les murs, à la recherche d'une sortie. Je m'assois à même le sol, complètement épuisé, et rejoint mon oncle.

– Et moi qui pensais que ce serait une promenade de santé… Quelle vaste blague ! s'esclaffe-t-il.

Je pose mes mains à plat sur le sol en fermant les yeux. De toute façon, tout est si obscur que ça ne change rien. Je me frotte les yeux, fatigués. Ça fait combien de temps, que je n'ai pas dormi, que je suis enfermé ici ?

– Je suis soulagé que vous nous ayez trouvés…

– C'est un coup de chance… Ce Temple a l'air immense. Ton père avait beau garder espoir, il était très inquiet. Et moi aussi…

J'examine les quelques blessures que je me suis faites. Charlie fronce les sourcils, en me regardant grimacer, alors que je palpe mes tempes. J'ai dû m'ouvrir l'arcade à un moment donné… Sa baguette éclaire mon visage :

– Louis… Qu'est-ce que tu as ?

– Un très beau visage ?

– Non…

– T'es vexant, rétorqué-je en faisant mine d'être vexé.

– Non, je veux dire…

– Je me suis pris quelques pierres, rien de grave…

– Non ! m'interrompt-il encore une fois. Ton visage ! On dirait que tu as de la suie partout sur les paupières …

Je regarde mes mains, distraitement. Elles sont effectivement couvertes d'une sorte de suie noire. Charlie pointe sa baguette sur le sol :

Recurvite !

Le sol s'éclaircit presque instantanément autour de Charlie, qui écarquille les yeux. Les sorciers autour de nous hoquettent de surprise, alors que nous nous levons.

– Elle vient d'où, cette suie ? demande l'un d'eux.

– Des dragons…, murmure Charlie en même temps que moi.

Quelques briseurs de sorts ont pris exemple sur Charlie et s'attellent à nettoyer le sol de toute la suie qui le recouvre.

– Il y a des inscriptions ?

– « Seuls les hommes ayant un cœur de dragon, et les dragons ayant un cœur d'humain, peuvent vivre en harmonie en ces lieux », traduit une sorcière.

– Laquelle des deux espèces a vu son cœur changer en premier ? suppose Charlie en me regardant.

– Peut-être aucune des deux… L'Homme ne peut pas vivre éternellement, enfermé entre quatre murs ! Tu imagines sincèrement tout un peuple, en train de vivre ici, isolé de tout ?

– La magie fait de ces miracles, Louis… Ne la sous-estime pas.

– Quant aux dragons…

– Peut-être ont-ils attaqué les humains ?

– Je n'en sais rien, mais le fait est que plus personne ne vit ici. Sinon, pourquoi les humains ne nous ont-ils pas déjà attaqué ? Ils ont usé de serments inviolables ! Leurs sortilèges d'amnésie ont tenu des siècles ! Ils étaient prêts à tout pour protéger cet endroit des envahisseurs !

– Ecartez-vous du centre ! ordonne soudainement mon père.

Tout le monde s'exécute, et quand il pointe sa baguette sur l'inscription, imité par tous les autres briseurs de sorts, le sol tremble légèrement. Un escalier l'éventre sans ménagement et je me demande quand tout ceci aura une fin…

Nous patientons plusieurs minutes, en attendant que le plancher se stabilise. Un point lumineux, bleu et rapide en sort, suivi de plusieurs. On dirait des étoiles filantes qui nous assaillent, qui partent dans tous les sens. Elles ne volent pas vraiment. Elles bondissent, de murs en murs, s'accrochent. Elles ricochent.

– Qu'est-ce que c'est ? s'alarme une sorcière.

Les points lumineux émettent des petits cris étouffés, assez aiguë, tant et si bien qu'ils me paraissent même joyeux.

– C'est vivant, sourit Charlie.

Un point lumineux atterrit à nos pieds. Je me penche pour l'observer. Une paire d'ailes atrophiées mais ridiculement plus grandes que le reste du corps, deux yeux saphir et des griffes acérées et longues et des écailles d'indigo. Avant même qu'il n'ouvre la bouche pour cracher une petite décharge électrique, je comprends :

– Le dragon foudre…

Comment une aussi grande créature, si gigantesque qu'elle surplombait les arbres de la forêt de Papouasie, a-t-elle pu devenir une aussi petite chose, qui se loge sans difficulté dans la paume de ma main ?

Les points lumineux finissent par se poser, curieux. Leurs yeux, sensibles à la lumière qui se dégage de nos baguettes, sont plissés, et leur teinte saphir s'est assombrie. Le dragon foudre se frotte contre mon pied et s'y dépose, enroulant, protégeant son corps de ses ailes qui le camoufle tout entier.

– C'est…, murmure Charlie.

– Fascinant ? proposé-je.

Mais c'est plus que ça. Il n'y a pas de mot.

C'est une toute nouvelle espèce que l'on découvre.

– Il faut que l'on emprunte ces escaliers, nous rappelle à l'ordre mon père. Les dragons venaient de là…

Mais ni Charlie ni moi ne l'avons écouté :

– T'as vu ses ailes Louis ?

– Elles semblent recouvertes d'écailles. Je n'ai jamais vu ça.

– Moi non plus…

– Elles doivent le protéger … Si ses ailes le recouvrent entièrement, atteindre le dragon doit être impossible, je comprends.

– A croire que le dragon foudre a trouvé une autre utilité a des ailes qui ne peuvent pas le faire voler, approuve Charlie. Et ses griffes… Regarde ses griffes !

Elles sont immenses, comparées à son corps. Elles semblent affûtées, tranchantes…

– Ce sont plutôt ses yeux qui m'intriguent, je réponds. Il a l'air de très bien voir dans le noir.

– Tu l'as vu cracher de la foudre ?

– Une petite décharge électrique …

– Ses ailes, son corps luisent … Soit il produit sa propre lumière, soit il rejette celle qu'il a absorbé, suppose Charlie.

– Les dragons peuvent faire ça ?

Je lève la tête pour observer les autres dragons foudre. Les quelques magizoologistes qui sont entrés dans le temple et faisant partie de l'équipe de mon père, observent également les spécimens les plus proches d'eux. Bien que nous soyons toujours dans le noir, nous devinons les contours de la pièce, circulaire, grâce aux dragons qui se sont posés sur les murs. On se croirait au milieu d'une constellation…

– Je ne sais même pas si on peut encore appeler ça un dragon, Louis ! s'exclame mon oncle.

La créature n'est pas plus grosse qu'un psychard…

– Mais je n'ai jamais rien vu d'aussi beau…

« Beau »… Il est peut-être là, le bon mot.

– Charlie, Louis… On se concentre !

Mon père nous interpelle, un sourire amusé sur le visage.


OoO


Nous sommes descendus dans la chambre principale. Les dragons foudre nous ont observé tout du long, et nous ont accompagné. Les murs sont d'or et de saphir. Le ciel sous nos yeux, étincelle et brille doucement.

– C'est magnifique…, souffle Scorpius.

Nous sommes dans un puits de lumière, immense, qui forme comme un dôme au-dessus de nos têtes. Il est en verre, parfaitement transparent, nous laissant voir, que dehors, il fait bien jour. Les arbres sont immenses, comme dans les souvenirs que j'ai vu dans la pensine. La végétation ici, a pris le pas sur tout ce que l'Homme avait construit. Les plantes grimpent, percent le sol, les fruits sont prêts à être cueillis, les légumes à être déterrées. Il y a quelques snillusions aussi, avec lesquels les dragons foudre semblent jouer. On devine encore quelques habitations dans les arbres, quelques meubles, quelques outils, mais tout ou presque, a été recouvert par de la verdure.

– Comment ont-ils pu cacher cela au monde entier pendant autant d'années ? s'interroge une sorcière.

– La forêt entière protégeait le secret, en quelque sorte. Peut-être que les Hommes, en l'affaiblissant, ont affaiblit également les sortilèges de protection et d'amnésie ? Suggère un briseur de sorts.

Ce qui est sûr, c'est que nous sommes tous en train d'assister à un événement, une découverte qui va bouleverser le monde sorcier à jamais…

Les dragons foudre nous étudient, presque autant qu'on les étudie. Chaque fois que nous faisons quelque chose qui leur déplaît, ils nous lancent des décharges électriques. Les plus puissantes d'entre elles paralysent les victimes, qui se retrouvent complètement hagardes et incapables de faire quoique ce soit pendant plusieurs minutes. Dès que nous nous approchons trop près des habitations, des vestiges humains de cet endroit, des tablettes, des statues, des constructions, les dragons foudre sont sur leurs gardes et changent du tout au tout.

– La coupole en verre peut se briser facilement, nous rassure un autre briseur de sorts.

– On ne peut pas prendre le risque de laisser les dragons foudre s'échapper d'ici sans avoir de quoi les accueillir, l'avertit Charlie.

A chaque pas que l'on fait, les dragons foudre nous imitent. Tantôt joueurs et espiègles, leurs grands yeux intelligents nous scrutent avec intérêt. Ils réclament notre attention.

– Des siècles à être enfermés… Qui sait depuis combien de temps ils sont seuls ? Sourit Scorpius, en se penchant pour prendre entre ses mains un petit dragon qui vagit faiblement.

– Les dragons sont dangereux, je l'avertis. Fais attention. Celui-ci est peut-être aussi petit et mignon qu'un chat, mais on ne sait rien encore de ses capacités. Ses griffes pourraient te lacérer la peau. Son venin pourrait être mortel. Quant à sa foudre… Qui sait de quoi il est vraiment capable ?

Scorpius le repose sagement, alors que le dragon pousse un long gémissement plaintif.

– Qu'est-ce qui se passera, quand le monde découvrira leur existence, à ton avis ?

– Je n'en sais rien, j'admets. Du bon, du moins bon…

Les trafiquants sont de plus en plus nombreux. Les marchés noirs de créatures magiques n'ont jamais été aussi importants.

– Tu penses que les trafiquants pourraient s'intéresser à eux ?

– C'est certain, je hoche la tête. Sur le marché noir, ils se vendront comme des petits pains. C'est pour ça qu'il faut se montrer prudent, et les empêcher de sortir pour le moment.

– La réserve de Roumanie les accueillera ?

– Sûrement, répond Charlie à ma place. Ils seront étudiés dans un endroit plus secret. Louis a raison… Des hommes et des femmes ont sacrifié leurs vies, leur peuple pour protéger ces dragons. Ne pas les protéger à notre tour, serait salir leur mémoire.

Au moment où les briseurs de sorts lèvent les derniers maléfices et enchantements, les magizoologistes retiennent les dragons qui semblent goûter l'air de l'extérieur avec une impatience grandissante. Quand les premiers briseurs de sorts quittent le Temple, après avoir fait exploser la coupole de verre, les dragons les regardent, presque suppliants. Charlie et moi, restons près d'eux, pendant plusieurs heures, jusqu'à ce que le directeur de la réserve de Roumanie arrive, et avec lui, une dizaine de dragonologues.

Le Temple du dragon foudre sera exploré plus tard. On en apprendra plus, sur la vie de ces gens, qui ont tout donné pour protéger des dragons.

– Tous les secrets sont découverts tôt ou tard, je souris, en regardant le dernier dragon être emmené.


oOo


De retour sur le camp, la fête bat son plein. J'ai à peine eu le temps de prendre une douche et de manger un peu… J'ai essayé de dormir, mais j'ai trop de choses en tête, pour fermer les yeux. Nous sommes restés trois jours dans le Temple. C'est à la fois très peu et beaucoup… A l'intérieur, j'avais perdu toute notion du temps.

En sortant de la tente, j'entends de la musique, des bouteilles que l'on sabre et des chants hurlés à tue-tête. Assis à une table, je retrouve Scorpius. Ses blessures ont été soignées, et ses cheveux sont encore humides.

– Je viens d'envoyer un message à Rose et Albus, m'apprend-t-il. Je leur ai dit que tu allais bien.

Évidemment qu'il l'a fait. Ils sont inséparables tous les trois. Enfin, tous les quatre… Scorpius est triste. Je devine qu'il aurait aimé se confier à Allénore également. Moi aussi je le voudrais. Elle adorerait entendre l'histoire du dragon foudre.

– Ok, je réponds simplement.

– Je sais qu'ils s'inquiètent pour toi, grogne-t-il.

– Sommes-nous vraiment obligés de nous détester ? marmonné-je. Après tout ce qu'on a vécu …

– J'en sais rien, avoue Scorpius. Après Allénore…

– Elle a disparu Scorpius. Elle a abandonné tout le monde. Les aurors n'ont rien trouvé. Elle a lancé des sortilèges pour qu'on ne puisse pas retrouver sa trace. Il faut que tu te fasses une raison.

– C'est moi, que t'essaies de convaincre, ou toi ?

– Toi, rétorqué-je vivement.

– Je sais que quelque chose lui est arrivé. Et je sais qu'on est tous responsables.

En fait, il s'en veut autant qu'il m'en veut.

– Je ne te pardonnerai pas, de l'abandonner à ton tour, termine-t-il en buvant une dernière gorgée de whiskey-pur-feu. Comme je ne te pardonnerai pas, d'ignorer les messages de Rose, et d'éviter Albus chaque fois qu'il vient te voir.

C'est trop dur, de leur parler, de faire comme si rien n'avait changé. Mais tout a changé et faire semblant serait nier la vérité. Je déteste mentir. Je déteste le mensonge.

– Alors, on va se détester…

– Détester est peut-être un peu fort. Mais je te méprise.

– Parce que je vais de l'avant ?

– Parce que tu es capable d'aller de l'avant, sans te soucier de ce qu'elle est devenue.

– Qu'importe. Elle ne veut plus de moi dans sa vie, alors je ne veux plus d'elle dans la mienne ! j'affirme plus sèchement que je ne le voulais.

Je refuse d'en entendre plus, alors je m'éloigne. La nuit tombe lentement comme un couperet, comme la fin d'une aventure. J'évolue dans le camp. Mon père a sûrement trop bu et s'évertue à imiter un espèce de solo de guitare, debout sur un banc. Je suis déçu de ne pas avoir apporté mon appareil photo. Cependant, Charlie rit à gorge déployée et ne se gêne pas pour le mitrailler. Je m'éloigne un peu plus du camp. Dehors, les ponstastillas ont déjà commencé à s'éparpiller.

– T'es pas en train de dormir ? me fait sursauter une voix.

Eloïsha m'observe, les yeux mystérieux et les lèvres pincées.

– Mes félicitations, Weasley. Tu as trouvé bien avant moi le parcours des ponstastillas.

– Mais tu as tout deviné à ton tour seulement quelques heures après moi, je souris. Ne t'en veux pas. Je suis un génie.

– Si humble, si modeste, ricane-t-elle.

– Je suis doué et je le sais. Qui y'a-t-il de mal à ça ?

– Rien. Tant que tu ne te sens pas pousser des ailes…

– Tu sais, j'ai appris récemment qu'elles ne servaient pas qu'à voler.

– Tu charmes toujours les gens, comme ça ?

– Oui.

– Tu flirtes avec moi ?

Elle ne s'est pas gênée pour le faire il y a trois jours… Alors pourquoi n'en ferais-je pas autant ?

– Peut-être.

– Tu sais que je vais sûrement faire partie de ton jury de délibération à l'obtention de ton diplôme ? sourcille-t-elle.

– Et pourtant, tu continues à me parler et à entrer dans mon jeu ! Je souris davantage.

– Raconte-moi ce que tu as vu…, m'ordonne-t-elle d'une voix suave. Parle-moi du dragon foudre. Parle-moi de ce temple. Parle-moi…

Je m'exécute, sans omettre aucun détail. Je ne néglige pas ma peur, ma douleur, ma solitude, ma fascination. Je lui confie ce qu'il s'est passé dans ce temple, ce que j'ai vu, ce que j'ai entendu, la trouille que j'ai ressenti jusque dans le fond de mon ventre, et l'émerveillement devant ces créatures que je ne saurais même pas décrire avec précision. En m'écoutant, Eloïsha s'est encore rapprochée de moi. Ses lèvres frôlent mon oreille, et ses mains sur ses genoux, vont jusqu'aux miens.

– Tu es doué, Louis Weasley. C'est un fait. Tu as du cœur aussi. C'est un autre fait…

Je m'approche d'elle, tout doucement. Elle reste froide, impassible, mais ne recule pas d'un pouce.

– Et tu me plais, aussi.

Quand elle pose ses lèvres sur les miennes, j'ai un bref mouvement de recul. Mais je ne m'enfuis pas. Je l'accueille.

Quand il est question d'amour, la seule partie du corps à toucher est le cœur. Eloisha n'effleurera jamais le mien et nous le savons tous les deux. En revanche, elle peut avoir tout le reste. Quand j'entre dans sa tente, alors que ses mains me caressent, que sa langue joue avec la mienne, j'ai à peine le temps de voir Scorpius, et son regard désapprobateur, qu'Eloïsha me fait tout oublier de ses mains et de sa bouche. Elle passe mon t-shirt au-dessus de ma tête et j'attends la suite, comme on attend la prochaine aventure après que la précédente se soit achevée.

J'ai le droit de me sentir bien. J'ai le droit de me sentir heureux.

Aujourd'hui, j'ai participé à la découverte de l'un des secrets les mieux gardés du monde sorcier et je crois que j'ai trouvé le sujet d'étude de mon mémoire…



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Le temple du dragon foudre - Louis Weasley – Mémoire d’étude de magizoologie, extrait. by CacheCoeur

 

« J'ai décidé de consacrer mon mémoire, à ces créatures magiques oubliées et disparues, ces créatures magiques devenues mythiques, ou qui malheureusement, sont restées légendaires faute d'avoir pu être observées. La découverte du Temple du dragon foudre a sans aucun doute marqué ma vie. Peut-être cela fera-t-il sourire mon lecteur, quand il saura que je n'ai que vingt-et-un ans. A cet âge, il est vrai qu'un événement peut facilement nous bouleverser et nous amener à penser qu'il a changé notre vie à tout jamais. La jeunesse, min peu d'expérience, me fait peut-être manquer de recul, mais je l'affirme sans en rougir : avoir été l'un des premiers, à observer et étudier les dragons foudre a, et aura une influence significative sur tout ce qui se passera après dans ma vie.

Beaucoup ont jugé mon choix de sujet. Je me suis confronté à plusieurs critiques, plus ou moins acceptables, plus ou moins utiles, que j'ai négligemment écoutées, ou patiemment acceptées. Plusieurs sorciers ont sourcillé, me demandant pourquoi je perdrais mon temps à chasser des chimères. Ce à quoi j'ai répondu qu'en tant que sorcier, c'est une honte, de penser de la sorte.

Pour les moldus, la magie n'existe pas. Elle n'est que fantaisie, source d'histoires plus incroyables les unes que les autres, dans lesquelles ils aiment se plonger et rêver. Mais nous, nous savons qu'il en est tout autre chose, que la magie n'est pas un conte, qu'elle est réelle, et qu'elle est notre quotidien. Si nous-mêmes, ne croyons pas un peu en ces créatures fantastiques et légendaires, qui d'autre pourrait le faire ? Peut-être qu'il existe un autre monde, un monde plus secret que le nôtre, plus magique encore, et il est de notre devoir, d'y croire. Il est prétentieux de notre part, en tous cas, de ne pas se poser la question, en négligeant même, d'imaginer l'éventualité qu'il n'existe pas de secret mieux gardé que le nôtre.

Car il est bien de la vocation de la plupart des secrets, d'être découverts un jour.

Mes voyages m'ont conduit au Japon, en Nouvelle-Zélande, aux Etats-Unis, en France, en Norvège, en Chine. Partout dans le monde, il existe des légendes. Ainsi, entendons-nous parler de ces créatures, de leurs légendes qui ont traversé les siècles.

J'ai étudié les textes. J'ai rejoint des équipes de recherches. J'ai observé les Aitvaras, en Lituanie, ces oiseaux semblables à des coqs noirs et blancs, apportant chance ou malchance aux foyers qu'ils visitent. J'ai apporté ma contribution aux magizoologistes de France pour débusquer les premiers Mourioches, ces esprits diablotins voleurs qui se rendent invisibles quand on les approche de trop près. J'ai également rejoint le laboratoire chinois chargé d'étudier la nouvelle espèce magique du Qilin, une créature légendaire jusqu'à il y a deux ans, qui apporte harmonie dans les bois qu'elle habite. Je me fais une joie d'aller bientôt en Australie, pour poursuivre mes recherches, et partir en quête du Wagyl, ce serpent arc-en-ciel qui d'après sa légende, fait rêver les insomniaques. J'ai cœur à faire de la magie une vérité, à toutes les échelles que je serais capable de gravir.

La magizoologie est une science. Mais les sciences ne doivent pas être une excuse à l'imaginaire, ne doivent pas le repousser, le négliger et le mépriser. Les hypothèses les plus folles conduisent aux résultats les plus invraisemblables. Les plus grandes découvertes se font par des hommes et des femmes qui avaient foi en ce qu'ils pensaient, ce qu'ils croyaient, en ce qu'ils ont pu observer, et parfois bien après tout ça, prouver.

Je ne prétends pas être parti, ou avoir vocation à partir en chasse de toutes les créatures légendaires de ce monde. Je veux simplement un peu de vérité, et rendre justice à ces créatures, qui ont peut-être un jour existé, qui se sont sûrement adaptées, ou qui existent peut-être toujours…

En ça, le dragon foudre a changé ma vision des choses. Je suis un bourlingueur, et explorer le monde, ce qu'il a à m'offrir, est ma mission la plus précieuse.».

- Louis Weasley, extrait de son mémoire de fin de cycle, conclusions, « Les créatures magiques mythiques : recherches et analyses », rédigé en février 2028, présenté à l'Ordre des Magizoologistes le 20 mars 2028.

 

 

End Notes:

Et voilà la fin de cette première nouvelle ! J'espère qu'elle vous a plu ❤ 

 

La prochaine nouvelle comporte six petits chapitres et vous emmenera à Malte ! Pour comprendre tous les tenants et aboutissants de cette nouvelle, je vous recommende très chaleureusement de lire, ou d'avoir lu "Rappelle-moi tout", qui vous présentera les psychards, mais aussi Faramond, la petite créature qui vit sur la tête de Charlie, déjà mentionné dans cette première nouvelle. 

 

 

Les addictions by CacheCoeur
Author's Notes:

TW : dans certains chapitres il y a des descriptions d'addiction à la drogue. 

 

 

Janvier 2028

 

– T'as reçu une lettre de Charlie ce matin, expose James les pieds posés sur notre table basse.

Je le rejoins en me vautrant grossièrement sur notre canapé et fait venir une cannette de soda jusqu'à moi. Je viens à peine de rentrer de ma dernière mission… Molly a insisté pour que nous formions une collocation parce que, je cite « vous êtes tous les deux paumés, et entre paumés, on s'aide ! ». Je suis tout le temps en vadrouille, depuis décembre dernier. Maintenant que je fais des recherches sur les créatures légendaires susceptibles d'avoir été ou d'être des créatures magiques, je n'ai jamais le temps de vraiment défaire ma valise.

– Ou alors c'était y'a trois jours. Je sais plus, hausse les épaules mon cousin.

– Charlie m'écrit tout le temps en ce moment.

– Je l'ai mise sur le tas, avec toutes les autres, m'indique le brun.

Je prends le temps de l'observer. Si la fatigue avait un visage, elle aurait actuellement celui de James Potter : il a des cernes monstrueux, comme j'en ai rarement vu. Ses lunettes rondes sont négligemment posées sur le sommet de son crâne, et retiennent ses cheveux qui partent dans tous les sens.

– Tu sais que t'as le droit de dormir, hein ? l'avertis-je gentiment.

– Je passe l'examen à la formation d'aurors dans moins de deux mois. J'ai pas le temps de dormir.

– Ton cerveau est une éponge qui a besoin de s'essorer : quand tu dors, tu l'essores, justement !

– Je n'ai pas le droit à l'erreur, murmure James.

Il se met trop de pression… Faut vraiment que je m'occupe de lui, que je me charge de lui changer les idées. Ça ne lui réussit pas, d'être trop sérieux.

– Tu sais que ton père t'aimera qu'importe les résultats de cet examen ?

– Ce n'est pas tant pour lui que pour moi. J'ai déjà perdu énormément de temps, en étudiant le droit magique. Maintenant que je sais ce que je veux faire, je veux être à la hauteur. Et puis, t'en as pas marre d'être l'enfant parfait à qui tout réussi ? Rose et toi vous vous partagez les honneurs ! Laissez-moi en profiter !

– Alors déjà, c'est entièrement faux : Molly gère sa propre chronique dans la Gazette, ton frère va devenir le prochain Monsieur Binns et quoiqu'on en pense, ça reste cool, Lily et Hugo vont faire des médicomages du tonnerre, mes sœurs ont le monde à leurs pieds, Fred fera un oubliator formidable ! On cartonne tous, et nos parents sont fiers de nous. T'as pas lu les derniers torchons de la semaine ? On serait tous des gamins pourris-gâtés …

– Si seulement, explose de rire mon cousin.

– T'as rien à nous prouver. Ni à eux, ni à nous, lui assuré-je. Alors pitié, t'as la gueule d'un inferi, va dormir !

– Va ouvrir ton courrier alors ! m'ordonne à son tour James en capitulant.

Il se dirige vers le comptoir de la cuisine avant de me jeter la dernière missive de mon oncle et parrain. Je la décachette et la parcoure des yeux. Une seule phrase attire mon attention : « Prépare tes affaires on part samedi à Malte ».

– Eh James ?

– Quoi ?

– On est quel jour ?

– T'as vu ma tronche ? Tu crois que j'en sais quelque chose ? soupire longuement mon aîné.

– LOUIS T'ES PRÊT ? hurle la voix de Charlie à travers la porte.

– Bon bah on est samedi, je présume !

Je gémis intérieurement avant d'aller lui ouvrir. Comme toujours, Charlie me sourit de toutes ses dents et frappe amicalement mon épaule, jusqu'à me la défoncer. Faramond siffle joyeusement dans ses cheveux, beaucoup trop longs.

– Je viens juste de lire ta lettre…, bredouillé-je. 

Il coule un long regard sur le tas de lettres empilées sur le comptoir, avant de revenir vers mon visage et de hausser un sourcil.

– T'as trois minutes pour faire tes bagages, déclare-t-il froidement.

Je hoche la tête et me précipite dans ma chambre. Charlie étant mon supérieur, j'ai techniquement pas le droit de refuser cette mission. Bientôt, je serai libre de l'envoyer bouler comme bon me semble. Enfin, je suis certain d'en avoir jamais le courage : Charlie serait capable de défoncer la porte de notre appartement si jamais je venais à l'ignorer trop longtemps. C'est ce qu'il a fait le mois dernier, quand je n'ai pas répondu à trente-neuvième lettre non-ouverte. Actuellement, nous n'en étions qu'à vingt-quatre. Je sais qu'il s'inquiète…

– Et t'as pensé à envoyer ta candidature à la formation de dragonologie ? L'échéance est pour bientôt !

– Ouais, ouais, je l'ai fait, je mens en bredouillant faiblement.

Je fourre dans ma valise quelques vêtements et les cinq objets dont je ne me sépare jamais, sans compter ma baguette, et rejoins Charlie, sans savoir vraiment en quoi consiste notre mission.

 

 

 

 

 

End Notes:

Pour cette nouvelle, nous irons à Malte ! Les psychards seront sur le devant de la scène : j'ai inventé cette créature dans "Rappelle-moi tout", qui raconte la rencontre entre Faramond et Charlie. 

Les addictions - La boussole by CacheCoeur

 

Charlie et Malte, c'est une longue histoire d'amour. Depuis qu'il y a mis les pieds, je crois qu'une partie de lui y est restée. Faramond ronronne sur sa tête :

– Bienvenue chez toi mon petit gars, je lui fais en souriant.

Sa petite langue sort rapidement de sa bouche, alors qu'il m'observe attentivement. Il dévale le cou de mon oncle, avant de pencher sa tête dans ma direction. Je tends ma main vers lui, qu'il escalade à une vitesse impressionnante. Il se niche dans mes cheveux : je sens ses pattes appuyer sur mon crâne dans le but d'évaluer le confort de son nouveau lit.

Nous traversons la Republic Street et ses nombreux cafés et restaurants avec terrasses pour la pause déjeuner. Beaucoup de personnes y sont, et le brouhaha donne une ambiance à la rue que je n'ai jamais retrouvé nulle part. Nous passons devant quelques monuments comme les Églises de Saint-Francis et de Sainte-Barbara ou le Parlement. Quand nous sommes à Malte, Charlie transplane rarement : il aime trop l'architecture de ce pays pour en priver ses yeux.

Charlie nous amène directement vers un hôtel moldu, en pressant le pas. Je tire sur mon sweat à capuche, vraiment peu adapté au climat … J'ai quitté le temps pluvieux et grisâtre de Londres pour atterrir en plein soleil à Malte ! Il fait frais pourtant, mais au moins il n'y a pas un nuage à l'horizon.

– Bon alors, c'est quoi le problème ici ? demandé-je à Charlie.

– C'est une affaire délicate en fait…, grogne-t-il.

Il jette des regards à droite et à gauche, comme s'il avait peur que nous soyons suivis.

– On doit protéger les psychards de Malte, m'informe-t-il enfin. Ils seraient chassés depuis quelques temps. Ils commencent à migrer vers d'autres pays, et envahissent leurs plages. Les sorciers ne peuvent plus contrôler leurs déplacements et il y a déjà eu quelques accidents avec des moldus.

Eloïsha Garnet m'en a déjà parlé entre deux rencontres et deux baisers…

– Ok, je fais. Donc on va devoir se frotter à des trafiquants ?

– C'est plus que des trafiquants Lou' !

– Je suis d'accord pour dire que ce sont des connards…

– T'as déjà entendu parler du conscidisti ? m'interroge Charlie.

Je fronce les sourcils. C'est une drogue très populaire en ce moment, qui circule partout parmi les sorciers, mais aussi les moldus. Je n'en ai jamais pris. Cependant, je sais que le conscidisti a la faculté de couper celui qui en prend de toutes émotions. La personne ne ressent plus aucun sentiment : ni joie, ni peine, et peut ainsi se concentrer sur d'autres choses plus importantes, comme les études, le travail… Beaucoup s'en servent et y deviennent addicts. A Sainte-Mangouste, on s'en sert sur certains patients pour les anesthésier et les aider à se rétablir, mais aussi à vivre malgré leurs traumatismes. A petite dose, c'est une drogue qui fait se sentir léger, comme si plus rien n'avait d'importance. Chaque prise est contrôlée. Malheureusement, plusieurs trafics illégaux vendent du conscidisti et profitent de ces gens, qui en prennent sans prescription, sans contrôle …

– Quel est le rapport avec les psychards ?

– On raconte que le conscidisti serait fabriqué à partir des propriétés magiques des psychards…

– Comment cela se pourrait-il ? Les psychards font remonter les souvenirs les plus anciens, les plus enfouis. Le conscidisti coupe les personnes de toutes leurs émotions…, remarqué-je sans comprendre.

– De ce que j'en sais, en inversant les propriétés du psychard, on parviendrait à effacer les souvenirs à court terme. De plus, les trafiquants échangent parfois du conscidisti contre des psychards, en guise de paiement.

– Pour en fabriquer encore plus ? supposé-je en réfléchissant à voix haute. Les aurors sont sur le coup ?

– Non. Ce ne sont pas des mages noirs… Mais le Ministère a envoyé quelques sorciers, des agents de sécurité, pour mettre la main sur les dealers. Ce sont des incompétents de première.

– Ces pourritures doivent se faire un max d'argent …

– Si on peut les arrêter, on le fera.

– Ça fait partie de nos qualifications, ça ? ironisé-je légèrement.

– En tant que magizoologistes, on a promis de prendre soins des créatures magiques. Arrêter ces pourritures, c'est clairement leur venir en aide et les protéger !

– Je suis à cent pour cent avec toi, Charlie ! Mais si jamais on se fait taper sur les doigts, je te collerai tout sur le dos ! 

Il lève les yeux au ciel : au fond on sait tous les deux que c'est faux. J'assumerais les conséquences à ses côtés sans hésiter l'espace d'une seule microseconde.

– Y'a d'autres sorciers sur le coup ?

– Pas que je sache. J'ai entendu parler de cette mission par une collègue, alors je nous ai directement inscrits dessus. Ça fera bien sur ton dossier, répond Charlie. 

Je sais que Charlie ferait n'importe quoi pour les psychards. Je hausse un sourcil.

– Mon dossier ? 

– Tu dois bientôt rendre ton mémoire, tu vas passer devant l'Ordre des Magizoologistes… Il faut que tu aies ce genre d'expériences, que tu fasses des missions, surtout si tu veux accéder à la formation de dragonologue !

– J'ai déjà un bon dossier. Quant à mon mémoire, il avance bien…

– J'ai entendu parler de tes exploits en Chine. J'ai hâte de lire les résultats de tes recherches, s'enthousiasme mon oncle. Tu as choisi un sujet original et vraiment très intéressant !

– Donc j'ai déjà toutes mes chances…

– Surtout depuis que tu couches avec Eloïsha Garnet, grimace-t-il

– C'est arrivé trois fois. En deux mois. Et comment tu sais que…

– Elle m'a demandé de te donner ça…, grogne-t-il en me tendant une chaussette.

A vrai dire, je suis ravi que ce ne soit pas autre chose. J'ai dû l'oublier la dernière fois… Je suis parti assez précipitamment parce qu'on m'avait appelé pour rejoindre une équipe de recherches en France, qui enquête sur le mourioche.

– C'est pas sérieux entre elle et moi, le rassuré-je. C'est juste… pour s'amuser.

– Tu ne veux pas t'amuser avec quelqu'un qui ne fera pas partie de ton jury qui te délivrera ou non l'obtention de ton droit d'exercer ?

Je hausse les épaules, indifférent.

– J'espère simplement que tu sais ce que tu fais… Une excellente note t'ouvrira les portes de la formation de dragonologie, Louis ! C'est très sérieux ! Tu devrais faire plus de missions « normales » et pas sur les créatures légendaires !

Je grimace légèrement. J'hésite à poursuivre mes études. Devenir dragonologue a toujours été un rêve de gamin mais j'ai tellement changé… Je veux vraiment devenir indépendant, et commencer à vraiment travailler, à parcourir le monde, sans avoir à me soucier d'un devoir à rendre sur la taille des griffes des verts gallois… Bien que ce sujet me passionne… C'est juste que j'ai besoin de changer d'air, et de quitter la Grande-Bretagne, définitivement.

– J'en fais déjà plein des missions ! lui rappelé-je en souriant. Je n'ai pas besoin de toi… Je te signale que j'ai plus de lettres de félicitations et chantant mes louanges que tu n'en as jamais eues à mon âge.

– Depuis le Temple du dragon foudre t'es devenu une vraie tête à claque, gamin ! Est-ce que tu es fâché de passer du temps avec ton oncle préféré ? se moque légèrement Charlie.

– Tu n'es pas mon oncle préféré, articulé-je vaguement.

– Ah oui ?

– Oncle Percy m'a offert une malle de voyage hyper pratique pour mon dernier anniversaire ! indiqué-je fièrement en soulevant cette-dernière jusqu'à ses yeux.

– Je t'ai offert des gants en peau de dragon ! s'offusque Charlie. 

– Et oncle Harry, lui, m'a donné sa miniature du magyar à pointes, celle sur laquelle je louche depuis plus de quinze ans et qu'il a depuis le Tournoi des trois sorciers… J'ai cru que maman allait s'évanouir quand elle m'a vu avec !

Charlie éclate de rire.

– Quant à oncle Ron, il m'a fait cadeau d'un super beau plateau d'échecs. Oncle George m'a filé tout un échantillon de ses nouvelles fusées fuseboom … Conclusion : t'es pas mon oncle préféré ! le charrié-je gentiment.

– Je me demande vraiment ce que les gens te trouvent parfois… T'es un petit con insupportable…

– Les femmes disent que j'ai du charme…

Charlie s'esclaffe légèrement, amusé. J'ai confiance en moi, je ne m'en suis jamais caché. Cependant, je sais que je ne suis pas infaillible et je prends mon rôle de futur magizoologiste avec beaucoup de sérieux.

– Tu sais que t'es plus qu'un oncle pour moi ? je reprends plus sérieusement.

– Alors pourquoi tu ne réponds pas à mes lettres ? grommelle-t-il. 

– Parce que je sais que tu t'inquiètes pour moi. Mais je vais bien ! lui affirmé-je.

Il soupire, comme s'il ne me croyait pas. Je suis fatigué que tout le monde me surveille de près, en attendant le moment où je craquerai.

– Je suis passé à autre chose, soufflé-je en cherchant à le rassurer.

Je vais de l'avant, je continue à vivre… C'est ce que je me suis promis au Temple du dragon foudre.

– Eloïsha Garnet, hein ?

– C'est vraiment pas sérieux.

On se retrouve de temps en temps, mais nous voyons chacun d'autres personnes. Eloïsha est cool et sympa, impressionnante et superbe. Mais je n'en tomberai jamais amoureux. Ce serait bien la dernière chose que je souhaite en tous cas…

– L'amour, ça va, ça vient. Y'a rien qui dure toujours ! On ne vit pas dans un putain de conte de fées.

– Ironique de la part d'un gars qui a toujours vécu dans une famille où ils vécurent tous heureux et eurent beaucoup, beaucoup, mais vraiment beaucoup, d'enfants ! raille Charlie.

Je balaie l'air de la main, faisant semblant d'ignorer sa remarque alors que Charlie me sourit, fier de lui. Nous nous frayons un chemin dans les rues étroites de la ville. Il entre finalement dans un hôtel, aux volets bleus, à la façade toute craquelée par les effets du soleil et entourée d'oliviers. Il demande la clef de notre chambre. Plusieurs moldus me regardent avec des yeux écarquillés : Faramond est toujours dans mes cheveux. J'imagine que voir une créature ressemblant à un gros lézard en train de piquer un petit roupillon sur la tête de quelqu'un ne doit pas être quelque chose d'habituel.

Charlie nous fait monter les escaliers et nous longeons le grand couloir, dans un silence de mort. Je dépose ma malle sur le lit. D'un coup de baguette, je range mes vêtements pour la semaine dans la commode juste en face, et enlève mes chaussures. Faramond ronronne toujours, dans mes cheveux.

– Faut que je dorme, soupiré-je. Je suis rentrée du Mexique il n'y a même pas six heures… je suis complètement claqué.

– Repose-toi, accepte Charlie. Je vais aller faire un tour sur les plages…

Je lève un pouce en l'air. Quelques instants après, j'entends la porte se fermer tout doucement. Je me retrouve seul, avec Faramond qui dort déjà paisiblement. Je pose ma malle sur le sol et plonge sous les draps comme on plonge avec bonheur dans la mer en été.

 

oOo

 

Il y a quelque chose qui tape dans le fond de ma malle. Un objet qui cherche à s'échapper, qui cogne fort et veut se libérer. Je fronce les sourcils, maintenant bien réveillé. Je grogne de mécontentement, les yeux encore embués de sommeil. Dehors, la nuit est tombée, et le réverbère qui est juste au pied de notre chambre, l'éclaire parfaitement lui donnant tout de même une ambiance inquiétante. Je me lève, et me penche au-dessus de ma malle, avant de l'ouvrir. Ma boussole en sort. Je l'attrape d'une main ferme et regarde l'aiguille pointer vers la fenêtre. Je m'y dirige, avant de remarquer Janet, les yeux posés sur sa propre boussole, toute aussi étonnée que moi. J'ouvre la fenêtre :

– Mais qu'est-ce que tu fiches ici, Janet ? 

– Je pourrais te poser la même question ! Sourit-elle, les poings sur les hanches.

 

oOo

 

– Je ne savais pas que tu étais rentré du Mexique… Et déjà reparti ! s'amuse Janet en sirotant son thé glacé.

– J'ai à peine eu le temps de défaire ma valise. 

– T'es en mission ? me demande-t-elle.

Ses yeux noisette me scrutent. Ils sont en tous points semblables à ceux de Tommy, son frère, et mon meilleur-ami. Janet a des joues bien rondes et un sourire doux qui ne la quitte jamais. Je ne l'ai jamais vu pleurer… Elle est très souvent de bonne humeur, mais quand on l'énerve, elle fait vraiment peur. Nous nous connaissons depuis Poudlard. Avec Tommy, Molly, David et elle, nous étions inséparables. Tommy est devenu auror, Molly journaliste, David diplomate et Janet, médicomage. On formait une bande vraiment chouette…

– Avec mon oncle, confirmé-je. Et toi ?

– Il y a beaucoup de personnes addicts au conscidisti à Malte et plus particulièrement à La Valette. J'ai décidé de suivre une formation, en addictologie magique. On a un service international ici, plus au sud de l'île où l'on aide les moldus, où l'on étudie les effets de cette drogue…

– Tu ne m'as rien dit, la grondé-je légèrement. Ça fait combien de temps que tu es ici ?

– Deux semaines. Tu pars tout le temps en vadrouille sans nous alerter ! Pourquoi n'en ferais-je pas de même ?

 Je me défends, presque offusqué :

– Ça fait partie de mon job !

– Tommy et Molly ont tenté de m'en dissuader… Mais Lev pense que j'ai un don pour la psychomagie et que je peux réellement aider les autres. L'addictologie magique me passionne…

– C'est cool, je murmure. Enfin que tu aies une passion… Pas le fait que des gens soient dépendants physiquement et psychologiquement à un truc aussi toxique…

Janet rit, amusée, et caresse sa boussole du bout des doigts.

– C'est fou… Que tu l'aies avec toi.

– Je ne m'en sépare jamais, lui avoué-je en la reprenant.

On s'est offert tous les six ces boussoles enchantées. L'aiguille indique la direction à suivre pour trouver un ami qui se trouve proche de nous. Elles ne fonctionnent que pour nous six. Quand nous sommes trop éloignés les uns des autres, elles n'indiquent que le nord. Le plus drôle, c'est quand on se donne rendez-vous, qu'on arrive tous de directions opposées : dans ces cas, nos boussoles tournent dans tous les sens, sans savoir où se poser, où s'arrêter... C'était une idée de Molly… C'était pour qu'on ne s'oublie pas, pour qu'on se rappelle qu'on serait toujours là, les uns pour les autres.

– Elle fait partie de ces cinq objets qui ne me quittent jamais, murmuré-je.

– Je l'ai emmenée moi aussi… Je ne m'attendais pas à ce qu'elle s'affole en pleine rue ! J'aurais dû me douter que c'était toi, sourit Janet.

Charlie arrive au bar dans lequel nous nous sommes installés avec Janet, il s'approche, tire une chaise jusqu'à lui et s'assoit. Il salue Janet, qu'il a déjà vu plusieurs fois.

– T'as trouvé des trucs intéressants ? lui demandé-je. 

– Non. Personne ne parle. Dès que j'évoque le conscidisti, les moldus deviennent froids, ou me demandent si je sais où ils pourraient s'en procurer. Et toi ?

Janet fronce les sourcils. Je l'observe resserrer l'élastique de sa queue de cheval.

– Janet va peut-être pouvoir nous aider…, je réponds énigmatiquement.

 

Les addictions - La photographie by CacheCoeur

 

– Faites bien attention à vous, préconise Janet en évoluant dans les couloirs de l'hôpital. Certains patients sont très turbulents, et prêts à tout pour obtenir ce qu'ils veulent.

– Et que veulent-ils ? demande Charlie.

– Leur dose, répond Janet.

Du couloir, nous entendons de longs gémissements plaintifs, emplis de douleur, et presque de désespoir. Certaines voix supplient pour un peu de conscidisti, juste « un grain, rien qu'un seul ». D'autres hurlent jusqu'à ne plus avoir de souffle. La plupart pleure.

– Ici, il y a des moldus, comme des sorciers. Les gouvernements magiques et moldus ont décidé de collaborer : les effets de cette drogue nous touchent tous… L'unité magique s'est implantée dans l'hôpital moldu de la ville. Cependant, les patients moldus ne savent rien de la magie. On a déjà eu quelques accidents, qui nous ont amené à faire appel à des oubliators… Aussi, faites attention à préserver le secret magique.

– On veut juste en interroger quelques-uns, la rassure Charlie. On a besoin d'entrer en contact avec des personnes qui vendent cette drogue pour remonter éventuellement jusqu'aux trafiquants.

– Il est peu probable que l'un d'entre eux vous parle, soupire-t-elle. Tentez votre chance dans la salle des visiteurs… Les patients les moins atteints peuvent recevoir leurs proches.

– On va essayer…, je souris doucement en tapotant son épaule.

– C'est la salle des visiteurs, nous indique-t-elle en ouvrant une porte. Il n'y a que des moldus ici. Le conscidisti les atteint plus durement que les sorciers, mais ils s'en remettent … Les origines magiques de la drogue les frappent plus violemment.

Elle pousse la porte et nous invite à entrer. A l'intérieur, il règne un calme qui tranche avec le chaos qui semble avoir pris possession de ces lieux. On entend le brouhaha rassurant d'un présentateur de journal télévisé qui parle des actualités. Deux jeunes femmes jouent aux cartes, en se souriant. Un homme regarde le temps passer par la fenêtre, alors qu'un autre hésite à ouvrir la bouche pour lui parler. Un adolescent écoute de la musique, en collant son oreille à un vieux poste de radio. Il tape dessus, comme si cela allait aider la vieille machine à mieux capter les ondes. Je le rejoins avec l'air le plus amical possible :

– Je déteste quand ça arrive !

– De quoi ? s'étonne-t-il, méfiant.

– Quand la station que je préfère est toute brouillée…

– Ouais… J'en ai marre d'écouter ces vieux groupes tous pourris ! Qui écoute encore ABBA, sérieux ? Même ma grand-mère les trouve dépassés ! Et puis ils sont morts depuis des années !

J'ai un léger pincement au cœur. Je revois, dans mes souvenirs, Rose et sa meilleure-amie avancer dans les couloirs de Poudlard, avec un vieux téléphone et un écouteur chacune, les liant toutes deux. Elles écoutaient la musique à fond, et dansaient même parfois. Allénore adorait ABBA.

Je déteste penser à elle.

Je déteste l'évoquer au passé, comme si elle était morte.

Je déteste me rappeler d'elle.

– Euh… non, ils sont bien vivants ! le contredis-je. Et avoue que « Waterloo » est quand même super chouette.

– Si on l'écoute une seule fois, ricane-t-il.

J'attrape ma baguette, dans la poche arrière de mon jean, et lance discrètement un sort, en jetant un coup d'œil derrière moi. La radio arrête de grésiller, et une guitare électrique se déchaîne.

– Sympa, commenté-je en tapant du pied en rythme.

– Sympa ? C'est mortel tu veux dire !

– C'est un groupe ?

– Tu ne connais pas les Vendetta ? écarquille-t-il les yeux en montant le volume. Ce sont des génies !

– J'aime bien.

– T'es nouveau, ici ? me demande-t-il en m'examinant attentivement. Je ne t'ai jamais vu…

Je décide de jouer la carte de la franchise :

– Je cherche des renseignements.

– Quel genre ?

– Sur le conscidisti.

Un grand sourire s'affiche sur son visage, et le mange tout entier. Il est maigre et très jeune.

– Je suis pas un patient. Je suis pas non plus infirmier.

– Ah oui ? Parce qu'ici, on est forcément soit l'un, soit l'autre, non ?

– Je rends visite à un pote, pâlit-il. Josh. Ça fait deux mois qu'il est là.

Son sourire s'effondre un bref instant.

– Je suis désolé.

– Il est aux toilettes. Je sais qu'il ne reviendra pas. Il fait toujours ça… Il trouve une excuse bidon, et disparaît. Il a honte et il me déteste, parce que c'est à cause de moi, s'il est ici.

Il coupe le son de la radio, et prend ses affaires, qu'il a négligemment posées sur le porte-manteau. Il désigne la porte d'un coup de menton et je le suis, après avoir averti Charlie d'un bref signe de tête. Dès que nous sortons de l'hôpital, il me tend une main, que je serre :

– Je m'appelle Julian. Tu veux une clope ?

J'accepte.

– Louis.

– Je connais un gars, à deux rues d'ici. C'est lui qui a refourgué cette merde à Josh.

Il a un immense sourire maintenant. Alors que j'allume ma cigarette, il joue distraitement avec la sienne.

– Pourquoi tu m'aides ? T'as pas peur des représailles ?

– Je m'en carre, Louis. Vraiment, je m'en carre…, murmure-t-il. Josh était la seule personne qui me faisait tenir.

– Il a des chances de s'en sortir ?

– Sûrement.

– Alors ne le condamne pas trop vite.

Il tire sur le mégot, inspire calmement, alors qu'il vient à peine de l'allumer. En recrachant la fumée grisâtre, il explose de rire d'un coup, sans que je ne sache pourquoi. Il semble hystérique, et tremble. Je remarque ses cernes prononcés, son teint très pâle et sa peau translucide. Il a retroussé les manches de son t-shirt, et frissonne, comme pris d'une fièvre.

– T'es une sorte de flic, c'est ça ? me demande-t-il.

– Pas vraiment.

– Je ne t'aiderais pas plus si tu cherches à acheter cette merde.

– Je t'assure que c'est la dernière chose que je veux.

– Les camés mentent tout le temps, crache-t-il en croisant les bras sur sa poitrine.

– Alors pourquoi m'avoir parlé de ce gars, à deux rues d'ici ? 

Son sourire s'est effacé, et maintenant, ce sont des larmes, qui semblent perler aux coins de ses yeux.

– J'ai vu la baguette dans la poche arrière de ton jean, souffle-t-il. T'es comme ce gars, celui qui vend le conscidisti partout… Et moi, je ne peux rien contre lui. Toi, qui semble être capable des mêmes choses que lui, peut-être que tu pourras…

– Tu sais…

– Pour la magie ? Rit-il de nouveau. J'ai toujours l'impression de délirer et que je vais me réveiller. Parfois, je suis persuadé d'avoir halluciné, imaginé ces espèces de trucs bizarres qui se sont produits récemment…

Il a l'air tellement fragile.

– Je devrais t'oublietter …, murmuré-je enfin.

– Me quoi ?

– Effacer tes souvenirs.

– Et prendre le risque de ne pas savoir comment mettre la main sur ce connard ? Relève-t-il. T'as l'air plus malin que ça, Louis.

Il a réussi à berner les sorciers qu'il fréquente lors de ces visites à l'hôpital, ainsi que le dealer, pour qu'ils ne se rendent compte de rien. Et manifestement, il est observateur. Julian est un bon acteur et un fin manipulateur. Je le remarque très bien.

– T'as quel âge ? lui demandé-je soudainement.

– Dix-sept ans. Dans cinq jours, j'en aurais dix-huit.

Charlie arrive à ma hauteur, l'air déçu. Julian fronce les sourcils, alors que mon oncle s'approche.

– T'inquiète, le rassuré-je. Il est cool…

Je termine ma cigarette, à l'instar de Julian, qui cherche à s'éclipser.

– C'est un moldu, annoncé-je à Charlie. Mais il sait beaucoup de choses.

J'écrase la cigarette sous mon talon, et ramasse le mégot.

– On peut te protéger, arrêté-je Julian sur le point de s'enfuir. En nous donnant ces informations, tu viens probablement de te mettre en danger… Laisse-nous t'aider.

Charlie pose une main sur son épaule. Julian se dégage, et la colère se dessine doucement sur ses traits. Je reste en retrait.

– Je n'ai d'ordre à recevoir de personne, crache l'adolescent.

Je remarque seulement maintenant son gros sac de voyage, auquel il s'accroche. Charlie comprend la même chose que moi :

– On ne t'ordonne rien. On t'offre juste un endroit où dormir ce soir, et de quoi manger, à nos frais. Le temps qu'on arrête les responsables et qu'on t'oubliette, une fois toute cette sombre histoire terminée, propose Charlie.

Julian se calme presque immédiatement. Son ventre gargouille férocement.

– Effacer mes souvenirs ne sera pas nécessaire ! sourit-il de nouveau.

J'ai bien peur que les agents de sécurité, une fois avertis, soient obligés d'intervenir. Charlie et moi leur devons des comptes, en tant que magizoologistes. Nous pouvons et devons juste protéger les psychards, et éventuellement mettre la main sur les trafiquants, pour remonter jusqu'aux créatures qu'ils ont capturées. Trouver un dealer, c'est pouvoir remonter jusqu'aux trafiquants, et donc, jusqu'aux psychards qui ont été capturés.

Charlie a les lèvres pincées, et me scrute. Pour le coup, je préfère mentir à Julian désormais :

– T'inquiètes. On ne te forcera à rien. Dis-nous juste comment contacter un dealer…

– Ouvre grand tes oreilles, beau gosse…, s'amuse Julian. On l'appelle le misanthrope du coin. Il rencontre très peu de gens en personne. Il déteste les autres. Si tu lui déplais, il te jette des maléfices.

– Mais voilà une description tout à fait charmante, je souris en regardant Charlie.

 

 

 

oOo

 

 

 

– Je m'appelle Orphée.

C'est sûrement un nom de code. Je refuse d'admettre que des parents nomment consciemment leur enfant « Orphée»…

– Louis.

– Moins original, me taquine-t-il, les yeux pétillants de malice.

– Plus facile à porter, enchaîné-je un sourire en coin. Alors c'est toi, le misanthrope du coin ?

– Je n'ai jamais compris l'origine de ce surnom.

– J'ai entendu dire que tu jetais des maléfices de jambes-en-coton aux enfants qui passaient devant chez toi…

– Ah ouais. C'est vrai. Je déteste les enfants.

– Et les adultes ?

– Les adultes sont de vieux enfants. Je les déteste encore plus.

– Et pourtant, tu as accepté de me recevoir…, je sourcille, un brin amusé.

– Les affaires sont les affaires ! Sourit-il. Et je n'ai jamais aimé traiter avec les aurors.

– Étonnant, de la part d'un dealer, je soulève en commençant à grignoter un biscuit.

– Tes menaces m'ont convaincues.

– Je ne t'ai pas menacé.

– T'as défoncé la porte de ma maison, mec !

Je devrais sûrement m'excuser pour ça, mais je reste muet, et joue franc jeu. Faire peur au petit dealer du coin est largement dans mes capacités. Je joue avec sa baguette, que je fais tourner entre mes doigts. Je l'ai désarmé sans difficulté. Il ne s'attendait pas vraiment à ce que je sois un sorcier. L'effet de surprise m'a vraiment été salvateur.

– J'enquête sur les trafics de psychards, j'énonce simplement. On pense que des sorciers s'en servent pour créer du conscidisti.

Il termine sa bière et se gargarise avec, en me regardant comme s'il attendait que je poursuive. Mais il repose sa bouteille sur la table, avant d'en faire venir une nouvelle, et d'ouvrir la bouche :

– T'as déjà pris du conscidisti ?

Je secoue la tête, après avoir réalisé que sa question était des plus sérieuse.

– J'en ai si tu veux.

– C'est une drogue, refusé-je catégoriquement.

– C'est l'amour sur un plateau !

– Je croyais qu'elle coupait la personne en ayant pris de toutes émotions, de tous sentiments.

– Oui. Et dis-moi, Louis, qui y-a-t-il de plus pur que de ne rien ressentir ?

Je reste muet, ne sachant quoi répondre. Me couper de tout, comme ça, même de ma haine, de ma colère, de ma tristesse… C'est quelque chose que je n'ai jamais envisagé. Je sais que certaines descentes aux enfers sont pénibles, douloureuses, qu'on n'en ressort jamais indemne… Mais comment pourrais-je accepter de me priver de la joie, de l'allégresse, de l'amitié, juste pour avoir un cœur plus apaisé ?

– T'as déjà essayé de te représenter le vide ? me demande-t-il alors.

– Non.

– C'est impossible, de se représenter le néant. Nos cerveaux humains sont faits pour créer du sens. Un truc qui n'existe pas, c'est inconcevable pour nous. Et pourtant, je t'assure que le vide, dans ta tête, le silence, ça existe. Le conscidisti te l'apporte.

– Et en échange, tu deviens une loque humaine, complètement addicte, qui ne supporte plus de vivre sans sa dose quotidienne…

– Un bon dealer goûte la saloperie qu'il refourgue mais n'en est jamais accro, hausse-t-il les épaules.

– Et donc pour toi, le vide, c'est l'amour ?

– L'amour est pur. Le vide est pur. L'amour est le vide. Le conscidisti est les trois à la fois.

– C'est l'un des syllogismes les plus cons que j'ai jamais entendu de ma vie, soufflé-je, complètement atterré.

– On est tous dépendants d'un truc, Louis. Certains ont le luxe de choisir leur drogue, leur addiction.

– C'est quoi la tienne ?

– Le flouz. Le biff. La thune. L'argent.

– J'ai saisi.

– Et toi ?

– Les voyages. Mes amis. Ma famille. Les créatures magiques.

– J'ai pas saisi, soupire-t-il.

– La vie, précisé-je en même temps.

– Tu me plais, Louis, rit-il. T'es gnangnan mais tu me plais. 

– Les aurors remonteront jusqu'à toi, tôt ou tard. Moi, je me fiche bien de cette drogue. Que les gens en prennent ou non, ce n'est pas mon rôle de les sauver. Mon boulot, mon but, c'est de protéger les psychards qui se font tuer pour que tes potes fabriquent leur cochonnerie de drogue.

– J'avais compris.

Il reste silencieux un long moment, le temps de finir sa deuxième bière, de trouver ses mots. Sa maison est petite, mais bien agencée. De l'intérieur, on voit tout ce qui se passe dehors.

– Tu vois la brune que voilà ? désigne-t-il une jeune femme qui passe dans la rue. Elle est en contact avec un certain « Main Rouge ». Tu dois le connaître.

Main rouge est le plus gros trafiquant de créatures magiques de toute la communauté magique … Cela fait bien plus de trois ans, que les sorciers du monde entier sont à sa recherche. Il a monté tout un réseau, savamment organisé.

– C'est lui, qui refourgue les psychards à ceux qui fabriquent le conscidisti.

– Et toi dans tout ça ?

– Je l'achète à ceux qui le commercialisent et je le revends aux gens du coin.

– Qui te vend ?

– Les Autres, en grande partie.

Un groupuscule terroriste…. Les Autres sont en train de s'enrichir en vendant de la drogue aux sorciers. C'est malin, cruel et malveillant. C'est Isaak Hartley qui va être ravi d'entendre ça… Je jette un coup d'œil derrière moi. Charlie n'a rien raté de la conversation, et semble encore plus inquiet qu'il ne l'est sûrement.

 

 

 

oOo

 

 

 

– Si les Autres sont mêlés à cette histoire, il faut qu'on prévienne le Ministère de la magie. Traiter avec le petit dealer du coin passe encore, mais si on va plus loin, que tu prends contact avec des trafiquants traitant directement avec les Autres, c'est au-dessus de nos compétences !

Je hoche la tête, entendu. Avant de partir, Charlie a oubliétté Orphée. Il s'en va, sûrement pour envoyer son patronus au Ministère de la Magie et prévenir les aurors.

Je toque à la porte de la salle de bain attenante à notre chambre, dans laquelle Julian s'est enfermé pour prendre sa douche. Il en sort, les cheveux humides et la peau moins grisâtre qu'il ne l'avait lorsqu'il est entré dans la pièce.

– Tout va comme tu veux ?

– Parfaitement …, répond Julian. 

Il s'écroule sur mon lit, et jette un œil dans ma malle. Je n'ai même pas pris la peine de la ranger. J'ai tendance à vite mettre la pagaille partout où je passe.

– Tu vois un truc intéressant ? le taquiné-je alors qu'il rougit, pris sur le fait.

– Non, fait-il déçu. Pas de chapeau pointu, de bocaux remplis d'yeux de crapauds, ou de crocs de serpents… Juste… C'est une photo ? me demande-t-il en désignant l'objet.

Je m'approche, jusqu'à m'accroupir au-dessus de ma malle, qui gît au pied du lit, et de prendre la photographie. Elle est encadrée, protégée sous un verre que Rose a enchanté afin qu'il soit incassable. Je ne m'en sépare jamais. C'est mon deuxième objet, celui qui me suit partout, qui me rappelle d'où je viens, et pourquoi il me faudra rentrer un jour.

– Les gens bougent, dessus !

– C'est ma famille.

– Vous êtes nombreux.

– Au milieu, c'est mon père, et ma mère. A gauche, c'est Victoire, et à droite Dominique, mes sœurs. Cette photo a été prise deux semaines après la naissance de Lucy, la petite dernière de la famille. C'est le bébé dans les bras de cet homme, je fais en désignant mon oncle Percy

– Et l'homme, là. Il était avec toi ! C'est Charlie !

– C'est mon oncle, le frère cadet de mon père, mais aussi mon parrain.

– Vous avez l'air si heureux…

– Oh, comme toutes les familles, nous avons nos lots de souffrances, de disputes… Parfois, on se crie dessus, on ne se parle pas pendant des jours. Mais on s'aime. Moi, je les aime.

– Parle-moi d'eux.

Il s'adosse contre le mur, se blottit discrètement contre la couette, et m'écoute, alors que je lui parle de Roxanne et de sa fougue, d'Hugo et de sa fragilité, des blagues de James et de Fred, du charme de Lily, de l'intelligence de Rose, de la sagesse d'Albus, de Molly aussi, si inventive, de la douceur de Lucy… Je lui parle de nos fous rires, de nos jeux d'enfants, de nos conneries, nos engueulades. Je lui parle de ma famille française aussi, que l'on peut apercevoir en tournant la photographie. Ma tante Gabrielle m'apprend à faire du vélo sur ce cliché. Mon grand-père boit un verre de vin et ma grand-mère raconte une histoire à Dominique et Victoire. Mon père me court après, parce qu'il a peur que je tombe et ma mère, elle, sourit tendrement. Julian caresse la photographie du bout des doigts, comme si c'était la chose la plus précieuse au monde.

– T'as de la chance, murmure-t-il en reposant la photographie dans ma malle.

Je souris, avant de rejoindre le lit de Charlie, qui est désormais le mien. Il a pris une autre chambre. J'éteins la lumière, d'un coup de baguette. Dans l'obscurité, je vois tout de même Julian tendre le bras jusqu'à ma malle, que je n'ai pas refermé. Je l'observe prendre la photo et le regarder. Il semble y trouver un certain réconfort.

Je soupire discrètement. Julian en a sûrement plus besoin que moi…

 

 

Les addictions - La gourde de wiskey pur feu by CacheCoeur
Author's Notes:

Pour les personnes ayant "La valeur d'Opaline", j'espère que vous serez ravies de retrouver Isaak Hartley (mon chouchou) ainsi que l'agent Gardiner (je l'aime aussi faut pas croire). 

 

– Vous êtes magizoologistes ! Pas aurors. Pas enquêteurs. Vous êtes magizoologistes ! répète l'homme en face de nous, les joues rouges.

Charlie hausse les épaules, alors qu'il a posé les pieds sur la table. Isaak et Tommy Hartley ont des sourires en coin à peine dissimulés. Ils ont du mal à cacher leur hilarité.

– T'as un truc à ajouter, Hartley ? demande froidement l'agent du département des secrets magiques du Ministère de la Magie.

– Tu fais ça très bien, Gardiner ! sourit franchement Isaak. Et tu insistes très bien sur les métiers de chacun.

Tommy laisse échapper un rire qu'il étouffe rapidement en toussotement. Je regarde sévèrement Charlie, qui a croisé les bras au-dessus de sa tête, les pieds toujours posés sur la table :

– T'es mal poli !

– T'es insolent.

– C'est pas un concours.

– Je te laisse gagner, sourit-il.

– VOUS ÊTES MAGIZOOLOGISTES ! s'écrie l'agent du Ministère de la magie.

– Peut-être que si tu faisais correctement ton boulot, Gardiner, on n'aurait pas à le faire à ta place ! énoncé-je calmement en faisant mine d'inspecter mes ongles.

L'agent me fusille des yeux, avant de poser un regard insistant sur Charlie :

– C'est votre élève, non ?

– Oui, et ? haussa les épaules Charlie. Tu veux que je le mette au coin ? Louis au coin.

– Non.

– En vain aei-je lutté, mais ce petit vaurien ne m'écoutera pas : j'ai fait tout ce que j'ai pu, et ce grand gaillard n'ira pas au coin. Désolé, agent Gardiner.

J'explose de rire sans me retenir. Charlie peut se montrer très insolent quand il le veut...

– Le Ministère en entendra parler ! En tant que magizoologistes, vous auriez simplement dû examiner les plages et protéger les psychards ! Pas prendre contact avec un dealer !

– Surveiller les plages ne servirait à rien, je soupire. Ces gens sont malins. Tu crois vraiment qu'ils partent à la cueillette aux psychards à la vue et au su de tous ? Il n'y aurait rien de plus contre-productif que de faire ça ! Ce serait comme essayer d'enlever l'eau d'un bateau qui coule avec une passoire ! Je m'agace finalement.

L'agent Gardiner ne décolère pas, et Charlie enlève ses pieds de la table.

– On vous a prévenu. C'est déjà pas mal, non ?

On est imprudents. Pas inconscients. Malte n'a pas de gouvernement sorcier a proprement parlé. La fabrique de rapeltouts dépend de la Grande-Bretagne et les rares sorciers qui habitent ici font souvent appel aux sorciers étrangers, pour leur prêter mains fortes lorsqu'ils rencontrent des difficultés.

– Vous avez oubliétté le dealer ? grogne Gardiner.

– Oui, répond simplement Charlie.

– Il s'appelle Orphée. Enfin, j'espère vraiment que c'est un nom de code… J'ai communiqué son adresse à ton bureau, indiqué-je

– Et c'est quoi, la suite ? soupire Isaak en prenant place à côté de Charlie.

Tommy reste en retrait et m'observe, le regard pétillant.

– Infiltrer un réseau de trafiquants, ce n'est jamais simple. Il faut préparer une couverture, et…, poursuit Isaak.

– Louis pourrait s'en charger, le coupe Tommy.

– Pourquoi moi ? m'exclamé-je vivement.

– Parce qu'un jeune magizoologiste, qui chercherait à combler ses fins de mois, ça reste crédible. Tu pourrais vouloir prendre contact avec eux pour les fournir et te faire quelques gallions en plus… C'est ce que tu diras lors de ton rendez-vous en tous cas.

– Super..., grommelé-je.

– On ne sera pas loin !

– Super…, répété-je d'un ton faussement rassuré. 

– C'est une bonne idée, admet Isaak en hochant la tête.

– Ça pourrait marcher, approuve Charlie.

– J'ai mon mot à dire ? 

– Allez, Louis ! Ce sera marrant !

– Et t'as vraiment pas le choix…, grogne Gardiner. Tu es celui que les gens ont vu entrer chez Orphée !

– On l'a oubliété je te rappelle.

– Il était peut-être observé, remarque Isaak. De plus, c'est bien toi, qui a approché la brune qu'il t'a désignée ? Celle qui est en contact avec les trafiquants ?

– Il lui a tapé dans l'œil tout de suite ! s'amuse Charlie.

– Pas du tout ! 

– Lou… Si elle t'a donné rendez-vous dans ce bar, c'est vraiment pas pour compter les bouteilles d'alcool posés sur le comptoir !

– Je suis un Weasley, je vous rappelle ! Si on me reconnaît, personne ne croira jamais que je fais ça pour l'argent ! Et si jamais les trafiquants sont d'anciens camarades de promotion, ils ne marcheront pas deux secondes ! J'ai manifesté trois jours entiers dans le hall du parlement magique français quand ils ont essayé d'adopter une loi autorisant l'élevage de niffleurs même aux sorciers ne possédant pas de permis !

– Un Weasley qui péterait un câble, à cause de la pression familiale, qui aurait envie de s'émanciper de son nom, continue Isaak en m'ignorant totalement. C'est crédible.

– C'est le contraire de crédible ! me levé-je en criant. Je refuse de faire ça !

– C'est pour la bonne cause, Lou' ! Ces trafiquants connaissent et surveillent tous les magizoologistes, surtout les futurs jeunes diplômés. Même s'ils ne te feront pas confiance, ils te parleront et seront intrigués.

Il est vrai que nous sommes de plus en plus nombreux à être recrutés dès notre dernière année d'étude de magizoologie. Plusieurs personnes m'ont approché, mais je les ai toujours repoussées fermement, avant d'aller les dénoncer auprès de l'école. C'est un phénomène de plus en plus courant dans le milieu. Depuis que Main Rouge a fondé ce réseau, ce grand trafic illégal de créatures magiques…

– Ok, j'accepte.

– Je vais préparer la mission de ce soir, tape fièrement Isaak dans ses mains.

Charlie et Oliver le suivent de près et dès qu'ils referment la porte derrière eux, Tommy et moi nous détendons. Il s'approche de moi et tape mon épaule :

– Ça fait plaisir de te voir !

– J'ai croisé ta sœur avant-hier. Pourquoi personne ne m'a dit que Janet partait en mission ?

– Parce que toi-même, tu ne nous préviens jamais. Quand Isaak m'a dit qu'on rejoignait les Weasley à Malte, j'ai supposé que tu étais enfin rentré du Mexique ! énonce simplement Tommy.

– Je pensais que ce serait une mission toute bête…, grimacé-je

– Si les Autres y sont mêlés, ce sera sûrement compliqué, soupire-t-il.

Et c'est sûrement l'euphémisme de l'année…

– Et pour le moldu ? Julian ? lui demandé-je. Vous allez faire quoi ?

– On ne peut pas le laisser filer pour le moment. On va le faire surveiller. Quand tout sera terminé, on l'oubliettera et il reprendra sa vie comme avant !

J'opine, le cœur battant. J'appréhende énormément ce qui se passera ce soir.

 

oOo

 

Je sors de ma douche. A l'aide d'un sort, je fais s'enlever toute la buée du miroir. Je tremble légèrement, à l'idée de jouer le rôle d'un magizoologiste prêt à vendre illégalement des psychards… Je ne suis pas fait, pour ce genre de chose. J'évite mon reflet, dans le miroir. Quand je m'observe trop longtemps mon regard prend l'eau.

Après quelques minutes et enfin prêt, je sors de la chambre d'hôtel seul, tout en sachant qu'Isaak et Tommy sont sûrement déjà en train de me suivre. Le bar que m'a indiqué la brune, est un bar du centre-ville. J'y vais lentement, en traînant des pieds. Je fourre mes mains dans les poches de mon sweat vert.

J'ai toujours bien aimé La Valette. Quand Charlie m'y a emmené la première fois, afin d'observer les psychards dans leur habitat naturel, je suis tombé amoureux des vieilles pierres et des rues symétriques, des couleurs éclatantes, du linge qui séchait au-dessus de nos têtes, des oliviers, des bateaux amarrés au port …

En entrant dans le bar, l'ambiance n'est plus du tout la même. La brune me sourit. Je l'ai tout de suite repérée. Elle porte des cuissardes rouges qu'il est difficile d'ignorer. Ses cheveux noirs et épais se balancent dans son dos, à mesure qu'elle avance vers moi, en roulant ses hanches.

– T'es venu !

Elle pose ses lèvres près des miennes. Son parfum citronné, acidulé, empli mes narines. Elle glisse sa main dans la mienne, et me guide à l'écart, après avoir salué l'homme à la caisse et se plante devant un mur de briques.

– Quand les autres vont voir que j'ai réussi à mettre le grappin sur le fameux Louis Weasley…

– Et moi qui croyais que tu m'avais invité pour mes beaux yeux, je ricane.

– Ton cul m'intéresse davantage, sourit-elle.

– Directe et franche. Tu perds pas de temps…, m'amusé-je en souriant.

Je suis pourtant très mal-à-l'aise. 

– Si on veut quelque chose, il faut s'arranger pour l'avoir. Je n'aime pas attendre.

– Quelle belle philosophie, susurré-je contre ses lèvres.

Elle s'écarte rapidement et tapote quelques briques avec sa baguette qui s'écartent et font apparaître un passage. Ses talons claquent contre les premières marches qu'elle descend. Je la suis sans me retourner. Quand le passage se ferme derrière moi, je garde ma baguette dans mes mains, en éclairant l'escalier, jusqu'à l'avoir descendu. La brune pousse la porte, et la musique résonne.

– Médusa ! l'accueille un demi-géant en la prenant dans ses gros bras. Te voilà ma petite !

– J'amène quelqu'un, pour … le patron !

Le demi-géant m'examine du coin de l'œil et hausse un sourcil.

– Un magizoologiste ?

– Un super bon magizoologiste, le corrigé-je.

Il éclate de rire, et nous conduit jusqu'à une table. En déambulant dans ce bar, je croise des gobelins, des elfes, des hommes et des femmes qui jouent aux cartes, et qui ne misent pas seulement de l'argent. Les gains sont des créatures magiques, des potions expérimentales, de la drogue, ou même du sexe. Une femme est à moitié déshabillée, et rit, à gorge déployée, alors qu'une blonde picore son cou de baisers et la pelote sans aucune gêne.

– Tu connais Main Rouge, Louis ?

– Non. Et toi ?

– Je l'ai vu, une fois, m'indique Médusa, en s'emparant de la bouteille d'alcool posé sur la table.

Elle boit à même le goulot, et me regarde, provocante et magnifique.

– T'es magizoologiste ? lui demandé-je. 

– Je ne suis jamais allée au-delà de la première année. Je n'étais pas assez bien classée. Je déteste la théorie, mais la pratique en revanche…, grimace-t-elle.

Elle me tend la bouteille, que j'accepte. Elle a laissé la trace de son rouge-à-lèvres dessus. Je pose ma bouche dessus, sous son sourire malicieux.

– J'ai obtenu une licence d'exercice pour élever des psychards. L'usine de rapeltouts recrute des sorciers peu qualifiés. Le boulot est chiant.

– C'est pour ça que t'as rejoint une organisation illégale ? grogné-je légèrement.

– On a tous besoin de mettre du beurre dans nos épinards, Weasley. Et toi alors ? Tu savais pertinemment qui j'étais, avant de venir me parler…

– J'ai mené ma petite enquête, je l'admets.

– T'es plutôt connu dans le milieu. Tout le monde chante tes louanges alors que tu n'es même pas diplômé. C'est vrai que ta gueule d'ange doit aider…

– Je suis plutôt habile de mes mains aussi.

Il est facile de plonger dans ce jeu de séduction. L'ambiance tamisée du bar, les chandelles suspendues au plafond, les bulles qui s'échappent du gros chaudron au milieu de la pièce… Il règne ici un je ne sais quoi d'interdit, d'excitant. Les murs tapissés de verdures, envahis par du lierre magique, embaume toute la salle d'une odeur de citrons et d'oliviers.

– Alors Weasley ? Pourquoi te renseigner sur mon compte ?

– J'aimerais vous rejoindre.

– T'as pas besoin d'argent.

– J'ai besoin d'autres choses que cette vie toute tracée. J'en ai peut-être marre de jouer au parfait et gentil garçon qui obéit sagement au Ministère.

Elle fronce les sourcils et me regarde avec une intensité qui me met mal-à-l'aise. C'est comme si elle sondait mon âme, et me déshabillait.

– Mais tu aimes les créatures magiques.

– Pas toi ? lui retourné-je la question.

– Bien sûr que je les aime, souffle-t-elle.

Alors pourquoi fait-elle ça ?

– T'es sûr de vouloir te lancer là-dedans ? T'avoir parmi nous, pourrait nous être utile…

– Utile ?

– On a des problèmes en ce moment, grimace-t-elle.

Elle me reprend la bouteille des mains et boit deux grandes gorgées.

– Main Rouge, marmonne-t-elle.

– Je croyais que Main Rouge dirigeait les opérations.

– C'est le cas.

– Je croyais que tu allais me présenter à lui.

Une partie de moi espère lui mettre la main dessus, pour lui coller mon poing en plein dans le nez. Ça fait deux ans, qu'on paie les pots cassés et les conséquences de ses trafics. Il est responsable de la capture de beaucoup de créatures magiques, et son activité est si intense que les magizoologues n'arrivent pas à tenir le rythme et arrivent souvent trop tard, pour sauver les créatures qui auraient dû l'être.

– Je n'ai jamais dit ça…, rétorque Médusa.

– T'as dit que tu le connaissais.

– J'ai dit que je l'avais vu une fois. Et c'est la vérité. J'ai passé un marché avec lui. Un marché que j'ai du mal à honorer, et tu vas m'aider.

Je reste bouche-bée. Cette femme s'est servie de moi. C'est évident.

– J'ai besoin de main-d'œuvre, pour respecter ma part du contrat, chuchote-t-elle à mon oreille. Si tu m'aides à attraper ces psychards, je m'arrange pour te mettre directement en contact avec Main Rouge. Et je me fiche bien que ce soit pour détruire tout son réseau de merde…

Elle a baissé la voix.

– Je voulais voir si ton histoire était crédible. Et le petit Weasley qui veut se rebeller, ça peut en berner certains… Mais pas moi. T'es trop mignon pour être une crapule.

– Je leur ai dit, je souris en haussant les épaules l'air désinvolte.

Elle me tend la bouteille, que je repose sur la table.

– Qui dirige cet endroit ?

– Moi.

J'écarquille les yeux.

– Je voulais te tester. J'ai besoin de toi, Louis Weasley. Et toi, si tu veux que ces psychards soient en sécurité, si tu veux démonter tout le trafic de drogue qui sévit à Malte, tu as besoin de moi.

– Comment sais-tu que…

– Je t'ai vu entrer chez Orphée hier. Et j'ai aussi vu Julian Passeros entrer dans le même hôtel que toi…

– Tu connais Julian ? m'étonné-je. 

– Tout le monde connait Julian.

Je reste silencieux, et sursaute, quand la blonde qui joue aux cartes à quelques tables de la nôtre, explose de rire.

– Les psychards sont malins. Ils désertent les plages de Malte, et je dois absolument fournir à Main Rouge son quota.

– Sinon quoi ?

– Sinon, déglutit-elle faiblement, il me coupera les vivres.

– Tu pourrais trouver du boulot, je suggère un peu sèchement.

– Parce que tu crois que la paie de soigneuse à l'usine de rapeltouts me permet de vivre ? Crache-t-elle. J'ai besoin de cet argent. Je ne fais pas tout ça par plaisir. Je le fais parce que je n'ai pas le choix.

Je siffle méchamment

– On a toujours le choix.

– J'ai une fille à élever. Je n'ai pas de famille, pas d'héritage, rien. J'ai juste la magie, des contacts utiles, et des gens qui dépendent de moi. Les sorciers qui sont à Malte vivent dans la pauvreté et sont abandonnés par les autres communautés magiques, parce que nous n'avons pas grand-chose à leur offrir, si ce n'est les psychards. Alors, Louis Weasley, si je veux avoir un toit, de quoi manger et boire pour ma fille, je n'ai pas le choix.

– Tu t'en prends à des créatures faibles et innocentes…

– Vis ma vie deux jours, Weasley et après, je te permettrais de me juger.

Je reste muet, un peu honteux. J'ai du mal admettre que l'on puisse faire du mal à des créatures magiques, qu'importe les raisons. Mais je n'ai pas d'enfant. Je ne peux pas comprendre… Je suis sincèrement désolé pour Médusa. Vraiment… La situation a l'air de la faire souffrir. Quand elle a évoqué sa fille, un éclair de vulnérabilité a adouci les traits de son visage l'espace d'une seconde.

– Et j'espère que tes potes, les deux aurors qui te suivent à la trace ont entendu tout ce que je viens de te dire, termine-t-elle.

– Je suis certain qu'ils n'en ont pas raté une miette.

Ses yeux pétillent. Je comprends pourquoi on l'appelle « Médusa ». Ils pourraient me pétrifier sur place, j'en suis sûr. Toutes ses émotions passent dedans, alors que son visage reste impassible, et froid.

– Notre prochaine rencontre avec Main Rouge est dans deux semaine, le mardi à deux heures du matin. Ce sera à Mistra Bay. On doit lui fournir cinq caisses de vingt psychards. Nous n'en avons que deux, pour le moment.

– De caisses, ou de psychards ?

– De psychards, murmure-t-elle faiblement.

– J'ai envie de t'aider, affirmé-je. Mais faut que j'en parle à mes supérieurs.

– J'espère que tu sauras les convaincre. En attendant…

Elle s'approche de moi, et glisse une main sur ma joue. Je sais exactement ce qu'elle veut. Oublier ses problèmes. Oublier quelqu'un. Se sentir bien. Se sentir un peu désirée. Je le sais, parce que c'est ce que je veux moi aussi. Médusa se penche vers moi, m'offrant une vue imprenable sur sa poitrine.

– T'as un couvre-feu, Weasley ?

Elle s'humecte les lèvres, et j'ai bien envie de le faire à sa place. Je ne résiste pas longtemps, et la suit à l'étage, où elle loge. Une fois chez elle, elle me plaque presque violemment contre le mur, et ses mains s'attellent à me déshabiller. Ma bouche cherche la sienne, et nos bassins en font de même. Elle éclate doucement de rire :

– J'espère que tes deux potes ne nous écoutent plus…

– J'espère aussi, je ris à mon tour.

 

oOo

 

– Alors là… B.R.A.V.O. Bravo ! applaudit Tommy alors que je rougis.

Il tient sa boussole dans les mains, dont l'aiguille pointe droit vers moi. Je viens à peine de rentrer à l'hôtel et suis directement entré dans la chambre de Charlie. Isaak, Tommy et Charlie m'y ont accueilli avec des regards meurtriers.

– Sérieux Weasley, tu pouvais pas la garder dans le pantalon ?

Je triture les piercings à mon oreille, nerveusement, avant de passer une main dans mes cheveux blonds tout emmêlés. J'enlève mon sweat, que j'ai enfilé à la va-vite avant de sortir de l'appartement de Médusa, du bar, et rejoindre l'hôtel. Le jour est sur le point de se lever.

– Ce serait con de mourir à cause de ta libido, non ? continue de grogner Tommy.

– Calme-toi, soupire Isaak à son frère. Il est rentré en un seul morceau. N'est-ce pas, Louis ? Pas de pertes de membres à déplorer ? Tout va bien ?

Charlie toussote, gêné.

– Tout va bien, je te remercie ! je réponds en lui offrant un grand sourire. Où est Julian ?

– Dans votre chambre.

Je m'en vais, avant d'être arrêté par Tommy :

– Tu vas où là ?

– Dormir.

Je claque la porte derrière moi. En ouvrant celle de ma chambre, juste à côté, Julian ronfle. Je bute contre ma malle, qui se renverse entièrement, et me dirige vers la salle de bain pour aller me brosser les dents. En ressortant, Julian est réveillé.

Je ramasse mes affaires. Je rassemble mes vêtements, quelques objets essentiels à tous bons magizoologistes. J'y range ma boussole, et repose délicatement le cadre qui protège la photographie de toute ma famille. Au moment de ranger ma gourde, je suspends ma main au-dessus de ma valise.

– C'est une potion magique, c'est ça ? m'interroge Julian.

– Pas vraiment, je ris.

Julian se relève et se dirige vers la fenêtre. Ses cernes sont encore très prononcés. Il a toujours un teint affreusement pâle. Il allume une cigarette. Il n'a pas l'air d'aller très bien. Alors, je dévisse le bouchon de la gourde et la lui tend.

– Goûte !

Il me regarde, méfiant. Je bois une gorgée pour le rassurer, alors que je viens de me brosser les dents. Le liquide brûlant me redonne un peu d'énergie et me réchauffe de l'intérieur. Il m'imite, et s'étouffe, en toussant.

– Woah c'est méga fort.

– Du whisky-pur-feu, annoncé-je. 

Il boit une seconde gorgée, avant de me redonner la gourde.

– Mon père boit rarement, lui confié-je. Mais il dit qu'à chaque fois qu'il est triste, en colère, ou qu'il se sent dépassé par la situation, il boit une gorgée, juste une. Il dit aussi que ça le réveille, et que c'est plus agréable qu'une claque, que ça lui remet les idées en place.

– Ça fonctionne ?

– Pas toujours.

– Et là ?

– Non, bougonné-je.

– T'es triste ? En colère ? Dépassé par les événements ?

– Les trois à la fois, je réponds malgré moi.

Je n'ai pas réfléchi avant de parler et je prends seulement conscience maintenant de mes sentiments.

– Pourquoi ? m'interroge Julian.

– Je suis triste parce que j'ai beau coucher avec plusieurs femmes, il n'y en a qu'une seule à laquelle je pense. Je suis en colère, parce que je me dégoûte de penser à elle. Je suis dépassé, parce que cette mission est dangereuse. Beaucoup plus que tu ne l'imagines.

Si Main Rouge fournit les Autres en psychards, c'est vraiment mauvais signe.

 

Les addictions - Les jumelles by CacheCoeur

 

Je reste planté devant la cathédrale Saint-Jean, un « véritable chef d'œuvre de l'art baroque », comme le dit Charlie. Sa façade plutôt sobre et austère ne paie pas de mine comme ça, mais à l'intérieur se cache l'un des plus beaux trésors de La Valette. La première fois que je suis entré, je n'ai pas su où donner de la tête. Le sol, constitué de dalles de marbres décorées de blason, abrite les tombes des chevaliers de l'ordre. La voûte, est quant à elle, entièrement recouverte de fresques représentant la vie de Saint-Jean Baptiste. Les murs sont d'or. Tout est fin, tout est beau. J'aime bien me balader ici. Mais l'endroit que je préfère, à la Valette, c'est le jardin Barrakka, qui surplombe le Grand Port, avec ses nombreuses colonnes, ses bancs, ses parterres de fleurs. Il y a d'ici, une vue imprenable sur les Trois Cités en face de La Valette, et sur la mer. C'est l'un des rares coin de verdure au milieu des pierres ocres de la ville. En contrebas, il y a la Batterie du Salut. Charlie m'a raconté qu'autrefois, on s'en servait pour saluer les vaisseaux étrangers. Les canons ont été remis en état, et une salve est tirée tous les midis.

– Te voilà enfin, m'accueille Tommy.

– On a presque failli attendre ! plaisante Janet. Tu connais mon frère et son horreur des retards !

– En retard ? Moi ? Je m'offusque. Jamais ! Et puis en retard pour quoi ? On se promène, c'est tout !

– Je te rappelle qu'on doit se rendre quelque par cette après-midi ! grogne Tommy.

– Une mission ? s'inquiète Janet.

Tommy reste évasif, alors que nous longeons la Batterie du Salut pour nous promener. Lui parler de la mission, des Autres, des trafiquants, n'est même pas une option, et nous le savons tous les trois. Janet a l'habitude avec ses deux frères… Elle s'étire, ses longs cheveux blonds attachés en une tresse négligée. Elle baille :

– J'ai été de garde toute la nuit. On a un nouveau patient depuis hier. Le sevrage est horrible…

– Et l'ami de Julian ? demandé-je

– Julian ?

– Je crois que le patient s'appelle Josh.

– Je n'ai pas le droit de parler de mes patients, Lou', sourit Janet. Tout ce que je peux t'affirmer, c'est que le sevrage est douloureux et éprouvant. C'est un combat permanent et même quand on ressort, personne n'est à l'abri de replonger encore plus bas que la dernière fois.

– C'est horrible, murmuré-je. Et les personnes qui fabriquent le conscidisti sont des monstres…

– C'est une drogue aux effets intéressants, me contredit Janet. Et utilisée à bon escient, elle permet à un patient ayant vécu un fort traumatisme de se soigner plus rapidement, de faire taire la douleur…

– Orphée a parlé de vide…

– C'est exactement ce que l'on ressent, intervient Tommy.

– Tu en as déjà pris ? m'exclamé-je. 

– Une fois. Après avoir subi un maléfice. J'ai failli perdre une jambe.

Je m'arrête de marcher, en analysant chacun des mots qu'il vient de prononcer :

– Tu as quoi ?

– Il s'en passe des choses, Lou', entre deux de tes voyages ! rit-il.

– Pourquoi ne m'as-tu pas écrit ? le grondé-je.

– Je n'étais pas trop en état de le faire…

– T'avais un problème avec ta jambe ! Tu n'écris pas avec les pieds que je sache !

Tommy éclate de rire, alors que je glisse une main sur son épaule :

– Je sais que je ne suis pas très présent … Je suis désolé.

– T'as un métier prenant.

– Pas plus que le tien, ou celui de Janet, celui de Molly…, j'admets faiblement.

– Si tu te sens mieux, en te bourrant le crâne de voyage, fais-le, me rassure Janet en posant une main sur ma joue.

Je souris faiblement en me laissant aller à son contact.

– Je connais des addictions bien plus difficile à soigner que celle qui t'empêche de défaire totalement ta malle une fois que tu es rentré à Londres…, poursuit-elle.

– Je ne prendrais jamais de ce truc, Janet ! lui assuré-je.

– Quoiqu'il en soit, c'est une drogue extrêmement dangereuse.

Je m'interroge à voix haute : 

– Comment en vient-on à en prendre ? 

– Tu devrais demander à Julian…, marmonne Janet sans en dire plus.

Je hausse un sourcil, sans oser l'interroger davantage. Je préfère mettre tout ça de côté, et profiter de mes amis.

 

OoO

 

La plage de Bajia ta' Mgiebah est petite, bien cachée et éloignée des circuits touristiques. Elle n'est connue presque qu'exclusivement des locaux. Il faut marcher presque un kilomètre pour y arriver, mais on n'y trouve rarement du monde. D'ordinaire, cette plage est adorée des psychards, qui y vivent en paix, loin des moldus.

– Parle-moi encore des dragons foudre ! Me demande Médusa. Ma fille les adore ! Depuis qu'elle a vu la photographie de l'un d'eux à la une du journal, elle ne parle que de ça. Tu crois qu'on pourra en observer en vrai, un jour ?

– Je n'en sais rien, je réponds. Ce sont des créatures assez fragiles, mais très puissantes aussi. Elles seraient vite la proie de trafiquants, si on les laissait sans protection…

– Les dragons foudre se laissent-ils facilement approcher ?

Je fronce les sourcils, méfiants. Médusa s'avance de quelques pas, et se plante devant moi et marche à reculons pour continuer à me regarder. Ses cuissardes rouges à talon s'enfoncent dans le sable. Elle ne semble pas déranger. Le vent ébouriffe ses cheveux noirs, qui insolemment reviennent toujours parfaitement en place.

– T'essaie de me soutirer des informations ? esquissé-je un sourire.

– Tu crois que je fais ça par plaisir, Weasley ? Ronchonne-t-elle. Les psychards sont des créatures fortes, et intelligentes. Crois-moi, il vaut mieux les livrer à Main Rouge plutôt qu'ils passent leur vie dans cette usine à rapeltouts.

– Tu sais ce que Main Rouge en fait ? 

Elle frissonne légèrement et ses yeux se voilent. Il serait plus facile de la détester, si elle n'avait pas de cœur. Seulement, elle en a un, même si elle s'évertue à le cacher de toutes ses forces.

– Je préfère ne pas me poser la question, Louis. J'ai besoin de dormir la nuit, et de pouvoir me regarder dans la glace pour me coiffer.

Les psychards font parties des espèces les plus malmenées par les sorciers. Les pouvoirs du psychards permettent de faire remonter les souvenirs les plus anciens. Beaucoup de personnes sont prêtes à tout pour ce pouvoir, pour rester dans le passé, revoir sans arrêt certaines images de leurs proches décédés la plupart du temps… Ils épuisent les psychards jusqu'à ce qu'ils ne soient plus que des coquilles vides.

– Où as-tu étudié la magizoologie ? 

– Avec mon père, en Suisse. Nous avons déménagé à Malte après la mort de ma mère.

– Et tu n'as pas fait d'études supérieures en magizoologie ?

– J'ai été refusée à l'école de magizoologie de Roumanie. Puis à celle de Shangaï, et celle d'Afrique du Sud également. Pourquoi ?

– Pour rien.

Je me dis que c'est bien dommage, qu'elle ait été refusée. Elle semble passionnée par les créatures magiques…

– Alors ? Les dragons foudre ?

– Ils se laisseraient probablement approcher sans difficulté. Ils sont très sociables, et adorent tout ce qui est sucré. Si tu leur proposes un fruit, tu deviens leur meilleure-amie !

– C'est fascinant, murmure-t-elle.

Une fois arrivés sur la plage, nous nous rendons compte qu'elle est déserte. Le visage de Charlie est frappé par l'inquiétude. Tommy et Isaak sont sur leur garde, alors que Médusa s'éloigne de moi pour diriger les personnes qui sont sous ses ordres. La plupart nous regardent avec défiance, sachant pertinemment qu'en tant que trafiquants, ils risquent tous très gros. Mais Médusa sait se faire obéir. Elle n'a qu'à claquer des doigts, et ils accourent tous fidèlement auprès d'elle.

– Je n'aime pas qu'elle te tourne autour, souffle Charlie en observant Médusa.

– Imagine si le soleil avait pensé la même chose de la Terre !

– Et le fait qu'il n'y ait plus aucun psychard ici est très alarmant…

Faramond, dans ses cheveux s'agite et descend son cou, puis tout le reste de son corps pour plonger ses pattes dans le sable. Il goûte l'air marin du bout de la langue.

– Cela fait quelques temps que la France est débordée, à cause des psychards qui envahissent les plages du Sud. Sans parler de la Grèce et de certains pays voisins de Malte…, soupire Charlie. Les psychards ont un bon instinct de survie.

– Que l'Homme a peut-être trop affûté au fil des années, ronchonné-je.

Isaak vient vers nous, alors que tout le monde semble fouiller la plage, quitte à soulever chaque grain de sable, pour vérifier si un psychard ne se trouve pas en-dessous.

– Sans psychard à livrer à Main Rouge, qu'est-ce qu'il se passera ? demande-t-il.

– Est-ce si important ? Je fronce les sourcils. Il suffit de faire illusion le temps de la transaction, non ?

– Cela pourrait mettre ta copine en danger, Weasley. Elle a passé un accord avec les aurors ce matin, m'apprend Isaak. Mais Main Rouge est puissant, et s'il traite avec les Autres, il ne la laissera pas tranquille comme ça…

– Je ne comprends pas… Même s'ils migrent depuis quelques années, les psychards sont naturellement faits pour vivre sur Malte. Cette plage est celle sur laquelle ils se reproduisent normalement en cette saison…, je remarque. Jusqu'à maintenant, les psychards ne l'avaient jamais désertée.

Faramond émet un petit cri plaintif qui nous alerte immédiatement. Je transplane jusqu'à lui le premier et le prend dans mes mains, le manipulant avec précaution, alors qu'il semble hagard. Charlie, au-dessus de mon épaule, pose son pouce dans son cou, pour prendre son pouls.

– Fort mais irrégulier.

La queue de Faramond s'agite dans tous les sens. Quelque chose lui fait peur. Il se roule en boule dans mes mains, et ses pattes contre ma peau, me brûlent. Je le surélève calmement pour les examiner : elles sont presque brûlées. J'enlève les quelques grains sable qui y sont restés, et lance un sort de guérison. Le psychard s'agite nerveusement, cherche son équilibre. Je le dépose délicatement sur mon épaule, auprès de laquelle il se blottit.

Charlie s'est accroupi pour examiner le sable.

– Il est empoissonné.

– Du produit anti-psychard ? m'alarmé-je. 

Charlie hoche la tête. Quand la population de psychard était incontrôlable il y a quelques siècles de cela, une sorcière a mis au point une potion pour les repousser et les forcer à s'éparpiller, pour qu'ils laissent les moldus tranquilles et ne leur soufflent pas dessus. C'est une potion que l'on vaporisait à même le sable, sur les plages. Avec un sort d'extension, la potion peut faire effet sur des kilomètres entiers. Elle est interdite depuis longtemps. Certains psychards en mourraient parce qu'elle leur brûlait les écailles et les pattes.

Médusa transplane jusqu' à nous, alertée par le bruit.

– Qu'est-ce qui se passe ?

– Quelqu'un vaporise du produit anti-psychard sur cette plage…, l'informe Charlie.

– C'est impossible. Cette plage est sous ma responsabilité ! Tout ce qui s'y passe se fait sous mon contrôle ! Réfute-t-elle.

– T'es sincèrement prête à te porter garante de toutes les personnes qui sont sous tes ordres ? 

– Ils sont trafiquants. Évidemment que non ! Répond Médusa passablement énervée. Mais ils ont des familles à nourrir. Alors je sais que ce n'est pas eux… C'est peut-être un coup de Baron, ou d'Hélios.

– C'est quoi ça encore ? Vous pouvez pas utiliser des prénoms normaux dans le monde de l'illégalité ? Ou est-ce un critère de sélection pour faire carrière dans le milieu ? m'agacé-je. 

– Baron est un trafiquant français. C'est notre plus gros concurrent… C'est sûrement lui. Hélios lui, gère les trafics de Grèce. Ils s'entendent comme larron en foire !

Elle s'assoit mollement sur le sable, désespérée.

– Il me faut des psychards pour Main Rouge… Je n'ai pas le choix, bredouille-t-elle.

Elle lève des yeux larmoyants vers moi :

– J'ai traité avec Main Rouge parce que je voulais sortir les psychards de l'usine à rapeltouts. Je pensais faire quelque chose de bien. Mais il en demandait toujours plus, et prise dans le tourbillon, aveuglée par tout l'argent que j'avais enfin, je n'ai rien venu venir. J'ai pu quitter cet emploi que je détestais. J'ai commencé à prendre des psychards directement sur les plages de Malte. Puis j'ai su, ce qu'il en faisait vraiment… Ses tarifs sont devenus de moins en moins élevés, ses demandes de plus en plus pressantes et compliquées.

– On sait déjà qu'il fait avec ces psychards.

– Il les vend à des gens vraiment horribles, soupire-t-elle.

Sait-elle que c'est pour fabriquer du conscidisti ?

– Et si on fait illusions ? insisté-je. Si on fournit à Main Rouge ce qu'il veut ?

– On a plusieurs fois tenté cette ruse, grimace Tommy, qui vient d'arriver derrière nous. Il est malin…

– Donc on a une semaine pour trouver des psychards, maugrée-je.

 

oOo

 

– T'es pas obligée de me raccompagner, répète Médusa pour la énième fois.

– Que je le fasse ou non, tu es quand même suivie, je te rappelle…

Un auror la file en permanence. Elle émet un soupir las.

 

– T'es déçue ? D'avoir trouvé un accord avec les aurors ? m'inquiété-je. 

– Non. Il faut que je sorte de cette spirale. Pour ma fille, pour moi… Main Rouge est de plus en plus puissant et commence à faire la loi, dans le milieu. Je n'aime pas ça. Vendre quelques psychards a des gens qui veulent en prendre soin mais qui n'ont pas de permis c'est une chose. Mais en vendre à des crapules qui fabriquent du conscidisti et empoisonnent toute l'île s'en est une autre.

– Tu sais pour le conscidisti…

– Bien sûr que je sais, murmure-t-elle. Au début, je me disais que j'avais de la chance, de ne pas avoir à traiter directement avec eux, que Main Rouge était un filtre rassurant et nécessaire. Mais je crois qu'ils ont fait de Malte un lieu test pour leur drogue… J'ai eu tort.

– Comment sais-tu, que le conscidisti est fabriqué à l'aide de psychard ?

– Mon père, chuchote-t-elle comme un secret honteux. Il se servait de leurs mues comme d'anesthésiant pour les nerfs. J'ai fait le lien, entre les commandes en nombre de psychard, et cette drogue qui coupe celui qui la prend de toutes émotions.

Elle a l'air déterminée.

– Ne fais pas ça.

– De quoi ? 

– Me regarder comme si tu essayais de voir un truc bien en moi.

– T'as le courage d'admettre que tu as eu tort.

– Ne te méprends pas. Je ne regrette pas ce que j'ai fait. Sans ça, ma fille et moi serions à la rue.

Elle s'arrête de marcher, juste en face du bar moldu par lequel on accède à son repère, pour les sorciers. Tout en haut de la bâtisse, on devine l'appartement où loge Médusa. Une petite fille, de six ans peut-être, regarde par la fenêtre et lui fait de grand coucou. Les lèvres de la jeune-femme se sont étirées.

– T'es jeune, commenté-je. 

– Finement observé, éclate-t-elle de rire. Et là, tu essaies sûrement de calculer à quel âge j'ai eu ma fille…

Je rougis légèrement.

– J'ai vingt-et-un ans.

Je hoche la tête. Je me demande ce qui lui est arrivé, pour qu'elle en vienne à pactiser avec le diable. En la regardant faire coucou à sa fille, en observant ses yeux emplis d'amour et son sourire éclatant, je devine qu'elle n'avait vraiment pas le choix, et qu'elle ferait tout pour son enfant.

– Et je m'appelle Marina, me sourit-elle avant d'entrer et de refermer la porte du bar derrière elle.

 

OoO

 

J'ai surpris Julian en train de vomir. Il tremble comme une feuille. Il pleure, éclate de rire et se met en colère. Il a bu tout le contenu de ma gourde de whisky-pur-feu. Cela fait cinq jours que je suis à Malte, et pourtant j'ai l'impression que cela fait une éternité. Nous n'avons trouvé que très peu de psychards, et tous étaient en très mauvaises santé. Marina, Charlie et moi, les soignons comme nous pouvons.

– Pourquoi tu m'as emmené là ? me demande-t-il alors qu'il me regarde enlever mes chaussures pour laisser l'océan lécher mes pieds.

– T'as besoin de sortir.

– Tes copains et toi, vous avez trouvé comment arrêter ces gens ? Ceux qui vendent le conscidisti ?

– Orphée a été entendu par les autorités magiques ce matin.

– Ça ne suffit pas, grogne-t-il. Des dealers, il y en a encore beaucoup.

– Et tu sembles bien les connaître, je fais en haussant un sourcil.

Il pâlit faiblement comme un voleur pris sur le fait.

– Josh est toujours à l'hôpital, marmonne-t-il. Je ne sais pas s'il s'en remettra.

– Pourquoi ne s'en remettrait-il pas ?

– Parce que c'est ce qu'on dit, mais je sais ce qu'on pense au fond de nous, quand on promet de ne plus jamais céder à la tentation : on sait qu'on ment.

– Tu as déjà pris du conscidisti…, je comprends.

Il ne répond pas.

– Tu t'en es sorti, toi. Alors pourquoi pas lui ?

Il enlève ses chaussures à son tour et expire un long moment, un nuage grisâtre qui se perd dans la nuit fraîche. Il est à fleur de peau.

– J'aime Josh comme je n'ai jamais aimé personne dans ma vie, élude-t-il. Je l'ai fait plonger dans cette merde. C'est ma faute, s'il est là-bas. Je n'ai pas su le protéger des gens comme toi.

– Comme moi ?

– Des sorciers.

– Nous ne sommes pas tous méchants.

– Je sais. Je ne suis pas débile ! s'écrie-t-il.

Mais il a quand même peur. Il faut dire qu'Orphée n'est sûrement pas un sorcier très commode. Julian semble avoir vu des choses qui l'ont traumatisé…

Je fume tranquillement la cigarette qu'il m'a offerte. Je me dis qu'à la fin de mon séjour entier, à ce rythme, je lui devrais probablement un paquet entier.

– J'ai un truc pour toi, anoncé-je calmement.

– Quoi ?

– On t'effacera la mémoire, tôt ou tard. C'est sans doute mieux comme ça. Tu ne te souviendras de rien, tous tes souvenirs liés à la magie et à son existence disparaîtront et tu pourras reprendre ta vie comme avant.

– Je ne demande rien de mieux.

– Mais en attendant, je veux que tu gardes ça avec toi.

Je lui tends la paire de jumelles que j'ai autour du cou. Il la prend, comme si l'objet allait le brûler.

– Tu sais,  ça va pas te mordre, tu sais, ricané-je.

– Je pensais que les livres ne mordaient pas. Jusqu'à ce que l'un des tiens me saute à la gorge !

– Le monstrueux livres des monstres peut se montrer capricieux, m'excusé-je. Mais ces jumelles sont inoffensives, je te le promets.

Il regarde à travers les jumelles le paysage, un sourire sur le visage.

– Tourne-toi vers moi, lui conseillé-je.

Il s'exécute, en tenant fermement les jumelles. Il ouvre la bouche, ahuri :

– Tu brilles !

– Ces jumelles détectent toutes les sources de magie. Elles ne marchent pas sur les sorciers portants encore la Trace.

– La Trace ?

– C'est ce que tous les sorciers de moins de dix-sept ans ont. On s'en sert pour les fliquer. Faire de la magie en-dehors d'un établissement scolaire, ou en présence de moldus… Quand on est jeune, souvent on déconne, et on n'a pas conscience de l'importance de ces règles, je soupire.

– Tu les as déjà enfreintes ?

– Oui. Une fois. Avec un moldu qui voulait se la péter sur sa planche de surf. Il était dangereux et venait de manquer de faire tomber un enfant de sa propre planche…

Sa bouche s'ouvre un peu plus.

– Il va très bien, rassure-toi, je lève les yeux au ciel. Il a bu la tasse et son égo en a pris un coup.

– T'es un justicier en fait, éclate-t-il de rire.

– Chaque fois que tu auras un doute, dans la semaine à venir, tu pourras regarder à travers ces jumelles.

Je veux lui donner un peu de pouvoirs, la sensation qu'il peut encore contrôler quelque chose.

– Merci, murmure-t-il.

Nous restons silencieux pendant un long moment, à regarder les étoiles et l'océan, qui s'étend à perte de vue. Il porte les jumelles autour de son cou. J'en ai une autre paire, plus récente. Celle que je viens de lui donner, m'a été offerte lors de ma première année à l'école de magizoologie de Roumanie. On s'en sert, pour débusquer les créatures magiques qui se cachent, qui se confondent avec les paysages, ou se mêlent aux animaux moldus.

– Louis ?

– Hum ?

– Est-ce qu'il existe des créatures magiques qui te rendent tristes ? Des créatures qui te font regretter la vie ? Qui te font perdre espoir et aspirent toute la joie en toi ?

Je reste muet de stupéfaction. Ce qu'il décrit ressemble à des détraqueurs. Ils se sont rebellés il y a quelques temps et ont officiellement formé une alliance avec les Autres… Depuis l'affaire Opaline, la plupart des détraqueurs sont chassés. Les dernières rumeurs prétendent qu'ils ont élu refuge au désert Tcharsk, en Sibérie.

– Un sorcier m'a enfermé dans une pièce. Elle était vide, et froide.

– Julian…

– J'avais besoin d'argent. Il faisait des tests. Il avait une baguette, comme toi. Il faisait apparaître du feu, de la glace, des éclairs…

– T'en as parlé à quelqu'un ?

Il secoue la tête.

– Il se passe des choses à Malte, Louis. Des choses vraiment horribles… A cause de gens comme toi.

– Pourtant tu m'as fait confiance…

– T'as un sourire à tomber.

– Heureusement que j'ai une gueule d'ange, palisanté-je.

– Et t'as parlé d'ABBA. Les sorciers que j'ai fréquentés jusqu'ici ne perdaient pas de temps à parler musique…

– Longue vie à Waterloo !

Il éclate de rire tout en tremblant. J'ai envie de le protéger. Je jette un coup d'œil derrière moi. Tommy, soumis au sortilège du Tapinois, nous surveille sûrement. Je sais que nous sommes en sécurité, et pourtant…

Malte a bien changé.

 

Les addictions - L'origami by CacheCoeur

– Quelque chose se prépare ce soir.

Je me retourne pour faire face à Julian, qui a rongé ses ongles jusqu'au sang. Une semaine est passée. Nous sommes mardi.

– Oui, quelque chose se prépare, j'admets.

J'ai appris que mentir à Julian ne servait à rien, et ne faisait qu'accroître son anxiété et ses changements d'humeurs.

– Reste ici.

– C'était mon intention, rétorque-t-il en plongeant sous la couette.

– Pour les créatures que tu as mentionné la dernière fois, celles qui t'ont fait ressentir le désespoir… J'en ai parlé aux aurors.

– Et ?

– On n'a trouvé aucune trace de ces créatures…, je l'informe.

Il soupire, en se frottant les yeux.

– J'ai sûrement rêvé…

oOo

Marina, Charlie et moi restons silencieux, devant les caisses de psychards. Nous en avons une vingtaine tout au plus… La transaction a lieu dans une heure.

– On est dans la bouse de dragon jusqu'au cou, je geins.

– Il faut que ça fasse illusion, le temps que l'on arrête Main Rouge, souffle Charlie comme pour se rassurer.

Faramond dort profondément dans ses cheveux. Il s'est à peine remis de ses blessures et ses pattes sont encore légèrement brûlées, par l'effet du poison.

– Les aurors ne nous lâcheront pas…, je les rassure. On n'a rien à craindre.

– Ne sous-estime pas Main Rouge, lâche-t-elle.

oOo

– Pourquoi les Autres vendraient-ils de la drogue ? j'interroge Isaak. Je ne comprends pas quel est le but…

– Se faire de l'argent. Ça rapporte une petite fortune de rendre les gens dépendants à un truc …, répond-t-il.

– C'est dégueulasse…

– Les Autres ne sont pas des gens bien, grommelle-t-il.

– Et le fait qu'ils se servent de créatures magiques pour en fabriquer… L'usine de rapeletout et les fabriques de potions faites à partir de conscidisti ne sont guère mieux.

Isaak tapote mon épaule, avec un sourire en coin :

– Montre-toi à la hauteur de tes valeurs, Weasley, et je ne me ferais plus aucun souci pour l'avenir de la magizoologie !

J'aimerais en être capable. Mais comment changer le monde avec mes deux seules et uniques petites mains ? Je pars rejoindre Marina, qui est seule sur la plage, avec ses caisses. Il y a un bateau au loin, qui est arrivé il y a plusieurs minutes, mais qui ne bouge pas du tout, sauf pour se faire ballotter par les petites vagues. Avec les aurors, nous nous sommes mis d'accord pour que je reste avec Marina, en tant que magizoologiste en train de vriller et qui cherche à faire carrière dans le commerce illégal de créature magique… Je n'aime pas ça du tout.

Quand un homme transplane sur la plage, je retiens mon souffle, portant instinctivement ma main à ma baguette. Marina reste calme et maîtrise chacun de ses gestes, et même le ton de sa voix, égal et fort :

– La livraison de la semaine, annonce-t-elle.

– Avec quelques écarts…

Mes doigts agrippent fermement ma baguette quand l'homme ouvre les caisses une à une pour découvrir qu'elles sont quasiment toutes vides. Un sortilège le frappe en pleine tête. Il tombe inerte sur le sable. Marina s'accroupit, un sourire sur le visage, et lui écrase le nez de son pied, avant d'être interrompue par Tommy.

– Ce n'est pas Main Rouge, nous apprend-t-elle. C'est un de ses sbires. Un crétin de première.

Le bateau resté dans l'océan continue de se faire ballotter par l'océan.

– Mais il peut nous mener jusqu'à lui… Il a forcément un portoloin qui le mène tout droit dans l'un des entrepôts.

Charlie, à mes côtés, me regarde d'un air entendu. Si nous avons la possibilité de délivrer les psychards qui y sont, il n'y a aucune raison d'hésiter.

oOo

Le portoloin, repris par Isaak, nous a mené dans ce qui semble être le ventre de la Terre. Il fait super chaud ici. Sous l'effet de sortilèges de désillusions, nous évoluons dans l'entrepôt. Des centaines et des centaines de caisses sont entassées les unes sur les autres. Un homme aux cheveux noirs et au teint livide, se tient droit comme un « i ». Il fait l'inventaire. Il doit avoir une trentaine d'année, et traîne un long manteau noir derrière lui, qui le couvre comme une cape.

– Ce n'est pas assez…, se plaint-il. ALEXEÏ ! Où est-elle ? Où est Mistinguette ?

Un homme de mon âge, peut-être un peu plus vieux, s'avance vers lui, en tremblant.

– En centre-ville, bredouille-t-il.

– Elle devait surveiller les moldus enfermés dans les pièces, avec les détraqueurs ! s'écrie le brun.

Je regarde silencieusement Tommy. C'est lui, qui a interrogé Julian à ce propos…

– Fais-la appeler tout de suite… J'ai besoin de son aide. Il y a une alerte sur les chambres à détraqueurs, justement !

–Elle refusera sûremment de laisser les détraqueurs se faire la malle, tu la connais...

–Qu'elle les laisse donc. On a plus urgent à faire ici. PARS MAINTENANT !

Alexeï s'exécute immédiatement, et s'en va à la vitesse de l'éclair. Il soupire, lassé, avant de disparaître en transplanant. Il ne reste plus que quatre personnes, déambulant dans les allées. Ils ne sont pas très attentifs à ce qui se passe. Aussi, Isaak, Tommy et les deux autres aurors les neutralisent rapidement.

Marina ouvre les caisses en premier, et des psychards en sortent par dizaine. Charlie et moi sourions. Si nous sommes venus jusqu'ici, c'était pour vivre ce moment. Marina sourit elle aussi, et me regarde, les yeux aux bords des larmes.

– Occupez-vous d'eux…

– C'était Han Derrick, grogne Tommy. L'homme, qui tenait le registre. C'est un Autre. L'une des têtes pensantes… On est dans leur repère. Faut pas qu'on traîne ici…

Isaak est sur les nerfs, alors qu'il vérifie les sortilèges d'entrave qui ligotent les Autres.

– Ce sont des sorciers…, je remarque. Je croyais que les Autres étaient des cracmols !

– Pas tous, certains sont des nés-moldus ou des sang-mêlé les ont rejoints. Il y a des loups-garous, également. Les Autres ne sont plus seulement des cracmols.

– Pourquoi feraient-ils ça ? s'inquiète Charlie.

– J'en sais rien, je leur pose rarement la question, crache Isaak en regardant les membres qu'il vient d'arrêter avec mépris.

Avec Charlie, nous embarquons toutes les caisses en les fourrant dans un sac soumis à un sort d'extension indétectable alors que la terre se met à trembler. Marina perd l'équilibre, et se rattrape faiblement en s'appuyant sur mon dos. Une explosion retentit, suivi de plusieurs détonations qui font battre mon cœur un peu plus fort à chaque fois. Marina se précipite dans les allées, pour trouver la sortie. Elle a jeté un sort, qui nous l'indique, et défonce la porte.

– Nous sommes toujours à la Valette, murmure-t-elle, abasourdie. Leur entrepôt est ici depuis tout ce temps !

Ses joues sont cramoisies et elle donne un nouveau coup de pied dans le bâtiment, qui de l'extérieur, ressemble à une maison comme les autres, avec son balcon peint en rouge, et ses murs de pierres couleur ocre. D'autres détonations se font entendre, plus fortes que les précédentes.

– Qu'est-ce qui se passe ? s'inquiète Tommy en regardant Isaak.

– C'est pas bon. C'est clairement pas bon…

Il semble réfléchir à toute vitesse, avant de prendre une décision :

– Rentrez à l'hôtel. Faites parvenir les psychards à la réserve magique qui acceptera de les prendre, et ne bougez pas. On va voir ce qui se passe.

Je n'ai pas le temps d'ouvrir la bouche pour retenir Tommy, qu'ils sont déjà partis.

oOo

Dès que nous sommes rentrés, Charlie a pris un portoloin pour se rendre à la réserve la plus proche et la plus à même de prendre en charge les psychards. Je me précipite jusqu'à ma chambre et entre, sans toquer. Julian n'est pas là.

La fenêtre est grande ouverte. Dehors, les moldus crient. Quelque chose se passe dehors… Je me fige sur place, alors qu'un détraqueur entre dans la chambre, froid et menaçant :

SPERO PATRONUM !

Mon patronus le repousse, mais je suis trop distrait, trop inquiet pour Julian. Il avait raison… On l'a bien enfermé dans une pièce avec des détraqueurs. Je bondis par-dessus la fenêtre, et transplane à l'autre bout de la rue, où les moldus courent dans toutes les directions sans savoir où aller.

– JULIAN ?

Il était sous ma responsabilité. C'est à cause de moi, s'il est mêlé à toute cette histoire… J'entends un éclat de rire, qui s'étouffe. Guidé par le bruit, je tourne jusqu'à une ruelle. Julian vomit ses tripes, plus pâle que jamais et les yeux injectés de sang.

– Je savais que je n'avais pas rêvé…, baragouine-t-il en essuyant la bave de son menton.

– Je t'avais dit de ne pas quitter la chambre !

– Je voulais voir Josh ! Je voulais voir si les dealers étaient tous arrêtés ! J'ai donné une liste à tes amis… Mais y'en a encore dehors ! Je les ai vus ! Hurle-t-il.

Il a agrippé mes épaules avec forces. Il se remet à vomir.

– Il faut qu'on te soigne…

– Non ! Je vais bien.

Je sais reconnaître un mensonge quand on m'en sert un. Sans écouter ses plaintes, je transplane en face de l'hôpital où travaille Janet.

oOo

La situation en ville s'est calmée. Tommy m'a rejoint à l'hôpital, où j'attends des nouvelles de Julian.

– Quelqu'un a fait exploser des bâtiments dans le centre-ville. Il y avait des détraqueurs à l'intérieur.

– Qui pourrait faire ça ?

– J'en sais rien, hausse-t-il les épaules. Mais on lui doit la réussite de notre mission…

– T'appelles ça une réussite ? Je geins.

– Les psychards sont sauvés non ? Et la plupart des dealers ont été arrêtés, grâce à Julian…

– La plupart, ce n'est pas tous…, je maugrée incapable de me réjouir. Et les Autres ont filé…

– Nous n'étions pas assez nombreux pour tenter quoique ce soit et la priorité, était de protéger les moldus. D'après les premiers témoignages, les Autres faisaient des expériences sur les moldus, pour voir combien de temps ils pouvaient tenir, en présence de détraqueurs…

– C'est ignoble.

– Je suis bien d'accord… Et si on n'avait pas fait cette mission, ça aurait pu très mal tourner.

Janet s'avance vers nous, les yeux figés. Je me lève immédiatement tout en sachant grâce à l'expression de son visage que ce qu'elle a me dire, ne sera pas plaisant :

– Louis… Je suis désolée…

J'écarquille les yeux et recule de quelques pas.

– Ça faisait un moment que je le soupçonnais et j'ai vraiment essayé de l'aider…

– Il est malade, n'est-ce pas ?

– Non Louis… Il fait une overdose.

– Une overdose ?

– De conscidisti.

– C'est impossible, je refuse.

– Louis…

– Il rit, il pleure, il est plein d'émotions qu'il n'arrive même pas à gérer, je l'ai vu changer d'humeurs tout le temps ! Il ne ressent pas rien ! Je le sais !

– Les patients les plus touchés, dans leurs derniers instants, sombrent dans une espèce d'euphorie. La drogue n'a plus d'effet sur eux, et permet seulement de les maintenir en vie… Je suis désolée Louis ! Répète Janet.

– On peut le sevrer ? Je m'exclame.

– Louis… Son corps a besoin de conscidisti pour survivre plus longtemps. Ça ne le sauvera pas. Ça ralentira le processus, tout au plus…

Mes jambes flageolent.

oOo

– Change la chanson, me supplie Julian.

– T'as envie d'écouter un truc en particulier ?

– Du ABBA, sourit-il en grimaçant.

Le moindre geste le fait souffrir le martyr. Je m'exécute, et écoute les première notes de « Waterloo » résonner dans la chambre d'hôpital.

– T'es un sacré menteur, je murmure. Tu t'es bien foutu de ma gueule… Et je déteste le mensonge.

– Mec, la vie est faite de mensonges. Tes parents t'ont fait croire au père noël.

Il me regarde pitoyablement.

– Je t'ai dit que tous les camés étaient des menteurs.

– Je ne pensais pas que t'en étais un.

– De quoi ? De menteurs ou de camés ?

– Les deux.

– Ne me juge pas trop sévèrement.

Je suis en colère. Terriblement en colère. Cela fait deux jours que je reste à son chevet. Personne n'est venu lui rendre visite et personne ne le fera.

– Ma mère fait sûrement le tapin quelque part. Mon père est une ordure. Ma sœur est partie y'a longtemps. Je compte pour personne.

– Je pourrais faire prévenir Josh, je propose.

– Il me déteste.

– Pourquoi t'en as pris ? La première fois, je veux dire…

– J'ai trouvé un boulot, bien payé, sur une annonce. En échange d'un beau pactole, je devais rester enfermé dans une pièce. Je ne sais pas ce qu'il y avait dedans, mais ça m'a détruit. Je n'ai ressenti que du désespoir et du chagrin. Je n'entendais que mes cris, et ceux de ma famille, dans l'accident de voiture. Mais j'ai continué, car c'était de l'argent facile, et que personne ne voulait de moi. Puis j'ai entendu parler de cette drogue, qui empêchait de ressentir le malheur et la peine. Je me suis jeté dessus, parce que je ne le supportais plus…

Alors les Autres ont enfermé des moldus dans des pièces avec des détraqueurs à l'intérieur, pour faire des tests, et ils en ont même fait une pierre deux coups : en les traumatisants, ils en ont fait de nouveaux consommateurs, de nouveaux clients pour leur drogue… C'est cruel, et machiavélique.

– Josh a essayé de m'en sortir. Mais je l'ai rendu malheureux à son tour, et maintenant, il me hait.

C'est entièrement vrai. Janet m'en a parlé. Julian se concentre sur les jumelles, qui pendent faiblement aux pieds de son lit. Je regarde sa perfusion, qui lui administre du conscidisti, juste assez pour qu'il souffre le moins possible.

– T'es en colère ?

– Oui, je réponds.

– Il était déjà trop tard pour moi.

– C'est ce qu'on m'a dit.

– Je t'ai piqué quelques trucs, que je pensais vendre, contre une dose de conscidisti, avoue-t-il.

– C'est pas grave…

– Un origami, en forme de colibri. Quand je l'ai sorti de sa boîte transparente, il s'est mis à voler dans toute la pièce…

Je pâlis malgré moi, et passe une main dans mes cheveux. Allénore a fabriqué cet origami un matin, avec une serviette en papier sur laquelle elle avait essuyé ses lèvres légèrement maquillées. Elle me l'avait offert, avant de m'embrasser et de me supplier de la ramener chez moi, pour qu'on soit seuls. Nous étions à peine chez moi, qu'elle m'avait jeté un regard aguicheur et conduit jusqu'à la chambre. C'est le cinquième objet dont je ne me sépare jamais.

– Tu n'aurais pas dû toucher à ça, je murmure.

– J'ai trouvé ça tellement beau, s'émerveille-t-il.

– Il est où ?

Julian désigne d'un signe de tête le sac contenant ses affaires, qu'on lui a laissé. Je fouille à l'intérieur, et en sort la petite boîte transparente. Je l'ouvre et immédiatement, le colibri en sort. Il me salue, vole à reculons, explore la pièce et tourbillonne au-dessus de nos têtes, gaiement.

– C'est tellement beau…, répète Julian.

C'est de la belle magie, je ne peux pas le nier.

– Ne me laisse pas seul, me prie-t-il.

– Je suis encore là…

Et je le suis, jusqu'à ce qu'il meure, en regardant le colibri se poser sur son ventre, qui ne prendra plus jamais une seule respiration.

oOo

– J'ai appris pour Julian.

Marina a pris ma main dans la sienne, et caresse mon poignet.

– Je suis désolée.

– Je ne le connaissais que depuis une semaine et demie, je murmure. C'est peu.

– Certaines personnes ont besoin de peu de temps, pour marquer toute une vie.

Elle me regarde intensément, en me tendant une bouteille d'alcool, que j'accepte. Je bois sans compter les gorgées. J'en ai besoin.

– Qu'est-ce qui va se passer pour toi, maintenant ? Je lui demande.

– Je vais travailler avec les unités magiques chargées de démonter les commerces illégaux de créatures magiques. L'accord que j'ai signé avec les aurors me garantit une certaine protection.

– Et ta fille ?

– Ma fille est ravie de déménager.

– Et les gens ? Ce bar ?

– Quelqu'un reprendra ma place.

– Pour créer un nouveau trafic…, je grogne.

– Le monde est ainsi fait Weasley.

– Le monde craint.

– Il faut que tu l'acceptes.

– Je te souhaites le meilleur Marina, je souris sincèrement.

– On se recroisera peut-être…, espère-t-elle d'une voix veloutée et douce.

Ses yeux pétillants de malice sont un appel à la luxure auquel je résiste avec peine.

– Je suis sûre qu'on pourrait devenir de bons amis…

– Avec avantages ? Je m'amuse.

– Non. J'ai besoin d'un ami. De bons plans cul, j'en trouverai partout où j'irais Louis. Mais des gars comme toi…

– Dommage, je souffle l'air faussement désolé.

Elle me frappe à l'épaule, alors que j'éclate de rire. J'ai toujours adoré me faire des amis…

– Heureusement pour toi, et même si j'adore le sexe, je trouve que se faire des amis est l'une des activités les plus cool qui soit !

Elle rit légèrement, mais s'arrête vite. Mes yeux sont sûrement tristes. Je ne lui rends pas la bouteille.

Il y a une heure, on a enterré Julian. Dans son cercueil, j'ai laissé le colibri en origami.

oOo

Je refais le tour de la chambre d'hôtel en vérifiant que je n'ai rien oublié, alors que Charlie entre en trombe.

– Tu vas rire, Louis.

– Vas-y, je souris en passant une main dans mes cheveux tout emmêlés.

– Je viens de parler à Gippy.

Je suspends mon geste et me précipite sur ma malle. Charlie contourne son lit, et abat sur celle-ci un formulaire que je connais déjà par cœur. Je l'ai lu, relu, un nombre incalculable de fois, jusqu'à ce que chaque mot soit imprimé sous mes paupières. Je pourrais en réciter le contenu ligne par ligne tant j'ai rêvé de le remplir un jour…

– C'est marrant, qu'il n'ait pas reçu ton formulaire d'inscription à la formation de dragonologie.

J'étouffe un rire nerveux.

– Ouais, c'est marrant, je reprends.

Je suis en train de lui mentir. Je tente de contrôler mon rythme cardiaque, ainsi que mes joues, que je sens déjà rougir. Mais ça ne prend pas. Charlie est loin d'être débile. Pourtant, il se met à rire lui aussi, avant de me regarder droit dans les yeux, et de s'arrêter :

– A quoi joues-tu bordel ?

– Je ne l'ai pas envoyé, j'avoue.

Je redoutais cette conversation et à vrai dire, j'ai échafaudé mille et un plans, pour y échapper. Je fais un bien piètre représentant de la maison Gryffondor, quand j'y pense. Si Molly savait, elle en exploserait de rire à en pleurer.

– T'as encore le temps de…

– Je ne le ferai pas, Charlie.

Ses yeux s'écarquillent curieusement. Il réalise que je ne plaisante pas, que tout ceci est bien réel, et que ces mots, mes mots, sont bien sortis de ma bouche.

– Ce n'est plus marrant, Louis !

– Je suis très sérieux, je souffle en rassemblant mes affaires d'un coup de baguette pour qu'elles se rangent dans ma malle.

– Lou ! m'interpelle mon oncle. C'est ton rêve depuis tout gamin !

– Justement, Charlie. Je ne suis plus un gamin… Et j'en ai ma claque des études. J'en ai ma claque de tout !

J'en ai surtout ma claque de continuer à faire comme si tout allait bien, alors que ce n'est pas le cas.

– Tu en as ta claque des études ? Répète-t-il, totalement hébété.

– Oui. Je veux voyager. Je veux découvrir le monde. Je veux protéger les créatures magiques. Je veux partir. J'ai besoin de partir. Ce qu'on a fait ici, c'était génial ! Je veux me sentir utile ! Je veux servir à quelque chose.

– T'as pas besoin de partir, grogne-t-il.

– Si.

– Alors pourquoi ai-je la sensation que tu cherches juste à fuir ? sourcille-t-il en croisant les bras sur sa poitrine.

– Je ne fuis rien.

– Tu fais n'importe quoi.

– Je prends ma vie en main, je le contredis.

– Tu la sabotes.

– Non.

– Pourquoi renoncer à ce que tu as toujours voulu ? Après ton compte rendu et tes observations sur les dragons foudre, la réserve internationale t'ouvrait ses portes ! Gippy lui-même s'apprêtait à te dérouler le tapis rouge !

– Peut-être que ça me saoule, que ça me gave tout ça, que j'en ai marre de faire tout ce que tout le monde attend de moi.

– Personne n'a jamais rien attendu de toi, Lou ! Si je souhaite te voir intégrer cette formation, c'est parce que tu veux devenir dragonologue !

– Je le voulais, je rectifie. Mais tu vois, je ne me sens pas à la hauteur. Je pensais que ma vie était toute tracée, que je passerais ma vie à étudier les dragons, que j'aurais ceci, et cela, une belle maison, avec une tripotée de niffleurs dans le jardin… J'espérais même me marier, avoir des enfants. Tu dis que je suis un aventurier, un bourlingueur, mais la vérité, c'est que je suis comme les tortues : je reviens toujours sur ma plage ! Je ne suis pas comme toi, Charlie … J'ai toujours tout prévu ! J'ai besoin de repères et dernièrement, je n'en ai plus aucun ! Et c'est de ça, dont j'ai ma claque.

– La mort de ce garçon t'a bouleversé….

– Évidemment que ça m'a bouleversé ! Il avait toute la vie devant lui ! Et à cause de connards qui veulent semer la terreur, il est mort ! A cause d'une putain de drogue de merde !

– Alors tu revois tous tes rêves, juste parce que t'es en train de péter un câble ?

– Exactement, j'admets. Il est temps pour Louis Weasley d'arrêter de programmer les moindres aspects de sa vie, à commencer par ce rêve que j'ai depuis que je sais ce qu'est un rêve !

– On parle de ce que tu désires devenir Louis ! s'énerve-t-il. Tu veux vraiment abandonner ça ? Et tout ça pour quoi ?

– Peut-être que je n'ai pas envie qu'on me compare à toi en permanence. Peut-être que mes goûts ont changé. Peut-être que je veux juste arrêter de poser mon cul sur une chaise et écouter des enseignants. Peut-être que je veux voyager. Peut-être que j'ai juste la trouille de réaliser ce rêve. Franchement Charlie, qu'importe les raisons, ça ne te regarde pas. Respecte ma décision.

– T'es en train de faire une connerie…

Une partie de moi en a parfaitement conscience et regrette ma décision. Pour autant, je sais que c'est la chose à faire. Le gamin qui voulait devenir dragonologue a grandi. On a chamboulé sa vie comme on chamboule des quilles en leur jetant une boule de bowling en pleine gueule. Il faut que je m'éloigne de ma famille, de Rose, d'Albus, de Scorpius, de James, de ma mère, de mon père, de tout ce qui me rappelle Allénore.

Me voir devenir dragonologue, était son souhait le plus cher.

Je repense à ce colibri de papier, désormais enterré.

Il est temps que je passe définitivement à autre chose, et que je prenne du recul sur la situation. Allénore me manque encore énormément. Je ne me sens pas prêt, à réaliser ce rêve, parce que, quand j'ai reçu ce formulaire, mon premier réflexe, a été de la chercher des yeux dans mon appartement, pour la prévenir. Même si c'est mon rêve, ce que je veux faire, quelque chose manque. Ce n'est pas Allénore. Je vais de l'avant et je n'ai pas besoin d'elle, même si elle me manque encore un peu. C'est moi. Ça vient de moi.

Si je ne m'écoutais pas, je remplirais ce formulaire, pour faire plaisir à mon oncle. Mais je décide d'arrêter de faire semblant. C'est ce qu'a fait Julian, et ça ne lui a pas beaucoup réussi. Être honnête, pourrait fonctionner. Alors, je prends la décision de faire confiance à mon instinct. Je me choisis moi. Je choisis de voyager, de m'éloigner, de parcourir le monde, et de rester heureux, plutôt que de réaliser ce rêve, et de me retrouver sans but, sans rien à accomplir par la suite.

Si je deviens dragonologue, quel sera mon prochain objectif ?

Ça m'effraie.

J'ai peur. Je recule. Ma voie est peut-être ailleurs, qui sait ? Alors, je ne dois pas me restreindre, et voir si je peux être heureux, sans réaliser ce rêve. Je dois l'apprendre en tous cas. Sinon que se passera-t-il quand je le réaliserai ? C'est ce qui me fait tenir depuis le début, et je ne peux plus continuer ainsi.

– Je postulerais peut-être l'année prochaine… Mais là, Charlie, j'ai besoin de temps. J'ai besoin de souffler, de comprendre qui je suis, et ce que je veux vraiment faire…

Le visage de Charlie s'adoucit un bref instant. Dans ses yeux, je lis de la déception. Quand j'observe les miens dans le miroir le soir-même, j'y lis le même sentiment.

 

Je choisis mon addiction aux voyages, aux découvertes, plutôt que mon rêve et ce pour quoi je suis fait.

 

End Notes:

 

Une petite gorgée ? by CacheCoeur
Author's Notes:

TW : agression physique, séquestration, sang. 

 

Mars 2028

 

– Et maintenant Louis, qu'est-ce que tu vas faire ? me demande Eloïsha.

Je défais ma cravate et retire cette veste qui me tient trop chaud.

– J'en sais rien, je hausse les épaules. Je vais préparer ma malle et me laisser porter par le vent !

– T'es pas un morceau de charbon. Il y a une place de libre, dans mon équipe de recherches. On part dans une semaine, pour les vallées sèches de McMurdo en Antarctique. Il y a des ponstastillas qui font des leurs là-bas.

– Pourquoi pas ? je souris.

Elle me fait relever la tête en posant deux doigts sous mon menton, pour la forcer à la regarder :

– T'es un magizoologiste à part entière maintenant. Sois-en fier. 

Je serre mon diplôme dans mes mains, ainsi que mon attestation de réussite, qui me donne désormais le droit d'exercer à mon propre compte, sans superviseur.

– J'en suis fier, je rétorque avec force. C'est juste que c'est arrivé si vite…

– Toi, Louis Weasley, tu as peur ? rit-elle.

– Un peu, je bredouille.

– Ton mémoire était brillant.

– Je croyais que le chapitre sur les Aitvaras, était « surfait » et « inutile », je sourcille en reprenant ses propos.

– En tant que juré, je t'assure que ça l'était. Mais en tant qu'amie, c'était passable !

J'éclate doucement de rire. Eloïsha, comme à son habitude, esquisse simplement un sourire énigmatique et franc :

– Ton oncle n'était pas dans le public … Il ne pouvait pas se rendre à ta soutenance ?

– Charlie et moi, on ne se parle plus trop ces-derniers temps, je réponds simplement.

– Est-ce que cela à avoir avec le fait que la nouvelle promotion de dragonologues ne te comptera pas parmi ses membres ?

Eloïsha est la reine de l'indélicatesse. Elle ne passe jamais par quatre chemins.

– Sans nul doute.

Charlie m'évite depuis janvier dernier. Quand nous sommes rentrés de Malte, j'ai fait une pause dans mes voyages, juste le temps d'une semaine pour avancer sur mon mémoire, que je rédigeais normalement pendant mes missions, le soir, afin de ne pas perdre de temps. Je me suis enfermé dans l'appartement que je partage avec James pour écrire et rattraper le léger retard que j'avais accumulé à cause des événements de Malte. Trois jours plus tard, mes parents ont débarqué. Charlie les avait prévenus que je refusais de m'inscrire à la formation de dragonologie. Ils ne m'ont pas engueulé. Ils étaient juste inquiets, abasourdis, et à l'instar de Charlie, déçus. Je me suis enfermé dans ma chambre après cinq minutes, comme un adolescent qui pique sa crise. C'est juste que je n'avais pas la force de les affronter.

– Tu vas fêter ça avec tes amis, je suppose…

– Exact ! je souris ravi que la conversation prenne un ton plus léger. Tu veux te joindre à nous ?

– Certainement pas.

– Tu sais, maintenant, nous sommes collègues… On n'a plus à faire semblant de ne pas se fréquenter, je la taquine. Nos relations peuvent être parfaitement appropriées maintenant !

Elle lève les yeux au ciel.

– Y'aura jamais rien d'approprié entre nous, Louis, ricane-t-elle. Déguerpis maintenant… Va fêter tes futures nouvelles aventures !

 

oOo

 

– J'adore ce pays !

Mon exclamation est suivie de plusieurs applaudissements et sifflements auxquels je réponds par une brève révérence. James est déjà ivre mort sur le comptoir du bar et tente tant bien que mal de flirter avec la blonde qui le regarde avec un air dépité. Tommy le prend en photo, un sourire en coin, alors que Fred l'encourage. Molly lève les yeux au ciel. Janet explique à David à quoi servent une plume et un parchemin, et lui enjoint de nous écrire plus souvent.

– C'est ça, ta famille ? Glisse une voix à mon oreille.

– James et Molly sont ma famille. Les autres, je les ai ramassés sur le bas-côté en venant ici, je ris avant de boire une gorgée de mon verre.

– Félicitations Weasley ! trinque avec moi Alza.

Elle serre son diplôme contre elle et me ramène au jour de notre première rencontre, quand nous n'étions que des jeunes étudiants en Magizoologies qui n'osaient même pas entrer dans leur nouvelle école... 

– Félicitations Walsh ! Et j'ai adoré ton mémoire sur les créatures magiques asiatiques !

– Pas aussi brillant que le révolutionnaire mémoire que tu nous as pondu sur les créatures légendaires. T'as fumé combien de joints pour l'écrire ?

– Tu me crois si je te réponds aucun ?

– Sans l'ombre d'un doute. T'es trop parfait pour toucher à ce genre de choses…, soupire-t-elle.

– Je ne suis pas un ange non plus, je grogne. Je bois, je fume…

– Avec modération et occasionnellement, souligne Alza.

– Quand je suis triste, j'admets.

– Alors c'est quoi la suite ?

– Pourquoi les gens se croient obligés de poser la question ?  je maugrée.

Le rire d'Alza résonne dans tout le bar. Je crois que la moitié de notre promotion s'est réunie ici, pour fêter l'obtention de nos diplômes, ce qui doit représenter en tout, une bonne cinquantaine de nouveaux magizoologistes de toutes nationalités, prêts à conquérir le monde. Alza s'est chargée de réserver l'endroit susceptible de tous nous accueillir. C'est un bar sorcier, en plein Los Angeles. La fête bat son plein. Il y a de plus en plus de monde dans la salle, et les nouveaux magizoologistes se mêlent à la foule, à la clientèle habituelle du bar.

– « J'en sais rien ». C'est ce que je réponds tout le temps, m'avoue Alza. J'ai accepté ma première mission ce matin : des oiseaux-tonnerres un peu turbulents en Arizona. Après ça, je verrai bien…

– C'est clairement la philosophie que je vais suivre, je la félicite presque.

Une rousse, accoudée au bar, sirote une coupe de champagne. Elle me jette un coup d'œil aguicheur et balance ses jambes, en rythme avec la musique. Elle me suit des yeux. Je l'observe, curieux. Elle me fait signe de venir mais quelque chose chez elle m'impressionne. Je lui offre un sourire, timide, qui ne me ressemble pas.

– Ecris-moi de temps en temps, me prie-t-elle avant de rejoindre ses propres amis, en train de danser au milieu de la pièce.

Elle agite sa main, pour me dire aurevoir et commence à se déhancher. Les lumières clignotent, la musique fait trembler les murs et l'alcool me fait me sentir léger.

 

oOo

 

– Ok, ok ! Toi et moi, Louis… On est des champions ! scande James. Parce que, non seulement j'ai réussi mon concours d'entrée à la formation d'auror, mais toi, t'es devenu un magizoologiste ! On est des rockstars Lou' ! Des putains de rockstars !

Je tapote l'épaule de James, qui est bien éméché. Molly éclate de rire, et caresse distraitement le tatouage à son poignet, qu'elle s'est fait faire hier. Ce sont des fleurs, qui s'entrelacent. On devine quelques camélias… Quand je lui ai dit que c'était niais, de faire ça, elle a levé les yeux au ciel avant de triturer les piercings à son oreille, un tic que nous avons tous les deux en commun. Molly et moi avons la fâcheuse tendance à avoir les mêmes dérives, ce qui explique pourquoi moi aussi, j'aborde désormais un tatouage derrière la même oreille que j'ai fait percer.

– On devrait peut-être le ramener à l'hôtel …, suggère Tommy.

– OH TOMMY ! MON POTE ! se met à le câliner James. On va devenir collègue ! Tu te rends compte !

– T'es un novice, Potter ! le fusille du regard Tommy. Je suis ton supérieur…

– Pas à moi Hartley ! Je suis un an plus vieux que toi et j'ai été ton capitaine !

– Mais maintenant, c'est à moi que tu devras obéir ! le taquine fièrement mon meilleur-ami.

Janet regarde son frère avant de remettre de l'ordre dans mes cheveux :

– Comment tu te sens, toi ?

– Bien ? Je suppose ?

– C'est bien, sourit-elle. Je sens que… tout change. On est de vrais adultes maintenant. Nos vies commencent à peine…

– Non, je la contredis. Elles se poursuivent, tout simplement…

– J'ai toujours aimé tes sorties philosophiques, soupire Janet. C'est ce qui m'a fait craquer quand nous étions à Poudlard… Et c'est ce qui pourrait faire craquer la prochaine…

– La prochaine ?

– Ne me dis pas que tu n'as pas remarqué cette rousse qui te dévore des yeux depuis le début de la soirée, Louis… Je te connais trop bien.

 

C'est à mon tour de lever les yeux au ciel. J'aime plaire. Je ne le nierai jamais. Aussi, quand la rousse en question m'offre un verre, je ne le refuse pas, et m'assois à ses côtés, pour lui demander son prénom.

 

oOo

 

– Et tu fais quoi dans la vie Cora ? 

– Quelle question ennuyeuse, sourit-elle.

– Comment occupes-tu tes journées alors ?

– C'est déjà mieux …, m'encourage-t-elle.

– J'apprends vite.

Je compte les taches de rousseurs sur son nez, ses joues. Ses épaules nues révèlent une peau laiteuse, sans défaut. Ses yeux d'émeraude semblent infiniment profonds. Elle a une épingle de perles, de rubis, dans les cheveux, qui les maintiennent d'un seul côté. Les bracelets à ses poignets tintent légèrement, les bagues à ses doigts scintillent à chaque mouvement qu'elle fait. Elle est emplie d'un certain charme, et d'une espèce d'élégance, de grâce, qui se devinent jusque dans sa posture.

– Je parcours le monde. J'écume de bars en bars, à la recherche de belles personnes.

– Et la pêche est-elle bonne ?

– On peut dire ça…

Elle fait glisser un autre verre jusqu'à moi, que j'accepte immédiatement. Derrière son épaule, j'ignore les yeux curieux de Molly et les sourires moqueurs de James.

– Prends donc une dernière gorgée, Louis, sourit-elle.

– Une dernière ? 

– Une dernière, avant de partir…

Je m'exécute naïvement.

 

oOo

 

Sa bouche sur la mienne a un goût d'alcool et de danger. Ses doigts quittent mon torse le temps d'ouvrir la porte de sa maison. Avant d'atteindre sa chambre, jusqu'à laquelle elle nous guide avec force, nous cassons un vase, je crois. Nos vêtements se sèment. Ils m'aideront à retrouver mon chemin demain, quand je m'en irai. Une fois arrivé, il ne me reste que mon jean. Ses mains dans mon dos me désorientent. J'ai la tête qui tourne, et je me sens groggy, presque nauséeux. Mon corps s'enveloppe, se noie dans une marre de coton. Puis je me mets à lutter.

– Attends, j'arrête Cora.

Elle ne m'écoute pas et fend sur moi.

Quelque chose ne va pas.

– Laisse-toi faire, susurre-t-elle.

Non. Je ne veux pas…

– Arrête…

Mais dans ses yeux, je comprends qu'elle n'en fera rien, et que je suis devenu une proie. J'ai déjà vu ce regard, chez certaines créatures, quand elles se mettent à chasser. Les canines de Cora s'allongent. Quand je comprends enfin ce qui se passe, il est trop tard.

Avant de m'évanouir, je sens son odeur de vanille qui me pique le nez, et ses dents, se planter dans mon cou.

 

oOo

 

La brume se dissipe légèrement. J'essaie de bouger mes jambes, mes bras, sans y parvenir. Je mets du temps, avant de me rappeler ce qu'il s'est passé, pourquoi je me sens désorienté et dans un sale état.

– Mes goûts sont plus raffinés… Mais si tu en as l'estomac, Cora, déguste-le, je t'en prie…, fait une voix.

Elle est grave. Elle vient probablement d'un homme… Mes paupières sont collées. Je n'arrive pas à ouvrir les yeux.

– Non, je t'assure. Il n'a pas le même goût qu'un humain normal !

– Comment ça ?

– Il a du sang de vélane !

– Les vélanes n'ont pas de fils ! le contredit la voix.

– Elles peuvent. C'est rare, mais elles peuvent… Je ne pense pas qu'il soit fils de vélane… L'une de ses ascendantes doit cependant en être une ! Insiste Cora.

Je n'ai pas la force de lui répondre. J'entends juste des pas, qui se rapprochent. Je sens un souffle prés de mon visage, et enfin, une nouvelle morsure, qui me vide de toute énergie.

 

oOo

 

Ma grand-mère m'a raconté l'histoire de sa propre grand-mère. Il fût un temps, où les vélanes étaient chassées par les vampires. Leur sang, selon certaines rumeurs infondées, aurait de miraculeuses vertus. Versé à même la peau, il la rendrait plus belle, plus éclatante, plus jeune. Bu, il donnerait assez de charme à une femme pour qu'elle gagne le cœur de mille hommes, et assez d'esprit à un homme pour qu'il s'attire les faveurs de mille dames. Préparé en décoctions, le sang de vélane permettrait de guérir certaines blessures, d'effacer toutes les cicatrices, mêmes celles issus de maléfices et de magie noire. A une époque, les vélanes étaient chassées par les vampires, pour leur sang, plus sucré, plus exquis que les autres. On dégustait leurs gorges comme des mets délicats et rares dont on se délectait sans retenu, contre leur volonté. Attaquées en pleine rue parfois, les vélanes disparaissaient sans jamais réapparaître, ou quand elles finissaient par le faire, elles étaient pâles comme la mort et vide de sang. On les vidait de toute vie. Les vélanes se sont rebellées, cachées, battues. Les relations entre les vampires et vélanes ont été tendues, ont frôlé la guerre même, jusqu'à ce que les communautés magiques se rassemblent et décident de mettre un terme aux maltraitances que subissaient les vélanes. Un traité a été signé entre vampires et vélanes, décrétant qu'il était « interdit de prendre une seule goutte de sang qui ne leur aurait pas été consentie avec l'esprit clair et la tête saine ». Certaines d'entre elles, ont décidé de vendre leur sang aux vampires qui ne pouvaient plus se passer de leur sang. Elles se sont considérablement enrichies. Les disparitions ont continué cependant. Les agressions aussi. Le sang de vélane, devenu plus rare du fait de leur nouvelle protection, s'arrachait à prix d'or. La situation s'est apaisée après un scandale, dénonçant tout un trafic impliquant l'un des vampires les plus influant de la communauté. Il a été jugé, et emprisonné, pour avoir torturé, mutilé et vidé de leur sang pas moins de cinq-cents vélanes. Toute la communauté magique en a été extrêmement choquée, et les contrôles se sont intensifiés. Mon arrière-arrière-grand-mère Lucie Demontespan a participé à l'arrestation de ce vampire…

Ma grand-mère maternelle disait souvent que nous devions être fiers de notre héritage, que nos ancêtres étaient des battantes, des guerrières. Elle disait aussi qu'il fallait toujours nous méfier, que des gens malintentionnés pourraient nous vouloir du mal, parce qu'ils croyaient encore en des inepties sur les soi-disant vertus de notre sang. Je pensais que ce n'était que des inquiétudes qui n'avaient plus lieu d'être. Je me trompais lourdement.

– Es-tu réveillé ? demande doucement une voix à mon oreille.

Je ne réponds pas, et ouvre simplement les yeux en me redressant tant bien que mal. J'ai les membres engourdis, et tout autour de moi reste flou, sans contour défini, sans forme précise. Mon sang pulse dans mes oreilles. J'ai mal au niveau de la gorge et je me sens faible. Mon premier réflexe est de chercher ma baguette des yeux. Cora, que je devine à la tâche orange qui se déplace lentement devant moi, m'empêche de m'agiter :

– C'est une mauvaise idée…

– Lâche-moi ! je grogne.

Ma vision devient de plus en plus claire à me mesure que je me débats faiblement.

– Tu t'es bien moquée de moi, hein ? craché-je faiblement.

Son regard change du tout au tout, alors qu'elle me plaque avec force sur le lit, en resserrant les liens.

– Tu m'as drogué…

Elle ne répond pas et me force à avaler quelque chose, alors que je m'évertue à garder mes lèvres scellées. J'abandonne le combat.

 

oOo

 

– On pourrait en tirer un bon prix… Les vampires de New-York raffolent des vélanes. Le fait qu'il soit un homme est d'autant plus rare ! On pourrait vraiment en tirer un bon prix…

Je reste tétanisé, muet d'effroi. Cora et l'homme de l'autre fois, sont en train d'essayer de me donner une valeur. Je les entends parler de mes cheveux blonds, de mes yeux bleus, de mes dents bien alignées et blanches, détailler chaque parcelle de mon corps, le goût de mon sang et tant d'autres choses que j'en perds le fil. Tout ce qui fait de moi ce que je suis, ne devient plus qu'une donnée que l'on peut chiffrer, à laquelle on accorde une certaine valeur pécuniaire.

Je ne suis plus vraiment humain à leurs yeux.

Je suis juste un objet, qu'ils s'apprêtent à vendre au plus offrant.

C'est marrant, mais avant de sombrer dans les abysses, je repense à cette fois, où j'étais allé à Pré-au-lard avec Molly, James, Albus, Lily, Hugo et Rose. Albus s'était trompé dans les sucettes qu'il avait acheté. Au lieu d'en prendre une à la cerise, il en avait acheté une au sang. On s'est tous demandé pourquoi le goût « sang » existait. Rose nous a dit, qu'elles étaient pour les vampires. On a tous éclaté de rire. Puis le reste de la journée, on a plaisanté sur le fait que c'était quand même drôle d'imaginer un vampire sanguinaire en train de lécher une sucette avec gourmandise. Le contraste était trop hilarant, et notre fou rire a duré toute la journée.

Je repense à ces sucettes parfumées au sang, chez Honeydukes.

Dans mon cauchemar, elles se plantent devant moi, immenses, géantes, et forment une prison de laquelle je ne peux pas m'échapper.

 

oOo

 

La douleur me réveille. Elle pique mon corps de millions d'aiguilles qui transpercent ma peau et titillent mes nerfs, sans ménagement. Puis, elle devient de plus en plus forte, de plus en plus insoutenable, et fait bouillonner mon sang. On arrache quelque chose en moi. C'est aigu et sourd à la fois. Mes cris sont étouffés. J'ai conscience de tout ce qui se passe. Je sens les dents, qui fouillent ma chair, l'agrippent et la mordent sans ménagement, sans pitié. Je sens une langue qui lèche avidement le sang qui s'écoule, qui s'étale partout, poisseux et liquide. Il me rentre dans les oreilles, s'insinue partout, et dégouline le long de mon cou, de ma gorge.

– ARRÊTE ! TU VAS LE TUER ! hurle quelqu'un.

Quand la bouche s'écarte de moi, je respire à nouveau. J'ai fermé les yeux si fort que je ne suis pas sûr d'être capable de les rouvrir. Sous mes paupières, je devine pourtant de la lumière, du mouvement.

– Je suis désolée, murmure piteusement Cora. C'est trop bon…

 

oOo

 

– Tu savais qui j'étais, avant de faire ça ? je demande la gorge sèche.

J'ai super soif. La rousse apporte un verre d'eau agrémenté d'une paille, qu'elle me tend. Je l'ignore promptement, résolument déterminé à ne pas lui donner plus de pouvoir sur moi qu'elle n'en a déjà.

– Non, je n'en savais rien.

– Alors tu les sélectionnes comment tes victimes ?

– A leur esthétique.

– Je suis esthétiquement appétissant alors ? Je vocifère. Tu sais que les vampires n'ont plus le droit de chasser les humains ? Que t'es en train de rompre pas moins de cinq accords écrits et rédigés entre vampires et membres de la communauté magique ?

– Si je ne me fais pas prendre, je n'aurais pas de problème…, hausse-t-elle les épaules, l'air désinvolte. Normalement, je laisse mes victimes partir, sans souvenirs et complètement hagarde. Je vais rarement dans les soirées sorcières. En temps ordinaire, vous êtes du genre méfiants et plus malins que les moldus. Mais toi… T'es toujours d'un naturel gentil, ou c'est juste parce que je suis belle ?

– Crois-le ou non, mais je suis une personne gentille ! j'affirme en tremblant légèrement.

J'ai froid et la chemise qu'on m'a fait enfiler de force est trop légère. Elle est surtout tâchée de sang.

– On ne devrait pas avoir à se méfier des vampires, ou à être méchant avec eux, je continue.

– T'es mignon, mais diablement con, Louis.

– Je sais qu'il y a des crapules. Je ne suis pas débile. Mais pourquoi me méfierais-je de toute une espèce simplement parce que j'ai rencontré leur reine des connasses ?

Ma question l'agace et l'énerve profondément. Elle renverse le verre d'eau sur mon visage, lentement et en y prenant un malin plaisir. Le filet d'eau dévale mon visage.

– T'es délicieux, Louis. Vraiment délicieux… Alors dis-moi… T'es un fils de vélane ? Un petit-fils de vélane ? Un arrière-petit-fils de vélane ? Cela faisait si longtemps, que je n'avais pas goûté ce sang, que je pensais en avoir oublié le goût…

– Mon arrière-grand-mère, je réponds simplement.

– Les vélanes et leurs descendantes ont rarement des fils… Tu vas me rendre riche, Louis.

– Je ne pense pas.

– Pourquoi ?

– Parce qu'on va me sortir d'ici, et que je te ferai bouffer les cinquante articles de lois qui empêchent les vampires de chasser les êtres humains et de consommer du sang qui ne leur a pas été volontairement consenti et donné !

Elle renverse complètement le reste du contenu de son verre, avant de me le jeter au visage. Ses yeux émeraude me donnent envie de vomir.

Quand elle plonge de nouveau ses canines dans ma peau, je recommence à me débattre. Je ne lui concéderai rien. Pas aussi facilement en tous cas…

– Tu sais que l'article 12 du Règlement concernant le traitement des créatures partiellement humaines interdit l'activité de la chasse aux vampires? Je marmonne.

Elle continue de mordre, et de boire mon sang. Elle n'en semble jamais rassasiée, et même après que j'ai fini de lui lister tous les articles que je connais, elle n'a pas terminé. Je suis le premier à capituler, en sombrant une fois de plus dans l'inconscient.

oOo

 

Il y a moins d'une semaine, je me faisais tatouer derrière l'oreille à cause de Molly. Je me suis moqué d'elle, parce qu'elle avait peur de la douleur. Camélia, sa petite-amie, était ravie et sautillait dans tous les sens. Molly était plus pâle, et quand je lui ai dit qu'elle n'avait vraiment rien à craindre. Elle a grimacé. Je l'ai traitée de bébé. Elle m'a alors traîné à sa suite, et m'a présenté au tatoueur, en lui sortant son sourire le plus charmeur et un « mon meilleur-ami a toujours rêvé de se faire tatouer, et affirme que ça ne fait pas mal. T'as le temps de t'occuper de lui ? ». J'aurais pu refuser, mais je ne l'ai pas fait. J'ai accepté. J'ai fait ce tatouage derrière mon oreille, j'ai eu mal, j'ai ressenti l'aiguille percer ma peau, y laisser l'encre et recommencer jusqu'à ce que tout soit terminé.

Il y a moins de quatre jours, j'ai présenté mon mémoire de fin d'étude devant un jury composé de cinq membres, dont Eloïsha, avec laquelle je couche de temps à autre, sans me donner le temps de ressentir vraiment quelque chose pour elle. Je m'y refuse, parce que je refuse de laisser quelqu'un entrer dans ma tête pour toujours, et pomper toute mon énergie. Le problème avec moi, c'est que, quand j'aime, quand je déteste, c'est de toutes mes forces, et de tout mon cœur. C'est épuisant. J'ai présenté mon mémoire en tournant le dos au public, à mes camarades de classe, tous venus m'écouter, à ma famille, au moins ceux qui avaient pu faire le déplacement… Quand on m'a remis mon diplôme, qu'on m'a félicité pour mon travail de recherches exemplaires, j'ai cherché mon parrain dans la salle, bien avant mon père et ma mère.

Charlie n'était pas là, lors de ma soutenance. Je ne me suis pas attardé sur ce que je ressentais, mais c'était de la colère. Je l'ai détesté, de ne pas assister à ce moment-là de ma vie, alors qu'il a toujours été le premier à me soutenir. Je commence à compter les personnes qui auraient dû être là. Ma grand-mère, si elle avait été en vie, aurait adoré mon sujet sur les créatures légendaires. Julian aussi, peut-être… On lui aurait sûrement effacé la mémoire après Malte, mais j'aurais aimé lui faire découvrir cet aspect de la magie. Marina, aussi… J'ai reçu une lettre d'elle il y a un mois : elle a emménagé à Salem, avec sa fille, qui adore ses nouveaux voisins. Et puis Allénore…

Je regrette d'avoir évité Charlie. J'aurais dû l'inviter à la soutenance, mais je n'en ai pas eu le courage. Je regrette de ne pas avoir déposé de fleurs sur la tombe de ma grand-mère depuis des lustres. Je regrette de ne pas avoir pu me rendre compte de l'état de Julian avant qu'il ne soit trop tard. Je regrette de ne pas savoir ce qu'Allénore est devenue et pourquoi elle est partie, sans prévenir personne.

Je m'endors sur ces pensées.

Cora est partie faire je ne sais quoi, et la maison est vide, silencieuse et froide.

 

oOo

 

Ce n'est pas la douleur qui réveille cette fois-ci. Ce sont des éclats de voix, et des bras, qui me serrent doucement, tendrement contre un corps. Ce sont des larmes, qui mouillent mon visage. Ce sont des sorts, que l'on murmure avec certain désespoir dans la voix.

– Louis ! Reste avec moi ! Louis !

– Mais qu'est-ce qu'il a bordel !

– Je ne sais pas… Il est taché de sang ! Je crois qu'il respire à peine…

– Il est vivant ?

J'ai envie de leur hurler de fuir, que c'est bien trop dangereux, et que c'est vraiment stupide, d'essayer de me sauver. Je n'ai vraiment pas la force de faire quoique ce soit.

– Je sens son pouls, mais il est si pâle, si froid…

– Qu'est-ce qu'il a dans le cou ? Et sur sa gorge ?

– Merlin…, s'exclame la voix de James. Il a été mordu !

J'ouvre faiblement les yeux. Tommy et James me regardent avec un certain soulagement. Ils défont les maléfices d'entraves, et commencent à me soigner. Mais mon coeur s'affole dans ma cage thoracique.

– Faut qu'on parte…, je les presse en me redressant tant bien que mal. Faut qu'on parte… Elle va revenir…

– Qui ça Louis ?

– La vampire …

Puis je la vois, dans l'embrasure de la porte, les canines sorties. Mon cœur tambourine, mon cerveau chauffe, et la peur me paralyse complètement. Ce qui est stupide, parce que je suis plutôt du genre à foncer tête baissée dans les problèmes. J'adore le danger, l'adrénaline, et tout ce que ça implique. Mais j'ai beau commander à mon corps de bouger, de faire quelque chose, il ne répond plus. Tommy s'en rend compte le premier et c'est James, qui suit mon regard.

Il est plus rapide que Cora, et son stupefix la projette contre le mur sans pour autant l'assommer. Tommy l'attaque alors à son tour, alors que James reste à mes côtés, prêt à intervenir, sans oser me laisser seul. Sans son corps pour soutenir le mien, je suis certain que je m'écroulerai.

Des chaînes épaisses s'enroulent autour des poignets de la vampire qui se débat férocement. Tommy lui lance un sortilège de confusion. Tout s'enchaîne, se passe vite. Le temps s'est accéléré d'une drôle de manière. Mon meilleur-ami hurle à James de me sortir d'ici et de m'emmener à l'hôpital sorcier le plus proche. Les bras de James s'accrochent à ma taille, et me forcent à marcher. Je n'y arrive pas. Alors il me fait léviter derrière lui.

Je repasse devant le t-shirt que je portais en arrivant ici. Je revois mes chaussures. Mon manteau aussi. Les bouts du vase qui s'est cassé. En sentant l'air frais sur mon visage, je m'autorise à fermer les yeux. James pose sa main sur mon épaule, et nous transplanons tous les deux.

 

oOo

 

– Elle a été arrêtée ? demandé-je avec appréhension. 

– Oui. Ça faisait un moment que les aurors du MACUSA la cherchaient, m'apprend James.

– Comment vous m'avez retrouvé ?

– Grâce à la boussole de Tommy. On a parcouru tout Los Angeles pour te retrouver quand on s'est rendu compte que tu avais disparu. Enfin… On a retrouvé ta baguette au bar. C'est Molly qui l'a. On pensait que t'avais juste décidé de passer le reste de la soirée avec cette femme… On n'aurait jamais dû te laisser partir.

– T'étais bourré, James.

– T'es mon cousin.

– Je suis aussi le tien.

– Mais c'est moi le plus vieux.

– Mais c'est moi le plus responsable, j'enchaîne.

– Touché.

– Ce qui ne m'empêche pas d'être sacrément con, je maugrée.

Les médicomages m'ont remis sur pieds. Je pourrais bientôt sortir de cet hôpital et manger de l'ail jusqu'à en puer de la bouche pour l'éternité.

Je suis resté inconscient trois jours au moins, d'après James. Je sens encore les morsures dans ma chair parfois, quand je ferme les yeux. J'entends les voix de Cora et de cet homme, en train de me donner un prix. Je frissonne.

– J'ai eu tellement peur, Louis…

– T'as prévenu mes parents ?

– Évidemment que j'ai prévenu tes parents.

Molly entre, avec Janet, David et Tommy. Ma cousine me rend ma baguette, que je dépose sur la table de chevet. Janet elle, m'offre un chocolat chaud fumant en me le tendant gentiment :

– Tu veux une gorgée ?

Je grimace malgré moi.

– J'aimerais qu'on bannisse cette phrase de nos échanges à partir de maintenant…

Molly étouffe un rire nerveux dans sa gorge. Ça me fait rire. Mais vraiment rire. Alors je ris et tout le monde m'imite.

 

oOo

 

Ma mère reste en retrait, avec mes sœurs. Mon père a pleuré, quand il m'a vu. Il est parti voir les médecins. Je m'attendais à ce qu'elle fonde en larmes, me couvre de baisers… Mais elle est restée appuyée contre le mur, en attendant que mon père s'en aille. Victoire tremble légèrement. Dominique me sourit.

– Je suis désolée, murmure ma mère. Je suis désolée, mon chéri…

Ses larmes coulent une à une.

– J'ai préparé tes sœurs, parce que je pensais qu'en tant que femmes, elles courraient un danger que toi tu n'aurais jamais à affronter. Je n'ai pas… Je n'ai pas… Je ne t'ai pas prévenu sur la dangerosité que représente certains vampires…

J'ouvre mes bras, pour l'accueillir, la serrer contre moi. Son odeur me rassure, et me fait me sentir en sécurité pour la première fois depuis ce qu'il s'est passé.

– T'as rien à te reprocher…

– J'aurais dû te préparer, te parler de ce genre de dangers, comme je l'ai fait avec Victoire et Dominique. C'est ma faute…

– Ce n'est pas de ta faute.

– Mon chéri…

Victoire et Dominique s'approchent, nous enlaçant tous les deux. Une chaleur monte en moi, et c'est bien plus efficace que n'importe quelle couverture. Ma mère se blottit contre moi. Ses cheveux blonds se mêlent aux miens. Ses lèvres embrassent mes joues, et je crois qu'à chaque fois qu'elle le fait, je me sens déjà mieux. Mes sœurs pleurent aussi.

– Pardonne-moi Louis…

Si j'avais la force de plaisanter, je lui dirais que si elle m'avait sorti tout son petit discours sur les dangers que les vampires représentent pour ceux qui ont du sang de vélane, j'aurais probablement rien écouté… Mais je ne l'ai pas. Je laisse ma mère et mes sœurs me consoler, et je les console aussi, regrettant qu'elles pleurent. Victoire murmure comme elle a eu peur. Dominique ne dit rien, mais ses lèvres tremblantes, et mordillées jusqu'au sang, en disent long.

Quand mon père revient, leurs larmes ne se sont pas taries.

 

oOo

 

Je suis rentré hier. Mes parents auraient souhaité que je reste à la chaumière aux coquillages, mais j'ai préféré reprendre mes marques dans l'appartement que je partage avec James. Il est pire qu'une mère en fait… Il trouve un prétexte stupide toutes les heures pour venir voir comment je me sens. Je trouvais ça adorable au début, le fait qu'il apporte des couvertures, de quoi manger, qu'il me fasse don de ses chocogrenouilles, ou qu'il s'assure que je prenne bien ma potion de régénération sanguine. Mais maintenant, ça m'exaspère.

J'ai envoyé une lettre il y a trois heures exactement. En fait, c'était juste un mot. Littéralement. J'ai écrit « Viens », sur un parchemin que j'ai attaché à la patte de ma chouette, Chouquette.

Charlie est là depuis une minute seulement.

Faramond s'est glissé dans le col de mon pull. Il ronronne faiblement, alors que Charlie m'observe, les yeux brillants. Il a transplané à l'appartement. James lui a ouvert. Nous ne nous sommes pas encore dit un seul mot.

Il me regarde attentivement, comme pour évaluer les dégâts. Mais je n'en porte presque plus aucun. Je n'ai que quelques cauchemars, qui reviennent chaque fois moins forts à mesure de mes siestes.

Je sais que j'ai énormément de chance d'être en vie, que cette histoire aurait pu très mal tourner. Mais ce n'est pas le cas, et je compte profiter de tout l'air que j'ai encore à respirer, de toutes les choses que j'ai encore à faire.

Je suis fort. Je suis courageux. Ce que j'ai vécu était ignoble, mais j'ai encore du mal à réaliser que ça s'est bien passé, et que ce n'était pas un cauchemar. Je veux juste aller de l'avant, préparer mon prochain voyage, parce que, c'est ce que je fais, pour me soigner : je pars, je m'éloigne et je découvre un autre pays, et tout ce qu'il a m'offrir. C'est la bénédiction du bourlingueur, de pouvoir panser ses blessures en visitant le monde.

Je ne veux pas m'apitoyer sur mon sort. Je refuse également de me montrer méfiant envers les vampires. Je souhaite juste les éviter un peu pour le moment. Juste le temps de guérir un peu … L'affaire a été en grande partie étouffée par la famille de Cora, qui est assez puissante aux Etats-Unis. La presse n'en a pas beaucoup parlé, et je n'ai pas souhaité que mon identité soit dévoilée. Molly, qui travaille à la Gazette, s'assure chaque jour que l'anonymat de « la dernière victime vélane du vampire » demeure intacte. Cependant, les débats refont surfaces. Plusieurs sorciers se sont indignés, demandent à durcir les lois. D'autres désolent le manque de contrôle. Je reste éloigné de ce conflit.

Je me fiche bien du sort de Cora. Elle n'aura que ce qu'elle mérite. Mais je déplore la situation dans laquelle elle vient de plonger tous les vampires. Ils n'avaient vraiment pas besoin qu'on remette en cause leur capacité et leur volonté à se contrôler. Les vampires ne sont pas des créatures sanguinaires et barbares. Certains le sont. A l'instar des sorciers. Je le sais.

Charlie mord l'intérieur de sa joue, l'air inquiet. Je suis désolé, de ne pas être à la hauteur de ses attentes, d'avoir refusé de m'inscrire à la formation de dragonologie. Je m'en veux de l'avoir tenu à distance. Je n'arrive juste pas à lui dire. Je suis resté fort devant ma mère, mes sœurs, mon père, James, Molly, tous mes amis, tous les membres de ma famille. Mais Charlie me connaît et sait ce que je ressens. Ça a toujours été comme ça entre nous… Nous nous comprenons sans avoir besoin de parler…

– Ne me refais plus jamais ça, gamin ! marmonne enfin Charlie.

– Pardonne-moi, je chuchote en même temps.

Il me prend dans ses bras et je m'autorise enfin à pleurer.

 

Le gouffre de Padirac by CacheCoeur

 

Je suis parti ce matin. Sans prévenir personne. Sans ma paire de jumelle préférée, sans ma boussole, en prenant peu, en pensant échapper à beaucoup. J'ai pris un sac, j'ai fourré des affaires de rechanges et le dernier exemplaire de la Gazette du Sorcier.

J'ai accepté la première mission. Pas très bien payée, pas très loin non plus : juste quelques jours, sans avoir ni maman, ni papa, ni Victoire, ni Dominique ou l'un de mes cousins sur le dos.

– T'as déjà vu ça ?

– Non. C'est la première fois que je viens ici, je réponds au sorcier qui m'a fait descendre dans le gouffre.

– T'as déjà vu quelque chose de semblable ? précise-t-il.

Je hausse les épaules, indifférent.

– C'est un gouffre.

Soixante-quinze mètres de profondeur à peine. Cela n'a rien d'impressionnant.

– Quand tu demanderas à remonter, tu auras changé d'avis, m'assure le sorcier en ricanant, comme s'il venait de sortir une bonne blague.

– Je suis juste là pour les escargots.

Il tape mon épaule amicalement, avant d'enfourcher son balai et de remonter. Le soleil éclaire la végétation qui a poussée sur les parois du gouffre. La pluie dégringole, tombe en gouttes et s'écrase tout autour de nous. Le ciel, le tout petit ciel bleu éclatant, n'a jamais été aussi rond.

Je me mêle aux moldus, qui mitraillent le gouffre de Padirac. Grâce à un sortilège de désillusion ils ne me remarquent pas. Je zigzague entre eux, pour arriver le premier aux barques. Un sorcier m'y attend, et me fait signe de me dépêcher. Les galeries descendent à plus de cent-trois mètres sous terre. L'eau est bleu turquoise, éclairée par des lumières artificielles. Je ne prends pas le temps de m'attarder. J'ai besoin de m'occuper, d'oublier cette histoire que je porte littéralement sur mes épaules : l'attaque des vampires de Los Angeles sur une vélane a fait le tour du monde sorcier. J'ai enfoui le dernier article de la Gazette du Sorcier entre deux paires de chaussettes et mes fioles.

C'est étrange, de voir l'un de ses traumatismes tenir sur une feuille de papier, en quelques mots, quelques phrases, qu'un auteur a écrit sans forcément penser que quelqu'un les a réellement vécus. Quand ils parlent de l'agression et de la séquestration, les journaux mentionnent le pacte de paix, entre les vélanes et les vampires, qui a été brisé. Méthodiquement, ils dissèquent une partie de ce qui m'est arrivé pour justifier le recensement des vampires. La communauté vélane n'a pas encore réagit. J'attends peut-être au fond de moi qu'elle le fasse.

La voix de cette vampire me revient quelque fois en tête. « Il a du sang de vélane. On pourrait vraiment en tirer un bon prix… ».

– Monsieur Weasley, nous sommes arrivés au lieu de plongée, m'indique le batelier. Un autre magizoologiste est déjà en train de recenser les escargots, un peu plus loin.

– Les zones ont-elles été délimitées ?

– Bien sûr. Vous avez déjà vu des bythinelles de Padirac avant ? s'amuse le batelier.

– Non. Je ne suis jamais venu ici, je répète.

– Ils ont un pouvoir qu'il serait imprudent de sous-estimer.

Bythinelles de Padirac est une espèce que l'on trouve seulement ici. Ce sont de petits escargots, uniques, qu'on ne trouve nulle part ailleurs dans le monde. Ils sont rares. Les sorciers se servent de l'eau du gouffre de Padirac pour certaines potions de clairvoyance : elle décuple les sens. Les escargots ont un pouvoir, sur elles, que personne n'a réussi à expliquer jusqu'ici.

– Pas plus de quinze minutes, m'informe le sorcier. Il est dangereux de baigner trop longtemps dans cette eau. Certains se mettent à entendre les couleurs, à voir les voix.

Je m'esclaffe légèrement et hoche la tête, laissant mon sac dans la barque. L'eau est froide, épaisse autour de moi. Elle est si clair que j'en vois le fond. Ce n'est pas très profond. Je regarde mon sac une dernière fois. Je pense au papier qui est dedans. Je me demande ce qu'il se passerait, si je m'immergeais avec. Les mots prendraient-ils enfin un sens ?

Parce que j'ai beau les avoir vécus, je ne les comprends pas toujours pas. Si cette eau décuple les sens, me permettrait-elle de lire ces papiers qui racontent mon histoire sans que j'ai envie de vomir dessus ?

Je lance un sortilège de têtenbulle et plonge. Laisser ce papier à la surface, ne me procure aucun soulagement, et je commence à me dire que je n'aurais pas dû partir.

 

oOo

 

Recenser les escargots de bythinelle de Padirac est encore plus fastidieux que de recenser les strangulots et autres créatures magiques vivant dans le lac de Poudlard. C'est éprouvant. Ma vision est précise, trop, jusqu'à m'en donner mal à tête tant je perçois les moindres minuscules détails, mon ouïe dix fois plus sensible et le froid transperce jusqu'à mes os, comme si ma peau n'était qu'une fine couche de cellophane.

La bythinelle de Padirac est un minuscule escargot aquatique. Elle mesure seulement trois millimètres de long. Sans le pouvoir qu'elles donnent à l'eau dans laquelle elles baignent, je ne les remarquerai pas aussi facilement.

Comme à chaque que je me retrouve face à une espèce magique que je n'ai jamais eu l'occasion d'observer en vrai, je récite ce que j'ai appris dans ma tête. C'est une espèce inoffensive, qui se nourrit de débris organiques apportés par l'infiltration de l'eau de pluie, les chauves-souris ou les insectes. La bythinelle s'en empare grâce à une minuscule mâchoire. Pour respirer, elle dispose d'une branchie. Mais lorsqu'elle se réfugie dans sa coquille et qu'elle la ferme de façon hermétique, elle peut survivre plusieurs jours hors de l'eau, lorsque l'endroit dans lequel elle se trouve s'assèche.

C'est fascinant.

Dans un environnement sous-terrain, sans lumière, sans rien, cet escargot est sorti de nulle part et continue de vivre. Dans une eau où il n'y a aucun poisson, aucune vague, rien, juste quelques hideuses crevettes complètement aveugles, et les passages de quelques barques, remplies de visiteurs qui s'extasient sur la beauté des lieux, la rareté des espèces qu'on y trouve, sans se douter de la magie que renferme ces lieux…

« La victime a été retrouvée saine et sauve ».

« La victime»… Je ne suis rien de plus. Quand on m'a demandé si je voulais que l'on cite mon prénom, mon nom, ma mère a immédiatement refusé. Mon père a pâli, avant d'insulter le président du congrès magique des États-Unis. Pour me protéger des vampires qui voudraient briser le code de paix entre eux et les vélanes. Parce que je ne voulais pas que mon histoire devienne la chose de tout le monde. Parce que je ne m'étais jamais vu comme « le descendant mâle d'une vélane », « une rareté », pour ces créatures qui ne donnent généralement naissance qu'à des femmes.

Maman m'a demandé si je voulais en parler. Je l'ai ignoré. Je ne le voulais pas et elle non plus. Elle n'est qu'un quart vélane, par sa grand-mère maternelle. Elle-même, ne s'est jamais réellement inquiétée de sa nature. Elle n'a jamais pensé que nous risquions quelque chose pour ce que nous étions, pour notre sang, et du fait que je sois un homme, elle avait encore plus écarté cette pensée, me concernant.

Elle a pleuré des semaines en disant que c'était complètement ridicule de sa part, d'avoir pensé ainsi. Elle est descendue à Paris, et a demandé à rencontrer les vélanes de la famille. C'est pour ça, que je suis parti.

Je compte les escargots. Je remonte à la surface. Je recommence. Je reste un moment à attendre qu'on m'autorise à replonger après le premier quart d'heure. J'observe la cascade d'eau bleu clair, cristalline qui coule. Les moldus font des photos, s'émerveillent. Moi, je n'ai pas la tête à ça. L'eau a lissé la pierre, la roche par endroit. Elle scintille, elle coule, indifférente aux obstacles qui se dressent sur son passage. Les sculptures qu'elle a créées sont merveilleuses. Dans le cœur de la terre, j'oublie presque tout. Les fissures verticales, le calme des profondeurs, au gré du sillon de la rivière calme et sereine, nichée au fond de ce cratère… Je me laisse convaincre.

Le batelier qui me ramène ne parle pas. La promenade au fil de l'eau se fait dans un silence qui me met mal-à-l'aise. Je remonte jusqu'à l'œil du gouffre. Il pleut toujours autour de lui. La nuit est tombée.

Le même sorcier que ce matin, me fait remonter le gouffre, ne m'adresse pas un moment. Mais l'eau a encore des effets sur mon corps : le vent le perce, le pique, l'agresse et siffle fort dans mes oreilles, à les en faire exploser.

– Tu as passé la porte verticale et vertigineuse du gouffre ! me félicite-t-il, une fois que nous touchons terre.

– C'était une expérience…

– Tu remets ça demain ?

– Et après-demain, je confirme.

– On galère toujours à trouver des magizoologistes qui acceptent de plonger. Ceux qui l'ont fait, refusent toujours de revenir.

C'est désagréable, de distinguer le moindre mouvement, d'entendre le moindre bruissement de feuilles… C'est comme si j'étais étranger à mon propre corps. Mais je le suis depuis l'agression…

– T'es peut-être notre perle rare Weasley ! sourit l'homme. Tu fais quoi ce soir ?

Je manque de m'étrangler. M'associer à quelque chose de rare me donne la nausée. Même si le commentaire n'est pas malveillant, je me referme.

Je ne suis jamais morose. Jamais de mauvaise humeur. J'adore voyager. J'adore mon travail. Mais je voudrais être ailleurs.

– Rien, je réponds enfin.

– T'as déjà mangé de la bonne cuisine française ?

– Ma mère est française.

– Ça ne répond pas à ma question ! Celle d'ici est la meilleure. Allez, viens ! Une part de tarte aux noix te remettra d'aplombs.

– Vous m'achetez avec une part de tarte aux noix ?

– Je te l'ai dit : les magizoologistes refusent de venir. Ceux qui le font sont nommés par le gouvernement magique français, et le font par dépit.

– Je ne l'ai pas fait par dépit.

– Je ne sais pas ce que tu fuis, mais je t'assure que ça ne te trouvera pas ici, murmure-t-il.

Je lui souris.

– Je préfère ça ! s'esclaffe-t-il.

– Ces escargots … Pourquoi les sorciers les fuient-ils autant ?

– Tu te sens comment ?

– Mal. Agressé par les sons, les couleurs, le vent, les odeurs.

– Ca ne te dérange pas?

– Je me sens vivant.

– Une perle rare…, marmonne-t-il. Tu auras droit à deux parts !

J'éclate de rire en resserrant les bretelles de mon sac à dos, ma baguette à la main. Puis je me rappelle que j'ai toujours ce papier sur moi. Il devient soudainement trop lourd, et parfaitement insupportable, comme l'air qui coule dans mes poumons, comme s'il était liquide.

 

oOo

 

– Alors ? Cette tarte ?

J'en ai plein la bouche. La saveur se propage partout en moi, de la pointe de mes cheveux jusqu'à mes orteils. Cette eau est vraiment étrange…

– Divine, commenté-je enfin.

Maxime Dupuis sourit, et me resserre une autre part, la troisième, que sa fille reluque pourtant avec un intérêt qu'elle ne cherche même pas à dissimuler.

– Cela fait cinq ans, que nous sommes obligés de faire appel à des sorciers étrangers, qui ne viennent pas de France. Ils savent tous que cette eau rend les gens dingos.

– Quand les effets se dissiperont-ils ?

– Ça dépend de ta résistance, du temps pendant lequel tu as barboté dedans…, maugrée-t-il. Mon grand-père racontait que son propre grand-père s'y était baigné trois heures. A son retour, il dessinait l'air et hurlait dès qu'on chuchotait à moins de cinq mètres de lui.

– Aucun sort ne peut protéger les gens de cette eau ?

Maxime secoue la tête, et prend sa fille sur ses genoux, qui louche toujours sur la tarte.

– C'est pas faute d'avoir essayé. C'est en régulant la population des bythinelles que nous limitons les pouvoirs de l'eau. Il y a quelques années, des trafiquants ont essayé de mettre la main sur quelques espèces.

– Ont-ils réussis ?

– Pas sans se prendre un stupefix en pleine tronche, grogne-t-il.

– Et une gifle sur chaque joue, ajoute sa femme en me souriant.

– On tient à cet endroit.

– Je peux le comprendre.

– T'as dit que ta mère était française ? souligne-t-il.

– Elle vient du sud, précisé-je. Je n'ai jamais visité le coin. Je vis en Grande-Bretagne.

– Qui est ta mère ? me demande la femme.

– Fleur Delacour. Weasley maintenant.

Ils écarquillent tous les deux les yeux. J'oublie parfois que « Delacour » est un nom parfois aussi connu que « Weasley ».

– Ne me regardez pas comme ça, je ris à moitié.

– Eh ben…, murmure Maxime.

Je mâche silencieusement ma part. Lila, leur fille, me regarde avec les mêmes yeux, mais pour une raison différente : elle bave vraiment de gourmandise… Elle me fait penser à Jane. Je lui en offre un morceau, qu'elle s'empresse de fourrer dans sa bouche dès que ses parents ont le dos tourné.

– Les autres magizoologistes qui étaient en mission avec moi, qui sont-ils ?

– Un italien, un suédois et un espagnol, compte sur ses gros doigts Maxime. L'italien est remonté trois heures avant toi : il ne reviendra pas demain. Le suédois s'est évanoui après sa première plongée.

– Et l'espagnol ?

– Je le soupçonne d'être un trafiquant.

– Je pourrais en être, moi aussi…

– Non. Le batelier t'a entendu réciter tout ce que tu savais sur la bythinelle. Un trafiquant ne se donnerait pas cette peine. Ils savent rarement ce qu'ils sont en train de piller quand ils le font.

– Les meilleurs d'entre eux connaissent les créatures auxquelles ils s'attaquent…

– Les trafiquants de bythinelles les vendent à un bon prix, à ceux qui expérimentent et commercialisent certaines potions. Ils ne pensent qu'à travers l'argent, le profit. Toi, j'ai l'impression que tu ne penses pas du tout.

Je le regarde intensément, en essayant de déterminer si c'est un compliment, une accusation, ou un simple constat. Je penche davantage pour la dernière option.

Je salue poliment toute la famille, après avoir terminé cette troisième part de tarte. Maxime me raccompagne. Je sors une cigarette du paquet que je garde dans la poche de mon jean. Je lui en propose une, qu'il accepte en s'éloignant de la maison :

– Si ma femme l'apprend, je suis bon pour dormir sur le paillasson.

Je tousse, en inspirant la première taffe. Elle est cent fois plus âcre que d'habitude.

– Pauvre petit, me plaint Maxime. Je ne sais pas ce que t'es venu faire ici…

Je l'interromps, sans réfléchir, parce que j'ai envie de parler à cet inconnu qui m'a offert de quoi manger, et qui m'a traité autrement que comme une victime.

– Il m'est arrivé un truc, récemment. Un truc moche.

– Et ?

– Et j'essaie de faire comme si rien ne s'était passé.

– T'as des gens à qui parler ?

– Des tas. Ma famille est géniale, aimante, compréhensive, bienveillante. J'ai des amis merveilleux. Mais je ne sais pas… Je me sens… seul. Ils voudraient m'aider. Ils ne comprennent pas qu'ils ne peuvent pas.

Personne ne peut comprendre ce que ça fait, de sentir des canines creuser la chair, de sentir son propre sang diminuer, son corps se dégonfler comme un ballon de baudruche, de se vider de toute énergie, de se sentir comme une proie, piégé, incapable de se défendre… Cora m'a traité comme une chose. Je me sens encore, comme une chose.

– Je pensais que m'éloigner un peu me permettrait d'y voir plus clair.

– Et ?

– Et ça marche un peu.

Je ne veux pas qu'on me traite comme une victime. Je n'arrive même pas à me qualifier en tant que telle. Si j'avais été plus prudent, moins con, j'aurais tout de suite vu, que Cora n'était pas humaine. J'aurais compris, ce qu'elle faisait dans ce bar. Tommy et James n'auraient pas eu à me tirer de là, et je n'aurais pas passer les pires jours de ma vie. Ma mère dormirait encore, sans se réveiller toutes les heures pour vérifier que je suis bien dans mon lit. Mon père ne me regarderait pas avec un soulagement infini. Mes sœurs ne me couvraient pas comme elles le font maintenant, et Molly, ne trouverait pas mille excuses débiles pour venir me voir.

– Je veux juste que les choses redeviennent comme avant.

– Ca, gamin, c'est impossible. Ce qui t'est arrivé, t'est arrivé. Tu ne peux pas revenir dessus.

– Mais je peux encore contrôler la façon dont ça m'affecte.

– Mais pas celle dont ça affecte tes proches.

– Quand j'ai plongé dans l'eau, ressentir tout de façon aussi forte, m'a fait oublier ce que j'avais en tête. Mon cerveau était si focalisé par toutes les informations qu'il avait à traiter…

– Tu sais ce qu'a dit ce trafiquant, après que ma femme l'eue giflé ?

– « Aïe, ça fait mal » ?

Il éclate de rire, avant de laisser échapper un volute de fumée entre ses lèvres.

– « Faites tout ce que vous voulez, mais ne me faites pas replonger là-dedans. ». Il y était resté trente-cinq minutes, sans être remonté à la surface, ce crétin.

– Il a dû morfler.

– La gifle a ricoché dans toute la galerie, sourit-il. Tout ça pour dire, Louis Weasley, que cette eau ne te fait pas oublier ce que tu as vécu. Elle te fait l'ignorer. Ce n'est pas une bonne chose. Je ne sais pas ce que tu as vécu. Mais faut que tu l'affrontes.

– Ouais, je sais… Je voudrais juste sauter l'étape mélodramatique où j'ai à me soigner, et me remettre à être ce petit con que les gens pensent toujours que je suis.

– T'es impatient, comprend-t-il.

– Probablement la litote de l'année…

– Qu'est-ce qui te permettrait d'aller mieux ? me demande-t-il.

Je m'arrête, prends le temps de regarder le ciel. Lui parler m'a fait du bien. Je suis sûrement encore groggy, à cause de l'eau du gouffre de Padirac. Je m'accroupis, pour défaire mon sac et en sortir l'exemplaire de la Gazette du Sorcier.

Incendio.

Je suis peut-être une victime. Mais je reste moi. Voir les mots brûler, le papier tomber en cendre dans l'herbe humide, m'enlève un poids immense qui ne cesse de grandir.

– Je suis plus marrant que ça, d'habitude.

– Je te crois sans peine, sourit Maxime. On traverse tous de mauvaises passes.

Je hoche la tête. Peut-être faudrait-il que je m'accorde un peu de temps ? Que je me remette à voyager, après trois semaines à être resté à la maison, entouré de mes parents, de ma famille et de mes amis, me fait voir les choses autrement. Je n'ai pas la force de renoncer à mes voyages, à mon travail, juste parce qu'une pétasse m'a agressé. Je mérite mieux que ça.

– Quand je reviendrais l'année prochaine, je serai moins morose, je lui promets.

Son sourire s'élargit un peu plus.

– Tu devrais te reposer, pour demain, me fait-il. Il reste quinze zones à couvrir, pour recenser les escargots.

– J'ai hâte !

Le lendemain, je surprends le magizoologiste en flagrant délit, et comme Maxime le soupçonnait, c'était un trafiquant. Le surlendemain, je dors douze heures de suite, complétement épuisé. Je rate mon portoloin.

Ces trois jours passés à Padirac ont le goût de la tarte aux noix, que j'ai mangé tous les soirs, et du temps, que je m'offre enfin. Toutes les sensations sont décuplées, et à la fin de mon séjour, quand je reviens auprès de mon foyer, rien n'a changé.

Je suis toujours une victime.

Mais ce n'est pas grave. Ce n'est pas un secret pour les gens qui comptent, qui sont importants à mes yeux.

Je reste Louis. En un peu changé, sûrement un peu abîmé, mais Louis quand même…

Je me bonifie avec le temps et ses expériences. Comme un bon vin, dirait mamie Apolline.

 

End Notes:

Et voici "la fin" de ce recueil ! Il est fort probable que j'écrive de nouveau sur Louis Weasley et ses aventures mais pour l'heure, il est temps de vous donner un petit aperçu de Mistinguette, dont le premier chapitre paraîtra finalement le samedi 5 juin !

 

Mistinguette

 

Cinq ans après l'affaire Opaline, la communauté magique mondiale entre en guerre : les cracmols, les nés-moldus, les loup-garous, les vampires, tous les laissés-pour-compte, mettent en péril le secret magique afin d'obtenir des droits égaux à ceux des sorciers. Ils forment le groupe des « Autres », ceux qui appartiennent à la communauté magique, mais qui ne seront jamais assez biens, pour être considérés comme de « vrais » sorciers.

 

Alors qu'ils comptent se servir de créatures magiques comme d'armes pour causer un maximum de dégâts dans le monde moldu et faire pression sur les sorciers, Louis Weasley, jeune magizoologiste, est missionné en France pour protéger la zone, dénicher les créatures magiques que les Autres lâchent sur les villes, et les soigner quand il le peut.

 

Lui qui tente d'oublier ses fantômes, il se retrouve forcé de les affronter, pour trouver l'espionne qui aide les aurors en secret et qui se fait appeler « Mistinguette ».

 

Mais qui se cache derrière l'espionne Mistinguette ? Est-elle vraiment de leur côté ? Parce qu'elle ne semble pas être si blanche que ça… Tout prête à croire qu'elle ne se bat ni contre, ni avec les Autres, , mais qu'elle protège surtout ses propres intérêts. Pour Louis qui ne voit le monde qu'en noir et blanc, accepter les nuances de gris de Mistinguette, ne lui fait pas plaisir et bouscule toutes ses convictions du bien et du mal. Et pourtant, il y a un truc, chez cette femme, qui intrigue Louis et qui lui murmure « tu peux lui faire confiance »….

 

En espérant que cette petite mise en bouche vous plait ❤

Les malédictions des gargouilles de Notre-Dame by CacheCoeur

 

Juin 2028

– Weasley, Louis.

– Présent.

– Bien, j’ai terminé l’appel, soupire le coopérateur des opérations. Comme tous les ans, je vais vous servir le même discours : c’est n’est pas autant que ceux qui étaient déjà là les deux années précédentes…

– « Ne doivent pas écouter avec assiduité ce que je vais dire maintenant », termine une magizoologiste à ma droite en couvrant à peine la voix de notre superviseur.

Il a prononcé ces mots exacts, au même rythme. J’esquisse un sourire amusé alors qu’elle rougit sous mon regard. Les camarades qui l’entourent s’esclaffent gaiement alors que notre superviseur reprend :

– J’espère que je ne vais pas avoir à faire face à une bande de bras cassés qui a le vertige. Parce que c’est la même tous les ans alors je vous préviens : le premier qui tombe de son balai et qui fait un malaise, je fais un rapport à son unité de déploiement, c’est bien compris ?

Ceux qui n’étaient pas là les années précédentes sont reconnaissables : ils hochent tous la tête. Moi, les bras croisés sur ma poitrine, j’attends la suite en continuant d’observer la sorcière de tout à l’heure. Elle imite toujours le superviseur et c’est vraiment très drôle…

– Pour vous la faire courte, les gargouilles sont traumatisées depuis l’incendie de 2019. Les travaux qui durent depuis des lustres, merci l’administration moldue française pour ça, les fatiguent énormément et la plupart d’entre elles sont sur le point de péter un câble. Tout le monde ici c’est ce qui se passe lorsqu’une gargouille pète un câble, n’est-ce pas ?

Personne ne répond. Le superviseur soupire. J’observe Notre-Dame de Paris et ses rosaces de vitrail, sa dentelle de pierres, ses tours, et ses gargouilles. Les touristes se pressent sur la place. Certains prennent des photos, d’autres prient, restent plantés devant la grandeur et la beauté de l’édifice… C’est une belle journée de printemps et le parvis de Notre-Dame est noir de monde. Sa flèche toute nouvelle perce fièrement le ciel.

– Votre boulot, c’est de les soigner pour celles qui en ont besoin. La plupart d’entre elles ont absorbé trop d’eau : il faudra les dégorger. Mais plus que ça et je vous l’ordonne : il faut les chouchouter. Il y a eu trop d’incident dernièrement avec les gargouilles et les moldus…

– Les chouchouter ? s’étonne un magizooliste devant moi.

– Vous êtes sourd ?

– Non mais les gargouilles sont connues pour…

– Leur sale caractère. Vous croyez m’apprendre mon métier  ? Je désengorgeais ma première gargouille que vous deviez encore vous enfoncer votre baguette dans le nez, mon petit ! fait-il avec dédain.

– Je crois qu’il faisait plutôt référence au fait que ces créatures sont capables de nous maudire et nous rendre malades…, j’interviens finalement.

– Parce que vous n’êtes pas capable de maudire quelqu’un Waslay ?

– Weasley.

– Merlin, ils m’ont encore envoyé une bande de jeunots incompétents !

– Et pour votre information, je sais lancer plusieurs malédictions.

– Grand bien m’en fasse ! Alors vous avez sûrement appris à les lever ?

– Ce n’est pas comme si les malédictions des gargouilles étaient quasiment inévitables…, s’alarme une blonde.

– Au pire des cas ma petite, elles te maudiront d’une calvitie ou de verrues sur les mains.

– Woah, c’est comme ça que vous voyez les femmes ? Comme des petites créatures qui se soucient seulement de leur apparence ? s’énerve-t-elle.

– L’année prochaine, je prends ma retraire ! déclare-t-il d’un ton solennel.

J’esquisse un sourire amusé, en regardant la sorcière de tout à l’heure prononcer également cette phrase. Sans nul doute que ce formateur sera de nouveau présent l’année prochaine…

– Formez vos duos. Je ne veux aucun sorcier tout seul ! Enfourchez vos balais. Les sorts de désillusions et de camouflage fonctionneront tant que vous resterez sur vos balais, nous informe le magizooliste. Eh bien ! Qu’est-ce que vous faîtes encore ici ? DU NERF !

Les paires de magizoologistes se forment rapidement. Je reste à l’écart, refuse quelques propositions et attends patiemment. Je ne connais personne ici. Je suis l’un des plus jeunes et toutes ces personnes ici, se connaissent depuis longtemps : elles ont fait leurs études ensemble à Beauxbaton. Je suis peut-être le seul qui vient de Grande-Bretagne.

Quand je fais un tour d’horizon, je remarque une jeune femme, toute seule. Elle est d’une beauté incroyable, presque surnaturelle. Ses cheveux bruns coupés au droit au milieu de son dos encadrent son visage en forme du lune, d’une pâleur claire et lumineuse. Je m’approche d’elle. Elle opine, sans rien dire et me désigne les balais d’un coup de tête.

– Tu n’es pas très bavarde…

– Je n’aime pas parler pour ne rien dire.

Nous nous dirigeons vers les balais et je la sens hésitante, lorsque le sien commence à planer à quelques centimètres au-dessus du sol.

– Tu n’as pas le vertige n’est-ce pas ?

– Ça dépend.

Elle donne un grand coup de pied et s’envole à tout de vitesse. Je la suis de près, guère rassuré pour elle. Elle tremble légèrement et ses cheveux noirs s’agitent avec l’élan. Nous nous arrêtons au niveau d’une zone qui n’est pas encore couverte par une équipe, sur la façade ouest de la cathédrale.

Les gargouilles nous observent avec méfiance. Elles sont toujours très taciturnes, mais s’adoucissent rapidement lorsqu’on les caresse sous le menton. Celle que je flatte de mes caresses, ronronne gaiement. Je reste méfiant : les gargouilles sont caractérielles et lunatiques. On ne sait jamais à quoi s’attendre avec elles.

J’inspecte son corps de pierre, ses yeux, ses pattes, la débarrasse des quelques saletés qui la couvre et la nettoie d’un sortilège rapide avant de reprendre mes grattouilles sous son menton. Je vérifie qu’elle n’a pas besoin d’être désengorgée.

Les gargouilles se nourrissent exclusivement d’eau de pluie et protègent les constructions moldues et sorcières des intempéries. Le temps a été sec toute l’année… Je pense qu’au contraire, elles sont peut-être assoiffées.

– Saleté de bête ! peste ma camarade en évitant de justesse une morsure.

– Attention… Tu ne voudrais pas être maudite, plaisanté-je en la regardant perdre patience avec sa gargouille.

– Je suis déjà maudite, déclare-t-elle froidement.

***

 

– Ne le prends pas personnellement. Marinette ne parle à personne, m’apprend l’instructeur. Ça fait maintenant cinq ans qu’elle s’inscrit tous les étés au programme de soins aux créatures magiques de Paris. D’habitude, elle s’occupe des gnomes du château de Versailles… Elle évite tout le monde, et ne parle à personne. Au début, je pensais qu’ils exagéraient, mais cette femme repousse vraiment tout le monde.

Il s’est assis à ma table, avec une assiette d’escargots-hurleurs, la spécialité du restaurant. Je compte les carreaux rouges de la nappe et m’appuie un peu plus contre la banquette, mon verre de vin dans une main.

J’aime bien me la jouer faux-parisien.

– Pourquoi vous me dîtes ça ?

– Parce qu’elle t’a carrément grogné dessus et que c’est la première fois que je l’ai vu interagir avec son prochain.

Quelle interaction…

– C’est quoi, son histoire ?

L’instructeur soupire en buvant une gorgée de son vin. Il regarde mon verre vide et s’empare de la bouteille pour me servir un peu. Le restaurant sorcier de La belle Hélène est presque vide : la plupart des magizoologistes l’ont quitté et sont partis dormir dans leurs hôtels. Il ne reste plus que lui et moi. Ses yeux verts me scrutent comme s’il cherchait à me lire.

– Marinette n’est pas comme tout le monde, indique-t-il en désignant la brune.

Elle est restée assise à l’extérieur et fume une cigarette.

– Vous la connaissez bien ?

– Oh non. Mais j’ai connu l’une de ses enseignantes. Madame Bonnaventure, qui enseigne la biologie magique à Beauxbâtons. Marinette était l’une de ses meilleures étudiantes…

– Elle a l’air douée, commenté-je.

L’instructeur semble amusé.

– Mais pour qui te prends-tu, Louis Weasley, pour déterminer ainsi du talent d’une jeune personne aussi peu expérimentée que toi ?

– Je suis du genre sûr de moi. Il m’arrive de douter, mais jamais… Jamais de mon talent en ce qui concerne la magizoologie. Quand on est responsable d’autant de vie, que des êtres vivants nous font confiance pour prendre soin d’eux, on n’a pas le droit à l’erreur. Douter de soi, c’est pour les gens qui ne sont pas assez doué. Moi je le suis. Et je sais reconnaître ces autres personnes, qui savent parfaitement ce qu’elles font, lorsqu’elles s’occupent de créatures magiques. Elle avait des gestes qui ne trompent pas.

– Vous êtes si arrogant…

– On me le dit souvent, je réponds en souriant de toutes mes dents.

Je l’imite en buvant une gorgée de vin. Il n’est pas mauvais.

– Marinette est douée et vous l’êtes aussi, concède l’instructeur. Vous êtes célèbre, Wasley.

– Weasley, je le reprends.

– Quand j’ai vu votre nom sur cette liste, j’ai espéré que…

Il fait tourner le liquide dans son verre et peigne sa grande moustache à l’aide de ses doigts.

– J’ai espéré que vous fassiez équipe et qu’elle se confie un peu à toi.

– A moi ?

– A vous.

– Pourquoi ?

– Eh bien…

Il me détaille et fait tomber ses yeux le long de mon visage, comme si la réponse s’y trouvait, comme si l’évidence devait me frapper.

– Vous êtes pareils non ?

– Pareils ?

Je ne comprends pas.

– Marinette est à demie-vélane.

J’écarquille les yeux et bois tout le contenu de mon verre d’un coup.

– Je n’avais pas remarqué.

L’instructeur hausse un sourcil triangulaire.

– Vous n’aviez pas remarqué ?

Je secoue doucement la tête et comprend, aux yeux écarquillés de mon interlocuteur, qu’il pensait que je remarquerais ce détail.

– Je ne suis pas à demi-vélane, Monsieur.

– Mais vous avez du sang de vélane.

– Mon arrière-grand-mère était vélane : il ne m’en reste pas grand-chose !

– Et pourtant, vous en portez tout de même l’héritage. Avec votre… belle gueule. Vous savez, les fils de vélanes n’existent pas. Les fils de demi-vélanes non plus. Les arrière-petits-fils sont rares. Vous êtes…

Je ferme les yeux, douloureusement transporté à New-York, avec cette vampire rousse.

– Ne terminez pas votre phrase, je vous en défends formellement.

Mon ton est froid. J’ai posé un peu trop violemment mon verre sur la table.

Cet homme vient de me ramener dans cette chambre, aux griffes de cette vampire qui en avait après mon sang. Il me rappelle la peur constante, l’incertitude de savoir si j’allais vivre ou mourir, et cette culpabilité de ne pas avoir été prudent, ce sentiment de honte, d’avoir été ainsi chosifié et utilisé pour quelque chose qui fait partie de moi et que je n’ai jamais souhaité.

J’ai été réduit à mon sang et à ce qui le compose et personne ne devrait jamais subir une telle chose.

– Marinette et moi ne sommes pas pareils, affirmé-je enfin en quittant la table.

Ma chaise grince contre le parquet et la clochette de l’établissement retentit lorsque j’en passe le seuil. Dehors, il fait chaud et il n’y a pas de vent. Notre-Dame resplendit dans la nuit et sur le parvis de la cathédrale, je devine une silhouette qui se détache des autres.

Les cheveux noirs aux reflets argentés de Marinette brillent et semblent refléter la lumière de la lune. Je m’approche discrètement et toussote pour lui signaler ma présence. Elle ne bronche pas et se contente d’admirer en silence la cathédrale et ses rosaces. Elle continue de fumée comme si je n’étais pas là. Les gargouilles sont calmes et nous scrutent. Elles clignent des yeux lorsque je les regarde.

– Monsieur Jourdin t’a parlé de moi, fait enfin Marinette. Il t’a dit qu’il espérait que l’on devienne amis toi et moi, parce qu’il s’inquiète pour moi.

– En d’autres termes. Mais c’est globalement ça.

– Il est amoureux de Madame Bonnaventure, ma…

– Prof de biologie magique, je sais, complété-je à sa place. Il aimerait simplement que tu t’isoles un peu moins je pense.

– Tu sais ce que c’est…

– De quoi ?

– D’être nous.

– Non, je n’en sais rien.

Elle sourit et je sais que c’était la réponse qu’elle attendait.

Elle me testait.

– T’as beau être arrière-petit-fils de vélane, tu restes un homme et tu ne sauras jamais ce que c’est, d’être l’objet des désirs des autres. Tu n’auras jamais peur de rentrer chez toi seul, une fois la nuit tombée. Tu n’auras jamais peur qu’on ne te prenne pas au sérieux, qu’on ne parle de toi que pour tes beaux yeux. Tu es rare, Louis Weasley, c’est certain… Mais tu n’es pas unique pour autant. Dans ton malheur, Louis Weasley, tu es né avec du sang de vélane mais tu es né homme.

Elle a raison.

– Alors ? Tu ne me dis pas que vous n’êtes pas tous d’horribles créatures ? Que certains gagnent à être connus ? Que ces gens sont juste mal-élevés, mal-éduqués, que ma peur est irrationnelle et que je l’exagère ?

– Je ne te dirai jamais ça.

Son sourire s’agrandit.

– Je m’isole des autres parce qu’ils ne me regardent jamais dans les yeux.

– Je pourrais te regarder dans les yeux, si tu les levais vers moi.

Elle s’exécute et deux perles grises se posent sur mon visage. Je soutiens son regard sans ciller. C’est vrai qu’elle a de très beaux yeux, de ceux qui envoûtent et fascinent, de ceux dans lesquels on pourrait se noyer comme un bienheureux.

– Tu sais, je n’avais pas remarqué que tu étais à demie-vélane.

– Menteur.

– Je t’assure. Ce qui m’a frappé chez toi, c’est ta mine sombre et lugubre. C’est tes airs mélodramatiques et …

– Et quoi ?

– Ton chagrin.

– Je n’ai pas chagrin.

– Tu m’as dit être maudite et ne pas craindre les mauvais-sorts des gargouilles.

Ses talons claquent contre les pavés lorsqu’elle fait quelques pas pour se rapprocher de la cathédrale.

– Personne ne m’aimera jamais pour moi et seulement moi.

– Mon grand-père était fou de ma grand-mère et elle était comme toi.

– A demie-vélane ?

– A ne jamais lâcher un sourire.

Elle éclate de rire et tous les passants se retournent pour l’admirer.

– Je ne suis pas assez vélane pour une partie de ma famille. Je le suis trop pour l’autre. Tu as tellement de chance, Louis, si tu savais.

Je déglutis faiblement.

J’aimerais lui raconter ce que j’ai traversé dernièrement. Mais je ne la connais pas assez, et ce que j’ai vécu, n’a rien à voir avec les épreuves qu’elle a eu a surmonter et surmonte encore actuellement dans sa vie.

– C’était débile de la part de Jourdin, de penser que l’on deviendrait ami.

– Je ne pense pas.

– Tu souris trop.

– T’es chiante.

– Tu es naïf.

– Tu n’es pas marrante.

– Ce serait trop facile, si l’on pouvait s’entendre juste parce qu’on a des ancêtres vélanes…

– Ouais, ce serait trop facile…, je répète distraitement.

Elle s’éloigne un peu plus et j’attends le dernier moment pour lui dire la vérité la plus simple et la plus importante :

– Mais tu n’es pas complètement seule et je peux essayer de te comprendre.

Marinette ricane légèrement avant de se lever et de partir :

– Moi non plus, je n’avais pas remarqué que tu avais du sang de vélane, avant que Claire glousse comme une dinde en le disant bien fort à Salomé…

***

– Encore un peu…, supplie une voix caverneuse et froide.

Je hausse un sourcil ennuyé en regardant la gargouille me faire les yeux doux. Je gratte le dessous de son menton avec un peu plus d’énergie.

– Il va bien falloir que j’arrête un moment ou l’autre, lui indiqué-je.

– Non. Pour toujours.

– Pour toujours, c’est très long.

Je ris lalors que les yeux de la gargouille prennent une expression terrifiante.

– Je ne veux pas te maudire.

– Alors ne le fais pas.

– Alors n’arrête pas.

– C’est moche, le chantage.

– Les gargouilles ne sont pas faites pour être belles.

– Je ne suis pas d’accord, soufflé-je en arrêtant de la gratifier de mes grattouilles. Maintenant si tu veux bien, je vais te débarrasser de toute cette pluie dont tu es imbibée… Le temps a été sec, mais les dernières intempéries ont dû vous fatiguer.

– Fais donc, fais donc…

Je lance plusieurs sorts en continuant de surveiller du coin de l’œil Marinette qui n’échange pas un seul mot avec la gargouille dont elle s’occupe.

– Que préfères-tu ? Etre condamné à toujours tourner à droite, ou parler en rimes jusqu’à la fin de ta vie ? me demande la créature de pierre.

– Humm… Choix compliqué, je fais mine de réfléchir. Si je tourne toujours à droite, je reviendrais inlassablement sur mes pas.

– Pour un bourlingueur comme toi, cette malédiction te rendrait fou.

– Et parler en rimes, c’est classe et ça attire les femmes.

– Pourquoi les humains cherchent soit la chance, soit l’amour, soit la fortune ?

– Je crois que les trois sont la même chose.

– Petit bourlingueur blond …, s’amuse la gargouille. Tu n’es pas aussi idiot que je ne le pensais.

– Les gens me disent souvent cela.

– Reviendras-tu l’année prochaine ?

– Et bien ça dépend…

– De quoi ?

– De si tu me maudis à toujours tourner à droite.

La créature rit à son tour et fait s’envoler les pigeons qui étaient près de nous.

– Tu penses vraiment que les gargouilles sont belles ?

– Vous repoussez le mal. Vous êtes les gardiennes des temples.

– Nous sommes malfaisantes.

– Peut-être qu’il faut être un peu malfaisant pour combattre le mal, je souris doucement.

– Nous tentons. Nous délivrons les désirs inassouvis. Nous maudissons.

– Les humains font ça, eux aussi.

– Que préférerais-tu, petit bourlingueur blond ? Savoir quand tu vas mourir ou savoir comment tu vas mourir ?

– Ni l’un ni l’autre. A mon âge, la mort, c’est une vieille grand-mère à laquelle on ne pense jamais. Sauf une fois de temps en temps…

– A mon âge, la mort est une amie, s’amuse la gargouille. Que préfèrerais-tu ? Ne parler qu’avec des consonnes ou des voyelles ?

– Les consonnes je suppose. Mes phrases seraient plus facile à deviner.

– Tu préférerais toujours dire ce que te vient à l’esprit, ou ne plus être capable de parler du tout ?

– Je dis déjà tout ce qui me vient à l’esprit.

– Alors dis-moi… Pourquoi es-tu si triste, petit bourlingueur blond ?

– Je ne suis pas triste.

La gargouille crache une bonne quantité d’eau avant de grogner, mécontente.

– Tu mens.

– Je ne suis pas triste, affirmé-je.

– Le bonheur semble manquer à ta vie.

– Mais je suis très heureux. Je fais le métier que j’aime, j’ai des amis, une famille adorable, un toit sur la tête…

– Oui, pardonne-moi, fait la gargouille d’un ton désolé. C’est vrai que tu as l’air heureux. Alors … Pourquoi ton cœur a l’air d’être un peu lourd ?

– Il m’est arrivé un truc moche, il n’y a pas si longtemps.

– C’est fâcheux.

Je termine de lancer les derniers sorts et reprends mes grattouilles sous son menton. La créature ronronne de plaisir alors que le soleil nous tape dessus avec force.

– Alors je t’en prie, ne me maudis pas, je lui demande.

– Je ne peux pas te maudire. Tu l’es déjà. En un sens…

Je cille plusieurs fois.

– Ta loyauté. Elle est une bénédiction autant qu’une malédiction, car ton coeur ne regarde plus que dans une seule direction.

– Les gargouilles sont prophètes, maintenant ?

– Lire les humains… Nous avons été créée par les humains pour les lire, empêcher les plus mauvais de souiller le sacré, et les plus méritants d’en faire partie.

Je me penche vers son oreille, en équilibre sur mon balai.

– Est-ce que tu peux lire en ma collègue ?

– Elle, elle vient tous les ans. Feras-tu comme elle ?

– Peut-être …

– Je n’aime pas l’incertitude.

– La vie est pleine d’incertitudes. Certains les combattent, d’autres les cajolent.

– Toi, tu les cherches.

Je ris légèrement. Certaines créatures magiques sont très clairvoyantes.

– Alors… Ma collègue ? j’insiste.

La créature tourne sa tête figée vers Marinette qui est passée à une prochaine gargouille et esquive la malédiction que lui jette la dernière, en scellant sa bouche de pierre d’un sort habile.

– Elle n’est pas ce que tu crois, annonce ma nouvelle amie en continuant de ronronner sous l’effet de mes caresses.

– Comment ça ?

– Elle est comme toi. Mais pas pour les raisons que tu penses.

Je lui offre une dernière grattouilles.

– Elle est maudite elle aussi.

J’observe Marinette et sa moue boudeuse, sa peau blanche rougie par le soleil et ses longs cheveux noirs qui pendent dans le vide.

– Toutes les vélanes le sont un peu, je crois…

– Petit bourlingueur blond… Regarde mieux que ça.

– Je reviendrai l’année prochaine.

– Bien. Je t’attendrai.

– D’ici là, ne bouge pas.

La gargouille me regarde d’un œil mauvais, nullement amusée par ma plaisanterie.

– Tu mériterais que je te maudisse.

– Mais non, mais non… Tu m’adores.

– Oui, petit bourlingueur blond, avoue-t-elle très honnêtement. Je t’adore.

La sincérité des gargouilles prend toujours au dépourvu. Mais je souris, salue chaleureusement la créature qui se met à crachoter un peu d’eau en guise d’au-revoir, et vole jusqu’à Marinette pour l’aider à terminer les soins qu’elle prodigue à ses propres statues, qui gigotent dans tous les sens.

– Tous les ans, c’est le même fiasco. Elles ne se laissent pas approcher, et n’en font qu’à leur tête, geint la magizoologiste.

– Tu préfères avoir des crocs de serpent ou une queue de lion ? lui demande une gargouille.

– Les deux, grommelle Marinette.

– Tu préfères passer ta vie à te déplacer seulement à pieds joints, ou paraître plus âgée de 30 ans ?

– Je m’en fiche.

– Je peux choisir pour toi.

– Je suis déjà maudite, ma petite. Et tu connais la règle, non ? Une gargouille ne peut maudire une personne qui porte déjà en elle un mauvais sort.

– Tu as déjà été maudite ? je fais avec inquiétude.

Marinette m’ignore et ne répond pas. Nous terminons en silence et prenons soin des dernières gargouilles de la journée sans prononcer le moindre mot. Quand nous redescendons, Marinette, épuisée, laisse tomber son balai sur le parvis de Notre Dame.

– Je déteste faire ça.

– Alors pourquoi tu reviens tous les ans ? je l’interroge sans comprendre.

– Parce qu’elles ne peuvent pas me maudire. Leurs mauvais sorts m’assommeraient tout au plus. Ça arrange énormément Jourdain, d’avoir un membre invulnérable aux malédictions des gargouilles dans son équipe…

– Non… Ce n’est pas pour ça, je devine en la regardant avec insistance.

« Elle est comme toi. Mais pas pour les raisons que tu penses ».

– Tu as raison, Louis Weasley, s’agace Marinette. Si je reviens tous les ans, c’est parce que ma vie est un fiasco total, et que voir des statues de pierre maudire les autres, ça m’éclate et ça me fait sourire. Parce que voir des gens, des gens stupides et insouciants porter un fardeau sur leurs épaules, ça me rend plus légère, ça me fait me dire qu’il y a d’autres gens comme moi, qui ont à supporter le mauvais sort, un truc qui va leur pourrir la vie et les emmerder.

– Au mieux ça te soulage. Mais ça ne te fait pas aussi plaisir que ce que tu voudrais me le faire croire, je murmure calmement.

– Qu’en sais-tu ?

– Tu ne le dirais pas avec autant de légèreté si c’était vraiment le cas.

– J’ai envie de te gifler. Ta belle assurance, ton arrogance, le fait que tu fasses comme si tu savais tout sur tout et sur tout le monde, ta capacité à séduire tout ce qui bouge ou pense… D’un chef d’équipe jusqu’à une gargouille qui ronronne aussi fort que le tonnerre d’un orage d’août…

– Ta vie n’est pas un fiasco, Marinette.

– Et la tienne ?

– Elle n’en est pas un non plus. Oh, elle est remplie de fiasco. Mais elle n’en est pas un, je répète.

– La mienne l’est.

– Fiasco, ça veut bien dire « échec total » non ?

– Bien joué, Weasley…

– Tu es magizoologiste. Tu es douée. Tu as le respect de tout le monde.

– Je suis seule. Je n’ai pas d’ami. Je ne suis pas la meilleure magizoologiste.

– Oh, t’es à peine moins douée que moi, je t’assure !

– Je vais vraiment te gifler, Weasley.

– Ta vie n’est pas un fiasco.

– Tu ne sais rien de ma vie.

– Non. Et pardonne-moi si je suis indélicat. Je veux juste que tu te vois un peu comme les autres te voient…

– Ils ont peur de moi.

– Bah si tu ne les fusillais pas du regard tout le temps, ça ne serait pas le cas… Commence déjà par sourire. Tu sais comment on fait ?

– J’ai souris tout à l’heure, quand la gargouille t’as dit qu’elle t’adorait.

– C’est mignon…

– J’ai imaginé vos enfants et ça m’a amusé, fait-elle très sérieusement. Une petite statue immonde, avec des boucles blondes partout…

– Je te laisserai être la marraine de mon premier né, je t’assure.

Le gloussement qui s’échappe de la bouche de Marinette nous surprend tous les deux. Elle s’arrête rapidement et perd le sourire qui naissait à peine sur ses lèvres.

– Ma vie est né sous le signe du fiasco, Louis. Tu ne peux pas comprendre…

– Dans ce cas, explique-moi…

Elle s’en va sans rien dire, une fois plus et me laisse seul. Je ramasse nos deux balais, avant de rentrer à l’auberge.

***

– Tu préfères ne plus jamais boire ou ne plus jamais manger ? imité-je la voix dure et froide d’une gargouille.

– Boire.

– Et te passer à tout jamais de vodka-pur-glace ? Mais qu’est-ce qui tourne pas rond chez toi, Marinette ?

– Parce que tu serais prêt à te priver de pâtisseries et de bons petits plats pour le restant de tes jours ?

– Rien ne vaut un petit shot !

J’avale le mien d’une traite avant de me resservir.

Faire son parisien c’est amusant deux minutes.

Le vin est bon, mais j’ai besoin de quelque chose de plus fort.

– Et tu te crois cool ?

– Je ne le suis pas ? m’inquiété-je.

– Non. Tu es pitoyable, fait Marinette en levant les yeux au ciel. Allez c’est à moi ! Tu préférerais… Avoir le mal de l’air ou ne plus pouvoir reposer les pieds sur terre ?

– Elle est difficile celle-ci…, grimacé-je. Mais je crois que je choisirais d’avoir le mal de l’air.

– Pour un gars qui a constamment la tête dans les nuages, ça me paraît lunaire.

– Mais c’est qu’elle fait des jeux de mots… , ricané-je. Si j’avais su qu’il fallait te rendre pompette pour que tu sois marrante, je t’aurais invité à boire un verre avec moi bien avant…

La journée a été éreintante. La canicule bat son plein et nous avons passé la journée à nous occuper des gargouilles de la façades est de Notre Dame. Il n’en reste plus que quelques unes et nous aurons bientôt terminé.

Marinette a toujours une mine boudeuse même en ma présence, mais nous discutons plus ouvertement, avec moins de difficulté. Je commence à sincèrement l’apprécier et je suis quasiment certain qu’il en est de même de son côté.

Nous formons une bonne équipe… J’ai profité de nombreuses fois de son expérience avec les gargouilles et elle m’a donné de très bons conseils. Elle est douée, c’est certain… Mais ses compétences en sociabilité frôlent le 0 pointé.

– Tu ne supporterais pas de ne plus pouvoir voler, reprend sérieusement Marinette.

– Je serais sûrement triste. Mais c’est sur terre qu’est ma vie.

– Bien, bien …

– Alors… Tu préférerais ne plus jamais voir le soleil, ou ne plus jamais voir la lune ?

– La lune.

J’étouffe un cris de surprise.

– Ah oui ? Les personnes mystérieuses comme toi sont du genre à vivre la nuit.

– Tu sais ce que je pense de tes petites cases, Weasley ? ronchonne-t-elle.

– Oh tu vas me le dire dans un instant…

– Elles craignent. Et je ne suis pas une personne mystérieuse. Je n’ai aucun secret à cacher.

– C’est ce que disent toutes les personnes qui en ont.

Elle prend mon verre des mains et le boit avant de s’emparer de la bouteille.

– Et toi alors ? Quel est ton secret ? Tu sembles si pressé de découvrir le mien …

– Je n’ai pas de secret, déclaré-je d’une voix calme et maîtrisée.

– Bien sûr…, hausse-t-elle un sourcil sans me croire un seul instant.

Je ne sais pas si c’est l’alcool, la solitude, ou le besoin de me confier qui me fait parler :

– J’ai … vécu un truc assez horrible. Un truc dont j’ai honte et qui m’effraie, qui m’empêche parfois de dormir et qui me donne envie de vomir lorsque j’y pense. Mais ce n’est pas un secret. Je n’en parle pas parce que je ne veux pas que les autres ne me définissent plus que par ça. Je ne veux pas… Qu’ils voient en moi autre chose que ce que je suis.

– Et qu’est-ce que tu es ?

– Un petit bourlingueur blond qui parcoure le monde et soigne les créatures magiques.

– Louis Weasley…, murmure Marinette. Ce que tu as décrit juste avant… C’est la définition d’un secret.

Je lui reprends la bouteille des mains et remplit mon verre en la regardant droit dans les yeux.

– T’as entendu parler de l’attaque d’un vampire à New-York, sur une vélane ?

– Qui n’en a pas entendu parler ? fronce les sourcils la brune. Cette attaque va probablement faire sauter les accords de paix entre les vélances et les vampires. Les relations entre eux sont plus tendus que jamais à cause de cette attaque… Ce qui est arrivé… C’est un drame absolu et cette pauvre femme…

– Ce n’était pas une femme, je marmonne en buvant une petite gorgée.

La brûlure de l’alcool me donne le courage d’affronter ses yeux écarquillés, qui comprennent à mesure que je reste silencieux.

– Ce n’était pas une femme, répète-t-elle.

– Non. Ce n’était pas une femme, je reprends en terminant mon verre.

Un pli se creuse entre ses deux yeux.

– Louis…

– Tout le monde sait que les hommes ayant du sang de vélane sont très rares. Ma mère, quand elle a appris qu’elle attendait un garçon, en a pleuré de joie. Elle s’attendait à avoir une troisième fille et elle en aurait été heureuse, j’en suis certain. Mais un petit garçon… C’était un miracle. Tu sais ce que le prénom Louis signifie ?

– Non. C’est un prénom de prétentieux de première que les rois moldus ont presque tous porté.

– C’est vrai, je ris. Mais en ancien français, Louis veut surtout dire « gloire » et « combat ». Pour ma mère, j’étais une petite gloire et la conclusion heureuse d’un combat qu’elle a mené toute sa vie : elle pensait que le fait que je sois un homme, me protégerait de ces gens qui jugent ceux qui ont du sang de vélane seulement sur leur apparence, ou de ceux qui chercheraient à en tirer profit. Mais elle a eu tort. Que j’ai un pénis ne m’a protégé de tout.

– Weasley… Je suis désolée, souffle-t-elle sincèrement.

– Je sais que mes sœurs, ma mère, mes cousines, ma tante, ma grand-mère… Elles ont toutes souffert à un moment d’avoir du sang de vélane, qu’elles ont longtemps craints, ignorés ou défiés, les regards des hommes, parce qu’elles n’avaient pas d’autres choix. Parce qu’ils étaient tous braqués sur elles, qu’on … les voyait seulement comme de belles créatures. Et moi… J’ai échappé à ça. Enfin… Beaucoup de femmes m’ont regardé mais moi… je ne craignais pas, je n’ignorais pas et je ne défiais pas ces regards. Ils gonflaient mon orgueil, parce que oui… Je suis un petit con et même si parfois, quelques uns de ces regards me mettaient mal-à-l’aise, je savais que je ne risquais rien. Je ne me suis jamais senti en danger. J’étais un objet de convoitise. Mais je savais que je ne risquais rien.

Marinette m’écoute et dehors, une légère brise caresse mon visage sans le rafraîchir pour autant. Je joue nerveusement avec mon verre, dont les glaçons ont déjà fondu. Il est trois heures du matin et il fait toujours beaucoup trop chaud.

– Quand cette femme m’a approché, je n’ai pas eu peur l’ombre d’un instant. Quand elle m’a invité à venir chez elle, je ne me suis pas posé de questions. A aucun moment je me suis senti en danger ou en position de faiblesse.

– Tu n’es pas obligé de me raconter la suite…

– Non, je ne suis pas obligé et je ne le ferai pas. Les journaux s’en sont bien chargés, je crache amèrement.

– Je comprends.

– De quoi ?

– Que tu gardes ce secret.

– Je te l’ai dit… Ce n’est pas un secret. C’est juste un truc que je préfère garder pour moi. Mais si jamais ça venait à se savoir un jour, que « la victime de New-York » est Louis Weasley, je crois que…

Je me tais subitement. Je n’ai jamais pensé à ça, en fait.

Comment je réagirais, si tout le monde venait à savoir ce qu’il s’est passé à New-York ?

– Tu serais en colère, et ce serait normal, termine Marinette.

Je ne veux pas que le regard des autres changent sur moi. Certains membres de ma famille ne sont même pas au courant de ce qu’il s’est passé.

– Tu as raison. C’est un secret, je capitule enfin.

– Tu es comme moi, admet Marinette. Sauf que tu refuses que ton secret change la personne que tu es.

– Le tien te change ?

– D’une façon que tu n’imagines même pas…

Une larme s’écrase sur la table. Je ne l’ai même pas sentie dévaler ma joue.

– Je peux tout entendre tu sais.

– Sûrement, sourit doucement Marianette.

Elle commande une nouvelle bouteille et relève ses cheveux pour les coiffer en un chignon. Et c’est maintenant que l’évidence me frappe.

– Tu n’es pas une vélane.

Elle écarquille les yeux et ses lèvres s’entrouvrent.

– Comment… ?

– J’ai grandi entouré de vélanes. Et… Tu es belle, tu dégages un truc, mais ce n’est pas… Ce n’est pas ce même truc qu’elles.

Sa bouche s’étire en un sourire triste. Cette fois-ci, c’est une de ses larmes qui s’écrase sur la petite table que nous partageons. Je déteste pleurer.

Je déteste être triste et je déteste ces deux uniques larmes que nous venons de verser.

Nous ne sommes pas assez proches, pour être si intimes l’un avec l’autre.

Parce que pleurer, même une larme, c’est être vulnérable. On ne le fait pas face à n’importe qui…

Et j’ai honte, de cette larme.

J’ai honte, d’être vulnérable, alors que je viens de dévoiler l’un des épisodes les plus douloureux de ma vie.

Je ne suis pas aussi fort que je le voudrais…

Marinette et moi ne versons pas une larme de plus.

Et je le sens… Ce lien invisible entre elle et moi, ce truc qui nous lie, parce que nous partageons une douleur similaire que nous pouvons lire dans les yeux de l’autre.

Nous nous regardons intensément, jusqu’à ce qu’elle prenne de nouveau la parole :

– T’as déjà entendu parler des mélusines, Weasley ?

 

***

– Pressine, l’épouse d’un roi dont elle était très éprise, avait passé un pacte avec elle. Lui aussi très amoureux, elle lui avait fait promettre de ne jamais la visiter lorsqu’elle avait ses menstruations. Il ne s’y tient pas. Un jour, alors qu’elle baignait leurs trois filles, Mélusine, Mélior et Palestine, il la surprit. Elle s’enfuit aussitôt sur l’île d’Avalon et éleva ses filles, pleine de rancoeur pour leur père. En grandissant, Mélusine réussit à convaincre ses deux sœurs de venger leur mère en enfermant leur père dans une montagne. Loin d’être contente de cet acte, car malgré son amertume elle aimait encore son roi, Pressine, furieuse, les punit toutes les trois. Mélior fut condamnée à passer sa vie en tant qu’épervier. Palestine fût obligée de garder le trésor de son père, et Mélusine… Elle fût maudite. Tous les soirs, la moitié de son corps prenait l’apparence de celui d’un serpent. À la place des jambes, elle avait une queue. La malédiction ne pouvait s’annuler que si elle venait à rencontrer son grand amour, capable de lui faire confiance et de cette manière, elle ne se transformerait plus que tous les samedis. Seulement, si un jour il venait à apprendre qu’elle se transformait, elle deviendrait un serpent pour toujours.

Marinette continue d’avancer alors que nous longeons le bord de la Seine.

– Évidemment, elle le rencontra, cet homme merveilleux. Mélusine traversa la mer une dernière fois, pour se rendre dans le Poitou. Elle y rencontra Raymondin. Charmé par Mélusine, il lui promit de l’épouser. Elle accepta, tout en lui faisant promettre de ne jamais chercher à la visiter les samedis. Il accepta, et elle lui donna dix fils. Je crois que j’aimerais que l’histoire s’arrête ici…

– Elle peut, j’indique doucement.

– Je déteste le mensonge.

Elle soupire bruyamment et allume une cigarette avant de m’en proposer une. Je l’accepte sans hésiter.

Mélusine était une bâtisseuse. Elle a construit des villes, des châteaux et elle était heureuse avec Raymondin. Elle a fait de lui un roi, le roi d’une ville qu’elle a fait sortir de terre pour lui. Mais le frère de Raymondin, jaloux du pouvoir de Mélusine qui faisait roi qui elle voulait et dessinait les frontières de chaque territoire, insinua à son cadet qu’elle lui était infidèle. La graine du doute était planté dans son esprit. Un soir, il rejoignit la tour dans laquelle Mélusine s’enfermait tous les samedis. Il fit un trou dans la porte, pour l’espionner. Lorsqu’il vit ce qu’elle était, il la renia violemment. Folle de douleur, elle se jeta par la fenêtre. Elle se transforma en serpent. Mais elle continua de veiller sur ses enfants et à la mort de chacun d’eux, ses cris et hurlements déchirèrent la nuit. Lorsqu’elle mourut après des siècles, la malédiction fut transmise aux filles de ses fils, condamnées à se transformer tous les samedis, à avoir une queue à la place des pieds, des crochets à la place des dents… et ainsi de suite… jusqu’à moi.

Elle exécute un petit saut avant de s’asseoir en tailleur près de l’eau.

– On ne se transforme plus tous les soirs, comme le faisait Mélusine. Seulement le samedi. Elle a dû débloquer une partie de la malédiction de sa mère en rencontrant Raymondin… Si je te raconte tout ça, c’est parce que je sais que tu n’es pas mon grand amour qui m’enchaînera à la malédiction des Mélusines.

Elle fixe les reflets de la Seine alors que je la rejoins.

– Comment peux-tu en être certaine ?

– Tu ne me regardes pas comme on regarde l’amour.

– L’amour ne se regarde pas.

– Mais quand tu regardes la personne que tu aimes, il y a un éclat dans les yeux, un truc… Un truc particulier. Je l’ai vu dans ceux de mon père, dans ceux du mari de ma sœur et dans ceux de mon grand-père …

– L’amour n’est pas forcément inné Marinette…

– Mais pour qui te prends-tu Louis Weasley ? Le grand gourou de l’amour qui sait tout sur tout ?

– Non pas du tout. Je crois simplement qu’on a tous nos façons d’aimer. Que le coup de foudre, les évidences, ça existent bien sûr. Mais qu’on peut aussi apprendre à aimer, tomber lentement et sûrement amoureux de quelqu’un petit à petit, sans s’en rendre compte… L’éclat dans les yeux, il peut apparaître du jour aux lendemains, ou se créer petit à petit.

– Et puis si tu avais été mon grand amour, et que je t’avais révélé mon secret, je me serai déjà transformé en gros serpent.

– Tu as … essayé de te débarrasser de cette malédiction ?

Elle opine.

– Comme ma mère avant moi et sans succès. C’est de la très vieille magie, de celle qui survit à tout et imprègne tes veines.

– C’est pour ça que tu t’isoles de tout le monde ? Pour ne jamais rencontrer ton grand amour ?

– On ne peut pas faire confiance en quelqu’un à ce point Louis…

– Je crois que si.

– Tu crois beaucoup Louis, mais les Mélusines n’ont pas besoin de croyances. Elles ont besoin de certitudes.

Et moi, j’adore l’incertitude.

– Ma sœur jumelle… Elle a rencontré son grand amour alors qu’elle avait seulement six ans. Ils ont grandi ensemble. Ma sœur était euphorique après leur premier baiser. Elle avait quinze ans seulement et elle était … heureuse. Ils se sont installés ensemble après l’obtention de leurs diplômes. Je connaissais Éric par coeur et elle aussi. Ils se faisaient vraiment confiance et j’ai cru… J’ai cru que les Mélusines pouvaient être heureuses. Que ma mère n’était pas l’exception à la règle. Mais Éric commençait à s’inquiéter pour la santé de Palmyre. Il croyait qu’elle se rendait à l’hôpital magique pour un truc grave et il avait peur pour elle. Alors un samedi il l’a suivie et il l’a vue.

– Je suis désolé…

– Éric a été anéanti après ça. Il a cherché ma sœur partout … On ne l’a jamais retrouvée, marmonne Marinette. Elle me manque… Et des histoires comme ça, il y en a des tas dans ma famille. Toutes mes cousines, mon arrière-grand-mère…

– Je suis désolé, je répète.

– Donc je ne regarde jamais personne dans les yeux…

– Tu sais que tu ne peux pas continuer à vivre ainsi ? À ériger des murs entre toi et les autres ?

– Il faut bien que je me protège…

– Mais tu es triste.

– Je préfère être triste et humaine plutôt que triste et serpent.

Ça se tient.

– Tu devrais te laisser une chance, je pense.

– Je n’ai pas besoin de tes pensées, Louis Weasley.

– Pourtant, tu t’es confiée à moi. Pourquoi ?

– Parce que je t’aime bien, avoue-t-elle d’une toute petite voix. Et qu’après que tu aies raconté ton histoire, je savais que je pouvais te confier la mienne…

– Il y a sûrement un moyen de contourner cette malédiction en apprenant à ton grand amour que tu es une Mélusine…

– Sûrement… Mon père a finit par comprendre pour ma mère. Ils n’en ont jamais parlé et s’ils le faisaient, ma mère deviendrait aussitôt un serpent.

– Je connais quelqu’un… Un briseur de sort … il se spécialise en malédiction humaine de Magie Noire… Il acceptera de t’aider.

Scorpius Malefoy me doit bien ça… J’ai sauvé son bras.

– Tu ne comprends pas. Tout a déjà été tenté.

– Et un serment inviolable ? Si tu passes un Serment inviolable avec ton grand amour ? Un où cette personne promettrait de ne jamais te voir le samedi ?

Elle sourit en tournant son visage vers moi.

– Tu es quelqu’un de bien Louis Weasley. Je viens de t’annoncer que j’étais une Mélusine et tu ne me considères pas comme un monstre.Tu cherches à m’aider… Ce qui est très prétentieux de ta part ceci-dit.

– Tu n’es pas un monstre.

– Si, j’en suis un. En quelque sorte. Et si la plupart des gens pensent qu’il s’agit d’une insulte, ce n’est pas vraiment le cas… Je suis juste… pas comme tout le monde.

– Personne n’est comme tout le monde.

– Tu sais, je serai heureuse quand même … J’aime être une magizooliste. J’aime parcourir le monde et le fait que je sois maudite, me rend invulnérable aux malédictions des Sphinx, gargouilles et autres créatures magiques…

– Tu sais, certaines créatures magiques peuvent te faire porter deux malédictions, je la préviens prudemment. Les sorciers eux-mêmes peuvent te maudire. La théorie de la dualité des malédictions a beaucoup d’exceptions…

– Je sais. Mais bien souvent, les créatures qui peuvent me maudire une deuxième fois ont pitié de moi … Les créatures magiques ne se maudissent jamais entre elle, Louis Weasley.

– J’espère sincèrement que tu trouveras la paix.

– J’espère sincèrement que tu reviendras l’année prochaine.

 

***

– Et si tu l’écris ? proposé-je.

– Ma cousine Dina t’en sifflera quelques mots.

– Tu la vois encore ?

– Bien sûr. Elle est au zoo. C’est un boa. Assez rare je dois dire. Ma grand-mère était une simple couleuvre et d’après la description d’Éric, ma sœur est une vipère. Mais ça, je n’avais pas besoin de lui pour le savoir.

Je cligne des yeux pour déterminer si elle se fiche de moi ou si elle me dit bien la vérité. Le visage de Marinette reste très sérieux alors qu’elle examine une gargouille et la désengorge de toute l’eau qu’elle a en trop.

– Tu es sérieuse ?

– Pourquoi je blaguerais là-dessus ?

– On parle de ta cousine. Qui vit dans un zoo.

– C’est normal dans mon monde, soupire-t-elle. Mais elle y est bien. Elle est nourrie, soignée, chouchoutée… On va la voir de temps en temps.

– Vous… lui parlez ?

– Ma grand-mère avait appris le fourchelang. Elle pouvait le traduire, avant de se transformer. J’aime à penser qu’elles nous comprennent lorsqu’on va leur rendre visite.

– Et ta sœur ? Vous pourriez essayer un sort de localisation ?

– On a vraiment tout essayé, Louis.

Ses yeux se voilent tristement.

– Ça fait tellement mal, quand quelqu’un disparaît de nos vies comme ça, sans prévenir… Du jour au lendemain, brutalement, sans rien laissé derrière soit…

Je ferme douloureusement les yeux.

Un parfum de violette parvient jusqu’à moi. Des cheveux châtains. Des yeux bruns et des rires ensoleillés.

Je les chasse bien vite.

– Je comprends.

– J’aimerais au moins savoir si elle va bien…

– Je comprends, je répète.

– T’as aussi une sœur jumelle qui s’est transformée en serpent ? sourcille-t-elle.

– Pas que je sache non, je marmonne. Mais l’absence de quelqu’un… je sais ce que c’est.

– Tu préfères chanter faux ou danser comme un strangulot ? demande une gargouille à ma droite.

– Les strangulots ne dansent pas…

– Justement.

Marinette rit légèrement.

– Il y a forcément une solution à ta malédiction. Je refuse que tu te refermes sur toi-même et rejettes les autres. Les amis, c’est important et sans les miens, je n’aurai pas tenu plus d’une semaine. Ta famille…

– Ma famille est compliquée, Louis… Mon grand-père était un chasseur de williskyn, son métier était littéralement d’abattre les créatures magiques qui se transforment en monstre. Alors je te laisse imaginer un peu…

– Peut-être que tu es quelqu’un de solitaire… Mais tu n’aimes pas la façon dont tu vis actuellement. Ça se voit… Si tu t’ouvrais aux autres, ils verraient que t’es super marrante avec ton cynisme et tout. Les yeux fermés conduisent à des coeurs fermés, Marinette.

– Tu racontes n’importe quoi. Et je n’ai pas un coeur fermé.

– C’est en parlant avec les autres, qu’on l’ouvre pourtant.

– Tu me fais chier avec ta bienveillance à deux mornilles et tes leçons de morales. Je sais que voyager, parler aux autres, c’est s’ouvrir l’esprit. Mais je ne peux pas Louis.

Sa mine boudeuse m’arrache un sourire.

– J’ai peur, Louis.

– Tu auras toujours peur, je crois. Mais tu peux décider de vivre et d’avoir ou de traîner les jours qui te restent et avoir peur. Je t’assure que les gens, ceux qui t’aimeront, te soutiendront…

– Pourquoi tu t’acharnes autant à vouloir me sauver et m’aider ? Je n’ai pas besoin de ton aide Louis. S’il y avait eu une solution, cela ferait bien longtemps que je l’aurais trouvé !

– Je ne m’acharne pas ! Je veux juste…

– Ça te fait te sentir bien, de penser que tu pourrais me délivrer d’une malédiction vieille de plusieurs siècles ? Putain, Weasley… ce que t’es arrogant. T’es pas mon chevalier servant. Ce n’est pas ton rôle de jouer aux héros.

– Je ne suis pas arrogant. Enfin si. Mais pas parce que je veux te sauver. Je n’ai aucune idée de la façon dont je pourrais t’aider d’ailleurs. Je veux juste t’aider. C’est tout.

– Pourquoi ? Ça te fera te sentir mieux ?

– Non je…

– Tu veux juste m’aider ?

– Oui.

– On ne se connaît même pas.

– Et alors ?

– Nous ne sommes pas amis, grogne-t-elle. Mais si on l’était, je te dirai de t’aider toi-même avant de vouloir aider les autres. Je gère très bien la situation de mon côté. Cependant, toi… Toi, Louis Weasley, tu fais semblant d’aller bien alors qu’il t’est arrivé un truc moche, très moche et tu refuses de l’affronter.

– Non c’est faux…

– T’en as reparlé ? Vraiment reparlé ? Tu prends des potions de sommeil pour dormir ? Ça fait combien de temps que tu n’es pas rentré chez toi ? Ça fait combien de temps que tu n’as pas invité de femmes à boire un verre ?

Je me fige et reste droit sur mon balai pour ne pas perdre l’équilibre. Les yeux gris de Marinette sont fiers et orgueilleux. Elle vient de tirer dans le mile et en a parfaitement conscience.

– J’ai besoin de temps.

– Sûrement, affirme-t-elle.

– Je vais surmonter ça comme j’ai surmonté bien d’autres choses. Ce n’est pas parce que je veux t’aider que je refuse de prendre soin de moi.

Ses traits s’adoucissent.

– Je t’assure que je suis très touchée par ta sollicitude Louis.

– Vous préférerez être aveugles ou être sourds ? nous interroge une gargouille.

– Aveugle, répond Marinette.

– Sourd, je fais en même temps.

Un hurlement nous fait sursauter. Marinette, en alerte, attache ses cheveux noirs avec précipitation et pivote sur elle-même pour faire pencher son balai et se diriger à l’origine du cri.

Claire, une petite blonde de notre groupe, est poursuivie par une gargouille qui a déployé ses ailes de pierre. Elle est rapide et manifestement très en colère. L’instructeur, resté au sol, s’époumone. Lorsqu’une gargouille est furax comme ça, il n’y a pas grand-chose à faire. Les sorts de paralysie ne fonctionnent pas sur ces créatures.

Mais Marinette a foncé dans le tas et j’ai à peine eu le temps de la suivre qu’elle est déjà à côté de Claire. La vitesse créée une bourrasque de vent sur mon visage, que j’apprécie énormément par cette chaleur.

– Il faut distraire la gargouille, me lance Marinette.

– Je m’en occupe !

Je la laisse seule avec Claire et sort ma baguette. J’arrête mon balai et attend que la gargouille soit à ma hauteur.

– S’il te plait, discutons, je lui propose.

La gargouille m’ignore et continue sa course.

– Je suis désolé que tu te sentes si en colère.

– Elle a oublié de me souhaiter une bonne journée !

J’avais oublié comme les gargouilles étaient susceptibles…

– C’est vrai que c’est très impoli. Claire n’est pas méchante, mais elle a déjà pris beaucoup de retard dans son travail et n’a malheureusement pas eu le temps de te souhaiter une bonne journée. Je suis certain qu’elle s’en veut beaucoup.

– Elle sera maudite à chanter un air d’opéra tous les jeudis matin.

– C’est euuh… Une très charmante malédiction ! Mais Claire tient vraiment à te présenter ses excuses, j’en suis certain.

La gargouille ralentit un peu et je range ma baguette. J’aperçois Claire et Marinette, cachées derrière la flèche. La créature suit mon regard et les trouve. Elle s’élance de nouveau vers Claire qui gémit. Une griffe mécontente pointée vers elle, la gargouille ouvre sa grande bouche de pierre pour prononcer sa malédiction. Marinette s’interpose entre elle deux et rejette le sort. Je fais sortir de ma baguette des lianes pour sceller les ailes de la créature, qui les esquive habilement. Elle contre-attaque avec un grand tir d’aile qui me déstabilise et s’abat sur mon balai qui se met à faire des vrilles dans les airs. Je sens la part de pizza froide que j’ai avalé à la va-vite faire des saltos à l’intérieur de moi et remonter le long de ma gorge. Elle continue de battre des ailes et mon balai continue de tourner. Je reste fermement accroché au manche La gargouille en priant pour qu’elle se fatigue rapidement. Après quelques tours à pleine vitesse et l’estomac barbouillé, je relance mon sort, cette fois, avec réussite. La gargouille se met soudainement à chuter lourdement.  Je plonge en piquet pour la rattraper avant qu’elle ne s’écrase sur le sol.

– JE PRENDS MA RETRAITE DEMAIN ! hurle l’instructeur en aspergeant la gargouille d’un puissant somnifère.

Claire et Marinette atterrissent en douceur. La blonde se précipite vers moi pour regarder la gargouille :

– Elle n’a rien ? Ses ailes ne sont pas cassées ? Et ses griffes ? Par Merlin, j’espère qu’elle n’a rien !

– Elle va très bien, je la rassure en souriant. Elle dort. J’irai la replacer tout à l’heure, ne t’inquiète pas.

– J’étais débordée et je n’ai pas fait attention, je suis si désolée…

– Et toi Weasley ? Rien de casser ?

– Non, tout va bien.

– On dirait que tu vas gerber, commente Marinette. T’es tout vert.

– C’est fort possible.

J’ai à peine le temps de me relever et de m’éloigner du groupe que je rends mon déjeuner, la gorge serrée et le ventre douloureux. La vrille de tout à l’heure m’a définitivement retourné. Un main tapote mon dos gentiment.

– T’es ridicule Weasley…

– Je te remercie Marinette !

 

***

– À MARINETTE QUI M’A SAUVÉE D’UN TRISTE SORT !

Les magizoologistes reprennent tous en choeur et les joues de Marinette rougissent immédiatement. Deux hommes de nos âges ont passé leurs bras autour de ses épaules et la soulève dans les airs. Marinette éclate de rire et se laisse faire.

Je bois tranquillement mon verre, alors qu’elle vient me rejoindre, presque timidement.

– Je viens d’apprendre que Claire vient de la même région que moi.

– Tu viens de Bretagne ?

– Tu savais qu’elle venait de Bretagne ? s’exclame Marinette.

– Elle a scandé l’hymne breton le soir même de notre arrivée, je m’amuse.

– Ah…, fait-elle l’air dépité. Elle est sympa. Elle a écrasé les pieds de Malcom lorsqu’il a commencé à la tripoter. Elle a du répondant.

– Vous ferez de bonnes copines c’est certain…

– Doucement, Weasley.

– Je suis content pour toi Marinette.

– Alors souris un peu.

Je n’y arrive pas.

– Je pense vraiment qu’on peut trouver un moyen de lever cette malédiction…

– Louis…, soupire-t-elle. Il faut que tu arrêtes de vouloir chercher des solutions là où il n’y en a pas. Je ne suis pas fataliste ou pessimiste. Je suis réaliste. Je trouve ça mignon que tu aies de l’espoir … Il faut des gens comme toi. Je le sais bien. Mais cette malédiction est mon fardeau. Pas le tien. Tu ne peux pas régler les problèmes de tout le monde Weasley… Et ne le fais pas tiens. Tu peux me soutenir autant que tu veux et peux. Mais c’est tout. Et j’en ferai de même avec toi.

Mes épaules s’affaissent et Claire revient vite vers Marinette. Elles parlent vite, si vite, que j’ai du mal à les suivre. Leurs éclats de rire réchauffent le bar parisien. Claire a réussi ce que personne n’a été capable de faire avec Marinette : la faire s’ouvrir en si peu de temps. Solaire et pétillante, la blonde entraîne Marinette, plus sombre et mollassonne, sur la piste de danse et à deux, elles s’amusent et chantent. Quand elles sont fatiguées, elles partent s’asseoir et commence une partie de cartes et les distribue sur la table à laquelle elle est installée. Les cartes mangent leurs doigts, mécontentes chaque fois qu’elles perdent.

Peut-être que Marinette a besoin de temps elle aussi, pour faire confiance aux autres. Peut-être qu’elle a raison de se protéger … Mais la voir comme ça, si heureuse, me fait sourire.

Sa malédiction ne sera peut-être jamais levée. Elle l’a accepté et pourtant, je continue d’espérer que quelqu’un, ou quelque chose pourra la délivrer de ce mauvais sort.

– J’aimerais bien garder contact avec toi, Louis, glisse-t-elle à mon oreille par-dessus la musique.

– Même si je suis un chieur ?

Elle grogne en buvant dans mon verre.

– Tu reviendras l’année prochaine ?

– Tu me donneras la date ?

Elle hoche la tête en souriant et me donne un coup de coude.

Ninon, une jeune diplômée, bat des cils dans ma direction. Je soupire lourdement lorsqu’elle s’approche de moi.

– Tu… Tu voudrais bien boire un verre avec moi ?

Je m’accroche au bar. Un malaise profond s’empare de moi et j’ai soudainement le vertige. La main de Marinette frôle la mienne.

Ninon triture ses doigts en attendant une réponse.

Je chasse l’odeur de la violette qui me prend au nez. Les cheveux bruns et les rires ensoleillés devenus nuageux.

Je chasse l’image de cette vampire rousse.

Je tremble, mais je lui souris timidement :

– Oui, avec plaisir.

Marinette s’éloigne en levant les yeux au ciel, un sourire en coin.

Peut-être qu’on a vraiment besoin de temps.

Peut-être que tous les problèmes se résolvent plus ou moins de cette manière et qu’ils ont tous une date de péremption.

Tout simplement…

End Notes:

Petite nouvelle sur les Mélusines ♥

Pour ceux qui ne lisent pas Mistinguette, les violettes, les cheveux brunsk, les rires ensoleilés, c'est Allénore !

Louis se détache peu à peu de son passé et apprend à vivre avec ce qu'il s'est passé à New-York.

Marinette reviendra sûrement plus tard...

Il me reste quelques nouvelles de Bourlingueur à publier (3 si je compte bien) !

Dans la prochaine, Louis ira chocuhouter quelques botrucs en compagnie de Rose ♥

Les botrucs de Sherwood by CacheCoeur

 

Juillet 2028

 

La forêt de Sherwood est l’une des plus belles au monde. Les nombreux hectars qu’elle couvre n’abritent que le chant des oiseaux et un calme maître en ces lieux. Le parc ouvert au public leur permet de découvrir les chênes, les bouleaux et bien d’autres arbres. Les sorciers britanniques tiennent beaucoup à cette forêt. Non seulement parce qu’elle est intimement liée à Robin des bois, un puissant mage à l’origine de nombreuses légendes moldues, mais aussi parce qu’en son sein, reposent de nombreux botrucs. Depuis l’invention des baguettes magiques, la plupart des arbres de ces forêts sont utilisés pour en fabriquer.

Le Major Oak se dresse devant moi. C’est l’un des plus bel arbre au monde, puissant, fort et majestueux. Ses branches s’étirent tout autour du tronc, cherchant la lumière du soleil. Elles forment un nid qui le protège. On raconte que le Major Oak serait en fait le résultat de plusieurs arbres qui auraient fusionnés ensemble. Plusieurs archéomage l’ont étudié et des traces d’un sort très ancien a été retrouvé sur l’arbre, signalant bien que de la magie a été pratiqué sur ce dernier. D’après la légende, cet arbre était la cachette de Robin des bois, qui se servait même des botrucs qui l’habitaient pour forcer les serrures de tous les châteaux afin de les piller et voler leurs richesses.

– Il serait âgé de plus 1000 ans tu sais, glisse une petite voix derrière moi.

– Et c’était l’arbre dans lequel on rêvait de construire une cabane quand nous étions petits, je souris avec nostalgie en me tournant vers Rose.

Elle a attaché ses longs cheveux roux en un chignon négligé dont s’échappe quelques mèches qui bouclent sur sa nuque et encadrent son visage. Elle fourre ses mains dans les poches de son long manteau noir, bien trop grand pour elle. Il est probablement à Scorpius. Ma théorie se confirme quand je remarque l’écusson des Poufsouffle brodé dessus. Elle enfouit son menton dans le col et ferme les yeux un instant.

– Je suis contente de te voir, Louis.

– Moi aussi Rose, je déglutis faiblement.

– C’était quand la dernière fois ?

– L’anniversaire de Jane, j’indique en bégayant.

– Ah oui. Mais là aussi, tu as passé toute la journée à m’éviter.

Son ton n’est pas accusateur, parce que Rose ne se montrerait jamais agressive pour si peu. Elle est contrariée, triste, mais elle ne m’en veut pas. Quand Rose en veut à quelqu’un, il est impossible de l’éviter de toute manière : elle nous poursuit jusque dans nos cauchemars et est terrifiante.

– Je suis vraiment content de te voir, Rosie, j’affirme en lui souriant doucement.

– Ce n’est pas facile pour moi non plus Louis. Elle me manque beaucoup.

Rose. Franche et honnête. Elle ne passe jamais par quatre chemins.

Allénore.

As-tu seulement conscience, de là où tu te trouves, de tout le mal dont tu es responsable ?

– Je suis désolé, Rose.

Je le suis vraiment.

– J’avais besoin de voyager et … de prendre l’air.

– J’espère que tu es satisfait ! J’ai entendu ton père dire que tu étais en Alabama la semaine dernière.

– Je suis rentré hier, je lui apprends. Gévaudan a eu une nouvelle portée de bébé niffleurs et j’ai dû m’en occuper.

– C’est mignon que tu t’occupes toujours de ce niffleur après toutes ces années… C’est bien celui que tu as libéré de sa cage lorsque nous étions à Poudlard ?

Je hoche la tête en souriant.

– Je crois que James n’est pas du même avis que toi. Notre appartement est envahi de bébés capricieux et il est stressé à cause de sa formation d’Auror.

– Albus m’en a parlé, opine Rose. Il s’inquiète pour James, mais je crois que tout ira bien pour lui. Et pour toi également. Ça me fait plaisir, que vous …

– On va bien Rose.

Elle sort une main de sa poche pour la poser sur la mienne.

– Tu restes combien de temps ? On pourrait… boire un verre et discuter !

– Je repars dans deux jours, Rose, marmonné-je. Il y a des Wagyl en Australie qui sèment la pagaille à Melbourn.

– Oh.

Son air déçu me fait un léger pincement au coeur.

– Comment va… ton abruti de copain ?

Ses yeux pétillent de malice et elle pince ses lèvres pour dissimuler un petit rire :

– Scorpius va bien. Il est reparti en mission avec ton père, en Egypte. Il va valider sa spécialité en malédiction. Les places sont peu nombreuses et il doit se battre avec Emmalee Zabini pour l’obtenir…

– Sa cousine ?

– Ils ne s’entendent toujours pas ces deux-là…, grimace-t-elle. Et on dirait que ton père en a marre d’avoir à se mettre entre eux-deux.

– Oh il a l’habitude. Il a survécu à deux filles qui se chamaillaient sans cesse.

– Tu me manques Louis. Tu manques à tout le monde.

Il est rare que Rose exprime si ouvertement ses sentiments. Elle est assez réservée de nature et ne parle souvent qu’à Albus et Scorpius. Je sais qu’elle est aussi amie avec Nilam, surtout depuis qu’Allénore a disparu…

Rose et moi, nous nous sommes toujours bien entendus. Je l’aime bien. Au-delà d’une simple cousine, c’est aussi mon amie. Une amie qui a veillé sur moi, qui m’a fait prendre un appartement avec James, qui a fait nos courses quand nous en étions incapables, James en pleine dépression et moi en pleine crise existentielle. Rose est la force tranquille des Weasley. C’est vers elle qu’on se tourne, quand tout va mal.

Mais elle reste fragile et je n’ai pas fait assez attention à elle ces derniers temps.

– Tu me manques aussi Rose.

– Je sais que tu profites de ton temps libre pour être avec Molly et que … qu’elle est ta meilleure-amie. Mais Albus, moi, Hugo, Lily… On s’inquiète tous pour toi.

– Je vais bien Rose, je t’assure.

– J’ai lu ta dernière lettre sur tes aventures à Notre-Dame ! Ça devait être fantastique !

– T’as pas idée à quel point !

Nous nous sourions et rejoignons le groupe de sorciers qui s’est regroupé autour des arbres. Rose inspecte curieusement les lieux et pose sa main sur un arbre.

– L’incident d’hier est vraiment regrettable, soupire-t-elle.

– Une sorcière a perdu ses deux yeux, Rose. Elle a été attaquée par un botruc. Ce n’est pas seulement regrettable…

– Je sais. La corporative internationale des fabricants de baguette s’est réunie à ce propos.

– Alors c’est pour ça que tu es ici, je commence prudemment.

Elle pâlit un instant, presque coupable.

– L’équipe dont faisait partie cette sorcière était chargée de couper les arbres pour nous en transmettre les meilleurs morceaux. Le chêne est très à la mode et fait de très bonne baguette, très malléable et puissante pour les sortilèges de guérison… On manque de matière première.

– Rose… Des créatures magiques vivent dans ces arbres ! je m’emporte légèrement. On les détruit juste pour…

– Faire ce que tu tiens en ce moment-même dans ta main, m’interrompt Rose en fronçant les sourcils. Pour chaque arbre abattu nous en replantons deux autres avec de la poudre d’os.

– Les botrucs sont attachés à leur habitat. Les arbres, leurs arbres… ne sont pas substituables. Ce n’est pas comme s’ils déménageaient !

Rose pâlit légèrement. Je sais qu’elle ne pense pas à mal et pourtant, son ignorance en la matière m’insupporte.

– Alors qu’est -ce qu’on devrait faire ? Ne plus se servir de baguettes magiques ? Les botrucs perçoivent les meilleurs bois, ceux dont nous avons besoin pour les fabriquer !

Je bégaie quelques mots, sans trop chercher quoi dire.

– On a besoin de ces arbres, Louis.

– Les sorciers n’ont pas besoin d’avoir deux baguettes. Ou de réclamer tel bois parce qu’il est à la mode ! On ne devrait pas produire plus que de raison, plus que nos besoins réels.

– Je suis bien d’accord avec toi, Lou’, je t’assure, soupire-t-elle. Mais il est compliqué de dire « non » à des clients comme les Carrow ou les Scrimgeour. D’autant plus qu’Ollivander n’a ni ta sensibilité ni la mienne. Produire des baguettes de grande qualité sera toujours plus important pour lui que de préserver l’environnement et son équilibre.

– Et pour toi ?

– Il y a un équilibre à trouver, comme je viens de le dire. Produire des baguettes de grande qualité ne signifie pas pour autant que nous devons détruire des écosystèmes. Quand j’aurais enfin ma licence et le droit d’ouvrir ma boutique… Je … Mon art ne sera jamais comparable à celui d’Ollivander, je le sais bien… Mais…

Je pose une main sur son épaule, pour la rassurer. Elle me sourit timidement.

– Ce n’est pas forcément une mauvaise chose.

– Il refuse certains composants pour ses baguettes, tu sais…

– Les cheveux de vélane…, indiqué-je. Dominique n’a jamais pu trouver de baguette dans sa boutique, c’était une catastrophe à chaque fois… On a dû lui en trouver une en France, parce que celle qui lui correspondait avait un cheveu de vélane à l’intérieur.

– Pareil pour certains bois, qui sont plus difficiles et capricieux à manipuler sans compter sur … les expériences que je voudrais mener, pour améliorer les baguettes ou leur offrir plusieurs autres … talents, sourit Rose.

– Tu m’intrigues…

– Je ne te dirai rien, marmonne-t-elle en rougissant. Quoiqu’il en soit Louis, pour aujourd’hui, nous avons besoin des magizoologistes pour canaliser les botrucs qui vivent dans ses arbres.

Je soupire lourdement. Parfois, je déteste mon métier autant que je l’aime.

Je m’éloigne de Rose pour commencer le travail. Les botrucs seront conduits dans une réserve européenne en attendant d’être réintroduits dans la forêt de Sherwood. Je déambule entre les arbres en restant attentif aux signes indiquant la présence de botrucs. Sur l’un des arbres, je remarque un trou dans l’écorce à peine plus gros que mon poing. Sur l’une des branches basses, qui descend vers le sol, un botruc se balade tranquillement avant de sauter jusqu’au tronc.

Le botruc en face de moi reste perché à l’écorce de l’arbre qu’il protège. C’est une jeune adulte, qui a à peine atteint sa taille définitive d’une vingtaine de centimètres. Ses bras de brindilles couvertes de mousses, tirent sur le vert. Ses doigts longs et pointus dressés devant elle, la créature magique m’examine attentivement, cherchant probablement à déterminer si je suis un ennemi ou non. Il retourne se cacher après quelques instants et se niche dans le tronc de l’arbre en empruntant un trou. La petite feuille sur sa tête, se plie et se coince dans l’écorce. Délicatement, je l’aide à se tirer de là en tirant doucement sur la feuille. La créature se retourne et repasse sa tête dans le trou pour me regarder. Elle enroule ses deux bras autour de mon pouce que je relève jusqu’à mon visage. Le botruc me sourit et grimpe sur mes épaules.

Il a compris que j’étais de son côté.

Je pioche dans la sacoche accroché à ma ceinture et en sort une grosse poignée de cloportes que je lui offre en ouvrant le poing. La créature, plus qu’heureuse, se délecte de son repas avec joie.

– Je suis vraiment désolé petit gars…

Il relève la tête de son repas et me regarde avec une certaine tristesse.

– Cet endroit est chez toi, et on n’a pas le droit de le détruire comme ça… C’est cruel. Attends, j’ai peut-être des ouefs de doxy pour toi !

À peine ai-je sorti les doigts de la seconde bourse accrochée à ma ceinture, que le botruc dévale le long de mon bras pour atterir sur mon autre main. Je ris gaiement, alors qu’un autre botruc, plus jeune que celui-ci, sort sa tête du tronc de l’arbre et se met à cavaler le long de mon corps pour piocher dans ma main droite, qui contient toujours une petite montagne de cloportes.

Bientôt, je me retrouve avec une dizaine de botrucs sur les bras, qui passent de ma main gauche à ma main droite pour manger. L’un d’eux grimpe sur mes épaules et se niche dans ma tête. Il prend appuie à l’aide de ses doigts, qui me griffent le cuir chevelu.

– Attention !

Le botruc revient près de mon oreille et se frotte contre elle, comme pour s’excuser. Je lève un bras, et tous les botrucs perchés dessus, déstabilisés, se rattrapent à mes vêtement en s’y pendant. Ils semblent s’en amuser et se balance d’avant en arrière.

Je déplace les botrucs de leurs arbres alors que les sorciers les abattent. Immédiatement, ils en font repousser d’autres. Mais lorsque je repose les botrucs su ceux-ci, ils me regardent, désarçonnés et en colère.

– Je sais bien que ce n’est pas vraiment vôtre arbre… , je leur marmonne. J’en suis désolé.

Ils me regardent comme on regarde un traître et toute la journée est insoutenable. Quand le soleil se couche, les sorciers ont empilé plusieurs troncs d’arbres devant des représentants de la corporation des fabricants de baguettes magiques. Rose reste assise dans l’herbe en les regardant faire. Je fais léviter deux verres d’eau jusqu’à nous et m’assois à ses côtés.

– On peut le boire maintenant ce verre…

– Tu sembles aussi fâché que fatigué.

– Les botrucs sont les gardiens des arbres Rose. On vient de détruire leurs sanctuaires. Pour notre bon plaisir. Parce que « les baguettes en chêne » sont à la mode. Alors oui, je suis fâché et fatigué.

– Pourquoi as-tu accepté cette mission, alors ?

Je lui souris gentiment.

– Parce que lorsque j’ai vu que la corporation des fabricants de baguettes serait sur place, je savais que tu y serais également.

– Louis… Tu n’as pas besoin de faire quelque chose qui te rend malheureux juste pour me parler.

– La dernière fois que je suis passée chez toi, Scorpius m’a tendu un carton rempli des affaires que j’avais laissé … Alors…

– Il n’aurait jamais dû faire ça. On s’est disputé après ça… Tu nous manques, Lou’. Vraiment.

– Je préfère te voir hors de cet appartement en fait. Ça me ramène à trop de mauvais souvenirs.

– Il y en a eu des bons Louis. Ne les oublie pas, je t’en prie, soupire-t-elle en posant sa tête sur mon épaule.

J’y dépose un baiser avant de boire une gorgée d’eau.

– Je viendrai voir les botrucs dans une semaine, pour voir comment ils se portent et s’acclimatent à leurs nouvelles habitations.

– Je viendrai avec toi, promet Rose. Et je vais discuter de ces effets de mode avec le comité de la corporation. Je ne pense pas que cela donnera grand-chose, mais au moins, je leur exprimerai mon désaccord et peut-être que quelques consciences s’éveilleront.

– Tu feras mieux qu’eux Rose.

– C’est très prétentieux de ta part de le penser.

– T’as une sensibilité qu’eux n’ont pas.

– Peut-être. Mais pour fabriquer des baguettes Louis, il me faudra toujours déloger un botruc de son arbre et ça…

Je pose une main sur l’une des siennes.

– Je sais…

– Tu crois qu’ils vont vite se remettre ?

Je désigne les botrucs d’un coup de tête. Ils sont aux pieds de leurs arbres et les regardent avec un certain scepticisme.

– Ils n’y monteront pas avant plusieurs jours. Il va falloir les protéger des animaux sauvages quelque temps. Ça prendra un peu de temps, mais ils finiront pas tisser un lien avec ces arbres.

– On les exproprie de force.

– Oui. Mais les botrucs sont des créatures très fortes.

– Voilà que c’est toi qui me rassure maintenant…

Je lui souris presque tendrement.

– Tu feras vraiment mieux que tout ces gens, Rose…

– Toi aussi, Louis…

Je sais.

Elle trinque avec moi. Quand la nuit tombe, nous restons assis dans l’herbe, entourés des botrucs qui finissent par nous grimper dessus, en quête de chaleur. J’entends le rire de Rose lorsque l’un d’eux s’amuse à entortiller ses cheveux roux contre les branches de ses griffes.

– On fera mieux, assure-t-elle en faisant monter sur sa main un botruc.

Je sais que l’équilibre sera dur à trouver. Que les sorciers auront toujours besoin de baguettes, que les botrucs auront toujours besoin de leurs arbres… Mais on peut faire ça mieux, réguler nos productions, abattre ces arbres de façon plus respectueuses et moins brutales pour les botrucs.

– Il peut en être autrement. On est brillant ! j’affirme.

Nous restons un bon moment, dans la forêt, à observer les étoiles et à rattraper le temps perdu, à rêver de Sherwood et de ces aventures d’enfants que nous n’avons pas eu le temps de réaliser. Alors qu’une autre équipe de nuit vient s’assurer de la sécurité des botrucs, nous nous promettons de recommencer demain soir, et de rêver à de nouvelles péripéties, tous les deux.

 

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