Maria Klein by bellatrix92
Summary:

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Maria est différente. Elle le sait depuis toujours, du moins depuis l'époque à laquelle remontent ses premiers souvenirs.

Mais dans l'orphelinat où la terrible Frau Meister sévit et semble mettre un point d'honneur à l'anéantir, Maria n'aspire plus qu'à une chose:

 

Vivre libre et heureuse

 

Et si la magie pouvait un jour la délivrer de son quotidien horrible? Quel serait le prix à payer? Et dans ce mondde qu'elle découvre si complexe, pourrait-elle tomber sous la coupe d'un nouveau maître?

 

L'image appartient à Studio Canal


Categories: Biographies, Enfances Characters: Personnage original (OC)
Genres: Amitié
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Les Enfants perdus, Chemins de traverse (Cross-Overs) , Les chroniques du Blocksberg
Chapters: 6 Completed: Non Word count: 8154 Read: 521 Published: 02/03/2022 Updated: 06/03/2022
Story Notes:

Cette histoire est écrite dans le cadre du projet Women's March.

Elle est en quelque sortes un crossover entre l'univers de Harry Potter et celui du roman allemand "Die Kleine Hexe".

1. 1° mars : Chasse aux sorcières by bellatrix92

2. 2 mars: Sans toi(t) ni loi by bellatrix92

3. 3 mars: Clair de Lune by bellatrix92

4. 4 mars: Born This way by bellatrix92

5. 5 mars: Résistantes by bellatrix92

6. 6 mars: Le souvenir est le parfum de l'âme by bellatrix92

1° mars : Chasse aux sorcières by bellatrix92
Author's Notes:

Pour ce premier chapitre, je m'étais posé le défi de faire un chapitre de 300 mots maximum.

Je suis arrivée à 300 tout pile!

Maria ne savait pas encore par quel miracle elle avait réussi à atteindre sa cachette dans les buissons bordant l’orphelinat. Bien que celle-ci soit de plus en plus habituelle, on ne l’avait pas encore trouvée ici. Cela également relevait du miracle, car il était bien étrange que cette haie dégarnie par endroit suffise à la dissimuler entièrement aux regards.

« Tu sais disparaître, Maria. Tu es magique » Lui chuchotait souvent Flonie lorsqu’elle était sûre que personne ne les entendait.
La fillette avait envie d’y croire, peut-être qu’un jour elle échapperait ainsi à la cruauté de Frau Meister, la directrice.

Frissonnant, elle jeta un œil aux murs de grès de l’édifice, construit par les Prussiens quelques décennies plus tôt dans un style pompeux qui n’avait aucun lien avec l’usage qui en était fait à présent.
Maria savait qu’elle avait environ cinq ans lorsqu’elle y était entrée, du reste cependant elle ne conservait pas le moindre souvenir.

Cela voulait donc dire qu’elle n’était pas capable de déterminer avec certitude si l’autre moitié de sa vie avait été heureuse. Du haut de ses dix ans cependant, elle se prenait parfois à croire que oui, que l’enfer qu’elle vivait n’avait pas toujours existé.

Frau Meister, la directrice de l’orphelinat, détestait Maria depuis le premier jour. Pour quelle raison ? Difficile de le dire mais elle lui reprochait sans cesse sa « légèreté », sa « frivolité » et sa « paresse ».
Maria avait bien conscience qu’elle était différente de ses camarades. Pour commencer, elle savait déjà lire lorsqu’elle était arrivée et n’avait guère eu de mal à apprendre à écrire avec les quelques pauvres leçons qui étaient dispensées aux orphelines. La plupart d’entre-elles en effet resteraient illettrées, ce qui semblait arranger bien du monde ici.

A présent, elle rêvait de partir d’ici.
2 mars: Sans toi(t) ni loi by bellatrix92
Author's Notes:

Et voici un second chapitre pour le thème du 2 mars! Bonne lecture!

 

 Maria sentait son cœur battre d'angoisse contre sa poitrine alors qu'elle s'efforçait de tirer l'aiguille sans trembler. A la peur qui les tenait chaque jour venait à présent de s'ajouter la solitude.

 

Flonie s'était effondrée en fin d'après-midi, terrassée par une toux de tous les diables et une fièvre intense qui l'avaient laissée incapable de se relever, après plusieurs jours à souffrir sans recevoir le moindre soin ni avoir droit au moindre repos. Et pour l'avoir ramenée jusqu'à la paillasse qu'elles partageaient dans leur dortoir crasseux, Maria avait reçu dix coups de baguette de la part de Frau Meister lorsqu'elle était revenue à l'atelier.

 

Mais peu importe, son amie était si faible qu'elle n'aurait pu envisager de l'abandonner à son sort, même face à l'implacable directrice de l'orphelinat de Thalbach. Et puis la brûlure des coups n'était rien à côté de la peur croissante qui l'envahissait depuis plusieurs jours.

 

Grimaçant de douleur et poussée avec rudesse par Frau Meister, Maria regagna son poste où elle devait rapiécer le linge, et c'est sans un mot qu'elle mania l'aiguille toute l'après-midi. Son dos la brûlait, ses membres étaient endoloris par l'exposition au froid de l'hiver, le mauvais sommeil et le travail harassant. Quant-à l'angoisse, elle lui nouait l'estomac. Pourtant, pas question de se plaindre ou de laisser paraître la moindre faiblesse malgré la colère et l'humiliation.

 

Combien d'heures passèrent ainsi ? Elle ne le savait pas mais c'est toujours sans un mot qu'elle quitta son siège en même temps que les autres, alors que la nuit était tombée depuis longtemps. Un bol de soupe froide plus tard, elle se dirigeait vers son dortoir sans s'attarder contrairement aux autres.

 

Le froid et le silence la saisirent dès l'instant où elle passa la porte. Le cœur battant, elle murmura :

- Flonie ?

 

Pas de réponse. Flonie devait être endormie, elle l'était forcément et c'est d'un pas mécanique qu'Anna avança jusqu'à son lit, insensible au bruit des pas des autres filles qui arrivaient derrière elle, pressées par les surveillantes.

 

Le visage de son amie était livide, totalement immobile et aucun souffle ne soulevait sa poitrine lorsque Anna arriva devant elle et s'effondra au pied de la paillasse à la vue du corps sans vie. Les yeux entrouverts de la fillette fixaient sans le voir un point au plafond et, lorsqu'elle lui toucha le visage, Anna sentit la peau glacée sous ses doigts.

- Flonie, non... Murmura t-elle d'une voix rauque.

- Qu'est-ce qui se passe ? Demanda soudain une voix derrière elle. Par tous les saints... Elle est morte !

 

Derrière Anna, l'ensemble des filles qui venaient d'entrer dans le dortoir se mit à pousser des cris d'horreur tandis qu'elle-même sentait les larmes de rage et de tristesse couler le long de ses joues. Impuissante et soudain brisée, elle était totalement incapable de bouger.

On avait laissé Flonie mourir, sans même tenter de la soigner. On l'avait laissée seule et livrée à elle-même pour affronter ses derniers instants.

- Allons, poussez-vous un peu Maria !

 

Une main de fer l'écarta sans ménagement et la fillette tomba sur le sol à côté de la paillasse. Frau Meister venait à présent de s'approcher du lit de mort de Flonie et l'absence totale d'émotion avec laquelle elle parla acheva de faire perdre ses derniers moyens à Maria :

- Faible constitution... C'était à prévoir avec les grippes qui sévissent...

 

Maria n'eut que le temps de se sentir bondir. Sous l'effet de la colère, elle se jeta sur la directrice avec plus de force que ce dont elle se serait crue capable, surtout après avoir été rossée dans l'après-midi. Elle projeta violemment Frau Meister au sol, loin de leur paillasse, atterrit à califourchon au dessus d'elle et commença à la rouer de coup.

- Maria ! Arrête ! Hurlait-on derrière elle.

Peu importe. Maria ne savait pas ce qui lui donnait cette soudaine énergie ni pourquoi les douleurs de ses membres avaient soudainement disparu. Mais elle s'en moquait complètement :

- Tu vas payer pour Flonie, vieille pourriture ! Hurla t-elle complètement hors de contrôle tout en continuant d'essayer de frapper le visage de la directrice qui se défendait de plus en plus difficilement.

 

On l'empoignait pour tenter de la tirer en arrière, sans succès pour le moment... Du moins jusqu'à ce que deux bras puissants se referment sur sa poitrine, emprisonnant ses bras :

- Calme-toi ! Ordonna la voix basse du père Jonas, le factotum de l'orphelinat, tandis qu'il l'écartait du corps de Frau Meister.

 

Celle-ci se redressa et il lui demanda :

- Tout va bien, Madame la directrice ?

 

Frau Meister se relevait déjà, avec une vigueur impressionnante pour quelqu'un qui vient d'être jeté au sol. Maria savait déjà qu'elle allait payer sa conduite, mais elle était si furieuse que s'y résoudre lui était à présent totalement insupportable.

D'un coup de pieds bien placé, elle frappa la rotule du père Jonas qui poussa un horrible hurlement alors qu'un craquement se faisait entendre. Il lâcha Maria qui s'enfuit en courant vers la sortie du dortoir, poussant sans ménagement les autres devant elle. La vision furtive du corps immobile de Flonie refit couler ses larmes mais ne la ralentit pas. Au contraire, ce fut comme une décharge électrique dans tout son corps et elle n'en courut que plus vite.

 

Comme dans un rêve, elle pouvait voir les autres tenter de l'arrêter de manière dérisoire. C'était comme si leurs mains avaient glissé sur elle, personne n'était capable de l'agripper à présent. L'impact de ses pas faisait ployer les mauvaises lattes du plancher et résonnaient dans tout l'orphelinat, se répercutant contre les murs de pierre. Pourtant tout défilait autour d'elle à une vitesse hallucinante.

 

« Tu es magique, Maria ». Les paroles de Flonie résonnaient inlassablement dans sa tête tandis qu'elle fuyait éperdument.

 

Elle devait quitter cet endroit, pour toujours. Même si cela devait être la dernière chose qu'elle ferait de sa vie mais quelque-chose lui disait que celle-ci ne se terminerait pas cette nuit.

Toujours courant, elle traversa l'étage des dortoirs, dégringola les escaliers sans se soucier de bousculer qui que ce soit et faillit percuter le père Joseph en atterrissant dans le hall :

- Maria, que vous arrive t-il ? Demanda t-il d'une voix douce mais alarmée qui résonna à ses oreilles comme s'il s'était trouvé bien plus loin.

 

De toute manière, Maria ne risquait pas de s'arrêter pour écouter le vieil homme, pas avec la bande qu'elle avait à ses trousses en tout cas. Car elle entendait distinctement un bruit de course qui se rapprochait d'elle et c'est éperdue qu'elle sortit par la porte principale, écarta une surveillante d'un coup de poing, traversa la cour pavée et se jeta contre les grilles pour grimper au dessus, toujours insensible à la douleur dans ses membres.

 

Il ne lui fallut que quelques mouvements souples pour parvenir en haut, et par miracle elle ne s'empala pas sur les pointes qui ornaient le bout des barreaux destinés à les empêcher de fuir, quitte à les tuer.

Quelques secondes de plus à peine, et elle était parvenue de l'autre côté et atterrissait sur le sol. Là encore elle courut, bien que son souffle soit déjà assez court. Elle dépassa les champs, les quelques maisons qui entouraient l'orphelinat et s'enfonça dans la forêt.

 

Ce n'est que quelques minutes plus tard qu'elle s'autorisa à s'effondrer, aspirant l'air froid de l'hiver sans prendre garde à l'humidité qui suintait sur ses habits, enveloppée de l'odeur et du bruit des sous-bois.

 

Elle était enfin libre, ravagée par la tristesse et la colère, sans le moindre toit pour s'abriter, seule et probablement pourchassée.

 

Mais elle était libre, et pour soulager sa peine immense, elle voulait croire que c'était tout ce qui comptait à présent.

 

3 mars: Clair de Lune by bellatrix92

Maria n'était pas restée allongée bien longtemps. Car le froid de cette nuit-là était si terrible que si elle ne s'était pas mise en recherche d'un abri, elle serait sans doute morte de froid. Sans compter qu'on enverrait vite quelqu'un à ses trousses et qu'elle ne l'ignorait pas.

Avec la raclée qu'elle venait d'administrer à Frau Meister et le genou cassé du Père Jonas, il y avait de quoi la rechercher et la faire passer pour dangereuse.

 

S'étant relevée, elle constata que l'effet si étrange de la rage qu'elle avait ressenti s'était totalement dissipé. Elle était épuisée, avait peine à marcher et la douleur était revenue dans ses membres.

Sans compter qu'elle avait faim.

 

Marchant dans le bois avec le ventre vide, brisée par la fatigue et la tristesse, elle chemina pendant plusieurs heures, errant sans bien savoir où elle allait. Bien qu'elle ait pris son courage à deux mains et se soit résolue à errer toute la nuit si cela était nécessaire, elle ne trouva rien.

Pourtant, et aussi étrange que cela puisse paraître, les lieux lui semblaient étrangement familiers sous ce clair de lune si puissant qu'il éclairait ses pas jusque dans la forêt.

Car le ciel était totalement dégagé, brillant de milliers d'étoiles au centre desquelles une lune totalement ronde brillait comme un énorme diamant et se reflétait sur les pierres du chemin.

 

Ce fait aussi était bien étrange d'ailleurs. Il semblait même à Maria que la chose avait quelque-chose d'étrange et de surnaturel, comme si ce sentier forestier avait voulu la guider quelque-part.

C'est avec un léger frisson qu'elle se remémorait à présent des histoires curieuses racontées par les plus âgées des orphelines de Thalbach : des sorcières vivaient selon elles dans la forêt, cachées du reste du monde et chevauchant des créatures fantastiques semblables à des dragons, parfois capables de cracher du feu.

« On dit que là où les vivernes posent leurs pattes, le sol se met à briller comme de l'argent » racontait d'ailleurs Gisela, une jeune fille qui était décédée de la grippe juste à la fin de la guerre et dont Maria gardait un souvenir plein de tendresse et de tristesse.

 

Pourquoi fallait-il que ses rares amies soient décédées d'une manière aussi cruelle ?

 

A cette pensée, le cœur de Maria se serra encore si cela était possible. Combien de jeunes filles et de fillettes avait-on enterrées ainsi, dans l'indifférence générale ? Combien aurait pu être sauvées par des soins parmi les plus élémentaires.

Mal à l'aise, elle accéléra le pas, ce qui lui valut de trébucher deux fois alors qu'elle s'enfonçait plus profondément dans la forêt, quittant pour un temps la lumière de la lune. Autour d'elle étrangement, le silence s'était fait.

 

Pourquoi donc ? Encore une fois, Maria l'ignorait. La seule chose qu'elle savait c'est qu'elle ne devait pas s'arrêter si elle ne voulait pas mourir.

Au fur et à mesure qu'elle cheminait, elle prenait conscience du froid mordant autour d'elle et de tout ce qui l'entourait, dont elle n'avait eu jusque-là qu'une conscience assez floue. Et, plus elle avançait, plus elle se sentait en territoire connu.

 

Étrangement, ce n'était pas pour la rassurer, bien au contraire. Et si elle en avait eu la force elle se serait même remise à courir.

 

Le temps semblait s'étirer indéfiniment, comme si la nuit avait décidé de la poursuivre. Et alors que Maria marchait d'un pas de plus en plus raide mais que le ciel commençait enfin à pâlir, un bruit semblable au battement d'une aile immense la fit brusquement sursauter et elle se retourna avec effroi :

- Qui est là ? Demanda t-elle.

 

Mais autour d'elle, tout était presque noir et seules les ombres des arbres étaient encore visibles. Cependant, quelques bruits de la forêt lui répondirent et elle frissonna de plus belle, poursuivant sa marche d'un pas à présent nettement hésitant, la peur au ventre.

 

Il y eut soudain un second battement d'ailes, plus fort, puis un bruit de chute qui l'enveloppa toute entière et Maria poussa un cri effrayé. Elle trébucha même une troisième fois et s'étala sur le sol.

 

Alors seulement elle osa lever les yeux.

 

Devant elle, noire et luisante, se tenait la plus immense créature ailée qu'elle n'ait jamais vue. Semblable à un lézard qui aurait fait deux fois la hauteur d'un homme ou presque, la créature avait des ailes de chauve-souris, de minuscules pattes à l'avant et d'autres robustes et immenses à l'arrière avec laquelle elle marchait sur le sol.

Maria sut aussitôt ce qu'était la créature, mais à sa propre surprise sa peur s'évanouit immédiatement :

- Une viverne, souffla t-elle, à présent émerveillée.

 

L'animal tournait autour d'elle, lui adressant des gestes d'invite qui lui paraissaient étrangement familiers. C'était même si rassurant que Maria ne se le fit pas dire deux fois : elle grimpa sur l'animal et s'accrocha à son cou pour le laisser prendre son envol :

- Conduis-moi en sûreté s'il te plaît, le supplia t-elle tout en appréciant l'étrange chaleur qui se dégageait de ses écailles.

 

Comme si elle n'avait attendu que cet ordre, la bête s'envola. Maria se retrouva aussitôt propulsée dans les airs et, là encore, la sensation lui parut étrangement connue. C'était comme si elle retrouvait de vieux réflexes perdus dans les ombres de sa mémoire.

A présent elle n'avait plus ni peur, ni mal. La chaleur de la viverne lui faisait du bien, détendant ses muscles meurtris et elle se sentait étrangement apaisée, comme si ce vol venait mettre fin à un long cauchemar.

L'animal ne vola pas longtemps pourtant, juste suffisamment pour que le soleil commence à se lever franchement. Et lorsque le ciel se mit à rougir, il descendit en piqué et franchi de nouveau la barrière des arbres, jusqu'à se poser dans un endroit qui, s'il semblait abandonné, paraissait aussi plutôt accueillant après la forêt qu'elle venait de traverser.

En tout cas, il n'y faisait pas vraiment froid, à moins que ce soit elle qui résiste mieux à présent.

 

Maria descendit, consciente que la bête ne l'emmènerait pas plus loin. Elles avaient atterri dans une clairière où se trouvait la ruine d'une chaumière, ainsi qu'une source formant une petite mare en son centre.

Intriguée, la jeune fille contourna l'étendue d'eau autour de laquelle quelques grenouilles barbotaient tranquillement, chose plutôt étrange en hiver, tout comme cette température presque douce qu'elle ressentait autour d'elle.

Enfin, elle atteignit la maisonnette en ruine dans laquelle elle entra d'un pas prudent.

 

Plus qu'effondré, l'édifice était en fait délabré et les murs tout comme une grande partie du toit tenaient encore parfaitement. L'abri serait parfait pour survivre quelques temps, à condition de trouver de quoi manger car la faim la taraudait.

Kleine se rapprocha de la cheminée et nota au passage qu'un capharnaüm indescriptible régnait dans l'unique pièce, comme si celle-ci avait été quittée précipitamment. Deux chaudrons étaient renversés sur le sol, des livres tombés d'une étagère, un tapis retroussé et tout un tas de petits meubles et ustensiles de bois répandus sur le sol.

 

Mais, au fond de la cheminée, des braises rougeoyaient, chaudes et accueillantes.

- Quelqu'un vit ici ? Demanda Maria sur un ton étonné à la viverne qui avait passé sa tête par la porte.

- A présent oui, répondit soudain une voix qui la fit sursauter.

 

Maria bondit en arrière lorsqu'elle se rendit compte qu'une femme entre deux âges se tenait accoudée dans l'ombre, juste à côté de l'unique fenêtre de la maison. Le contre-jour l'avait gardée invisible jusque là et Maria se sentit soudain toute hésitante et effrayée :

- Pardon... je ne pensais pas que... Souffla t-elle.

- Tu ne me déranges pas, répondit la femme. J'ai enfin vu cette nuit que quelqu'un viendrait se réfugier ici... En même temps je m'en doutais un peu puisque l'énergumène qui me sert de viverne ne faisait que tourner depuis des semaines...

- Heu... Bredouilla Maria qui ne comprenait plus très bien.

- A présent je sais pourquoi, se contenta d'ajouter la femme.

 

Elle lui sourit, comme pour l'inviter à lui faire confiance :

- Qui êtes-vous ? Demanda alors Maria, toujours effrayée par l'attitude conquérante de l'inconnue.

 

En face d'elle, la femme sourit d'un air presque carnassier et répondit :

- Je me nomme Rumpel Schwarzenberg, je fais partie de l'Assemblée des Maléfices, l'autorité magique du pays de Blocksberg.

 

Elle se tut un instant, laissant à Maria le soin de se rendre compte qu'elle n'était pas beaucoup plus avancée, puis elle ajouta :

- Et toi, qui es-tu ?

- Je m'appelle Maria Klein, répondit la jeune fille. Je... Je viens de Thalbach.

- Ce trou de moldus ?

 

La femme avait à présent un ton nettement méprisant. Mais presque aussitôt, elle se reprit et ajouta :

- Enfin, bienvenue à Seebach Meine Kleine. Le village n'est pas très loin d'ici... Quant-à cette maison, elle appartenait à ma belle-sœur qui est morte il y a peu... Tu n'as qu'à y habiter puisque personne n'en a hérité.

 

Maria acquiesça, mais presque aussitôt son estomac se rappela douloureusement à son souvenir et elle grimaça de douleur en portant la main à son ventre. La faim devenait insupportable et elle se sentait faiblir.

Comme si elle l'avait deviné, l'inconnue se leva, l'assit à la table après avoir redressé une chaise et sortit des poches de sa cape une flasque ainsi qu'une boite de fer blanc. Elle l'ouvrit et fit rouler devant Maria quelques biscuits :

- Mange, et prend un peu de bière dans ma gourde Kleine, dit-elle. Ou tu vas t'effondrer...

 

« Kleine », le surnom n'était pas des plus agréables puisqu'il signifiait « petite » et que Maria se sentait bien plus vieille qu'elle ne l'aurait souhaité à cet instant. Mais l'inconnue était gentille et elle n'avait de toute manière nulle part où se réfugier.

Aussi, elle obéit sans broncher.

 

Les gâteaux avaient un goût sucré et étaient garnis d'amande, bien qu'elle n'en ait pas mangé depuis des années, Maria sentit que c'était une saveur qu'elle connaissait et qu'elle appréciait particulièrement. Malgré la peine qu'elle ressentait, un pauvre sourire lui échappa.

 

4 mars: Born This way by bellatrix92

 

 - Pourquoi es-tu venue à mon secours ? Demanda Maria à Rumpel Schwarzenberg, dès qu'elle eut retrouvé suffisamment de présence d'esprit pour s'inquiéter de l'identité de cette femme en face d'elle.

 

A présent qu'elle avait grignoté quelques gâteaux et bu un peu de bière, et surtout après s'être assise non loin du feu, elle se sentait reprendre des forces, suffisamment en tout cas pour poser des questions et s'inquiéter de la réponse.

En effet, que lui voulait donc cette inconnue et était-elle véritablement bien intentionnée à son égard ? Pour l'instant elle n'aurait su le dire.

- Je te l'ai dit, répondit la femme. Ma viverne tournait et elle était probablement à ta recherche.

- Mais pourquoi ? Répondit alors Maria, plus vivement qu'elle ne l'aurait voulu face à cette réponse trop évasive à son goût.

 

Un instant, elle crut avoir mis en colère la femme en face d'elle, car un éclair de mauvais augure passa dans les yeux de cette dernière.

Pourtant, Rumpel Schwarzenberg conserva son calme et, lorsqu'elle lui répondit, ce fut d'une voix douce et ferme à la fois :

 

« Hör zu, meine Kleine » lui dit-elle sur un ton sérieux.

 

Déstabilisée et étrangement subjuguée par le surnom qui lui était donné, Maria se calma d'un coup et attendit la suite. Rumpel prit une inspiration et poursuivit :

- Tu as compris qui j'étais je suppose.

- Oui, répondit Maria sans pouvoir cacher l'effroi qu'elle ressentait à cette idée. Tu es une des sorcières de la forêt.

- NOUS sommes deux des sorcières du Pays de Blocksberg, la corrigea Rumpel.

 

Maria resta interdite, les yeux écarquillés face à son interlocutrice. Rumpel, elle, se leva et se mit à tourner autour d'elle :

- Je peux ressentir sans peine la magie qui est en toi, dit-elle. Tu en as beaucoup utilisé cette nuit d'ailleurs... C'est pour cela que tu te sens aussi brisée.

- Il n'y a pas que cela ! Répliqua soudain Maria avec colère.

 

Les paroles de Rumpel avait suffi à raviver sa rage et le désespoir qu'elle avait ressenti à la mort de Flonie :

- Je m'en doute bien, répondit la femme d'une voix douce. Mais je suis intriguée par tes manifestations magiques je dois dire... Tu m'as l'air bien puissante pour une fillette de ton âge, même en colère et effrayée comme tu peux l'être.

- Comment cela ? Demanda Maria sur un ton méfiant.

 

Rumpel Schwarzenberg tournait toujours autour d'elle, comme si elle avait tenté de comprendre quelque-chose ou de la jauger. C'était très désagréable :

- Raconte-moi ce qui t'est arrivé, lui ordonna t-elle sur un ton qui ne souffrait aucune réplique.

- Pourquoi donc ? Répliqua Maria.

- Parce que je peux te prendre sous ma protection et t'enseigner quelques rudiments de magie, lui répliqua la sorcière. Mais pour cela, il faut que je puisse te faire confiance je sache qui tu es... Avec la puissance qui est la tienne, si tu acceptes de me servir, je peux faire de toi une grande sorcière... Je suis même sûre que dans quelques années seulement tu pourras te fabriquer un bâton d'enchanteresse...

- Un bâton d'enchanteresse ? Demanda Maria intriguée.

 

Rumpel Schwarzenberg lui tendit le long bâton qu'elle avait adossé au manteau de la cheminée :

- Un outil précieux pour une sorcière, dit-elle. A condition de le maîtriser. J'ai également une baguette qui vient de l'atelier de Gregorovitch. Plus maniable mais moins puissante.

 

D'une autre poche de sa cape, la sorcière sortit une baguette en bois assez fine et effilée et la montra à Maria :

- Prend-là en main, lui proposa t-elle.

 

La fillette obéit et agita machinalement l'objet.

 

Il y eut alors un éclair et elle tomba à la renverse en poussant un hurlement, propulsée au sol par une force invisible, tandis que Rumpel était projetée de l'autre côté et s'écrasait contre le manteau de la cheminée.

Pourtant elle se releva rapidement, moitié riant, moitié grimaçant :

- Meine Kleine... Voilà ce qu'on appelle de la puissance... Même si, à mon avis, cette baguette ne te convient guère...

 

Elle riait franchement à présent et cela en devenait presque vexant :

- Appelez-moi Maria je vous prie, répondit Maria qui commençait à se sentir franchement contrariée par l'attitude de la sorcière.

 

Mais celle-ci secoua la tête, comme s'il s'agissait là d'un vulgaire caprice :

- Maria n'est pas ton vrai nom, Kleine... Mieux vaudrait que tu ne t'y attaches pas.

- Comment cela ? Demanda la fillette.

 

Comment la sorcière pouvait-elle oser dire cela ? Maria la défia du regard et toutes les deux s'affrontèrent un instant :

- Maria, Paria... Malaria même ! Dit Rumpel sur un ton moqueur.

- C'est mon nom, répliqua la jeune fille. Je le porte depuis toujours.

- C'est cette femme affreuse, que je vois dans ton esprit, qui te l'a sans doute donné, répondit Rumpel. Ne nie pas, Kleine. Tu, sais aussi bien que moi qu'aucune sorcière digne de ce nom n'appellerait sa fille Maria.

- Mais ma mère n'était peut-être pas une sorcière, répliqua Maria piquée au vif.

- Elle en était une, cela je peux en être sûre, répliqua Rumpel.

 

Soudain pensive, elle observait les lieux et son regard décrivait des cercles entre le manteau de la cheminée et sa viverne. Enfin, elle ajouta :

- D'ailleurs, c'était peut-être même celle qui habitait cette maison auparavant.

 

Disant cela, elle regardait les murs de la chaumière d'un air mélancolique :

- Vous la connaissiez ? Demanda Maria.

- C'était ma belle-sœur, répondit Rumpel. Je te l'ai déjà dit. Même si je ne l'ai que très peu vue depuis la guerre, je la connaissais.

- Et elle vous pensez que je suis sa fille ?

- C'est possible, répondit la sorcière. Car tu lui ressembles beaucoup pour tout dire. Mais si cela devait être le cas, ta naissance n'était sans doute pas désirée car elle n'en a parlé à personne... Et ce n'était pas une femme faîte pour la maternité, ni pour une vie d'épouse d'ailleurs.

 

Sous l'effet de la gêne, car elle craignait de comprendre, Maria se sentit rougir. Rumpel poursuivit, totalement impitoyable :

- Enfin, Kleine. Tu n'es ni la première, ni la dernière... Et puisque tu es sans doute revenue chez toi, autant que tu y habites... Je peux t'accompagner et t'épauler si tu le désires.

- Que demanderez-vous en échange ? L'interrogea Maria.

- Rien... Répondit la sorcière sur un ton léger. Je n'ai pas besoin de quoi que ce soit ici... Une magicienne amie pour collaborer avec moi à la rigueur... Mais entre sorcières, nous avons de toute manière intérêt à nous entraider...

 

5 mars: Résistantes by bellatrix92

 

 La maison avait fini par retrouver un semblant d'ordre, ainsi que par devenir franchement habitablee à force de travail et de volonté de la part de Maria qui n'avait pas ménagé ses efforts pour cela.

Quant-à ce surnom idiot, Kleine avait fini par s'y faire. Comment aurait-elle pu en vouloir à Rumpel pour son cynisme de toute manière ? La sorcière la visitait régulièrement, veillait sur elle et remplaçait toute mère qui aurait pu l'enfanter de bonne ou mauvaise grâce.

Sa protection était également précieuse et Maria n'avait pas tardé à comprendre que, dans la région, Rumpel faisait autorité auprès des sorciers et sorcières. Elle était forte, puissante et respectée en plus de lui apprendre les rudiments de la magie.

 

Maria fréquentait maintenant sa tutrice depuis plusieurs mois et Rumpel avait même commencé à lui apprendre la magie, après l'avoir remise à niveau en lecture et en écriture durant plusieurs semaines.

- Une sorcière puissante ne peut être illettrée, déclarait-elle sentencieusement.

 

La fillette s'était donc appliquée, elle avait aussi appris à effectuer un certain nombre de tours simples et possibles à pratiquer sans outils particulier, comme faire voler à elle un objet ou agiter l'eau en vagues à la force de sa volonté. C'était très difficile, mais d'après Rumpel, elle était douée.

- Encore quelques années de travail et tu mériteras sans peine ta baguette après le passage de ton épreuve du grimoire.

- L'épreuve du grimoire ? Avait demandé Maria sur un ton curieux.

- Oui, Kleine. L'épreuve du grimoire permet à chaque sorcier et sorcière d'être reconnu comme un adulte et de pouvoir pratiquer la magie à sa guise. A tes seize ans révolus, tu seras invitée à venir montrer ce que tu sais faire devant l'Assemblée des Maléfices qui appréciera tes capacités. C'est un moment essentiel dans la vie et si tu es sérieuse, tu seras reconnue sans problème comme une grande sorcière.

 

Elle avait ajouté :

- Fais-moi honneur, et en temps que mentor je t'offrirai moi-même ta baguette. Ce sera pour moi une immense fierté.

 

Maria se l'était tenu pour dit et redoublait d'efforts depuis : s'exerçant avec ardeur et consignant soigneusement toute la théorie que lui avait appris Rumpel dans un carnet en cuir de dragon qu'elle rangeait cependant lorsque la viverne de Rumpel était dans les parages.

Pour le reste, elle vivait de manière autonome et était responsable de sa maison qu'elle ne quittait que pour aller chercher du bois, Rumpel se chargeant de lui ramener de quoi se nourrir, car elles avaient décidé d'un commun accord que s'aventurer loin de chez elle était encore trop dangereux pour la fillette.

 

Un matin d'avril pourtant, alors que la jeune fille était occupée à effectuer des semis qu'elle protégerait sous une vitre chapardée pour elle par son mentor, elle entendit le battement d'aile si caractéristique de la viverne de Rumpel et leva aussitôt les yeux.

L'animal atterrissait en douceur dans sa clairière, seul mais Maria ne s'en inquiéta pas. En effet, il n'était pas rare que Rumpel laisse venir sa monture et elle avait appris que toutes les deux communiquaient sans même avoir besoin d'y penser.

- Je me demande comment tu t'appelles, dit-elle tout en se rapprochant de l'animal qu'elle caressa avec douceur.

 

Pour toute réponse, la viverne lui donna un coup de tête et Maria sourit tristement. Rumpel avait farouchement refusé de lui dire le nom que portait sa monture, comme si elle craignait que celle-ci soit volée. Mais comment cela pouvait-il être possible ?

- Est-ce que je peux t'appeler Steinkohl ? Demanda t-elle doucement.

 

L'animal eut un jappement exaspéré mais Maria ne se démonta pas :

- Hé ! Moi aussi on me donne un surnom ! Fit-elle remarquer.

 

Mais la bête souffla encore, et s'envola aussitôt.

- Attend ! L'appela en vain Maria.

 

Mais Steinkohl avait disparu. Triste, la fillette s'assit près de la mare. Cela faisait longtemps que la solitude ne lui avait pas autant pesé et elle regrettait sa désinvolture. Mais pourquoi diable avait-il fallu que la viverne se mette dans un tel état ?

Ce nouveau monde qu'elle apprenait à connaître lui semblait chaque jour un peu plus déroutant et intimidant.

 

Maria resta un long moment assise, contemplant dans l'eau de la mare son reflet. Pâle et plutôt maigre, rouquine, avec un long nez et des habits rapiécés, pour la plupart trop grands pour elle puisqu'elle les avait trouvés dans le coffre de la maison, il était clair qu'elle ne devait pas faire très envie.

Elle aurait sans doute pu les coudre afin d'avoir l'air plus présentable, mais le souvenir de sa dernière journée à l'orphelinat et de la mort de Flonie suffisait à la paralyser dès qu'elle envisageait de le faire. Aussi gardait-elle ces vieilles frusques sans toucher à un fil. De toute manière, elle finirait bien par grandir, elle voulait le croire.

 

Le soleil était déjà haut dans le ciel lorsqu'elle se décida à bouger et à aller marcher hors de sa clairière. Après tout, une large part de cette forêt restait encore inexplorée et la température assez douce invitait à une promenade. Cela lui changerait sans doute les idées.

 

Tout en cheminant, elle ramassait des branches mortes pour garnir le feu et fourrait dans ses poches d'autres plantes utiles pour travailler les potions, ainsi que Rumpel le lui avait conseillé. Après une heure de marche, alors qu'elle commençait à se sentir fatiguée, le chemin commença à s'assombrir et elle pénétra dans une zone bordée de hauts conifères.

 

Au fond, une route de terre était visible, et sur la droite, elle pouvait apercevoir une autre chaumière, posée en contrebas dans une clairière.

Une autre sorcière vivait-elle là ? Curieuse, elle décida d'aller voir.

 

Tout en se rapprochant, fidèle aux conseils de Rumpel, elle prenait garde à ne pas être vue. C'est pourquoi elle posa son fagot dans le fossé qui bordait le chemin et chemina en rasant les arbres.

Enfin, la clairière apparu dans son entier ou presque, et elle vit deux femmes qui rangeaient ensemble un tas de bois.

 

L'une pouvait avoir une quarantaine d'années, l'autre était beaucoup plus jeune et semblait plutôt coquette avec ses deux tresses blondes soigneusement délimitées.

 

Et, sans la voir, elles discutaient avec animation d'un sujet qui choqua complètement Maria :

- Rumpel est totalement folle, disait la plus jeune... Et on dit qu'elle a adopté une fillette ?

 

Maria sursauta mais l'autre femme répondait déjà sur un ton prudent :

- Ce sont sans doute des rumeurs... Il s'en dit toujours tu sais.

- Pour des rumeurs, c'est tout de même très avéré. Blitz l'a confirmé je te rappelle !

- Tais-toi Greet ! Lui ordonna l'autre qui devait être sa mère. À parler ainsi à torts et à travers, tu auras des ennuis.

- Pourquoi l'Assemblée des Maléfices de met pas un terme à ses agissements ? Se contenta de répondre la dénommée Greet avec colère et dédain. Dis-moi pourquoi, après tout ce qu'elle a fait ?

- Greet, ce sont des affaires d'adultes, répliqua sa mère. Et Rumpel reste malgré tout la protectrice du Pays de Blocksberg. Ne fais rien pour te la mettre à dos, c'est tout.

- Et la gamine qui est avec elle ? Demanda Greet toujours aussi échauffée. Qui est-elle ? Est-elle aussi puissante qu'on le prétend ?

- Je n'en sais rien, répondit la mère. Je ne l'ai jamais vue.

- Moi si, dit alors Maria en s'avançant, les sourcils froncés.

 

Surprises par le son de sa voix, les deux femmes se retournèrent d'un bond et la plus âgée eut un mouvement de recul. L'autre cependant ne bougea pas et lui demanda :

- Qui es-tu ?

- Je suis Maria, répondit la jeune fille. Et je suis celle dont vous parlez.

 

Elle ajouta l'adresse de la plus jeune des deux femmes :

- Rumpel est quelqu'un de bien, c'est elle qui m'a secourue.

 

Du moins, c'est ce dont Maria essayait de se convaincre car elle n'était jamais totalement à l'aise en présence de son mentor. Une gêne restait toujours, ingrate et inexplicable sans doute, mais réelle tout de même.

 

Maria remarqua que la plus âgée des deux femmes semblait véritablement avoir pris peur, mais que la plus jeune, et sans doute la plus avisée, ne se démonterait pas face à elle.

- J'assume ses propos, tu n'as donc qu'à les répéter à celle qui t'envoie, dit-elle d'ailleurs avec une attitude très directe qui ébranla Maria.

- Greet ! Non ! Souffla sa mère horrifiée.

 

Maria sursauta en réalisant que c'était elle-même qui était crainte. La puissance qu'elle possédait selon Rumpel était-elle donc réelle ? Et cela lui valait-il d'être connue ?

- Personne ne m'envoie, précisa t-elle cependant aux deux femmes. Je me promenais et je ne vis pas loin.

- Tu vis chez la Klein ? Demanda alors Greet avec curiosité.

 

Comme Maria la fixait sans comprendre, elle précisa :

- La chaumière non loin d'ici, dont Rumpel protège l'accès.

- Hem... Sans doute, répondit Maria de plus en plus troublée. Mais pourquoi dis-tu « Chez la Klein » ?

- C'était une de nos amies avant qu'elle ne meure, répondit Greet. Depuis, Rumpel a pris possession de sa maison. Mais on dit toujours « la maison de la Klein ».

- C'était sa belle-sœur, répliqua Maria à qui le ton de la jeune femme ne plaisait guère mais qui se sentait de plus en plus troublée.

 

Greet et sa mère se regardèrent alors comme si elle venait de proférer une énormité :

- Qu'y a t-il ? Demanda Maria, passablement exaspérée.

- Hé bien... Répondit prudemment la mère de Greet. Où as-tu entendu cela ?

- C'est Rumpel qui me l'a dit, expliqua Maria.

- La Klein était une moldue, dit alors Greet qui semblait extrêmement surrprise. Elle n'avait rien à voir avec Rumpel. Qui de plus a toujours été célibataire et fille unique... Pour la belle-sœur, il va falloir repasser.

- Il y a sans doute une confusion... Dit prudemment la mère de Greet en faisant désespérément signe à sa fille de se taire.

 

Celle-ci ne semblait cependant pas décidée à l'écouter et, fixant Maria, elle lui déclara franchement :

- Rumpel Schwarzenberg est une menteuse, une manipulatrice et une femme malhonnête qui se livre à tout un tas de trafics. Si elle t'a pris sous sa protection je comprends que tu lui en sois reconnaissante, mais méfie-toi d'elle tout de même car elle ne fait rien sans rechercher son intérêt.

- Comme tout un chacun, intervint alors sa mère en se plaçant entre les deux. Mais sans doute pouvons-nous parler d'autre-chose...

 

Maria ne pouvait plus le nier, elle semblait particulièrement effrayée. Aussi elle lui demanda franchement :

- Que vous a fait Rumpel Schwarzenberg ?

 

La femme se recroquevilla, mais Greet eut alors un geste d'invite et proposa à Maria :

- Viendrais-tu boire et manger quelque-chose chez nous ? Sans doute pourrons-nous discuter de choses et d'autres, ainsi que le conseille ma mère...

 

Maria hésita un peu mais finit par accepter et, quelques instants plus tard, elle partageait une omelette, des patates et un verre de bière avec les deux femmes. Autrement dit, un repas délicieux au regard de tout ce qu'elle avait mangé ces dernières années.

La conversation se détendit assez vite. Greet et sa mère Ada étaient plutôt pauvres mais cela n'entamait pas leur caractère sympathique. Dans la sécurité de sa chaumière, la plus âgée se livra à davantage de confidences, notamment sur ce qui se disait exactement sur Rumpel qui, à l'en croire, pratiquait la magie noire et l'envoûtement.

Elle se montra cependant surtout soucieuse d'expliquer à Maria comment fonctionnait la société magique en Forêt Noire et dans le reste de l'Allemagne.

 

Kleine commençait à se situer un peu mieux dans ce monde si étrange. Cependant, elle avait encore une autre question :

- Comment était la Klein ? Demanda t-elle à ses deux hôtesses tout en essayant de ne pas montrer combien la question la troublait.

- C'était une femme bien, répondit Ada. Son frère Anton a été tué quelques jours après la signature du traité de Versailles et elle est morte de chagrin car elle n'avait que lui. C'était aussi un type bien. Pourquoi ?

- Rumpel pense que je suis sa fille, répondit Maria.

 

Les deux femmes se regardèrent encore une fois d'un air perplexe :

- Je pense que Rumpel se trompe, finit par répondre prudemment Ada. Ou que tu l'as mal comprise...

 

6 mars: Le souvenir est le parfum de l'âme by bellatrix92
Author's Notes:

"Le souvenir est le parfum de l'âme" Georges Sand

Le ciel s'était soudainement paré de nuées d'un gris de plomb à l'allure macabre, semblables à une chape de roche prête à tomber sur leurs têtes. Et tout était arrivé si vite que Maria, que Greet et sa mère aidaient à remonter un pan de toit lorsque le ciel s'était assombri, n'avait rien vu venir.

 

Comme pour augmenter leur soudaine inquiétude, un grondement traînant presque semblable à un râle s'était mis à retentir autour d'elles.

- Un nuage gelé... Avait soufflé son amie avec horreur.

- Qu'est-ce qu'un nuage gelé ? Avait demandé Maria avant que la mère de Greet ne neutralise le son produit d'un coup de baguette.

 

En effet, au vu de l'absence de gel malgré le froid soudain, pourquoi était-ce ce nom que Greet donnait au phénomène météorologique que les sorciers redoutaient plus que tout visiblement ? Du moins à en juger par la mine effrayée des deux femmes.

- Un nuage gelé est la marque laissée par une attaque ou un déplacement de détraqueurs, lui avait expliqué son amie. Ces créatures terrifiantes te vident de ton âme en une seule bouchée...

- Elles vident de leurs âmes les personnes ? Murmura rapidement Maria dont le souffle s'était fait un peu court.

 

Au même moment, deux traînées nébuleuses d'une couleur grise légèrement plus pâle que le reste déchirèrent les nuages et Ada se mit à fredonner des incantations désespérées.

 

Maria restait de son côté totalement interdite, tenant dans ses deux mains soudain crispées la fourche avec laquelle elle assemblait la paille en bottes.

- Des sorciers ont déjà pu être attaqués par ces créatures ici, si ils n'étaient pas bien protégés surtout.

 

Ce qu'elle expliquait, Greet l'avait vécu lorsque l'un de ses amis du pays de Blocksberg avait été attaqué par un détraqueur quatre ans plus tôt. Et c'est en tremblant, blanche comme un linge, que Maria écouta le récit macabre de ce qui en avait résulté, l'homme ayant végété quelques mois avant de finir par s'éteindre définitivement.

Ses deux amies ne tardèrent pas à s'en aller et à regagner leur propre domicile, soucieuses d'éviter d'être surprises ici par l'orage et lui répétant qu'elle-même ne craignait rien dans cette maison.

 

Maria aurait réellement voulu qu'elles restent cependant. Et à présent qu'elle s'était enfermée à double-tour chez elle, elle sentait la nuit noire prête à la happer et à l'avaler toute entière.

Vraiment vivre seule ici, si isolée, lui semblait à présent terrifiant. Qui disait qu'elle serait réellement protégée dans cette clairière, même avec les charmes protecteurs de Rumpel ?

 

L'esprit agité, terrifié même malgré la protection de son mentor, Kleine se coucha cette nuit-là en tremblant de peur mais paradoxalement un sommeil troublé l'emporta très vite.

C'est ainsi qu'elle commença à faire les rêves étranges qui la suivraient vraiment toute sa vie et la troubleraient durant de nombreuses années.

Mais bien qu'elle ne le sache pas encore, et sous l'influence de la magie noire des détraqueurs, son passé et ses souvenirs les plus enfouis dans sa mémoire remontaient à présent à la surface de son esprit pris au piège.

 

Cette nuit-là, la jeune fille cauchemarda comme jamais encore elle n'avait cauchemardé. Son esprit pris au piège de ses états-d'âme la tortura littéralement et les scènes affreuses vécues dans son orphelinat défilèrent dans sa mémoire sans discontinuer, pas que dans l'orphelinat d'ailleurs, car d'autres semblaient beaucoup plus anciennes et perdues dans les limbes de sa petite enfance.

Sous ses yeux, par exemple, un dragon gonfla sa poitrine au milieu d'un hameau et cracha ensuite des gerbes de flammes, brûlant tout sur son passage. Pendant ce temps, Maria restait tétanisée et incapable de s'échapper.

 

Combien de fois se réveilla t'elle, tellement paniquée qu'elle hurlait ? Impossible de le dire.

Mais au petit matin, elle était terriblement épuisée et même davantage que lorsqu'elle s'était couchée.

 

A cela s'ajoutait une peur aussi étrange que tenace, qui la suivait même à présent que le ciel de printemps était redevenu bleu. Qui était donc ce dragon qu'elle avait vu et pourquoi avait-elle la nette impression qu'il n'était pas imaginaire ?

Même le ciel redevenu totalement bleu et le soleil brillant ne purent la rasséréner et lui ôter cette sensation de froid qui ne l'avait plus quittée depuis la veille. Même un thé chaud n'y fit rien, même si elle gardait ce luxe pour les grandes occasions.

 

La peur s'était installée en elle, froide, implacable et définitive. Ce feu qu'elle avait vu ravager un village et détruire des vies par dizaines lui laissait d'horribles sueurs froides.

 

Greet, à qui elle se confia quelques jours plus tard, parut elle aussi particulièrement effrayée par sa vision :

- Tu as vu un dragon ? Souffla t-elle d'une voix blanche.

- J'ai vu ce que je t'ai raconté, répondit-elle. Pourquoi ?

 

Greet, blême, n'osait rien répondre et jeta nerveusement un regard à sa chaumière comme si elle espérait voir sa mère en sortir, précaution inutile puisque Ada était partie au village.

- Il y a des dragons ici ? Lui demanda sérieusement Maria à son amie.

- Il y en a eu... Souffla enfin Greet, pendant la guerre et tu as pu en voir un... Peut-être... Que tu aies survécu à cela relève du miracle mais...

- Quoi ?

 

Greet hésita encore :

- Je sais quel était le village dont tu m'as parlé. Enfin je crois...

- Tu le sais ? Demanda Maria. Où se trouvait-il ?

- Si c'est ce que je crois, répondit Greet. Ce n'est pas très loin.

- Guide-moi jusque là-bas.

 

Greet lui jeta un regard un peu décontenancé et Maria se reprit :

- S'il te plaît...

- D'accord, répondit la jeune fille. Suis-moi.

 

Elle entraîna Maria derrière sa maison, jusqu'à un sentier qui avait du être un chemin dans le temps, mais que l'abandon réduisait à présent à l'état de simple coulée. La fillette remarqua cependant après quelques dizaines de minutes de marche au milieu de conifères pluriséculaires que le paysage changeait brusquement, les grands arbres laissant la place à tout une série de buissons et de jeunes pousses qui se développaient au milieu des ronces.

Et au milieu de ces fourrés, la base carbonisée des anciens troncs était visible.

 

Maria frissonna d'effroi. Greet de son côté quitta le chemin et lui fit signe de la suivre.

A quelques pas de là, derrière un bouquet de ronces, un énorme tronc noirci se dressait seul :

- Viens voir, dit Greet à Maria.

 

Elles contournèrent le tronc et la plus âgée montra enfin, à l'arrière, trois griffures pratiquement parallèles qui avaient entaillé le tronc sur presque toute son épaisseur :

- Patte arrière de dragon, souffla Greet. D'après un agent du Ministère qui était venu sur les lieux, c'était sans doute un petit... Mais vu les dégâts, je n'en serais pas si sûre.

 

Maria frissonna encore. Mais au lieu de retourner sur le chemin, Greet l'entraîna un peu plus dans les bois :

- On va utiliser un raccourci, dit-elle. C'est à quelques dizaines de mètres.

 

En effet, après avoir contourné deux autres troncs noirci, Maria et Greet débouchèrent sur ce qui avait du être une placette centrale dans laquelle la nature reprenait doucement ses droits. De jeunes arbres avaient poussé au milieu des murs éventrés et noircis et des poutres carbonisées tombées au sol, aujourd'hui couvertes de mousse.

Bien peu de choses avaient résisté au feu dévastateur du dragon et Maria déglutit au souvenir de son cauchemard.

 

Elle savait ce qui s'était passé ici :

- Que... Pourquoi cet endroit a t-il été attaqué ? Murmura t-elle. Qui habitait là ?

- Des sorciers et des sorcières, répondit tristement Greet. Ce village s'appelait Halsbach et, quand j'étais petite, ma mère y travaillait comme couturière. Mais il y a six ans, en pleine guerre, certains de ses habitants se sont opposés à une ordre de mobilisation pour aller faire la guerre. Ils n'ont pas voulu partir. Des aurors sont venus les chercher, il y a eu une bataille... Les aurors ont du repartir bredouilles. Tout le monde pensait qu'on avait gagné...

- Mais ? Demanda Maria.

- Une semaine plus tard environ, une seconde bataille a éclaté aux abords du village. Ma mère a eu le temps de fuir, tout comme quelques personnes. Mais la plupart des habitants sont restés, décidés à se défendre ou incapable de partir. Ce qui s'est passé ensuite exactement, personne ne l'a vu mais un feu immense a embrassé le village, tuant des dizaines de personnes et réduisant tout en cendres... Lorsque, quelques jours plus tard, les survivants ont trouvé le courage de revenir, ils n'ont trouvé aucun survivant, seulement les marques que je t'ai montrées et quelques autres qui se sont effacées depuis. C'est ainsi que nous avons compris qu'il s'agissait d'un dragon.

 

Maria contemplait maintenant les lieux avec un mélange de tristesse, d'horreur et d'incompréhension. Se pouvait-il vraiment qu'elle vienne de cet endroit ou y ait vécu ? Qu'elle se souvienne de la tragédie et, pire, d'après Greet qu'elle en soit la seule témoin survivante ?

- Ne parle pas à qui que ce soit de tes visions, lui recommanda la jeune fille comme si elle avait deviné ses pensées. Je ne sais pas qui tu es mais si ton histoire venait à s'ébruiter, d'autres le sauraient peut-être et tu serais en danger de mort.

- Pourquoi ?

- Tu n'as sûrement pas eu cette vision par hasard. Si tu ne te souvenais de rien avant et que le passage des détraqueurs a réveillé certains de tes souvenirs, alors cela veut peut-être dire que, tes pouvoirs étant très puissants, ta magie est sans doute en train d'attaquer un sort qui t'a été jeté il y a des années pour enfermer tes souvenirs.

- Que veux-tu dire ? Demanda Maria.

- Je veux t'expliquer que tu en sais peut-être trop sur quelque-chose qui te dépasse... Personne ne sait exactement ce qui s'est passé ici. Personne n'a vu l'attaque de ses yeux et survécu suffisamment longtemps pour la raconter... Et voilà que tu réapparais avec des souvenirs ? Autant te dire que c'est une position dangereuse.

 

Maria hocha la tête, mais une seule question la hantait :

 

Comment et pourquoi avait-elle survécu ?

 

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