Les desseins de miss Griffith by Padfooot
Summary:
Photos : Francesca - La chronique des Bridgerton, de Julia Quinn (© France Loisirs)


Londres, 1864.

Née riche, privilégiée et promise à l’héritier d’une des plus grandes familles sorcières, l’avenir d’Addison Griffith semblait tout tracé. Mais tout ne s’est pas passé comme prévu et devenir la future Lady Black ne semble plus qu’un rêve lointain.

Aujourd’hui, Addison n’a plus le choix : trouver un emploi ou trouver un mari.

Addison pourra-t-elle répondre aux exigences inconsidérées de ses parents concernant son futur époux ? Ou sera-t-elle obligée d’accepter un poste au Département des Transports Magiques, elle qui frémit rien qu’au mot « Portoloin » ?



Ecrit dans le cadre du concours de Chrisjedusor et Maplumeapapote.

Categories: Biographies, Romance (Het), Réponse aux défis Characters: Famille Black, Personnage original (OC)
Genres: Autres genres, Famille, Romance/Amour
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Le Savant fou : Effraction au ministère ( Concours), L'héritage des Griffith
Chapters: 3 Completed: Oui Word count: 16888 Read: 516 Published: 18/02/2022 Updated: 06/05/2022
Chapitre 3 - Envol by Padfooot
Author's Notes:
Après "complaisance" et "ébauche", voici le troisième et dernier chapitre intitulé : Envol

Dans le cadre du concours, j'ai pris le niveau "hardcore" pour ce dernier chapitre, j'avais donc 7 contraintes à respecter (dont une créée spécialement pour Addison), numérotées dans le texte.
Le détail est mis en notes de fin de page pour éviter les spoiler.

Je précise pour rappel : le Magicobus anglais s'appelle le "Knight Bus", j'ai conservé ce nom dans mon texte pour rappeler le côté chevaleresque que JKR a donné à ce bus dans la version originale.

Je vous souhaite une bonne lecture ! :D

Addison caressait pensivement le pelage noir et luisant de l’animal alors que ses neurones s’agitaient incessamment sur le même sujet, sans résultat. L’idée d’utiliser la technologie du Portoloin s’avérait bien plus complexe que prévu et, après de longues semaines infructueuses, Addison commençait à douter de sa capacité à venir à bout de son projet.

Alors que ses réflexions se heurtaient sans cesse aux mêmes difficultés, la voix douce et familière d’Edgar la ramena à la réalité.

— Addison ? Ça ne va pas ?

— Si, très bien, mentit Addison qui ne pouvait se permettre de raconter le détail de ses pensées à son ami moldu.

Addison se surprit en entendant sa voix, légèrement plus rauque que d’habitude, et en ressentant un raclement désagréable dans sa gorge.

— Tu es sûre ? On… on dirait que tu as pleuré.

Addison fit un léger sourire rassurant. Non, elle n’avait pas pleuré. Et pourtant, maintenant qu’elle y pensait, elle ressentait quelques picotements dans les yeux. Sans réfléchir, elle les frotta du bout des doigts, inconsciente d’empirer la situation. Quelques instants après, la sécheresse dans sa gorge et les picotements avaient atteint une intensité plus que gênante.

— Addy, tu devrais rentrer… lui conseilla Edgar d’un ton préoccupé. On dirait que tu ne supportes pas d’être ici.

— Mais c’est insensé, je suis venue ici des centaines de fois, fit Addison d’une voix enrouée.

— Et bien, c’était une fois de trop. Allez, viens.

Edgar prit Addison par le bras et l’éloigna des écuries pour la confier aux soins de sa mère, Adenora.

Quelques minutes plus tard, les yeux enflés et rouges d’Addison ne portaient déjà, grâce aux talents de Lady Griffith, presque plus les marques de cette crise inattendue. Mais Addison broyait du noir. Cette allergie aux poils d’animaux représentait encore un obstacle de plus. Et à ce sujet, sa mère avait été claire : il n’était pas question qu’Addison retourne au contact des chevaux tant que des sortilèges de désensibilisation répétés ne lui permettraient pas de fréquenter les écuries sans risques. [5]

Afin de détourner les pensées mélancoliques de sa fille, Adenora l’avait impliquée dans la préparation d’un plat de lasagnes. [4] Malgré son rang, Lady Griffith s’était toujours plu à cuisiner elle-même. Lord Griffith les rejoignit peu après avec un gros carton dans les bras qu’il déposa au sol et, un éclair jaune plus tard, le carton tripla de volume.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Addison tout en déposant une dernière couche de bolognaise dans le plat.

— J’avais entreposé quelques affaires chez ton oncle avant de déménager. Mais vu que notre présence ici ne semble pas déranger, j’ai pensé qu’il était temps d’aller récupérer le reste de nos affaires.

Addison s’avança avec curiosité pour regarder les différentes babioles que son père venait de ramener. Elle caressa du regard une vieille photo de famille, sourit en reconnaissant une collection de grimoires sur la Théorie de la Métamorphose que son père chérissait particulièrement et eut un instant de mélancolie face au vase ébréché que Dorothea avait tenté de réparer après qu’Addison et Sirius l’aient fait tomber en jouant avec un peu trop d’entrain.

Essayant de ne pas s’apitoyer sur le manque créé par l’absence de sa soeur depuis son mariage avec Evrard Rosier, Addison continua son exploration pendant qu’Adenora apportait la dernière touche à leur plat.

Un ensemble de petites boites finement ouvragées attira l’attention d’Addison, mais, lorsqu’elle en ouvrit une pour voir ce qu’elle contenait, Addison la lâcha de stupeur. Elle se brisa sur le sol tandis qu’une créature se déployait devant elle, remplissant en quelques instants presque la totalité de l’espace de la cuisine. Addison observa avec un mélange de ravissement et d’effroi les écailles aux magnifiques reflets irisés, les gigantesques ailes partiellement déployées et l’oeil intelligent de la créature mi-dragon mi-oiseau qui parcourait les lieux avec intérêt. [2]

— Addy, passe-moi le plat de lasagnes !

Addison, trop abasourdie pour réfléchir, s’exécuta sous l’oeil attentif de l’Occamy dont les plumes frémirent en apercevant la nourriture. Les doigts de Dorian Griffith s’étaient crispés au fond de sa poche au moment même où la créature avait pointé le bout de son bec. Il était prêt. D’un sortilège d’attraction, il fit venir à lui une grande casserole et y jeta le contenu du plat. L’Occamy avide suivit immédiatement, rétractant ses grandes ailes et se tassant avec rapidité pour rentrer dans ce nouveau contenant alors que Dorian se dépêchait de recouvrir la casserole avec un couvercle et de le sceller d’un simple sortilège.

Dorian éclata d’un rire franc.

— Ah, cela faisait longtemps que je n’avais pas eu droit à un peu d’action ! fit-il avec un grand sourire tout en faisant un ample mouvement du poignet pour réparer les quelques dégâts causés par l’Occamy.

Addison souriait avec émerveillement. Pour elle, qui avait toujours rêvé d’aventures et de voyages, la présence de cette magnifique créature était un évènement extraordinaire. Adenora semblait être la seule à ne pas avoir apprécié l’apparition de l’Occamy et regardait avec déplaisir le plat vide que son mari tenait toujours.

— Père, que faisait cet Occamy dans cette boîte ?

— Cette boîte contenait des insectes pour la préparation de potions. Je ne sais pas comment cet Occamy s’est retrouvé chez ton oncle, mais il a dû flairer ce petit festin et changer d’habitat pour engloutir ma réserve. Je n’étais pas sûr qu’il soit aussi friand de viande cuite, mais il semblerait que votre bolognaise lui ait plu, dit Dorian avec amusement.

Adenora émit un grognement mécontent et se lança dans la préparation d’une soupe pendant qu’Addison aidait son père à ranger le reste du carton. Pendant le repas, plus frugal que prévu, la conversation s’orienta sur le projet d’Addison.

— Addy, je suis désolé, mais, même si tu arrives à le faire fonctionner, tu n’arriveras jamais à convaincre le Magenmagot. Et ton invention n’a aucun avenir s’ils ne l’approuvent pas.

— Elle aura au moins l’appui de mon frère, intervint Adenora.

— Quelque soit l’influence de Lord Gamp, elle ne sera pas suffisante pour aider Addison, la contredit Dorian. Pas sur ce sujet.

— Le ministre pourrait peut-être aussi se ranger du côté d’Addy. C’est un bon ami d’Hector.

Addison baissa les yeux, essayant de ne pas trahir la moindre émotion à l’évocation du ministre. Leur dernière conversation était toujours aussi présente dans son esprit et les quelques regards qu’ils avaient échangés depuis sans pouvoir se parler n’avaient pas aidé à taire cet émoi grandissant qui s’emparait d’elle à chaque fois que ses pensées se tournaient vers lui.

— McPhail dirige le ministère, pas le Magenmagot. Il n’a pas assez de poids pour convaincre toute une assemblée d’entêtés. L’origine moldue du bus n’est pas à l’avantage d’Addison et sa réputation et son sexe n’aident pas. Alors, à moins qu’un extrémiste du mouvement anti-moldus ne valide l’idée lui-même, personne n’en reconnaîtra les bienfaits !

— Dommage qu’on ne puisse plus compter sur Phineas… soupira Adenora en jetant une oeillade de reproche à sa fille.

Addison détourna le regard mais ne releva pas. Sa mère aurait besoin d’encore un peu de temps avant d’accepter l’idée que sa fille n’épouserait pas un héritier des Black, d’autant que le souvenir amer de leur dernier dîner ensemble ne s’effacerait pas facilement.

— Phineas n’est qu’un enfant, mais il aurait pu être utile, c’est vrai. D’autant que Lord Burke, Lord Rosier, Lord Croupton, Lord Selwyn et Lord Travers ne se laisseront pas plus convaincre.

— Mais Lord Rosier fait partie de la famille maintenant, fit remarquer Lady Griffith. Peut-être que…

— Famille qui ne nous laisse même plus avoir de contacts avec notre fille ! coupa Lord Griffith avec hargne. Non, ce n’est pas ce lien qui nous fera gagner l’approbation de Rosier.

Adenora soupira, à court d’idées, tandis qu’Addison se taisait, dépitée. A défaut d’une solution, les pensées d’Addison dérivèrent vers l’Occamy qui avait ranimé ses rêves d’évasion. Et le lendemain, Addison déposa au Département de la Régulation des Créatures Magiques une casserole à l’odeur de sauce tomate qui intrigua beaucoup les employés, avides de contempler cette splendide créature du Moyen-Orient. Addison n’attendit pas de savoir s’ils allaient se laisser tenter et prit la direction du Département des Transports Magiques pour reprendre ses dossiers en cours.

Au cours de la journée, Camminus Ford vint s’enquérir de son avancée et lui demanda de déposer une copie du dernier rapport sur les récents accidents répertoriés et de la faire parvenir à l’assistante du ministre dans les meilleurs délais.

Son homologue étant momentanément absente, Addison s’approcha pour déposer le document sur le bureau, mais sursauta en entendant une voix grave aux accents écossais la saluer.

Dugald McPhail s’avança vers elle et tendit le bras pour récupérer le document en question.

— Ah ! dit-il en voyant le titre sur le parchemin. Parfait. Vous en connaissez le contenu ?

Addison acquiesça avec un air entendu.

— Alors vous m’en ferez un résumé. Je n’ai pas le temps de tout lire et je dois être reparti dans moins d’une demi-heure. Entrez, fit Dugald McPhail avec un sourire tout en l'invitant d’un geste à le précéder dans la pièce.

Addison n’était encore jamais rentrée dans le bureau ministériel et ses yeux parcoururent les lieux avec curiosité : les tableaux des prédécesseurs de McPhail ornaient les murs recouverts de boiseries à la teinte chaleureuse, un magnifique bureau en poirier noirci au plateau à double moulure constituait l’élément principal de la pièce, un petit salon aux allures à la fois somptueuses et confortables occupait une majorité de l’espace restant et des étagères vitrées agrémentées de nombreux ornements et de poignées d’ivoire habillaient le mur de gauche.

Dugald l’observait avec un certain amusement. Il l’invita à s’asseoir devant son bureau et Addison s’exécuta avant de lui faire un résumé aussi rapide et exhaustif que possible.

Dugald l’avait écoutée attentivement, se frottant parfois le menton d’un air songeur. Les accidents récurrents induits par les transports semblaient lui causer un certain embarras. Addison ne doutait pas qu’il aurait pu être favorable à la mise en place du Knight Bus, mais elle grimaça en se rappelant que ce projet était maintenant caduque.

Addison se releva, prête à prendre congé, mais sa légère grimace n’avait pas dû passer inaperçue car Dugald l’arrêta d’un geste.

— Vous vouliez me dire autre chose ?

Addison le dévisagea et ouvrit la bouche avec hésitation.

— Non, ce n’est rien. Je ne veux pas abuser de votre temps.

Dugald se leva à son tour, passa devant elle et alla fermer la porte qu’il avait jusqu’alors laissé ouverte. Il se plaça face à Addison et l’invita à s’exprimer. Elle se lança alors dans ses explications, non sans un certain malaise. Elle avait déjà discuté du principe et des avantages du Knight Bus devant le Magenmagot et ne voulait pas retarder le ministre en lui redisant ce qu’il savait déjà. Elle se contenta donc de lui exposer qu’elle avait tout de même creusé l’idée qu’elle estimait valable et décrivit l’avancée de ses expérimentations.

Quelques coups sur la porte la coupa dans son récit et, sur invitation du ministre, son assistante entrouvrit la porte.

— Monsieur, le ministre, votre réunion commence dans cinq minutes.

— Bien, prévenez-les que je serai légèrement en retard.

Addison écarquilla les yeux, fixant avec étonnement le visage plaisant de son interlocuteur. A peine la porte fermée, elle se dépêcha de clore ses explications.

Lorsqu’elle eut terminé, Dugald lui adressa un sourire en coin.

— J’avais bien dit que vous aviez une idée derrière la tête.

Addison rosit devant ce rappel de leur dernière conversation et le sourire du ministre s’étira pleinement.

— Mais je n’ai aucune chance de faire accepter cette idée, fit remarquer Addison.

Dugald fit une légère grimace de dépit, confirmant les derniers mots d’Addison.

— Qu’attendez-vous de moi ?

— Que vous revendiquiez la paternité de cette idée.

Ce fut au tour de Dugald d’écarquiller les yeux. Il fit quelques pas en se frottant le menton avec force puis planta son regard dans celui d’Addison en secouant doucement la tête.

— Cette idée est bonne, miss Griffith ! Je refuse de vous en déposséder. Soyez patiente et battez-vous ! Ce projet est vôtre, il finira par porter ses fruits et vous pourrez alors montrer au monde que vous valez plus que ce que les derniers ragots laissent entrevoir.

— Je n’ai pas de temps à perdre à essayer de convaincre des personnes entêtées, répliqua Addison. Je pourrais me battre pendant des années, je pourrais attendre que Ford prenne sa retraite et espérer un successeur qui me soutienne, je pourrais perfectionner mon invention autant que possible, cela ne changerait rien. Je resterai toujours une femme qui prône des idées moldues alors que sa famille est en disgrâce pour les avoir fréquenté !

La fin du discours enflammé d’Addison laissa place au silence et Dugald la dévisagea avec intensité. Il s’était rapproché inconsciemment d’elle, victime du magnétisme qui le liait à la jeune femme depuis leur première rencontre.

— Vous faites preuve de beaucoup d’ardeur, commenta finalement le ministre pour reprendre un peu de contenance alors qu’il se reculait.

— Je vous choque ? demanda Addison d’un ton de défi.

— Vous m’impressionnez, corrigea Dugald.

Le silence se fit de nouveau quelques instants pendant que Dugald faisait les cent pas.

— Je vous aiderai si je le peux.

Un sourire illumina alors le visage enfiévré d’Addison.

— Je dois y aller, dit-il en regardant sa montre. Je vous tiendrai informée pour venir voir votre invention.

Leurs regards se croisèrent une dernière fois et le ministre s’éloigna, laissant Addison en proie à ses émotions. En entrant ici, elle n’avait pas le moins du monde prévu de parler du bus et voilà qu’elle avait offert son projet dans l’espoir qu’il voit le jour…

La missive du ministre lui proposant un créneau de visite arriva quelques jours plus tard alors qu’elle passait un moment avec son amie Mary. La lettre était courte et très civile, mais Mary la lui arracha des mains comme s’il s’agissait du dernier ragot à la mode.

— Ainsi, tu as vraiment réussi à obtenir le soutien de notre cher ministre ! Bravo, la railla Mary, amusée.

— Notre cher ministre ? N’exagère pas, Mary ! dit Addison avec fermeté.

— Oh pardon, devrais-je dire ton cher ministre ?

Addison lui donna une légère tape sur l’épaule et lui lança un regard sévère qui ne diminua aucunement le sourire espiègle qui animait le visage de son amie.

— Ta mère sera ravie…

Addison soupira, mais force fut de constater que la nouvelle fit effectivement le ravissement de sa mère. Et lorsque le jour de la visite arriva, Adenora était dans tous ses états.

Addison traversa les écuries avec Dugald McPhail pour lui présenter le fiacre. Elle montra le détail de ses recherches et expliqua son problème concernant l’utilisation de la méthode du Portoloin. Même si cette technologie lui permettait de faire voyager plusieurs personnes et leurs bagages, la difficulté résidait dans la puissance magique nécessaire pour pouvoir faire des bonds successifs avec une aussi lourde charge.

— Si j’arrive à convaincre le Magenmagot, nous pourrons demander aux employés de votre département de travailler la question. Je suis sûr qu’ils trouveront une solution, lui assura Dugald.

Une fois la présentation terminée, ils reprirent le chemin de la maison que les Griffith occupaient et qui se trouvait tout au bout de l’hippodrome, Dugald offrit à Addison son bras pour l’accompagner et elle accepta avec plaisir.

— Alors, Doug, que penses-tu de la nouvelle lubie d’Addy ?

Addison sursauta en entendant la voix de son cousin. Evidemment, il fallait que sa mère, trop excitée à l’idée de recevoir le ministre, en ait parlé à Hector ! Addison fronça les sourcils. Son cousin ne pouvait-il pas faire un effort pour éviter de la mettre dans l’embarras à chaque fois qu’ils se retrouvaient tous deux en présence du ministre ?

Gênée, Addison tenta d’ôter son bras de l’étreinte de Dugald, mais celui-ci la retint délicatement. Elle leva le regard sur lui, craignant d’y voir le reflet de son malaise, mais son air rieur prouvait, au contraire, qu’il appréciait les commentaires déplacés d’Hector.

— Je la trouve prometteuse. Serais-tu jaloux du succès de ta cousine, Hec ? le railla Dugald avec amusement.

— Au contraire, dit Hector en riant et en venant se placer de l’autre côté d’Addison pour passer son bras par dessus son épaule. J’en suis très fière.

Addison rosit et croisa le regard de Dugald. Ses yeux verts l’observaient avec adoration et les joues d’Addison prirent une teinte un peu plus soutenue. Hector lâcha un grognement moqueur qui lui valut un puissant coup de coude de la part de sa cousine. Hector la relâcha immédiatement et les deux hommes éclatèrent de rire. Addison essaya de se retenir par convenance, mais finit par sourire à son tour.

Dugald McPhail fut invité à boire un verre et Lord Griffith profita de sa présence pour discuter de politique. Lady Griffith, enchantée de l’ambiance agréable, essaya de prolonger l’invitation jusqu’au dîner, mais Dugald refusa poliment. Peu après, les deux jeunes hommes étaient prêts à prendre congé. Dugald s’inclina respectueusement puis quitta la pièce non sans un sourire pour Addison. Adenora brûlait de poser des questions à sa fille, mais Dorian l’arrêta du regard et Addison en fut soulagée. Elle n’était pas prête à partager la rêverie dans laquelle l’avait laissé le regard enflammé que lui avait jeté Dugald en revenant des écuries.

Un long mois après, le Magenmagot se réunissait de nouveau et Addison se demandait si Dugald avait réfléchi à un moyen d’aborder le sujet du bus. La réunion se prolongeait depuis déjà un certain temps, mais rien dans l’attitude du ministre ne laissait entendre qu’il allait en discuter ce jour.

Addison se désintéressa donc petit à petit et écouta d’une oreille distraite l’explication de McPhail sur un projet de loi récemment mis en place par le gouvernement moldu.

— Qu’en pensez-vous, Lord Gamp, vous qui, par l’expérience, êtes bon juge en matière de politique ?

— Il me semble évident que cet homme est un politicien habile et que son approche portera ses fruits.

Le ministre hocha la tête d’un air songeur.

— Alors peut-être devrais-je demander à monsieur Lawrence de creuser ce sujet… dit McPhail en se frottant le menton. Ah mais mon cher Lord Gamp, nous sommes tous deux en politique depuis trop longtemps et je ne serais pas contre un regard plus frais et novateur. Lord Black, je vous en prie, donnez-nous votre avis sur la question !

Phineas bomba le torse, fier de se voir demander son concours. L’orgueil perçait dans son regard sombre et Phineas en était tant aveuglé qu’il n’avait même pas remarqué l’incohérence du propos, le ministre étant lui-même trop jeune pour pouvoir utiliser cette excuse.

— Ma foi, Monsieur le ministre. Cette idée n’en sera que meilleure si nous l’exploitons. Si un simple Moldu peut en tirer quelque effet bénéfique, il me semble évident que tout sorcier pourrait pousser l’idée plus loin et avoir d’excellents résultats. D’autant plus pour un sorcier aussi qualifié que monsieur Lawrence.

— Lord Black, je suis impressionné par votre raisonnement. Ainsi, vous êtes d’avis qu’un sorcier compétent serait capable de tirer d’une idée moldue un réel bénéfice pour notre société ?

Addison se redressa vivement, soudain particulièrement attentive. Phineas acquiesça avidement, trop flatté par le ton du ministre pour réellement réfléchir au sens de ses paroles.

— Bien, bien. Ainsi, l’affaire est décidée. Monsieur Lawrence, je vous remettrai le rapport détaillé et vous nous tiendrez informé de ce qui peut être fait. Maintenant, messieurs, dit Dugald en parcourant rapidement des yeux le parchemin qu’il avait sous le nez, poursuivons l’ordre du jour. Ah ! Justement Lord Black, vous m’avez offert là une transition parfaite.

Phineas continuait à sourire, bien qu’un léger froncement de sourcils indiquait qu’il se demandait bien de quoi parlait McPhail.

— Mais avant cela… Lord Burke, j’ai cru comprendre que vous aviez eu un petit désagrément. Votre père s’est-il bien remis de son accident de cheminées ?

— Oh, il n’a pas eu d’accident, le détrompa le lord en question, dont la barbe grise attestait d’un âge assez avancé.

— J’aurais été mal informé alors, je pensais que c’était là la raison de votre léger retard à notre dernière assemblée.

— Non, monsieur. Simplement, mon père se fait bien vieux et je préfère m’assurer qu’il arrive bien à destination lorsqu’il utilise le réseau de cheminées. Le timing de ce déplacement était malheureux, mais rien de plus.

— Vous m’en voyez rassuré. Et ne vous inquiétez pas, personne ici ne vous a tenu rigueur de ce retard. D’ailleurs, je crois que nous pouvons tous comprendre. Lord Travers, vous faites vous-même face à quelques complications quant aux transports je crois, non ?

— Effectivement, Monsieur le ministre, répondit un homme brun au teint basané et au long nez fin. Avec cinq enfants, il n’est pas simple pour ma femme de déplacer tout ce beau monde et je dois souvent l’accompagner.

— Cinq enfants !? Il y a de quoi vous envier une si grande famille. Que sont les contraintes des transports à côté d’un tel bonheur ? fit le ministre avec un sourire.

Lord Travers afficha un rictus amusé, que d’autres personnes de l’assemblée reprirent également.

— A propos, Lord Rosier, je crois que votre héritier est en passe de devenir père à son tour, n’est-ce pas ?

Addison, qui observait avec attention le ministre manipuler doucement ces anti-moldus avérés, se crispa soudainement en apprenant que sa soeur était enceinte.

— Oui, nous espérons un jeune garçon, dit Lord Rosier, ravi d’avoir l’occasion d’annoncer la nouvelle à tout le Magengamot.

La nouvelle eut un certain succès et, après de chaleureuses félicitations, de franches poignées de main et même quelques embrassades, le ministre reprit la parole.

— Nous aimerions probablement tous continuer à discuter de ces agréables sujets que sont la famille, mais, hélas, l’heure tourne et je n’ai toujours pas abordé ce dernier sujet.

Les différents membres du Magenmagot reprirent place tranquillement et McPhail reprit la parole.

— Le dernier point à l’ordre du jour est un sujet que nous avons déjà abordé il y a quelques mois de cela. J’y ai repensé à de nombreuses reprises et je pense que ce serait une bonne chose de créer un service de transport au sein de Londres et de sa banlieue.

Un léger brouhaha commença à s’élever. Certains semblaient déjà avoir compris de quoi parlait McPhail ; le sujet du bus ayant fait pas mal de bruit la dernière fois, il n’était pas compliqué d'établir le rapprochement.

Addison déglutit, mal à l’aise. L’approche lente et calculée du ministre aurait pu porter ses fruits, mais cette réaction excessive du Magenmagot ne présageait rien de bon. Addison porta son attention sur Dugald, mais, à son grand étonnement, il n’avait pas l’air le moins du monde déstabilisé. Il ne força même pas les membres du Magenmagot à garder le calme et, bien au contraire, il laissa le murmure des conversations grandir.

— Vous ne parlez tout de même pas de ce moyen de transport moldu que Miss Griffith nous avait exposé la dernière fois ? s’exclama finalement un Lord dont la chevelure épaisse commençait à blanchir.

— Mais si ! répliqua McPhail avec un tel aplomb que le brouhaha s’éteignit soudainement.

— Monsieur le ministre, s’exclama Lord Black avant que McPhail n’ait pu enchaîner. Enfin, vous n'allez pas accorder du crédit à cette idée absurde !

— Rapportée par une femme qui plus est, ajouta Lord Selwyn.

— Miss Griffith nous a seulement fait part ce qui existait dans le monde moldu, expliqua McPhail d’une voix posée. Pour ma part, j’ai estimé que les Moldus avaient eu là une idée intéressante et j’ai jugé bon de la creuser. Et comme vous nous l’avez si bien dit tout à l’heure, Phineas, on peut tirer d’une idée moldue d’excellents résultats si un sorcier qualifié l’exploite. [**]

Un murmure s’éleva dans la salle. Addison écarquilla les yeux de stupeur. Dugald observait les réactions avec prestance et avec un flegme imperturbable. Phineas, lui, adoptait un air en apparence calme, mais il était évident qu’il bouillonnait de rage. Il ne pouvait intervenir sans se discréditer ou sans insulter les capacités du ministre et pourtant, il savait que le rappel de ces quelques mots malheureux avait assez de poids pour faire pencher la balance.

En effet, après cela, le reste de la négociation fut d’une simplicité déconcertante. Les lords Burke, Travers et Rosier furent obligés de reconnaître qu’un tel transport serait bénéfique dans le cas de leurs situations familiales. Les autres membres de l’assemblée, soit étant déjà convaincus par le passé, soit n’ayant plus personne pour les pousser à la résistance, se rangèrent rapidement à l’avis de McPhail. Le projet du Knight Bus fut donc validé par le Magenmagot et confié au Département des Transports Magiques.

A la fin de la réunion, la pièce se vida et Addison partit en compagnie de Janice Schreibt, assistante au Département de la Justice Magique, dont elle n’écoutait que distraitement la conversation. Elle remarqua que Phineas était resté en arrière, se retrouvant seul avec le ministre et, arrivée au bout du couloir, Addison prétexta avoir oublié un document et fit demi-tour, inquiète de l’échange entre les deux hommes.

— Je vous conseille d’en rester là, Phineas !

La voix de Dugald, menaçante, résonna en écho dans la vaste salle vide.

— Il n’en est pas question. Vous nous avez manipulés ! Et, en plus de cela, vous avez le culot de voler l’idée d’une jeune femme sans défense.

Addison s’efforça de ne pas souffler d’indignation. Comment Phineas osait-il l’utiliser pour ajouter à son argumentaire ?

— Vous avez, si mes sources sont bonnes, l’intention de devenir professeur à Poudlard, n’est-ce pas ?

Le ton de Dugald était posé, mais elle aurait juré y déceler l’irritation furieuse qu’avait dû causer les paroles de Phineas.

— Et ? rétorqua Phineas d’un ton impérieux. A ce que je sache, le ministre n’a pas à décider de qui est engagé à Poudlard.

— Non, mais il me serait facile d’émettre un avis… défavorable.

— C’est de l’abus de pouvoir ! rugit Phineas, hors de lui.

— Appelez ça comme vous voulez. Pour ma part, je préfère me dire qu’il est de mon devoir d’éviter aux nouvelles générations de recevoir l’éducation d’un esprit étriqué.


Ces quelques mots prononcés avec calme et aplomb furent firent place à un silence que seule la respiration saccadée et furieuse de Phineas venait rompre.

— Vous n’oseriez pas ! fit finalement la voix menaçante de Phineas.

— Contrairement à vous, Phineas, je n’éprouve aucun plaisir à m’abaisser à ce genre de manoeuvres. Mais insistez ne serait-ce qu’une fois et je n’hésiterai pas. [*]

Ces paroles furent suivis du bruissement d’une cape qui claque et de pas furieux et pressés de son porteur. Addison se dépêcha de se trouver un petit recoin pour que personne ne sache qu’elle avait entendu cette conversation.

Dès le lendemain, son invention fut transportée dans les locaux du Ministère et ses collègues se libérèrent du temps pour avancer sur le problème qui avait tant fait cogiter Addison. Après quelques semaines de réflexion, une solution avait été trouvée et un sortilège dérivé du fameux « Portus » avait vu le jour.

Hélas, les premiers essais ne se déroulèrent pas comme prévu et, lorsque l’incantation fut prononcée, une puissante déflagration fit trembler les murs et projeta aux quatre coins de la pièce les sorciers travaillant sur le projet. Addison, sonnée par le choc, ouvrit péniblement les yeux pour voir ce qui se passait autour d’elle, mais tout était noir. Une légère odeur de fumée venait chatouiller ses narines et des bruits étouffés lui parvenaient aux oreilles, mais ses yeux, eux, lui faisaient clairement défaut. Addison n’eut pas le temps de s’inquiéter davantage de sa cécité [2] car une douleur sourde dans sa tempe lui fit perdre connaissance.

Lorsqu’Addison s’éveilla, un blanc aveuglant la frappa. La clarté des murs de Ste Mangouste n’était pas la plus douce manière de recouvrer sa vue, mais elle est était bien trop soulagée pour s’en plaindre. Une fois habituée à la luminosité ambiante, Addison s’aperçut qu’elle n’était pas seule.

— Moi qui pensais que tu serais plus en sécurité au Ministère qu’à faire tes expériences dans ton coin…

Addison sourit en reconnaissant la voix de son cousin. Ce dernier lui tint compagnie jusqu’à ce qu’elle ait l’autorisation de sortir et alors, il la ramena chez elle.

— Au fait, Dugald est passé te voir, fit Hector en lui adressant un clin d’oeil.

Addison lui jeta un regard assassin et Hector se contenta de sourire avant de prendre congé.

Le lendemain, elle retourna au travail, retrouvant sans plaisir Camminus Ford qui l’accueillit avec aussi peu de chaleur que d’habitude. Suite à l’incident, certains de ses collègues avaient également atterri à Ste Mangouste, mais, comme elle, il ne devraient avoir aucune séquelle. En parallèle de cela, le projet n’avait pas été arrêté pour autant et la deuxième tentative de sortilège, légèrement adaptée, s’était avérée être un succès.

— Vous feriez mieux de vous dépêcher d’écrire un rapport d’avancement et d’aller en informer McPhail, grogna Ford. Si cela lui convient, la soirée d’inauguration aura lieu à la fin du mois.

Addison sentit son coeur manquer un battement. C’était stupide, car il était plus que probable qu’Addison n’aurait affaire qu’à sa secrétaire, comme à chaque fois depuis le jour où elle lui avait demandé de l’aide.

Une fois arrivée face à son homologue, celle-ci se leva immédiatement.

— Ah parfait, je crois que votre rapport est attendu avec impatience.

Elle lui fit signe d’attendre, alla frapper à la porte du ministre puis, après quelques mots qu’Addison n’entendit pas, elle lui fit signe d’entrer et referma la porte derrière elle.

Dugald fut prêt d’elle en quelques enjambées.

— Addison. Comment allez-vous ?

— Très bien, merci. Je voulais justement vous donner des nouvelles suite à l’incident d’hier, dit Addison en lui tendant le rapport. Une solution a été trouvée et…

Dugald lui arracha le dossier des mains et le posa sur le fauteuil à sa droite sans lâcher des yeux son interlocutrice.

— Je le lirai plus tard. Ce n’est pas ce qui m’importe, murmura Dugald avec une teinte d’amusement.

Il fit un pas pour se rapprocher d’elle et prit entre ses doigts une longue mèche brune et bouclée.

— J’étais inquiet, fit-t-il dans un souffle.

Addison sentit les battements de son coeur s’accélérer. Perdue dans ses iris verts, Addison frémit et son corps se tendit, la rapprochant presque inconsciemment de la carrure masculine de Dugald, dont les doigts experts quittèrent alors sa mèche de cheveux pour venir rencontrer la douceur de sa nuque. Encore innocente de ces plaisirs inconnus, Addison fut surprise par la chaleur qui l’envahit en sentant le souffle de leurs respirations saccadées s’attarder sur son visage. Ses lèvres s’entrouvrirent, témoin de son désir, et Dugald profita de l’invitation silencieuse.

Addison, exaltée, s’abandonna à son étreinte et Dugald, encouragé par la réaction de sa partenaire et emporté par le magnétisme qui les liait, porta une douce pression contre sa nuque pour l’attirer à elle et approfondir le baiser. [3] Mais, prenant soudain conscience de l’inconvenance de la situation, Dugald interrompit à regret le contact et se recula d’un pas, pantelant.

— Excusez-moi, souffla-t-il. Je n’aurais pas dû. Je…

Addison, encore entièrement à ses sensations, se contenta de secouer la tête fébrilement. Si elle écoutait les convenances, il est vrai qu’ils n’auraient pas dû, mais si elle écoutait les délicieuses sensations qu’expérimentaient son corps, alors qu’attendaient-ils pour recommencer ? Le frisson qui parcourut Addison fit part à Dugald de la direction de ses pensées et il esquissa un faible sourire avant de s’approcher de nouveau et de placer sa main au creux de sa nuque, encore chaude de leur dernière étreinte. Il approcha alors ses lèvres de son oreille et murmura :

— J’espère que vous me laisserez poursuivre en gentilhomme.

Il déposa un délicat baiser dans son cou et se recula en souriant. Addison le dévisagea dans un mélange d’étonnement et de joie. Avait-elle bien compris ce qu’il entendait par là ? Hélas, elle n’eut pas le temps de creuser la question car trois coups retentirent contre la porte.

Dugald se recula immédiatement, adoptant une attitude parfaitement neutre, et invita son assistante à entrer. Son emploi du temps chargé ne leur permit pas de poursuivre ce délicieux moment et Addison n’eut pas d’occasion de le revoir en tête à tête pendant un temps qui lui sembla infini. A défaut de pouvoir lui parler, la chaleur qui habitait son regard les quelques fois où ils se croisèrent lui permit de préserver ses souvenirs enflammés.

La soirée d’inauguration arriva finalement et Addison eut enfin l’occasion de retourner le voir puisque Ford avait demandé à Addison de s’assurer que tout serait prêt, le discours du ministre y compris. Profitant de l’occasion, Addison alla frapper à la porte de son bureau.

— Entrez !

Addison sourit en entendant la voix grave de Dugald.

— Bonjour monsieur le Ministre, dit Addison une fois à l’intérieur.

Dugald sourit et se leva immédiatement en reconnaissant son interlocutrice. Il vint fermer la porte derrière elle et s’y adossa avec un sourire audacieux.

— Quand comptez vous arrêter de m’appeler ainsi ? 

— Probablement le jour où je ne travaillerai plus pour vous, répondit Addison d’un ton mi-amusé, mi-insolent.

— Alors cela tombe bien !

— Vraiment ? Comptez vous me licencier ? s’enquit Addison en riant.

— J’imaginais plutôt ne pas reconduire mon mandat.

Addison le dévisagea avec étonnement.

— Je ne voudrais tout de même pas causer un nouveau scandale en demandant en mariage l’une de mes employées.

— Vous semblez bien sûr de vous, railla Addison avec un sourire en coin. Imaginez que cette femme vous refuse sa main, vous auriez abandonné un poste prestigieux pour rien. A moins que vous ne pensiez qu’elle soit en détresse et que l’idée de se marier serait pour elle une opportunité en or…
 
— Je n’ai ni la prétention de correspondre à ce que vous désignez comme une telle opportunité, ni celle d’être assuré que ma proposition sera acceptée. Sachez cependant qu’à mes yeux, la demoiselle est si pleine de ressources que je ne la qualifierais certainement pas de demoiselle en détresse, conclut Dugald avec douceur, en lui caressant une mèche de cheveux.

La teinte rosée qu’avait pris ses joues suite à ce dernier échange ne la quitta pas jusqu’au soir pour lequel Addison avait décidé de ressortir la robe de soie vert pâle qu’elle avait portée lorsque l’idée du bus était entrée dans sa vie, il y avait tout juste un an.

L’évènement fut une réussite et se déroula sans le moindre problème. Le Knight Bus avait transporté pour la première fois des passagers et, malgré les nausées ressenties par l’un des usagers, l’accueil de ce nouveau moyen de transport avait été enthousiaste. Phineas avait observé la présentation avec un air renfrogné qui avait arraché à Addison un sourire. Hector avait enlacé sa cousine avec fierté, lui murmurant ses félicitations avec un tel engouement qu’il était évident qu’il n’était pas dupe de la future union de sa cousine. Dugald s’était appliqué à l’intégrer dans la plupart des discussions, rappelant à quiconque voulait l’entendre que, sans l’exposé d’Addison sur le bus des Moldus, ils n’auraient jamais eu la possibilité de se vanter d’un nouveau transport plus sécuritaire. A défaut de pouvoir lui rendre la paternité de son projet — au risque de vexer le Magenmagot —, Dugald avait partagé son succès autant qu’il l’avait pu.

Addison appréciait l’attention, mais elle n’avait pas besoin d’être au coeur de ce succès. Elle se satisfaisait de l’aboutissement de son invention. Le véhicule dessiné avec Mary avait été conservé tel quel, mais l’idée d’utiliser un cheval avait finalement été écartée car l’utilisation du Portoloin était plus traumatisante pour l’animal que le transplanage. A défaut d’être tracté, le bus nécessitait la présence d’un cocher qui avait pour rôle de faire tourner les roues à l’aide de sa magie. En effet, le mouvement du véhicule était nécéssaire pour produire l’énergie magique qui rechargeait le sortilège conçu par ses collègues et permettre ainsi d’effectuer un nouveau déplacement. Addison estimait le travail de ce cocher éreintant et espérait que des recherches postérieures sur le bus en faciliteraient l’utilisation.

Mais Addison suivrait cette évolution de loin car elle avait pris une décision en quittant le bureau du ministre et avait posé sa démission dans la foulée. Le mandat de Dugald McPhail touchait à sa fin et Addison espérait qu’ils partiraient découvrir le monde.

— L’Inde, peut-être, se dit Addison en se rappelant les sublimes couleurs de l’Occamy qui lui avaient rappelé ses rêves d'évasion.

Addison s’était éloignée de la foule et regardait par la fenêtre en rêvassant. La luminosité de la ville de Londres l’empêchait de bien discerner les étoiles, mais elle pouvait sans mal apercevoir l’une des plus brillantes. Sirius était éclatante ce soir et Addison l’observait en souriant : malgré les difficultés des derniers mois, Addison croyait en sa bonne étoile.

— Félicitations.

Addison se retourna, sursautant de stupeur au son de cette voix. L’apparence de cette femme lui était inconnue et pourtant, Addison sentit son coeur se gonfler de joie en la voyant. La femme aux cheveux blonds foncés posa un doigt sur ses lèvres fines, lui intimant le silence.

— Je voulais juste t’apercevoir une fois. Je ne peux pas rester.

Ce murmure teinté d’angoisse lui fit l’effet d’une pierre au fond de la poitrine. Pourquoi utiliser son précieux don pour venir la voir incognito ? Addison voulut la prendre dans ses bras, mais la femme recula avec un petit sourire qu’elle voulait rassurant et s’éclipsa sous le regard douloureux de sa soeur.

End Notes:
Et voilà ! Maintenant qu'Addison est venue à bout de ce projet fou, elle peut enfin se dédier à ses rêves de jeunesse et voyager.

J'espère que la longueur de ce dernier chapitre ne vous a pas trop dérangé et que cette histoire vous a plu.

N'hésitez pas à me laisser un petit commentaire pour me dire ce que vous en avez pensé ;)



Voici les contraintes que j'avais à respecter :
> Mon personnage devient aveugle momentanément [1]

> Mon personnage fait face à un Occamy [2]

> Mon personnage échange un baiser passionné [3]

> Mon personnage cuisine des lasagnes [4]

> Mon personnage fait une allergie due à ses expérimentations et cela contrarie ses plans [5]

> Je ne peux pas utiliser le mot « baguette ».

> Phineas et le ministre ont un argument violent à propos du projet d'Addy [*]

Pour info, à la base, ma contrainte perso était différente, mais j'avais déjà prévu de le faire, j'ai donc eu le droit à une contrainte de remplacement. Voici la contrainte initiale :

> Phineas aide indirectement Addy à atteindre ses objectifs [**]



J'avais de quoi faire niveau contraintes, mais c'était amusant !
Merci encore aux organisatrices pour ce concours sans lequel je n'aurais jamais pensé à créer tous ces personnages. ♥



Crédits :

> L'univers appartient à JKR

> Les personnages Phineas Black ainsi que ses frères et soeurs, Eupraxia Mole et Ursula Flint appartiennent à JKR

> Le personnage de Dugald McPhail appartient également à JKR. Je me suis permis de l'étoffer. C'est un Poufsouffle aux origines écossaises, ministre entre 1858 et 1865, à l'origine du Magicobus en 1865. Le reste a été imaginé à mon bon vouloir ^^

> Les noms de famille Rosier, Gamp, Travers, Burke, Croupton et Selwyn appartiennent à JKR.

> L'arbre généalogique des Black a servi d'inspiration.
D'ailleurs si vous êtes motivé, je vous lance un petit défi : celui de reconnaître les trois liens (plus ou moins faciles ^^ - cinq même en fait, la review de Juliette m'a rappelé que j'en avais ajouté 2 à ce chapitre ^^) entre cette histoire et l'arbre généalogique des Black ;)

PS : Je fais ces crédits à la fin de l'histoire et non au début car je ne voulais pas vous donner l'idée d'aller vous renseigner sur Dugald McPhail avant que l'histoire ne soit terminée ;)


Et si ça vous intéresse, je vous dis à bientôt pour les aventures de Dorothea
Cette histoire est archivée sur http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=38472