Save me in your playlist by ECM
Summary:

 

Ils ne se connaissaient même pas et elle ne savait pas quelle audace cachée en elle depuis toujours elle avait trouvée pour s'adresser à un garçon comme lui. A un garçon tout court. A un autre être vivant. Un autre être vivant qui n'était pas un animal.


Categories: Univers Alternatifs Characters: James Potter, Les Maraudeurs, Lily Evans, Marlene McKinnon
Genres: Amitié, Romance/Amour
Langue: Français
Warnings: Lime
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 26 Completed: Oui Word count: 127867 Read: 10580 Published: 20/05/2021 Updated: 30/09/2021
Story Notes:

Hellooow

Il faut que je vous dise quelque chose. Si vous n'avez jamais essayé de lire d'Univers Alternatifs, laissez moi vous dire que je n'en ai jamais écrit à proprement parlé (j'ai écrit des trucs qui sortaient du canon, mais jamais à ce point là), et que j'aimerais qu'on tente ça ensemble :) Alors prenez votre plaid, et suivez moi s'il vous plaît :)

1. Hello by ECM

2. With a little help from my friends by ECM

3. Darkside by ECM

4. Hard day's night by ECM

5. Don't take him even though you can by ECM

6. Sometimes you need a friend by ECM

7. Where is my mind ? by ECM

8. And the thing that freaks me out by ECM

9. These things I'll never say by ECM

10. The distance from A to where you'd B by ECM

11. The wind is pushing me around by ECM

12. We're on each other's team by ECM

13. Life indeed can be fun if you really want to by ECM

14. Youth's like diamonds in the sun, and diamonds are forever by ECM

15. When I'm all alone the dreaming stops by ECM

16. Last Friday Night by ECM

17. Nobody to rock with but you by ECM

18. Cover your eyes by ECM

19. Hit me baby one more time by ECM

20. Keeping up appearances by ECM

21. Don't shoot me santa by ECM

22. And how do I know if you're feeling the same as me ? by ECM

23. There's no more night, blue skies forever by ECM

24. Something in me is stubborn by ECM

25. I feel a little rush by ECM

26. If you love me won't you let me know ? by ECM

Hello by ECM
Author's Notes:

Bon, ça fait plusieurs mois que j'ai commencé à travailler sur cette fic, et j'avoue que je flippe x1000 à l'idée de la poster mais IT'S TIME alors je vous souhaite une bonne lecture et j'espère que vous l'aimerez :$

 

 

Il était vingt heures dix lorsque Lily Evans poussa la porte de l'amphithéâtre dans lequel elle avait passé beaucoup trop de temps à son goût ce jour là. Elle demeura un moment debout devant l'immense salle de classe à essayer vainement de démêler ses écouteurs, impatiente de se couper du monde extérieur dans l'unique but de retrouver son monde intérieur. Les couloirs de la faculté dans laquelle elle étudiait étaient presque vides d'élèves, à l'exception de ceux de sa classe qu'elle ne connaissait que trop peu compte tenu du fait qu'elle avait débuté son cursus d'étude littéraire presque trois mois auparavant.

 

Mary lui avait bien dit qu'il fallait qu'elle essaie de se mélanger, mais elle n'y pouvait rien, elle n'y arrivait pas. Elle parlait vaguement à une fille de temps en temps, une certaine Dorcas Meadowes, mais elle paniquait dès qu'elle devait lui adresser la parole parce qu'il lui semblait qu'elles n'avaient pas grand chose en commun.

 

Elle avait passé toute son enfance avec Mary et Marlène et n'avait jamais éprouvé le besoin de se faire d'autres amis, mais maintenant qu'elle était seule dans un environnement qui ne lui était toujours pas familier, elle comprenait l'importance d'avoir du soutien.

 

Le problème était surtout qu'elle n'avait plus aucune idée de la façon dont une amitié débutait et qu'elle redoutait plus que tout d'avoir l'air de forcer les choses. Elle avait pensé à évoquer la musique parce qu'il lui semblait que cela rassemblait le monde, mais elle avait eu peur que Dorcas trouve ses goûts stupides et elle avait renoncé.

 

Elle s'était dit qu'elle pourrait lui montrer des photos de son chat sur son téléphone, mais elle n'avait aucune envie d'être cataloguée comme « la fille aux chats », ce qui était fortement stupide, parce que si Dorcas n'était pas prête à aimer une fille aux chats, elle n'avait elle-même aucune envie d'aimer Dorcas.

 

Elle aurait pu lui parler littérature car si elles se retrouvaient toutes les deux assises sur ces bancs miteux tous les jours, c'était bien parce qu'elles aimaient lire, mais elle n'avait aucunement l'intention d'être cette fille barbante qui ne parle que de travail. D'autant plus que Meadowes avait, la plupart du temps, l'air de s'ennuyer ferme au fond de l'amphithéâtre. Elle soupira en se demandant comment deux stupides fils d'écouteurs pouvaient s'emmêler autant, et elle commença à marcher en direction du hall.

 

Lily avait rapidement appris que Dorcas était son opposé absolu. Elle s'était très vite entendue avec la plupart des gens de leur promotion. Elle allait à toutes les fêtes, les autres élèves l'appelaient par des surnoms tous plus cool les uns que les autres, et elle était toujours au courant de ce qu'il se passait dans la faculté. Aucun événement ne lui échappait. En bref, Dorcas était populaire.

 

 

« Hé ! Lily ! Attends ! »

 

 

La voix de la jeune femme la stoppa net à quelques mètres de la salle dont elle venait de sortir. Elle se retourna pour voir Dorcas trottiner vers elle et lui tendre une petite boîte de chocolats. Elle leva curieusement les yeux vers elle tout en la saisissant, un peu perplexe.

 

 

« C'est pour te remercier de m'avoir prêté tes cours l'autre jour. J'étais vraiment malade comme un chien, et tu es celle qui prend les meilleures notes. Tu m'as sauvé la vie, lui dit-elle en souriant.

- Oh, non Dorcas, il ne fallait pas, c'est...

- Relax Evans, c'est juste quelques chocolats, la coupa t-elle en lui lançant un sourire amical. Je dois y aller, je révise avec Bertram ce soir. »

 

 

Elle lui adressa un clin d'oeil et disparut aussi vite qu'elle était arrivée. Cette fille était une tornade. Lily laissa échapper un bref rire semblable à un soupir et jeta un coup d'oeil à la boîte de chocolats. Des pralinés. Ses préférés. Il fallait absolument qu'elle entretienne cette relation.

 

 

« Hum... Excuse moi ? »

 

 

Elle sursauta légèrement et leva la tête vers un grand jeune homme aux cheveux noirs qui réajusta la lanière de son sac sur son épaule avant de reprendre la parole.

 

 

« Est-ce que le cours est terminé ? Celui du professeur McGonagall ? »

 

 

Ses yeux verts étaient bloqués sur les longs doigts crispés sur la bretelle du sac à dos noir et quand ils remontèrent jusqu'à trouver les siens, elle déglutit. Il avait le plus joli visage qu'elle ait croisé dans les couloirs de cette faculté depuis qu'elle y avait débarqué quelques mois auparavant.

 

 

« J'en sors tout juste, répondit-elle d'une voix faible.

- Parfait, dit-il avec contrariété avant d'enfouir sa main dans la touffe de cheveux la plus dense qu'elle ait jamais vue. Merci, ajouta t-il sur un ton plus courtois lorsqu'elle haussa les sourcils. »

 

 

Elle lui sourit pour toute réponse et entreprit de fourrer la boîte de chocolats dans son sac, se penchant quand le jeune homme se retourna. Il fit quelques pas jusqu'à un banc où il laissa tomber le sien en soupirant avant d'en sortir son téléphone portable qu'il porta à son oreille.

 

 

« Rémus ? Tu es sûr qu'il n'y a aucun autre cours de littérature qui rentre dans mon emploi du temps ? Celui là s'est terminé pile quand je suis arrivé. »

 

 

Elle poussa tous ses cahiers d'un côté de son sac avant d'enfoncer la boîte de chocolats à l'intérieur et de le refermer rapidement. Elle commençait à marcher vers l'entrée de la faculté lorsqu'elle entendit de nouveau la voix du jeune homme.

 

 

« Non, il est hors de question que j'y aille le matin. Ni en début d'après-midi, ils ont besoin de moi à ces moments là. Et avant que tu ne dises quoi que ce soit, non, je ne vais rien échanger. Tu sais que si je ne peux pas passer les partiels, je suis mort. Ils me vireront de l'équipe et je ne pourrai pas faire les sélections nationales l'année prochaine... »

 

 

Il y avait quelque chose de désespéré dans sa voix et elle savait qu'elle n'aurait pas dû écouter, mais elle le fit quand même et quand elle l'entendit lancer un « Génial » ironique suivit d'un « Donc je suis foutu », elle lâcha la barre de tirage de la porte et se retourna juste à temps pour le voir raccrocher, et balancer négligemment son portable qui atterrit droit dans la minuscule ouverture de son sac sans qu'il n'ait eu l'air de viser. Elle l'entendit pousser un juron et, alors qu'il semblait sur le point de s'arracher les cheveux, elle ne sut ce qui lui passa par la tête, mais elle rebroussa chemin pour se poster devant lui.

 

 

« Est-ce que je peux t'aider ? »

 

 

De la même manière qu'elle l'avait fait plus tôt, il leva les yeux sur elle, un peu surpris de la trouver encore là, et puis il secoua lentement la tête tout en lâchant un long soupir.

 

 

« Non, je ne pense pas, répondit-il froidement, et elle dut avoir l'air un peu offensée parce qu'il reprit la parole aussitôt. C'est gentil, vraiment, mais à moins que tu ne sois capable de faire magiquement apparaître un cours de littérature entre vingt heures trente et vingt deux heures, ça risque d'être compliqué. »

 

 

Elle aurait dû partir. C'était ce qu'elle aurait ordinairement fait, mais elle ne comprenait de toutes façons même pas quelle mouche l'avait piquée pour qu'elle l'approche en premier lieu, alors elle pataugeait à présent dans l'inconnu. Elle le dévisagea sans vraiment savoir pourquoi ses pieds semblaient collés au vieux parquet du couloir, et lorsqu'elle remarqua le petit logo sur le coin gauche de son sweat rouge, elle reprit la parole.

 

 

« Tu fais partie de l'équipe de basket de la fac ? »

 

 

Elle avait elle-même joué au basket pendant longtemps et avait arrêté quelques mois auparavant pour se consacrer à ses études. Il y avait des moments où l'odeur familière du terrain de basket et la sensation du cuir des ballons contre ses doigts lui manquaient, et le simple fait d'avoir un joueur en face d'elle la rendit un peu nostalgique.

 

 

« Plus pour longtemps, répondit-il en récupérant son sac sur le banc. Je pensais qu'en m'inscrivant en littérature je pourrais conjuguer les deux, mais je n'avais aucune idée que la responsable de la promotion ne me laisserait pas faire du distanciel pour tous les cours, expliqua t-il. Je travaille avec mes parents dans la journée et certains de nos entraînements sont trop tôt pour que j'assiste à un seul des créneaux.

- Hmm. Et j'imagine que tu as besoin de ce travail pour payer tes frais d'étude... commenta t-elle pensivement. Comment font les autres joueurs ?

- La plupart d'entre eux sont en sciences et il y a tellement de groupes qu'ils arrivent à jongler. Ceux qui n'ont pas réussi à aménager leurs horaires ont quitté l'équipe. »

 

 

Ils étaient sortis du bâtiment et s'étaient mis à marcher l'un à côté de l'autre et elle ne s'en aperçut que lorsque le garçon s'arrêta au bout de l'allée, juste devant un parking et sous un réverbère dont la lumière orange éclairait parfaitement son visage fin.

 

Il lui apparut soudain que Mary serait très fière d'elle si elle la voyait à présent se comporter comme un être humain normal avec un autre être humain qui ne semblait absolument pas se rendre compte qu'elle était paniquée lorsqu'il s'agissait d’interagir avec quelqu'un qui ne se déplaçait pas à quatre pattes et n'accourait pas lorsque l'on agitait sa gamelle.

 

 

« Je vais rentrer chez moi et me noyer dans du rhum, ça devrait aider, dit-il en haussant les épaules. Merci encore... »

 

 

Sa phrase resta en suspend et il ne bougeait pas. Lily mit quelques secondes à comprendre qu'il attendait quelque chose. Elle s'emmitoufla un peu plus dans sa manteau avant d'ouvrir la bouche.

 

 

« Lily, dit-elle. »

 

 

Il acquiesça simplement, lui adressa un sourire poli, un bref signe de main, et commença à traverser le parking alors qu'elle demeurait immobile sous le réverbère à réfléchir à toute vitesse. Son cerveau semblait à la fois trop lent et trop rapide pour elle, et quand elle réalisa qu'elle avait une solution à son problème, elle le vit passer devant elle en voiture. Trop tard.

 

Elle s'en voulut pendant l'espace d'une seconde, et puis son téléphone sonna et elle vit le nom de Mary s'étaler sur l'écran accompagné d'une photo douteuse de sa meilleure amie prise lors d'un long trajet en train lors duquel elle s'était endormie à côté d'elle, la joue collée à la vitre.

 

 

« Hé, Evans, qu'est-ce que tu fiches ? Ça fait trente minutes que je t'attends !

- Désolé, le cours s'est terminé un peu plus tard que prévu. Tu peux me redonner l'adresse s'il te plaît ?

- Je te l'envoie par message. Dépêche toi ou je commence sans toi ! 

- Je suis là dans deux minutes ! répondit Lily en se hâtant de prendre ses clés dans son sac pour ouvrir sa voiture. »

 

 

Elle raccrocha, et attendit le message de Mary avant de mettre le contact. Elle n'avait aucune envie de rater le marathon Dirty Dancing qu'elles avaient prévu la veille. Sa meilleure amie avait emménagé le week-end précédent dans son nouvel appartement situé dans un quartier chic à quelques pâtés de maisons de la faculté et Lily n'avait pas pu assister au déménagement parce que sa sœur avait eu la brillante idée de vouloir leur présenter Vernon spécialement ce jour là.

 

Mary lui avait assuré que ce n'était pas grave, qu'elle n'aurait qu'à venir dormir chez elle après ses cours du lundi, et la jeune femme rousse avait immédiatement accepté, trop contente de pouvoir s'échapper un peu du cocon familial. Pétunia était de moins en moins souvent dans les parages, mais dès qu'elles avaient le malheur de se croiser, elle trouvait le moyen de lui taper sur le système. C'était comme un métier pour lequel elle n'était même pas payée mais qu'elle exerçait en déployant tout son génie.

 

Elle arriva finalement devant l'entrée d'un parking souterrain et fouilla rapidement dans son sac pour retrouver le double du pass que Mary lui avait confié, et après cinq minutes à pester contre elle même de ne pas l'avoir rangé en évidence dans la plus petite poche, elle le trouva enfin et se gara sur l'un des deux emplacements réservés à l'appartement numéro 307.

 

Elle trouva rapidement l'ascenseur et jeta un bref coup d'oeil au message de Mary avant d'appuyer sur le bouton du troisième et dernier étage. Elle longea ensuite un couloir au carrelage en damier très chic, passant devant plusieurs portes.

 

 

« 301, 303, 305... Récita t-elle en comptant plus qu'en regardant les plaques dorées sur lesquelles étaient notés les numéros. »

 

 

Elle s'arrêta et frappa mécaniquement à la porte 307 avant de plonger le nez dans son portable pour regarder les messages que Marlène avait laissés sur leur groupe de conversation.

 

Marlène : Lily, c'est pour toi !

Marlène : J'ai trouvé pire que M. Podgy !

 

Au dessus du texte se trouvait une vidéo d'un énorme chat gris prenant un bain de soleil sur le dos, les pattes repliées contre lui, et Lily pensa immédiatement au sien qui devait actuellement être en train de végéter sur son lit. Elle laissa échapper un gloussement et commença à taper une réponse quand la porte s'ouvrit devant elle.

 

 

« Lily ? »

 

 

Elle leva immédiatement la tête, surprise par la voix qui n'était définitivement pas celle de Mary, et cligna plusieurs fois des yeux lorsqu'elle réalisa que la personne en face d'elle n'était autre que le jeune homme qu'elle avait rencontré quelques minutes plus tôt dans les couloirs de la fac, et qu'il la fixait d'un drôle d'air. Son regard dévia ensuite vers la plaque à côté de la porte sur laquelle était gravé le numéro 306. Elle se retourna pour constater que le 307, celui où habitait Mary, se trouvait derrière elle.

 

 

« Avant que tu ne te dises que je suis une psychopathe qui t'a suivi jusqu'ici, commença t-elle en désignant tour à tour les deux plaques des appartements, pourquoi est-ce que ces deux numéros sont inversés ? L'allée paire est de l'autre côté normalement.

- Erreur lors de la conception. Ils auraient pu changer les plaques mais le propriétaire trouvait que c'était plus amusant de les laisser comme ça, lui expliqua t-il en haussant les épaules. Donc tu pensais tomber sur ma voisine d'en face ?

- Mary, oui, répondit Lily en se dandinant nerveusement d'un pied sur l'autre. Encore désolé de...

- C'est quiiii ?! s'exclama une voix par dessus l'épaule du jeune homme.

- Mon colocataire, dit James à Lily sans toutefois répondre à son ami. Très intéressé par la voisine, soit dit en passant, si tu pouvais lui en toucher deux mots, je...

- Je tâcherai de le lui transmettre mais Mary serait certainement plus intéressée par lui s'il était un « elle », le coupa Lily en réprimant un rire.

- Oh. Je suppose que je devrais le lui dire, souffla t-il discrètement avant de poursuivre. Je vais attendre quelques jours, le laisser s'embarrasser un peu plus. »

 

 

Cette fois, elle pouffa et lui aussi, et puis un silence embarrassant tomba entre eux, et Lily pointa son pouce vers la porte derrière elle en faisant un pas en arrière alors qu'il hochait mécaniquement la tête, et puis elle se rappela de la réflexion qu'elle s'était faite quelques minutes plus tôt, lorsqu'elle l'avait vu quitter le parking.

 

 

« Est-ce que tu as trouvé une solution pour les cours de littérature ?

- Je vais envoyer un mail au professeur McGonagall. Peut-être qu'elle acceptera quand même de me faire passer les partiels sans que je n'assiste aux cours principaux, répondit-il en esquissant un moue incertaine.

- Il n'y a aucune chance pour qu'elle soit d'accord avec ça, réfuta Lily, une autre élève le lui a demandé en début de semestre, et elle a refusé.

- Parfait, ironisa James en laissant échapper un léger soupir désespéré.

- Mais je crois que je peux faire quelque chose pour toi.

- C'est à dire ?

- Je fais du tutorat pour la fac, lui apprit-elle, et je pense que le professeur McGonagall ne verra aucun inconvénient à te laisser venir aux examens de fin de semestre si tu as assisté aux cours obligatoires, même si c'est moi qui dois te les dispenser. »

 

 

Il sembla évaluer sa proposition pendant un instant, et au même moment, une tête apparut derrière la porte, suivie par tout le reste du corps de son colocataire, tout aussi grand et athlétique que lui. Elle sentit la gêne lui grimper le long des joues lorsqu'il la dévisagea. Il avait quelque chose de noble qui lui donna l'impression de ne pas être à sa place pendant un instant.

 

 

« Lily, Sirius. Sirius, Lily, les présenta rapidement le jeune homme.

- Lily ? La Lily que tu as... »

 

 

Son colocataire ravala sa phrase quand James le repoussa brutalement vers l'intérieur de l'appartement avant d'émettre un toussotement sonore et de reprendre la parole.

 

 

« Vraiment ? Tu accepterais ça ? Je... Je travaille énormément avec mes parents et mes entraînements de basket se finissent tard tous les jours, je...

- Aucun problème, le coupa Lily en secouant la tête de droite à gauche. Je vis la nuit de toutes façons. Propose cette alternative au professeur McGonagall, et tiens moi au courant, lui dit-elle en se retournant pour frapper à la porte de sa meilleure amie.

- Lily ? l'appela t-il de nouveau. Je crois que j'aurais besoin de ton numéro. Pour te contacter, rajouta t-il rapidement.

- Oh, oui, bien sûr. Je... Tu notes ? bafouilla t-elle alors qu'il sortait son téléphone portable de sa poche. »

 

 

Elle lui dicta son numéro et elle le vit lui jeter un regard d'excuse lorsque, derrière lui, son colocataire émit un sifflement lourd de sous-entendus. Elle s'empourpra, se racla la gorge, et lui adressa un bref signe de la main avant de se retourner vers la porte qu'elle pensait toujours close, et elle manqua de percuter Mary de plein fouet.

 

 

« Bonsoir ! lança amicalement sa meilleure amie à l'adresse de son voisin avant de tirer Lily avec elle, de refermer la porte, et de lui jeter un regard inquisiteur. Qu'est-ce que c'était que ça, Evans ? »

 

 

Lily manqua de trébucher sur le paillasson en entrant, et se plaqua contre le mur du vestibule avant d'observer la pièce derrière sa meilleure amie. Elle était spacieuse et lumineuse et quelques cadres contenant des photos de leurs meilleurs souvenirs étaient disposés de ci, de là.

 

 

« Ce n'est pas encore l'heure de la visite, lui rappela sa meilleure amie en claquant des doigts devant ses yeux. Est-ce que je viens de t'entendre donner ton numéro de portable à mon voisin sexy ?

- Est-ce que tu es redevenue hétérosexuelle ?

- J'aurais pu, avec les quatre qui se trouvent en face, lui répondit Mary avec un sourire en coin.

- Ils sont quatre ? répéta Lily en arquant les sourcils.

- Oui. Enfin je crois. Au moins trois, en tout cas. Il y en a un que je ne vois pas souvent alors je ne suis pas certaine qu'il habite ici, mais les deux plus grands sont tout le temps là, et le dernier est en fac d'histoire avec Marlène. Elle l'a croisé ce week-end lors du déménagement. Un garçon qui s'appelle Rémus je crois. Très sympa. Il nous a même proposé son aide, expliqua Mary en réfléchissant, et Lily se rappela instantanément de la conversation téléphonique qu'elle avait surprise un peu plus tôt.

- C'est ça, confirma t-elle, Rémus.

- Et celui à qui tu parlais, c'est... ? »

 

 

Lily ouvrit la bouche pour lui répondre et se sentit soudainement très bête. Elle n'avait aucune idée de son prénom. Elle ne le lui avait même pas demandé. Comment avait-elle pu omettre quelque chose d'aussi essentiel ? Est-ce que dix années à ne pas chercher à se faire d'amis lui avaient fait oublier les questions de base à poser quand on rencontre un inconnu ? Du genre « Comment tu t'appelles ? Quel âge as-tu ? Est-ce que tu as prévu de me découper en morceau et de me jeter dans un caniveau ? »

 

Elle déglutit et s'apprêta à répondre à Mary qu'elle n'en avait absolument aucune idée lorsqu'elle sentit son portable vibrer dans sa main. Elle jeta un coup d'oeil pour voir qu'elle avait un nouveau message d'un numéro nom répertorié. Elle l'ouvrit aussitôt et un sourire étira ses lèvres lorsqu'elle retourna l'écran vers sa meilleure amie.

 

 

« Au fait, moi c'est James, lut Mary avant de relever les yeux vers Lily. Très bien. Maintenant, tu as des choses à me raconter, Evans. »

End Notes:

Voilà mon nouveau bébé. J'ai déjà passé beaucoup de temps dessus, et je ne l'ai pas terminé, mais j'ai beaucoup d'avance et je me suis dit qu'il était temps de poster le premier chapitre... Les autres suivront lentement, mais ils suivront, et... JE SUIS TROP STRESSEE PARCE QUE C'EST NOUVEAU POUR MOI LES AU MODERNEUUUH.

Bref. Je vous laisse là sinon je vais faire une syncope avant même d'avoir cliqué sur "ajouter l'histoire".

En tout cas, si vous lisez cette note de fin, ça veut dire que vous avez lu le chapitre entier, et rien que pour ça je vous en suis reconnaissante x1000.

With a little help from my friends by ECM

 

Lily entra dans l'amphithéâtre dans lequel le professeur Binns dispensait son cours d'Histoire de la Grande-Bretagne et s'installa dans un rangée vide du milieu, envoyant rapidement à Marlène une photo de M. Podgy qui avait littéralement piqué du nez sur son lit le matin même et s'était endormi dans une espèce de position bizarre, le haut de la tête plaqué contre sa couverture, et le reste de son corps droit comme s'il était assis. Ce chat était spécial et elle l'aimait pour ça.

 

 

« Salut Evans ! lui lança Dorcas Meadowes en se laissant tomber à côté d'elle, la faisant légèrement sursauter au moment où elle pressait le bouton « envoyer ». »

 

 

Elle ne réalisa qu'elle avait sélectionné plusieurs contacts que lorsqu'elle vit le message partir. Elle salua brièvement Dorcas tout en ouvrant sa messagerie et constata avec horreur que deux autres personnes avaient reçu la photo de M. Podgy : James, et Severus Rogue, son ex petit-ami. Elle poussa un juron sonore et sa camarade de classe lui jeta un regard curieux.

 

 

« J'ai... envoyé un message à mon ex par erreur, expliqua Lily en grimaçant.

- Qu'est-ce que c'était ?

- Une photo de mon chat.

- Montre ! »

 

 

Lily pencha son écran vers Dorcas qui gloussa bruyamment juste au moment où le professeur Binns arrivait. Une seconde plus tard, Bertram Aubrey s'échouait sur la chaise à côté de la jeune femme brune. Il jeta un coup d'oeil à la photo.

 

 

« Joli chat, Evans, commenta t-il en sortant ses affaires. »

 

 

Elle n'avait aucune idée qu'il connaissait son nom. Elle le remercia d'un simple sourire et, alors qu'elle s'apprêtait à ranger son téléphone dans son sac, Dorcas lui intima de le laisser entre elles.

 

 

« Je veux savoir ce que ton ex va répondre. S'il ne dit pas qu'il est trop mignon, c'est que tu as bien fait de t'en débarrasser.

- Il ne va probablement rien renvoyer, bredouilla Lily alors que le cours commençait.

- Aujourd'hui, nous allons parler de l'impérialisme, annonça le professeur Binns.

- Super, ça va encore être passionnant, entendit-elle Bertram chuchoter avec lassitude à l'oreille de Dorcas qui hocha la tête.

- Je ne sais pas si le sujet est plus barbant que le prof ou si c'est l'inverse, répondit-elle. Et je ne comprends même pas pourquoi on doit se farcir ces cours alors qu'on est en Littérature. »

 

 

Au même moment, le portable de Lily vibra. Elle l'attrapa aussitôt et constata avec surprise que la réponse ne venait ni de Marlène, ni de Severus, mais de James. Dorcas lui jeta un regard impatient.

 

 

« Alors ? Qu'est-ce qu'il dit ?

- Ce n'est pas mon ex, répondit Lily en ouvrant le message. »

 

 

James Littérature : Je me demande ce que penserait ton chat s'il ouvrait ta galerie et trouvait toutes les photos que tu prends de lui quand il dort.

 

 

Elle fronça les sourcils et émit un rire confus tout en tapant une réponse.

 

 

Lily : Désolé, j'ai fait une fausse manipulation, ce message ne t'était pas destiné, mais quoi qu'il en soit, il ne serait pas choqué. Je n'ai que celle là. Tu as eu une réponse du professeur McGonagall ?

 

 

Elle n'avait pas eu de ses nouvelles depuis une semaine et plus elle avait pensé à la façon dont les choses s'étaient passées, plus elle s'était dit que c'était probablement normal. Ils ne se connaissaient même pas et elle ne savait pas quelle audace cachée en elle depuis toujours elle avait trouvée pour s'adresser à un garçon comme lui. A un garçon tout court. A un autre être vivant. Un autre être vivant qui n'était pas un animal. Il renvoyait l'image d'un garçon populaire, et ce n'était habituellement pas ceux avec lesquels elle était le plus à l'aise.

 

 

James Littérature : Tu n'as pas que celle là. Tu mens. Aucun propriétaire de chat n'a qu'une seule photo de son chat qui dort dans sa galerie.

James Littérature : J'ai rendez-vous avec elle ce soir.

 

 

« Le splendide isolement protège à ce moment là la liberté de commerce du Royaume-Uni et...

- Mon dieu, tuez moi, murmura Dorcas alors que la voix monotone du professeur Binns semblait avoir déjà eu raison de la moitié des étudiants. Si j'avais su que j'aurais à subir des cours d'Histoire, j'aurais fait autrement. 

- Ils disent que c'est pour avoir tout le contexte de l'écriture des œuvres, lui chuchota Bertram en haussant les épaules. »

 

 

Lily : Est-ce qu'il y aura des bougies ?

 

 

Elle appuya sur « envoyer », et reporta son attention sur son cours, essayant du mieux qu'elle le put d'effacer le sourire malin qu'elle arborait et qui ne tromperait pas Binns le moins du monde. Non, le nouvel impérialisme ne la passionnait pas. Bizarrement, elle se trouvait d'avantage happée par sa conversation téléphonique avec un presque parfait inconnu. Son téléphone vibra de nouveau.

 

 

Marlène : Il faut que tu le mettes au régime.

 

 

Lily esquissa une moue vexée et renvoya simplement un émoji qui crachait de la fumée par les narines. Son chat était parfait, et personne au monde n'était autorisé à dire le contraire. Elle savait que Marlène faisait exprès pour la titiller, et elle y parvenait parfaitement bien.

 

 

James Littérature : Je n'avais pas réalisé qu'elle s'attendait sûrement à CE genre de rendez-vous. Quel restaurant est-ce que tu me conseilles ?

 

 

Elle esquissa un sourire et commença à taper une réponse, bien consciente que les pages de son cahier restaient vides et qu'elle le regretterait probablement quand elle se retrouverait devant sa feuille d'examen.

 

 

Lily : Il y a un italien qui est très sympa en bas de chez vous.

 

 

Elle laissa son téléphone en évidence tout en essayant de se concentrer sur le cours, mais elle n'y parvint que très difficilement. Dorcas et Betram à côté d'elle n'avaient pas l'air plus attentifs. Ils discutaient et jetaient des boulettes de papier en direction d'autres élèves avec qui ils étaient amis qui étaient assis plus bas. Une nouvelle vibration attira son attention sur sa conversation de groupe avec Marlène et Mary.

 

 

Mary : Toujours ok pour ce midi ?

Marlène : Je termine à midi trente, je vous rejoins à la cafet'

Marlène : Prenez moi une salade pleaaase

Mary : Tu me dégoûtes à manger sainement.

Lily : Mary, midi dans le hall. Si je ne suis pas morte d'ennui d'ici là.

Lily : Au fait. Abattez moi. J'ai envoyé la photo de M. Podgy à Severus sans faire exprès.

Mary : Quelle photo de M. Podgy ? Pourquoi est-ce que je n'ai rien reçu ?! Et plus important... Pourquoi est-ce que tu mentionnes encore le nom de ce pauvre mec ?

Marlène : +1

Lily : Je ne l'ai pas fait exprès ! Il n'a pas répondu de toutes façons.

Mary : S'il le fait, envoie lui un doigt d'honneur de ma part.

Marlène : Et un autre de la mienne.

Mary : J'ai vu une photo de lui passer sur Facebook hier. Devine ce qu'il faisait ?

Marlène : Plus personne n'utilise Facebook, Mary.

Marlène : Il lançait des chatons contre un mur ?

Marlène : Ou enfonçait des aiguilles dans une poupée vaudou à notre effigie ?

Marlène : Il a vraiment une tête à faire ça.

Lily : ?

Mary : Il était à cette manifestation pour le retrait de la loi du droit à l'avortement dans le centre ville avec ses copains.

Marlène : Oh, juste un jour de plus dans la vie d'un crétin.

Mary : Et je ne veux pas m'avancer, mais la voiture de la directrice du centre LGBT a brûlé le même jour, et d'après la photo que j'ai vue, ses copains et lui étaient dans le quartier jusque tard dans la nuit.

Mary : Ce n'est peut-être pas eux, mais ce n'est pas comme s'ils ne l'avaient jamais fait avant.

Mary : Vous vous souvenez de la moto carbonisée du prof d'histoire l'année dernière ?

Marlène : Bien sûr qu'on s'en souvient.

Marlène : RETIRE. LE. DE. TES. AMIS.

Mary : Il n'est pas dans mes amis ! Nous avons juste Barnabas en commun, tu sais, ce gars qui avait cette énorme maison et duquel tu m'as demandé de me rapprocher au collège pour que nous puissions profiter de sa piscine.

Marlène : ANNULE LA MISSION.

Lily : Je n'arrive pas à croire que Severus fasse ça.

Lily : Je veux dire, je te crois sur la manifestation, et je sais aussi bien que toi qu'il y a de fortes chances pour que ses copains et lui aient quelque chose à voir dans l'incendie de cette voiture, je me demande juste comment j'ai pu ne pas voir tout ça avant.

Lily : Changez-moi les idées avant que je ne repense au fait que je me sois mise nue dans le même lit que lui.

Mary : Est-ce que je peux voir cette photo de M. Podgy, maintenant ?

 

 

Lily laissa échapper un rire qu'elle ravala dès qu'elle sentit le regard du professeur Binns sur elle. Elle envoya rapidement la photo de son chat sur le groupe de discussion, mit son portable en silencieux, et tenta du mieux qu'elle le put de se concentrer sur le cours. Elle y parvint. Plus ou moins. Elle était focalisée sur la voix du professeur, mais elle jurait qu'il avait des pouvoirs magiques, parce qu'il parvenait à l'endormir alors qu'elle luttait depuis plusieurs années contre l'insomnie.

 

Peu d'étudiants faisaient encore l'effort de paraître attentifs, et même si le vieux professeur jetait des regards réprobateurs par ci, par là, sa classe lui échappait et Lily se demandait comment il pouvait encore trouver le courage de se lever tous les matins en sachant qu'aucun de ses élèves ne serait concentré plus d'un quart d'heure.

 

La matinée fut longue et fastidieuse et Lily se sentit profondément soulagée quand elle toucha enfin à sa fin. Elle se hâta de ramasser ses affaires qu'elle fourra à la va vite dans son sac, puis descendit les escaliers de l'amphithéâtre après avoir adressé un bref signe de main à Dorcas, et retrouva Mary qui l'attendait devant la cafétéria, portable en main.

 

 

« Est-ce que celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom t'a répondu ? demanda t-elle et Lily leva les yeux au ciel.

- Tu peux prononcer son nom, il y a prescription, répondit-elle en roulant les yeux. Et non, il n'a pas répondu.

- Ça fait quoi ? Huit mois que je n'ai pas vu ses cheveux gras ? Et pourtant, c'est toujours trop peu à mon goût. »

 

 

Lily esquissa une grimace et commanda le même sandwich que sa meilleure amie tout en récupérant une salade pour Marlène au passage, et elles s'installèrent à la table la plus éloignée de l'entrée, celle de laquelle elles pouvaient observer les élèves et les professeurs passer, celle à laquelle elles s'installaient tous les midis quand elles pouvaient déjeuner ensemble. Et puis elle jeta un coup d'oeil à son portable pour le remettre en vibreur, et soudainement, elle n'eut plus très faim.

 

 

Sev : Je me demandais quand tu me réécrirais. Tu es libre ce soir ? Ça fait un moment maintenant et tu n'as jamais voulu écouter ce que j'avais à dire. Tu me dois ça.

 

 

Elle sentit sa gorge se serrer et elle commença à avoir la nausée. Elle posa son téléphone devant Mary pour qu'elle puisse lire le message, et elle le récupéra pour lui répondre.

 

 

« Ew mais qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez lui ?! Ne réponds pas à ça, lui conseilla son amie.

- Tu le connais, Mary. Si je ne lui dis pas clairement que c'était une erreur, il continuera de m'écrire. »

 

 

Elle l'entendit proférer une insulte alors qu'elle tentait de taper quelque chose qui ne laissait aucune place au doute. Elle effaça son message plusieurs fois de suite, avalant sa salive de plus en plus difficilement alors qu'elle avait l'impression que son estomac se retournait.

 

Severus et elle s'étaient connus lorsqu'ils n'étaient encore que des enfants. Leurs parents habitaient le même quartier et ils s'étaient rencontrés un après-midi ensoleillé dans un parc environnant. Ils étaient rapidement devenus amis et avaient fréquenté le même collège et le même lycée avec Mary et Marlène.

 

Elle était sortie avec lui au début de leur année de terminale. Cela avait duré quelques mois. Ils n'étaient jamais tombés dans la même classe et elle n'avait jamais rencontré ses amis jusqu'à cette soirée un peu arrosée lors de laquelle elle avait rapidement réalisé qu'elle se trouvait en compagnie des personnages les plus ignobles qui lui eut été donné de rencontrer.

 

Mary et Marlène n'avaient jamais vraiment apprécié Severus et elles avaient plusieurs fois tiré la sonnette d'alarme, mais Lily, pour une raison qui lui échappait totalement, avait toujours évité de regarder la vérité en face. Ce ne fut qu'après cette soirée où elle les entendit clairement fustiger sa meilleure amie pour son homosexualité qu'elle comprit à quel point elle s'était mise des œillères. Severus n'avait pas été le dernier à critiquer et les mots qu'il avait employés ce soir là résonnaient toujours dans sa tête.

 

Elle aurait voulu les oublier, et dès qu'il les avait prononcés, elle s'était mise à lui hurler dessus qu'elle ne voulait plus avoir affaire avec lui. Il n'avait pas compris. Elle avait essayé de lui expliquer, mais il s'était juste excusé comme si ce n'était qu'une maladresse alors qu'elle était restée trop longtemps à les entendre proférer des propos qui la tenaient éveillée le soir pour pouvoir avaler un mensonge pareil.

 

Il avait continué à lui écrire pendant plusieurs mois, l'avait attendue à la sortie du lycée presque chaque jour, et avait fait en sorte de prendre le même bus qu'elle pour rentrer chez lui jusqu'à ce qu'ils terminent leur dernière année de lycée, et ce malgré le fait qu'elle lui ait explicitement demandé plusieurs fois de la laisser tranquille. Cette fausse manipulation lui coûtait moralement bien plus que ce qu'elle ne laissait transparaître.

 

 

Lily : Erreur de ma part. Le message était pour Marlène. Merci de ne plus m'écrire.

 

 

Clair. Concis. Efficace. Elle envoya le message et reposa son portable entre elle et Mary sur la table. Sa meilleure amie croqua dans son sandwich et une seconde après, alors que ses yeux bruns tombaient sur l'écran du téléphone, elle manqua de s'étouffer. Lily dut lui taper plusieurs fois dans le dos pour la faire revenir à elle.

 

 

« Est-ce que tu as proposé un rencart au voisin sexy ?! s'exclama t-elle en pointant du doigt l'un de ses derniers messages envoyés. »

 

 

Lily suivit son regard et rougit légèrement lorsqu'elle comprit pourquoi Mary avait l'air si ahurie. Plus par réflexe que par véritable désir de dissimuler la pièce à conviction, elle récupéra son portable et le déposa dans son sac.

 

 

« Mary, c'est à moi que tu parles, pas à Marlène, soupira la jeune femme. Bien sûr que non, je ne lui ai pas proposé de rencart. Je... Il a aussi reçu la photo de M. Podgy parce que j'ai paniqué quand Meadowes s'est assise à côté de moi et que j'ai copié le message à lui et à Severus sans faire exprès.

- Est-ce que je suis la seule à qui tu ne voulais pas envoyer cette photo ? s'enquit-elle, un poil vexée. »

 

 

Lily s'apprêtait à répondre lorsque Marlène s'avachit sur la chaise en face d'elle, balança son sac à main sur celle qui se trouvait à sa droite, et tira sa salade vers elle en leur lançant un tonitruant :

 

 

« On parle de quoi ?

- Du fait que Lily propose des rencarts à mon voisin sexy, répondit Mary avec un sourire narquois avant de croquer de nouveau dans son sandwich.

- Je ne propose pas de rencart à...

- Rémus ? la coupa Marlène.

- Non, l'autre.

- Sirius ?

- Non, il y en a encore un, c'est...

- Oh, le joueur de basket ?

- Celui là ! s'exclama Mary avec un peu trop d'entrain au goût de Lily.

- Bon sang Evans, tes goûts sont nettement meilleurs que ces dernières années, la taquina Marlène en haussant les sourcils d'un air suggestif.

- Ce n'est pas... Je ne lui ai rien proposé, c'est juste...

- C'est le même gars à qui tu as donné ton numéro de portable la semaine dernière ?

- Pourquoi est-ce que tu le lui as dit ? gémit Lily en se tournant vers Mary. »

 

 

La jeune femme brune grimaça pour toute réponse alors que Marlène ricanait à l'opposé. Lily avait délibérément omis de partager cette information avec elle parce qu'elle la torturerait jusqu'à ce qu'elle trouve une autre distraction qui valait le coup. Et à sa connaissance, rien ne valait plus le coup, aux yeux de Marlène, que de taquiner Lily parce qu'elle avait échangé avec un garçon. C'était un fait trop rare pour qu'elle passe à côté.

 

 

« Est-ce qu'il t'a répondu pour les cours particuliers ?

- Il a dit qu'il avait rendez-vous avec le professeur McGonagall ce soir, répondit Lily qui tripotait nerveusement le sachet dans lequel se trouvait son sandwich, toujours intact.

- Hmm... J'espère que tu l'as informé que tu aurais bien besoin de réviser l'anatomie parce que ça fait un moment que tu...

- Marlène ! s'exclama Lily en lui envoyant un regard dissuasif avant de balayer la cafétéria des yeux pour vérifier que personne ne l'avait entendue alors que Mary semblait encore s'étouffer de rire avec sa nourriture.

- Détends-toi, Lily, gloussa t-elle.

- Je lui ai proposé de l'aider avec ses cours, pas... Un cinq à sept.

- Évidemment, appuya Mary en lui adressant un sourire bienveillant. Tu sais quoi ? Je ne te l'ai pas dit l'autre jour, mais je suis fière de toi. »

 

 

Elle lui pressa amicalement l'épaule et elle n'eut pas besoin de s'expliquer d'avantage pour que Lily comprenne. Depuis « L'affaire Severus », comme elles l'appelaient entre elles, la jeune femme rousse avait beaucoup de mal à entamer de nouvelles relations, qu'elles soient amicales ou amoureuses.

 

 

Elle était anxieuse à l'idée d'apprendre à connaître les gens, et plus spécifiquement, à l'idée de leur faire confiance. Mary et Marlène étaient les seules personnes sur cette terre à qui elle aurait pu confier sa vie en dehors de ses parents à qui elle ne ne racontait plus tous ses secrets comme elle avait pu le faire lorsqu'elle n'était encore qu'une enfant. Leurs relations s'étaient compliquées au fur et à mesure des années et Lily avait commencé à s'appuyer un peu plus sur les filles. Ses camardes ne lui disaient pas toujours ce qu'elle voulait entendre, mais elles étaient systématiquement honnêtes et humaines et leur amitié était probablement l'un de ses plus précieux trésors.

 

 

« Ne le sois pas, reprit Lily en esquissant une moue désabusée. Je ne sais même pas comment j'ai pu lui adresser la parole.

- Tu veux dire que le magnétisme était tel que tu n'as pas pu lutter ? la taquina Marlène en remuant sa salade avec sa fourchette.

- Parce que tu es comme ça, tu aides les gens quand ils ont des problèmes et c'est plus fort que toi, argumenta Mary en même temps.

- C'est professionnel, Marly, répondit Lily. Ce n'est pas comme si j'essayais d'être amie avec lui ou quoi que ce soit, je... C'est juste pour les cours.

- Tu sais ce qu'on dit... C'est professionnel jusqu'à ce que ça ne devienne personnel.

- Qui dit ça ?

- Moi, répondit Marlène en haussant les épaules. Tu sais quoi ? Mary a raison. Je suis fière de toi, moi aussi. Même si c'est juste professionnel, comme tu dis. C'est déjà quelque chose. Je veux dire, bien sûr que tu as l'habitude du tutorat maintenant, mais je sais que le premier pas vers les autres te paraît compliqué parfois, et c'est toi qui l'as fait cette fois-ci. C'est vraiment génial, Lily. »

 

 

La jeune femme hocha mécaniquement la tête et se perdit dans ses pensées. Elle n'avait jamais été spécialement timide et elle ne se considérait toujours pas comme telle. C'était plus compliqué que cela. Elle avait perdu l'habitude de rentrer dans des nouvelles relations, et elle avait, en même temps, perdu l'envie de risquer d'être déçue.

 

Elle savait que toute relation venait avec ses bons moments et ses mauvais, mais tout était très simple avec Mary et Marlène et elle ne connaissait aucune déception. Bien sûr qu'il leur arrivait de se chamailler, mais ce n'était jamais grave, jamais irrémédiable, et son cœur ne se brisait pas comme il s'était brisé quand elle avait réalisé à quel point elle s'était trompée sur Severus.

 

End Notes:

First of all : vos reviews sur le premier chapitre étaient vraiment trop gentilles :')

Ensuite, ce deuxième chapitre me permet juste de mettre quelques trucs en place dans la vie de Lily avant de vous lancer dans le reste de la fic.

Plusieurs autres personnages débarqueront dans le suivant parce que of course on a tous besoin de voir des maraudeurs de temps en temps :) et pendant ce temps là, je continue d'écrire le dix-septième tranquillement :)

Merci beaucouuup pour votre soutien :')

Darkside by ECM

 

« Miss Evans ! »

 

 

Lily s'arrêta en passant devant l'estrade de l'amphithéâtre et tourna la tête vers le professeur McGonagall qui lui fit signe de ne pas faire un pas de plus. Elle regarda distraitement les autres élèves de sa classe partir, son cœur tapant dans sa poitrine à toute vitesse comme à chaque fois que l'un de ses professeurs prononçait son nom, comme si cela incluait forcément une mauvaise chose. C'était stupide étant donné qu'elle était une élève sérieuse et brillante et que jamais aucun adulte n'avait eu à se plaindre d'elle, mais c'était simplement la conséquence évidente d'un manque de confiance en elle qu'elle essayait vainement de dépasser.

 

 

« J'ai eu une entrevue avec M. Potter mardi soir. Il a demandé à pouvoir s'inscrire aux examens de fin de semestre et il a mentionné que vous lui aviez proposé un tutorat ?

- Oh, oui, James, c'est ça ? demanda Lily alors que le professeur acquiesçait. Oui, c'est tout à fait vrai. J'attendais justement un retour de sa part.

- Je voulais d'abord en discuter avec vous. J'ai peur que cela ne rajoute beaucoup d'heures à votre emploi du temps.

- J'ai peu d'heures de tutorat en ce moment, et ce n'est pas un souci pour moi, lui assura Lily.

- Il y a aussi autre chose. Monsieur Potter peut être... Comment dire ? Très au courant de ses propres capacités, l'informa t-elle avant de reprendre. C'est un bon garçon, la meilleure chose qui soit arrivée à l'équipe de basket de cette faculté, et je pèse mes mots, mais voyez-vous... Il en est particulièrement conscient, et je veux m'assurer que vous savez où vous mettez les pieds.

- Je tâcherai de lui rappeler que ces séances du tutorat lui sont nécessaires, répondit Lily en esquissant un sourire sans vraiment laisser le temps à son cerveau de traiter ces informations.

- Bien. Je vais lui donner mon accord par e-mail et en informer la faculté. La situation étant particulière, je vous demanderai de m'envoyer un bref compte rendu de vos cours pour que je puisse en superviser l'avancée. Si vous rencontrez le moindre souci, n'hésitez pas à venir me voir dans mon bureau.

- Merci professeur, souffla Lily avant de lui adresser un sourire entendu et de quitter l'amphithéâtre, soulagée. »

 

 

Elle était encore en retard pour sa soirée canapé chez Mary. Elle entendit son portable vibrer dans son sac, mais elle préféra se hâter vers la sortie. Il pleuvait à torrent dehors, et lorsqu'elle s'approcha du parking, une voiture roula dans une flaque et elle inspira brutalement alors qu'elle se retrouvait trempée de la tête aux pieds. Elle lâcha un juron, s'empressa de rentrer dans sa voiture, et prit la direction de la maison de ses parents pour se changer.

 

C'était un sacré détour et elle savait que sa meilleure amie lui aurait bien volontiers prêté quelques vêtements, mais elle dormait chez elle et avait aussi oublié ses cours pour le lendemain, donc elle décida rapidement qu'il était plus simple qu'elle récupère absolument tout ce qu'il lui fallait avant de filer chez Mary.

 

Elle brancha sa clé usb et augmenta le volume de sa musique. Elle n'avait pu manger ni avec Marlène, ni avec Mary, et Dorcas avait passé toute la journée avec ses autres amis de la promotion, ceux qui étaient certainement plus fun et contre qui elle ne voulait même pas chercher à rivaliser, et l'après-midi lui avait par conséquent paru sans fin. Toutefois, il n'y avait rien qu'une bonne playlist ne pouvait arranger.

 

Elle fredonna pendant une bonne vingtaine de minutes jusqu'à arriver enfin chez ses parents. S'il y avait bien une chose qu'elle aimait, en hiver, c'était qu'elle pouvait faire les vocalises les plus affreuses. Tout le monde roulait les vitres fermées. Elle ne chantait certainement pas aussi fort en été, même si elle avait du mal à résister à certains de ses titres préférés.

 

Elle se gara rapidement sur le trottoir, ignorant encore une fois son portable qui n'arrêtait pas de vibrer dans son sac, et elle se mit à courir rapidement jusqu'à l'entrée.

 

 

« Je ne fais que passer ! s'écria t-elle en montant les escaliers à toute allure. »

 

 

Elle n'attendit aucune réponse et se changea avant de rassembler ses affaires de cours qu'elle cala sous son bras. Elle redescendit les marches avec précipitation et passa la tête dans l'encadrement de la porte menant à la salle à manger pour adresser un petit signe de main à ses parents avant de filer, mais elle s'immobilisa net en constatant que six paires d'yeux étaient vissées sur elle.

 

Elle eut juste le temps d'apercevoir les Dursley avant que Pétunia ne surgisse devant elle et la rejoigne dans le couloir, fermant la porte dans son dos. Il y avait quelque chose de froid dans son regard, non pas qu'elle y ait vu une quelconque chaleur ces dernières années, mais à ce moment là, son exaspération était telle que son visage chevalin était écarlate.

 

 

« Le seul soir où j'ai besoin que tu ne sois pas là, tu débarques ? l'interrogea t-elle sèchement.

- Je... Je n'avais aucune idée que...

- Non, bien sûr. Tu n'as jamais aucune idée de quoi que ce soit. Et pourtant, ce sont tes études que papa et maman ont décidé de payer, la coupa rageusement Pétunia. C'est à se demander à quoi leur argent sert.

- Pour la centième fois Pétunia, j'ai gagné cette bourse moi-même et j'ai refusé que papa et maman ne déboursent un centime pour moi.

- Peu importe, marmonna la jeune femme blonde sans avoir écouté un seul mot alors que la porte s'ouvrait doucement derrière elles sur Rose Evans. Il y a une réunion de famille là dedans, et j'aimerais bien que tu n'y participes pas ! »

 

 

Ses mots firent écho un long moment dans sa tête et l'impact transforma son cœur en passoire. Elle pensait toujours qu'elle s'était habituée à la jalousie de sa sœur, et puis elle arrivait avec une toute nouvelle méchanceté et la touchait encore comme elle ne pensait plus pouvoir être touchée.

 

C'était toujours la même chose depuis ce soir de mai où son père était parti. Il avait quitté la maison pendant un mois, après que lui et sa mère aient expliqué aux deux filles que leur relation n'était plus la même et qu'ils avaient besoin de temps chacun de leur côté. Pétunia avait choisi de blâmer Lily sans que cette dernière ne comprenne pourquoi, et même si leurs parents avaient fini par habiter de nouveau sous le même toit, rien n'était plus pareil.

 

 

« Pétunia ! la réprimanda sa mère avec virulence en essayant de la retenir lorsqu'elle passa devant elle pour retourner dans la salle à manger. Lily, ma puce, je suis...

- Laisse tomber, la coupa t-elle. »

 

 

Elle se précipita à l'extérieur de la maison, et fut soulagée de ne sentir les larmes commencer à couler sur ses joues que lorsqu'elle eut enfin démarré la voiture. Elle avait beau aimer ses parents, cela faisait bien longtemps qu'elle ne s'était plus sentie à son aise au sein de cette maison. Comment Pétunia pouvait-elle être aussi odieuse ?

 

Les choses ne s'étaient pas seulement gâtées entre elles à cause de la brève séparation de leurs parents, c'était plus compliqué que cela. Lily traînait beaucoup avec Severus au collège, et sa sœur aînée était malade de jalousie à l'idée qu'elle puisse avoir un petit-ami avant elle. C'était ridicule, d'autant plus qu'à cette époque là, il n'y avait rien de plus que de l'amitié entre eux, mais c'était déjà trop pour Pétunia.

 

Tout était allé crescendo au fur et à mesure des années sans que Lily ne comprenne vraiment ce qu'il se passait, et la cerise sur le gâteau avait été son inscription à la fac l'été précédent. Pétunia n'avait pas pu aller étudier dans l'université qui lui plaisait à cause des frais de scolarité, mais Lily, ayant obtenue une bourse grâce à un concours d'écriture auquel leurs parents l'avaient inscrite, était parvenue à obtenir une place dans la faculté de son choix. Seulement comme chaque bonheur n'arrive jamais sans son lot de malheurs, cela n'avait fait qu'accroître le fossé entre les deux sœurs.

 

Elle pleura tout le chemin, et quand elle frappa à la porte de chez Mary, elle sanglotait encore. Elle fondit sur elle dès que sa meilleure amie lui ouvrit, balançant son sac à dos à ses pieds alors qu'elle sentait une paire de bras se refermer autour d'elle. Elle entendait les questions qu'elle lui posait, elle percevait l'inquiétude dans sa voix, mais elle fut incapable de lui répondre avant une bonne dizaine de minutes, et lorsqu'elle eut terminé de tout lui raconter, Mary se leva d'un bond en faisant de grands gestes.

 

 

« Cette fois, c'est trop ! Je passerai chercher tes affaires chez tes parents demain, et tu resteras ici jusqu'à temps qu'elle déménage !

- L'argent que la fac me verse pour le tutorat ne sera jamais suffisant pour payer ton loyer.

- Oh je paye très bien mon loyer toute seule, merci Lily ! Il est hors de question que tu retournes là bas. En plus j'aimerais bien que ma chambre d'ami serve enfin. Et avant que tu ne dises quoi que ce soit, rappelles-toi ce que mes parents t'ont toujours dit. »

 

 

Lily se souvenait clairement d'une belle journée d'été quand elle avait quinze ans lors de laquelle Pétunia avait démontré à quel point elle excellait dans l'art de piétiner le peu de confiance que Lily avait encore en elle. Elle avait fini chez Mary, à pleurer toutes les larmes de son corps entre ses deux parents qui s'étaient pliés en quatre pour lui venir en aide, et avaient même discuté avec Rose et Ned Evans qui étaient absolument impuissants face à la situation.

 

Lily ne leur en avait jamais voulu. Ou peut-être juste un peu, pendant son adolescence, mais elle avait vite saisi à quel point les choses étaient compliquées pour eux aussi. Leur couple battait de l'aile et leurs filles ne s'entendaient plus non plus. Ils prenaient systématiquement sa défense sans pour autant être trop vindicatifs avec Pétunia qui, malgré toutes les horreurs qu'elle était capable de livrer à Lily, était profondément sensible. Lily le savait. S'il y avait autant de jalousie entre elles, c'était parce que sa sœur n'avait aucune estime d'elle-même. Elle avait juste une terrible façon de le montrer.

 

Elle se souvenait de M. MacDonald ce jour là, du sourire bienveillant sur son visage alors que Mme MacDonald l'avait invitée à rester dormir chez eux, et de la tasse de chocolat chaud qu'il avait posée devant elle en lui confiant qu'elle serait la bienvenue sous leur toit à chaque fois qu'elle sentirait que la tension avec sa sœur devenait trop forte. Elle n'avait pas osé les prendre au mot sur le coup, mais elle savait à quel point ils étaient sérieux.

 

 

« Tu sais que si je te laissais y retourner, ils me tueraient. Tu ne veux pas ma mort, n'est-ce pas ? l'interrogea Mary en essuyant avec son pouce la dernière larme qui roulait sur sa joue. »

 

 

Lily laissa échapper un rire chevrotant, secoua la tête, et attrapa sa main qu'elle serra dans la sienne pendant un long moment. Elles étaient assises sur le canapé et des épisodes de Friends étaient rediffusés à la télévision. C'était probablement la chose la plus réconfortante sur cette terre. Avec la main de sa meilleure amie dans la sienne.

 

 

« Je vais aller prendre une douche, ok ? En attendant, mets toi à l'aise. Prends ce que tu veux dans les placards si tu as faim, tu es chez toi, et ce pour les dix prochaines années s'il le faut !

- Merci. »

 

 

Elles échangèrent un bref sourire, et se levèrent du canapé en même temps. Mary pour aller s'enfermer dans la salle de bain, et Lily pour aller enfiler son pyjama dans la chambre d'ami. Son téléphone portable tomba de son sac au moment où elle en tira ses affaires, et elle remarqua plusieurs appels manqués. Le nom de Severus Rogue s'afficha sur son écran à de multiples reprises et elle soupira. C'était la dernière chose dont elle avait besoin maintenant.

 

Elle lança son téléphone sur le grand lit et enfila rapidement son short de pyjama rouge et un tee-shirt gris dont elle refusait de se séparer malgré le fait que le dessin d'un groupe de rock imprimé sur le devant avait presque totalement disparu au lavage. Elle entreprit ensuite de retourner se vautrer sur le canapé lorsqu'elle entendit frapper à la porte. Elle ouvrit en songeant que Mary avait oublié de la prévenir que Marlène serait là aussi, et elle tomba nez à nez avec un jeune homme aux cheveux châtains qui eut l'air tout aussi surpris qu'elle de la voir.

 

 

« Oh pardon, je... Est-ce que Mary est là ? Je suis Rémus, j'habite en face et nous avons un problème d'eau chaude. Je voulais juste savoir si nous étions les seuls ou si Mary aussi était dans le même cas ? »

 

 

Elle se souvenait vaguement avoir entendu parler de lui, ce qui ne l'empêcha pas d'être complètement mortifiée de se trouver en pyjama devant lui pour leur première rencontre. Il ne sembla toutefois pas y prêter attention. Il avait l'air gêné de la déranger, ce qui, paradoxalement, la mit très à l'aise. Elle tendit l'oreille un instant jusqu'à percevoir le bruit de l'eau qui couvrait à peine le vibrato de diva de Mary, et elle secoua la tête.

 

 

« A l'entendre, je dirai que non, lui confia-elle en esquissant un demi-sourire.

- Bon. Je n'ai plus qu'à appeler le propriétaire.

- C'est peut-être seulement votre vanne qui est fermée.

- Sirius est du genre à fermer la vanne... marmonna t-il pensivement. Est-ce que par miracle tu saurais où... »

 

 

Lily ne lui laissa pas le temps de terminer sa phrase, elle s'engouffra dans le couloir et referma la porte derrière eux tout en cherchant avec lui les placards dans lesquels se trouvaient les arrivées d'eau. Ils les trouvèrent finalement au premier étage et constatèrent que la vanne de l'appartement des garçons était effectivement fermée.

 

 

« Merci beaucoup. Lily, c'est ça ? lui demanda t-il alors qu'ils remontaient tous les deux par les escaliers. »

 

 

Elle hocha la tête et elle songea brièvement qu'il avait dû entendre parler d'elle de la même façon qu'elle avait entendu parler de lui, par Marlène et Mary. Il y avait quelque chose de très paisible dans sa voix qui lui donnait envie de le connaître. Il avait l'air d'être le genre de personne capable de lui redonner foi en l'humanité, et pile au moment où elle se faisait cette réflexion, il reprit la parole.

 

 

« Est-ce que je peux t'offrir quelque chose à boire pour te remercier ? lui proposa t-il en lui lançant un regard reconnaissant. »

 

 

En temps normal, elle aurait refusé. Elle refusait toujours ce genre de proposition. D'autant plus lorsqu'elles venaient d'un inconnu, mais voilà... Elle avait passé une journée abominable et elle se fichait bien si ce garçon, qui soit dit en passant, avait presque l'air mortifié de l'avoir dérangée, comptait la dépecer au beau milieu de son salon. Elle avait besoin d'un verre, d'un grand verre, alors elle acquiesça.

 

 

« Laisse moi juste le temps de prévenir Mary, lui intima t-elle en lui faisant signe de l'attendre. »

 

 

Elle attrapa un post-it sur le buffet et griffonna un simple et efficace « Je suis en face, L. » avant de refermer la porte derrière elle et de pénétrer dans l'antre des garçons. La première impression qu'elle eut en entrant fut que l'endroit était d'une propreté déconcertante. Quelques livres traînaient sur la table basse devant un immense canapé bleu nuit, et c'était approximativement le seul désordre qu'elle pointa... A l'exception d'une tasse de thé posée sur le bar qui séparait la cuisine du spacieux salon.

 

Les murs et le sol étaient gris foncé et donnaient à l'appartement un aspect un peu froid, cassé toutefois par quelques plantes et des cadres un peu partout sur les murs. Sur plusieurs d'entre eux figuraient quatre garçons, parfois peints, parfois dessinés, parfois simplement photographiés. Lily en avait rencontré trois jusque là, et comme si Rémus avait lu dans son esprit, il mentionna le quatrième.

 

 

« Peter travaille beaucoup, lui apprit-il. Il est en fac de médecine. Il passe le plus clair de son temps chez ses parents même s'il a une chambre ici. Il dit que Sirius et James l'empêchent de réviser sérieusement. Qu'est-ce que tu bois ?

- Qu'est-ce que tu as ?

- Tequila ? Gin tonic ? On a aussi du rhum, et... Probablement du jus d'orange et du thé si tu ne veux pas d'alcool. Assieds-toi, fais comme chez toi, lui dit-il en faisant un signe de main vers le bar. »

 

 

Lily s’exécuta et esquissa un léger sourire en se rappelant avoir entendu James mentionner qu'il se noierait dans du rhum lorsqu'il pensait encore qu'il ne pourrait pas passer ses partiels de littérature.

 

 

« Un gin sera parfait, merci, lui dit-elle avant de reprendre un peu nerveusement. J'imagine que ça doit être compliqué pour Peter. J'ai entendu dire qu'ils ne plaisantent pas sur les examens, en médecine.

- C'est le moins que l'on puisse dire, lui répondit Rémus en sortant deux verres. Je sais que je ne devrais pas m'en réjouir, mais quand je vois la tonne de travail qu'il a à faire, je suis content que ce ne soit pas moi. »

 

 

Lily laissa échapper un léger rire au moment où il poussait l'un des deux verres devant elle, et pour la première fois depuis trop longtemps, elle se demanda comment les choses pouvaient être aussi simple entre deux personnes quand elle avait eu l'impression de lutter pendant trois mois pour se fondre dans la masse de sa promotion littéraire.

 

 

« Tu es en littérature, c'est ça ? lui demanda t-il en s'appuyant sur le plan de travail, son propre verre de gin entre les mains.

- Et tu es en histoire avec Marlène si je me souviens bien ? répliqua t-elle après avoir acquiescé.

- Exact. McKinnon est... il s'interrompit une seconde, puis pencha la tête légèrement sur le côté et reprit la parole. Tu as rencontré Sirius, n'est-ce pas ?

- Brièvement.

- Disons juste qu'ils sont assez similaires, lui dit-il en souriant.

- Oh mon dieu, et tu vis avec lui ? Je suis désolée pour toi, conclut-elle en lui rendant son sourire. »

 

 

Cette fois, ce fut lui qui pouffa. Marlène était la meilleure amie de Lily au même titre que Mary, mais elle était beaucoup plus intense, beaucoup plus irresponsable, beaucoup plus turbulente, et Lily adorait absolument tout cela à propos d'elle... A partir du moment où elles ne vivaient pas sous le même toit.

 

 

« Je ne l'échangerai contre personne, reprit-il en haussant les épaules. On s'y habitue.

- Je sais ce que tu veux dire, lui confia Lily en lui adressant un demi-sourire. »

 

 

Elle non plus, n'aurait échangé Marlène pour rien au monde. Elle était le genre de personne surprenante dont elle avait besoin dans sa vie. Elle la faisait rire, parfois même sans le vouloir, et Lily aimait à penser qu'elle l'aidait à s'assagir quand Marlène, elle, l'aidait à lâcher du lest. C'était, à son sens, l'un des avantages premiers d'une amitié. Un donnant-donnant perpétuel qui assurait un équilibre sans que qui que ce soit n'ait besoin de faire le moindre effort. Tout coulait de source entre elles.

 

Pendant un moment, Rémus et elle se contentèrent juste de siroter leur gin et Lily, qui se serait inquiétée d'un silence aussi soudain en temps normal, se surprit à réaliser que cela pouvait ne pas être gênant. Elle ne savait pas vraiment ce qu'il y avait de si spécial chez ce garçon pour qu'elle trouve sa compagnie agréable même quand ils étaient tous les deux plongés en plein mutisme, mais une chose était certaine, il n'était pas comme tous ceux qu'elle avait croisés jusque là.

 

Elle profita du moment pour observer un peu plus en détail le salon et maintenant, les murs et le sol gris ne lui parurent plus aussi froids que lorsqu'elle était entrée. Elle remarqua une bibliothèque près d'une porte qui menait probablement à l'une des chambres, et juste à côté se trouvait une étagère remplie de vinyles. Elle sauta de son tabouret de bar pour s'en approcher et se retourna immédiatement vers Rémus lorsqu'elle y lut le nom de tous ses groupes de rock préférés.

 

 

« Qui écoute ça ? l'interrogea t-elle.

- Nous quatre, répondit-il. Ceux là sont à Sirius et moi, mais James en a toute une collection dans sa chambre qu'il a amassée au fil des ans et qu'il tient de ses parents.

- Vraiment ? Bon sang. Je tuerai pour en avoir autant.

- Rappelle moi de ne rien manger ou boire si tu m'invites chez Mary un de ces quatre, plaisanta t-il, la faisant pouffer.

- Comment est-ce que tu as deviné que j'étais du genre à empoisonner ? »

 

 

Il haussa les épaules et laissa échapper un rire à son tour, et Lily se promit de dire à Mary que Marlène et elle avaient raison sur ce garçon. Il était gentil et drôle et parfois, quand elle lisait une légère gêne sur son visage, elle avait l'impression de se regarder dans un miroir.

 

 

« Vous avez tous ceux des Beatles ? l'interrogea t-elle en continuant à inspecter minutieusement l'étagère.

- A nous quatre, oui, répondit-il avec une certaine fierté.

- Je suis jalouse, lui avoua t-elle en observant un vinyle des Beach Boys. »

 

 

La porte s'ouvrit juste avant que Rémus ne lui réponde et Lily tourna légèrement la tête au moment où James pénétrait dans l'appartement en lâchant un gros sac de sport à ses pieds. Ses cheveux étaient humides et il portait un pantalon de jogging gris et ce même sweat rouge que lorsqu'elle l'avait rencontré pour la première fois. Elle ne l'avait pas croisé depuis ce jour là et elle réalisa un peu brutalement que les souvenirs qu'elle avait de lui ne lui rendaient pas du tout justice.

 

 

« Est-ce que tu as trouvé le problème avec l'eau chaude ? J'ai pris ma douche à la salle, mais si Sirius rentre et qu'il ne peut pas se laver... il s'interrompit immédiatement lorsqu'il remarqua la présence de Lily et elle vit la surprise sur son visage.

- Sirius a probablement fermé la vanne en partant ce matin pour que tu prennes une douche froide ce soir, alors si j'étais toi, je ne m'inquiéterai pas trop pour lui. Heureusement que Lily était à côté, lui répondit Rémus. »

 

 

Elle vit les yeux de James descendre succinctement sur ses jambes nues avant de remonter brutalement vers son visage comme s'il s'était soudainement rendu compte qu'il la reluquait, et elle se rappela à ce moment là qu'elle était en pyjama. Elle eut soudainement envie de se cacher derrière ce vinyle des Beach Boys qu'elle tenait toujours dans sa main. A la place, elle l'agita maladroitement dans sa direction en guise de bonjour.

 

 

« Oh. Salut Lily. Et merci pour... avoir contré les plans de mon stupide meilleur ami.

- Ils se sont disputés hier soir, lui confia Rémus à voix basse, et James laissa échapper un soupir agacé.

- Je vais ramener un chat ici, qu'il le veuille ou non.

- Pourquoi est-ce que quelqu'un ne voudrait pas d'un chat ? demanda Lily.

- Exactement, pointa James en se servant un grand verre d'eau.

- Comment s'est passé l'entraînement, capitaine ? l'interrogea Rémus.

- Fenwick n'écoute rien et les frères Prewett passent leur temps à essayer de draguer les filles de l'équipe de volley qui s'échauffent sur le côté du terrain, mais je pense qu'on s'en sortira quand même. »

 

 

Lily comprit à cet instant précis que ce garçon ne vivait pas dans le même monde qu'elle, et elle le fixa en ayant l'impression qu'un bloc de glace lui tombait dans l'estomac. Non. Non. Non. Il était capitaine de l'équipe de basket. Il était certainement encore plus populaire que ce qu'elle ne s'était imaginée, et... Pourquoi est-ce que cela la dérangeait autant ? Il n'était qu'un élève de plus à rentrer dans le programme de tutorat de l'université, un élève avec lequel elle allait passer un nombre d'heures considérable.

 

 

« Oh au fait, Evans... reprit-il en faisant traîner son nom comme s'il était absolument ravi de lui montrer qu'il le connaissait à présent. Le professeur McGonagall m'a dit lors de notre rendez-vous qu'elle parlerait avec toi du tutorat.

- Je l'ai vue tout à l'heure, tout est arrangé. Tu n'as qu'à me dire quand tu veux commencer et... »

 

 

Elle fut interrompue par quelques coups frappés à la porte. Rémus traversa la pièce pour aller ouvrir, et Lily entendit brièvement la voix de sa meilleure amie avant que le jeune homme ne la laisse entrer à son tour. Elle vit immédiatement les yeux de Mary jongler entre James et elle, puis ses sourcils se lever quand elle s'arrêta sur son bas de pyjama, et Lily la supplia intérieurement de ne faire aucune réflexion.

 

 

« Ils avaient un problème d'eau chaude, se justifia t-elle beaucoup trop rapidement.

- Qu'est-ce que tu bois, Mary ? lui demanda James qui avait posé son verre d'eau sur la table.

- La même chose que Lily.

- Un gin tonic, dit-elle.

- Évidemment, commenta Mary avec un sourire amusé. »

 

 

La journée de Lily avait probablement été l'une des pires de cette année, mais maintenant que Mary était avec elle chez ses voisins et qu'elle avait rencontré Rémus qui semblait percevoir chez elle la même gêne générale que lui, les mots de Pétunia n'étaient plus que des échos à peine audibles au fin fond de sa tête. Un sourire imperceptible était figé sur son visage alors qu'elle regardait les trois autres discuter, et elle se demanda brièvement si c'était de cette façon, qu'une amitié débutait.

End Notes:

Bon, alors, j'ai décidé que je ne posterai un chapitre qu'après en avoir terminé un autre pour ne pas laisser la fic sans update pendant trop longtemps, donc ma fréquence de publication va varier en fonction de mon inspi ^^"

En tout cas, je lis vos reviews et je suis toute retournée à chaque fois :') Vous êtes trop sympa avec moi et je vous mérite pas ! :D

Merci pour tout :)

Hard day's night by ECM

 

 

Lily venait d'entrer dans l'amphithéâtre dans lequel elle avait cours de littérature américaine lorsque son téléphone portable vibra dans sa main.

 

 

James Littérature : Toujours ok pour ce soir ?

James Littérature : 21h00 ?

 

 

Elle s'excusa auprès de son professeur pour son retard, jeta un rapide coup d'oeil devant elle et remarqua aussitôt Dorcas avec Bertram et leurs amis dans le fond de la salle. Elle décida d'aller s'asseoir devant. Ils étaient beaucoup trop nombreux là bas et elle redoutait d'avoir à fournir des efforts pour se sociabiliser. Ils étaient probablement très sympa si Dorcas traînait avec eux, mais Lily n'était pas prête à se retrouver au milieu des élèves populaires.

 

 

Lily : Salut ! Je suis désolée, ma voiture n'a pas voulu démarrer cet après- midi, et mes cours se terminent à 20h30, je vais essayer d'attraper le dernier bus mais je ne te promets rien.

 

 

Elle posa son portable sur sa table, sortit ses affaires, et sourit légèrement à sa voisine de droite qui lui montra gentiment ce qu'ils avaient écrit avant qu'elle n'arrive. Son portable vibra une nouvelle fois, et elle vit le nom de Severus Rogue apparaître. Elle soupira et raccrocha immédiatement. Elle avait l'impression d'avoir la poisse en ce moment. Le genre de poisse qui ne s'arrête jamais. Entre Pétunia, Severus, et sa stupide voiture... Même ses Sims, qu'elle s'était pourtant bien amusée à torturer avec Mary et Marlène quand elles étaient au lycée, n'avaient pas connu une telle malchance.

 

Pourtant, quand elle sortit en première de son dernier cours ce jour là, pressée d'en finir avec cette journée et que son regard surpris tomba aussitôt sur James, adossé au mur face à l'amphithéâtre, les yeux rivés sur son portable, elle se rappela qu'il ne fallait jamais se dire qu'une journée était horrible quand elle pouvait encore s'améliorer. Il leva la tête quand il entendit le flot d'étudiants sortir derrière elle, et son sourire lui donna l'impression que le couloir venait de s'illuminer devant elle.

 

 

« Le gymnase est à côté, je me suis dit que ce serait stupide de te laisser prendre le bus alors que nous allons au même endroit, lui expliqua t-il dès qu'elle arriva à sa hauteur.

- Merci, lui dit-elle en soupirant de soulagement. Je déteste le bus. Il y a toujours trop de monde.

- Oh ! Hé ! Evans ! »

 

 

Lily se retourna et vit Dorcas arriver vers eux à grandes enjambées, les yeux rivés sur James. Elle inspira profondément. Elle voulait juste rentrer et même si elle appréciait beaucoup sa camarade de classe, elle eut soudainement envie de lui faire manger ses cahiers de cours, et cela ne s'arrangea pas quand elle ouvrit la bouche.

 

 

« Je n'avais aucune idée que tu traînais avec le capitaine de l'équipe de basket, lui dit-elle sans pour autant quitter James des yeux. »

 

 

Lily aurait certainement trouvé son comportement amusant en temps normal, mais ce soir là, elle eut les plus grandes peines du monde à ne pas lever les yeux au ciel.

 

 

« Moi c'est Dorcas, se présenta t-elle. On va boire un verre avec les autres, est-ce que vous voulez vous joindre à nous ? »

 

 

Lily jeta un coup d'oeil à James, qui lui-même s'était tourné vers elle, et elle fut profondément soulagée lorsqu'il secoua la tête de droite à gauche.

 

 

« Désolé, Lily et moi avons déjà quelque chose de prévu, mais...

- Oh aucun problème, une autre fois alors ? le coupa t-elle. Lily, tu l’amèneras, n'est-ce pas ? »

 

 

La jeune femme acquiesça plus pour clore la conversation que par réelle motivation, et dès que Dorcas leur adressa un signe de main, ils commencèrent à marcher vers le parking. Son estomac était noué et elle détestait la sensation.

 

 

« J'ai comme l'impression que je vais être invitée à toutes les fêtes de la promotion maintenant, lui confia t-elle avec une pointe d'ironie alors que James poussait la porte vers l'extérieur.

- Je te trouverai des alibis pour ne pas y aller s'il n'y a que ça, lui répondit-il après avoir émis un rire qui fit bondir quelque chose en elle.

- Ce n'est pas que je n'aime pas les fêtes, c'est juste... Disons qu'il faut qu'il y ait les bonnes personnes et que... Je n'en sais rien, que je ne sois pas invitée juste parce que je pourrais éventuellement ramener l'un des garçons les plus populaires du campus, expliqua t-elle alors qu'ils se dirigeaient vers sa voiture.

- Elle ne t'a définitivement pas invitée juste pour ça. Tu es quelqu'un de cool.

- Tu es cool, répliqua t-elle. Je suis... Plus du genre discrète.

- Tu me trouves cool ? »

 

 

Il avait l'air un peu surpris par cette information sans qu'elle ne comprenne vraiment pourquoi. Il était évident qu'il était cool. Il devait le savoir. Elle leva les yeux au ciel pour toute réponse, et alors qu'il lui ouvrait la porte côté passager, elle ne put ignorer le sourire fier qu'il arborait et qui dénoua totalement son estomac.

 

 

« Je te trouve cool aussi, lui confia t-il après avoir mis le contact. »

 

 

Elle réalisa à ce moment là qu'elle était assise dans la voiture d'un garçon qu'elle connaissait à peine. La voiture du capitaine de l'équipe de basket de la fac qu'elle connaissait à peine. La voiture du capitaine de l'équipe de basket de la fac qu'elle connaissait à peine et dont le souvenir avait déjà animé plusieurs de ses nuits depuis leur première rencontre, et... Merde. Pense à autre chose, Lily, pense à autre chose.

 

Elle déglutit, se tortilla légèrement sur le siège en cuir sur lequel elle était assise, et tira un peu sur sa ceinture pendant qu'il faisait marche arrière, le bras appuyé sur l'exact même siège. Elle se racla légèrement la gorge et se maudit de sentir son visage chauffer alors que vraiment, tout ne se passait que dans sa tête.

 

 

« Ta voiture sent bon. »

 

 

Est-ce qu'elle avait dit ça à voix haute ? Est-ce qu'elle l'avait vraiment complimenté sur l'odeur de sa voiture ? Les gens normaux ne faisaient pas ça. Elle était dingue. Il devait déjà la prendre pour une psychopathe. Il la trouvait bizarre, c'était sûr. Elle fronça les sourcils et inspira profondément. Pourquoi est-ce qu'elle avait l'impression de manquer d'air ? Elle se passa une main sur le front, nerveuse, puis serra un peu plus son sac contre elle. Elle recommençait à paniquer pour rien, du classique Lily.

 

 

« Je crois que tu sens bon, et que c'est ton parfum qui se répand à l'intérieur, rectifia t-il. »

 

 

Il avait les yeux rivés sur la route, mais quand elle se tourna vers lui, elle put apercevoir un sourire en coin sur son visage. Elle leva les yeux au ciel. Elle aurait dû se douter qu'il était le genre de garçon assez à l'aise pour réussir à répondre à un compliment sur l'odeur de sa voiture en flirtant. Finalement, peut-être qu'elle n'était pas la seule personne bizarre sous cet habitacle.

 

 

« Est-ce que tu vis chez Mary, maintenant ? lui demanda t-il en doublant une petite voiture qui n'avançait pas.

- Oui et non, répondit-elle avant de poursuivre. C'est provisoire. J'ai quelques problèmes avec ma sœur et tant qu'elle n'a pas déménagé de chez mes parents, je reste chez Mary.

- Désolé, s'excusa t-il en grimaçant.

- Non, non, ça va. Est-ce que tu viens de griller un stop ? demanda t-elle en réprimant un rire.

- … Probablement. Est-ce que j'ai mentionné que j'oublie parfois de regarder les panneaux quand je discute avec quelqu'un ? 

- Je suis rassurée que tu me l'avoues, ironisa t-elle.

- Je n'ai encore jamais tué qui que ce soit, pointa t-il.

- Oh je me sens définitivement mieux, pouffa t-elle. »

 

 

Elle le vit sourire, puis elle se retourna vers la fenêtre et s'y accouda, la tête posée sur son bras pendant qu'elle regardait le paysage urbain défiler. James, à côté d'elle, appuya sur le bouton de l'auto-radio et le CD à l'intérieur tourna une seconde avant qu'ils n'entendent les premières notes d'une chanson que Lily connaissait bien.

 

 

« James Potter est-ce que tu es l'une des rares personnes sur cette terre à encore posséder des CDs ? s'exclama t-elle avec amusement.

- Si tu te moques de moi pour ça, attends de voir nos cassettes, répondit-il de la même manière.

- C'est Oasis ? s'étonna t-elle en pivotant de nouveau vers lui. Je ne te prenais pas pour ce genre de mec.

- Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ? répliqua t-il en riant.

- Je n'en sais rien, je te voyais plus écouter du Queen.

- J'aime bien aussi, dit-il en haussant les épaules. Rémus m'a dit que tu étais jalouse de notre collection.

- Clairement.

- Il faudrait que tu voies le reste un jour. »

 

 

Définitivement. Elle voulait voir le reste. Tout le reste. Notamment ce reste qui se trouvait spécifiquement dans sa chambre, comme Rémus le lui avait mentionné. Il se gara dans le parking du bâtiment, récupéra son sac à dos sur la plage arrière, le balança sur son épaule et la suivit dans l'ascenseur. Quand il appuya sur le bouton du  rez-de-chaussée, elle l'interrogea du regard.

 

 

« J'ai promis aux garçons que je leur ramènerai à manger, et il paraît qu'il y a un bon restaurant italien dans la rue, lui dit-il en lui souriant. Je t'invite ? »

 

 

Elle dut avoir l'air d'une parfaite idiote pendant quelques secondes parce qu'elle le fixa sans rien dire. C'était la première fois qu'un garçon l'invitait à manger depuis son histoire avec Severus, et il se passa quelque chose de curieux en elle. La proposition de James en elle même la rendit absolument extatique, mais le souvenir de Rogue enveloppait la légèreté du moment dans son gros manteau sombre et effrayant.

 

Elle hocha doucement la tête en essayant de repousser le stress qui la rendit muette pendant un long moment, et elle fut profondément soulagée quand James reprit la parole et qu'il brisa le silence qu'elle avait laissé s'installer entre eux.

 

 

« J'ai besoin de savoir quelque chose. Et ne réponds pas à la légère s'il te plaît.

- Ce n'est pas du tout inquiétant, lui confia t-elle avec ironie alors qu'ils marchaient côte à côte dans la rue.

- Lily, dit-il très sérieusement en s'arrêtant juste devant le restaurant. Quel est ton groupe préféré ? »

 

 

Elle lui jeta un regard dépité, prête à parier qu'il n'avait aucune idée que son cœur s'était emballé, et puis elle se retourna vers la carte du restaurant.

 

 

« J'ai cru que tu allais me demander quelque chose de sérieux, lui reprocha t-elle en cherchant ce qu'elle allait commander.

- C'est très sérieux.

- Tu me donnes envie de prendre le truc le plus cher pour me venger, plaisanta t-elle. »

 

 

Il pouffa à côté d'elle et elle se surprit à penser qu'elle voulait encore l'entendre rire. Elle voulait encore le faire rire. Pourquoi est-ce que c'était si gratifiant ? Pourquoi est-ce qu'elle était déjà en train de chercher quelque chose d'autre à dire qui pourrait l'amuser autant ?

 

 

« Alors ? J'attends, la pressa t-il, et elle sentit son regard appuyé sur elle.

- Je vais prendre ça, dit-elle en pointant une pizza quatre saisons du doigt.

- Et pour l'autre chose ? demanda t-il en entrant dans le restaurant.

- Je ne peux pas choisir un seul groupe, gémit-elle alors qu'il donnait leur commande au serveur qui leur intima d'aller s'asseoir en attendant qu'elle soit prête.

- J'aime bien cette réponse, admit-il en lui adressant un sourire qui agita ses neurones. Maintenant, imagine que je sois capable d'effacer absolument tous les albums que tu possèdes. Pour lequel est-ce que tu serais capable de me tuer ?

- No Need To Argue des Cranberries, répondit-elle immédiatement. Et je ferais en sorte que ta mort soit affreusement lente et douloureuse. »

 

 

Et ce rire, une nouvelle fois, perça ses oreilles et elle songea avec une once de naïveté qu'elle préférait ce son à n'importe laquelle des ballades de son album préféré. Elle n'avait aucune idée de la façon dont il s'y prenait, mais ses mains étaient moites et son nez piquait un peu, comme lorsqu'elle écoutait une chanson triste qui la prenait immédiatement aux tripes.

 

Elle espéra soudainement que leur commande n'arriverait jamais. Elle n'avait aucune idée qu'une personne pouvait procurer les mêmes émotions qu'une chanson. Elle avait déjà trop vécu l'émoi de la première écoute d'une mélodie qui semblait faite pour elle pour ne pas être capable de la reconnaître lorsqu'elle l'entendait.

 

Elle se frotta nerveusement les mains et détourna le regard vers la rue. Elle ne connaissait pas un monde dans lequel un garçon comme lui et une fille comme elle finissaient ensemble. Elle se détestait de penser de cette façon, de l'enfermer dans une case, de s'enfermer elle-même dans une autre, et d'être aussi intense à propos d'une personne dont elle connaissait si peu de choses, mais c'était plus fort qu'elle.

 

Son portable vibra, la faisant revenir sur terre, et elle vit une nouvelle fois le nom de Severus Rogue s'afficher. Ce fut la fois de trop. Elle s'excusa auprès de James et décrocha tout en sortant du restaurant.

 

 

« Si tu n'arrêtes pas de m'appeler, je bloque ton numéro, le prévint-elle aussitôt.

- Lily, s'il te plaît, ça fait un an, est-ce qu'on peut passer à autre chose ? J'ai besoin que tu me laisses m'expliquer maintenant.

- Laisse moi tranquille.

- Je veux juste te parler, même cinq minutes, laisse moi juste le temps de...

- Laisse moi tranquille ! répéta t-elle un peu plus fort. »

 

 

Elle l'entendit commencer une nouvelle phrase mais elle raccrocha et entreprit de retrouver James dans le restaurant. Il en sortit au même moment avec cinq cartons de pizza dans les mains. Elle rangea rapidement son portable dans la poche arrière de son jean et s'empressa de le délester d'une partie de la commande tout en s'excusant une nouvelle fois.

 

 

« Aucun problème.

- Cinq Pizzas... Est-ce que je vais rencontrer Peter ? l'interrogea t-elle avec un enthousiasme qui n'était pas feint.

- On dirait bien, répondit-il en souriant. Ne t'inquiètes pas, il sera probablement plus anxieux que toi.

- Ça me paraît difficile à croire, lui confia t-elle en lui rendant son sourire. »

 

 

Le retour parut à Lily beaucoup plus court que l'aller, et elle sentit son portable vibrer contre son postérieur tout le long du chemin. Ses mains étaient occupées et elle dut attendre d'arriver chez les garçons et de poser les pizzas sur la table pour pouvoir lire ses messages. Il y en avait un de sa mère, lui disant qu'elle lui manquait et qu'elle espérait que tout allait bien chez Mary, et elle y répondit aussitôt. Les autres venaient tous du groupe de discussion qu'elle partageait avec Marlène et Mary, et elle avait également plusieurs appels manqués de Severus.

 

 

Mary : STP Lily prends ton temps ce soir. J'ai réussi à convaincre cette fille de mon TD de venir à l'appart.

Mary : Je ferai tout ce que tu veux.

Mary : Mais laisse-moi au moins jusqu'à 23h.

 

 

Lily s'esclaffa quand elle vit que Marlène avait répondu par deux émojis pêche, et elle envoya un gif d'un personnage de série en train de s'éventer puis se mit à taper une réponse.

 

 

Lily : Je suis chez les garçons.

Lily : On va bientôt manger et James et moi devons travailler après, je risque d'y être un moment de toutes façons. Amuse toi bien.

Marlène : « Travailler »

 

 

Lily leva les yeux au ciel quand elle vit un émoji avec un sourire en coin apparaître dans la discussion.

 

 

« Qu'est-ce que tu veux boire ? l'interrogea James alors qu'une porte grinçait dans le couloir.

- Juste de l'eau, merci. »

 

 

Il lui fit signe de s'asseoir à la grande table qui se trouvait derrière le canapé mais elle s'attarda encore une fois devant les vinyles qu'elle n'avait pas eu le temps de regarder autant qu'elle l'aurait voulu la dernière fois, et recommença à écrire aux filles.

 

 

Lily : Il est venu me chercher à la fac ce soir.

Lily : Dorcas était folle. Je vais en entendre parler demain.

Marlène : Le voisin sexy a un petit faible pour toi, chérie.

Lily : Je ne crois pas. Il est juste gentil.

 

 

Lily risqua un coup d'oeil vers James qui était en train de sortir plusieurs verres du placard le plus haut, et elle se maudit intérieurement quand son regard glissa de ses larges épaules jusqu'à son postérieur. Non. Non. Non. Il ne fallait pas qu'elle commence à se laisser aller à ce genre de regards déplacés. Son portable vibra de nouveau dans sa main et elle s'étouffa avec sa propre salive lorsqu'elle lut les messages de Marlène.

 

 

Marlène : Tu es tellement naïve.

Marlène : Rémus m'a demandé si Mary et toi sortiez ensemble.

 

 

Ses messages étaient suivis d'un émoji qui pleurait de rire, et Lily dut toussoter plusieurs fois avant de réussir à s'en remettre.

 

 

Marlène : Il paraît que James voulait savoir.

Lily : Il m'a demandé si j'habitais avec Mary.

Marlène : J'ai dit à Rémus que vous aimiez vous tripoter avant de dormir.

Marlène : Ne t'inquiètes pas, ça a probablement plus émoustillé James qu'autre chose.

 

 

Elle avait ponctué sa dernière réponse d'un clin d'oeil et Lily pesta intérieurement contre elle, elle s'apprêtait à lui demander si elle était sérieuse lorsqu'un raclement de gorge juste à côté d'elle la fit revenir à la réalité.

 

Sirius était appuyé contre le mur, si près d'elle qu'elle se demanda comment elle avait fait pour ne pas le remarquer avant. Il arborait un sourire en coin qui lui fit se demander pendant un instant s'il avait lu sa conversation. Elle s'empressa de mettre son téléphone en veille et le posa sur la table derrière elle avant de le saluer.

 

 

« Hmm... Peter a raison, je n'avais pas fait attention la première fois, mais tu ressembles à la Petite Sirène, commenta t-il.

- … Je n'ai jamais vu Peter, lui fit-elle remarquer en haussant les sourcils.

- Oh non, je sais, on a juste espionné tes réseaux sociaux, lui répondit-il en faisant un geste désinvolte de la main dans sa direction avant de se diriger vers James qui lui jeta un regard ahuri.

- Vous avez fait quoi ?!

- Oh ne fais pas comme si tu ne l'avais pas fait non plus, j'ai vu ton historique de recherche instagram. »

 

 

Lily ne parvint pas à se retenir de rire quand le visage de James s'embrasa et qu'il marmonna quelque chose d'absolument inaudible avant de disparaître dans le couloir à l'opposé d'où elle se tenait.

 

 

« Quoi ? Il fallait qu'on s'assure que sa tutrice n'était pas une psychopathe, insista Sirius d'un air perplexe en ouvrant l'un des cartons de pizza avant d'esquisser une grimace dégoûtée. Mon dieu, Peter a encore osé prendre une Hawaïenne.

- Tu as l'air bien sûr de toi. Peut-être que je porte un collier des dents de toutes mes victimes sous ce pull, plaisanta t-elle. »

 

 

Il était en train de soulever les cartons un à un pour trouver sa pizza, et il se stoppa net dans son élan pour lui jeter un regard perçant. Quelques instants après, il reprit ses recherches et eut l'air positivement ravi de trouver sa commande. Ses yeux gris étaient de nouveau sur elle quand James réapparut dans la pièce, suivi de Peter et de Rémus. A ce moment là, il se tourna vers eux, pointa la part de pizza dont il s'était saisi dans la direction de Lily, et reprit la parole.

 

 

« Je l'aime bien. Est-ce qu'on peut la garder ?

- Il n'y a pas assez de place, mais j'imagine que ça dépend... Lily, est-ce que tu crois que Mary serait d'accord pour t'échanger contre Sirius ? l'interrogea Rémus après l'avoir brièvement saluée d'un sourire et d'un signe de main.

- Je ne sais pas, elle a un rituel particulier avant de dormir alors... Lily laissa sa phrase en suspend et retint un rire quand James manqua de faire tomber les pizzas en les déposant sur la grande table. »

 

 

Elle sut à ce moment là que Rémus lui avait transmis toutes les informations qu'il avait pu obtenir par Marlène.

 

 

« Quel rituel ? Quel rituel ? les questionna Sirius en les observant un par un.

- Oh rien de très compliqué, répondit-elle avant de se tourner vers le plus petit des quatre garçons. Tu dois être Peter, c'est ça ?

- C'est ça, confirma t-il. Lily, j'imagine ?

- Laisse tomber, Pete, elle sait déjà qu'on a fouillé son instagram, intervint Sirius en s'asseyant à côté d'elle. »

 

 

Les joues du garçon s'empourprèrent comme celles de James un peu plus tôt, et il bafouilla une excuse tout en tirant la chaise la plus près de lui sur laquelle il se laissa tomber.

 

 

« Tu sais que ce n'est pas juste, pointa Rémus en distribuant les pizzas. Il va falloir qu'elle aille espionner les vôtres pour contre-balancer.

- Marlène et Mary l'ont probablement déjà fait. Elles me raconteront, intervint Lily en souriant.

- Marlène, c'est cette fille marrante qui est avec toi en histoire, c'est ça ? demanda Peter à Rémus qui acquiesça.

- Et Mary, c'est la voisine que tu ne vois jamais parce que tu es toujours en train de réviser tes stupides cours, expliqua Sirius qui avait déjà englouti sa première part.

- Facile à dire, quand on est en Arts, répliqua Peter.

- Tu es en Arts ? demanda Lily à Sirius en se tournant légèrement vers lui. »

 

 

Il acquiesça et pointa du doigt plusieurs tableaux, dont un juste à côté de la porte sur lequel l'on pouvait voir un chien, un rat, un loup, et un cerf au cœur d'une immense forêt. Elle lâcha une exclamation admirative alors qu'il reprenait la parole.

 

 

« Et toi ? A part la littérature, qu'est-ce que tu fais quand tu n'es pas en train de fabriquer des colliers de dents ? lui demanda t-il alors qu'elle entamait sa pizza.

- Hum... J'ai fait du basket... commença t-elle après avoir laissé échapper un bref rire. »

 

 

James, qui n'avait pas pris la parole depuis qu'ils s'étaient tous assis autour de la grande table, leva immédiatement la tête vers elle. Il avait l'air à la fois étonné et ravi, et elle esquissa un sourire dans sa direction avant de reprendre.

 

 

« J'ai arrêté cette année parce que j'avais peur de ne plus avoir assez de temps avec les cours. Globalement, c'est tout ce qu'il y a à savoir à propos de moi.

- Ce n'est pas tout, réfuta Rémus. Elle a les mêmes goûts musicaux que nous.

- Elle ne peut pas être SI parfaite, marmonna Sirius en plissant les yeux.

- Pourquoi est-ce que tu ne m'as pas dit que tu jouais ? l'interrogea James qui semblait avoir perdu tout intérêt pour sa pizza.

- L'occasion ne s'est pas présentée, lui avoua t-elle honnêtement. »

 

 

Ils discutèrent tous les cinq pendant une petite heure, et même si Lily détestait habituellement être entourée d'autant de personnes qu'elle ne connaissait pas, ou peu, elle fut un peu surprise de la facilité avec laquelle elle s'intégra au groupe de garçons ce soir là. Il n'y avait rien de désagréable, rien qui la faisait se sentir anxieuse dans la façon qu'ils avaient de s'adresser à elle. Ils étaient juste sympathiques et bienveillants, et par dessus tout, drôles, et elle oublia pendant un instant qu'elle n'était pas avec Marlène et Mary.

 

 

« Laissez, laissez, je vais ranger, allez travailler, leur intima Peter alors que Lily et James commençaient à débarrasser la table.

- Sirius et moi allons faire un tour aux Trois Balais, si vous voulez nous rejoindre après, leur proposa Rémus alors qu'il était en train d'enfiler sa veste.

- A moins que la Petite Sirène ne tienne pas l'alcool, la taquina Sirius.

- La Petite Sirène tient très bien l'alcool, démentit Lily, mais peut-être pas ce soir.

- Petite joueuse, répondit-il. Si tu changes d'avis, tu sais où nous trouver. »

 

 

Il leur adressa un clin d'oeil et disparut derrière Rémus pendant qu'elle récupérait son sac près de l'étagère où se trouvaient tous les vinyles. Elle le posa sur la table et en sortit son cahier d'Histoire de la littérature.

 

 

« Je vais chercher mon PC, lui indiqua James avant de disparaître dans le même couloir où il avait été chercher Rémus et Peter un peu plus tôt. »

 

 

Il y eut un bref silence dans la pièce pendant lequel elle relut ses notes, et elle sourit quand elle entendit Peter siffloter à quelques mètres d'elle en faisant la vaisselle.

 

 

« Est-ce que c'est du Taylor Swift que j'entends ? s'enquit-elle et il s'arrêta aussitôt, réalisant brutalement qu'il n'était pas seul.

- Ne le répète pas aux autres, sinon je vais en entendre parler pendant des mois.

- Un peu de pop n'a jamais tué personne.

- La prochaine fois, assure toi de dire ça devant les garçons s'il te plaît.

- Ce sont des musiques littéralement faîtes pour plaire au plus grand nombre. Nous sommes les gens normaux, Peter, et tes amis sont...

- Des énergumènes, compléta t-il en souriant. »

 

 

Elle pouffa et James réapparut au même moment. Elle déglutit quand il s'installa à côté d'elle et ouvrit son ordinateur portable. Son parfum vola tout autour d'elle et elle se jura de dire à Mary qu'elle voulait mourir en reniflant cette odeur. Elle retint un pathétique soupir lorsqu'elle vit son fond d'écran : Une adorable photo de ses parents qui posaient sur la plage. Et puis elle remarqua Sirius et lui juste derrière, chacun avec un grand seau dans les mains et un sourire machiavélique sur le visage.

 

Elle devina que la photo avait dû être prise juste avant que les pauvres parents ne se retrouvent trempés de la tête aux pieds par les deux garçons qui semblaient avoir autour de quinze ou seize ans. Son père et sa mère paraissaient largement plus âgés que les siens.

 

 

« Vous avez l'air plutôt proches, Sirius et toi, constata t-elle.

- Comme des frères, affirma t-il en ouvrant une page Word.

- Mary et moi sommes pareilles, lui confia t-elle avant de tapoter son cahier. Hmmm... Je pensais débuter avec de l'Histoire de la littérature.

- Ça a l'air horrible.

- Je sais. Et ça l'est, lui dit-elle en pouffant. Je préfère commencer par le pire.

- C'est toi le prof.

- Très bien. Allons-y pour la période coloniale... »

 

 

Elle ignora sa grimace puis commença à lui parler du puritanisme aux Etats-unis, de cette ère pendant laquelle les écrits étaient surtout des sermons, de l'obsession pour la bible, de la censure des théâtres et de l'art en général et elle fut agréablement surprise de l'attention qu'il portait au moindre de ses mots.

 

Elle apprit à ce moment là qu'il était très simple de faire du tutorat avec James contrairement à ce que le professeur McGonagall lui avait laissé entendre, et puis il y eut ce moment où elle commença à évoquer la littérature de la deuxième moitié du 18ème siècle...

 

 

« Tu changes de chapitre ? On part sur le romantisme et le gothique ? l'interrompit-il en fronçant les sourcils.

- Heu... Non. Je faisais juste une petite parenthèse sur Charles Brockden Brown et...

- Dont les romans sont basés sur la peur, bien loin du puritanisme et du reste de la période coloniale, la coupa t-il d'un air intelligent qui lui donna à la fois envie de l'embrasser et de lui claquer la tête contre la table.

- C'était juste une parenthèse, lui rappela t-elle en le regardant droit dans les yeux.

- D'accord, mais qu'est-ce que Brockden Brown vient faire sur la période coloniale alors que...

- Bon sang, McGonagall avait raison, soupira t-elle en laissant sa tête reposer sur son poing.

- Quoi ?

- Rien.

- Est-ce que McGonagall t'a dit quelque chose sur moi ? s'enquit-il. »

 

 

Il retira ses mains de son clavier d'ordinateur et s'accouda à la table en se tournant légèrement vers elle pour mieux la regarder. Elle avait l'impression que deux énormes projecteurs étaient braqués sur elle alors que ses yeux bruns parcouraient son visage à toute allure. Il était évident qu'il ne lâcherait rien. Elle avait deux options : être cash ou embellir le tableau, et ce fut ce petit air arrogant qu'elle avait lu sur son visage quelques secondes plus tôt qui l'aida à prendre sa décision.

 

 

« Elle a dit que tu étais très au courant de tes propres capacités, lui avoua t-elle en s'efforçant de soutenir son regard.

- C'est une mauvaise chose ?

- Pas si tu te tais jusqu'à ce que je finisse mon cours et que tu gardes tes questions sur la structure pour la fin. »

 

 

Elle sut au moment où elle termina sa phrase qu'il ne l'interromprait plus. Il resta de marbre pendant quelques secondes puis son regard dévia sur sa bouche et elle se demanda brièvement s'il pouvait entendre son cœur taper contre sa poitrine comme s'il voulait en sortir. Un regard. Un seul regard. Un bref coup d'oeil vers ses lèvres. Rien d'autre. Aucun mot. Aucun sourire. Un foutu regard et elle était perdue.

 

 

« … Je peux reprendre ? demanda t-elle après s'être brièvement raclée la gorge. »

 

 

Il hocha la tête, et, alors qu'elle essayait de se re-concentrer sur ses notes, elle le vit se masser la nuque du coin de l'oeil. Elle regretta profondément d'avoir pu penser une seule seconde que cette histoire de tutorat serait facile. Elle eut toutes les peines du monde à se ressaisir mais elle y parvint au prix d'un grand effort, et ils passèrent les deux heures qui suivirent à travailler dans l'ambiance la plus studieuse qu'elle put instaurer compte tenu du fait que son cerveau semblait insister pour qu'elle l'imagine sans vêtement à chaque fois qu'elle osait un coup d'oeil dans sa direction. C'est à dire, approximativement toutes les dix secondes.

 

 

« Ok, je pense qu'on va s'arrêter là, lui dit-elle lorsqu'elle sentit sa vision se brouiller à cause de la fatigue.

- Ce n'était pas si terrible, remarqua t-il après avoir refermé son ordinateur portable.

- Oh, attends qu'on rentre dans le vif du sujet et tu vas voir à quel point cette partie là était horrible comparée au reste. »

 

 

Il haussa les épaules alors qu'elle récupérait son téléphone puis rangeait son cahier dans son sac, et quand elle jeta un bref regard à l'horloge et qu'elle constata qu'il était déjà presque une heure du matin, elle bondit de sa chaise.

 

 

« Oh merde. Je suis désolée, je n'ai pas vu le temps passer.

- Ne t'en fais pas Evans, je ne pars qu'à dix heures demain. Tu veux boire quelque chose avant de rentrer ? »

 

 

Il y eut un bref instant pendant lequel elle fut tentée de dire oui. Elle voulait rester boire un verre, puis un deuxième, et un troisième, et peut-être descendre une bouteille entière avec lui, mais elle devait se lever dans six heures et elle savait que la Lily du futur lui en voudrait si elle n'allait pas se coucher maintenant.

 

 

« Merci, c'est gentil, mais il faut absolument que je rentre me reposer. Merci pour la pizza, et pour... Le cours. C'était bien. C'était sympa, bredouilla t-elle en se dirigeant vers la porte.

- C'était vraiment bien, confirma t-il les mains dans les poches alors qu'elle ouvrait rapidement la porte de l'appartement.

- Je... Est-ce que tu peux juste attendre deux secondes que je sois rentrée ? lui demanda t-elle. Mary avait un rencart avec cette fille et je ne veux pas... Tu sais... Si elles sont en train de... »

 

 

Elle ne termina aucune de ses phrases, mais elle devina à son rire qu'il l'avait parfaitement comprise, et, alors qu'elle tournait sa clé dans la serrure, elle sentit son regard sur sa nuque et c'était assez pour qu'elle se dise qu'elle allait finir en enfer parce qu'elle l'imaginait la retenir de toutes sortes de façon. Il n'en fit rien, et quelque part, cela la vexa un peu et elle s'insulta mentalement de lui avoir dit qu'elle devait rentrer dormir. Elle aurait pu dormir chez lui. Dans son lit. Clairement.

 

Elle lui adressa un petit signe de la main en refermant soigneusement la porte derrière elle, puis elle alluma la lampe torche de son portable pour se diriger jusqu'à la salle de bain sans allumer la lumière et risquer de trouver des sous-vêtements éparpillés dans le salon. Mary était un animal, et elle laissait des traces. C'était l'une des choses que Lily avait apprise en étant amie avec elle aussi longtemps.

 

Elle enfila rapidement un pyjama, se lava les dents et dénoua ses cheveux avant de se hâter vers sa chambre sur la pointe des pieds et de se glisser dans la fraîcheur agréable de ses draps. Elle déverrouilla son portable une dernière fois pour lire ses messages et répondre à ceux de Marlène qui s'inquiétait visiblement de savoir si elle était rentrée saine et sauve ou si les garçons avaient eu raison de sa santé mentale, et alors qu'elle allait éteindre, son portable vibra dans sa main.

 

 

James Littérature : Au fait, je finis à 18h demain. Je te ramène ?

 

 

Elle s'était mise à respirer un peu plus fort sans s'en rendre compte et elle fixa longuement l'écran de son portable avant de commencer à taper une réponse.

 

 

Lily : Si tu changes de musique, pourquoi pas ?

 

 

Elle ajouta un smiley qui riait à la fin de son message et ne se rendit compte qu'elle attendait sa réponse que quand son portable vibra de nouveau et qu'elle réalisa qu'elle le tenait encore étroitement dans sa main.

 

 

James Littérature : Il n'y a rien de mal à écouter Oasis.

James Littérature : Ne m'oblige pas à supplier Evans.

Lily : C'est bon, c'est bon. Je rentrerai avec toi. Merci.

James Littérature : Parfait. Bonne nuit.

 

 

Elle fixa l'émoji qui souriait et elle posa son portable sur sa table de chevet en songeant qu'elle allait définitivement passer une bonne nuit, pour une fois.

 

 

End Notes:

Bon, comme j'ai été très productive ce week-end (une autre façon de dire que je n'ai absolument pas bougé de chez moi xD), que j'ai terminé d'écrire un nouveau chapitre, et que j'ai bien avancé sur le suivant, je me suis autorisée à poster celui-ci plus tôt que prévu :)

Je vous préviens, je crois que Sirius est pire que tout sur cette fic, et c'est ce que je préfère écrire huhu :D

ET merci x1000 pour vos reviews, rohlala :')

Don't take him even though you can by ECM

Lily sut au moment où Dorcas Meadowes s'assit à côté d'elle pendant le cours de littérature anglophone qu'elle n'allait probablement pas réussir à écouter le professeur McGonagall autant qu'elle l'aurait voulu. Elle griffonna la date du jour sur son cahier pendant que sa camarade sortait son ordinateur portable.

 

 

 

Lily avait toujours préféré le papier. Elle retenait mieux en écrivant qu'en tapant, mais elle devait admettre qu'elle aurait soulagé son poignet si elle avait daigné, au moins de temps en temps, ramener elle aussi son PC.

 

 

 

 

 

« Tu fais quelque chose ce soir ? l'interrogea Dorcas en gardant les yeux rivés sur son écran.

 

- Hmm... Non, pas spécialement.

 

- Pas de projet spécifique avec le capitaine de l'équipe de basket ? »

 

 

 

 

 

Lily aurait dû comprendre directement où Dorcas voulait en venir dès sa première question, mais elle fronça curieusement les sourcils quand sa camarade de classe évoqua le sujet « James » avec très peu de subtilité.

 

 

 

 

 

« Pas ce soir, répondit-elle en haussant les épaules. On rentre ensemble et c'est tout.

 

- Ça fait longtemps que vous vous connaissez ?

 

- Pas tellement. »

 

 

 

 

 

Elle resta évasive plus par volonté d'écouter ce que le professeur McGonagall avait à dire sur Kate Chopin que pour rebuter Dorcas.

 

 

 

 

 

« Mais tu sors avec lui ? Je veux dire... Vous êtes ensemble ? »

 

 

 

 

 

Cette fois, elle se tourna vers la jeune femme, et secoua rapidement la tête de gauche à droite. Dorcas laissa échapper un soupir de soulagement qui perturba légèrement Lily, et pendant quelques secondes, elle ne parvint plus à se concentrer sur le cours.

 

 

 

 

 

« Donc il est libre, souffla Dorcas. Mais est-ce que tu... Je veux dire, je suis intéressée, mais si tu es intéressée, je ne vais rien tenter. »

 

 

 

 

 

Lily déglutit. Elle n'était pas intéressée. Ou peut-être que si. Elle ne savait pas vraiment. Elle avait été attirée par lui dès qu'elle l'avait vu, mais elle doutait qu'il y ait une personne dans cette énorme faculté capable de rester de marbre devant lui. C'était probablement juste cela. On ne tombait pas amoureux de quelqu'un en quelques jours. Du moins, rien ne s'était passé de cette manière avec Severus.

 

 

 

Leurs sentiments s'étaient construits autour de leur longue amitié et à un certain moment, il leur avait semblé naturel de commencer à sortir ensemble. Ce n'était définitivement pas ce qu'il se passait avec James. Elle manquait d'air quand il était dans les parages et elle se sentait bizarrement plus libre alors qu'elle avait toujours considéré la présence des autres comme une déconcertante étreinte qui l'empêchait d'être elle-même, trop préoccupée à l'idée de passer pour quelqu'un de bizarre. Non. Ce n'était pas comme avec Severus. C'était juste son stupide corps qui réagissait, une alchimie qu'elle ne maîtrisait pas et qui n'avait rien à voir avec les sentiments.

 

 

 

 

 

« C'est juste mon voisin, lui dit-elle alors en haussant les épaules.

 

- Donc je peux tenter ma chance ?

 

- Je croyais que tu sortais avec Bertram ? s'enquit Lily.

 

- Pas vraiment, répondit Dorcas en jetant un bref coup d'oeil par dessus son épaule vers le garçon en question. Apparemment, je ne suis plus assez intéressante pour lui maintenant qu'il a eu ce qu'il voulait.

 

- Quel crétin.

 

- Ce n'est pas si grave. Surtout si je peux rebondir avec James Potter...

 

- Fais-toi plaisir, Dorcas. »

 

 

 

 

 

Elle eut un pincement au cœur quand sa camarade lui répondit qu'elle n'allait pas se gêner, et elle l'agaça soudainement beaucoup plus qu'elle ne l'avait jamais fait. Lily mit cela sur le compte de ses tentatives avortées de rester focalisée sur le cours car paradoxalement, elle était profondément désolée pour elle que Bertram se soit servi d'elle.

 

 

 

 

 

« Tu pourrais lui demander s'il veut bien prendre mon numéro de portable ? Ou que tu me donnes le sien ?

 

- Dorcas, j'essaie d'écouter, soupira t-elle.

 

- S'il te plaîiiit... la supplia t-elle en lui jetant un regard de chien battu.

 

- Je lui donnerai le tien.

 

- Yes ! Merci ! je vais te couvrir de chocolat. »

 

 

 

 

 

Elle leva les yeux au ciel pour toute réponse, et même si Dorcas demeura complètement silencieuse tout le reste de l'heure, Lily resta agacée par le simple fait qu'elle avait l'air de jubiler à côté d'elle. Elle s'en voulut un peu. Elle aurait dû se réjouir de la voir aussi excitée. Elle adorait quand Mary et Marlène lui demandaient de leur passer le numéro de quelqu'un qui les intéressait, et comme elle était la plus introvertie des trois, cela arrivait trop rarement. Dorcas lui avait enfin donné l'occasion de se relancer dans le marché de l'entremise amoureuse et elle réalisait soudainement qu'elle n'aimait plus cela autant qu'avant.

 

 

 

 

 

 

 

Il était dix-sept heures lorsqu'elle termina les cours ce jour là. Elle s'acheta un cappuccino à la vanille à la cafétéria et prit la direction du gymnase après avoir envoyé quelques messages à Marlène et Mary puis s'être assurée que Severus ne l'avait pas recontactée.

 

 

 

Quand elle pénétra dans la salle, les joueurs étaient encore en train de s'entraîner. Elle referma discrètement la porte derrière elle et entreprit d'aller s'asseoir dans les immenses tribunes sans attirer l'attention sur elle.

 

 

 

Elle croisa les jambes et chercha James des yeux. Elle le trouva rapidement. Elle fut étonnée pendant une seconde de voir qu'il jouait meneur, et quand elle constata que les autres joueurs semblaient mesurer près de deux mètres, elle réalisa que ce n'était pas si surprenant. Il avait beau être grand, ce n'était rien à côté de ses camarades qui jouaient pivot.

 

 

 

Ils avaient divisé l'équipe en deux et étaient en train de disputer un match dont elle ne manqua pas une miette. Il était doué. Ils l'étaient tous, globalement, mais l'on pouvait être plus sensible à certains jeux qu'à d'autres, et elle était clairement sensible au sien. Évidemment. Ses mouvements étaient fluides, jamais attendus, et son adresse semblait frustrer ses adversaires.

 

 

 

Son estomac se noua quand elle se souvint qu'elle avait assuré à Dorcas qu'elle lui donnerait son numéro. Elle n'avait plus du tout envie de le faire maintenant qu'elle le regardait jouer et qu'elle se demandait si quelqu'un au monde était capable de mieux porter un maillot de basket-ball que lui. Elle en doutait fortement.

 

 

 

 

 

« Gid ! appela t-il en faisant une passe à un grand garçon roux à l'intérieur de la raquette. »

 

 

 

 

 

Le jeune homme marqua juste après, et James se passa une main dans les cheveux avant de lui donner une petite tape sur l'épaule et de lui glisser quelque chose à l'oreille que Lily ne pouvait pas entendre de là où elle se tenait. Elle laissa échapper un pathétique soupir sans pouvoir le retenir. A quel point était-ce fou, d'être jalouse d'un stupide ballon ?

 

 

 

Son cappuccino avait refroidi dans sa main quand elle se souvint qu'elle le tenait toujours en équilibre sur ses jambes croisées. Elle l'avala en une gorgée au moment où l'entraîneur siffla la fin de l'entraînement, et elle s'empressa de descendre les marches des tribunes pour aller saluer James. Il eut l'air positivement ravi de la trouver là.

 

 

 

 

 

« J'ai terminé à dix-sept heures et j'avais envie de voir ce que tu valais, lui expliqua t-elle avec un sourire en coin.

 

- Et alors ? Ton verdict ?

 

- C'était acceptable, lâcha t-elle en feignant une grimace qui le fit rire.

 

- J'imagine que tu voulais dire « grandiose », lui glissa t-il en haussant les sourcils. »

 

 

 

 

 

Elle lâcha un rire tout en commettant l'erreur ultime de laisser ses yeux vagabonder sur ses épaules et sur ses bras et elle s'insulta mentalement d'avoir autant envie qu'il les enveloppe autour d'elle. Pendant plusieurs secondes, son cerveau bloqua totalement. Elle voulait savoir ce que cela faisait de se faire étreindre par James Potter et il lui sembla tout à coup qu'elle n'avait jamais souhaité quelque chose avec autant d'ardeur.

 

 

 

 

 

« Tu m'attends ? Je vais prendre ma douche. Je peux te confier mon ballon ?

 

- Avec plaisir. »

 

 

 

 

 

Elle regretta un peu de ne pas sentir sa main contre la sienne lorsqu'il lui cala la balle dans les bras pendant que ses coéquipiers, à quelques mètres de là, sifflaient bruyamment, la faisant légèrement rougir. Elle était pathétique, elle le savait, mais elle ne pouvait rien y faire. Elle attendit qu'ils aient débarrassé le plancher avant de dribbler timidement sur le parquet lustré du terrain.

 

 

 

L'odeur lui avait manqué. La sensation du ballon dans la paume de sa main lui avait manquée. Elle s'arrêta au niveau des lancers francs, tira, et le son caressant du filet sur le cuir de la balle la ramena quelques mois en arrière, quand elle n'était pas autant focalisée sur son avenir.

 

 

 

 

 

« Joli geste. »

 

 

 

 

 

Elle se retourna pour essayer de voir d'où venait le compliment, et elle aperçut l'entraîneur de James à quelques mètres de là, en train de ranger un paquet de dossards verts dans un gigantesque sac rouge.

 

 

 

 

 

« Merci, répondit-elle en esquissant un sourire timide.

 

- Quel poste ?

 

- Ailière, la plupart du temps.

 

- Je m'en doutais, lui confia t-il en lui souriant à son tour. »

 

 

 

 

 

C'était un grand homme chauve qui lui avait semblé un peu intimidant quand elle se trouvait encore dans les tribunes, mais maintenant qu'elle le voyait d'un peu plus près, il lui apparut qu'il avait un air familier et sympathique.

 

 

 

 

 

« Garde bien ton coude dans l'alignement du panier, lui conseilla t-il avant d'aller se positionner plus près d'elle. Ça te dérange si je prends ton rebond ?

 

- Oh non, allez-y.

 

- Pas de ça avec moi. Il faut me tutoyer. Je suis Kingsley, lui lança t-il avec bienveillance.

 

- Lily, se présenta t-elle de la même façon.

 

- Très bien Lily. Fais-moi quelques shoots. »

 

 

 

 

 

Elle manqua les premiers, probablement parce que la simple idée que l'entraîneur d'une équipe aussi forte que celle de la faculté soit focalisé sur ses tirs la rendait nerveuse au delà des mots, et puis il l'encouragea tant qu'elle trouva rapidement son rythme de croisière. Bientôt, elle se surprit à se ficher éperdument de voir son ballon passer à des kilomètres de l'arceau, et ce fut à ce moment qu'elle parvint le plus à le rentrer dedans. Elle avait toujours été mauvaise sous la pression, et c'était aussi pour cette raison qu'arrêter le basket n'avait pas été aussi déchirant que n'importe quelle personne de son entourage aurait pu le croire.

 

 

 

 

 

« Yes ! s'écria t-elle en riant lorsqu'elle marqua un magnifique trois points et que Kinglsey leva son pouce dans sa direction.

 

- Tu n'avais pas précisé que tu te débrouillais bien, commenta James en sortant des vestiaires, son sac de sport pendu à son épaule.

 

- C'est plus facile quand il n'y a pas d'adversaire, répondit-elle en haussant les épaules.

 

- Elle est modeste, intervint Kingsley en lui passant le ballon avant de se tourner vers James avec un sourire taquin. C'est le genre de fréquentation qui devrait te faire du bien.

 

- Je m'en suis déjà rendu compte. »

 

 

 

 

 

Il avait prononcé les mots assez bas et Lily, après avoir salué Kingsley, se demanda tout le long du chemin jusqu'à leurs appartements ce qu'il voulait dire par là. Elle réfléchissait peut-être trop, et elle essaya un long moment de se convaincre qu'elle essayait à tort de lire entre les lignes, mais bientôt, la pensée de Dorcas se rappela à elle et sa culpabilité refit surface à pleine vitesse alors qu'elle fouillait dans son sac pour déchirer une page de son cahier et y griffonner son numéro.

 

 

 

 

 

« Tu te souviens de cette fille de la promotion, Dorcas ? commença t-elle en ignorant le poids qui s'amassait dans le creux de son ventre.

 

- Hm Hm.

 

- Elle m'a demandé de te donner son numéro de téléphone. Pour que tu l'appelles. Pour que vous sortiez un soir... Hum... Ensemble, bafouilla t-elle. Alors voilà. »

 

 

 

 

 

 

 

Ils étaient dans l'ascenseur et si l'ambiance avait été très agréable jusque là, tout devint soudainement froid et inconfortable quand elle lui tendit le morceau de papier. Il lui jeta un drôle de regard, le genre de regard qui la fit reculer d'un pas sans toutefois savoir pourquoi, et il demeura absolument muet lorsqu'il s'en saisit et le fourra dans sa poche avec le même désintérêt que s'il avait jeté un brouillon dans une poubelle.

 

 

 

 

 

« Si tu ne veux pas, je peux ne pas lui donner le tien, reprit-elle à toute vitesse, mais je... Elle le voulait, alors je... Qu'est-ce que je lui dis ?

 

- Dis lui ce que tu veux, Lily. »

 

 

 

 

 

Son ton était à la fois ferme et détaché, et il l'ignora superbement quand ils arrivèrent finalement au troisième étage. Il tenait son portable dans une main, ses clés d'appartements dans l'autre, et son sac pendait toujours sur son épaule alors qu'il se dirigeait vers sa porte. Il répondit à peine quand elle lui souhaita une bonne soirée, et au moment où il disparut dans son appartement, elle se demanda pourquoi elle se sentait aussi mal.

 

 

 

Le sentiment s'envola quand elle pénétra chez Mary et qu'elle entendit le rire de Marlène. Un sourire s'étala aussitôt sur son visage, et bientôt, elle se transforma en l'heureuse captive d'une étreinte qui ne fut clairement pas assez longue à son goût.

 

 

 

 

 

« Bonne journée ?

 

- Mouais, répondit-elle timidement alors que son regard tombait sur les deux verres à moitié vides de ses meilleures amies.

 

- Ne me dis pas que Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom t'a encore écrit ? s'enquit Mary.

 

- Non, et c'est d'ailleurs l'un des points les plus positifs de ma journée, pointa t-elle avec un sourire contrit.

 

- Alors quoi ?

 

- Dorcas m'a demandé le numéro de James, et je... Je veux dire, il n'y a aucun problème là dedans, vraiment, je... Je ne le lui ai pas donné parce que je voulais lui demander l'autorisation d'abord, mais...

 

- Oh non, la coupa Marlène. Ne me dis pas que tu es en train d'essayer d'arranger un coup à Meadowes et Potter.

 

- Je lui ai juste donné son numéro ! se défendit-elle avec véhémence. »

 

 

 

 

 

Ses deux meilleures amies se jetèrent un regard équivoque qui vexa un peu la jeune femme, et elle s'avachit dans le canapé avant d'avaler en intégralité le verre de gin tonic que Mary lui tendit. Marlène était assise sur un pouf en osier juste en face d'elle, ses longs cheveux blonds dégringolaient sur ses épaules comme une cascade dorée et ses grands yeux bleus lui donnaient un air angélique qui ne reflétait qu'une insignifiante partie de sa personnalité.

 

 

 

 

 

« Il est juste... Parti en m'ignorant, reprit-elle. Il n'avait pas besoin d'être aussi malpoli. S'il ne voulait pas son numéro, il n'avait qu'à le dire directement.

 

- Chérie, l'arrêta Marlène d'un signe de la main. Ce n'est pas Meadowes qui l'intéresse, c'est toi.

 

- Clairement, ironisa t-elle en levant les yeux au ciel.

 

- Laisse tomber Marly, trancha Mary d'un air las, la télécommande dans les mains.

 

- Et toi, tu vas revoir la fille d'hier soir ? la questionna Lily tout en se débarrassant de ses chaussures.

 

- Je n'en sais rien. Elle fait une tête bizarre quand elle jouit, répondit-elle sur un ton si égal que Lily crut avoir mal compris pendant l'espace d'une seconde. »

 

 

 

 

 

Marlène avala sa gorgée de travers et la jeune femme rousse, hilare, manqua de s'étouffer avec sa propre salive. Bientôt, leurs rires entremêlés résonnèrent dans tout l'appartement alors que, sous la demande express des deux autres filles, Mary mimait la scène en question. Elles passèrent des heures et des heures à discuter en regardant une vieille comédie musicale sur Netflix avant que Marlène n'émigre vers le canapé où elle s'endormit contre Mary. Lily décida à ce moment là qu'il était largement temps qu'elle aille se coucher.

 

 

 

Elle se tourna et se retourna dans son lit pendant plusieurs minutes. Elle pensait encore à Dorcas, à James, à Severus, et aussi à Pétunia, et au fait qu'elle n'avait aucune idée de ce qu'elle pourrait bien faire après ses études, et elle savait pertinemment comment cette nuit allait se terminer.

 

 

 

Son cerveau allait continuer à fonctionner à toute vitesse sans lui laisser l'occasion de s'endormir et son réveil sonnerait avant même qu'elle n'ait pu grappiller ne serait-ce qu'une heure de sommeil. C'était de cette manière qu'il fonctionnait depuis un peu plus d'un an, et l'habitude ne rendait pas les choses plus simples. Elle voulait dormir. Elle n'avait aucune envie que toutes ses pensées les plus sombres lui sautent dessus comme si elles l'avaient guettée toute la journée en espérant pouvoir la faire revenir à la réalité quand elle se retrouverait seule.

 

 

 

Las, elle attrapa son téléphone et supprima les derniers messages de Severus qui dataient de la veille. Elle relut brièvement sa conversation avec Mary et Marlène et gloussa un peu lorsqu'elle retomba sur les memes qu'elles s'étaient envoyées dans la semaine. Elle décida ensuite d'aller faire un tour sur instagram, et elle remarqua immédiatement qu'elle avait une nouvelle demande d'abonnement. Sirius Black. Elle l'accepta et cliqua sur son profil qui contenait une quantité astronomique de photos de ses amis et lui un peu partout, mais principalement dans des bars et des salles de sport.

 

 

 

Elle resta pensive pendant un long moment devant l'une d'entre elles sur laquelle il était assis contre James qui l'enlaçait. Elle doutait qu'une portée de chatons pourrait autant l'attendrir, et ce n'était pas peu dire. Elle n'avait absolument aucune idée de la façon dont ils s'y étaient pris pour qu'elle en arrive à les apprécier aussi rapidement, mais plus elle fixait cette photo, plus elle se disait qu'elle ne regrettait pas d'avoir rebroussé chemin pour aider James ce jour là, quand il pensait qu'il serait exclu de l'équipe de basket.

 

 

 

Elle voulut fermer la page mais elle laissa un « j'aime » par mégarde et elle plaqua immédiatement sa main sur sa bouche, inspirant profondément alors qu'elle était mortifiée. La photo datait de plusieurs mois, et elle n'était clairement pas dans les premières. Sirius comprendrait immédiatement qu'elle avait commencé un travail d'investigation qu'elle aurait voulu garder secret. Elle songea à retirer le « j'aime » pendant un instant, et puis elle réalisa qu'elle voulait encore moins qu'il s'aperçoive qu'elle avait fait marche arrière. Bon sang, les filles allaient se moquer d'elle, c'était sûr. Et Sirius le dirait à James. Et James se poserait des questions. Et elle ne voulait pas qu'il se pose des questions. Elle paniqua pendant une seconde et songea à s'étouffer dans son oreiller avant d'essayer de rassembler son courage.

 

 

 

 

 

« Oh et puis merde, chuchota t-elle dans la pénombre de sa chambre en appuyant sur le nom de James dans son répertoire. »

 

 

 

 

 

Elle n'avait aucune idée de ce qui pouvait lui passer par la tête des fois. Elle détestait simplement le fait de se coucher en restant sur une mauvaise impression par rapport à la façon dont ils s'étaient quittés devant la porte de son appartement, et cette fausse manipulation sur la page instagram de Sirius lui donnait l'occasion parfaite (dont elle se serait toutefois bien passée) de revenir vers lui. Elle colla le téléphone à son oreille et attendit qu'il sonne en regrettant presque immédiatement son geste, mais quand James décrocha, il était déjà trop tard.

 

 

 

 

 

« Allo ?

 

- Je te dérange ? s'enquit-elle en grimaçant.

 

- Non, pas du tout, est-ce que ça va ? l'interrogea t-il. »

 

 

 

 

 

Elle sourit légèrement quand elle entendit la pointe d'inquiétude dans sa voix, un poil soulagée, et elle se redressa un peu pour s'asseoir contre sa tête de lit.

 

 

 

 

 

« Il se peut que j'aie accidentellement aimé une photo de Sirius sur instagram... lui avoua t-elle. Une vieille photo, ajouta t-elle rapidement. »

 

 

 

 

 

Elle l'entendit pouffer et pendant un court instant, elle se sentit submergée par quelque chose de plus fort qu'elle qui l'apaisa. Il ne lui en voulait pas. Ou il ne lui en voulait plus. En tout cas, il agissait avec elle comme s'ils n'avaient pas eu cette conversation déplaisante l'après-midi même.

 

 

 

 

 

« Laquelle ?

 

- ...Celle où vous vous faites un câlin.

 

- Tu vas devoir être plus précise, Lily.

 

- Il y en a d'autres ?

 

- Une centaine, probablement, répondit-il d'une voix égale et cette fois, ce fut-elle qui laissa échapper un rire.

 

- Est-ce que c'est important ? Je sais juste que ce n'était pas l'une des premières et que je ne vais pas pouvoir le regarder en face en sachant qu'il sait que j'ai espionné son instagram.

 

- Il a aussi espionné ton instagram, lui rappela t-il.

 

- Pour ma défense, cette photo était vraiment mignonne.

 

- … Est-ce que tu as espionné mon instagram ? Il y a plein d'autres photos mignonnes dessus.

 

- Je tâcherai d'y faire un tour, lui promit-elle en esquissant un sourire.

 

- Est-ce que tu m'appelais juste pour t'assurer que je brieferai Sirius par rapport à ce malencontreux « j'aime » ?

 

- Non. J'ai... J'avais besoin d'une distraction, avoua t-elle un peu plus sérieusement.

 

- … Est-ce que tu veux en parler ?

 

- Pas vraiment, lui dit-elle avant de déglutir. Je suis désolée, tu veux peut-être dormir et je...

 

- Je ne peux pas dormir, la coupa t-il. Mon chat est littéralement en train de m'étrangler et j'ai tellement envie d'aller aux toilettes que je vais probablement mouiller mon lit si je ne sacrifie pas sa sieste pour bouger.

 

- Quand est-ce que tu as récupéré un chat ?! s'exclama t-elle en riant. Je veux le voir !

 

- Oh, attends. »

 

 

 

 

 

Ils demeurèrent tous les deux silencieux pendant un moment, et elle distingua quelques ronronnements lointains qui la firent sourire de plus belle. L'instant d'après, elle recevait une photo. Elle cliqua dessus et elle eut l'impression qu'elle pouvait mourir maintenant. James était allongé sur son lit mais elle ne voyait que sa tête posée sur son oreiller et un chaton blanc à poils longs couché de tout son long sur son cou comme une drôle d'écharpe que Lily voulait absolument essayer. Le paradis en une image.

 

 

 

 

 

« Tu dois te pisser dessus James. Tu ne peux pas déranger une si petite chose, reprit-elle, et elle l'entendit rire.

 

- Je sais ! s'exclama t-il.

 

- Comment est-ce qu'il s'appelle ?

 

- Elle s'appelle Brenda.

 

- Sérieusement ? gloussa t-elle.

 

- Je n'y peux rien. Sirius a dit que puisque je l'avais mis devant le fait accompli, je pouvais au moins le laisser choisir le nom. Oh bon sang je suis désolé mais je vais devoir te bouger Brenda. Lily, ne quitte surtout pas, je reviens dans deux minutes.

 

- James, ne me dis pas que tu as osé la déranger... James ? appela t-elle en réalisant qu'il était parti soulager ses besoins primaires. Tu es un monstre ! »

 

 

 

 

 

Elle profita de son absence pour regarder les stories des personnalités qu'elle suivait, et quelques secondes plus tard, sa voix parvint de nouveau à ses oreilles.

 

 

 

 

 

« Lily ?

 

- Je n'arrive pas à croire que tu ne m'aies pas parlé de Brenda cet après-midi.

 

- Je ne l'avais pas encore ! répliqua t-il.

 

- Tu ne vas pas me faire croire qu'elle est arrivée ce soir et qu'elle est déjà aussi à l'aise.

 

- Je n'y peux rien si elle a la même personnalité que Sirius. Elle a pris mon oreiller. Qu'est-ce que je fais ?

 

- Tu en trouves un autre. Il est à elle, maintenant.

 

- Elle a vraiment la même personnalité que Sirius, insista t-il et Lily se mit à rire de nouveau. »

 

 

 

 

 

Un ange passa et il n'y eut que le ronronnement distant de Brenda qui troubla le silence pendant quelques secondes.

 

 

 

 

 

« Lily ?

 

- Oui ?

 

- Je crois que je vais aller dormir maintenant.

 

- Oh, oui, bien sûr, je... Il est tard et je... J'aurais appelé Mary et Marlène si elles n'étaient pas en train de digérer la bouteille de gin sur le canapé mais...

 

- Lily ? la coupa t-il.

 

- … Oui ?

 

- Si tu n'arrives pas à dormir les autres soirs, tu peux m'appeler, répondit-il et elle jura que chaque mot résonna en elle jusque dans ses entrailles.

 

- … Merci James.

 

- Bonne nuit.

 

- Bonne nuit. »

 

 

 

 

 

Elle garda le téléphone près de son oreille un peu plus longtemps que nécessaire, et il lui sembla qu'il le fit aussi parce qu'elle ne l'entendit pas raccrocher immédiatement, et quand finalement il n'y eut plus aucun ronronnement à l'autre bout du fil, elle s'autorisa à le laisser tomber sur son matelas en poussant un lourd soupir. Elle n'avait aucune idée de ce qu'il se passait, elle n'avait aucune idée de la raison pour laquelle son cœur battait si vite, mais elle était sûre de deux choses : C'était nouveau, et c'était agréable.

 

 

 

 

End Notes:

Merci pour vos revieeews de folie :)

Ce chapitre là n'est clairement pas mon préféré, sûrement parce que c'est l'un de ceux où Sirius n'est pas présent, mais il fera son grand retour dans le prochain chapitre et j'ai juste adoré écrire ces moments qu'il passe avec Lily alors j'ai hâte de vous le poster :)

Merci encore pour tout votre soutien :')

Sometimes you need a friend by ECM

 

Lily n'avait pas cours cet après-midi là alors, après avoir déjeuné avec Marlène, elle se trouva une place tranquille dans la bibliothèque pour faire ses devoirs en attendant que l'élève avec laquelle elle avait programmé une séance de tutorat n'arrive. C'était une fille de sa promotion qui était souvent absente et qui lui avait avoué quelques semaines auparavant que ses problèmes de santé l'empêchaient d'assister à tous les cours. Parfois, quand elle ne se sentait pas assez bien pour la rejoindre à la bibliothèque, Lily lui envoyait juste ses notes et l'appelait plus tard pour s'assurer qu'elle avait tout compris.

 

Elle adorait ces moments où la pluie tombait à verse à l'extérieur et où elle pouvait se caler à une table près des grandes fenêtres pour entendre le clapotis des gouttes contre la vitre pendant qu'elle travaillait. Elle avait toujours trouvé cela particulièrement relaxant, et quand elle termina son tutorat, elle se contenta d'observer le dehors, pensive.

 

Le campus était un endroit agréable et la faculté était presque collée à la bibliothèque universitaire. Elles étaient simplement séparées de quelques mètres par un espace vert sur lequel étaient dispersées plusieurs tables en bois. D'un côté se trouvait un immense parc dans lequel elle aimait se promener quand elle avait du temps à tuer entre ses cours, et de l'autre, elle pouvait apercevoir le toit du gymnase.

 

Elle se demanda vaguement si James avait écrit à Dorcas. Il ne lui avait rien dit pendant leurs séances de tutorat et sa camarade de classe ne lui en avait pas reparlé non plus, mais Lily n'en était pas vraiment surprise parce qu'elle l'avait revue au bras de Bertram. Peut-être qu'il avait enfin cessé de se comportement comme un horrible porc. Elle l'espérait fortement, autant pour Dorcas que pour elle.

 

 

« Je sais que tu ne veux pas m'écouter mais laisse-moi juste cinq minutes. »

 

 

La voix traînante au dessus d'elle la cloua à sa chaise pendant une seconde, et elle eut l'impression soudaine et inattendue que l'on venait de lui renverser un seau d'eau sur la tête. En même temps, ce fut comme si deux mains emprisonnaient son cou, l'empêchant momentanément de prononcer le moindre son, et dans ses veines, son sang s'était transformé en un torrent de glace.

 

 

« Bien, lui dit Severus Rogue en pensant à tort que son mutisme signifiait qu'elle acceptait de lui parler. »

 

 

Une fois le choc passé, elle se leva maladroitement de sa chaise qui bascula en arrière, rassembla précipitamment toutes ses affaires qu'elle fourra à la va vite dans son sac, et trottina jusqu'au hall de la bibliothèque pendant qu'il lui intimait de l'attendre.

 

Elle entendait ses pas s'accorder sur les siens derrière elle, et son cœur taper brutalement contre sa poitrine de la pire des façons. Elle jeta un coup d'oeil à l'horloge de la bibliothèque qui était accrochée au dessus du grand tourniquet d'entrée et retint sa respiration quand elle réalisa que Marlène et Mary étaient toutes les deux toujours en cours. Elle était seule, sa stupide voiture était toujours chez le garagiste, et elle ne voulait pas prendre le bus parce qu'il la suivrait et elle redoutait plus que tout qu'il découvre l'adresse de Mary. Alors, dans un élan de courage qu'elle avait oublié posséder, elle s'arrêta net au milieu de l'espace vert entre le bâtiment de la faculté et celui de la bibliothèque, et se retourna vers lui.

 

Ce fut si soudain qu'il manqua de la percuter et elle le repoussa des deux mains. La pluie tombait encore à grosses gouttes mais elle la sentait à peine. Elle essuya rageusement une larme de rage au coin de ses yeux et lui envoya un regard si hostile qu'il bafouilla pendant plusieurs secondes.

 

 

« Lily, je... Tu ne m'as même pas répondu, je...

- Quand est-ce que tu comprendras, Severus ?! Je. Ne. Veux. Plus. Te. Voir, articula t-elle avec colère. Et ce que tu fais, ça s'appelle du harcèlement.

- Je t'ai accordé du temps ! On ne peut pas arrêter définitivement de se voir à cause d'un malentendu, on se connaît depuis trop longtemps. Je te demande juste de me laisser m'expliquer et tu ne veux pas faire le moindre effort pour essayer d'arranger les choses ! s'indigna t-il.

- Oh c'est tout ? Alors vas-y, je t'écoute, parce que je suis curieuse de savoir comment tu vas justifier tes propos ignobles et ces photos qui passent sur les réseaux sociaux sur lesquelles toi et tes copains participez à des rassemblements à vomir. »

 

 

Elle ne se reconnaissait plus. Elle crachait les mots sans même y réfléchir, les laissant dévaler le seuil de ses lèvres comme si elle les avait retenus trop longtemps, comme si Severus, par sa simple présence, réveillait cette part d'elle qui brûlait de colère et la consumait de l'intérieur.

 

 

« Ce n'est pas... Je ne voulais pas critiquer Mary personnellement, je...

- Oh ce n'était que pour tous les autres ? Alors tout va bien ! ironisa t-elle en levant les bras en l'air, ignorant les regards soucieux des étudiants qui passaient à côté d'eux.

- Cette photo que tu as mise sur ton profil instagram juste après... Juste après la soirée. Je... »

 

 

Lily n'eut pas besoin de réfléchir beaucoup pour comprendre de laquelle il voulait parler. Quelques jours seulement après sa rupture avec Severus, Mary et Marlène l'avaient entraînée dans un bar où elles avaient bu plus que de raison et où elle avait monté la plus belle vengeance de sa vie grâce à ses deux acolytes.

 

C'était elle qui avait eu l'idée, et elle n'en était pas peu fière. Elle l'avait soumise à Mary qui avait accepté en riant aux éclats, et une seconde plus tard, après quelques tentatives avortées à cause de leurs gloussements respectifs, Marlène avait pris une photo de ses deux amies en train de s'embrasser.

 

 

« Je... ? l'interrogea t-elle en croisant les bras contre sa poitrine.

- Je voulais te dire que je peux quand même continuer à être ami avec toi. »

 

 

Il prononça la phrase comme s'il était en train de lui faire une énorme faveur, peu conscient qu'il venait d'attiser un feu qui menaçait déjà de tout brûler autour de lui. Dans son cerveau, tout devint blanc pendant une seconde, puis elle se délesta de son sac qu'elle laissa tomber à ses pieds et se rua sur lui.

 

Elle eut juste le temps de lui envoyer un coup en plein dans le nez avant de se sentir soulevée et tirée en arrière par une force contre laquelle elle put difficilement lutter. Elle se débattit quand même en ignorant les jurons que poussait Severus et ses demandes incessantes qu'elle se calme.

 

Elle n'eut aucune idée du temps qu'elle mit à redescendre sur terre, il y eut juste un moment où ses doigts se crispèrent un peu plus sur les deux bras qui l'entouraient au niveau du ventre, et où la voix derrière elle attira son attention plus que son ancien ami qui était en train de battre en retraite. La pluie s'était calmée.

 

 

« Je pense que tu devrais partir, mon vieux.

- J'ai compris. C'est bon. C'est bon, j'ai compris, répéta Severus, les deux mains devant lui comme s'il essayait d'apaiser un lion enragé. Je suis désolé Lily. Je... Je suis désolé, conclut-il avant de s'enfuir. »

 

 

Elle le regarda s'en aller alors que la colère l'animait encore comme elle ne l'avait jamais animée avant. Ce fut l'un des pires moments de sa vie, quand sa fureur se calma progressivement et qu'elle réalisa qu'elle venait littéralement de sauter à la gorge de celui qui était autrefois son plus grand ami.

 

 

« On se détend, Mike Tyson, lui dit le jeune homme derrière elle en desserrant progressivement son étreinte autour d'elle.

- Sirius ?

- Tu es trempée, dit-il en retirant sa veste en cuir pour la poser sur ses épaules. »

 

 

Elle ne reconnut pas sa propre voix. Elle tremblait, était plus enrouée que d'ordinaire, et aussi légèrement plus aiguë, et cela la perturba presque autant que de savoir que le meilleur ami de James venait de l'empêcher de refaire le portrait de Severus.

 

 

« Tu vas venir avec moi et me raconter à quel point j'aurais dû te laisser démolir la tête de ce sale type, reprit-il en lui faisant un signe de tête vers l'allée de pommiers qui menait vers le gymnase. »

 

 

Elle déglutit et acquiesça, mais il lui fallut quelques secondes avant de reprendre ses esprits et de pouvoir lui expliquer, dans les grandes lignes, ce qu'il s'était passé entre Severus et elle. Ils erraient lentement et les mots dévalaient de sa bouche sans qu'elle n'ait besoin de faire le moindre effort pour les laisser sortir et quand elle eut finalement terminé, elle s'excusa.

 

 

« Wow, attends Evans. Je viens de voir un match de boxe sans payer ma place ! De quoi tu t'excuses, exactement ? intervint-il avec un sourire en coin.

- Je ne suis pas comme ça normalement, lui confia t-elle. Je suis calme et polie et... Je...

- Ce gars n'a eu que ce qu'il méritait, la coupa t-il. Qu'est-ce qu'il croyait gagner, à venir te traquer jusqu'ici ? Qu'est-ce qu'il fait comme études ?

- Chimie, mais je...

- Oh évidemment, les chimistes sont toujours complètement cintrés, alors que les sportifs... »

 

 

Il s'interrompit, ouvrit la porte du gymnase devant elle, et lui lança un regard lourd de sous-entendus quand ils se retrouvèrent tous les deux à l'intérieur.

 

 

« … Sont bien foutus et parfaitement sains d'esprit, termina t-il en s'asseyant sur la première marche des gradins et en tapotant la place vide à côté de lui alors qu'elle levait les yeux au ciel. »

 

 

Contrairement à la dernière fois, James la remarqua immédiatement, mais cela avait probablement beaucoup à voir avec le sifflement sonore que Sirius émit et qui attira l'attention d'absolument tous les joueurs dans leur direction. Il se contenta de faire un signe de la main à son meilleur ami pendant que les autres levaient les yeux au ciel et soupiraient, irrités d'avoir été interrompus.

 

Lily, elle, esquissa un sourire gêné. Elle était certaine que Sirius répéterait mots pour mots à James ce qu'elle lui avait confié et qu'il lui décrirait avec exactitude la scène irréelle qui s'était jouée devant ses yeux, et il n'y avait rien à faire pour l'en empêcher. Elle avait la même relation avec les filles, et elle ne voulait même pas se fatiguer à essayer de lui demander de ne pas lui en parler. Elle espérait juste que James garderait en tête que la véritable Lily était celle qu'il voyait pendant leurs séances de tutorat, pas la fille qui laissait sa colère prendre le dessus sur elle.

 

Ce n'était peut-être pas si important, après tout, elle avait juste défendu des valeurs qui lui importaient, mais elle avait envie qu'il le sache. Elle remarqua à ce moment là que sa main la faisait un peu souffrir. Probablement rien d'anormal quand on s'en servait pour taper dans un nez proéminent.

 

Elle s'emmitoufla un peu plus dans la veste de Sirius, ignorant les gouttes d'eau qui dévalaient encore de ses cheveux et humidifiaient d'avantage son jean, et puis elle bascula légèrement contre l'épaule du jeune homme qui posa ses yeux surpris sur elle.

 

 

« Merci, souffla t-elle en esquissant un sourire un peu triste.

- Ne me remercie pas. S'il était resté une minute de plus, j'aurais commencé à prendre les paris, répliqua t-il, la faisant éclater de rire. »

 

 

Elle pensa brièvement à demander à Mary de venir la chercher pendant quelques secondes, et puis Sirius lui tendit l'un de ses écouteurs en lui adressant un sourire qu'elle était certaine qu'elle n'oublierait jamais. Il était à la fois amical et admiratif et si on lui avait dit quelques semaines plus tôt qu'elle serait en train d'écouter les Eagles avec un garçon populaire avec qui elle venait de créer un lien étroit grâce à un accès de violence, elle aurait simplement ri jusqu'à s'en décrocher la mâchoire.

 

Il replia son genou contre lui et tendit son bras dessus pendant que son autre jambe reposait avec désinvolture sur la marche la plus basse. Sa manche remonta un peu et Lily put apercevoir le début d'un tatouage. Il remarqua son regard et il découvrit aussitôt son bras pour lui montrer le dessin qui s'étendait jusqu'à son coude. Il y avait une longue phrase dans un langage qu'elle ne comprenait pas, et des petits symboles tout autour.

 

 

« C'est un truc entre les gars et moi, lui confia t-il avec un sourire espiègle. Ça dit « Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises. »

- Vous l'avez tous ? le questionna t-elle, et il éclata de rire avant de répondre.

- Certainement pas. Rémus n'est pas fan des tatouages, Peter dit que le risque d'infection ne vaut pas le coup, et James a peur des aiguilles.

- Il a peur des aiguilles ? répéta t-elle en riant.

- Hmmm. S'il ne t'écoute pas pendant le tutorat, déplie un trombone et menace le avec, tu verras que ça ira beaucoup mieux, lui confia t-il d'un air malin.

- J'ai l'impression que c'est du vécu.

- Disons que j'ai mes méthodes... »

 

 

Elle pouffa et reporta son regard sur le terrain sur lequel James et son équipe se démenaient depuis un bon moment. Ils étaient en train de faire des exercices de musculation et cela semblait plus facile pour certains que pour d'autres. James avait l'air de détester cela, et elle entendit Sirius rire à côté d'elle quand il s'effondra au milieu d'une série de pompes.

 

 

« Il pourrait tirer de la main gauche pendant un match entier et être quand même le meilleur marqueur, mais les pompes, c'est sa hantise.

- Les pompes et les aiguilles, donc... souffla Lily.

- Pourquoi est-ce que j'ai l'impression que tu fais une liste, Evans ? Est-ce que tu es en train de préparer ton plan machiavélique pour nous voler nos vinyles ?

- Est-ce que Rémus était obligé d'en parler à tout le monde ?! s'indigna t-elle.

- Ne blâme pas le pauvre garçon, il essaie juste de garder ses colocataires sains et saufs.

- Hé, ce n'est pas moi qui ai fait graver sur mon bras que mes motivations sont obscures.

- « Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises », Lily, la corrigea t-il. Et ce n'est pas ce que tu penses.

- Ça a l'air très suspect de là où je me tiens, le taquina t-elle.

- Tu es une emmerdeuse Evans, mais je t'aime bien, conclut-il. »

 

 

Elle fit mine d'être offusquée et lui donna une petite tape sur l'épaule alors que les dernières notes de Try and love again résonnaient dans son oreille gauche. Quand il se mit à siffloter distraitement sur l'air de la chanson qui suivait, elle se pencha pour ouvrir son sac et récupérer son téléphone portable. Son père lui avait envoyé une photo de M. Podgy en train de dormir sur les genoux de sa mère, et elle sourit en lui tapant un message leur demandant si elle pourrait passer manger avec eux dimanche midi dans l'éventualité où Pétunia ne serait pas là.

 

Elle ouvrit ensuite son groupe de discussion avec les filles et répondit aux quelques messages avant de leur raconter ce qu'il s'était passé avec Severus. Quand elle eut terminée, elle ouvrit son appareil photo, puis donna un petit coup de coude à Sirius qui esquissa une grimace pile au bon moment. Elle trouva cela profondément injuste qu'il soit quand même terriblement beau. Ces garçons étaient désespérants. Elle l'envoya sur la groupe de discussion et la publia sur instagram en le taguant sous une série de hashtags un peu douteuse qui la fit pouffer.

 

 

« #JeJureSolennellementQueNosIntentionsSontMauvaises, vraiment, Evans ? lut il en riant. Est-ce que tu cherches à rendre mes colocataires fous de jalousie ?

- Tu n'auras qu'à leur dire que je ne suis qu'une fille avec qui tu partage un écouteur quand ils ne sont pas disponibles, répondit-elle sur le même ton.

- Ce n'était certainement pas ce que je voulais dire par là, souffla t-il avec un sourire amusé, mais elle était trop occupée à regarder les réponses scandalisées des filles pour l'écouter. »

 

 

Marlène : Est-ce qu'il te reste des affaires à lui chez tes parents ou est-ce qu'on a déjà tout brûlé l'été dernier ?

Marlène : Dis-moi que oui. Je veux encore brûler ses trucs.

Mary : Est-ce que tu vas bien Lily ?

Mary : Tu veux que je vienne te chercher ?

Lily : C'est bon, ça va, je suis avec Sirius.

Marlène : Rémus me dit de te dire de dire à Sirius que sa veste te va mieux qu'à lui.

Marlène : Ps : Je viens ce soir parce que je veux te faire un câlin.

 

 

Lily tourna légèrement son écran de portable vers le jeune homme à côté d'elle qui poussa une exclamation outrée avant de sortir le sien et d'envoyer un message à son ami. Elle jeta un dernier coup d'oeil vers le groupe de discussion pour voir que les filles lui avaient envoyé plusieurs cœurs. Elle leur répondit de la même façon et rangea de nouveau son téléphone dans son sac.

 

Elle n'avait même pas remarqué que l'entraînement s'était terminé. Un des garçons de l'équipe adressa un bref signe de main à Sirius qui lui répondit par un clin d'oeil, et Lily le vit le fixer avec insistance jusqu'à ce qu'il ne disparaisse de son champ de vision. James était en train de discuter avec Kingsley de l'autre côté du terrain pendant que ses autres coéquipiers marchaient vers les vestiaires et lorsqu'il eut terminé, il se dirigea vers eux. Ses yeux bruns croisèrent les siens avant de s'arrêter sur Sirius à qui il ébouriffa affectueusement les cheveux.

 

 

« Vous traînez ensemble, maintenant ? les questionna t-il.

- Pur hasard, lui répondit mécaniquement Sirius avant de lever la tête quand les filles du volley-ball commencèrent à courir autour du terrain pour s'échauffer.

- Tu pourrais au moins faire semblant de ne pas les fixer, le taquina James.

- Elles font la même chose ! s'indigna Sirius en adressant un petit signe de main à un groupe de filles qui regardaient dans leur direction.

- Je porte ta veste, Sirius. Elles doivent croire que nous sommes ensemble. Ce n'est pas toi qu'elles fixent, lui fit remarquer Lily avant de jeter un coup d'oeil équivoque à James. »

 

 

Le concerné se retourna brièvement vers les joueuses de volley-ball qui s'étaient arrêtées de courir pour boire, et l'une d'entre elles lui adressa un sourire radieux qui ennuya un peu Lily... Du moins jusqu'à ce que James ne pose son sac à côté de Sirius, ne fouille dedans pour en sortir son fameux sweat rouge sur lequel figurait le logo de l'équipe, et qu'il ne le lui tende en la fixant droit dans les yeux.

 

 

« Mets ça à la place.

- Quel gentleman, se moqua Sirius alors que James lui jetait un coup d'oeil dissuasif.

- Si ça peut rendre service... souffla t-elle en essayant de toutes ses forces d'avoir l'air déçue d'abandonner la veste de Sirius.

- Je vais prendre ma douche. Ne faites rien que je ne ferai pas.

- Il n'y a pas grand chose qu'il ne ferait pas, confia Sirius à Lily quand James eut disparu. »

 

 

Ils passèrent les vingt minutes qui suivirent à écouter de la musique tout en regardant les volleyeuses s'entraîner. Lily devait admettre qu'elles avaient un sacré physique. Elles sautaient et couraient partout et étaient si douées qu'elle en oublia rapidement sa première impression. Quand James réapparut, elle ôta l'écouteur de Sirius de son oreille pour le lui rendre et ils entamèrent un mouvement pour quitter tous les trois le gymnase. Arrivés devant la porte, l'une des volleyeuses les arrêta et glissa quelque chose dans la main de Sirius en lui adressant un sourire radieux. Une seconde plus tard, il brandissait le numéro de téléphone d'une certaine Amy.

 

 

« Parfait, chantonna t-il. James, tu viens de rencontrer ma future femme.

- Il dit ça à chaque fois, murmura discrètement James à Lily qui marchait à côté de lui. »

 

 

Elle pouffa et roula les yeux alors qu'ils avançaient vers le parking. Instinctivement, elle suivit James alors que Sirius se dirigeait vers sa propre voiture dans une allée différente, mais aucun des deux garçons n'eut l'air d'y prêter attention.

 

 

« Tu choisis la musique aujourd'hui ? lui proposa t-il en lui lançant un sourire qui lui donna l'impression d'avoir bu un petit peu trop de gin.

- Je peux connecter mon compte Deezer ? »

 

 

Il acquiesça et elle lança sa playlist du moment alors qu'ils traversaient la ville. Ils avaient fait la moitié du chemin, discutant de tout et de rien mais profitant principalement de la musique lorsque le téléphone de James, posé sur son support chargeur, sonna en affichant « Manoir ». Elle lui jeta un coup d’œil curieux et le vit froncer les sourcils en décrochant. Il mit le haut parleur et bientôt, une voix féminine parvint aux oreilles de Lily.

 

 

« M. Potter ? C'est Greta, pourriez-vous venir maintenant ?

- Est-ce que tout va bien ?

- Votre père refuse de prendre ses médicaments et votre mère est tombée tout à l'heure. J'ai appelé le médecin mais je...

- J'arrive, la coupa t-il avant de raccrocher. »

 

 

Ils étaient à un feu rouge et Lily remarqua que ses doigts tapotaient nerveusement le volant et qu'il semblait réfléchir à toute allure. Au bout de quelques secondes, il tourna la tête vers elle.

 

 

« Est-ce que ça te dérange si on fait un gros détour ?

- Non, pas du tout, est-ce que ça va ? s'enquit-elle.

- Tu es sûre ? Mes parents habitent du côté de Golders Hill Park, ça fait une quarantaine de minutes en voiture, lui demanda t-il après avoir acquiescé. Je peux te déposer rapidement et repartir ensuite.

- L'appartement se situe littéralement de l'autre côté de Londres, c'est stupide, je viens avec toi. Sauf si... Si tu préfères y aller seul auquel cas tu peux me déposer n'importe où et je trouverai bien un bus.

- Je ne vais pas te lâcher je-ne-sais-où après la journée que tu as passée, nia t-il, et elle lui lança un regard stupéfait.

- Comment est-ce que tu sais que...

- Sirius ne prête jamais ses vêtements, la coupa t-il. La seule fois où je l'ai vu le faire, c'est quand Peter nous a annoncé que ses parents divorçaient. On était dehors, il faisait froid, et il lui a passé son écharpe, expliqua t-il, les yeux rivés sur la route. Est-ce que tu veux m'en parler ?

- Sirius te fera un compte rendu bien assez tôt. Et toi ?

- Moi ? s'étonna t-il.

- Tes parents. Qu'est-ce que... »

 

 

Elle s'interrompit et déglutit. Elle n'avait aucune idée de la manière dont elle devait s'y prendre. Elle ne savait pas si elle pouvait poser des questions ou si la limite se trouvait là. Il lui en avait posées sur elle, mais elle avait été trop occupée à être anxieuse à l'idée de faire sa connaissance et celle de ses amis pour faire de même.

 

 

« Ils sont malades, déclara t-il d'une voix neutre, et Lily vit son visage se fermer un peu.

- Je suis désolée, je ne voulais pas te...

- Je suppose que je te dois bien ça, la coupa t-il en esquissant un bref sourire. Je suis en train de te faire faire le tour de la ville.

- Tu rigoles ?! C'est moi qui devrais te payer pour la visite, je sors rarement de ce côté là, plaisanta t-elle, et elle s'en réjouit quand il pouffa.

- Ce n'est pas comme si je voulais le cacher, reprit-il plus sérieusement. C'est juste... Je n'en sais rien. Je suppose que je n'ai pas envie que les gens se sentent désolés pour moi.

- On parle toujours de tes parents, n'est-ce pas ? Parce que s'il y a une chose pour laquelle les gens devraient être désolés, c'est d'avantage pour tes cheveux, le taquina t-elle alors qu'ils tournaient dans l'angle d'une grande avenue. »

 

 

Il y eut un court silence et elle s'insulta mentalement d'avoir osé faire une blague au moment même où il était en train de commencer à se livrer, et puis il s'arrêta à un nouveau feu rouge, laissa échapper un long soupir, et se tourna vers elle, lui adressant le sourire le plus radieux qu'elle ait vu sur son visage jusque là.

 

 

« Redis-moi ça au retour, Lily, et je te jure que j'arrête la voiture sur le premier parking que je trouve et que je... »

 

 

Il ne termina pas sa phrase, mais elle vit sa main se crisper un peu plus sur le volant alors qu'il passait l'autre dans ses cheveux noirs, ceux même qu'elle avait délibérément insultés alors qu'ils l'obsédaient depuis le premier jour, et elle sentit une tension insoutenable entre eux à ce moment là, aussi bizarre que cela puisse paraître.

 

 

« Que tu me découpes en morceaux et que tu me jettes dans le premier point d'eau que tu trouves ? compléta t-elle en arquant un sourcil.

- Il faut bien nourrir les poissons, répondit-il avec un flegme qui la fit rire. Est-ce que tu peux écrire à Sirius pour lui dire que je ne vais pas rentrer tout de suite ? Dis-lui aussi de ne pas s'inquiéter, que je l'appellerai tout à l'heure. »

 

 

Elle hocha la tête et envoya un message au jeune homme sur instagram, et elle remarqua qu'il avait laissé un commentaire sous leur photo sur lequel était juste écrit  « Million Dollar Baby », accompagné d'un émoji gant de boxe qui la fit à la fois sourire et soupirer.

 

 

« Est-ce que je rajoute un cœur à la fin du message ?

- Un cœur ? répéta t-il en arquant un sourcil.

- Je n'en sais rien, j'ai l'impression que vous avez ce genre de relation, répondit-elle en haussant les épaules.

- Non, bien sûr qu'on a ce genre de relation, confirma t-il aussitôt, je voulais juste dire, un seul cœur ? Est-ce que tu veux qu'il me coupe encore l'eau chaude ? Mets en cinq. »

 

 

Elle secoua la tête, pouffa, et rajouta rapidement les cinq cœurs au message qu'elle avait précédemment envoyé à Sirius, précisant avec humour qu'il manquait déjà atrocement à James.

 

 

« Alors... A propos de tes parents, reprit-elle après quelques minutes.

- Qu'est-ce que tu veux savoir ?

- Je n'en sais rien, tout ce dont tu es assez à l'aise pour me parler.

- Ma mère a un cancer, sans rentrer dans les détails, le genre qui ne se guérit pas, et mon père a des problèmes de cœur, lui confia t-il avec un détachement qu'elle savait feint. Ils m'ont eu tard, c'était une grossesse à risque, et ils étaient si heureux d'enfin réussir à avoir un enfant qu'ils ont tout fait pour moi. Sirius est arrivé dans la famille plus tard, l'histoire est compliquée, mais ils l'ont élevé au même titre que moi et... »

 

 

Elle se rappelait brièvement qu'il lui avait dit qu'il travaillait avec ses parents quand ils s'étaient rencontrés, et elle comprit ce jour là ce qu'il n'avait pas voulu lui confier quand ils n'étaient encore que des étrangers l'un pour l'autre. Il ne travaillait pas avec eux à proprement parlé, il s'occupait d'eux. Il n'y avait aucune chance pour qu'il renonce à se rendre chez eux tous les jours pour les aider à faire le ménage, la cuisine, ou à entretenir le jardin, même si cela signifiait sacrifier son avenir dans l'équipe de basket. Tout prenait sens à présent.

 

Elle l'écouta parler pendant tout le trajet, lui raconter des histoires sur les combats féministes de sa mère, la façon dont son père l'avait toujours soutenue dans l'ombre, sur l'amour du sport qu'il avait hérité autant d'Euphemia que de Fleamont, puis sur quelques moments où Sirius et lui leur en avaient fait voir de toutes les couleurs, et elle but tant ses paroles qu'elle fut presque déçue quand ils se garèrent devant une grande demeure en briques rouges, jusqu'à ce qu'elle ne réalise qu'elle allait se retrouver en face d'eux.

 

 

« Maintenant, je suis intimidée à l'idée de les rencontrer, lui confia t-elle en descendant de la voiture.

- Ne le sois pas, ils adorent recevoir de la visite, la rassura t-il en lui faisant signe de le suivre. »

 

 

Il poussa une énorme porte arrondie en bois et ils traversèrent un vaste hall d'entrée dont le motif carrelé lui rappela celui du couloir qui séparait l'appartement des garçons de celui de Mary. Lorsqu'ils eurent atteint le salon dans lequel se trouvaient ses deux parents accompagnés d'une femme d'une trentaine d'années, Lily se stoppa net, soucieuse de leur laisser de l'intimité.

 

Les parents de James étaient assis l'un à côté de l'autre sur un gros canapé rouge, Lily les reconnut immédiatement grâce à la photo qu'elle avait déjà vue sur l'ordinateur portable de James. Quelques années seulement s'étaient écoulées depuis qu'elle avait été prise, mais la maladie les avait changé et ils paraissaient plus vieux qu'ils ne l'étaient en réalité.

 

Euphemia tenait une tasse de thé dans sa main alors qu'un livre reposait sur ses genoux. Son air paisible contrastait avec celui inquiet de l'infirmière qui était debout devant eux, les bras croisés contre sa poitrine. Fleamont, lui, regardait un documentaire animalier à la télévision. Il le pointait du doigt en martelant à Greta qu'elle devait absolument se retourner pour voir ces adorables oursons jouer dans la rivière.

 

Dès qu'ils remarquèrent James, Lily vit leurs visages s'éclairer. Il s'avança vers eux et arriva à leur hauteur au moment où ils se levaient pour l'étreindre chacun leur tour. Euphemia lui tapota la joue et Fleamont tenta vainement de lui aplatir les cheveux en lui reprochant de ne pas utiliser le bon shampooing.

 

 

« J'ai amené une amie, leur dit-il en se décalant légèrement pour leur montrer Lily qui leur adressa un timide signe de main du bout de la pièce. C'est Lily.

- Oh c'est la charmante jeune femme qui t'aide avec tes cours ? s'empressa de demander Euphemia avant de se tourner vers Lily quand James acquiesça en enfonçant ses mains dans ses poches. C'est vraiment gentil à vous, ma petite. Prenez donc un gâteau, lui dit-elle avec un sourire bienveillant en lui indiquant une jolie boîte à fleurs remplie de cannelés sur la table basse en bois lustré.

- C'est à Lily qu'elle parlait, intervint Fleamont quand James en fourra un dans sa bouche. Venez donc vous servir, nous les avons fait tout à l'heure, ils sont encore tièdes !

- Merci beaucoup, souffla t-elle lorsque James lui tendit la boîte en souriant. »

 

 

La première bouchée la rendit nostalgique. Sa mère adorait les cannelés. Elle en faisait tous les dimanches lorsque Pétunia et elle étaient à l'école primaire, et Lily se rappelait de la divine odeur qui s’échappait de la cuisine alors qu'elle était en train de lire dans le salon.

 

 

« Je crois que ce sont les meilleurs que j'ai mangés, les complimenta très honnêtement Lily. Ne répétez pas ça à ma mère si vous la croisez un jour, elle le prendrait très mal. »

 

 

Euphemia et Fleamont pouffèrent tous les deux et cela rassura considérablement Lily qui se sentit légèrement plus à l'aise qu'une minute plus tôt.

 

 

« Greta m'a dit que tu étais tombée, reprit James en posant les yeux sur sa mère qui était seulement un peu plus petite que lui.

- Greta s'inquiète pour rien, le rassura Euphemia en lui tapotant l'épaule avant de se rasseoir. J'ai juste trébuché en voulant ranger mon bureau et je me suis rattrapée à mon fauteuil.

- Je vous rappelle que Greta est juste ici, intervint la jeune femme avec un sourire mi amusé, mi inquiet, et Euphemia lui lança un regard d'excuse.

- Maman, si je viens tous les jours, c'est pour que tu n'aies plus à fournir ce genre d'effort.

- Tu sais que je n'aime pas que tu perdes ton temps à nettoyer notre propre bazar, lui dit-elle avant de s'arrêter pour se tourner vers Lily et lui intimer de reprendre un cannelé.

- Le docteur doit passer tout à l'heure, glissa Greta à James.

- Et il dira qu'il n'y a aucun problème, leur assura Euphemia. Parlez plutôt de cette tête de mule qui refuse de prendre ses médicaments. »

 

 

Elle se tourna vers Fleamont dont l'expression faussement scandalisée fit rire Lily. Aussitôt, Euphemia lui sourit et l'encouragea à prendre un troisième cannelé. James s'empara de la petite boîte de médicaments et l'agita devant son père.

 

 

« Tu sais que si tu ne les prends pas, tu ne pourras plus aller faire de moto avec Sirius, n'est-ce pas ? l'interrogea t-il d'un air innocent. »

 

 

Lily vit la défaite sur le visage de Fleamont et l'instant d'après, il avalait les pilules non sans avoir bougonné un peu. Greta remercia James d'un simple signe de tête avant de ramasser son sac pour partir voir ses patients suivants, mais Euphemia l'arrêta pour lui fourrer un petit tupperware de cannelés dans les mains avant de lui adresser un signe d'au revoir.

 

 

« Asseyez-vous donc, ma petite, dit-elle à Lily en lui indiquant un fauteuil à côté d'elle. Est-ce que je peux vous servir quelque chose à boire ?

- Je vais le faire, ne bouge pas, répondit James avant de disparaître dans une pièce adjacente.

- Tu es au courant que nous pouvons encore nous déplacer, n'est-ce pas ?! s'écria sa mère, à la fois amusée et ennuyée.

- Alors Lily, racontez nous. D'où venez-vous ? l'interrogea Fleamont. »

 

 

La conversation commença de cette façon, et ne s'arrêta que des heures et des heures plus tard, après un long, délicieux, et impromptu dîner lors duquel elle apprit à connaître les parents de James autant qu'ils apprirent à la connaître. Ils avaient l'air passionné par tout ce qu'elle disait, autant qu'elle l'était quand ils parlaient, et elle ne remarqua que la nuit était tombée que lorsque James poussa un long bâillement alors qu'ils prenaient le thé dans le salon.

 

 

« Si on ne décolle pas dans les cinq minutes, je vais m'endormir, les informa t-il en se frottant les yeux.

- Oh déjà ?

- Maman, il est presque vingt-deux heures et Lily et moi étions censés travailler, lui dit-il en se levant.

- Très bien, très bien, je vous laisse vous en aller, mais prenez des cannelés pour la route. Et donnez-en aux garçons !

- Ce fut un immense plaisir, ma chère Lily, lui dit Fleamont en lui donnant un accolade juste après Euphemia.

- Pour moi aussi, répondit-elle en leur adressant un sourire poli. Merci pour les gâteaux et pour le dîner. Pour la discussion aussi. J'ai passé un très bon moment.

- N'hésite pas à la ramener par ici, ajouta t-elle en étreignant son fils. »

 

 

James roula les yeux, leur intima une dernière fois de ne pas entreprendre de faire le ménage quand il aurait le dos tourné, et le cœur de Lily manqua un battement quand il l'attrapa par la main pour la guider vers l'extérieur.

 

Elle ne s'attendait pas à cela. Elle ne s'attendait pas du tout à cela. Elle ne s'était attendue à absolument aucun moment de cette journée. Elle n'avait pas pensé, en prenant son petit déjeuner dans l'appartement de Mary le matin même, qu'elle verrait Severus, ni qu'elle lui mettrait un crochet du droit et que Sirius la féliciterait pour la beauté du geste dans tous les sens du terme. Elle grimaça un peu à cette pensée qui réveilla la faible douleur dans ses jointures.

 

Elle avait encore moins pensé qu'elle finirait à des kilomètres de chez elle, dans la charmante maison des parents de James, avec son sweat sur le dos, et qu'elle s'entendrait si bien avec Euphemia et Fleamont qu'elle avait même songé à leur proposer de revenir les voir un autre jour avant de réaliser que c'était probablement un peu étrange.

 

 

« Je suis désolé. Je ne pensais pas qu'ils nous garderaient en otage aussi longtemps, déclara t-il quand il eut refermé la lourde porte en bois derrière eux.

- J'espère que tu rigoles. J'ai créé plus de lien avec tes parents en quelques heures qu'avec mes camarades de classe en trois mois, répondit-elle mi amusée, mi penaude, et son rire lui fit oublier les fâcheux événements de l'après-midi. Tu veux que je prenne le volant ? Tu as l'air exténué.

- Ça ne te dérange pas ?

- J'adore conduire. Donne moi tes clés, Potter, lui ordonna t-elle en lâchant sa main pour agiter ses doigts devant lui.

- Merci, soupira t-il lorsqu'ils furent installés dans la voiture. Tu sais quand la tienne sera réparée ?

- Pourquoi ? Tu en as marre de me ramener presque tous les jours ?

- Au contraire, lui dit-il en lui lançant un sourire espiègle, je veux me préparer mentalement pour le moment où je ne t'aurais plus avec moi.

- Est-ce que tu es en train de me dire que les trajets en voiture avec moi vont te manquer ? le taquina t-elle en lui rendant son sourire.

- Toi non. Ta musique, oui, la provoqua t-il délibérément alors que sa playlist Deezer reprenait là où ils l'avaient abandonnée. »

 

 

Lily leva les yeux au ciel, un sourire toujours figé sur son visage alors qu'elle lançait le GPS, et bientôt, la voiture filait à toute allure en direction de Londres.

 

End Notes:

Heyyy :)

Je passe vite fait pour vous publier ce chapitre et vous dire merci pour vos reviews, et je retourne écrire :)

A bientôt :)

Where is my mind ? by ECM

 

« L'appel de la forêt, de Jack London, raconte l'histoire d'un chien qui devient un loup, alors que dans Croc-Blanc, c'est totalement l'inverse. London était fasciné par la notion de survie en général, et si tu lis tout ce qu'il a écrit, tu verras que l'intrigue principale de ses meilleurs romans se déroule toujours dans la nature sauvage.

- Est-ce que tu peux juste me réexpliquer l'histoire du Peuple de l'Abîme ? demanda James à Lily en arrêtant de taper sur son clavier pour pouvoir caresser Brenda qui était en train de s'installer sur ses genoux.

- Je ne l'ai pas encore lu, et je suppose que c'est mieux que nous le fassions pour les partiels, mais de ce que j'en ai compris, c'est une histoire sur la vie à Londres. Apparemment Jack London voulait que ce soit le plus réaliste possible, et globalement, il y décrit une descente aux enfers pour que la population se rende compte des conditions de vie de la classe ouvrière. »

 

 

Ils passèrent une heure de plus à travailler l'Histoire de la littérature lorsque Lily décréta qu'ils en avaient fait assez. Ils avaient dû rattraper la séance qu'ils avaient ratée quand ils avaient passé la soirée chez ses parents et ils furent tous les deux ravis quand ils purent enfin ranger leurs affaires. Elle caressa affectueusement le chaton qui ronronnait, couché en boule sur les genoux de James, puis elle fourra son dernier cahier dans son sac.

 

 

« Mary va me tuer, je suis encore en retard pour le dîner, pesta t-elle après avoir jeté un rapide coup d'oeil à sa montre.

- Vous avez terminé ? leur demanda Peter en passant sa tête par la porte du couloir.

- Oui, lui répondit immédiatement Lily. Pardon d'avoir autant traîné.

- Non, je... Je voulais juste savoir si tu voudrais venir ce soir ? »

 

 

Elle balança son sac sur son épaule tout en lui jetant un regard interrogateur pendant que James fermait l'écran de son ordinateur.

 

 

« Je fête mon anniversaire aux Trois Balais, tu sais, le bar d'en face, reprit le jeune homme aux cheveux blonds. Ce serait génial si Mary, Marlène, et toi pouviez nous rejoindre.

- Oh. Vraiment ? Je veux dire... Tu es sûr ? bafouilla t-elle, touchée par l'invitation. »

 

 

Elle lui avait souhaité un bon anniversaire le matin même en commentant sa story instagram sur laquelle il était assis devant un toast au beurre de cacahuète, un chapeau pointu sur la tête, pendant que Sirius lançait des confettis dans sa direction et qu'il le regardait d'un air à la fois ensommeillé et résolu. Elle devait admettre qu'elle avait un peu ri. En tout cas, elle ne s'était pas attendue pas à recevoir une invitation.

 

 

« On aura définitivement besoin de toi si quelqu'un déclenche une bagarre, intervint Sirius qui bouscula légèrement Peter pour aller s'avachir dans le canapé non sans avoir envoyé un sourire en coin en direction de Lily.

- Ou pour frapper Sirius, s'il te plaît, viens, compléta Peter en se massant douloureusement l'épaule. On y sera vers vingt deux heures.

- D'accord, d'accord, j'en parle à Mary et j'écris à Marlène.

- Rémus est encore fourré avec elle, il devrait la ramener, commenta distraitement Sirius en tournant les pages d'un magasine de musique.

- A tout à l'heure alors ? lui demanda James alors qu'elle se dirigeait vers la porte.

- A tout à l'heure, confirma t-elle en leur adressant un petit signe de main. »

 

 

Elle s'en doutait, mais quand elle pénétra dans l'appartement d'en face, sa meilleure amie lui jeta un regard hostile par dessus l'écran de son portable.

 

 

« Je sais, je sais, tu as faim, je suis désolée ! s'excusa Lily en balançant son sac dans l'entrée avant de se mettre à table. Ne m'attends pas la prochaine fois.

- Je ne vais pas manger sans toi, lui répondit Mary en esquissant une grimace.

- Je t'autorise à le faire.

- Tout est fade quand tu n'es pas là, déclara la jeune femme brune sur un ton grandiloquent qui fit pouffer Lily. »

 

 

Elle lui servit une grosse assiette de spaghettis et elles dînèrent en parlant de tout et de rien. Mary avait passé l'après-midi chez sa sœur, et quand elle montra à Lily une photo de son neveu déguisé en tortue pour un spectacle dans son école maternelle, elles poussèrent toutes les deux un soupir attendri.

 

 

« Oh en parlant de fête, Peter nous a invité à son anniversaire ce soir aux Trois Balais.

- Hmm... Ils doivent vouloir t'avoir dans le coin au cas où une bagarre éclaterait, plaisanta Mary.

- Sirius a fait la même blague. Ça en dit beaucoup sur ton humour, rétorqua Lily en arquant un sourcil.

- Ça ne me vexe même pas un petit peu ! Est-ce qu'on est censé s'habiller correctement ?

- Je pense qu'on pourrait venir en pyjama, Peter serait toujours ravi de nous voir.

- Pourquoi est-ce qu'on ne connaissait pas ces garçons avant ? gémit Mary en grimaçant. Je les aime, et maintenant je ne peux plus jamais déménager parce qu'ils ont mis la barre trop haute et que je n'aurai jamais de voisins aussi cool. Je les déteste.

- Choisis ton camp, Mary, lui dit Lily en riant. »

 

 

Elle le fit rapidement. Trois heures plus tard, elles étaient toutes les deux serrées l'une contre l'autre à une table des Trois Balais, un cocktail à la main en train de chanter « Joyeux Anniversaire » à Peter pour la quatrième fois depuis qu'elles étaient arrivées.

 

 

« Marlène et Rémus ne sont toujours pas là... Vous croyez qu'ils sont en train de... ? Mary laissa sa phrase en suspend mais leur fit un signe de tête équivoque.

- Définitivement, répondirent Sirius, James, et Peter d'une même voix alors que Lily était encore en train de réfléchir à la question.

- Elle ne nous a rien dit ! s'indigna t-elle.

- Rémus non plus. J'ai fouillé dans son portable, avoua Sirius sans la moindre gêne.

- Bon sang mais tu n'as aucun savoir vivre ! tempêta Mary.

- Peut-être, mais au moins, j'ai les informations.

- Est-ce qu'ils vont au moins venir ? bredouilla Peter.

- Ils sont probablement en train de se rhabiller à l'heure qu'il est, ils ne devraient plus tarder, lui répondit Sirius en montrant l'horloge au fond de la pièce avant de se tourner vers Lily. Et toi ? J'ai entendu dire que tu avais rencontré ta belle famille ? »

 

 

Lily recracha littéralement toute sa gorgée dans son verre et se mit à tousser bruyamment alors que Mary lui tapait dans le dos en essayant tant bien que mal de masquer son gloussement. La jeune femme rousse évita autant qu'elle le put le regard de James quand elle parvint enfin à reprendre la parole.

 

 

« Tu sais cette blague que tu as faite tout à l'heure à propos d'une bagarre qui pourrait commencer à tout moment... lui dit-elle en lui lançant un regard lourd de sous-entendus. »

 

 

Il éclata de rire, rejeta ses cheveux noirs en arrière et quand il poussa un gémissement suraiguë, Lily devina que James venait de lui donner un coup de pied sous la table. Bien fait.

 

 

« Quelqu'un veut faire un billard ? proposa Mary pour faire diversion. »

 

 

Lily jura à ce moment là que c'était pour cette raison précise qu'elle était sa meilleure amie. Personne mieux que Mary ne savait détourner l'attention quand elle en avait besoin. C'était comme un super pouvoir, et tout à coup, Sirius, Peter, et James ne pensèrent plus qu'à constituer les équipes.

 

La première partie se termina rapidement avec la victoire de Mary et James. Sirius et Lily avaient passé leur temps à se battre avec les queues de billard devant le regard perplexe de Peter, se faisant même réprimander par la barmaid qui les menaça de les mettre à la porte lorsque les deux tiges de bois tapèrent un peu fort l'une contre l'autre. Lily battit en retraite et retourna s'asseoir à leur table non loin de là pour terminer son cocktail.

 

Elle sortit son téléphone et vit plusieurs messages de Marlène lui demandant de lui commander n'importe quelle bière et une bouteille de vin rouge. Elle se dirigea vers le bar et attendit une petite minute que Mme Rosmerta n'arrive en lui jetant un regard un peu sévère qui la fit rougir d'embarras. Elle s'excusa pour la reconstitution douteuse du combat entre Anakin Skywalker et Obi-Wan Kenobi que Sirius et elle avaient faite un peu plus tôt, puis elle lui passa commande.

 

Elle n'attendit pas plus de deux ou trois minutes avant que la jeune femme blonde ne revienne avec une grosse chope de bière, une bouteille de vin, et plusieurs verres dont Lily s'empara tant bien que mal avec un sourire contrit, les calant maladroitement contre sa poitrine avant d'aller les poser sur leur table. A peine était-elle assise qu'elle remarqua aussitôt que le groupe autour du billard avait doublé de volume.

 

Elle plissa les yeux et reconnut rapidement quelques élèves de sa promotion. Il n'y avait rien d'étonnant à cela. Elle savait que beaucoup d'étudiants traînaient ici. Le pub n'était pas excessivement loin de la faculté en voiture et c'était l'un des plus sympa dans le coin. Elle réalisa vite que Dorcas était là aussi. En train de discuter avec James. Sa main se posa sur son bras pendant un bref instant et Lily ressentit l'envie immédiate d'aller demander trois bouteilles de plus à Mme Rosmerta.

 

 

« Qu'est-ce qu'on a raté ? »

 

 

La voix de Marlène la fit sortir de sa torpeur et ses yeux verts dévièrent pour atterrir sur son joli visage.

 

 

« Mary et James sont des tueurs au billard, lui dit-elle en adressant un sourire à Rémus.

- Oh ils jouent ?! Je vais les éclater ! s'exclama t-elle avant d'ôter son manteau pour aller les rejoindre.

- Tu as déclaré forfait ? demanda le jeune homme à Lily en s'asseyant en face d'elle.

- Je dois surveiller mon verre, répondit Lily sur un ton égal. Je pense que Rosmerta va essayer de m'empoisonner parce que Sirius et moi nous sommes battus avec les queues de billard. »

 

 

Il éclata de rire tout en se servant un grand verre de vin. De là où elle était assise, elle pouvait parfaitement voir leurs amis mais Rémus, lui, dut se pencher pour leur faire un signe de main.

 

 

« Tu connais ces filles ? la questionna t-il.

- Vaguement, elles sont dans ma promotion, lui répondit-elle en ignorant le léger pincement au cœur qu'elle ressentit quand elle constata que James et Dorcas discutaient toujours ensemble et qu'il avait abandonné la partie de billard qui se jouait à côté d'eux.

- Tu n'as pas l'air de les apprécier beaucoup, constata t-il avant de boire une gorgée de vin rouge.

- Si, si, s'empressa t-elle de répondre. Dorcas est très sympa. C'est la grande brune qui parle avec James.

- Pourquoi est-ce que j'ai déjà entendu ce nom ? lui demanda t-il en réfléchissant.

- J'avais donné son numéro à James. Il t'en a peut-être parlé. Ou alors c'est Marlène, comme elle sait que je traîne un peu avec elle à la fac.

- C'est définitivement Marlène, répondit-il un peu trop vite pour qu'elle ne puisse le croire. »

 

 

Il y eut un long silence pendant lequel Lily garda les yeux rivés sur James et Dorcas. Elle n'aimait pas vraiment cela. Elle n'avait pas envie de réfléchir au pourquoi du comment, mais elle n'aimait définitivement pas cela. Au bout d'un moment, elle le vit se décaler pour aller aider Sirius à réussir ses coups et elle en fut légèrement soulagée, même si le sentiment de culpabilité qui grandissait en elle l'encouragea à tendre son verre en direction de Rémus qui le remplit de vin.

 

 

« Il n'est pas intéressé, lui glissa Rémus avec un demi-sourire.

- Quoi ? s'enquit-elle, un peu surprise parce qu'elle était tant focalisée sur son meilleur ami qu'elle avait oublié qu'elle n'était plus toute seule à la table.

- Dorcas. Elle ne l'intéresse pas, répéta t-il. Je peux le voir d'ici.

- Il a tort. Elle est très sympa et très drôle et... elle s'arrêta net et déglutit en songeant qu'elle n'avait certainement pas besoin d'alimenter encore d'avantage son CV. »

 

 

Rémus secoua simplement la tête et laissa échapper un soupir amusé alors que Dorcas venait tout juste de la repérer. Elle s'empressa de venir à leur table pour la saluer, et elle resta discuter quelques minutes avec eux après que Lily lui ait présenté Rémus. Quand elle retourna vers ses amies, la jeune femme rousse jeta un regard désespéré vers le garçon qui ne l'aida pas du tout.

 

 

« Elle est vraiment très sympa, confirma Rémus.

- Je sais, marmonna Lily la mine basse, et j'ai donné son numéro à James.

- Hm hm...

- Peu importe, soupira t-elle. Il me prend sûrement pour une dingue depuis que Sirius vous a raconté ce qu'il s'est passé avec mon ex petit-ami l'autre jour.

- James n'est pas comme ça, réfuta t-il aussitôt. Et puis Sirius a dit que ce pauvre type l'avait bien mérité.

- Peut-être qu'il l'avait mérité, reprit-elle, j'ai juste... Je n'en sais rien. J'ai dit à Dorcas que je n'étais pas intéressée et qu'elle pouvait foncer, et maintenant je... Bon sang Rémus, je suis une terrible amie.

- Tu l'es, alors ?

- Hm ?

- Intéressée ? demanda t-il en lui lançant un regard perçant. »

 

 

Elle ne répondit pas. Ses yeux verts trouvèrent ceux de James à quelques mètres de là, et quand il lui adressa un sourire, il n'y eut qu'eux pendant un court instant. Elle aurait voulu avoir le courage de Dorcas. Elle aurait voulu savoir exactement ce qu'elle voulait. Elle aurait voulu être capable d'analyser correctement sa chaire de poule et ses mains moites. Elle aurait voulu comprendre. A la place, elle descendit son verre de vin.

 

 

« Emmie ! Tu as pu venir ! s'exclama Rémus en se levant soudainement, son visage s'illuminant comme une guirlande de Noël. »

 

 

Il tendit les bras en direction d'une jeune femme qui passa si rapidement devant Lily qu'elle n'eut même pas le temps de voir son visage alors qu'elle fondait dans les bras de Rémus. Elle lui donna une étreinte amicale en riant, et Lily garda les yeux vissés sur ses longs cheveux châtains qui ondulaient sur ses épaules

 

 

« Lily, c'est Emmeline. Emmeline, Lily.

- Waouh j'adore ton tee-shirt ! la complimenta la jeune femme en lâchant Rémus pour se tourner vers elle. Où sont les autres ? demanda t-elle en se tournant avant même que Lily n'ait eu le temps d'ouvrir la bouche pour la remercier. »

 

 

Rémus fit signe à Emmeline de le suivre et Lily replongea sur son téléphone jusqu'à ce que les exclamations enthousiastes du groupe n'attirent son attention sur eux. Elle fut légèrement surprise de voir la jeune fille bondir dans les bras de James, et elle l'envia immédiatement en remarquant l'automatisme avec lequel il les referma autour d'elle, l'air tout aussi ravi qu'elle.

 

Elle fit de même avec Sirius, mais cela n'eut pas le même effet sur Lily. Elle détestait cette insécurité qu'elle ressentait alors même qu'elle n'en avait aucune raison. James n'était qu'un voisin qu'elle connaissait à peine et elle n'appréciait pas beaucoup la façon dont son corps réagissait au moindre de ses faits et gestes. Elle voulait être plus sage que cela.

 

Elle n'avait plus quinze ans. Elle ne pouvait plus s'emballer pour un garçon juste parce qu'il lui souriait ou regardait dans sa direction. Ce n'était pas ce qu'elle attendait d'elle-même. Elle n'avait pas besoin de cela. Elle avait besoin de se retrouver avant de retrouver quelqu'un... Si toutefois elle comptait retrouver quelqu'un. Il n'y avait rien de moins sûr.

 

Elle ne voulait pas se faire avoir par une surface qu'elle n'avait qu'égratignée, par des paroles qu'elle gardait en tête en leur donnant assurément trop d'importance et par des regards dans lesquels elle voyait probablement bien plus que ce qu'il ne s'y cachait en réalité. Elle ne pouvait pas se laisser berner encore une fois. Elle avait besoin d'être prudente.

End Notes:

JE SAIS ça fait longtemps. Je n'ai quasiment rien écrit en deux semaines et je voulais terminer le chapitre sur lequel je suis avant d'en poster un autre, et ça m'a pris mille ans. Bon et je l'ai même pas encore terminé. Procrastination quand tu nous tiens...

A bientôt quand même :)

Et merciiii pour votre soutien dans les reviews :')

And the thing that freaks me out by ECM

 

« Ouuuh... On stalke aujourd'hui ? J'adoooore ! s'exclama Marlène. »

 

 

Lily sursauta et verrouilla son téléphone portable par un ridicule réflexe qui fit rire la jeune femme blonde derrière le canapé. Ses genoux étaient repliés contre elle alors qu'elle avait passé les dix dernières minutes à faire défiler les publications Instagram de James sans vraiment savoir ce qu'elle cherchait.

 

Elle soupira alors que Marlène s'asseyait à côté d'elle. Mary dormait encore malgré l'heure tardive et Lily avait hésité pendant une bonne partie de la nuit à aller se glisser sous ses couvertures ou sous celles de Marlène qui avait squatté le canapé. Elle avait besoin de compagnie, et par dessus tout, elle avait besoin d'arrêter de penser.

 

 

« Je suis étonnée que tu ne sois pas allée dormir en face cette nuit, dit-elle à Marlène avec un faible sourire.

- Oh non tu ne vas pas t'en tirer comme ça, Evans. Montre moi ces photos, il n'y a pas de raison que tu en profites toute seule, répondit-elle en tapotant le portable de la jeune femme rousse avec son index.

- Ce n'est pas ce que tu crois, se défendit-elle. Je... J'essayais juste d'apprendre à le connaître un peu mieux.

- Évidemment. Et j'imagine que c'était aussi ce que tu faisais hier soir quand tu matais son postérieur.

- Je n'ai pas maté son postérieur ! protesta t-elle en esquissant une moue boudeuse. Du moins pas plus que toutes les autres parties de son corps, termina t-elle, faisant rire Marlène. »

 

 

Elle déverrouilla son téléphone et elle fit défiler ses photos sur son écran. Il était avec les garçons sur la plupart, seul de temps en temps, avec des filles qu'elle ne connaissait pas trop souvent à son goût. Emmeline était sur plusieurs d'entre elles.

 

 

« Rémus me disait hier soir que c'est l'ex petite-amie de Peter, comme une cousine pour eux, précisa Marlène comme si elle lisait en elle comme dans un livre ouvert.

- Elle avait l'air chouette.

- Lily...

- Non, sincèrement, insista t-elle.

- Je sais, affirma Marlène, tu fais tout le temps ça. Tu es gentille et admirative des autres et tu crois qu'en comparaison, personne ne te voit mais crois-moi, je te vois, et il te voit aussi, termina t-elle en faisant un signe de tête vers la photo de James et Emmeline sur son portable. »

 

 

Elle déglutit et se frotta pensivement le front avant de passer sa main dans ses cheveux roux, songeant sérieusement à se les arracher parce qu'elle ne savait pas comment exprimer l'angoisse qui grandissait en elle.

 

 

« Il faut que j'aille m'habiller. Je mange chez mes parents ce midi, reprit-elle un peu soudainement en se levant du canapé.

- Lily, chérie, j'ai vu la façon dont il te regardait hier et...

- Pourquoi est-ce que vous ne pouvez pas imaginer ne serait-ce qu'une seconde que je me fiche qu'il me regarde ? la coupa t-elle abruptement. Je... Je ne veux même pas qu'il le fasse je veux juste... Laisse tomber. »

 

 

Elle avait été si froide, si étrangère à elle-même tout à coup que Marlène resta figée dans le canapé alors que Lily se dirigeait vers la salle de bain. Elle s'en voulut dès qu'elle ferma la porte derrière elle. Elle s'y adossa et laissa échapper un nouveau soupir avant de s'appuyer sur le lavabo et de s'éclabousser le visage d'eau froide.

 

Elle s'observa brièvement dans le miroir et elle détesta la peur qu'elle vit dans son regard. Le sentiment était à la fois familier et complètement inédit. En tout cas, il n'était pas le bienvenu. Elle n'avait jamais trop su gérer la peur, encore moins quand elle prenait cette forme.

 

C'était trop tôt. Trop tôt, se répéta t-elle sans quitter son reflet des yeux. Elle voyait encore l'ombre de Severus par dessus son épaule. Il n'y avait qu'une raison à cela : Elle traînait encore derrière elle les lourdes conséquences que leur histoire avait eu sur elle et elle se demandait si elle serait un jour capable de s'en débarrasser. Comment guérissait-on d'une relation toxique ?

 

La blessure cicatrisait-elle un jour ? Ou restait-elle passivement ouverte au cas où quelqu'un passerait pour la creuser encore plus profondément ? Elle se vit ravaler ses larmes dans le miroir et elle s'empressa de se glisser sous la douche, incapable de se faire face plus longtemps. Elle n'avait pas besoin de se voir faible.

 

Elle avait besoin de s'en remettre, d'être sa propre héroïne, de se rappeler qu'elle était la seule à pouvoir se sauver. Elle pouvait compter sur ses amies, mais elle ne devait jamais, jamais se laisser croire qu'elle était ce stupide reflet triste et tremblant dans le miroir, comme un lapereau hors du nid. Elle n'était pas un lapereau. Elle était une biche. Une grande, une majestueuse, une puissante et impétueuse biche.

 

 

« Tu es meilleure que ça, souffla t-elle pour elle-même. »

 

 

Ne jamais s'arrêter. C'était le secret. Redire les mots, une fois, deux fois, trois fois, cinquante fois, autant de fois qu'il le fallait pour les imprimer. C'était un combat contre elle-même, l'un de ceux que l'on n'est pas certain de gagner un jour. Elle ne voulait pas que James la regarde. Elle ne voulait pas son attention. Elle ne voulait pas se mettre dans une situation où ils deviendraient trop proches, où il pourrait l'atteindre. Elle ne voulait pas lui donner l'occasion de la toucher une seconde fois là où elle avait déjà été touchée.

 

Et paradoxalement... Paradoxalement, elle entretenait tout ce qu'elle craignait. Elle rêvait de tout ce qu'elle craignait. Elle voulait l'attention et la proximité. Elle voulait retrouver la force de s'élancer. Elle aimait les moments qu'elle passait avec lui. Elle aimait l'extraordinaire façon qu'il avait de lui faire sentir qu'elle était la personne la plus brillante qu'il ait jamais rencontré. Elle avait discuté avec ses parents, elle savait que c'était faux, et pourtant...

 

Quand elle lui parlait de littérature, il la regardait comme s'il n'avait jamais entendu quelqu'un d'autre prononcer des mots avant et c'était terrifiant. Ça l'était d'autant plus quand elle s'arrêtait pour y réfléchir parce qu'à chaque fois qu'il posait des yeux admiratifs sur elle, elle défaillait un peu plus. Elle pouvait repousser l'idée autant qu'elle le voulait, c'était un fait. Il la rendait nerveuse. Elle espérait le rendre nerveux, et en même temps elle ne le voulait pas. Qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez elle ?

 

Quand elle émergea de la salle de bain dans un nuage de buée, une serviette nouée autour de ses cheveux roux, elle fut soulagée de constater que Marlène était encore là. Elle regardait la télévision tout en jouant sur son téléphone portable, et lorsque Lily croisa son regard azur, elle lui adressa une grimace navrée.

 

 

« Excuse-moi. J'ai été nulle, souffla t-elle.

- Non, Lily, c'est moi, réfuta aussitôt Marlène en se redressant sur le canapé. C'était stupide, je... Je n'ai même pas grand chose à dire pour ma défense.

- C'est moi qui suis stupide, la corrigea t-elle. J'ai... Je ne crois pas être prête pour tout ça.

- Tu n'es pas stupide, et peu importe la direction que tu veux prendre, tu sais que je serai toujours à tes côtés, n'est-ce pas ? lui demanda son amie avant de poursuivre quand elle acquiesça avec un sourire. Maintenant, est-ce que tu veux que je te dépose chez tes parents ?

 

 

Lily hocha la tête et disparut une nouvelle fois dans la salle de bain pour se coiffer pendant que Marlène griffonnait un petit mot à Mary. Une dizaine de minutes plus tard, elles étaient dans la voiture de Marlène à écouter de la pop en chantant à tue tête comme si rien ne s'était passé. Leur amitié n'avait jamais souffert de leurs disputes. Elles savaient passer l'éponge dessus comme personne d'autre.

 

Elles se quittèrent devant chez les Evans et bientôt, Lily sentit un nouveau malaise l'envahir. Elle aimait la maison de son enfance, mais les derniers souvenirs qu'elle y avait n'étaient pas les meilleurs. Elle avait passé le plus de temps possible à la fuir ces derniers temps malgré le fait que deux des personnes les plus importantes de sa vie y résidaient. Dès qu'elle mit les pieds chez elle et que son père l'enlaça en la saluant chaleureusement, le stress retomba un peu. Cela faisait trop longtemps qu'elle ne l'avait pas vu pour qu'elle ne s'autorise à songer à tous les problèmes relationnels qu'ils avaient.

 

 

« Je suis contente de t'avoir ici ma puce, lui confia sa mère. Ce n'est pas la même chose de se parler au téléphone.

- Bien sûr maman, mais avec Pétunia...

- Tu sais que nous pouvons vous aider, Mary et toi, avec le loyer de l'appartement, n'est-ce pas ?

- Tu me l'as déjà proposé au moins trois fois, lui répondit Lily en souriant. Mary refuse. Je paye les courses et elle ne veut pas que je touche au loyer, tu sais comment elle est des fois... Et ce n'est pas la peine de me proposer de revenir vivre ici non plus, nous savons tous les trois que ça ne fonctionne plus.

- Lily, si c'est juste à propos de ta sœur...

- Pétunia et Vernon vont se marier, lui annonça son père de but en blanc en mettant la table. »

 

 

Lily cligna des yeux plusieurs fois, debout au milieu de la salle à manger, elle devait avoir l'air d'un poisson hors de l'eau. Elle jeta un coup d'oeil vers sa mère qui grimaça pour toute réponse à la question qu'elle n'avait pas besoin de prononcer.

 

 

« Je préférai arracher le pansement rapidement, dit-il à sa femme en haussant les épaules alors qu'elle lui lançait un regard lourds de reproches.

- Tu étais sérieux ?

- Il était très sérieux, confirma Rose. Ce sera au printemps et...

- Peu importe, je ne serai pas conviée.

- Lily...

- Ils ne me veulent pas là bas et je ne veux pas vraiment y aller non plus.

- Ce n'est que dans plusieurs mois, qui sait comment la situation aura évoluée ?

- Je ne pense pas que Vernon Dursley devienne soudainement sympathique, maman, pointa Lily et son père approuva d'un signe de tête discret derrière Rose. »

 

 

Il transforma un léger rire en toux, et bizarrement, l'atmosphère s'allégea considérablement après cette conversation. Ils discutèrent de la fac, des livres qu'elle étudiait en ce moment, et des nouvelles des quelques membres de la famille qu'elle n'avait pas vus depuis l'année précédente, et pendant l'espace de quelques heures, elle eut l'impression que tout était redevenu aussi simple que quand elle n'était encore qu'une enfant.

 

Ils se promenèrent dans le parc à côté de chez eux et elle écouta son père lui raconter toutes les histoires qu'elle avait déjà entendu cent fois sur son enfance et le temps qu'il passait ici avec ses parents. Elle n'en avait jamais assez. Elle pouvait presque les réciter de mémoire, mais il ajoutait régulièrement un détail qu'elle n'avait jamais entendu et d'une manière ou d'une autre, elle finissait toujours par être passionnée par ses mots.

 

Il y avait un moment où elle en avait voulu à l'un et à l'autre, de ne pas être capable de faire fonctionner leur mariage et de la rendre malheureuse, mais ces derniers temps, à chaque fois qu'elle se trouvait en leur compagnie, elle se demandait s'ils n'étaient pas plus tristes ensemble qu'ils le seraient séparément. Elle évita d'en parler, comme toujours, et elle se concentra sur les histoires de son père.

 

L'après-midi touchait à sa fin lorsqu'elle vit l'écran de son portable s'allumer sur la table du salon. Elle s'en saisit et constata qu'elle avait un message de Dorcas qui lui proposait qu'elles déjeunent ensemble le lendemain, et un autre de Mary lui demandant si elle avait besoin d'un chauffeur pour venir la chercher. Elle répondit positivement aux deux propositions, et soupira en se tournant vers ses parents.

 

 

« Est-ce que vous avez une idée du temps que le garagiste va mettre à réparer ma voiture ? »

 

 

Ils se jetèrent un coup d'oeil équivoque que Lily ne manqua pas. Ils étaient amis avec le mécanicien du coin depuis des années alors, naturellement, elle lui avait confié sa voiture en sachant qu'il ferait tout ce qu'il pourrait. Compte tenu de la tête que faisaient ses parents, l'heure du décès avait été prononcée. Elle les fixa d'un air incrédule puis soupira lourdement.

 

 

« Sérieusement ? Elle est complètement fichue ?

- C'est le moteur, lui apprit sa mère. Rick dit que ça te coûterait moins cher d'en racheter une nouvelle.

- Parfait, souffla Lily en grimaçant. Ce n'est pas grave. Le bus est plus écologique. »

 

 

Elle n'avait pas l'argent nécessaire pour se racheter une voiture maintenant et tant pis s'il fallait qu'elle affronte le monde extérieur tous les matins. Elle n'aurait qu'à enfoncer ses écouteurs dans ses oreilles et compter sur ses chansons préférées pour l'emmener à l'université sans encombre.

 

Elle décida de ne pas s'attarder sur cette mauvaise nouvelle, et entreprit d'aider sa mère à faire ses muffins préférés en attendant Mary. Ils sortaient tout juste du four lorsqu'elle entendit la voiture se garer devant la maison, et elle s'empressa de les fourrer dans une boîte, criant « J'arrive ! » lorsque l'on frappa à la porte. Elle ne s'attendait pas à retrouver James au milieu du salon à peine deux minutes plus tard, et encore moins à le voir rire avec son père.

 

 

« Qu'est-ce que tu fais là ? s'étonna t-elle en restant figée à l'entrée de la cuisine.

- Mary et Sirius sont en train de faire un beer pong contre Peter et Rémus et elle ne voulait pas abandonner la partie alors elle m'a envoyé, lui expliqua t-il en haussant les épaules avant de se tourner vers Rose et de la saluer poliment.

- Est-ce qu'ils n'ont pas tous assez bu hier ? l'interrogea t-elle en arquant un sourcil, ce à quoi il répondit par un rire approbateur, et elle pivota également vers sa mère. C'est James, notre voisin, lui dit-elle. »

 

 

Elle leva les yeux au ciel lorsque sa mère lui jeta un rapide regard espiègle avant de le saluer chaleureusement. Bien sûr qu'elle avait remarqué qu'il était à couper le souffle et que sa fille était absolument pressée de le voir sortir de cette maison avant que les questions gênantes ne commencent à pleuvoir.

 

 

« Bon, je suis désolée, mais Mary m'attend. Bonne semaine à vous deux. »

 

 

Elle enlaça brièvement ses parents, attrapa James par le bras, et fonça vers la porte, soulagée quand elle l'eut refermée derrière eux. Il lui lança un curieux regard auquel elle ne répondit que lorsqu'ils furent assis dans sa voiture et qu'elle eut posé la boîte de muffins à l'arrière.

 

 

« Crois-moi, tu ne veux pas être mêlé à ça, lui dit-elle.

- Ils ont l'air sympa.

- Ils le sont. Séparément, en tout cas, mais ce n'est pas le problème. De quoi est-ce que vous étiez en train de rire, mon père et toi ?

- Il me montrait la photo de toi qui est sur la cheminée, répondit-il avec un sourire narquois en mettant le contact.

- Sérieusement ? Est-ce qu'il ne pouvait pas attendre plus d'une minute avant de m'humilier ? bougonna t-elle en croisant ses bras contre sa poitrine. »

 

 

Son rire la détendit légèrement, mais elle se promit d'envoyer un message à son père dans la soirée pour lui dire que cette photo d'elle après une chute à la montagne, face contre neige, devait disparaître. Tout comme d'autres qui étaient bien pires et qui, fort heureusement, étaient bien cachées dans les vieux albums photos du grenier.

 

 

« Tu es partie tôt hier, lui fit-il remarquer.

- Je sais, soupira t-elle. Ma semaine a été assez intense, j'étais fatiguée et je ne voulais pas gâcher la fête d'anniversaire de Peter. »

 

 

Il hocha mécaniquement la tête, les yeux rivés sur la route devant lui, il avait l'air un peu ailleurs. Cornelia Street de Taylor Swift passait à la radio et Lily surprit James à fredonner. Cela lui rappela une brève discussion avec Peter et elle se mit à sourire.

 

 

« Tu as définitivement déjà écouté cette chanson avant. Tu connais les paroles, lui fit-elle remarquer sur un ton espiègle.

- Ne le dis pas aux autres sinon je vais en entendre parler pendant des mois.

- Peter m'a dit l'exacte même chose quand je l'ai surpris à siffler Shake it off dans la cuisine l'autre jour, s'amusa t-elle.

- Peter n'a pas sifflé Shake it off, nia t-il sur un ton incrédule en tournant rapidement la tête vers elle pour voir si elle était sérieuse.

- Oh que si, confirma t-elle, je reconnais du Taylor Swift lorsque j'en entends. »

 

 

Il lâcha un rire, reporta son regard sur la route, et le silence les enveloppa de nouveau brièvement. Elle observait le paysage par la vitre avec un sentiment étrange. Il y avait comme un malaise, mais elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus.

 

 

« Au fait, merci d'avoir accepté de venir me chercher. Je suis désolée que Mary t'ait envoyé.

- Je me suis proposé à vrai dire. lui avoua t-il en s'arrêtant à un feu, tapotant son volant en rythme avec la musique. je voulais te parler de quelque chose hier soir, mais tu es partie peu après la partie de billard puis Emmeline est arrivée et j'ai complètement oublié de... Bref, s'interrompit-il. »

 

 

Ce n'était pas son imagination qui lui jouait des tours. Il y avait vraiment quelque chose qui n'allait pas, et elle sentit l'angoisse commencer à monter. Elle s'imaginait tout et n'importe quoi sans toutefois avoir une idée de ce qu'il allait réellement lui dire. Est-ce qu'il avait réalisé qu'ils passaient beaucoup trop de temps ensemble pour des gens qui ne se connaissaient pas quelques semaines plus tôt ? Est-ce qu'il avait quelque chose à redire par rapport à leur tutorat ? Est-ce qu'il préférait qu'ils s'en tiennent à une relation strictement professionnelle plutôt que de laisser s'épanouir l'amitié qu'ils commençaient à construire ?

 

Ce n'était pas comme s'ils avaient énormément échangé, il y avait tellement de choses basiques qu'elle ne savait pas sur lui... Elle n'arrivait même pas à comprendre comment elle pouvait passer autant de temps avec lui et ne même pas connaître sa couleur préférée. Et pourtant, elle avait envahi sa vie autant qu'il avait envahi la sienne. Ses amies traînaient avec les siens et elle s'entendait très bien avec les garçons. Est-ce que c'était trop pour lui ?

 

 

« L'équipe de basket de Newcastle organise un stage de recrutement et de formation pour les futurs joueurs, et pour les nouveaux entraîneurs et coachs de leurs équipes de jeunes. Les deux postes m'intéressent, j'y ai postulé cet été et je pensais que je n'aurais plus de nouvelle, mais Kingsley a reçu un appel du recruteur il y a quelques jours disant qu'il voulait me voir là bas, lui annonça t-il sur un ton qu'elle trouva bien monocorde compte tenu de la bonne nouvelle.

- C'est génial ! le félicita t-elle avec un entrain qu'il ne sembla même pas remarquer. Quand est-ce que tu pars ?

- La semaine prochaine, répondit-il, le visage toujours impassible. Le stage dure un mois. »

 

 

L'enthousiasme de Lily retomba légèrement. Newcastle se trouvait à l'autre bout du pays et il était évident que James n'allait pas rester habiter dans l'appartement d'en face. Elle était contente pour lui, mais elle savait qu'elle n'aurait pas dû ressentir cette infime détresse à l'idée de le voir s'en aller, et la culpabilité l'empêcha de prononcer le moindre mot.

 

 

« Kinglsey en a parlé avec le doyen de l'université ainsi qu'avec la responsable de la promotion de littérature et ils sont tous les deux tombés d'accord sur le fait que c'est une opportunité à côté de laquelle je ne peux pas passer, continua t-il. Je t'avoue que je n'avais pas tellement envie de laisser mes parents pendant un mois, mais ils m'ont menacé de changer les serrures si je n'y allais pas, et les garçons m'ont assuré qu'ils passeraient tous les jours en plus de l'infirmière.

- Je peux y aller aussi, je n'aurais qu'à emprunter la voiture de Mary, proposa t-elle. »

 

 

Les mots avaient dévalé le seuil de ses lèvres sans qu'elle n'ait pu les retenir, et elle ne réalisa qu'une fois qu'ils avaient tous été prononcés que la suggestion était peut-être inappropriée. Elle ouvrit la bouche pour essayer de rattraper le coup, mais elle se stoppa net quand elle le vit sourire pour la première fois depuis qu'il avait évoqué le stage.

 

 

« Ils seraient certainement ravis de te revoir, déclara t-il, et il y avait quelque chose d'espiègle dans ses yeux, comme s'il pensait à une blague particulièrement drôle qu'il n'avait toutefois pas l'air de vouloir partager.

- Et pour le tutorat ? demanda t-elle finalement.

- Je pensais qu'on pourrait continuer par téléphone, ou en visioconférence ? Si tu es d'accord avec ça, lui dit-il en jetant un rapide coup d’œil dans sa direction avant de tourner dans l'angle de la rue où se trouvait leur appartement. Si tu ne veux pas, le professeur McGonagall était prête à m'envoyer exceptionnellement les cours juste pour la durée du stage, mais je lui ai dit que je préférais continuer avec toi si tu... Si c'était bon pour toi.

- Tu as osé rembarrer McGonagall ? lui demanda t-elle en riant.

- Elle savait dès notre premier rendez-vous que ce serait platonique entre nous, répondit-il en haussant les épaules, la faisant pouffer de plus belle. Alors ?

- Ça me va, affirma t-elle en esquissant un sourire qu'il lui rendit. »

 

 

Elle était soulagée quand ils se garèrent dans le parking, même si une désagréable sensation au creux de son ventre persistait à la simple idée qu'il puisse ne plus être à un pas de chez elle, et qu'ils ne rentrent plus ensemble le soir. Quelque chose dans le fait de ne plus l'avoir physiquement près d'elle la rendait nauséeuse.

 

 

« Tu veux connaître la deuxième bonne nouvelle ? la questionna t-il juste après qu'ils aient tous les deux claqué les portières de la voiture noire.

- Il y en a une deuxième ? s'enquit-elle, et son cœur bondit dans sa poitrine quand il lui accorda un nouveau sourire.

- Je pars en train, et ma voiture déteste la solitude, lui dit-il en secouant ses clés devant son visage. »

 

 

Elle lui jeta un regard incrédule qui le fit rire alors qu'ils pénétraient dans l'ascenseur et elle continua à l'observer comme la folle qu'elle était avant de secouer la tête.

 

 

« Je ne peux pas prendre ta voiture ! protesta t-elle.

- Pourquoi pas ?

- Et si je la raye ou que je fonce dans... Je ne sais pas, un poteau ?

- Tu ne la rayeras pas, réfuta t-il en roulant des yeux, et si toutefois tu fonçais dans un poteau, je serais plus inquiet pour toi que pour elle. »

 

 

Il y avait des moments comme celui-ci qu'elle aurait voulu enregistrer pour pouvoir les réécouter plus tard parce qu'elle était certaine que cette dernière phrase ferait des miracles quand son anxiété viendrait la narguer... Ce qui était fortement stupide parce qu'il n'avait rien fait d'autre que de statuer que les dégâts matériels étaient mineurs, mais après tout, elle n'avait été habituée qu'aux mots doux de Severus Rogue et il n'avait jamais été connu pour être un grand romantique.

 

 

« Et si ce sont les éventuelles réparations d'un accident hypothétique qui t'inquiètent, j'aurais de quoi les payer alors ne t'en fais pas pour ça, continua t-il.

- Je m'en fais pour ça, insista t-elle en lui jetant un rapide regard avant de réaliser qu'aucun d'eux n'avait appuyé sur le bouton du troisième étage.

- Si tu ne la prends pas, elle va juste rester là, dans ce parking triste et sombre, déclara t-il sur un ton faussement abattu en appuyant sur le bouton comme s'il avait lu dans son esprit.

- Les garçons pourraient en avoir besoin.

- Ils ont déjà chacun la leur. Ce serait stupide que tu ne la prennes pas. Au moins jusqu'à ce que tu puisses récupérer la tienne.

- Je ne risque pas de la récupérer, le moteur est en miettes, marmonna t-elle.

- Oh bon sang, Lily, je te jure que tu vas me rendre dingue, répliqua t-il sur un ton un peu autoritaire en la regardant droit dans les yeux et elle eut l'impression que son corps était tranquillement en train de prendre feu devant lui. Je te laisserai les clés vendredi. »

 

End Notes:

JE SAIS, je poste de façon absolument lente et décevante ces derniers temps. Pour la simple et bonne raison que je me suis mise en pause. J'ai repris un peu l'écriture aujourd'hui après deux semaines de vide, et j'espère que le moteur va se relancer à fond pour que je me lance sur le chapitre 23.

En tout cas, je ne vous oublie pas et je continue à poster, je suis juste en mode limace :)

Merci à ceux qui me lisent toujours :)

These things I'll never say by ECM

« J'ai des doutes sur cette histoire d'amour dénuée de tout intérêt, commenta James en tapant sur son clavier pour mettre un point final à la dernière phrase qu'il avait écrite.

- Comment peux-tu avoir un doute là dessus ?! s'exclama Lily, passablement scandalisée.

- Parce que... commença James avant de soupirer et de s'enfoncer un peu plus dans sa chaise. Je ne sais pas, j'ai l'impression qu'elle tombe amoureuse de Pemberley avant de tomber amoureuse de Darcy.

- Oh alors tu crois qu'elle commence à l'aimer seulement quand elle découvre où il vit ? le questionna t-elle en arquant un sourcil. Sérieusement, James ? On va vraiment partir sur un débat sur la prétendue cupidité des femmes ?

- Ce n'était clairement pas là où je voulais en venir, réfuta t-il aussitôt. »

 

 

C'était la quatrième fois qu'il verbalisait des interrogations sur leur leçon ce soir là alors qu'ils l'avaient terminée, et Lily commençait à le suspecter de faire traîner leur dernier tutorat. Elle aurait aimé ne pas se laisser aller à espérer que c'était exactement ce qu'il faisait, mais c'était comme s'il n'essayait même plus de se cacher quand il évoqua ce point là de l'histoire qui était pour elle sans équivoque.

 

 

« Je sais qu'Elizabeth aime Darcy, c'est clair, reprit-il, mais pour moi, il y a une part d'intérêt là dedans.

- Est-ce que tu cherches à me gâcher mon roman préféré ? le questionna t-elle en croisant ses bras contre sa poitrine.

- Non, sérieusement Lily, répondit-il en laissant échapper un rire. Il est clair que Lizzie est une femme intelligente et je... il s'interrompit en la voyant lever les yeux au ciel et ouvrir la bouche pour protester. Je sais ce que tu vas dire, mais laisse moi terminer. »

 

 

Elle demeura muette et lui lança un regard de défi. Elle l'attendait au tournant et il avait beau être à couper le souffle à ce moment précis, elle allait n'en faire qu'une bouchée.

 

 

« Je dis juste qu'une fois qu'elle commence à bien aimer Darcy, elle sait clairement que le domaine de Pemberley est un bonus. Et je sais, je sais, insista t-il comme s'il s'attendait à ce qu'elle le contredise sur ce point précis, qu'elle ne l'aurait pas épousé si elle ne l'aimait pas. Je dis juste que Pemberley a clairement aidé notre bon vieux Darcy dans l'affaire.

- Tu me dégoûtes, souffla t-elle simplement en secouant la tête d'un air désapprobateur avant de se lever de sa chaise pour aller se servir à boire pendant qu'il riait.

- Oh allez Lily, tu peux admettre que le passage où elle découvre Pemberley est crucial.

- Lizzie n'est pas ce genre de fille, réfuta t-elle en secouant la tête.

- Je ne dis pas qu'elle est avare, je dis juste...

- Qu'elle est avare, mais amoureuse, termina t-elle en lui lançant un regard mauvais. Qu'est-ce que tu veux boire ?

- La même chose que toi, du moment que tu ne mets pas de cyanure dedans.

- Un chocolat chaud sans cyanure, donc ?

- Parfait, répondit-il en fermant l'écran de son ordinateur. »

 

 

Elle n'avait même pas besoin de se retourner pour voir le sourire sur son visage. Les séances de tutorat s'étaient éternisées ces derniers jours, comme s'ils essayaient l'un comme l'autre de grappiller plus de temps sur les derniers moments qu'ils pouvaient passer ensemble avant qu'il ne parte. Ce n'était pas comme s'il ne reviendrait jamais. Il ne restait à Newcastle qu'un mois, mais plus la fin de la semaine s'était approchée, et plus l'idée de ne pas le voir pendant trente jours lui avait semblé invraisemblable.

 

Elle savait qu'elle était dramatique. Elle l'aurait au téléphone régulièrement pour poursuivre les explications sur les cours qu'elle lui enverrait en avance afin qu'il puisse suivre plus facilement, mais ce ne serait pas pareil. Il ne serait plus là, derrière la porte d'en face, ou dans le gymnase d'à côté, et elle détestait le fait d'y penser autant.

 

Elle avait dit à Marlène qu'elle n'était pas prête à accepter une nouvelle relation dans sa vie, et cette affirmation était toujours d'actualité, mais ses raisons lui semblaient bien obscures quand il était là. Aussi claires qu'elles l'étaient quand il n'était pas là. Parfois, elle se disait qu'elle romançait trop leur relation et que pour lui, elle n'était probablement que la fille d'à côté qui l'aidait avec ses cours, mais elle ne pouvait simplement pas s'arrêter de douter de ses intentions.

 

 

« La maison de tes parents est super belle, donc si je suis ton raisonnement, tes petites-amies étaient toutes cupides mais amoureuses, c'est ça ?

- Toutes ? l'interrogea t-il, mi amusé, mi ennuyé. Je suis curieux d'avoir ton estimation sur le nombre en question.

- Je n'en sais rien, capitaine, répondit-elle en versant du lait dans l'une des tasses qu'elle avait sortie, je tablerais au moins sur cinq ou six. Peu importe, à vrai dire, je ne veux même pas savoir, j'essaie juste de retourner ton raisonnement contre toi.

- Essaie-toujours, Evans. Je ne sors pas avec des filles. »

 

 

Elle renversa un peu de lait sur la table et poussa un juron avant de s'emparer rapidement d'une éponge. Qu'est-ce que c'était censé vouloir dire ? Est-ce qu'elle avait mal lu les signes ? Son cerveau était au bord de la surchauffe quand elle pivota pour poser les tasses dans le micro-onde en priant pour qu'il ne lui lance pas une nouvelle bombe à la figure parce qu'elle savait que cette fois, elle devrait repayer de la vaisselle à Mary.

 

 

« Qu'est-ce que tu veux dire par là ? reprit-elle, un peu prise au dépourvue.

- Lily, je ne suis pas en train de te faire mon coming-out, expliqua t-il après avoir pouffé.

- Quoi ?

- J'essayais juste de te dire que je ne sors avec personne. Je n'ai jamais rien eu de sérieux avant. »

 

 

Avant ? Avant quoi ? Pourquoi est-ce qu'il ne disait jamais clairement les choses ? Ou était-ce elle qui ne le comprenait jamais ? Elle déglutit et sursauta quand le « ding » du micro-onde retentit dans son dos. Elle se saisit des deux tasses et traversa la cuisine ouverte de l'appartement de Mary pour aller poser celle de James sur la table du salon juste devant lui.

 

Sa meilleure amie lui avait confié un peu plus tôt dans la journée qu'elle ne rentrerait pas parce qu'elle avait rendez-vous avec cette fille qu'elle avait rencontrée sur une application de rencontre avec qui le courant semblait bien passer. Lily avait donc proposé à James de faire le tutorat chez elle plutôt que dans son appartement occupé par trois autres personnes dont une qui en valait bien une dizaine à elle toute seule.

 

 

« Je plains cette première pauvre fille cupide mais amoureuse qui réussira à te mettre le grappin dessus, commenta t-elle avec un sourire en coin.

- Tu déformes mes propos, lui dit-il en lui rendant son sourire.

- Tu sais ce qu'on va faire ? reprit-elle en se rapprochant du meuble en bois sur lequel était installée la télévision. On va lancer le film, et on verra si tu tiendras les mêmes propos quand tu auras regardé l'amour droit dans les yeux.

- Maintenant ? s'étonna t-il en se levant de sa chaise, tasse à la main. »

 

 

Il était près de vingt-trois heures et ils avaient déjà largement dépassé leurs horaires de travail habituels, mais elle ne voulait pas qu'il parte. Elle savait à quel point elle était ridicule d'essayer de trouver une excuse pour le garder ici avec elle mais il avait déjà déployé tant d'efforts à lui poser des questions sans queue ni tête pendant toute la soirée qu'elle se devait de prendre le relais. D'autant plus que le film lui serait utile pour mémoriser l'histoire, et cette excuse là était de loin la meilleure.

 

 

« Tu peux rentrer, s'il est trop tard pour toi, lui confia t-elle en fouinant frénétiquement dans le meuble, mais moi j'ai besoin de réconfort après tes propos odieux. Et même si ça n'en aura clairement pas l'air, ça reste du travail.

- Très bien. Allons-y. Je veux voir l'émerveillement sur le visage d'Elizabeth quand elle verra Pemberley pour la première fois, la provoqua t-il en s'asseyant sur le canapé gris.

- Tu ferais mieux de retirer les coussins de mon côté si tu ne veux pas que je t'étouffe avec, répliqua t-elle avant de brandir glorieusement un Blu-ray, ignorant son rire. Ah, voilà ! Je savais que Mary l'avait ! »

 

 

Elle l'inséra dans le lecteur puis éteignit la lumière avant de trottiner pour aller s'asseoir dans le canapé, télécommande en main. Elle lança le film après avoir jeté un rapide coup d'oeil vers James. Ses jambes étaient tendues devant lui, croisées au niveau des chevilles, et ses deux mains entouraient sa tasse qu'il tenait juste au dessus de son ventre. Il allait partir pendant un mois, et la seule réflexion qu'elle fut capable de se faire à cette seconde précise fut qu'elle avait besoin d'une étreinte. Une seule. Une minuscule. Certainement avant qu'il ne quitte l'appartement. Si toutefois il ne passait pas la nuit là. Non. Non. Il ne passerait pas la nuit là.

 

 

« Il est possible que je m'endorme à un moment, le prévint-elle. »

- Il est possible que moi aussi, dit-il de la même façon, mais j'imagine qu'il y a pire que de passer ma dernière nuit ici avec toi. »

 

 

Elle déglutit puis reporta directement son regard sur l'écran en face d'elle en se félicitant intérieurement de ne pas avoir laissé la lumière allumée parce qu'elle jura que son visage était en feu. Elle aurait dû répondre quelque chose. N'importe quoi. Ou rire parce qu'il s'agissait définitivement d'une blague. Il ne pouvait pas être sérieux. Pas maintenant, pas juste avant de partir. Elle ne prononça pas un mot et elle trouva rapidement qu'elle n'avait jamais eu autant de mal à se concentrer sur un film.

 

Elle était juste perpétuellement tentée de tourner la tête vers lui pour voir chacune de ses réactions, et bon sang elle l'adorait dans ce sweat rouge qu'elle n'aurait définitivement jamais dû lui rendre. Elle tira sur le plaid qui était sur le dossier du canapé jusqu'à le faire tomber sur elle et bascula contre les coussins qu'il avait eu la bonté (ou l'inconscience) de laisser à sa portée.

 

 

« Tu vois, elle n'a d'yeux que pour lui, pointa t-elle au moment où l'héroïne rencontrait Darcy.

- Attends seulement qu'elle débarque dans son palace, répliqua t-il en évitant le coup de pied qu'elle envoya dans sa direction. »

 

 

Elle fit mine d'ignorer le petit rire qu'il laissa échapper et reporta son attention sur l'écran en face d'eux. Du moins autant qu'elle le put. Le portable de James vibra dans sa poche et elle le vit le sortir et envoyer rapidement un message avant de l'éteindre complètement.

 

 

« Pourquoi est-ce que je déteste déjà Wickham ? lui demanda t-il après une trentaine de minutes en posant sa tasse à côté de celle que Lily avait abandonnée sur la table basse.

- C'est ton instinct de survie, répondit-elle en relevant juste assez la tête pour lui adresser un sourire malin. Si tu m'avais dit le contraire, je t'aurais définitivement fichu à la porte.

- Tu es trop polie pour faire ça.

- J'ai essayé de te donner un coup de pied il y a une demie heure, pointa t-elle.

- C'était maladroit, réfuta t-il avec un sourire amusé avant de tourner une nouvelle fois la tête vers l'écran sur lequel l'on pouvait voir Elizabeth Bennet se promener avec George Wickham. Est-ce que tu crois qu'elle est attirée par sa terrible personnalité ou par son argent ? »

 

 

Elle pouvait entendre la provocation dans sa voix, et elle tendit une nouvelle fois sa jambe pour lui donner un coup de pied mais il l'attrapa par la cheville et l'immobilisa en ricanant. Elle ne se débattit pas beaucoup, pas autant qu'elle l'aurait pu, ni autant qu'elle l'aurait voulu, et quand il bloqua ses pieds sur ses cuisses, elle abandonna la bataille avant de l'avoir menée.

 

 

« Ah ! Ose me dire qu'il n'y a aucune tension sexuelle dans cette scène ! lui dit-elle en pointant du doigt le passage où Elizabeth dansait avec Darcy.

- Tension sexuelle certainement renforcée par le fait qu'elle soit au courant qu'il possède un énorme domaine, rétorqua t-il et elle entendit son sourire sans avoir à se tourner vers lui.

- Maintenant tu fais juste exprès pour m'énerver, bredouilla t-elle.

- Hm hm, répondit-il simplement, et elle sentit son pouce glisser sur sa cheville entre son pantalon et sa chaussette. »

 

 

Elle frissonna sans savoir si c'était à cause de la sensation de sa peau sur la sienne, ou du fait qu'il soit en train de la caresser comme si de rien n'était. Elle sut qu'il l'avait senti parce qu'il tourna la tête vers elle. Elle le vit du coin de l'oeil alors qu'elle s'efforçait toujours de rester concentrée sur le film, et elle hésita pendant une seconde à se dégager de son étreinte. Elle en fut toutefois incapable. Tout lui paraissait soudainement très léger, et elle n'avait pas ressenti cela depuis un moment.

 

 

« Qu'est-ce que tu fais de Brenda ? Est-ce que les garçons s'en occupent ? demanda t-elle subitement pour créer une diversion qu'elle savait vaine.

- Sirius me tuerait si je l'emmenais. Quand je pense qu'il n'en voulait même pas, et maintenant il boude littéralement quand elle vient dormir sur moi plutôt que sur lui, répondit-il en dessinant des formes sans queue ni tête sur sa cheville. »

 

 

Lily pouffa et remonta un peu plus le plaid sur ses épaules. Est-ce que c'était bizarre qu'elle pense à Severus maintenant ? Est-ce que c'était bizarre, qu'elle se dise qu'ils n'avaient jamais partagé ce genre de moment ? Est-ce que c'était bizarre qu'elle ne puisse se rappeler avec exactitude que des mauvais passages de leur relation ? Il y en avait eu des bons, elle le savait, elle se souvenait avoir ri, ou au moins avoir souri. Elle se rappelait aussi avoir songé qu'ils partageaient quelque chose d'unique, et c'était certainement vrai. Elle aurait seulement aimé savoir avant à quel point cette chose unique pulvériserait sa confiance en elle.

 

 

« A chaque fois que je regarde ce film, je me dis que je suis contente de ne pas avoir vécu à cette époque, soupira Lily. Je n'aurais pas supporté toutes ces pressions autour du mariage.

- Tu ne veux pas te marier ?

- Je n'en sais rien, je trouve que c'est beaucoup d'efforts pour arriver à un divorce, répondit-elle en esquissant un sourire malin.

- Je n'avais aucune idée que tu étais aussi cynique, pointa t-il après avoir éclaté de rire.

- J'imagine qu'il y a beaucoup de choses qu'on ne sait pas l'un sur l'autre, souffla t-elle.

- Au risque de te décevoir Evans, je ne suis rien de plus qu'un sportif sans histoire.

- Oh arrête, tu es une énigme ambulante, lui dit-elle en levant les yeux au ciel.

- Une énigme ambulante ? répéta t-il en lâchant un petit rire incrédule.

- Tu as trop de qualités pour ne pas avoir un énorme défaut derrière tout ça, le provoqua t-elle en retenant un sourire alors que sur l'écran, Elizabeth Bennet rencontrait la tante de Darcy.

- Tu parles probablement de mon meilleur ami, répondit-il sur le même ton et elle ravala difficilement un rire. »

 

 

Ils reportèrent tous les deux leur attention sur le film pendant un long moment. Elle commençait à s'habituer à ses caresses sur sa cheville qui étaient presque devenues machinales, et elle redoutait déjà le moment où il arrêterait. Paradoxalement, elle savait que dès qu'il partirait, elle se sentirait nauséeuse d'avoir apprécié le contact autant que sa compagnie.

 

 

« Voilà ! Tu vois, elle vient de dire qu'elle ne voulait pas s'arrêter à Pemberley parce qu'elle ne veut pas voir Darcy parce qu'il est trop riche ! C'est presque une insulte, pour elle, reprit-elle en faisant un geste vers l'écran.

- D'accord, d'accord, admit-il, étonnement docile. »

 

 

Elle s'apprêtait à répliquer quelque chose mais elle referma la bouche, prise au dépourvu qu'il ne trouve aucune remarque intelligente et bien placée dont il avait le don à lui répondre. Cependant, quand il se racla la gorge avec exagération quelques secondes plus tard au moment où l'héroïne visitait la demeure de M. Darcy tout en admirant les somptueux tableaux et les élégantes statues, Lily lui envoya un regard mauvais.

 

 

« C'est mal retranscrit. Dans le livre, elle se fiche de tout ça. Elle n'écoute rien de la visite, elle pense juste à lui, protesta t-elle sans qu'il n'ait dit quoi que ce soit.

- Hm hm...

- James. Je t'interdis de penser ce que tu penses.

- Oh alors maintenant je n'ai plus le droit de penser ? lui dit-il en esquissant un sourire amusé.

- Pas quand tu penses du mal de Lizzie.

- Je ne pense aucun mal de Lizzie.

- Je le vois dans tes yeux, réfuta t-elle.

- Tu ne vois rien, la lumière est éteinte.

- Tu la juges.

- Je n'ai rien dit ! protesta t-il en riant.

- Mais tu le penses si fort que je t'entends.

- Je te jure que je lui laisse le bénéfice du doute.

- Tu me le jures ? répéta t-elle en lui jetant un regard plein d'espoir. »

 

 

Il acquiesça avec un sourire malin, les yeux toujours rivés sur la télévision. Elizabeth et M. Darcy étaient à présent en train de discuter devant le parc et Lily sentait son cœur se serrer dans sa poitrine en songeant que le film allait bientôt se terminer, qu'il rentrerait chez lui à ce moment là et qu'elle ne le reverrait pas avant le mois suivant.

 

Elle savait qu'elle ne ferait rien de plus pour le retenir. Elle n'en était pas capable. C'était peut-être une grossière erreur, mais elle ne pouvait pas faire autrement. Elle était tétanisée à l'idée de plonger dans une relation intime basée sur la confiance, une confiance qu'elle n'était plus sûre de parvenir à offrir, et l'éventualité qu'elle puisse n'être pour lui que l'une de ces filles avec qui il « ne sortait pas » la glaçait encore plus.

 

 

« Tu aurais pu me prévenir qu'ils s'embrassaient à la fin, je ne suis pas sûr que mon âme chaste va s'en remettre, déclara t-il d'un air sarcastique lorsque le générique de fin défila sur l'écran.

- Je suis sincèrement navrée, j'attendais que tu avoues que tu t'étais trompé sur les intentions de Lizzie et j'ai perdu le fil, répondit-elle en se levant d'un bond pour aller allumer la lumière et éteindre la télévision.

- Je crois que je vais camper sur mes positions.

- Sérieusement ? soupira t-elle. C'est donc ça, ton gros défaut ? Tu n'avoues jamais que tu as tort ?

- Je n'ai définitivement pas tort, affirma t-il en se levant à son tour du canapé pour s'emparer des deux tasses vides qui traînaient sur la table basse et les poser dans l'évier avant de commencer à les nettoyer.

- Laisse, je m'en chargerai.

- Je ne vais pas partir en te laissant la vaisselle, Lily.

- J'aurais un mois pour ruminer ma colère, plaisanta t-elle en se rapprochant du plan de travail pour mieux pouvoir le regarder. »

 

 

Elle l'entendit lâcher un léger rire mais rien ne pouvait à présent détourner son attention du sentiment désagréable qu'elle avait au creux du ventre. Elle se souvenait avoir ressenti quelque chose de semblable avant, quand elle était petite et qu'elle détestait l'école parce que ses camarades se moquaient systématiquement de ses cheveux roux.

 

C'était cette lourdeur qu'elle avait au creux du ventre le dimanche soir quand elle savait qu'elle devrait retourner leur faire face le lendemain. Elle avait toujours la sensation qu'on l'arrachait à sa famille le lundi matin quand elle devait y aller, et là, au milieu de la cuisine de l'appartement de Mary, elle eut soudainement la sensation qu'on l'arrachait à James.

 

 

« Bon. Voilà, dit-il finalement lorsqu'il eut lavé et essuyé les tasses plus méticuleusement qu'elle ne l'avait jamais fait. Il est presque une heure du matin, je devrais y aller. »

 

 

Retiens-le, Lily. Retiens-le. Retiens-le. Son nez la piquait drôlement, ses yeux un peu aussi. C'était sûrement la fatigue. Rien de plus. Certainement pas le fait qu'elle soit triste de n'être capable que de le regarder récupérer ses affaires sur la table du salon dans le silence le plus total.

 

 

« Merci pour ce soir. C'était parfait, reprit-il en se rapprochant de la porte. »

 

 

Elle acquiesça et s'empressa d'aller lui ouvrir en se mordant la lèvre. Elle osait à peine le regarder dans les yeux, elle en était venue à les aimer un peu trop sans toutefois savoir à quel moment cela lui était tombé dessus.

 

 

« Oh, j'allais oublier, dit-il en plongeant sa main dans la poche de son jean noir pour en sortir la clé de sa voiture.

- Tu peux toujours changer d'avis, tu sais, lui rappela t-elle en parvenant au prix d'un grand effort à lui adresser un sourire.

- Prends-les et tais-toi, Lily, répondit-il en riant légèrement. »

 

 

Il lui attrapa la main et posa la clé dans sa paume avant de refermer son poing. Elle eut l'impression que ses doigts étaient restés un peu plus longtemps que nécessaire sur les siens, mais elle n'en dit rien, et elle le regarda lui tourner le dos, immobile et triste.

 

 

« Bonne nuit Potter.

- Bonne nuit Evans. »

 

 

« Tu vas me manquer, James ». Les mots résonnaient dans sa tête et quand elle ouvrit la bouche pour les prononcer, il avait déjà refermé la porte de l'appartement des garçons derrière lui, non sans lui avoir accordé un dernier sourire qui lui avait semblé un peu morose. Il allait lui manquer.

End Notes:

Vous me régalez toujours avec vos reviews :) Merci infiniment, et à bientôt :)

The distance from A to where you'd B by ECM

Lily soupira en jetant un coup d'oeil au compte instagram de James ce matin là. Il était parti depuis deux jours et il avait déjà posté une photo de lui avec une fille. Son bras était autour de ses épaules et un jeune homme quelque part derrière eux esquissait un large sourire tout en brandissant deux énormes choppes de bières.

 

 

« C'est officiel : je suis jalouse, murmura t-elle à l'adresse de Mary qui croquait dans un gros toast à la confiture de mûres en face d'elle. Tu sais ce qui arrive quand je suis jalouse. Je suis perdue.

- Tu n'es pas perdue, lui assura sa meilleure amie. James n'est pas comme Severus. C'est un mec bien.

- Jusqu'à ce que je ne m'aperçoive que ce n'est pas un mec bien, bredouilla t-elle en touillant distraitement son chocolat chaud.

- Lily, l'histoire ne se répète pas. Tu es juste tombée sur la personne parfaite.

- L'autre soir, il m'a dit qu'il ne sortait jamais avec qui que ce soit, qu'il n'était pas habitué aux relations et qu'il n'avait jamais rien connu de sérieux.

- Ah oui ? lâcha Mary en haussant les sourcils avant de reprendre d'un air plus réfléchi. Hmm... ça ne m'étonne pas trop. Sirius dit qu'il consacre tout son temps à ses parents et au sport.

- Est-ce que tu penses que je devrais coucher avec lui ? Tu sais, pour l'évacuer de mon système une bonne fois pour toutes. »

 

 

Mary manqua de s'étouffer avec sa gorgée du jus d'orange. C'était le genre de choses qu'elle disait, ou que Marlène disait, mais ce n'était clairement pas le genre de choses que Lily disait. Elle toussota pendant quelques secondes, les larmes aux yeux, avant de lui jeter un regard incrédule.

 

 

« Pardon ?! s'exclama t-elle.

- C'est juste une théorie. Je ne suis pas prête à avoir une relation sérieuse avec quelqu'un. Il m'a dit qu'il n'était pas du genre à en avoir non plus. Le problème, c'est que je suis attirée par lui. C'est probablement juste à cause de ce stupide visage parfait, et j'y pensais simplement comme ça. Peut-être que si nous couchions ensemble, les choses redeviendraient absolument platoniques et je n'aurais plus besoin de m'inquiéter du fait que je m'attache à lui.

- Lily, ton raisonnement est tordu et je n'ai aucune idée de la raison pour laquelle je l'approuve. J'ai juste une petite réserve... Est-ce que tu es certaine que tu es capable de faire ça ? Ça n'a jamais été ton genre.

- J'imagine qu'on verra quand il rentrera, trancha t-elle avant de se lever de sa chaise. »

 

 

Elle s'enferma dans la salle de bain pour se préparer puis attrapa son sac qu'elle avait laissé devant la porte, à côté d'une grande plante verte qui ressemblait à une fougère que Marlène leur avait amenée la veille. Elle fit un signe de main à Mary et referma la porte de l'appartement derrière elle. Elle longea le couloirs jusqu'à l'ascenseur, et elle s'immobilisa quand les portes s'ouvrirent sur Sirius.

 

 

« Tiens, la Petite Sirène ! s'exclama t-il avec un large sourire. Comment ça va ?

- La loi devrait interdire de devoir se lever avant dix heures pour aller en cours, répondit-elle en esquissant une grimace, et toi ?

- Quand je serai à la tête du pays, je m'assurerai de régler le problème, mais pour l'instant, j'ai d'autres préoccupations. Comme pleurer l'absence de mon meilleur ami, lui dit-il sur un air théâtral en plaquant sa main sur son cœur.

- Comment va-t-il ?

- Tu n'as pas eu de nouvelle ?

- Pas encore, nous avons décidé que nous ne ferons le prochain tutorat que mercredi pour lui laisser le temps de s'installer.

- Hmm, fit-il en hochant la tête. Est-ce que tu lui as fait quelque chose, Evans ? Quand je l'ai emmené à la gare, il est resté silencieux tout le trajet.

- Ah bon ? s'étonna t-elle. Non, non, j'ai... On a juste travaillé et regardé un film. Il n'y a rien eu de plus.

- Ah. Ça doit être cette partie là.

- Qu'est-ce que tu racontes ? l'interrogea t-elle, profondément perplexe.

- Rien, je te laisse, je dois nourrir Brenda avant d'aller voir mes parents d'adoption. N'hésite pas à passer à l'appartement si tu te sens l'envie de terminer la dernière bouteille de gin que nous avons entamée ! conclut-il en lui adressant un clin d'oeil et un signe de la main. »

 

 

Elle ouvrit la bouche pour lui répondre, mais il avait déjà parcouru la moitié du chemin et l'ascenseur était en train de se refermer derrière elle, alors elle se hâta à l'intérieur et sortit son téléphone de sa poche. Elle avait un message de Dorcas qui la prévenait qu'elle ne pourrait pas déjeuner avec elle parce qu'elle avait des projets avec Bertram.

 

Elle ne comprenait absolument rien à cette relation, mais elle ne cherchait même plus à donner du sens aux agissements de sa camarade de classe. Elle était la personne la plus imprévisible qu'elle connaisse, et ce n'était pas peu dire. Marlène n'était elle-même pas mal dans le genre, mais Dorcas avait cette faculté de passer du coq à l'âne qui fascinait profondément Lily. Le coq étant James, l'âne étant Bertram. Évidemment.

 

Elle déverrouilla la Ford noire de James, balança son sac sur le siège passager et remarqua directement un post it légèrement replié collé sur le volant lorsqu'elle s'installa du côté conducteur. Elle fronça les sourcils, le décolla, et un sourire s'étala doucement sur son visage quand elle commença à le lire.

 

 

« Bon courage pour ta semaine... Je t'ai laissé des playlists dans la boîte à gant, choisis en fonction de ton humeur.

PS : je sais que je suis le seul à encore graver des CD, et je suis désolé, mais ça a plus de charme que si je t'avais laissé mon compte Deezer.

 

James. »

 

 

Elle pouffa et ouvrit la boîte à gants dans laquelle se trouvaient tout un tas de boîtiers à CD, chacun étiqueté avec une phrase ou un adjectif, et elle se saisit de celui sur lequel était écrit « Pour bien commencer la journée. »

 

Elle pouffa dès qu'elle entendit les premières notes de Shake it off retentir dans la voiture, puis elle prit la direction de la fac, savourant cette sensation grisante qu'elle avait de conduire la voiture qu'il lui avait laissée avec une confiance aveugle et dans laquelle son parfum flottait encore. Elle attendait mercredi avec impatience.

 

… Et il arriva bien plus vite qu'elle ne l'aurait pensé. Les trois premières journées de la semaine étaient passées à une vitesse éclair. Elle était en train d'enfoncer la clé dans la serrure de la porte de l'appartement de Mary quand elle sentit son portable vibrer dans son sac. Elle s'empressa de le récupérer, persuadé qu'il s'agissait de James, mais elle fut surprise de voir un message d'un numéro qu'elle ne connaissait pas. Il ne contenait qu'un article sur des violences faites à l'encontre d'un couple de jeunes femmes. Bizarre. Elle le supprima aussitôt avant de pousser la porte, son téléphone toujours en main.

 

Marlène et Rémus étaient en train de boire un verre avec Mary. Ils étaient tous les trois regroupés autour de la table basse et ils n'en étaient probablement pas à leur premier car ils l'acclamèrent comme si elle venait de traverser la Manche à la nage ou de lever le voile sur les secrets autour de la zone cinquante et un quand elle s'approcha d'eux. Mary la servit et tapota la place vide à ses côtés et Lily s'y assit en soupirant d'aise, posant son portable sur la table basse.

 

 

« Qu'est-ce qu'on fête ? demanda t-elle.

- La vie, répondit Mary en brandissant son verre en l'air, et les autres trinquèrent immédiatement avec enthousiasme.

- Mary va avoir un deuxième rendez-vous avec la fille de la dernière fois ! s'exclama Marlène en frappant dans ses mains d'un air surexcité.

- Un deuxième ?! répéta Lily avec enthousiasme. Est-ce qu'elle est au courant qu'elle est la première à avoir droit de te revoir ?!

- Elle l'est, mais crois le ou non, elle ne m'a toujours pas proposé de me donner sa voiture, donc notre relation est encore loin d'être sérieuse... répliqua la jeune femme brune sur un ton faussement innocent qui fit pouffer les deux autres.

- Ah ah ah, ironisa Lily en sirotant un cocktail beaucoup trop fort que Marlène venait de lui mettre entre les mains.

- Quand on parle du loup... intervint Rémus en faisant un signe de tête vers le portable de la jeune femme sur lequel venait de s'afficher le nom de James en grand.

- On a un cours ce soir, leur dit-elle en balayant leurs ricanements d'un geste de la main alors qu'elle attrapait son téléphone de l'autre. J'abandonne, vous êtes complètement imbibés. Je vais prendre James.

- Tu vas prendre James ? répéta Mary en riant de plus belle.

- Et elle va le prendre dans sa chambre ! ajouta Marlène alors que Lily se dirigeait vers la pièce en question. »

 

 

Elle leur adressa un doigt d'honneur avant d'attraper son sac par la lanière, puis de décrocher le téléphone, et enfin de fermer la porte de sa chambre derrière elle en espérant qu'elle constituerait un rempart efficace entre elle et les gloussements de la pièce adjacente.

 

 

« Allo ?

- Oui ! Désolé, j'ai mis du temps à répondre parce que Marlène, Rémus et Mary sont en train de vider toutes les bouteilles du placard, à côté... Comment ça va ?

- Bien, bien, et toi ? Ah oui, j'ai entendu dire que Mary sortait avec la même fille pour la deuxième fois ?

- Pourquoi est-ce que tu étais au courant avant moi ? lui demanda Lily sur un ton penaud.

- Mary l'a dit à Marlène qui l'a dit à Rémus qui me l'a répété, expliqua t-il.

- Hmm. »

 

 

Elle était en train de sortir ses affaires sur son lit et ses amis riaient toujours dans le salon. Proablement à ses dépends. Elle aurait tellement aimé que James soit là. Lui, au moins, aurait été de son côté.

 

 

« Attends, je me mets en haut parleur, lui dit-elle en s'asseyant en tailleur contre sa tête de lit avant de reprendre. Ok, c'est bon. Tu es prêt ? Aujourd'hui, on continue la leçon sur Orgueil et Préjugés. Dis-moi s'il y a des choses que tu n'as pas compris dans ce que je t'ai envoyé.

- Comment tu vas faire maintenant que tu ne peux plus me frapper ? 

- Je te fais confiance pour bien te tenir. »

 

 

Elle avait entendu la provocation dans sa voix et avait répondu de la même façon. Elle n'avait pas besoin de le voir pour savoir qu'il souriait, mais elle aurait voulu qu'il soit avec elle. L'avoir au téléphone était presque pire que de ne pas avoir de nouvelle. Elle avait la sensation d'avoir des tas de choses à lui dire, des tonnes de questions à lui poser, mais ils ne firent que parler des cours, et c'était peut-être mieux comme cela.

 

Quand elle raccrocha, elle était un peu maussade, et elle avait l'impression que lui aussi. Leur échange n'avait pas été aussi chaleureux qu'ils l'étaient en temps normal, et peut-être que c'était juste son imagination, peut-être que c'était simplement parce qu'il était plus difficile de partager une complicité quand ils étaient chacun d'un bout à l'autre du pays, et peut-être que le cocktail que ses trois amis buvaient à côté allait l'aider à passer au dessus de tout cela.

 

Ils semblaient tous avoir ralenti sur l'alcool et ce n'était probablement pas une mauvaise idée, d'autant plus que le verre de Lily était toujours presque intact. Il ne le resta pas longtemps. Elle le vida cul-sec devant les trois autres qui étaient à présent en train de s'activer en cuisine.

 

 

« On fait des crêpes ! annonça fièrement Mary.

- Est-ce que le tutorat a duré moins longtemps que d'habitude ou est-ce qu'on devrait rentrer dormir ? demanda Marlène.

- Il a duré moins longtemps, confirma Lily en s'efforçant de ne pas paraître complètement abattue, c'est parce que je lui envoie les cours au préalable et je l'appelle juste pour qu'on revoit certains points ensemble. »

 

 

Elle attrapa le pichet à l'intérieur duquel se trouvait le cocktail orange vif qui lui avait semblé beaucoup trop chargé une heure auparavant mais qui lui paraissait à présent très léger, et se servit un nouveau verre. Elle ne sut combien elle en but ce soir là, mais quand elle se réveilla le lendemain matin, elle n'avait plus que de brefs flashs de la soirée.

 

Elle savait qu'elle avait dansé avec Rémus à un moment, et aussi que Marlène lui avait fourré une crêpe au chocolat dans la bouche. Elle avait également une vision claire de Mary en train de faire des doigts d'honneur à la fenêtre à un garçon qui la sifflait pendant qu'elle fumait. Le reste était flou. Complètement flou. Elle jeta un coup d'oeil à son portable, la bouche pâteuse, et quand elle constata qu'elle était en retard à son premier cours, elle se leva d'un bond.

 

Elle ne fit qu'un bref aller-retour sous la douche, se brossa les dents, enfila les premiers vêtements qui lui tombèrent sous la main et se hâta de rejoindre l'université sans prendre la peine de changer le CD dans la voiture. Elle traversa le hall de la fac jusqu'à arriver devant l'amphithéâtre où se déroulait le cours d'histoire de la littérature américaine, et elle se faufila discrètement jusqu'à la place la plus proche en esquissant une moue navrée vers son professeur qui ne sembla même pas la remarquer.

 

Lorsqu'elle fut enfin assise et qu'elle eut sorti ses cahiers, elle s'autorisa de nouveau un coup d'oeil vers son portable. Son cœur bondit dans sa poitrine lorsqu'elle s'aperçut qu'elle avait plusieurs messages de James. Elle ouvrit leur conversation et fronça les sourcils.

 

 

James Littérature : Est-ce que Sirius joue avec ton portable ?

James Littérature : Dis-moi que c'est Sirius.

James Littérature : Il fait toujours ça.

James Littérature : Lily ?

James Littérature : Sirius vient de me dire que ce n'est pas lui. Est-ce qu'on peut parler ?

 

 

Elle lâcha un juron à voix basse lorsqu'elle remonta la conversation pour essayer de comprendre de quoi il s'agissait, et qu'elle tomba sur des messages qu'elle ne se souvenait que vaguement avoir envoyés juste avant d'aller se coucher.

 

 

« Oh non. Oh non, merde, pesta t-elle en se lisant. »

 

 

Lily : J'ai une théorie.

Lily : Je pense que si je couche avec toi, tout ira mieux.

Lily : Mary croit que je n'en suis pas capable mais je sais que je peux faire la part des choses entre les sentiments et l'attirance. Et je sais que tu ne sors avec personne. Tu me l'as dit. Donc je le sais. Parce que tu me l'as dit.

Lily : Mais quand tu reviendras, je pense qu'on devrait faire ça. Tu ne regretteras pas je te promets, je te promets que je te ferai tout ce que tu voudras.

Lily : PS : je suis très souple.

 

Ses oreilles bourdonnaient et la leçon de son professeur sur Harper Lee était si lointaine qu'elle n'avait même plus l'impression d'être assise dans l'amphithéâtre. Elle était mortifiée et ne savait pas si elle devait rire ou pleurer. Elle avait certainement parlé de cette théorie à Mary, mais elle ne s'imaginait réellement pas avoir l'audace d'en faire part à James. Qu'importe ce qu'elle avait pu dire à sa meilleure amie, elle n'avait du courage que quand elle était seule avec elle.

 

Elle aurait pu mettre la théorie en pratique si James avait été là et que l'ambiance avait été propice à ce genre de rapprochement, et encore, elle en doutait, mais elle ne lui aurait clairement pas envoyé ces messages si elle avait été sobre. Elle tapa une réponse et l'effaça plusieurs fois, le visage en feu, avant d'envoyer quelque chose de simple et efficace.

 

 

Lily : Merde, James, je suis désolée. Mary, Marlène, Rémus, et moi avons beaucoup bu hier. S'il te plaît fais comme si ces messages n'existaient pas.

 

 

Elle tenta vainement de reporter son attention sur le cours, copiant autant de notes qu'elle le put sur l 'écran de l'ordinateur portable de l'élève qui était assis devant elle, et elle s'empressa de se saisir de son téléphone dès qu'il vibra.

 

 

James Littérature : Je n'arrive pas à croire que je suis celui à qui tu écris quand tu te prends une cuite.

 

 

Elle croisa ses jambes et s'apprêta à taper une réponse lorsqu'un nouveau message arriva.

 

 

James Littérature : Tu me manques encore plus maintenant.

 

 

Elle manqua de s'étouffer avec sa salive et posa son écran face contre table, essayant de reprendre ses esprits alors qu'elle avait l'impression désagréable qu'une fièvre venait de lui tomber dessus.

 

 

Lily : Je suis désolée.

James Littérature : Je t'appelle ce soir.

James Littérature : Pas de tutorat.

James Littérature : Je veux juste entendre cette théorie en détails.

 

 

L'émoji sourire qu'il avait mis à la fin de sa phrase l'acheva. Elle lâcha son portable, plongea sa tête entre ses mains, honteuse, et elle passa la journée à réfléchir à ce qu'elle allait bien pouvoir lui dire, les yeux dans le vague.

 

L'après-midi touchait à sa fin lorsqu'elle traversa la fac, tellement épuisée qu'elle jurait être plus convaincante que tous les zombies qu'elle avait pu voir à la télévision lorsque Mary regardait The Walking Dead. Son sac reposait lâchement sur son épaule. Elle le faisait pivoter pour régler la lanière lorsqu'elle tomba sur un poster sur l'un des panneaux d'affichage qui se trouvait dans le hall d'entrée. L'équipe féminine de basket-ball recherchait des joueuses supplémentaires pour la suite du championnat après deux blessures.

 

Elle resta un moment devant l'affiche. Elle avait abandonné le sport pour pouvoir se consacrer à ses études de littérature, mais le basket lui manquait. Elle n'aimait pas particulièrement la compétition, et réagissait mal à la pression, et c'était certainement une très mauvaise idée de commencer à penser qu'elle pourrait s'y remettre, mais elle sortit son portable juste pour prendre en photo le poster sur lequel étaient notés les horaires d'entraînement, et elle se dirigea vers le parking.

 

Elle savait qu'elle n'avait pas assez de temps et qu'elle terminait rarement les cours avant seize heures, mais la perspective de pouvoir retrouver un moyen de se défouler l'attirait. Il n'y avait pas que cela. Il y avait aussi le fait qu'elle partagerait quelque chose de plus avec James. Elle ne voulait pas y penser, mais c'était indéniablement le cas. Elle voulait aimer ce qu'il aimait, elle voulait faire ce qu'il faisait, et plus rien n'alla lorsqu'elle se rendit compte de tout cela.

 

Elle n'avait jamais éprouvé ce genre fascination envers quelqu'un qui l'attirait, cette espèce de désir dérangeant de vouloir se fondre en quelqu'un d'autre. Elle n'avait jamais éprouvé cela pour Severus. Entre eux, tout avait coulé de source. Ils étaient amis de longue date, elle avait forgé sa personnalité avec lui au fur et à mesure qu'ils grandissaient, et quelque part autour de leur dix-sept ans, ils avaient chacun pris un chemin différent. Il n'y avait pas un moment où elle avait ressenti l'irrépressible envie de connaître tout de lui, parce qu'elle pensait que c'était déjà le cas. Elle avait appris trop tard qu'elle se trompait.

 

Elle fit un crochet dans une grande surface du coin pour faire les courses avant de rentrer à l'appartement, et dans l'ascenseur, elle croisa Peter qui l'aida gentiment à porter ses sacs avant de disparaître en lui adressant un signe de main amical. Son portable vibra alors qu'elle rangeait ses emplettes dans les placards et elle abandonna le dernier sac sur la table lorsqu'elle vit le nom de James apparaître.

 

 

« Un appel vidéo, vraiment, James ?! murmura t-elle pour elle-même. »

 

 

Elle paniqua pendant l'espace de quelques secondes et traversa le salon à grandes enjambées pour jeter un coup d'oeil succinct à son reflet dans le miroir de l'entrée. Elle devait avoir l'air stupide, debout au milieu du hall, s'agitant dans tous les sens en réfléchissant à ce qu'elle pourrait bien lui dire. Son cœur tapait dans sa poitrine comme si elle s'apprêtait à se jeter dans le vide, et quand elle réalisa qu'elle avait laissé passer beaucoup plus de sonneries que ce qui n'était convenable, elle décrocha timidement.

 

 

« Excuse-moi, j'étais en train de ranger mes courses, s'empressa t-elle de lui dire en essayant de ne pas se focaliser sur le fait qu'il était absolument à couper le souffle. »

 

 

Il portait une chemise blanche et ses cheveux étaient presque coiffés. Il avait essayé, et cette simple constatation aurait pu la faire sourire si elle n'avait pas deviné qu'il n'allait probablement pas passer le reste de la soirée dans sa chambre. Voilà. Maintenant, elle était maussade ET malheureuse comme les pierres.

 

 

« Aucun problème, répondit-il aussitôt. Je ne peux pas rester longtemps, il y a une soirée d'intégration avec les joueurs et le staff ce soir, et pour aller droit au but, je veux juste savoir à quel point tu as envisagé ta théorie, termina t-il avec une étincelle espiègle dans le regard.

- Sérieusement, James, oublie ça, lui dit-elle en grimaçant.

- Crois-moi, j'aimerais bien, souffla t-il. »

 

 

Elle ne savait pas si c'était le ton de sa voix ou le fait qu'il ait baissé les yeux d'un air légèrement abattu, mais elle eut l'impression qu'il était encore plus perturbé qu'elle. Elle aurait pu croire à ce moment là qu'elle lui manquait vraiment.

 

 

« J'ai écouté la playlist "Pour bien commencer la journée", reprit-elle, décidée à changer de sujet. Elle était parfaite. J'ai juste une petite réserve sur Just the two of us.

- Bien sûr que tu as une réserve, répondit-il en souriant légèrement.

- Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ?

- Rien.

- James...

- Je suis content de te voir.

- On s'est appelé hier.

- Je ne t'ai pas vue, pointa t-il avant de reprendre. Merde, Lily, je n'ai plus du tout envie d'aller à cette soirée maintenant. »

 

 

Elle déglutit. Il semblait évaluer sa réaction et elle n'avait aucune idée de ce qu'elle devait faire ou dire. C'était comme s'il lui tendait perpétuellement des perches et qu'elle les manquait toutes volontairement.

 

 

« Bien sûr que si, répliqua t-elle. Ça va être génial, je suis sûre que tu vas t'amuser. Comment est l'équipe ?

- La plupart des joueurs sont cool, les autres sont... Disons qu'ils tiennent à leur place, lui dit-il en esquissant une moue ennuyée. Est-ce que Mary est avec toi ?

- Non, je crois qu'elle termine plus tard, pourquoi ?

- Parce que je voudrais que tu me précises quelque chose, reprit-il en fronçant légèrement les sourcils. Quand tu parlais de faire la différence entre les sentiments et l'attirance, est-ce que tu insinuais que je...

- Sérieusement ?! le coupa t-elle en roulant des yeux.

- Tu pensais vraiment que tu avais réussi à détourner mon attention ? ricana t-il.

- Je vais raccrocher, le menaça t-elle en esquissant une moue renfrognée.

- Tu es trop attirée par moi pour raccrocher, répliqua t-il avec un sourire narquois.

- Bonne soirée James.

- Ne raccroche pas. »

 

 

Son pouce s'immobilisa à quelques millimètres de son écran. Pendant un moment, ils se contentèrent de se fixer et elle haït la façon dont son cœur s'emballa comme si elle était stupidement amoureuse de cet idiot. Elle ne savait même pas qu'il était possible de ressentir le manque aussi violemment et aussi soudainement.

 

 

« Avant que je parte vendredi soir, reprit-il doucement. J'ai... Il y a un moment où j'ai failli t'embrasser, lui avoua t-il. Je veux dire, j'y ai pensé toute cette soirée et je... Si je l'avais fait, est-ce que tu...

- Oui, répondit-elle rapidement avant qu'il n'ait eu le temps de terminer sa phrase et sans savoir ce qui lui passait par la tête.

- Tu ne sais même pas ce que j'allais dire, lui fit-il remarquer en riant.

- Tu allais me demander si je t'aurais laissé faire.

- Tu m'aurais laissé faire ?

- J'aurais participé, lui confia t-elle après avoir pris une légère inspiration, hésitante. »

 

 

Il écarquilla les yeux, et alors qu'il ouvrait la bouche pour ajouter quelque chose, elle le vit jeter un regard par dessus son épaule et soupirer.

 

 

« Je dois y aller, déclara t-il en grimaçant avant de reprendre dans un souffle. Je veux te voir.

- Tu me vois, pointa t-elle avec un demi-sourire.

- Tu sais très bien ce que je veux dire, répondit-il et quelque chose avait changé dans ses yeux.

- Tu dois y aller.

- Je dois y aller, répéta t-il en lâchant un énième soupir sans pour autant raccrocher. Tu me tues, Evans.

- A dans trois semaines et demie.

- Est-ce que tu cherches délibérément à me faire du mal ? la questionna t-il avant de reprendre directement. Je dois vraiment te laisser, mais je... Je vais penser à cette conversation, Lily.

- Bonne soirée James. »

 

 

Elle lui adressa un dernier sourire, lui aussi, puis il raccrocha, et elle réalisa à ce moment là qu'elle retenait sa respiration depuis certainement beaucoup trop longtemps. Elle le détestait d'être aussi loin. Elle se détestait d'être aussi faible. Elle aurait voulu être capable de retenir ses mots, d'être prudente, et ne pas avoir l'impression de tomber, tomber, tomber exactement là où elle ne voulait pas tomber.

End Notes:

Buckle up pour la suite, ça va aller vite :) J'ai presque terminé d'écrire cette fic et j'ai concocté de la Sirius action dans plusieurs chapitres parce que Sirius.

Pas dans le prochain, mais bientôt, et c'était très FUN, mais pour l'instant... BASKETBALL TIME :) :) 

The wind is pushing me around by ECM

Elle se souvenait de ses mots. Elle se souvenait clairement de ce message où il écrivait qu'elle lui manquait. Elle se souvenait du grain de sa voix quand il lui avait dit qu'il voulait la voir. Elle se souvenait de ce moment où il lui avait confié qu'il avait songé à l'embrasser, et de l'instant d'après où il lui avait dit qu'il repenserait encore à leur conversation.

 

Elle se souvenait du rythme exact de chacun de ses battements de cœur à ce moment là. Elle se souvenait de la chaire de poule sur ses bras et de sa respiration incontrôlable avant de décrocher, pendant qu'elle lui parlait, et après avoir raccroché. Elle se souvenait du sentiment désagréable après coup, de cette sensation de n'être parvenue à rien maîtriser, de courir plus vite que ce dont elle n'était capable...

 

Assise à la bibliothèque universitaire, elle jeta un énième regard à sa nouvelle publication instagram et comme les onze premières fois qu'elle l'avait fait, sa mâchoire se serra et elle retourna immédiatement l'écran en se frottant nerveusement le front.

 

Elle ne savait pas pourquoi elle continuait à se faire du mal. Il avait posté la photo plusieurs jours auparavant, alors qu'il était à cette soirée avec l'équipe de basket-ball de Newcastle, et il était temps qu'elle passe à autre chose. Elle aurait aimé que ce soit aussi simple de le dire que de le faire, parce qu'elle savait que quand elle rentrerait finalement chez elle le soir-même, elle fixerait une nouvelle fois cette photo.

 

Il était encore avec la même jeune femme que sur sa précédente publication, mais cette fois, elle était celle dont le bras était enroulé autour de ses épaules. Elle riait, rejetant de longs et épais cheveux bruns en arrière, et à chaque fois que Lily essayait de se rassurer en se disant qu'elle n'était pas si belle que cela et qu'elle osait un nouveau regard vers la publication en question, elle en avait la nausée. Elle était si belle que cela. Elle était même beaucoup plus belle que cela. Elle était aussi belle qu'il l'était, elle avait ce truc, ce petit truc en plus, cette espèce de noblesse dans le regard, celle que Lily savait qu'elle n'avait pas.

 

Sirius et Rémus avaient aimé la photo. Peter avait commenté qu'ils étaient superbes. James avait aimé son commentaire. Qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez elle ? Qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez lui ? Elle était sûre de bien avoir compris ses mots, elle était certaine d'avoir traduit le ton de sa voix exactement comme elle aurait dû le traduire, alors pourquoi, pourquoi est-ce qu'elle se trouvait là, assise au milieu de la bibliothèque, à examiner cette stupide photo en se rappelant qu'elle avait toujours été la plus naïve de son trio d'amies ?

 

Son portable vibra et elle le retourna pour voir un énième message de James. Elle ne lui avait plus répondu depuis cette photo, excepté pour le tutorat. Il avait essayé de revenir sur leur précédente conversation à chaque fois qu'ils avaient terminé un cours, mais elle lui avait dit qu'elle n'avait pas le temps ou qu'elle était fatiguée, et avait continué de l'éviter.

 

 

James Littérature : Je peux t'appeler ce soir ?

Lily : Je ne peux pas ce soir. J'ai un truc de prévu avec Mary.

James Littérature : Est-ce que j'ai dit quelque chose ?

 

 

Elle inspira longuement. Elle ne pouvait décemment pas lui reprocher de voir d'autres filles, pas à ce stade là d'une relation qui n'existait même pas, mais elle n'était simplement pas capable d'être l'idiote qui attendait pendant qu'il s'amusait de son côté. Ce n'était pas comme s'ils s'étaient promis quoi que ce soit, c'était simplement qu'elle ne comprenait pas comment il pouvait jouer sur autant de tableaux sans avoir l'air de s'en soucier le moins du monde.

 

Ou peut-être qu'elle aurait dû le savoir. Il avait été honnête, après tout. Il lui avait dit qu'il n'était pas intéressé par les relations, qu'il n'en avait jamais eue de sérieuse, et qu'il ne sortait avec personne. Elle avait été prévenue, elle savait absolument où elle mettait les pieds, et elle les y avait mis quand même.

 

 

Lily : Non. J'ai juste beaucoup de travail. Bonne fin de journée.

 

 

Elle pressa l'écran pour envoyer le message et au même moment, son regard dévia sur le coin gauche où se trouvait l'heure, et elle jura à voix basse en ramassant ses affaires de cours à la hâte. Tant pis pour les études de texte, l'entraînement de l'équipe de basket féminine commençait dans un quart d'heure, et Marlène et Mary l'avaient fortement encouragée à y aller. C'était peut-être le coup de pouce dont elle avait besoin. Elle n'était pas encore certaine qu'elle voulait rentrer dans l'équipe, ni qu'elle était prête à rencontrer autant de nouvelles personnes en même temps, mais essayer un entraînement n'avait jamais tué personne. C'était du moins ce dont elle essayait de se persuader alors que son anxiété grandissait.

 

Elle quitta la bibliothèque et balança son sac de cours dans le coffre de la voiture de James, récupéra son sac de sport, et trottina jusqu'au gymnase dans lequel tout un groupe de filles était déjà en tenue, en train de papoter devant les gradins. Elle croisa immédiatement le regard de l'une d'entre elles et fut à la fois soulagée de voir une tête connue, et légèrement stressée que ce soit celle d'Emmeline.

 

 

« Lily ! s'exclama t-elle, et elle fonça à travers le groupe pour aller la saluer. »

 

 

Elle portait un débardeur noir et un short de la même couleur, et ses cheveux châtains étaient attachés en un chignon particulièrement propre duquel ne dépassait aucune mèche. Lily avait beau savoir qu'Emmeline était l'ex petite-amie de Peter, elle ne put s'empêcher de penser que chaque fille que fréquentait James était plus parfaite que la précédente. C'était désespérant.

 

 

« Est-ce que tu as vu l'annonce ? l'interrogea immédiatement Emmeline.

- Oui, mais je ne suis pas sûre que... Disons que je ne sais pas si je suis la meilleure recrue, et je n'aurais probablement pas assez de temps pour m'entraîner beaucoup, je me suis juste dit que j'allais venir voir.

- Ne t'en fais pas pour ça, les entraînements ne sont pas tous obligatoires, le seul impératif c'est d'en faire au moins un par semaine. Quant aux matchs, la saison a déjà commencé et nous sommes en milieu de tableau, il n'y a aucune pression. Je te montre les vestiaires ? lui proposa t-elle en souriant. »

 

 

Elle avait l'air absolument adorable et Lily comprenait totalement pourquoi les garçons l'aimaient bien. Elle acquiesça et la suivit dans les couloirs du gymnase jusqu'à une pièce assez vaste aux murs immaculés autour de laquelle des bancs étaient disposés. Elle se changea rapidement et quand elle se pencha pour lacer ses baskets, elle eut la sensation d'être exactement là où elle devait être. Elle se rappela pendant un instant de tout ce qu'elle avait traversé avec son équipe, de ces défaites à s'en arracher le cœur qui les avaient rapprochées, et de ces victoires qui avaient paradoxalement presque eues un effet négatif sur chacune d'entre elles, rendant la pression beaucoup plus forte et beaucoup plus dure à supporter.

 

 

« Est-ce que tu étudies dans le coin ? demanda Lily à Emmeline.

- Je suis en médecine avec Pete.

- Oh génial. Comment est-ce que tu fais pour concilier les deux ?

- C'est beaucoup d'organisation, mais pas plus que pour toutes les autres filles, lui répondit Emmeline en la raccompagnant vers le terrain en souriant. Je suis aussi capitaine de l'équipe, au fait. Je vais te présenter les autres. Les deux qui courent ensemble là bas, c'est Gladys et Doris, dit-elle en pointant une petite brune et une deuxième dont les cheveux étaient teints en roux. Il y a aussi Alice, tu devrais bien t'entendre avec elle, cette fille est la personne la plus gentille que je connaisse. »

 

 

Elle fit un signe de tête vers une jeune femme blonde au visage rond qui était en train de regonfler un ballon près d'un énorme coffre en bois, puis pivota pour désigner une autre joueuse qui portait les couleurs des Spurs de San Antonio.

 

 

« Matilda qui s'étire là bas est ma meilleure amie depuis l'école primaire. Elle mène le jeu avec moi. Elle a son petit caractère sur le terrain, mais une fois que tu auras appris à la connaître, tu te rendras compte que c'est une fille bien. Daisy, la grande blonde est arrivée en début de semaine. Elle a déjà joué quatre ans dans l'équipe de sa ville, elle n'est vraiment pas mauvaise. Glenda, c'est l'espèce de malade qui fait des pompes à côté des buts de handball, ricana Emmeline. Probablement la plus physique d'entre nous. Elle joue pivot avec Daisy et Agatha qui est en train de s'entraîner aux lancers francs. Avec toi, on serait neuf. Ce serait l'idéal, mais aucune pression.

- Qui vous entraîne ?

- Mme Bibine. Perpétuellement en retard. Elle ne devrait plus tarder, répondit Emmeline en jetant un rapide coup d'oeil au chrono affiché sur un mur de la salle. Tu as déjà joué ?

- Une dizaine d'années, lui dit Lily, et les yeux écarquillés d'Emmeline la poussèrent à poursuivre aussitôt. Ne t'imagine pas que je suis une espèce de machine de guerre, je... Je me débrouille mais je n'ai pas un niveau époustouflant.

- C'est ce que nous allons voir, trancha la jeune capitaine en lui lançant un sourire confiant avant de siffler bruyamment, s'attirant automatiquement l'attention de toutes les filles qui se rassemblèrent autour d'elle. Je vous présente Lily. Elle vient faire un essai avec nous aujourd'hui. Soyez sympa avec elle, c'est une amie. »

 

 

Elle lui jeta un coup d'oeil surpris parce qu'elle ne pensait pas qu'elle la présenterait de cette façon, et soudainement, elle se demanda pourquoi elle était toujours si inquiète à l'idée de rencontrer de nouvelles personnes. Elles n'étaient pas toutes terribles.Tout le monde lui souhaita la bienvenue, sauf Gladys et Doris qui se jetèrent un regard perplexe avant de reporter leur attention sur elle.

 

 

« Quel poste ? l'interrogea Gladys.

- Ailière, répondit automatiquement Lily.

- Il y a déjà trois ailières, pointa Doris sur un ton dédaigneux.

- Tu n'as pas à t'inquiéter de ton sort si tu fais ce qu'il faut sur le terrain, Dor', lui lança Matilda. »

 

 

Gladys et Doris levèrent les yeux au ciel, et alors qu'Emmeline allait reprendre la parole, la porte du gymnase claqua et une femme d'une quarantaine d'années aux cheveux courts et étonnement gris apparut.

 

 

« Désolée, désolée les filles ! Mon réveil n'a encore pas sonné.

- Il est 18h, lui fit remarquer Emmeline en arquant un sourcil.

- Ce doit être pour ça, répondit Mme Bibine avant de poser des yeux surpris sur Lily. Tu es nouvelle, pointa t-elle simplement.

- Lily, se présenta t-elle aussitôt. Je viens juste faire un essai et je...

- Oh parfait, la coupa t-elle. Bienvenue Lily, j'adorerais discuter d'avantage avec toi, mais c'est l'heure de courir. Allez hop les filles, cinq minutes de tours de terrain. »

 

 

Il y eut quelques protestations dans l'assemblée mais les neufs filles se mirent rapidement à trottiner et Lily régla son allure à celle d'Emmeline, un peu trop soutenue pour elle, mais elle n'allait certainement pas le lui avouer maintenant.

 

 

« Elle est un peu cintrée, lui glissa t-elle à propos de Mme Bibine, mais elle est sympa. »

 

 

L'appréhension de Lily a l'idée d'arriver dans un groupe de filles qu'elle ne connaissait pas fut rapidement remplacée par l'envie féroce de faire ses preuves. Ce n'était pas tant parce qu'elle voulait absolument faire partie de l'équipe que parce qu'elle voyait Doris et Gladys chuchoter et glousser en jetant des regards dans sa direction. C'était comme si elle était de retour au collège, à cette période où Mary et Marlène la défendaient bec et ongle parce qu'elle avait trop peur de se rebeller. Malheureusement pour les deux ailières, elle n'était plus cette Lily là.

 

 

« Je vais diviser le terrain en trois, et on va passer aux un contre un. Vous jouerez avec les lignes normales sur les deux moitiés, et pour l'autre, nous allons utiliser le panier qui est sur le côté. Une arbitre par terrain ! leur annonça Mme Bibine. En place ! »

 

 

Elle porta son sifflet à sa bouche et Lily fut la seule à ne pas avoir le réflexe de se boucher les oreilles quand elle souffla dedans. Elle grimaça et se retourna pour voir que toutes les équipes étaient formées sauf sur le dernier terrain où les deux joueuses qu'elle redoutait le plus étaient en train de l'attendre, les bras croisés, en la toisant.

 

 

« Bouge toi, Libbie ! l'appela Gladys. Tu vas jouer contre moi d'abord, ça va m'échauffer.

- C'est Lily, la corrigea t-elle

- Peu importe, trancha l'autre en lui envoyant le ballon comme un boulet de canon. »

 

 

Lily le rattrapa en serrant les dents et attendit que Doris, derrière la ligne de touche, ne siffle un coup pour commencer à dribbler. Elle aurait voulu que ce soit simple, que Gladys soit mauvaise et qu'elle puisse passer facilement au travers de sa défense, mais elle se fit rapidement voler la balle qui termina droit dans le filet au dessus de sa tête.

 

Elle ignora le gloussement des deux jeunes femmes, prit une profonde inspiration, et tenta de se rappeler de tout ce qu'elle avait appris depuis qu'elle avait commencé à jouer. Elle savait que le meilleur allié d'une joueuse n'était pas toujours sa vitesse, ou sa taille, et cela lui allait bien parce qu'elle n'était pas excessivement rapide et qu'elle était la plus petite des neufs joueuses qui se trouvaient dans la salle.

 

Elle n'avait plus que la ruse. Cela avait toujours été son fort, et c'était de loin ce qu'elle préférait dans le sport. Feinter, tromper, duper. Cela faisait partie du jeu, et elle ne se sentait jamais aussi douée à quelque chose que lorsqu'elle devait berner les gens. Après tout, elle faisait tous les jours semblant de ne pas être effrayée par le monde qui l'entourait.

 

Elle était en train de dribbler en surveillant les mouvements de Gladys, se rappelant avec amusement de cette phrase que Sirius avait tatouée sur son bras. « Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises. », se répéta t-elle intérieurement, un sourire presque imperceptible figé sur le visage. Ses intentions étaient mauvaises. Elle voulait mettre dix points sur la tête de Gladys et plier ce foutu match juste pour voir son visage défait, juste pour la voir admettre devant les autres qu'elle avait perdu contre la nouvelle.

 

Elle savait que ce n'était pas les pensées les plus nobles qu'elle avait eues de toute sa vie, mais elle doutait que qui que ce soit à sa place n'ait pas ressenti ne serait-ce qu'une pointe d'aigreur en ayant l'impression d'être la cible des moqueries des deux jeunes femmes. Elle s'était jurée après le collège qu'elle ne se laisserait plus marcher sur les pieds par des personnes qui avaient systématiquement l'impression de survoler le monde.

 

Gladys et Doris n'avaient aucun objectif spécifique à part peut-être celui de l'humilier. Lily, elle, avait une promesse envers elle-même à tenir, alors elle feinta un départ en dribble et, comme elle l'avait espéré, Gladys tomba dans le panneau. Elle n'eut qu'à reculer rapidement sur la ligne des trois points, à shooter, et elle marqua au moment où Mme Bibine s'arrêtait devant leur terrain.

 

 

« Très bien, Lily ! la complimenta t-elle, et il lui sembla que Doris, sur la ligne de touche, allait s'étouffer avec son sifflet. »

 

 

Gladys, elle, avait l'air de tout faire pour dissimuler la rage qui suintait par tout ses pores. Lily retint un sourire alors que son adversaire récupérait le ballon et elle se mit en place pour défendre. La jeune femme brune n'utilisait pas sa main gauche, alors il devint rapidement facile de l'orienter dans un coin du terrain et de la laisser se coincer là toute seule.

 

Évidemment, le coup de la feinte ne fonctionna pas à chaque fois, et Lily ne remporta le match que de deux points. Peu lui importait, du moment qu'elle ne laissait pas les filles l'écraser. Elle enchaîna avec Doris, et ce fut beaucoup plus simple. Elle était moins expérimentée que Gladys, même si elle était un peu plus grande ce qui rendait les tirs en course périlleux. Lily atteignit les dix points alors que Doris n'était qu'à quatre.

 

Elle arbitra le match suivant, profitant du moment pour souffler un peu et pour jeter des coups d'oeil en biais vers les terrains d'à côté pour voir comment se débrouillaient les autres. Matilda, Emmeline, et Agatha étaient clairement au dessus du lot, et Lily redoutait le moment où les équipes tourneraient et où elle se retrouverait contre elle.

 

Il arriva plus vite que prévu, et elle dut admettre que ce fut une vraie leçon d'humilité quand elle perdit de huit points contre Matilda. Le match contre Emmeline fut plus tranquille et elle parvint à en marquer six avant que son adversaire n'arrive à dix. Idem contre Agatha dont la taille lui posa un sacré problème.

 

Ses derniers matchs furent plus serrés, et au final, elle parvint à tirer son épingle du jeu et à gagner cinq des huit matchs qu'elle disputa, ce qui lui valut des félicitations de la plupart des filles. Évidemment, deux d'entre elles restèrent parfaitement de marbre face à l'élan d'enthousiasme de toutes les autres, mais alors qu'Emmeline lui tapait dans le dos à la fin de l'entraînement, un large sourire aux lèvres, Lily songea qu'elle s'en fichait pas mal.

 

Elle avait oublié à quel point elle se sentait bien après avoir joué, elle avait oublié cette sensation grisante, comme si elle s'était vidée des tensions de la journée, et elle avait par dessus tout oublié à quoi ressemblait une équipe. Celle-ci n'était pas parfaite, elle était à peine entrée dedans qu'elle pouvait déjà en apercevoir les failles, mais il y avait quelque chose... Des sourires, des regards, des gestes qui traduisaient une solidarité particulière qui lui manquait, mais qui n'avait l'air d'exister qu'entre six des filles de l'équipe.

 

 

« Ne fais pas trop attention à Gladys et Doris, lui glissa Emmeline alors qu'elles récupéraient leurs affaires dans les vestiaires.

- Elles sont en dernière année, elles s'en vont l'année prochaine, lui confia Glenda après avoir bu une longue gorgée d'eau.

- Elles m'ont faite pleurer la première fois, ajouta Alice en grimaçant.

- Ce sont des filles à papa, expliqua Matilda alors que les deux concernées s'en allaient sans même leur adresser un signe de la main. Elles sont toutes les deux en droit. Gladys n'a eu sa deuxième année que parce que son père a soudoyé le doyen de la fac, et Doris a fait du chantage pour jouer meneuse cette année sous prétexte que l'entreprise de ses parents avait payé pour nos nouveaux maillots de match. Le coach n'a pas du tout apprécié le coup de pression et elle s'est retrouvée à cirer le banc pendant les deux premiers matchs. Sa mère était furieuse, elle a menacé de la retirer de l'équipe, mais elle a discuté avec lui et il a dû la faire tomber amoureuse ou je ne sais quoi parce qu'elle ne dit plus rien maintenant.

- Les filles, vous êtes en train de la terroriser, pointa Daisy en pressant brièvement l'épaule de Lily alors que les autres riaient à la dernière remarque de Matilda.

- Je ne crois pas que Lily soit du genre à se laisser impressionner, répliqua Emmeline en souriant. Elle les a littéralement pulvérisées sur le terrain tout à l'heure.

- Oh tu exagères, intervint Lily soucieuse de ne pas paraître plus douée qu'elle ne l'était en réalité, c'était assez équilibré, et j'ai eu de la chance.

- Ces trois points, ma grande ! insista t-elle. On a trouvé notre nouvelle shooteuse.

- C'était de la chance.

- Ce n'était pas de la chance, la contra Matilda, tu as un beau geste. En tout cas, si ça t'intéresse toujours de jouer avec nous, tous les matchs sont le samedi soir avant ceux des garçons, mais nous n'en avons pas tous les week-ends, le planning est assez léger.

- Qu'est-ce que tu vas faire ? l'interrogea Alice.

- Ne lui mets pas la pression, Al', trancha Glenda. Elle a le temps de réfléchir, le prochain match est reporté au retour du coach.

- Personne n'avait envie de jouer sans lui, expliqua Daisy.

- Où est-ce qu'il est ?

- Newcastle, à un stage de je-ne-sais-quoi, répondit aussitôt Matilda, et Lily leva immédiatement les yeux vers elle.

- Qui est votre coach ? l'interrogea t-elle immédiatement.

- Tu sais qui est notre coach, répondit Emmeline en lui adressant un sourire, et son cœur manqua un battement au moment où Agatha ouvrit la bouche pour lui donner la réponse qu'elle redoutait.

- C'est James, il joue dans la première équipe de garçons. »

 

 

Et merde.

End Notes:

C'est tellement cool de pouvoir publier régulièrement maintenant que j'ai (presque) terminé l'écrituuuure :) 

Est-ce que vous préférez que je vous dise combien il y aura de chapitres en tout, ou avancer à l'aveuglette ? Si certains préfèrent ne pas savoir, je ne le mettrai qu'en réponses aux reviews qui me le demandent :)

Merci encore et toujours pour vos messages trop mignons :')

We're on each other's team by ECM

 

C'était la première fois depuis deux semaines que Lily parvenait à se concentrer sur un cours. Elle ne savait pas si c'était parce que Minerva McGonagall était passionnante, parce qu'elle parlait des sœurs Brontë, ou parce que la relation qu'elle entretenait avec James était redevenue strictement professionnelle et qu'il ne cherchait même plus à engager la conversation après leurs séances de tutorat, ce qui lui permettait de se focaliser d'avantage sur ses cours que sur la distraction qu'il constituait.

 

Elle avait été un peu perturbée au début par le fait qu'il n'insiste pas plus, sûrement parce qu'elle avait été habituée au harcèlement de Severus (ce qui était terrible à avouer), et elle avait réalisé à ce moment là que même la façon dont ils avaient rompu avait été toxique. Elle n'avait plus de nouvelle de lui depuis la dernière fois, fort heureusement, mais elle continuait à recevoir des messages d'un numéro inconnu, lui envoyant principalement des insultes. Elle ne répondait jamais et se contentait de les effacer en faisant l'autruche.

 

C'était devenu machinal, et Mary et Marlène s'en alarmaient plus qu'elle. Elle avait d'autres choses en tête. Elle était finalement rentrée dans l'équipe de basket et, bien qu'elle soit totalement dévouée à ses études de littérature, elle se surprenait perpétuellement à être impatiente de pouvoir retourner s'entraîner avec les filles. Tout n'était pas parfait, Doris et Gladys lui en faisaient toujours voir de toutes les couleurs, mais les autres lui avaient un peu redonné foi en l'être humain.

 

Évidemment, les garçons d'à côté avaient aidé. Rémus et Marlène n'avaient toujours rien officialisé, mais elle ne les voyait jamais plus l'un sans l'autre, et elle aimait à quel point ils semblaient tous les deux heureux ensemble. Elle ne croisait Sirius qu'occasionnellement, mais elle l'avait vu dans l'ascenseur la veille et il lui avait demandé ce qu'il se passait avec James, lui apprenant qu'il était confus et triste. Elle avait changé de sujet, ignoré la façon dont son cœur s'était serré, et lui avait adressé un sourire accompagné d'un geste de la main avant de saisir ses clés de voiture dans son sac et de le laisser.

 

A chaque fois qu'elle pénétrait à l'intérieur de l'automobile noire, un profond sentiment de malaise s'emparait d'elle jusqu'à ce qu'elle n'en sorte. Elle avait dit à James qu'elle passerait déposer les clés chez eux et qu'elle s'arrangerait avec Mary pour aller à la fac, ou qu'elle prendrait le bus, mais il avait refusé et leur discussion s'était arrêtée là.

 

 

« Je ne suis pas un oiseau et aucun filet ne me prend au piège », cita le professeur McGonagall alors qu'un élève, probablement en retard, s'asseyait à côté de Lily qui était penchée sur son cahier, soucieuse de noter le moindre mot prononcé par son professeur.

« Je suis un être humain libre et ayant une volonté indépendante que j'exerce maintenant pour vous quitter », chuchota une voix qu'elle connaissait bien à côté d'elle. »

 

 

Il y eut une seconde de battement avant qu'elle ne lève la tête de son cahier, et quand elle le fit et que ses yeux tombèrent sur James, elle eut la même sensation que lorsque Gladys avait profité de son inattention pour lui faire une passe sèche en plein dans le ventre quelques jours plus tôt.

 

Il était assis à côté d'elle comme si de rien n'était, les yeux rivés sur le professeur McGonagall qui continuait à déclamer son cours, et pendant un moment, Lily se demanda si elle était devenue tant obsédée par lui qu'elle commençait à avoir des hallucinations visuelles et auditives. Puis il déglutit et tourna la tête vers elle.

 

 

« Salut. »

 

 

Il était vraiment là, et elle ne savait pas qu'il était possible d'être à la fois profondément euphorique et complètement dévastée. Elle n'avait même aucune idée qu'il avait déjà ce pouvoir sur elle, celui de la renverser émotionnellement et de lui donner l'impression que c'était la première fois qu'elle respirait vraiment depuis qu'il était parti. Elle se découvrit un tout nouvel attrait pour l'air maintenant que son discret parfum y flottait.

 

Tout était plus intense quand il était là. Le vieux bois de sa table était plus rugueux contre les doigts de sa main gauche, son stylo était plus froid dans sa main droite, sa respiration était plus saccadée, erratique, mais paradoxalement, les chuchotements des autres élèves qui n'accordaient aucune attention à leur professeur lui semblaient démesurément lointains.

 

 

« Qu'est-ce que tu fais là ? lui demanda t-elle à voix basse.

- Sirius m'a écrit hier en fin d'après-midi pour me dire que ma mère était à l'hôpital, répondit-il de la même manière. Les formateurs m'ont donné la journée et j'ai pris le premier avion ce matin parce que mon abruti de meilleur ami m'a laissé croire qu'elle n'était pas en forme. »

 

 

Elle vit sa mâchoire se serrer et en même temps, il passa sa main dans ses cheveux. Ils avaient poussé depuis la dernière fois, et elle eut tout à coup vraiment, vraiment envie de les toucher, mais il y avait plus important.

 

 

« Comment va t-elle ? osa t-elle lui demander.

- Oh elle va très bien, j'ai passé la journée avec elle. C'était juste un rendez-vous de routine, mais il a visiblement oublié de le préciser dans son message, ironisa t-il et elle vit à quel point il était contrarié que son meilleur ami lui ait fait une telle frayeur. Est-ce que tu sais que Sirius, Peter, Mary, Marlène, et Rémus ont une discussion de groupe sur Whatsapp ? l'interrogea t-il subitement.

- … Quoi ? bredouilla t-elle.

- Ils l'ont appelée « Opération Jily ».

- « Opération Jily » ? répéta t-elle, à deux doigts de s'étrangler avec sa salive.

- Parce que d'après Sirius, « Objectif Lames » était voué à l'échec, continua t-il sur un ton étonnement égal. »

 

 

Elle aurait ri en toute autre circonstance, mais elle était juste trop stupéfiée pour réfléchir correctement, et elle avait aussi quelques envies de meurtre envers ses deux meilleures amies. Le professeur McGonagall avait perdu toute son attention mais l'amphithéâtre était plein et elle savait que leur petite discussion passerait inaperçue. C'était probablement sa seule consolation.

 

 

« Le plan était de me faire revenir ici pour que je parle avec toi, et j'imagine qu'ils ont réussi, lui expliqua t-il alors que ses doigts tapotaient nerveusement la vieille table en bois qu'ils partageaient avec toute la rangée.

- Je suis désolée, je n'en avais aucune idée, je... Je te jure que je vais tuer les filles.

- Peut-être que ce n'est pas plus mal, parce que maintenant je peux te dire en face que je vais changer de tutrice. »

 

 

Le flegme avec lequel il avait prononcé la phrase la souffla. Ses yeux étaient à présent rivés sur le professeur McGonagall et elle savait que si elle tournait la tête dans leur direction, elle aurait l'illusion qu'il l'écoutait. Elle découvrit à ce moment là qu'il était aussi doué qu'elle pour arborer un masque devant les autres.

 

 

« Pourquoi ? fut le seul mot qu'elle parvint à prononcer tant sa gorge était nouée.

- Est-ce que tu plaisantes ? répliqua t-il à voix basse. Tu as été claire sur le fait que tu ne voulais plus avoir affaire à moi, et je n'ai aucune intention de t'ennuyer plus longtemps. »

 

 

Elle entendit à peine le professeur McGonagall annoncer la fin du cours, mais elle vit les autres élèves ranger leurs affaires et sortir de l'amphithéâtre, alors elle fourra son cahier dans son sac avant de se tourner vers James.

 

 

« Ça n'a rien à voir avec toi, je te l'ai dit, j'ai beaucoup de travail, mentit-elle en se haïssant instantanément quand il lui jeta un regard qui lui indiqua clairement qu'il n'était pas dupe.

- Raison de plus, lui dit-il. Je vais te soulager. »

 

 

Elle le vit commencer à descendre les marches de l'immense salle de classe et ne comprit ce qu'il allait faire que quand ses yeux verts se posèrent sur le professeur McGonagall. Elle s'élança aussitôt derrière lui et le tira par le bras avant qu'il n'ait pu atteindre la responsable de la promotion.

 

 

« Est-ce que tu veux changer de tutrice ? lui demanda t-elle en bas des marches.

- Tu sais que non, répondit-il en la regardant droit dans les yeux, mais il s'est clairement passé quelque chose entre nous qui ne t'a pas plu et...

- Il ne s'est rien passé entre nous, le coupa t-elle, et elle sut à la façon dont ses yeux s'assombrirent qu'il avait entendu la déception dans sa voix et qu'il était aussi surpris qu'elle. »

 

 

Les autres élèves passaient devant eux et Lily ne remarqua même pas le regard curieux de Dorcas dans leur direction quand James la tira vers l'extérieur de l'amphithéâtre pour éviter qu'ils ne se retrouvent bizarrement seuls avec le professeur McGonagall comme unique témoin de la tension qui régnait d'avantage sur eux qu'entre eux depuis qu'ils s'étaient rencontrés.

 

 

« Il va falloir que tu commences à parler, tu sais, lui dit-il alors qu'ils s'étaient arrêtés dans un renfoncement qui menait vers les toilettes des filles. »

 

 

Les autres élèves de leur promotion avaient déjà tous désertés vers le parking, ou vers la bibliothèque pour les plus courageux, et il ne restait plus grand monde à cette heure tardive, mais il y avait encore de la lumière dans l'amphithéâtre à côté duquel ils se trouvaient. Les yeux de Lily restèrent bloqués sur la porte pendant un moment sans vraiment la voir.

 

Elle n'avait aucun droit de lui reprocher sa proximité avec d'autres filles, et elle n'avait pas envie de le faire. Elle aurait voulu être capable de trouver un mensonge rapidement, mais elle savait qu'il ne l'aurait probablement pas avalé. Il était plus intelligent que cela.

 

 

« Je ne peux pas, admit-elle finalement.

- Comment ça, tu ne peux pas ?

- Je ne peux pas te parler de ça. Ce ne serait pas juste.

- C'est moi qui te le demande, déclara t-il, et elle remarqua à ce moment là à quel point ils étaient proches, et à quel point elle avait de plus en plus de mal à s'empêcher de bloquer sur sa bouche.

- Ce ne serait pas juste, répéta t-elle, parce que je ne suis pas prête. »

 

 

C'était bizarre, de l'avouer à quelqu'un d'autre qu'à Mary ou à Marlène, et quand elle vit le visage de James se radoucir, elle se rappela que la sincérité n'était jamais, jamais une mauvaise chose. Ils demeurèrent silencieux pendant quelques secondes, et puis James se massa nerveusement la nuque avant de reprendre.

 

 

« Merde, Lily, je suis désolé.

- Tu es désolé ? s'étonna t-elle.

- Je n'avais pas réalisé que... il s'interrompit, semblant chercher ses mots, et puis il reprit. Sirius m'a parlé de ton ex, il m'a dit ce qu'il s'était passé devant la bibliothèque, et... Je suis désolé, c'est sûrement compliqué pour toi, et je suis un imbécile. »

 

 

Elle déglutit alors qu'il semblait prêt à s'arracher les cheveux. Elle ne pouvait décemment pas laisser une telle chose se produire. Elle lui devait toute la vérité, pas seulement une moitié, même s'il lui paraissait absolument irrationnel de la lui donner maintenant.

 

 

« Non, c'est... Enfin oui, bien sûr, il y a ça, mais... J'ai juste du mal à flirter avec toi quand je sais qu'il y en a d'autres, reprit-elle en esquivant son regard quand il tomba de nouveau sur elle. Je veux dire... Je n'attendais rien de sérieux quand je t'ai écrit l'autre jour. Je sais que ce n'est pas ton truc, tu as été très clair là dessus, je m'imaginais juste qu'on passerait une nuit chez toi quand tu rentrerais et que cette tension bizarre entre nous disparaîtrait, bafouilla t-elle, mais j'ai la sensation de slalomer entre tes autres copines et je...

- … Quoi ? Mes autres copines ? l'interrogea t-il après avoir légèrement secoué la tête comme pour se remettre les idées en place.

- James, vraiment, tu n'as pas de compte à me rendre, c'est exactement pour ça que je ne voulais pas aborder le sujet, je suis désolée, c'est...

- Je n'ai pas d'autres copines, trancha t-il en la fixant comme si elle était absolument folle d'avoir pu imaginer une chose pareille. Qu'est-ce qui a pu te faire penser que... Attends, est-ce que... Est-ce que c'est par rapport aux dernières photos que j'ai publiées ? »

 

 

Elle grimaça pour toute réponse, et réajusta légèrement son sac sur son épaule quand il plongea sa main dans la poche de son jean pour se saisir de son téléphone portable. Il sembla chercher quelque chose dessus pendant plusieurs secondes, et puis il tourna l'écran dans sa direction et elle vit la même jeune femme brune qu'elle avait vue dans ses bras sur ses publications. Elle était habillée d'une somptueuse robe de mariée et tenait la main d'un homme qui apparaissait aussi sur une publication de James.

 

 

« J'habite chez la cousine de Sirius, Andromeda, qui est mariée avec Ted, et je les aime beaucoup, mais certainement pas au point de dormir en cuiller entre eux, expliqua t-il avec un sourire espiègle. Quoique... Il fait froid en ce moment, je vais y réfléchir. »

 

 

Elle se sentit soudainement très stupide, et elle se demanda comment elle avait fait pour passer à côté de la ressemblance entre Andromeda et Sirius. Ils avaient cette même noblesse sur le visage qui l'avait impressionnée la première fois qu'elle avait rencontré Sirius, quand elle ne savait pas encore qu'il passait le plus clair de son temps à manger des chips en caleçon sur son canapé et qu'il n'y avait rien de très intimidant là dedans.

 

James rangea son portable dans sa poche alors qu'elle le fixait en se répétant inlassablement qu'il n'y avait personne, qu'il n'y avait aucune autre fille, qu'il n'y avait qu'elle, et il y avait cette partie d'elle qui n'avait plus qu'une envie : le prendre par le col de ce stupide pull qui lui allait particulièrement bien et le jeter contre le mur des toilettes les plus proches pour le lui retirer. Seulement il y avait l'autre partie, celle qui lui murmurait vicieusement à l'oreille qu'il fallait qu'elle arrête d'être naïve et de croire que le capitaine de l'équipe de basket-ball était vraiment intéressé par elle. Il lui prendrait tout, comme Severus l'avait fait avant.

 

 

« Je n'ai pas terminé ma journée, lui dit-elle après une seconde d'hésitation. Est-ce que tu veux rester avec moi ? »

 

 

Il hocha la tête, et lui emboîta le pas quand elle passa à côté de lui pour se diriger vers sa voiture. Il lui jeta un regard interrogateur quand elle troqua son sac de cours contre son sac de sport, et elle ne lui répondit que par un sourire avant d'actionner la fermeture automatique des portes et de se diriger vers le gymnase.

 

 

« Je croyais que tu avais encore des cours, pointa t-il curieusement alors qu'elle poussait la porte de la salle de sport devant eux.

- Non, j'ai juste dit que je n'avais pas terminé ma journée, lui répondit-elle avant d'adresser un signe de main aux filles qui étaient déjà arrivées.

- James ! s'exclama Emmeline, en trottinant vers eux. Qu'est-ce que tu fiches ici ?

- Longue histoire, répondit-il avant de l'étreindre brièvement alors que les autres filles se pressaient pour le saluer, mais je ne reste pas. Tout va bien pour vous ? Madame Bibine n'est pas arrivée ?

- Elle doit encore être en train d'attendre qu'une famille d'escargots ne traverse la route devant sa voiture, ou que son chat fasse des selles parfaites qu'elle pourra prendre en photo pour la partager au milieu de ses images de bégonias sur Facebook, lui répondit Matilda en levant les yeux au ciel. »

 

 

Lily profita du fait que les filles étaient toutes rassemblées autour de James pour aller se changer dans les vestiaires, et quand elle le retrouva, ils étaient toujours en train de discuter. Elle entendit Alice lui demander comment la formation se passait, et il ouvrit la bouche pour répondre, mais au même moment, Lily laissa lourdement tomber son sac sur la première marche des gradins, attirant son attention sur elle. Il sembla perdre ses mots en la voyant en tenue d'entraînement et les filles lui jetèrent toutes un regard perplexe.

 

Sa stupéfaction était risible et elle eut du mal à ne pas laisser filtrer ne serait-ce qu'un sourire alors qu'elle les rejoignait sur le côté du terrain. Il finit par retrouver ses esprits et par répondre à Alice, puis il frappa deux rapides coups dans ses mains.

 

 

« Puisque je suis là, on va commencer avant que Mme Bibine n'arrive. Dix minutes de tour de terrain, et on enchaînera avec des pompes.

- Dix minutes ?! s'écria Daisy en esquissant une grimace scandalisée qui fit rire les autres.

- Allez, Daisy, l'encouragea Glenda en l'entraînant avec elle alors que Lily suivait.

- Oh non, pas toi, on a des choses à se dire tous les deux, souffla James en tirant habilement sur son maillot noir pour la retenir, et son cœur fit une pirouette dans sa poitrine.

- La dernière chose dont j'ai besoin, c'est que Gladys et Doris m'accusent d'avoir une relation privilégiée avec le coach, répondit-elle en se dégageant de son étreinte avec un sourire amusé quand elle le vit prendre une profonde inspiration comme si la simple vue d'elle dans un maillot de basket le rendait fébrile. »

 

 

C'était le cas. Elle le savait. Du moins elle en fut certaine après son deuxième tour de terrain, quand elle constata que ses yeux étaient toujours solidement vissés sur elle comme s'il lui était impossible de les détourner. Elle avait éprouvé la même chose en le regardant jouer. Il n'y en avait visiblement pas un pour rattraper l'autre, et elle sentait déjà qu'ils étaient dans de beaux draps, mais elle n'avait aucune motivation pour se sortir de là.

 

Quand elles eurent terminé de courir et qu'elles se mirent en rang pour faire des pompes, James prit un malin plaisir à passer entre elles pour rectifier leurs positions.

 

 

« Oh non Alice, pas sur les genoux, dit-il à la jeune femme blonde qui soupira d'un air désespéré. Glenda, c'est parfait, continue, on va faire cinq séries de vingt. Doris, sérieusement ? Baisse tes fesses. On ne s'arrête pas, Lily.

- Je n'avais aucune idée que je signais pour un camp militaire, chuchota t-elle à Emmeline qui gloussa et s'effondra sur le ventre.

- Emmie, la prochaine fois c'est un tour de terrain en sprint, la prévint-il. »

 

 

Elles parvinrent toutes plus ou moins à terminer leurs séries, non sans quelques tricheries dès que James jetait un coup d'oeil à son portable et que son attention n'était pas entièrement tournée vers elles, et il leur accorda une pause le temps d'aller boire. Lily récupéra sa gourde dans son sac et elle remarqua les quelques nouveaux messages qu'elle avait reçus. Mary lui demandait si elle voulait prendre à emporter chez l'indien du quartier, et quand elle ouvrit le deuxième qui venait bizarrement de James, elle sentit son visage s'enflammer.

 

 

James Littérature : S'il te plaît dis-moi que tu veux avoir une relation privilégiée avec le coach.

 

 

Elle jeta un coup d'oeil dans sa direction alors qu'il était en train de sortir les ballons du coffre avec Matilda, et elle tapa rapidement une réponse en s'efforçant de ne pas y réfléchir plus que nécessaire. Elle avait besoin que ce soit simple, que ce soit léger, que ce soit amusant et excitant. Du moment que ce n'était pas sérieux, c'était exactement ce qu'il lui fallait.

 

 

Lily : Tu sais que j'ai encore besoin de vérifier cette théorie.

 

 

Elle ajouta un émoji qui souriait à la fin du message, l'envoya, et se hâta au centre du terrain pour rejoindre Emmeline et Matilda qui avaient terminé de boire et étaient en train de discuter de leurs plans du week-end. Elle ne les écouta pas tellement parce qu'elle était occupée à surveiller James du coin de l'oeil, et quand elle le vit sortir une nouvelle fois son portable et braquer des yeux noirs sur elle, plus rien n'exista pendant l'espace d'une seconde.

 

 

« Désolé ! Désolé ! C'est à cause du changement d'heure ! s'exclama Mme Bibine en faisant claquer la porte du gymnase derrière elle, ramenant immédiatement Lily sur terre.

- C'était le mois dernier, pointa Gladys en haussant les sourcils.

- Mon horloge n'en avait aucune idée, répondit la femme aux cheveux gris. Oh, Potter ! Qu'est-ce que tu fais là ? Peu importe ! Parfait, tu as commencé ! J'avais prévu quelques exercices de shoot pour aujourd'hui, est-ce que tu restes pour m'assister ?

- Avec plaisir, lui dit-il en souriant. »

 

 

Elle sépara l'équipe en deux groupes, attribuant à chacun une moitié de terrain, et Lily fut soulagée de se retrouver avec Emmeline, Matilda, et Alice. Mme Bibine s'occupait du groupe de Glenda, Daisy, Gladys, Doris, et Agatha, et forcément, James était coincé avec elle.

 

 

« J'ai placé des plots de couleurs différentes à plusieurs endroits. L'objectif est de marquer cinq paniers sur les plots bleus, dix sur les rouges, et vingt sur les verts, et seulement là vous pourrez aller boire. C'est un concours, et c'est individuel, alors que le meilleur gagne, leur expliqua Mme Bibine avant de donner le coup d'envoi.

- Je vais vous atomiser ! Joyeux Hunger Games ! lança Matilda en se mettant en place près d'un plot rouge. »

 

 

Les ballons volaient en tout sens, et si Lily s'était réjouie de l'exercice parce qu'elle connaissait ses avantages et qu'elle était relativement précise, elle déchanta quand elle vit Matilda enchaîner les paniers.

 

Elle savait qu'elle n'était pas loin derrière, qu'elle se débrouillait bien, mais elle avait envie de gagner cette fois. Elle voulait être la meilleure, et ça n'avait rien à voir avec le fait que James soit en train de les observer. Non. Rien. Définitivement rien.

 

Elle le vit s'arrêter à côté d'Emmeline du coin de l'oeil, et elle n'entendit pas l'ânerie qu'il prononça, mais elle vit la jeune femme éclater de rire avant de faire semblant de lui lancer son ballon en pleine figure. Quelques secondes plus tard, il aida Alice à corriger son geste en l'encourageant à tirer plus haut pour palier au fait qu'elle mettait toujours trop de force dans son lancer.

 

Il resta avec elle un moment avant de se rapprocher de Matilda qui avait ralenti la cadence et qui était coincée sur un plot bleu. C'était l'un des plus compliqués sur la ligne des trois points, tout comme l'autre qui toutefois était en face de la planche, ce qui permettait de compter sur le rebond si le ballon ne rentrait pas tout rond dans le panier.

 

Elle sembla l'écouter attentivement alors qu'il lui donnait des conseils que Lily était trop loin pour entendre, et elle réalisa à ce moment là à quel point les filles de l'équipe avaient confiance en lui. Elle comprenait maintenant pourquoi elles refusaient de jouer sans lui et pourquoi aucun potentiel remplaçant ne leur allait. James semblait savoir capter leur attention, et plus que cela, elles le respectaient.

 

 

« Aligne tes hanches avec tes pieds, Lily, lui conseilla t-il alors qu'elle s'apprêtait à marquer son vingtième et dernier panier sur le plot vert sur lequel elle avait commencé.

- Hm hm, répondit-elle simplement sans pour autant changer sa position. »

 

 

Elle tira, et manqua. Quand elle récupéra son rebond, il lui fit remarquer qu'elle n'avait pas bougé d'un pouce, et elle se contenta de hausser les épaules avant de rater un nouveau tir. Cette fois, lorsqu'elle se repositionna à côté du plot vert, il lui jeta un regard curieux avant de s'approcher un peu plus d'elle.

 

 

« Est-ce que tu le fais <i>exprès</i> ? »

 

 

Elle aurait dû lui dire non pour leur bien à tous les deux, mais la réponse la plus honnête était oui. Elle choisit simplement de lui adresser un sourire sans remarquer qu'Emmeline était passée au plot rouge qui était le plus près d'eux.

 

 

« Je ne vais pas survivre à cet entraînement, Evans, lui dit-il en passant derrière elle et en posant ses mains sur sa taille. »

 

 

Elle se retourna juste assez pour qu'il entende le bref rire qu'elle ravala dès que sa main descendit sur son short et qu'il tapota doucement sa jambe droite pour qu'elle la rapproche de la gauche. Le geste lui aurait paru innocent s'il ne lui avait pas fait cette confession. La simple pression de ses doigts à travers le jersey réveilla en elle une sensation qu'elle avait oubliée et dont elle n'était même plus très sûre d'avoir fait la connaissance un jour. Elle attendit qu'il s'écarte pour tirer de nouveau, prit une seconde pour rassembler ses esprits, et le ballon fila droit dans l'anneau.

 

Elle croisa le regard amusé d'Emmeline après avoir récupéré la balle pour aller se mettre en place sur un nouveau plot non loin d'elle, et elle fit du mieux qu'elle put pour ignorer le sourire narquois qu'elle lui lança quand elle passa devant elle.

 

Il était visiblement temps qu'elle se concentre de nouveau sur l'entraînement en lui même plutôt que sur le coach parce que leur discrétion laissait à désirer et qu'elle commençait à avoir violemment envie de se défouler autrement qu'en lançant un ballon dans un panier.

 

Après une bon quart d'heure de lutte, elle termina deuxième derrière Matilda, et elle passa le reste de l'entraînement à éviter James. Elle fut surprise, mais positivement ravie de constater qu'il faisait de même. Ils en étaient au même point. Elle en aurait mis sa main à couper. L'envie de se jeter l'un sur l'autre commençait à le ronger autant qu'elle la rongeait.

 

Elle récupéra son sac rapidement à la fin de l'entraînement, plus rapidement qu'elle ne l'avait jamais fait à vrai dire, et quand elle salua les filles, Emmeline lui donna une petite tape sur les fesses en riant et en se penchant à son oreille.

 

 

« Ça reste entre nous, lui glissa t-elle avec un sourire qui en disait long sur leur discrétion. »

 

 

Lily esquissa un demi-sourire pour toute réponse, ignorant du mieux qu'elle le put le rouge qui lui montait aux joues alors que James discutait encore avec Mme Bibine. Il lui jeta un bref regard en biais avant de faire un discret signe de tête vers Gladys et Doris, et elle comprit aussitôt. Elle ne voulait pas faire d'histoire au sein du groupe. Elle était nouvelle, et se montrer avec le coach n'était pas une bonne tactique pour se faire accepter, au contraire. C'était la meilleure façon de ruiner une cohésion d'équipe.

End Notes:

Encore merci pour vos reviews trop trop gentilles, et à bientôt :) :)

Life indeed can be fun if you really want to by ECM

 

Lily était assise sur le siège passager de la voiture de James, en tenue de basket, son portable entre les mains, et elle attendait impatiemment qu'il la rejoigne. C'était un curieux mélange de bon stress et d'une angoisse qu'elle ne connaissait que trop bien pour avoir vécu avec elle toute cette dernière année, et elle avait besoin de ses meilleures amies pour l'aider à gérer l'alliage des deux sentiments qui commençait à la rendre folle.

 

 

Lily : Opération Jily, hein ?

Lily : N'essayez même pas de nier, je suis au courant, et on va certainement avoir une discussion là dessus, mais pas aujourd'hui.

Mary : Ça ne me dit rien.

Marlène : Jamais entendu parler d'une chose pareille.

Lily : Tu ferais mieux de prier pour que je ne lance pas le hashtag Marlus.

 

 

Mary envoya plusieurs émojis qui riaient et Lily laissa échapper un sourire alors que Marlène répondait avec un gif d'un enfant qui boudait.

 

 

Lily : James est venu avec moi à l'entraînement.

Lily : J'en sors et je l'attends dans la voiture et il se peut que je lui ai plus ou moins tendu la perche au sujet de cette théorie, et maintenant je panique.

Lily : SOS.

Lily : Je suis en hyperventilation.

Marlène : Quelle théorie ? QUELLE THEORIE?!

Mary : OH MON DIEU.

Mary : Lily pense que si elle couche avec James, elle n'aura plus envie de coucher avec James.

Marlène : Pardon ?

Marlène : Lily ?

Lily : C'est un raccourci ! Je dis juste que je suis attirée par lui et que je suis obnubilée par ça.

Lily : J'ai l'impression d'être une folle.

Lily : Je veux me débarrasser de ça.

Marlène : Tu dis ça comme s'il s'agissait d'une famille de morpions.

Mary : Et Marlène sait de quoi elle parle.

 

 

Lily gloussa lorsqu'elle vit le nouveau message de Marlène arrive. Il ne contenait qu'un glorieux doigt d'honneur auquel Mary répondit par un émoji avec un sourire en coin.

 

 

Marlène : Tu sais quoi ? fais-le, Lily. Un peu de spontanéité n'a jamais tué personne.

Lily : Tu crois ?

Marlène : Tu en as envie ?

Lily : Est-ce que tu l'as bien regardé ?

Mary : J'aime les filles et j'en ai envie aussi.

 

 

Elle ricana une nouvelle fois et envoya plusieurs émojis en même temps que les deux autres filles. Au moment où elle s'apprêtait à répondre, la porte côté conducteur s'ouvrit et elle sursauta quand James s'assit à côté d'elle.

 

 

« Tu aurais pu me prévenir, commença t-il.

- Quoi ?

- Toi. Dans mon équipe de basket. Sérieusement ? dit-il en secouant la tête avant de reprendre. Ne te méprends pas, je suis totalement pour, mais comment est-ce que je suis censé me concentrer sur quoi que ce soit ?

- Tu aurais dû voir ma tête quand elles m'ont dit que tu étais le coach, répliqua t-elle alors qu'il démarrait la voiture. »

 

 

Il se contenta de sourire, et elle se mordit la lèvre en reportant de nouveau son attention sur son portable. Les filles avaient envoyé plusieurs messages.

 

 

Mary : Qu'est-ce qui te retient ?

Marlène : A part ta ceinture de sécurité ?

Mary : Hilarant.

Lily : Je le connais à peine !

Marlène : Tu le connais plus que toutes les filles avec qui Mary a couché.

Mary : Je ne peux rien dire, c'est vrai.

Lily : Je vais le faire.

Lily : Je vais vraiment le faire.

Lily : J'ai envie de le faire.

Mary : Je vais dormir chez Marlène, je te laisse l'appart'. S'il te plaît, faîtes le partout SAUF sur le canapé.

Mary : Il y a des préservatifs dans la salle de bain. Sur l'étagère au dessus des serviettes.

Mary : Je les ai achetés parce que je savais que ça arriverait un jour.

Marlène : C'est bon à savoir.

Lily : D'accord mais qu'est-ce que je fais ? Est-ce que je lui dis de venir après ma douche ?

Lily : Mary tu es une reine.

Marlène : Oh non chérie, tu lui dis de venir PENDANT ta douche.

Mary : DANS la douche.

Mary : Avec toi. Au cas où ce n'était pas clair.

Lily : C'était très clair.

Lily : Et s'il refuse ?

Mary : Je viendrai dans la douche.

Marlène : Je n'ai rien contre le fait de passer aussi.

 

 

Elle ravala un rire lorsqu'elle vit la dizaine de clins d'oeil que les deux filles envoyèrent, puis elle verrouilla son téléphone, ouvrit son sac, et le lança dedans avant de resserrer nerveusement sa queue de cheval pendant que son autre main était figée sur sa cuisse.

 

Ils n'avaient jamais été autant silencieux dans la voiture. James semblait concentré sur la route, et les doigts de Lily tapotaient nerveusement ses jambes alors que ses yeux jonglaient entre le visage de son coach, la route, et le compteur de vitesse qui lui indiqua qu'il ne respectait clairement plus les limites. Elle ne l'en blâma pas, elle adorait la chanson de Coldplay qui passait à la radio, mais elle avait envie de rentrer le plus vite possible.

 

 

« Quand est-ce que tu dois repartir ? lui demanda t-elle alors qu'ils se garaient dans le parking souterrain.

- J'ai un vol à six heures et quart demain matin.

- Quel aéroport ?

- Celui de la city. »

 

 

Il partirait logiquement une heure et demie ou deux heures en avance si elle se fiait aux derniers vols qu'elle avait pris, et elle fit rapidement le calcul dans sa tête. Ils avaient facilement six heures devant eux et c'était plus qu'assez pour tester sa théorie.

 

Elle le remercia quand il attrapa son sac de cours dans le coffre alors qu'elle enfilait son sac de sport sur son dos, et son cœur se mit à battre à toute vitesse quand ils se retrouvèrent tous les deux dans l'ascenseur spacieux qui lui paraissait toutefois soudainement étroit. Le silence la tuait.

 

Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle devait faire ou dire, elle était absolument nulle dans ce domaine, elle n'avait jamais essayé de ramener qui que ce soit chez elle, et elle savait qu'elle réfléchissait trop mais elle aurait voulu que Marlène et Mary soient dans sa tête et qu'elles puissent lui dire quoi faire. Des talkies walkies. Il fallait qu'elle investisse. Quoique cela manquait peut-être un peu de discrétion. Des oreillettes alors ? Et puis merde, pensa t-elle finalement.

 

 

« Est-ce que tu veux prendre ma douche avec moi ?

- Est-ce que tu veux dîner avec moi ? »

 

 

Les deux questions avaient été posées simultanément, et à la façon dont James se tourna vers elle, les yeux ronds comme le ballon de basket qu'elle avait eu entre les mains quelques minutes auparavant, elle réalisa qu'il ne s'attendait définitivement pas à ce qu'elle soit aussi directe.

 

Il y eut un moment de flottement, et elle fut profondément soulagée quand il s'approcha rapidement d'elle et que sa bouche s'écrasa contre la sienne comme s'il ne pouvait plus tolérer une seconde de plus qu'ils soient aussi loin l'un de l'autre.

 

Pendant une durée qu'elle était incapable d'estimer, elle oublia qu'elle venait de faire deux heures de sport et que son maillot collait à son dos autant que ses cheveux roux collaient à son front. C'était comme s'il venait d'anéantir le monde qu'elle avait construit autour d'elle.

 

Elle ne sut à quel moment ils émergèrent de l'ascenseur, ils se retrouvèrent simplement à bout de souffle devant sa porte à chercher frénétiquement ses clés dans son sac. Elle les trouva dans la plus petite poche et parvint à les enfoncer maladroitement dans la serrure après deux pathétiques tentatives.

 

Elle fit un pas dans l'appartement et elle sentit directement ses mains la pousser à l'intérieur. Les sacs tombèrent quelque part dans l'entrée mais le bruit sourd des livres contre le parquet ne détourna pas son attention de ses yeux, à seulement quelques centimètres des siens.

 

 

« Désolée, je suis trempée, je...

- Dans quel monde est-ce que tu crois que ça me pose problème, Evans ? chuchota t-il à son oreille après lui avoir retiré son maillot d'entraînement. »

 

 

Elle aurait aimé répondre autrement que par un rire étouffé, elle aurait définitivement voulu avoir une meilleure répartie, mais elle était trop occupée à essayer de se souvenir du chemin vers la salle de bain qu'elle avait pourtant effectué cent fois.

 

Ses mains nues étaient enfin sur sa peau, sur sa taille, à essayer de la garder contre lui alors qu'elle voulait juste qu'il retire ses vêtements, mais il était indéniablement plus habile qu'elle pour la déshabiller et elle manqua de trébucher sur son short de basket quand il le fit adroitement tomber à ses pieds.

 

 

« Tu n'imagines même pas le nombre de fois que j'ai voulu faire ça, lui confia t-il en l'embrassant sur chaque centimètre de peau qu'il pouvait atteindre. »

 

 

Elle laissa échapper un soupir d'aise et se laissa faire pendant un moment juste parce que c'était étonnement beaucoup plus tendre que tout ce qu'elle avait connu auparavant. Elle attendit qu'il desserre son étreinte pour se retourner dans ses bras et ouvrir le robinet de la douche, laissant couler l'eau jusqu'à ce qu'elle soit chaude. Un frisson courut le long de sa colonne vertébrale quand ses doigts dévalèrent son épaule jusqu'à ses fesses, et elle devina que c'était exactement ce qu'il cherchait parce qu'elle le sentit sourire contre sa nuque.

 

Elle pivota, le repoussa doucement juste pour pouvoir enfin lui retirer son pull et son tee-shirt, et elle recommença à l'embrasser. Ils pouffèrent quand elle essaya d'attraper à tâtons la boîte de préservatifs que Mary avait laissée là et qu'elle leur tomba dessus, et bientôt, tout devint plus pressant et plus sérieux, et elle se sentit invincible. Quelques instants plus tard, son dos heurtait la paroi de la douche, ses doigts laissaient des marques rouges sur ses épaules nues, et elle remerciait le ciel d'avoir écouté Marlène, Mary, et cette partie d'elle-même qu'il avait conquise dès qu'ils s'étaient rencontrés.

 

 

 

 

Il était presque deux heures du matin quand elle réalisa que sa théorie était erronée, et qu'elle était absolument inculte en matière de sexe malgré sa longue relation avec Severus. Cela l'avait frappée un peu brutalement quelques minutes plus tôt. Elle avait cru que James s'arrêterait après avoir pris son pied parce que c'était tout ce qu'elle avait connu, et tout ce que la culture populaire lui avait montrée : le paroxysme du plaisir des hommes marquait la fin d'une relation sexuelle.

 

C'était sans compter sur James. Encore une preuve, s'il en fallait une, qu'ils ne se connaissaient pas assez, parce qu'il l'avait portée jusqu'à sa chambre avec l'idée précise de lui rendre la pareille. Elle avait été un peu surprise sur le coup, perdue sans savoir pourquoi, perturbée par l'attention, mais il l'avait attendue, il lui avait posé des questions sur ce qu'elle aimait, et puis elle avait compris l'injustice de sa relation passée avec Severus. Rien n'était normal.

 

Allongée sur le côté, elle fixait son réveil comme si elle était possédée, comptant mécaniquement les minutes qu'il lui restait avec lui sans trop s'en rendre compte. Elle regrettait son corps tiède contre le sien. Il dormait de l'autre côté du lit, beaucoup trop loin d'elle, et alors que ses yeux verts tombaient sur le verre d'eau qu'il lui avait ramené de la cuisine juste après leur deuxième round, elle se surprit à lâcher une larme.

 

Elle ne savait pas pourquoi. Peut-être parce qu'elle comprenait que ce qu'elle avait vécu pendant plusieurs mois en sortant avec Severus était invraisemblable, et qu'elle n'arrivait pas à savoir lequel d'entre eux avait été le problème. Elle savait que Mary et Marlène auraient une réponse catégorique à lui apporter à ce sujet, mais elles n'étaient pas impartiales.

 

C'était comme si elle avait passé des années à tomber d'un immeuble de vingt étages, et que la chute, bizarrement lente, avait été plus violente que l'atterrissage. Elle ne voulait pas de l'une de ces stupides prises de conscience nocturnes qui ne la hantaient habituellement que lorsqu'elle avait descendu la moitié d'une bouteille de gin, mais elle avait l'impression qu'elle n'avait de toute façon pas le choix. Elle s'imposait à elle sans qu'elle ne puisse rien y faire alors que son être semblait se déchirer en deux moitiés bien distinctes.

 

Il y avait celle qui était allongée dans son lit avec James et celle qui était perdue quelque part entre Severus et le néant, dans un endroit sans lumière qu'elle aurait voulu ne jamais avoir visité, où l'extase n'était qu'un vague concept insaisissable.

 

Elle détestait celle là. Elle lui donnait la nausée, lui serrait la gorge, lui brûlait les yeux et l'emmenait dans un coin de son esprit où elle n'avait plus très envie d'errer. Elle avait toujours su qu'être avec quelqu'un d'autre que Severus aurait un drôle d'impact sur elle parce qu'elle s'était trop habituée à lui, qu'il avait été le premier, qu'elle avait construit un douteux apprentissage de l'amour avec lui, et que leur relation l'avait marquée au fer rouge, mais elle ne s'attendait pas à ce contrecoup, comme une dernière bassesse qu'il avait orchestrée sans même le savoir.

 

L'autre moitié était incandescente et tellement inespérée qu'elle ne savait pas exactement comment l'accepter. Elle avait peur qu'elle reparte aussi vite qu'elle était arrivée et elle ne savait pas ce qu'elle ferait à ce moment là, parce qu'il était impensable qu'elle se laisse de nouveau avaler par les ternes souvenirs d'un amour qui n'était plus.

 

Elle essuya l'unique larme qui avait tracé un sentier pâle quasi invisible sur sa joue et se retourna. James était dos à elle, et elle hésita quelques secondes avant de se rapprocher assez pour sentir la chaleur de son corps contre le sien contre son épaule. C'était supposé n'être que l'affaire d'un soir, comme une espèce de carte joker qu'elle avait sortie pour se prouver qu'elle n'était émotionnellement pas attachée à lui, et elle ricana intérieurement en songeant qu'elle n'était certainement pas aussi intelligente que tous ses bulletins scolaires le laissaient supposer.

 

Elle adorait sentir son parfum dans son lit. Elle n'avait jamais autant voulu s'endormir que cette nuit là, seulement il lui semblait démesurément stupide de ne pas profiter tant qu'elle le pouvait. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il se retourne et que son bras ne retombe machinalement sur son ventre. Elle posa sa main dessus, et elle fronça les sourcils quand elle le sentit frémir contre elle.

 

 

« Pourquoi est-ce que tu ne dors pas ? lui demanda t-il après avoir posé son front contre sa tempe.

- Parce que je réfléchis.

- A deux heures du matin ?

- Je me demandais si j'aurais couché avec toi si je n'avais pas vu la maison de tes parents avant, murmura t-elle en esquissant un sourire narquois qu'il ne pouvait pas voir dans l'obscurité de la chambre. »

 

 

Elle éclata de rire quand il l'insulta contre son oreille, resserrant toutefois son étreinte autour d'elle comme s'il savait déjà à quel point elle en avait besoin.

 

 

« Est-ce que tu cherches à me blesser maintenant que tu m'as mis dans ton lit ?

- Non. Je voulais juste vérifier que tu avais bien changé d'avis à propos de Lizzie et Darcy, répondit-elle alors que ses doigts pianotaient distraitement sur son bras.

- Très habile, commenta t-il contre son oreille. Continue à me chercher, et tu vas cirer le banc de touche pour ton premier match, Evans.

- Ce n'est pas très professionnel, coach.

- On a quitté cette sphère là quand tu m'as invité dans ta douche.

- Touché.

- Hmmm. »

 

 

Elle pouffa quand il se cala d'avantage contre elle, et encore plus quand il posa paresseusement sa main sur sa bouche pour la bâillonner.

 

 

« Je ne pensais pas que tu étais du genre à faire des câlins, pointa t-elle avec un sourire sarcastique après avoir retiré sa main et l'avoir gardée dans la sienne à côté de sa tête sur son oreiller.

- Moi non plus, répondit-il de la même façon. »

 

 

Elle savait qu'il ne voulait pas aborder maintenant la question qui les taraudait tous les deux. Elle ne le souhaitait pas non plus. Ils dansaient bizarrement autour, et il était temps de chercher le sommeil avant de trouver les ennuis. Ils discuteraient plus tard parce qu'elle voyait mal comment ils pouvaient reprendre le cours de leur vie normalement après ce qu'il s'était passé entre eux ce soir là.

 

Elle ne parlait pas du sexe en lui même, elle parlait de ce qu'elle avait ressenti pendant, et de ce qu'elle était persuadée qu'il avait ressenti aussi. Il n'était pas du genre à sortir avec qui que ce soit, et elle ne voulait rien de sérieux, mais à cet instant précis, alors qu'il était lové contre elle et que la tendresse du moment l'enivrait, les limites se brouillaient.

 

 

 

 

 

Quand elle se réveilla ce matin là, la première chose qu'elle remarqua fut l'absence de James à ses côtés. Le matelas était froid là où il avait dormi, signe qu'il était parti depuis un moment, et elle en eut la confirmation lorsqu'elle constata qu'il était presque neuf heures. Elle avait raté son premier cours, mais elle ne s'en formalisa pas, ses yeux restèrent figés pendant un long moment sur la place cruellement vide qu'il avait occupée, avant qu'elle ne se décide enfin à se lever.

 

Elle grimaça quand elle se leva de son lit, ne sachant pas bien si ses courbatures étaient dues à l'entraînement ou à ses prouesses plus ou moins inattendues de la veille, puis elle ouvrit paresseusement son armoire. Elle saisit le premier tee-shirt qui lui tomba sous la main, enfila un vieux jogging qu'elle avait depuis ses seize ans, et poussa la porte de sa chambre.

 

Elle se frotta les yeux en se dirigeant vers la cuisine, ouvrit le frigo pour attraper une brique de jus d'orange, manqua de faire tomber une pile de verres en essayant d'attraper son préféré, un vieux verre à moutarde avec la panthère rose dessus, et sursauta violemment quand elle fut enfin assez réveillée pour voir Mary, assise sur le canapé, en train de la fixer avec un large sourire.

 

 

« Tu viens de me faire la peur de ma vie ! s'exclama t-elle en portant une main à son cœur avant de se servir à boire.

- J'adore faire ça, lui apprit-elle fièrement.

- Tu as des problèmes, MacDonald. »

 

 

Mary haussa les épaules et reporta son attention sur les dessins animés à la télévision, mais dès que Lily s'assit à côté d'elle, elle reprit la parole.

 

 

« J'ai croisé James ce matin. »

 

 

Son ton était si innocent et sa voix si douce que si elle ne la connaissait pas autant, Lily n'aurait pas pensé une seule seconde qu'elle allait lui demander un compte-rendu détaillé de ce qu'il s'était passé sous son toit. Elle n'était pas loin d'être aussi intrusive que ses parents. A vrai dire, les trois se valaient.

 

 

« Est-ce qu'il est parti tard ou est-ce que tu es rentrée tôt ? lui demanda Lily après avoir bu une gorgée de jus d'orange.

- Je suis rentrée autour de quatre heures parce que Marlène ronflait. Tu sais qu'elle n'a qu'un lit. J'ai cru que j'allais la tuer, mais enfin, ce n'est pas le sujet, répondit-elle en esquissant un large sourire. J'ai demandé à James si tu l'emmenais à l'aéroport, et il m'a dit qu'il avait hésité à te le proposer, mais que tu avais l'air de bien dormir et qu'il n'avait pas le cœur à te réveiller.

- Hmmm, fit-elle en braquant à son tour ses yeux sur les dessins animés devant elles.

- C'était ADORABLE ! s'écria Mary, faisant sursauter Lily qui pesta quand une goutte de jus d'orange tomba sur son jogging.

- Ou alors, il ne voulait pas rendre les choses bizarres dans la voiture, parce que ce n'était que pour un soir. »

 

 

Mary lui jeta un regard outré comme si elle venait de lui annoncer qu'elle résiliait leur abonnement Netflix, et puis elle secoua frénétiquement la tête et lui donna une petite tape sur la cuisse.

 

 

« Pourquoi est-ce que tu dis des choses comme ça ?! Est-ce que c'était nul ?

- Non, non, définitivement pas, répondit Lily après avoir terminé son verre et l'avoir posé sur la table basse. Au contraire, c'était... Disons juste que je comprends avec un peu de retard pourquoi les gens en font tout un plat.

- Tu dis ça comme si tu venais de découvrir un truc de malade, pouffa Mary qui savait bien que Severus avait été le premier avec qui elle était passée à l'acte.

- Crois-moi, c'est un peu comme ça que je l'ai ressenti, lui confia Lily en inspirant profondément. C'était un peu une première fois. Sans le passage désagréable. Mais après tout, peut-être que le passage désagréable a été désagréable parce que la personne avec qui je l'ai fait à l'époque était désagréable.

- Ne me lance pas là dessus, dit Mary. Pourquoi est-ce que je te sens triste malgré tout ? »

 

 

Lily soupira. La main de sa meilleure amie se posa sur son épaule qu'elle pressa doucement. Elle l'était, bien sûr qu'elle l'était, il était parti et c'était fini, ils avaient eu leur chance, elle avait utilisé son joker, ils avaient testé sa théorie, et maintenant le meilleur était derrière elle. Comment pouvait-elle ne pas être triste ?

 

Le contrat était clair. Une fois. Un soir. Une nuit. Rien d'autre. Rien de plus. Elle n'était pas prête, et il ne se lançait dans aucune relation sérieuse. Le deal fonctionnait de cette façon. C'était ses termes, ceux qu'il avait acceptés sans broncher et sur lesquels il n'était pas revenu. C'était comme ça.

 

 

« Ma théorie, commença t-elle, est une vraie connerie.

- Je suis désolée Lily... Est-ce que je dois faire semblant d'être étonnée ?

- Non, non, bien sûr que non, lui répondit-elle en riant malgré tout.

- Tu sais que tu n'en mourras pas si tu lui laisses une chance d'être plus que ça, n'est-ce pas ?

- Ce n'est pas son genre, réfuta t-elle aussitôt en secouant la tête.

- Tu es son genre.

- J'étais son genre jusqu'à cette nuit. Il me l'a dit l'autre jour. Il ne sort avec personne, et ce n'est pas comme si j'étais prête à me lancer dans quelque chose de sérieux.

- Il sortira avec toi, affirma t-elle avec une détermination qui amusa Lily.

- Parce que tu vas le forcer ? ricana t-elle.

- Ne sous-estime pas l'opération Jily.

- Je vais vous tuer pour ça.

- Tu ne pourras pas payer le loyer toute seule, pointa Mary avec un sourire satisfait.

- Très bien, tu vis, mais les autres vont payer, affirma Lily en ramenant ses jambes contre sa poitrine. Tu n'avais pas cours ce matin ?

- Bien sûr que si, mais je ne voulais pas manquer ta tête après ta nuit de folie, répondit la jeune femme brune en haussant les sourcils de manière suggestive. C'est l'avantage de la fac, je peux sécher quand je veux, et pour les meilleures des pires raisons. »

 

 

Lily leva les yeux au ciel, laissa échapper un nouveau rire, et s'enfonça un peu plus dans le canapé parce qu'il y avait quelque chose de rassurant dans le fait de rester là avec Mary à regarder des dessins animés pour enfants qui auraient dû ne plus les intéresser depuis longtemps mais qui les captivaient toujours.

 

Après une petite demie-heure à végéter ensemble, Lily décréta qu'il était temps qu'elle se prépare pour aller en cours malgré le fait que l'envie tenace de rester à l'appartement toute la journée lui semblait particulièrement attrayante. Elle abandonna Mary à contrecœur pour retrouver sa chambre, et lutta contre la morosité qui l'envahissait alors que les draps défaits lui rappelaient la nuit qu'elle aurait voulue étendre jusqu'au prochain jour.

 

Son portable était posé sur le matelas, là où James avait dormi la veille, elle s'en saisit et le déverrouilla, stupéfaite lorsqu'elle constata qu'il avait pris une photo avant de partir. Elle s'était endormie contre son épaule, la bouche ouverte, de la façon la moins photogénique possible, et James souriait narquoisement à côté d'elle, définitivement fier de son coup.

 

Il lui manqua terriblement tout à coup. Cette photo avait beau ne pas la mettre en valeur, elle venait de passer dans le top trois de ses photos préférées, et elle savait pertinemment qu'elle devait avoir l'air bête à la fixer avec le sourire candide d'une adolescente qui découvrait la vie, mais c'était simplement plus fort qu'elle.

 

Elle s'efforça d'en détourner les yeux pour lire les messages qu'elle avait manqués hier, pouffant en constatant que Mary et Marlène avaient littéralement craqué sur leur conversation de groupe et avaient passé la soirée à envoyer des gifs lourds de sous-entendus. Elle leur transféra la photo que James avait prise, accompagnée d'un émoji qui riait et d'un autre qui pleurait, puis ouvrit un sms du concerné.

 

 

James Littérature : Je suis désolé d'être parti comme un voleur, mais je m'en serais franchement voulu d'écourter ta nuit quand tu dormais si bien.

 

 

Il avait ajouté un émoji sourire en coin à la fin, et elle pouvait sentir le sarcasme même au travers de son message. Elle savait qu'il faisait référence à la photo, et elle en fut autant consternée qu'amusée.

 

End Notes:

See you soon :)

Youth's like diamonds in the sun, and diamonds are forever by ECM

 

Le week-end était arrivé rapidement à son grand soulagement. Elle avait besoin d'un moment de calme, de pouvoir rester dans son lit à réfléchir à des choses auxquelles elle ne voulait pas penser, mais qu'elle n'allait décidément pas laisser au hasard. Elle n'avait aucune envie de se faire surprendre par James comme elle s'était faite surprendre par Severus.

 

Ils n'en étaient pas là, clairement pas. Ils s'envoyaient des messages régulièrement, continuaient à flirter bizarrement pendant les séances de tutorat, la plupart du temps au cours d'appels vidéo qui s'éternisaient, mais ni l'un ni l'autre ne semblait décidé à arrêter de se voiler la face. Par définition, une relation sans lendemain ne se poursuivait pas, mais Lily préférait se cacher derrière l'excuse des cours, qui n'étaient toutefois censés jouer aucun rôle dans leurs relations personnelles.

 

Sans compter que cette excuse n'était certainement plus valable à partir du moment où elle voulait juste l'entendre lui raconter sa journée, toute sa journée, dans les moindres détails, et ce jusqu'à ce qu'elle en tombe de sommeil comme cela avait été le cas la veille. Pas parce qu'il était ennuyant à mourir, mais parce que sa voix était chaude et rassurante, qu'il était passionné et par conséquent passionnant, et qu'elle aimait sentir qu'il était là même quand il ne l'était pas vraiment.

 

Elle était réveillée depuis un moment, mais malgré l'heure tardive, elle continuait à paresser sous sa couette, repoussant le moment où elle devrait sortir de son cocon chaud et agréable. Elle était en train de jouer sur son portable lorsqu'un nouveau message le fit vibrer. Elle fronça les sourcils en voyant qu'il venait du fameux numéro qu'elle ne connaissait pas et qu'il contenait une pièce jointe.

 

Elle l'ouvrit, et se redressa aussitôt sur son lit. Elle était en train de recevoir une multitude de photos d'elle à la bibliothèque, dans le hall de la fac, ou devant le gymnase. Il n'y avait aucun texte, juste une dizaine de photos prises à son insu, et son sang ne fit qu'un tour, elle tenta d'appeler le numéro. Aucune réponse. Aucun nom mentionné sur le répondeur. Furieuse, elle réessaya plusieurs fois, en vain.

 

Elle bondit de son lit et trouva Mary dans le salon, en train de regarder une stupide émission de télé-réalité avec Sirius qui avait débarqué une heure plus tôt en se plaignant qu'il n'avait plus de céréales. Ils avaient l'air de deux enfants, assis en tailleur sur le canapé, chacun un bol dans la main, et elle aurait pu en rire si elle n'était pas aussi remontée. Elle tendit son portable à Mary qui fit défiler les messages, les yeux écarquillés avant de lui jeter un regard effaré.

 

 

« Lily, il faut que tu ailles porter plainte maintenant.

- Je ne vais pas aller au commissariat pour quelques stupides messages, réfuta t-elle en secouant la tête alors que sa meilleure amie tournait l'écran vers Sirius, je veux juste savoir comment je peux trouver à qui appartient ce numéro. J'ai déjà essayé via internet l'autre jour, mais je n'ai rien trouvé, et je...

- Wow, Evans, c'est sérieux, la coupa Sirius qui avait pris le téléphone des mains de Mary et qui lisait les messages et observait les photos d'un air tout aussi inquiet qu'elle. Est-ce que ce n'est pas encore ton ex ? Celui que tu as démoli la dernière fois ?

- Severus n'a pas l'habitude de se cacher derrière quoi que ce soit, nia Mary.

- Je ne pense pas non plus que ce soit lui. Il répondrait à mes appels.

- Pardon ? Tu veux dire que tu as rappelé ce numéro ?

- Bien sûr que j'ai rappelé, Mary. Il m'envoie des photos de moi, je ne vais pas le laisser croire qu'il m'intimide ! »

 

 

Il y eut un blanc pendant un instant, et Lily en profita pour récupérer son portable. Mary et Sirius échangèrent un regard qui en disait long sur leur avis sur la question, et cela lui fit lever les yeux au ciel.

 

 

« Je n'irai pas voir la police pour une histoire aussi ridicule, affirma t-elle. Est-ce que l'un d'entre vous sait comment je peux trouver à qui appartient ce numéro, oui ou non ?

- Rémus pourrait peut-être t'aider. Il a piraté le logiciel du lycée quand on était en seconde pour modifier les notes de Peter, il est calé, lui répondit Sirius. Je vais lui écrire.

- Merci. Tu viens de gagner un verre aux Trois Balais. »

 

 

Mary lança un regard au jeune homme qui signifiait clairement qu'elle avait l'impression qu'elle venait d'être trahie, mais il était trop occupé à taper le message sur son portable pour lui accorder de l'attention. Finalement, Lily se laissa tomber à côté d'eux et fixa l'écran de la télé sans vraiment regarder l'émission.

 

 

« Il y a des toasts dans la cuisine si tu veux, lui dit Mary.

- Merci, j'irai manger tout à l'heure. Qu'est-ce que vous faites aujourd'hui ?

- Je vais probablement réviser mes cours et aller aider mes parents à la pharmacie tout à l'heure, rien de très passionnant, soupira Mary, mais je ne serai pas là pour dîner parce que j'ai prévu un truc avec Agatha.

- Agatha ?

- Tu sais, la fille que je vois en ce moment.

- Elle s'appelle Agatha ? C'est quoi son nom de famille ?

- Timms, pourquoi ?

- Sérieusement ? Je joue au basket avec elle ! s'exclama Lily, soudainement très excitée par la nouvelle alors que Sirius leur intimait de parler moins fort pour qu'il puisse suivre l'émission contre laquelle il avait toutefois pesté en arrivant.

- Ne me dis pas que c'est l'une des deux horreurs qui...

- Oh non, la coupa t-elle aussitôt. Rien à voir avec Gladys et Doris. Agatha est sympa. Je n'arrive pas à croire que tu ne me l'aies pas dit avant !

- Ne te réjouis pas trop, tu sais que je n'aime pas quand ça dure longtemps, commenta Mary en balançant son bras par dessus le dossier du canapé pour se tourner vers Lily.

- Rabat-joie. Qu'est-ce que tu dirais de... »

 

 

Elle s'interrompit quand elle entendit les premières notes de My heart will go on retentir dans l'appartement avant de se rendre compte que c'était la sonnerie que Sirius avait choisie pour James qui était en train de l'appeler. Mary et elle gloussèrent au moment où il décrocha.

 

 

« Ça fait deux jours que tu ne m'as pas appelé ! lui reprocha t-il aussitôt. »

 

 

Elles n'entendirent pas ce que James lui répondit, mais il sembla se radoucir un peu. Il se leva et fit signe aux filles qu'il allait finir cette discussion dans le couloir. Il passa sa tête par l'encadrement de la porte deux minutes après et appela Lily.

 

 

« Hmm ?

- Brenda n'a plus rien à manger, on a un sac de croquettes qui a été livré chez les parents de James mais les garçons et moi devons aller préparer l'anniversaire d'un ami cet après-midi et je ne sais pas si j'aurais le temps de passer les chercher, est-ce que... il s'interrompit, roula les yeux, alors que son meilleur ami lui parlait, et reprit la parole. Bien sûr que si, je lui demande ! Aucun de nous ne peut y aller aujourd'hui, et non, je ne peux pas faire l'aller-retour maintenant, je dois être chez Frank à midi.

- Dis-lui que je m'en occupe, intervint Lily alors que Sirius soupirait lourdement face à la réponse de James.

- Elle a dit qu'elle s'en occupait, dit-il et elle put lire un « merci » silencieux sur ses lèvres avant qu'il ne referme la porte. »

 

 

Elle se dirigea vers la cuisine pour se servir en toasts et elle entendit la raillerie dans la voix de Mary lorsqu'elle s'adressa à elle.

 

 

« Une nouvelle visite chez tes beaux-parents ?

- Arrête de les appeler comme ça, gémit Lily avant d'enfoncer un toast dans sa bouche.

- Je sais, je sais, il ne sort avec personne et...

- Je ne veux pas me mettre en couple.

- Bien sûr.

- Je suis sérieuse, Mary. J'ai mérité de m'amuser, je suis sortie avec Severus Rogue pendant plusieurs mois.

- Là dessus je suis entièrement d'accord, pouffa sa colocataire, je me demande juste s'il y a d'autres personnes avec qui tu veux « t'amuser » ou s'il n'y a que James, parce que c'est ce qu'on appelle une relation exclusive dans ce cas là.

- Ce n'est pas une relation exclusive, affirma Lily en roulant les yeux, c'est juste...

- Un sexfriend  ? proposa Mary en haussant les sourcils.

- Quelque chose comme ça, j'imagine, marmonna Lily. »

 

 

Elle n'était pas convaincue par cette réponse, mais elle n'en avait aucune autre à donner. Elle n'avait pas envie de mettre une étiquette sur une relation amicale qui pouvait occasionnellement déraper. Elle doutait qu'il y en ait une qui décrive cela mieux que celle que Mary avait proposée, mais elle n'en était tout de même pas satisfaite. Elle était en train de répondre à un message de Marlène lorsque Sirius réapparut.

 

 

« Bon, je finis ce bol et j'y vais, les filles. Lily, Rémus m'a envoyé un message pour me dire qu'il voulait bien t'aider avant que tu ne termines dans les faits divers, et merci de me rendre service pour Brenda. Tes beaux-parents vont être ravis de te revoir, je les ai déjà prévenus, et Mary...

- Oh c'est bon, vous avez gagné, je vais prendre ma douche, le coupa Lily avec mauvaise humeur. »

 

 

Elle disparut dans la salle de bain pendant un long moment et quand elle en émergea enfin pour rejoindre sa chambre, elle constata qu'elle avait un nouveau message de James.

 

 

James Littérature : Je suis désolé, je ne pensais pas que Sirius aurait le culot de te dire d'aller chercher de quoi nourrir Brenda chez nos parents, mais maintenant que je l'écris je me rends compte que ça paraît normal venant de lui. Je vais trouver une autre solution.

 

 

Lily leva les yeux au ciel, s'assit sur son lit et répondit aussitôt. Elle pouvait bien faire cela pour lui. Il lui prêtait sa voiture tous les jours alors qu'ils se connaissaient à peine. Ils avaient développé un lien étroit en très peu de temps, et elle réalisa à ce moment là qu'elle avait trouvé totalement normal d'accepter la requête de Sirius, comme si elle avait l'habitude de rendre visite à Euphemia et Fleamont Potter.

 

 

Lily : Ca ne me dérange réellement pas.

James Littérature : Tu es sûre ?

Lily : Je ne veux pas avoir la mort de Brenda sur la conscience.

James Littérature : Sirius l'aura.

Lily : Personne ne l'aura. Je m'habille et j'y vais.

 

 

Elle balança négligemment son portable sur son matelas et ouvrit en grand son armoire à vêtements. Elle avait presque récupéré tous ceux qui étaient autrefois dans sa chambre chez ses parents, à l'exception de ses tenues d'été. Elle avait l'embarras du choix, mais elle se contenta d'enfiler le premier jean qu'elle trouva, un débardeur noir, et un pull beige assez chaud.

 

Elle n'avait pas besoin de sortir pour savoir que c'était un temps à se changer en glaçon. Elle n'avait qu'à regarder par sa fenêtre. Elle pouvait voir le froid à défaut de le sentir tellement il était tenace. Tout était gris dehors. Elle trouva une vieille écharpe à Mary au fond de l'armoire et elle l'enroula autour de son cou. Il n'était pas rare qu'elles échangent leurs vêtements, ou plutôt que Mary lui en pique et que Lily ne les revoit jamais, alors c'était de bonne guerre. Elle vérifia une nouvelle fois son portable avant de partir, et se mit à sourire devant le dernier message de James.

 

 

James Littérature : Merci. L'adresse est rentrée dans le gps de la voiture.

James Littérature : Ps : tu t'habilles ? Tu m'écris dans quelle tenue, exactement, Evans ?

Lily : Ce n'était honnêtement pas aussi glamour que ce que tu as en tête.

James Littérature : Qu'est-ce que j'ai en tête ?

Lily : Certainement pas un vieux short de basket et un tee-shirt troué.

James Littérature : C'est EXACTEMENT ma définition du glamour. Comment est-ce que tu fais ça, Evans ?

 

 

Elle pouffa, secoua la tête, enfonça son portable dans la poche arrière de son jean et quitta l'appartement. Arrivée dans la voiture, elle fouilla la boîte à gants et sélectionna une playlist dont la thématique était road trip, et elle se mit en route, les premières notes d'une chanson de Bob Dylan envahissant l'habitacle.

 

La moitié des chansons du CD avaient défilé lorsqu'elle remonta la longue allée menant à la somptueuse bâtisse en briques rouges sur laquelle du lierre serpentait timidement. Pourtant pas si éloignée de la ville, elle ressemblait à l'une de ces maisons de campagne que son père avait toujours voulu acheter. Elle comprenait l'attrait. Le charme était indéniable.

 

Les gravillons crissèrent sous ses tennis blanches alors qu'elle se dirigeait vers la porte en bois ancien sur laquelle elle frappa trois coups. Quelques secondes plus tard, Fleamont Potter l'accueillit, un large sourire fendant son visage espiègle, et elle se retrouva bien vite assise sur le canapé moelleux du salon, un verre de jus de fruits frais entre les mains.

 

 

« Euphemia est en train de faire la sieste, elle devrait se réveiller d'ici une heure, lui expliqua t-il avant de s'asseoir en face d'elle avec une tasse de thé fumante. Comment allez-vous, Lily ? James me disait que vous aviez intégré l'équipe de basket de la fac ?

- Vous pouvez me tutoyer, monsieur Potter, lui dit-elle avec un sourire et il lui demanda aussitôt de faire de même avant qu'elle ne reprenne. Tout va bien, j'ai commencé il y a quelques jours et toute l'équipe est très sympa. J'avoue que je suis moins impatiente à l'idée de commencer les matchs, il y a toujours...

- Un petit stress ? compléta t-il, et elle devina à l'expression de son visage qu'il savait exactement de quoi elle voulait parler, alors elle hocha la tête.

- La compétition ne me réussit pas vraiment.

- Elle ne me réussissait pas non plus. J'ai toujours eu du mal à gérer la pression, lui confia t-il, mais cela ne m'a pas empêché d'accomplir tout ce que je voulais dans la vie. Parfois, il suffit juste d'avoir un peu de chance et de rencontrer les bonnes personnes. »

 

 

Il s'interrompit et jeta un coup d'oeil vers la baie vitrée derrière laquelle s'étendait un impressionnant jardin auquel Lily n'avait pas prêté attention la première fois qu'elle était venue. Elle suivit son regard et, comme s'il avait lu dans son esprit, il lui proposa d'aller faire un tour dehors.

 

 

« Le jardin est beaucoup plus beau au printemps, mais j'aime la dimension calme qu'il prend en hiver, lui dit-il dès qu'ils commencèrent à déambuler sur un chemin en falun. »

 

 

Il était étonnement simple de discuter avec le père de James. Il lui posait des questions, rebondissait sur ses réponses, et avait perpétuellement mille choses plus intéressantes les unes que les autres à raconter. Elle était venue pour récupérer un sac de croquettes, mais il lui sembla qu'elle allait passer plus de temps que prévu au manoir, et elle n'en était pas fâchée.

 

Il s'avéra qu'il était aussi passionné de littérature sinon plus qu'elle, et ils se perdirent dans des conversations sur leurs romans préférés, des éclats de rire ponctuels résonnant dans l'immensité du jardin glacial qui aurait presque semblé endormi sans les parterres de camélias pour l'égayer. C'était agréable, plaisant, et cela ne ressemblait en rien à ce qu'elle ressentait à l'idée d'adresser la parole aux élèves de sa promotion.

 

Il n'y avait aucun stress avec Fleamont Potter. Elle ne pouvait même pas trouver une raison à cela. Il était simplement aussi bienveillant que sa femme, très ouvert d'esprit, particulièrement vif, et sans en être absolument persuadée, elle avait l'impression qu'ils partageaient les mêmes convictions.

 

 

« Oh je crois que personne ne t'a encore présenté à Bernard, déclara t-il alors qu'ils venaient de rentrer et qu'un énorme chat tigré grattait à la baie vitrée en miaulant d'un air mécontent. Tu peux lui ouvrir, l'encouragea t-il alors qu'elle l'interrogeait du regard. Je te déconseille d'essayer de le caresser, il ne tolère que James. Sirius pourrait t'en parler, ils ne peuvent pas se voir en peinture tous les deux.

- Allez Bernard, rentre au chaud, s'empressa de dire Lily en s'écartant quand l'animal feula dans sa direction. »

 

 

Elle n'était définitivement pas tentée d'y toucher malgré son amour évident envers les boules de poils de toutes sortes. Celui là ne semblait pas du tout enclin à laisser un humain salir sa robe luisante, et elle sourit lorsqu'elle le vit trottiner majestueusement jusqu'à la cuisine où se trouvait probablement sa gamelle.

 

 

« C'est un vieux matou, lui apprit Fleamont qui était retourné s'asseoir sur son fauteuil. Nous l'avons eu quand James avait cinq ans, mais il est toujours en forme. Seulement vois-tu, il est assez dédaigneux et il nous fait clairement comprendre que nous vivons chez lui, et pas l'inverse, expliqua t-il avec un amusement sincère.

- Je vois très bien, le premier chat que nous avons eu quand nous avons emménagé dans la maison actuelle de mes parents avait un caractère similaire, lui répondit Lily en repensant avec tendresse à l'animal qui lui sautait pourtant toutes griffes sorties sur les jambes.

- Plus je te parle, et plus je comprends pourquoi James hésitait autant à partir à Newcastle. »

 

 

Lily manqua de s'étouffer dans son verre de jus d'orange et Fleamont laissa échapper un petit rire qui n'était pas aussi innocent qu'il voulait bien lui laisser penser.

 

 

« Oh tu n'as quand même pas cru qu'il voulait rester s'occuper de nous ? poursuivit-il d'un air malin.

- Il voulait rester s'occuper de vous, affirma t-elle sur un ton convaincant, du moins pour elle.

- Certainement, admit-il avec un sourire espiègle, entre autres choses. »

 

 

Elle s'apprêta à répondre, mais Bernard, fraîchement repu, la surprit en lui sautant sur les genoux, et elle sursauta légèrement avant de se raidir et de le regarder tourner sur ses jambes. Quand elle leva les yeux vers Fleamont, il avait l'air tout aussi surpris qu'elle. Le chat se coucha en boule et elle demeura immobile autant par crainte de se faire attaquer que pour ne pas le déranger. Elle avait soudainement très envie de le caresser, mais elle ne savait pas encore si la peur de perdre une main surpassait la tentation de passer ses doigts dans son pelage étonnement brillant pour son âge.

 

 

« J'imagine que ça fait de toi l'élue, plaisanta Fleamont. Est-ce que je peux prendre une photo pour James ? Il va être tellement jaloux de voir que Bernard aime quelqu'un d'autre que lui !

- Bernard fait des infidélités à James ? entendit-elle Euphemia demander d'une pièce adjacente alors qu'elle répondait à Fleamont par l'affirmative.

- Il a l'air de trouver Lily assez confortable pour lui ! répondit-il d'une voix forte à sa femme avant de prendra une photo avec son téléphone portable et de rajouter. Et ce n'est pas peu dire. Il a une trentaine de couchettes, et seulement deux ou trois sont au goût de monsieur.

- Lily ? La petite Lily est là ?!

- Elle est arrivée il y a au moins une heure !

- Tu aurais dû me réveiller, dit-elle en débarquant dans la pièce. »

 

 

Son sourire illumina le salon, et elle se pencha juste assez au dessus du canapé pour prendre familièrement Lily dans ses bras comme s'il s'agissait d'une vieille amie, évitant précautionneusement de déranger le chat au passage.

 

 

« Tu vas bien rester prendre le goûter avec nous ?

- Avec plaisir, acquiesça Lily.

- James m'a envoyé un message pour me dire de ne pas trop la retenir, pointa Fleamont.

- Il a peur que nous te racontions des choses embarrassantes, expliqua Euphemia avec un sourire tendre et espiègle.

- Je n'ai aucune intention de lui révéler qu'il a emmené son doudou à l'école jusqu'en sixième, ajouta t-il avec un sourire malicieux.

- Il était tellement mignon, soupira Euphemia. Tu l'aurais vu, Lily, avec ce chien en peluche noir qu'il emmenait partout...

- Il doit encore être quelque part dans sa chambre.

- Comment est-ce qu'il l'appelait déjà ?

- Patmol.

- C'est ça ! Mon dieu, j'ai l'impression que c'était hier. Oh attends ma petite, je vais aller chercher de quoi prendre le goûter, mais il faut absolument que je te montre les photos ! s'exclama la mère de James. »

 

 

Il n'y avait, à ce moment là, rien que Lily ne voulait d'avantage que les pièces à conviction concernant cette histoire de doudou, et elle ne se rendit même pas compte qu'elle caressait machinalement le gros chat sur ses genoux quand Euphemia se pencha vers une commode pour un extraire un album, puis un deuxième, avant de trouver enfin celui qu'elle cherchait.

 

Elle s'assit à côté de Lily, le lourd volume bleu nuit sur les genoux, et elle l'ouvrit lentement, dévoilant une histoire que la jeune femme mourrait d'envie qu'on lui raconte. Elle savait à la façon dont les photos étaient organisées qu'il y avait une infinité d'autres albums dans cette commode, rangés probablement par années, et que James en était le sujet principal.

 

Elle se rappela à ce moment là de cette discussion qu'ils avaient eue dans la voiture la première fois qu'elle était venue ici, quand il lui avait confié qu'il était issu d'une grossesse tardive et inespérée. Elle n'avait pas compris ce que cela impliquait sur le coup, mais maintenant qu'elle voyait les photos, et la tendresse avec laquelle Euphemia et Fleamont les regardaient, il était absolument évident que James avait été plus choyé que tous les bambins de Grande-Bretagne réunis.

 

 

« Ah ! Voilà ! Il est là ! déclara Euphemia en pointant du doigt une photo absolument adorable. »

 

 

James, qui devait probablement avoir trois ou quatre ans à l'époque, était dans les bras de son père et serrait dans les siens un chien noir presque plus grand que lui dont les yeux ressemblaient à deux grosses billes noires avec des reflets gris. Il ne souriait pas, mais semblait ébahi par quelque chose, possiblement le flash de l'appareil photo, mais Lily songea en voyant la photo suivante que c'était indéniablement par la beauté de sa mère. Elle riait aux éclats dans une robe longue à fleurs, ses cheveux aussi noirs que ceux de James mangeant une partie de son visage sans toutefois retirer quoi que ce soit à son charme indiscutable, et Lily songea qu'elle n'avait jamais vu qui que ce soit respirer autant le bonheur.

 

 

« Cette photo est magnifique, souffla t-elle.

- Je suis entièrement d'accord, affirma Fleamont de là où il se tenait.

- Ne parlons pas de moi, les coupa Euphemia avant de reprendre. Il faut aussi que je te montre celles de Sirius. Il n'est arrivé ici qu'à ses seize ans, mais nous en avons pris un paquet pour nous rattraper, et certaines d'entre elles sont absolument hilarantes. »

 

 

Lily ne pensait certainement pas rester plus d'une heure avec eux, mais les albums défilèrent pendant qu'ils grignotaient des financiers qu'Euphemia avait faits la veille, et les minutes passèrent, et elle riait, et eux aussi, et elle songea avec une pointe de mélancolie qu'elle n'avait pas autant ri avec ses parents depuis longtemps.

 

Bien sûr qu'il leur arrivait de passer des bons moments ensemble, mais elle ne se souvenait pas de la dernière fois où ils avaient été si hilares qu'ils en avaient eu mal au ventre. Elle voulait blâmer Pétunia pour les conflits qui les avaient animés ces derniers temps, mais même sans cela, ils n'étaient simplement pas ce genre de famille. Ils n'avaient pas ce genre de proximité, et elle ne l'avait jamais vraiment réalisé jusqu'à cet instant. Était-ce étrange, que quelque chose qui n'avait jamais existé lui manque ?

 

Ils étaient en train de feuilleter l'album de la première année d'école de James lorsque Lily fronça les sourcils. Plusieurs photos avaient été prises devant l'école ou même à l'intérieur, et la sensation de familiarité qu'elle ressentit en les regardant la plongea dans la plus grande confusion pendant quelques secondes.

 

 

« Est-ce que James est allé à l'école à Northampton ?

- Ses deux premières années uniquement. Ensuite nous avons déménagé ici. Tu connais l'endroit ? l'interrogea Fleamont.

- Est-ce que vous auriez une photo de classe de cette époque, par hasard ?

- Sûrement à la fin, répondit Euphemia en tournant rapidement les pages de l'album avant de s'arrêter devant une grande photo sur laquelle figuraient une vingtaine d'enfants dont une petite fille aux cheveux roux.

- C'est moi, là, dit-elle sans y croire elle-même, en faisant bizarrement léviter son index au dessus de son propre visage. »

 

 

Les yeux d'Euphemia jonglèrent entre la petite fille sur la photo, et la jeune femme qui était assise à côté d'elle en train de caresser un chat qui paraissait maintenant aussi doux qu'un agneau, et elle poussa une exclamation de surprise.

 

 

« Vraiment ?!

- Je suis restée là bas jusqu'à la primaire, affirma t-elle en hochant la tête. Ensuite ma mère a trouvé un travail à Londres et nous sommes partis.

- Quel hasard ! s'exclama Fleamont, aussi surpris qu'elle.

- James est là, sur la rangée du bas, avec Patmol. »

 

 

Aussi étrange cela puisse paraître, Lily n'eut aucun souvenir de lui quand elle posa les yeux sur un petit garçon au sourire espiègle au premier rang. Elle ne se rappelait plus non plus des autres enfants, sauf de l'un de ses camarades à côté d'elle avec qui elle se souvenait vaguement avoir joué sur un circuit de voitures.

 

 

« Est-ce que je peux la prendre en photo ?

- Tu peux l'emmener avec toi, ma petite, nous en avons trois exemplaires à chaque fois, et c'est autant ton histoire que la notre, visiblement, lui répondit Euphemia en sortant délicatement la photo de sa pochette tout en en dévoilant une deuxième identique.

- Je n'en reviens pas, souffla Fleamont. Nous allons te laisser le soin d'en parler à James, il va être surpris.

- Je l'appellerai tout à l'heure. Maintenant... Vous m'aviez promis des photos compromettantes de Sirius, conclut-elle avec un sourire sournois. »

End Notes:

A bientôt :)

When I'm all alone the dreaming stops by ECM

 

Lily était rentrée chez elle avec un tupperware remplit de biscuits, une vieille photo de classe, de quoi faire chanter Sirius dès qu'il se montrerait horriblement intrusif, et les croquettes destinées à Brenda qu'elle avait posées dans sa chambre en attendant que le jeune homme ne vienne les chercher. Elle avait passé le chemin du retour à penser aux différences qu'il y avait entre la vie de James et la sienne et elle en était arrivée à la conclusion que tirer un rideau factice sur ses malheurs ne l'empêchait pas de les voir.

 

Tout semblait fonctionner, pour lui. Sa famille était parfaite contrairement à la sienne, il n'y avait aucune fêlure dans leur petit paradis, ils étaient à mille lieues des problèmes des Evans. L'avenir de James était tout tracé, il avait à peine besoin d'y réfléchir. Il était doué en basket, et elle aurait parié sa bourse d'étude qu'il réussirait ses partiels haut la main à la fin du semestre parce qu'il était intelligent, et qu'elle n'aurait pas pu l'ignorer si elle l'avait voulu. Par dessus tout cela, il faisait ce qu'il voulait de sa vie amoureuse, n'avait pas l'air de se mettre une quelconque pression là dessus, et Lily le suspectait de savoir pertinemment qu'il n'en avait pas besoin. Il pouvait avoir qui il voulait. Mieux, il pouvait rester seul sans que ses parents ne le pressent à quoi que ce soit, et c'était une veine qu'elle n'avait pas.

 

Pour elle, tout était plus compliqué. Ned et Rose marchaient sur des œufs quand ils se trouvaient dans la même pièce, et ce depuis beaucoup trop de temps pour qu'ils ne finissent pas par imploser, et sa sœur la tenait responsable de tous ses maux. Elle n'avait pas à rougir de ses prouesses académiques, mais elle n'avait aucune idée de ce qu'elle ferait d'un diplôme de littérature. Aucune voie ne lui plaisait spécialement, elle avait du mal à se projeter, et tout allait beaucoup trop vite pour elle. Quant à sa vie personnelle... C'était la cerise sur le gâteau. Un cataclysme. Elle aurait aimé pouvoir rire de tout cela, mais il y avait des soirs où c'était simplement au dessus de ses forces.

 

Elle était allongée dans son lit depuis des heures, incapable de trouver le sommeil lorsqu'elle se retourna pour la énième fois et attrapa son portable sur sa table de chevet. Elle sourit en voyant la nouvelle photo de profil de Marlène sur instagram, joue contre joue avec Rémus, ils étaient absolument adorables et elle voulait lancer le hashtag Marlus. Elle ouvrit sa conversation avec James.

 

 

Lily : Tu dors ? Tu as vu la nouvelle photo de profil de Marlène sur instagram ? #Marlus.

James Littérature : #Jily > #Marlus

 

 

Elle ravala un rire alors qu'une volée d'étincelles crépitait dans sa poitrine. La sensation était bizarre mais tellement agréable qu'elle priait pour qu'il ne la laisse pas là dessus. La nuit qu'ils avaient passée ensemble n'avait absolument rien apaisé, elle avait eu l'effet inverse. Elle voulait le voir, il lui manquait, et maintenant, elle savait ce qu'elle perdait sans lui.

 

 

James Littérature : Mes parents m'ont dit qu'ils t'avaient retenue jusqu'à dix huit heures. Je suis désolé. Ils sont toujours trop contents quand quelqu'un vient les voir et ils parlent sans arrêt.

Lily : C'était franchement cool. J'ai beaucoup discuté avec ton père, il s'avère qu'on a les mêmes goûts en matière de littérature ! Et je ne savais pas qu'il était aussi passionné par la musique !

James Littérature : Est-ce que tu es en train de tomber amoureuse de mon père ?

 

 

Lily leva les yeux au ciel et secoua la tête avant de lui répondre, un sourire en coin figé sur le visage parce qu'elle savait que sa meilleure arme était toujours d'entrer dans son jeu.

 

 

Lily : Autant de lui que de ta mère, j'en ai bien peur. Est-ce que tu crois qu'ils sont assez ouverts pour accepter de se mettre en trouple avec moi ?

James Littérature : Je tâcherai de le leur demander.

Lily : Merci. Je suis impatiente de t'entendre m'appeler maman.

 

 

Elle allait ajouter quelque chose lorsqu'elle reçut son invitation pour un appel vidéo, et dès qu'elle décrocha, son visage hilare éclaira sa journée. Il tenait son portable au dessus de sa tête et elle remarqua immédiatement qu'il était dans son lit, éclairé par une jolie lampe de chevet en osier. Elle se rappela immédiatement de la dernière fois où elle avait vu son charmant visage sur un oreiller, et elle eut besoin d'une seconde pour se ressaisir.

 

 

« Allume la lumière et redis-moi ça en face ! lui ordonna t-il en riant.

- Ce n'est pas une manière de parler à sa belle-mère, répliqua t-elle sur le même ton.

- Evans, ne me cherche pas.

- Toi ne me cherche pas. »

 

 

Elle se redressa juste assez pour allumer sa lampe et ils échangèrent un sourire. Bon sang, il lui manquait. Elle aurait bien aimé faire comme si ce n'était pas le cas, mais c'était impossible. Elle était maussade et triste et elle aurait tout donné pour pouvoir le faire apparaître à ses côtés.

 

 

« Tout va bien, à Newcastle ?

- Parfait, répondit-il rapidement, j'ai décidé de laisser un peu le jeu de côté pour me former d'avantage sur le coaching. Je suis juste impatient de revenir et de retrouver l'équipe.

- Tu manques beaucoup aux filles.

- Emmeline m'a écrit hier. Il paraît que tu progresses bien. Elle m'a dit qu'il serait judicieux de te mettre dans le cinq majeur. »

 

 

Lily écarquilla les yeux, un peu surprise. Elle savait qu'elle avait un niveau correct et qu'elle n'était pas du tout ridicule dans cette équipe, mais elle ne s'attendait pas vraiment à jouer le premier match. Elle avait naïvement pensé qu'elle regarderait les autres. Ou elle n'avait pas anticipé le fait même qu'elle allait jouer. L'un ou l'autre. Les deux, probablement.

 

 

« Je ne sais pas, dit-elle. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, pour le premier match en tout cas. Je suis prête à jouer, mais j'ai besoin d'y aller doucement.

- Je ne ferai rien que tu ne veuilles pas, lui assura t-il. Si c'est ce qui te stresse, ne t'inquiète pas pour ça.

- Il n'y a rien qui me stresse, mentit-elle en fronçant les sourcils.

- Arrête, je le vois à ta tête, répondit-il avec un demi-sourire. Est-ce que ce sont mes parents qui ont...

- Tes parents ont été parfaits, le rassura t-elle immédiatement. J'ai juste... Je pensais aux miens, et à ma sœur, et... Je réalisais seulement à quel point c'est agréable d'être en famille quand personne ne se déteste.

- Ta sœur ne peut pas te détester, Lily, affirma t-il si rapidement qu'elle voulut le croire.

- Peu importe. »

 

 

Son cœur s'était mis à battre un peu plus vite sans qu'elle ne sache si c'était à cause du curieux silence qui s'était installé entre eux, du fait même qu'ils aient évoqué le sujet Pétunia, ou parce qu'il la regardait comme s'il voulait être là. Elle en eut la confirmation une seconde plus tard.

 

 

« J'aimerais pouvoir traverser le couloir et te rejoindre, admit-il avant de déglutir comme si le simple fait de prononcer les mots était compliqué.

- J'aimerais bien aussi, répondit-elle de la même façon. »

 

 

Il n'y avait aucune plaisanterie, aucun sourire, aucune once d'ironie ou de sarcasme, et elle se demanda en le regardant sans ciller si son absence lui pesait autant qu'à elle. Elle se souvenait de sa manière de l'embrasser et de cette phrase qu'il avait prononcée alors que sa bouche était partout sur son corps. « Tu n'imagines même pas le nombre de fois où j'ai voulu faire ça. » Elle pouvait bien imaginer. Elle avait horriblement envie de lui, plus que la première fois.

 

 

« Est-ce que tu vas réussir à dormir ? l'interrogea t-il en la fixant tant qu'elle savait qu'il attendait la vérité, et pas un mensonge destiné seulement à le rassurer.

- Probablement pas avant plusieurs heures, lui répondit-elle en jouant nerveusement avec sa couverture.

- Je vais rester avec toi.

- James, sérieusement, ce n'est pas la peine de...

- Tu n'es pas encore ma belle-mère, Evans, la coupa t-il avec un sourire espiègle. Maintenant, sors de ton lit et va dans le couloir.

- Pour faire quoi ? le questionna t-elle en arquant un sourcil.

- L'une des clés de notre appartement est sous votre paillasson. Ne me demande pas pourquoi, Sirius trouve que c'est la cachette la plus appropriée, et étant donné que ni toi, ni Mary ne vous en êtes rendues compte, j'imagine qu'il a raison, expliqua t-il avant de reprendre. Tu vas la prendre, et tu vas rentrer chez nous. Les garçons ne sont pas là.

- Qu'est-ce que tu...

- Ne pose pas de question, l'interrompit-il en l'encourageant d'un signe de tête à se lever. »

 

 

Elle en profita pour attraper le sac de croquettes de Brenda, et elle quitta l'appartement de Mary sur la pointe des pieds, récupéra la clé en question en prenant mille précautions pour ne pas lâcher son téléphone, puis elle ouvrit la porte de leur appartement. C'était étrange d'entrer chez eux quand il n'y avait personne.

 

La télé n'était pas allumée, la pièce était plongée dans la pénombre, il n'y avait pas un bruit, rien qui bougeait, et même si les souvenirs de ses nombreuses séances de tutorat avec James autour de la table du salon la rattrapaient, elle trouvait l'appartement bien triste quand aucun des garçons n'était là.

 

 

« Et maintenant ? demanda t-elle en appuyant sur l'interrupteur du salon.

- Tu me dis si Sirius a fait le ménage.

- C'est plutôt correct, lui dit-elle en souriant, est-ce que je suis là pour espionner tes colocataires ?

- En partie, répondit-il sur un ton léger. Prends le couloir à ta gauche.

- Attends, je remplis la gamelle de Brenda. »

 

 

Elle posa son téléphone sur le bar pendant quelques secondes alors qu'elle déversait une belle quantité de croquettes dans une grosse gamelle en céramique. Aussitôt, le chaton blanc trottina jusqu'à la cuisine et Lily récupéra son portable et s'accroupit pour la montrer à James.

 

 

« Elle a l'air en forme !

- Elle est affamée, commenta Lily en la caressant affectueusement.

- Sirius lui a donné cinq sachets de pâtée aujourd'hui pour palier à la pénurie de croquettes, crois-moi, elle va bien, lui certifia James. Ah, d'ailleurs, il paraît que Bernard ne voulait plus te lâcher. Qu'est-ce que tu as fait à ma famille, Evans ? Pourquoi est-ce qu'ils t'aiment tous autant ?

- Bernard s'est juste rendu compte qu'il méritait mieux que toi, le taquina t-elle.

- On verra ça quand je reviendrai. En attendant, va dans le couloir. »

 

 

Lily se redressa et traversa le salon jusqu'à arriver dans le couloir en question. La première porte à sa gauche était grande ouverte sur une vaste salle de bain aux murs et au sol noirs. Un meuble en bois et un yucca tranchaient avec les couleurs sombres de la pièce et la jeune femme fut tentée pendant juste une seconde de raccrocher et d'aller se prélasser dans la baignoire à pieds. Ils n'en sauraient rien, ils n'étaient pas là.

 

La deuxième porte comportait un trou d'une vingtaine de centimètres en son milieu, maladroitement rafistolé avec du gros scotch, et Lily ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux et de laisser échapper un rire incrédule.

 

 

« J'imagine que tu viens de voir le trou dans la porte de la chambre de Sirius, pointa James avec un sourire malin. Ne pose pas de question, et ouvre celle d'en face. »

 

 

Elle actionna la poignée de la troisième porte qui était déjà entrouverte, puis appuya sur l'interrupteur de la chambre dans laquelle elle pénétra timidement. Une étonnante collection de vinyles et de livres recouvraient trois des quatre murs de la pièce. Un grand lit en bois noir était poussé contre le quatrième, et un ballon de basket traînait sur le parquet, tristement abandonné devant une commode entrouverte de laquelle Lily pouvait voir quelques vêtements dépasser.

 

Une fenêtre cachée derrière un voilage à côté du lit donnait directement sur la rue et elle pouvait entendre le lointain vrombissement des voitures qui passaient sans toutefois qu'il soit omniprésent. Un parfum agréable régnait dans la pièce, celui de James qui l'enveloppait comme une douce étreinte qu'elle pouvait presque sentir, couplé à un mélange de linge propre et de noix de coco, et elle ne put que faire le parallèle avec l'odeur de renfermé de la chambre de Severus.

 

Au milieu des étagères de vinyles se trouvait une jolie platine, et sur les autres, elle y vit quelques photos des garçons qui la firent sourire. Elle n'avait même pas les mots pour exprimer à quel point elle se sentait bien ici.

 

 

« Maintenant, referme la porte derrière toi, et regarde sur l'étagère où il y a une bougie. Derrière, tu devrais trouver un vinyle des Cranberries.

- No need to argue ? l'interrogea Lily en déplacement légèrement la bougie d'où venait le parfum fruité qu'elle avait senti un peu plus tôt.

- Exactement, répondit-il en souriant. »

 

 

Elle se demanda brièvement s'il se rappelait de cette fois où elle lui avait plus ou moins avoué qu'il s'agissait de son album préféré, et un coup d'oeil à son téléphone portable lui suffit pour en conclure que oui, il savait précisément ce qu'il faisait.

 

 

« Mets-le, et je vais rester avec toi jusqu'à ce que tu t'endormes.

- Dans ton lit ? s'enquit-elle d'une voix étonnement aiguë avant de se racler la gorge.

- Tu peux te coucher sur le parquet, mais ça risque d'être moins confortable, répondit-il avec un sourire en coin. »

 

 

Dans un autre contexte, elle aurait absolument adoré qu'il lui ordonne d'aller se vautrer dans son lit, mais il n'était pas là et elle était frustrée. Elle se laissa tout de même tomber sur le matelas moelleux et cala son portable contre l'un des oreillers alors que la platine jouait la première chanson de l'album.

 

 

« J'ai l'impression que ton lit me préfère déjà à toi, comme les membres de ta famille, lui dit-elle en s'allongeant sur le côté pour pouvoir le regarder, un sourire narquois flottant sur ses lèvres.

- Je n'arrive pas à croire que je pars un mois et que tu trouves le moyen de me voler ma vie. Bernard n'aime personne à part moi ! protesta t-il en esquissant une moue faussement ennuyée.

- Oh ça, c'était avant. Maintenant, Bernard a quelqu'un d'autre. Tu n'avais qu'à pas l'abandonner en partant à l'autre bout du pays.

- Tu sais quoi ? Peu importe. Tu n'arriveras jamais à conquérir Sirius.

- Est-ce que tu me mets au défi ?

- Je suis tenté de te regarder échouer mais je ne suis pas un monstre, Lily, répondit-il avec un sourire en coin.

- On verra ça, trancha t-elle. »

 

 

Pendant un moment, elle se contenta de le regarder, allongée de tout son long dans son lit, ses poings fermés autour de sa couette. Elle avait envie de lui dire qu'il lui manquait, qu'il était rare qu'une heure ne passe sans qu'elle ne pense de nouveau à la sensation de sa peau tiède contre la sienne, de ses mains sur elle, dans ses cheveux, sur ses fesses et entre ses cuisses, mais elle avait l'impression qu'il le savait déjà. Ses yeux bruns étaient figés sur elle, et il n'eut pas besoin de prononcer le moindre mot pour qu'elle devine qu'il y pensait aussi. Elle prit une inspiration tremblante et ignora les palpitations contre ses tempes.

 

 

« Au fait. Tes parents et moi avons appris quelque chose aujourd'hui.

- En dehors du fait que tout le monde te préfère à moi ?

- Nous étions dans la même école maternelle, répondit-elle après avoir souri à sa remarque. La même classe, en fait, ajouta t-elle rapidement.

- Tu te moques de moi.

- Je te jure que non, affirma t-elle. Je t'enverrai la photo demain.

- Tu as habité à Northampton ? s'étonna t-il.

- Brièvement.

- Attends, lui dit-il et elle le vit se redresser contre la tête de lit. Ne me dis pas que tu étais cette horrible petite fille qui me volait toujours mon doudou ?

- Je ne me souviens pas avoir fait une telle chose, répliqua t-elle en fronçant les sourcils.

- Bien sûr que tu ne t'en souviens pas, marmonna t-il. Les oppresseurs ne se rappellent jamais de leurs victimes.

- Ce n'était probablement même pas moi ! protesta t-elle en riant.

- Si. C'était toi, déclara t-il en lui lançant un regard faussement hostile. Je m'en souviens maintenant. Rousse, avec un nœud noir dans les cheveux. Ose me dire que je me trompe. »

 

 

Elle déglutit en songeant qu'elle était de nombreuses fois tombée sur ce stupide nœud dans le tiroir de la salle de bain de ses parents, et elle se rappelait aussi l'avoir vu sur une quantité non négligeable de ses photos d'enfance. Elle esquissa une grimace d'excuse, et reprit la parole avec une idée derrière la tête.

 

 

«  J'estimais peut-être que Patmol méritait plus d'attention.

- Patmol avait toute l'attention dont il... il s'interrompit et elle vit l'exaspération dans ses yeux au moment où il comprit que ses parents n'avaient rien perdu de leur loquacité en son absence. Je n'arrive pas à croire qu'ils t'aient parlé de Patmol ! s'exclama t-il avec indignation.

- Jusqu'en sixième, sérieusement, James ? le taquina t-elle en se mordant l'intérieur des joues pour ne pas rire.

- Je le gardais juste dans mon sac parce que j'avais peur que Bernard ne le déchiquette si je le laissais à la maison ! s'empressa t-il de se justifier, et même si elle ne le voyait pas parfaitement bien, elle jurait que ses joues étaient devenues légèrement rouges. Il est hors de question que je te fasse jouer le prochain match avec un comportement comme celui-ci, la menaça t-il.

- Comme si ça m'ennuyait vraiment, ironisa t-elle en roulant des yeux.

- Tu dis ça maintenant, mais quand tu seras sur le banc, que les filles seront exténuées, et que nous serons menés d'un ou deux points, je peux t'assurer que tu mourras d'envie d'y aller, juste pour tout donner et repasser devant. »

 

 

Elle ne répondit rien parce qu'elle savait qu'il avait raison. Elle se souvenait trop de la sensation d'être menée au score et de voir certaines de ses coéquipières se décourager sur le terrain alors qu'elle était sur le banc et qu'elle voulait désespérément tout tenter pour gagner. Elle l'avait trop vécue pour ne pas s'en rappeler.

 

 

« Je suis impatient, reprit-il d'une voix plus douce, plus grave, plus sérieuse qui résonna jusque dans ses entrailles.

- De quoi ?

- De te voir jouer. De te faire rentrer sur le terrain et de te voir prendre confiance en toi avec les filles.

- Ça a l'air simple quand tu le dis, lui fit-elle remarquer après avoir longuement inspiré.

- Je vais faire en sorte que ça le soit. »

 

 

La détermination dans ses yeux lui coupa momentanément le souffle. Elle craquait. Elle sentait sa volonté se fissurer à chaque nouveau coup d'oeil vers sa bouche ou ses cheveux qu'elle avait agrippés à un moment bien particulier de leur dernière entrevue, et elle avait toutes les peines du monde à s'empêcher de lui avouer qu'elle était dans une sale posture. Du moins ce fut de cette façon qu'elle perçut les choses quand elle réalisa que les frissons et les éclaboussements de plaisir dans sa poitrine ne pouvaient exister qu'à cause de sentiments. Des sentiments qu'elle avait essayés de repousser. Des sentiments auxquels elle ne voulait définitivement pas penser.

 

 

« C'est quoi ta couleur préférée ? demanda t-elle abruptement.

- Pardon ?

- Ta couleur préférée.

- Le rouge, répondit-il en lâchant un rire perplexe devant la soudaine question. Et toi ?

- Probablement le rouge aussi, lui confia t-elle en repensant au sweat qu'il portait la première fois qu'elle l'avait rencontré. Ou le noir.

- Le noir n'est pas une couleur, c'est l'absence de lumière, lui fit-il remarquer, et elle leva les yeux au ciel.

- Alors considère que j'aime l'absence de lumière.

- C'est triste.

- Pas plus triste que d'être suffisant.

- Je ne suis pas suffisant, protesta t-il en esquissant une moue scandalisée.

- Est-ce que tu préfères arrogant ?

- Je ne suis aucun des deux.

- Hmm. Comme tu veux, souffla t-elle en balayant sa remarque de la main, s'attirant un regard ennuyé de sa part. C'est quoi la chose la plus inutile que tu saches faire ?

- Être suffisant et arrogant ? tenta t-il avec ironie.

- Je me demandais quand les sarcasmes arriveraient, répondit-elle en souriant.

- Tu aimes mes sarcasmes.

- J'adore tes sarcasmes, confirma t-elle. Alors ?

- Je peux à peu près tout faire tourner sur mon doigt comme un ballon de basket. Je le fais avec les assiettes de mes parents, ça les rend fous.

- Vraiment ? Il faut que tu me montres ça en rentrant, lui dit-elle avant de poursuivre immédiatement avec une nouvelle question. Qu'est-ce que tu ne ferais pas pour un million de livres sterling ?

- Lily, qu'est-ce que tu...

- Je ne te connais pas, le coupa t-elle avant de déglutir. Je ne te connais pas, et je... »

 

 

Elle se stoppa net. Elle paniquait, et il lui jetait un regard curieux, et elle était presque sûre qu'il allait enfin se rendre compte qu'elle était bizarre, et probablement qu'il arrêterait de lui donner autant d'attention. Elle se maudit intérieurement. Elle voulait qu'il continue à s'intéresser à elle presque autant qu'elle avait peur d'être irrémédiablement attachée à lui.

 

 

« Je ne mangerai pas Brenda, finit-il par répondre probablement pour tenter de mettre fin à son inquiétude visible.

- Pour un million ?!

- Ne me dis pas que tu le ferais !

- Bernard a l'air plus dodu, souffla t-elle avec un sourire espiègle.

- Tu me dégoûtes, Evans. Prochaine question.

- Hmm...Quand tu es seul, que tu n'as rien à faire, et que tu te mets à rêvasser, à quoi tu penses ?

- En ce moment, à toi. »

 

 

Elle leva les yeux au ciel, bien contente qu'il ne soit pas là pour voir ses poils se dresser instantanément sur ses bras, et elle enfonça sa tête dans son oreiller en laissant échapper un rire.

 

 

« Je ne pensais pas que ça sonnerait aussi niais, s'amusa t-il en passant une main dans ses cheveux.

- J'attendais une réponse sérieuse, lui rappela t-elle en souriant.

- C'est exactement ce que tu as eu.

- James.

- Quoi ?! s'exclama t-il en laissant échapper un rire.

- Ne fais pas ça, le prévint-elle en lui jetant un regard réprobateur. »

 

 

Il se mordit la lèvre alors qu'elle mourait d'envie de le faire pour lui. Il ne l'aidait pas. Elle était toujours pleinement convaincue que Severus l'avait ruinée pour toute une vie et qu'elle resterait éternellement terrorisée à l'idée que quelqu'un d'autre puisse prendre une place qu'il avait trop longtemps occupée et sous-estimée. James n'avait aucune idée de ce qu'il était en train d'entreprendre, et elle doutait qu'il soit bien conscient qu'elle n'était pas capable de jouer avec cela à ce moment précis, pas quand il lui manquait tant qu'elle n'avait pas d'autre choix que de se poser les questions qui fâchaient.

 

 

« Pourquoi pas ? lui demanda t-il en haussant les sourcils, et elle sentit son cœur s'envoler comme la première fois qu'elle avait écouté son album préféré de Scorpions.

- Parce que sinon je vais finir par être plus investie qu'il ne le faudrait.

- Je ne vois pas le problème.

- Dit le type qui ne sort avec personne. »

 

 

Il ferma brièvement les yeux et elle le vit reprendre sa respiration comme s'il avait retenu son souffle beaucoup trop longtemps. C'était rassurant de voir qu'elle n'était pas la seule à patauger.

 

 

« Je sais, je sais, souffla t-il finalement, je... C'est juste que je pense à la dernière fois que je t'ai vue. J'y pense beaucoup, précisa t-il aussitôt.

- A un moment spécifique ? l'interrogea t-elle en se maudissant intérieurement de bondir à pieds joints dans une conversation qu'elle aurait dû écourter, voir même éviter.

- A plusieurs moments spécifiques, lui confia t-il d'une voix plus grave que d'ordinaire. »

 

 

La conversation allait déraper. C'était sûr. Elle était persuadée que si elle fermait les yeux maintenant, bercée par l'odeur de ses draps, elle pourrait se projeter dans le souvenir de cette nuit là. Elle avait tout fait pour se rappeler du moindre détail. Elle l'avait regardé autant sinon plus qu'elle avait pu dans l'espoir de pouvoir reconstituer dans son esprit l'image la plus fidèle possible de son corps atrocement idéal pour ces jours où elle aurait besoin de retrouver comment prendre son pied toute seule. C'était véritablement plus cruel qu'autre chose. Il avait laissé un vide.

 

 

« Je crois que je vais dormir maintenant, lui dit-elle en s'efforçant de paraître détachée. Ça te dérange si je laisse l'appel en cours ?

- Je ne vais pas cracher sur une deuxième nuit avec toi, répondit-il avec un sourire mesquin qui lui fit hausser les sourcils.

- Dors, Potter.

- Bonne nuit Lily. »

 

End Notes:

Merci à ceux qui suivent toujours :)

Le prochain chapitre sera full of Sily parce que qui de plus qualifié que Sirius pour nous remonter le moral quand on voit qu'on arrive à la fin des vacances ? (désolé pour le coup de stress huhu ^^")

A bientôt :)

Last Friday Night by ECM

James était parti depuis un mois, trente jours qui avaient semblé longs à Lily, mais qui, paradoxalement, s'étaient rapidement écoulés. Elle ne savait pas comment l'expliquer, elle s'était juste languie de passer de nouveau du temps avec lui, mais elle avait eu tellement à faire de son côté avec les cours et le basket que tout était allé très vite.

 

Elle commença à se réveiller avec la bouche pâteuse et aucune véritable idée d'où elle se trouvait ce matin là... Probablement parce qu'elle n'arrivait pas à se résoudre à ouvrir les yeux à cause d'une migraine lancinante. Il y avait des odeurs familières qu'elle reconnaissait sans toutefois pouvoir les identifier clairement, mais elle savait qu'elle n'était pas dans sa chambre. Premièrement parce que sa tête et son dos étaient les seuls à reposer sur quelque chose d'assez moelleux mais toutefois trop dur pour qu'il s'agisse de son lit et deuxièmement parce que le reste de son corps était en contact avec ce qui lui semblait être un sol particulièrement froid qui avait tout à envier au tapis extrêmement doux qui se trouvait dans l'appartement de Mary.

 

 

« J'ai l'impression qu'on va enfin avoir une explication, entendit-elle une voix masculine déclarer sur un ton rieur. »

 

 

Elle grogna une phrase qui n'avait ni queue ni tête, encore à demi ensommeillée, et trois gloussements l'attirèrent encore un peu plus sur terre. Elle réalisa à ce moment là un certain nombre de choses. Elle tenait quelque chose dans ses bras, une chose qui reposait aussi partiellement sur son épaule et contre laquelle elle avait dormi pendant la majeur partie de la nuit, une chose longue et chaude, mais aussi un peu rugueuse qu'elle ne put identifier que lorsqu'elle se résolut à ouvrit les yeux.

 

Une jambe. Une jambe dans un jean troué. Elle l'observa avec perplexité pendant un long moment avant de la lâcher, n'écoutant même plus les rires discrets qui l'entouraient, et puis quand elle voulut se hisser sur ses genoux pour jeter un coup d'oeil au propriétaire du membre en question dont la respiration profonde et régulière au dessus d'elle lui indiquait qu'il dormait toujours, elle remarqua qu'elle était partiellement enroulée dans une quantité non négligeable de papier toilette.

 

Il y en avait approximativement partout sur elle, autour d'elle, quelque part au dessus d'elle, et deux rouleaux vides étaient calés contre une table basse comme s'ils y avaient roulé tout seuls après une suite d’événements qu'elle n'arrivait pas encore à reconstituer, mais dont elle pouvait maintenant identifier les responsables.

 

Une bouteille de gin vide était couchée sur la table en question à côté de deux verres et d'une autre bouteille, de pastis cette fois, et la vision de celle-ci fut plus dangereuse que tout le reste. Lily se leva d'un bond avec un haut le cœur, et traversa maladroitement la pièce seulement guidée par son instinct jusqu'à arriver dans une vaste salle de bain aux murs noirs dans laquelle se trouvaient aussi, par miracle, des toilettes.

 

Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle avait bien pu manger la veille, mais elle fut positivement certaine que tout était en train de ressortir, et elle ne sursauta même pas quand elle sentit une main tenir ses cheveux au dessus d'elle. Son état général ne lui permettait pas d'être embarrassée par la présence de qui que ce soit à ce moment précis, ce ne fut que quand elle poussa un long soupir exténué, qu'elle se laissa glisser sur le carrelage sombre et que le saint sauveur de ses cheveux s'accroupit devant elle qu'elle se figea.

 

 

« James. »

 

 

Elle tenta de faire un rapide calcul dans sa tête, mais ce fut un échec. Elle se concentra de toutes ses forces et parvint à se rappeler qu'il lui avait confié revenir dimanche la dernière fois qu'ils s'étaient parlés, après l'un de leurs cours. Ce qui correspondait à un mois depuis le début de sa formation, mais elle était positivement certaine qu'ils étaient samedi, parce que quelque part dans les méandres de son esprit, elle entendait encore Sirius s'exclamer la veille quelque chose comme « On s'en fout, Evans, on est vendredi ! ».

 

 

« Tu as passé une bonne soirée ? l'interrogea t-il avec un sourire narquois.

- Ne parle pas si fort, grimaça t-elle en joignant un signe de main maladroit à sa requête.

- Peter vous a préparé chacun un set de remontants, je vais t'apporter ça. Tu n'as qu'à te faire couler un bain en attendant, à moins que tu ne veuilles que j'appelle Mary ou que je te raccompagne à côté, lui dit-il en l'aidant à se redresser, et elle eut un léger vertige quand ses doigts s'agrippèrent à son bras, sans toutefois savoir si c'était à cause de l'alcool qu'elle avait encore dans le sang ou de sa présence.

- Tu avais dit dimanche. Tu es là et tu avais dit dimanche, pointa t-elle en ignorant le reste de sa phrase, confuse.

- Je sais. Je voulais surprendre Sirius. Je pensais que je lui manquais trop, mais visiblement, tu as réussi. Après mes parents, mon lit, et Bernard, tu m'as aussi volé mon meilleur ami, plaisanta t-il.

- J'ai réussi ? demanda t-elle, et elle se trouva stupide dès qu'elle entendit le son suraigu de sa voix.

- Tu as réussi, confirma t-il en souriant. Est-ce que je peux te laisser deux secondes sans que tu ne te fêles le crâne sur le rebord d'un meuble ?

- Je vais très bien, répondit-elle comme si elle n'avait pas vomi ses tripes devant lui une minute plus tôt.

- Je vois ça, ricana t-il. Ne bouge surtout pas. »

 

 

Il s'éclipsa et elle avança timidement jusqu'à la baignoire. Elle se laissa tomber devant, ouvrit paresseusement le robinet et grimaça quand elle réalisa que l'acidité de son renvoi tapissait encore sa langue.

 

 

« Beurk, bougonna t-elle avant de reprendre la parole quand James réapparut avec un plateau sur lequel se trouvaient une tasse fumante, une banane, un grand verre d'eau, et du paracétamol. Est-ce que tu as une brosse à dents ? »

 

 

Il acquiesça, posa le plateau sur un meuble en bois contre le mur opposé et ouvrit le placard le plus haut au dessus du lavabo duquel il sortit un paquet d'une dizaine de brosses à dents.

 

 

« La rouge ! Je veux la rouge ! s'exclama t-elle comme une enfant, et le sourire de James l'étourdit un peu.

- Autre chose ? s'enquit-il après lui avoir tendu un tube de dentifrice. Est-ce que tu as besoin d'aide pour tes vêtements ? »

 

 

La question était sérieuse et sans aucune arrière pensée. Il l'avait posée comme s'il avait l'habitude de ce genre de situation, et Lily devina immédiatement que Sirius devait être coutumier des soirées arrosées. Elle ravala un gloussement en enfonçant la brosse à dents dans sa bouche, et lui fit signe d'attendre qu'elle ait terminé pour lui répondre.

 

 

« Pas pour mes vêtements, dit-elle avec une étincelle espiègle dans le regard, mais tu peux rester pour autre chose.

- Je ne crois pas, Lily, répliqua t-il avec toutefois le même sourire amusé qu'un peu plus tôt. »

 

 

Il s'assit sur le bord de la baignoire et passa sa main sous le robinet pour vérifier la température de l'eau alors qu'elle esquissait une moue triste.

 

 

« Est-ce que c'est parce que j'ai vomi devant toi ? demanda t-elle, penaude. »

 

 

Il laissa échapper un rire, puis secoua la tête et se redressa avant de marcher jusqu'à elle et de lui planter un baiser sur le front, ses mains encadrant son visage avec la même tendresse dont il avait fait preuve la dernière fois qu'ils s'étaient vus.

 

 

« Prends ton temps, et appelle moi si tu as besoin de quelque chose, dit-il en s'écartant légèrement. »

 

 

Elle le regarda refermer la porte de la salle de bain derrière lui, positivement certaine que tout Londres pouvait entendre les battements de son cœur contre sa poitrine, et resta figée pendant quelques secondes avant de reprendre ses esprits, de se déshabiller puis de se glisser dans l'eau délicieusement chaude.

 

Elle poussa un soupir de béatitude et s'empressa d'avaler le paracétamol avant de manger la banane et de siroter lentement la tisane au miel que Peter lui avait préparée. Elle se rendormit quelques secondes plus tard, et ne se réveilla que lorsque quelques coups furent frappés à la porte. L'eau était froide maintenant et elle s'empressa d'en sortir. Il lui sembla qu'elle avait presque retrouvé toute sa tête.

 

 

« Tout va bien là dedans ? »

 

 

Elle reconnut la voix de Rémus cette fois-ci, et elle lui répondit par l'affirmative avant de se saisir d'une grande serviette dans laquelle elle s'enroula en frissonnant. Elle enfila les vêtements qu'elle avait abandonnés plus tôt, et grimaça quand elle sentit l'odeur d'alcool et de cigarette qui persistait dessus. Elle se brossa une nouvelle fois les dents puis s'éclaboussa le visage, attacha ses cheveux en un chignon maladroitement exécuté, et émergea timidement de la salle de bain.

 

Rémus, Peter et James levèrent tous les trois les yeux vers elle dès qu'ils entendirent le parquet craquer sous ses pieds. Ils étaient autour du bar, chacun une tasse ou un verre à la main, et Peter était en train de leur montrer quelque chose sur son portable qu'il posa devant lui dès que la jeune femme leur adressa une grimace et un léger signe de main.

 

 

« Ca va mieux ? l'interrogea Peter. Tu es restée au moins deux heures là dedans.

- Je me suis endormie, dit-elle en se frottant les yeux. Merci pour...

- Pas de problème.

- C'est normal, ajouta Rémus.

- Ne t'inquiètes pas pour ça, surenchérit James. »

 

 

Les trois réponses arrivèrent en même temps et elle esquissa un sourire dans leur direction, ignorant autant qu'elle le put le regard de James. Elle avait oublié comment elle se sentait quand il était physiquement présent, à quelques mètres d'elle, et elle ne savait pas si c'était parce qu'elle pensait spécifiquement à la dernière fois qu'ils s'étaient trouvés ensemble, mais sa peau lui semblait en feu.

 

Est-ce que c'était vraiment comme ça qu'elle s'était toujours sentie devant lui ? Ou était-ce une nouvelle et terrible invention de son corps tout entier, comme un signal d'alarme pour lui indiquer qu'il y avait une alchimie là à côté de laquelle elle ne devait pas passer ? Troublée, elle pivota vers le salon avec l'objectif de retrouver son téléphone portable. C'était plus simple que d'avoir à soutenir son regard. 

 

Allongé de tout son long sur le canapé bleu nuit de l'appartement des garçons, rien ne semblait pouvoir troubler le sommeil de Sirius Black, pas même la cuillère qui tapa bruyamment, trop bruyamment sur une tasse quelque part derrière Lily. Visiblement, elle n'était pas totalement remise.

 

 

« Tu sais Lily, ça fait à peu près trois heures qu'on attend l'histoire, reprit Peter. »

 

 

Elle se retourna brièvement vers les trois garçons qui ne la quittaient pas des yeux, puis, sans leur répondre, elle contourna Sirius et évita le tas de papier toilette pour s'emparer du téléphone qui se trouvait sur la table basse et qu'elle ne se rappelait pas avoir abandonné là.

 

 

« Il était par terre dans ma chambre, lui dit James comme s'il avait lu dans son esprit. J'ai reçu quelques messages intéressants cette nuit sur le mien, termina t-il avec un sourire. »

 

 

Elle écarquilla les yeux, terrifiée, avant de vérifier leur conversation et de voir une incroyable série de photos de Sirius et elle pointant un couteau devant un chien en peluche noir, tenant le même chien en peluche noir au dessus du vide par la fenêtre de la cuisine, puis près d'un briquet dont la flamme lui frôlait dangereusement la queue, et enfin assis avec eux sur le canapé, un verre de pastis et un paquet de cigarettes devant lui. Il y avait une légende sous cette dernière « Au cas où le reste ne le tuerait pas. ».

 

 

« Qu'est-ce que...

- Oh il faut que tu remontes un peu la conversation si tu veux comprendre, la coupa t-il et il lui sembla qu'il se retenait de rire. »

 

 

Rémus et Peter, en revanche, furent incapable de ne pas laisser échapper un gloussement avant de se mettre à tousser bruyamment.

 

 

« Est-ce que je vous ai aussi envoyé quelque chose ? s'enquit-elle en faisant frénétiquement glisser son doigt sur son écran.

- Non, mais on a eu notre lot par Sirius, expliqua Peter. »

 

 

Ses yeux s'agrandirent un peu plus alors qu'elle ne cessait de se répéter que cela ne devait pas être si terrible, et puis elle tomba sur le premier message envoyé à James, la veille, à minuit vingt-deux.

 

 

Lily : Où est Patmol ?

James Littérature : Quoi ?

Lily : Où est Patmol ?

Lily : Sirius dit que c'est la seule chose que tu préfères à part lui, alors où est-il ?

James Littérature : Pourquoi est-ce que tu veux savoir ça ?

Lily : Parce que nous allons nous en débarrasser.

James Littérature : Nous ?

James Littérature : Ne touche à Patmol.

Lily : Sirius l'a trouvé sous ton lit.

James Littérature : Qu'est-ce que tu fais avec Sirius ?

Lily : Je tue Patmol.

James Littérature : Ne tue pas Patmol !

Lily : Dis-lui adieu.

Lily : Maintenant.

Lily : Ça ne sert à rien de nous appeler, personne ne va décrocher.

Lily : Dis-lui adieu.

James Littérature : Est-ce que vous avez bu ?

Lily : A peine.

James Littérature : Décroche, Lily.

Lily : Sinon quoi ?

 

 

La série de photos suivait, ainsi que plusieurs appels manqués de James, et au fur et à mesure qu'elle fixait les messages, l'intégralité de la soirée lui revenait en tête à l'exception d'un détail.

 

 

« Qu'est-ce qu'on a fait de Patmol ? les interrogea t-elle. »

 

 

Les trois garçons se jetèrent un coup d'oeil amusé en se contentant de dire qu'il était simplement posé sur le lit de James, mais à la façon qu'ils avaient de se regarder, elle sut qu'il y avait plus.

 

 

« Quoi ?

- Rien, répondit James en secouant la tête.

- Il y a quelque chose, affirma t-elle. Qu'est-ce que j'ai fait ?

- C'est rien, vraiment, juste...

- Sirius nous a envoyé une vidéo, compléta Rémus.

- Une vidéo ? répéta t-elle, perplexe.

- Tu ne veux pas voir ça, répondit James.

- Quelqu'un l'a définitivement regardée plus d'une fois ce matin, ajouta Peter avec un sourire en coin, s'attirant un coup de coude plus ou moins discret de son colocataire.

- Je veux la voir.

- Ce n'est pas...

- Peter. Donne-moi ton portable, lui ordonna t-elle en s'avançant vers lui alors que les deux autres s'étaient empressés de ranger leurs téléphones derrière eux. »

 

 

Elle dut avoir l'air particulièrement menaçante parce qu'il s'empressa de lâcher l'objet dans sa main comme s'il était en feu. Leur conversation de groupe était ouverte et ses yeux verts tombèrent immédiatement sur une vidéo envoyée par un certain « Dieu vivant », et elle devina que Sirius s'était renommé lui-même dans le répertoire de son meilleur ami.

 

Elle lança la vidéo, et resta pétrifiée en se voyant serrer Patmol dans ses bras, assise contre le lit de James, en train de menacer Sirius de ne pas toucher à la fameuse peluche qu'elle protégeait comme s'il s'agissait d'une pépite d'or.

 

 

« Lily, on doit le faire, lui martelait-il.

- Non. J'ai changé d'avis, on ne peut pas faire ça à James, gémissait-elle.

- Tu sais que Patmol est le seul rempart à votre amour, n'est-ce pas ?

- Notre amour ? répéta t-elle en laissant échapper un rire absurde. Tu dis n'importe quoi juste pour lui ôter la vie.

- Je vais le tuer, que tu le veuilles ou non.

- Tu devras me passer sur le corps.

- Lily...

- Si on le tue, James ne voudra plus me parler, et si James ne veut plus me parler, je ne veux plus vivre.

- Je viendrai poser des fleurs sur ta tombe, se moqua Sirius. »

 

 

La vidéo s'arrêtait là parce qu'elle semblait se ruer sur le jeune homme, et Lily rendit le portable à Peter, les joues écarlates. Elle n'osa croiser le regard d'aucun des garçons pendant un instant, et elle maudit intérieurement James lorsqu'il reprit la parole.

 

 

« C'était divertissant à regarder.

- Ce n'était pas... elle s'interrompit, déglutit, et reprit la parole malgré l'envie violente qu'elle avait de réveiller Sirius à coup de death metal. C'était évidemment l'alcool qui parlait.

- Évidemment.

- Comment est-ce que vous en êtes arrivés là ? l'interrogea Rémus.

- Lily, ajouta Peter en la regardant droit dans les yeux. Ça fait des heures qu'on espère avoir toute l'histoire.

- On peut attendre que Sirius se réveille, mais tu sais, il aura sa propre version... »

 

 

Elle resta silencieuse et baissa les yeux sur son téléphone pour répondre aux nombreux messages matinaux de Mary qui lui demandait si elle était restée dormir chez ses parents parce qu'elle ne l'avait pas vue rentrer à l'appartement, et quand elle releva la tête, ils la fixaient tous avec attention. Elle soupira.

 

 

« Bon. D'accord, mais je ne veux aucun commentaire. »

 

 

 

 

 

 

Lily pesta contre elle-même alors qu'elle traversait Londres à pied sous la pluie. Elle n'arrivait plus à se souvenir pourquoi il lui avait semblé être une bonne idée d'aller faire ses achats de Noël après une journée de cours particulièrement remplie, et le seul jour de la semaine où ils annonçaient un temps de chien sans interruption. Elle devait être maso. Définitivement

 

Elle s'abrita quelques secondes sous un abribus pour poser ses sacs et jeter un coup d'oeil à son portable qui avait longuement vibré dans sa poche arrière, et quand elle remarqua qu'elle avait plusieurs appels manqués de Pétunia, elle pesta et s'empressa de la rappeler. Sa sœur ne la contactait que rarement, et souvent, elle raccrochait après une sonnerie et disait à ses parents que Lily ne répondait jamais, ce qui l'avait rendue positivement furieuse pendant un moment, jusqu'à ce qu'elle ne réalise que c'était probablement ce que sa sœur cherchait.

 

 

« Ca fait une heure que je t'appelle ! aboya Pétunia à l'autre bout du fil.

- Bonjour à toi aussi, c'est un plaisir d'entendre ta douce voix, ironisa t-elle en calant son portable contre son épaule juste le temps de remonter la fermeture éclair de son manteau vert foncé.

- Oh c'est très bien que ça te fasse rire, mais il y a des gens qui essaient d'organiser leur mariage.

- Est-ce que c'est pour ça que tu m'appelles ?

- Ne t'emballe pas, ce n'est pas pour te proposer la place de témoin ou quoi que ce soit, répliqua automatiquement Pétunia alors que Lily haussait les sourcils, à mille lieus de s'être imaginée une seule seconde qu'elle lui accorderait cet horrible honneur.

- C'est seulement pour me hurler dessus, alors ? Aussi charmante soit l'intention, Pétu, je suis sous la pluie et...

- Oh tu pourrais bien être sous un torrent de lave que je t'interdirais tout autant de raccrocher ! la coupa sa sœur sur un ton autoritaire. Je voulais juste m'assurer que tu ne te rendras pas chez papa et maman le vingt-deux mai, parce que ce sera le jour du mariage et les cousines de Vernon laisseront leurs affaires à la maison pour y dormir. Si quelqu'un doit passer chercher des choses là bas, je n'ai aucune envie que l'on t'y croise, alors fais en sorte d'avoir tout ce qu'il te faut d'ici là.

- Décidément, cette conversation devient de plus en plus agréable, commenta Lily. Est-ce que tu me l'as annoncé si tôt pour que je le marque dans mon calendrier ?

- Je voulais aussi m'assurer que tu savais que tu n'étais pas réellement invitée. Papa et maman étaient dévastés, alors je t'ai envoyé le faire-part chez ta copine, mais tu peux le renvoyer avec une réponse négative et je leur dirai que je t'ai appelée, que j'ai eu beau insisté, mais que tu as refusé de venir.

- Vraiment ? Parce que de là où je me tiens, j'ai plutôt l'impression que tu m'as appelée pour m'obliger à ne pas me montrer. »

 

 

Il y eut un silence au bout du fil, puis Lily l'entendit soupirer d'agacement. Elle n'était pas en face d'elle, mais elle pouvait quand même la voir trépigner d'un pied sur l'autre, profondément irritée, et cette pensée la fit rire autant qu'elle l'attrista.

 

 

« Tu veux venir ? l'interrogea soudainement Pétunia sur un ton absolument méprisant.

- Si ta question est : veux-tu assister à mon mariage lors duquel je ne t'adresserai pas la parole et tout le monde te regardera de travers pendant que tu mangeras seule dans ton coin alors que je prétendrai aux malheureux qui oseront demander que tu n'es qu'une cousine éloignée que je connais à peine ? La réponse est non, Pétunia.

- Voilà. Donc je dirai à papa et maman que c'est toi qui ne veux pas.

- Ils le savent déjà, mais par pitié, ne leur fais pas croire que tu t'es mise à genoux devant moi et que j'ai dit non. Ça ne blessera personne d'autre qu'eux.

- Peu importe.

- Pétunia, ne... »

 

 

Lily s'arrêta net quand elle n'entendit plus rien à l'autre bout du fil. Elle baissa son portable à hauteur de ses yeux, et elle poussa un juron quand elle constata que sa sœur avait raccroché. La pluie tombait toujours à torrent devant elle, et il lui restait encore une vingtaine de minutes de marche avant d'arriver à l'appartement. Cette journée était un enfer.

 

 

End Notes:

Je saaaais j'avais dit qu'il y aurait du Sily, mais en fait j'avais oublié que j'avais coupé ce chapitre en 2 x_x Donc le Sily est surtout dans le prochain :)

A bientôt :)

Nobody to rock with but you by ECM

 

« Ta sœur est...

- Pire que les méchantes de tous les Disney réunis, compléta Peter avant de se reprendre rapidement quand il vit la mine défaite de Lily. Excuse-moi.

- Elle n'a pas toujours été comme ça, soupira Lily. Et vous ne connaissez pas l'entièreté de l'histoire. Si elle vous racontait sa version, peut-être que...

- Qu'elle nous paraîtrait toujours aussi abjecte, termina Rémus. Et la suite ? Est-ce que tu l'as rappelée ?

- Non. Il fallait que je rentre, dit-elle en poursuivant son récit. »

 

 

 

 

 

Elle venait de quitter l'abribus et les sacs de cadeaux commençaient à lui peser sur les bras. Elle s'arrêta à de nombreuses reprises, en profitant pour contempler le reflet des lumières de la ville dans les flaques. Elle adorait la façon dont les couleurs se diluaient dans l'eau, et elle savait que c'était absolument bizarre, mais elle aurait pu rester une heure entière à fixer une stupide flaque comme s'il s'agissait d'une célèbre œuvre d'art dont elle devait percer le secret.

 

Ce fut quand elle recommença à marcher dans une rue un peu plus étroite qu'elle remarqua qu'un groupe de garçons la suivaient. Ils étaient quelques mètres derrière elle depuis plusieurs minutes et ils ne prononçaient pas le moindre mot, ce qui était assez inhabituel quand une bande d'amis se promenait ensemble.

 

Elle accéléra légèrement le pas et songea qu'elle devait être paranoïaque quand elle eut la sensation qu'ils firent de même. Elle repensa un instant aux messages insultants et menaçants qu'elle avait reçus et qui s'étaient étrangement arrêtés depuis quelques temps, puis à Rémus qui lui avait dit qu'il ne parvenait pas à en identifier la source parce qu'ils étaient envoyés d'un téléphone prépayé.

 

Son cœur battait à tout rompre lorsqu'elle déboucha sur une rue plus passante qu'elle traversa en trottinant, et s'arrêta devant une vitrine avec l'idée précise de faire semblant de regarder à l'intérieur du magasin alors qu'elle observait son reflet. Quatre garçons se stoppèrent devant le passage piéton alors que le feu rouge était passé au vert et que le ballet de voitures ne s'arrêtait plus, et elle reconnut immédiatement deux d'entre eux. Malefoy et Avery.

 

Elle n'aurait pas pu manquer les longs cheveux blonds, presque blancs du premier. C'était le genre de coiffure qui ne passait pas inaperçue. Quant à l'autre, elle n'avait jamais oublié son visage après l'avoir entendu insulter Mary devant elle. Elle pouvait imaginer que Mulciber était avec eux, mais les deux autres étaient de profil derrière le poteau du feu tricolore et elle ne pouvait pas l'identifier avec certitude.

 

 

 

 

« Pourquoi est-ce que je ne suis au courant de rien ? l'interrompit James.

- Parce que ce n'est pas aussi grave que ça en a l'air, s'empressa t-elle de répondre.

- Tu reçois des messages avec des photos de toi, des menaces, et quatre types bizarres te suivent dans la rue, ça ne paraît pas anodin.

- Évidemment, si tu mets tout bout à bout ça paraît bizarre, mais ce n'est pas comme s'ils avaient vraiment fait quelque chose, peut-être qu'ils se promenaient simplement et que j'ai paniqué pour rien.

- Ils se promenaient derrière toi, sans discuter entre eux, et accéléraient quand tu accélérais, pointa Rémus qui ne cherchait même pas à cacher qu'il était entièrement d'accord avec James. C'est clairement un comportement d'hommes qui veulent faire peur à une fille.

- C'était juste une impression, mais elle est probablement fausse, il pleuvait et...

- Ils se sont arrêtés de marcher quand tu étais devant la vitrine, la coupa Peter.

- Parce que j'ai traversé juste avant que le feu ne passe au vert et ils n'allaient décemment pas se jeter devant les voitures, expliqua t-elle.

- Est-ce que tu es sérieuse ? l'interrogea James en haussant les sourcils.

- Je ne veux juste pas tirer de conclusions hâtives, répondit-elle en penchant légèrement la tête. Vous voulez savoir la suite, ou pas ? »

 

Ils hochèrent la tête d'un seul et même homme pendant que Sirius roupillait toujours dans le canapé bleu derrière eux.

 

 

 

Elle se hâta de rentrer à l'appartement, non sans jeter d’innombrables regards par dessus son épaule, mais elle les avait perdus. Les quatre garçons s'étaient laissés submerger par le flot de voitures et elle avait finalement atteint le bâtiment dans lequel elle habitait avec Mary sans faire de mauvaise rencontre.

 

 

« Retenez la porte s'il vous plaît ! s'écria t-elle quand elle entendit l'ascenseur se fermer. »

 

 

Elle vit juste une grosse Doc Martens noire se caler au milieu des portes et elle s'empressa de s'engouffrer dans l'ascenseur avant de constater avec ravissement que la boot en question appartenait à Sirius.

 

 

« Je n'en peux plus de ce temps ! pesta t-elle alors que son manteau était trempé.

- Ne dis pas ça devant Peter, il comprendrait que tu n'es pas la vraie Petite Sirène et ça lui briserait le cœur, répondit-il avec un sourire malin en appuyant sur le bouton du troisième étage.

- Ça reste entre nous, lui assura t-elle en lui rendant son sourire. Est-ce que ce sont tes œuvres ? »

 

 

Elle fit un signe de tête vers le grand carton à dessin qu'il tenait d'une main, et il acquiesça.

 

 

« Mes œuvres, et le courrier que je viens de récupérer et qui contient deux lettres olé olé pour James.

- Sérieusement ? comment tu peux savoir ça ? pouffa t-elle.

- J'ai pu lire quelques mots en transparence sur l'une des deux, et pour l'autre, il y a clairement un soutien-gorge dedans. Tu veux tâter ?

- Non merci, répondit-elle immédiatement alors qu'il commençait à se pencher sur ses affaires.

- Je suspecte une voisine du premier, et l'écriture de l'autre n'est pas la même, donc nous avons deux admiratrices, mais je n'ai toujours aucune idée de qui peut bien venir celle-ci, dit-il en ouvrant sa pochette juste pour lui montrer une enveloppe en kraft dont le relief indiquait clairement qu'elle contenait la pièce à conviction. Ce n'est pas toi, n'est-ce pas ?

- Ferme là, Sirius, répondit-elle en levant les yeux au ciel. Elles viennent peut-être simplement de quelqu'un de sa famille.

- Est-ce que c'est une coutume, chez les Evans, de s'envoyer ses sous-vêtements ? Si oui, est-ce que tes parents seraient d'accord pour que je fasse partie de la fam...

- Oh c'est bon, tu n'as pas besoin de terminer ta phrase, j'ai compris l'essentiel, le coupa t-elle en esquissant une grimace de dégoût.

- De toutes façons, il ne connaît pas ses oncles et tantes, ils habitent à l'autre bout du pays et ne s'entendent pas très bien avec ses parents.

- Qui pourrait ne pas s'entendre avec eux ? l'interrogea Lily, réellement perplexe.

- Les Potter ne sont pas tous des merveilles de la nature, c'est une histoire pour un autre jour, répondit Sirius avant de reprendre sur un ton léger. Je pense que je vais les ouvrir.

- Tu ne peux pas faire ça, protesta t-elle immédiatement.

- Théoriquement, je peux.

- Légalement, non, insista t-elle.

- Ne fais pas comme si tu ne voulais pas savoir. »

 

 

Elle sentit son visage s'empourprer, mais elle secoua la tête de droite à gauche. Bien sûr qu'elle mourrait d'envie de savoir d'où venait la concurrence, et le simple fait qu'elle se l'avoue de cette manière précise la dérangea profondément. L'ascenseur s'arrêta au troisième étage et elle manœuvra difficilement avec ses sacs pour en sortir sans en mettre un coup à Sirius.

 

 

« Est-ce que je peux au moins t'inviter à boire un verre ? Tu as l'air d'en avoir besoin, lui proposa t-il lorsqu'ils tournèrent chacun leur clé dans leur serrure.

- Je pose mes sacs et j'arrive ?

- La porte sera ouverte, répondit-il en souriant. »

 

 

Et la porte était littéralement ouverte cinq minutes plus tard quand Lily pénétra à l'intérieur de l'appartement des garçons. Sirius était assis sur le canapé, son carton à dessins était calé contre la table basse sur laquelle il avait déposé les deux enveloppes. Elle abandonna son manteau sur une chaise, et s'assit à côté de lui.

 

 

« Ne me dis pas que tu penses encore à les ouvrir.

- James ne les lira même pas. A chaque fois qu'il en reçoit, il les met à la poubelle dès qu'il voit le nom du destinataire en bas du papier, ce n'est pas comme si elles allaient lui manquer.

- Pourquoi est-ce que tu ne lui demandes pas de qui elles viennent ?

- Parce qu'il ne veut pas me le dire exprès parce qu'il voit que ça m'énerve de ne pas savoir. Je ne peux même pas fouiller dans la poubelle, il faut voir comment il les déchiquette.

- Jaloux ? le taquina t-elle.

- Si je devais être jaloux de quelqu'un sur cette terre, ce serait de Patmol.

- Est-ce que tu insinues que Patmol existe toujours ?

- Tu connais Patmol ?

- Longue histoire.

- Oh nous avons toute la soirée, Evans, lui dit-il en lui servant un verre de gin. »

 

 

Elle devait bien lui reconnaître cela, il avait bon goût. Ils passèrent les deux heures qui suivirent à discuter de la façon dont Lily avait appris l'existence du chien en peluche, puis la conversation bifurqua sur Euphemia et Fleamont.

 

 

« Les deux meilleures personnes que je connaisse, affirma Sirius après son troisième verre. Je vis chez eux depuis mes seize ans, et je n'avais pas compris avant ce que c'était que d'avoir des parents. Ma famille est... Noblement exécrable.

- Noblement exécrable ? répéta t-elle, perplexe.

- C'est dommage. Ils avaient l'argent et le succès dans leur travail, une sacrée réputation, mais ils se sont retrouvés avec un fils qui papillonne à droite, à gauche, aussi bien avec des garçons qu'avec des filles, et je sais ce que tu penses. Il n'y a aucun problème avec ça. Dans ton monde, dans le mien ,dans celui de James, Peter, Rémus, Mary, ou Marlène, mais dans le leur... Oh dans le leur, je vais brûler en enfer, lui apprit-il avec un sourire en coin. »

 

 

Elle le suspecta de ne lui confier cette information que parce qu'ils avaient atteint ce point où, après quelques verres, l'on pouvait se raconter absolument tout sans se soucier de quoi que ce soit, et elle se sentit profondément honorée de se voir révéler cette partie de lui qu'il avait gardé privée jusque là.

 

 

« Hé bien, je... Je savais que tu aimais bien Mary au début, mais pour ce qui est du reste, je n'en avais aucune idée... bredouilla t-elle.

- Mary est canon, s'exclama t-il, mais le serveur du restaurant italien du dessous n'est pas mal non plus, termina t-il avec un sourire en coin.

- Entièrement d'accord, approuva t-elle en lui rendant son sourire avant de revenir sur le point essentiel de la conversation. J'imagine que si tu me dis ça, c'est parce que tes parents n'ont pas bien pris la nouvelle.

- Ils m'ont surpris en train d'embrasser un garçon quand j'avais quatorze ans, reprit-il, et ils ont décidé de m'envoyer à chaque vacances dans des camps supposés me « remettre dans le droit chemin ».

- Merde, Sirius, c'est horrible, souffla t-elle en posant instinctivement sa main sur son épaule.

- C'était surtout particulièrement stupide. J'ai voué toutes ces vacances à me trouver un petit-ami dans chacun des camps dans lesquels ils m'envoyaient, ajouta t-il avec un large sourire. Ils croyaient vraiment qu'ils allaient me façonner comme ils le voulaient en m'envoyant dans un endroit rempli de garçons qui étaient là bas pour la même raison que moi ? J'ai adoré me faire renvoyer de ces endroits pour des raisons révoltantes que je n'oserais pas verbaliser en présence de tes chastes oreilles, termina t-il d'un air fier. »

 

 

Le rire de Lily se mêla au sien, et ils trinquèrent ironiquement à la santé de ses horribles parents alors que le gin commençait à lui brouiller légèrement les neurones.

 

 

« Alors tu es parti ?

- Je me suis enfui quand j'avais seize ans parce que la maison n'était plus un endroit sûr pour moi, et que je savais que les Potter m'accueilleraient à bras ouverts. James était déjà mon meilleur ami depuis plusieurs années à cette époque là, et il ne m'a pas posé une seule question quand il m'a vu arriver avec ma valise. Il m'a serré dans ses bras et m'a aidé à m'installer. »

 

 

Il y avait une émotion non feinte dans sa voix, et son regard gris se perdit dans le liquide qu'il fit danser dans son verre pendant quelques secondes avant de l'avaler d'une traite. Lily ressentit une profonde empathie pour lui à ce moment là, et en même temps, son cœur se serra dans sa poitrine. Elle essayait de ne pas tomber amoureuse de James. Elle essayait vraiment. Et ce que Sirius lui confiait ne l'aidait pas.

 

 

« Quand j'étais au collège, j'ai lancé des boulettes de papier toilette sur la maison de l'ex petit-ami de Marlène.

- Où est-ce que tu veux en venir, Evans ? la questionna Sirius qui, si elle devait en juger par l'étincelle espiègle qu'elle lisait dans son regard, connaissait déjà très bien la réponse à cette question.

- Je n'en sais rien, répondit-elle. Je dis juste que sur le coup, ça nous a fait du bien.

- Et après ?

- Oh après aussi, confirma t-elle avec un large sourire.

- … Rémus a été faire les courses hier. »

 

 

Il y eut un long silence, puis un regard entendu, et ils bondirent tous les deux du canapé. Sirius disparut dans le couloir, et Lily enfila de nouveau le manteau trempé qu'elle avait abandonné sur une chaise.

 

 

« Est-ce qu'ils habitent loin ?

- On devrait y arriver en un quart d'heure si on trouve rapidement un taxi, s'écria t-il de l'autre bout de l'appartement.

- Un taxi ?

- Si quelqu'un voit ma voiture ou celle de James, nous sommes morts, expliqua t-il rapidement.

- Je m'en occupe, répondit-elle en sortant son téléphone. »

 

 

Quelques minutes plus tard, ils se trouvaient tous les deux assis sur la banquette arrière d'une voiture noire, chacun un rouleau de papier toilette sur les genoux, alors que le conducteur leur jetait des regards curieux.

 

 

« J'ai souvent des envies pressantes quand je me trouve dans des endroits inappropriés, croyez-moi, c'est mieux pour votre banquette, lui expliqua Sirius alors que Lily gloussait à côté de lui. mieux vaut prévenir que guérir.

- Est-ce que vous pouvez nous déposer à l'angle de la rue, et nous attendre ? s'enquit-elle.

- Si vous voulez, mais le compteur tourne toujours, lui répondit le vieil homme. »

 

 

Sirius fouilla dans sa poche et balança une petite liasse de billets sur le siège passager devant l'air ahuri de Lily.

 

 

« Un héritage de mon vieil oncle Alphard, il aurait adoré qu'une partie serve à cette cause, dit-il en brandissant son rouleau de papier toilette.

 

 

Quand le taxi se gara dans une charmante rue le long de laquelle des cerisiers avaient perdu toutes leurs feuilles, ils ouvrirent chacun leur portière avant de se mettre à courir sous la pluie jusqu'à une immense et sombre maison que Sirius lui désigna du doigt.

 

 

« Ca fait des années qu'ils demandent à la mairie de reboucher ce trou, déclara Sirius en s'accroupissant pour tremper une à une des boulettes de papier toilette chiffonnées dans une grosse flaque d'eau.

- Dépêchons nous avant que quelqu'un ne nous voit, le pressa Lily en l'imitant. »

 

 

Ils portaient chacun leur capuche, et il y avait peu de chance pour que qui que ce soit ne passe dans le quartier tranquille à cette heure là, et sous cette pluie battante, mais quelques lumières persistaient à travers certaines fenêtres et l'excitation qu'elle avait ressentie un peu plus tôt avait laissé place à une tension un peu grisante.

 

Elle avait du mal à s'arrêter de glousser. Sirius aussi. Elle mettait cela sur le dos de la bouteille de gin qu'ils avaient terminée dans le taxi. Elle n'avait pas ressenti cet élan de hardiesse depuis trop longtemps, c'était comme un boost d'adrénaline, et elle savait que Sirius ressentait la même chose parce qu'elle n'avait qu'à le regarder pour le voir dans ses yeux.

 

Pour quiconque les verrait à cet instant précis, accroupis en train de rouler du papier toilette dans une flaque d'eau sur le trottoir, ils auraient l'air de deux fous à lier, et cette pensée la fit rire encore plus. Tant qu'elle tomba sur les fesses et que Sirius eut du mal à contenir son hilarité à un niveau sonore raisonnable, et ils décidèrent qu'il était temps de passer à l'action.

 

Les projectiles fusèrent pendant pas plus de quelques secondes, mais les années de basket de Lily lui permirent de toucher avec une précision redoutable les fenêtres les plus hautes malgré la quantité d'alcool qu'elle avait ingurgité avant de partir. Quand Sirius envoya une boulette particulièrement grosse qui s'écrasa contre la porte en un affreux « splash » sonore, et que la lumière du porche s'alluma, ils prirent leurs jambes à leur cou et se jetèrent sur la banquette du taxi en lui hurlant de démarrer, le reste de leurs rouleaux à la main.

 

Ils passèrent toute la durée du trajet à rire comme deux idiots, au point d'en être totalement essoufflés lorsqu'ils arrivèrent devant l'appartement. Il était près de minuit, et même si Lily aurait clairement dû rentrer se coucher, elle suivit naturellement Sirius et s'échoua sur le canapé bleu du salon.

 

 

« Qu'est-ce tu bois, maintenant ?

- Surprends moi, lui répondit Lily, épuisée et vidée. »

 

 

Elle ferma les yeux un instant, et ne les rouvrit que lorsqu'elle l'entendit remplir les deux verres. Elle grimaça en voyant la bouteille de pastis qu'il tenait dans la main et le sourire machiavélique figé sur son visage.

 

 

« Tu m'as demandé de te surprendre, lui rappela t-il.

- Est-ce que tu aimes vraiment ça ? l'interrogea t-elle en le regardant descendre son verre sans voir ne serait-ce qu'une once d'aversion sur son visage.

- Pas avant d'avoir déjà une certaine dose d'alcool dans le sang, lui répondit-il, la faisant pouffer. Tu peux faire cette tête, mais après ce soir, tu me remercieras de ne plus avoir en tête l'image d'un groupe de sexagénaires en train de jouer à la pétanque dès que tu verras l'une de ces bouteilles.

- Clairement, je te verrai toi, en train d'essayer de me convaincre à l'aide d'arguments bancals que ce n'est pas la pire boisson du monde, répliqua t-elle moqueusement.

- Hé, si tu veux continuer à penser à des vieux en marcel, je n'ai aucun problème avec ça, Evans. »

 

 

Elle secoua la tête, pouffa, et enfila son verre de pastis cul sec. Ce fut certainement l'une des pires erreurs de jugement de sa vie, elle n'avait pas peur de l'affirmer maintenant. C'était abject, peu importe à quel point Sirius pouvait essayer de lui faire croire que ce n'était pas si terrible, c'était si terrible, et sa tête tournait, et c'était définitivement le dernier verre qu'elle prenait ce soir là.

 

 

« Maintenant, je vais ouvrir ces lettres ! clama t-il d'une voix étonnement forte.

- Attends, attends ! l'arrêta Lily en tirant sur son sweat, le faisant tomber en arrière à côté d'elle sur le canapé.

- Evans, tu as eu une idée brillante tout à l'heure avec le papier toilette, mais maintenant, je...

- Tu as dit toi même que la menace venait d'avantage de Patmol que de ces filles.

- Qu'est-ce que tu as en tête ?

- Peut-être qu'on devrait supprimer Patmol.

- Est-ce que tu es en train d'admettre que tu es jalouse de Patmol ? s'enquit-il avec un sourire narquois. Je veux dire, tu aurais toutes les raisons de l'être, c'est probablement la seule chose qu'il préfère à moi.

- Patmol est mignon et James a dormi avec lui pendant des années d'après ce que je sais de ses parents. Bien sûr que je suis jalouse ! répondit-elle avec véhémence et sans le moindre filtre, comme à chaque fois qu'elle avait un coup dans le nez. Est-ce que tu as une idée d'où il le cache ? Je veux exterminer ce petit fumier.

- Je vais le trouver et après ça, on lui fera subir tout ce qu'il mérite, affirma le jeune homme avant de disparaître dans le couloir. »

 

 

Lily bascula sur le canapé, allongée sur le dos, et se saisit de son téléphone. Elle envoya un message à James pour savoir où il cachait Patmol, espérant grandement qu'il lui répondrait pour que Sirius et elle puissent mettre leur plan à exécution.

 

 

 

 

 

 

« Donc c'est à ce moment là que tu as commencé à m'écrire, reprit James, accoudé sur le bar.

- Oui, et Sirius a trouvé Patmol juste après. Puis, il y a eu les photos. Et quelques verres de pastis entre temps.

- Je croyais que tu t'étais jurée que tu n'en boirais plus ? Pointa Peter.

- Moi aussi, répondit Lily en grimaçant.

- Donc ensuite, il y a eu la vidéo, déclara Rémus.

- Et j'ai dû laisser Patmol dans la chambre, et après... »

 

 

Elle s'interrompit parce qu'un bruit sourd les fit tous se retourner vers le canapé duquel Sirius venait de rouler, s'effondrant sur le parquet et poussant un grognement sonore. Ils gardèrent les yeux rivés sur le dossier du sofa jusqu'à ce que le visage ensommeillé de leur ami n'apparaisse, suivit de tout son corps, puis qu'il se dirige vers eux en traînant les pieds. Lily retint un sursaut lorsqu'il referma ses bras autour d'elle et la serra fort avant de la soulever juste assez pour que ses pieds décollent du sol.

 

 

« Meilleure soirée depuis longtemps, Evans. Merci, marmonna t-il.

- Oh. Merci à toi, répondit-elle en lui tapotant le dos. »

 

 

Il ne le la lâcha que quand Peter lui pressa l'épaule et le mena jusqu'à la grande table où il lui servit le même remède qu'à Lily quelques heures plus tôt. Elle sourit en le regardant s'y asseoir, se rappelant comment ils avaient fini par s'échouer en tailleur sur le parquet devant la table basse, se posant des questions de plus en plus personnelles tout en sifflant la bouteille de pastis. Elle se souvenait vaguement d'une bataille de papier toilette qui avait suivie, et puis elle avait dû tomber d'épuisement à un moment, et Sirius en avait profité pour la momifier.

 

Ils n'avaient même pas lu les lettres, et elles n'étaient d'ailleurs plus du tout sur la table basse. Elle les chercha un instant des yeux et les trouva sur le bar, à côté du bras de James, qui sirotait son verre de jus de fruit. Dès qu'il la vit jeter un coup d'oeil dans cette direction, il se saisit des enveloppes, contourna le bar et en déchira une rapidement au dessus la poubelle. Il jeta simplement l'autre pour une raison évidente, mais elle le vit prendre soin de l'enfouir considérablement avant d'aller se laver les mains.

 

 

« Je devrais rentrer, je dois travailler mes cours et... Tes cours, dit-elle à James avant de récupérer son manteau posé sur une chaise.

- On reprend normalement lundi ? lui demanda t-il en la guidant vers la porte. »

 

 

L'atmosphère était soudainement bizarre, un peu tendue, ils étaient trop polis, et Lily ne répondit que par un hochement de tête et un sourire avant qu'il n'ouvre la porte devant elle et qu'elle n'adresse un signe de main aux trois garçons.

 

 

« Merci encore pour le paracétamol et tout le reste !

- Il nous en reste, si tu veux revenir un autre soir, lui répondit Peter de l'autre bout de pièce, et elle entendit son sourire du couloir.

- On va attendre un peu pour ça, souffla t-elle avant de reporter son regard sur James. »

 

 

Elle avait du mal à croire qu'il était de nouveau là, vraiment là, et qu'il ne partirait plus. Elle avait envie de fondre dans ses bras, mais en même temps, tout avait été si clair entre eux cet autre soir qu'elle savait que ce n'était pas sa place. Sans compter que maintenant, il était son coach, et elle ne pouvait qu'imaginer le remue ménage dans l'équipe si les filles savaient ce qu'il s'était déjà passé entre eux.

 

Emmeline avait déjà de forts soupçons que Lily n'avait pas cherché à démentir simplement parce qu'elle était amie avec les garçons et que ce simple fait lui avait donné envie de lui faire confiance. Elle était capitaine, elle n'irait rien répéter à qui que ce soit parce qu'elle tenait au bon fonctionnement de son équipe, et Lily espérait qu'ils auraient assez d'autorité sur eux-même par la suite pour ne plus rien laisser paraître devant les autres.

 

Elle connaissait les drames internes aux équipes de basket pour en avoir été témoin lorsqu'elle était plus jeune. Le temps de jeu était l'un des motifs de dispute le plus fréquent. Les absences répétées aux entraînements en était une autre. Toutefois, il n'y avait rien de plus sale et sanglant qu'une équipe qui se déchirait à cause d'une histoire d'amour... Ou de sexe.

 

 

« Avant de partir... Je dois demander, reprit-elle sur un ton sérieux. Est-ce que j'ai vraiment réussi à te voler Sirius ? »

 

 

James laissa échapper un bref rire, et, sans répondre immédiatement, tira son portable de sa poche, sembla chercher quelque chose pendant une petite minute, et puis il tendit l'écran devant ses yeux.

 

 

« Juste... Ignore son nom... Il modifie mon répertoire à chaque fois qu'il en a l'occasion, la prévint-il en l'encourageant à jeter un coup d'oeil aux messages envoyés la nuit dernière. »

 

 

Mon pain d'épice : J'aime Lily.

Mon pain d'épice : JE L'AIME TROP

Mon pain d'épice : JE LA VEUX DANS NOTRE EQUIPE #THEVOICE

Mon pain d'épice : JE L'AIME

Mon pain d'épice : Platoniquement, bien sûr.

Mon pain d'épice : Tu dors ?

Mon pain d'épice : JAMES

Mon pain d'épice : LILY EST TROP BIEN POUR NOUS.

Mon pain d'épice : JAMES

Mon pain d'épice : TU DOIS L'EPOUSER

Mon pain d'épice : STP

Mon pain d'épice : STP

Mon pain d'épice : STP

 

 

Et James fit défiler une cinquantaine de messages contenant les mêmes trois lettres, faisant pouffer Lily, jusqu'à ce que sa première réponse ne s'affiche. Il s'aperçut immédiatement qu'il était trop descendu et il s'empressa de retourner son téléphone. Elle vit sur son visage qu'il espérait clairement qu'elle n'avait rien vu, et elle préféra garder la face.

 

 

« Je t'ai définitivement volé ton meilleur ami. C'est ce qu'on appelle un braquage, lui dit-elle en souriant avant de reculer vers sa porte, et de refermer sa main sur la poignée dans son dos. Encore merci pour tout à l'heure. On se voit lundi ? »

 

 

Il n'eut même pas le temps de répondre qu'elle s'était déjà engouffrée dans l'appartement de Mary avec l'affreuse impression que sa tête allait éclater. Elle ne repensait qu'à ce minuscule message de James à Sirius qu'elle n'aurait pas dû lire.

 

 

James : Ce n'était qu'un coup d'un soir, vieux.

 

 

Et maintenant, elle se demandait s'il n'avait pas fait exprès de le lui montrer. Est-ce qu'il voulait lui envoyer un message clair ? Lui rappeler qu'ils ne s'étaient rien promis ? Qu'ils avaient tous les deux statué avant qu'ils étaient inaptes à partager quoi que ce soit de sérieux ? Est-ce qu'il avait senti qu'elle faiblissait ?

 

Peu importe, pensa t-elle. Son message lui donnait la nausée. Elle savait que c'était profondément hypocrite de sa part quand elle s'était délibérément servie de lui tout en espérant s'en débarrasser après et ne plus avoir aucun désir, mais le fait était là. Elle en avait encore. Elle pensait que lui aussi. Du moins elle l'avait pensé.

 

Peut-être qu'elle se trompait. Peut-être qu'il était juste le genre de garçons qu'elle fuyait, de ceux qui jouent un peu trop et qui mentent pour avoir ce qu'ils veulent. Peut-être qu'elle s'était laissé allée à s'imaginer des choses qui n'avaient pas lieu d'être. Elle préférait s'en apercevoir maintenant que plus tard, quand elle serait trop attachée. Elle se sentait déjà trop attachée, mais rien n'était encore irrémédiable. Elle était convaincue qu'elle pourrait encore l'oublier s'il le fallait et si elle n'était vraiment rien d'autre pour lui que ce qu'il avait décrit à Sirius. Elle ne l'espérait pas, clairement, mais elle était obligée d'y penser.

 

End Notes:

Et voilàààà ! Je vous avais dit qu'il y aurait du Sily :)

A bientôt pour la suite :)

Cover your eyes by ECM

« Irving est l'inventeur d'un nouveau genre de littérature, dicta Lily à James alors qu'ils étaient assis à la table de l'appartement de Mary en train de travailler. Il est le pont entre le dix-huitième et le dix-neuvième siècle et ses écrits sont hybrides. Ils passent du réalisme au romantisme.

- Il y a un film, non ? Sleepy Hollow ? l'interrompit James.

- Oui. Le cavalier sans tête, précisa Lily. Irving avait un gros problème avec la décapitation en général.

- Obsédé par la révolution française ?

- C'est ce que l'on peut penser, affirma t-elle avec un faible sourire avant de reprendre. Justement, dans Aventure d'un étudiant allemand, les deux personnages principaux sont mentalement instables, et la femme est une allégorie de la révolution française. Elle a perdu la tête à cause de l'amour. Littéralement.

- Je n'avais pas vu ça comme ça.

- C'est pourtant ce qu'il se passe. Ils couchent ensemble, il se réveille, elle est morte. Sauf qu'elle était déjà morte avant, guillotinée, mais elle portait le collier et si Wolfgang l'avait défait, il s'en serait aperçu.

- On parle de nécrophilie, alors ? s'enquit-il en arquant un sourcil. Qu'est-ce qui a conduit ce pauvre Washington a écrire ce genre de trucs ? »

 

 

Lily esquissa une grimace, puis laissa échapper un bref rire et resserra ses doigts sur son stylo. Elle s'efforçait de garder une distance raisonnable entre eux depuis qu'il était arrivé, une heure plus tôt, mais au fur et à mesure qu'ils travaillaient, ils se rapprochaient physiquement, si bien que leurs épaules se touchaient maintenant, et elle ne savait pas qui d'elle ou de lui en était responsable.

 

 

« Je ne suis pas certaine que ce soit littéralement de la nécrophilie, c'est plus... Du sexe avec un mort-vivant.

- De la mi-nécrophilie ?

- Si tu veux, pouffa t-elle.

- Ce n'était pas une proposition, plaisanta t-il et elle lui jeta un regard scandalisé.

- C'est la pire blague que tu aies jamais faite, lui reprocha t-elle.

- Ne t'avance pas trop là dessus, on ne se connaît pas depuis si longtemps, pointa t-il avec un sourire en coin, mais pour ma défense, c'est de la faute d'Irving.

- Tu sais quoi ? Je crois qu'on devrait arrêter là pour aujourd'hui. Si on en est venu à rire sur un type qui s'envoie une fille sans tête, c'est qu'il est temps de ranger les cours.

- Bonne initiative. En tout cas, la littérature américaine me plaît plus que l'histoire.

- Je crois que je suis un peu inquiète que tu prennes ton pied là dessus, plaisanta t-elle en fermant son cahier alors qu'il fourrait son ordinateur dans sa pochette.

- Clairement, la tutrice me passionne plus que le cours. 

 

 

Elle leva ses yeux verts sur lui, penché sur sa pochette d'ordinateur dont il faisait glisser la fermeture, et elle était positivement certaine que s'il n'y avait pas eu ce stupide message dans sa conversation avec Sirius, elle lui aurait littéralement sauté dessus pour avoir osé lui dire une chose pareille. Pourquoi fallait-il qu'il demeure aussi flegmatique que s'il lui avait simplement demandé l'heure ?

 

Elle hésita à lui offrir à boire, mais elle ne se sentait pas très bien. Est-ce qu'il se fichait d'elle ? Elle avait réfléchi au message toute la semaine sans jamais aborder le sujet quand ils s'étaient vus pour travailler, qu'ils s'étaient croisés aux entraînements, ou qu'ils étaient rentrés ensemble parce qu'elle n'avait toujours pas de voiture.

 

Elle s'était contentée d'être amicale. Du moins autant qu'elle le pouvait. Ils se retrouvaient à flirter parfois sans qu'elle ne sache comment ils en étaient arrivés là. Elle ne le faisait pas exprès. Il commençait, et elle ne pouvait simplement pas arrêter. Il était dangereux, et il ne savait même pas à quel point.

 

Elle le voyait de plus en plus. C'était dans ses regards, dans ses sourires, dans ses gestes, dans sa façon d'être, dans son corps, simplement, comme si tout en lui était fait pour l'attirer et la rendre trop téméraire pour son bien. Elle pensait à des choses auxquelles elle n'avait jamais pensé avant.

 

A cet instant précis, elle pensait à ces choses là. Elle voulait le pousser sur la table et grimper sur lui, elle voulait glisser sa main dans son pantalon et lui montrer à quel point il lui avait manqué, à quel point il lui manquait toujours. Elle voulait l'embrasser. Elle se rappelait à peine de la sensation de sa bouche sur la sienne, elle savait juste qu'il était en haut de la liste de ses meilleurs baisers, et elle...

 

 

« On devrait le regarder ensemble un jour, dit-il alors qu'il se dirigeait vers la porte.

- Hmmm ? bredouilla t-elle en rougissant violemment parce qu'elle savait, elle savait qu'elle l'avait fixé de la manière la plus sale possible rien qu'à la façon dont ses yeux bruns défiaient les siens.

- Sleepy Hollow, répondit-il avec une décontraction qu'elle aurait aimé pouvoir imiter. On pourrait le regarder un soir si tu veux.

- Un jour. Un après-midi, ou un matin, corrigea t-elle parce qu'elle ne se faisait pas confiance pour passer une soirée avec lui sur un canapé devant un film. »

 

 

Il hocha la tête d'un air entendu, et elle remarqua qu'il essayait autant qu'elle d'éviter de la regarder. Ils ne traînaient plus après leurs cours, simplement parce que c'était dans ces moments où il n'y avait plus de cahier et plus de femmes décapitées entre eux que les limites devenaient floues.

 

Comme un accord silencieux, ils s'en tenaient à une relation aussi professionnelle que possible entre deux personnes inexorablement attirées l'une par l'autre. Les quelques moments de flirt n'étaient que des dérapages incontrôlés, et regarder Sleepy Hollow ne serait qu'une activité professionnelle comme une autre, et n’inclurait vraisemblablement aucun regard ou geste déplacé. Elle tenta de s'en convaincre alors qu'il posait sa main sur la poignée de la porte et qu'elle aurait aimé la sentir n'importe où sur elle.

 

 

« Tu as pensé à ce que tu allais faire pour le match, demain ? lui demanda t-elle soudainement. »

 

 

Leurs deux équipes jouaient l'une après l'autre. Les filles d'abord, et les garçons ensuite, et Lily était autant impatiente que nerveuse. Malgré le manque évident de James, elle avait aimé les semaines d'entraînements où elle n'avait pas eu à subir la pression d'un match à venir. Elle retint un soupir de soulagement bien malgré elle lorsqu'il lâcha la poignée de la porte et qu'il lui fit face, l'air sérieux.

 

 

« Emmeline, Agatha, Daisy, Gladys et Alice seront dans le cinq majeur, sauf si tu changes d'avis.

- Ça n'arrivera pas, lui affirma t-elle. »

 

 

Encore une fois, il posa sa main sur la poignée de la porte. Et encore une fois, il la lâcha. Il laissa échapper un court soupir, et ses yeux bruns épinglèrent les siens si bien qu'elle eut l'impression de plonger à l'intérieur à pieds joints. Elle adorait ses yeux. Elle ne savait pas dire pourquoi exactement, il y avait juste quelque chose d'intelligent, de malicieux, et de bienveillant dans son regard qui atteignait une partie d'elle qu'elle ne connaissait pas bien et qu'elle voulait découvrir avec lui. Uniquement avec lui. Elle aurait probablement pu passer l'heure entière à le laisser la dépouiller de secrets qu'elle ne s'était elle-même jamais racontés.

 

 

« C'est quoi, le blocage ? demanda t-il. Est-ce que c'est moi, ou...

- Non, s'empressa t-elle de lui répondre en secouant la tête. Ça n'a aucun rapport avec toi, c'est juste que tu sais, il y a la bonne pression, et la mauvaise pression, et je n'ai jamais vraiment su gérer la deuxième.

- Dis-toi que personne ne fait un match parfait. Il y aura des erreurs, l'important c'est simplement que nous restions assez soudés pour les gérer ensemble.

- Ça a l'air simple quand tu le dis.

- Parce que ça l'est.

- Je ne suis pas comme toi, souffla t-elle.

- Je sais, lui confia t-il. Je sais que tu es introvertie, anxieuse, perfectionniste au point que l'idée même de faire un pas de travers te terrifie, et je sais aussi que tu as peur de me faire confiance hors du terrain, autant que tu as peur que je te fasse trop confiance sur le terrain. »

 

 

Il s'interrompit et elle déglutit. Cette ultime phrase résumait parfaitement ce qu'elle avait ressenti cette dernière semaine. C'était fou, à quel point elle n'avait plus aucun doute quand elle parlait avec lui, et à quel point ils revenaient à toute vitesse quand il n'était plus là et qu'elle repensait à ce fameux message.

 

Puis il y avait ces moments où elle réfléchissait aux futurs matchs qu'elle aurait à jouer et qu'il aurait à coacher. Il avait assisté aux entraînements, il savait de quoi elle était capable, et il serait inexorablement déçu en la voyant jouer sous la pression. La compétition était difficile psychologiquement pour elle, et elle avait peur qu'il ne comprenne pas à quel point il avait devant lui deux joueuses différentes. La Lily des entraînements, et la Lily des matchs.

 

 

« Le premier problème pourra certainement être réglé plus tard, reprit-il, mais pour le deuxième... ça restera comme ça, que tu fasses un mauvais match ou non. Je connais tes points forts et tes points faibles, comme ceux de toutes mes autres joueuses, et...

- Ne m'accorde pas de traitement de faveur, s'il te plaît, le coupa t-elle.

- C'est ça qui t'inquiète ? l'interrogea t-il en haussant les sourcils.

- Je ne veux pas... elle s'arrêta, bafouilla un instant, et reprit. Je ne veux pas que ce qu'il s'est passé entre nous n'interfère dans le basket, dans le fait que je puisse ou non rentrer sur le terrain, ou que j'aie un temps de jeu supérieur aux autres.

- Lily, je sais faire la différence entre le professionnel et le personnel.

- Ni toi, ni moi n'étions très professionnels à cet entraînement avant que tu ne repartes à Newcastle, lui fit-elle remarquer, et il ne cilla pas, les yeux vissés aux siens. Les filles parlent tellement de toi en bien, et je sais à quel point ce genre de chose peut causer des problèmes au sein d'une équipe. Je ne veux pas qu'un coup d'un soir ne gâche tout ce que tu as bâti. »

 

 

Elle le fixait scrupuleusement, attentive à la moindre de ses réactions parce qu'elle avait choisi ses mots avec soin et qu'elle avait délibérément reprit ceux qu'elle avait lu dans son message adressé à Sirius.

 

Il soutint son regard pendant quelques secondes, et elle eut l'impression qu'il comprenait exactement ce qu'elle était en train de faire, mais il ne se démonta pas. Elle s'y attendait. Rien ne semblait l'atteindre.

 

 

« Je suis d'accord avec toi sur le fait que nous aurions quelques problèmes à gérer si les filles l'apprenaient. Certains parents pourraient vouloir faire sauter ma place de coach, lui confia t-il et elle sut directement qu'il faisait allusion à ceux de Gladys et Doris. Mais il n'y a aucune raison. Comme tu le dis, ce n'était qu'une nuit.

- Ce n'était qu'une nuit, confirma t-elle en sentant sa gorge se nouer. »

 

 

Il hocha lentement la tête, et ils se fixèrent si intensément pendant un instant qu'elle songea qu'il était absolument absurde qu'ils se mentent oralement si c'était pour se faire ensuite lâchement trahir par deux pupilles qui se dilataient autant que celles de Brenda la dernière fois que Lily avait vu Sirius agiter sa gamelle devant son nez. Et ce n'était pas peu dire.

 

 

« Il faut que j'y aille. Peter m'attend pour aller faire les courses, déclara t-il abruptement avant de se retourner vers la porte. On se voit demain. »

 

 

Elle le laissa partir sans prononcer le moindre mot, les yeux rivés sur son dos, et elle referma la porte derrière lui dès qu'il eut mis un pied dans le couloir. Tout allait de travers.

 

 

 

 

« Stressée pour ton grand come-back sur les parquets ? l'interrogea Marlène alors que Lily vérifiait son sac de sport pour la énième fois cet après-midi là.

- Ça ne va pas être un grand come-back. Ça va être un horrible come-back. Vous êtes vraiment obligées de venir ? s'enquit-elle en jetant un coup d'oeil vers ses deux meilleures amies, avachies sur le canapé.

- Tout. Va. Bien. Se. Passer, articula Mary avec un sourire confiant qui la rassura un peu. Et il est hors de question que nous rations ça.

- Tu as pris tes baskets ?

- Elles sont dedans, répondit Lily en fourrant une grosse bouteille d'eau dans son sac. Sérieusement, je vais être nulle.

- Dis-toi au moins que si c'est le cas, ce sera court parce que James ne te laissera pas sur le terrain.

- Tu pourras lui reluquer les fesses du banc de touche.

- … Solide argument, concéda t-elle avec un faible sourire.

- Oh bravo Marly, maintenant elle va faire exprès de faire la godiche ! s'exclama Mary en donnant un petit coup de pied à Marlène.

- Je le ferai aussi à sa place. Comment est-ce qu'il peut être aussi agréable à regarder de face que de dos ?

- Je vais répéter ça à Rémus.

- Rémus est le premier à dire que James est canon, contra Marlène en haussant les épaules.

- Oh... fit Lily en s'arrêtant dans son élan alors qu'elle s'apprêtait à refermer son sac. Je viens de réaliser... Vous ne venez pas pour moi, n'est-ce pas ?

- Pour qui d'autre, chérie ?

- Ne fais pas semblant, je sais que Rémus sera là, lui répondit-elle aussitôt. Et toi, Mary, tu peux rire, mais tu ne vas probablement même pas me voir jouer parce que tu seras trop occupée à mater Agatha.

- Ouuuh, je vais enfin rencontrer celle qui a battu tous les records de longévité, commenta Marlène en haussant les sourcils à toute vitesse, faisant glousser Lily.

- Parce que tu crois vraiment que je vais te la présenter ? Tu ne sais pas te tenir, je n'ai pas envie de la faire fuir, bougonna Mary.

- Écoute ça, Lil', notre petite Mary n'a pas envie de faire fuir l'amour de sa vie !

- Quand le jour viendra, je veux être témoin du mariage, poursuivit Lily, ignorant les protestations véhémentes de son amie.

- Tu sais que je peux encore tout lui raconter pour James et toi, n'est-ce pas ? C'est fou comme les rumeurs se propagent vite dans une équipe de basket... chantonna Mary sur un ton faussement innocent après s'être levée du canapé pour aller enfiler ses chaussures qui traînaient devant la porte d'entrée.

- Oh très bien. Marlène, je suis désolée, mais tu es toute seule là dedans, déclara Lily en levant les deux mains en l'air en guise de reddition, bien qu'elle sache pertinemment que Mary ne ferait jamais une telle chose.

- Lâche. »

 

 

Il y eut un gloussement, un regard entendu, et puis les filles quittèrent l'appartement, sacs en mains, et prirent la voiture de Mary pour se rendre au gymnase. Les deux matchs étaient à domicile et Lily réalisa à quel point cela ne l'arrangeait pas lorsqu'elle remarqua le monde dans les tribunes. Elles n'étaient pas remplies, mais les spectateurs étaient définitivement plus nombreux que lorsqu'elle jouait dans le petit club de son quartier.

 

Elle avait toujours gardé un souvenir amer des supporters. Par définition, ils étaient supposés encourager leur équipe, mais elle n'avait jamais compris pourquoi un nombre considérable d'entre eux décidaient à chaque match de siffler, huer, ou insulter les adversaires. La victoire n'en était toujours que moins belle, entachée par un mauvais esprit qui était devenu ordinaire mais auquel elle ne s'était jamais faite. Elle eut soudain envie de faire demi-tour, et puis Emmeline apparut devant elle, les salua tout sourire, et cette simple vision la détendit légèrement.

 

 

« Tu n'es pas la dernière, mais il faut que je vous parle avant le match. James est en train de discuter avec Kingsley au bar. Si j'étais toi, je me préparerais avant qu'il n'arrive. Il n'aime pas quand nous sommes en retard, lui dit-elle en l'invitant à la suivre. »

 

 

Derrière Emmeline, Marlène mima un coup de fouet et Lily sentit son visage s'empourprer alors qu'elle lui lançait un regard réprobateur qui n'eut aucun effet parce que Mary riait, encourageant leur amie à continuer. Heureusement, les deux joueuses se dirigeaient déjà vers les vestiaires et la capitaine de l'équipe ne s'aperçut de rien.

 

 

« Je vais te donner ton maillot et ton short. On joue en blanc aujourd'hui parce que Croydon est rouge. Il nous reste le 4, le 6, le 8, et le 13. Qu'est-ce que tu préfères ? s'enquit Emmeline en poussant la porte des vestiaires.

- Je vais prendre le huit, répondit Lily avant de saluer les joueuses déjà présentes.

- J'espère que tu es en forme Evans, ça fait trop longtemps que nous n'avons pas joué et personne ne veut perdre le premier match, lui dit Gladys qui était en short et en brassière, le maillot numéro dix à la main. »

 

 

Lily se contenta d'acquiescer mécaniquement. Est-ce que Gladys pensait vraiment qu'elle comptait les ridiculiser ? Elle était certainement capable de le faire, mais c'était la chose qui la terrifiait le plus.

 

 

« On se détend, intervint Emmeline. On a toutes le même objectif. Quelqu'un a vu Alice ?

- Elle m'a écrit pour me dire qu'elle arriverait dans cinq minutes, répondit Matilda.

- Et Doris ?

- Sur la route aussi, reprit Gladys.

- Bien. On va terminer de se changer et quand elles arriveront, on...

- Passera au discours habituel d'avant match, compléta Matilda avec un sourire amusé.

- Exactement. »

 

 

Lily lâcha son sac au dessus du banc et se hâta de passer son nouveau maillot de basket. La sensation familière du tissu sur sa peau lui fit un petit quelque chose. Elle avait associé la tenue au stress et à l'impatience qui allait avec, et quand elle fléchit sa jambe sur le banc pour nouer ses lacets, quelque chose changea dans sa tête. L'angoisse était toujours présente, mais la détermination avait pointé le bout de son nez et elle espérait que cette dernière prendrait le dessus.

 

Alice et Doris pénétrèrent dans les vestiaires peu de temps après qu'elle ait terminé de se changer, et Emmeline se posta aussitôt au milieu de la pièce, les mains jointes devant elle, avec toujours le même sourire sur son visage. Lily ne savait pas comment elle faisait pour paraître aussi détendue.

 

 

« Bon. C'est notre premier match depuis longtemps, et je ne m'attends pas à ce que nous soyons toutes au top dès le début, il nous faut toujours un peu de temps pour démarrer, mais j'ai confiance en chacune d'entre vous. Restons solidaires au niveau du rebond, et sur la montée de ballon aussi. La meneuse a toujours besoin des ailières, ne l'oubliez pas. Les filles de Croydon sont fortes, mais nous allons leur montrer que nous sommes meilleures !

- Let's go ! s'exclama Agatha en frappant dans ses mains.

- Qui a le sac de ballons ?

- James.

- Parfait. Allez, on y va. »

 

 

Emmeline tapa dans la main de chaque fille et elle quitta les vestiaires derrière elles. Quand elles pénétrèrent sur le terrain, l'autre équipe arrivait tout juste. Certaines joueuses étaient particulièrement grandes et Lily savait déjà qu'elle aurait du mal à rentrer dans la raquette.

 

 

« Hé, numéro huit ! Fais nous rêver ! entendit-elle derrière elle alors qu'elle traversait le terrain avec les filles.

- Ma meilleure amie, expliqua t-elle discrètement à Alice sans même se retourner.

- Tu as de la chance, moi, il n'y a que ma mère qui vient, mais elle passe le match entier à lire son journal.

- Tu as un sacré fan club, Lily, commenta Matilda qui venait de poser ses affaires près de leur banc et de se retourner vers les tribunes.

- Ils ont même fait une banderole, ajouta Glenda. »

 

 

Surprise, Lily se retourna et remarqua immédiatement ses deux meilleures amies au milieu des tribunes avec Rémus, Peter, et Sirius qui lui adressèrent un signe de main avant de se retourner pour discuter avec les deux filles. Il n'y avait aucune trace de banderole. Du moins pas entre leurs mains, mais quand ses yeux dévièrent en direction du coin droit le plus haut des gradins, elle se figea.

 

Malefoy, Avery, Mulciber, et Rosier étaient là, assis, tenant une grande bannière blanche sur laquelle était écrit « Tous derrière Evans. », et elle sentit ses jambes faiblir. Elle se laissa tomber sur le banc, les yeux vissés sur eux. Ils ne la quittaient pas du regard non plus, et elle eut une telle envie de vomir qu'elle faillit prendre ses jambes à son cou.

 

Il était évident que Marlène, Mary, et les autres ne s'étaient aperçus de rien. Ils étaient beaucoup trop loin, et trop bas pour les voir. L'équipe adverse était venue avec un nombre considérable de supporters qui leur bloquaient la vue, et Lily aurait voulu leur faire signe mais elle était juste soudainement incapable de bouger le moindre membre.

 

Elle n'avait même pas remarqué que James était arrivé et qu'il leur avait intimé de commencer à s'échauffer. Elle ne vit pas non plus le responsable du terrain leur apporter un pack de bouteilles d'eau, ni les frères Prewett s'installer à la table de marque. Elle sentait juste ses mains trembler de façon incontrôlée le long de son corps. « Tous derrière Evans. ». Elle comprenait le double sens. Ils l'avaient bien suivie ce jour là, et dieu seul savait s'ils le faisaient toujours. Elle n'avait pas eu peur jusque là, mais maintenant qu'ils osaient une approche frontale, elle se sentait beaucoup moins sereine.

 

 

« Tout va bien Lily ? »

 

 

Elle cligna des yeux et reporta son regard sur James, debout à une distance raisonnable, la fixant avec un réel intérêt qui la fit bondir du banc en déglutissant. Elle aurait aimé pouvoir l'étreindre, ne serait-ce que brièvement. Cacher son visage dans son cou, et ne plus rien voir. Elle savait qu'elle en oublierait jusqu'à son propre prénom pendant l'espace de quelques secondes. C'était suffisant. Elle voulait ces quelques secondes. Elle fixa son charmant visage, et elle inspira profondément. Elle aurait tué pour ces quelques secondes. Finalement, elle resserra sa queue de cheval pour se donner une contenance, puis hocha mécaniquement la tête avant de s'apercevoir que ses coéquipières étaient en train de courir.

 

 

« Je ne te ferai pas rentrer dès le début, je te l'ai dit, reprit-il, les mains dans les poches.

- Je sais, merci, j'ai mal dormi et je... J'étais juste ailleurs, mais dès que je me serais échauffée ça ira mieux. »

 

 

Elle ne lui laissa pas le temps de répondre et elle s'élança avec le premier groupe de filles qui passa devant elle. Elles firent plusieurs tours de terrain avant de passer aux tirs, tout en surveillant du coin de l'oeil les joueuses de l'équipe de Croydon qui s'échauffaient également sur leur moitié de terrain. Elles étaient douées, mais Lily était d'avantage perturbée par les quatre garçons dans les tribunes que par le jeu de ses adversaires.

 

L'arbitre siffla pour annoncer le début du match bien trop tôt à son goût. Elles avaient encore quelques minutes devant elle, mais James leur fit signe de le rejoindre et elles se regroupèrent toutes autour de lui.

 

 

«  Emmeline, Agatha, Daisy, Gladys et Alice, vous rentrez en premières. Emmie, je veux que tu me colles la 7. Elle est adroite aux trois points et si tu lui laisses une chance elle la prendra directement. Daisy et Agatha, il va falloir que vous soyez solides au rebond. N'oubliez pas de faire des écrans de retard pour empêcher les rouges de rentrer dans la raquette, c'est valable pour vous aussi les ailières, compléta t-il en jetant un coup d'oeil vers Gladys et Alice. On reste sur une défense individuelle pour l'instant, je pense que vous avez plus de physique qu'elles. Si vous êtes trop fatiguées, dîtes le moi et on passera en défense de zone. C'est bon pour vous ?

- Parfait coach, répondit Emmeline alors que toutes les autres joueuses acquiesçaient. »

 

 

Quelques secondes plus tard, l'arbitre sifflait de nouveau, et le bar attenant au terrain se vidait autant que les tribunes se remplissaient. Lily, assise sur le banc entre Matilda et Glenda, n'arrivait pas à détourner son regard de la banderole qui lui était destinée. Ses intestins étaient noués, son sang était glacé, et elle entendit à peine le ballon frapper le parquet quand le match commença.

 

End Notes:

Heeeey :)

Bon courage pour votre rentrée :) je suis en train d'écrire pour Fluffy Stories en ce moment, j'espère vous sortir un nouvel OS dans pas trop longtemps, en attendant merci beaucoup pour vos reviews sur le précédent chapitre, ça me remonte le moral en flèche à chaque fois <3

A très bientôt :)

Hit me baby one more time by ECM

Emmeline marqua le premier panier. Un trois point planté juste après le début du match qui donna le ton. Les supporters scandèrent son nom pendant un moment tout en applaudissant, mais Lily ne pouvait détourner son regard du haut de la tribune. Elle n'était plus vraiment là depuis qu'elle les avait vus. Mentalement, du moins, et elle espérait que James l'oublierait.

 

Elle découvrit ce jour là à quel point il était silencieux comparé au coach de l'équipe adverse qui ne cessait de donner des instructions à ses joueuses. Il observait le terrain sans rien dire, debout, les bras croisés contre son torse, et seulement de temps en temps, pour saluer une belle action, il applaudissait.

 

Il arrivait qu'il fasse signe à Emmeline de se rapprocher de lui lorsqu'une équipe se retrouvait aux lancers francs, et Lily n'entendait pas ce qu'ils se disaient mais les instructions semblaient très claires et débouchaient souvent sur un nouveau panier. Le score était serré et la victoire ne serait pas simple, mais il ne semblait pas s'en inquiéter.

 

 

« Lily, tu rentres, annonça t-il au début de la deuxième mi temps. »

 

 

Elle avait passé presque toute la première sur le banc, n'était rentrée que pour la dernière minute, et elle avait prié pour que ce soit son seul temps de jeu tout en se doutant que James ne la laisserait pas de côté. A ce moment là, l'équipe ne menait que de quatre points, tout était encore possible pour Croydon.

 

Elle se leva sans rien dire, s'échauffa rapidement sur le côté, dos aux tribunes nords pour ne pas avoir à regarder les quatre meilleurs amis de celui qui était autrefois le sien, et tenta de prendre de profondes inspirations pour se détendre.

 

 

« Je ne te demande rien de plus que ce dont tu es déjà capable, entendit-elle James dire, et quand elle se retourna, elle le trouva confiant et déterminé.

- Je sais, souffla t-elle et son regard dévia une nouvelle fois vers les gradins. »

 

 

Ils étaient tous les deux près de la table de marque, à attendre que l'arbitre siffle pour qu'ils puissent effectuer un changement, et elle aurait voulu faire disparaître tout ce qui les entourait. Il n'y avait rien d'apaisant dans le fait de se trouver avec lui quand elle savait qu'ils devaient faire attention à ne pas se comporter aussi familièrement qu'ils le faisaient d'habitude. Elle aurait voulu qu'il soit un peu plus près et qu'ils n'aient pas peur de trahir quoi que ce soit rien qu'en se regardant. Elle aurait voulu qu'il lise dans son esprit que rien n'allait.

 

 

« Qui sont ces mecs ? demanda t-il, et elle ne remarqua qu'à cet instant précis qu'il avait suivi son regard. »

 

 

Elle resta pétrifiée pendant une seconde, et puis l'arbitre siffla, et Alice quitta le terrain, et Lily jeta un regard désolé à James juste avant d'y entrer en trottinant. Ses mains tremblaient, et la balle était à elles. Glenda était en train de faire la touche après une faute sur Matilda qui menait maintenant le jeu à la place d'Emmeline, et Lily sut ce qu'elle devait faire quand James mima un shoot. Il attendait d'elle qu'elle soit un sniper, et c'était ordinairement ce qu'elle savait faire.

 

Glenda passa le ballon à Matilda qui dribbla tranquillement pour laisser le temps à ses joueuses de prendre leur place autour de la raquette, et quand Gladys traversa, Lily prit sa place, rattrapant la passe sèche que sa meneuse lui envoya avant de tirer au dessus de la tête d'une joueuse rouge sans réfléchir. Le ballon fila droit dans l'arceau. Trois points. La tribune se leva. Elle avait réussi.

 

Pendant une seconde, elle songea qu'elle était capable de le faire. Seulement une seconde, parce qu'il y eut des sifflements du côté des tribunes et après, ce ne fut plus qu'une succession de maladresses et d'erreurs de jugement. James la laissa sur le terrain bien trop longtemps à son goût. Elle n'y arrivait pas. Ses passes étaient mal assurées et elle n'osait même plus prendre de tirs, même s'ils étaient dégagés. La seule chose qu'elle parvenait à peu près à faire était de contrer la joueuse sur laquelle elle défendait. Elle lui subtilisa la balle une ou deux fois, mais globalement, elle était en train de jouer son plus mauvais match. Elle le savait.

 

Elle n'y pouvait rien. Elle sentait les regards sur elle, tous, et plus particulièrement ceux de Malefoy, Avery, Mulciber, et Rosier, et c'était comme si elle ne savait plus utiliser ni ses bras, ni ses jambes. Elle avait l'impression d'être ridicule et que tout le monde s'en apercevait. Elle paniquait. Elle savait qu'elle paniquait, mais il n'y avait rien à faire, son cœur battait à mille à l'heure. Elle se sentait prise au piège, comme une biche devant les phares d'une voiture.

 

Gladys ne lui faisait même plus de passe, et elle ne s'en offusquait pas. Elle fut soulagée quand James la fit enfin sortir du terrain et qu'elle put se laisser tomber sur le banc. Il ne fit aucun commentaire et ce fut presque pire que tout, puis elle remarqua le regard curieux d'Emmeline sur elle, et elle porta une bouteille d'eau à sa bouche.

 

 

« Est-ce que ça va ?

- Je ne suis pas dans mon match, répondit-elle un peu trop sèchement à son goût avant de poursuivre d'une voix plus douce. désolée.

- Pourquoi est-ce que tu ne tires pas ?

- Je ne le sens pas.

- Lily, tu...

- Laisse, Emmie, intervint James. »

 

 

Le regard de la capitaine jongla entre eux deux, perplexe, puis elle se rassit contre le mur de la salle qui se trouvait derrière leur banc et reporta son attention sur le match. Croydon menait maintenant au score et avait commencé à prendre de l'avance. Tout était possible pendant un match de basket, et pourtant, l'issue ne fut pas favorable aux filles en blanc cette fois-ci. Lily se sentit misérable.

 

Quand le long et bruyant « bip » sonore de fin de match retentit, les rouges l'emportèrent soixante-trois à cinquante-neuf et toutes les joueuses durent se serrer la main, certaines avec plus d'amertume que d'autres. Malefoy, Avery, Mulciber, et Rosier applaudissaient et sifflaient dans les tribunes, et, alors qu'il était en train de discuter avec le coach adverse, James les remarqua.

 

Lily le vit traverser le terrain en trottinant lorsque les quatre garçons commencèrent à quitter la salle, et elle entama un mouvement pour le suivre mais Gladys la bouscula légèrement en lui jetant un regard noir qui voulait tout dire mais qui importait peu à la jeune femme rousse à ce moment précis.

 

Elle se faufila parmi les joueuses, évita difficilement ses amies qui traversaient elles aussi le terrain pour venir lui parler, et déboula dans le hall d'entrée du gymnase au moment même où James balançait littéralement Malefoy dehors, où les trois autres se trouvaient déjà.

 

 

« Ne te mêles pas de ça, lui conseilla Avery.

- Arrête de lui écrire, et ne foutez plus les pieds ici, ni à moins d'un kilomètre d'elle.

- Parce que tu crois que l'un d'entre nous lui écrit ? ricana Rosier.

- Qui que tu sois, je te déconseille d'essayer de me prendre pour un con.

- Qu'est-ce que tu vas faire, seul contre quatre ?

- Seul contre quatre ? répéta une voix que Lily connaissait bien. »

 

 

Sirius posa ses mains sur ses épaules juste pour la décaler afin que Rémus et lui puissent se mettre à sa hauteur et à celle de James. Ce dernier ne sembla même pas surpris de les voir apparaître à ses côtés, mais il jeta un coup d'oeil à Lily pour la première fois depuis qu'il l'avait sortie du terrain et il y eut cette chanson dans sa tête pendant l'espace d'un instant.

 

Elle n'en discernait pas bien les paroles, ne comprenait pas vraiment la mélodie, et elle n'entendit à la fois aucun instrument, et tous les instruments du monde. C'était la meilleure qu'elle ait jamais écoutée. C'était le genre de chanson qui passait à la fin de ses séries préférées, quand le héros ou l'héroïne réussissait enfin à accomplir tout ce qu'il ou elle voulait, ce genre de chanson qui prenait aux tripes et la laissait pendant un moment dans une mélancolie absolue.

 

 

« Vous savez qu'elle est plus dangereuse que nous trois réunis, n'est-ce pas ? ajouta Sirius en pointant Lily du doigt, et elle se retint de lui faire remarquer qu'elle tremblait depuis une heure et demie.

- Hmm, James a quand même l'air très dangereux là, intervint Rémus. Et je n'ai moi même pas très envie de rire tout à coup.

- C'est bon les gars, on s'en va, déclara Malefoy en tirant Mulciber avec lui. »

 

 

Avery entama un mouvement pour le suivre, mais James l'empoigna aussitôt par le col de son manteau et le plaqua contre le mur du gymnase, son visage à seulement quelques centimètres du sien alors que les trois autres s'étaient arrêtés, sans toutefois avoir l'air de vouloir tenter quoi que ce soit pour venir en aide à leur ami. Ils n'étaient même pas capable de se montrer solidaires les uns avec les autres.

 

 

« File moi le prépayé que tu utilises pour lui écrire.

- Lâche moi ! Putain, je te jure, lâche moi ! vociférait Avery.

- Non ? Bon. Comme tu voudras, lui répondit James d'une voix terriblement calme tout en fouillant méthodiquement ses poches. »

 

 

Lily ne comprit pas ce qu'il faisait jusqu'à ce qu'il n'en sorte le téléphone portable du jeune homme, et qu'il ne le balance sur les graviers à ses pieds avant de l'écraser si brutalement que l'écran éclata sur le coup. Il poussa ensuite Avery qui lui hurlait toujours dessus, se pencha pour contempler l'écran brisé, ouvrit le téléphone, et s'assura de casser en deux la carte sim qui s'y trouvait.

 

 

« Est-ce que j'ai besoin de faire pareil aux vôtres, ou est-ce que l'un d'entre vous peut gentiment me donner ce que je demande ? s'enquit James en se tournant vers les trois autres tout en repoussant Avery qui semblait déterminé à en venir aux mains mais que Malefoy retint tout en toisant James.

- Personne ne sait de quoi tu parles.

- Tirons-nous, lui chuchota Mulciber.

- Très bien. Allez-y, les encouragea James en passant une main dans ses cheveux. Si vous le permettez, je vais juste bien regarder vos voitures et vos plaques d'immatriculation en partant. Je suis sûr qu'une fois que Lily m'aura donné vos noms je n'aurais pas de mal à les retrouver.

- Les avantages d'avoir un petit génie de l'informatique en tant que meilleur ami, ajouta Rémus en esquissant un sourire en coin.

- Allez, hop, hop, hop, on sort le téléphone, les encouragea Sirius sur un ton léger. »

 

 

Lily contemplait la scène sans dire quoi que ce soit. Elle en était bien incapable. Elle recevait leurs regards haineux presque comme s'ils étaient des coups, et elle était pétrifiée. Elle se rappelait de cette soirée qu'elle avait passée avec Severus et eux, celle où elle avait osé leur dire que leurs discours étaient à vomir, et elle avait l'impression qu'ils s'en souvenaient aussi. Ils la détestaient. Pire, elle les dégoûtait. Elle le voyait sur leurs visages. C'était la première fois qu'elle se sentait répugnante aux yeux de quelqu'un, de plusieurs personnes, et elle songea qu'ils n'auraient pas pu la blesser plus s'ils l'avaient frappée.

 

Elle savait qu'elle n'aurait pas dû s'en soucier, qu'ils n'étaient qu'une bande d'idiots intolérants qui ne comprenaient rien à rien et qui ne savaient s'amuser qu'en brûlant des voitures, en éclatant des fenêtres de maison, ou en insultant les passants. Elle n'imaginait même pas le nombre de filles qui avaient déjà dû subir leurs remarques sexistes dans la rue. Marlène les avait déjà vu faire. Pourtant... Pourtant, elle avait la nausée.

 

Elle leva la tête quand elle entendit les gravillons craquer sous les baskets de Mulciber. L'instant d'après, le téléphone prépayé était dans la main de James. Elle n'en croyait pas vraiment ses yeux, mais en même temps, elle aurait dû s'en douter. Ils étaient bien incapables de se battre. Il leur aurait probablement fallu une batte de baseball ou autre pour faire pencher la balance, mais même de cette manière, elle n'était pas certaine qu'ils auraient tenté le coup. Ils étaient meilleurs pour agir en douce, et Lily devait admettre qu'elle redoutait cette réalité, parce qu'ils ne supporteraient pas l'humiliation et qu'ils reviendraient tôt ou tard.

 

 

« C'est le bon, déclara James après avoir brièvement fouillé dedans.

- Foutez le camp avant que vos jambes ne finissent comme son portable ! s'exclama Sirius en faisant un signe de tête vers Avery dont la colère se dirigeait maintenant vers son propre acolyte.

- Maintenant, appuya Rémus. »

 

 

Quelques secondes plus tard, deux voitures quittèrent le parking dans des crissements de pneus abominables, et sous les regards attentifs des trois voisins de Lily.

 

 

« Foutez le camp avant que vos jambes ne finissent comme son portable ? répéta Rémus en se tournant vers Sirius. Audacieux quand on sait que tu as du mal à casser trois œufs pour te faire une omelette.

- Tu es juste jaloux parce que tu aurais voulu penser à le dire, commenta le jeune homme avec un demi-sourire.

- James, qu'est-ce qu'on fait de...

- Je n'ai pas le temps, mon match va commencer et je ne suis même pas en tenue, le coupa le capitaine de l'équipe des garçons en fourrant le téléphone prépayé dans sa poche avant de s'élancer de nouveau vers l'intérieur de la salle. »

 

 

Lily voulait le remercier, elle le voulait vraiment, mais il passa si vite devant elle qu'elle n'eut même pas le temps de prononcer le moindre mot et qu'elle se retrouva seule avec Sirius et Rémus.

 

 

« Ca va, Lily ?

- Peter, Marlène, et Mary ont cru que tu allais prendre ta douche, alors ils sont partis au bar. Je ne crois pas qu'ils nous aient vu sortir, ajouta Rémus.

- Pour être honnête, je n'avais pas remarqué ces quatre guignols jusqu'à ce que James ne se mette à leur courir après, lui confia Sirius.

- Aucun d'entre nous ne s'en était aperçu. Je suis prêt à parier que Marlène leur aurait cassé les dents contre les gradins si elle avait su. »

 

 

Lily esquissa un faible sourire et hocha la tête. Elle murmura un faible merci et Sirius leva les yeux au ciel tout en balançant son bras sur ses épaules, la guidant vers l'intérieur du gymnase.

 

 

« J'ai jeté du papier toilette sur la maison de mes parents grâce à toi. Je te suis éternellement redevable.

- Et si nous avions réellement dû nous battre, tu aurais été plus efficace que lui, affirma Rémus.

- Je ne peux pas le contredire, avoua le jeune homme. Tu serais meilleure sur un ring de boxe que sur un terrain de basket, plaisanta t-il avant de reprendre lorsque Lily lui envoya un regard mauvais. Trop tôt ?

- Beaucoup trop tôt, marmonna t-elle.

- Ce n'était pas si catastrophique, tenta de la rassurer Rémus.

- Ce trois points n'était pas mal, concéda Sirius.

- Merci d'essayer, les gars, mais j'ai été nulle et je le sais. Je vais aller prendre ma douche et je vous rejoindrai dans les tribunes tout à l'heure, déclara t-elle en grimaçant avant de disparaître après que ses deux camarades aient brièvement pressé son épaule en guise de soutien. »

 

 

Elle traversa presque l'entièreté du couloir et poussa la porte des vestiaires dans lequel devaient se trouver les filles, mais la seule personne présente était James, assis sur le banc, en tenue, penché sur ses chaussures dont il noua rapidement les lacets avant de lever des yeux surpris sur elle dès qu'elle s'excusa.

 

 

« Merde, je ne peux pas être avec toi maintenant, Lily je...

- Je sais, tu joues, le coupa t-elle. Je ne voulais pas... Je me suis juste trompée de vestiaire.

- Non, c'est... il passa nerveusement sa main dans ses cheveux et soupira en se redressant. »

 

 

Elle pouvait discerner de la colère et de la frustration sur son visage, comme si les deux émotions l'avalaient sans qu'il ne puisse y faire quoi que ce soit, et elle ne l'avait jamais vu aussi peu sûr de lui.

 

 

« Je savais que quelque chose n'allait pas et je t'ai ignorée alors que j'aurais dû te faire cracher le morceau à la mi-temps, pesta t-il.

- Je n'aurais rien dit, admit-elle.

- Au moins, j'aurais peut-être assemblé les pièces du puzzle avant la fin.

- Je suis déjà surprise que tu l'aies fait.

- Bien sûr que je l'ai fait. Je ne t'ai jamais vue comme ça. Tu étais livide, Lily, et tu n'arrêtais pas de les regarder, je...

- Ce n'était pas de ta faute, le coupa t-elle en entendant son agacement. Tu étais dans le match, et j'espérais que tu ne t'apercevrais de rien. Je pourrais te dire merci cent fois que je serais toujours gênée que tu aies dû intervenir là dedans. Je n'ai aucune envie que tu te sentes obligé de mener mes combats quand je n'ai pas la force de le faire moi-même. »

 

 

Encore une fois, il soupira. Pas de la même façon. Pas parce qu'il était furieux contre lui-même. C'était un soupir tendre, et il la prit au dépourvu. Elle le regarda s'avancer vers elle et resta figée comme une statue dans ses bras lorsqu'il l'attira adroitement contre lui. Elle avait pensé à cette étreinte pendant trop longtemps, mais jamais elle ne s'était imaginée qu'elle serait trop perturbée par autre chose pour ne pas en profiter pleinement.

 

 

« Merci, souffla t-elle enfin.

- D'avoir été le pire coach imaginable pour ton premier match dans ta nouvelle équipe ? l'interrogea t-il en la lâchant. C'est comme si je n'avais rien appris à Newcastle.

- Ce n'est pas vrai, bougonna t-elle en fronçant les sourcils. »

 

 

Il ne répondit pas, mais il lui fit signe de passer devant lui pour sortir des vestiaires et elle s'assura qu'il n'y avait personne dans le couloir avant de s'exécuter. Ils n'avaient pas besoin d'attirer les rumeurs maintenant après tout ce qui venait de se passer. Ce serait la cerise sur le gâteau.

 

 

« Bonne chance pour ton match.

- On se voit après ? »

 

 

Ce n'était pas juste une question en l'air. Il attendit sa réponse, debout au milieu du couloir, son sac de sport sur son épaule, et il ne rejoignit le terrain que quand elle acquiesça. Son regard était plus chaleureux que ceux de toutes ses coéquipières réunies quand elle pénétra finalement dans les bons vestiaires.

 

Personne à part Gladys ne semblait être en colère contre elle, mais tout le monde était déçu de l'issu du match. La jeune femme brune quitta la pièce comme si elle ne pouvait tolérer sa présence dès que Lily s'avança vers le banc où était posé son sac, que l'une de ses coéquipières avait probablement ramené. Les autres joueuses étaient simplement plus silencieuses que d'ordinaire, ce qui n'était pas surprenant après qu'elles soient passées si près de la victoire.

 

 

« Les filles, commença Lily en grimaçant. Je suis désolée. J'ai été nulle et c'est probablement de ma faute si...

- Ce n'est pas de ta faute, Lily, la coupa immédiatement Agatha. Personne n'a été irréprochable.

- Agatha a raison, affirma Matilda. Est-ce que tu as vu le nombre de tirs que j'ai ratés ?

- Moi, j'ai fait cinq fautes avant même que la deuxième mi-temps ne commence, ajouta Daisy.

- La joueuse sur qui je défendais me passait à chaque fois, continua Alice.

- Je me suis pris la même feinte trois fois de suite, soupira Emmeline.

- Un manchot aurait rattrapé plus de rebonds que moi, poursuivit Glenda. »

 

 

Toutes se tournèrent vers Doris, mais la jeune femme ne prit pas la parole. Elle se contenta de jeter à Lily le même regard que Gladys un peu plus tôt, et quitta les vestiaires. Elles étaient les seules à s'être déjà entièrement habillées comme si elles craignaient que la foudre ne s'abatte sur elles si elles traînaient une minute de trop au milieu d'une équipe qui venait de perdre. Les autres filles étaient toutes en serviette, certaines en train de se sécher les cheveux, d'autres en train de fouiller dans leur sac à la recherche de leurs vêtements, et Lily esquissa un demi sourire en direction d'Emmeline quand elle lui donna une petite tape sur l'épaule.

 

 

« Ne t'en fais pas, Lily. Ce n'était que le premier match.

- L'avantage quand on perd à domicile et que les garçons jouent après nous, c'est qu'on peut au moins se consoler en les matant.

- Sérieusement, Matilda ?! s'esclaffa Agatha.

- Laisse nous apprécier la vue.

- Lockhart est sexy, commenta Daisy.

- Lockhart ?! s'exclama Emmeline d'un air répugné. Il s'aime tellement que je suis sûre qu'il copule avec son miroir.

- Je suis désolée de vous l'annoncer les filles, mais je vais probablement reluquer James, déclara Glenda, et Lily se fit toute petite.

- Choix évident, mais pas très original, et trop inaccessible, commenta Matilda en esquissant un sourire narquois. Tu vas juste te faire du mal, Glen'.

- On n'a pas eu droit au discours d'après match, d'ailleurs, pointa Daisy.

- Il avait l'air en colère.

- Il n'était pas en colère contre nous, Alice, assura Emmeline. Le connaissant, il était furieux contre lui-même. »

 

 

Lily s'efforça de ne pas écouter le reste de la conversation, et elle se hâta de disparaître sous la douche. Elle y resta quelques minutes, et lorsqu'elle en émergea, enroulée dans sa serviette, il ne restait plus qu'Alice dans la pièce. Elle rangeait maladroitement ses affaires en boule dans un sac visiblement trop petit.

 

 

« Je t'attends, si tu veux, lui proposa t-elle.

- Ne t'en fais pas, vas-y. Ta mère ne va probablement pas être ravie si tu lui fais subir plus de basket que nécessaire, répondit Lily en lui adressant un sourire reconnaissant.

- Ce n'est pas faux, pouffa Alice. Bonne soirée. Et ne t'inquiètes pas trop pour le match. On fera mieux la prochaine fois.

- Merci Alice, on se voit mardi à l'entraînement. »

 

 

La jeune femme blonde acquiesça puis disparut à son tour, et Lily s'habilla tout en repensant au match, et à ce qu'il s'était passé à l'extérieur. Elle revoyait James clouer Avery contre le mur du gymnase, et elle sentait son cœur s'emballer. Autant parce qu'elle avait eu peur que parce qu'elle avait ressenti quelque chose qu'elle aurait préférer réprimer à ce moment là. Elle essayait de se rappeler des mots de Matilda sans toutefois pouvoir s'en convaincre. Il était inaccessible. C'était ce qu'elle avait dit, mais ils avaient échangé des regards tellement équivoques qu'elle avait envie de se permettre d'en douter.

 

Et elle en douta quand elle se retrouva dans les tribunes, entre Marlène et Mary, et que James la fixa de l'autre bout du terrain. Kingsley venait tout juste de le faire sortir après qu'il ait passé une bonne partie du premier quart temps sur le terrain, et il la trouva immédiatement. Elle ne le vit même pas chercher, il savait qu'elle était là. Il avait probablement repéré leurs amis avant que le match ne commence, lorsqu'elle était encore dans les vestiaires. Elle ne les avait rejoints que plusieurs minutes après.

 

 

« Ne parlons pas de mon match, d'accord ? leur avait proposé Lily.

- Comme tu veux, lui avait répondu Mary avant de passer son bras autour de ses épaules. »

 

 

Son autre main reposait sur la cuisse d'Agatha qui était à côté d'elle, et cela fit sourire Lily. Il était évident, même si Mary ne leur avouait pas frontalement, qu'il y avait des sentiments là dessous. Ce n'était pas juste physique comme ce que la jeune femme essayait perpétuellement de leur faire croire, à Marlène et à elle.

 

 

« Je ne parlerai pas de ton match si tu ne parles pas de ma relation, lui chuchota Mary qui avait remarqué son sourire.

- Comme tu veux, répondit Lily de la même façon.

- D'autant plus que je peux aussi parler de la tienne. James te regarde comme s'il essayait de voir à travers tes vêtements.

- N'hésite pas à le dire plus fort pour en faire profiter Agatha et le reste de mon équipe, ironisa Lily.

- Oups. Désolée. »

 

 

Elle jeta un coup d'oeil au score quand le premier quart temps se termina avant de reporter son regard sur le jeune homme en question. Les garçons menaient déjà de vingt-deux points à dix minutes de jeu, et le match fut rapidement plié. Sans surprise, James termina meilleur marqueur, et Lily fut soulagée que quelque chose, ce jour là, se termine bien.

 

C'était la première fois qu'elle le regardait disputer un vrai match, et elle ne fut pas surprise de constater que contrairement à elle, il n'était absolument pas perturbé par les supporters. Il était dans son monde. Seul. Parfois avec elle lors des rares moments où Kingsley le laissait récupérer sur le banc de touche, mais cela ne durait jamais longtemps. C'était dans ces moments là qu'elle avait l'impression qu'ils étaient trop loin l'un de l'autre.

 

C'était presque une torture. Il la regardait. Elle aussi. Et le terrain entre eux lui semblait gigantesque, infranchissable. Elle voyait l'envie dans ses yeux, elle la sentait au creux de son ventre, et elle réalisa à ce moment là qu'ils n'arriveraient pas à s'en sortir aussi facilement qu'elle l'avait cru. Pas ce soir là.

 

 

 

Ils étaient tous partis boire un verre au bar aménagé dans une pièce reliée au gymnase par un couloir à l'intérieur duquel se trouvaient de nombreux vestiaires, et elle avait beau être plantée à l'intérieur du cercle que les amis de James et les siennes formaient, elle n'écoutait pas un traître mot de ce qu'ils se disaient. Elle entendait juste vaguement que la conversation était animée parce que le rire tonitruant de Sirius couvrait la plupart des autres discussions dans la pièce, mais elle ne pouvait moins s'en soucier.

 

Elle observait la porte qui menait vers le couloir en comptant le nombre de joueurs de l'équipe de James qui en sortaient. Elle était à quatre, et il en manquait encore cinq sans compter James. Sirius s'était plaint un peu plus tôt qu'il quittait toujours les vestiaires après tout le monde, et c'était la dernière chose qu'elle avait écoutée.

 

Un de plus, récita t-elle dans sa tête en voyant Fabian Prewett pousser la porte et rejoindre ses quatre autres camarades autour d'un verre. Elle ne quitta la porte des yeux que pour regarder s'il restait des filles de son équipe. Agatha était toujours là, mais elle était trop distraite par Mary pour faire attention à quoi que ce soit. Emmeline et Matilda étaient en train de rire avec Benjy Fenwick, Dirk Cresswell, Buckley Cooper, et Dave Goujon, mais elles étaient dos à la porte et si elle se débrouillait bien, elles ne la verraient même pas partir.

 

Et de trois, nota t-elle silencieusement quand Gideon Prewett, Howland Coopey, et Gilderoy Lockhart déboulèrent en se bousculant. Le dernier lui adressa un clin d'oeil, et elle reporta immédiatement son regard sur son propre groupe d'amis.

 

 

« Marly, je peux t'emprunter ton portefeuille pour me prendre un verre de vin blanc ? Je te rembourserai ce soir si tu viens à la maison, je n'ai pas pris le mien et...

- Prends, prends chérie, et ne me rembourse pas, c'est pour moi, la coupa t-elle avec un sourire bienveillant après avoir fouillé dans son sac et lui avoir fourré un gros portefeuille rouge dans la main. »

 

 

Elle savait que c'était sa propre façon de lui remonter le moral après son terrible match, et elle lui en aurait été profondément reconnaissante si elle n'était pas trop occupée à penser à son objectif principal. Elle s'avança vers le bar, feignant de chercher de la monnaie alors que sa quête était toute autre. Elle n'avait jamais de préservatif sur elle. Jamais, parce que les voir arriver à leur date de péremption la déprimait. Elle n'avait pas prévu qu'elle finirait par habiter en face d'un foutu être humain à la beauté scandaleuse et qu'elle ne saurait pas se tenir. Elle détestait à quel point elle était perdue. Il avait empoisonné ses yeux.

 

Elle déglutit. Marlène avait toujours des préservatifs dans son portefeuille. Toujours. Et cette fois ne fit pas exception à la règle. Elle manqua d'en faire tomber une énorme liasse et elle retint un rire tout en commandant son verre de vin au bar avant de jeter un coup d'oeil furtif vers ses amis. Quand elle constata que personne ne lui accordait la moindre attention, elle glissa discrètement l'objet du délit dans la poche arrière de son jean. Elle savait que Marlène aurait été plus que ravie de la dépanner si elle avait osé le lui demander, mais la discrétion était de mise, elle comprendrait.

 

Ludo Verpey poussa la porte du couloir au moment où une femme d'une quarantaine d'années posait un verre de vin devant Lily, mais elle ne la remarqua même pas. Elle jeta un rapide coup d'oeil vers Agatha qui était toujours captivée par Mary, puis en direction d'Emmeline et Matilda, dos à elle. Il était clair que personne ne se souciait de ses faits et gestes, et cela l'arrangea considérablement.

 

Elle se faufila dans le couloir juste au moment où James sortait des vestiaires à son tour, bon dernier, comme Sirius l'avait prédit, et elle se hâta dans sa direction, puis le repoussa à l'intérieur sans qu'il n'ait le temps de prononcer le moindre mot. La pièce était humide et chaude, embuée de vapeur, et un parfum boisé de gel douche lui envahit les narines. Elle referma rapidement la porte, et le « clic » sonore du verrou fut le son le plus libérateur qu'elle entendit ce jour là. La seconde d'après, elle se jetait littéralement sur lui pour l'embrasser.

 

Il ne s'y attendait pas, et il recula d'un pas avant de se stabiliser en laissant tomber son sac sur le carrelage blanc et de lui rendre son baiser avec le même empressement que s'il y avait autant pensé qu'elle. Elle sentit ses mains agripper sa taille, et l'instant d'après, il la calait contre le mur humide des vestiaires en l'embrassant comme si sa vie en dépendait, et elle n'était plus capable que de s'accrocher à ses épaules, à ses cheveux, et à ses bras, parce que ses jambes flanchaient et elle était positivement certaine que son cœur pouvait la lâcher d'un instant à l'autre.

 

 

« J'ai envie de toi depuis que j'ai mis les pieds dans cette salle, lui confia t-elle à l'oreille juste après avoir lâché sa bouche, et les doigts de James se crispèrent un peu plus sur sa taille. Je ne pense qu'à ça depuis la dernière fois, je...

- Laisse-moi t'enlever ça, s'il te plaît, Lily, s'il te plaît, la coupa t-il en tirant sur son pull, et son ton était si désespéré qu'elle s'entendit rire contre lui.

- Je ne t'ai jamais entendu être si poli, se moqua t-elle, et il poussa un soupir impatient qu'elle ressenti jusque dans ses entrailles. »

 

 

L'instant d'après, il faisait passer son pull par dessus sa tête, suivit de son débardeur, et elle retrouvait enfin sa bouche là où elle l'avait imaginée, là où elle lui avait manquée, contre la sienne, sous son oreille, son cou, ses seins et son ventre et c'était presque trop et pas assez à la fois. Elle l'interrompit juste pour le débarrasser de ses vêtements qui l'empêchaient de passer ses doigts sur ses épaules nues et son torse comme elle le voulait, et elle sentit les siens s'aventurer plus bas, jusqu'au bouton de son jean qu'il défit rapidement.

 

 

« Attends, attends, dans ma poche, souffla t-elle entre deux baisers. »

 

 

Elle sentit ses mains sur ses fesses alors qu'il semblait refuser de lui laisser l'opportunité de prononcer une phrase complète, et le simple fait qu'il aime l'embrasser autant qu'elle aimait l'embrasser la rendit positivement fiévreuse. Elle voulait savoir quel son étouffé sortirait de sa bouche quand elle glisserait sa main dans son pantalon. Elle voulait ébranler sa confiance en lui juste pour une seconde, juste pour le voir douter de réussir à se contrôler, et il lui sembla que c'était exactement ce qu'il se passa dans sa tête quand ses doigts s'enfoncèrent dans la poche arrière de son jean et qu'il referma sa main sur le préservatif qu'elle avait volé à Marlène.

 

 

« Depuis combien de temps est-ce que tu as ça dans ta poche ? lui demanda t-il en s'appuyant rapidement contre le mur, la respiration aussi inégale que celle de Lily.

- Littéralement cinq minutes, mais ça fait environs une heure et demie que je me demande comment m'y prendre pour le récupérer. Merci Marlène, ajouta t-elle rapidement.

- J'en avais dans mon sac, je... J'en ai, si jamais, bredouilla t-il. Lily, il faut que tu arrêtes de me regarder comme ça, je ne peux pas...

- Terminer une phrase ? se moqua t-elle, et elle inspira profondément quand ses yeux soutinrent les siens et qu'elle sentit sa main se frayer un chemin à l'intérieur de son jean. »

 

 

Il souriait comme s'il avait gagné, comme s'il savait qu'elle n'avait jamais autant pris son pied que lorsqu'il la touchait, et elle fut profondément perturbée pendant une seconde parce qu'il arborait la même expression quand ils travaillaient leurs cours et qu'il la corrigeait sur la moindre petite erreur qu'elle faisait. Objectivement, elle le détestait à chaque fois qu'il le faisait parce qu'il prenait cet air, cet horrible air arrogant et insolent qui lui donnait envie de lui claquer la tête contre la table, mais à cet instant précis, elle aurait commis toutes les erreurs du monde pour qu'il poursuive ce qu'il était en train de faire.

 

 

« Je pensais à ça quand tu es venue dans les vestiaires avant mon match, lui avoua t-il.

- Je pensais à ça à chaque fois qu'on s'appelait quand tu étais à Newcastle. Je ne sais pas combien de fois je me suis touchée en pensant à toi, répondit-elle, un peu mortifiée d'oser le lui admettre les yeux dans les yeux. »

 

 

Il ferma les siens et s'appuya un peu plus sur le mur derrière elle. Elle entendit un juron étouffé sortir de sa bouche et elle laissa échapper un rire parce qu'elle était à mille lieues d'imaginer que ce simple aveu aurait le même effet sur lui que ses doigts entre ses cuisses avaient d'effet sur elle.

 

 

« Est-ce que tu veux que je...

- James ! appela une voix ennuyée derrière la porte, les faisant tous les deux sursauter. »

 

 

Il resta contre elle, mais ses yeux bruns suivirent les siens et se figèrent sur la porte derrière laquelle se tenait son meilleur ami. Il tapa une fois et Lily vit James déglutir avant de se racler brièvement la gorge.

 

 

« Sirius, sérieusement, je n'étais pas là pendant un mois et tu t'en es très bien sorti, laisse-moi deux minutes ! s'écria t-il.

- C'est tout ? chuchota Lily en retenant un rire, et il haussa les sourcils d'un air suffisant qui détonnait avec son sourire amusé. »

 

 

Pendant un instant, il n'y eut plus un bruit, et elle se demanda pourquoi James ne reprenait pas là où ils s'étaient arrêtés... Jusqu'à ce que Sirius ne se mette à gratter à la porte. Quel genre de personne grattait à une porte ?! Clairement, son coach s'y attendait, et il poussa un soupir exaspéré. Sa main quitta son entrejambe pour venir se poser sur sa taille et elle lui manqua immédiatement.

 

 

« Sirius, laisse-moi m'habiller en paix, lui ordonna t-il.

- Peter et Rémus ne sont pas drôles ! Ils ne veulent pas boire avec moi ! gémit le jeune homme derrière la porte.

- Rémus conduit.

- Dis-lui que Mary et Marlène le suivront s'il commence, murmura Lily à James, les mains figées sur la ceinture de son pantalon.

- Paye quelque chose à boire aux filles. Mets tout sur ma note ! reprit-il avant de reporter son regard sur Lily, un peu désespéré. »

 

 

Il y eut un nouveau silence, et elle jeta un regard interrogateur à James qui répondit à sa question silencieuse en secouant lentement la tête de gauche à droite. Sirius était toujours derrière la porte, et Lily ouvrit les yeux en grand quand elle l'entendit chuchoter.

 

 

« Est-ce que Lily voudra quelque chose aussi ?

- … Non. Merci, répondit-elle en grimaçant.

- D'accord. Soyez tranquilles, je ne dirai pas au reste de l'équipe que la discussion d'après match a eu lieu sans elles et avec beaucoup moins de vêtement que d'habitude, reprit-il sur un ton moqueur et James prit une profonde inspiration.

- Sirius, tire-toi avant que je ne sorte.

- Hé ! Je m'apprêtais à vous proposer de surveiller la porte du couloir, mais je ne sais pas si j'en ai encore envie !

- Tu m'es redevable, intervint Lily sans le penser le moins du monde. Le papier toilette, ajouta t-elle rapidement, et un bref silence s'en suivit.

- C'est bon, c'est bon, je m'en occupe, vous pouvez copuler sans crainte.

- Et ne poste pas ça sur votre stupide groupe de conversation ! le sermonna James.

- … Tu aurais dû me le dire avant, l'entendirent-ils déclarer d'une petite voix. Bon, j'y vais, protégez-vous ! Non pas que je ne sois pas prêt à être parrain maintenant, c'est juste que...

- Sirius !

- C'est bon, c'est bon, je m'en vais ! »

 

 

James soupira lourdement et posa son front contre le mur froid des vestiaires, à côté de son poing serré dans lequel se trouvait toujours le préservatif que Lily avait subtilisé à sa meilleure amie, et il se passa une minute pendant laquelle ils restèrent silencieux, jusqu'à ce que la jeune femme ne se mette à rire contre James.

 

 

« Je te jure qu'il y a des jours où je le déteste, lui dit-il avec un bref sourire.

- Au moins, il surveille la porte du couloir, répondit Lily en se mordant la lèvre.

- Et je suis sûr qu'il est très bon là dedans, confirma t-il. Pete dit qu'il est la chose la plus proche d'un chien de garde qu'on puisse avoir.

- Alors...

- Alors enlève ce foutu jean, Evans. »

 

End Notes:

Yoooo ! Ce chapitre était très long. J'avais oublié. J'espère que vous êtes arrivés indemnes jusqu'au bout, je vous retrouve bientôt pour la suite :)

 

(Free Britney, of course)

Keeping up appearances by ECM

Lily était réapparue avant James. Elle s'était faufilée l'air de rien derrière leur groupe d'amis et ils lui avaient tous adressée un sourire amusé qu'elle avait délibérément ignoré avant de récupérer son verre de vin blanc qui était resté sur le bar. Agatha était en train de leur parler d'un nouveau restaurant qui allait ouvrir en centre ville et elle était la seule à ne pas avoir l'air d'avoir envie de rire devant la pointe d'embarras que Lily essayait de dissimuler, tout simplement parce qu'elle était la seule à ne pas pouvoir deviner qu'elle venait d'avoir une « discussion d'après match » avec James qui avait été particulièrement intéressante.

 

Elle ne pouvait qu'imaginer ce que Sirius avait écrit sur leur groupe de discussion, et bien qu'elle fut tentée de le demander à Marlène, elle décida qu'il valait mieux qu'elle s'abstienne et qu'elle noie son embarras dans son vin. Encore plus lorsque James pénétra à son tour dans la pièce et qu'il jeta un rapide regard vers elle avant de rejoindre ses coéquipiers avec qui il trinqua.

 

Elle avait déjà envie de retourner s'enfermer dans ce vestiaire avec lui. Elle essayait tant qu'elle le pouvait de ne pas le fixer, mais ses yeux ne lui obéissaient pas et ils finissaient toujours inexorablement sur ses épaules, sur ses fesses, dans les siens, et elle s'interrogea sérieusement sur sa santé mentale. Elle n'avait jamais été tant obsédée par quelqu'un.

 

 

« Tu me fascines, lui glissa Marlène à l'oreille. Je ne pensais pas que tu le coincerais dans les vestiaires. Ce n'est pas ton mode opératoire.

- Je sais ! s'exclama Lily à voix basse, aussi surprise qu'elle de son comportement. Mais je le coincerais n'importe où, ajouta t-elle et Marlène pouffa. Ne rigole pas. J'avais besoin de ça.

- Les sentiments, Lily, les sentiments.

- Ça n'a rien à voir avec les sentiments ! répliqua t-elle aussitôt, beaucoup trop rapidement pour que Marlène ne puisse la croire.

- Bien sûr, ironisa la jeune femme blonde avant de rouler des yeux et de boire une gorgée de bière.

- Je...

- Je vais y aller, la coupa Mary qui venait de traverser le groupe de garçons pour venir se planter devant ses deux amies. Je vais probablement dormir chez Agatha, si tu veux squatter ma chambre et garder un œil sur celle-ci, proposa t-elle à Marlène en désignant Lily d'un signe de tête.

- Avec plaisir.

- Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ? bougonna Lily.

- Qu'on sait toutes les deux que tu vas partir dans un délire sombre parce que tu as encore couché avec James et que c'est définitivement plus que ce que tu ne prétends, mais que tu ne veux pas y penser, mais que tu n'y arrives pas, et que tu as peur de trop t'attacher à cause de celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, chuchota t-elle à toute vitesse.

- Je ne vais pas...

- Je m'en occupe, la coupa Marlène en jetant un regard entendu à Mary avant de l'étreindre brièvement. Passe une bonne soirée. »

 

 

La jeune femme brune donna une petite tape affectueuse sur la joue de Lily avant de s'enfuir avec Agatha, ignorant ses ronchonnements indignés. C'est à ce moment là qu'elle remarqua que la quarantenaire qui lui avait servi son verre de vin avant qu'elle ne rejoigne James dans les vestiaires était maintenant à côté de lui, avec ses coéquipiers. Elle n'en aurait rien pensé si elle n'avait pas vu sa main se poser discrètement sur ses fesses.

 

Elle recracha sa gorgée de vin dans son verre et demeura interloquée lorsqu'elle le vit se décaler habilement pour reposer sur la table une bouteille avec laquelle il venait de servir ses coéquipiers, s'arrangeant pour que Lockhart se retrouve entre eux alors qu'il se tournait vers Fenwick et Cooper. La femme lui lança un regard perplexe et, après avoir brièvement papoté avec le coéquipier de James, elle retourna se poster derrière le bar sans le quitter des yeux, comme si elle espérait autant attraper son regard que Lily.

 

Elle ne s'attendait certainement pas à ce genre de spectacle, et elle tourna immédiatement la tête pour reporter son attention sur les trois autres maraudeurs qui discutaient activement du match. Elle remarqua la façon dont Sirius observait Fenwick et elle esquissa un bref sourire.

 

 

« Oh donc c'est pour ça que tu aimes bien aller aux entraînements de James, commenta t-elle.

- Ça, et les volleyeuses, admit-il sans aucune gêne avec un sourire en coin, et elle le jalousa pendant un instant de ne jamais être embarrassé par quoi que ce soit.

- Je ne suis pas sûr que Benjy soit intéressé, intervint Peter.

- Il l'est, certifia Sirius. Est-ce que tu m'as bien regardé, Pete ? Je n'ai pas un seul défaut !

- Tu es égocentrique, pointa Rémus avant de terminer son verre de jus de fruits.

- Je ne suis pas égocentrique, s'indigna Sirius, je suis juste parfaitement conscient d'être un virtuose de la beauté.

- Oh mon dieu, gloussa Marlène en levant les yeux au ciel.

- C'est pour ça que tu m'as appelé Apollon sur ton téléphone, d'ailleurs, reprit-il en s'adressant à Peter.

- Je n'ai pas... commença Peter avant de déverrouiller son écran et de soupirer lourdement. Est-ce que tu m'as encore volé mon portable ? Comment est-ce que tu fais pour toujours trouver le code ?!

- Comme si j'étais capable d'un tel crime, répondit Sirius, faussement outré.

- Quel crime ? »

 

 

Lily n'avait même pas vu James arriver dans son dos, et elle sursauta légèrement quand elle l'entendit s'adresser à son meilleur ami. Elle pivota juste assez pour lui laisser une place dans le petit cercle qu'ils formaient, et il ajusta son sac sur son épaule avant d'enfoncer ses mains dans ses poches.

 

 

« Sirius a encore fouillé dans le portable de Peter, souffla Rémus avec dépit.

- De fausses accusations, comme d'habitude... chantonna le concerné.

- Tu as changé ton nom dans mon répertoire !

- Ou peut-être que tu pourrais avouer que tu l'as fait toi même après m'avoir vu sortir de la douche sans serviette jeudi dernier !

- Tu sors toujours de la douche sans serviette.

- On t'en a pourtant offert tout un tas pour ton anniversaire, lui fit remarquer Rémus.

- Spécialement pour ne plus avoir à assister à ce genre de spectacle, marmonna Peter.

- Ne sois pas méchant, Pete, sinon je pourrais dévoiler accidentellement ta catégorie préférée sur ce site de films de...

- TU VOIS ! s'écria le jeune homme blond à l'adresse de James. IL A FOUILLÉ DANS MON TÉLÉPHONE.

- Il a un faible pour les tentacules, glissa discrètement Sirius aux deux jeunes femmes qui dissimulèrent vainement un rire alors que Peter était écarlate. Je sais que c'est surprenant, mais c'est pourtant ce qu'il reg...

- Dis lui d'arrêter ! Il n'écoute que toi !

- Oh ce n'est pas comme si j'avais trouvé quoi que ce soit d'intéressant, Pete, mais j'ai une question. Tu es en médecine, et pourtant tu as cherché plusieurs fois des informations sur des boutons sur le...

- Sirius, tu te rappelles de cette discussion qu'on a eue sur le fait que tu puisses être légèrement intrusif ? le coupa James qui semblait lutter de toutes ses forces pour ne pas rire face à l'embarras croissant de Peter.

- Mais c'est eux qui ont commencé !

- Sirius...

- Mon frère, mon seul et unique frère va me trahir et choisir le camp de l'ennemi ?!

- Sirius..

- Tu as un autre frère, pointa Peter.

- Et en plus il évoque ma famille d'origine ! s'écria Sirius d'un air théatral. Quelle indignité !

- Sirius...

- Quoi ?

- Si tu fouilles encore une fois dans le portable de Pete, il en parlera avec papa et maman, le prévint James.

- D'accord, d'accord, je ne le referai plus... bredouilla t-il avec un air de chien battu qui amusa encore plus Lily. »

 

 

Elle doutait de la véracité de ses propos parce qu'il y avait une étincelle espiègle au fond de son regard qui lui laissait à penser qu'il avait déjà trouvé une excuse pour la prochaine fois qu'il se ferait attraper, et elle sut que James s'en aperçut aussi parce qu'il lui jeta un coup d'oeil blasé alors que Peter posait presque brutalement son verre sur le bar.

 

 

« Rémus, on s'en va.

- Ne fais pas la tête, Pete ! s'exclama Sirius.

- Je ne fais pas la tête, je veux juste rentrer.

- Je vous ramène ? proposa Rémus aux filles.

- Avec plaisir, répondit Marlène en reposant son verre à son tour.

- Lily rentre avec nous, déclara Sirius en balançant son bras autour de ses épaules. N'est-ce pas Lily ?

- Heu... Je...

- On se retrouve à l'appart' de toutes façons, lui lança Marlène avant de s'élancer derrière les deux garçons. »

 

 

Sirius, James et elle décolèrent quelques secondes plus tard, juste après que James ait ramené leurs verres au bar, salué ses coéquipiers, et échangé quelques mots avec la femme brune avec qui elle l'avait vu un peu plus tôt et qui semblait légèrement irritée. Elle ne lui posa aucune question là dessus pendant tout le trajet en voiture, principalement parce que Sirius était là et que les garçons refaisaient le match. Elle les écoutait distraitement, les yeux rivés vers le paysage à l'extérieur, essayant vainement de repousser les dernières images de James qui lui venaient en tête.

 

A un moment du trajet, elle les vit se chamailler du coin de l'oeil, et elle sourit quand James dégagea sèchement la main de Sirius qui s'approchait dangereusement de son portable, connecté à la voiture en Bluetooth, et que ce dernier se rassit étonnement droit dans son siège, vexé.

 

 

« Tu mets ta musique dans ta voiture, mais pas dans la mienne.

- J'écoute la même musique que toi, lui fit remarquer Sirius, un peu bougon.

- Tu es dans ta période rap péruvien, et j'en ai ma claque d'entendre ça à longueur de journée, répondit James en lui jetant un rapide regard ennuyé avant de reporter ses yeux sur la route.

- Du rap péruvien ? intervint Lily, amusée.

- Entre autres. Ne laisse pas son ton dédaigneux et hautain te décourager d'aller écouter ça.

- Et ne le laisse pas t'influencer avec ses horribles goûts.

- Compte tenu de ce qu'il s'est passé dans les vestiaires tout à l'heure, je dirais qu'il est trop tard pour ça. Je veux dire, tu es mon meilleur ami. Elle a visiblement déjà les mêmes horribles goûts que moi, pointa Sirius avec un sourire narquois. »

 

 

Lily et James poussèrent simultanément une protestation sonore et cette fois, Sirius ricana à l'avant alors que son meilleur ami augmentait le son de la musique. Elle croisa rapidement son regard dans le rétroviseur, et ils le détournèrent en même temps. Le reste du trajet aurait été silencieux si le jeune homme assis sur le siège passager n'avait pas fredonné d'une voix étonnement juste les dernières chansons qui défilèrent, comme s'il n'avait aucune idée de la gêne des deux autres. Pire, comme s'il était fier de lui.

 

Lily fut à la fois soulagée et déçue quand ils se garèrent finalement dans le parking souterrain. Elle récupéra son sac de basket dans le coffre en même temps que James se saisissait du sien, chacun fuyant le regard de l'autre sans trop savoir pourquoi. Enfin, elle avait bien plusieurs raisons de le faire, mais elle ne savait pas quelles étaient exactement les siennes, parce qu'il ne pouvait décemment pas se torturer avec les mêmes réflexions qu'elle.

 

Quand ils se trouvèrent enfin dans l'ascenseur, elle profita du fait d'être derrière lui pour le fixer sans qu'il ne puisse la surprendre. Il était sur son portable, en train d'écrire des messages à dieu seul savait qui, et il eut l'air profondément contrarié au bout d'un moment, un soupir agacé s'échappant de ses lèvres. Elle ne put s'empêcher de penser qu'elle préférait ceux qu'elle avait senti contre son oreille une heure auparavant.

 

 

« Tu rentres avec nous, Lily ? Rémus vous invite, Marlène et toi, lui apprit Sirius en tournant l'écran de son téléphone vers elle pour lui montrer la proposition sur leur groupe de discussion. »

 

 

Elle fronça les sourcils, reporta son regard sur James, et déglutit. Il avait les yeux rivés sur les portes de l'ascenseur comme s'il ne pouvait pas être plus pressé d'en sortir, et ses doigts tapaient nerveusement sur sa cuisse alors que son portable vibrait maintenant sans interruption dans sa main. Il ne le regardait même plus. Il était évident qu'il n'avait aucune envie qu'elle se joigne à eux.

 

Elle se maudit à ce moment là. Elle n'avait pas pensé une seule seconde que ce qu'il s'était passé entre eux pourrait se reproduire une troisième fois, mais maintenant qu'il semblait ennuyé par la simple perspective de passer la soirée avec elle, elle réalisa qu'elle avait encore moins imaginé que tout s'arrêterait aussi subitement. Ils pénétraient tout juste dans le couloir du troisième étage lorsqu'elle répondit à Sirius.

 

 

« C'est gentil, mais je suis crevée, j'ai vraiment besoin de sommeil. »

 

 

Elle sentit immédiatement les yeux bruns de James sur elle alors qu'elle fouillait frénétiquement dans ses poches pour retrouver ses clés.

 

 

« Oh allez, Evans. Au moins pour dîner, insista Sirius.

- Une prochaine fois, promis, mais pas ce soir.

- Est-ce que c'est parce que j'écoute du rap péruvien ?

- Non, Sirius, ce n'est pas parce que tu écoutes du rap péruvien, répondit-elle en souriant légèrement.

- Vraiment ?

- Vraiment.

- Sirius... intervint James. Rentre. On te rejoint tout à l'heure. »

 

 

On ? Comment ça, on ? Elle entendit le rire léger de Sirius, puis la porte de leur appartement s'ouvrir alors qu'elle déverrouillait enfin la sienne, et elle fut surprise lorsque James la poussa doucement à l'intérieur de chez Mary et referma la porte derrière lui avant de s'y adosser et de croiser les bras contre son torse. Il lui jeta un regard interrogateur.

 

 

« Est-ce que tout va bien entre nous ?

- Je ne vois pas ce qui pourrait aller mal, répondit-elle laconiquement sans détacher ses yeux des siens.

- D'accord, lâcha t-il. Qu'est ce que j'ai fait ? »

 

 

Son portable vibra une nouvelle fois dans sa main, mais il continua de la fixer comme s'il ne s'en rendait pas compte. Elle laissa échapper un soupir qu'elle n'avait même pas réalisé qu'elle retenait, et elle fit un signe de tête vers le téléphone entre ses doigts.

 

 

« Tu devrais peut-être répondre.

- J'ai mieux à faire.

- Tu es sûr ?

- Lily, qu'est-ce qu'il y a ? »

 

 

Elle était stupidement triste, contrariée, énervée, et aucune de ces émotions n'était autant dirigée contre lui que contre elle. Elle ne se souvenait que trop bien de ce jour, seulement quelques semaines auparavant, où elle avait rencontré Rémus. Elle avait l'impression qu'elle connaissait les garçons depuis des mois, mais elle regardait le jeune homme debout devant elle et elle réalisait qu'elle ne savait rien.

 

Elle se rappelait exactement de ce qu'elle avait pensé quand elle avait entendu Rémus l'appeler « Capitaine », et elle était contrariée de l'avoir oublié. Il était capitaine de l'équipe de basket. Il était populaire. Il pouvait avoir qui il voulait. Qui il voulait.

 

Elle n'était personne. Ou du moins, elle n'était pas grand chose à son humble avis. Elle ne savait même pas ce qu'elle attendait de lui. A vrai dire, elle venait tout juste de comprendre qu'elle devait définitivement attendre quelque chose, parce qu'elle ne pouvait décemment pas être aussi affligée sans en avoir une bonne raison.

 

 

« Rien, affirma t-elle, et quand il lui jeta un coup d'oeil perplexe, elle reprit. Tu n'avais pas l'air ravi que Rémus m'invite et je n'ai pas envie de m'imposer, je pensais juste que... elle s'interrompit, déglutit difficilement, et continua sans oser le regarder dans les yeux. Marlène m'en a raconté, des histoires sur des mecs qui ne la calculaient plus dès qu'ils avaient couché ensemble, mais toi, je... Je n'en sais rien, je pensais que tu attendrais au moins vingt-quatre heures avant d'agir comme un horrible con.

- Excuse-moi ? s'étonna t-il en clignant rapidement des yeux.

- Le message de Rémus sur votre groupe, expliqua t-elle. Ton attitude dans l'ascenseur. Tu...

- Je n'avais même pas vu ce message avant que Sirius ne le mentionne, la coupa t-il.

- Tu étais littéralement sur ton portable.

- En train d'écrire à quelqu'un d'autre, pointa t-il. »

 

 

Elle se sentit soudainement plus stupide que jamais. Son visage était en feu et elle aurait tout donné pour se désintégrer immédiatement jusqu'à ne plus être qu'un minuscule tas de cendre en face de lui, et même à ce moment là, elle doutait qu'elle se sentirait mieux.

 

 

« Je suis désolée, soupira t-elle. »

 

 

Il haussa les épaules pour lui signifier que ce n'était rien alors que son cerveau marchait à toute allure. Elle voulait savoir à qui il écrivait. Elle voulait savoir qui l'agaçait autant. Elle voulait qu'il lui confie quelque chose, juste en savoir plus sur lui, et puis elle repensa à cette femme au bar du gymnase, à sa main sur lui, et à la façon dont il s'était écarté d'elle. Elle lutta pendant quelques secondes pour ne pas poser la question qui lui brûlait les lèvres avant de finalement déposer les armes.

 

 

« Tu écrivais à cette femme qui était au bar tout à l'heure ? »

 

 

Elle regretta dès que les mots eurent dévalé sa bouche. Elle savait qu'elle s'invitait définitivement un peu trop dans son intimité, et elle ne voulait pas qu'il puisse penser un seul instant que ce qu'il s'était passé entre eux dans les vestiaires lui avait donné l'impression d'avoir un quelconque droit sur lui. Elle ne voulait pas être ce genre de personne. Elle ne voulait pas avoir l'air de lui demander des comptes. Ils ne sortaient pas ensemble, et elle ne l'aurait pas fait non plus si cela avait été le cas. Elle n'était qu'un coup d'un soir, comme il l'avait si bien écrit à Sirius. Ou à présent, de deux.

 

 

« Oublie que j'ai posé cette question, s'empressa t-elle d'ajouter alors qu'il ouvrait la bouche pour répondre.

- Est-ce qu'on peut s'asseoir ? »

 

 

Il était horriblement sérieux tout à coup, et elle lui jeta un coup d'oeil curieux après avoir acquiescé. Ils se posèrent sur le canapé, et elle remarqua son hésitation quand il ouvrit la bouche et la referma plusieurs fois de suite. Après quelques secondes de flottement, il balança son bras par dessus le dossier et replia son genou pour se tourner un peu plus vers elle.

 

 

« Il se peut que j'aie couché avec la mère de Doris, avoua t-il rapidement. »

 

 

Elle n'enregistra pas la phrase aussitôt. Il lui fallut bien vingt secondes avant de percuter réellement, et quand elle le fit enfin, ses yeux menacèrent de sortir de ses orbites, et sa bouche resta grande ouverte.

 

 

« C'était en septembre, il y avait cette histoire avec les nouveaux maillots payés par l'entreprise de ses parents. Doris insistait sur le fait que puisqu'ils avaient payé, elle méritait au moins d'en tirer un avantage. Elle voulait passer meneuse à la place de Matilda, commença t-il.

- Les filles m'ont vaguement mentionné cette histoire quand je suis arrivée.

- J'ai refusé, comme tu peux l'imaginer, et je l'ai suspendue, reprit-il. Sa mère était furieuse. Son père ne le savait même pas. Ils sont divorcés depuis l'été dernier, j'imagine qu'elle avait juste besoin d'un rebond, et... il grimaça, puis poursuivit. Elle a voulu qu'on discute de la place de Doris dans l'équipe, et c'était sans équivoque pour moi, enfin bref. On a convenu d'un rendez-vous, et une chose en entraînant une autre... »

 

 

Il lui jeta un coup d'oeil suggestif et elle eut soudainement tout, sauf envie d'aller dîner chez eux. Ce n'était pas les garçons, le problème. C'était l'image qu'elle avait actuellement en tête, et le renvoi certain qui suivrait une ingestion de nourriture après ce genre de confession. Enfin, elle pouvait difficilement le juger, elle était sortie avec Severus.

 

 

« Ce n'était rien de plus qu'un...

- Coup d'un soir ? compléta fébrilement Lily, et il hocha doucement la tête.

- Elle ne m'intéresse pas, lui dit-il en lâchant son portable devant lui sur le coussin du canapé, et la jeune femme eut un léger pincement au cœur en se demandant s'il parlait d'elle de la même façon.

- C'était elle ? demanda soudainement Lily. Le jour où Sirius et moi avons pris une cuite, c'était sa lettre qu'il voulait ouvrir ?

- J'imagine, confirma t-il avant d'inspirer profondément. »

 

 

Il ne l'avait pas regardée dans les yeux depuis trop longtemps à son goût, et toute cette conversation la laissait perplexe.

 

 

« Est-ce que je dois me mettre à en envoyer aussi ? plaisanta t-elle pour détendre l'atmosphère.

- Les tiennes ne termineraient pas à la poubelle, répondit-il en souriant légèrement, à la fois amusé et blasé.

- Tu n'étais pas obligé de me raconter tout ça, toute une nouvelle catégorie de blagues s'ouvre à moi maintenant, reprit-elle. Je n'aurais même pas dû poser de question.

- Je comptais te le dire de toutes façons, mais par pitié, évite de me charrier là dessus devant Sirius, il me ferait chanter sur tout et n'importe quoi en menaçant de tout déballer à nos parents, déclara t-il et elle laissa échapper un rire avant de s'excuser aussitôt quand il lui jeta un regard blasé, ses doigts tapotant le dossier du canapé. Tout à l'heure, à la salle et dans la voiture, je pensais à quelque chose... »

 

 

Il avait l'air de réfléchir à la meilleure façon de dire ce qu'il avait à dire, et c'était beaucoup trop long à son goût. Elle n'avait absolument aucune idée des prochains mots qu'il allait prononcer, et compte tenu qu'il venait de lui avouer s'être envoyé en l'air avec la mère de l'une des filles de son équipe, elle n'était pas certaine de vouloir savoir.

 

 

« Ce qu'il s'est passé dans les vestiaires... C'était bien. Je veux dire, vraiment bien, reprit-il en passant une main nerveuse dans ses cheveux. Je n'ai pas envie que tu penses que j'ai pris tout ce que j'avais à prendre et que c'est terminé pour moi. Je me soucie de toi plus que ça.

- Je... Je me soucie de toi aussi, bafouilla t-elle.

- C'est l'impression que j'avais, déclara t-il en retirant machinalement des poils de Brenda de son jean.

- James, je...

- Je sais, la coupa t-il. Rien de sérieux. C'est juste occasionnel, n'est-ce pas ? Ça peut le rester. »

 

 

Elle demeura muette pendant quelques secondes, et puis elle acquiesça lentement, se rappelant d'une discussion qu'elle avait eue avec Mary sur l'exclusivité ou non de leur relation. Il l'avait dit lui même, ce n'était rien de sérieux. C'était de l'amusement pur, de la distraction. Rien de plus. Définitivement rien de plus.

End Notes:

Heyyy. Oui, ce chapitre était très court comparé au précédent, mais je vais poster plus vite ces temps-ci donc je vous promets que vous aurez une suite pas trop tard :)

Toujours merci à ceux qui traînent par ici pour me lire <3

Don't shoot me santa by ECM

Elle n'avait pas vu Noël arriver. Il n'avait pas neigé cette année là, le temps était resté maussade, gris, sans toutefois lui apporter la joie d'un manteau blanc sur les trottoirs et dans les jardins. Elle était ravie d'être enfin en vacances, mais elle doutait pouvoir en tirer un réel repos.

 

Elle avait décidé de faire l'effort d'assister au traditionnel repas de Noël en famille, et elle avait été surprise d'apprendre par son père que Pétunia et Vernon viendraient aussi. Elle savait déjà qu'elle devrait faire preuve d'une patience hors du commun, mais elle espérait tout de même qu'ils seraient autant déterminés qu'elle à faire en sorte que cette journée se passe bien.

 

Elle tourna dans l'angle de la rue et la simple vue de la voiture de Vernon garée devant chez ses parents lui donna la nausée. James avait longuement insisté pour lui prêter la sienne, prétextant qu'il n'en avait pas besoin puisque Sirius et lui faisaient la route ensemble jusqu'à chez les Potter, et elle avait fini par accepter. C'était une maigre consolation, mais une consolation quand même.

 

Ils n'avaient pas reparlé d'Avery et ses copains, et elle avait soigneusement évité le sujet. Elle ne savait pas vraiment ce qu'elle aurait bien pu en dire. Il connaissait l'histoire des messages depuis qu'elle avait raconté sa soirée arrosée avec Sirius, et elle n'avait pas eu tellement envie d'évoquer le reste. Il n'avait pas posé de question, comme s'il savait que le sujet était sensible, et elle suspectait fortement Marlène d'avoir expliqué quelques détails à Rémus. C'était peut-être mieux de cette façon. Elle préférait largement discuter d'autre chose avec James.

 

Il avait laissé dans la boîte à gants les innombrables compilations qu'il avait faites juste avant de partir à Newcastle, et elle n'avait pas eu besoin de réfléchir beaucoup avant de sélectionner celle sur laquelle était juste marquée « Pour la fin du monde ». Déjeuner pendant une journée avec sa sœur et son odieux fiancé correspondait particulièrement au thème.

 

Elle s'arrêta sur le trottoir, contre la clôture blanche, se détacha, et jeta un coup d'oeil à son portable avant de se résoudre à descendre. Marlène avait répondu à son « Joyeux Noël » matinal, mais pas James, et elle grimaça légèrement quand elle remarqua que Severus avait eu le culot de lui souhaiter de passer de bonnes fêtes.

 

 

Mary : On se voit ce soir, les filles ?

Marlène : Je serai avec Rémus... Est-ce que je peux l'amener ?

Marlène : Il n'y aura que lui. Peter révise et James sera chez ses parents avec Sirius.

Lily : Est-ce que Rémus rencontre ses beaux-parents ?

 

 

Lily ajouta un émoji avec un sourire en coin, et attendit une seconde avec que Marlène ne lui réponde par un doigt d'honneur.

 

 

Marlène : Pourquoi est-ce que tu n'es pas chez les tiens, toi, d'ailleurs ?

Lily : J'y suis.

Mary : Hein ?!

Marlène : QUOI ?!

Lily : Chez mes parents, je veux dire.

Marlène : Est-ce que tu es sérieuse ? Je viens littéralement de me lisser le doigt à la place des cheveux.

Marlène : Ça fait mal.

Lily : Pétunia va probablement trouver un moyen de te venger dans la journée, ne t'en fais pas.

Mary : Tu aurais dû venir à la maison.

 

 

Mary ajouta un émoji qui pleurait et Lily grimaça. Ses parents lui manquaient un peu. Pas la vie familiale, parce qu'elle savait qu'elle aurait du mal à revenir habiter avec eux maintenant qu'elle avait sa liberté avec Mary, mais juste le fait qu'elle puisse compter sur quelqu'un d'autre que sur elle-même.

 

 

Mary : Marlène, dis à Rémus qu'il faut absolument amener James.

Mary : Lily va revenir en pièces détachées. On aura besoin de tout le renfort possible pour rassembler les morceaux.

Lily : Est-ce que je dois te rappeler que je suis dans cette discussion ?

Lily : Marly, ne dis rien à Rémus.

Lily : James est chez ses parents, ils ont besoin de lui, et il adore passer du temps là bas.

Marlène : Rémus dit qu'il faudrait que Sirius rentre aussi, parce qu'ils n'ont qu'une voiture.

Lily : Marly ! Sérieusement ?! Ne leur dis pas de venir !

Marlène : James est en train de cuisiner avec son père, mais il a dit à Sirius de dire à Rémus qu'il t'appellerait ce soir.

Lily : …

Mary : C'est un bon compromis.

 

 

Marlène était en train d'écrire, mais Lily leva les yeux au ciel, soupira, et ouvrit la portière de sa voiture. Le chemin jusqu'au seuil de la maison de ses parents lui parut bien trop court, et arrivée devant la porte, elle inspira un bon coup avant de toquer et d'entrer. Elle se retrouva presque immédiatement prise dans une étreinte chaleureuse, et sa mère s'écarta pour mieux la regarder.

 

 

« Tu es de plus en plus belle.

- C'est juste un jean et un pull, entendit-elle Pétunia chuchoter à Vernon derrière Rose.

- Joyeux Noël maman. Pétu... Vernon... J'imagine que papa est dans la cuisine ? »

 

 

Sa mère acquiesça et entreprit de l'entraîner dans la cuisine avant même que Lily ne puisse se trouver trop près de sa sœur et de son fiancé. Ce n'était pas plus mal. De cette façon, elle n'avait pas besoin de se demander si elle devait les étreindre ou leur faire la bise. Elle n'avait certainement aucunement l'intention de s'approcher à moins d'un mètre de Vernon.

 

 

« Elle aurait pu faire l'effort de mettre une robe, glissa le jeune homme à sa sœur.

- Elle n'en met jamais, surenchérit Pétunia après avoir lâché un rire ironique. »

 

 

Lily déglutit et s'empressa de quitter le hall d'entrée derrière sa mère, manquant de s'étaler dans de gros baluchons beiges. Elle les enjamba puis traversa le salon pour aller souhaiter un joyeux Noël à son père qui était en train de préparer le repas dans la cuisine. Il eut l'air positivement ravi de la voir. Il lui pressa affectueusement l'épaule en passant derrière elle pour aller chercher une manique dans un tiroir, et tourna légèrement la tête dans sa direction tout en entrouvrant le four pour vérifier la cuisson de sa volaille.

 

 

« Comment ça va, ma grande ?

- Ça va. Les partiels approchent. Je vais commencer à réviser un peu plus sérieusement.

- Tu devrais lâcher un peu du leste de temps en temps, lui dit-il en secouant la tête.

- Tu te rends compte que littéralement aucun parent ne conseille ça à son enfant ? s'amusa t-elle en piquant une cacahuète dans un bol.

- Ah ça, ton père ne fait jamais rien comme les autres, déclara Rose, et son ton sec tendit légèrement Lily.

- Est-ce que c'est mon gâteau préféré ? s'empressa t-elle de demander en voyant un gros fondant au chocolat dans une assiette sur la table.

- Oui. Tiens, d'ailleurs, est-ce que tu peux le mettre au frigo à côté de la tarte aux pommes s'il te plaît ? »

 

 

Son dessert préféré, et celui de Pétunia. Décidément, ils avaient envie que la journée se déroule bien, et Lily se demanda pendant un instant s'ils songeaient sérieusement que cela pourrait ne pas être un fiasco. Elle avait envie d'y croire aussi, mais Vernon et sa sœur avaient déjà fait plusieurs réflexions depuis qu'elle était entrée et elle savait que cela ne s'arrêterait jamais. C'était toujours la même chose.

 

Son père lui fit signe de la suivre dans la salle à manger avec l'apéritif et elle eut beau avoir envie de s'attarder dans la cuisine pour rester le plus loin possible des deux autres, elle s’exécuta quand même. Ainsi, ils furent tous les cinq rapidement réunis autour de la table en bois vernis qui avait été recouverte d'une nappe rouge à motifs de Noël pour l'occasion.

 

C'était presque risible, tant l'atmosphère était palpable. Tout le monde était tendu, chacun assis beaucoup plus droit dans sa chaise que d'ordinaire comme s'il leur était impossible de se relaxer en la présence des autres.

 

La télévision était allumée et assurait un fond sonore un peu rassurant. Lily songea immédiatement que l'idée venait de sa mère. Attirer l'attention des filles sur une émission de télévision qui diffusait des clips pour les empêcher de se focaliser l'une sur l'autre... C'était le plan parfait, sur le papier.

 

 

« Tu m'étonnes que plus personne ne nous respecte, avec des filles qui s'habillent et dansent de cette façon dans les clips, déclara Pétunia, les yeux rivés sur l'écran de l'autre côté de la pièce.

- De cette façon ? C'est de la danse Pétu, et si tu y vois autre chose, c'est que tu as un problème. C'est fou qu'on ne laisse toujours pas les gens s'habiller comme ils le veulent sans leur prêter d'intentions.

- Parce que tu crois qu'elles ne font pas ça pour qu'on les regarde ? Elles ne demandent que ça, déclara le fiancé de sa sœur sur un air goguenard qui manqua de lui faire rendre son petit déjeuner.

- Merci de donner ton avis de femme sur la question, Vernon, ironisa t-elle avec un large sourire qui se voulait amical et qui lui fit frémir la moustache.

- Vous préférez qu'on ouvre les cadeaux maintenant, ou après le repas ? s'enquit Rose, soucieuse de détendre l'atmosphère et d'éviter une querelle qui allait pourtant inexorablement se produire. »

 

 

Elle vit sa sœur ouvrir la bouche, puis la refermer aussitôt, et elle eut la sensation qu'elle se retenait pour leurs parents. Juste pour leurs parents. Cela conforta légèrement Lily. Peut-être qu'elles pouvaient au moins s'entendre là dessus.

 

 

« Comme vous voulez. Peu m'importe. J'ai laissé les miens dans la voiture pour l'instant, mais je peux aller les chercher.

- Attendons la fin du repas. Si nous avions su que nous mangerions aussi tard, nous aurions pris un plus gros petit déjeuner, se lamenta Pétunia en évitant délibérément le regard de Lily. »

 

 

Oh elle ne devinait que trop bien le sous-entendu qui se cachait derrière sa remarque. Elle était arrivée en retard, et elle avait su avant même de partir qu'elle aurait le droit à une réflexion. La pique était passée ni vue, ni connue auprès de ses parents qui avaient commencé à servir le vin.

 

C'était le premier verre, et le dernier qu'elle boirait ce midi là, et elle se jura d'en profiter. Elle aurait certainement moins de mal à supporter sa sœur et son odieux petit-ami si elle enchaînait les verres les uns après les autres, mais elle devrait aussi rester dormir chez ses parents, et à en juger par les gros bagages qu'elle avait vus dans le hall, Vernon avait déjà prévu le coup. Il était bien évidemment impensable qu'elle puisse passer la nuit ici s'ils étaient là tous les deux. Tant pis pour le vin. Elle devrait faire sans.

 

Bizarrement, l'ambiance entre les deux sœurs se détendit au cours du repas. Probablement parce que Lily n'ouvrait plus la bouche et n'écoutait plus vraiment ce qui se disait. Ou alors parce que leurs parents avaient pris le relais.

 

Elle avait oublié à quel point ils se disputaient pour rien. Des broutilles, littéralement. Ned n'entendait pas ce que Pétunia lui disait, et Rose le lui répétait en hurlant. Elle remerciait Vernon de ses compliments sur le vin qu'elle avait choisi, Ned lui faisait remarquer que c'était sa seule participation au repas. Il renversait malencontreusement son verre, elle lui reprochait d'avoir ruiné la nappe. Une nappe en papier. Une nappe qui ne valait rien.

 

Parfois, elle se demandait ce qu'il serait arrivé s'ils étaient vraiment partis chacun de leur côté après cette énorme dispute ce soir de mai, quelques années plus tôt. A l'époque, elle ne l'aurait pas supporté. Maintenant, tout était différent. Il lui semblait qu'ils n'avaient plus grand chose en commun à part leur amour pour leurs filles, et elle doutait que ce soit encore suffisant pour les réunir.

 

Elle se demandait si c'était de cette façon, que les couples mourraient. Elle se souvenait qu'ils s'étaient aimés. Elle l'avait vu. La preuve était encore sur plusieurs photos dans le grenier, ou même sur la cheminée. Une rencontre à la fête de leur village d'origine, un premier rendez-vous, un voyage dans un pays chaud, un mariage réussi, la naissance de la première fille, puis de la seconde, et un slow démodé à la fête d'anniversaire d'un de leur vieil oncle maintenant décédé... Elle les avait vues. Elle avait vécu certains de ces moments, et plein d'autres.

 

Alors pourquoi, comment, à quel moment les choses avaient-elles dégénéré ? C'était encore plus effrayant que si Lily ne les avait jamais vus s'aimer. C'était comme si les sentiments étaient partis sans prévenir et qu'ils s'étaient tous les deux retrouvés enfermés dans une vie dont ils ne voulaient plus, attachés à des responsabilités qui les empêchaient de songer une seule seconde qu'il leur restait un futur à vivre.

 

Elle ne voulait jamais en arriver là. Jamais. Mais elle doutait que qui que ce soit en ait envie. Cela arrivait à bien trop de gens. Ils se faisaient prendre, surprendre par le temps, et quand ils réalisaient que la seule chose qu'ils possédaient encore était une routine si bien huilée qu'ils en avaient oublié de s'aimer, les jours, les semaines, les mois, les années avaient déjà filé.

 

C'était terrifiant, et, assise à cette table autour de laquelle ses parents s'affairaient pour nettoyer la stupide marre de vin qui menaçait de venir dégouliner sur le tapis du salon, elle se demandait comment elle pouvait éviter cela, et si seulement c'était possible. Cela devait l'être. Les parents de Mary vivaient la belle vie. En apparence au moins. Ceux de James aussi. Alors pourquoi, pourquoi certains finissaient-ils inévitablement par imploser ?

 

Ceux de Marlène étaient divorcés depuis longtemps, et la jeune femme blonde répétait constamment que c'était la meilleure idée qu'ils aient eue. Ils s'étaient reconstruits chacun de leur côté et avaient réussi à rester amis malgré tout. Ils se retrouvaient régulièrement, pour les fêtes de famille ou pour partir en vacances ensemble, et même si Marlène avait du mal à supporter les cris et hurlements de ses plus jeunes demi-frères et sœurs, elle avait toujours affirmé qu'elle préférait sa vie maintenant que ses parents n'étaient plus en train de se cracher au visage devant elle.

 

Y avait-il vraiment une solution miracle ? Lily n'en était pas certaine. Elle aurait juste aimé un peu de répit, non seulement pour elle, mais aussi pour sa mère, pour son père, et peut-être, dans un élan de bonté ultime, pour sa sœur. Elle aurait juste voulu qu'ils se sortent de ce fétide et tristement banal schéma qu'elle ne supportait plus.

 

 

« Où est M. Podgy ? demanda t-elle en réalisant qu'elle ne l'avait pas entendu descendre les escaliers de son habituel pas lourd.

- Il est parti chasser, répondit immédiatement sa mère alors que Pétunia ouvrait la bouche.

- Je vais chercher la dinde, déclara Ned, une éponge imbibée de vin à la main.

- Alors, Vernon, ton magasin de bricolage se porte bien ? l'interrogea t-elle au prix d'un colossal effort.

- Je suis le meilleur vendeur, se vanta t-il. Je suis sûr d'avoir la prime de fin d'année. C'est soit moi, soit cet incapable de Hern, et ils ne vont certainement pas la lui donner à lui. Il ne sait même pas distinguer une perceuse pneumatique d'un marteau à air comprimé. L'autre jour, il... »

 

 

Il continua, continua, continua, et Lily se maudit d'avoir posé la question, d'avoir essayé d'être sympathique et de s'intéresser. Elle lâcha régulièrement quelques « hm hm » polis, et jeta un bref coup d'oeil à Pétunia qui avait l'air absolument passionnée par le discours de son fiancé. Un discours sur des perceuses. Un discours sur des perceuses, et un pauvre homme proche de la retraite qui devait se farcir Vernon tous les jours. Rien que pour cette raison, Lily songea que Hern méritait plus la prime que lui.

 

Ils l'écoutèrent tous pendant beaucoup trop longtemps à son goût, et elle fut soulagée lorsqu'ils passèrent au dessert et qu'ils décidèrent d'un commun accord de s'échanger les cadeaux. Il était déjà seize heures et Lily ne tenait pas particulièrement à s'éterniser. Elle était juste impatiente de retrouver les filles. A ce stade là, elle en avait besoin.

 

Elle jeta un coup d'oeil à son portable en marchant jusqu'à la voiture de James à l'intérieur de laquelle elle avait chargé les cadeaux pour ses parents et Vernon et Pétunia, et elle écarquilla les yeux quand elle lut les derniers messages de Marlène et Mary.

 

 

Marlène : Sirius nous invite chez les Potter.

Marlène : Et les Potter nous invitent aussi.

Mary : C'est bon pour moi si c'est bon pour vous.

Mary : Dis à Sirius de m'envoyer l'adresse STP.

Lily : Je n'ai pas dit que c'était bon pour moi !

Marlène : Oh Lily s'il te plaît, regarde tes messages.

 

 

La jeune femme rousse poussa un soupir ennuyé, et ferma le groupe de discussion pour jeter un coup d'oeil à ses notifications. Sirius lui avait écrit sur instagram, et elle avait deux SMS non lus de James.

 

 

Sirius : Elle a fait des cannelés exprès pour toi.

Sirius : Si tu ne viens pas, tu lui briseras le cœur.

Sirius : Je suis sûr que tu n'es pas assez monstrueuse pour avoir ça sur la conscience.

 

 

Au dessus des messages se trouvait une photo d'Euphemia tenant un énorme saladier dans lequel se trouvait une quantité astronomique de petits gâteaux. Un grand sourire était plaqué sur son visage, et Lily voyait à quel point elle était heureuse d'avoir les deux garçons avec elle. Elle prit une profonde inspiration et commença à taper.

 

 

Lily : Oh Sirius, dis lui merci de ma part, mais je ne veux pas les déranger aujourd'hui.

 

 

Elle ferma la conversation pour ouvrir les messages de James, et elle esquissa un sourire.

 

 

James Littérature : Evans, réponds à tes amies, elles me harcèlent pour savoir si tu viens chez mes parents ce soir.

James Littérature : D'ailleurs, est-ce que tu viens chez mes parents ce soir ?

 

 

Elle s'apprêtait à répondre lorsqu'elle reçut un nouveau message de Sirius sur instagram qui contenait cette fois une vidéo sous laquelle il avait simplement écrit « Je pensais que je n'aurais pas besoin de trahir mon ami, mais tu ne me laisses plus le choix. ». Elle l'ouvrit en fronçant les sourcils. Cette petite fouine avait discrètement filmé la table alors qu'ils discutaient tous les quatre autour du repas.

 

 

« Bon, tu comptes l'inviter avant que la nuit ne tombe ou je dois le faire ? s'impatienta Sirius.

- Je ne sais pas, dit James d'une voix neutre. J'ai peur que ce soit bizarre.

- Rémus et Peter ont passé Noël avec nous l'année dernière, et ce n'était pas bizarre, intervint Fleamont et Lily put entendre le sourire espiègle dans le ton de sa voix.

- Si tu t'inquiètes pour elle, invite la, c'est aussi simple que cela, ajouta Euphemia. Dis lui de venir avec ses amies, nous avons fait à manger pour tout le pays. »

 

 

Elle aurait définitivement aimé entendre la suite de la conversation, mais la vidéo s'arrêtait là, et c'était déjà assez pour qu'elle se sente délestée d'un poids qu'elle ne savait même pas qu'elle portait. Il s'inquiétait pour elle. Il pensait à elle. Elle n'avait que brièvement mentionné qu'elle passerait Noël en famille et qu'il y aurait sa sœur, et il se souciait de savoir si elle allait bien, et c'était quelque chose de nouveau pour elle. Mary et Marlène s'inquiétaient toujours. Aucun garçon ne s’inquiétait jamais. Severus n'avait jamais semblé s'inquiéter. Il s'était vaguement intéressé, et c'était tout.

 

Elle tenta du mieux qu'elle le put d'ignorer le sentiment de pesanteur qui menaçait de s'installer au creux de son estomac parce qu'il était hors de question que le sombre souvenir de son ex petit-ami revienne encore la hanter maintenant, et puis elle rouvrit sa discussion avec James.

 

 

Lily : Est-ce qu'il y a une heure particulière pour arriver ?

 

 

Elle verrouilla de nouveau son téléphone, le glissa dans la poche arrière de son jean, et ouvrit le coffre pour récupérer les quelques paquets qui s'y trouvaient. Elle n'était pas peu fière d'être parvenue à dénicher un cadeau correct à Pétunia et Vernon. Ce n'était qu'un bon d'achat dans une papeterie que sa soeur appréciait, mais au moins, elle savait qu'elle s'en servirait. Tout comme la bouteille d'alcool qu'elle avait achetée pour le jeune homme qui se disait fin connaisseur mais qui, d'après Ned, était à peine capable de faire la différence entre un cognac et un whisky.

 

Ses parents lui avaient offert une enveloppe avec de l'argent ainsi qu'un roman, et elle ne fut pas surprise lorsque Pétunia et Vernon lui tendirent une boîte de chocolat entamée. Elle ne s'était pas attendue à grand chose, mais elle dut quand même réprimer un fou rire nerveux lorsqu'elle constata qu'il ne restait qu'une dizaine de douceurs à l'intérieur. Le pire fut probablement la façon dont ils la fixèrent, en attendant patiemment qu'elle les remercie. Et elle le fit. Aussi chaleureusement qu'elle le put.

 

Puis ils commencèrent à discuter du mariage. Il était évident qu'elle était aussi peu conviée à la conversation qu'elle ne l'était à la cérémonie, alors elle fit mine d'écouter sans pour autant participer. Elle sut à la façon dont Pétunia lui jetait régulièrement des regards en coin avec une fierté absolue qu'elle pensait qu'elle avait gagné une course à laquelle Lily ne savait même pas qu'elle participait.

 

Elle n'avait jamais spécialement voulu fonder une famille, ni se marier. C'était le rêve de sa sœur. Les siens étaient différents. Elle n'aspirait pas vraiment au schéma typique : rencontre, mariage, enfants. Quand sa sœur la toisait comme si elle était persuadée que Lily brûlait de jalousie, cela ne faisait que la rendre hilare parce que Pétunia serait coincée toute sa vie avec un accro aux perceuses odieux et le pire était qu'elle le désirait ardemment. Comment pouvait-elle penser une seule seconde qu'elle l'enviait ?

 

Elle voulait avoir le temps de vivre sa propre vie avant de la partager avec quelqu'un d'autre. Elle voulait apprendre à mieux se connaître elle-même, à s'amuser toute seule, à être indépendante, et elle savait que ce n'était pas le genre de vie qui attirait tout le monde. Elle respectait complètement cela. Elle aurait juste aimé que sa sœur puisse envisager qu'il n'y avait pas qu'une façon de vivre.

 

 

« ...Marge portera une robe mauve et elle a même prévu de confectionner quelque chose pour son chien ! s'enthousiasma Vernon.

- Je crois que je vais y aller, intervint Lily en faisant racler sa chaise sur le sol.

- Déjà ? s'enquit sa mère en lui jetant un regard presque suppliant.

- Il est presque dix-huit heures, et ce n'est pas comme si vous aviez besoin de moi pour discuter du mariage, au contraire. »

 

 

Elle avait dit cela avec un total détachement, pas parce que l’événement en question  lui importait peu, mais parce qu'elle savait que les deux concernés ne verraient aucune objection à son départ. Du moins, c'était ce qu'elle pensait.

 

 

« Je te rappelle que tu as dit que tu ne voulais pas venir, déclara Pétunia sur un ton suffisant. »

 

 

Lily écarquilla les yeux. Elle n'avait évidemment pas eu l'intention de passer une journée horrible lors de laquelle elle serait placée avec les personnes les plus susceptibles de lui faire passer un mauvais moment selon sa soeur, mais elle se rappelait aussi du coup de fil qu'elle lui avait passé quelques semaines plus tôt et lors duquel elle lui avait clairement laissé savoir qu'elle ne voulait pas d'elle là bas. Elle détestait la façon qu'elle avait de toujours la faire passer pour l'unique responsable de tous les maux de cette famille.

 

 

« Comme tu veux, Pétu, souffla t-elle simplement, soucieuse de ne pas envenimer les choses juste avant son départ.

- … Ne peut même pas faire d'effort pour le mariage de sa seule sœur. Pétunia était anéantie, entendit-elle Vernon marmonner en direction de ses parents, et ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase.

- Excuse-moi ?

- Je n'ai rien dit.

- Je crois que si, insista t-elle. Quelque chose sur le fait que je ne fasse pas d'effort pour le mariage de ma seule sœur. Tu sais quoi ? je vais venir, finalement.

- Non, non, Vernon ne voulait pas dire ça ! s'empressa d'affirmer Pétunia en agitant ses bras devant elle.

- Oh si, je crois qu'il voulait le dire, répondit Lily avec un sourire faussement aimable, et il a raison. je ne voudrais pas que tu penses que je ne suis pas capable de faire d'effort pour toi.

- Mais... Mais les plans de table sont déjà presque terminés et...

- Tu trouveras certainement une place pour ta seule sœur.

- J'ai sûrement un peu exagéré les choses, déclara Vernon dont le visage était soudainement plus pâle que d'ordinaire.

- Dans le doute, je préfère venir. Je ne voudrais pas que Pétu soit déprimée à cause de m...

- M. Podgy est mort ! s'écria brutalement sa sœur en bondissant de sa chaise. »

 

 

Un surprenant silence enveloppa tout à coup la pièce, et le regard ahuri et confus de Lily jongla entre les trois membres de sa famille. Pétunia était aussi écarlate que Vernon était blanc, et Ned et Rose semblaient tous les deux à la fois abattus et contrariés.

 

 

« Est-ce que c'est vrai ? parvint à demander Lily au prix d'un grand effort. »

 

 

La discussion sur le mariage était soudainement oubliée, et c'était exactement le but de Pétunia. Elle n'avait de toutes façons jamais vraiment apprécié ce chat. Il était toujours trop collé à Lily à son goût, et elle le trouvait paresseux et inintéressant.

 

 

« Pétunia... On avait dit pas aujourd'hui... souffla Ned sur un ton de reproche.

- Ca m'a juste échappé, je...

- Ca ne t'a pas juste échappé, gronda Lily qui sentait la colère monter en elle aussi rapidement que lorsque Severus l'avait suivie à la bibliothèque universitaire.

- Lily, ma puce, M. Podgy était vieux et fatigué et il fallait que ça arrive un jour, ajouta Rose sur un ton doux. »

 

 

Elle retint un sanglot, attrapa rapidement ses affaires, et sortit en trombes de la maison. Elle n'avait même plus le cœur à aller chez les Potter, elle était furieuse, désabusée, triste, et dégoûtée au delà des mots. Elle voulait être seule. Il fallait qu'elle soit seule. Elle aurait voulu terminer cette journée en beauté, et elle avait cru qu'elle le pourrait pendant un bref instant, mais Pétunia gagnait toujours.

End Notes:

Reminder pour la prochaine fois que je veux publier : La nuit c'est pour dormir, et pas pour poster des chapitres.

Bonne nuit :)

And how do I know if you're feeling the same as me ? by ECM

 

James Potter n'était pas le genre de garçon qui trouvait quelqu'un et vieillissait avec. Il en était persuadé depuis son adolescence. Il avait connu des filles, mais il n'était simplement pas intéressé par autre chose que par des relations sans lendemain. C'était purement physique, perpétuellement. Ça n'avait jamais été autrement. Il était trop focalisé sur le basket pour ne serait-ce qu'envisager de se mettre en couple avec qui que ce soit. D'autant plus que la situation avec ses parents était compliquée, et il ne s'attendait pas à ce que quelqu'un accepte qu'il leur consacre autant de temps. Et puis, il ne s'était jamais assez attaché à une fille pour se poser la question.

 

 

« Sérieusement, James ? souffla t-il pour lui même en sortant d'une pâtisserie avec un carton rempli de cupcakes. »

 

 

Il leva les yeux au ciel, irrité par sa propre initiative, et traversa rapidement la rue pour rejoindre sa voiture. Dès qu'il fut assis à l'intérieur, il enfouit sa tête dans ses bras contre son volant, et resta un moment dans la même position, les yeux clos, avec l'idée ferme de chasser de son esprit toutes les pensées les plus irrationnelles qui s'y agglutinaient.

 

Après avoir laissé entendre qu'elle allait venir fêter Noël avec le reste du petit groupe chez ses parents deux jours plus tôt, Lily avait fini par lui envoyer un message pour s'excuser et lui dire qu'elle ne pourrait pas être là. Il n'avait pas eu de nouvelle depuis. Il lui avait demandé comment elle allait. Deux fois. Elle n'avait pas répondu. Et puis Mary lui avait écrit, lui avait raconté que sa sœur avait été odieuse, et que son chat était mort. Vraisemblablement, elle était trop triste pour lui répondre.

 

Il le comprenait. Il savait qu'elle était abattue. Il en était sûr. Il n'avait aucun doute là dessus. Et pourtant... Pourtant, il ne pouvait s'empêcher de se demander s'il avait fait quelque chose de mal, ou s'il n'avait pas fait quelque chose qu'il aurait dû faire. Il s'en voulait sans aucune raison, et il savait que son comportement était insensé et aberrant. Elle était juste peinée et énervée contre sa sœur, et pourquoi est-ce qu'il fallait toujours qu'il rapporte tout à lui même ?

 

Il s'inquiétait perpétuellement pour ses parents, pour Sirius, Rémus, ou Peter quand ils avaient des problèmes, pour les filles de son équipe d'une façon plus modérée, mais Lily... Lily avait attiré son attention dès qu'il l'avait rencontrée.

 

C'était seulement quelques semaines plus tôt, un soir de novembre, il s'en souvenait aussi clairement que si cela s'était passé la veille. Il avait vu cette fille à quelques mètres de la porte de l'amphithéâtre qu'il cherchait, en train de se débattre avec une paire d'écouteurs. Elle portait un pull à carreaux rose, un jean vert émeraude, de grosses chaussures marrons, et un sac à dos beige pendait sur son épaule. Le style était curieux, mais efficace, et c'était probablement la première chose qui l'avait interpellé.

 

La deuxième étant ses cheveux. De longs et fins cheveux roux dont les pointes touchaient presque la boîte de chocolat qu'une de ses camarades venait de lui offrir et qu'elle observait comme s'il s'était agi d'un trésor. Il aurait probablement pu aborder quelqu'un d'autre ce jour là, mais ce fut-elle. Elle était seule et elle avait l'air sympathique et il ne pouvait décemment pas nier qu'elle était jolie. Jolie d'une drôle de façon. Il ne pouvait même pas se l'expliquer exactement, il savait juste qu'il aimait ça.

 

Il aimait trop ça. Il l'avait dit à Sirius dès qu'il était rentré ce jour là. Et à chaque fois qu'ils s'étaient vus par la suite, il s'était fait cette même réflexion. Alors naturellement, il en était venu à se soucier d'elle autant qu'il se souciait de ses amis les plus proches. Ce n'était pas lui. Définitivement pas. Elle était juste trop surprenante, et trop intelligente, il l'avait rapidement remarqué. Et la cerise sur le gâteau, elle était drôle. Elle avait cet humour mordant qui le choppait à chaque fois et qui lui manquait systématiquement quand il n'était plus avec elle.

 

Et puis elle avait du répondant, elle n'aimait pas lui laisser avoir le dernier mot, et enfin, elle ne s'arrêtait pas à ce qu'elle voyait. Ils n'étaient pas destinés à se croiser, c'était évident. Il avait du mal à l'admettre parce qu'il n'aimait pas l'étiquette, mais il était un garçon populaire, l'un de ceux dont tout le monde connaît le nom sur le campus, et elle était une fille discrète. Brillante, mais discrète.

 

Elle lui avait laissé une chance de lui montrer qu'il était autre chose que le capitaine de l'équipe de basket populaire, le cliché ambulant qui termine perpétuellement les matchs avec une fille sous chaque bras, il n'était pas comme ça. Ou du moins, il aimait à le penser. Curieusement, ils s'étaient entendus tous les deux. Plus qu'entendus. Infiniment plus qu'entendus.

 

Il ouvrit brutalement les yeux quand il entendit son portable vibrer sur le siège passager, et il s'en saisit pour répondre à un message de Kingsley avant de mettre le contact et de rouler vers son appartement... Qui se trouvait être en face de celui dans lequel elle vivait actuellement. Les planètes n'avaient jamais autant été alignées.

 

Il ne prit même pas la peine de déposer son sac chez lui, il frappa directement chez Mary, la boîte de cupcakes à la main, et la jeune femme brune lui adressa un sourire quand elle lui ouvrit. Il aimait bien Mary. Ils avaient passé un bon moment à parler lorsqu'elle était venue avec Rémus et Marlène chez ses parents le soir de Noël, et il n'avait pas été surpris de l'apprécier encore d'avantage.

 

Elle ne ressemblait pas à Lily. Elles n'avaient définitivement pas un caractère similaire, mais elles étaient toutes les deux très ouvertes d'esprit, tolérantes et drôles, et c'était probablement ce qui les avait rapprochées. Mary lui faisait penser à Sirius à certains moment, et à Peter à d'autres. Elle n'avait pas un caractère aussi explosif que Marlène, mais elle n'était pas en reste.

 

 

« J'imagine que ce n'est pas pour moi... le taquina t-elle en le laissant entrer.

- Pour qui est-ce que tu me prends, MacDonald ? Je ne suis pas un mufle, répondit-il en ouvrant la boîte devant elle. Ne prends juste pas le rose, c'est le mien.

- Altruiste, poli, aucun problème de masculinité fragile... Potter, est-ce que tu as au moins un seul défaut ?

- Non, bien sûr que non, affirma t-il avec un sourire arrogant.

- Ah, voilà. Prétentieux, pointa t-elle avec un sourire amusé en se saisissant d'un gros cupcake au glaçage bleu. Merci. Elle est dans sa chambre, tu peux y aller, mais je te préviens, elle a déjà de la compagnie.

- De la compagnie ? répéta t-il en lui lançant un regard interrogateur.

- Je ne vais pas te le dire, ça te gâcherait l'expérience, répondit Mary avant de retourner s'étaler sur le canapé tout en mordant dans le gâteau. »

 

 

Il l'observa curieusement pendant une seconde, ignorant la pointe de jalousie qui faisait systématiquement son apparition au moment où il s'y attendait le moins, et il se dirigea vers la chambre de Lily. Une drôle de musique qu'il ne connaissait que trop bien parvint à ses oreilles avant même qu'il ne frappe à la porte, et quand il entendit un « Oui ? » sonore et qu'il ouvrit enfin, il écarquilla les yeux en constatant que son meilleur ami était là.

 

 

« Qu'est-ce que...

- Ne bouge pas ! le coupa Lily. »

 

 

Elle était à une extrémité de la chambre, et Sirius était à l'autre. Elle s'élança vers lui en courant, bien que la pièce ne fut pas assez vaste pour lui permettre de faire plus de deux foulées, et le jeune homme la rattrapa au vol et la souleva au dessus de sa tête quand elle se jeta sur lui, manquant de la propulser à la fois dans le mur, et dans le luminaire. James comprit immédiatement ce qu'ils étaient en train d'essayer de faire, et il laissa échapper un rire abasourdi quand ils y arrivèrent plus ou moins.

 

 

« Presque ! Presque ! s'écria Lily, surexcitée en retombant sur ses pieds

- Appuies toi bien sur moi au début, l'encouragea Sirius.

- James, qu'est-ce que tu en penses ? Oh est-ce que tu nous as amené à manger ?

- C'était... Impressionnant, répondit-il en clignant rapidement des yeux et en ouvrant le carton entre eux.

- Ce n'était pas si bien, je sais, mais on ne s'entraîne que depuis deux heures.

- Non, c'est juste que je ne m'attendais pas à tomber sur vous deux en train de tenter de reproduire le porté de Dirty Dancing. Et encore moins sur cette musique, s'empressa t-il de préciser alors qu'elle se saisissait d'un cupcake au chocolat.

- Je te l'avais dit, soupira Sirius en se tournant vers Lily. Il critique toujours le rap péruvien sans lui laisser une chance.

- Je ne critique pas, je dis juste que c'est surprenant, se défendit-il en se retenant de rire.

- C'est vraiment mieux que ce que je pensais, lui assura la jeune femme avec un entrain désarmant. Ne bougez pas, je vais chercher à boire. »

 

 

Elle le contourna, et après avoir posé la boîte de gâteaux sur une commode à l'entrée de la chambre, il se tourna vers son meilleur ami en haussant les sourcils. Sirius adorait Lily. James aurait pu être jaloux s'il n'était pas aussi sûr que personne ne pourrait jamais leur enlever le lien infrangible qu'ils partageaient.

 

 

« Je ne sais pas quelle question je dois poser en première. Est-ce qu'elle va bien ? Pourquoi est-ce que tu es ici en train de faire le porté de Dirty Dancing avec elle sur cette musique ? Est-ce que tu pensais me prévenir, à un moment ?

- Tu ne te décidais pas à aller la voir, et je me suis dit « quoi de mieux qu'un petit porté pour la remettre d'aplomb ? », ça avait fonctionné avec Pete quand lui et Emmie ont rompu, répliqua automatiquement le jeune homme en lui donnant un petit coup de poing sur l'épaule. Et pour le rap péruvien, je n'ai aucune excuse, et je l'assume pleinement.

- Est-ce que ça marche, au moins ?

- Ça a l'air. Je veux dire, elle a ri. Plusieurs fois. Si j'étais toi, je m'inquiéterai. Enfin, il faudrait déjà que tu aies la présence d'esprit d'admettre que tu as envie de la tripoter jusqu'à la fin de ta vie, mais je crois que tu en es encore au stade du déni, le taquina Sirius en haussant les sourcils, et James l'attrapa immédiatement par le pull et lui coinça la tête sous son bras. Oh lâche moi ! aboya t-il en essayant vainement de se dégager de son étreinte. »

 

 

Lily réapparut une minute plus tard avec trois verres d'eau et le sourire doux qu'elle lui adressa alors qu'il desserrait son étreinte autour de Sirius l'air de rien lui donna l'impression de sortir d'une douche chaude après un long match de basket.

 

Ce ne fut qu'à ce moment là qu'il réalisa pleinement que la dernière fois qu'il s'était trouvé ici avec elle, ils s'étaient entraînés à une toute autre sorte de porté. Il ne put s'empêcher de la fixer parce qu'il voulait savoir si elle y pensait aussi, et à la façon dont elle détourna les yeux il en conclut que oui.

 

Sirius s'était avachi sur le lit comme s'il était chez lui, et James sourit quand Lily lui reprocha de mettre des miettes partout et qu'ils se chamaillèrent. C'était terrible, mais il voulait que son meilleur ami parte maintenant. Maintenant. Et il se détestait de le penser si fort qu'il avait peur que Sirius ne l'entende. Il avait juste besoin d'avoir Lily pour lui tout seul, il avait juste besoin de la débarrasser de la couche de vêtements superflue qu'elle portait, il avait juste besoin, désespérément besoin de l'allonger là et de la sentir sous lui, au dessus, peu lui importait, du moment qu'il pouvait la toucher.

 

Il se serait satisfait de sa main dans la sienne. S'il avait été seul, il aurait levé les yeux au ciel à cette simple pensée. Il avait l'impression d'avoir huit ans autour d'elle. Il aurait définitivement dû passer par ce genre de réflexions lorsqu'il était plus jeune, mais c'était la première fois qu'une fille l'intéressait vraiment. Il avait cru pendant longtemps qu'il n'était simplement pas comme les autres, qu'il ne ressentait pas les choses de la même manière, qu'il n'était pas capable de comprendre le manque, l'angoisse de l'absence de l'autre, les sentiments, simplement.

 

Oh il l'était. Il l'était définitivement. Il le savait maintenant. Il avait compris certaines choses au contact de ses meilleurs amis, et Lily avait fait le reste du travail sans même le savoir. Il aurait voulu le lui dire. Il y avait juste ce petit, minuscule, insignifiant problème, ce caillou dans la chaussure dont il ne semblait pas pouvoir se débarrasser : Elle n'était pas prête, et il n'était pas sûr d'être celui dont elle avait besoin.

 

Il lui avait dit qu'il ne sortait avec personne, et c'était la vérité, mais il doutait qu'elle comprenne le véritable problème. Il ne savait pas comment fonctionnait une relation sérieuse, il ne s'était jamais investi émotionnellement, et il n'avait aucune envie de tout mettre à feu et à sang dans sa vie. Elle semblait déjà assez compliquée sans qu'il ne vienne la ruiner encore plus. Il ne pouvait pas lui faire cela. Toutefois, il y avait cette petite voix dans sa tête qui lui disait d'essayer. Ou plutôt, trois voix bruyantes dans tout son appartement qui lui hurlaient constamment de faire enfin quelque chose avant qu'elle ne se trouve quelqu'un d'autre.

 

Et puis il y avait le problème du basket. Il coachait son équipe, et ils savaient tous les deux à quel point les choses pouvaient s'envenimer si quelqu'un apprenait qu'ils étaient plus que ce qu'ils ne prétendaient. Il ne voulait pas abandonner les filles, pas après s'être autant investi auprès d'elles, et il ne voulait pas que Lily parte non plus. La seule issue qu'il leur restait était de se cacher, et c'était la solution la moins raisonnable de toutes.

 

Il n'était pas, à proprement parlé, interdit pour un ou une coach de sortir avec sa joueuse ou son joueur, c'était simplement une règle non verbalisée que tout le monde connaissait. Se lancer dans une telle relation était périlleux pour toute l'équipe, et il était persuadé que Gladys et Doris ne laisseraient pas passer cette occasion d'être horribles avec Lily, voir même de demander à ce que la faculté remplace James. Il avait toutefois moins peur pour lui que pour elle. Les deux filles l'appréciaient malgré les mots qu'ils avaient pu échanger par le passé, et il doutait qu'elles tapent sur lui en priorité.

 

 

« Ce cupcake est le meilleur que j'ai jamais mangé, souffla Lily en observant d'un air morose la caissette en papier vide dans sa main.

- Il t'en reste trois là dedans, pointa t-il en désignant la boîte avec un sourire.

- Ils sont tous pour moi ?

- Il y a une époque où ils étaient tous pour moi, déclara Sirius sur un ton faussement dramatique en bondissant du lit de la jeune femme.

- Reprends-en un, l'encouragea Lily en ricanant

- Pas le rose.

- Je sais, le rose, c'est le tien, récita le jeune homme comme s'il avait déjà entendu cette phrase des dizaines de fois.

- C'est le tien ? s'enquit Lily en arquant un sourcil.

- C'est mon préféré, répondit James en haussant les épaules. »

 

 

Il y eut un moment de flottement pendant lequel Lily, assise au bout de son lit, garda les yeux solidement vissés sur lui. Adossé au mur le plus proche de la porte, il ne sut exactement ce qu'il avait dit ou fait pour qu'elle lui lance ce genre de regard, mais il voulait recommencer. Encore et encore.

 

 

« Vous savez quoi ? Je crois que je vais aller partager celui-ci avec Mary, intervint Sirius en adressant un sourire en coin en direction de James lorsqu'il passa devant lui pour récupérer l'un des gâteaux. »

 

 

La porte se referma derrière lui, et Lily continua de fixer James, imperturbable. Elle se mordit la lèvre, et il se demanda pendant une seconde avec quelle volonté il parvenait encore à ne pas se jeter sur elle. D'autant plus depuis qu'il savait ce à quoi elle ressemblait quand il était en elle, et qu'il se souvenait du son particulier de sa voix quand elle lui chuchotait à l'oreille de ne jamais s'arrêter. Il était incapable de ne pas penser à la manière dont son corps tout entier tremblait entre ses mains quand elle perdait le contrôle.

 

Elle lui lança un ultime coup d'oeil avant de retirer son pull, et ce fut le dernier signe dont il eut besoin avant de la rejoindre en deux enjambées et de la faire basculer sur son lit, sa bouche contre la sienne.

 

 

 

 

« Est-ce que ça va ? »

 

 

La voix de Lily le tira de sa torpeur. Il quitta le plafond des yeux pour les poser sur elle alors qu'elle était en train d'enfiler le tee-shirt qu'il avait balancé sur le sol quelques minutes auparavant, et il se redressa pour se caler contre sa tête de lit.

 

 

« C'est moi qui devrais te poser la question. J'ai l'impression que ton Noël n'était pas une partie de plaisir. Je suis désolé pour ton chat.

- Ça va, répondit-elle après avoir lâché un soupir. Ces deux derniers jours n'étaient pas les plus agréables, mais j'ai la chance d'avoir un voisin qui a des méthodes efficaces pour me remonter le moral, termina t-elle en lui jetant un coup d'oeil espiègle.

- J'imagine que tu parles des cupcakes, pointa t-il en esquissant un sourire narquois.

- Je parlais des portés de Sirius, lui dit-elle avec une étincelle de défi dans les yeux. »

 

 

Il éclata de rire et lui envoya en pleine figure le premier oreiller qui lui tomba sous la main. Elle poussa une exclamation scandalisée qui se transforma rapidement en gloussement, et ils échangèrent un nouveau regard amusé avant qu'elle ne se laisse retomber à côté de lui. Il s'était déjà rhabillé parce qu'il avait prévu de sortir avec Peter après, mais il était trop focalisé sur ce qu'il venait encore de se passer pour quitter son lit maintenant. Il n'avait jamais eu du mal à partir sans se retourner, mais avec Lily, les choses ne se passaient jamais aussi simplement.

 

Il avait beau savoir qu'elle n'était pas prête à lui accorder plus d'importance, il y avait des moments où il ne pouvait s'empêcher de douter. Il aurait peut-être dû lui poser la question. Lâcher un sous entendu, au moins, mais il n'avait pas envie d'être de cette catégorie de pauvres types trop pressants qui ne voulaient pas comprendre quelque chose de clair. Il avait compris. Elle avait vécu quelque chose de spécial avec un autre garçon avant lui, et il avait eu un impact sur elle. Ce genre d'impact qui lui revenait régulièrement en pleine tête, comme le lui avait expliqué Mary. Il ne pouvait que la laisser faire les choses à son rythme.

 

Un quart d'heure plus tôt, ils étaient encore l'un contre l'autre, peau contre peau, et il y avait eu cet instant bien précis où ils s'étaient regardés et quelque chose s'était passé. Il ne savait pas tout à fait quoi, il savait juste qu'il s'était perdu et qu'il avait réalisé que leur relation était devenue intime à un tout autre niveau.

 

Ils avaient beau le dire, le répéter, persister et signer, ce n'était pas que physique. Ça ne pouvait pas être que physique. Pas quand son corps réagissait à la simple pression de ses mains sur ses épaules, à un unique regard de sa part, ou à un murmure à peine articulé. C'était plus que de l'attirance mutuelle. Elle devait s'en rendre compte. Elle le mettait dans un état second.

 

Il aurait voulu passer son bras autour de ses épaules sans que cela ne soit bizarre maintenant qu'elle s'était assise à côté de lui. Il aurait voulu l'étreindre juste un peu, juste pour flirter avec la limite d'un accord qui n'avait jamais vraiment tenu parce qu'il était évident qu'il n'en aurait jamais assez. Est-ce qu'elle savait seulement à quel point sa théorie était erronée ? Il n'avait jamais été très doué pour respecter les règles, mais il ne savait même pas s'ils en avaient toujours.

 

Son portable vibra quelque part sur le matelas, et ils soulevèrent les couvertures à sa recherche jusqu'à ce que Lily ne referme sa main dessus et le lui tende. Il avait un message de Sirius.

 

 

Mon pain d'épice : Mary et moi sommes en face.

Mon pain d'épice : Elle ne pensait pas que Lily était du genre expressive.

Mon pain d'épice : Oralement.

Mon pain d'épice : Et quand je dis oralement, je parle du son qui sortait de sa bouche, pas d'une quelconque pratique que je ne veux pas savoir si vous avez faite ou non.

Mon pain d'épice : Il va nous falloir une thérapie. A tous les deux.

 

 

Il retint un rire et tourna son portable vers la jeune femme à côté de lui qui s'empourpra immédiatement avant d'attraper son propre téléphone. Il devina qu'elle était en train de taper un message à sa meilleure amie pendant qu'il relisait machinalement ses derniers échanges avec Sirius.

 

 

« Est-ce qu'on les a traumatisés ? l'interrogea t-il après quelques minutes.

- Visiblement, répondit-elle sur un ton neutre, mais ils vont s'en remettre. Mary, du moins. Et puis ce n'est pas comme si je n'avais pas déjà trébuché sur la petite culotte d'Agatha dans la cuisine. Dans la cuisine, répéta t-elle en lui jetant un regard ahuri.

- J'imagine que ça fait un partout, nota James en souriant, essayant vainement de ne pas penser à quoi Lily ressemblerait s'il la penchait sur le plan de travail. »

 

 

Elle hocha la tête tout en lui rendant son sourire, toujours occupée à écrire aux filles pendant qu'il faisait défiler ses messages, et il s'arrêta soudainement sur la discussion qu'ils avaient eue le soir où Lily et Sirius avaient descendu une bouteille de gin et une bouteille de pastis à deux. La plupart des messages ne contenait que trois lettres « STP » jusqu'à sa première réponse.

 

 

James : Ce n'était qu'un coup d'un soir, vieux.

 

 

Il la fixa longuement, blasé. Il était presque sûr qu'elle l'avait lue, ce jour là, alors qu'il lui montrait la liste des messages de Sirius, et il s'était maudit jusqu'à finir par se persuader qu'elle n'avait rien eu le temps de voir. Il l'espérait, du moins, parce qu'il ne voyait décemment pas une seule raison pour laquelle elle acceptait encore de le fréquenter si elle pensait se résumer à cela. D'autant plus quand elle n'avait pas pu lire le message qui suivait.

 

 

James : Pour elle, en tout cas.

 

 

« James ?

- Hmm ?

- Pourquoi est-ce que tu ne sors avec personne ? »

 

 

Il verrouilla son portable et tourna la tête vers elle, les sourcils légèrement froncés. Elle avait posé son propre téléphone sur ses cuisses et le regardait comme s'il était une énigme. Il savait qu'il allait encore devoir marcher sur des œufs. Il faisait cela depuis un moment maintenant. Il voulait lui répondre sincèrement sans pour autant fermer complètement la porte, ni lui mettre une quelconque pression qui n'avait pas lieu d'être, mais il savait qu'il y avait une forte probabilité pour qu'elle ne comprenne pas que rien de ce qu'il n'allait dire ne s'appliquait à elle. Pas parce qu'elle n'était pas extraordinairement intelligente, mais parce qu'elle manquait tant de confiance en elle qu'elle ne pensait pas qu'une autre personne puisse s'intéresser à elle après son stupide ex petit-ami, d'après ce que Marlène lui avait expliqué un jour où elle dînait chez eux.

 

 

« Marly travaillait chez un glacier avant, et quand un client lui demandait conseil, elle proposait systématiquement de lui servir la boule de la glace la plus rose qu'elle avait, sur laquelle elle ajoutait toujours des vermicelles de toutes les couleurs, reprit-elle sans qu'il ne comprenne où elle voulait en venir. C'était une blague entre elle et ses collègues. Quatre vingt dix pour cent du temps, le client refusait à cause de la couleur de la glace, ou des vermicelles. On appelait ça « le détecteur à masculinité fragile ».

- Les glaces roses sont les meilleures ! C'est tout le temps à la fraise. Ou à la cerise. Ces types ratent un truc, réfuta t-il.

- Je sais, dit-elle en lui adressant un sourire. Tu manges des cupcakes roses.

- Mary m'a fait une réflexion là dessus.

- Évidemment.

- Alors...

- Tout le monde veut le garçon qui mange des cupcakes roses. Alors pourquoi est-ce que tu ne veux personne ? »

 

 

Il déglutit. Il avait soudainement juste envie de manger le cupcake en question. Il ne pouvait pas lui dire qu'il voulait quelqu'un, et que cette personne se trouvait justement à dix centimètres de lui. Il aurait été plus simple de s'étouffer dans le gâteau. Enfin, il pouvait le lui dire, mais il commençait à la connaître, et il savait que rien de bon ne sortirait de ça. Pas maintenant, en tout cas. Elle n'y était pas encore.

 

 

« 'Pas le temps, articula t-il simplement. Entre mes parents, le jeu, le coaching, et les cours, c'est compliqué. Et puis il faudrait quelqu'un qui supporte Sirius, c'est foutu d'avance, termina t-il, et il se félicita intérieurement lorsqu'elle émit un léger rire.

- Sérieusement, James, le poussa t-elle.

- Je suis sérieux !

- Tu as bien dû avoir des sentiments pour quelqu'un un jour. »

 

 

Il ouvrit la bouche et la referma aussitôt. Il avait des sentiments pour quelqu'un actuellement, et s'il avait su sans la moindre hésitation qu'elle accueillerait la nouvelle avec enthousiasme, il la lui aurait certainement confiée, mais il se contenta d'inspirer longuement avant de secouer la tête de gauche à droite.

 

 

« Personne ? répéta t-elle, surprise.

- Personne, confirma t-il.

- Hmm... »

 

 

Le silence retomba dans le chambre, et Lily en profita pour récupérer la boîte de cupcakes qu'elle installa entre eux. Ils mangèrent les derniers dans le plus grand des silences, et James réalisa qu'il avait sous-estimé la sérénité qui l'entourait lorsqu'il était avec elle. Plus aucune des craintes qu'il avait ressenties en quittant le magasin de cupcakes n'avait lieu d'être. Tout allait bien entre eux, du moins autant que les choses pouvaient aller quand deux personnes se mentaient sur ce qu'elles voulaient réellement, et il culpabilisa à peine d'avoir définitivement abandonné Peter. Avec un peu de chance, il comprendrait.

 

 

End Notes:

Hey :) Merci pour vos derniers retours sur le précédent chapitre, et à bientôt pour le suivant :)

There's no more night, blue skies forever by ECM

Lily était assise sur le sol gris de l'appartement des garçons et mordillait un stylo noir en relisant ses cours d'Histoire de la Littérature. Elle était penchée sur la biographie d'Ernest Hemingway depuis une bonne demie-heure lorsque James posa une tasse de chocolat chaud sur la table devant elle. Elle leva à peine les yeux mais murmura un rapide « merci » avant d'en boire une gorgée.

 

 

« Quand vous disiez que vous alliez réviser ensemble, je ne pensais pas que ça durerait encore toute la journée, pointa Rémus, debout dans la cuisine, les bras croisés.

- On peut aller chez Mary, proposa distraitement Lily sans quitter ses cours des yeux.

- Non, je voulais juste dire que j'imaginais que vous viendriez en ville avec nous.

- Peut-être plus tard, intervint James qui s'était laissé tomber sur le canapé, son pc sur les genoux.

- Si vous allez aux Trois Balais, ajouta Lily.

- Très bien, comme vous voulez. Je rejoins les autres et on vous tient au courant. »

 

 

Les deux concernés adressèrent un bref signe de main à Rémus avant de se replonger dans leurs cours. Les partiels n'étaient que dans une semaine, et ils étaient tous les deux déterminés à les passer haut la main. James voulait garder sa place dans l'équipe, et Lily savait que sa sœur l'attendait au tournant si elle ratait ses études. Elle ne pouvait pas se permettre d'échouer.

 

Elle caressa distraitement Brenda qui vint se frotter à elle en ronronnant, et un sourire se plaqua sur son visage quand le chaton grimpa sur ses jambes. Elle n'avait pas digéré la mort de M. Podgy, et elle n'avait pas répondu aux derniers messages de ses parents. Mary leur donnait des nouvelles de temps en temps parce qu'elle ne voulait pas qu'ils s'inquiètent trop, et elle lui en était reconnaissante. Elle n'arrivait pas à le faire elle-même. C'était trop, et elle avait besoin d'air. Fort heureusement, James était là pour lui apporter la distraction nécessaire.

 

Dernièrement, ils avaient passé plus de temps à se voir nus qu'habillés, c'était presque devenu un passe-temps régulier. Ils n'avaient même pas eu la décence de rejoindre l'un des deux appartements après leurs entraînements successifs de la veille. Elle avait fini sur ses genoux dans sa voiture, et après deux coups de klaxon malencontreux ainsi que d'innombrables et douloureux coups de coude dans la vitre, ils avaient conclu dans un fou rire que ce n'était définitivement pas leur meilleure prouesse. La semaine précédente, elle l'avait entraîné dans les toilettes de la bibliothèque universitaire juste avant qu'elle ne ferme et ils avaient failli y rester coincés. Deux jours plus tôt, il l'avait discrètement ramenée dans sa chambre et elle était rentrée chez Mary en catimini une heure et demie plus tard.

 

Elle aurait voulu prétendre que ce n'était qu'une distraction avec une date d'expiration, mais quand elle était avec lui, elle ressentait les choses d'une manière différente, et elle commençait à avoir sérieusement peur de ce qui suivrait. Elle s'attachait trop, et elle n'avait aucune idée de ce qu'il pensait de leur non-relation actuelle. Elle savait juste qu'il n'était pas intéressé par tout ce qui incluait des sentiments, et ce simple fait lui donnait systématiquement la nausée.

 

 

« Lily ?

- Hmm ?

- Est-ce que tu veux regarder Sleepy Hollow ? lui proposa t-il après deux heures de travail intensif.

- Maintenant ? s'étonna t-elle en se tournant vers lui.

- Je veux faire une pause, mais je sais qu'il nous reste du travail... Ce serait un peu comme si on faisait les deux à la fois, proposa t-il en haussant les épaules. »

 

 

Elle reporta son regard vers son cahier. Elle n'avait plus que quelques biographies à relire et elle n'avait pas prévu de commencer la Littérature des Etats-unis avant le lendemain, alors elle finit par acquiescer, et soulever délicatement Brenda pour la poser sur le canapé avant de se lever.

 

 

« Je vais le chercher. »

 

 

Elle quitta l'appartement des garçons et traversa le couloir pour pénétrer dans celui de Mary tout en jetant un coup d'oeil à ses messages. Les filles s'étaient envoyées quelques tiktoks, et Marlène lui avait demandé si elle venait se promener dans le centre cet après-midi.

 

 

Lily : Désolée, je bosse avec James.

Marlène : Oh waouh je suis surprise que tu répondes.

Marlène : J'avais parié une tablette de chocolat à Rémus que vous étiez déjà à poils.

Marlène : A moins que tu ne nous écrives pendant la chose.

Marlène : Auquel cas, c'est mauvais signe pour James.

Lily : Je porte mes vêtements.

Lily : Et lui aussi.

Mary : Mais pour combien de temps... ?

 

 

Marlène envoya un émoji qui pleurait de rire, et Lily leva les yeux au ciel puis soupira lourdement avant de fouiller dans l'armoire à Blu-ray. Elle ne baissa de nouveau les yeux sur son téléphone que lorsqu'elle eut trouvé le film en question.

 

 

Mary : Quoi qu'il arrive, je préfère que vous fassiez ça maintenant plutôt que ce soir quand je serai là.

Mary : Je ne me suis pas encore totalement remise de la dernière fois.

 

 

Plusieurs lignes d'émojis hilares suivaient la déclaration de Mary, et Lily s'empressa de taper une réponse.

 

 

Lily : Au moins, tu n'as pas glissé sur ses sous-vêtements, toi !

Mary : Peut-être parce qu'il n'en porte pas.

Lily : Il en porte.

Mary : Comment vous faîtes pour être aussi ordonnés ?

Marlène : Personne n'est spécialement ordonné, Mary, ce sont tes pratiques sexuelles qui sont chaotiques

Lily : Merci Marly.

Mary : MES pratiques sexuelles sont chaotiques ?!

Mary : Oh Marly, tu n'as pas entendu Jily.

Lily : Sérieusement ?

Mary : J'ai cru que le mur du salon allait tomber.

Lily : Arrête d'exagérer !

 

 

Lily laissa échapper un gloussement étranglé un peu contre sa volonté alors que Marlène n'envoyait plus que des gifs de personnages qui riaient à s'en décrocher la mâchoire, puis elle verrouilla son portable et retraversa le couloir. James était au téléphone quand elle pénétra dans l'appartement, et il lui jeta un regard d'excuse tout en faisant de lents allers retours entre la cuisine ouverte et le salon.

 

 

« Oui je passerai la voir demain, dit-il tout en lui faisant signe qu'elle pouvait s'installer. Tu es sûr que tu n'as besoin de rien ? »

 

 

Elle entendait vaguement la voix de son père à l'autre bout du fil sans pour autant pouvoir discerner des mots. Elle était de toutes façons en train de se débattre avec les nombreuses télécommandes posées sur la table. Au bout d'un moment, elle trouva la bonne et tomba directement sur l'écran d'accueil du film.

 

 

« Je viendrai te chercher avec Sirius pour aller faire un tour, ça me fera du bien de lâcher les révisions un peu, reprit-il avant de s'interrompre quelques secondes. Non, papa, c'est bon, je t'assure. Lily m'aide, et ce n'est pas une visite de quelques heures qui va influer sur mes études. »

 

 

Lily pivota légèrement vers lui, jute à temps pour le voir lever les yeux au ciel alors qu'il entamait ce qui devait être son sixième aller-retour, et elle esquissa un léger sourire.

 

 

« Oui, d'accord. Bon. Je te laisse, et ce n'est même pas la peine d'essayer de m'envoyer des messages pour me convaincre que tout va bien et que je peux rester travailler, je viendrai, déclara t-il d'un ton assuré avant de patienter un peu et de poursuivre. Merci, toi aussi. »

 

 

Il raccrocha et retourna s'asseoir sur le canapé avant de lâcher son téléphone sur la table basse, les yeux rivés sur l'écran. Il ne prononça pas un mot pendant un moment, et il lui sembla tendu.

 

 

« Tout va bien ? l'interrogea t-elle, toujours debout devant la télé, la télécommande à la main.

- Mon père a fait un petit malaise hier, il est à l'hôpital, répondit-il en tendant le bras pour grattouiller la tête de Brenda.

- Merde, je suis désolée, James. »

 

 

Il resta muet, les yeux rivés sur le chaton blanc qui s'était étalé et qui prenait à présent la moitié du canapé à lui tout seul, et il esquissa un bref sourire lorsqu'elle tendit encore plus ses pattes alors qu'il lui caressait le ventre. C'était souvent une zone à risque avec les chats, mais Brenda prenait toujours tout ce que ses maîtres lui offraient.

 

 

« Ça n'a pas l'air si grave. C'est juste qu'on ne s'habitue jamais au fait qu'ils vieillissent.

- Est-ce que je peux faire quelque chose ?

- Lance ce film et viens t'asseoir, lui ordonna t-il en tapotant la place libre à ses côtés. »

 

 

Elle lui obéit et remercia intérieurement Brenda de prendre autant de place, parce que son épaule était collée à celle de James et dernièrement, c'était l'endroit où elle préférait être. Elle s'enfonça un peu plus dans le canapé ses mains machinalement posées sur ses cuisses, et elle fixa l'écran.

 

Il y avait des moments où tout était bizarre et où elle se demandait à quel point elle était stupide de croire que ce qu'il se passait entre eux pourrait se terminer sans heurt. Elle n'était pas du tout détachée. Elle était attachée, irrémédiablement attachée, et elle aurait probablement dû le lui dire, mais cela revenait à se jeter dans le vide.

 

 

« Ichabod Crane est tellement plus canon que ce que je ne m'imaginais en lisant la nouvelle, commenta t-elle, et James laissa échapper un rire ironique.

- Sérieusement, Evans ? Cinq minutes de film et tu es déjà amoureuse du personnage principal ?

- Oh ne sois pas jaloux, Potter, il ne t'arrive pas à la cheville, répliqua t-elle sur un ton espiègle. »

 

 

Il secoua la tête en levant les yeux au ciel, puis elle lui donna un petit coup d'épaule qui le fit pouffer avant de se re-concentrer sur la télévision. Elle aimait l'univers gothique et les plans sombres sur la ville. Ce n'était pas le genre d'histoire qu'elle préférait, mais les costumes, les personnages, et les décors la tinrent en haleine.

 

La moitié du film était passée lorsque la main de James se glissa dans la sienne. Elle déglutit, et ses yeux verts se posèrent sur lui. Les siens étaient toujours rivés sur l'écran, comme si rien ne le perturbait, et elle se demanda comment il faisait ça.

 

Ce flegme l'impressionnerait toujours, elle en était persuadée. Elle esquissa un sourire quand elle sentit son pouce caresser le dos de sa main, et pendant un instant, ce fut comme si elle avait huit ans, comme s'élever hors de son propre corps et le contempler d'en haut. C'était spontané et sincère et elle avait besoin de penser qu'il aimait ce genre d'élan autant qu'elle, parce qu'ils en partageaient trop peu à son goût.

 

Ils couchaient ensemble, mais en dehors de ces moments là, ils n'avaient aucun geste affectueux l'un envers l'autre. C'était une espèce de règle qu'ils n'avaient toutefois jamais verbalisée et qu'il venait de mettre à mal sans qu'elle ne puisse lui en vouloir. A ce moment précis, elle se sentit d'attaque.

 

Elle eut la sensation d'être prête à croire qu'il était véritablement quelqu'un de bien, prête à laisser définitivement Severus dans le passé, et prête à accepter que les sentiments étaient là, déroutants et effrayants. Elle savait qu'ils n'étaient pas dans la meilleure des situations avec le basket, mais elle eut envie de penser qu'ils étaient capables de gérer cela.

 

Elle pesta à voix basse quand son portable vibra sur le bras du canapé, et elle y jeta vite fait un coup d'oeil. C'était un message de Marlène qui lui disait qu'ils allaient se promener au parc et qu'ils iraient ensuite grignoter quelque chose dans un pub qu'elle ne connaissait pas, si James et elle souhaitaient les rejoindre. Elle ne répondit pas immédiatement et retourna l'écran.

 

 

« Marlène me dit qu'ils vont au Chaudron Baveur. Tant pis pour les Trois Balais.

- Aussi loin ? l'interrogea t-il sans quitter la télévision des yeux mais en retirant sa main de la sienne à son grand dam. Qu'est-ce que tu veux faire ?

- Je ne vais pas réussir à me remettre dans les cours après le film, répondit-elle en essayant de ne pas réagir lorsqu'elle sentit ses doigts effleurer sa nuque. Je préfère les rejoindre, et puis ça me donnera l'occasion de découvrir un nouveau bar. »

 

 

Est-ce qu'il essayait de la rendre dingue ? Elle aurait voulu lui dire qu'il n'avait pas besoin de se fatiguer autant. Le simple fait d'être assise à côté de lui sur ce canapé lui donnait des idées qu'elle aurait préféré ne pas avoir. Pas avec son coach, en tout cas.

 

 

« On termine le film et on y va ? »

 

 

Elle hocha la tête et tenta vainement de se concentrer de nouveau sur le film, mais la main de James ne cessait de faire de lents aller-retours sur sa nuque et quand il arrêta pour la passer dans ses cheveux noirs, elle lui jeta instantanément un regard de reproche. Elle ne s'en aperçut que quand il fronça les sourcils pour toute réponse, et elle se retourna instantanément sur l'écran en déglutissant, sentant ses joues s'enflammer. Une seconde après, il reprit ses mouvements, et elle n'eut définitivement plus du tout envie de rejoindre leurs amis.

 

Pourtant, une demie heure plus tard, les portes de l'ascenseur se refermaient sur eux. Elle sentit son cœur taper contre sa poitrine quand James tourna son écran de portable vers elle et qu'elle y vit un message de Sirius.

 

 

Mon pain d'épice : ALEEEERTE ROUGE Glenda est au Chaudron Baveur. Retire immédiatement cette main du postérieur de Lily.

Mon pain d'épice : Ps : Je t'aime.

 

 

Au même moment, son téléphone vibra dans la poche arrière de son jean. Elle l'attrapa et décrocha aussitôt.

 

 

« Marlène ?

- Oui, Lily, je voulais juste te prévenir que l'une de tes coéquipières est au Chaudron Baveur.

- Merci pour le tuyau. James a aussi reçu un message de Sirius.

- Je voulais être sûre. Histoire que vous ne rentriez pas en vous tripotant, lui dit-elle et elle entendit les autres pouffer derrière.

- On ne se tripote pas, répliqua-elle gênée en essayant de chuchoter, mais elle vit au sourire amusé de James qu'il l'avait entendue.

- Maintenant je suis triste pour toi.

- Je raccroche, Marly.

- Je savais que tu... »

 

 

Lily coupa la conversation et rangea son téléphone dans la poche de sa veste. Elle était soulagée qu'ils doivent conduire jusqu'au bar parce qu'elle n'avait pas envie de regarder James dans les yeux maintenant.

 

 

« Tu t'occupes de la musique ? lui proposa t-il lorsqu'ils furent installés dans sa voiture. »

 

 

Elle se contenta d'ouvrir la boîte à gants et de choisir un CD parmi tous ceux qu'il avait laissés ici avant de partir à Newcastle, et elle fronça les sourcils quand elle tomba sur l'un d'entre eux qu'elle n'avait jamais écouté et sur lequel était écrit « Parce que nos cours te manquent déjà. ». Elle l'inséra dans le lecteur et leva les yeux au ciel quand elle entendit le début de Ain't no sunshine de Bill Withers.

 

 

« Sérieusement ?

- J'avais oublié que j'avais fait ça, ricana t-il.

- Tant pis pour toi. Je vais chanter très fort et très faux. »

 

 

Elle s'exécuta alors qu'ils sortaient du parking, et le rire de James lui donnait déjà envie de remonter dans l'appartement pour se retrouver seule avec lui. Elle aimait bien le regarder conduire. Il était toujours très concentré mais elle pouvait quand même voir de petits changements dans l'expression de son visage dès qu'elle disait quelque chose. C'était assez divertissant d'essayer de deviner ce à quoi il pensait.

 

 

« Ah, ça y est, tu es en train de te demander ce que tu fiches ici avec une fille comme moi, affirma t-elle en souriant dès que la chanson se termina.

- Tu ferais la même chose si je chantais la prochaine chanson en mettant toutes les notes à côté, répondit-il avec un sourire narquois, et elle lui donna une violente tape sur l'épaule qui l'offusqua. Je conduis !

- Je t'écoute, puisque tu sais si bien comment faire, grommela t-elle. »

 

 

Elle se rappelait l'avoir vaguement entendu fredonner, et elle le fixa avec un dépit certain quand il commença à chantonner Hey There Delilah des Plain White T's.

 

 

« Oh j'aurais dû m'en douter, pesta t-elle en levant les yeux au ciel.

- Quoi ? ricana t-il à la fin du premier couplet.

- Bien sûr que tu sais chanter. Tu es parfait, dit-elle avec un dédain qui échappa à son contrôle.

- Je ne suis pas parfait, répliqua t-il avant de pousser un soupir irrité et de reprendre. Pourquoi est-ce que j'ai l'impression que c'est une insulte ?

- Ça n'en est pas une, répondit-elle aussitôt. C'est juste que c'est épuisant pour nous autres, humains, de devoir rivaliser avec des gens comme toi.

- Si ça peut te rassurer, je ne sais pas colorier, lui confia t-il après avoir lâché un petit rire sarcastique.

- Colorier ? s'étonna t-elle. tout le monde sait colorier.

- Pas moi, nia t-il.

- Je ne comprends même pas comment c'est possible.

- Moi non plus, admit-il en haussant les épaules, les yeux toujours rivés sur la route. Je déborde toujours, je casse les mines, et les traits de crayon sont visibles à chaque fois, la couleur est plus foncée à des endroits et plus claire à d'autres, et on pourrait se dire que j'ai tenté de faire des ombres, mais non. J'essaie juste de colorier normalement, et c'est toujours un échec. Sirius a fait un stage dans une école primaire avec la fac d'Arts, et d'après lui, ses élèves de sept ans étaient meilleurs que moi.

- … Je ne te crois pas. Je maintiens : tout le monde sait colorier, c'est la chose la plus élémentaire après le collage de gommettes, répéta t-elle après avoir pris une seconde pour réfléchir.

- Je déteste ces trucs là. Ils te restent scotchés sur les doigts tout le temps.

- J'ai l'impression que tu fais un blocage sur les choses que nous avons apprises en maternelle, se moqua t-elle.

- Probablement parce que j'étais occupé à protéger mon doudou d'une horrible gamine avec un nœud noir dans les cheveux, rétorqua t-il avec un sourire narquois. »

 

 

Encore une fois, elle lui donna une tape sur l'épaule, puis elle se retourna vers la vitre. Il pleuvait un peu dehors, et elle fixa le paysage urbain sans vraiment le voir. Elle avait déjà essayé de se souvenir de ses années de maternelle, en vain. Le petit garçon au sourire espiègle de la photo ne l'avait pas marquée comme le jeune homme à côté d'elle était en train de le faire.

 

 

« Quel genre de mémoire est-ce que tu as, pour te souvenir de tout ça ? souffla t-elle avec une pointe de jalousie parce qu'elle n'était pas capable de s'en rappeler elle-même.

- Je ne sais pas. C'est juste des flashs, rien de très précis, pas de parole spécifique, juste toi en train de tirer une patte de mon doudou pendant que je tire l'autre de mon côté, et un sentiment de haine, termina t-il en riant.

- Le traumatisme, commenta t-elle avec un petit sourire.

- Je ne suis pas sûr de m'en remettre un jour, lui confia t-il en lui rendant son sourire. »

 

 

Il trouva une place pour se garer dans une ruelle à quelques minutes de marche du bar, et elle réajusta son écharpe autour de son cou lorsqu'ils en prirent la direction.

 

 

« Tu te souviens de la première fois que tu es montée en voiture avec moi ?

- C'était il y a littéralement quelques semaines. Je sais que je ne me rappelle pas de toi quand tu étais un morveux à doudou, mais je n'ai pas une si mauvaise mémoire, répondit-elle en lui jetant un regard amusé.

- Tu m'as dit que j'étais cool, ce jour là.

- Pour ma défense, je ne te connaissais pas encore très bien, ironisa t-elle avec un sourire, et elle éclata de rire lorsqu'il la bouscula volontairement.

- Je ne pensais pas.

- Quoi ?

- Qu'une fille comme toi pourrait me trouver cool.

- Premièrement, ça veut dire quoi, une fille comme moi ? Et deuxièmement, tu sais très bien que tu es cool. »

 

 

Ils ne marchaient pas aussi vite qu'ils auraient pu, et Lily savait qu'il la suspectait certainement autant qu'elle le suspectait de le faire exprès, mais elle savait aussi que ni lui, ni elle n'oserait une quelconque remarque là dessus. Les explications qui s'en suivraient seraient trop dérangeantes. Elle le vit glisser ses mains dans ses poches du coin de l'oeil, et son coude frôlait à présent le sien à chaque pas qu'ils faisaient.

 

 

« Je n'en sais rien. Dès le début, tu m'as donné l'impression d'être désintéressée.

- J'étais à l'ouest.

- C'était de l'indifférence, ou... ? il laissa sa question en suspend puis tourna la tête vers elle, et son regard pesa un instant sur elle alors qu'elle se demandait ce qu'il cherchait à lui faire dire. »

 

 

Elle ouvrit la bouche pour lui répondre, mais au même moment, une gigantesque masse se jeta dans les bras de James qui eut à peine le temps de retirer ses mains de ses poches pour rendre l'étreinte à son meilleur ami.

 

 

« Je pensais que vous n'arriveriez jamais ! s'exclama Sirius qui venait de sortir du pub dont l'entrée ne se trouvait plus qu'à une dizaine de mètres. Tu te souviens de Florian ?

- Fortarôme ?

- Celui là même, confirma le jeune homme d'un air renfrogné. Il est là, et j'ai besoin de toi.

- Sérieusement ? Encore après tout ce temps ? s'enquit James en ricanant.

- A chaque fois que je le croiserai. Jusqu'à ce qu'il meurt. Ou que je meurs. Et même là, je te demanderai de continuer à faire semblant.

- Qu'est-ce que...

- Son plus grand prétendant, expliqua simplement James en se tournant vers Lily.

- Je suis navré, mais je vais t'emprunter James.

- Oh fais-toi plaisir, il ne m'appartient pas.

- Il voudrait bien, rétorqua le jeune homme en esquissant un sourire narquois.

- Je peux aussi rentrer à la maison, pointa James, et Lily avait beau n'avoir aucune idée de ce dont ils parlaient, elle devina que c'était la dernière chose que Sirius souhaitait.

- Arrête tes conneries. Tu es mon petit-ami. Depuis plus d'un an. J'espère que tu t'en souviens.

- Est-ce qu'on fête nos fiançailles ce soir ? plaisanta James en enroulant son bras autour de ses épaules alors qu'ils s'étaient remis à marcher vers le pub. »

 

 

Sirius se contenta de lever les yeux au ciel, et Lily les observa avec un sourire amusé. Elle voulait absolument connaître toute l'histoire, mais aucun des deux garçons n'avait le temps de la lui conter maintenant, parce qu'un troisième était debout devant le Chaudron Baveur. Il semblait chercher quelque chose, et il s'arrêta immédiatement lorsqu'il les repéra.

 

 

« Sirius ! Je me disais bien que je t'avais vu sortir !

- Salut Florian, répondit James, et Lily vit le visage du jeune homme se décomposer. »

 

 

End Notes:

Bon, il faut que je vous dise, j'ai failli ne jamais poster ce chapitre, ni tout le reste d'ailleurs xD

J'allume mon pc, j'ouvre ma fic sur open office (oui je sais, il faut que j'aille sur sur Word), et là... PLUS RIEN.

J'avais toujours le nombre de page de la fic, et des mots surlignés sans que je puisse les voir. En gros comme si le texte était devenu blanc sur la page blanche, donc invisible quoi. Mais je pouvais même pas le voir en surlignant.

Bref, gros flippe parce que j'ai sauvegardé une partie de la fic sur un disque dur mais pas les deux derniers chapitres que j'ai mis littéralement mille plombes à écrire. Autant vous dire qu'à ce stade là je chialais littéralement xD

Après un redémarrage et de la patience, tout est revenu (omg merci).

Donc je vous laisse, je vais TOUT RE-SAUVEGARDER :D

A bientôoot <3

 

 

Something in me is stubborn by ECM

Lily était assise à côté de Marlène au Chaudron Baveur, et James la regardait fixement depuis quelques minutes. Ses yeux verts étaient vissés sur sa main et celle de Sirius, posées sur la table dans une étreinte qui déplaisait fortement à Florian Fortarôme à quelques mètres de là, assis près du bar avec ses amis. Il aurait tout donné pour savoir ce à quoi elle pensait, même si elle semblait juste amusée par la situation.

 

Sirius se refusait à regarder son prétendant, mais il demandait régulièrement à James de jeter des coups d'oeil dans sa direction pour surveiller la situation, ce qui faisait grandement ricaner Rémus et Peter, les deux seuls à connaître l'entièreté de l'histoire.

 

Elle était longue, compliquée, et ridicule, mais Florian était le plus grand fan de Sirius, et après une suite de quiproquos, il en était venu à croire qu'ils étaient faits l'un pour l'autre. A chaque fois qu'ils se croisaient, il prétendait que le destin les réunissait, et les maraudeurs avaient découvert grâce à lui à quel point leur meilleur ami était lamentable quand il s'agissait de rejeter quelqu'un. Il n'y arrivait simplement pas, et c'était hilarant.

 

Mary, Marlène, et Lily avaient beau essayer d'en savoir plus, personne ne vendait la mèche. Ils leur avaient seulement confié qu'ils avaient été dans le même lycée que Florian, et que le jeune homme avait toujours été fou amoureux de Sirius. Cela avait semblé leur suffire.

 

 

« Tu n'as jamais pensé à lui dire que tu n'étais pas intéressé ? le questionna la jeune femme rousse.

- Oh Lily, tu ne connais pas Florian, intervint Peter avec un sourire en coin avant de porter sa bière à ses lèvres.

- On ne demande qu'à le connaître, mais vous ne voulez rien dire, bougonna Mary.

- Parce qu'il n'y a rien à dire.

- Il y a certainement quelque chose à dire si tu dois faire semblant d'être en couple pour éviter qu'il ne s'incruste avec nous.

- Il a fait une exposition photo entièrement dédiée à mon auriculaire en première, souffla discrètement Sirius.

- Il le terrifie, leur confia James en se retenant difficilement de rire.

- Il ne me terrifie pas ! réfuta Sirius en sirotant son verre de vin. Il me met mal à l'aise, c'est tout. Et comme il a peur de James, je m'en sers à mon avantage.

- Il est fétichiste des doigts, et alors ? On a vu bien pire, commenta Marlène en haussant les épaules.

- On a entendu bien pire, la corrigea Mary avant de se racler la gorge et de lancer des regards insistants vers James et Lily qui firent tous les deux mine de ne pas se sentir concernés.

- Pourquoi est-ce qu'il a peur de toi ?

- Aucune idée, répondit-il, et Peter et Rémus avalèrent tous les deux leur gorgée de travers. »

 

 

Lily lui jeta un coup d'oeil suspicieux, et il enfouit affectueusement la main dans les cheveux de son meilleur ami juste parce qu'il savait que cela la perturberait assez pour qu'elle laisse tomber l'interrogatoire. Elle semblait toujours le regarder avec plus de tendresse quand Sirius et lui étaient proches l'un de l'autre.

 

 

« Qu'est-ce que tu as dans ta poche ?

- Oh ça ? C'est juste une balle que j'ai trouvée sur le chemin, lui répondit son meilleur ami en sortant l'objet en question avant de le lancer devant ses yeux et de le rattraper habilement.

- D'accord, donc en fait, vous habitez à trois dans l'appartement, et vous possédez un chien, c'est ça ? intervint Mary, faisant rire la tablée.

- Il va probablement la ramener si tu la lances, sur-enchérit Rémus. »

 

 

James vit Lily ouvrir la bouche pour ajouter quelque chose, mais ses yeux se perdirent au dessus de son épaule, et il la fixa d'un air interrogateur avant d'avoir la réponse à la question qu'il se posait. Il fut surpris de voir Glenda s'arrêter devant leur table, il avait presque oublié que Sirius et Marlène les avaient prévenus qu'elle était au Chaudron Baveur.

 

 

« Je me disais bien que c'était vous que j'avais vu entrer tout à l'heure ! s'exclama t-elle. Je n'avais aucune idée que vous traîniez ensemble, pointa t-elle en leur jetant un regard curieux avant de s'attarder un peu sur James et Sirius.

- Salut Glen', tu es en vacances aussi ? Lily est ma voisine, et...

- Ses amis sont mes amis. Enfin, je crois, compléta rapidement Lily, et...

- Et... Vous êtes ensemble ? demanda t-elle avec une surprise non dissimulée à Sirius et James qui se jetèrent un coup d'oeil entendu. Oh oubliez, je suis intrusive. Vous êtes juste hyper mignons.

- … Merci Glen', dit James en essayant de ne pas rire.

- Je vous laisse, je fête l'anniversaire de ma meilleure amie ce soir, mais n'hésitez pas à passer à notre table, elle ramène des pichets entiers de bière tous les quarts d'heure.

- Ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd, lui répondit Sirius avec un sourire.

- Vous pouvez venir aussi, dit-elle en adressant un clin d'oeil vers Rémus et Peter, et Marlène se tendit sur sa chaise. C'est valable pour vous également, les filles.

- C'est tellement généreux de ta part, Glen', lui répondit la jeune femme blonde avec une sympathie dégoulinante que James n'avait pas l'habitude d'entendre dans sa bouche. »

 

 

Marlène était habituellement très amicale, mais il découvrit ce soir là qu'elle avait un petit côté effrayant qui était paradoxalement hilarant. Son sourire ironique disparut dès que Glenda leur tourna le dos, et elle en profita pour lui adresser deux énormes doigts d'honneur qui firent pouffer Mary et Lily. Cette dernière lui plaqua les bras sous la table et reprit la parole.

 

 

« Oh ne sois pas comme ça, Marly, je t'assure qu'elle est super.

- Il n'y a que les ringards et les vieux dégueulasses qui font encore des clins d'oeil. D'ailleurs, c'est souvent les mêmes personnes. Ne ris pas, Rémus.

- Je ne ris pas, se défendit immédiatement l'intéressé qui se retenait avec le plus grand mal.

- Ouuuh, je n'aurais jamais cru que tu étais aussi possessive, McKinnon. Peut-être que tu devrais pisser autour de Rémus pour marquer ton territoire plus clairement ? se moqua Sirius avant de refermer sa bouche autour de sa paille.

- Et je n'aurais jamais cru que tu avais cinq ans. Sérieusement, demander une grenadine avec une paille, qui fait ça ? répliqua t-elle, et le jeune homme avala sa gorgée avant de l'imiter d'une façon si puérile que James eut l'impression d'être en train de sortir les enfants au restaurant. »

 

 

Ses yeux tombèrent automatiquement sur Lily, et il descendit son verre de rhum d'une traite. Merde. Il venait juste de se demander à quoi cela ressemblerait d'avoir des enfants avec elle. Est-ce qu'ils auraient ses yeux verts ? Il aurait prié pour qu'ils n'héritent pas de ses cheveux incoiffables s'il n'était pas occupé à chasser ces stupides idées de sa tête. Il devenait définitivement cinglé.

 

 

« Elle flirtait avec moi, de toutes façons, pointa Peter.

- Voilà. Tu vois, dit Lily à Marlène avec décontraction pour essayer de dédramatiser la situation.

- Tu ne serais pas aussi enjouée si elle ne croyait pas que James était gay. »

 

 

Il aurait aimé avoir un autre verre sous la main pour se focaliser sur autre chose que sur le bref silence de Lily. Il la vit s'empourprer, replacer une mèche de cheveux roux derrière son oreille gauche, et la façon dont ses lèvres se pressèrent l'une contre l'autre comme si elle était contrariée que Marlène ait révélé un secret d'une importance capitale lui provoqua une réaction qu'il ne voulait certainement pas avoir en public.

 

 

« Aucun rapport, s'empressa t-elle de répondre alors qu'il essayait de garder la tête froide en imaginant les parents de Sirius en train de s'adonner aux plaisirs de la chaire dans les positions les plus conventionnelles possibles »

 

 

Cela avait toujours fonctionné sur lui, mais alors qu'il songeait au bon vieux missionnaire d'Orion et Walburga Black, il ne put s'empêcher de faire la comparaison avec ses dernières prouesses avec Lily. Il n'aurait jamais pensé qu'elle était aussi souple, et... Oh bordel, il fallait qu'il passe à la technique de Sirius. Les maths. Cinquante-six plus quatre-cent-vingt-cinq ? Quatre-cent-quatre-vingt-un. Quatre-cent-quatre-vingt-un fois deux ? Hum... Neuf-cent-soixante-deux.

 

Il se détendit doucement alors qu'il lui semblait que cela fonctionnait. Sirius était un génie. La technique paraissait infaillible. Seulement... Neuf-cent-soixante-deux moins huit-cent-quatre-vingt-treize ? Soixante-neuf. Non. Non, non, non, James, non.

 

 

« Excuse-moi, mais beaucoup trop de rapports, très sonores, et dans des endroits inadaptés d'après ce que je sais, intervint Sirius avec un sourire malin. »

 

 

James s'empressa de lui flanquer un coup dans les côtes. Il n'avait pas eu autant envie de l'étrangler quand lui et Peter lui avaient dessiné des phallus sur le visage en pleine nuit après une soirée arrosée et qu'aucun des deux ne l'avait prévenu lorsqu'il s'était levé dans la hâte pour aller déjeuner chez ses parents. Ce dernier était en train de s'étouffer avec une cacahuète, perdu dans un monde parallèle entre la crise de rire, et la mort. Rémus s'empressa de lui taper dans le dos et l'arachide fut propulsée sur la table sous les exclamations dégoûtées.

 

 

« Il me faut à boire, déclara Lily en se levant après avoir poussé un soupir.

- Je viens avec toi. A plus bébé, lui lança Sirius en lui adressant un clin d'oeil qui lui fit secouer la tête d'un air dépité, et il l'entendit juste demander à la jeune femme si elle pensait que le barman accepterait de lui faire une grenadine à la tequila avant qu'ils ne disparaissent entre les tables.

- Attendez moi ! s'exclama Mary qui leur courut après en brandissant sa choppe vide. »

 

 

Le pub s'était rempli d'étudiants depuis qu'ils étaient arrivés, et beaucoup étaient simplement debout, un verre à la main, si bien que la table de Glenda et de ses amis n'était même plus visible de là où il se tenait.

 

 

« Est-ce que ce n'est pas le moment de rentrer discrètement et de changer les serrures ? proposa Rémus avec un sourire en coin.

- Brillante idée, commenta James après avoir lâché un rire.

- Ne me tentez pas. Je connais un serrurier, déclara Peter.

- Où est-ce que tu as rencontré un serrurier ? A un club pour adorateur de porte ? le taquina Marlène, et les deux autres garçons s'esclaffèrent.

- C'est le nouveau compagnon de ma mère, marmonna le jeune homme.

- Est-ce que c'est sa grosse clé qui l'a séduite ?

- Merde, Marlène, des fois j'ai l'impression que je sors avec Sirius, jura Rémus en plaquant une main sur son visage alors que Peter semblait en état de choc de l'autre côté de la table.

- Ça n'a pas l'air de te déplaire la plupart du temps.

- Oh McKinnon, tu aurais pu dire qu'il avait réussi à ouvrir la porte de son cœur et tu as choisi ça ?

- Tu es trop sentimental pour moi, Potter, répondit-elle avec un sourire narquois.

- Je... Je vais aller me chercher un nouveau verre, bredouilla Peter. Une bouteille, corrigea t-il dès que ses yeux tombèrent sur la jeune femme qui souriait toujours.

- Tu l'as brisé, lui dit Rémus avant de lui planter un baiser sur l'épaule.

- Dix séances de psy en plus, ajouta James, et Marlène versa la moitié de son mojito dans son verre pour trinquer avec lui. »

 

 

Il le but en une gorgée, puis garda les yeux rivés sur la feuille de menthe qui restait au fond. Son père en faisait pousser dans tout le jardin, il adorait ça. Il n'avait quasiment pas pensé à lui ce soir là. Il avait presque oublié qu'il était à l’hôpital. C'était le but, il le savait. Encore une idée brillante de Rémus, comme d'habitude. Il était bien conscient qu'il n'avait pas à être inquiet, Fleamont était entre de bonnes mains et il n'y avait aucune raison que quoi que ce soit ne se passe mal, mais il sentit une vague de culpabilité l'envahir alors qu'il était tranquillement assis avec ses meilleurs amis à fêter les vacances.

 

Il savait que ses parents seraient heureux de le savoir là, avec les garçons et les filles, à profiter d'une soirée pour éviter d'avoir des idées sombres, mais il avait la sensation désagréable de ne pas avoir le droit d'être insouciant maintenant.

 

Il tourna la tête vers le bar à l'autre bout de la pièce quand il entendit le rire tonitruant de Sirius. Cela aurait dû le conforter un peu, mais il demeura silencieux. Son meilleur ami gérait les choses d'une manière différente. Il refusait catégoriquement de penser à l'hospitalisation de Fleamont, autant qu'il évitait d'en parler pour la simple raison qu'il le considérait à la fois comme le seul père qu'il ait jamais eu, mais aussi comme une espèce de surhomme immortel.

 

Il l'avait mis sur un piédestal dès qu'ils s'étaient rencontrés, aux alentours de ses onze ans, et il refusait perpétuellement d'imaginer qu'il allait disparaître un jour. Tout comme Euphemia. Il n'aimait pas parler de leurs traitements, évitait constamment de passer au manoir aux heures où l'infirmière était là, et détournait le regard quand ils prenaient leurs médicaments. La politique de l'autruche avait été inventée par Sirius, et James ne doutait pas que Rémus et Peter avaient été ceux qui s'étaient chargés de discuter avec l'infirmière du traitement de ses parents lorsqu'il était à Newcastle.

 

 

« Marly, on vient de croiser Stebbins ! s'écria Mary en pointant son pouce par dessus son épaule.

- Stebbins ? LE Stebbins ?

- Oui, LE Stebbins ! confirma la jeune femme d'un air enjoué. Lily est restée là bas avec lui, il est toujours aussi drôle. »

 

 

James eut l'envie immédiate d'aller chercher un nouveau verre d'un cocktail qu'il ne connaissait pas encore. Il avait désespérément besoin de se déplacer jusqu'au bar pour lire la composition de TOUS les mélanges. Il ne se fatigua même pas à s'excuser, les filles étaient prises dans leur conversation, en train d'expliquer à Rémus que le jeune homme en question avait été dans leur classe pendant plusieurs années au collège, et il avait juste envie de voir à quoi cet idiot ressemblait.

 

Il se fraya un chemin jusqu'au bar et il les vit à quelques mètres de lui. Lily, debout devant le comptoir, hochait vigoureusement la tête en pouffant après que le jeune homme, juste un peu plus grand qu'elle et aux cheveux aussi blonds que ceux de Peter, ait mimé un coup de pied dans le vide. Il avait l'air stupide. Définitivement.

 

 

« … Et le pauvre garçon s'est rendu à la police, l'entendit-il dire.

- Non ?! s'étonna Lily.

- Je te jure. Du coup, on est en train de fêter ça avec les cousins. »

 

 

Il pointa du doigt un groupe de garçons à quelques mètres de là, et James vit Lily se mettre sur la pointe des pieds pour les apercevoir. Il apparut derrière elle à ce moment là, et posa délicatement ses mains sur sa taille pour la décaler un peu. Elle tressaillit et tourna rapidement la tête vers lui avant de lui accorder un sourire doux qui, il l'espérait, n'avait pas échappé au fameux Stebbins.

 

 

« Pardon, je voulais regarder les cocktails, lui dit-il en s'appuyant sur le bar avant de faire remonter son autre main jusqu'à son épaule.

- Aucun problème, répondit-elle automatiquement en lui jetant un regard amusé.

- Hum, tu devrais essayer leur sangria, c'est la meilleure de Londres, intervint Stebbins.

- Elle ne peut pas être meilleure que celle des Trois Balais, répliqua t-il aussitôt.

- Je t'assure que si, mon vieux. »

 

 

Mon vieux ? Mon vieux ?! Il le toisa, détestant encore plus son air sympathique de près que lorsqu'il le voyait de l'autre bout du bar, et il commanda immédiatement une sangria juste pour la goûter devant lui et lui marteler qu'elle ne valait pas celle de son pub préféré. Sa main se resserra légèrement sur l'épaule de Lily, et elle agita un index entre eux.

 

 

« Stebbins, James. James, Stebbins.

- Tu es le petit-ami de celui-là, c'est ça ? l'interrogea le garçon en faisant un signe de tête vers Sirius qui était en train de faire un concours de rots avec une dame d'une cinquantaine d'années quelques mètres plus loin.

- L'amour rend aveugle, ironisa t-il.

- Je le trouve drôle.

- Il l'est certainement. »

 

 

Il savait qu'il était hautain, méprisant, et sarcastique au possible alors que le jeune homme blond semblait juste essayer d'instaurer une conversation agréable entre eux, mais c'était plus fort que lui, il fallait qu'il le déteste. Sans aucune raison valable.

 

 

« Stebbins était en train de me raconter comment sa grand-mère a mis en fuite le voleur de son épicerie. Tu sais, c'était dans le journal la semaine dernière, lui apprit Lily.

- Fascinant, déclara t-il d'un air désintéressé, ses doigts tapotant le comptoir alors que le serveur préparait sa sangria.

- Ta grand-mère a porté plainte ? reprit la jeune femme en se dandinant d'un pied sur l'autre.

- Elle ne voulait pas. Elle a estimé que c'était une assez belle correction, qu'il soit humilié dans tous les journaux, répondit-il en riant, et Lily approuva en pouffant. Oh parfait, dit-il alors qu'une serveuse déposait un plateau rempli de bières à sa table. J'y vais, on se voit plus tard ! »

 

 

Comment ça, on se voit plus tard ? James fronça les sourcils et lui adressa un bref signe de main alors que Lily le regardait rejoindre ses cousins en souriant. Quand il fut assis, elle se retourna vers James et lui lança le même regard amusé que quand il était apparut à côté d'elle.

 

 

« C'est la première fois que je te vois aussi désagréable, pointa t-elle, et il n'arrivait pas à savoir pourquoi elle souriait toujours.

- Faux, démentit-il aussitôt. Tu étais là quand j'ai sorti ces pauvres types de la salle de sport, l'autre jour.

- Oh tu étais furieux, mais ce n'était pas la même chose, si ? »

 

 

Il ne répondit rien. Ses yeux restèrent vissés aux siens pendant une minute, et il fronça les sourcils quand elle retira sa main de son épaule.

 

 

« Glenda, dit-elle simplement.

- Et alors ?

- Et alors ? répéta t-elle. James, tu sais très bien.

- Sors avec moi. Dehors, je veux dire, s'empressa t-il d'ajouter. »

 

 

Elle jeta un coup d'oeil autour d'eux, et il se demanda comment elle pouvait être aussi précautionneuse alors qu'il n'arrivait même plus à avoir une seule pensée cohérente. Dès qu'elle acquiesça, sa main attrapa la sienne, au diable Glenda, et il l'entraîna à l'extérieur du bar, jusqu'à l'angle de la rue principale, il l'embrassa là, au milieu des passants. Il ne pensait même plus à se cacher, il n'était plus en mesure de réfléchir à quoi que ce soit, il voulait juste... Il la voulait elle, et à en juger par la façon dont elle glissa sa langue dans sa bouche, elle le voulait aussi.

 

Toujours plus. Sa théorie était un champ de ruines. Plus il l'embrassait, plus il avait envie de l'embrasser, et le cercle vicieux ne s'arrêtait pas là. Il pensait sans arrêt à toutes les fois où elle s'était mise à genoux devant lui, à toutes les fois où il s'était glissé entre ses jambes, et... Il déglutit quand elle se cala tant contre lui qu'il était sûr qu'elle pouvait le sentir. Il avait définitivement besoin de refaire quelques multiplications maintenant.

 

 

« OH SERIEUSEMENT ?! »

 

 

L'exclamation de Sirius à quelques mètres d'eux les fit sursauter, et ils bondirent chacun d'un côté du trottoir avant que James ne tire habilement Lily devant lui pour dissimuler la preuve immanquable de l'effet qu'elle avait sur lui.

 

 

« J'allais vous demander de m'expliquer pourquoi Fortarôme est venu me trouver comme une bombe pour me dire que mon petit-ami était en train de me tromper, mais le tableau est gravé dans ma mémoire. Est-ce que vous alliez faire ça contre le mur du Chaudron Baveur ? les sermonna t-il en laissant retomber ses bras contre lui comme un parent déçu.

- Je n'ai pas vu Florian, répondit James en haussant les épaules.

- EVIDEMMENT QUE TU NE L'AS PAS VU ! TU ETAIS OCCUPE A... A... ENFONCER TA LANGUE DANS SA BOUCHE JUSQU'A SES AMYGDALES ! s'écria t-il en désignant Lily de la main.

- Pour sa défense, c'est moi qui... commença Lily avant qu'il ne l'interrompe.

- Oh tu n'es pas mieux ! Maintenant, rentrez avec moi là dedans. Et toi, le mariage est annulé, dit-il en agitant son index vers son meilleur ami. »

 

 

James ouvrit la bouche pour lui répondre quelque chose de très intelligent, mais Sirius le coupa aussitôt et Lily laissa échapper un rire étranglé.

 

 

« Et non, tu n'as pas le droit de profiter de ta nuit de noces avec quelqu'un d'autre. Et dire que j'ai suspendu mon concours de rots pour ramener ta sangria jusqu'à notre table comme le parfait fiancé que je suis... Quelle trahison, souffla t-il.

- Continue à marcher devant moi, tu veux ? glissa t-il à l'oreille de Lily alors qu'ils s'élançaient derrière Sirius. »

 

 

Elle hocha la tête et il l'entendit rire un peu. Il ne voulait pas qu'elle rentre chez elle ce soir là. Il voulait qu'elle reste avec lui, qu'elle dorme avec lui, il la voulait dans sa vie comme il n'avait jamais voulu aucune autre fille avant. Il aurait aimé pouvoir le lui dire. Elle détournait son attention de ses inquiétudes les plus tenaces, et ce n'était pas juste physique. C'était elle, son répondant, le flirt perpétuel, les sentiments. Les sentiments, indéniablement.

 

 

« Toi, tu vas me présenter aux garçons de la table de ce Stebbins pour te racheter d'avoir mis le grappin sur mon promis, déclara Sirius à l'adresse de Lily.

- Maintenant ?

- Bien sûr que oui, maintenant. J'en ai repéré un et il est hors de question que je sorte d'ici sans avoir au moins son instagram.

- Heu... Est-ce que je peux juste raccompagner James à notre table avant ? s'enquit-elle, et il eut envie de tomber à genoux devant elle et de lui demander de l'épouser à ce moment là. Ou au moins de l'inviter à un vrai rencard avec lui.

- Raccompagner... Raccompagner James ? marmonna Sirius avec incrédulité avant de reprendre un peu plus fort. Tu me demandes si tu peux raccompagner James ? C'est le seul de nous quatre qui a le sens de l'orientation, et tu me demandes si...

- Ce n'est définitivement pas un problème d'orientation, mec, le coupa James en haussant les sourcils, et Sirius le toisa curieusement avant de prendre une longue inspiration et de laisser échapper un rire sonore.

- Oh. Évidemment, ricana t-il. Eh bien, je ne bouge pas, Evans. »

 

 

Il leur fit signe d'y aller, et Lily riait encore lorsqu'ils atteignirent enfin leur table et qu'il put dissimuler le problème qui n'en aurait pas été un s'ils avaient été seuls. Rémus, Marlène, Mary, et Peter étaient en train de parler des partiels et il n'avait aucune envie de se mêler à cette horrible conversation, alors quand Lily entama un mouvement pour rejoindre Sirius, il attrapa sa main au vol et l'arrêta dans son élan.

 

 

« Ne me laisse pas avec eux, ils parlent de cours.

- Je reviens dans une minute. Je fais juste les présentations, et je le laisse gérer le reste. Tu sais mieux que moi à quel point il est sans gêne, il va probablement s'asseoir à leur table directement de toutes façons, lui fit-elle remarquer, et il songea qu'elle avait très certainement raison.

- Une minute ? répéta t-il.

- Une minute, confirma t-elle en retirant sa main de la sienne.

- Oh sérieusement, mariez-vous une bonne fois pour toutes, qu'on en finisse ! s'exclama Marlène qui était à leur opposé.

- Sacré sens de l'humour, Marly, commenta Lily avant de secouer la tête d'un air las et de disparaître parmi les fêtards.

- … Oups. Je m'en occupe, s'excusa la jeune femme blonde avant de partir à la suite de sa meilleure amie. »

 

 

Au fur et à mesure que l'heure avançait, le pub s'éclaircissait. La plupart des étudiants rejoignait les boîtes du centre ville, si bien que James put apercevoir Lily et Marlène près de l'entrée. Il mit quelques secondes avant de se rendre compte qu'elles se disputaient. Il cligna des yeux, et il réalisa probablement en même temps que Mary que la jeune femme rousse pleurait, parce qu'elle se leva rapidement et elles s’éclipsèrent bientôt toutes les trois par la porte du Chaudron Baveur.

 

Il hésita longuement à les rejoindre, mais il resta docilement assis avec les garçons sans toutefois réussir à se mêler à la conversation. Ses yeux restaient obstinément rivés sur la porte du bar. Il savait qu'elles finiraient par revenir, toutes leurs affaires étaient là, mais il voulait juste savoir si Lily allait bien. Piètre réflexion, étant donné ce dont il venait d'être témoin, mais il se comprenait.

 

Quelques minutes plus tard, Mary et Lily réapparurent à la table, et Rémus s’aperçut immédiatement que Marlène manquait. Il la chercha du regard et la jeune femme brune lui fit signe que sa petite-amie était en train de fumer dehors. Il lui lança un coup d'oeil interrogateur auquel elle ne répondit pas, mais elle se pencha sur James.

 

 

« Est-ce que tu peux ramener Lily ?

- Bien sûr, répondit-il immédiatement en se levant, et il vit la jeune femme rousse détourner les yeux et essuyer rapidement une larme sur sa joue. »

 

 

Il se sentit misérable comme jamais auparavant. Il aurait été stupide de ne pas se rendre compte qu'il avait quelque chose à voir dans l'affaire, et il n'avait aucune idée de la façon dont il devait s'y prendre pour arranger ce qui devait l'être, mais il était déterminé à le faire. Il poussa la sangria qu'il n'avait même pas goûtée vers Mary et lui adressa un bref sourire qui signifiait qu'il s'occupait de tout. A en voir la façon dont elle le lui rendit, elle n'en douta pas.

 

Ils enfilèrent leur manteau et quittèrent l'endroit non sans croiser Marlène, cigarette entre les doigts. Elle leva timidement la main dans leur direction pour leur adresser un faible au revoir, et James en fit de même. Lily, elle, fixa ses pieds, obstinément silencieuse. Elle ne se mit à parler que lorsqu'ils tournèrent dans la rue adjacente.

 

 

« Merci.

- Tu rigoles ?! Tu m'épargnes des heures entières à devoir m'occuper de Sirius.

- Tu dis ça comme si c'était un enfant, répondit-elle »

 

 

Il entendit le faible sourire dans le ton de sa voix. C'était mieux que rien. Il enfouit ses mains dans les poches de son manteau et ouvrit la bouche pour répondre.

 

 

« C'est un enfant, confirma t-il. Sérieusement, je devrais être payé pour vivre avec lui. C'est plus de la garderie que de la colocation.

- Je ne suis pas certaine que tu fasses un si bon travail. Il y a quand même un trou dans la porte de sa chambre.

- Parce que Peter et lui ont fabriqué un canon miniature et qu'il a un peu trop fonctionné, mais c'était drôle. Je ne peux pas dire le contraire... J'ai participé aux plans.

- Est-ce que Rémus est le seul à être responsable ? demanda t-elle, et il se félicita intérieurement lorsqu'il l'entendit rire.

- Rémus ? répéta James en arquant un sourcil. Il a ramené une vache dans l'appartement l'été dernier parce qu'elle était destinée à l'abattoir. Il l'a volée à des amis de ses parents à deux heures de route d'ici. Il a loué un van et... Lily, je te jure qu'il est cintré.

- Tu te moques de moi.

- Je n'ai jamais été plus sérieux, lui jura t-il en levant solennellement la main droite. Elle a passé la nuit chez nous, et ensuite, on a voulu la relâcher ni vu, ni connu dans le pré de l'agriculteur le plus proche, mais est-ce que tu savais que les vaches ne savent pas descendre les escaliers ?

- Et l'ascenseur ? proposa t-elle, absorbée par l'histoire, exactement comme il le voulait.

- Impossible, elle était énorme.

- Qu'est-ce que vous avez fait ? »

 

 

Ils déambulaient lentement dans la nuit, éclairés par les réverbères et les phares de voitures, et James ne pouvait s'empêcher de se réjouir intérieurement d'avoir détourné son attention de sa querelle avec Marlène.

 

 

« On a dû faire intervenir une grue et la sortir par la fenêtre du salon. »

 

 

Elle resta muette pendant une seconde, et puis elle éclata de rire. Il aurait échangé sa collection entière de vinyles contre une vie à l'entendre rire de cette façon, sans retenue et sans faux semblant. Ses joues étaient légèrement rougies par le froid, et quand elle leva la tête et écarta les cheveux que le vent poussait perpétuellement sur son visage, elle lui coupa le souffle.

 

 

« Est-ce que la vache va bien, maintenant ? demanda t-elle alors qu'ils se rapprochaient de la rue où la voiture était garée.

- Je l'espère, la grue m'a coûtée un bras. »

 

 

Le rire de Lily, plus réservé cette fois-ci, fut partiellement couvert par une voiture qui fila à toute allure sur le boulevard. Ils tournaient tout juste dans l'angle de la rue où était garée la Ford noire de James, discutant de la façon dont Rémus se faisait perpétuellement passer pour le plus sage des quatre, lorsqu'ils aperçurent trois types autour de la voiture de James qui se trouvait encore à une quinzaine de mètres.

 

Ils se tournèrent vers eux, et deux d'entre eux se mirent à détaler comme des lapins avant que Lily et James n'aient pu comprendre ce qu'il se passait. Il appuya sur un bouton de sa clé pour déverrouiller les portières afin de signaler au dernier qu'il était dans de sales draps, mais le garçon demeura debout devant eux, un couteau suisse à la main, et James remarqua à ce moment là que tous ses pneus étaient à plat. Oh il n'était pas violent par définition, mais il espérait sincèrement pour ce type qu'il courait vite.

 

 

« Severus ? »

 

 

La voix de Lily le stoppa dans son élan. Elle marcha à grandes enjambées jusqu'au jeune homme qui semblait paralysé. Seulement sa main bougea quand il rangea son couteau suisse dans sa poche. Ses yeux étaient comme vissés à la jeune femme qui s'arrêta à deux petits mètres de lui, lui rendant son regard avec une froideur que James ne lui connaissait pas.

 

 

« Je... Je ne savais pas, bafouilla le jeune homme. »

 

 

James vit Lily baisser les yeux sur les pneus de la voiture avant de les reporter sur lui, et elle se tendit. Ses poings étaient serrés le long de son corps, et elle ne prononça pas le moindre mot jusqu'à ce qu'il ne reprenne la parole.

 

 

« Je te jure que je ne savais pas. Si j'avais été au courant qu'elle était à lui, je n'aurais pas...

- Dis-moi que c'est une blague, murmura Lily sur un ton glacial.

- Ce n'était pas mon idée, c'était...

- Ce n'est jamais ton idée, Rogue, le coupa t-elle, et James comprit à ce moment là. »

 

 

Alors c'était donc lui, le fameux ex, celui dont elle ne semblait pas pouvoir se détacher, celui auquel elle pensait quand ils n'étaient pas ensemble, celui qui l'avait rendue aussi anxieuse à l'idée de laisser quelqu'un de nouveau entrer dans sa vie. C'était lui. Il se rappelait du nom, celui que Sirius lui avait rapporté un soir. Il se souvenait de ce qu'il lui avait raconté sur lui, de ce que Lily lui avait confié, des choses qu'elle savait qu'il lui répéterait et qu'elle n'avait pas hésité à dire à Sirius quand même. Il avait envie de le pulvériser.

 

 

« Je... Je vais payer, bafouilla t-il, et Lily se tourna légèrement vers James.

- Je préférerai encore m'amputer les deux bras que de savoir que mes nouveaux pneus viennent de toi, merci, répondit-il aussitôt. »

 

 

Le garçon se paya le luxe de le toiser haineusement, et James se demanda comment il avait pu intéresser assez Lily pour qu'elle soit amie avec lui. Pire, pour qu'elle sorte avec lui. Il n'avait rien pour lui. Il s'était attendu à ce qu'il soit au moins agréable à regarder, étant donné que, d'après les histoires qu'il avait entendues, il avait une personnalité affreuse, mais ce n'était même pas le cas. Il était juste fidèle à la description que Sirius lui en avait fait. Grand, des cheveux si gras qu'ils auraient pu servir à faire cuire des frites, et un nez si crochu qu'il lui rappelait les sorcières de ses romans d'enfance. Il avait un physique à concocter des potions, clairement. James avait beau ne pas être du genre à juger les gens sur leur apparence, il le fit très fort cette fois-ci.

 

 

« Qu'est-ce qu'il faut que je fasse, pour que tu disparaisses de ma vie ? l'interrogea t-elle. »

 

 

Il n'y avait aucune haine dans sa voix, juste une lassitude désarmante qui prit Rogue au dépourvu. Il s'attendait certainement à une querelle verbale, quelque chose de salé, mais Lily était calme. En apparence, au moins.

 

 

« Rien, je... Rien, lui dit-il. Je vais parler aux autres, je... Il ne se passera plus rien, Lily. »

 

 

Elle resta immobile pendant une seconde avant de hocher mécaniquement la tête. Rogue fit de même, et ils échangèrent un dernier et bref regard avant qu'il ne leur tourne le dos. James se rendit compte à ce moment là que la main de Lily était solidement enfermée dans la sienne. Il ne savait pas à quel moment il l'avait prise, ses yeux étaient resté rivés sur le jeune homme, et il eut un peu mal au cœur quand elle se dégagea de son étreinte avant de s'appuyer contre la voiture et de laisser échapper un soupir si long qu'il lui sembla qu'elle le retenait depuis longtemps.

 

 

« La prochaine fois, restons chez toi, d'accord ? Je crois que je préfère les partiels aux sorties, finalement. »

End Notes:

Heyyy, merci à ceux qui continuent de passer :) Je vous informe que nous arrivons très bientôt à la fin.

J'ai juste un problème de découpage pour les chapitres qui suivent, donc je vous demande votre avis ^^ Vous préférez que je fasse un chapitre final très long, ou que je le découpe en deux chapitres ? (qui seront toujours plus longs que ce chapitre là, pour vous donner un ordre d'idée)

A bientôooot :)

I feel a little rush by ECM

Lily se redressa sur le banc de l'amphithéâtre et jeta un coup d'oeil par les immenses fenêtres à travers lesquelles des rayons de lumière venaient s'échouer sur sa copie. Les oiseaux volaient d'arbres en arbres dans le parc, et le ballet la captiva pendant quelques secondes. Jusqu'à ce qu'elle ne se souvienne qu'elle était en plein partiels de littérature anglaise. Les derniers examens. Enfin.

 

Elle attrapa sa bouteille et but une longue gorgée d'eau avant de tourner légèrement la tête derrière elle. Quelques mètres plus haut, James écrivait sans s'arrêter. Elle le fixa pendant un long moment, priant pour qu'il ne soit pas en train de déblatérer sur la prétendue cupidité d'Elizabeth Bennet, parce qu'évidemment, évidemment il avait fallu qu'ils tombent sur Jane Austen. Elle était soulagée, et à en croire le sourire renversant qu'il lui avait adressé dès qu'ils avaient pu retourner leur copie et lire le sujet, il l'était aussi.

 

C'était bizarre, de le voir là avec elle. Ils avaient passé tous les examens dans le même amphithéâtre depuis une semaine, mais elle ne s'y faisait simplement pas. Il la distrayait clairement, et elle aimait beaucoup trop cela. Dès qu'elle avait un moment de doute, elle jetait un coup d'oeil dans sa direction, et elle se rappelait de leurs cours. Le tutorat servait à James autant qu'il lui servait à elle. Elle s'était toujours efforcée de retenir chaque parole qu'il prononçait, et cela s'était avéré très utile ces derniers jours.

 

Elle inspira profondément et reporta son attention sur sa feuille. Elle avait déjà rempli une copie double, mais elle était loin d'avoir étayé son propos, et elle était juste impatiente de s'y remettre. Elle avait trop de choses à dire, et c'était presque un jeu pour elle. C'était loin d'être le cas pour tout le monde. Dorcas, à quelques mètres sur sa droite, et deux rangées au dessus, lui avait adressé une grimace dépitée quand elle avait vu le sujet.

 

Elles avaient déjeuné ensemble la veille et elles avaient parlé de James. Dorcas lui avait dit qu'il ne lui avait jamais écrit, et que les seules fois où ils s'étaient adressés la parole, il avait essayé de la caser avec son meilleur ami. Elle s'en voulut une seconde de s'en réjouir, même si elle doutait que sa camarade ne s'en formalise beaucoup. Elle sortait officiellement avec Bertram maintenant, et ils étaient constamment collés l'un à l'autre. C'était un soulagement pour tout le monde.

 

Elle relut son sujet et se remit à écrire. L'on n'entendait que le bruit des stylos et des feuilles dans la salle. De temps en temps, les pas des surveillants faisaient craquer les marches, mais l'amphithéâtre n'avait jamais été aussi silencieux. Ils étaient là depuis bientôt une heure, et il leur en restait encore deux. Lily comptait bien en profiter. Elle n'avait jamais été du genre à quitter la salle avant la toute fin des examens. Au contraire, elle était de ceux qui avaient à peine le temps de mettre un point final avant que les surveillants ne s'emparent de leurs feuilles. Mary et Marlène se moquaient tout le temps d'elle à ce propos.

 

Marlène. Elles ne s'étaient pas beaucoup parlées depuis cette soirée au Chaudron Baveur. A part les politesses de base, elles étaient toutes les deux restées dans la retenue. Lily n'avait pas envie d'y penser maintenant, alors elle chassa rapidement le souvenir de leur dispute de son esprit et se concentra sur Jane Austen.

 

Il était dix sept-heures cinq lorsqu'elle quitta l'amphithéâtre, et elle adressa un sourire complice à James qui l'attendait, adossé au mur d'en face, son portable à la main. Elle s'empressa de le rejoindre et lui donna une petite tape sur l'épaule.

 

 

« Tu es sérieux, de sortir trois quarts d'heure avant la fin ?! s'exclama t-elle.

- J'écris vite, se justifia t-il aussitôt.

- Si tu n'as pas la moyenne, je te tue.

- Oh j'aurais plus de la moyenne. J'ai rendu un chef d'oeuvre, se vanta t-il alors qu'ils se dirigeaient vers le parking.

- Rien que ça, dit-elle en levant les yeux au ciel.

- Tu m'avais bien dit d'insister sur la cupidité des femmes, n'est-ce pas ? »

 

 

Elle se tourna vivement vers lui juste pour le voir pouffer, et elle le poussa des deux mains, ce qui eut le mérite de le rendre encore plus hilare.

 

 

« Je déteste ton humour, pesta t-elle.

- Moi aussi, je n'avais pas réalisé que ce serait blessant de te voir croire que j'étais sérieux, pointa t-il, et elle pouffa quand elle vit sa prise de conscience prendre la forme d'une grimace de dépit.

- Qu'est-ce que tu fais ? Tu viens à mon entraînement ou tu repasses à l'appartement avant d'aller au tien ? »

 

 

Il ouvrit le coffre de sa voiture pour qu'elle puisse récupérer son sac de sport, et il y resta appuyé un instant avant de lui répondre. Bon sang, qu'il était beau.

 

 

« Je vais rentrer. Je ne veux pas... Tu sais, faire parler. Et puis il faut bien que je fasse rouler un peu mes pneus tout neufs »

 

 

Son cœur se serra dans sa poitrine, et elle sentit qu'elle le fixait avec un peu trop d'insistance, mais ce n'était probablement pas si grave parce qu'il faisait la même chose.

 

 

« Glenda a discuté de Sirius et toi avec Matilda. Emmie a entendu la conversation, elle a dû se cacher dans le local à dossards tellement elle en a rit.

- Je sais, elle m'a envoyé un message, répondit-il avec un sourire amusé, tu ne veux pas du reste, n'est-ce pas ?

- Du reste ?

- Rogue, ses copains...

- C'est sans importance.

- Vraiment ?

- James, c'est... C'est seulement un imbécile avec lequel j'ai honte d'être sortie. Personne ne veut parler de son ex petit-ami avec son actu...»

 

 

Elle s'arrêta net dans son élan, et elle vit James cligner des yeux devant elle et la fixer avec plus d'attention que jamais. Panique . Vraisemblablement, il s'était rendu compte en même temps qu'elle que les mots qu'elle avait failli prononcer étaient ceux autour desquels ils dansaient depuis un moment.

 

 

« Enfin, bref, il n'y a vraiment pas grand chose à ajouter. Les filles le détestaient, il s'avère qu'il détestait les filles aussi, et je regrette profondément d'avoir mis autant de temps à prendre mes distances, bafouilla t-elle en retenant un soupir alors que tous ses neurones lui hurlaient des insultes en choeur.

-Tu me le dirais si tu recevais encore des messages bizarres ?

- Je ne reçois plus de messages bizarres, affirma t-elle, un peu soulagée qu'il ne revienne pas sur la partie gênante de leur conversation. Alors, qu'est-ce que tu fais ? Tu viens ?

- J'ai juste... J'ai quelque chose à faire, mais on se retrouve ce soir ? »

 

 

Cela faisait trois jours de suite qu'il la lâchait en lui servant des excuses bidons, et elle commençait à croire qu'il s'était finalement lassé de leur relation. Relation inexistante. Parce qu'il n'y avait définitivement rien de sérieux entre eux. Au contraire. Ils ne s'étaient pas touchés depuis dix jours. Peut-être qu'elle fabulait, peut-être qu'elle se montait la tête, comme d'habitude, mais il était évasif et elle détestait quand les gens étaient évasifs parce que Severus avait été évasif sur bien des sujets, et elle n'avait appris pourquoi que trop tard.

 

 

« Je ne sais pas, répondit-elle simplement.

- Tu ne sais pas ? répéta t-il en arquant un sourcil tout en claquant le coffre pour le refermer.

- C'était le dernier partiel pour ce semestre. Mes séances de tutorat sont terminées jusqu'à la reprise. »

 

 

Il la dévisagea sans rien dire pendant une minute. C'était long. Très long. Aussi long que ces stupides dix jours d'abstinence qu'elle s'était imposée et qu'elle lui avait imposés par la même occasion sans pour autant qu'ils n'en parlent. Elle avait juste été... Évasive. Oh bon sang, elle ne valait pas mieux que lui.

 

Leur rencontre avec Severus l'avait un peu secouée. Presque autant que sa dispute avec Marlène. Elle revoyait James à côté d'elle, et Severus qui leur faisait face, le béton du trottoir entre eux comme un pont qu'elle n'avait même pas eu l'idée de traverser parce que tout, tout avait changé. Elle avait regardé son ex petit-ami une dernière fois et n'avait pas prononcé les adieux auxquels il s'attendait parce qu'il les avait entendus dans la froideur de sa voix. Il avait compris cette fois, elle le savait, elle l'avait vu sur son visage. Quelle ironie, qu'il ait fallu qu'elle ne prononce pas les mots pour qu'il les imprime enfin !

 

Elle ne savait pas pourquoi cette dernière rencontre avait mis un point final à cette histoire, mais c'était un fait. Elle n'était plus reliée à Severus par ce fil invisible qui la tenait constamment à l'écart des autres. Elle avait envie de voir plus, de risquer, d'avoir l'audace qu'elle avait laissée de côté pendant trop longtemps... Elle voulait apprendre à vivre avec des sentiments qu'elle ne balayait plus sous un tapis, quelque part à l'entrée de sa conscience. Elle voulait essayer, mais l'inconnu était terrifiant, et elle paniquait toujours, et la panique ne faisait pas bon ménage avec elle.

 

 

« Tu ne veux plus me voir en dehors des séances de tutorat et du basket ? l'interrogea t-il sans chercher à masquer sa surprise.

- Tu veux continuer à me voir en dehors des séances de tutorat et du basket ? lui demanda t-elle de la même façon.

- Évidemment. Qu'est-ce que tu... il s'interrompit, déglutit, et reprit sur un ton sérieux. Lily, est-ce que tu croyais que j'arrêterai de vouloir traîner avec toi quand je n'aurais plus besoin que tu m'aides avec les cours ?

- Ce n'est pas vraiment... C'est juste que... Est-ce qu'on peut en parler plus tard ? Je vais être en retard à l'entraînement.

- Pour ça, il faudrait qu'on se voit en dehors du tutorat et du basket, pointa t-il avec une arrogance qui lui fit lever les yeux au ciel.

- On se voit ce soir, trancha t-elle. »

 

 

Elle le vit ouvrir la bouche pour rétorquer quelque chose qui, elle en était sûre, lui donnerait envie de l'étriper, alors elle s'empressa de tourner les talons pour rejoindre le gymnase. Toutes les filles étaient déjà là et Doris et Gladys fixèrent l'horloge avec insistance quand elle arriva. Message reçu, songea t-elle avant de s'enfermer dans les vestiaires pour se changer.

 

Elle se défoula comme elle ne l'avait pas fait depuis un moment, ce soir là, et ce fut le cas pour chacune des joueuses. Elles avaient besoin de décompresser pendant cette période de partiels, et elles s'étaient tant rapprochées les unes des autres que venir aux entraînements ne généraient plus, pour Lily, le même stress qu'au début. Bien sûr, Gladys et Doris étaient toujours désagréables au possible, mais elle n'y faisait plus vraiment attention.

 

L'entraînement se termina tôt, mais elle attendit le bus pendant ce qui lui sembla être une décennie, et quand elle rentra enfin, elle adressa un bref signe de main à Mary, puis elle fila sous la douche. Quand elle en émergea, sa meilleure amie était toujours assise en tailleur dans le canapé, son ordinateur portable sur ses genoux.

 

 

« Comment s'est passée la littérature anglaise ?

- On ne peut mieux. C'était sur Jane Austen, je m'en suis donnée à cœur joie. Qu'est-ce que tu as fait de beau aujourd'hui ?

- J'ai dû expliquer à une vieille dame comment appliquer de la crème pour hémorroïdes à la pharmacie ce matin, et elle ne comprenait pas. J'ai vraiment dû mimer la chose, lui répondit-elle sur un ton égal, et Lily s'esclaffa. Ensuite, je suis allée faire du shopping avec Marlène. »

 

 

Lily resta silencieuse pendant quelques secondes. Elle se mit sur la pointe des pieds pour attraper un verre dans le placard de la cuisine puis ouvrit le robinet avant de reprendre la parole sur le ton le plus détaché qu'elle put feindre.

 

 

« Est-ce qu'elle va bien ?

- Elle irait certainement mieux si vous vous rabibochiez.

- Tu parles comme mes parents, pointa Lily avec un demi-sourire.

- Lily...

- Je sais ! soupira t-elle. Je vais lui parler, je t'assure que je vais le faire, laisse moi juste un jour ou deux.

- Hm hm, marmonna Mary, peu convaincue. Ah, et James a laissé ça pour toi tout à l'heure, poursuivit-elle en faisant un signe de tête vers un boîtier de CD posé sur la table. Il a dit qu'il ne pourrait pas te retrouver ce soir finalement parce que l'infirmière de ses parents l'a appelé pour lui demander de venir quand il serait disponible.

- Est-ce qu'ils vont bien ? s'enquit aussitôt Lily, l'estomac passablement noué.

- Oh oui, je crois qu'il m'a dit que ce n'était que pour un changement de traitement pour son père, et que l'infirmière voulait s'assurer de lui montrer de quoi il s'agissait. Il avait l'air désolé, il m'a dit qu'il t'enverrait un message. »

 

 

Un peu rassurée, Lily posa son verre d'eau après en avoir bu une gorgée et récupéra son téléphone portable dans son sac. Elle avait effectivement plusieurs messages non lus, dont un de sa sœur qui lui demandait si elle comptait toujours venir à son mariage. La réponse était non, absolument pas, mais elle se refusa à la lui envoyer. Elle voulait qu'elle vive dans la crainte de la voir apparaître jusqu'au dernier instant. Elle méritait bien cela après la façon dont elle lui avait annoncé la mort de M. Podgy. Elle s'empressa d'ouvrir sa conversation avec James, et après avoir lu ses messages, elle jeta un coup d'oeil curieux vers le CD qui trônait sur la table.

 

 

James littérature : Changement de plan. Je dois filer chez mes parents et je ne suis même pas sûr de pouvoir finir l'entraînement, l'infirmière veut me tenir au courant des dernières modifications de traitements.

James littérature : J'ai laissé quelque chose pour toi à Mary.

James littérature : Si tu trouves le nom de la playlist, cette superbe récompense est à toi.

 

 

Le dernier message contenait une photo de Brenda couchée à côté d'une énorme boîte des chocolats préférés de Lily. Il aurait été un crime de ne pas au moins essayer. Elle aurait détesté voir ces chocolats finir dans la bouche de quelqu'un qui ne saurait pas les apprécier à leur juste valeur. Sirius, par exemple. Elle avait beau adorer cet idiot, elle pouvait très clairement se l'imaginer assis avec Peter en train de jouer à celui qui enfoncerait le plus de chocolats dans sa bouche, avant que l'un des deux ne manque de s'étouffer. Elle n'allait décemment pas laisser ce genre de chose arriver. Il fallait qu'elle les sauve de ce tragique destin.

 

 

« Si tu veux mon vieux walkman, il doit être dans le tiroir du bas de la commode, lui indiqua Mary.

- Est-ce qu'on peut dîner avant ? Je meurs de faim. »

 

 

Sa meilleure amie acquiesça et elles passèrent l'heure qui suivit à discuter de choses et d'autres autour d'un plat de spaghettis, évitant soigneusement le sujet Marlène. Dès qu'elles eurent terminé, Lily fouilla à l'endroit indiqué et trouva le walkman en question dans lequel elle s'empressa de mettre le CD avant d'aller s'asseoir sur le canapé, les écouteurs dans ses oreilles.

 

 

« C'est quoi ? lui demanda innocemment Mary.

_ … House of cards, de Radiohead, répondit Lily après une seconde d'hésitation. »

 

 

Elle demeura immobile pendant un moment, à écouter les chansons s'enchaîner une par une. Elles avaient toutes un point commun, elles lui serraient le cœur et lui donnaient une drôle d'impression qu'elle n'arrivait pas à verbaliser, en particulier lorsqu'elle tomba sur l'une de ses préférées. Elle retira ses écouteurs à ce moment là et se tourna vers Mary.

 

 

« Est-ce que tu lui as dit que j'écoutais en boucle cette chanson de Yuna et Usher ?

- Laquelle ?

- Tu sais, Crush.

- Ça ne me dit rien, répondit Mary, mais elle esquivait tant son regard que Lily sut instantanément qu'elle mentait.

- Mary...

- Je lui ai peut-être prêté notre mot de passe Deezer pour qu'il aille y faire un tour, avoua t-elle en se levant du canapé pour aller chercher une boîte de biscuits dans la cuisine, mais ce n'est certainement pas le plus important à retenir dans cette histoire.

- C'est à dire ?

- Oh merde, Lily, pesta t-elle simplement. Écoute toutes les chansons. »

 

 

Elle suivit Mary du regard jusqu'à ce qu'elle n'aille s'enfermer dans sa chambre avec un paquet de cookies, et remit ses écouteurs dans ses oreilles. Elle fredonna Wonderwall tout en traînant sur son fil instagram parce qu'elle en était venue à aimer la chanson à force de l'entendre dans la voiture de James, et elle laissa échapper un rire quand Cornelia Street de Taylor Swift résonna dans ses oreilles.

 

Elle se souvenait l'avoir écoutée avec lui aussi, et l'avoir ajoutée peu de temps après dans sa liste de chansons préférées. C'était à peu près ce qu'elle avait fait pour chaque musique qui avait défilée dans sa voiture quand ils étaient ensemble, ou qu'elle avait écoutée en boucle en pensant à lui.

 

Toutes les chansons du CD n'étaient pas dans ses playlists Deezer, mais allaient certainement y figurer avant que la nuit ne tombe parce qu'elle se trouva obsédée par certaines d'entre elles, et quand elle atteignit l'un de ses tubes favoris des Beach boys qu'elle chanta à tue tête, et qu'elle vit Mary sortir de nouveau de sa chambre et la fixer d'un air perplexe, elle retira un écouteur.

 

 

« Est-ce que tout va bien ? s'enquit Lily.

- N'hésite pas, si tu as besoin de ma voiture.

- Pourquoi est-ce que j'aurais besoin de ta voiture ?

- Est-ce que tu écoutes vraiment ces chansons, ou est-ce que tu fais juste semblant ? l'interrogea sa meilleure amie en arquant un sourcil. »

 

 

Lily arrêta de se dandiner sur Wouldn't it be nice et ouvrit la bouche pour répondre à Mary, mais les paroles, et le souvenir de toutes les autres glissèrent dans ses oreilles jusqu'à son minuscule, minuscule cerveau, et elle resta figée sur le canapé alors que les Beach Boys fanaient pour laisser place à la chanson suivante.

 

 

« Qu'est-ce que c'est, là ? lui demanda Mary.

- I want you to want me, répondit mécaniquement Lily. »

 

 

Sa meilleure amie garda les yeux vissés sur elle comme si elle attendait qu'elle dise quelque chose, ou qu'elle comprenne quelque chose, et elle commençait réellement à comprendre cette chose, mais elle était juste... Pantoise. Bloquée. Étourdie. Renversée.

 

 

« Je n'arrive pas à croire que tu sois celle de nous deux qui a eu son bac mention très bien, souffla Mary en roulant des yeux. »

 

 

Lily bafouilla une réponse incohérente alors que chaque parole, chaque phrase, chaque mot l'obsédait soudainement. Ses mains devenaient plus moites de seconde en seconde et elle avait l'impression que James pouvait entendre son cœur battre même s'il se trouvait de l'autre côté de la ville.

 

 

« Est-ce que... Est-ce qu'il t'a dit que je devais le rejoindre ? parvint-elle à articuler.

- Non, mais il est hors de question que tu restes ici alors que ce garçon t'a fait une foutue playlist pour te dire que... Oh fais-moi plaisir et va le voir, déclara Mary en s'avançant jusqu'à elle avant de poser une main sur sa joue et de reprendre. Ne laisse pas Severus te gâcher ça, s'il te plaît. Prends tout le temps dont tu as besoin, mais parle avec James. Dis-lui tout ce que tu me dis. Explique lui. Il comprendra. »

 

 

Ses yeux bruns épinglèrent les siens, et son sourire bienveillant eut sur elle l'effet d'un coup de pied au derrière. Elle se redressa d'un coup, et Mary s'empressa d'aller chercher ses clés sur le buffet avant de les laisser tomber dans sa main. Elle lui donna une petite claque sur les fesses quand elle ouvrit la porte, et son rire résonna dans le couloir vide.

 

Si elle devait être vraiment honnête, elle avait juste envie de vomir. L'ascenseur semblait trop étroit pour elle quand il lui avait toujours paru étonnement spacieux, et sa lenteur la frustra terriblement. Elle espérait grandement que Mary la pardonnerait si elle se faisait flasher sur la route, parce que cela allait définitivement arriver.

 

Ses écouteurs étaient toujours sur ses oreilles quand elle pénétra dans le véhicule, mais elle les débrancha du walkman qu'elle rangea dans la boite à gants, et les fourra dans sa poche. Elle s'empressa ensuite d'insérer le CD dans le lecteur pour reprendre là où elle s'était arrêtée avant de mettre le contact.

 

Elle essayait d'écouter attentivement chaque chanson tout en cherchant les mots qu'elle allait bien pouvoir prononcer devant lui, et son cerveau était en train de se transformer en un gigantesque champ de bataille. Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle allait faire. Elle ne savait pas ce qu'elle allait dire. Il y avait trop de choses, trop de mots qu'elle avait retenus mais qu'elle ne savait pas comment faire sortir devant lui, et elle redoutait plus que tout de le faire fuir.

 

Elle pesta à voix haute en songeant que Fleamont et Euphemia habitaient beaucoup trop loin. Son élan de courage avait cent fois le temps de redescendre et de l'abandonner devant sa porte. Elle ne savait même pas depuis combien de temps il était là bas, s'il avait seulement eu le temps de rentrer après son entraînement, ou si elle les dérangerait en plein repas, et une pointe de stress perça les faibles remparts qu'elle avait érigés tout autour d'elle. Elle allait se décomposer devant lui, se liquéfier et finir en une honteuse flaque difforme sur le seuil de la somptueuse maison de ses parents. Pourtant, elle continua à rouler.

 

Les pneus crissèrent sur les gravillons lorsqu'elle se gara devant le manoir. Ses mains étaient tremblantes, elle s'en rendit compte lorsqu'elle tourna la clé pour éteindre le contact. Ses jambes n'avaient rien à leur envier. Elle eut l'impression qu'elle allait s'échouer lamentablement la tête la première dans l'allée lorsqu'elle mit un pied dehors.

 

Elle jeta un rapide coup d'oeil vers la voiture de James, garée juste à côté de la sienne, et expira brutalement pour se donner du courage. Ce n'était que lui, et il n'était pas Severus. Il ne pouvait rien lui arriver, rien qui ne la tuerait, du moins. Elle secoua rapidement la tête, et frappa quelques coups à la porte.

 

 

« Lily ? Quelle bonne surprise ! s'exclama Euphemia une minute plus tard avant de l'étreindre brièvement pour la saluer. »

 

 

Elle s'était attendue à le voir directement, et elle demeura figée pendant une seconde avant de se reprendre et de rendre son sourire à sa mère.

 

 

« Bonsoir Euphemia, je... J'espère que je ne vous dérange pas ?

- Pas du tout ma petite. Entre, voyons, Monty et moi étions en train de faire une partie d'échecs.

- Je ne veux surtout pas vous embêter, je...

- Oh Lily, ne sois pas stupide et viens donc par ici, entendit-elle Fleamont s'exclamer d'une pièce reculée. »

 

 

Euphemia lui adressa un signe de tête encourageant et dès qu'elle fit un pas à l'intérieur du manoir, la porte se referma derrière elle. Elle était prise au piège, piège dans lequel elle avait volontairement sauté à pieds joints, piège qui ressemblait d'avantage à un doux cocon rassurant qu'aux nombreux scénarios inquiétants qui s'étaient succédés dans sa tête sur la route. 

 

Le sourire lumineux de Fleamont lorsqu'il la vit lui réchauffa le cœur. Il s'était visiblement remis de son séjour à l'hôpital car il se leva sans aucun mal de son fauteuil pour venir l'enlacer à son tour comme si elle était de la famille, comme s'il la connaissait depuis toujours, comme s'il se souvenait de la complicité qu'ils avaient partagée la dernière fois qu'elle était venue les voir. Oh il s'en souvenait très bien, elle s'en rendit compte dès qu'il lui fit un signe vers la nouvelle étagère de livres que Sirius lui avait installée quelques jours plus tôt.

 

 

« J'ai mis mes plus belles lectures dessus, et comme tu peux le voir, je n'ai pas oublié nos autrices favorites, lui confia t-il avec une certaine fierté. »

 

 

Les sœurs Brontë côtoyaient Jane Austen et Elizabeth Taylor, et Lily garda les yeux rivés sur l'étagère pendant quelques secondes. Fleamont et Euphemia étaient retournés s'asseoir dans leur fauteuil respectif et lorsqu'elle se retourna vers eux, ils poussèrent une assiette de cookies vers elle.

 

 

« James est dans la salle de bain, il ne devrait pas tarder à descendre, lui indiqua Euphemia en lui adressant un sourire compréhensif sans qu'elle n'ait eu besoin de lui dire quoi que ce soit.

- En attendant, est-ce que tu sais jouer aux échecs ? Parce que je suis dans de sales draps ! s'exclama Fleamont en lui désignant ses pions d'un geste de main désespéré.

- Hmm... On peut peut-être tenter quelque chose, déclara Lily après avoir acquiescé. »

 

 

Elle avait appris à jouer avec son père quelque part autour de ses dix ans. C'était devenu un rendez-vous entre eux tous les soirs après le dîner, et puis, sans qu'elle ne sache exactement à quel moment, ils avaient rompu l'habitude. Elle se rendit compte, maintenant qu'elle jouait aux côtés de Fleamont, que cela lui manquait. Sa relation avec son père n'était plus ce qu'elle était autrefois.

 

 

« Bien joué, Lily, la complimenta t-il alors qu'elle rééquilibrait le jeu en prenant le cavalier d'Euphemia qui se mit à essayer de la déconcentrer en la gavant de cookies.

- Lily ? »

 

 

James était dans l'encadrement de la porte du salon, les mains crispées sur une serviette enroulée autour de sa nuque et avec laquelle il frictionna paresseusement ses cheveux humides. Ses yeux verts firent un rapide aller-retour entre lui et l'échiquier et elle se leva maladroitement tout en frottant ses mains moites contre son jean.

 

 

« Très bon timing, mon chéri, déclara Euphemia. Lily est beaucoup plus douée que ton père aux échecs et la victoire est en train de me passer sous le nez.

- Pour votre défense, ces cookies sont excellents et j'étais en train de perdre le fil, lui répondit-elle en esquissant un sourire que la mère de James lui rendit aussitôt.

- Je le savais. »

 

 

Le jeune homme eut l'air amusé par la situation, et puis ses yeux tombèrent au niveau de ses cuisses, et elle remarqua à ce moment là qu'un écouteur s'était échappé de sa poche. Elle l'y enfonça de nouveau avant de reporter son regard sur James qui la fixait à présent avec un mélange d'appréhension et d'impatience.

 

 

« Est-ce qu'on peut parler ? le questionna t-elle après avoir rassemblé tout son courage. »

 

 

Il hocha la tête et lui fit signe de le suivre alors que ses parents étaient soudainement très silencieux, et très concentrés sur le jeu. Ni Lily, ni James n'étaient dupes, mais s'ils s'amusèrent de leur comportement, ils n'en dirent rien et disparurent dans les escaliers.

 

Elle n'était jamais allée à l'étage, et elle ne savait pas où regarder. Il y avait des cadres sur la surface entière du mur du long couloir qu'ils traversèrent, et tous contenaient des photos absolument hilarantes de Sirius. Elle s'arrêta devant l'une d'entre elles sur laquelle il était penché sur des toilettes. Un jet de vomi impressionnant sortait de sa bouche, et elle grimaça de dégoût. Une autre semblait juste être une photo classique de Rémus, Peter, et James, mais l'on voyait clairement Sirius faire un vol plané dans les escaliers en arrière plan. Elle ne comptait pas les selfies de Peter devant lui pendant qu'il dormait, un filet de bave le reliant à des surfaces différentes, et elle devina en s'efforçant de ne pas éclater bruyamment de rire que le blondinet avait décidé d'en faire une série.

 

 

« J'avais une petite vengeance personnelle à prendre sur lui, expliqua James avant même qu'elle ait eu le temps de lui poser la moindre question. J'ai mis une journée entière à changer toutes les photos. Ça a bien fait rire ma mère. Mon père, par contre... C'est lui qui avait fait la déco. Je crois qu'il m'a déshérité.

- Est-ce que Sirius sait ? l'interrogea t-elle après s'être esclaffée.

- Pas encore. Si tu pouvais ne pas lui en parler...

- Oh je n'ai aucune envie de lui gâcher la surprise, répondit-elle avec un large sourire qu'il lui rendit alors que sur sa droite, Sirius levait son pouce devant un poster étonnement grand de son auriculaire, Florian Fortarôme debout à côté de lui, et elle se rappela de la fameuse exposition dont il leur avait parlé le soir où ils s'étaient retrouvés au Chaudron Baveur. . »

 

 

Il ouvrit la porte du bout du couloir devant lui, et elle eut juste le temps d'apercevoir un dernier cadre sur lequel Sirius embrassait un monsieur très âgé sur le front avant de pénétrer derrière James dans la pièce.

 

 

« Je vais avoir des questions sur la dernière photo, lui confia t-elle d'un air hébété.

- Seulement sur la dernière ? »

 

 

Il s'était arrêté devant une fenêtre et s'était assis sur le rebord. Le coup d’œil qu'il lui avait lancé avait court-circuité chaque pensé cohérente qui avait traversé son esprit. Elle ne répondit pas parce qu'elle réalisa soudainement à ce moment là qu'ils étaient dans sa chambre. L'énorme lit au milieu de la pièce aurait dû lui donner un indice lorsqu'ils étaient entrés, mais cette photo de Sirius l'avait un peu trop perturbée pour son bien, c'était comme si son sens de l'observation avait décidé de quitter le navire sur le champ.

 

 

« Oh, Patmol s'est téléporté jusqu'ici ? demanda t-elle en voyant un bout de museau noir dépasser de sous le lit.

- Le climat était hostile pour lui, à l'appartement. Trop de gens voulaient le voir disparaître, termina t-il en haussant les sourcils.

- Je n'ai jamais vraiment voulu attenter à sa vie, s'empressa t-elle de répondre.

- C'est ce que tous les criminels disent. »

 

 

Elle se contenta de sourire, puis elle s'approcha du lit, se pencha, et attrapa la peluche en question par la patte, avant de la tenir entre ses deux mains et de regarder dans les deux billes grises qui lui servaient d'yeux.

 

 

« C'est fou, comme il est intact, commenta t-elle, bien consciente qu'elle était supposée lui parler d'autre chose mais incapable de savoir comment commencer. Tous les doudous que j'avais quand j'étais petite sont soit décapités, soit manchots, soit à moitié brûlés.

- Mon dieu, tu es ignoble, ricana t-il avant de se débarrasser de sa serviette qu'il jeta d'un geste nonchalant sur le dossier de sa chaise de bureau. »

 

 

Cette chambre était plus spacieuse que celle de son appartement, et Lily osait à peine regarder autour d'elle parce qu'elle pensait à la sienne, chez ses parents, et au fait qu'elle aurait été mortifiée de le trouver au beau milieu de ses posters de boys bands les plus honteux.

 

 

« J'avais des expériences à mener, reprit-elle en haussant les épaules et en lui adressant un sourire penaud.

- Est-ce qu'elles ont payé ?

- Non, c'est comme ça que j'ai compris que j'étais une littéraire et pas une scientifique. »

 

 

Elle caressait machinalement Patmol tout en essayant de garder les yeux vissés soit sur la peluche, soit sur James, et lorsque le silence se fit pesant, elle déglutit et reprit la parole, un peu hésitante.

 

 

« J'ai écouté le CD, et je... elle s'interrompit, resserra nerveusement son étreinte sur la peluche, puis poursuivit. Est-ce que j'ai interprété quelque chose que je n'aurais pas dû interpréter, ou est-ce que je...

- Sérieusement, Evans ? la coupa t-il en laissant échapper un rire.

- C'est bien ce que je pensais, déclara t-elle finalement en s'empourprant.

- C'est bien ce que Mary pensait, corrigea t-il avec amusement, parce que d'après ce qu'elle m'a raconté, tu étais à l'ouest.

- Je n'étais pas... Il faut que vous arrêtiez de vous écrire, tous les deux, marmonna t-elle avec une mauvaise humeur qui disparut dès qu'elle l'entendit rire.

- Je l'aime bien, se justifia t-il en haussant les épaules. »

 

 

Et c'était un soulagement. Un vrai soulagement. Severus ne s'entendait ni avec Mary, ni avec Marlène, et Lily savait qu'elle n'aurait certainement pas dû y penser maintenant, mais ce fut plus fort qu'elle et peut-être que ce n'était pas si grave. Le souvenir n'était plus aussi lourd à porter qu'avant, et surtout, il n'avait plus la même emprise sur elle.

 

Elle replaça une mèche de cheveux roux derrière son oreille, et ses yeux se posèrent sur sa table de chevet sur laquelle étaient empilés tout un tas de romans. De la vieille littérature, pour la plupart. Précisément tout ce qu'elle aimait, et c'était stupide, mais cela l'encouragea à poursuivre. Elle sentait son regard sur elle, et elle était certaine que s'il l'avait regardée de cette façon quelques semaines auparavant, elle se serait sentie acculée. Maintenant, elle était juste rassurée. Elle avait fait du chemin. Il l'avait fait avec elle.

 

 

« J'ai des questions, dit-elle avec un aplomb qui l'étonna elle-même.

- Le contraire m'aurait étonné, répondit-il avec légèreté. Demande moi ce que tu veux. Je te rappelle que je vis avec Sirius, rien ne me fait peur.

- Tu veux dire, à part les aiguilles ?

- Je n'arrive pas à croire qu'il t'ait dit ça, c'était censé rester entre nous ! s'exclama t-il, scandalisé. »

 

 

Elle esquissa un sourire amusé, ouvrit la bouche, puis la referma aussitôt, et se mit à faire quelques pas dans la chambre, tournant machinalement en rond sans vraiment faire attention à autre chose qu'à lui. Ses bras étaient à présent croisés contre son torse, et ses yeux étaient vissés sur elle comme s'il voulait imprimer dans sa tête l'image d'elle au milieu de sa chambre.

 

 

« Tu te souviens du jour où tu es rentré de Newcastle ?

- Comment oublier ? répliqua t-il avec un sourire en coin, et ses joues s'enflammèrent parce que ce n'était nettement pas son moment le plus glorieux.

- Tu m'as montré cette conversation avec Sirius sur ton portable et je... elle s'arrêta net et prit une profonde inspiration avant de poursuivre, le cœur serré. J'ai vu ce message. Celui où tu lui disais que je n'étais qu'un coup d'un soir. »

 

 

Elle le vit décroiser ses bras et enfouir une main dans ses cheveux pendant que l'autre plongeait dans sa poche pour en extraire son téléphone portable. Il sembla chercher quelque chose dessus pendant quelques secondes, puis il se redressa, se rapprocha d'elle en trois pas seulement, retira la peluche de ses mains pour la remplacer par son téléphone portable, et il lui fit signe de lire ce qu'elle voyait.

 

 

Mon pain d'épice : TU DOIS L'EPOUSER

Mon pain d'épice : STP

Mon pain d'épice : STP

Mon pain d'épice : STP

 

 

Les messages dataient de ce soir là, et une quantité incroyable des mêmes trois lettres suivaient, exactement comme elle s'en rappelait. Elle leva les yeux vers James et il l'encouragea d'un hochement de tête à continuer à faire défiler les messages.

 

 

James : Ce n'était qu'un coup d'un soir, vieux.

James : Pour elle, en tout cas.

 

 

Oh. Elle abaissa le téléphone entre eux et se sentit absolument stupide quand ses yeux trouvèrent les siens. Non seulement parce qu'elle avait pensé à tort qu'il l'avait juste utilisée comme les vulgaires mouchoirs que sa table de chevet avait probablement vu passer, mais également parce qu'elle lui avait donné l'impression d'avoir fait pareil avec lui.

 

Elle s'apprêtait à lui dire à quel point elle était désolée lorsqu'elle sentit son portable vibrer dans sa main. Instinctivement, ses yeux se posèrent dessus, et elle ne vit que le début du message mais, elle se tendit immédiatement avant de le tourner vers lui.

 

 

Rémus : Marlène vient dîner à l'appart'. RANGEZ TOUT VOTRE BOR...

 

 

James récupéra son téléphone, lut le message, puis jeta un bref coup d'oeil dans sa direction avant de taper une réponse et de reporter son attention sur elle.

 

 

« Rémus dit qu'elle est vraiment triste.

- Je sais, soupira Lily.

- Est-ce que je peux faire quelque chose ?

- Je vais lui parler, affirma t-elle après avoir secoué la tête de gauche à droite. Je me suis emportée, et j'ai été stupide, j'avais juste besoin de temps pour me calmer. »

 

 

Elle était triste aussi. Marlène lui manquait. Leur conversation Whatsapp était fade, et la pauvre Mary était la seule à y contribuer. Leurs soirées films n'étaient plus les mêmes sans elle, avachie au milieu du canapé, une bouteille de vin entre les mains qui finissait à chaque fois par tâcher le sol ou le canapé parce que dès qu'une scène lui plaisait, elle se mettait debout et sautait sur les coussins. Cela rendait Mary dingue à chaque fois, et Lily n'en était que plus hilare. Elle voulait rire encore avec elle.

 

 

« C'était juste compliqué pour moi, de la voir dire des choses devant toi que je n'étais pas prête à te confier moi-même, expliqua t-elle en se massant nerveusement la nuque. Et je sais qu'elle rigolait, mais j'ai eu peur que tu prennes tes jambes à ton cou.

- J'avais peur que tu prennes tes jambes à ton cou aussi, répliqua t-il aussitôt.

- Pour être honnête, j'ai bien cru plusieurs fois que j'allais le faire, mais ça n'avait rien à voir avec toi.

- Un vrai soulagement, de savoir que je ne peux rien faire pour te retenir si tu décides de me laisser, ironisa t-il en s'asseyant au bout de son lit, et elle pouffa.  »

 

 

Elle resta debout devant lui, tripotant mécaniquement la peluche qu'il lui tendit de nouveau comme s'il savait que le simple fait de pouvoir feindre s'y intéresser la déstressait considérablement, et elle s'efforça de ne pas paraître absolument surprise par cette dernière phrase. Il lui avait fait une fichue playlist, et elle n'arrivait toujours pas à croire qu'il voulait vraiment tout ça.

 

 

« Je te rends nerveuse ?

- A un point ridicule, répondit-elle automatiquement.

- Est-ce que ça rendrait les choses plus simples si on enlevait nos vêtements ? »

 

 

Elle laissa échapper un rire étranglé et tenta de lui donner un coup de Patmol en pleine figure, mais il l'attrapa habilement et ses doigts s'agrippèrent à la peluche autant que les siens. Elle leva les yeux sur lui, et elle se revit brièvement des années et des années en arrière, les mains autour de la même peluche toutefois beaucoup plus douce. Le souvenir n'était pas clair, mais il était soudainement là, et son cœur manqua un battement.

 

Ce n'était peut-être qu'une création de son esprit motivée par les photos qu'elle avait vues dans les albums de Fleamont et Euphemia, mais les yeux bruns du petit garçon étaient sur elle, contrariés alors qu'ils étaient maintenant amusés, et la sensation était curieuse. Elle pouvait presque sentir une odeur de pastels et de colle en tube dans l'air, et ce fut très perturbant. Le trouble la cloua sur place pendant une petite dizaine de secondes, et puis elle reprit ses esprits. Une sensation de lourdeur persistait dans sa poitrine. Il fallait qu'elle lâche la bride, qu'elle se laisse glisser, qu'elle lui parle enfin. Elle leva les yeux vers le plafond, inspira profondément, et les mots s'échappèrent de sa bouche sans qu'elle ne puisse les retenir.

 

 

« Ma famille est terrible. Mes parents ne s'aiment plus, ils passent leur temps à se disputer, ma sœur me déteste, son fiancé est égocentrique et malpoli, et je...

- Lily, l'arrêta t-il en tirant un peu sur la peluche pour la rapprocher de lui, qu'est-ce que tu fais ?

- Je te préviens.

- Pourquoi ? l'interrogea t-il en riant.

- Parce que je crois que je suis la pauvre fille cupide mais amoureuse, souffla t-elle. Tu sais, la première fille à...

- Me mettre le grappin dessus, termina t-il rapidement. »

 

 

Sa gorge était nouée lorsqu'elle hocha lentement la tête, et seulement à ce moment là, elle s'autorisa à le regarder, et bon sang, elle n'avait jamais vu une telle expression sur son visage, rien d'aussi lumineux, rien d'aussi clair et sans équivoque, rien qui ne définissait autant la joie pure.

 

Il la prit par surprise en tirant brutalement sur Patmol, et elle n'eut que le temps d'enfoncer ses mains sur la couette de chaque côté de ses épaules quand il tomba à la renverse sur son lit et qu'elle le suivit dans sa chute, abandonnant la peluche qui se retrouva coincée entre eux jusqu'à ce qu'il ne la balance sur le côté. Il ne lui laissa pas le temps de reprendre ses esprits avant de l'embrasser, et tout lui sembla absolument prodigieux pendant un instant.

 

Sa main droite était dans ses cheveux roux, et l'autre sur sa taille, et le baiser était le plus lourd de sens qu'ils aient jamais échangé. Il n'y avait plus de précipitation, plus de rancœur, et aucune façade. Les murs étaient tombés, et aussi terrifiant soit le pas en avant, James était le seul avec qui elle pouvait le faire.

 

 

« Est-ce que tu as entendu la partie sur la cupidité ? chuchota t-elle avec un sourire espiègle contre son oreille dès que sa bouche quitta la sienne.

- Tu veux les chocolats, c'est ça ? répondit-il de la même manière.

- S'il te plaît.

- Tu n'as pas trouvé le titre de la playlist, lui fit-il remarquer en remontant sa main jusqu'à son épaule avant d'exercer une légère pression jusqu'à ce qu'elle ne comprenne le message et qu'elle ne se fonde pleinement dans son étreinte.

- « Playlist avec uniquement des chansons qui disent que j'ai un énorme crush sur toi, et que tu ne comprendras pas, et ce malgré le fait que tu connaisses la plupart des paroles et que certains titres soient on ne peut plus explicites, parce que tu es la personne la plus stupide de ce continent » ? proposa t-elle, et son rire les secoua tous les deux.

- Bien tenté.

- « Playlist juste pour rendre Sirius jaloux et qu'il pense que je te préfère à lui et qu'il t'en veuille, et qu'il te déteste, et qu'enfin ce jour où tu me l'as volé soit oublié à tout jamais » ?

- J'aurais aimé y penser, répondit-il en faisant machinalement glisser son index sur sa joue alors que son visage était toujours entre ses mains.

- « Playlist pour te faire comprendre que je veux continuer à te voir nue aussi souvent que possible. »

- Clairement, mais c'est plus subtile que ça.

- « Playlist pour t'avouer que je te préfère à Patmol » ?

- Je te l'accorde, conclut t-il finalement en ricanant. »

 

 

Il la poussa sans plus de cérémonie sur le côté, son rire comme un écho au sien, et se leva d'un bond avant de lui tendre la main.

 

 

« Les chocolats sont à l'appartement. Brenda monte la garde devant. »

 

 

Elle aurait aimé rester un peu plus longtemps, mais elle attrapa sa main et se hissa hors de son lit. La deuxième traversée du couloir fut tout aussi distrayante que la première. Un Sirius qui se décrotte le nez en arrière plan, un Sirius endormi avec toute une bande de cheveux rasés au milieu de son crâne, un Sirius adolescent qui sourit à pleines dents, une quantité étonnante de nourriture coincée entre ses bagues, et un Sirius tenant un chiot dans ses bras tendus. L'animal était visiblement en train de se soulager sur lui, et Fleamont, debout juste à côté, était on ne peut plus hilare. Si elle avait eu le temps, elle aurait fait une vidéo de cette traversée pour l'avoir sous la main les jours où elle se sentait déprimée.

 

 

« On y va ! s'écria James du hall d'entrée pour signaler à ses parents qu'ils partaient.

- Bonne soirée ! entendirent-ils en retour.

- A vous aussi, répliqua Lily, et merci infiniment pour les cookies.

- On prend la voiture de Mary, je viendrai récupérer la mienne avec Sirius demain, lui dit James lorsqu'ils se retrouvèrent dehors, seulement éclairés par la lumière du porche. »

 

 

Elle était soulagée de pouvoir rentrer avec lui. Elle n'avait pas envie de refaire la route toute seule, encore moins après ce qu'ils venaient de se dire. Elle s'installa à la place du conducteur et lui lança un demi-sourire quand il s'assit à côté d'elle. Il passa sa main sur sa nuque, et elle y resta tout le trajet. Cela lui paraissait à la fois invraisemblable et parfaitement naturel. Ils étaient ensemble. Ils étaient sérieusement ensemble. Il voulait être avec elle. Réellement. Et elle voulait être avec lui. Il valait le coup d'essayer.

 

 

« Tu te rappelles que Marlène sera là ? lui demanda t-il alors qu'ils filaient vers la ville. »

 

 

Elle hocha simplement la tête malgré le fait qu'elle avait momentanément oublié l'information, et elle serra un peu plus ses doigts sur le volant. Maintenant que les choses étaient claires avec James et qu'elle savait qu'il n'avait pas peur de s'engager avec elle, il était plus simple de ne plus en vouloir à Marlène, et au fur et à mesure de la route, son anxiété se transforma petit à petit en impatience.

 

La tension ne reprit sa place que lorsqu'ils pénétrèrent dans l'appartement et que les jolis yeux bleus de Marlène se posèrent directement sur elle comme si elle n'avait même pas vu James. Ce dernier lui donna une accolade amicale avant de se tourner vers Lily et de lui jeter un regard insistant. Sa meilleure amie était en train de cuisiner avec Rémus et cela sentait vraiment bon, mais à en croire les tâches de tomate qu'ils avaient chacun sur leurs vêtements, ils n'étaient pas aussi studieux qu'ils en avaient l'air.

 

 

« Salut, lança t-elle avec toute la décontraction dont elle était capable.

- Salut.

- Est-ce qu'on peut... Est-ce qu'on peut tout mettre à plat avant que Sirius ne débarque avec un cageot de bouteilles et qu'on finisse par se disputer la place au dessus des toilettes ?

- Il y a un lavabo, pointa Rémus qui était à présent en train de vider le lave vaisselle avec James.

- Tout va bien de mon côté, chérie, la rassura Marlène. J'ai dépassé les bornes et tu sais à quel point j'en suis désolée.

- C'est moi. J'ai réagi de façon excessive, c'était stupide, réfuta Lily en esquissant une grimace.

- Je te laisserai les toilettes, déclarèrent toutes les deux en même temps avant de pouffer.

- Mary ne vient pas ? s'enquit James.

- Oh non, elle fait une soirée film avec Agatha. Elle a dû t'envoyer un message pour te prévenir, Lily, dit Marlène en trempant une cuillère en bois dans une grosse casserole pleine de sauce tomate afin de la goûter. »

 

 

Elle avait brièvement oublié l'existence de son téléphone portable. Elle le sortit de sa poche et constata que Mary lui avait effectivement déconseillé de rentrer à l'appartement avant une certaine heure qu'elle n'avait même pas précisé, et elle esquissa un sourire avant de lui répondre un simple « Bonne soirée » avec un cœur et de se tourner vers James.

 

 

« Tu crois que je peux dormir ici ce soir ?

- Très bonne idée, Evans, ça fait longtemps que je n'ai pas entendu qui que ce soit copuler et m'empêcher de dormir jusqu'à quatre heures cinquante deux du matin ! s'exclama Sirius qui venait de passer la porte avec un sac rempli de bouteilles en jetant un regard haineux vers Marlène et Rémus qui virèrent tous les deux au rouge.

- Reste, c'est bon, répondit James en s'avançant vers son meilleur ami pour récupérer les bouteilles après lui avoir flanqué une tape derrière le crâne.

- Quelqu'un a l'air un peu grognon, commenta Lily avec un sourire alors que le jeune homme s'était allongé de tout son long sur le canapé. C'est dommage, ça nous aurait laissé du temps pour enfin maîtriser le porté de Dirty Dancing.

- Sérieusement ? s'enquit-il en se redressant soudainement, des étoiles dans les yeux. »

 

 

Elle acquiesça, et l'instant d'après, elle était déjà au dessus de sa tête, quelque part dans les airs, à se dire que dans deux ou trois verres, elle finirait probablement la tête dans l'étagère de vinyles. Ce n'était pas grave parce que James était sorti de sa chambre avec une énorme boîte de chocolats, la même qu'elle tenait entre les mains le jour où ils s'étaient rencontrés, et qu'elle était sûre qu'elle serait capable d'en profiter même avec une commotion cérébrale.

End Notes:

Hello :)

Bon, on y est, le prochain chapitre sera le dernier :) Je vous retrouve dans quelques jours :)

If you love me won't you let me know ? by ECM
Author's Notes:

Le dernier chapitre :) j'espère qu'il vous plaira, il est trèèèès long, comme je vous l'avais dit, alors j'espère que vous avez un peu de temps devant vous :)

 

Lily était assise à la table de la salle à manger de ses parents, la tête entre les mains, alors qu'un bruit de vaisselle brisé venait de retentir dans la cuisine suivi d'une remarque acerbe dont elle n'entendit pas exactement le contenu. Le ton était suffisant, elle avait saisi l'essentiel, et visiblement, James aussi puisqu'il tendit le bras pour lui caresser affectueusement la joue.

 

 

« Je t'avais prévenu, chuchota t-elle. »

 

 

Elle sortait avec lui depuis plusieurs mois, et c'était la première fois qu'elle osait l'amener dîner chez ses parents. Elle avait songé que le fait qu'elle ait choisi la semaine précédant le mariage de Pétunia lui assurait de ne pas la voir, parce qu'elle croulait certainement sous le travail, et donc, d'éviter une dispute qui aurait automatiquement éclatée pour n'importe quelle raison stupide, mais visiblement, c'était sans compter sur ses parents.

 

Le déjeuner avait plutôt bien commencé, Ned et Rose s'étaient tout de suite bien entendus avec James. Ce n'était que la deuxième fois qu'ils se voyaient, et ils n'avaient pas vraiment pu discuter la première parce que Lily n'avait pas voulu leur en laisser l'occasion, mais elle avait presque songé pendant un moment qu'elle s'était trompée, parce que les rires s'étaient succédés à table et elle avait vu la différence entre leur comportement avec James, et leur comportement avec Vernon.

 

Il était évident qu'ils l'appréciaient d'avantage que le futur mari de Pétunia. Cela n'avait pas été spécialement une inquiétude pour Lily, elle avait surtout angoissé à l'idée que ses parents puissent trouver un moyen de se sauter à la gorge la première fois qu'elle ramenait quelqu'un d'autre que Severus, quelqu'un à qui elle tenait vraiment, quelqu'un à qui elle ne voulait pas montrer immédiatement les dysfonctionnements de sa famille, surtout quand la sienne était parfaite... Et elle avait cru pendant un moment que tout se passerait bien.

 

Il y avait eu des soupirs et des regards ennuyés, mais rien de plus jusqu'à la fin du repas, jusqu'à ce que Ned n'évoque le mariage de Pétunia, auquel Lily ne participerait pas, et que Rose ne le lui reproche. Le ton était graduellement monté avant qu'ils ne se radoucissent tous les deux quand la jeune femme rousse leur demanda directement de ne pas se lancer dans un débat maintenant, et puis ils avaient entrepris de débarrasser la table, et s'étaient mis à se disputer dans la cuisine, là où ils pensaient que personne ne les entendrait.

 

 

« Bienvenue dans mon monde, soupira t-elle avant de capturer sa main et de se lever de sa chaise. Allons en haut, je n'ai pas envie de les entendre.

- Je suis désolé, lui dit-il alors qu'ils montaient les escaliers.

- C'est moi qui suis désolée, répliqua t-elle en poussant la porte de sa chambre devant elle. Ta famille est juste parfaite, et je t'amène chez moi, et mes parents ne sont même pas capables de se tenir trois heures de suite.

- Lily, sérieusement, on a ri tout le repas, ce n'était pas aussi terrible que ce que tu penses.

- Ça ne l'était pas jusqu'à ce qu'ils ne recommencent à se sauter à la gorge, confirma t-elle avec ironie. Je comprendrais si tu me fais cirer le banc ce soir pour t'avoir forcé à vivre ça. Et le pire là dedans, c'est que tu n'as même pas encore rencontré ma sœur.

- Je ne vais pas te faire cirer le banc, pouffa t-il alors qu'elle le poussait doucement sur son lit. et non, non, on ne va pas faire ça maintenant. »

 

 

Elle esquissa une grimace lorsqu'il immobilisa son poignet au dessus de la boucle de sa ceinture, et elle demeura debout devant lui, une main plongée dans ses cheveux noirs, et l'autre dans la sienne.

 

 

« Pourquoi ?

- Parce que je n'ai pas envie de t'épuiser avant ton dernier match de la saison, répondit-il avec un sourire en coin avant de l'enlacer et de nicher sa tête contre son ventre.

- Oh sérieusement, Potter ?! gloussa t-elle en tirant juste assez sur ses cheveux pour qu'il desserre légèrement son étreinte.

- C'est coach, pour toi.

- Ne joue pas à ça si tu ne veux pas que je te...

- Est-ce que c'est un poster des Backstreet boys ? la coupa t-il alors que ses yeux bruns étaient figés sur la porte qu'elle avait claquée derrière eux lorsqu'ils étaient entrés.

- … Non, mentit-elle après une seconde de panique interne.

- Si, dit-il en la repoussant juste assez pour pouvoir se lever et observer un peu mieux sa chambre. »

 

 

Elle se laissa tomber sur son lit, tête enfoncée dans l'oreiller parce que c'était mieux que de le voir reluquer les murs de sa chambre d'adolescente, et elle l'insulta bruyamment lorsqu'elle l'entendit rire.

 

 

« Est-ce qu'ils portent des vêtements sur au moins une photo ? demanda t-il sur un ton moqueur. Quand je vais raconter ça à Sirius...

- Je t'