Les desseins de miss Griffith by Padfooot
Summary:
Photos : Francesca - La chronique des Bridgerton, de Julia Quinn (© France Loisirs)


Londres, 1864.

Née riche, privilégiée et promise à l’héritier d’une des plus grandes familles sorcières, l’avenir d’Addison Griffith semblait tout tracé. Mais tout ne s’est pas passé comme prévu et devenir la future Lady Black ne semble plus qu’un rêve lointain.

Aujourd’hui, Addison n’a plus le choix : trouver un emploi ou trouver un mari.

Addison pourra-t-elle répondre aux exigences inconsidérées de ses parents concernant son futur époux ? Ou sera-t-elle obligée d’accepter un poste au Département des Transports Magiques, elle qui frémit rien qu’au mot « Portoloin » ?



Ecrit dans le cadre du concours de Chrisjedusor et Maplumeapapote.

Categories: Biographies, Romance (Het), Réponse aux défis Characters: Famille Black, Personnage original (OC)
Genres: Autres genres, Famille, Romance/Amour
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Le Savant fou : Effraction au ministère ( Concours), L'héritage des Griffith
Chapters: 3 Completed: Oui Word count: 16888 Read: 516 Published: 18/02/2022 Updated: 06/05/2022
Story Notes:
Hello hello !

Merci à Chrisjedusor et Maplumeapapote pour leur superbe idée de concours : raconter une invention magique en trois chapitres.

Je vous propose de voyager au 19ème siècle avec mon OC Addison Griffith pour découvrir comment elle a contribué à l'évolution du monde sorcier.

Merci à Laura pour sa relecture et à Arnaud pour le montage.

1. Chapitre 1 - Complaisance by Padfooot

2. Chapitre 2 - Ebauche by Padfooot

3. Chapitre 3 - Envol by Padfooot

Chapitre 1 - Complaisance by Padfooot
Author's Notes:
Bienvenue dans ce premier chapitre : Complaisance

Dans le cadre du concours, voici les contraintes à respecter :
> Un grimoire scellé [1]
> Quelqu’un vient vous importuner dans votre réflexion [2]
> Champ lexical de la confiance (en italique dans le texte)
> Mots à placer : désillusion, bambin, parasol, Kenya, savate, hors d’oeuvres, religion, pyramide, savant, téméraire. (en gras dans le texte)

Merci à jukava pour avoir accepté de me prêter le Black's Compendium dans cette fiction. Quitte à devoir inclure un grimoire alors que j'avais prévu de parler du nouveau Lord Black, j'ai eu envie de faire un clin d'oeil à sa fic Nos jours heureux.

Sur ce : Bonne Lecture ! :D

Les flammes vertes dansaient autour d’elle et la suie lui chatouillait les narines. Addison ferma les yeux, essayant de faire abstraction de la sensation oppressante qui s’emparait d’elle.

Elle rouvrit les yeux à temps pour voir le sol dur et noirci s’approcher à vive allure. Elle se rattrapa à la paroi en pierre du conduit, manquant de peu de s’étaler de tout son long. D’un coup de baguette magique, elle arrangea son allure, faisant disparaître les résidus de suie qui s’étaient collés à sa robe et incrustés dans ses cheveux. Elle s’avança d’un pas faussement assuré pour masquer son malaise.

Un homme de petite taille et à l’allure peu soignée s’avança immédiatement vers elle.

— Miss Griffith. C’est un plaisir de vous voir ici. Puis-je vous servir un rafraichissement ?

— Je vous remercie, mais je ne compte pas m’attarder.

Le tenancier du Chaudron Baveur réprima une grimace déçue et se courba légèrement pour saluer la jeune femme qui ne tarda pas à quitter l’établissement, prête à arpenter les rues animées de Londres.

Addison prit une grande inspiration bienvenue après l’air lourd et vicié du conduit enfumé. Elle détestait utiliser la poudre de cheminette. Si au moins son voyage avait été utile, elle aurait pu s’en accommoder plus facilement, mais son rendez-vous avec Eupraxia Mole avait été une perte de temps. La directrice de Poudlard s’était renseignée, mais, malgré ses nombreux contacts au Ministère, elle n’avait pu l’aider.

Le seul à chercher du personnel était Camminus Ford, actuel directeur du Département des Transport Magiques. Addison réprima une moue écoeurée. Il était tout bonnement impensable qu’elle y travaille. Elle détestait toute forme de transport magique : le mot « Portoloin » la faisait frémir, les balais et autres objets volants ne la rassuraient pas plus, transplaner seule était totalement hors de question et elle n’utilisait la poudre de cheminette qu’en dernier recours. En résumé, Addison préférait marcher. Et c’est ce qu’elle fit avec plaisir pour rejoindre la demeure familiale en plein coeur de Londres.

— Addy, te voilà !

— Dora. Tu es déjà prête ? s’étonna Addison en voyant sa soeur aînée toute apprêtée.

Dorothea lui jeta un regard chargé de reproches.

— Déjà ? Addison, as-tu vu l’heure ? Tu as encore marché, n’est-ce pas ? Par Merlin, quand te décideras-tu à apprendre à transplaner ?

Addison frissonna. Comment sa soeur, qui avait pourtant les mêmes antécédents qu’elles, pouvait seulement imaginer prendre un tel risque ?

Dorothea n’insista pas, mais poussa un soupir agacé.

— Allez, viens enfiler ta robe. Il va falloir faire un petit effort si tu souhaites un jour devenir Lady Black.

Addison adressa un sourire las à son aînée avant de la suivre à l’étage. Lady Black… C’est ce qu’elle avait été destinée à être à sa naissance, avant que ce futur ne lui soit arraché.

Le jeune Sirius Regulus Black, à qui elle avait été promise à sa naissance, était décédé alors qu’il n’était âgé que de huit ans et son cadet de quinze mois, Phineas Nigellus, avait pris la position d’héritier. Addison avait perdu un ami ce jour-là, mais ce n’était rien comparé à la désillusion de Lady Griffith qui ne s’en était jamais vraiment remise. La volonté de ses parents de la voir contracter une union avantageuse — si possible auprès du nouvel héritier Black — était devenue une obsession, particulièrement depuis qu’elle était sortie de Poudlard.

Dorothea poussa doucement sa soeur dans sa chambre et convoqua Misty, l’elfe de maison familial, qui arriva aussitôt dans un « crac! » sonore. Addison enleva sa robe grise et bien trop peu élégante pour la soirée mondaine qui s’annonçait puis ôta ses chaussures de deux mouvements souples et rapides. Elle eut un rictus amusé face à l’air outré de sa soeur en voyant une savate s’élever et atterrir à l’autre bout de la pièce.

Grâce à l’habileté de Misty, Addison fut rapidement métamorphosée. Sa robe d’une soie vert pâle tombait avec grâce sur ses hanches. Les manches étaient courtes et décorées d’une dentelle finement ouvragée qui courait sur les épaules et le long du col, dissimulant gracieusement son décolleté. La coupe mettait en valeur ses courbes naturelles et la douce teinte de vert faisait ressortir les cheveux bruns et légèrement ondulés d’Addison dont quelques boucles retombaient en un savant mélange d’élégance et de décontraction.

— Addy, tu es superbe !

— Merci, Dora.

— Je doute que Lord Black reste insensible.

Addison répondit par un sourire assuré qui n’atteignit pas ses yeux. Elle avait eu maintes fois l’occasion de croiser l’héritier des Black lorsqu’elle était à Poudlard, mais jamais il n’avait semblé éprouver le moindre intérêt pour elle et elle doutait qu’une robe, aussi majestueuse qu’elle puisse être, puisse l’aider. Encore une fois, ses parents avaient dépensé bien plus qu’ils n’auraient dû se le permettre et elle craignait que le résultat ne soit pas à la hauteur de leurs espérances.

Les deux jeunes femmes descendirent au salon où un homme châtain portant une simple et élégante robe de sorcier rouge aux liserés or les attendait. Il s’avança et baisa la main de Dorothea en la complimentant, avant de détourner le regard vers la cadette.

— Tu es absolument ravissante, Addy.

— Merci Hec !

Hector était le fils aîné de Lord Gamp, cousin des demoiselles Griffith, et grand confident d’Addison. L’homme eut un sourire amusé face à l’attitude désinvolte de sa cousine. Il lui offrit son bras et Addison l’accepta avec un aplomb qu’elle ne ressentait pourtant pas. Elle avait beau avoir une confiance aveugle en son cousin, elle tremblait d’avance en songeant à ce qui allait venir.

Hector, la connaissant par coeur, lui releva le menton et la fixa avec assurance, lui promettant que tout se passerait bien. Addison tressaillit et essaya de se convaincre qu’elle était en sécurité. Elle prit une grande inspiration, puis s’abandonna finalement contre son cousin, le laissant l’escorter dans le transplanage.

Alors que tout devenait noir et que la pression se faisait plus forte, l’agressant de toute part, Addison ne put s’empêcher de visualiser les traits défigurés de sa mère. La sensation d’oppression s’arrêta brusquement, laissant ses tympans se détendre en un claquement désagréable et ses poumons profiter d’une grande bouffée d’air.

— Tout va bien ? lui demanda Hector tout en reprenant une position plus convenable, la tenant simplement par le bras.

Addison hocha la tête, reprenant son souffle. Après que sa mère se soit gravement désartibulée des années auparavant, marquant définitivement son visage d’une longue balafre blanche, Addison avait catégoriquement refusé d’apprendre à transplaner et n’acceptait qu’avec beaucoup de réticence qu’on l’escorte. Ah, si seulement, elle avait pu marcher jusque chez les Black… Le square Grimmaurd n’était pourtant pas très loin, mais la bienséance lui interdisait de parcourir une telle distance dans cette tenue trop habillée pour les rues de Londres.

Pendant le court trajet qui les séparait de la maison des Black, ils croisèrent une femme élégante qui repliait le parasol qu’elle avait déployé pour préserver son teint de porcelaine et levait le bras pour attirer l’attention d’un long carrosse. Addison observa avec étonnement la femme s’engouffrer dans le véhicule qui s’éloigna au rythme des sabots sur le sol pavé.

La scène l’avait intriguée mais elle n’eut pas le temps d’y penser davantage car, quelques instants plus tard, Hector Gamp et les demoiselles Griffith pénétraient dans le salon déjà bien animé du square Grimmaurd. Alors que Dorothea les laissait pour retrouver son fiancé, Hector et Addison se lancèrent dans une conversation animée avec un ancien camarade d'Hector. Mais lorsque le jeune sorcier se lança dans le récit de son récent voyage, Addison préféra s’éloigner.

Il fut un temps où Addison rêvait de parcourir le monde, annonçant fièrement à ses cousins qu’un jour elle entrerait au coeur d’une pyramide pour en découvrir les secrets, qu’elle explorerait les temples Maya à la recherche d’ancienne magie ou encore qu’elle traverserait les Indes à dos d’éléphant. Mais son aversion pour les transports magiques avait mis fin à ces fantasmes.

Alors qu’elle n’était âgée que de dix ans, sa soeur et elle avaient pris un Portoloin pour rejoindre leurs cousins partis passer des vacances à l’étranger. Mais lorsque les deux jeunes filles avaient agrippé la vieille couverture déchirée, elles avaient atterri sur les pans escarpés du mont Kenya. Heureusement, l’employé du Ministère en charge des Portoloins s’était rapidement rendu compte de son erreur et avaient récupéré les fillettes peu après leur arrivée. Cette expérience malheureuse, cumulée à l’accident de transplanage de sa mère et à celui de sa soeur, qui s’était un jour cassé le bras en empruntant une section trop étroite du réseau de cheminées, avait eu pour résultat de couper court à ses rêves d’évasion.

Addison fit le tour de la salle, s’arrêtant ici et là pour saluer les personnes de sa connaissance. Son regard fut alors happé par la silhouette familière de Phineas Black qui s’avançait vers sa mère, récemment veuve. Il venait seulement d’atteindre sa majorité, mais tout dans son allure et ses traits criait déjà la noblesse de son rang. Il se tenait bien droit dans une sobre robe habilement ajustée dont la noirceur n’avait d’égal que la couleur ébène de sa chevelure. Il était loin le bambin qui courait derrière Sirius et elle…

Lady Black attira l’attention de l’assemblée en émettant un léger son aigu du bout de sa baguette. Elle et son fils se tenaient sur une estrade sur laquelle trônait un petit guéridon sombre dont les pieds étaient décorés de serpents argentés. Lady Black y déposa un lourd grimoire scellé [1] et Addison retint son souffle. Elle reconnaîtrait ce grimoire les yeux fermés tellement l’aura qui s’en dégageait était puissante : le Black’s Compendium.

Addison se souvenait si bien du jour où Sirius le lui avait montré. Lorsqu’ils n’avaient que sept ans, Addison avait observé avec fascination son ami, si téméraire malgré son jeune âge, sortir avec difficulté le gros grimoire et le déposer sur le tapis sombre du bureau de son père. Addison se rappelait encore sa déception en découvrant des pages désespérément vides, mais Sirius n’avait pas eu l’air étonné et s’était précipité sur le tiroir du bureau d’où il avait sorti un poignard à la lame argentée et s’était entaillé le bras pour faire couler le sang sur le grimoire. Sous les yeux émerveillés des deux enfants, le livre s’était complètement dévoilé, mais ils n’avaient pas eu l’occasion d’en lire la moindre page puisque la porte s’était ouverte dans un brusque claquement et Lady Black avait paniqué en découvrant son fils, pâle et ensanglanté.

Lord Black avait immédiatement scellé le grimoire [1] d’un grand lien en cuir, mais, malgré cela, Sirius avait promis à Addison qu’il réessaieraient. Après tout, c’était leur héritage ! Hélas, quelques mois plus tard, un hiver plus rude que les autres avait emporté le jeune Sirius ainsi que l’insouciance et l’avenir glorieux d’Addison.

Sous ses yeux, le nouvel héritier des Black défit le lien en cuir d’un simple mouvement de baguette. Il sortit ensuite le même poignard argenté que Sirius avait utilisé par le passé : le sang coula sur les pages vierges et les écritures apparurent sous les regards ébahis et les murmures appréciatifs de la foule.

La maison des Black avait un nouveau Lord.

Addison accompagna les autres dans leurs applaudissements, mais elle ne put s’empêcher d’avoir un pincement au coeur. Sirius aurait dû être là aujourd’hui. Addison ne saurait dire ce qui lui manquait le plus : son ami d’enfance ou la perspective de l’avenir que sa mère lui avait vendu avec tant de ferveur lorsqu’elle était enfant.

Peu après, la musique reprit et les sorciers se dirigèrent avec enthousiasme sur la piste de danse. Addison, perdue dans ses souvenirs, n’avait pas très envie de les suivre, mais n’osa pas décliner l’invitation d’un de ses anciens camarades de Poudlard et se laissa entraîner dans un quadrille dynamique, qui triompha rapidement de sa morosité passagère.

Une fois la danse terminée, Addison se dirigea vers le buffet pour se restaurer. Les hors d’oeuvres étaient exquis et les rafraichissements bienvenus après une telle danse.

— Addison ?

Addison manqua de s’étouffer en entendant cette voix si connue l’interpeller, elle reposa son verre et se retourna pour découvrir Phineas qui lui tendait la main. Addison releva la tête et se perdit un instant dans le regard gris acier du jeune Black, les mêmes yeux que Sirius, mais sans cette petite étincelle de vie et d’insouciance.

Elle accepta sans hésitation son invitation et se laissa guider jusqu’à la piste de danse, apercevant au passage le regard plein d’espoir de sa soeur et l’air conspirateur de Lady Black. Evidemment… Phineas ne l’avait probablement invitée que parce que sa mère le lui avait demandé. Addison réprima un rictus irrité.

— Tu es très élégante, commenta Phineas avec plus de chaleur qu’il n’en faisait preuve d’habitude.

— Je te remercie.

Phineas lui offrit un sourire et, voyant le jeune Black laisser un instant tomber le masque froid et distant qu’il ne quittait jamais, Addison se dit que tout n’était peut-être pas perdu… Au grand plaisir d’Addison, la danse se déroula pour le mieux. Ils parlèrent peu, se contentant de se regarder avec une intensité que Phineas n’avait encore jamais eu à son égard et de laisser leurs corps se rapprocher et s’éloigner au gré de la mélodie et de leurs pas de danse.

Lorsque la musique prit fin, Phineas lui saisit délicatement la main et y déposa un baiser avant de lui adresser un sourire qu’Addison lui rendit sans hésiter. Peut-être que, jusque-là, Phineas avait été trop jeune pour réellement penser à convoler, mais les responsabilités de Lord semblaient avoir fait évoluer ce point. Ce qui ravirait sûrement ses parents…

— Lord Black.

Phineas quitta des yeux Addison pour planter un regard froid dans celui de l’homme d’une quarantaine d’années qui osait les déranger.

— Monsieur Flint. Que puis-je pour vous ? demanda Phineas d’un ton sec et hautain.

— Je voulais simplement vous féliciter pour cette soirée tout à fait remarquable.

— C’est donc ma mère que vous devriez féliciter, le rabroua Phineas avec aplomb. Elle a tout organisé.

— Naturellement, dit l’homme avec un certain malaise. Je tenais également à vous dire que je suis persuadé que vous ferez un excellent Lord.

Phineas ne répondit pas et haussa légèrement un sourcil devant cette situation qu’il jugeait divertissante. De toute évidence, il était lui même persuadé qu’il ferait un bon Lord et n’avait pas besoin qu’on le lui dise. L’homme, sentant que Phineas risquait de perdre rapidement patience, s’empressa de reprendre la parole.

— Je vous présente ma fille, Ursula.

La jeune fille qui l’accompagnait s’avança timidement. Phineas la jaugea du regard, observant ses cheveux soigneusement noués et sa robe argentée à la coupe impeccable. Un léger sourire vint étirer les lèvres de Phineas à la vue de ce parangon de bienséance et Addison perdit immédiatement de sa superbe.

Phineas avait le même sourire et le même regard intense qu’il avait eus avec elle. Oui, Phineas avait compris qu’il devrait prendre épouse, mais il ne semblait intéressé que par l’idée de trouver le meilleur parti. Or, Ursula Flint était un très bon parti. Son oncle, Lord Flint, avait également une place importante dans la population sorcière, mais, contrairement à Lord Griffith, sa situation financière était stable et aucune rumeur concernant des Cracmols dans sa famille n’avait fait le tour des salons londoniens.

Lorsque Phineas s’excusa auprès d’Addison avant d’inviter Ursula à danser, ses manières étaient parfaitement étudiées et rien ne pouvait laisser paraître les pensées de Phineas. Mais Addison le connaissait depuis toujours et elle savait suffisamment le déchiffrer pour savoir que si elle avait un instant été la cible du jeune Lord, sa place de potentielle Lady venait de lui être ravie par une fillette venant tout juste de faire son entrée dans le monde. Addison ne put que répondre par un sourire feint avant de quitter la piste de danse, vexée.

Addison s’éloigna, évitant de se rapprocher de sa soeur à qui elle ne souhaitait guère raconter sa mésaventure. Perturbée par ses pensées et concentrée sur les silhouettes lointaines à la recherche des cheveux châtains et ébouriffées de son cousin, Addison faillit ne pas remarquer l’homme au regard vide et terne qui s’avançait vers elle d’un pas traînant pour l’inviter à danser. Oh, un très bon parti, certes… Il ferait probablement le ravissement de ses parents, mais Addison avait également ses critères ! Et imaginer son existence auprès d’un homme qu’elle ne considérerait pas comme son égal lui était une vision insupportable.

Addison se recula, mais, dans sa hâte, elle se heurta contre un dos puissant et manqua de tomber. L’homme qu’elle venait de bousculer la rattrapa sans mal. Addison eut un moment d’absence et rosit en reconnaissant l’homme face à elle. Il portait une robe d’un vert sapin profond, parfaitement accordée à ses yeux, et dont les revers aux manches et au col étaient cousus dans un tartan marine, sapin et argent. Un « M » de ce même fil argenté était brodé sur sa poitrine.

Le ministre de la Magie, Dugald McPhail, affichait ses origines écossaises avec raffinement.

— Monsieur le ministre, le salua Addison en se courbant légèrement. Excusez-moi, j’étais ailleurs.

A ces mots, Addison ne put s’empêcher de jeter un oeil vers son prétendant, qui, heureusement, faisait demi-tour en la voyant en si brillante compagnie. Le jeune ministre suivit son regard et s’efforça de masquer l’amusement qui venait de teinter ses traits au vu de la situation.

— Ce n’est rien, miss… ?

Addison se laissa un instant happer par la lueur de malice qui habitait son regard. Une mèche cuivrée un peu plus folle que les autres barrait son front, mais Addison se reprit vite, arrêtant de détailler les traits séduisants de son interlocuteur.

— Griffith, se présenta-t-elle finalement.

— Addy !

Addison se retourna pour voir son cousin qui s’était approché en hâte.

—Oh Dugald ! C’est toi. Je te présente ma cousine, miss…

— … Addy Griffith, termina le Ministre.

Addison rosit en entendant l’homme reprendre le surnom que son cousin avait utilisé.

— Addison, le corrigea la jeune femme.

— Addison, répéta le Ministre de sa voix grave et profonde. Enchanté.

— Moi également, monsieur le ministre.

— Quelque chose ne va pas ? demanda Hector qui la connaissait décidément trop bien.

Embarrassée de se voir poser la question en compagnie d’un étranger, Addison se contenta de dire qu’elle souhaiterait rentrer.

— Maintenant ? En es-tu sûre ? J’espérais t’inviter à danser.

— Une autre fois, proposa Addison, mal à l’aise.

— Et rater l’occasion de rappeler à mes amis à quel point ma cousine est ravissante ?

Addison rosit davantage et donna un léger coup sur le bras de son cousin. Comment osait-il se moquer d’elle devant une personnalité aussi importante ? Hector n’en fut que plus amusé, mais il ne la taquina pas d’avantage.

— Bien, je te ramène. Doug, je ne serai pas long. A mon retour, j’irais bien déguster cet excellent Whisky-Pur-Feu si cela t’intéresse.

Dugald accepta avec plaisir d’attendre son ami et s’éloigna après avoir poliment salué la jeune femme qui essayait de masquer son étonnement en entendant son cousin s’adresser au ministre de la Magie avec tant de familiarité. Ils avaient beau avoir fait Poudlard ensemble, cela restait le ministre !

Entre les souvenirs douloureux de Sirius, sa déception face à l’attitude de Phineas et sa rencontre embarrassante avec le ministre, Addison était tellement pensive qu’elle ne remarqua même pas quand son cousin commença à transplaner. La sensation d’étouffement la prit donc par surprise et, une fois matérialisés dans le hall, Addison se serait effondrée s’il ne l’avait pas soutenue fermement. Allait-elle un jour être capable de voyager normalement ou ses angoisses la hanteraient-elles jusqu’à la fin de ses jours ?

Le lendemain, Addison se réveilla tard après avoir rêvé d’un long carrosse se matérialisant directement sur le perron du square Grimmaurd où un elfe l’avait accueillie d’une révérence et d’un poli « Lady Black ». Addison se leva en soupirant de lassitude. Si son impression était la bonne, alors il n’y avait plus aucune chance qu’elle obtienne un jour le titre de Lady Black.

La première partie de son rêve, aussi improbable qu’elle puisse sembler, avait plus de chance de se concrétiser… Addison se surprit à sourire à cette idée saugrenue, s’imaginant déjà faire de ce carrosse magique une réalité. Hélas, elle avait à peine eu le temps d’y réfléchir lorsque Misty lui annonça l’arrivée de Mary Carter. [2]

Addison aurait généralement été ravie de voir son amie, mais, dans l’immédiat, elle aurait préféré explorer son idée, d’autant que Mary lui demanderait probablement tous les détails de la soirée, qu’elle ait envie de les lui donner ou non.

Et effectivement, c’est ce que Mary fit à peine installée. Addison jeta un coup d’oeil frustré vers l’esquisse de carrosse qu’elle avait commencé à dessiner puis elle se tourna vers son amie et, résignée, se lança dans le récit de la soirée.

— Hé bien ! En même temps, je ne comprends pas ce que tu trouves à ce Black.

— Mary…

— Voyons, tu dois bien admettre qu’il n’est pas très divertissant ! Tu as besoin de quelqu’un avec un brin de folie, quelqu’un qui t’aime pour qui tu es, pas pour la soi-disant pureté de ton sang ou pour la popularité de ton père au Magenmagot.

Addison resta un instant sans voix. Son amie Mary était d’origine moldue, ne lui donnant guère accès aux mondanités du monde sorcier, mais cela ne l’avait pas empêché d’être déjà fiancée, et profondément éprise qui plus est. Addison enviait parfois son amie, mais, hélas, son rang lui donnait au moins autant de responsabilités que de privilèges…

— Me marier par amour serait utopique, objecta Addison, résignée. Tu connais ma mère. Elle rêve que je devienne une Lady.

— Chacun sa religion

Addison haussa les épaules face au ton renfermé de son amie et changea de sujet, lui racontant son entretien avec la directrice de Poudlard et le peu d’opportunités qui s’offrait à elle.

— Tu m’imagines, moi, travailler au Département des Transports Magiques ?

A ses mots, Addison ne put s’empêcher de poser son regard un instant sur son dessin inachevé. N’était-elle pas en train de réfléchir à un moyen de transport quelques minutes auparavant ?

— Toi ? Au Département des Transport Magiques ? Sûrement pas ! J’imagine déjà l’article dans la Gazette du Sorcier : Une névrosée réduit en cendres les travaux sur la poudre de cheminette et oblige les sorciers à se déplacer à cheval.

— J’aime bien les chevaux… répliqua Addison d’un ton d’excuse.

Mary éclata d’un rire franc et chaleureux.

— Oh Addy… Comment peux-tu envisager épouser ce Black avec un esprit libre comme le tien ?

— Cela t’amuse peut-être, mais à défaut d’un mari, je n’ai plus…

— Qu’à trouver un emploi, je sais, soupira Mary. J’ai eu le droit à cette rengaine maintes fois ces derniers mois. Oh je t’en prie, Addy, oublie ces soirées mondaines et la quête effrénée de ta mère pour te trouver le soi-disant époux idéal. Oublie l’idée de faire carrière au ministère pour combler la fortune déclinante de ton père. Tu es créative et rêveuse, ne va pas t’enfermer dans un bureau.

Addison fronça les sourcils, à la fois touchée par les paroles pleines de sens de son amie et frustrée par l’incompatibilité de ces conseils et des attentes de ses parents.

— De toute façon, vu l'impression que tu as faite à notre cher ministre, tu ne risques pas de te faire engager ! fit remarquer Mary d’un ton amusé.

Les joues d’Addison se teintèrent au souvenir d’avoir non seulement bousculé le ministre, mais également pour s’être laissée taquiner par son cousin face à lui. Elle préféra changer de sujet, laissant la conversation dévier vers des sujets moins sensibles que sa recherche d’emploi.

Une fois Addison à nouveau seule, elle put reprendre le cours de sa réflexion et son esquisse. Elle s’appliqua, persuadée que cette manière de se déplacer permettrait à de nombreux sorciers de voyager sans crainte.

Et si Mary avait raison ? Devait-elle oublier ces idées d’époux et d’emploi pour se concentrer sur ce nouveau projet ?

End Notes:
Voilà pour le premier chapitre !
Et pour le deuxième, vu que c'est un concours, je dois attendre les nouvelles contraintes avant de me lancer dans la suite de l'écriture :)

Alors, une petite idée de ce qui attend Addison dans les deux prochains chapitres ? Un mari et/ou un emploi au ministère ? Ou alors une toute autre voie ?
Chapitre 2 - Ebauche by Padfooot
Author's Notes:
Après des années de complaisance, Addison se lâche enfin dans ce deuxième chapitre intitulé : Ebauche

Dans le cadre du concours, voici les contraintes à respecter :
> Mon personnage principal chante faux [1]
> Mon personnage reçoit une mauvaise nouvelle par lettre [2]
> Une amitié impromptue avec un Moldu [3]
> Mots à placer dans l'ordre : anticonstitutionnellement, cerise, chapeaux, Magyar à pointes, spéculos, corbeau, véhicule, lampion, halieutique, pensine. (en gras dans le texte)

Petite précision pour ceux qui n'ont jamais lu la VO afin de bien comprendre l'allusion dans mon texte : le Magicobus anglais s'appelle le "Knight Bus" et Knight signifie chevalier en anglais.
Et petit rappel : le Magicobus de 1992 est violet.

Je vous souhaite une bonne lecture ! :D

— Addison, savais-tu que le plus long mot de la langue française est anticonstitutionnellement ? énonça la jeune fille avec fierté.

Addison s’amusa de la question d’Isla Black mais n’eut même pas le temps d’y répondre car la jeune fille enchaînait déjà, parlant avec entrain de son imminente entrée à Poudlard. Isla, contrairement à Phineas et Elladora avait toujours eu un caractère avenant et chaleureux.

La fête en l’honneur de Lord Black avait eu lieu près de deux mois auparavant et depuis, Lady Black et Lady Griffith semblaient avoir décidé de tout faire pour unir Addison et Phineas au plus vite, enchaînant les dîners entre leurs deux familles et autres sorties et promenades. D’abord ravie, Addison s’était vite retrouvée dans une situation gênante. Car plus elle apprenait à connaître l’homme que Phineas était devenu, plus elle se posait de questions auxquelles elle ne savait répondre.

Appréciait-elle suffisamment cet homme pour imaginer l’épouser ? Avait-elle réellement envie de se lier à cette famille pour sa vie entière ? Oh certes, elle appréciait sans aucun doute la benjamine, mais la cadette, Elladora, était aussi impénétrable que son frère… Sous ses manières parfaitement étudiées, elle était d’une froideur à faire frémir et semblait particulièrement insensible aux beautés du monde. Même lorsqu’elle avait joué du violon avec brio en début de soirée, il était évident qu’elle ne pratiquait que par éducation et non par plaisir, contrairement à Addison, qui se laissait généralement gagner par l’émotion lorsque ses doigts défilaient sur son piano. Pour autant, Addison refusait de jouer en public, elle n’était pas femme à vanter ses menus talents et détestait chanter. A juste titre d’ailleurs… [1] En quelques notes seulement, sa voix lui aurait attiré les pires railleries d’Elladora et probablement, bien que plus discrètement, le dédain de son aîné.

Décidément, plus elle y pensait et moins elle savait ce qu’il convenait de faire concernant une union avec Phineas. Elle aurait tellement apprécié un signe…

Alors qu’ils en étaient au dessert et qu’Addison dégustait avec plaisir la cerise qui décorait sa mousse au chocolat, trois hiboux pénétrèrent dans la pièce et se dirigèrent vers Lady Griffith, Lord Black et Addison. Cette dernière rattrapa de justesse la lettre avant que le volatile maladroit ne la fasse tomber dans son dessert. L’enveloppe venait du ministère et Addison décacheta le sceau avec une certaine crainte [2] .



    Chère Miss Griffith,

    Nous avons reçu des informations selon lesquelles votre père, Lord Dorian Griffith, aurait commis des infractions répétées à l’article 93 du Code International du Secret Magique.

    Dans le cadre d’une enquête approfondie, nous avons le regret de vous annoncer que votre présence sera requise au ministère le 27 août prochain à dix heures précises.

    Je vous prie d’agréer, chère miss Griffith, l’expression de mes sentiments distingués.


    Eddy Bondsman
    Service des usages abusifs de la magie
    Ministère de la Magie



Addison, déstabilisée par le contenu du courrier, se leva en hâte pour se placer derrière sa mère et constater qu’elles avaient reçues exactement le même document. La jeune femme essaya alors d’apercevoir la missive de Phineas. Elle semblait bien plus longue, mais le seul élément que put discerner Addison fut le sceau apposé au dos de l’enveloppe… Qu’avait donc pu faire son père pour s’attirer l’opprobre du Magenmagot ?

Phineas ne tarda pas à conclure sa lecture. Il replia la lettre avec soin, la posa sur le bord de la table et se leva avec une telle prestance que son attitude convenait plus à une audience ministérielle qu’à un simple dîner. Il posa ses yeux gris acier sur Addison et se racla la gorge.

— Ma chère Addison. Vous comprendrez que dans une telle situation, l’idée d’une union entre nos deux familles doive être écartée au plus vite.

Passé un court instant d’étonnement devant le vouvoiement inopiné et un discours aussi catégorique envers elle et sa famille, Addison réalisa qu’elle avait enfin eu le signe qu’elle demandait. La décision avait été prise pour elle. Et étonnamment, en cet instant, le soulagement qu’elle ressentait contrebalançait largement la crainte concernant son père. Mais elle ne pouvait passer outre l’insulte que Phineas venait de laisser entendre envers le nom de Griffith. Elle observa son interlocuteur avec attention puis afficha un sourire railleur.

— Oh Phineas. Voyons. Au fond, vous et moi savions pertinemment que ce mariage, scandale ou non, n’avait pas lieu d’être, n’est-ce pas ?

Piqué au vif par l’aplomb et le ton de son interlocutrice, Phineas se redressa de toute sa hauteur, les narines frémissantes d’une colère contenue.

— Longtemps, j’ai cherché à vous comprendre, Phineas, à faire tomber ce masque démesuré de condescendance que vous affichez sans cesse. Aujourd’hui, je peux vous exposer avec certitude les résultats de mon étude. Vous n’êtes pas à la hauteur de votre frère. Vous êtes irascible, orgueilleux et d’une froideur écoeurante.

— Addison ! s’offusqua sa mère dans un souffle alors que Lady Black masquait un effroi similaire en portant ses mains à son visage.

Mais Addison n’avait d’yeux que pour Phineas et elle se délectait de la fureur glacée qui envahissait ses traits.

— Espérons que les gènes de votre frère ne soient pas perdus et qu’ils réapparaissent un jour dans votre descendance. Ce serait d’une désolation affligeante si la noble maison des Black devait se contenter des vôtres, conclut-elle tout en jubilant de voir la veine sur le front de Phineas enfler de rage.

Phineas fit un pas vers elle, mais Addison ne lui laissa pas le temps de reprendre assez de contenance pour rétorquer.

— Mère, je pense qu’il est temps pour nous de rentrer.

Lady Griffith acquiesça, tremblante, et se leva.

— Il n’est pas nécessaire de nous faire raccompagner, milord, ajouta Addison avec une touche de mépris avant de saluer les dames de la maison avec plus de sincérité. Lady Black, ce fut un plaisir, comme toujours. Ella. Isla.

Addison prit sa mère par le bras et tourna les talons, non sans un dernier regard amusé vers Phineas, dont les lèvres étaient pincées et le visage rouge.

Arrivées dans le hall d’entrée, elles attrapèrent leurs chapeaux d’un mouvement faussement assuré pour l’une et ouvertement décontenancé pour l’autre. Avant de sortir dans la nuit, Addison observa la pièce avec nostalgie, se souvenant avoir longuement joué ici avec Sirius, des branchages à la main en guise de baguette magique et métamorphosant par leur simple imagination le porte-manteaux en arbre géant, la console en montagnes et le banc en Magyar à pointes. Un doux sourire étira les lèvres d’Addison à ce souvenir. Et c’est à ce moment-là, en quittant pour la dernière fois la maison des Black, qu’elle eut enfin sa réponse : ce n’était pas le titre prestigieux de Lady Black que son coeur pleurait mais l’idée de Sirius à ses côtés. Et jamais Phineas n’avait eu le potentiel pour le remplacer !

Addison ne demanda pas son avis à sa mère et décida de rentrer à pieds. Elle avait besoin de reprendre ses esprits avant de confronter son père. Sa mère avait sûrement les réponses à ses questions, mais ce n’était pas à elle de les lui offrir. Alors que la colère d’Addison retombait, ses pensées s’affolèrent, essayant de deviner ce qui s’était passé et même de prévoir ce qui en découlerait.

Mais jamais Addison n’aurait pu imaginer à quel point cette simple lettre changerait sa vie…

Des mois après, alors que l’automne 1864 touchait à sa fin, Addison peinait encore à trouver un équilibre à sa vie. Lors de cette fameuse nuit d’août, Lord Griffith avait tout perdu : sa fortune, sa maison, le respect de ses pairs et sa place au Magenmagot. Et Addison avait été entraînée bien malgré elle dans cet engrenage malheureux.

L’article 93 du Code International du Secret Magique interdisait aux sorciers de prendre part à des compétitions sportives ou à des paris dans le monde moldu, afin d’éviter qu’une potion de vigueur — ou pire encore — n’attire l’attention des Moldus. Lord Griffith, voyant sa fortune s’amenuiser, avait pris le risque de parier régulièrement sur des courses de chevaux. Cet écart de conduite aurait pu être rapidement étouffé si la raison sous-jacente n’avait pas fait un tel scandale.

Car si Lord Griffith avait tant besoin d’argent, c’était pour entretenir son Cracmol de fils.

Le benjamin de la famille Griffith, Alderan, n’était pas mort à l’âge de trois ans comme l’avait affirmé le couple près de dix ans auparavant. Pressentant que l’enfant était un Cracmol, les Griffith avaient préféré lui assurer une place dans le monde moldu et l’avaient confié à un couple qui gérait un Haras en banlieue de Londres. Lord Griffith tenait à ce que ses filles contractent de bonnes unions et à ce que son fils rentre à Eton, le meilleur établissement moldu où toute la fine fleur d’Angleterre étudiait. Il était prêt à tout pour aider sa progéniture. Et même prêt à tout perdre si c’était la seule solution.

Ses parents avaient décidé de vendre la maison familiale pour assurer les frais de scolarité d’Alderan et étaient partis vivre chez les Moldus à qui ils l’avaient confié et avec qui ils avaient fini par se lier d’amitié. Heureusement, Dorothea avait été mariée à Evrard Rosier peu avant le scandale, mais Addison, bien que majeure, restait à leur charge. Pour autant, elle avait refusé de les suivre, outrée que ses parents abandonnent leur vie aussi vite et incapable d’accepter l’idée de quitter le monde qui était le sien. Elle était sorcière, que ses pairs soient prêts à l’accepter ou non !

Addison, qui avait été accueillie par la famille de son amie Mary, n’avait pas eu le choix que de retourner voir la directrice de Poudlard pour profiter de ses relations. Malgré le scandale sur sa famille, Eupraxia Mole avait accepté de l’aider et Addison était devenue l’assistante de Camminus Ford, responsable du Département des Transports Magiques.

Elle détestait ce travail, qui la forçait à lire régulièrement des rapports d’accidents liés à ces dangereux transports, mais, par dessus tout, elle détestait son patron. Il était misogyne et n’en ratait pas une pour la rabaisser. Jusqu’alors, Addison n’avait été confrontée au caractère effroyable de Ford qu’entre les murs du Département, mais, aujourd’hui, il avait décidé de s’attaquer à elle devant le Magenmagot au complet.

Addison, qui avait accompagnée à regrets son patron afin de coucher par écrit le déroulé de la réunion où il devait exposer les avancées de son département, sentit son coeur tomber dans sa poitrine en un douloureux battement lorsque Camminus Ford l’apostropha soudainement.

— Miss Griffith. Vous m’aviez fait part d’une idée de transport magique lorsque vous êtes arrivée ici. Peut-être pourriez-vous la partager à toute l’assemblée.

Le ton doucereux de Ford passait peut-être pour de la considération auprès des autres, mais Addison n’était pas dupe. Pour la énième fois depuis qu’elle avait abordé le sujet de ce qu’elle avait appris être nommé « bus » chez les Moldus, Addison regretta d’avoir confié à Camminus Ford son idée de l’adapter chez les sorciers. Elle avait espéré que des experts de son département transformeraient la version moldue en un magnifique carrosse volant qui l’aurait réconfortée avec les transports magiques.

Elle se leva et s’efforça de garder la tête haute. Le scandale qui l’entourait était encore trop présent à l’esprit de nombre d’entre eux, mais elle devait en faire abstraction. Elle parcourut l’assemblée des yeux, croisant le visage froid et hermétique de Phineas, prenant un peu d’assurance dans l’attitude chaleureuse de son oncle, Lord Gamp, et évitant le captivant regard émeraude du ministre à qui elle n’avait jamais reparlé depuis leur rencontre accidentelle pendant l’été.

Addison exposa alors son observation avec un aplomb qu’elle ne ressentait pas.

— … Ainsi, je pense qu’un bus pourrait apporter beaucoup à notre société, conclut Addison. Il pourrait desservir tout Londres et ses alentours de manière bien plus sécuritaire que les moyens de transport actuels.

Un court silence suivit son explication, mais Addison n’eut pas le temps de guetter les réactions car un applaudissement sec retentit. Addison observa Phineas taper dans ses mains avec un scepticisme évident.

— Oh Miss Griffith. Voyons. Au fond, vous et moi savons pertinemment ce qui a motivé une idée aussi saugrenue, n’est-ce pas ?

Addison tremblait de rage. Comment Phineas osait-il reprendre ses mots pour l’humilier devant tout ce monde ?

— Messieurs, aucun de nous n’est ignorant de la situation de la famille Griffith et de leur lien étroit avec les Moldus. Il me semble — et je suis parfaitement assuré que vous en conviendrez — que cet objet grotesque ne serait pas un service à rendre à notre société. Nous sommes des sorciers, pas des Moldus ! Qu’est-ce que ce bousse pourrait nous apporter ? Nous avons la possibilité de nous déplacer de tant de manières bien plus efficaces…

— Mais pas sans risques ! le coupa Addison avec ferveur.

Phineas masqua habilement sa rage de s’être vu interrompre par une femme avant de réagir d’une voix ferme et méprisante.

— Miss Griffith, tout le monde ici a probablement eu l’effroyable expérience de croiser le visage de votre mère…

— Lord Black !

La voix grave avait résonné avec force, rappelant le jeune Lord à l’ordre et Phineas baissa un instant la tête en direction du ministre en signe d’excuses.

— Je voulais simplement dire par là que nous comprenons que miss Griffith ait pu être secouée par cet évènement malheureux, reprit Phineas d’un ton plus doux mais peu sincère. Pourtant nos moyens de transport ne peuvent être mis en cause. Un accident de transplanage dans une telle situation était hélas à prévoir. Après tout, il est maintenant de notoriété publique que la magie des Griffith semble avoir perdu en puissance.

Le masque de convenances d’Addison se brisa et elle ne put s’empêcher d’ouvrir la bouche, choquée par les mots de son ancien prétendant. Un brouhaha impressionnant envahit la salle. Addison put entendre quelques bribes de phrases — « C’est une honte au nom de sorciers ! », « … à force de fréquenter des Moldus… », « Cette idée n’a aucun sens » ou encore « Nous n’allons tout de même pas écouter une femme ! » — avant que le ministre ne ramène le calme d’une voix forte.

La parole fut rapidement rendue à Camminus Ford, qui, avec un sourire qui donna à Addison envie de vomir, mit fin à la réunion. Addison se dépêcha de sortir et quitta le ministère pour reprendre ses esprits en marchant dans la nuit noire jusqu’à la maison des parents de Mary, où elle s’installa à son aise avant de repenser au déroulé de la réunion. Addison eut un sourire rageur en coin. Si cette assemblée de vieux fous pensait l’avoir démotivée, ils se trompaient grandement car, bien au contraire, ils lui avaient lancé là un défi de taille et rien ne l’empêcherait de creuser cette idée.

Afin de faciliter sa plongée dans un état de méditation, elle se lança un des sortilèges favoris de la maison Serdaigle.

Cerebrum spéculos ! murmura-t-elle en pointant sa baguette sur sa tempe.

Addison ferma les yeux. Elle adorait cette sensation, cette impression que son cerveau était en ébullition et que ses neurones s’agitaient dans une frénésie parfaitement ordonnée. Lorsque les paupières d’Addison se relevèrent, elle savait parfaitement ce qu’elle devait faire.

Ainsi, plus tard dans la soirée et après avoir été informée par l’elfe de maison de son cousin du programme du jeune homme pour la soirée, Addison se retrouva face à une imposante porte décorée d’un corbeau aux ailes déployées marquant l’entrée du Night’s, club réservé à l’élite du monde sorcier. Elle prit une grande inspiration et entra. Elle chercha Hector des yeux en essayant de faire abstraction des regards qui pesaient sur elle. Le déshonneur qui entourait son nom ne lui interdisait pas de fréquenter ces lieux, mais sa présence — surtout si le récent incident au Magenmagot avait déjà fuité — avait de quoi faire jaser.

Addison aperçut la capricieuse chevelure châtain aisément reconnaissable de son cousin et s’avança. Hector Gamp discutait, un verre à la main, avec plusieurs de ses amis, mais Addison n’en avait cure. L’un des hommes se leva en la voyant s’approcher et Addison croisa un instant le regard émeraude qu’elle avait évité un peu plus tôt dans la journée. Dugald McPhail semblait éprouver un certain malaise face à elle, mais Addison, déstabilisée par sa réaction, préféra l’ignorer royalement et salua son cousin, qui se leva à son tour.

— Addison ! Comment vas-tu ?

— Très bien, mais j’aurais un service à te demander.

Hector la prit par l’épaule et l’éloigna doucement tout en lui demandant en quoi il pouvait lui être utile.

— J’ai besoin que tu m’apprennes à transplaner.

Si Hector avait encore eu une gorgée de whisky dans la bouche, il l’aurait probablement recrachée de stupeur. Il la dévisagea comme si elle était devenue folle, mais l’air résolu d’Addison ne laissait aucune place au doute. Après tout, comment pouvait-elle espérer déplacer un véhicule par la magie si elle ne savait pas le faire elle-même ?

L’apprentissage du transplanage fut encore plus éprouvant que ce qu’Addison aurait pu imaginer, mais, heureusement, Hector faisait preuve de beaucoup de patience et de douceur. En parallèle de cette dangereuse entreprise, Addison avait repris contact avec ses parents pour leur demander leur soutien et l’accès au Haras. Elle n’avait pas apprécié les voir abandonner le monde qui était le leur, mais il lui avait suffi d’un peu de recul pour comprendre ce qu’avait voulu lui dire son père.

— Nous n’abandonnons pas, Addy, lui avait dit Lord Griffith avant de partir, nous faisons le choix d’un autre mode de vie. Je regrette simplement d’avoir à le faire avant que tu n’aies trouvé ta place dans le monde. Ta mère sera plus heureuse, ses sortilèges de glamour seront suffisants pour cacher ses cicatrices aux yeux des Moldus. Et nous rejoindrons Alderan. Tu sais bien que notre monde ne l’aurait jamais accepté.

Ainsi, Addison passait beaucoup de temps dans les écuries du domaine où ses parents avaient élu résidence. Addison n’avait pas eu l’occasion de croiser son jeune frère, en études à Eton, mais elle passait beaucoup de son temps avec l’un des employés, Edgar Lampion, qui l’éclairait de sa connaissance du monde moldu et de ses expériences avec les chevaux.

Il n’était pas facile pour Addison de se lier avec un jeune homme avec qui elle ne pouvait se permettre de parler sincèrement. Vu les récentes accusations envers son père, elle ne pouvait risquer de laisser échapper la moindre information qui aurait permis à Edgar de deviner son secret. Addison restait une sorcière et cette amitié imprévue avec le jeune palefrenier la culpabilisait. [3] Elle chérissait cependant les moments passés à ses côtés, pendant lesquels elle avait beaucoup appris.

Elle avait notamment acquis, grâce à Edgar et à beaucoup de patience et de douceur, l’entière confiance d’un cheval qui n’était plus utilisé pour les courses. Malgré l’inquiétude d’Hector à l’idée de son plan fou, Addison avait réussi à habituer le cheval au transplanage, gagnant elle-même confiance dans l’exercice aux cotés de l’équidé. Après s’être contenté de déplacements de quelques centimètres, ils étaient maintenant à l’aise pour transplaner en tandem à plusieurs mètres de distance.

Les hôtes des Griffith lui avaient fait don d’un vieux fiacre abîmé et Addison s’était évertuée à le rénover avec l’aide de son amie Mary. L’attelage était maintenant beaucoup plus spacieux qu’il n’en avait l’air et pouvait accueillir près de dix personnes, mais il était surtout devenu très élégant et confortable grâce à Mary, dont les goûts étaient raffinés et à la dernière mode.

— On pourrait peut-être lui apporter un peu de couleur ? avait proposé Addison en observant l’armature noire et brillante.

— Sûrement pas ! s’était fermement opposé son amie. Et puis quoi encore ? Tu ne voudrais pas qu’on le peigne en violet non plus ?

Mary avait donc misé sur la sobriété en laissant l’objet en noir. Elle avait cependant gravé en lettres d’or « The Knight Bus », trouvant très drôle de donner un nom chevaleresque à l’objet qui avait aidé son amie à dominer sa peur des transports.

Elle avait également conseillé à Addison de le rendre invisible aux yeux des Moldus, qui ne seraient probablement pas à l’aise en voyant un bus apparaître au milieu de nulle part. La tâche n’avait pas été aisée, mais après quelques recherches et avec l’aide et l’expérience de Lord Griffith, ils avaient réussi.

La folle entreprise d’Addison avançait bien, mais elle était maintenant bloquée par un problème de taille : elle était incapable de faire transplaner un fiacre, un cheval et elle-même en même temps. Alors imaginer le déplacer avec dix personnes à l’intérieur et des bagages…

Mais, à défaut de voir son projet aboutir, Addison avait au moins pris une certaine aisance dans le transplanage. Et cette nouvelle capacité lui fut d’une aide non négligeable un matin où elle fut convoquée aux aurores pour un accident qui allait l’occuper toute la journée. Le Portoloin qu’avait réservé Magnus Spillover pour l’Australie l’avait emmené à bon port, mais on ne pouvait pas en dire autant de ses nombreux bagages, qui s’étaient répandus un peu partout autour de Londres et aux quatre coins du Kent.

Addison enchaîna les transplanages d’un lieu à l’autre pour prendre note des avancées de l’affaire et s’assurer que les membres de la Brigade de réparation des accidents de sorcellerie géraient la situation consciencieusement. Après avoir supervisé la réparation du toit d’une église endommagée par la chute d’un piano, récupéré une collection d’amulettes éparpillée sur la place du marché de Canterbury, participé à la traque d’un troupeau de vaches effrayées par l’apparition soudaine d’une série de livres hurlant leur contenu et décontaminé l’eau du bassin halieutique de Douvres au fond duquel trônait une magnifique pensine en marbre, Addison rentra enfin vers l’Atrium, épuisée de sa journée.

Ce dernier transplanage la secoua particulièrement et Addison s’avança d’un pas mal assuré, se maudissant d’avoir été aussi peu attentive à son corps. Avec ce qui était arrivé à sa mère, comment pouvait-elle être aussi négligente ? Alors qu’Addison essayait de faire abstraction de ses vertiges, une main ferme se serra sur son épaule, la maintenant en place et la ramenant à la réalité.

— Miss Griffith, allez-vous bien ?

Addison souffla avec difficultés puis hocha la tête.

— Vous ne devriez pas enchaîner ainsi les transplanages.

A ces mots, Addison leva des yeux furieux vers le visage séduisant du jeune ministre. Mais le sourire doux qui éclaira bientôt ses traits n’avait rien de moqueur.

— Ne considérez pas cela comme une insulte envers vous ou votre famille, lui assura McPhail. J’aurais fait la même réflexion à n’importe qui.

Addison se détendit, mais ne dit rien.

— Je me dirigeais justement vers votre Département. Me permettriez-vous de vous accompagner ? fit-il tout en tendant le bras vers l’avant pour l’inviter à avancer à ses côtés.

— Bien sûr, dit Addison, étonnée de la tournure des évènements.

— J’aimerais profiter de l’occasion pour vous dire que je suis désolé de ce qui vous est arrivé cet été. Bien que je ne puisse me permettre d’approuver les infractions de votre père, je dois admettre que j’admire son dévouement envers sa famille.

Addison s’arrêta net, interdite. Dugald émit un léger souffle amusé, passa sa main au creux de son dos et la poussa doucement pour la faire rentrer dans l’ascenseur ouvert. Addison se laissa guider et le dévisagea avec attention, cherchant à savoir si le sourire du ministre cachait quelque élément qui démentirait ses paroles, mais elle n’y discerna qu’une sincérité qui lui fit chaud au coeur. Personne jusqu’alors, à part son amie Mary et son cousin, ne lui avait fait part de son soutien quant à cette affaire.

Addison le remercia, légèrement embarrassée, mais ne relança pas la conversation, encore étonnée de ce qui venait de se produire. Peut-être ne devrait-elle pas en être si choquée pourtant… Après tout, le jeune ministre avait la réputation d’être un homme foncièrement juste et bienveillant. L’ancien Poufsouffle, qui était Préfet-en-Chef lorsqu’Addison était rentrée à Poudlard, était devenu ministre peu après avoir reçu son diplôme.

Dugald McPhail avait commencé sa carrière politique alors qu’il n’était encore qu’à l’école, utilisant son temps libre pour combattre l’émigration massive qui frappait particulièrement l’Ecosse à cette période. Les rapports entre le ministre de l’époque, Priscilla Dupont, et son homologue moldu, Lord Palmerston, étaient à la limite de l’hostilité. Dugald, préoccupé par le sort de sa région natale, avait donc lui-même pris en main les contacts avec Palmerston concernant l’émigration de la population sorcière écossaise. Les accords qui en avaient découlé avaient permis à de nombreux sorciers d’éviter de quitter leurs terres et aux quelques colons qui avaient envie de voir du pays d’être personnellement accueillis par le MACUSA pour s’installer dans les meilleures conditions possibles. La renommée de Dugald ainsi faite lui avait permis d’accéder aux plus hautes strates du ministère en un temps record.

Arrivés au Département des Transports Magiques, Camminus Ford reçut immédiatement le ministre et Addison ne put s’empêcher d’écouter attentivement leur discussion sur les avancées concernant les Portoloins. Ainsi, le service technique avait réussi à trouver le moyen d’étendre infiniment la capacité du Portoloin et, si les tests s’avéraient concluants, l’incident du jour serait l’un des derniers du genre. Addison sourit en réalisant que cet élément était peut-être la clé pour lui permettre d’avancer dans son projet.

— Miss Griffith !

La voix dure de Ford la prit un instant au dépourvu. Elle se faufila dans le bureau en hâte, s’efforçant de ne pas jeter le moindre coup d’oeil au ministre.

— Rangez donc ce dossier, voulez-vous !

Addison s’éloigna pour s’exécuter. Mais avant de le classer avec les autres, elle en fit discrètement une copie qu’elle fourra dans ses affaires. Elle quitta le Département peu après et tomba de nouveau sur McPhail qui sortait du bureau de Camminus Ford au même moment.

— J’ai cru remarquer votre intérêt pour les Portoloins, lui dit Dugald avec un sourire en coin.

— C’est mon travail de m’intéresser aux avancées techniques des transports magiques, rétorqua Addison.

— Evidemment, convint-t-il avec un certain amusement. Pourtant, je crois savoir reconnaître les signes lorsqu’une femme a une idée derrière la tête.

— Vraiment ? Serions-nous des créatures si banales et futiles qu’un homme puisse lire en nous comme dans un livre ouvert ?

— Loin de moi l’idée de vous qualifier ainsi, répondit-il avec un sourire sincère. Je crains que vous n’ayez passé trop de temps avec monsieur Ford, miss, si vous êtes à ce point prompt à déformer les paroles d’un homme.

Ils venaient d’arriver devant les ascenseurs. Tout en entrant à reculons dans la petite pièce exiguë qui l’emmènerait au huitième étage, Addison sourit sans quitter son interlocuteur des yeux.

— Ne vous inquiétez pas, monsieur le ministre, fit Addison d’un ton moqueur. Je ne suis pas en train de planifier mon déménagement à l’autre bout de le planète. Vous n’aurez donc pas à gérer mes affaires éparpillées aux quatre coins du monde.

— Merlin merci ! rit Dugald. Votre départ m’aurait peiné.

Les portes se refermèrent sur le sourire espiègle de Dugald McPhail. Et Addison sentit son coeur rater un battement.

End Notes:
Je m'amuse tellement à écrire sur cette période que je pense faire une série sur la famille Griffith et écrire une courte fic sur Dorothea puis sur Alderan.

Si je me décide, j'essaierai de poster le premier chapitre sur Dorothea en même temps que le troisième et dernier sur Addison.
Je n'en suis qu'à mon deuxième chapitre sur eux, mais Addison et Dugald vont me manquer je crois ^^
Chapitre 3 - Envol by Padfooot
Author's Notes:
Après "complaisance" et "ébauche", voici le troisième et dernier chapitre intitulé : Envol

Dans le cadre du concours, j'ai pris le niveau "hardcore" pour ce dernier chapitre, j'avais donc 7 contraintes à respecter (dont une créée spécialement pour Addison), numérotées dans le texte.
Le détail est mis en notes de fin de page pour éviter les spoiler.

Je précise pour rappel : le Magicobus anglais s'appelle le "Knight Bus", j'ai conservé ce nom dans mon texte pour rappeler le côté chevaleresque que JKR a donné à ce bus dans la version originale.

Je vous souhaite une bonne lecture ! :D

Addison caressait pensivement le pelage noir et luisant de l’animal alors que ses neurones s’agitaient incessamment sur le même sujet, sans résultat. L’idée d’utiliser la technologie du Portoloin s’avérait bien plus complexe que prévu et, après de longues semaines infructueuses, Addison commençait à douter de sa capacité à venir à bout de son projet.

Alors que ses réflexions se heurtaient sans cesse aux mêmes difficultés, la voix douce et familière d’Edgar la ramena à la réalité.

— Addison ? Ça ne va pas ?

— Si, très bien, mentit Addison qui ne pouvait se permettre de raconter le détail de ses pensées à son ami moldu.

Addison se surprit en entendant sa voix, légèrement plus rauque que d’habitude, et en ressentant un raclement désagréable dans sa gorge.

— Tu es sûre ? On… on dirait que tu as pleuré.

Addison fit un léger sourire rassurant. Non, elle n’avait pas pleuré. Et pourtant, maintenant qu’elle y pensait, elle ressentait quelques picotements dans les yeux. Sans réfléchir, elle les frotta du bout des doigts, inconsciente d’empirer la situation. Quelques instants après, la sécheresse dans sa gorge et les picotements avaient atteint une intensité plus que gênante.

— Addy, tu devrais rentrer… lui conseilla Edgar d’un ton préoccupé. On dirait que tu ne supportes pas d’être ici.

— Mais c’est insensé, je suis venue ici des centaines de fois, fit Addison d’une voix enrouée.

— Et bien, c’était une fois de trop. Allez, viens.

Edgar prit Addison par le bras et l’éloigna des écuries pour la confier aux soins de sa mère, Adenora.

Quelques minutes plus tard, les yeux enflés et rouges d’Addison ne portaient déjà, grâce aux talents de Lady Griffith, presque plus les marques de cette crise inattendue. Mais Addison broyait du noir. Cette allergie aux poils d’animaux représentait encore un obstacle de plus. Et à ce sujet, sa mère avait été claire : il n’était pas question qu’Addison retourne au contact des chevaux tant que des sortilèges de désensibilisation répétés ne lui permettraient pas de fréquenter les écuries sans risques. [5]

Afin de détourner les pensées mélancoliques de sa fille, Adenora l’avait impliquée dans la préparation d’un plat de lasagnes. [4] Malgré son rang, Lady Griffith s’était toujours plu à cuisiner elle-même. Lord Griffith les rejoignit peu après avec un gros carton dans les bras qu’il déposa au sol et, un éclair jaune plus tard, le carton tripla de volume.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Addison tout en déposant une dernière couche de bolognaise dans le plat.

— J’avais entreposé quelques affaires chez ton oncle avant de déménager. Mais vu que notre présence ici ne semble pas déranger, j’ai pensé qu’il était temps d’aller récupérer le reste de nos affaires.

Addison s’avança avec curiosité pour regarder les différentes babioles que son père venait de ramener. Elle caressa du regard une vieille photo de famille, sourit en reconnaissant une collection de grimoires sur la Théorie de la Métamorphose que son père chérissait particulièrement et eut un instant de mélancolie face au vase ébréché que Dorothea avait tenté de réparer après qu’Addison et Sirius l’aient fait tomber en jouant avec un peu trop d’entrain.

Essayant de ne pas s’apitoyer sur le manque créé par l’absence de sa soeur depuis son mariage avec Evrard Rosier, Addison continua son exploration pendant qu’Adenora apportait la dernière touche à leur plat.

Un ensemble de petites boites finement ouvragées attira l’attention d’Addison, mais, lorsqu’elle en ouvrit une pour voir ce qu’elle contenait, Addison la lâcha de stupeur. Elle se brisa sur le sol tandis qu’une créature se déployait devant elle, remplissant en quelques instants presque la totalité de l’espace de la cuisine. Addison observa avec un mélange de ravissement et d’effroi les écailles aux magnifiques reflets irisés, les gigantesques ailes partiellement déployées et l’oeil intelligent de la créature mi-dragon mi-oiseau qui parcourait les lieux avec intérêt. [2]

— Addy, passe-moi le plat de lasagnes !

Addison, trop abasourdie pour réfléchir, s’exécuta sous l’oeil attentif de l’Occamy dont les plumes frémirent en apercevant la nourriture. Les doigts de Dorian Griffith s’étaient crispés au fond de sa poche au moment même où la créature avait pointé le bout de son bec. Il était prêt. D’un sortilège d’attraction, il fit venir à lui une grande casserole et y jeta le contenu du plat. L’Occamy avide suivit immédiatement, rétractant ses grandes ailes et se tassant avec rapidité pour rentrer dans ce nouveau contenant alors que Dorian se dépêchait de recouvrir la casserole avec un couvercle et de le sceller d’un simple sortilège.

Dorian éclata d’un rire franc.

— Ah, cela faisait longtemps que je n’avais pas eu droit à un peu d’action ! fit-il avec un grand sourire tout en faisant un ample mouvement du poignet pour réparer les quelques dégâts causés par l’Occamy.

Addison souriait avec émerveillement. Pour elle, qui avait toujours rêvé d’aventures et de voyages, la présence de cette magnifique créature était un évènement extraordinaire. Adenora semblait être la seule à ne pas avoir apprécié l’apparition de l’Occamy et regardait avec déplaisir le plat vide que son mari tenait toujours.

— Père, que faisait cet Occamy dans cette boîte ?

— Cette boîte contenait des insectes pour la préparation de potions. Je ne sais pas comment cet Occamy s’est retrouvé chez ton oncle, mais il a dû flairer ce petit festin et changer d’habitat pour engloutir ma réserve. Je n’étais pas sûr qu’il soit aussi friand de viande cuite, mais il semblerait que votre bolognaise lui ait plu, dit Dorian avec amusement.

Adenora émit un grognement mécontent et se lança dans la préparation d’une soupe pendant qu’Addison aidait son père à ranger le reste du carton. Pendant le repas, plus frugal que prévu, la conversation s’orienta sur le projet d’Addison.

— Addy, je suis désolé, mais, même si tu arrives à le faire fonctionner, tu n’arriveras jamais à convaincre le Magenmagot. Et ton invention n’a aucun avenir s’ils ne l’approuvent pas.

— Elle aura au moins l’appui de mon frère, intervint Adenora.

— Quelque soit l’influence de Lord Gamp, elle ne sera pas suffisante pour aider Addison, la contredit Dorian. Pas sur ce sujet.

— Le ministre pourrait peut-être aussi se ranger du côté d’Addy. C’est un bon ami d’Hector.

Addison baissa les yeux, essayant de ne pas trahir la moindre émotion à l’évocation du ministre. Leur dernière conversation était toujours aussi présente dans son esprit et les quelques regards qu’ils avaient échangés depuis sans pouvoir se parler n’avaient pas aidé à taire cet émoi grandissant qui s’emparait d’elle à chaque fois que ses pensées se tournaient vers lui.

— McPhail dirige le ministère, pas le Magenmagot. Il n’a pas assez de poids pour convaincre toute une assemblée d’entêtés. L’origine moldue du bus n’est pas à l’avantage d’Addison et sa réputation et son sexe n’aident pas. Alors, à moins qu’un extrémiste du mouvement anti-moldus ne valide l’idée lui-même, personne n’en reconnaîtra les bienfaits !

— Dommage qu’on ne puisse plus compter sur Phineas… soupira Adenora en jetant une oeillade de reproche à sa fille.

Addison détourna le regard mais ne releva pas. Sa mère aurait besoin d’encore un peu de temps avant d’accepter l’idée que sa fille n’épouserait pas un héritier des Black, d’autant que le souvenir amer de leur dernier dîner ensemble ne s’effacerait pas facilement.

— Phineas n’est qu’un enfant, mais il aurait pu être utile, c’est vrai. D’autant que Lord Burke, Lord Rosier, Lord Croupton, Lord Selwyn et Lord Travers ne se laisseront pas plus convaincre.

— Mais Lord Rosier fait partie de la famille maintenant, fit remarquer Lady Griffith. Peut-être que…

— Famille qui ne nous laisse même plus avoir de contacts avec notre fille ! coupa Lord Griffith avec hargne. Non, ce n’est pas ce lien qui nous fera gagner l’approbation de Rosier.

Adenora soupira, à court d’idées, tandis qu’Addison se taisait, dépitée. A défaut d’une solution, les pensées d’Addison dérivèrent vers l’Occamy qui avait ranimé ses rêves d’évasion. Et le lendemain, Addison déposa au Département de la Régulation des Créatures Magiques une casserole à l’odeur de sauce tomate qui intrigua beaucoup les employés, avides de contempler cette splendide créature du Moyen-Orient. Addison n’attendit pas de savoir s’ils allaient se laisser tenter et prit la direction du Département des Transports Magiques pour reprendre ses dossiers en cours.

Au cours de la journée, Camminus Ford vint s’enquérir de son avancée et lui demanda de déposer une copie du dernier rapport sur les récents accidents répertoriés et de la faire parvenir à l’assistante du ministre dans les meilleurs délais.

Son homologue étant momentanément absente, Addison s’approcha pour déposer le document sur le bureau, mais sursauta en entendant une voix grave aux accents écossais la saluer.

Dugald McPhail s’avança vers elle et tendit le bras pour récupérer le document en question.

— Ah ! dit-il en voyant le titre sur le parchemin. Parfait. Vous en connaissez le contenu ?

Addison acquiesça avec un air entendu.

— Alors vous m’en ferez un résumé. Je n’ai pas le temps de tout lire et je dois être reparti dans moins d’une demi-heure. Entrez, fit Dugald McPhail avec un sourire tout en l'invitant d’un geste à le précéder dans la pièce.

Addison n’était encore jamais rentrée dans le bureau ministériel et ses yeux parcoururent les lieux avec curiosité : les tableaux des prédécesseurs de McPhail ornaient les murs recouverts de boiseries à la teinte chaleureuse, un magnifique bureau en poirier noirci au plateau à double moulure constituait l’élément principal de la pièce, un petit salon aux allures à la fois somptueuses et confortables occupait une majorité de l’espace restant et des étagères vitrées agrémentées de nombreux ornements et de poignées d’ivoire habillaient le mur de gauche.

Dugald l’observait avec un certain amusement. Il l’invita à s’asseoir devant son bureau et Addison s’exécuta avant de lui faire un résumé aussi rapide et exhaustif que possible.

Dugald l’avait écoutée attentivement, se frottant parfois le menton d’un air songeur. Les accidents récurrents induits par les transports semblaient lui causer un certain embarras. Addison ne doutait pas qu’il aurait pu être favorable à la mise en place du Knight Bus, mais elle grimaça en se rappelant que ce projet était maintenant caduque.

Addison se releva, prête à prendre congé, mais sa légère grimace n’avait pas dû passer inaperçue car Dugald l’arrêta d’un geste.

— Vous vouliez me dire autre chose ?

Addison le dévisagea et ouvrit la bouche avec hésitation.

— Non, ce n’est rien. Je ne veux pas abuser de votre temps.

Dugald se leva à son tour, passa devant elle et alla fermer la porte qu’il avait jusqu’alors laissé ouverte. Il se plaça face à Addison et l’invita à s’exprimer. Elle se lança alors dans ses explications, non sans un certain malaise. Elle avait déjà discuté du principe et des avantages du Knight Bus devant le Magenmagot et ne voulait pas retarder le ministre en lui redisant ce qu’il savait déjà. Elle se contenta donc de lui exposer qu’elle avait tout de même creusé l’idée qu’elle estimait valable et décrivit l’avancée de ses expérimentations.

Quelques coups sur la porte la coupa dans son récit et, sur invitation du ministre, son assistante entrouvrit la porte.

— Monsieur, le ministre, votre réunion commence dans cinq minutes.

— Bien, prévenez-les que je serai légèrement en retard.

Addison écarquilla les yeux, fixant avec étonnement le visage plaisant de son interlocuteur. A peine la porte fermée, elle se dépêcha de clore ses explications.

Lorsqu’elle eut terminé, Dugald lui adressa un sourire en coin.

— J’avais bien dit que vous aviez une idée derrière la tête.

Addison rosit devant ce rappel de leur dernière conversation et le sourire du ministre s’étira pleinement.

— Mais je n’ai aucune chance de faire accepter cette idée, fit remarquer Addison.

Dugald fit une légère grimace de dépit, confirmant les derniers mots d’Addison.

— Qu’attendez-vous de moi ?

— Que vous revendiquiez la paternité de cette idée.

Ce fut au tour de Dugald d’écarquiller les yeux. Il fit quelques pas en se frottant le menton avec force puis planta son regard dans celui d’Addison en secouant doucement la tête.

— Cette idée est bonne, miss Griffith ! Je refuse de vous en déposséder. Soyez patiente et battez-vous ! Ce projet est vôtre, il finira par porter ses fruits et vous pourrez alors montrer au monde que vous valez plus que ce que les derniers ragots laissent entrevoir.

— Je n’ai pas de temps à perdre à essayer de convaincre des personnes entêtées, répliqua Addison. Je pourrais me battre pendant des années, je pourrais attendre que Ford prenne sa retraite et espérer un successeur qui me soutienne, je pourrais perfectionner mon invention autant que possible, cela ne changerait rien. Je resterai toujours une femme qui prône des idées moldues alors que sa famille est en disgrâce pour les avoir fréquenté !

La fin du discours enflammé d’Addison laissa place au silence et Dugald la dévisagea avec intensité. Il s’était rapproché inconsciemment d’elle, victime du magnétisme qui le liait à la jeune femme depuis leur première rencontre.

— Vous faites preuve de beaucoup d’ardeur, commenta finalement le ministre pour reprendre un peu de contenance alors qu’il se reculait.

— Je vous choque ? demanda Addison d’un ton de défi.

— Vous m’impressionnez, corrigea Dugald.

Le silence se fit de nouveau quelques instants pendant que Dugald faisait les cent pas.

— Je vous aiderai si je le peux.

Un sourire illumina alors le visage enfiévré d’Addison.

— Je dois y aller, dit-il en regardant sa montre. Je vous tiendrai informée pour venir voir votre invention.

Leurs regards se croisèrent une dernière fois et le ministre s’éloigna, laissant Addison en proie à ses émotions. En entrant ici, elle n’avait pas le moins du monde prévu de parler du bus et voilà qu’elle avait offert son projet dans l’espoir qu’il voit le jour…

La missive du ministre lui proposant un créneau de visite arriva quelques jours plus tard alors qu’elle passait un moment avec son amie Mary. La lettre était courte et très civile, mais Mary la lui arracha des mains comme s’il s’agissait du dernier ragot à la mode.

— Ainsi, tu as vraiment réussi à obtenir le soutien de notre cher ministre ! Bravo, la railla Mary, amusée.

— Notre cher ministre ? N’exagère pas, Mary ! dit Addison avec fermeté.

— Oh pardon, devrais-je dire ton cher ministre ?

Addison lui donna une légère tape sur l’épaule et lui lança un regard sévère qui ne diminua aucunement le sourire espiègle qui animait le visage de son amie.

— Ta mère sera ravie…

Addison soupira, mais force fut de constater que la nouvelle fit effectivement le ravissement de sa mère. Et lorsque le jour de la visite arriva, Adenora était dans tous ses états.

Addison traversa les écuries avec Dugald McPhail pour lui présenter le fiacre. Elle montra le détail de ses recherches et expliqua son problème concernant l’utilisation de la méthode du Portoloin. Même si cette technologie lui permettait de faire voyager plusieurs personnes et leurs bagages, la difficulté résidait dans la puissance magique nécessaire pour pouvoir faire des bonds successifs avec une aussi lourde charge.

— Si j’arrive à convaincre le Magenmagot, nous pourrons demander aux employés de votre département de travailler la question. Je suis sûr qu’ils trouveront une solution, lui assura Dugald.

Une fois la présentation terminée, ils reprirent le chemin de la maison que les Griffith occupaient et qui se trouvait tout au bout de l’hippodrome, Dugald offrit à Addison son bras pour l’accompagner et elle accepta avec plaisir.

— Alors, Doug, que penses-tu de la nouvelle lubie d’Addy ?

Addison sursauta en entendant la voix de son cousin. Evidemment, il fallait que sa mère, trop excitée à l’idée de recevoir le ministre, en ait parlé à Hector ! Addison fronça les sourcils. Son cousin ne pouvait-il pas faire un effort pour éviter de la mettre dans l’embarras à chaque fois qu’ils se retrouvaient tous deux en présence du ministre ?

Gênée, Addison tenta d’ôter son bras de l’étreinte de Dugald, mais celui-ci la retint délicatement. Elle leva le regard sur lui, craignant d’y voir le reflet de son malaise, mais son air rieur prouvait, au contraire, qu’il appréciait les commentaires déplacés d’Hector.

— Je la trouve prometteuse. Serais-tu jaloux du succès de ta cousine, Hec ? le railla Dugald avec amusement.

— Au contraire, dit Hector en riant et en venant se placer de l’autre côté d’Addison pour passer son bras par dessus son épaule. J’en suis très fière.

Addison rosit et croisa le regard de Dugald. Ses yeux verts l’observaient avec adoration et les joues d’Addison prirent une teinte un peu plus soutenue. Hector lâcha un grognement moqueur qui lui valut un puissant coup de coude de la part de sa cousine. Hector la relâcha immédiatement et les deux hommes éclatèrent de rire. Addison essaya de se retenir par convenance, mais finit par sourire à son tour.

Dugald McPhail fut invité à boire un verre et Lord Griffith profita de sa présence pour discuter de politique. Lady Griffith, enchantée de l’ambiance agréable, essaya de prolonger l’invitation jusqu’au dîner, mais Dugald refusa poliment. Peu après, les deux jeunes hommes étaient prêts à prendre congé. Dugald s’inclina respectueusement puis quitta la pièce non sans un sourire pour Addison. Adenora brûlait de poser des questions à sa fille, mais Dorian l’arrêta du regard et Addison en fut soulagée. Elle n’était pas prête à partager la rêverie dans laquelle l’avait laissé le regard enflammé que lui avait jeté Dugald en revenant des écuries.

Un long mois après, le Magenmagot se réunissait de nouveau et Addison se demandait si Dugald avait réfléchi à un moyen d’aborder le sujet du bus. La réunion se prolongeait depuis déjà un certain temps, mais rien dans l’attitude du ministre ne laissait entendre qu’il allait en discuter ce jour.

Addison se désintéressa donc petit à petit et écouta d’une oreille distraite l’explication de McPhail sur un projet de loi récemment mis en place par le gouvernement moldu.

— Qu’en pensez-vous, Lord Gamp, vous qui, par l’expérience, êtes bon juge en matière de politique ?

— Il me semble évident que cet homme est un politicien habile et que son approche portera ses fruits.

Le ministre hocha la tête d’un air songeur.

— Alors peut-être devrais-je demander à monsieur Lawrence de creuser ce sujet… dit McPhail en se frottant le menton. Ah mais mon cher Lord Gamp, nous sommes tous deux en politique depuis trop longtemps et je ne serais pas contre un regard plus frais et novateur. Lord Black, je vous en prie, donnez-nous votre avis sur la question !

Phineas bomba le torse, fier de se voir demander son concours. L’orgueil perçait dans son regard sombre et Phineas en était tant aveuglé qu’il n’avait même pas remarqué l’incohérence du propos, le ministre étant lui-même trop jeune pour pouvoir utiliser cette excuse.

— Ma foi, Monsieur le ministre. Cette idée n’en sera que meilleure si nous l’exploitons. Si un simple Moldu peut en tirer quelque effet bénéfique, il me semble évident que tout sorcier pourrait pousser l’idée plus loin et avoir d’excellents résultats. D’autant plus pour un sorcier aussi qualifié que monsieur Lawrence.

— Lord Black, je suis impressionné par votre raisonnement. Ainsi, vous êtes d’avis qu’un sorcier compétent serait capable de tirer d’une idée moldue un réel bénéfice pour notre société ?

Addison se redressa vivement, soudain particulièrement attentive. Phineas acquiesça avidement, trop flatté par le ton du ministre pour réellement réfléchir au sens de ses paroles.

— Bien, bien. Ainsi, l’affaire est décidée. Monsieur Lawrence, je vous remettrai le rapport détaillé et vous nous tiendrez informé de ce qui peut être fait. Maintenant, messieurs, dit Dugald en parcourant rapidement des yeux le parchemin qu’il avait sous le nez, poursuivons l’ordre du jour. Ah ! Justement Lord Black, vous m’avez offert là une transition parfaite.

Phineas continuait à sourire, bien qu’un léger froncement de sourcils indiquait qu’il se demandait bien de quoi parlait McPhail.

— Mais avant cela… Lord Burke, j’ai cru comprendre que vous aviez eu un petit désagrément. Votre père s’est-il bien remis de son accident de cheminées ?

— Oh, il n’a pas eu d’accident, le détrompa le lord en question, dont la barbe grise attestait d’un âge assez avancé.

— J’aurais été mal informé alors, je pensais que c’était là la raison de votre léger retard à notre dernière assemblée.

— Non, monsieur. Simplement, mon père se fait bien vieux et je préfère m’assurer qu’il arrive bien à destination lorsqu’il utilise le réseau de cheminées. Le timing de ce déplacement était malheureux, mais rien de plus.

— Vous m’en voyez rassuré. Et ne vous inquiétez pas, personne ici ne vous a tenu rigueur de ce retard. D’ailleurs, je crois que nous pouvons tous comprendre. Lord Travers, vous faites vous-même face à quelques complications quant aux transports je crois, non ?

— Effectivement, Monsieur le ministre, répondit un homme brun au teint basané et au long nez fin. Avec cinq enfants, il n’est pas simple pour ma femme de déplacer tout ce beau monde et je dois souvent l’accompagner.

— Cinq enfants !? Il y a de quoi vous envier une si grande famille. Que sont les contraintes des transports à côté d’un tel bonheur ? fit le ministre avec un sourire.

Lord Travers afficha un rictus amusé, que d’autres personnes de l’assemblée reprirent également.

— A propos, Lord Rosier, je crois que votre héritier est en passe de devenir père à son tour, n’est-ce pas ?

Addison, qui observait avec attention le ministre manipuler doucement ces anti-moldus avérés, se crispa soudainement en apprenant que sa soeur était enceinte.

— Oui, nous espérons un jeune garçon, dit Lord Rosier, ravi d’avoir l’occasion d’annoncer la nouvelle à tout le Magengamot.

La nouvelle eut un certain succès et, après de chaleureuses félicitations, de franches poignées de main et même quelques embrassades, le ministre reprit la parole.

— Nous aimerions probablement tous continuer à discuter de ces agréables sujets que sont la famille, mais, hélas, l’heure tourne et je n’ai toujours pas abordé ce dernier sujet.

Les différents membres du Magenmagot reprirent place tranquillement et McPhail reprit la parole.

— Le dernier point à l’ordre du jour est un sujet que nous avons déjà abordé il y a quelques mois de cela. J’y ai repensé à de nombreuses reprises et je pense que ce serait une bonne chose de créer un service de transport au sein de Londres et de sa banlieue.

Un léger brouhaha commença à s’élever. Certains semblaient déjà avoir compris de quoi parlait McPhail ; le sujet du bus ayant fait pas mal de bruit la dernière fois, il n’était pas compliqué d'établir le rapprochement.

Addison déglutit, mal à l’aise. L’approche lente et calculée du ministre aurait pu porter ses fruits, mais cette réaction excessive du Magenmagot ne présageait rien de bon. Addison porta son attention sur Dugald, mais, à son grand étonnement, il n’avait pas l’air le moins du monde déstabilisé. Il ne força même pas les membres du Magenmagot à garder le calme et, bien au contraire, il laissa le murmure des conversations grandir.

— Vous ne parlez tout de même pas de ce moyen de transport moldu que Miss Griffith nous avait exposé la dernière fois ? s’exclama finalement un Lord dont la chevelure épaisse commençait à blanchir.

— Mais si ! répliqua McPhail avec un tel aplomb que le brouhaha s’éteignit soudainement.

— Monsieur le ministre, s’exclama Lord Black avant que McPhail n’ait pu enchaîner. Enfin, vous n'allez pas accorder du crédit à cette idée absurde !

— Rapportée par une femme qui plus est, ajouta Lord Selwyn.

— Miss Griffith nous a seulement fait part ce qui existait dans le monde moldu, expliqua McPhail d’une voix posée. Pour ma part, j’ai estimé que les Moldus avaient eu là une idée intéressante et j’ai jugé bon de la creuser. Et comme vous nous l’avez si bien dit tout à l’heure, Phineas, on peut tirer d’une idée moldue d’excellents résultats si un sorcier qualifié l’exploite. [**]

Un murmure s’éleva dans la salle. Addison écarquilla les yeux de stupeur. Dugald observait les réactions avec prestance et avec un flegme imperturbable. Phineas, lui, adoptait un air en apparence calme, mais il était évident qu’il bouillonnait de rage. Il ne pouvait intervenir sans se discréditer ou sans insulter les capacités du ministre et pourtant, il savait que le rappel de ces quelques mots malheureux avait assez de poids pour faire pencher la balance.

En effet, après cela, le reste de la négociation fut d’une simplicité déconcertante. Les lords Burke, Travers et Rosier furent obligés de reconnaître qu’un tel transport serait bénéfique dans le cas de leurs situations familiales. Les autres membres de l’assemblée, soit étant déjà convaincus par le passé, soit n’ayant plus personne pour les pousser à la résistance, se rangèrent rapidement à l’avis de McPhail. Le projet du Knight Bus fut donc validé par le Magenmagot et confié au Département des Transports Magiques.

A la fin de la réunion, la pièce se vida et Addison partit en compagnie de Janice Schreibt, assistante au Département de la Justice Magique, dont elle n’écoutait que distraitement la conversation. Elle remarqua que Phineas était resté en arrière, se retrouvant seul avec le ministre et, arrivée au bout du couloir, Addison prétexta avoir oublié un document et fit demi-tour, inquiète de l’échange entre les deux hommes.

— Je vous conseille d’en rester là, Phineas !

La voix de Dugald, menaçante, résonna en écho dans la vaste salle vide.

— Il n’en est pas question. Vous nous avez manipulés ! Et, en plus de cela, vous avez le culot de voler l’idée d’une jeune femme sans défense.

Addison s’efforça de ne pas souffler d’indignation. Comment Phineas osait-il l’utiliser pour ajouter à son argumentaire ?

— Vous avez, si mes sources sont bonnes, l’intention de devenir professeur à Poudlard, n’est-ce pas ?

Le ton de Dugald était posé, mais elle aurait juré y déceler l’irritation furieuse qu’avait dû causer les paroles de Phineas.

— Et ? rétorqua Phineas d’un ton impérieux. A ce que je sache, le ministre n’a pas à décider de qui est engagé à Poudlard.

— Non, mais il me serait facile d’émettre un avis… défavorable.

— C’est de l’abus de pouvoir ! rugit Phineas, hors de lui.

— Appelez ça comme vous voulez. Pour ma part, je préfère me dire qu’il est de mon devoir d’éviter aux nouvelles générations de recevoir l’éducation d’un esprit étriqué.


Ces quelques mots prononcés avec calme et aplomb furent firent place à un silence que seule la respiration saccadée et furieuse de Phineas venait rompre.

— Vous n’oseriez pas ! fit finalement la voix menaçante de Phineas.

— Contrairement à vous, Phineas, je n’éprouve aucun plaisir à m’abaisser à ce genre de manoeuvres. Mais insistez ne serait-ce qu’une fois et je n’hésiterai pas. [*]

Ces paroles furent suivis du bruissement d’une cape qui claque et de pas furieux et pressés de son porteur. Addison se dépêcha de se trouver un petit recoin pour que personne ne sache qu’elle avait entendu cette conversation.

Dès le lendemain, son invention fut transportée dans les locaux du Ministère et ses collègues se libérèrent du temps pour avancer sur le problème qui avait tant fait cogiter Addison. Après quelques semaines de réflexion, une solution avait été trouvée et un sortilège dérivé du fameux « Portus » avait vu le jour.

Hélas, les premiers essais ne se déroulèrent pas comme prévu et, lorsque l’incantation fut prononcée, une puissante déflagration fit trembler les murs et projeta aux quatre coins de la pièce les sorciers travaillant sur le projet. Addison, sonnée par le choc, ouvrit péniblement les yeux pour voir ce qui se passait autour d’elle, mais tout était noir. Une légère odeur de fumée venait chatouiller ses narines et des bruits étouffés lui parvenaient aux oreilles, mais ses yeux, eux, lui faisaient clairement défaut. Addison n’eut pas le temps de s’inquiéter davantage de sa cécité [2] car une douleur sourde dans sa tempe lui fit perdre connaissance.

Lorsqu’Addison s’éveilla, un blanc aveuglant la frappa. La clarté des murs de Ste Mangouste n’était pas la plus douce manière de recouvrer sa vue, mais elle est était bien trop soulagée pour s’en plaindre. Une fois habituée à la luminosité ambiante, Addison s’aperçut qu’elle n’était pas seule.

— Moi qui pensais que tu serais plus en sécurité au Ministère qu’à faire tes expériences dans ton coin…

Addison sourit en reconnaissant la voix de son cousin. Ce dernier lui tint compagnie jusqu’à ce qu’elle ait l’autorisation de sortir et alors, il la ramena chez elle.

— Au fait, Dugald est passé te voir, fit Hector en lui adressant un clin d’oeil.

Addison lui jeta un regard assassin et Hector se contenta de sourire avant de prendre congé.

Le lendemain, elle retourna au travail, retrouvant sans plaisir Camminus Ford qui l’accueillit avec aussi peu de chaleur que d’habitude. Suite à l’incident, certains de ses collègues avaient également atterri à Ste Mangouste, mais, comme elle, il ne devraient avoir aucune séquelle. En parallèle de cela, le projet n’avait pas été arrêté pour autant et la deuxième tentative de sortilège, légèrement adaptée, s’était avérée être un succès.

— Vous feriez mieux de vous dépêcher d’écrire un rapport d’avancement et d’aller en informer McPhail, grogna Ford. Si cela lui convient, la soirée d’inauguration aura lieu à la fin du mois.

Addison sentit son coeur manquer un battement. C’était stupide, car il était plus que probable qu’Addison n’aurait affaire qu’à sa secrétaire, comme à chaque fois depuis le jour où elle lui avait demandé de l’aide.

Une fois arrivée face à son homologue, celle-ci se leva immédiatement.

— Ah parfait, je crois que votre rapport est attendu avec impatience.

Elle lui fit signe d’attendre, alla frapper à la porte du ministre puis, après quelques mots qu’Addison n’entendit pas, elle lui fit signe d’entrer et referma la porte derrière elle.

Dugald fut prêt d’elle en quelques enjambées.

— Addison. Comment allez-vous ?

— Très bien, merci. Je voulais justement vous donner des nouvelles suite à l’incident d’hier, dit Addison en lui tendant le rapport. Une solution a été trouvée et…

Dugald lui arracha le dossier des mains et le posa sur le fauteuil à sa droite sans lâcher des yeux son interlocutrice.

— Je le lirai plus tard. Ce n’est pas ce qui m’importe, murmura Dugald avec une teinte d’amusement.

Il fit un pas pour se rapprocher d’elle et prit entre ses doigts une longue mèche brune et bouclée.

— J’étais inquiet, fit-t-il dans un souffle.

Addison sentit les battements de son coeur s’accélérer. Perdue dans ses iris verts, Addison frémit et son corps se tendit, la rapprochant presque inconsciemment de la carrure masculine de Dugald, dont les doigts experts quittèrent alors sa mèche de cheveux pour venir rencontrer la douceur de sa nuque. Encore innocente de ces plaisirs inconnus, Addison fut surprise par la chaleur qui l’envahit en sentant le souffle de leurs respirations saccadées s’attarder sur son visage. Ses lèvres s’entrouvrirent, témoin de son désir, et Dugald profita de l’invitation silencieuse.

Addison, exaltée, s’abandonna à son étreinte et Dugald, encouragé par la réaction de sa partenaire et emporté par le magnétisme qui les liait, porta une douce pression contre sa nuque pour l’attirer à elle et approfondir le baiser. [3] Mais, prenant soudain conscience de l’inconvenance de la situation, Dugald interrompit à regret le contact et se recula d’un pas, pantelant.

— Excusez-moi, souffla-t-il. Je n’aurais pas dû. Je…

Addison, encore entièrement à ses sensations, se contenta de secouer la tête fébrilement. Si elle écoutait les convenances, il est vrai qu’ils n’auraient pas dû, mais si elle écoutait les délicieuses sensations qu’expérimentaient son corps, alors qu’attendaient-ils pour recommencer ? Le frisson qui parcourut Addison fit part à Dugald de la direction de ses pensées et il esquissa un faible sourire avant de s’approcher de nouveau et de placer sa main au creux de sa nuque, encore chaude de leur dernière étreinte. Il approcha alors ses lèvres de son oreille et murmura :

— J’espère que vous me laisserez poursuivre en gentilhomme.

Il déposa un délicat baiser dans son cou et se recula en souriant. Addison le dévisagea dans un mélange d’étonnement et de joie. Avait-elle bien compris ce qu’il entendait par là ? Hélas, elle n’eut pas le temps de creuser la question car trois coups retentirent contre la porte.

Dugald se recula immédiatement, adoptant une attitude parfaitement neutre, et invita son assistante à entrer. Son emploi du temps chargé ne leur permit pas de poursuivre ce délicieux moment et Addison n’eut pas d’occasion de le revoir en tête à tête pendant un temps qui lui sembla infini. A défaut de pouvoir lui parler, la chaleur qui habitait son regard les quelques fois où ils se croisèrent lui permit de préserver ses souvenirs enflammés.

La soirée d’inauguration arriva finalement et Addison eut enfin l’occasion de retourner le voir puisque Ford avait demandé à Addison de s’assurer que tout serait prêt, le discours du ministre y compris. Profitant de l’occasion, Addison alla frapper à la porte de son bureau.

— Entrez !

Addison sourit en entendant la voix grave de Dugald.

— Bonjour monsieur le Ministre, dit Addison une fois à l’intérieur.

Dugald sourit et se leva immédiatement en reconnaissant son interlocutrice. Il vint fermer la porte derrière elle et s’y adossa avec un sourire audacieux.

— Quand comptez vous arrêter de m’appeler ainsi ? 

— Probablement le jour où je ne travaillerai plus pour vous, répondit Addison d’un ton mi-amusé, mi-insolent.

— Alors cela tombe bien !

— Vraiment ? Comptez vous me licencier ? s’enquit Addison en riant.

— J’imaginais plutôt ne pas reconduire mon mandat.

Addison le dévisagea avec étonnement.

— Je ne voudrais tout de même pas causer un nouveau scandale en demandant en mariage l’une de mes employées.

— Vous semblez bien sûr de vous, railla Addison avec un sourire en coin. Imaginez que cette femme vous refuse sa main, vous auriez abandonné un poste prestigieux pour rien. A moins que vous ne pensiez qu’elle soit en détresse et que l’idée de se marier serait pour elle une opportunité en or…
 
— Je n’ai ni la prétention de correspondre à ce que vous désignez comme une telle opportunité, ni celle d’être assuré que ma proposition sera acceptée. Sachez cependant qu’à mes yeux, la demoiselle est si pleine de ressources que je ne la qualifierais certainement pas de demoiselle en détresse, conclut Dugald avec douceur, en lui caressant une mèche de cheveux.

La teinte rosée qu’avait pris ses joues suite à ce dernier échange ne la quitta pas jusqu’au soir pour lequel Addison avait décidé de ressortir la robe de soie vert pâle qu’elle avait portée lorsque l’idée du bus était entrée dans sa vie, il y avait tout juste un an.

L’évènement fut une réussite et se déroula sans le moindre problème. Le Knight Bus avait transporté pour la première fois des passagers et, malgré les nausées ressenties par l’un des usagers, l’accueil de ce nouveau moyen de transport avait été enthousiaste. Phineas avait observé la présentation avec un air renfrogné qui avait arraché à Addison un sourire. Hector avait enlacé sa cousine avec fierté, lui murmurant ses félicitations avec un tel engouement qu’il était évident qu’il n’était pas dupe de la future union de sa cousine. Dugald s’était appliqué à l’intégrer dans la plupart des discussions, rappelant à quiconque voulait l’entendre que, sans l’exposé d’Addison sur le bus des Moldus, ils n’auraient jamais eu la possibilité de se vanter d’un nouveau transport plus sécuritaire. A défaut de pouvoir lui rendre la paternité de son projet — au risque de vexer le Magenmagot —, Dugald avait partagé son succès autant qu’il l’avait pu.

Addison appréciait l’attention, mais elle n’avait pas besoin d’être au coeur de ce succès. Elle se satisfaisait de l’aboutissement de son invention. Le véhicule dessiné avec Mary avait été conservé tel quel, mais l’idée d’utiliser un cheval avait finalement été écartée car l’utilisation du Portoloin était plus traumatisante pour l’animal que le transplanage. A défaut d’être tracté, le bus nécessitait la présence d’un cocher qui avait pour rôle de faire tourner les roues à l’aide de sa magie. En effet, le mouvement du véhicule était nécéssaire pour produire l’énergie magique qui rechargeait le sortilège conçu par ses collègues et permettre ainsi d’effectuer un nouveau déplacement. Addison estimait le travail de ce cocher éreintant et espérait que des recherches postérieures sur le bus en faciliteraient l’utilisation.

Mais Addison suivrait cette évolution de loin car elle avait pris une décision en quittant le bureau du ministre et avait posé sa démission dans la foulée. Le mandat de Dugald McPhail touchait à sa fin et Addison espérait qu’ils partiraient découvrir le monde.

— L’Inde, peut-être, se dit Addison en se rappelant les sublimes couleurs de l’Occamy qui lui avaient rappelé ses rêves d'évasion.

Addison s’était éloignée de la foule et regardait par la fenêtre en rêvassant. La luminosité de la ville de Londres l’empêchait de bien discerner les étoiles, mais elle pouvait sans mal apercevoir l’une des plus brillantes. Sirius était éclatante ce soir et Addison l’observait en souriant : malgré les difficultés des derniers mois, Addison croyait en sa bonne étoile.

— Félicitations.

Addison se retourna, sursautant de stupeur au son de cette voix. L’apparence de cette femme lui était inconnue et pourtant, Addison sentit son coeur se gonfler de joie en la voyant. La femme aux cheveux blonds foncés posa un doigt sur ses lèvres fines, lui intimant le silence.

— Je voulais juste t’apercevoir une fois. Je ne peux pas rester.

Ce murmure teinté d’angoisse lui fit l’effet d’une pierre au fond de la poitrine. Pourquoi utiliser son précieux don pour venir la voir incognito ? Addison voulut la prendre dans ses bras, mais la femme recula avec un petit sourire qu’elle voulait rassurant et s’éclipsa sous le regard douloureux de sa soeur.

End Notes:
Et voilà ! Maintenant qu'Addison est venue à bout de ce projet fou, elle peut enfin se dédier à ses rêves de jeunesse et voyager.

J'espère que la longueur de ce dernier chapitre ne vous a pas trop dérangé et que cette histoire vous a plu.

N'hésitez pas à me laisser un petit commentaire pour me dire ce que vous en avez pensé ;)



Voici les contraintes que j'avais à respecter :
> Mon personnage devient aveugle momentanément [1]

> Mon personnage fait face à un Occamy [2]

> Mon personnage échange un baiser passionné [3]

> Mon personnage cuisine des lasagnes [4]

> Mon personnage fait une allergie due à ses expérimentations et cela contrarie ses plans [5]

> Je ne peux pas utiliser le mot « baguette ».

> Phineas et le ministre ont un argument violent à propos du projet d'Addy [*]

Pour info, à la base, ma contrainte perso était différente, mais j'avais déjà prévu de le faire, j'ai donc eu le droit à une contrainte de remplacement. Voici la contrainte initiale :

> Phineas aide indirectement Addy à atteindre ses objectifs [**]



J'avais de quoi faire niveau contraintes, mais c'était amusant !
Merci encore aux organisatrices pour ce concours sans lequel je n'aurais jamais pensé à créer tous ces personnages. ♥



Crédits :

> L'univers appartient à JKR

> Les personnages Phineas Black ainsi que ses frères et soeurs, Eupraxia Mole et Ursula Flint appartiennent à JKR

> Le personnage de Dugald McPhail appartient également à JKR. Je me suis permis de l'étoffer. C'est un Poufsouffle aux origines écossaises, ministre entre 1858 et 1865, à l'origine du Magicobus en 1865. Le reste a été imaginé à mon bon vouloir ^^

> Les noms de famille Rosier, Gamp, Travers, Burke, Croupton et Selwyn appartiennent à JKR.

> L'arbre généalogique des Black a servi d'inspiration.
D'ailleurs si vous êtes motivé, je vous lance un petit défi : celui de reconnaître les trois liens (plus ou moins faciles ^^ - cinq même en fait, la review de Juliette m'a rappelé que j'en avais ajouté 2 à ce chapitre ^^) entre cette histoire et l'arbre généalogique des Black ;)

PS : Je fais ces crédits à la fin de l'histoire et non au début car je ne voulais pas vous donner l'idée d'aller vous renseigner sur Dugald McPhail avant que l'histoire ne soit terminée ;)


Et si ça vous intéresse, je vous dis à bientôt pour les aventures de Dorothea
Cette histoire est archivée sur http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=38472