Maggie et le grimoire by Emojifeu
Summary:

Illustration réalisée par @dr.t.pralinus sur instagram, avec Maggie au premier plan devant le chateau

 

Lorsqu'ils ont ouvert un soir la Salle sur Demande avec Rose et les autres, Maggie ne s'attendait pas à se faire hanter par un mystérieux grimoire qui veut sa peau ! Aidée par Rose Weasley, deux connaissances de Gryffondor et le très agaçant Augustus Londubat, elle décide de percer le secret du livre au péril de sa propre vie...

 

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Maggie et le grimoire est un spin-off de ma fanfiction next-gen 26 ans plus tard.

Illustration de @dr.t.pralinus pour 26 ans plus tard


Categories: Après Poudlard Characters: Personnage original (OC), Rose Granger-Weasley
Genres: Autres genres
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 8 Completed: Oui Word count: 12824 Read: 1123 Published: 01/09/2021 Updated: 26/12/2021
Story Notes:

Bonjour :D

Si vous êtes là, c'est probablement que vous lisez déjà 26 ans plus tard et je vous en remercie.

Si vous ne connaissez pas 26 ans plus tard, je vous conseille d'aller la lire avant de vous pencher sur Maggie et le grimoire. Cependant, ce spin-off peut être lu seul et ne spoile rien de l'intrigue principale.

J'avais envie d'écrire comment Rose, Maggie, Augustus, Neela et Damian sont devenus amis en 5e année, alors j'ai imaginé cette petite aventure magique à Poudlard qui j'espère vous plaira.

Bonne lecture et merci encore pour vos reviews qui me poussent toujours plus à continuer,

Emojifeu

1. La Salle en cendres by Emojifeu

2. Le grimoire verrouillé by Emojifeu

3. Indestructible by Emojifeu

4. Stornoway by Emojifeu

5. La tapisserie de Merlin by Emojifeu

6. Entretien avec le Moine Gras by Emojifeu

7. Au fond du lac by Emojifeu

8. Le houx d’argent by Emojifeu

La Salle en cendres by Emojifeu

1 - La Salle en cendres

 

Parcourir les couloirs sombres de Poudlard la nuit n'effrayait plus vraiment Maggie. Elle ne faisait des rondes qu’une fois par semaine, de toute façon, et toujours accompagnée de Damian, le préfet de Gryffondor. Et puis, il y avait un côté grisant à se trouver dans le château au beau milieu de la nuit alors que tous les élèves dormaient. Même les tableaux, d’habitude si joviaux et bavards, se taisaient. Elle avait l’impression que voir une facette de Poudlard que peu de gens avaient dû connaître - quoi qu’à bien y réfléchir, vu le nombre d’élèves qu’elle avait surpris essayant de sortir des dortoirs… 

 

“J’ai entendu un bruit, dit soudain Damian alors qu’ils s’avançaient dans un couloir du septième étage.”

 

Maggie brandit sa baguette devant elle, cherchant à percer l’obscurité avec le mince filament de lumière qui s’en échappait. Mis à part une tapisserie qu’elle n’était pas certaine d’avoir déjà vu, sur laquelle un petit sorcier pirouettait encore et encore devant une bande de trolls des montagnes, elle ne voyait rien du tout.

 

“Il n’y a rien, adressa-t-elle à son camarade, tu as dû…

-Maggie ? l’interrompit un chuchotement sur sa droite.”

 

Surprise, la jeune fille fit volte-face et tomba nez-à-nez avec son amie Rose Weasley sortant de derrière un renfoncement du mur. Aveuglée par la lumière de sa baguette, Rose mit une main devant ses yeux pour se protéger. Derrière elle, deux silhouettes sortirent à leur tour de l’obscurité et Maggie reconnut Neela Miller, une Gryffondor en cinquième année comme elle, et Augustus Londubat, qui était avec Rose et elle à Serdaigle. Elle leva les yeux au ciel. Bien sûr que ce bellâtre pompeux était là ! Il ne manquait jamais une occasion de lui pourir la vie, de toute façon.

 

“Qu’est-ce que vous fichez là ? demanda-t-elle d’un ton pressant. Vous savez très bien que vous n’avez pas le droit de vous promener dans les couloirs la nuit !

-Relax, répondit Augustus d’une voix un peu trop détendue. On profitait justement que ce soit toi qui fasse la ronde, ce soir, pour éviter de se faire choper.

-Quoi ?! Parce que c’était prémédité, en plus ?! chuchota-t-elle frénétiquement en se tournant vers Rose.

-C’est Augustus ! protesta cette dernière en levant les mains. Il m’a dit qu’il avait un truc à me montrer, que c’était spectaculaire, que je n’allais pas en revenir… Il m’a presque forcée à sortir de la Salle Commune, si tu veux tout savoir, ajoute-t-elle en haussant les épaules comme pour s’excuser.

-Eh ! C’est toi qui m’a supplié de venir, tu veux dire ! répondit Augustus, outré. C’est même toi qui a dit qu’on n’avait qu’à y aller maintenant, parce que c’est Maggie qui patrouille ce soir !

-C’est faux ! s’exclama Rose.

-Il y a des tableaux qui essayent de dormir, jeune fille ! lança une toile sur leur gauche d’un ton désagréable.

-Pardon, souffla Rose.

-Et toi, demanda Damian d’une petite voix à Neela, qu’est-ce que tu fais là ?

-J’avais cours d’astronomie, dit la jeune femme d’une voix désolée, et je me suis encore faite avoir.

-On l’a retrouvée en haut d’un escalier, expliqua Rose en passant un bras réconfortant autour de ses épaules. Ça fait une heure qu’ils la baladent, d’après ce que j’ai compris.

-Je ne sais pas pourquoi ils me détestent à ce point, gémit Neela en secouant la tête. Ça fait cinq ans, et je ne peux toujours pas les prendre seule !

-Je lui ai dit qu’on la ramènerait dans son dortoir après avoir vu ce qu’on avait à voir, ajouta Augustus. Mais si vous voulez l’escorter maintenant…

-Quoi ?! Pas question, déclara Maggie fermement, je veux savoir ce que vous trafiquez ici à cette heure-ci. Si on doit enfreindre le règlement, je veux au moins savoir pourquoi. 

-Comme tu voudras, répondit Augustus, indifférent.”

 

D’un pas léger, il s’avança alors vers le mur qui leur faisait face et se mit à faire des aller-retours devant, passant et repassant trois fois. Maggie haussa les sourcils, se demandant ce qu’il était encore allé inviter. Augustus avait ce côté m’as-tu-vu agaçant qui le poussait à se faire remarquer en permanence, et c’était l’une des choses qui énervait le plus Maggie chez lui. Elle savait que c’était un grand ami de Rose, mais elle n’arrivait pas à se faire à son besoin compulsif d’être au centre de l’attention.

 

Alors qu’Augustus repassait pour la dernière fois devant le mur, une aspérité apparut sur la pierre et une porte massive se dessina sous les yeux ébahis des cinq adolescents. Là où il n’y avait rien se tenaient deux immenses battants en bois clair, avec d’énormes poignées en fer. Jubilant, Augustus se retourna et leur adressa un regard triomphant. 

 

“Ah ! Tu vois, dit-il en pointant Rose du doigt, je savais que j’avais raison !

-C’est pas possible, balbutia la jeune fille dont les yeux s’étaient arrondis sous la surprise. Papa m’avait dit que c’était une légende…

-Eh bien mon père m’a dit que c’était bien réel, et il avait raison ! exulta Augustus. Mesdames, Messieurs, la Salle sur Demande ! ajouta-t-il en désignant la grande porte.

-La quoi ? demanda Maggie, toujours incrédule.

-Tu vas voir ! Papa dit que c’est l’endroit le plus fantastique du château, une salle qui te donne tout ce que tu demandes, sans limite et qui sait toujours exactement ce que tu veux trouver ! Attention les yeux ! lança-t-il en tirant une des deux poignées.” 

 

Dans un chuintement à peine perceptible, la porte glissa contre le mur. Instantanément, le visage d’Augustus s’assombrit. Dans la salle qui leur faisait désormais face, tout était dévasté. Une épaisse fumée planait dans l’air et des morceaux de colonnes et de pierres traînaient sur le sol dans un amas de débris encore fumants. Par endroits sur les tentures déchirées qui habillaient encore certains pans de mur, quelques flammes dévoraient encore les tissus et les tapisseries. L’ensemble donnait l’impression d’un endroit désolé qui aurait été ravagé par un ouragan. Puis un incendie. Et un deuxième ouragan.

 

“Non, murmura Augustus en s’avançant dans la salle dévastée, ce n’est pas possible… Mais mon père a dit…

-Je ne sais pas exactement ce que c’était, dit Damian en levant sa baguette, mais c’est une magie très forte qui a provoqué ça. Il reste des traces dans l’air.”

 

À petits pas prudents, Maggie fit quelques pas dans la salle à son tour, gênée par les cendres et la fumée qui lui emplissaient les poumons et brouillaient sa vision. Cherchant quelque chose qu’elle pu identifier des yeux, elle avisa une étagère renversée dont s’échappaient des livres déchirés, aux couvertures marquées de traces de brûlures et de trous. Parmi les débris qui jonchaient le sol, elle pouvait apercevoir des objets de toutes sortes sans réussir à en nommer un seul. Tout étaient détruit, des globes en verre avaient explosé, des balances en métaux précieux s’étaient tordues, des bijoux s’étaient brisés. Elle n’eut pas besoin de pousser plus avant son exploration pour comprendre qu’il n’y avait rien de récupérable dans cette salle désolée.

 

“On ne devrait pas traîner ici, finit par dire Rose une fois le choc de cette triste découverte passé. Ça n'a pas l’air stable, j’ai peur qu’on se prenne un truc sur la tronche.

-Je ne m’attendais pas du tout à ce qu’elle soit dans cet état, soupira Augustus. Mon père en parle toujours comme l’endroit le plus merveilleux qu’il ait connu pendant sa scolarité… S’il voyait ça… 

-C’est pas grave, le rassura Rose en posant une main bienveillante sur son épaule. L’important, c’est que tu avais raison. Elle existe, ta salle magique !”

 

Maggie laissa son regard vagabonder sur la pièce tandis que les autres adolescents rejoignaient la porte, décidés à éviter tout accident. Lorsqu’elle jette un dernier coup d'œil devant elle, un éclat sombre attira son attention. Là, posé sur une table renversée comme s’il n’avait rien connu du désastre qui l’entourait, il y avait un grimoire assez petit. Elle s’approcha un peu pour l’examiner de plus près. Il devait faire la taille de son avant-bras et sa couverture noire semblait faite d’écailles qui reflétaient par moment la lueur des flammes. Ce qui frappa Maggie, c’est que ce livre n’avait l’air d’avoir subi le traitement que les autres avaient connu : sa couverture luisait, comme s’il avait été astiqué la veille, et il n’y avait aucune marque de brûlure ou trace de poussière dessus. Intriguée, elle avança sa main pour tenter de l’ouvrir, mais le grimoire resta fermé. Elle s’y reprit plusieurs fois, ne voyant aucun verrou qui pourrait l’empêcher de consulter le livre, mais il restait obstinément fermé.

 

“Maggie, lança Rose depuis la porte, tu viens ? Il est presque deux heures !

-J’arrive, répondit Maggie d’un ton absent.”

 

D’un geste fluide, elle attrapa le grimoire et le fourra dans sa robe de sorcière, bien à l’abri dans la grande poche intérieure de la doublure. Elle essayerait de l’ouvrir plus tard. Pressant le pas, elle se dirigea vers la porte et laissa derrière elle la salle en cendres.

Le grimoire verrouillé by Emojifeu

 

 

Le grimoire était en sa possession depuis une semaine maintenant, et Maggie n’avait toujours pas réussi à l’ouvrir. Sans bien comprendre pourquoi, mais poussée par un pressentiment, elle avait décidé de le cacher dans la malle sous son lit, pour éviter qu’une des trois filles qui partageaient son dortoir ne tombe dessus. Elle avait dû ruser et redoubler d’excuses toutes plus médiocres les unes que les autres - allant de “Je suis fatiguée ce soir, je vais me coucher tôt” à “Le jus de citrouille n’était pas très frais” - pour se retrouver seule dans la chambre et tenter d’ouvrir enfin le livre, qui s’obstinait à demeurer fermé.

 

En bonne élève qu’elle était, elle avait d’abord commencé par passer en revue tous les sorts de déverrouillage qu’elle connaissait. Puis, lorsque cela s’était révélé inefficace, elle était passée aux enchantements d’annulation, pour essayer de briser le charme qui protégeait le grimoire. En désespoir de cause, elle s’était même résignée à voler un couteau au dîner un soir et avait essayé de le glisser entre les pages jaunies pour forcer l’ouverture du livre à la main. Peine perdue, le couteau n’avait jamais pu passer entre la couverture et les pages et s’était plié sur lui-même contre quelque chose que Maggie n’avait pas réussi à identifier puisqu’à cet endroit-là, rien ne semblait pouvoir endommager la lame.

 

Elle n’avait pas abandonné, mais il lui donnait du fil à retordre. Assise sur son lit, elle maudissait son téléphone portable qui refusait de s’allumer. Elle aurait peut-être pu faire quelques recherches, voir si quelqu’un sur internet avait déjà eu ce genre de problème ! Agacée, elle rangea son téléphone et le grimoire sous son oreiller et s’affala sur le lit. “Tu es stupide, pensa-t-elle en contemplant le plafond, c’est évident que le soucis est magique ! Aucun moldu n’aura de réponse à “Mon livre ne s’ouvre pas, que faire ?” et les sorciers ne savent pas utiliser internet.” Elle était épuisée. Depuis qu’elle avait trouvé le grimoire, elle ne dormait pas très bien.

 

C’était peut-être le fait de ne pas pouvoir l’ouvrir, mais ce livre l’obsédait. Elle avait passé sa semaine à réfléchir à ce qu’il pouvait bien contenir ou comment l’ouvrir enfin. Même s’il paraissait en parfait état, la façon dont il était fait et la matière de la couverture lui faisait penser qu’il datait d’un temps assez reculé. Le Moyen-Âge, peut-être, ou bien encore plus vieux… Elle repoussa la couverture, excédée. C’était encore plus frustrant ! Comment un livre aussi ancien avait pu traverser les siècles sans une égratignure ? La magie derrière ce prodige devait être très puissante…

 

“Déjà au lit ?”

 

Maggie leva les yeux vers la porte et Rose lui sourit, l’air inquiet. Elle aussi, nota Maggie, avait l’air fatigué : son chignon d’habitude impeccable laissait s’échapper quelques boucles sombres et la peau noire sous ses grands yeux bruns virait au violet soutenu. Son amie fit quelques pas hésitants dans le dortoir et se laissa tomber sur le lit de Maggie. Cette dernière rajusta son coussin pour être certaine qu’il couvre bien le grimoire, voulant éviter à tout prix que Rose ne le voit. Sans savoir pourquoi, elle préférait le garder pour elle.

 

“Je suis claquée, dit Rose en lui adressant un petit sourire abattu. Emily et June aussi, d’ailleurs.

-Ça doit être la lune, éluda Maggie en regardant par la fenêtre.

-Hum. J’y crois pas trop, je t’avoue.

-C’était bien en bas ? demanda Maggie, désireuse de changer de sujet.

-Très, très moyen. On devait réviser, puis Augustus a provoqué Bella - tu sais, la nana de sixième année qui est dans l’équipe ?

-Je sais qui est Bella, oui, répondit Maggie d’un ton un peu plus sec que nécessaire.

-Ok, pardon ! Il a provoqué Bella en duel de batteur, pour voir qui avait la meilleure visée. Donc ils ont fait apparaître une cible pour régler ça, et évidemment un deuxième année s’est pris un coup de batte.

-Évidemment, sourit Maggie. Vous avez de la chance que votre préfète soit indisposé.

-Oh, ne t’en fais pas va, Ayan est vite intervenu. Donc Augustus a été insupportable, et j’ai décidé qu’il était temps de monter.

-Quand est-ce qu’Augustus n’est pas insupportable ? lâcha Maggie avec dédain.”

 

Le regard triste de son amie lui indiqua qu’elle était peut-être allée trop loin. Sans lui adresser un regard, Rose se leva du matelas et rejoignit son propre lit.

 

“Pardon, souffla Maggie, je ne voulais pas… Je sais que c’est ton ami…

-Il a ses bons moments, la coupa Rose. Et il t’aime bien, lui. Si tu lui laissais seulement une chance, tu te rendrais peut-être compte que ce n’est pas le crétin prétentieux que tu imagines.”

 

Honteuse, Maggie ne répondit pas. Elle se retourna dans son lit pour éviter de continuer cette discussion qui allait les conduire sur une pente glissante. Rose et elle ne se disputaient presque jamais mais lorsque ça arrivait, c’était toujours au sujet de ce paon d’Augustus. Il prenait trop de place entre elles, ça l’énervait.


Maggie passa ses doigts sous son oreiller et caressa le grimoire du bout des doigts. Il faudrait qu’elle trouve un moyen de l’ouvrir, demain. Elle sentait qu’il recélait quelque chose d’incroyable, un secret longtemps oublié ou une formule qui allait révolutionner le monde magique… Épuisée et toujours un peu embarrassée par l’altercation qu’elle venait d’avoir avec son amie, elle s’endormit sans même y prêter attention, alors que toutes les chandelles du dortoir étaient encore allumées.

 

Ce qui la réveilla, ce fut la brise. Une brise mordante de fin d’hiver, qui lui glaçait les os et la fit frissonner jusqu’au cœur. Rose avait dû laisser la fenêtre ouverte en allant se coucher… Maggie ouvrit les yeux avec peine. Il fallait qu’elle ferme la fenêtre, elles allaient toutes tomber malade, sinon.

 

Elle ne comprit pas tout de suite ce qu’elle voyait. Un paysage de forêt qui s’étendait à perte de vue, avec de grandes montagnes dans le fond et, en dessous d’elle, le lac. Elle voyait les serres de botanique et la volière, en contrebas. Comment pouvait-elle voir les serres ?

 

Ses yeux s’agrandirent d'effroi lorsqu’elle comprit qu’elle était sur le parapet de la Tour d’Astronomie. Affolée, elle jeta un coup d'œil à ses pieds nus sur la pierre grise et vit avec horreur un pan de sa chemise de nuit malmené par le vent qui soufflait fort et menaçait de l’emporter. La jeune fille paniquée eut un mouvement de recul et tomba à l’intérieur de la tour dans un fracas assourdissant. Le livre qu’elle tenait entre ses bras lui échappa et alla se coincer sous un télescope en étain.

 

Elle n’entendait que le vent qui soufflait de plus en plus fort et les battements désordonnés de son propre cœur et resta sur le sol un instant, sonnée. Maggie se força à reprendre sa respiration mais la panique était plus forte. Qu’est-ce qu’elle faisait en haut de la Tour d’Astronomie au beau milieu de la nuit ? Sur le parapet ? Presque comme si… Presque comme si elle allait sauter… 

 

À tâtons dans l’obscurité de la pièce, elle se redressa tant bien que mal et prit appuie contre le mur, cherchant le contact de la pierre rafraîchissante. Elle avait entendu quelque chose tomber avec elle, elle en était certaine. Mais elle n’avait pas sa baguette… Elle s'accroupit et regarda sous les instruments d’observation rangés contre le mur. Lorsqu’elle vit le grimoire, un picotement désagréable lui parcourut la nuque et ses mains devinrent moites de peur. Pourquoi avait-elle amené le grimoire avec elle ? Elle le récupéra du bout des doigts et le contempla un instant, à la fois fascinée par cet étrange objet et terrifiée par sa présence. Pour la première fois depuis qu’elle l’avait récupéré, le grimoire la mit mal à l’aise. Quelque chose en elle lui criait de s’en débarrasser, que ça ne pouvait pas être une coïncidence qu’il soit là avec elle alors qu’elle allait…

 

Maggie prit une grande inspiration en s’approchant du garde-fou de la Tour et, suivant son instinct, jeta le grimoire en direction de la forêt, par la même ouverture d’où elle avait faillit sauter quelques minutes auparavant. Elle se pencha un peu pour le regarder tomber et finit par le perdre des yeux dans la nuit.

 

Maggie ne put s’empêcher de se demander comment elle avait pu sortir du dortoir en dormant. Elle savait que certaines personnes étaient somnambules et qu’elles marchaient la nuit, mais ça ne lui était encore jamais arrivé. Elle se sentait encore plus épuisée que lorsqu’elle s’était couchée. La frayeur qui l’avait saisie en se réveillant au sommet de la Tour d’Astronomie avait cédé sa place à une fatigue pressante. Lorsqu’elle se glissa entre ses draps, elle n’eut même pas le loisir de repenser à ce qui venait de lui arriver, et sombra dans un profond sommeil sans rêve.

 

La première chose qu’elle vit en ouvrant les yeux le lendemain matin lui glaça le sang et elle resta un instant pétrifiée à le regarder. Sur le pardessus bleu de son lit, posé comme si elle l’avait laissé là la veille en se couchant, le grimoire luisait d’un éclat menaçant.

Indestructible by Emojifeu

 

 

“Maggie ? C’est quoi, ce truc ?”

 

Encore engoncée sous la couette et sonnée par la réapparition du grimoire, Maggie leva les yeux et constata avec horreur que Rose fixait le livre sur le lit, le désignant du bout du doigt, une moue de dégoût déformant ses lèvres. Maggie rabattit la couverture sur le livre pour tenter de le soustraire au regard de son amie, mais trop tard. Son secret était découvert.

 

Elle jeta un coup d'œil vers le fond du dortoir mais ni June, ni Emily n’étaient en vue.

 

“Je suis désolée, Rose, commença-t-elle en lui lançant un pauvre sourire, j’aurai dû te dire… Je l’ai trouvé dans la Salle sur Demande, l’autre jour.

-Tu l’as depuis une semaine et tu ne m’as rien dit ? calcula Rose en fronçant les sourcils. Eh ben…

-J’osais pas ! Je suis désolée… C’est que... Il est pas normal, ce bouquin.

-Raconte-moi, finit par dire Rose en s’asseyant sur le lit.”

 

Pendant quelques minutes, Maggie se mit à raconter comment elle avait trouvé le livre en parfait état alors que la Salle était dévastée et comment elle avait tenté de l’ouvrir par tous les moyens, sans y parvenir. Elle avait à peu près terminé et s’apprêtait à parler de ce qui s’était passé la veille, mais sa gorge se noua et elle se tut.

 

“Ce n’est pas normal qu’il ne s’ouvre pas, déclara Rose en examinant l’objet.

-Le charme de protection doit être très puissant, confirma Maggie.

-Il vaut peut-être mieux qu’on n’y arrive pas.

-Comment ça ?

-Ça ressemble à de la Magie Noire, dit Rose en grimaçant, ce truc me met mal à l’aise.”

 

Devant l’air sérieux de son amie, Maggie décida qu’elle ne pouvait plus lui cacher le reste. Après tout et malgré leur dispute d’hier soir, Rose était maintenant impliquée. La jeune fille pris une grand inspiration.

 

“Rose, hésita-t-elle un instant, je ne t’ai pas tout dit, je suis désolée. Je… Je me suis réveillée en haut de la Tour d’Astronomie, cette nuit. Sur le parapet. Avec le livre.

-Quoi ?! s’exclama Rose en reculant de surprise.

-Attends, c’est pas tout… J’ai eu la même intuition que toi, que ce truc est dangereux ou que c’est de la Magie Noire… Je ne comprenais pas comment j’avais atterri là, ou pourquoi j’avais pris le livre ! Et je l’ai jeté par l’ouverture de la tour.

-Mais il est… balbutia Rose en désignant le grimoire qui trônait sur le lit.

-Quand je me suis réveillée ce matin, il était là…”

 

 Rose lança un regard apeuré au livre en se reculant, comme s’il l’avait brûlée.

 

“C’est peut-être quelqu’un qui me fait une blague, ajouta Maggie sans y croire, mais tu es la seule à savoir que je l’ai. Je n’en ai parlé à personne d’autre, donc à moins que tu décides de hurler « Poisson d’avril » dans les dix secondes, je crois qu’on peut commencer à s’inquiéter.

-C’est quoi un poisson d’avril ?

-Un truc moldu, t’en fais pas, sourit Maggie. Rose, on est bien d’accord que tu ne te fous pas de moi et que tu ne savais pas que j’avais ce truc ?

-Juré.

-Bon. »

 

Maggie et son amie échangèrent un regard, inquiètes. Dans son malheur, Maggie remercia tout de même le hasard qui avait placé une si bonne amie sur son chemin, prête à l’aider aussi rapidement.

 

« Il faut qu’on en ait le cœur net, lança Rose. On va essayer de le détruire.

-Le détruire ?! Rose, et s’il était important ? s’écria Maggie.

-Maggie, singea Rose, et s’il était vraiment dangereux ?! Je crois qu’il vaut mieux s’en débarrasser, tu veux qu’il t’emmène te promener au fond du lac, la prochaine fois ?

-Tu as raison, soupira la jeune femme. Qu’est-ce que tu proposes ?

-Aucune idée, ce truc a résisté à la destruction de la Salle, et tu as vu dans quel état elle était ! Il faut qu’on mette le paquet. On ne peut pas faire ça dans le dortoir ou la salle commune, ceci dit, ajouta-t-elle après une seconde de réflexion. Moins il y a de gens au courant, mieux c’est.

-Chez Mimi ? proposa Maggie.

-Chez Mimi, acquiesça Rose. »

 

En silence, elles s’habillèrent et descendirent dans la salle commune avant de se rendre dans les toilettes des filles du deuxième étage, peu fréquentées à cause du fantôme qui continuait de les hanter, faisant fuir les élèves qui osaient s’y aventurer. En passant devant la cheminée du petit salon, le grimoire camouflé dans la poche intérieure de sa robe, Maggie constata avec irritation qu’Augustus les attendait en bas de l’escalier. Il était donc toujours dans ses pieds, celui-ci !

 

« Vous avez loupé le petit déjeuner, leur adressa-t-il en guise de bonjour, il y a un problème ?

-Rien qui ne te regarde, lui répondit la préfète en lui passant devant sans s’arrêter.

-Sympa, souffla le jeune homme. Rose, il y a un soucis ?

-Non, protesta Rose en suivant Maggie, je t’assure ! Quand je reviens on peut réviser, si tu veux ! Maggie, attends-moi ! »

 

Maggie ne s’arrêta qu’une fois sortie de la salle commune. Rose la rattrapa en courant presque. La colère se lisait sur son visage.

 

« Maggie, tu pourrais vraiment faire un effort !

-Moins il y a de gens au courant, mieux c’est, non ? répondit son amie avec mauvaise foi.

-Il y a l’art et la manière, grommela Rose en la suivant dans les couloirs. C’est pas parce que tu ne veux pas lui parler du livre que tu dois l’envoyer promener comme ça ! »

 

Maggie ne répondit pas. Elle savait qu’elle était injuste et qu’à part être un peu trop indiscret et bruyant, Augustus ne lui avait jamais rien fait, elle n’arrivait pas à l’apprécier. Elles marchèrent en silence jusqu’aux toilettes du deuxième étage, chacune ruminant dans son coin sans parler à l’autre. La foule des élèves leur prêtait à peine attention, toute occupée à sortir dans le parc pour profiter de la dernière neige tombée dans la nuit.

 

En arrivant dans les toilettes du deuxième étage, Maggie et Rose eurent la surprise de constater que Mimi Geignarde, qui gardait les lieux d’habitude sans jamais s’en éloigner, n’était pas là. En revanche, une jeune fille à la peau brune, deux nattes noires encadrant son visage pointu et tombant jusqu’aux hanches, posa sur elles ses deux yeux sombres, leur adressant un regard étonné lorsqu’elles passèrent la porte. Elle se détendit en les reconnaissant.

 

« Oh, c’est vous ! lança Neela. J’ai cru que c’était encore cette bande de quatrième années désagréables.

-Tu te planques là ? demanda Maggie, incrédule.

-Hum. Ils sont pénibles, mais ils ont peur de Mimi et ils n’osent pas venir ici, en général. C’est une bonne cachette, ajouta-t-elle en haussant les épaules. Et vous ? Ils vous soûlent aussi ? »

 

Maggie et Rose s’entre-regardèrent et d’un commun accord, décidèrent qu’il faudrait faire avec.

 

« On vient juste se débarrasser d’un truc, répondit Maggie. Trop de monde dans la salle commune.
- Vous débarrasser de quoi ? demanda la jeune Gryffondor sur un ton suspicieux.

-C’est un vieux truc, éluda Rose pour essayer de clore le sujet. On voulait juste éviter d’attirer l’attention. »

 

Neela ne répondit pas mais Maggie vit bien à son expression hésitante qu’elle n’était pas convaincue. De toute façon, elle n’avait pas l’air de crouler sous les amis si elle traînait seule dans les toilettes un samedi, elle ne répéterait rien à personne !

Elle posa le livre au sol et sorti sa baguette sous les regards attentifs de Rose et Neela.

 

« Incendio, jeta-t-elle en visant le livre. »

 

Rien ne se produisit. Un peu vexée, Maggie réajusta sa position et pointa à nouveau sa baguette vers la couverture noire qui paraissait la narguer.

 

« Incendio ! lança-t-elle cette fois plus fort. »

 

Mais aucune flamme n’apparut. Rose lui adressa un regard lourd de sens.

 

« Oui bah forcément, râla Maggie en guise de réponse, il avait survécu à la destruction de la Salle sur Demande, il n’allait pas céder devant ma baguette hein !

-Tu l’as trouvé dans la salle de l’autre jour ? s’écria Neela. Dans cet état ?! »

 

Maggie se mordit les lèvres, consciente d’avoir trop parlé. Vive comme un chat, elle ramassa le livre qui traînait sur le sol et le jeta dans la cuvette la plus proche avant de tirer la chasse. Le livre fut aspiré dans le siphon avec un bruit désagréable.

 

« Voilà, déclara-t-elle en se tournant vers les deux jeunes filles, comme ça il n’y a plus de discussion à avoir ! Plus de grimoire ! »

 

La plomberie fit un bruit effroyable et le livre vola depuis les toilettes dans lesquelles il était parti et atterri aux pieds de Maggie sous le regard consterné des trois amies.

 

« C’est pas vrai, gémit Maggie. Vous l’avez vu disparaître comme moi !

-Mais comment… balbutia Neela.

-Je crois qu’il faut qu’on t’explique, lui glissa Rose.»

 

Elle commença à lui raconter d’où venait le livre, mais Maggie n’écoutait plus. Terrifiée, elle fixait le grimoire entre ses bottines. Les tremblements de sa main se transmettaient à sa baguette et elle lança son sort d’une voix chevrotante.

 

« Confringo ! Confringo ! Diffindo ! Evanesco ! EVANESCO ! »

 

Les larmes brouillaient sa vision et elle prononçait les formules sans voir sa cible. La frayeur et les pleurs l’empêchaient de se concentrer. Seule la rage la faisait continuer. Tous ses sorts ricochaient sur le grimoire, comme s’ils n’avaient aucun effet.

 

« Maggie ! cria Rose. »

 

Son ami se jeta sur elle et la prit dans ses bras. Maggie gémit et s’abandonna à l’étreinte de Rose, encore tremblante. Ses cheveux blonds miel d’habitude rangés dans un carré sage se dressaient sur son crâne et deux grandes plaques rouges lui marquaient les joues. D’un geste apaisant, Rose lui tapota le dos.

 

« On va trouver une solution, murmura son amie. Je te promets.

-Je vais faire des recherches à la bibliothèque, déclara Neela en adressant un sourire à Maggie. Je vais t’aider aussi.

-Merci, sanglota Maggie. »

 

Stornoway by Emojifeu


« Maggie. Maggie ! MAGGIE ! »

 

Une voix hurlait quelque part dans son sommeil mais Maggie l’entendait à peine. Elle avançait vers un point qu’elle ne connaissait pas, mais où elle avait la conviction profonde qu’elle devait se rendre maintenant.

 

Soudain, deux bras puissants la tirèrent en arrière et elle ouvrit les yeux, cueillie dans son sommeil. Elle était au beau milieu de la salle commune, en plein milieu de la nuit. Augustus la regardait, ses mains enserrant toujours ses bras d’une poigne ferme. Il avait l’air inquiet.

 

« Maggie, ça va ? J’ai hurlé pourtant, je dois avoir réveillé tout le monde !

-Mais… Augustus ? Je dormais…

-Tu dormais ? ricana le jeune homme sans sourire. Tu parles ! Tu allais te foutre au feu, oui ! »

 

Sans comprendre, Maggie tourna la tête. La gigantesque cheminée dans la salle commune était dangereusement près, et elle s’aperçut en baissant les yeux que le bord de sa robe de nuit était roussi, comme léché par les flammes. Une sueur froide lui coula le long de l’échine en constatant qu’elle avait encore le grimoire dans les bras. Sa couverture luisant au gré des flammes contre sa poitrine. Elle le lâcha d’un coup, dégoûtée par sa présence, et il tomba au sol avec un petit bruit sec.

 

« Merci, j’imagine, souffla-t-elle à l’adresse d’Augustus.

-Pas de quoi, répondit-il d’une voix glaciale. Je n’allais quand même pas te laisser brûler vive.

-Qu’est-ce que tu fais là ? demanda Maggie, soudain suspicieuse.

-Je rentre de vadrouille. Je suis retourné voir si la Salle sur Demande pouvait être remise en état, mais elle ne s’est même pas ouverte. Pourquoi, ajouta-t-il sur un ton mordant, tu vas faire quoi ? Me hurler dessus comme hier matin, enlever des points à Serdaigle ou les deux ?

-Augustus… commença Maggie, désolée. Je n’aurai pas dû…

-Non, tu n’aurais pas dû, confirma le jeune homme en la toisant. D’ailleurs, maintenant qu’on en est là, c’est quoi ton problème avec moi, on peut savoir ? Non parce que t’es toujours atroce avec moi, tu ne supportes pas que je passe plus de dix minutes avec Rose et tu passes ton temps à me râler dessus. Pas que ça me dérange, hein, mais si je pouvais au moins avoir une petite, une minuscule, une rikiki explication…

-Je n’ai aucun problème avec toi, répondit Maggie en sentant ses joues devenir rouges sous le coup de la colère. Merci de m’avoir aidée.

-À d’autres ! ironisa Augustus, blessé. Tu ne peux pas me saquer !

-Et même si c’était vrai, siffla Maggie, qu’est-ce que tu vas faire, grand dadais prétentieux ?! Le dire aux profs ? Appeler ta maman à la rescousse ?

-Mais qu’est-ce que vous fichez, tous les deux ? »

 

Depuis l’escalier de pierre, Rose les regardait. Ses cheveux frisés tombaient partout en cascade autour d’elle et Maggie lisait la fatigue dans ses yeux noirs encore endormis. Elle se mordit la lèvre et se força à paraître calme.

 

« Mais rien, répondit Augustus d’un ton faussement enjoué, on discute juste. Aussi, j’ai sauvé Maggie qui voulait se jeter au feu.

-Quoi ?! demanda Rose en s’avançant. »

 

Sans répondre, Maggie désigna le grimoire qu’elle avait ramassé et Rose se mordit la lèvre, inquiète.

 

« Cette nuit aussi ?

-Il faut croire, dit Maggie en baissant la voix. Heureusement qu’il est rentré à ce moment-là d’ailleurs, regarde ma chemise de nuit !

-Pause, lança Augustus, c’est quoi ce livre et pourquoi « cette nuit aussi » ? Il s’est passé quoi ? »

 

Rose hocha la tête et Maggie soupira. Elle n’allait pas y couper, il fallait qu’Augustus comprenne, après ce qui s’était passé ce soir. Pendant dix minutes, Rose entreprit de raconter à son ami ce qu’elles savaient du grimoire et ce qui s’était passé depuis que Maggie l’avait ramassé. La visage d’ordinaire rieur d’Augustus devint plus grave au fur et à mesure que l’histoire progressait. Il pris un moment pour réfléchir lorsqu’elles eurent terminé.

 

« Je crois que Neela a raison, finit-il par dire. Il faut qu’on voit si on trouve quelque chose à la bibliothèque. Elle vous a donné rendez-vous ?

-Dix heures, demain, répondit Rose d’un air sombre.

-Alors il faut attendre. »

 

Ils restèrent dans la salle commune jusqu’au lever du jour, somnolant par intermittence pour vérifier que Maggie ne tentait pas à nouveau de se faire mal. Par moment, Augustus saisissait le grimoire, essayait de forcer pour l’ouvrir et le reposait. Lorsque le jour se montra enfin à la fenêtre, Maggie soupira de soulagement. Attendre lui usait les nerfs et les regards en biais qu’Augustus lui jetait n’arrangeaient rien.

 

« J’ai trouvé un truc » annonça Neela lorsqu’ils arrivèrent à la bibliothèque après s’être lavés et avoir pris un petit-déjeuner rapide. Surpris, Augustus, Maggie et Rose s’assirent sans broncher. Assistée de Damian, le préfet de Gryffondor, Neela était attablée dans un recoin de la pièce, entourée de dizaine d’ouvrages ouverts que son assistant remettait en chancelant sur les étagères, débordés par leur nombre. Elle donnait l’impression d’y être depuis des jours.

 

« Neela, demanda Rose, t’es arrivée à quelle heure ?

-Huit heures moins dix. C’est important ?

-Non, non, souffla la jeune femme en échangeant un regard entendu avec Rose.

-Pourquoi il est là, lui ? demanda Augustus en désignant Damian.

-Parce qu’il m’aide et qu’il était là quand on a ouvert la Salle. Pourquoi t’es là, toi ?

-Parce que j’ai empêché Maggie de finir en tarte flambée, grommela-t-il. »

 

En quelques mots, Rose résuma la situation à Neela et Damian qui l’écoutèrent sans l’interrompre, le regard grave. Lorsqu’elle eut terminé, ils échangèrent un coup d'œil que Maggie ne comprit pas, puis Neela reprit la parole.

 

« Ce n’est pas très étonnant. En fait, c’est même plutôt logique, si ce grimoire est bien ce que je pense. Je n’ai pas trouvé beaucoup d’infos, mais ça me semble correspondre.

-De quoi tu parles, correspondre à quoi ? pressa Maggie en perdant patience.

-Je crois que tu as retrouvé le Grimoire de Stornoway, déclara Neela en lui tendant un livre. Selon L’Histoire de la Magie à Travers les Âges, expliqua-t-elle, c’est l’objet ensorcelé qui aurait peut-être provoqué la mort de Merlin.

-Comment ça ? Questionna Rose par-dessus l’épaule de Maggie.

-Lorsqu’il était au service d’Arthur, Merlin l’a aidé à conquérir une partie de l’Écosse, dont une communauté indépendante de sorcières à Stornoway. Elles lui ont proposé de trouver une solution pacifiste, mais Merlin ne supportait pas qu’un bande de sorcières vivent sans hommes et sans répondre d’aucune juridiction, alors il les a fait mettre à mort. Les vieilles comme les enfants, dit le livre, précisa Neela en frissonnant. Ça parle d’autres trucs, de tortures aussi… C’était horrible.

-Mais je croyais que Merlin était le plus grand sorcier de tous les temps, s’insurgea Augustus. Binns ne nous a jamais parlé de ça !

-Ça pouvait être un très bon sorcier et un sale bonhomme en même temps, grinça Rose.

-En tout cas, les quelques sorcières qui ont survécu ont juré de se venger, continua Neela. La légende dit qu’elles lui auraient envoyé un livre pour le rendre fou.

-Le rendre fou ? murmura Maggie.

-Un livre dont il ne pourrait jamais se débarrasser et qui le tourmenterait jour et nuit, précisa Neela en lisant le paragraphe qu’elle avait devant elle. Mais ce bouquin ne précise pas comment c’était censé le rendre fou, ni même si c’est ce qui l’a vraiment tué…

-Et vous n’avez rien trouvé d’autre ? demanda Rose d’un ton suppliant.

-C’est tout ce qu’il y a sur les émeutes de Stornoway, répondit Damian en secouant la tête, navré. Et on cherche d'autres infos sur Merlin depuis, mais on ne peut pas dire que ça soit ce qui manque !”

 

Face aux piles de livres s’étalant devant eux, Maggie sentit le découragement la gagner. Les larmes de la veille virent à nouveau perler à ses yeux. Plus elle regardait le grimoire, plus elle se sentait prise au piège. La culpabilité d’avoir ramassé ce grimoire dans la Salle sur Demande la rongeait.

 

“Merci quand même, dit-elle en essayant de ne pas montrer qu’elle pleurait presque.

-Eh, Maggie, dit Rose en serrant sa main, ça va aller, hein. Je t’ai promis qu’on allait trouver une solution !

-On pourrait aller voir Merlin, déclara Augustus, les yeux dans le vide.”

 

Quatre paires d’yeux se tournèrent vers lui.

 

“Augustus, gronda Maggie, ce n’est vraiment pas le moment de faire de l’humour ! 

-Oh, ça va hein ! Je ne suis pas aussi bête que ce que tu penses, pesta le jeune homme. Je te parle d’aller voir son portrait, celui qui traîne au cinquième étage ! Il doit bien savoir, lui, comment il est mort.”

La tapisserie de Merlin by Emojifeu


Maggie n’avait jamais couru aussi vite de sa vie. Heureusement que les couloirs étaient presque vides ! Par les fenêtres devant lesquelles elle passait, elle voyait la foule d’élèves qui s’amusait dans la neige en contre-bas. Derrière elle, elle pouvait entendre le bruit des talons de ses amis qui claquaient sur les dalles, la suivant de près. Elle dévalait les escaliers sans se retourner et traversait les couloirs aussi vite que ses petites jambes lui permettaient. Dans la poche intérieure de sa robe de sorcière, le grimoire retombait sur sa poitrine au rythme de sa cavalcade.

 

Maggie termina sa course effrénée en atteignant le palier du cinquième étage. Elle ne se souvenait plus où était rangée la tapisserie de Merlin donnant l’épée à Arthur. Augustus la doubla, courant toujours. “Par ici !” lui cria-t-il par-dessus son épaule sans se retourner. Elle le suivit sans broncher dans le couloir qui s’étendait devant eux.

 

Augustus pila devant elle et elle faillit lui rentrer dedans. Maggie fit un pas de côté pour l’éviter et s’arrêta à côté de lui, entre deux salles de classe où était accrochée au mur une gigantesque tapisserie. Dessus, un homme en robe de sorcier violette, portant une longue barbe, regardait d’un air approbateur un jeune homme brun se saisir d’une épée, qu’il sortait et replantait dans une énorme roche à l’infini.

 

“C’est celle-ci ? demanda Rose, essoufflée, en arrivant à leur hauteur.

-C’est la seule tapisserie de Merlin du château, confirma Augustus.

-C’est moi, Merlin, déclara le sorcier à la robe violette en leur adressant un regard en biais.

-Comme ça c’est clair, susurra Damian assez bas pour que la tapisserie ne l’entende pas.

-Prince des enchanteurs et conseiller du roi, ajouta la tapisserie d’un ton pompeux.

-Et génocidaire à ses heures, murmura Neela en grinçant des dents.

-Merlin, commença Augustus sans leur prêter attention, comment êtes-vous mort ?”

 

Maggie ouvrit deux yeux ronds et le fixa un instant. Quel culot ! Avec ce manque de tact flagrant, elle n’était pas sûre que Merlin réponde.

 

“Mort ?! prononça le sorcier d’un ton outré. Mais je ne suis pas mort !

-Ah, fit Augustus. Alors j’ai une mauvaise nouvelle pour vous…

-Augustus, regarde !” 

 

Un peu en retrait, Neela pointait quelque chose du doigt. En s’approchant, Maggie distingua sur un des coins extérieurs de la tapisserie une inscription noire qui se détachait du fond crème du reste de l’ouvrage. Elle était difficilement lisible, mais Maggie réussit à la déchiffrer sans la comprendre : “In vita sua”. Augustus n’avait pas compris non plus, car il adressa un regard interrogateur à Neela.

 

“Et ?

-Ça veut dire “De son vivant”. La tapisserie a été faite lorsqu’il était encore en vie, expliqua-t-elle avec un mouvement de tête qui fit voleter ses nattes.

-Tu parles latin ? demanda Augustus.

-Ce qui est étonnant, c’est que toi tu ne saches pas ce que ça veut dire. Je suis à peu près certaine qu’on en a déjà entendu parlé en cours d’Histoire.”

 

Maggie se tut, peu désireuse d’avouer qu’elle non plus, elle ne savait pas ce que voulait dire cette mention en latin.

 

“Ça ne va pas nous aider, soupira Neela. S’il était vivant quand la tapisserie a été enchantée, il n’aura aucune idée de comment il est mort. Retour à la case départ.” 

 

Maggie sentit la main de Rose se poser sur son épaule et la serrer pour tenter de la rassurer, mais la panique la gagnait à nouveau. Elle avait vraiment cru qu’elle aurait des réponses à ses questions, et ils devaient à nouveau repartir de rien ! La colère la saisit. Elle n’arrivait même plus à être triste. Ce qui l’animait, c’était la rage et l’injustice de payer pour les crimes de quelqu’un d’autre.

 

“Eh, lança-t-elle pleine de morgue à la tapisserie, le plus grand enchanteur de Bretagne là ! Ça te dit quelque chose, Stornoway ?”

 

Merlin la regarda, surpris de tant de familiarité.

“Nous avons maté les émeutes de Stornoway depuis bien longtemps, répondit-il après un instant de réflexion. Toute la Bretagne est désormais unifiée.

-Vous avez provoqué les émeutes de Stornoway ! s’exclama Neela, outrée.

-Nous avons soumis les sorcières qui refusaient de reconnaître la supériorité du roi Arthur et sa juridiction, corrigea Merlin en bombant le torse.

-C’est faux ! Vous avez refusé qu’elles continuent à vivre de leur côté en vous versant un impôt sur leurs terres !

-Et laisser ces sorcières se proclamer indépendantes ? Jamais ! cracha Merlin. C’était le devoir d’Arthur d’unifier la Bretagne, et il ne sera pas dit que je ne l’aurais pas aidé ! Si c’était à refaire, lâcha-t-il pour conclure, je le referai !

-Sale type, siffla Maggie. Vous avez tué des dizaines de sorcières qui ne demandaient rien de plus qu’un bout de terre pour vivre, et maintenant c’est moi qui en paye le prix ! jeta Maggie en brandissant le grimoire.

-Vous n’êtes qu’une petite impertinente, répondit Merlin en détournant le regard. Faites preuve de respect devant le Prince des Enchanteurs !

-Je vais t’en montrer, du respect, grogna la petite Serdaigle en sortant sa baguette.

-Maggie, non !”

 

Rose posa une main apaisante mais ferme sur sa baguette magique, se plaçant entre elle et la tapisserie. Derrière, elle sentit qu’Augustus attrapait le bout de sa robe de sorcière pour la retenir.

 

“Il n’en vaut pas la peine, et on a autre chose à faire. Ce n’est qu’une vieille tapisserie qui radote, ajouta-t-elle plus fort. On s’en va.

-Sale bonhomme misogyne, lança Neela à la tapisserie en s’éloignant.

-Au fait, vieille bique, ajouta Augustus avant de partir, spoiler alert : vous êtes mort !” 

 

Et Damian tira la langue au portrait pour faire bonne mesure. Maggie ne put s'empêcher de rire en s’éloignant alors qu’une volée de cris outrés les poursuivait dans le couloir. Augustus haussa un sourcil et pour toute réponse, elle lui sourit.


Ils allaient quitter le couloir lorsqu’une voix les interpella.

 

“Excusez-moi !”

Surpris, les cinq amis s’entre-regardèrent, certains de ne jamais avoir entendu cette voix. Elle semblait provenir du mur et lorsque Maggie l’examina, ses yeux tombèrent sur un portrait suspendu plus haut. Peint sur une simple planche en bois, les traits ressemblant à un peinture médiévale religieuse, un sorcier au cheveux tondus comme un moine les appelait en agitant la main.

 

“Ah, vous m’avez trouvé !

-Et vous êtes ? demanda Maggie en se dévissant le cou pour mieux le regarder.

-Frère Harris Wright, lu Augustus sur la pointe des pieds. Frère ?

-Il était simple de se cacher au sein de l’église quand nous étions persécuté, expliqua le tableau. Qui irait nous chercher dans un monastère ?

-Pas bête, acquiesça Damian.

-Je suis désolé, reprit le moine, mais je n’ai pas pu m’empêcher d’entendre votre conversation de tout à l’heure.

-Vous êtes tout excusé, dit Neela en rougissant un peu, nous n’avons pas été très discrets.

-Vous cherchez à savoir comment Merlin est mort, n’est-ce pas ?

-Pourquoi, demanda Maggie avec un accent d’espoir dans la voix, vous le savez ?

-Moi, non hélas, soupira le petit sorcier. Mais il me semble qu’il y a quelqu’un ici à Poudlard qui était présent lors de sa mort et que vous pourriez interroger. Un moine que j’ai brièvement côtoyé dans une abbaye et qui se vantait d’avoir recueilli le dernier souffle du Prince des Enchanteurs.

-Un moine… Vivant ? prononça Rose d’un ton incertain.

-Non, par le ciel ! Un moine mort, que je vois souvent passer dans les couloirs. Un fantôme. Un homme un peu grassouillet, avec une bure et la tonsure réglementaire.

-Le Moine Gras ? souffla Maggie. Le fantôme de Poufsouffle ?

-C’est possible, acquiesça le tableau, je ne connais pas son nom et je ne bouge pas beaucoup d’ici. Mais peut-être saura-t-il vous renseigner ?

-Merci, mon père, s’exclama Augustus, enthousiaste. Euh, hésita-t-il, mon frère ? Monsieur le curé ?

-Frère Wright m’ira parfaitement, répondit le moine. Je vous en prie, filez ! Votre affaire avait l’air pressante.”

 

Les cinq amis hochèrent la tête de concert et prirent la direction des escaliers. Lorsqu’ils furent de retour sur le palier du cinquième étage, Maggie se tourna vers Rose qui déjà soupirait, consciente qu’elle avait une idée derrière la tête.

 

“Oui, Maggie, dit Rose sans la regarder, j’ai compris. On va demander à Albus de nous ramener le Moine Gras le plus vite possible.”

Entretien avec le Moine Gras by Emojifeu


 

Trouver Albus n’était pas compliqué. Le parc avait beau être bondé, il n’y avait que trois idiots assez bêtes et bruyants pour tenter de faire du patin à glace sur de l’eau. La fin de l’hiver avait provoqué le dégel du lac, et malgré la neige tombée la veille, la surface était liquide. De loin, Maggie pouvait voir les silhouettes d’Albus et ses amis, leur écharpes jaunes et bronze malmenées par le vent, qui essayaient de se propulser en ajoutant des moteurs à leurs patins à grand coups de baguette magique. Pour l’instant, ils se contentaient de tester leur idée dans la neige, mais elle avait presque envie d’attendre que l’un d’eux se lance sur le lac, pour le voir finir à l’eau.

 

Maggie et ses quatre amis s’approchèrent d’eux au moment où Basil Thomas, un grand dadais noir à l’air un peu stupide, se vautrait dans un tas de neige pour la troisième fois consécutive.

 

“Albus ! cria Rose en agitant la main.”

 

Surpris, son cousin tourna la tête et lui adressa un petit signe timide de la main. En équilibre sur ses patins, il faillit tomber et se rattrapa de justesse à Augustus, agrippant de toutes ses forces sa robe de sorcier.

 

“Pardon, mec, lança-t-il d’un ton désolé.

-Pas de mal, sourit Augustus en l’aidant à se redresser. Fais gaffe, t’as de la neige partout dans les cheveux, ajouta-t-il en désignant la tignasse noire qui se dressait sur sa tête.”

 

Albus passa une main vigoureuse dans ses cheveux, les ébouriffant d’avantage.

 

“Al, dit Rose lorsqu’il eut terminé, on voulait savoir si tu pouvais nous présenter au Moine Gras.

-Vous présenter au Moine Gras ? répéta Albus comme s’il ne comprenait pas. Ça veut dire quoi, ça ?

-On aimerait bien lui parler, expliqua Maggie d’un ton pressé, et c’est un peu urgent…

-Bah c’est un fantôme, répondit Albus, je sais pas spécialement si vous avez besoin d’être présenté… La prochaine fois que vous le croisez, vous pouvez juste…

-Non mais c’est pas ça ! l’interrompit Maggie. On voudrait que tu nous ramènes le Moine Gras. Genre, maintenant.

-Houla, mais je suis pas son pote, moi ! s’écria Albus.

-Mais c’est le fantôme de ta maison, dit Rose d’un ton docte. On veut juste que tu ailles le chercher et que tu lui dises qu’on veut lui parler, c’est tout.

-Ils veulent quoi ? demanda Eden Davies, un des amis d’Albus.

-Ils veulent parler au Moine Gras, répondit Albus en se tournant la voix. Mais tu sais où il est, toi ?

-Aucune idée. Eh, Basil, cria-t-il par-dessus son épaule, tu sais où est le Moine Gras, toi ?

-Merci pour la discrétion, murmura Damian.

-On est dimanche aprèm ? Bah il est dans la salle commune, probablement en train de faire réviser les premières années.

-C’est vrai qu’il fait ça, des fois, se remémora Albus, pensif. Je suis bien content de ne plus être en première année.

-Ouais, ouais, c’est super, le coupa Maggie, mais si tu pouvais aller le chercher, ça serait top.

-Vous lui voulez quoi, au Moine Gras, d’abord ? demanda le jeune homme en plissant les yeux.

-De l’aide pour un devoir d’histoire, improvisa Neela avec une présence d’esprit qui impressionna Maggie. Maintenant, si tu pouvais juste nous le ramener sous le préau…

-S’il te plaît, Al, supplia Rose en joignant les mains.”

 

Albus soupira et d’un coup de baguette, retransforma ses patins en simples bottines de cuir. Il se tourna vers ses deux amis, qui le regardaient en se tortillant d’impatience.

 

“Je reviens, les mecs. Mais si l’un de vous tente une traversée sans moi, j’vous préviens, je vais râler !

-Promis ! lança Eden.”

 

Basil se redressa un peu pour répondre mais son patin glissa sur une plaque de verglas et il atterrit dans le lac, les quatre fers en l’air. Neela explosa de rire et Maggie ne put s'empêcher de sourire devant le ridicule du jeune homme qui sorti trempé de l’eau. Elle attrapa le bras de son amie qui s’esclaffait et la tira à la suite d’Albus, pour rejoindre la cours principale. Alors qu’elles s’éloignaient, des bribes de conversation entre Eden et Basil lui parvirent, encore plus stupide que ce à quoi elle s’attendait.

 

“Elle a rigolé ! s’exclama Basil d’un ton victorieux. Mec, t’as vu comme elle a rigolé ?

-Elle se foutait clairement de toi, mon pote.

-M’en fous, ça compte quand même.

-Basil, faut que tu te sèches. Tu vas attraper la mort, entendit Maggie avant d’être trop loin.”

 

Le petit groupe laissa Albus à l’entrée de la Grande Porte et attendit qu’il revienne avec le Moine Gras. Maggie se fit la réflexion qu’elle n’avait aucune idée d’où pouvait se trouver la Salle Commune des Poufsouffle. Elle était plus amenée à fréquenter les Gryffondors en cours - et heureusement, car suivre un cours avec Basil et Eden relevait de l’exploit !

 

Augustus s’assit à côté d’elle mais, pour une fois, Maggie ne se détourna pas.

 

“Salut, dit-il d’un ton gauche.

-Eh, répondit-elle en baissant les yeux.

-Je suis désolé de t’avoir crié dessus cette nuit, dit le jeune homme après un silence. C’était pas cool de ma part.

-C’est moi qui suis désolée. Je n’aurai pas dû te traiter de…

-Grand dadais prétentieux ? proposa Augustus en souriant.

-Voilà. Ça. C’était pas très sympa.

-Pas très, non, murmura-t-il.

-Augustus, il faut que je te dise merci pour cette nuit. Je crois que si tu n’étais pas rentré à ce moment-là, je… Enfin, merci.

-Pas de quoi, sourit Augustus. Je n’allais quand même pas te laisser te foutre au feu !

-Tu sais, je ne te déteste pas…

-Tadaaa ! lança Albus en interrompant Maggie. Le Moine Gras !”

 

Un fantôme aussi large que haut flottait derrière Albus, un sourire bienveillant aux lèvres. Sa tonsure luisait sur son crâne, provoquant de petits éclats de lumière. Maggie se leva, soudain bien plus intéressée par le moine qu’Augustus.

 

“C’est bon, râla Albus à l’attention de sa cousine, je peux y aller, maintenant ?

-Merci Al ! lui cria Rose alors qu’il s’éloignait déjà.”

 

Il agita la main par-dessus son épaule sans se retourner. Le moine s’approcha d’eux en leur lançant un regard interrogateur.

 

“Alors, que puis-je pour vous, mes chers enfants ? Monsieur Potter - un gentil garçon, assurément ! - m’a dit que vous aviez besoin de mon aide pour un devoir ?

-Oui et non, répondit Neela. Il paraît que vous étiez le curé présent lors de la mort de Merlin ?

-Ah, le Prince des Enchanteurs ! Quelle tristesse, lorsqu’il est mort… déclara le moine d’un ton peiné.

-Est-ce que vous savez de quoi il est mort ? demanda Maggie, impatiente.

-Mais, de vieillesse bien sûr ! Après tout, il avait plus de 200 ans…”

 

Maggie se rembrunit. Tout ça pour ça ? Elle décida de ne pas se laisser abattre et saisit le grimoire dans la poche intérieure de sa robe et le mit sous les yeux du moine.

 

“Est-ce que vous connaissez cet objet ?

-Où avez-vous trouvé cela ? blêmit le Moine Gras en reculant. Cachez-le ! 

-Vous connaissez le grimoire ! s’exclama Rose. Vous savez ce qu’il fait !

-Je sais qu’il a tourmenté Merlin de longues années durant, répondit le moine sans oser regarder l’objet. C’est un artefact de magie noire très puissant, et il a eu du mal à s’en débarrasser ! Il a failli payer son arrogance de sa vie, cette fois-ci… Mais j’étais certain que personne ne le retrouverait… 

-Vous saviez qu’il était à Poudlard ? s’écria Maggie en fronçant les sourcils. Mais… Comment ?

-Mon enfant, répondit le moine sans croiser son regard, c’est à moi que Merlin a confié la tâche de cacher cet objet de malheur ! Je le croyais en sécurité dans la Salle Va-et-Vient… 

-Cacher des bibelots qui puent la magie noire dans un établissement scolaire ? cracha Augustus. Bravo, belle mentalité !

-Poudlard est l’endroit le plus sûr de Grande-Bretagne, dit le moine, et ce depuis sa fondation. Je croyais… Mais peu importe. C’est vous qui l’avez touché, n’est-ce pas ? demanda-t-il à Maggie. Je suis désolé, mon enfant… Je me sens responsable… 

-Si vous vous sentez vraiment responsable, répondit la jeune femme, dites-moi comment lever le maléfice ! J’ai failli mourir deux fois depuis que je l’ai trouvé !

-Deux fois seulement ? Sa magie a donc bien diminué avec le temps… Je sais que Merlin avait réussi, au péril de sa vie, à lever le charme. Le grimoire ne laisse pas en paix son porteur tant que celui-ci vit, mais à force de recherche et de persévérance, le Prince des Enchanteurs était parvenu à ensorceler une branche de houx en argent et avait écrit son nom dedans. Le maléfice avait alors été rompu.

-Mais c’est parfait, ça ! lança Augustus. Comment on fait pour faire une branche de houx en argent, vous savez ?

-Merlin ne me confiait pas ses secrets, hélas, et j’ai bien peur qu’il ait emporté celui-ci dans la tombe ! Tout comme la branche de houx, d’ailleurs, qu’il a conservée jusqu’à son dernier souffle et au-delà. Il disait qu’elle lui rappelerait de rester humble.

-S’il a été enterré avec… Il suffit qu’on trouve la tombe de Merlin, non ? demanda Neela en réfléchissant. Et ça m’étonnerait, ajouta-t-elle avec un sourire mauvais, que le moine qui recueillit ses dernières paroles ne sache pas où il a été enterré.”

 

Si c’était possible, Maggie jurerait avoir vu le Moine Gras pâlir et sa peau déjà transparente devenir encore plus translucide. Elle sentait que Neela avait raison et que ce vieux fantôme savait où ils pourraient trouver la tombe.

 

“Je ne peux… balbutia le moine. Un secret gardé pendant des siècles pour préserver son repos ! Non, ce n’est…

-Si vous refusez de nous dire où Merlin est enterré, supplia Maggie, vous me condamnez…

-Mais mon enfant…

-Je vous en prie… Merlin est mort depuis longtemps, mais j’ai encore du temps ! Nous n’en parlerons à personne, promit-elle.”

 

Le moine parut réfléchir, puis il soupira. Il avait l’air plus vieux, à présent, comme si les siècles passés à hanter Poudlard venaient de le rattraper. Il commença à flotter plus haut, s’éloignant vers le château, et Maggie crut que tout espoir était perdu.

 

“Tout ce que je peux vous dire, déclara-t-il avant de disparaître dans le Grand Hall, c’est qu’il repose là où Viviane scella le destin de la Bretagne.”

 

Maggie le perdit des yeux, sa vision brouillée par les larmes qui affluaient déjà à ses yeux. Que voulait-il dire ? La colère lui saisit le cœur, serrant sa poitrine. Le grimoire pesait lourd dans ses mains et elle le jeta à terre, folle de rage. Une main rassurante se posa sur son épaule et Damian lui adressa un sourire calme.

 

“Il se croit très fort, déclara son ami, mais j’ai compris sa petite charade. “Là où Viviane scella le destin de la Bretagne”, c’est le moment où elle lui remit l’épée d’Arthur pour qu’il la plante dans le rocher ! Selon la légende, Viviane était la Dame du Lac. Ce lac, ajouta-t-il en désignant l’étendue d’eau qui luisait au soleil d’hiver derrière eux.”

Au fond du lac by Emojifeu


“Comment tu peux être certain que c’est bien celui-ci, le lac de la fée Viviane ? demanda Maggie en désignant le lac qui s’étendait sous le ciel étoilé.” 

 

Elle avait toujours du mal à le croire, même plusieurs heures après. En maillot de bain sous sa cape d’hiver, Maggie sautillait d’un pied sur l’autre sur la berge, frigorifiée. Elle sentait le poids du grimoire et de sa baguette dans sa poche et l’humidité de la terre sous ses pieds nus. Ses affaires l’attendaient sur la rive, pliées sur un rocher. Elle regrettait ses chaussures, le sol était presque gelé.

 

“Je te l’ai dit, répondit Damian, je ne peux pas être certain à 100%, mais c’est ce que dit la légende. Lorsqu’elle lui a remis l’épée, Merlin était encore étudiant un élève de Serpentard. Ça a été la fierté de la maison pendant longtemps, si j’ai bien compris.

-Cette bande de prétentieux, renifla Augustus en sautant d’un pied sur l’autre pour se réchauffer. De toute façon, adressa-t-il à Maggie, ça vaut le coup d’aller vérifier, non ?

-Faut-il que je t’aime, soupira Rose en ôtant sa cape, pour accepter de sauter dans un lac en plein mois de mars !

-Merci, répondit Maggie en baissant les yeux. Merci à tous les quatre pour votre aide, quoi qu’il se passe. Quand je me suis réveillée au sommet de la Tour d’Astronomie, l’autre soir, j’ai eu vraiment, vraiment peur. Je ne pensais pas… hésita-t-elle. Quoi qu’il arrive, reprit-elle plus fort, vous êtes les meilleurs amis sur lesquels j’aurai pu tomber. Tous les quatre, appuya-t-elle en jetant un coup d'œil à Augustus.”

 

Quatre sourires bienveillants lui répondirent.

 

“On n’allait certainement pas te laisser avec ce… Truc, répondit Neela d’un air dégoûté.

-Et on fait tous des conneries, ajouta Damian en souriant.

-Ouais, renchérit Augustus. Par exemple moi, j’ouvre des salles magiques pleines de grimoires maléfiques qui s’attaquent aux petites préfètes parfaites !

-C’est très gentil, tout ça, les coupa Rose, mais il serait temps d’y aller. Je me les pèle ! Vous vous souvenez du sortilège, hein ?”

 

Elle pointa sa baguette vers son visage et une bulle d’air gigantesque recouvrit sa tête. D’un même mouvement, les quatre autres l’imitèrent. Le Sortilège de Têtenbulle déformait leurs traits et Maggie dû se retenir de rire tellement elle les trouvait ridicules. L’écume qui lèche son pied lorsqu’elle s’avança pour entrer dans le lac la fit vite déchanter. L’eau était glacée. La dépassant en courant, Augustus se jeta dans le lac d’un coup, projetant de l’eau partout. Elle jeta un œil au grimoire qu’elle tenait à la main, mais il ne paraissait pas abîmé malgré la gerbe d’eau qui venait de lui tomber dessus. Elle soupira. Elle n’avait plus aucune excuse. Pour se donner du courage, Maggie prit une grande inspiration et se laissa glisser dans les eaux sombres du lac.

 

D’abord, il n’y eut que le froid. Un million d’aiguilles acérées qui transperçaient sa peau de toute part et vidaient ses poumons. Maggie dû se retenir de donner un coup de pied pour remonter à la surface et se força à respirer par le nez. L’air circulait bien, dans la bulle, et elle mit à peine une minute à s’y habituer. Le grimoire était un peu malmené par le courant, mais il ne semblait toujours pas affecté par l’eau. Maggie prononça “Lumos” en brandissant sa baguette dans l’eau et un faible rayon de lumière perça les eaux.

 

Sur sa droite, elle voyait Augustus et Neela qui l’imitaient, et plus loin devant eux, Rose et Damian qui flottaient sous l’eau, les attendant. D’un geste, elle leur fit signe d’avancer et ils s’enfoncèrent dans l’eau, nageant vers le fond du lac. Là où ils étaient, ils atteignirent assez vite les profondeurs et commencèrent à nager les uns à côté des autres en silence, cherchant des yeux quelque chose qui pourrait s’apparenter à une tombe.

 

Ils étaient dans l’eau depuis une dizaine de minute lorsque Maggie sentit le grimoire remuer dans sa main. Surprise, elle rapprocha sa baguette et vit qu’il pulsait, comme s’il était vivant. Elle avait l’impression qu’un petit cœur battait au creux de sa paume. Cette pensée la rendit malade. Il était vivant, cette chose répugnante qui lui pourrissait la vie était vivante ! Elle chercha des yeux ce qui avait pu provoquer une réaction de la part du livre et il se mit à pulser plus vite lorsqu’elle se tourna vers la gauche où une forêt d’algues se dressait. D’un mouvement souple des jambes, elle réajusta sa trajectoire pour aller dans cette direction. Un son étouffé derrière elle lui fit tourner la tête. Rose paraissait l’appeler, mais à cause du Sortilège de Têtenbulle, elle ne l’entendit pas. Maggie lui montra le grimoire, puis d’un geste de sa baguette, l’endroit vers lequel il semblait l’attirer. Rose fit un signe de tête et la suivit, les autres nageant derrière elle.

 

Ils nagèrent encore un long moment et la fatigue commençait à les gagner.. Maggie sentait le grimoire s’agiter ou au contraire devenir plus calme dans sa main, et ajustait sa trajectoire en fonction des battements du livre dans sa main. C’était peut-être, espérait-elle, la présence de la tombe de Merlin qui provoquait cette réaction au grimoire, comme s’il était encore attiré vers son destinataire après tous ces siècles de sommeil.

 

Soudain, entre deux feuilles d’algues gigantesques, elle l’aperçut. Une dalle de pierre massive, érodée par l’eau et recouverte d’une mousse verdâtre à l’aspect visqueux, se dressait devant elle. Le grimoire tremblait si fort, à présent, qu’il créait de petits remous autour de sa main. Maggie l’agrippa plus fort et fonça vers la tombe, déterminée à en finir.

 

Rien n’indiquait dessus que ce fut la tombe de Merlin. Elle ressemblait à une énorme pierre tombée là, au fond du lac et qu’on aurait oublié de repêcher. L’eau l’avait tellement abimée que les reliefs qui devaient l’orner auparavant étaient de simples lignes à sa surface, mangées par les algues qui proliféraient dessus. Pourtant, le grimoire qui continuait de battre à un rythme frénétique dans sa main indiquait à Maggie qu’elle était au bon endroit. Elle devait forcément y être.

 

Soudain, une main visqueuse attrapa son pied et la tira en arrière. Sous le coup de la surprise, elle faillit lâcher le grimoire. Paniquée, Maggie regarda ses jambes et constata avec horreur qu’une dizaine de Strangulots venaient de lui sauter dessus et tentaient de crever la bulle qui recouvrait son visage ! Elle essaya de se dégager, mais les bêtes étaient coriaces et s’agrippèrent à elle aussi fort qu’elles purent, leurs petites pattes couvertes de ventouses attrapant la peau sur ses jambes, ses cuisses, ses bras. Elle cria mais son cri fut étouffé à cause du sortilège. D’un mouvement maladroit, elle voulut leur lancer un sort qui toucha une algue proche.

 

“Stupéfix ! entendit-elle derrière elle, déformé par l’eau.”

 

Quelques Strangulots lâchèrent sa jambe et Damian jaillit à ses côtés, lançant du mieux qu’il pouvait des sorts qui s’échappaient de sa baguette en pagaille, déviés par les courants. Il lui tendit une main qu’elle saisit et de toutes ses forces, la tira en arrière. Quelques bêtes furent projetées plus loin mais déjà, elles revenaient à l’assaut. Maggie lança un regard paniqué à la tombe et vit avec horreur que Neela aussi s’était faite attaquer par les Strangulots et remontait vers la surface dans l’espoir de leur échapper. Devant la sépulture, Augustus et Rose pointaient leurs baguettes conjointes vers la dalle de pierre et celle-ci vola en éclat. Maggie vit du coin de l'œil, alors que Damian l’entraînait vers le haut, Rose plonger dans la tombe et un éclat argenté lui parvint. Elle n’eut pas le temps de se rendre compte de ce que son amie avait trouvé que les Strangulots reprenaient leur assaut, cherchant à la noyer. Dans une tentative désespérée de s’en défaire enfin, elle projeta un long jet d’air de sa baguette et fut propulsée vers la rive.

 

La bulle d’air qui la protégeait se rompit au moment où elle perça la surface du lac. L’air emplit ses poumons d’un coup. Sa main droite était crispée sur sa baguette et l’autre tenait le grimoire aussi fort qu’elle pouvait, ses jointures presque blanches à force de serrer. Paniquée, elle se dirigea vers la berge en toussant, cherchant Damian des yeux. Il était à côté de Neela, frissonnant sur le rivage dans une immense serviette rouge.

 

“Maggie ? appela une voix inquiète.

-Neela ? Ils t’ont laissé ? ânonna-t-elle en se hissant sur la rive.
-Ils n’ont pas eu le choix, répondit la jeune femme en rejetant à l’eau un cadavre de Strangulot.
-Tiens, dit Damian en lui tendant sa cape, réchauffe-toi.
-Tu l’as ? la pressa Neela d’un air impatient.

-Non, les Strangulots… Mais Rose a ouvert la tombe, je ne sais pas si…

-Je l’ai, cria Rose en atteignant la berge. Merlin qu’il fait froid ! Je l’ai, Maggie !”

 

Dégoulinante, Rose courut vers elle, indifférente à la serviette qu’Augustus lui tendait. Elle ouvrit la paume et Maggie vit la chose la plus délicate et belle qu’elle ait vue de sa vie. Une branche de houx argentée luisait faiblement dans la main de son amie, éclairée par les reflets de la lune. Dans sa propre main, elle sentit le grimoire tressauter et elle sut, alors, qu’ils avaient retrouvé la vraie tombe de Merlin.

Le houx d’argent by Emojifeu

La branche de houx luisait entre ses doigts. Lorsque Maggie la leva un peu pour mieux l’examiner, le reflet pâle de la lune le frappa, provoquant un éclat argenté sur sa surface. Taillé en pointe, il ressemblait à une plume, mais beaucoup plus petite. Il n’avait pourtant pas la texture froide et dure de l’argent, mais celle, souple et vivante, des végétaux. Malgré tous les siècles passés dans la tombe, il paraissait aussi frais que si elle venait de le cueillir. Maggie l’étudia un long moment, cherchant à percer sa magie. Elle entendait ses amis discuter derrière elle, ne prêtant qu’une oreille distraite à ce qui se disait.


“Qu’est-ce qu’il y a avait, dans la tombe ? demanda Damian à Rose.


-Rien. De la poussière, surtout. Un livre aussi, mais j’ai vu la branche sur le dessus et je n’ai pas réfléchi.


-Tu as bien fait, répondit Neela en hochant la tête. On a promis au Moine Gras qu’on ne dévoilerait pas son secret.


-Comment je m’en sers ? murmura Maggie pour elle-même.


-Il a dit qu’il fallait que tu écrives avec, non ? lui répondit Augustus.”


Elle sursauta. Concentrée qu’elle était sur le houx d’argent, elle ne l’avait pas entendu arriver à côté d’elle. Il jeta un regard intéressé à la branche de houx.


"Ça ressemble un peu à une plume, dit-il en examinant le houx de loin. J’imagine que si on avait de l’encre, tu pourrais t’en servir pour écrire.


-Oui mais il ne s’ouvre toujours pas, répondit Maggie en tentant une fois de plus de forcer le grimoire. On est si près du but et cette… Ce… Ce TRUC refuse toujours de s’ouvrir ! pesta-t-elle en lançant le grimoire à terre.”


Il atterrit à ses pieds avec un bruit mat, sur le sol gelé. Maggie le fixa un instant, comme s’il allait lui donner la solution. La rage la gagna et les larmes commencèrent à perler à ses yeux.


“C’est tellement… INJUSTE ! hurla la jeune femme. Je n’ai tué personne, n’ai chassé personne de leurs terres ! J’ai juste ramassé cette chose parce que j’étais curieuse, et maintenant quoi, je dois risquer ma vie à chaque fois que je ferme les yeux ?!


-Maggie, calme-toi ! dit Augustus d’une voix inquiète.


-Je ne mérite pas ça ! sanglota Maggie avec de grands mouvements de bras. Je n’ai rien fait de… Aïe !”


La pointe du houx qu’elle tenait toujours dans son poing droit vint se planter dans son pouce gauche, perçant la peau. Le sang coula d’un coup, tâchant sa cape d’hiver et son écharpe. Quelques gouttes tombèrent à terre.


“Et maintenant, ça ! soupira Maggie en portant son pouce à sa bouche.


-Attends !”


Augustus lui attrapa la main juste avant qu’elle termine son geste, fasciné par quelque chose au sol. Sans comprendre, Maggie suivit son regard et ses yeux trouvèrent le grimoire qui frémissait. Deux gouttes de sang étaient tombées sur la couverture et il tremblait, semblant sur le point de s’ouvrir.


“Maggie, commença Augustus.


-Je vois, l’interrompit-t-elle avec une voix pleine d’attentes. Tu crois que c’est le sang ?


-Essaye, souffla Augustus.”


La jeune femme se pencha et s’assit devant le livre, les genoux dans la terre. D’un geste mal-assuré, elle passa son pouce ensanglanté sur la tranche et le grimoire frémit une nouvelle fois avant de s’ouvrir à la première page.


“Augustus…


-Tu as trouvé ! s’exclama son ami. Eh, cria-t-il à l’attention des autres, Maggie a réussi à ouvrir le livre !”


Fascinée, Maggie fixait la première page du grimoire. Il était vierge, mise à part une inscription brune qui se détachait du fond crème de la page. “Merzhin - Merlin L’Enchanteur” déchiffra la jeune femme. Elle entendit sans tourner la tête ses trois amis accourir à ses côtés et s’arrêter net devant le grimoire ouvert.


“Merlin, souffla Neela. C’était vrai.


-Maggie, il faut que tu écrives ton nom dedans, dit Rose d’une voix très douce.


-Je sais, répondit la jeune femme hallucinée.”


Elle porta le houx à son pouce et d’un geste méticuleux, grimaçant un peu à cause de la douleur, recueillit un peu de sang sur la pointe du houx argenté. Le sang, visqueux, luisait sur le bout de la branche de houx lorsqu’elle la tourna vers la page. Juste en dessous de la signature de Merlin, s’appliquant pour écrire le plus lisiblement possible, elle inscrivit  “Margaret Elizabeth Taylor”.


Aussitôt, le grimoire claqua d’un coup sec et se referma dans un bruit sourd qui résonna à la surface du lac. Maggie lâcha le houx, s’écartant aussi loin qu’elle pu du livre. Il trembla un instant, puis retomba au sol, inerte.


“C’est bon ? C’est terminé ? demanda Damian en approchant sa main du livre, incrédule.


-Ne le touche pas ! cria Maggie. Tu serais le prochain et il faudrait tout recommencer.”


Les cinq amis se regardèrent un instant, sonnés. Maggie ne détectait rien de spécial en elle, mais le sentiment de malaise qu’elle ressentait en regardant le grimoire avait disparu. Elle se releva, se cramponnant à Rose qui lui tendait la main.


“Je crois que c’est terminé, souffla-t-elle. Je… Je ne suis pas sûre, mais je ne sens plus… Son aura, ou je ne sais pas ce que c’est.


-Qu’est-ce qu’on va en faire ? demanda Neela avec un rictus de dégoût pour le grimoire.


-Je vais l’envoyer dans la tombe de Merlin, là où ne pourra plus nuire à personne, déclara Rose. Je ne le toucherai pas, ajouta-t-elle devant le regard paniqué de Maggie, je vais juste le faire léviter.


-Tu peux faire ça depuis la rive ? dit Damian, surpris. C’est impressionnant.


-Je peux faire beaucoup de choses, sourit Rose. Tu veux voir ?” 


Elle s’écarta et s’approcha du bord du lac, sa baguette brandit en direction du livre qui gisait sur le sol, inoffensif. Maggie, assise sur une pierre dans sa cape d'hiver, la regarda faire léviter le grimoire et avancer à la surface du lac avec la branche de houx d’argent. Elle était encore sonnée par les deux jours qui venaient de s’écouler. Deux jours seulement ! Ça faisait une éternité, dans sa tête, qu’elle s’était réveillée au sommet de la Tour d’Astronomie. 


Augustus se laissa tomber à côté d’elle et passa un bras autour de ses épaules. Maggie laissa sa tête glisser contre lui et pendant un instant, ils ne dirent rien.


“Je suis désolée, déclara-t-elle après un long silence. On était un peu amis, avant, mais quand j’ai vu comment Rose et toi vous entendiez bien en troisième année, je t’en ai voulu. J’étais jalouse, je crois.


-De Rose ? demanda le jeune homme d’un ton moqueur.


-De toi, banane ! répondit Maggie. C’est ma meilleure amie, et tu la connais mieux que moi. Tu sais des choses sur elle que je ne saurai jamais, parce que tu es là depuis que vous êtes petits. Quand vous réaliserez que vous êtes amoureux, tous les deux, je vais me retrouver bien seule, soupira-t-elle d’une voix triste.”


Augustus éclata de rire et Maggie fronça les sourcils. Elle était si pathétique que ça ?


“C’est vraiment ça, le problème avec moi, Maggie ?


-T’es pas non plus obligé de te foutre de moi, hein, grinça-t-elle en s’écartant un peu.


-Non, non, pardon ! Maggie, je ne me moque pas de toi, déclara Augustus en souriant, je te le promets ! C’est juste… Maggie, Rose et moi on n’est pas amoureux, enfin !


-Vous passez votre temps ensemble, et elle veut toujours que tu sois avec nous, et vous rigolez tout le temps… 


-Non mais Maggie, sérieusement… T’es aveugle ou… Rose et moi on est juste amis, hein ? dit Augustus en lui adressant un regard bienveillant. 


-Mais…


-Maggie, je suis gay, moi, l’interrompit Augustus. Percute un peu, ma vieille, t’as trois trains de retard !”


La jeune femme leva les yeux, surprise, et rougit presque immédiatement. D’un coup, elle réalisa qu’elle avait tout compris de travers.


“Quoi ?! Mais depuis quand ? Rose le sait ?


-Depuis euh… Je ne sais pas ? Et oui, répondit Agustus, évidemment que Rose le sait. Je lui ai dit il y a une éternité. D’ailleurs, ajouta-t-il en réfléchissant, c’était peut-être ça, l’erreur : ne rien te dire. Tu t’es peut-être sentie exclue.


-Je suis surtout désolée d’avoir tout gâché comme ça, et de t’avoir fait sentir que tu ne pouvais pas m’en parler… 


-Non mais je savais, la coupa Augustus, que je pouvais t’en parler. Seulement, j’avais pas envie parce que t’as été un peu une, euh…


-Peau de vache ? proposa Maggie.


-Bien rattrapé, sourit-il.


-Alors ça…”


Rose se tenait devant eux, Damian et Neela sur les talons, sa baguette toujours à la main. Elle les regardait comme si elle avait vu un fantôme et Maggie lui lança un regard interrogateur.


“Augustus Londubat et Maggie Taylor qui se font un câlin, lança-t-elle en se moquant, une vision que je ne pensais pas voir de mon vivant !


-Oh ça va, râla Maggie en se levant. Il est deux heures du matin, il fait moins quinze, j’ai passé les deux dernières nuits à essayer de sauter du haut d’un tour et de me foutre dans la cheminée, là je viens de plonger de nuit dans un lac infesté de Strangulots pour récupérer un artefact magique et me débarrasser d’une malédiction qui ne m’était même pas destinée, alors si j’ai besoin de me réconcilier avec Augustus, eh bah je le fais. On verra comment toi tu t’en sors, la prochaine fois qu’un bouquin maléfique tente de te tuer ! Peut-être même que t’iras donner l’absolution à ton atroce cousin Louis, là, ajouta-t-elle avec un regard malicieux.


-Alors là, tu rêves ! Plutôt me faire hanter par Mimi jusqu’à la fin de mes jours !


-On rentre au château ? proposa Augustus en désignant la silhouette sombre de Poudlard qui se détâchait du ciel noir.


-On rentre au château, confirma Maggie.”


Elle sourit et se mit en marche. La seule chose qu’elle voulait, à présent, c’était dormir toute une nuit sans qu’un de ses manuels de cours n’essaye de l’assassiner.

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