Cinq fois où Bill Weasley fut particulièrement fier d'avoir Louis pour fils by CacheCoeur
Summary:

 

Dessin réalisé par Nesache ❤

 

Bill aimait inconditionnellement ses enfants. Ils étaient les trois personnes qu'il chérissait le plus au monde. Il adorait l'intelligence de Victoire et la malice de Dominique. Mais ce dont il était particulièrement fier, c'était de la gentillesse infinie de Louis…

Joyeux anniversaire Rowinter ❤

[Cinq fois où Bill fut particulièrement fier d'avoir Louis pour fils,+ une fois où Louis fut particulièrement fier d'avoir Bill pour père].


Categories: Autres fics HP, Fics-cadeau Characters: Bill Weasley, Dominique Weasley, Fleur Delacour, Louis Weasley, Victoire Weasley
Genres: Famille
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: De meilleurs lendemains ...
Chapters: 6 Completed: Oui Word count: 13322 Read: 1360 Published: 04/12/2021 Updated: 29/12/2021

1. Cicatrices by CacheCoeur

2. Patricia by CacheCoeur

3. L'aventure by CacheCoeur

4. Gobelins by CacheCoeur

5. Lavande by CacheCoeur

6. Courage by CacheCoeur

Cicatrices by CacheCoeur

Quand Louis s'était senti barbouillé la veille, il n'avait rien dit et s'était évertué à faire comme si de rien n'était. Il voulait profiter de ses vacances, de sa sœur Victoire qui venait tout juste de rentrer de Poudlard, et de sa famille. Il savait que ses parents n'iraient plus travailler pour quelques jours et qu'ils avaient déjà programmé leurs prochaines vacances en Egypte. Son père lui avait parlé des tombeaux d'anciens pharaons que Louis mourrait d'envie d'explorer. L'enfant avait même acheté un beau chapeau d'aventurier pour l'occasion.


Malgré ses efforts, il affichait un sourire assez pale qui comptait deux incisives en moins, quand ses parents lui demandèrent si tout allait bien.


Bill Weasley connaissait ses enfants par cœur. Il savait déchiffrer leurs regards, leurs mimiques et leurs mots, même ceux qu'ils ne disaient pas. Le sourire forcé de son fils l'alerta immédiatement. Toujours énergique et casse-cou, le cadet des Weasley-Delacour était rarement malade et toujours de bonne humeur. Pourtant, en voyant son fils commencer à gratter son cou et ses bras, à plisser les yeux et avoir du mal à tenir sa tête, Bill commença à s'inquiéter.


Un hibou de Percy leur parvient durant le repas, leur annonçant que sa fille Molly, avec qui Louis passait beaucoup de temps, avait attrapé la dragoncelle. Fleur, paniquée, avait inspecté le corps de son fils et rapidement trouvé quelques boutons sur le visage de son fils, dont le teint tournait déjà au vert.


Louis en avait pleuré. Pas parce qu'il était malade. Mais parce que les vacances étaient gâchées et que désormais cloué au lit, il ne pouvait plus profiter de ses sœurs, de ses parents, de sa cousine et de toutes les choses qu'il aimait faire lorsque sa famille était réunie. Le plus dur pour le petit garçon était aussi de ne pas gratter son visage grêlé et de ne pas céder à l'appel des démangeaisons.


– Arrête ça, bonhomme ! Sinon, tu vas te retrouver avec de vilaines cicatrices ! l'avait prévenu son père.


Louis avait demandé de lui-même à ce que ses sœurs restent à l'écart. Il ne voulait pas qu'elles tombent malades à leur tour. Alors Bill transmettait les dessins de Victoire et les coquillages que Dominique avait ramassé sur la plage pour son frère. Ils se parlaient à travers la porte de sa chambre, que Louis s'était mis à détester.


– Tu seras bientôt guéris, mon petit Lou' ! lui promettait sa mère en couvrant ses mains de chaussettes pour qu'il évite de gratter son visage.


La fièvre tomba rapidement. La potion fit son effet. La maladie semblait être partie après quelques jours et pourtant, le visage de Louis restait marqué par la maladie, rouge et bouffi par endroit, couvert de boutons et de balafres qui ne partaient pas. Bill s'en inquiétait et trouvait la peau de son fils un peu plus irritée chaque fois qu'il visitait sa chambre. Au bout de la deuxième semaine, et alors que sa cousine Molly était parfaitement rétablie, Louis, lui, était encore alité et de plus en plus compliqué à tenir en place. Fleur et Bill se relayaient tous les jours pour le surveiller et l'empêcher de se gratter, ce que leur fils ne manquait pas de faire dès qu'il en avait l'occasion.


Une nuit, un bruit de verre cassé réveilla le père. Fleur émit un grognement, un genre de son très inélégant qu'elle ne se permettait de faire que lorsqu'elle était seule avec son mari et qui lui arrachait toujours un sourire.


– J'y vais, grogna-t-elle en repoussant son mari d'une main.


Il quitta le lit malgré tout et partit jeter un œil dans la chambre de ses deux filles. Il s'apprêtait à en faire de même dans la chambre de Louis, quand il remarqua la lumière de la salle de bain, allumée, et sa femme, appuyée contre l'embrasure de la porte. Sentant la présence de son mari derrière elle, elle se retourna pour lui intimer de garder le silence et désigna deux chaussettes qui avaient été semées sur le chemin et sur lesquelles figuraient des Pansedefer Ukrainiens. Un cadeau de Charlie pour Louis. Il en prenait grand soin et malgré son caractère peu soigneux, les rangeait toujours précieusement dans sa commode.


Bill entrouvrit un peu plus la porte, juste assez pour voir le reflet de son fils dans le miroir, en train de gratter avec énergie son visage. Il le griffait même, de la tempe jusqu'au nez, avec application et concentration. Fleur entra et ouvrit un peu plus la porte qui grinça et croisa les bras sur sa poitrine, l'air mécontent :


– Que fais-tu ?


Les mains de Louis s'arrêtèrent immédiatement.


– Je n'arrivais pas à dormir, bredouilla l'enfant.


– Tu n'arrivais pas à dormir ? répéta Fleur en haussant un sourcil.


– Non. Je n'arrivais pas à dormir.


Louis baissa les yeux quand sa mère s'approcha pour examiner son visage.


– Si tu veux guérir et pouvoir sortir d'ici pour jouer avec tes sœurs, il faut que tu arrêtes de gratter ces boutons…


Penaud, Louis descendit du tabouret qui lui permettait d'être assez grand pour se regarder dans le miroir.


– Mais papa a dit que si je grattais, j'aurais des cicatrices !


Fleur écarquilla les yeux sous le coup de la surprise, et attendrie, décroisa les bras pour mieux s'abaisser et prendre le visage de son fils entre ses mains.


– Je veux être comme papa…, expliqua l'enfant.


– Tu n'as pas besoin d'avoir des cicatrices pour être comme papa, murmura Fleur en prenant Louis dans ses bras.


– Peut-être que si j'en ai, il sera moins triste d'en avoir lui…, bougonna l'enfant. Et je veux des cicatrices ! Comme papa !


Louis avait plusieurs fois surpris l'air malheureux de son père quand il se rasait le matin, quand ses yeux suivaient les lignes des marques que Greyback lui avait infligées.


– Ton père ne voudrait pas que tu te blesses, mon cœur. Depuis combien de temps tu te grattes ? Viens-là chéri, on va soigner ça…


Bill fit quelques pas en arrière, bouleversé et les larmes aux yeux et laissa sa femme murmurer des mots tendres à leur fils. Il repartit dans sa chambre et s'assit sur le bord du lit en attendant le retour de Fleur qui revint un peu plus d'une demi-heure plus tard, avec les deux chaussettes de Louis dans les mains. Elle s'installa à côté de Bill et l'embrassa sur la joue.


– Il te ressemble tellement parfois…


Bill en doutait. Il n'avait jamais eu le quart de la gentillesse de son fils. Il hocha tout de même la tête avant de la plonger à l'intérieur de ses mains. Il sentit les boursouflures de son visage qu'il avait appris à tolérer avec le temps. Il ne pensait pas que son fils pouvait remarquer comme elles le rendaient parfois triste… Fleur, sa mère, ses proches avaient beau les aimer pour lui, il n'avait jamais su les regarder comme eux, les regardaient, sans dégoût, sans chagrin et sans amertume.


– C'était quoi ce bruit de verre cassé ? demanda Bill en se redressant.


– Un vase que tu as ramené d'Egypte il y a deux ans.


Il ouvrit la bouche avant de la refermer.


– Je n'ai pas eu le cœur de me fâcher, s'excusa Fleur.


– Tu as bien fait…, sourit-il après quelques instants.


Le lendemain, quand il se rasa, il aperçut Louis caché derrière la porte et des chaussettes autour des mains. Bill regarda fièrement ses cicatrices pour la première fois de sa vie et les yeux brillants Louis le rendirent fier d'avoir ce petit humain pour fils.

Patricia by CacheCoeur

La passion de Louis pour les dragons avait été plus ou moins bien accueillie par ses parents. Son père avait tout de suite écrit à Charlie en peinant à cacher son excitation et sa mère, elle, avait grimacé. Pourtant, elle était la première à lui acheter des livres d'images sur les dragons et s'amusait toujours de voir son fils trimballer avec lui cette vieille peluche que Charlie lui avait offert pour son premier anniversaire.


En grandissant, on avait dit de Louis qu'il ressemblait énormément à son parrain. Louis s'en félicitait : tout le monde appréciait Charlie. Lui-même était l'un de ses plus fervents admirateurs. Bill s'en amusait également, tout en grimaçant.


– Si tu savais toutes les bêtises que Charlie faisait quand nous étions petits… Il prenait des risques inconsidérés, je me demande même par quel miracle il est encore en vie ! avait-il dit à Fleur. Merlin, qu'est-ce qu'on va faire ?


Fleur répondait en souriant que Louis était Louis, et que ce caractère espiègle et aventurier était peut-être de famille... Bill voulait être ce papa cool, celui qui n'avait jamais à hausser le ton et qui riait avec ses enfants. Pourtant, il s'était mis à surveiller Louis de près dès qu'il avait été en âge de marcher. Bill savait très bien ce qui pouvait arriver à un gamin trop casse-cou qui prenait un malin plaisir à imiter parfois son oncle Charlie…


– Laisse-le courir, chéri ! disait Fleur.


Finalement, c'était elle, la moins sévère des deux. Bien sûr qu'elle avait peur, mais elle disait toujours qu'un enfant qui ne tombait pas était aussi un enfant qui n'apprenait jamais à se relever. Bill, lui, était capable de pleurer en voyant ses enfants revenir avec une petite égratignure. Lui. Bill Weasley. L'un des briseurs de sorts les plus réputés du pays…. Qui avait donc vu des blessures bien plus sanguinolentes que des égratignures qui se soignaient souvent d'un « baiser magique de papa » ...


Alors Bill se rongeait les ongles chaque fois que son fils évoquait sa passion pour les dragons. Il l'imaginait déjà dans la gueule d'un monstre immense et qui s'en servirait comme d'un cure dent. Bill avait été heureux d'entendre Victoire dire qu'elle serait une artiste et qu'elle peindrait, d'après ses propres dires, "les plus belles toiles de la Terre ". Rien que ça. Il avait été enchanté de la même façon avec Dominique, qui se vantait déjà d'être "la future plus grande créatrice de mode de sa génération". Ses filles avaient beaucoup d'ambition… Mais là où Victoire risquait seulement de s'enfoncer un pinceau dans l'œil et Dominique une épingle à nourrice dans le doigt, Louis, lui, parlait de tout autre chose. A savoir de faire du rodéo sur des magyars à pointes.


Ce que personne ne savait, c'était que la passion de Louis pour les dragons, bien que très grandement nourrie par son parrain, ne venait pas de lui, mais de sa mère.


Fleur était une femme assez hautaine et elle en avait parfaitement conscience. Elle connaissait sa valeur et en aucun cas, ne la sous-estimait. Alors elle racontait avec plaisir à ses enfants, et ce depuis qu'ils étaient bébés et donc incapables de retenir le moindre de ses mots, les exploits qui avaient marqué sa vie. Celui dont elle était la plus fière, était d'avoir participé au Tournoi des Trois Sorciers en tant que championne de Beauxbatons. Louis, à chaque fois émerveillé, écoutait avec attention comment elle avait volé l'œuf d'un vert gallois en le faisant tomber dans une sorte de transe grâce à un enchantement.


Louis adorait cette histoire et avait longtemps réclamé à voir la miniature du vert gallois en question, que sa mère avait précieusement gardé avec elle. Son oncle Harry avait aussi dû faire preuve de patience et supporter les supplications de l'enfant qui lui demandait constamment à chaque fois qu'ils se voyaient, de lui raconter sa propre expérience de la première tâche du Tournoi des Trois Sorciers.


Louis passait son temps à observer la miniature du vert gallois, rebaptisée Patricia, qu'il quittait rarement des yeux depuis que sa mère la lui avait confiée à l'occasion de son neuvième anniversaire.


– Laisse donc Patricia dans son nid et viens jouer avec nous, Lou ! le pressa son père.


Louis soupira.


– Elle n'aime pas être seule.


– Les verts gallois font souvent tout leur possible pour éviter les humains, tu sais, sourit son père.


– Mais Patricia est différente !


– Et ils vivent en montagne. Pas sur la plage, où ta présence est requise jeune homme ! le pressa doucement Bill.


– Pourquoi ?


– Parce que ta mère trouve que tu manques de vitamines D.


– Non, pourquoi les dragons n'aiment pas la plage ?


– Parce que les créatures qui volent aiment rarement l'eau.


– Et les poissons-volants alors ?


Bill se pinça l'arête du nez et souleva son fils pour le poser sur son épaule. Hilare, le petit garçon se laissa faire. Une fois à l'extérieur, il s'installa sur la serviette de plage entre ses deux parents, Patricia voletant joyeusement au-dessus de sa tête. Dominique et Victoire jouaient dans l'eau, accompagnées de leurs cousins et cousines, ainsi que de leurs oncles et tantes qui étaient venus profiter du soleil.


Louis restait près de sa mère en la regardant avec inquiétude. Lui qui d'habitude était le premier à courir jusqu'à la mer, restait sagement assis, collé à sa mère qui observait les vagues et ses filles avec une anxiété qu'il n'avait jamais remarqué jusqu'à maintenant. Dans son maillot de bain bleu marine et dans les bras de son père, sa mère était resplendissante.


Patricia sur les épaules, il resta avec ses parents un long moment, ignorant les appels de James et Albus qui lui demandaient de se joindre à eux, ou encore les rires de Teddy, Victoire et Molly qui s'amusaient …


Louis alla se blottir dans les bras de sa mère quand son père s'en alla pour aller chercher l'appareil photo après plusieurs accio infructueux.


– Tu ne veux pas aller jouer avec tes amis ? l'interrogea Fleur.


– Et toi maman ?


Le petit rire cristallin qu'émit Fleur se perdit entre plusieurs éclats plus enfantins et les vagues. Mais quand elle baissa les yeux pour les plonger dans ceux de son fils, exactement du même bleus, elle redevint sérieuse. Louis avait un air grave. Patricia perchée sur l'une de ses épaules, il sonda sa mère un long moment.


– Tu n'aimes pas la plage, dit-il enfin.


– Si, chéri. J'aime la plage, le contredit-elle en enfonçant ses mains dans le sable.


– Tu n'aimes pas quand on met la tête sous l'eau.


Fleur ouvrit la bouche mais resta finalement muette.


Louis avait compris cela trois jours auparavant, quand il avait écouté sa mère raconter ses aventures en tant que concurrente au Tournoi des Trois Sorciers. Il avait toujours vu la force de sa mère, son courage et sa bravoure mais jamais la fragilité et la vulnérabilité qui transperçaient sa voix chaque fois qu'elle en venait à parler de la deuxième épreuve. Louis avait toujours retenu que son oncle Harry avait sauvé sa tante Gabrielle du lac noir de Poudlard…


Désormais, il était assez grand pour comprendre.


– Tu sais que t'es la plus forte maman ?


Fleur passa une main dans les cheveux de son fils.


– Tu n'as pas à avoir peur de l'eau, maman, insista-t-il. Tu as battu un dragon.


Fleur était toujours restée sur cet échec cuisant. Malgré les années, elle était toujours incapable de plonger la tête sous l'eau ou de s'immerger plus loin que jusqu'à la taille. Louis l'avait remarqué.


– T'es vraiment la plus forte maman, répéta-t-il. Et moi je resterai avec toi. Sur la plage ou dans l'eau, comme tu préfères. Et Patricia restera aussi. Si tu décides de venir dans l'eau, elle te rappellera comme tu es forte !


La mère esquissa un sourire en observant son fils se tortiller dans tous les sens, assis sur le sable et visiblement impatient d'entrer dans l'eau. Il mourrait d'envie de jouer avec ses sœurs, ses cousins et ses cousines. Pourtant, il restait avec elle, sagement immobile, à regarder avec envie ses amis s'amuser dans l'eau. Louis se retenait parce qu'il aimait sa mère et ne voulait pas la savoir seule, à avoir peur sur le rivage... Il souhaitait seulement qu'elle s'amuse avec eux.


Les yeux de Fleur dérivèrent jusqu'à la miniature du vert gallois. Elle ne l'avait jamais vu comme un souvenir de sa victoire… Alors qu'elle avait toujours assimilé l'eau à l'échec depuis la deuxième tache. Fleur caressa tendrement la joue de son fils. Son si gentil garçon… Elle se leva, tremblant légèrement et prit la main de son fils dans la sienne :


– Allons nous amuser Louis…, lui proposa-t-elle.


Derrière eux, Bill Weasley sourit et décida de rester en retrait. Une bouffée de fierté l'envahit, quand il vit sa femme et son fils s'immerger lentement dans l'eau. Ils s'étaient un peu éloignés des autres, seuls au monde, rien que tous les deux.


Bill prit de magnifiques photos ce jour-là. Sur l'une d'elle, Louis avait les bras accrochés autour du cou de sa mère, qui avait le visage pâle, mais les cheveux mouillés.

L'aventure by CacheCoeur

Louis était un enfant assez facile, qui ne détestait jamais les gens et avait toujours plaisir à aller vers eux ou apprendre à les connaître. Il souriait à tout le monde, même à ces personnes qu’ils n’appréciaient pas plus que ça. 

Tu es si beau lorsque tu souris, mon ange ! s'extasiait sa mère.  

Pourtant, aujourd’hui il ne souriait pas du tout alors qu’il aurait dû. 

Louis adorait être en famille. Il adorait ses cousins, ses cousines, ses grands-parents, ces longues journées à jouer tous ensemble et cette chaleur qu’il ne ressentait que lorsqu’ils étaient tous réunis. Bien sûr, il préférait Molly aux autres et tentait très souvent de passer du temps seul avec elle. Aussi, il avait été content d’apprendre que son parrain Charlie viendrait passer quelques jours chez les Weasley-Delacour. Charlie venait rarement en Grande-Bretagne. Il était marié à son travail et aimait ses dragons plus que tout. 

Seulement, Louis avait oublié un léger détail, qui le contrariait grandement chaque fois que Charlie était présent. 

– Ne reste pas ainsi, chéri ! Si le vent tourne, tu resteras figé avec cette expression toute ta vie, se moqua sa mère en le regardant, le nez collé à la fenêtre. 

– Papa ne m’a pas réveillé pour notre balade. 

– Il a pensé que tu étais fatigué. 

– Il est parti sans moi. 

La balade du samedi matin, sur la plage, était un rituel que partageaient Louis et Bill. Un moment rien qu’à eux, que Louis attendait toute la semaine. 

– Il m’a oublié, renifla l’enfant. 

Fleur leva les yeux au ciel : 

– Mais non, mon poussin. Papa profite de son frère. Ils se voient si peu… Tu comprends ? Quand tes sœurs et toi aurez vos propres familles, vous vous manquerez et … 

– On habitera toujours tous ensemble ! couina Louis, qui n’imaginait pas l’espace d’un seul instant vivre autrement. 

Fleur s’esclaffa. 

– On en reparlera dans dix ans, mon petit Lou’ ! 

Elle savait que son fils ne tiendrait pas en place et qu’elle aurait souvent à le voir partir voyager aux quatre coins du monde… Dans deux ans, il irait à Poudlard et elle savait que ce ne serait que le début de toutes ses aventures. 

– Quand est-ce qu’oncle Charlie repart ? 

Les poings sur les hanches, Fleur lança un regard plus sévère à son fils : 

– Ne sois pas jaloux. C’est très vilain. 

Il lui offrit un sourire d’ange, qui la fit fondre. 

– Tu adores Charlie… 

C’était la vérité. Louis grimaça et plongea la tête entre ses bras. Bien sûr qu’il adorait Charlie, avec ses histoires sur les créatures magiques qu’il soignait, celles qu’il racontait sur les dragons, ses aventures et ses voyages. Louis voyait Charlie comme un héros sans peur, la malle à la main et le courage aux poings. Parfois, il observait dans les yeux de son père, une sorte de mélancolie, comme des regrets, chaque fois que Charlie exposait avec animation ses derniers voyages. Louis se disait que son père aurait peut-être souhaité avoir cette vie-là lui aussi… Quand Charlie était là, l’enfant avait peur que son père reparte avec son frère, en laissant sa mère, ses sœurs et lui. 

– Je vais les attendre dehors, soupira l’enfant. 

Il enfila ses chaussures et commença à marcher le long de la grève en jetant des coups de pied dans le sable, bougon. Tout le monde partait ces derniers temps. Victoire, ensuite Dominique… Peut-être que son père serait le prochain et qu’il allait quitter la maison lui aussi. Louis sentait que les choses étaient en train de changer et tous ces bouleversements ne lui plaisaient pas du tout. Si son père l’avait oublié ce matin, c’était bien pour une raison. Peut-être qu’il lui préférait la compagnie de Charlie… Charlie qui était un aventurier, alors que Louis, lui… Il n’était qu’un enfant. Ce n’était pas très passionnant à côté des dragons, des explorations et des voyages par milliers. 

– Pourquoi tu broies du noir gamin ? 

Louis releva la tête et rencontra tout d’abord les deux yeux d’onyx de Faramond, le fidèle psychard de son oncle. Charlie s’était penché à hauteur de son neveu et se balançait sur ses deux pieds. 

– Il est où papa ? 

– Pourquoi demander après ton père quand tu as ton super parrain trop génial juste sous le nez ? 

– Il est où papa ? 

Le sourire de Charlie s’effaça un moment. Ce qu’il appréciait chez Louis, c’était son honnêteté flagrante : il ne s’embarrassait jamais de faux-semblants et savait toujours faire comprendre aux gens comment il se sentait. L’animosité du gamin à son encontre était évidente et déconcertante. Charlie s’était toujours félicité d’avoir une excellente relation avec Louis. Ils leur trouvaient des points communs certes, mais appréciait davantage leurs différences, les qualités de Louis, dont Charlie se savait dépourvu. 

– J’ai fait un truc qui ne t’a pas plu, Louis ? 

– Est-ce que tu vas partir avec mon père ? Comme vous êtes partis en balade sans moi ce matin ? 

Charlie écarquilla les yeux. 

– Tu dormais encore petit Lou’. Ton père voulait que tu te reposes. 

– Il voulait surtout passer du temps avec toi. Sans moi. 

Charlie se mordilla les lèvres. Louis disait vrai, et il se sentait incapable de lui mentir. 

– Ça ne veut pas dire qu’il ne t’aime pas ou qu’il va partir. Parfois, les adultes ont juste besoin de passer du temps avec d’autres adultes. 

– Maman est une adulte. 

– Alors les frères ont besoin de passer du temps avec des frères. 

– Je suis aussi un frère. 

– Mais tu n’es pas le frère de ton père, s’amusa Charlie. 

Faramond passa des cheveux du magizoologiste à ceux de l’enfant dont le visage décoléra légèrement. Il retint même un rire en sentant la petite créature se faufiler derrière son oreille et faire le tour de sa tête pour terminer sa course dans son cou. 

– Tu crois que papa est heureux ici ? interrogea l’enfant d’une voix anxieuse. 

– Pourquoi ne le serait-il pas ? 

– J’ai bien vu comment il t’enviait parfois… Quand tu parles de tes excursions, de tes missions et de toutes ces choses que tu vois. Je l’ai entendu dire à maman qu’il aimerait partir avec toi dès fois, et que ça lui manquait. 

Charlie se laissa tomber et tapota le sable à sa droite pour que Louis l’imite. 

– Ton père adore l’action et les nouvelles aventures. Il adore les tombeaux et leurs maléfices qu’ils voient comme des énigmes à résoudre pour les neutraliser. C’est un briseur de sorts très réputé tu sais. Et il voyage pour son travail… 

– Moins qu’avant. 

– Depuis longtemps Louis. Bien avant ta naissance. Même avant celle de Victoire. Avant même qu’il ne tombe amoureux de ta mère. 

– Papa a toujours été amoureux de maman, grogna Louis. 

– Oh mon petit gars, quand tu seras plus grand j’aurais des tas de trucs à te raconter, toussota Charlie pour calmer un fou rire naissant. 

– Je crois qu’il aimerait partir avec toi. 

– Peut-être. Et je serai content qu’il le fasse. Une semaine, peut-être deux. Je sais qu’après, il reviendrait vers ta maman, tes sœurs et toi. 

– Tu crois ? Pourtant, c’est ennuyeux. 

Courir le monde, découvrir de nouveaux endroits, de nouvelles choses… C’était sûrement bien plus amusant que de rentrer à la maison tous les soirs après le travail. 

– Je pense qu’être père est une aventure et que c’est celle qui rend le tien le plus heureux. 

– Il pourrait travailler avec toi, et rentrer tous les soirs, suggéra Louis avec espoir. 

– Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne Louis… Parfois, il faut faire des choix. 

– Moi, je ne veux pas choisir. 

Il ne sacrifierait jamais sa famille pour vivre ses aventures tout seul. La perspective d’être un jour séparé des gens qu’il aimait plus que tout, le terrifiait. Et pourtant… Il se voyait déjà gravir les plus hautes montagnes, dompter des dragons et parcourir le monde. 

– C’est ton père qui a raison, soupira Charlie. Moi aussi, j’aimerais avoir un foyer parfois. Un endroit où m’attendraient des gens, où on aurait des rituels comme se balader sur la plage tous les samedis… 

– Tu es ici chez toi, sourit enfin Louis. Papa adore quand tu es là. Maman aussi. Elle t’aime bien. Elle dit que t’es son préféré de la famille, après oncle Harry. 

– Sérieux ? Je viens seulement après Harry ? s’offusqua-t-il. Je suis le parrain de son petit dernier et c’est comme ça qu’elle me considère ? Je suis choqué. 

Louis se mit à rire et se rapprocha de son oncle. 

– L’aventure est à la fois singulière et plurielle, Louis. Singulière, car chacun de nous en a sa propre conception. Pour les gens comme toi et moi, l’aventure, se résumera souvent à partir avec un sac à dos seulement, découvrir de nouvelles choses tous les jours, goûter, sentir, vivre différemment et apprendre le monde. Pour d’autres, c’est faire un tour au chemin de Traverse. Ou avoir des enfants. Ou partir pour une petite excursion découvrir la forêt du coin.  Plurielle, parce qu’en grandissant, tu apprendras que l’aventure est faite de petites choses. Je ne pensais pas qu’élever des enfants pouvait être une aventure par exemple… Mais quand je te vois grandir, je me dis que… 

Charlie fixa l’horizon devant eux. 

– T’aurais voulu des enfants ? 

– PAR MERLIN ET MORGANE PITIÉ NON ! s’écria Charlie. Mais je suis fier et je m’en veux de rater certains jours dans ta vie qui peuvent être importants. Enfin que les bons. Les mauvais, je laisse ça à tes parents. Ta crise d’adolescence par exemple… Mais ton premier jour de rentrée, ton premier match de Quidditch, ta première copine… 

– Molly est ma première copine. 

Charlie se mit à rire à son tour face à l’insouciance de son neveu. Il avait un lien particulier avec Louis, un petit truc qui lui soufflait constamment un ”ce gamin te comprend “. Ce que sa famille n’était jamais parvenue à faire jusqu’à présent. Même Bill, dont il était pourtant le plus proche. 

– Je me sens seul chaque fois que je te quitte petit Lou’, avoua enfin Charlie. 

– Je peux être avec toi dans mes bons jours. 

– On peut faire ça… 

Louis se blottit dans les bras de son parrain. 

– Ton père ne te quittera pas Louis. Vous êtes son aventure. La plus belle. Il le dit tous les jours. 

– Et toi alors ? 

– Moi… Moi j’ai l’habitude de la solitude et ma plus belle aventure, c’est de vivre auprès des dragons. 

Louis se sentit coupable de ne pas avoir pensé à ce que pouvait ressentir son oncle et resserra leur étreinte. 

Deux semaines plus tard, alors que Charlie s’apprêtait à partir pour reprendre le travail et que Fleur appela son fils pour qu’il vienne saluer son parrain, un grand silence leur répondit. Paniqués, les trois adultes se mirent à chercher l’enfant dans toute la maisonnée. 

Bill entra le premier dans la chambre de son fils, et découvrit sur le lit une lettre, à l’écriture maladroite et enfantine. Il la parcourut des yeux. 

« Je pars avec oncle Charlie. Il a dit qu’il se sentait seul et que je pouvais être avec lui dans mes bons jours. Je rentrerai quand je serai insupportable. Vous allez me manquer mais Charlie prendra bien soin de moi ! Bisous, je vous aime. » 

Bill redescendit les marches à la va-vite et ouvrit la malle de son frère. A l’intérieur d’elle, Louis était recroquevillé sur lui-même et dormait profondément, en tenue de voyage. 

– Il a peur de te laisser seul, sourit Bill en tournant la tête vers son cadet. 

– Je crois que j’ai une poussière dans l’œil. 

– Tu chiales mon vieux… 

– Tu crois qu’il pourrait me rendre visite pour les vacances de printemps ? 

Louis avait ouvert un œil et murmura encore un peu ensommeillé : 

– Et si on partait tous les trois ? 

Les deux hommes se mirent à rire. Le père extirpa son fils de la malle, le cœur débordant d’amour. Son fils était donc prêt à quitter son foyer pour que Charlie ne soit pas seul... Il y avait décidément trop de gentillesse en ce tout petit homme …

Gobelins by CacheCoeur

Louis Weasley écoutait patiemment sa sœur Dominique le narguer et arguer pour la énième fois que Serdaigle allait très certainement remporter la coupe des quatre maisons cette année. Victoire ne ferait pas sa rentrée avec eux et Louis peinait à trouver un réel soutien. L’ancienne Gryffondor regardait ses cadets avec amusement, loin de ces préoccupations qui pourtant, l’année précédente, la faisaient trembler lorsque Dominique remettait en question le talent des rouges et or. Fleur et Bill Weasley quant à eux, s’étaient donnés comme consigne de ne jamais se mêler des rivalités de leurs enfants lorsqu’elles concernaient Poudlard. La mère écoutait d’une oreille attentive, regrettant toujours dans le secret de son cœur, qu’aucun de ses enfants ne soit allé à Beauxbâtons. Elle savait qu’elle serait probablement allée à Serdaigle, comme Dominique... Cependant, Bill, en tant qu’ancien Gryffondor, avait du mal à rester parfaitement objectif. 

– Et attends donc encore un ou deux ans que Rosie nous rejoigne ! Vous ne comprendrez même pas votre douleur ! ricana Dominique. 

Son insigne de préfète brillait sur sa poitrine et sa chemise en lin qu’elle avait elle-même confectionnée. Bordée de dentelles, les manches retombaient jusqu’à ses ongles vernis d’un bleu sombre presque noir. 

– Mais Louis va lui aussi entrer dans l’équipe, intervient Bill. Et cette année. Ne compte pas sur une deuxième victoire consécutive, Mini’... ! 

Fleur fusilla du regard son mari, qui se ratatina sur lui-même. 

– Tu comptes passer les sélections, Louis ? s'étonna Victoire. 

Louis se renfrogna légèrement. Son cousin James était dans l’équipe depuis deux ans maintenant, et il était sacrément doué. Il y avait Fred aussi... Il ne se sentait pas vraiment à la hauteur. Il resta silencieux et laissa sa sœur continuer : 

– Sans compter sur le fait que Rose rapporte déjà énormément points à Sedaigle. Allénore et elle rattrapent bien toutes les frasques de ma promo, s’amusa Dominique. Je vous ai raconté la fois où on a failli faire exploser la Tour en faisant des tests sur... 

– Déjà quatre fois au moins, sourit Victoire. Alors, Louis... Tu comptes passer les sélections ? 

– J’ai été recalé l’année dernière, répondit Louis d’une toute petite voix. 

Les mains de ses sœurs se posèrent sur chacune de ses épaules et il ressentit un immense réconfort. 

– Tu ne nous en as jamais parlé …, balbutia l’aînée. Si j’avais su... 

– J’avais un peu honte. J’étais dans la liste des remplaçants. J’ai passé un an à prier pour qu’un de mes camarades se blesse pour que je le remplace. 

– C’est moche ça, fronça les sourcils son père. 

– C’est certain que faire une liste de remplaçants c’est déjà accorder peu de foi à son équipe, nota sa mère. 

– Je parlais des prières pour qu’un camarade se blesse... 

Fleur ouvrit la bouche et écarquilla les yeux en regardant son mari s’esclaffer joyeusement. 

– Retente ta chance cette année ! l'encouragea Dominique. Serdaigle est assez forte pour affronter des joueurs dignes de ce nom ! 

Louis offrit un sourire rayonnant à sa sœur, alors que la famille continuait sa promenade au chemin de Traverse. Les fournitures de cette année lévitaient derrière eux et formaient une tour astronomique qui donnait la migraine à Louis rien qu’en la regardant. Il entrerait en quatrième année dans quelques semaines et avait hâte de retrouver son meilleur-ami Tommy, de reparler avec Janet, David et Molly jusqu’à pas d’heure dans la grande salle. 

– Je suis même prête à parier beaucoup sur le fait que vous pourriez l’emporter face à Serpentard ! 

– Evidemment ! s'exclamèrent Bill, Victoire et Louis d’une même voix. 

– Un an de bonbons, ça te tente ? poursuivit Dominique. 

Louis en salivait d’avance. 

– Chocogrenouilles compris ? 

– Et faucrocs à la cerise en prime, tes préférés ! affirma Dominique en tendant la main à son frère. 

Il n’hésita pas longtemps avant de la serrer sous les yeux amusés de leurs deux parents et de leur sœur. Dominique savait très bien comment motiver son frère et lui redonner du courage. Si son égo avait été blessé lors des sélections de l’année dernière, aujourd’hui, il se sentait confiant. Sous les encouragements de sa famille, il décida que cette année serait la sienne et qu’il volerait aux côtés de Fred et James. 

– Il ne manque plus que les robes pour Dominique ! Celles de l’année son beaucoup trop petites pour toi..., se plaignit sa mère. Tu grandis beaucoup trop chérie. 

– Il me faut aussi un nouveau télescope, lui rappela Dominique. Et Victoire aimerait faire un tour à la boutique d’oncle George. 

La Serdaigle échangea un regard entendu avec son frère. Ils savaient tous les deux que Teddy travaillait dans la boutique de leur oncle tous les samedis pour se faire un peu d’argent de poche... Victoire ne souhaitait pas s’y rendre pour acheter une baguette farceuse, ça, c’était certain ! 

 Louis ricana sous sa cape mais se rattrapa bien vite en croisant les yeux furieux de sa sœur, qui le foudroyaient sur place. Victoire avait visiblement hérité du regard maternel... Les joues légèrement rouges, Victoire s’en alla d’un pas soudainement pressé, rejoindre Teddy qui l’attendait sûrement depuis le début de la matinée. 

– Dominique et moi allons acheter les robes qui lui manquent, indiqua Fleur en désignant une nouvelle boutique de vêtements qui avait été ouverte très récemment. 

– Et un tas d’autres choses aussi... Comme des pulls, des hauts, des jupes, des pantalons... 

– Que tu vas encore transformer et arranger selon tes goûts, j’ai bien compris, chérie, l’embrassa sur la joue sa mère avant de la prendre par le coude. 

Bill observa sa femme et sa fille cadette partir de leur côté, le laissant seul avec son fils, qui souriait déjà, le regard malin, de ceux qu’avaient les enfants lorsqu’ils s’apprêtaient à faire une bêtise. Bill savait anticiper... 

– Non, je ne t’achèterai pas un nouveau balai. 

– Mais papa, je... 

– Il est temps que tu apprennes la valeur de l’argent et que tu ne le gaspilles pas en paris de bonbons avec tes sœurs. 

– C’est qu’un tout petit pari de rien du tout ! 

– Hier, je t’ai surpris en train de refiler tout un paquet de patacitrouilles à Victoire qui a hurlé “je t’avais bien dit que James sortait avec Gina Dawson !” … 

– Ils ne sortent même pas vraiment ensemble en plus. 

– Vraiment ? 

Bill aurait peut-être mieux fait de se renseigner un peu mieux avant d’écrire à sa sœur... 

– Ils se sont embrassés une fois. 

– C’est tout de même un indice assez probant... 

– Alors il suffit d’embrasser quelqu’un pour sortir avec ? 

Le père se gratta le menton, l’air pensif. 

– Parfois, je suppose... 

Son fils haussa un sourcil, sans trop y croire. 

– Enfin pas toujours, réfléchit Bill. Ta mère par exemple, a été bien plus difficile à convaincre et je me souviens avoir... 

Il s’arrêta en plein milieu de sa phrase, alors que Louis lui prêtait une oreille faussement attentive et avait pris sa petite bouille d’ange démoniaque que Bill connaissait par cœur. 

Louis connaissait les points faibles de son père : ses trois enfants, et sa femme. Pour obtenir quelque chose de lui, il suffisait de l’adoucir et de lui faire parler soit des uns, soit de l’autre, ce que Louis était en train de faire, dans l’unique but d’attendrir son père et d’obtenir ce qu’il voulait : un nouveau balai. Une supercherie qui avait toujours plus ou moins fonctionné jusqu’à maintenant... 

– C’est non. 

– J’aurais tenté, se désola Louis sans insister davantage. 

– Allons faire un tour chez Fleury et Bott : je crois qu’un nouvel ouvrage vient de paraître sur les tombeaux égyptiens et … 

– Il nous le faut de toute urgence ? termina Louis à la place de son père. 

– Exactement ! 

– Allons-y alors … 

Ils s’y rendirent en parlant des cours qui allaient bientôt reprendre, des amis de Louis, qu’il avait hâte de revoir, et de la prochaine expédition de Bill, qui partirait bientôt en Polynésie Française... Ce ne fut qu’à quelques pas de la devanture de la librairie, que Bill tâta ses poches et se rendit compte que sa femme et sa fille étaient parties avec l’unique bourse de la famille... 

Ils firent donc un détour par Gringott, où Louis adorait se rendre. Sa mère et son père y travaillaient tous les deux, à des départements différents. Les briseurs de sorts qui passaient par là, saluèrent Bill Weasley, avec respect qui leur retourna chaleureusement la politesse, la tête haute et le torse bombé … Peut-être était-il fier de montrer à son fils comme son travail lui plaisait et comme ce-dernier était apprécié. Louis n’en demandait jamais moins, et ressentait toujours une immense joie, de voir son père ainsi, le regard teinté de cette petite arrogance passagère et bienvenue.    

En revenant de leur coffre familial et les poches désormais pleines de gallions, ils traversèrent le hall, où Louis lut avec toujours la même curiosité, la plaque indiquant que ses oncles Ron et Harry, ainsi que sa tante Hermione, avaient ici même réalisé l’impossible en volant la banque la mieux protégée du monde. La statue du dragon qu’ils avaient libérée semblait presque être en vie, et n’était jamais au même endroit, chaque fois que Louis venait ici... Menaçante et étincelante, de bronze et finement sculptée par les gobelins qui avaient souhaité montrer leur respect à Harry Potter et ses complices, la statue avait des yeux de diamant perçant qui scrutaient chaque visiteur. Sur son dos, on pouvait deviner quatre silhouettes : celles de Harry, Ron et Hermione et une plus petite, celle d’un certain Gripsec... 

– Les gobelins sont doués pour raconter la version de l’histoire qui les arrange le mieux, avait soupiré son père un jour. 

Quand Louis avait cherché à en savoir plus, on lui avait répondu “tu comprendras quand tu seras plus grand”... Avec le temps, il avait compris que les gobelins étaient des créatures extrêmement intelligentes et malignes, pas nécessairement malveillantes, mais arrogantes, fourbes, et dont il fallait se méfier en permanence. Son père avait bien quelques amis parmi les gobelins, mais sa mère, elle, était la personne qui savaient le mieux s’y prendre avec eux. 

Le père et le fils attendaient patiemment leur tour au guichet, afin de remettre la clef du coffre des Weasley-Delacour. Le temps commençait à devenir franchement long, quand des éclats de voix vinrent perturber le silence de la banque : 

– C’est un scandale ! Une honte ! Mais pour qui vous prenez-vous ? 

Une femme, perchée sur ses talons et s’accrochant à un petit sac à main rouge dans lequel il aurait été compliqué de ranger quoique ce soit sans l’aide d’un bon sortilège d’extension, fulminait face à deux gobelins, plantés devant elle. Son accent américain rendait ses mots plus tranchants encore qu’ils ne l’étaient déjà. Imperturbables, les employés de la banque s’approchaient de la femme, qui ne faisait que reculer en leur donnant de grands coups de sac furieux. 

– Ne me touchez pas ! Vous êtes dégoûtants ! J’exige de voir votre supérieur ! 

Bill, le front plissé, resta en arrière et décida de laisser les gobelins s’occuper de cette altercation... S’il intervenait trop tôt, les gobelins en seraient grandement vexés, et cela n’arrangerait en rien la situation. 

Louis avait le même pli soucieux que son père... Ce n’était pas la première fois qu’il était témoin de discriminations. Son père l’emmenait souvent ici, lorsqu’il était petit... 

– Je suis le supérieur, fit sèchement claquer sa langue le plus trapu des gobelins. 

– C’est tout bonnement inacceptable ! 

– Il s’agit là de la procédure pour accéder à votre coffre, Madame. 

– Je refuse de confier ma baguette à une … 

– Nous vous invitons donc à quitter ces lieux sans tarder. 

– J’ai le droit d’accéder à mon coffre tout de même ! Il me revient de droit par héritage que je viens d’acquérir depuis la mort de mon arrière-grande-tante. Vous m’en refusez l’accès ? 

Les gobelins tout autour d’eux, ainsi que les quelques clients présents, s’étaient tus. On entendait quelques plumes gratter les parchemins, mais Louis avait bien remarqué que la tension s’était répandue dans tout le hall. Tout le monde faisait semblant de ne rien voir, rien n’entendre, mais au moindre mot ou geste de trop, les gobelins interviendraient et ça ferait probablement la une des journaux sorciers...   

– C’est du vol ! s'écria la sorcière. C’est du vol ! On en entendra parler, croyez-moi ! 

–  Vous pouvez accéder à votre coffre seulement en apportant la preuve de votre identité via l’examen de votre baguette magique... ! 

– Mais je n’ai rien à prouver à votre espèce ! Aux Etats-Unis, les employés de banque sont des gens de confiance ! Vous devriez vous estimer heureux d’avoir le droit de travailler pour des sorciers … Vous ne méritez pas de tenir une baguette dans vos pattes, même quelques secondes ! Vous n’en avez pas le droit ! Sales créatures... 

Bill serra les poings et hoqueta de stupeur quand la sorcière sortit sa baguette avec véhémence et la pointa sur les gobelins dont les visages venaient de prendre une curieuse teinte. 

– Oh mais fermez-la par Merlin ! 

Bill Weasley se pétrifia en reconnaissant la voix de son fils. Trop concentré sur la scène, il ne l’avait pas vu se frayer un chemin parmi les clients. 

Louis s’était glissé entre la sorcière et les gobelins, faisant barrage entre eux. Nullement impressionné de sentir la baguette s’enfoncer dans sa poitrine, Louis la fixait et la prenait de haut, alors même qu’elle mesurait bien une vingtaine de centimètres de plus que lui. 

– De quoi je me m... 

La sorcière hurla quand Louis lui arracha sa baguette. 

– Vous n’en voulez probablement pas, mais je vais quand même vous donner mon avis : ce sont les gens comme vous, qui ne méritent pas de posséder de baguette magique … 

Il fit un pas de côté lorsqu’elle se jeta sur lui pour reprendre sa baguette. Doublement agacée par son petit sourire en coin et insolent, la sorcière se mit davantage en colère lorsqu'elle s’étala de tout son long.  Louis la regardait de haut, avec tout le mépris dont il était capable. 

– Sale petit con... 

Il se retient de rire. Il avait franchement entendu pire... 

– Il n’y a que vous de sale, ici... Ainsi que vos mots. Et s’il y a bien un vol en train d’être commis en ce moment, ce n’est pas celui de votre coffre, mais celui de notre temps à tous ! termina Louis. 

– Eh vous ! Le balafré ! C’est comme ça que vous élevez votre marmaille ? 

Louis grogna littéralement en entendant le surnom qu’elle avait attribué à son père, si bien que celui-ci se demanda un instant s’il ne fallait pas qu’il intervienne pour empêcher son fils de mordre la dame... Il se contenta simplement de croiser les bras sur sa poitrine : 

– Vous savez comment ils sont, les jeunes de nos jours... Impossibles à tenir en laisse ! 

Louis lança la baguette à un vigile et revint sur ses pas pour rejoindre son père, qui l’attrapa discrètement par la manche et le tira jusqu’à lui sans le lâcher.  

– Ne refais plus jamais ça ! siffla-t-il entre ses dents. 

– Mais papa... 

– Les gobelins sont des créatures fières et orgueilleuses, ce que tu as fait... Ça aurait pu se retourner contre toi ! 

Ça le pouvait toujours d’ailleurs... Les gobelins avaient les yeux rivés sur Louis et chuchotaient en le regard. Il crut déceler des regards amicaux et bienveillants, parmi d’autres, plus condescendants et indifférents. Il se sentit petit, maladroit et nul face à ses yeux ci... Il baissa la tête, mais son père lui attrapa le menton, pour la relever. 

– Surtout pas. 

Ils attendirent leur tour et rendirent la clef. Le gobelin au guichet salua Bill, comme à l’accoutumée, et pour la première fois de sa vie, Louis fut salué à son tour : 

– Bonne journée à vous également, jeune Monsieur Weasley. 

Louis sourit de toutes ses dents et s’inclina légèrement avant de partir. A l’extérieur, son père posa une main sur son épaule : 

– Le vigile n’était pas loin. Tu aurais dû laisser les adultes intervenir et prendre le temps d’observer autour de toi. Ne pas provoquer cette sorcière aurait été mieux... 

– Mais moins drôle. 

Bill mordit l’intérieur de sa joue pour ne pas rire. 

– C’était très courageux Louis... Complétement inconscient et insolent, mais courageux.  

Et dans ses mots débordaient toute la fierté qu’il avait ressenti, une fois la peur passée, de voir son fils agir au lieu de rester passif, et affirmer ainsi toutes les valeurs qu’il avait voulu lui transmettre. Bill n’eut pas besoin de dire à Louis comme il était fier de lui. Le balai qu’il lui offrit le quart d’heure suivant suffit amplement à le lui faire comprendre...

Lavande by CacheCoeur

Louis détestait le 8 mai. Il détestait le fait que l’on vole l’anniversaire de sa sœur aînée pour commémorer les morts. Il détestait qu’on les fasse passer avant les vivants et leur bonheur. Il détestait les yeux baignés de larmes de sa grand-mère, ceux de son oncle Harry, coupables, de son oncle George, dans lequel Louis devinait une souffrance déchirante. Il détestait le visage insondable de Teddy et ses cheveux bruns, qui ne prenaient plus leur habituelle teinte bleu électrique que Victoire aimait tant.

Pour Louis, Poudlard était un lieu magique. Mais quand cette commémoration avait lieu tous les ans, il ressentait presque dans sa chair les échos du champ de bataille que le château avait été. Dans son uniforme de Gryffondor, sagement assis avec les autres sixième année il écoutait d’une seule oreille le discours du Ministre de la magie. Tommy, à ses côtés, avait pris un air solennel et baissé la tête. Son frère Isaak était en train de se chamailler avec Opaline Wallergan, qui tentait de l’ignorer en discutant de loin avec sa cousine Nilam, coincée quatre rangées derrière elle, entre sa cousine Rose et Allénore. Louis échangea un sourire avec la rousse. Allénore pleurait en tentant de camoufler ses reniflements disgracieux. Louis se demandait bien pourquoi elle semblait aussi touchée... Elle était née-moldue et n’avait jamais eu connaissance de cette guerre avant d’entrer à Poudlard. C'était ridicule et ça l’agaça.

Louis continua de fouiller la foule des yeux. Il trouva James et Fred, qui préparaient un mauvais coup, à en juger par l’air fourbe qu’ils avaient en ce moment même. Molly, à sa droite, essayait tant bien que mal de dissimuler un fou rire : Lucy lui faisait des grimaces. Roxane, elle, fût incapable de se retenir et laissa éclater un bruit qui passa sans peine pour un sanglot. Albus avait posé une main sur l’épaule de son meilleur-ami, Scorpius Malfoy. Le teint du Poufsouffle n’était jamais aussi pâle que les 8 mai où Louis l’avait vu... Et enfin, il trouva ses sœurs : Victoire serrant la main de Teddy et Dominique celle de leur mère. Tous les Weasley détestaient ce jour...

Louis avait retenu tous les noms et prénoms des sorciers et sorcières morts en protégeant Poudlard. C’était comme une chanson, un refrain qui revenait tous les ans et qu’il aurait voulu oublier d’une année sur l’autre. A la fin de la cérémonie, Louis avait une migraine atroce d’avoir fermé les yeux trop fort pendant trop longtemps... Il s’éclipsa rapidement pour tenter d’approcher Mina Nott. La Gryffondor lui avait touché la main juste avant la cérémonie. Une caresse, légère comme une plume, et elle lui avait souhaité “bon courage”, comme si elle avait deviné toute la peine que cette commémoration infligeait au cœur de Louis.

Il se fraya un chemin parmi la foule, ignorant ses parents qui l’appelaient au loin. Il traversa le parc et longea le lac, pour revenir au château. Il s’arrêta net, manquant de se cogner contre quelqu’un. Il releva la tête et tomba nez à nez avec Lavande Brown.

– Louis...

– Lavande..., la salua-t-il sur le même ton en haussant un sourcil.

– Tu t’es enfui aussi vite que moi à ce que je vois.

Louis se hissa sur la pointe des pieds, en tentant de voir au-dessus de la tête de son interlocutrice. Mina était déjà loin avec ses copines, mais il était encore possible de la rattraper. Lavande se retourna afin de suivre son regard et gloussa :

– À moins que tu cherches à poursuivre quelqu’un... Tu as des histoires de cœur à me confier petit Lou’ ?

Louis la regarda froidement.

– Ça ne te regarde pas.

Lavande, désarçonnée, recula d’un pas, le visage soudainement triste. Louis n’avait jamais compris pourquoi diable, son père et sa mère avaient désigné Lavande Brown pour être sa marraine. Sa tante Ginny était celle de Victoire et sa tante Gabrielle, celle de Dominique. Lui, avait hérité de Lavande Brown et de ses absences à répétitions. Elle n’était jamais là, avait toujours une excuse pour ne pas venir aux repas d’anniversaire, aux noëls, et autres invitations que son père lançait toujours avec espoir, mais que Lavande continuait d’ignorer.

– Tu es en colère...

– Non, pas vraiment, démentit Louis.

– Si, je le vois bien. C’est à cause de moi ?

– Mais le monde ne tourne pas autour de toi, Lavande...

– Je le sais bien.

Une larme glissa de ses yeux bleus. Louis se sentit immédiatement coupable. Bien sûr qu’il avait un peu de rancœur contre sa marraine... Mais il n’avait jamais voulu la blesser. Surtout en ce jour, qui devait déjà être assez compliqué pour elle...

– Si j’avais été morte, lors de cette bataille, on aurait cité mon nom parmi les victimes. Et on m’aurait reconnue comme telle.  Je suis comme un fantôme. Sauf que je suis bien vivante. Mais on plaint toujours les morts... Pourquoi on oublie si facilement les vivants ? Les gens ne me regardent même plus...

– C’est faux.

Lui, il la regardait. Louis devait reconnaître que Lavande était l’une des plus belles femmes qu’il connaissait. Avec ses yeux bleus, son nez mutin et sa bouche encore pouponne, elle avait également un teint de porcelaine et des cheveux châtains et brillants, dont elle prenait de toute évidence, grand soin.

– Mon père te regarde. Ma mère aussi.

– Ils aiment bien les cicatrices et les visages déchiquetés, dans ta famille, rit-elle légèrement à travers ses larmes.

Louis grogna et serre légèrement les poings :

– Ils aiment les gens bien et ça n’a rien à voir avec ton visage ou tes cicatrices. Ce n’est pas de la pitié. C'est de la bienveillance et de la compassion.

Lavande fronça les sourcils. Il était rare qu’un adolescent de quinze ans défendent ses parents avec autant de panache.

Louis lui, releva un peu plus la tête, comme sa mère avait l'habitude de le faire lorsqu'elle toisait quelqu'un. Il trouvait Lavande bien stupide, d'oser croire que sa Fleur Delacour accorderait son temps et sa gentillesse à une personne qui n'en vaudrait pas la peine, ou sous seul prétexte qu'elle porte des cicatrices. C'était aussi insulter la générosité de son père, son sens de l'entraide et sa gentillesse.

Et Louis avait horreur qu'on insulte ses parents.

– Tu ne les remarques même pas toi...

– Je t’ai toujours connue avec, haussa-t-il les épaules.

– Tu as grandi entouré de cicatrices.

– Et alors ?

Lavande sourit à travers ses larmes. Son filleul était quelqu’un de bien.

– Et alors ce n’est pas ce que tu vois en premier chez les gens.

Louis détailla son visage. Elle avait les mêmes marques de griffures et de morsures que son père. Elles étaient cependant plus prononcées, plus rouges et plus profondes.

– Ton père me disait qu’il fallait que je m’entoure de gens comme toi, qui ne verraient pas mes cicatrices, mais ce que je suis vraiment. Il m’a beaucoup aidé après la guerre.

– Je sais.

– Je ne comprends pas, moi non plus, pourquoi il a voulu que je sois ta marraine. Mais on est quand même liés, petit Lou’ !

– Il n’y a que mes proches qui me surnomment comme ça.

– Pardonne-moi, s’amusa-t-elle.

Louis savait que son père et Lavande avaient été proches pendant un temps. Elle avait même passé quelques mois à la Chaumière aux coquillages avant que sa mère ne tombe enceinte de Victoire. Lavande disait que seul Bill pouvait comprendre ce qui se passait dans sa tête, ce que c’était, de souffrir d’une apparence, de mutilations aussi dégoûtantes qu’un monstre leur avait injustement imposées à tout jamais.

Louis n’avait rencontré Lavande qu’à de rares occasions et elle avait l’avait évité à chaque fois. “Je ne suis pas une grande fan d’enfants” justifiait elle à chaque fois. Aussi, Louis s’était vite désintéressé de cette femme qui ne lui décochait jamais un mot ou un regard. Elle camouflait toujours son visage entre ses mains, honteuse d’imposer une telle vision aux gens. Lavande était une personne coquette, un peu vaniteuse, et pourtant si pétillante et joyeuse quand elle riait. Louis l’avait déjà vue rire à l’une des blagues de son père... Dans ces moments, elle semblait presque oublier sa douleur. Et dès que Louis ou quelqu’un qu’elle ne connaissait pas l’approchait, elle se renfermait sur elle-même.

– Alors ? New-York ? C’est bien là que tu vis depuis 6 mois, non ? demanda Louis, soudainement mal-à-l’aise. C’est bien ?

– C’est vivant. Personne ne me connaît.

– Tes amis ne te manquent pas ?

–Bien sûr. Mais ils ont leurs vies, leurs enfants, leurs foyers... Je ne suis jamais que de passage pour eux...

Lavande n’avait rien de tout ça. Elle s’était enfermée dans une sorte de solitude dans laquelle elle s'était complétement carapaçonnée. Elle avait peur de sortir, peur de montrer son visage aux gens, surtout à ceux qui l’avaient connue avant. Elle vivait comme un fantôme, incapable de se remettre pleinement de la guerre et de ses conséquences. La guérison était lente, surtout pour Lavande. Quand elle avait enfin réussi à réapprendre à vivre, à profiter du soleil, des gens, des petits bonheurs de l’existence, ses amis avaient déjà des enfants, des maisons et elle avait eu l’impression d’être à part, d’être restée sur la ligne de départ, alors qu’eux, étaient déjà sur la ligne d’arrivée, en grands vainqueurs. Quand elle essayait de se rapprocher de Louis Weasley et de sa tête d’ange, elle savait d’avance qu’elle n’avait aucune chance de se faire une place dans sa vie : comment rivaliser avec Charlie Weasley, le parrain de ce même gamin, qui l’idolâtrait sans fin ?

– Peut-être que si tu acceptais les invitations qu’on te lance, tu serais bien plus qu’une personne de passage dans leurs vies. Peut-être même que s’ils continuent de t’envoyer des invitations après tout ce temps, c’est qu’ils tiennent vraiment à toi...

– Je viendrais peut-être à ton prochain anniversaire.

– C’était il y a presque deux mois...

– La boulette…, grimaça Lavande.

– Mais j’apprécie l’intention, rit légèrement Louis. Tu sais, mon père dit souvent que tu es l’une des personnes les plus fortes qu’il connaisse et qu’il n’a jamais envisagé de nommer quelqu’un d’autre en tant que marraine pour moi. Moi je te trouve lâche de fuir les gens comme ça. Peut-être que les sorciers oublient que toutes les victimes de la guerre ne sont pas mortes... Mais c’est aussi de ta faute. Tu restes loin de tout le monde, loin d’eux. Comment pourraient-ils se souvenir de toi, alors que tu passes ton temps à essayer de te faire oublier de tout le monde ? T’as peur de quoi ? Que les gens t’aiment bien, malgré tes cicatrices ?

– Je suis certaine qu’on s’entendrait bien, toi et moi...

– Parce que j’ai grandi entouré de cicatrices ?

– Parce que t’es l’une des rares personnes à se montrer honnête avec moi. Et que tu n’as pas ta langue dans ta poche. J’aime bien ça... Si jamais tu passes vers New-York, n’hésite pas à me faire signe.

Elle se redressa, se faisant plus grande qu’elle ne l’était réellement et se mit à grignoter ses ongles. Elle fixa un point derrière Louis :

– Parvati et Seamus sont là...

A la mention de ce dernier, elle avait rougi.

– Seamus, hein ?

Elle claqua sa langue contre son palais :

– Je t’ai demandé laquelle de ces filles tu poursuivais ? Je devrais la prévenir. Sortir avec un Weasley c’est un désastre total...

Louis éclata de rire, et Lavande le suivit. Machinalement, ils se mirent à marcher tous les deux :

– Tu viens de rendre cette cérémonie plus supportable, Louis.

– Ça me met en colère tous les ans. Je suis désolé si je suis dur avec toi...

– On ne pense pas assez à vous, les enfants … D’autres victimes que l’on ne cite pas.

– Cette cérémonie... C’est si hypocrite et ça m’énerve. Je n’aime pas voir des gens pleurer la mort de personnes qu’ils ne connaissent pas, être peinés pour une guerre qu’ils n’ont pas vécu ou subi comme …

Il se mordit la joue et pensa à Allénore Rameux et ses larmes qui l’avaient agacé.

– Comme “nous” ? suggéra Lavande. Toi aussi, elle t’affecte, cette guerre. Je le sais bien. Comme tu l’as dit, je ne suis pas le centre du monde.

– Pourquoi ces gens pleurent-ils ? Ceux qui n’ont pas du tout connu cette guerre, je veux dire...

– Peut-être qu’ils le font pour les gens comme toi et moi, qui en sont incapables.

– Je pense que c’est indécent et qu’ils ne comprennent pas.

Lavande connaissait ce sentiment. Parvati l’avait longtemps énervée, à pleurer tous les ans... Alors qu’elle n’avait perdu personne, qu’elle se portait bien, qu’elle était indemne et heureuse. Avec le temps, Lavande avait compris que chacun traînait sa peine et celles des autres comme ils le pouvaient. Louis, lui, était si jeune encore...

– On a tous des réactions différentes face à la violence et aux atrocités. Moi, je m’éloigne. Toi, tu te mets en colère. Ton père affronte tout. Ta mère elle, c’est pareil. Mais d’autres prennent le temps de pleurer et d’absorber la tristesse de ceux qui s’éloignent, se mettent en colère ou affrontent tout pour ne pas sombrer... Même s’ils n’ont pas connu cette guerre et qu’elle ne les a affectés d’aucune façon, ça les touche, et c’est comme ça... On ne peut pas l’expliquer. Ça ne signifie pas que leurs sentiments sont faux...

Louis ne comprenait pas. Pour autant, il s’était apaisé en écoutant Lavande.

– Tu restes pour le bal de ce soir ?

Tous les ans, un bal était organisé, un événement caritatif pour les victimes de la guerre encore soignées à Sainte-Mangouste.

– Oh ça non ! rit Lavande. Je n’ai pas de cavalier, et mon travail m’attend.

– Papa aurait été ravi de te voir. Et maman te l’aurait prêté pour une danse.

– Je n’aurais jamais pris le risque de le lui demander. Elle est très possessive...

– Alors, tu pourrais demander à Seamus ?

– Tu commences à m’insupporter, petit Lou...

– Et si moi, je te promets une danse ?

Les yeux de Lavande se mirent à pétiller. Louis ne savait trop pourquoi, mais il avait envie de la retenir encore un peu. Il avait la sensation qu’ils se comprenaient, qu’ils avaient la même amertume.

– Et ta copine ne sera pas jalouse ?

– Mina n’est pas ma copine !

– AH AH ! J'ai son prénom !

Louis grimaça l’air de rien.

– Une danse, rien qu’une seule ! insista-t-il.

– Comment résister ?

Le soir même Louis dansa avec Lavande une bonne partie de la soirée. Ils s’amusèrent, se moquèrent ensemble des personnes qu’ils trouvaient mal habillées, se goinfrèrent de petits fours jusqu’à oublier leurs cœurs lourds et la noirceur de la guerre. Ils firent rire beaucoup de monde... Il était sûrement étonnant de voir deux personnes d’âges si différents s’amuser ensemble et danser n’importe comment.

Lavande ne quitta Louis que pour aller saluer Bill. Louis s’était avancé vers Mina Nott, avant d’apercevoir Allénore Rameaux qui l’avait pris dans ses bras, comme pour absorber en lui les dernières miettes de sentiments négatifs qui imprégnaient son cœur. Surpris par cette étreinte, venant de cette personne si peu tactile, Louis avait été surpris et avait regardé Lavande avec de grands yeux ronds. Puis il avait embrassé la joue de de la Serdaigle, acceptant son étreinte chaleureuse et réconfortante, avant de lui murmurer quelque chose à l’oreille, un sourire aux lèvres et les yeux tendres. Étrangement, Louis se sentit mieux après ça et lui pardonna toutes ses larmes.

Lavande avait levé les yeux au ciel, se demandant si tous les Weasley avait cette tendance à courir après la mauvaise fille, alors qu’ils en aimaient manifestement une autre...

– Ton fils est quelqu’un de bien, murmura Lavande à Bill.

– Il ne t’a pas écrasé les pieds quand il dansait avec toi ?

– Une ou deux fois seulement, admit-elle. Il est gentil. Et je m’en veux d’avoir mis autant de temps à vouloir faire partie de sa vie.

– Il n’est jamais trop tard, Lavande...

– Tu crois ?

– J’en suis certain.

– Il a un cœur en or, ton gamin. Il m’a écoutée. Il m’a bousculée. Il m’a dit beaucoup de vérités. Tu peux être fier de lui... Il a ton courage.

– Peut-être est-ce le tien ? Dans certaines légendes sorcières, les bébés prennent un peu du caractère de leurs parrains et marraines...

– Oh non. Si je lui ai transmis une chose, quand bien même les rares fois où nous nous sommes rencontrés me l’auraient permis, je crois que ce serait plutôt de mon caractère de petite peste teigneuse !

Après tout, Louis n’avait pas hésité à se montrer dur avec elle... Bill esquissa un sourire, qui ne fit que grandir lorsque Seamus Finningan s’approcha de Lavande pour l’inviter à danser. Lavande jeta un coup d’œil à Louis, qui, dans les bras de sa cousine Molly, leva deux pouces en l’air en signe d’encouragement. Il s’apprêtait même à siffler, quand Lavande lui jeta un sort pour lui imposer le silence. Il lui fit un autre signe avec son majeur, qui la fit éclater de rire.

Et si Bill foudroya son fils des yeux pour la forme, son cœur, lui, était rempli de fierté.

 

Courage by CacheCoeur

 

Louis attendait son père à la maison. Il était rentré de Roumanie en catastrophe, dès qu’il avait reçu la Gazette du sorcier. Victoire était en France avec Dominique, et sa mère était probablement encore au travail. Elles n’avaient certainement pas entendu la nouvelle, sinon, elles seraient déjà toutes là, à attendre que Bill Weasley pointe le bout de son nez.

Louis commença à faire les cent pas dans le salon. A 18 ans, il n’habitait plus ici depuis plus d’un an maintenant... Après l’obtention de ses ASPICS, il était parti étudier la magizoologie dans la meilleure école du monde. Si son oncle Charlie habitait l’immeuble d’en face, sa famille lui manquait énormément et dans un jour comme celui-ci, Louis avait tenu à être auprès de son père. 

Il s’installa sur le canapé. Puis bondit, pour se relever. Il alla dans sa chambre. Il descendit les escaliers, les remonta, fouilla dans les chambres de ses sœurs, et revint à son point de départ avant de se faire attraper par le col :

– Comment êtes-vous entré ?

– Par la cheminée ? hasarda Louis, alors que son père pointait sa baguette sur sa tempe.

– Merlin Louis ! Qu’est-ce que tu fais ici ?

Il passa une main dans ses cheveux, et son père l’arrêta, entourant le poignet de son fils de la sienne :

– C’est un piercing que je vois à ton oreille ?

– Si je te dis que le trou c’est fait tout seul et que je me suis réveillé un beau matin avec l’oreille percée tu vas me croire ? grimaça Louis en appréhendant la réaction de son père.

– C’est cool, souffla celui-ci. C’est un crochet de snillusion ?

– Euh... ouais...

– J’espère que tu désinfectes bien ça parce que tu peux perdre ton oreille et crois-moi, c’est pas drô...

– Je l’ai fait il y a deux semaines déjà. Mon oreille ne tombera pas...

– Deux semaines ? Et tu ne préviens même pas ton vieux père ?

– Je ne pensais pas que ça t’intéresserait.

– Tout ce qui te concerne m’intéresse, mon petit Lou’ !

Attendri, Louis serra son père dans ses bras. Il était plus grand que lui désormais, de quelques centimètres seulement, et se pencha légèrement pour inspirer ce parfum qui lui donnait le sentiment d’être à la maison.

Bill, lui, le serra plus fort encore. Il n’était pas dupe, et se doutait bien que si son fils était ici, c’était sûrement pour une bonne raison... Celle que son fils affectionnait le plus dernièrement, était cette jeune fille française, que sa femme adorait et dont Louis était profondément amoureux. Son fils n’était pas bien compliqué à déchiffrer parfois...

– Alors qu’est-ce qui tu viens faire ici ? Je croyais que tu ne devais voir Allénore que la semaine prochaine... C’est pour elle, ce crochet de snillusion ?

– Pas vraiment, c’est plus pour moi.

Peut-être que Louis avait regardé quelques vieilles photos de son père et s’en était inspiré …

– Et aussi pour lui dire que ça fait pas mal. Ça fait des semaines qu’elle me bassine avec cette idée de se faire des piercings mais qu’elle refuse de finalement en faire parce qu’elle flippe d’avoir mal...

– Un petit sort et elle ne sentira rien... Si c’est un piercing à la moldue, elle aura plus mal en se cognant le petit doigt pied dans un coin de meuble !

– Elle veut faire ça à la moldue, justement. Elle n'a pas confiance aux aiguilles en venin de scouchy ! J'ai beau lui répéter qu’il n’y a rien de plus stéril, elle ne me croit pas ...

– Alors ? C’est pour elle que tu m’as fait croire qu’un cambrioleur avait pénétré la maison ?

– À t’écouter on dirait que je suis un fils ingrat, qui ne vient visiter ses parents que pour voir une amie...

– Une amie ?

– Je suis vraiment un fils ingrat pour toi ?

– Ne change pas de sujet...

– Toi, ne change pas de sujet !

– T’es sûr d’avoir vraiment 18 ans, petit Lou’ ? se moqua son père.

– Crois-moi que quand Allénore aura enfin pigé qu’elle me plaît, la Terre entière le saura.

– T’es pas un fils ingrat, s’amusa Bill.

Louis sourit tristement.

– Alors, si tu n’es pas ici pour Allénore, c’est que tu cherches Molly ?

Louis secoua la tête. Sa cousine aussi, était en France, et il ne l’aurait dérangée pour rien au monde, maintenant qu’elle filait le parfait amour avec Camélia.

– Papa...

Le visage de Bill se figea d’inquiétude. L’air grave de Louis l’alerta soudainement. Il examina son fils, qui semblait très bien se porter.

– Que se passe-t-il ?

Mille scénarios se mirent à défiler dans sa tête. Est-ce que ses filles allaient bien ? Et Fleur ? Était-ce Ginny ? George, Ron, Charlie, ou Percy ? Était-ce sa mère, son père ?

– Louis !

Manifestement, son père n’avait pas ouvert le journal du matin... Louis le regarda, embarrassé, en cherchant ses mots.

– Tout le monde va bien, je t’assure, répondit-il.

– Tu as besoin d’aide ? Parle !

– Je vais bien...

Louis se demanda si c’était une bonne idée que ce soit lui qui annonce la nouvelle à son père... Peut-être préfèrerait-il être seul ? En fait, il craignait aussi la colère de son père... Bien sûr qu’il n’en voudrait pas à Louis. Après tout, il n’était pas responsable. Cependant, Louis savait qu’il resterait aux yeux de son père la personne lui ayant annoncé la nouvelle et sa pire crainte...

– Je peux tout entendre... , le rassura Bill.

– Fenrir Greyback est sorti d’Azkaban ce matin.

Les yeux de Bill Weasley se perdirent dans le vide. Son sang sembla quitter son corps et il se retrouva sans force, incapable de tenir droit. Il se raccrocha au bar de la cuisine et écouta le bourdonnement de ses oreilles qui se répercutait jusque dans son crâne. Il entendait à peine la voix de Louis, cherchant à le ramener dans le vrai monde. Il sentait à peine les mains de Louis, posés autour de lui qui lui indiquaient qu’il était en sécurité. Il voyait à peine les yeux de Louis, inquiets et préoccupés qui lui donnaient pourtant un peu de courage.

– Il a été transféré à Sainte-Mangouste. Il est sous étroite surveillance. Les journaux ne disent rien de plus.

Bill Weasley se mit à sourire, comme pour chasser de vieux démons. Il bougea enfin, après quelques minutes d’immobilité totale et partit chercher le whiskey-pur-feu qu’il gardait depuis des années, dans un vieux placard de la cuisine. Il revient vers Louis, avec deux verres. Il les remplit, lui en tendit un, et bu le sien cul-sec avant de s’en resservir un autre.

– Tu ne bois jamais plus de deux verres..., s’alarma Louis.

– Certaines occasions méritent que je fasse une entorse à la règle.

Il vida son deuxième verre, et le serra fort dans son poing. Louis huma l’odeur du sien, avant d’y tremper ses lèvres et de le boire d’une traite à son tour.

– Je suis désolé, papa.

– De quoi ?

– Pour ça...

Bill plongea son regard dans les yeux de son fils, si semblables à ceux de sa femme. Il aurait préféré se coucher dans un monde où Fenrir Greyback serait toujours en prison, loin de sa famille et des gens qu’il aimait. Bill avait mis tant de temps, à réellement se remettre de ses blessures... C’était l’amour de ses proches, de sa femme, de ses enfants, qui l’avait aidé.

– Ce n’est pas normal qu’ils l’aient laissé sortir ! Il est dangereux !

La peur et l’horreur dans la voix de Louis transpercèrent Bill. Il avait sûrement transmi à son fils ses propres angoisses. Louis avait longtemps vu Fenrir Greyback comme un monstre capable de le déchiqueter en pièce, un être inhumain qui avait failli tuer son père, qui guettait sous son lit le meilleur moment pour tout anéantir. Ce monstre était un assassin qui s’amusait à défigurer les visages de ses proies...

– Il est vieux, et probablement dans un sale état s’il a été transféré à Sainte-Mangouste..., commença Bill pour rassurer son fils.

“Tu ne crains rien”, voulut-il ajouter. Mais les mots ne sortirent pas, parce qu’il n’y croyait pas lui-même.

– Tu ne crains rien, papa.

Bill sourit avant de renifler, l’air cynique. Louis consolait son père... Depuis quand, les rôles s’étaient-ils inversés ?

– On va en parler à tante Hermione. La place de ce monstre est en prison ! 

Louis s’évertuait à tenter de rassurer son père, qui devina qu’il était effectivement, rentré à la maison pour son vieux père, et veiller sur lui. Sa poitrine se gonfla d’amour et de tendresse, chassant l’amertume et la frayeur qui creusaient ses entrailles. Les poumons lourds, il posa son verre sur le comptoir.

– Le soir de l’attaque..., commença-t-il.

– Tu n’es pas obligé de m’en parler, le coupa Louis.

Il avait trop souvent vu son père esquiver les questions qu’on lui posait sur cette nuit où il avait perdu la moitié de son visage.

– Est-ce que tu veux écouter cette histoire ? lui demanda Bill.

Il ne l’imposerait pas à son fils. Il attendit que Louis hoche la tête, plus pâle que jamais.

– Le soir de l’attaque, l’ordre du Phénix s’est divisé en deux groupe pour repousser les Mangemorts. Tonks, la mère de Teddy, dirigeait quelques personnes dans la partie ouest du château. C’était une tête brulée, une vraie combattante et elle voulait tant prouver à tout le monde de quoi elle était capable... Remus Lupin, avait été affecté à un autre groupe. Il m’a fait un signe de la tête, une demande informulée, de veiller sur Nymphadora... Quelle connerie, rit-il. Elle était dix fois plus capable que moi, Louis, je te l’assure...

Il tourna légèrement la tête pour apercevoir la bouteille, avant de la détourner.

– J’étais mort de trouille, Louis. J’avais affronté mille sorts et malédictions plus dangereux qu’une bande de Mangemorts débiles et impulsifs... Et pourtant... Ton grand-père était là. Ta mère était là. Mes amis étaient là. Mes frères, ma sœur, Harry, Hermione, Hagrid... Ils étaient tous là, en danger, en train de se battre. Je n’ai pas su me concentrer. J’ai été mauvais, et j’ai mis en péril les vies des aurors qui étaient avec moi, dont celle de Tonks. Je l’ai entendu hurler de me bouger et j’ai vu Greyback, à quelques mètres d’elle. J’ai cru qu’il venait l’attaquer. Je me suis avancé vers elle, pour l’aider. Mais c’était vers moi qu’il chargeait et lorsqu’il m’a déchiré le visage en deux...

Il avala la boule dans sa gorge pour poursuivre, malgré sa voix et son corps tremblant.

– Je suis resté conscient très longtemps. Je crois que je me suis évanoui seulement lorsqu’il est parti... Je ne voulais pas lui donner l’honneur de me voir partir, de savoir qu’il avait probablement eu ce qu’il voulait. J’ai fixé ses yeux tout du long. Il voulait me tuer, Louis. Et je me suis dit qu’il avait bien fait de me choisir moi … Je me suis dit que ta mère retrouverait vite l’amour, qu’elle était assez forte pour surmonter ça. Je me suis dit que mes frères et ma sœur aideraient mes parents, qu’ils ne seraient pas seuls. Je me suis dit que Tonks avait le temps de se mettre à l’abri et que tout irait bien pour elle. Je me suis dit qu’il valait mieux que ce soit moi, plutôt que n’importe qui d’autre. Je n’ai pas eu peur de mourir, car c’était moi, plutôt qu’eux.

Il était compliqué d’admettre à son fils qui l’avait toujours vu comme un héros qu’il avait été lâche et résigné.

– Quand je me suis réveillé, j’en ai presque voulu à la Terre entière... J’ai été incapable de me regarder dans le miroir. Je voyais dans mes propres yeux, ces deux yeux rouges et cruels, dans lesquels je n’ai pas trouvé une once d’humanité. Mon visage était marqué par cette mort que j’avais presque souhaité et qui me rappelait comme j’avais été lâche cette nuit-là... J’avais peur de devenir le même monstre que lui.

– Les loups-garous ne sont pas des monstres, intervint machinalement Louis d’une voix fantomatique.

Bill sourit pour de vrai cette fois-ci. La douceur de son fils le caressa au milieu de toute la violence de ses souvenirs. Il n’avait jamais parlé de ça à personne. Pas même à Charlie ou à Fleur. Bill savait qu’il n’aurait d’ailleurs plus jamais la force de confier ça à qui que ce soit...

– J’ai appris à supporter cette apparence grâce à ta mère. Je n’ai jamais douté de son amour et j’ai toujours su qu’elle resterait près de moi. Au moins, ce carnage aura fait comprendre ça à ta grand-mère. Puis, il y a eu Teddy, qui a vu en moi un peu de son père. Il y avait une telle admiration dans ses yeux... Ensuite est venue Victoire, sa fragilité, et tout l’amour. C’était un petit bout de ta mère, mais aussi un petit bout de moi : me détester, aurait signifier détester la moitié de ce qu’elle était et de ce qu’elle avait hérité de moi. J’ai réappris à m’aimer, à me pardonner pour elle. Dominique m’a bousculé, elle n’avait pas peur de me poser des questions, de tirer la langue à tous les gens qui me regardaient avec insistance dans la rue... Et enfin, est arrivé un petit garçon, qui a lui seul, mélangeait tout ça et me contemplait toujours avec une bienveillance incroyable, qui n’en a jamais eu peur de mes cicatrices. Au point même de vouloir les mêmes et d’enlever les chaussettes que ses parents avaient mises sur ses mains pour qu’il n’ait pas de cicatrices au visage..., s’esclaffa-t-il les larmes aux yeux. Mon petit garçon...

Louis, lui, pleurait pour de vrai et ne s’en cachait pas.

– Fenrir Greyback ne me fera plus jamais de mal, Louis, sauf si je lui en laisse le pouvoir. Et je ne veux pas que toi, tu lui en accordes. Ne le laisse pas te changer. S’il est malade, s’il a besoin de soin, c’est normal qu’on le sorte d’Azkhaban.

– Pourquoi devrait-on traiter avec humanité un monstre incapable d’en avoir ? C’est injuste...

– On le fait pour se rassurer et se dire que nous ne sommes pas comme eux.

– Tu n’es pas comme lui.

– Je le sais.

Louis avait tellement de haine dans le cœur de savoir cet homme en-dehors de la prison dans laquelle il méritait de mourir... Mais son père était si calme, si digne et apaisé. Il aurait souhaité faire preuve de la même bienveillance, de la même grandeur d’esprit. Mais il ne le pouvait pas. Louis essuya ses yeux avec rage :

– Je devrais prendre des nouvelles de Lavande aussi...

Mais il n’avait pas le cœur de laisser son père seul, qui le comprit rapidement. Bill décroisa les bras, et ferma les yeux : son fils avait tout plaqué pour s’assurer que les gens qu’il aimait se portent bien...

– Tu es venu pour moi...

– Évidemment, sourit Louis à travers ses yeux humides.

– Bien, murmura-t-il. C'est bien.

Il avait besoin d’être en famille, de se sentir en sécurité, et Louis lui apportait tout ça. Son cadet s’approcha de lui pour le serrer dans ses bras :

– Je suis fier de toi, tu sais ?

Il admirait son père, sa générosité mais aussi sa sagesse et sa force. Louis souhaita être un jour quelqu’un de bien comme l’était son père.

Bill essuya ses yeux à son tour, un peu humide.

– C’est moi qui suis fier de toi, petit Lou...

Fleur, Victoire et Dominique arrivèrent quelques minutes après seulement et trouvèrent les deux hommes se berçant presque l’un l'autre, dans leur bulle, un havre de paix qu’ils s’étaient construit dans leur étreinte. Ce soir-là, les Weasley-Delacour restèrent en famille. Ils rirent beaucoup et leurs éclats chassa tout ce qu’il y aurait pu avoir de mauvais autour d’eux. Ils affrontèrent la nuit tous ensemble sans pleurer, sans colère, sans amertume. Il y eut juste énormément d’amour. Louis sut ce jour-là, ce qu’était le courage à l’état pur.


End Notes:

Et voilà, c'est la fin de ce petit recueil ! Pour celles qui lisent Mistinguette en ce moment, j'espère que ce Louis plus lumineux vous a fait du bien et vous rappelle comme il est mimi. Bon, il est toujours mimi, mais les événements de Mistinguette l'obligent un peu à être plus "dark" haha. 

Pour celles qui découvrent mon Louis à l'occasion de ce recueil, je vous rappelle que vous pouvez suivre toutes ses aventures dans Fabriquer des premières fois, Bourlingueur et enfin, Mistinguette qui sont sur mon profil. 

 

Des bisous ❤

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