La Force et la Justice by Amnesie
Summary:

« Et ainsi, ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste. »

Pascal, Pensées, fragment 94

La Force et la Justice.

Bellatrix Black et Amelia Bones.

L'une sans l'autre, elles perdaient leur sens ; ensemble, elles étaient souveraines. Et s'il fallait que l'une d'entre elles triomphe, devait-ce être la Force ou la Justice ?

- Participation au Sapphic September 2021 -

 

(Crédit image : Felicia Simion)


Categories: Biographies, Romance (Slash) Characters: Autre personnage, Bellatrix Lestrange
Genres: Femslash/Yuri, Romance/Amour, Tragédie/Drame
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 8 Completed: Non Word count: 5687 Read: 444 Published: 02/09/2021 Updated: 03/12/2021
Story Notes:

Le Sapphic September est le septembre en rapport au lesbianisme, référence à Sappho, grande poétesse de l'Antiquité grecque, connue pour avoir exprimé dans ses écrits son attirance pour les jeunes femmes. (Et je ne fais que copier ici la traduction écrite par Fleur d'épine sur le forum, où elle a relayé le challenge. Merci à elle !)

 

Ce mois-ci, je vais donc m'essayer à l'écriture d'une romance lesbienne, en utilisant un prompt par jour. Défi à peu près impossible pour moi car :

1 - J'ai beaucoup de mal à écrire des romances.

2 - Je suis incapable de tenir des deadlines.

3 - Comment fait-on pour écrire un chapitre de qualité en un jour ?

 

Bref, autant dire que je ne vais pas être trop exigeante avec moi-même pour cette fanfiction MAIS que je suis très très enthousiaste ! Petite remarque : même si j'écrirai tous les jours, je ne publierai pas tous les jours, mais plutôt tous les deux ou trois jours...

Bonne lecture et n'hésitez pas à me faire des retours ! 

1. 1 - Lever du soleil by Amnesie

2. 2 - Pique-nique by Amnesie

3. 3 - Jardin by Amnesie

4. 4 - Etoiles by Amnesie

5. 5 - Piscine by Amnesie

6. 6 - Mariage by Amnesie

7. 7 - Nouvelle Lune by Amnesie

8. 8 - Aube by Amnesie

1 - Lever du soleil by Amnesie
Author's Notes:

Prompt du 1e Septembre : Lever du soleil

Il n'y avait rien de pire que de mourir au lever du soleil. C'était un affront que de s'éteindre quand l'astre s'éveillait. C'était comme tuer un nouveau-né.

 

Et Amelia Bones ne voulait pas mourir. Elle voulait, pour la première fois de sa vie - elle, la gratte-papier, la Serdaigle attendant à l'aube l'ouverture de la Bibliothèque, la juriste froide et pratique - admirer le bleu clair puis l'orange et le rouge inonder le ciel. Elle ne voulait pas se trouver face à ce masque de mort blanc comme ses nuits, ces pupilles écarlates et pourtant sans chaleur. Elle voulait regarder le ciel et le soleil.

 

-     Miss Bones, siffla Voldemort, remplissant la pièce, sa maison toute entière d'un air glacial. C'est un honneur. Sachez que j'ai beaucoup entendu parler de votre famille - bien que d'eux, je n'aie entendu que des cris.

Il dévoila une rangée de dents grisâtres, comme satisfait d'un trait d'humour particulièrement subtil. Amelia quant à elle reposa sa mallette de travail sur la table du salon et l'ouvrit, semblant se préparer à un entretien très sérieux. Elle sortit avec des gestes précis un parchemin qu'elle déroula, une plume, son monocle et sa baguette.

-     J'ai moi aussi beaucoup entendu parler de vous, déclara-t-elle finalement d'une voix calme, ses yeux bleus courageusement vissés à ceux du mage noir.

Le sourire de Voldemort s'élargit.

-     Par vos accusés, je suppose.

-     Entre autres.

Il y eut un mouvement derrière lui, dans la pénombre du couloir, mais Amelia ne le quitta des yeux que lorsqu'il poussa devant lui un sorcier aux longs cheveux noirs.

-     Vous connaissez sûrement mon ami Pius...

-     Thicknesse, dit-elle aussitôt d'une voix professionnelle, un mouvement de tête entendu à son adresse. Ravie que tu sois là. Je te cherchais justement pour le rapport que tu devais me rendre jeudi dernier.

Elle était incongrue, cette remarque, mais la présence de Lord Voldemort chez elle à sept heures du matin l'était encore plus et Amelia avait besoin de temps et de courage. Le sorcier leva son regard vide sur son maître, comme dans l'attente d'une réponse à donner.

-     Le rapport attendra, Miss Bones, répondit-il donc à sa place. Pius est venu vous demander votre lettre de démission de la Direction du Département de la justice magique.

-     Ma lettre de démission ? répéta innocemment Amelia. Voyons, Pius, tu sais que je n'ai certainement pas l'intention de quitter mon poste. En parlant de ça, continua-t-elle lentement en s'emparant du morceau de parchemin et de sa plume, je note ici plusieurs infractions à la Loi magique. Avez-vous déjà entendu parler de violation de la propriété privée ?

Sans prévenir, un sortilège verdâtre fusa droit sur elle ; il fit exploser l'immense horloge qu'elle plaça entre eux d'un geste vif de baguette.

 

Amelia lissa son carré argenté et replaça son monocle.

-     Usage d'un Impardonnable, nota-t-elle encore d'une voix tranquille tandis que le mécanisme de la pendule s'agitait faiblement à ses pieds. Même en mettant de côté l'Imperium que vous avez lancé à votre ami, je crains que le Magenmagot ne se résolve immédiatement à vous condamner à Azkaban, Monsieur Jedusor.

Son sang-froid dût amuser le mage noir car il baissa sa baguette, comme saisi d'une nouvelle idée.

-     Merveilleux, susurra-t-il. Et croyez-moi, je sais reconnaitre le talent quand je le vois. Je pourrais vous trouver une place de choix dans mes rangs, Miss Bones. Pius manque de poigne, que diriez-vous d'être Ministre de la magie pour moi ?

 

Il y eut un long silence durant lequel il sembla espérer sa réponse avec une avidité inattendue. Amelia le rompit de sa voix claire et tranchante.

-     Tentative de corruption d'un agent du gouvernement, énonça-t-elle en griffonnant à nouveau sur son calepin.

-     Alors vous préférez mourir ? l'interrogea Voldemort en se rapprochant d'elle.

Amelia raya d'un trait sec ses derniers mots.

-     Tentative d'intimidation, se corrigea-t-elle en fronçant les sourcils, comme peu satisfaite par son manque de rigueur.

-     Et si je vous brisais les os un à un, Miss Bones ? Resteriez-vous aussi droite que vous le prétendez ?

Elle sourit, son regard le défiant à nouveau.

-     Essayez-toujours.

 

Elle dissimula le frisson qui coula dans son dos lorsqu'un rictus malveillant s'étira sur les lèvres fines du mage noir.

-     Permettez que je laisse cette tâche à d'autres. Le législateur ne peut aussi être également bourreau, n'est-ce pas ? dit-il d'un air presque complice avant d'appeler avec autorité : Bellatrix.

 

Amelia abandonna toute tentative de dissimuler son effroi lorsque la silhouette de la sorcière se détacha de l'ombre. Maigre, courbée, féline, Azkaban l'avait métamorphosée mais la magistrate se souvenait avec précision de chacune de ses courbes et de ses angles. Amelia connaissait mieux le corps de Bellatrix que la Code international de la magie - qu'elle savait pourtant réciter par cœur depuis ses quinze ans.

 

Et Bellatrix avait peur. Amelia le voyait à l'amplitude de sa respiration sur sa poitrine tandis qu'elle levait fièrement le menton. Et elle eut pitié - elle eut presque pitié car elle comprit que c'était elle, la punition de son échec au Département des Mystères quelques mois plus tôt.

 

-     Trix... souffla-t-elle en tentant de capter son regard vacillant.

-     Trix ? répéta Voldemort avec amusement. Comme c'est adorable. Un passé commun, peut-être ?

Cela confirma qu'il savait. Il savait leur passé à elles. Le lui avait-elle raconté ? L'avait-il lu dans son esprit ?

 

Bellatrix s'avança de son pas lourd et élégant - si loin de sa démarche saccadée à elle - et lui fit face, si proche, familière et étrangère à la fois. C'était quelque chose dans son odeur de conviction qui avait pris la teinte de la soumission.

-     Alors c'est toi, qui me tortureras ? chuchota la juriste.

Sa mèche bouclée retombait sur son front, devant son regard de fer, et elle fut tentée un instant de la remettre derrière son oreille. Bellatrix fixa un instant sa main, comme si elle avait lu dans ses pensées, puis se reprit.

-     Oui.

-     Tu ne peux pas.

Son rire rauque secoua tout son corps sans atteindre celui d'Amelia, figé comme sous l'effet d'un maléfice.

-     Vraiment ? Ne suis-je pourtant pas la seule à avoir su te faire ployer ? demanda Bellatrix avec une ironie qui dissimula mal le grain brisé de sa voix.

Sa chevelure de jais prit des éclats dorés, son visage une teinte saturée, et Bones sut que le soleil s'était levé.

-     Car tu es faible, Amelia, et nous le savons toutes les deux : la justice sans la force est impuissante*.

End Notes:

Alors, qu'en pensez-vous ? Manque de relecture et de temps, évidemment c'est frustrant parce que ce texte me laisse un sentiment d'inachevé, mais tant pis, je veux surtout aller au bout de ce défi ! A très bientôt !

 

*Pascal, Pensées, fragment 94

2 - Pique-nique by Amnesie
Author's Notes:

Prompt du 2 Septembre : Pique-nique (très vaguement respecté ici...)

Saut dans le temps, on retrouve Amelia Bones et Bellatrix Black dans le traditionnel premier trajet à Poudlard.

-     C'est injuste ! protestait la petite fille maigrichonne aux cheveux clairs, raides, coupés en un carré incertain. Pourquoi n'y-a-t-il que des hommes sur les cartes de Chocogrenouille ?

 

Ses camarades soupirèrent encore et se rassemblèrent près de la fenêtre pour épargner leurs friandises des postillons de plus en plus irritants de la jeune sorcière. Une heure qu'ils étaient entrés dans le Poudlard Express, trente minutes que la dame au chariot était passée, et ses tirades enflammées n'en finissaient pas. À présent, la seule inquiétude que suscitait la cérémonie de la Répartition était de se retrouver dans la même Maison que cette insupportable donneuse de leçons.

 

 

Un gamin ouvrit la bouche pour lui demander de se taire quand une voix d'enfant bizarrement usée se fit entendre.

 

-     Peut-être que les femmes valent mieux que de se retrouver sur des cartes barbouillées de chocolat bon marché mangé par des élèves dégoûtants.

 

 

Amelia Bones sourit avant même de se retourner. Et quand elle se retourna pour découvrir l'origine de cette remarque, elle ne fut pas déçue. Elle faisait sa taille, avait son âge, était infiniment plus belle et élégante, et s'appelait - tout le monde le savait - Bellatrix Black. Elle levait un sourcil impatient.

 

-     Peut-être, concéda Amelia, ignorant les murmures impressionnés des autres. Mais ça reste injuste.

-     Et alors ? grimaça la brune avec hauteur. Tu vas continuer à pleurnicher ?

-     Non, répondit-elle aussitôt comme si elle attendait cette question depuis son embarquement à bord du Poudlard Express. Je vais refuser d'en acheter. Et quand ils verront qu'on ne consomme plus leur marchandise sexiste - elle avait prononcé ces mots d'un ton pompeux, peu naturel -, les fabricants de Chocogrenouilles penseront à donner aux femmes leur juste reconnaissance.

 

Les élèves de Première année pouffaient. Bellatrix Black penchait la tête, intéressée, curieuse.

-     Ce n'est pas très efficace, fit-elle remarquer.

-     Alors je devrais continuer à pleurnicher ? la provoqua Amelia d'un ton qui impressionna autant qu'il agaça l'héritière.

Cette dernière leva le menton et déclara, impérieuse :

-     Il faut les forcer. Les menacer. C'est comme ça que Père fait, avec les Elfes.

 

Encore une fois, les autres rirent mais les deux fillettes les ignoraient. Elles n'avaient jamais été aussi sérieuses de leur vie.

 

-     On ne peut pas utiliser la violence pour des cartes de Chocogrenouille, protesta Amelia.

-     Tu disais pourtant toi-même que c'était injuste.

 

Elles débattirent sur le sujet durant toute la durée du trajet et sans prendre même le temps de s'asseoir. Amelia était debout au milieu de son compartiment, Bellatrix dans le couloir rendait tout trafic impossible, et elles se disputèrent avec violence, parfois, de la même manière qu'elles le feraient sur les bancs de l'école, dans les couloirs animés et les recoins oubliés où s'échoueraient leurs débats et leurs ébats, dans le secret mais sans honte, jusqu'au tribunal, et Azkaban, et la mort. Et quand elles arrivèrent à la gare de Pré-au-Lard, elles avaient trouvé un accord (car quelques fois elles en trouveraient un).

 

Ce seraient elles, les grandes sorcières de demain. Elles se voyaient déjà accomplir un noble destin. Et les fabricants de Chocogrenouilles seraient forcés de créer des cartes à leur effigie, car cela serait juste.     

End Notes:

 

3 - Jardin by Amnesie
Author's Notes:

Prompt du 3 septembre : Jardin (hum...serre, jardin, c'est un peu pareil, non ?)

Quand on leur demandait si elles étaient amies, elles répondaient qu'elles étaient ennemies. Cela signifiait qu'en classe, le professeur MacGonagall devait fréquemment les séparer avant que leur querelle ne provoque une émeute générale. Cela signifiait aussi que souvent, elles finissaient tout de même par la conclure avec un duel étonnamment intéressant pour des élèves de Première année. Cela signifiait surtout qu'elles se respectaient, ce qu'elles n'hésitaient pas à reconnaître.

 

Du reste, n'ayant pas d'amis - Bellatrix méprisait trop ses semblables ; Amelia les irritait davantage -, leur inimitié était ce qui se rapprochait le plus d'une amitié. Et quand elles se trouvaient une cause commune, elles étaient invincibles.

 

Comme cette soirée d'automne à Poudlard, alors que les autres élèves étaient rassemblés dans la Grande Salle pour le diner coutumier.

 

-     Bellatrix, arrête, on n'a pas le droit !

Le profil moqueur de son alliée provisoire se dessina dans la pénombre.

-     Et alors ? Ce n'est pas comme si on allait finir à Azkaban pour être entrées dans une serre...

-     Black !

Amelia avait une autorité surprenante pour une fillette de son âge qui ne faisait pourtant jamais effet sur Bellatrix.

-     Je ne vais pas me venger, c'est ridicule ! protesta-t-elle alors qu'elles entraient dans la serre numéro 1. La vengeance ne résout jamais rien.

-     Tu ne te venges pas, Bones, répliqua l'autre, les yeux étincelants. Tu lui donnes une punition. C'est bien ce qu'on fait, non, quand quelqu'un fait du mal ?

 

Amelia soupira. Bellatrix Black avait un don pour transformer son idée de justice pour qu'elle corresponde à sa moralité tout à fait douteuse. À croire que la force résoudrait tout. Et elle n'arrivait pas à croire qu'elle, la Serdaigle inflexible, avait cédé à l'appel sournois de la Serpentard.

 

Peut-être était-ce à cause de cette lueur courroucée qu'elle avait surprise dans les yeux de Black lorsque cet idiot de Hudson l'avait traitée de « sac d'os ». Peut-être était-ce son propre silence qui la surprenait et qu'elle ne cessait de regretter depuis, car les répliques flegmatiques de la maigrichonne Amelia Bones étaient devenues légendaires.

 

Quoi qu'il en soit, elle se retrouvait à suivre Bellatrix tandis que cette dernière cherchait la plante de leur victime parmi celles des autres élèves de leur promotion. Ils étudiaient alors les moly, dont les tiges noires et les fleurs blanches étaient utilisées dans la potion de Wiggenweld si sa mémoire était bonne.

 

Finalement, Bellatrix eut ce sourire aussi inquiétant qu'exaltant.

-     Trouvé ! chantonna-t-elle en s'emparant du moly de Hudson.

Amelia la regarda alors le cacher à côté de l'engrais de bouse de dragon, puis se pencher sur une autre série de plantes similaires.

-     Qu'est-ce que c'est ? demanda la Serdaigle, désormais plus curieuse que peureuse.

-     De l'alihotsy, répondit Bellatrix avec hauteur. Son ingestion provoque l'hystérie, et on peut l'utiliser dans la potion d'Hilarité. Quand cet abruti s'en occupera, il respirera son pollen, et tu peux être sûre qu'il aura l'air encore plus stupide qu'il ne l'est déjà.

 

 

Amelia resta la bouche ouverte, comme sonnée. Elle demeura longtemps la seule personne à savoir que Bellatrix Black n'était pas seulement passionnée par la Magie noire mais aussi par la douce Botanique. Et elle en fut si surprise qu'elle accepta de donner à Hudson cette punition qui était tout de même une vengeance.

 

Elle fut plus surprise encore lorsque, après avoir placé l'alihotsy parmi les moly, son ennemie cueillit un cyclamen rouge qu'elle enfonça presque brutalement dans ses cheveux.

-     Voilà qui rendra justice à ta beauté, déclare-t-elle pompeusement, comme pour imiter un courtisan.

Elle le dit pourtant sans ironie, et Amelia Bones se sentit plus forte, et un peu plus qu'un tas d'os.

4 - Etoiles by Amnesie
Author's Notes:

Prompt du 4 Septembre : Etoiles

Elles avaient peu à peu compris que leurs disputes publiques ne suffisaient pas.

Il n'y avait qu'à voir comme elles se cherchaient du regard, comme elles s'épuisaient à chercher l'attention avec le fard de la répulsion. Alors - et cela se fit tacitement lors de leur deuxième année - elles convinrent de se retrouver, quelques soir, sur les bords du Lac de Poudlard.

 

Bellatrix avait invoqué la claustrophobie - et c'était vrai car les cachots l'oppressaient - ; Amelia la science. Elle disait étudier les créatures qui y vivaient, Serdaigle faussement studieuse qui fuyait en réalité la solitude de sa Tour.

 

Parfois, elles regardaient les étoiles ensemble. Mais elles ne regardaient jamais dans la même direction. Amelia était allongée sur l'herbe mouillée par la nuit et contemplait le ciel avec une attention critique - ce même ciel dont Bellatrix admirait le reflet sur la surface lisse du Lac. Elle s'y voyait aussi dans la pénombre, ou plutôt elle voyait ses yeux y briller avec les astres, et cela la menait immanquablement à cette éternelle réflexion.

-     Je suis une étoile.

 

Elle disait cela d'une manière satisfaite mais aussi hésitante, comme si elle n'était pas certaine de la valeur de son affirmation. Peut-être percevait-elle le discret mouvement d'Amelia qui se relevait sur ses coudes et l'observait de dos. Peut-être savait-elle que pour Amelia, elle n'était pas une étoile.

 

-     Je ne suis pas sûre de vouloir être une étoile, déclara-t-elle un jour, espérant sûrement que son ennemie renchérirait. Tu sais pourquoi ?

-     Pourquoi tu ne voudrais pas être une étoile ?

-     Oui.

-     Parce que c'est impossible.

 

C'était le ton factuel, détaché d'Amelia, et cette pointe moqueuse dans sa voix car elle savait que cela exaspérait Bellatrix.

 

-     Il y a trop d'étoiles, expliqua-t-elle finalement en se faisant violence pour ne pas répondre à sa provocation.

Il y eut un silence qui signifiait qu'Amelia réfléchissait.

-     C'est vrai.

Cela rassura Bellatrix mais elle eut un mouvement de frustration et quitta son reflet et celui des étoiles pour se lever et dominer Amelia toujours allongée, faisant ainsi écran à la voute.

-     Alors, qu'est-ce que je suis ? demanda-t-elle avec irritation.

Amelia la contempla longtemps, de la même manière qu'elle avait contemplé le ciel mais avec une lueur plus sensible qui rendit Bellatrix un peu mal à l'aise.

-     Tu es toi. Ce n'est pas assez ?

 

Non. Ce n'était pas assez pour Père, qui voulait un fils. Ce n'était pas assez pour Mère, qui elle voulait une fille, mais distinguée, douce, délicate. Ce n'était pas assez pour les professeurs, et son futur époux, certainement, ni pour ses camarades, évidemment. Pas assez sage, pas assez obéissante, pas assez élégante, pas assez souriante, pas assez faible, pas assez, pas assez, pas assez. Assez ! Ce n'était jamais assez.

 

Et Bellatrix voulait tout, trop. Elle voulait la magie, la liberté, la puissance ; elle voulait le ciel tout entier et son obscurité et son mystère. Elle voulait briller si fort qu'il n'y aurait plus jamais d'éclipse et d'étoiles filant trop vite.

 

Si seulement elle avait su : pesante, fascinante, ogre de lumière, Bellatrix Black était un trou noir. 

5 - Piscine by Amnesie
Author's Notes:

Bonjour ! Ça fait un moment que je n'ai pas publié mais pas d'inquiétude, je continue l'écriture (enfin j'ai tenu jusqu'au 9 septembre, il faut que je trouve du temps pour rattraper mon retard et ce n'est pas gagné...). Je redoutais juste la publication de ce chapitre dont je n'étais pas du tout satisfaite. Il faut aussi dire que le thème ne m'inspirait pas trop (où trouve-t-on une piscine à Poudlard... ?), alors j'ai fini par le réécrire entièrement aujourd'hui histoire d'avancer - d'où ce résultat un peu bancal.


 


Prompt du 5 Septembre : Piscine 

Tous les élèves de Troisième année rêvaient d'aller à la pool party de David Hudson.

 

La dénomination avait été mûrement choisie ; elle entourait la petite fête d'une aura de décadence et de célébrité assez loin de ce qui ne serait en fait qu'un casse-croute au bord de la piscine avec jus de citrouille et Chocogrenouilles, le tout sous surveillance étroite de Mr et Mrs Hudson.

 

Peu importe, tous se démenaient corps et âme pour faire partie de la liste des heureux élus, dans une lutte passionnante guidée tant par désir de popularité que par curiosité - car les enfants de sorciers n'avaient jamais été initiés aux joies de la piscine.

 

Ces discussions se poursuivaient jusque dans les leçons de Défense Contre les Force du Mal, facilitées par la quasi absence du professeur. Ce dernier passait ses cours caché sous son bureau, plus effrayé par ses élèves que par les créatures maléfiques. Aussi, Hudson et ses amis parlaient invités et bouées sous le regard noir d'Amelia Bones qui peinait à se concentrer. Il finit par le remarquer.

 

-     Pourquoi tu me regardes comme ça, tas d'os ?

Amelia soupira, lasse.

-     Je sais que tu es fier de ton jeu de mot avec mon nom, répliqua-t-elle calmement, mais je crois qu'il est temps de s'en défaire. Renouvelle-toi, je suis certaine que tu sais faire preuve d'originalité, quand tu le veux, sourit-elle d'un air faussement encourageant.

Elle le vit serrer les mâchoires puis faire mine de réaliser.

-     Ah... C'est parce que tu veux venir à ma pool party ? dit-il en jetant un regard complice à ses amis.

-     Non Hudson, je n'ai pas envie de venir à ton goûter d'anniversaire.

Amelia enroula ensuite tranquillement son parchemin pour ouvrir son manuel. L'autre reprit plus méchamment :

-     Tant mieux, parce que jamais je t'aurais invitée.

-     Merveilleux. Nous voilà donc parvenus à un accord.

Elle poursuivit ses activités sans ignorer que Hudson ruminait sa prochaine réplique. Et elle vint, franchement décevante.

-     T'es hideuse, Bones.

 

Amelia s'apprêtait à répondre tout aussi tranquillement que bien que ce sujet soit matière à débattre, elle respectait son avis personnel sur la question, quand Bellatrix intervint :

-     Qui voudrait aller à la fête d'un Sang de Bourbe, de toute façon ?

Tous les regards convergèrent sur elle. Son rictus dédaigneux, son assurance aristocratique avaient quelque chose de magnétique qui fit taire les derniers distraits.

 

-     Ne l'appelle pas ainsi.

Cette fois-ci, Amelia avait parlé fort et elle s'était levée, toute entière tendue vers Bellatrix. Cette dernière ricana.

-     Alors comme ça, en plus de défendre la veuve et l'orphelin, Bones défend les abrutis ?

-     Ses insultes sont pathétiques. Les tiennes sont révoltantes. Encore une fois, Bellatrix, tu ne peux pas critiquer quelqu'un sur la base de son ascendance, c'est infondé et...

-     Quoi, t'es amoureuse de lui ? l'interrompit-elle d'un ton railleur.

 

Amelia éclata de rire en même temps que les autres élèves. Elle se rendit vite compte que son rire surpris était loin du rire stupide et moqueur de ses camarades. L'hilarité secouait la classe à tel point que le professeur eut le courage de sortir la tête de son bureau pour aussitôt y revenir. Amelia ne riait plus.

 

-     Arrêtez ! leur ordonna brusquement Bellatrix.

Et le silence revint aussi vite que si elle avait lancé un Silencio. À nouveau, l'attention convergea sur elle. Elle paraissait essoufflée, agitée. Elle évitait le regard curieux d'Amelia.

 

Elle resta un moment debout, la bouche légèrement ouverte comme pour chercher ses mots.

 

Puis, sans prévenir, elle brandit sa baguette et lança un maléfice Cuisant à son ennemie.

 

Amelia n'eut pas le temps de réagir. Elle encaissa avec un cri surpris, et bientôt, elle se retrouvait à l'infirmerie.

 

Le professeur MacGonagall donna à Bellatrix Black plusieurs heures de retenue afin qu'elle réfléchisse sur son comportement. Mais Bellatrix ne comprenait pas son comportement. Elle pouvait passer trois semaines à ranger les aiguilles à moitié métamorphosées en spaghetti qu'elle ne comprendrait pas. Elle savait simplement que la force était évidente et le mal facile quand la raison manquait.

6 - Mariage by Amnesie
Author's Notes:

Bonjour ! Bon, je crois que Septembre est définitivement passé et je n'ai pas vraiment su suivre le rythme. Oui oui, dès le 6e prompt, ce n'est pas une performance incroyable...! ^^ En vérité, j'ai beaucoup bloqué sur ce chapitre qui me parait encore aujourd'hui très brouillon, mais comme j'ai quelques chapitres en avance pour la suite, autant se relancer !


Au niveau du rythme des publications, je suis assez occupée alors ce sera très loin du un par jour initialement prévu. Je vais donc être réaliste et me fixer pour objectif de terminer cette histoire avant le 31 décembre 2021 ! 


J'espère que la suite de cette histoire vous plaira autant que j'ai de plaisir à l'écrire.


 


Prompt du 6 Septembre : Mariage

Bellatrix Black avait quatorze ans et elle ne se marierait pas.

-     Pourquoi ? demanda Amelia.

-     Je veux être libre.

-     Mes parents sont mariés et ils sont libres.

 

La Serpentard secoua la tête avec irritation. Elle déchirait rageusement les brins d'herbe un peu gluants de ce côté du Lac.

 

-     Mes parents sont mariés et ils sont grotesques. Ma mère est soumise, pathétique, cracha-t-elle.

-     Je croyais que ta mère était appréciée dans les soirées mondaines.

 

Amelia le savait car sa propre mère répétait souvent : « Caqueter avec Druella Black, c'est dominer la basse-cour. » Elle disait aussi qu'il valait mieux dominer la haute Cour. Celle du Magenmagot.

 

-     Et tu trouves cela valorisant ? répliqua Bellatrix avec dédain.

-     Je pense simplement que ça fait d'elle une personne admirée. Pas soumise, explicita-t-elle.

La jeune fille eut un rire méprisant.

-     Elle se complait parmi les faibles, mais face à Père, elle ne vaut pas mieux qu'un Elfe de Maison.

 

Amelia haussa les sourcils, surprise. Jamais Bellatrix ne parlait de ses parents. Souvent de sa sœur Andromeda, parfois de Sirius - avec ces sentiments mêlés de rancœur et d'affection -, mais jamais de ses parents. Ils demeuraient une entité étrange, célèbre et mystérieuse.

 

Amelia considéra son ennemie qui affichait encore cet air contrarié. Elle était assise sur l'herbe, les genoux repliés sur le côté dans une éternelle posture figée qui contrastait avec l'animation de son visage. Dans ses mains, sa baguette crépitait dangereusement.

-     Peut-être que ta mère l'est, déclara-t-elle avec honnêteté, mais toi, je te vois mal en femme soumise.

-     Non, bien sûr que non, répliqua aussitôt la sorcière, avant d'ajouter très sérieusement : mais c'est parce que ce n'est pas une vraie Black. C'est une Rosier. Et moi - je veux rester une Black.

-     Tu ne veux pas perdre ton nom, comprit Amelia.

 

Elle se souvenait de leur première conversation. La carte de Chocogrenouille devrait porter le nom de Bellatrix Black.

 

-     Je veux être libre, répéta-t-elle pourtant.

-     Alors épouse-moi, proposa Amelia presque en même temps.

L'autre eut une expression interloquée, aussi continua-t-elle aussitôt :

-     Je peux abandonner mon nom, si tu veux. Tu resteras Bellatrix Black.

 

C'était sorti comme ça. Une pensée en l'air, de celles qui se fondent si bien dans des nuits comme celles-là. Une pensée fantasque comme on en confie dans le noir, sans y croire et sans y penser. Pas si fou, en vérité ; simplement invraisemblable dans leur réalité.

 

Dans le silence que laissa cette déclaration, Amelia tenta vainement de comprendre pourquoi elle l'avait prononcée. Pourquoi elle n'effaçait pas cette spontanéité incongrue par un éclat de rire railleur. Pourquoi elle continuait d'attendre une réponse qui ne pourrait être qu'aigreur.

 

Après l'incident de l'an passé, une fois sortie de l'infirmerie, rien n'avait changé. Ce n'était qu'un combat parmi d'autres pour elles, c'était un coup bas, certes, mais c'était habituel, et d'autres querelles avaient suivi, depuis. Aussi, elles continuaient de se voir la nuit.

Au fond, Amelia savait pourtant qu'au milieu de ces confrontations qui se confondaient parfois en confidences, ces quasis rituels, quelque chose d'autre s'était glissé.

De la complicité, peut-être - bien que le terme aurait dégoûtée Bellatrix et inquiétée Amelia (complice de Bellatrix Black, terrible accusation !).

Surtout, de la curiosité. Car pour la première fois, Amelia avait vu Bellatrix hésiter. Une fraction de seconde qui avait brisé l'image de l'absolue assurance. Parfois, elle croyait l'avoir rêvée ; alors, elle rêvait de la retrouver.

 

Oui, c'était sûrement là la raison de cette proposition.

 

 

Amelia n'avait pas cillé - trop fière pour retirer ses pensées. Les bruits du Parc de Poudlard, les frémissements des créatures du Lac prirent une ampleur oppressante. Elle attendait sa réaction avec la ferme intention de garder la tête haute.

 

À sa surprise, Bellatrix ne lui exprima pas son dégoût. Elle, la reine des provocations, ne pouvait se permettre de craindre ce genre d'assertions. Elle la regarda droit dans les yeux à travers l'obscurité et mit dans cette phrase une assurance crâne :

-     Et tu crois être digne de porter le mien ?

 

Amelia respira à nouveau, sourit et répondit à son tour avec son aplomb coutumier :

-     Oui.

 

Bellatrix ne la contredit pas. Elle se pencha plutôt en arrière, en appui sur ses bras, l'attention faussement portée vers le ciel.

-     Mes parents ne seront pas d'accord, soupira-t-elle comme on se plaindrait d'une interdiction de sortie.

-     Ils seront heureux que leur fille reste une Black.

 

Amelia vit, de profil, le coin de ses lèvres se retrousser.

 

-     Et la loi ? Deux sorcières ne peuvent pas se marier.

-     La loi n'a pas toujours raison.

 

Bellatrix se redressa brusquement, porta la main à sa bouche, mima une expression de scandale.

-     Amelia Bones vient de critiquer la loi !

-     Je n'ai pas...

 

Mais elle fut coupée par son éclat de rire et abandonna, sourit. Puis Bellatrix pencha la tête et interrogea :

-     Et qui serait l'homme, d'abord ?

 

Amelia réfléchit. Elles oscillaient entre le sérieux et le jeu.

-     Je ne veux pas être un homme.

À présent, la fille aînée des Black lissait sa robe.

-     Moi non plus. J'aimerais leur liberté mais je préfère ma force.

-     Je crois qu'il n'est pas nécessaire qu'il y ait un homme, décida alors la Serdaigle. D'ailleurs, c'est bien l'objectif de ce mariage : pas d'homme, pas de nom de famille à abandonner. Il vaut mieux rester deux femmes.

 

Et c'est en prononçant ces mots qu'elle réalisa l'ampleur de ce qu'ils impliquaient. Leur comédie prenait des intonations scandaleuses. Curieusement, elle n'en était pas choquée. Bellatrix en revanche se figeait dans son attitude aristocratique, le dos droit, le menton levé. Une attitude qui dissimulait autant le dégoût que la curiosité.

 

-     De toute façon, je ne te supporterais pas, finit-elle par déclarer.

Amelia acquiesça sans hésiter.

 

Ce fut la conclusion rassurante qu'elles trouvèrent à leur conversation. C'est la conclusion qu'elles donneraient aussi à leur relation.

End Notes:

C'est un peu évident mais je tiens quand même à préciser ici que les interrogations d'Amelia et Bellatrix reflètent leurs pensées à elles, dans un contexte bien précis. 


Aussi, j'ai eu du mal à écrire ce chapitre parce que je n'arrivais pas à y faire ressortir l'enjeu que j'avais pourtant assez précisément à l'esprit. Entre autres choses, cette conversation est le moment où, alors qu'elles n'envisagent même pas une relation ensemble, elles se posent pour la première fois la question de l'homosexualité, formulent cette éventualité - mais dans le cadre rassurant du jeu et de l'idée de mariage. Bon... Je réalise que ce n'est peut-être pas beaucoup plus clair dit comme ça alors n'hésitez pas à me faire part de vos réflexions ou incompréhensions ! 


A bientôt !

7 - Nouvelle Lune by Amnesie
Author's Notes:

Prompt du 7 Septembre : Nouvelle Lune

-     Les filles de mon dortoir disent que je passe trop de temps avec toi. Tu savais que tes parents étaient des Traitres à leur sang ?

-     N'insulte pas mes parents, Trix. Ils sont des personnes justes, et ils sont qui ils veulent, et si l'avis des idiotes de ton dortoir compte autant pour toi, ce n'est pas la peine de venir me parler.

 

Parfois, elles se demandaient comment elles parvenaient à seulement discuter. Car l'une comme l'autre était incapable de mentir ; car elles étaient toutes deux intransigeantes et qu'un compromis était impensable.

 

Quand c'était ainsi, elle finissait immanquablement pas se disputer jusqu'au matin, mais cette fois-ci, Amelia décida qu'il en serait autrement. Peut-être était-ce à cause de cette nouvelle lune qui se reflétait sur le lac noir. Elle semblait leur dire de tout recommencer. De mettre leur orgueil de côté. Et Amelia avait un objet merveilleux à lui montrer.

 

Aussi, alors que Bellatrix s'apprêtait à répliquer avec colère, elle sortit de son sac un miroir qu'elle lui tendit.

-     Qu'est-ce que c'est ? demanda la jeune fille, coupée dans son élan.

Amelia en bonne Serdaigle se taisait, avec cette insupportable manie de tout vouloir lui laisser deviner.

-     Un miroir à double sens ? s'étonna-t-elle encore, ses mains parcourant l'objet avec une attention mi dédaigneuse, mi curieuse.

Elle faisait référence à ces miroirs permettant aux sorciers de communiquer par reflet interposés. Un artefact que seules des riches familles pouvaient s'offrir.

-     Attends... ricana la sorcière comme si elle venait de comprendre. Tu m'offres ça pour qu'on puisse échanger pendant les vacances ? Comme c'est mignon... je ne savais pas que je te manquais tant que ça, petite Amelia.

Elle accompagna sa moquerie d'une caresse sur sa joue et Amelia frissonna légèrement avant de lever les yeux au ciel.

-     Ce n'est pas un miroir à double sens, soupira-t-elle. C'est un un Miroir Déformant.

-     Et à quoi ça sert ? demanda Bellatrix d'un ton hautain, comme à chaque fois qu'elle avait la conviction d'avoir manqué quelque chose.

-     Ça sert à voir comment les autres nous voient.  Il faut se regarder dedans avec quelqu'un pour voir comment l'autre nous voit, et ensuite...

Elle s'interrompit, agacée par son propre manque de clarté.

-     Si nous nous regardons toutes les deux dedans, je verrai comment tu me vois, et tu verras comment je te vois. Ma mère me l'a envoyé hier pour que je comprenne que tout le monde me voit comme une jeune femme merveilleuse.

Elles échangèrent un regard sceptique qui les fit sourire. Amelia ne manquait pas de confiance en elle. Elle se savait brillante, juste, drôle parfois, et elle aimait ses yeux bleus et son cou (même si ce dernier point était une excentricité qu'elle se gardait de partager). Amelia ne se trouvait pas merveilleuse, mais elle s'aimait.

 

Contrairement à l'intégralité de Poudlard. Et si elle avait dû se regarder dans le Miroir Déformant avec un autre élève, elle se serait sûrement vue impressionnante (car elle les intimidait) mais surtout terriblement ennuyante.

 

En revanche, avec Bellatrix...

 

La sorcière dut lire dans ses pensées car elle vint s'asseoir à côté d'elle et plaça le miroir devant leurs deux visages.

 

D'abord, Amelia ne parvint pas à se concentrer sur son reflet. Elle ne sentait que les boucles de Bellatrix effleurer son cou, et son épaule caresser son omoplate, son parfum lourd, et son souffle presque chargé de magie.

 

-     Ça ne marche pas, déclara finalement la Serpentard.

Amelia secoua la tête comme pour s'éclaircir les pensées et reporta son attention sur l'artefact.

 

Elle se vit, ses traits durs, froids et déterminés, et à côté, le visage si vivant de Bellatrix. Cette dernière plissait les yeux avec méfiance, prête à en découdre avec son propre reflet. Puis prête à en découdre avec Amelia quand elle vit qu'elle l'observait.

 

Amelia trouva qu'elles étaient belles. Mais elles étaient elles, comme si elles s'étaient regardées dans un véritable miroir, comme si le Miroir Déformant n'en était pas un.

Ou que...

 

 

Elles parlaient souvent trop. Cette fois-ci, elles se turent. Et elles s'admirèrent longtemps, côte à côte dans le miroir sous la lumière de la nouvelle lune.

 

Elles avaient quinze ans. Elles s'aimaient mais elles ne se l'avouaient pas encore. 

End Notes:

Ce texte a aussi été écrit dans le cadre de la Nuit Insolite du 4 Septembre 2021 organisée sur le forum hpf. Pour ceux qui ne connaissent pas, l'idée est d'écrire un texte en une heure en suivant une contrainte (ici, "Un miroir déformant apparait dans votre texte"). J'ai un tout petit peu corrigé la version originale. Merci de me lire et à bientôt !

8 - Aube by Amnesie
Author's Notes:

Prompt du 8 Septembre : Aube

C'était arrivé. Ce devait arriver. Une autre nuit passée au bord du lac, une dispute plus violente. Elles avaient trop parlé. Une fois de trop.

 

Et déjà, le ciel s'éclaircissait. Et bientôt, le soleil s'en emparerait et Amelia ne pouvait se résoudre à commencer ce jour en haïssant Bellatrix.

 

 

Tout avait commencé quand Bellatrix avait affirmé de son ton sans appel : « la magie est tout ».

 

Amelia savait que c'était une conviction commune chez les familles de Sang-Pur ; souvent, elle se rassurait ainsi des opinions de Trix. Ce n'était que son éducation. Mais quand elle avait essayé de lui montrer que des hommes et des femmes pouvaient vivre sans magie, son ennemie avait rétorqué avec hauteur que ceux qui vivaient sans magie aspiraient du moins à elle.

 

Amelia avait réfléchi. Elle aussi avait grandi dans une famille de sorciers, mais ses parents l'avaient encouragée à s'ouvrir à la culture moldue. Et comme toujours quand elle débattait - y compris avec passion -, elle s'efforçait de rester neutre. Oui, les moldus rêvaient toujours de magie. Était-elle pour autant tout pour eux ? Amelia réfléchit longuement (mais pas trop, car alors Bellatrix aurait gagné) ; elle était lucide quant à l'utilisation de cette idée comme argument pour conforter l'idéologie de la suprématie des sorciers.

 

Plutôt que d'admettre que les Moldus n'avaient jamais su se séparer de l'idée de magie, elle expliqua donc qu'ils la trouvaient ailleurs que dans des baguettes et des chaudrons.

-     Où, alors ?

-     Dans... dans l'art ! dans la peinture, la musique, la...

-     Dis, Amelia, tu vis bien à Poudlard, n'est-ce pas ? As-tu déjà remarqué les milliers de portraits sur les murs ou bien...

Elle s'était moquée un moment pendant lequel la Serdaigle avait maudit sa propre inculture. Elle était convaincue qu'en connaissant mieux les Moldus, elle aurait su les défendre. Mais elle ne s'avouait pas vaincue. Elle ne s'avouait jamais vaincue. Il lui fallait simplement trouver ce que Moldus et Sorciers avaient en commun, et qui dépasserait sans le moindre doute la magie. Il fallait...

Alors elle l'avait dit.

 

L'amour.

 

Elle l'avait aussitôt regrettée, car Bellatrix semblait presque en être effrayée, et qu'elle méprisait ce qu'elle craignait. Tout avait dérapé. Le mariage entre Moldus et sorciers en avait aussi pris pour son grade, et les Cracmols, et les nés-Moldus, et tout s'était mélangé alors même qu'elles savaient toutes deux qu'au fond, elles ne parlaient que d'amour.

 

Quand les premières étoiles avaient commencé à s'effacer, elles avaient dégainé leurs baguettes. Elles se seraient battues si les éclairs de leur duel n'avaient pas attiré l'attention sur elles.

 

Et elles en étaient là. Elles se haïssaient mais elles ne savaient pas pourquoi. Ou plutôt, elles savaient pourquoi elles se haïssaient, mais elles ne comprenaient pas pourquoi elles étaient là.

 

Elles auraient dû s'excuser. Elles avaient tant à se faire pardonner. Si éloquentes, elles en étaient pourtant incapables.

 

Cela resta comme une fissure, comme un jour jamais levé qui les condamna.

 

Elles devraient en rester à l'aube. 

Cette histoire est archivée sur http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=38282