Le collier de Néfertiti by Catie
Summary:

alicexz sur deviantart

 

Alors qu'il est en Egypte, Bill est envoyé fouiller un tombeau qui se révèle être celui de la célèbre Néfertiti. Il y est attaqué par un mystérieux inconnu, qui s'envole avec un objet précieux... et très dangereux.

Mais ça, il ne le découvrira que plus tard, une fois à Londres, alors qu'il travaille avec la fascinante Fleur Delacour.

Leur enquête se transforme vite en course contre la montre, pour empêcher Voldemort de commettre un acte terrible...

 

Echange de Noël 2021 - Cadeau pour CacheCoeur ♥


Categories: Résistance, Bleur (Bill/Fleur) Characters: Bill Weasley, Fleur Delacour
Genres: Aventure/Action, Polar/enquête, Romance/Amour
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 12 Completed: Oui Word count: 29338 Read: 1580 Published: 21/02/2022 Updated: 11/06/2022

1. Chapitre 1 - 20 mai 1995 by Catie

2. Chapitre 2 - 24 juin 1995 by Catie

3. Chapitre 3 - 15 juillet 1995 by Catie

4. Chapitre 4 - 23 juillet 1995 by Catie

5. Chapitre 5 - 28 juillet 1995 by Catie

6. Chapitre 6 - 3 août 1995 by Catie

7. Chapitre 7 - 8 août 1995 by Catie

8. Chapitre 8 - 12 août 1995 by Catie

9. Chapitre 9 - 16 août 1995 by Catie

10. Chapitre 10 - 22 août 1995 by Catie

11. Chapitre 11 - 22 août 1995 by Catie

12. Chapitre 12 - 2 septembre 1995 by Catie

Chapitre 1 - 20 mai 1995 by Catie
Author's Notes:

Hello tout le monde !

J'ai mis du temps à me motiver, mais voici enfin ma fic cadeau pour CacheCoeur, écrite dans le cadre de l'échange de Noël 2021 ! Sa fiche m'a énormément inspirée et m'a fait beaucoup sortir de ma zone de confort, je n'ai jamais écrit sur Bill et Fleur auparavant, ou alors de manière vraiment anecdotique. Du couuuup c'était le stress mais ça lui a plu, donc ça ne doit pas être si raté que ça :mg: Je me suis un peu emballée (comme toujours) du coup c'est assez long, mais tout est écrit et je posterai régulièrement ! J'espère que cette histoire mêlant romance, enquête et action vous plaira, n'oubliez pas de laisser un petit commentaire pour me dire ce que vous en pensez. Et bonne lecture !

 

— Je ne comprends pas la nature de votre demande, finit par dire Bill avec prudence.

Travailler pour Gringott’s depuis de nombreuses années lui avait appris qu’un unique mot de travers pouvait créer un conflit d’envergure, et il prenait toujours bien des pincettes pour s’adresser à ses employeurs. Le gobelin qui lui faisait face, Tyzenk, leva sur lui un regard un peu agacé, mais dépourvu de colère, ce qui était tout de même bon signe.

— Et moi je ne comprends pas la nature de votre incompréhension, répliqua-t-il d’un ton sec.

— Le tombeau de Toutankhamon a déjà été exploré de long en large, par nous comme par les Moldus, je ne suis pas persuadé…

— Nous avons reçu de nouvelles informations, le coupa Tyzenk, concernant une pièce annexe n’ayant pas encore été découverte.

— Par qui ?

— Ce ne sont pas vos affaires, jeune homme. Faites donc votre travail. S’il y a des trésors cachés dans cette chambre funéraire inconnue, la banque en ressortira gagnante, et vous aussi par la même occasion, grâce au pourcentage que nous vous offrons.

— Et s’il n’y a rien ?

— Il n’y a que vous qui pourrez nous le dire.

Le gobelin lui adressa un sourire froid qui provoqua des frissons dans le dos de Bill. Il n’insista pas et quitta le bureau de son supérieur. C’était Tyzenk qui lui donnait ses ordres de mission depuis qu’il avait rejoint la banque cinq ans plus tôt, mais il ne s’habituait toujours pas à ses manières. Il y avait quelque chose chez lui de différent des autres gobelins. Une froideur dans les yeux qui était loin de le rassurer.

Malgré son mauvais pressentiment, Bill n’avait pas d’autre choix que de partir en expédition. Il examina d’un œil circonspect la carte qu’on lui avait dessinée, avec l’emplacement potentiel de cette soi-disant chambre inconnue. Il lui semblait improbable que les chercheurs de l’époque n’aient pas détecté cet endroit, mais après tout, leurs techniques de recherches devaient être différentes. Aujourd’hui, avec les nouveaux sortilèges développés, peut-être que… Il haussa les épaules. Après tout, ce n’était pas à lui de réfléchir. Il avait des ordres, il se devait de les exécuter.

Une vingtaine de minutes plus tard, Bill était en route, sa baguette dans la poche et son sac à dos sur l’épaule. A chacune de ses expéditions, il transportait antidotes et potions, un réflexe de survie qu’on leur apprenait dès le début de leur apprentissage en tant que Briseurs de sorts. Enveloppé d’une cape d’invisibilité en fin de vie qui commençait à devenir opaque, il transplana près de l’entrée du tombeau.

La plupart de leurs expéditions avaient lieu à la nuit tombée, surtout dans ce genre d’endroits réputés. Ils ne devaient pas croiser de Moldus. La Vallée des rois était dépourvue de touristes, une vue pour le moins étrange. Réprimant les frissons qui couraient de nouveau dans son dos, Bill se dirigea vers l’entrée du tombeau. De sa baguette, il fit sauter les verrous posés là par les Moldus, puis referma derrière lui, plus silencieux qu’une ombre.

Il était déjà venu plusieurs fois ici, lors de sa formation, en binôme avec un Briseur de sorts confirmé. Le tombeau de Toutankhamon était une de leur base d’exercice. Une manière de les mettre en conditions réelles en toute sécurité, car il avait été maintes fois exploré et ils en connaissaient les moindres recoins.

Bill dévala les seize marches de l’escalier, puis passa la première porte et remonta le couloir jusqu’à l’antichambre. Cela faisait quelques temps qu’il n’était pas venu ici, mais il se souvenait comme si c’était hier de ces murs blanchis à la chaux, nus et sans décorations. La dernière fois, il y avait eu encore des centaines et des centaines de pièces, entassées pêle-mêle, des meubles, des objets précieux, des chars, des sièges, des tuniques, des armes, des vases, des miroirs, des sistres, tant de choses qu’il en avait eu le tournis. Aujourd’hui, tout était sous verre, protégé des touristes trop curieux. Cela le rendit un peu triste.

Il tourna son regard vers la gauche, brièvement, sans s’y attarder, comme pour s’assurer qu’il se souvenait bien de tout. Il y avait une annexe là-bas, une petite pièce qui contenait des paniers, des jarres à vin et de la vaisselle. Ce n’était pas ce qui l’intéressait ce soir.

Prudent, Bill se défit de sa cape d’invisibilité défectueuse, qu’il n’utilisait que par principe, et la fourra dans son sac à dos. Il sortit sa baguette, et s’avança à pas lents vers la porte au fond du mur droit. Elle donnait sur la chambre funéraire. Ici aussi, tout était familier. Les murs enduits de plâtre jaune, les scènes peintes représentant le livre des morts qui décrivait le voyage de la mort à la résurrection divine, les objets divers qui encombraient la pièce. Et bien sûr, le sarcophage en son centre. Jusque-là, rien d’anormal.

Pourtant, Bill retenait son souffle. Il était toujours persuadé que quelque chose ne tournait pas rond, sans réussir à mettre le doigt dessus. Il sortit le plan qu’il avait emmené, examinant attentivement l’endroit où était censée se trouver cette pièce cachée. A l’est de la chambre mortuaire.

Dubitatif, il s’approcha pourtant du mur orné de la scène du cortège funèbre. Douze dignitaires, le front ceint de bandeaux blancs de deuil, tirant par la main le catafalque de Toutankhamon. Du bout de sa baguette, il éclaira chaque centimètre carré du mur. Il n’avait jamais particulièrement accordé son attention à cet endroit de la pièce, mais il ne pensait pas que…

Son souffle se bloqua dans sa gorge.

Des traces linéaires. Et des fissures. Il n’y avait aucun doute, une porte était dissimulée ici.

— Alohomora, murmura Bill.

Durant un court instant, rien ne se produisit. Puis le mur se mit à bouger. Le grondement caractéristique de la pierre frottant contre la pierre s’éleva dans la chambre mortuaire, de la poussière se mit à tomber des fissures, et Bill contemplait le phénomène, oubliant presque de respirer. Quelques secondes plus tard, une ouverture s’était faite dans le mur. Et de l’autre côté, à la lueur de sa baguette, il discernait une autre chambre. Et un sarcophage.

— Par Merlin…

Et Bill fit alors quelque chose de très imprudent. Qu’il ne faisait jamais. Fasciné, il entra dans la chambre funéraire qu’il venait de découvrir sans jeter le moindre sortilège d’exploration. Il était trop hypnotisé par le cercueil qui s’élevait face à lui. Quelle dépouille renfermait-il ?

Heureusement pour lui – ou malheureusement, selon les points de vue – quelqu’un d’autre était déjà entré avant lui. Quelqu’un qui avait désactivé la plupart des pièges mortels ; et qui était toujours présent.

— Stupéfix !

Le Briseur de sorts fut sauvé par ses réflexes. Il plongea au sol une fraction de seconde avant de se faire atteindre par le sortilège. Son menton heurta le sol poussiéreux avec violence et un goût de sang se  répandit dans sa bouche. Il se retourna, baguette levée, prêt à affronter son assaillant, mais celui-ci s’enfuyait. Il n’eut le temps de voir qu’un bras blanc, orné d’une longue cicatrice boursoufflée, avant que l’intrus ne détale sans demander son reste, le visage dissimulé par un capuchon noir.

Bill se redressa sur les coudes en jurant contre sa stupidité. Il avait été idiot ! Ne même pas lancer les sortilèges de protection basique, ne même pas s’enquérir de son environnement, c’était une erreur de débutant. Enervé contre lui-même, il se redressa et jeta un coup d’œil prudent autour de lui. Jusqu’ici, pas d’Inferi, ni malédiction, ni squelette ambulant, il ne s’en sortait pas trop mal. Il supposait qu’il devait, en un sens, la vie à celui qui avait tenté de le stupéfixer. Les sorciers égyptiens faisaient toujours preuve de beaucoup d’imagination, dans leurs pièges, mais ils ne semblaient pas avoir été très inventifs sur cette pièce. D’après ce qu’il parvenait à détecter, il ne voyait que des restes de sorts rudimentaires. Des paralysants, principalement, rien de bien grave, et qui avaient été désactivés par l’intrus.

— Mais qui peut donc bien se trouver enterré ici, pour des protections aussi minimes, marmonna Bill.

Lentement, il fit le tour du sarcophage, bien plus prudent qu’auparavant. Soudain, il tomba sur une fresque qui le fit s’arrêter brutalement, sur le mur en face du cercueil majestueux. Un visage de femme, orné d’une haute couronne bleue caractéristique, avec un diadème d’or et un cobra sacré sur le front.

— Le tombeau perdu de Néfertiti, chuchota Bill, les yeux écarquillés, sans parvenir à y croire. Comment…

Un bruit au loin. Il se figea. Son assaillant qui revenait ? Un Moldu attiré par le bruit ?

Il n’avait pas le temps d’y réfléchir. Les mains tremblantes de cette découverte, Bill rassembla les objets susceptibles de l’intéresser. Il avait toujours eu l’impression dégoûtante d’être un pilleur de tombes, mais son métier l’exigeait. Il ne prenait que les artefacts qui avaient été créés par des gobelins. Une histoire de retour au juste propriétaire. Avec le temps, il avait appris à les repérer rapidement. Un glaive, un vase, une coupe en or, et plusieurs autres. Il fourra le tout dans son sac à dos, grâce à un sortilège d’Extension, puis il s’enveloppa de nouveau de la cape d’invisibilité minable et quitta la pièce. Quelqu’un remontait le couloir. Bill se hâta et referma le tombeau d’un geste de baguette. Maintenant qu’il savait ce qui se trouvait ici, ils allaient pouvoir envoyer des équipes d’exploration, mais il allait falloir être prudents, pour cacher ça aux Moldus. Peut-être qu’il pourrait demander à en faire partie.

Il retourna dans l’antichambre, prudemment, et tomba nez à nez avec un garde Moldu aux yeux plissés, qui balayait sa torche dans la pièce d’un regard suspicieux. Il l’évita en retenant son souffle, puis fit le chemin en sens inverse, le cœur battant la chamade.

Lorsqu’il retourna aux bureaux souterrains situés quelque part dans le centre-ville du Caire, Bill réfléchissait toujours à ce qu’il venait de voir. Comment les gobelins avaient-ils eu comme par hasard une information les menant au tombeau de Néfertiti, perdu depuis des années ? Qui était cet homme qui avait tenté de le stupéfixer ? Comment avait-il su où chercher et pourquoi ?

— Déjà de retour, Weasley ?

Tyzenk leva à peine les yeux de son parchemin, sur lequel il ne cessait de noter des colonnes de chiffres. La nuit allait bientôt s’achever, et l’heure de dormir se rapprochait, mais il paraissait aussi frais qu’au réveil.

— Vous ne devinerez jamais ce que j’ai découvert.

Le gobelin daigna à peine lui accorder un coup d’œil et fit un geste de main pour lui indiquer de poursuivre. Bill lui fit le compte-rendu de son expédition, et il fut plus que surpris de ne voir aucun étonnement dans les yeux de son supérieur. Il resta pourtant professionnel et factuel jusqu’au bout, taisant les questions qui le torturaient.

— Bien, dit Tyzenk lorsqu’il se tut. N’oubliez pas de faire un compte-rendu écrit, à remettre dès que possible. Nous enverrons une équipe de reconnaissance en exploration. Vos découvertes seront à remettre dès maintenant à l’emplacement B509.

Bill hocha le menton, et fit comme on lui demandait, réprimant sa curiosité. Il alla déposer les artefacts dans le coffre indiqué par Tyzenk, sous le regard attentif d’Astak.

— C’est tout ce qu’il y avait ? aboya presque le gobelin.

— Oui.

— Vous êtes sûr ?

— Affirmatif.

— Vous n’avez pas vu un collier avec une émeraude ?

— Non. Pourquoi ?

Astak ne daigna pas répondre à sa question et lui tendit un registre à signer. Fatigué par toute cette histoire, Bill obtempéra sans rechigner. Il rejoignit ensuite son petit appartement surchauffé, dans une des banlieues ouest du Caire et s’écroula sur son lit alors que le soleil pointait à l’horizon.

Il ne put s’endormir que plusieurs heures plus tard, épuisé, après que son cerveau ait repassé chaque scène en boucle, à la recherche de ce petit détail qui lui échappait. Il y avait décidément quelque chose de peu net dans cette histoire.

 

End Notes:

Merci pour votre lecture de ce premier chapitre, j'ai hâte de connaître vos premières impressions ! Et à très vite pour la suite !

Chapitre 2 - 24 juin 1995 by Catie
Author's Notes:

Quel succès fou, j'en suis époustouflée :mg: ->

Même s'il n'y a personne, voici le chapitre 2, très court, avec une première apparition de Fleur et d'un OC qui aura sa petite importance dans la suite ! Bonne lecture :)

 

C’était si étrange, de revenir à Poudlard.

Les mains au fond des poches, Bill regardait avec intérêt les portraits accrochés aux murs. Il ne se souvenait pas avoir jamais mis les pieds dans cette pièce, du temps de sa scolarité. Sept ans déjà… Le temps filait trop vite. Sa vie en Egypte était si chaotique et imprévisible qu’il ne voyait pas passer les années.

Sa mère s’était éloignée quelques minutes pour un échange poli avec Minerva McGonagall, le temps qu’Harry finisse de déjeuner. Il la voyait surveiller la porte de temps à autre, et cela lui arracha un sourire attendri. Elle se comportait comme une mère inquiète, et Harry devait sûrement en avoir besoin, aujourd’hui plus que tout autre jour.

La porte qui donnait sur la Grande Salle s’ouvrit soudain sur les deux premiers champions.

— Bonjour Bill, le salua Cédric avec chaleur. Tu es là pour Harry ?

— Avec ma mère, acquiesça l’ancien Gryffondor. Prêt pour ce soir ?

— On va dire que oui ! Je préfère ne pas y penser et profiter de mes parents pour le moment.

Cédric lui adressa un large sourire, une tape sur l’épaule, et gagna le fond de la pièce vers le couple Diggory. Ils avaient beaucoup échangé tous les deux, l’été précédent, lors de leur trajet jusqu’au Portoloin qui  les avaient emmenés au camping de la Coupe du Monde de Quidditch. Cédric avait été très curieux et lui avait posé tout un tas de questions sur son métier, qui lui paraissait être une perspective intéressante après ses études. D’après ce que Bill avait entendu, Cédric serait certainement un candidat de choix pour devenir un Briseur de sorts émérite.

Juste derrière Cédric entra une jeune femme blonde, que Bill ne connaissait que de nom. Fleur Delacour, la championne de Beauxbâtons, comme l’avait spécifié les journaux. Elle le salua d’un sourire auquel il répondit par automatisme. Puis il la suivit des yeux jusqu’à ce qu’elle rejoigne ses parents et sa petite sœur.

Fleur était belle, il n’y avait aucun doute là-dessus. Elle possédait ce charme qui aurait fait chavirer n’importe quel homme, hypnotisé par l’apparence envoûtante caractéristique des Vélanes. Mais ce n’était pas pour cette raison que Bill la regardait. Il avait été confronté à bien trop de créatures fantastiques durant ses aventures pour être fasciné par un sortilège aussi ancien, qui avantageait les Vélanes comme il leur portait préjudice.

Non, il avait été bouleversé  par ce qu’il avait vu dans ses yeux. Un mélange  de force, de douceur, de volonté, qu’il trouvait source d’inspiration.

C’était toujours la première chose qu’il examinait chez les gens, Bill. Les yeux. Le miroir de l’âme. Il n’avait jamais rien trouvé de plus vrai qu’un regard. Il pouvait souvent y lire ce que pensait vraiment l’autre, ce qu’il ressentait. On pouvait faire mentir un sourire, un geste, mais pas les yeux. Ils n’étaient que le reflet de la vérité.

Et ceux de Fleur étaient les plus fascinants qu’il ait pu voir depuis longtemps.

Il la regarda serrer sa petite sœur dans ses bras avec un amour débordant qui le toucha. Puis ses parents. Et elle se mit à parler en un français rapide dont il ne comprenait pas un mot, mais il était toujours hypnotisé par ses gestes, son sourire, sa voix. Tout son être respirait la joie, d’avoir ses proches près d’elle.

De temps en temps, elle lui jetait un coup d’œil, rapide, comme si elle ne voulait pas qu’il la voie. Leurs regards  s’accrochèrent, rien qu’un court instant, et elle rougit légèrement, comme prise sur le fait. Bill eut un sourire en coin et fit mine de s’intéresser de nouveau aux tableaux qui l’entourait. Elle était fascinante, oui. Sûrement courageuse, pour s’engager dans un Tournoi tel que celui-ci, et talentueuse. Mais elle avait dix-huit ans, elle était jeune, et sûrement habituée à ce que les hommes tombent à ses  pieds. Sans compter qu’elle était française, elle retournerait sûrement dans son pays une fois le Tournoi terminé, et il n’était pas du genre à avoir des amourettes éphémères  et sans conséquences.

Il avait vu quelque chose de vrai, dans ses yeux, oui, une belle personne, mais il ne pouvait pas apprendre à la connaître. Ça n’aurait pas été raisonnable.

Enfin, Harry poussa la porte, et sa mère quitta McGonagall pour les rejoindre.

Dans son dos, Bill sentait le regard fréquent  de Fleur. Mais il ne tourna plus une seule fois la tête vers elle. Il ne pouvait pas encourager cette attirance vouée à l’échec.

***

Il avait dit qu’il ne l’avait pas trouvé. Que quelqu’un était passé avant lui. Cela faisait déjà un mois qu’il gardait ce lourd secret, et il n’avait pas l’impression de faire un très bon menteur. Les yeux de Greyback paraissait toujours être collés à lui, suspicieux, méfiants.

Il lui avait dit qu’il s’en serait mieux sorti, avec une baguette. Encore un mensonge. Il dissimulait la sienne au même endroit qu’il avait caché le collier. Au creux d’un arbre, au cœur de la forêt, dans le chêne imposant qui se dressait au nord de la clairière à la cabane. Une cabane abandonnée, construite par des enfants Moldus des années auparavant, et que seule Jackson connaissait. Il n’y avait aucun risque que quelqu’un découvre ses trésors.

Pourtant, il n’osait pas y retourner trop souvent. A cause de ces yeux froids qui suivaient chacun de  ses gestes.

Mais Jackson tenait bon. Il ne lui dirait rien,  pas encore en tout cas. Avant, il voulait savoir pourquoi son congénère avait voulu se procurer ce joyau.

Sûrement un projet meurtrier et maléfique : mais quoi ? Et  pour quelle raison ?

Sans réponses, Jackson attendait le moment opportun. Paralysé par la peur.

 

End Notes:

Merci pour votre lecture, et n'oubliez pas que les reviews donnent toujours un immense sourire ! A très vite pour la suite !

Chapitre 3 - 15 juillet 1995 by Catie
Author's Notes:

Bon personne n'est là et j'ai publié le dernier chapitre y a un mois à cause de ma vie de dingue, mais je continue :mg: L'histoire est écrite, ce serait dommage qu'elle dorme sur mon ordi !

 

Les sourcils froncés, les yeux fixés sur son parchemin, Bill se posait une question existentielle. Y avait-il donc plus ennuyeux que ça ?

Il écrasa un bâillement et reposa le compte-rendu sur son bureau, sans l’achever. Il s’agissait d’une mission au Pérou, détaillée étape par étape, suivie des estimations de valeur de chaque pièce rapportée. Quel ennui. Il le signa tout de même, puis jeta la liasse de parchemins sur la pile de dossiers achevés, avant de s’emparer d’un nouveau rapport.

Depuis qu’il avait demandé un emploi de bureau deux semaines plus tôt, son quotidien se résumait ainsi. Il se surprenait souvent les yeux dans le vide, à réfléchir à ses aventures égyptiennes, ses explorations au sein des tombeaux poussiéreux, bien plus passionnantes que ses lectures ennuyeuses. Il regrettait d’avoir quitté son poste, mais il n’avait pas eu le choix. Au vu de la situation, Dumbledore et l’Ordre avaient besoin de lui en Angleterre.

Un coup sec fut frappé contre la porte de son bureau, restée ouverte. Bill releva la tête vers le gobelin qui venait le déranger dans sa tâche fastidieuse et qui était son chef de service.

— Bonjour Eekul, que puis-je faire pour toi ?

— J’ai une nouvelle mission pour toi, grommela le gobelin. Une nouvelle arrivante à former.

Il fit un geste  sec de la main pour faire signe à la personne qui attendait à l’extérieur d’entrer dans le bureau. Bill haussa des sourcils surpris en voyant se dessiner la silhouette de Fleur Delacour sur le pas de la porte.

— Elle est en stage ici pour l’été. Débrouille-toi comme tu veux, mais je ne veux pas qu’elle dérange les autres, compris ? Et ça ne te dispense pas de tes tâches quotidiennes.

— Compris, acquiesça Bill. Quelles sont ses missions exactement ?

Eekul le toisa d’un regard un peu méprisant, qui indiquait clairement qu’il avait des choses bien plus importantes à penser.

— Contente-toi de lui apprendre les bases. Peut-être bien qu’elle finira par te remplacer, histoire que tu retournes en Egypte. Tu nous étais bien plus utile sur le terrain, Weasley.

Cette remarque arracha à Bill une légère grimace. Le gobelin partit ensuite sans demander son reste, sans même un geste d’encouragement envers Fleur, qui restait sur le palier d’un air un peu gêné. Bill lui adressa un sourire qu’il espérait encourageant.

— Ils sont un peu bruts parfois, mais on finit par s’habituer.

Fleur eut une moue sceptique et elle ne s’avança dans le bureau que lorsque Bill  l’y invita d’un geste. Elle s’assit en face de lui, considérant d’un air circonspect les piles de dossiers qui l’entouraient.

— Que fais-tu ? demanda-t-elle.

— Je lis des rapports, les signe et les archive pour le service comptabilité. Je m’occupe aussi du rapatriement des bijoux et joyaux du monde entier, ce qui représente pas mal de paperasse. Ils doivent être mis sous scellés, le transport bien surveillé, tu vois le genre. C’est aussi à moi de les placer dans les chambres fortes selon les souhaits des familles, je descends une à deux fois par jour dans les coffres, à peu près. Rien de bien passionnant.

— Je vois.

Elle se tenait droite sur sa chaise, examinant tout son environnement sauf lui. La petite pièce étriquée, les piles de parchemin, le bois un peu éraflé du bureau, le couloir où passait de temps à autre un gobelin affairé à l’air crispé. C’était comme si elle évitait son regard, ce que Bill trouvait fort amusant.

— Je pensais que tu serais rentrée en France, après les récents  évènements.

Fleur tourna enfin ses yeux vers lui, et il eut un coup au cœur, face à son regard si expressif. Après leur brève rencontre quelques semaines plus tôt, il l’avait reléguée dans un coin sombre de son esprit, avait balayé son trouble d’un revers de main, mais d’un coup, tout lui revenait. Il avait été idiot, de  croire que ça n’avait été qu’un coup de cœur éphémère. La côtoyer tous les jours pendant deux mois n’allait pas être facile.

— Tu penses vraiment que je pouvais rentrer chez moi, après ce qui est arrivé à Cédric ?

Sa voix était calme, claire, limpide. Il y avait  de la douleur dans ses yeux, pour ce compagnon qu’elle avait côtoyé presque toute l’année, mais elle la contenait. Encore une fois, Bill ne pouvait qu’admirer sa force. Il aimait ce paradoxe, chez elle. Cette puissance, cette solidité, que peu de personnes devaient voir, aveuglés qu’ils étaient par sa beauté hors du commun.

— Beaucoup l’auraient fait, finit par dire Bill d’une voix douce. Assister à tout ça n’a pas dû être facile.

— Non, admit Fleur, mais rentrer en France aurait été comme capituler. Et je ne suis pas du genre à fuir la queue entre les jambes. Je crois Harry, quand il dit que Tu-sais-qui est revenu, et je refuse de rester les bras croisés.

— C’est pour ça que tu es ici ?

— Officiellement, j’ai demandé ce stage pour perfectionner mon anglais.

— Qui est déjà plus qu’impeccable, si tu veux mon avis. La raison officieuse est donc que tu souhaites… Quoi ? T’opposer à Tu-sais-qui ?

— S’il le faut. Je ne sais pas ce qu’a été la première guerre, ici. Nous ne l’avons pas vécu, chez moi, et j’étais bien trop jeune à l’époque, mais mes parents m’en ont parlé. Ils ont été  marqués eux aussi, malgré tout, par les récits qui parvenaient jusqu’à nous. Comment est-ce que je pourrais rester les bras croisés alors que des gens que je connais souffrent ?

— C’est très courageux de ta part.

— C’est la seule chose que je puisse faire, répondit Fleur en relevant le menton avec une certaine fierté. Cédric est mort. Je l’appréciais beaucoup. Et je refuse de laisser les gens qui ont fait ça s’en sortir si facilement.

— Quitte à abandonner ta famille derrière toi ?

Son visage se voila d’une certaine tristesse, et Bill s’en voulut presque d’avoir évoqué le sujet, mais il était si avide de la comprendre.

— Ils vont beaucoup me manquer. Surtout ma petite sœur, Gabrielle. Mais je leur enverrai des lettres, j’essaierai d’aller les voir dès que possible. Je préfère qu’ils soient là-bas, en sécurité.

— Bien sûr.

Bill baissa la tête, traversé d’un pic d’angoisse. Qui savait ce qui allait se produire ? Avec Voldemort de retour, la menace qui planait au-dessus de leurs têtes était terrifiante. Qu’allait devenir sa famille ? Il aurait donné n’importe quoi pour pouvoir les mettre en sécurité, lui aussi.

— Et pourquoi venir ici ? demanda-t-il soudain après s’être éclairci la voix. A Gringott’s ? Tu voulais tant que ça travailler avec les gobelins ?

— Non, ça c’était pour la deuxième raison officieuse.

— Qui est ?

Fleur eut un sourire malicieux qui le fit chavirer, bien qu’il n’en montre rien. Lorsqu’elle souriait ainsi, ses yeux s’allumaient d’une lueur taquine qui le chamboulait. Il se noyait déjà bien trop dans ses yeux, pour quelqu’un qui s’était juré qu’il ne se passerait jamais rien entre eux, du fait de leur âge, de leurs zones géographiques, de la guerre en approche. Il se doutait déjà que résister serait futile, mais il luttait encore, dans sa tête. Il essayait de se persuader qu’elle ne lui plaisait pas tant que ça. Qu’elle était jeune, trop jeune pour lui.

— Je voulais te revoir, bien sûr.

Cette réponse, si simple, énoncée  sur un ton si évident, le fit rougir jusqu’à la racine des cheveux. Fleur parut satisfaite, et sans plus insister, elle se pencha sur le parchemin face à lui, lui demandant des explications.

Bill eut  toutes les peines du monde à se ressaisir. Il  répondit à sa question, mais ses pensées étaient ailleurs.

Distraitement, il se fit la réflexion que ses cheveux avaient un parfum d’amande.

***

Il y avait un nouveau venu aujourd’hui.

Un homme au teint pâle et fatigué, aux cheveux méchés de gris, avec des cernes sous les yeux.

Jackson ne lui avait pas encore parlé, mais il l’épiait de loin. Quelque chose chez le nouveau l’interpellait. Il regardait Greyback avec une intensité dérangeante, et Jackson n’arrivait pas encore à savoir si c’était de la dévotion ou de la haine.

Ils devenaient de plus en plus nombreux, à présent. Leur meute s’élevait à une quinzaine de compagnons, tous des fuyards, des hors-la-loi, des paumés. Greyback était le chef, il  les fédérait, les terrorisait, les surveillait sans cesse.

Et dans la forêt reposaient toujours la baguette interdite de Jackson et le collier volé dans le tombeau de Néfertiti. Il n’avait toujours pas eu l’occasion de l’examiner, ni même  de comprendre pourquoi Greyback le désirait.

Mais peut-être qu’avec le nouveau venu, l’attention allait peut-être enfin se détourner de lui. Jackson n’avait eu de cesse d’être épié depuis son arrivée, mais à présent, il n’était plus le dernier. Il était accepté, dépourvu de soupçons.

Et il allait pouvoir enfin tenter de percer ce mystère. Afin d’apaiser son cœur déchiré par les doutes.

 

Chapitre 4 - 23 juillet 1995 by Catie

 

Bill était profondément amusé par la scène qui se déroulait sous ses yeux, mais il essayait très fort de garder un visage le plus lisse possible. Il avait bien conscience qu’une ébauche de sourire n’allait faire que mettre le feu aux poudres.

En face de lui, avec des gestes exagérément lents et un débit de parole digne d’un Veracrasse au repos, Noah expliquait à Fleur les différentes étapes à respecter lors de l’acheminement d’un colis de pièces jusqu’à la chambre forte associée. La jeune femme ne disait mot, pour le moment, mais Bill sentait qu’elle fulminait qu’on s’adresse à elle comme à une demeurée.

— Et là, il faut que tu inscrives le nombre de pièces comptées. Le nombre exact ! Si tu as peur de ne pas t’en souvenir, compte à voix haute, ça aide.

Bill fit mine de s’éclaircir la gorge pour cacher son rire. Fleur avait la tête de quelqu’un qui n’allait pas tarder à assommer son interlocuteur, et il priait intérieurement pour la vie de Noah. Le pauvre imbécile n’avait pas l’air de comprendre que son discours était profondément misogyne et offensant pour l’intelligence de leur stagiaire.

— Ensuite, il faut bien fermer le sac, de manière hermétique. Si tu as un souci, n’hésite pas à demander de l’aide.

— Je sais très bien utiliser un sortilège de scellement, répliqua Fleur d’une voix sèche.

Bill ne voulait pas faire de pronostics, mais il sentait qu’elle était près d’exploser. Encore une ou deux remarques bien senties, et Noah allait s’en prendre plein la tête.

Et bien sûr, cela ne manqua pas. Quelques minutes plus tard, alors que le sorcier expliquait, avec de grands gestes et à voix très lente, comment ranger les différents sacs dans le caisson de transport, afin de ne faire qu’un voyage, Fleur lui coupa la parole, incapable de se retenir plus longtemps.

Ce fut avec une certaine satisfaction que Bill la regarda se déchaîner contre son collègue, qu’il n’appréciait pas beaucoup, au passage.

— Est-ce que pourriez arrêter de me prendre pour une idiote ?

— Comment ? Je ne…

— Vous me parlez comme si je ne comprenais pas un traître mot de ce vous dites, et cela est plus qu’agaçant !

— Oh, bredouilla Noah, gêné, je pensais que comme vous étiez française…

— Que je ne savais pas comment compter ? Elle est bonne, celle-là ! Vous, les hommes, vous n’êtes vraiment que des êtres bornés et aveugles ! Ce n’est pas parce que je suis française, ni même une femme, que je comprends moins bien comment faire un travail aussi simple ! Qu’est-ce qui vous a induit en erreur ? Mon accent ? Mes cheveux blonds ? Vous me prenez donc pour une imbécile ?

Bill devait avouer qu’il savourait tout à fait la scène. Noah paraissait se  ratatiner sous les critiques, balbutiant sans parvenir à placer un mot. Fleur le toisait avec un parfait mépris. Bill ne pouvait s’empêcher de l’admirer pour sa colère froide, sa passion qui allumait un feu en elle qui le fascinait. A première vue, Fleur avait tout d’une potiche, belle mais idiote, alors qu’elle était bien plus que ça, comme il avait pu le voir ces dix derniers jours. Elle n’avait pas peur d’élever la voix, de taper du poing sur la table si nécessaire, de se faire respecter lorsqu’il y avait besoin. Une battante, il n’y avait pas à douter. Et pleine d’esprit, pour ne rien gâcher.

— Avons-nous terminé ? demanda-t-elle avec une certaine hauteur.

— Et bien… euh… Oui ! finit par dire Noah, incapable de rassembler ses esprits. Je… Je vous laisse.

Il déguerpit sans demander son reste, et Bill s’autorisa enfin un franc sourire.

— Je peux savoir ce qui te fait rire ? demanda Fleur, avec un reste d’acidité dans la voix.

— Toi, répondit-il simplement. Tu es impressionnante quand tu te mets en colère.

— Il m’a prise pour une idiote ! s’insurgea-t-elle. Tu as vu comment il me parlait ?

— Oh oui, je n’attendais qu’une chose, c’était que tu le remettes à sa place.

Elle se figea et le regarda avec une certaine surprise. Elle s’était manifestement attendu à des remontrances, et l’étonnement se peignit sur son visage.

— Tu es d’accord ?

— Evidemment.

— Alors pourquoi n’es-tu pas intervenu ?

— Parce que tu n’as pas besoin d’un chevalier en armure sur son cheval blanc pour te défendre, tu y arrives très bien toute seule. La preuve.

Les joues de Fleur prirent une jolie teinte rosée qui le fit sourire.

— Bien, maintenant que tu as pu montrer à quel point tu en imposais… On va déjeuner ?

De nouveau, Fleur parut surprise. Puis gênée. Sans montrer quoi que ce soit, Bill se réprimanda intérieurement.  Il avait agi à l’instinct, sur le moment, mais il n’aurait pas dû faire cette proposition. Malgré son léger flirt, peut-être pensait-elle qu’il était inconvenant pour eux de se voir sur leur temps de pause, en-dehors du travail.

Depuis qu’elle était arrivée à Gringott’s une dizaine de jours plus tôt, Bill avait essayé de maintenir une distance cordiale entre eux. Il l’admirait, beaucoup, il fallait l’avouer, mais il ne pouvait encourager cette attirance qu’elle semblait avoir pour lui. Il était, d’un certain côté, son supérieur hiérarchique, son aîné, il n’aurait pas été correct de tenter quoi que ce soit, malgré ses tentatives à elle.

Mais il devait  avouer qu’elle l’attirait. Elle était vive, intelligente, pleine d’humour et courageuse. Comment ne pas tomber sous son charme ? Durant un court instant, il avait eu envie de balayer les convenances,  mais la gêne sur son visage lui fit faire machine arrière.

— Pardon, je ne voulais pas m’imposer, s’excusa-t-il. Nous pouvons nous retrouver après la pause déjeuner. Quatorze heures dans mon bureau ?

— Non ! protesta  Fleur. Enfin, je veux dire… Tu ne t’imposes pas. Et je serais ravie de déjeuner avec toi, mais… Je comptais rejoindre quelqu’un.

— Oh. Je vois.  Ma présence serait peut-être de trop.

— Pas du tout ! C’est juste que…

Elle eut une nouvelle hésitation, puis elle finit par hausser les épaules, d’un geste de royal dédain qu’il apprenait de plus en plus à apprécier. Malgré les apparences, Fleur se fichait pas mal des convenances.

— Tu verras ! Allons-y.

Intrigué, Bill la suivit jusqu’au hall d’entrée de la banque. Il se demandait si elle ne rejoignait pas un prétendant, et cette idée lui provoqua un pic de jalousie qu’il tenta de vite balayer. Si c’était le cas, elle ne l’aurait sûrement pas invité. Mais qu’est-ce qui pouvait autant la gêner ?

Intrigué, il la suivit hors du bâtiment blanc qui dominait le Chemin de Traverse, et remonta la rue, bondée en cette période estivale. Il s’attendait à chaque instant à la voir tourner dans une petite rue perpendiculaire pour gagner un des restaurants qui pullulaient dans le quartier, mais quelle ne fut pas sa surprise de la voir se diriger vers le Chaudron Baveur.

— J’adore l’endroit pour boire un verre, glissa-t-il, mais je ne te le recommanderai pas pour le déjeuner.

— Je ne mange pas ici, répondit Fleur, un peu embarrassée.

Elle accéléra le pas et Bill la suivit sans plus dire un mot, de plus en plus curieux. Ils débouchèrent sur le trottoir côté Moldu quelques minutes plus tard, et traversèrent la rue jusqu’à une petite brasserie avec une terrasse à moitié pleine.

Fleur salua le serveur avec une familiarité qui lui fit deviner qu’elle devait venir là assez souvent. Puis elle s’installa à une table pour quatre, ses yeux balayant la rue avec une certaine nervosité.

— Qui est-ce que tu attends ?  demanda Bill.

Elle se mordit la lèvre, avec un air un peu penaud que Bill ne lui avait jamais vu.

— Il vaudrait mieux que je t’explique avant qu’elle n’arrive, je suppose, soupira-t-elle.

— Tu me fais presque peur, plaisanta-t-il. On dirait que tu caches un secret d’Etat. Tu n’es pas un agent double à la solde de Tu-sais-qui, j’espère ?

Il avait dit cela sur le ton de l’humour, mais elle lui jeta un regard froid qui fit disparaître le sourire de son visage.

— Ce ne sont pas des choses sur lesquelles on peut plaisanter, dit-elle.

— C’est vrai, admit-il. Pardon. Que voulais-tu me dire ?

— Comme la compagnie n’est pas des plus amicales à Gringott’s, il a bien fallu que je me fasse des amis à l’extérieur, commença Fleur d’un ton encore un peu pincé.

— Je comprends. Les gobelins ne sont pas les personnes les plus prolixes qui soient.

— Et les sorciers qui y travaillent sont soit misogynes soit m’évitent comme la peste, ajouta-t-elle, en une pique bien sentie.

Bill décida d’ignorer cette petite attaque et lui sourit d’un air tranquille. Il avait eu ses raisons, pour agir ainsi. Et peut-être qu’il commettait une erreur, en venant ici, qu’il l’encourageait, mais il était fatigué de brimer ses envies. Fleur lui plaisait, il ne pouvait plus le nier, et les raisons qu’il accumulait depuis son arrivée pour s’empêcher de succomber à son charme lui paraissaient de plus en plus dérisoires. Il lui dirait peut-être, un jour, si elle était un jour intéressée d’entendre ses arguments.

— Côté sorcier, je n’arrêtais pas d’être interpellée. Soit pour mon rôle dans le Tournoi des Trois Sorciers, ce qui m’a fait maudire chaque journal vendu, et je ne pensais pas cela possible ; soit à cause de mon charme de Vélane.

C’était la première fois qu’elle mentionnait ses origines en présence de Bill, et il prit bien soin de garder un visage poli. Il ne voulait pas la mettre mal à l’aise en posant des questions indiscrètes ou en se comportant comme un abruti avec une remarque déplacée. Le silence était souvent la meilleure solution, dans ce genre de cas de figure.

— Ici, côté Moldus, je suis anonyme, et je peux plus facilement passer inaperçue. Ils ne voient pas la magie, ils ne me considèrent que comme une humaine ordinaire.

— Ce qui doit être reposant.

— Tu n’as pas idée d’à quel point, acquiesça Fleur, un air soulagé sur le visage. Beaucoup de monde pense que j’aime les  regards, être au centre de l’attention. Peut-être un peu, je ne vais pas le nier, mais ces derniers temps… C’est bien trop pesant. Je sais que je ne le connaissais pas beaucoup, mais la mort de Cédric m’a secouée, et je me découvre de plus en plus des envies de… solitude ?

— Tu n’as pas à te justifier sur tes venues ici, tu sais, tu fais ce que tu souhaites de ton temps libre. Et je comprends totalement que tu ne veuilles pas te faire accaparer par des inconnus à chaque fois que tu te promènes une glace à la main.

— Je sais, mais je tenais à t’expliquer. Durant l’un de mes moments ici, sur cette terrasse de café, j’ai rencontré Talia. Nous nous retrouvons souvent pour déjeuner. La voici, d’ailleurs !

Fleur fit un grand geste de main vers une jeune femme qui approchait, une petite brune aux formes rondes et au sourire plus éblouissant que ce soleil de juillet. Elle avait des lunettes rouges et débordait d’une énergie communicative.

— Fleur, désolée, je suis en retard ! Je vois que tu as amené de la compagnie aujourd’hui ?

Après avoir serré Fleur dans ses bras, Talia se tourna avec un regard interrogateur vers Bill. Elle lui serra la main qu’il lui tendait avec une force impressionnante pour quelqu’un d’aussi petit.

— Bill, se présenta-t-il avec un temps de retard. Fleur était justement en train de me raconter votre rencontre.

— Oh, je vois, vous travaillez à la banque avec elle ?

Bill hocha le menton sans trop se mouiller. Il ne voulait pas faire le rabat-joie, mais il allait sûrement devoir dire à Fleur de faire attention, auprès de cette nouvelle amie. Il était si facile de laisser échapper un mot ou deux devant les Moldus pouvant prêter à confusion, et en tant qu’employé de Gringott’s, le maintien du secret magique était primordial. La réputation de la banque dépendait un peu d’eux, d’une certaine façon, et il serait très certainement mal vu pour des employés, quels qu’ils soient, d’être condamnés pour une infraction, même minime. Et il fallait avouer qu’il n’avait lui-même pas vraiment le look d’un employé de banque, il espérait que Talia ne le lui fasse pas remarquer.

— Il y a autre chose également que je ne t’ai pas précisé, dit soudain Fleur, de nouveau un peu gênée.

— C’est-à-dire ? demanda poliment Bill, un peu surpris par le rouge qui était monté à ses joues.

— Talia est Cracmolle.

***

Jackson sursauta. Il se sentait épié.

Mal à l’aise, il se redressa et observa les sous-bois sombres qui l’entouraient. Il s’était éloigné, l’espace de quelques minutes, pour avoir un peu de solitude et d’intimité. La promiscuité au sein de la meute le mettait mal à l’aise.

— Pardon, je ne voulais pas te surprendre.

Une silhouette émergea des arbres, les mains levées en un signe de paix. Jackson se détendit légèrement. C’était le nouveau. Ce n’était pas lui qui allait le sermonner. Si Greyback voyait qu’ils étaient tous deux partis, en revanche… Il allait falloir inventer une excuse plausible. La chasse, sûrement, mais une infructueuse leur vaudrait une belle correction.

— Tu me suivais ? demanda Jackson, tout de même sur la défensive.

— Oui, admit le nouveau d’un ton franc. Je vois bien que tu ne cesses de m’observer depuis mon arrivée. On se connaît ?

— Non.

Son ton était ferme, froid, mais cela ne parut pas décourager l’autre. Il s’approcha encore un peu et lui tendit une main cordiale.

— Je m’appelle Remus.

Jack la considéra un long moment. Se laisser aller à un état de confiance était dangereux, ici. Il avait conscience que cela pouvait signer son arrêt de mort. Pourtant, il n’avait aucune envie de se défier de Remus. Il ne savait pas si c’était la calme puissance de son regard ou sa main qui ne tremblait pas.

Il finit par la saisir, après une longue hésitation.

— Jackson.

— Ravi de faire ta connaissance.

— Les conditions ne sont pourtant pas idéales.

Remus parut plus intéressé que surpris par sa réponse, mais il ne rebondit pas. Jackson n’arrivait pas à déterminer si c’était une bonne chose ou pas. Etait-il à la solde de Greyback ? Est-ce que ce dernier se méfiait de lui ?

Il supposait que seul le temps le lui dirait.

 

Chapitre 5 - 28 juillet 1995 by Catie
Author's Notes:

Un très grand merci à Bloo pour toutes ses adorables reviews sur les chapitres précédents qui m'ont fait tant plaisir ♥

 

— Tu devrais le lui dire.

— Hors de question.

— Est-ce qu’on n’a pas eu cette conversation déjà une bonne dizaine de fois ?

— Si, et tu continues d’insister.

— Parce que tu continues d’être bornée.

— Avec de bonnes raisons !

— Il te plaît, non ?

Fleur eut une grimace qui en disait long, et préféra éluder en buvant une gorgée de café. Talia prit cela pour une réponse et arbora un large sourire satisfait, comme si cela prouvait ce qu’elle essayait de dire.

— Voilà, alors pourquoi ne pas le lui dire ?

— Parce que je l’ai déjà fait, s’agaça Fleur. Je lui ai dit que j’avais pris ce job pour le revoir. Depuis, il n’a fait que m’éviter.

— Il t’a invitée à déjeuner, l’autre jour, pointa Talia.

— Et ta présence l’a apparemment tant perturbé que depuis il s’est complètement renfermé sur lui-même et me parle à peine.

— Il doit juste avoir des doutes.

— Ou alors il ne supporte pas les… personnes sans pouvoirs magiques, et je ne pense pas vouloir fréquenter quelqu’un d’aussi sectaire !

— Cracmol n’est pas un gros mot, tu sais, tu peux le dire, la taquina Talia.

Fleur rougit, embarrassée, mais son amie ne parut pas s’en formaliser. Elle termina son café avant de plonger son regard dans le sien et de lui prendre les mains, avec une familiarité étonnante pour quelqu’un qu’elle connaissait depuis si peu de temps. Fleur ne se dégagea pas, pourtant. Elle aimait la chaleur de Talia, sa spontanéité, sa manière de s’exprimer sans filtre, de la rabrouer quand il le fallait. Sa franchise était rafraîchissante et la fréquenter lui faisait considérer certaines choses d’une toute autre manière.

— Il m’a parlé tout à fait normalement durant toute la durée de notre repas, et crois-moi, s’il faisait partie de ces sorciers anti-Cracmols, il aurait été bien plus mal à l’aise. Je pense surtout qu’il se met des barrières, et qu’il prend ses distances avec toi, mais tu lui plais. Beaucoup.

— Tu ne l’as vu qu’une fois, maugréa Fleur, tentant de faire taire l’espoir que ces paroles faisaient naître en elle. Je t’assure, il n’est pas intéressé.

— Et moi je suis la sorcière la plus puissante de ma génération, ironisa Talia. Parle-lui, essaye de savoir ce qu’il a dans la tête.

— Impossible, c’est un homme je te rappelle.

— Je t’assure qu’ils fonctionnent comme nous ! Un cerveau, des pensées, des réflexions, tout pareil !

— Et s’il ne m’apprécie tout simplement pas ?

Fleur avait touché le fond du problème. Ce petit truc, qu’elle n’osait pas formuler à voix haute depuis qu’elle avait rencontré Bill. Et si, pour une fois, le seul homme qui lui plaisait réellement, n’était vraiment pas intéressé par elle ? Et si ce n’était pas juste une histoire de réticence dû à leur écart d’âge comme elle le soupçonnait, mais une absence totale d’intérêt ? Il fallait avouer qu’elle aurait du mal à l’avaler.

— Tu as vraiment de la bouse dans les yeux, ma pauvre, soupira Talia. Et c’est très frustrant !

— Pardon, s’excusa Fleur. J’ai conscience que m’entendre parler de mes problèmes tous les midis n’est pas ce qu’il y a de plus passionnant.

— Tu rigoles ? Enfin un peu d’animation dans ma vie terne de pseudo-Moldue !

Elle dit cela sur le ton de la plaisanterie, d’une voix légère, mais Fleur détecta sans mal la pointe d’amertume derrière. C’était un sujet qu’elles abordaient peu, car Fleur sentait que son amie y était sensible, malgré ses allusions et ses blagues, et elle ne se sentait pas encore assez à l’aise avec elle pour toucher ainsi à de telles blessures.

Elles parlaient du monde magique, parfois. Très peu. Fleur évitait la moindre allusion. Car à chaque fois, elle voyait un éclair de douleur s’allumer dans les yeux de Talia. Elle n’arrivait même pas à imaginer comment elle devait se sentir. Coincée dans un entre-deux mondes, n’ayant sa place ni chez les sorciers ni chez les Moldus. Cela devait être tellement difficile.

Et elle était là, à parler d’une amourette qui ne verrait probablement jamais le jour.

— On ne fait que parler de moi, dit brusquement Fleur en se redressant, faisant un geste au serveur pour commander deux nouveaux cafés. Et toi alors ?

— Tu veux vraiment parler de ma vie absolument pas passionnante ?

— Je ne sais même pas ce que tu fais comme travail, réalisa Fleur, avec une pointe de honte. Ce doit sûrement être plus intéressant qu’une banque.

— Oui et non, je travaille dans un musée.

— Je préfèrerais travailler dans un musée.

— Ce n’est pas dingue, tu sais. Enfin, pour être plus juste, je ne pensais pas atterrir là, après mes études.

— C’est-à-dire ?

— Je voulais être égyptologue. Je suis passionnée par toute l’histoire et la mythologie égyptienne, mais c’était une spécialité bien trop restrictive et sélective, alors je suis devenue une simple responsable de collection, qui s’ennuie la moitié du temps.

— Oh c’est drôle, Bill était en Egypte, jusqu’à il y a quelques semaines.

— Ah oui ?

— Il explorait des tombeaux pour la banque et… Mais tu sais quoi ? Peu importe. Tu me parlais de toi !

— Dommage qu’il n’ait pas évoqué le sujet lors de notre repas l’autre jour, j’aurais adoré en discuter avec lui !

— Peut-être que vous aurez d’autres occasions, répondit Fleur avec un sourire forcé, un peu dubitative. Du coup, responsable de collection, ça consiste en quoi ?

Talia se lança dans de grandes explications, ses gestes enthousiastes faisaient sourire Fleur. Malgré son apparent dédain, Talia aimait son métier. Ce qu’elle n’aimait pas, c’était l’absence totale de magie dans sa vie. Tandis qu’elle parlait avec tant de chaleur de sa passion, Fleur songea avec une certaine culpabilité qu’elle ne lui avait même jamais demandé d’où elle venait, ni qui était sa famille. Un sujet qu’elle avait pris soin de contourner un peu, ne sachant trop comment étaient ses relations avec ses parents.

Fleur ne l’écoutait plus que d’une oreille, alors que des scénarios se déroulaient dans sa tête. Elle gardait le sourire, mais elle était glacée de l’intérieure. Elle se demandait si les parents de Talia l’avaient mise dehors, quand ils avaient appris qu’elle n’était pas une sorcière. Est-ce qu’elle avait grandi en orphelinat ? Comment arrivait-elle à vivre chez les Moldus, en sachant tout de ce monde auquel elle n’avait pas accès ?

Et surtout, si par malheur Fleur avait été Cracmolle elle aussi, est-ce que ses parents l’auraient soutenue ?

Elle aimait à se dire que oui, mais jamais elle ne pourrait être sûre. Et ce doute, niché au fond de son cœur, lui donnait envie de serrer Talia contre elle. Elle ne savait pas ce qu’elle vivait, et elle ne le saurait jamais, mais à partir d’aujourd’hui, elle pouvait au moins être là pour elle.

Elle avait sûrement besoin d’un soutien, d’une oreille attentive où déverser son amertume, d’une épaule sur laquelle pleurer.

Elle se promettait de ne jamais la lâcher.

***

Le soleil se couchait de l’autre côté de la forêt. Jackson regardait l’orbe céleste disparaître en un flamboiement orangé, illuminant l’horizon d’or, pensif. Cela faisait déjà trois jours que Greyback était parti, et cela n’avait rien de rassurant. Ils étaient tous bien plus tendus, sur la défensive, à l’affût du moindre problème.

Pour éviter l’ambiance pesante de leur camp de fortune, Remus lui avait proposé de s’éloigner pour ramasser du bois. Une fois un petit tas conséquent rassemblé à leur point de rendez-vous, ils avaient préféré s’asseoir quelques minutes, pour profiter du silence de la forêt, avant de retourner d’où ils étaient venus.

Ce fut Remus qui rompit ce silence pour la première fois. Jackson sentait sur lui son regard perçant, dont il n’arrivait toujours pas à définir s’il était ami ou ennemi.

— Je peux te poser une question, Jackson ?

— Peut-être, répondit-il prudemment.

— Qu’est-ce que tu fais ici ?

Sans répondre, Jackson se tourna vers lui avec un visage lisse et une expression de marbre. Il ne devait surtout rien laisser paraître, il ne connaissait pas les intentions de celui qui lui faisait face.

— J’ai rejoint Greyback pour servir Tu-sais-qui, répondit-il d’une voix neutre. Comme tout le monde ici.

— Je sais bien, moi aussi, acquiesça Remus. Je me demandais juste ce qui t’avais amené ici.

— La vie.

Sa réponse brève ne parut pas froisser Remus, qui esquissa un sourire. Les yeux perdus dans le sous-bois qui s’assombrissait, il lui parla d’une voix douce.

— Je peux commencer, si tu veux.

— Commencer quoi ?

— C’est ce qu’on appelle faire la conversation. Créer l’échange. Des rapprochements.

— On n’est pas ici pour ça, répliqua Jackson d’un ton un peu bourru, mal à l’aise.

Depuis le temps qu’il était arrivé dans la meute, il n’avait jamais pris le temps de se rapprocher de qui que ce soit. Déjà car il ne faisait confiance à personne, et ensuite parce qu’il n’avait aucune envie de voir quelqu’un à qui il tenait mourir devant lui. Et c’était ce qui allait arriver, pas vrai ? Greyback ne cessait de les préparer à la bataille, parfois avec une brutalité qui le secouait.

Malgré ses réticences, Remus commença à lui raconter son histoire. Sa vie solitaire depuis la mort de ses parents, ses errances, le rejet de la société sorcière, son insuccès total à trouver un travail, son chemin qui l’avait mené sur celui de Greyback et des autres loups.

— Je me sens enfin chez moi, parmi les miens, acheva-t-il. Tu n’as pas cette sensation, toi aussi ?

Jackson haussa les épaules, sans trop répondre ni trop se mouiller. Le silence s’installa de nouveau, et il le perçut comme bien plus inconfortable. Ce n’était pas très sympathique, de se refermer comme une huître après de telles confidences. Et puis, Remus n’avait pas l’air méchant. Jackson lui jeta un regard en coin, comme pour se donner confiance. Il devait avouer que le visage clair et ouvert qui lui faisait face n’inspirait pas grande méfiance. Peut-être qu’il s’en mordrait les doigts, mais il avait depuis si longtemps ce poids sur les épaules qu’il mourait d’envie de le partager enfin.

— Mes parents n’ont jamais accepté ma lycanthropie, finit-il par dire à voix basse. J’ai été mordu quand j’avais six ans, et à ma première transformation, j’ai attaqué ma petite sœur. Après ça, mes parents m’ont mis dehors.

Jackson s’interrompit un instant, le temps de digérer ces douloureux souvenirs. Il se remémorait encore le visage furieux de son père, la terreur de sa mère, les pleurs de sa jeune sœur Elsa. Une vision qui revenait parfois le hanter dans ses cauchemars.

 — J’étais à la rue pendant quelques mois, je vivais de ce que je trouvais dans les poubelles, je dormais dans des décharges.

— Quelle horreur, souffla Remus.

— Avec le recul, je me dis que ça m’a rendu plus fort. Aujourd’hui, plus rien ne m’atteint.

C’était faux, bien entendu, mais il aimait bien essayer de s’en persuader.

— A mes onze ans, je n’ai pas reçu ma lettre de Poudlard. Mes parents m’avaient renié, pour eux je n’existais plus, et pour la société sorcière non plus apparemment. Alors j’ai décidé de me débrouiller par mes propres moyens.

Jackson fixait un tronc aux racines énormes à quelques mètres de lui, il sentait le feu du regard de Remus sur son profil, et il refusait de tourner la tête. Maintenant qu’il avait commencé, il ne voulait plus s’arrêter, et il n’était pas sûr de le faire s’il voyait ses yeux perçants fixés sur lui.

— J’ai volé une baguette, continua-t-il d’une voix atone. Je devais avoir douze ans. Je vivais dans un local abandonné dans le centre de Londres, et c’est là que j’ai appris la magie, en autodidacte. Je me souvenais de quelques formules qu’utilisaient mes parents, et pour le reste j’ai volé des grimoires à droite à gauche, quand je le pouvais. Une fois majeur, j’ai essayé de chercher un travail, mais bien sûr, un loup-garou sans diplôme ne trouve rien, comme tu dois t’en douter.

— Alors tu as choisi de te mettre au service de Tu-sais-qui ?

Aucun jugement de valeur dans sa voix, aucune accusation. Jackson se tourna enfin vers son compagnon, les sourcils froncés.

— Ce n’est pas si simple. J’ai tout essayé tu sais, tout. Tu-sais-qui était le seul à promettre une existence meilleure à ceux de notre race.

— Et tu penses vraiment que ce sera le cas ? Qu’il sera meilleur que les autres sorciers ?

— Honnêtement ? J’ai des doutes. Mais au moins, je suis sous sa protection, et je compte vivre le plus longtemps possible.

— En vivant dans une meute au beau milieu de la forêt avec Greyback ?

— Je dois admettre que je ne suis pas fan du personnage, tout comme toi.

— C’est si évident ?

— Je n’ai jamais vu personne le fixer avec autant de ressentiment.

Remus sembla accuser le coup et se tourna vers les sous-bois immobiles, les sourcils froncés et l’air inquiet.

— Ne t’en fais pas, je ne pense pas qu’il l’a vu, le rassura Jackson. Et cela restera entre toi et moi. Il n’est pas bon d’émettre des idées contre Greyback.

— Je ne peux qu’être d’accord.

Le silence s’installa de nouveau, dépourvu de la moindre tension. Contrairement à ce qu’il pensait au début, Jackson était soulagé d’avoir pu partager un bout de sa vie avec Remus, aussi inconnu soit-il. Peut-être qu’un jour il lui parlerait du reste. Des pensées parfois trop sauvages qui lui traversaient l’esprit, lorsque le loup n’était pas loin ; de ses doutes quant à l’idéologie de Voldemort, bien qu’il haïsse les Moldus et les sorciers qui le rejettent car il est différent ; des questions existentielles qui le tenaient éveillé la nuit, notamment celles ayant un rapport avec le collier et la baguette cachés non loin de là au creux d’un tronc.

Peut-être plus tard. Si Remus s’avérait être un véritable allié, et non un espion à la solde de Greyback, tenu de débusquer les traîtres.

Cette pensée le fit frissonner. En le voyant se frotter les bras, Remus se releva et lui proposa de rentrer au camp, où il y aurait sûrement un bon feu. Jackson acquiesça et sauta sur ses pieds, impatient tout de même de retrouver la vie de la meute. Il avait beau être un solitaire, et la plupart avait beau ne pas être très intelligent, il se sentait bien ici. C’était comme avoir une deuxième famille, une famille qu’il n’avait jamais vraiment eue.

Le cœur un peu plus léger qu’à leur arrivée, Jackson quitta la clairière le premier, les bras chargés de bouts de bois et Remus sur ses talons.

Tandis qu’ils rentraient silencieusement au camp, Jackson repensa à ce mystérieux collier aux pouvoir tout aussi obscurs. Il n’avait toujours pas découvert ce à quoi il pouvait bien servir.

Peut-être que Remus saurait. Si un jour il lui faisait assez confiance pour le lui montrer.

Chapitre 6 - 3 août 1995 by Catie
Author's Notes:

Et on arrive déjà à la moitié de cette histoire ! J'espère que ça vous plaira, bonne lecture !

— Fleur, il faut qu’on parle.

Ces quelques mots avaient fait apparaître des papillons dans son estomac et des frissons le long de sa colonne vertébrale. Elle avait fini par suivre le conseil de Talia et se jeter à l’eau, proposant à Bill d’aller boire un verre après une journée de travail. Elle avait été assez clair pour qu’il comprenne qu’il ne s’agissait pas d’une proposition amicale, mais pourtant, il avait poliment souri et lui avait dit qu’il y réfléchirait. C’était tout.

La déception avait été grande, l’humiliation cuisante et douloureuse. Elle l’avait évité plusieurs jours durant, incapable de faire face à sa propre bêtise. Bien sûr qu’un homme tel que Bill ne la considérait pas réellement comme relation potentielle ! Elle était plus jeune que lui, et qui plus est étrangère. D’un jour à l’autre, elle pouvait rentrer en France, et il n’avait manifestement pas l’intention d’engager quoi que ce soit avec elle avant son départ. Elle se fustigeait pour s’être fait de faux espoirs. Elle rejouait dans sa tête les regards, les gestes qu’elle avait pensés si plein de tensions, d’envie mutuelle, pour se répéter encore et encore que ça n’avait été que son imagination.

Jusqu’à ce matin, lorsqu’il avait prononcé ces quelques mots au creux de son oreille.

Elle avait essayé de se raisonner, de se dire que ce n’était que pour le travail, mais son imagination s’emballait. Et voilà qu’elle était avec lui dans un bar du chemin de Traverse, dans une alcôve éloignée qui leur donnait l’impression d’être seuls au monde. Ils avaient commandé des Bièraubeurres, qu’ils attendaient en faisant la conversation, d’une voix légère sur des sujets futiles.

Et dans la tête de Fleur, il y avait toujours cette phrase  pleine de sous-entendus qu’elle n’arrivait pas à oublier. De quoi voulait-il donc lui parler ? Pourquoi avoir changé d’avis aussi brusquement, après avoir été si distant avec elle pendant des semaines ?

La serveuse leur apporta leurs consommations, et lorsqu’elle se fut éloignée, Bill se pencha vers elle, avec un visage sérieux, l’air de vouloir enfin aborder le vif du sujet.

— Je te remercie d’avoir accepté de venir, lui dit-il.

— Si je me souviens bien, c’est même moi qui avait souhaité qu’on se retrouve après le travail autour d’un verre il y a quelques jours, lui fit-elle remarquer d’un ton un peu acide.

— Exact, et je suis désolé d’avoir dû décliner ton invitation sur le moment, j’étais très occupé.

— Occupé ?

Elle leva un sourcil perplexe et but une gorgée de sa boisson, clairement sceptique. Bill ne se laissa pas démonter et ébaucha même un sourire, ce qui agaça Fleur plus que de raison. Elle détestait se montrer aussi transparente.

— Oui, pourtant ce n’était pas l’envie qui me manquait de dire oui.

— Ah bon ?

Elle essayait de garder une distance prudente, ses espoirs n’avaient été déçus que trop de fois ces dernières semaines. Pourtant, il fallait admettre qu’il lui était bien difficile de garder contenance face aux yeux perçants de Bill, qui la contemplait d’un air amusé.

— Tout à fait, mais j’avais malheureusement à faire.

— C’est bien vague, comme excuse.

— Je t’ai justement invitée car je souhaitais… t’expliquer un certain nombre de choses.

— C’est-à-dire ?

Elle fut un peu étonnée de le voir regarder tout autour d’eux, comme s’il guettait la moindre oreille indiscrète. Heureusement, il était encore tôt, et le restaurant était presque vide, la plupart des clients ayant voulu s’installer en terrasse pour profiter de la douce température estivale.

— Es-tu en correspondance avec Madame Maxime en-dehors de l’école ?

Désarçonnée par cette question pour le moins incongrue, Fleur se contenta de secouer négativement la tête. Qu’est-ce que sa directrice pouvait bien avoir affaire avec tout ceci ?

— Ne me dis pas que tu entretiens une liaison avec elle et que vos rendez-vous sont la raison de tes absences inexpliquées lors des soirées, ironisa-t-elle.

Elle fut soulagée de le voir éclater de rire, car l’idée  lui avait tout de même traversé l’esprit, aussi saugrenue soit-elle.

— Bien sûr que non. Est-ce que tu sais qu’elle est avec Hagrid en ce moment ? Le garde-chasse  de Poudlard ?

— Je l’ignorais, admit Fleur, mais pourquoi est-ce que tu me transmets cette information ?

— Parce que tu as l’air d’être une personne courageuse et honnête.

Là, Fleur était totalement perdue. Elle avait l’impression de jouer à un jeu auquel elle ne connaissait aucune règle.

— Je ne te suis pas, dit-elle d’une voix lente. Quel est le rapport…

Bill se pencha soudain en avant, et fit un geste pour lui prendre la main. Il s’arrêta juste au moment où il effleura sa peau et se rétracta, faisant naître chez Fleur une vague d’indignation. Elle avait envie de lui prendre la main de force, lorsqu’il la déconcerta de nouveau.

— Tu-sais-qui est revenu, lâcha-t-il, d’un ton abrupt.

— Oui, c’est ce que dit Harry, répondit prudemment Fleur.

Elle était de plus en plus perdue dans cette conversation sans queue ni tête et se demandait si elle devait s’inquiéter pour la santé mentale de son collègue qu’elle trouvait si craquant. Parfois, elle se demandait pourquoi il l’attirait tant. Elle n’était pas trop intéressée par les catogans et les boucles d’oreilles en forme de crochet de serpent, d’habitude. Elle se força à sortir de sa rêverie pour se concentrer de nouveau sur les propos incohérents que tenait le jeune homme. Peut-être devrait-elle appeler Sainte Mangouste ? Il avait peut-être été ensorcelé à la banque, par un des maléfices en place sur les coffres, ou alors…

— Cela faisait longtemps que je voulais t’en parler, je voulais attendre d’être sûr, mais le temps presse.

— Me parler de quoi ? s’impatienta-t-elle.

— De ceux qui ont envie de s’opposer à Tu-sais-qui.

— Je ne  comprends pas, Bill, soupira-t-elle, soit plus clair.

Il regarda ses mains, la salle de restaurant qui les entouraient, puis posa de nouveau ses yeux sur son visage à elle. Il semblait être incertain, embarrassé, mais il finit par se jeter à l’eau. Il était allé trop loin pour espérer pouvoir faire demi-tour, et Fleur lui inspirait confiance. Il était peut-être idiot, naïf, stupide, mais il s’en fichait, il prenait le risque.

— Je fais partie d’une organisation qui s’appelle l’Ordre du Phénix, expliqua-t-il. Elle a été fondée par Dumbledore, dans les années 70, pour contrer Tu-sais-qui une première fois, et aujourd’hui elle renaît malheureusement de ses cendres. Dumbledore a donné une mission à Hagrid, et Madame Maxime l’a suivi, d’où ma question. Quant à moi, mon rôle est de convaincre le plus de personnes possibles de son retour, et  de se rallier à nous si cela est possible, voilà pourquoi j’ai quitté l’Egypte.

Fleur resta silencieuse quelques minutes, toutes ces informations tournant en boucle dans sa tête. Malgré le sérieux de leur conversation, elle retenait surtout une précision qui lui paraissait primordiale.

— C’est pour ça que tu voulais me voir ? Pour me demander de rejoindre cet Ordre ?

— Oui. Si tu t’en sens capable, bien évidemment. Je sais que tu n’es pas concernée par cette guerre, que…

— Pardon ?

Elle ne savait pas d’où cela venait, mais d’un coup, Fleur se sentait furieuse. Ses yeux lançaient des éclairs et elle aurait volontiers sorti sa baguette pour lui montrer de quel bois elle se chauffait, mais il leur fallait rester discrets, elle en avait bien conscience. Alors elle déversa son exaspération en un murmure rapide et irrité, tandis que Bill la regardait les yeux écarquillés, médusé par cette réaction qu’il ne comprenait pas, ou en tout cas qu’il n’avait pas anticipé.

— Tu penses réellement que je ne suis pas concernée ? Après avoir été agressée dans ce Labyrinthe par un Mangemort ? Après avoir vu Cédric mort face à moi, un homme courageux que j’ai fréquenté toute une année ? Après avoir quitté mon pays, ma famille pour venir ici ? Je ne suis pas idiote, Bill. Je sais que j’ai quitté la sécurité de chez moi pour un pays en guerre, je l’ai fait en connaissance de cause et je l’assume. Alors n’ose  pas me dire que tu doutais de mon implication ou de mon envie de m’élever face à cette idéologie abjecte !

Il y eut un long silence, à la suite de sa tirade. Fleur but une longue gorgée de Bièraubeurre qui la fit grimacer, bien consciente du regard incrédule et admiratif que lui portait Bill. Celui-ci s’éclaircit la gorge, ayant clairement du mal à dissimuler son intérêt à présent.

— Pardon, s’excusa-t-il, je ne voulais pas insinuer que tu avais pris cette décision sans connaître les tenants et aboutissants, je le sais bien. Si je t’ai révélé tout cela c’est justement comme je te le disais tout à l’heure parce que j’ai bien perçu que tu étais une sorcière courageuse et intelligente. Je voulais simplement dire que si tu le souhaitais, il est encore temps de faire machine arrière.

— Tu sais bien que non, soupira-t-elle d’un air soudain triste. Comment pourrais-je vous tourner le dos à tous, sachant ce qui vous attend ?

Le regard qu’il lui lança, admiratif, la gêna presque et elle plongea le nez dans sa boisson. Elle n’avait pas l’habitude qu’on la regarde ainsi. Elle était souvent dévisagée et complimentée pour sa beauté, mais Bill paraissait voir bien au-delà, elle se sentait mise à nue face à lui. Et c’était sûrement pour cette raison qu’elle se sentait si déçue qu’il ne s’agisse que d’un simple verre pour discuter de son implication dans une guerre qui les dépassait. Elle aurait voulu tellement plus.

— Tu marques un point, dit Bill d’une voix douce. Est-ce que ma proposition t’intéresse ?

— Je pensais que ma réponse était bien assez compréhensible, répondit Fleur d’un ton bas, presque incertain. Bien sûr que oui. Je veux faire mon possible pour… pour vous aider. Et arrêter ce qui est en train de se passer, dans la maigre mesure de mes moyens.

— Je n’ai pas besoin de te dire que ce sera dangereux. Peut-être mortel ?

— Je le sais, Bill, je ne suis pas idiote. J’ai conscience de ce à quoi je m’engage. Je veux apporter ma pierre à ce combat, et vous pourrez compter sur ma baguette.

Il eut un sourire un peu attendri et posa brièvement sa main sur son poignet. Ce contact, bien que furtif, fit accélérer son cœur plein d’espoir.

— Tu n’auras pas à te battre. Pas tout de suite tout du moins.

— Alors comment puis-je vous aider ?

Après avoir jeté encore un coup d’œil autour d’eux, Bill lui expliqua à voix basse ce en quoi consistait ses missions. Les oreilles qu’il laissait traîner à Gringott’s pour se renseigner sur la position des gobelins au milieu de tout ça, ses remarques subtiles pour essayer de tâter le terrain et savoir où se situait tout un chacun.

Penchée vers lui, ses longs cheveux blonds argentés formant un rideau autour de son visage, Fleur écoutait avec attention. Prête à faire tout ce qu’elle pouvait pour aider.

***

Jackson se maudissait de tous les noms. Lui qui était d’habitude si attentif, si précautionneux, il s’était fait avoir comme un bleu. Il se demanda brièvement s’il allait mourir. Faire confiance à la mauvaise personne et baisser sa garde allaient en tout cas lui attirer des ennuis, c’était certain.

Le corps tendu comme un arc, il fixait Remus droit dans les yeux, sans le lâcher du regard. Ils se jaugeaient l’un l’autre à une dizaine de mètres d’écart, figés, sans oser faire le moindre geste, de peur de leurs réactions mutuelles.

Finalement, Remus leva les mains avec une très grande lenteur, les doigts écartés.

— Je ne veux pas t’attaquer, dit-il d’une voix claire.

— Alors pourquoi est-ce que tu me suivais ? demanda Jackson avec agressivité.

Sa main était toujours serrée autour de sa baguette, qu’il était venu récupérer dans le tronc creux de l’arbre. Dans l’autre, le précieux collier, au bout duquel se balançait la grosse émeraude. Il avait été pris la main dans le sac, et il avait beau chercher une explication plausible, rien ne lui venait. Devait-il tuer Remus, pour s’en sortir ? Prétendre qu’il l’avait agressé et qu’il s’était défendu ?

— Je ne dirai rien à Greyback, assura Remus, comme s’il lisait dans ses pensées.

— Et comment est-ce que je peux te faire confiance ?

— Parce que j’ai une baguette, moi aussi.

Cette révélation surprit tant Jackson qu’il baissa presque totalement sa baguette, le bras tremblant. L’interdiction sur leur camp était formelle. Lui confier cette information, c’était comme lui confier sa vie. Greyback les tuerait pour ça. Un vrai loup-garou n’était pas un sorcier.

— Pourquoi est-ce que tu me suivais ? répéta-t-il, un peu moins sûr de lui.

— Cela fait plusieurs fois que je te vois t’éclipser sans rien dire aux autres avec un air coupable, j’ai juste été trop curieux et je voulais savoir où tu allais. Si je t’espionnais réellement, tu penses que je serais venu à découvert ?

Là, il marquait un point. Et Jackson devait avouer que faire confiance à Remus allait être bien plus facile que de le tuer et dissimuler son crime. Sans compter que c’était quelqu’un avec qui il s’entendait plutôt bien, et qu’il n’avait clairement pas la volonté de le faire. Même pour sauver sa peau. Mangemort de pacotille.

— Ne fais plus jamais ça, lui ordonna-t-il en baissant sa baguette.

— Promis, répondit Remus. Maintenant est-ce que tu peux me dire ce que c’est que ça ?

Il pointait du doigt le collier que serrait Jackson entre ses doigts.

— Oh, ça, marmonna-t-il. Longue histoire.

— Je suis toute ouïe.

Jackson soupira. Il savait qu’il ne pourrait pas y couper. Après tout, peut-être que Remus pourrait l’aider à percer ce mystère.

Alors il raconta.

 

Chapitre 7 - 8 août 1995 by Catie
Author's Notes:

Je ne sais pas s'il y a quiconque par ici mais je continue de publier :mg: Bonne lecture !

 

Fleur avait vite compris qu’il n’était pas simple de travailler pour l’Ordre du Phénix. Elle avait eu un bref entretien avec le professeur Dumbledore le lendemain de sa conversation avec Bill. Il lui avait posé plusieurs questions avec un grand sérieux pour s’assurer qu’elle savait ce dans quoi elle s’engageait, et il lui avait fait solennellement promettre de ne divulguer aucune information. A personne.

Et si cela lui avait paru assez évident sur le coup, à présent Fleur le regrettait un peu.

Il lui était si difficile de ne rien dire à Talia. Elle détestait lui dissimuler une partie aussi importante de sa vie, mais elle ne pouvait pas revenir sur sa parole envers Dumbledore. Même si son amie sentait bien qu’elle lui cachait quelque chose.

Elles étaient justement en train de déjeuner ensemble, ce midi-là, lorsque Fleur repéra un homme qui marchait sur le trottoir d’un pas rapide, la tête enfoncée dans les replis d’une cape noire. Elle se tendit aussitôt, persuadée d’avoir affaire à un Mangemort aux sombres desseins, et elle cessa complètement d’écouter Talia, qui lui racontait sa matinée catastrophique au travail où des enfants avaient essayé de dessiner sur les tableaux de sa galerie d’art. Elle le suivit des yeux avec attention, se demandant comment elle allait bien pouvoir le filer pour savoir ce qu’il faisait, lorsqu’il entra brusquement dans une boutique de fleurs qui jouxtait leur café. Elle fut soulagée de constater que son visage ne correspondait absolument pas aux photographies que lui avaient présentées Bill et Dumbledore. Fausse alerte.

— La Terre appelle Fleur, dit Talia en surélevant la voix, agitant sa main devant son visage.

— Pardon, sursauta la française. Excuse-moi. Tu disais ?

— Je peux savoir ce qu’il se passe ?

— Comment ça ?

— Je vois bien que tu es tendue depuis quelques jours, sur les nerfs, comme si tu attendais qu’une bombe explose à chaque coin de rue. Est-ce que c’est Bill ?

Fleur pinça les lèvres et secoua rapidement le menton. Ne rien dire était vraiment difficile. Et elle était déçue de constater qu’elle était si transparente, elle faisait vraiment une agente déplorable. Comment pouvait-elle laisser traîner ses oreilles et espionner les gobelins si même Talia la perçait à jour ?

— Je ne peux rien te dire, s’excusa-t-elle. C’est… c’est compliqué.

Talia en parut un peu vexée, mais elle ne dit rien. Elle se contenta de boire une gorgée de thé, les yeux fixés de l’autre côté de la rue.

— Je ne pensais pas que tu serais l’une de celle qui m’exclut, dit-elle avoir d’une voix lente, un peu mécanique. Je sais que je ne suis pas une sorcière, que je ne suis pas dans le coup, mais…

— Ca n’a rien à voir avec le monde magique, Talia, l’interrompit Fleur précipitamment. Enfin, si, dans le sens où il se passe des choses qui… Mais je ne peux pas… J’ai juré de ne rien dire !

— Tu sais que le principe du Secret Magique ne s’applique pas aux Cracmols ? grinça Talia d’un ton lourd d’ironie. Au risque de te surprendre, mes parents sont sorciers aussi et je sais…

— Tu crois vraiment que je ne le sais pas, après toutes nos discussions ? la coupa Fleur de nouveau, blessée. Si je pouvais je te dirais tout mais… Ce serait te mettre en danger.

Talia lui jeta un regard sceptique et reposa sa tasse de thé mais n’ajouta rien. Il y avait maintenant une certaine tension entre elles, que Fleur ne savait comment rompre. Elle n’avait jamais eu vraiment l’impression de marcher sur des œufs avec Talia. Bien sûr, elle faisait attention à ne pas évoquer certains sujets fâcheux, comme la famille de son amie, mais elle l’avait toujours traitée normalement. C’était la première fois qu’elle sentait réellement ce fossé entre elles. Elle était impliquée dans tout ce qui se passait chez les sorciers, même sans l’Ordre, elle était au cœur de tout, alors que Talia était condamnée à rester éternellement sur le banc de touche. Coincée entre deux mondes, en sachant trop et pas assez en même pour s’intégrer quelque part.

— Je ferai mieux d’y aller, soupira Talia. Ils m’attendent au musée.

— Tu n’as pas encore une demi-heure de pause déjeuner ? s’étonna Fleur,  ne voulant pas qu’elle parte sur ce malentendu et en même temps soulagée d’être bientôt libérée de ce silence gênant.

— Je…

— Ah vous êtes là !

Bill traversait justement la rue, un immense sourire aux lèvres, aussi avenant et agréable que d’habitude. Fleur ignora les papillons qui se mirent à crépiter dans son ventre et détourna la tête après lui avoir adressé un rapide sourire. Après avoir tenté les approches franches, elle essayait la technique de la distance, et cela semblait plutôt pas mal fonctionner.

Ça, ou les longues heures passées au bureau ensemble jusqu’à des heures avancées dans la nuit, soi-disant pour travailler, officieusement pour échanger sur l’Ordre et leurs missions, au beau milieu des couloirs désertés et loin de toute oreille indiscrète. Elle l’avait surpris plusieurs fois à la regarder, avec une intensité qui la troublait et la ravissait.

Elle n’avait d’ailleurs même pas besoin de tourner la tête ici pour savoir qu’il la fixait un peu plus longuement que nécessaire. Elle garda ses yeux résolument fixés sur Talia, décidée à ne pas être trop facile avec lui. Il l’avait bien cherché, après toutes ces tentatives repoussées. Qu’il galère un petit peu lui ferait les pieds !

— Je ne vous dérange pas ?

— Pas du tout, répondit Talia, j’allais partir.

— Ah dommage ! Tu n’aurais pas cinq minutes ? C’est justement toi que je venais voir.

Le sourire de Fleur se figea quelque peu sur son visage. C’était donc elle qui imaginait toutes ces choses, ou est-ce qu’il lui soufflait le chaud et le froid ? Cela commençait à lui être insupportable, de ne pas savoir.

— Ah bon ? s’étonna Talia, désarçonnée. A quel propos ?

— Fleur m’a dit que tu avais des connaissances en égyptologie.

— Effectivement.

— J’aurais quelques questions à ce sujet.

— Tu n’as pas habité là-bas ?

— Si, justement, et juste avant mon départ… Disons que j’ai vécu des évènements assez étranges que je n’arrive pas à me sortir de la tête, j’aurais bien besoin de tes éclaircissements sur certains sujets, si tu le veux bien.

Talia fit mine de jeter un coup d’œil à sa montre, mais Fleur voyait bien qu’elle était intéressée. La jeune femme finit par hocher la tête et lui assura qu’elle avait un peu de temps. Aussitôt, Bill se pencha vers elle, les yeux presque fiévreux. Fleur ne prêta qu’une oreille inattentive au début du récit, trop absorbée par les muscles qui se dessinaient sur les avant-bras devant elle. Son esprit s’égara alors qu’elle s’imaginait être plaquée contre le mur par ces bras et…

— Quoi ?!

L’exclamation de Talia la sortit de ses pensées qui dérivaient, et Fleur sentit le rouge lui monter aux joues. Heureusement, les deux autres étaient trop absorbés par leur discussion pour lui prêter attention.

— Est-ce que tu viens sérieusement de me dire que le tombeau de Néfertiti a été découvert ? chuchota Talia.

Elle parlait si rapidement, à bout de souffle, que Fleur pouvait à peine détacher les mots de sa phrase. Elle n’avait jamais vue son amie si excitée. Talia réfrénait de manière évidente son envie de hurler sa surprise, tandis que Bill regardait attentivement autour de lui que personne ne les entendait.

— Exact. J’en ai tiré plusieurs artefacts, mais apparemment rien de bien intéressant. En revanche, mes employeurs m’ont demandé si je n’avais pas trouvé également un collier. Ils ne posent jamais de questions, jamais. Alors je me suis demandé si ça n’avait pas été un objet réalisé par leurs ancêtres et perdu jusqu’ici, mais rien n’est ressorti lors de mes recherches. Et quand Fleur m’a mentionnée que tu t’y connaissais, je me suis dit que je pourrais te poser la question, est-ce que ça t’évoque quelque chose ?

Talia suffoquait presque sur sa chaise tant la surprise et l’excitation était grande. Son visage était rouge, ses yeux enfiévrés, et Fleur en était presque inquiète. Elle ne paraissait pas réussir à parler, alors la française se permit d’intervenir.

— C’est la première fois que tu me parles de ça, dit-elle à Bill.

Celui-ci la regarda avec un mélange d’étonnement et d’amusement.

— Parce que je dois tout te dire maintenant ?

— Non mais… J’aurais pu t’aider.

— Tu te serais arraché les cheveux autant que moi, je ne voyais pas l’utilité de…

— Ce collier, intervint soudain Talia, qui paraissait avoir retrouvé l’usage de la parole, est-ce qu’ils t’ont dit à quoi il ressemblait ?

— Ils ont juste dit qu’il avait une émeraude.

A ces mots, les yeux de Talia parurent lui sortir de la tête, et elle se retrouva de nouveau sans voix quelques secondes. Fleur commençait vraiment à s’inquiéter de son état, et elle était à deux doigts de sortir sa baguette pour faire elle ne savait trop quoi, lorsque Talia trouva enfin la force de s’exprimer de nouveau.

— Et tu dis qu’il a été volé ?

— Oui, par un homme avec une cicatrice sur le bras. Est-ce que tu sais de quoi il s’agit ?

— Bien sûr ! C’est…

Talia jeta un œil prudent autour d’elle, puis se pencha encore davantage vers eux pour chuchoter d’un ton rapide ses informations.

— La légende raconte que Néfertiti a hérité d’un collier de sa grand-mère Touya, un collier serti d’une émeraude, et qui tirerait ses origines des tout premiers sorciers de la planète. C’est une relique inestimable ! On en retrouve trace sur les peintures dans le tombeau d’Akhenaton, le récit est passé de génération en génération, jusqu’à se retrouver dans les premiers écrits romains ! C’est… c’est… Beaucoup d’égyptologues pensaient son existence complètement inventé, qu’il s’agissait d’un mythe, mais tu… Tu ne te rends pas compte de ce que tu as eu à portée de main !

Elle s’arrêta, à bout de souffle, tandis que Bill se redressait, pensif. Fleur le trouva soucieux, et cela lui fit presque peur. Lui qui était toujours si positif paraissait inquiet, et ce n’était pas bon signe. Il échangea encore quelques mots avec Talia sur le sujet, jusqu’à ce que cette dernière se sauve pour aller au travail. Une fois tous les deux, Fleur ne perdit pas une minute.

— Qu’est-ce qui te tracasse ?

— Je suis donc si transparent ?

— Je commence à te connaître un petit peu.

— Ah oui ?

Il eut un sourire un peu taquin, qu’elle se refusa de lui rendre. Pas évident de jouer la distance quand elle rêvait de l’embrasser.

— Alors ?

Bill reprit son sérieux et jeta un regard sombre autour d’eux pour la énième fois. La terrasse ensoleillée du café ne regroupait que des familles, des couples, des amis, qui riaient en profitant de la chaleur estivale et de leurs cocktails glacés. Pas de Mangemort à l’horizon. Selon toute vraisemblance. Le risque ne pouvait pas être nul, mais il était plutôt bas en cet instant. Pourtant, Bill se pencha tout de même vers elle pour lui parler, et sa respiration se bloqua dans sa gorge en le voyant si proche. Elle pouvait presque compter ses longs cils blonds, et si elle se penchait un petit peu, elle aurait pu poser ses lèvres sur les siennes.

— On ne sait pas encore ce que peut faire ce collier, mais il n’y a qu’une seule personne qui serait prête à tout pour se procurer un artefact susceptible d’abriter une telle puissance, murmura-t-il.

Il n’en fallut pas plus à Fleur pour ne plus se faire aucune idée romantique. Son corps se figea et elle ressentit un immense froid. Elle se sentit bête, de ne pas y avoir pensé elle-même plus tôt.

— Tu-sais-qui, souffla-t-elle.

Le regard que Bill lui rendit était funeste.

***

Remus voulait qu’il se débarrasse du collier. Il disait que c’était trop dangereux, qu’il ne savait pas quels pouvoirs il recelait, et certainement des pouvoirs importants, vu l’endroit où il avait été envoyé pour le trouver.

— Et si Tu-sais-qui le veut, c’est certainement pour une mauvaise raison, ne cessait de répéter Remus.

— Dans quel camp est-ce que tu es ? ne cessait de répéter Jackson en réponse.

Il gardait jalousement le collier pour lui, incapable d’en faire quoi que ce soit. Il était trop dévoré par la curiosité. Il ne pouvait pas juste l’abandonner dans un coin de la forêt, sans connaître ses secrets, et encore moins le remettre à ce prétendu Maître, qui en réalité ne se préoccupait même pas de ceux qui adhéraient à sa cause.

Cela faisait un mois et demi que Jackson avait rejoint la meute de Greyback, dans l’espoir d’être traité comme un sorcier, d’être intégré dans un groupe qui ne le rejetterait pas. Il avait ressenti un bref sentiment d’unité, au début, avant de comprendre qu’il allait devoir piétiner, agresser, tuer, pour quelqu’un qu’il n’avait jamais vu et pour une idéologie dont il ne se souciait pas. Les Nés-Moldus étaient tout aussi discriminé que lui, dans le monde du dehors, pourquoi s’en prendrait-il à eux ?

Il fallait avouer que ses réflexions étaient beaucoup alimentées par ses discussions avec Remus. Malgré les constantes insistances de son compagnon pour qu’il se débarrasse du collier, Jackson était incapable de l’éviter complètement. Il représentait son seul allié, dans cette meute de loups perdus, qui n’attaquaient à la pleine lune plus par peur et obligation que par réelle agressivité, sous les ordres d’un Greyback toujours plus violent et lunatique.

Jackson était retourné voir le collier, pour la énième fois. C’était comme une drogue, il était en manque, quand il ne le voyait pas. Peut-être que c’était ça, son pouvoir. Devenir une obsession qui rongeait les gens de l’intérieur. Plus le temps passait, et plus il ne pensait qu’à ça.

Pensif, le jeune loup-garou caressa du pouce la grosse émeraude qui ornait l’alliage d’or. Parfois, il avait l’impression de l’entendre chuchoter, mais il était persuadé que ce n’était que dans son imagination.

Son pouce trouva soudain un petit creux, juste en haut de la pierre. Intrigué, Jackson y pressa de nouveau la pulpe de son doigt, jusqu’à sentir une fissure très fine. Une ouverture ? Peut-être qu’il pouvait essayer de…

— Toujours aussi obsédé par ce collier.

Jackson se retourna vivement, portant la main à sa ceinture par réflexe, mais sa baguette était dans le creux de l’arbre où il l’avait cachée, quelques mètres plus loin. Heureusement, ce n’était que Remus.

— Tu m’avais promis de ne plus me prendre par surprise, lui dit-il d’un ton sec, les doigts serrés autour de la chaîne d’or.

— C’est vrai, mais je n’ai pas été particulièrement discret cette fois-ci, dit son camarade d’une voix prudente. Tu ne vois donc pas que ce collier est néfaste pour toi ?

— Je… Pas du tout ! Je veux juste comprendre à quoi il sert.

— Je te l’ai dit, certainement à des buts néfastes, sinon Tu-sais-qui n’en voudrait pas. Il porte sûrement une malédiction.

— Tu devrais songer à arrêter tes sermons, rétorqua Jackson d’une voix sèche.

Pourtant, pour cesser de voir l’inquiétude dans les yeux de l’autre, il retourna cacher le collier là où il reposait depuis le début de l’été. Il chercherait à l’ouvrir une autre fois, quand il serait seul.

— Content ?

— Pas exactement, mais ça suffira pour aujourd’hui. Dépêche-toi, maintenant. Greyback a convoqué la meute.

— Et ce n’est que maintenant que tu le dis ?

Sachant très bien ce qui les attendait en cas de retard, Jackson piqua un sprint en direction du camp. Remus le suivit avec un temps de retard, après avoir jeté un long regard à la cachette qui renfermait le dangereux objet.

Il allait falloir qu’il entre en contact avec Dumbledore, et vite.

 

End Notes:

Un petit mot serait fort apprécié, et je vous dis à très vite pour la suite !

Chapitre 8 - 12 août 1995 by Catie
Author's Notes:

Merci à Bloo pour ses adorables reviews :hug:

Voici la suite, j'espère qu'elle vous plaira, bonne lecture !

 

— Je te raccompagne ?

Elle avait cru halluciner en entendant ces mots, mais devant Bill qui attendait manifestement une réponse, Fleur avait dû se rendre à l’évidence que c’était bien lui qui les avait prononcés. Elle avait hésité, un bref instant. Après ces semaines de jeu du chat et de la souris, elle était lasse d’espérer et de cette amourette à sens unique.

Pourtant, elle avait fini par dire oui, ayant du mal à admettre qu’elle préférait ne pas être seule la nuit, par les temps qui couraient. Elle avait beau très bien se débrouiller avec une baguette, elle n’était pas sûre d’être de taille face à plusieurs Mangemorts. Il était peu probable qu’ils l’attaquent elle, mais la paranoïa qui lui insufflait bien des cauchemars n’était pas d’accord avec ce pragmatisme.

Ils étaient donc rentrés tous les deux, sous le ciel étoilé de cette nuit d’été, sans trop parler. Ils venaient de sortir d’une réunion avec Dumbledore, durant laquelle Bill lui avait parlé du collier à l’émeraude. Le vieux directeur n’avait pas paru étonné et avait simplement hoché le menton, enregistrant les informations sans mot dire.

Fleur ne voyait même pas les regards à la dérobée que lui lançait Bill, trop occupée à se morfondre sur son désintérêt. Et lui-même ne parvenait pas à comprendre sa morosité à elle et sa moue lasse, persuadé que le rendez-vous avec Dumbledore la préoccupait.

Lorsqu’ils furent arrivés devant la porte de l’immeuble, ils s’arrêtèrent un instant sur le pas de la porte, un peu gênés. Fleur gardait son regard résolument fixé sur l’épaule de son collègue, elle ne se faisait pas assez confiance si elle le regardait dans les yeux, elle risquait d’exploser sur toutes ces semaines de frustration.

— Bon et bien… bonne nuit, dit-elle d’un ton un peu froid et guindé.

Elle laissa échapper un sourire artificiel et s’apprêta à entrer dans le hall de l’immeuble lorsque Bill lui attrapa la main. Elle se figea un bref instant, avant de la lui retirer d’un geste brusque.

— Qu’est-ce que tu fais ?

— Je… Pardon. Je suppose que j’aurais dû te demander si…

Bill avait rougi jusqu’à la racine de ses cheveux, lui qui d’habitude était toujours si à l’aise, il n’avait plus l’air de savoir où se mettre. Il prit une profonde inspiration pour réussir enfin à s’exprimer avec plus de calme, sans bégayer.

— Je pensais que je te plaisais.

A ces mots, Fleur failli lui en coller une. Ou sortir sa baguette et lui lancer un bon Stupéfix bien placé. Mais comme elle était une dame bien élevée, elle se contenta de compter jusqu’à dix dans sa tête, très lentement, pour éviter de faire quelque chose qu’elle regretterait.

— Tout va bien ? demanda Bill d’un ton inquiet devant son visage figé.

— Je suis en train d’essayer de me persuader que tu n’as pas prononcé cette phrase, grinça-t-elle, toujours furieuse.

— Euh… Comment ça ?

Cette fois-ci, Bill paraissait réellement perdu, et Fleur réfléchissait déjà à quel sort elle pourrait bien lui lancer.

— Tu oses me dire que tu croyais que tu me plaisais ? répéta-t-elle, d’une voix dangereusement calme.

— C’est interdit par la loi ? tenta-t-il de plaisanter.

— Tu n’es qu’un imbécile, Bill Weasley !

Et à sa plus grande surprise, à lui comme à elle, Fleur éclata en sanglots. Elle n’était pas du genre à se laisser aller en public, elle aimait à penser qu’elle était une femme forte, indépendante, qui ne montrait pas facilement ses émotions, mais là c’était la goutte de trop, elle craquait. Bill, lui, paraissait totalement démuni face à sa crise de larmes. Il tenta de l’approcher, de la prendre dans ses bras, mais elle le repoussa fermement.

— Cela fait des semaines, tu m’entends, des semaines ! Que je te dis que tu me plais, que je ne fais aucun mystère du fait que je veux tenter quelque chose avec toi, des semaines que tu me repousses, que tu me tiens à distance ! Tu crois que je n’ai pas vu tous les prétextes qui te sont passés par la tête ? Notre âge, notre travail, la guerre, tout était bon pour t’éloigner de moi ! Et puis tu reviens la bouche en cœur, une fois décidé, à souffler le chaud et le froid, jusqu’à ce que je ne sache plus où j’en suis ! Mais ça ne marche pas comme ça ! Tu… Tu… Tu…

Fleur s’arrêta, suffoquée d’indignation, incapable de trouver des mots assez forts.

— Tu n’es qu’un goujat ! A balayer mes espoirs, puis les raviver, mais pour qui est-ce que tu me prends ? Je ne suis pas un jouet, tu m’entends ? Alors ton « je croyais que je te plaisais », tu peux te le mettre où je pense !

Et elle entra enfin dans le hall de l’immeuble, claquant la porte derrière elle. A l’extérieur, Bill la regardait avec une stupeur incrédule, incapable de faire le moindre mouvement. Il la regarda monter ses escaliers en s’essuyant les yeux d’un geste rageur.

— Et bien bravo, William, murmura-t-il dans le silence de la nuit. Ton indécision a réussi à blesser la fille la plus parfaite que tu connaisses, bien joué.

Il resta là un instant, puis il finit par transplaner, les épaules voûtées et le visage triste. Fleur le regarda disparaître avec amertume depuis la fenêtre de son salon, mais soulagée d’avoir déversé tout ce qu’elle avait sur le cœur.

***

Le lendemain matin, Fleur n’avait toujours pas décoléré. Des semaines qu’elle s’échinait à lui envoyer toutes sortes de signaux, tous plus directs les uns que les autres, qu’il la rejetait avec une tranquille assurance. Des espoirs toujours éteints puis ravivés, en un cycle lancinant qui la blessait énormément. Et alors qu’elle décidait de finalement abandonner l’idée d’être avec lui, qu’elle voulait essayer de tourner la page, voilà que monsieur revenait la bouche en cœur !

— Les hommes, maugréa Fleur avec humeur en fermant sa robe d’un geste sec ce matin-là.

Elle n’était même pas heureuse, d’avoir enfin son attention. Elle avait l’impression de n’être qu’un jouet qu’on acceptait une fois que… une fois que quoi ? Qu’est-ce qui avait provoqué son changement d’opinion ? Elle se dit, avec un certain malaise, qu’il lui aurait peut-être dit si elle l’avait laissé en placer une. Elle tenta de balayer ce doute rapidement, irritée de se sentir coupable. Elle était dans son bon droit, d’être en colère, après la tranquille indifférence avec laquelle il l’avait traitée. Et il revenait uniquement quand il sentait qu’elle ne lui appartenait plus, comme un manipulateur qui…

Fleur fut brutalement coupée dans ses pensées par quelques coups frappés contre le carreau. Elle fronça les sourcils devant la chouette inconnue perchée devant sa  fenêtre, une lettre dans le bec. Elle n’avait de correspondance régulière qu’avec sa sœur et ses parents, et elle venait tout juste de leur envoyer une missive, il n’y avait aucun moyen qu’ils lui répondent déjà. A moins qu’il y ait une urgence ? Un problème ?

Ressentant un début d’anxiété, la jeune femme ouvrit la fenêtre et laissa entrer l’oiseau gris, qui laissa tomber sa lettre sur le comptoir, avant de se percher sur un des tabourets du bar, attendant manifestement une réponse. Fleur ouvrit la missive les doigts tremblants, inquiète de ne pas reconnaître l’écriture sur l’enveloppe.

Elle se faisait déjà toute sorte de films dans sa tête, persuadée que cela provenait d’un Médicomage ou d’un Auror lui annonçant un accident tragique de la plus cruelle des façons, lorsque son visage se figea, surpris.

Il s’agissait d’une lettre de Bill, qui s’excusait platement pour sa conduite. Des mots qu’elle trouvait bien faciles et vides de sens.

— Il va t’en falloir plus pour te faire pardonner, toi, marmonna-t-elle.

A deux doigts de froisser la lettre et de la jeter, elle se ravisa et retourna le parchemin pour y griffonner quelques mots. Bill lui proposant de se retrouver pour en discuter autour d’un verre, elle répondit très sèchement que non, elle était déjà prise cet après-midi. La chouette grise s’envola avec sa réponse, et Fleur ressentit une certaine satisfaction en songeant à la tête du jeune homme lorsqu’il la lirait.

Encore une fois, elle ressentit un bref élan de culpabilité, qu’elle essaya d’étouffer. Ce n’était pas comme avec les autres, quand elle jouait un peu pour se faire désirer, la situation était différente. Bill lui plaisait, vraiment, mais il l’avait blessée, et elle ne comptait pas le laisser s’en tirer à si bon compte. S’il voulait réellement une chance avec elle, qu’il fasse des efforts. Les actes valaient cent fois mieux que des mots.

Décidée à le chasser de ses pensées pour au moins une journée, Fleur jeta un sac sur son épaule puis quitta son appartement pour aller retrouver Talia à Regent’s Park. Il s’agissait d’un de leurs rendez-vous hebdomadaires, sous le soleil agréable de cet été si chaleureux. Fleur était toutefois habituée à des mois plus chauds dans le sud de la France, et elle ne sortait jamais sans un petit pull, ce qui faisait beaucoup rire Talia, qui la taquinait souvent à ce propos.

Bien sûr, lorsqu’elles se retrouvèrent, comme d’habitude, elles évitèrent les sujets qui fâchent au premier abord. Talia parla de son travail dans un soupir, Fleur resta évasive sur tout ce qu’elle ne pouvait lui dire. Puis, alors qu’elles s’asseyaient sur un banc qui faisait face au petit lac, Talia tenta d’aborder le sujet qui lui tenait à cœur, après une brève hésitation.

— Alors ? Vous avez trouvé ce que peut faire ce collier ?

— Quoi ? demanda Fleur, distraite.

— Le collier de Néfertiti, répéta Talia. Vous savez s’il s’agit d’un objet sorcier, au final ? Et où il se trouve en ce moment ?

— Pas du tout, nous n’avons aucune piste.

Devant l’air déçu de son amie, Fleur se sentit obligée d’expliquer un peu plus. Elle lui parla brièvement de leurs recherches, ne souhaitant pas trop s’attarder sur un sujet qui lui faisait penser à Bill. Elle évoqua les maigres résultats qu’ils avaient trouvés, et qui s’élevaient à peu de choses. Ils ne connaissaient aucun Mangemort correspondant à la description donnée par Bill, et les sources sorcières sur le collier de Néfertiti étaient plutôt pauvres.

— On sait juste qu’il était très puissant, mais de quelle façon ? Les ressources sont très floues.

— Je vois… Je suis désolée de ne pas avoir pu vous aider davantage.

— Tu en as déjà fait beaucoup, tu nous as mis sur la bonne piste, et nous avons pu en informer les bonnes personnes. Peut-être que nos… collègues seront plus efficaces que nous.

Talia fit une petite moue et de nouveau, Fleur sentit cette barrière entre elles. Elle était une sorcière, Talia était une Cracmolle. Parfois, cette différence la marquait. Elle essayait de la balayer, de faire comme si elle n’existait pas, mais elle était toujours là. Talia ne ferait jamais partie de son monde à cent pour cent, et l’inverse était tout aussi vrai. Cette réflexion la peina et elle préféra détourner les yeux pour observer des enfants qui faisaient la course en riant.

— Bill ? dit soudain Talia d’un air incrédule.

— Oh s’il te plaît ne parlons pas de lui, soupira Fleur en fronçant les sourcils, agacée. Je n’en peux plus, il est insupportable, et si je pouvais éviter d’y penser le week-end… Je le vois déjà assez au travail !

— Non, je veux dire que… Attends comment ça, que s’est-il passé entre vous ?

— Il m’a raccompagnée chez moi hier soir et a osé dire qu’il pensait qu’il me plaisait.

— Quelle audace, quand on sait que c’est totalement vrai, grinça Talia en arrondissant des yeux surpris. Je ne comprends pas pourquoi tu parais si énervée.

— Parce que je ne suis pas à sa disposition juste quand il le décide ! Et qu’il fait comme si de rien n’était, comme si ces dernières semaines ne s’étaient jamais produites, comme s’il n’avait pas refusé cent fois mes propositions de verres et mes avances.

— Je vois. Et vous avez essayé d’en discuter bien sûr ?

— Non, je lui ai claqué la porte au nez hier soir, marmonna Fleur.

— Et bien heureusement qu’il est là, vous pourrez en parler.

— Quoi ?

A ces mots, Fleur se retourna brusquement, incapable de croire Talia sur parole. Et pourtant, Bill était bien là, il traversait le parc d’un pas rapide dans leur direction, les sourcils froncés et l’air préoccupé.

— Mais qu’est-ce qu’il fait là ?

— Je pense qu’il cueille des pâquerettes, ironisa Talia.

Fleur lui jeta un regard peu amène, puis fixa de nouveau son attention furieuse sur le nouveau venu, qui venait d’arriver à leur hauteur. Elle refusait de plier, et elle ne se laisserait pas avoir par son magnifique sourire, ni ses grands yeux bleus si sincères, ni par sa voix si…

— Bonjour à vous deux, je suis désolé de vous déranger, s’excusa-t-il.

— Tu ne déranges pas ! s’exclama aussitôt Talia. Je partais tout juste. Passez une bonne après-midi !

Et avant même que Fleur, offusquée, ne puisse la retenir, elle l’avait déjà embrassée sur les deux joues et partait en agitant la main, un large sourire sur le visage.

— Traîtresse, marmonna-t-elle.

— Quoi ?

— Rien. Qu’est-ce que tu veux ?

Elle s’adressait à lui avec un ton sec, le dos droit et les yeux jetant des éclairs. Ou tout du moins elle essayait. Elle devait avouer qu’elle avait du mal à résister à son charme, et elle se détestait un petit peu pour ça.

— M’excuser, répondit aussitôt Bill en s’asseyant à côté d’elle, tout en gardant une distance prudente.

— Pour hier soir ou pour la lettre de tout à l’heure ? Et comment est-ce que tu m’as retrouvée ?

— Pour les deux, et j’ai juste utilisé un sortilège de localisation avec la réponse que tu m’as envoyée.

Fleur retint une grimace. Elle qui aurait envie de déballer son sac à Talia, rester seule avec ses pensées ou au contraire totalement se changer les idées, elle était bien servie.

— Ecoute Bill, je ne pense pas que tu puisses dire quoi que ce soit qui apaisera ma colère. Tu m’as blessée, par ton attitude récente, j’espère que tu t’en rends bien compte. Je ne suis pas un objet que tu peux décider de prendre quand tu en as envie. S’excuser est un début, mais les mots sont bien jolis et inutiles quand ils ne sont pas accompagnés d’actes concrets.

— Je sais bien, je n’ai aucune véritable excuse pour la manière dont je me suis comporté avec toi au début de l’été, lui dit-il d’une voix douce. Je me trouvais des prétextes, parce que j’avais peur. Ce qui n’est pas plus pardonnable, je le sais bien, mais je suis prêt à tout pour que tu ne m’en veuilles plus.

— Peur de quoi ?

Bill resta silencieux quelques secondes, les mains au fond des poches, son regard se perdant à l’horizon. Il paraissait rassembler son courage, assez paradoxal pour un Gryffondor. Fleur examinait son profil avec attention, et elle eut presque un sursaut lorsqu’il se tourna brusquement vers elle, plongeant ses yeux dans les siens et faisant naître de nouveau des papillons dans son ventre.

— De toi, dit simplement Bill. Je n’ai jamais été réellement attiré par personne avant toi, Fleur. Enfin, disons pour être plus juste que j’ai eu quelques aventures, jamais importantes, toujours sans attaches. Toujours avec des personnes qui ne m’ont pas marqué, qui ont été éphémères dans ma vie. Toi… Tu me coupes le souffle. Tu es belle, forte, courageuse, et pour la première fois de ma vie, je m’imagine un futur à deux. Et ça me fait peur. Peur d’être rejeté, abandonné, que ça ne fonctionne pas, que tu décides de retourner en France pour mille raisons, peur de te perdre dans cette guerre qui se profile. Peur de l’inconnu, tout simplement.

Fleur détestait revenir sur sa parole, mais bordel ce que cette déclaration la touchait. Elle essayait très fort de ne pas avoir les larmes aux yeux, mais c’était certainement une des plus belles choses qu’on lui ait dites. Souvent, ses prétendants ne soulignaient que sa beauté, comme s’il n’y avait que ça, alors qu’elle était tellement plus que son apparence. Bill paraissait être le premier à avoir enfin vu au-delà de ça.

— Je reste sur le fait que les actes passent avant les mots, dit-elle d’une voix chargée d’émotions, mais je suis très touchée par ce que tu viens de dire.

— Et je comprends tes réticences, lui assura-t-il, et je te le prouverai encore et encore, que je suis enfin sûr de moi, de mon choix, de toi. On ira doucement, à ton rythme, jusqu’à ce que tu me fasses confiance et que tu te laisses aller toi aussi.

Il lui présenta sa main, paume ouverte, et Fleur hésita une seconde avant de glisser ses doigts entre les siens.

Ils restèrent là longtemps, sur ce banc, mains dans la main, sans trop parler mais savourant ce contact entre eux. Les mots de Bill avaient résonné en Fleur avec une exactitude qui la bouleversait. Elle qui avait toujours été sûre de tout, elle devait admettre qu’elle aussi avait peur. Car c’était la première fois qu’elle ressentait quelque chose d’aussi fort, d’aussi prometteur, d’aussi beau.

Et qu’il y avait tant de raisons pour leur faire craindre ce lien.

Ils n’auraient qu’à prendre leurs temps, ensemble. Pas à pas.

 

End Notes:

C'était un chapitre très centré sur la relation entre Bill et Fleur (j'espère que je ne m'en suis pas torp mal sortie), mais promis on retrouve bien vite l'intrigue du collier et des pouvoirs qu'il renferme ! A bientôt !

Chapitre 9 - 16 août 1995 by Catie
Author's Notes:

Beaucoup de révélations dans ce chapitre, j'espère qu'il vous plaira. Bonne lecture !

 

Bill n’était pas venu travailler aujourd’hui, et il ne l’avait même pas prévenue. Fleur devait avouer que cela la contrariait. Juste un tout petit peu. Il n’avait pas besoin de l’informer de tous ses faits et gestes juste parce qu’ils s’étaient tenus la main et confessés qu’ils étaient intéressés l’un par l’autre, pas vrai ? Mais il aurait quand même pu lui dire qu’il ne viendrait pas aujourd’hui, non ?

Tiraillée entre la colère et l’inquiétude, Fleur avait accompli ses tâches de gestes mécaniques toute la journée, guettant de temps en temps un catogan roux parmi les têtes fripées des gobelins qui l’entouraient. Pourtant, pas l’ombre d’un Bill Weasley à l’horizon.

Lorsqu’elle émergea de la banque vers seize heures, elle devait avouer que la crainte avait pris le pas sur l’agacement. Il lui était sûrement arrivé quelque chose, sinon il lui aurait envoyé un hibou, il aurait fait attention à la prévenir, à…

— Fleur !

Elle se figea un instant avant de se tourner vers la voix familière qui l’avait interpellée de l’autre côté de la rue. Interloquée, elle fixa un instant Bill qui lui faisait signe depuis la terrasse de Florian Fortarôme, hésitant fortement à sortir sa baguette et à lui balancer un sortilège bien placé. Elle le rejoignit à grands pas, jouant des coudes parmi la foule estivale, puis se planta devant lui les mains sur les hanches. Son large sourire fut remplacé par une expression inquiète qui lui apporta une brève satisfaction.

— Je suis désolé, dit-il rapidement, avant même qu’elle ait eu le temps d’ouvrir la bouche.

— Je me suis fait un sang d’encre ! s’exclama-t-elle, ses yeux se réduisant à deux fentes. Je m’attendais presque à ce que tu te sois fait enlever et torturer par des Mangemorts, et je te retrouve tout pimpant à la terrasse du glacier ? Tu m’expliques ?

Soucieux d’éviter une crise de colère, Bill l’invita à s’asseoir d’un geste, jetant des coups d’œil inquiets autour d’eux.

— Attention, on pourrait nous écouter, dit-il à voix basse.

— Je m’en fiche, s’énerva Fleur avec humeur, réduisant tout de même son ton à un chuchotement. Je me suis vraiment inquiétée, Bill, tu aurais pu me laisser un mot pour me dire que tu allais disparaître toute une journée, plutôt que de réapparaître la bouche en cœur comme si de rien n’était.

— Je te présente toutes mes excuses, assura-t-il, l’air réellement contrit. Je ne pensais pas que ça prendrait tant de temps, si ça avait été le cas, je t’aurais bien sûr prévenue, mais… Tu me laisses te raconter ?

Fleur acquiesça d’un mouvement sec de menton, admettant tout de même qu’elle était curieuse, et plutôt soulagée de le savoir en un seul morceau. Après s’être assuré une fois de plus que personne ne laissait traîner d’oreilles indiscrètes, Bill se lança dans ses explications.

Le problème du collier de Néfertiti et de son voleur le tenait éveillé depuis maintenant plusieurs jours, il en devenait incapable de dormir. Il était amené à beaucoup cogiter pendant ses insomnies, et cela avait encore été le cas la nuit dernière.

— Je me disais : on ne peut pas deviner le pouvoir terrible de ce collier, ni le trouver dans d’anciens ouvrages, soit. Alors, pourquoi ne pas partir du voleur ? Essayer de le retrouver lui ? Et ensuite, il nous mènera au collier, qui reste l’objet à mettre en lieu sûr.

— Bien sûr, mais je ne vois pas comment…

— Laisse-moi finir, la pria-t-il en l’arrêtant d’un geste. Tu vas vite comprendre. Je suis allé fouiller dans les registres de Poudlard, que j’ai croisé avec des articles de journaux plus récents, des photographies d’études supérieures, mais aucune trace d’une personne avec une cicatrice sur le bras. Ça m’a pris une bonne partie de la journée. Mais si mon voleur n’avait pas été à Poudlard et qu’il possédait une baguette, où avait-il bien pu apprendre des sortilèges ?

— A Beauxbatons, Durmstrang, n’importe quelle autre école de magie, soupira Fleur.

— J’y ai pensé, mais il avait un accent anglais caractéristique, j’ai donc vite écarté cette hypothèse par manque de temps. Non, j’ai plutôt pensé au fait qu’il faisait sûrement parti d’une catégorie de personnes en marge de la société.

— Comment ça ?

— Selon toi, qui ne va pas à Poudlard mais connaît tout au monde magique ?

— Les Cracmols, répondit automatiquement Fleur.

— Oui, mais un Cracmol, même avec la meilleure volonté du monde, ne pourra pas utiliser une baguette. Non, je pensais à une créature magique. Comme un loup-garou.

Il lui lança un regard lourd de sens, tandis que Fleur réfléchissait à son hypothèse. Elle pouvait voir comment il en était arrivé là, mais cela lui tira une petite moue peu convaincue. C’était un peu tiré par les cheveux et extrapolé, sans aucune certitude.

— Pour tout avouer, dit Bill, c’est Hermione qui m’a donné l’idée.

— Granger ?

— Oui. Je ne lui en ai pas parlé, bien sûr, mais nous avons eu une discussion au dîner l’autre jour, et elle a évoqué la condition des Elfes de maison. A un moment, elle a fait un parallèle avec les loups garous, et cette conversation m’est revenue en tête aujourd’hui. Ce sont des parias, rejetés par la société sorcière, et à part Remus, je ne connais personne qui soit allé à Poudlard. Ils vivent tous en marge, se débrouillent par eux-mêmes avec ce qu’ils peuvent. Et il n’est pas inconnu que Greyback travaille pour Tu-sais-qui.

— Tu penses donc qu’un des loups garous de la meute à Greyback aurait volé le collier de Néfertiti, répéta Fleur d’une voix lente, toujours aussi sceptique. Pourquoi pas. Mais comment le retrouver ?

— Il existe un registre, établi par le Ministère, que j’ai pu consulter cet après-midi grâce à Kingsley, dans les archives. Y sont recensés tous ceux qui sont sur le territoire anglais, y compris ceux n’étant pas allés à Poudlard et qui paraissent avoir disparu de toute autre paperasse administrative.

— Des gens dont on ne se soucie pas vraiment, fit remarquer Fleur d’une voix amère.

— Exactement. Dans ce registre sont listés les signes distinctifs des loups garous recensés.

— Et il y en a qui ont des cicatrices sur le bras ? supposa-t-elle.

— Un seul. Jackson O’Donnell.

La respiration de Fleur se bloqua dans sa gorge. Elle qui au départ n’y croyait pas du tout, finissait par adhérer de plus en plus à cette hypothèse.

— Et alors ? finit-elle par demander, submergée par le suspens laissé dans le silence de Bill. Tu as fini par le retrouver ?

— J’attendais justement que tu sortes du travail car je vais avoir besoin de ton aide. J’ai l’adresse de ses parents.

Il agita sous son nez un morceau de parchemin, et Fleur sentit le frisson familier de l’adrénaline la parcourir. Enfin un peu d’action. Elle allait jouer un rôle concret et être utile, quelque chose dont elle rêvait depuis qu’elle faisait partie de l’Ordre, et jouer les espionnes à Gringott’s était loin d’être aussi passionnant qu’elle l’aurait cru.

— Qu’est-ce qu’on attend ?

Bill sourit devant son sourire ardent. Il lui tendit la main, elle s’en saisit sans hésiter, et ils quittèrent le Chemin de Traverse pour la banlieue sud de Londres, déterminés à avoir des réponses.

***

La maison des O’Donnell se dressait dans un quartier pauvre, mince masure grise et triste. Bill et Fleur hésitèrent un instant sur le seuil, échangeant un long regard significatif. Fleur finit par frapper brièvement contre le panneau de bois, un peu anxieuse de se demander sur quoi ils allaient tomber.

Une femme aux cheveux gris vint leur ouvrir la porte. Elle avait le visage dur, fermé, des yeux bleus perçants qui paraissaient les fouiller avec froideur, une mâchoire carrée et des épaules larges. Elle les regarda avec une certaine méfiance, une main sur la poignée de la porte et l’autre dans sa poche, certainement serrée sur sa baguette.

— Oui ? demanda-t-elle d’un ton sec.

— Bonjour Mrs O’Donnell, la salua Fleur avec nervosité. Je suis Fleur, voici Bill, nous sommes des collègues de votre fils, Jackson, il a disparu depuis quelques jours, et nous sommes plutôt inquiets. Vous a-t-il appelé ?

Ils s’étaient décidés à inventer cette histoire afin de tirer un maximum d’informations de la famille du loup-garou, mais Fleur avait à peine fini sa phrase qu’elle savait qu’ils n’obtiendraient rien. La femme face à eux parut se fermer comme une huître, plus encore qu’elle ne l’était déjà, et ne leur répondit que très brièvement.

— Non. Au revoir.

Et elle leur claqua la porte au nez sans plus de cérémonie.

Fleur resta sur le seuil encore quelques instants, immobile et totalement perplexe.

— Bon, dit-elle lentement en se tournant vers Bill. On ne peut pas dire que cette visite ait été concluante. Quoi ?

Elle fut étonnée de voir qu’il retenait manifestement un sourire, ce qui lui paraissait totalement inapproprié au vu de la situation.

— Tu devrais voir ta tête, finit par dire Bill en riant franchement. On dirait un hibou effarouché, j’adore.

Fleur resta bouche bée une seconde, avant de laisser elle aussi échapper un rire, le rose aux joues. Malgré sa tête qui devait certainement ne pas être des plus attrayante, le regard de Bill ne changeait pas, ses yeux étaient toujours aussi admiratifs. Elle n’avait jamais eu l’impression de pouvoir être réellement elle-même avec quiconque auparavant, pas sans écorner son image de fille parfaite, et voir maintenant qu’il la trouvait belle en toute circonstances lui faisait du bien.

Ils quittèrent le perron, bredouilles mais bizarrement l’esprit plus léger, comme si ce petit échange complice avait suffi à améliorer leur humeur. Leurs mains s’effleuraient, comme prêtes à se saisir, lorsqu’une voix les interpella.

— Excusez-moi.

A peine arrivés sur le trottoir, ils se retournèrent, surpris, vers la jeune femme qui venait de sortir par une porte latérale de la maison des O’Donnell. Elle les avait appelés à voix basse, et à présent elle leur faisait des gestes pour leur indiquer de faire discrètement le tour de la maison, désignant du pouce les fenêtres de l’entrée et secouant la tête, pour indiquer qu’elle ne voulait pas être vue.

Bill et Fleur échangèrent un nouveau regard, perplexes, mais il fallait avouer qu’ils étaient tous deux bien trop curieux. Ils finirent par contourner la palissade en bois jusqu’à l’arrière de la maison, près d’un petit portique qui donnait sur le jardin de derrière. Il s’agissait plus d’un terrain vague que d’un jardin réellement entretenu, plein de mauvaises herbes et de détritus. Ils furent rejoints quelques secondes plus tard par la jeune femme aux longs cheveux noirs qui leur avait fait signe. Elle portait un pantalon et un col roulé malgré la température estivale, et ses yeux noisette étaient aussi perçants que ceux de la femme qui leur avait ouverts. Elle les détailla rapidement, comme pour s’assurer qu’elle pouvait leur faire confiance.

— Bonjour, je suis Elsa, se présenta-t-elle. Excusez ma mère, elle n’aime pas qu’on mentionne Jackson en sa présence.

— Ah bon ? s’étonna Fleur.

— Il ne vous a pas dit ?

Les deux enquêteurs prirent soin de ne pas se regarder, affichant tous deux un air lisse et surpris.

— Jack était quelqu’un de très secret, il nous en a dit très peu sur sa famille, finit par dire Bill, en espérant que le surnom donnerait une impression d’intimité. Il s’est passé quelque chose ?

Elsa eut un sourire un peu tordu. Plein d’amertume.

— Oh, rien de bien grave, dit-elle d’un ton nonchalant.

Et d’un geste délibérément lent, elle remonta les manches de son pull. Fleur ne put s’empêcher d’écarquiller les yeux devant les cicatrices qui déformaient sa peau. Longues, verticales, des griffes sans aucun doute.

— Jackson vous a donc dit qu’il était un loup-garou, dit-elle, devant leur choc dénué de surprise.

— Oui, admit Bill. C’est lui qui vous a fait cela ?

— Oui. Il était jeune, il s’agissait de sa première pleine lune. Mes parents l’avaient enfermé dans le garage, j’étais curieuse, je voulais voir ce que faisait mon grand frère et… Voici le résultat. Heureusement, il ne m’a pas mordu. Juste marqué ma chair pour que je ne l’oublie jamais.

L’amertume, encore. Fleur frissonna, en imaginant le loup se jeter sur la petite fille, déchiqueter sa peau, et le sang couler, couler, couler… Elle en était malade rien qu’à y penser. Elle n’osait concevoir la peur qu’avait dû ressentir Elsa lors de cette scène. Cette dernière prit une brève inspiration, pour raconter, rapidement, la fin de cette histoire affreuse.

— Lorsqu’il s’est retransformé, mon père était si furieux qu’il l’a brûlé. Sur le bras. Il a une longue cicatrice dessus, vous avez dû la voir.

Fleur sentit l’horreur lui comprimer la gorge. Qui pouvait être assez sadique pour infliger une telle blessure à un enfant qui ne se contrôlait pas ? Un enfant maudit par quelque chose qu’il ne comprenait pas ? Elle avait envie de vomir. A ses côtés, Bill n’en menait pas plus large.

— Je suis désolé, répondit-il d’une voix douce. J’aimerais pouvoir…

— Vous ne pouvez rien y faire, le coupa la jeune femme. Je n’ai jamais réellement connu mon frère, j’avais trois ans à l’époque et mes parents l’ont jeté dehors. Nous ne l’avons plus jamais revu, ni eux ni moi. J’ai essayé de rechercher sa trace mais… Il semble avoir disparu dans la nature. C’est la première fois que j’entends parler de lui depuis vingt ans. Mes parents aussi. C’est pour ça que ma mère…

Elle n’acheva pas sa phrase, faisant un vague geste de la main vers la maison triste et silencieuse.

— Bien sûr, nous comprenons, assura Fleur. Désolée de vous avoir dérangés, nous ne pensions pas qu’il avait coupé les ponts avec sa famille, ce n’est pas ce qu’il nous avait dit.

— Et qu’est-ce qu’il est devenu, alors ? demanda Elsa. Comment va-t-il ?

— Il est banquier, répondit aussitôt Bill. Et il va très bien. Enfin, il allait très bien jusqu’au jour où nous n’avons plus eu de ses nouvelles, mais nous pourrons vous contacter lorsque ce sera le cas.

— Non, refusa-t-elle. C’est mieux comme ça. Banquier ? Je n’aurais pas cru.

Elle parut un peu songeuse, quelques instants, puis un bruit derrière elle la fit sursauter.

— Excusez-moi, je dois y aller. Je… Encore désolée, pour ma mère. Et merci pour… votre visite.

Elle resta immobile une seconde, hésitante, puis tourna les talons. Incapable de la laisser partir ainsi, si soudainement, Fleur obéit à son instinct et la rappela à voix basse. La jeune femme se retourna à demi, comme pressée de laisser son passé derrière elle.

— Quand vous avez cherché votre frère, vous n’avez pas eu quelques pistes ?

Elsa sembla hésiter un instant, avant de leur jeter quelques mots du bout des lèvres :

— Il y avait un squat de personnes sans domiciles fixes vers Westminster, j’ai eu des témoignages m’indiquant quelqu’un avec une description qui aurait pu lui ressembler, ou en tout cas quelqu’un avec une cicatrice similaire au bras. Je ne l’y ai jamais vu. Mais peut-être qu’il m’évitait sciemment. Au revoir.

Elle tourna les talons sans attendre, définitivement cette fois. Fleur la regarda claquer la porte, la gorge nouée. Elle était si triste, de l’histoire si sordide de cette famille, détruite par l’incompréhension, la colère, le ressentiment et l’amertume. A cause d’une malédiction qu’ils n’avaient même pas tenté de comprendre.

— Et bien, on sait au moins où orienter nos recherches à présent, dit-elle. Est-ce que tu veux qu’on s’y rende aujourd’hui ou on attend plus tard ? Bill ?

Plongée dans ses pensées et son raisonnement, elle était repartie sur le trottoir, et se retourna avec étonnement en voyant que son compagnon ne la suivait pas. Il était toujours planté au même endroit et la regardait d’un air pensif, une lueur amusée dans les yeux.

— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-elle, surprise. Tu m’écoutes ?

— Bien sûr. Je pense qu’on devrait attendre, on a eu assez d’émotions pour aujourd’hui. Et j’ai envie de profiter de cette soirée avec toi.

— Ah oui ? répondit-elle, presque timidement, sur un ton qu’elle ne se reconnut pas.

— Oui. Tu sais que tu es incroyable ?

— Pourquoi est-ce que tu dis ça ?

Elle se sentait presque embarrassée sous son regard admiratif, indigne d’un tel émerveillement de sa part.

— Parce que tu prends toujours des initiatives aux moments où je m’y attends le moins. Tu es étonnante. Et j’ai très envie de t’embrasser.

Cette dernière phrase lui coupa le souffle. On ne lui avait jamais dit cela avec autant d’intensité, de sérieux, de retenue. On ne lui avait jamais dit tout court, d’ailleurs. D’habitude, les hommes prenaient, sans demander, comme s’ils avaient le droit. Le fait qu’il le dise, qu’il le formule à voix haute, de voir la flamme du désir dans ses yeux mais sans qu’il agisse dessus, qu’il se maîtrise, tout cela lui donnait une envie folle de répondre par l’affirmative. Plus qu’elle n’en avait jamais eu envie dans sa vie.

— C’est drôle, mais j’en ai très envie aussi, répondit-elle avec un sourire taquin.

Il s’approcha lentement d’elle, et le sentiment d’anticipation qui lui tordait le ventre en était presque douloureux. Il caressa sa joue, écarta une mèche de cheveux de son visage, se pencha vers elle avec une lenteur calculée. Et lorsqu’il effleura ses lèvres des siennes, elle retenait son souffle tant elle était impatiente.

Enfin, ils s’embrassèrent, et les papillons étaient de retour dans son estomac. Elle noua ses mains derrière sa nuque, intensifiant leur baiser, tout ce qu’ils venaient d’apprendre très loin dans sa tête.

Il n’y avait que Bill face à elle, ses lèvres douces, ses mains chaudes dans le creux de son dos, l’odeur enivrante de son parfum.

Elle avait rêvé de ce baiser des semaines durant, et il était encore mieux que dans ses rêves les plus fous. Elle s’était dit que ce serait forcément mieux que tout ce qu’elle avait connu. Bill n’était plus un adolescent, c’était un homme mature, plus âgé, avec de l’expérience, il saurait s’y prendre.

Elle n’aurait pas pu avoir plus faux.

C’était bien mieux que tout ce qu’elle avait connu, aucun doute là-dessus. Un simple baiser qui l’enflammait. Mais ça n’avait rien à voir avec l’âge ou l’expérience. C’était l’alchimie entre eux, indéniable, qui faisait prolonger l’instant et lui donnait envie de ne plus jamais le lâcher. Il avait tenté d’y résister, d’y opposer des arguments rationnels, mais les faits étaient là. Il y avait entre eux quelque chose qui ne s’expliquait pas.

Lorsqu’ils se lâchèrent enfin, à bout de souffle, ils souriaient comme deux idiots. Fleur n’avait jamais été niaise, mais avec lui elle était incapable de ne pas l’être.

— Un bon repas, du bon vin et une bonne discussion ? dit-il d’une voix rauque.

— Un programme parfait, souffla-t-elle.

Elle avait voulu y aller doucement, être sûre, mais ce baiser balayait toutes ses réticences, ses inquiétudes, le ressentiment qu’elle éprouvait encore par moments à cause de son attitude passée. Elle n’avait jamais été si sûre de quoi que ce soit de toute sa vie.

Et elle était déterminée à  ne jamais laisser partir ce sentiment de plénitude.

 

End Notes:

N'oubliez pas de laisser une petite review qui fait plaisir et à très vite !

Chapitre 10 - 22 août 1995 by Catie
Author's Notes:

Et voici le chapitre 10, on avance dans l'histoire et l'intrigue, j'espère qu'il vous plaira !

Bonne lecture !

 

— Il faudrait peut-être qu’on sorte un peu de cette chambre, non ?

— Pour quoi faire ?

Avec un sourire absolument niais qu’elle ne pensait pas voir un jour sur son visage, Fleur se rapprocha de Bill, embrassa brièvement la peau douce de son cou, puis se blottit dans ses bras. Cela faisait une semaine qu’ils étaient tous deux sur un petit nuage, à profiter du moindre instant qu’ils pouvaient avoir à deux. Quand ils n’étaient pas au travail à se lancer de longs regards et à se déconcentrer dès qu’ils étaient dans les parages l’un de l’autre, ils étaient dans le petit appartement de Fleur, qu’elle louait dans un haut immeuble du Chemin de Traverse.

Malgré la chaleur estivale, ils n’arrivaient pas à se lâcher. Des caresses, des câlins, des baisers, de longues discussions dans les bras l’un de l’autre sur le canapé. Fleur avait l’impression de redécouvrir la gentillesse et la douceur. Elle qui n’avait toujours été qu’un objet de désir pour les hommes, elle se sentait enfin aimée et appréciée à sa juste valeur. La tendresse qu’elle éprouvait à chaque fois qu’elle plongeait ses yeux dans ceux de Bill la bouleversait. Ils n’avaient pas encore mis de mots sur ce qu’ils étaient vraiment, mais ils n’en avaient pas réellement besoin. Leurs gestes et leurs regards parlaient pour eux.

— Tu ne veux pas que j’aille acheter de quoi faire du pain perdu ? proposa Bill en lui caressant les cheveux d’une main distraite.

Fleur fronça le nez, en une petite mimique qu’il trouva adorable et qui le fit sourire.

— Un bon point pour toi, tu as réussi à retenir un de mes en-cas préférés, par contre il est hors de question que tu me cuisines ça avec ce que vous osez appeler « pain » dans ce pays.

— Quel mépris ! fit-il mine de s’offusquer.

— Je suis réaliste ! Tu n’as vraiment pas idée d’à quel point c’est meilleur en France.

— Il va falloir que tu me fasses goûter pour me prouver que tu as raison, lui répondit-il d’un air faussement solennel.

— Tu serais prêt à venir en France juste pour goûter du pain perdu ? le taquina-t-elle.

— En partie, et je pourrai aussi découvrir un peu d’où tu viens.

Il avait dit cela sur un ton simple, comme si ce n’était pas grand-chose, mais Fleur se sentit touchée par ces quelques mots. Jamais personne n’avait essayé de la découvrir, de la comprendre, de savoir d’où elle venait. Elle n’était que la française à l’accent exotique, avec des goûts culinaires étranges. Bill était le premier à la traiter avec autant de considération, et elle en était à chaque fois presque surprise.

— Est-ce que tu serais en train de faire des plans pour l’avenir ? chuchota-t-elle.

— Il semblerait.

Il se pencha vers elle et ils s’embrassèrent longuement, serrés l’un contre l’autre, avec fièvre, comme pour rattraper ces longues semaines passées séparés. Bill lui avait dit l’autre soir, à quel point il s’était senti idiot d’avoir attendu aussi longtemps, de l’avoir repoussée alors qu’il était aujourd’hui si heureux. Elle l’avait traité d’idiot, et c’était le premier soir où ils avaient fait l’amour.

Ils finirent par se lever lorsque leurs estomacs grognèrent trop fort pour être ignorés. Elle noyée dans son tee-shirt à lui, bien trop grand, et lui portant un unique caleçon, ils fouillèrent les placards pour en sortir toasts et pots de confiture. Ils avaient à peine eu le temps de tout poser sur la table que quelqu’un d’apparemment très pressé tambourina à la porte d’entrée.

— Fleur ? Fleur tu es là ?

— Talia ?

Ebahie d’étonnement, la française ouvrit à son amie sans même faire cas de sa tenue, alors que Bill s’éclipsait dans la chambre pour enfiler quelqu’un chose d’un peu plus présentable.

— Comment est-ce que tu es entrée sur le Chemin de Traverse ? s’étonna Fleur.

— J’ai demandé de l’aide à Tom, le patron du Chaudron Baveur, répondit Talia, sans faire attention au corps dévêtu de son hôte. Il fallait que je te parle, c’est important !

Elle paraissait agitée, angoissée, même, et Fleur l’invita à s’asseoir dans le canapé avant de lui préparer un café bien noir. Bill émergea de la chambre au moment où elle lui tendait la tasse, que Talia eut de la peine à prendre tant ses mains tremblaient. Elle la vida en quelques gorgées, sans que cela ne la calme pour autant, au contraire.

— J’étais dans tous mes états, alors Tom a accepté de m’ouvrir le passage, expliqua-t-elle, je suis ensuite allée à la banque, où on m’a dit que c’était ton jour de repos, et ils ont d’ailleurs accepté de me donner ton adresse sans trop discuter et sans se méfier, je ne pense pas que ce soit très prudent de leur part.

— Effectivement, approuva Bill en s’asseyant en face d’elle, dans un fauteuil au tissu usé. Que se passe-t-il, Talia, tu n’as pas l’air bien ?

Cette dernière étouffa un cri de surprise en le voyant et ses yeux s’arrondirent sous le choc. Elle paraissait enfin réaliser qu’elle les avait dérangés en pleine lune de miel des débuts.

— Tu… Vous… Pourquoi est-ce que tu ne m’as rien dit ? s’exclama-t-elle en se tournant vers son amie.

— C’est très récent, se défendit Fleur, rougissant jusqu’à la racine de ses cheveux.

— C’est pour ça que je n’ai aucune nouvelle depuis une semaine, je comprends mieux.

Son ton n’était absolument pas rancunier, juste taquin, et Fleur se sentit coupable de l’avoir tenue à l’écart de tout ça, alors même que son amie l’avait entendue se plaindre des semaines durant de ses doutes et de ses espoirs toujours déçus.

— Je suis désolée.

— Ne t’excuse pas enfin, je comprends tout à fait. Et puis, tant mieux si Bill est là, je n’aurai pas à me répéter.

— A quel sujet ?

De nouveau, l’inquiétude prit le pas dans les grands yeux limpides de Talia. Son sourire glissa de son visage, ses sourcils se froncèrent d’inquiétude, et elle poussa un profond soupir, les épaules voûtées, comme si elle avait tout le malheur du monde qui pesait sur elle.

— Cette histoire avec le collier de Néfertiti me tournait en boucle dans la tête, finit-elle par dire. Je sais que vous vouliez que je n’en parle pas, mais je n’ai pas pu résister plus longtemps.

Bill et Fleur échangèrent un regard alarmé. L’information était-elle remontée jusqu’aux oreilles des Mangemorts ? Tendue, la jeune française se pencha vers son amie et posa une main réconfortante sur son poignet. Peu importe ce qu’avait fait Talia, elle la soutiendrait jusqu’au bout.

— A qui en as-tu parlé ? demanda-t-elle d’une voix douce.

— Ma mère, répondit Talia, contre toute attente et déclenchant un mouvement de surprise chez Bill. On ne se parle que très peu, elle est… Disons que c’est le seul membre de ma famille qui me parle encore.

Un bref silence flotta dans la pièce, tendu. Fleur n’avait jamais osé évoquer le sujet de la famille de Talia directement, elle ne se doutait que trop qu’il y avait derrière une histoire sordide. Encore une autre.

— Je ne t’ai jamais parlé de ma famille, dit Talia, en écho à ses pensées, pas parce que cela me blesse, mais parce qu’il n’y a rien de bien palpitant à dire. Lorsque je n’ai pas reçu ma lettre de Poudlard à mes onze ans et qu’il s’est avéré que j’étais bel et bien une Cracmolle, mon père m’a reniée et chassée de chez lui. Grâce à ma mère, j’ai été adoptée par de la famille Moldue éloignée. La cousine au troisième degré de sa tante, quelque chose comme ça. Elle a gardé contact avec moi, quelques lettres par-ci par-là, des visites à mon anniversaire, quand elle le pouvait.

Talia marqua une courte pause, comme rassemblant ses esprits, ses mains serrées l’une contre l’autre pour les forcer à s’arrêter de trembler.

— C’est moi qui me suis éloignée d’elle, quand j’étais adolescente. Je lui en voulais d’avoir cédé à mon père, d’être une sorcière brillante avec qui je n’avais aucun point commun. Elle était belle, fine, élégante, tout ce que je n’étais pas. J’ai été le vilain petit canard jusqu’au bout. Les gens qui m’ont élevée m’ont traitée comme leur fille, et je leur en serai pour toujours reconnaissante, mais je ne me sentais pas à ma place pour autant. Il ne connaissait rien au monde magique, ma mère les avait tenus dans l’ignorance. Ils pensaient que je n’étais qu’une enfant non désirée par un beau-père las de ma présence.

— Je n’imagine même pas ce que tu as dû ressentir, souffla Fleur.

— Ce que je ressens toujours, la corrigea Talia d’une voix douce, qui laissait entendre une pointe d’amertume. Je suis plus ou moins en paix avec ma mère, aujourd’hui, nous nous sommes expliquées, et si je ne lui pardonne pas tout, nous avons des relations cordiales, même si je ne vois toujours pas mon père. Mais je ressens toujours ce sentiment horrible d’entre deux.

— Et donc… Tu as parlé du collier à ta mère ? demanda Bill, un peu inquiet de connaître le fin mot de l’histoire.

— Oui. C’est une sorcière brillante, elle est historienne et elle a travaillé en Egypte durant des années. Elle y allait en mission pour plusieurs mois et elle me ramenait souvent des petites babioles de là-bas. Je savais qu’elle avait étudié ce collier, c’était une des plus grandes frustrations de sa carrière. Un collier qu’elle connaissait par cœur mais qu’elle n’a jamais eu entre les mains.

— Et elle sait ce qu’il fait ? l’interrogea Bill, refusant de croire en une telle coïncidence.

— A l’époque où elle était encore plongée dans ses recherches, elle a déniché au Caire des textes anciens, dont elle a conservé des copies et qu’elle a passé des mois à traduire et analyser. Dans ces écrits, il y avait notamment le journal du sorcier ayant confectionné le collier offert ensuite à la pharaonne Néfertiti, et il y décrit toutes ses propriétés dans le moindre détail.

— Et… Ta mère s’en souvenait ? la pressa Fleur, retenant son souffle.

Talia lui jeta un regard grave, que Fleur ne lui avait jamais vu. Un regard qui provoqua un frisson le long de sa colonne vertébrale. Elle ne savait pas si elle avait réellement envie d’entendre la suite.

— Oh oui. Car cela me concernait en partie.

— Comment ça ? s’étonna Bill, les sourcils froncés, tendu.

— Le collier renferme notamment un poison rare. Enchanté pour ne pas perdre de son efficacité dans le temps, jamais, même après la mort du sorcier. Il tire son énergie de celle de la Terre, autrement dit elle est inépuisable.

— Si ce n’est qu’un poison, ce n’est pas si…

— C’est une substance volatile, qui se répand dans l’air et tue à la moindre inhalation, la coupa Talia. Un poison qui cible exclusivement les personnes sans pouvoir magiques. Les Moldus et les Cracmols. Et il n’existe pas de remède.

Le silence qui tomba sur la pièce était lourd à couper au couteau. Fleur ne parvenait plus réellement à respirer, ni à intégrer ce qu’elle venait d’entendre. Le regard qu’elle échangea avec Bill était sans équivoque.

Ils devaient retrouver ce collier de toute urgence. Avant que Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom ou toute autre personne ne mette la main dessus. Et qu’une catastrophe sans nom ne se produise.

***

Bill et Fleur n’avaient pas encore pris le temps de suivre la piste du squat de Westminster que leur avait donné Elsa, trop enfermés dans leur petite bulle de bonheur pour avoir envie d’en sortir. Pourtant, les propos alarmants de Talia les poussaient à poursuivre cette piste, et vite.

Dès que les deux amants furent habillés et prêts à sortir, ils se rendirent immédiatement dans le quartier que leur avait indiqué la jeune femme, suivis de près par Talia. Ils avaient eu beau lui dire que c’était dangereux, elle avait refusé d’entendre raison. Il était hors de question pour elle d’être laissée de côté après de telles révélations, et elle leur avait bien fait comprendre. Ne souhaitant pas perdre de temps à argumenter inutilement, ils l’avaient emmenée sans plus discuter.

Le simple détail qu’ils avaient mis de côté, trop pressés dans leur hâte d’avoir des réponses et de retrouver ce Jackson qui avait très probablement mit la main sur le collier, c’était que Westminster était un quartier plutôt grand. Démunis au premier abord, ils finirent par se séparer pour couvrir le plus de terrain possible afin de trouver le squat dont leur avait parlé Elsa, mais ils avaient le sentiment de chercher une aiguille dans une botte de foin.

Ce fut Talia qui trouva l’information dont ils avaient besoin. Un vieil homme, qui traînait des pieds en remontant Downing Street avec un sac poubelle derrière lui, lui indiqua une direction un peu plus au nord, en parlant d’un terrain qui rassemblait nombre de ses compagnons d’infortune. La jeune femme revint sur ses pas en courant pour trouver ses amis et leur donner les indications à bout de souffle.

Sans perdre une seconde, les trois amis se dirigèrent sans plus tarder jusqu’au squat dont leur avait parlé Elsa, ou tout du moins ils l’espéraient. Il s’agissait d’un terrain vague, fermé par des planches à moitié rongées par l’humidité, où quelques tentes avaient été dressées.

Dès qu’ils entrèrent, en passant par un trou dans un grillage, ils furent la cible de regards inquiets, hostiles, menaçants pour certains. Ce fut certainement la nervosité de Talia, la beauté hypnotisante de Fleur et le crochet de serpent accroché à l’oreille de Bill qui provoqua un moment de flottement. Ils n’avaient pas l’air d’être de la police, ni là pour les déloger, alors personne ne bougea et on se contenta de les regarder avec méfiance.

Ce fut Fleur qui se ressaisit la première, secouée devant tant de misère humaine, mais déterminée à ne pas prendre le risque de perdre encore une seconde de plus avec ce collier. Ils avaient déjà trop tardés.

— Excusez-moi, lança-t-elle à la ronde d’une voix ferme, bonjour. Nous sommes désolés de vous importuner, mais nous voulons simplement quelques informations. Nous recherchons un jeune homme nommé Jackson, vous le connaissez ?

Le silence s’alourdit, inamical. Les sans-abri qui les entouraient les regardaient avec des visages vides, fermés, récalcitrants. Bill comprit qu’ils ne donneraient pas la moindre information à des inconnus.

— Il a une longue cicatrice sur le bras ? tenta de nouveau Fleur, sans récolter plus de réactions.

— Nous ne lui voulons aucun mal, assura Bill d’une voix calme. Nous souhaitons juste lui demander des informations. Et de ces informations dépendent la vie de centaines de personnes.

Cela ne sembla pas les émouvoir davantage.

— Si jamais vous le voyez, dites-lui que nous souhaiterions lui parler, ajouta Talia en sortant un papier bristol de sa poche. Voici ma carte.

Elle la tendit à l’homme le plus proche, la main tremblante, mais alors qu’il la regardait fixement sans la prendre, elle finit par la poser au sol, un peu maladroitement. Puis, sans demander leur reste, ils se retirèrent, et dans leurs dos, ils entendirent vite des chuchotements empressés.

— On aurait dû leur proposer de l’argent, murmura Fleur, lorsqu’ils furent sur le trottoir. Cela les aurait peut-être motivés.

— Sauf s’il y a d’autres squats dans le quartier, répliqua Talia. Ne perdons pas espoir, peut-être qu’ils ne le connaissaient pas.

— Si, on le connaissait.

Ils se retournèrent vers la voix rauque et son propriétaire hirsute, qui portait un sweat crasseux et un jean déchiré aux genoux.

— Tout le monde adorait Jacky par ici, ajouta l’homme de sa voix enrouée, comme s’il avait passé des heures à crier.

— Vous savez où il est ? demanda Bill. Quand l’avez-vous vu pour la dernière fois ?

— Je ne serais pas contre un repas chaud, l’ami, je dois t’avouer.

— Bien sûr, acquiesça Fleur.

Elle sortit une bourse de sa poche, bourrée d’argent Moldu qu’elle était toujours assez prudente pour transporter, et qu’elle lui donna en intégralité. L’homme regarda fixement le petit sac qu’elle venait de poser dans sa paume ouverte, comme s’il avait du mal à se persuader qu’il n’hallucinait pas.

— Merci, murmura-t-il.

— Alors, Jackson ?

— Oui, il a disparu depuis le début de l’été. Il ne vient plus. Ça lui est déjà arrivé, de disparaître quelques semaines, d’essayer un autre coin, mais il revenait toujours ici. C’est la première fois que je le vois partir aussi longtemps, et pourtant on se connaît depuis un bail lui et moi. Ça doit bien faire dix ans qu’on squatte par ici, qu’on se croise de-ci de-là. Un chic type. On a fait les quatre cents coups ensemble.

L’homme hocha le menton, clairement impressionné. La bourse avait disparu dans une de ses poches, avec tant de rapidité que Fleur ne savait même pas où il l’avait planquée.

— Il ne vous a pas dit où il allait, cette fois ? demanda Bill, qui paraissait un peu déçu de ces réponses.

— Il a dit qu’il en avait marre de vivre dans l’ombre, de quoi, je ne sais pas. Il avait pas l’air de parler de notre situation, mais… d’autre chose. Je l’adore, mais il a toujours été un peu bizarre. Pas très net dans sa tête si vous voyez ce que je veux dire. Il se baladait partout avec un bout de bois comme si c’était une arme, ça a fait beaucoup rire les autres.

Fleur et Bill échangèrent un rapide regard. Sûrement une baguette volée, qu’il avait utilisée contre Bill en Egypte, d’ailleurs.

— Rien d’autre ? le pressa Talia.

— Si, il a dit qu’il voulait rejoindre… C’était quoi ce nom déjà. Un nom à coucher dehors. Gri… Gra… Griblack ?

— Greyback ?

— Oui, voilà un truc comme ça. Bizarre, non ?

Cette fois-ci, ils ne répondirent pas, et le regard qu’ils échangèrent était bien plus alarmé.

— Vous en faites une tête, dit leur informateur d’un ton curieux. Vous savez qui c’est celui-là ?

— Merci pour vos informations, monsieur, le remercia Talia. Tenez, encore un peu d’argent pour vous récompenser de votre temps.

Elle lui tendit un billet, qui disparut aussi vite que la bourse de Fleur. Puis elle entraîna ses amis au coin de la rue, pour les soustraire au regard inquisiteur de celui qui les avait tant aidés.

— Il a raison, finit-elle par dire, une fois que le terrain vague ne fut plus en vue. Vous faites une tête bizarre. C’est qui ce Greyback ?

— Un des loups garous les plus dangereux de Grande-Bretagne, répondit Bill d’un air sombre. Au service de Tu-sais-qui. Il est violent, sanguinaire, sans pitié. Tout s’explique. C’est certainement lui qui a demandé à Jackson de voler le collier, pour son Maître.

— Mais alors ça veut dire… Que Tu-sais-qui a le collier depuis bien longtemps, s’effraya Fleur, qui se sentait pâlir à vue d’œil.

— Je ne pense pas, ou il l’aurait déjà utilisé.

— Peut-être que le gamin a eu des remords, appuya Talia, très pâle elle aussi.

— Après, il voulait le rejoindre, mais peut-être qu’il n’a pas réussi, les tempéra Fleur.

— Il n’y a qu’une seule manière de le savoir, intervint Bill.

— Tu veux dire… se rendre sur leur camp ?

— Exactement.

— Mais… C’est extrêmement dangereux ! s’exclama Fleur.

— Plus que de laisser un tel objet aux mains d’un des sbires de Tu-sais-qui ?

Cette réponse la réduisit au silence. Elle avait peur. Elle était terrifiée même. Tout allait bien trop vite.

— On ne sait pas où est leur camp, chuchota-t-elle dans un filet de voix.

— Moi je sais. Remus est en mission d’infiltration là-bas, et les coordonnées nous ont été communiquées par Dumbledore lors d’une réunion de l’Ordre, en cas d’urgence, si nous avions besoin de l’aider un jour.

Un long silence suivit cette affirmation de Bill, qui paraissait plus déterminé que jamais. Fleur, elle, ne parvenait pas à chasser la peur dans son cœur. Elle n’avait pas peur de se battre, elle s’était entraînée pour ça, mais tout paraissait soudain si réel, si concret, elle avait l’impression que tout lui échappait et lui glissait entre les doigts.

— Qu’est-ce qu’on attend exactement ? demanda Talia.

Fleur réalisa qu’elle était seule contre deux. Elle n’allait pas avoir le choix.

Elle allait devoir risquer sa vie, pour protéger celles des gens qu’elle aimait.

 

Chapitre 11 - 22 août 1995 by Catie
Author's Notes:

Et voici l'avant-dernier chapitre, avec un peu d'action ! J'espère qu'il vous plaira, bonne lecture !

 

Le soleil se couchait lentement à l’horizon, illuminant de ses rayons orangés les sous-bois et créant des ombres dansantes entre les arbres. Fleur retenait son souffle, la main serrée sur sa baguette. C’était follement imprudent, d’être venu ici directement, alors que la nuit allait tomber, mais elle savait, comme les deux autres, qu’ils n’avaient pas le choix. Si le Lord Noir mettait la main sur cette arme dangereuse… Elle n’osait même pas y songer.

Pourtant, elle avait beau être courageuse, Fleur était aussi terrifiée. Elle avait peur pour sa vie, pour celle de Bill, celle de Talia. Songer à son amie, à quelques mètres d’elle dans l’obscurité, dépourvue de la moindre magie, la rendait malade. Ils avaient fait un détour par l’appartement de Talia, pour qu’elle récupère une batte de base-ball qu’elle gardait précieusement dans son placard d’entrée, mais quelle serait son utilité contre des loups garous violents ? Ils avaient au moins la chance de ne pas avoir choisi la pleine lune pour leur mission suicide.

Ils avaient pris le temps d’envoyer un message à Dumbledore et au reste de l’Ordre, bien sûr, mais ils n’avaient pas voulu prendre le risque de perdre une seconde de plus. Ni qu’on leur dise de réfléchir, de penser à un plan de bataille, de ne pas y aller pour ne pas faire voler en éclats la couverture de Remus.

Ils ne pouvaient pas rester les bras croisés, en sachant qu’une arme aussi dangereuse pouvait tomber dans les mains de l’ennemi à n’importe quel moment. Des milliers de vies en dépendaient.

— Encore un kilomètre vers le nord, chuchota Bill devant elle.

Fleur hocha la tête, bien qu’il ne puisse pas la voir, et continua d’avancer à pas prudents, retenant sa respiration, l’oreille tendue pour entendre le moindre bruit suspect. Ils s’étaient jeté des sortilèges de Désillusion, mais cela ne tiendrait pas longtemps face à des loups garous à l’affut, même sous leur forme humaine. Pour faire bonne mesure, ils avaient essayé un sort pour amortir le bruit de leurs pas, mais il ne fonctionnait qu’à moitié, et de temps en temps, même eux percevaient une brindille qui craquait sous leurs semelles, ou des feuilles qui se froissaient.

Ils marchaient en échangeant le moins possible, communiquant principalement par gestes. Bill menait le chemin, Fleur et Talia quelques pas en arrière, éloignées l’une de l’autre de cinq mètres. De temps en temps, Fleur jetait un œil sur son amie, comme pour s’assurer qu’elle allait bien. Elle distinguait de moins en moins sa silhouette avec la lumière tombante, mais elle admirait la grâce avec laquelle elle se faufilait entre les branches, qu’elle ne lui aurait pas soupçonnée au vu de son exubérance quotidienne. Aussi silencieuse qu’une ombre.

— On dirait que tu as fait ça toute ta vie, lui glissa-t-elle.

Désespérée de combler le silence épais à couper au couteau, elle s’était exprimée en un chuchotement à peine perceptible, qui fit sourire Talia.

— Être grosse dans notre société aujourd’hui, c’est toujours essayer de se faire plus petit qu’on ne l’est, lâcha-t-elle d’un ton acide. Je suis passée experte dans l’art de frôler les murs pour me faire oublier.

— Pardon, murmura Fleur, sans trop savoir de quoi elle s’excusait, mais se sentant coupable.

— Tu es une des rares personnes à ne m’avoir jamais réduite à mon poids, alors s’il te plaît, ne t’excuse pas pour la bêtise des autres.

Elle lui adressa un sourire qui la rassura. Durant un instant, elle eut peur de l’avoir froissée, de ne pas avoir dit les mots qu’il fallait. Elles étaient si différentes, toutes les deux, que Fleur avait toujours l’impression de naviguer en des eaux inconnues. C’était aussi ce qui faisait la beauté de leur amitié.

— On approche.

La voix de Bill n’était qu’un souffle, mais elles l’entendirent parfaitement et perçurent l’avertissement dans sa voix. Elles se turent et se firent plus prudentes encore, tous leurs sens en alerte.

Au fur et à mesure qu’ils approchaient de la clairière qui se dessinait devant eux, ils entendaient des bruits de conversations, une voix sèche donnant des ordres, le crépitement d’un feu. Lorsqu’ils furent assez près pour voir sans être vus, ils se dissimulèrent derrière des troncs d’arbre épais, jetant de brefs coups d’œil sur le camp pour évaluer la situation.

La meute avait dressé quelques tentes miteuses, sûrement volées à de pauvres randonneurs au destin funeste. Un feu avait été allumé au centre de la clairière, sur lequel rôtissait à la broche un animal que Fleur n’arrivait pas à déterminer. Elle n’avait jamais vu un rassemblement aussi pitoyable, et elle dut réprimer un rire nerveux en plaquant une main contre sa bouche. Elle avait eu si peur, elle avait été si terrifiée de tomber sur une meute de loups garous sanguinaires, qu’elle n’avait même pas considéré le fait que ce serait juste des humains. De pauvres gens rejetés par la société, qui vivaient en marge, comme ils le pouvaient.

Près du feu, un homme au tee-shirt troué tournait lentement la viande. Une femme, assise devant une tente, aiguisait des couteaux. Une autre, aux longs cheveux filasse, mordillait un morceau de bois, comme pour occuper sa mâchoire. Ils n’avaient rien l’air d’autre que de pauvres sans-abris qui essayaient uniquement de survivre.

Tous, sauf l’homme qui se tenait devant la plus grande tente, les bras croisés et surveillant ses compères d’un regard froid. Fleur n’avait pas besoin de l’avoir déjà vu pour savoir de qui il s’agissait. Greyback. Il était terrifiant. Massif, des membres longs, des cheveux gris, des mains crasseuses et des ongles jaunes. Au moment où il retroussa brièvement les lèvres, dans un rictus agacé, elle aperçut ses dents pointues et elle frissonna.

De sa voix semblable à un aboiement rauque, il cria un ordre à un de ses subalternes, qui se recroquevilla de peur avant de s’exécuter. Fleur fronça le nez lorsque l’odeur du camp surmonta celle de la viande qui rôtissait. Sueur, sang, terreur. Greyback n’était qu’un loup-garou violent, sauvage, qui n’hésiterait pas à les lancer sur eux. Et ils le feraient, ils lui obéiraient, malgré leur réticence, leur maigreur, leur hésitation, parce que c’était leur chef.

Un chef qui souhaitait se démarquer des humains mais qui portait une robe noire de Mangemort mal ajustée, tendue sur son torse musclé et tachée par endroits de terre et de sang bruni.

Bill lui fit un signe discret, et Fleur détacha enfin son regard dégoûté de Greybak pour regarder dans la direction qu’il pointait du doigt.

A l’extérieur du cercle de tentes, raide et le regard alerte, se tenait Remus. Il était en compagnie d’un autre homme, plutôt jeune, aux joues creuses et aux cheveux sales. Les yeux de Fleur glissèrent jusqu’au bras de l’inconnu, orné d’une immense cicatrice boursouflé, qui courait de son poignet jusqu’à son coude, et sa respiration se bloqua dans sa gorge. C’était lui.

Ils s’étaient décidés pour tenter d’abord une approche en douceur. Ne pas attaquer frontalement, essayer d’isoler Jackson et de le faire parler. C’était sûrement moins dangereux. Peut-être, s’il n’avait pas encore remis le collier à Greyback, qu’il avait des remords, qu’il hésitait et qu’il n’était pas vraiment à la solde de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Sinon, ce dernier l’aurait utilisé. C’était l’espoir auquel ils se raccrochaient.

Alors, ils firent prudemment le tour de la clairière, retenant leurs souffles, allant de troncs en troncs. Une fois Fleur crut s’évanouir lorsqu’elle fut persuadée que le regard de Greyback se posa sur elle, mais il détourna vite la tête, et ce ne fut qu’à cet instant qu’elle s’autorisa à respirer.

Une dizaine de minutes plus tard, après avoir bougé avec beaucoup de précaution, ils se retrouvèrent près de Remus et Jackson. Ils avaient fait exprès de se positionner dans l’axe du regard de Remus, ce qui permit à Bill de lui envoyer un signal. Il fit voleter une feuille aux pieds de leur ami, et l’amena jusqu’à lui, avec tout le naturel possible dû au vent. Remus n’était pas idiot, et lorsque ses yeux perçants se posèrent sur les sous-bois qui s’assombrissaient, et qu’il vit Bill lui faire un signe bref, son visage resta de marbre. Il se tourna vers son acolyte et lui dit, le plus calmement du monde, qu’il avait devait répondre à des besoins urgents. Jackson le laissa partir sans autre commentaire qu’un bref hochement sec de la tête.

Remus passa devant eux sans s’arrêter ni se retourner, et ils le suivirent avec prudence. Il ne s’arrêta que quelques centaines de mètres plus loin, quand il fut sûr d’être à l’abri des oreilles de Greyback. Et même ainsi, il s’adressa à eux dans un chuchotement précipité, inquiet de se faire repérer.

— Que s’est-il passé ? Il y a eu une attaque ?

— Non, le tranquillisa aussitôt Bill, mais nous sommes là pour une affaire urgente.

— Dépêche-toi, je ne peux pas disparaître trop longtemps. Et qui est-ce ?

En quelques mots brefs, Bill lui présenta Talia, puis lui parla du collier, de ses dangereux pouvoirs et du fait que Jackson en était très sûrement le possesseur. A ces mots, les yeux de Remus se firent d’acier.

— Il me l’a déjà montré, dit-il d’une voix dure.

— Tu veux dire qu’il l’a toujours en sa possession ? Il ne l’a pas donné à Greyback ?

— Non, il voulait le garder pour lui, pour l’examiner, mais avec tout ce que vous venez de me dire, je me demande si le collier n’exerce pas sur lui une sorte de malédiction, d’attraction malsaine.

— Tu sais où il se trouve ? demanda Bill d’une voix pressante.

— Oui.

Remus fit une brève pause, tendant l’oreille, comme pour s’assurer que personne ne venait dans ce coin de la forêt. Il reprit en parlant encore plus bas, d’un débit si rapide qu’il était presque difficile de le comprendre.

— Si vous marchez quelques centaines de mètres vers le nord, vous trouverez une autre clairière, plus petite, plus discrète. Vous la reconnaîtrez à la cabane en ruines au centre. A une extrémité, il y a un énorme chêne. Le collier est dans le tronc.

— Tu ne viens pas avec nous ? l’interrogea Fleur, nerveuse.

— Non, je ne veux pas que ma disparition provoque le moindre soupçon. Prenez-le et disparaissez. Vite.

Sans plus s’attarder, Remus disparut entre les troncs d’arbres, aussi discret qu’une ombre. Les trois autres ne perdirent pas de temps et s’élancèrent dans la direction indiquée, le plus vite possible. L’urgence et l’adrénaline accéléraient le battement de leurs cœurs et leurs respirations. Ils avaient l’impression de jouer contre la montre, sans trop savoir pourquoi.

Ils n’eurent pas trop de mal à trouver la clairière. La cabane était bien visible, le chêne aussi. Ils s’arrêtèrent un instant, à bout de souffle, à l’orée des arbres, avant de s’élancer vers le tronc et son trou béant.

Ils n’eurent cependant pas le temps de l’atteindre. Un homme émergea soudain de derrière l’énorme tronc, baguette tendue. Cicatrice au bras. Visage fermé.

— Qui êtes-vous ? demanda-t-il d’une voix sèche. Que faites-vous ici ?

— Jackson, l’interpella aussitôt Bill en levant les mains en signe de reddition. Nous ne sommes pas là pour te combattre.

— Comment connaissez-vous mon nom ?

Sa main se resserra sur sa baguette ; il les observait tous à tour de rôle, les yeux plissés, méfiant.

— Nous te cherchions car nous savons que tu es en possession d’un objet dont la puissance te dépasse, répondit Bill d’une voix mesurée. Un objet dangereux.

— De quoi parlez-vous ? répliqua-t-il d’une voix sèche, manifestement gêné et sur la défensive.

— Du collier de Néfertiti, répondit Fleur à voix basse.

— Je le savais, murmura Jackson, je le savais… C’est Remus qui vous a tout dit, pas vrai ? Il veut me le voler ? Je sentais quand il est parti qu’il y avait quelque chose de pas net !

— Nous ne connaissons aucun Remus, dit Bill d’une voix ferme. Nous voulons juste le collier. Je t’ai vu le voler dans la tombe de Néfertiti il y a quelques semaines, c’est moi que tu as tenté de stupéfixer.

Les yeux de Jackson s’arrondirent de surprise. Il fit un geste instinctif vers la poche de son short rapiécé, un geste que les yeux attentifs de Fleur ne manquèrent pas.

— Je… Ce collier est à moi !

— Il est dangereux, Jackson.

— Vous n’en savez rien.

— Et toi, sais-tu ce qu’il contient ? l’interrogea Talia d’une voix grave.

— La solution qui donnera la victoire au Seigneur des Ténèbres, dit soudain une voix rauque.

Les trois intrus se retournèrent brusquement, baguettes et batte au poing. La silhouette massive de Greyback émergea du sous-bois sombre, un sourire carnassier aux lèvres. Fleur sentit son cœur cesser de battre dans sa poitrine. Il était encore plus terrifiant de près. Sa simple odeur lui donnait envie de vomir, et le sang séché sur ses ongles de hurler.

— Tiens, tiens, tiens…, dit le loup-garou d’une voix lente. Un Weasley. Je me disais bien qu’il y avait quelque chose de louche, quand j’ai vu celui-là partir dans la forêt, si agité, poursuivit-il en désignant Jackson. Pourquoi est-ce que tu te promènes dans mes bois ?

— La forêt est à tout le monde, que je sache, fit remarquer Talia d’une voix calme.

Elle ne cilla pas lorsque Greyback se tourna vers elle, canines dénudées et un grondement sourd émanant de sa gorge. Fleur fut frappée par son courage. Elle ne comprenait pas comment son amie pouvait rester si stoïque, alors qu’elle-même était terrifiée, et qu’elle avait une baguette pour se défendre.

— Tu as l’odeur d’un déchet, gronda-t-il. Pas une Sang-de-bourbe, non…

Il huma l’air, comme pour mieux déterminer l’odeur qui lui parvenait.

— Comme une Cracmolle, répondit placidement Talia, ses doigts se resserrant sur sa batte de base-ball, ses phalanges blanches.

A ces mots, Greyback aboya d’un rire sauvage.

— Vous avez osé emmener une Cracmolle ? Ici ?

Il raillait Bill d’une voix ouvertement moqueuse, ses yeux brillant d’une lueur sauvage.

— Vous avez donc tant envie de la voir mourir ?

— Nous avons des baguettes, toi non, répondit calmement Bill. Nous allons prendre le collier et partir, sans que personne ne soit blessé.

— Dans tes rêves, gamin, gronda-t-il. Ce collier est à moi, je dois le remettre à mon Maître. Ainsi, toute la vermine de ce monde sera exterminée. Dommage qu’il ne cible pas les traîtres à leur sang, vous allez devoir mourir de nos mains. Jackson !

Ce dernier sursauta lorsque son chef de meute aboya son prénom, avec une agressivité qui le fit trembler.

— Donne-moi ce collier.

— Je…

— Ta tête est déjà mise à prix pour avoir osé me le dissimuler ces dernières semaines, si tu veux mourir vite, donne-le-moi tout de suite !

Jackson resserra sa main sur sa baguette et recula d’un pas. Mais des grondements sourds se firent entendre dans les sous-bois, dans son dos. Il se retourna précipitamment, et gagna le centre de la clairière, sa baguette brandie vers ses compagnons d’infortune, qui s’avançaient vers lui d’un air menaçant, dans une position à moitié animale. Ce n’était pas la pleine lune, mais il était facile de voir le loup en eux. Remus était parmi eux, jouant son rôle à la perfection.

Jackson se positionna dos à Bill, baguette brandie et main tremblante. Comme les trois autres, il voyait sa vie misérable défiler devant ses yeux. Et il agonisait, de savoir qu’il allait mourir sans percer les secrets du collier qu’il avait dans la poche.

— Le collier et vos vies seront épargnées, gronda Greyback.

— Je ne pense pas être satisfait de ce marché.

La voix calme de Bill, presque détachée, apporta à Fleur un peu de sérénité. Elle sentait sa tension, il était prêt à bondir au moindre signe, mais il restait apparemment serein. Elle puisait sa force dans la sienne, elle réussit à stabiliser la main qui tenait sa baguette. Et quand les loups, toujours humains, se jetèrent sur eux sur ordre de Greyback, elle était prête.

Ce combat n’avait rien à voir avec ce qu’elle avait pu vivre auparavant. Ce n’était pas les duels classiques à l’école, ni même les épreuves qu’elle avait vécu durant le Tournoi. C’était brutal, réel et douloureux. Et surtout, inattendu.

A part Jackson, aucun membre de la meute n’avait de baguette. Ils se déplaçaient avec une rapidité inouïe, évitant les sortilèges, se jetant sur eux avec les couteaux qu’ils tenaient dans les mains. Avant d’avoir pu ajuster sa garde, Fleur avait une coupure au bras gauche et une autre sur la cuisse droite, qui la brûlaient, mais qui ne l’empêchaient pas de continuer à se battre.

De temps en temps, elle jetait des regards anxieux vers Talia, qui se débrouillait pourtant comme une cheffe avec sa batte, écrabouillant des têtes, des bras, des mollets, avec une dextérité surprenante.

Greyback, lui, s’était jeté sur Bill, et Fleur ne pouvait s’empêcher d’être morte d’angoisse. Elle tenta de l’aider, par un sortilège bien placé, mais elle faillit toucher son amant, et son inattention lui coûta une nouvelle estafilade au niveau du mollet qui la fit hurler. Bill détourna son attention une seconde, ce qui faillit lui coûter la vie.

Ils étaient en infériorité numérique. Et malgré leurs deux baguettes, ils étaient submergés. Jackson, lui, n’était nulle part en vue, et cela désespéra Fleur. Allait-il ouvrir le collier ? Répandre cette substance qui signifiait la fin de tant de vies ? Dans quel camp était-il, à part le sien ?

Elle ne savait pas depuis combien de temps elle se battait, mais ses muscles commençaient à fatiguer. Son bras tremblait de fatigue et non plus de peur, elle n’avait qu’une envie, celle de s’effondrer au sol et de ne plus se relever. C’était les visions de Bill et de Talia, qui se battaient toujours, qui lui donnaient la force de rester debout.

Et soudain, avec la même soudaineté à laquelle le combat avait commencé, il était terminé.

Il fallut plusieurs secondes à Fleur pour réaliser que la meute fuyait. Greyback aboyait des ordres, il fut le premier à disparaître dans le sous-bois. Une seconde plus tard, Dumbledore lui-même émergeait d’entre les arbres, baguette levée, arrêtant les derniers loups qui n’avaient pas eu le temps de s’enfuir.

Ce ne fut qu’au moment où Bill la serra dans ses bras, et qu’elle sentit le corps de Talia percuter ensuite le sien, que Fleur réalisa que c’était terminé. Elle pleurait, de joie, de soulagement, de peur. Tout était enfin fini. Tout ?

— Où est le collier ?

Dumbledore était à côté d’eux, pressant. Fleur, trop sonnée pour s’exprimer, écouta Bill qui expliquait la pagaille de la bataille, la fuite de Jackson, sa disparition. Elle comprenait l’accent désespéré dans sa voix, elle partageait sa frustration. Ils avaient fait tout cela pour rien. Ils avaient risqué leurs vies sans le moindre effet, sans…

— Professeur !

Bill, Fleur, Talia, Dumbledore et les quelques autres membres de l’Ordre qui étaient venus prêter main forte, se tournèrent vers la voix qui avait interpellé le directeur. Remus émergeait de l’ombre, portant le corps immobile de Jackson. Il le posa aux pieds de son mentor, et se redressa avec un visage toujours aussi sérieux.

— Je ne peux pas rester, ils vont se douter de quelque chose, dit-il. Je l’ai suivi alors qu’il s’enfuyait et j’ai réussi à le stupéfixer. Le collier est toujours dans sa poche.

— Merci Remus, dit Dumbledore d’une voix douce. Pour ce soir et pour accepter de remplir cette mission si périlleuse.

Le loup-garou hocha le menton, le visage fermé, puis tourna les talons sans saluer personne, et s’enfuit en courant afin de rejoindre la meute. Fleur n’osait imaginer ce que cela devait être, d’être constamment en infiltration, de ne jamais être soi-même. Elle n’en aurait jamais été capable et elle l’admirait pour sa force de caractère.

Dès que la silhouette de Remus eut disparu dans le bois noir, elle se tourna vers le jeune homme allongé sur le sol. Enfin, c’était fini.

Elle regarda Dumbledore se pencher sur le corps immobile, plonger sa main dans la poche de son short, et en ressortir le bijou tant convoité. Les rayons de la lune se reflétèrent sur la chaîne en or et l’émeraude polie. Une véritable merveille, qui cachait bien ce qu’elle renfermait.

— Tout est bien qui finit bien, murmura Bill à son oreille.

Fleur poussa un soupir et se laissa aller dans ses bras, fermant les yeux. Oui, tout était bien qui finissait bien.

Mieux qu’elle ne l’avait espéré en tout cas, au tout début de cette histoire.

 

End Notes:

Merci pour votre lecture, n'hésitez pas à laisser un petit mot pour me dire ce que vous en avez pensé, et à bientôt pour le chapitre final !

Chapitre 12 - 2 septembre 1995 by Catie
Author's Notes:

Et voici le dernier chapitre ! Un immense merci à mathvou et Bloo pour vos reviews, elles m'ont énormément touchées, j'essaye de vous répondre dès que j'ai le temps, c'est un peu la folie dans ma vie ces derniers temps. En tout cas un immense merci pour vos mots ♥

Et voici le dernier chapitre qui vient conclure cette histoire ! Encore un joyeux Noël (oui, en juin) et un grand merci à Cachou pour m'avoir inspirée cette histoire lors de l'Echange ♥

 

La maison des Black était loin d’être accueillante. Fleur observait Jackson de près, alors qu’il jetait des coups d’œil circonspects sur les murs noirs, les hauts plafonds encrassés et la décoration funeste. Les Weasley avaient fait un boulot énorme cet été, mais le lieu restait toujours sombre et morose.

La nuit était tombée, les jeunes étudiants étaient repartis à Poudlard, les Weasley au Terrier, et ils n’étaient que quatre dans la cuisine. Fleur, Bill, Dumbledore et Jackson. Sirius était parti s’isoler dans les pièces des étages supérieurs, maussade à l’idée d’être de nouveau seul.

C’était uniquement la deuxième fois que Fleur venait ici, la première ayant été celle de son entretien initial avec Dumbledore. Les autres fois, leurs réunions s’étaient tenues dans l’appartement de Bill, au cœur de Londres. Elle devait avouer être soulagée de ne pas avoir croisé sa famille, c’était trop tôt. Après ces semaines éprouvantes, ils allaient avoir besoin de temps pour eux, juste pour eux deux. Pour se découvrir, se révéler l’un à l’autre. Les rencontres à la belle-famille pouvaient attendre.

Pour l’heure, ils assistaient à la conclusion de la sombre  histoire de cet été effréné.

Jackson n’osait soutenir leurs regards. Il fixait ses mains jointes, honteux, incapable même de les remercier.

— Vous n’irez pas à Azkaban, Mr. O’Donnell, dit enfin Dumbledore d’une voix grave et calme.

Le loup-garou releva brusquement la tête, surpris. Cela faisait un peu plus d’une semaine que les membres de l’Ordre l’avaient transporté de la forêt jusqu’à une de leur planque, un magasin abandonné dans l’est londonien, sans savoir que faire de lui. Il y avait été confiné, dans le plus grand secret, à se ronger les sangs en attendant qu’une décision fut prise à son égard, jusqu’à ce qu’on l’amène au quartier général ce jour-même, une fois tout le monde parti, les yeux bandés.

Il ne s’était apparemment pas attendu à cette entrée en matière.

— Vraiment ? demanda-t-il, méfiant.

— Vraiment, répéta Dumbledore d’un ton tranquille. Je refuse de vous condamner aux tourments d’Azkaban. Et c’est sans conteste à cet  endroit que vous enverrait le Ministère, s’il avait vent de cette histoire, ne vous détrompez point. Cependant, c’est un lieu qui je trouve fort inhumain, de manière générale, et encore plus pour quelqu’un qui s’est tout simplement perdu.

Jackson eut un sourire amer. Il baissa le regard de nouveau, incapable de soutenir celui de Dumbledore.

— Je me suis perdu, c’est donc comme ça que vous le formulez ?

— Je me trompe ?

— J’ai œuvré contre vous, j’ai voulu rejoindre Vous-savez-qui.

— Et vous méritez d’aller à Azkaban pour cela ? Savez-vous combien de pauvres âmes Voldemort a ensorcelé de ses mots ?

Fleur, Bill et Jackson furent pris d’un frisson devant le nom tant redouté, mais Dumbledore fit comme s’il n’avait rien vu et poursuivit, toujours très calme.

— Certes, vous vous êtes égaré en chemin, Mr O’Donnell. Vous avez stupefixé notre ami Bill ici présent, volé un collier ô combien inestimable et ô combien dangereux, vous en avez été obsédé, mais vous ne l’avez pas remis à Greyback, ni à Voldemort. Vous avez, par cette attitude, protégé et sauvé des centaines de milliers de personnes.

— Je ne l’ai fait que dans mon propre intérêt, murmura Jackson. Je voulais juste savoir… Savoir ce qu’il renfermait.

— Et c’est bien compréhensible, la curiosité est une vertue difficile à maîtriser.

Le sourire de Dumbledore parut apaiser Jackson, dont les épaules se détendirent quelque peu. Il fixait toujours ses doigts, incapable de soutenir le regard du professeur.

— Si je ne vais pas à Azkaban, qu’allez-vous faire de moi ?

— Vous êtes le seul maître de votre destin, mon cher, rappelez-vous. Avant de répondre à votre question, permettez-moi de vous en poser une autre : pourquoi avez-vous voulu rejoindre Voldemort ?

Encore une fois, ce frisson qui parcourut son échine. Jackson essaya de chasser son malaise, de rassembler ses idées, mais il était si embarrassé. Dans cette cuisine sombre, face à ce regard si clair, ses raisons lui paraissaient stupides, emmêlées, saugrenues. A sa droite, Bill et Fleur échangèrent un regard curieux, se demandant où Dumbledore voulait en venir.

— Parce que j’étais seul, finit-il par dire. Rejeté par des sorciers qui me haïssaient, par mes propres parents, par la société. Et Vous-savez-qui était là, à dire qu’il nous accepterait. Greyback avait une meute, un peu comme… comme une deuxième famille.

— Etiez-vous d’accord avec eux ? demanda Dumbledore d’une voix douce. Sur la place des Moldus dans le monde ?

— Non, répondit Jackson après une brève hésitation. Les Moldus ne m’avaient rien fait. C’était les sorciers, qui me rejetaient. Et souvent, je me demandais si ça en valait la peine. Si c’était acceptable, d’agir comme je le faisais, d’attaquer des villages, des innocents, pour les faibles raisons que j’avançais.

— L’éternelle question, de savoir s’il est tolérable de commettre des actes atroces pour de bonnes raisons, murmura Dumbledore.

Le loup-garou hocha le menton, comme soulagé de voir que l’autre mettait des mots sur ce qu’il ressentait. Une question à laquelle il n’avait toujours pas de réponses. Il avait eu ses raisons, pour avoir agi ainsi, mais étaient-elles suffisamment recevables ? Il ne pensait pas pouvoir le savoir réellement un jour.

— Avez-vous toujours envie de rejoindre les rangs  de Voldemort ?

La voix de Dumbledore était toujours aussi calme, mais avec une inflexion plus dure. Des notes d’acier qui firent frissonner Jackson. Il secoua la tête, avant de s’exprimer à haute voix.

— Non, monsieur, murmura-t-il. Je… Je ne sais pas ce que je veux faire de ma vie, mais je ne veux pas vivre dans la haine.

Il plongea enfin ses yeux dans ceux de Dumbledore, et cela lui fit l’effet de s’enfoncer dans un puits sans fond. Cette réponse sembla satisfaire le vieil homme, qui hocha le menton.

— Et si je vous propose une place à nos côtés ?

Cette proposition surprit les trois autres personnes dans la pièce. Bill voulut intervenir, mais Dumbledore l’interrompit d’un geste. Le silence se prolongea encore quelques instants, alors que Jackson intégrait la chose, sous le choc.

— Je ne vais pas pouvoir accepter, monsieur, finit-il par dire d’une voix lente, comme si chaque mot lui coûtait. Je vous remercie pour votre offre, mais je ne peux pas. J’ai besoin… Je ne veux plus être mêlé à cette guerre.

— Ce qui est compréhensible, mon jeune ami. Dans ce cas-là, je ne vous retiens pas plus longtemps. Pour votre bien, je vous conseille tout de même de quitter l’Angleterre quelques temps, si vous souhaitez mener une existence paisible loin de l’ire de Voldemort.

Avec un signe de tête, Dumbledore lui indiqua alors la sortie. Etonné d’être congédié si brusquement, Jackson se leva pourtant et se dirigea à pas lents vers la porte, comme hésitant toujours. Il s’arrêta sur le palier et se retourna, sans oser poser la question qui lui brûlait les lèvres.

— Je… Pardon de  demander mais… Qu’avez-vous fait du collier ?

A cette question, Dumbledore eut un sourire indulgent.

— Il est caché. Quelque part où jamais personne ne pourra le trouver.

— Vous me croyez si je vous dis que cela me rassure ?

— Bien sûr que je vous crois.

Ces mots parurent soulager Jackson, qui sourit, puis s’éclipsa enfin, sur un dernier signe de tête vers Bill et Fleur.

Ce fut la dernière fois qu’ils le virent. Ils ne surent jamais s’il avait repris contact avec sa famille, ou ce qu’il était devenu. Souvent, dans les années qui suivirent, Fleur eut quelques pensées pour ce jeune homme perdu. Elle espérait qu’il avait trouvé sa voie, qu’il était heureux, et qu’il n’était plus torturé par sa condition de loup-garou. Et souvent, elle se disait qu’elle rêvait tout éveillée, car le monde n’était jamais parfait.

Alors que la porte d’entrée de la maison des Black claquait, Bill se leva brusquement, comme lâchant toute la frustration qu’il retenait depuis le début de l’entretien.

— Comment pouvez-vous être sûr…

— Les gens oublient souvent, l’interrompit Dumbledore d’une voix calme et dépourvu de la moindre trace d’énervement, que je suis un Legilimens accompli. Le jeune Mr O’Donnell n’aurait pas pu me mentir, même s’il l’avait voulu.

— Je… Bien sûr, répondit Bill, embarrassé. Je suis désolé, c’est juste… Je ne lui fais pas confiance.

— A juste titre, mais notre énergie ne doit pas être consacrée à aider ceux ou celles qui sont perdues à trouver leur voie. Nous devons les protéger de la menace qui pèse au-dessus de leurs têtes, même s’ils n’en ont pas encore conscience.

Bill hocha le menton, le visage sombre.

— Quoi qu’il en soit, je tenais à vous remercier, tous les deux, pour votre implication dans cette affaire. Même si vous avez été particulièrement imprudents en fonçant vers le danger comme vous l’avez fait, tout en entraînant votre jeune amie Cracmolle, cela aurait pu avoir des conséquences dramatiques. Mais vous nous avez permis de récupérer un objet hautement dangereux, qui aurait pu avoir une utilité désastreuse entre de mauvaises mains, et je vous en suis reconnaissant.

— Le collier est donc bien en lieu sûr ? demanda Bill, anxieux.

— Seul moi connaît son emplacement, assura tranquillement Dumbledore.

— Bien.

— J’ai tout de même une question, intervint Fleur, nerveuse. Comment Vous-savez-qui a eu vent de l’existence de ce collier ?

— Et les gobelins, surenchérit Bill, les sourcils froncés. Tout cela ne peut pas être une coïncidence.

— J’ai ma petite idée sur la question, répondit Dumbledore, avec l’ombre d’un sourire. Ces derniers jours, après tous ces évènements, je me suis permis un  petit tour en Egypte, et une discussion avec le gobelin nommé Tyzenk, car je me posais les mêmes questions. Il n’a pas été bien long à m’avouer qu’un de leurs congénères, un dénommé Klogz, avait disparu, en avril dernier. Il a été retrouvé quelques semaines plus tard sur les rives du Nil, assassiné. Ils n’ont jamais retrouvé la trace du coupable, mais il est évident qu’un Mangemort se trouve derrière l’affaire. Sûrement un des émissaires que Voldemort a envoyé partout dans le monde, à la recherche de disciples.

— Je n’ai pas eu vent de  cette histoire, interrompit Bill.

— Les gobelins ont pris peur, ils ont gardé l’information soigneusement secrète. Encore plus aux sorciers qui les entouraient, à leurs yeux tout le monde portant une baguette était coupable. Le domicile de Klogz a bien sûr été fouillé par les gobelins ayant retrouvé le corps, mais l’appartement avait été mis sens dessus dessous, sûrement par son tueur. Cependant, en rangeant ses affaires présentent au bureau du Caire, ils ont retrouvé des papiers de recherches, sur le collier et le tombeau de Néfertiti. Klogz voulait sûrement s’approprier toute la gloire de la découverte et n’en avait rien dit à personne jusqu’à présent. Je suppose que ses recherches devaient être dupliquées et présentent chez lui, elles ont été découvertes par le Mangemort l’ayant tué et… vous connaissez la suite de l’histoire.

— Nous ne saurons jamais  vraiment le fin  mot de tout cela, conclut Fleur dans un soupir.

— J’ai bien peur que non, Miss Delacour.

— En espérant qu’il n’existe aucun autre artefact aussi dangereux et pouvant être exploité par Vous-savez-qui, marmonna Bill.

Dumbledore acquiesça d’un mouvement de tête pensif, puis il se leva, lentement, comme s’il portait le poids du monde sur ses épaules.

— Sur ce, mes chers amis, je vous laisse. J’ai une école qui requiert encore toute mon attention.

Il les salua d’un sourire, auquel Bill et Fleur répondirent d’un air fatigué, puis il se dirigea vers la Cheminée et y jeta une poignée de poudre de Cheminette. Le directeur disparut dans une gerbe de flammes vertes, et la cuisine fut de nouveau plongée dans le silence.

Fleur se sentait exténuée. Trop d’émotions, trop d’informations, trop de montagnes russes pour un seul été.

— Si je m’attendais à ça en postulant à Gringott’s début juillet,  murmura-t-elle.

— Tu n’aurais pu l’imaginer, même dans tes  rêves les plus fous, ironisa Bill. Bienvenue en Angleterre !

Elle eut un petit rire, tandis qu’il glissait sa main dans la sienne, emmêlant leurs doigts.

— Tu as eu des nouvelles de Talia ? demanda-t-il.

— Elle va bien. Un peu secouée par toute cette affaire, elle a quand même failli y laisser sa peau, mais elle est globalement plutôt fière d’elle. Elle m’a demandé quand est-ce qu’on l’emmenait dans une nouvelle mission.

— Jamais ?

— C’est ce que je lui ai dit, approuva Fleur avec un petit rire. Hors de question de la mettre en danger une fois encore.

— Bien qu’elle soit assez têtue pour se glisser dans nos bagages si le cas devait se présenter.

— C’est vrai.

— En tout cas, c’est une bien belle amitié que tu as là.

— Oui, approuva Fleur, le regard doux. Et je ne compte pas la lâcher.

— Ce qui veut dire que tu restes en Angleterre ? Tu ne rentres pas en France ?

Le ton de Bill était faussement léger et taquin, et sous la blague, Fleur percevait son hésitation, sa peur, son espoir.

— Bien sûr que non idiot, je ne rentre pas. Je reste, et ce n’est pas uniquement pour Talia.

— Ah bon ? fit-il mine de s’étonner.

— Il y a aussi un grand roux au sourire à tomber qui requiert toute mon attention.

— Qui est-ce ? Je le connais ?

Avec un rire, Fleur se pencha vers lui et captura ses lèvres, en un long baiser qui leur coupa le souffle.

Ils avaient peur de se perdre. La guerre à venir était terrifiante, effrayante, épouvantable. Ils ne savaient pas s’ils allaient survivre, quels proches ils allaient voir mourir, et ils tremblaient à l’idée d’être séparés.

Mais au moins, ils affronteraient la menace ensemble.

L’un avec l’autre, ils se sentaient plus courageux.

 

End Notes:

Merci infiniment pour votre lecture, une review me ferait immensément plaisir !

J'ai conscience que vous n'avez peut-être pas la réponse à toutes vos questions, mais il faut garder à l'esprit que j'ai écrit ces 29k en quelques semaines fulgurantes avant Noël :mg: Et laisser une petite part de mystère pour votre imagination n'est pas mal non plus !

Sur ce, je vous dis à bientôt à travers d'autres histoires !

Cette histoire est archivée sur http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=38477